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                    <text>L'HJSTOJRE JNTJME
~

Mesdames, filles de Louis XV
Par Madame CAMPAN.

Clicht Glraudon.
LA VIE ET

u:s MCEURS

AU Xl'lll' SIÈCLE. -

LA TOILETTE. -

Tabkau d e

PATER·

(Colite/ion

La Cau, M11sée du Louvre.)

J'avais quinze ans lorsque je fus nommée un sac contenant en or le prix de la maison.
sement elle n'avait souvent que le temps
lectrice de Mesdames. Marie Leczinska venait
Louis XV voyait très peu sa famille ; il d'embrasser son père, qui partait de là pour
de mourir; la mort du dauphin avait précédé descendait tous les matins, par un escalier la chasse.
la sienne de trois ans; les jésuites étaient dé- dérobé, dans l'appartement de madame AdéLe roi était fort adroit à faire certaines petruits, et la piété ne se trouvait plus guère à laïde. Souvent il y apportait et y prenait du
tites
choses futiles, sur lesquelles l'attention
la cour que dans l'intérieur de Mesdames; le café qu'il avait fait lui-même. Madame Adéne s'arrête que faute de mieux; par exemple,
duc de Choiseul régnait.
laïde Lirait un cordon de sonnette qui averLe roi ne pensait qu'au plaisir de la chasse; tissait madame Victoire de la visite du roi; il faisait très bien sauter le haut de la coque
on aurait pu croire que les courtisans se per- madame Victoire en se levant pour aller chez d'un œuf d'un seul coup de revers de sa fourmettaient une épigramme quand on leur en- sa sœur sonnait madame Sophie, qui à son chette; aussi en mangeait-il toujours à son
lenda il dire sérieusement, les jours où Louis XV tour sonnait madame Louise. Les apparte- grand couvert, et les badauds qui venaient le
ne chassait pas : « Le roi ne fait rien au- ments des princesses étaient très vastes. Ma- dimanche y assister retournaient chez eux
moins enchantés de la belle figure du roi que
jourd0hui. »
dame Louise logeait dans l'appartement le de l"adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.
Les petits voyages étaient aussi une afi'Jire plus reculé. Celle dernière fille du roi était
Dans les sociétés de Yersailles on citait
très importante pour le roi. Le
avec plaisir quelques réponses de
premier jour de l'an il marquait
Louis XV, qui prouvaient la finesse
sur son almanach les jours de déde
son esprit et l'élévation de ses
part pour Compiègne, pour Fonsentiments. Elles ont été placées
tainebleau, pour Chois), etc. Les
dans des recueils d'anecdotes, el
plus grandes affaires, les événesont
généralement connues.
ments les plus importants ne déCe
prince était encore aimé; on
rangeaient jamais celle distribution
eût désiré qu'un genre de vie conde son temps.
venable à son âge et à sa dignité
L'étiquette existait encore à la
vînt enfin jeter un voile sur les
cour avec toutes les formes qu'elle
égarements du passé, et justifier
avait reçues sous Louis XIV; il n'y
l'amour
que les Français avaient
manquait que la dignité : quant à
eu pour sa jeunesse. li en coûtait
la gaieté, il n'en était plus quesde le condamner sévèrement. S'il
tion; de lieu de réunion où l'on
avait
établi à la cour des maîtresses
vît se déployer l'esprit et la grâce
en titre, on en accusait l'excessive
des Français, il n'en fallait point
dévotion de la reine. On reprochait
chercher à Versailles. Le foyer de
à Mesdames de ne point chercher
l'esprit el des lumières était à Paris.
à prévenir le danger de voir le roi
Depuis la mort de la marquise
se composer une société intime chez
de Pompadour le roi n'avait pas
quelque nouvelle favorite. On rede maitresse en litre; il se contengrettait madame Henriette, sœur
tait des plaisirs que lui offrait son
jumelle de la duchesse de Parme·
petit sérail du Parc-aux-Cerfs. Sécette princesse avait eu de l'in:
parer Louis de Bourbon du roi de
ll~ence sur l'esprit du roi ; on diFrance était, comme on le sait, ce
sait que si elle eût vécu elle se seque le monarque trouvait de plus
rail occupée de lui procurer des
piquant dans sa royale existence.
amusements au sein de sa famille;
Ils l'ont 1•oulu ainsi; ils ont pensé
qu'elle aurait suivi le roi dans ses
que c'était pour le mieux. C'était
petits voyages, et aurait fait les
sa façon de parler quand les opérations des ministres n'avaient pas
honneurs des petits soupers qu'il
de succès. Le roi aimait à traiter
aimait à donner dans ses apparteMADAME LOUISE-ÉLJSAOl:.Tll ET 1\IADAllE HE!ŒIETTE, Vl:.RS Iï3;.
ments intérieurs.
lui-même la honteuse partie de
Tableau dt GOBERT. (Musee de Versailles.)
ses dépenses privées. li vendit un
Mesdames avaient trop négligé
jour à un premier commis de la
les moyens de plaire au roi; mais
guerre une maison où avait logé une de ses contrefaite et fort petite; pour se rendre à la
on pouvait en trou ver la cause dans
maîtresses; le contrat fut passé au nom de réunion quotidienne, la pauvre princesse tra- le peu de soins qu'il avait accordés à leur jeuLouis de Bourbon; l'acquéreur porta lui- versait, en courant à toutes jambes, un grand nesse.
Pour consoler le peuple de ses souffrances
même au roi, dans son cabinet particulier, nombre de chambres, et malgré son empreset fermer ses yeux sur les véritables déprédaV. -

.., 336""

llJSTORIA. -

Fasc. .jO.

22

�msT0'1{1.J1 _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___;__ _ ___;_,._ _ _ _ _ _ J
tions du trésor, les ministres faisaient de
temps en temps peser sur la maison du roi, et
mème sur ses dépenses personnelles, les réformes les plus exagérées.
Le cardinal de Fleury, qui, à la vérité, eut
le mérite de rétablir les finances, poussa ce
système d'économie au point d'obtenir du roi
de supprimer la maison et l'éducation des
quatre dernières princesses. Elles avaient été
élevées, commç simples pensionnaires, dans
un couvent, à quatre-,ingts lieues de la cour.
La maison de Saint-Cyr eût été plus convenable pour recevoir les filles du roi; le cardinal partageait probablement quelques-unes
de ces préventions qui s'attachent toujours
aux plus utiles institutions, et qui depuis la
mort de Louis XI\' s'étaient éle\'ées contre le
bel établissement de madame de Maintenon.
Il aima mieux confier l'éducation de Mesdames à des religieuses de province. Madame
Louise m'a souvent répété qu'à douze ans
elle n'avait point encore parcouru la totalité
de son alphabet, et n'avait appris à lire couramment que depuis son retour à Versailles.
)ladame Victoire attribuait des crises de
terreur panique qu'elle n'avait jamais pu
vaincre, aux violentes frayeurs qu'elle éprouvait à l'abba1e de Fontevrault, toutes les fois
qu'on l'envoyait, par pénitence, prier seule
dans le caveau où l'on enterrait les religieuses.
Aucune prévoyance salutaire n'avait préservé
ces princesses des impressions funestes que
la mère la moins instruite sait éloigner de ses
enfants.
Un jardinier de l'abbaye mourut enragé,
sa demeure extérieure était ,·oisine d'une
chapelle de l'abbaye oi1 l'on conduisit les princesses réciter les prières des agonisants. Les
cris du morihond interrompirent plus d'une
fois ces prières.
Les gàteries les plus ridicules se mêlaient
à ces pratiques barbares. Madame Adélaïde,
l'aînée des princesses, était impérieuse et
emportée; les bonnes religieuses ne cessaient
de céder à ses ridicules fantaisies. Le maître
de danse, seul professeur de talent d'agrément qui eût suivi Mesdames à Fontevrault,
leur faisait apprendre une danse alors fort en
vogue, qui s'appelait le menuet coule1tr de
1·ose. Madame voulut qu'il se nommât le
menuet bleu. Le maître résista à sa volonté;
il prétendit qu'on se moquerait de lui à la
cour quand Madame parlerait d'un menuet
bleu. La princesse refusa de prendre sa leçon,
frappait du pied, et répétait ble11, bleu; ro.~e,
1·ose, disait le mait1·e. La communauté s'assembla pour décider de ce cas si grave; les
religieuses crièrent bleu, comme Madame : le
menuet fut débaptisé, et la princesse dansaParmi des femmes si peu dignes des fonctions d'institutrices, il s'était cependant
trouvé une religieuse qui, par sa tendresse
éclairée et par les utiles preuves qu'elle en

donnait à Mesdames, mérita leur attachement
et obtint leur reconnaissance : c'était madame
de Soulanges, qu'elles firent depuis nommer
abbesse de Royal-Lieu. Elles s'occupèrent
aussi de l'avancement des neveux de cette
dame; ceux de la mère Mac-Carthy, qui les
avait lâchement gâtées, portèrent· longtemps
le mousqueton de garde du roi à la porte de
Mesdames, sans qu'elles songeassent à leur
fortune.
Quand Mesdames, encore fort jeunes, furent
revenues à la cour, elles jouirent de l'amitié
de monseigneur le dauphin, et profitèrent de
ses conseils. Elles se livrèrent avec ardeur à
l'étude, et y consacrèrent presque tout leur
temps; elles parvinrent à écrire correctement
le français et à savoir très bien l'histoire. Madame Adélaïde, surtout, eut un désir immodéré d'apprendre; elle apprit à jouer de tous
les instruments de musique, depuis le cor
(me croira-t-on ?) jusqu'à la guimbarde. L'italien, l'anglais, les hautes mathématiques, le
tour, l'horlogerie, occupèrent successivement
les loisirs de ces princesses. Madame Adélaïde
avait eu un moment une figure charmante;
mais jamais beauté n'a si promptement disparu que la sienne. Madame Victoire était
belle et très gracieuse; son accueil, son regard, sou sourire étaient parfaitement d'accord avec la bonté de son âme. Madame Sophie était d'une rare laideur; je n'ai jamais
vu personne avoir l'air si effarouché; elle
marchait d'une vitesse extrême, et pour reconnaitre, sans les regarder, les gens qui se
rangeaient sur son passage, elle avait pris
l'habitude de voir de côté, à la manière des
lièvres. Cette princesse était d'une si grande
timidité qu'il était possible de la voir tous les
jours, pendant des années, sans l'entendre
prononcer un seul mot. On assurait cependant qu'elle montrait de l'esprit, et même de
l'amabilité dans la société de quelques dames
préférées; clic s'instruisait beaucoup, mais
elle lisait seule; la présence d'une lectrice
l'eùt infiniment gênée. li y avait pourtant des
occasions où cette princesse si sauvage devenait tout à coup affable, gracieuse, et montrait la bonté la plus communicative; c'était
lorsqu'il faisait de l'orage : elle en avait peur,
et tel était son effroi, qu'alors elle s'approchait des personnes les moins considérables ;
elle leur faisait mille questions obligeantes ;
voyait-elle un éclair, elle leur serrait la
main; pour un coup de tonnerre cil~ les eût
embrassées. !\fais le beau temps revenu la
princesse reprenait sa roideur, son silence,
son air farouche, passait devant tout le monde
sans faire attention à personne, jusqu'à ce
qu'un nouvel orage vint lui ramener sa peur
et soo affabilité.
Si Mesdames ne s'étaient pas imposé· un
grand nombre d'occupations, elles eussent
été très à plaindre. Elle, aimaient la prome-

nade, et ne pouvaient jouir que des jardins
publics de Versailles; elles auraient eu du
goût pour la culture des fleurs, et n'en pouvaient avoir que sur leurs fenêtres.
Madame Victoire, bonne, douce, affable,
vivait avec la plus aimable simplicité, dans
une société qui la chérissait : elle était adc,rée de sa maison. Sans quiller Versailles,
sans faire le sacrifice de sa moelleuse bergère,
elle remplissait avec exactitude les devoirs de
la religion, donnait aux pauvres tout ce
qu'elle possédait, observait rigoureusement
les jeûnes et le carême. li est vrai qu'on reprochait à la table de Mesdames d'avoir acquis
pour le maigre une renommée que portaient
au loin les parasites assidus à la table de leur
maitre d'hôtel. llfadame Victoire n'était point
insensible à la boone chère, mais elle avait
les scrupules les plus religieux sur les plats
qu'elle pouvait manger au temps de pénitence. Je la vis un jour très tourmentée de
ses doutes sur un oiseau d'eau qu'on lui servait souvent pendant le carême. Il s'agissait
de décider irrévocablement si cet oiseau était
maigre ou gras. Elle consulta un évêque qui
se trouvait à son diner : le prélat prit aussitôt le son de rnix positif, l'attitude gra,e d'un
juge en dernier ressort. Il répondit à la princesse qu'il avait été décidé qu'en un semblable doute, après avoir fait cuire l'oiseau,
il fallait le piquer sur un plat d'argent très
froid : que si le jus de l'animal se figeait
dans l'espace d'un quart d'heure, l'animal
était réputé gras; que si le jus restait en
huile, on pouvait le manger en tout temps
sans inquiétude. Madame Victoire fit faire
aussitôt l'épreuve : le jus ne figea point; cc
fut une joie pour la princesse, qui aimait
beaucoup cette espèce de gibier. Le maigre,
qui occupait tant madame Victoire, l'incommodait; aussi attendait-elle a\'CC impatience
le coup de minuit du samedi saint; on lui
servait aussitôt une bonne Yolaille au riz, et
plusieurs autres mets succulents. Elle avouait
avec une si aimable franchise son goût pour
la bonne chère et pour les commodités de la
,·ie, qu'il aurait fallu être aussi sé1·ère en
principes qu'inseosiblc aux excellentes qualités de cette princesse pour lui en faire un
crime.
Madame Adélaïde avait plus d'esprit que
madame Victoire; mais elle manquait absolument de cette bonté tJui seule fail aimer
les grands : des manières brusques, une voix
dure, une prononciation brève, la rendaient
plus 11u'imposante. Elle portait très loin
l'idée des prérogatives du rang. Un de ses
chapelains eut le malheur de dire Dominus
vobiscum d'un air trop aisé : la princesse
l'apostropha rudement après la messe pour
lui dire de se souvenir qu'il n'était pas
évêque, et de ne plus s'aviser d'officier en
prélat.
i\lAOAME

.., 338""

CAJlP,\:'\.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXIX
\'aine Lenlalirc d'armistice. - llataillc 1lu 18 octobre.
- Bc•rna,lnllc comua L contre nous. - Défection
,h•s Saxons. - LoJauté du roi de \\'urtcmbcrg. lllbultat inducis &lt;lu coml,at.

sent pu nous vaincre dans la bataille du 16,
ils ne perdirent pas l'espoir de nous accabler
par un nouvel effort de leurs troupes supérieures en nombre, et comptaient beaucoup
sur la défection des corps allemands qui se
trouvaient encore parmi nous, el dont les

Cette première journée avait laissé la victoire indécise; cependant elle était à l'avantage des Français, puisque, avec des forces
infiniment moins considérables, ils avaient
non seulement tenu tête aux coalisés, mais
les avaient chassés d'une partie du terrain
qu'ils occupaient la veille.
Les troupes des deux partis se préparaient
à renouveler le combat le lendemain matin;
mais, contrairement à leur attente, la journée du 17 s'écoula sans qu'aucun mouvement
hostile eût lieu de part ni d'autre. Les coalisés attendaient l'arrivée de l'armée russe de
Pologne, ainsi que des troupes qu'amenait le
prince royal de Suède, Uernadotte, ce qui
devait accroitre infiniment leurs forces.
De son côté, ~apoléon, regrettant d'avoir
rejeté les propositions de paix qui lui avaient
été faites deux mois auparavant, pendant
l'armistice, espérait quelque résultat d'une
mission pacifique qu'il avait emoyée la nuit
précédente aux souverains alliés par le général autrichien comte de Merfeld, qui venait
d'être fait prisonnier.
Il se produit quelquefois des séries de
faits bien étranges. Le comte de Merfeld était
le ml:me qui, seize ans auparavant, était venu
demander au général Bonaparte, alors chef de
l'armée d'Italie, le célèbre armistice de Léoben. C'était lui qui avait rapporté à Vienne
le traité de paix conclu entre Je gouvernement
autrichien et le Directoire, représenté par le
général Bonaparte. C'était lui qui, dans la
nuit de la bataille d'Austerlitz, avait transmis à l'empereur des Français les propositions
d'armistice faites par l'empereur d'Autriche,
et comme la singulière destinée du général
Merfcld le conduisait de nouveau vers Napoléon au moment où celui-ci aYait à son tour
besoin d'armistice et de paix, !'Empereur
sourit à l'espoir que cet intermédiaire amènerait encore le résultat qu'il désirait. !\fais
les choses étaient trop avancées pour que les
souverains alliés consentissent à traiter avec
Napoléon, dont la proposition seule dénotait
un grand embarras. Aussi, quoiqu'ils n'eus-

chefs, tous membres de la société secrète du
Tugenbund, profitèrent du repos que donna
l'espèce d'armistice du 17, pour se concerter
sur la manière dont ils devaient exécuter
leur insigne trahison. La mission du comte
de Merfeld n'obtint mème pas de réponse.
Le 18 octobre, dès le matin, l'armée des
coalisés commença l'attaque contre nous. Le
~c corps d'armée de cavalerie, dont mon régiment faisait partie, se trouva placé, comme
il l'avait été le i 6, entre Liehert-\\ olkwitz el
le Kelmberg, ou redoute suédoise. Le comba 1,
engagé sur tous les points, fut surtout terrible vers notre centre, au village de Probstheyda, qu'attaquèrent à la fois un corps
russe et un corps prussien ; tous deux
furent repoussés al'ec des pertes immenses.
On se battait sur tous les points. Les Russes
attaquèrent très vivement [)olzhausen, que
Macdonald défendit avec succès.
Vers onze heures, on entendit une canon-

1. I.e comte de Rochechouart nous ral'Ollte d'une
fa,·on lrès pillorc,quc la 111i;sio11 qu'il cul à remplir
auprès de Bernadotte, 11ui hésitait encore il passer

l'EIIJt' au mois de ~eplcmhrt•; il nous décrit égulcmcnt ,a rcnconlre avec le prince royal de Suède,
« ,upcrbc au milieu de la mitrailk. entouré dt•

GÊ11ÉRAL DROUOT.

nade en arrière de Leipzig, du côté de Lindenau, et l'on apprit que, sur ce point, nos
troupes venaient de rompre le cercle dans
lequel l'ennemi se flattait d'enfermer l'armée
française, et que le corps du général Bertrand
marchait sur Weissenfeld, dans la direction
du Rhin, sans que l'ennemi eût pu l'en empêcher. L'Empercur prescrivit alors d'évacurr
les équipages vers Lutzcn.
Cependant, le plateau de Leipzig était, vers
Conncwitz et Lossnig, le théàtre d'un épouvantable engagement; la terre répétait au loin
le bruit des feux précipités d'un millier de
canons. Les ennemis tentaient de forcer le
passage de la Pleisse. lis furent repoussés,
bien que les Polonais eussent fait manquer
quelques-unes des charges à la baïonnette de
notre infanterie,
Alors le 1•• corps de ca valcrie française,
voyant les escadrons autrichiens cl prussiens
venir au secours de leurs alliés, sortit de derrière le village de Probstheyda, et, se précipitant au milieu des ennemis, il les enfonça
et les poursuivit jusque sur leurs réserves,
qu'amenait le prince Constantin de Russie.
Les alliés, encore enfoncés sur ce point, réunirent des forces immenses pour enlever
Probstheyda; mais ces formidables masses y
furent si bien reçues par quelques-unes de
nos divisions d'infanterie et par les chasseurs
à pied de la vieille garde, qu'elles reculèrent
promptement. Nous perdîmes là les généraux
Vial et R,pchamheau. Celui-ci venait d'être
nommé maréchal de France par !'Empereur.
Bernadolle, prince de Suède, n'avait point
encore comhattu contre les Français, et
paraissait, dit-on, indécis; mais enfin, stimulé et mème menacé par le maréchal prussien Blücher, il se détermina à passer la
Partha au-dessus du village de Mockau, à la
tête des troupes suédoises et d'un corps russe
placé sous ses ordres 1• Lorsqu'une brigade
de hussards et de lanciers saxons, postés sur
ce point, vit arriver les Cosaques qui précédaient Bernadotte, elle marcha vers eux
comme pour les charger; mais faisant tout à
coup volte-face et oubliant à quoi ils exposaient leur vieux roi, notre allié, qui se trouvait au milieu des troupes de Napoléon, les
iofàmes Saxons dirigèrent leurs fusils et
leurs canons contre les Français!
La tête d'armée conduite par Bernadotte,
m~rts_ d d~
Lc1pz1g-.

ùte,sés ... ,. sur

le champ de hataille de

(.\oie de l'éditeur. 1

�~--------

.M'É.MOTTfES DU G'ÉN'É~AL BA~ON DE .MA~BOT - -

· m

- - 1!1STO'l{1.A

essa1é de faire un mouvement en avant, fut
forasé; mais nous perdimes dans ce combat
suivant la rive gauche de la Partha, se dirigea
le brave général Delmas, militaire distingué
vers Sellerhausen, défendu par Reynier. Ce
cl homme des plus honorables, qui, brouillé
général, dont le corps d'armée était presque
avec Napoléon depuis la création de l'Empire,
avait passé dix ans dans la retraite, mais avait
sollicité du service dès qu'il avait ,u sa patrie
en danger.
Au milieu d'une affreuse canonnade el de
vives attaques partielles, les Français se maintenaient sur toute la ligne dans leurs positions. Ainsi, vers la gauche, le maréchal
Macdonald et le général Sébastiani a,·aienl
conrnrvé le terrain situé entre Probstheyda et
Stiillcrilz, malgré les nombreuses attaques
des Autrichiens de Klcnau el des Russes de
Ooctorolî, lorsque tout à coup celles de nos
troupes Qui étaient placées sur ce point furent
assaillies par une charge de plus de 20,000
Cosaques et Baskirs Les efforts de ces derniers portèrent principalement sur le corps
de cavalerie du général Sébastiani.
En un clin d'œil, les barbares entourèrent
à grands cris nos escadrons, contre lesquels
ils lancèrent des milliers de flèches, qui ne
nous causèrent que très peu de pertes, parce
que les Baskirs, étant totalement irréguliers,
ne sa,·enl pas se former en rangs cl marchent
tumultueusement comme un troupeau de
mouton~. Il résulte de ce désordre que ces
cavaliers ne peuvent tirer horizontalement
NAP0Lii0;'; A LA ll.\TAILLE UE LEIPZIC- - 0eS$ÏII J~ f. GRL'-IER.
devant eux sans tuer ou blesser ceux de leurs
camarades qui les précèdent. Les Daskirs
s'écria, en arrivant parmi les l\usses, &lt;&lt; qu'a- lancent donc leurs flèches paraboliquement,
entièrement composé de troupes provenant (( près avoir brûlé la moitié de ses munitions c'est-à-dire en l'air, en leur faisant décrire
des contingents allemands, ayant été témoin « pour les Français, il allait tirer le reste une courbe plus ou moins grande, selon qu'ils
de la déserlion de la cavalerie saxonne, se (( contre eux! » En effet, il lança sur nous jugent que l'ennemi est plus ou moins éloidéfiait de l'infanterie de celle nation, qu'il une grèle de projectiles, donl mon régiment gné; mais celte manière de lancer les projecavait placée près de la cavalerie de Durutlc, reçut une très large part, car je perdis là une tiles ne permettant pas de viser exactement
afin de la contenir; mais le maréchal Ney, trentaine d'hommes, au nombre desquels pendant le combat, les neuf dixièmes des
trop confiant, lui prescrivit de déployer les était le capitaine Berlin, officier du plus grand flèches s'égarent, el le petit nombre de celles
Saxons el de les envoîer soutenir un régiment mérite: ce brave eut la tète emportée par un qui atteignent les ennemis ayant usé pour
français qui défendait le village de Paunss'élever en l'air presque toute la force d'imdorf. Mais à peine les Saxons furent-ils à boulet.
C'était cependant Bernadolle, un Français, pulsion que la détente de l'arc leur anil comquelque distance des troupes françaises, que, un homme auquel le sang français avait pro- muniquée, il ne leur reste plus en tombant
apercevant dans la plaine de Paunsdorf les curé une couronne, qui nous portait ainsi le que crlle de leur propre poids, qui est bien
enseignes prussiennes, ils se précipitèrent
faible; aussi ne font-elles ordinairement que
coup de grâce 1
vers elles au pas de course, ayant à leur tôte
Au milieu de celle déloputé générale, le de fort légères blessures. Enlin, les Baskirs
l'indigne général llussel, leur chef. Quelques roi de Wurtemberg présenta une honorable n·a~anl aucune aulre arme, c'est incontestaofficiers français , ne pouvant comprendre exception, car, ainsi que je l'ai déjà dit, il blement la troupe la moins dangereuse qui
une pareille trahison, pensaient que les Saxons a,ait prévenu Napoléon que les circonstances
au monde.
al laient attaquer les Prussiens; aussi le géné- allaient le forcer à abandonner son parti; existe
Cependant, comme ils arrivaient sur nous
ral Grcssol, chef d'état-major de l\eynier, mais, même après qu'il eut pris celle su- par myriades, el que plus on tuait de ces
courut-il vers eux pour modérer ce qu'il prême décision, il mit dans son exécution les guêpes, plus il en sur,enait, l'immense quancroyait être un excès d'ardeur; mais il ne procédés les plus loyaux, en prescrivant à tité de lloches dont ils couvraient l'air dernit
trouva plus devant lui que des ennemis! Cette celles de ses troupes placées dans son voisi- néccssaircmeol, dans le nombre, faire queldéfection d'un corps d'armée tout enlier, qui nage de n'agir contre les Français qu'après ques blessures graves; ainsi, un de mes plus
produisit un vide effrayant dans le centre de leur avoir dénoncé les hostilités di1 jours braves sous-oîficicrs légionnaires , nommé
l'armée française, eut, de plus, le grave in- d'avance, cl, bien que devenu ennemi de la Meslin, eut le corps traversé par une flèche
convénient de ranimer l'ardeur des alliés, et, France, il chassa de son armée le général, qui, entrée par la poitrine, lui sortait dans le
sur-le-champ, la cavalerie wurtembergeoise ainsi que plusieurs officiers wurtembergeois, dos! L'intrépide ~leslin, prenant la flèche à
suivit l'exemple des Saxons.
qui avaient entrainé ses troupes dans les rangs deux mains, la cassa et arracha lui-même les
Non seulement le prince de Suède Dcrna- des (lusses pendant la bataille de Leipzig, et deux tronçons de son corps, cc qui ne put le
dolle accueillit dans ses rangs les perfides retira toutes les décorations aux régiments sauver : il succomba peu d'instants après.
Saxons, mais il réclama le secours de leur
C'est, je crois, le seul exemple de mort que
transfuges.
arlillerie pour augmenter l'effet de la sienne,
Cependant Probstheyda continuait à être le l'on puisse citer à la suite d'un coup de Il èche
et supplia même l'ambassadeur anglais de lui théàtre de la lutte la plus meurtrière. La tiré par un Baskir. Mais j'eus plusieurs homprêter la batterie de fusées à la Coogrève vieille garde, déployée derrière le village, se mes et chevaux atteints, el fus moi-même
qu'il a,ail amenée avec lui, el que l'ancien tenait prèle à voler au secours de ses défen- blessé par cette arme ridicule.
maréchal de France fil diriger sur les Français. seurs. Le corps prussien de Bulow, ayant
A peine le corps saxon fut-il dans les rangs
des ennemis, qu'il signala sa trahison en faisant contre nous une décharge générale de
toute son arlillerie , dont le commandant

"' 340 ...

J'ava!s le sabr~ à la main; je donnais &lt;les
r?~es _a un orficrer et j'étend:iis le bras pour
indiquer le point vers lequel il devait se
rrrger' lo:s~ue je sentis mon sabre arrêté
par uned rcsrstancc élranrre
el e'prouv:u• une
lérr'
o ,
,,cre , o~lc~r à la cuisse droite, dans laquelle
b · eta1t implantée d'un· poucc dans 1es
c airs. une fli•chc de quatre pieds de lonrr
don~ 1ardeur du combat m'ayail rmpêché d~
senllr le coup. Je la fis ex traire par le docteur
Parol el p~a~er dans une des caisses de l'ambulance reg1menlairc, car je voulais la consrr.1·cllr comn'.c monument curicu-x; je re•Trellt•
lfU e e se so1l égarée.
"
Vous c~m1~renez hien qur, pour une blessure aussi
)c&lt;&gt;ère
.101gna1
. . pas de
•
' J·e ne m' c
0
~o.n régiment, d'autant plus que le moment
t'larl !orl critique.. .. En effet, les renforts
a~e11cs par llernadolle cl Blücher attaquaient
;~;~~enl. le ~ourg de Schiinfcld' situé non
.u !rcu ou la Partba entre dans la ville
d_e lLcrpzrg_. L~s généraux Lagrange el Friedcrrc ts, ~1u1 ddcndaienl ce point important,
~epousscre_~l srpl assauts cl chassèrent sept
,o/s les allies des maisons qu'ils avaient enle,ees. Le général Friederichs fut tué d
combat •, •
ans ce
.
off . . ; c etart
· · • un excellent el très bra,e
l' rc1er' qui J01gnail à ces qualités morales
avaota?e d'ètre l_e plus bel homme de toutes
1es armees françaises.
Cependant,
ennemis allaient peul-être
se rendre mrulrcs de Schiinfeld, lorsque le
m~réchal Nel Yola au secours de ce viUarre
11u1 resta au pouvoir des Français. Le m~~é~
chai ~ey reçut à l'épaule une contusion u·
le força de quiller le champ de bataille q i
Q~and h~ nuit vint, les troupes des deux
a_rmces étaient sur une grande partie de la
ligne dans la mê1;11e position qu'au commen~ement de _l~ bataille; ce soir-là, les cavaliers
c ~o~. reg1mcnl, ainsi que ceux de toutes
les dmsrons du corps de Sébast·tanr,. attachèrent leu_rs chevaux aux mêmes piquets , ui
leur
servi à la fin des trois
. JOurn.ees
.
!
é ,avment
d
pr et· , entes, et presque tous les ha taillons
occupcrent
b li d les mêmes bivouacs · A'ms1. celle
ala'. e, ont les ennemis onl tant cél 'b , 1
succcs, ful indécise, puisqu(•, bien in~r:!ur~
~a no~bre, ayant contre nous presque toutes
na~1ons de l'Europe el comptant une foule
e traitres dans nos rangs, nous ne perdimcs
u!i JJ?Uce de lerr~in !. .. Aussi le général
Wilson , qu1· se trouva1L
. à
L ·,Jars
· sir fioberl
.
e1pz1g en &lt;1uah1éde commissaire britannique
el dont_ le_ \ém?i~nage ne peut ètrc suspect~
de parlial1tc, d1t-1l au sujet de celte bataïl' .
« Malgré
T la dMeclion de l'armée saxonneI eau.
« m1 rcu du combat, malgré le courarre ar: ~cnt el persévérant des troupes allié~, 'on
~ 1:ul eol~~&lt;'r aux Français un seul des
. villa,,es qu ils se proposaient de rrarder
(1 com~r t~~entiels à leur position. L.1 nuit
• lermma I action' laissant aux Fraoç.1is
(( sur_loul aux déîeoscurs de Probslh: d 1'
' o,
"lo1r, e d'avoir
. mspiré
.
C) a, a
à leurs ennemis
une
&lt;• geoereuse envie!... »
Après le_coucher du soleil, au moment où
~o.mmença1t l'obscurité, je reçus l'ordre de
aire cesser sur le front de mon régiment ce

t.

!es

~

tira emenl inr~t(le qui suit ordinairement les sa mo_nlure fut si bien remarquée par les
enga~ements _scr1eux. Ce n'est pas sans peine f°ne~is, malgré l'obscurité, que le cheval et
que I on pamenl à séparer alors les hom
e mait!e _furent Lous deux grièvement blessés.
de·~ deux par1-is qui. ,1ennent
•
de comhallremes
les ~e capitame anil reru une halle au Lravers
uns contre les. autres, d'autant plus que,
u cor~s et mourut pendant la nuit, dans
r
u~e
maison du faubourg de llallc, où j'al'ais
ur
ne
pa_s
air~
connaître
celle
disposiliou
po
aux ennem'.~• qm pourraient en profiler pour fait transporter la Ycille le commandant
fondre à I improviste sur nos avant-postes, Pozac.
on ne se ser~ nr de tambours ni de trompelles d Bien que l~ l,Jessure de celui-ci ne fût pas
angercuse, il .se désolait en pensant que
pour prescr:re _aux tirailleurs de cesser le feu
cl de _se r~unrr ~our _rPjoindre leurs régi- prob~?lcmenl I armée française s'éloirrncrail
ments' mais on fait prevenir à voix basse les e~ qu il rcs~erail prisonnier des ennemis, qui
ch~r~ des pelotons, qui envoient des sous- s ~mpa~era.1enl alors du sabre d'honneur c1ui
ort1c1crs ch~rcber en silence les petits postes. lui ,avait clé_ donné par le premier Consul
aprcs la bala11le de Marengo, lorsqu'il n'était
Les_ ennemis, de leur côté, arrissanl de même
.
. JC
. calmai ses
le l~u diminue inscnsiLleme~l et finit hienlô; •encore que sous-o rr.,icier;
mms
JUSles re~rets en me chargeant du glorieux
enllèn•mcnl.
Afin de m'assurer qu'on n'oubliait aucune sabre, _qui, transporté par un des chiruroiens
ved_ellc,sur le t~rrain el que celle petite re- du rég,mcnl, rut remis 11 Pozac à son r~tour
traite v~rs le b1Youac était exécutée en ho
en France.
ordre, Je !a faisais babituellemenl diri"c:
CHAPITRE XXX
par _un adJu~ant-major. Celui qui était "de
service .Cl; ~01r-là se nommait le capilainc
Situation
t prcvoynnrP
.
. .critique · _ Défnul te
,tans l'or
Jol)' m1hta1re instruit, fort capable et d'
gan1sallon t!e _la rctrailr. - Adieux du roi de Sa .
gra?d courage, mais un peu obstiné. JI ~:
)1~~'118llllttllé c,agfrée de ~apoti•on
Les tr·
avarl d?nné des premes quelques mois avant
~::~\;~11 (
Leipzig. - n·upture p~~nlur/e
larfibataille,
lorsque ' charge' de d"ISlfi"buer aux
s cr. - Quel rut lu sort de mon ré..,·
·
ment.
oo ic1ers ~es_ chevaux de remonte, dont !'Empereur
Le calme de la nuil ayant enfin succédé
. îa1sa1t
r . présent à ceux d'enlre eux qm.
ava1:nl ail la campagne de l\ussie, M. Jol ' d~ns les ch~ps de Leipzig à la terrible bama),,ré ~es observations el celles de y taille dont ils venaient d'être témoins 1
amis, avait choisi pour lui un superbe h s.c~ che~s. des deux partis purent examiner, lei:
blanc, donl ni moi ni aucun de mes c eva pos1llon.
•
r d • ·
camaa es n avions voulu à cause de sa robe lr
d, Celle de l'empereur Napoléon était la plus
éclatante,
el c1ue J·'avais d'abord mis
. au rana
op
cfavorable
: en effet' si l'on a hl'amé ce
d
dh
es trompettes. Au•Ei, le soir de la bataill~ gran ommc de ne s'être pas retiré derrière

~è:

t~~s

t
~:!

l~PISODE llE LA B.\T.IILLE DE LFIPZIC;. _

d~ Leipzig, au m?menl où M. Joly, en remP~'.ssanl ~es fonctions, marchait au pas derr1ere la hgoe des tirailleurs, la blancheur de

1
[)'afrcs

un

dessin dti temps.

la Saale huit jours avant la bataill 1
,.
jmait encore é,iter de comprom:~lr~r~qu il
ut de son armée ' autour de IaqueIlee des
sa-

�'111S TO'J{1.Jl

----------------------------------------

forces infiniment plus nombreuses que les
siennes allaient former un grand cercle de
1er, à plus forte raison beaucoup de militaires ont-ils désapprouvé les opérations de
!'Empereur, lorsqu'à Leipzig il se laissa complètement cerner sur le champ de bataille
par les ennemis. Je dis complètement, car le
f8, à onze heures du matin, le corps autrichien de Lichtenstein s'étant emparé du village de Kleinzschocher, sur la rive gauche de
!'Elster, il fut un moment où la route de
Leipzig à Weissenfels, seule retraite qui
restât aux Français, se trouva interceptée, et
l'.armée de Napoléon complètement environnée.
Cette situation critique ne dura, il est
vrai, qu'une demi-heure; mais fut-il prudent
de s'exposer aux fâcheux événements qui auraient pu en résulter, et n'aurait-il pas mieux
Yalu, avant que toutes les forces ennemies se
fussent réunies pour entourer l'armée française, que lè chef de celle-ci l'eût abritée
derrière les montagnes de la Thuringe et la
rivière de la SaaleL.
Nous approchons d'un moment bien critique!. .. Les Français avaient conservé leurs
positions pendant les trois jours qu'avait duré
la bataille; mais ce succès moral n'avait été
obtenu qu'au prix de bien du sang, car, tant
en tués qu'en blessés, ils avaient près de
40,000 hommes hors de combat!. .. Il est
vrai que les ennemis en avaient perdu 60,000;
différence énorme à leur désavantage, qu'il
faut attribuer à l'obstination qu'ils mirent à
attaquer les villages retranchés par nous.
Mais comme le nombre des troupes alliées
était infiniment plus considérable que celui
des Français, notre armée, après avoir perdu
40,000 combattants, se trouvait proportionnellement bien plus affaiblie que la leur.
Ajoutons à cela que l'artillerie française
ayant tiré depuis trois jours 220,000 coups
de canon, dont 95,000 dans le seul engagement du 18, les réserves étaient épuisées, et
il n'y restait pas plus de 16,000 coups, c'està-dire de quoi entretenir le feu du combat
pendant deux heures seulement. Ce défaut de
munitions, qu'on aurait dû prévoir avant de
s'engager loin de nos frontières contre des
forces infiniment supérieures, mettant Napoléon hors d'état de livrer une nouvelle bataille, qu'il eût peut-être gagnée, il fut contr.i.int de se résoudre à ordonner la retraite.
L'exécution en était infiniment difficile, à.
cause de la nature du terrain que nous occupions, et qui, parsemé de prairies humides,
de ruisseaux, et traversé par trois rivières,
présentait·une quantité de petits défilés qu'il
fallait passer sous les yeux et à petite portée
des ennemis, qui pouvaient facilement jeter
le désordre dans nos rangs pendant cette
marche périlleuse.
Un seul moyen pouvait assurer notre retraite; c'était l'établissement d'une infinité
de ponceaux sur les prairies, les fossés, les
petits cours d'eau, et celui de ponts plus
grands sur les rivières de la Partha et de la
Pleisse, et J&gt;rincipalement de !'Elster, qui
reçoit ces divers affluents aux portes et

même dans la ville de Leipzig. Or, rien
n'était plus facile que la création de ces passages indispensables, puisque la ville et les
faubourgs de Leipzig, placés à une petite
portée de fusil, offraient une immeuse provision de poutres, de planches, de madriers,
de clous, de cordes, etc.
Toute l'armée avait donc la persuasion que
de nombreux passages avaient été établis dès
son arrivée devant Leipzig; qu'on les avait
augmentés le 16 et surtout le 17, dont la
journée entière s'était écoulée sans combat.
Eh bien! ... par un concours de circonstances
déplorables et d'une négligence incroyable,
aucune mesure n'avait été prise!. .. et parmi
les documents qui nous sont restés sur cette
célèbre bataille, on ne trouve rien, absolument 1·ien d'officiel, qui démontre qu'il eût
été pris des mesures pour faciliter, en cas de
retraite, l'écoulement des nombreuses colonnes engagées au delà des défilés que forment les rivières, ainsi que les rues de la ville
et des faubourgs de Leipzig. Aucun des ofriciers échappés à la catastrophe, pas plus que
les auteurs qui l'ont décrite, n'ont pu prouver que les chefs de l'armée aient rien fait
pour l'établissement de passages nouveaux et
la libre circulation sur ceux déjà existants.
Seulement, le général Pelet, qui est, avec
raison, très grand admirateur de Napoléon et
pousse quelquefois cette admiration jusqu'à
l'exagération, le général Pelet écrivit, quinze
ans après la bataille, (( que M. Odier, sous(( inspecteur aux revues, c'est-à-dire sous(( intendant de la garde impériale, lui a dit
&lt;( plusieurs fois qu'il était présent lorsque
&lt;( dans la matinée (il ne spécifie point de
(( quel jour) l'Empereur donna l'ordre à un
&lt;( général de l'état-major de suivre la cons&lt;( truction des ponts et le chargea spéciale&lt;( ment de ce travail ». Le général Pelet ne
fait pas connaitre le nom de l'officier général
auquel !'Empereur aurait donné cet ordre;
cependant,. il eût été fort important de le
savoir.
M. Fain, secrétaire de Napoléon, dit, dans
ses Mémoires, que « !'Empereur ordonna
&lt;( d'établir dans les marais voisins quelques
&lt;( nouveaux passages qui pussent faciliter la
&lt;( traversée de ce long défilé ».
Je ne sais jusqu'à quel point l'histoire
admettra la vérité de ces assertions posthumes; mais en les supposant véridiques,
plusieurs auteurs pensent que le chef de
l'armée française n'aurait pas dû se borner
à donne,· un ordre à un général d'étatmajor qui n'avait peut-être à sa di$position
ni sapeurs ni le matériel nécessaire, et qu'il
aurait fallu charger de l'établissement de
nouveaux passages plusieurs officiers, et au
moins un par régiment dans chaque corps
d'armée, car il est constant que personne ne
s'en occupa. Et en voici le véritable motif,
qui ne fut alors connu que de bien peu de
personnes.
L'Empereur avait pour chef d'état-major
général le maréchal prince Berthier, qui ne
l'avait pas quitté depuis la célèbre campagne
d'Italie en 1796. C'était un homme capable,

exact, dévoué, mais qui, ayant souvent
éprouvé les effets de la colère impériale,
avait conçu une telle crainte des boutades de
Napoléon qu'il s'était promis de ne jamais
prendre l'initiative sur i·ien, de ne faire aucune question, et de se borner à faire exécuter les ordres qu'il recevait par écrit. Ce
système, qui maintenait les bons rapports du
major général avec son chef, était nuisible
aux intérêts de l'armée; car, quelles que
fussent l'activité et les vastes capacités de
!'Empereur, il était physiquement impossible
qu'il vît tout et s'occupât de tout; et cependant, s'il oubliait quelque chose d'important,
rien n'était fait.
Il paraît qu'il en fut ainsi à Leipzig, où,
presque tous les maréchaux et généraux
chefs de corps d'armée ayant à plusieurs reprises, et notamment les deux derniers jours,
fait observer à Berthier combien il était nécessaire d'établir de nombreux passages pour
assurer la retraite en cas de revers, le major
général leur avait constamment répondu :
&lt;( L'Empereur ne l'a pas ordonné! l&gt; On ne
put rien en ôbtenir; aussi, pas une poutrelle,
pas une planche n'avaient été placées sur un
ruisseau lorsque, dans la nuit du 18 au f9,
l' Empereur prescrivit de battre en retraite
sur Weissenfels et la rivière de la Saale.
Les alliés avaient éprouvé de si grandes
pertes que, sentant l'impossibilité de recommencer la lutte, ils n'osaient nous attaquer
de nouveau et étaient sur le point de se retirer eux-mêmes, lorsque, apercevant les gros
bagages de l'armée se diriger vers Weissenfels par Liadenau, ils comprirent que Napoléon se préparait à la retraite, et firent leurs
prépar-atif~ pour être à même de profiter des
chances que ce mouvement pouvait amener
en leur faveur.
Le moment le plus affreux d'une retraite,
surtout pour un chef de corps, est celui 011
il faut se séparer des blessés qu'on est forcé
d'abandonner à la pitié des ennemis, qui souvent n'en ont aucune et pillent ou achèvent
les malheureux trop fortement atteints pour
suivre leurs camarades. Cependant, comme
le pire de toutes choses est d'ètre laissé gisant
sur la terre, je profitai de la nuit pour faire
relever par les soldats valides tous les blessés
de mon régiment, que je réunis dans deux
maisons contiguës, d'abord pour les soustraire au premier moment de fureur des
ennemis pris de vin qui occuperaient le faubourg, et en second lieu pour les mettre à
même de s'aider les uns les autres et de soutenir mutuellement leur moral. Un chirurgien sous-aide, M. Bordenave, m'ayant offert
de rester avec eux, j'acceptai, et à la paix je
fis avoir la décoration de la Légion d'honneur
à cet estimable docteur, dont les bons soins
avaient sauvé la vie à beaucoup d'hommes.
Cependant, les troupes se mirent en
m~rche pour s'éloigner de ce champ de bataille témoin de leur gloire et inondl\ de tant
de sang! L'empereur Napoléon quitta son
bivouac à huit heures du soir, se rendit en
ville et s'établit dans l'auberge des Armes de
Prusse, sur le boulevard du Marché aux che-

.M'i.M011('ES DU GÉNÉ1(AL BJt](ON D'E ;Jf.Jt'R.,BOT - - ~

vaux. Après avoir donné quelques ordres, car le combat dont je vais parler lui fit
qu'elles éprouvaient, disputaient le Lerrain
Napoléon alla visiter le vénérable roi de Saxe
p~rdre presque autant d'hommes que la ba- pied à pied, en se retirant en bon ordre vers
qu_'il trouva faisant des préparatifs pour 1; taille de trois jours qu'il venait de livrer.
le grand pont de !'Elster à Lindenau.
smvre.
Elle nous fut même bien plus funeste, car
L'Empereur était difficilement parvenu à
Ce roi, modèle des amis, s'attendait à ce elle porta la désorganisation dans l'armée
sortir
de la ville et à gagner le faubourg par
que, pour le punir de la fidélité inaltérable qui, sans cela, pouvait arriver en France en~
lequel l'armée s'écoulait. Il s'arrêta et mit
qu'il avait eue pour l'empereur des Français
core très puissante. Or, la belle résistance pied à terre au dernier pont, celui dit cfa
les souverains alliés lui arracheraient so~ que ces faibles débris opposèrent aux alliés
Moulin, et ce fut alors seulement qu'il fit
royaume, et cependant, ce qui l'affligeait le pendant _trois mois. dém_ontra assez ce que
plus, c'était la pensée que son armée s'était nous aur10ns pu faire s1 tous les guerriers charger la mine du grand pont. Il adressa de
déshonor:ée en passant à l'ennemi. Napoléon français qui avaient survécu à la (Trande ba- là aux maréchaux Ney, Macdonald et Poniatowski l'ordre de conserver la ville encore
ne pouvait consoler ce digne vieillard, et ce taille eussent repassé le Rhin en °conservant
pendant vingt-quatre heures, ou du moins
ne fut ~u'ave? p~ine qu'il ob}int de lui qu'il leurs armes et leur organisation! ... La France
jusqu'à la nuit, afin de laisser au parc d'arresterait à Le1pz1g dans ses Etats et enverrait eût probablement repoussé l'invasion ....
tillerie, ainsi qu'aux équipages de l'arrièreun de ses ministres vers les confédérés pour
Mais il en fut autrement, car pendant que garde, le temps nécessaire pour traverser le
demander un accommodement.
Napoléon, par une générosité trop chevale~et émis_saire parti, !'Empereur fit ses resque et blâmable selon moi, refusait de faubourg et les ponts. Mais à peine l'Empead!eux au vieux roi de Saxe, à la Reine, à la fai_re incendier une ville ennemie, ce qui de- re~r, remonté à cheval, se fut-il éloigné de
princesse leur fille, modèle da toutes les ver- va1 t assurer sans coup férir la retraite d'une mille pas sur la route de Lützen, que tout à
tus, qui avait suivi son père jusque sous les ~~rti~ de son armée, le prince royal de Suède, coup on entendit une terrible explosion!. ..
Le grand pont de !'Elster venait de saucanons ennemis. La séparation fut d'autant l md1gne Bernadotte, blâmant le peu d'arter!.
.. Cependant, les troupes de Macdonald,
plus t~uchante que l'on apprit que les alliés deur que les alliés mettaient à eiterminer les
de
Lauriston,
de Reynier et de Poniatowski ,
. .
refusaient de prendre aucun eno-arrement sur Français ses compatriotes, lança toutes les
ams1
que
plus
de deux cents pièces d'artillele sor_t qu'ils r~servaient au mona;ie saxon ... . troupes placées sous ses ordres contre le fauCe pr1_nce allait donc se trouver à leur merci .. .. bourg de Taucha, s'en rendit maitre et péné- rie, se trouvaient encore sur le boulevard de
Il avait de belles provinces .... Que de motifs tra ainsi jusque sur les boulevards et dans la Leipzig, et tout moyen de retraite leur était
enlevé! Le désastre était à son comble!
pour que ~es ennemis fussent impitoyables ! ville.
Pour expliquer la cause de cette catasVers hmt heures du soir, la retraite comEntraînés par cet exemple, le maréchal
mença par les corps des maréchaux Victor et Blücher et ses Prussiens, ainsi que les Russes trophe, on a dit plus tard que des tirailleurs
~uge_reau, les am?ulances, une partie de l'ar- et les Autrichiens, font de même, et attaquent prussiens et suédois, auxquels les Badois
avaient ouvert les portes de Halle, s'étant
t1ller1e, la cavalerie et la garde impériale.
de toutes parts les derrières des colonnes glissés de proche en _proche jusqu'aux enviPendant que ces troupes défilaient à travers françaises, qui se retiraient vers le pont de
rons du pont où, réunis à des gardes saxons
le faubourg de Lindenau, les maréchaux Ney, Lindenau. Enfin, pour combler la mesure
Marmont et le général Reynier gardaient les une vive fusillade éclata auprès de ce pon; ils s'étaient emparés de plusieurs maisons e~
faubour_gs de Halle et de llosenthal. Les corps de !'Elster, seule retraite qui restât à nos tiraient sur les colonnes françaises, le sapeur
de Lauriston, de Macdonald et de Poniatowski tr?upes 1. .. Cette fusillade provenait des ba- chargé d~ mettre le feu à la mine, trompé par
entrèrept successivement dans la ville el taillons des gardes saxonnes qui, laissées en celte fusillade, pensa que l'ennemi arrivait,
s'établirent derrière les barrières dont les ville auprès de leur roi, et re&lt;Trettant de et que le moment d'exécuter sa consitrne et
, .
,
'
murs eta'.ent cren~lés. Tout ~tait ainsi disposé n'avoir pu déserter avec les autres0 régiments de fair~ sauter le pont était venu; il avait
pour qu ~ne résistance opmiâtre faite par de leur armé~, ~oulaient donner des preuves donc rrus le feu aux poudres. D'autres attrinotre amère-garde mît l'armée à mème de leur P~_l1'10tisme allemand, en attaquant buèrent cette déplorable erreur au colonel du
d'opérer régulièrement sa retraite. Néan- par detnete les Français q-ui passaient sur ~én!e Montfort, q~i, en a~ercevant quelques
moins, Napoléon, voulant éviter à la ville de la place du château où résidait leur souve- lira1lleurs ennemis, aurait, de son autorité
Leipzig les horreurs qui suivent toujours un rain !. .. En vain ce malheureux et vénérable privée, ordonné de mettre le feu à la mine.
combat dans les rues, avait permis aux ma- ~rince, paraissant au balcon du palais au mi- Cette derni?re version fut ad.optée par !'Emgistrats d'adresser une demande aux souve- heu des balles, criait à ses officiers et soldats : pereur, qm ordonna de mettre en jugement
rains alliés pour régler, par un armistice de &lt;&lt; Tuez-moi, lâches!... Tuez votre roi afin M. de Montfort, dont on fit le bouc émissaire
quelques heures, l'évacuation de la ville. Cette « qu'il ne soit pas témoin de votre dé;hon- de ce fatal événement; mais il fut démontré
pr~fosition ~hilanthropique fut rejetée, et les « neur !.. . » Les misérables continuèrent plus tard qu'il n'y avait pris aucune part.
Quoi qu'il en soit, l'opinion de l'armée acallies, dans l espoir que le désordre se met- d'assassiner les Français!... Alors, dans son
trait dans l'arrière-garde française et qu'ils indignation, le roi saxon, rentrant dans ses cus~ enc?r~ le majo~ général de négligence,
~n profiteraie~t, n'hésitèrent pas à exposer appartements, saisit le drapeau de sa "arde et et 1 on d1sa1t avec raison qu'il aurait dû con0
fier la garde du pont à une brigade entière
a une destruct10n totale l'une des plus 0arandes le jeta dans le feu !. . .
dont le gé:"~ral aurait été chargé, sous s;
villes de l'Allemagne.
Le coup de pied de l'âne fut donné à nos i-esponsabilité pe1·sonnelle, d'ordonner luiCe
fut
alors
que,
dans
leur
indi&lt;Tnation
troupes, en cette fatale circonstance, par un même d_e ~ettre le feu aux poudres lorsqu'il
1 •
,
b
,
~ usieurs gé1~er:1ux français proposèrent à
bataillon badois, qui, signalé pour sa lâcheté re~onna1tr_a1t que le moment était favorable.
l Empereur d assurer la retraite de son armée avait été laissé en ville pendant la bataille:
~n la ~assant dans l'intérieur de la ville et afin de fendre les bûches nécessaires pour Mais le prmce Berthier se défendait avec sa
1~cend1ant les faubourgs, excepté celui de chauffer les fours à pain ! ... Ces infâmes Ba- réponse habituelle : (( L'Empereur ne l'avait
pas ordonné, ... lJ
Li~denau, par lequel nos troupes s'écoule- dois, abrités derrière les fenêtres et les murs
Après 1~ rupture du pout, quelques-uns
raient,_ pendant que le feu arrêterait les de la grande boulangerie, tirèrent aussi sur
des Fra~çais ~u:quels cet événement coupait
ennemis.
nos soldats, dont ils tuèrent un grand la re_traite se Jeterent dans !'Elster, qu'ils esJe pe_nse que le refus de consentir à ce que nombre! ...
p~raient traverser à la nage. Plusieurs y parla retraite eût lieu sans combat nous donnait
Cependant, les Français résistèrent courale d~oit d'employer tous les moyens de défense geusement et se défendirent dans les maisons, vmrent : le maréchal Macdonald fut de ceuxposs~bles, et le feu étant le plus certain en et bien que toutes les armées alliées eussent là; mais le plus grand nombre, entre autres
par:11 cas, ?ous aurions dû nous en servir; pénétré en masse dans la ville, dont elle occu- le princ~ Poni~towski, se noJèrent, parce
mais Na_po!e?n ne put s'y résoudre, et cette paient les boulevards et les rues principales, que, apres avou traversé la rivière ils ne
magnamm1te exagérée lui coûta ~a couronne, nos troupes, malgré les pertes immenses pu~ent gravir ses bords fangeux, qu/ étaient
d'ailleurs bordés de tirailleurs ennemis.·

�..-

111STO'J{1.ll

Ceux de nos soldats qui étaient restés en
ville et dans les faubourgs après la rupture
du pont, ne songeant plus qu'à vendre chèrement leur vie, se barricadèrent derrière les
maisons et comballirent vaillamment toute la
journée et une partie de la nuit suivante;
mais les cartouches· leur ayant manqué, ils
furent forcés dans leurs retranchements improvisés et presque tous égorgés I Le carnage
ne cessa qu'à deux heures du matin! ...
Pendant cela, les souverains alliés, réunis
sur la grande place et ayant Bernadotte
'parmi eux, savouraient leur victoire et délibéraient sur ce qu'ils auraient à faire pour
en assurer le résultat.
On porte à 15 000 le nombre des Français
massacrés dans les maisons, et à 25 000 celui
des prisonniers. Les ennemis ramassèrent
250 pièces de canon.
Après le récit des événements généraux qui
terminèrent la bataille de Leipzig, je crois
devoir vous faire connaitre ceux qui ont particulièrement trait à mon régiment et au
corps de cavalerie de Sébastiani, dont il faisait partie. Comme nous avions repoussé pendant trois jours consécutifs les attaques des
ennemis et conservé notre champ de bataille,
l'étonnement et la douleur furent grands
parmi les troupes, lorsqu'on apprit le 18 au
soir que, faute de munitions de guerre, nous
allions battre en retraite! ... Nous espérions
du moins, et il paraît que c'était le projet de
!'Empereur, qu'elle se bornerait à aller derrière la rivière de la Saale, auprès de la place
forte d'Erfurt, où nous pourrions renouveler
nos provisions de poudre et recommencer les
hostilités. Nous montâmes dQnc à cheval le
18 octobre à huit heures du soir, et abandonnâmes ce champ de bataille sur lequel
nous avions combattu pendant trois jours et
oµ nous laissions les corps de tant de nos
infortunés et glorieux camarades.
A peine fùmes-nous hors du bivouac, que
nous éprouvâmes les inconvénients résultant
de la négligence de l'état-major impérial, qui
n'avait absolument rien préparé pour faciliter
la retrâite d'une armée aussi nombreuse!. ..
De minute en minute, les colonnes, surtout
celles d'artillerie et de cavalerie, se trouvaient
arrêtées au passage de larges fossés, de marais et de ruisseaux sur lesquels il eût été
cependant si facile de jeter de petit_s ponts! ...
Les roues et les chevaux enfonçaient dans la
boue, et la nuit étant des plus obscures, il y
avait encombrement partout; noire marche
fut donc des plus lentes, tant que nous fûmes
dans la plaine_et les prairies, et souvent complètement arrêtée dans la traversée des faubourgs et de la ville. Mon régiment qui faisait la tête de .colonne de la division d'Exelmans, qui ouvrait cette pénible marche, n'arriva au pont de Lindenau qu'à quatre heures
du matin de la journée du 19 octobre. Lorsque nous franchîmes ce passage, nous étions
bien loin de prévoir l'épouvantable catastrophe
dont il serait témoin dans quelques heures!
Le jour parut : la route, large et belle,
était couverte de nombreuses troupes de
toutes armes, ce qui annonçait que l'armée

serait encore considérable en arrivant sur la
Saale. L'Empereur passa .... Mais en longeant
au galop les flancs de la colonne, il n'entendit
pas les acclamations accoutumées qui signalaient toujours sa présence! ... L'armée était
mécontente du peu de soin qu'on avait mis à
assurer sa retraite dès son départ du champ
de bataille. Qu'auraient dit les troupes si elles
avaient été informées de l'imprévoyance avec
laquelle avait été dirigé le passage de !'Elster,
qu'elles venaient de traverser, mais où tant
de leurs camarades allaient bientôt trouver
la mort!...
Ce fut pendant la halte de Markranstadt,
petite ville située à trois lieues de Leipzig,
que nous entendîmes la détonation de la mine
qui détruisait le pont de !'Elster; mais, au
lieu d'en être peiné, chacun s'en réjouit, car
on ne mettait pas en doute que le feu n'eût
été mis aux poudres qu'après le passage de
toutes nos colonnes et pour empêcher celui
des ennemis.
Pendant les quelques heures de repos que
nous primes à Markranstadt, sans nous douter de la catastrophe qui venait d'avoir lieu
sur la rivière, je pus voir nos escadrons en
détail et connaître les pertes éprouvées par
le régiment durant la bataille des trois jours.
J'en fus effrayé!. .. Car elles s'élevaient à
149 hommes, dont 60 tués, parmi lesquels
se trouvaient deux capitaines, trois lieutenants et onze sous-ofriciers, ce qui était
énorme sur un chiffre de 700 hommes avec
lequel le régiment était arrivé sur le champ
de bataille le 1G octobre an matin. Presque
tous les blessés l'avaient été par les boulets
ou la mitraille, ce qui donnait malheureusement peu d'espoir pour leur guérison !... Mes
pertes se fussent peut-être élevées au double
si, pendant la bataille, je n'eusse pris la préeau tion de soustraire autant ciue possible mon
régiment au feu du canon. Ceci mérite explication.
li est des circonstances et des positions où
le général le plus humain se trouve dans la
pénible obligation de placer ses troupes en
évidence sous les boulets de l'ennemi; mais
il arrive aussi très souvent que certains ch~fs
étalent inutilement Jeurs lignes sous les batteries ennemies el ne prennent aucune mesure
pour éviter les pertes d'hommes, ce qui cependant est quelquefois bien facile, principalement pour la cavalerie, qui, par la vélocité
de ses mouvements, peut en un instant se
porter sur le point où elle est nécessaire, et
prendre la fo~mation qu'on désire. C'est surtout dans les grandes masses de cavalerie et
sur les grands champs de bataille que ces
précautions conservatrices sont les plus nécessaires, et où cependant on s'en occupe le
moins.
Ainsi, à Leipzig, le 16 octobre, Sébastiani,
général en chef du 2• corps de cavalerie,
ayant placé les nombreux escadrons de ses
trois divisions entre le village de Wachau et
celui de Liebert-Wolkwitz, en assignant approximativement à chaque général de division
l'emplacement que la sienne devait occuper,
celle d'Exelmans se trouva établie sur un ter-

rain ondulé, entrecoupé par conséquent de
petites buttes et de bas-fonds. Le corps d'armée formait une ligne considérable. Les ennemis avaient leur cavalerie à grande portée
de nous et ne pouvaient donc pas nous surprendre. Je profitai des bas-fonds qui existaient sur le terrain où notre brigade était
formée, pour y masquer mon régiment, qui,
ainsi garanti du canon et cependant se trouvant à son rang et prêt à agir, eut le bonheur
de voir s'écouler une grande partie de la journée sans perdre un seul homme, car les boulets passaient au-dessus des cavaliers, tandis
que les corps voisins éprouvaient des pertes
notables .
Je me félicitais d'avoir si bien placé mes
escadrons, lorsque le général Exelmans, sous
prétexte que chacun devait avoir sa part de
danger, m'ordonna, malgré les représentations du général de brigade, de porter le
régiment à cent pas en avant de la ligne.
J'obéis, mais en très peu de temps j'eus un
capitaine tué, M. Bertin, et une vingtaine
d'hommes hors de combat. J'eus alors recours
à une nouvelle méthode : ce fut d'envoyer de
braves cavaliers, bien espacés, tirer des conps
de carabine sur l'artillerie des ennemis, qui,
à leur tour, firent aussi avancer des tirailleurs, de sorte que ces groupes des deux partis s'étant mis ainsi à tirailler entre les lignes,
les canonniers ennemis ne pouvaient faire feu
sur mon régiment, de crainte de tuer leurs
propres gens. Il est vrai que les nôtres éprouvaient le même embarras; mais ce silence de
l'artillerie des deux partis sur un point minime de la bataille était tout à notre avantage, les alliés ayant infiniment plus de canons que les Français. D'ailleurs, notre infanterie et celle dtJS ennemis étant en ce moment
aux prises dans le village de Liebert-Wolkwitz, la cavalerie française et la leur n'avaient
qu'à attendre l'issue de ce terrible combat;
il était inutile qu'elles se démolissent mutuellement à coups de boulets, et mieux: valait
s'en tenir à un engagement entre des tirailleurs qui, la plupart du temps, brûlent leur
poudre aux moineaux. Aussi mon exemple
fut-il suivi par tous les colonels des autres
brigades, et les ennemis placé, devant elles
ayant aussi fait taire leurs canons, la vie de
bien des hommes fut épargnée. Un plus grand
nombre l'eût été si le général Exelmans ne
fût venu ordonner· de faire rentrer les Li railleurs, ce qui devint le signal d'une grêle de
boulets que les ennemis lancèrent sur nos
escadrons. Heureusement, la journée tombait
à sa fin.
C'était le 16 au soir. Tous les colonels de
cavalerie du 2• corps s'étaient si bien trouvés
de celte manière d'épargner leurs hommes
que, d'un commun accord, nous l'employàmes
tous dans la bataille du 18. Quand les corps
ennemis Liraient le canon, nous lançions nos
tirailleùrs, el, comme ils auraient enlevé les
pièces si on ne les eût défendues, nos adversaires étaient contraints d'envoyer des tirailleurs contre les nôtres, ce qui, des deux
côtés, paralysait l'artillerie. Les chefs de la
cavalerie ennemie placés en face de nous,

�msT0~1.ll----------------------ayant probablement deviné et approuvé le
motif qui nous faisait agir, firent de même,
de sorte que dans la troisième journée les
cA1nons attachés à la cavalerie des deux partis
furent beaucoup moins employé~. Cela n'empêchait pas de s'aborder mutuellement dans
des charges vigoureuses, mais au moins elles
avaient pour but d'attaquer ou de défendre
une position, e~ alors on ne doit pa; s'épargner, tandis que les canonnades sur place,
qui ont trop souvent lieu de cavalerie à cavalerie, ne servent qu'à faire périr inutilement
beaucoup de braves gens. Voilà ce qu'Exelmans ne voulait pas comprendre; mais tomme
il courait sans cesse d'une aile à l'autre, dè~
qu'il s'éloignait d'un rPgiment, le colonel
lançait ses tirailleurs en avant et le canon se
taisait.
Tous les généraux de cavalerie, ainsi que
Sébastiani, furent tellement persuadés des
avantages de cette méthode qu'Exelmans reçut enfin l'ordre de ne plus agacer les canonniers ennemis en faisant tirer les nôtres sur
eux, lorsque nos escadrons, étant en observation, n'avaient ni attaque à faire ni à repousser.
Deux ans plus tard, j'employai ce même
système à Waterloo devant l'artillerie anglaise, et je perdis beaucoup moins de monde
que si j'eusse agi autrement. Mais revenons à
Markranstadt.

CHAPITRE XXXI
Je recueille sur l'Elslcr les débris de notre armée. Massacre de cinq ccnls brigands alliés. - Relraile
sur la Saale. - Erfurt. - '.\lurat quitte l'armée.
- Les Austro-Bavarois à Hanau. - Je force le défilé
de Gelnbausen, sur la l(insig. - L'armée dennt
Hanau.

Pendant la halte que !'Empereur et les divisions sorties de Leipzig faisaient en ce lieu,
on apprit le funeste événement de la rupture
du pont de Lindenau, qui privait l'armée de
presque toute son artillerie, de la moitié de
ses troupes restées prisonnières, et livrait des
milliers de nos camarades blessés aux outrages
et au fer de la soldatesque ennemie, enivrée
et poussée au massacre par ses infâmes officiers! La douleur fut générale !... Chacun regrettait un parent, un ami, des camarades
aimés 1... L'Empereur parut consterné! ...
Cependant, il ordonna de faire rebrousser
chemin jusqu'au pont de Lindenau à la cavalerie de Sébastiani, afin de recevoir et de
protéger les hommes isolés qui auraient pu
franchir la rivière sur quelques points, après
la catastrophe causée par l'explosion de la
mine.
Afin de hâter le secours, mon régiment et
le 24° de chasseurs, qui étaient les mieux
montés du corps d'armée, reçurent l'ordre de
précéder cette colonne ef de partir au grnnd
tmt. Le général Wathiez étant indisposé, je
dus, comme étant le plus ancien colonel, le
remplacer dans le commandement de la brigade.
Dès que nous eûmes parcouru la moitié
de la distance qui nous séparait de Leipzig,

nous entendîmPs de nombreux coup de fusil,
et, en approchant des faubourgs, nC'us distinguâmes les cris de désespoir jetés par les
malheureux Français qui, n'ayant plus aucun
moyen de retraite, manquant de cartou"hes
pour se défendre, traqués de rue Pn rue, de
maison en maison, et accablés par le nombre,
étaient lâchement égorgés par les ennemis,
surtout par les Prussiens, les Badois et les
gardes saxonnes.
Il me serait impossible d'exprimer la
fureur qu'éprouvèrent alors les deux régiments que je commandais 1... Chacun respirait la vengeance et pensait à regret qu'elle
était à peu près impossible, puisque l' Elster,
dont le pont était brisé, nous séparait des
assassins el des victimes! Notre exaspération
s'accrut encore lorsque nous rencontrâmes
environ 2,000 Français, la plupart sans vêtements et presque tous blessés, qui n'avaient
échappé à la mort qu'en se jetant dans la
rivière et l'avaient traver~ée à la nage au milieu des coups de fusil qu'on leur tirait de la
rive opposée! ... Le maréchal Macdonald se
trouvait parmi eux; il n'avait dû la vie qu'à
sa force corporelle el à son habitude de la
natation. Il était complètement nu, et son
cheval s'était noyé. Je lui fis donner à la hâte
quelques vêtements el lui prêtai le cheval de
main qui me suivait constamment, ce qui lui
permit d'aller au plus tôt rejoindre !'Empereur à Markranstadt el d&amp; lui rendre compte
du désastre dont il venait d'être témoin et
dont un des principaux épisodes était la mort
du maréchal Poniatowski, qui avait péri dans
les eaux de !'Elster.
Le surplus des Français qui étaient parvenus à franchir la rivière s'étaient vus obligés
de se débarrasser de leurs armes pour pouvoir nager et n'avaient plus aucun moyen de
défense; ils couraient à travérs champs pour
éviter de tomber dans les mains de 4 à 500
Prussiens, Saxons et Badois, qui, non contents de s'être baignés dans le sang français
pendant les massacres exécutés dans la ville
et les faubourgs, avaient, au moyen de poutres
et de planches, établi une passerelle au-dessus des arches du pont que la mine avait détruit, et s'en étaient servis pour traverser
!'Elster et venir tuer ceux de nos malheureux
soldats qu'ils pouvaient atteindre sur la route
de Markranstadt !. ..
Dès que j'aperçus ce groupe d'assassins,
je prescrivis à M. Schneit, colonel-du 2/4C, un
mouvement qui , concordant avec ceux de
mon régiment, enferma tous les brigands
dans un vaste demi-cercle, el je fis à l'instant
sonner la charge!. .. Elle fut terrible, effroJable l. .. Les bandits, surpris, n'opposèrent
qu'une très faible résistance, el il en fut fait
un très grand massacre, car on ne donna
quartier à aucun! ...
J'étais si outré contre ces misérables qu&lt;',
avant la charge, je m'4tais bien promis de
passer mon sabre au travers du corps de tous
ceux qui me tomberaient sous la main. Cependant, me trouvant au milieu d'eux et les
voyant ivres, sans ordre et sans autres chefs
que deux officiers saxons qui tremblaient à

l'approche de notre vengeance, je compris
qu'il ne-s'agissait plus d'un combat, mais
d'une exécution, et qu'il ne serait pas bien à
moi d'y participer. Je craignis de trouver du
plaisir à tuer de ma main quelques-uns de
ces scélérats I Je remis donc mon sabre au
fourreau el laissai à nos cavaliers le soin
d'exterminer ces assassins, dont les deux
tiers furent couchés morts sur place! ...
Les autres, parmi lesquels se trouvaient
deux officiers et plusieurs gardes saxons,
s'enfuirent vers les débris du pont, dans l'espoir de traverser de nom-eau la rivière sur la
passerelle; mais, comme on ne pouvait y
marcher qu'un à la fois, et que nos chasseurs les serraient de prP.s, ils gagnèrent une
grande auberge voisine, d'où ils se mirent à
tirer sur mes gens, aidés en cela par quelques
pelotons badois et prussiens postés sur la
rive oppo3ée.
Comme il était probable que le bruit de ce
combat attirerait vers le pont des forces considérables, qui, sans franchir la rivière,
pourraient détruire mes deux régiments par
une vive fusillade et quelques coups de canon, je résolus de hâter 1la conclusion, el fis
mettre pied à terre à la grandfl majorité des
chasseurs, qui, prenant leurs carabines et
bien munis de cartouches, attaquèrent l'auberge par ses derrières et mirent le feu aux
écuries et aux greniers à foin! ... Les assassins que renfermait ce bàtiment, se voyant
alors sur le point d'être atteints par les
flammes, essayèrent de faire un" sortie; mais
à mesure qu'ils se présentaient aux portes,
nos chasseurs les Luaien L à coups de carabine!
En vain ils députèrent vers moi un des
officiers saxons; je fus impitopble et ne
voulus pas consentir à traiter en soldats crui
se rendent après s'être honorablement défendus, des monstres qui avaient égorgé nos
camarades prisonniers de guerre! Ainsi les
4 à 500 assassins prussiens, saxons et badois
qui avaient' franchi la passerelle furent tons
exterminés!. .. J'en fis prévenir le général
Sébastiani, qui arrêta à mi-chemin les autres
brig:tdes de cavalerie légère.
Le feu que nous avions allumé dans les
greniers à fourrages de l'auberge gagna bientôt les habitations voisines. Une grande par•
Lie du village de Lindenau , qui borde les
deux côtés de la grande route, fut brûlée, ce
qui dut arrêter le rétablissement du pont et
le passage des troupes ennemies chargées de
poursuivre et d'inquiéter l'armée française
dans sa retraite.
Cette prompte expédition terminée, je ramenai la brigade à Markranstadt, ainsi que
les 2,000 Français échappés à la catastrophe
du punt. Il y avait parmi eux plusieurs officiers de tous grades; !'Empereur les questionna f\t voulut connaître ce qu'ils savaient
relativement à l'explosion de la mine et aux
massacres commis par les alliés sur les Franpis prisonniers de guerre. li est probable
que ce triste récit fit regretter à Napoléon de
n'avoir pas suivi le conseil qui lui avait été
donné, le matin, d'assurer la retraite de son

,

_________________

.JlfÉ.M01'1rEs DU GÉNÉ"R._Jll. BA"R._ON DE .JlfA"R.,BOT

armée et d'empêcher les ennemis de nous
Ap_rès arnir passé la Saale, Napoléon reLe général de Wrède côtoyait notre armée
attaquer pendant ce mouvement, en leur bar- mercia et congédia les officiers et quelques
à
deux journées de marche et se trouvait
rant le passage par le feu mis aux faubouro-s troupes de la Confédération du Rhin qui, soit
déjà à Wurzbour~ avec 60,000 hommes. li
et même, au besoin, à la ville de Leipzi~
par honneur, ou faute d'occasion d'abandond
o•
ont presque tous les habitants s'étaient en- ner notre armée, se trouvaient encore dans en détacha 10,000 sur Francfort, et avec les
50,000 autres il se dirigea vers la petite
fuis pendant la bataille des trois jours.
ses rangs. L'Empereur poussa même la ma- place forte de Hanau, afin de barrer le pas_Da~s le ,retour offensif que je venais de gnanimité jusqu'à laisser les armes à tous
faire Jusqu au pont de Lindenau la brio-ade ces mililaires, qu'il avait le droit de retenir sag: au_x Français. Le général de Wrède, qui
•
'
0
que Je commandais avait eu seulement trois comme prisonniers, puisque leurs soul'erains avait _fait la campagne de Russie avec nom,
blessés, dont un de mon réo-iment • mais s'étaient rangés parmi ses ennemis. L'armée croyait trouver l'armée française dans le dé~'étai~ un des plus intrépides° et d;s plus franç.aise continua sa retraite jusqu'à Erfurt, plorable état auquel le froid el la faim
mtelhgents sous-officiers. Il avait la décora- sans autre événement que le combat de Ko- avaient réduit les débris de celle de Moscou
tion de la Légion d'honneur et se nommait sen, où une seule division française battit un lorsqu'elle parvint sur la Bérésina. Mai~
Foucher. ~ne ball~, ~eçue à l'allaque de l'au- corps d 'ar~ée autrichien et fit prisonnier le nous lui prouvâmes bientôt que, malgré nos
malheurs, nous avions encore des troupes en
berge qu 11 fallait mcendier, lui avait fait comte _de Gmlay, son général en chef.
bon
étal, et suffisantes pour battre des Ausquatre trous, en traversant ses deux cuisses
TouJours séduit par les espérances d'un
de part en part! ... Malgré cette grave bles- grand retour offensif vers l'Allemagne et par tro-Bavarois !
Le général de Wrède, ignorant que depuis
sure, le courageux Foucher fit toute la reles ressources que lui offriraient, en pareil
traite à cheval, ne voulut point entrer à l'hô- cas, les places fortes dont il était contraint Erfurt l_es troupes de ligne des alliés, que
pital d'~rfurt, auprès duquel nous passâmes de s'éloigner, Napoléon établit une nom- nous avions combattues à Leipzia ne nous
peu de Jours après, et sui vit le régiment jus- breuse garnison à Erfurt. JI avait laissé à su.ivaient plus que de fort loin, éf~it devenu
lres entreprenant et croyait nous mettre
qu'en France. Il est vrai que ses camarades
Dresde 25,000 hommes et le maréchal Saintet tou_s les cavali~rs de son peloton prenaient Cyr; à Hambourg, 50,000, sous le maréchal e~tre deux feux. Cela ne lui était pas poss1bl~; cependant, comme plusieurs corps enun som tout particulier de lui : il le méritait
Davout, et les nombreuses places de l'Oder et nemis cherchaient à déborder notre droite
à tous égards.
de l'Elbe étaient aussi ardées en proportion
~n m'éloignant de Leipzig, où les alliés de leur importance : c: furent de nouvelles par les montagn~s de la Franconie, pendant
avaien~ é~orgé _des milliers de prisonniers pe:,tes à ajouter à celles que nous coûtaient que les Davar01s se présentaient en tête
notre sit?atio~ pouvait devenir critique.
'
français, Je craignais pour les malheureux
déJa les forteresses de Danzig et de la Vistule.
Napoleon, s elevant alors à la hauteur du
blessés de mon régiment que j'y avais laissés,
Je ne répéterai point, à cette occasion ce danger, marcha vivement sur Hanau, dont
et au nombre desquels se trouvait le chef
que j'ai dit sur l'inconvénient de dissémlner les, avenues sont couvertes par d'épaisses
d'escadrons Pozac; mais, heureusement, le
une trop grande partie de ses forces pour forets et surtout par le célèbre défilé de
faubourg éloigné dans lequel je les a vais
conserver des places dont on était forcé de Gelnhausen, que traverse la Kinzia. Ce cours
logés ne fut pas visité par les Prussiens.
s'éloigner.
d'eau, dont les rives sont très esca~pées, coule
Vous avez vu que, pendant le dernier jour
Je me bornerai à dire que Napoléon lais~a entre deux montagnes qui ne laissent entre
de la grande bataille, un corps autrichien
dans les forteresses de J'Allemagne 80,000 elles qu'un étroit passage pour la rivière, le
ayant voulu nous couper la retraite en s'emsoldats, dont pas un seul ne revit la France long de laquelle on a établi une très belle
parant de Lindenau, où passe la "rande route
avant la chute de l'Empire, qu'ils eussent grande route, taillée dans le roc et allant
qui conduit à Weissenfels et de à Erfurt
peut-être prévenue si on les avait réunis sur de Fulde à Francfort-sur-le-Meid, par Hal'Empereur 1:a~ait fait repousser par le~ nos frontières!
nau.
tro~pes du general Bertrand. Celui-ci, après
L'arse~al ?'Erf?rt répara les pertes de
~e co:ps ,de cavalerie de Sébastiani, qui
avo~r r~uvert les communications, avait ganot:e artillerie. L Empereur, qui jusque-là ~va1t ,!ait I avant-garde depuis Weissenfels
gne W;1ssenfels, où nous le rejoignîmes.
a-vait supporté les rel'ers avec une fermeté Jusqu a Fulde, où l'on entre dans les monApres les pertes que nous avait occasionst~ïque, fut cependant ému par l'abandon du
tagnes_, devait être r~mplacé par l'infanterie,
nées la rupture du pont de Lindenau il
roi Murat, son beau-f1·ère, qui, sous préen arm:3nt s~r ?e pomt. Je n'ai jamais connu
n'était plus possible de songer à arrêter ~ur
t~~t~ d'aller défendre son royaume de Naples,
la S~ale ce 9ui restait ~e l'armée française ; s elo1gn~ de Napoléon auquel il devait tout! ... le~ m_ot1fs qm s opposèrent à ce que ce grand
p_rmc1pe de guerr~ fût suivi dans celte grave
~uss1 Napoleon passa-t-il cette rivière. Quinze
Murat, Jadis si brillant à la aucrre n'avait
c1_r~o~stance; mais, à notre élonuement, la
Jours avant la bataille, ce cours d'eau lui
.rien fait de remarquable pend~nt ce~le cam- d1VJs10n de cavalerie légère d'Exelmans contioffrait ~ne_ po,sition inexpugnable qu'il avait pagne de 1815. li est certain que ce prince
n~~ de marcher en a\'ant de l'armée. Mon
alors deda1gnee pour courir les chances d'un
bien_ qu'il fût encore dans nos rangs, entre~ r~giment et le 24• de chasseurs étaient en
engagement général en pays découvert, en se
tenait une correspondabce avec M. de Metter°:1ettant à dos trois rivières et une grande nich, premier ministre d'Autriche, qui, en te~e. Je commandais la brigade. Nous appr1mes_ par les p~ysans que l'armée austroville qui présentaient des défilés à chaque
mettant sous ses yeux l'exemple de Berna- bavaro1se occupait déià Hanau et
,
pas!. .. L~ g_rand capitai.~e avait trop compté dotte, lui garantissait au nom des souverains f
d' . .
. ~
,
qu.une
orle 1v1s10n
renait
au-devant
des
Fra
.
sur son eto~le et sur I mcapacité des géné- allié~ la conservation de son royaume, s'il
d.
nça1s,
raux ennemis.
pour 1e~r 1sputer le passage du délilé.
venait se ranger parmi les adversaires de
A~a situation, comme chef d'avanl-rrarde
Dans le fait, ceux-ci commirent des fautes
~apoléon. Ce f_ul à Erfurt que Murat quitta de_v1~t alors fort cri tique; car comment pou~
tellement grossiores que non seulement mal! armée _française, et, à peine arrivé à Naples, vais-Je,_ sans un seul fantassin et avec de la
gré l'immense supériorité du nomb;e de 11 se prepara à nous faire la guerre.
cavalerie resserrée entre de hautes mon tao-ne·
leur~ troupes, ils ne purent, pendant une
_Ce fut aussi à Erfurt que !'Empereur apbataille de trois jours, nous enlever un seul prit la _manœuvre audacieuse des Bavarois, et un torrent infranchissable combat1re"de~
· d dont les éclaireurs,
'
grimpants
des villages q.ue nous défendions ; mais j'ai ses anciens alliés, qui, après avoir trahi sa troupes a• pie
sur les rochers, allaient nous fusiller à bout
entendu le roi des Belges, qui servait alors
cause et ~'être réunis à un corps autrichien portant? J'envoyai sur-le-champ à la queue
dans l'armée russe, arnuer devant le duc
et_ à plusieurs pulks de Cosaques, s'étaient
?'~rléans que, par deux fois, les alliés furent mis en marche sous le commandement du de !a colonne prévenir le général de division.
Jeles da_ns une telle cunfusiou que l'ordre de gén_éral comte de Wrède, qui non seulement mais E~~lm~ns fut introuvable. Cependant'
co~meJ ara~s_o~dre d'avancer et ne pouvai~
la retraite fut donné à leurs armées! Alais les
ava1,t la _prétenti~n de s_'opposer au passage
événements ayant changé, ce fut la nôtre qui de 1 armee française, -mais encore de la faire arreter
t'
. les d1v1s1ons qui me suivaient ,J·e con1~ua1 ma marche, lorsqu'à un coude
dut céder à la mauvaise fortune!
prisonnière, ainsi que son empereur 1
fait la vallée, mes éclaireurs me firent pré~~~
0

là

�111STO'J{1JI
mort, lorsque son camarade, dégrisé par ce
nir qu'ils étaient en face d'un détachement des vainqueurs qui poursuivaient les vaincus, terrible spectacle, protesta que ni l'un ni
je n'étais pas sans inquiétude sur la conclude hussards ennemis.
l'autre n'avaient jamais mis les pieds en
Les Austro-Bavarois avaient commis la sion de cet étrange combat, car l'affaissement France, mais qu'étant nés à Vienne, de pades montagnes qui bordaient des deux côtés
même faute que nos chefs; car si ceux-ci faila Kinzig annonçait que nous approchions du rents parisiens naturalisés Autrichiens, ils
saient attaquer avec de la cavalerie un long et
point où se termine la vallée, et il était pro- avaient été considérés comme regnicoles et
étroit défilé dans lequel dix à douze chevaux
forcés, comme tels, d'obéir à la loi du recruseulement pouvaient passer de front, nos en- bable que nous trouverions là une petite tement et d'entrer dans le régiment qu'on
nemis envoyaient de la cavalerie pour dé{en- plaine garnie d'infanterie, dont la fusillade et leur avait désigné. Pour prouver ce qu'il
clre un passage où cent voltigeurs auraient le canon devraient nous faire payer bien cher a,ançail, il montra son füret et celui de son
arrêté dix régiments de cavalerie! Ma joie fut notre succès. Mais heureusement il n'en fut infortuné compagnon, qui constataient le fait.
donc extrême en voyant que l'ennemi n'avait rien, el, en sortant du défilé, nous n'aper- Cédant enfin aux instances de ses aides de
çûmes pas un fantassin, mais seulement de
pas d'infanterie, et comme je savais par expécamp, Exelmans consentit à épargner cet inrience que lorsque deux colonnes de partis la cavalerie, dont faisait partie le gros du nocent.
divers se rencontrent sur un terrain étroit, la régiment des hussards de Ott que nous ,eEntendant alors le bruit du combat qui
nions de si malmener et qui, dans sa frayeur,
victoire esl à celle qui, fondant sur la tête de
commençait,
le général voulut gagner la lête
continua sa fuite précipitée et entraîna une
l'autre, la pousse toujours sur les fractions
de
la
colonne
que je commandais; mais,
quinzaine d'escadrons, qui se retirèrent sur
qui sont derrière elle, je lançai au triple galop
arrivé à l'entrée du défilé, il lui devint imma compagnie d'élite, dont le premier peloton Hanau.
Le général Sébastiani fil alors déboucher possible d'y pénétrer el d'y trom·er place dans
put seul aborder l'ennemi; mais il le fit si
ses trois divisions de cavalerie, que vinrent les rangs, tant était rapide le galop des deux
franchement que la tête de la colonne autribientôt appuyer l'infanterie des maréchaux régiments qui l'occupaient en poursuivant les
chienne fut enfoncée et tout le reste mis dans
Macdonald et Victor, et plusieurs batteries. ennemis. Après l'avoir tenté à maintes reune si grande confusion que mes cavaliers
Enlin, \'Empereur et une partie de sa garde prises, le général fut bousculé avec son cheval
n'avaient qu'à pointer.
parurent, et le surplus de l'armée françai~c et roula dans la Kinzig, où il fut sur le point
Nous continuâmes cette poursuite pendant
de se noyer.
plus d'une heure. Le régiment ennemi que suivait.
L'Empereur, se préparant à combattre,
C'était le 29 octobre au soir; on établit les
nous avions devant nous était celui de Olt.
bivouacs dans un bois voisin; nous n'étions profila de la nuit pour diminuer la file des
Jamais je ne vis de hussards aussi beaux. Ils
qu'à une lieue de Hanau el de l'armée austro- voitures. Tous les bagages furent dirigés vers
arrivaient de Vienne, où on les avait complèla droite, sur Coblenlz, sous l'escorte de
tement habillés de neuf. Leur costume, bien bavaroise.
quelques bataillons et de la cavalerie des géqu'un peu théâtral, faisait un très bel effet :
néraux Lefebvre-Desnouettes et Milhau. Cc fut
CHAPITRE XXXI 1
pelisse, dolman blancs, pantalon et shako
un grand allégement pour l'armée.
amarante; tout cela propre el luisant à plaisir. t:pisode. - Bataille de Hanau. - Retraite sur le
Le 50 au matin, l'Empereur n'avait encore
On aurait dit qu'ils venaient du bal ou de
llhin. - Dcrni1•rs efforts des ennemis. - A:o/a11.
à sa disposition que les corps d'infanterie de
jouer la comédie!. .. Cette brillante tenue con- Fuite de CzermchcfT. - l\cconstitution des Macdonald et de Victor, qui ne présentaient
corps de troupes.
trastait d'une étrange façon avec la toilelle
qu'un elfectif de 5,000 baïonnettes, soutenu
plus que modtJsle de nos chasseurs, dont
Voici maintenant quels motifs avaient re- par les divisions de cavalerie de Sébastiani.
beaucoup portaient encore les vêlements usés
Du côté par lequel nous arrivions, une
avec lesquels ils avaient bivouaqué pendant tenu Exelmans en arrière lors de notre pas- grande forêt que la route traverse couvre les
dix-huit mois, tant en Russie qu'en Pologne sage dans le défilé. Avant l'entrée de la approches de Hanau. Les gros arbres de cette
et en Allemagne, et dont les couleurs dis- vallée, les éclaireurs lui avaient présenté deux forêt permettent d'y circuler sans trop d'emtinctives s'étaient effacées au contact dè la soldats autrichiens faits prisonniers au mo- barras. La ville de Hanau est bàtie sur la rive
fumée du canon et de la poussière des champs ment où, éloignés de leur armé&lt;', ils marau- opposée de la Kinzig.
de bataille; mais sous ces habits râpés se daient et bu vaienl dans un village isolé. ExelLe général de Wrèdc, qui ne manquait
trouvaient des cœurs intrépides et des mem- mans, les a)'ant fait queslionner en allemand pourtant pas de moyens militaires, avait combres vigoureux! Aussi les blanches pelisses par un de ses aides de c:imp, fut très étonné mis la faute énorme de placer son armée de
qu'ils répondissent en bon français et leur
des hussards de Otl furent-elles horriblement
demanda oit ils avaient si bien appris noire telle sorte qu 'clic avait la rivière à dos, ce
ensanglantées, et ce régiment coquet perdit,
langue. Un de ces malheureux, à moitié iHe, qui la privait de l'appui qu'auraient pu lui
tanl en tués qu'en blessés, plus de 200 homdonner les fortifications de Hanau, avec lesmes, sans qu'aucun des nôtres reçùt le plus croyant alors se donner de l'importance , qudles le général bavarois ne pouvait competit coup de sabre, les ennemis ayant tou- s'écria qu'ils étaient Parisiens! A peine ces muniquer que par le pont de Lamboy, qui
jours fui sans avoir une seule occasion de se mols étaient-ils prononcés que le général, restait son seul moyen de retraite. Il est vrai
furieux de voir des Français porter les armes
retourner. Nos chasseurs prirent un grand
contre
leurs compatriotes, ordonna qu'on les que la position occupée par lui barrait la
nombre d'excellents cheYaux et de pelisses
fusillàl sur-le-champ. On les saisit, et le roule de Francfort cl de France, el qu'il se
dorées.
croyait certain de nous empècher de forcer le
Toul allait bien pour nous jusque-là ; ce- pauvre garçon qui, pour faire le gentil, s'était
passage.
vanté
d'être
Français,
venait
d'être
mis
à
pendant, en suivant au grand galop le torrent
(A

suivre.)

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

HENRY ROUJON
derAcadémie franpise. '
~

Rosalie Duthé
Catherine-Rosalie Gérard, qui fut illustre un certain charme, et nous avons le de\'oir
sous le nom de füle Oulhé, mourut 11 Paris de reconnaître que le baron Lamothe avait
en 18:i0, ayant de bonne heure connu la du talent.
gloire; 1•llc arnit mis qualre-,in"t-deux ans 11
Et ,oilà justement où Pst son tort. De vrais
acqu_érir la considération. O~togénaire, à Mémoires de mie Duthé seraient plus inno&lt;lem1 aYeugle, Mlle Duthé était classée au cents. Cette célèbre personne n'eut d'autre
titre de monument historique. On aimait, on gén_ie que d'être parfaitement belle. Elle
respectait quasiment en elle un des derniers avait bien appris au couvent un minimum
témoins des grâces de l'ancien régime. Trois ~·orthographe, mais le souci de sa carrière
ans nprès sa mort, paraissaient chez le libraire l empêcha très Yile d'acquérir de la liUéra)lénard! ~lac~ de ~a Sorbonne, quatre \'O- l~re. Les. quelques billets que l'on possède
lumes mt1tulcs : Galanteries d'une demoi- d ~Ile tralussent une aimable insouciance des
~elle du monde ou Som•enfrs de !,Ille Du thé. lots du style. Si elle avait raconté elle-même
La première ,·ersion de cet ouHage est de- s~s aventures, elle en eût fait un livre déliYenue d'une exlrème rareté. Un él'rivain cieusement bête. Le factum de Lamothepassionné pour l'histoire du tlu1àtre M. Paul Langon est intelligent jusqu'au malaise. Ce
Ginisty, nous en donne une édilion 'nouvelle. polygraphe était un pince-sans-rire. Nous
Il accompagne sa publication de notes dis- raco~te-t-il comment la jeune Rosalie fut
crètes, ne voulant point tomber dans le tra- admise, en qualité de surnuméraire, dans
vers de documenter à l'excès une histoire fri- les c_hœu~s ~e l'Opéra, - !'Opéra était alors
vole. « J~ ~ens, dé?!are sagement M. Ginisly, un !1,eu_ d a_s1le - il fera dire à son héroïne :
tout le r1d1~ule qu 11 y aurait à trop appuyer
eta1t! a. celle bonne époque, urL brevet
s~r ce~lc ex1~tcnce légère. » Quelqu'un disait d cmanc1pallon accordé à toute fille innocente
d,un l~vr~ recent, consacré à la biograpbie ,oulanl ,ivre dans l'indépendance et sans êlr;
d une JOiie femme : « C'est un pa\'é 5ur une à charge à ses parents. ,, Il est visible que le
rose. » Hosalie Outhé, liuéè au zèle d'un b~ron y met du sien; Mlle Uuthé a dù lui
commentateur maladroit, s'écraserait &lt;le dtre quelque chose de semblable, mais avec
même douloureuse~ent. Il sied de la présen- plus de touchante candeur.
ter du bout des doigts, comme une curiosité
Tel qu'il est, ce livre, un peu scandaleux,
fragile.
Ces Souv~11irs ont un défaut, qui est pour
des Souvenirs le plus grave de tous; ils sont
apocryphes. M. Ginisty nous en prévient tout
d abord. Transformée en douairière vénérée
si,non vénéra?le, Mlle Duthé donnait de pelil;
dmer~ fins a quelques amis; elle complait
parmi. ses . hôtes le baron Lamothe-Lanaon
0
•
r~n~1tonoa1re retraité qui se faisait une spéc1a hté des faux Mémoires. Ce fut, on le sait
d~ reste, pendant la première moitié du
d1x~neuvième siècle, une industrie des plus
florissantes. L~o~he-Lan_gon, aussitôt après
le décès de sa v1CJ1le amie, se mit à rédiger
les confidences qu'il prétendait avoir recueillies. Agit-il là comme un vuh!aire faussaire, ou peu~-oo accorder à son témoignage
quel~u_e crédit? &lt;&lt; Il ne faut point, observe
Gm1sty, regarder avec trop de dédain les
livres apocryphes écrits à une certaine époque
el dans certaines circonstances. » La remarque est parfaitement juste. II n'esl pas
douteux que le baron de Lamothe-Lanoon
fréquenta Mlle Duthé pendant sa ,ieille~se
RuSALŒ 0 UTIIÉ.
conteuse; il était potinier et interro"ant · elle
o
d_eva1l. s 'l,
a andonoer complaisamment
au ,plaisir de. raconter ses campagnes. Ces pseudo- ne ~oil pas _être dédaigné par les amis de la
mém~1res demeurent probables, s'ils ne sont pe~1lc b1sto1re. Ce fot presque un fonctionpas rigoureusement vrais. Ils ont en outre naire que Mlle Duthé. Elle a rempli des mis-

«,?

)!.

sions officielles. Lorsque le jeune roi de
Danemark Christian \ïl vint faire à Paris un
voyage d'études, Rosalie fut un numéro du
programme imposé à celui que les Me'tnoires
secrets appelaient le« moderne Télémaque ,, .
Les choses se passèrent le plus décemment
~~ mond:, \et tout à f~il comme elles se pas_a1ent _naoucr~ au; Variétés, quand on yjouait
Le Rot. Sa Ma;esle danoise dut prononcer avant
Brasseur la parole célèbre : cc Ah! que
J. aime la France! » Et ici encore, nous en
~ou,l_ons_ au ~aron Lamolhe-Langon de prêter
a I_ mst1lutr1ce de Christian VII des mélancolies trop philosophiques. li tient vraiment
la p,lume_ sous la dictée de Mlle Duthé, alors
qu il écrit celle phrase si simple et si déce~le ; , cc !e f~s discrète touchant l'honneur
qui m ~lart fa_1t: » )lais l'auteur professionnel
reparait aussrtot : « C'est chose sacrée et
très vénérable que la personne d'un mon?rque, et la haute opinion que l'on prend
delle avant que de l'approcher souffre beau~o~p, lorsque, dans une fréquentation plus
i~t1mc, ell_e es~ contrainte d'en rabattre;
C ezt ce_ qm arrive presque toujours. )) Duthe était trop bonne royaliste pour se pcrme(lre de c~s· audaces de psychologie. Il est
vrai, toutefois, que Diderot fréquentait chez
elle.
li a dû tout de même s'amuser, ce Lamolhe-La~~on, auprès du fauteuil roulant
de ~elle ~1e1llc ! Que de fantômes évoquait la
peille voix cassée de la conteuse' A l'
1
d I f' d'
·
·
appe
~ a e~ . autrefois, tout un monde s'éveillait, le JOh peuple des marionnettes de Carmontelle,
poudré' pom1,onné , la 0eur au
·1
g1 et.
Voici 1~ duc de Chartres à seize ans. Son
pè~e était un prince soucieux de ses d vo1rs ~ Mme de Genlis, si compétente dans
quesllons de morale et de pédagogie, nous
en_ don~e une preuve indJniable : &lt;&lt; Le remrcr som paternel de M. le duc d'Orléantfut
de _don~er à son fils une maîtresse.» ~Ule Duthe é_ta1t l~ule_ dés_ignée pour l'emploi. La
fo~c.lton ~ avait rien de pénible. Le futur
Phihppe-E"alité
tel que l'a croque, Carmon
O
li
'
te e, est gentil comme un cœur. r'l
t à. l'hab'il vert brodé de J·aune 'avecpor
ravir
1 e
d hl d s ·
• noir
e coro? e~ li ai~t-~sprit et le collier
de
Sarnt-M1chel.
L artrste amateur a util'rsc, un
d
peu u verl de la culotte pour faire ~
Chérubin idéal un entoura"e de . ,1 ce
L r ·11
.
o
prmtemps.
\ ami e du JC~ne homme garda à Mlle Duthe , un souvcmr
.
,
.reconnaissant · PI us1eurs
ann~ apres, Sophie Arnould s'adressa au
~uc d Orléans
pour lui demander I'au tor1sa.
.
t1on de tirer 1e feu d'artifice sur le palais.

~!·.

1!s

�1flST0~1Jl------------------------~
Royal; elle énuméra les litres de !'Opéra à
la bienveillance du prince : &lt;1 Nous n'oublierons pas non plus qu'une beauté (de !'Opéra)
a fait goùter à un prince cher, votre fils
unique, les prémices du plaisir, et c1ue vous
en avez félicité ce jeune athlète dans la carrière de l'amour. » L'autorisation fut accordée, en considération de Mlle Duthé et de ses
services.
Rosalie pouvait montrer ses certificats.
Les pères l'avaient accablée de leur confiance.
S. A. S. le prince de Condé, celui qui devait
être le général en chef de l'émigration, vint
en personne la solliciter. Il allait marier son
fils le duc de Bourbon, « l'amoureux de

quinze ans » ; il désirait que son héritier
(( ne fùt étranger à rien )&gt;. Encore un préceptorat à entreprendre. Si nous en croyons
Lamothe-Langon, )tll!' Duthé sut apprécier
toute la délicatesse de la démarche. Tout au
plus hasarda-t-elle cette objection : « Mais,
monseign~ur, vous le faites débuter bien
jeune! l&gt; Le prince de Condé aurait répondu :
« Oui, sans doute, si on l'abandonnait à luimême; mais sous ma surveillance et avec
de bons procédés .... l&gt; Ici, le mémorialiste
fau~saire, entraîné par son sujet, perd tout
sentiment de la mesure. Il grandit \Ille Duthé jusqu'à la taille d'une héroïne historique,
il met dans sa bouche des paroles grandioses :

« Je souris, et ma réponse prouva au prince
mon profond dévouement et ma soumission
extrême à tout cc qui viendrait de sa part.
J'ai toujours étt'• royaliste, j'ai toujours aimé
les Bourbons, d'abord à cause de leurs qualités, puis par reconnaissance, enfin parce
que je ne h•ur suis pas étrangère. Son Altesse Sérénissime parut contente de mes sentiments. 1)
Il l'St cruel de penser que de telles perles
sont probablement des perles fausses. Si, au
lieu d'être l'amusement d'nn froid m1stificateur, ces Souvenirs de Mlle Duthé étaient
authentiques, ce serait un livre esssenliel à
la consolation du juste.
HENRY H.Ol.JO\.

F.-L BR.UEL ET M. FOUCAULT
♦

Un brigand au temps de Louis XVI

Les méfaits de Poulailler.

eu l'Académie française.

l? temps de recu~illir les premières informal1ons ~ur le vol Hagan qu'il est avisé d'un
analo!!'lle
. trois
. jours
O
acambr10Ja,.e
ès
,o , commis
pr ' daus la nmt du 2:i octobre, à Iloissy-

Le 2~ octob~c 1_7~5, sur les quatre heures

c~briolet el une charrclle couverte, chargée
d u_n _grand c?lfre et de nombreux paquets,
y cla1ent ~are~: les voleurs se sont emparés
du colJrc, ils I ont traîné jusqu'au milieu du

?u malin, un mdmdu à peine vêtu frappait
Noblesse impériale
li } avait (en 1827) un grand bal à l'ambassade d'Autriche; la cour et la ville y
étaient engagées et tout s'y passait suivant
l'éLiquettC', à laquelle on tenait beaucoup.
li y avait déjà foule lorsque le maréchal
Soull, duc de Dalmatie, se présenta. L'huissier lui fit la question traditionnelle :
- Qui aurai-je l'honneur d'annoncer?
- Le duc de Dalmatie, répond Je maréchal.
- M. le maréchal Soult, cria l'huissier.
Le vieux guerrier n'y fit nulle attention,
d'autant plus que l'habitude générale était
de l'appeler ainsi. Parmi les hauts dignitaires
de l'Empire, quelques-uns étaient désignés
par Jeurs titres, d'autres par leurs grades;
rien n'était réglé à cet égard, l'on n'y pensait
point. Le nom de Dalmatie était réservé pour
le fils du maréchal, connu partout sous le
titre de marquis de Dalmatie.
C'était le contraire chez les Reggio. Le
maréchal et sa femme portaient plus volontiers le titre de duc et de duchesse, tandis
que le fils ainé et sa femme se nommaient
le marquis cl la marquise Oudinot.
Après la maréchale Soult, la maréchale
Masséna parut. Elle donna son nom de princesse d'Essling, on l'annonça :
- Mme la maréchale Masséna.
Elle se retourna étonnée, mais passa néanmoins. Il en fut de même successivement de
tous ceux qui arrivèrent.
On commençait à en murmurer, sans
cependant être encore sùr de rien ; mais
lorsque, au lieu d'annoncer M. le duc de
Bassano, on annonça M. le duc Maret, il
fallut comprendre qu'il y a\'ait là une intention.
Les intéressés se réunirent sans affectation,
et après quelques phrases échangées, eux et

tous les leurs sortirent des salons. Le lendemain, l'histoire fermenta : il fut convenu
que personne n'irait plus à l'ambassade d'Autriche parmi ceux qui tenaient de près ou de
loin aux souvenirs de l'Empire.
L'on y vit une offense el l'on en demanda
raison au roi. Ce furent des négociations
diplomatiques sans fin; pendant ce temps-là,
l'ambassade donna une autre fêle; beaucoup
de ses imités lui firent défaut. Il } arnil dans
l'air des dispositions hostiles.
(Je demande pardon pour le mol i?wité, qui
n'est assurément pas du vocabulaire du haut
monde, mais notre langue n'en a pas d'autre
et je suis absolument forcée de nùn servir.)
Le roi se prononça en faveur de ses maréchaux et, après bien des pourparlers, la
question fut résolue en leur faveur; mais
celle circonstance jeta du triste sur la fin du
carnaval. li , eut des bouderies, des froitleurs
qui s'efJacèrènt par la suite. Sous la Restauration, à la fin surtout, l'ancienne et haute
noblesse avaient franchement adopté les
grands débris de l'Empire.

et&gt;
La duchesse de Reggio était dame d'honneur de Mme la duchesse de Berri, non pas
parce qu'elle s'appelait Mlle de Coucy, mais
parce qu'elle était la femme du maréchal
Oudinot. Ce nom de Coucy n'avait d'ailleurs
rien à voir avec la grande race d!'s sires de
Coucy, dont la fière devise était :
;ie suis ni l{oy ni prince auss~,
Mais suis le sire de Coucy.

Cette maison est éteinte depuis plusieurs
siècles et nous n'en avons aucune qui s'y
rattache. La duchesse de Reggio et sa sœur
la vicomtesse de la Guérinière étaient de
Vitry-le-François, en Champagne. Leur père
était probablement gentilhomme, je ne puis
l'assurer, car ie n'en sais rien, mais pour
sûr il n'était pas un Coucy.
Madame le croyait pourtant et, sans doute,

ces dames le croyaient aussi, car on citait, 11
ce sujt&gt;l, un mol de la princesse, toujours si
gaie cl si affable. Elle visitait en 18~)\ ou
1829 les magnifiques ruines du château de
Coucy, prt•s de Laon. En haut du donjon sont
des marches fort hautes cl difficiles à monter; la princesse faisait de son mieux pour
y arrirnr.
- li faut convenir, duchesse, disait-elle 11
sa dame d'honneur, que \'OS ancêtres a,aient
les jambes plus longues que nous.
Puisqu'il est question de dame d'honneur,
ajoutons un petit mol à cet égard; j'espère
qu'on ne le trouvera pas déplacé.
li surfil qu'une dame soit près d'une princesse pour qu'on lui donne ce titre de dame
d'honneur. Cela ne doit pas être. ll n'} a
qu'une seule dame d'h6nneur, même chez
une souveraine; les autres ont difJérenls
titres, mais pas celui-là. Nos reines avaient,
outre la dame d'honneur, une dame d'atours,
puis des dames du palais et des dames pour
accompagner. La charge de surintendante de
la maison fut créée pour Mme de Soissons
sous Louis XlV; depuis, il y en a eu plusi~urs; la dernière fut la pauvre princesse de
Lamballe pour Marie-Anloinelle. Ses fonctions étaient à peu près les mêmes que celles
de la grande maîtresse auprès de l'impératrice. Cependant, la surinlendante prenait
les choses de plus haut, clic laissail tous les
soins inférieurs à la dame d'honneur. Sa
place était plutôt ho1101'ifiq11e que Jll'alirJue;
clic était lit pour représenter dans les cérémonies el ne s'occupait pas de grand'cbose.

et&gt;
Celle tentalive de l'Autriche de disputer à
nos gloires les noms si chèrement acquis
avorta complètement; le gouvernement frant•ais y mil une grande fermeté el cela ne se
renouvela pas. Charles X fut parfaitement
digne dans celte occasion, el ne céda pas d'un
pouce à la maison d'Autriche. Elle ne s'y
frotta plus.
CO)ITESSE

l).\SI 1.

a ~oups redoublés aux volets d'une maison de
llrie-Comte-Iloberl habitée par le commanant de la. marécl)aussée du lieu, le sieur
ean-Franço1s Andrieux. Celui-ci réveillé en
sursaut, venait ouvrir et reco~naissait un
nommé llagan, aubergiste du Cadran Bleu
près la roule de Paris, qui lui déclarait enco~e lo~t ému, avoir été ,ictimc, dura~l la
nmJ, d un vol singulièrement audacieu,.
« Et~nl c?uché dans son lit avec sa femme,
on lm a,:a1l pris sa culollc sous sa tète, dans
l~quelle il y avait un écu de ~ix livres et une
pièce de dou~e sols, l'i on arnit aussy pris les
pouchcs (tablier) de sa femme dans lesquelles
cl pouvo1t
y avoi r em1ron
.·
·
..Jnres, el
.
qumze
aussi. sa montre d'argent qui étoit accrochée à
s_o~ ltt. l&gt; Après quoi les voleurs s'étaient ret1r~s p~r la porte de la cuisine dont ils avaient
pris soin de condamner extérieurement le lo'J.~ct a\'~C des coins &lt;le bois pour que Rarran
~ il ~en.ait à s'_éveiller, ne pùt les poursui~re;
~ls cla1ent .resolument montés au premier
ctage ~t avaient -pénétré dans une chambre où
repos~1cnt, en des lits voisins, deux voyarreurs
les ~ieur~ Bernard, ancien aubergiste, e~
Henri Bcll!er, marchand de Paris. Sans troubler e~ rien le ~ommeil des dormeurs, les
~mhr1ol~urs avaient rl:ussi à ouvrir. par d'hab1l~s pesees, le~ portes d'une grande armoire
q~t- se trou:~1t entre les deux lits. Ils
a,~ient alors fait tranquillement un choix des
obJels
· eta1ent
• ·
r.
. à leur convenance , pu1s
ernm
partis,_ chugés d'un volumineux butin. Ayant
franclu
le
·b
• mur de h• cour a' l'a1.de d' une
ec elle, ils avaient gagné la camparrue avant
que personne se fùt aperçu de leur passage.
I' Et,. ?1élancoliquement, le malheureux hôte-~er ~ enumérer à l'officier les nombreux obJ ls disparus de son armoire : &lt;1 une somme de
rent~ louis d'or, un gobelet d'aroent des
;uc es de femme aussi d'argent, olin 'habit
mplet de drap bleu de ciel, une redinrrote
~arm~lite, une robe de taffetas fond mordoré
·f°llles ral·es blanches avec un caracot pa~~:' un désha~illé ?'indienne roze, doublé de
d ne et quantité d autres vêlements et linrre Saiut-Léger: &lt;l~s inconnus se sont introduits
e corps .... n
o
pa~ esc:i_lade dans la cour de l'auberge de
A peine le commandant Andrieux a-t-il eu Saml-l\1t·olas, tenue par le sieur Richard; un

f

jardin, puis fracturé à l'aide d' 1 .
fer, dér_obant tout un trousseau~: ,rier de
et plusieurs riches vêtement
. n_ge. fin
s qui Y eta1eot

�1f1ST0~1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___.
UN B~1GAND AU TEMPS DE

contenus. Mais la difficulté consistait à emporter une aussi lourde charge; les brigands

un pot de grès plein de graisse qui en contenait bien pour douze livres, un bocal de tabac rf1pé (environ quatre livres)
et un fusil à deux coups.

li
L'arrestation.

procéder à une première enquête aux environs de Quincy. Et le soir du même jour,
11 novembre, un exprès apportait de sa
part au brigadier Picard de Fontenelle une
une lettre fort civile contenant de précieuses
i11dications : un voiturier de Saint-Germainlès-Corbeil, le sieur Mangeot, avait rencontré
la veille du vol, vers cinq heures du soir, sur
la grand'roule, une petite voiture à couverture verdàtre traînée par deux chevaux, l'un
rougeâtre et l'autre blanc, se dirigeant vers
Quincy. Et le lendemain, à cinq heures du
matin, Mangeol, accompagné celle fois du
voiturier Belloy, avait à nouveau rencontré la
même voilure, attelée des deux mêmes chevaux, revenant dans la direction inverse; elle
contenait deux voyageurs et un chien. Il était
donc v:-aisemblable que ces deux inconnus
avaient passé la nuit à Quincy. Ne seraient-ce
pas les auteurs du vol, écrit llardouin,
qui ajoute poliment : « Je n'ai pas l'lionneut, Monsieur, d'être connu de vous; je me
natte que vous voudrez bien concourir à me
faire retrouver ce vol; c'est une justice, mais
cela ne diminuera pas ma reconnaissance.
J'aurais été vous demander celle grâce, mais
ces voleurs m'ont emporté jusqu'à ma garderobe. J'aurais prié beaucoup de personnes de
votre ville, M. Girardot, M. Decourville,
M. Papelin el autres de vous recommander
celle affaire. lis ont emporté trois ou quatre

Ces trois vols successifs, opérés de la même façon et commis en moins de quinze jours
dans la même région, ne décelaient que trop clairement la
présence dans le pays de Corbeil
d'une troupe de bandits aussi
dangereux qu'adroils.
Les aubergistes el cabaretiers
d'abord, puis tous les commerc çanls dont le logis est du fait
de leur profession ouvert au public, enfin tous les habitants, indistinctement, vécurent dans l'émotion de recevoir, une nuit ou
l'autre, la visite de la mystérieuse
el redoutable bande. On ne voyageait, après le soleil couché, que
le pistolet au poing, el l'on ne
dormaitqued'un œil, mêmederrièrc des portes bien verrouillées.
La crainte deYint presque de
la terreur lorsqu'on
apprit, au matin du
10 novembre, que
le sieur llardouin,
l'OI 1. \11.1,'
honnête bourgeoi~,
demeurant au vilonl donc eu l'idée d'utiliser le cabriulcl que lage de Quincy, près Brie-Comleflobert, sur la lisière de la forêt 1
le hasard mellai t à leur portée.
Sortir un cheval de l'écurie, l'atteler à la de Sénart, venait d'être à son
voiture, placer dans celle-ci les objets déro- tour victime d'un quatrième coup
bés, ouvrir la grande porte de la rue el partir de main des brigands. Suivant
sans éveiller personne, leur paru l un jPu leur méthode ordinaire ceux-ci
d'enfant; ils exécutèrent tout ce programme l'avaient sans doute préparé, se
sans le moindre accroc el avec une incroyable renseignantexaclemenl par avance sur les habitudes des hôtes el
suLtilité.
Ce n'est qu'au malin, lorsqu'il descen- sur la disposition des lieux. S'édit pour pamer ses chernux, &lt;1u'Hippolyte tant introduits dans la salle basse
Morlet, le propriétaire de la grande voiture, en fracturant une fenêtre, n'adécouvrit le vol et donna l'alarme. Mais les vaient-ils pas pris la précaution
d'enfermer, tout d'abord le cuibrigands étaient déjà hors d·atteinte.
sinier du sieur llardouin dans la
Dix jours plus tard, sans s'inquiéter aucu- cuisine où ils le savaient couché?
nement des recherches de la maréchaussée, lis étaient ensuite montés dans
nos voleurs réussissent un troisième exploit. les chambres, el, y ayant déCette fois leur victime rst un cabaretier, robé quantité de linge cl de Yête!~tienne Corad11l, tenant débit au village des ments, étaient redescendus sans
Uordes-lès-Corbeil, paroisse d'Essonnes. li bruit, puis avaient pris tranqu ilvient, lui aussi, déposer qu'étant couché au lemen l la clef des champs aYec
premier étage il crut entendre, vers une heure leurs ballots, en escaladant le
du malin, un certain mouvement dans la salle mur de clôture. Aucun indice,
d'en bas, mais qu'il n'y prit point garde pen- celte fois non plus, semblait-il,
sant que c'était quelque voilure qui passait qui pût orienter la maréchaussée
l ' l l l lll'\I'. \! ,,-,r,l 01', ~-},11'11 ' , \ l ' \&lt;,_1·_. _ _~
sur la roule. En descendant avec sa femme à dans la recherche des coupables.
Mais llardouin n'était pas ----'-cinq heures et demie, il a trouvé le contrevent de sa cuisine grand ouvert et tous ses homme à s'en remettre entièmeubles fracturés. On lui a pris quinze livres rement à la justice du soin de retrouver paires &lt;l 'habits .... » On le voit, le malheureux
en monnaie grise, trente livres de salé, les ses voleurs. Dès le matin, silôl le cambrio- Hardouin, encore sous le coup de l'alerte de
voleurs ayant laissé sur place le saloir vide, lage découvert, il avait personnellement fait la nuit, embrouille son discours, revenant

,--.-

malgr~ lui à 1:objet qui lui tient à cœur. li
se répele : «_J aurai toujours l'lwnnem· de
v?us aile~ faire mes remerciements le plus
lot q~e ;e pourrai; j'ai l'honneut d'être.
monsieur, votre très humble et très hé'
serviteur.
o issaut

« H1nn0Gn. »

signalement
fourni par Manrreot
, ·
o de l'un des
m1s 1er1eux voyageurs. &lt;c Je viens, explique

Loms XY1 - - ,

les t~ois gendarmes, fit, en pleine après-midi
de dimanche, une entrée sensationnelle à CorIf Ili' l l\ ,1,• ·r'"'",..,. ,/••/:y11/.n/l,.,.
VH

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IIII.I(,~/ /~ 11."J. tlll.J Jt

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- --- ..__

,Û/~,yn1

.

~

-........_:_
A~ssit?t ce_tte lettre reçue, le soir même,
Je br1g_ad1~r Picard va recueillir de la bouche
__&gt;--,
des vo!t~r1ers Man~eot et Belloy confirmation
de~ det~ils que lm fournissait le plaignant.
Pms, des le lendemain matin, il se met en
campagne. Ses recherches vers la lisière de
la forêt de Sénart n'aboutissant à la découverte d'aucun~ piste, il fait volte-face, se dirigeant vers Tigery. Et bientôt, il est assez
heureu_x pour remarquer « dans une terre
labo~ree: la trace_ d'une voiture qui lui parait
--~~
asse~ fraiche »; il _obser,ve même que l'un de~
( l.11/L
deux
chevaux
qui tramaient ladite vo·t
.
•
1 ure
amt &lt;~ trois clous neufs sous le pied bors-lcmonto1r &gt;! et qu'un chien accompagnait l'attelage. Mais, _en arrivant à la grand'route,
to~te em_prernte de roues et de pas disparait.. .. Picard, assez dépité, s'.1rrête à Tiger
avec ses hommes•' il ne se deco' ura e pasY
pourtant, el bien lui en prend; à fore~ d'interr?ger !~un et l'au~re, il apprend que le
matm meme la rn1ture fantôme a été
ap~rçue fila~t à Ioule allure sur la route de
POULAILLER ET SES CO-ACCUSÉS - C
. •
.
·
roqu,s d auJ1ence.
Samt-Germam. Dès le• Jendemai·n , un d'1manche pourtant, le brigadier continue donc
ses recherches dans la direction indiquée Il !~card,, examiner vos chevaux, car on vous a
enquête d'abord à Essonnes où les vole~rs d ~once comme ayant des animaux malades b~il, sous la conduite de l'heureux briirndier
Picard.
v
ont_ p_eut-être passé la nuit. N'ayant pu ree a m~rve.. » A_ucune excuse n'est possible
cue1lhr aucun renseignement dans les di- et le br1gad1er, mtroduit dans l'éc .
.•
urie, re':erses aube~ges d'Essonnes, les gendarmes con ?a1't auss1tot
III
les deux chevaux, l'un blanc
~?nt poursun·~e leur route, lorsque l'idée et ~ autre rouge, que lui ont dépeints les té, ient_ à quelqu ~n que cc le particulier établi moms. Le rusé gendarme constate même à
L'instruction.
depuis un mois seulement dans le pays 1~ dérobée, que le cheval blanc porte bien ~u
comme marchand de chevaux pourrait bien pied _hors-montoir trois clous neufs. Enfin
Un rapide examen du lo&lt;&gt;is de Chevalier
ê!re l'homme qu'ils cherchent. » Picard a le _chie? _de la maison est reconnaissable à so~ avait ~ermis d'y retrouver :n peu partout
bientôt fait d'imaginer un prétexte pour pé- poil ?risatre et à son large collier de fer, et des obJels provenant des vols Raaan 'I 1
t Il d ·
o , 11 or et
1~ voiture à co~verture verte se trouve remi- e . ar _ourn '. e? so~te que la culpabilité des
see_ dans un com de la cour.
prisonmers etait deJà certaine. Ravi de cette
importante capture maitre Jeh Ba .
Edifié sur l'identité de son voleur, Picard R
b d
. ,
an- pllsle
de Fontenelle se retire afin d'aller chercher • o e_rt e ~o~rvdle, lieutenant-criminel our
Je rm au ha1lbage de Corbeil ne vo I tp
lo~s ses homwes pour opérer l'arrestation
dïlï d' ·
'
u u pas
i ~rer un Jour le premier interrorratoire
~fais le pseud?:ma~c~and, inquiet des suite~
° 'ère ·
de celle prem1ere v1s1te policière, s'éloigne en Marie-Antoine
,
. . Delorme compar•:t
.,., 1a prem1
c
est
une
hmide
enfant
de
di1-hu1·t
toute hâte, et quand le brigadier revient ac1
ans, toute'
en arn_ies. Elle explique comment Sauva e
compagné de ses gens, il ne le trouve plus
de Chevalier, offrit un J·our a' g ,
Cependant deux gendarmes se mettent , . domestique
· d' · ,
son
·1
1·
•
a
sa P.ère, ;ar
m1er
a Quincy, de la placer en serpoursui e et arrelent une heure après su
la grand'route de Paris.
r vice c~ez son patron. Elle y entra ver. la
1:oussamt dernière ; son emploi ét31't d ~
Entre temps, la maison a été investie Vir
au '
bal
e ser11 h m~nage,
ayer, laver la vaisrnlle
et to~s ses ha~itants arrêtés. Le prisonnier'
, '
~resse _de ques~ions, a donné son nom : Jean a er c ercner de l'eau et dans 1 .
garder les dindons et l~s canard/ EJollur?ee de
Chevahe:' na_tif de Paris, paroisse Sainte- to t
·
•
· e ignore
ce qui pouvait se passer dans la .
Marguente, c1~evant dt'meurant aux Nou- neus'ét
t ·
•
maison
veau1~?nve:l1s, rue de Seine, et récemment vrage. an Jamais occupée que de son ou~
)EA:'i:'\E GAUTIIJER.
venu s etabhr marchand de chevaux à Essonnes. Les a_utres ~ersonne~ arrêtées sont : . Après cette Jeune fille, qui paraît bien être
~n~oce~t~, _le .1ug? app~lle Jeanne Gauthier.
fétrer d~ns la maison suspecte : il frappe à J_eann; Gauthier, qui se dit femme de Chevae_ e-c1, agt!e de Ymgt-s1x ans, reconnait saw
h~r,
Sauvage,
domestique
de
Chevalier,
Claua grand porte de la cour. Un homme lui
~
ouvre ' dans les quarante-cmq
•
· ans de taille dme _Masselot, femme Sauvage, enfin Marie- P?me qu'elle est depuis sept mois 1
brne
de
Chevalier.
Elle
raconte
de
;
conc~lmoyenne, le visage pàle, réponda;t bien au An tome Delorme, une jeune servante.
grâce du monde les de:b ts da me1 Tout ce monde, étroitement surveillé par 1leure
.·
1a1son.
Née à Nanc,· en' L • u e cette
\'. - HlSTOR[A, - Fasc. 40.
J ,
orrame, elle habi-

---....
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(Û/-'~l

0

�ffiSTO'f&lt;1A

----------~---------------------------.#

amenèrent l'arrestation d'un sixième personnage. En quittant. pour venir habiter E,sonnes, Paris où ;1 avait successivement été
cordonnier, marchand de vins, brocanteur cl
maquignon, Chevalier y avait conservé sous
le nom de sa femme une chambre, rue de la
Parcheminerie; mais il y avait encore un autre
lieu de recel, le logement d'un certain Martin
llroauel,
écrivain public, a,ec lequel il• était
0
demeuré en relations conslanti&gt;s depuis son
départ. Droguet, arrêté Jès le I!) no,embre,
à la suite d'une perqubition fructueuse effectuée à son domicile, rPjoignil aussitôt la
bande Cbevalier dans les prisons de Corbeil.
Ce jeune homme très ditlërent de ses coaccusés, assez instruit, pourrn d'une situation,
aisé sans èlre riche, mérite quelque sympathie. li fut , ictime de sa passion pour la
jolie Jeanne Gauthier. Étant un jour allé
chercher son lin~e, expose-t-il, chez sa blanchisseuse, la femme \'iardot, il y ,it la maitresse de Che\alier, et en devint follement
épris. Pour l'approcher, il eut la faiblesrn de
rechercher la société du YOll·ur, el Che,·alier, vopnl tout le parti qu'il pourrait tirer
du sentimental jeune homme, répondit à ses
avances avec empressement. Même, au bout
de quelques jours, il le trailail en vieille
connaissance, lui t mpruntant la bagatelle de
mille francs. Le nait' Droguet, introdt\it par
sa nomelle mailres,e dans la chambre de la
rue de la Parcbeminerie, était devenu à son
insu le complice et le recéleur de la bande.
Chevalier lui confiait souvent de volumineux
paquets bien ficelés, qu'il se gardait disc1 ètcmenl &lt;l'ouvrit· et hospitalisait innocemment.
Droguet ne pensait qu'à seHisites à Essonnes,
elles étaie11l fréquentrs, et à l'aubaine, quand
le maître s'absentait toute une nuit pour une
l(rande expédition, de demeurer joyeusement
jusqu'au petit jour dans la galante compagnie dt la Gauthier.
Au moment où l'enquète allait être close,
une dernière dérouverte sensationnelle vint
encore retarder le prononcé du jugement : il
y avait identité certai11e entre Chevalier et le
nommé Desmaisons jadis inc:ulpé pour vol à
Meaux el é,·adé des prisons de celle ,·ille le
2 juin 1784, sans qu'on eût jamais pu retrouver ~a trace. Et, de ce fait, la culpabilité
de l'accusé s'aggravait ;ingulièreme11t.
En 1780, une première fois, Desmaisons
avait été arrêté à Montereau pour arnir ,olé
deux chevaux; incarcéré à Guermantes, il
s'était évadé la nuit même par le jardin du
curé de ce village; un de ses complices, le
berger Samage, s'était également enfui, tandis que le troi~ième Jarron, Didier, arnil été
condamné à neuf.ans de galères. Desmaisons
et Sauvage avaient dès lors poursui1'i. non sam
succès, pendant deux ans, la série de leurs vols.
De nouveau, en 1782, Desmai~ons a,ait été
arrêté et incarcéré, celle fois, à Meaux. Son
procès allait être jugé lors 1u'il s'était enC LE ÎRIO\IPIIE:OE PoUL.\ILLER • . - Est~mf't du temps.
core évadé le 2 juin 1781. Yenu se cacher
à Paris 5ous le nom de Chevalier, il a1ail
L'informalion fut activement continuée les renoncé pour quelque temps à voler ouversont restés tou, 4uatrejusqu'au matin . . .. »
tement, )" vÏ\·a.nt pourtant de métiers assez
Depuis ce temps, qui était dans le courJn t jours suirnnts. L'enquèle menée à Paris ne
louches.
Puis, le goût de son ancienne prode janvier dernier, .elle a été demt urer aiec tarda pas à ré\·éler des faits nou1cau1 qui

Lait il Paris, ouuière en linge, rue Galande,
en la maison des sieurs Grandjean, oculistes.
Elle fréquentait chez les époux Viardot, ses
,oisins, dont le mari exerçait la profession
de cordonnier, et c'est chez eux que Chevalier, alors cordonnier, lui aussi, la rencontra
et en de,int éperdumrnt amoureux.
Un soir, il y avait quinze jours qu'ils
s'étaient rrncontrés pour la première foi,,
Che,alier l'invita à souper en compagnie des
Yiardot. C'est chez ces derniers qu'eut lieu
la fète.
o Et après soupé, se disposant à r~nlrer
chez elle, lesdits Viardol et sa femme ont
fermé la porte de leur chambre à la clef et
ont dit à la répondante qu'il falloil qu'elle
couchât avec eux et ledict Chevalier. La répondante apnt ,·oulu absolument s'en aller,
lesdits Viardol el sa femme et ledict Chevalier à leurs instigations, se sont saisis d'elle,
l'ont déshabillée avec violence et l'ont mise
dans le lil &lt;lesdits \ïardot. Ceux-ci s'y sont
mis aussi, ainsi que ledicl Chevalier, et ils y

Chevalier dan~ un logement qu'ils louèrent
chez le sieur Chéron, marchand de ,ins. rue
Galande. La Gauthier prétend au reste ignorer
les vols reprochés à Chevalier el ne pomoir
donner aucun renseignement sur ce qu'il
faisait pendant ses absences du logis.
Chevalier comparait à son tour. Il nie avec
énergie être l'auteur du moindre vol et s'efforœ vainement d'expliquer la présence à son
domicile des nombreux objets Mjà reconnus
pour a,oir été récemment dérobés. Interrogé
sur son passé, il raconte que, s'il a quitté
Paris pour venir s'installer à Essonnes, c'est
à la suite d'une fàcheuse affaire de chevaux
'"endus avec fausse garantie au comte Du
Barry. li s'agit sans doute du fameux roué
qui avait fait de sa mallres,e, Jeanne Bécu, à
la fois la femme de son frère Guillaume, et
la favorite du feu roi Louis XV.
{;n interrogatoire sommairt de Sauvage el
de sa femme, se disant tous deux domestiques de Chemlier, termina cette première
séance.

UN B~1G.JIND Au TEMPS D'E Lou1s

!ession l'ayant repris, il avait successivement
elu pour centres de ses opérations \ïncennes
et Essonnes où nous l'avons retrouvé.
'

d'estamp?s el rimeurs de complaintes ne se
~ren~ pomt fau~e d'e1ploiler cette popularité,
1magmant de pied en cap un Poulailler ter-

IV
La condamnation.

L'identification du Chevalier de Corbeil
avec le Desmaisons de Meaux donnait lieu à
un conOit de compétence judiciaire entre les
deux sièges. Le litige fut porté de,·ant le Parlement de Paris, qui, après de longs débats
trancha la difficulté en é,·oquant les deu;
affaires conjointes au Cbâtclet.
Le procès de Chevalier, jugé de la sorte
~ans la capitale, en acquit un retentissement
m~ttendu. Ce n'était pourtant, on l'a ru,
qu un _adroit voleur de chevaux, de poules et
de lapms, un détrousseur exercé de rrarderobes et de garde-mangers, qui n'allaït°pas à
lachevilled 'un Cartouche, d'un Mandrin ou d'un
Dei:ues; pa_s le moindre meurtre, pas le plus
pellt emp?1s?nnemenl à relever à son actif!
La curiosité du public se contenta de sa
doubl~ évasion, de la galante aventure de la
Ga~_1h1_er avec_ le sentimental écrivain public
qu eta1t Martin Dro~et_; on avait eu peur
un peu de ce hardi bngand; on lui savait
quelque gré, maintenant qu'il était sous les
verroux, d'avoir nargué Ja justice pendant
plus de cinq ans; enfin, outre les deux noms
sou~ les_quels ?o~s le connaissons, et qu'il
avait pris, car il s appelait réellement Boutillier, il _jouissait de !'aimable sobriquet de
« Poula11ler n, el ceci contribua sans doute
encore à le rendre intéressant. Marchands

:llARTl'i ÜROï,liET.

riflant, armé jusqu'aux dents, haches et pistolets à la cemture, à la main un fusil ou
une massue qu un homml! ordinaire eût' à
peine pu soulever, brigand sinistre dont les
mères eurent loisir de faire peur, comme de
la Barbe-Bleue, aux enfants méchants :

.

&lt;c Du Haut t'll Bas
rnus dévalise mon homme.
Du Jlaul en Bas,
El s'il raisonne, je lui casse un bra~.
:.\e remue pas ou je l'a~!'Omme.
J1i

PoulaiUer ne ménage per-.onne
Uu !fout en B~s.

J&gt;

XVl --~

Et les images coloriées s'enlèvent en masse,
rue Saint-Jacques et rue des Mathurins aux
étalages de Basset et des Campions, r~présentant le criminel, accoutré de toutes façons
sa maitresse Jeanne Gauthier, le berger Sau~
vage, le jeune et amoureux Droguet, et tous
les autres. L'illustration de ce procès est en
quelque sorte plus riche el plus intéressante
que ce procès lui-même, en dépit de quatre
cartons bourrés de procédure que conservent
l~s Archives N_ationales (X•b 1556-1559). Il
n y manque rien, portraits en pied et en
buste des accusés, croquis d'audience tableau
final: « Triomphe de Poulailler »' le condamné amené dans la charrette au' lieu de
son supplice. Car le 26 mai 1786 le Châtelet
rendit sa sentence, conforme aux lois rirroureuses alors en vigueur, contre Jean-P~rre
Boutillier, dit Che,·alier, dit Desmaisons
àgé de 58 ans, bien qu'il en parût 45, cou~
pable de plus de quinze vols qualifiés.
li le condamnait apourréparalion,à être
pendu et estra119lé jusqurt ce que mol'I s'ensuive par l'exécution de la haute j11~tice it
un poteau qui pom· cet effet sera planté
dans la place de la Porte sainct Antoine
ledict Clt~valier ]!ré~lablement appliqué ~
la question ordma1re et exh-aordinaÎl'e
pou,• avoir par sa bouche la révélation de
.~es complices .... » L'arrêt donnait i;ursis à
l'é~rd des autr~s accusés, jusqu'après l'exécution de Chevalier. Celui-ci, comme il était
d'usage, fit bien appel; mais la Cour de Parlem~nt rendit le 50 juin un arrèt de rejet,
confirmant purement et simplement la sentence de mort. Et l'exécution eut lieu, dans
les formes prescrites, le 5 juillet 1786.
F.-L. BRl"EL ET ~l. FOt:CAULT.

Grognard et général

Lorsque l'armée française était en position
~evanl Torrès-Védras, il existait, entre les
hgnes françaises el anglaises, des vimo0
bles au milieu desquels se trouvaient des
ca~·es contenant encore du vin, qu'allaient
bo1r~ fraternellement les soldats des deux
armees.
Un sergent d'infanterie légère se trouvait
dans une ~e ces caves, en compagnie de solda!s _anglais, el buvant avec eux, ce qui arrivai~ JOurnellement sans qu'il en résultât la
momdre des ~hoses. Mais, ce jour-là, soit
que les Ang~a1s fussent plus avinés que de
coutume, soit parce qu'ils avaient affaire à

un seul Français, après boire ils le firent
prisonnier, et, avec lui, sa peau de bouc
pleine de vin.
Co~duit à lord Wellington, il en fut
questionné sur tout ce qui se passait dans
notre corps d'armée.
·
, « Yous avez beaucoup de malades? L armée se porte comme moi. - Yous manquez de pa_ï~? - Voyez ce moulin qui
!~urne.... Dailleurs, avec de la viande et du
no, on ne meurt pas de faim : le Porturral
e~t grand et vous n'avez pu le mettre d;ns
Lisbonne .. - C'est bien; allez! &gt;J Le sergent
ne bou_geall p_as : .« Allez donc! » lui répète
le g~neral. Meme 1mmobilité, mais avec celle
réphq ~e : « Gén~ral, vos soldats ne sont pas
d~ vrais soldats, Je ne puis être votre prisonmer. - Ah? el pourquoi? - Pourquoi?
parce que, bunnt ensemble dans une cave
ils n'avaient pas plus le droit de me prendr;

que je ne l'avais à leur égard; ils ont abusé
de mon isolement; on se doit plus de politesse. entre militaires. _ C'est donc ainsi
que 1on ,ous a fait prisonnier?_ Oui général. - Très bien .... Chef d'office faites
diner ce militaire avec vous, et qu'un 'officier
ordonne de le reco_nduire l_à où il a été pris.»
Celle conversation avait lieu pendant le
diner du général. A cet ordre, le sergent ne
bou?ea pas plus qu'à la première injonction.
« ~ avez-vous pas entendu, sous-officier? _
Oui, mon général. » Et, avec cet aplomb,
cet à-_pr~F,~, que notre soldat seul possède :
« Oui, J a1 fort bien entendu, mais je ne
veux pas' aller à l'office. - Pourquoi? Parce qu un soldat français n'est pas fait
pour_ mange~. av~c des domesti11ues. )) Lord
Wel~1?gton s mclma, en signe d'assentiment,
el, fwant mettre un cournrt à sa table il
fit asseoir le sergent.
' l
LE\10:'\\IER-DEL.\FOSSI:.
1

;,npagnes.)

�La Fédération

SOUVENJRS DE GLOIRE ET D'AMOUR
~

Guindey
On vit, au 14 juillet, des marins de quatrevingts ans qui marchèrent douze heures de
suite; ils avaient retrouvé leurs forces; ils se
sentaient, au moment de la mort, participer
à la jeunesse de la France, à l'éternité de la
patrie.
Et en traversant par bandes les villages ou
les villes, ils chantaient de toutes leurs forces,
avec une gaité héroïque, un chant que les
habitants sur leurs portes répétaient. Ce
chant, nalional entre tous, rimé pesamment,
fortement, toujours sur les mêmes rimes
lcomme les Commandements de Dieu et de
l'Église), marquait admirablement le pas du
voyageur qui voit s'abréger le chemin, le
progrès du travailleur qui voit la besogne
avancer. Il a fidèlement suivi l'allure de la
Révolution elle-même, pressant la mesure
lorsque ce terrible voyageur se précipitait.
Abrégé, concentré dans une route de fureur
et de Yertige, il devint le meurlrier Ça im !
de 95. Celui de 90 eut un autre caractère :
Le peuple en ce jour sans cesse répële :
Ah! ça ira! ça ira ! ça ira !
Suirnnt les maximes de l'É1·angilc
(Ah! ça ira! ça ir~ ! ça ira!)
Du législateur tout s'accomplira;
Celui qui s'élè1·e, on l'abaissera;
Et &lt;tui s'abaisse on l'élèvera, etc.

Pour le voyageur qui, des Pyrénées ou du
fond de la Bretagne, venait lentement à Paris
sous le soleil de juillet, ce chant fut un viatique, un soutien, comme les proses que
chantaient les pèlerins qui bâtirent révolutionnairement au moyen àge les cathédrales
de Chartres et de Strasbourg. Le Parisien le
chanta avec une mesure presséé, une vivacité violente, en préparant le champ de la
fédération, en retournant le Champ-de-Mars.
Parfaitement plane alors, on voulait lui donner la belle et grandiose forme que nous lui
voyons. La Ville de Paris y avait mis quelques milliers d'ouvriers fainéants, à qui un
pareil travail aurait coûté des années. Cette
mauvaise volonté fut comprise. Toute la population s'y mit. Ce fut un étonnant spectacle. De jour, de nuit, des hommes de toutes
~lasses, de tous âges, jusqu'à des enfants,
tous, citoyens, soldats, abbés, moines, acteurs, sœurs de charité, belles dames, dames
&lt;le la Halle, tous maniaient la pioche, roubient la brouette ou menaient le tombereau .
Des enfants allaient devant, portant des
lumières; des orchestres ambulants animaient
les travailleurs; eux-mêmes, en nivelant la
terre, chantaient ce chant niveleur : « Ab!

ça ira! ça ira! ça ira I Celui qui s'élève on
l'abaissera l •
Le chant, l'œuvre et les ouvriers, c'était
une seule et même chose, l'égalité en action.
Les plus riches et les plus pauvres, tous unis
dans le travail. Les pauvres pourtant, il faut
le dire, donnaient davantage. C'était après
leur journée, une lourde journée de juillet,
que le porteur d'eau, le charpentier, le maçon du pont Louis XVI que l'on construisait
alors, allaient piocher au Champ-de-Mars. Au
moment de la moisson, les laboureurs ne se
dispensèrent pas devenir. Ces hommes lassés,
épuisés, venaient, pour délassement, travailler encore aux lqmières.
Cc travail, véritablement immense, qui,
J'une plaine fit une vallée entre deux collines, fut accompli, qui le croirait? en une
semaine! Commencé précisément au 7 juillet,
il finit avant le 14.
... Voilà enfin le B juillet, le beau jour
tant désiré, pour lequel ces braves gens ont
fait le pénible voyage. Tout est prêt. Pendant
la nuit même, de crainte de manquer la fête,
beaucoup, peuple ou garde nationale, ont
bivouaqué au Champ-de-Mars. Le jour vient;
hélas! il pleut! Tout le jour, à chaque instant,
de lourdes averses, des rafales d'eau et de
vent. « Le ciel est aristocrate - , disait-on, et
l'on ne se plaçait pas moins. Une gaité courageuse, obstinée, semblait vouloir, par mille
plaisanteries folles, détourner le triste augure. Cent soixante mille personnes furent
assises sur les tertres du Champ-de-Mars ;
cent cinquante mille étaient debout; dans le
champ même devaient manœuvrer environ
cinquante mille hommes, dont qualorze mille
gardes nationaux de province, ceux de Paris,
les députés de !"armée, de la marine, etc....
Les vastes amphithéâtres de Chaillot, de
Passy étaient chargés de spectateurs. Magnifique emplacement, immense, dominé luimême par le cirque plus éloigné que forment
Montmartre, Saint-Cloud, Meudon, Sèvres;
un tel lieu semblait attendre les États généraux du monde.
Avec tout cela, il pleut. Longue est l'attente. Les fédérés, les gardes nationaux parisiens, réunis depuis cinq heures le long des
boulevards, sont trempés, mourants de faim,
gais pourtant. On leur descend des pains avec
une corde, des jambons et des bouteilles, des
fenêtres de la rue Saint-Martin, de la rue
Saint-Honoré.
Ils arrivent, passent la rivière sur un pont
de bois construit devant Chaillot, entrent par
un arc de triomphe. Au milieu du Champ-de-

M~rs s'élevait l'autel de la patrie, devant
!"Ecole Militaire, les gradins où devaient s'asseoir le roi, l'Assemblée.
. .. Mais silence! le roi arrive, il est assis,
et l'Assemblée, et la reine dans une tribune
qui plane sur tout le reste: Lafayette et son
cheval blanc arrivent jus4u'au pied du trône;
le commandant met pied à terre et prend les
ordres du roi. A l'autel, parmi deux cents
prêtres portant ceintures tricolores, monte
d'une allure équivoque, d'un pied boiteux,
Talleyrand, l'évêque d'Autun : quel autre,
mieux que lui, doit officier dès qu'il s'agit
de serment?
Douze cents musiciens jouaient, à peine
entendus; mais un silence se fait. Quarante
pièces de canon font trembler la terre. A cet
éclat de la foudre, tous se lèvent, tous portent
la main vers le ciel.... 0 roi! ô peuple 1
attendez.... Le ciel écoute, le soleil tout
exprès perce le nuage .... Prenez garde à vos
serments!
Ah! de quel cœur il jure, ce peuple! Ah!
comme il est crédule encore!... Pourquoi
donc le roi ne lui donne-t-il pas ce bonheur
de le voir jurer à l'autel?Pourquoi jure-t-il à
couvert, à l'ombre, demi-caché?... Sire, de
grâce, levez haut la main, que tout le monde
la voie!
Et vous, madame, cc peuple enfant, si
confiant, si aveugle, qui tout à l'heure dansait arec tant d'insouciance, entre son triste
passé et son formidable avenir, ne vous fait-il
pas pitié? ... Pourquoi dans vos beaux yeux
bleus celle douteuse lueur? Un royaliste l'a
saisie : &lt;&lt; Voyez-vous la magicienne? » disait
le comte de Virieu .... Vos yeux ont-ils donc
vu d'ici votre envoyé qui maintenant reçoit à
Nice et félicite l'organisateur des· mllssacres
du Midi? ou bien, dans ces masses confuses,
avez-vous cru voir de loin les armées de
Léoyold?
Ecoutez!... Ceci, c'est la paix, mais une
paix toute guerrière. Les trois millions
d'hommes armés, qui ont envoyé ceux-ci, ont
entre eux plus de soldats que tous les rois
de l'Europe. Ils offrent la paix fraternelle,
mais n'en sont pas moins tout prêts au combat. Déjà plusieurs départements, Seine,
Charente, Gironde, bien d'autres, veulent
donner, armer, défrayer chacun six mille
hommes pour aller à la frontière. Tout à
l'heure les Marseillais vont demander à partir, ils renouvellent le serment des Phocéens
leurs ancêtres, jetant une pierre à la mer, et
jurant, s'ils ne sont vainqueurs, de ne revenir qu'au jour où la pierre surnagera.

MICHELET.
... 356 ,...

~ Le 10 octobre 1~06, au passage de la y tro~ ve~ons le corps d'un officier général,
Saale, devant la petite ville de Saalfeld, le
que Je viens de tuer. C'est celui-là même G,uindey. L'Empereur lui accorda la croix
5• corps, commandé par le maréchal Lannes .qui m'a blessé à la figure. Nous lui pren- d honneur en disant .
e~t la p~emière. rencontre, avec un corp; drons son sabre et son crachat si toutefois
cc J_e l'eu~se fait d~ plus officier, s'il m'eût
amene le prrnce vivant. »
d mfanterie prussien commandé par le prince l'ennemi ne l'a pas enlevé. » '
Louis de Prusse, neveu du roi. Cette infanL?rsque le maréchal, le 12 octobre au
L'offici~r,, suivi de sa troupe, partit au
terie,. q~i ne tenait pas devant nos troupes,
ma.tm,
ava~t de quitter Saalfeld, fut voir
gal?p, gmde par le maréchal des logis, et
nde~ à I ambulance et lui porter sa décose ret1ra1t en désordre au passage d'un gué,
Gu~
arriva sur le terrain, où deux hussards du 9•,
sur la Saale; et le prince Louis, avec quelration, 11 ne manqua pas de lui rapporter les
paroles de Sa Majesté :
que.s hussards d'ordonnance, s'efforçait de
« C , st
rallier l_es fuyards. Tout à coup un maréchal
,
e n e pas ma faute, monsieur le made~ logis du 10• hussards français, nommé
rec_hal; voyez comme il m'a arrangé, répondit
Gumd_ey,. arriva sur lui la pointe au corps,
Gumdey en lui montrant sa blessure. Je puii
en lm criant :
vous assurer qu'il n'était pas d'humeur à se
rendre. &gt;&gt;
c, Rendez-vous, général, ou vous êtes
mort!&gt;&gt;
~e brave maréchal des logis demanda et
Le prince répondit vivement :
obtmt 1~ pe~mission de rester derrière l'armée
cc Moi l me rendre l Jamais 1 »
u~e qumzame de jours, ce qui était nécesEt relevant l'arme de Guindey, il lui porta
saire pour son rétablissement.
un coup de sabre qui atteignit le maréchal
II _avait conservé avec lui son hussard pour
des logis à la figure. Il allait lui en donner
le soigne~. 11 se rappela que, le 9, le régiun second'. lorsque Guindey, ripostant d'un
ment avait logé à quelques lieues en arrière
coup ~e pomte, traversa la poitrine du prince
de Sa~lfeld, sur la droite de la route qui y
et le Jeta à bas de son cheval. Les ordoncond~1t, dans ~n beau et grand village, dont
~ances du prince, le voyant en combat singule ?bateau av~1t servi de logement à l'étatlier avec un soldat français, arrivèrent au
maJor du régiment. L'idée lui vint de s'y
galop et il.s se seraient infailliblement emparendre et d'y demander l'hospitalité, en prorés de Gumdey, ou du moins, ils l'auraient
m~!lant de s~r~ir de sauvegarde tout le temps
tué, si un hussard du 10• ne fût arrivé au
qu 1I passerait a se guérir.
galop, en criant :
Lors donc que le corps d'armée fut parti
« !en~z bon, maréchal des logis 1 »
Clich~ Paul Géniaux.
de Saalfeld, y l_aissant l'ambulance, ainsi que
. Pms, lacbant un coup de pistolet, il étenGUINDEY.
le corps ~u prmce Louis de Prusse étendu
d1 t mort un hussard prussien. Ce que voyant,
dans 1:é~l1se, 9ue j'ai vu, et que toute.l'armée
B11ste par M- LAURE CourAN•lllONTORG~EIL,
les ordonnances du prince disparurent.
a pu ,or~, Gumdey se rendit immédiatement
élevt! à Laruns (Basses-Prré11t!es.)
La mort du prince Louis de Prusse, quand
à ce ~b~teau et Y demanda l'hospitalité. Il
elle fu~ connue dans l'armée française, y
fut genereusement accueilli par Mme la bad?nna heu au couplet suivant, ce qui prouve qui était de brigade avec le 10• se trou- ronne ~e W.... Cette dame sentait tout l'avanbien que le champ de bataille n'engendre pas vaient déjà auprès du mort.
tage d une sauvegarde chez elle pendant la
'
la mélancolie :
« C'est moi qui l'ai tué, dit Guindey, ma guerre; ,son mari était absent el probableC'est le prince Louis-Ferdinand
la~e de ~abre est encore teinte de son sang. li ment à l armée prussienne. De plus elle avait
dans des hommes qui, portaient
,
Qui se croyai l un géant,
doit avoir un coup de pointe dans la poitrine. I'confiance
.
Ah! l'imprudent!
Prenez sa bourse, s'il en a une· je vous la . umforme d'~n régiment qui venait de séUn hussard, bon 1~,
donne. Mais remettez-moi son s;bre et son Jour~er deux Jours dans le village, sans donLui dit : ~'allez pas si ,-ite,
crachat, pour que je les porte au maréchal. ,, ner h~u à aucune plainte.
Ou bien, si non ça,
nd
~es hussard.s du 9• remirent à Guindey ce 1 Gu~ ey fu~ donc parfaitement reçu. Il eu&amp;
Je vous lance une mort subite
a presence d esprit de recommander à son
q_u 11 demandait; et, quand il fut en possesA la papa! (bis).
'
s10n de son trophée, il le porta au maréchal. ~ussard de ne pas s'enivrer, de ne pas ba_Guindey, blessé comme il l'était, ne pou~ans le °:1êm~ ~ornent, des prisonniers prus- varder, e~ surtout de taire l'affaire du prince
vait pas, seul avec ce hussard, tenir le tersiens, qm arr1~a1ent au 5e corps, annonçaient et la m~mère ~ont il avait été blessé.
rain. Il se retira donc avec ce dernier sur Je
a F~rlz, lm dit-il, nous sommes seuls
que _leur géneral en chef, le prince Louispeloton du régiment qui soutenait les tirailFerdrnand de Pr~sse, venait d'être tué par Français. dans ce v1liage, ou' l'on pourrait
leurs. Arrivé là, il dit à l'officier qui com~n hussard français. Cette nouvelle était trop nous f~1re un mauvais parti, si tu parlais de
mandait:
·
importante pour que le maréchal n'en fit pas cette circonstance. »
&lt;'. _Lieutenant, si vous voulez pousser avec
_Le
hussard
Fritz
promit
tout.
Nous
allons:
~a~t _to~t de suite à !'Empereur. Guindey
moi Jusqu'à la rivière, à mille pas d'ici, nous etart a I ambulance, à foire panser sa bles- voir co_mmen~ il tint parole.
Apres arn1r mis ~on cheval à l', ,
Extrait des So1we11irs de glofre el d'amour par
1c ~•-C.olonct l'ARQOI\, I" volume de la série • J&gt;etits sure; c'est ce qui empêcha le maréchal de Guind
d
'
.icur1e,
ey monta ans une belle chambre où
111 1
l'envoyer au quartier général. Il fit porter le
~ res d~ la Gra.11dP À l'lllée •• publiés sous la
uechon d,• l . Castanie, Un beau volume in-8•. écu sabre et fo crachat par un de ses aides de la _f~mme de charge de la baronne le cona1ec de nombreuses grarnres hor; lexie. Prix 6 francs'.
Le hussard fut Joaé
dans une ch b
camp et demander une récompense pour dms1t.
.
d ,
. 0
am re
au-dessus e l écurie., ce qu1· 1UJ. convenait
.

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,

1f1ST0'1{1.Jt

________________
GU1NDEY - -..

parfaitement, étant à même d'avoir l'œil sur
les chevaux. Le château était habité par la
baronne, femme d'une quarantaine d'années,
deux demoiselles de seize à dix-huit ans et
un fils âgé de douze ans; il y avait un nombrent domestique en hommes et en femmes.
Aussitôt installé, Guindey fit venir Fritz
avec son porte-manteau, pour changer de
linge et l'aider à· panser sa blessure. La baronne avait déjà eu l'allention de lui envoy1 r
de la charpie el de l'eau de Cologne. Celle
eau &lt;le Cologne, fortement mêlée avec de
l'eau, était le seul remède que lui avait indiqué le chirurgien du régiment; il devait,
matin et soir, imbiber sa blessure avec un
tampon de charpie trempé dans cette eau.
Sa toilette faite, le maréchal des logis descendit au salon, comme il y était invité;
Loule la famille y était réunie. La conversation fut triste el languissante; les malheurs
de la guerre en faisaient seuls les frai~.
Guindey donnait à espérer que ces malbeurs
ne seraient pas de longue durée, lorsque l'intendant vint annoncer que la baronne était
servie. Aussitôt elle offrit la main au sousofficier de hussards, qui la conduisit à table
et prit place à sa droite. La famille se plaça
çà et là el le repas commença.
La baronne parlait parfaitement bien le
français ; Guindey était jeune, aimable et
instruit. Le diner qui avait duré une heure
tirait à sa fin, lors'lue l'intendant, le même
qui était venu annoncer le dîner, entra d'un
air tout bouleversé et se pencha vers l'oreille
de la baronne. Il ne lui eut pas plus tôt dit
quelques mots, que celle-ci poussa un cri,
porta ses deux mains à ms yeux et disparut
en courant.
A ce cri, à ce geste, à ce départ inoeiné,
toute la fom,lle se leva de table et suivit la
baronne. Guindey, surpris, resta seul ; il
allait regagnn sa chambre, ne sarhant ce
qui pouvait lui valoir une telle conduite de
la part de ses hôtes, lorsque la baronne rentra
dans la salle à manger, le mouchoir à la
main, el lui dit d'un ton visiblt'ment ému :
« Monsieur le maréchal des logis, je viens
vous prier d'excuser la malhonnètet6 que j'ai
commise envers vous, moi ainsi que mes
enfants. Soyez assez bon pour m'écouter un
instant avec biPnveillance dans le salon. ll
Guindey s'rmpressa d'obéir el s'assit dans
un fauteuil, que son hôte,se lui indiquait.
Celle-ci, après avoir poussé un soupir et s'être
essuyé les yeux, s'exprima ainsi:
« )Ionsieur, les bruits l~s plus sinistres
circulaient, hier toute la journée, sur le sort
de nos armes. On parlait d'un grand malheur, que nous repoussions de toute notre
âme : on disait que le prince Louis de Prusse,
qui, avant d'entrer en campagne, avait passé
six semaines ici en famille, lorsque ses
troupes étaient cantonnées dans les environs,
on disait, dis-je, que le prince avait été tué.
Et j'apprends, à l'instant, que c'est par
\'OUS I J)
Elle fondit en larmes et ne put plus continuer.
Guindey reprit ·

« Ce n'est que trop vrai, Madame; mais
c'est à mon corps défendant que je l'ai fait;
car le prince m'a blessé le premier. l&gt;
Puis il demanda la permission de se retirer.
li fit ensuite app1•ler son ordonnance :
« Fritz, lui dit-il, vite; selle les chevaux
le plus promptement po$sible, et parlocs.
- Quoi! dit celui-ci, partir, quiller ce
château?
- Oui ; prends mon porte-manteau, et
soyons à cheval au plus vite. Je te dirai pourquoi, quand nous serons en route. l&gt;
Guindey écrivit un mol à la baronne; il
lui disait qu'il comprenait sa douleur, qu'il
voulait la respecter, et qu'il allait changer
d'habitation. Il fit remettre ce billet au moment où il montait à cheval.
Un quart d'heure après, sur la route de
Saalfeld, il disait à son hussard :
c1 Qui donc a pu raconter dans ce château
que le prince Louis est mort et que c'est moi
qui l'ai tué? Est-ce toi qui as parlé? Ne te
l'avais-je pas défendu? 11
Comme Fritz ne répondait pas, il continua :
&lt;1 Parle, le mal est fait; maintenant je
veux savoir la vérité .... Parleras-lu enfin? l&gt;
Le hussard répondit :
&lt;I Ma foi, mon maréchal des logis, il faut
bien que je l'avoue : c'est moi qui ai dit que
le prince avait été lm\ et par vous. Mais c'est
bien malgré moi que j'ai parlé. Voici le fait:
tandis que vous étiez en haut à dîner avec
madame la baronne et sa famille, je dinais
en bas avec les domestiques. Pendant que je
mangeais et que je buvais tranquillement ma
bière, comme vous me l'a,iez recommandé,
quoi! un des domestiques, le chasseur, un
grand coquin de bavard, était là à me taquiner
en vantant les Prus~ieus. « Tu n'as donc pas
vu, qu'il me disait, comme ils ont arrangé
Lon camarade? » en parlant de vous, mon
maréchal des logis!
« J'avais bien envie de lui repasser une
chiquenaude ; mais je me rappelais la consigne que vous m'aviez donnée. Je ne dis
encore rien, et je bus un verre de bière de
plus pour faire rentrer ma bile. Mais pi.s
moyen de le f.1ire taire par ma contenance
pacifique! Il continuait toujours. J'eus beau
avaler des verres de bière, la bile sortit à la
fin, et je lui dis la cho~e que si son prince
vous avait blessé à la figure, il n'en bles~erait
plus d'autrfs, parce que vous lui aviez passé
votre sabre à travers le corps. Voilà I Mais,
mon maréchal des logis, de grâce, pardonnezmoi, car je vous ai fait perdre par ces paroles
un fameux bivouac. ll
Comme on le pense bien, Guindey ne lui.
tint pas rigueur; après lui avoir fait une
légère semonce, il lui dit :
c1 Nous allons retourner à l'ambulance à
Saalfeld, où nous resterons le moins de temps
possible, car j'ai hâte de rejoindre le rilgiment.
- Et moi aussi, mon maréchal des logis,
reprit Fritz. Et je réponds que le premier
Prussien que je rencontrerai sur le champ
de bataille paiera pour ce grand bavard de
"" 358 ,..

chasseur; et cela, je le jure sur la lame de
mon sabre. »
Le combat, l'anecdote du château, m'ont
été contés par Guindey lui-même, que j'ai
beaucoup connu lorsqu'il était sous-adjudant
major aux grenadiers à cheval de la Vieille
Garde, grade dans lequel il est mort glorieusement à la bataille de Hanau, en 1815.
clJc&gt;

Le 10 juillet 1809, nous flmes partie de la
division du général de Montbrun, qui se présenta devant Znaïm, où nous trouvâmes
l'armée ennemie réunie et rangée en bataille.
Nous crûmes à un engagement général. Le
corps de Masséna et celui d'Oudinol s'étaient
avancés jusqu'aux faubourgs : on s'y battait
et le canon ronOail, lorsqu'i'i sept heures un
parlementaire vint se présenter aux avantpostes, à l'effet d'obtenir le passage libre pour
le prince Lichtenstein, qui se rendait auprès
de !'Empereur Napoléon, pour demander une
suspension d'armes. L'armistice fut conclu le
15 juillet. Il était d'un mois, avec quinze
jours d'avertissement. C'est ce qui fit que
l'armée, el particulièrement la brigade,
eurent d'excellents cantonnements en MoraviP,
jusqu'à la paix. J'eus le mien avec mon peloton, composé de vingt-cinq chasseurs, dans
un beau village de deux ou trois cents feux,
et dans lequel était un vaste château appartenant au prince Esterhazy.
J'avais mis mon peloton en bataille sur la
place de l'église pour recevoir les billets de
logement du maréchal des logis que j'avais
envoié en avant, lorsqu'il vint me remettre
mon billet. Je fus étonné de voir qu'il m'avait
logé chez le curé et non au chàleau.
&lt;1 C'est, mon lieutenant, me dit-il, parce
que j'ai jugé que vous seriez mieux dans une
maison habitée que dans un chàteau d'où le
prince est absent, et qui n'a que son intendant pour vous recevoir. »
Un petit mouvement d'amour-propre, la
vanité de dater ma correspondance des domaines du prince Esterhazy, me fit préférer
le château tout désert qu'il était. Je m'y présentai donc. L'intendant me fit installer très
confortablement, et vint prendre mes ordres,
en m'annonçant qu'ils seraient exécutés en tous
points. Il me prévint en ou Ire que la cave
était très bien garnie; enfin, il parut vouloir
provoquer ma dépense plutôt que la réduire.
J'invitais tous les jours le maréchal des logis
du détachement à venir diner avec moi pour
me tenir compagnie.
Je ne fus pas longtemps dans mon isolement. Au bout de quelques jours, le général
Piré, ses aides de camp, l'état-major du
16• chasseurs et la compagnie d'élite de ce
régiment, vinrent s'installer dans le village.
Le général avait obtenu du général Castex
d'empiéter sur nos cantonnements P.t de venir
habiter lui-mème le chàteau du village, sans
déplacer toutefois l'officier et les vingt-cinq
chasseurs qui y a,•aient d«ijà pris leurs cantonnements. Je m'empressai d'offrir ma
chambre au général, qui l'accepta, à condition que je choisirais après lui el que j'ac-

cepterais mon ~ou vert à sa table, cc que je mée, à Constancl', m'apprit que la fortune
fis avec reconnaissance. Le O'énéral avait pour du prince Esterhazy avait été mise en tutelle· outre les dés et les cartes qui ne quiltaient
aide de :amp. le lieutena~l Castelbajac et un conseil de famille administrait ses do~ pas le tapis verl.
Au 15 aoùl, la chasse fut ouverte et Oieu
pour officier d ordonnance mon ami GuindeJ
ma!nes .. Je me se~ais bien douté qu'il lui
de,enu depuis 1806, lieutenant au 10• bus~ arr1_vera1t une pareille catastrophe, rien qu'au sait quelle part nous primes à cet a;rément.
sards.
Le général était très bon chasseur. ~"fous ne
choix de son magnifique intendant de Moravie.
Tout ce monde fut parfaitement bien in- )fais revenons à nos cantonnements de Mora- re,·enions )~m~is au chàteau sans y rapporter
stallé.
~~s quan!1tes enormes de gibier, à la grande
vie, en 1809, où nous passâmes trois mois
J01e de l'intendant, qui était très fier de tout
Il fallait voir l'intendant du prince; loin des plus agréables.
ce qui était une nouvdle preuve de la grand'ètr~ f.!ché, il était au comble de la joie. II
Le général était un bon vivant et un exceldeur de son maitre et une nouvelle cause de
me d1sa1t ".Il se frottant les mains :
lent soldat, aimant la jeunesse. On racontait
dépen_se. Dans ce pays, la chasse est un droit
&lt;( A la _bonne heure. Voilà qui fera honde lui, au biv~u~c, q~e, dans la campagne
neur_ au prince Esterhazy! On peut au moins de Prusse, capllaine d un régiment de hus- d~ serg~eur, et ~e pro~riétaire d'un champ
ournr un ,compt~ avec une clientèle pareille, sards, il était entré dans une ville forte enne- e~t _passible de peines Ires sévères, s'il tue du
a~ec des botes qui savent cc que c'est que de mie, Graudenz, je crois, par surprise, à la g1~1er sur son terrain avec une autre arme
~ivre'. avec ce général Piré, qui ne voyaae faveur de la nuit, la plus grande partie de qu un_ bàton. Le général, ses aides de camp
et mot, nous ne marchions jamais en chasse
Jamais_ sans un bon cuisinier. Car, quant
ses soldats parlant l'allemand. Après avoir
sa?s avoir derrière nous un chasseur du
vous, lieutenant, je vous l'avoue franchement
frappé une contribution très forte il avait
j'aurais été honteux de présenter à Monsei~
prmce, armé ?e fusils à deux coups, qu'il
rejoint son régiment à la pointe du jour, laisgne~r, à son ~etour, une dépense qui ne se sant l'armée ennemie dans l'étonnement d'une n~us présentait chargés quand nous avions
fart feu de nos armes.
serait pas élevee, pour vous et votre suite à
pareille audace, sans exemple dans leurs rangs.
10 florins (21 fr.) par jour!
'
Une matinée que nous étionsfatiaués de tuer
Il_ est donc bien riche,
liè~res,perdrix' ren~rds, Castelrntre seigneur?
baJac et Guindey établirent un
- Quoi I Vous ne connaispari à qui abattrait le plus d'hisez pas les richesses du prince
rondelles. Au bout d'un quart
Esterhazy?
d'heure, aucun de ces mes- Aucunement. Cependant
sieurs n'en al'ait tué. Ils se
son nom ne m'est pas étranchicanaient sur leur maladresse
ger, parce qu'avant la llévoréciproq~e, lorsque Guindey,
Iution, le 5• hussards portait
P?u:
fair~ valoir son coup
le nom d'Esterhazy.
~ œil, offrit à Castelbajac de
- Eh bien, Monseigneur
ll:er à cent pas à plomb de
est, je crois, le plus rithe
hevre sur la partie de son
prinee de l'Europe. Outre sa
~orps que je ne nomme pas;
!&lt;&gt;rtune en diamants, qui est
ri promettait aussi de se metimmense, et qui se transmet
tredan_s la m~me position pour
d'héritage en héritage, ses dorece1·?1r la decharge de son admaines sont si vastes, en Honversaire après qu'il aurait tiré
grie prin~i palemen t, qu'on peut
son coup de fusil. li fallait
compter Jusqu'à 10.000 mouêtre bienjeune, comme l'étaient
lons qui paissent sur ses terce~ messieurs, pour qu'un pares. 1&gt;
reil d~fi pût èlre propo~é et
Vin_gt ans après l'époque
accepte. Cependant ils s'étaient
dont ~e parle, Mme Parquin
plac~s à la distance voulue et
et moi nous rt-cevions, au châallaient commencer à exécuter
teau de Wolsberg, la visite du
leur gageure, lorsque, heureuprince Esterhazy, qui venait
sement, je vins m'interpod'acheter le château et l'ile
ser :
de Maiman, situés sur le grand
« Jfon cher, dis-je à Guinl~c de Constance, à quelques
dey, je ne veux pas vous emhe~es du_ ~Volsberg. Le prince
pêcher d'exercer votre adresétait un v1e1 liard bien conservé
se à ,·os dépens, mais je viens
montant encore parfaitemen~
vous demand~r à l'instant le
à cheval, et on ne peut plus aaJ.-B Glil:\DJ:.Y, DU ID" m;ss,urns, TUE LE PRIXCE Louis DE PRUSSE.
pantalon que je vous ai prêté
Bas relief de M•• LA eRE Cou TA,-n
· •tO:&lt;TORGUE IL, pour le mo11ument élevé à Laruns
lant auprès d'une belle da~e
~t que vous portez sur vous, car
(Basses-Pyrénùs.)
qui l'accompaaoait. Il était
Je ne me soucie pas qu'il soit
difficile de renc~ntrer un hommis à jour dans le nouvelamume de formes plus élégantes. c'était un de
.
sement que vous vous créez. l&gt;
,
~
dix
?eures:
le
déjeuner
à
la
fourchette
ces grands seigneurs de l'ancie~ réO'ime, dont
_Faite avec un grand sérieux, celle demande
etaJ~ servi; à crnq heures, le diner à deux
M_. de Talleyrand a été, en Fran~, la dermit
fin au défi, dont l'un ou l'autre eût, sans
services, dessert, café et liqueurs. Nous avions
nière expression. Une personne bien inforaucun
un excellent billard pour passer le temps, reuses. doute, conservé des traces doulou-

°à

L '-COLONEL PARQUIN.

�DE REISET
~

HISTORIA

Mademoiselle Raucourt
Après avoir soulevé autour de soi les explo- l'Église elle-même les rejetait de son sein : peul dire que c'est à l'esprit éclairé de
sions de l'enthousiasme, déchainé des tem- les comédiens étaient excommuniés et le Louis XVIII qu'on dut la disparition de ces
pêtes d'applaudissements, n'est-ce pas un clergé refusait impitoyablement à Jeurs dé- habitudes d'intolérance qui ne cadraient plus
beau succè, pour une grande comédienne pouilles la suprême bénédiction avant de avec les mœurs du x1x• siècle. Le scandale
que de trouver dans la mort même un moyen les conduire à leur demeure dernière. Consi- suscité par la malveillance aux funérailles
d'exciter les passions des foules et de déchai- dérés généralement comme ayant vécu hors de Mlle Haucourt, le 15 janvier 1815, fournit
ner une dernière fois l'expression bruyante de l'église au cours de leur existence, on leur à la prudence avisée du vieux souverain
de sentiments enthousiasti;s?
refusait le droit d'y pénétrer après leur mort, l'occasion d'abolir sans secousse cette couTel fut le sort de Mlle Raucourt. Comme et des règles impitoyables interdisaient à tume draconienne, et, sans aller à l'encontre
d'autres femmes dont nous
d'aucun règlement ecclésiasavons évoqué la silbouelle attatique, d'assurer désormais pour
chante, elle régna sur la scène
l'avenir aux comédiens cathopar sa beauté comme par son
liques la faculté d'user des
talent, par la perfection de son
drojts inhérents à leur relig{on.
jeu et par la séduction de ses
Ecoutons, fait par un témoin
charmes.
oculaire, le récit de l'événeLorsqu'elle eut quitté le thément qui avait failli dégénérer
àtre, son nom ne sortit pas de
en émeute.
la mémoire du public reconLe vicomte de Reiset, lieunaissant. Ce nom tant acclamé
tenant général, commandant de
jadis, à la nouvelle de son tré
la 2• compagnie des gardes du
pas, réveilla tant de frémissants
corps et gentilhomme de la
souvenirs, fit renaitre tant de
chambre du roi Louis XVIII qui
poignantes émotions, que le
l'honorait de sa bienveillance,
peuple de Paris tout entier s'ina relaté le détail des faits dans
digna de l'affrontfait à son cerune note restée jusqu'ici inécueil et prit bruyamment parti
dite.
contre ceux qui voulaient lui
fermer les portes du sanctuaire.
i4 janvier.
On verra, par le récit de
a llier a eu lieu l'enterreses funérailles, que Louis xvm
ment de Mlle Raucourt, actrice
ne resta pas sourd à ces justes
de la Comédie-Française, dont
objurgations et que sa pruIP.s obsèques ont amené les incidence avisée sut épargner à la
dents les plus fâcheux. Cette
grande tragédienne cette humidemoiselle, que j'avais applauliation suprême.
die bien des fois et qui jouait
En voyant les distinctions de
au Théâtre-Français avec un
tout genre dont les gens de
grand succès, était morte il
théâtre sont aujourd'hui l'oby a quelques jours sans avoir
.jet, en lisant le récit des ovademandé les secours de la reli~ . -.~A.
tions qu'ils reçoivent et des élogion ; peut-être même n'en
m-~
\ { 0
ges qu'on leur décerne, en
avait-elle pas eu le temps. Touconstatantenfin la place de plus
...,,...Sb
jours est-il que, lorsqu'il s'agit
en plus importante qu'ils prendela cérémonie funèbre, le curé
nent dans notre société moderde Saint-Roch, M. l'abbé Mar..,.
ne, on a peine à se figurer et
duel, crut bien faire en faisant
on hésite à croire que ces mêsavoir aux intéressés qu'il ne
mes personnages étaient, il y a
recevrait pas le corps à l'église
moins de cent ans, traités
et qu'il ne célébrerait aucune
presque en parias el frappés
cérémonie religieuse. Chacun
d'anathème.
sait
en effet 4ue l'usage en
Gr.2vure Jt L. LINGEE, it'apr~s FREUDEBERG tl J.-M. ~IOREAU.
En dépit des succès acquis,
France est immuable el que les
malgré la position brillante obacteurs y sont excommuniés.
tenue grâce à !eur talent par certains d'entre leur cercueil de franchir le seuil d'aucun Mais celle rigueur u•e~t plus dans nos
eux, la société leur refusait la place que leur temple c:1tholique.
mœurs. Mlle Raucourt vivait très retirée
méritaient leurs triomphes, et la profession
Cet usage suranné, d'un rigorisme si et d'ailleurs elle n'était plus d'âge depuis
d'acteur restait à ce point d~criée que absolu, avait survécu à la Révolution, et on longtemps à avoir des faiblesses; son exis-

r, "

~

1r? ·

SouRcEs. - Papiers illtdits du lie•1le11a11t gé11h-al
, icomte de Rciset. - Mémoires d'1111e femme de

qualité sous Louis XVIII. - Biog1·apltie des co11te111porai11s. Dictio,mal1'e de la Co11ver,atio11. - Duco,,

... 36o ...

La mèl'e du duc d' E11ghit11. Fr~nilly. Jlémoires .

Cornle baron de

MADAME ADÉLAÏDE DE FRANCE, FILLE DE
Tableau de N.\TTIER. 1\l usèe de \'crsaillcs. )

f' ichi (icrauJon

LOUIS XV

�M .AD'E.MOlS'ELl.'E
tence, jadis peu exemplaire, ne prêtait
donc plus au moindre scandale. Aussi cette
mesure a semblé si sévère que le matin de
l'enterrement une quantité assez considérable de monde
s'est portée au-devant du cortège qui se dirigeait vers le
cimetière el l'a forcé à rebrousser chemin pour ,·enir à l'église. Arrivée devant Saint-Roch
et trouvant les portes fermées,
la foule fait le tour de l'église
et, par une issue latérale restée
entr'ouverte, s'introduit dans
le sanctuaire où bientôt le corps
de la défunte est amené dans
le chœur. Les cierges s'allument, les portes s'ouvrent,
l'église se remplit, et les vociférations redoublent en voyant
qu'aucun prêtre ne parait pour
dire une dernière prière sur le
cercueil de la pauvre femme.
Enfin on va jusqu'au presbytère et on amène quelques ecclésiastiques qui, devant les
menaces de l'assistance devenue de plus en plus irritée, el
surtout devant un ordre exprès envoyé, dit-on, des Tuileries en toute hâte, se décident à vènir chanter un court

cher le curé pour le fustiger devant la porte
de son église. Si le malheureux avait paru,
on lui eùt fait certainement un mauvais parti.

De p1·ofu11dis.
« Cette affaire a produit un
effet regrettable et le roi a vivement blâmé, dit-on, en cette
circonstance, l'abbé Marduel
de son rigorisme, qui a failli
provoquer les pires excès et
les plus grandes violences. Mlle
Raucourt n'était point antireligieuse et l'on répétait à grands
cris que peu de temps aupara \"ant elle avait donné à la
fabrique de l'église le pain bénit
en brioche. Le curé s'est excusé en déclarant qu'il avait tenu cette fois la
même conduite que lors du décès de ~Ille
Chameroy, danseuse à l 'Opéra, survenu il y
a quelques années. Mais ce précédent invo11ué ne pouvait guère servir de règle ; le
temps a marché et les circonstances ne sont
plus les mêmes. En outre, la situation des
deux femmes était trop différente pour
qu'on pût les comparer l'une à l'autre : une
ballerine et une tragédienne ne ~auraient
être mises au même plan et l'art tragique me
paraît supérieur à celui qui consiste à exécuter des pirouettes.
c1 lJ. d'André n'a pas été plus ménagé que
le curé de Saint-Roch, car aucune mesure de
police n'avait été prise en prévision d'un
tumulte qu'il aurait pu prévoir. Le scandale
a été très grand, l'église a rait été envahie et
il y avait du monde jusque dans la chaire où
des enragés essayaient de pérorer, mais les
l'Ociférations et les cris étaient si violents
qu'il était impossible de se faire entendre;
on ne parlait de rien moins que d'aller cher-

'Jt.AUC0111(T

l'Église et que le curé denit connaître son
devoir.
« De cette façon, tout conOitentrel'autorité
religieuse et l'autorité civile a
pu être évité.
cc Le roi est ennemi de tontes ces exagérations el de toutes les rigueurs des fanatiques
qui ne peuvent être que de
nature à nuire à la religion
déjà en butte à tant d'attaques I L'indulgence et la modération ont fréquemment ramené bien des égarés, mais Sa
Maje~té bien souvent n'est pas
libre de parler et d'agir à sa
guise, et ne trouve pas toujours autour d'Elie l'appui sur
lequel elle pourrait compter.
J'excepterai pourtant dans son
entourage l'abbé Rocher, son
confesseur, dont je ne saurais
trop approuver la conduite.
Lorsqu'on est venu le consulter sur ce qu'il convenait de
faire, il a su d'un seul mot et
sans blâmer personne remettre
les choses au point: « Le scandale est le pire des maux, a
dit le bon abbé, et une pauvre
pécheresse a besoin plus que
tout autre d'un De profun-

dis ! »
« Cel abbé Rocher est un
saint homme qui vit loin des
compétitions et des ambitions
de tout genre qui s'agitent
autour de lui; il se tient en
dehors de toute politique et
mène la vie la plus retirée.
Le roi lui a adressé le fer janvier dernier des paroles flatteuses auxquelles chacun s'est
MADE.IIOISELLE RAUCOURT.
plu à applaudir: « ApprochezGravure de RuOTTE, d'après le /abkau de GROS ( 1;&lt;;6).
vous, monsieur l'abbé, lui a
dit le roi en l'apercevant au
Heureusement la garde est venue el a empê- milieu de~ officiers de sa maison qui venaient
ché de plus grands désordres, mais pendant lui présenter leurs ~vœux pour la nouvelle
quellJues heures on a craint que tout cela ne année; vous n'êtes pas courtisan et je m'en
dégénérât en une émeute qui aurait pu deve- plains, car je ne vous vois jamais qu'au trinir sérieuse si Sa Majesté n'arnit eu la sa- bunal de la pénitence! »
gesse, sans avoir l'air de céder à la force, de
&lt;( Grâce peul-être aux paroles de modéraleur accorder une juste satisfaction.
tion et de paix et aussi à l'attitude si sage de
c1 Le vacarme s'entendit jusqu'aux Tuileries;
Sa Majesté, l'effervescence se calma et ce
l'irritation du roi était extrême, et en appre- fut presque en bon ordre que la foule apaisée
nant la cause de ce qui se passait il a été escorta le corbillard au cimetière de l'Est, où
pris d'une de ces violentes colères qui lui devait avoir lieu la sépulture. »
sont familières, mais qui se calment prompteC-eUe dont les obsèques venaient de soument.
lever tant de désordres avait été une des
« Aussi tout en lui notifiant directement sa gloires de la scène française et avait joui d'un
volonté d'une façon précise, n'a-t-il point universel renom. Élevée à Nancy au palais de
voulu témoigner son mécontentement au curé Stanislas aux côtés de sa mère qui occupait
de Saint-Roch d'une façon publique, el lorsque dans la maison du vieux roi une charge subaldeux acteurs de !'Opéra-Comique sont venus terne, filleule de la célèbre Mme de Graffigny,
au château pour demander un ordre du roi Françoise-)larie-Antoinette Saucerolte, encorequi permît de rendre à la pauire comédienne toute petite, avait pris de son père, médiocre
les honneurs dus à une chrétienne, Sa Majesté acteur de province, ses premières leçons de
s'est contentée de faire répondre par 11. de déclamation. Poussée par une vocation irréDuras qu'Elie ne se mêlait pas des affaires de sistible, elle n'avait pas plus de onze ans
.., 361 ....

�IDSTO'f{1.Jl.

------------;-------~

lorsqu'elle parut en public pour la première
fois au cours d'une tournée qur ~on père
faisait en Espagne. llfaisce fulcn 1771 qu'elle

Co:-1vo1

piédestal! Lorsqu·on ~ retiré le voil? qui la
couvrait, sa tête éta1l celle de Venus, sa
jambe à moitié découYerle celle de Dia11e ! &gt;&gt;

DE lllADEMOISELLE RAU&lt;.:OURT. -

obtint à Rouen, dans une pièce de Du Bellay,
un succès considérable et qu'on commença _à
parler, malgré son jeune âge'. de. ses prodigieuses dispositions. Ap:ès avoir pris quelques
mois de leçons avec 8r1zard, elle débuta ~~x
Français dans le rôle de Didon et fut accuc1lhe
par le public avec un entho~siasme dont on
n'a guère d'exemple. !damé, Emilie, Monime,
Clytemnestre qu'elle incarn~ tour. à tour
avaient été pour elle une série de tr1omp_hes
non interrompus, et dans chacun de ses ~oies
elle se montrait si parfaite qu'on ne savait ce
qu'on deva.it admirer davantage, d~ la beauté
de sa personne ou de la perfection de wn
talent!
Pétillante d'esprit, de vertu facile, avec
une tournure de reine et un visage enchanteur elle vit bientôt à ses pieds tous les
beadx esprits de l'époque, Voltaire_ tout le
premier, qui lui adressait des madrigaux el
les plus galants petits vers. l~onorée. de la
bienreillance de la Dauphine .Mar1e-Antometle,
en faveur près du roi Louis X~ ~ui lui avait
fait, dit-on, l'honneur de la d1s1tnguer, ell~
se voyait en mème temps comblée de présents
par Mme Du Barry, qui, insouciante ,el ~on,n~
fille, ne lui gardait pas rancune d avoir ete
un moment sa rivale.
Enfin, après quatre années écou~ées, elle
semblait parvenue au faite des triomphes,
des honneurs el des succès, et l'enthousiasme
qu'elle excitait tournait au délire.
a Il est impossible, écrivait La Harpe,
après l'avoir applaudie dans 1~ rùle de Gal~thée, d'imaginer une perspect1~e plus séduisante que celte actrice en attitude sur son

D'afrès le dtssin dt

lllART1'ET.

&lt;I On ne savait, ajoute un contemporain•
ce qu'il convenait le plus d'admirer en ~lie! &gt;&gt;
Des embarras d'argent, des dettes q~1 _mon~
taient à une somme invraisemblable, JOtnls a
des cabales et des inimitiés. suscitées par la
jalousie de ses rivales, la décidèrent à quiller
la France. Après avoir voyagé pendant deux
ans dans les cours du Nord, elle rentra au
Théâtre-Français ; elle y avait retrouvé ~es
succès lorsque éclata la Révolution. Peu s ~n
fallut qu'à cette sombre époque elle ne papi
de sa tête les faveurs qu'elle avait reçues du
roi et des princes.
. . , .
Les opinions qu'on lui co~?a1ssa1L l av~1ent
fait inscrire une des prem1eres dans l al'lc
d'accusation dressé, en septembre 95, contre
les acteurs de la Comédie-Française : elle fu L
incarcérée durant de longs mois, et c'est un
miracle si elle échappa à la guillotine_. Elle
ne dut son salut qu'au dévouemi-ntadm1rable
d'Hippolyte Labussière. On sail ~o~ment cc
dernier obscur employé au Com1Le de Salut
public, ~n dissimulant des dossiers, en an_éan,tissant des pièces compromettautes, parvrnt a
sauwr nombre d'existences! Mlle Raucourt
fut du nombre. Lorsque vinrent des temps
plus'calmes, la tragédie_nne_ reparut à_ l~ ~cène.
Le Premier Consul a1ma1t et apprec131t son
talent inimitable et elle devint l'étoile de la
troupe du Théàtre-Français- qu'elle-_mê~e
avait réorn-anisé. Nulle autre ne sut pma1s
mieux re:plir les rôles de reine : la ~égulariLé de ses traits, la noblesse de ses atlttudes,
J-.irt admirable avec lequel elle variait les
inflexions de sa l'Oix, la rendaient incomparable dans les grands rôles tragiques. Elle

avait reçu des leçons de la Clairon, et_ elle rut
pour élève lflle George dont elle ~va1t été ~a
première à découvrir le laient na~ssan~. Mais
Ja protection de Napoléon ne lut avait p~s
fait oublier la reconnaissance qu'elle de,:a1l
aux Bourbons, et lorsque vint la Restaurallon
elle fut des premières à aller saluer le co~te
d'Artois qui rentrait en France comme .l'.1'1~tenant général du royaume. L'ac~rice, v1e1lhe
et fanée, alourdie par l'Pmbonpornt, ne rappelait que de bien loin . la Galatb_ée po~~
laquelle il avait eu autrefois un caprice_. Mais
le prince était tr~p ~alant_ ~our vouloir farailre oublieux : il 1accue1lht avec la grace
séduisante qu'il sa,·ait mettre en t~utes
choses, et lui fit aussi bon visage que s1 elle
eût été parée encore de tous les charmes dl'
la jeunesse.
.
Mlle Raucourt se retira charmée, mais _elle
ne devait pas bénéficier longtemps d~ la bienveillance des Bourbons; attaquee d une m~ladie inflammatoire, elle s'éteignit au mois
de janvier 1815, après _quel~ues jours de
souffrance. Elle allait aY01r so1Iante ans. On
raconte qu'avant de mourir, elle eut conscience que l'heure fatale ~'allait, pas tard~r
à venir : &lt;i Voilà la dermère scene que Je
jouerai, di~-elle en -~ouriant, il faut m'en
acquitter d une manwre _convenabl~. » ,
Sa clairvoyance n'avait pu devmer qu un
dernier rôle lui était réservé, que rnn nom

TOl!BEAU ÉLEVÉ A .'lADEMOISELLE R \ UCO\; RT
AU CIMETIÈRE DU PtRE· LACIIIISE.
Dessin d 'i\ VGUSTE GA RSEl&lt;AY.

tant de fois acclamé allait servir à une ma?ifeslation violente et que, pour so_n dcrmcr
voyage, une foule en délire "!endra1t escorter
tumultueusement son cercueil.
VICOMTE DE

REISET.

P. DE PARDIELLAN
&lt;::!Je&gt;

UNE ESCROQUERJE AU XVJJJ• SJÈCLE
cfc&gt;

M le colonel Baron de Steinbach
La France a pris sa large part des mystifications et duperies qui ont illustré le dix- qu'il fût possible aux intéressés de savoir cc premières classes de la société. Son coup
huitième siècle. Néanmoins, toutes proportions qu'il était devenu. Et comme en ce temps-là d'essai fut un coup de maître : il était tombé
gardées, elle s'en est tirée à meilleur compte on était aussi naïf qu'aujourd'hui, tout le sur ce qu'on dénommerait en français moque les petits États allemands, la Prusse monde le crut parti sans idée de retour.
derne « la poire &gt;&gt; idéale. Ce personnage
exceptée, parce que messieurs les aventuriers
cfc&gt;
s'appelait du Bosc, était marchand de soiea1·aient eu la prudence d'é1iter un sol aussi
Quel ne fut pas l'étonnement des bons ries, possédait une grosse fortunP, et malgré
ingrat. (Tout au plus le roi-sergent éut-il
les protestations de son père, négociant à
occasion de faire poursuivre jusqu'aux portes bourgeois de Leipzig lorsque, trois mois plus Francfort, de sa sœur et de son beau-frère,
tard,
à
l'instant
où
la
foire
hattait
son
plein,
de Dresde un malheureux garçon apothicaire,
il s'adonnait avec passion à l'étude des
lequel, après boire, s'étant vanté de savoir certains rencontrèrent parmi les étrangns de sciences occultes.
marque un personnage qui se faisait appeler
fabriquer de l'or!)
Schrepfer débuta par lui montrer un diàf.
le baron de Steinbach, colonel au service
Ne vit-on pas l'électeur de Hesse loger et
plôme signé du grand-maître des loges de la
de
la
Franre,
el
dont
les
traits
offraient
une
entretenir largement, pendant une quinlaine
stricte obsenance el une sorte de procuration
d'années au moins, un indiYidu nommé resseml,lance frappante avec ceux de Schrep- lui conférant tous les pouvoirs nécessaires en
Bessler, qui prétendait avoir découvert le fer! Vu les liens de parenté qui uuissaient la vue d'amener une fusion de la franc-maçonmouvement perpétuel; des princes des Deux- cour de Versailles à celle de Dresde, il impor- nerie avec l'ordre des jésuites. Pour achever
Ponts dépenser des sommes folles pour rete- tait d'éviter des froissements; par conséquent, de convaincre sa victime, il lui mil sous les
nir à leur service des imposteurs vulgaires, cette affaire ne pouvaiL être éluc·idée qu'avec yeux des lettres autographes du duc de
soi-disant en possession des secrets du grand- une infinité de précautions. c•était prendre Chartres, lui notifiant sa nomination au
œuvre l Mais ceci ne fut qu'un jeu d'enfant une peine bien inutile, rar, à peu de jours de là, grade de colonel et l'engageant à se faire
un notable ayant croisé le pseudo-colonel et
par rapport aux escroqueries mémorables s'étant
permis de l'appeler Sd1repf,•r, l'autre, appeler baron de Steinbach, « aûn d'obtenir
et cependant si peu connues - dont les haainsi plus de con~idération et par $ui1e un
bitants de Leipzig et de Dresde furent vic- bien loin de se récrier el de se fâther, lui accès plus facile dans la haute société ». Bien
times en l 77 i, par le fait d'un seul et unique avoua que tel était bien son nom, mais que, entendu, le diplome, le pouvoir et les lettres
individu.
pour des rai~ons d°Élat, il avait été obli~ é
précités étaient de vulgaires faux.
d'accepter
le grade et les tilrcs avec lesquels
Celui-ci, un nommé Schrepfer, né aux enContinuant sa démonstration, Schrepft'r
virons de 1730, avait été successivement do- il se présen1ait maintenant.
~aconla que les jésuites, e1pulsés de tous les
Et
celle
e1plicatiou
suflit
à
l'honnête
bourmestique d'auberge, hussard, garçon d'hôtel
Etats, avaient dû songer à mettre en sûreté
et frère servant de la loge Minerva, de Leipzig. geois de Leipzig. Au surplus, S,·brepfer ou leurs immenses richpsses et que, sur la relntelligentet beau parleur, il était doué &lt;lune le colonel baron de Sternhach, comme on commandation du duc de Chartres, ils lui en
audace incroyable. A force de servir des voudra, avait les poch~s birn garnies t-t dé- avaient confié une part considérahlP, awc
chopes aux iniliés de la Minerva, il s'était pensait saos compter. Il n'en fallait pas da- mission de les employer dans l'intérèt de la
as~imilé une portion notable de la termino- vantage pour lui assurer la con~idération Saxe et au bénéfice de ses propres amis. Il
logie maçonnique. llluni de ce bagage, il publi4ue et. .. uue clientèle aussi nombreuse ajouta qu'en temps roulu il donnerait la
avait commencé par s'essayer devant un au- que choisie. Il va sans dire que notre howme, preuve écrite de ce qu'il avançait et qu'à
ditoire de petites gens, et l'entreprise a1·ait une fois posé aux yeux de ses concitoyens, l'appui de ces preuves, il évoquerait certains
rémsi. Parlant de là, il a1ait mis en circula- s'empressa de reprendre ses anl'iennes occu- esprits.
tion les bruits les plus divers, concernant pations, con,istant à évoquer les esprits et
Si grossière que fût la supercherie, du
son poul'oir d'évoquer les esprits et d'accom- soutirer de l'argent à ses fidèles. Tout~fois, Ilosc en fut pldnement dupe. Non content de
pour
éviter
des
mécomptes,
il
tria
soi~euseplir certains rites mystérieux qui lui auraient
mmt son public et refusa catégoriquement remettre à SchrPpfer toutes les sommes qu'il
été enseignés par les membres de la loge.
d'opérer devant les personnages qui ne lui lui demauda, il le munit de leltres de recomUn beau jour, la chose parvint aux oreilles
mandation pour dilTérenles personnes de
de ces derniers, et Hir-le-champ les dignitaires inspiraient pas confiance, tels, par exemple, Dresde, notamment pour le ministre d'État
de la Minerva expulsèrent leur indigne frère les généraux d'Oeltiugen et de Bt-nnigsen, le de Wurmb et pour son propre beau-frère, le
colonel Agdolo, le con5eiJler intime Ferber Pl
servant et lui intimi-rent l'ordre dl! renoncer quelques
conseiller des finances Feruer, déjà cilé plus
autres.
à ses pratiques; faule de quoi ils le remethaut.
Ce dernier, très sceptique, ne voulut
~lais l'él'ocation des esprits et les autres
traient aux mains de la justice. On était alors
entendre
parler de rien. En rernnche, le miœuvres magi4ues ne faisant pas virre leur
en décembre 1?ï;;.
nistre, après un court moment d'hésitation
homme,
&amp;·hrepfer
étendit
son
champ
d'acEn présence d'une mise en demeure aussi
mordit bellement à l'hameçon. Il reçut for;
nette - d'aucuns affirment qu'une volée de tion. Cela lui fut d'autantI plus facile que ses bien Schrepfer qui, sur ces entnJaites, était
adeptes les plus fervents appartenaient aux
bois vert influa sur sa détermination arrivé à Dresde, et le recommanda chaude1. Bieu dt·s auut!c, apri-s la morl de S, hrcpfcr, cl
Schrepfer s'indina. Mieux que cela, au bout alors
que ses ,uperdirri,,,_ a_,·ai, nt élé d,·ma"ruè,·s de- les llt'rsonnes ë, 01p1i•,·s au cours dt• cr, séancl's. M. de
de quelques jours, il disparut de Leipzig, sans puis lori lonith-mps, 1,• m1111,1rc. comte tic lluht·nll,al, lie~ 11111, uu chamlic\lan de !'élt·clt,ur, t,,ml,a gra,c,outena1t n,·cc la der111èn· éu,•rg,., arnir ,u ri•el11•meol

m,·nt malaof,, cl fmlltt ,lcnnl!' fou, à la iuitc d 'un,•
,ci•lll• ,le conjuration lri·s m~u,cmcnléc.

�111STOR..1.Jl
se firent un scrupule d'ouvrir le paquet. Cement au duc de Courlande, Christian-Joseph- répondre à cette question de mamais goût. pendant, vers la fin de septembre 177 i,
Charles 1 • Celui-ci demanda aussitôt à prendre Effectivement, au cours d'une assemblée M. de Wurmb apnt appris que Schrepfer
connaissance des papiers de notre homme. tenue au palais du duc de Courlande', l'ombre était bien tranquillement installé à Leipzig
Ce désir fut exaucé, mais ni le prince, ni les du chevalier de Saxe (mort le 25 février chez son ami du Bosc, il fut décidé que le
spécialistes de la cour ne s'ap&lt;'rçurcnt des 1774) se montra aux assistants et tint un paquet serait transporté dans celle dernière
faux. Chose curieuse, perrnnnc n'eut l'idée langage qui sonna fort désagréablement à ville el que l'on procéderait à son ouverture
d'informer le ministre de France (Barbé de leurs oreilles. Son rude parler, que pouvait en présence des trois personnages précités. Ce
Marbois) de l'arrirée d'un colonel français, excuser une vie passée tout entière dans les programme fut suivi à la lettre et l'on devine
camps, fut cependant atténué par quelqut&gt;s
chargé d'une mission étrange en vérité.
le résultat de l'opération. Au lieu des milL'examen des papiers n'ayant donné lieu paroles sympathiques à l'adresse du brave lions annoncés, on ne trouva que du papier
à aucune obsenation, Schrcpfer fut invité à colonel baron de Steinbach. M. de Wurmb blanc et un certain nombre de billets portant
rédiger un mémoire concernant le trésor dont sortit de là tout réconforté et se garda soi- l'indication des endroits où étaient déposées
il avait la garde. La question n'avait rien qui gneusement de renouleler ses demandes les diverses fractions du trésor .... Wurmb
pût l'embarrasser, car séance tenante, il ré- indiscrètes.
La noble compagnie reprit son existence et du Bosc ne soufllèrenl mot à personne de
pondit que le magot, soit plusieurs millions
leur triste décomerte. Schrepfer, les bernant
de thalers en bons de caisse, était déposé ch~z de plaisirs, n'attachant aucune importance une avant-dernière fois, leur avait déclaré
les frères Belhmann, banquiers à Francforl- aux emprunts de plus en plus fréquents sol- qu'il les rembourserait le 8 octobre au masur-le-Mcin. On s'enquit donc auprès de ces licités par Schrepfer, el tout aurait été pour tin; aussi fut-il traité à merveille par MM. de
derniers et ils confirmèrent les allégations de le mieux si du Bosc, préoccupé, cédant, lui Bischof,,werder et de Hopfgartcn, qui vinrent
Schrepfer à savoir qu'il avait été déposé chez aussi peut-être, aux conseils de sa femme, passer la journée du 7 à la foire. Pour reconeux, contre un reçu, un volumineux paquet, n'anit invité son ami à rallier Leipzig et à naître leur amabilité, il les invita à souper
renfermant des papiers, soigneusement em- se mettre en mesure d'exécuter ses pro- en compagnie de deux autres personnages
ballé et cacheté à la cire, et qu'ils avaient messes. Vite, M. de Steinbach courut le ras- (qui ne sont pas désignés par leur nom).
l'ordre de ne s'en dessaisir qu'en faveur surer. A peine arrivé à Leipzig, il fut rappelé Quand on fut à table, il leur déclara que l'on
d'une personne qui leur restituerait leur par M. de Wurmb qui avait été pris de nou- ne se coucherait pas de la nuit, parce qu'il
reçu el en mème temps leur remellrait une velles inquiétudes et, détail aggravant, en faudrait sortir bien avant le jour, histoire
lettre autographe du colonel baron de avait fait part à ses compagnons de Dresde. d'assister à un spectacle absolument nouveau.
Vopnt que les affaires menaçaient de se
Steinbach.
Bref, avant l'aurore, il les emmena hors
gâter,
Schrepfer paya d'audace. li envoya un
C'était un argument sans réplique.
ville, dans un bois, les pria de l'attendre un
A dater de là, Scbrepfer put se permellre émissaire à Francfort et fit rapporter le instant et disparut au milieu d'un fourré.
tout ce qu'il voulut; en particulier à l'Hôtel fameux paquet, dont la- simple vue rassura Au bout d'une minute une détonation se fit
de Pologne, où il avait élu domicile, le pro- les plus timorés el Wurmb lui-même.
Profitant de ce revirement, il saisit un pré- entendre, mais les autres ne s'en émurent
priétaire lui ouvrit un crédit illimité. Bientôt
pas, croyant que le coup de feu avait été tiré
les équipages firent queue à sa porte et on texte quelconque et... n'ouvrit pas le paquet. par quelque braconnier. Cependant, à la
Mais il était écrit que la mJstification ne
ne le vit plus qu'en société du duc de Courlongue, ils s'impatientèrent, allèrent aux renlande, du ministre de Wurmb, du baron de durerait pas plus longtemps. En effet, M. de seignements et ne furent pas médiocrement
llohenthal, du chambellan de Bischofswerder, Marbois, ministre de France, ému des bruits surpris de le voir mort, déjà froid.
du conseiller intime et chambellan de Hopf- qui circulaient sur le compte de M. de SteinA peine remis de leur émolion, ils firent
garten et du colonel de Frœden, aide de bach, l'invita à se présenter devant lui et à leurs comptes et demandèrent à voir le trécamp personnel du prince Christian-Charles. lui exhiber son brevet de colonel, faute de sor. Ce fut alors seulement que du Bosc el
quoi il demanderait son arrestation immédp
diate. Exaspéré d'une telle prétention, le duc de Wurmb se résignèrent à leur apprendre
la désolante vérité.
L'on ne s'ennuyait pas à l'llôtel de Pologne, de Courlande manifesta l'intention de se
Les sommes escroquées par Schrepfer
el cette existence joyeuse aurait duré long- plaindre auprès de son neveu le roi de atteignaient un chiffre absolument fabuleux,
temps, si le ministre de Wurmb, que l'on France; mais il dut abandonner ce projet de- car, alléchées par ses promesses, une foule
accusait de danser aux flt'.ltes de madame son vant les instances du comte Marcolini, qui de petites gens, à Dresde aussi bien qu'à
épouse, ne s'était avisé, probablement insti- depuis longtemps suivait d'un œil défiant les Leipzig, lui avaient avancé de l'argent. Ses
gué par celle dernière, de demander le rem- agissements de Schrepfer. Celui-ci n'eut victimes n'eurent d'autre ressource que de
boursement des prêts consentis à M. de Stein- donc plus d'autre ressource que de s'exécu- se résigner. Toutefois, MM. de Wurmb et de
bach. L'autre prit la chose de haut et dé- ter ou de prendre la poudre d'escampette. Il Bischofswerder, qui avaient une foi robuste
clara que les e5prils se chargeraient de va sans dire qu'il choisit la deuxième solu- et qui moururent, le premier en 180 l, le
tion.
1. Christian-Joseph-Charles, troi•ièone fils d'l FréQuoique très étonnés de sa fuite, les autres second en f 805, crurent jusqu'à la fin qu'ils
déric-Auguste Il, frère de la dauphine, cl par conrentreraient en possession de leur bien.
séquent l'oncle de Louis X\'I, Louis -XVlll el Charles X.
Il avait quarante et un ans en 1774.

2. L'arsenal actuel de Dresde.

P.

DE

PARDIELLA,.

GASTON DERYS

+
LES GRANDES AMOUREUSES

+

Madame de Tencin
Mme de Tencin, qui, par l'éclat de ses
aventures, par la dissolution de ses mœurs
~ar la fougue de sa sensualité, parvint
etonner une époque blasée en matière de
scandales, une époque où vécurent une duchesse de Berri, une Louise-llenrietle de
B?urbon-Conti, duchesse d'Orléans, et tant
d autres grandes dames qui prodiguaient
leu~s faveurs _avec une généreuse intrépidité,
Mme de ~en?m fut une Messaline bien pensa_nte, qm aima le commerce des gens d'Éghse, p~ofessa, au P?int de vue religieux•
une stricte orthodoxie, et écrivit, ou fit
ccrire, des romans fades el vertueux.
~fme de Tencin, de par ces contrastes
offre un caractère amusant et intéressant. '
L~s am~itieux, les « arrivistes », comme
on dit aujourd'hui, devraient étudier la vie
de Mme de Tencin. Ils y puiseraient les
leçons les plus fructueuses, et verraient comment, lout ~n flattant les idées, les préjugé5
ou les marnes des gens que la masse respe?te, et qui dirigent l'opinion, on peut ne
point ~e ~ontraindre dans ses goûts personnels: et vivre selon sa guise, sans souri des
systemes et des morales, en se laissant gliss_er mollement sur la pente de ses instmcts.
~~• en particu~i~r, les personnes qui rn
de.tment à la politique, et qui ne comptent
pas_ Y apporter des scrupules rigoureux, dena1_ent apprendre de lime de Tencin l'art
cimque et charmant dt1 satisfaire leurs passions et de servir leurs intérêts en prophétisant le t~iomphe des justes, des intègres et
des laborieux.
On a dit que Mme de Tencin écrivit des
romans cha~tes presque par contrition, à peu
près comme les courtisanes Yieillies deviennent
dévotes, et ne pouvant plus aimer les hommes, se rabattent sur le bon Dieu.
Il ~e fa.ut ~as faire cette injure à Mme de
Tencm. C éta_1t une femme très intelligt&gt;nte.
~(le ne cro_ya1~ pas à la vertu. Il ne s'agit pas
ici de s~vo1r s1 elle eut tort ou raison. M. Renan a dit, ou à peu près, dans la Prière s111·
[ Acrop?le,_qu'une philosophie perverse sans
doule, lavait poussé à croire que le bien et
le mal se confondent l'un dans l'autre par
des nuances aussi indiscernables que celles
du cou de la colombe. ~fme de Tencin était
une renaniste avant la lettre.
Elle a fréquenté les prélats, non point

à

pour leur demander d'attirer sur elle de célestes indulgences, mais parce qu'elle voulait
que son frère fût promu aux plus hautes
dignités de l'Église. Un tel sentiment honore
son cœur. Elle entourait ce frère d'une affection profonde et dévouée, si dévouée même
q~e _la m~ljgnité publique prétendi; que c;
mm1stre d Etat poussait le culte de son maitre,
le Régent,jus,1u'à épouser le goût de celui-ci
pour les amours consanguines.
Ell_e a__ soutenu la saine doctrine catholique
pa~ ego1sm~ et_ par goût_ de l'ordre, parce
quelle sava1l bien que s1 le peuple n'était
plus _cont~nu par une religion forte et unique,
il briserai~ ses cadres traditionnels, et compro_me_llra1t brutalement les privilèges d'une
soc1étc cha~mante, oisive et polie, amie des
arts, des vms. ?'Ay et des voluptés.
Elle a pubhe des romans où la vertu combat la _passion, et la vainc, parce qu'il lui
seT?bl~1~ élégant de cultivrr les belles-lellres,
et Jud1c1eux de mystifier les personnes sen-

CLAUDI:-E-ALEXA.',;DRllŒ GUERI:-! DE TEl\CL'I.

Gravure de

DEQUEVAUVII.LER.

sib_les,..en ~e faisant passer pour une femme
qm ha1ssa1t ce que les à mes prudes ou timorées appellent le vice, et en leur faisant
croire qu'elle admirait qu'on résistàt aux appels du cœur, aux exigences des sens, re
""' 365 .,.

qu'elle estimait, tout au fond de soi d'une
piètre stupidité.
'
_Mme de Tencin est une délicieuse anarchiste.

II
Claudine-Alexandrine Guérin de Tencin est
née à Grenoble en i68l.
~e~ or!gines de. sa famille sont humbles.
M~1~ il n y a pas heu de le lui reprocher. Les
or1gmes de toutes les familles sont humbles.
li y a sûrement un porcher dans l'ascendance
du Roi-Soleil.
~~ xv~• siè~le, un colporteur du nom de
Guerm s établit comme bijoutier à Romans
en plein Dauphiné. Ses descendants furen~
a?oblis. Les plus fameux sont, sans contred_1t, noire ~éroine, et son frère, Pierre Guérm_ d: Te?cm,_ cardinal, archevêque, ministrP,
qui n avatl pomt volé son anoblissement s'il
~n _faut croire les Mémoires d'Argenson: qui
ecr1t ~ue ce prélat fut « le fléau des bonnètes
"
.
.mcestueux, mau vaiscito}en
i:,ens,s1momaque,
honni et méprisé partout. o
'
Il est certain qu'?n tel ~omme de,ait se
pou,sse_r, a~ um• siècle, s'il était, par surcroit, mtelhgcnt.
Chamfort a buriné, du frère et de la sœur
un portrait bref et cruel :
'
« La célè~re ~tme de Tencin, sœur d'un
pr~tre convamcu de faux et de simonie en
plem b~rreau, au ~ornent où il levait la main
P?ur faire_ ~n parJure, et depuis devenu cardinal; religieuse
,
. sortie
. de
. son cloitre a prcs
un scan da1e odieux; mtrigante, devenue mailre~se avouée du cardinal Dubois etlongtem s
~rb1tre des gràces..: on l'a vue J·ouir à par1s,
.P
iusque dans sa v1e1 11esse d'une grande
sidération. 1&gt;
'
con. llm~ de Tencin était fille d'Antoine Guérm, seigneur de Tencin, président à mortier
au Parlement de Grenoble, et de Louise de
li parents étaient pau vres,
.Bufîevent. Comme, ses
11s \ou 1urent qu e e ~e fil religieuse, et la
placerent au couvent de Mont0eury, près de
Grenoble.
C'ét~it un ~uvent peu sévère, dans le
genre e ceux ou Marie Mancini, devenue la
conn~table Colonna, fut successivement en[~rme~.
des visites mascur
O On. YI accueillait
. .
mes. n ~ y a1ssa1l_ faire la cour. Heureuse
époque, ou la dévolton s'alliait aux pJa· .
mondains.
isirs
L'auteur d'une notice sur Mme de Tencin

�-

111ST0~1.Jl--------------------

füres qui lui sembl~ient ~~ng~reux pour l_a
nou~ décrit les mœurs aimables de ce co~- tout au moins d'assoupir momentanément morale ou qui juaea1enl l h1sto1re ou la polivent : « li était plutôt situé comme une mai- les flamhé.:s de sa chair brûlée de désirs.
Elle fut la maîtresse du Régent; elle fut tique a~ec une indépendance capable d'aff~ison pe plaisance que comme un lieu de rela
maîtresse du cardinal Dubois; rlle fut la blir dans les peuples le respect du souveram_.
traite. li se trouvait au bout d'une longue
li dénonça la .llorale du Pater, les .U~promeuade où aflluait l'.mle la jeunesse d? la maitresse de d'Argenson.
moires
hi.~toriques et critiques de ~~ézera1,
En soutenant rnn frère, qui était un des
ville. Les jeunes genlllshommes y allaient
les
ouvraaes
de l'évêque de Montpelher, de
voir leurs sœurs, qui y étaient religieuses ou chefs du parti des conslitutioonaires (on ap- l'abbé '!'~avers, l'Jlistoire du Concile de
pensionnaires, el aus~i les sœurs de leurs pelait ainsi ceux qui reconnaissa(ent la_ bulle Trente, de Le Conra1er.
.
..
Unice11il11s, dirigée contre les Jansénistes),
amis. »
Tant de vioilance el de zele, J0111l aux
rlle
:1déplo1a un prosélI tisme si vif, 11ue le
Casanova dans ses Jfémoire.~, el bien
bons offices d~ sa sœur, lui ,·alut l'estime
d'autres éc;ivains du x\'11• el du xvm• siècles gouvernement, dans la crainte que son él_o- des puissants. li fut archevêque de_ ~l'on, el
nous ont laissé des de,criptions identiques. quence n'excitât davantage la fureur ?"s dis- le cardinal Fleury Je fil nommer mm_1stre. ~
Celle de Casanova ne manque pas de ra- cordes, lui intima l'ordre d'aller étemdre le la mort de son proterteur, en 1752_, 11, perd~t
feu dii cette propagande excessiYe dans la
tout crédit et se retira dans son d1ocese, ou
goût:
.
.
.
« Laure m'avait appris que tel JOUr 1I de- bonne et paisible ,ille d'Orléans.
il
mourut, 'six ans plus tard, ch~rgé d'~ns el
Elle n'y demeura pas longtemps.
vait y avoir un bal dans le grand parloir du
d'honneurs,
dans cette paix ser~111e qui couPuis, elle se mêla, avec son frère, des spécouvent, et m'étant déterminé à y aller en
ronne
les
existences
bien remplies.
.
culations provoquées par le système de Law.
masque, mais déguisé ~e façon que .mes
C'est
certainement
un
des
personnages
hisdeux amies ne pussent pornl me reconna1tr": Toul le monde s·y ruina. Elle y fil de gros toriques qui ont été le plus b~ssemenl injuriés.
je me mm1uai en Pierrot, dé~ui~emen~ q~• profits.
Les mémoires le reconnaissent capable de
En ce chapitre, nous ,·oulons la présenter
,ache le mieux les formes et 1a\lurr. J étais
toutes
les vilenies, de toutes les perfidies. 0~1
sùr que mes deux charm.~ntes. maîtres_s~s dans ses rapports avec les ministres de Dieu. a prétendu que, pour obtenir le chapeau, ~1
Elle se ser,il de Dubois pour pousser la
seraient à la grille el que J aurais le plamr
versa ou fit verser 600 000 livres. Il a11ra1l
fortune
de son frère, qui fut rapide.
de les voir et de les comparer de près.
exercé
un ,érilable chantage sur le roi d'AnPierre Guérin de Tencin fit sa licence en
« A Venise, pendant le carna,al, on pergleterre,
le faisant menacer de morl afin de
met cet innocent plaisir dans les couvents ~e Sorbonue et devint prieur de celle maison. ~l capter sa protertion. .
.
fut nommé grand-vicaire, puis grand-arcb1religieuses. Le public danse da~~ l? _parloir
Le cardinal de Tencm a lrom·e un défendiacre de Sens, pourvu de la grasse abba)'e
et les sœurs se tiennent dans 110ter1eur, à
de Vézelai, qui lui attira ce procès fàcheu_x seur en M. Charles de Co1nart, qui, au cours
Jeurs amples grilles, spectatrices de la fète. »
d'un ouvraoe très copieusement documenté,
Cependant, Mrue de Tencin finit par trou- pour sa réputation, auquel Chamfort fait publié en 1°910, s'est donné la lâche _de d.é~
allusion. Il reçut l'abjuration de Law en
ver le temps long.
.
1719, à Melun. « L'abbé de Tencin, dit montrer que le prélat et sa sœ_ur ava1ent ete
Son ingéniosité lui suggéra un moyen plaiDuclos, retira de ce pieux travail beaucou~ parfois victimes de noires ca!om~1es. M. Charles
sant de quitter le couvent. .
de CoJnart n'a pas la prelenll~n, natur~le« En faisant ses vœux, dit Duclos, dans d'actions et de billets de banque. » On lUI ment, de nous présenler Tencm, comme u_n
conféra l'évêché de Grenoble, mais la nominases Mémoires su1· la Régence, elle songea au
modèle d'honneur. li veut qu on le croie
moyen de les rompre, el son directeur fut tion n'eut pas de suites. En i 721, il acco~: moins fripon. En tout cas, son liue e~l
l'instrument aveugle qu'elle employa pour pagne le cardinal de Rohan à Rome: _le vo•~• vi,ant consciencieux, intéressant, et plern
1
ses desseins. C'était un bon ecclésiastique, chargé d'affaires de France à Rome;. 11 ~PÇOll de renseignements curieux sur l'origine des
l'archevêché d'Embrun, et, celle fois, 11 est
fort borné. qui devint amoureux d'elle sans
Tencin.
qu'il s'en duulàl le moins du monde. LapéMme de Tencin entretint les meilleures
nitente ne s'y trompa nullement, profita harelations avec le haut clergé de son temps.
bilement du faible du saint homme, en fit
Elle sut même se concilier l'amitié du pape
son commissionnaire zélé, en tira les éclair:&amp;&gt;noîl XIV. l\'étant encore que cardinal Lamcissements nécessaires, et lorsque les choses
bertini, il échangeait avec elle une corre~furent au point où elle le désirait, elle répondance assidue. Dè_s qu'il coiffa la tiare, 11
clama contre ses vœux cl réussit enfin à paslui emoya son portrait.
.
ser de son cloitre dans un chc1pitre de NeuElle eut comme amant l'aLbé de Lourn1s,
ville, près de LJon, e~ ~ualité. de c~ano!le quatrième fils du ministre.
,
nesse. Je tiens tout ceci d elle-meme. B11 ntol
Cet abbé vivait dans l'heureux temps ou
elle fut aussi libre qu'elle pouvait le désirer.
les nouveau-nés trouvaient en leur ~cre;ea~
L'inclination que l'aLbé Dubois prit pour elle
un bre\'el de colonel. .\ neuf ans, 11 eta1t
acheva le reste. D
pour, u de bénéfices considérables et grandElle se rendit à Paris. Sa beauté, les grâce~
maitre de la librairie. Quelque tem~s plus
de son esprit groupèrent autour d'elle de
tard il de,•int bibliothécaire du roi. Cette
nombreux amis.
char~c réunissait deux post~s !mf&gt;?rlants :
Fontenelle ne demeura point insensible à
celui de conservateur de la B1bliotheque nases charmes. li ne voulut pas que sa maitionale et celui d'intendant du Cabinet des
tresse restâ L prisonnière en des lieux rel(médailles.
gieux, et sollicita auprès du pape un rescrit
On Yoil que l'abbé de Louvoi~ était un
qui l'en délivrât. De méchantes langues fire~t
enfant précoce. Comme on voulait essaye~
connaître en cour de Rome que ce rescrit
de justifier tant de titres brill~nts, on_ lui
a,ail été rendu sur un exposé de faits menfit faire de fortes études, el Ion se lm~,
son.,ers. 11 ne fut point fulminé. Ce qui n'emf OXTENE LLE .
alors qu'il avait douze ~ns, à une cornepêcha point que la c~an?inesse fût restituée
D'aprës un tatleau d11 temps.
die divertissante. li soulrnt un exame~ sur
aux plaisirs de la soc1éte.
.
l'Iliade et l'Odyssee en présence de "!?g1sters
Mme de Tencin employa sa liberté à seconet de courtisans. Le grand Bossuet l mlerroder l'ambition de son frère. Elle réussit à en ~.wré par le pape lui-même, le 2 juillet geait. L'assemblée fut éblouie, naturellement,
faire un ministre puissant, en permettant à t 721..
Ses mandements sévissaient contre les du savoir du jeune abbé.
diYers personnages bien en cour d'apaiser, ou

~---------------------------------'lme de Tencin manifestait un tel respect
pour les choses de la religion que, le jour
où elle eut un enfant naturel. c'est sous le
porche d'une t!glisc qu'elle décida de l'abandonner.
Le chevalier Destouches était son pi-re.
C'était un commissaire provincial d'artillerie,
au nom de qui on ajoutait le mol Canon,
pour le distinguer de Destouches l'auteur du
Glo1·ieu:r.
Né le 16 novembre 1717, l'enfant fut
trouYé sur les marches de la petite église de
Saint-Jean-le-Rond, détruite depuis, et qui
était située près de ~otre-Dame.
L'enfant reçut le nom de Jean-le-Rond. li
devint illustre sous celui de d'Alembert.
Le commissaire de police, qui avait sans
doute des instructions, le confia à une
vitrière, au lieu de l'envoyer aux EnfantsTrouvés. Qucl,1ues jours après, ses parents
IP. dotèrent, sans se démasquer, d'un titre de
1. 200 li vrc, de rente.
On a prétendu que plus tard ~lme de Tencin voulut reconnaitre d'Alembert, qui avait
f~it so~ chemin dans le monde, et que celuici aurait refusé en disant qu'il n'aurait jamais
qu'une mère, la vitrière.
Jamais Mme de Tencin ne chercha à recon,
naitre d'Alembert.
Celui-ci vécut trente années dans l'humble
nnison de la femme qui l'avait élevé, qu'il
aimait tendrement.
Puis il habita assez longtemps aYec Mlle de
Lespinasse, à qui il avait voué la plus profo1de et la plus dérnuée des amitiés.
Cet homme modeste et excellent devint,
comme on sait, une manière de dieu. Ses
contemporains l'encensaient. Le roi de Pru~se
le pensionnait. Et l'impératrice Catherine
souhaita que cet enfant trouvé fût le précepteur de son fils.
III
On ne peut pas citer tous les amants de
)fine de Tencin, d'abord parce qu'on ne les
connaît pas tous, eusuite parce que ce serait
fastidieux.
liais, en sus de ceux dont nous avons
parlé, il en est quelques-uns qui méritent
une mention particulière, comme lord BolinlTbroke, Prior, le colonel Dillon, La Fresna,~.
Lord Bolingbroke vint à Versailles en 1713,
accompagné de Prior, qui resta en France en
qualité de ministre plénipotentiaire, el qui
était poète et diplomate.
Le traité d'Utrecht, qui mil fin à la plus
désastreuse des guerres, est en grande partie
le résultat des négociations de lord Bolingbroke.
Il sut s'assurer en France les amitiés les
plus brillantes. C'était un homme de génie,
exces~if en toutes choses, d'une ambition
effrénée, d'une habileté, d'une souple,se
prodigieuses dans les affaires, d'une intelligence prompte, vaste et hardie.
Grand seigneur, répandant autour de lui
le charme le plus irrésistible, d'une politesse
raffinée, d'un esprit \'if et délicat.

D'autre part, hautain, orgueilleux, brisant
loul..s les ré,istances.
Une éloquence naturelle, chaude, entraînante, vigoureuse.
[n grand talent d'écrivain, un goùl sûr,

CARDINAL DE

Gravure de

J.·G.

TE:--c1s.

\\'ILL, J'apres HEtL&gt;uss.

de l'érudition, des mes nouvelles, de la
finesse et de la force.
Un vaste appt&gt;tit de jouissances, un grand
art de séduction, un beau visage : lord Bolingbroke a eu lt's plus jolies femmes de son
temps, dans tous les paJS qu '11 a trarnr,és.
On comprend que Mme de Teu~in ne lui
ait point été cruelle.
c·e~l sans doute pour se consoler de son
départ qu'elle eut une intrigue a,ec son
secrétaire, Prior.
Dezos de la lloquelle conte sur ce Prior
une historiette divertissante :
« Lorsqu'il remit au comte de Stairs, qui
,·enait le remplacer à Versailles, tous les papiers de la légation, il lit la faute grave de
ne pas les examiner aupara\'ant : il rn résulta que la correspondance privée et souvent
fort licencieuse que lord Bolingbroke hait
suivie avec lui, el qui compromettait un grand
nombre de dames anglaises de haut parage,
avec lesquellt's cedernier avait eu des intrigues
galantes, s'y trouva comprise. Lord Stairs ne
garda pas le secret et Prior s'attira ainsi des
ennemis acharnés. »
Le colonel irlandais Arthur Dillon produisait, comme lord Bolingbroke, une impres~ion très farnrable sur les belles. )fais tandis
11ue lord Bolingbroke regardait l'amour physique comme un plaisir dont l'homme n'a
pas à rougir, et s'y livrait avec autaut d'emportement que d'innocence d'esprit, le colonel
Dillon, en bon chrétien, ne lais~ait point
d'accueillir quelques remords.
li n'avait peul-ètre pas tout à fait tort : le
remords est encore ce qu'on a imenlé de
mieux pour pimenter les jouissances char-

.JJf.JlDJlME

DE TENC1N

- - ...

nclles. Cc colonel Oillon était peul-être un
raffiné.
Il de,int colonel propriétaire du régimPDl
de son nom, par brevet du 1•' juin 1690.
Louis XIV avait voulu avoir des troupes
irlandaises, en échange des troupes françaises qu'il a"ait enYoyées à Jacques II, en
Irlande. Arthur Dillon vint donc en France,
sur l'ordre de son père, avec le régiment que
celui-ci avait levé.
Le colonel était brave. En Espagne, en
Allemagne, en Italie, il traversa les plus
grands périls, à la tète de ses troupes. Il prit
part à cinquante sièges ou batailles, cl, par
un hasard prodigieux, il ne reçut jamais la
plus petite blessure.
C'était aussi un excellent homme, dont on
a pu faire ce patriarcal éloge : &lt;&lt; Bon mari,
lion père, bon ami, religii&gt;ux et surtout charitable, il offrait à sa nombreuse famille le
modèle des vertus. »
Il faut vi::nért&gt;r le xv111• siècle, car un mari
pouvait y tromper sa femme avec intrépidité
sans cesser d'offrir à sa famille le modèle de
toutes les vertus. Époque bénie, qui avait
compris que la fidélité de l'homme dans le
mariage n'est pas une preuve d'amour, ni un
gage de bonheur pour l'épouse.
Le colonel jouissait d'un physique agréable,
et ce même biographe qui loue ses vertus
familiales ajoute, avec une fine bonhomie :
&lt;c On savait que plus d'une fois, dans ses
campagnes, il avait joint à la conquête des
armes des conquêtes d'un autre genre, et
qu'il n'avait pas toujours été à l'abri des
impressions qu'il fabait naître.
&lt;&lt; Il permettait quelquefois à ses amis
intimes d'en plaisanter doucement, et alors
il répondait arnc un mélange de réserve et de
candeur, de sensibilité naturelle et de repentir
chrétien, qui était tout à fait piquant. »
Le colonel Dillon a connu Mme de Tencin
au sens biblique, dans tout l'éclat de sa jeu~
nesse. _Elle f_u~ fort j?lie. Il en dut garder un
SOU\'elllr délicieux. Et l'on voudrait savoir ce
qu'il pouvait bien conter à ses ami, intimes
lorsqu'il érnquait ce souvenir.
'
Lord Bolingbroke et Dillon sont des amants
qui faisaient honneur à Mme de Tencin.
On n'en pourrait dire autant du sieur La
F~esn_are: conseiller au Grand-Conseil, qui
lm a Joue le plus vilain tour du monde.
La. Fresnaye
eut-il à se plaindre de Mme de,
? .,
1,encm.
,, me de Tencin eut-elle à se plaindre
de La Fresnaye?
!oujours est-il que ce personnage eut la
n?1rceur de s_e tuer chez elle d'un coup de
P•~tolet, ~n la1s~ant u~ te~tament qui poul'ait
faire croire quelle I avait assassiné, après
l'arnir volé.
. La Fresnaye, certes, ne se fût pas résolu
a une vengeance aus~i cruellement machia,·élique, si Mme de Tencin se fût toujours
conduile envers lui avec douceur et délicatrs,P.
li apparait qu'dle l'avait ruiné. La Fresnaye manquait de caractère et de philosophie.
Quand un homme se ruine pour une femme
c'est qu'il le veul l1icn. Seulement, il es~

�'·---------------------------------

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i ..l ~

". ,~.
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',

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JK1tn1uœ Dr/'TeJVcm ~

une disgrâce fàcheuse : c'est de se voir chassé
mot, son conte, son anecdote, sa maxime ou
par la belle qui vous a pris votre dernier sol.
son trait léger et piquant; et, pour amener avait affaire. J&gt; Il aJotite qu'elle conserva dans
C'est ce qui dut arrirer à La Fresnaye. Ce
l'à-propos, on le lirait quelquefois d'un peu un âge avancé tous les agréments de son
barbare ne comprit point que tous les trésors
loin. Dans Marivaux, l'impatience de faire esprit, et qu'elle plaisait à ceux mêmes qui
de Golconde ne paient pas l;i douceur d'un
preuve de finesse et de sagacité perçait visi- n'ignoraient rien de ses aventures.
baiser1 et que nous sommes toujours les
Il en a dit assez de mal pour qu'on rapblement; Montesquieu, avec plus de calcul,
débiteurs de nos maîtresses.
porte
ce qu'il en a dit de bien. Elle n'était
attendait que 1a balle vînt à lui, mais il l'atUn ami qui a parcouru les épreuves de
tendait; Mairan guettait l'occasion; As truc point intéressée. C( Elle regardait l'argeut
cette petite étude, m'a dit, et je crois devoir
ne daignait pas l'attendre; Fontenelle seul la comme un moyen de parvenir, et non comme
reproduire son avis :
laissait venir sans la chercher; Helvétius, at- un but digne de la satisfaire. Elle n'a jamais
- Si tous les hommes bernés par une
~entif et discret, recueillait pour semer un joui que d'un revenu très médiocre el ne voupersonne peu délicate (m~n ami a employé JOUr. ))
lait de richesses que pour son frère afin
une expression plus énergique et plus conqu'elles pussent aider à l'ambition. Elle était
La physionomie de Ume de Tencin respicise), se conduisaient comme ce brave La
d'ailleurs très serviable, quand elle n'avait
Fresnaye, le premier petit babouin venu y rait la naïveté et l'honnêteté. Marmontel s'y pas d'intérêts contraires. »
laissa prendre.
regarderait à deux fois avant d'embêter un
C'était une de ces personnes qui ne vous
M. Henri Potez, dans une jolie étude placée
honnête homme. La femme est un animal
font
point du mal quand elles n'y sont pas
dont il faut rogner les griff!'ls, et je n'en con- en tête d'une réimpression des 1ltémnfres du absolument obligées, et qui, alors, sont très
nais pas sur qui la crain~e des coups pro- comte de Comminge, ouvrage de Mme de capables de vous faire du bien. Elle vivait
Tencin, écrit :
duise des effets plus salutaires.
dans une société âpre et égoïste, où il fallait
&lt;&lt; Elle avait la physionomie douce, presque
Mon ami est un homme mal ilevé; mais
mordre
ou être mordu. Ce n'était point sa
il est aussi d'une làcheté désespérante a,·ec ingénue. Ainsi la représentent ses portraits. faute. Aujourd'hui, où la lutte est plus dure
les femmes; il s'en venge en fanfaronnades. Lorsque Marmontel fit sa connaissance, il fut encore, je connais des moutons qui se conBref, Mme de Tencin fut mise à la Bastille, dupe de son &lt;&lt; air naïf », de son « apparence duisent comme des loups. Mais cela ne les
de calme et de loisir ». &lt;&lt; Je ris encore, nous
le 12 avril 1726.
amuse point. El il faut les plaindre.
rapporte-t-il,
de la simplicité avec laquelle je
Le Réaent était mort, qui avait dit d'elle
(( Elle ambitionnait, dit encore Duclos, la
b
l
d'aŒ.
qu'il n'aimait
les .... qm• parent
aires m'écriais en la quittant : &lt;&lt; La bonne femme! J&gt; réputation d'ètre amie vive ou ennemie déL'abbé Trublet parait l'avoir bien comentre les draps, mais qui la protégeait. Duclarée, saisit habilement quelques occasions
prise quand il a dit :
bois aussi n'était plus. Mais son frère était
de le persuader et s'attacha ainsi beaucoup de
- Si elle eût eu intérêt à vous empoi- gens
archevêque, et elle comptait de puissants
de mérite. J&gt;
sonner, elle eût choisi le poison le plus doux.
protecteurs.
Il fallait tout de même qu'on lui reconnût
Elle jugeait les personnages de son époque
Elle ne resta pas longtemps à la Bastille.
quelques qualités pour que ces gens dè mérite
avec
sagacité.
Elle
dit
à
F'ontenelle,
en
lui
Un jugement la rendit blanc~e corn!11e ?eige.
fussent honorés d'être de ses amis.
Il e~t d'ailleurs évident qu elle n a mt pas plaçant la main sur l'estomac :
Montesquieu l'estimait. Elle lui était dé- Ce n'e5t pas un cœur que vous avez 111,
assassiné La Fresnaye.
vouée.
Lorsqu'il fit paraître l'Espl'it des /oi1;,
Alais celle aventure la dégoûta de la galan- c'est de la cenelle comme dans la tète.
elle
en
distribua un grand nombre d'exemElle avait prévu la Révolution. Elle écrit,
terie. JI est nai qu'elle complait quaranteplaires
à
toutes ses connaissances; Le succès
quarante-six ans avant 80 :
cinq ans.
de cet ouvrage partit du salon de Mme de
« A moins que Dieu n'y mette pas visible- Tencin.
IV
Montesquieu, d'un esprit si nste et si
nuancé, si profond et si généreux, était un
Après J'aventure de La Fresnaye, ?lme _de
des hommes les mieux faits pour apprécier
Tencin mena une vie beaucoup morns d1sMme de Tencin, et pour l'aimer jusque dans
rnlue.
ses faiblesses. Il avait l'àme forte, mais il
Mais en même temps que ses mœurs se
goûtait les grâces et la rolupté. Et quand,
pacifiaient, les idées qu'elle affichait s'émanpour se délasser d'austères travaux, il écricipaient. Ce contraste ne manque pas de
vait son délicieux Temple de Cnide, on vousaveur.
drait croire qu'il traça ces lignes auprès de
Mme de Tencin avait défendu la pureté des
Mme de Tencin :
do"'mes. Elle accueillit les philosophes.
&lt;&lt; Elle a une taille charmante, un air noble,
Revirement qui s'explique. Les philomais modeste; des yeux vifs et tout prêts à
sophes étaient de~enus les roi~ . du j~ur.
être tendres, des traits faits exprès l'un pour
~lme de Tèncin avait un sens prec1s de I opl'autre, des charmes invisiblement assortis
portunité.
. .
.
.
pour la tyrannie des cœurs.
Il va de soi que la rel,gton ne trouvapma1s
. « Camille ne chi:rche point à se parer, mais
en clic ur:e ennemie. Quand on a un frère
elle est mieux parée que les autres femmes.
cardinal. ...
·
&lt;&lt; Elle a un esprit que la nature refuse
Mme de Tencin sut retenir autour d'elle
presque toujours aux belles. Elle se prête
des hommes remarquables. Elle attira des
également au sérieux et à l'enjouement : si
gens de Jeures el des savants. Elle appelait
vous
l'oulez, elle pensera sensément; si vous
1,l ' fl.l.,\l \IP, &lt;'.\IU&gt;l"\J. Il l BOI S
ses amis sa ménagerie ou ses bêtes. Tous les
voulez, elle badinera comme les Grâces .
.. fn 11,·,,, ..,("' •IJ_u«· ,li· ( ;11,,h, , ,,
ans au moment des étrennes, elle offrait à
'}711, ,~ J, . . , . !0✓1{/ 1// /' f'l 't"lllt "/ .l/1111.,./1 ;•
cc Plus on a d'esprit, plus on en trouve à
cha;1ue bête deux aunes de velours pour
Camille. J&gt;
remplacer la culolte que ladite bète avait
Arme de Tencin devrait être regardée
ment la main, il est physiquement impossible
usée sur ses fauteuils.
comme un grand philosophe, car elle a laissé
que l'État ne culbute. J&gt;
•
Marmontel s'est fait le naturaliste de cès
On ne saurait trop vanter son esprit. Duclos aux hommes deux maximes avec lesquelles
animaux-là, dans une page fort spirituelle :
en a donné la meilleure louange en disant : · on est plus sûr de faire son chemin qu'avec
&lt;! C'était à ql!i saisirait le plus vile, et
« On ne peut pas avoir plus d'esprit; elle des rentes et de la naissance, et qui, selon
comme à la volée, le moment de placer son
avait toujours celui de la personne à qui elle l't'Xprcssion lrès juste de M. Henri Potrz, dominent l'art de parl'enir.
\'. -

H1sTOR1A. -

F.:isc. 4 0 .

�111S TORJ.ll
Les bfémoires du comte de Comminge pa5J'avais bien raison de conseiller aux persenl
pour son chef-d'œuvre.
sonnes ambitieuses. et en particulier à celles composé en grande partie d'imbéciles, et les
La
Harpe en disait : cc Il n'a été donnt:
traiter comme tels.
qui se destinent à la politique, de puiser de,
qu'à
une
autre femme de peindre, un siècle
D'ailleurs, ne voit-on pas tous b jours
enseignements dans la vie de )[me de Tencin.
après, avec un succrs égal, l'amour luttant
que
le
meilleur
moyen
de
séduire
les
hommes
Tout d'abord, elle a recommandé à Marcontre les obstacles et la vertu. Les "1émofres
montel de se faire des amies plutôt que des est de leur conter les balivernes les plus gros- du co111/e de Commi11ge peuvent être regarsières, de leur prodiguer les promesses les
amis.
dés comme le pendant de la Pl'ince.~se de
Cela n'a l'air de rien, mais c'est toule la plus fallacieuses.
Clèves. 11
Les
commerçants
connaissent
bien
cette
sagesse. On n'arrive que si on a les femmes
J'avoue que la lecture du Comte de Co111mentalité
du
public.
La
façon
dont
ils
rédipour soi. Mais la perspicace Mme de Tencin
minge
m'a paru fade et ennuyeuse. Il y règne
va nous dévoiler le fond de sa pensée : elle a gent leurs réclames est la preuve manifeste une sensiblerie agaçante. On y soupire trop;
qu'ils considèrent leurs contemporains comme
parlé d'amie, elle n'a pas parlé d'amante.
on y larmoie trop.
« Au moyen des femmes, on fait tout ce de furieux bélitres. Et cela leur réussit roya&lt;&lt; Elle soupira plusieurs fois pendant celle
qu'on veut des hommes, el puis ils sont les lement.
conversation
; je m'aperçus même qu'elle
Et que de propos aussi curieux, aussi sucuns trop dissipés, le&amp; autres trop préoccupés
avait
peine
à
retenir ses larmes. » - cc Cette
de leurs intérêts personnels pour ne pas né- culents, Mme de Tencin dut-elle tenir, et qui idée pénétra mon cœur d'un sentiment si
gliger les autres, au lieu que les femmes y sont perdus !
Cela explique l'empressement de ses amis tendre, que mes larmes, qui avaient été retepensent, ne fùt-ce que par oisiveté. Parlez ce
nues jusque-là par l'excès de mon désespoir,
soir à votre amie de quelque affaire qui vous et la vogue de son salon.
commencèrent
à couler. » - &lt;&lt; Les larmes
Ce salon fit bien des envieuses. Mme Geoftouche; demain à son rouet, à sa tapisserie,
qu'elle
répandait
en me parlant. ... »
mus la trouverez, rêvant, cherchant dans sa frin était assidue chez Mme de Tencin, qui
Les phrases de ce goüt-là foisonnent. C'est
tête le moyen de vous servir. Mais de celle disait :
- Savez-vous ce que la Geoffrin vient faire un déluge de pleurs.
que vous croirez pouvoir vous être utile,
Le comte de Comminge aime sa bclleici?
Elle vient ,•oir ce qu'elle pourra recueillir
gardez-vous bien d'être autre chose que
sœur, Adélaïde. Celle-ci partage son amour,
l'ami : dès qu'il sun·ient des nuages, des de mon inventaire.
Mme de Tencin disparue, le salon de mais elle ne fait « aucune démarche que le
brouilleries, des ruptures, tout est perdu. »
Mme Geoffrin tint la place qu'avait occupée plus rigoureux devoir puisse condamner ».
Comme cela est juste l
Le corole de Comminge la croit morte. li
Neuf fois sur dix, pour ne pas dire quatre- celui de la galante chanoinesse.
se
retire dans un couvent. )lais elle n'était
Elle avait nanti Mme Geoffrin d'un conseil
vingt-dix-neuf fois sur cent, quand on fait
pas
morte. Elle était séquestrée par son mari.
d'une femme sa maîtresse, on se forge une précieux. Elle l'avait engagée à ne repousser Après le décès de celui-ci, elle fuit sa maison,
ennemie. Les liaisons d'amour sont choses aucune liaison de société, à n'écarter aucune déguisée en homme. Le hasard l'amène dans
généralement éphémères. Lorsque la liaison offre amicale, quitte, ensuite, à faire le tri. le couvent où se trouve le comte. Elle s'l
se rompt, chacun garde en soi de la haine et e&lt; Tout sert' en ménage, disait-elle, quand on fait admettre. Elle s'enine d'une joie doudes rancœurs. Et la haine est plus forte quand a en soi de quoi mettre les outils en œuvre. » loureuse à contempler son ami sans qu'il la
-0n s'est beaucoup aimé. Si les torts sont du
reconnaisse. Elle verse des torrents de larmes.
V
côté de la maitresse, et l'hypothèse n'est pas
Au moment de mourir, elle révèle son sexe
précisément imraisemblàble, elle vous déteste
Mme de Tencin a laissé quatre ouvrages : et se livre à une confession pathétique :
avec une vigueur implacable, el ne recule
cc J'aimais et j'étais aimée d'un jeune
les ftlémoi1·es du comte de Comminge, le
devant aucune occasion de vous le prouver.
homme d'une condition égale à la mienne;
li ne îaut donc point briguer les faveurs
la haine de nos pères mit obstacle à notre
des dames qui peuvent nous aider de leur
mariage. Je fus même obligée pour l'intérêt
influence. C'est s'exposer à voir se changer
de mon amant d'en épouser un autre. Je
brusquement en mal tout le bien qu'on vous
cherchai jusque dans le choix de mon mari à
a fait.
lui donner des preuves de mon fol amour :
li y a des exceptions à toutes les règles. Je
celui qui ne pouvait m'inspirer que de la
ne prétends point que ce soit là une maxime
haine fut préféré, parce qu'il ne pouvait lui
absolue.
donner de jalousie. »
Et s'il est maladroit d'échanger des poliPassons quelques pages. Elle se lamente
tesses d'épiderme avec les dames qui sont
d'avoir beaucoup plus pensé à son amant qu'à
appelées à nous servir, il n'est pas mam-ais
Dieu dans ce COU\'ent. Quelles jérémiades!
d'avoir une maitresse, mais une seule, qui
« Quelle était la disposition que j'appors'occupe de notre avenir. li faut alors choisir
tais à vos saints exercices? ün cœur plein de
congrûment, car il importe, pour donner des
passion, tout occupé de ce qu'il aimait. Dieu
fruits, qu'une liaison de ce genre puisse durer.
qui voulait, en m'abandonnant à moi-même,
On cite, de notre temps, des hommes qui
me donner de plus en plus des raisons de
doivent une situation importante au dévouem'humilier un jour devant lui, permettait
ment et à l'intelligence de leur maitresse.
sans doute ces douleurs empoisonnées, que
Louons encore Mme de Tencin de nous
je goûtais à respirer le même air, à être dans
engager à cultiver l'amitié entre homme et
le même milieu. Je m'attachais à tous ses
J'emme, parce que c'est une des façons les
pas, je l'aidais dans son travail autant que
plus exquises de passer son temps.
mes forces pouvaient me le permettre, et je
Mme de Tencin a prononcé une autre pame trouv[!is dans ces moments payée de tout
role mémorable : cc Les gens d'esprit font
~\AD.\ME Ill 0EFFA'\T.
ce que je souffrais. :Mon égarement n'alla
heaucoup de fautes en conduite parce qu'ils
D"aprés UII dtSSÎII .:lt CARMOXTfLI E.
pourtant pas jusqu'à me faire connaitre.
ne croient jamais le monde assez hèle, aussi
Mais quel fut le motif qui m'arrêta? La
bête qu'il est. »
Siège
Calais, les Alalhew·s de l' ,hllOll)' crainte de troubler le repos de celui qui
Qui a vécu à Paris, la ville la plus spiriet les Anecdotes de la cour el du 1·ègne m'avait fait perdre le mien.... Sans cette
tuelle de la terre, a pu approfondir la valeur
1·rainte, j'aurais peul-être tout tenté pour
1l'Éd0Mr&lt;l Il, roi 11'.l11gletene.
de celle maxime.

Il faut bien se persuader que le monde est

a,,

JK.JID.Jf.ME DE TENC1N

arracher à Dieu une âme u .
.
.
était toute , .
q e·Je croyais qm
a 1UJ. »
Adélaïde
, ..d ' vous ète.s un monstre de vertu!
Ade1ai e, vous êtes t 'd , \'
d'·'
r
s upi e. otre grandeur
:•me. est ausse ! Pas un être huma1·n , .
rait
· , \'
n a«1' ams1 . ous retrouvez ,·otre amant oet
vous ne vo us ra1tcs
. pas reconnaitre de , lui
pour
ménager
son
repos'· "'i:-l comment ne
v
·1
ilous a;t ~as reconnue! Adélaîde, Adéla,de
r y a .ien ~s caractères biscornus dans le~
/mans, mais ,le nitre emporte hardiment
a palme de 1absurdité et de r·
.
blance....
mvra1sem-

--...

!~Cf;ur du roi, fit représenter des pièces de
eatre, entre autres le Complaisant el réun·t
1
une très b~lle liibliothrque thé:Hrale'
Il nourmsait, comme ~on frère, une ad-

d Cette. sages_,e était fort blâmée par l'abbé
de Berms, qm Jugeait contraire au bon ordre
rs choses c1ue les filles d'Opéra fussent
chas tes, c, _attendu, disait-il, le peu de fortunr
do_nt elles Jouissent, la modicité de leurs honoraires, les ressources qu'elles peuvent tirer de
~eur désho_nneur et la nécessité de se soutenir
cl ~ns un ctat conforme à leur condition de
eesseS, de nymphes et d'héroïnes n.
Enfin, _malgré l'épitre de Voltaire, Thiriot
échoua ~1teusement dans son entreprise. Ceci
se passait en f 73:5.
To~jour~ pressé d'argent, il compromit
son h1enfa1teur dans je ne sais quelle avent~re plus ou moins louche. Yoltaire. man-na~1.me, _pardonne encore. Il écrivit au du~ de
l,1chel!eu, ce ~ujet, le 1;; janvier fï67 :
.« Qum
. . . qu il .arm·e , J. e ne trah·1ra1· pas une
am1t1~ de souante années, et j'aime mieux
~ou.fr1~dque de le compromettre à mon tour. ll
A ~ ai a ~n?ore_ Thiriot de sa bourse.
..
n Nous· v01c1 lom de Mme de Tenc,·n, mais
_ous n avons pu résister it la tentation de
c1~er_ ces anecdotes, qui ne rejoignent notre
he~om~ que par les chemins les plus détourni-s.
e r~le ~e Mme de Tencin, femme de lettres
est , facile a. résumer
.
· On lui attr1"bue quatre'
omrages r1d1cules, qui sont de ses neveux
Pont-de-Veyle et d'Argental.
Le succès du Comte de l'omminge fut trè
gr?nd. li par~t en_ 1 755. On com'mençait :
priser la sens1bler1e._ Une réaction s'opérait
contre _les romans libertins. Le Comte de
Co!111111~19e an~~nce les œuvres pleurnichardes
q. UJ allaient sev1r dans la seconde m ·1· • d
e "è J
OI le U
\/VI/JI s1 c el, et dont la fastidieuse Xo1ll'ellP
/ e ?,'se e~t e prototype.
J t~agme que Mme de Tencin, que le succès
du lo111te de Commi1u7e flatta1·1 d ...
qua l '
.
.
,
e,rut
. n a s01: . p~nser que cette soporifi u~
idylle n_e mer1tait point tout le bruit 'qll
soulevait /
Il
•
qu e e
t . . 1· n pe o, Je veux croire qu'elle
ra1ta1t
de grand dadais,
. et qu ' elle
,. d" e. comte
,
s ID t~a1t a la pensée qu'un homme se fùt
condmt
. se
d · ·avec elle comme ce t1·m·d
1 e amant
rn _ms1t a~ec_ _\délaïde. Pour celle-ci ell
e,~a1t la mepr1ser de tout son rœur si docil:
à amour.
r ~t ~uand elle a dit que les gens d'esprit
o~. auco~p d~ fautes en conduite arce
qu ils ne croient Jamais le monde assez pbêt
peut-être songeait-elle au succès d C e,
deC
·
•
u omte
o11~11~111~e, qui donne une assez belle idé
&lt;1e 1a ma1serie des hommes.
e
..~Im.e de Tencin devait goût d' ..
d tromc admirables à entendre ~r csl JOtes
blesse des sentiments de
ouer a no. • .,
. .
ses personnan-es
qm, s1 J ose ams1 parler lui ref . . o •
virginité.
'
a1sa1ent une

Comment finit ce pet·t
. . .
I ouvrage ms1p1de'1
Ad 'l ··d
eta1 e meurt, et le comte se J·rue en pieu·
ran sur son
,
ment d
1corps, en 1arrosant, naturelle' e ses armes. Quelle al'erse de larmes'
0 n ne peut pas lire I C
.
sans a,·0·1r 1··d, . ef omte de Co111 minge
1
ee
vmot
·
d
•
·
•
o 0 1s ouvrir un para
p1me.
Ce roman ai-J. e dit t
. ,
le chef-d' '. d
' es cons1deré comme
œuvre e Mme de Tencin S 1
ne m'a pas incité à r
· a ecture
.
.
. ire ses autres producllons, ou on larmo1e toujours oit l' , .
dans des cloitres, où la raison ~mbaotnl se JClte
f H
•
, e cœur
,a arpe est impardonnable d' . .
.
a i l C
a101r com.
P re e omle dt• Co111111 inge à 1 p . .
tle Clèl'e•.,. StY1,c et pensee
,
t a I mcesse
ressemble :
1. .
' ce ouvrage-là
a ce u1-c1 comme la Phedr d
IJ'ALEMJJEIIT.
Pradon
ressemble
à
celle
de
R
.
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IJ'a('rés
un dessin :lt Juur,r.
'1
,
acme.
me d&amp; Cleves a une raison nobl
..
cate de résister à M de N
e et deltpas trahir
h ·
cm_ou~s.: elle ne veut mi~a_tion hyperbolique pour \'ollaire Leur
un omme qui l aime et u·
confiance en elle. Mais Adélaid
f q J a am1lté P?ur le philosophe ne se déme~t't
1
pas
reconnaitre l'h
,
e re usant de un seul mstant.
omme quelle ad
1
qu'elle est Jib d
.
ore, a ors
Fla~qué~ d'un sieur Thiriot, ils formaient
11
. re e tous liens, quelle sotti~e i
est triste de penser qu'un
. . : · un ti:mmv1rat qui examinait les œuvres de
ouvrage soit sorti de la pl
d aussi p1etre V~lta1re avant qu'elles ru~,ent remises à l'ltnd
..
urne e cette femme
pr11reur: Le grand homme écoutait leurs avis
ar ente et spmtuelle qu'était l\lme de T .
Ile
encm.
,avait connu Thiriot dans sa prime ·eu~
ureusement pour sa mé .
1
avér~: qu'elle ne l'a pas écrit. moire, i est nesse, chez le procureur \Iain oit ils lt J_
lacés D · •
e a1en t
P . .. epms, i1s ne se quittèrent plus
L auteur en serait M d' \
I
T?1r10t apprenait par cœur les oésies de
propre neveu. roc dame d~ ses ::~et: ~ /on
porté qu'elle le vit fondre en larme ap- fon illustre ami, cl les récitait à :ui voulait
es entendre. On l'avait surnommé la \I ' .
encore 1 - à la lecture du C
· S, ' • emo1re
mingP Il
. omte tle Co111- de \ollaire.
l' . . bl?e se coosola1t point de ne pas
_Ce Thiriot, qui vivait à ses cro&lt;'hets n"ta't
avoir pu té sous son nom
pornt d'_une délicatesse exagérée.
g:rd1a
Conseiller au Parlement de p . 'f d'
"entai '
.
ar1s, " . .\r- pour__lm une ~entaine de souscriptions de la
" . n _aurait pas signé ce roman à cause de
lien, tade, qu il avait recueillies \'oit .
sa s1tualton de magistrat.
d
JI fi
•
·
aire
ar onna. it mieux : comme son ami é .
P
. On ne, conçoit pas cette raison à une amoureux
de
mie
Sallé
il
tait
epoque ou certarns
· . magistrats
·
'
'
composa pour
écrivaient
des Th. .
mot
une
épitre
en
vers
que
cel
.
.
.
0puscu 1es galants.
: 1 d
m-e1 remit
,t a anscuse. Serait-ce celte corn 1 •.
• •
P a1~ance
On trouva: dans les papiers du comte d'Ar- d . J •
e o taire qui mspira tt Edmond Rostand
gental, plusieurs J&gt;arres de s
.
A d
o '
a mam des son 'charmant épisode de C/Jl·ano où 1 C d
nec oies de la cow· d'Édouard JI œ'
, ·
·'
•
e a et
que ~lme d T .
.
, uvre de. Gas
' cogne. ccrit pour Christian IPs lettres
termina Mm: Éf.nc1dn ]Ba1ssa inachevée, et que d amour destmées à Roxane?
A[
,
ie e eaumont.
_Mlle Sallé était cette sin«ulière pe ..
: d Argental connut dans
. d
na
d l'O •
o
ns10npassions . il ·
.
sa '1e eux
1re Ile
pera, que Voltaire traitait de
idolâtra Volta~~:a Adrienne Lecouvreur et il « crue ~ b~gueule n, et qui passe pour être
Aussi bien, les derni1\res années de s .·
demeuree v1erne
ün autre neveu d M
d
comte de Pont d
e me e Tencin, Je l'Ol l~ disa;t q~:iÏ y avait quatre merveilles à
'ào~~~:; ~~: /eéls~rdFres qui , l'agitt~r:~~·
1
E
,.. resnaye
dans la conf ~ e-dVeyle, l'aida discrètement
pera : a ~ou de lllle Lemaure, le jarret
Il f
, ect1on e ses opuscules.
, ' t e!le mourut entourée de l';lfection d
e
ut I amant de Mme du Deffand, de1int ~: ~rr~~i1l~.Jambe de la Mariette, la sagesse ses amis et du respect des bon
.1 décembre I WI à l'à d
. nêtes gens, le
'·
ge c soixante-sept ans.

,?

Ji

r:::~

liAsTo\' DER rs.

�Le 9 Thermidor
L'homme de l'action avait fait briller l'acier
Le deloir de l'historien est de laisser parler criptions; la justice nationale seule frappera dans ses mains hardies, en disant : &lt;( Je me
les scélérats. (Vifs applaudissements.) Comme
l'histoire elle-mème. C'est le Moniteur qui
suis armé d'un poignard pour ·percer le sein
il est de la dernière importance que dans les
nous peindra la séance du 9 thermidor :
du nouveau Cromwell, si la Convention
dangers qui environnent la patrie, les ci« TAI.LIEN : Je demande la parole pour
n'avait pas le courage de le décréter d'accuune motion d'ordre. Saint-Just a commencé toyens ne soient pas égarés, que les chefs de sation. l&gt;
la force armée ne puissent pas faire de mal,
par dire qu'il n'était d'aucune faction. Je dis
Mais rouvrons le !,Jonileui· :
je demande l'arrestation d'Hanriot et de son
la même chose. Je n'appartiens qu'à moi&lt;( TAl.LIEN : Je demande la parole pour ramême et à la liberté. C'est pour cela que je état-major. Ensuite nous examinerons le dé- mener la discussion à son vrai point.
cret qui a été rendu sur la seule proposition
vais faire entendre la vérité. Aucun bon ci&lt;( ROBESPIERRE : Je saurai l'y ramener.
de l'homme qui nous occupe. Nous ne
toyen ne peut retenir ses larmes sur le sort
sommes pas modérés, mais nous voulons que (llurmures.)
malheureux auquel la cho~e publique est
&lt;( La Comention
accorde la parole à
l'innocence ne soit pas opprimée. Nous vouabandonnée. Partout on ne voil que division.
Tallien.
Hier, un membre du gouvernement s'en est lons que le président du tribunal révolution« TALLIEN : Citoyens, ce n'est pas en ce
naire traite ·les accusés avec dignité et avec
isolé, a prononcé un discours en son nom
moment rnr des faits particuliers que je dois
justice. (Nouveaux applaudissements.) Voilà
particulier; aujourd'hui un autre fait la même
porter l'attention de la Convention. Les faits
chose. On vient encore s'attaquer, aggraver la véritable vertu. Ceux qui ont combattu La qu'on a dits ont de l'importance sans doute,
les maux de la patrie, la précipiter dans Fayette et toutes les factions qui se sont suc- mais il n'est pas dans cette assemblée un
l"abîme. Je demande que le rideau soit entiè- cédé depuis se réuniront pour samer la Ré- membre qui ne pllt se plaindre d'un acte
publique. Que les écrivains patriotes se rérement déchiré. » (On applaudit très vivetyrannique. C'est sur le discours prononcé
veillent. J'appelle tous les vieux amis de la
hier à la Comenlion, et répété aux Jacobins,
ment à trois reprises difJérentes.)
Billaud-Varennes ,·ient se joindre à Tallien, liberté, tous les anciens Jacobins, tous les que j'appelle toule votre attention. C'est là
journalistes patriotes. Qu'ils concourent avec
mais l'intrépide Tallien veut arnir tout l'honque je rencontre le l)'ran; c'est là que je
nous à sauver la liberté. lis tiendront parole,
neur de l'action. Robespierre s'élance vers la
trouve toute la conspiration; c'est dans cc
leur patriotisme m'en est garant. On avait
discours qu'avec la vérité, la justice et la
tribune, et vendant que l'on crie 1l bas le
jeté les 1eux sur moi. J'aurais porté ma tête
Convention, je veux trouver des armes pour
t?11·an ! Tallien frappe sur le tyran.
sur l'échafaud avec courage, parce que je
&lt;I TALLIEN : Je demandais tout à l'heure
le terrasser, cet homme dont la verlu et le
me serais dit : Un jour viendra où ma cendre
qu'on déchirât le voile. Il l"est entièrement;
patriotisme étaient tant vantés, mais .qu'on
sera reLvée avec les honneurs dus à un pales conspirateurs sont démasqués, ils seront
avait vu, à l'époque mémorable du 10 août,
triote persécuté par un tyran. L'homme qui
bientôt anéantis, et la liberté triomphera.
ne paraître que trois jours après la révoluest à la tribune est un nouveau Catilina. Ceux
tion; cet homme qui, deYant êlre dans Je
(Vifs applaudissements.) Tout annonce que
dont il s'était entouré étaient de nouveaux
Comité de Salut public Je défenseur des
l'ennemi de la représentation nationale va
Verrès. On ne dira pas que les membres des
opprimés, qui, devant être à son poste, l'a
tomber sous ses coups. Nous donnons à notre
deux comités sont mes partisans, car je ne
abandonné depuis quatre décades : et à
république naissante une preuve de notre
les connais pas, et, depuis ma mission, je
loyauté républicaine. Je me suis imposé jusquelle époque1 lorsque l'armée du Nord
n'ai élé abreuvé que de dégoûts. Robespierre
Jonnait à tous ses collègues de vives solliciqu'ici le silence, parce que je savais que le
voulait tour à tour nous attaquer, nous isotudes. ll l'a abandonné pour venir calomnier
tyran de la France avait formé une liste de
ler, et enfin il serait resté un jour seul avec
les comités, qui ont sauvé la patrie. '(Vifs
proscrip1ion. J'ai vu hier la séance des Jacoles hommes crapuleux et perdus de débauche
applaudissements.) Certes, si je voulais retrabins; j'ai frémi pour la patrie; j'ai ,,u se
qui le servent. Je demande que nous décrécer les actes d'oppression particuliers qui ont
former l'armée du nomeau Cromwell, et je
tions la permanence de nos séances jusqu'à
eu lieu, je remarquerais que c'est pendant le
me suis armé d'un poignard pour lui percer
ce que le glaive de la loi ait assuré la Révole sein si la Convention nationale n'avait pas
temps où Robespierre a été chargé de la
lution, et que nous ordonnions l'arrestation
police générale qu'ils ont été commis, que
Je courage de le décréter d'accusation. (Talles patriotes du Comité révolutionnaire de la
lien agite son poignard. \'ifs applaudisse- des traîtres.
« Les deux propositions de Tallien sont
section de l'lndivisibilité ont été arrêtés.
ments.) Nous, républicains, accusons-le avec
adoptées au milieu des plus vifs applaudisse« Robespierre interrompt par des cris. Il
la loyauté du courage, en présence du peuple
ments et des cris de Vive la République!
français. Il est bon d'éclairer les citoyens, et
s'élève de ,,iolents murmures.
« Robespierre insiste pour avoir la parolr.
&lt;( LoucHET : Je demande le décret d'arresceux qui fréquentent les tribunes des Jaco(! A bas, à bas le tyran! lui crient de
bins ne sont pas plus attachés à Robespierre
tation contre Robespierre
nouveau tous les membres.
(( LmsEAU: Il est constant que Robespierre
qu'à aucun autre individu, mais à la liberté
&lt;I ROBESPIERRE : Je demande la parole.
a été dominateur; je demande par cela seul
(On applaudit.) Ce n'est pas non plus en in&lt;( Les mêmes membres : Non, à bas le
dividu que je viens attaquer, c'est l'attention
Je décret d'accusa lion.
tyran!
l&gt;
&lt;( Louc11ET : Ma motion est appuyée; aux
de la Convention que j'appelle sur cette vaste
Tous ceux qui n'avaient osé rien dire se
conspiration. Je ne doute pas qu'elle ne lèvent pour parler : les corbeaux s'abattent voix l'arrestation.
&lt;1 RonESPIERnE jeune : Je suis aussi couprenne des mesures énergiques et promptes,
déjà sur le cadavre. Mais celui qui avait soupable que mon frère; je partage ses vertus.
qu'elle ne reste ici en permanence pour saulevé la tempête, bravé la foudre, déchiré le Je demande aussi le décret d'accusation con-·
ver le peuple; et quoi qu'en aient dit les
temple, renversé le dieu, anéanti le dictateur,
partisans de l'homme que je dénonce, il n'y
tre moi. l&gt;
aura pas de :H mai , il n'y aura pas de pros- c'était Tallien.

�1t1STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J I
Gràce à celle belle parole, Robespierre va
tomber de plus haut.
&lt;! Robespierre apostrophe le président et
les membres de l'Assemblée dans les termes
les plus injurieux.
&lt;! Plusieurs memb1'es : Aux voix l'arrestation!
!! Elle est décrétée à l'unanimité.
&lt;! Tous les membres. se lèvent et font retentir la salie des cris de Vitte la liberté! vive
la Bépublique !
:: LE füs : Je ne veux pas partager l'opprobre de c_e décret, je demande aussi l'arrestation. »
Ce cri d'indignation d'un brave cœur n'est
pas mèmc compris dans ce flux d'effroi, de
fureur, de justice et de vengeanc·e.
!! FRÉROI&gt; : Citoyens collègues, la patrie,
en ce jour, et la liberté, vont sortir de leurs
ruines.
(( RoBESPIERR~: : Oui , car les brigands
triomphent.
!! fRùw:. : On voulait former un triumvirat qui rappelàt les proscriptions sanglantes
de Sylla ; on voulait s·élever sur les ruines
de la République, et les hommes qui le ten laient sont : Robespierre, Couthon et SaintJust.
!! Plusieurs voix : Et Le Bas.
!! FRÉRON : Couthon est un tigre altéré du
sang de la représentation nationale. Il a osé,
pour passe-temps royal, parler dans la Société
des Jacobins de cinq ou six têtes de la Convention. (Oui, oui! s'écrie-t-on de toutes
parts.) Ce n'était là que le commencement,
et il voulait se faire de nos cadavres autant
de degrés pour monter au trône.
(! CourHON : Je voulais arriver au trône,
moi! »
Couthon regardait amèrement ses jambes
paralysées.
(( fRÉRo:. : Je demande aussi le décret
d'arrestation contre Saint-Just, Le Bas et
Couthon.
(&lt; Cette proposition est décrétée au milieu
des plus vifs applaudissements. »
Voilà l'histoire de ce grand jour, voilà le
dialogue immortel de ce neuf thermidor, où
chaque historien a voulu fonder une religion
politique.

Robespierre et ses amis devaient se relever
pour une heure de leur chute profonde : la
prison refusa de les recevoir. Réunis à l'hôtel
de ville, ils faillirent soulever tout Paris contre la Convention; mais ils n'osèrent braver
la loi, - la loi qu'ils avaient faite. - Robespierre prenait la plume pour signer l'ordre
de la rébellion, et la plume lui tombait des
mains. Saint-Just, le seul homme d'action, se
croisait stoïquement les bras pour oLt\ir à son
maître. Et pourtant la révolte levait la tête et
criait aux armes. Les sections se demandaient
partout si la patrie n'était pas plutôt dans le

camp de Robespierre que dans le camp de
Tallien. Une ondée diluvienne ne fut-elle pas
pour quelque chose dans l'apaisement de la
révolte? Combien qui, mouillés jusqu'aux os,
rentrèrent dans la nuit pour ne plus sortir
que le matin, quand tout était fini! Toute
cette histoire du 9 thermidor est encore à
faire.
Si Saint-Just eût pris l'épée d'Hanriot, il
pouvait sauver la République; mais il brisa
sa volonté devant Robespierre, et tout fut
perdu pour tous les deux.
Tallien veillait et donnait la fièvre à Barras;
il savait bien que tant que Robespierre et
Saint-Just seraient debout, tout était à craindre. On n'abat pas du premier coup de pareils ennemis. Tallien se multipliait; il était
à la Convention, il était au milieu des soldats; il ne voulait pas que le soleil se levât
sans que la Commune fût assaillie, sans que
les rebelles fussent fusillés.
Robespierre, se voyant trahi par les siens,
ne voulut livrer qu'un homme mort à ses
ennemis.
Le .Bas avait déposé deux pistolets devant
lui sur la table. Comme Saint-Just, Le Bas
était un homme d'action : plus d'une fois lui
aussi avait décrété la victoire; c'était l'heure
de décréter la mort. Quand Robespierre comprit, par les bruits du dehors, par les cris
des vainqueurs dans l'escalier, que le moment était venu, il saisit un pistolet et l'arma
contre son front; mais la balle lui fracassa la
figure et ne le tua point. Robespierre u'était
pas familier aux armes. Quand Barras triomphant apparut d'un air un peu théâtral, le
coup venait de partir; il vit son ennemi la
houche ruisselante de sang, la tête renversée,
mais le regard toujours fier. Rôbespierre était
à moitié mort, mais ne voulait pas s'avouer
,•aincu.
Quel tableau! Comment David n'a-t-il pas
tenté de peindre cette scène tragique : Robespierre blessé mortellement, soulevé par son
cher Saint-Just; Couthon méditatif de l'autre
côté de la table; Le Bas mourant aux pieds
de Robespierre; le frère de Robespierre ouvrant une fenêtre pour s'y précipiter.
Cette page manque à l'œuvre du peintre
révolutionnaire.
On a accusé Saint-Just d'avoir voulu fuir;
Barras, dans ses mémoires, Barras son ennemi, le représente donnant des soins à Robespierre. Ceux qui aiment Saint-Just seront
heureux du témoignage tardif de Barras : il
est beau de voir Saint-Just jusqu'au dernier
moment se sacrifier à ce maître qu'il avait
accepté, mais qu'il dominait de toute sa
grandeur.
Le gendarme .Méda se vanta, on ne sait
pourquoi, d'avoir làchement tué Robespierre
sans défense; mais Barras fit justice d;, ce
mensonge. Le Monile111·, d'ailleurs, tout en
consignant la déclaration de ~Iéda, semble
n'y pas croire, si j'en juge par ce paragraphe :

C! Après la chute de la commune, Robespierre fut apporté dans l'avant-chambre du
Comité de Salut public. Là, étendu sur une
table qui avait plus d'une fois servi à recevoir
les ordres qu'il dictait, ayant une boite de
sapin pour oreiller, il essuyait la salive ensanglantée qui sortait de sa bouche avec
l'étui d'un pistolet sur lequel était cette
adresse : Au grand monarque. C'était le
titre qu'avait ambitionné ce làche scélérat,
qui pendant toute la matinée de ce jour-là
même avait agité un canif sans oser s'en
frapper, et qui, le soir encore, après qu'il
eut été vaincu, ne pul ll·ouver le courage
rie ne pas se manquer·. ,,
On était alors si bien habitué au sang que
pendant huit jours « cette table où on avait
déposé Robespierre était encore teinte de son
sang, ce qui n'empêchait pas les membres du
Comité de délibérer. Quelle inattention ou
quelle attention inqualifiable chez ses collègues! » C'est Barras qui parle.
Robespierre teignant de son sang la table
de ce comité où lui-mème, Carnot, SaintJust, Couthon et les autres, avaient signé le
renouvellement du monde, n'est-ce pas encore
un tableau qui manque à l'œuvre de celui
qui avait peint Marat assassiné dans sa baignoire?

Robespierre avait encore bien des supplices

à traverser. Il gardait la dignité du silence.
Quelle fut sa pensée pendant ces _longues
heures d'angoisses?
A la Conciergerie, - car il lui fallut à lui
aussi subir cette prison, - il demanda une
plume. Le guichetier, qui s'inquiétait peu de
savoir la pensée de Robespierre, lui dem~nda
en raillant si c'était pour écrire à son Etre
Suprême. &lt;! Ce n'est pas la peine, ajouta ce
bel esprit funèbre, puisque tu vas l'aller
voir. l&gt;
La mort de Robespierre grandit sa vie : il
eut quelque chose du martyr, comme SaintJust eut quelque chose de l'apôtre.
Hoche, qui était prisonnier, vit passer
Saint-Just devant lui. C'était son ennemi,
mais il le salua. Quel ennemi ne s'inclinerait
devant le génie qui tombe 1
Ùn sait la fin. On sait toutes les horreurs
du dernier voyage. On sait que Robespierre
et ses amis ne pâlirent pas devant la mort.
Saint-Just sur l'échafaud leva fièrement, pour
la dernière fois, cette belle tête au profil antique, qui n'avait pâli ni devant le canon des
ennemis ni devant le spectacle de la guillotine.
Ce fut la grande figure de la Révolution,
car Saint-Just n'avait eu que l'amour de la .
République et que l'ambition de la patrie; il
mourut dans sa jeunesse, dans sa beauté,
dans sa grandeur, portanl déjà sur le front
ce rayon d'immortalité qui illumine sa figure
dans l'histoire.
ARSÈNE

HOCSSAYE.

&lt;k l'Acadt!mie française.

c,'"&lt;&gt;

« On ne passe pas »
Certains épisodes de la vie de Napoléon ont re_nlés. L~ succès ne franchit pas un certain
frappé au vif l'imagination populaire et sont étiage soc~al ; cette grande leçon d'égalité de- on entraîna 1~ factionnaire au bivouac du
devenus classiques. Leur dilTusion d'ordinaire vant la 101 ~t de respect de la consigne eût été corps d~ garde : &lt;! Tu es perdu, lui dit-on,
s'est faite par l'image : un marchand d'es- mal comprise en certains lieux. Ce conscrit Lon affaire est claire, lu vas être fusillé. »
tampes a découvert ce sujet, a commandé un de deux sous, en allure de Jocrisse, le shako ~.lais voici qu'on le demande de la part de
d_essin, d'ordinaire lithographique, à un ar- campé ~ur le derrière de la tête, qui, mettant 1Empereur : &lt;! Tu peux mettre un ruban à
tiste, plutôt à un ouvrier d'art. Le succès a son fusil en travers et en appuyant la crosse ta bou_tonnière, lui dit Napoléon, je te donne
été grand; il a provoqué l'imitation ou la sur un mur écroulé ou sur un talus dit à la cro1~. i&gt; Et comme le soldat répond :
contrefaçon et c'est par millions que les !'Empereur: Quand bien même vous' seriez (( Merci'. mon Empereur, mais il n'y a plus
épreuves répandues par le monde ont im- le p'til Caporal, j' vous disons qu'on n' de boutique dans ce pays-ci pour acheter du
m~rtalisé un. trait, parfois apocryphe, mais passe pas, c'est la Loi, c'est l'Écralité c'est ruban », !'Empereur dit: l! Eh bien! prends
qui ne saurall en aucun cas passer pour in- la consig?e, pareille pour tous, et° que 'rEm- une pièce. rouge à un jupon de femme, ça
fera la meme chose. l&gt;
différent.
pereur,_n a. garde de violer. Lui, qui est le
, Vo!là l'histoire qui, on peut le craindre,
Le choix de ces épisodes, leur adoption par chef, s mchne devant la loi dont cc petit sols agremente de quelque légende en sa ~ela ?ation et les nations, leur succès plus ou dat est l'exécuteur fidèle.
conde partie.
moms grand, la multiplicité parfois à l'infini
Ce_la eS t un exemple et cela est une philodes formules, on peut dire même leur carac- s?pbie - une philosophie qui en vaut bien
tère artistique rudimentaire, importent à qui d autres.
Ce fact!o~n~ire ~e n.,°mmait Jean-Baptiste
ve~1t se ren~re compte des idées générales
Coluche : t1 ela1t ne le JO mars 1780 à Gasq~1, so,~~eillant dan~. la ,consci_ence poputins, près de Nangis, et était viO'neron lorslaire, s eve1llent au rec1t d un fait, tirent de
Seulement l'anecdote est-elle vraie? Grâce que, en 1805, il partit comme° consc~it de
ce fait une sorte de philosophie rudimentaire,
au~ rec?erches de M. le lieutenant-colonel l'An IX ; il fut incorporé au 17• lé&lt;rer dans
et d'un ensemble d'épisodes ainsi rassemblés,
. d "'
o ,
Bo~s, qui a reconstitué le détail des faits et 1a 5• compagme
u .'.&gt;" bataillon, avec le nuforment la doctrine héroïque et instituent le
qm
a
retrouvé
ce
soldat
si
ferré
sur
sa
consiculte du héros.
méro matricule 5018. (( II était illettré et
?ne: on est assez bien instruit à présent, car d'une intelligence peu développée lJ, dit Je JieuApocryphes_ ou historiques, ces anecdotes,
il_ n ail~ pas de même jadis ; si sept villes se
que la conscience du peuple a triées entre d1sputa1ent Homère, quantité de ré,,iments tena~t-col~nel Bois; on en peut j uger à sa
pbys10nom11! assez fidèlement reproduite dans
des milliers, symbolisent, ou quelqu'une des
c?erchaient à s'attribuer ce factionnair~ intré- les_ dérivés directs du tableau de Vernet et
,·ertus du héros, ou quelque formule propide: d'après des inscriptions tracées_ dans
c~amée par la Révoluti~n, affirmée par l'Em- les gra~res - sur le mur devant lequel il qm m?ntre ce qu'au temps de !"Empire on
arpela1t _un Jeannot. Au surplus, Coluche
pire et a laquelle la natwn s'est attachée avec
est. place, on peut croire qu'il appartient à la n eut pomt une brillante fortune . il resta
une invincible fidélité.
42• (42• demi-brigade) de ligne, à la 52•, à
soldat de deuxième classe, bien qu;il eût fait
Parmi ces anecdotes, celle qui se trouve le la 56•, ou au 27• léger.
les campagnes de Prusse ( 1806), de Poloplus fréquemment reproduite par la rrravure
Or, il ne servit dans aucun de ces corps
sur bois et à l'aquatinte, représente Empe- mais au 17• léger.
' gne ,(1807), d'Autriche (1809), de Portugal
et d Espagne (18!0-18 15), de France (i 8141
reur arrêté par un conscrit en sentinelle. Elle
La scène s'est passée le 5 mai 1809 : il y a
a pour point de départ un tableau d'Horace c&lt;;nt deux ans. L'Empereur était en marche sur et ~u'il eût été blessé d'une balle à la tête à
Ve:net qui ne s~mble point avoir été exposé, V1en_ne. La division Claparède, dont faisait Arcis-sur-Aube.
-: ~fais, dit-on, il avait été décoré en 180!:J.
qui ne figure pomt dans son œuvre, qui pour- partie !e
léger, avait attaqué, à Eberstant l'ut gravé, mais qui surtout fut contre- berg, I amere-garde du corps autrichien du Le heutenant-colonel Bois semble le croire
fermeme~t. Pourtant le nom de Coluche ne
fait. Elle plut tout de suite aux marchand~ général lliller; et ce corps s'était en entier
de vins, qui l'accaparèrent comme enseigne. retourné contre elle: 50.000 ho0:mes contr; fi~ure pomt sur l'État général de la Légion
La lé~ende: On n' passe pas s'appliquait à 7.000. La division avait tenu, et à l'aide des d honneur, publié en 1814 et qui s'arrête
merveille aux clients qui devaient d'abord autres du corps d'Oudinot, elle était restée au. 29 septembre 1815. li figure au conavoir pris un litre sur le comptoir. Cette sicrni- maîtresse d'Ebersberg, de quatre canons et traire, avec la date r~elle de la promotion,
12 ~IA~s 1814, dans I Annuafre de l'Oulre
fication spéciale et viticole n'expliquerait p~int de deux drapeaux.
zmpét:wz ~e la Légion d'honnew· 7,oui·
toutefois le ~uccès immense obtenu par une
Une masure demeurait seule debout dans
telle_ scène. l,ne très modeste collection napo- le vil~a~e incendié. Napoléon s'y installa. l ,n l annee !8:l2. C_oluchc n'a point été décoré
l~~menne en contient plus de quarante répé- carabmier du 17• léger fut mis en faction à pour
. avoir barre le passacre
'o a' J''i'mp
1;
ereur
lll!ons; de plus, on la voit sur des porte- la porte, reçut la consigne de ne laisser entrer mais pour avoir été blessé à Arcis. Par là, 1~
'?ontres, des pelotes, des cadrans, des taba- ni sortir aucune personne qui ne fùt accom- seconde pa_rlie de l'anecdote, telle que l'admet M. Bois, se trouve donc infirmée. Colullères, des boites de toute~ les sortes, en bois, pagnée d'un officier d'état-major. A la nuit
che
barra le. chemin à !'Empereur, et , ce fa1.
en poudre de corne ou d'écaille en cuivre et !'Empereur ouvrit la porte, et, sans fair;
.
'
remp1it son devoir; mais il ne fu t p
en zmc: ~ous objets qui, en leur temps, fu- attention au C! On ne passe pas ,, du faction- sant,
.I ·
• . .
our
m recompensé, et Ie d'ia1ogue
rent possedés par de petites gens, et coùtè- naire, marcha devant lui. Le soldat alors lui ce •.a LU pum,
•
d'
1
rent un prix très bas, mais en ceci tout dé- cria : !! Si tu fais un pas de plus, je te f... qu i preten it avoir eu avec !'Empereur est
~lus
que vraisemblablement, de son inven~
pend des b~urse~. Très peu de ces gravures ma baïonnette dans le ventre. l&gt; On accourut
t1on.
ou de ces obJets s adressent à des gens mieux de l'intérieur: des officiers, des généraux;
Une fois de plus ceci nous apprend le

f

~7•

�___________________ __,
111STOR..1.ll - compte qu'il faut tenir de la tradition orale ou écrite. Le récit de Coluche n'est pas
bien méchant, mais c'est une « craque &gt;&gt;. Le
mot et la chose sont essentiellement du temps.
Coluche rentra dans ses foyers après la
campa"ne de France; il se maria à une payse
nomm1e Madeleine Moreau, fut, en 1.8;il,
élu sous-lieutenant de la garde nationale du
canto~ de Nangis el, vraisemblablement vers
celle épo11uc. établit un petit. débi_t à 1:enseione : On n' passe pas. L enseigne a la
po;tc reproduisait grossièrement 1~ tableau
de Vernet et l'image populaire, mais ~ur la
masure devant laquelle Coluche arrêtait son
empereur était écrit en grosses lettres: Maison Coluche.
~apoléon III, qui lui donna la médaille_ de
Sainte-Hélène, le reçut à Fontainebleau, IUJ fit

raconter ses campa"nes, le présenta à l'impératrice et au Prin~e ~mp~rial: &lt;&lt; Al~ l c'est
madame qui est mon 1mpcratr1ce, dit Coluche; eh bien! Sire, je vous félicite de "?trc
choix el de votre goùt. n li ne demanda rien,
hormis les portraits de sa souveraine e~ d'.1
Petit Prince, mais, au retour chez lUJ, 11
trou va dans sa poche une liasse de l,illels de
cent francs.
Il ne consentit point à quiller Gaslin~,
lorsque les propriétaires du_ gr~nd !°ag~sm
de confections de la rue de H11·oli, qui ~vaien~
pris pour enseigne: .1 /tt redingote gnse, l?.1
proposèrent l .800 francs pa~. an po~r q? 11
se tint dans la boutique, et qu 11 permit qu on
ajoutàt 11 l'enseigne: C'est ici que demeu1'e

Coluche.

Il mourut à Gastins, le~ mai 18li7, à l'âge

dé quatre-vingt-sept ans. C'est toute son histoire.
,, .
Mal"ré son apparente jeannoterie, il n eta1t
point ~ant sot, puisqu'il avait trouv~ moye~i
d'ajouter à son aventure une cr?1x antidatée de cinq ans, el une conversallou presque vraisemblable avec,. rE':°per:ur .• ~eu
s'en fallait que le mot qu il lUJ arn1.t pre~c _ne
passât dans l'histoire. M~rc~ Sarnt-11,~aire
l'eût connu qu'il l'cùL fait sien. Les vieux
soldats avaient de ces grâces d'état et, à rouler ainsi par l'Europe et à en faire le tou~ sac
au dos, ils emplissaient Ator de malices.
N'empêche que Coluche était un . brave
homme et que, s'il exploitait :on enseigne et
son histoire, il ne voulut pomt tromp:r les
Parisiens en servant d'aboyeur ii la I{edwgole
grise. Coluche est estimable. Vive Coluche!
Fnfoi'.:1ur \L\SSO:\',
Je l'AcaJémie française.

fiux Tuileries
-

LE CHATEAU

o'lssY. - IJ'aJ&gt;rès une gravure de

Gui:RO~LT,

1847 -

CH. GAILLY DE TAURINES
De ces jeunes mères du château, Mme la
Le comte de Paris est d'un caractère grave
duchesse d'Orléans mise à part, Mme de
et doux; il apprend bien. Il a de 1~ tenJoinville est la seule qui ne gàle pas ~es
dresse naturelle, il est doux à ceux qui soufenfants. Aux Tuileries, on appelle sa pel1~e
frent.
.
fùle Chiquette; tout le ~on~e, le roi lmSon jeune cousin de Wurtemberg,. qui a
même. Le prince de Jomv1lle ap~elle sa
deux mois de plus que lui, en est J~O~X,
femme Chicartle depuis le bal des pierrots'.
r.omme sa mère, la princesse Marie, éta1.t Jade là Chiquette. A ce bal des pierrots, le roi
louse de la mère du comte de Paris. Du qvant
disai; : - Comme Chicarde s'amuse! Le
de M. le duc d'Orléans, le petit Wurtemberg a
prince de Joimille dansait toutes les dan~es
été longtemps l'objet des préférence~ de la
risquées. Mme de Montpens!er et Mme ~iareine et dans la petite cour des corridor&amp; et
des ~ha~bres à coucher, on !lattait la reine dères étaient les seules qm fussent. d~collelées. - Ce n'est pas de bon goût, d1sa1t la
par des comparaisons de l'un à l' a~lre,, to~reine._ Mais c'est joli, disait le roi.
jou rs fayorables à Wurtembe~g. AuJourd hm,
celte inégalité a cessé. La reme, par _un sentiment touchant, inclinait vers le petit \~urtemberg parce qu'il n'avait plus .sa mcrc;
Aux Tuileries, le prince de Joinvil.le pass.e
maintenant il n'y a plus de raison pour son temps à faire cent folies; un J?ur, il
ciu'elle ne se retourne pas vers le comte de ouvre les robinets de toutes les fonta.mes, ~l
Paris, puisqu'il n'a plus son père. .
inonde les appartements; un autre JOU~, il
Le petit Michel ~ey joue tous les d1_manches coupe tous les cordons dP. sonnettes. Signe
avec les deux princes. li a onz~ ans, _il e_st .fil~ d'ennui.
.
du duc d'Elchinrrcn. L'autre JOUr, 11 d1sa1t a
Ce qui ennuie le plus ces pauvres princes,
sa mère: - wirtemberg est un ambitieux. c'est de recevoir et de parler aux gens en
Quand nous jouons, il veut toujours être l_e cérémonie. Celle obligation revient à peu
chef. D'abord, il veut qu'on l'appelle Monse1- près tous les jours. Us appellent ~ela, - car
11neur. Ca m'est égal de lui dire Monseigneur, il y a un argot des princes, - fatre la {one:
~ais je ne veux pas q~'il soit _le c?e~. ~ne tio,i. Le duc de Montpensier est le seul qui
fois, j'avais inventé un Jeu, et Je lm a1 dit : la fasse toujours avec grâce. Un j?ur, Mme 1.a
_ Non, Monseigneur, vous ne serez pas le duchesse d'Orléans lui demandait pourquoi,
chef! c'est moi qui serai le chef, parce que il répondit : - Ça m'amuse.
j'ai inventé le jeu ainsi! Et Ch_abannes ser.i,
Il a vingt ans, il commence.
mon lieutenant. Vous et monsieur le comte
~
de Paris, ,·ous serez les soldats. Paris a bien
voulu, mais Wurtemberg s'en est allé. C'est
Quand le mariage dt! ~l. de Montpensier
un ambitieux
0

avec l'infante fut publié, le roi des. ll~lges
bouda les Tuileries. Il est Orléans, mais il e~l
Cobourg. C'était comme si rn main. gauche
avait donné un soufflet à sa joue drollc:
Le mariage fait, pendant q~e les J~unes
mariés s'acheminaient de Madrid à_P~n~, le
roi Léopold arrive à Sain~-Cloud, ou eta1t l_e
roi Louis-Philippe. Le roi des Belges ava~t
l'air froid et sévère. Louis-Philippe le prit
dans une embrasure du salon de la reme,
après diner, cl ils causèrent_ une gr~ndc
heure. Léopold conservait son visage soucieux
et anglais. Cependant, à_ la_ fin de la conve~~ation, Louis-Philippe lm dit : - Voyez G~1zot. _ Je ne ,·eux précisément pas le voir.
_ Vo~·ez-le, reprit Louis-Philippe. Nous
reprendrons celle conversation quand vous
l'aurez rn.
Le lendemain, ~I. Guizol se présenta chez
Je roi Léopold. li portait un énorme portefeuille plein de papiers. Le roi le reçut.
L'abord de Léopold fut glacial. Tous d~ux
s'en[ermèrent. Il est probable que M. Guizot
communiqua au roi des Belges tous les d.~cumenls relatifs au mariage et toutes les p1eccs
diplomatiriucs. On ne sait ce qui se passa
entre eux. Ce &lt;JUi est ccr~ain, c'est q_ue lo,rsque
M. Guizot sortit du cabmet du roi, Leop?ld
avait l'air gracieux quoique triste, e~ qu on
l'entendit dire au ministre en le _qrntta~t :
_ J'étais venu mécontent de vous, Je partirai
satisfait. Vous avcz, précisément dans celte
affaire, acquis un nouveau litre à mo.n
estime et à notre reconnaissance. Je roulais
vous gronder, je vous remercie.
.
Ce furent les propres paroles du roi.
\'ICTOR

HUGO.

Une fredaine de Buss))~Rabutin
Outre deux grands châteaux entourés de l'as tes se trouvait que ces mesures porlaienl grareparcs, les belles maisons de campagne y étaient mcnt atteinte aux droits héréditaires des "ens
0
Issy et le calvaire du Mont-Valérien nombreuses; l'une d'elles appartenait à ~f. de de justice, et, d'un seul bloc, puissance forChoisy, l'aïeul vénérable dont l'hôtel parisien midable, la « robe l&gt; tout entière, Parlement
La « villed'Jssy », localité suburbaine assez donnait asile à tant d'enfants, de petits-en- en tète, se dressa contre Mazarin.
maussade auJourd 'hui arec ses tristes et longs fants et d'arrière-petits-enfants, parmi lesAinsi que toujours en pareil cas le font
murs d'usines et ses hautes cheminées fu- quels Mme de Miramion et sa fillette.
tous les partis politiques, le Parlement sut
mantes, fut jadis un délicieux village. Blotti
Au printemps de l'année 1648, dès que parer sa lutte pour des intérêts personnels
dans le creux d'un vallon, couronné de bois, commencèrent les beaux jours, M. de Choisy de belles et sonores formules : &lt;&lt; L'amour
entouré de prés et de vignes, c'était un véri- s'empressa - faisant par cet exode un véri- du bien public ll, le « soulagement du
table l'ide en son quartier - de quitter la peuple », le « service du roi », c'est cc
table petit nid de verdure.
« Xous avons été hier à Issy, écrivait avec rue du Temple pour venir s'installer à sa qui avait cours alors tout comme aujourenthousiasme Mme de Sévigné après une mairnn d'Issy.
d'hui le « resprct des droits de tous » ou
excursion en ce lieu charmant; nous avons
Outre le désir d'y joui.r de la liberté et des « les droits imprescriptibles de notre vaillante
été hier à Issy où les rossignols, l'épine blan- plaisirs de la campagne, un autre motif et laborieuse démocratie &gt;&gt;.
che, les fontaines et le beau temps nous ont encore poussait le vieux magislrat à s'éloigner
Ces dernières réussissent chez nos con temdonné tous les plaisirs innocents qu'on peut de Paris. La grande ville était alors en étal porains, les autres ne réussirent pas moins
avoir. »
de violente elfenescence politique et toute bien chez nos aïeux; de la meilleure foi du
Tout, jusqu'au nom, était poétique en ce cette vieille aristocratie de robe, à laquelle monde, ils crurent que le Parlement, très
joli village : les érudits ne prétendaient-ils appartenait M. de Choisy, avait contre la cour, respectueux de l'autorité du roi, n'avait en
pas en trouver l'origine en ce que la beauté et surtout contre la reine mère et son ministre rne, en comballant la Régente et son miet le charme du lieu y auraient fait jadis Mazarin, de graves motifs de rancune.
nistre, que le bien public et la défense des
élever un temple à la déesse Isis?
Dans le désarroi des finances, cau~é par humbles et des pauvres. Le lundi 20 juillet
Aussi les Parisiens, désireux durant la une guerre indéfiniment prolongée, )Jazarin 1618, on put voir devant le Palais et dans la
belle saison de venir respirer un air pur dans a \'ait cru bien faire en édictant certaines me- Cité plus de six cents paysans, accourus à
un site admirable, choisissaient-ils de préfé- sures fiscales propres, pensait-i!, à remplir Paris de toutes les campagnes environnantes
rence Issy à toute autre localité suburbaine. les coffres par trop allégés de l'Etat. Uais il pour acclamer le Parlement et supplier le

.

�111STO'J(1A

--------------~

duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume:
de vouloir bien ne pas gêner la bonne volonte
des magistrats qui désiraient tant soulager
leur misère 1 •
Paris était sans cesse troublé; Mazarin el
la reine mère, à chacune de leurs sorties, se
rnvaienl accueillis, par les cris : « A Napl~s !
A Naples l ... Mazaniel ! Maza_niel l _i&gt; ~l!us1on
menaçante à la révolution qm venait d eclater
à Naples et que l'on pourrait bien renouveler
àParis 2 •
Voilà pourquoi, dans le désir de tro~v:r:
hors de cette ville troublée, une tranqu1~hte
que réclamait son grand âge, ~[. de Choisy,
tout acquis d'ailleurs par sa naissance et ses

sa maison d'Issy beaucoup plus tôt que de
coutume.
.
La pieuse Mme de Miramion ne pou\"a1t
que se montrer en~hanté~ d_e c~ déplace~ent :
mieux que le brml et 1a~1tal10n ur~ame, le
calme des champs se prêtait au recue1lleme~l
el à la prière, et la petite église d'Jssy pou~a1t
d'ailleurs fort bien remplacer, pour ses dev~tions quotidiennes, l'église des père,s ~ela Merci.
De plusieurs côtés _pourtant, e~a1ent revenus à Mme de Miram1on des bruits capables
de troubler son repos : un complot, prétendait-on, était fait pour l'enlever. Ridicules
bavardages! pensait-elle; enlève-t-on les gens
sans leur consentement, au moins tacite. Sa

La pieuse femme goûtait donc, _depu(s
quelque temps, le charme du tranqu1l,le ~ejour d'Issy lorsque, au commencemen_td_ a?ul,
l'idée lui vint de profiter de la prox1m1te _du
lieu pour visiter le pèlerinage, alors en pleme
faveur et très fréquenté, du Calvaire du Mont,
Valérien.
Planté par la Providence com~e pour_ couvrir de loin Paris de sa protection, s01t par
la force, soit par la prière, le Mont-Va~érien,
aujourd'hui forteresse, était alors un heu de
dévotion.
.
De temps immémorial, des er~ites av~ien,t
occupé les flancs de la haute co~me: mais,...3
une époque plus récente, en I annee 1650,

Le Monf VALERI.EN.A11fremenf difL,

C.dY&lt;1.1re

1.

l,cuefle Pt:fr11.
j.

fK'fl,:
,~,_,
lJ

•

lf1!!t:
I.;.

.

......

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....

. ,

.

-

'

LE MONT-VALERIE'.'. .\li XVil' SIÈCLE. -

relations de famille et d'anii~ié au _parli d~
Parlement, s'était, cette annee-là, _mstallé a
t. JourMl des Guetres Civile~ (1_618-'.6?l), r~r
Dubuisson-,lubenay, publié par la Soc1elt' de l h1slo11c
de Paris, 2 vol. in:.S• •
'l. )lémoires de Guy Joly.

D"après 1111e

gravul"e du C,1bir.el des Estampes.

conscience ne lui reprocbanl rien là-dess u~,
elle méprisa les donneurs d'avis. Elle avait
seulement cru devoir changer de confess~ur,
le père de la ~lerci ayant des allures qui ne
lui convenaient point.

un saint prètre, l'abbé Hubert Charpentie-i:,
ayanl eu l'idée, pour ,1' édi_fication des P~r1siens, de profiter de l admirable et gra~d~ose
piédestal naturel _formé par l~ ~Iont-Valer1_en.
avait fait constrmre sur sa cune un calvaire.

UNE 'F~EDA.17\JE DE BUSSY-J(A.1JUT1N - - ,
11 Ce qui fit, rapporte un mémoire du temps,
écuyer et deux demoiselles; c'était en effet
dans la nuit, malgré l'opacité des ténèbres,
le plus d'impression dans l'esprit du saint
l'usage alors que les femmes de condition ne
une longue file de fantômes vers lesquels les
homme, fut la situation de [celte monlagne et cette disposition avantageuse
chevaux, pleins de méfiance et hésiqui, dans le voisinage de Paris, et sur
tants, allongeaient craintivement leurs
le bord de la Seine, la met en vue de
naseaux; quant au cocher, ses dents
tous ces lieux de divertissement et
claquaient et tous ses membres tremde plaisir qui règnent alentour de la
blaient de terreur sur son siège.
grande ville.... Ces allées qui servent
Dans le carrosse, Mme de Choisy
tous les jours de théâtre à la vanité
commençait à pousser des cris aigus,
et au luxe... tous ces lieux de prometandis que ses femmes prenaient leur
nade et de volupté sont aujourd'hui
chapelet ou récitaient les litanies des
Saints.
commandés par cette montagne sainte.
Là, cet objet funeste des trois croix
« Allons causer un peu à ces gens,
plantées sur la pointe et que l'on dédit Turenne en mettant tranquillement
couvre &lt;le loin, semble menacer avec
pied à terre et en tirant son épée; M.
autorité ceux qui négligent leur salut
de Gondy le suivait, ayant pris celle
et les avertir de leur deroir 1 • l&gt;
d'un laquais.
Aussitôt établi, le calvaire du Mont- Grâce! Afessieurs, s'écrièrent, à
Valérien était rapidement devenu un
leur vue, tous les fantômes en tombant
lieu de pèlerinage des plus fréquentés.
à genoux; et celûi qui se trouvait le
Tous les vendredis, jour de la Passion,
plus proche expliqua : Nous sommes
de longues files de pieux visiteurs grade pauvres carmes déchaussés qui vouvissaient avec recueillement les pentes
lons profiter des premières heures du
ardues dominant Suresnes et, pour leur
matin pour nous aller rafraichir dans
rendre encore plus facile cette édila rivière •. l&gt;
fiante ascension, les religieux de la
Mais, en plein jour, Mme de Miracongrégation du Calvaire avaient tout
mion et sa belle-fille n'avaient pas,
récemment tracé, aux flancs de la colgrâce à Dieu, à redouter de telles émoline, une route carrossable permettant
tions; déjà elles avaient dépassé le jardin
de monter en voiture iusqu'à son somde Mlle du Tillet et, apercevant de loin,
met'.
profilé sur le ciel au sommet du Alon tYoulant donc profiter de ces facilités
Yalérien, le Calvaire, but de leur voyage,
d'accès toutes nouvelles, Mme de Micontinuaient tranquillement leur route,
ramion, dans la matinée du vendredi
lorsque, à la hauteur du pont de Saint7 août 1648, après avoir vérifié l'étal
Cloud, vingt cavaliers, débouchant d'un
du ciel, qui était radieux et promettait PENDANT L'OFFICE. - Estampe extraite de la Serie .• La noblesse coin de muraille derrière lequel ils se
française à l église ., pa,- ABR IIIA~l BOSSE.
une magnifique journée, monta en cardissimulaient, entourèrent soudain le
rosse à Issy avec sa belle-mère pour
carrosse.
se rendre en pèlerinage au Mont-Valérien.
En moins de temps qu'il n'en faut
sortissent jamais qu'avec une vieille demoipour le dire, les agresseurs, saisissant les cheselle et un écuyer d'un âge avancé.
\'l
vaux par la bride, entraînaient le carrosse sur
La route à parcourir était charmante; déjà,
le pont de Saint-Cloud et gagnaient le bois de
au sortir d'Issy, on avait dépassé la ferme
L'enlèvement.
Boulogne. Deux d'entre eux, pendant ce
des Moulineaux et ses grands toits de tuiles
La chapelle de Notre-Dame des Anges. rouges tranchant sur la verdure; on avait temps, s'efforçaient d'enfermer dans la voidépassé aussi et laissé sur la droite le pont ture les deux femmes et leurs gens en faisant
Pluvieux et couvert dans les premiers jours
de Sèvres avec ses arches gracieuses si pitto- tomber les mantelets, dont ils coupaient les
3
du mois , le Lemps s'était mis subitement au
resquement reflétées dans les eaux de la attaches avec leurs épées; avec une énergie
beau, et, pour mieux jouir du magnifique
Seine, et, devisant de chose et d'autre, on merveilleuse Mme de Miramion les chargeait
panorama des rives de la Seine, Mme de Mi- roulait vers Saint-Cloud.
de son sac d'heures; arme bien fragile et
ramion et sa belle-mère avaient fait relever
bien
vaine contre ces épées au tranchan t desL'approche de Saint-Cloud avait justemen t
les mantelets de cuir du carrosse.
quelles
la vaillante femme, obstinément
remis en mémoire à Mme de ~firamion la
Seuls les carrosses de gala étaient alors
tenace
dans
sa défense, se meurtrissait et
mère certaine histoire de revenants arrivée
fermés de glaces; ceux de service pour la
s'ensanglantait les mains! En un instant ellr
précisément en ce lieu à Mme de Choisy, sa était prisonnière.
campagne, exposés à lous les cahots de routes
belle-sœur, cette femme de haute sagesse
non empierrées et par conséquent pleines
qui savait si bien prémunir son fils contre
d'ornières, n'étaient clos que par des rideaux
Dans le bois de Boulogne, un bois véritable
les tentations de la vanité et de l'orgueil.
ou mantelets de cuir se déroulant de haut en
Après une fête donnée au château de à cette époque, avec de vraies ronces, de
bas exactement comme cela se fait encore
Saint-Cloud par le duc d'Orléans, auquel son vrais taillis et de vrais fourrés, si:.. chevaux
dans nos modernes tapissières. Des glaces
mari était attaché à litre de chancelier, frais attendaient, qui, accrochés en hâte au
n'eussent pas résisté cinq minutes aux heurts,
~fme de Choisy, quittant le château avant le carrosse à la place des deux chevaux fatigués
chocs, chutes et soubresauts d'une promejour pour regagner Paris, sentit tout à coup, par une course déjà longue, enlevèrent à
nade d'agrément à la campagne.
dans la descente vers le pont, son carrosse grande allure le véhicule et tous ceux qu'il
~Iontées en voitures à sept heures du ma- s'arrêter brusquement.
contenait dans la direction de Clichy-lalin, ces dames avaient dans leur carrosse un
Garenne et de la plaine Saint-Denis.
Le maréchal de Turenne et M. de Gondy,
A l'aide d'un petit couteau qu'elle a\"ail
1. Pièce datée de 1658, cilée par Uoberl Hénard :
archevêque de Corinthe, qui l'accompaLe .llm1t-Yalé1-ien, 1 vo l. in-8•, 1904, p. 26.
2. Ibid. , p. 52.
gnaient, s'étant précipités aux portières pour dans sa poche, Jlme de Miramion était par3. Joumal de Dubuisso11-A ube11ay, lundi ~ aoùl
connaître la cause de cet arrêt soudain, ne venue à faire une ouverture dans les mante1648.
lets de cuir qui la tenaient enfermée.
furent pas médiocrement surpris d'apercevoir

4. Cardinal de Retz. Mémoires.

"" 378"'

�r--

111STOR._1A

« Je suis Mme de Miramiou ! .le suis
Mme de Miramion ! criait-elle de toutes ses

ment, à l'écart, un entretien particulier el
assez animé avec le chef de la bande.
Ce chef n'était autre que Bussy, el le che-

UNE "F'Jt.ED.Jt1JVE DE BussY-J&lt;ABUT1JV - - . , .
frugal repas auquel )lmc de Miramion, malgré Ioules les in~tanres, refusa obstinément
de prendre aucune part, on repartit à une
allure aussi virn que le permcllail
l'étal des themins.
Mais bien qu'elle fùl seule à
présent, Mme de \liramion ne
donnait point trêve à ses protestations indignées. La stupéfaction
de Bussi commençait à être C\trême : rel e\cellent père de la
Merci l'avait-il donc trompé, el la
belle Yeu \"e n'ctail-elle pas aussi
désireuse de lui appartenir que
l'avait affirmé le trop complaisant
confesseur?
« Si je la renvoyais comme sa
belle-mère? ckmanda-t-il à rnn
frère.
- ~·en faites rien, r,:pondit
celui-ci, peul-être réussircz-,·ous à
lui faire chani;-er d'avis. En tou L
cas, s'il faut la renvoyer, rnus le
ferez plus honorablement pour
rous cl plus conl'enablement pour
elle, de Launa,, où nous serons
rendus ce soir, 'que d'ici en pleine
campagne. On pourrait croir e
qu'elle vous a été reprise de
force. ,,
Conlinuaal donc à marcher de
plus belle, les voyageurs, après
avoir laissé derrière eux llontfcrmeilcl lraverséla~farnc à Gournay',
cherauchèrent, dans des chemins
cahoteux et étroits, jusqu'à la tombée du jour. Quatre relais, préparés
d'ayancc en des lieux convenus,
permirent de lrournr à point des cbernux de
rechange.

forces dans chaque village traversé; jetant en
même temps au\ villageois ébahis
tout l'argent qu'elle avait sur elle;
je suis Mme de Miramion I Prévene1. ma fa mille !
- Ne faites pas allention, braves gens1 répondait le cavalier qui
galopait à la portière el semblait
le chef de tous les autres, c'est
une folle C(U'on va enrermer par
ordre du roi 1 • n
El, dans l'étal où se trouvait la
pauvre femme, é1:hevelée, sans
mouchoir, sans coiffe. les habits
déchirés, les mains el le visage
pleins de fang, celle arfirmation
paraissait si vraisemblable que nul
n'en faisait le moindre doute el
que tous, les bras ballants el la
bouche ou\'erte, considéraient sans
autrement s'en émouvoir le corli•ge
qui disparaissait au bout du village
dans une galopade de cheniux. et un
tourbillon de poussière.
On traversa ainsi Aubervilliers,
d'où l'on gagna, par Pantin, la
grande route de Paris à lleau\ ;
pui,, après la traversée de la forêt
de Bondy, on prit, sur la droilP,
des chemins de traverse s'enfonçant dans la forêt de Livry. Là, à
pro\imilé de la chapelle de NotreDame des Anges', on fit une pre
mière halle et l'on trouva un premier relais.
L'indignation de Mme de lliramion était toujours aussi grande, son énergie
aussi farouche. Dès qu'on était entré dans la
forêt de Livry, profilant de ce que, ,·u l'étroitesse des chemins, les cavaliers ne pouvaient
plus chevaucher am portii•res, la courageuse
femme avail sauté du carrosse el essayé de
disparaître dans les broussailles ; reprise
aus,ilùt elle avait été réintégrée dans sa
prison roulante.
Son étonnement égalait son indignation :
quels pouvaient bien être ses ravisseurs, eUe
l'ignora il entièrement ; de tous ces visages,
pas un seul qui lui fùt connu, pas un seul
qu'elle pùl s~ souvenir, en creusant au plus
profond tic sa mémoire, d'avoir aperçu seulement une fois en sa vie.
I,'uniquc indice qui pûl lui donner sur cc
mysléricu:\. et inexplicable él'éncmcnl quelque
bien fugitif indice, c·cst qu'un chevalier de
~laite, reconnaissable à la croix fixée par un
ruban noir sur sa poitrine, se trouvait parmi
eux. Or elle ne connaissait aucun chevalier de
Malle ; le genre de vie de ces messieurs ne
les mettait guère en relation avec des femmes
de sa sorte.
Tandis qu'on accrochait les chevau'- au
carrosse, ce chevalier de Malte avait précisé-

valier de Malle était Guy de Raùulin, son
frère cadet, d'une santé un peu débile, el
d'une douceur de caractère que mettait ironiquement en lumière sa qualité de cheialier
de Malle. Bussy arail réus~i à l'entraîner &lt;'n
cette affaire en lui persuadant, - ce qu'il
croyait d'aillrurs lui-même, se fiant aux
affirmations du père de la )lerci - que
~lme de Miramion était parfaitement d'accord avec lui cl consentait à ce qu'il l'enlevât.
« )lais, disai L avec étonnement le chevalier de Malte à son fri•re, votre Hélène, comme
vous l'appelez, ne donne guère de marques
des bonnes dispositions dont vous m'aviez
assuré.
- La présence de sa belle-mère l'oblige
sans doute à en user ainsi, répondit le confiant Bussy;;. »
Et, pour s'alléger de cet embarras, faisant
mettre pied à terre à la belle-mère, il abandonna au milieu des broussailles la pauvre
femme en compagnie de sa femme de
chambre el du vieil écuyer, ne conserrant
dans le carrosse, avec )Ime de ~liramion, que
sa femme de chambre et un laquais.
Les chevau).. accrochés, apri·s un rapide et

La nuit tomba; on marchait toujours.
L'obscurité ne permettait plus à Mme de Miramion de reconnaitre les localités qu'on traversait et l'heure dernit èlre déjà avancée
dans la soirée &lt;1uand, après un brusque tournant, sur la gauche, au bord du chemin,
brilla tout à coup aux yeux accaùlés de fatigue
de la pauvre femme, la nappe argentée d'une
petite rivière; en même temps, une masse
sombre el haute, sortant progressivement de
l'ombre à mesure qu'on s'en approchait, découpait tour à tour sur le ciel tout un amoncellement de toits, de tourelles, d'épis et de
girouette:..
Arec un bruit sonore de bois heurté cl de
ferrailles tendues, le carrosse roula sur un
pont-levis, passa sous une \"Oùte, traversa un
espace découvert, roula de nouveau sur un
deuxième pont-levis, et s'arrêta enfin dans
une cour étroite, dominée de Lous côtés par
de hauts el sombres bâtiments, tandis que
l'un après l'autre, avec les mêmes grincemen ts,
chacun des ponts-levis se relernit derrière le s
arrivants 5 •

1. J'1e de ,l/u11· de ,l/ira111io11, par l'aLbé de Choisy.
2. llemarques journalières de cc •1ui s'est pas,é
pendant l'année 16i8.
(Ilib. l'i'', lis. fr. 10.27'.5 r ïi-75).

:ï. Jlémoire1 de /Jussy et Vie de Mme de M1ra111io11, par Choisy.
i. lh. fr. 10.27:ï.
5. lie de blme de .Jlim1111011, par thoi,1.
Celle description du chùteau de la Coinmande, ie

de l.auna) est fa ite d"aprës Je r.:cil de l'abLt: &lt;le
Choisy, vérifie d"oprès un croquis du temps, qui se
trome FUr un plan Terrier conservé aux Ard1ins oationall's (\ onne 1\1 11 ..
De cc château , il ne reste aujourd'hui que la cha-

UNE DAME. -

Gravure d

0

A BRAIIAM

BossE.

- .\ladame, reprit avec beaucoup de respect le chevalier, nous sommes iei deux cents
La commanderie de Launay.
~cn tilshommes, des amis et parents de M. de
Bussy, mais s'il nous a trompé,, nous vous
Le carrosse arrêté dans la cour, tandis servirons contre lui et nous vous mettrons en
qu'on dételait les chevaux, le chevalier de liberté. Il faut seulement lui faire enléndre
)faite qui avait sui, i tout le voyage s'approcha raison. )fais d'abord, pour vous tirer d'inde la portière et pria Mme de Miramion de quiétude, je dois vous faire connaître le lieu
rouloir bien descendre et entrer dans le chàteau. où vous vous trouvez : nous sommes à trois

B.IT.IILLE DE LEXS. -

Ci Je n'en ferai rien, Monsieur, affirmat-elle avec la plus ardente énergie. Est-ce
donc mus qui me faites enlever?
- Non, Madame, c'est M. le comte de
Bussy, mon frère; il nous a tous assurés de
votre consentement.
- Ce qu'il vous a dit est faux ; et vous
verrez si j'y consens!

1irllc l~ansfor~é? en g~a_nge, certains bà!imenls que

1 on cro1larn1r etc lrs cu1s111es, et une partie des fo,s,1 5•

.\ une {-poque a,sez r~œnte, on °\'Ol"ti t encore le
long d~ la route une (&gt;Orle i tourellés; elle I i•ft•
achetée par lt• propriétaire rfun château situé à quel-

consentit à entrer dans une salle basse, sorte
de corps de garde aux murs dénudés, où l'on
fil aussitôt du feu. La prisonnière s'en approcha, et, pour s'asseoir, fit apporter les
coussins de son carrosse.
Deux pistolets se trouvaient sur une table;
à peine les eut-elle aperçus, que, d'un mouvement prompt, Mme de Miramion s'en saisit,
el, après s'être assurée qu'ils étaient chargés,

T.itlt.iu Jt PIEl&lt;RE FRASQtE. (.llustt de )"ers.111/ts.)

lieues de Sens, et le cb.îteau qui vous abrite
est la commanderie de Launay, dépendant de
)[. le Grand Prieur de Malle. Descendez, sur
ma parole•, Madame, el consentez à vous reposer. »
Le chevalier avait un air si noble, si doux,
si triste même, qu'il inspira confiance à
Mme de Miramion; sur ses instances, die
q~cs kilomèt~r•, le ch,iteau de f"lcurigny, lransporlép
pie rre par p,crr~ et reconstruite pour servir d'entrër à_ l"nenue .. D'après une, J~scription du Jll}S
N I 18t:,. le, ruone,,ub,oslantes etarent alors Lien plus
1·onsidérablcs (Annuftlre ile l'\onne IIH3, p. 142).

Clich! Neurde.in lrèrc~.

les garda à sa portée, prête à s'en servir ~ïl
en était besoin pour ,e faire porter respect•.
. En vain s'efîorça-t-on d'engager la prisonnière à prendre c1uelque nourriture· bien
qu'elle fùt ~jeun depuis la veille, ayant'quitlé
Issl le matm avec l'intention de communier
au Calvaire, el bien que la faim commençât
à la presser de façon douloureuce, pas plus
~c~seigncmenb dus à !"obligeance de li. Por ée,
nrchm,tc de l"\onnr, et de M. Emile ,rauu,, secrrl11rc de la mairie de Saint-ll~rtm-sur-Or,•iisc. rommune de la11urlle &lt;lt·pcnd ~una, .
1. Clooi,y.
·'

�1f1S TORJ.Jl

UNE "F"JfEDJtTN"E D"E Bussr-'R._JtBUTTN - - ,

que durant le voyage, elle ne voulut rien
accepter.
« C'est la mort seule que je veux, disaitelle avec une obstination farouche; la mort
ou la liberté. ,i
Le reste de la nuit se passa ainsi, sans
sommeil, la fidèle femme de chambre demeurant toujours aux côtés de sa maîtresse.
Pendant ce temps, rentré dans ses appartements, Bussy ne pouvait revenir de la slqpeur profonde en laquelle le plongeait l'attitude de Mme de Miramion.
&lt;( On m'avait annoncé un mouton, disait-il,
el c'est un lion que je trouve! ,i
Le lendemain matin, Mme de Miramion,
toujours jalousement armée de ses pistolets,
vit arriver, dans le réduit qu'elle occupait
avec sa femme de chambre, le courtois chevalier qui, la veille, avait par sa douceur
obtenu qu'elle voulùt bien prendre quelque
repos.
« ~f. de Bussy, mon frère, lui dit-il, à la
prière de tous ses amis, s'est résolu, Madame,
à vous mettre en liberté; il vous demande
seulement, par ma bouche, la grâce de vouloir bien l'écouter un moment. ,i
Le chevalier finissait à peine de parler que
Bussy parut, accompagné de dix à douze personnes. Tout homme d'esprit et de courage
qu'il fùt, la fière attitude de cette femme
pâle, défaite, presque défaillante, mais fière
et résolue, intimida l'homme d'épée ; il s 'arrêta sur le seuil.
&lt;( Je jure, s'écria avec force Mme de Miramion, dès qu'elle l'aperçut, je jure devant le
Dieu vivant, mon créateur el le vôtre, que je
ne vous épouserai jamais! n
L'effort qu'elle fit en prononçant ces mols
acheva de lui oter ce qui lui restait de forces;
elle tomba évanouie sur le carreau.
« Le pouls ne bat presque plus, elle va
mourir, dit en saisissant le bras de la pauvre
femme et en se penchant sur elle avec inquiétude, un médecin de ~ens, qui, par fortune,
se trouvait là. &gt;&gt;
Bussy était atterré. La peur d'une mort
dont on l'eùt accusé avec justice, les nouvelles
qui lui arrivaient à tout moment que la maréchaussée était sur pied, tout le pays en
émoi, et que plus de six cents hommes s'apprêtaient à sortir de la vfüe de Sens pour
venir assiéger lé château de Launay, achevèrent de le décider à remettre en liberté celle
que, la veille, avec quelque sans-façon et une
excessive fatuité, sûr d'avance du succès, il
appelait déjà : Mon llélène.
Les soins du docteur ayant réussi à faire
reprendre connaissance à Mme de Miramion,
Bussy s'avança vers elle :
&lt;( Si je n'eusse pas cru, Madame, lui dit-il,
s'efforçant de masquer sous une certaine fierté
de langage la pénible humiliation de son renoncement; si je n'eusse pas cru que vous
dussiez consentir à ce que je viens de faire,
je ne l'aurais jamais entrepris. Je ne suis,
croyez-le, ni de condition ni d'humeur à forcer
une femme ; aussi est-ce seulement dans la

&lt;( Le temps des minorités de nos rois donne
toujours des tendances aux jeunes. gens pour
entreprendre ce que les lois et la liberté pu-

1 . ,l(émoù·es de 1/n.~.,y, cl Jïe de Mme de Jlù-apar Choisy.

2. Remarques jOtJrnaliêres et véritables sur ce qui
s"csl passé dur:ull l'annfo 1648. Bib, N'• )ls. fr. 10.273.

111 i011 ,

croyance que vous ne seriez pas fâchée que je
vous enlevasse que je m'y suis résolu. Puisque je me suis abusé, s'il vous plaît à présent de vous retirer, vous en êtes absolument
maîtresse; je vous ferai, sur l'heure, reconduire à Sens.
- C'est la seule grâce, Monsieur, que je
sollicite de vous, répondit Mme de Miramion.
- Veuillez donc auparavant prendre quelque nourriture, dit Bussy, effrayé de la faiblesse de sa prisonnière qui, depuis près de
quarante heures, n'avait rien mangé.
- Quand les chevaux seront à mon carrosse, répliqua-t-elle d'une voix forte que
l'espérance lui avait rendue, quand les chevaux seront à mon carrosse et que moi-mème
je serai dedans, je mangerai. »
Sa volonté ayant été obéie, la pauvre
femme, prête à défaillir d'inanition, consentit
enfin à prendre deux œufs frais.
&lt;( Croyez bien, Madame, lui dit Bussy avec
un respectueux salut au moment où, les chevaux piaffant sur le pavé de la cour, le carrosse se mettait en route, croyez bien que je
ne laisserai pas de demeurer toute ma vie
rnlre très obéissant serviteur. »
Puis, ayant remis cent pistoles à la femme
de chambre pour les dépenses du voyage el
désigné trois de ses gentilshommes comme
escorte, Bussy donna l'ordre du départ, et les
mêmes ponts-levis qui, la veille, s'étaient relevés pour faire Mme de Miramion prisonnière, s'abaissèrent pour la rendre à la
liberté.
En arrivant à cent pas du faubourg de
Sens, les gens de Bussy, craignant d'être saisis
s'ils allaient plus loin, s'arrêtèrent, le cocher
et le postillon décrochèrent les chevaux, les
gentilshommes saluèrent, et tous, à grande
allure, s'éloignèrent dans la direction de
Launay.
Demeurée seule avec sa fidèle femme de
chambre dans un carrosse sans attelage ,
Mme de Miramion gagna à pied le faubourg
et le traversa; mais quand elle voulut pénétrer en ville, elle en trouva la porte fermée.
&lt;( Tout y est en armes par ordre de la
reine, lui dit-on, pour courir au secours d'une
dame qu'un grand seigneur a enlevée.
- Hélas! c'est moi &gt;l, dit Mme de Miramion, d'une voix défaillante.
Et, sentant ses forces l'abandonner de plus
en plus, maintenant qu'était apaisée la surexcitation causée par le danger immédiat et
par la nécessité de la lutte, presque expirante, la victime de cet audacieux enlèvement
demanda asile dans une hôtellerie du faubourg et se mit au lit 1 •

vm
Le vainqueur de Lens.

blique défendent &gt;J, écrivait, avec beaucoup
de bon sens, un contemporain en couchant
précisément par écrit, dans ses notes journalières, l'audacieuse tentative de Bussy'.
En effet, jamais l'ordre n'avait été aussi
troublé qu'il l'était alors et jamais gouvernement ne s'était trouvé aux prises avec des
difficultés plus grandes, tant intérieures
qu 'extérieures.
A Paris, le mécontentement allait augmentant sans cesse, et sur la frontière, partout
où ne se trouvait pas Condé, toutes nos entreprises de guerre n'étaient marquées que par
de lamentables échecs : en mai, c'était Courtrai perdu; puis le 4 août, venait encore
d'arriver la triste el toute récente nouvelle de
la prise de Furnes.
La déception et la crainte causées par ces
revers répétés se changeant en panique, à
Paris les fausses nouvelles se succédaient, de
plus en plus alarmantes : tantôt les ennemis
rôdaient vers Saint-Quentin, tantôt ils débouchaient entre La Fère et Chauny. et les Parisiens, tremblant de les voir quelque jour
apparaître d'un côté ou d'un autre devant la
capitale, faisaient, comme de coutume, retomber sur les gouvernants la responsabilité
de leurs terreurs, criant de plus belle: A bas
Mazarin!
Heureusement Condé était là; Condé que
(( son cœur héroïque forçait à se croire invincible, principalement quand son roi avait
besoin qu'il le fût:; ,, .
Or, jamais besoin n'ayant été plus grand
d'une victoire, Condé la remporta.
Le 20 août 1648, à 1~ fin de la journée, le
héros, droit sur ses étriers, du haut d'un pli
de terrain dominant au loin la monotone
plaine de Lens, considérait la fuite de l'armée
espagnole qu'il venait de mettre en pièces.
C'était une véritable déroute : le général
en chef ennemi blessé et prisonnier, tout son
canon pris avec soixante-treize drapeaux el
étendards. Nos cavaliers se partageaient la
poursuite, les uns ramenant les prisonniers
épars, d'autres recevant à quartier des bandes
entières; d'autres encore se précipitant sur
la trace de la cohue fugitive de vaincus qui
roulait en désordre vers Douai.
Splendide et glorieux spectacle ! Dans cette
plaine unie dont, jusqu'à l'horizon, le regard
pouvait embrasser et dominer les ondulations
indécises et monotones, semblables aux vagues
de la mer, Condé, l'œil souriant, contemplait
avec satisfaction son œuvre.
Le héros en était là lorsque, amené auprès
de lui par le comte de Tavannes, un courrier
yenant de Paris s'approcha et lui remit une
lettre.
Condé la prit, el, bien que ce ne fût pas
un pli officiel et qu'il ne s'agît là, il le voyait
bien, que d'affaires particulières et non de
l'intérêt du service, cependant son heureuse
fortune l'ayant mis en favorable humeur, il
n'hésita pas à briser de suite le cachet sur
lequel il avait reconnu les armes de Bussy.
D'avance il souriait d'aise : quelle victoire
amoureuse avait bien pu remporter, à Paris,
3. lime de Motlerille. )Jémoircs.

l'aventureux chef de ces chevau-légers qui, à
Lens, venaient en son absence de se courrir
de tant de gloire?
Le prince lut donc avec une curiosité amu-

modernes principes, elle n'avait ni ces fossés
ni ces remparts, ni ces bastions, ni ces demilunes qu'on ne donnait qu'aux villes frontières, mais une simple muraille crénelée,

échouer piteusement dans une entreprise
amoureuse, que le beau BussJ, l'irrésistible Bussy avait quitté ses troupes, interrompu la campagne, el laissé gagner sans

' ft TRIVMPRE Rb

Estampe publiée e11 1618, ,i l'occasio11 de la vicloire de Lens.

sée d'abord, puis avec un air de commisération un peu dépitée :
« Monseigneur, mon affaire n'a pas eu tout
le succès que je m'en étais promis; ce gentilhomme en dira le détail à Votre Altesse; cependant, je l'assurerai qu'une des choses qui
me donnent autant de chagrin de n'avoir pas
réussi, c'est d'avoir manqué par là un établissement qui m'eût mis en état de mieux
servir Votre Altesse que je ne pourrai le faire
sans lui. Quant à mon intérêt particulier,
)Ionseigneur, je m'en consolerai bientôt quand
je recevrai des marques de la continuation de
vos bonnes gràces et de votre protection. J'en
ai besoin aujourd'hui, Monseigneur, les parents de la dame me poursuivent sous son
nom; un mot de la part de Votre Altesse au
sieur Bonneau, son père, arrèlera tout. Je la
supplie t;ès humblement de me l'accorder
afin que je sois plus tôt en liberté de me
rendre auprès d'elle et d'essayer de mériter
la qualité de, etc 1•••• ,,
Toute chose autre que la fortune occupait
si peu Bussy relativement à Mme de Miramion, qu'il ignorait même qu'elle avait depuis longtemps perdu son père.
Malgré le ton dégagé de sa lettre, il ne
laissait pas d'al'Oir l'oreille un peu basse: il
venait d'apprendre les suites de son aventure
après qu'il avait été contraint, par l'énergique
attitude de Mme de Miramion, de remettre la
courageuse femme en libarté; cellfl suite
n'a mit rien de Oatteur pour lui.
Aprt•s qu'elle eut trouvé asile dans l'auberge du faubourg de Sens, le bruit de l'arrivée de la malheureuse fugitive ne tarda pas
à passer par-dessus les murailles de la Yille.
Sens n'était pas une ville fortifiée suivant les
1 . .l[hnoites de R11s.~y.

antique vestige des Lemps féodaux, flanquée
de distance en distance de tourelles qui, de
loin, donnaient à la petite cité le plus pittoresque aspect .
PréŒnu aussitôt, le frère de Mme de l\liramion, 1\1. Bonneau de Rubelles, conseiller au
Parlement, qui, accompagné de l'abbé l\larsilfy, s'était mis à la poursuite et avait pu
suivre les traces des fugitifs, fut en un instant
près de celle qui, si courageusement, venait
de se tirer elle-même d'un si pressant danger, et de tenir tête au présomptueux vainqueur de tant de batailles aussi bien que de
tant de vertus.
Généreuse et sainte femme! Accablée de
fatigue, de faim et d'émotions, le lamentable
état en lequel elle se trouvait était ce qui la
préoccupait le moins, et sa première parole,
en rel'Oyant son frère, fut po1,1r s'enquérir du
sort de sa belle-mère, si soudainement ahandonnée en pleine forêt par Bussy.
Dès qu'elle fut rassurée et qu'elle eut
appris que la vieille dame, après s'èlre péniblement dégagée des fourrés, avait pu regagner à pied le prochain village, d'où des
chevaux de labour l'avaient ramenée saine el
sauve jusqu'à l'entrée des faubourgs de Paris,
Mme de Miramion, l'àme toujours forte, mais
le corps enfin vaincu par de si longues et si
pénibles luttes, fut prise soudain d'une fièvre
ardente ; transportée par son frère à Paris
dans un brancard, avec les plus extrêmes
précautions, elle demeurait depuis ce temps
entre la vie et la mort, les médecins veillaient
à son chernl et les derniers sacrements venaient de lui être administrés!.
Et c'est pour un si glorieux exploit, pour
être l'aincu en énergie par une l'emme et
~- Choisy.

..., 383 ,...

lui par ses chevau-légers la bataille de Lens!
Outre l'occasion de gloire si sottement
perdue, il s'était mis sur les bras une affaire
qui ne laissait pas que d'être fort épineuse,
car la famille de sa victime paraissait bien
résolue à le poursuivre à outrance par les
voies légales, et le Parlement, si prompt à
embrasser avec passion la querelle des siens,
ne manquerait pas, s'il était saisi de l'affaire,
de condamner d'une façon rigoureuse celui
c1ui avait osé se rendre coupable d'une si
grave injure envers la veuve et la sœur de
deux membres de la compagnie.
Très marri et assez inquiet, Bussy, pour
passer le temps en voyant venir les événements, avait profité de son séjour à Launay
après sa belle équipée pour faire une recrue
de trente maitres, destinés à la compagnie de
chevau-légers de Condé. Cette recrue s'étant
trouvée prête à marcher le 1er septembre, il
se mit en route avec elJe pour rejoindre le
prince à l'armée de Flandre.
C'est à Calais qu'il trouva, étendu sur un
lit, Condé qui venait de se faire blesser devant
Furnes. Quelques jours auparavant, en effet, le
prince, qui avait chargé Rantzau de ce siè"'e
'
des 1enteurs de son lieutenant,
°'
mecontent
al'ait quitté le Catelet où il se trouvait pour
débarquer impromptu devant la place assiégée.
Par une pluie battante, qui transformait en
bourbier la tranchée, l'un des meilleurs officiers de l'armée, Puységur, ayant fini son
service, s'apprêtait, avec quelque satisfaction,
à rentrer à son logement pour se sécher un
peu, lorsqu'il sentit quelqu'un qui lui serrait
fortement la tête par derrière.
&lt;( Mon Dieu! laissez-moi donc, s'écria-t-il
impatienté; vous voyez bien que je suis tout
mouillé et que je n'ai guère emie de rire. »

�r--

111STO'Jt1.ll

-------------------------------------------~

Mais plus il demandait qu'on le laissât,
plus on lui serrait la tête. Faisant donc pour
s'échapper un violent effort el se retournant
brusquement, il s'apprêtait à accabler d'injures le malencontreux importun, lorsqu'avec
une stupéfaction mêlée de re~pect '3t de joie,
il reconnut en lui le prince de Condé.
• Quoi! vous ici, Monseigneur! s'écria-t-il.
- Oui, les lenteurs de ton général m'y
font accourir; il ne se presse pas assez de
prendre cette place; je viens l'aider, va le
chercher. »
Et tandis qui! Pu1ségur se hàtait vers le
logis de Rantzau, le prince, les pieds dans la
boue et le dos à la pluie, continuait, parmi
les troupiers, la visite de la tranchée.
Quand Puységur revint en courant, il
aperçut de loin un groupe d'hommes portant
un blessé : c'était le prince qui venait de
recevoir une mousquetade dans la hanche,
blessure heureusement peu dangereuse, le
coup ayant été amorti par la jaquette de
buffle qui, par un providentiel hasard, s'était
1. ANmoires de l'uy.•égur.

Puis il ajouta, riant de plus belle :
trouvée retroussée et doublée d'épaisseur sur
la hanche.
&lt;1 Allons, contez-moi le détail de votre
Dévêtu en hàte, le prince se trouva atteint aventure. l&gt;
seulement d'une très forte et très doulouRiant aussi, mais seulement du bout des
reuse contusion, pour la guérison de laquelle lèvres, Bussy, pour obtenir du prince qu'il
tous les chirurgiens de l'armée, réunis en voulût bien s'entremettre en sa faveur el
corps autour du blessé et pleins d'un zèle étouffer les suites de cette triste affaire, dut
ardent pour le salut de leur général, travail- s'exécuter et revenir sur toutes les circonslèrent en diligence, donnant sur l'endroit tances, si humiliantes, de son extraordinaire
contusionné &lt;1 quantité de coups de bistouri 1 ». équipée.
A une vanité des plus chatouilleuses, née
C'est de cette blessure, et aussi de ce traitement, que Condé se guérissait à Calais quand de ses précédents succès amoureux, Bussy
joignait un incommensurable orgueil, fondé
le 8 septembre, Bussy vint l'y retrouver.
Dès que ce Pàris ayant manqué son Hélène sur sa naissance et son nom : &lt;1 Je le cède à
entra dans la chambre du prince, celui-ci, Montmorency pour les honneurs, disait-il
dans un rire sonore qui faisait pointer en avec une fierté superbe, mais non par l'anavant, avec plus d'énergie encore que de cou- cienneté. 1,
Ce jour-là, en contant au prince la façon
tume, son nez d'aigle el mettait à découvert
les dents longues et mal plantées de son angu- piteuse dont il avait été repoussé par une
leuse mùchoire, se mit à chanter à pleine bourgeoise à qui il faisait le grand honneur
gorge ce refrain, composé jadis au sujet de de vouloir prendre de force et sa main et
ses écus, c'est la vanité du beau Bussy, bien
quelque frasque de son père :
plus
encore que son orgueil, qui eut à souf0 la folle aventure
frir.
Du prince de Condé!
(A suivre,)

CH. GAILLY DE TAURINES.
CHEFS )!ILIT.\IRES FOR\! l:'iT L.\ n : TE DU CORTi:GE DE L'El!PEREVR CHARLES·Q• l'.'.T, LORS DE ~0'1 E'\TRÉr: A 801.or::Œ, F.:'&gt;I' 1f29.
D'aprd une gravrire d11 lemps.

L'ITALIE

D'AUTREFOIS
~

A la cour de Ferrare

Clicbt Giraudoo
LE SEXTUOR. -

La liberté avait donné à ritalie qualre siècles de grandeur et de gloire. Pendant ces
quatre siècles, elle fil peu de conquêtes au
delà de ses limites naturelles; ce fut alors
cependant qu'elle assura à ses peuples le premier rang entre les nations de l'Occident.
Elle n'exerça jamais sa puissance sur les
Élals voisins de manière à mellre en danger
leur indépendance; sa division en un grand
nombre de petits États interdisait absolument
celle carrière à son ambition; mais la même
division avait multiplié ses ressources, cl
développé l'esprit et le caractère de ses peuples dans chacune de se~ petites capitales.
Les Italiens n'avaient alors pas besoin de
conquêtes pour se faire connaître comme
une grande nation. Les Allemands, les Français, les Anglais, les Espagnols avaient des
pri1ilèges municipaux, des chefs féodaux, des
monarques qu'ils croyaient devoir défendre;
les Italiens seuls avaient une patrie et le sentaient. Ils anienl les premiers étudié la
théorie des gomernements et donné aux
aulrc·s peuples des modèles d'institutions libérales. Ils avaient rendu au monde la philosophie, l' éloq uencc, la poésie, l'histoire, l'archilccture, la sculpture, la peinture, la musique. lis avaient fait faire des progrès

Tablea11 de CARU: \'AN Loo. (Musee illlf&gt;eri.Jl de l'Ermila{fe, 8ainl-l'elersto11rs:.J

\'l. -

HISTORIA, -

F:isc..jl,

rapides au commerce, à l'agriculture, à la
navigation, aux arts mécaniques. lis avaient
été les instituteurs de l'Europe ....
Mais le déclin arriva. L'Italie fut tour à
tour victime de la fausse politique de ses
chefs, de la férocité des armées mercenaires,
ravagée par la peste et par la famine pendant
trente-sept ans de guerres presque continuelles. La seconde moitié du seizième siècle
marque une époque de décadence. Les mœurs,
déjà corrompues, s'altèrent encore, et la vie
politique disparait.
Ferrare, une des capitales de cette Italie
d'autrefois, présente dans son histoire, avec
ses alternatives de splendeur el d'alfaiblissement, de victoires et de revers, comme un
résumé de l'histoire de ce pays. Elle brilla
parfois d'un éclat singulière~ent ,,if, et nul
souverain des autres petits Etals ne fut au
mème degré que tel ou tel duc d'Esle entouré de grands hommes, célébré par des
poètes illustres; mais nul aussi n'eut à soutenir plus de lutles pour défendre ses droits
et maintenir sa someraineté.
De la lignée de ces ducs de Ferrare,
Alphonse fer se détache avec un relief particulier.
A peine appelé, en 1505, à succéder au

duc Hercule ("", son père, un événement tragique avait marqué le début de son règne.
Il y a des crimes qui semblent appartenir
en propre aux familles qui, séparées de toutes
le, autres, dégagées de tous les liens sociaux,
n'ont point appris à sentir comme le commun des hommes, et ne se croient point soumises à la même morale. C'est ainsi que les
maisons souveraines, en Romagne, avaient
donné au peuple de fréquents exemples d'assassinat entre parents, d'empoisonnement, el
de tous les genres de trahison. Les familles
nobles croyaient de même faire preuve, par
la cruauté de leurs vengeances, de l'indépendance dont elles jouissaient ; et jusque dans
les villages, les chefs de parti nourrissaient
des inimitiés héréditaires qu'ils satisfaisaient
par d'atroces cruautés. De nombreuses bandes
de sicaires étaient sans cesse employées pour
attaquer ou pour défendre. Les ennemis
n'étaient point satisfaits tant qu'il restait un
seul individu, n'importe de quel sexe 011 de
quel âge, dans la maison qu'ils voulaient
détruire. Lorsque Arcimboldo, arcbe"êque de
Milan, fut nommé cardinal de Sainte-Praxède
et légat de Pérouse el d'Ombrie, il trouva
dans cette province un gentilhomme qui avait
brisé contre les murs la tête des enfants de

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 40, Julio 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>��LE

"lisEz-Moi" tt1sroR1QuE

ELISABETH DE FRANCE
FILLE Dl~ HENRI lV. ROI Dl': FRANCE, ET FEMME DE. PHILIPPE l i', ROI lJ'ESPJ\GNE
Tableau &lt;le IWBGl\S. (\!usée du Lourre.)

�., ,

LIBRAIRIE ILLUSTRÉE•

JULES

TALLAN DIER., E, DITEun.
"'

-

75, rue Dareau,

PARIS

(XIVe arrt),

3ge fascicule (5 juillet 1911).

Sommaire du

LOUIS BATIFFOL
Les sœurs de Louis XIII.
289
Une faveur royale . • ·. ·
292
'. Les années d'apprent1ss~~e- ~e Charlotte
293
Corday. • · · · · · · · ·. •
Les lndiscréti(?nS de l'H1sto1re
Morte au
service du roi. :. · ·
296
Paris au XVIII• s1ecle
hl
Mém_oires .. • • · · ·
3o1

Lours BATIFFOL.
CHAMFORT.· · ·

T. G . . . ·
DOCTEUR CABANÈS. ·
MERCIER. · · • · ·
GÉNÉRAL DE MA1&lt;1&lt;UT ·

.
. d ser de Marie-Antoinette et
½te ~~~f!-Louf:e: Jean-Étienne Despré!lux.
BOURRll::NNE. · ·
R.etour d'Italie · · · · · · · · : · · · · · ·
PAUL GAULOT. ·
. La duchesse de Berry~ fille. du Regent.
MAURICE DU~IOULIN ·
.' Les aérostiers de la. Repubhque . . . . .
DOCTEUR MAX BILLAl&lt;D L'historique des ~ams de mer · · · · ·
Co~JTE DE SÉGUR. · · · Un duel sous Louis XVI. • · ·. · ·
CH. GAILLY DE TAURINES. Une fredaine de Bussy-Babutm.

ILLUSTRATIONS
•

.

;.::::

''

LISEZ=MO~ ''

Paraissant
le 10 et le 25

ÉDITIONS JULES TALLANDIER.

SOMMAIR"a du NU,.....,
..6RO 141 du 10 juillet 1911

- - . - Bonnes petites amies. - PAUL
HENRI L/\VEOAN, de l'Académie frant1s:11e énigme. - HENJ\I DE RÉGNIER,
BOURGET, de l'Aca_dénue_ f_ranç~1s~,ON;uPILO~, Les petits villages. - EDM~ND
de l'Académie fran çaise, l\hdi. - ED I
V \NDÉREJ\l 11 - PAUL DE SAIJ',TABOUT Lachambre d'ami. - FERNAND ~Ô\ILLES' M~tin -REm:: BAZ[;-;,
VICTOR Venise. -Co,1TESSE MATHIEU DEt.. i
T11tOPtllLE. GAUTIER, Le
'
f
.
Madame Coren ,ne. C
LE
de l'Académie rançaisc,
de l'Académie française, Fl~urs .. ATOL
rose. - ANAT~LE FRANCEAIC/\RIJ de l'Académie française, ~•el et l\!er. MENDÈS, Le !ache. - JEA~ h
. 13• ligne. _ LUCIEN MUHUELO, LassoMAURICE ROLLINAT, Le
~ombard. _ JULES RENARD, l\lénage. ciée. - Guv
us. i\l,\UPA
, ' beau
, Léan dre ' comédie en un acte, en ,·ers.
Tu~ODORE
DE BANVILLE,
Le

;s\;r

J.

LISEZ-MOI BLEU
MA(;AZINE JLLUSTRÉ

des JEUNES FILLES et des JEUNES GENS
~araissal)t le I " e"'• ,,,... 15 cle cr,aque mois

"

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-MOI"

Le LISEZ

historique

HIST ORIA

.

bi-mensuel

pa.ra.i88&amp;nt le O et le ~O de oha~ue mois

__
. _ __

.

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. L'Embarquement pour Cythère.
Watteau
.
.. Le Billet doux. - Le Couché de la
Deux gravures
Mariée.
Un stylographe (corps ébonite).
La musique en famille.
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Magnifique ouvrage : Madame de Pompadour (preface de Marcelle Tinayre).
·
ITIONS cl' A.BONNEMENT

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. 20

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r.
suivant le. lieu de résidence.
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2
Paris•• • • , • · : · · · · · · .4 fr
f ·
Province et Colonies. · · · · ·
f~·.
Étranger .• • · · · · · · · • · 8

SOMMAIRE du No du
. f

Magazine illustré

- - - - - - COND

Soit pour Province
Pans. • et
· · Colomes.
· · ·. · · ·
f
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Étranger. . •
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. des erreurs, r"riere d'écrire très lisiblement toutes les indications.

{er

Juillet

Képis et cornettes. -

.

JULES LEMAITRE, de l'Aca~émte ra~ça1se.
berlé. - BRIEUX,
R
• BAZ! N de l'Acadé mie française . Les O
É
F.
E'IE
, . '
.
•
d'Hippolyte. MtL de l'Académie française. Le frem
.
COPPÉE. Paris

BL É?llüN T. Figures de ~onge. - F:A1o~lamens. - PAUL
l'été. - A:ŒRÉ TI!IEURf;f. Fleurjs d AI~RD de l'Académie
Vol L
ort de I' Aigle F.AN
'
•
o'l
• a m . ..
.
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fran çaise. La p1tie. - ADOLPHE •
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- HENRY GRÉVILLE. Les Koum1assme~GO L~ sieste. La petite âme sur un fil. - V1cToR
AU.RIOi
Le trop
•
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d
GEORGES
,.
LuDovrc HALEVY: Notrau . - ARÈNE. La cigale. - J uLEs
excellent domestique. - PAUL • .,
SANDEAU. Mademoiselle de la Setghere.

P

. .
vos fils
qui dmgez
et surve1· 11elz les lectures
.
LEde LISEZfilles mettez entre eurs mams
et e vos
' une hrase pas une ligne, pas un mot
MOJ BLEU. Pas
p
, ubliées toutes signées de
ne peut choquer. Les a~t:r~s P vec le' soin le plus scrumaîtres écrivains, sont c oisies a
puleux.
ARENT!\

d

ABONNEMENTS :

BULLETIN D'ABONNEMENT

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MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRE BI-MENSUEL
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de Louis XIII

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Copyright by Talland1er 1910.

0

Les sœurs

PLANCHE HORS TEXTE

TABl EAIJX DESSINS ET ESTAMPES DE :

D APRESBO
LES
'
B
CONSTANT BOURGEOIS, BOYER,
SIO' D
ABRAHAM
0SSE, DURAND-DUCLOS,
'
EDELI:--iC1'
( FoAUDIBRAN, BERTHAULT,
ROY DUPRÉ,
ÉL1SABET!l DE FRANCE
BRION, CHODOWIE"CKI, DA~JU,
E jAC~TTET, LEFEBVRE, MIGN.\RD, 1-'ATER, , PE
FILLE DE HENRI IV, ROI DE FRANCE, ET FDn!E DE PIIlLIPPE JV , ROI D'ESPAGNE.
RESTIER, GARNERAY, GELEE, J·RRE I U IIYACINTIIE RIGAU~J ROBIDA, ScmiETZ,
DRETTI, P. PEHBOYRE, J uTLES __ 0 v':;'DYCK VELAZQUEZ, VILLIERS JEUNE.
-SWEBACH·DESFONTAINE~,
RIERE,
A.
'
-.
, Tableau de RUBENS. (Musée du Louvre.)

2

•

COMTE FLEURY ·

12

francs par an, Paris . . . . t fr. soit
affranchissement Départements. 2 fr. soit
en plus.
Étranger. . . 5 fr. soit

60

13
14
17

fr.
fr.
fr.

centimes
le

Cascicule

L, ABONNEMENT EST REMBOURSÉ PAR DES PRIMES

Voici l'ainée, Élisabeth, celle qu'on appelait autrefois « Madame 1&gt; et qui a été mariée « Mamanga, mande-t-elle à la gouvernante,
l'atmosphère de libre et paisible gaieté qu'on
en 161;, à l'infant d'Espagne, futur Phi- j'ai reçu les Jeures que vous m'avez écrites,
y
respirait! Sa remueuse (la femme qui lorslippe IV. Comme on l'aimait, quand elle cc qui m'a bien fort réjouie de savoir des
qu'rlle était enfant balançait son berceau)
nouvelles
de
mes
sœurs
;
mais
je
vous
était petite l Comme Louis XIII, dauphin, se
lui a écrit de Saint-Germain que comme jadis
montrait pour elle gracieux, plein d'atten- prie de dire à ma sœur qu'elle m'appelle
elle confectionnait certain gâteau avec fes
comme
elle
a
coutume
et
qu'elle
ne
vive
tions et de prévenances, s'amusant à la servir
princesses ses sœurs : &lt;( Mignonnette &gt;J est
à table en gentilhomme servant, lui répétant : point avec moi en cérémonie ll. Elle pense si
prise d'un mélancolique regret : « Je vousouvent
à
la
France,
aux
coins
où
elle
a
passé
« c'est ma petite femme! » Lorsqu'il a fallu
se séparer d'elle, en 1615, et probablement les meilleures heures de son enfance, aux drois bien être petit oiseau, écrit-elle gentiment à Henriette, pour pouvoir voler là et
pour toujours, car en ce temps les visites amies qu'elle a laissées! Elle suit de loin les aider
à le faire f »
entre princes régnants sont d'une rareté telle déplacements de la cour; elle regrette de ne
Louis Xlll l'a aimée lorsqu'elle était près;
qu'on peut dire qu'elles ne se produisent plus en être. Sans doute, ce qu'elle voit auil
continue
à l'aimer de loin. Le protocole
tQur
d'elle
est
imposant
:
«
li
y
a
huit
ou
pas, le jeune roi de France en a eu le cœur
exige
qu'il
lui
parle en employant les titres
dix
jours
que
nous
sommes
à
l'Escurial,
déchiré : les adieux se sont faits avec un vénécessaires
de
c&lt;
ma sœur », quand elle est
ritable désespoir : &lt;&lt; Larmes, sanglots, dit écrit-elle à sa sœur Henriette, c'est un fort
princesse
des
Asturies,
c&lt; l\fadame ma sœur 1&gt; ,
beau
lieu
:
»
Mais
ce
n'est
plus
le
royaume
lléroard, cris mêlés avec les baisers et les
quand
elle
est
reine
régnante.
Mais, derrière
de
son
père
:
«
il
n'y
manque
que
les
prouembrassements, le roi s'en revint tout pleules formules conventionnelles et malgré la
menoirs
de
Fontainebleau!
»
&lt;(
L'on
m'a
dit,
rant; il fut depuis onze heures et demie jusqu'à deux heures après midi sans pouvoir ajoute-t-elle, que la cour a été à Saint-Ger- froideur naturelle d'un style royal peu fait
apaiser son deuil ni ses larmes! » C'est main depuis peu, je crois que vous y aurez pour les épanchements, on saisit chez le
été aussi. Je suis bien aise d'! savoir que jeune roi les témoignages de ce faible qu'il a
qu'elle était si gentille cette petite Élisaconservé pour la « Madame Il d'autrefois. Il
beth, maintenant « princesse d'Espagne »;
sait l'attachement qu'elle a pour lui ; il
vive, prompte, agile, toujours en mouven'ignore
pas qu'elle désire avec passion
ment, puis, simple, dévouée, complaisante,
«
le
voir
régner heureusement ; &gt;J il lui
de bonne humeur, empressée, sympathique
rend
sa
tendresse.
Toutes les fois que l'ocà tous! On l'appelait «Mignonnette J&gt;, &lt;( princasion
s'en
présente,
il lui envoie de ses
cesse mignonnette. » Ses lettres révèlent
nouvelles,
heureux
d'apprendre
qu'elle s'in- ·
une charmante nature. Elle est tendre et
forme
des
siennes
:
«
Le
sieur
de
Grenelle
gaie, sans prétention : «Mamanga, écrivaitm'a fort contenté, lui écrit-il, sur le récit
clle, jeune fille, à madame de Monglat, je
qu'il m'a fait du soin que Yous avez de
vous prie de me mander quand je mettrai
moi
et d'apprendre de mes nouvelles : cela
ma belle robe et quand on m'apportera ma
m'obligera
de vous en faire savoir plus sousimarre; ma sœur les appelle des chimares.
vent. &gt;J « l\fa sœur, si vous recevez du conGriffon (un chien) se recommande à vous,
tentement à voir de mes lettres, je n'en ai
et, princesse et mignonnette, je me recompas
moins à vous en faire part, cc que je
mande de tout mon cœur à vos bonnes
témoigne,
ne laissant passer aucun de ceux
l(râces et à mamie Vitry et à mamie Saintqui vont vers vous sans vous écrire. 1&gt; AmGeorges » (les filles de madame deMonglat).
bassadeurs, gentilshommes, particuliers,
Elle signe les lettres qu'elle écrit de Madrid
tous
ceux qui partent pour l'Espagne emà la gouvernante: « votre bonne amie »,;
portent
en effet une lettre du roi, destinée
elle lui dit: « Je vous assure, Mamanga,
à
renouveler
à la jeune princesse « les asque vous n'aurez jamais une plus affectionsurances de l'affection &gt;&gt; de son frère. « Je
née nmie que moi. » Quoique princesse des
vous prie de continuer à m'aimer )&gt;, lui
Asturies et, à partir de 1621, reine de Iourépète-t-il. « L'affection que je vous porte
les IP.s Espagnes, elle ne veut pas que rien
rrché &lt;1iraudon.
llE:--.RJETTE DE FRANÇE,
vous
doit tenir assurée d'être toujours présoit modifié dans ses rapports avec le petit
FEM.IIE DE CHARLES l", ROI o'A:"IGLETERRE,
sente à ma pensée. &gt;J « Vous désirez comme
groupe si cher à son cœur du Louvre ou de
TaNea11 de VAN Dvm. (Galerie royale. Dresde.) '
moi l'accroissement de notre commune affecSaint-Germain : elle reste pour lui « Mition
et bonne intelligence; » ma pensée
gnonnette » ; elle entend qu'on lui écrive
vous
passez
bien
le
temps
avec
la
jeune
reine
est
aussi
« de maintenir la bonne amitié et
sans user des formes solennelles usitées à
correspondance
qui a été el doit être entre
(Anne
d'Autriche).
Je
vous
prie
de
lui
dire
l'égard de « Sa Majesté Très Catholique » :
que je lui baise très humblement les mains. » nous. » Élisabeth est-elle r;stée quelque
Extrait d,, l'ouvrage de Loui• Ilatill'ol, Le 1·oi
Pourquoi n'y est-elle pas aussi? Pourquoi ne temps sans lui écrire? ll ne lui en veut pas :
Louis X/11 à vfogl ans, édité par Calmann-Lél'y.
peut-elle s'y transporter afin d'y retrouver &lt;C Ma sœur, je suis fort aise de savoir de vos
nouvelles et serai toujours fort content d'en
\ ' . - HISTORIA. - Fasc. ½

�- - - 1l1STOR._1.ll
apprendre de honnes C'Omme je le désire cl
!elles que vous me le mandPz : le long temps
que j'ai été ~ans recernir de ms lettres n'a
poinl diminué l'affection que je mus porte :
rien ne la peul faire changer, car je sais que
,·ous m'aimerez toujours. 1&gt; Éli,abeth, de son
côté, lui garde une anection fidèle.
EL r'c,t entre eux un échange rontinucl de
fl\moignages d'allach, mrnt. lis participenl au,
joies et aux tristesses l'un de l"autre; ils ,e
l'on l part de leurs c,pérances ou de leurs
craintes mutuelles : « )la ,œur, écrit
Louis XIII, aprt•s unl' convabC'encc du roi
d'Espagnr, Philippe Ill, votre bon naturel
me fait f~cilemrnt croire le déplaisir que
mus a1·rz eu de la maladie du roi mon beaupèrt•, l'i jugrr de la consolation que vous
recevez maintenant par sa meilleure disposition : j'ai ru parl 11 vos ennuis, je participe
à ,olrc joir ! » Apprenant qu'elle a des espérances d'être mère : 1t .le ne pomais recel'oir
nou1dll'S c1ui m'appariassent plus de conlenlement que celle de ,·otre gro,sesse. Je loue
llieu de cel11' bénédiction qu'il lui a plu de
donner à voire mariage, el le prie de touL
mon rœur qu'il la continue toujours à l'acromplissement de \'OS bons désirs. Le sieur
de Bassompierre vous fera entendre plus particulièrement la joie que j'ai reçue lorsque
j'ai appris celle nomelle. » Et un accident
Hant venu dissiper les espérances, Louis llll
emerra r,pri•s ~I. de Chaudebonne pour dire ·
11 la pauuc. « )lignonnetle » loul le chagrin
qu'il en éprome : ,, JI faut vouloir ce qu'il
plait à Dieu, écrit-il mélancoliquemcnl à sa
mère "arie de Médicis, et espérer qu'il en
arrivera mieux une autre fois 1 &gt;&gt; II disait un
jour à sa petite sœur : t1 Je sais aimer qui je
dois et ne me faut point d'autre conseil ni
d'aulrt&gt; persuasion que ma seule inclination »;
il pen~ait à elle: « L'afft'clion que vous avez
pour moi, ajoutait-il, ne peut m'ètre plus
agréable que celle que j'ai de 1·i1re » : l'expression révélait la profondeur de son sentiment. Que de fois le fidèle valet de chambre
d'l~lisahctb, Drapier, a-t-il fait le voyage de
~ladrid à Paris cl de Paris à ~Jadrid pour
porter au roi et à la princesse les lettres
qu'ils s'écril'ent ou les radeaU\ qu'ils se font
l'un 11 l'aulre ! Louis :\lll se sent d'autant
plus porté 11 mar11uer à sa sœur son affection
qu'il sait qu '&lt;•Ile n 'esl pas heureuse.
Dans cette cour d"E,pagne, en effet, solenncllr, auslt&gt;re, la petite nature primesaulièrc
d'ltlisahcth s'est trouvée à l'étroit. Les ,ieilles
duègnes, offusquées de sa vil'acité, lui ont
fait 1·ompre11dre qu'une reine d'Espagne dc1ait garder de la résene et faire preU\c de
f'roidt·ur. On ne lui a épargné aucun l'nnui.
La décision prise par Louis XIII de renvoyer
d'auprès de sa femme Anne d'Aulrid1c le
personnel de dames espagnoles, a eu son
contre-coup dans la vie d'Élisabeth. L'aml,assadeur du roi très catholique à Paris, Fernando Ciron, ;i menacé, comme représailles,
du remoi d'Espagne de tous les Français qui
poul'aient approcher de la princesse des A~turie~ ; et en elîet, peu à peu, on a écarté
d'Elisabeth CCU\ qui, dans sa langue mater-

Les sœu1t_s DË Louis X111
nellc, lui parlail'nl dP son pays. On a multiplié les tracasseries; on l'.r prhée de la disposition de ses joyau,, sous pn:texte qu'elle
rn faisait cadran à drs étrangers, - elle
:ll'ail emo)é un bijou à sa sœur Chrélienne!
- On a été jusqu'à lui interdire d"e,pédier
qui que ce Îlll hors du royaume, sans permission. Il n'a pas été jusqu'à des sous-ordres
qui en aient pris !, leur aise avec clic :
«Excusrz-moi, disait-elle un jour à Louis \Ill,
si la lettre n'est mieux écrite, et si je ne
\'Ous mande darnntage de nouvelles, car c'est
que le courrier ne veut point attendre. &gt;&gt; La
cour de France a lïmpression qutli,abetb
est maltraitée. Seulement la petite princesse
n'ose pas se plaindre; clic ne rél'èle rien de
ses souffrances dans ses lellres.
Les deux antres sœur,, Chrétimne el llenriette, Louis \111 les a près de lui.

CIIRÈTl~;:-,;•,a: OE FR.\:SCF,
FE~IME DE V1CTOR·AMÉll ►:E )". Dt:C DE SA\'OIF.

Gravure ..u

d'aprls v11 lat/eau dtt lemps.
(,\Juste de 1·ersal/les.)

PEOREnr,

)lincc, nuelle, délicatr, u'apnt « que la
prau rnr les os rl les Yeinrs dl's filt-ls 11,
Chrétienne - ou ChrisLine : elle si!!nc
« Cbrestienne Jl , - ,1 13 ans en 1G 1!) :
,·'est une enfanl; mais Plie e~I résolue, ,olontaire, pas toujours facile : t ee qu'elle ne
wut pas, il fat• L lon~tcmps le d1•ballrc avec
elle pour la décider » ; an c cela, gentille el
g-aie. Comme elle aime aus~i \lamanga, • ina
l,onnc Mam:inga », ainsi qu'1•1lc lui écrit, se
disant t&lt; sa biC'n affectionnfo amie! » l'.:t
rnmmc elle aime Louis XIII, qui l'appelle
t&lt; la pclite füdame 1&gt;, pour la distinguer
d'l:lisahelh. Aprè.s la chute de Concini cl le
départ de Marie de Médicis pour Blois, en
1617, elle est demeurér à Paris, ce que le
roi a exigé, sans doute, mais elle a pris parti
pour son frère an)c une vivacité singulière.
Marie de Médicis en a été piquée. De Illois,
sous prétexte de s'occuper de l'éducation de
sa fille, l'ancienne régente écrira à Chrétienne
des lcllrcs d,! remontrances sévl•rcs, la mori-

génant sur tout : « Je ne suis pas cont1•nll'
de ce que ,ous alll'z ~i soun'nl 11 cheval ainsi
que l'on me Ir fait C'nlendrc, lui dit-clic;
d'autant qu't"•t:mt jeune comme vous êle~, cet
exercice rnus pourroit à la longue g:iler la
taille. Prenez-y donc garde. l&gt; Lorsqu1• Chrétienne s'est mariée en 1G 1!l au prince de
Piémont, Ct'lui-ci rst wnu à Angoulème préscnler ~es hommages à sa h1•1le-mi.·rc : ~laric
d1• )lédici, lui a dil : , Yotre allt•ssr est bienvenue cl moi très conlenle dr rnus 'l'oir rt
mr tarde que je voie rntn• f1•mme ! u Elll· a
ajouté: « On me dit &lt;1u'ell!' Fait lant la suffisante que jt' ne sais si, la rnpnl. 1'11 celle
façon, je me pourrais ll'nir de lui Lailhr sur
la joue. » « c·c~L tout son désir, répond lt·
prince rn souriant, de rendre à mire Majesté
son d1•1oir, et je souhaiterais qu'elle f,H ici
pour recevoir l'honneur et le fruit de celte
correction, c~r il est vrai qu'elle fait qul'lquefoi~ bien la résolue. »
Aussi quand la mèr1• cl la fille se sont rrrnes en septembre i61 Il, à Couzièrcs, au
moment de la réconciliation de la famille,
leur rencontre a élé plutôt froide. 'fandis
que la petite llenriellc-~larie, trndre et 1:mm',
rouvrait de baisers la main de sa mère,
pleurait à chaudes larnws et tenait Marie d1•
~lédicis si étroitement &lt;'mbrassée que l'ancienne régcnl&lt;' a,·ait pl'i11t• à se dégager,
l'au tri• demeurail immobile cl muette, comme
" stupide », disait un témoin.
Au Louvn•, Chrétienne \il avec sa ~œur
llcnriette; elles demeurent toutes deux ensemble, sous la direction de madame de
~longlat. De même que pour Gaston, Louis XIII
rrgle leur e\istencc, dé!-ide de leurs déplacements. Elles fi~urent dans les cérémonil•S de
la cour, haLillét•s de l,leu. Chrétienne est
censée avoir la direction du petit monde qui
les sert, donnant les signatures néces~aires
pour la comptabililé au lrésorier général de
la mabon , ~I. François d'Argougcs, régcolant, au moins nominalement, les femmes
de chambre, valets, domesliques d&lt;' tous
genres attachés à Jeurs personnes. Elles
vi l'Cnt un peu isolées, ne se mêlant guère il
la vie 11uotidicnnc du roi leur fri•re, passant
le temps dans leur apparlemt'nt, entre autres
1, lire ,1 des livrets de Lonne al'enture », des
recueils d'histoires.
Louis Xlll veille attentivement sur clics.
Sont-elles malade~? li convoque nomhrc de
médecins afin de les entourer dl• soins. De
loin comme de près. il s'inquièl&lt;•, dt•niandc
de leurs nouvelles. Il aime beaucoup Chrétienne, la&lt;]uclle, en personne vin•, le lui
rend : « li aimoil fort Madame, écril Fontcnay-füreuil , lac1uelle a aussi toujours eu
une telle pas~ion pour lui, tiu 'ellc rH' s'en
est point démentie, quoit1u'il ~oil arril'é, ce
que n'ont pas fait ses autres sœur~. &gt;&gt; li la
verra partir al'ec regret, au moment de son
mariage avec le' prince de Piémont. « Je
v~•ux croire, que ,·ous l'aurez bien chère,
écrira-L-il de sa petite sœur au duc de
Sarnie, parce qu'elle emporte a'l'cc clic une
partie de mon tœu r.
li mandera à Chrétienne : ,1 Vos actions d'une bonne S1l'ur

m'ohligent à 1'011s aimer dal'antage, cc sera
de tout mon C'll'ur. »
Ce mariage aire le prince de Piémont a été

.-

-

Cliché GirauJon.
l'IIILI PN; ) \',

TJN:.111 J~ \"HA Z',!UEZ, p!risee d11 l'r.iJo, M.ilri.1.)

une affaire i1uc Louis \ Ill a ment"•e diligemment. li en avait l:té question déji, du temps
d'Henri IV. lien ri I\", il csl vrai, destinait à
la couronne ducal~ de Turin sa fille tlisabeth
que )laril· de ~lèdicis al'ait ensuite donnée à
l'mfant d'Espagne. La tem,ion des rapports
al'cc la Sa mie, en 1fi 17, a~anL obligé le gou\'Crnement à envisager les rno)ens de les
améliorer, on arnit rrpris le projet au nom
de Chrétienne. Lr, négociations avaient sui1i
un cours fal'orahle cl, l'll no,·emhre tlil8, le
cardinal de Sarni&lt;' 1rnail 11 Paris demander
la main dt• la princc~se. Le vendredi J l jan1ier ilil!l, les deux jeunes gens étaient
fiancés, le conlrat de mariage siané. Lr
futur, Viclor-Am1:dée de Savoie, p;incc dt•
Pi,!mont, arril'ait un mois après, le li fé1ricr;
les cérémonie, étai!'nl célébrées rapidèmcnl,
le mariage héni le 19, sans ap11arat, d:111s la
pt'lite chapelle de la tour au l,l)uvre, après
une messe basse. c·était Louis \Ill qui avait
voulu telle absence d'éclat.
l\ichclieu assure dans ses .llê111oire.~ que
Marie de Médicis ne fut p:is comultre sur rn
1111riage, et qu'elle « tint cc traitement plus
cru~l qu'aucun qu'elle citt reçu jusqu'alors ».
11 aJoutc que le mariage fut fail par Luynes
&lt;&lt; qui avoit traité sans en donnl:T aucune part
à la reine mère, espérant, par cette alliance,
se forlilicr contre elle. u llecel'anl un peu
plus tar&lt;l lc prince de Piémont ;1 Angoulême,
füric de llédicis, &lt;l'après Hichelicu, faisait
all~sion _i1 ~c manque d'égards : c Qui vit jamais, d1sa1t-elle, qu'une fille ait été mariée
sans ~a mère! On n'eût pas fait ce déplaisir
à, la m?ind~c dtmoiselle de F~ance et je
n eusse Jamais cru que vous eussiez recrrclté
la peine de me venir mir dcl'ant 11ue dci\ous
marier! » Ces as,ertions ne parai~sen t pas
eucles. Lors11ue le cardinal de Savoie vint à

Pari~ faire sa demande, le roi em•oya Cadenet
Il le Iui répétait : « ~fa sœur, vos lcllrcs
11 Blois pour prévenir sa mère dè celte dé- ne me sont pas nécessaires pour vous conmarche et obtenir d'elle l'agrément néces- sener en mon souYenir; mais elles servent
saire : Cadenet rapporta cet agrément. Lors11ue beaucoup à mon contenlement. L'affection
L: contrat fut dressé, le colonel d'Ornano se que je vous porte vous doit tenir assurée
rendit auprès de fürie de ~lédicis afin de le d'ètre toujours présente en ma pensée et que
lui soumettre et la prier d ·y apposer sa signa- vous en recevrez des preuves, s'il s'1 n préture : ~farie de ~lédicis siµna : elle pleurait, sentait occasion. » « ~la ~œur, je n'avais pas
on ne sait pas au juste, disait l'amb1ssadcur moins &lt;l'impatiente d'apprendre de \'OS nou\énitien, si c"était d'émotion ou de douleur. wlles que Yous des miennes, à ce porté
Quelque~ jours après la cérémonie, elle écri- d'amitié et d'inclination. J'allribue votre désir
,ait à Chrétienne : « \la fille, élanl mariée, aux mt:mes raisons dont je demeure si salis1·omme vous 1~11.'s, à mon entière satisfac- fait que je ne le saurais exprimer : cela ne
tion .... » 11 est dirficilc de dire 'lu'elle n'ait diminuera mon affection ou, au contraire, &lt;•n
rien su du mariage de Chrrtiennc.
l'augmentant, me donnera mille déplaisirs de
Bien qu'après la fuite de Blois, l'ancienne ne vous pouvoir témoigner, à !'haquc morégente, en étal de rébellion 11 An~oulèmc, se ment, comme je suis, 'l'éritaLlcmeot, ,·olre
trouvât dans une situation délicate, Louis XII[ bien Lon frère. 1&gt;
11c Youlut pas que sa ~œur quittàt la France
Chrétienne, non plus, ne devait pas tire
,ans aller embrasser sa 111ère: &lt;&lt; Sachant qu&lt;\ heureuse. Dès la fin de 1Gl!I, el11• écriYaiL:
l'OUS al'ez agréablP, mandait-il à )laric de « .le n·ai pas ici tous les contentements que
.\lédicis, de 1•oir ma sœur, la princesse de je pouvais espérC'r » ; cc Je me mis toujours
Piémont, je ne wux pas 11u 'die dillère dal'an- comportée avec plus de patience que personne
de ma qualité ne devoil : 1&gt; et elle demandait
&lt;&lt; quelque remède pour sa consolation. » '1allu·ureusement, à défaut des bons conseils de
ma~am_c de Saint-Georges, des 1•xemples de
Loms XII[, ou des observation~ des ambassadt'urs de France, elle allait finir par cht•rchcr
des consolations dans une voie où elle ne
pournit que se perdre. !lès 162ï, « elle commencera à donner quelques soupçons de faire
brt•chc it son honneur. 1&gt; Ses aventures seront la fdb)e de rEuropc; de tous cillés se
passeront sons le manteau nombre de récils
ou de relations cc des amours de madame
Christine, duchesse de Savoie 1&gt; : des enfants
d'llenri IV, c'était elle qui avait hérité de
l'humeur volage, légère cl ardente du père.
('lkh~ GirauJon

\"11.:TOR-Alti°:uü:

I".

.lUJ,il/e Je,\. Drt•Ri: (161f,J. (/Ji/:&gt;liotM-111e nalionJ/e.l

lagc à l'Ous aller rendre à Angoulèrue ses
lr~s humbles devoirs, auparaYant son parlement pour le Piémont. Elle a été très désireuse dt! vous voir, et moi,je suis très content
tl 1i't:llc fasse le voyage. » Le prince de Piémont devait se rendre seul à Anrroulèmc
·
0
Chrétienne allait attendre la paix entu s;
mt•re et son frère pour revoir füri,• de ~ft:dicis
à _Couzières, en même temps que le roi, on
sait dJns quelles conditions : le~ relations
man,1uait:nl de confiance entre la mère cl la
tille! Peu de jours après, la nouvelle princesse
de Piémont partait pour l'Italie.
Elle pleura beaucoup. Louis XIII cherchait
à_ la réconforter, simulant une gaieté qui dis~•pâl un peu son diagrin; il lui donnait une
f'kbl Glr.1aJon
CIIARLE~ 1 ' .
magnifique chaîne de diamants : il priait la
fille de madame de Mon°lai, madame de
Table.JI/ dt P&gt;:TER LELY. d'après \'AN Dvc~
(!;3lerie ,·oi·ale, l&gt;resJe.
S,tiot-Georges, de la sui1re: disant à relie-ci
qu'il comptait sur clic pour que la princesse
« reçût les Lons conseils qu'elle ju t'roit aux
Si elle ne devait pas être heureuse combien
occasions lui être nécessaires. ,, l" li dc,·ait
dcrnit l'être moin, rncore la troisième sœur
garder à sa sœur un souvenir fidèle.
de Louis XIll, celle llenriette-Maric, futnrt•
0

�IDSTOR,.1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___,,
,.
épouse du roi Charles [~r d'Angleterre, des- que lorsque j'apprends de vos nouvelles et
tinée à voir son mari monter sur l'échafaud, que je sais que vous vous portez bien. 11 Il la
à fuir elle-même, exilée, abandonnée, loin de tient au courant, lui envoie des gentilshommes
afin de lui conter le détail de ses exploits,
ses enfants et de Lout ce qu'elle aimait.
c&lt; lui dire les nouvelles conquêtes qu'il a
Encore plus mince, fluette et gracile que faites. &gt;J Est-il sur le point de rentrer?&lt;( Vous
Chrétienne, Henriette était, étant petite, la me verrez à Paris, lui dit-il, presque aussilôt
plus gentille des trois princesses. Priuli la que mes lettres : c'est la réponse que je ferai
trouvait charmante, gracieuse, gaie. (&lt; Je à la vôtre que j'ai été bien aise de voir et de
vous dirai sans cajolerie, écrivait Malherbe à reconnaître votre souvenir. Continuez-moi
son cousin M. du Bouillon, le 15 mars 1623, votre bonne affecLion, vous y serez incessamque c'est une des plus gentilles princesses ment obligée par la ferme résolution que j'ai
qui soit au monde et que je ne crois point de vous aimer . » Et il a hâte de la retrouver;
qu'il y .ait, non une personne de sa qualité, il la prie de venir au-devant de lui : « il faut
mais une demoiselle en France, de qui l'es- vous mettre en chemin pour me venir voir et
prit ne perdit sa cause, s'il était mis en com- vous tenir en état de partir avec ma sœur
paraison avec le sien. l&gt; Sensible, aimante, elJe (Chrélienne); je crois que vous en serez bien
souffrira plus que tous de l'éloignement de la aise : c'est pour vous ôter l'ennui que vous
reine sa inère à Blois et la retrouvera à Cou- avez d'être éloignée de moi : venez donc. l)
zières, nous l'avons dit, avec émotion. Son li l'accueille avec joie.
Le mariage d'Henriette lui a tenu à cœur
cœur était ardent. Que ne riait-on de la voir
toute enfant s'essayer à des sentiments heu- autant que celui de Chrétienne. Il avait rêvé
reusement encore peu dangereux pour elle. pour elle de hautes destinées. Puisque la
Sa 'sœur Élisabeth lui écrivait de Madrid : sœur aînée était reine d'Espagne pourquoi la
« petite Madame» n'épouserait-elle pas le fils
C( Mamanga m'a mandé toutes vos petites
amours avec le comte de Soissons; je vou- même de l'empereur germanique? li fut
drais bien les pouvoir voir. J&gt; Mamanga veil- question dr. ce projet au printemps de 162:; :
les négociations n'aboutirent pas : un autre
lait, puis Louis XIII.
Le roi l'aimait beaucoup, cetle petite sœur devait réussir qui allait mettre la princesse
délicate et frèle. Les lettres qu'il lui adresse sur le lrône d'Angleterre.
On avait parlé de cette idée dès 1619. A
sont pleines d'attentions caressantes. Il est le
grand frère soucieux. li s'informe de la santé cette date, la cour de Londres songeant à
d'Henriette. li recommande à madame de marier If' fils du roi d'Angleterre avec une
Monglat de ne pas quitter la petite princesse. inîante d'Espagne, le gouvernement de
li assure celle-ci de ce qu'il appelle « son Louis Xlll avait redouté l'éventualité possible
affection aimable J) . Partant pour une cam- d'un appui apporté par l'Espagne et l'Anglepagne dont il ignore la durée, il écrira à Hen- terre unies aux protestants français rCvoltés.
riette : « Voici un long voyage pour vous et Pour conjurer le danger, il n'était que de
qui vous durera beaucoup étant éloignée de substituer au projet d'un mariage anglo-espamoi : mais deux choses vous peuvent bien gnol celui d'un mariage franco-anglais. En
consoler : le lieu où vous êtes et l'assurance octobre 1619, Louis XIII chargeait le frère
(f_ue vous devez avoir que je ne vous aime pas de l'ambassadeur anglais à Paris, sur le point
moins pour l'absence. Si je ne vous écris pas de partir pour l'Angleterre, de dire à Lonplus souvent, je ne laisse de penser à vous el dres que si l'on sollicitait la main de sa sœur
d'être dans ce désir de vous rendre les preuves pour le prince de Galles, la demande serait
de mon affection. » Et pendant le siège de accueillie. Cette suggestion n'avait pas proMontauban : « Je ne suis point plus content duit d'effet. Quelques mois plus lard on se

décidait à envoyer Cadenet à Londres en ambassade extraordinaire, afin de reprendre la
tentative. Le second essai ne réussissait pas
mieux.
!lais l'attentioa de la cour anglaise était
attirée. L'année suivante, en 1622, de nouvelles ouvertures étaient faites. Un lord anglais, Uay, s'en allant en Angleterre, était
prié de parler à nouveau à la cour de Londres d'Henriette-Marie. Lord d'llay n'aboutissait pas. Encore en f623 le roi revenait à la
charge sans être plus heureux. En t624, il
réussissait : plus tard on attribuera le mérite
de ce succès à Richelieu!
Nul ne fut plus heureux que Louis XIII du
mariage de sa sœur. Il écrivait au prince de
Galles, la demande officielle faite : « Je vous
assure que je vous aime comme mon frère et
qu'avec ce nom je vous dédie les affections
qui le doivent accompagner. 11 Il participait à
l'élaboration des longs articles du traité de
mariage, traité compliqué, en raison de la
différence de religion. li approuvait que Marie
de Médicis chargeât le P. de Bérulle de rëdiger des instructions détaillées sur la façon
dont la future reine devait se conduire en
Angleterre. li voulut que madame de Saintfieorges accompagnàt aussi Henriette à Londres, afin de la conseiller, de la guider. Qui
eût pré\'U que cette union commencée sous
de si heureux auspices devait se terminer si
tragiquement; et lorsque madame de SaintGeorges suivait en Angleterre la petite princesse qu'elle avait élevée, se doutait-elle
qu'elle serait une des premières à recevoir le
cri de douleur de la reine débarquant en Hollande, après les catastrophes de sa famille, et
s'épanchant en une toucbante lettrr qui révélait la fine sensibilité de son àme : C( Mamie
Saint-Georges, priez Dieu pour moi, car
croyez qu'il n'y a pas une plus misérable
créature au monde que moi,. éloignée du roi
mon seigneur, de mes enfants, hors de mon
pays et sans espérance d'y retourner sans
danger, délaissée de tout le monde ! Dieu
m'assiste et les bonnes prières de mes amis
dont vous êtes du nombre! l&gt;

,

an-nees d'apprentissage

de Charlotte Corday
N'est-ce pas qu'on a quelque! peine i1 se
rcprésentrr Charlollc Corday petite fille, bien
sage sur sa grande chaise ou habillant arec
sa poupée? Son acte de tranquille héroïsme
absorbe si bien l'atlenlion que toute sa vie
semble tenir dans les dix jours qni 51.:parcnt
son départ de Caen de sa mort sur l'échafaud. Pourtant, elle aYait alors vingt-cinq ans ;
mais, de ses Yingt-cinq aJJS, 011 ne sait rien,
ou presque rien. On formerait une hibliothl•quc en rûunissanl les ouvrages &lt;1ui traitent de son stoïque forfait; et. tout c:c que,
en s'érnrtuant, les chroniqueurs et les hislo-

• M. Eugène Defrance, après de palicntes
enquètcs en Normandie, groupant cc qu'oill
recueilli it cc sujet les collections parliculières
ou les archi"es locales, nous a donné un récit
de l'enfance el de la jeunesse de Charlotte
Corday, récit d·autant plus précieux qu'il ne
1·apportc, comme on doit s'y attendre, aucun
événement notable. c·est la Yie d'une filletlc
bien portante, à demi-campagnarde, élevée
sans gàtcric, it ln d111'e, hoonètc, droite,
franche, réservée, sans passion, sans coquetterie cl sans arnnturcs.
Sm le territoire de la commune des Cham-

Louis 13ATTl'f'OL.

Une faveur royale

Messieurs ~lontgolfier, après leur superbe
découverte des aérostats, sollicitaient à Paris
un bureau de tabac pour un de leurs parents;
leur demande éprouvait mille difficultés de la
part de plusieurs personnes, et entre autres
de M. de Colonia, de qui dépendait le succès
de l'alîaire.
Lecomte d'Antraigues, ami des Montgolfier,

dit à !I. de Colonia : « Monsieur, s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils demandent, j'imprimerai ce qui s'est passé à leur égard en
Angleterre, et ce qui, grâce à vous, leur
arrive en France dans ce momeni-ci. - Et
que s'est-il passé en Angleterre? - Le voici,
écoutez : M. Étienne Montgolfier est allé en
Angleterre l'année dernière; il a été présenté
au roi, qui lui a fait un grand accueil, et l'a
invité à lui demander quelque gràce. !I. !loalgolfier répondit au lord Sidney que, étant
étranger, il ne voyait pas ce qu'il pouvait
demander. Le lord le pressa de faire une
demande quelconque. Alors !1. !lontgolfier

se rappela qu'il avait à Québec un frère
prêtre et pauvre; il dit qu'il souhaiterait
bien qu'on lui fit avoir un petit bénéfice
de cinquante guinées. Le :1ord répondit que
cette demande n'était digne ni de messieurs
Montgolfier, ni du roi, ni du ministre.
Quelque temps après, l'évêché de Québec
vint à vaquer; le lord Sidney le demanda au
roi, qui l'accorda, en ordonnant au duc de
Glocester de cesser la sollicitation qu'il faisait
pour un autre. Ce'ne fut point sans peine que
messieurs ~~ontgolfier obtinrent que cette bonté du roi n'eût de moins grands effets.» Il 1· a
loin de lit au bureau de tabac refusé en France.
CHAMFORT.

MARAT, -

Tableau de DAvm.tMuseede Versail!ts .)

riens nous ont appris de ses paisibles années,
occupe à peine quelques pages.

peaux, dans l'arrondissement d'Argcnta.n, se
trouve 1a ferme du Ronceray. C'est aujoul'-

d'hui, comme il y a cent cinquante ans, une
simple chaumière normande, construite eu
pisé avec pans de bois apparents, ne comportant qu'un rez-de-chaussée surmonté d'un
haut toit que percent trois i:,rrandes lucames
et une lourde cheminée de maçonnerie,
Charlotte naquit là le 27 juillet 1768; mais
elle y resta peu de temps et quelc1ues mois
plus lard ses parents allaient se fixer au
11w1wi1- de Col'day, autre maison paysanne.
située sur le territoire de la paroisse du
Mesnil-Imbert, et qui ne différait du Ronceray
que. par une cour plantée d'ar·bres agrémentée
d'un puits et entourée d'un mur garni de
lierre. Au ni veau de la cour, le manoir comprend une salle à manger, une laverie, une
seconde salle, un office et une cuisine oll
subsiste encore l'ancienne cheminûe supportée
par deux. colonnes de pierre. Le premier étage
se compose de deux grandes chambres dont
l'une fut celle de !!me de Corday, d'un oraratoire, et d'une troisième pièce éclairée d'une
seule fenêtre qui ouvre sur le splendide
panorama de la vallée d'Augc: c'était la
chambre de Charlotte. li y a quelque ci11quante ans, M. Vatel, l'historien passio11né de
l'héroï11e, y trouva encore le lit étroit oll clic
couchait, ainsi que ses rideaux et son couvrepieds de soie bleue; il se rendit acquéreur de
ces reliques qu'il légua plus tard au musée
de Versailles.
Quoi&lt;Jue nobles, !I. cl Mme de Corday
n'étaient pas riches; ils avaie11t deux fils et
trois filles . Le père, homme doux et grave, ne
cachait pas la modicité de ses ressources; ses
enfants connaissaient les sacrifices qu'il s'imposait et chacun d'eux s'ingéniait ll l'économie. A moins d'un quart de lieue du manoir
se_ trouvait le chàleau de Glatigny c1u'habita1ent les ainés de la famille, les CordayGlatigny. On frét1uentait joumellement d'm;e
maison tt l'autre; on s'appelait à son de
trompe et Charlotte a,,ait sa chambre il Glatigny, où toute enfant elle aimait à séjourner .
Mais la gêne croissante de ses parents J'oblirrca
il quitter le manoir ; elle fut éll\'Ovéc° il
Vicques, chez l'~bbé de Corday, son ~ncle;
elle y vécut plusieurs années . C'est là qu'elle
apprit à lire dans un exemplaire des œuvrcs
de Pierre Corneille, son grand ancêtre, exemplaire que le bon curé conservait précieusement comme un souvenir de famille et qu'il
se plut it utilisrr pour l'instruction de sa
nièce. L'abbé de Corday était un excellent
prêtre; il devait survivre longtemps à son
élève puisqu'il mourut en ·1825, curé de
Coulibœuf, où il a laissé la mémoire d'une
grande piété et d'une charité exemplaire .
Charlolte rentra chez ses parents - elle

�1f1ST0'/{1A
arnit lrt•izc ans - pour assister aux derniers
jours de s:1 mère 11ui s'éll'ignit ,:puisée par la
naissance• 11'1111 sÎ\it'·mc 1·11fant, en 1782;
,1. d1• Corda~ avait i1 &lt;·ctll' époque 1111i1t1; le
manoir cl ù:tait lo;i à Caen, dans um• 1wtile
maison de la bulle• Saint-Gilles; Sil fille ainée
décéda peu de lemps après la mt'•rc dei
famill1•, cl il dut ,c s,:par1•r des deu\ autres
fillcllcs, qui obtinrent la foreur c.l'enlrer au
rour1•nt de la Trinit,: de I' \hba1c-aux-1Jamcs,
dont 'lme de Bel111nrC' était la pri1·urc. Charlotie s'y montra hbori1•us1•, bonne, préYenantP 1·11rcrs tous c•t d'mw grande l'crmcté de
C'ara\'11.,rc; 1'111• ,c je•ta d'ahord a1ec cnlhousia~mc dans lps pratiques d'une rcli!!Ïon
1•1alh:c; puis, bientôt assagie•, t&gt;ll1• manilPsla
1111 golit sin~uliPr pour les leclnrcs lc-s plus
gra,·c,: Corn,•illc dont clic 111• ~classait point,
Plutarque, llousst•au, \'ollaire Pl Bainal
,:laient ses auteur, farnris; t•lle lisait aussi la
1ic des sainb l'l d'autres ourrages pieu, ; le
musfr CarnaYalcL conscn1• 1111 ewmplairc du
'lf//JIIS mundi, é1lition de 1627, relié de
1élin hlanc avPi; lleurons d'or aux angl,~s, qui
porte au verso du faux titre cc::. mot~ c:crits
de la main tic Charlolle :
\d1l'li• i li1r1•s. Cunla~ cl'.\rmo111
Sai11lc-Tri11ité clr Ca('n, 20 ,lt·,·,•mhrc• 1i!JO.

Peu (le jour, apr:•s ,·elle déperN• de t[lialn•
li,res, lourde pour sa maigre hour,C', c•lle
11uilla le coun•nl cl ,inl rctroun•r son prre
au manoir du Mesnil-lmherl. Là ,•lie partageait sa 1·;e Pnlrc sa petite dramhrc l'l le
thà1ea11 roisi11 de Glatign}; C'lle se proeurail
les innombrables hrochurcs politiques et les
feuilles publ:11ues aux11uclles la Hérnlution
a1ail donné naissante, cl lisait Joui, sans
c·onlrùlc l'l sans c-riti11ue; ou hi1•n, assise pri•s
de ~a li•rrètre Otrll':IIH sur les rer,.:1•rs dt• la
,allée d'Augc, clic• cousait cl trirntait des
1ètemcnts pour b pauHcs du ,illagc. Elle
resta 111 près d'un an: mais à boul de rc~snurccs, )f. de Corday dut se réfugier ch1•1,
ses parents, i1 .\rgerrlan, Charlollc rel'usti de
I') sui,rr cl Yinl demander asile à une ,il'ille
pan•nle, lime de llrcllevillc-Courille, riche cl
méfiant&lt;•, qui habitait 11 Caen un antique et
maus,adc logis de la rue Saint-Jean. (lha,·/oll&lt;' Corday el la mol'l de Mcu·al, docu111e11/.~ i11édit.1 sui· /ïzistoire de la Terreur,

lires ile:, .1rchil'es nationales, de la biblio-

tl1e1111e de la l'i/le tle Paris et nota111menl

dans son c~rcu~il lrs c'1èrcs h:ttrcs dont il ne
ioulait pa~ 1\tre séparé.
Du logis de la rue Sainl-,Jcan, Cbarlolll'
~Imc de Brette, illc, a1cc ses quarant1• mille Corda} 1it pa,scr l1•s Girondins fu~itifs: c·P,I
francs de rente, craignait toujours d'ètre la là qu'elle conçut l'effroyable proj1•t ol,sliné, ictime de 1p1el11uc cscro11ucric; aussi arcucil- mcnl rcnforrné dans ,on cœur; l' esl là que,
lait-cllc froidement C'Clle cousine inconnue l'roidPnH•nl, 1•lle en pn:para silcneicu~e111cnl
dont l'air concentré cl gran• lui faisait peur; la mise c:1 œ11vre; se procura un passe•1111rl;
mais celte prércntion se dissipa ,it1•, el disp·isa, à lïnsu de Mme de Brt•ll1•rilJ,,, son
Charlollc corn1uit l'affection de la 1icillc dame. petit hagage. Tandis qu't&gt;lle· roulait dans ,a
)1. Jl1·franc(', suirnnl l1•s souYcnirs Pl ll's jolie tète cc, l;1rouclr1•s p1•ns(:es, cll1• conlin11a
notes manuscr:lt•s dl' qucl!JUCs conlm1po- dt• Yoir le lllllndc, 11'aidcr sa pal'l'l1le à rrcl'rain~, nous fournil de prét'i1•ux détails sur la 1oir: 11 il 11c se doutait de Cl' qui l'occupait.
vie IJUC mr,wil Charlotle dans la maison de Pin~ tar,l M'ulcnwnt, 1p1and 011 _apprit les
h rue Saint-Jean : i1 1in!.(l-trois ans, dit• choses, rc· hins ,c rappc•lt'•rcrrl qn'&lt;•llc ,'{ot:ù
était lri•s grande l'l très belle; son lcirrl arait monlrc.'•e•, 11 di,crscs repris(',, plus ner1·(•11st•
une transparence (1 éblouis,anlc » ; elle rou- qu'/1 l'ordinaire: ainsi, 1ws le• !', 011 li
gissait a1ct' une l:1cililc: e~trènw; ses ycu\ juillet 17!l:i, 1%· M' rcnd1L ~1 \1•rso11 pour
étaient bi1•11 fendus el lri·s lwau,; l'c•xpres- faire ,i,i:l' ;\ s.1 parentr, ~lnw Gautil'r dt•
sion de son Yisage cl le snn de sa ,·oi, gar- \'1llcrs; die lroU1a rell1•-ci Ol'CUpl'c à 1•1·osscr
daient une doucrur inelfahlc. Elle habitait des pois en c ,mpagn;e cil' M's det1\ srr1,111tes.
rrnc chambrette sitm:c à l'c,trémité du logis; 11 Jp viens l1• dire adi,·11, fit Cliarlollc•, j'ai un
pas de parquet. un simple l'arrelage dl' bri- rnyagc i1 faire•. ,, 1-:111' 1mai,sait fort c.'·mut•.
q11t•s; pas d1• plafond, des solill's noircie~; La co111wsa1io11 continua, tri·s lianalc. Sou111.e 1as~c C'ht•minfr l'l 111w élroill' ft•nètrl' dain Charfnllt• prit une poignfo de poi, 1·11
donnant sur rrne cour obscur,•. On l'ar1•rçul co,s1•s, les froissa rageus!'ll1C'nt cl les jeta à
,ou 1cn l il l'&lt;'lle ft•ntllrt• ral1pH·r de!, (Wlils h•rre; puis 1•llr si' lc•,·a, t•mhrassa füUt• 1;audt•,sins qu'clli· appliquait sur la ,itrc. l)'ail- t:1•r à plusieurs r1•pri,cs t'ls 'i•nfuit.
l1•ur, l'!le rnpil IP mondl', car Mme de
En rentrant chcl Mme de IlrcllP1illc 1•111•
llrctte1ille M:1•vail llt',111coup, l'i fil pré-1·nl i1 lra,cr,a l'r relier d'un nwnuisin nommé
sa ,i1•1111c pan•nte d,· plusic•urs jolil'S rnlll',, Lu1wl, qui hahiLail 11• n·z-de-chausM:t'. Lu,wl
dont Charlutll' d'ailleurs prenait p&lt;·u de jouait aux carll's aie· i;a femme; dl'lt\'. l'nsouci .
fants s'amusaient dans 1111 coin de la chamEut-l'ile cl1•; t111111111·e11r ~ )f. Ü..!france hrc. Ch:1rlott1• cart's,a les petits 11'u11 air
étudie la qurslion cl conclut pnr la négalil'r: songeur; tout it coup, frappa ni 1111 grand
il n'a rencontré tp1'1111 t'Ourt 1,illcl, signt: de coup d1• poing sur la lahl1•, l'll1~ cria: ,, Xon.
Charlollc, par lequl'I clic remercie un 1)01•tc, il ne s1•ra pas dit 11u'un ~forai a r1:gné sur h
)1. Lccavalicr, q111 lui arait adress1: qucl1p1e~
France! » l•:t 1-llt• rl'gagna précipitamment ~a
vers sous le titre ,1 bien-aimée. La n:ponsc d1amhrC', laissant Lunel cl ,a femme :,.lupéde h jeune fille est tournée t•n termes polis, l'ait,.
mais très froid:,, cl bien ccr:ai111•menl lc-s
.\u jour 11u'dlc :11ail fi\l', cll1• 'I' glissa
relations entre clic el son adorateur en rt',- dclrors, le matin, portant II n carton el 1l1•s
tèrcnt là.
rrarnns, co111nrn ,i l'll1• allait dc,sinl'r da11s
Il [111t cependant mentionner le nom c1· 1111 11•, • pr,liri1·~. Sur la pork, l'llc ,it IL' pl'lil
je11np homme clc Caen, franquelin, ,pri, Loub Lurn•I.
pas,ionnémcnl épris de Charl11l11•, aurait
li Ti1•11~, diL-l'!lc 1•11 lui donnant le carton
olih'nu d'elle quclq111•, l&lt;'ltrcs 11u'il ronsenail l'l les rra~ons, rnilà pour toi; sob hicn ,age
jalou,cment. S'il l~1ut en croire La S:cot:fre, el ern hras:;e-111oi.... Tu ne me rerl'rras
Franquclin, mort t1 ·11ne maladie de poitrine plus. »
peu de temps aprè~ l'cxérntion de son
Puis die partit Loule légrre, dans la direchéroïne, fut inhumé da% le cinwtièrl' de tion du bureau des diligC'ncc., de Paris. On
\ïhra)'C: suir:111l son d11sir, on aYait placé ,a·t le reste.
ile.~ bibliotlt •,1111•.~ 1111111ici1utles de (.'111'11 el
d',1/ençon. pw· Euyène f)p(rance.)

0

T. G.

�DOCTEUR CABANÈS
~

LES JNDJSCRÉTJONS DE L'HJSTOJRB

.,,..

•
Morte au service

« Belle comme un ange, sotte comme un
panier.... Aussi dangereuse par la beauté
que peu redoutable par l'esprit. ... Petite bête,
mais de fort bon cœur... », voilà silhouettée
en quelques coups de cra1on malicieux, la
maitre~sc d'un roi, du plus grand Roi de la
chrétien lé !
Mat'tresse ! un bien gros mot appliqué à
une intrigue qui tout juste allait durer l'espace d'un caprice ....
Dans un manoir, aux tours massives b
mâchicoulis, perdu dans un nid de verdure,
au sommet d'un plateau éle\é, celle qui
devait, de par la faveur d'un prince amoureux, avoir tabouret à la Cour et porter le
titre de Duchesse, avait vécu sa première
enfance.
Proche parente de César de Grollée, baron
de Peyre et châtelain de la Baume, le hobereau avait flairé de bonne heure le parti qu'il
pourrait tirer de ce morceau de choix, mets
de haut goût, digne de figurer sur une table
royale. Certain piège à loups, qu'employaient
les vilains maris jaloux de ce temps, témoigne
des précautions prises par le baron, pour
mettre le trésor dont il avait la garde à l'abri
des surprises, et le servir intact, comme il
l'avait reçu.

Le bruit en vint aux oreilles du Roi; sa
curiosité et ses sens en furent allumés; il se
prit à dire, en souriant : « Voilà un loup qui
ne me mangera point ;;! i&gt;
Ilien résolu à ne plus « faire l'amour en
jeune homme, mais en grand Roi», il trouva
plus digne de recourir à un tiers. Le prince
de Marcillac eut la faveur insigne d'ètre l'intermédiaire choisi.
Sur quoi l'on fit une chanson, qui disait,
entre autres choses, que, pour aroir mis la
bête dans les toiles, le !loi avait fait Marcillac
son grand veneur.
Le prince avait été chargé de remellre à la
belle cc un fil de perles et une paire de boucles
d'oreilles de grand prix 1 », pour vaincre ses
dernières résistances.
A vrai dire, la victoire fut facile; la jeune
personne avait été préparée de bonne heure
au rôle qu'elle aspirait à jouer; elle n'était

L'heure était propice pour l'entrée en
scène d'une nouvelle farnrite.
Le Roi était dans un état de veuvage dont
son tempérament ne pouvait longtemps s'accommoder. Le règne de llme de Montespan
touchait à sa fin, et Louis lui rendait ses
devoirs plutôt par un restant d'habitude, que
sous l'impulsion d'un véritable amour.
Qui allait ètre la souveraine de demain?
FR,INÇOISE·.\rni.XAiS DE ROCIIECIIOUARr,
Les courtisans jasaient beaucoup d'une fille
~!ARtJUISE DE :\IONTESPAN.
d'honneur de Madame 1 , arrivée depuis peu
du fond de sa province.
Grai•11re Je l'EORE111, d"après u11 la/oleau du temps.
C'était à qui renchérirait sur les charmes
(.1/usee de Versatiles.)
de son visage, ,ur la sveltesse de sa taille;
jamais, à les entendre, on n'avait rn beauté
venue à la Cour que dans le dessein de plaire
si accomplie1•
au monarque. Sachant bien qu'elle exaspérait
l . \'oici une anecdote relati, e à \Ille de Foutangc,,
,1u'on trou,e dans ln Co1·respo11d1111ce de l!lad&lt;mte:
1 ,hant de renir ch~z moi, elle anit rè,·I! tout cc
qui den1il lui arrhcr, el un pieux capucin lui al'lit
explique son rève. Elle me l'a raconté cllc-mtlmc.
n111t de devenir maitresse du roi. llle rè1a qu'elle
cta1t montée sur une haute montagne, et qu'étant sur
la cime, elle fut éblouie par un nuage resplendissant;

du

que tout a coup L'Iie se trouva dans une ,i grande
obswrité, qu'ellt• se réveilla de frayeur. t)uand clic
fit part de ce rêve à sou confe~seur, il lui (lit: , Prcnci
garde à ,ous : cette montagne est la cour, où il vous
armera un grand éclat, cet éclat &gt;era de très peu de
durée. Si vous abandonnt•z Uicu, il 1•ous abandonnera
et vous tomberez dans d'éternelles ténèbres. »
2. ~ l'ontangc, quoique très belle, (•toit tout à fait

•

rot

son désir, en ne se livrant pas sans résistance, elle feignit d'y mettre des conditiôns.
Elle consentait à tout, mais voulait être
aimée pour elle-mème et sans partage. Celle
allusion à la maitresse en titre ne devait pas
échapper à cette dernière.
C'était montrer peu de gratitude à celle qui
lui avait mis - si l'expression est permise a le pied à l'étrier i&gt; •
Mais aussi pourquoi Mme de Montespan
avait-elle eu l'imprudence de montrer tt l'objet » à Sa ~fajesté et de lui en détailler assez
indécemment les charmes? Pourquoi l'avoir
parée de s~s propres mains, comme l'a,ait
jadis elle-même parée La Vallière? L'exemple
aurait dû lui servir de leçon.
&lt;&lt; Regardez donc, Sire, disait un jour
la Montespan au Roi, en traversant les appartements de Madame; voilà une fort belle
statue; je demandais dernièrement si clic
sortait du ciseau de Girardon et j'ai été hicn
surprise lorsqu'on m'a dit qu'elle vivait.
- cc Statue tant que vous voudret, rC'pliqua le monarque; mais ,ive Dieu! c'est
une belle créature. »
Tant que ce fut une simple inclination, la
Montespan ne fit rien pour la contrarier.
Pourquoi se serait-elle émue de cc qui devait
n'ètre qu'une simple passade?
Mais le chat gris - ainsi désignait-elle
l'intruse, - s'insinuait peu 11 peu dans les
bonnes gr.ices du Roi, qui la poursuivait de
plus en plus de ses assiduités : l'heure de la
chute était proche.

Un instant, on put espérer - ou craindre
- que la Montespan revint en gr.lce.
L'anecdote, bien que souvent contée, est de
celles qui, sous leur apparente futilité, ont
une portée plus grande qu'on ne l'imagine.
On avait organisé un bal à Villers-Cotterets. Mlle de Fontanges devait y paraître dans
tout l'éclat de sa radieuse beauté.
Il y avait très longtemps qu •elle n'avai l
dansé. Elle parut gauche, ses jambes n'arrivaient pas; eHe fihit par marcher sur sa robe
et par la déchirer.
rous~c • (Lctlre de la Palatine, ,lu lO 0&lt;:tohrc I ïl!J).
, . La Fo11ta11ge etoi.t belle d_rpuis les pied, ju,'lu'à la
tl'le; on ne pouvait ,01r rien de plus mcr1e1lleu,.
Elle avait aussi le meilleur carattère du monde. mais
pas plus d'c,prit qu'un petit chat. • Lettre de la
même. :;o octohre 17111.)
;;. Correspo11da11cr de /11 /&gt;aiflti11e
i. lli~t. amo11rc11ae de la Cour, de Ilu:,.,1-H,wor1.,.

Ne pas savoir danser était un crime de lèse~,.. ans,
majesté, aux yeux d•un )l,01• qui,• à .1,'
était le plus beau danseur des souverains de
l'Europe.
La faveur naissante de la jeune femme fut
d'autant plus compromise par cette maladresse,
que la sultane Validé - entendez Mme de
Montespan - dansa de manière ~ prouv~r
que ni ses quarante printemps, 01 ses hmt
enfants, n'avaient en rien altéré sa légèreté
et qu'elle jouissait encore de toute l'élasticité
de son j arrel 1•
L'incident n'eut pas d'autres suites.
Le monarque, de plus en plus épris, ne
tarissait pas d'éloges sur sa récente conquête : « On ne peut voir une taille mieux
prise, disait-il à ses confidents; elle a le plus
bel œil qu'on ait jamais m. Sa bouche est
petite et vermeille; son teint et sa gorge sont
admira hies; mais ce qui me charme davantage, c'est un certain air doux et modeste,
qui n'a rien de farouche ni de trop libre. 1i
Une place assiégée est bien près de tomber,
quand l'ennemi a tous les avantages.
Ce fut un jeudi :iprès midi, - conte le
cynique Bussy - que « cette place d'importance, après avoir été reconnue, fut attaquée
dans les formes. La tranchée fut ouverte; on
se saisit des dehors; et enfin, après bien des
sueurs, des fatigues et du sang répandu, le
Roi ) entra Yictorieux. On peut dire que
jamais conquête ne lui donna tant de peine ....
Il y eut hien des pleurs et des larmes versés
d'un côté, et jamais une virginité mourante
n'a poussé de plus doux soupirs ».
Mme de Montespan en pensa cre,er de dépit; mais à mesure qu'elle s'éloignait du cœur
du Roi par ses emportements, ~[lie de Fontanges
s'en rapprochait par ses complaisances t.
Elle avait eu l'adresse d'intéresser à sa
cause jusqu •au confesseur, le terrible père
La Chaize; ce qui fit dire :1 la maitresse évincée
le mot si soul'ent répété : cc ce père La Chaize
est une vraie chaise de commodité! »
Plus habile ou plus prudente se montra
Mme de Maintenon, qui songeait que ce ne
serait qu'un feu de paille, et que bientôt son
tour viendrait de dicter les ordres, au lieu de
les recevoir.
La tentative qu'elle aYait faite pour ramener
Mlle de Fontanges dans le chemin de la
vertu, lui avait d'ailleurs trop peu réussi, pour
qu'elle courût le risque d'un second ,1chec.
Mlle de Fontanges paraissait aimer véritablement le Hoi, et à Mme de Maintenon, qui
l'engageait à le quiller, elle avait répliqué
par ces mols partis ... du C(l'Ur :
&lt;&lt; Vous me parlez de quiller une passion, comme on parle de quitter un habit! 3 n
Elle aurait même, dit-on, prononcé un mot
pl us expressif.
~

Les fètes succédaient aux fêtes; l'astre
1. C/mmiques, de To11c11,nn-I.1..oi,E. t. fil.
2 . .lir111oirrs de /,a Ffl re, ch. 1x.

:;. So11re11ir~ de Mme de Cay/11;;.

naissant, loin de pàlir, brillail d'un éclat toujours plus vif.
Une circonstance, tout épisodique, allait
asseoir la fortune de celle qui, la veille encore,

)1ARIE-A:,;GÉLl&lt;,&gt;UE D'ES&lt;;ORAILLES DF. ROUSSILLE,
DU&lt;;UESSE DE Fo:-T.\Xt:Es.

Gravure Je BOYER, ;:l'après un tableau Je M1Gr;.1R1&gt;.

était la cible de tous les brocards et de tous
les lazzis.
C'était à une partie de chasse, où la Cour
avait été conviée.
La nouvelle favorite était vètue, ce jour-là,
d'un justaucorps en broderie, d'un prix considérable, et sa coiffure était faite des plus
belles plumes qu'on a,ait pu tromer.
Il semblait, tant elle avail bon air avec cc
vêtement, qu'elle ne pomail en porter qui
lui fù t plus selant.
Le soir venu, comme chacun se retirait, un
petit vent s'éleva, qui obligea Mlle de Fontanges à quitter sa capeline. Elle eut l'idée de
faire attacher sa coilfure avec un ruban dont
les nœuds retombaient sur le front : cet ajustement de tète plut si fort au Roi, qu'il la pria
de ne point se coilfor autrement de la soirée.
Le lendemain, toutes les dames de la Cour
étaient coiffées de la même façon.
La mode des « fontanges ii était née des
jeux de l'Amour et du Hasard.
Pendant la chasse, le Roi et sa mat'trcssc
s'étaient plusieurs fois isolés : la suite fit
connaitre que nos deux amoureux avaient
occupé leur temps à autre chose qu'à traiter
des affaires de l'État.

Oi•s cc JOur, Mlle de fontanges commença
à se plaindre de maux de tète et d'un mal de
cœur significatif, qui annonçaient - selon
l'expression d'un chroniqueur • - cc la fort Ton IHRn-Luu,,L, t:l11·n11it111n t. 11 f.
:,_ Con·rspo11d1111c1• dr ltager Rab11ti11, comte de

ll111sy, t. IV, p. 418-419.

mation d'une nouvelle tige de la lignée
royale. »
lin moment, on avait douté qu'elle f,it
enceinte : « Fontanges n'est point grosse
comme on l'avait cru, écrit le 28 juillet 167!1,
Mme de Montmorency à Bussy : le Roi l'aime
éperdument, ce dont ~lme de Montespan
enrage'. J&gt;
Mais bienlùt la grosse~se est confirmée.
« La nouvelle maitresse csl grosse, mande
Bussy à la Bivièrc 6; on dit que la passion du
Roi pour elle esl fort diminuée; cela ne me
surprend pas; j'ai toujours cru qu'il fallait
de l'esprit à la maitresse, pour faire durer
un amour jouissant et surtout avec un honnête homme. »
La grossesse ne se poursuivait pas sans
troubles : des hémorragies fréc1uentes épuisaient la jeune femme et l'anémiaient profondément.
Les médecins appelés restaient interdits :
leur science n'allait pas au delà de ce que
leur a,•aient enseigné llippocratc et Galien,
qui, sans doute, n'avaient pas prévu « le
cas i&gt; soumis à leur observation.
En désespoir de cause, on fit appel aux
empiriques : le prieur de Cabrières, a homme
très charitable, à recettes cl à remèdes singuliers », - ainsi nous le prl'scnte Saint~imon - « en qui M. de Loul'ois, Mme de
Montespan, ~!me de ~laintenon, tous les
ministres et le Roi lui-même avaient une
absolue confiance ii, fut prié de se rendre à
Maubuisson, pour y traiter 3llle de Fontanges
d'une grande pertr de sang.
l'ne première fois il réussit it remettre sur
pied la malade, qui se montrait, peu de
jours après, à Saint-Germain, avec toutes
les apparences d'un retour à la santé 7•
Ce rétablissement devait ètre passager. Le
mois suivant, Mlle de Fontanges reprenait le
lit et était incapable de prendre part au
voyage de Flandre qui se préparait.

+
Quelques mois plus lard, la duchesse de
Fontanges - le Roi l'avait gratifiée de cc
titre, comme il l'avait fait pour la Vallière,
lui donn,mt, en outre, une pension mensuelle
de cent mille écus - la duchesse de Fontanges accouchait.
Les couches allaient avoir les suites les plus
fàcheuses. Des pertes accompagnèrent la délivrance, etla vie de la favorite fut sérieusement
menacée.
Voyant son état s'aggraver, on lui fit entendre qu'elle de,ait quitter la Cour.
Cédant à ces instances, elle se retira à
l'abbaye de Chelles, où clic séjourna peu de
temps.
C'est en sortant de l'abbaye qu'elle fut
accueillie dans un couvent du faubourg SaintJacqucs, où les soins les plus empressés lui
furent inutilement prodigués : la duchesse
6. Correapo11da11ce de IJ11say, l. \', p. Hl. Lettre
du 1;; d11ct•mhrc 1tii!l.
7. Lettre de lluss), ~ mai 1680.

�"--------------------------------- .Mo'J{TE AU S'E'J{nC'E DU 'l{,01

111ST0']{1.ll
succombait, n'ayant pas encore 20 ans, le
28 juin 1 1G81.
L'enfanl débile qu'elle avail mis au monde
ne devail pas tarder à la suivre dans la
lombe 2 •

de me fàcher. Je vois par votre lettre que vous
avez donné Lous les ordres nécessaires puir l'ai rn
exécuter ce que je ,•ous ai ordonné. Vous n'avcl

Celle mort précipitée ne pouvait manquer
d'éveiller les soupçons: l'opinion ful générale
en faveur de l'empoisonnement.
Seule ou à peu près, Mme de Caylus s'élève
contre le sentiment presque unanime - il
f_aut bien le dire - des coolemporains.
&lt;1

.. . llyd1'opisie dans la poitrine, contenant plus de frois pintes d'eau avec beatlcoup de malières purulente.~ dans les lobes
rfroils du poumon, dont la substance était
enlièrement c01·1·ompue et gangrénée et
adhéi'ente de toutes parts. Les lobes de
l'autre côté, seulement un peu al//frés.
Le cœu1· un peu flétri, de l'eau sur la
membrane q11i l'envelo71pe en trop grande
abondance et de mauvaise odeur.
Le ventricule (eslomac) s'est trouvé fol't
S(lin et net.
Le foie d'une grandeur démesurée et sa
pai·tie droite non senlement altérée, mais
sa substance corrompue et sa couleur fort
chargée.
La raie et les reins, les intestins el le
mésentère dans une disposition naturelle,
excepté quelques glandes au côté rfroit fort
dui·es et tuméfiées.
La matrice et la vessie ll'ès saines el natm·elles.

li courut, écrit-elle, beaucoup de bruils

sur celle mort; mais je suis convaincue qu'ils
éta;cnl sans fondement, et je crois, selon que
je ['ai entendu dire à hfme de Afainlenon,
que celle fille s'est tuée, pour avoir voulu
partir de Fonlainebleau le même jour que le
Roi, quoiqu'elle fûl en travail et prêle à
accoucher. »
~fme de Sévigné allribue également la
maladie qui a em porté la duchesse de Fontanges à des suiles de couches funestes. C'esl
à la marquise qu'on prête le joli mot : cc la
duchesse est morte au service dn Roi. l&gt;
La Palatine, qui a le verbe plus rude el
qui ne ménage pas d'ordinaire se~ expressions, affirme au contraire, sans en donner
aucune preuve, du reste, que la duchesse a
succombé au poison.

« La Montespan étoit un diable incarné,
mais la Fontanges étoit bonne el simple;
toutes deux étaient fort belles. La dernière
esl morte, dit-on, parce que la première l'a
empoisonnée dans du lait; je ne sais si c'est
vmi, mais cc que je sais bien, c'est que
deux des gens de la Fontanges moururent, et
on disoit publiquement qu'ils a voient été empoisonnés•. ll

verbal de cette opération, signé de six médecins et d'un chirurgien.
D'autre part, le Dr Legué:l, après avoir
relaté cc qu'il a trouvé dans le Journal de
Uurel 6, toujours bien renseigné, reproduil
quelques fragments du rapport d'autopsie,
que nous mettons sous les Jeux de nos lecteurs, car la pièce est d'importance :

ENTREVUE SECRÈTE DE L OUIS

M DE FONTANGES.
gr~vure du Catine/ des Estampes.

AVEC

D'après

Ulle

XlV

11•

qu'à continuer ce que vous a1•ez commencé.
Demeurez tant que voire présence sera nécessaire, cl rcnez cnsu:te me rend1·e compte de toutes
choses.
fous ne me diles rien du père Bourdaloue. Sur
ce que l'on désire de faire ouvrir le corps, si on
le peut éviter, je crois que c'est le meilleur parti.
Faites un compliment de ma part aux f, ères cl
~ux sœurs, et les assurez que, dans les occasions,
1\s me trournronl toujours disposé à leur donner
des 1mrqucs de ma protection.

~
1~

-- - -

ne prouve que l'atlentat ait tté consommé.
Les dépositions de la Voisin et de sa complice, la Filaslre, ne sont pas pour modifier
notre conviction. Elles ne sont que la connrmation de la sûreté d'informations du lieutenant de police.
Le 26 juillet ·1680, la Voisin, après l'exéculion de sa mère, déposait :
&lt;t Romany ! elDerlrand (deux complices de
la Voisin) vouloient faire les marchands et
porter des étoffes et des gants chez Mme de
Fontanges, qui devoient être empoisonnés, et
elle (la ûlle Yoisin) a entrndu Uomany dire 11

---

~l:&gt; (1tdJJCr

(l IJ

n,nufl,tnf llOJ" ro:u.r.r ,i

, 1u,.//,,.1&gt;m~ u

l •

,un,l,·,-,

tu,u:,U cny,.,,uprendr

· La cause de la mol'l de la dame doit êt1·e
uniquement attribuée ù la pom·ritw·e totale
des lobes droits du poumon, qui s'est faite
en suite de l'altération et inle11t71érie chaude
et sèche de son foie qui, ayant fait une
grande quantité de sang bilieux et âcre,
lui avait causé les pertes qui ont précédé.

Ce samedi, à dix heures, quoique j'allcndissr,
il y a loogtemps, la nouvelle que vous m'avez
mandée, elle. n'a pas laissé de me surprendre el

M. Ravaisson a publié un exlrait du procès-

L L'ërudit biographe J.,. a découvert, da. s les registre~ mortuaires de Saint-Jacques du llaul-Pas l'acte
de dilcès de la duchesse. ·Cc document lève to~le iucerlilutlc relative à celle date :
« Dame llarie-Angfüque d'Eseurailles de Boussille
duchesse de Fontanges, décédée le 28 juin 1681 dan;
une cha(llbre d'une n_iaison de l'abbayo_de Port-lloyal,
sur la paroisse de Sa ,_nt-Jacqu~_s, fut prose dans la dilc
chambre el tran~j&gt;ortec tians I eglosc &lt;lu monastère oit
clic fut inhumée e_ ~!) juin? en p~ésence de Mgr A~neJu_les, duc clc Noailles, 1&gt;air de _France, premier capitamc de, gardes du corps du roi, gouverneur el lieutenant général pour Sa llaj&lt;Jsté des comtés tic
lloussillo1~, Conflans et Cerdagne, et de messire AnncJo~cph d Escora_,ll~s , f\ouss1llc-llontanges, che,·alier
seigneur mar,1111s de lluussillr, frère de la dite dame,

qui signèrent : ,bx,:-Juu;, DUC OE No.11LLES, .\XNE-Jo~El•II oi: llousstLI.E.
. 2. Cf._ clans !e /Jul/elù1 de la Société d'agricull111·e.
rnduslne, sciences et arls de la J,o:.ère, ·1809, l'article de M. Jules· Barbot, qui a !J'en voulu nous envoyer un « lire à parl » de son travail auquel nom
a1•ons fait quelques cn1pru11ts.
'
5. l.a Palatine êcril ailleurs ;
« Fouta_nge esl morte empoiso11nêe, il n'y a rien de
plus ccrlarn. Elle n'a cessé d'accuser de sa morl l.o
Montespan, qui avait, disait-elle, gagné un laquais de
F'ontangc. Cc coquin l'a empoisonnée avec du lait,
elle et (1uclquPs-u11s de ses domestiques. , - Du
14 _s~ptrmbre 1719. [Extrait de /&lt;'ragmenls de lellres
ong111ales de Aime Cltarlolle-EliML/Jelh de Bavière
{1715-1720), l. 1. p. 105-106.]

Dans une aull'e iellrc, clic rcvienlsur le mêmesujcl:
« ... Elle esl morte dans la f,irmc persuasion qu,,
la ~lonlespan l'avail fait rmpoisonnc1· avec deux de
ses femmes. On a dit publiquement qu'elles êtaienl
empoisonnées.» - Du 10 novembre 17!0.
4. Cette lettre a êlé publiée dans le Bulleti11 de la
Société d~ l'/listoirc de i"rrmce, année 1852, puis
dan~ ·J., hvrc de M. P. CtÉltEXT, Lit Police sous
Louis .\'/V.
5. Jllédecins el Empoi11011neurs au XVII• siècle.
ti. Voici ce que dit llurcl : « Le vendredi 27 juin,
Mme de Fontanges est décédée la nuit au Pori-Royal
~it o_a a fait. ouvrir son corps par ordre de Sa Ma:
Je.,/1•. On lm a trouvé un abcès dans l'e,tomac ou
plutùl un épanchement ci'eau cl les poumons Jicérès. »

Lov1s'.
Le désir exprimé par Louis XIV ne fut-il
pas obéi, ou le Roi, se ra visant au dernier
moment, revint-il sur sa première décision?
Cette dernière hypothèse est plus que probable, puisque l'ouverture du corps eut réellement lieu.

Un mémoire de La Reynie, cité par M. Clément 1, porte en marge ces mots :
Faits particuliers qui ont été pénibles à
entendre, dont il est si fâcheux de rappeler
les idées, et qu'il est plus difficile encol'e
de rapporter.
Dans ce mémoire, qui parait avoir été écrit
vers le temps où la duchesse de Fontanges
dut quitter la Cour, La fieynie, reprenant
toutes les dépositions à la charge de Mme de
Montespan, insistait particulièrement sur la
tentalive que deux ar,cusés, déguisés en colporteurs, devaient faire conlre la jeune du-

A la suite de cette autopsie, pratiquée par
le chirurgien C11EmNEAU (?), les médecins présents, DELLAY, PETIT, MOREA U, T11u11.1.1rn et
VEZON concluaient que :

San;; nous arrêter au langage grotesque de
ces médecins de ~Iolière, retenons leurs conclusions.
Ils ont constaté de l'hydropisie de la poitl'ine; or, qu'est-ce autre chose qu'un épanchement dans la plèvre, c'est-à-dire une pleurésie?
Cette pleurésie était purulente, ainsi que
les praticiens l'énoncent formellement.
Il y avait, en plus, de la pél-icarclite :
&lt;1 eau sur la membrane qui enveloppe le
cœur ».

Louis XIV en prit assez gaitbrdemcnl son
parti : la lellre qu'il écrivit, au lendemain
même de l'événement, nous le montre bien
peu touché du malheur qui vient de le frapper.
Celte lettre, écrite à M. de Noailles, autorise-t-ells toulefois les soupçons d'empoisonnement? Nous laisrnns à ceux qui nous lisent
le soin de prononcer, aprè:s avoir pris connaissance des rénexions qui suivent le document.

Le foie était augmenté de volume: c'est ce
que nous appelons, dans notre langage anatomique, le {'oie gras.
L'engorgement ganglionnaire du mésentère
est un signe de tuberculose ou de cancer;
dans le cas particulier, il s'agit manifestement de tuberculose.
Nous énoncerons pour plus de précision :
plew·o-pneumonie luberculeuse, avec épanchemenl de liquide dans le péricarde .
J)as de si,qnes co11stnlés cl'av01·tement 111
cle fau;se couclie.
Uans tout cela, rien que de très nalurcl :

- -..

LA

CHASSE ROYALE. -

pas la moindre présomption de manœuvres
criminelles.
Le soubail exprimé par Louis XIV, qu'il
ne fùt pas procédé à l'autopsie, s'explique,
corn me on l'a fait observer déjà, par la crain le
de fournir un nouvel aliment au procès
dans lequel pouvait être impliquée la Montespan.
1. La Police sous l, mi~ .\'W.
\l. &lt;.:c I\umany, ou llomani, valel it loul faire, était
un iles familiers ,le la Voisin. Il sul se rendre indis-

prnsable el la célèbre empoisonneuse dut lui prorncllre de le marier à sa lillr. Marguerite.
l\omani, on ignore pourquoi, ne fut pas jugé par la
Chamhre Arclcnte. Il resta lrois ans prisonnier à Vincennes, 1&gt;uis ,le là ful tr:,n~fï·nt dans la prison de la
citarlclle de Bcsan~on el al! acl,c par une chaine à uue

D'après une gra,•ure du Cabinet des Estampes.

chesse, au moyen d'étolfos de Lyon et de
gants de Grenoble, c1 étant presque infaillible,
disait le mémoire, qu'elle prendrait au m)ins
des gants, les dames ne mrnquant guère
à cela lorsqu'elles en trouvent de bien
faits. »
Ce passage, qu'on a évoqué, pour justirter
la thèse de l'empoisonnement, n'atteste pas
aulre chose, selon nous, qu'une tentalive
contre la duchesse de Fontanges ; mais rien

si mère que, si elle ne prenoi t pas l'étolîtl
elle ne se sauveroit pas des ganls.
'
. &lt;c. fiomany et sa mère (la femme Voisin)
d1soient entre eux que le poison feroit mourir
~~m~ de Fontanges en langueur, et que l'on
d1so1l que cc seroit de regret de la mort du
fioi. l&gt;
Quant à la Filastrc ', elle avait accusé
Mme de Montespan d'ilvoir fait empoisonner
Mlle de Fontanges, afin de reconquérir les

muraille, le 5 janvier 1683. (Nole du O' L~:Gut:.)
3. La •'ilastrc arait d'abord été femme rie chambre
d'une empoisonneuse de marque, lladelcine Gardé
fc_m_mc dr. Fra~1çoi_s Chappclain, coalrùleur général d•~
dec,mcs el tresorter des olîrandcs el aumùnes du roi.
Voici, au sujet de ces deux femmes, uuc noie de
La llcynie, publiée par le D• Lcgué, da11s son licau
hvre; Jlrdecins el lfoq1oiwnne1irs:
« ~ïl aslrc cl. Chappclain, pour laquelle Filastrc

agissait, s~nt les tlcux plus cxlraordioaircs femmes
dont. on a!l enco,·c e_nlendu J)•rlcr. li y a plusieurs
annces quelles ,ont I u~c cl I aulre clans la recherche
&lt;1~.. toules,. sorl~s de poisons cl maléfices, el il serait
d,lfocolc cl 1mag111er de plus grands crimes que Je sont
ceux &lt;lonl ce~ deux f"emmes se Jrouvent malhcui·cusemcnl chargee, .. .. »
La l'ila~tr_e fuL condamnée il èlre brûlée vive en
place tic Grnvc.

�1f1STORJJI
bonnes grâces du Roi ; mais elle se rétracta
à la question, et La Reynie, dans un mémoire

à Louvois daté du 17 avril 1681, écrit ces
lignes :
« La Filastre a parlé, sa déclaration est
d'autant plus importante que non seulement
elle décharge Mme de Montespan et la Chappelain du dessein de l'empoisonnement de
Mme de Fontanges, mais encore parce qu'elle
confirme deux autres faits .... l&gt;
Dans un autre endroit, La Reynie fait l'ob-

servation suivante, dont l'intérêt ne saurait
échapper :
« Ce que la Filastre a dit aujourd'hui,
10 aoùt (sans doute le 10 août 1681), me
paroit mériter beaucoup de réflexions et devoir servir à quelque éclaircissement touchant
Mme de Montespan.
&lt;! Il y a lieu de croire en suivant ces ouvertures, que l'on troUl'era que ce qui a été dit
son sujet e.~t un peu jactance parmi
tous ces gens-là, pour donner de la réputation

.m,·

à ce qu'ils faisoient, ou qu'il y a quelque

chose que l'on a cherché 1iéritablement.. .. u
Que peuvent laisser entendre ces derniers
mots d'allure mystérieuse, sinon qu'il y a eu,
comme nous l'avons dit plus haut, une tentative dirigée contre la maîtresse du Roi, et
plus encore contre le Roi lui-même; mais
cette tentative, - et ce sera notre conclusion
dernière, - aucun indice ne nous autorise à
dire qu'elle ait reçu même un commencement
d'exécutiou.
DOCTEUR

Mémoires

du général baron de Marbot

CABANES.

CHAPITRE XXVI (suite) .

Paris au XVllle siècle

Canne.

Elle a remplacé l'épée, qu'on ne porte plus
habituellement. On court le matin, une badine à la main; la marche en est plus leste,
et l'on ne connaît plus ces disputes et ces
querelles, si familières il y a soixante ans, et
qui faisaient couler le sang pour de simples
inattentions.
Les mœurs ont opéré ce grand changement
Lien plus que les lois. On n'aurait réussi
qu'avec peine à interdirn le port des armes :
le Parisien s'est désarmé de lui-même pour sa
commodité et par raison. Le duel était fréquent, il est devenu rare. Les lois sévères de
Louis XIV n'ont pas eu autant de force sur
les esprits que la double et paisible lumière
de la philosophie. Les Parisiens ont senti
qu'ils ne doivent pas se déchirer comme des
hèles féroces, pour une chimère qu'on appelle
point d'honneur. On se contredit, on se dispute, on y met quelquefois un peu d'aigreur;
, mais on ne croit pas qu'on doive pour cela se
couper la gorge.
Les femmes ont repris la canne qu'elles
portaient dans le onzième siècle. Elles sortent
et vont seules dans les rues et sur les boulevards, la canne à la main.
Ce n'est pas pour elles un vain ornement;
elles en ont besoin plus que les hommes, vu
la bizarrerie de leurs hauts talons qui ne les
exhaussent ·que pour leur ôter la faculté de
marcher.
La canne à bec de corbin, qui accompagnait
fidèlement la perruque à trois marteaux, disparait peu à peu, et ne se verra bientôt plus
que dans la main du contrôleur ou directeur
général des finances, qui seul est dans l'usage
d'entrer ainsi chez le roi. Nul autre n'y peut
porter la canne.
Voilà une distinction. Et pourquoi cette
canne, dans une main habile et intègre, se-

Grève. Il n'y a pas d'exécution ce jour-là :
elles y étalent tout ce qui concerne l'habillement des femmes et des enfants.
~
Les petites bourgeoises, les procureuses,
ou les femmes excessivement économes, y
Piliers des Halles.
vont acheter bonnets, robes, casaquins, draps
Sous les piliers des 1!alles subsiste encore et jusqu'à des souliers tout faits. Les moula maison où est né notre Molière, le poète chards y attendent les escrocs qui arrivent
dont nous nous glorifions. Là règne une pour y vendre des mouchoirs, des serYielles
longue file de boutiques de fripiers, qui ven- et autres effets volés. On les y pince, ainsi que
dent de vieux habits dans des magasins mal ceux qui s'avisent d'y filouter : il paraît que
éclairés, et où les taches et les couleurs dis- le lieu ne leur inspire pas de sages reflexions.
paraissen l.
On dirait que cette foire est la défroque
Quand vous ètes au grandjour, vous croyez féminine d'une province entière, ou la déavoir acheté un habit noir : il est vert ou vio- pouille d'un peuple d'Amazones. Des jupes,
let, et votre habillement est marqueté comme des bouffantes, des déshabillés sont épars, et
la peau d'un léopard.
forment des tas où l'on peut choisir. lei, c'est
Des courtauds de boutique, désœuvrés, la robe de la présidente défunte, que la provous appellent assez incivilement ; et quand cureuse achète; là, la grisette se coiffe du
l'un d'eux vous a invité, tous ces boutiquiers bonnet de la femme de chambre d'une marrecommencent sur votre route l'assommante quise. On s'habille en place publique, et bieninvitation. La femme, la fille, la servante, le tôt l'on y changera de chemise.
chien, tous vous aboient aux oreilles; c'est un
L'acheteuse ne sait et ne s'embarrasse pas
piaillement qui vous assourditjusqu'à ce que d'ou vient le corset qu'elle marchande : la
yous soyez hors des piliers.
fille innocente et pauvre, sous l'œil même de
Quelquefois ces drôles-là saisissent un sa mère, revêt celui avec lequel dansait, la
honnête homme par le bras ou par les épaules veille, une fille lubrique de l'Opéra. Tout
et le forcent d'entrer malgré l.ui; ils se font semble purifié par la vente, ou par l'invenun passe-temps de ce jeu indécent : on est taire après décès.
Comme ce sont des femmes qui vendent cl
obligé de les punir en leur appliquant quelques coups de canne afin de châtier leur inso- qui achètent, l'astuce est à peu près égale
lence; mais ils sont incorrigibles.
des deux côtés. On entend de très loin les
Vous y trouvez aussi de quoi meubler une voix aigres, fausses, discordantes, qui se démaison de la cave au grenier: lits, armoires, battent. De près, la scène est plus cm·ieuse
chaises, tables, secrétaires, etc. Cinquante encore. Quand le sexe (qui n'est pas là le
mille hommes n'ont qu'à débarquera Paris: beau sexe) contemple des ajustements fémion leur fournira, le lendemain, cinquante nins, il a dans la physionomie une expression
toute particulière.
mille couchettes.
Le soir, tout cet amas de hardes est emLes femmes de ces fripiers, ou leurs sœurs,
ou leurs tantes, ou leurs cousines, vont tous porté comme par enchantement; il ne reste
les lundis à une espèce de foire, dite du pas un mantelet, et ce magasin inépuisable
Saint-Esprit, et qui se tient à la place de · reparaîtra sans faute le lundi suivant.
rait-elle inférieure au bâton de maréchal de
füance?

MERCIER.

de mon cheval, en s'appuyant d'une main sur
mon genou, et me répétant sans cesse: « Yous
êtes mon anche tu télairc !. .. l&gt; Ce vieillard
me faisait vraiment pitié, car il allait tomber
de fatigue et ne voulait cependant pas me
quitter, lorsque, voyant un de mes chasseurs
ramenant un cheval de prise, je le fis prêter
au colonel prussien, que j'envoyai sur les
derrières, sous la conduite d'un sous-officier de confiance. Vous verrez que cet officier
ennemi ne tarda pas à me témoigner sa reconnaissanee.
Cependant, le plateau de Jauër et les rives
de la Katzbach étaient devenus subitement le
théàtre d'une sanglante bataille, car de chaque bois il sortait des troupes prussiennes.
La plaine en fut bientôt couverte. Mon régiment, dont je n'avais pu modérer l'ardente
poursuite, se trouva bientôt devant une brigade d'infanterie ennemie dont les fusils, mis
hors de service par la pluie, ne purent nous
envoyer une seule balle. J'essayai de rompre
le carré prussien; mais nos chevaux, empêtrés dans la boue jusqu'aux jarrets, ne purent avancer qu'au petit pas, et l'on sait que,
sans élan, il est à peu près impossible 1t la

J'étais placé devant mon régiment, qui,
ainsi que je l'ai déjà dit, se trouvait en tète
de la colonne, lorsque, tout à coup, j'entends
derrière moi de très grands cris : ils provenaient de l'attaque imprévue de nombreux
lanciers prussiens qui, sortant à l'improviste
du bois, s'étaient jetés sur le 24° de chasseurs
et le 11 ° de hussards, qu'ils avaient pris en
flanc et mis dans le plus grand désordre. La
charge des ennemis , étant oblique, avait
d'abord porté sur la queue de notre colonne,
puis sur le centre, et menaçait de venir frapper en tête. Mon régiment allait donc être
attaqué par le flanc droit. La situation était
d'autant plus ·critique que l'ennemi avançait
rapidement. Mais, plein de confiance dans le
courage et l'intelligence de mes cavaliers de
tous grades, je commandai un changem~nt
de front à 1li-oite au grandissime galop.
Cette manœuvre, si dangereuse devant l'ennemi, s'exécuta avec tant de vélocité et d'ordre que, en un clin d'œil, le régiment se
lrouva en ligne devant les Prussiens, et comme
ceux-ci, en marchant obliquement vers nous,
présentaient le flanc, nos escadrons profitèrent de cet avantage et pénétrèrent tous dans
les rangs ennemis, qu'ils enfoncèrent et où
ils firent un grand carnage.
En voyant le succès obtenu par mon régiment, le 24" de chasseurs, revenu de la surprise occasionnée par l'attaque de flanc qui
l'avait d'abord rompu, se rallia promptement
et repoussa la partie de la ligne ennemie qui
lui était opposée. Quant au 11 • de hussards,
entièrement composé de Hollandais, dont
!'Empereur avait cru faire des Français par
un simple décret, il fut impossible à son chef
de le ramener à la charge. ~fais nous sùmes
nous passer de l'assistance de ces mauvais
soldats, car le 23• et le 24• suffirent pour
achel'er la déroute des trois régiments prussiens qui nous al'aient attaqués.
Pendant que nos chasseurs les poursuivaient
à outrance, un vieux colonel ennemi, déjà
démonté, ayant reconnu mon grade à mes
épaulettes et craignant d'ètre achevé par
quelqu'un de mes cavaliers, vint se réfugier
G ~:N1\RAL LAURISTON.
près de moi, où, malgré l'animation du com- D'apl'èS 111te lithO!i[raphie du Cabinet des Estampes.
bat, personne n'osa plus le frapper dès que
je l'eus pris sous ma sauvegarde. Bien que
cet officier marchât à pied dans des terres cal'alerie de pénétrer dans les rangs serrés
labourées changées en boue, il suivit pendant des bataillons qui, bien composés et bien
un quart d'heure les mouvements précipités commandés, présentent bravement une haie
.., 301 ,,.

de baïonnettes. En vain nous arrivions si près
des ennemis que nous parlions avec eux et
frappions leurs fusils avec la lame de nos sabres, nous ne pûmes jamais enfoncer leurs
lignes, ce qui nous eùt été facile si le général
en chef Sébastiani n'eùt pas envoyé l'artillerie
de la brigade sur un autre point.
Notre situation et eelle de l'infanterie ennemie placée devant nous étaient vraiment
ridicules, car on se regardait dans le blanc
des yeux sans se faire le moindre mal, nos
sabres étant trop courts pour atteindre des
ennemis dont les fusils ne pouvaient partir!
Les choses étaient depuis quelque temps dans
cet état, lorsque le général Maurin, commandant une brigade voisine de la nôtre, envoya
à notre aide le 6e régiment de lanciers, dont
les longues armes, dépassant les baïonnettes
ennemies, tuèrent en un instant beaucoup de
Prussiens, ce qui permit, non seulement à
nos lanciers, mais aux chasseurs du 23• et
du 24e, de pénétrer dans le carré ennemi, où
nos cavaliers firent un affreux carnage. Pendant ce terrible combat, on entendait la voix
sonore du brave colonel Perquit, qui criait
avec un accent alsacien des plus prononcés :
« Bointez;, lanciers! bointe;:; ! 1&gt;
La victoire se déclarait ainsi en notre faveur sur cette partie du vaste champ de bataille, lorsqu'elle nous fut ravie par l'arrivée
imprévue de plus de 20,000 cavaliers prussiens, qui, après avoir écrasé la division
Roussel d'Urbal, si imprudemment envoyée
seule à plus d'une lieue en avant, venaient
attaquer la nôtre avec des forces infiniment
supérieures!
L'approche de celte énorme masse ennemie
nous fut signalée par l'arrivée du général
l~iœlmans, qui avait, ainsi que je l'ai déjà
dit, quitté momentanément sa division, pour
aller, presque seul, réclamer au général Séhastiani sa batterie d'artillerie, que ce général
en chef avait si mal ;t propos envoyée joindre
celle de Roussel d'Urbal. N'ayant pu rencontrer Sébastiani, il n'était arrivé auprès de la
première division que pour être témoin de la
prise des canons d~ Roussel d'Urbal ainsi que
des siens propres, et se trouver entraîné dans
l'affreuse déroute des escadrons .de son collègue. Nous eùmes le pressentiment de quelque malheur, en voyant accourir notre général, la figure altérée, ayant perdu son chapeau
et même sa ceinture! Aussi nousempressâmesnous d'arrêter nos soldats, occupés à sabrer
les fantassins ennemis que nous venions d'en-

�H1ST0'1(1A.

-------------------------------------------

foncer. Mais, pendant que nous nous cflor- que la descente de la côte fut un des mo•
cioos de remettre nos gens en bon ordre, menls les plus critiques de ma vie .... Le ter- après avoir subi un échec, reprennent l'ofnous fùmes totalement enveloppés par les rain, très escarpé, glissait sous les pieds de rcnsiYc, les raYaliers des diYisions Exelmans
nombreux escadrons prussiens qui poursui- nos chc1•aux, c1ui trébuchaient d'ailleurs à et Roussel d'Urbal exterminèrent !out cc
vaient jusque dans nos rangs les débris de la chaque pas sur de nombreux quartiers de &lt;1u'ils purent alleindre.
Ce retour offensif nous l'ut d'une grande
dil'ision d'Lrbal !...
roches. Enfin la mitraille que l'Omissait sur utilité, car il arrêta les cn11emis, qui n'osèl!:n un clin d'œil, le corps d'armée d1' cava- nous l'artillerie ennemie achevait de rendre
lerie de Sébasliani, fort tout au plus de 5 à notre situation horrible. J'en sorti; néan- rent ce jour-là nous suil'rc au delà de la
G,000 combattants, fut accab 1é par 20,000 ca- moins sans éprouver aucun accident person- Katzbach. Cependant le d1\,astrc de l'armée
Yaliers l'nnemis, qui, outre l'immense supé- nel, grâce au courage, à l'ardeur, ainsi qu'à française l'ut immense, car le maréchal ~lacriorité du nombre, avaient l'avantage &lt;l'être l'adresse de mon excellent cheral Lure, qui, &lt;lonald lui ayant fait le matin traverser la
presque tous des uhlans, c'est-à-dire d'èlre marchant au bord des précipices comme un rivière sur tous les ponts el les gués qui
armês de lances, tandis que nous n'avions chat sur un loit, me saul'a la Yie, non seule- cxistaiclll entre Lil'gnitz cl G,&gt;ldbcrg, c'estque quelques escadrons qui en portassent! ... ment dans celle affaire, ruais dans plusieurs à-dire sur une ligne de plus de cinq lieues,
Aussi, malgré la viYc résistance que nous autres. Je reparlerai plus tard de cet txcdlcnL et presque tous les pass~gcs ayant été momcnlanémenl interceptés par l'inondation,
cherchions à opposer, les grouprs quc nous animal.
!'armée
française se lroul'a étendue sur un
formions étaient constamment dispersés par
Les troupes d'infanterie et de carnleric long cordon, ayant les Prussiens à dos, et en
les Prussiens, qui, nous poussant san~ cesse, françaises qui l'enaienl d'être précipitées du
nous ramenèrent enfin à l'exlrémiri• de la haut du plateau de Jaücr se crurent à l'abri l'ace une ril'ièrc presque infranchis~ahle;
plaine. au point oü commence la descente de des ennemis dès qu'elles eurent franchi la aussi les scènes désastreuses dont j'al'ais ét{,
la profonde gorge au lias de laquelle coule la Kalzbach; mais les Prussiens avaient dirigé témoin sur le plateau de Jaui&gt;r ainsi qu'au
pont de Cbcmochowilz se reproduisirent-elles
rivière de la Katzl•ach !
une forte colonne Yers un pont situé au-des- sur tous les points du champ de 1,ataille !
Nous fùmes reçus sur ce point par deux sus de celui de Chemochowitz, oü elle arait
Partout la pluie paralysa le feu de notre indivisions d'infanterie fran('aisc. auprès des•
passé la Katzbacb, de sorte qu'en arri1ant fanterie el favorisa les allaques de la cal'aquelles nous espérions nous rallier; mais les sur la rive que nous avions quiLtée le malin,
fusils de nos fantassins étaient ~i mouillés nous fûmes très étonnés d'y être allaqués lcrie prussienne, quatre fois plus nombreuse
&lt;111 'ils ne pouvaient faire feu. li ne leur res- par de nombreux esradrons de uhlans. Ce- que la nôtre! ... Partout la retraite fut rendue
tait d'autre moyen de défense qu'une batterie pendant malgré la surprise, quelques rég:- lrès périlleuse par la difficulté que nos troude six canons et leurs baïooneues, qui arrê- ments, au nombre desquels le maréchal Mac- pes épromèrent à franchir la Kallbach détèrent un moment les cavaliers ennemis; donald cita le mien dans son rapport, se por- bordée. La plupart des hommes qui essayèmais les généraux prussiens ayant fait avan- tèrent sans hésiter contre les ennemis .....Je rent de rranchir celte rivière à la nage se
no) èrcnt. Le général de brigade Sibuel f uLde
cer une vingtaine de bouches à fl!u, celles
ne sais néanmoins ce qui serait advenu sans ce nombre; nous ne pûmes sauver c1ue quel&lt;les Français furent en un instant démontées, l'arrivée de la dil'ision du général Saint-Gerques pièces d'artillerie.
et leurs bataillons forent enfoncés! ... Alors, main. qui, laissée le n1atin sur la rive gauche
un hourra général lança contre nos troupes et n'ayant par conséquent pas pris part au
CHAPIT~E XXVII
les 20,000 cavaliers ennemis, qui nous reje- combat, se trouva Loule portée pour venir à
tèrent en désordre vers la Kalzbach !...
notre aide. Celte division, composée de deux Concenlralion sur Drc,J~. - f:pisod,·s. - f.rs fla,.
Celte rivière, que nous avions traversée le rrgimcnts de carabiniers, d'une brigade de
~ir,. - :'lapolt'o11 au cam1&gt; ,le l'ilnitz. - fo ,uis
('omhlé &lt;11• la,·~urs.
malin avec tant de peine, bien qu'elle soit
cuirassiers et de six pièces de l 2, allaquant
peu considérable, avait été transformée en toravec fureur les ennemis, rejeta dans la ril'ièrc
Après la malheureuse affaire de la l,alzrent impétueux par les pluies
ba~h, le maréchal Macdonald,
diluviennes 'lui n'avaient cessé de
cherchant à réunir ses troupes,
tomber pendant toute la journée.
indiqua comme points de rallieLes eaux, refluant sur les deux rim1:nt les 1illes de Uunrlau, de
ves, com,raicnt presque entièreLauban tt de Corlilz. l'ne nuit
ment les parapets du pont de Cbrdes plus obscures, des chemochowilz et empêchaient de remins défoncés, la pluie lombanl
connaître si le gué de ce nom
toujours 11 torrents, rendirent la
était encore praticable.Cependant,
marche lente et fort p{-nible;
comme c'était par ces deux pasaussi beaucoup de soldats, sursages c1uc nous étions venus le
tout des confédérés, s'égarèrent
malin, on se dirigea Yers ces
ou restèrent en arrière.
points. Le gué était inrranchissaL'armée de .\'apoléon perdit
Lle pour les fantassins : beauà la La taille de la Katzbach
coup s'y noyèrent, mais le pont
l::i,000 hommes tués ou no)és,
sauYa la grande masse.
20,ùOO pri~onnicrs el jQ pièces
Je réunis autant que possible
de canon. Cc fol une rérilable
mon régiment, que je fis marcalamité. Le mankhal Macdocher par dctni-pelotons très sernald, dont les faux calculs strarés, qui, se soutenant muluclletégiques avairnl amené telle camenL, entrèrent dans l'eau avec
tastrophe irréparable, sut, tout
assez d·ordrc et gagnèrent la
en perdant la confiance de l'arrive opposée, n'a)ant perdu que
ClicM Xeurde in frtres
mée, con•crl'er son estime par
deux hommes. Tous les autres
PRISE Dis LA REDOLTf KABRUNN. (O1':FENSE DE D.INTZIG, 181.1.)
la franchise et la lolaulé awc
régiments de cavalerie prirent la
lesquelles il convint de ses torts;
même direction, car, malgré
car
le l1•ndemain du désastre,
la confusion inséparable d'une telle re- Lous ceux qui l'avaient franchie pour venir
traite, les cavaliers comprirent qu'il fallait nous couper la retraite, &lt;:t comme il n ·) a apnt ri;uni auprès de lui Lous les généraux cl
laisser les ponts aux fantassins. J'avouerai rien d'aussi terrible 11ue les lrouprs qui, colonels, il nous dit, après nous aroirengagés à
contribuer tous 11 la conservation de l'ordre

.Mi.MOT'lfES DU GÉNÉ'J{JlL BJtl(_ON DE .MJt1(.BOT ~

que, dans les troupes et parmi les officiers,
chacun avait fait son devoir; qu'un seul
u était cause de la perte de la bataille, et que
&lt;C le coupable était lui, parce qu'en Yoyant la
« pluie, il n'aurait pas dû quiller un Lerrain
cc accidenté pour aller attaquer dans de vastes
« plaines un ennemi dont les escadrons
c1 étaient infiniment plus nombreux que les
cc ntilres, ni se meure une rivière à dos par
« un Lemps orageux ».
Cc noble al'eu dé,arma la critique, et
chacun s'efforça de contribuer au salut de
l'armée, qui battit en retraite vers l'Elbe,
par Bautzen.
Le destin semblait vouloir nous accabler;
car peu de jours après que le maréchal Oudinot eut perdu la bataille de Gross-lleeren,
Macdonald celle de la Kalzbach et Vandammc
celle de Kulm, les Frauçais éproul'èrent un
immense revers. Le maréchal Ney, qui avait
remplacé Oudinot dans le commandement
des troupes destinées à marcher sur Berlin,
n'ayant pas des forces assez considérables
pour remplir celle mission dirficile, fut bal!u
à Jutterbach par le tran~fuge Bernadolle, et
contraint d'abandonner la rive droite de
l'Elbe.
!,'Empereur revint à Dresde avec sa garde.
J.cs dil'ers corps d'armée aux ordres de ~facdonald prirent position non loin de celte
,ille, tandis que le maréchal Ney, après al'oir
refoulé les Suédois sur la rirn droite, réunissait ses troupes sur la rire gauche, à Dessau
cl à \Villemberg. Durant près de quinze
jours, de la fin de septembre au commencement d'octobre, l'armée française rcsla
presque immobile autour de Dresde. Mon r1;11imcnt était bivouaqué auprès de Ycissig, ~ur
les hauteurs de Pilnilz, qu'occupait une de
nos divisions d'infanterie, soutenue par la
cavalerie de Sébastiani el d'Exelmans.
Bien qu'il n'e,it pas été conclu d'armistice
orficiel, la lassitude des deux partis établit
entre eux une suspension d'armes de (Hil,
dont chacun profita pour se préparer à de
nouveaux el plus terribles combats.
Ce fut au camp de Pilnilz que je reçus une
lettre du colonel de cavalerie prussienne auquel j'avais prêté un cheval, après qu'il eut
été pris cl blessé par des cavaliers de mon
régiment au début de la bataille de la Katzbach. Cet officier supérieur, nommé M. de
Illaokl'nsée, ayant été délivré par les siens
lorsque la chance' tourna contre nous, n'm
était pas moins reconnaissant de ce que j'al'ais
fait pour lui, et afin de me le promcr, il
m'envop dix chasscurs et un lieutenant de
mon régiment qui, restés blessés sur le
champ de bataille, avaient été à leur tour
faits prisonniers. M. de Blankenséc les avait
fail panser, et après les avoir combl(:s de
soins pendant quinze jours, il avait obtenu
dr ses chefs l'autorisation de les faire conduire aux avant-postes français, et me les
adressait avec mille remerciements, m 'assurant qu'il me demi! la vir. Je crois qu'il
a1·ait raison, mais je n'en fus pas moins sensible à l'expression de la reconnaissance d'un
&lt;les chefs de nos ennemis.
11

11

Tandis que nous campions sur le plateau
de Pilnitz, il se passa un fait curieux dont
Loule la dhision fut témoin.
Dans un moment d'ivresse, nn brigacliC'r

GÉNÉRAL i\lono:---Dt l'ERNET.
/l'après 1~ f'Orlrait gravt! p.1r F0RE'1IER.

du 4• de chasseurs :mit manqué de rc~pcct
à rnn liculenanl, et un lancier du G•, que
son cheval mordait avec furPur, ne pouvant
lui faire lâcher prise, l'avait frappé au Yenlre
avec des ciseaux, cc c1ui al'ail amené la mort
&lt;le l'animal. Certainement ces deux hommes
méritaient d'être punis, mais seulrment par
mesure disciplinaire. Le général Exelmans
les co11da111na à 11101•/ de son autorité pril'ée, et ayant fait monter la division 1, cheval
pour assister à leur exécution, il en forma un
grand carré dont trois faces seulement é1ai1·nt
pleines, et sur la quatrième on creusa deux
trous devant lesquels on conduisit les deux
patients.
Apnt élé en course Loule la nuit, je rentrais Au camp en ce moment, et voyant ces
lugubres préparatirs,jc ne mis point en doute
que les coupalilcs n'emsent élé jugés et condamnés. Mais j'appris bientôt qu'il n'en était
rien, et, m'approchant d'un cercle formé par
J,, général Eidmans, les &lt;leux génrraux de
brigade et Lous les chers drs régiments, j'l'nlendis M. Dcwnce, colontl du i• de chasseurs, et M. Per11ui1, colonel &lt;lu G• de bnciers, supplier le général de divi~ion de
vouloir hirn faire grâce aux deux coupables .
Le général Exdrnans refusait, tout en parcourant au pas le rront des lroures pendant
qu'on implorait sa clémence.
Je n'ai jamais pu me défendre d'exprimer
mon indignation quand je vois commcllre un
acte qui me semble injuste. J'eus pcul-èlre
Lori, mais apostrophant les colonels Ocvencc
et Perquil, je leur dis qu'ils compromellaieul leur dignité en souffrant qu'on promenât dans le camp comme criminels des hommes de leurs régiments qui n'avaient pas été

jugi:~. el j'ajoutai : 11 ~'Empe~eur n'a con« cédé à personne le droit de ~1e o~ de m_orl,
cc el s'est personnellement reserre celm de
cc faire grâce. »
Le 11énéral Exelmans s'émut l'n ropnL l'effet pr~duit par ma sortie&lt; l s'écria qu'il pn1'ilo1111ail au chasseur du 4•, mais que le lancier allait être fusillé; c'est-à-dire qu'il graciait le soldat qui avait manqué à son liculenanl, el voulait faire exécuter ('C)ui &lt;1ui avait
lué un chel'al.
Pour mcllre à mort ce malheureux, on fil
demander dans chaq uc régiment deux somofficiers; mai, corn me ceux-ci n'ont pas de
mousqueton, ils durent prendre ceux de
quelques so!Jats . Dès &lt;1ue cet ordre me fut
transmis, je ne répondis pas à mon adjuclantmajor, qui me !'ompril: aussi aucun Lomme
du 27&gt;• ne se présenta pour parlitipl'r it l't•xéculion. Le général Exelmans s'en aperçut el
ne dit rien 1... Enfin une détonation rclenlil,
et Lous li&gt;s assislanls frrmisscnl d'indignation! Exelmans ordonne alors que, stlon
l'usage, on fasse défiler les troupes devant le
cadai•re. On se met en marche. Mon régiment était le second dans la colonne, et j'hésitais pour sa,oir si je demis IC' faire pa5ser
devant le corps de celle malheureuse l'ictime
de la sérérilé d'Exdmans, lor~que de grands
éclats de rire se firent entendre dans le 24° de
chasseurs, qui, marchant dc1·anl moi, citait
dt;jà arrivé sur le lieu de l'exécution. J'cn'°Pi un adjudant pour s'informer de cc qui
causait celte joie indécente en présence d'un
cadavre, et j'appris birnlôt que le mort se
portail à merveille 1
En elict, tout cc c1ui venait de se passer
n'était r1u'une parodie im-cntéc pour c·ffra,er
les soldats (jUi seraient !entés de manque~ à
la discipline; parodie qui consistait à fusiller
un homme à blonl', c'est-à-dire sans balles!
El pour &lt;1uc le secret de ce simulacre d't•xéculion fiil mieux gardé, noire thef en al'ait
chargé des sous-orficiers, aux11ucls on arnit
distribué des cartouches qui ne contenaient
11ue de la poudre! ... ~fais comme, pour rompiéter l'illusion, il fallait que les lroupes
t•issenl le cada1Te. Exelmans avait prescrit au
lancier qni dc,·ait joun ce rôle de se jcler la
face contre t1nc &lt;lès r1u'on ferait feu sur lui,
de contrefaire le mort, et de s'éloigner de
l'armée la nuit sui1·ante avec des babils de
paysan et un peu d'argent 11u'on lui aYait
remis à celle intention! Mais le soIJa1, qui
élail un Cai:con des plus madrés, aianl fort
bien compris que le général Exelmans outrepassait ~es pournirs el n ·avait pas plus le
droit de le fusiller sans jugrmcnt que de le
renvo~cr sans congé, était rtslé debout après
la détonation, et refusait de s'éloigner, à
moins qu'on ne lui délivrùt une feuille de
roule qui le garantit d'1\lre arrèlé par la "en0
darmerie!
En apprenant que c'était celle di,cussion
entre le gt:néral et le prétendu mort 114i avait
excité les éclats de rire du 2-t• de cb&lt;1sseurs
placé en lèle de la colonne, je ne Youlus pas
que mon régiment participùl ii cette comédie, qui, selon moi, était bien plus contraire

�•------------------------ .Mi.M011fES DU GÉNÉ'J{lf,L 1llrl(ON D'E .M.JflfBOT - - ,

1f1ST0'/{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - à la discipline que les fautes qu'on voulait
punir on prévenir. Je fis donc faire demitour à mes escadrons, et, prenant le trot, je
les éloignai de cette scène pénible pour les
faire rentrer au camp, où je leur fis mèttrr
pied 11 terre. Cet exemple ayant été suivi par
tous les généraux de brigade et les colonels
de la division, Exelmans resta seul avec le
prétendu mort, qui reprit tranquillement IP
chemin du bivouac, 011 dès son arrivée il sc
mit à manger la soupe avec ses camarades,
dont .ks t:clal.s de rit·c rPcommrncèrrnt de•
plus brllc !...
Pendant notre séjour sur le plateau de Pilnitz, les ennemis, surtout les Russes, reçurent de nombreux renforts, dont le principal, conduit par le général Benningsen, ne
comptait pas moins de 60,000 hommes et se
composait des co,rps de Doctoroff, de celui de
Tolstoï et de la résene du prince LabanolT.
Cette réserve venait d'au delà de Moscou et
comptait dans ses rangs une très grande
quantité de Tartares et de Baskirs, armés
seulement d'arcs et de flèches.
Je n'ai jamais compris dans quel but le
gouvernement russe amenait d'aussi loin el à
grands frais de telles masses de cavaliers
irréguliers qui, n'ayant ni sabres, ni lances,
ni aucune espèce d'armes à feu, ne pouvaient
résister à des troupes réglées et ne servaient
qu'à épuiser le pays et. à affamer les corps
réguliers, les seuls capables de rtsistcr à des
ennemis européens. Nos soldats ne furent
nullement étonnés à la vue de ces Asiatiques
à demi sauvages qu'ils surnommaient les
Amours, à cause de leurs arcs et de leurs
llèches !
Néanmoins ces nouveaux venus, qui ne
connaissaient pas enco.re les Français, avaient
été si exaltés par leurs chefs presque aussi
ignorants qu'eux, qu'ils s'attendaient à nous
voir fuir à leur approche : il leur Lardait
donc de nous joindre. Aussi, dès le jour
même de leur arrivée devant nos troupes, ils
se lancèrent en bandes innombrables sur
elles; mais ayant été reçus partout à coups
de fusil et de mousqueton, les Baskirs laissèrent un grand nombre de morts sur le terrain.
Ces pertes, loin de calmer leur frénésie,
semblèrent les animer encore davantage, car,
marchant sans ordre, et tous les passages
leur étant bons, ils voltigeaient sans cesse
autour de nous comme des essaims-de guêpes,
se glissaient partout, et il devenait fort difficile de les joindre. Mais aussi quand nos cavaliers y parvenaient, ils en faisaient d'affreux
ma~sacres, nos lances et nos sabres ayant une
immense supériorité sur leurs flèches! Toutefois, comme les attaques de ces barbares
étaient incessantes et que les Russes les faisaient soutenir par des détachements de hussards afin de profiter du désordre que les
Baskirs pourraient jeter sur quelques points
de notre ligne, !'Empereur ordonna à ses généraux de redoubler de surveillance et de
visiter souvent nos avant-postes.
Cependant, on se préparait des deux côtés
à reprendre les hostilités, qui, ainsi que je

l'ai déjà dit, n'avaient été suspendues par
aucune convention, mais seulement de fait.
Le plus grand calme régnait tians notre camp,
lorsqu'un matin où, selon mon habitude,
j'avais mis habit bas et me préparais à me
raser en plein air devant un petit miroir
cloué à un arbre, je me sens frappé sur
l'épaule!. .. Comme je me trouvais au milieu
de mon régiment, je me retournai vivement
pour savoir quelle était la, personne qui se
permettait cette familiarité à l'égard de son
colonel.. .. J'aperçus !'Empereur, qui, voulant examiner les positions voisines sans donner l'éveil aux ennemis, était venu en poste
avec un seul aide de camp. N'ayant aucun
détachement de sa garde, il s'était fait suivre
d'escadrons choisis par portions égales dans
tous les régiments de la division. Ayant pris,
sur son ordre, le commandement de l'escorte, je marchai toute la journée auprès de
lui et n'eus qu'à me louer de sa bienveillance.
Comme on se disposait à retourner à Pilnitz, nous aperçûmes un millier de Baskirs
qui accouraient vers nous de toute la vitesse
de leurs pelits chevaux tartares. L'Empereur,
qui n'avait pas encore vu des troupes de ce
genre, s'arrêta sur un monticule, en demandant qu'on tâchât de faire quelques prisonniers. J'ordonnai à cet effet à deux escadrons
de mon régiment de se cacher derrière un
bouquet de bois, tandis que le surplus continuait à marcher dans une autre direction.
Cette ruse bien connue n'aurait pas trompé
des Cosaques, mais elle réussit parfaitement
avec les Baskirs, qui n'ont pas la moindre
notion de la guerre. Ils passèrent donc auprès du bois, sans le faire visiter par tJuelques-uns des leurs, et continuaient à suivre
la colonne, lorsque tout à coup nos escadrons,
les attaquant à l'improviste, en tuent un
grand nombre et en prennent une trentaine.
Je les fis conduire auprès de !'Empereur,
qui, après les avoir examinés, manifesta
l'étonnement que lui faisait éprouver la vue
de ces piteux cavaliers, qu'on envoyait sans
autres armes qu'un arc et des flèches, combattre des guerriers européens munis de
sabres, de lances, de fusils et de pistolets! ...
Ces Tarta1·es Baskirs avaient des figures chinoises et portaient des costumes fort bizarres.
Dès que nous fûmes rentrés au camp, mes
chasseurs s'amusèrent à faire boire du vin
aux Ilaskirs, qui, charmés de cette bonne
réception, si nouvelle pour eux, se grisèrent
tous et exprimèrent leur joie par des grimaces et des gambades si extraordinaires
qu'un rire homéri11ue, auquel Napoléon prit
part, s'empara de tous les assistants 1. ..
Le 28 septembre, !'Empereur, ayant passé
la revue de notre corps d'armée, me donna
les témoignages d'une bienveillance véritablement exceptionnelle, car lui, qui n'accordait que très rarement plusieurs récompenses.
à la fois, me nomma en même temps o{fi.cie1·
de la Légion d'lwnneu1·, baron, et m'accorda une dotation! ... Il combla aussi mon
régiment de faveurs, en disant que c'était le
seul du corps de Sébastiani qui se fût main-

bien connaître ceux des autres corps que je montagnes de la Thuringe et de la Hesse, de
l'avais fait dans les campagnes précédentes, s'y couvrir de la rivière de la Saale et d'atlorsque, étant aide de camp de divers maré- tendre que les alliés vinssent l'atlafJuer à leur
chaux, j'avais dû, par position, avoir con- désavantage dan~ ces contrées difficiles, boinaissance de l'ensemble général des opéra- sées et remplies de défilés.
tions de l'armée en portant des ordres sur
L'exécution de ce plan pouvait sauver Nales diverses parties du champ de bataille. Je poléon; mais pour cela, il fallait agir prompdois donc plus que jamais circonscrire mon tement, lorsque les armées ennemies n'étaient
récit et le borner à ce qui est absolument pas encore entièrement réunies ni assez rapnécessaire pour vous donner un aperçu des prochées pour nous attaquer pendant la refaits les plus importants de la bataille de traite ; mais au moment de se déterminer à
Leipzig, dont le résultat eut une si grande abandonner une partie de ses conquêtes,
influence sur les destinées de !'Empereur, de !'Empereur ne put s'y résoudre, tant il lui
la France et de l'Europe.
paraissait pénible de laisser croire qu'il se
Le cercle de fer dans lequel les ennemis considérait comme vaincu, puisqu'il cher-

tenu en bon ordre à la Katzbach, eùt enlevé
des canons à l'ennemi, et repoussé les Prussiens partout où il les avait joints.
Le 25° de chasseurs fut redevable de cette
distinction aux éloges qu'avait faits de lui le
maréchal Macdonald, qui, lors de la déroute
de la Katzbach, avait cherché un refuge dans
les rangs de mon régiment et assisté aux
belles charges qu'il fit pour rejeter les ennemis au delà de la rivière.
La revue terminée, et les troupes ayant
repris lé chemin de leur camp, le général
Exelmans passa sur le front de mon régiment
et le complimenta à haute voix de la justice
que !'Empereur venait de rendre à sa valeur,
ét, s'adressant particulièrement à ma personne, il s'attacha à faire un éloge véritablement exagéré des qualités du colonel.
Cependant l'armée française se concentrait
aux environs de Leipzig, tandis que toutes
les forces des ennemis se dirigeaient aussi
sur cette ville, autour de laquelle leur grand
nombre leur permettait de former un cercle
immense, qui se resserra chaque jour davantage, et c1ui avait évidemment pour but d'enfermer les troupes françaises et de leur couper toute retraite.
Il y eut le 14 octobre un vif combat de
cavalerie à Wachau, entre l'avant-garde austro-russe rl la nôtre; mais, après des succès
balancés, on se rrplia de part et d'autre dans
ses positions respèctives, et l'action se ter:..
mina par ce qu'il y a de plus ridicule à la
guerre, une canonnade qui dura jusqu'à là
nuit, sans autre résultat qu'une grande perte
d'hommes.
L'Empereur, après avoir laissé à Dresde
une garnison de 25,000 hommes, commandés
par le maréchal Saint-Cyr, si: rendit à Leipzig,
où il arriva le 15 au matin.

Cette position nous aurait du moins permis de gagner du temps et peut-être de fatiguer les alliés au point de leur faire désirer
la paix. Mais la confiance que Napoléon avait
en lui, comme dans la valeur de ses troupes,
l'ayant emporté sur ces considérations, il prit
le parli d'attendre les ennemis dans les plaio,es
de Leipzig.
Cette fatale décision était it p~ine prise,
qu'une seconde lettre du roi de Wurtemberg
vint informer !'Empereur que le roi de Bavière, ayant subitement changé de parti, venait
de pactiser avec les coalisés, et que les deux
armées bavaroise et autrichienne, cantonnées
sur les Lords de !'Inn, s'étant réunies en un

CHAPITRE XXVIII
l'ia1JO!éon, sourd aux avis du roi de Wurtemberg, se
décide à combattre à Leipzig. - Combat de \\'achau. - ·Topographie de Leipzig. - Position de
nos troupes. - Surprise avortée des ~ouverains
alliés au Kclmherg. - Alternatives de la journée
du 16 octobre.

On ne connaîtra 'jamais bien l'exacte vérité
sur la bataille de Leipzig, tant à cause de
l'étendue et de la complication du terrain sur
lequel on combattit plusieurs jours, qu'en
raison du nombre immense des troupes de
différentes nations qui prirent part à cette
mémorable affaire. Ce sont principalement les
documents relatifs à l'armée française qui
manquent, parce que plusieurs commandants
de corps d'armée, de division, et une partie des
chefs d'état-major, ayant trouvé la mort sur
le champ de bataille, ou étant restés au pouvoir de l'ennemi, la plupart des rapports
n'ont jamais pu être terminés, et ceux qui
l'ont été se ressentent de la précipitation et
du désordre inévitables qui présidèrent à
leur rédaction. D'ailleurs comme à Leipzig
j'étais colonel d'un régiment encadré dans
une division dont je dus suivre tous les mou,·ements, il ne me fut pas possi6le d'aussi

BATAILLE DE LEIPZIG. -

T.ible:w de P.

PERBOYRE-

1,

se préparaient à enfermer l'armée française
n'était point encore complet autour de Leipzig,
lorsque le roi de Wurtemberg, homme d'un
caractère violent, mais plein d'honneur, crut
de son devoir de prévenir Napoléon que l'Allemagne entière allait, à l'instigation des Anglais, se soulever contre lui, et qu'il ne lui
restait plus que le temps nécessaire pour se
retirer avec les lroupes françaises derrière le
Mein, car toulcs celles de la Confédération
germanique l'abandonneraient sous peu pour
se joindre à ses ennemis. li ajouta que luimême, roi de Wurtemberg, ne pourrait s'empêcher de les imiter, car il devait enfin céder
à ses sujets qui le poussaient à suivre le torrent de l'esprit public allemand, en rompant
avec lui pour se ranger du côté des ennemis
de la France.
L'Empereur, ébranlé par l'avis du plus capable comme du plus fidèle de ses alliés, eut,
dit-on, la pensée de faire retraite vers les
V. - HisTORIA. - Fasc. 3c).

chait un refuge derrière des montagnes si
difficiles à traverser. Le trop de courage de
ce grand capitaine nous perdit; il ne considéra pas que son ârmée, très affaiblie par de
nombreuses perles, comptait dans ses rangs
beau~oup d'étrangers qui n'attendaient qu'une
o~cas10n favorable pour le trahir, et qu,'elle
se trouvait exposée à être accablée par des
forces supérieures dans les immepscs plaines
de Leipzig. Il aurait donc bi_en fait de la conduire dans les montagnrs de la Thuringe et
de la Hesse, si favorables à la défense, cl
d'annuler ainsi une parlie des forces des rois
coalisés. D'ailleurs l'approche de l'hiver et la
néce~sité d~ nourrir leurs nombremes troupes
devaient bientôt forcer les ennemis à se séparer, tandis que l'armée française, garantie
sur son front et ses flancs par l'extrême diffic~lté de venir l'attaquer dans·un pays hérissé
d obstacles naturels, aurait eu derrière elle les
fertiles vallées du Mein, du Rhin et du Necker.
.., 3o5 ,..

seul camp sous les or,lrrs du général de
Wrède, marchaient sur le Bbin; enfrn que le
Wurtemberg, hien qu'à rrgret, mais contraint par la force de celte armée, était ohlirré
d'y joindre la sienne; en conséquence, l'E~pereur devait s'attendre à ce que bientôt
100,000 hommes cerneraient Mayence et menaceraient les frontières de France.
A cette nouvelle inatlendue, Napoléon crut
devoir revenir au projet de se retirer derrière
la Saale et les montagnes de la Thurinae ·
m~is il était trop tard, puisque déjà les for~~
prmcipales des alliés étaient en présence de
l'armée française et trop rapprochées d'elle
pour qu'il fût possible de la mettre en retraite sans qu'elle fùt attaquée pendant ce
mouvement difficile. L'Empercur se détermina donc à comballrc !... Cc fut un «rand
malheur, car l'effectif des troupes fran~aiscs
ou alliées de la France que Napoléon avait
réunies autour de Leipzig ne s'élevait qu'à
20

�'?-

111ST0'/(1.Jl

157,000 hommes, dont seulement 29,000 de
cavalerie, tandis que le prince de Schwarzenberg, généralissime des ennemis, disposait
de 350,000 combattants, dont 51,000 de
cavalerie!. ..
Cette armée immen~e se composait de
Busses, Autrichiens, Prm:siens cl Suédois,
que l'ex-maréchal français Bernadolle conduisait contre ses compatriotes, contre ses
miciens frères d'armes! Le nombre total des
comùaltants des deux partis s'élevait à
507,000 hommes, sans compter les troupes
laissées dans les places fortes.
La ville de Leipzig, l'une des plus commerçantes et des plus riches de l'Allemagne,
est placée vers le milieu de la vaste plaine
qui s'étend depuis !'Elbe jusqu'aux montagnes du Harz, de la Thuringe et de la Ilobôme.
La situation de celte contrée l'a presque toujours rendue le théâtre principal des guerres
qui ont ensanglanté la Germanie. La petite
rivière de !'Elster, qu'on pourrait nommer
un ruisseau, tant elle est peu large et peu
profonde, coule du sud au nord jusqu'à
Leipzig, dans une vallée peu encaissée, au
milieu de prairies humides. Cc cours d'eau
se divise en un grand nombre de bras, qui
opposent un véritable obstacle aux opérations
ordinaires de la guerre et nécessitent une
infinité de ponts pour mettre en communication les villages qui bordent la vallée.
La Pleisse, autre ruisseau de la mème nature, mais encore plus faible que l'Elsler,
coule à une lieue et demie de celui-ci, auquel
elle se joint sous les murs de Leipzig.
Au nord de la ville vient se jeter la Partha, faible ruisseau qui serpente dans un
vallon étroit et présente à chaque pas des
gués ou de petits ponts à traverser.
Leipzig, se trouvant au confluent de ces
trois ruisseaux et presque en lourée vers le
nord et l'ouest par fours bras multipliés,
est ainsi la clef du terrain occupé par leurs
rives.
La ville, peu considérahle, était à celte époque environnée par une vieille muraille,
percée par quatre grandes portes et trois
petites. La route de Lulzen par Lindenau et
Markranstadt était la seule par laquelle
l'armée française pût encore communiquer
librement avec ses derrières.
C'est dans la partie du terrain situé entre
la Pleisse et la Parlha que se livra le plus
fort de la bataille. On y remarque le Kelmberg, qui est un mamelon isolé, suri:iommé
la redoute suédoise, parce que, dans la guerre
de Trente ans, Gustave-Adolphe avait établi
ciuelques fortifications sur ce point, qui domine au loin toute la contrée.
La bataille de Leipzig, commencée le 16 octobre i81;j, dura trois jours; mais l'engagement du 17 fut infiniment moins vif que
ceux du 16 et du 18.
Sans vouloir entrer dans les détails de
cette mémorable affaire, je crois devoir néanmoins indiquer les principales positions occupées par l'armée française, ce qui donnera une idée générale de celle des ennemis,
puisque chacun de nos corps d'armée avait ea

]JfÉ.M01'JfES DU GÉ71tÉ~AL BA](.ON DE JJfA~BOT

face de lui au moins un corps étranger et
souvent deux.
Le roi Murat dirigeait notre aile droite,
dont l'extrémité s'appuyait à la pelitc rivière
de la Pleisse, auprès des villages de Connewilz, Dülilz et Mark-Kleeberg que le prince
Poniatowski occupait a1·ec ses Polonais. Après
· ceux-ci et derrière le bourg de Wachau, se
trouvait le corps du maréchal Victl&gt;r. Les
troupes du maréchal Augereau occupaient
Dosrn.
Ces divers corps d'infanterie étaient fiJnqués et appuyés par plusieurs masses de la
cavalerie des généraux Kellermann et Michaud.
Le centre, aux ordres directs de !'Empereur, se trouvait à Licbcrt-Wolkwitz. II était
composé des corps d'infanterie du général
Lauriston, ainsi que de celui du maréchal
Macdonald, ayant avec eux la c1valerie de
Latour-~laubourg et de Sébastiani. (M ,n régiment, qui faisait partie du corps de cc .dernier général, était placé en face du monticule
de Kelmberg ou redoute suédoise.)
L'aile gauche, commandée par le maré.:bal
Ney, se formait du corps d'infanterie du maréchal Marmont, ainsi que de ceux des généraux Reynier et Soubam, soutenus par l.a
cavalerie du duc de Padoue. Elle occupall
Taucha, Plaussig et les rives de la Partha. Un
corps d'observation, fort de 15,000 hommes,
aux ordres du général Ilerlrand, était détaché au delà de Leipzig pour garder Lindenau,
Lindcnlhal, Goblî$, les passages de l'Elster et
la route de Lui.zen.
A Probstheyda, derrière le centre, se trouvait, aux ordres du maréchal Oudinot, la réser1•c composée de la jeune, de la vieille
&lt;rarde, et de la cavalerie de Nansouty. Le
~énérable roi de Saxe, qui n'avait pas voulu
s'éloi!?1ler de son ami, l'empereur des Franrais était resté dans la ville de Leipzig avec
;a 'garde et plusieurs régiments français
qu'on y avait laissés pour y maintenir l'ordre.
Pendant la nuit du -15 au 16, les troupes
du maréchal Macdonald avaient fait un mouvement pour se concentrer sur Liebcrt-Wolkwitz en s'éloignant du Kelmberg, ou redoute
suédoise ; mais comme on ne voulait cependant pas abandonner ce poste aux ennemis
avant la fin de la nuit, je reçus l'ordre de le
surl'eiller jusqu'au petit point du jour. La
mission était fort d~licate, car, pour la remplir, je devais me po~ter en avan~ avec mon
ré11iment jusqu'au pied du monllcule, penda~t que l'armée française se retirerait d'une
demi-lieue dans la direction opposée . .J'allais
courir le risque de me voir cerné et même
enlevé avec toute ma troupe par l'avant-garde
ennemie, dont les éclaireurs ne manqueraient
pas de gral'ir le sommet du monticule, dès
que lts premières heurès de l'~urore leu.r
permettraient d'apercevoir ce qw se passait
dans de vastes plaines situées à leurs pieds
et occupées par l'armée française.
.
Le temps était superbe, et, ma!gré la ~mt,
on y voyait passablement à la clarle d~ é~mles.;
mais, comme en pareil cas on aperçoit mfim-

ment mieux de bas en haut les hommes qui
arrivent sur une hauteur, tandis qu'ils ne
peuvent eux-mêmes ap~rcevoir ceux qui so~l
en bas, je portai mes escadrons le plus pres
possible du monticule, afin que l'ombre projetée par le sommet cachât mes cavaliers, et
après avoir prescrit le plus profond sile11cc cl
une parfaite immobilité, j'attendis les événements.
Le hasard fut sur le point d'en produire
un qui eût été hien heureux pour la Francr,
pour !'Empereur, et ei!t rendu mon nom à
tout jamais célèbre! ... Voici le fait.
Une demi-heure avanl les premières lueurs
de l'aurore, trois cavaliers, ,·enant du côté
des ennemis, grimpent à petits pas sur le
monticule du Klemberg, d'où ils ne pouvaient nous apercevoir, tandis que nous disLin11uions parfaitement leur silhouette et entendions leur conversation. Ils parlaient français : l'un était Russe, les deux autres
Prussiens. Le premier, qui paraissait avoir
autorité sur ses compagnons, ordonna à l'un
d'eux d'aller prévenir Leurs Majestés qu'11
n'y avait aucun Français sur ce point-là et
qu'elles pouvaient monter, car dans quelques
minutes on apercevrait toute la plaine; mais
qu'il fallait profiter de ce moment ~o~r que
les Françlis n'envoyassent pas des L1ra1lleurs
de cc coté ....
L'officier auquel s'adressaient ces paroles
fit observer que les escortes, marchant au
pas, étaient encore bien éloignées. « Qu'importe, lui fut-il répondu, puis~u'il n'y a ici
personne ']Ue nous ! » A ces mots, ma troupe
et moi redoublàmes d'allention et aperçûmes
bientôt, sur le haut du monticule, une l"ingtaine d'officiers ennemi~, dont fun mit pied
à terre.
Quoique, en établissant une embuscade,
je n'eusse certainement pas la prévision de
faire une bonne capture, j'avais cependant
prévenu mes officiers que, si l'on voyait quelques ennemis sur la redoute suédoise, il faudrait, au signal que je ferais avrc mon mouchoir, que deux escadrons rnnlournassent•ce
monticule, l'un par la droite, l'autre par la
gauche, afin de ce1 ncr les ennemis qui ,e
seraient ainsi basardé5 à Yenir si près de
notre armée. J'étais donc plein d'espoir,
lorsque l'ardeur immodérée d'un de mes
cavaliers fit échouer mon projet. Cet homme,
ayant par hasard laissé tomber la lame cle
son sabre, prit à l'instant sa carabine en
main, et, de crainte d'être en retard lorsque
je donnerais le signal de l'attaque, il tira m
beau milieu du groupe étranger cl tua un
major prussien.
Vous pensez bien qu·en un clin d'œil tous
les officiers ennemis, qui n'avaient d'autre
garde que qu_elques ordonnances t&gt;t se voyaient
sur le point d'être environnés par nous, s'éloignèrent au grand galop. Nos gens ne purent
les suivre bien loin, de crainte de tomber
eux-mêmes dans les mains des escortes qu'on
entendait accourir. l\les chasseurs prirent
néanmoins deux officiers, dont on ne put
tirer aucun renseignement. Mais j'appris depuis, par mon ami le baron de Stoch, colo-

ncl des gardes du grand-duc de Darmstadt,
· que l'empereur Alexandre de Russie et le roi
de Prusse se trouvaient au nombre des officiers qui avaient été sur le point de tomber
aux mains des Français auprès de la redoute
suédoise. Cet él"énemenl aurait alors changé
les destinées de l'Europe. Le hasard en ayant
décidé autrement, il ne me res"tail plus qu·à
me retirer lestement, avec tout mon mondr,
vers l'armée françaisC'.
Le 1G octobre, à huit heures du matin, ks
balterirs des alliés donnèrent le signal de
l'attaque. Une vÎ\"c canonnade s'engagea sur
Loule la ligne, et l'armée alliée marcha sur
nous de tous les points. Le combat commença
à notre droite, où les Polonais, repoussés par
les Prussiens, abandonnèrent le village de
Mark-Kleeberg. A notre croire, les Russes et
les Autrichiens allaquèrcnt six fois Wachau
et Liebert-Wulkwilz, et furent constamment
battus avec de très grandes pertes. L'Empereur, regrettant sans doute d'avoir abandonné
le matin la redoute suédoise que les ennemis
avaient occupée cl d'où leurs artilleurs faisaient pleuvoir sur nous une orèle de mitraille, ordonna de sc réempare/' de ce monticule, ce qui fut promptement exécuté par le
22• d'infanterie légère, soutenu par mon
régiment.
Ce premier succès oLtenu, l'Ernpereur, ne
pouvant agir sur les ailes des ennemis qui,
par leur supériorité numérique, présentaient
un front trop étendu, résolut de les occuper
à .leurs exLJ:émilés, pendant qu'il essayerait de percer leur centre. En conséquence, il
dirigea sur Wachau le maréchal Mortier avec
deux divisions d'infanterie, et le maréchal
Oudinot a·vcc 1~ jeune garde. Le général
Drouot, avec soixante bouches à feu, soutenait l'attaque, qui réussit.
De son côté, le maréchal Victor enfonça et
mit en déroute le corps russe, commandé
par le prince Eugène de Wurtemberg; mais,
après des perles considérables, celui-ci rallia
son corps
à Gossa. En ce moment, le 11énéral
•
0
Laur1ston et le maréchal Macdonald débouchant de Liebert-Wolkwitz, l'ennemi fut culbuté, et les Français s'emparèrent du bois de
Grosspossnau. Le général Maison reçut une
blessure. en s'emparant de ce point important.
En va.m la nombreuse cavalerie autrichienne
du général Klenau, soutenue par un pulk de
Cosaques, essaya de rétablir le combat; elle

fut culbutée et mise en désordre par le corps
de cavalerie du général Sébastiani. Le combat
fut des plus acharnés; mon régiment y prit
part; je perdis quelques hommes, et mon
premier chef d'escadrons, M. Pozac, fut
Llessé d'un coup de lance à la poitrine, pour
~voir négligé de la garantir, selon l'usage,
avec son manteau roulé en fourrageur.
Cependant, le prince de Schwarzenberg,
voiant sa ligne fortement ébranlée, fit avancer
ses réserves pour la soutenir, ce qui détermina !'Empereur à ordonner une grande
charge de cavalerie, à laquelle prirent part
les deux corps de KPllermann, de LatourMaubourg et les dragons de la garde. Kellermann renversa une division de cuirassiers
russes; mais, pris en flanc par une autre
division, il dut se replier sur les hauteurs de
Wachau, après avoir enlevé plusieurs drapeaux à l'ennemi.
Le roi Murat fit alors avancer de l'infanterie française, et le combat se renouvela. Le
corps russe du prince de Wurtemberg, enfoncé derechef, perdit vingt-six pièces de
canon. Ainsi mallraité, le centre de l'armée
ennemie pliait et allait être enfoncé, lorsque
l'empereur de Ilussie, témoin de ce .désastre,
fit avancer rapidement la nombreuse cavalerie
de sa garde, qui, rencontrant les escadrons
de Lalour-~faubourg dans le désordre qui suit
toujours une charge à fond, les ramena à
leur tour et reprit aux Français vingt-quatre
des canons qu'ils venaient d'enlever. Ce fut
dans cette charge que le général Latour-Maubourg eut la cuisse emportée par un boulet.
Cependant, comme aucun des deux partis
n'avait obtenu d'avantages marquants, Napoléon, pour décider la victoire, venait de lancer sur le centre ennemi la réserve composée
de la vieille garde à pied et à che,·al et d'un
corps de troupes fraiches arri1•ant de Leipzig,
lorsqu'un régiment de cavalerie ennemie, qui
s'était glissé ou égaré sur les derrières des
Français, jeta quelque inquiétude parmi nos
troupes en mouvement, qui s'arrêtèrent, se
formèrent en carré pour ne pas être surprises,
et, avant qu'on ait pu connaitre la cause de
cette alerte, la nuit vint suspendre sur ce
point les opérations militaires.
D'autres événements s'étaient passés sur
l'extrême droite des Français. Pendant toute
la journée, le général Merfeld avait inutilement tenté de s'emparer du passage de la

Pleisse, défendu par le corps de Poniatowski
et ses Polonais; cependant, ve11s la fin du
jour, il parvint à se rendre maître du village
de Dolilz, cc qui compromettait noire aile
droite; mais les chasseurs à pied de la vieille
garde, conduits par le général Curial, étant
accourus de la réserrn au pas de charge, culbutèrent les Autrichiens au delà de la rivière
et leur firent quelques centaines de prisonnier.,, parmi lesquels se trouvait le général
Merfeld, qui tombait pour la troisième fois au
pon l"Oir des Français.
Quoique les Polonais se fussent laissé enlel'Cr Dülitz, !'Empereur, pour relever leur moral, crut devoir donner le hàton de maréchal
de France à leur chef, le prince Ponialow,ki,
qui ne jouit pas longtemps de !"honneur de
le porter.
De l'autre coté de la rivière de l'Elsler, le
général autrichien Giulay s'était emparé du
village de Lindenau, après sept heures d'un
combat acharné. L'Empereur, informé de ce
grave éYénement, qui compromellait la re. traite de la majeure partie de ses troupes, fit
allaquer si vigoureusement Lindenau par le
général Bertrand que ce poste fut repris à la
Laïonnette.
A notre gauche, l'impatience de Ney faillit
amener une grande catastrophe. Cc maréchal,
qui commandait l'aile gauche, placée par
l'ordre de !'Empereur, voyant qu'à dix heures
du malin aucune troupe ne paraissait devant
lui, envoya de son autorité privée, sous la conduite du général Souham, un de ses corps
d'armée à Wachau, où le combat paraissait
fortement engagé, mais, pendant ce mouvement irréfléchi, le maréchal prussien Blücher, dont la marche avait été retardée, parut
avec l'armée de Silésie et s'empara du village
de Mückern. Alors Ney, qui, diminué d'une
partie de ses troupes, n'avait plus à sa disposition que le corps de Marmont, fut obligé,
sur le soir, de se replier jusque dans les murs
de Leipzig et de se borner à défendre le faubourg de Halle.
Les Français perdirent beaucoup de monde
dans cet engagement, qui produisit d'ailleurs
un fort mauvais effet sur ceux de nos soldats
qui, placés en avant ou sur les flancs de Leipzig, entendaient le canon et la fusillade derrière eux. Cependant, vers les huit heures du
soir le combat cessa totalement de part et
d'autre, et la nuit fut tranquille.

(A suivre.)

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

..

�"·----------------------~

LE MAJTRE A DANSER de MARJE-ANTOJNETTE et de MARJE-LOUJSE '~

,

+

Jean· Etienne Despréaux
Par Je Comte FLEUR.Y

A la Cour de Marie-Antoinette 1 •
La mort de Petitpas, un des derniers

« danseurs » de l'Opéra, deYenu maitre de
ballets el professeur de maintien, me faisait
naguère souvenir des anciens reprérnntants
de la danse masculine à l'avant-dernier siècle, et à côté de ceux de Vestris cl de Gardel, 1~ nom, un peu oublié aujourd'hui, de
Jean-Etienne Despréaux s'offrait à ma mémoire.
JI ne fut pas qu'un des douze danseurs
du Roi (c'était une place établie par Louis XLV
qui donnait le droit de danser avec Sa Majesté et à laquelle était attachée une pension);
il composait des chansons qui curent leur
heure de vogue; il fut enfin, en 1.789, le
mari de la Guimard, el à ce titre Goncourt
lui a consacré quelques pages 1 • Ce que ne
pouvait connaitre l'historien de la Guimard,
ce sont des notes de Despréaux lui-même
dont M. Albert Firmin-Didot a fait imprimer
naguère quelques fragments•.
« Gribouillage de folies de tous les genres
et de souvenirs qui ne peurent être agréalilcs
que pour moi, a écrit Despréaux en guise
d'introduction; c'est donc pour moi que
j'écris el non pour mes descendants qui s'embarrasseront fort peu de cc que j'ai é..:rit,
mais non pas de ce que je leur laisserai t11
biens palpables. »
Ce «gribouillage », présenté de façon humoristique, s'il n'est pas intéressant toujour~,
offre parfois de curieuses anecdotes dont je
veux glaner les meilleures.
Je passe sur des détails de famille et d'enfance - il était le quatorzième rejeton d'uo1i
famille de musiciens' - sur les conseils
donnés par Gardel l'ainé, maître de ballets à
l'Opéra, sur les bonnes chances 11ui protègent
les débuts du jeune danseur apprécié, Mjà à
même, à l'âge de quatorze ans, de donner
des leçons de danse dans « les plus honorables familles de Paris &gt;&gt;.
Voici un portrait : « J'ai , u M. Necker
en 1. 765, chez Mme Mons, femme d'un banquier qui avait une maison à Charenton,
maison qui avait appartenu à la belle Gabrielle; il était l'associé de M. Thelusson.
-1. Extrait du \'Olumc : F1111l1'mes el Si//1ouellr.,,
par 11; Comt1\ Fkury (.,mile Paul, éditeur.\

2. /,es Acll'icu du -dix-huitième 1iècle: La Guimard, d'après les rci:istrcs des Menus plaisirs de la

bibliothèque de l'Opcra,

t892.

« Necker avait l'air extraordinaire,
~lme Mons le mystifi1it sans cesse. li aYait
le visage long, le menton très :wancé, le
front élevé, la chevelure fiollantc, le port de
lèle fier.
&lt;&lt; Mme Necker, dont le nom de jeune fille
était Curchod (de Xasse), arriva à P.iris m
1765 ou 1~64 chel Mme dl! Yrrnrmonl,
veuve d'un banquier et parente de ~I. Tlielussoo. Elle y rntra comme demoiselle de
compagnie. M. Necker, qui (,tait amourC'ux de
Mme de Yerncmont, ne pomanl arrivrr à ses
fins, fit sa cour à Mlle Curchod cl l'épousa.
J'avais alors seizo ans. J'allais dans celle
maison comme maitre de danse, j ·y étais
fort aimé.... Mlle Curchod me pria de lui
donner des leçons de maintien. Elle était très
gauche, pédante el timide. ll

jEAN·ÉTIEl&gt;'XE 0E:Sl'RÉ.\CX.

Sllho11elle deco11pü p;ir

tar

DE&gt;PRÊ.WX

el gr.Jvt!t

TRIÈl'E,

Parmi ses élèves de la même époque, Uespréaux compte Mme Pater, devenue par la
5. Issoudun, 189i. ~on mi; dans le commerce.

4. A111111aire dra111aliq11e et Biographie générale
cles mwidens. Son frère ainé, Claudc-Jean-FranÇOis,
premier violon à l'Opt\ra rn 1771, se retira en 1782.
Il embrassa avec ardeur les idées révolutionnaires ;

suite Laronne de Nicnwerkerke, qui rérnlutionna par sa beauté la Cour et la ville et qui
conçut un instant l'espoir de détrôner la du
Barry el de devenir la Maintenon de Louis XV.
La mo:ilrc d'or donnée par Mme Pater à son
jeune maitre à danser, srmhlc lui avoir laissé
profond souvrnir, !'l c'est avec émotion qu'il
parle dll !J belle llolbndai,c à la mode 5 •
Voici le règne de la du llarry el le maria_e
de la Dauphine. En sa 'lualilé de danseur de
!'Opéra, Despréaux vient som·ent à la Cour cl
va nous conter srs impressions.
« J'ai connu Mme du Barry, écrit-il, j'ai
été chez elle, j'ai ,·u Louis XV y rire et dire
de bons mots. Mme du Barry était Haimenl
jolie : belle tête, beaux yeux, braux cheveux
gris cendré, grande, beaux bras et mains
divines; son sourire enchanteur charmait
tout le monde....
« En 1770, a,·anl le mariage du D.mphin,
qui fut depuis Louis~ VI, j'étais chez elle. Je
rus surpris et fàclié de l'entrndre dire à L,val, maitre dt s ballets de la Cour, en présence d'environ trente per,onnes: « Faitrrnous qudque chose de gai pour tâcher d 'amuser le grand idiot. » Et tout scandalisé de
l'injurieuse (:pithète de )lme du Bmy, Orspréaux dJcrit un Lallct &lt;le mascarade composé de polichinelles el d'arlequins, dansé par
les meilleurs de l'Opéra, mais « 11ui n'eut pas
de succès, avec juste raison ».
li est des fètcs qui saluent l'a~rivée rn
France de la l)auphine, et danse un pas de
deux devant elle 11 Châlons avec Mlle Duperey.
A VersailltJs, il danse dans la plupart des ballets cl note ce petit fait : &lt;&lt; Tous les danseurs
cmploJéS dans ces spectacles avaient des uniformes rouges, avec des brandebourgs en or.
Ce costume, imenté par Laval, n'était pas
très bien trouvé, car tous les officiers de la
maison de Mme du Barry étaient vêtus de
même. Comme nous étions plus de cent, on
ne voyait circuler dans \'ersailles que drs
personnes qui avaient l'air d'être de la suite
de la maitresse du Roi. En qualité d'artistes,
nous entrions partout, tandis que les gens de
Mme du Barry ne le pouvaient pas. Cela
amena des querelles. &gt;&gt;
Lorsqu'il fut nommé maitre des ballets de
la Cour, Despréaux ne se contenta pas de régler les danses qui étaient données sur le
son nom figure parmi ~ux des jur~s _du Tril,unal. li
se tua après le 1) thermidor, pour e\lter le sort des
complices de RobcspiC'rrc.
5. Sur lime Pater, Yoir le chapitre XIV de Loui&amp; XV
intime et les l'e/ile&amp; ,1/allre&amp;su, Pion, 1899.

t~éàtre_ du Roi, il se mil à composer des pelltes pièces ou plutôt des ballets entremêlés
de chansons dans lesquels de grands seigneurs oc rougirent pas de figurer sous sa
direction. A Choisy-le-Roy, en 1777, il fit
exécu~er, parles _danseurs du r\oi, Berli11gue,
parodie d Ei-nelmde, dont la primeur avait
été donnée au Lhédtre de la Guimard, dans
cet lultel décoré par Doucher el son élhc David 1, ce temple de Terpsichore que vont visiter cl fréqurntcnt les sou\'Crains élrangcrs.
Celle parodie bouffonne cul le plus grand
succès, et le r\oi, qui jusr1u'alors n'avait encore témoigné aucun gotil bien vif de théàLrc, ) riait d'un si gros r:re, pendant les trois
actes, qu'il donnait une pension au danseur'.
En 1778, un théâtre est construit exprès à
~larly• pour llomans, parodie de Roland·
llloGm(e, parodie d'Iphigénie, obtient, gràc~
à utmard, un grand succès, el l'auteur est
gratifié ~e cent louis par le Roi. Toujours
avec Gmmard comme principal interprète,
D~spréaux fait représenter Chrislophe et
J&gt;iei-re Luc, parodie d1i Castor el Pollux.
~a~s l~ prologue qui précédait la pièce, il
cta1l fait allusion à l'ou\'erture du théâtre de
Trianon sur lequel on n'avait pas encore joué.
A propos de cette jolie sa lie de spectacle, un
des acteurs disait :
Chaque endroit me ravit, cncl1ante mes regard,,
~t mon cœur est llatté de penst•r que les arts
Viendront tous s'c~ercer sur cc nou,enu Parnasse.
t:ne parodie de Pénelope, sous le nom de
Sy!~cope, jouée à Versailles dans le petit
the'.llre du Château, montrait birn que le
« sieur Despréaux a\'ait le génie tourné vers
1~ h?ull'onnerie », mais elle tomba à plat,
dit l Obsen•aleur anglai.~. Cette bouffonnerie
consistant en allusions d'actualité, il serait
assrz difficile d'en apprétier la Yalcur. Le
goùl de l'époque applaudissait à une Me'&lt;lec
el Jason, parodie de la Médée de Clément
escortée sur J'affiche de ces épithètes de car~
naval: b~llel terrible'. orné de danses, soupçons, nol1'ceurs, plaisirs, bêli$eS hm·rem·s
gaité, tmhuon, plaisanteries, ~rison, ta~
b~c, poi,qnard, salade, amour, mort, assassma/ ... et (eu d'arJifice.
Le grand succès de Despréaux semble a'foir
été, en 1779, la représentation du Comédien
b?urgeois, c_o~édic burlesque, pièce jouét!
d abord à Creteil dans le Perche, clu z la comtesse de Créteil ; les acteurs étaient le comte
de Gramont d'Astcr, le duc de Guiche le duc
de Pienne, fils du duc de \'illcquier, J~ comte
de Rochechouart... et Despréaux. Une seconde représrntalion eul lieu au cbàteau de
1. Jal, D1ctio1111airc rril11JIIC: art. Dn1id cl Guim11·d.
'.!. llachaumont, t. 1\ ,
;;, Du 12 octobre Où 13 novembre, il y eut untor,e ,pectacle!, la~t _il llarly qu'à \'crsaillcs et (1irz
la Remc c r_n com_c1lics, actes d'opéra houlfons, ballets •, cc qm ne ,l,m1nuc pas les d{,pen,e, tant ur
'!' fond _ne la, cho~e que par les petits théàtres qii'il a
fallu soit à \ersa1llrs, soit à ,tnrly. (Journal dr Pap1/1011 de la l ertt, wt,•11d(!11l dn J/1mus, OlleodorlT. J
i. Mgr de, J_orentc _tc1)a1t la feuille des bénéfices.
C.om~c la Gnamard cta1t trè, maigre, ,a camarade
~op~•~ Arnould, un peu jalouse, s'écriait: « Je n;
tOD{01s pa_s comment cc petit ver a"Oie u'rst as 1
~{J°rtant sur une bonne fcuillt•., 1ArfioÏ:

~?a~,;//8

]EJUV-ETTENNB DESP'1fÉAUX

Yillequier, puis à Trianon, en 1785, avec
Dugazon, Pré1·ille el OJzincourt, plu, tard à
la Uuclle, chez le doc dti Brissac pour Je roi

U:-.E LEÇO:- [)E 0A"(5F.

r.ravurt d'après

C11000\\'IEC1&lt;1,

de Suède, enfin chez le duc de Lu1nes el chez
le duc de Chàtelct.
IJans ,t? _courant de janvier 1780, Oespréaux s cta1t blessé an pied droit. Plus heureux que son maître G1rdel l'ainé, qui mour~1t d~s suites d'une blessure analogue, il se
rctabltt au bout de deux mois; m~is il marchai~ de trarers e_t dut quiller !'Opéra. li n'en
conlmua pas moms à donner des leçons de
danse et garda son emploi de mailrc: de
ballet de la f:our jusqu'en 1787. Par mesure
~'économie,_ l'emploi fut supprimé à celte
cpoque, mais Dt!spréaux, protéo-é
de la Rcinr
0
continua à être pensionné.
'
li

Le mari de la Guimard.
En 1789, il rnulut se créer un intérieur el
songea à sa compagne de succès, à la Guim~r?, elle aussi retirée et désireuse de vie
p~1~1Llc. L~ Terp'.ichore d'antan n'était plus
tll J~une m l!'ès riche; les libéralités qu'elle
tenait d? l'évêque de Jarente ', du maréchal
dti Soubise et du fermier général Benjamin
:.;. -~lie ~n avait eu ~ne fille, mariée il quinze ans
en t, ,8, ~ Claude D~us, orfi•rrc-bijoutier, et mort~
un. an nprcs son ma_mgc. (GI'. Campardon, L'Acad1'11m royale de muS1que ai, .\ 1111• Riècle t L li
gcr-Lc&gt;r~ult, _188.l; .llèmoirea ucrrls 1. 'xil'· · Grrcuurt, La Gmmal'cl.)
'
• on(j, Bachaumont, anm\1°s I i81-1 ï83.
7· ''.- /'ropectu, d'1111e loterie dr /a maixoll de
:Ill~ _f,uzmarcl. e~:.. dans Ir, Comidien, du /toi de
'! IOllJ!e fm111:01xe, pnr li. E. C.impartlon (Champ1011, 1!&lt;,9 .
• 8. Cc fut le n• 227_5 qui gagna; il appartenait a la
comtc,se _du Lau, qui re,·endit l'hôtel wo 000 I' .
au banqmer Pcrregaux.
·
lfl'tS
!l Elle a11il 2.i.000 liircs de reul&lt;'s viag/ori•~ ou

de ~aborde 5 , s'étaient depuis longtemps évanomcs dans son luxe prodigieux•, et, pour
mettre ordre i, ses aITaires, elle avait, trois
ans auparavant, conçu l'idée originale de
mellre en loterie son hôtel de la rue de la
Cbaus~ée-ll'~ ntin 7 • Celle loterie, sur le pied
d_c 2. .&gt;00 billets à 120 francs chaque, auto~tsée par le ministre Calonne, lui rapporta
,,00.0~0 francs'. Elle tenait de la générosité
du r\ot une pension dti six mille livres, el
quand en août t 78!1 elle se retira du théâ tre
l'Opfr.i lui reconnut une pension cle somm;
é~_alc. ~ans pouroir prélrndrc à la ,·ie princ~ere d autrefois, la Guimard arail de quoi
vtvrc dans l'aisance'.
Le 14 aot1L 1789, âgée de quarante-six ans,
trrs belle e~ aussi bien consenée que Ninon,
~ssu~e Cas_t1l-Blaze, la Guimard épousait, à
1é~lise Sa1~te-)laric du Temple, Despréaux
qm en ava1l quarante cl un 10, &lt;&lt; après avoir
reno~cé à leur étal~, dit l'acte de mariage 11.
Smvaot rnn haL1Lude, Despréaux mit en
couplets l'év~nemenl de son mariage. li semble fort heureux :
Enfin, je pris une femme,
L'au mil sept cent quatre-vingt-neuf.
J 'éprom·c, avrc cette dame,
Tous lrs jours un plaisir neuf.
J'ai vécu célibataire
Quarante ans, toujours joyeux;
Avcc cctl c épouse chère
Je 1·inai cent ans heureux.
.....

Le joui',

0

0

0

la nuit, maÏin °ou soi r · · ·
Tous les d,ux nous t&gt;ensons ,te' même.
A dPux, quand on u·a qu'un vouloir
C'est le. bonheur ,uprêmc t!,
'
Qui_nzc ans plus_ tard, son admiration pour
la Gu1mard n avait pas cessé; lorsque Dcs1
prcaux,
dans son Art de lei Danse ,·oudra
pei.~dre l'idéal de la Gràce, c'est s; femm~
qu_ 11 s'empressera de citer en changeant à
perne quelques mots aux vers de Boileau:
Telle qu'une bcr~i•re, aux plus beaux jours de fête,
Or superbes rubis ne charge point fa tête,
Etr.
La ~él'Olution mettait le ménage modèle
a,ux _prises avec les dirficultés. Au début,
l ancien danseur avait trouvé une position
suffisamment rémunérée ; Célérier et Franc0;ur' chargés par la ville de Paris de l'entreprise de !'Opéra, avaient nommé Despréaux
memLre du conseil d'administration et directeur de la scène de ce théâtre. mais peu de
temps_ après, ils furent tous adcusés 'de malversahons et arrêtés. L'année suivante les
artistes étaient autorisés à se gouverner 'euxmêmes u; Despréaux donna sa démission le
i•• septeml&gt;re pour aller habiter la campagne.
pcnsi_ons. Ç~ntrat de mar\age. dont la minute se
trou,c en I ct~de_ de M. Gulrne, produit par Goncourt.
!O. Elle avait ~1.nq_ an~ de plus que 500 mari et non
'tumzc comme I ccr1t Goncourt, répétant une erreur
de JaL ~es f!·agments de Mémofrea, publiés par
:li.'; _F1rmzn lhdot, donnent la date de nais-ancc
d Etienne et de ses frères. Nous avons YU que Despréaux Pl!,r}c de ses premières élèves en 1763 ou l 7Gt •
ne_ en 1, 1:i8, celle précocité t·llt été bien extraonli'.
n~1re. ll a•lle~rs Jal, qui l'a fait naitre à celle date
d1! quelques lignes plus haut: En l 7Gi, un garcon d~
sc11.c ans, fils d'un violon de l'orchestre de !'Opéra cte
11. Jal, Dic!io1111aire critique: art. Guimard.' ·
, 1~- Le ,J/01, ~hooson de Despréaux. (Bibl. le
1Ol~ra. manu-&lt;c,:its.)
'
/11ograp/11e 1111Îl'e1ullt des 111usiciem (J. Féli.)
,1,

�1f1ST01{1.ll

] 'EAN-ÉT1'ENN'E DESP'JfÉAUX

qui le force à vendre une partie de ses livres
pour faire face à la nécessité. C'est pour lui
l'occasion de lancer la chanson : Ma bibliothèque ou le cauchemar. Le fantôme qu'il
suppose voir dans un rêve, lui expose la misère que va amener la dépréciation du papiermonnaie et lui donne le conseil, pour ne pas
mourir de faim, de faire argent de ses livres.
Avec verve, il passe en revue les auteurs :
Ce n'est point une chimère,

Vends Lous tes auteurs fameux.
Avec le di,·in llomère
Tu vivras un jour ou deux;
Avec le pensif Jean-Jacques
Tu peux exister longtemps
Et peut-êlre attraper Pâques
En grugeant d'autres savants ....
Tu peux compter sur Virgile
Pom· un an de Lon loyer,
El son traducteur Delille
Paiera ton vieux jardinier;
Plutarque pourra sans peine
Tc donner vingt bons repas,
Avec le bon La Fonlaine
lh'galc-tni les jours gras.

.......

Ma~ge le Temple de C11ide,
Fénelon, Grécou1·1, Dorat,
Et métamorphose Ovide
En un dînrr délicat.
L'11ô TEL DE LA Gn~IARD, D.\NS LA C!IALlSSÉE·D' ANTIN. -

Malgré les événements, il est toujours gai
et c'est ainsi qu'il fait ses adieux à rOpéra:
Adieu, superbe machine,
Adieu, pompeux Opéra,
Adieu, musique divine,
Chanl et danse, cl crclern.
Adieu, forêt en peinture
Et tonnerre en parchemin ;
Jr préfëre la nature
,\ Yotrc charme di1•in '·

Le seul gof1t de la nature ne décidait pas
le chansonnier à chercher une retraite paisible. Ils étaient, lui et sa femme, de la catégorie des suspects, et la plus élémentaire
prudence les engageait à ne pas offrir aux
yeux vigilants des patriotes d'anciens artistes
des théâtres royaux, longtemps pensionnés
par la Cour.
Ils s'étaient cachés dans une petite maison,
sur la butle Montmartre, endroit fort bien
choisi, car, pour y arrirer, (( le chemin, dit
Despréaux, était si escarpé que les patrouilles
anthropophages négligeaient d'y monter ,, .
Là, le ménage vécut fort paisiblement, si l'on
en croit les fragments de la chanson : .Mon
emménagement à .'lfontmarti·e :
l' n peu plus haut que les clochers,
Près de la céleste demeure,
)la femme et moi sommes juchés;
On y monte en moins d'un quart d'heure.
l ,es habitants de ces cantons,
Cc sonl simplement des ânons.
Au bord de Paris el des ch;1mps,
Avec mon aimable compagne,
Mon cœur goû le les agrémens
De la ville cl de la campagne.
Paisible du malin au soir,
J.à, sous des voùtes de verdure,
1. )lanuscriL5

,te la Bibliothèque de l'Op(,ra.

Dessin de ROBIOA,

En main la bèche ou l'ai-rosoir,
.le tâche d'ai~er la nalure.

Tranquille au séjour des ânons,
Je philosophe sur cc monde.

Ce fut dans cette retraite de Uontmartre
que Despréaux composa presque toutes les
chansons qu'il fit publier plus tard sous le
titre de JI.tes Passe-Temps.
&lt;( Je fis ces chansons, rapportc-t-il dans
une note de ses Souvenirs, pour me distraire
des maux énormes qui nous assiégeaient el
pour étourdir un peu ma femme que j'adorais. »
Dans une de ces chansons, il se moque
spirituellement de ceux qui se vantaient
d'être appelés sans-culottes :

Oubliant les catastrophes,
Causes du malheur présent,
Mange tous les philosophes,
N'èpargne pas un savant;
Fais•leur payer la dépense.
Boi., beaucoup pour t'étourdir,
El sur l'histoire de France,
Vois si lu peux t'endormir.

La vente des livres produit peu, il reste
fort pauvre, mais il cha(!te encore. Quand
la pudeur est blnnie du costume des femmes,
il écrit :
Grâce i1 la modr,
Un' chemis' suffit,
Un' chemis' suffit.
Ah! 'fU&lt;' c'&lt;'st commode,
Un' chcmis' suffit.
C'esl tout profit.

Le mari que s'était choisi la Guimard était
un gai optimiste, un philosophe couleur cle
i-ose, comme il le dit lui-même, qui se ~onsolait par des flonflons des malheurs de
l'heure présente. H trouve que l'année 1794
est propice aux chansons du dessert el il
fonde les Dinel's du Vaudeville.
Voici en 1795 la dégringolade des assignats

Cependant il faut vivre. Le ménage, criblé
de dettes, adresse suppliques sur suppliques
au ministre de l'intérieur. Du citoyen Benezech, la Guimard ava.it obtenu la promesse
de deux représentations du ballet de Ninette
où elle aurait reçu la moitié de la recette et,
en mai 1798, elle rappelle celte promesse qui
n'a pas reçu d'exécution. Son mari, en
même temps, énumère . ses services : au
bout de vingt ans de travail, sa pension de
5.600 francs est réduite à 555 francs, et il
doit -12.000 fraacs. Pour lui, il demande à
être au nombre des vétérans de !'Opéra et à
toucher les 2.400 livres de secours que le
gom•ernement leur accorde; pour sa femme,
le droit au (( bénéfice » qui les tirerait momentanément de la gêne". De ministre en
ministre, de la direcl~on de l'instruction publique au Conseil d'Etat, les requêtes sont
ballottées, sans cesse ajournées quoique
prises en considération « pour les talents
réels de Despréaux et les pertes qu'il a éprou-

2. Conseils aux Sans Culottes, chanson de Despréaux composée en 1793.

5. Lettres à François de Neufchdt ea11, à
g11e11é (Bibliothèque de l'Opèra).

Rhabillez-vous, peuple français,
Ne donnez plus dans les excès
De nos faux patriotes;
Ne c1·oycz plus que d'èlrc nu
Soil une.preuve de vertu :
Remettez ,·os ,culollc~.
De l'homme soutenez les droits,
liais, sans désobéir aux lois,
Soyez bons palrioles;
Concitoyens, rnns vous fàcher,
1;achez ce que l'on doil cacher :
Rcmellez vos culolles~.

Gi11-

vées lJ ; ce n'est qu'en 1807 que sa pension
est enfin réglée.
Dans l'intervalle, notre chansonnier ne
s'est nullement désespéré; les secours de
Talleyrand et la publication d'œuvres nouvelles l'aident à vivre en attendant que les
amateurs de danse d'alors le remettent en
vogue et le désignent à la protection du Premier Consul et de sa famille.
Sa première œuvre après la Révolution est
La Descente d'Orphée aux Enfers, pièce
boulfonne qui devait être de si grande utilité
aux librettistes modernes; puis Je ne sais
qui, ou les exaltés de Chm·enton , petite
pièce du même genre, jouée en 1800; après
la paix de Lunéville, un vaudeville de circonstance : Enfin nous y voilà, où il encense Bona parle et son armée; deux parodies : La 1'mgédie au Vaudeville, en
allendant le Vaudeville à la Tmgédie, et
Après la Confession, la Péniten ce, épilogue
à la pièce précédente; encore un à-propos,
après le traité d'Amiens : La Paix clans la
JI.Janche. Enfin, en 1806, il publia, sous le
tilre de JI.les Passe-Temps, un certain nombre
de ses chansons, de quelques-unes-desquelles
nous avons donné des fragments.
&lt;( Les chansons, dit Despréaux dans un de
ses manuscrits, qui sont copiées dans ce recueil et qui sont en partie dans JJJes PasseTernps, ont été presque toutes faites pendant
la Révolution. Je ne comptais pas les faire
imprimer. Les circonstances me forçant à
faire argent de tout, je cédai à M. de Talleyrand qui m'avait pris en amitié et à qui je
ne pouvais rien refuser parce qu'il m'avait
rendu de grands services.... Ces pauvres
petits vers me répandirent dans le grand
monde, surtout chez les Richm·ds, et m'aidèrent à faire vivre une grande quantité de
jeunes et de vieux parents 1 • L'abbé Delille,
mon ami, m'en corrigea et me donna des
conseils sur mon Art de la Danse 1. l&gt;
Parmi ces chansons, aujourd'hui si parfaitement oubliées, il en est plusieurs de
charmantes que n'aurait pas désavouées Béranger dont il fut le précurseur et souvent
l'inspirateur. La philosophie anacréontique,
le tour des vers même, Béranger les a soul. Les en fan ls de ses frères et sœurs.
2. Cel Art de la Danse, qui fail suite à 1Jles
Pmse~'femps, élail une parodie de l'A1·t poétique,
de Boileau.
3. Béranger exprime la même idée de la foçu11
suivante :
Vierge défunte, une sœur grise
Aux J)Ortes des cieux rencoull·a

Une beauté Ie~le et bien mise

Qu'on regrettait à !'Opéra.
Toutes deu.. dignes de louanges
ATrivnient, après d'heureux jour/
L'une s111' le.:; ailes de,; angc3,
'
l.'aulre dans les hms des amours.
J.à.Jmul, saint Pierre en sentinellr,
Apri•s un Ave pour la sœur,
!&gt;11 à l'actrice : On peut. ma belle,
Entrer chez nous s:ms conrc~seur.

Vn luth en main, il celle lalilr,
Entre l'amour cl l'amiti(·,
Je veux chanter la f~te aimalilc
De ma sO'ur cl de ma moitié.
Toi, Magdeleine, leur patronne,
llaigne seconder mes lÏcsscins !
Pour Terpsichore cl pour la nonne,
Tl me faut chanson ù deux fins .

El moi, danseur de !'Opéra,
Je ne fais que des cabrioles.
Vous étouffez tous vos désirs;
:-iuil cl jour, je ris, je badine,
Jr me donne tous les plaisirs,
El vous la disciplinr.
Vous faites maigre, je fais grn•,
Et j'é1·ile la moindre peine;
Vous avez caché vos appas
Sous une chemise de laine ;
.Te m'occupe des biens présens,
Et vous de la vie éternelle.
Sans commettre la moinrlre erreur
Vous allez souvent il confesse·
'
Moi, j'y vais rarement, ma ~ur,
El je pèche sans cesse.
En ligne droite, an para&lt;fü,
Vous irez voir Dieu face à face·
En ligne droite, aux lieux maudits,
lion âme ira prendre une place.
Sans doulc on vous sanctifiera
On irn ba iser votre châsse; '
)loi, le diable me rôtira;
)la sœnr, demandez grâce....

III
Le maître à danser de Marie-Louise.

Je reviens à la vie de Despréaux sous le
Directoire, le Consulat et l'Empire. Sinon la
fortune, du moins l'aisance va rentrer dans
le ménage d'artistes, grâce aux leçons de
danse, Despréaux nous a déjà parlé de Talleyrand, protecteur de ses chansons; il va
nous introduire derrière lui, rue Chantereine,
chez Mme Bonaparte, à Mortefontaine, chez
Dans le même ordre d'idées, Despréaux Joseph.
improvisait encore Les Cont1·astes, chanson
Dans une maison de la rue du Mont-Blanc,
Despréaux donnait des lerons de danse.
« ~lusieurs personnes venaient chez moi,
écrit le chansonnier, pour jouer à des jeux
d'enfants et faire des folies. C'était une
assemblée de jeunes personnes. Eugène de
~uh:irnai~• (un de ses premiers élèves)
arrivait toujours le premier et nous aidait à
arranger l'appartement. Ces folies réussissaien~ cependant parce que j'y joignais une
coll?bon. Il y avait les plus jolies femmes de
Paris. Mme de B~uharnais y venait régulièrement et y amenait sa fille.... Il y avait aussi
quelques princes et princesses étrangères. La
future duchesse de Raguse y vint aussi. »
Cependant la dépense devenait un peu forte
pour le maitre à danser. Les &lt;( affidés l&gt; du
s~lon proposent un pique-r.!Ïque. Bien qu'il
n y consente qu'avec regret et en limitant les
prenants-part à ceux qui étaient venus dès le
début, Despréaux essuie des ennuis dans sa
nouvelle combinaison. Un certain vernis
d:aristocratie s'attache à sa maison qui devient suspecte. La Guimard et son mari vont
être
arrêtés par ordre du Directoire, lorsque
LA GUIMARD.
Mme
de Beauharnais s'entremet et plaide
Gr.:zvure de JULES PORREAU, d"ap,·ès un pas/el (/1{
auprès de Barras, la cause du professeur
temps.
son fils.
L'année suivante, Despréaux, dont le budget
dédiée à sa sœur la religieuse, et qui devait
4. ~ugène de Beauharnais semble s'être lié avec
presque fournir le texte de la chanson de Despreaux.
• li m'aimait beaucoup, dit le danseur;
BérangPr:
nous alitons souvent nous promener ensemble à PicQue clans la balance cclesle
Un Dieu pèse erreurs el vertus,
Ma femme, il trouvera du reste
Pour le mellrc au rang cles clus :
Si ma sœur, sainte Éléonore,
Au lauleuil parvient loul d'un trait,
~la femme, sainte Terpsichore,
Au ciel aura le tabouret 3•

d;

Enlrez, entrez, ô tendres femmes,
lleprend le portier des élus;
La charité rempl il vos âmes,

&amp;Ion Dieu n'exige rien de plus.
On est admis dans son empire,

Pountt qu'on ait séché des pleurs,
~ous la couronne dn martyre

Ou cou~ tfpc; cnnr&lt;U11w-.. d" nrur, !
(8ÉRASGER , l.

vent empruntés à Despréaux. Lisez : La Fin
d'un blonde, le Buvons tous à la 1'0nrle, le
Jtts de la treille, la Afachine 1·onde, le refrain bruyant Eh! zon, :.on, zon, c'est le vocabulaire de fiéranger emprunté à Despréaux.
Où l'imitation est trafüparente, c'esl dans
la chanson de Béranger : Les deu:i: Sœui·s de
Charité, chanson dont l'inspiration a élé
fournie par Les Deux Madeleines, de Despréaux.
Le chansonnier avait une sœur, Madeleine,
religieuse, sous le nom de sainte Éléonore,
au couvent de !'Adoration perpétuelle du
Saint-Sacrement. Entre l'existence de cette
sœur et celle de sa femme, la Guimard, il y
avait assez grande opposition pour que le
poète y ait trouvé t('xte de ses Deux Aladeleines :

. . ...
1.)

'

. ..

Yous ne cl1antez qu'Alle/uia
Ou bien d'autres saintes par~lcs,

Lus, f~ubnurg Saint-Antoine, chez les frères Michel,
.anqu1ers, (ce sont les trop célèbres frères Michel,
con~amnes ,11a r. contumace comme assassins) qui
avaient un_ J~rd1~ supe~be; nous y jouions au billard
et on y fa1sa1t mille folies. »

�111STO'f{1.Jl
s'est amélioré, a loué le rez-de-chaussée de République française, lorsqu'on rapporta Du- dans le parc et la· conversation fut curieuse
l'hôtel de Mme de Bonneuil, Chaussée d'Anlin. phot, blessé dans une émeute, râlant, ago- pour moi lorsqu'il me dit : « Monsieur, les
li y a une grande cour, un beau jardin; la nisant, mourant sous ses yeux. Et Désirée a hommes sont des machines qu'il faut étudier,
surtout les soldats; il ne faut pas les laisser
meilleure société, les ambassadeurs étrangers conté son chagrin au danseur confident.
Quelque temps après, autre sujet de tris- réfléchir, il faut toujours les occuper. J&gt;
cl toujours Mme de Beauharnais, devenue
Joseph Bonaparte, en achetant MortefonMme Bonaparte, y fréquentent ; mais les bals tesse. On veut lui faire épouser Rernadoue,
y deviennent cohue, « 1~ franche gaité a cessé cl elle ne s'en soucie pas. C'est encore Des- taine, avait dit au chansonnier : cc Mon cher
d_'exister », et bientôt Despréaux, renonçant préaux qui la calmera et la décidera à ce ma- Despréaux, je voudrais vivre ici tranquillement; les grandes affaires ne me conviennent
aux grandes réunions, revient aux leçons par- riage •!
ticulières.
« J'allai la voir, quelques mois après son pas. » II n'en eut pas moins, en novemEn cette qualité de maître de danse et de mariage, ajoute Despréaux,jela trouvai encore bre 180 l, à prêter son château pour les prémaintien, Despréaux ~t reçu dans toute la en larmes, elle me dit encore en pleuran l' : liminairt!s de la paix entre la France et les
Étals-Unis et à laisser organiser une fête
famille du futur Premier Consul, et, dans ses cc Bernadotte part demain pour l'armée I J&gt;
« Souvenirs », il a laissé une très curieuse
A Mortefontaine, où il fréquentait beau- somptueuse ordonnée par le Premier Consul.
notice cc sur la foule des rois, reines et grands coup, Despréaux devait souvent rencontrer Despréaux nous a laissé le récit de cette fêle
potentats éelos par la fermentation de la Ré- Bernadollc qui, depuis son mariage, n'était q11'1l a été chargé d'organiser : feu d'artifice,
volution d~ France».
plus jacobin. « Il lisait beaucoup et érudiait concrrt avec le concours de la Comédie-Franç1ise, festin en trois taliles oü s'étaie11l
Quelques détails sur la future reine
de Suède, Désirée Clary, ne sont pas
partagés, en outre de la famille Bonasans intérêt.
parte, des ministres,_ des ambassadeurs, des généraux, Emilie Contat cl
&lt;&lt; Un jour de la lln du siècle, écrit
le chanteur Garat, enfin l'indispensaDespréaux, le sieur Junot vint me
ble metteur en scène, Étienne Destrouver et me deinanda de donner des
leçons de maintien à une jeunedemo;préaux.
selle, parente de Joseph Bonaparte 1 •
Il est à supposer qu'à celte époque
cc J'acceptai et fus avec lui dans
le Maître Jacques de la danse, de la
le faubourg Saint-Germain, rue des
chanson et du vaudeville avait surSaints-Pères, à droiteen entrant du côté
monté les embarras d'argent dont nous
du quai, dans un hôtel garni où del'avons vu se plaindre. A partir de la
meurait Joseph .Bonaparte.... M. et
fète de Mortefontaine, il fut chargé de
MmeJosephBonaparte occupaient l'apla composilion et de la direction de
pariement du premier, et la future
toutes les brillantes fêtes publiques
reine Bernadotte demeurait dans une
qui furentdonnées jusqu'en 1812sous
soupente où il y avait une seule fenêles gouvernements consulaire et imtre, une armoire, un lit, un petit scpérial. Si sa pension d'ancien danseur
crétai re el trois chaises. »
c.le !'Opéra n'est liquidée qu·en 1807,
Despréaux se pique d'avoir reçu des
les honoraires importants dont ses
confidences de Mlle Clary. Vrais ou non,
nouvellos fonctions étaient rétribuées
ces reflets d'impressions changeantes
compensaient largement la rente réclasont vraisemblables. &lt;&lt; Elle a d'Jbord
mée. Il avait raison au reste, le gai
été fiancée à 13onaparle et l'aimait
chansonnier, de penser à l'avenir ferme,
réellement. L'abandon de celui-ci,
car ses mains trop larges laissaient se
puis son mariage avec Joséphine la
répandre au fur et à mesure l'or gajettent au désespoir ' .... De royaliste
gné par sa peine; mais ne croyons pas
qu'elle était, elle de,ient républicaine
Goncourt lorsqu'il dit - n'ayant nulle
et court à cheval à côté de Du phot,
connais~ance des Souvenirs et laissant
fils d'un plâtrier. J&gt;
dans sa biographie de la Guimard une
MARIE-LOUISE:, h!PÉRATRICE DES FRANÇAIS.
Bien qu'elle ne l'aimât pas comme Dessi11 de DuRA,&lt;o-DucLOs, d'après le buste sculpté à Compiègne par Bos10. lacune de dix à quinze ans - qur,
elle avait aimé Bonaparte, elle s'était
« dans le ménage d'artistes, l'Empire
laissé fiancer au jeune général. Elle
ne ramena ni la fortune ni l'aisance 5 JJ.
demeurait à Rome, au palais Cortini, chez la vie du prince de CondJ et celle de Turenne.
Les beaux temps, au contraire, sont reveson beau-frère Joseph, ambassadeur de la Nous allâmes nous promener fort longlemps nus pour le vaudevilliste et, en 1807, il a
1. On se rappelle que Mme Joseph Bonaparle était
la sœur de la fulure Mme Bernadollc.
2. Ilonaparle el Désirée s'étaient fiancés à Morscille et devaient se marier au printemps de 1795.
Lé séjour à Paris du général, qui fréquenlail la société de füne Tallien el y connut Mme de IJeauharnais, devail modifier ses projels. Mlle Clary, délaissée,
se montra jusl.emeot froissée cl conçut dès lors une
haine implacable pour celui qu'elle avait sincèrement
aimé. Sur Désirée-Eugénie (ce dernier 110m était le
vrai, celui dont elle signait ses lettres à Bonaparle),
voir: füron Larrey, Madame Mè1·e, l. I; Baron de
Uischild, Désirée, 1·eùte de Suède et de Norvège :
Comtesse d'Armaillé, ])ésfrée Clar·y (Revue des /l ,v11es, 15 octobre 1896) ; l,a premiè1·e fiancée de Sapoléo11, d'après les documents livrè; il la pnb!icité
par S. M. Oscar H, roi de Suède; Frédéric füsson,
Napoléon el les Femmes; N.émofres de /Jarras, éd.
par il. ~- Duruy, t. 1, et La. Ré_volulio11 [,ra11çaise,
H janvier 1895, )1. J. V1gmcr, La 1erreur à
Marseille, d'après un manuscrit de la Bibliolhèque
municipale.
3. Le W mlrs 1ï9û, jour du ,mriagc de Julie

Clary avec Joseph, Bernadotte ne se doutait guère
que deux ans après il épouserait l'ancienne fiancée de
Napoléon. Au mariage de Joseph Bonaparte, le bouillant Bernadotte s'élait montré d'une grande inconvenance. • La cérémonie touchait à sa fin, dil un manuscrit de la Bibliolhèquc de Marseille (v. RJvohtlio11
f rançaise, 14 janrier 1895), le cèlébrant prononça
une allocul,on. Il exprima des vœux pJUr le repos et
la délivrance de l'Eglise et de la Patrie asserv1œ ....
Celte partie de l"allocution déplut à l'un des assistants,
omcier r lpubl icain ; même elle Pxcita tellement son
fanatisme révolutior.naire qu'oubliant tout à la fois le
respect qu'il devait à la réunion, à ses hôtes cl même
il son chef, il lit entendre contre l'orateur des menaces
de dénonciation qu'il Lenla aussitôl d"exoculer en se
clirigcant brusquement vers la porle .... Son hùtcsse
le prérint au mème instanl à la porte dont elle s'empara de la clef. Stupéfté de cet acte de hardiesse, la
confusion de cet officier augment, guand il vit s'approcher Napoléon qui, avec non moms de calme que
d"aulorité, le ramcua à sa place, après lui avoir fait
envisag-cr toute l'élcnduc des malheurs crue son acte
incons1tléré aurait attirés sur toute sa famille. » L'au-

leur de cette algarade n·était autre que Bernadotte,
futur marècbal d"Empire et roi de Suède.
4. Mélancolique et « sensible -o, Desirce avail les
larmes lrès faciles. Elle aima d'abord son mari, c'est
un fait, d'abord en haine de Bonaparte, puis pour luimêmc. « Cel amour, dit la duchesse d'Abrantès, devint un vrai fléau pour le pauvre Ilèarnais qui, n'ayant
rien d'un héros de roman, se lrourait même forl embarrassé quelquefois de son rôle. C'étaient des larmes
continuelles. Lo1"squ'il était sorti, c'était parce quïl
était absent. Lorsqu'il devait sortir, enrore des larmes;
et lorsqu'il renLJ·ait, elle pleurait encore parce qu'il
devait ressortir, peut-être huit jours après... mais
enfin i I devait ressortir. » Plus lard, reine de Suède,
mais vivant le plus qu'elle pouvail à l'aris, Désirée
(;lary éprouva les mêmes langueurs el les mêmes
émolions devsnt le duc de Hichelieu qu'elle a poursuivi en Allemagne sous l'Empire, q~'elte retrouve
président du Conseil sous la Rtslaurat10n. l'n passage
assez mystérieux des Mémoires de Mme d'Abrantèi
se trouve cclairé par quelques lignes du médisant
Thiébaull.
5. Goncourt ajoute au,si la Restauration cl ci te une

HISTORIA

Cliché Giraudon.

ELISABETH DE FRANCE
FILLE DE.HENRI IV, HO! DE FRANCE, ET FE,\li\lE DE PIIILIPPE IV, ROI D'ESPAG E
Tableau de RUBENS. (;\\usée du Louvre.)

�,

_____________________________

]ë.JfN-C.TTE'N'N'E DëS'P'J{ÉAUX - - ~

bitude d'avoir la tête baissée et de porter le
ventre en avant.
&lt;&lt; Eh bien, interrompit !'Empereur,

« Il n'y avait pas de violon. L'Empereur
sonna pour qu'on allât en chercher un dam
le château. On apporta un violon, mais

une place stable; il est inspecteur du théâtre
de l'Opéra et des Tuileries. Comme il a gardé
religieusement les traditions de l'ancienne
cour, on s'adresse souvent à lui pour certains
détails du cérémonial des fêtes impériales.
Est-il vrai, comme il s'en vante, qu'il ait
parfois joué le rôle d'un vrai maître des cérémonies? En tout cas, il assista aux solennités
de l'Empire et son récit du mariage de Napoléon et de &amp;tarie-Louise en fait foi : la mine
triste d'Eugène de Beauharnais et de sa sœur
en signant le contrat qui chassait leur mère
du trône, l'attitude ou contrainte ou gênée
de chacun des membres de la famille impériale, tout, jusqu'au dandinement de Cambacérès;« qui signe les yeux à moitié fermés »,
y e,t décrit par un témoin qui a vu ce qu'il
raconte.
Sur le séjour à Compiègne des nouveaux
époux, Despréaux apporte des détails curieux.
Napoléon lui a fait dire de donner des leçons
de maintien à l'Impéralrice. Il arrive au cbàteau où « il est comblé de caresses » et où
Duroc lui fait attribuer un appartement.
« Voici, raconte Despréaux, ma première
entrevue arnc l'impératrice. Une personne
habillée en blanc, très simplement, entre
dans le salon rond où j'attendais . .. . Elle
avait le front baissé et laissait pendre ses
bras. Je me levai aussitôt et saluai d'une
révérence.... Je mis des gants blancs, lui
pris la main et commençai ma leçon, en
faisant d'abord marcher l'impératrice. La
Beine de Naples entra au moment où j'étais
dans une petite discussion avec Sa Majesté
qui , pour marcher en avant, avait grand soin
de poser la pointe du pied la première. La
Beine de Naples arrêta adroitement la leçon,
me prit à part et me dit que j'étais dans le
vrai, que celte manière de faire n'avait pas
raison d'être et qu'Abraham, son ancien
maître de danse, lui avait enseigné le contraire ainsi qu'à ses enfants.
« Je dis alors à !'Impératrice : « Je demande bien pardon à Votre l\lajeslé, mais je
ne puis laisser passer cette faute. Car, si,
pour marcher en avant on est obligé de poser
la pointe du pied la première, il faudrait
donc, pour marcher en arrière, poser le
talon le premier. »
« Celle phrase était à peine achevée que
!'Empereur entra : «Bonjour, monsieur Despréaux, dit-il, vous avez bien des choses à
faire. &gt;&gt; Puis se tournant vers Marie-Louise :
&lt;&lt; li faut, Madame, que vous exécutiez tout
ce que monsieur Despréaux vous dira, et je
ne vous mèuerai à Paris, que lorsque vous
smrcz bien vous tenir, marcher et danser. »
« Je m'adressai alors à Napoléon : « Sire,
le maintien ne peut se changer aussitôt qu'on
le désire; il en est ainsi de toutes les habitudes. Sa Majesté, en marchant, a pris l'ha-

portez, Madame, le ... contraire en arrière. »
Je n'ose pas écrire le mot dont se servit
Napoléon. La Reine de Naples, sa dame
d'atours restaient pétrifiées ....
« Je pris aussitôt la maiu de l'I mpéralrice
et la fis marcher aussi noblement qu'il me
fut possible, en lui disant à voix basse ce
qnïl fallait faire. Ayant élevé un peu la voix
pour lui conseiller de porter la tête plus
haut et de détacher le menton qui touchait
la poitrine, l' Empereur dit très haut : « Oui,
oui, \'OUS avez raison. Vous \'Ons teniez autrefois en archiduche,sc; il faut maintenant
vous tenir en impératrice. »
« L'Empereur avait compris la faute grossière qu'il venait de commettre. Il se mit à
marcher fièrement devant une grande glace
et à rn faire des révérences profondes,
disant chaque fois : « Eh bien, monsieur
Despréaux, est-ce comme cela? 1&gt; Et le danseur d'expliquer les différents saluts, en
quoi se distinguait la révérence du supérieur
envers l'inférieur et réciproquement. Napoléon sembla acquiescer et, tout d'un coup,
demanda à Despréaux de lui apprendre à
valser.
&lt;&lt; li passa son liras par-dessus mon épaule,
et nous nous mîmes à valser; mais comme
je sentais que la force qu'il déployait nous
allait Lous les deux étendre à terre, je le
priai de s'arrêter. Il courut aussitôt vers
Marie-Louise, lui donna de petites tapes sur
les joues, l'embrassa et voulut danser avec
elle.

comme il n·y avait personne pour en jouer,
Napoléon dit : « Vous, Despréaux, qui
faites tant de choses, vous devez sans doute
savoir jouer du violon. »
« Alors, continue Despréaux, je pris l'instrument cl, le tricorne à plumet sous le
bras, l'épée au côté, je me mis à jouer du
violon et à danser avec !'Empereur, qui sautait comme un cabri, en me disant qu'il
avait appris autrement avec un célèbre professeur. Pendant plus d'une demi-heure il
sauta et fil les pas sautés de la danse lrès
en mesure, mais en tenant les genoux ployés.
li me parla ensuite de la danse des • Tricotets) I&gt; et lui ayant répondu que c'était la
danse favorite d'Uenri IV, il voulut la danser
sans savoir. Alors me voilà nez à nez avec
Napoléon.... Je me mis à faire le pas des
« Tricotets l&gt; el Sa lllajesté, en sueur, cherchait à les imiter et à faire le pas favori
d'Henri IV. Il trouva cette danse charmante,
et j'eus la malheureuse idée de lui proposer
d'organiser, à la prochaine fête, un quadrille
avec celle danse et des costumes de la
même époque. Il me répondit oui, mais je
vis à son visage que c'était non .... Je m'étais
cru encore à Versailles 1 et n'avais pas pensé
qu 'Henri IV ne pouvait aller avec cette nouvelle cour.... »
Avec ce récit de la leçon de danse de Napoléon se terminent les pages curieuses des
&lt;1 Souvenirs » de Despréaux. li est fàcheux
qu'il ne nous ait pas laissé ses impressions
su.· la Restauration, don t il s'était empressé

lcttrc de la Guimard chargeant son ami Desentclles
de plaider 1:i cause de son mari auprès du comte
Deugnot pour l'obtention d'une pension viagère.
Lt lettre est du 19 octolirc 1814; la Guim•rd s'y réclame des services r,:indus sous Louis XVI cl non
des emplois sous l'Empire. Est,cc à dirç que Despréam n'a pas Li~n vécu pend31ll cc temps ? Ou

changement de r(gime venait son nouvel embarras.
1, Les Tricolels, danse ancienne qu'affectionnait
Henri IV. Elle est composée de quatre couplets sur
des airs différcnls; le dernier Pst: Vive Uenri quatre.
Ou a nommé ainsi un trépignement de pieds
qu'llenri IV faisait en dansant la fin du dernier couplet des Tricotets et qui marque exactement la nleur

des cinq syllalics de ~oire et de ballre. Ce piétinement, quo19uc fort s1~p,lc, fait grand effet quand il
est execute avec préc1S1on par tout un quadrille,
(Note de IJespréa u, dans l'ht de la Dame.)
2. Des quadrilles avec costumes Henri IV avaitnl
étn remis à la mocle par Maric-Anloinctle. (V. Co1·1•e,~po11da11ce de l\lcrcy. j

C IIATEAU DE M ORTEFONTAINE. -

Gravure de

VILLIERS JEUNE,

d'après

CONSTANT

BouRcE01s.

�r-

'1
1

111STO'}t1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

de solliciter les faveurs. La Guimard, qui,
pendant le temps de l'Empire, a obtenu peu
à peu pour son mari les emplois et pensions
qu'il demandait, recommence en 18f4 à
réclamer l'appui du gouvernement pour la
régularisation de leurs pensions viagères et
implore le comte Beugnott. Après les CenlJours, Despréaux était nommé inspecteur
général des spectacles de la Cour, professeur
de danse et de grâce à l'École royale de musique et répétiteur des cérémonies de la
Cour.
La Guimard habitait alors rue de Ménars,
entourée toujours de l'admiration de son
mari, saluée de la vénération fidèle d'anciens
amis. C'est pour satisfaire l'exigence de
ceux-ci, curieux de l'évocation d'un passé
qui rappelait ~es anciens triomphes, que
Despréaux, toujours à l'affût d'inventions
divertissantes, imagina de &lt;( faire assembler à
l'artiste septuagénaire quelques pas des ballets où elle avait eu le plus de succès i&gt;. La
Guimard refusait mollement, se retranchant
derrière la décrépitude de son corps atleint
par la vieillesse. Son mari insista, fit dresser
dans son salon un théàtre dont le rideau
d'avant-scène ne laissait voir que les genoux
et les jambes des acteurs. Despréaux et sa
femme, affublés dans les parties visibles,

au-dessous du rideau, d'une tunique pailletée
et de la chaussure traditionnelle, cachaient
leur corps· vieilli et ne montraient que des
jambes et des pieds qui paraissaient jeunes.
« Et ce spectacle, ajoute Charles Maurice
dont on tient ces détails, était des plus séduisants en ce qu'il prêtait par l'imagination
de l'esprit à la danse visible, eL du dramatique à la pantomime qu'on ne voyait pas'. l&gt;
Le succès de celle représentation fut prodigieux et l'on sollicitait en foule des places
pour les représentations futures. Au bout de
cinq ou six soirées, la Guimard épuisée dut
reMncer à se donner encore une fois en spC'ctacle.
Elle n'avait plus au reste longtemps à
vivre. A deux heures de relevée, le 4mai 1816,
mourait à soixante-treize ans la plus illustre
danseuse du dix-huitième siècle•. Sa mort
passa presque inaperçue dans le P_aris de la
Restauration qui avait oublié ses retentissants
succès d'antan. A peine les journaux du
temps consacrèrent-ils quelques lignes nécrologiques à l'ancienne Terpsichore 4 •
Despréaux devait survivre quatre ans à
C( l'adorable amie l&gt;, à l'épouse qu'il avait
tant aimée et dont il disait :

1. Lcllrc à Desenlelles, citée par Goncoul'l.
2. Épaves de Charles Maurice·, Nouvelle Revue
rél1·ospectivc, l. Il.

5. Jal, Dictio1maù-e critique de biographie cl
d' ltisloire.
4. Journal de Paris du 7 mai.

Elle prom•e depuis vingt ans,
Par sa grâce el son caractère,

Qu'on a l'art d'arrêter le tcmp~,
Quand on a l'art de plaire.

A l'abri du besoin, grâce à ses pensions,
mais donnant toujours à mains ouvertes,
Despréaux, philosophant au milieu de quelques amisr écrivait jusqu'à la dernière heure.
Ce n'étaient plus des chansons, mais des
maximes comme celle-ci : c( Ne laissez
jamais connaître le fond de votre bourse,
car mus seriez tourmenté et votre bon cœur
finira par céder, et quelque orage imprévu
vous mellra dans la gêne. »
Toute sa vie, Despréaux n'avait guère mis
cette maxime en pratique; le gai chansonnier
a,·ait un cœur d'or et se montrait d'une générosité très supérieure à ses ressources. C'est
dans un moment de gêne causé par des libéralités de ce genre qu'il écrivait en 1818 :
cc J'approche du soir de la vie el, lorsque
je pense aux tristes et exécrables événements
que j'ai vus et aux mallieurs que_j'ai éprou1·és, je me dis : &lt;c Allons, Jean-Etienne Despréaux, pense donc à loi l C'est beau d'être
généreux! mais il est bien pénible d'être
vieux et pauvre. Fais ce qu'un ancien philosophe di~ail : « Il vaut mieux enrichir ses
ennemis après sa mort que d'av_oir besoin de
ses amis pendant sa vie. »
Impossible d'avoir mieux mis en pratique
le contraire de ce qu'il conseillait si bien.
Dans le philosophe-chansonnier, il était resté
le fastueux maître de ballet!
COMTE

Retour d'Italie
Quelque temps après son arrivée à Paris
(après la campagne d'Italie et le congrès de
Rastadt 011 il avait présidé la légation française), Bonaparte demanda qu'on l'autorisât à
faire revenir une partie dé sa maison qu'il
avait lai~sée à RasLadt.
J'hésitais à le suivre, car j'ignorais alors
que ma radiation de la liste des émigrés avait
été prononcée le 1 t novembre.
Bonaparte me dit avec l'accent de la plus
grande indignation :
- Venez, passez le Rhin sans crainte ....
Ils ne vous arracheront pas d'auprès de moi,
je vous en réponds ....
Bonaparte a dit à Sainte-Hélène qu'il n'était
revenu d'Italie qu'avec trois cent mille francs.
Je lui ai connu à celle époque un peu plus
de trois millions.
Comment d'ailleurs, avec trois cent mille
francs, aurait-il pu suffire aux réparations,
à l'embellissement et à l'ameublement de sa
maison de la rue Chantereine?

Comment aurait-il pu mener le train qu'il
avait avec quinze mille francs de rente et les
appointements de sa place?
D'ailleurs, peu importe.... Personne ne
l'accusera jamais d'avoir dilapidé.
C'était un administrateur inflexible; les déprédations l'irritaient et il faisait sans ces~e
poursuivre lt&gt;s fripons avec la vigueur de son
caractère.
Les frères de Bonaparte, voulant a voir tout
pouvoir sur son esprit, s'efforcèrent de diminuer l'influence que donnait à Joséphine
l'amour de son mari. lis cherchèrent à exciter sa jalousie et profitèrent pour cela du
srjour qu'elle fit à Milan ap1·ès notre départ,
séjour autorisé par Bonaparte.
Admis dans l'intimité de l'un et de l'autre,
j'ai été assez heureux pour adoucir ou empêcher beaucoup de mal.
Je n'ai été contre elle, et malgré moi,
qu'une seule fois : c'était au sujet du mariage
de sa fille Horlense, Joséphine ne m'avait pas
encore parlé de ce projet. Bonaparte voulait
donner Hortense à Duroc ; ses frères poussaient à ce mariage afin d'isoler Joséphine de
sa fille, pour laqueUe Bonaparte avait une
tendre amitié. Joséphine voulait la marier à
Louis Bonaparte.

FLEURY.

Les plus magnifiques apprêts furent fails
au Luxembourg pour la réception du vai,,queur d'Italie. La grande cour de cc palais
fut élégamment décorée; quand le général
enlra, tout le monde se tenait debout et découvert. Les fenêtres étaient occupées par les
plus jolies femmes.
Cependant la cérémonie fut d'un froid glacial. Toul le monde avait l'air de s'observer
et l'on remarquait sur toutes les figures plus
de curiosité que de joie et de reconnaissance.
Il faut dire aussi qu'un événement fàcheux
augmenta celle tiédeur générale. L'aile droite
du Palais n'était pas occupée; on y faisait de
grandes réparations; il y avait beaucoup
d'échafaudages aux mansardes et l'on y avait
placé un factionnaire pour empêcher d'y monter. Un employé au Directoire parvint cependant jusque-là, mais, à peine eut-il mis le
pied sur la première planche, qu'elle fit bascule el l'imprudent tomba de toute cette hauteur dans la cour, qu'il éclaboussa de sang.
Cet accident causa une stupeur générale: de's
femmes se trouvèrent mal ; les fenêtres fu•
rent en grande partie évacuées. Quelques esprits pessimistes - il y en a toujours - se
plurent à voir dans celte chute le présage de
celle de MM. les Directeurs.
BOURRIENNE.

.... 3q ,..

PAUL GAULOT
~
1

-

La duchesse de Berry,
fill~ du Régent
travailla en femme qui a pour elle le pouvoir
de l'alcôve. Le duc de Berry n'était pas de
taille à résister à celle direction impérieuse,
et bientôt des symptômes de désunion éclatèrent entre les deux frères. Mais elle avait
compté sans un événement qui déjoua ses
plans : Monseigneur mourut (1711 ). Le duc
de Bourcrorrne devenait dauphin, la duchesse
0 0
de BQurgogne dauphine! es mlr1gues se
retournaient contre elle. Sa fureur fut grande
d'un tel contretemps; toutefois, elle n'était
pas encore allée si avant qu'elle ne p~t revenir
en arrière : elle étala une douleur unmense
et chercha à noyer dans les larmes fort peu
sincères que lui arrarhait cette mort le souvenir de ses machinations impolitiques. Les
deux frères s'aimaient assez pour que la
réconciliation fût possible.
L'orgueil n'était pas le seul défaut de cette
princesse; elle en avait de moins relevés.
Boire et manger avec excès était pour elle un
plaisir. Sa grand'mère nous a laissé sur ce
point des détails bien curieux : &lt;( Madame de
Berry ne mange guère à dîner, et il est im-

Ce fut assurément le plus étrange ménage
princier dont l'histoire ait •co~servé. le souvenir. Il semble pourtant, a n exammer que
la surface, que les deux époux dussent se
convenir.
Le duc de Berry n'était point mal de sa
personne : assez grand, assez gros, il _avait
les cheveux d'un beau Llond, et son visage
marquait par sa fraicheur une brillante_ sa~té.
Il ne manquait ni de bonté ni de d1gmté_;
malheureusement, lïntelligence ne répondait
pas à ses autres qualités, et, c~mm~ il ~'ét~it
que le troisième fils du Dauphm, c est-a-dire
le plus éloigné du trône, o~ avai~, à d_ess~in
peut-être, négligé fort son educ1llon, s1 bien
que c'est à peine s'il savait lire et écrire.
li n'était pourtant pas sot, et se connaissait
assez pour savoir dans quelle infériorité intellectuelle il se trouvait, ce qui augmentait
encore sa timidité, partant sa maladresse et
même sa nullité en bien des circonstances.
Et il lui arrivait parfois de s'en plaindre et
d'en vouloir au roi ainsi qu'au duc de Beauvilliers, qui avait été son précepteur. JI en
laissa un jour échapper le douloureux aveu
devant madame de Saint-Simon : cc lis n'ont
songé qu'à m'abêtir, lui dit-il en gémissant,
et à étouffer tout ce que je pouvais être.
J'étais cadet, je tenais tête à mon frère; ils
ont eu peur des suites, ils m'ont anéanti; on
ne m'a rien appris qu'à jouer et à chasser,
et ils ont réussi à faire de moi un sot et une
bête, incapable de tout et qui ne sera jamais
propre à rien, et qui sera le mépris et la risée
du monde! »
La duchesse de Berry, qui n'al'ait que
quinze ans, mais qui possédait autrement
d'esprit que son mari, ne tarda pas à le
juger et à le mépriser. Le malheur , ou lut
qu'il fût précisément amoureux fou de sa
femme; elle saisit cette occasion de prendre
sur lui un empire absolu. Il ·n'y avait pas
huit jours qu'ils étaient mariés qu'elle faisait éclater son caractère allier, dominateur,
et toutes les ardeurs d'un tempérament violent, d'une nature sans scrupules et sans
freins.
Pleine de dédain pour sa mère, - une
bâtarde, - pour son père si faible, si dépourvu de volonté, elle prit d'elle-même
une telle idée qu'elle se trouva fort mécon.
PHILIPPE D'ÜRLÉANS, RÉGENT DU ROYAUllE.
lente de ne venir qu'après la duchesse de G,-avu,-e d'AuDIBRAN, ct'afn!s le tableau d'IIYACINTUE
Rrc•uo. (Musée de Versailles.)
Bourgogne. Sans égards pour les bontés que
sa belle-sœur lui témoignait, sans pitié pour
l'affection profonde et sincère qui unissait le
possible qu'il en soit autrement, car elle se
duc de Bourgogne et le duc de Berry, elle
fait apporter, avant de se lever, toute espèce
entreprit de brouiller les deux princes, et y
de choses à manger ; elle ne bouge pas de son

s . .

lit avant midi; à deux heures elle se met à
table, elle n'en sort guère avant trois heures,
elle ne fait aucun exercice; à quatre heures
on lui apporte encore des aliments de tout
rrenre des fruits de la salade et du fromage;
0
'
'
à dix heures elle se met à rnuper; entre une
ou deux heures elle se couche; elle boit l'eaude-vie la plus forte. l&gt;
Elle en buvait si bien qu'elle s'enivrait souvent à perdre connaissance et à rendr~ partout ce qu'elle avait pris, sans ~e souCJer _le
moins du monde du scandale quelle donnait,
et sans êlre jamais retenue ni par la présence
de son mari, ni par celle de son père.
Ce n'est pas tout: l'eau-de-vie et la paresse
ne régnaient pas seules sur elle, et ses mœurs
étaient déplorables. Débauchée sans vergogne,
elle s'abandonna à la galanterie la plus effrénée, et ·cela, avec si peu de retenue, avec une
telle hardiesse d'effronterie, que le duc de
Berry ne put longtemps rester dans_ l'ig~orance de ses débordements. Quelle s1tual1on
pour un petit-fils du roi qui ne pouvait guère
faire cesser ce scandale que par un scandale
toujours timide et
Plus o«rand encore! Mais
. pour cette
bonasse, avec un reste de pass10n
femme qu'il avait tant aimée, il n'osait se
plaindre trop haut, el, dans bien des cas, il
se contenta de prendre pour confidente madame de Saint-Simon, à qui il fit de bien
élranrres
aveux. Toutefois
il y eut, de
temps,
0
.
•
en Lemps, des révoltes dans ce mari trompe
et bafoué, qui n'ignorait rien de ce qu'on
disait de la singulière .affection qui Ûnissait
le père et la fille, et Saint-Simon fait discrètement allusion à une scène violente, dont on
ne devine que trop la cause, en raison même
de sa discrétion. C( Ses particuliers journaliers
et sans fin avec M. le duc d'Orléans, dit-il en
parlant de celle princesse, et où tout languissait pour le moins quand il (le duc de Berry)
y était en tiers, le mettaient hors des gonds.
Il y eut enlrd eux: des scènes très violentes et
redoublées. La dernière, qui se passa à Rambouillet, par un fâcheux contretemps, attira
un coup de pied dans le cul à madame la
duchesse de Berry, et la menace de l'enfermer dans un couvent pour le reste de sa vie. n
Mais la duchesse n'ét,it pas femme à céder
aux menaces; toutefois, elle pouvait craindre
que son mari exaspéré n'avertît enfin le roi,
et ne lrouvàt chez lui un appui dont elle
aurait eu tout à redouter; le hasard la servit
selon ses désirs.
Le duc de Berry, fatigué d'une femme
aussi altière, aussi fausse, aussi coupable, se
laissa aller à une aventure avec une femme
de chambre de la duchesse, aventure qui
aboutit à une grossesse.

�LA

111S TORJ.Jl
La duchesse, mise au courant de l'intrigue,
songea avec joie à en tirer parti. Elle déclara
à son mari qu'elle n'ignorait rien des torts
qu'il avait envers elle, mais qu'elle ferait sur
eux le silence et lui laisserait toute liberté,
si, de son côté, il consentait à lui en laisser
autant, sinon qu'elle irait se plaindre au roi
et ferait chasser cette femme de chambre si
loin qu'il ne la reverrait de sa vie. Le pauvre
prince n'o,a répliquer; une fois de plus, il
courba la tête et se résigna.
Le duchesse se sen Lit alors tout à fait
libre, et il n'est folie que rnn imagination
surchauffée par l'eau-de-vie n'inventât pour
le désespoir des siens. Ne s'avisa-t-elle pas de
1,'amouracher d'un écuyer de son mari, La
lla)·e, qu'elle fit chambellan, mais qu'elle ne
put faire Leau, si l'on en croit Saint-Simon :
« C'était un grand homme sec, à taille contrainte, à \'isage écorché, l'air sol et fat, peu
d'esprit el bon homme à cheval. »
li ne lui suffit pas d'rn faire son ammt,
elle désir,1 bien plus et rêva quelque chose
qui sortit &lt;lu commun : elle voulut se faire
enlever par lui, el très sérieusement lui proposa de fuir en Hollande.
La Haye fut effrayé d'une telle proposition,
plus effrayé encore de la fureur qu'elle fit
éclater en voyant son peu d'empressement à
l'accepter. Il se précipita chez le duc d'Orléans et lui avoua l'étrange fantaisie de la
duchesse.
- Que diable ma fille veut-elle faire en
Uollande ? Il me semble qu'elle passe fort
joliment sa vie dans ce pays, répondit le bon
père qui s'entremit pour faire entendre raison
à s;t fille el parvint à la détourner de cette
équipée insensée.
Au milieu de tous ces incidents .honteux
ou ridicules, la duchesse trouva moyen d'être
enceinte, mais non celui de mener à bien sa
grossesse. Elle ne changea en rien son régime
de mangeaille et de boisson ; elle accoucha à
sept mois d'un enfant qui reçut le titre de
duc d'Alençon (26 mars i 715), mais ne le
porta qu'un mois, car il mourut le 26 avril
suivant.
A celle époque, elle était cependant une
des espérances de la famille royale, que des
deuils répétés avaient étrangement réduite :
le grand Dauphin, fils de Louis XIV, était
mort le 14 avril 1711; le duc de Bourgogne,
fils ainé du grand Dauphin, avait suivi sa
femme dans la tombe, l'année suivante (1218 février i 7 i 2) ; il ne restait, en dehors de
Philippe V devenu roi d'Espagne et comme
tel exclu de la couronne de France, qu'un
petit prince de trois ans, le duc d'Anjou, fils
du duc de Bourgogne. Que ce frèle enfant
vînt à mourir, et le duc de Berry devenait
dauphin, la duchesse eût été la future reine
de France.
La destinée conserva la vie du petit duc
d'Anjou, qui fut Louis XV, et le duc de
Berry mourut avant son grand-père, Louis XI V.
On ne peut pas dire que la France ait eu
sujet de s'en réjouir, car le règne du duc de
Bt!rry n'eût certes pu être plus déplorable,
plus néfaste que celui de Louis XV; mais du

moins cette mort épargna à la monarchie la
honte de compter au nombre des reines dé
France une femme comme la duchesse de
Berry. On n'était pas habitué à un Lei éclat
de scandale, car, sauf quelques exceptions
restées sinon douteuses, du moins discrètes,
l'adultère, dans la famille royale, semblait
aussi régi par la loi salique, - et résené
aux mâles.
Le duc de Berry eut-il, dans ses derniers
jours, l'épouvantable doultmr de saroir son
épouse non seulement infidèle, de cela il ne
pouvait douter, mais inceslueuse?Oui, si l'on
en croit Maurepas, qui rapporte ce trait dans
ses mémoires : « Sa conduite avec son père
était si publique que M. le duc de Berry,
souffrant impatiemment tous les discours qui
se tenaient à ce ~ujet, fit mettre l'épée à la
main à M. le duc d'Orléans sur la terrasse de
Marly, où il le trouva. lis furent bientôt
séparés l'un et l'autre, et l'affaire fut élouUëe
de façon qu'on n'en a presque point parlé. »
Certes, la chose est plausible; toutefois,
on peut hé~itrr devant cet unique témoignage. Testis unus, Lestis 1111llm. Ce qui
semble prouvé, c'est que le pr;nce, las de
supporter tant de hontes à ses côtés, s'apprêtait à se plaindre au roi et à lui demander
de le délivrer d'une telle épouse, lorsqu ïl
mourut.
On a donné plusieurs ,ersions des causes
qui amenèrent 5a mort. Saint-Simon croit au
poison; celle cropnce ne parait reposer sur
aucun indice sérieux. Il est plus naturel de
l'allribuer à un accident de chasse. Le duc
de Berry fit une chute de cheval et se rompit
une mine, ce qui lui fil perùre beaucoup de
sang. Cropnt son mal sans gravité, et désireux de ne pas alarmer le Yieux roi attristé
des nomLrcuses morts qui avaient moissonné
presque toute sa descendance, il défendit à
ses valets de parler de cet accident. &lt;1 Lorsqu'il avoua ce mal, écrit la princesse Palatine, il était trop tard pour qu'on pût y porter
remède, et, comme ptlrsonne ne savait celle
chute, les méd~cios ont rensé qu'il était malade par mite de srs excès de table; on lui a
fait prendre force prises d'émétique, ce qui
a encore a,·ancé sa mort. Il a dit lui-même
à son confesseur, le Père de la nue : « Ah 1
c1 mon Père, je suis la seule cause de ma
c1 mort. 1&gt; Il s'en est repenti, mais il était
trop lard. »
Sous son lit el sous ses meuble~, on trouva
des assielles toutes pleines de sang.
C'est le vendredi 4 mai 1714, à quatre
heures du matin, qu'il expira dans sa vingthuitième année. Il laissait sa femmeenceinte;
mais celle grossesse ne réussit pas mieux
que la première; la princesse se blessa dans sa
chambre el accoucha le 18 juin d'une fille qui
ne vécut que douze heures.

Cette mort rendait plus liLrc encore la duchesse de Berry; toutefois, le roi vivait toujours, et ne semblait pas moins à redouter,
maintenant qu'il ne se trouvait plus dans
.., 316 ....

l'obligation de ménager sa petite-fille à cause
de son petit-fils. Ce dernier obstacle disparut:
le l" seplemLre 1715, Louis XIV s'éteignit
à Versailles. Le duc d'Orléans devint régent
du royaume pendant la minorité de Louis XV.
Qui oserait désormais s'opposer aux caprices
de la fi lie préférée du régent?
Bien que personne ne s'attendit à voir celle
princesse changer de conduite et mener une
existence plus digne de sa naissance, plus
digne aussi de la veuve d'un petit-fils de
France, on eut lieu d'être surpris du déchaînement avec lequel elle se livra aux passions
les plus extraordinairas, au libertinage le
plus effréné, et ses folies dépassèrent toulrs
les prévisions.
Elle avait auprès d'l'lle une façon de fayorite, jolie, bien faite, intelligente, mais intri~ante et rouée autant qu'on peut dire. C'était
la fille d'un sieur Forcade!, petit commis, et
d'une de ses fl'mmes de chamLre : celle-ci,
deYenue veuve, avait longtemps fait mt'nage
arec un homme marié. La princesse Palatinr,
parlant d'eux, lrnr fait l'application d'un
proverbe de son pays : « On peul dire &lt;JUe
tout cela, c'est du beurre puanl et des œufs
pourris. » Mais peu importait à la duchesse
de Berry quand elle était coiffée de quel'JU'un; elle songea à bien établir sa favorite
el dénicha un vieux gentilhomme, M. de
Mouchy, qui avait toutes les qualités requises
pour de1·enir l'heureux époux d'une telle
femme. Usé de corps, très faible d'esprit,
« franc bœuf à embâler 1&gt;, comme dit SainlSimon, il ne fut là que pour faire gloire l l
donner à l' « étrange poulette 1&gt; que fut rn
femme un nom honorable qu'elle s'empressa
de dé,honorer.
Elle ne Larda pas à jeter son dévolu sur un
petit-neveu du duc de Lauzun, un jeune cadet de la maison d'Aidie, le comte de füom,
el elle en fit son amant. Ce n'était pas qu'il
fût beau, non; le· portrait qu'en a tracé la
princesse Palatine ne laisse pas d'illusions à
cet égard : c1 Il n'a ni figure ni taille; il a
l'air d'un fantôme des eaux, car il est vert (l
jaune de visage; il a la boÙchc, le nez et les
yeux comme les Chinois; on pourrait le
prendre pour un magot plutôt que pour· un
Gascon qu'il est; il est fat et n'a pas du tout
d'esprit; une grosse lèle enfoncée entre de
larges épaules : on voit dans ses yeux qu'il
n'y voit pas bien; en somme, c'est un drôle
fort laid. 1&gt; Elle va même jusqu'à ajouter:
cc li a l'air aussi malade que s'il avait le mal
français. 1&gt; Ce que Saint-Simon, plus réservé,
exprime en ces termes : &lt;1 C'était un gros
garçon court, joufilu, pâle, qui, a1·ec force
bourgeons, ne ressemblait pas mal à un
abcès. J&gt; Par quels mérites cachés sut-il séduire la Mouchy? C'est ce qu'on chuchotait
tout bas : il paraît qu'il était « très vigou. reux », el l'on contait que madame de Polignac était restée enfermée deuxjoursaveclui !
Cette réputation attira l'attention de la
duchesse de 8:!rry, fatiguée de La Haye, et
qui avait vainement cherché dans maintes
passades la satisfaction de ses sens impérieux. Elle voulut tâter, elle aussi, de cc

mâle dont on vantail la vi~ueur, et elle demanda à la Mouchy de lui céder sa place
dans un de sfs rendez-vous amoureux.
La Mouchy avait trop d'esprit pour être
jalouse, jalouse surtout d'une princesse d'o!•
venaient Lou tes sort~s de Liens. Elle con•cnt1l
à la substitution, et füom, averti, s'y prêta
galamment. Le lendemain, continuant l.a
plaisanterie et feignant d'avoir été dupe, 11
disait en riant :
- Voyez celle madame de Mou, hy qui a

rien, et fiiom trônait entre ses deux maitresses, heureux comme un coq, insolent
comme un parvenu. Déférent envers laMouchy,
il se montrait souvent de la dernière grossièreté arnc la duc·hesse. li se plaisait à la traiter
comme une ft'mrne &lt;le bas étage, critiquant
sa toiltlle, 1,làmant ses projets, contrecarrant
tous ses goùts. Et la malheureuse, qui s'efforçait d'auta1,t plus de lui plaire qu'il témoignait plus d'exig.,nces, était parfois au dése~p,,ir, versait J'abo11da11tes larme;, cl s':illa1t

Co:ssEu. DE

l'air grosse comme une mauviette : cela
tient une place énorme dans un lit.
A partir de ce momt!nt, le palais du Luxembourg, que le régent avait donné pour résidence à sa fille, devint ltJ thé.itre de Lous les
scandales et rasile du plus extraordinaire
ménage à trois qui se pût voir en pareil
lieu; c'étaient chaque jour des orgies, auxquelles, par un raffinement de dépravation,
on conviait un Jésuite, le Père Riglet, lequel
ne dédaignait pas de faire sa partie en de
telles réunions, mais s'en tenait, il est bon
de le croire, aux propos gaillards dans lesquels il était passé maitre.
Le &lt;I bœuf embâté 1&gt; de Mouchy ne disait

DUCHESSE D'E 1J'E.1(1(Y, 'FTLL'E DU 'R._tG'EJYT _ . _

REGE:SCE. -

que causait à lui et à l'État la conduite scandaleuse de sa fille; à maintes reprises, il
tenta quelques remontrances et essap de
parler en père. Ce n'était pas son affaire : la
duchesse n'avait pas l'habitude de l'entendre
ainsi ; elle le rabroua fortement, et se vengea
sur lui des insolences de Riom. De cette
façon, elles ne sortaient pas de la famille.
Car son orgueil n'avait en rien diminué;
jamais femme n'eut moins le sentiment de sa
dé1:ù{-ance. Il semblait que tout lui fùt pcr-

D':zprès un lab!uu du Musée de Versailles.

recommanJ~r à la Mouchy pour qu'elle la
raccommodàt avec ce drôle qu'elle adorait.
El la Uouchy travaillait à la réconciliation,
certaine de n'y rien perdre du côté de Riom,
certaine d'y gagner du côté de la princesse.
Celle-ci avait eu beau faire fermer les
portes du Luxembourg et des jardins, au
grand mécontentement des gens qui avaient
l'habitude de s'y promener et qui avaient
rimé, à celle occasion, des couplets trop
libres pour être reproduits, on n'ignorait
rien de ce qui se passait dans ce palais. Les
habitants, d'ailleurs, ne se cachaient guère.
Le duc d'Orléans, alors à la tête du gouvernement de la France, comprenait le tort

mis. Une seule chose restait chez la princesse
qui jetait parfois un nuage dans son âme : la
peur de la mort, avec ce qui suit la mort,
l'enfer, la damnation éternelle. Comme beaucoup de ses contemporains, elle n'était vraiment athée qu'en bonne santé! Un peu de
fièvre la ramenait à Dieu.
Dans ces moments-là, elle quittait son palais el se rendait chez les Carmélites du faubourg Saint-Germain; elle accomplissait tous
les offices, priait, jeûnait et se mortifiait.
Mais la chair était la plus faible : elle revenait
bien vite à Riom.
Trois années · environ se passèrent ainsi.
L'été, elle se transportait à Meudon qu'elle

�•

111STO'J{1.l!
préférait à Amboise, et elle. y continuait ~a plément de l'abso!ulion rcç?c : il ~allait la table caractère de la princesse ne se démenmême existence. On peut Juger quel dc- prévenir de ce qm se passait. Le regcnt, le tirent point même dans cc moment : elle
sordre régnait dans sa maison; ses dettes cardinal et le curé e11 disputaient entre eux ; envoya une bordée d'injures à son père po_ur
la faihlesse Pt ponr la sot11se
s'accumulaient. ...
qu'il montrait en se laissant faire
Cependant un accident facile à
la loi par ces (! cafards, qui abuprévoir survint ; la duchesse se
saient
de son état et de leur catrouva enceinte : elle était veU\'e
ractère
pour la déshonorer par un
depuis cinq ans. C'était un peu
éclat inouï ». Le duc d'Orléans
tard pour donner un héritier à
ainsi malmené revint piteusement
son mari; aussi chercha-t-on à
Yers le cardinal et le curé, el,
cacher cette aventure. Par malinvoquant
la grande faiblesse de
heur, la duchesse n'avait cessé ni
la malade, sollicita d'eux qu'ils
de manger ni de boire avec excès,
mu lussent bien patienter.
et cette grossesse, assaisonnée de
Ce n'est pas la patience qui leur
vins el de liqueurs fortes, se prémanquait : le cardinal demeura
senta fort mal; lorsque le terme
deux heures encore au Luxemen fut proche, l'étal de la pauvre
bourg, et ne s'éloigna qu'après
femme devint tel qu'on conçut
avoir constaté que sa présence
· pour sa vie les craintes les plus
était inutilP, non sans avoir recomsérieuses.
mandé
au curé la plus grande vigiVivre mal, c'était jeu de prinlance. Sur ce point, il fut obéi à
cesse, pourrait-on dire, mais non
souhait, et l'on ne pourrait croire
mourir mal. La superstition réveilla scène qui se passa alors si l'on
lait al()rs les sentiments religieux,
n'avait à ce sujet le récit de Saintet la malade appelait de tous
Simon qui, par madame de Saintses vœux l'absolution el les derSimon, dame d'honneur de la duniers sacrements. Le Luxembourg
chesse de Berry, était bien placé
dépendait de la paroisse de Sain~pour tout savoir : C! M. le duc
Sulpice : le curé fut mandé aussid'Orléans
se hâta d'annoncer à
tôt·, la malchance voulût que ce fùt
Madame sa fille le départ du
un honnête homme et un prelre
cardinal, dont lui-même se lrou\·a
imbu de ses devoirs. L'abbé Lanfort soulagé. Mais, en sortant de
guet accourut, mais, désirant évila chambre, il fut étonné de trouter un suprême scandale dans ces
ver le curé collé tout près de· la
conjonctures, il exigea pour donner
porte, et encore plus de la déclal'absolution que le palais fût netration qu'il lui fit que c'était là le
ÉLISABETII- CllARLOTTE o'0RLÉANS (PRIKCESSE PALAîlNE),
toyé de ses souillures, en un mot
poste qu'il avait pris et-0ont rien
Tableau d'IIYACINTUE RIGAUD. (Musée de B uda-Peslh.)
que Riom el la _Mouchy dé,guerne
le ferait sortir, parce qu'il
pissent au plus vite. Il le declara
ne voulait pas être trompé sur les
nettement au duc d'Orléans.
Le rérrenl qui connaissait sa fille, prévit c'était à qui se déchargerait de la mission. A sacrements. En cffd, il y demeura ferme
" qu'une
'
. la fin, le régent prit un moyen terme, entr'ou- quatre jours, et les nuits de même, excepté
l"opposition
telle mesure rencontrer~1t
de la part de la duchess?, et t~nl~ d,e. fa1~e vrit la porte de l'appartement de sa fille, el de courts intervalles pour la nourriture et
fléchir la ri oueur du cure. Celm-c1 n en de- par l'entre-bâillement fit part à madame de quelque repos qu'il allait pren~re _chez lui,
mordit poin~. Le régent crut se tire~ ?'~ffaire ~fouchy de l'empêchement survenu et des fort près du Luxembourg, et la1ssa1t en son
poste deux prêtres jusqu'à son retour; enfin,
en lui proposant de remettre la dec1S1on au conditions imposées par le clergé.
Cc que la Mouchy répondit, on peut s'en le dan()'er passé, il leva le siège. &gt;&gt;
cardinal de Noailles. L'abbé Languet accepta
La duchesse,· en effet, survécut à cette
l'arbitrage de son évêque,. en réservant s?n douter : la colère lui inspira les paroles les
droit de lui exposer les motifs de sa condmte plus insolentes sur les exigences ridicule, de crise : elle accoucha d'une fille et parut se
ces « caaots », et sur la honte de supporter rétablir. Toutefois ces scènes odieuses et ridien cette affaire. Le cardinal fut appelé.
"
.
.
Pendant cette discussion, les gens de l'en- un pareil affront. Elle alla averllr sa ~ai tresse cules avaient fait sur son esprit une profonde
touracrc de la duchesse avaient introduit un et revint informer le régent, le cardinal et le impression, et elle éprou~a le dé~~r ~•e~ préCordelier, lequel, léger di) scrupules et h_eu- curé que la duchesse refusait nettement de venir le retour. Elle eut d abord l 1dee bizarre
reux de jouer un bon tour au curé de Samt- se séparer dti Riom el , d'elle-même, la de se vouer au blanc pour six mois, elle et
sa maison, et, à ce propos, fit fabriquer un
Sulpice, reçut la co~fe~sion de la_ malade. Mouchy.
. . .,
Le scandale prenait des proporl10ns mqu1e- carrosse dans la construction duquel le fer
Cela facilitait, sembla1t-1l, la soluuon de la
questioi;i des sacrements, et le duc d'Orléans tantes. A défaut du père qui n'avait sur sa fut remplacé par l'argent. Puis, pour met~re
se flattait d'un dénouement favorable, lorsque fille aucune autorité et se dérobait à un devoir sa conscience à l'abri, elle forma le proJet
qu'il se sentait tout à f~it inca~able de r~m- bizarre d'épouser Riom.
le cardinal arriva.
Certes, c'était un beau rêve pour ce cadet de
II écoula le régent, il entendit le curé; plir, le cardinal de Noailles prit le parti ~e
mais comme celui-ci avait à haute voix parler lui-même à la duchesse, et voulut pe- Gascogne, mais il était petit-neveu de Lauzun,
affir~é ses droits à un refus, le cardinal nétrer dans sa chambre. Le régent craignit lequel lui avait souvent raconté son aventure
n'osa passer outre et lui donna complètement que cette intervention directe n'ame_nàt ,un amoureuse avec la grande Mademoiselle. li
raison, ajoutant qu'il l'exhortait à ne pa_s se état fâcheux chez sa ûlle et demanda qu on envisagea sans trop d'étonnement un dénouedépartir de ce qu'il avait exigé, et de veiller la pré,1nt au moins de cet~e ,visite. De ~ou- ment qui le mettait au comble de la fortune.
en outre à ce que les sacrements ne fussent veau, par la porte entre-bâ1llee, on avertit la La Mouchy n'eut garde de contrecarr~r son
malade .... La réponse qu'on en reçut n'eut amant en l'affaire : que lui importait une
pas administrés par surprise.
union qui ne chan()'erait rien à ses relations
Cependant, dûment confessée par le Cor- lieu de satisfaire personne.
"
.
Le tempérament orgueiUeux el l'indomp- avec Riom et consoliderait leur situation à
delier, la duchesse de Berry attendait le corn-

.

,

_______________________ LA

tous deux? La duchesse sauta le pas, et un
mariage secret la fit femme de ce petit gentilhomme, auquel t.out venait à souhait par la
peur du diable et Ja crainte du curé Languet.
Mais le séjour du Luxembourg rappelait
de trop désagréables souvenirs; la duchesse
de Berry, à peine remise, quiUa ce palais et
se rendit à Meudon. Là, plus libre, elle reprit
son existence habituelle, Lien que la fièvre
ne Ja quillàt guère. Sa grand'mère, la princesse Palatine, en marque son inquiétude :
C! Je crois que les excès de la duchesse de
llerry pour le manger et le hoire la mellront
en terre. » La Mouchy, complice de ses excès,
lui apportait dans la nuit &lt;( à manger toutes
sortes de choses, des fricassées, des petits
pâtés, des melons, de la salade, du lait, des
prunes, des figues ; elle lui donnait à roire
de la bière à la glace &gt;&gt; •
Ce régime déplorable devait amener un
prompt dénouement. Soit qu'elle en eût le
pressentiment, soit que, dans son immense
orgueil, elle éprouvàt quelque dépit de tenir
secrète fût-ce la plus folle de ses actions, la
duchesse manifesta la Yolonté de déclarer puLliquement son mariage. N'était-elle pas
veuve, riche, maîtresse de sa destinée?
Ce fut un nouveau coup pour le ri:gcnt.
Faire revenir sa fille sur une aussi extravagante résolution, certes il le tenta; mais,
toutes les raisons du monde ne puuvaient
rien contre l'entêlement de la nouvelle épousée. Il se résolut à un acte de rigueur; il
donna l'ordre à M. de Riom de rejoindre surie-champ son régiment qui faisait partie de
l'armée du maréchal de Berwick alors en Navarre. niom n'osa résister et partit. De la
sorte, on gagnait du temps.
La jeune femme accepta sans trop de récriminations cc contretemps, et, confiante dans
son influence sur son père, clic se flatta de
le ramener à ses volontés par la douceur.
Elle imagina, dan, la première quinzaine de
mai, de lui donner un souper sur la terrasse
de Meudon. Dans l'état où elle se trouvait,
avec ses fréquents accès de fièvre, rien n'était
plus dangereux; on lui en fit l'observation;

DUC1fESSE DE BE'Jt,'Jt.Y, r1LL'E DU ~'ÉG'ENT

naturellement elle n'en voulut point démordre.
Le souper commença à sept heures du soir et
se prolongea fort avant dans la soirée. La
nuit même, son mal s'aggrava dans des proportions inquiétantes.
Mécontente du séjour de Meudon, elle crut
qu'elle rn remettrait plus facilement à la
Muette; elle s'y fit transporter dans un carrosse, couchée entre deux draps, le dimanche
14 mai. Elle était bien changée déjà : la
fièvre la minait constamment, et elle était
devenue aussi maigre et aussi sèche qu'elle
avait été grasse. La princesse Palatine !'alla
voir le dimanche suivant, 21 mai. &lt;! Je la
trouvai dans un lriste état, dit-elle; elle
avait des douleurs si affreuses aux plantes et
aux doigts des deux pieds que les larmes lui
en venaient aux Jeux. Je vis &lt;jue ma présence
l'empêchait de crier, et là-de~sus je partis.
Je lui lrouvai très mauvaise mine; on a fait
tenir une consultation par trois docteurs : ils
ont résolu de la saigner au pied, on a eu de
la peine à l'y dédder, car sa douleur aux
pied, était si imupportable qu'elle jetait lis
hauts cris lorsque les draps du lit ne faisaient
que la froisser .... »
Le mal empirait d~ jour en jour, et laissait de moins en moins l'espoir d'une guérison pour cette femme usée par tant d'excès.
La Mont'hy prévit la fin, et songea à se faire
nantir largement pendant qu'il en était temps
encore : elle amena la princesse à lui donner
un baguier de deux cent mille écus. Celle
fois, la mesure était comble; le duc d'Orlérns,
irrité de celle cupidité et de celte effronterie,
sortit de sa bonasserie accoutumée et chassa
la Mouchy, ainsi que son benêt de mari.
Celle mé~hante femme partie, son déplorable ascendant sur la duchesse disparut, et
les scandales du Luxembourg ne se renourelèrent pas. La malade reçut les derniers sacrements avec piété, le 15 juillet.
Elle vécut deux jours encore. Son médecin
ordinaire, Chirac, ayant déclaré ses soins
impuissants, on fit venir un empirique du
nom de Garus qui lui donna d'un élixir de sa
composition. Cette boisson sembla ranimer la

--

..

moribonde, mais l'effet n'en fut pas durable.
Dans la nuit du i6 au 17 juillet 17HI,
entre deux et Lrois heures du matin, le dénouement fatal arriva. La morl fut douce :
on eût dit que la pauvre femme s'était endormie. Elle n'avait pas vingt-cinq ans.
L'autopsie démontra qu'elle ne pouvait
être sauv(c. cc Sa tête était toute pleine d'eau;
elle avait un ulcère dans l'estomac, un aulre
dans la hanche; le reste était comme de la
bouillie, et le foie attaqué. »
On ne lui fit point de funérailles publiques;
le corps fut porté, la nuit, rn secret, à SaintDenis.
Pendant cc temps, la MoucLy dinait en
nombreuse compagnie, hU\'ait du champagne
et se linait à une joie indécente. Qu'auraitelle regrellé? Elle arait tiré de rn maitresse
tout ce qu'il était possible, et même au delà;
par un tour digne d'elle, ne s'était-elle pas
fait confier par Riom les pierreries et lrs cadeaux qu'il avait reçus de la princesse I Ce
n'étaient point des scrupules de conscience
qui l'empêchaient d~ voler son amant....
Lui, du moins, eut une tenue plus décente : il montra toute la peine que lui causait cette mort. On dit même, que dans
l'excès de son chagrin, il ne fut pas exempt
de quelque exagération, manifestant le des•
sein d'en finir avec la vie. C'était trop : des
amis le rappelèrent à la raison; il y revint
sans effort, se consola et reprit son existence
de plaisirs et de galanteries.
Seul, le duc d'Orléans ressentit une profonde tristesse de la perte de celle fi Ile
chérie. La dernière nuit, il l'avait veillée jusqu'à la fin et lui avait fermé les yeux. cc Mon
fils est affligé dans l'âme, écrit la princesse
Palatine, et d'autant plus qu'il voit bien que,
s'il n'avait pas eu une complaisance excessive
pour sa chère Jille, et s'il avait plus agi en père,
sa fille serait encore en vie et bien portante. &gt;&gt;
Malgré ce témoignage, on éprouve quelque
embarras à s'attendrir devant cette douleur.
On voudrait être certain que les larmes répandues ainsi ne furent vraiment que les
larmes d'un père ....
PAUL

G,\CLOT

�LES A'É'J(OST1'E'J(S DE l.A 'J{'ÉPU'Bl.1QU'E

MAURICE DUMOULIN

•

Les aérostiers de la République
Après avoir jeté les Volontaires aux frontières, converti le bronze des cloches en
canons, le plomb des faîtages en balles; après
avoir arraché le salpêtre nécessaire à la poudre
aux vieux murs, aux voûtes des caves humides;
après avoir mobilisé pour la défense du sol
de la pairie tous les savants de la République,
siégeant en commissions permanentes et travaillant sans relàche dans des laboratoires, la
Convention demanda aux élémmts mêmes une
aide contre l'étranger. Pour un peu, elle eût
ravi la foudre au ciel pour la lancer contre
l'envahisseur.
Une science nouvelle était née dans les dernières années du règne de Louis XVI : celle
de !'aérostation; on s'était engoué pour elle.
Montgolfier, Pilâtre de Rozier, Charles, Robert,
Blanchard avaient été les protagonistes fêtés
d'une découverte dont la mode s'empara.
Des esprits ferti les et d'aimables plaisantins
profilèrent de l'engouement général pour
lancer les idées les plus saugrenues qu'on
accueillit sans sôurciller : les uns préconisaient (( une diligence aérienne )&gt;; les autres,
comme Blanchard, qui se contenta de l'exposer, mais ne l'expérimenta jamais, construisirent une mathine à voler.
Dans le domaine de la pratique, les a,ccn'sions avaient été assez nombreuses, assez
coordonnées, assez étudiées, pour qu'on pùt,
scientifiquement, songer à tirer parti des
ballons pour sau\'Cr la Patrie en danger. En
l'an Il, une commission fut nommée pour
rechercher de quelle utilité ils pourraient être
aux armées en campagne. Elle se composait
de Monge, de Berthollet_, de Fourcroy et de
Guyton de Morveau; ce dernier, passionné
pour les nouveautés aérostatiques, en fut le
rapporteur.
Guyton, ancien avocat géuéral au parlement
de Dijon, était un chimiste remarquable. II
s'était, comme toute la Bourgogne, passionné
pour les nouveautés aérostatiques et, par deux
fois, en 1785 et en 1784, il avait fait, la
dernière fois avec un aérostat à rames, des
ascensions libres qui avaient eu le plus grand
succès. Il était donc qualifié mieux que personne pour rédiger les conclusions de la
commission. Elles furent d'autant plus favorables que, depuis longtemps, son attention
avait été attirée sur l'utilisation des aérostats
aux armées.
Carnot écrivait, le 15 février 1795, à son
BrnLIOGRAPHIE : Arclt. nal. A. fi 1, 2~0, clc. Auuno,
Recueil des actes du Comité de Salut public; BAnO,i
Sr.1.LE DE BEAUCHAMP. Souveufrs de la fin du
xrm• siècle; 0.-co~EAU, Notice sm· Coutellr, llulletin
de la Société des leures du Mans, t. li; DA11ooux,
rïotice sur le général i\Icusnicr; CAZALAS, Sabretache, 1909.

ami, Antoine Bussard, un avocat d'Arras qui
préconisait ce moyen d'observation en campagne:
Guylc,n m'a souvent parlé du parti que l'on
pourrait tirer à la guerre des ballons; vous vous
rencontrez à ce sujet; il pense qu'ils pourraient
être infiniment utiles : je n'en doute pas, mais
c'est à nos généraux :i faire usage de Ioules les
ressources de leur art; on ne peut pa~ leur rien
prescrire à ce sujet et il est à craindre qu'ils ne
suivent encore longtemps leur routine.

A la suite de son rapport, en juin de la
même année, Guyton fut chargé de faire des
expériences qui allaient aboutir à la création
du corps des aérosticrs.
Le 29 juillet, le C()mité de Salut public
énivait aux représentants du peuple aux
armées pour les informer qu'on avait décidé
l'emploi de ballons militaires el les inviter à
« conférer a me les généraux de l'utilité qu'on
pourrait retirer de ces ballon, pour obscner
la marche de l'ennemi ». La C( routine ,&gt; des
génrraux, comme le disait Carnot, allait être
mise à une rude épreuve.
Mais, rn ce, matières, il fallait tout créer.
On avait décrété l'aéro,talion militaire : restait
à l'organiser. Il n'y arnil ni ballon ni aéroslicrs. Tout au plu, une vieille enveloppe
recherchée par le miuistre de l'lntéricur cl

expédiées à Paris en suite de l'arrêté du
Comité de Salut public du 8 germinal an IL
Le 20 octobre 1795, on réquisitionna un
domaine national, le château et le parc de
Meudon : l'ancienne demeure de Servien et
de Louvois; on y installa le premier parc
aérostatique, sous la direction de Coutelle, de
Conté et de Lhomond.
On ne pouvait mieux choisir.
Coutelle, à celle époque, était âgé de
45 ans; né au Mans, passionné de physique,
il avait, le premier dans celte ville, construit
un paratonnel're qu'il plaça sur la maison de
son pèrP, notaire; il avait appliqué aussi avec
succès l'électricité à la guérison des maladies.
Venu à Paris en 1772, chargé de l'éducation
des neveux du physicien Charles, il se lie
d'amitié avec lui, use de son laboratoire et
étudie les gaz.
Conte était de l'Orne; il avait à celle époque
58 ans et se trouvait dans toute la force de
son génie inventif; successivement il avait été
luthier, peintre, mathématicien, topographe,
physicien et chimiste. Il s'était signalé en
rendant facilement utilisable une découverte
à laquelle il avait coopéré, mais qui n'avait
été a'ppli,1uéc 'que dJns de, expériences de
laLoratoirc : la décomposition de l'eau par le
fer rouge, cc qui supprimait l'emploi de
l'acide suliuriqur. fort rare à celle rpoque.
Ces ·trois hommes également ardents à
mener à Lien la tâche qu'on leur avait confiée
rn mirent aussitôt 11 l'œuvre.

Par arrêté du 4 brumaire an li (25 octobre 1795), signé de Robespierre, de Carnot,
de C.-A. Prieur, de Collot d'Herbois, de Billaud-Varenne et de Barère, le Comité de
Salut public décrétait en ces termes qu'&lt;m
eùt à sortir de la théorie pour entrer dans la
pratique :

Co:-1nL
D'après un portrait dll Cabinet des Esl3mpes.

DE

sur laquelle Guyton avait fait ses expériences
el les deux mcelles qui ~e trouvaient « dam
les salles de la ci-devant Académie de Dijon l&gt;

Il sera préparé le plus promptement possible
un ballon capable de porter deux hommes pour
faire, sans corde, des observations à l'armée du
t'lord; les préparatifs de celle machine seront
faits de manière qu'elle puisse, sous huitaine,
être employée au quartier général.. ..
JI sera remis il cel effet une somme de
50.000 livres enlre les mains du citoyen Coutelle
pour subvenir ü Ioules les dépense;.... Il sera
alloué aux citoyens sus dénommés (Coulelle, t:oolé
el Lhomond) un traitement de 20 lirres par jour
indépendamment de leur; frais de voyage.
Enfin il sera délil'ré à chacun un passeport et
une commission oslrn~ible, a6n que l'objet cle
leur fonction demeure inconnu, excepté au général de l'armée du Nord el aux représentants du

peuple à qui ils seront tenus de les communiquer
el dont ils prendront les ordres.
Coutelle partit le 8 brumaire, Lhomond
devait le suivre avec les charrois, conlenant
les dix grands tuyaux de fer, pris aux Invalides par réquisition du 6 el nécessaires à la
production de l'hydrogène par la décomposition de l'eau.
On l'accueillit fort mal à l'armée du Nord.
Le représentant Duquesnoy écriYit au Comité :
&lt;C Je crois qu'un bataillon nous vaudrait
mieux qu'un ballon »; ajoutant : &lt;( il n~us

mais « sous cord~s ,i, il del'ait être monté Charles et de Robert, il avait lu à l'Académie
par c&lt; deux observateurs qui essayeraient la des Sciences un « Mémoire sur l'équilibre
correspondance des signaux, s'exerceraient à des machines aérostatiques, sur les différents
faire la reconnaissance du pays et à dessiner moyens de les faire monter el descendre et
la carte dans cette position ».
spécialement sur celui d'exécuter ces maOn n'avait pas, pour cela, abandonné l'idée nœuvres sans jeter de lest et sans perdre d'air
d'utiliser les ballons libres; on étudiait à inOammable, en ménageant dans le ballon
Meudon ce délicat problème et on y accueillait une capacité particulière destinée à renfermer
les propositions d'inventeurs qui envoyaient de l'air atmosphérique », mémoire dans
au Comité les résultats de conceptions sou- lequel il expose des règles de manœuvre envent utopiques. On se souvint que le Général core suivies et découvre l'utilité du ballonnet
Meusnier, qui av~it été membre de l'ancienne a air compen•atèur qui assure les mouve-

BATAILLE DE FLEURUS

est arr}vé, hier, de votre part, un citoyen
nomme Coutelle, en qui je n'ai pas beaucoup
de confiance el je crois qu'il est du nombre
de ceux qu! ont sans cesse cherché à tromper
la Conventwn et ses comités. » L'aéroslier
revint à Paris, fit sori , apport au Comité et
tin décida d'abandonner, pour cette fois
l'e~treprü,e projetée. Dans son arrêté (4 fri~
maire an II, 24 nov. 1795) le Comité déclare
que &lt;c la campagne est trop avancée i&gt;, que
les &lt;( obstacles de la saison » sont un empêchement.
, ?i~n qu'elles aient une part de vrai, ce
n eta1t .pas là les véritables raisons.
. On s'était trompé, mais on ne rnulait pas
1avouer officiellement. L'aérostat fut, de
~ouveau, transporté au Petit-Meudon et utilisé comme ballon captif. Non plus libre,

v. -

H1STOR1A. -

Fasc. 3ç.

·

-

.

Gr

av ure

d B
•
·
e ERTHAuLT, d apres

SwEeACH-DE,FONTAINES.

Académie des sciences et qui venait de mourir
ments du ballon, garantit de l'instabilité verà Ca~sel des suites de. blessures reçues deYant ticale, sans perte de gaz.
Mayence, avait fait, disait le Comité de Salut
L'année suivante, élu membre de l'Acadépublic, &lt;&lt; un travail considérable sur les aéromie des Sciences à trente ans, Meusnier resta~s et les moyens d'en faire d'utiles applipr~nait ~es ~ravaux et les complétait par les
cation~ . »_. On rechercha ses papiers, on fit
tr01s memmres que recherchait le Comité et
~erq~1S1t1on?er à son domicile, place Saintqui sont aujourd'hui aux Archives nationales :
Sulprce, pu,s' dans sa maison à. Cherbourg
les sept pages de « Précis des travaux faits à
pour retrouver les manuscrits où étaient
l'Académie des Sciences pour le perfectionneconsigné~ les ,ré~ultàts de ses expériences.
~ent des mac?ines aérostatiques ll, qui conMeusmer eta1t de la Touraine. Eofant
c'était un petit prodige; il avait fait à so~ ltenl une esqmsse de la possibilité de diri•er
0
les ballons, en s'appuyant sur la théorie du
ex~mi~ateur d'entrée à l'École de Mézières,
C(, ~étacentre. ,i ; les treize pages de l'État
qm lm demandait &lt;c Que savez-vous? J&gt; cette
gener~I
des poids des différentes parties d'une
fière réponse : &lt;&lt; Ioterrogez•moi sur ce que vous
mach'me aérostatique calculée pour porter six
save~. l&gt; Devenu lieutenant du génie, il s'était
hommes et calcul de la stabilité de la machine
pas~10nné en 17~5 pour les dé&lt;.:ouvtrtes aéroet des moments d'inertie de toutes ses parties
stallques. Le surlendemain de l'ascension de
pour déterminer son métacentre et la durée
... 321 ...
21

�- - 111STOR._1.Jl

L'ES Jf.'É~OST1'E~S D'E LJl 'J{ÉPUBUQUE _ _ ,

L'expérience fut répétée plusieurs fois et
avec plein succès; les Autrichiens tirèrent
sur le ballon; ce fut en vain, le globe plana,
se moquant des boulets et des balles.
En présence d'un paro:&gt;il résultat,
Guyton décida de faire concourir
l'aérostat aux opérations du siège
de Charleroi, investi par l'armée de
Sambre-et-Meuse. Pour le conduire
de Maubeuge à Charleroi on fit des
prodiges; on sortit, tout gonflé,
l'Ent1'ep1·enanl de la place, en le
faisant rebondir sur la triple enceinte de remparts et de fossés,
puis on le conduisit, à la corde,
sur la route de Namur. Il arriva
devant Charleroi pour assister,
après une ascension qui révéla le
désarroi de la garnison, à la capitulation de la place. Le soir, la
compagnie s'en fut cantonner à
Gosselies. Le lendemain, 8 messidor an li (26 juin 1791), se livrait
la bataille de Fleurus.
Sous l'effort de cinq colonnes
convergeant de trois point~ de l'horizon, les Autrichiens, dans celle
célèbre journée, comptaient bien
culbuter le faible demi-cercle des
troupes françaises, commandées
par Jourdan, qui s'offraient à leurs
coups a,·ec Charleroi pour centre.
A trois heures du matin, l'action
s'engageait; à quatre heures, la
compagnie d'aérostiers avec le ballon prenait position au moulin de
Jumet, proche le quartier général.
Aussitôt, on lui donne son wl ;
CAPTIF DE GOUTELLE. DEVANT ~1AYENCE ASSJl;;GtE, EN 1795.
Jourdan, le général en chef, el
D"après une tslampe du temps.
Saint-Just, le représentant du peuple, sont à ~es pieds. lis attendent
le
résultat
des observations de Coutelle el
nées à chaque bout. Dans ce fourneau en
du
général
Morlot,
transmises par des billets
briques, on plaça sept tubes de fonte qu'on
insérés
dans
des
petits
sacs de sable dont
emplit de limaille et de tournure de fer; ces
tubes, scellés à chaque extrémité, communi- l'envoi leur était annoncé par des signaux. A
quaient par des tuyaux à une cuve en fer chaque missive, dit le baron de Selle de Beauplacée en contre-haut qui les alimentait d'eau. mont, lieutenant de la compagnie des aérosOn chauffait ces tubes au rouge : l'eau se liers, témoin oculaire, dans des Mémoires, si
décomposait; l'hydrogène dégagé descendait rares qu'on peut les considérer comme inédans une cuve inférieure saturée de chaux où dits, leurs figures se renfrognaient.
L'aérostat, toujours en l'air, se bornait à
il se purgeait de son carbone et de là, par de,
enreaistrer
le flottement de nos lignes et, à
tubes flexibles, pénétrait dans le ballon qui
o
un
certain
moment,
le commencement d'un
se gonflait lentement sous une tente dressée
très haut. Il fallait de 56 à 40 heures pour mouvement de retraite.
Le feu ouvert sur les Autrichiens par les
remplir l'aérostat.
canons
de Charleroi, qu'ils croyaient toujours
Durant le siège on fit quelques ascensions.
en
leur
possession, changea la face des choses
Le ballon portait, attachées à la corde qui
l"enceignait, deux autres cordes, tressées et à cinq heures du soir la bataille de Fleurus,
exprès, d'une longueur variant de quatre à d'abord perdue pour nos troupes, était gagnée
six cents mètres. Ces cordes, maintenues par par elles.
Sur la part de l'Enll"eprenanl dans celle
deux groupes d'hommes dont l'action était
journée,
les militaires d'autrefois comme ceux
indépendante et de sens contraire, assuraient
la stabilité de l'aérostat. La première ascen- d'aujourd"hui font des réserves formelles.
sion permit de se rendre compte de la dispo- Soult, Championnet, Jourdan déclarent unasition de l'armée ennemie; gràce à lui on nimement que cette « machine » est fort
s'avisa d'une supercherie alors fréquente : le embarrassante el inutile. Guyton, au concamp avait plus de tentes qu'il ne complait traire, envoya au Comité de Salut public celte
lellre enthousiaste :
d'hommes.

par le procédé de Conté ; la décomposition
de l'eau.
On construisit donc un grand fourneau
à réverbère, garni de deux hautes chemi-

des oscillations, tant dans le sens de tangage
que dans celui de roulis »; et enfin les plans
de construction de celle machine; le devis
estimatif, qui s'élevait à 5i5.462 livres, et
les tables de résultats et d'expériences. Lorsqu'on eut tout cela,
on travailla d'arrao.:he-pied pendant
quatre mois. li fallut renoncer à
employ-er des ballons« sans cordes»
et revenir aux aérostats « sous
cordes ».
Après une dernière expérience
faite à Meudon le 9 germinal an
Il (29 mars 1794), on décida, le
1:i germinal (2 avril), la création
d'une « Compagnie d'aérostiers »
pour « le service d'un aérostat portant deux observateurs •.
Les cadres de la Compagnie de
nouvelle création étaient restreints:
22 hommes « dont la moitié au
moins aura un commencement de
pratique dans les arts nécessaires
à ce serviœ, tels que maçonnerie,
charpenterie, serrurerie, peinture
d'impression cl chimie pneumatique 1&gt;, deux caporaux, un serg("ot,
un sergent-major faisant fonctions
de quartier-maitre, un lieutenant
et un capitaine. L'uniforme était
celui du génie : habit, veste,
culotte d'étoffe bleue, passe-poil
rouge au collet. parements noirs;
comme armement &lt;l un sabre court
et deux pistolets ».
Pour l'organisation et la solde,
la compagnie était traitée« comme
une compagnie de chasseurs » et
recevait, ainsi que les autres trouAÉROSTAT
pes, un « supplément de campagne».
Coutelle fut nommé capitaine de
celle compagnie et Conté, par arrêté du i er floréal an Il (20 avril 1794 ), Conté, dont « le
zèle et l'intrlligence avec lesquels il avait coopéré depuis plusieurs mois aux épreu \'es aérostatiques &gt;&gt; étaient proclamés, fut chargé de
la direction du parc de Meudon.
Le 14 Oort!al, C.-A. Prieur (Prieur, de la
Côte-d"Or), le neveu de ce Guyton, qui dans
son zèle écrivit de sa main presque toutes les
minutes des décisions relatives aux aéro:,lals,
donna au nom du Comité l'ordre à la Compagnie de partir le 16 pour Maubeuge, alors
assiégée par l'ennemi et, le 21, Guyton était
envoyé à l'armée du Nord avec la mission spéciale de« surveiller et diriger les opérations de
1'aérostat el de la compagnie des aérostiers »,
qui était directement placée sous ses ordres.
Le ballon, qu'on avait baptisé l' Enh·eprenant, transporté par des charrois de ré4uisition, arriva devanL Maubeuge, lorsque la place
était débloquée d"un côté. Les aérostiers
purent donc y pénétrer sans difficulté. On les
logea dans l'ancien collège, dont les jardins
furent transformés en usine. flien n'était
moins simple que de produire de l'hydrogène

J'~i _eu !a satisfaction de ,oir les généraux
apprecaer I usage de cette noul'elle ma, hine de
guerre, au point d'y monter eux-mêmes pour
observer. Le général )loriot I esl rcslé deux heures
la lunel_tc :1 _la main, hier malin. Il a jeaé de là
d1:u1 avas qua on~ été portés ,ur le champ :iu ~éneral en chef et 11 est persuadé qu·ils ont contribué à di-eider de.&lt; dispositions utile, ....
yadjudaut général chargé dP la partie secrète
m rnforme de la déclara lion des déserteurs sur
l'im~ression qu'à failcs sur les esclaves l'éltirntion
de 1aérostat et ses longues stations à 1:,0 et
~00 _toises p_cndanl la durée d'une des plus grandes
bata1lles r1ua se soient données.

que : jusqu'alors, les ballons étaient faits en priés &gt;&gt; les jeunes gens se destinant à l'aérosbaudruche, pellicule tirée de- l'estomac du Lation.
~uf ou de celui du mouton; sur la proposiLe programme comprenait « les mathétion de Vandermonde, anrien membre de matiques, la physique générale, la chimie,
l'Académie des Sciences, en fructidor an Ill, la géographie, le lever du terrain et les
on adopta le taffetas de soie, dont les coutures dilférents arts mécaniques relatifs à l"aérosétait collées à la gomme, pour en faire l'en- talion et les manœuvres militaires 1 •
veloppe des nouveaux aérostats. Vandermonde
Les études pratiques devaient porter « sur
commanda à Lyon 5000 aunes d'étolfe pour les lr~vaux relatifs à la fabrication, à la récet usage.
paration, aux dispositions et aux manœuvrt&gt;s
Enfin, le 18 brumaire an III 3 1 octobre des machines aérostatiques 1&gt;, ainsi que sur
1791-) !'aérostation militaire prit définitive- &lt;1 !a construc1ion et la disfosition des appament rang parmi les corps auxiliaires de l'ar- reils •.
mée par la création de « !'École des aérosDe Selle donne la note exacte :
Les élèves,
soumis au rérrime
militaire '
•
0
tiers ».
mangeaient et travaillaient en commun. Leur
Sa_n, prétendre ~diculem1•11t, dit-il, qu'on
Cette école était placée à Meudon. Conté journée était ainsi réglée : après le premier
d~ 1 a11 au ballon le gam cle la hataille, on ne peut
n_11•~ que son effet matériel el mor:11 n'eùt parti- en était nommé directeur, et Bouchard sous- appel à 7 b. 1/2 jusqu'à 9 heures, leçon de
c_1p1•, au succès. :'lou! sùme, positivement que directeur : les représentants du peuple mathématique; jusqu'à 10 heures récréa1effet de celle magnafique tour avait porté une Trulla~d :t Rougemont étaient choisis pour tion, puis jusqu'à midi classe de rréograespèce d1• découragement parmi les soldats étran- co~m1ssa1res. Les élèves, au nombre de phie, qui délmtait par la « lecture de; Bulle~c~·s &lt;1ui n'arnient nu_lle i~éc d"unc chose pa- soixante, divisés en trois sections de vingt tins de la Comention »; dessin et écriture
1e_1lle ... ·. Tous les pr1sonn1ers regardaient d'un hommes sous le commandement d'un sous- jusqu'à 2 heures.
,
œal stupide celle énorme machine ....
Venait alors le diner, après le911elque,-u11, étaient prèts à ~P jeler
r1uel pendant 1 heure et demie se
a. genoux c_l i1 l'adorer, tandis CJU&lt;'
faisait « l'école d'armes, de postd autres, lua montrant lt• poin,. d'un
air farouch!', répétaient c•n le;r lantio~, . de marche el de peloton;
gue : c&lt; Espions, espions! Pendu, ~i
puis Jusqu'à 6 heures, les élèves
rous êtes pris. •
étaient laissés libres « pour réfié~hir aux différentes leçons de la
JOurnée ». La retraite était battue
à 8 h. i '4 et après la lecture des
A la suite des premiers résulrésumés
de leçons faite par trois
tats obt~n?s au siège de Maubeuge,
élèves choisis, on sonnait l'exlincle Com1te de Salut public augtion des feux.
mmta !"effectif du corps des aérosLe quintidi de chaque semaine
tiers. Le 5 messidor an JI (2:ijuin
était. réser\'é aux expériences de
1791), il arrêta qu' « inslruil par
physique et de chimie et aux exerles épreuYes fait&lt;•s à llaubeuge
cices
aérostatiques : « construc~es arnnta~es qu'une armée peut
t!on
des
fourneaux, les disposillrer du service d"un aéro~tat 1&gt; six
tions des appareils chimiques pour
nouyeaux ballons seraient exéla décompo.;ition de l'eau, la macu~és, et qu'une seconde companœu\Te de la lente ».
g111c commandée par Conté serait
L'école, sous les ordres d'un
constituée et exercée à Meudon.
directeur à 6.000 livres de traiLe4 messidor on mettait :i0.0011 litement, et d'un sous-directeur à
vres à sa di~position et le 15 ven4,-000,
éta}t en outre pour\'ue
~émiaire an III chaque colllpannie
d ?n quartier-maitre. Elle s'oulut augmentée de six bommet
vrit le 29 brumaire an Ill et se
Les halions que construisit Conté
recrula parmi les militaires en
affectèrent une forme nouvellt&gt;.
activité, des dragons, des chaslis d:1aient être « cylindriques,
seurs, des soldats de ligne des
terminés par deux hémisphères
élèves de l'~cole de Mars; ~uelde même diamètre. Leur diamèques canonmers; beaucoup de solt rc était de dix-st'pt pieds et la
dats venant de l'armée de Sampartie cylind riq ue avait seize pieds
bre-et-~feuse. Les sujets agréés
de longueur ». C'était un essai
comme élèves Louchaient une solde
pour donner plus de stabilité à la
machine: mais cette forme était
de ~5 so~s 6 deniers par jour. Il
peu pratique; on l'abandonna el
fallait qu on y lra\'aillàt et dans
le 18 Yendémiaire an li( o ocioles premiers mois quelques élèves
bre 1794) on poursuivit la consfurent renvoyés pour insuffisance
1rnction d'un aérostat nou Yeau
ou pour paressP.
l"Agile, _doa~ la conception rappell;
Pendant qu'on dél'eloppait à
celle qui prevalut chez Dupuy de
Meudon l'inslruction te&lt; hnique
• LA FOLIE DU JO• ·R
\"Il DE L.1 REPUBLIQUE
.
.•
L~me tt _les in?énieurs contempodt&gt;~ futurs aérost iers, la co rnparains : 11 den1l être « de forme
,: 111e, après la bataille de Fleurus
elliptique _de qua torzc pieds de grand axe et
prit ses quartiers d'hiver à Aix~
lieute~ant, d'un_ sergent el de deux caporaux,
de huit P!~d:; e_t demi de petit axe I&gt;. Une
la-Cha pelle. De lit, elle fut en\'oyée sous
rece1a1ent uae mslruction destinée « à préautre amelaoralton fut apportée à celle épo~Jaience, assiégée. par le général Lefebvre.
parer par des études et des exercices approElle y demeura près d'un an, continuant et
V

'

. \~

�____________________________ _____________..
:_.

rr-.

111STO'J{l.ll

plia. De retour en France, il mourut le 6 déreau. Rentrée en France, ce fut elle qui fut cembre f805, peu de temps après la perle
perfectionnant son service d'informations;
choisie, sons le commandement de Conté et d'une femme qu'il adorait. Goutelle explora
entre temps, peudant le5 armistices, on faide Goutelle, pour prend!e part, avec Bona- la Haute-Égypte et fouilla Memphis; puis il
sait les honneurs de /'Entreprenant à l'étatmajor aulrilbit n, parte, à l'expédition d'Egypte. Le dé;;astre parcourut la presqu'ile du Sinaï et celle de
qui s'en montrait d' Aboukir anéantit les ballons et tout le ma- l'lloreb. C'est lui qui, dans une séance de la
tériel des aérostiers. C'est là que durent périr commission d'Égypte, du 8 octobre 1800,
ravi.
Mais à tant ser- l'Agile, ballon elliptique construit en vendé- émit l'idée de transporter en France les obévir, le ballon sc fa- miaire an Ill, el les autres : le Lu:re, le Cé- lisques de Louqsor et en dé\'eloppa l~s
tiguait; un coup de leste, le Narlial, l'Jntupide, le Précm·- moyens. A sa rentrée rn France, il fut
feu chargé à mi- seur, le Svelle, car on n'en entendit plus nommé sous-inspecteur aux revues; un motraille, tiré par mal- parler par la suite.
ment intendant du Wurtemberg, il reprit ùu
veillance sur l' aéservice actif, fit toute la guerre d'Espagne el,
dp
rostat au parc, rentoujours aYec le même grade, prit sa retraite
dit nécessaire son
eu 1816. Il mourut, à 87 ans, en 1855,
L'engouement pour les ballons semblait
envoi en réserrn au
après a,·oir organisé au Mans, sa ville natale,
passé.
De $el1e, demeuré à Strasbourg, note l'Enseignement mutuel el des salles d'asile.
quartier général de
avec mélancolie : c&lt; Nous nous apcrce,•ions
CoUTELLE.
Pichegru, à Mann- que nos puissan ls protecteurs avaient cessé
heim , et de là à
Ces hommrs furent d'une rare énergie.
Mubheim, près de d'être influents dans les conseils de la guerre. Comme l'écrivait Coutelle à de Selle, le
Nous n'étions plus servis comme nous a\'ions
Strasbourg, où, dans l'ancien couvent des Jél'habitude de l'être; nos dcmandt&gt;s restaient 15 me-sidor an XII :
suites, rn trom·ait le parc des ballons.
Oo n'a jamais ass1·i su ce qu'il en a coùté de
sans réponse dans lt s cartons du ministère .. ..
L'e_st alors que Conté fut nommé directeur
peines, de fatigues pour établir celle machine;
Je
prévis
une
dislocation.
&gt;&gt;
d_e l'Ecole de ,Meudon. Il y faisait des eipéElle ne se fil pas attendre: l'école de Yeu- on ne sait pas assez, qu'il est très possible qu'en
r~enccs m~ 1b1drogène, lorsqu'une explodon fut licenciée en l'an VI. Meudon, Belle- d'autres circonstances, avec les mèmes moiens,
sion, causee par une porte imprudemment
on n'eùt pourtant pas réussi, qu'il fallait ètre solvue, Brimborion, où se faisaient les expé- dat et en faire prPuve dans l'occasion; qu'il fallaissée ouverte, le renversa, fil voler en éclats
tubes et cornues; il fut cruellement blessé riences, furent vendus. ::,,e matériel fut trans- la1t, enfin, avoir f,1it le sacrifice de .son repos el
de sa s;mté, ne voir el ne pen~er qu'à l'aéro,lal
par les morceaux de rerre et perdit l'œi1 porté à \'incPnnes.
En
Ég}ple,
les
aérostiers
sans
mathines
pour
"Il port1•r partout aussi promptement, pour
gauche. A la suite de cet accident, on le
firent cependant des prodiges. Conté avait exciter l'enlhousi~~me de l'arméti et porter le
nomma chef de brigade.
proposé en ,·ain la construct1011 d· µo,tes télé- trouble dans l',u-m ie ennemie.
Coutelle, promu chef de bataillon, commanda aux deux compagnies récemment graphiques qui eussent éviti! h défaite d'ALes aérostiers de la République ofîn-nt de
créées. La preruière, capitaine Delaunoy, lieu- boukir. Dans le désarroi de l'armée, il fut un nobles exemples 11 ceux d'aujourd'hui.
homme précieux; il créa à force d'ingéniotenant de Selle, fut affectée à l'armée du
En l'an Vll, ainsi que de Selle l'arnit prévu,
Rhin; la seconde, capitaine Lhomond, lieute- sité des att•liers pour a, oir les outils, les les compagnies d'aérostiers furent supprinant Plazanet, appartint à l'armée de Sambre- armes, les balanciers à monnaier, les canons, mées ; leur effectif fu I versé dans les sections
et-)leuse. Cdte dernière compagnie suivit la poudre qui lui étaient nécessaires. On a du génie et leurs offit·iers dispersés.
un ordre de Menou adres~é du Caire, le
J~urùan dans la mm·he qu'il fit pour souteQl\anl 11 l' Enl1·epl'enanl il fut conservé 22
thermidor an Vlll, « au citoyen Conltl,
mr Moreau, alors en Bavière; mais après la
glorieuse épave - à l'arsenal de Melz, où il
défaite de Jourdan à Wurlzbourg, l'Llercule chef de brigade des aérosliers », l'informant demeura longtemps comme un témoin de
fut pris et l'Enlrepl'enanl dégon0é revint sur qu'il met à ?a dispoülion la somme de l'inconstance des hommes. L'idée qui l'avait
:5.566 lim s pour les drprnses de l'atelier et
un chariot à Rastadt et de là regagua Strasfait naître était cependant grande et féconde :
le salaire des ouvriers el des artistes sous ses
bourg.
on l'abandonna trop vile.
La première compagnie accompagna Mo- ordres pendant le mois courant. li se mulli~1AURICE

DUMOULIN.

Docteur MAX BILLARD
~

L'historique des bains de
Le temps n'est pas bien loin où un voyarre res_tait dans l'eau, un détachement de cavaau_ bord de la mer ~tait un événement, ~ù lerie de 1~ g~rde éclairait la mer en s'y avanS_a~nt-M_alo, pour ne c1ler qu'une station ma- çant aussi loin q~'il était possible de le faire
nll':°~ importante, n'était i,ière connue des sans trop de pénis 1. lJ
Pam1ens que par le couplet d'une célèbre - c·e~t donc en prenant des bains de mer
chanson :
que Napoléon s'apprêtait à paraitre au delà
11011 1·~yagr, 111011 clwr /}umollet,
des Pyrénées. Le 4 novembre il était en E .t S/11111-Jlalo déb/lrque: ,ans 1ia11frag1"
pagne, et la victoire y entrait avec lui.
s
/)011

voyagr. el ,·e.,te~ si la rille i·ou,.piai/.

2~:

XVI, •

AU BALLO:( •.

f

J.

. C'était si loin I Les diligence,, attelée, de
dp
v1g?ureux c~ev~ux bretons, ne mettaient p1s
~oms de_ trois Jours à faire au galop les cent
_En f~it, cette fantaisie des bains de mer a
lieues_ qm séparent de Paris la vieille cité drs ris naissance sur les côtes normandes seuauda~1eux corsaires. ~lais la npeur et les
e':°ent en 1815. par le séjour qu'y fit la
chemins de fer, supprimant le temps el l'es- re10e Hortense, alleinte de consomption et
pac~, ont changé tout cela et aussi élargi lPs ven_ue sur le littoral mendier la santé et s:ashomons. Les ~!ages sont envahies tous les ~eo1r_ sur ces amas de galets qui n'avaient
ans ~ar le_s habitants des villes, en quête de pma1s vu, de mémoire d'homme que de
sante,
.
pauvres p'echeurs el de gigantesques
' falai~es
d qui'd,·ont
. chercher au loin ces lrois
gran s me ecms : l'air pur, l'eau salée le blancbes 3 •
•
repos.
'
Jusqu'en
1899
b
.
--, « une araque en assez
Dès 1760, Richard Russel préconisait en mauvais état' dans IaqueIle se trouvaient
Angleterre l'usage des bains de mer, et Mare~, dans un Mémoire couronné par l'Acadé~ue de ~ordcaux en 1767 '' se faisait en
Fr~nce _l écho de celle excellente pratique.
~lais, f~1l rem~rquer le Dr J. Laumomer dans
sor~ pellt Tm1/~ des Bains de ,ile,·, ce n'est
~cre qu~ depms Lefrançois, dc Dieppe, que
l hydrotherap1e el la balnéation marines sont
entr~es dans l'arsenal de nos moyens thérapeutiques.
Chose digne de remarqur, le premier pcr!;Onnage en vu~ que l'histoire ~ignale comme
pr~nanl ~es bams de mer sur le littoral frança~s est l en:ipereur Napoléon' alors qu'il fais~1t ~ne enJamhée d'Erfurt à Madrid. C'est à
Biarritz, au mois
de novembre 1808, que
l'E
.
mp~reur prit «. quelques bains de mer
s_ur celle plage »' qui devait devtnir la slallon farnr1le
des tètes couronne·e·,. 1,nous
,·
de.
vons· I anecdote
au
«énéral
de
Brandi
.
O
•d
, qui a
cons1,gn_e ?n~ ~es 1Mmoil'es posthumes tant
de ,deta1ls] mtimes,
d'un coloris si vif et SI.
.
vrai,. sur a vie des camps rt des bivouacs
depm~ 1~ guerre d'Espagne jusqu'à la bataill~ \'L'E DES BAl:l'S
. ET DL Cfl.\TEAU DE DIEPPE EN 18 3
.
, '
4 • - D11,près l'est:impe Jessinü etgra,•ee p3r GARNERA\' .
de _Le1pz1g. « Chacun de ces bains, écrit-il
é_1a1t accompagné d'une reconnaissance aqua~
11q?e, pour prévenir quelque surprise an- quelques baignoires, un petit nombre d
glaise. Pendant tout le temps que Napoléon tentes mal construites jetées au hasard su; les_descriptionsenthousiastes d'Alphonse K.
puis, en 18H, avec Ir. vieux maréchal Gr:;~
S L • En 1767, l'Académie royale des Dcllcs-Lellre
c1~necs cl Arts de Bordeaux décerna
·
s,
couronne au respectable M !Iarel
un pnx ~l o_ne
sur la mani~rc d'agir des bains d: poudr son llemo1rc
de mer , Cu,n B • .
. eau ouce el d eau
BatJonn~, I•• l'a~ic, ;r
Itmhaire pillore,que.

Él' E:STA1L LOUIS

la _rlage &gt;J,' loi là de quoi se composait l'élabhssl'm~nt balnéaire de Dieppe.
Auss1 est-ce suriou~ du jour où la duchc.~~e
~; _Berry, nature primesautière, ori!!inale,
1a_1me?t chevaleresque, toujours avide de
cm tr ~l de_ liberté, entrainant à sa suite
ou~
h,.gh-life parisien, vint passer, au
~o: ao'.1t i824, une saison à Dieppe, que
. odes empara de celle prescription ~alula1~~ de l'hygiène qu'on appelle le bain de mer.
ieppe fut désormais à la mode: mais end:nt 9uelques années, jusqu'à la créatio; du
~ efm de fer qui mit Paris à quatre heures
e a plage, la station se recruta spécialement dans le, rangs de la nobles~e et de 1
dfinance
d ' à qui· 1a grande fortune permettaita
es ép!a~ments coûteux et laissait d'importan ls lo1s1rs.
~ Ce goût dt!s hains de mer descendait à
en t813 ' avec Mmes de .,1co
,.. 1a1.. et •
dEtretat,
L
e éota~d s' saus doute attirées sur la la"'e
la plus pittoresque &lt;les côtes normande; p~r

la

'l~ieS~~fti~'11:./;:tlf~c:t: ft '~::ais,
0

Srènn

de

• 1812. Char~ntier, Paris, ~877, p. 11.f1111s1e, 18085. La rcmc Hortense gouvernail elle-même sa

sant~. On cite ,J'elle le trait s ..
plusieurs jours d'une ,lou.le Ul\~nl. Souffrant depuis
pour i· faire dil'eroion elleurb~o,gntnlc au~ sourcils,
quel à lui arracher un; dent~ igea e dentiste llous!· 11ul1cfleur de Dieppe. Die pe, 18'&gt;.i
3
a L abbé CocnET Etretat -, -~- ·
- ' p. 1.
Etretat, dtcout·e'rt par 1• .&gt; ~ ilion, 1857, p.118.
renommèe aux charmants :briotrj Isabey, doit sa
surtout à Alphonse kar
~ux e Le/J01ltevi11, el
upect pittoresque qu'il ri qu( '':rnta le lement son
e mit a la mode dans le

monde litléraire et artisli e Le
•
le pars lui-même élailqu · nomd Elrclat, sinon
puis I av3nt-dernie~ siècl coËnu des Parisiens deparc aux huîtrrs avait é~é n 17. 77, un fort beau
nrtte, reine de France c~euse_llOU_r llar1e-Antoid Etretat.
' qui pr férail les huître~
L~
bureau
de
,·c
l
•
établi à Paris rue n ~1es 11~1
tres d'Etretal était
chère du n• 11 ~ 0 l' ?t° orgu
ci
Sur la porte 00_
8

J

lrela/.

-, n isa, : ureau des /tuftru d'E-

�. - - "1STO'J{1.ll
chy 1, souffrant de la poitrine, errant de
France en Italie, et toujours poursuivi par le

VuE D'ÉTRETAT, EN 18;3. -

D'atrès l'tslampe dessinée tl gravét par GARNERAY.

remords de n'arnir su tran~formcr en un
triomphe une immense défaite.
En 1852, les rochers el les pittoresques
chaumières d'Étretat recevaient la visite du
général Ca\'3ignac, de la comtesse de Montalembert et celle plus sensationnelle du maréchal Jérôme Bonaparte, l'ancien roi de Weslphalie, el de son fils, lt! prince Napoléou!,
qui avaient alors le bonheur de voir le rétabfüsement de leur famille s'accomplir dans
son ancienne splendeur.
Devons-nous rappeler au~si, dans un autre
ordre d'idées, que c'est à Etretat qu'Orphée
aux En{el's a été imaginé, conçu et instrumenté? C'est là, dans la ,•illa 01·phée, que
Crémieux et Halévy ont écrit leur jo) eux
librello et que Bertall et Gustaye Doré en ont
dessiné les premiers costumes.

•

à califourchon le déposa chez la mère Oseraie, écrit M. Léon Séché, roici nacte-

De 1851: date la renommée de Trouville,
dont les dunes et la nature encore vierge
avaient séduit dix ans auparavant un enthousiaste de la mer, le peintre Mozin, qui était
loin d'en prévoir l'immense avenir. En 1834,
en effet, un grand diable basané el crépu c'était Alexandre Dumas - débarquait dans
ce joli coin de la côte normande et se faisait
héberger chez la mère Oseraie pour quarante
sous par jour, café compris. Le célèbre romancier, dont on connaît la royale fourchette, n'en revenait pas.

ment quel fut le menu de son déjeuner
Potaqe l&amp;alade de cruelle&amp;
CMelelle, de pré-sait!
Soles en matelote
Jlomard en niayo,maue
Bécassines rdties
Fruits
Cidre à di,crélio1t
Café

« Et Dumas eut pour ce prix-là autant de

au mois d'août à l'hôtel de Paris ou à l'hôtel
des Roches-~oire~.
Figurez-vous un quadrilatère de huit mè_tres
de chaque côté, avec des murs blanchis à
la chaux, un parquet de sapin, une table de
noyer, une commode Louis XV qui venait
je ne sais d'où, un lit de bois peint en
rouge, comme il y en a encore dans la
presqu'ile guérandaise, avec des draps de
toile blancs comme neige, une cheminée
surmontée d'un miroir à barbe et ayant
pour garniture, entre deux cornes d'abondance en verre, un globe sous lequel on
\'Oyait le bouquet de noces de la mère
Oseraie, aussi frais que le premier jour.
« Quand l'auteur des Trois Jlousquelaires,
de retour à Paris, raconta son odyssée aux
camarades du café Riche, Alphonse Karr.
sceptique comme saint Thomas, s'écria :
« Moi, je demande à voir! » liais, lorsqu'il
eut vu, ce qui ne fut pas long, il rivalisa de
zèle avéc Dumas pour envoyer à la mère Oseraie les dandys et les lionnes du boulevard
qui étaient fatigués de Dieppe et du Havre.
Et, dix ans après, la dune de Trouville, qu'un
notaire de pasrnge aurait pu acheter, en
i 825, pour une centaine de mille francs,
était couverte de jolies villas, de huit ou dix
rues, d'un casino superbe, de cinq ou six
hôtels, de trois mille promrneurs, de belles
dames en falbalas, - et elle valait quatre
millions 3 • i&gt;

L'H1STO'Jt.1QUE DES BJUNS DE .ME~ - - ,

Le dernier roi des Français « fut reçu, la n-ure en désignant une drs images aux
dans une pau1're salle basse, à peine éclairée, rnfants.
par un 1·i1 u, loup de mer en retraite et par
« Le rieillard regarda la fi~re indiquée et
sa digne fille, déjà savante en douleurs. Elle reconnu l le port rail de la reinefürie-Amélie...
portait le deuil de son mari, patron d'un joli
« Son émolion fut si vire qu'il tomba rennavire, enleré par les hasards de la mer. ,·er~é dans son fauteuil.
Après les soins les plus délicats prodi:.,iés au
« - Yous souffrez, monsieur? demanda
voya~eur - dont les !raits lui rappelaient de la fille du marin .. ..
vagues souvenirs et lui inspiraient une véné« - Au contraire; je suis consolé de
ration instincfüe - la jeune femme prépara toutes mes peines! s'écria le vieillard en esle coucher de ses hôtes el celui de sa famille. suyant ses larmes.

Faut-il rappeler que c'est dans la rue des
Rosiers, au n° 5, en face de la rue de la Mer,
dans une pauvre petite maison qui n'a point
chancré d'aspect 4 que Louis-Philippe, en
févri;r i 848, élait venu sur Cel coin de la

BJARJ&gt;JTZ E~ 18.p. -

TROUVILLE : Vi:E DE

u

PLAGE ET DES BAIXS. -

« Le jour où le matelot qui le portail

repas qu'il en Youlait prendre et une chambre
qu'on paierait aujourd'hui cinquante francs

1. Grouchy a,•ail alors 7~ ans. Il mourut en ,:1~47.
2. L'abbé Coc11u, /oc. ctl., p. 121. • En 185.&gt;, le
dimanche 21 aoûl, la reine douairière d'Espagne,
~larie-Chri,tinr. accompagure de ses deux filles el du
duc de llianzarès, a ,i~ilé les rochers et les hains
d'Etrelal. ,

j, Écho de Paris, 17 aoùt 1008. Rappelons que
c'c,t dans la ,talion rle Pu,·s. cré11e sans le vouloir
par Alexandre Dumas fils, qÜi, séduil par le site, y fit
con&gt;lruire une l'Îlla, qu'Alexandre Dumas père, venu
sur celle plaf!e en miniature chen·hrr un refuge pen•
danl la guerre, mourut le 5 rltlccmbre 1870.

f.. irrs et les gens de bourse dont les femmes
et les enfants venaient demander aux effluves
maritimes de la santé, de la forre et du ton,
et qui, après avoir passé paresseusement quelques heures à l'ombre des cabines blanches,
étaient maitre~ de regagner Paris en aus~i peu
de temps qu'il en eùt fallu jadis pour aller
de Fontainebleau à la ca pitale.
Les cbemins de fer avaient amené de tous
rôtés les baigneurs sur la côte. En 1855, par
une l&gt;clle soirée de septembr,·, deux tonrisles,

Dtssin

de DEROY (185~.)

côle, non prendre des bains de mer, mais
chercher un abri avant de s'embarquer pour
l'Angleterre?
i. \'oir 1/istoria, fa,cicule 30 20 février 1!11 1),
dans l'article: La fuite de louis-Pltilippe, par Victor Hugo, la rrproduclion d'une estampe de 1848,
reprcsentanl l'arrivée à Trouville du roi dëchu.

D'aprts 13 /i/hografhlt dt J. J,co1rn.

Le vieillard s'excusa de l'embarras qu'il lui
&lt;&lt; Et se tournant vas le syndic Barbey qui
donnait et la pria de ne rien changn à ses rentrait à lïn~lant :
épuisés de fatigue, armaient à Dives 1 &lt;' t
habitudes.
étaient_heureux de lrouver un gite à l'auberge
&lt;&lt; Capitaine, lui dit-il avec effusion,
&lt;1 Xou~ n'avons plus qu'à faire la prière
de Guillaume le Conquérant, qua nd l'un
j"ai
bien
fait et je suis heureux d'avoir mis
du soir, dit la pieuse vtuve.
d'eux, &lt;&lt; M. Durand-)forimbaud, eut l'idét!
celte croix d'honneur sur voire poitrine, car
« - Fai,ons-la ememble, f ai besoin de
de pousser jusqu'à Cabourg. Là, ils furent
c'est moi qui l'ai placée là, et je serais un
prirr, moi aussi.
frappés d'admiration par cette vaste étendue
« La mère alors agenouilla ses petits en- ingrat de 1ous le cacher plu~ longtemps. Au de ~hie fin, dominée par des dunes qui forfants del'ant un christ et des im1;:(es fixés à noiu de toute voire famille, embrassez Louis- maient une temisse naturelle. - Eurêka!
Pbilippe, hier roi des Français, aujourd'hui
la m11 raille. El qnaud ils eurent fini le Pater
fit M. Durand-,forimbaud &gt;J •. Et tout de
l,anni de France et sauvé par vous 1! ».
el 1".fre, cl la litanie de la \'itrge, et le ,1/esuite les arlistes, les hommes de lettres, b
~lais revenons à l'his toire de notre station
momn du défunt :
gens de bourse y firent irruption.
baln1laire.
« - Pr!ez aussi pour celle femme qui en
Le chic ne s'emparait de la petite bourgade
a tant besom en Cè momrnt, et qui est plus
que
vers 1~60, épolfue oi, fut créé ce fameux
malheureuse que les plus m,dheureux ! ajouta
En 1856, un architecte parisien, M. Félix
train des maris, pour les commerçants afPigenr y, séduit par la beauté des sites agréa-

"""

1. P1~ra:-C11L,·,urn . .ll11s ·'edr., famille.•. l.ntltr11ii-re
},age tl u11e 1/rmnrrltie, ci Ji• par JI. L.-.on Sédui.
t. \lme de S1hig11é a dalè de lli,·cs plusieurs de

~&lt;'~ ll'!tr,·s_; on r montre la chambre
J. Maurice l.n ,;1,, /,a 1w,s.,a11rr

qu'ell1• b1l111a.
d"s g1·anrle.i
p 'age.•. • Je .,ai• tout •, 11um,;ro du 15 1oùt 1006.

-~ru1.eva,I ~l lroulgatc r&lt;•monlrnl il 1850. C'est un
llaussard, qui acl11•la le prrmier un
trrr1m a 8euirH1I. Le même, {()(". âl.

mt,quc. d arJ,

lL

�msT0'1{1.Jl

---------------------------------------•

bics el les collines couvertes de ,tlgélation
loufîue, achetait, avec l'aide de $péculateurs,
les terrains situés le long de la grève déserte
de \ïl\ers 1 , qui de,·ait devenir une des reines
tie la plage normande. Deux ans après, Pn
18:-i8, le docteur Olille conw·ai t le projet de
fonder sur les dunes de la ri,·e gauche de la
Touques une station balnéaire ri\'ale de Trou\'ille. On acheta ~50 hectares de dunes au
pet il village végétant sur la colline depuis des
siècles, et deux ans après, une terrasse monumentale, un grand casino, de vastes hô1els
sortaienl du ml où poussaient seulement des
herbes et des ajoncs.
Le chemin de fer de Lisieux et Pont-l'É\'êque jusqu'à la porte de Deauville fut le ~ignal
du plus grand succès. La cour el ses familiers, à la suite du duc de Morny, adoptèrent
de plus en plus celle nouvelle station, dont
les événements de 1870 et Je retrait de la
mer allaient faire si vite un élégant cadane.
~lai~ déjà la îoule, qui se portail aux bains
de mer, était de\'enue si nombreme qu'il
fallut créer de nouvelles stations balnéaires,
surtout pour les familles qui voulaient une
vie calmr el un isolement relatif.

Ainsi sont nées ~ur le golfe de Saint-~lalo
les belles plages de Dinard, de Saint-Lunaire
et de Paramé. En 1879, drs hommes de letIres en vue, André Tbeuriet, Mme Michelet,
Bergerat, Pierre Giffard; des artistes de talent, 1\iou, Feyen-Perrin el bien d'autres,
célébraient dans les livres, les journaux et
les revues les plages et les falai~es de celle
pre,tigieuse baie de S tint-~lalo, el ils en f,isaient rapidement la fortune.
Deu~ grands libraires se sonl surlout pris
d'amour pour ces parages, que connaissaient
seuls quelques Anglais ~pleenétiqur~, et ont
beaucoup contribué à leur succès, )1. Marne,
de Tours, et M. Lacroix, l'éditeur si connu de
\ïctor Hugo.
On peut dire que si l'un a suivi le mouvement pour Dinard, l'autrt a eu le mérite de
l'imp1'ime1· pour Saint-Enogat, où les maisons. les chalets. les villas edilés par lui aujourd'hui ne se comptent plus.

t. &amp; I.e village de Yillers rsl une l&lt;lCalilé tn\s an•
tiClllHl qui devait exi~ler sous les rois méro,ingiens
l't probablement longtemps a1·ant eux. car on y a
lrouvê des m·1dailles d'or frapvées a l'effigie de ecs
rois et d1•s briques qui probahlement sont romaines :
tout cela se renconlrt avec d'autres objets dans les
tcrl'l'S qull lt-s ngues ont rongées sur le hord de
la mer, dan~ les parties les plu1 ha,ses du rivage. • Guide ries /Jaigneurs aux environ, dr
'frour•i/le, p3r ~(. DE C,r~o,r, Hartlel, Caen, 1ll53.
pugc 'lll.

~

La naissance d'Arcacbon, comme station
balnéaire, date de 1823, époque où le véritable fondateur, François Legallais, commença sur les rives absolumenl désertes du
2. Le&amp; Plage, de Fra11ce, )larpon el flammarioo,
Pari~. p. i07.
;;. • Dili une haute anli·1uil~, Uiarritz scmbllil
appelée par sa richesse à la haute destinèc qu'elle a
retrouvée Jepuis.
c Il v cul pourtant une éclip,;e dans sa fortune. c,,
rocher:1,atlu par une mer furieuse, fut dJcouronoè
par un orage des habitations qui y élaic11l con,truites,
et jusqu'au milieu de ce siè,·le il n'y cul plus la
qu·un pauYTc hameau de pêcheurs. • Bmr,u., /oc
cil., p. 420.

célèbre has5in la construction d"un hôtel·
Malgré les difûcultfls du voyage - à peine
y avait-il deux ou lrois roules praticables qurlques Bordelais entreprenants se rendaient
au bassin chaque année. En i824 s'ouvrit la
roule de Bordeaux à La Tesle. « Si Arcachon.
écrit Bertall, n'avait pas élé privilégié au
point de vue des routes, il n'en fut pas de
même au point de , ue des chemins de fer,
car celui de La Te~le, ouvert en i8l1, fut le
troisième des chemins de fer français 1 • »
En i806 seulement, ce ,illage d'Arcachon,
qui rappelle aux épicuriens bien drs souvenirs à la fois, devenait une commune, et, rn
1865, Émile Pereire commenç.,it l'établissement de la ,·ille d'hiver, où les Parisiens aux
bronches délicates et ne pournnt supporter
nos rudes hhers peuvent aller, aux mauvais
jours, retrouver les bri:;es du printemps.
Étonnerons-nous nos lecteurs en leur disant, pour finir, que jusqu'au milieu du dernier siècle il n'y a,·ait sur les rochers de Biarritz qu'un pauvre hameau de pêcheurs 3 , et
que cette station privilégiée, sous un ciel toujours calme el rayonnant, fol une d~s dernières où la mode des bains de mer fut adoptée? Ce fut l'impératrice Eugénie qui, séduite
par le voisinage de la frontière espagnole,
prit l'habitude d'y passer avec toute la cour
une partie de la belle saison. Avec elle, les
élégantrs el les gens de chic accoururent, et
les villas s' é)e\'èrent autour de la villa de
l'impératrice, dans un pays qui, à YraÎ dire,
a autant de saisons qu'il y rn a dans J'annc&lt;e.
ÜOCTEl'R

Je rencontrai le prince de Nassau un matin
sur la terrasse des Feuillants, aux Tuileries;
il marchait vite, elje voulus en vain l'arrêter.
cc Je suis très pressé, dit-il ; le prince F ...
cc de S... m'a choisi pour témoin d'un duel
&lt;&lt; qui doit avoir lieu tout à l'heure aux
« Champs-Élysées enlre lui et le chevalier
,1 de L. ... Tous deux ayant été obligés de
,1 promettre au tribunal des maréchaux de
&lt;• ne point s'envoyer de cartrl et voulant ce« pendant se battre, il faut que leur duel ait
&lt;c l'air de l'effet du hasard et d'une rencontre
&lt;&lt; à la promenade. Si tu veux voir ce combat,
u viens avec moi. »
J\ consentis, car j'étais assez curieux de
\"Oir sur le pré ce prince qui, par sa lenteur
à se décider dans ces sortes d'affaires, avait
trouvé le moyen de se donner une réputation

assez douteuse du côté de la bravoure quoiqu'il n'y eût peut-être pas d'homme de son
temps qui se fùl battu plus souvent que
lui.
Nous sorlimes donc des Tuileries et nous
Pntràmes dans la grande allée des ChampsÉlysées. Devant nous, à une assez grande distance, nous vîmes deux Yoitures s'arrèler et
nos deux champions en descendre avec leurs
épées. Ils marchèrent, et nous bâtâmes le pas
pour les rejoindre; mais la distance était
assez grande, et il y avait ce jour-là des promeneurs. Avant d'approcher du lieu où ils
s'arrêtèrent, une foule assez nombreuse nous
en sépara.
Nous entendimes alors un grand tumu !te;
nous courûmes, et, en arrivant, nous vimes
le dénoûment lrès singulier de ce combat :
l'un des deux combattants tenait à la main le
tronçon de son épée bri~ée, l'autre le frappait
avec la sienne. Tous deux s'accusaient réciproquem~nl d'avoir viulé les usages et les
règles du duel. L'un prJtendait qu'étant
tombé, p1rce que le pied lui avait glissé, el

L1 Po:-ir-N1:.1 F, -

CmtTE DE

SÊG UR

il'.\sATOI-&lt;~ CnAZAL-

CH. GAILLY DE TAURIN ES

Une fredaine de Buss))--Rabutin

~1AX BILLARD.

que son épée s'étant rompue, son adversaire
était venu vour le percer, quoiqu'il fût désarmé, ce qu'il aurait fait si son valet de
chambre ne fût venu le secourir. L'autre soutenait que son ennemi, sans attendre qu'il
fût en garde, l'avait légèrement blessé dans
les reins, et qu'ensuite le valet de chambre
de ce même ennemi était venu, contre toute
com-enance, se mêler au combat.
La foule qui les entourait était trop partagée d 'opiniom pour nous éclairer. De toutts
parts on criait au meurll'ef à l'assassinat/
sans désigner le coupable. Celle foule s'accroisrnit à chaque instant, et les derniers arriyants, qui n'avaient rien vu, n'étaient pas
ceux qui criaient le moins haut.
Les deux témoins de chaque combattant
défendaient, awc une vivacité un peu partiale, charun la came de son ami. Enfin les
exhortations de quelques spectateurs plus
sages persuadèrent aux deux adversaires el à
leurs amis de terminer ce scandale. Tous deux
étaient blessés. Les témoins les reconduisirent
dans leurs voitures, et ils se séparèrent.

Uat•·ès l'es/3mfe

Mon oncle le Corsaire.

L'espace aujourd'hui délimité par les rues
du Temple, de Bretagne, Chariol et 8éran11er
formait, au xv11• &amp;iècle, ce que l'on appelait
• !'Enclos du Temple &gt;&gt;.
Rien de plus curieux ni de plus pittoresque
que cet enclos~ si, "enant de 111ôtel de Ville,
vous remontiez la rue du Temple vous dirigea~l vers les boulevards et la barrière, après
arn1r dépassé lt!s rues Pastourelle et Portefoin, parvenu à la hauteur de la me de la
~o~derie (auj~urd'hui de Bretagne), vos Jeux
cta1enl soudam frappés sur la droite par la
perspective d'une longue muraille crénelée et
flanquée, de distance en distance, de tourelles en encorbellement; derrière ces créneaux, émergeaient des masses de verdure
d'où surgissait encore tout un amoncellement
de t?its, de clochers el dtl pignons; enfin,
dominant verdure, toits et clochers de toute
sa hauteur el de toute sa masse, une lourd&lt;!
et sombre tour carrée, percée d'étroites ouv~rtures, attirait et retenait le regard. Accol~s à ses angles, quatre petites tours access~1res élan~nt leurs toits pointus autour du
sien, semblaient vo11loir rivaliser entre elles
à qui menacerait le plus audacieusement Je
ciel de la pointe aiguë de leurs girouettes.
Tel était l'aspect extérieur de l'enclos du
Elirait du

voluc:n~ : Al't11l11rier1 et Frmme, de

qu~ltlt', par Ch. Gailly de Taurines. (llachcllcel C"

éd1teu1-s

'

T.:mple. Mais si, faisant quelques pas de
plu , et gagnant l'entrée de l'enclos, ,·ous
7
v~mez à pénétrer à l'intérieur, une surprise
bien plus grande encore vous y attendait : là,
dans un pittoresque désordre, se groupaient
ces constructions dont, dt! l'extérieur, on
n'apercevait que les toits, toutes diverses de
formes, de styles, d'àge et de dtlstination :
boutiques de marchands de tous étals ,
échoppes et ateliers d'artisans de tous métiers; antiques bâtiments de tenue sévète et
aristocratique, entourés de jardins non moins
solennels avec leurs rectilignes avenues d'arbres taillés et leurs parterrtlS à volutes de
fleurs et de buis; une église enfin, d'antique
et vénérable aspect, groupant autour d'elle
toutes ces bâtisses et construclions diverses·
~'était, ~n un mol, une véritable petite cité
mtercalee dans la grande ville, avec lous ses
propres organes, religieux, militaires et civils, c'était le domaine de !'Ordre de Malte
la résidence du Grand Prieur de France.
'
. ~à, ~uivanl les antiques pril'ilèges accordés
Jadis a leur ordre, les chevaliers de Malte
étaien~ chez eux, à peu près indépendants du
pouvoir r~yal; ~ans_ l'enclos du Temple, le
Grand Prieur regna1t presque en souverain
seul il y organisait la police, et pouvait ;
autoriser l'exercice de tous commerces et de
tous métiers en dehors des règles sévères
imposées dans tout le royaume aux corps de
marchands et aux corporations de métiers.
L'enclos du Temple jouissait d'un pri,·i)è&lt;re
bien plus grand encore : c'était un lieu d'asile
où pouvait se retirer et demeurer en une

douce et complète sécurité, au milieu de la
verdure et des fleurs, quiconque se trouvait
momentanément en délicatesse avec la justice
royale ou que pressaient avec trop d'insistance
f!Uelques indiscrets créanciers.
A tous ceux-là, les portes de l'enclos du
Temple dt.!meuraient largement ouvertes, elles
ne se fermaient que devant les huissiers:
c'était à vrai dire le paradis des débiteurs
insohaLlt•s.
~s seigneurs et maitres de rel étrange
P?l1l rofaumc ~e m~nquaienl, eux non plus,
nt de s1ngular1té, m de pittoresque, et voici
le portrait que nous donne des chevaliers de
Malte, au milieu du xvn° siP-cle, un de leurs
contemporains qui passa, il est vrai, en son
temps, pour un censeur à la plume quelque
peu acerbe :
« Les chevaliers de ~Ialte sont des oens
fort simples, forl innocents et fort chréli~ns ·
gens qui n ont rien_ de bon que l'appétit;
cadets de bonnes maisons qui ne veulent rien
savoir, rien valoir, mais qui voudraient bien
tout avoir. Au reste, gens de bien et d'honneur, moines d'épée qui ont fait trois vœux :
de pauvreté, de chastelé et d'obéissance·
pauvreté au lit, ils couchent tout nus el n'on~
qu'une seule chemise au dos· chasteté à
l'église, où ils n'embrassent pas 'ies femmes•
o~éissance à ~hie _: quand on les prie d';
fatre bonne chere, ils le soufl'rént; ils mangent, après qu'ils sont saouls, d'une cuisse
de perdrix, puis, du biscuit, en buvant pardessus du vin d Espagne, du rossoli et du
popolo avec des confitures et des pâtes de
•

t

•

,

�111STO'Jt1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Gênes, et tout cela par obéissance. 0 sanctas
gentes 1 1 »
Sur ce monde très mélangé cl un peu tur-

~

~

.

léans, alors lieutenant général du royaume.
Un seul instant d'hésitalion et llugues de
Rabutin voyait son droit sacrifié à la fa\'eur.

--

-

...

~
~
.

1. Lrllres tle Guy PctlÎ11. 3 ,·ol. in-8', Pari•, JS.i6.
Le Ure du 27 aoùl l()j8 à !1 . Charles Spon, docteur
en médecine à Lyon.

~

,.,_,
-

II

~•·~

·~r-•

~~~~~,,-t.,.~.

-,.,-roi

Les rabutinades du comte de Bussy.

Il n'était pas homme, heureusement, à se
laisser supplanter ainsi. A,·ec la plus calme
assurance et toutes les soumissions en ce
requises, il commença par prendre de luimême possession du Grand Prieuré au
Temple, puis se hâta d'aller, en qualité de
Grand Prieur, saluer le jeune roi, la reine
régente et le lieutenant génP.ral du royaume
lui-même. Contre le ,fait accompli, Gaston
d'Orléans n'osa plus s'élever.

Le Grand Prieur avait près de lui, au commencement de l'année i648, el logeait dans
son hôtel, au Temple, un autre neveu avec
lequel son caractère sympathisait bien davantage et qu'à cause de son aptitude et de son
penchant aux rabutinades de famille, il honorait d'une confiance toute spéciale, c'était
noger de Rabutin, comte de Bussy.
Celui-ci, alors âgé de trente ans, était un
vigoureux gaillard, gentilhomme de haute
mine, aux joues pleines et musclées, au nez
charnu et ouvert, au regard hardi el railleur,
à la lèvre sensuelle.
Ayant trouvé dans son berceau une épée,

LE TE.llPLE AU X\'11" SIÈCLE. -

Lulent quelquefois, régnait M. le Grand Prieur,
qui jamais n'était un homme sans relief, de
faible énergie ou de médiocre naissance ;
seuls les plus grands noms de la noblesse de
France pouvaient aspirer à ces hautes dignités
dans l'Ordre de Malte; seuls aussi des caractères de forte trempe élaient capables d'en
remplir efficacement les devoirs et d'imposer
quelque discipline à des sujets si difficiles à
conduire.
Le Grand Prieur qui, en l'année i648, se
trouvait en fonctions, était tout particulièrement remarquable, tant par l'ancienneté de
sa race que par la rudesse de ses mœurs.
Très proche parent de la pieuse et sainte
Jeanne de Chantal, tout récemment canonisée
par l'Église, Hugues de Rabutin n'avait avec
sa sainte cousine qu'un air de famille fort
vague et ses célèbres mbutinades, - le mot
était anoien el arnit servi déjà pour qudques fantasques aïeux, - ne ressemblaient que de fort
loin à des actions exemplaires ou à des vertus.
Homme de ré~olution prompte, il n'hésitait pas longtemps devant un parti à prendre,
et celle rapidité d'action lui soumit la fortune
en mainte circonstance de sa vie; c'est à elle
qu'il dut notamment la haute dignité dont il
était rel'êtu dans l'Ordre de Malle.
Lorsqu'en 16H, par la mort d'Amador de
la Porte, oncle du cardinal de Richelieu, la
charge de Grand Prieur était derenue rncante,
llugues de Rabutin, suivant l~s constitutions
de !'Ordre, se trouvait, par son ancienneté,
désigné de droit pour la recueillir. Mais un
compétiteur redoutable, un compétiteur
presque impossible à supplanter, se dressait
contre lui, c'était un favori de Gaston d'Or-

...~

,

ne s'était beaucoup contraint. fi a,·ait aussi,
sur quelques points de doctrine et notamment
sur le sacrement de pénitence, des notions
plutôt imprécises. Un jour de maladie, un
ami soucieux de son salut l'avait engagé à se
confesser et avait fait venir pour cela un religieux du couvent des PetiL5 Pères, célèbre et
recherché comme directeur de conscience.
cc Eh bien, demanda au Grand Prieur,
l'opération faite, son ami, non sans une certaine inquiétude; comment cela s'est-il passé?
- Le mieux du monde; mais ce moine
m'a dit que j'avais de « l'attrition ». Est-ce
une crise? »
En un mol, le caractère d'Hugues de fiabutin était si entier, ses mœurs si rudes, que
le marquis de Sévigné, son neveu par alliance. homme d'une exquise politesse et de
vie raffinée, n'appelait jamais ce demi-sauvage que « mon oncle le corsaire ».

~'/,~:..~~.,.
Dessin :le ROBIDA.

PORTE DE L'ENCLOS DU TE.IIPLE.

En fait de Yœux monastiques, celui de
chasteté surtout, jamais Hugues de Rabutin
.., 33o ....

Dessin dt ROBIDA,

il avait su s'en servir dès que ses forces lui
avaient permis de la porter. Comme, en 1637,

�..

..
r--

111S T0-1{1.Jl
UNE r'J('EDJl.7NE DE Bussr-R,/t1JUT1N - - - .

il se prfscntait au cardinal de la Valette,
alors en quartier à Rethel, pour servir dans
son armée:
, Y a-t-il longtemps, lui demanda celui-ci,
avec un intérêt apitoyé, y a-t-il longtemps
que Yous avez perdu madame mire mère?
- Monseigneur, ma mère n'est pas morte.
- Oh! je-ne pensais pas qu'une mère consentit à laisser aller à l'armée un fils aussi
jeune 1
.:__ ~lais, répliqua Bussy, portant au comble
l'ébahissement du cardinal homme de guerre,
je n'en suis pas à mes débuts : j'ai déjà fait
trois campagnes 1 • »
Il avait alors dix-neuf ans. L'année suivante
il devenait mestre de camp d'un régiment
d'infanterie que lui cédait son père.
Cette épée, qu'il maniait si bien à la
guerre, Bussy savait s'en servir aussi sans
gaucherie dans ces duels épiques où, pour
quelque vétille, un salut mal rendu ou un
regard trop prolongé, on s'alignait entre gen•
tilshommes, quatre contre quatre, ou six
contre six jusqu'à ce qu'une bonne moitié
des combattants fût étendue sur le carreau.
La plupart d'entre eux se souciait souvent
fort peu du sujet de la querelle, ne la connaissait même pas du tout ,1uelquefois; c'est
sans motif qu'ils se faisaient tuer, seulement
pour le plaisir.
Un jour, au sorti r de la comédie à l'llôtel
de Bourgogne, Bussy échange quelques mots
un peu vifs avec un gentilhomme gascon ;
séparés par la foule, les deux interlocuteurs
ne peuvent se joindre sur l'instant et, lti len•
demain, se cherchent réciproquement dans
Paris.
Rentré chez lui après une course sans ré.
sultat, Bussy voit arriver un gentilhomme
qui lui était totalement inconnu.
« J'ai appris, Monsieur, lui dit le visiteur,
après s'être présenté, que vous avez une
11uerdle avec M. de Ilusc (c'était le nom du
Gascon) . Je n'ai l'honneur de connaitre ui
vous, ui lui, mais jti sais où il se trouve et,
puisque vous le cber.-hez cl qu'il vous cherche,
je pourrais vous aider tous deux à vous
joindre, pourrn que vous voulussiez bien me
prendre comme second. Yotre réputation
m'indiue à vous servir et c'est l'honneur que
je vien, vous demander ici.
- Je vous rends mille gràces, Monsieur,
répondit Bussy à son obligeant visiteur, mais
veuillez c1msidérer, je vous en supplie,
qu'ayant déjà quatre de mes amis auprès de
moi, ce serait une bataille si je recevais l'honneur crue vous voulez me faire. Je vous suis
d'ailll!urs autant oLligé que si vous l'aviez
fait. D
Ayant témoigné êlre content de ces raisons, le visiteur ajouta :
1
« Puisque je ne puis être des vôlres, Monsieur, vous ne trouverez pas mauvais que
j'aille offrir mes services à M. de Busc et que
je lui dise que vous êtes ici. D
Estimant beaucoup le procédé de ce gentilhomme, Bussy l'embrassa avec effusion et,
1.. llémoire, de Roger de Rabutin, comte de Bussy,
publiés par Ludovic Lalanne, 2 1•01. in-18.

peu après, deux groupes de ca,·,1liers sortaient
séparément de la barrière Saint-Jacques, se
dirigeant vers Bourg-la-Reine, où ils se joignirent.
Là, comme on était en train de choisir un
Lerrain de combat, arrive à toute bride un
nouvtlau cavalic&gt;r.
c&lt; Tout beau 1 ~lessieurs, criait-il de loin de
toute la force de ses poumons; tout beau ! On
ne se battra p:is sans moi. ,&gt;
C'était L'Aigues qui, ayant eu vent de cette
querelle, accourait pour servir son ami Ilusc.
Mais l'un des partis se trouvant alors
compter un tenant de plus, et l'équilibre
étant ainsi rompu, on résolut, d'un commun
accorJ, d'envoyer à Paris chercher un nouveau compagnon pour la fèle.
L'ambassadeur chargé de la mission se
trouvait fort embarrassé : cc A l'heure qu'il
est, se disait-il en lui-mèmtl, où trouver quelqu'un? Personne ne gard~ son logis après
diner, it moins d'être malade, et c'est un
homme valide qu'il me faut. »
Au lieu donc de perdre son temps en recherches longues et vaines, il s'alla tout simplement poster sur le Pont-Neuf. li n'y était
pas d'un quart d'heure qu'au milieu de la
cohue des gens de toute condition et de toute
allure, m1rchands, bourgeois, bateleurs,
petits-maîtres et laquais, qui roulait en ce
lieu comme un perpétuel torrent, il aperçut
enfin la casaque à croix d'or d'un m'Jusquetaire du roi. Sans le connaitre en aucune
façon, il n'hésita pas pourtant à l'aborder
avec assurance, certain d'avance que la proposition qu'il avait à faire ne manquerait pas
d'être agréable et agréée avec enthousiasme.
« Monsieur, lui dit-il, le comte de Bussy,
mon ami, se trouve en te moment en une
peine extrême : il lui manque un ami pour
vider une querelle. A votre mine, je juge que
vous ne refuserez pas un emploi comme
celui-lit ni un homme comme M. de Bussy. »
Après de grands remerciem~nts, sur la
bonne opinion qu'on avait de lui, le mousquetaire monta en croupe et l'on partit sans
tarder; mais il était assez tard déjà, les deux
voyageurs, à la sortie de Paris, ayant voulu
prendre quelques raccourcis, s'égarèrent et
ne purent gagner Bourg-la-Reine.
.\ la nuit, impatientés d'attendre, les autres
combattants se résignèrent à rentrer en ville
et, le lendemain matin, Bussy et son adversaire, voulant éviter de nouveaux m1lentendus et de nouveaux délai~, résolurent, d'un
commun accord, de se défaire de leurs amis
et de se rencontrer seuls à cheval aux barrières du Louvre; de là ils gagnèrent le chemin de Vanvres où ils mirent l'épéti à la
main. C'est de Busc qui fut tué pour cette

fois 1.
Bussy, çn i 61,7, assista au siège de Lerida,
à ce fameux siège de Lerida où Condé fit
venir des violons pour ouvrir la tranchée. Là
il lai arrirn encore une assez plaisante rabutinade.
Un jour de garde, pour tromper l'ennui, il
avait invité quelques amis à diner à la tète
2. Mémofres de Bussy.

de la tranchée, laquelle ~e trouvait être dans
les masures d'une vieille église en ruines. Là,
parmi quelques autres, se trouvèrent au rendez-vous mt. de Barbantane, lieutenant des
gendarmes d'Enghien, et de Jumeaux, maréchal de bataille, deux des meilleurs amis dtl
Bussy.
On avait fait venir, pour la circonstance,
les petits violons du prince et, pendant qu'ils
jouaient, Barbanlane, ne sachant à quoi
s'amuser, eut la fantaisie de soulever la
pierre d'une des tombes du cimetière abandonné entourant la vieille église. Un corps s\
trouvait, admirablement conservé, et entouré
encore du linceul dans lequel il avait été
enseveli. Le prenant par la main et donnant
l'autre à l'un des convives, Ilarbantane, aux
sons des violons. fit exétuter au cadane la
plu~ échevelée et la plus macabre des contredanses.
Quelques instants après, l'un des danseurs
ayant été appelé pour le service, recevait une
balle dans la tête au moment où il montait
sur le revers de la tranchée. Ilarbantane mourait de maladie dans l'année même.
Extrêmement affecté de la mort de ses
dl!Ux amis, mort qu'il allribuait à une punition du ciel, Bussy en tomba lui-même si
dangereusement malade d'une fièvre quarte,
que son médecin, plein de zèle pour sa santé,
n'hésita pas à lui prodiguer les soins les
plus assidus : il le saigna huit fois. Mais ce
bon docteur, étant mort lui-même au cours
de la cure, Bussy fut sauvé.
Dans les conversations qu"ils avaient eues
souvent ensemble sur les mystères de l'autre
vie, Bussy el Jumeaux s'étaient mille fois
promis que le premier des deux qui mourrait, viendrait, si cela lui était possible, dire
à son compagnon des nouvelles de l'autre
monde. Dès que, dans la place de Fleix, d,mt
il était gouverneur, Jumeaux apprit la maladie de Bussy, il ne manqua pas de lui envoyer faire son compliment et de le prier de
se souvenir de la promesse qu'ils avaient
échangée si souvent :
&lt;l Comme vous voilà, mandait-il aimablement à son ami, sur le chemin du pays dont
j'ai tant envie de savoir des nomelles, je
vous conjure de ne pas manquer de m'en
éclaircir. »
« SoJez sûr que je n'y manquerai pas, répondit Bus~y courrier pour courrier, pourvu
que de là-bas, on veuille bien me laisser
revenir. ,&gt;
Un mois plus tard, le maladti ayant été,
comme nous l'avons vu, presque miraculeusement sauvé par la mort de son médecin,
c'est Jumeau't 11ui, un beau jour, mourut
subitement d'une grande débauche qu'il avait
faite avec des Suisses en garnison dans sa
place.
Bussy, croyant toujours que son ami tiendrait unfl promesse si solennellement échan«ée et le viendrait voir, l'attendait chaque
~uit sans fra)'eur. Ce fut en vain; J umcaux
ne parut jamais, ne sortit point de sa tombe
et demeura invariablement muet; si bien
qu'après ue longs espoirs toujours déçus, le

trop curieux Bussy dut enfin se résigner à courant des projets du neYcu, vi11t trou- blancs d'un aït'ul vénérable, toute une famille
croire que les morts, dans l'autre monde, ne ver Ilussy qui comm nçait à désespérer de de celle magistrature héréditaire qui se désifont pas toujours ce qu'ils veulent.
ses recherches et lui dit tout bas avec un gnait elle-même sous ce nom, prononcé non
Des bonnes fortunes de Bussy, conquêtes sourire de fine sati~faction : &lt;c J'ai mire ~ans quelque emphase et quelque fierté : la
menées tambour ballant, grandes dames, de- affaire. n
Robe.
moiselles ou bourgeoises, ,·éritable brochelle
Toutes fières qu'elles fussent, - avec
de cœurs qu'il se plaisait it égrener au fil de
III
grande raison, - de leur probité séculaire
son épée, il est inutile de rien dire ici; il a
et de leurs longues traditions d'austères rerpris lui-même un soin vraiment scrupuleux ,
Gens de robe.
tus, les familles de cette aristocratie ne s 'eu
à en conter avec complaisance les plus menus
lai&lt;saient point accroire, elles sarnient mesudétails; la discrétion, en effet, ne figurait
« Oui, j'ai votre affaire, dit le Bocage, une rer la distance qui les séparait, - elles,
point parmi ses principales vertu~. Conten- ,·euve de quatre cent mille écus de bien. simplement anoblies par la faveur royale tons-nous d'affirmer, a près lui, qu'il fit sou- N'est-ce pas là précisément ce qu'il vous des antiques familles d'épée dont l'origine
rire de plaisir et pleurer ensuite de déses- faut? Je suis fort ami d'un père de la Merd, remontait aux temps féodaux et qui n'avaie11t
poir, un nombre incalculable de beaux ieux. son confesseur, qui la gouverne, et ja puis, jamai~ occupé que des charges de guerre.
Marié en 1645, veuf en 1646 avec p Iu- par lui, vous ménager une entrevue•. l&gt;
« Ecoutez, disait modestement à son fils
sieu rs enfants et une mince fortune, il était,
La veuve en question, jeune et jolie auta11t la propre d(scendante d'un chancelier de
en 16-17, en relevant de sa fièvre quart,,, que rithe, était née et avait vécu jusque-là
France, Mme de Choisy, petite-fille de Michel
venu s'installer au Temple, dans l'apparte- dans un milieu aussi sévère, aussi calme,
de_ l'Ilopi~al; écoulez, mon flls, ne soyez
ment mis à sa disposition par son oncle le aussi pacifique qu'était tumultueux, dissipe&lt;, pomt glorieux et songezquevousn"êtes qu'un
Grand Prieur; là il attendait une occasion batailleur, celui dans lequel se mouvait Bussy,
bourgeois . .Je mis bien que vos pères, vos
favorable, très résolu à chercher sa subsis- auprès de son oncle le corsaire.
grand_s-pères, ~nt été maitres des requèles,
tance dans quelque favoraLle el bienfaisant
L'habitation de la darne était pourtant conseillers d'Etat, mais apprenez de moi
mariage; il en haïssait naturellement les toute voisine : dans la rue Sainte-Avoie, au
qu'en France, il n'y a de noblesse que celle
liens, étant ennemi de toute contrainte, mais coin de la rue llichel-le-Comte', sous le toit d'épée 3 • »
il haïssait encore davantage
L'aïeul vénérable qui, dans
la pauvreté et était décidé,
sc,n_
hôtel de la rue du Temple,
pour en snrtir, à sacrifin quelabritait
sons sou toit, a,•ec la
que chose de sa chère indépenjeune
veme,
deux générations
dance.
d'enfants
et
de
petits-enfant~,
JI cherchait avant tout du
était
précisément
M. de Choi~y,
bien, n'ignorant pas que c'était
Je beau-père dll la femme
là, autant que le mérite, ce ,1ui
modeste qui, maluré son oriservait à faireobtenir les grands
gine
illuslrf', savait donner à
honneurs.
ses
enfants
de si sages conseils •
Son père, très justement fier
de résene et de retenue.
des succès de ce fils brillant,
Ancien conseiller et ami de
tant en guerre qu'en amour,
Henri
lV,M. de Choisy groului en voulait cependant un
pait,
en
sa patriarcaled~meur,·,
peu, au fo11d du cœur, de ce
le ménage et la f~mille de sl's
qu'étant si bien fait, il ne
deux filles, mariées toutt's deux
réussissait pas plus promptedans ce milieu de haule mament à se procurer un étagistrature
auquelles rallachait
blissement approprié à sa tourleur n,,issance, Mmes de Caunure, et s'étonnait que quely ue
martin el de lleauharuais tic
infante ne fût pas encore veMiramion.
nue l'enlever.
En 164:5, Mme de Beau« Voyez, répétait-il soul'ent,
harnais voulant établir à son
voyez M. de Chabot qui, pour
sa bonne mine et pour sa
tour, dans lrs conditions les
belle danse, a épomé la duplus propres à assurer son
chesse de Rohan. Ne pouvl'zbonheur, sou fils uni11u1·, JacYous donc faire ainsi? ,,
ques de Beauharnais, St'i«neur
Pour obéir au vœu paternel,
de Miramion, conseille~ au
Bussy, en fils soumis et resParlement, avait fait thoix
pectueux, n'était donc occupé
pour lui, après mûres réfleà Paris, l:hez son oncle le
x(o11s ~t soigneuses enquêtes,
Grand Prieur, derrière les
dune
Jeune orpheline ânée de
~V
.
,
. ans, Marie Donneau,
" fi Ill!
Yieilles murailles du Temple,
seize
que de 1a pensée d'un de ces
d'un très riche fiaanrier, Jacmariages de riches veuves qui
quts Bonneau, seigneur de
s'entêtent d"un joli garçon.
Rubelles, contrôleur général
r,tuall,rù Fr,Ùu:ou, ,
_
,Ir /,,
ou-,;J, ~ ,1
·
l J'
l:Jlr1Jnqrrt 1~1,11./.-,1""'
Or un jour, un vieux bourdes
gabelles, mort deux ans
.r • rrrt,ep-, .c. u
Pfw__... ,., J,:_, -...~., ~,.,._ . A,u·J ,,,-1,'
geois de Paris, nommé ~I. du
auparavant.
~age, voisin à la campagne du Grand
.
A tous les points de rue,
~rol~cteur d'un vieil hôtel familial, habitait,
Prieur de France et qui, par l'oncle, érait au
~e
choix
d~
M~e
de
Beau_harnais ne pouvait
etro11ement groupée au tour des cheveux
elre
plus
Jud1c1eux
:
Marie Bonneau joignait
- 1. .1fbnoi,e, de Bu,sy.
0

9-'. ,

\.tJ

2. Elanl éch_u, par s~ilr de partages rie famille, à
31. tic Caumarlrn, cous111 gcrnuin de lime de ]lira•

.

_

mion, . c~t hôtel fut. connu au n111• siècle ~ous le
~om ~ 11'.,let Caumarltn. J.a me Sainle-Avoye est auJOurd hm la rue du Temple. A ce lle époque la ru,!

d u Temple 11e port:iit cc nom qu'à partir pr11cisémcnt

&lt;1e_la rue lll!chel-le-ComteJ·usqu'a11 boule,ard.
J.

,1/tmom:s de l'abbé

e l:hoi,y. Lil're J.

�msTO']t1A

____________________________________________..
,

à la richesse héritée de son père une mer- tout l'enfant; elle vint enfin tout éperdue, vier de Clisson', était toute voisine de l'habiveilleuse beauté, et quant à la vertu, la seule pâle, tremblante, les yeux et l'âme encore tation de M. de Choisy, le grand-père par
chose qu'on pût lui reprocher peut-être, pleins de l'image de la mort qui venait de lui alliance de ~[me de Miramion chez qui elle
c'était seul ...ment d'en avoir trop.
apparaîtrP dans toute son horreur. Son visage continuait à demeurer depuis la mort de son
Marie Bonneau avait eu l'enfance d'une changé fit croire aisément qu'elle se trouvait mari. En quelques minutes, de la rue Saintsainte. Élevée près d'un oncle el d'une tante mal; elle ne dansa point, et pendant que les Avoye, la jeune femme pouvait, paç la rue
demeurant rue des Mauvais-Garçons, qui, autres se réjouissaient, se livra tout entière de Braque, se rendre à cette église, et c'est
tous deux, l'aimaient beaucoup et qui s'ef- à ses sévèrPs et pieuses réflexions.
là en effet que chaque jour elle venait enforçaient, par des distractions généralement
Le mariage apporta à la jeune fille de nou- tendre la messe et faire ses dévotions. A deux
recherchées des jeunes filles de son âge, de velles causes de perfectionnement et de sanc- reprises donc, Bussy, dans un but beaucoup
lui faire, autant qu'ils le pouvaient, oublier tification par la souffrance et la douleur; non moins pieux, se rendit, lui aussi, à l'église
sa triste situation d'orpheline, Marie Bon- point par la faute de M. de Miramion son de la Merci; il y vit la jolie veuve, sans touneau, au milieu des réunions du monde, mari, mais précisément au contraire parce tefois ni l'approcher, ni lui parler, et la trouva
n'était présente que par le corps : sun esprit que cet époux vertueux, aimant tendrement d'une grâce et d'une beauté qui n'affaibliset son cœur étaient ailleurs, bien loin, aspi- et tendrement aimé, fut, en plein bonheur, saient en rien l'agrément des quatre cent
rant au Ciel.
après rnulement six mois de l'union la plus mille écus.
« Je pense sans cesse à la mort, disait-elle .,parfaite et la plus fidèle, brus11uement enlevé
&lt;I .Mme de Miramion vous a, pour sa part,
à la vieille gouvernante, femme de la plus a l'affection de sa femme par une brève et également remarqué, lui assura le moine.
ardente piété, qui l'avait élevée et la suivait foudroyante maladie, le jour des morts de Elle m'a avoué que vous ne lui déplaisiez pas;
mais, en cette rencontre, elle n'ose rien faire
depuis son enfance; je pense sans cesse à la l'année 1645.
mort et, dans le temps même que tout le
Ainsi, à seize ans, à cet âge où ses insou- sans le consentement de ses parents qui voumonde ne pense qu'à se réjouir, je me dis ciante.s et h"ureuses compagnPs n'avaient draient absolument qu'elle épousât un homme
à moi-même : Voudrais-je mourir en ce encore à souffrir de soucis plus graves que de de robe. Laissez-moi faire cependant, je tenmoment?
ceux de quelque poupée brisée ou perdue, la terai des démarches auprès des principaux.
- Ah! MademoisPlle, répondait avec ad- pauvre enfant était veuve; six mois après parents et, en tout cas, j'essayerai de la permiration la pieu,e femme, quelle grâce Dieu elle était mère et mettait au monde une fille, suader qu'elle peut bien, sans leur avis, dis•
vous fait! Prof1tez-en bien, et songez aux ayant épuisé déjà, en une si courte existence, poser d'elle-mème. »
dangers auxquels vous êtes exposée dans ces toute la série des joies el des douleurs qui
A ces assurances de service, l'obligeant
di1•erlisseme11ts profanes. Les saints, en pa • peuvent illuminer ou assombrir l'existence moine joignit quelques demandes de fonds,
de~tinés, disait-il, à l'aider dans les démarreille Ocl'asion, portaient des chaines de fer, d'une femme 1.
afin que la douleur présente les empêchàt
Telle était la jeune veuve que l'ingénieux ches multiples qu'il aurait à faire, puis,
d'être sensibles aux. dangereuses distractions marieur du Boc:ige avait eu l'idée de pro- comme le temps approchait où l'armée allait
qui les environnaient et risquaient de leur poser à Bussy. Assez singulière idée, certes! entrer en campagne et où Bussy devrait refaire oublier le soin de leur salut. 1&gt;
N'était-ce pas là vouloir, en quelque sorte, joindre les troupes, le père l'assura qu'il
Cet avis ne fut pas perdu. Fermement allier l'aigle aver. la colombe et faire fusion- pouvait partir l'esprit en repos sur cette
affaire, promettant de lui donner a l'is de
résolue à ne pas moins bien faire que ner !'Enfer avec le Paradis?
n'avaient fait les saints, l'enfant, après avoir
Que dirait d'ailleurs d'un pareil projet le tout, et le 6 mai 1648, le beau conquérant,
mis de côté et thésaurisé l'argent donné ponr père de Bussy, si vain de la belle prestance le cœur léger, se rendit à Péronne où le
ses menus plaisirs, acheta une chaine de fer de son fils et si désireux de lui voir imiter prince de Condé rassemblait son armée3 •
qu'elle ne manquait pas de porter en secret l'engageant exemple de Chabot? Mme de )Iisous sa robe chaque fois que sa tante la ramion n'é.tait pas de la qualité d'une Rohan.
IV
Que dirait le Grand Prieur de Malte, que
menait au bal.
Dans la tranchée d'Ypres.
A la comédie, elle fermait les yeux; mais diraient tous les Rabutin en voyant un des
lorsque sa tante venait à rire, elle se tournait leurs rechercher l'alliance de la veuve d'un
vers elle et riait aussi, de peur d'attrister robin, de la füle d'un homme de finance?
En 1644, Uauvilly, lieutenant de la coml'excellente femme en lui laissant voir trop
Toutes ces objections n'arrivèrent pas à pagnie de chevau-légers d'ordonnance du
clairement combien étaient vains et inutiles faire balancer un inslant Bussy : les quatre prince de Condé ayant été tué le 5 août aux
les soins qu'elle se donnait pour faire goûter cent mille écus de biens de Mme de Mira- attaques de Fribourg, Bussy, suivant le vœu
à sa nièce les plaisirs de son âge.
mion étaient à ses yeux un argument vain- de son père, avait traité de cette charge et
A peine àgée de douze ans, Marie Bonneau queur el il fut convenu avec le Bocage que le l'avait acquise moyennant le prix de douze
réclamait la faveur de prendre soin des ma- père de la Merci, confl'sseur de la jeune mille écus'·
Depuis lors, abandonnant à son lieutenantlades lorsqu'il y en avait quelqu'un dans la femme, ferait en sorte d'amener une entrecolonel le commandement de son régiment
maison et, certain jour des Rois, tandis qu'au vue avec elle.
salon tout le monde était en joie, un paleUne entrevue, c'était beaucoup s'avancer, d'infanterie, il avait fait toutes les campagnes
frenier de son oncle se mourant dans les il eO.t fallu pour cela le consentement de à la tête des chevau-légers de Condé et suivi,
communs, la charitable et compatissante Mme de Miramion, et le moine ne pensait pas en cette qualité, le duc d'Engbien, devenu
petite Uarie voulut quitter la fète pour venir pom·oir encore lui demander une démarche bientôt prince de Condé par la mort de son
donner des secours au moribond et essayer, aussi marquée; tout ce qu'il put faire, pour père.
Cette charge lui procurait la faveur de
par ses pieuses exhortations, de lui rendre le moment, ce fut de mettre Bussy à même
la mort moins douloureuse. L'agonie fut d'apercevoir au moins une fois la jeune vivre aux côtés et dans l'intime familiarité du
effroyable et le dernier soupir du pauvre femme qui lui était si délibérément offerte. héros . de l\ocroy. Dans la tranchée, devant
homme accompagné des plus horribles conL'église des pères de la Merci, située rue Mardick, repoussant avec lui l'épée à la main,
vulsions.
du Chaume (aujourd'hui des Archives) en coude à coude, une furieuse sortie des ennePour commencer le bal, on cherchait par- face du beau portail gothique de l'hôtel d'Oli- mis et voyant les manchettes du prince toutes
0

i. Sur l'enrance cl b sa inteté de llme ,te lliramion. ,,oyez : la Vie de Mme de .llu·a111io11 nar
F,-ançois-Timolèon de Choisy, prieur de Saint-Lo,
doicn &lt;le ln cathé&lt;lrale de Bayeux cl membl'C de
l'Académie française. - Plusi~urs éditions aux HH'
el n 111• siècles; la &lt;lcrni~rc est de 18:58. - L'abbé de

Cltoisy, auteur de ce livrc,élnit le cousin germain de
)!me de füramion.
Voir aussi l'excPllent om rage du corole de Bonneau-A venant : ,lime de ,l/iramio11, Sà vie et ses
œuvres cl,ar,tables, 1 vol. in 8•, 1875 cl éditions
postérieures, cl aus, i un très intérassanl al'ticle du

docteur I.e Pileur dans La France ,llédicale, du
10 octobre 1906.
2. Encore existant. L'une des portes du couvent ,le
la fü,rci existe encore également au n• i5.
3. ,l/émofrc, de Bussy.
4. JlémoÎl'ei de Bus~.

U NE 'F~ED.JUNE DE BussY-'Jtl rBUT1N - - ~

trempées de sang : « Vous êtes blessé, Mon- n'avait pas aidé à moins de trois enlhements seul mot d'enlèvement, le prince, sans attenseigneur? » lui demanda-t-il, plein d'an- mémorables : tout d'abord celui de Mlle de dre d'autres explications, arrêta+il brusquegoisse. - &lt;1 Non, répondit Condé, c'est du Salnove par Saint-Étienne, un de ses gentils- ment le narrateur pour l'assurer de sa chahommes; puis l'enlèvement de ~Ille de Bout- leureuse approbation et au besoin de son
sang de ces coquins. &gt;&gt;
appui.
En arrivant donc à Péronne, c'est
« Voulez-vous, lui dit-il, dès que
aux côtés de Condé, son chef, que Bus,·ous serez en possession de votre belle,
sy alla immédiatement se ranger.
vous retirer avec elle dans une des
Le prince avait reçu l'ordre de complaces de mon gouvernement de Bourmencer la campagne par le siège d'Ygogne, à Bellegarde, par eiemple 1 Là
pres. Le 8 mai, après avoir passé la
personne n'osera, contrairement à mon
revue de ses troupes, il les mettait en
autorité, venir troubler vos amours
marche en deux colonnes et le 13, à
et vous serez à l'abri de toute poursuite.
rinq heures du matin, il s'établissait
- Monseigneur, répondit Bussy, je
devant la place, qu'il était bien décidé
à enlernr de son habituelle façon, tamremercie Votre Altesse de son offre;
bour ballant.
mais je ne crois pas avoir besoin de
Le 25, la tranchée était Mjà assez
mener si loin mon Hélène. Je compte
approchée des défenses pour qu'on pût
trouver abri à Launay, une des maijeter des fascines dans le fossé de la
sons du Grand Prieur, mon oncle,
contrescarpe et, le lendemain, faire
entre Stns et Bray-sur-Seine.
avancer une batterie de trois pièces.
- Eh bien! dit le prince, Ypres
Le même jour, Bussy, demeuré dans
ne peut plus tenir longtemps. Dès que
l'incertitude sur ce qui s'était passé
la place sera prise, je vous donnerai
à Paris après son départ au sujet de
à porter à la cour la nouvel\e de la cases proj~ts de mariage, et qui attendait
pitulation ; ainsi vous pourrez, sans
al'ec impatience la réalisation des proexciter aucun soupçon, retourner à
messes du père de la \lerci, reçut enfin
Paris et y séjourner le temps qui
une lettre de ce religieux.
rnus sera néces$aire. l&gt;
c, La dame en qu~stion, lui mandaitDès le lendemain, Bussy mandait
on de façon discrète, n'a pas la force
à son bénévole correspondant, le conde résister à ses parents qui vous sont
fesseur de Mme de Miramion, que, le
contraires; mais elle serait bien aise
~iège prenant fort bonne tournure, et
que, par une apparente violencr, vous
la ville paraissant devoir être bientôt
lui aidassiez à dire oui. &gt;&gt;
emportée, il pourrait, en toute vraiBussy, qui n'ignorait pas ce que
semblance, se rendre prochainement à
parler veut dire, ne douta point un
Paris où il serait prêt à suine les insinstant que Mme de liiramion désirât
truclions qu •on voudrait bien lui donner.
qu'il l'enlevât et ne le lui fit ainsi fort
Deux jours plus tard en effet, après
ingénieusement entendre; il n'hésita AVANT LA MESSE. - Estampe extraite de la série : , La noblesse une brillante attaque par nos troupes
pas à sui1-re une voie si conforme à
fraoça,~e à l'église •, tar ABRAHAM B OSSE.
de la demi-lune qui faisait face à nos
son tempérament et à ses goûts.
travaux d'approche, on put attacher
Mais il ne pouvait s'embarquer dans
le mineur au corps de la place, et
une affaire de cette sorte sans en parler au teville par Coligny, son ami, qui, en cours de le gouverneur, reconnaissant qu'une plus
moins à son général et, courant au lorris du route, lui écrivait dans l'ellusion de sa re- longue défense était impossible, amena le
prince, il lui montra la lettre du moin; et lui connaissance : « J'ai procédé ce matin au drapeau blanc et signa la capitulation. Emfit part de ses projets.
saint sacrement de mariage en présence de pressé d'exécuter sa promesse, le prince fit
Un enlèvemt'nt ! ~lais rien mieux que cela tout Cbàteau-Tbierry. Nous partons présen- partir Bussy sur-le-champ pour en porter la
ne pouvait être dans les idées et les goùts de tement pour Stenay. » li avait enfin aidé à la nouvelle.
Condé; rien ne pouvait lui plaire davantage : fui te de Mlle de Rohan avec Chabot vers le
Après un grand détour, rendu nécessaire
e~le~er d~s femmes, enlever des viUes, il n'y château de Sully « où un prêtre qui passait par la présence de l'ennemi, l'heureux mesfa1sa1t pornt de différence, c'était sa fonction sur la rivière de Loire les maria 1 ».
sager de victoire, passant par Furnes, Dunet sa spécialité. Dans la seule année t645, il
Aus~i. aux premières paroles de Bussy, au kerque, Gravelines et Calais, arriva à Paris
1. llé1110Îl'cs de 11/1/e de /llo11tpe11 sier.
2 . .lfémoires de Bussy.
le 50, avant-dernier jour de mai, au matin 2 •
(A suivre.)

Cu. GAILLY DE TAURINES.

�L'HJSTOJRE JNTJME
~

Mesdames, filles de Louis XV
Par Madame CAMPAN.

Clicht Glraudon.
LA VIE ET

u:s MCEURS

AU Xl'lll' SIÈCLE. -

LA TOILETTE. -

Tabkau d e

PATER·

(Colite/ion

La Cau, M11sée du Louvre.)

J'avais quinze ans lorsque je fus nommée un sac contenant en or le prix de la maison.
sement elle n'avait souvent que le temps
lectrice de Mesdames. Marie Leczinska venait
Louis XV voyait très peu sa famille ; il d'embrasser son père, qui partait de là pour
de mourir; la mort du dauphin avait précédé descendait tous les matins, par un escalier la chasse.
la sienne de trois ans; les jésuites étaient dé- dérobé, dans l'appartement de madame AdéLe roi était fort adroit à faire certaines petruits, et la piété ne se trouvait plus guère à laïde. Souvent il y apportait et y prenait du
tites
choses futiles, sur lesquelles l'attention
la cour que dans l'intérieur de Mesdames; le café qu'il avait fait lui-même. Madame Adéne s'arrête que faute de mieux; par exemple,
duc de Choiseul régnait.
laïde Lirait un cordon de sonnette qui averLe roi ne pensait qu'au plaisir de la chasse; tissait madame Victoire de la visite du roi; il faisait très bien sauter le haut de la coque
on aurait pu croire que les courtisans se per- madame Victoire en se levant pour aller chez d'un œuf d'un seul coup de revers de sa fourmettaient une épigramme quand on leur en- sa sœur sonnait madame Sophie, qui à son chette; aussi en mangeait-il toujours à son
lenda il dire sérieusement, les jours où Louis XV tour sonnait madame Louise. Les apparte- grand couvert, et les badauds qui venaient le
ne chassait pas : « Le roi ne fait rien au- ments des princesses étaient très vastes. Ma- dimanche y assister retournaient chez eux
moins enchantés de la belle figure du roi que
jourd0hui. »
dame Louise logeait dans l'appartement le de l"adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.
Les petits voyages étaient aussi une afi'Jire plus reculé. Celle dernière fille du roi était
Dans les sociétés de Yersailles on citait
très importante pour le roi. Le
avec plaisir quelques réponses de
premier jour de l'an il marquait
Louis XV, qui prouvaient la finesse
sur son almanach les jours de déde
son esprit et l'élévation de ses
part pour Compiègne, pour Fonsentiments. Elles ont été placées
tainebleau, pour Chois), etc. Les
dans des recueils d'anecdotes, el
plus grandes affaires, les événesont
généralement connues.
ments les plus importants ne déCe
prince était encore aimé; on
rangeaient jamais celle distribution
eût désiré qu'un genre de vie conde son temps.
venable à son âge et à sa dignité
L'étiquette existait encore à la
vînt enfin jeter un voile sur les
cour avec toutes les formes qu'elle
égarements du passé, et justifier
avait reçues sous Louis XIV; il n'y
l'amour
que les Français avaient
manquait que la dignité : quant à
eu pour sa jeunesse. li en coûtait
la gaieté, il n'en était plus quesde le condamner sévèrement. S'il
tion; de lieu de réunion où l'on
avait
établi à la cour des maîtresses
vît se déployer l'esprit et la grâce
en titre, on en accusait l'excessive
des Français, il n'en fallait point
dévotion de la reine. On reprochait
chercher à Versailles. Le foyer de
à Mesdames de ne point chercher
l'esprit el des lumières était à Paris.
à prévenir le danger de voir le roi
Depuis la mort de la marquise
se composer une société intime chez
de Pompadour le roi n'avait pas
quelque nouvelle favorite. On rede maitresse en litre; il se contengrettait madame Henriette, sœur
tait des plaisirs que lui offrait son
jumelle de la duchesse de Parme·
petit sérail du Parc-aux-Cerfs. Sécette princesse avait eu de l'in:
parer Louis de Bourbon du roi de
ll~ence sur l'esprit du roi ; on diFrance était, comme on le sait, ce
sait que si elle eût vécu elle se seque le monarque trouvait de plus
rail occupée de lui procurer des
piquant dans sa royale existence.
amusements au sein de sa famille;
Ils l'ont 1•oulu ainsi; ils ont pensé
qu'elle aurait suivi le roi dans ses
que c'était pour le mieux. C'était
petits voyages, et aurait fait les
sa façon de parler quand les opérations des ministres n'avaient pas
honneurs des petits soupers qu'il
de succès. Le roi aimait à traiter
aimait à donner dans ses apparteMADAME LOUISE-ÉLJSAOl:.Tll ET 1\IADAllE HE!ŒIETTE, Vl:.RS Iï3;.
ments intérieurs.
lui-même la honteuse partie de
Tableau dt GOBERT. (Musee de Versailles.)
ses dépenses privées. li vendit un
Mesdames avaient trop négligé
jour à un premier commis de la
les moyens de plaire au roi; mais
guerre une maison où avait logé une de ses contrefaite et fort petite; pour se rendre à la
on pouvait en trou ver la cause dans
maîtresses; le contrat fut passé au nom de réunion quotidienne, la pauvre princesse tra- le peu de soins qu'il avait accordés à leur jeuLouis de Bourbon; l'acquéreur porta lui- versait, en courant à toutes jambes, un grand nesse.
Pour consoler le peuple de ses souffrances
même au roi, dans son cabinet particulier, nombre de chambres, et malgré son empreset fermer ses yeux sur les véritables déprédaV. -

.., 336""

llJSTORIA. -

Fasc. .jO.

22

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Comte Fleury</name>
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                    <text>LE "lisll-Moi"u1sr oR1Que

1t1S TOR,.1.Jl
paperas oil à son secrétaire. Elle m'a dil de
m'a· oir à côté d'elle; et pui l'ile m'a dil
qu'elle me trouvoil queltp1e défaut (un mot
ra)é) fois de l'affection, &lt;1uïl n'en îalloit
3\'0Ïr dans rien, 11u'il ne falloit chercher à
res-cmbler à personne, qu'elle m'aimoiLmieux
avec mes défaut~ qu'a,·ec des grâce empruntés. llaman a quel11 uefoi de singulières idées.
Elle ne \"eut pas que je cherche à l'imiter.
J'en ai pourtant bien envie souvent. J'ai toujours le son de sa voix!
11 est certain - M. Émile Michel en fait
très justement la remarque - 11ue Mme Dupie . is dégagPait pour sa fille un charme mystérieux. Lucile cherchait à lui ressembler.
« J'ai bien souvent envie de l'imiter, » ditelle. Et elle 11joute avec une fierté manifeste :
11 J'ai toujours le son de sa voix l » ~I me Duplessis élait encore jeune et charmante quand
Lucile touchait à ses du:-huil ans. On se doutait, depuis la publication qu'a faite en j 879
M. Claretie dans le Joul'nal offiriel d'une
lcllre de Camille Desmoulins, on e doutait
que le futur auteur du l'ieu.t· Coi-delier avait

été 1p1elque peu amoureux de la mère Hanl « 0 loi qui es au fond de mon cœur ... , toi
de pen,er à la fille. Aujourd'hui il rc orl de
q11e je n'ose aime,· .... Je n'ose 111e fm•or1er
documents produits par ~I. E. Michel que à moi-111è111e, cc que je .wms pour toi. Je 11e
Camille fit à la maman une cour très assidue. m'orcupc q1i'à le déguise!' .... o
Le do~. ier de la collection )Jarsy contient une
pièce de ,·ers adressée ù D...• qui ~e i-elirait
li est vrai que lorsque enfin, rnr le point
à la campagne; l'épitre csl d'auil 1786, et de l'épouser, Camille annonce la bonne nouCamille, à cette époque, aimail platonique- ,·elle Il son père, il écrit : &lt;( Je l'aime depuis
ment la dame depuis trois ans. Pour lui, les /mit ans! ~ Il e t vrai encore rp1e de toute
deux fillettes, Lucile et Adèle, ne comptaient façon, dans l'enthousiasme de sa joie, il exapas; il les compare aux: deux colombes dont gère ueaucoup : huit ans! Lucile en avait
Yénu était accompagnée, el certes ses désirs vingt à cette époque; Camille raurait donc
n'allaient qu'à la déesse.
aimée alors qu'elle n'en avail que douze?
Mais Lucile, très précoce, ne s'était-elle Sans doute addilionnail-il, pour former ce
point prise d'amour pour le soupirant assidu total impo ant, les années de soupirs adressés
de sa mère? Celle-ci n'avait-elle point deviné à la fille avec celles passées dans l'adoration
le ecret tourmPnt de sa romanesque enfant? de la maman.
Ce n'est là qu'une hJpothèse; elle éclaircirait
Alais à quoi bon des hnlOthèses? Peut-on
entre autres choses la rigueur que témoigne $e les permellre en des sujets si délicats?
à son brûlant amoureux Mme Duplessis, l'es- Tt&gt;Jlc qu'elle ful, telle que nous la connaispèce d'admiration jalouse que Lucile a pour ions, l'idylle de Camille Desmoulins et de
elle et aussi ces lignes que la fillette écrit Lucile Duplesfr reste, de tous les romans
ces lignes presque inexplicable si Camille d'amour de notre histoire, le plus attachant
n'en aime pas une autre, une autre dont la el le plus dramatique.
•
pauvre enfant ne veut pa· èlre la rivale :
T . G.

Cllcbt Glraudon

]. TALLANDTER
~

LIBRAIRIE ILLCSTRLE

PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
FILLE de LOClS-PHlLlPPE ]"', ROI DES FR \:'.\ÇAI . et FBIME DE LrOPOLO
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75,RuEDAREAU,'"'5
J•r.

ROI DE:~ BELGF. ·. PARls

(XIV"

arro nd'-)

�LIBRAIR,TB- léLUSTgÉE.

JULES

TALLANDIER,

ÉDITEUR.. -

75, rue Oareau,

3ge fascicule

Sommaire du

(20

PA~IS

juin

(XIVe arrt),

JQII)

PRINCE DE JOINVILLE
Vieux so.uvenirs (Cl83,4-1 836)
Une audience de a 11gu1a · ·

PmNt:E or, JoJN,-ILLE . .
PAUL ui-:
ALNT-V1cT01&lt;.

VI CTOR Ht:Go. . · · ·
HENRY BORDEAUX . •
CO.IITESSE D'A R~l.l!Ll.É •
T A.LLE11.l.YI' DES REAUX .
(;E!'IERAL DE MAHBOT ·
LomsE CHASTEAU . . .

L.ov,sE Cocm'.LET. . . . Le comte Tascher • • · · · · ·
t d L·sle
Eo.110:rn P1LoN . . . . . La mort de Rouge e 1 · ·

l,ect,·ice ae t:i rei11e florte11 ,·e
ALEXANORE DE )LIZ.\llE.
P.œL GAULOT. • . . . .

ÀLaprdèsh
la os~e~!ese~ry
.. fille -d~

uc es

,

~ég~nt .

•

. Le roi Jérôme . • •
. Rosalie de Constant. .
. La journée du 20 Jum 1192 .
. Madame de Villars.
. Mémoires . . . . .
. Ames d'autrefois ..

•
Vieux souventrs
~834 · 1886

- - - - - - - -ILLUSTR.ATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLE AUX, DESSINS ET ESTAMPES DE :

TIRÉE EN CAMAÏEU :

N GEORGES CAIN CONRAD, D.n·,o u'.\XGERS, ÜESJAR·
BERLJER, BIART, B~!LL~~~SSEL G.tnô.11E ISABEY LARrv1ERE, i\fasso:'\, )I EORET.

/

T

PR!XCESSE LOUISE D'ORLEAN

• j' R!GA·U; ROUIL~AR D R UHJEltlŒ. RUOTTE, ARY
:\liGNARD,
QUEVERDO,
E~ELS, •
DE TROY • VERIT!t.• l!OR.ICE 'vER~ET. \\'1:-S,· HEFFER, SrGVY, GusrA, E URAN D.

FILLE DE L OIIJS-Pil!L!PPE ] ", RO( DES FRANÇAIS.
FT FEM.IJE DE LEOPOL D l ", ROI DES BE LGES.

TERUALTER.

Tableau de J. -0. CocnT. (Af11sèe Condé, Chanti/1)' 1

Dl~S, DESMARAIS,

EO·R

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Copyright by Talland.ier 1910.

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ÉDITIONS JULES TALLANOJER.

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LIBRAIRIE ILLUSTRÉE

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MAGAZINE LITTÉRAfR=8 ILLUSTRÉ. ~1-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMBRO 140 du 25 Jum 1911

--

LE

CRUELLEÉNIGME
CoL~.TTE

RO MA)(
PAUL BOURGET, de /'Aca.-témie française.
wf~;-Y, Belles-de-Jour: - Lcw:s ML"l-lLFELD.

LISEZ·MOI BLEU

1j;'ftes~:t\;;;-b~ft~~~
Romance. -n~f;;:_v~P~~~~ü~h_iÜE-.\1,\Rl)RL
FülEY un·
gé~&lt;;;1i~~~

JIARAV GOU,RT.
S. l,a fraiANDRE THEl RJET, ~lgne~l~R LiU, RITTE. Le cigare. - J EAN Hl~ IJ EP IN . de
cheur des roses ..AUI.'
•
p
AREl'Î t Curo-Ba ss10. - AN o,.i-;
l'Académie française. Le _Patronët· R--;,S
mensonge. - 1\l ,~CF.L
RIYOIRE. Retour le soir.
iu. L . ,
d.
r _ JOSÉ-,\1.\RIA
PREVOST, de l'Ac~demiet
L a~EN,; B~Vr\ge cie l'Acadèm1e franOE HI::Rl:.U [A. Ant~•.ne c ;',!•• A LPH, ;lil;, U,\UIJET. ·L'enfance d'une Pariça1sc. Madame CoreR
les p·l a~ches. _ ~l, Ut:L ZA I ACOJS . Le
sienne.
HE 0 0 ~-xA'Y
budget. - Aan
,\\ AURICE
" '
, de r1\ eadémie française. L'Affrancbie.

.\/AfJAZINE ILLUSTRE

des JEUNES FJLLES et des JEUNES GENS

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LeP LISEZ-Mül"
historique

HIST ORIA
o

et le

~

LAVEDAN, de l'Académie française. L'li!11o~r de! bêtes. RI CHEPIN, de l'.\cadémie française. Etoiles filante~. -:HE ,Rv GR ,.,,v1·
- MA CRl&lt;.E
ROLLINA1,
c.
L- LE , Les Koumiass ine.
\
•
,
L'écureuil. - G•oRGES l)'E SPARBES . Suspension d armes A'-ATOLE FRANCE. de l'Académie française , Le jour de Ca~herine. - fü::-t K.'\Z IN, de l'Académ ie française, Les Oberle. "'YREBRIIN "'•
,.- Mar.,ot
llo•EMO:-u E ROSTA ,\ D.
1 EORGES DE P i.:,
• •
0
1
Lorsque tu seras vieux.. .. - l ·n RRE LOTL de I Académ!e

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20

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1

[fa-.R1

Mag~zine illu 5lré

paraiel!lant le

SOMMAIRE du N• du 15 Juin

-~

Au retour de ce voyage 1, mon éducation
technü1ue avait repris de plus belle. Il avait état superlatif de préparation. Il y eut bien examen eut lieu dans la grande salle de la
quelques intermède pendant le trajet; cerété décidé qu'avant d'être admis définitivePréfectUl'e maritime, par devant un jury
ment dans le cadre des officiers de marine, tains points de la Bretagne étaient encore d'officiers, dïngénieurs, de professeurs.
agités (au commencement de t 834) par les
j'irais passer publiquement à Brest l'examen
L'examen fut public, mais ce qui me trouhfa
suites de la le,ée de boucliers de 1851, et
d'élève de première classe. Je fus donc préJe plus au début, ce fut la présence de tous
paré en conséquence, et reçus cette do e pro- mon passage fut en plusieurs endroits le les élèves de l'Écolc navale qui occupaient les
gressive d'en$eignement, que les Anglais signal de cc que l'on appelle, en style parle- gradins d'un côté de la salle. Il y avait heumentaire : mouvements en sens divers. Je
désignent d'un mot caractéristique : c1·amreusement parmi eux d'anciens camarades
vis quelquefois des mouchoirs blancs agités
min9, auquel je ne trouve d'équivalent dans
de pioche, dont la vue m'encouragea, et
et enrubannés autour du chapeau en guise de
notre langue que gaver. Mon professeUl' de
l'examen ayant assez bien marché, je m 'apercocardP.s.
En d'autres points les démonstramathématiques faisait une classe à un cerçus vite aux vi ages de toute cette jeunesse,
tain nombre de jeunes gens, dans une mai- tions tricolores prenaient une forme origi- comme les acteurs, dit-on, voient venir le
nale. Je me souviens d'un relais de poste où
son de la rue Git-le-Cœur, où j'allais m'hama
voiture s'arrêta entre deux haies de gardes succès aa Lhéàtre, que ma cause était gagnée
bituer à parler en public le langage de l'x
et que j'étais reçu non seulement par les
et de l'y. Au contraire des leçons du col- nationaux, contenant une foule considérable. chevronnés de la science, mais par le sull'rage
]èrre, j'ai gardé Je plus doux souvenir do A une portière se tenait le maire, écharpe universel de mes contemporains. Mais quelle
sur le ventre, qui me salue de ; (&lt; ~fonsei•
celles que j'ai reçues dans cet antre, car
joie quand l'audience fut le,·ée !
gneur,
cet endroit n'est qu'un trou, mais
c'était un antre! Cela tient, sans doute, aux
Quelques jours après, j'embarquais à Lodans ce trou battent des cœurs dévoués à
bons camarades l!Ue j'y ai rencontrés et qui
rient, comme aspirant, sur la frégate la
sont restés mes amis, comme aussi au votre auguste famille 1, , pendant que le curé Siri-ne, commandant d'Oysonville, et je parcharme qu'exerçait sur nous tous notre si
tais pour une campagne dans !'Océan, croiaimable professeur. De tous ses élèves, à
ière sans intérêt, sauf quelques-uns de ces
commencer par I'i11ustre maréchal Canrobert
petits incidents corn.me il y en a toujours
el passant par mes contemporains, Exeldans la vie de marin. Ainsi un jour, me troumans, Bonie, Morny, Daumesnil, les frères
vant dans la grande hune, au moment où
Grefi'ulhe, Friant, .Baudin, Valhezen et tant
l'on prenait des ris aux huniers par une forte
d'autres, jusqu'aux jeunes, venus après moi,
hri e, une manœuvre vint à casser et, s'enje crois qu'il n'est pas un seul qui n'ait gardé
tortillant autour de mes jambes, m'enleva en
à ce brave Guérard les sentiments les plus
l'air, la tête en bas. Sans les bras vigoureux
reconnaissants et les plus affectueux. Quand
du cher de hune et d'un gabier qui me sail'époque de mon examen fut tout à fait
sirent au vol, je retombais à la mer ou sur
proche, il me fil interroger à di verses reprises
le pont, deux alternatives également désapar les examinateurs officiels des écoles polygréables. Plus tard, à la fin de la croisière,
technique et autres, afin de me familiariser
nous rentrâmes à Brest par un coup de vent
avec l'imprévu des examens publics. Je pasdu sud-ouest dans des circonstances qui me
sai alors par les mains du baron Reynaud, de
firent une utile impression.
MM. Bourdon, Delille, Lefébure de Fourcy.
Il avait fait mauvais depuis quelques jour ,
Ce dernier m'in pirait un véritable elfroi,
les observations avaient été douteuses, la
à cause de sa réputation de brutalité géoméposition de la frégate était incertaine. Poustrique. Un de mes camarades ne m'avait-il
sés par la tempête avec une grande vitesse,
pas rapporté ce colloque si connu entre lui
nous comptions sur des éclaircies partielles
et un candidat qui, s'embrouillant en face
qui se faisaient de temps en temps dans la
du tableau, la craie à la main, avait entendu
brume, pour apercevoir et reconnaître un
la voix de M. Lefébure de Fourcy dire tranCllobt illraudon.
coin de terre , un rocher, et d'après cette vue,
PRL',CESSE .i\lARJE o 'ÜRLÉA..',S.
quillement : « Garçon, apportez une botte de
nous diriger à travers les écueils dont l'entrée
Dessin ct'ISABE\". (Nllsée Conde, Cha11tilly.)
foin pour le déjeuner de l'élève. • - À
de Brest est semée. Il fallait se tenir prêt au
quoi l'élève indigné ajouta aussitôt : « Garmoindre signe à changer de route, à manœuçon, apportez-en deux, M. l'examinateur dé- et son clergé, en aube et surplis, placés à "ï'er instantanément. Tout le monde était
jeunera avec moi. 1&gt;
l'autre portière, entonnaient avec accompa- sur )e pont, s'écarquillant les yeux pour aperEnfin, cb.argé jusqu'à ]a gueule de calculs gnement de serpent :
cevoir quelque chose, avec ce sang-froid nerd'astronomie nautique el de toute· les cience,
veux qu'ont les corps disciplinés en face de.~
réclamées pat· les programmes, je parti pour
Soldais du drapeau lricolore,
dangers. Pourtant un homme était absent, le
fl '0rléans, loi (Jlli l'as porlé.
füest, entretenu, même en voiture, dans un
chef, celui dont la promptitude de jugement
1. Yoir 1/i11toda, fascicule 11• :;3, clu 5 awil 1911.
el la uile de la Pm·isienne. A Drc t, mon et de commandement pouvait eule nous faire
passer d'une incertitude pleine de p :ril au
V. -

llrsTORIA, -

Fa,;c. 38.

16

�msro'1{1.J1

'VŒUX SOUYENTJt.S

salut. Le commandant était en bas, dans sa
chambre, et persistait à y re~ter, malgré le
e-~is indirects que l'of6cier de quart, le

C:lli:hC: GirauJon,

PR11-iCESSE CLJ':llENTINE o'OIU.ÊA:ss.

Ntnia/urt dt Mn'RET, J.'atres \Vl11TF.R11ALTER.
(Nusee Co11ilt, Chantilly.)

second, l'orr1cier chargé de la route tentaient
pour l'en faire sortir. C'était inrompréhensiLle el très inquiétant en mème temps. I.e
commandant d'Oysonvillc, mort marguillier
à Saint-Roch, était un homme aimaLle, plein
d'honneur, mai au. ~i peu marin que posiL!e. Organi,ateur de premier ordre, il
poussait le méthowsme aux e. trème limites
cl s'était fait, entre autres théories, celle
qu'un capitaine doit commander de a chambre, pour ne paraître devant son équipane
que dans les occasion les plus solennelle0 ,
el c'est pour rester fidèle à son principe qu'il
refu ait de se montrer dans les circonstances
dont je parle.
on entêtement faillit nou coûter cher,
car l'éclaircie i ardemment attendue se produi ant LouL à coup, on aperçut un coin de
terre. On crut reconnaitre l'ile de Molènes et
on se précipita pour prévenir le commandant
qui envoya un ordre de route. Cne éclaircie
sur un autre point de l'horizon fit entrevoir
de rochers : « Le.~ pierres vertes devant! »
hurla un pilote côtier, pécialcmcnl embarqué pour la campagne, qui guettait. perché
sur la vergue de misaine; et l'officier de
route se précipita de nouveau pour averlir
encore le commandant. Pendanl ces allées el
,·cuues, le rideau de brume se refermaiL et
nous continuions à nous diriger sur les écueils
a,ec une ,ile e de douze nœuds. Cela ne
pou,·aiL continuer ain i ! Autorisé ou non, le
1.&lt;ccond prit le commandement el fit ces er
une siluation impos~ible. otre brave commandant ne parut qu'au moment de mouilln
en rade, quand toute incertitude avait di paru,
Ill je mis encore le- regards qui accueillirent.

son apparition tardive. L'inquiétude avait
été d'autant plus grande 11ue chacun ·avait
comment, peu d'années auparavant, il avait
perdu sur l'ile de Paros , dan des circonLances singulières, le vai seau de i4, le
upe1·be, qu'il commandait. Pour moi,
(appris là ce que toul m'a confirmé depuis :
le dancrer de l'autorité indéci ,e el partagée,
ur mer ou ailleurs.
nenlré à Paris, la partie technique de mon
éducation terminée, je continuai à uine des
cours d'hi 'toire, de littérature, de phj ique,
de chimie el je m'adonnai avec passion au
dessin en compagnie de mes sœurs, de ma
sœur Marie surtout. Je travaillai avec elle
sou la direl'Lion quotidienne d'Ary Scheffer
el je m~ rappelle un matin notre douleur en
trouvant que la Jeanne d' \rc qu'elle Caisait
pour , er:aailles el qui était en cire, a,·ail été
ramollie par un calorifère surchauOë et s'était
affaissée le long de l'ru-malure, au point de
~e changer en cuJ-de-jalle . .\ J'aide d'une
température moins éle,ée el d'un cric, placé
d'une certaine mani~re, que nous manœu,ràmes n°011reusemenL • cheffer et moi,
Jeanne d'Arc remonta sur on armature el
tout fut bientol réparé.
\'er~ ce temps-là au . i, sous l'inlluence du
génie de Victor llurro, nous nous étions pris,
ma sœur Clémentine el moi, d'une belle passion pour le vieux Paris, le charmant Paris
ùcs légendes. Nous avions acheté les gros
volumes de auval, cherché dans lou le·
bouquins les traces de ces légendes et nous
employions no après-midi à aller remarquer
l'emplacement et relrouver les ve Liges de ce
que nous avions lu dan nos livre . li n'est
pas une égli. c, pas un monument que nou
ne connus ions dans Lous se détails, pas une
ruelle, un coin du quarlier des Halle , de
l'fiôlel de Ville, de J'Arsenal, du Temple, du
Panth~1on, que nous n'eu ions exploré avec
un oin et un intérêt pa ionné.. Quelle ;joie
un jour que, en essayant de reconstruire
l'hôtel aint-Paul, l'ancien palais de nos roi ,
nous retrouvâmes une a ise qui en avait incontestablement rait partie.
Dien qu'à terre, j'étais toujours à mon
métier: je vo~·ais pre que tous les orficier de
marine de passage à Paris, essayant de pou.er en avant ceux d'entre eux que l'opinion
du corps sign:,.lait comme chers d'avenir. Ces
questions de promotion, comme toutes celles
qui intéressaient la marine, me mettaient
journellemenl en rapport avec le ministres, et de celle époque datent mes relations arnc
M. Thiers; mai , cho e ingulièrc, c'est l' équitation qui nous avait rapproché • Durant les
séjours de Compiègne, Je Fontainebleau, les
parties de campagne à Versailles, à aintCloud, au Raincy, quand le Roi invitait des
Yisitcurs étranrrers, les ministres, les grand
personnages à dC3 promenade générales, ça
ennuyait autant ~J. Thiers que moi de monter
dan les voiture et chars à banc qui se suivaient en longue file. 'ous préférions de beaucoup les accompagner à cheval, et rien ue
plaisait tant au pelil ministre que de lai er
aller sa hèle au triple galop, les rênes 11ot-

tantes. li était très olide, très confiant, surLoul sur un cheval de la maison appelé le
« Vendôme », nom qu'il prononçait nec son
accent méridional : le ranndomme! ,le me
sou,'iensqu'un jour il galopait à coté de moi,
à Fontainebleau, sur ledit Vai111domme;
nous passàmes à côté d'une jeune ramasseuse
de bois, courbée sous son fagot. Au bruit,
elle se redressa; il faisait très chaud; a
camisole était déboulonnée et montrait à
décou\'ert une poitrine blanche lrè · bien meublée. Elle fit la risette à lf. Thiers qui am1la
tout court sa monture, revint en arrière pour
mettre une poignée de monnaie dans la main
de la jeune Femme et, électrisé, repartit ventre
à terre en sautant le arbres abattus avec une
décision et une énergie que je ne lui a,·ai
jamais connues.
Une autrP. fois il se montra moins brillant
cavalier. On devait faire une cérémonie du
rétabli ement ur la colonne de la statue de
'iapoléon, de celle statue qui y monle ou en
descend à chac1ue révolution. Le troupes, la
garde nationale étaient ous les armes, avec
les musiques, les tambours apnt en tête un
magnifique tambour-major, ma ~és au pied
du monument. Nous arrivons en grand cortège par la rue de Castiglione, ayanL en face
de nous la colonne, surmontée de la statue,
recouverte d'on voile qui devait tomber à un
signal. Au moment où nou débouchon sur
la place, M. Thiers, en grand uniforme, chapeau à plumes de mini Ire et toujours monté
ur le Vanndomme, pique des deux, sorL au
grand galop du cortège et pa e devant mon
père en criant à lue-tête, de sa voix de fausset :
« Je prends les ordre du Roi! 1&gt; en accompa-

l\app,dan le tableau de la Bataille d'Austerlit::,, de Gérard. A ce ge. te, le tambours
ballent, les mu.igues jouent, le voile de la
statue tombe, mai M. Thiers n'est plu·
maitre du Vmzntlomme qui, débordant d'enthousiasme, charge, tête baissée, rem'er ant
tambour et tambour-major, avec le petit
mini tre cramponné sur on do ·, comme un

sur le boulevards. Nou étions Lous réunis,
princes, maréchaux, généraux, aides de camp
devant faire partie du cortège, dan le alon
de Tuileries, contigu à la salle du Trône,
lor~que )J. Thiers, mini Ire de l'intérieur,
entra comme un ouragan, el nous faisant
signe à mes deux frères el à moi, nou
emmena dans l'embrasure de la croisée.

ATTE:-iT,\T Fn:scu1. -

Clicb.! O il'lloJ 0II.

MADAYE ADÉLAÏDE.

Mln{aturt dt MEIIRET, d'af)f'ts ,YTNTERHALTER.

(Musée Con:U, Chwtll!y .)

rroanL ces mols d'un coup de. chapeau que le5
mauvaises langues prétendirent avoir été
étudié au LoUl're, sur le gc te du général

'

iuge de l'llippodrome, un spectacle rtro•
tesque!
Ce qui ne prêta pa à rire sous ce même
ministère de M. Tbier ·, ce forent les attentats
dirigés san relâche contre mon père. Les
spéculateurs en nh·olutioo , alléchés par le
uccès facile de celle de l 50, après arnir
tenté des coup semblable" dan des émeutes
sévèrement réprimées, étaienl découragés.
Il se rejetèrent sur l'a as inat. - La plus
,,:rieuse tentative fut celle de Fieschi. C'était
le:! ' juillel l ::;5_ Je de"ais, a\'CC mes deoi
frères aînés, accompagucr le noi à une revue
Je la garde nationale et de l'armée, rangées

revue. li en fut ainsi : « Veillez bien sur
votre père! • nous répéta M. Thiers. El on
mon la à cheval.
La re,11e marcha a ez bien, avec cette
eulc remarque. que nous fimes tous, de la
présence de nombreux indi\'idus à visages
insolent , portant tous un œillet rouge à la
boutonnière; évidemment le personnel des

lJ.zfrtS unt lilllogr.zfrhie Jt 1lJ.'JS. (C4ttntl Jes Estampes. )

sociétés ecrètes, prévenu, non de ce qui allait
regardant par-dessu es lunelte , il est plus e pa. er, mnis d'être prèt à tout événement.
que probable qu'on m attenter à la vie du Nous n'avions pu prendre d'autres précauRoi votre père, aujourd'hui. li nou esl revenu tions que de nous partager, mes frères et
des avis de plusieurs cùtés. Il ~t que'lion de moi, ainsi que le aides de camp de service,
machine infernale du côté de l',\mbigu. C'est 13. surveillance autour de la personne du Roi.
trè vague, mais il doit I avoir quelque chose A tour de rôle un de non et un aide de camp
de fondé .. ·ous aron fait ,·i iter cc matin de,'aient e tenir immédiatement derrière son
toute le - maisons dans le voisinage de l'.\m- cheval, l'œil fixé sur la troupe el la foule,
bigu. Rien! - Faut-il pré,·enir le l\oi? Faut-il afin de s'interposer devant tout ge te uspcct.
décommander la re,ue? 1&gt; 'ou fûmes una- C'était mon tour d'occuper ce poste d'obsernimes à répondre qu'il fallait prévenir le \'alion avec le général lleymi· , aide de camp
Hoi, mais qu'avec son courage bien connu. de enice, ù ma droite. A ma gauche se troujamais il ne consentirait à décommander la vai Lle lieutenant-colonel füeussec, de la légion
a ~k cher Prince', nou · dit-il, en nou

�'Jl1STO'J{1Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - de la garde nationale devant laquelle nous ment du crime était une machine. Notre pre- .:ur ces entrefaites ~t. Thiers parut à côté de
passions, lorsque tout prè de !'Ambigu, non mière pensée fol que la fusillade allait conti- nou , on pantalon de casimir blanc couvert
pas du théàLre actuel donl on avait fouillé le nuer; je mi donc me · éperons dans le ,entre de ang, nous disant ·eulement : « Ce pauvre
voisina"c, mais d'un ancien Ambigu aban- de mon cheval el, saisi sanl le cheval de mon maréchal! - Qui ça 1 - Mortier, il est
donné, 0en face du café du Jardin Tu1·c, une père par la bride. pendant que mes deux tombé mort sur moi avec un cri de : « Ab !
c pèce de feu de peloton, comme la décharge frère le frappaient par derrii·re a\·ec leurs mon Dieu! » 1 ous nou complàmes tout en
d'une mitrailleuse, se fit entendre, el en épées, nou l'enlrainàmes rapidement à tra- marchant. Quarante-deux morts ou blessé·.
levant les )'eux au bruit, je \'b de la fomée vers l'immen e dé ordre qui se produisait : Mort· : le maréchal Jortier, le général Ladevant une fenêtre à moitié formée par une chevaux s.ans cavalier!, ou emportant des chasse de Verigny, les colonels Raffet, Rieusblessé vacillants, rangs rompu , gens en sec, le capitaine Willalle, aide de camp du
persienne.
lilon
e ·e précipitant sur mon père, pour tou- ministre de la guerre; sept autres per onnes
Je n'eu pas le temps d'en voir davantage,
cher
lui ou son cheYal, avec des : « Vive le et deu'I: femmes. Blessés : les généraux He}·el je ne m'aperçus même pas sur le moment
mès, comte de Colbert, Pelet, Blin, el tant
que mon ,·oisin de gauche, le colonel Rieussec, Roi 1 » frénétiques. En nou éloignant, je vi
d'autre
; le duc de Broglie Frappé en pleine
encore la pri c d"a saut de la maison d'où
était Lué, qu'Uelmès, criblé de balles dan
poitrine
d'une balle qui s'aplatit sur sa
était
partie
la
décharge
:
les
jeunes
aides
de
ses habits, avait le nez emporté, ni que mon
pla11ue
de
la Lérrion d'honneur. Du théâtre
camp
avaient
mis
pied
à
terre,
lâchant
leurs
che\'al était blessé. Je ne vis que mon père
du
crime
à
l'extrémité des lignes de troupes,
chevau
,
el
avec
les
gardes
municipaux
et
les
qui . e tenait le bras gauche en me disant pardessus son épaule : « Je suis touché. &gt;&gt; 11 sergent de ville escaladaient la mai on el a il n'y avait pa loin; le cortège revint donc
l'était, en effet; une halle lui :-\'ait éraillé la voisine. le rafé Ba,'{elli, grimpaient ·ur la sur . es pas. La chaussée n'était qu'une mare
de sang à l'endroit où avait porLé le coup;
peau du front, une balle morte lui aYait fait ,·éranda, enfonçaient les fenêtres.
le l,les és et pres11 ue tous le morts étaient
Puis
la
revue
reprenait
.
on
cour
.
'ou
la contusion dont il se plaignait, une autre
déjà enle,·és et je ne ,·is lfu'un cadane, à
plat ventre dans la bouc, au milieu de che,·aux morts, mai tout ce ang répandu
effral'a nos monture , que nous eûmes de la
peine à faire avancer. Sur la place du Ch:lteau-d'Eau, une foule immense, furieuse,
s'agitait autour du corp de garde que défendaient de nombreux gardes municipaux, ce
qui nous apprit que l'as as in, ou l'un d'eux,
était arrêté. La revue 'acheva, et l'imperturbabilité de mon père fut mise à une rude
épreuYe, par runanimité el la \iolcnce des
acclamations dont il fut l'objet de la part de
tous, peuple el soldats. Inutile d'ajouter que
nous ne ,imes plu aucun œillct rou1ro,
Le défilé devait e faire place Yendùme et
la chancellerie était pleine de dames du
monde officiel, groupées autour de ma mère.
Nous mimes pied à terre un moment pour
aller les saluer, et là encore il )' eut une
scène émouvante. On avait bien pu expédier
un aide de camp pour avertir ma mère, ma
tante, me sœurs que nou · étions sains el
sauî , mais le mes ager n'avait pas eu le
temps de connaitre les nom de toute les
victimes. Au.si, quand non montime · l'escalier de la chancellerie, quelques-uns de
nous tout éclahou é· de sang, toute ' k .
femmes en toileues de f~te qui contra laient
avec leur eux plein d'angoisse, se précipi•
tèrent-elles, pour voir si ceux qui leur étaient
chers e trouvaieat bien là. !luel!Jue:.-une·
ne devaient plus les rc"oir.
Peu après ce anglanl épi ode de notre histoire, je fus embarqué avec le grade d'enseigne de vai seau , ur la frrgate_ la Didon,
capitaine de Parseval. Entré très Jeune dan,la marine, mon nouveau commandant était
aspirant à Trafalgar, sur le vai seau de \"illeneuye, le Bucentaure. Chef de la hune d'artimon, il avait vu le vaisseau de elson, fo
rictory, pas~er lentement 11 poupe du B11·
LE PRl:-.CE DE J OINVI LLE VISITE DA.,; · LI:. LIBA..'1 LE VIU-\ G E l!ARONITE O'IIEOE:S.
centaure, si près que la \ergue de l'un accroGramre de REIJEL, .t',;ifri:s le tableau de BIART. (,lftts i e &lt;k Versaill~.)
cha le pavillon de l'autre, pendant que les
cinquante pièces du vai seau anglais, îais3:°t
halle Lraver ail le cou de on cheval. Mais nous étions as urés que ni le Roi, ni nou ·, feu l'une après l'autre dan l'arrière du va1 ..nous ne ùmes cela qu'apri•s coup; nous ne n'étion bles~{-s, mai~ nou~ ignorions encore scau français, balayaient les batteries de long
,ùml's également qu'aprè · coup que l'in lru- le " rand nom hrr cl le · nom · des , iclimes. en lonrr el jetaient par terre quatre cent:-

"----------------------------------- V7:EllX SOUYENTR_S - - ~
hommes de on étjuipa"e. Aprt• · ce début de
c.arrière, le commandant Parseval avait traversé toute une \'ie d'a,·enture:, de combat ,
fait troi naufrages, en particulier un terrible
sur l'ile de "able, côte de la 'ourelle-l~cosse,
où, alors lieutenant de vaisseau, il a,·ait !!tlgne• 1a terre à la nage, pour chercher des 0secours el sauver l'équipage de sa frérrate. Il
e. t mort amiral, après avoir commandé en
chef l'escadre de la Baltique pendant la "Uerre
de Crimée. C'était un homme charmant, à la
tournure svelte et élérrante, toujours trè soigné dans sa per~onne, aussi ferme dans le
oommandement que poli dans la forme, marin con. ommé, manœuvrier de premier ordre.
J'ai beaucoup navigué. bmucoup appri avec
lui el ai ressenti pour ~a per,onoe, dès le
premin jour, une affeclion qui ne s'estjamai
démentie el qui était réciproque. Une sympathie de plus nous avait rapprochés, il était
déjà sourd quand je commençais à l'être.
Nous fimes, sur la Didon, une croisière
d'exercices, avec beaucoup de na,·igation par
tous le temp , pendant laquelle je rempli
le · fonctions de chef de quart, premier c · ai
de commandement, première épreuve de responsabilité.
L'hiver de 1 56 me retrouva à Paris où je
repri · mes cours, et me lirrai surtout à ma
pa, ion pour les beaux-arts. Cette pa, sion
fut cau,c d'une terrible réprimande que je
reçus de mon père. Le jury du Salon de t 85G
refusa un tableau, le premier, je croi , de
fürilhal. Des arti le· qui avaient rn l'œuTI'e
du jeune peintre trouvèrent la sentence
injuste; ils murmurèrent, cl leurs murmures
arrivèrent ju qu'aux journaux. J'eu. la curiosité d'aller voir le tableau chez DurandRuel. C'était un crépu cule .ur Rome, vue à
travers de grand· pin parasols. Je trouvai le
tableau uperhe, et pou é un peu, je l'avoue,
par l'e prit de protest:ilion, je fus pri d'un
,if désir d'en devenir l'acquéreur. Mais je
n'avais pas le ou, là était la difficulté. Pour
la vaincre, j'cntrepri~ le iège de rua tante
Adélaïde, qui aimait 1~ enfants de son frère
comme s'ils eussent été le· siens, el qui ne
résistait guère {les scélérats le sa\'aient) à
leur câlineries. Je réussis, comme je l'avai
espéré, et le tableau de Marilbat fut mien ;
eulement il .e trouva de. membre· du jury
pour 'en plaindre au Roi. Je fus mandé etje
fus reçu par un : a Ah! tu te mêles de faire
de l'opposition. J'ai assez de mal avec les
artiste ! C'est la liste civile, c'est-à-dire moi,
qui leur donne l'ho pitalité au Lou\'re. Je ne
peux pas être seul juge, entre ce qui doit et
ce qui ne doit pas être admis. 11 faut un '
jurJ, l'lo titut veut bien se tharger de cette
besogne; tous .es membres meurent de peur,
et c'est moi qui les oouvre de ma re·ponsabilité, comme je couvre celle de mes ministre ,
bien qu'on ait mis le contraire dans la loi, el
c'e t un de mes fils, c'e t loi, qui vien donner l'exemple de l'insurrection! Je t'en suis
fort obligé!! »' On voulut voir mon table:iu
œpendant. Inutile de dire que les grandsparent , l'entourage, le trouvèrent affreux,
une uotite. Je baissai les oreille ou. celle

douhlt- réprobation, cl fi, la tète tic chien
mouillé, mais je gardai mon opinion cl mon
)Iarilhat.
Je crois me ouvenir que ce fut peu après

cents francs, donnez-lc '-moi ! » .le b a"ai:-.
par hasard el je les lui donnai. « Comment
. •appelle votre protégé? demandai-je alor'-. TbéodoreRousscau . » Voyez-vou d'icicegrand

PRE.~lllRE EXPÉDJTJO:-. o r. Co:--.STA:-iTl:-.E: COMIIAT EN .AVA. "T DE

0 . UIJ (l i NOVE'IBRE 18 :X..).

Gra1•ure Je MAsso:-., d'atr~s lt tablea11 lt'HORA, F. VERNET. IM11sét de l'ersatlles.)

celle petite a\'enture que j'njoutai à ma galerie une nouvelle croûte. n malin, comme
j'étai occupé à modt&gt;ler (car je m'e saJais
au si à la culpture), dans l'atelier de ma
œur ~larie, "cheffer arrive et se met à me
raconter qu'il a YU uu arli le inconnu. tout
jeune, mai inconte tablement un homme de
talent, qui e trouye dans une affreuse misère. Six cents franc le tireraient d'affaire
et il donnerait en échange deux petits tableaux
faisant pendants, qu'il ,ienl de terminer.
« Qu'est-ce qu'ils représentent? » dis-je. 1 Ce ont de · paysage·, mais rattaché · à des
épi_odes tirés des romans de Walter coll :
l'un repré ente ln charge de Clavei-house
dans le. P111'itai11 ,l'autrel'ArméedeC/wrles
le Téméraire pas:ant les Alpes. - Voions,
ajoute cbelfor, en se tournant vers moi, un
Lon mouYemcnt! et si wu· ayez les si

artiste, vendant pour vine se tableaux comme
pendants, c'e t-à-dire comme meubles!
En 1836 au si, le 2!) féuier, j'a sistai à la
première rcpn' entation des Huguenots, opéra
qui m'enthousiasma. Le drame, la musique,
la mise en cène, l'interprétation, formaient
un ensemble unique, une œmre d'art incomparable. Comme élo11uence l)rique rien n'a
jamai , elon moi, surpassé sur la scène le
duo du ~uatrième acte tel que l'ont créé et
chanté Nourrit et mademoi-elle Falcon. Ce:;
deux artistes, entrainés par la situation dramatique el mu icale, ne se po_sédaient plu·
et l'émotion qu'ils re sentaient évidemment
était absolument contagieuse. )Iademoiselle
Falcon avait une manière d'interrompre son
chant pour parler le : « naoul, ils Le tueront ! » avec un accent où elle mettait tout
son être, qui était la passion même. Oh! la

�1f1STO'J{1.ll
passion! C'est la passion donl sont remplies
les pages de cel admirable füre, la Chronique de Charle~ IX, de Mérimée, qui a enfanté successivement CES chefs-d'œu1;re : le
Pi·é aux clercs, le Huguenots. Et qu'est-ce
que la vie sans la passion'!
Si l'année 185~ est marquée d'une lcllre
rouge par le crime de Fieschi, 1856 est l'année de l'attentat d'Alibaud. La chronologie du
règne de mon père n'est qu'une suite d'innombrables allentats venus à terme ou a,·orLés. Alibaud, comme on sait, Lira à bout
portant sur le roi avec un fusil-canne qu'il
appuya ur le bord de la portière, pend~t
que la voiture débouchait lentemenl du gmchet des Tuileries, et le manqua; la bourre
seule lui brûlant les favoris. Le courage de
mon père ne se démentit pas une minute,
non plus que celui de ma mère cl de ma
Lan le qui l'accompagnaienl. Je les vis descendre de voilure à Neuilly, sans me douler
un instant du danger auquel ils venaient
d'échapper.
Mais l'heure de reprendre la mer revint
bientôt pour moi, et je reçus l'ordre de m'embarquer, comme lieutenant de vaisseau, sur
la frégate l'lphigénie, dont mon ancien capitaine, M. de Parseval, avait pris le commandement. ;\ous flmes roule pour la station du
Levant. De celte nouvelle campagne il me
resle le souvenir d'un accident de mer Lien
ex traordinaire. Nous étions dans !'Archipel,
à la hauteur de l'ile d'Andros; je venais de
quiller le quart de huit heures à minuit et
j'étais couché, lorsque j'enlendis conter que
le brick de vingt canons, le Ducouédic, commandant Bruat, qui nous accompagnait, faisait des signaux de détresse. Jo remontai bien
vite sur le pont; les feux du bric.k avaient
disparu; on ne vopit plus rien; il ventait
tempête avec une très grosse me~; j~squ'~u
jour nous resl,imes dans les plus vH·es mqmétudes. Enfin aux premières lueurs du malin,
nous aperçûmes notre compagnon démâté; il
nous demanda par signal une remorque,
chose impraticable en l'état de la mer; nous
ne pûmes que l'escorter dans les efforts qu'il
faisait, avec la seule voile qui lui reslàl, la
misaine, pour gagner Syra où il réussit à
arriver. liais la chose extraordinaire, c'esl
qu'il démâta sous l'action contraire d'un violent coup de rouli et d'une forte rafale, juste
à minuit, quand l'équipage tout entier était
rassemblé sur le pont aux postes d'appel, au
moment du changement de quart, el que le
arand màt, avec tout son gréement, toutes
~s vergues, ainsi que le petit màl de hune,
s'aballireol sur le pont sans blesser personne.
A part cet accident, tout l'intérêt de ma
nouvelle croisièrt' fut dans son côté pittoresque. La Grèce, avec ses souvenirs des
temps mJLhologiques, poétiques, historiques,
et les grandes lignes sévères de ses paysages,
me fit une vive impression, mais vile surpassée par la vue de l'Asie, de l'Orienl musulman, que la lecture du voyage de Lamartine et les tableaux de Decamps m'avaient
donné uo ardent désir de connaître. Qu'on
juge de ma joie lorsqu'en mettant pied à

!erre à Sm)·rne, je vis passer de\'anl moi la sique indig~ne, douce et plainli\'c, se faisajt
représentalion animée du chef-d'œuvre de entendre, et l'on regardait mesdemoiselles
Decamps, aujourd'hui à Rotterdam : la Pa- Peiser, Athanaso, Fonlon, Tricon, etc., danll'ouilfe de Smyme; le même chef de police ser la romaïka. Tout cela, si séduisant alors,
au grand lrot sur son cheval turcoman loul n'existe plus aujourd'hui. L'Orient a consm·é
ramassé, entouré de ses estafiers, véritables son soleil, sa couleur, mais l'affreux cosmobandits, courant autour de lui couverts de politisme a tout envahi: le corset est parloul,
et le corset c'est le vol!
splendides haillons el d'armes é.tincelanles
On était jeune, on était gai à l'époque dont
Cc brave policier, appelé Uadg}-Bey, dont
nous fimes immédiatement &lt;c Q11al'Gibels )}. je parle, passionné même; deux lieutenants
devint bien vite notre ami. Je lui fis son por- de vaisseau, mes c.amarades, eurent un duel
trait; il n'était que sourires chaque fois que plus sérieux que les duels à coups d'épingles,
je le rencontrais, et il tolérait toutes les fras- &lt;le mode aujourd"bui. Ils se hallirenl au pisques de nos jeunes aspirants. lis en firent tolet, au point du jour, sur cette promenade
cependant une assez forte qui excita l'indi- de la marine où, la veille au soir, ils plaisangnation des Osruanlis. myrne était à cette taient au milieu des jeunes femmes. Au moépoque la ville orientale par excellence, toute ment où les Lémoins commandaient le feu, le
en bazars tortueux, en ruelles étroites, enche- soleil se levait à l'horizon. Son premier rayon
vêtrées les unes dans les autres, oü la circu- étincela sur un boulon de poitrine de l'unilation, toujours laborieuse, devenait impos- forme de l'un des deux adversaire , eL la balle
sible quelquefois pendant des heures, quand de l'autre, obéissant à une attraction fatale.
de longues files de chameaux, reliés les uns alla frapper ce boulon el tua raide notre malaux autres par des cordes, venaient à s'y en- heureux camarade. Un enseigne enleva une
gager. Ilien d'irritant comme ces obstructions charmante Grecque qu'on trouva cachée dans
qu'bommes eL bêtes semblaient prendre plai- sa cabine, quand son navire eut pris le large;
sir à prolonger, lorsqu'elles paraissaient en- et tant d'antres incidents encore!
Après myrne, l'lphigénie parcourut !'Arnuyer les Giaours. Que firent nos aspirants?
Réunis en grand nombre, car nous avions chipel, les côtes d' Anatolie, de Caramanie, de
alors à Sm}rne une forte division navale, ils Syrie. Tout le temps que ne me prenait pas
louèrent des ânes, les allachèrenL les un aux mon service, j'étais le crayon à la main, avec
autres par de longues cordes, puis les entour- les modèles les plus charmants ou les plus
cbant, eL affectant, la longue pipe à la bou- pittoresques sous les 1•eux. De Tripoli de yche, une gravité toute musulmane, ils se mi- rie, je grimpai au sommet du Liban, d'où je
vis un panorama immen e, les ruines de Balrent en marche.
Celle longue farandole, qui avait bien un beck, le Désert. Nous îimes un déjeuner
kilomètre de long, circula toute la journée champêtre avec le patriarche du Liban el es
dans les bazars, allant, venant, s'entortillant, moines, à l'ombre des fameux cèdres. Brual
interrompant tout trafic, comme sur le pas- y eut un duel comique avec un chirurgien de
sage d'une interminable caravane. Les vrais marine de beaucoup d'esprit appelé Camescroyants furent d'abord snrpri ; mais corn- ' casse, qui était de notre bande. Je me souprenant qu'on se moquait d'eux, ils devinrent viens d'un mot bien drôle de ce Camescasse,
furieux el coururent chercher Quat' Gibets parlant d'un de ses confrères de médecine
qui, renseigné, rit à se tordre, son gros réfugié en Bretagne, où il soignait particuventre entre les mains. Nos aspirants lui firent lièrement l'aristocratie locale; il l'appelait :
une ovation. ·ous étions vengés des chameaux le Vengeui' du peuple! A Ueden, le chef-lieu
des Maronites, le vieux cheik Iloutrouss-Kaet chameliers.
Les environs de Smyrne étaient charmants ram, me reçu t avec l&lt;'.ls plus grands honneurs
el le hriganda .. e inconnu; la ci1•ilisation el je tus à peu près noyé sous les aspersions
n'avait pas encore enseigné l'art raffiné qui d'eau de rose dont je déleste l'odeur. En
dehors de mon passage, c'était grande fête à
se pratique aujourd'hui d'enlever les gen
avec mise en demeure de se faire racheter ou lleden : Boutrouss-~aram mariait sa fille;
d'avoir le nez, les oreilles ... et finalement le toute la nation maronite était accourue en
cou coupés. On pouvait aller partout, galoper habits de fête. Quels beaux types I Quels cosau loin ur la roule de Magnésie, s'arrêter tumes! Quels turbans! Je servis de témoin à
pour prendre le café au bord d'une source la mariée, elle et moi devant tous deux garder
fraiche, à l'ombre d'immenses platanes d'où un bracelet en équilibre sur la tète pendant
l'on voyait défiler l'Orient toute entier, cara- le temps de la cérémonie. La mariée trem•
vanes de Diarbekir, tribus de Turcomans blait, son bracelet tomba. Après la cérémoquasi sauvages, bachibouzouks des quatre nie, elle me reçut sans voile : c'était une
coins de l'Asie, tous sujets pour artistes, que grande belle Lrune, au costume pittoresque,
je ne cessais de dessiner. Rentrés dans la ville mais pas une jolie femme.
De Jaffa, je fis le voyage de Jérusalem et
que la brise du golfe, l'Imbat, avait raîraichle, on allait passer la soirée dans la société parcourus la Terre- ainte avec une grande
levantine, arménienne, auprès de grands-pa- émotion troublée seulement par un incident
pas fidèles à leur vieux costume, enveloppés fàcheux. Le jour où je devais me rendre à
dans leurs caftans, et d'aimables jeunes l'église du Saint-Sépulcre, une grande foule
fommes, coiffées de taclicos, leurs belles m'y avait précédé et tout aussitôt une quetailles, qu'aucun corset ne tourmentait, P.n- relle, qui dégénéra en bataille, s'éleva entre
tourées d'un co. tu.me semi-orienlal. Une ma- Grecs, Juifs et Arméniens. Ce ful à grands

coups de bàton 1ue la police musulmane me
fraya un passage pour pénétrer dans le lieu
saint, et, comble de scandale I au moment où
je m'agenouillai plein de recueillement, l'orgue de l'église fit entendre la Jlarseilfaise.
Un autre incident se produisit pendant ce séjour à Jél'usalem. Le gomerneur de la province vint me trouver pour me dire qu'il
avait reçu l'ordre de Méhémet-Ali de se mettre à la disposition du fils du Roi des Français et de faire ce qu'il voudrait. Je pris aussitôt la halle au bond et lui répondis que cela
se trouvait bien, car j'allais justement lui
demander l'autorisation de pénétrer dans la
mosquée d'Omar, élevée sur l'emplacement
de l'ancien temple de Salomon. Il faut dire
que celle belle mosquée, la seconde en sainteté après la Mecque aux yeux des Musulmans, ou\·erle aujourd'hui à tout le monde,
n'avait alors été visitée que par le célèbre
,·oyagea r Ali-Bey.
A ma demande le ~omerneuf Hassan-Bey tira sa
barbe et parut vivement contrarié. Après un instant de
silence, il prit son parti
el me dit : « Venez demain,
je vous y mènerai moi-même. » Le lendemain, je fa
fidèle au rendez-vous a\·ec
Bruat et deux ou trois autres officiers qui faisaient le
même voyage que moi. Nous
entrâmes dans la mo qaée
qui est réellement très belle
et que nous parcourùmes
en entier. Les imans, les
soîtas, prêtres ou étudiants,
nous regardaient aYCC horreur depuis notre entrée,
lorsque l'un d'eux entonna
tout à coup sur un ton de
fausset, une espèce de litanie à laquelle la foule répondit en cbœur. Puis cette litanie se changea bientôt en
des cris de rage, et précédée
d'un vieil iman nègre en robe
jaune, qui semblait arrivé
au paroxysme de la lureur,
celte foule se rua sur nous
avec des gestes menaçants.
Ça n'était pas très rassurant, mais llassan-lley fut à
la hauteur de la situation. U
me prit par le bras, me mit
derrière lui avec Bru al el ces
messieurs groupés à côlé de
moi, puis il ordonna à une
dizaine de Kavas qu'il avait
amenés de charger, cc qu'ils
lirent à grands coups de
Là.ton. Non content de cela,
i I fit saisir le plus turbulent
des so[tas, le fit jeter à ses
pieds et bâtonner sans merci. Les coups de
bâton pleuvaient sur ce malheureux avec le
bruit d'un tapis que l'on bal.
Cette ferme altitude en imposa à la foule

qui se relira dan le bout de la mosquée
en grommelant. « Maintenant, sortons Jl, me
dit le bey. Une fois dehors, il nous enferma
dans une autre mosquée voisine où il n'y
avait personne, en nous priant de l'y attendre. Bientôt nous enlendimes un grand ncarme el des hurlements au dehors. Au bout
de quelque temps, llassan-Bey reparut souriant el nou fit sortir; la foule disparue était
remplacée par un bataillon d'infanterie égyptienne.
Le lendemain de cette échauffourée, sur
l'avis du be)', nous quittâmes Jérusalem, avec
regret de ma part: la Yue de tous ces lieux
illustrés par l'admirable légendt! de noire religion m'ayait fait une impre sion profonde.
Hon imagination a,·ait revu en action jusqu'aux tableaux de la Bible de Royaumonl
dans laquelle mon enfance aYail appris rAncien cl le Nou\'eau Te tament. Encore au moment de partir, en ounant la fenêlre de la

AOOLPUE Tll!ERS.

Portrait gravé s011s lt rtg11t dl Louis-Philippe.

chamhre où je logeais au comcnL latin, je
vis exactement devant moi le tableau de cette
Bible où David est représenté les main en
l'air d'admiration, décomrant Bethsabée, la
""::?47""'

femme d'Urie. David, c'était moi, Bethsabée
une femme vraiment superbe dans son péplum oriental, assise par terre, sur une terrasse en lace. Seulement elle ne peignait pas
ses cheveux comme dans la Bible : elle cherchait sa vermine.
Je revins de Jérusalem par la mer Morle,
azareth, aint-Jean-d'Acre. Pas loin de Nazarclh, comme nous chevauchions de nait
pour éviter la grande chaleur, nous rencontràmes une troupe de ca\'aliers et en tête un
per onnage en costume égyplien qui se fit
annoncer comme Ibrahim-Aga, envol"é par
Soliman-Pacha au-devant de moi. Comme
j'appelais le drogman pour lui tran mettre
mes paroles, lbrahim-lga me dit d'une
voix traînante: &lt;&lt; Ce n'est pas la peine, je
suis le marquis de Beauîort, capitaine d'état-major. )&gt; C'était, en effet, un des très
nombreux officiers français, détachés à l'armée égyptienne, alor· en cantonnements en
Jrie, après les victoires de
Homs el de Konieh sur les
Turcs. J'avais vu ces troupes partout en S}Tie et les
a,·ais fort admirées, j'allais
maintenant voir à SaintJean-d'Acre ~oliman-Pacba,
c'est-à-dire le colonel français elves, qui les avait
organisées et qui, sous l'énergie el la volonté de l'er
du fils de Méhémet-Ali, llirahim-Pacha, les avait conduites à la ,ictoire. Je vi un
petit homme qu'un long
séjour en Égypteavaitorientalisé comme apparence,
mais qui avait gardé toute
la vivacité de l'esprit français.
L'lphigénie rentra en
France par Malte où je fis
li! connaissance de lord
llrudenell, célèbre depuis,
sous le nom de lord Cardigan, par sa fameuse charge
de Balaklarn, H du major
Rose, homme charmant,devenu plus lard le Sir Uugh
Rose de la Crimé.e, puis
le maréchal lord Strathnairn de la grande révolte
de l'Iude. A ce moment,
le major flose commandait
le 42• Écossais, le fameux
c&lt; B,ack Watch », régiment
magnifique, surtout alors,
où il n'était composé que
de vieux soldats, aux formes
herculéennes. Il fournit la
garde d'honaeur qui me reçut au palais des GrandsMaitres lorsque j'allai faire
visite au gouverneur, et le
salul de celle belle troupe en grande tenue,
bonnets à plumes, drapeaux abaissés jusqu'à terre, la musique jouanLle Gocl save the
Qtteen et les cornemuses résonnant sous les

�111ST0~1.ll----------------------~
"Yoûles du palais était un specaclc saisissant.
• C'était la première fois que j"entendais les
cornemuses des régiments écossais. Je les ai
entendues bien souvent depuis et toujours
elles me rappellent cet épisude si dramatique
de la grande insurrection des armées indiennes : Le Secours de Luknow, de Luknow, c:ipit.ale du royaume d'Oude où, dans
un vaste et solide bâtiment appelé la Résidence, une poignée de soldats anglais s'étaient
réfugiés avec les femmes et les enfants
échappés aux massacres. Isolés au cœur de
l'Inde, assiégés pemlant des mois, i,:ans aucune
nouvelle du dehors, mourant de faim, décimés par la maladie et le feu de l'ennemi,
femmes et soldats, ayant perdu tout espoir de
secours, ne songeaient plus, avec l'énergie
britannique, qu'à vendre chèrement leur Yie,
lorsque tout à coup, au milieu du redoublement de la canonnade et de la fusillade quotidiennes, des cris inusités se font entendre,
semblables au flurralt l national. Ces hurrah!
se rapprochent, mais les Cipayes révoltés les
ont souvent imités par dérision! Quand un
nou-veau son vient frapper les oreilles des
assiégés I Les cornemuses!! Les cornemuses 11
et bientôt on distingue la célèbre marche des
régiments écossais : 'l'/ie Campbells are
co111i,1g! les Campbells arrivent!! C'étaient
les renforts ramassés partout : soldats anglais, écossais, marins commandés par le
vieux lord Clyde de Balaklava, qui emportaient de vive force les défenses accumulées
autour de Luknow par l'armée révoltée, dix
fois plus nombreuse, el qui apportaient le
secours inespéré de la Mère-Patrie, le salut!
Quel moment!
Je revins à Paris pour apprendre la nou,·elle de l'insuccès de la première expédition
de Constantine, et le beau rôle que mon
frère Nemours avait joué dans cette terrible
aventure. Je ne doutais pas que l'on n'allàt
bientôt prendre de cet échec une éclatante
revanche et je me désolais que ma qualité de
marin ne me permit pas de demander à être
de la partie. En attendant, je pris ma part
d'un nouvel attentat dirigé contre mon père,
à qui un nommé Meunier tira un coup de
pistolet le jour de l'om·erlure des Chambres.
Un mouvement de la loule dérangea le bras
de l'assassin, mais la halle entra dans la voiture en cassant la glace de devant, et mes
frères et moi fûmes coupés par les éclats de
verre. Je' me souviens d'un mot de député
dit à celle occasion et bien caractéristique.
Après la séance royale, comme ces messieurs
de la Chambre parlaient de l'attentat, un
d'eux dit ; « Allons-nous aller féliciter le
Roi? - Certainement. C'est l'usage! » Peu
après un émule de Fieschi inventa une machine perfectionnée qui devait nous faucher
tous à coup sûr, à la première occasion, mais
il fut découvert et se tua au moment où l'on

venail pour l'arrêter, emporlanl arnc lui le
secret de ses complices.
Au milieu d'agitations politiques, d'ambitions ministérielles dont je m'occupais infiniment peu, survint le mariage de mon frère
aîné le duc d'Orléans, el les fêtes qui en
furent l'occasion : mariage à Fontainebleau,
grande fête à l'Rôtel de Ville de Paris, inauguration du musée dr Versailles. Le mariage
avait été résolu sans que mon frère el la
princesse Hélène se fussent jamais vus. Impatient de la connaitre et de la saluer avant
tous sur la terre de France, mon frère se
rendit au-devant d'elle, à Nancy, où elle
arrivait accompagnée de sa mère el d'une
dame d'honneur. Mon frère se précipite, voit
les trois dames et, saisissant la main de sa
fiancée, la porte à ses lèHes ! Erreur! C'était
la main de la dame d'honneur! Ce contretemps d'un instant fut vite oublié et quand
le carrosse à huit chevaux de la princesse
entra, au bruit du c:rnon et des tambours,
dans la cour du Cheval-Blanc, à Fontainebleau, nous descendimes, le Tioi en tête, le
grand escalier, comme les seignt'urs descendent l'escalier de Chenonceaux au sl'cond
acte des Huguenots. C'était très beau.
L'entrée à Paris 1 par les Champs-Élysées,
l'arrivée aux Tuileries par le jardin, nous a

Clkbé Giraudon,

PRL'fCE DR JOINVILLE.

Lithographlt d'après \VINTF.RDAL TER .
(Musee Condé, Chantilly.)

cheval, les princesses dans los carrosses à la
grande livrée d'Orléans, au milieu d'un public immense, les femmes en toilettes de

printemps éclalanlcs cl par 110 Lemps idéal,
fut aussi un spectacle ravissant. Il y eut ensuite un très beau bal à l'Hôtel de Ville, un
peu assombri par la prédiction, venue de
tous côtés, qu'il serait l'occasion d'un nouvel
attentat. Le ,ieux prince de Talleyrand,
presque moribond, demanda à mon frère
aîné de venir le \'Oir pour ajouter sa prophétie
à toutes les autres. Se dressant sur son
séant, le visage portant les signes de la mort
prochaine : « Ce ne sera ni le couteau ni le
pistolet, lni dit-il, mais une pluie de pavés
lancés des toits, qui vous écrasera tous!! »
Bien obligés de la prédiction; nous fûmes
heureux de ne pas la voir se réaliser. Il n'y
eut rien, ni dans la rue, ni au bnl où nous
fùmes entourés d'une armée d'invités choisis,
et dont on nou ramena à fond de train sous
l'escorte d'escadrons de cuirassiers étincelants
à la lueur des torches. Mais le bouquet des
fêtes !ut l'inauguration du musée de Versailles, de ce musée créé par mon père et
voué par lui : A toutes les Gloires de la
France. D'autres que lui ont donné une triste
ironie à celle inscription.
Toutes les révolutions se payent!
Le jour de celle inauguration, le Roi
donna, dans les galeries du palais, un diner
de douze cents couverts. Chacun de nous fut
chargé de présider une table, tàche que j'aurais trouvée fort ennuyeuse, si je n'avais eu,
parmi mes convives, des hommes de beaucoup
d'esprit, dont la conversation m'amusa fort :
Alphonse Karr, Léon Gozlan, Nestor Roqueplao, etc. Après le dîner, il y eut spectacle
avec le Misanthrope, joué pour la première
fois en costumes de l'époque de Louis XIV,
par Pt'rricr, Provost, Samson, Firmin, Menjaud, Monrose, Rcgnicr; mesdames ~fars,
Pies y, Mante; pnis un acte de Robert le
Diable avec Duprez, Levasseur, mademoiselle Falcon, et le ballet. Après la représentation, promenade dans les galeries illuminées. Je m'attribue, dans cette soirée, deux
initiatives; la première fut de tourmenter
tellement le Roi el les ministres après l'acte
de Robert le Diable, que Meyerbeer, que
j'allai chercher, fut nommé séance tt'nante
officier de la Légion d'honneur, distinction
devenue banale aujourd'hui, mais exceptionnelle alors. La seconde fut de demander au
Roi également de vouloir bien autoriser les
artistes ayant pris part à la représentation à
se joindre aux invités pendant la promenade
aux flambeaux dans les galeries, autorisation
que j'allai porter moi-même el que j'étendis
naturellement au corps de ballet. Quand on
0

vit toutes ces demoiselles en tenue de ville,
beaucoup d'entre elles un carton à la main,
circuler au milieu de ~ gent chamarrée,
beaucoup de nobles dames prirent des airs
dédaigneux, mais le mélange était charmant.
PRINCE DE

~

JOI VILLE,

Copyright 111&lt;jg, by Jea n Roussod, Mnnzi, J oyant ~l (: ".
AvE C :ES.\R IMPEIUTOR , MORITURI TE SALUTANT. -

Tableau dt Gt:RÔ!II E.

PAUL DE SAINT-VJCTO'R

.,.,.

Une audience de Caligula
Philon est une des plus vénérable figures
des derniers jours d'Israël ; il y apparait
comme un Platon oriental, l'abeille attique
sur les lèvres et le rayon du Sinaï sur le front.
Né trente ans avant l'ère chrétienne, d'une
famille sacerdotale, Philon personnifie admirablement cette grande école juive d'Alexan•
drie qui, tout en gardant intacte l'idée du
monothéisme hébraïque, essaya de l'élargir
aux proportions de la pensée grecque. La doctrine développée dans le vaste ensemble de
ses œuvres, reçoit et mélange, à doses inégales, toutes les philosophies helléniques. Si
Philon admet, comme Platon, la préexistence
des âmes et la formation du monde par des
puissances inférieures travaillant sur des types
d'idées invisibles, il croit, comme Pythagore,
à la vertu des nombres. S'il se rattache aux

stoïciens, par l'austérité, de sa morale, il suit
Aristote en Lien des questions. Mais ce syncrétisme n·a point le caractère d'une apostasie. C'est vers la Bible que Philon fait converger toutes les doctrines étrangères qu'il
s'assimile en les transformant. C'est Jéhovah,
le Très-Haut, le Tout-Puissant, l'Unique,
l'Éternel qu'il intronise sous le portique de la
sagesse athénienne. Sa philosophie, libérale
et pure, est, en quelque sorte, l'arche d'alliance où le génie israélite et le génie grec se
touchent du front et des ailes, comme les
chérubins du tabernacle biblique, en s'inclinant vers le même Dieu.
Il n'y a pas trace du christianisme dans ses
livres. Ayant toujours vécu hors de la Judée,
Philon paraît même avoir ignoré la vie el la
mort de Jésus-Chris l. .A_ucnn souffie de! 'Évangile ne pénétra jusqu'à lui. li se rattache
pourtant à la religion du Christ par sa théorie

du Verbe, intermédiaire entre Dieu et l'humanité, ange par excellence, fils premier-né
de Dieu, comme il l'appelle quelquefois. Le
germe de cette conception était dans Platon;
Philon l'a singulièrement agrandi. Plus tard,
elle se combina avec les idées chrétiennes, et
le quatrième Évangile, postérieur de plus
d'un demi-siècle aux ouvrages de l'écrivain
juif, nous la montre planant, à l'état de
dogme initial, sur la théologie du culte nouveau. En ce sens, on peut dire qu.e Philon est
un précurseur de saint Jean. ln pl'incipio
erat verbum ... est l'exorde du philosophe,
comme il était celui de l'évangéliste.
Philon n'est pas seulement un philosophe,
c'est un lùstorien. Sous la forme du pamphlet ou de l'apologie, il défendait sa nation
déjà opprimée, avec une infatigable éloquence. Ses plaidoiries étaient de véritables
mémoires qui jetteraient de vives lueurs sur

�ff1ST0~1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___,
les parlies peu connues des premières époques
de l'empire romain. Il ne nous reste malheureusement de cette série de ses œuvres, avec
le Plaidoyer contl'e Flaccus, que la Légation
à Caïus, document inappréciable qui nous
mel en face de Caligula.

fuL, pour ainsi dire, le prologue du martyre
en masse que ce peuple devait subir pendant
tant de siècles. Le récit de Philon semble

Il

Cet.te rela.tion~ trop peu connue, a l'intérêt
unique d'un témo1gmge ooulaà-e. ~ . à
vrai dire, n'a pas d'historiens. Les livres des
Annales, où Tacite racontait son rrgne, ont
été perdus. C'est une lacune irréparable, imparfaitement remplie par la chronique de
Suétone. Celle-ci même a failli périr. Un
homme ayant été surpris lisant le Cali911/a
de Suétone, Commode fil Jeter le li,·re au leu,
le lecteur aux bêtes : feris obJici jussit, dit
Lampride. Ce fou furieux, intercalé dans la
dynastie impériale, gênait beaucoup les Césars. lis auraient \"Oulu abolir sa mémoire el
rayer son nom. Le récit de Philon est donc
une révélation. 11 Que serait-ce si vous aviez
Cliché ü1rauao11.
vu el entendu le monstre? » disait Eschine à
CALIGULA .
ses auditeurs émerveillés, après leur avoir lu
Buste antique. (Musée du ratilole , Rome.)
le discours de IJémosthène contre lui. Philon
a vu et entendu le monstre que Suétone ne
nous décrit que de ~econde main; il nous en prophétiser ces elîroyables émeutes du mol·en
rend l'horrible impression. C'est en s'échap- àge, où une ville, prise d'un accès de rage
pant de son antre qu'il a écrit ces pages pal- religieuse, envahissait sa juiverie et la mellait
à fou et à sang. On ,·oit mème flamber, à
pitantes d'effroi el de vérité.
Avant d'y pénétrer avec lui, exposons, en Alexandrie, les premiers !agols des autodaiés.
quelques ligne , ll's circonstances qui rappro- Beaucoup de Juifs forent bràlés vifs sur les
chèrent Philon de Caljgula. Une colonie juive, places publiques, faute de gros bois, avec des
florissante et ri(·he, prospérait, depuis des branchages; d'autres trainés par les rues
siœles, à Alexandrie. Celle grande ,ille élait a"ec des courroies, et déchirés par la plèbe.
alors une sorte de pandémonium religieux, Le gouverneur. romain laissait faire ou se
où Lous les cultes et toutes les doctrines bouil- lavait les mains du sang de celle race, dans
lonnaient, dans un mélange sans fusion. Sur le hassin de Pilate.
Les Juifs, désespérés, résolurent d'adresser
ses cinq quartiers, les juifs en occupaient
deux. complètement; ils tenaient le haut de à César un appel suprême. lis envoyèrent à
ses banques el de on négoce; leurs syna- Rome une ambassade dont Philon fut institué
gogues étaient nombreuses et leurs écoles re- l'orateur. Les Alexandrins expédièrent, de
nommées. Alexandrie était la Jérusalem laïque leur côté, une députation. Les loups de
d'Israël. Mais la haine qui s'allacbait déjà à l'Égypte et le troupeau d'Israd allaient plaider
la race juive ne sévissait, nulle part, plus vio- leur cause dernnl le tigre romain.
lemment que dans la ville d'Alexandrie. Rentrés en l~gJple, après tant de siècles, les
Hébreux y retrouvèrent le \Ïeil antagonisme
qui les en avait chassés, au temps de Moïse.
A l'époque où les députés juifs anivèrent
Leurs immenses richesses, leur génie fiscal, à Rome, Caligula était au fort de sa frénésie.
qui a,,aït fait d'eux les hommes d'affaires et Depuis longtemps déjà, il s'était décerné la
les ministres des finances des Ptolémécs, la divinité. li avait son temple, et, dans ce temprotection spéciale qne leur avaient accordée ple, sa statue d'or, habillée comme lui,
Auguste et Tiuère, leur culte, insociable et chaque malin, à laquelle on immolait des
incompatible avec toute religion étrangère, phénicoptères el des paons. Il n'était pas seules fai!'aient détester des Alexandrins.
lement dieu, mais tous les dieux, en une
Un jour, la haine qui couvait contre eux seule personne. li portait, tour à tour, le
éclata comme une éruption. La populace nimbe d'Apollon, le. tl'ÎdenL de eplune, la
f.rnatique qui, 11lus tard, devenue chrétienne, robe de Vénus ou le caducée de Mercure. Une
derait lapider, à coups de tessons, la noble foudre de tbéàtre, qui jetait des éclairs de
llypatbie, se rua sur le quartier juif, pilla ses sourreeL qu'il agitait en cadence, contrefaisait
mai~ons, incendi1 ses proseuques ou les pro- celle du roi de l'Olympe. Le Panthéon, c'était
fana par les slatues divinisées de Caïus, chassa lui . La nuit, il donnait à la Lune des rendezet refoula ses habitants, par milliers, dans vous d'amour, et l'allendail couché sur son
une sorte de ghello, étroit el sordide, où elle_ lit, dans la posture d'Endymion. Quelquefois
les tinL assiégés. Ceux que la faim en faisait aussi, dans les furieuses insomnies qui le
sortir étaient impitoyablement massacrés. Ce précipitaient !Jors de sa chambre, à travers

les galeries du palais, il conversait arec
l'Océan. On le Yoyait souvent se dresser à
l'oreille de la slalue de Jupiter Capitolin, lui
parler, se pencher, comme pour écouter sa
réponse, puis, insulter l'idole lorsqu'elle ne
répliquait pas assrz vite. Un jour, il lui cria :
a Je te renverrai au pays des Grecs! &gt;&gt; Une
autre fois, il jeta une pierre contre le ciel, l'n
vociférant : &lt;&lt; Tue-moi ou je te lue! ,&gt; Le
lazzarone napolirain qui injurie son Saint,
trop lent à faire &lt;les miracles, perçait dans le
César aliéné.
Un dieu peut tout --faire, il est impeccable
et irresponsable. Pour affirmer son omnipotence, il lui faut des crimes inouïs, des actions
énormes, le droit de mort fatal et aveugle,
arbitraire et désordonné, tel que l'exerce, en
apparence, la nature. C&lt; Tout m'est permis et
contre tous » était, en trois mols, le Lii•re
dll prince de Caligula. Il força son cousin, le
jeune Tibère, au suicide, parce que, invité
par lui à un banquet, il a,·ait apportâ du
contrepoison. &lt;&lt; Quoi! s'écria Caïus, un antidote contre César? 11 La peste s'indi!(Dait
qi1'on ne la crût pas incurable et qu'on cherchât contre elle un remède. Ses cruautés,
étant divines, étaient fabuleuses. Lorsque la
viande était chère, il faisait jeter, par économie, de vieux gladiateurs aux lions du cirque.
Avec des prisonniers qu'il enfermait dans des
cages, où ils étaient forcés de ramper sur les
pieds et sur les mains, à plat ventre, il se fit
une ménagerie de bêtes humaines qu'il fürait
ensuite aux bêtes fauves.
En même temps que celle ménagerie
d'hommes, il avait une meule patritienne.
Son plaisir était de faire courir et d'essouffler,
autour de son char, des sénateurs vêtus de la
toge. Un bourreau se trompa el eiécuta un
innocent au lieu d'un coupable; on rapporta
le quiproquo à César, qui sourit et dit : « Le
condamné ne l'avait pas plus mérité! » Un
chevalier romain, jeté aux lions, criait qu'il
était innocent : il ordonna qu'on le fit sortir,
qu'on lui coupât la langue, et qu'il fût ensuite
ramené dans l'arène. a sœur füusille étant
morte, il fit décapiter ceux qui ne la pleuraient pas, car c'était sa sœur; et crucifier
ceux. qui la pleuraient, parce que c'était une
déesse. li invilait les pères au supplice de
leurs enfants. L'un d'eux, ayant allégué la
goutte qui le retenait au logis, César, généreusement, lui envoya sa litière. La torture
était l'intermède de ses fêles; les cris des
patients, l'orchestre de ses repas. Il faisait
périr ses condamnés à petits coups. « Frappe.
- disait-il au bourreau, - de façon qu'il
se sente mourir. » !ta fel'i ut se mori senLiat. Sa prodigalité était délirante, comme sa
cruauté; il se roulait nu sur des monceaux
d'or, faisait servir à ses convives des parns et
des mets d'or, et buvait des perles fondues.
Parfois il se donnait le divertissement d'affamer le peuple, en faisant fermer les greniers. Après le jeùoe venait la bombance; il
jet.ail alors à la plèbe, d'un balcon du Palatin,
des vivres, des fruits, des oiseaux, des pluies
de sesterces. Seulement, des couteaux aigus,
mèlés à celle manne, allaient, au hasard,

�1f1STO'l{l.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - blesser el tuer, dans la foule. Ain:.i ses largesses mèmes étaient meurtrière ; il était, à
la lettre, un bourreau d'argent.
Quand ses coffres étaient à sec, César se
faisait brocanteur et vendait ses meubles;
lui-même fixait les prix et pou sail les mises.
Un sénateur s'étant endormi pendanl un de
ces encans impériaux, pap d'une enchère
chacun des mouvement de sa tête que le
sommeil Faisait vaciller : à son réveil, on lui
adjugea treize gladiateurs pour deux millions.
Le plus souvent Caligula ballait monnaie avec
la hache du licteur. Un jour qu'il jouait,
n'étant pas en veine, il quilla 1a table, fit
tuer deux chevaliers romai11s, confisqua leurs
biens, et rentra joieux disant « qu'il n'avait
jamais amené meilleur coup de dés ». Après
avoir fait mourir Junius Pri~cll , qu'il croJ•ait
riche et qui ne l'était pas : « li m'a trompé,
- dit-il, - il méritait de vivre. Il Le monstre
était facétieux et comme mfitiné de singe el
d'hyène. La hache bouffonnait et plaisant.ail
dans sa main. Un sacrificateur venant lui
offrir, dans un temple, le couteau sacré, il
l'assomma d'un coup de maillet. Le victimaire pris pour victime, c'était là un des
traits d'esprit de Caïus.
Un homme ayant voué, pendant qu'il étaiL
malade, sa vie pour la sienne, il ne le tinl
pa quille de son rœu, et le fit jeter scrupuleusement dans un précipice. es farces étaient
parfois des mas.acres: il tuait en gros, aussi
volontiers qu'en détail. LorsquïJ inaugura
son pont de vaisseaux, de Baïes à Pouzzoles,
réalisant ainsi la gageure qu'il a,·ait faite de
galoper sur la mer, il invita, par gestes, les
spectateurs attroupés sur le rivage, à y monter
pour mieux voir. Le pont rempli, il ût jeter
cette foule à la mer. On repoussait, à coups
de crocs, ceux qui se cramponnaient aux navires. Tous les dix jours, Caïus marquait sur
la liste des prisonuir.rs ceux qui devaient périr,
appelant cela &lt;1 apurer ses comptes &gt;&gt; . L'idée
de la mort qu'il portait en lui, qu'il pouvait
innïger d'un signe, l'exaltait comme une
sombre ivresse. Le sang lui en venait à la
bouche. li voulut, un jour, faire mellre à la
torture sa maîtresseCésorûe, pour tirer d'elle,
par la ®uleur, le secret de l'amour qu'elle
lui inspirait. « Celle belle tête tombera quand
je le voudrai l » Tant bona ce,·vix , simul ac
jussel'o, rlemelelur .' disait-il en lui caressant
la nuque. Mais la tête qu'il aurait voulu trancher d'un seul coup, c'était celle qu'il souhaitait au peuple romain. Rêve de monstre,
idéal atroce de la tyrannie à bout d'invention.

IV
Voili1 l'homme devant lequel les juges et
les anciens d'Israël allaient comparaître. Us
ne pouvaient l'aborder sous de plus noirs
auspices. En arrivant à Rome, les Juifs
avaient appris de leurs frères que « l'abomination de la désolation », prédite par leurs
prophètes, allait se consommer dans le Saint
des Saints. Caïus venait d'ordonner qu'on
inaugurât sa statue, au milieu du Temple de
Jérusalem. La nation entière avait pris le

cilice et s'était couverte de cendre, commea11
temps des im·asions ninivites et babyloniennes. Les villes étaient vides, la culture
des terres était délai sée. Résolus à mourir,
plutôt que de tolérer ce sacrilège inexpiable,
les Juifs se préparaient, par la famine, au
martyre.
rn jour, Pétronins, le gouverneur romain
de la Palestine, vit venir à lui tout un peuple
vêtu de deuil et pleurant. L'immense sanglot
qui sortait du sein de cette multitude faisait
le bruit d'une clameur. Les vieillards marchaient en tête, les mains derrière le dos,
comme des condamnés. « Si le Temple est
profané, - lui dirent-ils, - nous y amènerons nos femmes pour les immoler, nous y
conduirons, de même, nos frères et no
sœur,-, nous y égorgProns, enfin, nos fils et
nos filles, nous deviendrons les assa sins de
nos épouses et de nos enfants : il faut, dans
les calamités ,tragiques, se servir de remèdes
tragiques. Puis, debout, au milieu de cet
holocauste, arrosés du sa.ng de nos proches,
purification qui convient à ceux. qui vont
mourir, nous nou immolerons sur leurs cadavres. » Ce n'étaient point là de vaines menaces; le siège de Jérusalem réalisa, trait
pour trait, quelques années plus tard, l'effroyable plan de ce suicide en masse d'une
nation. Pétronius, ému à la vue de ce peuple
de suppliants qui n'avait qu'à se redresser
pour devenir une armée, éluda et' temporisa.
Il décommanda le transport de la statue jusqu'à nouvel ordre, et osa écrire à César.
Caïus venait de recevoir ses lettres, lorsque
les Juifs d'Alexandrie lui demandèrent une
audience. Qu'on juge de la colère de ce dieu
des dieux, auquel une misérable peuplade
asiatique refusait l'entrée de son temple. La
résistance, cette chose inconnue, se dressait
devant lui pour la première fois. Il s'y cognait, comme un démoniaque contre un mur,
furieux, enragé, hurlant la menace et l'imprécation. Son favori, Agrippa, le roi de Judée, s'étant présenté au palais durant cette
crise, César fit tomher sur lui sa colère.
Agrippa en îut foudroyé : il tomba, mort de
peur, entre les bras de ses esclaves, el resta
deux: jours dans une syncope léthargique.
Cependant le divin Caïus avait pris le parti
de venger lui-même son injure. Il fit fondre,
à Rome, sa statue colossale et d'airain doré,
et résolut d'aller l'introniser, lui-même, dans
le sanctuaire de Jérusalem.
Ce fut presque à la veille de ce voyage projeté qu'il donna audience à l'ambassade juive.
La redoutable entrevue eut lieu dans les villas contiguës de Mécène et de Lamia, qu'il
était en train de faire restaurer. Pour bien se
représenter la scène tragi-comique qui va
suivre, qu'on se figure d'abord Caïus Caligula, tel que l'ont peint "énèque el Suétone:
un grand jeune homme chauve et dégingandé,
au buste énorme, vacillant sur des jambes
fluettes, aux 1eux louches enfoncés sous un
front saillant, velu comme une chèvre : il
était interdit de prononcer ce nom devant lui.
ln tic perpétuel convulsait sa face livide,
comme celle de cette Furie triste que les Ro-

mains appelaient Lil'OJ". Philon ne nous apprend pas en quel dieu il s'était grimé ce
jour-là. Peut-être, pour terrifier les députés
juifs, avait-il endossé la peau de lion d'Hercule, ou revêtu la cuira~se dont il avait dépouillé Ale-x:andre, dans son tombeau.
Amenés en sa présence, les Juifs se prosternèrent, la face contre terre; car, vis-à-vis
des Césars, le vautrement oriental avait déjà
remplacé le noble salut de l'ancienne Rome.
A leur vue, Caïus entra dans un accès de
rage, et ce fut en grinçant des dents qu'il
leur dit : c&lt; Voilà donc ces impies qui, seuls,
quand tous le hommes reconnaissent ma
divinité. préfèrent à mo11 culte celui de leur
Dieu incomm ! » En mèu1e temps, levant les
bras vers le ciPI. il y lança un blasphème qui
dut faire tressaillir d\,ffroi ces prêtres d'Adonai, pour qui c'était un crime de profi:rer
seulement son nom. « Ce blasphème, - dit
Philon, - il n'est pas permis de l'entendre,
à plus forte raison de le répéter. » Cette réception menaçante mit en joie les Alexandrins, qui se l'rirenl aussitôt à Oalter la ma,
nie du tPrrible fou, en lui prodiruant tous les
noms des dieux. Ce ,n-ossier encens l'eninait
et le grisait à vue d'œil, il le humait en se
rengorgeant. Un des Égyptiens, nommé Isidore, âpre calomniateur, saisit ce moment
pour Jancer son accusation.
« Seigneur, - lui dit-il, - lu les détesterais bien davantage, eux el leurs pareils, si
tu savais jusqu'où va leur irrévérence envers
toi. Lorsque tout le genre humaio offrait des
victimes pour ta guérison, eux seuls ont refusé de faire des sacrifices. )) - Les Juifs se
récrièrenl d'une seule voix : « Seigneur Caïus,
on nous calomnie. Nous avons immolé des
hécatombes et rnrsé leur sang autour de l'autel, non pas une fois, mais à trois reprises :
d'abord à Lon avènement; ensuite, lorsque lu
échappas à celle grave maladie qui répandit
le deuil sur la terre entière; enfin, pour obtenir que lu revinsses triomphant des Germains. » L'explication ne satisfit pas. « Soit,
- dit Caius, - vous avez sacri1lé, mais à
un autre que moi. Que m'importent vos
sacrifices s'ils ne m'étaienl pas adressés! &gt;&gt;
Et, tournant le dos aux suppliants, il se mit
à parcourir les villas d'un pa saccadé, visitant les appartements, inspectant les plafonds,
critiquant les constructions qu'il ne trouvait
pas assez magninques, et ordonnant à ses
architectes de les refaire avec plus de luxe.
Les députés juifs le suivaient, tête basse,
raillés et conspués par les Alexandrins,
c&lt; comme dans une farce de théàtre ».
Tout à coup, Caïus se retourne et leur
demande gravement : fi Pourquoi ne mangez-vous pas de porc?~ A ces mots, les Alexandrins éclatèrent, comme s'ils- venaient d'entendre la plus exhilarante plaisanterie. Jupiter
daignait faire un bon mot; ils le saluaient
par les rires inextinguibles qui retentissent
dans l'Olympe. :Mais leur hilarité trop bruyante
tut mal prise par les oîficiers du palais :
exeès de zèle. D'un coup d'œil sévère, ils leur
firent comprendre leur irrévérence. Â peine
s'il était permis aux familiers de César de

UN"E JlUDŒ'NC'E DE CA1..1GULJt

sourire imperceptiblement deYant lui. Cependant les pauvres Juifs répondirent humblement que les usages variaient avec les pays,
et qu'à leurs adl"ersaires mêmes certains aliments étaient défendus. L'un d'eUI allégua
que quelques-uns se faisaient scrupule de
manger de la viande d'agneau. « lis ont raison! - s'écria Caïus, - car elle ne vaut
rien. Il Et il se mit à rire bru1amment de sa
fac~tie. Puis, reprenant l'humeur Furieuse
qui était son état normal : « Enfin, - leur
dit-il, - sur quoi fondez-vous votre droit de
cité à Alexandrie? »
Les Juifs commencèrent à plaider leur
cause. Mais Caïus, trouvant, sans doute, leurs
raisons trop bonnes, !Pur tourna encore les
épaules. Il entra dans une vaste salle, les
trainant tou,jours à sa suite, et en fit plusieurs
fois le tour, ordonnant qu'on fermât les baies
aveo des pierres spéculaires. Il re,·int ensuite
Yers les JuiFs, subitement calmé, et, d'un
ton tranquille, il leur demanda : « Que me
disiez-vous? » Pour Ja seconde fois, les députés juifs lui exposèrent leur affaire; pour
la seconde fois, il les rp1illa, en s'élançant
dans une autre salle où il fit pincer des
tableaux anciens. C'était le jeu d'un Ligre
jouant avec sa proie, comme le chat avec la
souris. Cette moquerie insultante parut aux
JuiFs un présage de mort.« L'angoisse, -dit
Philon, - monta de notre cœur, comme un
appel suprême vers le vrai Dieu, pour le supplier d'apaiser la colère de ce faux dieu. Le
Seigneur eut pitié de nous et retourna son
âme. » Caïus, en effet, se radoucit encore et
leur dit : « Allez-Yous-en. Après tout, ces
gens-là sont plus fous que méchants de ne
vouloir pas croire que je suis dieu. »
N'est-ce pas là un portrait en action, d'une
vérité effrayante 7 Caligula surgit sous nos

de lui, un billet moitié grec et moitié latin,
où il écrit : &lt;I Claude peut présider au repas
» des pontifes, mais il faut mettre auprès de
n lui son cousin Silanus, qui l'empêchera de
» dire ou de faire des sottises. 11 ne faut pas
» quïl assiste aux jeux du cirque, assis dans
11 Je p1tl1 1inar (la loge des empereur ) ; il se
&gt;&gt; ferait voir là en première ligne. )&gt; Aux banquets du Palatin, Claude était le jouet vivant
de sa terrible famille. Après le repas, il était
souvent pris d'un pesant sommeil : alors on
Quelques jours après, Caligula, traversant lui jetait à la tête des no-yau.x de dattes ou
une crypte du Palatin, pour aller au bain, y d'olh·es, les bouffons du palais le faisaient
rencontra une troupe de jeunes gens asia- leYer 11 coups de verges. D'autres fois, on lui
tiques qu'on exerçait aux jeux du théâtre. Il mettait aux mains de ,·ieilles pantoufles de
s'arrêta pour les regarder, el les exhorta à femme, afin que, ré,,eillé subitement, il s'en
bien faire. Chœréas, tribun d'une cohorte frottât le visage.
Cependant Gratus releva le pauvre diaule
prétorienne, vint lui demander le mot d'ordre:
&lt;( Jo,•em, répondit-il. (Jupiter.) Accipe tremblant à ses pieds, se prosterna devant lui
iratum ! (Reçois une marque de sa colère!) » et le salua empereur. Les soldats l'acclacria Chœréas; et il le frappa du glaive à la mèrent el le jetèrent dans une litière qui le
tête. Les autres conjurés s'élancèrent, s'en- conduisit au camp du pr6toire. Il y passa la
courageant par ce mot d'ordre : « Encore 1 nuit, comme au corps de garde, effaré, pleuencore! » Caius tomba percé de trente coups rant, ahuri, rèvant de hache et de Gémonies.
Le lendemain, Claude, proclamé par le Sénat,
d'épée.
Quelques heures après, les prétoriens en- montait cahin-caha sur le trône du monde, et
vahissaient le palais et le mettaient au pil- ceignait sa caboche du laurier d'or des Célage. Arrivés dans l'ltelioraminus, sorte de sars. Son avènement fut une trêve dans les
galerie haute où, dans les jours froids, on ~e tribulations d'Jsrafl. 11 se montra favorable
réchauffait au soleil, un soldat, appelé Gra- aux Juifs des provinces, et la colonie d·A.lexantus, aperçut des pieds qui passaient, sous la drie e releva sous son règne.
tapisserie qui couvrait la porte; il les tira à
Derrière le Jupiter Yengeur, évoqué par
lui, et ramena un bonhomme qui se jeta à Chœreas, Philon vit, sans doute, surgir Jéhoses genoux, en demandant grâce. C'était vah, frappant le profanateur de son temple.
Claude, l'oncle de Caligula, souffre-doulenr En sortant de l"audience de Caligula, il aYait
el plastron de la famille impériale.
dit celle belle parole à ses compagnons terriAuguste recommandait qu'on le montrât fiés : 1&lt; Nous devons maintenant e pérer plus
le moins po sible en public! &lt;&lt; Il ne faut pas, que jamais; l'empereur est si irrité contre
- disait-il, - que les gens s'accoutument à nous, que Dieu ne peul manquer de nous
rire et à causer de pareilles choses. » On a, secouri rl 1)

yeux, comme si son sinistre buste en basalte,
qu'on voit au Capitole, prenait souffle et vie;
avec son front large et tone, f'rons Lala el
torva, son regard, menaçant el triste, embusqué dans un ceil oblique, son rire d'aliéné,
ses gestes bizarres, ses intermittences de
furie et de bouffonnerie. Tacite lui-même, qui
peint les Césars à distance, d'un style graYe
et sombre, n'a laissé d'aucun d'eux une si
vive image.

PAUL DE

Le comte Tascher était cousin germain de
l'impératrice Joséphine. Arrivé à 14 ans de
la Martinique, il fut placé aussitôt a l'école
militaire de Fontainebleau, dont il sortit,
comme les autres, sous-lieutenant, et désigné par !'Empereur pour le \ 0 régiment de
ligne. « C'est pour lui apprendre son métier
que je mets ton cousin dans l'infanterie, disait t apoléon à l'Impératrice; c'est l'àme de
la guerre. &gt;)
Il rejoignit son régiment à Freysing, en
Bavière, et fit la campagne de i 806. Le 4e,
qui avait perdu son drapeau à Austerlitz et
qui depuis n'en avait pas, s'étant bien conduit dans différentes affaires, en reçut un de
mains de l'Empereur à Berlin. Au commencement de cette campagne, Napoléon passant
en revue le régiment, la veille d'une bataille,

· fait appeler Tascher: « As-tu peur? lui dit-il.
- Non, Sire. - Crois-tu que lu seras tué?
- Non, Sire. - Et si tu le croyais, que ferais-tu? - J'irais toujours, mais avçc moins
de cœur. - Ehhien, va, il ne t'arrivera rien.»
Ueux jours avant la bataille d'E1lau, après
une affaire de cavalerie où avait été pris un
aide de camp de l'empereur de Russie, le
4,, de ligne passait devant le quartier impérial, et Tascher fut encore appelé. Il était
présent au moment où l'on amenait le Ru se.
« Votre maitre, Lui dit Napok'-on, n'a donc
pas as ez de la guerre? Vos jeunes officiers
de cour ne l;J. trom·ent pas assez longue, assez
meurtrière? lis e flattent de nous vaincre!
Qu'ils e détrompent; l'armée française a
d'autres mobiles que la vôtre pour assurer
son triomphe .• ,. Tenez, regardez ce jeune
homme tout couvert de boue, qui arrive à
pied avec son régiment: c'est le cousin germain de l'impératrice Joséphine. Eh bien l il
n'a aucune faveur à espérer qu'il ne la mérite : avec de tels éléments l'armée française
est invincible. »

SAINT-VICTOR.

A Eylau, le 4° de ligne fut presque entièrement détruit. Quand !'Empereur en passa
la revue, le lendemain, il parut attristé. Il
sembla chercher des yeux le jeune Tascher
qu'il n'apercevait pas, el il s'informa avec
intérèt de ce qu'il était de,·enu. On lui apprit
qu'iJ ét.ait légèrement blessé. ll l'emoya chercher à l'ambulance et le nomma son oflieier
d'ordonnance. Son état de dénùment et de
ou.Jfrance ne l'étonna pas:
« Pour un créole, lui dit-il, c'est un peu
ùur, n'est-cc pas, Tascher1 ~lais tu as fait
ton devoir, je uis content. ton mauvais
temps est passé. Que te faut-il maintenant?
As-tu des chemises? on, Sit·e, je n'ai
que celle que je porte depuis dix jours. - Je
ne puis pas t'en donner, car je n·en ai pas
non plus; mais tu vas aller à \'arsoYie, où tu
auras de l'argent pour en acheter. ,,
Il lui donna un bon, igné de sa main, sans
fixer de somme, el le jeune homme ne prit
que cinquante napoléons. Plus tard, l'Empereur le maria à une princesse de la Leyen,
nièce du priucc primat.
Lm; 1SE

l"OCll E LET,

Lectrice de la Rei11c 1Jorte11st'.

�LA

EDMO D PILON
~

La mort de Rouget de Lisle
Depuis qui' ~on :imi le général lllPin a~ait
perdu .a femme l'l ·a 1~,è~c, fio~ ,~t de ~i:le
'était retiré d&lt;' chez lui; il hal.11ta1t mamll'nant, non loin de :,On \'ieu1 compa,.noa
d'arme,-., clwz )1. cl . !me \'oiarl, 5, rue d1·s
Yerlus, à Cbois1-h.... [loi. Le poète dl· la .1/arei/laise élait, wrs 1 ':i6, ua pt•tit ,ieillard
maigre el rnt:ticuleux, un peu voûté, l'air
dout d . paLiLle, san · morgue ni tri,le~sc el
11u'on voyait souvent, par les n!idis de _(icau
. olcil, aller et venir, une canne a la 111am, la
laille étroitement ~crrér dans uni• stricte el
lon,.m·. ri:din,.ote Je demi- olde, dan. l'im~nuc Pompadour ou le faubour 11 Saint-Éloi.
Ilien qu'il eùL prèi. de oixank-. ciz1· an., que
la vie lui etit été d11re el 11u'il 1'111 reçu de:
homme, plus d1: p1•ine que Ji: plai.ir, l'ancien capitaine du génil?, heureux d'ami.Lié,
tardive qui lui foi aient doux ses dcrmer
an el li •rçaienl d'un peu de nloire a débile
vieilli· se, ne ~e ouvcnait plus, que pour en
ourire, du lrmps où il a,·ait . oullcrl.
Parfois c'était V&lt;'r la .:eint·, du coté dt•
Cr llt'il cl dt&gt; \Ïlry et, parfoi., ur le haut
plateau, de Tbiai à Run 11 is, que s' promenait, on li\rc à la main, le chapeau à b~ute
forme tr\ t\·a,é du haut penché , ur l'omlle,
et tout lt• corr~ serré d'une raideur militair,•,
ra~é d1° frai • le col à re\'C'r' relevé, la boutonnière marquée d'un ruliao rouge, cet
homme i, chelcu.s bbn~, à marche courte l'i
lente que saluaient, au pas age, le promeneur t:l les ou\·ri,·r_. Lui, ouvent, . 'arrètail
au .cuil de forme., dc\·ant les champ~; les
pclils enfant accouraient, form~iPnt Cl:rclc.
Comme on était au temps dl' l'héroi me populaire, beaucoup trainaient à leur uilt· de
,·ieux ,aLres ébréchés, des ta111bour el de
pi tolet ; l • pères étai1°nt de la garde ?alionale el, par la porte ouverte, on \"O)',UL aude. sus de l'àlre, chez presque tou · les paJsan~. la cocarde tricolore et le ru~il des journée de Juillet. Rouget e tenait dcboul, un
in ..Lanl, devant la porte. Un homme en hahil
de travail, la chemise ouverte ~ur ua1• poitrine forte, avanpit, l'outil à la main, tendait . a droite robu le :
- Bonjour. mon ieur Rou"et de Li le ....
Lui, di.ait :
- llonjour, citD)'en ... rou · avez de Lt'aux
enfant· ....
Pois, de ~a main tremblante, il cares·ait
le boucles blonde des narçon el disait
encore:
- Ca fera de l'tlalll militaires.
Des \ieillards, 111oin â11és que lui et qui
, souvcnaicn1 durement de lïmasion, ajoutaient en cbenolant :

- Diles-leur la .1/orsrillaise, monsieur
llou"'cl de Li.le, ça leur nonflcra le cœur, ça
les rendra ,·aillants ....
Parfoi on le faisait entrer; 11!5 jeune fille·

1

ROllCET Dt. LISLE

s'cmprc saicnt, ~em1ie11L le_,·in le plus frais
du cellier, tendaient del'anl lui, . ur la table,
le verre le pins heau du bulfot. Bientôt tout
le monde .a\'ail rzu'il t:tait l:1. Ou venait du
!oad de maLons; de vieilles femmes descendaient expr' pour le voir; le mère. le montraient au1 loul petit el di. aient :
- Ile,,.ardez, c'est .1. Rou:?et de Li ·le ....
Lui .e tenait là, debout. tr\ raide dan ~a
rt~dinLTote, appuyé ur sa canne comme sur
une épée.
Beaucoup, aux mur~ de leur masure,
a ,aient la belle litholTraphie de Cita.riel, coloriée en imag&lt;' d'Épinal, el montranL le Dépnl'l
de. Volontaire~ chantant la .lla1·,,.illaise. l&gt;
l'autre c&lt;ilé était l\apoléon arec son habit vert
bouteille, e. epauletles el .ou p til chape;1u.
- Ccltii-là ne m'e limait ruère, di ait
Rouget de Li. le, implement.
Il n'avait pas de rancune. Celle "Joire de
sa \ieilles e l'an1it rendu bon et . ou riant. Il
aimait à reair chez les pay.an ....
Cependant le ans l'a\laient blessé; il avait
été malheureux: a quanl au froid, celui des
prisons lui avait glacé les membre J&gt; 1 ; en le
regardant de trè · prè~, on le sentait plu
ridé, plus cassé encore quc les autre v-ieil1

lard~ de son âge; l'hiver de i ;ij, si rad&lt;',
si humide, . i long, lui a,·ait été funeste, et,
hieo qu'on fùt au printemps de t ~H, une
tout illfJUÎélante le ~ccouait encore, qui le
lais. ait Lri.:é. Au moi de mai le docteur
Carrère, qui lui donnait se . oins, lui ordonna
le repo .. Mme Élise foïart lui di ail, en l'emmilouflan l :
- \'oilà; vous vou · fatiguez .... Restez
donc au jardin.
Et le général Blein 11 rondait.
[. \"oïart ajoutait :
- .,Jon Lon Rouget demeurez a,·ec nou ;
le général apportera son Yiolon et nous ferons
de la musique ... , vous vous ennuier('z moins.
Un jour, il r&lt;'rut une lettre de Béran,.er :
- o . .. nentrez dans vo · ouvenirs :
\ ivez à r~culons... c'e._l refaire du printemps .... »1 •
Et c'était lout le prinlemp qui renaissait
dans le jardin, gonllail de i·ve le jeune
br:rnche , ~oulcvait l'écorce de arbre , rendait l'herbe plu verte el le cœur plu.
heureux. Hougel était un peu tri. Le à eau e
de . es amis les par an qu'il ne ,i~itail plus.
Mais le général \'Criait ouvenl; on e promenait dan le allé du jardin de ~r. Yoïarl,
toutes bordées de llui cl de prime,·ère ; parfoi · la fille de l'hôte, ~Jme Ta lu, venait et
disait de ver ; celn ranimait le vieux poète.
t ln disait :
- Parlci-nou. du pa. é....
Et quand c'étaic11t de belle: jeune· filles qui
l'écoulaient, il racontait comment, en 178';?,
.e trom·ant en ,i~ite, à \ersaille , chez une
de se parente , il avait entrera la reine
~laric-Antoinetle. lai , d'autre fois, c'étaienl
de vieux compagnons de armées de la flépuLlir1ue qui . e rctrom·aient, à l'lreure oü le
oleil esl chaud, dan le jardin de )1. Yoiarl.
Alors Rouget de Lisle rappelait qu'il avait
été à Quiberon, retraçait le taLleau de la balaille, la défaite de bc.,ux geolfühommes de
Sombreuil, el, devant l'auditoire ,·iLra.nl de
se· souvenir·, é\·oquail la grande ombre du
aénéral Boche.
Cependant le mois de juin arrivait chargé
d'e pérance. Houget était heureux de voir le.,
pommiers en llcur, la vigne croitre et les
pou e • jaillir; iJ pen ait à se arbres du coteau de Montai~u, à la petite éali e de aintÜienne-des-Coldres dont il aimait le clocher,
1 arceaux el le toit rustique. li gardail le
ou venir de a terre rranc-comtoi e el l'une
des plu grande! joies qu'il eut en a vie lui
\'inl d'un petit fût de vin de on pay que

quelqu'un lui enrnJa. )fais cela pas~a comme
le re te; le printemp au ~i pa, a.... Il ~e
entait décliner. Ver· le 2;; ou le ~4 juin,
il resta Lard an jardin (le~ fraîche .oirres de
juin ont pernicieuse·) el, Ill samedi, dè le
matin, la fiè\re le prit très fort, le cloua au
lit i il tous ail violemment i M. Voïart, ùu
jardin, monta de. fa11ot , de· sarment : le
feu pétilla; mai le 111ain · du vieillard ne se
réchauffaient pas. Alors il fallut que le D• Carrère viul en Mte ....

.MO~T DE ~OUGET DE

- Calmez-rou. , Hou!!el... calmo-,·ou ,
mon ami, di. ait Madame \oïart.
Cependant, on entait qu'il anit quelqu
chose à dire; ses lèvre. balbutiaient; enfin,
il 6L un clforl, éleva ,·cr .a houche le. main
de Madame Voïart, le Lai:-a, les couvrit de
se· larm . Il haletait un peu, baigné de
ueur; des mots tomhaienl, saccadés :
- \'oilà... ,·oilL. il faut que je rnus
di. e... rnus avez été i bons. i tendres ...
\'oïart et vous ... lléran"er... le général..., et
je me troU1·ais si malheureux ....
Madame ÉILe Voiarl .fit un ge. le comme
pour calmer la crise. lais il ~emblait bien
qu'aucune force n'eût pu le maîtriser ....
- ~on, non, disait-il, il faut que vou
sarhie;, combien j'étai malheureux .... Sous
l'Empire, d'aLord; j'étais le cousin du général lallet. .. je dus m'enfuir .•. Je. e. pion de
Fouché me • uivaienl .an trêve .... Et puis,
mon rrl're, \'OUS sa,·ez, le général Rouget, qui
Iut i dur pour moi. .. me fit des procè ...
enfin, la mbère ... la mUire ....
füis il dut 'arrêter. Quelque noms pasèrcnt pourtant sur ·t lhrc., ceux de 3lèbul,
de Grétry, de Da,·id d'Anger . li ajouta :
- J'habitais alors à Pari , rue ùu Dalloir,
au numéro 28, au premier étage... une
cbamLre sordide, et sombre.... Ab! ma
pauvre füi~t:... c'e t là que viol me ~oir
Daüd d'Anger .... J'étai~ couché ... malade .. .
infirme r.l perelu ... ,êtu de guenilles .. ..
Une Yicille femme ,·int, trainante, et dit :
• C'ell nougel de Lisle.... • li 'i-tonna :
« Quoi I e l-ce. là l'auteur de la ,1/a1·sc•illai. e'! .•. • » Il me. trouva Lien malheurcu1 ....
- Mou p:imre ami, disait Madame Yoïart,
ne ,·ou troublez point, n·po,ez-,·ous, oyez
calme ....
~lais il emblait bien que rien n'eût pu

Ce tut cc jour-là, au soir, que la grande
crise éclata. D'abord la tour fut .sèche, saccadée; le vieillard se tenait a. ,-i dans on lit;
~f. \'oïarl maintenait l'oreiller où reposait la
tète hlaocbe du malade. La nuit ,·enait. Il
avait demandé qu'on rclir~l la lampe; la
lumière lui fai ait mal. Bientôt la petite
chambre rut toute baignée d'omLre: au dchor· .ou!Oail le \·ent d'orage; on percevait le
gémLsemenL de peuplier~; la plainte de
branches arrivait ju qu'à Rou .. et de Li.,le el
gt!nail on ~ommeil. Le docteur a,·ait prescrit les potion cl ·'était retiré, mai. de,·ail
revenir au matin. )f. \'oïart, se penchant ur
on ami, di. ait de ~a \"OÏI douce, affectueuse;
- Allez, ça ne:era rien, mon lion Rouget,
ra oc ~era rien ....
Cependant, il pensait à Ja congl!l-lion pulmonaire de l'hiver pas.é et, prè· de l'.ilre,
l'active ~!me \'oiart tournait du lait chauJ,
dan un bol. l'nc odeur de fiè\Te el de ti anc
commença de se répandrt. p:ir la pièc('. Par
in tant Rouget, 11ui reposait mal, Ou\rait . e.&lt;
yeux la· et ,·oyait, à la lueur de la petite
veillcuS&lt;', Jlme \'oîart penchée sur le feu.
Ver dix heur., la tout 'ap:ii!-3; la pai.
scmLla de cendre en lui; il y eut un moment
de calme pendant lei1uèl il dit :
- .le s1•ns bien que c'est la fin, allez ...
j'ai fait mon lemp ....
Le ,·ent du dehors soufllait . i ,iolcmment
que le flamme du foyer, repou~ ée par lui,
grandi. saient. La petite chambre 'éclaira
d'une clarté rose el douce; cela lui permit
de mir, accrochée· au mur, on épée et a
croix d'honneur. JI dit, e souvenant de
lemp ancien , d'un siècle qoi n'étaiL plu :
- Voilà, j'ai lait chanter le monde, et,
maintenant, je ,·ai mourir ....
Eo1in, il demanda le général Blein, Béranger, Gindre de Mancy, son compatriote, tous
ceux dont e ouvenait son cœur, el ne ,e
calma point que M. \'oiart n'eût quitté la
chambre pour le.~ taire prévenir. lfainlenant,
il ùuvait lentement, par petites "Or écs ;
Madame Voiart .outcnait le bol à es lèvre ;
ceUe:--ci, pourtant, . 'amincis aient; le front
e perlait de ueur; les ieu commencèrent à brillrr d'un rclat magnétique el surnaturel, comme deux charbon dan. la race
Bi.l&lt;..\~Grn
blanche; es maias en même lcmp !'e crisJ,)':Jfr~s le l:ztk.111 .:t'.\ttr Scu&amp;:FTn.
paient -Ur le drap, .erraient celle:; de Madame \'oïart. On eùt dit que le malade, rappelant tout ce qui restait de force dans ·on l'empècht&gt;r. Il avait toolc . a -vie à conter, sa
corps débile, St' reprenait avec rrén: ic à !"es- vie de déboire..,, d'amertume et de chagrin.
poir de ,;ne.
t. llnrn n'A.,li.Elt,, ,Yulr• ,·t ~otttr11irs
.... z55 ...

L1sœ

li dit encore :
- Je dus travailler; je copiai de la mui'Jlle ... j'avais un peu d'ar,.,enl de lontni"'u ... je l'usai en maladie.... enfin je fis
des delle;; cl ne pu· 1 paier .... tin me mit
en pri on ... VOU, VOU· som·ent1., à Sainlef'élagie .... 1 C'e l là que j'eu un froid terrible ... j'en oulTre aujourd'hui .... Ab! ma
patrie ... j'étais si paune que je voulai mourir ... mai YOilà, a un coup de pistolet, je
n·avai pa de quoi en faire les frais!... »
Mai. ladamc Voïarl e penchait au-des u ·
de on vi~age; flougtl vopiL ses cheveux
ri •. éparé. rnr le front, ~es yeux mouill :_
de larme 'dTorçanl à ourirc, toole sa figure
de Lonté. Elle füait :
e remutz point tout ce pas é... mon
ami... tenez-von axoupi ... il faut du rcpo~,
du sommeil, cl puis tout le monde vous aimt:
bien aujourd'hui .... Uéran"'cr, le généri1l
Jllein, mon mari, ma fille, moi-même ....
1lo11 et, nous sommes \'O ami ....
Il dit :
- C'e t nai, ma mort era plus douce
que ma \ie ....
Il était infiniment petit et maigre; ce lon11
effort l'avait rc,mpu; 53 tète retomba; )la
dame Yoiarl n'eul bientôt plu qu'à le Yeillcr
comme on fait d'un enfant.
0

11

....

Le malade rPposa josqu ·au matin, moin
srcoué par la toux, plu- pai.,ible. De la nuit
~es yeux nt! 'étaient pa · ouverts. Debo ,
l'orage 'était calmé; Je soleil nai~ ait; un
lombere:iu pa . a or la roule t·n écra,ant de.
pierres; on entendait très bien le p:i.s des
chevaux, la ,·oi. de p'r onne , le bruit de·
\'olet · qui s'omr:iient en claquant; un merle
chanta. C'était le jour, la \ie reprenait possession du monde. Madame Voïart e· lera de
~on fauleuil ; elle était très fali.,uée; elle
avait 1·eillti Ioule la nuit et les larmes qu'elle
avait versées marquaient sur sa joue. A
l'au.Le f. \'oiart vint, pui le docteur Carrère; il trou,·èrcot la rc pi ration du malade
moin difficile, mai le pou)· ballait plu
fort; le cœur était irrégulier; on dut écarter
les rideaux pour tjUe le médl'cin vit mieux.
Madame Élise \'ofarl, tout anxieuse, attendait
qu'il parlàl. li dit enfin :
- \ oiJà, je vais re ter: c'e t très grave....
Quelqu'un à ce moment entra. C'était Je
général Hlein. Le général, depuis l'attentat
Fie hi où il avait été blessé près du roi,
Loitait lé"èrement. li avança en se tenant ·ur
sa canne; il avait, en entrant, entendu les
dernier· mots. Il dit :
- Pauvre, pauvre ami ....
Puis il resta là, debout, à contempler le
\'ieillard qui dormait ur le food ùlanc des
lin 11 e ; le docteur Carrère s'écarta pour lui
lais er place. Le général s'arrêta, demeura
immobile, regardant les ravarre que le mal
avait fait , en une nuit, ur les trait de l'ancien officier; pui un sanglot le . ecoua :
- Pensez, docteur, pensez, il était avec
moi, à l'armée de Ot:lgique, . ous Dumou:i. JcLtE~ Tm.or, /1011gtt de /,ük.

�-.

r-

"---------------------------

111STO'R..1.ll

riez ... ah! comme c'est ,·ieux ... comme c'est
vieux .. ..
Et il allait parler; mais le bruil d'un cabriolet s'arrêtant devant la porte, dans Ja
rue des Verlus, fit qu'il 8e tut pour écouter.
M. Voïart alla vers la fenêtre et vit desœndre
un homme enveloppé d'un carrick, chaussé
de bolles el qui semblait pressé.
- C'est Gindre de Mancy, dit M. Voiart.
Peu après, Gindre entra; il était très
surexcité; il parla sans saluer :
- Je suis très en retard .... Vous savez,
on a tiré sur le roi, hier, au Palais-Roval. .. 1 •
On demanda :
•
- Qui? ... Qui? ...
- On ne sait; un nommé Alibeau... le
roi n'a rien ... mais je ne pouvais plus trou,·er de voiture ... je suis venu dans la nuit. ..
j'ai dû louer un cabriolet. ...
En même temps il ,int vers le lit 011 de
Lisle reposail.
- Et Béranger? demanda M. Voïart.
- Béranger ne viendra pas, dit Gindre,
il esl très malade; il y aurait du danger
pour lui. ...
.\ ce moment le moribond remua les
mains; Gindre s'en saisit, les serra; il semblait qu'il eût voulu montrer sa présence à
son ami; mais llouget n'ouvrit pas les yeux.
Alors Mme Voïart, s'approchant, se pencha
doucement à l'oreille du poète. Elle dit :
- C'est Gindre, mon ami, c'est Gindre ....
Une légère pression répondit; Gindre comprit qu'il l'avait reconnu. Mais &lt;&lt; drjà il était
presque sans vie : à peine eut-il un dernier
regard' ».
Alors il y eut ::.n silence durant lequel on
n'entendit plus que le petit souffle du malade. Il faisait dans la pièce une chaleur étouffante; Gindre retira son carrick et le jeta; le
général, assis dans le fauteuil, regarda fixe,.
ment l'âtre. Soudain ce fut le bruit des
cloches et le chant du bronze qui venait jusqu'à eux.
- Qu'est-ce là? dit le docteur.
- Ah! dil madame Voïarl, c'est Dimanche ....
Puis ce fa l tou L; et ils n'osèrent plus rien
dire; ils savaient bien que c'éLait Dimanche,
mais ils s'étonnaient; toutes leurs petites
habitudes étaient changées. Le Dimanche 1
est-ce qu'à celle heure-ci, d'ordinaire,
Mme Voïart, vêtue de son long châle et coiffée de son bonnet noir, ne partait point à
la messe, son livre à la main? Est-cc que cc
n'était point l'heure où Rouget, Liabillé de
neuf cl la rosette fraiche, se rendait, d'habitude, aux petits concerts du général Blcin?
Pau\Te Rouget, il allait manquer sa promenade ! Lui qui se plaisait &lt;&lt; à causer avec
enjouement » sur le seuil des portes, à rechercher &lt;&lt; la société des femmes et des
jeunes gens :, ))' il n'allait point, cc matin,
quitter sa petite chambre, descenclre dans la
rue, aller retrouver son ami. Ainsi vient
la mort, à pas lents; elle vous guelte; elle

est là et se tient dans l'ombre; tout à coup
on a rniI, la gorge est sèche, la poitrine
brûle; c'est la fièvre, on va mourir.
Vers neuf heures, le maire M. Boivin arril'a;
il était suivi de M. Bra et de M. de Gueri; la
nouvelle s'était répan4ue dans Choisy; on
Youlait savoir, des groupes s'étaient formés
dehors, deYant la porte. Le maire décida :
- Je vais faire mettre des gardes nationaux... il ne fout pas troubler son sommeil ....
~lais ~I. de Guer dit :
- Il y a bien du monde, 1c1, nous nous
retirons, nous ne voulons pas vous gêner ....
Ils parlaient à voix basse. Le docteur ,·int
,·ers M. Bra, le prit à part, lui dit, à mols si
faibles qu'il fallait les deviner :
-,- Vous save.r. c'est la fin ... c'est la fin .. ..
Ces Messieurs se retirèrent suivis de
M. Voïart. Au bas du pemm ils rencontrèrent le jardinier qui défendait la porte; il
y avait là des enfants, des gardes nationaux,
des ouvriers en blouse, des petits bourgeois,
des gens de la rue. Ils disaient :
- C'est donc vrai, il va mourir?
Une Yoisine demandai L :
- Co::::.ment a-t-il passé la nuit? ...
Mais M. Boi,•in, dont l'émotion se défendait
mal, dit en pleurant :
- Ah! mes amis c'est pour bientôt. ..
Le mot courut la foule qui se découvrit
ùevant le maire el ses amis. M. Boivin dit
encore:
- Ab! mes amis, mes amis, restez silencieux, ne criez point, ne bougez pas .... le
malade est très fatigué ....
li s'éloigna, son mouchoir aux lèvres. Le
capitaine de la garde nationale de Choisy-le-

ROUGE'!' DE LISLE.

IJ'atrès le médaillon d e

DA\'ID n 'A:&lt;GERS.

Roi lit placer deux hommes à la porte. Puis
tout se tut, les curieux se dispersèrent;
M. Voïart remonta. A cc moment il était dix

1. Journ11I d,•s D,Hmts (Juiu 18:i6 .

'
:i. Mme T1src, Rourrt dt· J,i• lc (œuncs ~n prose)-~. Ju. 11:N T1M1SOT,

ib.

1.
/lfJ1tl'

S11'1',:-Cn01 ~. /,,, dtn11/ dt· guerre
l'orint'e d11 /lhi11 .

LE

Rov

DR

heures: le soleil inondait le jardin que parfumait le goût des lilas; des oiseaux piaillaient dans les branches et l'odeur de la Lerre
ne sentait pas la mort.. ..

.....
La journée se passa bien, la soirée fut
douce. Le malade restait étendu sur le lit,
avec ses 1•eux pleins d'ombre, sa bouche
muette d'où montait le petit souffle de son
cœur.
Près du feu le général causait à voix imperceptible. ll disait au D• Carrère :
- Vous vous souvenez, il y a six ans,
quand on sut ce qui se passait à Paris ... il
habitait alors chez moi ... eh bien! il voulut
s'habiller, il prit son épée, sa cocarde, il dit:
« C'est la Révolution, je \'ais aller voir .... »
Mais ces journées de juillet étaient chaudes;
les forces lui manquèrent; il n'alla pas bien
loin .. il était déjà vieux ... des jeunes gens,
le soir, se promenaient dans Choisy, déployant le drapeau tricolore; ils chantaient à
pleine voix, comme on chante aux matins de
libert6 :
Ju.c armes, ritaye1~1! .•.

el lui s'en allait dans les rues ... des gens
disaient : C'est Rouget de Lisle... et les
autres criaient : Vive la bfarsei1/uise .... Je
n'ai jamais rien ru de si émouvant ... je crois
bien que c'est ce qui lui a redonné ces six
années de jeunesse qu'il a vécues depuis ....
Cependant Mme Voïarl appelait :
- Docteur ....
A ce moment-là, il était exactement onze
heures; il faisait nuit, el ceux qui étaient là
se distinguaienl faiblement dans l'ob curité
que perçait à peine une petite lueur. Le
Dr Carrère s'approcha du lit; il écoula el
demanda de la lumière. A la clarté d'une
lampe qu'apporta l\lme Voïart, on puL voir
Rouget de Lisle. Ses Jenx se cernaient d'un
cercle bleuâtre; sa lèvre était tordue, sa
gorge se soulevait; on voyait battre ses
tempes. Le docteur demanda de l'air; la
fenêtre fut ou verte. Un so.uflle pur, embaumé
de fleurs, entra comme ua bai er de paix;
des rumeurs Yenaient du dehors : un bruit
de foule impatiente et contenue. M. Voïart,
le général Blein, Gindre s'étaient dressés,
Ume Yoïart tenait la lampe, le docteur auscultait. Il semblaü que tous s'étaient le"és
pour recevoir la mort; mais ce n'était que
l'agonie et celle-ci fut pénible; elle commença
un peu après onze heures. Tout à coup, le
général Blein dit
- ~coutez ...•
Ils écoutèrent.
C'étaient comme des chants qui venaient
de la campagne. Des voix fraîches, des voix
de conscrits, des voix jeunes entonnaient
l'hymne fameux :

Liberté, liberle chérie,
Combats at•ec les dé{em;eurs ! ...

Tous se regardèrent saisis d'élouuemenl;
le mourant eut un geste très faible, très léger; ses i·eux s'ouvrirent. ... llaintenanl les

voix, se rapprochant, reprenaient en chœur :
_-lux armes, c1foye11s ! forme:. vos balaillo11s !...

mais tout ,e perdit dans la nuit, les chanteurs et les voix_ Cependant, les yeux de Rouget ne s'étaient pas fermé . Il semblait que
le poète écoutât encore, qu'il tendit l'oreille
a~x ;oix disparues; ses prunelles prirent
b1entot une étrange fixité, il semblait quïl
contemplât, bien en deçà du présent, les
événements d'une vie lointaine, abolie et si
vie!lle 4u ~on eût dit que c'était sa jeunesse
qui passait dans la chambre. Par instants,
des mots venaient à ses lèvres. sans suite ni
raison; et c'étaient ceux de « Patrie ... StrasLourg... Révolution.... » Évidemment le
mourant revhait la nuit fameuse d'avril 92.
Il était à Strasbourg. à diner, avec es amis,
chez l'ex-colonel général des Suis es et Grisons 1, Diétrich, le nouveau maire de la ville ....
Alors !a Révolution était si ardente qu'elle
tournait toutes Jes têtes .... Un jeune homme
levait son verre à la gloire des armées répuLlicaines: c'était Desaix_ ... Un autre qui s'était
retiré un in~tant, comme pour aller puiser
dehor~, sous les étoiles, sa pure inspiration,
rentrait en ce moment dans la salle .... Il
était en uniforme de lieutenant du génie; il
était enthousiaste, beau, jeune et vibrant. ...
[1 chantait pour la première fois la strophe :
« Allons enfants de la patrie! ... » « Ce fut
comme un éclair du ciel'! D Et cet éclair
dura toute la vie .... Le jeune homme en retrouva l'éclat jusqu'au moment, où n chassé
d'Uuningue, traqué, perdu un jour entre
le hallon 'd'Alsace et Donon, un jeune garçon
le guida dans la montagne 3 •• .. &gt;J C'était
dans une gorge étroite des Vosges, à peu de
distanr.e de Ribauvillé, sous les sapins. Le
paysan entonna le chant de guerre pour l'ar1. D~s1Rl MQ~~lt:ll, S011vn1irs d'1111 oclogl11aire

de pro,•itice.
2. llhcnr.LET, Tlistoire de ln f/émllllum frattçaisc.

LA, MO~T DE 'J{OUGET DE L1SLE - ~

mée dtt Rhin .. .. Que chantes-lu là? demandait Rouget. - « La ,Jfa,-seillai.se ! répondit
le paysan'. 1&gt; Et, depuis, le chant l'a,•ait
accompagné, toujours chanté par cent mille
voix. Il l'avait entendu en prison; il l'avait
entendu, en 1850, dans les rues de Choisy,
et ,•oici qu'à celte heure mortelle c'était le
même hymne, l'hymne épique, l'hymne guerrier qui rentrait dans la o.bambre et le berçait dans la mort ....
Celle-ci vint bientôt, prit complètement
possession de lui, le coucha sur le flanc,
ferma sa bouche et ses yeux, Quand il passa,
il était minuit. Quelqu'un alluma un cierge;
on monta des fleurs du jardin nocturne et le
bruit des sanglots de ceux qui l'aimaient Je
veilla jusqu'à l'heure où parut l'aube. Ceux
qui rentrèrent au matin, virent alors qu'il
avait les mains croisées, le front calme, et
qu'il semblait tout aussi beau que s'il eût
dormi et ne fût point habité de la mort.
dp

Le surlendemain mardi, à midi précis, eut
lieu la le,-ée du corps. Le cortège parlit lentement de la rue des Vertus; la garde nationale, formant la haie, présentait les armes
au passage; les tambours, voilés de crêpe,
battaient aux champs; le char funèbre, jonché de fleurs, était mené au pas; alentour
marchaient le général Illein, le maire, M. Boivin, MM. Bra et de Guer tenant les cordons;
le deuil était conduit par M. Voïarl. Des mains
pieuses, se souvenant du passé militaire de
l\ouget de Lisle, avaient dispo é sur le drap
noir sa croix d'honneur, son épée d'officier
du génie, une verte couronne de laurier.
Maintenant le cortège avançait dans le soleil,
gagnant le petit cimelière de Choisy. Une
3. Dfsmi:: ~lo:1Nm1, ib.
4. LAMARTr:s&amp;. llisloire &lt;les Girondin,.
5. F~LIX DERIF.G~, Le Siècle, mai 1848.

foule compacte suivait, formée d'ouvriers, de
bourgeois et de paysans. De~ gens étaient
venus de Thiais, de Vitry, d'autres d'Orl}, &lt;le
Villenem·e-le-Roi; il en était venu de Paris et
de toute la région; un peuple enlier était là
qui venait mettre au tombeau le poète de la
Révolution. Et c'étaient des faces sérieuses
de vieux combatttints de Juillet, des hommes
aux mains noires des journées de barricades,
d'anciens officiers de l'Empire, licenciés par
la Restauration et qui retrouvaient, dans le
rang, l'allure correcte et militaire, de petits
bourgeois républicains. À chaque fois que le
cortège croisait une rue, un chemin, un sentier, des hommes et des femmes débouchaient, venus des champs, la bêche ou la
serpe à la main, qui saluaient de loin d'un
geste large. Au cimetière, le général Blein,
Gindre de Mancy voulurent parler, mais ce
fut difficile et l'on entendit plus leurs sanglots que les mots qu'ils voulaient dire. Le
cercueil fut descendu; on le joncha d'immortelles.
A ce moment, le maire, M. Boivin, se
tourna vers la foule; il sembla que son geste
fût compris des assistants, et, tandis que la
première pelletée de terre était jetée dans
la tombe, de toutes les poitrines du peuple
qui était là, monta l'hymne fameux 3 :
Allon.,, enfa11lt de la patrie.
Le jour de gloire esl arrivé! ...

Et celll qui ne chantaient pas, écoutant
les autres, ne pouvaient retenir leurs larmes.
Pauvre Rouget de Lisle, pauvre vieillard
malheureux, dont la vie fut si triste et si
sombre, « le jour de gloire l&gt; arrivait enfin;
toute la France l'annonçait; mais son cercueil
léger ne pesait pas lourd; il fut vite enseveli
et rien ne resta plus, le jour passé, de J"ultime apothéose, qu'un peu de terre remuée
dans le cimetière où, le soir, chantaient les
alouettes.
ED~IOND

Après la Guerre
« C'était, disait Pouyer-Quertier, à I' llôtel
de France, à Berlin; j'étais couché; vers
cinq heures du matin, bruit de bottes et cliquetis d'armes dans les couloirs. Je me
redresse, et j'écoute. On frappe fortement à
la porte.... &lt;&lt; Entrez! » Bismarck parail, en
grande tenue de cuirassier blanc!
&lt;&lt; Vous, Prince? à cette heure?
•
- Oui, moi! j'ai passé la nuit près de
mon Empereur pour traiter nos grandes
aJiaires.
- Eh bien?
- Eh bien! bonne nouvelle, et j'ai \'Oulu
_être le premier à vous l'annoncer : l'Empereur accept,e toutes vos conditions.
- Je n'attendais pas moins de vos influences.... Eh bien, Prince, veuillez passer

V ,-HU!TORIA- -

FASC.

38.

dans mon petit salon; je me lève pour télégraphier à mou Gouvernement.
- Vous pouvez vous lever devant moi;
j" ai été soldat. »
,,.
J'endosse une robe de chambre.
« Et maintenant, dit Bismarck, avant tout,
r~digeons nos conventions. »
Sur une méchante table, à la lueur d'une
l1ougie, Bismarck en grande tenue, moi en
co turne de nuit, nous rédigeons en double :
« Demain, à midi, les troupes prussiennes
auront évacué le territoire français, etc .... u

.

. .

Quand partez-vous, monsieur le Ministre?
- Mais demain, Prince.
- Eh bien! puisque nous voilà bons amis,
je veux que tout le monde le sache; je vons
accompagnerai au départ. A. propos, combien
vous a coûté votre voyage à Berlin?
- Mille francs.
- Vous vous trompez; les chemins de
fer allemands coûtent bien moins que les
chemins de fer français. 1&gt;
&lt;1

PILON.

... Au départ, Bismarck et moi causions
sur le quai de la gare de Berlin ....
« Salignac! dis-je au colonel SalignacFénelon qui m'accompagnait, voulez-vous
aller rêgler le retour? ii
Salignac revient.
« Monsieur le Ministre, nous avons payé
l'aller et le retour.
- Vous voyez bien, dit Bismarck, que
nos chemins de fer coùtent moins que les
-vôtres! »
Trois fois en route, aux buffets, déjeuners
et diners plantureux, parfaitement ser,·is; et
iiuand Salignac se présente pour payer, LouJours cette réponse : &lt;&lt; C'est pour M. le
~inistre plénipotentiaire français? C'est compris dans l'aller et retour! »
Nous finissons par nous apercevoir que les
serviteurs du Prince et sa cave nous suivent
depuis Berlin. Et je rédige cette dépêche :
« Dans ces conditions, les chemins de fer
allemands coûtent moins que les chemins de
fer français. &gt;&gt;
ALEXANDRE DE MAZA DE

'

�LA

VUE DU CHATEAU DE MEuoo~. PRISE Dt; LA PREmERE GRll.l..E, DU CÔTÉ DE l..A GRANDE AVENUE. -

Gravure dt J.

RICAUD.

La duchesse de BerrJ), fille du Régent
Par

cacher sa colère. Quand, après la déclaration
du mariage, le duc de Chartres s'approcha
d'elle pour lui baiser la main, dans la arande
galerie où toute la cour attendait le roi à la
sortie de la messe, elle lui appliqua un vigoureux soufilet. Le prince se retira, couvert de
confusion, tanàis que les spectateurs de cette
scène inouïe restaient muets d'étonnement.
Chose singulière : mademoiselle de Blois,
bien qu'épousant un aussi grand personnage
que le duc de Chartres, crut déchoir. Oubliant les hontes de sa naissance elle ne
.
'
pensait qu'à son père, ce roi-soleil dont la
splendeur et la majesté emplissaient Versailles,_ el, dans l'opinion de ceux qui l'appr~chaient, la France et le monde; elle puisait dans cette pensée un orgueil que ne
tempérait nullement l'humilité qu·eue eùt dû
concevoir du chef dé honoré de sa mère,
comme dirait Figaro. Quoi qu'il en fùt, le
devoir des princei; étant d'assurer à leur race
une de. cendance, le duc de Chartres s'acquitta de son devoir, el son union produisit
des fruits dont le premier fut la princesse
dont nous nous proposons de retracer ici, à
grands traits, !"histoire.
Le père ne reporta pas sur la fille l'antipathie qu'il ressentait pour la mère, et, dès
le berceau, il l'aima. Sans doute il était attiré
vers ce petit être qui semblait son portrait
el montrait déjà qu 'i_l aurait la plupart de ses
défauts. A sepl ans, Elisabeth d'Orléans tomba
gravement malade; le duc de Cbarlres, qui se
piq~ait de connaissances médicales, la soigna
avec un dévouement et un soin admirables,
et il put se dire qu'il l'avait arrachée à la

Corresponda11ce de Madame. d11Ll1es1e âOrléa111,
11ü princt&amp;Be Palatine, publiée par ~- G. Bau~ET;
Mémoire, du duc de Saiut- Simon; 111Ua11ge,,
par Ro1SJl)URo.u~; lUmoiru de .llt111rtpll8; JJiogra•
phit u11iverselu. ek.

naissance-là, Dieu y regarde à deux fois de
le damner. »

Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans naquit le

20 août t 695. On ne peut pas dire que ce fut
une enfant de l'amour : ses parents formaient
le modèle des mauvais ménages. L'inclination, d'ailleurs, n'avait été pour rien dans
celte union, que l'orgueil seul avait préparée
et conclue.
Son père était le duc d'Orléans, fils du
frère de Loui XIV, de ce triste personnage,
veuf en premières noces d'Henriette d'Angleterre el remarié à Élisabeth-Charlotte, princesse Palatine. &lt;t Le go~t de ce prince, dit
Saint-Simon, n"était pas celui des femmes, et
il ne s'en cachai.t même pas; ce même goût
lui avait donné le chevalier de Lorraine pour
maîlre, et il le demeura toute sa vie. » Quand
donc Louis XIV, qui ne pouvait se faire à
l'idée que des enfants issus de lui, même par
un double adultère comme avec madame de
Montespan, ne fussent pas aux premiers rangs
dans la famille roJ•ale, chercha 1t marier ses
filles, il jeta naturellement les yeux sur les
.... 258 ..

princes du sang. Jl maria la fille qu'il avait
eue de madame de la Vallière au prince de
Conti, et l'ainée de celles que lui avait données madame de Montespan au duc de Bourbon. llestait la cadette, mademoiselle de
Blois. Il songea pour elle à on neveu, qui ne
porlait encore que le nom de due de Chartres.
La chose n'était point facile à obtenir, surtout à cause de Madame, « la Palatine »,
comme on l'appelait, ftimme du duc d"Orléans et mère du prince que le roi désirait
pour gendre de la main gauche. Cette princesse n'était guère d'humeur à accepter pour
bru cette bàtarde, et son opposition semblait
insurmontable. Le roi ne dédaigna pas de
recourir au plus vif des moyens pour vaincre
cette résistance : il s'adressa au chevalier de
Lorraine, lui promit l'ordre du Saint-Esprit,
et, par lui, obtint le consentement du duc
d'Orléans,
Le duc de Chartres n'osa contredire ni la
volonté de son oncle ni celle de son père, et
se résigna à un mariage qui lui était odieux.
La princesse Palatine dut céder et laisser
faire ce qu'elle était impuissante à empèeber.
Du moins ne mit-elle aucune hypocrisie dans
cette affaire, et ne prit-elle pas la peine de

sivc, qui parut étrange de sa part. Doué d'un
cerlain talent de peinture, il fit son portrait,
mais, par malheur, il commit l'imprudence
de la représenter dans le costume des déesses
antiques qui, plus favorable à la beauté qu'à
la pudeur, n·est pas précisément celui dans
lequel une fille doit s'offrir aux regards de
son père.
De là naquirent des bruits qu'on voudrait
croire calomnieux et qui trouvèrent d'autant
plus de créance qu'on n'ignorait point les
mœurs dissolues, l'irréligion et l'immoralité
du due de Chartres, devenu "duc d'Orléans,
en 1701.
Voltaire, qui tint si longtemps boutique de
petits vers pour les grands, compliments et
injures, passe pour avoir rimé l'accusation, et
on lui attribue un couplet qui se termine
ainsi :
Un

tion sincère, ce grand personna"e eût dif6ci.
lement admis que tous les ho::imes fussent
égaux. F,gaux devant Dieu, il ne le.niait point.

nouveau Loth vous sert d"éroux;

llère des Moabite~,
Puisse bientôt naîlre dii mus
Uu peuple d'Ammonites 1

La princesse Palatine, grand'mère de la
princesse, ne semble pas avoir eu meilleure
opinion de son fils et de sa petite-fille, et
dans un passage de sa correspondance, elle
laisse échapper ce cri mélancolique : «Je partage ,,otre affiiction pour la perte de 1•otre
nièce, mais on a tort de tant regretter une
petite-fille. Mon Dieu! quel bonheur c'eût été
pour mon fils, s'il avait perdu ses trois premières fi!Jes dans leur enrance 1 1Je ne veux
pas en dire davantage. »
Cependant la princesse grandissait. Complètement étrangère à sa mère, soustraite à
son influence, elle avait pris une indépendance
de caractère, une liberté de conduite extraordinaires, grâce aux indulgences excessives
d'un père trop débonnaire, trop complaisant.
Elle allait avoir quinze ans : on songea à la
marier.
Grande, forte, bien faite, avec, toutefois,
une tendance marquée à l'embonpoint, la
princesse avait de la beauté, mais sans son
complément indispensable, ln grice. Ses yeux,
qui ne manquaient point de vivacité, dénotaient un tempérament ardent aux plaisirs,
et faisaient présager ce qu'elle deviendrait
par la suite. Douée d'un appétit formidable,
l'appétit des P,ourbons, elle n'était pas moins
célèbre par sa gloutonnerie que par son goût
pour la boisson. Elle n'était femme à se contraindre .sur rien, et s'abandonnait à tous ses
penchants dont aucun n'était relevé. Telle
était la jeune princesse qu'il s'agissait de
pourvoir d'un époux: à quel prince destinait•
on une pareille épouse?

Cliche Nenrdeln lrtrcs.

mort. Il n'en conçut pour elle qu'un plus
grand attachement, trop grand même. Il témoigna à celle fille chérie une affection exces-

En ce temps-là vivait à la cour, y occupant
une situation brillante, un seigneur d'importance qui jugeait de son devoir et de son inlérêl de se mêler à tout ce gui touchait à la
famille royale: c'était le duc de aint-Simon,
fils d'un favori du roi Louis XllI. Bien que
profondément religieux et même d'une dévo-

puisque sa religion le lui enseignait comme
une vérité; égaux devant les hommes, c'était
une autre affaire. Pour lui, le roi et les princes
du sang étaient des êtres supérieurs, mais
entre eux et la noblesse, qui ne devait point
elle-même être confondue avec le reste de
l'humanité, il y avait les ducs, caste intermédiaire à laquelle il donnait un rang particulier, et dont les privilèges lui tenaient fort
à eœur.
Le duc de Saint-Simon s'éL'lit lié fort étroitement avec le duc d'Orléans. Ils étaient à
peu près du même âge. Le prince appréciait
les qualités de Saint-Simon, le1ruel pardonnait les défauts du prince, en faveur de sa
très réelle bonté, et en raison aus i de l'honneur qui rejaillissait sur lui d'une si haute
amitié. Toutefois, ces sentiments n'eussent
peut-être pas suffi à jeter Saint-Simon dans
une intrigue matrimoniale s'il n'y eût été
poussé par un calcul personnel.
A celle époque, f 7JO, après la série des
malheurs de la guerre entreprise au sujet de
la succession d'Espagne, après Ramillies,
Oudenarde et Malplaquet, la gloire du .roisoleil avait subi une éclipse profonde, et les
temps n'étaient plus où l'Europe éblouie considérait comme un bonheur une alliance aYec
la famille royale de France. De plus, l'état
mi érable où se trou raient réduites les finance
du royaume rendait malaisée la con titution
d'un riche apanage.
On n'avait trouvé pour marier les deux
petits-!ils du roi, le due de Bour0aoane et le
.
0
duc d'AnJou,
que des princesses de la
maison
de Savoie, maison glorieuse assurément par
son ancienneté, mais qui ne brillait point en
Europe par l'éclat de la puissance, et qui, en
outre, ne passait guère pour riche, puisque

1. La P,rincesse ~al~tine f1it allusion, en milme
Lemps qu a la tille 1mee de son fils, i mademoiselle

de Chartres, de,enue plus tard abbesse de Chelles, el
à mademoi~ellc de Valois, qui fut mariée au duc de

Modène, et tlont la vie prh·ée ne fui point
de scandales. .

PAUL OAULOT

Ce fut une singulière destinée que celle de
celle prinœsse qui, pendant deux ans, put
presque se croire la future reine de France,
et qui mourut femme d'un très obscur gentilhomme. Son existence offrit, d'ailleurs,
tant d'autres bizarreries! Commè si elle eût
prévu la fin si prompte qui devait borner à
vingt-quatre années la durée de sa vie, elle
eut une fureur de jouissances dont l'éclat
scandalisa ses contemporains, et lui vaut, à
défaut de l'admiration, l'attention de la postérité. Ce nom seul de fille du régent a son
éloquence; ratavisme, dont l'influence ne
saurait être niée, a sa part dans les actes
étranges de cette femme : il y eut assurément
dans ses folies de la folie. Aussi se sent-on
désarmé devant celle créature agitée et malheureuse; l'on est tout disposé à la juger
avec quelque indulgence. Volontiers l'on répéterait à son sujet, en en modifiant légèrement le sens, le mot de la maréchale de la
lleilleraye sur le cllevalier de Savoie : a Pour
moi, je suis persuadée qu'un homme de celle

DUCHESSE D"E BE~~Y. FTLl.'E DU 'JtiGENT

MARIE•J ,OUISE·ÉLISABETH o'ORLÈA'iS,
DUCUESSE DE BERRY.

Gravnre ~

d'après un tall~au au:temps.
(Musée de l'ersallles. )

BARBLER,

exemple

�, - fflSTO'RJ.ll
les dols promises n'avaient pas été paJées ou
L'avaient été fort mal. Victor-Amédée n'avait
pas de troisième fille à donner au troisième
petit-fils de Louis XIV : le duc de Berry semblait donc un parti réservé :i quelque princesse du sang.
Telle avait été la pensée de la duchesse de
Bourùon, femme du petit-fils du prince de
Condé, le vainqueur de Rocroy. La duchesse
de Bourbon étaiL mademoiselle de Nantes,
fille aduJtérine du roi et de madame de Montespan; elle pensa que ce serait une affaire
merveilleuse que de marier sa fille arec le
duc de fürry, et de faire rentrer par cette
union sa postérité dans la vraie fami11e royale,
celle qui venait d~s mariages, et non de la
famille naturdle issue des caprices ropux.
Or, le duc de Saint-Simon se trouvait en
fort mauvais termes avec Ja duchesse de
Bourbon, e1, comme il n'avait négligé aucune
occasion de lui témoigner son hostilité, il
comprit fJUe, si pareil mariage s'accomplissait, c~)a porterait au comhle la faveur dont
jouissait la duchesse de B&lt;rnrbon vis-à-vis du
Dauphin, père du duc de Berry, et que la cabale de son ennemie ne manquerait pas
d'écraser le duc et la duchesse d'Orléans, et
lui-mèmë, pa!" contre-coup.
Certes, il aimait le duc d'Orléans; il s'aimait encore plus, et son intérêt lui donna
grande clairvoyance. a Je me trouvais ainsi,
dit-il, dans la fourche fatale de voir dès maintenant, et plus encore dans le règne futur, ce
qui m'était plus contraire, ou ceu1 :i qui
}'étais le plus attaché, sur le pinacle et dans
l'abime, avec les suites personnelles de deux
états si différents, sans compter le désespoir
ou le triomphe, et la part que je pouvais avoir
à parer l'un, à procurer l'autre. li n'en fallail
pas tant pour extjler puissamment un homme
fort sensible et qui savait si bien aimer et
haïr, el je ne l'ai que trop su toute ma
vie. »
11 songea aussitôt à pousser le duc d'Orléans à solliciter pour sa fille aînée cette
alliance avec le duc de Berry. Il trouva dans
la duchesse une aide puissante. Sœur de la
duchesse de Bourbon, puisque, comme elle,
elle avait pour père Louis XIV et pour mère
madame de Montespan, la duchesse d'Orléans
avait fait les mêmes rêves que sa sœur, el son
désir n'était pas moindre de rentrer, par sa
fille, dans la famille légitime ùu roi de France.
La grandeur de l'alliance et l'éclat qui en rejaillirait forcément sur lui mirent le duc
d'Orléans dans le projet. Bientôt donc des
batteries parallèles furent dressées; Orléans
et Bourbons commencèrent le siège de ce fils
de France.
Ce qu'il y eut de plus remarquable, peutêtre, dans Loule celle affaire, c'est que le principal intéressé fut compté à peu près pour
rien. Bien qu'il eût vingt-quatre ans, on le
traita comme un enfant à qui on impose une
volonté, et l'on se montra, de part et d'autre,
prêt à abuser de son naturel timide, de son
caractère dou1 el craintif, et en un mot de la
faibles~e d;.un prince qui, dans une cour où il
avait eu sous Les yem tant d'exemples faciles

,
à suivre, était encore novice sous le rapport
de la galanterie.
Les vrais obstacles qui s'opposaient aux
désirs du duc el de la duchesse d'Orléans venaient du roi et surtout de Monseigneur le Dau•
phin. Le roi ne manifestait pas trop ses sentiments; cependant il y avail grande chance
pour qu 'il Iùt plulôl hostile que favorable.
Un jour, le duc d'Orléans lui toucha un mot
de ce projet de mariage, ajoutant que, s'il se
faisai L, cela le consolerait de bien des froissements que lui avait causés la faveur des bâtards, le duc du Maine et le comte de Toulouse.
- Je le crois bien! répondit le roi d'un
ton sec, avec un sourire amer et moqueur.
Quant à Monseigneur, il ne cachait pas sa
,·olonté contraire, et il la manifesta certain
jour où, devant lui, la duchesse de Bourgogne disait, après force éloges de Mademoiselle,
que c'était là une vraie femme pour le duc de
Bt!rry. A ces mots, Monseigneur s'emporta,
et, faisant allusion à l'ambition qu'on avait
prêtée au duc d'Orléans de devenir roi d'Espagne à la place de Philippe V, il répondit
que.cela serait, en effet, fort à propos pour le
récompenser du rôle qu'il avail joué au delà
des Pyrénées. Puis, après cet éclat, il sortit
brusquement.
Il n'y avait guère à espérer un changement
d'idée chez ce prince extraordinairement
borné, qui, retiré à Meudon, partageait son
temps entre la table, où il se livrait à des
orgies de poissons, el mademoiselle Choin, sa
maitresse, « qui possédait la plus grosse
gorge qu'on eùl jamais vue ». JI ne savait pas
résister au charme de « ces timbales ». A
peine dérobait-il un instant à ses occupations
pour jeter un coup d'œil sur la Ga;,elle de
France, afin d'y chercher ce qui seul l'intéressait: la liste des morts et les mariages.
Le duc de Saint-Simon comprit qu'en présence de tels obstacles il fallait, pour réussir,
des concours nombreux et puissants, qui parviendraient à faire déclarer le roi el à rendre
vaine par là l'opposition du Dauphin. li mit
dans son jeu la duches e de Villeroy, qui avait
de l'inllueoce et sur madame de Maintenon
el sur la duchesse de Bourgogne, le duc de
BeauvilJier , le maréchal de Boufflers; enfin,
il cbercha à obtenir l'appui, sinon du cid, ce
qui n'était pas :i sa portéP, du moins de ceux
qui parlaient en son nom, des Jésuites.
La chose ne fut pas trop malaisée, car les
Jésuites se trouvaient alors mal disposés pour
la duchesse de Bourbon, et portés, au contraire, du côté du duc d'Orléans. Ce prince
avait conservé pour confesseur, Lien qu'il
n'usât point de lui en cette qualité, un des
leurs, le Père du Trévour.. C'élail un gentilhomme de Bretagne, de bonne naissance,
mais très court de sens et d'esprit, et, somme
toute, assez ridicule; il n'avait qu'un mérite :
il étaiL ami intime du Père Tellier. Par lui,
on pouvait faire dire à ce puissant Jésuite
tout ce qui paraîtrait nécessaire pour le rendre favorable au projet, ce qui permettrait,
en temps opportun, d'user de la grande influence du Père Tellier sur le roi.

- 26o ...

Mai Saint-Simon ne se fia pas au seul Père
du Trévoux ; il lui adjoignit le Père Sanadon,
non moins ami du Père Tellier, mais plus
intelligent. li leur parla du projet qui lui
tenait au cœur comme d'une chose toute dans
l'intérêt de leur Ordre,« leur donnanl, dit-il,
envie pour l'amour d'eux-mêmes du mariage
de Mademoiselle &gt;&gt; . li eut bientôt le plaisir de
constater qu'il les avait gagnés à sa cause.
« Les Jésuites, à qui rien n'est indiO'érenl, et
moins les choses majeures que les autres,
c'est•à-dire le Père Tellier et ce conseil si
étroit, si inconnu même des autres Jésuites,
par qui tout le grand et tout l'important se
régit parmi eux, s'alfeclionnèrent à celle-ci
comme à la leur propre, et se rendirent
d'eux-mêmes capables de tout concerter avec
nous, et d'entrer en part des conseils et des
exécutions. Ils deYiarent donc un tl'ès puissant instrument .... n
« Telles furent le~ machines el les combinaisons de ces machines, que mon amitié
pour ceux à qui j'élais attaché, ma haine
pour madame la duchesse (de Bourbon),
mon attention sur ma situation présente et .
future, surent découvrir, agencer, faire marcher d'un mouvement juste et compassé, avec
ou aceord euct et une force de Jevier, que
l'espace du carêmt' commença et perfectionna,
dont je sais ioules les démarches, les em•
barras et les progrès par tous les divers côtés
qui me répondaient, el que tous les jours
aussi je remontais en cadence réciproque•
ment. 1)
Le résultat de ces belles et savantes manœuvres fut qu':i la fin du carême madame
de ~fain1enon se montra bien disposée et le
roi sans éloignement pour la conclusion du
mariage. Il importait de consolider ces impressions favorables, et surtout d'empêcher
les intrigues de la partie adverse, qui semblait décidée à ne reculer devant rien. Dès œ
moment, en effet, des bruits circulèrent qui
prêtaient au père et à la fLlle des passions
incestueuses. Us parvinrent aux oreilles du
duc de Saint-Simon, qui crut devoir les rapporter à la duchesse d'Orléans. Il était de
toute nécessité de presser l'affaire. Tous deux
s'unirent pour déclarer au duc d'Orléans
qu'il fallait agir sans tarder, c'est-à-dire
parler au roi.
A cette proposition, le duc « se hérissa ».
En vain lui présenla-l-on les arguments les
plus propres à modifier son opinion; en vain
le pria-t-on et le supplia-t-on, il répondit
« qu'il n'avait ni le front ni le courage de
parler, et que, s'il le faisait dans celle disposition, ce serait si mal qu'il ne ferait que

gâter son affaire 1&gt;.
La duchesse fut désespérée d'un refus qui
ruinait ses espérances; quant à aint-Simon,
il n'abandonna pas la partie, et se mit en tête
de rédiger pour le compte du duc d'Orléans
une leure au roi. Il se flattait que lorsqu'il
ne s'agirait plus de parler ce prince montrerait moins de réserve.
Il ne se trompait pas, le duc trouva hon
le procédé, et recopia la lettre qui commençait ainsi :

_______________

LA DUCHESSE DE
SIRE,
« Plusieurs pensées m'occupent et me pé- mariage l~j fait tout craindre.... li n'y a qu'un
nètrent depuis longtemps, que je ne puis moyen d effacer ce~ divisions fâcheuses qui
plus_ me. ref1~ser de représenter à Votre Ma- menacent de désum~ la famille royale, c'est
de reprendre le proJet qui semble avoir été
Jeste, pms_qu elles ?e peuvent lui déplaire, et abandonné.
que, depms_peu, diverses occasions ont telJemen_t grossi dans mon cœur et dans mon
&lt;&lt; C'est donc, Sire, mon extrême et resespr1_t les se~tim.en~s qu'elles y font naitre
pectueuse tendresse pour îotre personne
que Je ne pu~s que Je ne les porte aux pieds
de Votre &amp;faJesté, avec cette confiance que m~n attachement pour celle de MonReigneur'
qui, plus que tout, me fait brûler du dési;

BE](,J(_Y, r11.L'E DU J{ÉG'ENT - - ,

(l

LOUIS D
E

p

RANCE

(

LE GRAND DAUPHIN) , FILS DE

Loms XIV,

Suit une longue énumération des biens
dont le roi se plait à combler sa famille. lui
seul_ en est excepté. Quel en est le m~Lif?
A.-t-11 encouru la défaveur du roi?
Le silence que le roi garde sur ce projet de

à

Cliche Neurdcln frères
AVEC SA FEMME ET

•
SES ENFANTS. -

vos ancienne~ b~ntés, et, si j'ose l'ajouter,
que le san~ mspll'ent; et je le fais par écrit
dans .~a cr~mte de ma plénitude, qui esl telle
~e J aurai!- appréhendé de vous parler trop
diffusément.
.(( Il Ya deux ans, Sire, que Votreàfajestéfit
n_attre en moi des espérances flatteuses du mariage de M. le duc de Berry avec ma fille .... »

on
. . interrogeait le Père Tellier sur le·~ dispos11t~ns mor~les ?u roi, Saint-Simon interro~e:iit le ch1:urgien Maréchal sur ses dispos1llo~s physiques. ~t huit jours après, ayant
arpr1s par ~ d~rm~r que le roi se portait
?•en «et avait éte gaillard à son petit lever &gt;&gt;
Il poussa le duc d'Orléans, qui ~e décida
remeure la fameuse Jeure.
Le roi l~ prit, non sans surprise' la lut
avec attention dans son particulier, et en

Tab~au 1k MIGNARD. (Musée du L ouvre.)

d~ me voir r?pprocher de Votre Majesté et de
goùta les raisonnements. Toutefois, il ne
par les lie~ le,s. plus étroits et les plus
voulut point se décider avant d'avoir consulté
rnt1m~s, ce qui, d ailleurs, terminant toute
le
Père Tellier. Celui-ci, naturellement, lui
aversion, et me donnant lieu de m'unir par
montra les avantages d'un tel mariaoe el
~a seconde 6Ue avec Madame la duchesse,
l'engagea vivement à faire prévaloir sa ;ol~nté
bera son fils à M. le duc de Berry par un
su~ celle de son fils, toujours opposé à une
honneur semblable à celui que mon Jils en
alliance avec la branche d'Orléans.
recevra lui-même .... &gt;&gt;
Le roi n'hésita plus; il signifia à Monseigneur sa ,·ol~nté de marier le duc de Berry
La letlre é~rite, recopiée, restait à la pré~ vec Mad:mo1s_elle, et Monseigneur, troublé,
seo~er au ~01. Ce n'était point une mince
em.u, mus ple10 de crainte, accorda le conaffaire, car il fallait choisir un moment opse~tement qu'on exigeait de lui en termes
portun. Il est plaisant de voir comment on
qui.
ne permetta_ient plus de faux.fuyants.
s'y prit; Landis que par le Père du Trévoux
Ceci se passa le dimanche fer juin 1710 .
~111.

... 261 ...

�ms T 0-1{1.ll
Le lendemain, le roi demanda au duc de
Berry Il s'il serait bien aise de se marier i&gt; .
Le jeune duc, galant des moin· entreprenants, pensait se mieux tirer d'aIT.ure aYec
une rem.me qu'avec une maitresse; il en ~illait d'envie. Et, comme son frère el sa bellesœur, le duc et la duchesse de Bourgogne,
l'avaient adroilemenl préparé en faveur de
Mademoiselle, il répondit à son grand-père
qu'il lui obéirait avec b plus grande joie.
Tout allait donc bien. Monseigneur luimême ne ,·oulut pas mettre une ombre à ce
laùleau. Quand le duc et la duchesse d'Orléans e présentèrent au cbàtean de leudon
pour faire le compliment obligé, il jugea l'ocsasion bonoc de « hausser le coude » et but
« au. beau-p~re, à la belle-mère, à la bellefille et à toute la compagnie 11. Jamais on ne
le vit si gai.
eule, la duchesse de Bourbon oe ul p:is
cacher sa déconvenue et témoi!!Ua à sa sœur
la duchesse d'Orléans un dépit insolent qui
n'eut d'antre effet que d'ajouter à ln sati faction qu'éprouvait r,e.lle-ci.
Le mariage fut céléhré le dimanche 6 juillet, à midi, par le cardinal de Janson, grand
aumônier, en présence du roi, des personnes
rol·ales, des princes el des princes es du sang,
el des bâtards, qui figuraient dans toule
les cérémonies, comme s'ils eussent fait par-

tie de quel-tue caste reconnue et admise.
Le soir, le souper eut lieu chez la duchesse de
Oourgogne : il n'! eut que vingt-buit coo,•iYes.
« Au sortir de table, le roi alla dao l'aile
neuve à l'appartement des mariés. Toute la
cour, hommes el femmes, l'attendaient en
baie dans la galerie et l'y soh-it avec Loul ce
qui avait été du souper, rapporle aint-Simon.
Le cardinal de Janson Hl la bénédiction du
lit. Le coucher ne fut pas long Le roi donna
la chemise à M. le duc de Berry .. .. J'y tenais
le bougeoir .... Madame la duchesse de Bourgogne la donna à la mariée, présentée par
madame de Saint-Simon, à qui le roi fil les
honnèletés les pins di tinguées . Les mariés
couchés, M. de Beau,·illiers el madame de
Saint- imon tirèrent le rideau chacun de leur
côlé, non sans rire on peu d'une telle fonction ensemhlP . ... »
Le duc de aint-Simon pom·ait 'applaudir
de son habileté et du uccès qui avait couronné toutes .!JS manœuvres. Cependant sa
joie ne fut pas complète : le pauvre duc
ubit alors une blessure dont on ne comprend
bien la profondeur que lorsqu'on a pu sonder
son incommensurable vanité. Ne s'avisa-1-on
pas de vouloir faire de madame de .. aintSimon la dame d'honneur de la nouvelle duchesse de Berry~ C'était là, paraît-il , une
façon de déchéance, car il s'agi sait d'une

« cconde place t&gt; qui ne comenait ni à sa
dignité ni à a naissance. li faut rendre justice au duc, il résista avec une ténacité admirable, multipliant les refus et donnant de sa
conduite les raisons les meilleures à son alil-;
mais le siège de chacun était fait. Le roi
imposa sa îolonté dans cette grave affaire,
et, tout comme Mon.eiimeur pour son fils,
Saint-Simon dut céder pour sa femme.
Ce déplaLir empoisonna son triomphe.
Toutefois, l'on ne peut se défendre de trouver quelque peu plaisante l'ingénuité des
plaint.es donl il assaisonne le réeil de œlte
aventure. « ~ous sentîmes à quel point on
agit en aveugle dans ce qu'on désire avec le
plus de passion, et dont le succès cause plus
de travaux, de peioe et de joie; .•. nous gémlmes du malheur d'avoir réussi dans une
affaire que, bien loin d'avoir entreprise et
suivie au point que je le fis, j'aurais traver. éc avec encore plus d'aetÏ\'ité, quand
môme Mademoiselle de Bourbon en eîu dû
profiler et l'ignorer.... •
Il est vrai qu'il ajoute : a si j'avai su le
demi-quart, que dis-je! la millièi,ne pnrlie
de ce donl nous fùmes si malheureusement
témoins ». Mais il n'est pas téméraire de
penser que a douleur consi ta urlout à en
être témoin de trop près, et madame de
aint-Simon pareillement.
(A suivre. )

Le roi Jérôme
~

Un matin de mars 1848, je ,is entrer
dans mon salon de la place Royale un bomme
de moyenne taille, d'environ soixanLe-cinq ou
six ans, a.yaul on habit noir, un ruban rouge
et gros bleu à la boutonnière, un pantalon à
sous-pieds, des bottes vermes et des gants
blancs. C'était Jérùme Napoléon, roi de
Westphalie. ll avait une voa tr\s douce, un
sourire cbarmant, quoique un peu limide,
les cheveux plats et gri onnant , et quelque
chose du profil de l'empereur. Il venait me
remercier de son retour en France, qu'il
m'attribuait, el me prier de le faire nommer
ouveroeur des Invalides. Il me conta que
M. Crémieux, membre du goll\'ernement provisoire, loi a,·ait dil 1a veille : « Si Victor
llugo le demande à Lamartine, cela sera.
Autrefois tout dépendait de l'entrevue de
deux empereurs, maintenant tout dépend de
l'entrevue de deux poètes. " J'ai répondu au
roi Jérôme : • Dites à M. Crémieux que c'est
lui qui est le poète. »
0

~

En no,·embre 184 , le roi de Westphalie habitait au premier au-dessus de l'enLresol, rue d'Alger, n° 5. Il avait là un petit
appartement meublé de velours de laine et
d'acajou. Son salon, tendu en papier gris,

éclairé par deux lampes, était orné d'une
lourde pendule dan le gotll empire el de
deux tableaux peu authentiques, quoique le
cadre de l'un porl.àl le nom : Titien, el le
cad1·e de l'autre le nom : Remb1·anclt. Il y
avait ur la cheminée un buste en bronze de
Napoléon, re buste com·enu que l'empire
nous a légué. Les seuls vestiges de son exi tenee royale qui restassent au p!'ince étaiC'nl
on argenterie et la vais. elle ornée de couronnes royales richement gravées el dorées.
~

Jérôme, à cette époque, n'avail que
soixante-quatre ans el ne les paraissait pa .
ll avait l'œil vif, la sourire bienveillant el
charmant, la main petite et encore belle. 11
était babiluelh ment rêtu de noir avec une
chainette d'or à sa boutonnière où pendaienL
trois croii, la Légion d'honneur, la Couronne
de fer et !:on ordre de Westphalie, créé par
lui à l'imitalioo de la Couronne de îer.
Jérôme c:iusail bien, avec grâce toujours,
et souvent avec esprit. li était plein de sou\'enirs et parfait de l'empereur avec un mélange de respect et de [raternilé qui était
touchant. Un peu de vanité perçait en lui,
j'aurais préféré l'orgueil. Du re le, il prenait
avec bonhomie toutes les qualification variées que lui attirait cette situation étrange
d'un homme qui n·e.st plu roi, qui n'est
plus proscrit et qui n'est pas citoyen. Chacun le nommait comme il voulait. LouisPhilippe l'appelait Àltesse, M. Iloulay de la
Meurthe lui disait : ire et Votre ,Uaje ·té.

,,

.... 262 ....

PAUL

GAULOT.

Alexandre Dumas l'appelait 1tlonsei9neur. 1c
lui disais : Prince, el ma femme lui di.ait :
Jlo11. ieut·. Il mettait sur sa rarle : le gené.1·al (Jonaparle. A sa place, j'aurais comprL
autrement .a po ilion. Roi ou rien.
~ En 1847, le lendemain du jour où Jérôme, rappelé de l'eiil, était rentré à Paris,
comme le soir venait et qu'il avait ·auendu
vainement son secrétaire, s'ennu}ant el seul,
il ortit. C'était la fin de r été. Jérôme était
de cendu chez sa fille, la princesse Demidoll,
dont l'hôtel louchait aux Champs-Él1sées.
11 tra\·ersa la place de la Concorde, regardant tout autour de lui ces statues, ces ohé-li ques, ces fonlaines, toutes ce choses nou"elles pour l'exilé •qui n'a,aiL pas rn Paris
depuis trente-drux an . Il suivit le quai de.
Tuileries. Je ne sais quelle rèverie lui eutrail
peu à peu dans l'âme. Arrivé au pavillon de
Flore, il entra sous le guichet, tourna à
gauche, prit un escalier connu sous la voùte
el monta. Il avait monté deux ou trois marches,
quand il se sentit sai ·ir par le bras. C'était le
portier qui courait après lui.
&lt;t Eb l monsieur, monsieur I où allez-vous
donc?» Jérôme le regarda d'un air surpris
et répondit: c Parùleu! chez moi. »
- A peine avait-il prononcé ce mot quïl se
réveilla de son rêve. Le pa sé l'avaiL enivré
un moment. En me conta.nt cela, il ajoutait:
« Je m'en allai tout honteux, en faisant des
e1cuses au portier. »

VrcroR HUGO.

HENRY BORDEAUX

+

Rosalie de Constant
La Chablière.

d'arbres de toutes essences, est un fouillis de
verdure. A son extrémité se trouYe l'emplace~e.nt, formé par quatre tilleuls, où Benjamm Constant voulait dormir son dernier
sommeil. Un des tilleuls a péri ; les trois
autres se dressent toujours, droits et fiers,
au1 t:oncs ~ormes•. Mais cet emplacement
est mieux fait pour mspirer le goùt de la vie
que pour exciter en nous le sentiment de la
mort. Ce pay i1ge est plus aimable que mélancolique.
Dans ces allées de pare, entre ces tilleuls
se sont promenés BenJamin Constant, ~Jme d;
taèl, ~(me de Charrière, lime Récamier.
Tant d ombres charmante habitent encore
ce~ l_ieux. Il en est u~e que je voudrais plus
spec13lement ressusciter : celle de Ro alie
de Cons~t, cousine de Benjamin, qui, dans
ses « caluers verts Il. nous a laissé de i
curieux souvenirs sur les ruptures et les raccommodement de son alfreux et séduisant
cousin el de fme de taël.
Celte Rosalie de Conslant est mentionnée
dan une ph.rase des Jfémoires d'outre-tombe:

Tandis que les fer"enls de Mme de Staël
dont l'inépuisable correspondance continue d;
défrayer les revues et les di eu sions, vont
chercher on souvenir vÎ\'aot sur les bords du
lac de Genève au chàteau de Coppel, dont
M. le comte d'Uaussonville. fait les honneurs
avec une grâce parfaite, le ami de Benjamin
Constant - ce maitre charmant de la ver:.atililé politique, qui fil Lant et de si mauvais
élèves - se croient moins favorisés pour
retrouver les traces d'Adolphe ou continuent
de l'enc~ainer à. Ellénore. Je leur indiquerai
la Cbablière, qm est au midi de Lausanne el
sur la mème rive que Coppet.
On y parvient par la roule de \allombreu~e
qui d'un peu haut suit le lac entre des bai~
vertes el ~e grilles de ,·illas qui, par in tervalles, laissent apercevoir un coin d'eau
bleue. De Lausanne, il raut vin"t miaules
de voiture. La CbablièM est aujourd'hui compo~ ~e deux villas entourées d'un parc.
Mais l une. de ces villas, celle habitée par
Y~e Eugéme Pradès dont les romans pessirrustes sont très goûté dans la Suisse roma~de, est tonte neuve. L'autre, seule, est
ancienne; en~re_les dew: pavillon qui l'cnserr~nt ont-1ls elé construit · au cour· du
dermer siècle. L'ancien bâtime11t lui-mème
porte bien des traces de changements et de
restauratious. Détail bizarre, son fronton,
comme ceux ~e pal'illons, est orné de guirJand_es funéraires. La Cbablière, propriété de
famille des Constant, habitée par Benjamin
enfant, apparlmt plu tard à lord tratford
Canning, plus c·onnu sous le nom de drall'ord
de Redclife, cousin du célèbre hommtl d'État
a.ngla.i'. li y .perdi~ sa femme âgée devi11gl
ans, après six mms de mariage, en i 18;
celle-ci est ensevi-lie dans l'église de Lausanne. De dése. poir, il en fit porter Je deuil
à sa maison méme.
. _De la terrasse, l'œil. peul ~ui~re le lac qui
fu1l ver · Genhe. el qui, vu ams1 dans salonBENJ.Uilll CoNSTA.',T,
gueur, _parait illimité et emblable à la mer.
o·atrts '" lltlwgraf'h~ d~ DESM.ARAIS,
Les v01les latines qui viennent de Savoie
décorent ses eaux comme de grands cygnes
et. les 1?-onta~oeb qui ferment l'autre rive: « M. de Constant, cousin de Benjamin, el
boisées Ju·qu au sommet, sont un spectacle
Mlle de Constant, vieille fille pleine d'esprit,
de douceur el de repos. Le parc, composé de vertus, de talents, habitent leur cabane
BlllunGR&amp;~u1e. - Rosalie de Co,utant, ,a fa.mille
et su am~, (l 758-_llij~J. riar Lucie Achar,!, ~ volume;' (Eggiman, éditeur il Genève).
Vo!r 1uss1 Lell~es de Bc11ja111in Cotutmil à Ill
f &lt;!imlk ( l775-11!SO), prJcédées d'une introduction
,t aµr des lellre$ el des d,ocnments inédits. ar
Jean U. ~e.nos (Albert Lame, éditeur, 1888)/et

l'!"rl!a,t de Be11jamin Co111tant, publiê par ~Ille tllé-

Jegar1 10lleo?or1T, ëditeur), clllin la CoM'e!poodance
de t,)1.al&lt;'aubr1and avec lladame de Colleos (18':!ti-1836),
publilltl fllJ' Je Corrupomiant, numfro du 25 aoill
1901.
'
. 1. Y. Philip~ . G~et prépare, 5ur llme de Charrière el la SOCJ.~le smsse, un ouvrage donl il a déjà

.. 263 ..

~~ ou_s-Terre, au bord du Rhône .... » Par
l mléret qu'elle prit à tous les événements
au~quels elle assista, elle avait droit à une
peute_place _dans l'hi toirn de son temps. Elle
y ava1L droit encore, parce qu'elle est une
fi~re o~i~ioale, et parce que la ociété "audo1~e, Vls1lée tour à tour par une .Mme de
Stael, par un Joseph de Maistre, par un Chateau~ri~nd' présentait alors un caractère tout
particulier. Celte place, on vient de la lui
accorder. Une de ses parentes, Hie Lucie
Ac.bard,' consacre à sa mémoire deux volume.
édités a Genè\'e, au cours desquels elle lui
donne. le plus souvent la parole, el la lais e
se pemdre elle-même au naturel dans les
fameux cahierJ1 verts où elle consignait pèle•
D_1êle tou_t ce qui la frappait, recelles de cuis.tne, :m?m.es philosophiques, conseils pra~4ues, det~ils de famille, sentiments intimes,
\-1e de s0C1élé el événements historiques. Et
san doute ces deux volumes eu cnl oaené à
ê~-re conden és en un seul; en outre, u1~ peu
d ~r~re, quelques divi ions, une façon plus
pr~clSP. de pr~enter les diver · personnages
cr11 Y apparai eut leur auraient procuré
l a~rément des ouvrages clairs et harmonieux,
et iJ~ semblent un peu trop destinés à un
pub~•~ de famille, ~éjà mis au courant par la
trad1t1on. Enfin, ils sont écrits dans une
langue un peu surannée, et qui fait souvenir
de lme de Genlis. De phra es comme celle-ci
nou_- rajeuni. sent d'un iècle : « Le dieu
Cupidon ~-t-il joué nu rôle à celte époque
dans la vie de notre jouvencelle1 » Malgré
1~u_s CS dé.faut , le livre garde cet attrait des
V1e11les maisons de campagne où l'on oublie
de regarder les parquets usés, le tapisserie.
fanées 1:'t les meubles sans style parce que le.
fen~lre~ ou\:ent sur les prairies et les boi .
Il n a rien d apprêté et De témoigue d'aucune
prélention, el il est bourré de détails de
petits _faits véridiques, comme il convie~L à
?ne luographie de vieille fille : « Ce sont
Justement les petits détails intimes les
fine ses qui vous attachent à l'histoire. d'uoe
àm~. », 11 no_us oll're un triple intérêt, le
r~!t d une vie humaine pré entée dans sa
mité, le tableau d'une société provinciale à
la fin du nm• siècle et au commencement
du m.•'' enfin quelques portraits et jugemen~ sur les grands homme.~ de passage el
s~1aleme.nt sur les amants de Coppet, aussi
agités que ceux de Venise.
publié quelque, fragments dans la Bibliothlque
.
verselle do Lausauue.
umU~ ècri~ain allernond, M. Ludwig Gi!ifcr, a µuhli é
aussi un h-re, TJ,tr~,c B~bcr, Ôw· conl1en
. l d e nomb
. re_u;i; d0e:u~eots sur '.llme de tarrière el toute ,

soc1etâ 11 ller11re vaudoise el neuchatero· d
temp~.
lSC
Il

�1l1STO"RJ.J!
II
Histoire d'une vieille fille.
Une vie , pour être bien remplie, n'a pas
besoin de beaucoup d'événements. Le devoir
quotidien, si simple qu'il soit, surfit à l'occuper et à l'embellir. Rosalie de Constant
vécut à la campagne, se dévoua à son père et
à ses frères, refusa de se marier, fit partie,
sans lui donner tout son cœur, de cette société
de Lausanne, si intelligente et cultivée, qui
se groupait autour de Mme de Charrière de
Bavois et de la baronne de !fontolieu, et mourut à un âge avancé sans avoir jamais quitté
son pays qu'une seule fois, à quatorze ans,
pour se faire soigner à Paris par Tronchin.
N'allez pas croire, après ce résumé, que celle
vie est sans attrait.
Rosalie naquit à Genève le 5i juillet f 758.
Mais ses parents l'emmenèrent bientôt dans
leur propriété de Saint-Jean, qui domine la
jonction de l'Arve avec le Rhône, en aval de
Genève, L'enfance à la campagne, plus libre
et plus saine que dans les villes, est un grand
élément de bonheur. l\osalie ne put guère
l'apprécier. Son père, qui se plaisait un peu
trop dans la société des femmes, et lirait
avantage d'une figure agréable, s'absentait
fréquemment et longuement. Sa mère souffrait de ses absences, et montrait d'habitude
un visage triste, quoique joU; elle mourut
toute jeune, en i 766, laissant quatre enfants
dont l'aînée était notre héroïne. Enfin ses
grands-parents étaient rudes et austères. La
mode n'était pas alors de gàter les petits. On

vant mignon, minaudait et paradait devant
une glace. Volta.ire était plus indulgent. Il
habitait alors les Délices et voisinait avec les
Constant et les Pictet. Avec ses frères el sa
sœur, nosalie jouait dans son jardin, el
jusque dans son cabinet de travail. « Dans
ses temps de misanthropie même, écrit-elle,
il voulait toujours revoir ses anciens voisins
et recevait bien jusqu'aux enfants. Il les laissait jouer dans sa bibliothèque avec un grand
léopard empaillé placé au milieu, ouvrir ses
livres, regarder ses estampes. Les voyant un
jour oter les hannetons d'un arbuste : &lt;( Oh !
« dit-il, je suis bien heureux, je n'avais plus
« que deux ennemi", les turcs et les banne« Ions. Catherine me tue les turcs, vous me
&lt;( délivrez des hannetons .... »
C'est en jouant à Saint-Jean que Mlle de
Constant fit une chute dont elle se ressentit
toute sa vie, et qui lui déforma la taille. Elle
passa à Paris l'hiver de i 772 à 1775 pour
essayer de se guérir. Elle avait quatorze ans;
son Journal de voyage, conservé dans sa
famille, nous renseigne sur ses impressions
de promenades, de théâtres, sur la cour
entrevue à Versailles; mais, écrit par une
main trop jeune, il n'est guère qu'une nomenclature sans couleur. Revenue en Suisse,
Rosalie devient vile une petite mère pour sa
sœur Lisette, pour ses frères Juste et Charles,
et pour son nouveau frère Victor, car M. Samuel de Constant s'était remarié, mais sa
seconde femme ne fut jamais qu'une bellemère pour les enfants du premier lit. Quelques
soirées et fêtes à Lausanne éclairent seules
celle adolescence solitaire, d'ailleurs peu por-

COPPE1' ET LE CHATEA U DE

les élevait sans faiblesse. Rosalie se souviendra
plus tard que sa grand'mère soufOeta un jour
son frère Charles parce que celui-ci, se trou-

MlŒ

DE STAËL,

tée à la rêverie, et d'autant plus accessible
aux plaisirs de la société qu'elle y trouvait
un développement intellectuel el l'occasion

d'exercer sa meilleure faculté, le jugement.
Son cousin Benjamin, de neuf ans plus jeune
qu'elle, mais d'esprit très précoce, prenait
part à ces réunions mondaines qu'on appelait
en Suisse des assemb[ee$. Déjà il brillait par
ses reparlies, et déjà il écrivait en vers et en
prose, à tort et à tra1ers. J'extrais du journal
de Rosalie ce poïtrait du père de Benjamin
Constant; on pourrait le croire celui du fils :
&lt;1 M. Juste de Constant avait une figure imposante, beaucoup d'esprit el de singularité
dans le caractère. Il êtait défiant, aimait à
cacher ses actions, changeait facilement de
principes et de façons cle penser. Il eut des
amis et des ennemis violents. Personne n'est
aimable d'une façon plus piquante, personne
n'a plus de moyen de se faire aimer jusqu'à
l'enthousiasme; personne aussi ne sait mieux
blesser et mortifier par· une ironie amère. i&gt;
Or le père el le fils qui se ressemblaient ne
pouvaient se souffrir.
Rosalie de Constant préférait la société de
Lausanne à celle de Genève. « Ce beau pays,
dit-elle du pays de Vaud, est un de ceux où
on peut mener la vie la plus douce quand on
n'a pas d'ambition. On y trouve de l'amitié,
une société agréable, dtis mœurs simples et
pures. 1&gt; Très liée avec Mme de Charrière,
qu'il ne faut pas confondre avec Mme de
Charrière du Colombier, l'auteur de Calliste,
elle faisait chez elle de longs séjours, et
lorsque son père, quittant Saint-Jean et
Genève, s'installa définitivement à la Cbablière, près de Lausanne, elle se réjouit d'un
changement d'existence qui favorisait ses
goûts el ses amitiés.
La Chablière avait une terrasse qui donnait
sur le lac Léman; une allée, plantée de beaux
arbres, conduisait à un temple de la Nature
qu'ornait une statue de Jean-Jacques. C'était
l'époque où l'on rendait un culte à la nature
et à son philosophe. C'était aussi l'époque où
l'on découvrai l la beauté des montagnes ;
M. de Saussure, qui assiégeait le mont Blanc,
mettait Chamonix à la mode. Rosalie n'avait
pas à suivre la mode : elle savait dès longtemps apprêcier les beautés diverses de son
pays. « Après avoir gravi les Alpes, écritelle, que le repos est délicieux sur ces pelouses
d'un gazon velouté, en cueillant les fleurs
qui les décorent! C'est ainsi qu'un herbier
devient un mémorial de toute la vie. Chaque
plante porte avec elle le souvenir du lieu où
on l'a cueillie, de la personne qui l'a donnée.
On aime surtout à penser que toutes sont
nées en ce pays fortuné où les beautés et les
richesses de la nature nous rappellent que l'or
n'est pas le premier des biens. , Peintre
comme elle était musicienne, elle consacra
longtemps ses loisirs à son fameux herbie,·
qu'on peut voir encore aujourd'hui au musée
cantonal de Lausanne, et qui se compose de
douze cents aquarelles reproduisant Ja flore
variée des Alpes.
De bonne heure, Rosalie de Constant prit
l'habitude de noter sur des cahiers verts les
petits événements de sa vie. li y a de tout
dans ces cahiers. En voici un qui débute par
une adresse d'apothicaire : « Le Roi de la

HIST ORIA

Fesc. 38.
Cliché Giraudon.

PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
FILLE de LOUIS-PHILIPPE Ier, ROI des FRANÇAIS , et FEM.ME de LÉOPOLD Jcr, ROI des BELGES.
Tableau de J. - D.

'OURT . ( Muée Condé, Cl1antilly. )

�~OSALŒ DE CONSTANT _ _ ,..

midi, il v avait un cercle très brillant, de
jolie lem.me recherchées dan leur parure,
dans leur maintien, leurs regards el même
leurs parole . La plus belle avait cette lraoC(Uillîté d'e prit, celle ai ance et celle brilDonne il d"aulre§ ces Deur; si fraid1l'ment cueillies.
lante
gaieté qui annoncent qu'on e t content
Je ,·eux celh.-;, Phili~. que tes doigts ont flétries.
de soi el des autres. Cette belle rérrnail en
paix lorsque tout à coup la porte s'oune, on
Après de adage copié dao quelque
annonce une autre femme reconauteur du temp., et assez heunue pour montrer partout où elle
reusement choisis (ex. : li n'y a
,·a une de plus jolie figure , un
point de gen plu vide que Cl'UX
des plu charmants vi age , la
c1ui sont pleins d'eux-même. ). il
mentionne l'arri ·ée des émigré à
tournure la plus faite pour ètre
Lausanne : « La ré,·olution de
remarquée, et celte simplicité si
France occupe Lous les
pril ,
éduLanle qui dénote un cœur
e1.cite tous le ·enlimeots, toute
honnête, peut-être sensible. Celle
les craintes, toutes les e pérances
femme entre entourée d'une troupe
el divise la ociété, les Françai
de jeuue iteo llUÎ la proclamaient
émigré inondent Lau anne. » Plus
la plu· belle et qui parai saient
loin, à la date du U janvier 1790.
vouloir la ou tenir envers el contre
je lis celle note l)Ui fixe l'e prit
tous. La prt!mière, craignant de
M"er de émigré : 1 Lau. anne
,oir son lrùne renversé par cette
e. l très brillant. On dan. e, oo
nouvelle venue, et . achanl l,ien
joue la comédie, il y a partout de
que le premier coup d'œil décifugitifs. 1
derait de la ,·icloire, eul un moComme il arrive dan les fament d'inquiétude très vi1•c, qui
milles nombreuses, Mlle de Con.ne fut aperçu, je croi , que de
tant, sans quiller .on coin de terre
moi, parce que tou le yeux étaient
fomilial, .c lrou,·ait mêlée am.
portés ur l'autre. Mai , en haplu grands événemenls historibile général, elle ne f&gt;erdit pas la
ques et à la géoirraphie de la
tête cl elle se prépara au combat.
terre eoti\re. Elle uivait s FrèElle avait cerlain chai! orange
res par la pensée, cl son tœur voyaqui erl de manteau, de draperie
geait avec eux. Juste, l'ainé, ~eret plus ouvent à montrer à propo
,·ait en Hollande et ful tué dao la
le plu beau bras, la plu belle
• LES D~:LtCE . • ()E Vot .TAIRt:. - Gr.ivure Je QuaVIRDO , a·arrès s,cnT.
campa"ne de 179:i. Victor, J, plu
gorge qu'on peut avoir qu'à les
jeune, !ai.ait partie de la garde
cacher tout à fait. Elle comprit que
~ui · e qui fut mas~acrée le i O août t i92; par peu près en ce terme : « La per ·onne avec le bonheur avait ,•oulu qu'elle o'eùt montré
miracle, il échappa, et, dans une ltllrc qu'il « qui ~f. .\kao c ·t wnu en Angleterre prend ni l'un ni l'autre encore el que la ,·ue ubite
adre sa le lendemain à ses sœur , il raconte • la liberté de témoigner sa surprise qu'une de tant de charmes attirerait Lou le yeux,
dans e détails celle journée où l'ancien « dame aus,i bien élerée que l'e t . i\rcment fixés un peu trop longtemp ur . a rivale.
ré!!Ùne arronisa. li n'était pa hor d'affaire; « ~lrs Powel n'ait pas ju&lt;&gt;é convenable de la Elfoctivement, cela produi it un effet prodiréfugié chez des amis, les Achard, il fut « consulter sur lt&gt; plai. ir· de ~l. Akao. Quoi gieux. Je m'approchai de la ~ame avant
dénoncé : 011 perquisitionna dan la maison, « qu'il en soit, l"hl'ureu Chinoi era prêt à qu'elle fùl certaine de on triomphe et je lui
et Victor, dégui é en vall'l, "Uida el rclaira i. l'heure fixée. » Mr Powel m'emoia de
dis : « Que n'ai-je la pomme à o0rir! mon
lui-même ceu1 qui le cherchaient. Plus tard excu. e et ajouta qu'étant iodi ·po éc, elle « choix serait bientôt déterminé. ,, Je ne
il devint aide de camp de Wellington, et fut n'irait pas au bal. Je m'y rendis moi-même crois pa qu'elle ait jamai jeté un regard
nommé général en i815. Quant à Charles, il et drmandai à èlre présenté à Ir Powel, plus dou , plu tendre, plus expre sil de
était parti pour la Chine aGn de faire fortune; « dont l'indi po itiooo'avaitpas duré». Ain i reconnaissance et de sali faction, et je vous
de caractère aventureux, il devait tenter plu- l' heureu.r Chinois procura il à son maitre de assure qu'elle a diaulemenl joué de la pru.ieurs foi la chance anal d'arranrrer a vie belle relation .
nelle, mai le plai ir entrait dan· on cœur
à on gré. A son retour, il trouve !"Europe
Lié a,ec on cou.in Benjamin, Charles de el banni ·sait une crainte très "Vive qui l'avait
bouleversée. Quand il débarque en Angle- Con lanl vécut à Paris pendant le Directoire occupée un moment. Je l'engageai à remettre
terre, e que lions sont i ·au"renues qu'il el fréquenta la _ociété brillante et di olue
on beau schall orange. « Employer inutile'attire celle répon e : a On rnit que vou · qui y régnait alors. e lellre à sa œur « ment un moyen dont on ne doit user qu'en
arrivez de l'autre monde. 11 En e0et, entre
« dernière extrémité, c'est uo défaut de tacont un tableau très animé de ces mœur
on déparl et son rctou r, il y avait eu la Révo- lé"ères; I' àge et la tendres e de Rosalie en « tique •, lui dis-je. Elle me comprit, mais
lution. IL ramenait de Chine un Chinois, et ce fai aient une contideote indul""t:nle eL ùre. quelle l la femme qui ail user avec modéChinois, nommé Akao, faisait sen·ation. On Je soupçonne le jeune homme d'être tombé ration de la victoire? Elle . e leva ous un
s'attroupait sur son pa sage; on arrêtait la amoureux. de Mme Tallien. Il dine a,ec préte1te, et sa belle taille, .c bras nu , sa
diligence pour le voir. Les un le prenaieut Mme Tallien el Bonaparte, et ne dit pa · un grâce, cet ensemble de beauté que peu de
pour une femme, le aulres pour un amhas- mot de la .econde. ~lais ,·oici un frarrment de femmes possèdent à un point de perfection
adeur. Le snobi me sévi sait déjà. Charles lettre que je ne pui me tenir de citer, taol aussi grand fut remarqué, admiré, même
de Constant avait beau réclamer les senice
il nou offre d'a,.rémeot dans sa peinture de par .a rivale. La première de ces femmes e l
de son domestique; on s'arrachait Akao. Le
Mme Tallien, vou l'avei déjà reconnue;
la coquellerie el de la rivalité féminin
dames surtout l'accaparaient; il en vint une
a - 2 no1•embre 1?!lG (le jour des l'autre est une dame Récamier, qui affecte la
qui l'enleva dan on carro e pour le faire lforts n'interrompait pa le plai'ir mon- simplicité d'une bourgeoi e par la même raidiner. A Londre , Akao fol recherché dans le dains : la mort était alor un accident si son que l'autre a adopté le costume grec. O
grand monde. On l'invitait pour l'e1hiber, et banal). - J'ai été hier soir à un beau Pri- femmes, que vous ête séduisantes et frivole·,

Fauciguière, rue , aint-Honoré, a un élhir
qui prévient et guérit tous les maux de dents. D
Il mêle ensuite des notes de boucherie à de
petits vers dan le goût de ceux-ci :

il e rentrait jamais qu'entre une et deux
heures du matin. « C'e:,.t gênant pour moi,
écrivait on maitre ingénument. Il n'e t pas
,·enu dan l'idée de ceux qui l'invitent de me
demander j cela me convient, ni de l'envojer
chercher et de le renvoyer. Ava nt-hier, je
trouve une invitation au nom de ~frs Powel
pour aller au bal de la Cité. Je répondis à

.,. 265 ...

�,

1flSTORJA - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -.4
que votre cœur est ambitieux! il n'y a point
de femme qui ne prîl un vice comme vêtement s'il pouvait lui donner un triomphe. i&gt;
Benjamin eût été ravi de cette page qui
retrace l'unique défaite de Mme Récamier, sa
future el cruelle amie, et se fût approprié
sans nul doute, s'il l'avait connue, la rélle1.ion finale, capable de le consoler un
instant de ses faiblesses. Charles de Constant
était le frère préféré de Rosalie. Après s'être
marié en Angleterre, il revint dans 1a suite
se fixer en Suisse, et même, ayant perdu sa
femme et marié ses filles, il appela sa sœur
auprès de lui. Le frère et la sœur vieillirent
de compagnie dans une petite propriété aux
portes de Genève, qu'on appelait Sous-Terre
et qui était au bas do la grande propriété de
Saint-Jean où ils avaient passé leur enfance.
Là Chateaubriand les vint voir.
L'amour fraternel remplit la vie de Rogalie. Des pbrases comme celle-ci, qui est
datée du 18 mars 1828, ne sont pas rares
dans son journal : a Je suis bien riche
aujourd'hui, j'ai des lettres de mes deux
frères. » Elle réserva toute sa tendresse aux.
affections de famille, et n'en connut jamais
d'autre. Ces affections furent sa joie, mais,
à la façon des amoureux, elle en tira aussi
toutes les tristesses. Sa sœur Lisette, avec
qui elle 'Vécut pendant leur jeunesse en
grande intimité, s'engagea dans une secte
religieuse dite des Ames intérieures. Celle
secte, qui se rattachait au quiétisme de
Mme Guyon, avalt pour base l'union intime
des âmell, avec Dieu, et l'union des « àmes
pures » eolre elles. Dès lors, Liselle, indifférente aux choses de la terre, mena une existence toute mystique qui la rendait parfaitement heureuse. En vain Rosalie s'efforçait de
la retenir dans la vie pratique : le lien de
sympathie qui unis ait les deux sœurs était
brisé, il ne subsistait entre elles que ce lien
de la Camille qui dure malgré les séparations
et les désastres, et qu'aucune force humaine
ne peut rompre entièrement. Rosalie continua de voir et d'aimer l'illuminée, mais
celle-ci ne prêtait plus d'allention aux événements du monde. &lt;1 Nous allâmes mardi
chez Liselle par un jour charmant, note
le journal en aoùt i814. Son calme fait du
bien. Elle tient table ouverte aux rougesgorgel&gt; dans son bosquet : elle les appelle, ils
viennent boire, manger, s'ébattre, comme
s'ils étaient chez eux, c'est vraiment drôle à
voir, cela lui fait un plaisir bien d'accord
avec le reste de sa vie,. &gt;&gt;
Rosalie de Constant termina, le 27 novembre 1854, à l'âge de soixante-seize ans,
une vie qu'elle consacra à aimer el aider sa
famille.
Elle prit sein plaisir où elle put, à son
foyer, à quelques foyers amis, dans la
peinture, la lecture et la musique, dans le
goùL de la campagne. Elle s'ennuya quand il
le fallut, et trouva autour d'elle de quoi occuper son activité et son dévooemrnt. N'est-ce
pas là un type charmant de vieille fille?

Ill
Un roman d'amour.

J'ai dit que Rosalie de Constant refusa de
se marier el ne connut que les affections de
famille. on cerveau était raisonnable et bien
équilibré. Sa taille déformée guidait sa sagesse. Elle ne voulut pas, au déclin de sa
jeunesse, associer sa vie au sort de personnes considérables, mais âgées. M. de Montyon et le général de Montesquiou demandèrent sa main; elle ne se décida ni pour un
prix de vertu, ni pour un conquérant. « Tu
es trop bien élerée pour aimer jamais », lui
disait son père, qui avait sans doute reçu une
éducation déplorable. Son journal témoigne
constamment d'un rare boa sens; c'est ce
bon sens qui lui représentait les choses dans
leur exacte vérité, el la faisait souvenir à
propos qu'il faut au bonheur quelques illusions et de la jeunesse. Elle n'était pas exaltée; pourtant c'était un cœur chaud et -raillant qui battait dans sa poitrine, et la forte
tendresse dont elle entoura son père el ses
frères suffit à donner à sa vie cette plénitude
que nous n'accordons volontiers qu'à l'amour.
Elle ne regretta jamais les décisions qui
protégèrent sa solitude; je relève mème
l'éloge de celte solitude dans une page de
son journal où elle raconte une après-midi
passée aYec une amie : « Nous nous sommes
étabLies au coin du feu, nous avons bien
goùté, nous avons chanté, vu des dessins,
je lui ai lu des choses qu'elle ne connaissait pas el qui lui ont fait plaisir. Ah l le
célibat est un état très doux. Les enfants
sont un objet d'intérêt trop vif pour n'être
pas tourmentant. Si, comme cela peut se
rencontrer, le mari n'est ni aimable ni délicat, s'il ne peut inspirer ce d!.'gré d'estime
qu'on a besoin d'accorder à l'homme auquel
on a confié son sort, oh I que la chaîne est
pesante! Que les vingt-quatre heures sont
longues! Vive la légèreté du célibat I Point de
responsabilité; peu d'intérêt, il est vrai,
mais on ,,oil la vie s'avancer, son terme s'approcher sans regrets. On jouit de ce qui se
présente d'agréable sans être retenu d'un
autre côté par des sentiments trop vifs. Les
peines qui n'atteignent que soi sont toujours
légères. Oh! oui, c'est un grand bonheur que
de n'ètre pas la femme de J ... I » Je ne sais
qui était ce J ... , mais un éloge philosophique da célibat, dans la bouche d'une
femme, devait se terminer par une personnalité, car elles tirent de la philosophie une
utilité immédiate. Dans cette page, d'ailleurs,
Rosalie restreint à plaisir la beau té de sa vie,
qui fut d'être mêlée à celle, plus agitée, de
ses frères, de souffrir et de connaitre la joie
par leurs joies et leurs soull'rances, et de
prendre uu intérêt très vif, non seulement
aux choses de sa famille, mais à toutes celles
de son pays, sans compter les agréments de
la nature et de l'art.
-n y eut cependant un roman dans sa vie,
un roman comique el mélancolique à la fois,
comme il convient à l'amour. Un auteur dra... 266 ...

malique donnait de l'amour cette définition :
(( De grands mots a,•ant l de petits mots pendant! de gros mots après! &gt;&gt; Et sans doute
gms mots est excessif. La passion qui n'est
pas raisonnable ne supprime qu'un temps
notre rai,on, et quand celle-ci arri\'e enfin,
fort en retard et essouftlée d'avoir couru,
elle constate sans déplaisir qu'en son absence
on a accumulé les erreurs et les ridicules. La
raison de Rosalie n'arriva guère en retard;
aussi n'eut-elle à constater qu'un peu de ridicule, et son partenaire en supportait plus
qu'elle. Ce partenaire ne manquait pas de
lustre : il n'était autre que Bernardin de
Saint-Pierre, le célèbre auteur de Paul et
Virginie et des Études de la nature. Un
homme de lettres apparaît rarement dans la
Yie d'une femme pour son bonheur. EUP.même a raconté cette aventure dans son
journal, en la mettant sur le dos de deux
ètres fictifs et transparents qu'elle a appelés
Valérie et Théodore; avec les lettres del' écrivain qu'on a retrouvées, il est facile de rétablir la vérité. Un jour donc que Valérie, que
nosalie s'ennuyait, elle écrivit à Théodore, à
Bernardin. C'était déjà la coutume de confier
ses ennuis à des gens de lettres. Ils utilisent
ces secrets; c'est da document humain. «Valérie, nous dit Je journal qui analyse très
finement les motifs de cette correspondance,
Valérie avait passé sa première jeunesse sans
avoir connu le bonheur; il ne s'était montré
à elle qu~ comme un éclair passager et trompeur, toujours suivi de la nuitla plus sombre.
Après avoir beaucoup souffert et beaucoup
rélléchi, le calme revint dans son âme. Elle
avait une vraie curiosité de connaître et de
sentir, et lorsqu'un livre offrait à son cœur
les consolations dont il avait besoin, un sen Liment de reconnaissance l'atLachait à l'auteur.
Un ouvrage surtout réunit à ses Jeux lt's
agréments et les beautés qu'elle avait trouvés
épars ailleurs. L'auteur élait \ivant, il ~e
disait malheureux et n'ayant pu réaliser les
projets qu'il avait formés. Valérie trouvait
une sorte de rapport entre elle el lui, la
reconnaissance qu'il lui inspirait lui donnait
Je désir de le voir plus heureu:x. - Un jour
qu'elle était seule et que, pour se distraire dt!
mille chagrins, elle avait relu un dt!s ouvrages
de cet auleur, son imagination s'exalta, l'envie de communiquer avec lui devint si vive
qu'elle y céda. Elle écrivit, mais sans se
nommer. Ce n'est pas de sang-froid qu'on
écrit une pareilltl lettre; les idées et les
expressions ne Jui manquèrent pas; elles
eurent toute la chaleur du sentiment qui
l'animait. Bientôt après, ne croyant pas que
sa lettre panint ou qu'elle pût produire
quelque effet, elle l'oublia .... » Tristesse de
la jeunesse finissante, curiosité de connaître
enfin l'amour, exaltation liLtéraire, pitié d'un
auteur qui se dit malheureux, en vérité
Rosalie ne manque pas d'excuses et les détaille avec une psychologie minutieuse. Mais
est-elle bien sûre d'avoir oublié sa lettre
après l'avoir écrite? N'est-ce pas là encore un
trait féminin?
Celle lettre était partie le 2 mars i791.

•

_____________________________

Elle décrirait la Suisse et la campagne de la
ChabLière, et n'était pas signée. A la fin de
septembre, Rosalie en reçut des nouvelles.
L'excellent Bernardin s'était évertué à découvrir sa correspondante, avait même fait insérer une réponse anonyme dans le Journal de
Lausanne, et croyait enfin avoir trouvé sa
mystérieuse amie en la personne d'une dame
Williams. Cell~I transmit la réponse de
l'écrivain à Mlle de Constant· on ne sait com. à
ment elle avait appris que la' lettre revenait
cette dernière. Rosalie fut vexée de voir une
tierce personne mêlée à sea alfaires intimes;
une nouvelle lettre au grand homme se ressentit de sa méchante humeur. Mais le g:rand
homme, qui avait passé la cinquantaine et
qui, tout en excilant la sensibilité de ses
contemporains, cherchait à s'établir solidement, ne se laissa pas arrêter en si beau
chemin de conquête. « Aimable Ro alie,
répliqua+il dans le langage du temps, nos
àmes se sont louchées. Ne vous reprochez
point volre lettre ni mes tentatives. La 1mblicité de mes oul)mges m·a alifré at1 moins
quatre mille lettres, la pluJJart de per·sonnes inconnues pat'mi lesquelles il y a
un gra,td nombre de femmes et même de
demoi.selles. Aucune ne m'a causé une émotion aus i touchante que la vôtre.... o Il
tient à ce chiffre prestigieux de quatre mille;
il y revient dans ses lettres postérieures, et
en tire mème un parallèle avantagelll'. avec
Jean-Jacques, qui avait une malle pleine de
ces correspondances et la trainait partout
après lui. Notre homme de lettres accompagne sa vanité d'un peu de roublardise :
« Des demoiselles, continue-t-il, m'ont écrit
et m'ont offert leurs personnes et leurs fortunes en feignant d'avoir pour moi une
passion e:1.trême, mais elles m'ont caché
la vérité sous tons les rapports. :i Aussi ne
veut-il plus être du!)'!, el, avec une ingéniosité qui désarme, il exige de Rosalie que,
« de ce pinceau qui sait si bien rendre les
paysages de la Suis e », elle lui fasse son
portrait a de la tête aux pieds l&gt;, en y
joignant Je caractère de on cœur et l'état de
sa forlzme. Quand le journal de Rosalie, oh
ces lettres soot recopiées, ne servirait qu'à
nous montrer les pratiques sentimentales de
l'auteur de Paul et Virginie, el à mettre à
nu le cœur d'un littérateur qui fit profession
de sensibilité, il mériterait d'être lu, médité
el retenu. Beroardin cherche un cœur où
reposer son cœur; mais la chaumière ne loi
surfit pas, ni l'amour : il lui faut s'informPr
de la bourse.
lnvitée à se peindre, Rosalie confesse qu'elle
n'est point jolie, ce qui lui vaut de notre
quinquagénaire un peu refroidi cette nouvelle réponse : , Pour moi, je l'aroue, il
m'est impos~ible d'aimer un être idéal. Vous
me faites entendre que vous n'êtes pas jolie,
mais vons pouvez me dire si vous ètes grande
ou petite, blonde ou brune, grasse ou maigre,
jeune ou âgée. Si vous me regardez comme
votre ami, celle peinture ne vous coûtera
rien; je ne vous dtUDande que votre buste.
Pas une de ces dames et demoiselles incon-

nues qui m'ont écrit ne m'a refusé le sien; il

i en a même qui se sont peintes de la tête
aux pieds, mais avec des draperies. C'est en
cela qu'elles m'ont trompé .... &gt;&gt; li n'y a
qu'un romancier idéaliste pour montrer tant
d'erigences. Et il termine sa lettre en e.mbrassanl Rosalie.
Celle-ci acheva son portrait qu'elle n'arait
qu'ébauché. Elle s'aroua paU\•re et bossue.
Aussi Bernardin cessa-L-il de faire des frais;
il quitta la poésie el se mit à l'aise. «J'ai eu,
écrit-il dans la lettre suivante, j'ai eu des
coliques auxquelles je ne suis pas sujet. Ce
qu'il y a de pis, c'est qu'il se joint à tous
mes maux le mal des nerfs qui les empire el
les surpasae. • Et le voilà parti sur ses maladies.
Jusqu'à présent la fiction imaginée par
Mlle de Constant et les lettres de Bernardin
de Saint-Pierre que nous connaissons coïncident exactement. Au point où nous en
sommes, le roman el la réalité se séparent.
[ncontestablement le roman surpasse la réali té. Valérie part pour Paris où elle doit rencontrer Théodore. Comme elle monte dans la
diligence, elle reçoit une lettre qui cherche
à la retenir : cc Ne venez point, ce serait Lrop
hasarder sans être sùr de s'aimer et de se
plaire .... » Elle part quand même, et marche
bravement à la désillusion el au désespoir
Comme une bête blessée gui se traine jusqu'au gite, elle regagne en bâte le pays natal
où elle meurt, ayant à ses pieds Théodore
qui. pousse des cris. C'est là une concession
maladroite au goût du jour. Heureusement,
il y a un mol de la fin qui nous fait oublier
cette pompe tragique, et le voici : « La douleur de 1'béodore intéressa, on s'empressa de
le consoler; on assure que ce ne fut pas difficile. 11 ne remporta à Paris que le souvenir
de ses succès el la certitude de son mérite. »
Une phrase suffit pour exécuter Bernardin.
Mlle de Constant sait lancer un trait droit au
but. Elle en lance même un second dans Je
même cahie1· vert, une page plus loin, après
une recette de gâteau anglais : « Ne cherchez
jamais à voir de près l'auteur dont l'ouvrage
vous enchante. Songez que c'est la meiJleure
partie de lui-même que vous connaissez .... »
Mais pourquoi réserve-+elle sa clair\'Oyance pour ses fictions? Elle juge l'homme
de lettres avec ~a ferme raison, et néanmoins
elle e laisse prendre à ses vulgaires flatteries
et continue de lui écrire. Bien plus, elle lui
brode un portefeuille : un bouquet de roses
au milieu des épines_. Pendant ce temps, Bernardin, qui ne se soucie point d'une vieille
fille pauvre et bossue, cherche de droite et
de gauche l'héritière à qui donner son cœur
sr.nsible. li trouve enfin, et c'est la fille de
son éditeur, Mlle Félicité Didot. Elle avait
vingt ans, lui cinquante-cinq. Mme Arvède
Barine nous a appris que, pendant le cours
de cette union qui dura sept ans, Mme Bernardin de Saint-Pierre ne fut que la première servante de son mari. Après la mort de
celle-ci, l'écri,·ain, dont les goûts rajeunissaient arec les années, se remaria avec une
pensionnaire, Mlle Désirée de PeUepore. Ro-

J{OSJll.lE DE CONST.JfNT - - ,

,alie l'avait échappée belle. Elle ne se douta
pas immédiatement de son bonheur, et même
l'abandon de l'infidèle lui inspira des réflexions
mélancoliques qu'elle confia à son cahier :
« Des lettres que j'avais reçues m'avaient
donné l'espoir d'un bonheur qui aur.1it rempli toutes mes espérances et dont l'agréable
chimère a quelque temps consolé et embelli
ma 'Vie. » L'histoire de Valérie et Théodore
qu'elle nous conta nous atteste qu'elle comprit mieux plus tard la faveur que lui accorda
le destin. &lt;t ~e cherchez jamais à voir de près
l'auteur dont l'ouvrage vous enchante; songez
que c'est la meilleure partie de lui-même que
vous connaissez » : c'est la moralité de celte
petite aventure.

IV
Le cousin de Rosalie.
.Mme de Staël prétendait que, vour faire
en Suisse une société airréable, il aurait fallu
réunir les hommes de Genève et les femmes
de Lausanne. A Genève comme à Lausanne,
la société était extrêmement cultivée. On y
avait le goûl des choses de l'esprit, sans
avoir précisément celui de l'art. Et chacun se
découvrait un talent d'écrivain, comme celle
Mme de Saussure qui avait commis un roman,
sans doute pour ne pas se singulariser, et en
demandait pardon comme d'une sottise :
« Je n'y comprends rien, disait-elle, on devient bel esprit sans scrupule, dans ce pays. &gt;&gt;
Dans les assemblées, personne ne pouvait se
vanter d'avoir les poches ,ides de manuscrits.
Le père de Rosalie, M. amuel de Constant,
donnait l'exemple. Il publiait roman sur roman, le Mari sentimental, Camilleou Lettres
de deux filles de ce siècle, Laure. Ce sont
productions qui défient aujourd'hui toute
lecture. Laure, la dernière, ne compte pas
moins de sept volumes : c'est un livre à
thèse, destiné à meure en garde contre les
dangers de l'agiotage. Tandis qu'il l'écrivait,
M. de Constant, probablement pour se documenter, spéculait sans vergognr. Entre deux
chapitres, il faisait de la tapisserie. Sophie
Laroche, l'amie de Gœthe et de Wieland, qui
visita la Suisse en 1792, le remarqua dans
cette occupation : « Une chose qui m'a frappée, écrit-elle dans la relation de snn voyage,
c'est de voir dans sa chambre d'étude un
beau métier à tapisserie. Il s'occupe à broder
les jours de pluie, et quand il est fatigué
d'écrire. ll On m'assure que l'habitude n'en
est pas perdue chez les hommes de l'heureux
canton de Yaud.
Avec ses amies, Mmes de Collens, de Charrière, de Montolieu, Rosalie de Constant faisait l'ornement des assemblées de Lausanne.
On y composait des comédies et des vers de
circonstance. Les émîgrés y apportaient les
gr~ces françaises et l'esprit qui sied aux badinages de salon. Un journaliste, que ces
passe-temps littéraires agaçaient, tournait en
ridicule une manie aussi innocente : (( Jamais, écrivait-il, jamais noire littérature n'a
été si stérile qu'à présent. ll ne sort rien de

�111ST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

,

_________________________________
'R,_OSALTE DE CONSTANT - . _

no pre. es que d'e lrêmemenl médiocre. Ce
mol esl même bien adouci, mai il faul ~tre
bonnète. Cependant, le roman de Caroline
cl l'e.,p«e de répulalion quïl a procurée à
on auteur (lime de ~Jontolieu) a eau é une
telle fermentation parmi nos tète, femelles
qu'ellci; barbouillent une inl'ropLle quantité
de papier. lais, Dieu merci! no papëll'ries
sont en i bon étal et nos oi si bien portantes qu'elles n'ont pa · encore amené la di. elle. de ce:. Jeux article . EUc.s p:1- ent leur·
journées à composer de romans; leur toilelles ne ont pin· couverte de chiffon. ,
mais de feuille éparses, et i l'on déroule
une papillote. on rst ùr d') trounr d .
fral!ments de lettre. amounuse , de de criptions rom:111tiquC's. » Mai. les has,es plai~anteries d'un Loui · 8ridel ne pancnaienl
poiut à loucher ces àm dél!ca.te , ni, à u ·pendre le mom·cmcnl de cc· JOiie · marns forcenée •.
Ce: a:sembléeg .~i aima Lies, . i correctes cl
. i adonnées à la littérature étaient sou,cnl
troui,lres par la présence de Mme de , laël cl
de Uenjan1in Constant. llo,alie d Con tant
uhit Ioule le, pha e. de l'orag,u,e liai..on
de son cou:in, el comme le:; hi. loriens de
ces querelll!s amoureu. es invoquent .. on lémoi:rnage, l·Dcore faut-il connaitre ce Lémoigna"e cl en e limer la valeur. 11 C$t partial,
et Ro alie ne s'en cache pas : 11 lJ'abord.
écriL-dl1: en f ·ou, on doit toujour se ~oulcnir en famille. • Aillcur!-, elle avoue aimer
[l njamin à la fa~'.OD d'une .œur : a llepui
son enfance•. j'ai pris intérêt a lui.... Ma
grand mèrl', qui nous aimait lou- deux plus
que Je - autre~, m'a r?Commandé l·enl fo!s de
l'aimer comme une œur ainée; ma con~c1rnce
me dit que je n'aurais pas pu pen~cr et dire
autrement que je ne l'ai fait. 11 ( 1 07 .) Cependant, si clic le juge avec indulgence, elle
ne s'illu ionne pa~ trop ur es défaut tout
en e pérant loujour qu'il 'en corrigera :
c Je . en. , écrit-clic eu 1 09, qu'il . erail di!'..
ficile de faire une apolo ie d'une \Ïe si agitée,
si remplie d'é\énements politiques et amoureux, mais, avec des pa:-ion l'ive., des circon-taoœ contraire rt un ~u de l'aible,dan~ le caractl-re, on peul être jeté duo. de
routes bien dir.ërcotes de celles que le cœur
et l'esprit auraient rboi ie ••hec un esprit
supérieur cl de hon priocipr , on rC\Îrnt à
la place qu'on aurait dO toujours occuper.
C'tsl ce qu'on peut e~pércr de Benjamin.
• on âge mûr el .a \ ieille~se répareront les
agitation de sa jeunes1-e, el a réputation
d'homme verlueux el d'éeri,·ain di lingué e
con olidera. D lléla ! Benjamin ne répara
jamais rien, dé..,ira con tarument arranger ~
vie et n'y paninl jamai , et fut jusqu'à son
dernier jour l'e~clave d'un be oin maladif de
·en:ation . li aYait de bom principes cl un
esprit s11périem·; mai son à rue trouble et
,ioleatc, confondant la passion et l'énergfo,
aimait également à rebondir du sol au plafond, el du plafond au sol. C · ursauls le
hri .. aient, et il s'imaginait qu'ils étai1:11l Je
témoignage d'une vie inltn.e,
Le journal de Uo alie de Constant nous

montre un Benjamin ondoyant el dher;:,
tantôt gentil el séduisant, gai et spirituel,
faisant la joie de :son entournne el ·e po aat

Cll&lt;he SeardeJa rrtru
litR:\ARDIN DE

AINT-f&gt;IERRE.

en enfant gàlé qui obtient tout cc qu'il mut,
tantôt éner,·é cl a ilé, livré h des db-ir· contradictoire • avide d'indépt:nd .. ncc et . e for"C3nl lui-m~me de chaine·. a on caracti\re,
écrit-rlle, e~t celui d'un enfant malin toujours guidé par le moment et ur lequel on
ne peul jamais compter. » Pour Mme de
taël, Ro alie commence par l'admiratiou.
En 17!15, alor, 4ue Benjamin n'était pas encore wou .e bn\lcr, comme un papillon, à
c-e phare, elle écrit à Mme dr. Charrière du
Colombier, et celle. lettre ne manque pa de
piquant. i 1'1m,e,ouvirntr1u~~lnwd ,Charrière,
l'auh:ur de Calli.ste, fut l11:e, elle aus,i, nwc
Bt'njamin : a C' • t (Yme de laël) une femme
Lien étonnante. Le .entimcnt qu'elle fait
naitre est ah.olumenl différent de celui que
toute autre femme peul inspirer. Ces mol
douceur, grâce, modestie, emie de plaire,
mainliPn, usa e du monde, ne pt&gt;uvent être
emplo)·és en parlant d'elle, mais on esl entrainé, uLjugué par la force de .on génie, il
.uit une route nourclle. C'e t un feu qui
mu éclaire, vous éblouit quelquefoi , mai
qui ne peut vous lai ·er froid et tranquille.
on e·pril e t trop supérieur pour faire \aloir celui des autres el pour 11ue personne
pui.. e en a\·oir avec elle. Lor qu'elle e l en
quelque endroit, la plupart des gen~ d 'viennent spectateurs, elle e l eule ur la
sœne, ou, .i quelqu'un ose 'y placer un
moment, tout l'arantage du rai oonemenl et
de la di5pute esl de son côté, el l'admiration
qu'elle in pire fait qu'on lui pardonne sa .upériorité, !or mèm qu'on en est l'objet. On
e t étonné de trouver chez celte femme ingulière une orle de bonhomie el d'en[_ance
qui lui ôte toute apparence de pédanterie. •
Rosalie se lia Yer · celle époque awc Mme de
taiil, qui lui donnait de ver· à mettre en
mu ique et cherchait dan la ~ociété de Laua

0

:

anne et de Genève toutes les occa ions de sedi-lraire. Cnr la a trop céli!bre D, comme on
l'appeJail, ;'ennuyait eu :ui .. e, prélend_ait
qu'on ne ~irait qu'à Pari , dont ~e Preauer
Consul l'aYait exilée, et promen:ut sur les
ri e pre.que désertes du lac Léman on mépris de la nature et . on bc,oin insatiable
d'agir et de "Ouverner. A parler franc, e~le
a"açait la société pai ible qu'elle fn:quenla11,
el il n'e l pa malaisé de démêler rrt énenemeot dans le journal de Ro,alie. :ans doute
cellHi embras~a la cau . e de Benjamin, parce
qu'il était son rou. in el qu'il faut se.i;o11te,1fr
en famille, mai elle embra sa aussi la c-ause
de petites a~. M11blees de Lausanne où ~ersonne ne brillait plus quand celte lcrr1hle
fomme apparai ~ait. ouYenons-nou. de celle
jolie phralle : - . 011 esprit esl trop ·upirieur pour faire i-aloir cl'fw des autre~ 1•f
pour que pe.rs111we pui,~e t'll avoiravt•c ellr.
- C'e t un défaut que le monde ne pardonne
j!Utire.• ·•a-t-on pas dil de Mme Rér,amicr que
l'un de ses agréments était de savoirécouter?
~Jme de taël tombait dan les tran11uillC's
réunions laudoi es comm1! un aérolithe dans
un champ de hlé mûr : la pierre enflammée
a Leau venir du ciel, elle fait du Mgàl. "e:-lce pas l'impr -~ion qu'on éproU\e à lire ce
p:uage du journal de no~alie, daté du 27 novembre 17116 : 11 Dimanche ma tante eut ,on
diner de ,ociété el de voi~inage. li aurait été
joli et gai, mais ne voilà-t-il pa l'amb? sadrice qui tombe tout au travers et qui engloutit tout, 11uoiqu'clle e soit modérée tl
ail fait ce qu'elle pourait pour plaire. Lorsqu'elle e t que !que part, . c'est une ar~oe,
maL ce n'est plu une .oc1été. » li est d1~cile de faire en moins de mot un plu. ,1r
tableau du déran"cnt ·nl 11ue Mme de • taël
occa ionnail chaque foi 11u'elle . e déplaçall
El elle e déplaçait con tamment. Elle fondait à l'improüslc, a\·cc toute sa ba.-. e;:our,
chez cc honn protineiale qui 9oûlaie11t à
la mode ui se et de\'isnient en douceur :
même quand clic se modérait, elle eoglouthail tout. Elle ne pon\11it Lou jours ~e modérer.
Amd Id journal de Rosa.lie devient-il_ do!
plu en plus acide à son UJeL • li e. L 1mpo. sible, déclare-t-elle, de vhre l~an.quiUement avec cc. per ·onnes exlraordmaire •,
et plu,s loin : « Ce sont de.s per,onnes 9uïl
faut voir de loin, surtout s1 1on veul a1m •r
leur lines. » En revanche, elle ne delint
jamai. inju. te pour le ouvrages de Mme de
'laèl. Tandis que la plupart de femme,
tran portent leur humeur dao leurs ju"cments, elle e garde de toute rancune au
cour de ses lcctur . Elle déteste la femme,
quand elle porte sur !'écrivain une app~éciation qui peul encore être la nôtre au}ou~d'hui : a Je li , écrit-elle en i 807, Je lis
Corinne ou l'Italie du Mme de taël, il est
impo sible de lire ce qu'écrit cette femm
sans en avoir l'esprit trè occupé. Elle nou
fait, on peut le dire, re pirer l'l~lie .. Les héro sont ce qui intéresse le mou1., _I hom.me
est trop passif el la femme trop acllve; .c e:.t
toujours elle qu'on rtlr~uv,e dan_ ~or1~e,
et on ,·oil que œtu qui I ont a1mec n onl

jamai été au. ,i pa, ion né~ qu ïl le lui au rail
fallu. La nature e,l ce qu'elle peint le
moins.... n Il r.st vrai qu'elle ajoute plus
loin : • Elle jouit à Coppet de la gloire el de
l'encen. qui lui arri,ent de tou, les pa1s,
cela la dé ennuie pour le moment. D Mai
dr,s expre~ ion comme celle-.:i : Elle nou.~
ja,t re,pfrer l'Jtalie, eussenl fait t•mie à
ainle-Beu\'e.
Ilo alie de Constant aYait l'e. prit a ez ou,erl pour comprendre la passion el mème
pour c1cu~cr le folie qu'elle in~pir , mai
a rai. on était trop droite pour comprendre
les complications irmtiles et lc'I compromi .ion calculée.• Ju,qu'à la mo,t romanesque
de 11. de ..,taél, elle ~oulTril 3\'ec indulgence
la liai on de ~oo cousin el de . Imc de daël.
Le mari n'1:tait-il pas l'obstacle à ln situation
régulière des deux amants? .lais, 1. dt: . ta,·1
dLparu, voici que les deui amanb rcfu.ent
de e marier. L'excellente Rosalie ne ('omprend plu : décidément l'amour esl d'une
psychologie trop emhrouillée pour elle, et . a
correspondance pond~rt'·e a\'ec Bernardin de
, aint-Pierr ne l'a pas préparée à de telle.subtililét-. Ils ,ont libres : qu'ils s'épousent
donc, et qu'il lai-. ent le re te du monde
tranquille. ~fme de 'taël invoque e. de\·oirs
cnnw on père. M. ~ecker meurt en 1804:
• La trop et:lèl,re c t à Coppet dan une ,·éritable afüiction. ne cherrhanl point à la montrer, ce qui e t marque d'un bon changement en elle. » lais le mariage n'avance
pa : 1 fi me parai ..sait i naturel, continue
l'excellente Rosalie, 11uc la œl~Lre dame
épou àt Denjamio lor qu'elle de1·int libre,
que je ne mis pas la cho,e en doute. U parait &lt;1u'ils en eurent tou deux une telle peur
qu'ils ~e mirent en règle là-dti.. su, .... » li
ne pou\·aîent ni ,i,re ensemble, ni . e quiller
tout à fait. Alors commence la période la
plu orageu e de leur liai.on. llo. alie en .subit le contre-coup, el conçut pour la retraite
et la vie pai ilile un amour immodéré. • Il
.;erait bien difficile. écriL-elJe à son frère
Charle le 7 ao,it 1 07, de dormir el d'être
tranquille q11and on a )fme de 'taël tout près
de soi, qu'elle rou· fait une .. cène le matin et
r1u'elle You amuse le soir.... [I y a déjà
as ez longtemp que le pauvre Benjamin est
tr~ malheureux dan .• c_ liens. li m'a confié
es peines, son dé,.oùt pour sa ·ituation et le
a

0

rôle quïl joue, ~on b, oin de tranquillité et
d'une ,ie réglée. Tu comprl!nds que l•volanl
à la Cois malheureu1, mal jugé et menant
une vie que on :1ge et . a . anté rendent tou
les jour plus fàcheuse, je lui ai dit ce que la
rai:on, l'honnêteté et la ,raie amitié m'ont
dicté. Il m'a- encouragée en me di. ant •rue je
lui fai~ai~ du Lien, ')Ue je fortifiais . on àme,
et que, 'il sortait de on étal malb mreux, il
me le dcnait Il m'a bisst'. entm·oir en
même temps que depui Iongtemp il o·e. limait plus nssez la dame d'aucune manière
pour l'épou. er a,·ec plai. ir, lor mt1me qu 'tille
le voudrait bien. - Comm1•nl, dira -lu, awc
celle raçon de pemer, ne sait-il pa ., e relirer
d'e,cla\·anü, se remeure à la place d'ami avec
Lous les Lons proréd. pos-ible.? c·e~l là ce
qu'il voudrait faire, mais, pour en comprl'ndre la difficulté, il faut connailre le c:1raclère passionné, la Yiolenœ extrême, le
de~polisme et l'égoï me de cette femme. Elle
croit que .. on esprit lui donne l • droil de
régner sur le monde entier, elle ,·eut dt&gt;.
c da, s, et surtout Benjamin dont l'e prit
lui coll\font plu qu'aucun autre. Elle déclare r1u'elle le pour uina ju.qu'au Lout du
monde, el que, ·ïl lui échappe, die !&gt;C
tuera .... Elle lui a fait d · scène.. affreuse .
Enfin il e t parvenu à arriver chez lime de
1 ·a san, où il s'est fortifié dan, la résolution
de sortir de cet indigne clan1ge. Je n'ai pu
que le con olcr et l'ahorter à la fermeté cl
à la douceur, mai bienldt eUe est arrhée,
ellè a loué pour un moi la grandi! maison
Monta ni. Elle a amené aY ·c elle \lme llécamier, pour faire plus d'effet et de bruit,
M. de SaLran, amant dttdai,.né, Yaincu, attaché à son char après qu'elle aye tout fait
p&lt;1ur le conquérir .... Comme elle m'a fait
dire qu'elle viendrait me \·oir et que je .ortais, j'allai lui faire \'Ï itc hier malin. Cela
commença a.. cz doucement. Lor 'que nou
fùme cule , elle me prit violcmnient par le
bras, fil briller Je' éclair· de se yeux, me
dit que je fak1i on malheur, qu'elle voulait t'en écrire et te prendre pour juge. Il me
erait Lien diflicile de lt' rendre cette longue
et pénible comer ation, il me emble que
j'eu plu de bon .. eu, c1u'elle, Je lui parlai
avec la plu· scande frand1Le. Elle me dit
que, plutôt que de perdre Benjamin, elle
l'épou~erait quand je ,·oudrai:. ... Elle ,inl
0

ici le .oir, il y avait du monde. Lor &lt;1u'elle
esl quelque part, quoiqu'on aye !,ien cmie
de l'entendre el de jouir de . on e~prit, t&gt;lle
impose tellement 11ue c'!' t à qui e rl..oculera
el e taira. Je me lh-rai un peu pour amu,er
la ~ociété, Benjamin s'y joi~nit, elle fut gaie.
Lrillanle, amu ante. Elle doit revenir cè soir,
je compte pourtant me retirer el me ener
un peu de cette . odété. •
J'ai cité cette lettre presque en entier,
parce qu'elle nuu · montre Benjamin 1àche et
lrt•mhlant de\'ant Mme de . l;1ël, et qu'elle
e. plique la cène UÎ\'anle qui est trop connue pour ~tre racontée à nouleau dans es
détail:-. La pauvre Ro~alic, que . on cousin
pr1•nait pour confidente, déjrait en \·ain ·e
retirer de ce tempèlt' ·. Elle allait apprendre
à ses dépens qu'il e. t dangereux de mettre le
doigt entre l'arbre et l'écorer.. On conuail la
brillante repri!,entation d•Andro11wq11e 11u i
fut donnée alors chez Mme de 'taël: ·" me de
taël jouait Hermione; M. de ~'aLra11, Ores Lu;
Benjamin, PJrrhus; . lme llt!camicr, Andromaque; Jamais les fureurs d'Dermione ne
furent rendue· av1 c plus de naturel. Qu tique jour· plus tard Benjamin ·'enfuit de
Coppel el .e réfugia chez, a cou ine. ltrne de
Staël vint l'y chercher; elle a balayait l'escalier de es cheveux épar~ •. Rosalie tenta de
tenir tèle à l'ora e. Elle ful aet·ablée dei;
plu cruelles injures. Benjamin, &lt;[Ui e cachait, . e montra, el, aba11doooan1 sa confidente, il regagna CoppPl a,cc sa lerrible
amie. llo. alie pardonn:i son IO.cha9e à Benjamin, mai elle ne ,e mêla plu de e.c
affaire,. Crpcndanl, elle continua de le défendre, mt\me contre .a propre famille, outrée dt~ tant dé Caibles,c de caractère. C' e~l à
croire qu'elle eut pour lui un peu du entimenl maternel, et qu'il lui fournit l'ocrosion
d'épui cr cc r · erve d'indulgence et de
pitié qui font la gràce de femmes.
Ainsi, le témoignage de Ro alie de Con tant,
s'il , t plus fa\oraLle à Benjamin qu'à ~lme de
taël, ne prétend pa à l'impartialité. Mais
o'ayon --nou pas une secrète préférence pour
la Ra.salie qui n'est pas trè rai,onnal&gt;le,
pour celle des leur ~ à Bernardin de ai ntPierre, pour Ja conûdente . i malmenée
de Benjamin, tant nou redoutons dan une
Lio3raphie l'exœ de . age, e cl la perfection.
lh,;-.;Rv BOR0E,\

·x.

�COl'tlTESSE D'AR.:\1AILLÉ

....,

La journée du 20 juin 1792
L&lt; ·•o juin 179• rat&lt; un&lt; du gn.ndu chtu de la
R«volauon française. Cc jour-là, le JKUplc du faubouTg&gt;, voulant fètu l"annivcnafrc du sumcnt du Jeu
de paume, K porta, armé de piquu et de f.ml•, IUT
l 'Aucmblic ligltl1tlve, paur p,éKnt« aux d,putés une
pétition et plan1u dans le jardin du T111l«lu un arbre
de la liberté. Lu porRt de l'A&lt;scmblic furent ouverte&gt;
i, cdl&lt; foule, qul dtfila, une heure dura111 , dans la
salit du suncu, pul1, de lâ, ftlardi• 111r Je chituu,
qu·r.11e envahit afin de pénétrtr ju,qu'au roi et obtenir
de Ici la .anction du décret,, sa renonciation au droit
de veto et le rappel du nùru11ru patriotes.
Mme la Comtesse d 'Armalllé, dans un beau livre:
Jtfad.,m~ Éli,11~/6 ( Penin u C", éditeurs), a reproduit lu sou,cnin que la tœUT dt Loui• XVI avait
gardés u consignis dt. ctttt journée, plus bruyante que
violente, mai, qui devait ~trc tn qudquc sorte le prèludc
d"une autre journée - tembl&lt; ctllc-Ji celle du
10 août, C'ut donc à Mmt d'ArmaHlé ctue nous empruntons « _rccit d'un témoin.

22 juin. - 1 ... Le coup qu, nenl de
nous frapper est d'autant plus affreux qu'il
déchire le cœur cl ôte tout repo: d'e ·prit.
L'avenir parait un gouffre, d'où l'on ne peul
sorùr que par un miracle de la Providenc .
1 DcpuL lroi. jour~. on comptait sur un
grand mouvement dan Pari. ; mai. on cro1ait
avoir prb les précautions nécessaires pour
parer à tou. le dang'r . Mercredi matin, la
cour cl le jardin étai •nt pleins de troupes. A
midi. on appr nd que le faubourg Saint_\ntoine e. t en marche. li portait une ptHilion
à l'As emblée et n'annonçait pas le projet de
traw~er lt&gt;~ Tuileries. Quinze cents bommc..~
défilèrent devant l'A .:emblée; p u de gardrs
nationaux; quelques infalidrs. Le ref.le étuit
dei; . an. -culotte el d • fomme . 1'rois officier. municipaux ~inrenl demander au Roi
Je permetlre que la troupe dt&lt;filàl d~ns le
jardin, di:,anl que l'A emblée était gênée
par l'affluence el les pau1ges i encombrés
que les porte. pourraient èlre forcées. Le
l\oi leur dit dP 'entendre :l\'ec le commandant pour les faire défiler le Ion" de la t •rra se des Feuillants et sortir par la porte du
manè e. Peu de lemp. aprè~, les autres
portes du jardin fur1:nl ouverte!&gt;, malgré le!
ordre donné.. nientôl le jardin fut rempli.
I.e. piqnescommencèrentà dèûlerenordre sous
fa terra e de dennl le cb:ileau, où il , :n11il
trois rangs de garde nationaux; ilq so~1aicnl
par la porte du Pont-Ro~al, el aYaicnl l'air
de pa~ser sur le Carrou cl pour re 0 a~er le
faubourg .. aint-Antoine . •.\ troi h ure , il·
firent mine de vouloir enfoncer la porte de la
grande cour. D ·u1 officier municipaux l'ounirenl. La garde nationale, qui n'n,ait pas
pu p3rvenir à obtenir de ordres dep11i · le
matin, eut la douleur de le voir Lra,·er~cr
la cour sans pom-oir leur barrer le chemin.
Le département avait donné ordre de repom.er
la force par la force; mai· la municipalité
n'en a pa tenu compte.
0

a ."ous étions, dan

ce moment, à la fe-

nêtre du Roi. Le peu de per onnes qui étaienl
chrz ~on valet de chambre ,-inrcnt nous rejoindre. On ferme le port s; un moment
après, nou entendon co!!Tler. C'étaient
Aclocque el quelque· grenadiers rt volontair
qu'il amenait. li demanda an Roi de ~e montrer eul. Le Roi p3ssa dans . a première
antich:unbre. Là, li. J'llerTilly vint le joindre
avec encore trois ou quatre grenadier qu'il
avait engagé à venir avec lui. Au moment
où le noi pa sait dans son antichambre, de
gens attaché à la Reine la firent rentrer Je
force chez on fil . Plu heureu.e qu'ellè, je
ne trouvai per onne qui m'arrachât d'auprès
do lloi. A peine la Reine l'était~lle, qué la
porte fut enfoncée par des pique . Le Roi,
dan cet in tant, monta sur de· coflre· qui
sont dans le::; fenêtres. Le m:m:chal de Mouch),
d'llervillJ, cloo1ue el une douzaine ,le
grenadiers l'entourèrent. Je re tai auprès du
paon au. environnée de · mini. tr ,' de 1. d
Marsill · et dl! quelque gardes nalionam. Le ·
piriue entrèrent dan. la chambre comm la
foudre. Ils cherchaient le Roi, . urtoul un
qui, dit-on, tenait },;; plus mauvai· propo~.
Un grenadier rao,.ea son arme en disant :
• Ialbeureux ! c'est ton Roi! 11 I.e re le d
piques répondit machinalement à ce cri. l.:i

M (. Vergniaud el Jsnard parlrrenl fort •ien

au peuple, pont leur dire qu'il " avaient tort

de demander ain i au Roi la ,anction, et les
enga renl à se retir r. Mais œ fut comme
s'ils ne parlaient pas. lis étaient bien longtemp avant que de pou~oir e faire entendre,
et à peine avaient-ils prononré un mol, que
les cris recomm,•nc;aient. Enfin, Pétion d des
~emlire. de la municipalité arrhtrenl. Le
premier haran!!lla le peuple. el, apr1\s a\'oir
luué la dignité et l'ordre awc le1.p1el il a\ait
marché, il l'engagea à "e relirrr dan le
même ra/me, afin qur. l'on ne pût lui reprocher de 'ètre fü-ré à aucun esci- dans une
fète civique. Enfin, h• peuplr, commença à
, défiler.
« Peu de temps après qu'il fol entré, de~
grenadier 'était•nt fail jour t:t l'avaient éloigné du Roi. Pour moi, j'étais montée sur la
fenêtre du côté de la ch:imbre du Roi. Un
grand nomhrede gens atta.ch1:s au !loi ~•é1nienl
présenté· chez lui le matin. li leur fit donner
l'ordre de s'éloigner, craignnnt la journée du
t avril.
« l.a I\eine a\'ail été entraînée chea mon
nefeu. On avait emporté .i vite ce dernier
.dans le fond de l'apparlem nt, riu'ellc ne le
vit pa en entranl cbt&gt;z lui. On peul imaginer
l'état de dé espoir oi1 die fut. M. llue, hui·:ier, et 1. ùe Vincent. élaitnt awc lui:
enfin. on le lui ramena. Elle fil tout au monde
pour rentrPr chez le l\oi, ruai IM. do Choieul el dllau . onville, aifüi que no, dame
&lt;tui étaient là, l'en ernpêchiirenl. Uu moment
apr'• , on ntenJit cnfonc •r le:· porte . Jl 11'1
en avait plus 11u'unl', qne le p1•11ple ne put
trouler, et, trompé par un de• ens de iDJOn
neveu, qui lui dit que la Reine étail à l'A~i.emblée, il
dispersa Jans l'app:v-temcnt.
Pendant ce temps-là, les grenadicrSl'l d'autres
per.:onnc. bien attachées J'cntourèr •nt, el le
peul'le défila devant elle. Une femm • lui mil
le Lonnel rou."e sur la tête, ain ·i qu'à mon
neveu. Le Roi l'avail prc:-quc du pren1icr
moment. Santerre, qui c nduisail le défilé,
vint la haran,.uer el lui dire qu'on la trompait en lui di,nnl que le peuple ne l'aimait
pa , qu'elle l'était cl qu'il l'a~surait qu'elle
n'alait rien à craindre. a L'on ne craint jamais
rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de
hrues gens. 11 En même temp , t:lle tendil
la main aux grenadier qui éta.ienl aupr,.
ù'elle, qui se jett•rent tous dessus. Cela fut
:'ILtRIE.-ASTOISE TTE.
Gr.:wure .k R~one.
fort touchant.
« Les députés qui étaient venus étaient
chambre fut pleine en moins de temps que ,·enus de bonne volonté. Une \'raie députaje n'en parle. Tou. demandaienl fa sanction tion arriva el cnaagca le Roi à rentrer chez
cl le renvoi de· ministres. Pendant quatre lui. Comme on me le dit et que je ne Youlais
pas me lrou,·cr rester dans la foule, je ortis
heures, le même cri fut répété. Des membre
de l'A emblée vinrent peu de temps aprir. environ une heure annl lui. Je rejoigoi la

m1.

�1l1STORJA.
Reine, et avec quel plaisir je l'embrassai!
J'avais pourtant ignoré les risques qu'elle
avait courus. Le Roi rentré dans sa chambre,
rien ne fut plus touchant que le moment où
la Reine et ses enfants se jetèrent à son cou.
Des députés qui étaient là fondaient en
larmes. Les députations se relevèrent de
demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que le
ealme fût rétaLli totalement. On leur montra
les violences qui avaient été commises. Ils
furent tous très bien dans l'appartement du
Roi, lequel fut parfait pour etU. A dix heures,
le château était vide et chacun se retira chez
soi. Il
Madame Élisabeth, dans ce récit d'un jour
terrible, a omis deux circonstances qui lui
étaient personnelles, et que nous devons rap~leler.
Lorsque, restée près du Roi, elle était
montée sur une banquette, près de 1a fenêtre,
des forcenés l'entourèrent, la prenant pour
la Reine, et des voix furieuses s'écrièrent :

« C'est !'Autrichienne! la tête de !'Autri- la plus grande douleur d•avoir eu les mains
chienne! » Son écuyer ordinaire, le chevalier liées et d'avoir vu devant ses yeux tout ce qui
de Bousquet de Saint-Pardoux, voulut dé- s'était passé, a obtenu de Pétion l'ordre de
tromper les assassins et la nommer. (l Ne les tirer. A sept heures, on dit que les faubourgR
désabusez pas, D lui dit-elle avec l'énergie du marchaient. La garde se mit sous les armes
dévouement qui l'animait. L'instant d'après, avec le plus grand zèle. Des députés de l'Asau défilé des piques, elle avait vu l'une de semblée \Tinrent de bonne volonté demander
ces armes effleurer la poitrine du Roi, et au Roi s'il croyait qu'il y eût du danger,
s'était avancée pour 1a détourner. Enfin, pour qu'elle se transportât chez lui. Le Roi
dans la scène touchante qui succéda à ces les remercia. Leur dialogue est dans tous les
violences, quand l'infortunée famille se viL journaux, ainsi que celui de Pétion, qui ·vinl
hors de danger auprès du Roi, la généreuse dire au Roi que ce n'était que peu de monde
Princesse ne rappelle pas de quelles bénédic- qui voulait planter un mai. 1&gt;
lions elle fut comblée par Louis XVI et par
« Est-ce que hier n'est pas fini?» demanJa Reine, el combien de larmes de reconnais- dait naïvement le malheureux Dauphin à la
sance el d'affection coulèrent sur ses mains Ileine, lorsque le bruit d'une seconde invaensanglantées, avant qu'elle ne se séparât sion du peuple se r pandit aux Tuileries. On
d'eux pour aller trouver quelques heures de relrouva cependan le soir de ce jour une
repos.
sorte de calme mêlé d'espérance, car un maLa matinée da 21 parut menaçante. Ma- nifeste du Roi, le danger qu'il avait couru,
dame Élisabeth en rend compte da.os son la noble conduite de sa famille avaient projournal:
1
duit une de ces réactions passagères qui abu« La garde nationale, après avoir montré saient encore quelques optimistes.
COMTESSE

Madame de Villars
C'était une des sœurs de madame de Beaufort. Elle avait épousé le neveu de M. l'amiral de Villars. lis s'appelaient Brancaccio en
leur nom, et viennent do royaume de Naples.
Le mari et la femme demeuraient d'ordinaire
.au Ilavre. Elle y fit (il est vrai que cela
n'était pas son apprentissage) le coup le plus
effronté qu'aucune femme ait guère !ait en
.amour. Un capucin, nommé le père Henri de
La Grange-Palaiseau, de la maison d'llarville,
qui peut-être s'était fait religieux pour ne
pouvoir vivre selon sa condition, faute de
biens, fut envo~•é par le Provincial au couvent
,qu'ils ont au Havre. C'était un des plus beaux
hommes de France, el de la meilleure mine,
homme d'esprit, et à la vie duquel il n'y avait
rien à reprendre. TI prêcha l'Avent au Ilavre.
Dès le premier sermon, madame de Villars
-devint passionnément amoureuse de lui, et,
pour le tenter, elle s'ajustait tous les jours le
mieux qui lui était possible. Elle quitta pour
lui l'habit extravagant qu'elle portait au llavre. C'était une espèce de pourpoint avec un
~1aut-de-chausses et une petite jupe de gaze
par-dessus, dtJ sorte qu'on voyait tout au tra~ers. Pensez qu'avec ce pourpoint elle n'avait
pas une coiffe : elle n'avait garde. Elle portait toujours un chapeau avec des plumes.
Parée donc de son mieux, elle s'allait toujours
mettre vis-à-vis de la chaire, sans masque et
la gorge fort découverte, car c'était ce qu'elle
avait de plus beau; pour les traits du visage,
ils n'étaient pas merveilleux : elle avait les
Jeux petits et la bouche grande, mais sa

taille, ses cheveux et son teint étaient incomparables. En ce temps-là elle était encore fort
jeune. Tout cela ne toucha point notre capucin. Que fait-elle1 Elle envoie à Rome pour
faire avoir au père Henri de La Grange la
permission de la confesser; elle expose qu'elle
avait été touchée de ses sermons, qu'ayant
jusques alors été trop avant dans le monde,
tlle croyait que Dieu se voulait servir de cette
voie pour sa conversion. En même temps,
elle se tue de dire partout que les prédications de ce bon père seraient cause qu'elle
changerait de vie. A Rome, elle obtint facilement la permission qu'eUe demandait, et,
l'ayant fait signifier, elle demande qu'il l'entende en con[ession dans une chapelle qui
était chez elle. Les aulres capucins, qui
croyaient que cela ferait venir l'eau au moulin, l'y envoyèrent aussitôt. Mais la dame, au
lieu de se confesser de ses vieux péchés, car
elle afait dit qu'elle voulait faire une confession générale, le voulut persuader de lui en
faire faire de nouveaux. Le bon père fait des
signes de croix et la tance sévèrement. Elle
ne perd point courage, elle fait tout ce qu'elle
peut pour l'exciter, et lui montra peul-être
ce qu'elle ne lui pouvait montrer durant le
sermon. Tout cela ne servit de rien : il la
laisse demi-folle. Âu sortir de là, il demande
permission au supérieur de se retirer. Elle
en a avis et fait garder les portes; il trouve
pourtant moyen de s'évader. Elle le sait,
monLe secrètement à cheval et court après.
Elle l'attrape dans un bois, elle descend, et
le presse de revenir; il se dépêtre d'elle,
prend son cheval et s'enfuit à Paris. L'amante
délaissée, afin d ·avoir un prétexte d'aller
aussi à Paris el de suivre son amant, feint
d'être malade et de vomir du sang. Effectivement elle en vomissait, mais ce n'était pas

n'ARMAILLÈ.

do sien, tout cela se faisait par artifice. Elle
se fait porler à Paris dans un brancard pour
s'y faire traiter. Le bruit courut qu'elle se
mourait. Elle écrivit en vain au père de La
Grange, et, voyant qu'il n'y avait plus d'espérance, elle se guécit toute seule. Mais avant
cela elle découvrit lÏ't'il était à Rouen; lui,
qui savait que celte folle y était aussi, disaiL
sa messe le premier, el se tenait caché tout
le jour; elle y alla de si bonne heure qu'elle
le vit au nez ; pour elle, elle était déguisée
en bourgeoise. li fit un grand cri quand il
l'aperçut, mais il ne laissa pas de dire sa
messe : ce fut en allant à l'autel qu'il la reconnut. Il par lit dès le jour même.
Elle fut aimée ensuite de M. de Chevreuse.
En ce temps-là, faute d'argent, elle souffrit
les galanteries d'un partisan nommé Moisset;
c'est celui qui a bâti Rue!; c'était le Montauron de ce temps-là. Elle fut même si dévergondée que de loger chez lui. M. de Chevreuse lui en fit des reproches, el feignit de
la vouloir quitter. Elle, pour lui montrer
qu'elle ne pouvait vivre sans lui, fit semblant
d'avaler des diamants, non enchâssés, qu'elle
tenait alors dans une boite : mais elle laissa
tomber les diamants, el ne fil que lécher les
bords de la boîte. Sor cela on fit un conte
quelque temps après: on disait que îeu Comminges, frère de Gui taud, capitaine des gardes
de la Reine, &lt;1ui la servait auprès de M. de
Bassompierre, dont elle s'était éprise, lui
ayant rapporté que li. de Bassompierre ne
correspondait point à sa -passion, elle avala
des diamants; que Comminges, qui élait
a,•are, la prit par le cou et les lui fit rendre:
et que sachant combien il y en avait, il
la pensa étrangler pour lui en faire rejeter
un qui restait, et qu'après il les emporta
tous.
T ALLE\L-\:.T DES RÉAUX.

..., 27:? ....

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPIT~E XXIV (suite).

:endant ~n des nombreux engagements
qui eurent heu durant ces trois jours, la brigade Wathiez, qui poursuivait les ennemis,
fol arrê~é~ tout à coup par un large et bourbeux rmsseau, affluent du Bober. Il n'exi-tait
d_'au!res passa~es que de_ox ponts en _bois,
SJtues à un demi-quart de lieue l'un de l'autre
et que l'artillerie russe couvrait Je boulets'.
Le 24• de chasseurs, qui était passé sous le
commandement du brave colonel Scbneit,
ayant reçu l'ordre d"attaquer le pont de
gauche, s'y porta avec son intrépidité habituelle; mais il n'en fut pas de irulme du
ile régiment de ~ussards hollandais, qui,
nouvellement admis dans la brirrade, avait
pour mission d'enlerer le pont de°droite. En
vain son colonel, M. Liégeard, bon et brave
officier, le seul Français qu'il y eôt dans ce
corps, exhorta ses cavaliers à le suivre. pas
un ne boug~ait, tant ils étaient dominés par
la peur. M31S comme mon régiment, placé
par ~on tour de service en seconde ligne, recevrut presque autant de boulets que le J l • de
hu sar?~• je courus sur le front de ce corps
pour aider le colonel à décider ses ca,•aliers à
fondre sur J'arlillerie ennemie, ce qui était le
sen l moyen d'en faire cesser le feu ; mais
voyant mes e0orts infructueux, el prévoyant
que la lâcheté des Hollandais ferait perdre
beaucoup de monde à mon régiment,je le fis
pass~r devant eux et allais le lancer, lorsque
Je vis le pont de gauche s'écrouler sous le
premier peloton du 24•, dont plusieurs hommes
et chevaux furent noyés. Les Husses, en se
retirant, avaient préparé cet événement, en
f~isant scier avec une telle habileté les principales poutres destinées à soutenir le tablier que, à moins d'être prévenus, on ne
pouvait s'en apercevoir.
A la vue de ce funeste accidtlllt, je craignis
que les ennemis eussent tendu un piège semLlal.Jle sur le pont vers lequel je dirigeai.s la
tête de ma colonne;j'arrêtai un moment sa
marche afin de faire examiner le passage.
Cette inspection é~ait très difficile, car non
se?lement c'était le pont vers lequel les ennemis braquaient leur artillerie, mais la fusillade .d'un de leurs bataillons le couvrait de
baUes ! J'allais donc demander un homme de
bonne volonté pour cette périlleuse entreprise, et j'avais la certitude d'en trouver,
lorsque !"adjudant Iloivin, que j'avais cassé
naguère pour avoir, faute de s11rveillaoce,
V. -

lixsTORJA. -

Fasc. 38.

laissé évader le chasseur condamné à mort,
mit pied à terre et vint à moi en disant Cl qu'il
11 ne serait pas juste qu'un de ses camarades
« rût Lué en allant reconnaître le passage, el
« qu'il me priait de lui permellre de remplir
« cette mission, afin de réparer sa faute ».
Cette noble détermination me plut, et je répondis : 11 Allez, monsieur, et vous relrou&lt;&lt; verez votre épaulette au bout du pont !.. ,,
Hoivin, s'avançant alors avec calme, au
milieu des boulets et des balles, examine le
tahlier du pont, descend au•dessous et revient
me donner l'assurance que Loul est solide et
que le régiment peut passer! ... Je lui rendis
son grade, il reprit son cheval, et, se plaçant
en tête de l'e cadron qui allait franchir le
pont, il marcha Je premier sur les Russes,
qui n'attendirent pas notre allaque et e retirèrent promptement. L'Empereur avant, le
mois sui11ant, passé la reme du régiment et

Exelmans, commandant de la division, nous
ne le connaissions encore que par la voix
publique de l'armée qui nous avait informés
de s~ brillante valeur; mais elle le signalait
aussi pour manquer souvent d'esprit de suite
dans le commandement. Nous en eûmes la
preuve dans le fait suivant, qui signala la
reprise des hostilités.
Au moment où la division exécutait une
retraite que mon régiment devait couvrir, le
général Exelmans, sous prétexte de Lendre un
piège à l'avant-garde prussienne, m'ordonne
de mettre à sa füposition ma compagnie
~'élite el mes 25 plus habiles tirailleurs, dont
il confie le commandement au chef d'escadrons
Lacour; puis il place ces 150 hommes au
milieu d'une plaine entourée de bois, et après
a\'oir défendu de bouger sans son ordre il
'
,
s en va et les oublie complètement!... Les
ennemis arrivent, et, voyant le détachement
ainsi abandonné, ils s'arrêtent, de crainte
qu'on ne l'ait mis là afin de les attirer dans
une embuscade. Pour s'en assurer, ils font
glisser isolément quelques hommes à droite
et à gauche dans les bois, el, n'entendant
aucun coup de feu, ils en augmentent insensiblement le nombre, au point d'environner
entièrement nos cavaliers! En vain quelques
officiers font observer au commandant Lacour
que celte marche enveloppante a pour but de
lui couper la retraite; Lacour, très brave
militaire, mais n'ayant aucune initiative , s'en
tient à la lettre de l'ordre qu'il avait reçu,
sans penser que le général Exelmans l'a peutèlr~ oulilié, q_u'il serait bon de l'envoyer prévemr et de faire loul au moins reconnaître le
terrain par lequel il pourra se retirer. On lui
a dit de rester là, il y restera, dussent ses
hommes 1' être pris ou périr.
Pendant que le chef d'escadrons Lacour
exécutait sa consigne plulot en simple sercrent
qu'en officier supérieur, la diYision s'éloignait! ... ~e génér~l Wathiez et moi, ne voyant
pas revemr le detachement, et ne sachant
où trouver Exelmans qui galopait à travers
champs, avions de simslres pressentiments.
Je demande alors et obtiens du général WaLhiez
de retourner vers le commandant Lacour. Jtl
pars au grand galop avec un escadron et
j'arrive .pour être témoin d'un spectacle.affreux, surtout pourun chef de corps qui aime
ses soldats !
Les ennemis, après avoir débordé les deux
flancs el même les derrières de notre détachement, l'avaient fait charger de front par

.

loRTrER,
Grav ure

.u

0 1.;C DE TREVISE.

R llB ŒRRE, d'a pr ès le la/:&gt;leau de

L ARIVlÈRJ,;. (Mu Sél' de 1 ·ersai lles. )

fail plusieurs promotions, je fis nommer
M. Boivin sous-lieutenant.
Notre nouveau général, M. Wa1hiez, sut
acquérir, dans ces dil-ers combats, l'estime el
l'allection des troupes. Quant au général

18

•

�'----------------------- .iJfËJK017{ES DU G'ÉN'É'J(AL B.Jf.'J(ON DE MAJ{BOT - - ~

111S T O'R..1.Jf
des forces infiniment supérieures, si bien que
700 à 800 lanciers prussiens entouraient nos
150 hommes, qui, pour comble de mal beur,
n'avaient pour toute retraite qu'une mauvaise
passerelle en planches, posée sur le ruisseau
très encaissé d'un moulin voisin! ... Nos cavaliers ne pnu"aienL marcher que pa1· un dans
cet étroit d;,tilé. li y eut donc encombrement,
et ma compagnie d'élite perdiL plusieurs
hommes. Un grand nombre de chas,ems,
apercevant alors une immense cour, pensèrent
qu'elle avait issue sur le ruisseau, et, dans
l'espoir de trouver un pont, ils s'engagèrent
dans ce passage, où tout le détachement les
suivit. Le ruisseau longeait en effet la cour,
mais il formait en cet endroit la retenue du
moulin, dont les berges étaient soutenues par
de larges dalles glissantes, ce qui en rendait
l'accès extrêmem~nt difficile pour les chevaux et donnait un avantage immense aux
ennemis, qui, pour assurer la capture de
tous fos Français entrés dans cette vaste cour,
en avaient fermé les portes.
Ce Cul en ce moment critique que je parus
de l'autre côté du ruisseau avec l'escadron de
renfort que j'avais amené à la hâte. Je lui fis
mettre pied à terre, quatre chevaux étant
tenus par un seul homme; tous les autres
cavaliers, armés de leurs carabines, coururent
à la passerelle que gardait un escadron de
Prussiens. Mais ceux-ci, restés à cheval et
n'ayant que quel4ues pistolets pour toute
arme de jet, ne purent résister au feu bien
nourri des nombreuses carabines de nos chasseurs. Aussi furent-ils contraints de s'éloigner
de quelques centaines de pas, en laissant sur
le Lerraiu une quarantaine de ble~sés et de
morts. Ceux de mes cavaliers qui étaient enfermés dans la cour voulurent profiter de ce
moment de répit pour forcer la grande porte
en frusaat à cheval une vigoureuse sortie;
mais je leur criai de n'en rien faire, parce
que cet acte de vigueur ne les eût pas sauvés, car, pour me rejoindre, ils auraient été
dans l'obligation d'aller avec leurs chevaux
frabrhir le ruisseau sur la passerelle, ce qu'ils
n'auraient pu exécuter qu'en marchant un
par un, en prêtant le flanc et tournant
le dos aux Prussiens, qui n'auraient pas
maD11ué de les charger et de les exterminer
pendant ce mouvemenl. Le rivage était garni
d'arbres de rivière, au milieu desquels les
fantassins pouvaient braver impunément une
nombreuse cavalerie. Je plaçai donc en tirailleurs le long du ruisseau les hommes de
l'escadron qui avaient déjà mis pied à terre,
et, dès qu'ils furent en communication avec
la cour du moulm, je fis dire à ceux qui s'y
trouvaient de mellre également pied à terre,
de prendre leurs carabines, et, pendant que
cent &lt;l'entre eux tiendraient par leurs îeux
les ennemis à distance, les autres, se glis~ant
derrière la ligne des tireurs, se passeraient
de main en main les chevaux jusqu'au dfllà
de la passerelle.
Pendant que ce mouvement, couvert par
un cordon de i80 tirailleurs à pied, s'exécutait avec le plus grand ordre, les lanciers
prussiens, furieux de voir leur proie près de

leur échapper, essayèrent de troubler notre
retraite par une vigoureuse attaque; mais
leurs chevaux embarrassés par les branchages
des saules, par des .flaques d'eau, des trous
nombreux, et pouvant à peine avancer au
petit pas sur ce terrain fangeux, ne parvinrent
iamais à joindre nos tirailleurs à pied 1 dont
le feu bien ajusté, exécuté à très petite distance, leur fit éprouver une grande perte 1...
Cependant, le major prussien qui commandait cette charge, pous,ant audacieusement
sur le milieu de notre ligne, cassa d'un coup
de pistolet la tète au lieutenant Bachelet, un
des bons officiers de mon régiment. Je regrettai viyemcnt M. Bachelet, qui fot promptement vengé par les chasseurs de son peloton,
car le major prussien, percé de plusieurs
halles, tomba mort auprès de lui 1
La chute de leur chef, les nombreuses
perles qu'ils venaient d'éprouver, et surtout
l'impossibilité de nous joindre, déterminèrent
les ennemis à renoucer à leur entreprise ; ils
se retirèren L. Je fis relever les bles!&gt;és el exécutai ma retraite sans être suivi. Mon régiment perdit dans celle déplorable alfaire un
oCficier et neuf cavaliers tués; treize avaient
été faits prisonniers. Le lieutenant Maréchal
était au nombre de ces derniers. La p1::rte de
ces vingt-trois hommes me déchira Je cœur
avec d'autant plus de raison qu'elle était.
inutile el qu'elle portait entièrement sur les
plus intrépides guerriers du corps, donl la
plupart étaient désignés pour la decoralion ou
l'avancement. Je ne pus jamais me consoler
du chagrin que me causa ce rude échec 1 11
acheva de nous indisposer à l'égard d'Exelmans. Il en fut quitte pour être ré_primandé
par Séhastian1 et par !'Empereur, auprès
duquel le recommandait d'ailleurs l'alilltié
de Mural. Le vieux général Saint-Germain,
ancien colonel et même créateur du 25• de
chasseurs, pour lequel il avait consené beaucoup d'aifoction, ayaul dit hault:menL qu'Exelmans méritait un châtiment exemplaire, ces
généraux se prirent de querelle et en seraient
venus aux mains si !'Empereur ne s'y fût
personnell1::ment opposé. Le commandant Lacour, dont l'inhabileté avait si grandement
contribué à cette catastrophe, perdit de ce
jour ma cou.fiance.
CHAPITR.E XXV
Balaille des 26 el 27 e.oM devant Dresde. - Vandamme
à Hulin. - Fi~re altitude de Vandamme prisonnier.

Après les journées des 21, 22 et 25 août,
dans lesquelles nous avions battu le corps
prussien du feld-maréchal Blücher, qui s'était
retiré derrière la Katzbach, !'Empereur venait
de donner des ordres de poursuite pour le
lendemain. Mais apprenantquela grande armée
austro-prusso-russe, fort.e de 200,000 hommes, commandée par le prince de Schwarzenberg, venait de déboucher, le 22, des montagnes de Bohême en se dirigeant vers la
Saxe, Napoléon prit avec lui toute sa garde,
la cavalerie de Latour-Yaubourg et plusieurs
divisions d'infanterie. JI se porta à marches

forcées sur Dresde, où le maréchal Saint-Cyr
avait été s'enfermer avec les troupes qu'il
avait retirées à la bâte du camp de Pirna.
L'Empereur, en s'éloignant de la Silésie,
se fit suivre par le maréchal Ney et confia au
maréchal Macdonald la direction de la nombreuse armée qu'il laissait sur le Bober,
c'est-à-dire les 5•, 5e et i j• corps d'in[anterie et le 2• de cavalerie, avec une très
imposante artillerie, ce qui formait en Lot.alité
un effectif de 75,000 hommes. Le commandement d'une telle masse de combattants
était une Lâche trop lourde pour Macdonald,
ainsi que la suite le démontra.
Vous avez dû remarquer que plus le nombre
des troupes engagées est considérable, moins
je decris en détail leurs mouYements; d'abord,
parce que cela demanderait un travail immense
que je craindrais de n'être pas capable de
mener à bonne fin; en second lieu, ce serait
rendre la lecture de ces Mémoires trop fatigante. Je serai donc encore plus concis sur
les événements de la guerre de i Si 5, auxquels 600,000 à 700,000 hommes prirent
part, que je ne l'ai été dans les récits des
précédentes campagnes.
Le 28 aoùt, 200,000 alliés ayant cerné la
ville de Dresde, dont les fortifications ~laient
à peine à l'abri d'un coup de main, la situation du maréchal Saint-Cyr devint infiniment
critique, car il n'avait que i 7,000 Français
pour résister aux forces immenses des ennemis.Ceux-ci, bien mal servis par leurs espions,
ignoraient l'arrivée prochaine de Napoléon,
et pleins de confiance en leur grand nombre,
ils remirent l'alLaqne au lendemain. Leur
assurance s'accrut en voyant venir à eux
deux régiments westpbaliens qui, désertant
le service du roi Jérôme, se joignirent aux
Autrichiens.
Le maréchal Saint-Cyr, inquiet, s'allendait
à être attaqué le 26 au matin; mais il fut
rassuré sur les résultats du combat par la
présence de !'Empereur, qui ce jour-là même
entra de bonne heure à Dresde à la tête de 1a
garde et de nombreuses troupes de toutes
armes. Peu d'instants après, les ennemis,
croyant encore n'avoir affaire qu'au seul corps
de Saint-Cyr, marchèrent sur la ville avec
une telle impétuosité qu'ils enlevèrent plusieurs redoutes, et déjà les Russes et les
Prussiens, maîtres du faubourg de Pirna,
essayaient d'enfoncer la porte de Freyberg,
lorsque, par ordre de !'Empereur, celte porte
s'ouvrit tout à coup et donna passage à une
colonne d'infanterie de la garde impériale,
dont la première brigade était commandée
par le brave général Cambronne!. .. Ce fut
comme l'apparition de la tête de Méduse! ...
L'ennemi recula épouvan~, son artillerie fut
enlevée au pas de course, et les canonniers
tués sur leurs afiùts ! De toutes les portes de
Dresde de pareilles sorties ayant été faites
simultanément a,·ec le même résultat, les
coalisés abandonnèrent les redoutes prises
par eux et s'enfuirent dans les campagnes
voisines, où apoléon les fit charger par sa
cavalerie jusqu'au pied des collin.es. Dans
cette première journée, l'ennemi per~it

f,,000 hommes mis hors de combat, et on
lui fit 5,000 prisonniers. Les Français eurent
2,500 hommes tués on blessés : cinq généraux étaient au nombre de ces derniers.
Le lendemain 27, ce fut l'armée française
qui, à son tour, prit l'initialive de l'attaque,
bien qu'elle eût 87,000 hommes de moins
que ses adrersaires. L'engagement fut d'abord
Yif et sanglant; mais la pluie qui tombait
par torrents sur un sol des plus gras eut
hirntôt co1werti le champ de bataille en larges

enfoncés, furent forcés de mettre bas les
armes, et deux autres divisions d'infanterie
éprouvèrent le même sort.
Pendant que Murat battait ainsi la gauche
des ennemis, leur aile droite était mise en
déroute par la jeune garde, de sorte qu'à
trois heures, la \'ictoire était assurée, et les
coalisés ballaient en retraite vers la Bohème.
Dans cette deuxième et sanglante journée,
les ennemis laissèrent sur le champ de batai11e 18 drapeaux, 26 canons et 40,000 hom-

refusé, Bordesoulle, s'avançant, lui fit observer que pas un des fusils de sa troupen'était
en état de liMr. L'Autrichien répondit que
ses soldats se défendraient à 1a baïonnette
avec d'autant plus d'avantage que les chevaux
des Français, enfonçant dans la boue j usqu •aux
jarrets, ne pourraient venir les choquer du
coup de poitrail qui fait 1a force de la cavalerie. &lt;c Je vais foudroyer votre carré avec
&lt;c mon artillerie! ... Mais vous n'en avez
&lt;( pas, car elle est restée dans les boues! -

Cliché Neuniein Crtrcs

L'EX.AMEN llE SAINT-CYR EN 1813. -

flaques d'eau fangeuse, où nos troupes, dans
leur marche vers l'ennemi, avaient grand'peine
à se mouvoir. Néanmoins, on avançait toujours, et déjà la jeune garde faisait reculer
la gauche des ennemis, lorsque l'Empereur,
s'étant aperçu que le prince de Schwarzenherg, généralissime &lt;les coalisés, avait commis
la faute de ne pas soutenir suffisamment son
aile gauche, la frt écraser par l'infanterie du
maréchal Yictor et par la cavalerie de LalourMauhourg.
Le roi Murat, qui commandait cette partie
de la ligne française, J parut plus brillant
que jamais, car, après avoir forcé le défilé de
Colla, il tourna et sépara de l'armée autrichienne le corps de Klenau, sur lequel il se
précipiLa le sabre à la main à la tète des carabiniers et des cuirassiers. Le mouvement fut
décisif : Klenau ne put résister à œtte terrible charge!. .. Presque tous ses bataillons,

Taf&gt;lea1, dt Gf:o-RoussEL

mes, dont 20,000 prisonniers. La perle principale tomba sur l'infanterie autrichienne,
qui eut deux généraux tués, trois blessés et
deux faits prisonniers.
Il est à noter qu'à cette époque les armes
à percussion étant à peine connues, les fantassins de toutes les na.lions se servaien Lencore
de fusils à pierre, dont le feu devenait à peu
près impossible dès que la po11dre de ramorce
était mouillée. Or, comme la pluie n'avait
cessé de tomber pendant toute la journée,
elle contribua beaucoup à la défaite de l'infanterie ennemie attaquée par nos ca"aliers.
Il se passa même, à ce sujet, un fait très
remarquable.
Une di,,ision de cuirassiers, commandée
par le général Bordesoulle, se trouvant en
présence d'une forte division d'infanterie
autrichienne formée en carré, la fit sommer
de se rendre. Le général ennemi s'y étant

&lt;&lt; Cependant, si je vous montre les canons
« placés derrière mon premier régiment,
« vous rendrez-vous? - Il le faudrait bien,
(C puisquïl ne me resterait aucun moyen de
« défense [ »
Le général français fil alors avancer jusqu'à trente pas des ennemis une batterie de
six pièces dont les artilleurs, la lance à feu
en main, s'apprêtaient à tirer sur le carré. A
cette vue, le général autrichien et sa division
mirent bas les armes.
La pluie ayanL ainsi paralysé le feu de l'infanlrrie des deux armées et beaucoup ralenti
la marche de la cavalerie, ce fut 1'artil1erie
qui, malgré la grande diCficulté de se mouvoir
sur un terrain détrempé par des pluies diluviennes, joua le rôle principal, surtoull'artilleriefrançaise, dont Napoléon avait fait doubler
les attelages avec des chevaux momentanément
retirés aux fourgons de l'administration qui

�1f!ST0~1.ll----------------------étaient en sûreté dans la ville de Dresde; le t•r eptemhre, et les Russes emportèrent
aussi nos pièces de campagne firent-elle. un son corp .
grand ravage, el ce fnl un de leurs boulets
Personne dans l'armée française ne regretta
qui frappa \foreau.
Moreau, dès qu'on rnt qu'il aYait pris les
1a voix publique annonçait depuis quelque armes contre sa pairie. Un parlementaire
temps le retour en Europe. de cet ancien el russe étant venu réclamrr le chien de la part
illustre général français, qu'elle assurait al'Oir du colonel Rapale), aide de camp de Moreau,
pris du ervice parmi les ennemis de son dont il avait . uivi la fort une, on lui rem il cet
pays; mais très peu de gens ai out.aient fui à animal, mais san. le l'Ollier, qui fut enrn-ré
ce bruit, qui fut cependant confirmé le soir au roi de Saxe. Ce collier fi!?Urc à présenl
de la bataille de Dresde d'une manière fort parmi les curiosités de la galerie de füesde.
bizarre. Notre avant-garde poursuivait les
Cependant, le prince de , chwarzenberg,
ennemis en déroute, lorsqu'un de nos hus- ~éoéralis~ime des troupes ennemies ballues à
ards apercevant à l'entrée du village de nresdc, ayant indiqué la ,;Ue de Tœplilz
Notnitz un magnifique chien danois qui, d'un comme point de réunion aux débris de ses
air inquiet, paraissait chercher son maitre, armées, les Autrichien e!fecluèrcnt leur rel'auire, s'en empare et lit sur son collier ces traite par la valh~• de Dippotiswald, le Russes
mots : &lt;( J'appartiens au général ~Jorcau. » el les Prussiens par la route de Telnitz, et les
On apprend alors, par le curé du lieu, que le débris du corps de Klenaa par celle de Fre~général Moreau vient de subir chez lui une berg. L'empereur ~apoléon suivit ju ·qu'auprès
double ampulalion i un boulet français, de Pirna les mouvements des colonnes rrantombé au milieu de l'état-major de l'empe- r.aises qui pour uivaienl les Yaincu ; mais,
reur de Russie, avait d'abord brisé l'un des au moment d'arrirer- dans celte îille, il fut
genoux du célèbre transfuge; puis, ayant pris d'une indi. position ubile, accompagnée
traver-~é le corps de son che,al, il avait été d'un léger vomissement, et eau ée par la
frapper l'autrejamlie de Moreau. Cet év1fae- fatigue qu'il avait éprouvée pour être resté
nemenl ayant eu lieu au moment de la défaite cinq jours constamment à che\'al, e.tposé à
des armées alliée , l'emperf'ur Alexandre, une pluie inces anle . .
L'un des plus grands inconvénients attapour é"iler que )forean ne fût pr-is par les
Français, l'arnit fait porter à liras par des chés à la position des princes, c'est qu'il se
grenadier', ju~qu'au moment où, la pour:;uite trouve toujours dans leur entourage quelques
de nos lroupe1, s'étant ralentie, on avail pu personnes qui, voulant témoigner d'un excès
pan,er le blessé et lui couper les deux d'auachemeot, feignent de s'alarmer à leur
cui;.ses! ... Le curé saxon, témoin de cette moindre indi. position et exagèrent les précruelle opération, rapportait que Moreau, à cautions qu'il Caut prendre : c'est ce qui
qui l'on n'a,aiL pu cacher que sa Yie était en arriva en celle circonstance. Le grand éCU)'er
danger, se maudissait lui-même et répétait Caulaincourt conseilla à, apoléon de retourner

lieue. J,a jeune garde 'I était déjà rendue,
et l'Empcreur y eût trouvé, aYec le repos
dont il a\·aitbesoin, l'immense avantage d'être
à même d'ordonner les mouîemenls des
lroupes engagées à la poursui le des ennemis,
ce qu'il ne pou,·ait faire de Dresde, situé à
une bien plus grande distance du centre de!':
opération . ~apoléon lai sa donc aux maréchaux Mortier cl Saint-Cyr le soin de soutenir
le général \'andamme, chef du 1er corps, qui,.
détaché de la Grande ,\rmêe depuis troi :
jours, avait battu un corps rus e, menaçait à
présent les derrières des ennemis, interceptai l la route de Dresde à Prague et occupait
Peterswalde, d'où il dominait le bassiu de
Ifolm en Bohême, ainsi que la îille de Tœplitz,
point des plus important • par où les coafüés
dtvaient nécessairement faire leur retraite.
Jlais la renlrée de Napoléon à Dresde annula
le succès qu'il YenaiL de remporter et amena
no immense revers, dont les efi'els contribuèrent infiniment à la chute de l'Empire.
Voici le récit très succinct de celle cala troplm
célèbre.
Le général \'andamrne était un très bon ell
fort br-c1ve oflicier, qui, déjà illustré d~s les
première guerres de la fiéYolutîon, nait
presque constamment rom.mandé en chef
divers corps dans celles de l'Empire, aussi
l'on s'étonnait qu'il n'e1it pas encore reçu le
hàton de maréchal, dont. e manières bru ques
et cassantes l'avaient privé. Ses détracteur~
ont dit, aprè sa défaite, que le dé ir d'obtenir enfin cette haute récompen e l'arail
poussé à. se jeter à 1'6tourdie, avec 20,000
hornme seulement, sur le chemin de 200,000
ennemis, auxquels il prétendait barrer le
passage; mais la ,·érité c·t qu'ayant été prévenu par le major général qu'il erait oulèou
par les deux armées des maréchaux Saint-Cyr
el ~fortier, et reçu l'ordre f'ot"mel d'aller
s'emparer de 'l'œplilz pour couper toute retraite aux ennemis, le général Vandamme dut
obéir.
Se croyant certain d'être soutenu, il descendit donc bravement le 29 août ,er l\ulm,
d'où, poussant devant lui les troupes ennemies, il chercha à gagner Tœplit.z; et il est
po. i tif que si Mortier et Saint-Cyr eussent
exécuté le · ordres qu'il auienl reçus, les
corps pru iens, russes et autrichiens, engagés dans des chemins affreux et se tramant
coupés de la Bohême par la prise de Tœplilz,
se fussent vus altaqutls en tête el en queue,
et contraints de mettre bas les armes. fondamme eôt alor reçu les plus grands élogr~.
de ceux mêmes qui l'ont blâmé depuis.
Quoi qu'il en _oit, Yandamme, arrivé devant Tœplitz le 50 au matin, s'y troufa en
présence de la divi ion d'O termann. un des
meilleurs et des plus bra,-es énéraux de
l'armée russe, et il l'attaqua avec d'autant
plus de vigueur que, voyant descendre des
hauteur de Peterswalde un corps d'armée IJUi
uivait la route parcourue la reiUe par ses
propres troupes, il dut croire que c'étaient les
armées de Mortier et de aint-Crr, dont rEmpcreur lui avait fait promettre le secours.
\[ais au lieu d'amis, ces nouveaux venus

ÂfEMOTJ('ES DU GENE'J{JCL BAR.ON DÉ Jf(A'JfBOT- --...:;;

0

0

DHAI L L E DE D RESDE. -

n·atrts une llthograf&gt;hif du C:lbintt des Eslampts.

. ans ces~e: n Commc:11, moi! moi, Morr:m,
mourir au milieu des ennemis de la France,
frappé par 1111 boulet rrançais! ... » Il (''tpira

à Dresde, et les autres grands oftlciers n'osè-

rent donner l'avis infiniment meilleur de continuer jusqu'à Pirna, di talll seulement d'une

ét~ient deux forte. dili ions pru~. itnnes. con. Les généraux, les of6cier~ cl jusqu·aux. presque directe deîant son nombreux étatdu1 te~ par le général Kleist, et qui, dirigées
1mp~es ,oldats ennemis, admirant le courage
sur Kulm, d'après l'a,is de Jomini, Tenaient de , andamme, eurent pour lui les plus »;t~j~r et un p_eloton de ses gardes, Alexandre
s elo1ma rapidement. Le !!énéral français
de p~sser entre les corps de Saint-Cyr el de
gardé
à vue, fut conduit à Wintka aux fron:
Mortier sans que ces maréchaux s'en fussent
tières
de la Sihérie, cl ne revi; sa pairie
aperçu,, tant était grand le mau1ais vouloir
qu'après la paix de 1·•u.
de Saint-Cir lorsr1u'il devait econder un
La bataille de Kulm coùla au l er corp· de
de ses _camarade·, mauvais vouloir qui dans
l'armée
française 2,000 hommes tués et
c_clle circonstance influa sur le général Mor8,000
fails
prisonnier , parmi lesquels se
tier! ... Ni l'un ni l'autre ne bougèrent lorslrotHait
S'JO
général
en chef. Le urplus des
-que leur coopération, jointe aux efforts couoldats de \andamme, au nomhrede J0,000,
rageux de Vaodamme, eut infailliLlemenl
commandé par les généraux Teste, Mouton:an1ené la "défaite totale des ennemis. En effet
Duvernet,
du Monceau et Corhineau, étant
l~urs colonnes d'infanterie, de ca1·alerie, d'ar~
panenus
à
se faire jour les armes à la main
t1UeriP. r.t d'équipages, jetées dans le plus
allèrent rejoindre Saint-Cyr et .llortier. Ce;
grand desordre, se trouvaient entass~es pèle~eux maréchaux a,·aient gravement manqué
mêle dans les étroits défilés des hautes mona
leu~ deYoir en ne poursuivant pas l'ennemi
tagnes qui séparent la Silésie de la Bohên1e.
en
de route et en 'arrêtant. ainsi qu ïls le
A~ lieu du se~ours qu'il attendait, le généfir('ot,
le premier à Reinbard -Grimme et
ral 'andamme vit paraitre les deux division,
Mortier à Pirna, d'où iJ entendaient le bruit
du général hleist, qui fondirent à !'in tant
du combat que soutenait le bra,·e et malheusur lui. \'andamme, tout en continuant de
reux. Yandamme.
com~attre en tète les rlusses d'U ·termano,
On _doit s'étonner que de Dresde, si Yoisin
places devant Tœplitt, retourna son arrièrede
I\emhm·ds et de Pirna, ~apoléon o 'ail pas
ctra~~e contre Kleist, qu'il allaqua avec furie.
emoyé quelques-uns de es nombreux aides
DéJtt les enn~mis faibli sai11nt de toutes paris,
de camp s'assurer que aint-Cyr et )fortier
l~rsciue le immenses renforts qui leur surs'étaient
mi en marche pour se porler au
1·rnreut, portanL leurs forces à plu,. de
Gt:-;i.R.u. YA.-;DAll'll!.
ec~mrs
de
_Vandamme, ainsi qu'il le leur
100 •000 hommes, établirent une telle d~ Gr&gt;.1vure dt D~SJAROtNti, cfafrts le taN~au dt
a,·ait
prescrit.
Ces deux maréchaux n'njant
RocJUARD.
(Musée
de
Versames.)
p:op&lt;_&gt;rtion av~c ,les ~5,000 combattants qui
pa~ _e:x_écuté ,les ordre t[U'ils aYaie1;t reçus.
restaient au general \ andarume, que celui-ci
rnalpré sa v~leur et sa lénacilé, 1lul pen e; grands égards; mais, chose incroyable, et mer1ta1cnt d ètre traduits deYant un conseil
1
à faire r_ctra1le ~.ur les corps de .:aiot-Cp· et cependant certaine, les boa procédés ccs- de guerre ; mais déjà 1'armée française, accade_ M?rller, qu 11 croyait être non Join de sère~l et ~e changèrent en Olltrages dès que blée sous le nombre immense des ennemis
l_m,. d après ce _que l'Empcreur lui avait fait lr pr1sonmer eut été condwt à Pratrne devant que I apoléon avait oule"és contre lui en
0
'
)•
ecr1re par le prrnce Berthier.
empereur de nus,ie et le grand-duc Con- é~a~t arJ"ivée à un lel point d'épuisement ~ue,
Ârriv~s au défllé de Tclnitt, fos Français sl~ntin, son frèrt•, qtti, oubliant ce qu'on s1 l Emp_ereur eùl ,·o~Ju punir tous ceux qui
le. trouvcreot occupé par les diYis1ons enne- doit au courage malbeureux, lui ndressèrent manquaient de zèle, il eùt dû renoncer à se
nues. du cor~~ du général :Klei t, qui leur la parole en termes in ultants; le grand-duc servir de presque tous les maréchalll. 1l se
barr~uent enuerement le pa sage. (ais no· Con laatio lui arracha lui-même on épée. ~orna donc à réprimander aint-Cyr et Morhata1llon_s, précédé par la cavalerie du géné- Vandamme, indigné de ce procédé, s'écria : l1er, parce IJU'il a,·ail plus que jamais Le oin
ral Corbmeau qui, malgré l'aspérité des mon- (1 ~Ion épée est facile à prendre ici· il eùt de cacher ses désastre . En el.Tet, ce n'était
tngnes, avait réclamé !'honneur de continuer (1 été plus noble de ,enir la cherch:r sur le pas seulement à Kulm que ses troupes avaient
à fair? l'avant-garde, se précipitèrent sur les &lt;c champ de bataille; mais il paraiL que vous épr~~vé des re~ers, mai sur tous les points
Prussiens avec une telle impétuo~ité qu'ils (1 n'aimez que le trophées qui ne vous coù- de I mnncn e ligne qu'elles occupaient.
fo, culbutèrent et parvinrent à franchir Je " lent pas cher! ... » En entendant ces
CHAPIT~E XXVI
défilé, aprè avoir pris toute l'artillerie enne- paroles, l'empereur Alexandre, furieux
mie, dont ils ne purent emmener que les ordonna d'arrèler Vandamme, auquel ii
Dèrail~ ,l'Ouùmol à Gro •Decrcr1 el ,lo )lacdonoltl à
ch_evaux, à cause du maurais état des cbe- donna les épithètes de pillar·d et de brila l\atûmrh. - I.e plateau de Janër. - Nous rerums.
passons la Katzbadi.
gand/
Les militaires qui ont fait la guerre comVandamme répondit, en regardant fièreOn a dit arec raison que, dans les derprendront qu ·un tel succès ne peut être ment Alexandre en face : a Je ne suis oi
nières campagnes de l'Empire, la guerre
ob!enu qu'au _prix ~e bien du sang, et qu'a- 11 pillard ni brigand; mai·, dans tous les
était rarement bien faite lorsque ~apoléon
P:tr 1~ aussi. te,rr_1 ble combat, le 1or corps « cas, mes contemporains et l'hi taire ne ne dirigeait pas en personne Je eumbat. 11
~ armee fuL m_fimment réduit. Cependant a me reprocheront pas d'avoir trempé mes
e:;l donc à regretter que œ grand capitaine
\ andamme, environné de tous côlés par de
« mains dans le sang de mon père! o ne fût pas bien pénétré de cette ,·érité et eût
rorccs décuples des siennes, refusa de e Alexandre pâlit à cette allusion faite à la
trop de confiance dans les talents de ses lieurendre, et .e plaçant en tête de deux batail- catastrophe de l'assassinat de Paul Jer, son
tenants, dont plu.ieurs n'étaient pas à la
l~ns du . ~&gt;e, les seul;; dont il pût encore père. auquel la ,·oix publique l'accu_ait hauteur de leur lâche, bien qu'ils ne mand1sposer, Il fonclit au milieu des ennemis
d'avoir donné son assentiment, de crainte quas_sen~ pas _de présomption, ainsi qu'on
dans l'espoir d'1 trouver Ja mort. )Jai so~ d'être lui-même mis à mort par les conjurés.
Yeoait den avoir de nouveaux exemples. Au
cheval ayaJ1l été tué, un groupe nombreux Alterré par les souvenirs de la sci•ne horrible
lieu d'ordonner aux chefo des corp d'armée
d7 Russes se précipita sur lui et le fit prison- à laquelle il devait le lrône, et que Vanqu'il détacbait de se tenir autant qne possible
mer.
damme venait de lui rappeler d'une façon sur la defensir•e, jusqu'à ce qu'il ,-iot aYec

I

1. M. Thie.~ (1. ~ l'J, p. ~51 ), cuminonl ln part
,le rc~ponsah1!1le qu ont pu avoir dam cc M=tre te,
m!r«baux ~aml-_Cyr c_1 ,~orlier, ainsi que J' Empereur

lu1-rnème. s exprime amsi :
? ~nns l_u.sl_ricte obsenation de ~es dcrnirs, destine
'" a ctre d1r1gc ,ur uu poiul ou ,ur un autre, il était

c nnturel que le marèchul !Ionier ollendit dans une
complète immobilité l'expre5!ion des 1olo11tés de
c :'\apoléon, cl quant â l'ordre préci d~ se.!01,rir
« ,•aodamme a1·ec deux disisioos, cet ordre ne lui
« ntriv~ q~e •~am le courant . de la journée du :'iO.
u c csl-a-d1re u nnc heure ou la cala tropbe élail
a

..., 277

IAo

11 _est donc ab50lumenl irnpossieu pren~re 3 ,;e maréchal. .,,
Cetle dêpèd1c, ;9gnèe du major gënéral Berthier
esl entre les ma.ms du nue de Trél-ise.
'
« 1léjù acc,omplie.

c

ble de

5

(Soir ,le l'tdikur.)

�111S T0'/{1.ll
de puissantes réserves écraser les forces
placées devant eux, !'Empereur leur laissait
beaucoup trop de latitude, et, comme chacun
voulait faire parler de soi et avoir sa bataille
d'Austerlit:, ils attaquaient souvent à contresens et se faisaient battre par leur faute.
. C'est ce qui était advenu au maréchal Oudinot, auquel Napoléon avait donné une
armée considérable, composée des corps de
Bertrand et de Reynier, en le chargeant d'observer les nombreuses troupes prussiennes
et suédoises réunies auprès de Berlin, sous
le commandement supérieur de Bernadotte,
devenu prince de Suède. Le maréchal Oudinot, étant moins fort que son adversaire,
aurait dû temporiser; mais l'habitude d'aller
en avant, la vue des clochers de Berlin et la
crainte de ne pas répondre à la confiance de
Napoléon l'entraînant, il poussa droit devant
lui le corps de Bertrand, qui fut battu, ce
qui n'empêcha pas Oudinot de persister, malgré ce premier échec, à vouloir s'emparer de
Berlin. Mais il perdit une grande bat.aille à
Gross-Beeren et fut contraint de se retirer par
la route de Wittemberg, après avoir essuyé
de très nombreuses pertes.
Peu de jours après, le maréchal Macdonald, que Napoléon avait laissé sur la Katzbach à la tête de plusieurs corps d'armée,
voulut aussi profiler du moment de liberté
que lui laissait l'éloignement de !'Empereur,
pour essayer de gagner une bataille et faire
oublier la sang:lante défaite qu'il avait éprouvée à la Trébia, dans la campagne d'Italie de
1799; mais il se fit encore batLre !
Macdonald, Lrès brave de sa personne,
était conslam.menl malheureux à. la guerre,
non qu'il man4uât d'aptitude, mais parce
que, semblable aux généraux de l'armée autrichit!llnc el surtout au célèbre maréchal
Mack, il était lrop compassé et trop exclusif
dans ses mouvements stratégiques. Avant le
combat, il se traçait un plan de conduite qui
était presque toujours bon; mais il aurait dù
le modifier selon les circonstances, et c'est ce
que son esprit lent ne ~al'ait pas faire. Il
agissail comme certains joueurs d'échecs qui,
lorsqu'ils dirigent Jeur partie et celle de l'adversaire absent, conduisent tout à bien dans
leur intérèt tant qu'ils jouent seuls et ne savent plus que faire, lorsque, dans une partie
rJelJe, l'adversaire place ses pièces tout autremenl qu'ils ne l'avaient supposé! ... Aussi le
26 août, le jour même où !'Empereur remportait une victoire éclatante devant Dresde,
le maril.chal Macdonald perdail une bataille
que les Français ont nommée de la Katzbach
et les Allemands de Jauër 1 •
1. Oa Janowiti.

L'armée française, forte de 75,000 hommes, dont mon régiment faisait partie, était
placée entre I.iegnitz et Goldberg, sur la rive
gauche de Ja petite rivière de Katzbach, qui
la séparait de plusieurs corps prussiens commandés par le feld-maréchal Blücher. Le terrain que oous occupions était entrecoupé de
mamelons boisés qui, bien que praticables
pour la cavalPrie, rendaient cependant ses
mouvements difficiles, mais offraient par cela
même d'immenses avantages à l'infanterie.
Or, comme les principales forces de Macdonald consistaient en troupes de cette arme,
et qu'il n'avait que les 6,000 chevaux du
corps de Sébas1iani, tandis que les ennemis
disposaient de i5 à 20,000 cavaliers, placés
sur l'immense plateau de Jauër, dont le sol
est presque partout uni, tout faisait un devoir à Macdonald d'attendre les Prussiens
dans la position qu'il occupait. Ajoutons à
cette considération que la Katzbach, peu encaissée à la rive gauche sur laquelle nous
nous tromions, l'est infiniment du côté opposé, de sorte que, pour gagner le plateau de
Jauër, il faut gravir une colline é1el'ée, couverte de rochers, et n'offrant qu'un chemin
pierreux el fort rapide.
La Katzbach, qui coule au fond de cette
gorge, n'a de ponts que devant les rares villages de la contrée, et n'olfre que des gués
fort étroits, qui de-viennent impraticables l'i la
moindre crue d'eau. Cette rivière couvrait le
front de l'armée française, ce qui nous étail
on ne peut plus favorable; mais le maréchal
Macdonald, voulant attaquer les Prussiens,
abandonna les grands avantages qu'offrait
celle position et se mit la Kalzbach à clos, en
ordonnant à ses troupes de la traverser sur
plusieurs points. Le corps de cavalerie de
ébastiani, dont faisait partie Ja division
Exelmans, dans laquelle se trouvait mon régiment, devait franchir la rivière au gué de
Chemochowitz.
Le temps, qui était déjà menaçant le matin, aurait dît porter le maréchal à remettre
son attaque à un autre jour, ou l'engager du
moins à agir sur-le-champ. Il ne prit aucun
de ces deux partis et perdit des moments
précieux à donner des ordres de détail, si
bien que ce ne fut qu'à deux heures de
l'après-midi que ses colonnes se mirent en
mouvement. Mais à peine l'armée était-elle
en marche qu'elle fut assaillie par un orage
affreux, qui fit gonfler la n.atzbach et r~ndit
le gué tellement difficile que la divi ion de
cuirassiers du général Saint-Germain ne put le
passer. Arrivés sur la rive opposée, nous dûmes
gravir par un défilé fort étroit une côte des
plus raides, do9t la pluie avait rendu le ter-

rain si glissant que nos chevaux s'abattaient
à chaque pas. Nous fûmes donc obligés de
mettre pied à terre el ne remontâmes à cheval qu'après avoir atteint l'immense plateau
qui domine la vallée de la Katzbach. Nous y
trouvâmes plusieurs dh'isions d'infanterie
française, que les généraux avaient prudemment placées auprès des bouquets de bois
dont celte plaine est garnie; car, ainsi que je
l'ai déjà dit, on savait CJlle l'ennemi nous était
infiniment supérieur en cavalerie, désavantage d'autant plus grand que les armes à
percussion n'étant pas connues à cette époque, la pluie mettait les fantassins hors d'état
de faire feu.
En arrivant dans ces vastes plaines, nous
fûmes très étonnés de ne pas voir d'ennemis 1
Le silence complet qui y régnait me parut
cacher quelque piège, car nous avions la certitude que la nuit précédente le maréchal
.Blücher occupait cette position avec plus de
·100,000 hommes. Il était donc nécessaire, à
mon avis, de bien faire reconnaître le pays
avant de s'y engager. Le général Séhastiani
pensa différemment; aussi, dès que la division Roussel d'Urbal fut formée, il la lança
dans l'immensité de la plaine, non seulement
avec l'artillerie qui lui appartenait, mais encore a,·ec celle de la division Exelmans, que
nous avions eu tant de peine à conduire sur Je
plateau. Dès qu'Exelmans, qui s'était éloigné
de ses troupes, nous rejoignit à la sortie du
défilé et s'aperçut que Sébastiani avait emmené ses canons, il courut après ce général
pour les réclamer et laissa sa division sans
ordres. Les deux brigades qui la composaient
étaient à cinq cents pas l'une de l"autre, sur
le même front, et ployées en colonnes par
régiment. Le mien formait la tète de la brigade Wathiez, ayant derrière lui le 24e de
chasseurs. Le f 1e de hussards était àla queue.
Le plateau de Jauër est tellement vaste que,
bien que la division Roussel d'ürbal, partie
en avant, fùt composée de sept régiments
de cavalerie, nous l'apercevions à peine à
l'horizon. A mille pas du flanc droit de la
colonne dont je faisais partie, se lrouYait un
des nombreux bouquets de bois dont la plaine
est parsemée. Si mon régiment eùt été seul
sur ce point, j'aurais certainement fait fowller
ce bois par un peloton; mais comme Exelmans, très jaloux de son autorité, avait établi
comme règle que pas un homme de sa fü·ision ne devait sortir des rangs sans son ordre,
je n'avais osé prendre les précautions d'usage,
et, par le même motif, le général commandant la brigade avait cru deYoir s'en abstenir
aussi. Celle obéissance passi\'e fut sur le point
de nous être fatale.

(A su1rre.)

GÉNÉRAI. DE

MARBOT.

LOUISE CHASTEAU

•

d'autre/ois
YU
Un jour vint où madame de Fonspeyral ne
put supporter sans souffrir son grand isolement. Dans sa chambre où elle se tenait
presque toujours, oit au coin du feu, soit
auprès de la fenêtre, selon la température, elle
tournait et retournait dans son esprit de très
sombres pensées. Lorsque, par un effort de
volonté elle s'en pouvait tirer, l'accalmie ne
durait guère. Elle y retombait presque aussitôt malgré elle, comme il arrive aux gens
inoccupés, solitaires et dont rien ne trouble
ou contraint l'imagination.
Pourtant, chaque dimanche, fidèlement, le
notaire venait à Fonspeyrat. Il apportait les
nouvelles du pays el causait des affaires publiques. Puis il s'installait devant une table,
en compagnie de l'écritoire et des livres de
comptes de la baronne. Il mettait à jour la
correspondance de madame de Fonspeyrat et
tenait ses registres.
MaysonnaYe choisissait aussi le dimanche
pour faire sa visite médicale et d'amitié. Quand
il c rencontrait aYCc le notaire, la conversation prenait un tour plus vif. lis riaient ensemble de Pouyadou, l'ancien jacobin, qui,
depuis le Concordat, était devenu zélé catholique, ne manquant pas la grand'messe et
chantant à pleine voix le Domine salvos fac
consules. La baronne s'égayait un peu.
Parfois la conversation s'égarait sur des
nouveautés : les préparatifs du camp de Boulogne, l'expérience que Fulton avait faite sur
la Seine où il a,ait lancé un bateau mû par
la vapeur. Les Parisiens se gaussaient de lui.
Certaim assuraient que le Premjer Consul
avait refusé de l'entendre, et le disaient fou.
)Iaysonnave était de cet avis. Le notaire
voyait ici le petit commencement d'une très
arandc chose. Il tenait l'idée pour géniale.
0
Madame de Fonspeyrat qui, jadis, s'élevait
avec force contre ces nouveautés, écoulait et
ne disait rien.
Jamais on ne parlait du baron Martial et
on nommait à peine madame de Bellomhre.
On évoquait le passé, le très vieux passé :
c'était moins irritant pour la sarité et plus
conforme aux goûl.s de madame de Fonsperrat.
Mais, en suite de ces conversations où
étaient tant et tant revenus les mots Jadis el
autrefois, une grande mélancolie s'élevait
comme un brouillard sur l'àme de la baronne.
Ses visiteurs partis, elle s'attardait toute seule

à d'autres souvenirs. Elle évoquait les dispa- sée, avec qui la baronne faisait de longues
rus, son père, sa mère, son mari. Elle se promenades.
rappelait les bons et les mauvais jours. Elle
se revoyait à vingt ans, à trente ans, à quaCe jour-là - on était à la fin de l'hiver
rante, avec sa belle ardeur à lutter, son habi- de 1805 - madame de Fonspeyrat et Louileté dans Jes entreprises, sa constance vers le son s'en allaient, l'une dirigPant l'autre, à
but choisi ....
travers les allées d'nn bois de châtaigniers
Uaintenant, c'était la nuit ou tout au dépendant de la propriété, et tout dépouillé
moins le triste crépuscule dans sa vie. Il par la saison.
pleuvait de la cendre autour d'elle et sur
- Voici les mesdames qui viennent devers
elle. Tout disparaissait, choses et gens, opi- nous, dit la Louison en patois.
nions et croyances, habitudes el traditions.
- Quelles dames?
Tout changeait. La vie accomplissait son
- Les deux mndames des Roches : la
œuvre active, ingénieuse et mobile.
comtesse et la dt:moisdle de l'Anglett'rre.
Pour comble de peine, sa vue, depuis longLa baronne recula. Elle nt! s'était pas rentemps maUl'aise, baissait chaque jour davan- contrée avec madame de Puyrateau depui~ la
tage. A peine si elle pouvait circuler seule à mort du marquis. Il lui était pénible de se
travers la maison. Bientôt elle fut tout à fait trouver si prè · d'elle, à porlée de sa révéaveugle et dut chercher une conductrice qui rence et peut-être de ses compliments. Elle
lui prêtât l'appui de son bras ou de son épaule. en éprouvait uue contrariété qui s'augmentait
Maysonnave, malgré ses soins, n'avait pu con- à mesure qu'elle sentait les promen('uses se
jurer la double cataracte dont elle était mena- rapprocher d'elle. Le chemin était fort étroit,
cée et qui, pendant deux ans, avait suivi une très déi:ouvert, elle le savait. Imoossible de
marche lente et sùre. Il lui procura, pour retourner en arrière sans être vue ou de concompagne el gardienne, une petite fille de tinuer en avant sans être forcée de se heurter
métayers, la Louison, douce, patiente et avi- aux gens qui venaient.

Madame de FOn$peyrat et Louison s'en allaie11t, L'une dirigeant raulre, à travers les aUies d'un bois de
châtaigniers, tout dépouilli par la saison. • - lloù:i les mesdames qui viennent devffs nous, • dit la
Louison en t,atoî.&lt; . • - Quelles dames ? • • - Les deux m~dames des Roches : la , omtesse el la denr otselle de t'.4ng ~terre. • (Page z:-9.)

�r-

ll1STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

- Il y a Ja vieille &lt;lame qui parle de vous
à la jeune, continua la petite. Elle nous montre
avec son doigt et elle a dit comme ça : « Oui,
oui, c'est bien elle. J&gt;
- Je l'ai entendue, dit la baronne.
- ... A.lors la jeune est devenue toute
rouge ..... Maintenant, elle est pâle ....
La baronne pensa :
- Celte jeune personne est timide.
Et elle en augura du bien.
- Petite, sais-tu le nom de la plus jeune
de ces dames? ... On me l'a dit. ... Je ne me
le rappelle plus.
- C'est la demoiselle Jenny .... Elle est de
l'Angleterre.
- Mais son nom? .. .
- Son autre nom? ... A.h ! je ne sais pas ....
Je ne sais pas si elle a un autre nom .... On
rappelle comme ça la demoiselle Jenny, voilà
tout. ...
Elles firent encore quelques pas en silence.
Tout à coup, une voix s'éleva :
- Quel bienheureux hasard, madame! ...
s'écriait madame de Puyrateau, qui était parvenue tout près de la baronne.
Madame de Fonspeyrat fit une révérence
cérémonieuse. Froidement poije, elle répondit :
- L'heureux hasard est pour moi, madame.
Madame de Puyrateau était un peu embarrassée. Devait-elle parler du fâcheux état
de la baronne ou n'en pas dire mot? Elle
prit un faux-fuyant :
- Comme il) a longtemps, madame, que
nous ne nous étions rencon1rées t. .. Deux ans,
ma foi !... Mais oui .... Et dans ces deux années ont tenu de tristes événements... . Ce
pauvre marquis .... Votre santé ....
- Ma santé est bonne, répondiL avec
brusquerie madame de Fonspeyrat. Ce sont
mes yeux qui ne valent rien. Quelle chose
triste que de devenir aveugle peu à peu,
chaque jonr augmentant le mal.. ..
Toutes les deux soupirèrent ....
- ... EL quant à mon défunt cousin, continua la baronne, qu'il repose en paix !...
C'est tout ce que j'ai à dire pour le momeul
à son sujet.
L'entretien s'annonçait orageux el pénible.
Un court silence passa entrelesdeuxfemmes.
Madame de Fonspeyrat, qui avait bâte de
s'éloigner, plaça sa main mr l'épaule de Louison. C'était le signal bien cnnnu de la petite
qui fit un pas.
Tout de même, la baronne E:UL comme un
remords de politesse; elle n'osa pas s'éloigner
sans dire un mot de courtoisie à madame de
Puyrateau. Elle murmura :
- Et vous, madame, comment mus lrouvez-vousL. Yos douleurs? ...
- Beaucoup mieux, merci .... Je crois bien
que je dois cela à mademoiselle Jenny, ma
jeune compagne, ma très chère amie, que j'ai
là près de moi, et qui me soiwie a\CC un déwuement el une bonne grâce dont je suis fort
touchée .... A.hl baronne, je vous souhaiterais
une garde, une compagnie comme celle-ci ....
Ne rougissez pas, mon enfant. ... Je n'exagère

point.... C'est un grand bonheur pour moi
que de vous avoir.
Devant cet élan de satisfaction, madame de
Fonspeyrat sen1ait plus vivement la misère
de sa solitude.
Elle s'attrista :
- Oui, dit-elle d'une voix toute changée,
le sort a de singulières et même de cruelles
fantaisies .... Vo)ei: vous n'avez pas en d'enfants, et pourlanl, dans Tolre vieillesse, vous
n'ètes pas seule .... Moi ....
Elle s'arrêta. Puis, changeant de ton :
- Ne parlons pas de ça ....
Elle essaya de mettre un peu d'amabilité
dans sa voix et dit :
- Celle demoiselle est étrangère, je crois?
- Oui, madame, répondit Katerine.
on cœur battait si fort que ces deux mots
i,'élranglèrent dans sa gorge. Toute sa personne tremblait un peu.
Le son de cette voix grave et pourtant limpide caressa doucement l'oreille de la baronne. Le léger accent étranger la surprenait
agré&lt;'lblemenl. Elle souhaita l'entendre encore.
Elle interrogea. Elle voulut savoir ce que
mademoiselle Jenny pensait du pal·s el spécialement de 1a vie à la campagne. Elle apprit que la jeuue fille é1ait heureuse, qu'elle
aimait cette vie relirée Loule remplie par
l'amitié et la surveillance des travaux domestiques. La comtesse n'avait plus à se préoccuper de rien. Mademoiselle Jenny n'était pas
seulement sa compagne pour la causerie, la
lecture, la promenade, c'était aussi son intendante, et quelJe intendante fidèle!. ..
- Lemeilleurdetoutœla, ajouta lajeune

Le vlsiteu,· avait jete so11 chapeau sur une chaise
et se tenait de/:&gt;ortt devant la chemi11èe, tournant I.e
âos à la flamme, les mains en arrière pour les
cl,aujjer. (Page ::82.)

fille, c'est que nous nous aimons de toulnolre
cœur.
.. Madame de Fonspeyrat tressaillil en entendant ces paroles sincères et émues.
- Comtesse, dit-elle, je pressens que vous

avez fait là une belle trouvaille, et je vous en
fais compliment. ... Certes oui, il me faudrait
à moi aussi une compagne telle que la vôtre.
liais où la prendre? ... Car ....
Avec un empresse.ment trop hâtif peut-être
et un zèle presque étrange, madame de Pu1·rateau compléta la phrase de la baronne :
- Où la trouver? ... Car il n'y a pas deux
miss Jenny au monde, fit-elle avec enjouement. Toutefois ....
Elle regarda Kalerine dans les Jeux, el,
pesant sur chaque mol, c1le dit :
- Toulefois, je crois être assurée que ma
bonne petite Jenny ne demanderait pas mieux,
madame, que d'aller de temps en temps vous
voir, causer avec vous, vous faire lecture,
que sais-je1 si ,·ous Je lui permellez .... C'est
une fille sensible el sérieuse. Elle sait beaucoup de choses. Elle mus distrairait de ,·otre
ennui et serait heureuse de rousêtreagréable ....
N'est-ce pas, Jenn)?
- Oh! madame, s'écria Katerine, Loule
vibrante d'une joie émue, quelle bonne pensée! ...
Puis, se tournant vers la baronne :
- Dites, madame, voulez-vous? Je vous
assure que j'éprom·erais un très réel bonheur
à passer près de vous quelques instants,
chaque jour.
Madame de Fonspeyrat était stupéfaite. Du
temps où eJle était jeune, bien portanle et
valide, jamais on ne lui avait ainsi parlé. Nul
n'avait jamais manifesté le désir de la connaître et de la fréquenter. El voilà que vieiJle,
infirme, triste, el maussade sans doute, il se
trouve qu'une fille aimable el jeune d~sire la
visiter et la distraire de son mieux. La surprise qu'elle en éprouvait était grande. Elle
l'exprima.
- Pour une étrange aventure, c'est une
étrange aventure!... s'écria-t-elle presque
gaiement.
Et, s'adressant à Katerine .
- Mademoiselle, je vous remercie de votre
intention. Oui, vous èles sensible et bonne,
je le comprends .... Mais, en ,·érilé, je ne
saurais accepter ... Vous ne me connaissez
point et. ...
- Je vous connaîtrai, madame, dit vivement Katerine, émue et souriante.
- ... Et quand vous m'aurez me assidument, vous aurez peut-être grand regret
d'avoir quitté pour moi, ne fùt-ce qu'une
heure, l'aimable compagnie de la comtesse.
Je ne suis pas toujours commode, à ce que
l'on dit. Je uis emportée, violente, j'ai la
langue leste el le verbe haut.-... On assure
que je ne puis supporter la conlradiction ....
Et puis, à de certains jours, je suis triste,
très triste .... Quoique je ne me laisse pas
aller jusqu'à la faiblesse des lârmes ....
- Peut-être a"ez-vous tort, madame, dit
Katerine avec une respectueuse fermeté.
L'am.ertume du chagrin se dissout dans les
larmes et on n'en garde plus que la sévère
douceur ... ,
- Vous avez donc Lien souffert, mademoiselle Jenny'/ dit madame de Fonspeyral avec
quelque ironie. A votre âge, pourtant, car

JIJJŒS D'AUT1('E'F01S

vous êtes jeune, n'est-ce pas? on ignore d'habitude le goût des larmes.
- Elle est orpheline, dit vITemenlmadame
ùe Pu1rateau qui intervint pour sauver l'embarras de Katerine.
Elle changea de ton, se fit aimable et gaie
en disant :
- Voyons, il faut conclure. Baronne, ma
pelile amie se présentera chez vous, demain,
dans l'après-dinée. Vous causerez en tête à
tête. Et puis, quand je J'irai quérir, un peu
avant souper, vous m'en direz des nouvelles!... Ne me remerciez pas.... Tout le
plaiür est pour Jenny .... N'est-ce pas, mon
enfant? ...
La jeune fille acquiesça d'enthousiasme.
Confondue, la baronne fit la ré1·érence. On
'la lui rendit. On se quitta.
Oui, elle était confondue, madame de
FonspeJral. La main à l'épaule de Louison,
elle rcvenaiL au château. Elle comprenait que
le soleil descendait sur l'horizon, car elle
frissonnait. Elle fit presser le pas à la petile.
Elle avait hâte de retrouver la bonne chaleur
de son foyer et aussi de meure quelque ordre
dans les pensées qui lui venaient en foule.
Aulreiou:, c'était en s'activant à travers la
maison qu'elle songeait au passé et rêvait de
l'avenir. Maintenant, pour eet objet, il lui
fallait du calme, du silence, d~ la solitude et
aussi de la chaleur, sa profonde bergère et
ses coussins pour la reposer. Alors elle se
ressaisissait et méditait à son aise.
« Vraiment, se dit-elle pour commencer,
voilà une jeune personne intéressante à connaitre et qui doit être curieuse par se discours .... »

Vlll
- Ma petite, avait dit Madame de Puyrateau à Katerine, le plus fort est fait. Vous
voilà dans la place. Tout dépend de ,•ous à
présent. JI faut que lorsque Martial reviendra ....
- Oh! madame, je n'ose y penser! dit
Katerine si troublée que ses yeux se mouillaient.
- Laissez .... laissez ... , Oui, quand il
reviendra, il faut qu'il vous troUYe auprès de
madame de Fonspeyrat, la promenant à votre
bras, ou causant avec elle, dans lïnlimité de
la chambre .... Vorez-vous ce tableau? Il vous
apercevra de loin: Puis il pensera : &lt;I Qui
donc est là, près de ma mère? Une personne
élrangère?... une jeune fille .... Ah!. .. une
étrangère'/ ... &gt;&gt; Il soupirera, songeant à vous,
et se dira : « Que n'est-ce ma bien-aimée
h:alerine ! 1i 11 se rapprochera. Votre tournure éveillera des souvenirs plus précis ....
cc Mais .... mais .... serait-ce possible! ... estce que je rêve? » Il ·'a,·ancera encore. Vous
tournerez la tète. Il vous verra tout à fait. Il
poussera un cri el tombera à vos genoux. Que
ce sera joli, ce revoir, ma toute belle! Il me
semble que j'y suis 1. .. »
L'impétueuse comtesse laissait ainsi trotter
ses aimables inventions. Katerine, pensive,
souriait doucement. Elle n'osait rien imagi-

ner. Elle se laissait emporter au gré de la
Providence. Sa foi, sa confiance en Dieu el'pliquaient tout, justifiaient tout. Il n'arriverait
rien que de bon et de juste. JI lui suffisait de
faire son devoir de chrétienne et de fiancée

L'un après l'a11lrt, les cachets furent trisés. D'tm
coup J'œ/1 hàlif, les mai11s tremNantes, !lfartial
parcourut ch.1q11e Lettre. (Page 282 .J

constante. Le reste était aux mains du Seigneur.
- Oui, eonlinuait Ja comtesse, il faut
qu'un jour madame de Fonspeyrat dise à son
fils : &lt;c Je ne peux plus me passer d'elle ».
Alors Martial profitera de ces dispositions el
lui raconlera ....
- Non! non!. .. N'en dites pas davantage, disait Kalerine en Toilant son Yisage
derrière ses mains .... Cc serait trop beau ....
Votre imagination ,ous égare .... Si je peux
faire quelque Lien à la mère de blartial, mon
cœur s'en réjouira. Pour l'instant, je ne puis
songer à autre chose. Dieu tient l'avenir dans
sa main fermée : n'essayons pas de l'entr'ouvrir.
Vive et attendrie, Mme de Puyrateau se
jeta sur Kalerine et la serra dans ses bras.
Pui·, dans le langage mignard dont elle usait
parfois :
- Mon cœur, dit-elle, vous êtes un amour ....
Il _faut que je vous baise deux fois pour ces
belles paroles.
Le lendemain, toutes les deux se rendirent
à Fonspe) rat. Madame de Pu1rateau arait eu
trop grande envie d'assister à la première
arrivée de Katerine chez son ancienne ennemie. Elle n'avait pu rési ter. Elle venait.
Cette ayenlure qu'elle trom'ait romanesque la
passionnait. Légère d'esprit comme à quinze
ans, elle y mellait tout ce qui lui restait de
chaleur et de vivacité d'esprit.
.Pour Katerine, celte épreuye lui causa une
émotion qui dépassait en violence tout ce
qu'elle avait éprouvé jmquïci. Lorsque, de

loin, elle aperçut les poirrières de Fonspeyrat, elle ressentit une forle agitation intérieure, qu'elle ne trahit point au dehor •. Son
cœur battait. Ses mains étaient froides. Que
de mal lui était venu de celle maison! ... Et
aussi que de douces joies plus anciennes!
Elle se disail :
- Que de fois l\lartial a couru vers moi,
sur celle route, emporté par le galop de son
cheval!... Dans ces bois, il a promené sa
rêverie, el j'étais l'objet de ses rèves .... Voici
le portail de la grande cour ... il l'a franchi,
certain jour, désespéré .... El depuis .... Voici
la maison .... Voici le seuil .... 0 Dieu! bénis
le premier pas de ta pauvre servante en celle
demeure! Donne-lui le pomoir d'y répandre
quelque douceur et par ainsi de mériter, pour
elle et pour celui qu'elle auend, la divine
protection !
Elle entra. Son trouble s'accroissait. Où
qu ·elle portât les yeux, elle wyait Martial ....
- Mademoiselle, disait la baronne, ,ou
êtes, je le vois, une fille sérieuse, car rous
tenez votre parole.... Je vous attendais ....
Quel temps fait-il?
Elle parlait sec, aucunement affable. Il
semblait que la nuit passée eùt été fàcheuse
à son caractère ou que le sommeil l'eût mal
conseillée. Peut-être avait-elle quelque repentir de son attitude de la veille. Peut-être se
reprochait-elle d'avoir été trop aimable pour
une fille inconnùe el qui, très probablement,
n'était pas de qualité .... Le vrai, c'est qu'elle
cachait maladroitement son dépit de n'èLre
pas seule avec la jeune fille.
Katerine remarqua sa froideur et n'en fut
pas troublée. Elle s'attendait à tout. ... Elle
pensait à Martial.
La ,'isite fut courte el insignifiante. On se
dit à demain.
Toute la soirée, r11adame de Fonspeyrat fut
d'une humeur exécrable. La présence de la
comtesse l'avait dépitée. Elle avait encore
sur le cœur l'histoire de l'héritage et ne pardonnait pas ce qu'elle appelait une captation.
Le lendemain, Katerine fut exacte.
Cette fois, les heures parurent courtes à la
baronne.
A partir de ce jour, sa vie s'orienta tout
entière sur ce point : la visite de mademoic;clle Jenny.
Mademoiselle Jenny arrivait. C'était comme
un peu de lumière dans les yeux sans regard
de la baronne. C'Mait une douce gaieté dans
sa vie jusque-là morose. C'était quelque chose
d'inconnu et de très doux qui s'insinuait dans
son cœur.
Ah! comme les temps étaient changés! ...
Comme elle était loin l'époque des col~res,
des Yiolences et des cris! Où était-elle celle
Franço_ise-Agnès emportée, injurieuse, tempêtant et criant lorsque que]qu 'un ou quelque
chose lui résistait 7 La maladie, la caducité
ne flétrissent pas seulement les corps, même
les plu&lt;i vigoureux; elles ont raison des volontés les plus fortes el les plus audacieuses.
Elles désagrègent les âmes peu à peu, comme
les corps. On meurt plusieurs fois a,•aat qui'
de mourir.

�filSTOR.1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
Pourtant madame de Fonspeyrat n'en était
pas encore venue jusqu'aux confidences qui,
à de certains moments, lui brûlaient les
lèvres. Le jour était proche où elle s'y abandonnerait.

IX
Le domestique de Lasescure frappa un fort
coup à la porte du cabinet où se trouvait le
notaire, puis il ouvrit !
- Yonsieur, dit-il en patois, il } a là un
homme qui voudrait vous parler.
- Qui?
- Je ne sais pas .... C'est un homme que
je u· ai jamais tant rn qu'aujourd'hui.. .. [l
doit être arri,é par la malle, qui vient de
passer.
- C'est bon. Mets-le dans la salle et jelle
un fagot au feu. J'y vais.
Maître Lasescure était soucieux. li rangeait
des papiers el sans doute pensait 11 ceux dont
il les tenait, car c'étaient des testaments. Il
venait de lire celui qu'il avait écrit le dimanche précédent, à Fonspeyrat, sous la dictée de la baronne, en présence de son collègue
de Rillac. Madame de Fonspeyrat, qui n'avait
nul besoin de faire un testament, puisqu'elle
avait des héritiers naturels, avait insisté pour
laisser par écrit ses dernières volontés. Et
Lasescure avait dû rédiger de longues pages
oit elle traçait à son fils et à sa fille leurs tuLurs devoirs en tant que propriétaires terriens
et descendants d'une antique el noble famille. Minutieusement, elle indiquait ce qu'ils
auraient à faire cc quand le roy serait là »,
comment ils se mettraient bien en cour, et
comment ils devraient employer leurs revenus
pour le plus grand profit du nom et de la
descendance. Elle s'adressait surtout à son
fils, lui renouvelant ses ordres et défenses
quant au mariage qu'il aurait loisir de faire
Lôt ou Lard, mais, de préférence, assez promptement el dès son retour. Ellesoubaitait qu'il
s'alliât à telle ou telle famille qu'elle lui
nommait et où il y avait des héritières capables de rehausser l'éclat des Fonspeyrat par
leur fortune et leur origine.
Le notaire avait présenté quelques observations :
- Voyez, madame, que l'expression de
ce différents désirs peut jeter un grand
trouble dans l'esprit de vos enfant~, spécialement de votre fils, lequel est à présent un
homme fait el qui, par suite, doil a,·oir ses
préférences .... Il serait sage - je crois de laisser quelque liberté morale à nos enfants
quand ils sont en âge d'user de la leur et ne
leur point faire ordre ou défense par delà le
tombeau ....
- La responsabilité des pères et des
mères se continue &lt;c par delà le tombeau »,
comme vous dites, maître Lasescure. Quoique
je ne sois plus là, je veux, entendez-vous
bien, je veux être toujours quelqu'un par les
souvenirs que je laisse et par ma volonté
encore présente. Si mes enfants y contre,iennent.. .. Mais non, ils respecteront mes désirs
ou seront maudits de Dieu.

Et Lasescure avait écrit. La baronne avait périgourdin, sonore el pittoresque. li se serait
signé. Son testament était là.
volontiers attendri à écouter ces phrases banaLe notaire ayant replacé les papiers dans les, pleines d'une saveur naïve.
un tiroir qu'il ferma à clé, se leva, rajusta
- Oui, Lasescure, c'est moi .... Yous ne
sa cra'Vate, prisa copieusement et passa dans m'attendiez pas, mon brave ami?
la salle.
- Non, monsieur le baron .. . c'est-à-dire
La porte étant restée ouverte, il aperçut si, je 'Vous attendais ... ou tout au moins un
de loin le visiteur qui l'attendait. C'était un mot de vous me disant où vous adr1•sser ... .
homme jPune et d'allure militaire. Il semblait Car j'ai reçu pour veus un tas de lellres fort
fatigué. Ses cheveux bouclés étaient ramenés anciennes, dont je ne savais que faire et qne
en désordre sur son front et ses tempes. Un j"aurais bien voulu vous expédier ....
manteau de voyage l'enveloppait de plis nom- Donnez, donnez, dit Martial vivement.
breux. Il aYait jeté son vaste chapeau sur une
Dans un vieux coffre scellé au mur de son
chaise et se tenait debout devant la cheminée, cabinet, le notaire alla cheri:her un paquet
tournant le dos à la flamme, les mains en ficelé qu'il tendit à Martial. Le jeune homme
arrière pour les chauffer. Au lieu de tout . rompit les nœuds fragiles qui retenaient les
examiner curieu'sement autour de lui, comme lettres. Elles tombèrent, frémissantes, sur le
le font d'ordinaire ceux qui pénètrent pour la plancher, Martial pensa avec amertume :
première fois dans une maison, il tenait sa
- Hélas! ... Peut-être mon espoir va-t-il
tête inclinée sur sa poitrine, regardait à terre, tomber comme elles!
ou, plutôt, ne semblait rien voir.
L'un après l'autre, les cachets furent briQuand il perçut un bruit de pas, il leva les sés. D'un coup d'œil hâtif, les mains tremyeux. Vivement, il marcha vers le notaire, les blantes, ~larlial parcourut chaque lettre.
mains tendues.
C'étaient les calmes et chastes elTusions
- Ah!. .. mon cher Lasescure!. ..
d'amour de Katerine. Il sait où la trouver
- Mais ... je ....
maintenant. Il ira vers elle bientôt... oui,
on, ,·raiment, le notaire ne connaissait bientôt. Le voyage, quelque long qu'il puisse
pas ce~ homme dont le ,isage maigre et brun, être, ne l'effrayera pas .... Oui, il ne fera que
traversé d'une balafre, disait la fatigue et toucher barre à VerLbis et, dans deux jours,
l'anxiété.
il repartira .... Ob I revoir Katerine 1. ..
Pourtant il fil un effort de mémoire. 11
Il chercha la dernière lettre et regarda la
regarda le visiteur attentivement. Puis, comme date.
écrasé de surprise, il s'écria :
Son cœur se serra : 1802.... Deux ans!...
- Oh!. .. Mais c'est le baron Martial 1. .. Que d'événements ont pu bouleverser ou tout
Oh ! monsieur de Fonspeyrat !...
au moins changer la vie de Kalerine ... el son
- Mais, oui, mais oui.... C'est moi. cœur!. ..
Changé? ... Pas beau~ ... Maigre?... Noir? ...
L'espérance, qui tout à l'heure brillait
Ah! c'est qu'il en a vu de toutes sortes, le ardente el vive dans l'âme de Martial, s'éteibaron Martial, mon pau 1-re Lasescure !
gnit. Le sourire mouru l sur ses lèvres. Et il se
- Oh ! que je suis content!. .. Que je suis remémora les années passées ....
heureux, monsieur le baron'. ...
Maintenant, il était assis devant ce foyer
Et Lasescure, plus ému qu'il ne le voulait amical, près de ce bon vieux qui n'était ni son
paraître, pressait et quittait tour à tour les égal ni un de ses proches, dans cette salle qui
mains du jeune homme et répétait :
n'était pas son chez-lui. Malgré l'amitié el la
- Que je suis content!. .. Que je suis heu- déférence dont Lasescure l'entourait, il se
reux 1. ..
sentait seul, horriblement seul dans son proPuis, tout à coup, changeant de Lou :
pre pays, plus seul qu'il ne l'avait été en nul
- Mais vous descendez de la malle, sans autre endroit du monde où les hasards milidoute? .. . Et vous avez besoin de vous restau- taires l'avaient conduit. ...
rer? Quelque chose de .... Un bon ,in chaud,
Lasescure respectait son silence, regardait
hein ·7 ... A. vec une rôtie?... C'est ça qui vous le îeu, prenait el posait les pincettes, tisonremet un homme, surtout quand il fait froid. nait, toussait, de l'air de quelqu'un qui you- Va pour le vin chaud el la rôtie! ... drait bien parler et qui n'ose pas.
Bien volontiers.
Son àme fruste de brave homme était
- Gascon l ..• Gascou ! ... cria Lasescure à péniblement impressionnée par la tenue méson domestique. Dépècbe-Loi de faire une di Lalive de ce jeune homme, dont la gaieté
bonne rôtie aYec du vin bouché pour mon- légère était tombée soudain, comme la Damsieur le baron.
bée de sarments qui, tout à l'heure, s'élevait

Le domestique parut. Le notaire répéta on
ordre et ajouta :
- C'est monsieur le baron, mon drôle ....
Tu ne le reconnais pas ?
- Ma foi, non.
- A.lions, va-t'en, tu n'es qu'une bête! ...
Fais vitanent la rôtie .... Et, tu sais? du vin
bouché!
Ce dialogue, qui se faisait en patois, ravissait Martial. Il s'était bien gardé de l'interrompre, car il jouissait d'entendre le langage

dans l'àlre
Pour le tirer de sa mélancolie, il heurta
comme par maladresse le bol de vin chaud
que Gascou a"ait déposé sur un guéridon tout
proche. La cuiller d'argent tinta dans la porcelaine. Les regards de Martial allèrent au
guéridon. La vue de la collation changea, en
effet, le cours de sa rêverie.
- Causons, dit-il à Lasescure aYec effort.
Ou plutôt, causez pendant que je vais me restaurer. Ensuite, ce sera à mon tour de parler.

,,

_____________________________

}l;,œs D'AUT](EF01S

~

Mais, se reprenant, et soudain adouci :
Martial demeurait dans son silence doulou- Interrogez-moi, monsieur le baron, dit
- Pardonnez-moi, mon bon Lasescure,
reux
et
méditatif.
le notaire avec déférence.
car,
vraiment, j'ai beaucoup de peine.
Il
fallait
bien
cependant
lui
parler
de
l'héri- )fa mère '!.. .
Encore des minutes et des minutes se pas- Votre mère .... Elle est très péniblement tage. C'était le rôle et le devoir de maitre Lasèrent. Martial se plongeait dans ses souveatteinte... très gravement.... D'abord, sa sescure.
nirs. Il se rappelait l'adieu de ~I. de la MouMonsieur
de
la
Mouraine
a
pensé
à
vous,
Yue .. .. La cataracte ... .
raine, le don qu'il lui avait fait au départ el
monsieur
le
baron,
dit-il,
son
testament
- Grand Dieu! .. .
la
manière dont il lui a,·ait remis le précieux
porte
..
..
- Oui. Voilà deux ans qu'elle en était
.
petit
livre qui, depuis, ne l'avait pas quitté.
- C'est bon, maître Lasescure, répondit
menacée .... Mais depuis six mois ... oui ... six
Il
se
dit
que ce serait honorer très directement
mois, à peu près, c'est fini... bien fini ... . Martial d'une ,•oix tranchante, c'est bon, nous
la
mémoire
du marquis que de lire de plus
en
reparlerons.
Pour
l'instant,
laissez-moi
à
Maysonnave dit qu'elle n'est pas opérable .. . .
près
et
plus
souvent encore ce Montaigne que
mes
pensées,
je
vous
en
prie.
Le.
reste
m'imCe n'est pas tout.. ..
le marquis estimait enlTe tous, et de s'appli- Quoi donc, encore'!.. . dit Martial avec porte peu ...
tristesse.
- Elle s'est beaucoup affaiblie, ces derniers temps .... Elle a le cœur malade, très
probablement, mais elle refuse de se laisser
ausculter. ~laisonnave a diagnostiqué de
l'anasarque, qui est une manière d'hydropisie .... ~lais elle est surtout très faible et son
esprit a con idérablement baissé.
La tète penchée, Martial écoutait et gardait
le silence. Enfin, il soupira et dit :
- Qui la soigne? Qui la garde?
- La Mïon et une petite drôle qu'elle a
prise pour la conduire à trayers la maison et
'
'
au dehors. llajsonnave et moi nous !'allons
voir presque tous les dimanches. n paraît que
chaque jour aussi la demoiselle de compagnie
. . . . . . ...._:r~- l ~• .,._ ___,_. _ _.
de madame de Puyrateau la vient visiter,
causer avec elle el lui faire la lecture. Votre
mère l'a prise en amitié, et. ...
- Mais, ma sœur? ... N'a-t-elle pas ma
sœur? ...
- Votre sœur est mariée, monsieur le
baron .... llariée à un vieillard, le marquis de
Bellombre ....
- Est-ce possible! ... s'écria Martial.
Il se leva, comme saisi d'indignation :
- Je suis sûr que rnilà encore une des
bonnes œuvres de madame de Fonspeyral,
dit-il avec une amère ironie .... Pauvre fille 1•••
Pauvre Lucelte !. ..
li songeait à Florian, revoyait le visage
heureux de Lucetle quand elle parlait du chevalier et devinait, d'un seul coup, les combats
qu'elle avait dù soutenir avant d'en arriver à
renoncer à son rêve.
- Allons, fit-il pour conclure, notre sort
à tons les deux est quasi pareil.. .. Et mon
oncle?...
- Monsieur de la Mouraine est décédé
après avoir langui plus d'une année.
- Oh! ... fit Martial d'une rnix étouffée et
avec un douloureux accent.
Il porta la main à son cœur. Ses jambes
défaillaient. Ils' assit. La tête dans ses mains,
il pleura.
Lasescure entendait avec émotion le bruit
de ses sanglots réprimés et courts. Ainsi , ce
jeune homme qui avait paru presque insensible en lisant les lettres de la femme aimée,
en apprenant le misérable état de sa mère et
l'odieux mariage de sa sœur, ce jeune homme
s'attendrissait jusqu'aux larmes quand on lui
révélait la mort d'un ,ieillard passablement M:zrti.a.l s·assit. La tète J..ms ses mafos, il pleura . Lasescure mlmdait .1vec emolio11 le bruit de ses sa.nglots
égoïste et mauvais chrétien. C'était 11 n'y rien
reprîmes et courts. Ainsi, ce jeune hom111e qui avo1il p.v-11 rresque inseirsit&gt;le e11 lisant les !ellres ae la
fe mme aimée en appre,10111 te misérable Illat de sa. mère el l'odieux mariage de sa sœur, ce Jeune homme
corn prendre. Le bon I,asescure en était pénis·.1tte11drissaÛ jusqu aux larmes quand on lui rèvèlait la 7!10rl d'un vieillard passablement egctisle el 111011 11:iis cltréllen .... (Page 285.)
•
blement impressionné.

l J(~ -. -~-- ,~\'1

�1f1STORJ.ll-----------------------'fUer toajour· da,·antage à le mieux entendre.
Il amhitionna de devenir pbilo.opbe et ami de
la implicité comme l'était jadis )1. de la
~fouraine, et il souhaita que ce fût là le plus
sûr héritage qu'il eût à tenir de son parent.
Au dehors, une âpre !,i.e courait dans 13
rue Da se. Elle fouettait les vitres de la salle
où le deux hommes se tenaient. Elle sifnait
·ous le. porte· en s'insinuant dan. la mai.on
mal close. )fartial s'interrogeait. Où irait-il à
présent? ...
- ll fait froid, mon ieur le Laron. el le
jour bai e, dit La escure. Ne seriez-mus pa
aise de n'avoir point à sorlir aujourd'hui, cl
n'acCfpteriez-vou pai- l'hospitalité pro,·i-oirc:... oh ! provisoire... que je pui · ,·ous
olîrir'! Je dis provisoire, monsieur le baron,
car il faut bien tf ue je ,·ous informe du legs
qui ,·ou· a été fait : la ~louraine e~t à mu ,
en totalité, et •telle qu'elle se trournit au
momeul du décès de mon ieur le marquis,
mire oncle ....
llartial de,·int fort p:ile. Il était trè · ému.
Toutcfoi ce fut l'alîaire d'un instant. \'ile remis, il lendit la mainà Lase cure el la lui . erra dan. un mouvement d'amicale sympathiè.
- Paul're notaire! fit-il, comme je boulcver~c ,otre vie! .. Eh IJien. allon, à 13 Mouraine, dit-il en .e levant.
- ~on, moo.ieur li~ baron, re ne serait
pas raisonnable. Souffrrz que je YOU re!ienne
ici cc soir. \'ou. pa.serci la nuit dans un bon
lit. dans une ch3mbre bien chauffée, après
avoir conforlabll'ment soupé. Demain je ferai
prévenir madame de Pu)ratcau, pour qu'elle
me remette le~ clefs d11nt elle 3 l:t glrde, el
YOus entrerez chez YOU •••.•
- Chez moi! ... dit llartial a\'ec un m,!laocolique sourire .... Eh bien, oui, mon cher
La. escure, · j'acrcptc, l, la condition que ,·ous
me donnerez toute \'Otrc ~oirée pour écouler
ma longue odys ée ...
- Oui, dit le notaire en risquant une
innocente plaisanterie, mus êles U11sse el
vous avez échappé aux ._irènes ....
- 'lais héla,-.! répondit ~far11al, il n'y a
point ici de Pénélope qui m'attende ....
Le nol3ire nYail jeté au feu une bras ce dè
sarment· . La flamme jailli. sait claire, vhe.
La chaleur 'accroissait. ~Jartial ôta son
manteau cl Lasescure aperçut à la boutonnière de . on habit un bout de ruban rouge•,
une décoration 11uïl n'ay3it encore rue à
personne dans le pays.
X

Le soir, ce (1ue Martial racontait à La escure c'étaient quelques pa1res de la grande
épopée consulaire. C'étaient les marches à
tra\·ers la France, le dé ordre du recrutement, la bravoure des .oldats, leur foi ,ibrante en le Premier Con ul. C'était l'expédition d'Italie. C'était Marengo, où ble é
ù'uo coup de sabre au ,isa"e, emporté par
on cheval, jeté à terre, piétiné, Martial fut
ramassé, le lendemain, au milieu des mort
et de. blessés. Il dit comment il fut transporté à l'hùpital de Plaisance, parmi cinrJ

cents Français, couchés dcax par deux, mou- avec tout cela que le plus hnmLle des ciranL de faim ou de pourriture. Lui, côte à toyen. aide, - bêtement, oui, bêtement, cote avec on cadavre, faible, insensible, ne à faire un Empire. ,, Yoilà.
pensait plus, ne savait plu oi où il était ni
Il se leva.
d'où il venait.
- Et là-de us, mon Lon La ·cscurc, alLa ,olonté de ,in-e el la force de la jeu- lons nous coucher. Demain il n'y aura plus
nesse le tirèrent de là. li quitta Plaisance, ici ni soldat ni légionnaire, mais un simple
errant à la rêcherche de . on régiment. a philu.ophe qui, à l'exemple de mon ieur de
!iles 'Ure au "isarre, mal pansée, le fai ·:ril la Mou~aine, viHa et mourra dans son chvtcruellement souffrir. Il avait pu conserver soi. ...
quelque argent ur lui, cc qui lui évitait de
Er, intérieurement, il ajouta :
mendier. Mais l'inquiélude le prenait à ,oir
- Après avoir retromé celle qu'il aime.
s'épuiser sa résene. Il trouve des trainards
romme lui, fait route avec eux. La camaraXI
derie fait relleurir a gaieté. Mais à Venise.
où il s'égare, on àme se trouble el il redcPendant que ~l:lrlial dormait dan la mai,ienl tri te.
son du notairt&gt;, Oumarou cllait un chevàl et.
Ensuite, ce fut l'Allemagne, l'armée du liride aL3ttue, galopait ur la roule de YerHhiu 011 il e rengagea, . ow le ordres de thi . Il allait chercher May onnave.
Lrclerc et de Moreau. Ses chefs le distinAu milieu de la nuit, la baronne avait élé
gucn 1. La bal:ifre de on l'i sage Jes intrigue : pri e d'un grand étoulli!menl suivi de sincopc.
&lt;1 Quoi! disent-il~, :.impie sergent? » Et fo
La )fion, le dome tique et Loui.on 'étaient
rnilà officier.
cmpressrs. Mais leur ignorance était affolée.
On marchait ver Hohenlinden. Qui::llc Ils avaien l u. é une bouteille de ,inai!!re et
journéLd Il y a\·ail lii. contre le .\utrichien • une carafe d'eau à bassiner, a_perger, l3mGroucl,y, Ledcrc, Droue!, llichrpame, D - ponner le visage, le front, les mains de la
caen. Et quels soldais I Tous des hél'os.
malade. Elle demeurait inerte.
Martial s'attache à la fortune de Leclerc
Il· l'avaient crue morte. Déjà la petite
qui, après Hohenlinden, le fait capitaine. Il Loui on pous ait des cri. el récitait a prière
reçoit un sabre d'honneur. Avec ce général, el la ~lîon commençait à avoir peur. Mais à
il va à Saint-Domingue, J'aide à capturer peine Dumarou en chemin, la ùaroune avait
Tous aint-Louverture, et ne rentre en France remué el dit faiblement :
qu'après la mort de Leclerc.
- Mademoi elle Jenny ... .
Le voici à Paris, cbaroé de remettre au
- Oui, madame, oui ... touL de ·uitc ...•
Premier Consul la dernière letlre du général,
r~pondil la ervante. On ira la querir bienson beau-frère.
tôt. .. quand il y aura une pointe de jour ....
Yoici les félicilalioos, les grades, la croix Tanl fine soit-elle, on ira ....
de la Lé,,ion d'honneur ....
- Ah! dit la baronne, il ne fait pa
- Mais, ajouta .\larlial, tout cela n'était jour? ...
rien. Cc qui me manquait, cc que je voulais,
- Non, madame.... Prenez patience
c'était ....
tant ,eulement un petit peu ....
Il tcndi l le bras ,·er la fenêtre baignée
La Llronne e tut. liais tout à coup :
d'omhre, désignant du doigt la petite ,,me
- Vite ... vite, ... dit-elle.
endormie dan le ilencc nocturne.
La Mïon ne répondit pas. Alors, tout ba ,
- Oui, il me fallait rcrnir tout cela .... madame de Fon peyrat .e mil à parler de
Ah! La. escure, mon ami, si vous saviez façon incohérente et si peu articulée qu'on
comme je suis bien Périgourdin! ...
ne la pouvait comprendre. Parfois une phrase,
- ... Et puis, continua-t-il, que d'illu- un mot étaient plus nets. Et on entendait :
sions j'ai perdue !... 8onap3rte'!... La Li- Deux aunes de siamoise .... Oui, c'e:..l
berté? Qu'est-ce donc à présent?... Nous pour le baron .... On metlra des !ioulons en
sommes en mar J 804. On con. pire contre écaille incrustée d'or ....
le futur empereur. Georges, Pichearu, le duc
Ain'i des souYenirs lui re\·enaicnl de on
d'~:nghien sont surveillés et ne tarderont pas temps de marchande, alors qu'elle habitait à
à être pris .... Ce qu'on en fera? ...
Paris la rue Saint-Denis.
li fil le geste d'épauler un fusil.
D'autres fois elle criait :
- C'est sommaire. Tuer, c'est à pré ent
- Mon fils! ... Je le veux! ...
la politique du futur empereur.
Ou encore:
- Ob! empereur! ... dit Lascscure, pas si
•- Elle est marquise ... oui, oui ....
,ite que ça 1
Mai le plus souvent elle prenait un accent
- Mon bon Lasescure, quand on a vu douloureux pour dire :
comme moi la cour, car c'est une vraie
- Je voudrais ... je voudrais ....
cour, du Premier Consul, le luxe des cosEt elle n'achevait pa .
tumes, la pompe des fêtes et des cérémonies,
- Oui, madame, répétait la l\Iïon a,•ec
la toilette des femmes dont il s'entoure et douceur, oui, on les fera ,·enir, ils ,iendronl
l'enthou iasme fou du peuple de Paris el la tou .... Et ,·ous serez guérie, pauvre dame ....
serYililé du Sénat, on ne doute plus .... Te- Allon ... repo ez-,ou, ....
nez, regardez-moi .... Voyez celte cicatrice ....
Le Limbre fêlé de la pendule au son gr~le
Yoyei ma 'laideur .... oupçoonez ma tristes e, comme 13 \'OÎ1 d'une ,·ieille femme e mit à
de~inez mon dl:goùt et dites-vou : &lt;1 C'est sonner. La b:ironne frémit un peu :

}l.M1;5 D'J\11T1('EF01S - ~

- Quelle heure?.. . dit-elle.
Et, avant que la llïon eùL répooJu, elle
ajouta ;
- Il arrivera trop tard.
- Qui, madame1 ... demanda naïvement
la scnante.
lladame de Fonspeyrat ne répondit pas. La
liïon pen a qu'elle ongeait au médecin.
Dumarou parut. Il ne ramenait pas Maysonnave, car le lieux docteur était absent
depuis l:i veille, appelé en consultation par
un colli·gue. 11 s'était adres é à un autre médecin, nouvellement établi ;1 \'erthi , el qui,
tilein de zèle, était accouru.
C'était un élè,·e de Pinel. Il s'appelait Hyacinthe Plantier. On le disait habile cl un peu
extravagant, quoique bon chrétien. Il $e poS3it en p ychiàtre. Il as urait que la plupart
de no· maladie provienneut de notre élal
mental; que ce n'est point le corps, mai·
l'âme, &lt;jlli est en eau e dcYant le hon médedn. En con·équcncc, le praticien devait agir
sur l'e prit avant que de rnéùicamenter le
rorp ·. La guéritiOII corporelle suhrait tout
naturellt•ment quand l'àme serait fortifiée. Il
soutefiait encore que l'âcreté du sang ou ,a
111 .11/11, .iprls la ,•tlllèt /rmtbrt, dtux f'tliles ornlwu St glisshtnl, éfturàs tl e111'it11us, ,fans /3 chamfort
pauYreté, 11ue le humeur trop abondante:- , \11mor/11.ifrt
1111 fnst:mt .if'a,,Jonnée. f:'élafrnl 7.élla tt L,,uis,111. la fillt ,tu rn.iq11fs tl I.J ft/1/t ta1·nn11t.
ou trop rares, que la pléthore, l'agitation et
(Page ~fi;'-l
la lièvre n'ont d'autre eau e que les préoccupations e.xces. ives, lrop de peine· ou trop
de la ,,je nouvelle ans y faire oh tacle. Oeaude plai~ir ·, trop de jouissances de l'esprit ou
Il ajouta :
u médecin est un confesseur. On dit coup de mi ère. phssiquc: et de soufl'raoce.!s
des sens, trop de hru ·ques mouvements de
la ensibilité. Peu de gen le comprenaient. cela couramment, cependonl qu'on ne foit morale, , eraient ép:irgnées aux ,·ieillards s'ils
• point entrer cette maxime dans la pratique .... s'appliquaient à reconnaître l'instant où il·
Dcaucoup .e mOlfU3ient de lui.
(luand il pénélr3 daru la chamhrc, la ba- Et c;'jl vous plai:ait de m'ou-.:rir ,·otre âme, doivent mettre lia les arme el ~c coofintr
dans la paix .... Oui, se tenir en paix, quand
vous pourriez être assurée ....
ronne dit :
on vidllit, et spécialement quand oo e t une
- Qui e~t là? ...
Elle l'interrompit.
persoune du . exe, c'est un précepte de sant1\
D'une voix ha.se, mai~ f1:rme, die dit :
Car elle avait distingué le pa d'un étranger.
physique et morale.
- Non. llerci.
11 e nomma. Alor~ elle eut un Lei saisi~llai · madame de Fon. peyrat ne l'écoutait
Pl:mlier
n
'in~ista
pas.
Il
continua
eulemenl
semenl qu'elle tomba derechef en s1ncope.
Le médl'cin lui fit emelopper le dos et le~ de déYelopper sa thèse. Avec abondance, plus . . laintenant son esprit ,'embrumait. Des
jambe dan un va ·te et fort inapisme et en douceur et naïrnté, il dit une foule d'autres forme· indistinctes surgis.aient dans a méattendit patiemment l'effet, qui se produisit chosrs qui étaient plutôt d'un philosophe que moire. C'étaient peut-être des gens qu'elle
d'un médecin. Encore faible, madame de avait connu . Elle leur prètait la voix du métel qu'il l'avait e péré.
Quand il la jugea bien re,·enue à elle, il ~e Fon peyrat l'écoulait complaisamment. Elle decin et s'élonn3il qu'ils parlassent de mème
et pus,enl dire pareille.\&gt; choses.
mit à lui parler avec tanl de douceur el d'une pen ail :
En uile elle eut un moment où elle reprit
« Ce médecin e t extraordinaire. Il dit vrai.
voix si pénétrante qu'elle parut aYoir plaisir
Oui, c·e t depui. la mort de Pomerol et de- si bien po· e.sion de oi que le médeciu la
:1 l'écouter tout un long moment.
puis que je n'ai plus per. onne à gui me con- quilla plt'ÎD d'e~péraoce en la guérison.
li lui disait :
Le jour pointait.
- Ce n'e·t rien, madame la baronne, rien lier que je souffre tant. 1&gt;
Katerine arriva.
Elle ,onaeait au si à on fils. Ce médecin
qu'un trop vif émoi, ou encore une pensée
Elle regard3 la baronne avec épom•aote.
pénible qui, étant plus forte que Yous, a eu a\'ait, dao la ,·oix, des intonation , qui le lui
raison de wtre sensibilité.... Peut-èlre ne rappelaient. Parfoi il lui prenait les mains Quoi! un si grand changement en quelqne,
vou · êtes-von jamais comaincue de celle l'une après l'autre, les frottant pour activer heures!... La ~fort avait frôlé madame de
Fonspeirat. Elle avait louché son visage et
idée que l'u~urc de notre corp- ne e fait la circulation ..\u rontact de ces doigts agile
point par nos membres, mais par nolre cer- et chauds, elle pensait à la main de Martial .... l'avait lilêmi. Elle avait convulsé .a bouche.
\·eau. ~o. charrrin · sont romme ce esprih Uh ! que ne la tenait-elle ùans la sienne, Elle avait ereu ·é l'orbite des ,eux et l'avait
entour.; d'un cercle bleu:ltre. EÏ!e avait abattu
']U'on retient dans de· Oacons olidement comme celle-ci!
- Oui, diL-elle tout à coup, en se répon- les paupières, pincé le3 narines, meurlri el
bouché et qui font éclater le verre 'ils subissent une trop forte élévation de tempéra- dant ù elle-mème, oui, j'ai beaucoup souf- ,·iolaré la chair du cou et de, mains.
!.';ime de la jeune fille 'élança ,·ers Dieu.
ture ou un choc violent. Qu'on débouche le fert. ...
Elle
lui cria la suprême invocation du PsalVous
avez
trop
ouffcrt,
madamt&gt;,
et
llacon, il perdent toute ll'ur force cl s'éYaporent ·ans rien lai scr d'eux-mèmc .... Dites trop longtemps, répondit avec douceur le miste : &lt;1 U Seigneur! Viens à son aide! ...
m. peine à quelqu'un, vou le faites s'th·a- médecin. Peul-être, comme cela 'arriYe sou- llâte-toi de la ecourir ! ... »
- C'est vous, mademoiselle Jenn1? ... murporer. Gardez-les en vous, elles vou pressent vent aux personnes d'âge, n'avez-vous pu
de toutes parts, votre cer\'eau ·en emplit, vou ré igner à vieillir, j'entends à recon- mura la baronne.
- Oui, m:idame.
naitre av~ .agei-se que, n'étant plu accomvotre cœur s'en gonfle et vous re entez le!
- Approchez-vous ... là ... tout près .... [I
douleur~ les plu. étranges et les plus cruel- modée pour le temps présent, le mieux était
de ne point lutter et de laisser couler le ilot faut que je vous parle .... Le médecin l'a
les ....
.... 285 ...

�'----------------------------

111ST0'/{1Jt
dit.. •. li le raut, pour que je ,·h·e ••.. Je veux
,iue .... Je ne veux pas mourir •... Je ,·eux
attmdre .•.• C'est un "rand poids que j'ai là ...
et qui me rend malade. Écoulez .... Je va.i
l'ôter ....
Elle s'ar~êta et reprit haleinu. Quelque
chose d'anxieux el de lointain pa" a dan· ses
prunelle. avea3le!-i. Elle dit :
- tademoi ·elle Jenny'?
- ladame?
- \'ou· sarez ce CJUe c'e l que le· brouilles ... les querelle de famille ?...
- ... Oui... madame ... , r '•pondit a,·ec
hé~italion la jeune fille.
Madame de Fonspeyrnl promenait ses mai.n,
tour à tour sur son lit el dan. le nde. Elle
cherfhait la m:iin de Katerine. L'ayant trou,·éc, elle la aisit, la serra faiblement el dit :
are,H"ou ce que c'e tque ouflrir?
- Oui ... 111:idame ....
- ... Que souffrir par l'absence d'un être
qu'on aime... qu'on aime... beaucoup ...
trop? ...
Katerine pâlit et crut défaillir. Ule raidit
. a volonté. Elle répondit:
- ••• l)ui. .. madame....
-- .\lor~ om comprendrez. J'aui~ ... j"ai ...
j'avai un fil .... Je l'aime .... Il est loin ... .
Je ne ,ai_ où .... Parti .... Il m'a quillée .. .
fou .•. terrible ... varce que .•..
- Yadame 1... madame 1... Je vous en
prie... je vou en supplie, ... dit Katerine
houlever ée, ne parlez pas dara.nla 11e.... Vou
,·ous a"Îlez trop à remu r de someuir ·
cruels .... \"ou êtes lrup faible pour ....
- ,'on ..• non ... lai sez .... Il le faut. ...
Le médecin l'a dit •... Je veu1 vine .... Je
veux èlre encore là quand ... quand mon fils
reviendra .... El quand le ro .... sera rerlacé ....
Elle n'acheva pas a phrase el reprit :a
confidence au point où elle l'avait interrompue:
- ... Oui ... parti ... pnrce qne .... Pour
rien .... Une sotie avcnlurt• .... De l'amour ...
une amourette ... pour une lille qui. ...
- A·se1!. .. as.ez! .•. madana !... supplia
Kalerin .
, a voi était déchirante. La Laronne :-enlit
que K.aterioe . oulîrait. Elle 'arrèla :
- Yos main. tremblent, dit-elle.
- J'ai froid .... L"air îrais du matin ....
Vutr • \'OU tremble aussi. Yous êtes
émue, mademoiselle Jenny? ... Et vou ne
savoi pa tout!... Le croiriez-,·ou ?. .. C'e L
moi qui ail tout défait. .. tout brisé... tout
rompu .... J'ai forcé ces gen- ... œs AIL:os ...
à 11uiller le pay ....
- Ah! ...
Ce cri jaillit tragiqu~ et violent de la gorge
de Katerioe. Elle arracha a main d'entre le.
m3Îns de la baronne et e rejeta en arrière.
L'horreur la . aisit. Elle pen. a : « Je vais fair
celle femme! » \faL, aus-ilôt, uni' lumière
intérieure l"éclaira. Elle ,;1
propre conscience el o.us.i on amour. El elJe se dit :
a Pour mon Dieu el pour fartial ! , Et elle
ne partit pa .
- Qu'avez-,·ou , mademoi elle Jenny'/
disait la baronne. Pourquoi -rotre main m'a-

t-elle quittée~... ne,·enez pr~i- dll moi ....
\'ou, me faites tant de bien ...• Von. êtes
bonne ....
Katcrine eut la force de ~e rapprocher.
Elle tileva encore son àme ,•ers Dieu, source
de courage. Et elle plaça. à nou,·eau sa main
dan celle de son ennemie.
- Il le fallait ... continua la malade. Celle
fille n'était pa. noble .... Nous non de,ons à
notre nom el à notre roy .... Elle était huguenote, quaj païenne et mépri. ait notre aintc
reli,;ïon. Elle était étrangère et paune. li
fallait en finir. J'ai réU$sÏ. ... Dite , mademoiselle Jenn_, est-ce que j'ai mal fait L.
Kalerine pensa :
« 0 Dieu!... Aie pitié de ma mi.ère.
Envoie-moi ton esprit! D
Au lieu de crier :
ft Oui, mus avez mal fait 1... Oui, vou
ête., une criminelle! 11
Elle dit, très simplement :
- Dieu seul peul vou juger. Lui ,eul
connait le fond des cœurs et pèse le ju te ët
l'inju,te.
- Dien :enl. .. dit la Laronne.
Elle se remer--a u r .e oreiller el demeura
immobile. Pui· ses yeux e convul èrent et
elle eut une autre yncope qui dura peu.
mai. la lai ·sa plu, faible et plus th-ide enrore ,
lndame de PUI rateau arriva. Ln baronne.
ayant reconnu
voix, détourna la tète et
dit :
- ·on ... non ... pa elle .... Jamais ....
lême aux confin, de la mort, elle ne désarmait p:i!!.
L., comtes e s'en revint :iux Hoches, mai
elle envoya un exprè à Pont vieux. puur pr 1Yenir madame de llellomhre quu. dans les
emliarra. du moment, on u-ail oubli~•.
\ladame de Fon,pe)rat bai sait de plus eo
plu .
Pré\'enu par le docteur Plantier, le cur !
Yarteau 'était mis en route pour le château.
Il se pré enta.
1:11 reconnu par la baronne dool l s e,prits
s'égaraient, il put lui parler sans qu'elle
l'appelât traitre ou rcné"al. comme elle le
faisait qnand elle s'entretenait de lui :1,·ec
quelqu'un; car elle ne pou \·ait lui pardonner
d'avoir adhéré au Concordat et d'être payé
par la République. li causa quelque instant
en ·ecret uec elle el lui remit es péchés.
Par in ..tant , elle .e croiait avec Pomerol et
parlait, comme autrcfoi , de on fils el de sa
fille par de ons-enlendu~ que ~fart.eau ne
pom-ait pénétrt!r. Il exprima le re!!rel de
n'uoir pa apporté O\CC lui l ointe huiles
et assura qu'il allait ri::venir spécialement pour
donner à madame de Fo~pejral le dernier
.acrement .
Ce propo rendit un éclair de ,igueur à la
baronne qui, a\'ec une fermeté inattendue,
répondit :
- :;\on .... Je n'en suis pa encore là.
Le curé llarleau n'in.i ta pas. Il se retira.
- Peu après, la baronne .e lrou\-a plus forte.
Elle demanda La e. cnre. Elle voulait lui
parler. On courut à Yerthi le chercher.
A tout instant, elle disail :

s;

... 286 ...

- .lademoiselle ,lenn,1 ... Où ête -vous~ ...

~e me quittez pa .. . : llonnez-moi ,·otre
main .... Comme vou~ ètes bonne el douce!
Charitable et patiente, K:iltrine approchait .
Elle rc tait là, debout près de la moribonde,
comptant 1 , Lallemcnt· du pool qui, d'l1 ure
en heure, 'allàiblL..ait. Tantôt elle priait.
Tantôt elle pen. ait à artial.
- J'ai oit! dit la mourante.
\ta.i., Mjà, ~a gor"e contractée refu ait ce
qu'on lui pré ntait. Elle haletait.
Alors la jeune fille lui humect:iil doucement
les lèfre:., mettant un peu de fraîcheur dan.
la Louche 11ui .se des échait. Et la mourante
lui . errait plu étroitement la main comme
pour lui dire : « ,1erci ! »

XII
. oudain, la ·ubtilité de son ouïe révéla à
madame de Fonspe}rat un bruit de pa qui
glis,aienl dan~ le corridor. Une ,·oix bas~e
dit, près de la porte, un mol que Katerine,
penchée .sur la mourante. n'entendit point.
CeUl!-ci .e dressa, hagarde :
- Yon 61 · I•.• cri a-t-elle ourdement.
l\aterine crut à nne hallucination. Elle ,e
pencha davaotarre et es aJa de la calmer par
de douce paroi .
- C'e ·t lui! ... je l'entends ... c'est lui! ...
répéta la mère d"une voix rauque el douloureuse.
Et llarlial enlra.
Tout d'abord, dan le demi-jour de 13
chambre, il ne vît rien que la masse du lit,
la blancheur de drap., le ,i age convul é de
ln mourante. Il cria :
- Mn mère! ...
Et, prè d'elle, il tomba à genou.1..
Cne force inconnue souleva madame de
Fon~reirat ur es oreiller :
- )lartial... mon fil ... c'c·l ,·ou, .. ..
Lerez-rous .... Venez .... Là... plus prè ... .
Yotre front ... vo cbe,·eux ... rn main ... .
0 mon fil~! ... mon fil ! ...
Le mnin tremblante cl tlélrie. de la
mère tr]i~,aienl ur la tête de .on fil parmi
les boucles de c · cheveu , touchaient ses
beaux )·eux, uivaient l'arête fine du nez, la
courbe d • joues et du menton, frôlaient la
bouche. Elles re,·iorcnl comme inqaièl&lt;'S et
palpèrent la cicatrice, pui~ elles retomhl-rent,
inertes.
fieux larme· roulèrent .ur le jou Je la
mourante.
Elle murmurait :
- )Ion fils .... Mon fil .... Mon fils ....
A.lor Kaleriue, au ..~i p,ile que la moribonde,
se montra. larLial, qui était re té ahimé sur
le \Î,a.,.e de sa mère, se dressa. Et. oudain,
se Ienx ayant rencontré ceux de Kalerine, il
pou~ un cri éloulîé :
-Oh!. ..
La jeune 6Ue lui impo. a silence. d'un nest '·
Alor · ~lartial. égaré entre la douleur et la
joie, sans pouroir comprendre ni interroger,
an réfie1ioo, ·ans parole, fa aisit dans c
bras et anglota éperdument ur l'épaule de
a fiancée.

Ils demeurèrent aiu~i un lon3 moment,
noyés dan. 1~ flot de leur émotion. lL ne
parl~ient pa:. Que ,e .eraient-ils dit? Leurs
à.Jnes e confondaient dan, la douleur et la
joi tant était amère et tcndr • cette ,·olupté
du rernir.
- Martial! ... dit la m re, comme dan un
souffl '·
fartial .e pencha ver, elle :
- .Youhlicz rien .... )loi .... 1,,. ro, ....
c· t Di ·n ... qui ju~e.... EUe a dit uai.:.. li
faut .... li faut. ... Elle ne put ache,·er. En elle. un râl :e
lem, monta et sëpandit ~ l'ento;1r. l,'agonie
e mmcnçait.
Le· paysanne~ dei- enriron , préwnue. par
1 servante, élllient réunie~ dans la cuisine.
Elles parlaient beaucoup, quoique à ,oix
ba ~e, en lricotant. •. Ion l'usage, elle étaient
venue pour assister la mouraute, 'Ïl 1~tait
Lc·oin.
QuomJ e firent entendre le..~ sourds "rondement d la Tic qui s'échappe, elle~ pénétrèrent dao.- la chambre d'a"onie. Ran!!éc
autour du lit, elle commencèrent à gémir et
pleurer. La lion décrocha le crucifix qui
dominait Je lit. Elle lo po a ,ur la poitrin de
l', gonLante. t'nc femme plaça. ur une table
le bénitier arec n rameau d bui , taudi:
que la ~1ïon allait chercher au fond d'une
armoire un cicr"c bénit, jaune et demi-u:.é.
qu'on avait coutume d'allumer par les tcwp
d'ora"i:. Elle le dre a aupr'&gt; du bénitier el
en 6t jaillir une 0amme courte el racillante,
tdle une âme qui va quitter le corp~.
Le femm continuaient de pleurer. Leur
larmes "lis-3ient, rare. rt froides, ~ur leur
faces hmu' et ridée . Parfois, elles dLaienl:
a Hélas! mon Dieu 1 11 arnc co.lme et san,
conrirtion.
Une d'elles proposa ;
- Il faudrait dire les litani de la bonn
mort.
Eli · regardèrènl le nue: le au tr • ..••
Qui les i,mait par cœur"/ ... Qui les .aurait
dire n françaL?... Car le prièr •·, c ont
dl!~ paroles t1ui ne ~out pas lionnes eu
patoi ....
La !lion propo,a :
- Il ,· a econde, l'ancienne erYante de
notre dtif~nt curé, qui e:.t en cc moment tout
près, à Tre1fo11t. chez ~a nore .•.. Ulc .sait lire,
die .......ï on allait la qucrir'! .•.
Oa l alla.
(llluslnitions dt

Jl.MES D'AUTJtëFOJS _ . , .

.,eoonde arri\·a, lamèntalJle, encapuchonParfois, un brer S3aglot frémbsail dan· la
ntc, portant à deux m:iins un !!l'O' livre noir "Or"e de Martial.
qui res emblait à un bré,iaire.
Il murmurait :
Et, toul de • uitc, aprh aroir • uffisamment
- Oui, eigneur ! Pitié, pitié pour cil
"~mi et pleuré, elle s"a 1•nouilla. AYec ardeur
El Katerine. dont l'àme était pleine deet foi, elle lut dan ·on ,·ieu1 lhre le. au~lnes parole du Line, di ·ait i:n :on cœur :
litanie· de la mort chrétienne. La . \'érité de
a Délirre-la elon taju lice.... i~ ~a force
sa ,·oix, la dureté de :on accent campagnard et son refugu !. . . n
1 · rendaient teITible,. :
Pr 11ue inaperçue, taut ell fut silencien e,
- &lt;' 0 han ,fe'.~11s! je 1°011s recommandP la Mort 'arrêta prè de l'an-oni~ante. Elle fit
ma drniièrr 1,eure. et t'e qui doit la ,uirre! ... •"éranuuir .ans bruit le dernier ~ouflle de ~a
» ... Quand mes lèt•1•ri.; (,·oitle~ el tl'em- ,·ie. Un efü dit l'baleine légère du nouYcau-né
b/ante 111·011ancero11t po11r lu dt&gt;r11ih-r. foi. 11ui s'endort.
l'Oire. adorable nom:
Le~ remme· interrompirent leur mélopée
D •• Quand · me~ chei·e11.1· trempà ;,e
et e r tpandirent en noun!aux ~mi emcnt,.
suem· emblel'm1t s'élever sur ma /!te et P:lle ri troublé, "artial e pencha sur ~a
m'a11nonceru11lmade ·truc lion procltaiue .... mère.
- Miséricordi •u Jésus, a}e7. pitié de moi!
Pieusement, il Lai. a le· che\'eux cullé,
répondaient les femme:.
au front par la .ne.or de l'arronie. ,hcc re:;- o ... Quand mon i111a9iuatio11, O!Jiree
pcct, il lui ferma le y ux. ._ïlencieux, il
de. fanldme ·ombres rl ef1h,yants me p/011- 11uitta la chambre. pendant que J, femme"
!/ern dans des fl•isle~se, 111ortrlles ....
préparaient la dernière toilette de la morte.
- lti~iSril'ordicux Jésus, a~c.t pititl de moi!
disail'nt les femme,.
fadame de Ilellomhre arriva le ~oir. 1~11•
De tcmp en temp , econde . 'arrêtait . amenait anc elle a petite Zélia, 11u'cll ne
Elle r ·prenait haleine. Et, dans lie trhe 11uillait jamais. Le rheH1lier l'accorupa"nait.
de parole., dan. ce . ilenœ recueilli, le r:llc
En pénétrant Jans h mai,on silen :eu e,
de la mourante pa sait plus fort et déchi- elle comprit que tout était fini, ,~un :'lmc en
rant.
fut tri tement affectée. Et comme, dans le
lmmobil ·, muets, serrés l'un contre l'au- 111èmc temp~. ~lartial parut tout !i coup
tre en un coin d • la chambre, .\lartial et devant elle, elle re~·nt un tel coup ,rpt'cllci
Knterine étaient fio-' · dan, la tupeur et tomba en p;iwoi.:.on.
l'effroi. Rêvaient-il ~ ... Était-ce un atroce
On oublia la défunlc et on 'empre sa
cauchemar?,.. El pour1ant, quelqu.e cho.c autour d' ell,:. Elle reprit •
ens. Alur. le
mqrrnurait en eu · u·ec douceur et tendresse, · frère et la sœur s'étreignirent san. pou,oir
queJque cho~e 1p1i e ·entait libéré de · e
parler, tant leur émoi était violent.
chain s, Et ils pre~ niaient que, derrière cet
Pui , simplement. mai non -,ao quelque
appareil d mort, il y uait pour eu la vie maje:.té.)lartial, étaul allé chercher Katerine,
et le bonheur de vh·re.
b pr :,enta à madame de Bellombrc :
.,econde p3rlait encore. Maintenant, elle
- Lucelle, dit-il, ,·oki ,otrc !(Œur.
di.ait :
- • ... Quaml 111011 esprit, trouble 1Iar
Au matin, apr'&gt; la ,·eillée funèbre, deux
la 1•11e de mes iniquité,; et pn 1· ln c,·aùite petite ombre e glis,èrent, épeurée et
de t:0/11: justice, lutlera coutre /'anye ,Je curieu • dan~ la chambre mortuaire, un
ti'nè/J,·n:
in tant abandonnée. C'étaient Zélia et !,oui» ... Q11a11J le. ,lemie.r~ soupir de mM . on, la fillo du marqui.- l'l la petite pa) ,anne.
mm,· pte.. rto11t mn,1 ame ile. MJrti,· de 111011 En jupon court el pied~ nu , elle venai nt.
l'Ol'jlll:
furliw , con idérer la \'Îeille mère-grand.
,, ... Quand j' a11rai perdu /'11.~a9e de mt"
Timide:., elle!'. ,oule,frenl le ride.'lu 11ui
. e11.~ et q111• le mnmlr 1foparalfra pou,· ,oi!ait la fon,1tre d'où nai il une lueur
moi ....
l,lafarJe. Leur mains nahes et pleine· d' A ch.t11uc oraison, li.: même cri de ràce pérance cha èrent la nuit. Et l'aube d'un
~b~:
C
jour nouve.,u éclair.1 le ,·i,a&lt;&gt;' de la morte et
- li. érioorJieux Jé~u., a ·ez pitié de moi! le~ reste~ du pa é.
11

s

0

CONIWI,

Loum: CIIASTEAU
FIN

�_ _ 1f1ST0~1.Jr _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____.

•

U'.\'E \OCE SOUS LE DIRECTOIRE.
Tablca11 de GEORGES C AI:-i.

���</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 38, Junio 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Comte Fleury</name>
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        <name>Docteur Cabanés</name>
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        <name>Paul Gaulot</name>
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                    <text>~:::::::::=============::::::::::~~~~==~~.~

111STO'J?.,1A
né:. par l'incendie. On devra il les laisser là,
\'Oisines ont retrouvé leur mouvement, leur
toujours, en plein cœur de Paris, comme une caractère, leur allure ordinaires. Je m'arrête
éternelle leçon, en témoignage de aos fautes, et regarde curieusemenl, pendant cinq mide nos diEcordes, de nos folies.
nutes, un opticien de la rue du Yieux-ColomA l'intérieur, les grandes charpentes brù- bier qui, avec infiniment de calme, est en
lent et fument encore. Tout autour de la train de refail'e sa monf,.e; il range méthoplace, de grandes barricades effondrées, é,,cn- diquemenl ses lorgnelles, ses lunettes, ses
trées. Une clôture de planches entourait l'Rô- binocles et ses microscopes; sa femme lui
Lel de Ville; sur uoe de ces planches se trou- donne des conseils; il sort de sa boutique
,ait une aiûche trouée et rongée par le fou. pour vofr fe/fel, du dehors, sur le trottoir.
C'est la dernière proclamation de la Com- Et l'incendie fail rage à cent mètres de là,
mune, elle porte le 11" ::iU5 .... Trois cent &lt;Jua- et l'on entend distinctement des coups de
tre-vingt-quinze proclamations ea deux mois! canon du côté de la Ilastille.
La Commune au.c soltlalM de J'e1'Sailles.
Dans celte course rapide à travers Paris,
F1·ère~. l' hetLre du grand combat des peuples au milieu de ces ruines el de ces incendies,
cont1·e leurs oppresseurs est arrivée. l'faban- pendant que l'on rn bal encore StU' les hautlonneZ, pa~ la cause des travailleurs, etc., etc. teurs du P~re-Lachaise, ce qui m'a certaineA.,,ec des soins infinis, - rien u'arrèle un ment le plus étonné, c'est celle reprise immécollectionneur, - je réussis à détacher celle diate de la vie dans cette grande fourmi lière
aflîche, et je l'emporte, en sou'l'enir de cette humaine. Derrière les troupes de Ver ailles
tl'agique promenade. Nous reprenons notre victori~uses, la vie ressortait soudainement
course; nous traversons le Pont-Neuf, et nous d'entre les panls. Oui, ce sont bien des
tombons, au carrefour de la Croix-Bouge, fourmis, quittant leurs trous, el recherchant,
sur un vaste incendie; c'est un immense ma- et retrouvant, après ce grand bouleversegasin de nouveautés l{Ui Oambe à grand feu ment, leurs petits chemins el leurs petites
depuis quarante-huit !Jeures. Et, tout près de habitudes d'autrefois.
là, les magasins sont ouçerts, les passants
Nous nous remettons en marche; nous suinombreux, actifs, remuanLs, affairés, ayanl vons la ligne des quais, et, respirant une
repris l'allure alcrle du Parisien; les rues odeur âcre qui nous prend à la gorge, nous

défilons, à partir du Pont-Royal, entre une
véritable haie dïncendies : incendie des Tuileries, incendie de la rue du Bac, incendie
de la Caisse des dépôts et consignations, incendie du conseil d'État, incendie du palais
de la grande chancellerie de la Légion d'honneur. La besogne, de ce côté, a été faite en
conscience el par des gens entendus .
J'ai vu, depuis dix mois, bien des choses
extraordinaires, mais rien de plus étrange,
de plus fantastique, que ce que j'ai vu là,
tout à l'heure, de mes deux yeux .... Entre le
pool Royal et le pont de la Concorde, des pêcheurs à la ligne - ils étaient douze, je les
ai comptés - étaient installés bien tranquillement, ne s'occupant, en aucune manière,
de ce qui se passait au-dessus de leurs tètes,
le rPgard fixé sur les petits bouchons qui frétillaient au bout de leurs lignes et profitant
de tous ce déEastres pour pêcher en temps

LE

"LisEz-Moi" u1s10R1QuE

JWOliibé.

Nous remontons en voilure au pont de la
Concorde; nous trouvons au Point-du-Jou r
un char à bancs qui, en une heure et demie,
nous ramène à Versailles. Quelle journée! Ce
soir, en me déshabillant, je entais encore
flotter autour de moi, comme une odeur de
fumée, de soufre et de feu resLée dans mes
vêlements.

LUDOVIC HALEVY.

MA DEMOISELLE DUCLOS
Tableau de LARGILUÈRE. (:'ilusée Condé, Chantilly.)

�LIBRAIRIE ILLUSTRÉE· -

JULES

TALLANDIER, ÉDITEUR. -

75, rue Dareau, PARIS (XIVe arrt).

37e fascicule

Sommaire du

(5

Juin 1011) .

REINES DE THÉATRE
PAUL DE MORA. . . . .

GÉNÉRAL llE .l\lARBOT . .
FRÉDÉRIC i\lASSON . . . .

de l'Académie fran ça ise
Luo ovrc HALÉVY .
LOUTS BATIFFUL . .

G.

LENOTRE . . .

M'"• DU

HAUSSET .

Reines de théâtre : Mademoiselle Duclos
et Adrienne Lecouvreur . . . . . . . . . . 193
Mémoires . . . · · .. · · . · · · · · · · · 19;,
Les comptes d'une grande dame en 1738 . . 201

. Notes et Souvenirs . .

. .. . .. . . . . . . 200

I) u cLo~ . . . . . . .
DE PARUŒLLAs',

P.

J\1°"

2q

OE CAYLUS .
JEAN P ouJO UUT
C IIAM l'O RT . • . .
LO UISE CtUSTEA U .

l ~O

T. G. . . . . . .

. Un mariage royal: Louis Xlll et Anne d'Au-

triche . . . . . .. . . . . . .
La citoyenne Villirouët . . .
La comtesse d'Egmont .

HENR Y R oUJON . . . . .

.:I.e l'Acadé mie fra11 ç,11se

20 ~

La femme de Greuze . . . . . . . . . . . .

2 2,

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET E STAMl'ES DE :

TIRÉ E EN CAMAÏEU :

ALAux, AUBERT, BEAUME, BERTHAULT, BRUNELLIÈRE, CONRAD, CR ISPIN DE P AS ,
FONTAINE, G IRAR D o ' Ü RLÊANS, GREUZE, j. -B. MALLET, 1'-:lAUR IN, .l\l Ol&lt;EA U LE
JEUNE, PR1EUR, RAl' FET, ROBfllA , F.-G. S c mnoT. I SRAEL SILVESTRE , TnOllAS,

r.:

MADEMOISELLE Dt.:CLOS
Tab leau de

VELAZQUEZ.

(Af11sée Condé, Cha11 ti//y.

L ARGILL IÈRF .

Copyright by Tallandier 1910.

Ba vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 139 du 10 juin 1911

ED l TIOf-1S J ULtES
Pi:;1&lt;rs -

T Altll.A.N DIE~

75 , Rue Dareau, 75 . -

P~l(IS

MADAME CORENTlNE
ROMA:-.

par RENÉ BAZIN , de l'Acadé111 ic .fra11çaise.
JEAN RICHEPL\', de l',\ cadémi~ françai s e. Le r ève. - AN!)R~: TljEURlET . Le
ma noir. - J oL&amp;S l{ENARD. La la nterne s_ou! de : _L e Pecheur J la llj!II ~; Le
Monstre . - MAURICE ttARHES, de l'Académie Jran ça1se. _L_e s_e cret my st érieux.
-ANDRÉ LI CHTEi BERGER . Le petit r oi. - Hi,:NRI sc:co::,; n.1:,a chanson de
l'arbre - J\l!c11EL PROVINS . Le s ilence. - LfON Dl E KX. Ma tin. - ANATOLE
FRANèE, de l'Académie français~. Le jardin d'Epicur~. - PA UL BûURÇiET,
de l'Académie fran ca ise. L 'év enta.il de d~ntelle . - _LFON ,VAL.\ .!)E, Nuit de
Pa ris - L ac; i&amp;N 1\lU ll LFELD . L'ass ociee. - RE Nf- l\!AIZEH.O'i . Fleurs de
tilleui . - ALPHONSE: DAU DET , L 'Arl és ienne. - Jl. ENRl HE i !', A~ fon~ de l_a
mer . - ALBf-RT J\I ERAT. Un clai,r de lun e. - i\lA URt CE OQ;\NA \ , de 1Academie fran çaise . L'Affranchi e, comedie en troi s actes .

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. Les débuts d'une souveraine . . . . . . . . .
. Les théâtres des cours allemandes au bon
vieux temps . . . . . . . . . . . . . .
223
. La marquise d'Heudicourt . . . . ..
. Le roi Oiannino . . . . . . . . . . .
Anecdotes . . . . .. . . . .. . . . .
. Ames d'autrefois . . . . . . . . . . . .
Les confidences de Lucil,e Desmoulins .

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cc Si, - comme l'a exprimé de façon nelle
étroitement liée à l'histoire de noire pa)'S. Pour la Clairon, &amp;file Raucourt, Mlle Duchesnois el
et originale .M. Paul Hervieu, - entre les la bien connaître, cette histoire, depuis les Mlle George.
créations du roi qui a bâti Versailles, l'on origines jusqu'à nos jours, il faut lire le très
A propos de Mlle Duclos, M. Loliée nous
venait à chercher laquelle demeure encore bel ouvraite I où M. Frédéric Loliée l'a retracée dit ce qu'étaient, du côté féminin, lorsqu'elle
vivante et alerte parmi sPs traditions, et peu- avec autant de charme et d'esprit que de so- débuta, le personnel et le ton pour les rôles
plée d'expressi\·es physionomies, et ne discon- lide érudition. Quml à nous, nou voulons tragiques : « La tendre Champmeslé contitinuant pas de bruire dan~ un fourmillement ici tout modestement naus borner à étudier, nuait de bercer fes fidèles aux sons de sa déd'émois et d'intérêts, d'hommages et de riva- dans leur "ie et dans l'inlluence qu'elle
clamation chanlée .... Mlle fiai in, si attrayanle
lités, trouverait-on aulre cho e que la Comé- eurent uccessivement sur le répertoire de la à regarder dans l'épanouissement de ses chardie-Française? Elle s'est présentée au monde Maison, deux de ses sociétaires d'antrefois : mes, usait au service littéraire de Campistron
en -y portant la lourde perruque du xm• siè- Marie-Anne de Châteauneuf, dite Duclos, et les dernières heures de liberté que lui laiscle; et, après avoir su se poudrer comme pas Adrienne Lecouvreur, Ce sont deux représen- saient encore le grand dauphin et sa protection
une sous Louis XV, elle a réussi à garder sa tantes de cette admirable lignée de tragé- obsédante. Mlle Desmares, au printemps de a
tête pendant la Terreur. L'incendie de &amp;losrnu, diennes qui commence à la Beaucbâteau pour renommée, montrera bientôt qu'elle n'a rien
qui allait gagner toule la consperdu des leçons de sa tante [la
truction de l't-mpire napoléonien,
t.:bampmeslé). l'interprète consnn'a été pour 1a Comédie-Française
crée des héroïnes de Racine. Marirque les flambeaux sur lesquels se
Anne de Châteauneuf. la célèbre
renouvt-la.it son pacte fondamenDuclos, !'Ariane plantureuse dont
tal.. .. ll
le pinceau de Largillière nous lé!rua
Aujourd ' ,h ui, comme hier,
l'image peu tragique, va à son tpu r
comme. naguère. comme jadis, et
relever la tradition du d~bit caen dépit de· événements, des convoldencé des alexandrins, dont une
ions sociale•, d'une catastrophe
conception mal entendue du soleninoubliée qui fut comme l'inju~te
nel et du pomveux fil triompher
rançon de sa prospérité, la Comél'usage Elle avait débuté le 27 ocdie-Française reste fidèle aux tratobre- :l605. Les rang de la Co'roditions qui ont fait sa gloire el sa
pagnie s'ouvrirent pour lui faire
force. Mais, plus prèle que jamais
place. Avec de beaux éclats, un Lon
à se laisser pénétrer par l'esprit
majestueux et imposant qui supde son temp , elle trouve dans la
pléait en elle à ce qui lui manpart que bravement elle prend aux
quait du côté de l'intdligence et
luttes de la pensée contemporaine
de l'émotion, elle dominera, suune verdeur san œs.e renaissante,
perbe, acclamée, triomphante, ju un perpétuel rajt-unissement. li en
qu'à l'avènement d'Adrienne Lerésulte que, parfois, elle est tercouvreur. J&gt;
rain de rencontre pour d'ardents
Donc, pendant un bon quart de
adversaires, et que ses soirées tusiècle, Mlle Duclos imposa au pumultueuses ont des échos qui se
blic - qui ne emLlait d'aille~rs
répercutent violt-mment au d.tbors.
pas disposé à s'en plaindre, faute,
Là encore, d'ailleurs, le présent
sans doute, d'al"oir eu la révélarappelle un pa~sé où, plus ou
Lion d'un art plus naturel et plu
moins pas~ionnées et bruyanles.
imprégné de ,·ér1Lé - celte dicles échaulfourées ne man4uèrenl
tion chantante, rythmée à l'excès,
point, el du Mariage de Figa,·o
qu'elle mettait toutduis au service
à Heniani, à Thermidor et au
d'une véhémence de entiment,
Foyer, on n'en est plus à dénomd'une puissance dramatique, par
brer les petites ou grandes batailles
lesquelles elle sut s'égaler aux plus
dont les illustres planches de la
grandes tragédiennes de tous les
&amp;lai on de :Uulière furent le théàtre.
c ucht Glraadon.
temps . .&amp;lais, à l'imitation de cerA vrai dire, l'histoire de Ja Comédie-Fran- finir à Sarah Bernhardt, à Julia Barlet, à laines de ses aînées et donnant elle-mème un
çaise - « institution d'État » dont le Roi Mme Weber, en passant par la Champmeslé, exemple qui ful et sera toujours trop docileSoleil el Napoléon, à cent trente-deux ans
ment uivi, elle attendit près de vingt année
1. la Comédie-Française : Hi&amp;tou·c de la Ma ison
d'inter\'alle, ~e complurent à organiser l'exisde ,'1olière de lli58 à HlO'i, par ~'rédéric Loliêc. encore avant de se résigner à prendre sa retence jusque dans les moindres d~tails - est (Lucien LaH!ur, éditeur.)
traite. ll est vrai que, toute vieillie qu'elle fût

V. -

HtSTORU . -

F'asc. 3ï

�,,__ 1f1ST0~1A
elle avait presque le d roiL rle se croire apte à ex- parce que, dan une épo,1ue de relàcbemrnl
primer sur la cène le · ardeur, de l'amour et 1~ et dt? ceptici. me, elle-mèmt: crut à l'amour, d'ailleurs inutile. Le. prodiges de bravoure
tourment de la jalousie, car, œ · sentiments- à Ja générosité, au dé\·ouement, au acrifice. du mart.:Cbal de axe n'eurent en cffrt pour
là, unjPune mari dont die eùt pu ètrt• l'aïeule Aucune actrice ne fut moin affectée que celle ré! ultat, après une campa 0 ne d'une année.
le lui faisait cruellement éprouver. Ille !lu- femme upérieure. Elle avait accompli la ré- qu'un é&lt;;hec total.
Mais, au r ·tour du ùrillanl ,-oldal, Adrienne
r.los, en effet, ·'était pa ~ionnément épri ·e, volution du naturel, au théâtre, bien avant
à plu de cim1uante-cinq an , du fils d'un de que le xvm si~•cle, avec Diderot l'i Jean- (,ecourreur d1·vaiL se voir t1prement di puler
l'amour de l'homme pour qui elle :. 'était i
ses c.1marade. , et a1ail commi. la folie d'épou- Jaques, eùt mis la nature à la mode. 11
0 énéreu cmeul dé,·outfe .
El c'e t au1 cirser ret adole ·cent. Le tardif roman conjugal
r endant treize ans, éclip,ant Mlle Duclo , consLanecs, reslées my~lérieuses en partie,
de . farie-Aone de Cbù•eauneuf', auquel un qui devait e · dernier , uccès à l'e pèce de
procès en séparation eniL d'épilo6ue, ridi- fidélité que lé puhlic de Paris a Loujour . u de cette rivalité amoureuse, que la lra éculisa et allri, ta la fin d'une carrière qui n'eût monlrer, en sou,·enir des btiaux . oir · passés, dienne doil de paraitre encore aujourd'hui,
guère connu que de.s Lriomµbe:, i elle ne à ses grands arli ·tes ril'illi . Adrienne Lecou- comme héroïne, gr-lce au dr:ime dl! riù • el
~·était prolongée au delà de limite que ile- vreur marcha de triomphes en triomphe,. Lc,..ou\·é, ur l'affiche du tbéàlre où elle a,
vrait impo~er la nature et fixer la rai ·on. Chacun de ' rcile~ était pour elle une occa- corume artiste, lais ·étant de beaux et dura hie.,
~Ille Duclo · o'en reste pas moin ·; dan l'his- ~ion de nou,·elles mation . Mai , à l'encontre souvenir .•
Le mar~cbal de "axe, aux mérites éclalan~
toire de la Comédie-Françai e, comme la der- de ' a rivale, elle ne devait pai. alteindre l'àJ?e
el
di,·er ' qu'il réunissait, ne se piquait a unière représentante d'un ~tyle tragique au- de la déaépitude. Et, pour ai10er, elJc n'aHil
rément
pas de joindre celui d'être fidèll!, et
jourd'hui condamné, mai au si comme l'une pas allcndu l'heure où, i,.i l'on aime encore,
de .i.rtistes qui ont contrilrné, depuis deux on ne peut plw; gu~re e pérer d'être aimé. la rcconnai sance mèmc qu'il ëprouvail pour
ièclcs el demi, à a urer l'uni,ersel .renom, 11 Adrienne Lecouvreur, a érrit d'elle un Adrienne ne emhle pas avoir pu uflire à le
la gloire inconte tée du premier Lbéàlre du ancien administrateur de la Comédie-Fran- protéger ellic.,ccment contre l'a. saut de coquellerie et d'arnnce · que lui livraient, en
monde.
çaise, Ar~t'oe Hou~:aye, n pa é sa vie à aimer:
a qualité de héro, a\·t&lt;ré, le· p]u · capiteu e
Avec Adrienne Lecouneur, une diction el du comédien Legrand au cbe,alier de Rohan,
une lradilion nou 1·dl · fai aient à la ComédiP- du chevalier de Rohan au poète Voltaire, du dames de la cour. Parmi elles, il en était
française leur entrée. La tra 0 édienne, lor - poète Voltaire à lord PeterLorou~b, de lord une, Françobe de Lorraine, duch · -~e de
qu'elle l' déùata en i 7J7. a,·ait iin"l- ,pt Peterborough au maréchal de aie; san · Douillon, 11ui, soit que le maréchal réd làl à
es éduction , soit, au contraire, qu'elle ne
an . Elle était dans la pleine maturité de .on compter celui qui fut le père de .a premiùre
e résignàt pa à partager awc l'actrire le
talent, tout l'éclat de sa beauté. ,, Le nom fille, ~ans parler de celui qui fut le père de
d'.\drienne Lecouvreur, célèbre par e pa. - la econde; car i l'on cherchait bien, un caresses de. l'amant conquis, manifesta d'
·ions et sa mort m · térieu e, autant que par lrou,erait, â ce qu'il paraît, heaucoup d~ lors ouvertement contre Adrienne la plu ·.
. on "rand jeu de tragédienne, dit A. Fr :déric de cendant de l'illu Ire tra 0 édienne : par violenle et la plus somùre jalou ie. De deux
Loliée, ouvrè la génération d'ar1isles qui c-011- e emple, le mathématicien t'rancœur. 1 Ar- alternative , il ne paraiL pas, quoi qu'on ait
trilmèreot à réaliser la réforme capitale dont . ène Uou aye ajoute : « Ce n\itait pas préci- pu dire, que l'une ou l'autre soit irr~futabJemcnt établie. Mais, en lout r.a ·, il e t pt-rmis
le conséqueoet; forent l'abandon d'une Cau. se
ément le théâtre qui l'uait enrichie : elle ne de con. id~rer que c·e~t à la bain, de la rande
déclamation pro. odique, trop longtemps en s'était pas montrée dédaigoeu e pour la
fueur, el la recherche incère du pathétique. poudre d'or. Elle poU\·ait dire, comme Marion dame que la mort d'Adrienne Leco111rl'ur
Avertie d'instinct que toute grandeur el Ioule de Lorme : • Je prends quaud je n'ai rien à peut et doit re ter imputée.
Un soir, le public de la Comédie-Françabc,
noble e doivent re...ll•r impie , elle avait eu donner •• c'est-à-dire quand eUc ne pouvait
pour
une partie dul)uel la rivalité de, deux
la compr :bension immédiate qu'il faut avant donner que le ma que dt: l'amour, mai- c'était
ftmm
' était notoire, cul la urprise de voir
tout réciter comme l'on parle, el, malgré les un masque charmant. Lord Peterborough lui
Adrienne
Lecouvreur - airui qu'il arril'ail
oppositions de es rhales, les mille traca. se- disait: c Allons, madame, qu'on me montre
rie que lui inOigèreot C.! camarades, homme:. beaucoup d'amour et beaucoup d'espriLI I El 4uand une personne de qualilê voulait comet femm~s, elle eut bientôt gagnti la faveur elle montrait beaucoup d'esprit et beaucoup plimenter ur-1 ~mp etdirectement quelque
du public. En peu de lemp elle t!ta.it l'actrire d'amour, mai ,on c:œur ne battait que acteur ou actrice - Caire dans la lore de la
doche e une courte apparition. Or, à peu de
à la mode; on disait d'elle qu'elle était une lorsque milord était parti. »
jour
de là, la tra"édienne fut _oudainemenL
fille de roi parmi le comédien . Elle arait
Du ruoins celle amoureu 'e, i .om·ent prèle atteinte d'un mal inexplicaùlc, et l'on put
11:~ traits noble el d'une mobilité exprcs.ive, aux caprice. dé inlér 'sés ou aux lwson
la taille svelte, le porl et le maintien pleins dorées, eut-elle, pour l'un des hommes donl c:on taler chez elle un déptlri sement si rapide
de dignité. La flamme brillait dans es eux. le nom figure dao l'énumération abrégée qu'il ne devait pas laisser d'espoir. Pourtant,
Les inflexions les plus variéei pas aient en qu'on \Îenldelire, une passion véritable. EL là, le 1:, mari; 1730, Adrienne eut encore le
sa voix, dont le timbre )é&lt;1èrement voilé 't.:.. 1 s rôle· Curent n~nver é : c'est la maitre e courage et la force de remonter ur le planchaufla.it alll: effluve:, de la pas. ion. Elle qui 6t enver l'amant preuve de munificence. ches. On la 1·it, dan Œ,/ipe el dan le Florentin, tour à tour plu tra;:i11ue et charaborda ou,·ent des rciles de comédie. Ils conEn i 726, le due de Courlande ayant élé mante que jamai . C'étaient es adieu1 au
venaient moins à l'interprète née de béroïn
cha sé par s s ujet:, la Polo..,ne manœuvrail
de llacine. Marivaux ne la goùlait que peu de façon à s'annexer ce duché san mailre. th,:àlre, au public, à la vie. Cinq jours plus
dan la . econtle surprise de l'amour, et lui Le· Courlamlais, à qui cette combinaiioon tard, elle 'étei"n.iit, après avoir ·obi le
faisait uo rl'proche d'avoir joué en ouveraine polilique n'agréait nullement, appelèrent à martyre d'horribles comubions. L'autopsie
le personnage aimable et capricieux de ihia. leur ·ecour Maurice de axe. Celui-ri ae de- r :féla que la angrène lui u11.it dévoré le
~lai. là n'était pa · l'origin.ilité, la force de mandait qu'à se rendre à cet appel, pour se entrailles. Le bruit d'un empoi oonement
celle qui faisait parler aux rein' un langa 11e récompen er lui-même en uite de .on inter- courut au -sitôt LouL Paris en une sourde
i aisé, i humain, ou dont loutl'ètrc e péné- vention en 'attribuant la socces ion vacante. rumeur. El, rapprochant des fait , .se rappetrait avec t:ml de véhémence et de chaleur Par malheur, il manquait d'ar,,ent pour le,·er lant la récente eutrerne de l'artiste et de la
des sentiments dont paJpiLaiL le cœur de des troupes. Adrienne voulut l'y aider. Elle jalouse duchesse, on ne se fit pas faute d'acPhèdre, d'Bermione, de Pauline, parce qu'elle- vendit ses diamants, en,oya sa ,'ai ' Ue à la cuser celle dernière d'un crime &lt;Jui, d'ailleurs, devait re Ier impuni.. ..
mème éprouvait jusqu'au fond de moelle
!on.Le, et put ain i lui fournir, pour sa part,
Ain i se termina, tragiquement, l'eiistcnce
le impressions qu'elle transmettait au dehors; quarante mille lin . Ce sacrifice demeura
de celle reine de tra édie.
0

..,.

0

PAUL DE

MORA •

• \'r\'E 1.' fü111'EREC!d . (l .UTZE:\', 1813). -

D'.Jp,·ls la li/ho ra('h/t .Jt KAI HT ,

MémoireJ

du général baron de Marbot
CHAPIT RE XXI (,uite).

La perle éprouvée par mon régiment fut
dan d proportions rclalivem ni beaucoup
moindre . En elTet, à l'ourerture de la campa"ne, le ~5e de cba. enrs comptait dan· se
rau . t ,01 hommes. l'eodanl on .éjour au
camp de Polot~k, il en reçut JO, ce qui portait à 1,0t le nom\,re de caralil'r.· de ce
c-0rps entrés en Bussie. ur ce nombre, j'eu,
109 homme tué , 77 fait pri 11ooier , 65 .lropié et iO~ é"aré . Le déficit ne ful donc
4ue de 555 homme ; Je .orle quP, après la
r nlrér. de~ c.a\·alicrs que j'avai diri"é .ur
Yarsol"ic aprè la campa .. ne, le régiment r1ui,
d~ bord de la \'i tut... , avait été emoyé au
delà de !'Elbe, dans la principauté de D sau,
put réunir en fénirr 1 15 un total de 693
homme., à cheval, aiaot lou fait la campagne
Je llus,ie.
En voyant ce chiffre, l'Empereur, qui de
Paris rnr1•eillail Ja réoraani ·atioo de .on armtlc, pensa qu'il y nvait erreur, el renvoya la
,ituation, en me r;1i,ant ordonner d'en faire
0

produire une plu. curie, el comme la ,(L
conde Iut conforme à la première, I' Empert'U r
ordonna au général .. 'ha. thni d'aller inspecter
mon régiment et de lui faire dre er uo élâl
nominati{ de. homme- présents. Celle opltration ayant détruit tou · 1• doulC.! et con/irmé cc que j'avai avancé, je çu~ peu de
jour' aprè.-. du major énéral une lettre de
plu flalleu~ pour le officier, el sous-officier,, et surtGut pour moi. Elle portait que
« !'Empereur char11eait le prince Berthier dtl
a nou · exprimer la ati,faction de a lajC!ité
« pour le· soins que nou arion · donnés à la
« conservation d hommes pl:icés ou no
• ordre ; qne !'Empereur, sathant que le
« 2~• de ch:i eur· n'avait pa été jus11u'à
1 loscou, ne fondait pa la comparai on .'ur
« les perle· c uyées par les ré"imenls qui
« a,a.ienl pou.,; é j11M1uc-là, mai qu'il J'éla• Llb.ail entre ceux du _e corp d'arm~
« qui, 'étant lrouv6 dan· le mèm s condi• tion"' auraient dû ne faire 11u'à peu près
• les mêmes perte ; cJue néanmoin , le 23•
« de chasseur , bien qu'il eùl plu ou1Tt'rt
0

1

du feu de l'ennemi que les autres. rUil

« celui de tou qui avait ramené le plu·
« cl'hommcs, cc que ·1 lJajP. té atlril,uail au
11 zèle da colonel, des orûciers el .ou.-orn• ciers, ainsi qu'au l,on ~prit Je .oldats ! li
,\prè!. avoir mi à l'ordre et fait lire (·elle
lettre devant tous le escadrons, je complai.
la !!arder comme un litre glorieut pour ma
famille, mai j'en fus empêché par un crupule que vou~ approuverez an, doute. Il me
parul peu con1·enable de prÏ\·er le régiment
d'une pièce qui, pnrtanl fo marques de fa
sati fac1 ion imp 'riale pour 1011 , appartenail
à tous. J t'D\'Olai donc la ldtre dn major général aux arcbh·t! du régiment. Je me soi ·
bien ourent l'l'penli de œt acte de délicate•&lt;e,
car un an s'était à peine écoul t, que, le gouvernement de Loui · X\'lll a}anl élé sub ·litué
1&gt;n 1 U à celui de I' Empereur, le 2S• de chassPurs fut incorporé au 3• de la mème arme.
Les archÎl·e de ces deux corp~ furent d'abord
réunies, mal con~cnécs, puis, au grand Licenciement de l'armée en i 15, elles ~ perdirent dans l'immense noulfre du Lureau de la

�H1ST0'/{1A
guerre. En rain, après la révolution de 1850,
j'ai fait recht:rther la lellre du major géuéral, si flattea e pour mon ancien régime11t
et pour moi, je n'ai pu parveni1• à la retrouver.

"---------------------raient donc aucun danger jusriu'aux bords du
Rhin; cependant, par ordre de M. de Cessac,
un détachement devait les accompagner jus-

pour plus de douze millions d'effets d'habillement, linge et chaussures, qui, destinés à
nos malheureux soldats , servirent à vètir
plusieurs régiments que la Prusse leva contre nous. Le froid,
q-ui sévissait de nouveau, fit
CHAPITRE XXII
périr quelques milliers de Français de plus, mais on n'en vanta
1813. - Fàchcuse situnlion génépas moins notre habile atlmirale. - lnrarie de l'admiuislrnnistration !
tion. - Ob enalion ,ur la consernlioo des places fortes. - Êlat
Le peu de régularité qui réde la ftance. - Levées forct\rs cl
gna dans la marche de l'armée
illégales. - Se rejoins mon d(lp,;1
française pendant qu'elle traà l\lops.
versait la Prus~e proYint d'abord de l'incurie de Murat, qui
L'année f 8 15 commença pour
avait
pris le commandement
la France sous de bien fâcheux
après
le
départ de l'Empereur,
auspices; car à peine les glorieux
et
plus
lard
de la faiblesse du
débris de notre armée revenant
prince Eugène de Beauharnais,
de Russie eurent-ils franchi la
vice-roi d'Italie. Au~si était-il
Vistule et commencé à se réortemps de repasser !'Elbe pour
ganiser, que la trahison du
entrer
sur Je territoire de la
général prussien York et des
Confédération do Rhin. Mais
troupes tiu'il commandait nous
avant de se résoudre à éloigner
contraignit à nous retirer derses troupes de la Pologne et de
rière l'Oder, et bientôt à abanla Prusse, l'Empereur, voulant
donner Berlin et toute la Prus~e
s'y
ménager des moiens de re:;oulevée contre nous, à J'aide
tours offensifs, avait ordonné
des corps que Napoléon avait
de laisser de fortes garnisons
t:u l'imprudence d'y laisser. Les
dans les places qui assurPnt lt&gt;
Russe· hâtèrent aulaotc1ue pospassage de la Vistule, de l'tld .. r
sible Jeur mnrcl::te et vinrent se
et
de l'Elbe, telles que Praga,
joindre aux Prussien~, donl le
Modlin, Thorn, Danzig, Steltin,
Rui déclara alors la guerre à
Custrin, Glogau, Dre:,de, Magl'empereur &lt;les ftra11çais.
debou-rg, Torgau, WiLtemberg
Napoléon n'avait dans le
et flambourg.
nord de l'AIJemagne que deux
C11tte grave décision de Nadjvi,ions, commandées, il est
poléon peut èlre envi agée sous
vrai, par le maréchal Augert&gt;au, mais presque enli;.rcmeut CA}IPAG~E DE SAXE (1813). - LES CONSCRITS. - /Yaprés Ill ltthographie de RAFFE1'. deux points de vue bien différents; aussi a-t~elle été louée
composées de con i;rils. Quant
par
des militaires édairé~, tanaux Fra11çai qui venaient de faire la campagne qu'à Mayence, où l'on renvoyait Jps roulier·
de Hussie, dès 4u'ils furent Lien nourris et français, ainsi que l'es1·oru,, pour li,·rer les dis qu~ d'autres, non moins instruits, l'ont
llu'il~ ces.~renL d11 coucher sur la neige, ils caisses à des entrPpreneurs étranger~, chargés fortement blâmér.
Les premiers disaient que la néces~ité de
recouvrèrent leurs furres, et l'on aurait pu les de les dirrger sur Magdl"boorg, Berlin et la
donner
enfin du repos et un refuge aux nomopposer au.-ç ennemis. Mai.s nos cavaliers Vistule, sans qu·aucun ag,•nt français eût à
étaient prchque Lous à pied ; très peu i1~ surveiller ces e:x pédi lion,; au~si se faisaieu t- breux malades et blessés que son armée rafantassins avaient conservé leurs fosib; elles avec tant de mauv:iise foi et une si menait de Ru sie força !'Empereur de garder
nous 1ùvio11s plus d'arlillerie; la plupart grande lenteur que lt's ha Ilots cont.. nant les les places fortes dont l'occupation assurait,
d~s soldats marn.1uaienl de chaussures, et effets d'hal,illeruent el tt,s rhau,surru m1it- du reste, aux français la conservation d'un
leurs habits tombaient en lambeaux! Le tail:'nt -ix à huit moi~ pour parrourir le trajet immense matériel de guerre el de grands
gomernemrnl français a\'ait cependant em- Je füience à la V,stult', ce yui aurait pu être approvisionnements de vivres. Ils ajoutaient
que ces forteresses embarras eraienl les mouployé une partie de l'année t812 à faire con- fait en quarante ,1ours.
vements
des ennemis, qui, forcé de les blofectionner une grande quantité d'etlels de
Mais œ 4ui n'avait été tju'un grave incon- quer, affa,bliraient ainsi le nomLre des troupes
tous genres; mais, par suite de la négligence vénient lorsque les arn,ées françaises oc&lt;·ude l'administration de la guerre, alors dirigée pait:nl paisihlt"OJi-111 l'Allemagne t't la Pologne aclives qu'ils pourraienl employer conlrn
par M. Lacuée, comte de Cessac, aucun dP'l'Înt une calamite apri&gt;s la campagne de nous; en tin, que ~i le renforts que Napoléon
régiment ne re~ut les 'l'êtements qui lui Russie. Plus dt' deux eents ba,e.tux chargés fai~ait l'enir de France el d'Allemagne le metétaient dc~Linés. La conduite de nos adminis- d'rO' 1s Jeslmés à nos régimenb Plaienl retenus taient à même de gagner une hataille, les
trateurs en et-lie circonstance 1.Lérite d'être par lt's gla1;e:1 sur le c.tnHI dP Bromherg, au- plaœs fortes conservées par Jui fac,literaienl
aux Français une nouvelle conquête de la
signalée.
près de Na1·kel, lors~u·en janv1t:r J815 nous Prusse, ce qui nous reporterait hienlôt au
Voici co111ment les choses se passaient.
passâmes ~ur ce point. Mai commt1 il ne se
Dès que Je dépôt d'un régiment avait con- trouvait pis sur cet immenl-e convoi un seul cfdà de la V1stule et con1 raindr.ait les Hu,ses
fectionné à grands frais les nombreux effd, ageul de l'adruirnstration française pour nous à retourner dans leur pays.
Oo répondit à cela ,~ue ~apoléon affaiblisdestinés à ses bataillons ou escadrons de prérnnir, et 4ue le. hatt Ji.. rs, tous Prussiens,
guerre, l'administration Lraitait avec une :se considéraieut déjà comme no, ennemis, pas sait son armée en la morcelant sur tant de
maison de roulage pour les transporter jus- un ue parla, et nous µa,~àmes oulre, cru~ant points éloignés, dont les garnisons ne pouqu'à Mayence, qui r~i.aiL alors parlle de l'tm- que ces barques portaient des marchandises. nient se prêter mutuellement aucuu secours;
vire. Les colis, traversant la France, ne cou- Cependant, le lendemain, les Prussiens prirl'nt qu'il ne fallait pas compromeure le salut de
la France pour sauver quelques milliers de

malades el de blessés, dont un très petit
nombre pourrait servir de nouveau. En_effet,
ils périrent presque tous dans les hôpitaux.
On disait encore que les régiments italiens,
polonais et allemands de la Confédération du
Rhin, joints par l'Empereur aux garnisons
françaises pour ne pas trop diminuer ses
troupes, serviraient mal. EITectivemenl, presque tous les soldats étrangers combattirent
très mollement et finirent par passer à l'ennemi. On ajoutait enfin que l'occupation des
places fortes gênerait fort peu les armées
russes et prussiennes, qui, après les avoir
bloquées par un corps d'observation, continueraient leur marche vers la France: ce fut
en effet ce qui arrin.
Chacune de ces deux opinions présente, en
thèse générale, des avantages et des inconvéuients. Cependant, dans les conditions où se
trouvait l'armée française, je croi devoir me
ranaer à l'avis de ceux qui proposaient d'abandon~er les places, car, puisque, de l'aveu même
de leurs contradicteurs, ces places ne pouvaient nous être utiles qu'autant que nous
battrions complètement les armées russes el
prussiennes, c'était une raison de plus pour
chercher à augmenter nos for·ces disponibles,
au lieu de les disséminer à l'infini!
Et qu'on ne dise pas que les ennemis
n'ayant plus, dès lors, de blocus à faire, a?raient aussi accru le nombre de leurs bata,1lons disponibles, ce qui aurait rétabli la proportion, car on tomberait dans une très grande
erreur 1. .. En effet, l'ennemi aurait toujours
été obligé de laisser de fortes garnisons dans
les places abandonnées par nous, tandis que
nous eussions pu disposer de la tolalilé des
troupes que nous y laissâmes, el qui furenL
ainsi paralysées. J'ajouterai que la défe~se
in ulile de ces nombreuses forteresse,; priva
notre armée active de beaucoup de généraux.
expérimentés, entre autres ?u ma~échal ~~­
vout, qui, à lui seul, valait plusieurs dl\'1ions. Je conçois d'ailleurs qu'on renonce à
e servir, en campagne, de quelques brigades,
lorsqu'il s'agit de leur conlier la garde des
places d'où dépend le salut de so~ pays, telles
que sont les villes de Metz, de Lille, de Strasbourg, pour la France, car alors c'est, pour
ainsi dire, le corp~ de la patrie qu'on défend.
Au contraire, les îorleresscs placées sur la
VistuÎe, l'Oder et l'Elbe, à deux el trois cents
lieues de France, n'avaient pas une importance positive, mais seulement une importance conditionnelle, c'est-à-dire subordonnée
aux succès de nos armées acfües. Ces succès
n'ayant pas eu lieu, les qualre-üngt et quelques mille hommes de garnison crue l'Empereur avait laissés en t8i2 dans ces places
furent obligés de metil'e bas les ai·mes !...
La situation de la France, dès les premiers
mois de 1815, était des plus critiques, car,
au midi, nos armées d'Espagne avaient éprouvé
de très (Trands revers par suite de l'affaiblissement de nos forces dans la Péninsule, d'où
l'on tirait sans cesse quelques régiments,
tandis que les Anglais ne cessèrent d'envoyer
des troupes à WelJington; aussi ce général
avait-il fait une brillante campagne dans le

.MÉ.MOfR..ES

DU GÉNÉ]{JU. B.Jf.'R_ON DE

.MJf.~BOT

---..

courant de 18-12. 11 nous anit repris Ciudad- sur les événements et sur les perles éprouvées
Rodrigo, Badajoz, le fort de Salamanque, par nos troupes en Russie, voyaient seulement
avait gagné la bataille des Arapiles, occupé la gloire que la prise de Moscou faisait rejailMadrid, et il menaçait les Pyrénées.
lir sur nos armes; au•si y eut-il beaucoup
Au nord, les soldats nombreux et aguerris d'élan pour donner à l'Empereur les moyens
que Napoléon avait conduils en Russie avaient de ramener la victoire autour de ses aigles.
presque tous péri dans les combats ou suc- Chaque département, cha4ue ville firent des
combé de misère. L'armée prussienne, encore dons patriotiques en chevaux; mais de nomintacte, venait de se joindre aux Russes. Les breuses levées de conscrits et d'ar~ent attiéAutrichiens étaient sur le poinL d'imiter cet dirent bientôt cet enthousiasme. Cependant,
exemple. Enfin, les souverains et surtout les au total, la nation s'exécuta d'assez bonne
peuples de la Confédération germanique, ex- gràce, et les bataillons ainsi que les escadrons
cités par l'Angleterre, chancelaient dans leur sortaient pour ainsi dire de terre comme par
alliance avec la France. Le Prus~ien baron de enchantement. Chose étonnante I après les
Stein, homme de moyens et fort entreprenant, nombreuses levées d'hommes qui avaient été
saisit cette occasion pour publier divers pam- faites en Franœ depuis vingt ans, jamais le
phlets, dans lesquels il appelai l Lous les Alle- recrutement n'avait produit une aussi forte
mands à secouer le joug de Napoléon et à et une am,si belle espèce de soldats. Cela proreconquérir leur liberté. Cet appel fut d'au- venait de plusieurs causes.
tant mieux écouté que le passage, le séjour
D'abord, chacun des cent huit départements
et l'entretien des troupes françaises gui, de- alors existants avait depuis plusieurs années
puis 180ô, avaient occupé l'Allemagne, lui une compagnie d'infanterie dite ilépartemenavaient occasionné des pertes immenses aux- tale, sorte de garde prétorienne de mr. les
quelles s'était jointe la confiscation des mar- préfets, qui s'étaient complu à la former des
chandises anglaises, par suite du blocus con- hommes les mieux constitués. Cen.x-ci, ne
tinental établi par Napoléon. La Confédération quittant jamais les prineipales "illt's du dédu Rhin lui aurait donc échappé, si les sou- partement où ils étaient fort bien casernés,
verains des divers États dont elle se compo- nourris el ·vêtus, et où ils faisaient très peu
sait eussent dès lors pris la résolution de de service, avaienl eu le temps d'acquérir
céder aux vœtll de leurs sujets; mais aucun toutes leurs forces corporelles, car la plupart
d'eux n'osa Longer, tant éLait grande l'habi- menaient œtle vie depuis six à sept ans-, et
tude de l'obéissance à l'empereur des Fran- comme on les exerçait régulièrement au maçais, ainsi que la crainte de le Yoir bfontôL niement d11s armes, à la marche et aU.I maarriver à la t~te de forces considérable , qu'il nœuvres, il ne leur manquait que Le baptème
organisait promptement et dirigeait sans cesse du feu pour être des troupes parfaites. Ces
sur l'Allemagne.
compagnies étaient, selon l'imrortance du
La majeure partie de la nation française déparlement, de i5û, 200 el 250 hommes.
avait encore une très grande confiance dans L'Empereur les envoya loufes à l'armée, où
Napoléon. Les gens instruits le blàmaient elles furent fondues dans des régiments de
ligne.
En second lieu, on appda au ser,•ice une
très grande quantilé de conscrits des années
précédentes, dont les uns par protection, les
autres par ruse ou maladies passagères,
avaient obtenu d'être placés à la queue des
dépôls, c'est-à-dire de rester chez eux jusqu'à
nouvel ordre. L'âge les arnil rendus presque
tous forts et vigoureux.
Ces mesures étaient légales ; mais ce qui
ne l'était pas, ce fut le rappel des individus
qui, avant déjà tiré à la conscription et s'élant
trouvé; ]jbérés par le sort, n'en étaient pas
moins c..mlraints à prendre les armes, s'ils
avaient moins de trente ans. Cette levée produisit une grande quantité d'hommes propres
à snpporler les fatigues de la guerre. Il y eut
bien à ce sujet quelques murmures, principalement dans le ]lidi, 1a Vendée el la Bretagne; cependant, l'immense majorité du
contingent marcha, tant élait grande l'habitude de l'obéissance!. .. Mais cette abnégation
CL.\RliE. DUC DE FELTRE.
des populations entraina le gouvernement
dans une mesure encore plus illégale, el
d'autant plus dangereuse qu'elle frappait la
sans doute d'avoir, l'année précédente, poussé classe supérieure; car, après avoir fait marson armée jusqu'à Moscou et urtoul d'y avoir cher les hommes que le sort avait exemptés,
atlendu l'hiver; mais les masses populaires, on força ceux qui s'étaient [ait remplacer
habituées à considérer l'Empereur comme in- (ainsi que la loi les y autorisait) à prendre
faillible, et n'ayant d'ailleurs aucune notion néanmoins les armes, bien que plusieurs fa... 197 ...

�, _ IDSTO'J{l.11
milles se fussent gênées el même rurnees passé l'Elbe à la fin de 1812, restèrent paipour conserver leurs fils, car les remplaçants siblement cantonnés sur la ri""e gauche de ce de !'Empereur, furent réunies sous les ordres
coûtaient alors 12, 15, 18 el jusqu'à Ueuve pendant les quatre premiers mois de du général Exelmans. Le général Wathiez
20,000 francs, qu'il faUait p,1yn comptant. i 8J 5, sans que les Russes et les Prussiens, devait remplacer le général Castex, et le géIl y eut Înème des jeunes gens qui, s'étant postés en face, osassent les attaquer!. .. Ils néral Mauria, Cor.bineau; mais comme ces
fait rPmplacer jusqu'à trois fois, n'en furent ne se croyaient pas assez forts, bien que la trois généraux s'étaient rendus en France
pas moins oLligés de partir, et l"on en vit qui Prusse eüt mis sur pied sa landwehr, com- après la campagne de Russie et que j'étais le
servaient dans la même compagnie que l'in- posée de tous les hommes valides, et que Ber- seul colonel présent, le général Sébastiani,
dividu payé par eux pour les substituer 1... nadotte, oubliant qu'il était né Français, nous au corps duquel la nouvelle division allait
Celle iniquité provenait des conseils de Clarke, eût déclaré la gueire el eût joint les troupes être attachée, m'en donna le commandemeut,
mini-tre de la guerre, et de Savary, ministre ,uédoises à celles des ennemls de sa véritable ce qui ajoutait aux obligations que j'avais à
remplir dans mon régiment un surcroît de
&lt;le la police, qui persuad.'!rent à l'Empcreur patrie!. ..
charges, puisque je devais, par un temps afr1ue, pour prévenir pendant la guerre tout
Pendant le i,éjour que nous fimes sur la
mouvement hostile au gouvernement, il fal- rive gauche de l'Elbe, bien que l'armée fran- freux, visiter souvent les cantonnements des
lait éloigner de l'intérieur les fils des Familles çaise reçùt continuellement des renforts, ~a trois autres. La blessure que j'avais reçue au
influentes et les envoyer à l'armée pour ser- cavalerie était encore peu nombreuse, si 1'011 genou, bien que cicatrisée, rue faisait encore
vir en quelque sorte &lt;l'otages 1... Mais a6n en exct'l{lte quelques régiments dont le mien souffrir, et je ne sais vraiment comment j'aud'atténuer un peu aux yeux de la classe aisée faisait partie; aus,i lui avait-on assigné comme rais pu continuer ce service ju~qu'à la fin Je
l'odieux de cette mesure, l'Empereur créa. cantonnements plusieurs communes et les deux l'hiver, lorsqu'au bout d'un mois le général
sous la d~nomination de gardt'it d'lwnneul', petites villes de Brenha el de Landsberg, si- Wathiez, ayant rejoint l'armée, prit le comquatre régimenls de cavalerie légère .pPcia- tuées dans un excellent pays, non loin de mandement de la division.
Peu de jours après, sans que je l'eusse
lement destinés à recevoir les jeunes gen
Magdebourg. J'rprouvai là un bien vil thabien élevés. Ces corps, auxquels oo donna un grin. L'~:mpereur, voulant activer l'organisa- demandé, je reçus l'ordre de me rendre en
brillant uniforme de hussards, eurent des tion des nouvelles levées, et pensant que la France, afin d'organiser le très grand nombre
de recrues et de chevaux envoyés au dépôt de
officiers généraux pour colonels.
présence des chefs de corps serait pour cela
A ces levées plus ou moins légales, !'Em- momenlaaément fort utile aux dépots de mon régiment. Ce dépot se trom·ai t dans le
pereur ajouta le produil d'une conscription leurs régiments, JJcida que tous les colonels département de Jemmapes, à Mons en Belanticipée et de nombreux et excellents batail- se rendraient en rrancc, excepté ceux qui gique, qui faisait alors partie de l'Empire. Je
lons formés arec les matelots, ouvriers ou auraient encore un certain nombre d'hommes me mis en route sur-le-champ. Mon voyage
artilleurs de la marinP. militaire, tous how- présents sous les armes. Le chiffre fixé pour fut rapide, et comme je compris que, automfs faits, instruits au ma□ il'ment des ar- la cavalerie était de quatre cents i j'en avais risé à venir en France pour affaire de se1·vice,
mes, et qui, ennuyés de la vie monotone des plus de six cents à cbeval !. . . Je fus doue il ne serait pas convenable de solliciter le
por1$, désiraient ardemment depuis longtemps forcé dtl rester, lorsque j'aurais été si heu- plus petit congé pour aller à Paris, j'acceptai
aller acquérir de la gloire auprès de leurs reux d'embrasser ma femme el l'enfant l'offre que me fit Mme Desbrières, ma hellecamarades tle l'armde de terre. lis de,iorent qu'elle m'avait donné pendant mon ab- mère, de conduire à Mons ma femme et mon
fils. Après une anuée dtl séparation el tanl de
bientôt d'excellents et redoutables fantassin~. sence 1. .•
dangers courus, je revis ma chère femme a\'ec
Le nombre de ces marins s'élevait à plus de
A la peine que je ressentais, se joignit en50,000. Enfin !"Empereur, obligé d'employer core une grande contrariété. Le bon général un bien grand plaisir et embrassai pour la
première fois notre p..-itit Alfred, âgé de huit
tous les moyen~ paur reconstituer l'armél',
mois. Ce jour fut un des plus beaux de ma
dont une grande partie avait péri dans le
vie! fous comprendrt&gt;z surtout la joie que
glaces Je la Russie, alTaiblit encore ses arj'éprouvai
en embrassant mon enfant et en
mées d'Espagne, eu y prenant non seulement
me
rappelant
qu'il avait été sur le point de
quelques milliers d'hommes pour compléter
devenir orphelin le jour même de sa naissa garde, mais plusieurs brigades et divisions
sance! ...
entières, composées de \·i,eux soldats habitués
Je passai au dépôt la fin d'avril, ainsi que
aux fatigues el an.~ dangers.
les
moi de mai et de juin, dans de très
De leur côté, le~ llu8ses, et surtout J,,s
grandes
occupations. Les recrues envoyées au
Prussiens, e µréparaieut à la guerre. L'infa2:')e. étaieut Jort nombreuses, les hommes sutigable baron de Stein parcourait l~s prol'inces
perbes et de race belliqueuse, car ils proveen prèrhanL la croisade c·onlre les Français,
naient
presque tons des enviro11s de )Ions,
et en organisant son 1'ugenbund ou ligue de
ancienne
province du Hainaut, d'où l'Aulrirhe
la vertu, dont les adepte:, juraient de prendre
tirait ses meillem·s cava lier.~. principalement
les arme, pour 1a liberté de l'Allemagne.
les célèbres dragons de La Tour, lorsque les
Cette sociéLé, qui nous suscita de si nombreux
Pays-Bas
lui appartenaient. fos habitants dé
ennemis, agissait ouvertement &lt;lans la Prusse
celte
contrée
aiment et soignent bien les chedéjà en guerre avec ~apoléoo, et s'insinuait
vaux.
Ceux
que
le pays produit étant un peu
dans les g1ats .-l les armét&gt;s de la Confédératrop forts pour des chasseurs, j'obtins l'aution du 111.iin, malgr~ quelqm·s souverains t!l
tori.alion d'en faire acheter dans les .Arde l'aveu tacite dt: plusieurs autres, si Lien
denne.~,
d'où nou tirâmes une assez belle
que presque toute l'Allemagne en secret était
remonte.
notre ennemie, el les contingents qu'elle joiJ'avais trouré au dépot quelques bons o!ûSAVARY, DUC DE ROVIGO.
gnait à nos forces militaires se préparaient à
ciers et sous-officiers. Plusieurs de ceux qui
D"après la UthD![raphie de ~hrRr:-..
nous trahir à la premirre occasion, ainsi qu,,
avaient fait la campagne de Russie s'y étaient
les événements Je prouvèrent bienlot. Ct!S
rendus
pour se rétablir de leurs blessures ou
événements u'auraienl pas tardé à se pro- Castex, dont j'avais eu tant à me louer pende
maladies;
enfin le ministre m'a"ait envoyé
duire, si la mollesse et la lenteur naturelles dant la campagne de Russie, nous quitta pour
1
aux Allemands ne les eussent empêchés d'agir entrer dans les grenadiers à cheval de la q 1elque, jeunes sous-lieutenants sortant de
bi::aucoup pins lôt c1u'ils ne le firent, car les garde. Sa bri«ade et celle du général Corbi- l'École de cavalerie el de Saint-C)'r. Avec de
débris de l'armée française, qui avaient re- neau, qui venait d'être nommé aide de camp tels éléments, je formai prompleme11l &lt;lh·ers
escadrons qui n'étaient sans doute pas pdr-

�r--

111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J

faits, mais dont les hommes pouvaient figurer
sans inconvénient parmi !es vieux cavaliers
revenant de Russie que j'avais laissés sur
l'Elbe et avec lesquels ils devaient être fondus
à leur arrivée. Dès qu'un escadron était prêl,
il partait pour l'armée.

CHAPITRE XXIII
Ilepr,se dt&gt;s hostilités sur !'Elbe. - Batailles d.e
Lutzen el de Bautz~n. - Armistice. - Je rejoins
mon régiment. - Etat de l'armée. - ~falaise gi'néral. - Napoléon devait traiter. - Force des
armées en présence.

Pendant que je m'occupais activement à
reconstituer mon régiment et que tous les
colonels, principalement ceux de cavalerie,
étaient retenus en France par les mêmes
soins, les hoslilités recommencèrent sur
l'Elbe, que les alliés avaient franchi.
L'Empereur, ayant quiué Paris, se trouvait le 25 avril à Naumbourg en Saxe, à !a
tête de ! 70 000 hommes, dont un tiers seulement étaient Français, une partie des
troupes récemment dirigées sur l'Allemague
n'étant point encore arrivées sur le théâtre de
la guerre. Les deux autres tiers de l'armée de
Napoléon étaient formés des contingents de
la Confédération du Rhin, dont la plupart
étaient fort mal disposés à combattre pour
lui. Le général Wittgenstein, auquel notre
désastre de la Bérésina avait donné quelque
célébrité, bien que les éléments nous eussent
fait beaucoup plus de mal que ses combinaisons, commandail en chef les troupes russes
et prussiennes réunies, fortes de 500 000 hommes, qui se présenlèrenL le 28 avril d..:vant
l'armée de Napoléon, aux environs de Leipzig.
Il y eut le Jer mai un vif engagement à
poserna, dans la plaine déjà célèbre par la
mort de Gustave-Adolphe.
Le maréchal Bessières y fut tué d'un coup
de canon. L'empereur le regretta plus que
l'armée, qui n'avail pas oublié que les conseils donnés par ce maréchal, le soir de la
bataille de la Moskova, avaient empêché Napoléon de compléter la victoire en faisant combattre sa garde, ce qui eût changé la face des
événements el amenu la destruction complète
des lrou pes russes.
Le lendemain de la mort du maréchal Bessières, et pendant que Napoléon continuait sa
marche sur Leipzig, il fut attaqué à l'impro- ·
viste et en flanc par les Russo-Prussiens, qni
avaient passé la rivière de !'Elster avant le
jour. Dans cette bataille, qui prit le nom de
Lutzen, l'action fu l des plus vives; les troupes
nouvellem,·nl arrivées de France combattirent
avec la plus grande valeur. Les régiments de
marine se tirent particulièrement remarquer.
Les ennemis, battus de toutes parts, se retirèrent vers l'Ell,e; mais les Français, n'ayant
presque pas de cavalerie, ne purent faire que
peu de prisonniers, et leur victoire fut incomplète. Néanmoins, elle produisit un très grand
effet moral dans toute l'Europe, et surtout
en France, car ce premier succès prouvait
que nos troupes avaient conservé toute leur
supériorilé, et que les glaces de la Russie

avaient pu seules les vaincre en 1812.
L'empereur Alexandre et le roi de Prusse,
qui, après avoir assisté à Lutzen à la défaite
de leurs armées, s'étaient rendus à Dresde,
furent obligés d'en sortir à l'approche de Napoléon victorieux, qui prit, le 8, posse,sion
de cette ville, où son allié le roi de Saxe vint
bientôt le ri&gt;joindre. Après un court séjour à
Dresde, les Français y passèrent l'Elhe et suivirent les Prusso-Russes, dont ils joignirt&gt;nl
et battirent l'arrière-garde à Bischof:.werda.
L'empereur Alexandre, mécontent de Wittgenstein, avait pris lui-même le commandement des armées alliées; mais ayant été
défait à son tour par Napoléon au combat de
Wurtcheu, il reconnut probablement son
insuffisance pour la direction des troupes,
car bienlol il renonça à les conduire.
Les Russo-Pr-ussiens s'étant arrêtés et retranchés à Bautzen, l'empereur des Français
fit tourner leur po ilion par le maréchal Ney,
et remporta le ~1 mai une victoire que le
manque de ca,alerie rendit encore incomplète;
mais les ennemi eurent t 8 000 hommes hors
de combat, el s'eufuirenL dans le plus grand
désordre.
Le 22, les Franç.ais, s'étant mis à la poursuite des Ru ses, atteignirent leur arrièregarde en avant du déftJé de Reichenbach. Le
peu de cavalerie qu'avait Napoléon était commandé par le géui&gt;ral Latour-~laubourg, militaire des plus distingués, qui la mena avec
tant de vigueur que les ennemis furent enfoncés et abandonnèrent le champ de bataille
après de graudes pertes. Celles des Français,
bien que peu nombreuses, leur furent très
sensibles. Le général de cavalerie Bruyère,
excellent officier, eut li-s deux jambes emportées et mourut de celte affreuse blessure.
Mais l'événement le plus funeste de cette
journée fut produit par un boulet qui, après
avoir tué le général Kirgener (beau-frère du
maréchal Larmes), blessa mortellement le
maréchal l.luroc, grand maréchal du palai ,
homme aimé de tout le monde, le plus ancien
et le meiUeur ami de Napoléon. Duroc ayant
survécu quelques heures à sa blessure, !'Empereur se rendit auprès de lui et donna les
preuves d'une grande sensibilité. Son dé,espoir fut des plus touchants. Les témoins de
cette scène déchirante remarquèrent que,
obligé de quitter son ami pour reprendre la
direclion de l'armée, Napoléon, en s'éloignant
de Duroc, baigné de ses larmes, lui donna
rendez-vous dans C( un rnonde meilleur 1 »
Cependant l'armée française, poursuivant
ses succès, était parvenue en Silésie, ef occupa
le fer juin Breslau, sa capitale. Alors, frappés
de terreur, les alliés, surtout les Prussiens,
reconnurent ce qu'il y avait de critique dans
leur position, et se sentant, malgré leur jactance, incapables d'arrêter seuls les Français,
ils voulurent gagnei: du temps, dans l'espoir
que l'Autriche, mettant un terme à ses hésitations, joindrait 1:nfin ses armes aux leurs.
Les .Prusso-8.usses envoyèrent donc des parlementaires chargés de solliciter un armistice
qui, sous la médiation de l'Autriche, allait,
disait-on, amener la conclusion d'un traité de

paix. L·empereur apoléon ayant cru devoir
accordt&gt;r cet armistice, il fut signé le 4 juin,
pour durer jusqu ·au 10 août.
Pendant que Napoléon marchait de succès
en succès, le maréchal Oudinot se fit battre à
Luckau el perdit 1100 hommes. L'Empereur
espérait que, pendant l'armisticet les nombreux renforts qu'il attendait de France et
s~rtout la cavalerie, dont il avait si -vivement
regretté l'absence, le rejoindraient et pourrai1ml pa.rltciper à une nouvelle c&lt;1mpagne, si
elle devenait indispen able. Cependant, malgré cet avantage, plusieurs généraux regrettaient qne !'Empereur n'eût pas poursuivi ses
succès. Us disaient que si l'armistice nous
donnait le temps de faire arriver nos réserves
sur le théâtre de la guerre, il laissait aussi la
même faculté aux Russo-Prussiens, qui, outre
les Suédois déjà en marche pour venir défendre
leur cause, avaient l'espoir de voir se ,joindre
à eux les Autrichiens. Ces derniers n'étaient
pas prêts en ce moment, mais ils allaient avoir
plus de deux mois pour organiser et me.ttre
en mouvement leurs nombreuses troupes.
En apprenanl à ~Jons les victoires de Lutzen
et de Bautien, je fus peiné de u'y avoir pas
participé; mais les regrets que j'éproÙvai
furt•nt atténués quand j'eus acquis la certitude que mon 1•égimi-nt ne s'J était pa trouvé;
en effet, il était alors en avant deMagdebourg,
sui· la route de Berlin. M. Lacour, ancien
aide do camp du général Castex., avait été
rnrs la fin de 1812 nommé cbt•f d'esradrons
au 23• de chasseurs, qu'il commandait en
mon absence. C'était un officier très hrave,
qui s'était faillai-même une demi-éducation
avec des livres, ce qui lui donnait des prétentions peu en rapport avec l'habit militaire;
en outre, son peu d'entente du commandement exposa le régiment à des p?rles qu'on
aurait pu éviter et dont je parlerai plus loin.
Pendant mon séjour au dépôt, je reçus
comme second chef d'escadrons M. Puzac,
brillant officier sous tous les rapports, auquel
sa valeur avait fait obtenir un sabre d'honneur à la bataille de Marengo.
Vers la fin de juin, tous les colonels envoyés en France pour organi ·er de nom-elles
forces, ayant rempli celle tàche, reçurent
l'ordre de retourner en poste à l'armée, bien
que les hostilités dussent encore ètre suspendues pendant quelque temps. Je fus donc
contraint de me séparer de ma famille, auprès
de laquelle je venais de pas er des jours si
heureux; mais l'honneur et le dP-voir parlaient, il fallait obéir!
Je repris la route d'Allemagne et me rendis
d'abord à Dresde, où l'Ernpt:'reur a1•ait convoqué tous les colonels, afin de les questionner
sur la composition des détachements dirigés
par eUJ. sur l'armée. J'appris à ce sujet une
chose qui me navra le cœur 1... J'avais organisé dans mon dépôl quatre superbes escadrons de 150 hommes chacun. Les deux premiers (heureusement les plus beaux et les
meilleurs) avaient rejoint le ré11,iment; le
troisième m'avait été enlevé par décision impériale, pour se rendre à lJambourg, où il
Fut incorporé dans le 28e de chasseurs, un

.MF..7H011(ES DU GÉNÉ'R.JU., BA'R_ON D'E ..MJU(BOT

des plus faibles régiments de l'armée. Cet
ordre étant régulier, je m•~, soumis sans murmurer. Mais il n'en fut pas de même lorsque
je fus informé que le 4e escadron, que j'avais
fait partir de Mons, ayant été vu à son passage à Cassel par .lérôme, roi de Westphalie,
ce prince l'avait trouvé si beau que, de son
autorité privée, il l'avait incorporé dans sa
garde 1... Je sus que l'Empereur, très ir• rité de ce que son frère s'était permis de
s'emparer ainsi d'un détachement de ses
troupes, lui avait ordonné de se remettre
sur-le-champ en route, et j'espérais q•i'il me
serait rendu; mais le roi Jérôme fil agir
quelques aides de camp de l'Empereur, qui
représentèrent à Sa M'ajesté que la garde du
roi de Westphalie étant uniquement composée
d'Allemands peu sûrs, il serait convenable de
lui laisser un escadron français sur lequel il
pût compter; qu'en second lieu, le Roi venait
de donner à grands frais à cet escadron le
brillant unüorme des hussards de sa garde;
enfin que, même en perdant un escadron, le
2::;e de chasselll'S serait encore un des plus
forts régiments de la cavalerie française. Quoi
tJu'il en soit, l'incorporation de mon escadron
dans la garde westpbalienne fut ainsi maintenue, malgré mes vives réclamations. Je ne
pouvais me consoler de cette perte et trouvais
souverainement injuste de me voir ainsi dépouillé du fruit de mes peines et de mes 1ravau:x.
Je rcjoignjs mon régiment non loin de
l'Oder, dans le pays de agan, où il était cantonné prè de la petite ville de Freistadt,
ainsi que la divi.iun Exelmans dont il fai~ait
partie. M. Wathiez, mon nouveau général de
brigade, avait été mon capitaine au 25e de
chasseurs. Il fol toujours très bien pour moi.
Nous allâmes loger dans un charmant et confortable château. nommé Herzogwaldau, placé
au centre de plusieurs villages occupés par
mes cavaliers.
Pendaul notre séjour en ce lieu, il ~e passa
un épisode fort bizarre. Un chasseur nommé
Tantz, le seul mauvais sujet qu'il y f'Üt au
régiment, s'étant fortement grisé, osa menacrr
un ofilcier qui le faisait conduire à la salle de
police. Mis en jugement, cet homme fut condamné à mort et la sentence ratifiée. Or
quand la garde, commandée par l'adjudant
Boivin, alla chercher Tantz pour le conduire
au lieu où i.l devai-t être fusillé, elle le trouva
complètement nu dans la prison, sous prétexte qu'il fai_ait trop chaud. L'adjudant,
très brave militaire, mais dont l'intelligence
n"égalait pas le courage, au lieu de faire habiller le condamné, se borna à lui faire endos ·er un manteau; mais, arrivé sur le pontleYis des larges fossés du château, Tantz jette
le manteau à la figure des hommes de garde,
s'élance Jans l'eau, la traverse à la nage,
iragne la campagne et va joindre les ennemis
de l'autre côlé de !'Oder. On n'entendit plus
parler de lui!... Je cassai l'adjudant pour
noir manqué de surveillance, mais i1 reconquit bientôt ses épaulelles par un trait de
courage que je rapporterai sous peu.
Les escadrons que je Yenais de joindre au

.,. 200 ..,_

régiment portaient sa force numfoque à
995 hommes, dont près de 700 avaient fait
la campague de nu~sie. Les soldats nouvellement arrivés étaient fortement constitués
et presque Lous tirés de la légion départementale de Jemmapes, ce qui avait beaucoup
facilité leur instruction comme cavaliers,
J'incorporai mes nouveaux escadrons dans les
anciens. De part et d'autre on se préparait à
la lutte, mais les ennemis avaient utilisé leur
temps à nous susciter un puissant adversaire, en décidant l'Autriche à marcher contre
nous! ...
L'empereur Napoléon, que de nombreuses
victoires avaient habitué à ne pas compter
avec ses ennemis, se crut de nouveau invincible en se voyant en Allemagne à la tête de
500,000 hommes, et il n'examina pas assez
les forces dont se composaient les éléments
qll'il allait opposer à l'Europe entièl'e, coalisée contre lui.
L'armée française venait, ainsi que je l'ai
déjà dit, de recevoir une très forte espèce
d'hommes; aussi, jamais ellen'avait-éléaussi
belle! Mais comme, à l'exception de quelques
régiments, la plupart de ces nouYeaux soldais
n'avaient point encore combattu, cl 4.ue les
désastres de la campagne de Ru sie avaient
jeté dans les corps une perturbation dont !es
effets se faisaient encore sentir, nos superbes
troupes formaient uue armée plus propre à
montrer pour obtenir la paix, qu'à faire en
ce moment la guerre; aussi presque tous le.~
généraux et colonels qui voyaient les régiments de près étaient-ils d'avis qu'il leur fallait quelques années de paix.

8.\LïZEN. -

~UIT DU 20 .\U 21 li\!

•

1813. -D'après la Lil/!ografrhit: de

i de l'armée française on passait à l'examen de celle de ses alliés, on ne trouYail que
molles e, mauvaise volonté et désir d'a,,oir
l'occasion de trahir la France! ... Tout devait
.,. 201 ,..

donc porter Napoléon à traiter avec ses adversaires, et pour cela il aurait dù . e rattacher
d'abord son beau-père l'empereur d'Aurriche,
en lui restituant la Dalmatie, l'Istrie, le Tyrol
et une partie des autres pro\•inres qu'il lui
av ail arracbées en 1805 et l 809. Quelques
concessions de ce genre, faites à la Pru~se,
auraient calmé les alliés qui, à ce qu'il parait,
offraient à Napoléon de lui rendre les colonies
enlevées à la France et de lui garantir toutes
les provinces en deçà du Rhin et des Alpes,
de même que la haute Italie; mais il devait
abandonner l'Espagne, la Pologne, Naples et
la Westphalie.
Ces proposilions étaient convenables; cependant, après en avoir conféré a,·ec les diplomates étrangers envoyés pour traiter avec lui,
Napoléon rudoya M. de ~lellernith, le principal
d'entre eux, el les renvoya tous sans rien
céder. On assure même qu'en les voyant sortir
du palais de Dresde, il ajouta : &lt;1 Comme
nous allons les ball rel. .. » L'Empereur paraissait oublier que les armées ennemies étaient
près de t,·ois fois plus nombreuses que celles
qu'il pouvaiL leur opposer. En effet, il n'avait
pas plus de 520,000 hommes en .Allemagne,
tandis que les alliés pou vaienl rnellre en ligne
près dt! 800,000 combattanl.li 1
La fête de !'Empereur tombait au 15 aoùt,
mais il ordonna de l'avancer, parce que l'armistice finissait le 10. Les réjouissances de
la SainL*Napoléon eurent donc lieu dans les
cantonnements. Ce fut la dentière fois que
l'armée française célébra le jour de la naissance de son empereur. 0 y eut fort peu d'enthousiasme, car les officier~ les moins clair-

RAFFET,

voyants comprenaient que nous étions à la
veille de grandes catastrophes, et les préoccupations des chefs se reflétaient sur l'esprit
des subalternes. Cependant, chacun se prépa-

�111STO]t1A

--------------------------------------~

rail à bien faire son devoir, mais avec peu
d'espoir de succès, tant étail grande l'infériorité numérique de notre armée, comparée
aux troupes innombrables des ennemis, et
déjà parmi nos alliés de la Confédération du
Rhin, le général rn:xon Thielmann avait déserté
avec sa brigade pour se joindre aux Prussiens, après avoir tenté de leur livrer la forteresse de Torgau. Il régnait donc dans l'esprit
de nos troupes un grand malaise et peu de
confiance.
Ce fut en ce moment qu'on apprit le retour
en Europe du célèbre général Moreau, qui,
condamné au bannissement en 1804, à la
suite de la conspiration de Pichegru et de
Cadoudal, s'était retiré en Amérique. La haine
que Moreau portait à Napoléon lui fai~ant
oublier ce qu'il devait à sa patrie, il Oétrit
ses lauriers en allant se ranger parmi les
ennemis de la Frarce ! Mais ce nomeau Coriolan subit bientàt la peine que méritait cette
conduite infàme !. ..
Cependant, un immense demi-cercle se

COMBAT DE ,vuRTCIŒN. -

Berlin et les environs avec une armée de
120,000 hommes, composée de Suédois,
Russes et Prussiens. Les deux grandes armées
russe el prussienne, fortes de 2·20,000 hommes, dont 55,000 de cavaleriP, cantonnaient
en Silésie, entre Schweidnitz E't l'Oder;
40,000 Autrichiens étaient postés à Lintz, et
la grande armée autrichienne, dont le nombre
s'élevait à f40,000 hommes, était réunie à
Prague; eniln, derrière et à peu de distance
de cette première ligne composée de 560,000
combattants, d'immenses réserves étaient
prêtes à marcher.
L'empereur .Napoléon avait ainsi distribué
ses troupes : 70,000 hommes, concentrés
auprès de Dahmen en Prusse, devaient agir
contre Bernadotte; le maréchal Ney, avec
100,000 hommes, gardait une partie de la
Silésie. Un corps de 70,000 hommes se trouvait aux environs de Ziltau. Le maréchal
Saint-Cyr, avec 16,000 hommes, occupait le
camp de Pirna et couvrait Dresde. Enfin, la
garde impériale, forte de 20 à 25,000 hom-

Gravure J'A aBERT, d'après le tableau de BEAUME. (Mus~

formait autour de l'armée française. Un corps
de 40,000 Russes était en Mecklembourg;
Bernadotte, prince royal de Suède, occupait

(Û

Versailles )

mes, était autour de cette capitale, prête à se
porter où besoin serait. En ajoutant à ces
forces les garnisons laisse:es dans les places,

les troupes de Napoléon étaient infinimen t
moins nombreuses que celles des ennemis.
Cette énumération ne comprend pas les armées
laissées en Espagne et en Italie.
CHAPITRE XXIV
Du ~h~ix des chefs de corps. - Rupture de l'armi~ttce. - Le général 1omfoi . - Combat en Silésie sur le Doher. - Épisodes di1·ers. -Douloureux
échec.

L'empereur des Français avait divisé son
armée en quatorze corps, dits d'infanterie,
bien qu'ils eussent chacllll une division ou au
moins une brigade de cavalerie légère. Les
généraux en chef furent : pour le premier
corps, Vaudamme; poar le 2e, le maréchal
Victor; 5•, maréchal Ney; 4• général Bertrand; 5• irénéral Lauriston; 6• maréchal
Marmont; 7•, général Reynier; 8•, prince
Poniatowski; 9•, maréchal Augereau; f Qe (enfermé dans Danzig), le général l\app; 1t•,
maréchal Macdonald; 12•, maréchal Oudinot;
13e, maréchal DaYout; 14•, maréchal SaintCyr; enfin la garde, sous les ordres directs
de !'Empereur. La cavalerie était divisée en
cmq corps ainsi commandés, savoir : le fer,
par le général Latour-Maubourg; 2•, général
Sébastiani ; 5•, général Arri ghi ; 4•, général
Kellermann; 5•, général Milliau. La cavalerie
de la garde était sous les ordres du général
Nansouty.
Si l'armée applaudit à quelques-uns de ces
choix, tels que cetL-. de Davout, Ney, Augereau, Reynier et Saint-Cyr, elle regrettait lie
voir des commandements importants : à Oudinot, qui avait commis plus d'une erreur
dans la campagne de Russie; à Marmont, qui
par trop de précipitation venait de perdre la
bataille des Arapiles; à Séhastiani, qui semblait au-dessous d'une telle tâche; enfin, elle
se plaignit que pour une campagne qui devait
décider du sort de la France, !'Empereur
essayclt les talents stratégiques de Lauriston
et de Bertrand. Le premier était un bon
artilleur; le second, un excellent ingénieur;
mais n'ayant ni l'un ni l'autre dirigé des
troupes sur le terrain, ils étaient par consfL
quent dan l'impossibilité formelle de mener
un corps d'armée.
apoléon, ~e rappelant que lorsqu'il fut
nommé général en chef de l'armée d'Italie, il
n'avait encore commandé que quelques bataillons, ce qui ne l'empêcha pas de conduire
une armée dès son déLut, crut probablement
que Lauriston el Bertrand pourraient faire de
même: mais les hommes universels comme
Napoléon sont fort rares, et il ne pouvait
e$pérer en rencontrer de tels dans ces nouveaux chefs de corps. C'est ainsi que l'affection personnelle qu'il vouait à ces généraux
l'enLraîna dans l'erreur qu'il avait déjà commise en confiant uoe armée à l'arûlleur Marmont.
En vain on discutera sur ce point; l'histoire
des guerres passées nous prouve que, pour
être général en chef, les théories ne suffisent
pas, et que, à _três peu, mais très peu d'exeplions près, il faut avoir seni dans les régi-

.MiMOm_ES DU GÉNÉ'R_JtL BJt'R_ON DE .JJ{Jt1?_BOT - ~

meots d'infanterie ou de cavalerie el y aToir
commandP comme colonel pour être à même
de bien diriger des masse, de troupes, car
c'est un apprentissage que très peu d'hommes
peuvent bien faire comme officiers généraux,
surtout comme rht•fs d'armée. Jamais Louis XIV ne
confia en rase campagne le
commandement d'un corps
de troupes au maréchal de
Vauban, qui étaiL cependant
un des homme~ les plus
capables de on siècle, et,
si on le lui eùl 01ft ri. il est
à présumer que Vauban
l'eùt refusé, pour s'en tenir
à sa spécialité, l'attaque et
la défense des places. Marmont, Bertrand et Lauriston
n'eurent pas la mème mode. tie,etl'alfection que ~apoléon leur portait l'empêcha
d'écouter aucune des observations qu'on lui fit à ce, ujet.
Le roi Mural, qui s'était
rendu à Naples après la campagn~ de Russie, rejoig11il
!'Empereur à Dresde. Les coalisés, c'est-à-dire
les Autrichiens, Busses et Prussiens, ouvrirent
la campagne par un manque de bonne foi indigne des nations civilisées. Bien que, aux termes de la dernière convention. le hostilités
ne dussent commencer que le 16 aoùt, ils attaquèrent nos avant-postes le 14 et mirent la
plus grande partie de leurs troupes en marche,
par suite de la trahison de Jomini.
Jusqu'à ce jour, on n'avait vu que deux
généraux saxons, Thielrnann et Langueneau,
s'avilir au point de passer à l'ennemi; mais
l'uniforme du général îrançais était encore
exempt d'une telle tache. Ce fut un Suisse,
le général Jomini, qui la lui imprima. Ce
malheureux était simple commis, au traitement de 1,200 francs, dans les bureaux du
ministère de la R~publique helvétique en 1800,
lorsque le général Ney fut envoyé à Berne par
le premier Consul pour s'entendre avec le
gouv~nement de la Suisse sur les woyens de
défense de cet État, alors notre allié. Les
fonctions du commis Jomini, spécialement

chargé de la tenue des registres de situation
de la République helvétique, l'ayant mis en
rapport avec. le général Ne!, celui-ci fut à
même d'apprécier ses moyens, qui étaienl
grands, et, cédant à ses vives sollicitations,

11oRr oi; JIIARECIL\L DUROC.

il le lit admellre comme lieutenant et bientôt
comme capitaine dans un régiment suisse
qu'on formait pour le service de la France.
Le général Ney, prenant de plus en plus son
protégé en affection, le fit faire officier français, le choisit pour aide de camp, et lui
donna le moyen de publier les ouvrages qu'il
écrivait sur l'art de la guerre, ouvrages qui,
Lien que trop vantés, ne manquent certainement pas de mérité.
Grâce à celte haute protection, Jomini
devint promptement colonel, général de brigade, et se trouv.iit chef d'état-major du
maréchal Ney lors de la reprise des hoslilités,
en 1815. Séduit alors par les brillantes promesses des Russes et oubliant ce qu'il devait
au maréchal Ney, à rEmpereur, ainsi qu'à la
France, sa pairie adopLive, il déserta en emportant les étals de situai ion de l'armée, ain~i
1. I.e l'ail particulier d'aYoi,· emporte les clats de
siluallon de l'armér et les uoles relaLivPs au plan de
campagne a été génêrateme11t contredit. Voir notamment T111Ens, l/i.,toire du Consulat el de l'Empire,
l. XVI. p. '.:li5-'l76

que toutes les notes relatives au plan de campagne qui allait s'ouvrir', et de crainte que,
en apprenant sa luite, Napoléon ne modifiât
ses projets, il insista auprès des alliés pour
qu'ils commençassent les hostilités deux jours
avant celui fixé pour la raµtare de l'armist1ce. L'empereur Alt!xandre, au grand
étonnement de l'Europe, rérompensa la trahison de Jomini en le nommant son aide
de camp, ce qui choqua tellement la délicatesse de!' empereur d'Autriche riue, dlrrant
un jour cht:'z Alexandre et
aperc1&gt;vant Jominiau nombre
des convives, il s'écria tout
haut : Cl Je sais que les sou« verains sont quelquefois
cc dans la nécessilé de se
cc servir de déserteurs, mais
et je ne conçois pas qu'ils les
,, reçoivent dans leur étatet major et même à leur
" table! ... ll
La trahison de Jomini,
chef d'état-mojor du maréchal Ney. ayant fait tomber aux mains des
alliés les ordres de marche dictés par
lapoléon, fut pour celui-ci un coup des plus
l'nnestes, car plusieurs de ses corps d'armée
furent attaqués pendant leur mouvement de
concentration et obligés de céder à l'ennemi
des positions importantes, faute de temps
pour en préparer la défense.
Cependant, l'Empereur, dont le projet était
de se porter en Bohème, trouvant partout les
ennemis prévPnus et sur leurs gardtis dans
celle direction, résolut de marcher sur l'armée
prussienne de Silésie et d'y faire reprendre
l'offPnsive par les corps français, qui avaient
été forcés de se retirer de,,anl Blücher. En
conséquence, Napoléon se rendit, le 20 août,
à Lowenberg, où il attaqua une masse considérable de coalisés, composée de Prussiens,
fiusses el Autrichiens. Dil'ers combats eurent
lieu, ltis 21, 22 et 25, dans les environs de
Goldberg, Graditzberl!' el Bunzlau. Les ennemis perdirent 7,000 hommes, tués ou pris..
el se retirèrent derrière la KatzLacb.

(A suivre.)

,.. 202 -

"' 203 ,...

GÉNÉRAL OE

;\lARBOT.

�"----------------------ment, toise à toise, il paniut à \Îvoler. Puis,
quand, à la force du poianel, après dix actions d'éclat, dont la moindre eût classé son
homme, il arriva aux grades supérieurs, ce
ne fut rien encore. Cela honorait, ,mais on
n'en virn.it point. Enfin, il eut la lieutenance
générale de flan&lt;lre. et quel1[11f'S annt!es aprè
le gouvernement de Valenciennes : œtle foi~,
c'était la ,·ie a urée. li put songer à faire
!-ouche, l'héritière se trOU\'ll; celui qui avait
été le chevalier de Montmorency, qui était le
die, alier de Lu,embourg, devint le prince &lt;le
Tingry, et il épousa .~Ille de Harlay.

PARIS AU .X\'111' SIÈCLE, -

\'üE DES llOULEYARDS DE 1 'HOTEL DE
'

•

Lo1:1s-LE GRA "D

-

· · -

S

-

ALI,! ET DES llOUU"\'S DE MONTllARTRF., PRISE DES JARDDiS

.De
uin &lt;k Monv.u

LE JEUNg.

(Musét CarMvakl,)

•

USPE..'-DU' DE t .J R,..,,.
-~ ~ ...

Les comptes d'une grande dame
en 1738
Par FRÉDÉRIC MASSON, de l'Académie française.

Des rohes à douze Fr:inc:,, qui en a vu,
sauf Àtt Bonheu,- du Da11te ? Des ouliers à
cinq francs, qui en a vu, sauf chez les cordo~iers du faubourg, fabriquant à ju te
pru: en quelque loge ignoùle de portier? Qui
a bu du vin, et du nai vin, et le plu ~rand
vin qui soit, à 78 livres la feuillette? Cela a
été ai~si pour ta nt et c'est le prix qu'on paiait
à Paris, au temps où régnait par la gràce de
Dieu, très grand, Lrè! illu~Lre et très excellent prince, Louis,, •ye du nom, roi de France
el de ararre, Louis le bien-aimé.
li y a quelque cent soixante-quinze ans
donc, _\ivait à Paris, en son hôtel de ce quai des
Théatins, auquel on a donné depui le nom
de M. Arouet de Voltaire, une très grande
dame, qui, au nom le plus illustre de la monarchie, à ce nom de Montmorency qui se
rencontre à chaque page de notre histoire
avait allié le nom de Harlay, le premier no~
de la Robe.
.lllle de Daria) de Beaumont avaiL épousé
en i 7H, à l'àge de dii-lmit ans, très haul

el Lrès puissanl seigneur ,1gr Chri tian-Louis
de Monlmorency-Lu1embourg1 prince de Tin#
gry, sou,·erain de Luxe, lieutenant général
des armét:s du Hoi el de la province de Flandre, gou,·erneur de la ville et citadelle de
~alencie~nes. Les titres étaient forl grands,
1 à~e Ir~ haute, le couraae hors de pair;
mais, d argent, Christian-Louis n'en aYait
point. C'était un cadet, le quatrième fils de
ce maréchal de Luxembourg, qui, fils posthume d'un père décapité sur l'échafaud, se
v~ngea de son roi en remportant en son nom
dix glorieuses victoires, en tapissant avec des
drapeaux pris sur l'ennemi les murs de otreDame. Il fut grand, ce bossu; il mlirita, par
son dévouement à la France, qu'on donnàt
son nom à une des rues de Paris. Cette rue
se n~mmail ain i depuis l'an de grâce J719:
on aJu?é que ce nom de Luxembourg était de
m~u~a1s exemple. L'entrepreneur devicloires
a eté remplacé par un entrepreneur de banqueroutes : on a mis Cambon là où était
Luxembou rg. Ce fabricant d'assignats plaît

nu. ?&lt;&gt;n~eil muni~pal de Pari autant que
lm depla1t ce fabricant de gloire.
Comme cadet, Christian-Loui n'avait eu
qu'une légitime très mince et un litre de chevalit:r ~e Malte: titr~ nu, car, n'aimant que
le service de œrre, n ayant point voulu s'engager dans la Rdi"ion, ni faire ses caravanes
il n'avait à attendre ni commanderie, ni bail~
liage. Dès l'enfance, il avait servi : à seize
ans, il étail à teinkerq ue; à dix-·Ppt, il
obtenait un régime~t. ~ette année-là (1693),
so~ père m_ourut. ~ était sa fortune qui semblall ruoum. Il lm fallut servir double, réclamer comme une faveur la corvée des
quartiers d'hiver. et, pendant que le jeunes,
les galants, les riches s'envolaient à Versailles, demeurer sur les frontières, remplir sa
bourse, se serrer le ventre pour tenir table
au printemps prochain et faire bonne figure.
~iosi,. avec ses appointements, quelques gratifications du Roi, sa médiocre légitime, un
petit héritage qu'il avait mangé économique-

Son nouveau titre ne l'avait point enrichi;
en son contrat de maria~e il eut beau mettre
1out à bout sa vaisselle d'argent, ses chevaux
et équipagi&gt;s, ses meubles meublant , une
créanl'e peu recouvrable sur les Iré urier · de
l'Extraordinaire des guerres, se· 11ppoinlemeots romme lieutenant général en Flandre
et comme gouverneur de Valen,:iennll·, le brevet de retenue que le Roi lui avait accordé
sur sa charge, c'est tout au plu s'il parvint
à fournir un total de 150.027 livres et c'étail'lll; romme on voiL, des ,,a[eur · difficilement néaoeiaLle ; mais lllle de llarla,• était
riche par son père, le premier présid~nt, et
par sa mère : une du LouëL de Coëijenval.
Elle eut en dol 20.000 liHes di:i reutes bien
as,i_ es, trois fois autant à la morl du premier président de llarlay, hien pins encore à
la morl de • a mère. En 1i5.t, quand le prince
de Twgry ful devenu maréchal de France el
que, ch~~geant de nom pour la quatrième
fois, il 'appe_la le maréchal de Montmorency,
non eulemt'nl il fut ce 4u'il était Jadis. un
des hommes ltl!l plus noules, les plus hravts
et les plu ju lement honorés qu'il y eùl en
Franct•, mai un des hommes les plu riche.,
non pas riche à la façon d'un fiunncwr ou
d'une favorite, par les croupe ur les fermier· généraux. ou les intérêls dans les fournitures, mais riche d'une ri1hesse solide, en
bons contrats l'L bonnes rente~, en lcrres patrimoniales, en rede\'ance certaines, en fcrm,•s de rapport as uré.
La maréi-hale, en ~rnnde damr qu'i•lle
étaiL, dut 'h~biller rbez les meilli•urs fournbseur ; sa ta.hie fat d plus ,1,i .. nées; ~a
cave de~ mieux remplie~. Ce 11'était point
chez elle la profu~ion d'une de ces mai~on
où l'on ne .ail point ce que Yaut l'argent, le
e:icbage, comme chez le prince· du sa11g
royal uù la de serte el la mise-bas fai~aien t
le prnLil el ll's appointements d'une nuée de
.erviteur·, c't\tail la vie réglée et attentive où
,la Uontmorency se souvenait qu'elle avait été
Harlay et, de celle race d'bonnètes gens économe~, a,•ait gardé l'art de calculer et l'bubitudc de payer ses dettes.
Et elle les payait, car voici les mémoire"
des fourni. sears arec leur aCIJuit, el biea ouvent à coté : « Mme la Maréchale a raballii
tant », et de .on écriture, plus ruùle que
femelle, elle a refait les additions, vérifié le
totaux, inscrit en haut de la femlle un numéro de rappel. En était-elle moins bien habillée, . a mai,on en était-elle moins agréa-

L ES COMPTES D'UNE G'J{AND'E DAME EN 1738 - --,

Lie? Non pas, mais elle était d'aplomb el en on ne sait quui en couleur, de l'or et de
l'argent : 56 livres; plus six douzaines de
équilibre.
Les étoffe , elle les achetait au lieu d'ori- bouquets à l0 liTres la douzaine, 60 li~-res;
gine el de fabrication, à L)'on, à Marseille, à plus, pour le_ deux. robe , 16 aunes d'agréTours; puis, à Paris, les modi tes de bon ments à 6 livres l'aune : 96 lines; cela fait
renom les aerommodaient: c'étaient ~tlles Pa- de façon et fourniture quelque 150 livres par
nier ou Mlle de Launay. Et ~i on payait cher robe. Voilà des prix qui, i on les quadruple
le· étoffes, i l'on payait 550 füres pour pour trouver la raleur actuelle de l'argent,
l'étoffe d'une robe à h11uquets détachés f.ur commencent à avoir quelque tournUl'e, mais
fond agate, de la manufacture royale de lar- on baisse \Île. La robe de satin fond ro.e
seille; 450 füres pour l'étoffe d'une rohe aYec une raie en argent se paie 21- livre ; la
fond roqe, à Lyon; 600 livres pour l'étoffe robe de satin food blanc avec une raie verte
d'un habit de n-lours à bouquet brodés, le:. et un ramage violet ne coûte quP. 15 li\re ,
couturières de ce Lemps-là n'étaient point di- mais on y emploie :;G aunes d'agréments à
sols l'aune, soit 14 liues 8 sols; 6 aun&lt;:s
gnes de celles du nôtre : 8 livres la façon
d'une robe noire; 12 livres la façon d'une d'agréments à deux côtés pour les manrol,e bleu et or, garnie en polonai~e de mème chettes, à U sous l'aune, soit .t livres 4 sols,
étoffe; 8 livres une robe de moire noire; el six. douzaines de bouquets à 5 livres 1~
8 livres une robe de taffetas vert glacé, gar- douzaine, oit 30 livres : cela ne fait encore
nie en polonaise; 5 lines une robe de Per e que 63 li\'re , 12 ois; el on arrÎYe aux rohes
fond bleu; S livres une robe de velours re- à douze livres, une robe el jupon de ,atin
faite; it livre une rohe et un jupon vert eL rayé souris el blanc, une robe et jupon de
bleu, garnie en polonaise et garnie à volant:-. da mas tond vert : 12 li \Tes tou l cela, et
V,,ilà lei. prix qui re,·iennent sans ces.e : 6 lines un jupon de taffetas blanc garni.
Ce sont donc bien le mème prix che1.
5 livre· la robe de toile per e; 8 livres la
robe garnie en polonai e; 12 lh·re la robe Mlle de Lauoay, ~Ules Panier et Mlle PercheaYec le jupon à rnlauts. Les agr~ments ont ron. La façon d'une robe avec on jupon e t
en sus : 26 ou :56 aunes à 5 sols; puis le de 12 livres; ce n'est que par exception, en
bord de la Jnpe, haut el ba , tran•r · el plomb cas d'habits de noces · ou d'habits de cour,
à 2 lhres l0 .sol ; cela ue grossit pas beau- qu'on ort de ces données ordinaires et normale.
coup et ne va Jamais au !oui' d'or.
Et les souliers, ces chers et mignons souLa maré,·hale o. ses quarante ans. Peut-èlre liers du siècle pa é, qui dansent au bout du
se néglige-t-elle, va-t-dle au bon marché el pit·d de dame de )forcau le jeune, ces . oune se ouc1e-t-elle point des bonne,. faiseu ·es? liers galnnts qni s·envoleut dans le. llasanli;
)1 ai:- elll! a une lille, la ducbe~se de Tre~mes, lieu1·eu.nle /'Exi•a,·polette, ct:s soulier dont
qui donne le tun, qui est de tous h:s Voyages, le talon mutin sonne, après un iècle écoulé,
qui fait les beaus. jour· &lt;le la Cour, el, en dans le cerveau de tout homme qui aime LA
mère bien appnse, la maréchale paye la note FEUIi', ces souliers adorés qui, retromé
chez ·a couwrière : voici. pour la duche ·se, aprè · tantôt un siècle, onl rendu à la Pariün babil en gros de 'fours gri : coùt, sienne l'eiqui t!l le particulier de on allurl',
1 hvres; ,·oici un habit noir complet, ces ouliers qu'on veut chasser à présenl
18 liue ·; ,·oici une roue ru e et ar ent, pour mettre en leur place l'it?noble, l'imbétO livres; une robtl ro e et ~ris, 8 livrt•s; cile, le déplorable soulier à l'aaglaise, le.
voici, el cc sont des robes de Cour, c·est le voilà qui défilent devant nos yeux comme un
dt:rnier cri de l'él~anet: et du luxe en l'an régiment dont, coûte que coûte, il faut suivre
de gràce 173 , un hab il dt: drap d'or, man- la mu ·i•tUI! : soulier~ noir chamarrés, souteau, jupe et jupon, un baliit de drap d'ar- lier:. de l"aslor gris, ouliers de maroquin
~t'nl, manteau, Jupe et jupon. Quel prix'! noir, soulier. marron avec un galo11 d'argent,
,ouliers bruns avec un !!:lion d'or : à 5 lines,
25 livre· chaque 1
Où doue peul bien habiter à présent )111e de les ou lier:. unis; à 7 li,·res les soulier a,·ec
un galon. Douze paires de souliers pour
LaunaJ?
llllt: Percheron, maitres e couturière, sera- 69 li1-res! Ah! qu'il étaient hicn de leur
t-dlc · plu dirlicile eu ses prix que n'était temps, ce maitres cordonnier , el comme
Mlle de Launay1 Quaud, l:!n dt'Ct'mLre J732, on doit le!. remercier d'avoir [ait d'une des
le fils ainé du maréchal, titré à son tour armes les plus exqubes de la femme une des
prince de Tingry, épouse )Ille Louise llagde- ch use~ les moins Côù.teU5Cs !
Leiue de Fay de la Tour-Maubourg, c'est pour
Veut-on du pratique à présent, el voulezles habit· de noces une telle splendt'ur IJU 'il
est bien po sible que la facture ait participé vous p,t, er à la cui:;ine el voir le compte de
de celle gloire. C'tisl un malheur, en tout l'épicier? 11 apporte du café dt! Moka à
cas, que l'ortho!rraphe de Mlle Pt:r,·hl'ron n'en 45 sous la livre, du gruyère à 12 sous. Un
ait poml profité, r.ar la facture des abbys de fromage de 0rie Yaut ~ lin-es; le suae coùtc
16 ous la livre. On a pour 6 livres dix-huit
no. se, on ne la lit pa , on la devine.
La façon d'une ruhe d'étoffe fond or avec citron et douze bigarrades; pour une livre
des 0rurs nouées avec de l argent, garnie, cinq ous un quarteron d'amis, pour di a,·ec tous le a1usteruenl : 513 ltues; plus huit oas un quarteron de pommes.
Quand la )laréchale est à sa terre de Be.1usix douzaines de bouquets à 12 livres la douzaine; une robe de Damas food blanc avec monl1 elle paie à ~es gens qui rc lent à Paris
11

... 204 ...

... 2o5""

�111STO'I{1.lf
leur nourriture en argent : c'est 16 sous
pour les lemmes et 25 sous pour les hommes.
Quand elle est à Paris, on consomme chez
elle par jour environ 27 livres de pain.
EUe mange dans des assiettes d'argent à
846 livres la douzaine; et à sa Lahle on aime
le Dourgogne, le vrai vin de France, celui qui
met du soleil dans le cœur et une chanson

dans la voix, le vin de Vougeot que lui fournissent tout droit les moines de Citeaux, le
vin des vignes séculaires devant qui les colonels avisés font porter l'arme à leurs régiments : A 78 livres la feuillette, le vin de
Yoageotl
Il n'y en a plus à ce prix depuis 1744.
Tout cela, babils, maison, table et cuisine,

ce n'est pas la grosse dépense. A côté de cela,
qui est le luxe des grands seigneurs, qui est
l'utilité de leurs corps et l'agrément de leur
vie, il y a quelque chose que je dirai quelque jour, qui est la nécessilé de leurs àmes.
Nous nous plaignons parfois d'avoir trop à
donner aux pauvres; on verra comment savaient donner les gens d'il y a cent ans.
FRÉDÉRIC
de

MASSON'

l'Académie J,-ançaist.

Notes el Souvenirs
Ve1·sailles, merc1·ecli 51 mai '18 71. - A
dPux heures, à la Chambre. Je n'avais pas vu
la salle de spectacle d11 château de Versailles
depuis le soir de la fameuse représentation offerte au roi d'E pagne. C'éLaitle 20 août t 864.
Nous étions M. Auber, M. Perrin, alors directeur de !'Opéra, et moi, blottis dans une petite baignoire, toule sombre, à gauche de la
scène. Mes anciens collègue , les secrétaires
rédacteurs de la Chambre, sont maintenant
installés dans celle luge.
L'Empereur el l'impératrice - je ne l'ai
jamais vue plus radieusement belle que ce
soir-là - étaient dans une grande loge,
con$1ruite de face, au fond de la salle fastueusement décorée. Avec un air de triomphe mal contenu, mademoiselle de Montijo,
devenue impératrice des Français, faisait les
honneurs de Versailles au roi d'Espagne, à
celui qui avait été son roi, et qui n'était plus
que son hôte. D'un aspect assez mince, ne
faisant pas grande figure, le mari de la reine
[sabelle était assis entre }'Empereur et l'impératrice. Trois grands fauteuils, presque
trois trônes, étaient installés sur le devant de
la loge. Tout à coup, l'impératrice .fil appeler
un chambellan, qui se présenta respectueusement, non pas courbé, mais littéralement
plié en de,u, en habit rouge, la croix d'or
au côté, cordon espagnol bleu de ciel autour
du cou. Quelque chose évidemment avait cloché dans J'étiquette, et des paroles sévères
étaient adressées au chambellan. L'impératrice parlait avec une extrême animaLion; le
chambeJtan rougissait, balbul.ia.it, perdait
contenance, s'inclinait de plus en plus, touchait terre; !'Empereur intervint doucement,
avec un air d'indifférence el de lassitude, on air habituel, - cherchant évidemment à
apaiser !'Impératrice; le roi d'Espagne était
fort gêné; par son sourire, par ses gestes un
peu gauches, il disait clairement : &lt;1 Mait: cela
n'est rien, rien du tout; cela n'a pas la moindre importance. » La salle entière, fort iotriguée, avait les yeux fixés sur ce groupe des

trois Majestés. Et quelle salle! Venus là,
tous les trois, avec la troupe, avec l'Opéra,
nous étions seuls en habit noir. Il n'J avait
dans la salle que des uniform11s éclatant~,
des habits brodés sur toutes les coutures;
sur les poitrines, des plaques et des grands
cordons de toutes IP.s couleurs. Et les femmes! Presque toutes jeunes et presque toutes
belles ! Un luxe inouï de tuilettes! Un ruissellement de rubis, de perles et de diamants!
C'était un éblouissement.
Nous nous demandions si nos atfreux
habits noirs n'étaient pas la cause de l'incident, s'ils ne faisaient pas scandale au milieu
de toutes ces splendeurs; nous nous étions
rejetés un peu inquiets au fond de la lo;:re.
Nous avions peur d'être expulsés, et c'eût été
grand dommage, car le spectacle était merveilleux sur le théâtre aussi bien que dans la
salle. Mais non, le scandale, ce n'était pas
nous ... l'lmpératrice se calma; nous ne fûmes pas renvoyés.
... La Chambre a déménagé avec tous ses
accessoires, comme une troupe de Paris qui
'en va donner des représentations en province. La tribune du palais du quai d'Orsay,
cuivre et acajou, a pris place dans la salle de
spectacle de Versailles. Les anciens emportaient leurs dieux, les députés emportent leur
Lribune. La sonnette aussi est 1a même. C'est
la sonnette de M. Sauzet, la sonnette de
M. Dupin, la sonnet•e de M. Marrast, la sonnette de M. de Morny; c'est aujourd'hui
Il. Grévy qui carillonne, et, après lui, qui
sait? Le déménagement du Corps législatiI a
été une admirable opération : on n'a rien oublié. Tout à l'heure en entrant dans la salle
des séances, j'ai vu venir à moi, tout glorieux, un vieil employé de la Chambre.
- Ah I ru'a-t-il dit, savez-vous que c'est
moi qui ai en le bonheur de sauver le grand
timbre sec de la Chambre des députés, le
grand timbre sec qui seul peut rendre les
lois valaLles? J'ai réussi à le faire sortir de

+
... 206 ...

Paris, le 19 mars, et, songez donc! s'il était
resté aux mains des membres de la Commune ... .. Mais ils ne l'avaient pas, et. rien
que par cela, tous leurs actes, tous leurs décrets étaient entachrs de nullité.
J'avais connu ce brave garçon autrefois à
la _Chambre; il me parlait du ton le plus convaincu. Il pensait de la meilleure foi du
monde avoir sauvé la France, en sauvant le
grand Limbre sec du Corps législatif. Je l'ai
accablé de félicitations.
Cette séance est d'un ennui mortel. Je sors.
Dans la cour de Marbre, au-dessus de la porte
par laquelle, tous les jours, entraiL et sortait
Louis Xl V, on a accroché une méchante planche badigeonnée, portant ces mots: 111N1 TÈRK
DE L'INTÉIUEUR, et, près de cette porte, appuyé
contre le mur, un garçon de bureau fume sa
pipe. Dans le parc, solitude absolue; je vais
jusqu'au Petit-Trianon, même solitude. Voici
la ferme, la vacherie, le presbytère, el sa petite colonnade. Voici les vieux carrosses des
rois de France, les voitures du sacre, le traîneau de la Du Barry.
li y a deux mois, sur la place d'Armes de
Versailles, au milieu des pièces de siège et
des caissons d'artillerie, se troU\·ait un très
étrange prisonnier qui venait d'être ramené
de Paris : c'était l'omnibus numéro 470 de la
ligne du pont de l'A.1ma au Cbâteau-d'Eau. li
avait été pri• par les troupes sur la barricade
de Neuilly. Littéralement criblé de balles,
tous les carreaux brisés, les ferrures de l'impériale tordues; à l'intérieur, les coussins
crevés, percés, tra1·ersés de coups de baïonnetle, les boiseries déchiquetées, émiettée~,
tonte les peLites aîûches réclames pendant
en lambeaux ; L1 foule se pressail pour regarder dans l'omnibus, enlre les deux banquettes, une grande mare de sang du plus
beau rouge. Ou aurait dù la mettre, celle
,•oilure, au PeLit-Trianon, parmi les vieilles
voilures des souverains; elle y serait parfaitement à sa place: l'omnibus, aujourd'hui,
c'est la roiture du souverain.

LE ROI LOUIS X[If COURT LA BA.GUE DANS UNE GRANDE PARADE A LA PLACE ROY.ALE. -

UN MARIAGE ROYAL

+

Louis XIII et Anne d'Autriche
Par Louis BATIFFOL

11
En ce mois de janvier 16f9, avait lieu le
mariage de la sœur de Louis XIII, Chrétienne,
avec le prince de Piémont. Ou assaillit le ménage royal de demi-mots discrets. Le nonce
dit au roi, en plaisantant : « Je ne crois pas,
Sire, que vous voudrez recevoir relie honte
d'a,·oir un neveu avant que Votre Majesté ait
un dauphin! » Le roi rougit et répondit en
riant avec bonne grâce qu'en elft!t il ne pensait pas recevoir cette honte. L'observation
Extrait de l'ouvrage

LUDOVIC

HALÉVY.

Gravurt de C111SPIN DE PAS.

de

Louis Ratiffot, Le roi

Louis X/li à vingt a,u, éclité par Cafmar,n-Lévy.

l'avait touché. On crul remarquer que les
égards qu'il avait pour la reine devenaient
plus nuancés, qu'il éprouvait de plus en plus
de plaisir à venir la voir, à rester avec eUe.
Luynes pres,-ait. Il prit une singulière ré olution . Le dimanche 20 janvier, on célébrait
le mariage d'une autre sœur du roi, celle-ci
fille naturelle d'Ilenri JY, mademoiselle de
Vtmdàme, avec le duc d'Elbeuf. Sui\'ant les
usaaes royaux, le souverain devait accompaane; le jeune couple chez lui, le soir, dans sa
~hambre, puis, « les rideaux du lit Lirés »,
s'en aller. Le duc n'eut-il pas l'extraordinaire idée de décider le roi à rester? Un am-

bassadeur donne des détails et ne paraît pas
autrement choqué. Mademoiselle de Yendôme
riait et concluait par de bons conseils.
Louis X[I[ fut ému. Le 25 au soir, devant
ses résistances dernières. Luynes prit le parti
d'en finir. li était onze heures, le roi était
sur le point de se coucher: il le prit par le
bras, l'entraina dans la chambre de la reine
et le poussa, puis ferma la porte! ... Triste
privilège des existences royales! La scrupuleuse conscience d'un médecin exact consignant jour par jour les moindres détails de
la vie de son souverain, susceptibles de ser\'Îr à l'étude de sa santé, ne mel pas le mé-

�H1STORJJI
nage royal à l'abri des pires indiscrétions de
l'histoirP I Le lend ... main, officielh,ment, tous
les ambassadeurs étrangers étaient prévenus

PHILIPPE

III,

ROI D'ESPAGNE.

Détail du lab/tau. de V &amp;LAZQ UEZ.
(Mu.st!e du Prado, ftfa:triJ.)

de l'heureuse nouvelle et priés de la transmettre à leurs gouvernements respectifs : au
dire d'Héroard, la communication n 'é1ai t pas
encore tout à fait exacte. Mais, par une transformation inattendue, sans autre insistance,
Louis XIII ~e décidait maintenant de luimême : el, le J8 mai. Anne d'Autriche pouvait enfin Mclarer, rorume une autre reine
de la fin du .iècle suivant, placée dans des
circonslanl'es analogues, qu'elle était décidement « reine d... Franct&gt; ! »
Ce fut une joie uni'Vt!rselle. Ltis ambassadeurs ac~ueillirent la notification avet: un
contentement exlrème et donnèr('flL à leurs
cours les détail$ nécessaires. Celui d'.E pagne
mandait au roi Philippe Ill qu'il 't&gt;n féliritail d'autant plus que l'événement allait. sans
aucun doute, procurer plus d'influence à la
reine, ce qui permcllrait d'utiliser eflicaremeot son in terméd,aire pour les néaociations
f.utures. Des cuurri ... rs avaient été r,expédi~s.
« La ,·our en a éprou\·é unP grande salisfactio?•. ~andait le nonce au Saint-Siège, parce
qu ams1 le mPnage royal e~t con,,olidé : on
peut croire qu'il n'en résultera que du bien
uoo seulement pour la France, mais encoru
pour le re}le de la chréti... nté. » Le secrétaire
d'État Puisieux écr1vh à tous les ambassadeurs de France : « Les meilleures nouvelles
que je vous puisse mandt:r par cette dépêche,
expliquait-il à l'amba.s.adPur français à Rome,
Simon de Marquemonl, archevêque de Lyon,
est que le roi, depuis quatre jours, a commencé . .. de quoi leurs ~lajestés ont reçu un
réciproque contentement et le puLlic une
très grande consolation. Ce n'est pas une pe-

Loms X111
tite affaire et m'as~ure bien que ~f. le nonce l'ambassadeur d'l&lt;:spagne. afin que celui-ci
n'aura oublié à l'écrire à Sa Sainteté à iaqueJle n'en ignoràt, et transmit la déclaration à
vous le devez confirmPr comme un a\is très Madrid, qu'il adorait Anne d'Autriche « parimportant dedans et dt:'hors le royaume. J't&gt;s- dessus toutes les choses de ce monde, qu'il
pi.•re que ce bon commencement ~era suivi le lui témoignait de tout son pouvoir et que
d'rlTPts très farnrahles et heureux. » Les cela était notoire à tous ». Si même sur un
corre. pondances parti&lt;"ulières étaient rem- point quelconque le roi avait une légère
plies de l'expression du contentement pu- observation à faire à sa femme, il priait
blic : l'allégresse était justifiée.
Luynes de demander à l'ambassadeur d'EsL'événement en efft:t avait amrné dans les pagne de s'en chargPr : « Rôle délicat, manra1•ports entre les dnu époux comme une dait Giron au roi d'Espagne, et de beaucoup
révolution. Ces deux ètres, ju que-là si étran- d'importance, mais que je lâcherai de remgers l'un à l'autre, semblaimt maintenant se plir au mieux des intérêts de Votre Majesté
reconnailre après un malt-otendu prolongé. et de ceux de la reine très chrétienne; n tellis se témoignaient des trésors de tendresse lement Louis Xlll était soucieux d'écarter la
ignorés l'no de l'autre. Profondément louché, moindre oruhre de son bonheur. C'ét:iit la
Louis X[(I avait dit, le lendemain du 25 jan- June de miel.
Seulement, pour ce qui était des suites,
vier, à sa Îl'mme, qu'il l'aimait, qu'il lui fai~ait le serment de ne jamais aimer qu'elJe, rien ne se décidait. &lt;&lt; La reine ré1maote se
de Jui rester fidèle, ex~losion touchante de porte bien, écrivait Benlivoglio à Monteleone;
retle sensibilité vive 4ue les circonstances je lui demande souvent que fait M. le d:rnseules l'avaient empêché de moolrer. Et il pbio; elle rougit, elle sourit et ne diL roui. »
tenait parole. La confiance1 l'abandon fai- Beaucoup de gens osaient parler comme le
saient place aux aigreurs précédentes. Le nonce et la réponse ét.ait la même. &lt;&lt; Elle
terrible Iléroard indique en marge de son sourit, disait Conlarini; elle de,·it•nt rouge et
journal. par un petit signe cabalistique, cer- elle répond qu'il n'est que de s'en r~mellre
tains points de repère dont la Faculté pourra à la volonté de Dieu. &gt;&gt; Personne ne voulait
eosuile avoir besoin afin de suivre avec pré- croire que r,ela pùl durer : &lt;c A quel propos,
eision l'eiistence de quelque futur roi de s'écriait Malherbe, nous imaginerions-nous
France. Celle extraordinaire statistique nous une stérilité en un roi et une reine tous deux
renseigne sur la constance des nouveaux sen- en la fleur de leur âge el Lous deux d'une
timt·nts de Louis Xlll. Visiblement, aux. constitution excellente, qui s'aiment avec
appréhensions d'antan avaient succédé des paHion! » A la 60 de cette année IG19, une
dbposilioas con1raires. Suivant un protocole seconde fois, l'espoir remplit de joie les
méd,cal imposé pour des rai,ons de prudence cœurs; il fut suivi d"une déception nouvelle,
et que les rois de France devront subir puis d'appréhensions terribles. Anne d'Aucomme une partie de cérémonial obligatoire, triche manqua mourir.
Elle était tombée malade à Sainl-Germain
dPS délais de quinzaine lui étaient impo. és.
Il s'y .oumettait plus ou moins. Si le dauphin
n'est pas ver,u, on ne peut le reprocher à
Louis Xlll.
La lr,msformalion fut surtout remarquable
cht•z la. petite reine. De froide et revêche,
elle é1ait devenue douce t'l bo11ne, abandonnée,
cherchant une p, otection. Son caraclère indolent paraissait s'éyeiller et même attester
quelque violence. Elle se munirait kndre
pour Louis. Xlll, impalit"nte de le voir, attenlionnre, souriante.
Ce fut une id)lle. Le JPune roi, amoureux
de la jeune femme, en oubliait ses plaisirs
favoris, la chasse. U fut plein de ~nllicitude,
d'égards : il était assidu. « Sa llaje. té, écrivaiL ~I. de Pui. ieux à M. de Léon, montre à
la reme une afft&gt;clÎon très graude qui est capal.ile d'effacer plu~il!urs petits sujets de mécootentemt&gt;nt et d'assurer uue vraie amitié et
intelligence pour la chose pul,lique. » Quelques mois après on crut pouvoir parler d'espérances : l'émotion étail vive; ell11 devait
Cliché Girandon.
être de courle durée. Anne d'Autriche en
Duc
o'ÜLJVAREZ.
éprouva une grande dérep1ion. Louis Xlll
De/ail du: tableau de V EL&amp;.ZQUEZ,
lui manifesta plus de Lendresse «&gt;Dcore: elle
(llfusee du Pra:io, Madrid.)
se conduisait avec un tact parfait el Lout le
monde l'aimait pour relie douceur ft celte
.honlé qui étaient un peu nourellcs cht'z ell11 el les médecins avaient déclaré que la prinet •1u'on appréciait d'autant. A qui voulait cessP., présentant tous les signes d'un état
l'entendre, Louis Xllr répétait combien il intéressant, il n'y avait pas lieu de lui admiaimait la reine. Par Luynes, il faisait dire à nistrer de remède. ll avait été décidé qr' A.one
.,_,

208 ,...

assisterait aux filles organisées le Ier janvier
pour la réception de nouveaux chevaliers du
Saint-Esprit. L'ambassadeur Cootarini, présent aux cérémonies, écrivait combien il avait
été frappé de sa pàleur, de sa maigreur
ex.cessive, de son air l:mguissa.nt : « Si je ne
J'ayais pas vu manger, ajoutait-il, je ne pourrais pas affirmer qu'elle fùt morte ou ,·i11e. •
Dans le courant du mois, die ,oulut assister
au ballet traditionnel de la Cour. Ce îut une
fatigue extrême; les forces l'abandonnèrent;
elle tomba; une fiè1rc intemc la prit, « fièvre
double tierce, ardente et aiguë », disaient les
médecins. Elle eul le délire : on appliqua des
venlouses sur les reins afin de le dissiper.
L'inquiétude était générale. ~euf médecins
ne quitlatent pas la malade qu'entouraient
princes, princesses, grandes dames de la
cour empressées à la servir. On essaya de
tous les remèdes : elle refusait de les prendre.
On la saigna deux ou trois fois : loin de diminuer, le mal ne faisait que croitre. Le septième jour on la crut perdue. Dans l'appartement, les femmes sanglotaient. Au dehors
le public multipliait les prières, suivait des
processions ordonnées pour la guérison de la
souveraine, remplissait les églises afin de
participer aux offices des quarante heures,
entendait les messes spécialèS dites à la SainteChapelle. Le onzième jour, un léger mieux
se dédara; le quatorzième, la fièvre commença à décroitre cl le seizième il parut que
la pelile reine était sauvée!
Celui qui avait montré encore le plus Je
douleur était Louis XHI. On ne le reconnut
pas. li fut pris de « dtitresse »; il pleurait à
chaudes larmes devant tout le monde, à ce
point que l'ambassadeur d'E~pagne, surpris,

DUCIIESSE DE CUEVREUSE.

D'af,rès un portrait de L'a1icfen,1e collection

Monl.ptnsier,

a11

chéilea11 d"Eu.

ne pouvait s'empêcher de trouver que « ces
larmes, quoique justes, n"étaient pas IJien
séantes à un roi D. li ne qui lia pas le chevH
de la reine, y demeurant jour et nuiL, voulant
V. - lltSTORL\, - Fa!&gt;&amp;:. 3~.

servir la malade, lui tenant la main, lui disaol &lt;&lt; de prendre courage, qu'il n'y avait rien
au monde qu'il ne fit pour elle, y allât-il de

LE LOUVRE SOUS LOUIS

ET JlNNE D' A.UT1'(1c1-1E __,.

positions un allt·gement incroyable. Je sais
que vous y prendrez votre part. »
La crise passée, les deux époux cooli-

XIII. - Gravure

la moitié de son royaume ! » et un sourire
eflleurait les lèvres de la reine. Ce fut lui
qui l'exhorla à prendre les médicaments, qui
insista, la supplia, jusqu'à se mellre à genoux : Anne, touchée, disait qu'elle voyait
bien que cc le roi l'ai.moit de tQul son cœur &gt;&gt;.
n ût un vœu à Notre-Dame de .Lorette; Anne
d'Autriche en ayant fait un à Notre-Dame de
Liesse, il prit l'engagement d'aller lui-même
le teni'r. Il voulut qu'on apportât dans la
chambre de sa femme les reliques de saint
Denis, celles de saint Charles, d'autre encore,
et prescri1it de dire des messes. Il renonça
au protocole, refusa de diner en public, décommanda Ioule cérémonie, répondant que
&lt;t sa douleur ne lui permclloit rien, lorsqu'il
se seoloit si particulièrement aflligé &gt;&gt;. Anne
m élait attendrie. Entrant en convalescence
et le jeune roi lui témoignant ainsi son affection, elle le regardait les yeux pleins d'amour,
et, par reconnaissance, precanl la main du
prince, la soulevait d la portail à ses lèvres :
la figure de Louis XITI rayonnait d'une joie
d'enfant.
La convalescence suirit, lente. Les neuf
médecins rn relapieat : quatre de la cour,
quatre de la ville, et, les départageant, lléroard, le premier médecin du roi. Ceux de
Paris Youlaient 1u'on saignât encore, ceux de
la cour s'y opposaient; lléroard n'osant pas
décider, Louis XIU faisait venir un vieux medecin qui avait servi les rois précédents, lequel opinait quïl était plus utile de remettre
du sang dans les veines de la malade que de
lui en retirer. Peu à peu Anne d"Autriche
reprenait; elle faisait distribuer de larges
aumônes aux hôpitaux: et aux monastères :
les poètes célébraient sa guérison el des
actions de grâces publiques s'élevaient vers le
ciel. Le souverain écrivait de tous côtés pour
annoncer l'heureuse nouvelle; il disait la joie
qu'il en avait éprouvée: (c J'avais été grandement ailligé de la maladie de la reine, mandait-il à sa sœur la princesse d'Espagne;
maintenant je reçois par ses meilleures dis-

,flSIIAEL SILVESTRE.

nuèrent à se manifester la même tendresse
confiante, à faire preuve d'attention, de complaisance, de bonté. Une circon Lance solennelle allait leur permettre de rendre témoin
de leurs seotimenls une foule comidérable
qui, ravie, acclama.
Le i 7 mai de celle année 1620, avait lieu
à la Place royale une grande p:irade dans laquelle Louis XII[ devait courir la bague avec
un certain nombre de seigneurs. Au jour dit,
un dimanche, un public immense s'entassait
derrière les barrières. Un échafaud, (1 la loge
royale », tapissé de velours violet, semé de
fleurs de lys d'or, el sur lequel devait se
mettre Anne d'Autriche entourée des grandes
dames de la. cour, avait été dressé. Aux fenêtres des hôtels de la place, garnies de tapis
d'Orient, courtisans, princesses et seigneurs,
en riches habits, se pressaient. A dP,uX heures
la reine arriva dans son carrosse de gala,
accompagnée de la sœur du roi et de sa suite
de dames. A trois heures s·al"aoçait à son
tour Louis Xlll, vêtu de satin lilanc, la tête
ornée d'un g·raod panache de mème couleur,
monté sur un petit coursier Liane à la selle
brodée d'or et d'argent; il était précédé et
suivi de chevaliers et de princes, escadron
multicolore, brillant, qui caracolait. La pe.lile
troupe fit au pas le tour de la lice, saluée par
ks vivais de la ÎOLÙe, puis, aux sonneries des
clairons cl trompettes, - la bague posée sur
une potence et qu'il s'agissait d'enlever au
moyen d'une lance, en passant au galop,
a1ant été mise au point, - la course commença. A la file, Louis XIIl, M. d'Effiat, le
prince de Condé, le comte de Soissons, les
ducs de Guise, de Chevreuse, d'Elbeuf, une
trentaine, s'élancèrent. Le marquis de Courtenvaux et Sainl-Luc touchèrent. li derait y
avoir trois courses. A la deuxième et à la
Lroisième le roi enlel'a la bague. Finalement
ils se trouvèrent quatre ayant obtenu le même
succès. Courtoisement, les trois champions
déclarèrent laisser la palme au roi : Louis Xll1
refusa. Deux courses supplémentaires furent

q

�111S T0'1{1.Jl

~---------------------------

décidées : à la seconde, Loui XIII enlevait
l'anneau. Les acclamations de la foule aluèrcnl sa vicloire. D'un geste aimable il se
dirigeait ver on Yieil écuier Pluvine!. afin
de montrer qu'il lui rapportait le mérite de
ce succè.'-, lorsque Pluvine!, lui indiquant la
loge royale, fit signe de le conduire à la reine.
La reine deYait en e!Tet donner au "aioqueur
le pri de la cour e : une bague d'or garnie
d'un magnifique diamant. Anne d'Autriche,
tout heureu:e, a\'ait le - larme · aux yeu1:.
Quand Louis Xlll, arri,ant au pied de l'échafaud, ,it son émotion, déjà louché lui-même,
il ne pul se contenir, et .ans souci du cérémonial ou de la tenue qu11 lui imposait Sa
fajeslé royale, il escalada rapidement les degrés, puis, d'un mouvement charmant, se
jetant dans les bra de la petite reine, il
l'embrassa. L'enthousiasme de assistants ne
connut pins de borne·.
Durant le mois qui uivireut, ces dispojlion se confirmèrenl. Obligé de partir en
campagne pour rétablir l'ordre dans le
royaume, Louis XIII écrivait à sa femme. Il
ne Iaul pa attendre de lui des lettres nuanct:Ps : il a an St) le court el froid; il donnait
à la reine ,IL· ~t•~ nou,clk, la tenait au cou-

Cllcbt Giraudon.
PJJIUPPE

IV,

JUJ?Œ .

1'aékau it YELAZl,lllEll. (Musü du Prade, M:drl.l.)

rant de ce qu'il faisait. Cependant sous def?rmes ~l ~rticu_lées la tendres e cl la pa s1on se faisaient JOur : a J':wais été, oe me
semble, lui mandaiL-il, plus de temps que de

coutume sans avoir de ,·os nouvelles; cela
me mettait en peine, mon contentementétant
d'en recevoir sou\'enl. J'aime à mir ce qui
,·icnt de vous; je vous prie de le croire, cl que
l'écharpe que \'Ous m'awz envol'ée m'est
aussi bien agréable; je rou en remercie; je
réserve à la porter aux jours de la montre
(la revue) générale de mon armée qui e fera
mardi. J'espère qu'elle e \'erra en bon lieu
el de témoigner que j'étais seul au monde
digne de porter le faveurs venant de mire
main. » li pen ail à elle : &lt;&lt; Il m'ennuie bien
fort que vous sorex Juin de moi. 11 li dé~irail
la retrouver : " Je souhaite a"ec impatience
de ,·ous voir.
Il J'aimai! : « Je ,·eux vous
témoigner mon affection puisque je n'en ai
poinl de plus grande en ce monde... . Je
pense ~ournnl à vous et qu'il n'} a point
d'objet capable de m'en divertir el que
quelque compagnie que j'aie, vou ête avec
moi hicu qu'absente plu que tous ceux qui
me parlent à toute heure : c'est ce que je
vous ai promis et que vous pouvez as. urémenl attendre de mon affection .... Près de
vous esl le lieu où je me plais le plus el que
je quitte avec déplaisir. Il El Anne d'Autl'iche
exprimant le désir de venir au-devant de lui :
&lt;1 Venez, venez aus i gaiement que vous sere:i:
attendue de moi qui ouhaite pa :,.ionnémcnt
de mus voir. »
De la petite reine à Louis XUI, nous avons
peu de leltres; elles sont urtou L pleine de
soumis ion. Pourquoi écrit-elle de préférence
à Luynes afin que celui-cl tran . mette au
prince l'CJ:prcssion de ses sentiments? C'est
au duc qu'elle dit ses craintes, es ennuis de
voir la campagne e prolonger, qu'elle demande des assurances ur la rentrée prochaine du roi : « Je m'attend· à \'O promesses d'être bientôt de retour, lui dit-elle,
si ce n'esl que von meniet en Esparrne celle
grande armée; je ,·ous prie de croirequej'en
ai grand'pcur. » Elle interroge : « Vou a\'ez
si bien fait la bouche à tous ceux qui viennent
ici qu'il est impossible de tirer d'eux aucune
cerlilude de la renue du roi.
ou de,inons
son affection à travers les le lires de Louis Xlll.
Les sentiments demeurent les même l'année uivaute 1621 : a Je YOUS aime plu que
cc qui esl au monde », dit le roi. « Quelques
affair~ qui adviennent, je n'ai contentement
autant que de pen er à vous et vous témoigner que je vous aime autant que ,·ous le déircz. » En mars on crut que les espérances
attendue allaient se réaliser. Elles devaient
être déçues comme le · précédenlP.s. La mort
du père d'Anne d'Autriche arrivant sur ce
entrefaite., Ja jeune reine, e'branlée par celte
déception, en reçul un coup douloureux. Elle
~mail son père. , a peine fut extrême.
Enervée pour d'autre · rai on elle manifesta
un véritable dé espoir. Toul le monde l'entourait, chcrcbant à la calmer, à fa con:oler.
Le roi s'empre sail, affiigé au dernier point :
il ne s:ivait que faire, entourant Anne d'Autriche de caresses, pleurant lui-même.
Lorsqu'il partit pour sa campagne de 162 J
contre les prote. tanls du midi, il voulul que
la reine le suivît, au moins à quelque dis~

210.,.

tance. En avant a,·ec le~ troupes, ou prè du
feu dans les sii&gt;ges, il prenait quelques
heures de liberté afin d'aller revoir la petite
reine. Le note d"IILtroard ne lais_cnl aucun
doute sur l'intimité afl'ectaeu e des épou1.
De son côté, Anne d'Autriche s'in11uiétait du
roi 11u'clle sa\'ait bra\e, téméraire; elle priait
LuJnes de veiller sur lui pour l'empècher de
s'cxpo·er au danger. Pendant le siège de
.fonlauban, elle s'était fo ..ée à MoL.ac, dans
l'évt\ehé, demeure plus confortable que le
château de Piquecos, quartier général de
Louis XUI. L'un el l'autre venaient à tour de
rôle : le roi partait à cheval sur les trois
heures de l'après-midi, arrh·aiL à \fois.sac vers
cinq heures et demie, soupait, couchait et
repartait le lendemain matin à cioq heures.
Anne d'Autriche \'enait à Piquecos en carrosse, le malin, déjeunait, repartait à trois
heure" : ,isi tes tendre , sans cérémonial, entrevues intimes loin de tout regard profane.
11 tardait bien un peu à la petite reine de
rentrer : « Vous aurez bientôt le contentement de me ,·oir, écrivait-elle à madame de
3longlat, ayanl résolulion de faire si bonne
diligence à m'en retourner que j'espère être
dans un moi · à Paris. ,, Hélas I elle l'eût
moins d~iré si elle avait su qu'une crise
allait en résulter, qui devait êlre grave, troubler de nom-eau le ménage cl faire reprendre
à Louis XUI son humeur fàchcuse d'antan.
Parlant de celte crise de 1622, madame
de ?tlollc,ille, écho peul-èlre de la reine,
accuse Marie de Méùici ·, la belle-mère, d'en
a\'oir été cause. Après la morl du connélable
de l,uynes, dit-elle « la reine Marie de Médicis, s'étant accommodée avec le roi, la paix
enlre la mère el le fils brouilla le mari et la
femme. La reine-mère étant persuadée que,
pour être ah olue ur ce jeune prince, il fallait que celle jeune princes e ne fût pas bien
avec lui, travailla avec tanl d'application et
de succès à entretenir leur médnlelligence,
que la reioe sa belle-fille n'eut aucun crédit
ni aucune douceur depuis ce temp -là. » li y
a eu celte rai on; il y en a eu d'autres.
De retour du siège de ~[ootauban, à la suite
duquel le connétable de Luynes était mort,
Louis Xlll était rentré à Paris ulcéré: ponr
beaucoup de motifs, contre la mémoire de
son ancien favori. es dispositions n'étaient
rien moins 11ue favorables à l'égard de la
famille de Luynes. Les frères de celui-ci
comprenant, s'effacèrent. La veuve, à ce moment, était des plus intimes avec la reine
qu'elle avait suivie pendant la campagne,
qui l'aimait lcndremenl et trouvait un plai ir
infini à sa gaieté légère. Or celte gaieté
légère était précisément une d~ causes de
sérieuses préoccupations contre madame de
Luynes. De mœur plutôt uspectes, la duchesse passait pour admettre dans l'entourage
de la souveraine des gens de conduité douteuse. Les ministres a\'aient demandé au
nonce de faire agir le confesseur auprès
d"Anne d'Autriche afin que celui-ci exprimât
le désir à Ja reine de voir éloigner la coanétablc, madame du Vernet, la princesse de

xm

'ET ANNE D'JlUT1(1C1Œ -- ■-

avait ordonné à la doche .e, en février, de reine une impression de::, plus pénibles. Anne
11uitter son appartement du Louvre el d'aller se considéra comme ollènsée. Elle montra
loger dan. un endroit du château plus retiré. une extrême affliction. Elle dépêcha )1. &lt;le
li était impatienté de l'ascen- Putange au roi arec une lettre protestant
dant pris par la connétaule sur contre la mesure imposée, disant que sa
la reine, au moment même où maison était tenue comme il le fallait, sinon
l'on jasait plus que jamais de que le prince Je,ail lui dire le· fautes comla conduite de la jeune ,euve, mise afin qu'elle prit d'elle-même les résoauprè de laquelle les assiduités lutions nécessaire·; ajoutant que madame de
du prince de JoimiUe étaient Lll)lle' était -urintemlantc, qu'elle ne poula fable Je la 1·our. li ùécida vait s'abstenir &lt;lt! venir remplir son office,
dr\ chas cr madame de 1.uincs 11u 'il étail impossible ile lui interdire l'entré1i
et mademoiselle de \'crneuil. ,ln Lounc, ni l'accès près &lt;le sa maitresse.
Un gentilhomme, .\1. de la Fo- ,\nnc demandait une prompte réponse. Pui ·
laine, fut expédié porteur de elle thargea )1. de Bonneuil d'aller e1:plique1·
trois lettres: les premirres à toutes se · raison :iu roi. ft Arnnt ùésiré une
chacune dès deux jeunes fem- prompte répom,e à la lcllre qu~ l1utanrre m'a
mes, l'autre à la reine; ce · donnée ile votre part, lui répondit Louis Xlll,
lettres étaient sèche·. « .\pnl je vous la fais au, .itôl quïl arrive près de
reconnu, disail Louis XIII à moi. Je n'ai point enlcnùu, ordonnant autre
madame de I.uines, qu'il est demeure que celle du Louvre à ma sœur de
du bien de mon . cnice de ré- Yerneuil et à ma cousine la connétable de
gler à l'avenir la m:ii on de la Luynes, leur en inter&lt;lireabsolument l'entrée,
reine d'autre sorte qu'elle n'a ni ,·ous ùter la liberté de les ,·oir. füis il r: t
été par le pai:sé, j'ai estimé ne du bien &lt;le mon senice el du vôtre que les
le pournir i bien faire qu'en cho es se passent comme fai commandé à la
la forme et par
le · moyens que
YOUS dira le ·ieur
de la Folaine. »
~lademoi~elle do
Verneuil élait
confiée à la duche.se d'Angoulême : « La rénlution que j'ai
prise, mandait
LA REl:-;E, LES PRI ·cE ·sEs i::T LEs o.1Mts IIR LA Cou R PR~~l.'iT Louis Xlll à la
mère de la jeune
LES l'Ull\lRS DE LA PRO.IIK.'\'.\D~: AU \ K.'\\1ROXS DE Cu.llPIÈG. "E, t
per onne, la marquise dt! Yerneuil,
l'ancienne mai11uc la reine se lrOU\':tÎl dan3 une situation tresse d'llenri 1\1, pour cc qui
intéressante : la distribution des charges &lt;le rrgardc ma sœur de Yerm:'uil,
la maison du futur dauphin était déjà com- ,·otre füle, étant sur Ùe!i conmencée. Le lundi U mar_, Anne d'.\.ulriche sidérations qui sont de mon
était allée passer la soirée dans l'appartement sen ice et de son bien, je lié ire
de la prince se de Conti, au Louvre; elle qu'elle l'effectue de la sorlc
rc,·enait, après minuit, accompagnée de que je l'ai ordonné. a Quant !1
madame de Lu1ncs 1 de mad('moiselle de Ver- la reine, le billet qui lui élait
neuil, uivie de eigneur el de dames. En a,lressé était saru; le moindre
tra\'crsanl la grande salle du palais, au pre- mol aimable : « Le soin que je
mier étage - la . alle Lacaze d'aujourd"hui doi- arnir qu'il y ail bon ordre
- les deux amie' eurent l'imprudente idée en votre maison, lui di ait le
de faire courir la reine en la soull'nanl par roi, m'a fait résoudre d'y apporles bras. Anne broncha « au petit rèlais do ter &lt;lu changement qui ne Sl'ra
haut dai u, tomba. Deux jour après Ir
que pour un plus grand bien
e pérances » étaient é,·aoouie . La cour fut comme vous recognoi trei par
affligée. On cacha le malheur au roi qui était le Lemps. J'envoie la Folaine
ur le point de partir pour la campagne de vous faire entendre ur cela
1622, dans le midi, et on ne e décida à le ma volonté, laquelle je vous
. d' Ili l
I t 't l C L.1 lù:!Nt:: , LES PRINCE . SES ET LE D.UIE. DE l-\ COU R P RENSE..'-'T
lui apprendre que lorsqu'il était à Orléan . pdr,c
e ec nder an P. us O e
LES Pu1s1RS DE u DA.'iSE An L:.'VU\ONs DE CoYP1 i:1.,:fE. •
e \'OUS ren re aussi prompte
Louis Xnl eut une violente colère; celle
D'afrts u,ie gra,·urt du temfs. (C.iNnt t .us Esl.im~s . )
colère était faite de la déception du mari el à me donner le contentement
du ournrain, de son animo ilé contre des que j'en attend que je vau
persoones futiles dont on lui faisait tant de crois di po ée à me faire reœ,oir tout celui Folaine de ,·ous le faire entendre cle ma part. D
11 ajoutait le lendemain : c J'ai entendu tout
rapports déCa\'oraLles et qui avaient si légè- ,1ue je me suis promis de voa_. »
La déci ion rigoureuse prise et surtout l:i ce que vous avez donné charge à Bonneuil de
rement compromis de graves intérêts, de sa
rancune contre la famille de Lu1ncs. Déjà il forme ùépourrue de grâce produisirent sur la me dire. La résolution que j'ai prise a)ant

Conti, mademoiselle de Verneuil. L'intervention n'avait pas ahouli. Sur ces entrefaite.•.
eo mars l li 22, un1\ fois L'IICOre on annonçait

•

Lows

-w 2ll ..,.

�111S T0~1.JI
élé avec bonne consi&lt;lération arrêtée, je n·~puis rien chan 6er. » Madame de Luynes envo,a M. de ~lonlhaion, M. de Guise, le prince
de· Joinf"ille. Louis XIII
les reçut très mal et
leur répondit« qu'il ,ouloi t être obéi ». n ne le
fut pas. Les relations dé
la reine et de madame
tle Luynes coolinuèreut
comme par le passé. Tn&lt;ligné, le roi écrivit au
présidenl Jeannin :
« Ayant u qne ma
sœur de Verneuil el ma
l'OU ine la connétal,le ch:
Luynes sont tous les
jours avec la mème lihcrté près de la reine,
nonoLslaot l'éloignement qu.e j'en ai ort.lonoé, el ne désirant pas
qu'elle en use de la
sorte, j'écris à la reine
pour hù faire entendre
ma volonté :c'estqu'aLsolument je ne veux
plus qu'elle la voie, que
parîois et rarement,
comme font ]e5 aulrC's
rlames. A celle fin, vous
lui présenterez ma lettre que je vous prie
d'accomp1gner &lt;le vos
1,oo et salu Laires al'is. »
Jeannin parla. Anne lui
&lt;lit 11u'elle désirait contenter leroi,maisqu'elle
ne pOU\'ailinterdirel 'eotri'.-e de !;On appartement
à madame de Luynes
qui n'étail pas ré1·oluée
de ses fonctions. Jeannin insista. Anne d'Autriche céda. « La ré olution qDe vous awz
pri.e, lai écrivail
Louis XIIl, d'elîecluer
ce qw est de ma ,·olonté
UNE
me contente bien Iorl;
comme je ne pom·ais
allendre autre événement, aussi avez-vous
occasion de croire qu'il o'y a rien que j'affectionne à l'égal de votre bien, ce que ,·ous
recognoi. trez loujours de plu en plus par
tant de L~moignagt· de ma bonne volonté. »
rtlais c'était uu nuage qui avait passé sur
leur bonheur! Orgucilleu e el rancunière,
Anne d'Autriche a1:i.it jugé, nous diL madame
de ~foltel'ille, qu'ét:int elle-même hor de
tout soupçon, elle n'aurait pas dû èlre traitée
comme elle venait de l'è1rc : &lt;&lt; La disgràce
de mada~e de Luynes, étoit un outrage
qu'elle avmt de la peme à supporter. » D'autres qu'elle avait protestés, la fortifiant
ain i daos ses entiment . Les suite allaient
aggra,·er celte impression.
. A quelque temps de là le prince de Join111le, Claude de Lorraine, cinquième fil du

LOUTS

duc llenri de Gui e le lhlafré, déclarait son
intention d'épou er madame de Luynes: il
demandait au roi son consentement, puis,

Al,'Dl~:NCE DE J ,Ol}}S

XIII. - Gr.ivurt k

CRISNll DE

ans attendre la réponse, épousait la irnne
veuve. Ce maringi:: surprit. Louis XlU, bien
que mécontent de la dtlsinvolture du marié.
el que toute la cour ~e moquât du couple
allant s'i1rtaller au cbàtcau de Lé igny, prépar~, scmL!ail-il, à cel effet, p:'.lr le dMunt
duc de Luynes, aimait assrz Joinville, duc de
Chevreuse, qu'il allait nommer grand fauconnier de Franc&lt;', pour que deux mois après
il décidàt, en considération du no11vel époux,
de !aisscr revenir l'ancienne madame de
Luines à la cour. Mais alors pour11uoi arait-il
ain i humilié Anne d'Autrithe quelques
semaine aupara1·ant 1 Et la petite reine se
demandait si uaiment ce n'était pas ellemème que le roi avait roulu aueindre !
N'a\rail-îl pas éloigné d'auprès d'elle un de
es secrétaires, sous le prétexte qu'il était

trop libre avec la souveraine? ~e faisait-il
pas suneiller es enlours? De fait, les dispo!&gt;itions de Louis XIII devenaient Je moins ('0
moins fa,,orables. « Le
roi e t plus mal content que jamais du cabinet de la reine, écrivait farillac à fliche~
lieu ; je ne sache point
qu'on ~ apporte remède. » Quin7e jours plu
lard, )larillac répétait:
« 1,e roi n'rst pas conlenl de la rdne; il ne
veut pas ouir parler de
la~ faire vrnir près Je
lui. » Pendant toute
ret le campagne de 16'22,
les lettres de Louis XIll
à Anne seront des billets sec~, ~~os diu ion,
baulains cl autoritair&lt; :
« Jfl m'assure, lui dirat-il. c1uc vous n'aurez
autre déi.ir que de me
plaire. Il
Cependant. effet peutêtre du temps, de l'éloignement, no talgie
des heures de bonheur
passées, il .e prenait
à lui rappeler « ce
qu'elle lui a,·oit promis
de son :ill'eclion ». li
l't·ntretenait de« 1\·unui
que vous aHz certainl'mcnl de mon éloignement 1&gt;; il lui aYouail :
«Je souhaita de toute
mon affection de mu ·
revoir. » ~ Je me promets hicn cet eil'.,:t de
mon alJection qu'elle
YOUS entretient dans un
dr ir continuel d'a,oir
de mes nouvelles etque
vous serez encore Lien
aise d'en apprendre. ,
Pan·enu Vl'rs la fin de
PAS,
sa campagne et sur le
poinl de rentrer à
Pari· , il souliaitail rernir la reine el lui demandait de 1·enir au-dcrant de lui à Lyon;« Le
dé ir que j'ai de ,·ous voir ne me permet pas de
,ou lai ,cr davantage éloignée de n_ioi; c'est
pourriuoi je \'OUS en\'oie mon cousw le doc
d'Uzès pour rou accompagner au l'oya~e et
1·ou rendre la présente qui e t pour ,·ous
prier de partir inconlinent q~e. v~tre _commodité le pcrmellra. » li lm rnd1qua1L les
per onnc qui devraient l'accompagner :
cc Celte bonne compagnie me !'ail croire que
le chemin ,·oos durera moins et que s'il 1ous
ennuie cc ne sera que rimpatience que vous
aurez de me YOir qui me era lonjoars fort
agréable. » La paix de .Montpellier conclue,
il a\·ait b:lle de rcrnir la petite refoe : « Je
suis plus libre à vous donner des preuve
de mon affection, lui écrivait-il; je ressens

accroitre Jes désirs de rnus voir. 11 reste encore quelques affaires, qui m'arrêteront pour
un peu de temps ; ce sera le moins que je
pourrai, ne pou,·ant vine plus content que
près de vous. 11 El Anne d'Autriche étonnée,
craintive, répondail moitié sincère, moitié
par convenance. Alors le dé ir de revoir sa
lemme redoublait chez Louis XIll; il lui
m::mdail : « Venez jusqu'à Arles. 'e pouvant
\'Ï \Te da,·antage si îort éloigné de ,·ous el me
trouvant engagé, il faut, pour mon contentement, que vous ayez la peioe de reoir à
Arles : je vous la donne d'autant plus librement que ce sera selon rntre désir dont les
témoignages que j'ai de 1·otre affeclion me
rrndent a uré. » Les cirronstance contraignant la reine à allendre à Lyon, il en était
contrarié : « Je me oubailc si rnm·ent près
de ,·ous, lui mandait-il, que l'éloignement
m'est à peine. Mais il faut donner au bien de
mes affaire el repos de mes sujets l'établissement nécessaire. »
Contradiction ine1plicable du cœur humain, pourquoi, après œllc hàte à la revoir,
la retrouvait-il ensuite à Lion avec indilfércnce 1 Les . enûments que Louis Xm a,ait
exprimés dans ses lettres étaient-ils le résultat
de l'éloignement? L'impression produite par
le contact dissipait-elle chez lui l'affection
attendrie éprouvée au loin? ou quelque incident que nous ignorons avait-il fait renaître
les antipathies pas:. ées? L'entrerue fut froide.
Les rapports redevinrent cérémonieux et conYentionnels, Louis
reprenant sa sécheresse autoritaire, Anne d'Autriche se rcnfl!rmant, ho tile et dédaigneuse. Des mesure.
prises par le sou1•crain attestèrent la méfiance
réciproque. Le roi trouva à redire :i ce qu'il
Yint trop de monde el n'importe qui dans
l'appartement de a femme. A scz imprudemment, il chargea sa mère d'en faire des
ohsenation~. Il défendit expressément qu'aucun homme n'entrât dans le cal,inel de la
reine, lui n'étant pas pr&amp;.ent. Anne se f.tcha.
Un mois aupara\·ant, venait de lrarcrser Paris
incognito, accompagnanl le prince d'Angleterre, ul1 jeune seigneur anglais de vingt-huit
:1 vingt-neuf ans, gr:1nd, mince, Llond, à la
bnrbe un peu rousse, aux joues colorées,
aimable el séduisant, le duc de Iluclângbam.

xnr

X1TI

Louis Xlll al'ait-il été informé de l'effet produit par le beau gentilhomme~ Peut~tre,
puisque ensuite il déclarera ne pas Youloir
iiue le duc repasse par Paris. u )l'IUr beauroup
de raisons, éeri,•ait M. de Brêrnl au duc de
Lorraine, générales et particulières, p11blir1ues
et dome tiques que Votre Alte se jugera
bien».
Les relations des deux époux s'aigrirent.
En juillet de celle année 1625, la reine euL
une étrange attaque de ncris; elle tomba, se
hies.a à la main, au nez et au front, dut
s'aliter, éprou\'ant des maux de tèle ,iolents.
On l1t quelque mystère de cet acridenl dont
il oc fut parlé qu'en secret, les uns prononçant les mots de délire et de conrnlsion, les
autres de « mal caduc». Ce ne fut rien . Elle
se releva. li -y avait peul-ètre un rapport
entre cet accident bizarre el les crise, intérieures du ménage.
Lne de ces crise e manifesta en octobre,
lor-que, pour éloigner définitivement madame
de Cheueuse, Loui · XIII supprima la charge
de surintendante de la mai·on de la reine.
_Anne pleura. a Le roi qui, dan ce qu'il
entreprenait, était extrêmement violent el
ob tiné, maintint .a déci ion en\'l'rs et contre
tous. ll La pr1!-ence de Marie de Médicis,
rel'enue pri!s du roi, achc1·ait de Lrouiller le
ménage.

E1ilée h Blois, ~fa.rie de :Uédici a.l'ait t.lc!Hi
de demcu.rer en bons termes avec sa Lru.
Elle lui al'ait écrit. Lorsqu'elle s'~tait enfuie,
en 1619, elle lui avail demandé de 'iulerpo.er afin de calmer le roi. ~fai fJUelle -)Dlpalhie pournit exister enlre l'ancienne maitre se du royaume et fa nouvelle reine de
France jouissant de tous les honneurs, privilèges, pr~rogative de la fonclion jadis allribu •· à l'autre 1 D~s qu'il amit été question
qnc les deut princesses se retromas enl à
Tours, en 1610, il y avait eu une série de
di eussions, pour . aYoir laquelle des deux
aurait le pa~. Louis Xlll avait cédé à sa mère
la préséance. La contrariété d'Anne arait été
vive. li avait fallu (J ue Louis Xll l priât Ilicbelieu de régler les relations de deux reines
entre elle ; de fixer le Lon, les manières, les
gcsles, afin d'él'iter les heurts. Malgré les

'ET .J!NN'E D'.J!UTR,TC1Œ - - - .

prét:autions, les heurts se produisaient. Un
jour il s'agi.sait d'un mol d'ordre à donner
au régiment des gardes ; le lend~main, de la
place d'un carro se. Si le roi quittait Pari
pour aller en campngne et nommait S.'l femme
régente, ce nouveau ûtre ne modifiait-il pas
les préro~alives d'Anne en lui donnant le pas
sur a belle-mère? De dépit, Marie de Médicis
allait s'enlermer à Fontainebleau jusqu'au
retour de ·on fils.
Lorsqu'après la mort de Luynes, Marie de
Médicis se r:ipprotha de Louis Xlll, il n'y eut
per~onne qui ne pré1it que celte réconciliation allait contribuer à la mésentente du
ména!?e royal. Un incident amena une scène
violente. nucellaï, que Marie de Médicis ne
pouvait plu soufi'rir, ayant reçu l'ordre de
ne jamais reparaître devant l'anrienne régente,
se trouva dans la chambre d'Anne d'Autrirhe
un jour où la mèr,, ùu roi I était. Celle-ci lui
dit de sortir; l'aLl,é ne l,oagea pa - el même
parut ricaner a,ec les dames. La vieille reine,
rouge de colère, ordonna à M. de Bonneu.il
de cbas er lluccllaï, ce qui fut exécuté. Mais
alors dt!s protestations s'élevèrenl. e croyant
maîtresse du Louue, Marie de Médicis a111it
donc osé commander dans l'appartement de
la som-eraine régnante! Sans égard ni respect
pour crlle-ci qui était chez elle, elle avait
régenté ·es intérieurs! Ce fut un esclandre.
Le conseil du roi dut s'en occuper. Loui Xm
exigea de~ cxcn es. Marie de '1édicis pleura.
On devine les enliments réciproques que
pournient éprou1·er l'une pour l'autre une
Lielle-mère et une helle-r.lle Ee troufant à ce
point dans leurs rapports? Saint- imon croit
que « rien ne pnl diminuer l'union qui s'étoit
mi e entre les deux reine dès le commencement du maria«e ùe Louis XIII dont le nœud
était la passion espagnole qui Jes posséda
sans cesse Ioules les deux ». Il a tort, pour
ce moment. !\lais Louis XJII ne pouvait qu'être
défavorablement impres ionné par l'antipathie
mutuelle de sa mère et de sa femme. L'ani•
mosité de la petite reine à l'égard de sa
ùellë-mère \"CnaiL 'ajoutei: à L:ml d'autres
causes prédispo ant le jeune roi à s'écarter
d'Anne &lt;l'Autriche. Tout contribuait à désunir
leur ménage! Le heures de tendresse et
d'amour étaient bien passées!
Louis HA TIFFOL.

�, ___________________________________ L.JJ.
O. LENOTR.B

•

La citoyenne Villirouët
Â. Lamballe, en Bretagne, existe un vienx de ces nobles dames qui singent les beaux maître et fait ce qu'il lui plaît. Les lettres
couvent d'Ursulines que, en i 795, la muni- airs et font les fières avec les paysans : elle sont vives, bien tournées, courtes, attendriscipalité avait transformé en prison . La mai- est tonte simple el toute franche. Ex-noble 1 santes 1 ; les adminislrateurs du district se
son, toute voisine de l'église Saint-~fortin, Le beau motif pour tracasser les gens! Sa laissent toucher : la citoyenne Victoire Villiétait alors assez exiguë. Au rez-de-chaussée, naissance est l'effet du hasard; elle n'admet rouët csl autorisée à rcceroir en prison ses
le logement du geôlier, -lepère Cloteau, pas qu'on la lui reproche. Elle trépigne d'être enfants el à les garder près d'elle durant le
trois cachots, une chambre basse el un ca- séparée de ses enfants. L'aîné, Charlemagne, jour.
binet: au premier étage, deux chambres; n'a pas cinq ans, et Césarine, la dernière, a
Ainsi son cachot devien l &lt;&lt; un lieu de déplus haut, un vaste grenier. Vingt personnes dix-neuf mois. Sont-ils suspects aussi, lices l&gt;. Peu soucieuse du confortable et du
y auraient trouvé place; on y entassa deux ceux-là?
bien-être, elle prend allègrement son parti de
cent ]mit détenus, des femmes en grande
A peine sous les verrous, Marie-Victoire, la surveillance, de l'espionnage, des fouilles
majorité, épouses, mères, filles d'émigrés, femme Villfrouët - elle signe ainsi sans à corps, du « pot commun », vaste gamelle
ou d'autres que leur nom aristocratique ren- morgue inopportune - récrimine, s'agite, où le père Cloteau fricote la nourritare de
dait suspectes, de ces vieux noms bretons à réclame, écrit à tout le monde : « Mes en- ses pensionnaires; les détenus, en plein
résonnance rocailleuse et retentissante comme fants, ne les verrai-je donc plus? » Elle dis- hiver, sont sans feu; mais la bonne humeur
le ressac sur les galets. li y avait là des cute mot à mot la dénonciation cause de son et l'entrain de Yictoire sont ingénieux : on
Daën-Kerménénau, des l'Étang de Troaëc, incarcération. On l'a dépeinte comme étant dansera pour se réchauffer; et tout le monde
des Houdu de Villecadio, des Quintin de Ker- souple, fine et rusée : c'est trop fort! « Je danse : vénéraùles douairières à cheveux
ne suis point souple, car je ne sais point gris, religieuses sécularisées, vieux gentitscadiou .. ..
Au nombre des prisonnières étail une jeune fialler; je ne suis point fine, puisque je me hommes ruinés et moroses; dans celte ville
mère de vingt-six ans, Marie-Victoire de Lam- suis laissé prendre; je ne suis point rusée, de Lamballe d'ordinaire si paisiLle, où, la
billy, ci-devant comtesse l\fouëssan de la Vil- car je n'ai jamais dissimulé la vérité. &gt;&gt; nuit venue, le bruil d'un sabot sur le pavé
lirouët. C'était une petite femme
fait événement, on entend, eu pasdélurée, réfléchie pourtant, mesant devant les murs du couvent,
nue, alerte, rieuse el très brave.
geôle un hacchanal de cris, de rires
Elle avait les cheveux châtains, le
et de sauteries : ce sont les primenton rond, les yeux marrons,
sonniers qui, pour ne pas grelotle nez el le front semés de quelter, dansent la gaillal'de ou_ les
ques taches de rousseur. Pour en
ll'Îcolels 2 •
terminer avec ses particularités,
\'ictoire de la Yillirouël était déelle adorait son mari, de treize ans
lrnue depuis quinze mois, quand
plus âgé qu'elle. Émigré dès février
un certain jour,- c'était le8jan1792, le comte de la Villirouët
vier 1795, - le bruit courut que
avait rejoint l'armée des princes,
10 conventionnel Bollet, venant de
tandis que sa femme se réfugiait
Brest, se lrouîail pour üngt-quaà Lamballe, chez une vieiJle patre heures à Lamballe, et qu'il
rente, Mme de Caredeuc de Keranétait descendu à l'auberge de la
roy. C'est là c:iu'on l'arrèla. Le
Gl'an1l"maison; c'était une chance
12 octobre 1795, elle est écrouée
à ne pas laisser échapper. Aussitôt,
de sa plume alerte, \ïctoire écrit
aux Ursulines.
La prison, comme on pense, ne
au rrprésenlanl qu'aux Ursulines
lui va guère; elle enrage d'être
restent entassés soixante-seize déLA PLACE DE LA CROIX·AUX·FÎ::VES, A L .\.M.llALLE. - Dessin de RonmA.
enfermée. Cvmme elle a la constenus, dans le plus lamentable décience très nette de « son dù Jl,
m'tmenl el mourant de froid; elle
l'injustice la rérnlte; jamais elle ne s'est Son mari est émigré? Elle n'en sait rien; el sollicite de lui la faveur d'un entretien. La
intéressée à la politiqge; elle n'est même pas puis, est-ce sa faute à elle? Le mari est le lellre signée, pliée, il s'agit de la faire par~- le com!c de Bellevüe a publié, il y a quelques 111m~cs, les llfémoires de la comtesse de la l"illù-ou.ë t, née de Lambilly, d"après le manuscrit original, en l~s a~mpagua?l de lr~. inlër~~antes
notices génealogiqucs (l'ar1s, Just Poisson, editcur,
IOOi!).
C'esl à ce 1·écit que nous àvons empnmtc les ·
éléments de celte élude ; les références indiquées
renvoient au rëcil même de Mme ùe la Villirouël.
1. « Citoyens, pa1·don ri je ".o_us importune e11co1:e;
mais mes enfants, ne les vl'rrat-Je plus l Oh I du moms
vuisque vous ne pouvez me permettre de les voir

tous les jours, accordez-moi de les avoir une décade
entière avec moi. J'en ai trois et sùremeul à leur
â•e on n'est pas suspect l'ainé a quatre ans cl demi,
la seconde lrois ans et la dernière deux ans) : d"ailIeurs ils ne sortiraient pas. Veuillez, citoyens, m'accorder celle demande qne je vous fais de tout mon
cœur. J'ai fuil le sacrifice de mes biens et dr, rua
libcrtê; mais laissez-moi mes enfants, mon uuique
bien, ma seule consolation. ne m'en privei pas, cl
croyez à réternclle reconnaissance de voire co11citoyenne, Vicloire Lambilly, femme \'illiroyt (si,· .
Lettre de blnic de la T'illirouël au..: admi11is""' 214 ....

lratew·.i du district dr Lamballe, 2 avril I i94.
'2. « JI me demanda, cnlre autres choses, ce que
nous faisiou~ dans la maison d'arrêl pour nous y rédiauffcr - « Ma foi, rjtoyen, loi dis-je, nous dausious ! Les administrateurs a,·aicnt l"air de le trournr
mauyais, mais cela nous était égal; et, comme nous
sa dons que danser ou ne pas danser oc pouvait emph-er ou nmèliorer notre ~iluation. nous passions le
temps L"Omme nous pouvions. Vous n'ignorez pas,
d'ailleurs, qu'il esl ~ouveaL bon de s'étourdir sur ses
malheurs pour eonscr,er le courage nécessaire pour
les supp0rtcr. 1

ClTO-Y'BNN"E

Ynz.mouiT

venir. Victoire descend chez le geôlier; le bravade; le sémillant sourire et le franc mi- revu. C'est juré; on se sépare. 11 est malpère Cloteau est absent ou endormi, il est nois de la citoyenne Villirouët l'ont déridé; il heureusement trop tard pour se mettre en
dix heures du soir, tout est clos dans la semble que pour un instant s'est di sipé le tra- courses; toute la nuit, la généreuse femme
maison. La brave femme, qu,e rien ne dé- gique malentendu de la Révolution; ce régicide ne rêve que pétitions el démarches, el le lendemain, « ayant pris la lune pour le jour ll,
courage, va jusqu'à la grande porte de la et cette comtesse s'accordent parfaitement 1 ,
elle est debout à quatre heures
rue ; elle appelle, elle frappe, elle
du matin. Elle sait que le comité
crie, elle s'époumonne, décidée à
de surveillance ne se réunira pas
ameuter tous les citoyens de la
de la journée, mais elle se proville. Gn gamin qui passe entend
pose d'implorer individuellement
le bruit, s'approche, s'informe;
chacun des commissaires. Avant
elle lui glisse sa lettre, lui recoml'aube, elle trolline par les rues
mande de la porter aussitôt à la
Grancl'maison, de la remettre au
désertes; à sepl heures, elle frappe
à la porte du citoyen Margeot.
citoyen Bollet, et« s'il ne le trom-e
Margeol dort encore et ne se lève
pas dans un lieu, de le chercher
dans un autre ».
ordinairement qu'à neuf heures.
ci Eh bien, je vais le trou\'er
Le gamin court; une demiheure plus tard il est de retour; il
dans sa chambre. - Citoyenne, sa
a vu le représentant qui viendra
porte est fermée à clef. - Je lui
demain visiter les détenus. L'heuparlerai à travers la porte ...• » La
reuse nouvelle se répand tout de
voilà donc au lrou de ln serrure :
suite dans celte étrange prison que
« - Citoyen Margeot, citoyen Mar\'ictoire a grisée de sa bonne hugeot I Voulez-vous avoir la commeur; ce sont «des cris de joie,
plaisance de vous lever? - Cides sauls, des gambades qu'on
toyenne, il est de bien bonne
heure, et il é1ait on1,e heures hier
n'cùl pas entendu Dieu tonner )) .
soir quand je me suis couché.
'Mais, le lendemain, gros déboire :
- Moi aussi, citoyen, je ne me
les heures passent et Bollet ne pasuis pas couchée plus tôt etje suis
raît pas; vite, un billet de rappel :
le\'ée depuis quatre heures; il s'a« Citoyen représentant. .. , on nous
git de la liberté de malheureux
assure que lu pars demain, et
prisonniers; le citoyen Bollct va
nous sommes dans des frayeurs
partir et ne peut rien faire sans
horribles que tu nous brûles! » Le
vous. Allons, ciloyen,levez-vous . ...
conventionnel ne \'Înt pas; mais
Je me flatte que vous n'avez peutvers quatre heures, !rois membres
èlre pas tous les jours un ré\•eildu comité de surveillance se prématin aussi agréable. - Oh! très
sentèrent, de sa part, à la prison;
certainement, citoyenne. - Eh
ils apportaient une liste de mise
bien, citoyen, allez-vous vous leen liberté, une liste de cinquante
ver? - Oui, tout à l'heure, cinoms : celui de la citoyenne Yiltoyenne .... - Foi de citoyen Marlirouël était le premier inscrit.
• ;:";;._L'ËCLISE NOTRE- DAME DE LAMBAl.LE- - Dtssl11 de ROBIDA.
geot? - Oui, citoyenne. - En ce
Cette fois, point de joie ni de
cas, citoyen, je vais, de ce pas,
gambades; la pauvre Victoire est
chez vos coll~crues' .... •
toute triste du résultat de sa déElle frappe ainsi aux autres portes, force
marche; elle est libre; mais plus de vingt
&lt;&lt; Je ne vous cache pas, dit Bollel aux
de ses compa~nons vont rester en prison, visiteuses, crue c'est à la citoyenne qui m'a les consignes, réveille les rudes patriotes qni
el leur déception gâte son bonheur. Elle écrit que vous devez votre Jiberté; je ne me font la grasse matinée, hàte leur tollelle,
prend hâtivement les noms de ceux que la souviens plus de son nom .... Vil. .. Yilli. ... leur arrache, un par un, des mandats de
clémence distributive du conventionnel n'a - Citoyen, c'est moi, et vous me faites mise en liberté, court chez Bollet qu'elle
pas farnrisés; à peine hors des Ursulines, grand plaisir en me disant cela. - Ma foi, trouve en bonnet de nuit; il la fait asseoir
elle court à l'auberge où il est logé. Bollet ne citoyenne, je devais partir ce matin; mais prè du feu, l'appelle c1 ma petite amie »,
reçoit pas, il faudra reYeni r. Elle se repré- ,,otre sort m'a louché. Combien, me suis-je signe tout ce qu'elle veut. Elle l'exhorte à la
sente une heure plus tard; on la congédie dit, moi qui suis devant un grand feu et qui patience; qu'il ne parle pas, surtout : quatre
encore; elle prend le parti d'attendre avec cependant ai encore froid, combien doivent seulement, il ne lui reste que quatre dossiers
trois amies, libérées comme elle, à la porte souflrir ces paunes misérables qui ne peuvent à réunir; elle retourne, toute courante, cbei
de l'auberge, résolue à n'en point démarrer se chauffer!.,. » Le com·entionnel se fait les commissaires. Enfin elle triomphe : sur
qu'elle n'ait obtenu audience. Enfin Bollet se bonhomme : elle en profite pour lui deman- la dernière pièce est apposé le cachet du colaisse attendrir et les [ait entrer. C'est un der la libéra Lion des derniers détenus; il ré- mité ... juste au moment où passe à grand
paysan de l'Artois, rigide et sec; il est pré- siste. « - Non, ma bonne amie, je ne puis fracas la berline qui emporte Bollet à Rennes!
Victoire se précipite dans l'escalier, dans la
occupé et n'a qu'une minute; mais l'entre-- sans l'avis du comité de surveillance. » vue, bientôt, l'amuse; il est manifestement L'avis du comité1 Elle s'en charge, mais il rue, criant : « Citoyen représentant, arrêtez,
surpris et charmé de trouver chez une aris- faut que le citoyen représentant lui promette je vous en conjure, rien qu'un instant! n
tocrate d'autres sentiments que terreur ou de ne point quitter Lamballe sans qu'elle l'ait Mais la voiture a disparu et Victoire reste là
1. Le début lle l'entretien est cltannant. - , Nous
nous trouvâmes en prê,_sence du représentant. Les
citoyennes Quengo m'arnient pri~ de porter la parole
el voici ce que je lui dis. - « Citoyen, j'ai l'houneur
de Yous saluer. - Votre serviteur, citovenne. - Citoyen, nous sommes venues vous remercier de la
liberté que vous nous 3-.cz accordée cl c'est le pre•
mier act&lt;' que nous ll\'ODS Youlu eu faire. -CiLoyeWle,

je suis enebOJ1té de vous avoir rendu ,·otre liberté et
j'espère que ,•ons ne me donnerez jamais lieu de m'en
repentir. - Oh I non, certainemenl citoyen l Mais
dans le mandat de liberlé qui nous a été lu dans la
maison d'arrêt, nous nous cru comprendre que celle
liberle n'était que provisoire, et nous sommes ,•enues
vous la demander pleiue ot entière. - Que le mot
prot•isoire, citoyenne, ne vous effarouche pas; il est
.... :215 ..,.

d'usage qu'on le melle loujours. Vous êle.-; parfeilcmenl libres el il ne sera porté allcinte à votre liberté
que si vous contrevenez à la lc,i. - Eu cc cas-là nous
sommes Lranqailles, car, quand ou a élé si cruellement puni pour n'avoir rien fa.il, on ne s'expose pas
à l'être pout· quel(!oe chose. »
2. Jlémoii-es de La comle-•.•e de Lo. l'ill,rourf,
p. 50.

�1f1STO'J{1A
désespérée .... Pas longtemps : le jour même
elle écrivait à .Bollet, et avant la Jin de la
décade, les derniers prisonniers de Lamballe
étaient mis en liberté.
Ce miracle accompli, \"ictoire de la Villirouët se fixa avec ses enlaats chez sa tante de
Kéranroy. Sa fortune était séquestrée en raison de l'émigration du mari qui vivait retiré
à Jersey. Depuis cinq ans les épou_x ne s'étaient
pas vus; à peine osaient-ils correspondre; les
lois contre les émigrés, pourtant, avaient
quelque peu perdu de leur rigueur; on pou-

consacrait pas à l'éducation de son élère. fl
disait s'appeler Guénier, el nul ne soupçonna
que ce philosophe à la Jean-Jacques n'était
autre que le comte de la Yillirouët, contumax, clandestinement débarqué sur la côte
bretonne et parvenu aux portes de Paris en
esquivant les espions et en dépistant les gendarmes; l'enfant était son fils, Charlemagne,
amené de tamballe par Mme de la Villirouët.
Six semaines n'étaient pas écoulées quand,
à la suite des événements de fructidor, lut
promulgué le terrible décret condamnant à

LE GRAND CHATELET. -

vait maintenant espérer se rejoindre. Non
pas à Lamballe, certes, mais loin de Bretagne,
là où l'on n'était pas connu, peut-être seraitil possible de risquer l'ayenture ; le succès,
d'ailleurs, avait donné confiance à Victoire.
Elle parlit pour Paris, sous prétexte de solliciter du Directoire la levée de son séquestre,
et s'y logea dans une maison garnie de la rue
de Rohan, qu'on appelait alors rue Marceau,
au Carrousel; on était en août i 79-7. Versle
même temps, les habitants de Nantouillet,
près de Juilly, voyaient un paisible bourgeois
s'établir dans une modeste maison du village,
avec un garçonnet de huit ans auquel il
apprenait à lire; il ne sortait jamais et passait à bêcher son jardin les heures qn 'il ne

feuille; le comte prit son parti, passa le
barrières et vint se réfugier rue Poupée 1 •
Celle existence de caches et de cligne-muselle était celle de bien des gens dans les
trois dernières années du Directoire; un si
grand nombre d'émigrés, partis jadis très
farauds, étaient revcnns, trainant l'aile et
tirant le pied, que la police débordée perdait
toute mélhode; souvent le hasard lui livrait
un de ses proscrits, aus itôt traduit devant
une commission militaire et fusillé à Grenelle, mais les autres ne s'en émouvaient

D'apres un dessin ch la fin du XVllI· siècle. (G.ibinet des Estampes.

mort, sans autre forme, tout émigré qui guère. De même que, en temps &lt;l'épidémie,
serait arrêté sur le territoire de la Répu- on s'imagine volontiers être réfractaire au
blique. S'expatrier de nouveau? La Yillirouët mal ambiant, ces hors-la-loi s'illusionnaient
n'en sentait pas la courage; sa femme n'eut et croyaient bien échapper toujours au maupas celui de l'y décider. Le séjour à Nan- vais sort. La Villirouët particulièrement, ou
touillet, pourtant, devenait trop hasardeux. plutôt le citoyen Guénier, puisque tel était
Paris était tout proche, attirante et gigan- désormais wn nom, professait une foi si
tesque cachette, a,·ec son inextricable dédale ferme en la hardiesse et l'habileté de sa
de rues tortueuses, grouillantes de foule, ses femme qu'il ne redoutait aucun péril, bien
maisons à six étages où l'on Yit ignoré des persuadé que, le cas échéant, « elle l'en tirevoisins, Paris où l'on est introuvable par le
1. c li occupait une chambre druis la maison d'une
seul fait qu'on se mêle à la cohue. Victoire, de nos amies, Mme Arland, rue Poupée, n• 6, au
d'ailleurs, avait réser\'é à son mari un asile faubonrt Saint--Germain 1 tandis que moi je demeurais
rue de ItO!tan, maison u'Orient, près ,le la place du
chez une de ses amies, la citoyenne Artaud, Carrousel. »
Mme de la Villirouël llabita ensuite, pendant quelque
rue Poupée, étroit passage qui communilemps, rue de Malte, chez le sieur Goison, re tauquait de la rue de la Ilarpe à la rue Haute- raleur.

sûr

11 lSTORL\

MADEMOISELLE DUCLOS
Tableau de L\RGILLIERE. (:\\usée Condé 1 Chantilly.)

�LJl
rail ,, . Chaque jour il tra\'ersail Paris pour
se rendre chez elle; la palronnc du garni, la
ritoyenne Corpet, s'étonnaiL bien un peu de
voir la petite dame, i sage naguère, accueillir
régulièrement le fidèle ,·isiteur. Cel ni-ci passait Ja journée entière ruP. ~fore.eau, y prenait
ses repas el ne sortait qu'à la nuit pour
retourner rue Pou pt.le; il donnait des leçons
au jeune Charlemagne à qui l'on avait recommandé la plus extrême prudence : jamai il
n'appelait on précepteur que« mon ieur Guénier » el quand celui-ci, di trait comme tous
les confiants, jouait imparfaitement son rôle,
renfanl ne manquail pas de remarquer :
« Vraiment monsieur Guénier, vous èlcs
bien imprudent; i l'on vous entendait,
,·ou seriez pourtant fusillé l »
Le danger est une manière d'idole : i l'on
e familiari e avec lui, on n'y croit plus. li 1
avait plus d'un an que le citoien Guénier
rendait à lme de la Yillirouêl sa quotidienne
vi il&lt;', ans tidoulerque, drpuis si semaine~,
il était « filé •. La police avait reçu de Lamballe une dénonciation. I.e I t janvier 179!1,
\ïcloire se mellait 11 taLle a,·ec son fil el son
commemal habituel, quand on frappa à la
porte; Gothon, la servante, oune. Cinq homme
sont sur le palier, quatre ,ont armé·, l'autre
s'avance, salue poliment, sort d'une poche de
son carrick un bout d'écharpe : c'e l lP. rommissaire de police. VHoire tremblait si forl
que ses genoux s'entre-cboquaient; Guénicr,
lui, faisail boone contenance; il exhibait sa
carte de sfircté, -un faux, - répondait aux
questions du comm.i saire qui, après aYoir
sai i les papier· Lrainaol ur la cheminée,
invita lrs deux pré1·enu à le suivre. On
pJrlil, à pied, ver la préfecture de police,
entre quatre soldats, baîonnelle au fosil,
Mme de la Villirouêt au bras de Guénier.
ProGtant du bruit d'une ,·oiture, elle lui
souffla à l'oreille une recommandalion uprême : a Il faut tout nier i&gt;. A peine au
bureau central, on les sépara et la paune
Victoire, qui pour ne pas se trahir, n'avait
pa osé embra· er on mari qu'elle ne re,·erra
san doute jamais, fut jetée au Dépôt. ...
L'enfer.
Qu'on e t loin de la provinciale primo de
Lamballe! Le guichet formidable franchi,
une odeur fétide, a phyxiante, l'odeur des
fauves encagés; cinquante mégères sont là,
enlacées, hurlante , déguenillée , sordides;
troupeau ignoble de toutes les infamies réunies; elles entourent la nou,·elle venue, l'embrassent, entonnent en un idiome farouche
d'ob cènes chanson . nr la couchelle qu'on
lui désigne, quatre femmes accroupies jouent
aux cartes; la nuit tombe, nuit de hideux
cauchemars; les draps du lit sont noirs et
raidis d'ordure; il faut se déshabiller pour1. - c D. - Quelles sont ,·os relation axcc le
eitoyeu Guéoier,
R. - Celles de l"amitié ....
li. - Depuis quand le connaissez-•ous?
l\. - Depui UJI an.
Il. - Comment I"àrcz-vou.s connu?
R. - Par 011 de ce hasards de sociélll Ïui sonL
commllDll dans le moade; la mienne I paru ui counmir; il n,'a demand I penni• ion ,te renir me ,·oir
1·l je la lui ai donnée.

tant et s'étendre contre une compagne abrutie
de débauche et de vice : à di· heures, ,ararme effroyable : c'est le couvre-feu qu'on
annonce du debor en promenant sur le bar•
reaux un pilon de fer; le gardien parait,
monsieur Saint-Denys; îl fait sa ronde en
compagnie de deux énormes dogues ....
Le lendemain, c'est l'interrogatoire, la
~ro e épreuve. La pauvre Victoire e t obligée d'ayouer, non ans rougir, que on mari
e t émigré, depuis lon~temps loin de France,
elle ne sait où. Elle a fait la connai sauce de
Guénier à Pari 1 ; elle ignore où il demeure;
il est devenu son ami el , ient la \'Oir Lous les
jours « - JI a couché chez \'Ous? - Jamais,
jamais! » EL malgré on éaer!!Ïe, en ongeanl
à ce dont elle s'accu e, elle sent on cœur
honnête se gonner, elle éclate en sanglot .
llenlréc au Dtipôl, .a seul,i idée e L de faire
parrenir un billet à son mari; mais il faut
payer; elle est ans argent; pour quelques
sou· se compagnes la dJpouillent; elle est
prèle à leur vendre son chapeau de velour
noir, C' tour de ehe,·fux; mai ce &amp;ont ,e
hague qu'elles conrnitent. Et le questions
Lrulales : a - C'est Ion amoureux qui a été
arrêté hier avec toi?- on, ce n'est pa mon
amoureux. - C'est ton mari1 - Pas dnanLage; c'est un mon ieur qui était chez moi. »
Un rire ordurier commente sa rêponse.
Le troi·ième jour, elle aperçoit, de l'autre
côlé d'une grille, Guéoier qu'on ramène de
l'interrogatoire. Elle l'appelle, court à lui;
tranquillement, il lui annonce qu'il vient de
tout avouer, qu'il n'y a plus à mentir, «qu'il
est convenu de son nom »: «- J'aime mieux
mourir qu de quitter ma Cemme », avait-il
répondu aux policiers. Elle 'évanouit de aisi;.sement et de douleur à la pen éc que c'est
fini maintenant, qu'il e I irrémédiablement
perdu, qu'il n'y a plu à lutter.
Uès cet in tant, ils bénéficièrent des tragiques farnurs accordées aux con.Jamnés. Uonsicur ainL-0enys, le geôlier, les autori. a à
pa er la jou roée ensecnLle d.in l'unique
pièce composanl on logement. On a\·ail
ruême dres é pour elle un lit de sangle au
pied de 1a couchette où dormaient pèle-mêle
Mon ieur aint-Den-ys, sa lemme et leurs
enfants, sans parler des terribles dogues qui
hurlaient au moindre bruit; UD poêle rougi sa.il nuit cl jour dan ce taudis oi1 tout était
gris de poussière et de chaleur. Yicloire en
resta enrouée pendant plus d'un an. La chambre n'avait pour mobilier que les indispensables u !ensiles; on mangeait assis sur les
lits, les genoux ser\•anl de table. Mme SaintDenys, le matin, allait au proYi ions; en son
absence, la comtesse de la Villirouët Yendail
le rogoœme aux femmes du Dépôt; elle remettait, au retour cle la patronne, autant de
D. -

n. -

Qoel

esl le lieu de sa dcmeun.'?
Je l'ignore,

D. - Celle ignorancP. o' t pas nalutclle.
H. - Elle L Loule impie, car cc so11l les homru,!ll
qui vont chez les femmes el jo ne sache pas qne les
femmes aillent ,·oir les hommes. •
2. , Pour mon compl , jamai je n"ai mangé d'un
mtilleur appèlil, ni mieux donm qu'au horeau do
Dëpôt. Poul' ce '}UÏ Cil du sommeil, il esi vrai de dire

C1TOYENN15 Yll.U]t01ŒT _ _ .,.

deux sous qu'elle aYait débité de petil verres.
A,anl le .ouper, elle faisait la partie de dominos de Monsieur Saint-Denys; on jouait une
bouteille de cidre qu'elle perdait habituellement; quand, par inadvertance, elle gagnait,
Mon ieur aint-DenJS_ buvait néanmoin la
bouteille et négligeait de la payer. On fai ail
cuire à la chaleur du poêle des pommes dont
on se régalait en famille. Quand La Villirouët
avait drc é le lit de a femme el fait le ménai;-e. - car Monsieur Saint-Denys était trop
grand personnacre pour se plier à ces fon~
Lion domesliques, - on le reconduisait pour
la nuit à son cachot. Victoire aimait celle
exi 'lence parado:xale 1 ; elle avait pour muime
que la politesse el la bonté ont les deux: clers
qui ouucnt les cœur ; elle y ajoutait son
inlas able bonne humeur, talisman merveilleux. Elle 1:omprcnait bien d'ailleurs que, ces
jours-là, elle ,les re 0 rellerait et que bientôt
elle erait ,·euve. La Yillirouët, lui au si, résigné à on ort, joui ail de ce bonheur précaire : peut-êlre était-il persuadé que sa
femme trouverait un mo~en de le tirer de ce
mauvais pas.
An bout d'un mois, il fallut se séparer; la
citoyenne Villirouill était mi e en liberté; le
proscrit, conduit à l'Abba~e, devait y attendre sa comparution devant la commi ion
militaire. L'heure de la crise approchait. Cc
tribunaux d'exception pa aient pour être
« aussi impih1yables que le peloton d'exécution&gt;&gt;. Que faire? Trouver un avocat, d'abord.
Victoire avait l'adr se de plusieurs : Cbau,·eau-La!!arde, Cotelle, d'autres encore, au si
habiles. Elle tardait, pourtant. Un matin,
comme elle était encore au lit, l'idée lui vint
d'écrire au.x: juges pour implorer leur piti(•.
Écrire? lis ne liront pas la le Ure_ Si elle
allait le voir? Des militaires? Elle ne era
pa reçue. S'ils la reçoivent, il l'éconduiront
au premier mot, avant qu'elle ail pu plaider
la eau e de son mari .... Plaider? Mais c'est
cela l'in piration ! Elle plaidera, elle plaidera
elle-même devant le tribunal. Et loul au ilôt la rnilà marchant à grand pas dans la
chambre, commençant sa harangue. Dès que
l'heure le lui prrmet, elle courL à !'Abbaye,
fait part 11 son mari de son projet; lui, tou.iours confiant dans le pou\'Oir Je sa bonne
fée, approuve. a Je te préfère à tou les avocats; si Lu as le courage de plaider ma eau c,
je suis sauvé!» Elle rentre, commence d'écrire
on plaidoyer; mais le lui laissera-t-on prononcer? Il faut obtenir l'autorisaLion du rapporteur de la commission. Elle 'informe;
c'est un jeune officier de trente-deux ans, le
capitaine Yivenot. Elle est chez lui, trouve un
homme extrêmement froid, impénélrable. II
parait surpris de la démarche. a - Madame,
que mes affaires me fatiguaient tellemenl que le repos
mci devenait aus i née aire que racile. Me couchant
à diic heuret du soir, je ne l'a1sai qu'un i;omme _jtu•
qu'i. six hrures du matin; et mon sommetl élatl si
calme que ' inl-Dcnys disait quelquefois , - • 11
n'est pas po silile que cette fomme-lit soit coup.thle,
car sùremcnt elle ne dormirait pus i bicu. , Si pelile
11ue fi)l La cli:unbrc, je m'y promenais lous les ~our.,
ile long; en lar,:c, pendant CJJ\·iron une heure, 1l' l'rcice m ët■ nt ab,olumcnl .nécessaire. 1

�111STO'J{1A

~---------------------------------

ce que vous me demandez est contraire à
l'usage. - ~fais ce n'est pas contraire à la
loi; j'ai toujours fait pour mon mari ce que
mon cœur et mon dc\'oir m'ont inspiré. Aujourd'hui il esl accusé, je le défends; cela
parait simple. » L'officier s'incline, concéda.nt
que • pour sa part, il n'y voit pas d'inconvénient ». Autre vi ite au général Catholle,
pr&amp;.ident du tribunal. Il habitait l'École-lfilitairc. Comme Victoire s'indignait de la cruauté
des lois de fructidor, « lois de ang, dignes
du règne de Ilobegpierre &gt;&gt;, le général répondit d'un ton glacé : « Nous ne somme pas
pourles apprécier, mais pour les appliquer. »
Elle avait d'autres émotions, plu cruelJes.
De l"Ahbaye, où elle se rendait char1ue jour,
elle re\'enait terrifiée; trois des compagnons
de captil'ité de son mari, lrois émigrés comme
lui, étaient passés devant le tribunal : tous
trois avaient été condamnés à mort; elle les
a vus partir pour la plaine de Grenelle .... El
ses meilleures amies, charitablement, la détournent de son projet. A quoi bon se fa.ire
illu ion'l La YUlirouët est perdu saw ressources; pourquoi se compromettre inutilement, se donner en spectacle? Victoire pour-

les message du Directoii-e; pénètre au Châtelet, où siège la commission, et assiste à
l'une des audiences pour se familiariser avec
l'aspect de la salle et l'étiquette du tribunal.
Elle est brisée de fatigue et de fièvre quand
le jour fatal arril'c enfin.
C'était le 23 mars, veille de Pâques. La
séance devait commencer à onze heures et
demie. \'ic!oire se leva à six heures; à huit
heures elle était à l'Abba.ye pour embrasse,·
son mari et fortifier son e-0urage, au ri que
d'affaiblir le sien propre. Elle rentra, fiL sa
toilette, se coiffa d'un bonnet de crêpe Liane,
revêtit une robe de mous eline basioée à
grandes manches, serrée à la taille par une
écharpe 0ottanle d'organdi; elle prit un po·
tarre el avala un œuf pour nelto)·er sa orge
toujours enrouée depuis les raouts de Monsieur Saint-Den~·s. Enfin elle monta en fiacre,
avec son amie Mme Artaud, pour se rendre
au Châtelet. En approthant du pont au Change,
elle aperçut de loin l'accusé qu'une forte escorte amenait, et du coup elle pensa défaillir.
Dans la salle s'entassait une foule. Victoire,
le cœur serré, la gorge sèche, gagna la place
0

pier : l'assistance se bousculait pour mieux
voir celte femme en blanc, toute petite, qui
pénétrait au banc de la défense; le, habiturs
échangeaient des rénexions. &lt;1 - Elle a l'air
d'une première communiante! - Ob! c-0mme
elle a les yeux rouges! - C'est qu'elle a tant
pleuré! » !_ Elle n'avait pas pleuré; elle brûlait de fièvre. L'instant qu'elle redoutait plus
que tout autre était celui où s'ouvrirait la
petite porte des accusés pour livrer passage
à son mari, entre les gardes; par deux fois,
pour la préparer à ce choc, Mme Artaud, assise près d'elle, lui souîlla : « Du courage,
f entends les soldats! ,, Deux fois encore, Victoire crut qu'elle allait s'é\'anouir, qu'elle ne
pourrait pas .... Elle se raidit pourtant, el
comme l'accusé n'arrivait pas, elle eut le
temps de se remettre.
Le voici enfin! Grand tumulte : vingt gardes
l'accompagnent, dont deux lui tiennent les
lira . On le fait asseoir sur une chaise, en
face du tribunal. Il est à trois pas de sa
femme, qui le voit de profil. Lui, la chertlie
des yeux, l'aperçoit, ouril. Les juges paraissent : ils sont sepl : grande tenue, longues
moustaches, sabres trainants. Il prennent
place, et le crénéral Catbolle, président, commande le silence.
L'intrrrogaloire commence. La Villirouët
répond avec calme : le rapporteur lit ses conclu ·ions. n des juges interpelle le secrétaire : « Ce malheureux ne peut pas se défendre tout seul; je ne vois point de défenseur. » Le secrétaire fait un geste et désigne
Victoire. « - Le voici. - Ah! poursuit l'auln•, en aura-t-elle la force?» Hélas! elle n'en
~a\'ait rien. Son cœur battait. Toute anxieuse,
t•llc priait, priait tout bas, s'efforçant de rass1?1111,ler ce qui lui restait de courage, tâchant
de ne pas penser. Et tout à coup elle entend
qu'on parle d'elle. cc - Quel est ton défenseur officieux? demande à l'accusé le président. - C't st ma femme&gt;&gt;, répondit-il. Alors,
se tolll·nant, CathoUe, de sa voix glacée, s'informe: « -A,ez-vous quelque chose à dire?
Oui 1&gt;, fait-elle en se levant; et prenant
ses feuillets, elle commence : « - Citoyen~

juges".

LE PAJ.A13_ DE JUSTICE DE P.\Rll'.,

qu·on lui désigna, en face d'une tab]P. où l'on
avait mis de l'encre, des plumes e~ uu pa-

Sans trouble apparent, elle s'excuse d'abord
de sa témérité; puis, venant à la question,
elle expose que son mari n'a jamais émigré,
qu'il est resté caché à Orléans, malade ....
Elle entame ensuite le point de droit, discute
les lois, les dates; peut-être la regardait-on
plus qu'on ne l'écoutait; le silence planait,
aussi absolu que si la salle, bondée pourtant,
ef1t été entièrement ,ide. Elle n'osait détourner ses regard de son papier, craignant de
lire sur le visage des juges la sé\'érité ou le
parti pris; elle ne sa risquait pas non plus à
regarder son mari, de peur de s'attendrir.
Yers la fin seulement, après avoir terminé la
question de droit, elle se hasarda à lever les
yeux pour la première fois .... De grosses

celle de Il lui. Surprise el affiigée de celle proposition. je lui en demandai la raison. Il me répondit
qu'il n"i!taiL pas naturel que moi, dans ma posilion el
le clt'l,œpoir dans l'àmc, 1e pus c disculer des lois. C Yous vous trompez, citoyen, lui répondis-je, la Rt\volution nous a appris à raisonner avec celme louL ~'Il
pensanL ucc force. 1e lâcherai de dunner à la loi

l"onclion du senlimcnl, et au sentiment le carnclère
de la loi. "
~- :llaouscrit de Mme de la ViUirouilt.
3. Le plaidoyer csL donné, lexlucllcment, par JI. le
comte de Bellevüe, d'après le manuscril de lime de
la Villirouët : il comprend douze pages pleines du
volume de formal in-8•.

sot: 1 \ RÉVOLUTION. -

tant, héroïquement, s'obstine; elle travaille
aux Archives, compulse le Bulletin des lois 1 ,
t. Nme de la Y!llirouël prit la précau!io!1 de. lire

son plaidoyer au c1to1c.n Lebon, avocat d1slwguc de
1'1:poqul!.
Lebon en 1011a c la teneur cl la rédaction; mais
il me fil ohscncr que la lui n'y êlail pas sufl~samrucnt di,rntée, rt il è.mit J'a,·i, que je ne Jiro,s
que la partie du sentiment, lui abandoonanL, à lui,

,1

~ssi11 de RoumA.

larmes coulaient sur les joues du président;
ses collègues a\'aient tous la tète bais~e,
R comme des g&lt;'ns très affectés Di un d'eux

LA c1ronNN'E V1u.mouir _

ce mou\'ement des muscles qui dénote une
émotio11 comprimée; enfin, se dominant :
« A,ez-rous, dit-il à l'accusé, quelque chose

LA PRISO:-l DE 1.',\un.wE. -

sidérant. .. l'acquillemenl e~t prononré à l'unanimité .... » On n·entendit rien de plus : une
clameur de triomphe, les applaudissements

lirJ1•11re .:I~ llERTll.\lLT, ,t'afrès le dessin de PRIHR,

à ajouter il ce qui vient d'ètrc dit? » Sar la
réponse négative, il rèprit : c&lt; En ce ca , ,·ous
allez vous en retourner à !'Abbaye, car c'est
l'usage. » Alors La Villirouët se leva, salua
« Vous êtes pères, époux, el il n'y a aucun les juges et vint vers sa femme à laquelle il
de vou qui ne soit sensible à la voix de la tendit les bras; de ce coup toute l"assistauce
nature. Vous ne rnudriez pas que, sani: aucun éclata : c'était peul-êlre le dernier emurasscavantage pour la patrie, le meilleur des mé- ment des deux époux; allaient-ils être éparés
nages soit désuni, que le plu doux des liens pour toujours? Elle tenai l son mari serré
soil rompu, qne des enfants restent orphe- contre elle, et ncr\'eusemeut, sanglotait. La
lins. Vous ête justes, vous ne voulez pas foule pleurait; les gardes eux-mêmes se déimmoler une victime innocente. Yous con- tournaient, les yeux gros; ils emmenèrent
naissez les droit du malheur, droits aussi pourtant l'accu é; les juges s'étaient retirés
sacrés que ceux de la vertu même; et pui que pour délibérer : leur conseil dura une demivous m'avez permis de le défendre, mon mari henre, une demi-heure d'anxiété pour Yicloine peul être sacrifié! »
re. Avait-elle touché ju.te? Pouvaient-ils acquitter? Que ferait-elle si elle entendait tomber
Elle se lut : sa plaidoirie avait duré qua- le mot terrible?. .. Elle projeta.il d'ameuter le
rante-deux: minutes. A.ucun bra\'o, aucun peuple, de recommencer son plaidoyer dans les
battement de mains : le silence continuait, carrefours .... Une-rnix, soudain, lui dit à l'oreilétouffant, angoissf; le président lui-même, le « Acquitté! » C'était le secrétaire qui préle front bas, hésitait à prendre la parole; on cédait les juges rentrant en éance. Le présidi tingua.it sous sa moustache el sur ses joues dent lut d'une voix forte «Considérant.. .. Con-

s'essuyait les yeux avec ses poings: elle-même,
à ce moment, faillit éclater ... mais elle se
reprit et attaqua sa péroraison :

◄ :219 ""'

éclalèrcnl : it 8r.1vo ! Tant miem.."! » Le général se dressa, menaçant : (! Vous n'êtes
point ici au spectacle; vous ne pouvrz ni approuver ni dJsapprou rnr nos j ugemcnts .... i&gt;
Mais sa voix rude tremblait, sa grvsse moustache était toute frémissante, el il ajouta,
bonnement : « Je reconnais œpendant que
tout ceci est bien Louchant et bien propre à
émouvoir. 11 Les curieux entassés, de nouveau
s'étaient lus; Victoire, debout, s'adres~a aux
juges : ,1 Croyez, citoyens, dit-elle implement , que ma reconnaissance égale mon
bonheur. »
Au sitôt on se rue vers elle; perdue dan,-,
la foule, elle cherche à échapper à l'ovation
tumultueuse; mais maintenant quel' audience
est levée, la houleentbou iaste grandit, tourne
en disputes : « On ne la voit pas! - Vous la
masquez! - Qu'on lamelle sur une table,
que nous la voyions à notre aise! ... » Un
homme du peuple, les poings sur le, côtes,
Lou Lcontre elle répète : « C'est bien joli ce que
vous venez de faire là; dame! oui, c'est bien

�111STO'R,.1.JI
joli .•\h ! la brare femme! » Les juges, descendus tle l'e lra&lt;re, la &lt;0mplimentenl; tous
demandent à l'embras cr; elle re la une heure
avec eux, tandi que le secrétaire expédiait la
copie du jugement, on la lui remit enfin; elle
monta en voilure. Sar le quai, une foule, en
haie, l'acclama; beaucoup se lancèrent derrière le fiacre ju qu'à l',\bbaye; tous les haLilanls du quartiêr ~\laient massés sur la
petite place dennl la prison. Quand elle parut, cxuhante, au bras de son mari déliné,
ce rut un grand cri i!e joie : « Ab! lt·s Yoilà
ensemble: quel bonheur 1 \ïvei longtemps!
So ·ez toujours heureux! » Le même peuple
les aurait hués , 'il:. étaient pa sés Loos :!na
sur la cbarretlc des condamnés ....
On dina chl'z )!me Artaud, rue Poupée.
Victoire était bri,ée de fatigue, sans Yoix. Le
soir, elle prit arec son mari, pleurant de joie,
1. Elle rrpose eu cimrtii-rc dP Laml,allt'. On lit ur
,a tombe : .- Ci-git, farie-Jïctoire de /,nml1ifl!I,
1/ame de la r'illù-ouët, 11ée le 27 1w,·1ï I i67, mo,·le

le 12 juilltl 1 13. Sa famille e11 11leu1·1 llti a t'ln·é

le chemin de la rue MJrceau; pour la premièrtl fois elle marchait à on bras dans
Paris, .an · crainte des espions. Quand il. se
trouvèrent seul-, elle lui dit : « Mon ami, je
pui mourir à présent; j'ai connu li! bonheur!»
Le lendemain. jour de Pàqu, s, dè l'auLt•
radieuse, une députation de dame de la
Ualle se faisait annoncer. I..a premii:•re prit
Virtoire dans ses hra~, l'enleva de terre, lui
po.a un baiser sur chaque joue et la repassa
aux autre-; clics lui olîrinnt un bouquet el
lui adres èrenl ce compliment : « Ma belle
amie, voilà de ' Ocur qui sont aussi naturelles que ,•olre cœur. )&gt; En trinquant avec
elles, Mme de Villirouët ongi!ait aux « tricolt'u es » de jadis .... El comme elle e félicitait des juge : « Les juges! Laissez donc!
rr modttle mom1111e,,/, f/lible lrib11t dt 1e, regret,
el de son nmour.... Exemple &lt;111 plu, /ltroïque tlé1·1111fmt11f, .&lt;OIi ,·n11r/lge t!I 1 011 l'l"'Jlll!llf: t -n111:he11I
Ir 1011r11 de ,on mar i ... . a

gronda une commère. Il en a péri d'aussi
innocenls que votre mari! » Celle visite fut
le prélude de hien d'autres : durant une décade, la petite Bretonne fut l'idole de Paris :
le journa11.1 publièrent ses hauts faits, on
la mil en pelils ver , &lt;'n complaintes, en
chansons; la citoyenne Bonaparte l'in,·ita à
dtljeuner.
Le succès ne la gri ·a pas. Du jour où elle
cul reconquis son mari, on n'entendit plus
parler d'elle. Elle mourut à Lamballe, le
12 juillet 18t::;•: elle a,aitquarante-six ans.
M. de la \ïlliroui!t I ui survécut pendant trentedeux ans. A l'époque de la Restauration, il
reçut la croix de aint-Louis, méritle par se!\
services personnels sans doute, mais aussi,
dit l'expo é, a parce qu'il dol la liberté el la
vie à l'énergie el au courage de son épouse,
rle glorieuse mémoire D.
C'est la seule croix, certainement, qui fut
jamais décernée « pour fail d'amour conjugal. J&gt;
G. LE OTRE.

La comtesse d'Egmont

HENRY R.OUJON,
ck rAca.:tëmk fr"'!lfalst.

+

La femme de
Le:- admirateurs de ;t.:reuze n'ont pas appris sam; émotion qu'un de ses tableaux,
l'En/anl blond, ,cnail de réaliser dan. une
vente récente un prix quasi américain Les
commissaires-priseurs deviennent de plu en
plus des personna;:;es poétique · : il· jouent
dans la société modm1c le rùlc d'archan:;r
vengeur du gé11il'. \'oici d'autre parl qu'un
comité 'est formé pour ériger un monument à Greuze, sur sa lomhe au cimeLière
du Nord. li sied Je ne po:nt déco11ra 0cr la
. culptarc funéraire. Au:,i bien ce monumentlà aura-t-il au moins le mérile de ne pas encombrer la mie publi,111c. Toutefois i toutes
le;; jeunes pl'rsounc ,p1i ont copié la C,·udw
cas.ice apportent leur obole rcconnais. antl',
le monument de Grcu1.ll ris1p1e d'allcindrc
de babl lonienn&lt;'. proportions.
lariclle disait dan son Aben:,/ario :
« Greuze a c:hoi~i pour ~on genre celui des
bambochades el 1ùd1c d'y mellre de l'inlérêl, cc qui fait que , c · taLlraux 50nl forl
goûtés. Le connaisseurs trou\'rnl l,•ur comple
dans la façon dont ils ont peints; la mul1itude cl touchée du choix du suj"I, qui se
rapproche de nos mœur· cl qui lui sert d'1•ntrëlicn. 1&gt; Nous a, on perdu l'habitude el le
:-ecret de ces verdicts rnns cmplta e; mai~.
1•11 juge ,,ui n'aLllsaiL point des superlatif·,
Marielle a ré~umé là tout le p:111égl1ri1rue de
Greuze. Les « cannai .eur li honorent le
maitre peinlre en enrirhi-..anL ltJS marchand
&lt;le L.1blcaux; la ic multitud.: • ·arrèle toujours complai:;ammenl devant le narrateur
d'hi lorieltrs touchantes. Greuze édifiera éternellement le pul,lic des dimanche . « Voilà
votre peintre el le mien, s'écriait lJiderot, le
premier parmi nous qui se oil avi é de donner des mrenrs à l'art I n Entre le séduLanL
memonrre de Boucher cl l'in 0énue sinctlrilé
de Cha;Jin, Greuze, madré compère, se lit
une manière de roiauté dans le pathétique
bour!!CCIÎ ·• Diderot, un peu lourJaud dan
0
•
1armoiants
l'éloge,
acca.Llait de commentaires
le moindre tableautin du moralisateur de la
peinture; il lui donnait du génie à tour de
bras et le sacrait restaurateur du culte :et de
la vcrlo. ll sem~le bien que le bon Greuze
se soit a sez peu préoci:upé de remplir une
mi sion sociale. on qu'il fût modeste. Ce
pelit homme pimpant, frétillant, pomponné,
bavard, a,·aolageax, avait de ses mérites
une parfaite con ciencc. Mais la a bambochade » sentimentale lui procurant honneur
et profit, il en épui:;a vaillamment le suœè .
De morale il e souciait médiocremenl. Au
fond, arnc es airs de n'y pas toucher, il
était égrillard toul aulanl qu'un Baudouin.
Ses jeunes filles s'habillaient décemment,

mais qu 't.•lle ont donc la pudeur prorocaute !
Elles firent pleurer Diderot, el!,.- attendrirent
Voltaire, · Bou-,eau dut chérir en elles drs
Jolies el des Claire.~. N'importe! oos le fichu
de ce· vierge~ ~ourooises, en cherchant l,irn,
l'on découuirait un exemplaire du So,,1w.
CréLillon fils c. l lc véritable confe.seur de ce
-pen ionnal aux paupière' Lais~ée .
Greuze, à Hai dire, n'a jamai· peint 11u'unc
~t•ule et ruèmc femme, celle qui réali. ait son
type de grâce mutine cl de fraiche hypocri~il'.
Toutes proporlions gnrJées, il ,uhit, ain.i
11ue flubeo-, la trranaie de l'idéal féminin
11u 'une mortelle réalisait sou ses icu-x. li
foi. ail pcrpé1ucllemcut le portrait de ,a propre fommr. EL il faut bien Jt, dire,
Mme Greuze était douée très in uffi :immcut
pour Sjlllboliser la PuJcur.
Les Arrhfrrll de l'.trt français ont puliliê
j.1.dis un documc.nl qui non renseigne doulourru,cmcnt sur le· ménage de ce peintre du
loonbeur Jome ·ti,1ue : c·esl le mémoire tn,·o}é par Greuze 11 un procureur, lorsl(u'il
·e d(cida, apri:• · des années dl1éroï,1ue pa-

1

~fadame de Pompadour était malade, cl le
floi venait la roir plusieurs foi par jour.
Je,ortai,dorilqu'ilentrail; maisét:intre téc
prè!\ d'elle pendant quelques minute , pour
lui donner un ,·erre d'eau de chicorée, j'entendis, a Majesté 11ui parlaitdr• lme d'Egmont,
el \fadame lern l~s yeux au ciel en di aot :
« Ce nom me rappellera toujours une
chose Lien triste el bien barbare; mais ce
n'est pas ma faute. 11
Ces mols me restèrent dao l'esprit, et
surtout le ton dont ils avaient été prononcés.
Comme je restai auprès de ,tadame jusqu'à
trois heures après minuit, à lui faire la lecture
une partie de ce temps, il me lut aisé de
tâcher à satisfaire ma curiosité. Je pris le
moment où la lecture était interrompue, pour
lui dire :
« Madame a,ait un air consterné, quand
le Roi a prononcé le nom d'Egmont. 1
Elle leva, à ces mots, les yeux au ciel :
« Vous pen eriei bien comme moi, si vous
s:iviez ce dont il s'agit.
- ll faut donc que cela soit bien touchant,
répondi ·-je, car je ne crois pa que cela
re!!arde Madame.

- .\un, dit-elle; mais, après tout, comme
je ne suis pas l:i seule au fait de Ct.'lle histoire, el que je vous connaÎ$ di~cri-lc, je ,ai
vous la raconter.
a Le dernier comte d'Egmont avait épousé
la fille du duc de \ïllar . lais la duche ·se
n'avait jamais habité avec son mari, el la
comtesse d'Enmonl esl fille du che,·alier d'Orléans (fil légitimé du llégent, grand prieur
de France, et général des galères). A la mort
de son mari, jeune, belle, aimable, el héritière d'une immense fortune, elle était l'objet
des ,œux de tout cc qu'tl y avail de plus dis- ·
tingué à la Cour.
Cl Le confe seur de la mère de la comtes e
d'Egmont entra un jour chez elle el lui demanda un entretien particulier. Alors il lui
ré,éla qu'elle était le fruit d'un adultère,
dont sa mère faisait depuis vinat-cinq an
pénitence.
« Elle ne pouvait, lui dit le directeur, s'oppo er à votre premier mariage, dont elle a
gémi : Dieu n'a pas permis que rnus ayez
des enfants. Mais, si vous ,ous remariez, vous
courez, madame, le hasard de faire pas l.'1'
dans une famille étrangère des bien immense

11ui ne rous apparlienncmt pas cl qui sont le
produit du crime. »
a )fme d'Egmont écouta ce détail a,·cc
terreur. a mè•re entra au mème instant.
lbndant en larmes, el demanda à genoux à sa
fille de s'oppo cr à sa damnation éternelle.
Mme d'Egmont làchait de ra surer . a mi-re
el elle-même.
« Que faire? » drmanda-t-elle.
a Le directeur lui répondit :
- Vous con acrer entièrement à Dieu, cl
effacer ainsi le péché de votre mère. 11
a La comtesse, qui était tout effrayéP., promit ce qu'on exigeait et forma le projet d'entrer aux Carmélites.
« J'en fus instruite; je parlai au Roi de
la barbarie que la duchesse et son directeur
e1erçaient sur celle malheureu e femme;
mais on ne sarail comment l'empêcher.
« Le Roi, plein de bonté, engagea la Reine
à lui offrir une place de dame du palais; il fü
parler adroitement à la doches e par ses amis,
pour qu'elle détournât sa fille d'entrer aux
Carmélites.
« Tout fut inutile el la malheureuse créature
fut sacrifiée. »
i\lAOAME DU

...,. 220 ..._

JlAUS ET.

11ues, lorsqu'il pas.a, pour son malheur, devant la Loutique J'un libraire. La demoisellt•
du comptoir le subjugua d'un rcgard. AnncGnLrielle Oalmly, la fille du bouquinistl',
était nne célébrilt! du c1uarlier. t Poupine,
Llanche et droite comme le lys, vermeille
comme la ro.e e, a dit d'elle Didcrol qui -."attardait ,·olonticr · à sa deYanturc. lJiderot
aimait à venir chercher che:1 la jolie marchande des exemplaire - de Pélrone ou de la
lleligiet1se en rhemiu. Tout ailriulantc
qu'eUe fùL, Ille Baliutr approchait de la
trentaine. Greuze se pré.entait au bon moment. « .le fu , racontc-l-il à . on procureur,
frappé d'admiration, car elle avait one trè:;
belle figure; je lai fi· des compliments tant
qu"elle rn Youlul. • Au bout de quelques
jours, Anne-Gabrielle adrP sa celle question
à l'aimable client: « Monsieur Greuze, m'épou ·eriez-Yous, si j'y con entai-? Le peintre e crut llè habile en répondant: « Mademoi elle, n'c.t-on p:i trop heureux de pas tr
:i "ie an•c une femme aus i aimable que
\'OU·? D Le prédestiné pemail, en parlant
ainsi, ne point s'eng:i 0l•r. 11 Je crus, dit-il,
que celle mani~re de répondre était tout à
fait in~igniflanle. » Quelques jour aprè:-,
~Ille IlaLuty pénétrait ,iolemmcnl dans l'appar!cmcnt de ~ou adorateur, ie jelail à e
genoux, sai!:issail ses deux. mains et les baignait de l:irmes. n LaLleau de Grcu.te ! Le
malheurt•ux s'c\écuta; il entra en ménage
avec lrenle-si.1 lhrcs.
lime Greuze manquait de wrlu. Pa ~e
encore pour i:e menus défauts de ménagère
acariâtre, sottisière et gaspilleuse. Elle négligeait sa cuisine au }&gt;Oint que ses ca scroles
étaient teintée de ,·crt-de-gris; son mari,
pour arnir pris un bouillon de ces casseroles périlleuses, .e dt « aux portes de la
mort». Petites mbère que celles-là. Mais la
dame, qui po.ail si Lien les Ve.talcs, était
alanle comme un modèle de Franonard. Le
paune Greuze énumère d,rn son mémoire
le nomhreu.c faibles es de ~on épouse. JI y
rut d'al,orJ un M._ llatincourt auquel succéJa un jeune élèrc. 11 Je rentrai un jour !&gt;Ur
le· neu[ heures, je trom:ii '1me Greuze fort
cml&gt;arrJssée de sa figure, mon élè,e debout
devant la cheminée, ne . acbant que devenir i
je crus qu'il convenait de renrnyer le jeune
l1omme. » ilme Greuze dé approma celle
mesure. Après a,·oir parlé de e tuer, elJe e
con ola a1ec le fils d'un rruitier-oranger,
lequel s'était décourl'rl des di po~ilions pour
la peinture. Yiot ~n -uite un M. de aiutMaurice, chez qui Greuze remarquait II un
air sournois el rampant ». li y cul llagrant
délit. L'épouse coupable ne lrou,a pour s'ex0

!'ti&lt;M Glraudoft
GRJ:: CZE.

l'or/rai/ Je /'arlWt f:Jr lui-mème.
(.\!usée ;1u Louvre.)

Lience, à ~e s{oparcr de sou idéal. Le amateurs de comi11ue féroce peuvent trouver là
leur compte. C'est de quoi rire ... aux larme· .
Greuze rcYcnait d'[talie, ne songeant guère
à créer le t}·pe de la Vierge selon Jean-Jac-

�1f1S T0-1{ 1.Jl
cu~er que celle phrase: « Cdu ei t \l'ai, mai·
je m'en f... '. • Dè:i lor. Grcnzc rcno111·a à la
Célicité dome~Li11ue.
•
Cepend3nt sa compa1.me • lerait la nuit cl
menaçait de lui !.&gt;riser le cr;inc a1ec un la.e
d~:nué ~e poé ic. li rJ,0!111 de sr éparcr
d clic. • e le hl,lrnons pas.
Eh Ilien ! celle inbal,itaLle mé(Tèrc inc.1rnait .i de. po1i,1uemenl son rère nrlislique
qu'il garda jusqu'à la dernière heure dans
le 1eu1, pcut-ètre au cœur au. si, la ri ion
de . on charme menteur .•\prè · la Ré1olulio11,

c'était. une l~mcntahfo épa\·c que I • peintre
chank par T\iJerot i ,lé ar· ent,:, oul,lié.. an·
clientèle, logé au LonHc par charité, titulaire d'une pcn~io11 &lt;le t ,500 li1rcs, Greuze
errai! dau le· rue~, en haliil &amp;arlatr l'éph
au ~ôté, portant 1, 'au quan,1 mème. 'Il pcin11a1l encore, il .s'c .. apil à l'art civi11uc. Et
toujour, l'a~cortû marchande d la bouli,1ue
de la rue ..,amt-Jacquc hant:,it le désolé 1icillartl. La jolie Cri mou. se trompeuse renais ·ail
ans Cl· ·,e ou le trcmLlemeal de ,es pinCt~u~. Il quêtait Jése pérltmenl de~ l'Dm-

mandes. ~'a dernière auhaint! fut l'autorbtio~ de pt·indre le premier comul, ans qu'il
po.-al. Greuze put tout au plu· cntrc1·oir
Bonaparte comrue il traversait la !!alerie de
'aint-Cloud. Il lui fallut peindre le héros de
mémoire. Celle œunc sénile, prcsiiut! i:rrol~~'la~, se meurt lristement dans un coin- de
\ r,a1Ue~. Re!!arJcz-la bien. Le premier cons~! a la peau_ ro :e, lus che\'cux soyeux. l'œil
revl'ur et pohs~on dc · accordée de 1·illa"e. JI
rc semhlc à Anne:Gabricllc Bal,uty ! - Ou 'on
ose, après celn. mer le. sorlilt\gcs 1

IIE.·n,· ROUJO. ',
de l'A~JJbnle française.

r··
-C

l~:; . Les débuts d'une Sou1Jeraine

1 ..

CalbPrine d'Alfendc ·I naquit en l li G dan·
1~ 1i~l.age de ningen, du di tricl de Dor~t, en
Lnomc, de pap111 · catholi1Jnes de Polorrne.
On a même prétendu 'lu'elle était bàtardc
d'un g?nlilhomme nommé l\o en, seigneur
de ce nlla"e, par ·e qu'il fournissait la ,uh,i tance à la mère et à l'enr:rnt; d'autres, tcL
1111e lluhner, lui donnent pour père Alhendirl
ou AlfonJcll, gcnlilbonuno \'OÏ in el :uni ile
llo en. Le mari de la pay ·anne était . i i"noré.
e_t celte gén~alog_ie i peu intére sante, que
1enfant fut m. cr1t ur le regi ·tre baptistaire,
F1111,l/in9, c·e t-à-dire mlaul naturel.
ll'ailleur:., le plus ou moins de basse ·c
dan· son orinine •st a cl i11dilférenl, rel:iti,ement au rang où elle paninl. Elle dut tout
à la Ior111ue cl à ·on mérite personnel.
ll~pbcline _pre 4ue en nai~sant (~r l'lle
p~r(~1l à lr?IS ans .., mère el Hosea), le
v1ca1r • de fü11g('n, ·011 parrain, s'eu char ea
par charité. Elle a\'ait lr •ize ou quatorze ans
lo_r que le -~1rinlendant ou archiprêtre de
lhga, nomme Gluk, rai~anl . a tournée, la
tr~u1·~ rh~z le vicaire, qui, étant paurni,
pria 1arcl11prêtre de ~e cbu&lt;Tt:r lui-même de
l'orpheliue.
En crois ant. sa taille cl
trait , , dé\'~loppèrenl, et sa beauté .e faisait remarquer.
G_luk vit qu'elle fai. ait un peu lrop d'impre •
,101_1 ~ur Je ~a.-ur de .. on fil , et, pour en prénomr le , mtes, il la maria à un trahan suédoi · de la garde de Charle XII, d'autres
di;ent à un soldat du rérriment de Schlippt'nl&gt;ack. Il pouvait bien a\'oir ~er,i d'abord dan
ce régiment. Au re te, une discu .ion ·ur

~·t!Ue différence d'état du mari n'c,t pa plu
tmporlantcque sur la h'.·gitimilê de la femme,
cl n · !'oh curité où ell était née.
Le• •marfa"e
se ..fit à \[aricnhour.r,
où le
•
0
mari etart en garni ·011, cl trois jour· après il
eut ordre de joindre l'armllc.11 fut du nombre
de~ pri ·onniers fait à la bataille de Pulta,;a, et cmoyé en .ïbérie, où il ne mourut
'lu en Iï21.
Le p 'U de l~mps (file le rnarié, pa"si•renl
e!1 emh!e a. fo1t 1-uppu cr dl'puis 11ue le mariage u amt pas été con ·ommé el pouvait
ê~rc re~ard~ comme nul; cc 11ui ,erait difflc,le à 1111aguwr d'un solJ;i t jeune cl amour ·,u d'une femme l~lement jeune el bel) .
Celle que:tion a eu un oLjel plu important 11111• le; pr,:cédenlc:·, parce 11u'il ·a,.i ,ait de la l.!giLim:té tics enfants du second
mar!agc, Lous né du viva11l du premier
mari. L pour cl le contre a été . outcnu par
Ir· même per,oonc , mais en diflënmts
lunp:, et uiranl diwr intérêt .
Quoi 11u'il l'n nit, le feld-maréchal chcrt..'melow ayant pri farienhourg en 1722, v
lrou,·a Catherine, 11u'il mil parmi .e. e.clav~·.
et.en rua aYec elle comme avec le. autre.,cn
,a111q ueu r rw;-e.
\lenûkolT, r1ui, &lt;le garçon p.\lis icr, était
devenu, depui la mort de Le. Fort, mini ·1re
cl fal'ori du c2ar, ét...,nl \·enu relever cbercmetow dans le commandement celui-ci céda
Catherine à on succes eur, q~i la mH encore d~n une espèce de ~rail de campagne.
Un 1our, le czar Pierre le Grand en vi ila.nl les quartier Je .on armée, vi~t ouper

cbei Mcnzi~on, ,·it Catherine, la troU\a à
on gré, lui dit, en sortant d, table, de
pr 11dre le OamLeau pour le conduire dan-. ,a
chambre, el la fit coucher awc lui.
te fondemain, il lui Jonna en parlant , 1111
ducal_; encore p~mail-il arnir noblement pa)é
sa.nuit, non qu 11 !1\t a,•are, mais il prétend:ut que les plai,irs d l'amour étai cul comme
lou le· aulr ·s hesoin · de la \ic, dont le prix
doit noir un tarif.
. Peu de ~mp aprè: ,a première cntrenre
a_wc Catherine, le ciar rc,int la ,·oir, :--'enlr'11111 a\·cc elle el la ju"ca digne d'un meilleur
usage que de ati faire un goùt de fantai ie.
as a\'Oir j:unai u ni écrire ni lire elle
parlait r1uatre lnn!!Ues el Clltl•ndail le r:rnçai . ~aucoup d'e. prit naturel, aclif, ju le
cl tltmL~c. mw âme couragen e, le tout joint
aux a&lt;&gt;rcmenl de la ll;rure, dernil'al plaire à
un prince qui lrouv:iil à la foi , tian la
même pasonne, une mailre:,se airnal,lc et un
~upplémeot &lt;le mini tre. il di l à llenzi koff
qu'il fa~lait la lui cédt•r, cl 'en empara.
Depu, · ce moment, elle suhit parlout . ou
nouveau maitre, partaneant H!. fatii:rne , l'aidant de es con.cil', el finit pa; ~Ire sa
femme el impératrice.
L'archevêque de ovgorod, qui fit l:i cérémoni~ &lt;lu mariane, \'Oulant profiter de
œlle crrcoa lance pour oLLenir Je titre de
patriarche, repré.enla au ciar que celle
fonction n'appartenait qu'à un patriarche.
Le czar, pour réponse. lui appliqua quclqu coups de canne, et l'archevê11ue donna
la bénédiction nuptiale.
1

r

DUCLOS.

..,..

P. DE PAR.DIELLAN

Les théâtres des Cours allemandes
au bon lJieux temps
Une discipline toute militaire ~évis ait
jadi à Ikrlin, en un lieu qui, d'apr~ _a
nature même, dc\ait plutôt olfrir de cli traction , à ceux r1ui le fréqucntnicnl. Ce lieu
n'était autr~ que l'Opéra.
Entretenu aux frais de la cas elle ro,ale,
et, dans l'e. pril du sou,·crain, plu: spécialement ré.erré au per onncl de 1. cour el aux
offici rs, ~on accè n'était cependant pas
interdit a111 l,our"eois de la ,ille, à condition
qu'il· y pu~~enl lrouver de place·. Le public
était astreint à une seule et unique obJit•ation;
a. si. ter en silence à la repr&amp;cntation.
.\fin que nul n'en ignoràl, de grand·.
affü:be.-, apposé par les .oins du /&gt;oli:eidirektoriu111, prérnnaienl que « les as i tants.
dcn1ient ~·aL. tenir de toute~ le in. ulles ou
interruptions smceptible de. lrouhler l'ordre;
qu'il leur était interdit de sifncr, de trépigner ou de mar11ncr d'une raçon quelconque
l ur mé-contenlemcnl, s'il. ne ,·oulaicnt . 'etpo·er à dr' con équenccs dé::r"réahl pour
eux».
Au dix-huitième .iècle, la salle de !'Opéra
avait uoe dL po ilion toulc spéciale.
! l'ord1 lr , au premier ran". ur une
e trade, deux fauteuils pour le roi el la reine.
J1uis, 11 quelques pa eu arrière, des ran"ée
de . iè
élaienl alîcclée , dans l'ordre d ,
pré&lt;éauce:, aux généraux, aux officier supérieur&gt;, aux capitaines, aux lieutenant , aux
élèl'cs &lt;le l'académie militaire, aux cadets,
aux « personne: de la Lourneoi.ie, non allachée au ~enice du roi », cl enfin aux
simple.. oldats. Ceiwndant, le jour· de répt.L
tition "éoérale. exception ét.ait faite à celle
rl"1 le. ~n pareille circon tance, le public était
admis u .:an· di Linclion di&gt; ran" ni &lt;le condition 11. Au si chaque fois y avait-il alle
comble.
ll'apr le Journaux dn lemp· et le lines
d'ordr1::, de la garni.on de Berlin, il apparait
r1ue le repré entalion étaicnl a .. ez moUl'emcntée , même quand Leurs Maje·tés les
honorai 'Dl de 1,·ur pré encc. Tantôt c'étaient
des cadets qui montaient ur leur siège
pour ruicu1 voir et pro\'011uaicnl les réclamations des per onne. a. sises dl·rrière eux ;
tantôt de cris d'enfants couvraient la voix
de acteur ; d'autres foL, c'étai1:nt d
batailles de chiens, ou des prote talion
bruyantes contre une belle coilfée d'un chapeau de dime~ion eiagérées, ou une allercation entre bour,,eoi et ~oldals, ou encore
l'altitude peu convenable de jeune· officier,
riant el s'af6chaot arec des beauté· peu
farouches. "'importe, la séance continuait.
Dame, le lendemain cela se gàtait. Les cou0

pablc n'étaient pas toujours punis, mai. le
:l\'ertL:emcnts, le: défen.~ cl les menace·
pieu l'aient.
Le 16 noYemLre I ï:i2, Frédéric le Gram!
a,·ail fait connaitr • par la voie ,le l'ordre que
,r. le libraire Haudt&gt;n vendait une instruction
imprimée ur la façon dont m · ieurs le
officier d •vaicnt e conduire à la coméilie ».
Héjà eu I H!I, ou le yeux mrme du
roi, le con "illl'r de délégation Cocœï, fil· du
chancelier, a\·ait eu un moUl'ement de vi\acité ~u ordinaire, dont la con équence a\'ail
été un .c:indale énorme. Ce jeune homme,
follement épris de la cél~hre danst·u, • DarLerini, el au ~urplus doué '.d'une ,force herculœnne, s'était aper\'U qu'un de .e \'OÎ. in ne quittait pa · de, yeux l'obj •l de ~a
llamme.
Ce manège durait Jepui a.sez lon"tcmps, quand, un !,eau oir, exaspéré, ans
tenir compte Je la présence de Frédéric li,
)J. le con.ciller cmpoi na le malheureux
soupirant par le collet Je son l1aliit, et après
lui a1oir imprimé quelque), Lalanet:menl ·,
d'un coup sec l'emola rouler sur la . rêne
aux p[,,tl· de l'adorée. L'allairc n'aurait pas
man«Jué i1·avoir des suite f,ichcuscs pour
1. le con~eiller de lê&lt;&gt;ation; fort licureu•emcnl pour ce dernier, la \Ïclime ,ut l'en
pré~cr\'er.
.\us ilot remÏ$ de .,a chute. ledit . oupirant
voulut adrt•.scr des e eu es :iu roi; mais il
s'cmhrouilla si fort dan. son compliment 11ue
hédéric se conlënla de lui rire au oez.
0

Ou re_ te, 1,, rè .. lcmenl conccrnanL la
police (Je- thé-.llr • furent encore 1,ien de foi
Yiolés, c-0mmc en témoignent le registre
d'ordre. de hi !!:lrni,on. En effet, le 2~ décembre 17:,5, il était o: interdit aux officier
d'emporter à leur· place de a . iell , Yerre·
ou ,er,ielle prownanL du buOcl 11. Le
~2 décembre 175i, le ,commandant Je place
dbail : « Il e l répèl~ à M!. le· officier que
pendant le~ représentations de l'Opéra, il
doÎ\'e11l re Ier aux places qui leur . ont a.Jgni'&gt;e . JI leur est formellement interdit Je
circuler à tranrs la :ille d &lt;l'y eau er du
d1:·ordrt•. Sa ~lajesté mettra au, arr 1ls œux
qui contmiendronl à cel ordre. 1.1
Le ~ jall\icr 1ï 1 , .:a \Jajesté pré\ienl
qu 'elh: punira . é,·èrement les offil'icr 11ui
auront une mau ,·aise tenue ?i la redoute donnée ce oir à l'Opéra D. Le :i I octobre li c 1,
• les ·ieur · Je officiers doivent s'ab tenir de
siIOer à la Comédie, faute de quoi ~a llaje~lé
le· enverra aux arrêt forcé i,. A peine trois

mob plu lard, le i jamicr li 2, lè \ieux
roi fulminait ~ nou,cau. c li e l loul à fait •
incoll\enanl que les oflfrier · a.mèn nl des
fcmmr el de,- filles de mauvabe vie à !'Opéra
el les in tallent d:111s lè, log ~ réscnéel aux
dame·. En con équencc, il leur c~t sé,èrcm nt défendu de per~i 'Ier dan une telle
manière de faire, jnon 'a fajest.ê prendra
des me ures de rigueur contre le délinquant . D

On pt~llse bien que les lauriers ~es monarque pru. iens de,aient sérieu-.emenl troul,lcr le "ommeil de innomhraLle principiules de l'ancienne Allemagne .
Chacun ù'cux ,oulut a\'oir .on théttlre,
ne fiit-ce que pour y introJuirc une rt\"lcmentation de son cru .•. el il y en euL d'amuanle .
Par etemple, cc fut le prince de 'chwarzLourg-. omler~bau~en, lequel n'admettait :iur
r,•prtiscntations ,le $a troupe ,1uc de fumeur,-,. ,\ux différcnlc. entrée· de la lie,
dr · hui , ier" tlaient char,.b de remellrt!
à cbaque personne &lt;jUi l pénétrait une certaine quantité &lt;le tabac. Yu l'éclaira"e défectueux que l'on :naiL à cette époque el l'emprcq•em"nl de5 3$Si ·tanls à contenter on
Alte ·se, de· la fin du premier acte on ne
,o ·ail plu· clair dan. la .,alle.
Un autre, ~[aurice-Guillaume, l'avant-dernier duc de "a ·e-~lerscLourg, avait pour la
contre-ba~sc à corde une pa · ion qui fri.ail
la folie. Jamai. il ne se :éparait de son im,Lrument. Il en jouait en .ourdine pendant le
,ervice~ rcli "ieux ou 1~ repr ··scnlations tlu:àlrale , et par d • accord dé-terminé·, fahai l
conoailN son plaisir ou on mécontentement,
ré;.:l:int ainsi l'attitude à ob.erver par le
puLlic.
Aler:mdre-Charles, le dernier duc d'AnhaltIkrnbur", lerrori. ait le, actmr el Je:; pectatcur. de .~011 théâtre. Quand un morceau
lui plai~aiL, il arrêtait la rcpré.,enlation et
fai ·ait reprendre da capo un nombre ialioi
de foi .
n soir, {Ill jouait un drame 1[Udcom1ue;
fo lraîlrc, frappé d'un coup de poi&lt;&gt;nard, avait
ro1ùé par lerrc, contre un portant. La malchance Youlu1 qu'il tombàt au-dessous d'un
quinquet en ma uni. état, de sorte qu'à chaque
in tant il recc\'ail une goutte d'huile sur la
figure.
Le pauue diable, agacé, fiL un léhcr mouvement pour ~e fgarantir la tète, mais, au
mème iwtanl, le duc, e penchant en dehor,
de ·a loge, cria d'une voii de tonnerre

�111S T 0'/(1.JI
- Hé! là-bas! Ce gaillard n·esl pas morl.
\ïle, un aulre coup de poi:mard !
C'était un ordre sans réplique. Lorsqu'il
eul été ex.éculé, on Altesse érénissime, qui
n'avait pas quitté des yeux le meurtrier, dit
a,·~ un air de satisfaction :
- C'esl bien. Le guerrier ne bouge plus;
celle foi il est mort. Continuez!
L'on cile une ma.se de traits scmù1ables à
l'aclif de ce prince qui, d'après la rumeur
publique, a fourni le prototype du célèbre el
joyeux 'erenissimus.

Contre l'incendie, le duc Ernest-Auguste
de Saxe-Weimar lroul'a la rccelle suivante,

qui ful peul-èlre la plus grande pen éc de
son règne:

« Nous... décrétons que nos sujets pouvant êlre ré laits par le feu à la misère la plus
noire, on prendra partout les mesures roulue~
pour éviter de semblables malheurs. En conséquence, il nvus plait d'ordonnrr que, rums
chaque ville et village, les municipalités aient
à se procurer un certain nombre d'assielles
en ùois, u agées et marquées de lettre et
signes conformes au dessin ci-joint. Cl',
marques seront apposées ur lesdi~es assiettes
à l'aide d'cn('rc fraiche el de plume3 neuves,
un jour de semaine, du dernier quartier de
la lune, entre onze beure · et midi.

1 Lorsqu'un incendie éclatera ce dont
le eigneur nous pré~erve 1 - on jcllcra une
de nos as ieltes dans le foyer en disant:· a .\u
nom de Dieu ! D
« Si celle opération ne réussit pas, on la
recommencera, el à la troisième assielle, le
feu s'éteindra infailliblement.
11 Tou les bourgme trcs, échc\ÎOS, baillis, etc., elc., devront être! approvisionnés
d'as ieltes pareille., dt! façon à pournir rn
faire usage, le ca échéant. füüs comme il
est inutile d'initier le public à ce qui précède,
les magistrats désignés ci-dessus conserveront
pour eux les présentes in truclions.

&lt;&lt;

Danné à Wdmar,le2-idéccmbre 1H7. »

P.

DE

PARDIELLAN.

La marquise d' Heudicourt
Madame d'Ileudicourl était relie même
mademoi elle de Pom, rarente du maréchal
d'Albret, et dont la chronique scandaleuse
prétend qu'il a,·ait été amoureux; amie de
madame de Ma.inlenon et de madame de
llonlespao jusqu'à ~a fügrâce. 1l e:,.t certain
que sa fortune ne répondait pas à sa naissance, el qu'elle n·aura il pu l"Cnir en ce pa) ti sans le maréchal d'Albret, ni 3vcc bienl'éance san madame sa femme, à laquelle il
é1ail aisé d'en faire accroire. Elle parut donc
à la cour avrc elle; et elle ne put y paraitre
sans que sa hraulé et ses agrément$ y fis:;ent
du bruit. Le Roi ne la Yit pas al"ec indifférence, et balança même r1uelque Lemps entre
madame de la Yallière el elle; mais les a.mies
de madame la maréchale d'Albret, poussfos
peul-êlre par le mar~chal, lui représentèrent
qu'il ne fallait pas lai-. er plu longtemps
celle jeune pcr onne à la cour, où clle élait
ur le peint de se perdre à es -yeux, el qu'elle
en partagerait la honte, puisque c'était elle
(lUi l'y a,·ait amenée. Sur ces remontrances,
la maréchale la ramena bru quement à Paris,
ur le prétexte d'une maladie supposée du
maréchal d'Albret.
Madame d'lleudioourt n'élait pas mauYaise
à entendre sur celte circonstance de sa vie,
surtout quand elle en parlait au Roi même :
scène dont j'ai été-quelquefois témoin. Elle
ne lui cachait pas combien sa douleur fut
grande quand elle trou"a le maréchal d'Albret en bonne s:mté, el qu'elle reconnut le
sujet pour lequel on avait supposé cette maladie.

Cc ·rut en vain qu'elle retourna, après lo
rnyage d~ Fontainebleau, à la cour; la place
était prise par madame de la Vallière.
Madame d'Heudicourt, vieille fille sans
l,ien, 4uoique avec une grande naissance, ~e
1rouva heureuse d'épouser le marquis d'lleudicourl; el madame de Maintenon, ~on amie,
y contribua de tous ses soins. A.mie au i de
madame de Uonte~pan, elle récul avec elle à
la cour jusqu'à sa disgrâce, dont je ne puis
raconter les circon tances, parce que je ne les
sais que confusément. J1J sais seulement
qn'elle roulait rnr dPs lellrcs de galanterie
écrites à r. de Déthune, ambassadeur en Pologne, homme aimable lt de bonne compagnie; car, quoique je ne l'aie jamais rn, je
m'imagine le connaître parfaitement à force
d'en avoir entendu parler à ses amis, lesquels
se sont presque tous trouvés des miens.
ans doute qu'il y a,ait plus que de la galanterie dans les lettres de madame d'Heudicourl à ~(. de Ué1hune; el il n·y a pa d'3pparence que le noi et madame de Montespan
eussent été si sévères sur leur découverte
d'une inlrigue où il n'y aurait eu que de
l'amour. Scion Lou les les apparences, madame d'Jleudicourl rendait compte de ce qui
fC passait de plus particulier à la cour. Je
sais encore que madame de Maintenon dit au
Roi que pour cesser de ,·oir, el pour abandonner son amie, il fallait qu'on lui fit voir
ses torts d'une manière convaincante. On lui
montra ce Jeures dont je parle, et elle cessa
alors de la voir. Madame d'Heudicourt partit
après pour s'en aller à lleudicourl, oi1 elle a

demeuré plut-ieur · année~, et où le chagrin
la rendit i malade, qu'elle fut plu ieurs fois
à l'extrémité. lioe chose l1ien parliculièrc qui
lui arriva dans une de es maladie , c'est
qu'elle e démit le pied dans son lit : et,
comme on ne s'en aperçut pas, elle demeura
boiteuse; et celle frmme, si droite et si délihé.rée, ne pouvait plus marcher quand elle
revint à la cour.
Je ne l'ai rue qu'à son retour, si changée
qu'on ne pouvait pas imaginer qu'elle eùl été
ùelle. Elle y fut quelque temps ;;ans ,·oir madame de Maintenon, mais elle m'emoyait
assez souvent cbez elle, parce que j'avais
l'honneur d'être sa parente; elle me Lémoibnait raille amitiés.
Insensiblement tout s'efface. Le Roi rendit
à madame de Maintenon la parole qu't:lle lui
a,ait donnée de ne jamais voir madame d'Tleudicourl; cl elle la vil à la fin avec aulant
dïntimité que si elles n'avaient jamais été
séparées. Pour moi, je lroufais madame de
Maintenon heureuse d'être en commerce avec
une per onne d'aussi bonne compagnie, naturelle, d'une imagination si vive el si singulière, qu'elle trouvait toujours moyen d'amuser et de plaire. Cependant, en fo·erti~sant
madame de Maintenon, elle ne 'attirait pas
son estime, puisque je lui ai souvent entendu
dire :
~ Je ris des choses que dit madame
d'Ueudicourl, il m'est impossiLle de résister
à ses plaisanteries; mais je ne me souviens
pas de lui a,·oir jamais rien entendu dire que
je voulusse aYoir diL. »
MADAME DE CAYLUS.

JEAN POUJOULAT

•

Le
La question Louis XVll, qui vient encore
de faire couler des Ilot d'encre, pré ente de
curieuse analogies a,•ec une énigme plus ancienne, l'a\'enture d'un au1re entant roxal
miraculeusement ressuscité.
Par malheur, ce précnneur de l\icbemont
el de Naundorff vécul à une ttpoque oit les
polémi,1ues de presse étaient chose inconnue,
c'esl pourquoi le documents qui le concernent sont rares et, san · l'obslinalion de quel11ucs cherrheurs, ~a mémoire demeurerait
en e\'elic dan un oubli prufoud.

Les cérémonies du sacre de Philippe V (le
Long) qui curent lieu le !I janvier t ;i 17, furent troublées par un scandale sans précédent
depuis la fondation de la monarchie.
Les baron français refosèrent de siéger
dans la cathédrale de l\eims auprè de la
comtesse ~labaul d'Artois, ùelle-mère du nouveau roi, cl de soutenir al'ec elle la couronne
ur la tête du sou1erain consacré, prérogati\'e
à lal(uel]e elle arait droit en qualité de pairesse du royaume.
Ce refus injurieux était moti1è par deux
gr:l\·es accusations dont la comte se était
l'oLjet.
Les nobles disaient hautement, el le peuple
répétait d'aprè eux, que Mahaut avait, quelqurs mois aupara1ant, empoisonné le roi
Louis X, alors qu'elle pensait par cc crime
elen:r au trône ~ fille ,lranne, mariée au
comte de Poilier , frère du roi.
Mais la veurn de Louis X, Clémence de
Hongrie, 'était déclarée enceinlr, et le comte
de Poitiers n'a,ait oLlcnu que le litre de
ré«enl durant l'interrègne auquel mit llu, le
1:-, novembre 1:i 16, la nais ance de l'héritier
po lhume proclamé aussitôt sous le nom de
Jean [er.
Le crime impulé à Mahaut embJait donc
demeurer inutile et ses espérances de Yoir
régner a fille e troU\aient anéanties.
Or, l'enfant royal de,·anl être préi;enté en
grande pompe aux. dignitaires du royaume, la
comtesse d'Arloi revendiqua rbonneur de le
tenir dan ses Lras durant la cérémonie.
Jean I•• mourut la nuit suivante; une tradition veut que la comtesse L'ail serré de façon
à lui broyer le corp ; suivant une autre, elle
lui enfonça uoe aiguille daos la tête; enfin,
d'après une \·ersion plu~ croyable, c'est en Jui
\'. - lilsTJRI\. - Fasc. 37.

rot• Giannino

foi~ant absorLer du poison qu'elle aurait
causé sa mort.
Telles étaient les rumeur infamantes que
le comte Philippe, de,·enu roi, avait d'abord
jugé préférable d'ignorer.
Pourtant, après l'éclat donné par k barons français à leur ho,tilité contre la comtesse d'Artois, il de,·enaiL impo ihle à Phi•
lippe V de ne pa relever des accu.ations qui

CLÙll:.NCI::

Df:

lloNGRlE, lll:11\l.: DE FRANl.:I::.

(IJ'.Jfrês wr /111ste d11 /tlusre de Versatiles .)

l'atteignaient lui-même puisque, si !lahaul
étail coupable, il deYait la couronne à un
double meurtre.
Dan celte circonstance critique la bellemère el le gendre curent recours à un expédient dont bien d'autres chef d'État ont usé
depuis atec le même Mtccès : la nomin:ition
d·une commission d'enr1uêle qui fut chargée
d'c1aminer li:s faits reprochés à la comtesse
d'Artois.
Les enquêtes officielles ayant générakment
pour but de remettre à neuf les réputations
avariées, on peul considérer celle-là comme
un modèle du genre.

Le seuls témoins à charge entendu furent
dc111. sorciers de village, lesquels déposèrent
que la comtesse d'.\rloi:- leur avait Jemandé
du poi,;on pour faire mourir le roi Loui .\.
li va de soi quo Mahaut réfuta san peine
ce récit, fourmillant dïouaiscml,lanccs, rl
dunl lrs auleurs ~e rétractèrent prrsque au -sitôt, préLenJanl avoir été indüit~ par les
ennemis de la comtesse à témoigner conlre
elle•.
li n'l· avait plus qu'à proclamer l'innocence
de l'accusée; c'est ce que firent leô jugi:s,
sans s'occuper d'ailleurs de la seconde accusation: le meurtre pré umé du petit roi Jean.
l'eut-être ne ·e ,enlirent-ils pas de force à
c.1naliser ce proc~s-là comme ils avaient fait
de l'autre.
0'ailleur le principal était oLtenu : on
a,·ait donné à l'opinion publique le lemp, de
, 'apahr; Philippe pouvait jouir en pais. du
pouvoir ro)al.
li n'en jouit pas ]ongt('mp ; après cinq ans
de rèune, en 15~'.!. il alla rejoindre l'r&gt;nf:mtroi dans les ca\'eaux de aint-Ueni -.
on frère Charle lui ~ucréda et lui . urvéc:ul peu.
La descendance de Philippe le Bel, c1uc Jacque de ~Iola}· avait maudite du haut de son
bû1 ber, ayanl avec eu · 1 pas é comme un
rêve,&gt;, suil'anl l'expression d·un chroniqueur,
le Yaloi · montèrent sur le trône et la dé,a Ireuse guerre anglaise commença.

Le 4 octobre 1356, quelque citoyens no1ables de iennc, é1ant un soir réuni~ chez
l'un d'entre eux, commentaient une nou,·elle
rél:4!mrnent parvenue en Italie : celle de la
défaite et de la capture dn roi de France,
.lt1an li, à la bataille de Poitier .
On c remémorait à celle occasion la défaite d' .\zincourl, les ra,·ages effectués par les
compagnies franches, le calamités endurées
depuis dtis année par le peuple !rançai -.
« En vérité, la France semble expier un
crime par tous les maux qui lui ont infligés I D
remarqua l'un des assistants.
EL, plu ieurs autres apnl partagé cet a1·is,
un moine dominicain, présent à la réunion,
Fra Bartolomei Mini, se lais a entrainer à
Jire:
1.
•101,

1'11H·.:--1·crl,3.I ,k l'&lt;•m1u, li•,
,le GuJ.cfrui-~l,•111!-Glailt.:.

collcctiun du màr-

IJ

�111ST0-1{1.Jl

--------------------------------------premihe femme, Jeanne Viccoli, il s'était remarié, en l 3i8, i1 ~ecca \gauano, el a~aîl
tl s en fanls de ses deux mariage .
On le ,·oil, la réalité connue ne concordait
0uèrc ave.c l'étrange rénHation de fra Uarlolomei.
·
Ce dernier pourtant per istail dans ses
dire,-,; il prétendait même aYoir enlre les
mains la preuve écrite de l'idC'nlilé du roi
Jean dont il était le c-0nlident et l'ami.
On comprend 4ue, dès le Jendtmain, ces
propos étaient répétés dans la ville, et que de
toute parl Jean llaglioni se trouva mis en
demeure de les e~p)iquer.
Le marchand ne se fil pas trop prier pour
livrer son secret; il confirma les déclaration.
de Fra Bartolomei.
Son ilJustre origine, longtemps ignorée de
lui-même, lui a,ait été révélée quatre an
auparavaut dans les plu dramatiques cireon Lanues.
le .~ septemLre l:i54, Jean Uaglioni a,aiL
l'U la surprise de recernir un me~sage le
mandant à llome, de la pari de 'icolas Ilienzi,
&lt;1 che1 alier ùu peuple romain, défen.cur de
la Cité Sain le de par la ,olonlé du Saint- ii·gc
Aposloli11uc 1&gt;.
Le . icnnois a,ait d'al.,ord cru à une my~lilicatiou; élrang1•r à toulo affaire polilique, il
ne pouvait concevoir aucun rapport entre lui
cl Hicnzi, l'orageux avrnlurirr hallotté, de révolution en révolution, de la dictature a111
pri on d'l:tal, dcliné enfin par le pape lnnoc1:nl \'I, puis rétal,li au pouvoir a1•cc l'appui
J 'un chef de compagnie franche, le condotlil'rc ~loréalc.
Cependant, le message ayanL été réitéré en
Lerme pres~aols, Uaglioni n'hésita plus: il
parlil pour Rome oil il arriva le~ octobre et,
s'étant logé dans une médiocre auberge de
Cil.ffipo-Fiore, il fit avoir à Hienzi qu'il élail
prêt à paraitre devant lui.
Le mowcrll scmùlait inopportun pour obtenir une audience. Un vent de révolle soufllait :,u_r la ville: lïnsurrc:clion, fomentée par
le- Savelli et les Colonna, menaçait le lliclatcur. Déjà retentissaient dans le faubourg
Ir. cris de : &lt;1 Mort au t raitrc qui a élaLli les
impùls ! &gt;&gt;· Et l'on rnppelait que, suivant une
prédiction, Hienzi devait périr dani; une
émeute ....
Ialgré ce5 circon lances, Baglioni f u 1, dès
son arrivée, mandé au Capilolc cl conduit eu
pré~ence du tribun.
L'abord de celui-ci, lei que l'onl décrit ses
1·ontemporaio , a,·ait quelque chose de singulier et de frappant.
Rienzi, alorsàgéd'unequarantaioed'années,
doué d'une belle figure, la taille impo ante,
bien qu'un peu sàtée par l'embonpoint, s'habillait Lbéàtralementels'exprimail avec emphase.
Ses manière présenlaienl un mélange d'e1altalion cl de \'anilé puérile 'I u'en sl)le modC'rnc
on appellerait 1c cabolinage ~.
011 eolrelien a1eu Jean Baglioni uommcnra
11ar un 1·érilable interrogatoire: il s'informa
de toute la lie du marchand ·iennois, de e~
origines el mèlll'è de certaines particularités
de sun enfance.
1

PUILIPP.E Ill:. V.\1.01S .EST l'ROCLA.llÉ RÉGENT 01:: PR&lt;\XCE

« Oui, Dieu é,it de la orte conlre Ja maison de France parce que le roi légitime a été
exclu de se droit au profit d'un usurpateur! ... »
Pressé de questions, le Doniinicrun aflirma
à ses auditeurs que Jean Je•, cm enseveli depuis près de quarante ans, existait encore.
'fous les roi qui, à partir de son prétendu
décè_, s'élaieut succédés au Louvre avaient
donc usurpé leur pouvoir.

[1 ,128). - Grav11re

,k TttOMA~,

J'.Jprls lt IJl:luu a ':\ LAtX , (.Il usée .it v,,·,aWes.)

Fra Bartolomci mit Je comble à la surprise
de tous en ajoutant que l'héritier légitime de
France vi,·ait obscurément à Sienne où il éLait
connu sous le nom de Jean Baglioni.
L'incrédulité fut d'abord général!'. le personnane en question ne pouvant aroir aux
l·eux des Siennois le prestige de l'inconnu et
du my Lère.
Il était notoirement 61 · d'un certain Guccio
Oaglioni, lec1uel s'était marié à l'étranger

dans de· circonstances à uai dire as ez romanesques.
éparé de a femme el revenu à Sienne
avec .on fils encore en bas àge, Guccio y
étail mort dix ans auparavant, après a,·oir
\' U , a fortune cnglonlie dans la bam1ucroule
de ses parenLs, les Tolomci.
Jean Baglioui, parrenu p,tr on indu lrie à
relever son patrimoine, e.1erçail 1a profossion
de marchand de laine. Après la mort de sa

Baglioni répondit en toute simplicité ; à ~a
nab~ance près, son histoire n'a,ail rien 11ue
d'ordinaire.
' on père Guccio Mini de Baglioui, cn"o~·J
en France à vinJl,l ans comme otage pour on
oncle, Spinr.llo Tolomei, s'y était épris d'une
lille noùle, orpheline de père, . la rie de Carsix,
cl l'avait épousél:l secrètement.
La mère cl les rrères de. larie, alanl décou,erl .on mariage, la firent enfermer dans un
cou1·col en même temps qu'ils obtenaient le
Lannissemer,t du !éducleur.
Quelques années plus tard, Guccio, étant
pancnu à rentrer en France, retroul'a, au
château de Carsis, Marie, rendue libre par la
morl de sa mère, et près d'elle leur enfant
dont le pèrearailignoréjusque-là l'exislence.
~lai~, à toute lts sollicilalions de Guccio
dt! le uivre dans ou pays avec leur fils, la
jeune femme opposa un re[us aùsolu.
Toul ce qu'il ohtinl, à force d'in,lance ,
fut qu'elle ,lui pcrmellraiL d'emmener le
petit Jl'an à Paris pour l'y garder quelques
,jours.
)larie dut cruellement regretter celle concession, uar t:uccio, irrilé contre elle, rcparlit soudain pour Sienne, enlevant i't:'nfant qui
depuis n'était jamai~ retourné en France.
llaglioni u'eul p:is à puursuil rc davantage
sa narration· le Triuun, qui l'availœoulé avec
une émotion croissanle, l'interrompit eu sc
jetant il ses grnoux :
&lt; l\endons gr.iccs 11 !lieu J'arnir épargné
1011·c ,ic! s'écria-t-il ; \'OUS êtes k Roi de

LE 'R_Ol GÛtNN1NO -

..

Après ccl effet tbé,'ltral, llicnû se releva el
ré\'éla à Baglioni stupt:fait le mystère qui
,•enait de lui êlre découvert à lui-même :
Le fils de 1;uucio el de Marie reposait en
France daus la .sépulture royale; l'eofan l
élevé au cb.ileau de Carsix, et plu tarù
emmené par Guccio à Sienne, était le fils du
roi Louis X cl de la l'einc Clémence de
Hongrie.
Voici cummentla su b ·tit ulion s'lltail opérée :
On se rappelle la prétention émise par la
comtes~e \lahaul d'Artois de tenir l'cniantroi dans ses bras pour le présenter aux grands
du ro~·aumc.
Cette prélenlion arail paru inquiét,1nle,
élanl donné la trrril,le réputation de Mahaut,
soupçonnée de l'empoisonnement du roi
Louis X, crime que la nai~ ·ancc du posthume
rendait iaulilr.
Personne, c&lt;'pendanl, n'osa résister :t la
belle-mère du régent. La reine Clémence, qui
seule aurait pu. défendre i;on fils, était dangercu. cmcnl malade cl dans lïgnorancc du
péril couru par lui.
Cc péril jeta dans une telle épouvanlc deux
d'entre les sen'Îleurs commi à la garde du
petit roi, 11u'au moment de remettre celui-ci
am main de la comte 'e Mahaut, il lui
substituèrent ua autre nouveau-né, l'eafaul
&lt;le la nourrice, que celte dernière avait
obtenu permission de garùcr au Louvre.
Or, la nourrice n'était autre que Marie de
Car:c-ix; des amis pui~s,tnb av;tÎenl tiré la
jeune (J.!mme de l'abbaye où elle élail enrerméc

l:h&lt;ht G11auJ on.

France, Jear. [••, lJUe l'on croit mort.. .. Vou~
avez, par miracle, échappé au.x mains de ros
ennemis! 1

et, pour &lt;JUC sa famille ne pûl de nou\·eau
s'emparer d'elle ni du lils qu'elle venait de
mellrc au monde, lui a,aient procuré, par

�111STOR,.1.Jl

--------------------------------------

cette charge au château royal, l'asile le plus
assuré.
Quand la comtesse d'A;tois, ayant présenté

aux grands du royaume comme leur légitime
ouverain le fils de Guccio et de Marie, remit
le nouveau-né dans son berceau, on s'aperçut
qu'il était à l'agonie.
On sait à quelles rumeurs sa fin subite
avait donné lieu.
Une charte rlldigée par orJrd de Ricnzi
continue en ces termes La narration des événements:
u Les auteur5 de la substitution se dirt!nl
après la mort de l'enfant : Nous voyons quel
esl le mauvais vouloir de la comtesse d'Artois
et du seigneur Philippe. lis croient avoir tué
notre seigneur et maitre; mais, par un elfüt
de la gràce divine, ce crime n'a pas été
accompli. Cherchons le moyen de préserver
les jours du royal enfo.n 1.
« lis se rendirent donc auprès de la dame
Marie et lui apprirent que son fils était mort,
lui faisant connaître le parti qu' ils arnient cru
devojr prendrr.
« A leur récit, la dame Marie \'ersa beaucoup de larmes; eux s'efforcilrent de la consoler, lui disant: «Vous èles jeune, madamr,
,·ous pourrez a1·oir d'aulres fils! Nous eiigeons que vous laissiez croire à la mort de.
l'enfant royal, afin qu'il échappe au péril
qui le. menace ... . Vous élèverez le roi 1~
plus secrètement que ,·ous pourrc1 1 comme
s'il était votre fils, ju. qu'au moment où la
vérité pourra èlre manife Lée. Alors ,ous
serez la plus grande dame du royaume .. ..

Si vous agissez autrement, l'enfanl-roi sera
sûrement mis à mort, vous aurez perdu
votre tils et voire maitre,.. et char.on de
nous sera en péril de sa vie !. . . »
La dame)larie, voyantqu'elle
ne pouvait agir d'autre sorte,
se soumit à leur volonté el
donna à connaitre par ses gémi~sements et ses larmes que
le roi était mort. ...
Le corps du fils de Guccio
fut donc porté en grande pompe
à Saint-Denis, tandis que Je
petit roi quiuait le Louvre dans
les bras de sa nourrice, laquelle passait désormais pour
sa mère.
Marie de Carsix se réfugia
d'abord dans un cloître ; plus
tard la mort de ses parents lui
permit de rentrrr dans le cbâl('au patrimonial dont ils l'avaient bannie.
C'est là que le roi Jt&gt;an fc,
grandissait près d'elle, paisible
et obscur, lors de la n1apparition inallendue de Guccio llaglioni.
On comprend poun1uoi, aux
instances de son mari de le
suivre Pn llalie, la jeune cbàLelaine avait opposé un formel
refus. Elle ne voulait ni e séparer de l'enfant royal, ni l'éloi"llCr de ceux qui, cannai '&lt;ant
le secret de sa naissance, pool'raienl un jour
l'aider à ,·entrer dans ses droits.
Le Siennois, irrité d'un refus dont il ne
pouvait deviner les moliis, s'était ,·engé
comme il a élé dit, pir l'enlt\vemeot de son
prétendu fils.
Ce rapl comlerna les auteurs de la suhstilulion; leur fraude devenait inutile, ils en
gardèrent donc le secret.
Marie de Carsix les imiLa, mais duranl le
reste de sa vie 11 honnête et sainte &gt;&gt;, dit Ja
chronique, le silence lui pesa comme un
remord~.
Enfin, au mois de juin 154ti, se sentant près
dt! mourir, elle déclara la vérité à son confo,seur, frère Jordan, moine augustin, el lui
remit son t~slament contenant le roeit de la
subsLiLution, le priant de rechercher le roi
Jean afin de lui déoouVTir son origine.
Un long délai s'écoula entre la mort de
~larie cl l'accomplissement de sa dernière
volonté.
Frère Jordan craignait d'aflirer sur son
orJre la ,·engeance de Philippe de Yalois 11ui
régnait alors en France.
Cependant, a,·cc les années, \"Oyant les
désastres de l'invasion anglaise, de 1a peste
el des tremblements de terre sévir sur le
royaume, il crut comprendre que Dieu vengeait ainsi lïnju te dépossession de Jean Jer.
Le moine se résolut donc à remplir sa
mission, et, trop âgé pour entreprendre luimème le voyage, il envoya en Italie un reli•

gieux de son orJre, Frère Antoine, lequel
partit, en juillet J554, porteur du testament
de Marie de Carsix. Arrivé à Porto-Venera,
Antoine apprit la réintégr~tion au pouvoir de
Nicolas Rienzi. Le Tribun lui paraissait comme
à beaucoup d'autres un être d'éleclion mar&lt;1ué
du sceau de la Proîidence ; il eut l'inspiration de solliciter son aide dans les recherches
qu'il entreprenait et lui envoya, en même
Lemps que sa supplique, un double du testa•
ment qui lui élail confié.
füeozi, « ajoutant à ces lettres une foi
pleine et entière », ainsi qu'il est déclaré par
la Charte citée plus haut, « el s'étant fait
informer par les voies les plus secrètes et les
plus sûres», avait aisément retrouvé à Sienne
Jean 1:Jaglioni.
• Aiant réussi tant bien que mal à convaincre le marchand de ses grandeurs nouvelles, llienzi l'engagea à aller trou ver à
Monle-Fiascone le cardinal-légat Albornoz,
afin de solliciter par son intermédiaire l'appui
du Saint-Siège dans se, revendications.
Le Tribun remit à Jean 1er, comme lettre
de créance, une charte relatant les aveux de
Marie de Carsix et le témoignage des deux
moines auguslins.
La Charte se termine par ces mots :

'---------------------------------------ce samedi /~ octobre i 55-1, le Lou t pour la
plus grande certitude de la vérité el, afin que
le fait soit porté à la connaissance de tous les
fidèles, priant ~olre Seign&lt;'ur Jésus-Chrisl,
lrès pieux et très gracieux, de nous accorder
la gràce ile vivre assez longtemps pour voir
rendre au monde une si grande jm lice.
Àlllt:'11.

J)

Crue prièr(' ne fut pas exaucée; trois jours
pins tard, le 7 oclohl'E', la popula1ion, soulcv~~ par le~ Co~on~~• ~vabi~sait le Capitole,
el ~,colas füenz, peri•sa1t dans l'émeule. Son

LE ~01 GTANNTNO

pateur Jean Il, semLlaiL le mellre en demeure la majorité se rallia au pins prudent avis,
de revendiquer l'héri1age de ses pères.
celui de l'ahslention, mais les partisans du
roi Giannino ne se découragèrent pas et déciIII
dèrent celui-ci à tenler une démarche près du
roi Louis de Hongrie, frèrP de sa défuntP
La popul:ition de Sienne ne fil pas de dil'fi- mère la Heine Clémence.
cnltés p'&gt;ur admellre la résurrection da fils
Suivant la biograpLie de Jean ]er (rédigée
de Louis X el rnn identité an~c Baglioni.
par son beau-frère Thomas Aggazano), la
Le récit de ce dernier, à vrai dire plus clair maison rople de Hongrie, après des &lt;1 recheret plus vraisemblable que celui de Naundorff, ches exactes », le reconnut pour l' héri lier
coïncidait assez avec lt•s évrncmenls; il don- légitime du trône de France, el des raisons
nait au1 malheurs qni frapp~icut la France politiques cmpêchèrenl seules le roi Louis
dcpui un demi-siècle une explication d'un de lui fournir une assistance direclP.

« Et nous, Nicolas, Chevalier du Peuple
Romain, Défenseur de la Cité Sainte, sat:hant
11u·une machination s'ourdit à Rome contre

ÊTATS-() Ë!'iÉRAt:X DE CO,IIPJEGNE (13;'8). -

C"lkbé Oiraud-&gt;n.

J EAN

Il,

DIT LE

Box.

Portrait pein t ,•ers 1359 et ailribut à GIRARD
o'ÜR LÈ ANS. (B it/i olhèque .Y ationa lt .)

nou ·, cl i;raignant de mouri1· al"aut d'ayoir
accompli l'œuvre du r~labli semenl du noi
sur son trône, nous lui avous remis ces le lires,

cadavre, décapilé, trainé dans la boue, fut
entin, sur l'ordre des Colonna, brûlé publi~
rruemeul par ù~s Juif,.
Avec la fumée du bî1cher s'envolèrenl les
grandeurs que le Tribun avait fait un instant
briller aux yeux de Baglioni.
Celui-ci, reçu froidement par Je cardinal
AlLornoz, lequel ne se montrail pas disposé à
lui prêter appui, prit simplement le parti de
retourner à . ienne et d'y reprendre son négoce.
Depuis deux ans, Jean I•r anit lcnu secrète
l'étrange aventure dont les réH~lations de
Fra Bartolomei, son seul confident, venaient,
pour ainsi dire, de loi arracher l'a,·eu.
ll reconnais. ait d'ailleurs qne la Pro\'idence, par la dt!taile el ln captivité de l'usur-

D'après le t;zbleau de

)FAN ALA l! X FILS.

mysticisme peu compliqué el conforme aux
idées du temps.
D'ailleurs, Baglioni, à l'appui de ses paroles,
exhibait la charte clictée par Rienzi.
Ce témoignage d'outre-tombe, le sceau du
Dictateur au bas de la dramatique légende,
paraissait une marque indiscutable de son
au thentici lé.
D'accord en principe ~ur la personnalité
de .Baglioni ( a le roi Giannino » comme on
l'appela familièrement dès lor ), les Siennois
se divisèrent en deux camps, dont l'un voulait cot1te que coûte travailler à la restauration du souverain dépossédé, tandis que l'autre
objectait le danger auquel s'exposerail J~
République si elle entrait en lutte contre les
Valois détenteurs de la couronne. Finalement,

(Mu sée de 1·ersailles .)

Cette assistance, le prétendant la trouva
chez des Juifs, qui lui prêtèrent cinquante
mille florins, moyennant la promesse de les
autoriser à rentrer en Franœ quand il aurait
fait triompher ses droits et recouvré le pouvoir.
C'est précisément la même condition que
d'autres Juifs imposaient au roi Jean de
Valois, alors prisonnier en Angleterre, pour
lui fournir l'argent de sa rançon. Israël se
précautionnait de deux clefs pour ouvrir la
même serrure.
A_ son retour de Ilada-Pestb, Baglioni se
rendit en Provence, dans l'espoir d'être re~m
par le pape à Avignon.
füi l'Église, on le sail, est lente à croire
anx miracles, el la résurrection de Jpan Il

�- - - fflSTO'J(l.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - parul à Innocent YI un fait lrop miraculenx
pour y ajouter foi. A défaut du pape un autre
allié s'offrit au prétendant.
D pui la trêve avec l'J.n"leterre, de~
bande~ de mercenaire , resll:P._ ~ans emploi,
parcouraient la France, pillant el ranc;ono. nt
"ille: el Lourgad1·,: une de ce, bantlt•, occ11p:iit ln Pruve'ilCli sous le commandement de
.Jean de Yernn1s, g ntilhomme ancrlai banni
de on pays pour un meurtre.
\'ernay: ayant entt\ndu parlt&gt;r Ju roi Giannino vint lui proposer . on aide pour conquérir
la France, i1 char:,:t de partager le pouvoir
après ln conqu11ll'.
Le traitl1 n'anit ri1•n de dt!ri. oire. A celle
«tpo11 uc, tout 1·1ublait po, silile aux rhef, de
r.ompasnics frandn•.' . loré.1lt: a,·ait CU a~-ez
Ji&gt; puissance 1•011r rt'•tablir Bienzi à Hom,•.
l:uslarlic d'Aubréricourt se rnyait prè. 1fo
1b·c11ir comle d11 Champaonc: Banlioni, qui
n'était pas d&lt;lpourrn de coura"c, mais que
~on pl'l'mirr élal n'auit pas pr 1paré au commandcmenl d'une armée, i;'eu fia donc :1
\'crna) , lequel prit le titre pomp u. Je
« Lieutenant général du royaumr. 1&gt;, el tous
d u commenci·renl la c:impa"ne.
Le sucrè en fut brillant au d111mt: le pre"
tÎ'•11 de la légende attirail de p:irlisans nomhrrux au roi Giannù10, cl \"erna,·~ 1·011d11isait
1·11 hahilc homme de guem: la tr~up de jour
1'11 j11ur plu, considérable.
Bientôt, pour ~oyager en Prownce, il fallut
un auI-conduit du pr,1tcndanl.
« Chacun rc'courait r, ,a protcctiou ,,, dil
lallco \'111:rni, • les l,ourn:ide. pac·li5:tient
:l\'ec lui cl lui pnJaicnl lril,ut, d,• sorte qu't·n
peu de lentp~ il ;1ma. a d grands tr..:or . »
C'.epcndanl rautrt&gt; roi de France, Jean Il,
d,%,ré de capli"ité en 13fî0 par le trnilé de
flr~tign), a,ait mi à pri. la lêlt! de . on rhal
l'i cn"O}'é une armée pour le combaure. 1.ongkmp l!!s deux: awnturier. tinrent en rrhcc
h•s lroup· royale,. Enfin, en décemhre 1:561.
.Jean de \'ernays, qui avait établi ·on quarti1•r
;,'.111,ral au forl Jti Cad Id, prt J',hi"nnn,

,:tait défait el c.1pturé par le~ gens Jn roi d,·
Pranr1i.
Le 'i jan, ier sui,anl, le ,é11éd1nl . lalleo de
Gi aldo arrftait, au nom de la reine Jeanue
de Naple·. alor · comte se de Provence, J,,an
dl' Ba,.lioni, liné par la lrahi~on d'un de ~1•.s
parti~an ..
Le prisonnier, d'abord renft1rmé au fort
Saint-f:tienne, fut bienllil, sur l'ordr,i de h
reine Jt&gt;.inne, eovo)"é ous bom11• e~corle ru
icile. Parrcou à Mar rille, il tenta une érnion et erra toute une nuit le long de la etile,
rbrrchant un1\ cmbarc.,tion à bord de la,rurlle
on con.entit à le prendre.
R,•hut: partout, époi~é Je foti~uc. il mini
an matin wr, la ville, tl-pfrnnt lrouwr r1[11gr Jans une 1lglise; mai~ . a [uite ,:1::1i1 J(.j;1
~ignalée, il fut rt•connu l!l repris.
l.1\ 1!) f:nier, Giannino alaot été. amen{- i1
1·aple~. le roi l'i la rt!Ïu rnulur ut l'inll'rroger cux-mèmrs, curio~ité bien naturelle,
car Jean fi:r leur tenait p3r une par 1 nlé a. ;;.-7:
proche, de mènt • &lt;Ju'il était le propre neveu
d'Andr ! de llou~ie, ce premier mari de la
reine Jeanne, qu'elle a,·ait fait élrangler pour
~pou ·1·r l.oni d1 Tar,·nll'.
C dernier se montra « ému d'une gr:mùe
compa. "iou II par l,•. réponse.- du prisonnier,
mai ne put rien pour le ~ecnurir, n\:tant lui
aus. i 1p1'une ombre de roi, mari d'une reine
r1ui ·e défakiit facilement de se. mari ..
.Jeanne de ~aples a signa comme lieu de
dètention à lla 0 lioni une prbon d'~:tat, Il'
cb;'\tcau de l'Œuf, ainsi nommé do ln forme
dl' l'ile au mili1·11 d la,1ue1Je il ~· :1c\':1it. Là,
h~s plu grand~ per.'onnag1~, dn royaume vinrcuL ,·hill'r lé prétendant, dont la lr.gcnd1: e
populari. a hirnllit en itile comme elle
l'a,·aiL fait à •.ienne.
Il emble 11oe, mème captif, le roi Giannino ait inspiré encore d1•s inquiétude· à la
1·our de France.
On lrom·e dan, une lellre écrite par lnnoœnl YI aux ,ou1·erain!&lt; d,• X:iple-. la r•rl'U\·e
de~ d,:marchcs faite· par Jea11 Il pour 11u1·
Banlioni r1H t\troitctni:nt r ·-~••rr,: ·
1

11 Le,- prétenlion émi~e~ par Ginonino B glloui ne méritent ponr tonie r1lponse que le
ourire de la pilié ! 1 décl3re le pape dnn
cette lettre adre~sét&gt; au Roi &lt;'t à la Rrine ,le
~apk.
Il e,t proLaLle que la Heinr J1•:mne ne par1:igPait pa l'opinion du ponlifc, !'ao· quoi
l~iannino rùl été pendu comme un bandit ,ul~aire et non inrarcér: dao, un 1·hàteau-forl.
Apri•s quPlqucs moi d'une détention suprortée awc « une nrande patience et une
;rande foi m rneu &amp;, la mort app1rta au pri·onnier sa délhranœ.
On ne dit pa où il rut en,e,eli. Pl'l1l-êtr1',
l'II fait ,le Funéraille,, l:inç:i-l-011 le corps i1
la mPr qui hainnail le , mur Je h prison.
L~, Ilot. par:iisscnL amir rnglouti sa m,1moire rn même temp,; rJlic . on 1·a1lan,•, t.1111
l'oul,li Je son nom l'ut r:ipiJc.
lieux hi:Lorico fraur, is l'nlcmenl. le• l't·re
ll:ioiel el Jlom \'aisselle, onl mcntionn; ,on
cxi,tencc 1•n 11uel11u •, li::;n,'~. Qnanl au anleur italien , un peu plu. prolix~, il- ont , i
l,ien 1•ntremêlé leur r\'CÏls ,le lé"Plldt&gt;, ronlradictoire. qu'il e I a,~ez dirllcile d' rc•lrnu,er la vrrité.
D'ailleur~. commrnl d&amp;biffrl!t i1 ,i lonzue.
dislanc une énimc histori11ue, a.lor5 qne de.
éréoemrnf relativt&gt;ment r,:,.Pnt, nr,u dem, urenl iwpén1•lrable, !
Ainsi, à unt&gt; de~ époques le~ plu troulilét:ùe nti:toire, trois frère-. st'. ,ucci•dcnL ~ur hi
trêîne d,, France; 1'11iné lais,• un frl, 11ne Je
,rrvilrur: d1h·oué, nurnîrnt, au IIIU)en J'unr:
sult,1itu1ion. ou Irait nu danerr qui llll'O~çail sa ,·ir.
IJ • lon~ucs :tno(: , plu. larJ, un él raneer
survient, s • disant n,,1rilier de ln couronm•,
mai. il ne pt·ul faire entendre c re,·endicnLion cl traine ù'éprcu,·L•., en éprl'U\'C., 111w
exbkncc mi l!rable.
Toul cela ne pourrait-il ~·appliquer à
l.oui. .\\'H au~.i hi1•n c1u'1tJ1·an l", 1•1 u·c~tce pa. le ra.~ 1111 jam:iis de répN~r rc lieu
commun : L:i vie est un [ll'rpC.:tut'I n•comm,•11remenl !

IEA~ P(H' J( &gt;lï. AT.

Anecdotes
~

Madame de Prie, ruailrt!sse tlu r :.,ent,
Jiriaéo par son père, un traitant, nommé, je
crois, H•neuf, avait fait un accaparemenl de
Lié, qui a,·ail mis le peuple au dé espoir, el
enfin eau é un soulèvrmenl. l:ne compagnie
1h• mousquetaires rt'Çnl ordr • d'aller :1paisrr
le Lumulte; el leur chef, )1. d'.hpjao, n"ait
dan. s ·s io~lructioos de tirer ur la canaille .
c'e t ainsi l{u'on désignait le peuple en Franœ.
Cel honnête homme se fit une peiue de faire

feu ur ~es concitoyeu-.: cl rnici comme il
s· · prit pour remplir sa commi ~ion. Il fil
faire lou le appr 1t.: d'une sake de mou,qu1'teric; el avant de dire : lire::,, il !\·avança
, ers l:i foule, ten:1111 d'une lllain son chapeau
et de l'autre l'ordr&gt; de la cour. • Iessi1mr,
dit-il, mes ordre portent de Lirer ur la ranaille. Je prie tou 1 , honnêtes Ten · de e
rclirer, avant que j'ordonne de faire feu. ll
Tout . 'enfuit et di parut.

lui, rie. Le prin · d,, Conti iolt•rmmpil l1i
harangueur, 1•11 lui disant ; « Vous ne ~awz
pa ce •1ue r,'p l 11ue les prinr,· ! 11

~ Le prince de Conri actuel 'aT11i1reail Je
ce que le comte d'Artois ,·enait d'acqu~rir une
terre auprè de ses cantons de cba. e : on lui
lit entendre que les limiles étaient bien marquée~, 1111ïl n'y orait rien à craindre pour

~ Le maréchal de Richelieu, a1anl propo~t:
pour mailrcsse à Louis~ V une grande dame,
j'ai oublié la,1uell1•, l • roi n'en ,oulu1 pa,,
disant qu'elle cotlterail trop cher à renYO}rr.

~ C't t un !ait a,éré que ~ladame, fille du
roi, juuaut a1ec une dt! es bonne , re,rarda à
,o. main, el, après 3\'0Îr compté es doigt :
« Comment! dit l'enfant anii: .urprL1•, rnn
nvez cinq doigl aussi, comme moi! » El elle
rtcompla p,mr .-'en a. ~urer.

CHA ,\ IFORT.

LOUISE CHASTBAU

•

jlmes d'autrefois
TROI IÈ 'lE PARTIE

Qui111.c jonr~ emiron :1près le maria••&lt;' dt:
l.ucelle, le chcrnli,•r de .1in1-,forc reparut à
Pont,ieu,, .ïtùt ulré Jan, le wstilmle du
vit&gt;il btitd, il aperçut un chapeau de paillti el
urn· omhrclle ouhlit1s . ur une chah...... li le .
reconnut pour ks avoir vu· à Lu cetlc. Et il
. c trouhb. li r •~pira un parfum inaccoulumé. Ln mai,011 ('Il ,:1ai1 comme rajeunie.
C'i'.lail la pré,e11rc dt• l:t femme qui e trabis~ail, imisible et cert.aine, partout où la
jupe Je mad. me d1: Bell?mhre a_,ait_ya ,é.
Florian man'lua de - allendr1r. , on cœur
d1'.raitlait. Il se r •mit pourtant el ~urvit le
vall'l qui Ici conJui. il :iu ~alon Liane, celui
1p1e préférait la m:myui~e et où (•lie se tenait
lt: plu~ mloulÎl'r~.
Ce "tlun occupiit 1'.1ile «:rnr.he de l'hôtel
,pii dominait la plaine. ••raci~u e _cl fraiche ~it
;;li~se, trans!1;m•nte, ) l,lp 1lenC'~1 ·11s1•. De !u,
on ap,·rccva1l. à drmte, Il' mai.on .•étage~s
du fluy-Saint•J1•an, d, prl'squc d1·mcre HII,
le haut dochl'r hvzantin :mie ~c · coupole'
écailleuse, et ~c • multiple· clochdon . En
ln. , c'tH:iil le fauhourg de TourneLriùr,
prt 1111e entièrement formé de teintu_r:ries
dont les Iain · séchaicnl au liord de la rmhe,
c'était on vieu pont, c'étaient e · moulindonl quclques•nn étaient fortifiés comme
des citadelle . ,\ rr:iuche, la tour Sarbacane
de. ~inail sur le fond du ciel se créneaux et
~e· ruàchicouli~. el, au ddà, les rocher . de
~lorsault fermaient l'hori1.on de leur mru, e
coufu~è.
11 faisait trè' chau 1, c • jour-l:1. Li&gt;s onlre, cols de. portcs-Î1·m!lres étaient Jcmi-do,,,,
ce qui rai:ait ré!!Tler ùan,- 1~ salon hC'a~~oup
de fraicl1P11r l.'t uuc rerlanu: oh~cur1k. A
!'in tant 011 le ehcvalier p~nélra, il crut
Yoir une :ilhouclle de femme s'enfuir comme
,: 11erdue dans la aah-rie
11ui 1:Lnit prorbe.
!no
• •
tcrdit. Florian ·'arrêta., es l·eut, qui · :icrnutum:iienl à l'où,curitr, distinguaient uo rrui'.riJon cbarrré de laine, à taphcrie, un
• · a~ t err,•. comme Jt!
• L1
omra~e qui~ a1sa1l
c en
hâte, un liHc ,m,erl au L11rd d'une cuosolc,
et dan 1111 n .. le fauteuil, ~I. de llellombre
d;rmanl, la lt~lr. rmver-i1e au do sicr el la
bourl1e ournrtc.
~lais le mar11ui s'ih·eilla en sur·aot :
- Hol:1! ... liol:i! ... fil-il. an .- lrop -1~\'oir
ce q11 'il disait.

l'nis, Lont à roup, reconnai ·qnt le d1erali,r :
- ,\hl r.' • t mu~, mon cher Flori:rn,
aia-t-il nwc joie.
Il ~e dre:-,-a .
.\lai. au: ·itôl porl3nt la main à snn fronl,
an•1· J'e,prt&gt;ssion t&lt;gart&lt;e d'un hommtl «Jni
~oulfrc d'un mal .~uhil :
- Pardonnc1, dit-il, il me faut m'a::eoir.... \'om 11u'u11 rcrûge Dl' prend ....
J'ai au '!&gt;Î les jamhe, un peu faihlc ..... Pour
tout dir ', je ne uis p:i. tri• l,ien ... .
Florian . 'inquiéta, 1·oulul :ippdcr.
- •'on! non! ... diL , f. de llellombre. Cr.
u·c~I rien .... Une minute encore el il n'y paraîtrn plu~ .... Là... c'c L floi .... Mai pnbq~c
me voilà i troublé el inc.,pable de me temr
dchoul, approchrz-vons d • moi, mon neveu.
Je ,·eu, Yous embra ...cr, m'informer de voire
,·anté et vous l'aire part de ma joie .....\h ! je
suis heureux, Florian! ... Plug beur •111 qne
je ne le aurai dire ... ll me lanlait de ,ou·
confier cela, comme à un ami, à un ami trè
rlier .... 1 "esH:e pa., mon ne,cu, que vou
comprenez mon bnohrur? ... ladamc de llt•~lombre e.. t parîaite .... J'en 1:lai~ sùr .... \la 1.
où donc e 1-ellc'!... Toul pr,'&gt; ·, r rtain •ment ....
Elle ne mP. quille point ..1••

Il appela :
- ~lad:imr!... ,radamc !... Y1·11ez vi11•,
voWt qne notl'c chPr 1.:h rali r ,, l arrhé.
l.ucelte parul dans le cadre luminc·u,
d'une porte ouverte.
~~lail-&lt;.·e liicn Lucclle de Fon:pc)rat, rt'ltc
pMe jeune femme ,êtue d'une roi,.' de :-oie
brune, coinëc a,ec tant de modestie et dool
le· main se di~~iruulait·nl . ou:,, de:,, milaine '! ... La douce gra\·ité de ·on ro:lume
'harmonisait a\·ec rcllc de son , i~:F•c . .",·,
lêHe. tremblaient un peu. Elle 11c put 'I""
sourire d'un . ourire contraint el murmurer
deux mot: ininlellia:ihlt ~ en fai~anl la re,·rrcnœ de,·anl Floria; qui s'inclinait lr1:s l&gt;a:.
le. enfanb. dit avec rondeur le marqui., \·euillcz quiller ce airs cérénmnieux ....
\'ous ~avn ce qui a été entendu'! \"ou .. \Oil:1
1el~ que Frère et sœur, parlant familier. ~i
li: cn•ur Yous en dit. Ma ch~reLuœlle, donnel
,·otre ruaio au cheralier 11ui Ya ln bai rr 1•11
·hme
de bonne amitié .... Là ... Yuilà qni csl
t'
foi 1. ... C'tist hicn, l'l je ui l'Onlml.. ..
Maintenant, madame, reprenez votre brodt'rie, el ,ou_, mon neveu, conlez-nnns ,otrt'
\lfY:IIYC.

-_ \fai,, Jit Florian, awc un ,·a!!lle embarr.i~. ne ,·aut-il pas mieux que je me

�AMES D' AllTl(ëF01S - - .

fflST0~1.JI · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •
retire? ... Vous venez d'être souffrant el je
craindrais de vous fatiguer ....
- Quoi! monsieur, dit Lucetteen s'adressant à son mari, vous vous trouvez plus
mal? ....
- Ce n'est rien, répondit le marquis.
C'est passé ... Vous savez? un vertige, comme
ce matin, comme hier .... La chaleur, sans
doute .... Ne \'OUS en occupez pas .... Allons,
chevalier, dites-nous quelques jolies choses.
Florian parla. Il dit des riens avec imporlanœ. Son discours était coupé de silences
brefs. 11 regardait Lucette qui complait saus
relâche les points de s~ tapissnie. Mais
comme il cessait de parler, c-lle leva la Lère.
Leurs regards se rencontrèt·enl.... Le mar11 uis était retombé dans son sommeil.
Lucellc détourna ses regards el, sans pensée, les porta autour d'elle. Le chevalier ne
dissimulait plus son émotion. li dit tout Las:
- Lucellc ....
Elle ne répondit pas tout de suite, mais,
d'un grste douloureux, elle montra M. dl!
Bellombre. Puis, avec effort elle dit, simple
el digne :
- Je suis madame de nellomhre.
Florian se mnrdil les lèvre et ses yeux se
mouillèrent. li se leva et se rapprocha &lt;le l.1
jeune femme. Dd,lJut, derrière la d1aise 1,î1
elle était assioe, il appuya ses mains au dossier el se pencha :
- Sommes-nou.s amis encore, Luccllc 'l
dit-il. ... Et malgré .. ..
i ous sommes ... nous serons toujours
ami!&gt;, Florian ... murmur:i-t-elle. Mais, enlrc
nous, il y a... il y a le serment ....
- Il y a aussi Jes souvenirs, ajouta Sainl~larc d'une ,·oix ourde el tremblante.
Lucellc courba la tête sur son ouyrage.
Elle soupira et dit si bas &lt;[u'clle s'entendait
à peine :
- Oui .•. il y a les souvenirs ....
Il se turent.
Le chevalier marchait maiutenanl à travers
le salon. Le tapi~ étouffait ses pas. Il s'arrêtait parfois dl!rrière Lucelle qui, le sentant
si près d'elle, retenait son souffle pour ne
pas trahir sou émoi. Elle tirait machinalement son aiguille, toute sa volonté tendue à
goûter la joie de cette chère et dangereuse
présence.
Florian la considérait. Il voyait ses fins
cheveux en désordre sur sa nuque. Il se rappelait la ligne souple des épaules que cachait
à présent la robe discrète de l'épouse, et lt:s
bras aux contours gracieux, et la paume odorante de la petite main que voilait un résenu
de soie .... Tl ne retrouvait pas en elle celle
fleur de gaieté tendre qui l'avait séduit jadis.
Mai, Lucette lui semLlaiL plu l.idle encore,
plus touchante, plus digne d'être aimée dans
la mélancolie el la gravité de sa personne.
Qmii I cel amanl qui, aup1·ès de mademoiselle de Fonspe)•rat ne savait que soupirer, se
Lrouvail, de,•anl madame de Hellombre,
obsédé &lt;l'images voluptueuses cl assoiffé par
le désir'! ...
li lulla contre ses pensées. Pui , afin de
préciser par des mols , a résolution d'éner-

gique résistanœ, et s'étant arrêté devant Lu- terrible, précursenr de la chute prochaine,
celle, il dit, lui saisissant les mains :
s'éleva dans son faible cœur.
- Ma sœur ... ma sœur ... ma sceur très
1(
aimée ....
Et Lucelle répondit :
- Oui, Florian, vous êtes mon frère, deLes jours et les semaines se succédèrent,
puis le jour où pour ne p_as me séparer de pleins d'amour silencieux, d'attente inavouée,
vous ....
d'espérance imprécise, de désirs vite réprimés.
Un sanglot mourut dans sa gorge. Elle ne Une lettre de Julie augmenta l'angoisse de
put achever. Elle se leva c,L s'enfuit dans sa Lucelte. Uademoiselle des lmagnes contait à
chamùre. Lassée par le combal intérieur qu'elle son amie loules sortes de folies joyeuses. Elle
venait de soutenir, el par la nouveauté du lui disait son bonheur de goûter un amour
rôle qu'elle jouait, elle s'affaissa dans un fau- partagé. Elle se Oaltail d'avoir choisi la meilteuil. Elle aurait voulu pleurer, mais ne le leure part, car Guillaume l'adorait, elle vivait
pouvait .... Son lrouhle était Lrop grand, son somptueusement el n'éprouvait jamais aueun
angoisse trop profond,•.... Si elle s'était rrgrcl du pass4 :
LrompéeL. Si 1·lle avait trop présumé de
11 Le temps l'St cour!, répélail-elle à plnses forces'? .. Si l'ancien amuur réapparais- ~ieurs endroits de sa lettre, il faut en jouir.
sait el , i elle ne pouvait lui résister? ... Dieu! J'en profit!! de mon mieux. S'aime, je snis
que sa mère éLaiL coupaLle! Et elle, pau\l't! aimée, je vis plcinemc-nl. Mais toi, pauvre
ignorante, comment avait-elle pu rroire à srn1imrn1alP, que dl!,iens-lu?. .. llélai.! j'ai
celle chimère de l'amitié îralernelle v nant, granfpcur que la deslinL&gt;e ~oil de roucouler
par ordre, tenir la place de l'amour thas~é'! ... triste el seule de cœur jusqu'à tes df'rniers
A qui dire sa peine? ... A qni demander jours comme une rolomLc lilt•s~c .... Quelle
conseil?... Elle pensa :
misère r1ue la vie! ... 1l
- J'ai on livre, un saint livre.
Lucctte pensait :
fille prit la vieille linitalion qui lui wnait
- Ainsi, Julie qui a méprisé les dt!voirs
de . on aïeule. Sur la tranche el du bout &lt;les impo. rs par le nom, le rang, l'éducation, la
doigts. f-lle tra~:a le divin signe, puis, au fradilion, la morale, Julie est heureuse ...
hasard, elle ouvrit le livre el lut :
Julie e l aimée et elle aime librement. ... Et
« C'est quelque chose de grnntl que moi qui me suis soumise, rrni ai obéi à toutes
/'amour el un bien a11-1/ess118 rlP Lous les
les lois dt! la famille, de la race, de la relibiens. Seul, il rend léger re qui nl pesant gion, moi rrui ni rèvé d'être éternellement
el /&lt;iiL qu'on -~IIJ)JIOl'LP n vec une âme égo/p chaate, honnèle, lld1\Je à mon ~erment
to11tc.~ res vicis.'lil11dPs dP la nie .... ~
d\1pouse; moi je traîne et trainerai toujours
Lucelle tourna lJ page. Ses doigts la sai- sans doule ma malheureuse cxi tencc .... El
sissaient à l'endroit même où sa grand'mère le pire est que je ne puis, sans remords,
avait posé les siens. Une poussière de o~urs • céder, mème sccrètemen t, à la passion cpü
desséchées lomlia d'entre les feuillets. Elle m'enflamme .... Julie, fière, souriante. prolut encore:
clame à haute voix son bonheur dans l'amonr
« Rien ne lui pè.~P, rien ne lui cotlle. JI cl n'en éprouve aucune gêne ... Oui, elle a
le11le plus 1111'if ne J)euf.. .. Aucune /àti_q11e raison : quelle misère r1ue ma ·rie! ...
ne le lns.iP, aucu11 lie,, ne l'appe.~anlil,
Elle relut la lellre de .Julie une fois, deux
1wc1111e {l'ayem· ne 1-e l1·011ble .... »
fois, dix fois, rnulanl y répondre el ne l'osant
Comme elle se répétait œs dern'ers mol~, point. Finalement, rlle la jeta nu feu. ~fais à
elle s'arrêta tout à r.oup et s'interrogea :
&lt;"11:H[Ue inslant ce souvenir lui rcrnnait el la
- N'aimerais-je poinL, puisque me voilà comparaison s'élaLlissait en son esprit,
tout alo11rdic par le joug du mariage el implacable el cruelle comme sa destinée.
effrayée de mes inclinations? ...
l~ncore cles jours et des jours pnssèrenl.
Et elle ne sa\'ait plus si die devail se réLa lune ~e perpétuait, sourde et violente
jouir ou s'affliger de ce doute.
dans l'âme passionnée de Lu celle. La chambre
Elle rêva ainsi longtemps et, plmieurs conjugale lui devenait odieuse. Elle tenta cle
fois, relut ce passage.
la ~upprimer, s'autorisant de l'avis du médeUne cloche sonna du côté de la cui~ine, cin (JUi l'ecommandait à 61. de Bellombre un
annonçant le souper. Madame de RelloruLre sommeil duraLle, bolilaire et reposant. Alais
marqua d'un signet le chapitre V du Troi- le marquis ne cédait rien sur ce chapitre,
sième Livre de l'lnternelle Consolntion. Elle encore que Lucellc lui parlà.t au nom de sa
crut sentir &lt;rue celle lecture avait remis santé.
Loule choses au point dans son cœur et
- Ua santé! répondait-il, die est solide,
4u'elle était maintenant vaillante d calme.
ma mie. Pins que ma santé, je vous aime.
Tl'è' calme, en effet, elle suivit le couloir, Vous èles mon bien le plus précieux. Le tré,or
descendit l'escalier et longea Je vcstibult•. de rnlre Leaulé me procure cles joies incomTrès calme, elle ouvrit la porte de la s:ille à parables ....
manger. Déjà M. de JMlombre, vacillant sur
Aci;:Lle répli,1ue, Lucelle rougissail, détoursa canne, s'approchait de la table el ·a~- nait la l~e. ou mème s'enfuyait pour dérober
ser1it. Florian parut.
.a tristl! émoLion aux. regards amoureux de
(Juand Lucelle le vil auprès d'elle et quand son vieil épou,L Elle évitait Florian, qui l'él'ielle l'entendit parler, son âml! s'émut. m llÎl de mèmt'. Pourtant, moins ils e voyaient,
calme s'évanouit ... . lin trouble délicieux eL plus ils pensaient l'un à l'antre. Qu'une occa-

sion inattendue les réunit en un court tête-àtête, ils restaient muets, le cœur battant el
éperdu .... Si leurs lèvres s'étaient descellées,
elles auraient crié : • Je t'aime! ... » Que la
robe de Lucelle rflleurât le che\'alier, il pâlissait. Qu'il lais~ill trainer sur un meuble
quelque objet familier, ses gants, son portefeuille, un livre qu'il li·ail l'instant d'avant,
Lucette brûlait d'y toucher. A peine ses doigts
s'en approchaient-ils qu'elle se sentait tremblante et manquait de défaillir.
Octobre arri\'a, La mélancolie de l'arrièresaison s'accroissait de la longueur des soirées.
C'était le Lemps propice aux lecture . Florian
offrit i.a Libliothèque el Lucetle accepta. Elle
lut des romans anciens qui avaient encore la
von-ue, 111 Noui•e/le lleloïse et Clm·isse Ha r/owe, el elle s'attendrit.
Certain soir, 111 chevalier apporta un pelil
volume, qui Hait une nouveauté. On en di ait
le plus grand bien. On parlait même de chefd'œuvrc.
- Lisez-le la première, madame, dil-il,
vous me direz ensuite YOtre sentiment là-dessus. et i je dois le lire.
- Maii,, dit le marquis, tout en bégay.inl
un peu, car son malaise augmentait chaque
jour, mais ne vaudrait-il pls mieux, mon
neveu, &lt;[Ile ,ous nous en donnif'Z lecture l1
voix haute, le soir au coin du feu? ... Pt&gt;u
importe i je m'endors, quoique, à vrai &lt;lire,
la cbo ·e soit rare, ajoula-t-il ingénument. Je
ne me. sui jamais passionné pour les aventures chimériq uc .... Je leur préfère les lie lies
réalités.
li eut un sourire cl regarda Lucellc qui
rougit. Florian détourna la tête. La marqui.e
demanda le litre du roman.
- Clafre rl'Albe, dit le chevalier. C'e L le
premier roman d'une madame Collin, veuve
d'un hanquitr de Bordeaux, et très jeune
mcore, dil-on. Vingt-cinq ans, je crois ....
Vous plairail-il que nous le lisions ensemLle?
- J'en erais ravie, répondit Lacelle dans
un élan de sincérité.
Il lurent Clafre d' Albe, celle arnnlurc
héroïque et passionnée où l'on voit un jeune
homme fuyant la îemmedont il est amoureux,
parce qu'elle est l'épouse de son bienfaiteur.
Ptndanl que Florian lisait, la marquise,
baJetanlc, bm·ait les paroles du héros qui
toœLaienl des lèvres de son amant : « ... Dismoi pourquoi, toi seule, as reçu celte âme,
cc tor1enl de charmes el de vertus qui Le font
l'objet de mon idol.itrieL. »
M. de Bcllombre dormait, dl! pins en plus
alourJi, dans 1&gt;on fauteuil, les bras pendanls
rl les pieds aux chenels.
~lais un soir, les aveux de Florian se mêlèrent à ceux. du bérog_ Lucelle, comme Claire
d'Alhe, se laissa baiser les mains. Elle pleura
sur le tendre visage de son am:tnl qui implorait. ...
Puis elle céda ....

peine. Depuis le mariage de Lucelle, ellel'a,·ait
vu plus soU\'ent, dans le besoin où elle élail
d'une oreille propre à recevoir ses confidences
el parce que la solitude lui pesait.
Outre quP. le nouveau curé de Verlhis, l'al,bé

•

L11cel/e 011~ri/ le livre d 1111 : , C'est quch;iuc chose
de grnnù que l'amour et un hicn au-dcs;;us de
tons Je,; hirns .... • ( P:igc 232.)

Mari eau, n'efü poinl accepté le stratagème dl'
la confession familière, Mme ,le FonspeJrat
c11L répugné à lai dire ses secrets : tl C'étail,
disait-elle, un révolutionnaire, puis1iu'il avait
prêté serment. »
L'aLLé Marteau donnait dans les idées nouvelles. li avait attendu le Concordat arnc
grande impatience. Pendant que le cardinal
pina et eu suite le cardinal Consah·i en jetaient
les h~es, l'abbé Marteau :l.\'ait, disait-on,
écrit des injures à Bernier, dont le faux zèle
nni~ait, pensait-il, à la rapidité des conclusions. Dans ses prônes du dimanche, le curé
.Mari eau mêlait l:i poliliq ue à la rdigion. Il se
déclarait haulemenl pour le calholicisme
d'Élat, tel que l'entendait le vainqueur ùe
lareugo.
Le Concordat signé, il chanta un Te Deum
soleunel. En chaire, il ~e glorifia d'apparlenir
à celle légion que le Premier Consul chargeait
de veiller sur la foi catholique. Fièremeul, il
commenta la parole do Montholon : t( Lo
clergé français, c'est une gendarmerie sacrée 1l,
el il eut un beau mouvement d'éloquence
dans une paraphrase qui se terminait par ces
mots : (C Oui, je suis un gendarme sacré! »
~1 -de la Mour:iine, à qui on rapporta la chose,
ne
l'appela plus dès lors que ù le sacré genIll
darme ». Q.oanl à la baronne, qui ef1t peulLe curé Pomerol moumt en 1801. Sa mort èlre ,·olonLiers essayé des prati11ue religieu,e
jeta madame de Fonspeyral dans une grandi• pour remplir sa vie el se dislraire de a souf-

france intérieure, elle se lroU\·ait moins disposée q11e jamais à en user, puisque le CUl'é
en était le dispensateur.
Souvent, elle pensai I à son prédéces eur.
Je simple et doux Pvmerol, qui Sa\'ait si bien
parler aux gens de qualité : &lt;1 Ali! comme il
était humble de\'ant eux! Comme iJ pratiquait
bien les devoirs modeslrs de son ministère! ...
Cc n'était pas un fonctionnaire, celui-là .... Il
n't'tait pas à la solde d'uu gouvernement.
oùligé d'en dire du bien, ou de se taire comme
un ,·alet devant son maitre. II sa,·ait blàmcr
le:: fautes, flétrir les iniquités, dénoncer les
sacrilèges cl soulfrir pour sa foi. On l'avait
bien vu au Lemps de la persécu1ion. Au ~erment, il avait préféré les ponlons de l'ile
Madame d'où il était re,•enu, en quel étal.
grand Dieu! ... C'était un prèlrc, lui! .. Mais
lecuré~1arteau'! ... Allon· donc!. .. Il dit sa
messe et fait son prône comme un grallep:ipicr va à son bureau ou un magi. Ier à son
école. li flattera n'importe quel gouvernement
afin ,rne le son~-préfd, 11ui a l'œil sur lui, en
dise du Lil'n dans es rapports. Ainsi, il
deviendra doyen el puis archiprêtre, C'l puis,
qui :ii1?... IJn prêtre, ça? ... Un ambitieux,
et pas autre chose i ... 11
,
Lor que ces pensées lui venaient à l'égli t'.
pcndantquïl orliciait, lui, l'3ncien assermenté,
madame de Fonspeyrat ne pouvait plus se
contenir. Même 011 l'avait vue, le jour dt! la
Notre-Dame, quiller violemment l'église en
jetan là haute voix le mot « coqui11 ! 1&gt; tandis
r1ue le curé ~farteau se prosternait devant les
saintes e pèces au ffi(lment de l'éléva1ioo.
D'autres C'hoscs encore la tourmentaient :
L'agriculture ét:iil contrariée par l'inaction
du paysan enrichi des biens nationaux el pa1·
les guerres 11ui lui enlevaient les bras les plu-.
forts. Elle languissait. Ne périrait-elle pas
tout à fait si, comme l'a~surait M. ùe la \lourainc, le PremiC'r Consul, pour être empereur,
s'imaginait de conquérir le monde? ... Alon,,
que ferait madame de Fonspcyrat des terres
qu'elle avait si habilement conservées ou
rachetées'? ...
Elle refusait de croire à la solidité du
Crédit public. Pour rien an monde, elle n'e1H
acheté des titres de rente, el n'aurait confié
un sou à la Banque de France que Perrégaux
el d'autres financiers avaient récemment
fondée. Au surplus, il lui suffisait de savoir
que le fils Rafanaud faisait partie de celle
bande pour qu'elle refusât de la r.onsidérer :
&lt;l Tas de voleurs, di ait-elle. Ils recommencent le trafic d11 papier avec ces espèces d'assignats &lt;1u'ils appellent des billets de ban([ ue !.. . 1&gt; Et elle continuait de garder son
ar6enl dans une easselle; bien rangé, bien
empile, gros rouleaux d'écus, plus petits
rouleaux. de louis d'or, el mème de la grosse
monnaie de cuivre, pour n'avoir p:is à changer
trop -~ouvent des pièces de valeur.
Les domestiques lui devenaient insupportables. Ils perdaient le respect, disait-elle, la
regardaient en race et lui parlaient de Lrop près
avant même qu'elle les interrogeât.
Le petit monde de Verlhis, bonLiquiers et
artisaus, lui était odieux. Ne voilà-t-il pa.

•

�ms TOR..1.JI

•

qu'ils s'a1isent de s'habiller avec du drap fin,
des bas en laine d'Allemagne et des chapeaux
de castor? ... Leurs femmes osent mettre des
rubans à leurs bonnels et elle porlent
mi Laines! ... Elles affectent de parler français
el semLlent oulragées si on leur adres,e la
parole en patois . .Alors, si ces e~pèces parlent
comme des nobles, quel langage sera réser,·é
a• ceux-ci. ?....
Enfin Lucette l'inquiétait par sa langueur
el son dépérissement que n&amp; suffisait pas à
expliquer une grossesse proche de son terme.
De plus, la baronne supportait mal les discours que tenait parfois Lucettc sur les choses
du sentiment el qui reflétaient les opinions
du chevalier plutôt que celles du marquis.
Aussi, chaque fois que madame de Fonspeyrat
re,·enait de Pontvieux, elle se sentait plu.
irrilée contre sa fi Ile.
Ainsi, elle vieillissait, isolée, triste et toujours violente quand l'occasion s'offraiL Ses
lourdes méditations se portaient volontiers su 1·
le passé pour le regretter, sur l'avenir pour
i-'en émouvoir. Si elles s'attachaient au souvenir de son fils, madame de Fonspeyrat
rPjetait ces pensées avec un sur~aut d'âpre
volonté, car là seulement était le défaut de
celte cuirasse d'énergie dont elle s'était
revêtue dès le premier instant de sa lutte
maternelle.
Elle avait rempli son devoir et envers Martial cl envers Lucette, en tenant bon malgré
leurs larmes. Pour le moment, elle n'avait
plus qu'à tenir la main tl leurs intérêts qui
étaient dans l'héritage, sans doute prochain,
de M. de la Uouraine.
Le marquis baissait visiblement. Un catarrhe compliqué d'accès de goutte le tenait
clouéàlachambre. Madame Françoise l'y venait
voir chaque jour. Elle écoutait avec patience
les propo philosophiques du vieillard tout en
tricotant, ou demeurait sans dire mot pendant
les longs silences auxquels se plaisait la rêverie
de son cousin.
D'abord, le marquis avait reçu ses soin~ avec
quelque impatience. Malicieusement, il avait
essayé de la décourager en l'ohligeant à lui
faire lecture des pages les plus ardues de
Leibniz ou de Spinoza. Mais il avait senti qu'il
faisait fausse route et se prenait à son propre
piège. Car le supplice d'enten&lt;lre ânonner les
plus Leaux morceaux de la Théodicée ou ce
qu'il y avait de meilleur dans la Clef du
ancluaire lui parut de beaucoup plus affreux
que celui soulfert par madame de Fonspeyrat.
Tl renonça à ses lectures el apporta, à la
recevoir, une stoïque résignation.
Seule, madame de Puyrateau faisait fuir la
haronne. Aussi le marquis suppliait-il sa
vieille amie de venir le voir souvent. VolonLiers
elle quittait les Roches pour lui faire visite
quand la température était douce et quand
elle ne souffrait pas trop de ses rhumatismes.
Dès qu'elle entrait dans la chambre du
\'Îeillard, madame de Fonspeyrat suspendait
le mouvement de ses aiguilles, pliait son tricot,
rajustait son bonnet, fai$ail la révérence E'l
partait. On entendait ~es socques frapper
ferme les dalles du Yestibule. Alors les deux

'-----------------------------------compères se regardaient, souriaient el poussaient, dans le même accord, un soupir de
délivrance. Ils reprenaient leur causerie de la
,·eille au point où ils l'avaient laissée, füaient
les journaux, parlaient religion, philosophie,

Elle en retourna les feuillets el lut à haute
voix :

« Monsieur,
« En un temps dont je ne puis me souvenir
sans grande émotion, vous m'avez dit : « Si,
quelquejC1ur, vous êtes dans la peine, écrivez-moi. Je ferai tout pour vous être
1r utile. » Je n'ai pas oublié vos paroles. Je
suis assurée que, vous-même, en bon gentilhomme français, vous vous les rappelez el que
vous ne manquerez pas de leur être fidèle.
J'ai donc beaucoup à espérer de vous.
« Ce que je vous demande? ... Des nouvelles
de votre neveu Martial, mon cher et bien-aimé
/lancé. En vain je lui ai écrit lettres sur lettres.
Elles sont restées sans réponse. Parlez-moi de
lui, monsieur, je rous en conjure, ne fût-ce
qu'en quelques mols brefs, \'Oire douloureux
~i la vérité r exige. Mais il faut que je sache,
et, depuis mon départ de Verthis, je ne sais
rien.
« Je vous dirai aussi, monsieur, &lt;1ue mon
chagrin est augmenté par ma solitude. Voici
tantot deux moi· que Dieu m'a enlevé mon
père vénéré pour le placer auprès de lui. Je
suis sans famille, pre que ans amis . Je n'ai
11ne vingt ans elje suis seule an monde. Jugez
de mes tristesses.
11 Pardonnez, monsieur, celle lettre el la
demande qu'elle contient. Votre bonté seule
m'a autorisée à l'écrire. Je souhaite que ces
lignes vous trouvent bien portant, heureux
el tout disposé à recevoir a,•ec indulgence
l'expression du prorond re~pect de votre lmmble servante. ll
11
&lt;&lt;

• - Ache1•e: , ma chi!re. Lisez el dites-mot ce don/ il
s'agit. Je me sens m~I et sr1is te11 e11clin .i m·occute1· .t'affaires • (Page ~3.i .)

sentiment ou politique, discutaient sur le
Premier Consul ou sur le cas de M. de Talleyrand auquel le pape ,·enait d'accordrr an bref
de sécularisalion, afin que cet ancien évêque
pù t épouser madame Grand, sa maitresse.
Mais, le plus souvent, ils s'entretenaient des
choses d'autrefois, ou reslaient en silence,
dans ce doux el heureux silence par lequel se
marque la communion profonde des esprits et
des cœurs.
Un jour, madame de Pulrateau trouYa lo
marquis en train d'ouvrir une lellre qu'il
venait de recevoir. Ayant son amie auprès de
lui, il suspendit cette besogne qui, pour
mince qu'elle fùt, le fatiguait, et il dit:
- Achevez, ma chère. Lisez et dites-moi
ce dont il s'agit. Je me sens mal el suis peu
enclin à m'occuper d'affaires.
li ferma les :yeux et s'accota dans son fauteuil comme pour s'èndormir.
Un cri d'étonnement de son amie le tira de
sa Lorpeur.
- Est-il Dieu possible! cria la comtesse.
- Quoi donc, ma chère?
- La petile ... la peLite protestante ... vous
savez?... La fille de.... Comment donc? ...
C'est sigué Katerioe, tout simplement.
- Raterine Albos?... La pclite Kateriae·! ... dit le marqui en se redressant. Vitr,
ma chère, IL ez ... .
La comtesse avait déjà parcouru la lellre.

- Voilà qui est curieux, dit le marquis.
Ce matin, dans le demi-sommeil qui juxle
mon lever, je rèvais de celte petite fille, que
je voyais trottinant par ma chambre.
- Et moi, dit la comtesse, par ma fui 1
je l'avais oubliée .... Vous arnz raison, Alexi.~,
dans ma cervelle, un clou chasse l'autre ....
Le huguenot et sa fille en étaient joliment
rnrtis, allez! ...
- Oui, je sais, bonne vieille linotle .... Je
connais vos défauts .... Mais il ne s'agit point
de cela. Yoilà qu'il faut répondre à celle enfant. Donne-t-elle son adresse?
- Bien sûr, elle est là, au-dessous de
son nom.
- Eh bien I c'est vous, ma. bonne, c1ui
allèZ répondre, non seulement parce que
mon rxlrême faiblesse m'empêche de tenir la
plume, mais surtout parce qu'une femme est
plus habile qu'un liomme pour traiter de ces
d~licates matières. Yous loi direz ....
- Je lui dirai ....
Tous les deux s'arrêtèrent.... Comment
dire le vrai et cependant ménag-er la sensibilité de cette enfant? ... lis méditèrent un peu.
- Alexis?. .. Il me vient une idée ....
La coroles e Marceline interrompit par ces
mols les raisonnements philosophiques oit
s'égarait l'esprit de M. de la Mouraine. li
quitta son rêve cl dit :
- Parlez, mon amie.

- Ne riez pas de moi, surtout, t'L ne
m'appelez pas vieille linolle .... ~Ion ami,
nous sommes âgés. fous êtes malade el moi
fort impotenle, A quoi nous a ser1i jusqu'aujourd'hui, dans noire vieillesse, le peu d'argent et de bien-être que nous avons conser',és?... Grâce à mes revenus, je peux faire
une heureuse et nous donner à tous deux la
joie de voir luire un peu de jeunesse près dl!
nos derniers jours. Si vous ne m'en détournez
pas, j'appellerai ici, pour viHe à mon côt~,
la petite Katerine Allios. Je lui assurerai mon
héritage. Et, quand Marlial re1•im Jra ....
F.llc soupira.
- .... S'il revient! ... nous la lni donnerons. IJue pensez-vous de mon idéè?
- Je songe, mon amie, dit M. ùe la Mouraine aver un Ù1Jmi-s011rirr, r1ue vraimrnl
J,eibniz a du génie el qne tout va pour le
mieux ....
- Oui, oui. .. c'est enlendu, dans le meilleur des mondes possibles, acheva la comtesse
1'n badinant. ~fais donnez• moi votre avis, c'est
plus sérieux que toutes ces balivernes philosophique ....
- Plus sérieux! ... Voyez, ma chère, qu'en
effet. selon ce que je me di ais tout à l'heure,
il n'était pas besoin de me marteler l'esprit
avec des points d'inLerrorration, car la solu-tion est. venue toute seule, claire et précise,
de votre hel esprit. ... Écrivez, ma chère,
écrivez, rt faisons Lout comme vous l'avez
vensé .... En uite, apnL « dans le même
instant pleuré el ri de la même chose »,
comme dit nolre Montaigne, nous &lt;&lt; tournerons le feuillet ll, comme il dit encore, et
nous changerons de discours .... Tout cela me
fatigue et m'intéresse à demi .... Il) a là, sur
ma table, des plumes toutes !aillées et du
papier excellent. tcrivez, ma bonne; moi, je
Yais reposer un peu.
La comtesse écrivil. Sa lettre fut pleine
d'adresse, de réserve t•t d'amabilité. Elle se
Il t bonne et serviable sans cesser d'etre digne,
affectueu e tout en gardant les distances, H
douce sans fadeur, Elle sut parler de Martial
et dire son absence et, pourtant, n'assombrit
point le tableau. Elle formula sa proposilion,
la rendit séduisante et sut l'entourer d'un
brin de gaieté :
&lt;1 Je n'ai pas de fille à aimer, disait-elle en
terminant, voulez-vous être la mienne? poi11t
de compagnie autour de moi : rnulez-vous
être ma compagne? En échange de vos bons
sotns, de votre aimable société et du ra)'0nnement de votre jeunesse, je vous offre l'éternelle amitié d'une mère-grand pas trop vieiUP,
pas trop mélancolique, mais asse~ sensible
cependant pour comprendre vos inquiétudes
el y prendre part. Venez, mon enfant, venez
causer avec nous de celui que vous aimrz et
l'attendre auprès de celle qui se dit à l'avance
votre bonne amie, ll

meura quelques minutes sans oser l'ouvrir.
Elle n'avait connu d'autre écriture française
que celle de Martial, et ne pa~ la voir sur ce
papier scellé de cire lui donna une grande
angoisse.
« )larliaI n'est pas à Yerthis, pensa+elle,
ou bien s'il y est. ... 1&gt;
LïnfiJélilé, l'oubli, la maladie, la mort,
elle évoqua tou les à la l'ois ces cruelles possibilités. Elle posa la lellre encore fermée près
de sa Ilihle, son livre ami, sa force el son
courage. Elle consulla au b:i.sard la parole de
Dieu el lut :
11 Le Seigneur dit à Abraham : r, Sorlez
a de \"Oire pays, de voire parenLé, de la mai« rnn ùe votre père et Ycnez en b terre que
&lt;&lt; je von,; montrerai. •&gt;

.Jl;,œs

D'JlUT1fE'F01S

--~

Elle fui déçue par ces paroles qu'elle ne
pouvait interpréter el qui semblaient fort
éloignées de renfermer . aucune consolation
opportune. Mais elle pensa que la volonté de
Dieu se plaît quelquefois à s'envelopper d'obscurité jnsqu 'à l'instant où il lui convient
d'éclater lumineuse et souveraine. Elle se rPsigna, rompit le cachet et lut.
Katerine Albas ne cannai sait point les
émotions ,·iolente•. Son àme élait semblable
à l'eau des Hangs de son pays, !'roide, pure
el placide. Elle oc bouillonne point et ne se
hausse jamais dans un impétueux élan. Mais
ces lacs ensommeillés ne se dessè&lt;lhent pa~.
L'onde y est constante et fidèle sous le gra11d
soleil et pendant l'hi,•er. Katerine était, comme
elle, c:ilme, ronslanle et fidHe.

JY

Lorsque, plusieurs jours après, Katerirttl
reçut en Hollande la lettre de la comtesse,
elle fut saisie d'un forl tremlilemenl et de-

En sa chambre reculée, /If. de Bdtoml:&gt;re se mettait .; faire des réussi tes ou des P.:J llences. On lui a11ail dis•
f OSt à cet effet ttne taNetle r evêtue de dra~ vert qu'il plaçait sur ses genou:,; el 011 l'ent,-etenait de c.:Jrtes j
Jouer, les plus telles qu•o11 pli/ trot1 ver . (Page .236./

�n7STO']t1.Jl
C'est pourquoi, ayant lu la lettre et ayant
remercié Dieu, elle rélléchiL, car elle élail
pleine de prudence.
. ~lie considéra que la mort de son père la
Jetarl dans de grands embarras. Qu'il lui serait doux d'avoir une amie à qui tout dire el
qui la comprendrait. Elle pensa qu'en acceptant elle se rapprochait plus sûrement de
)lartial .... Hien ne la retenait en Ilollande.
Ainsi, elle pénétra le sens de la parole de
Dieu à ALraham el qui ,·enait de lui êlre
dite, à elle, pauvre fille. Elle jugea r1ue le
Seigneur rst bon, qui veille sur le p:iss,·rcan
solitaire.
1.-:lle partit.
De malle-poste en diligrnce, elle atteignit
Verthis. Sa placidité s'émut à reconnaître la
roule, la rue, les maisons r1ui, jatli , lui
avaient été hostiles. Peu après, assise dans le
carrosse de madame de Puyrateau, elle apercevait le château des Roche~. C'était le soir.
Les tourelles et la toiture se profilaient sur
un ciel de velours l,leu cr.iLlé de poussière
d'or. Les bois des châtaigniers élageaient
leurs dômes de verdure presque noirr.
L'équipage courait, rapide, sur Je ruban clair
de l'étroit chemin. Katerine se senlait Jasse,
vaguement angoissée et, pourtant, confiante.
Quand elle descendit dans la cour du chàteau, elle Lrouva grands ouverts les bras de
la comtesse, qui la reçut au marchepied.
Madame de Puyraleau laissait éclater sa voi:t
en éclats hruyants cl gais. Elle remarqua le
deuil de la jeune fille et jugea qu'il seyait
fort à sa beauté Llondc. l\aterioe, doucement
souriante, la suivit dans la chambre tiue la
comtesse lui nvaiL préparée a,,ec enthou. iasme.
Le lendemain, au réveil, elles s'entretinrent
longuement.
- Voici, mon cœur, dit la comtesse, ce
que j'ai imaginé. Afin de vous garder en paix
contre toutes tentatives de madame de Fonspeyrat, qui, vous le savez, ne vous aime
guère, je vous fais passer pour la fille d'une
de mes bounes amies, une Anglaise, morte
récemment. Donc, vous arrivez de Londres
el vous vous nommez Jenny. Cela va-t-il L.
- Oui, madame.
- Bon. Maintenant emhrassrz-moi. Dès
cet inslant, vous êtes ma compagne, mon
amie, ma fille adopti11e.
- Oh ! madame!... Que de bontés el
comment pourrais-jet,.
Toul attendrie, mais calme, elle chercha
la main de la comtesse el s'apprêtait à la
baiser respectueusement.
- Non, pas ma main, petite! cria madame de Puyratea11, mais ma joue! ... Venez
cà, rnnez dans mes br.is !... Vous êtes charmante et je vous aime Ùtl tout mon cœur.
Ah! mon enfant quel plaisir j'éprouve à vous
regarder !. . . El quelles bonnes amies nous
allons être!. .. Yous verrez, vous verrez!. ..
Vous serez fort douillellement auprès de la
,•ieille femme que voici, en attendant le jour
où celui que vous aimez .. ..
Avec ses beaux yeu1 lcndrcs elle regarda
ln jeune lille. Elle la vit émue à re rappel de

'------------------------------------I

souvenirs et, l'attirant encore sur son cœur :
- Pauvrette!. .. Pauvrette !. .. dit-elle.
Elles s'en allaient ainsi, par la maison, visilanl les salons el les chambres, puis, à Lravers le jardin, les charmilles et les cours,
bras dessus, bras dessous, cheveux blonds
contre cheveux blancs, rose de printemps et
fleur d'automne. Madame de Puyr-.ileau racontait la fuite de Martial, son silene~, sa
longue absence, Katerine dévoilait pour la
eomtesse le Ionù et les détours de son cœur
ingrnu. Elle lui dit son am'lur inéLr.inlable,
sa lidélilé, son espoir tenace. La comlessc
qui, d'abord, s'étonnait de sa placidilé sereine, finit par l'admirer dans sa belle con·tance. EL elle sentit que, pour cela, celle enfant valait peut-être mieu1 que sa vieille el
légrre amie.

vail se fixer nulle part et ne trouvait le calme
d'esprit en nul endroit. Rien ne le pouvait
distraire de celle idée que Luœtte soufl'rail
el qu'un enfant allait naitre de celle &lt;[U'il
aimait... . Un enfant.. .. Celle pensée, ceLIP
cerlilude le bouleversaient. Avec sa figure
pâle et son éLrange allure, il montait el descendait les escaliers, ortait, rentrait, s'en
allait rêver au jardin, revenait, essal'ail de
manger 5ans pouvoir y réussir, lisait sans
comprendre sa lecturr, rrgarJait sans \'OÎr,
el, de temps à aulre, pleurait secrètement
en un coin de sa ebaml,re.
Madame de fi'un~pcyr:it était Je mauv.iisc
humeur:
- Voyez, ma fille, disail-elle, où rnus
ont conduite vos aL&lt;;rmoiements. N'auriez,·ous pas dû être installée à Fonspeyrat depuis quelques semaines'/ Mais on ne sa,·ait
V
comment vous arracher d'ici .... EL il orrive
11uc,
ronlrairemenl
:iux meilleurs usaors.
,
.
.
b
Pendant que madame de Puyrateau, très Il est moi, moi avec ma fa ligue, mes "inliraffairée, installait l\atcrine au chàteau, puis mités el ma mauvaise me, qui me &lt;loi~ dt!l':imenait faire visite au marquis, madame placer pour venir mus ~oigner. La lr:idition
&lt;le Fon pe}fat voyait arriver chez elle un ex- voulait rependant que rnus ,inssirz faire ,·os
près que lui dépêchait H. de Bellombre. Elle couches chez votre mère .... ~fais non! La
apprenait que la défürance de Lacelle s'an- tradition ne compte plus. Le monue est rennonçait imminente et qu'il lui Fallait partir versé .... Ce sonl les mères à présent qui vont
aussitôt, si elle voulait arriver à temps.
servir leurs filles, alors que ....
La baronne s'acliva, se vêlil pour le voyage,
LucelL&lt;' cria. Sa mère s'arrêta brusquement.
fit a licier el partit, non sans regret de laisser
• - Madame la marquis!', diL le médecin,
le domaine à la garde des seuls domestiques. n éprou\'e pas encore les bienfaits de la saiSurlout, elle maugréait d'abandonner M. de gnée que je viens de lui faire .... Mais cela ur.
la Mouraine à l'influence de la comtesse.
tardera pas.
Elle parvint chez sa fille quel11ue heu rrs
- .le sou1Tre ... je soulJ're.... gémissait
plus lard. La délivrance ét.iit pro, be et la Lucelle en bl,1mis~ant.
jeune femme s'alarm.iil.
- Certes I dit le médecin aroc calme rt
Selon un vieil usage périgourdin, on avait d'un lon dt)ctoral, certes oui, '\"OU souffrez ....
préparé Je (( lit de misère », c' esl-à-dire celui EL cela est néceFsaire et Lien faisant .... C'est
où s'étendrait la mère. Madame de Bellombre le vœu de la nature que la femme soutTre
suppliait qu'on la laissât s'y reposer; mais pour me.lire au monde le fruit de ms enla baronne, Je médecin Pergot et Doucine,· la lrailles, l'enfant chéri qui ... Dieu l'a ordonné
sage-femme, s'y opposaient formellement. et réglé ainsi depuis la foule de nos premiers
Ils l'obligeaient à marcher à travers la cham- parents dans le Paradis Terrestre.... achez
bre, en la tenant sous les bras, et elle flé- encore, madame la marquise, ajouta-t-il en
chissait quelquefois par l'elfet de la morsure manière de consolation, ce qu'en pensent les
des douleurs.
aut:urs les plus éminenl ; ils assurent que la
Le marquis s'étail retiré dans une des délivrance sans douleurs offrirait les plus
pièces les plus éloignées de ce lieu de ouf- grands dangers .... Mais il n'y a pas à épilofrance. Sa femme n'étant pas là pour le tirer guer sur ce point; jamais, sachez-le bien,
de son abattement, comme elle le faisait jamais on ne pourra supprimer celle soul'd'ordinaire par des attentions et menus pro- france ·nécessaire, naturelle, primordiale cl,
pos, il y demeurait plongé presque sans cesse. à lout prendre, bienfaisante puisque ....
- Je me sens très faiLle, murmura l,uA de certains moments, il s'en allait coller
son oreille à la porle derrière laquelle gémis- celle. li me semble que je vais passer ....
sait la marqu.ise. Jl se hasardait à entrer.
- Vous ne passerez point, je vous le cerMais l'un des assistant , qui s'apercevait de lifie, dit le médecin avec autorité. Vous avez
celle manœuvre, se hàlait de le congédier été Lrès suffisamment nourrie de panade et
avec vivacité, au nom des convenances et eau panée toutes ]es trois heures depuis deux
pour é\'iler à la jeune femme une émolioo jours. Cc-la ~uîfit. Il vous faut garder une
de pudeur offensée. M. de Bellombre s'éloi- demi-diète pour que tout s'accomplisse régugnait docile. li revenait en sa chambre reculée lièrement et sans fièvre.
et se meuait à faire des réussites ou des
- füdame la marquise a-t-elle pris médepatiences. On lui avait disposé à cet effet une cine? demanda brusquement la baronne à 1.,
tablette re\·êlue de drap vert qu'il plaç.ail sur sage-femme. Lui avez-vous fait boire de la
ses genoux et on l'entretenait de cartes à tisane de ;afran, ou de sauge, ou de rue, ou
de castor ....
jouer, les plus belles qu'on pûl trouver.
Quant au chevalier, il circulait à travers la
- Je suis fortement opposé à ces pr.imaison comme une ~me en peine. Il ne pou- tiques, dit le médecin, très sèchement.

AMES D'Jf.UTJ{'EF01S

cer .... JI nous faut un pelil marquis, ma
- El ces pratiques me plaisent à moi, de Lacelle, je veux vous embrasser. Vous
belle enfant.
venez
de
subir
une
méchante
épreuve
..
..
riposta avec hauteur madame de Fonspeyrat.
- Monsieur, dil Lucette, je me sens trop
L'enfant
est
bien,
bellement
conformée
el
très
Matrone, commandez à la cuisine un bol de
mal pour que ce sujet puisse m'intéresser ....
Yivante
....
Ne
vous
en
inquiétez
pas
....
ll
esL
,in brûlé où l'on aura mis de la cannelle, du
Dieu! que je rnudrais voir ma fille!
zeste de citron, du gingembre el du lùym. vrai que c'est une fille, mais ... .
- Doucine, apportci l'enfant, dit le marFaites également préparer du café el veillez à
11uis.
ce que l'on lienoe toute prêle de l'eau chaude
La sage-femme présenta à la marquise un
en quanti Lé. Allez! ...
paquet de laine blanche, bien roulé et ficelé,
Ilumblement, la sage-femme sortit. Le
d'où émergeait à un bout une petite masse
médecin essaya de prolester :
arrondie, embéguinée, avec une face rou- je proteste, madame la baronne! Je
geaude et fripée.
proleslc contre l'usage de pareille méJica- 0 mon enfant! dit Lucette.
tion ! li peut en arriver Je plus grand mal a
EUe press.a sur sa bouche et sur son sein
madame la marquise.
•
celle
chose informe et vagissante. Un grand
- C'est bon .... On ne vous demande pas
sanglot
monta dans sa gorge et y mourut. La
votre avis .... Si l'on m'a Iail venir ici, c'est
sage-femme n'eut que le temps de saisir l'enqu'on a pensé que l'expérience d'une mère
fant que lais~airnt tomber les mains froides
pouvait être utile .... Sans quoi, ce n'eût pas
de la mère. Avec des compresses de vinaigre
été la peine de me déranger .. .. lieu! ajoulaet en lui fai~:tnl boire du vin chaud, on lai
t-elle à demi-Yoix, c'est déjà assez indécent
rendit ses esprits. Au moment où elle reiet.lc se conformer à celte mode nouvelle qui
nait à Plie, elle rntendit la voix de son mari
est d'appeler un homme auprès d'une femme
qui,
dans l'embrarnre de la fenèlre, causaiL
en couches,... Il ne faudrail pas aggra,,cr
avec
le médecin. li disait:
cette inconvenance par le mépris des instruc- Vous êles plus a,ancé dans l'art de la
tions de 1a mère ... ce qui l'obligerait à se
ruédeeine 4ue dans la science des anecdotes,
retirer incontinent.
mon bon Pergot. ... Quoi! ... \'Ous n'a1•ez pas
A présent, Lucetle poussait des cris aigus.
quelque jolie réplique à me con Ler?... Eh
On jugea qu'il faUait la. mettre sur le terrible
bien, écoutez-moi : Figure.i-vous que le duc
lit, bombé, étroit, vrai chevalet de torture,
de Gesvres n'était pas comme moi, encore
auquel, en ce temps-là, toute femme en
bien portant et robuste en tous points, malgésine était condamnée. Avant qu'elle eùl
gré la soixantaine. li était rna1ingre, chétif et
pu avaler le violent breurage apporté par la
boudait aux meilleures thoses. Or, il avaiL
matrone, la nature la délivra, au milieu
choisi, pour l'épouser, une belle fille de
Donne:r•rnol votre n1 J i11, Marceline.... Je vo1ts
d'une pâmoison qui la laissa demi-morte.
al f ortement aimée d'amour et ,l'amitié... el je crois
quinze ans. Tl disait à un ami : « Je me suis
bien ... ,1 u'il n'y a eu .•. que cela ••. de tout .i fait
- C'est une fille, dit le médecin.
surtout marié pour arnir un fils . 11 El l'aulre,
certain
dans
,na
v~
....
•
(Page
~
-)
- Fâcheuse histoire!.. . dit madame de
de répondre : « Ma foi, mon cher duc, j'ai
•·onspeyrat.
- A qni ressemble-t-elle? diL Lucelle trop bonne opinion de madame la duchesse
Et, se tournant vers Doucine :
pour croire 4u'elle ,·ous en donnera un. 1&gt;
- Emmaillotez-moi ça bien serré, pour r..iiblement et les Jeux fermés.
Tous les deux riaient bruyamment. ous
Les
nouveau-nés
ne
ressemblent
à
rien
t1u'elle ail les jambes droites.... Trois béses
rideaux fermés, la jeune marquise pleuguins, c'est bon. l'laœz d'abord le serre-- ni à personne, ma fille.
rait
en silence.
- Je voudrais la voir, dit Lucetle a1'ec des
tête.... r,ui avez-vous fait rendre ses humeurs?... Là, c'est bien, iit-dle, pendant larmes dans 1a voix.
YI
- Quand vous serez calme, on vous 1a
que Doucine fourrail son gros indt!x dans la
montrera
....
Pour
l'instant,
c'est
trop
précibouche de l'enfant qui rendit quelques glaires.
Lorsque, lrois semaines plu tarti, maPendant ce temps, le médecin bassinait pité .... L'entendez-vous crier? Vrai Dieu! elle
dame
de Fonsveyral quilla sa fille, elles se
avec du vinaigre les tempes de l'accouchée, a un bon gosier 1
séparèrent presque brouillées par l'effet des
Lucetle
s'allendrissait.
Des
plcu
rs
silenlui frappait la paume des mains et l'appelail
cieux coulaient sur son visage et mouillaient discussions qu'avait soulevées la question de
avec douceur :
l'allaitement du nou,·eau-né. La grand'mèrc
ses
mains qu'dle tenait sur sa figure.
- Madame la marquise.... Madame la
- Allons I allons! ma fille, remelllz• voulait que, sdon l'usage, on le mil en nourm.irqu.isc ....
1
•ous
.... C'est fini. Pourquoi pleurez-vous? rice au loin, chez quelque grosse campaLucellc re\int à elle. On la porta dans son
gnarde. M. de BeUombre était du même avis .
dit
la
baronne.
grand liL à courtines de soie où on l'éleodiL
La jeune marquise invoquail [lousseau cl
Je
ne
sais....
Je
youdrais
vc,ir
ma
avec mille précautions. On la ,·êtil d'une
voubit
allaiter son enfant. Le chevalier l'y
belle chemise el d'un manteau de lit en fine fille ....
encourageait. Le méJecio raillait un peu,
Pas
avant
que
son
père
l'ail
vue.
Ce
toile brodée. On la coiffa d'un bonnet à
disant que sans doule mad,tme la marquise
tuyaux qui descendail jusqu·à ses so11rci1s, serait contraire à l'llsage et peu courtois
avait la « vani1é de la mamelle», selon le mot
pour
le
marquis
....
Oo
l'est
allé
chercher
....
et sous lequel se trouvait un serre-Lèle en
de madame de Genlis. Bref on discourait fort
Ah!
oui
...
son
père
...
,
dit
Lucelle.
soie blanc.be. Elle devait rester ainsi accomEL elle retomba dans un silence qui parais- là-des~us, cl Lucelle l'emporta.
modée pendant plusieurs jours, enfouie dans
Dès que la baronne descenùit de Yoiture à
des oreillers de duvet, dans une couëtle pro- sait lui être douloureux.
Fonspeyrat, elle s'informa du marquis :
Voici
monsieur
le
marquis,
dit
Doufonde, sous d'épaisses couvertures de laine
ï malade, ni mourant, répondit-on, car
cardée. On la tiendrait à la dièt~, on lui cine.
il
était
lrépassé at enterré depuis la veille.
Le vieillard lremhlotait, appu)'é sur sa
ferait boire des tisanes émollientes, on la
Alors,
vile, la baronne manda le notaire,
garderait surtout d'aucun contact avec l'eau canne. ll était fort ému. S'approchant de
qui s'empressa.
Lucelle,
il
lui
prit
la
main
:
pure, laquelle, en ces occasions, peut Luer la
- Eh bienL. EL ce testament'?
- Ma [eil,lllle, dit~il, Yous a\·ez fait là un
femme, disait-on, à quelque usage qu'on
- En voici copie, madame la baronne.
très joli ouvrage t t je vous en fait complil'emploie.
Les mains tremblantes, le visage 11àle,
- ~la fille, dil la Laronne en s'approcLanL ment. Toul de même, c'est à recommen-

�1f1STOR._1.l!
madame de Fon~pryrat pril le papiPr. EUe l
lut que la "ouraine apparleuail 11 , on fil,.
a,·ec ~e1- meubles, linge, argenterie, équipage:,., etc., plus uni: somme de ein'luante
mille liirœ- 11ue la lé;;ataire univcr elle avait
charge de lui ver.cr !or que ....
- La légataire u11i,ersellc? li y a une
J,:gataire univcrdle ! s'écria madame de
Fon~pe)·ral.
Oui, el celle légataire était madame de
Puyratrau. lors, la fureur de la baronne
s'épancha en injures contre l'amie du défunt.
- Quoi! celle intrigante? ... celte femme
de peu 1... celle ... Ah I La escurc, eroyezmoi, Lous les moyens lui ont été bons pour
capter cet héritage! Tous, vous m'entende-',
lou, !...
- Calme;,:-Yous, madame la Laronne, calmcMous, voyez plutôt que ,otre fille, la
mar!Jui"e de Bellombrc, hérite de la hdle
métairie de - Pani sout. ... Le cheptel e t de
huit hœufs et de 11ualre-vin1rt · mouton~,
madame la haroune.
- Pl'uh 1. .. Une pauvreté! un os à ronger! ...
Devant la 1:ulère de la Laronne, le timide
L:ist:J.cure n'o ail plu trop parler. Cl'pcndanL
il .c ha~arda ;
- S'il vous plait d'entendre quelques
détail· sur le · dernier:-. momcnls de votre
t·ou~in el ur cc qui s'en est -ui"i, jt• puis
vou ren.eigner, madame la liaronne, dil le
paurn; notaire, quti cette :,échere, ·e d'âme
terrifiait.
- Merci, répondit l,1 l,aronn(). Je n'ai pa
le tcmp~ .. .. .Il' !&gt;llh pressél' .... \lcrci .... Au
rcvoi r, maitre l.a r cu rc.
Voici ce 11ue le notaire eùL ra&lt;:onté à mad.11n1, de Fou~pr1ral .i elle arnit rnulu l'entcndr • :
Un àr ce~ dernier malin , le mar11ui,,, ~e
~entant trè faihle, arnit fait appeler Law l'Urt.l:
. - . Mon L~n ,11ui, lui ,11ail-il dit, voilà que
Je III en ,·a1~, cl promptement. J'ai rnulu
vou. dire adieu a, ant le grand w,a"e
el vou ·
• 0
recommander une fois de plus mon nel'cu
Martial, au cas où il n•1i1·111lrait. Su)ez-lui
1111 con cil, au h1• oin un confidPnl, en cas de
néccs:ilé. li se trou1wa très cul, :i .on retour, à moins qur ....
La. e:-rure ne comprit pa · le sen de cette
restriction, mni il promit, a ura le ruarq11is
de la lionne forme de son testament cl de la
~ùreté des leg. qui s'l troU\·aient i1mrils.
Pui il e retira, passablement ému.
Déjà, à Yerlhis, le Lruit s'était r~p:indn
11ue li. dc la )fouraine touchait à es dernier ·
moment.
Le curé ~larleau, ayant nppris la maladie
de ~I. de la àlourainc, se prése11La fort civilement au château.
(Ul11slnUto11s ,h

CONR AD .}

On l'introduisit dan la chamLre du marqui ·, près duqud c tenait madame de Pu1ralcau.
Le curé parla peu, l'orl 1,ica, al'cC dignité
cl sans aucune onction. On le .cnt.iil uniquemeut préoccupé de remplir un de~ offices de
~a charge i on ne percevait pa~ qu'il y mil le
moindre sentiment. Quand il cul dit le bol
de sa visi le :
- "on ieur, lui répondit le marquis. je
crois à peu près en llieu. i celle demi-affirmation toute nue peul vous sur6rc pour exercer rotre ministère à mon égarJ cl i de
telle- formalités parai sent utiles à madame
que rnici, la11uellte L mon amie,je suis votre
homme et YOU pomcz me donner tous le
sacrèmcnls qn 'il vou, plaira .... Non ... ditesvous, ma chèn•L. Cela vous importe peu? ...
Alors, monsieur, il lierait, ,ou · le VO)&lt;'Z, parfoilemen l inutile d'in~ister, car il me faudrait
di ·culer el je ·ui îati«ué ...• Le cér ·•monial
ùont Y0us avez coutume m·achèverait une
demi-journée plus lot. J'in i Le pour 1:onser~-cr précieusement cc~ dernière. heurrs 1111c
Je compte pas er en la compagnie de ma
bonne ami1• cl de notre .\lontaigne. li a fort
hien parlé de la mort, 11noiquc la craignant
trop... . Je la rl'doule moins 'lue lui, monsieur, cl je le prourrr,lÎ Licnl&lt;îl. ... " La préméditation de la mort e t prémèililation de la
11 liberté t, a-t-il dit en son chapitre di&gt;.-neu,ième. Par ma fui, mon ieur le curé, je vais
être lil,rc bientôt. ...
- )lonsieur, dit le curé .'1arl!'au arec polilt:s~e cl an cha1cur, je ,ous réitère mon
offre de vou r,:concilier a,ec Dieu au moment
suprême où .. ,.
Je ne suis point du loul f.lché a,·cc lui.
mo11~ieur, cro)cz-lc bien, parian!, je u'ai
point à me rfroncilier .... ~Ion amie, ajoutat-il. en s'adre:;anl t1 madame ile Puyrateau,
YcUJllcz sonner afin que la ,crvanlc arrive et
reconduise monsieur le curé par le. couloirs
dti la maLon ju qu'au Yestibule. Je craindrai
qu'en s'en allanl il ne s'égar,il dao· le dt'dalc
des i:-0rridors .... Adil'u, monsii-ur le curé.
1 'otre •igneur ne dispute pa la place à
.\lonlaignc, dit le curé en e retiranl. Quand
il ,cul une àme, il la prend. Je ~ouhaitc
qu'il li·emparc de la vôtre, monsieur.
Là-dessu~, il partit. l1. de la .\louraioc
arnil tourné son l'isa:::c vers la ruelle et demmrail li,, opprc é el les y;ux fixes.
- ~t~n amie! dit-il tou l à coup, approchez .... Ecoutez-moj.Jecrain d'avoir manqué
ma ,ie .. ..
- Que ditcs-,-ou , Alexis? û Lla c·omles~c
Loule larmoyante. Vou arcz été le meilleur
et le plus indulrrent des hommes ... , N·est-ce
pas quelque chose, cela?
L'ombre d'uo sourire passa -ur le Yisagc
du moribond. Il IIJu.rmura :

- Le meilleur? .. . 'foa, mon amie, parce
que le plus parfait ,e donne tout enlier à la
philosophie l'l que je lui ai dérobé mes plus
belle, anuées ....
Il -oupira et continua :
- Le plu indulgent'/ ... llélas ! ma chère,
mon indulgence étaiL faite de beaucoup de
mépw .... Uui, de beaucoup de mépris pour
notre paune humanité ....
Il garda le ~ilence un instant, puis coutinua:
- Donnez-moi votre main, .\Jarcdinc ....
J,: Yous ai fortement aimée d'amour cl d'amitié ... cl je croi~ bien .. . qu'il n'y a eu ... que
cela ... de loul à fait certain dan 111a ,·ic .. ..
Toul le rcsle a été peut-étre .•• peul-êll'e ... .
li ferma les yeux cl paral se recueillir.
La comtesse, dehoul auprès du lit, sa main
dans celles du moribond, pleurait doucemenl.
EUe étouffait l'éclat de sa douleur, car elle
savait comme il haïs. ail le démon!--lralions
violentes el ne ,·oulail pas lui impo cr la plus
cruelle de toutes.
Peu lt peu, le Yisage du marquis hlèruil
jus11u'à prendre la couleur de la circ. Sc~
lèvres
. se teintèrcnl ,·aguemcnl d'un Lieu ~orialre. , e }CU s'enfi nc~reol dans leurs orbite-. es prunelles erraient, sans regard,
sous le rnile des paupière alourdies. s
lèvres tremblèrent ....
li passa.
Le pi•uple de \Tcrthis, 11ui l'al'ait aim: pour
~a impUcité, la familiarité de sa cau~rie el
la t'u licité de son co~tume, lui fit de belle ·
funfraill · . 1'.i1 foule, il l'accompagna au
timclii-rc, san, lenir compte de l':il,seoce du
prèlre.
)Jadam" de l'111rateau cl Kateriuc ui,·irenl
le con1·oi dan. un carro ·se fermé.
Comme le cerrucil arrivait devant la maison
dti l'apolhicaire, l'homme de tous les ré ime:-,
celui-ci ~e planta sur le euil de sa boutique,
cl, très haul, de manière à être entendu, il
dit :
- Cc n'csl pas un cuterremcnl, ça, c'est
un enfouis.ement. Aujourd·hui que notre
Premier Con ul a signi; le ~oncordal, il est
1;lrange qu'on lroul'e un ari·tocralc pour
allt•r contre l"s intentions amicales du f.ouverncmcnl cl dl! l'Égli e.
A1ant dit, il r.iufonça ·on chapeau ur lia
tète d'un gc~le de déll el, tri le, di•·ne el
mtlprisant, il passa derrière on comptoir, où
il se mil à piler de cantharides.
0

Le lendemain, le notaire donnait lecture
du l~lameol à madame de Pu)ralcau ,1ui,
sur I heure, commanda un mausolée au tailleur de pierre de \'crthi . C'était une slèle
tr~· simple. Elle y fit !!l'U-er œs moG:

Il fitl tout à la philo~op/iie el à l'wnitif.

(A suivre. )

LOUISE

( ll.-\STEAU.

Les confidences de Lucile Desmoulins

Au temp où M. Jule- Clarctic assemblait e),l langoureuse : le chaud solt:il d'été, le
le éléments de , on Camille De$111011li11~. uu ~rand silence de la campa!!lle, l'ombre de
collectionneur lui communiqua un petit cahil•r ~ on tilleul préféré l'eni vrenl délicieusemenl;
de papier solide cl rugueux, recou1·ert d'un un ora"Cqui passe, un on°e la boulever ·cnl;
cartonnage rouge. ' ur ce cahier, Lucile Du- elle pleure sans sa,·oir pourquoi, rit de rien,
plessis, encore presque enfanl, la Lucile ado- rève à lont, s'i ·ole dans le vague et la mélanrée de Camille, avait, comme font les lillclll'., colie. Dien d'autres, alors, étaient comme
copié de sa main certain ,ers 11ui lui plai- elle : iullurnce de Rou eau, remembrance
saient particulièrement. M, Clarl'lic puhlia de la .,o,welle I/èloïse, présage de la tourde. extrait de ce poétique me1111:11to. Ce que mente prochaine? (Jui le peul dire? Ce qui
pr~îérait Luüle, c'étaient les pay nnnerie ga- n·e. t p:is niable, c'est la sen ihilité qua~i
lantes, les petits poèmrs de Syhain &amp;foré- maladive, l'éréLhisme nerve111 1 l'ima 0 inalion
chai, le lJc 1·9~r yh-ai 1t, le id l lies un peu surchauffée de re~ gens qui bientôt allaient
maniérées, les romance tendr1•mcnt cham- ,hrc de formidalilcs tragédie .. li semble 11ue,
pètres: on trouve là au .i certain!&gt; coup)e~ · .~ou l'approche de l'ouragan, toutes le âmes
rimés pour elle, :inon par elle, ou recuc1ll1s étaient on pre _ion, même les âme d'enfanL
La bibliothèque d'Amien~ a re~u en lt• 0 s,
dc la bouche des invités qui fré11uenlai1·nl
chez l'aimaLle ~lme IJupll·S is. M(1me le cahier il y a quel11ues années, uuc abondante colleccontient un Co11/e am1crén,1tiq11,·, lout en tion d'autographe qu'ayait formée le ".omte
sous-entendus égrillards: la Ro~e el le fl11m- Artùur de Mar~l'· En la clas.anl, ~r. Emile
~lichcl a rt11conlré, parmi de - amoncellement
bea11, u dont l'idée est duc à une csquis:e de
~I. fragonard »; mais cc morceau fut s111s de documents de Loule orle el de Loule vadoute transcrit par Lucile plus tard, alors leur, un mince do sier de six ·pièces prOYC·
qu'elle était femme: car, mariée, elle n'ou- naut de ~I. ll:illon, de "cnios, le cousin de
1,lia pa ·on cher cahier, pui,qu'elle y con- Camille De moulin' et le premier éditeur de
signa une romantl' manitestemenl po -térieure sa correspondance. M. Matton a1ail hérité,
après la morl de )lme lluplc:-,i , mère de
à la mort de ~larie-Anloinellc :
Lucile, de tous les papier - saisi - chez Camille
... Ui, m'unlralncnl Cl'~ houncall\?
à l'épo11uc du procè~ de - danloni ·tcs el resOù ,ui,-jc? J'cnlcnJ ~ur ma lèlc
titués apri•s le ju"cment.
S · crni ·cr le, fala6 d~·.mi ....
Au nomLrc de ces six pièce , c Lrouve un
l'cul-ètrc ·que le jour d'avril oü elle fut fragment ùu journal de Lucile, écrit sur uue
appelée à l'échafaud, la pauue Lucile s • rap- fouille douLle détachée d·un cahier non cou ·u.
pda ces troi \'Crs qu:ind /11s f'at(l/s cisc•a11:c M. Émilti M1d1cl, cnlanL tout le prix de sa
de l'exéculcur .e croisèrcul sur sa tète char- ùéroun·rte, a pul,l;é ce fragment dan. les
mante, hath:ml à leur tour se - heaux i:he- .1/lmoii-es tle l'Acntlé111it1 11'.lmie11s. (Tirage
,cux 11ui tombaient en lourdes boucles sur les en brochure, (~mile ~ichcl: Ca11tilleel Lucile
J)e,wwulin:., notes el tlor11111e11l · iniclil~.)
dalb autour de l jupe de ,cu1·e.
La dale de ces pages n'esl pa indiquée;
Très J~unc Gllr, clic a\'ail entre11ris d·t!crire
~es .Uêmoire · : tllc not.,it ses pcn,ées, ses mai, il seml,le qu'elles sont de 17 7 ou 17 ;
impres~ious, pour mieux dire; mai cc lra- Lucile arnil alor~ dix- ·epl ou dix-huit ans,
,·ail n'alla pa - lrl! loin. Elle y trouvait ce elle virnit dans la jolie propriété que ses pagrand attrait &lt;&lt; d'al'Oir l'air occupée ,, occu- r,·nls haLitaienl, pendant l'été, à Dourg-laP•e surtout «à 11uelque cho·e qu\•llc ne l'OU- Hcin,•, la première que l'on rcucontrail à
lait pas montrer 1&gt;. Elle rédigeait son journal droite de la route, en rcnanl de Paris el
le soir, quand elle étail seule dans sa cbam- 1:-0mportaol ferme, pa,·illon, charmilles, bosLre. - « 'Cne lumière et ou éteignoir sont &lt;JIICl et grand terrain, aujourd'hui percé de
sur mon lit; je l'éteins si j'eutends du bruit. &gt;&gt; rue nouvelles. C'est là qu'elle tenait ce jourli. Cf arelie po - ède quellf ucs feuillet5 de nal « Je très petits é,énemeols et de très
ce manu cril : l'un des extrait' 'lu'il a pu- grandes imaginations », dont il faut citer
hliés témoigne, chez la fillette, d'une singu- qu"lques pas. age :
lière impatience de YÎvrej on ne parle autour
Samedi 26. - Je me sui · lel'ée avant huit
d'elle que d'amour; elle e l'imagine, tout au
moins; le poète: ne chanlenl pas autre heures. J'ai été au pa, ilion. Je i.uis comme
cho e; elle seule n'aime pa el 'en inquiète : une pèrsonne dont l'esprit est ahscnt. Je ne
me comprends pas, je ne sai pas pourquoi je
&lt;r Quand est-ce donc que j'aimerai? On dit
qu'il faut &lt;1ue toul le monde aime. E. t-ce pense, ni pourquoi je parle, je ne sai· ce qui
donc quand j'aurai quatrc-Yiogts ans que me fait agir, eu fin je ~uis comme une maj'aimerai? Je uis de marbre. Ah! la singu- chine. Je ne pui exprimer ce que je sen~, je
lière cho e que la Yie! » En attendant, elle ne puis comprendre ce que c'c,,t que mon

êlre .... Maman est loujour · cnfllrmi!e dans son
cabinet. J'ai pa-.é la matinée de mème 11ue
l'après-midi de vendredi ans pouvoir rien
faire, commençant et ne fini .anl rien ....
Après le diner, j'ai Larholé dao le ruisseau,
touJours a\'ec celle absence d'e prit, el le
momenl où je suis est encore de même ....
Dima,ulte 27. - .... ~ous avons été nous
promener au parilloo de Verière. \'ous nou
ommes a ès amu e. 1 'ou a,·ons fait le lour
de la Iorèl de cht,taigners. .. . ous entrâmes
par le pa1illon. Maman fut "'assoir dans le
salon de charmille; moi je me promenais
près de la grille; je ne sa vois quoi faire de
moi tant je m'enuioi .... \!aman voulait s'en
retourner .\ la maison, mai~ je lui dis : u assoyons-nous sur ce banc; non n':nons rien
à foire. » Au hout d'on cart d'heure un M.
passa à cheval. Il étoit assé Lien mis. li fil
&lt;.:aulcr son cheval el pui pa s:i cl repassa de
l'aulre cùlé de la route. Il.ms riolenal, il
p:1.s.a un al,bé avec un aulrc ~I. li dil en pa~saol qu'il ne manquait qu'une dée e, que
cela feroil le lroi oràce . Cl • &lt;1uoi se mèlct-il? Après repa:sa le .M. prè, de la grill,·,
maman le regarda un peu cl moi je ne fis
pa .cmlilanl de le ,·oir .. . .
Lundi ~8. - Je me suis le~êc tl ~ix lw11•
rcs. fai été me promener au paüllon. J'ai
nncontrJ p. (papa) qui a fait quelques pa~
avec moi. Je l'ai laissé près des framboisiers.
fai été me jeter ~ur une meule de foin; j'y
ai re$lé longtemp ; j'y ai trouvé quelques
heures de Lonbcur. J'ai été voir maman, mai.
elle était trop pen irn, je n·y suis re tée qu'un
in ·1an1. J'ai été voir mes papillons; ils ont
fait tout plein d'œufs. J'ai été à mon piano.
Mam:in m'c· t venue chercber pour déj1•uner.
1 ous al'Ons été nous promener un pctil ruomeot ....
J'ai élé me promener le oir avec maman;
elle ~tail Lien mélancoli,~uc. Nou · nous sommes a, ises Yi:-à-Yis la grille; elle n'est pas
re tée longLemps; moi j'ai resté jusqu'à neuf
heures du soir. Celle ab·ence d'esprit ne me
quille point. Je n'o e pa en par!.ir parce que
je ne puis expliquer ce que je sens, ne le
comprenant pa . On e moquerait de moi.
Jlardi 20. - .. 7'ou arnns été nou: promener du côté Ju moulin de Cachant. Je dis
le oir à maman que mon journal m'eonuioil,
&lt;1ue f alloi le laisser. Elle en a ri el pui elle
m'a dit que c'êtoit pour avoir l'air occupée
« pour dire que lu [ais 11uclque chose que lu
ne rouloi - pas ruonlrer. » La belle idée qui
l'est venue là, maman. Va, c'e L eau e que
je ne te montrerai plus rien. li · a naimenl
de quoi décourager. Je le continuerai cependant, mai· tu ne le lira · pas,
Jle1·credi ;50. - J'ai trouvé maman qui

�LE "lisll-Moi"u1sr oR1Que

1t1S TOR,.1.Jl
paperas oil à son secrétaire. Elle m'a dil de
m'a· oir à côté d'elle; et pui l'ile m'a dil
qu'elle me trouvoil queltp1e défaut (un mot
ra)é) fois de l'affection, &lt;1uïl n'en îalloit
3\'0Ïr dans rien, 11u'il ne falloit chercher à
res-cmbler à personne, qu'elle m'aimoiLmieux
avec mes défaut~ qu'a,·ec des grâce empruntés. llaman a quel11 uefoi de singulières idées.
Elle ne \"eut pas que je cherche à l'imiter.
J'en ai pourtant bien envie souvent. J'ai toujours le son de sa voix!
11 est certain - M. Émile Michel en fait
très justement la remarque - 11ue Mme Dupie . is dégagPait pour sa fille un charme mystérieux. Lucile cherchait à lui ressembler.
« J'ai bien souvent envie de l'imiter, » ditelle. Et elle 11joute avec une fierté manifeste :
11 J'ai toujours le son de sa voix l » ~I me Duplessis élait encore jeune et charmante quand
Lucile touchait à ses du:-huil ans. On se doutait, depuis la publication qu'a faite en j 879
M. Claretie dans le Joul'nal offiriel d'une
lcllre de Camille Desmoulins, on e doutait
que le futur auteur du l'ieu.t· Coi-delier avait

été 1p1elque peu amoureux de la mère Hanl « 0 loi qui es au fond de mon cœur ... , toi
de pen,er à la fille. Aujourd'hui il rc orl de
q11e je n'ose aime,· .... Je n'ose 111e fm•or1er
documents produits par ~I. E. Michel que à moi-111è111e, cc que je .wms pour toi. Je 11e
Camille fit à la maman une cour très assidue. m'orcupc q1i'à le déguise!' .... o
Le do~. ier de la collection )Jarsy contient une
pièce de ,·ers adressée ù D...• qui ~e i-elirait
li est vrai que lorsque enfin, rnr le point
à la campagne; l'épitre csl d'auil 1786, et de l'épouser, Camille annonce la bonne nouCamille, à cette époque, aimail platonique- ,·elle Il son père, il écrit : &lt;( Je l'aime depuis
ment la dame depuis trois ans. Pour lui, les /mit ans! ~ Il e t vrai encore rp1e de toute
deux fillettes, Lucile et Adèle, ne comptaient façon, dans l'enthousiasme de sa joie, il exapas; il les compare aux: deux colombes dont gère ueaucoup : huit ans! Lucile en avait
Yénu était accompagnée, el certes ses désirs vingt à cette époque; Camille raurait donc
n'allaient qu'à la déesse.
aimée alors qu'elle n'en avail que douze?
Mais Lucile, très précoce, ne s'était-elle Sans doute addilionnail-il, pour former ce
point prise d'amour pour le soupirant assidu total impo ant, les années de soupirs adressés
de sa mère? Celle-ci n'avait-elle point deviné à la fille avec celles passées dans l'adoration
le ecret tourmPnt de sa romanesque enfant? de la maman.
Ce n'est là qu'une hJpothèse; elle éclaircirait
Alais à quoi bon des hnlOthèses? Peut-on
entre autres choses la rigueur que témoigne $e les permellre en des sujets si délicats?
à son brûlant amoureux Mme Duplessis, l'es- Tt&gt;Jlc qu'elle ful, telle que nous la connaispèce d'admiration jalouse que Lucile a pour ions, l'idylle de Camille Desmoulins et de
elle et aussi ces lignes que la fillette écrit Lucile Duplesfr reste, de tous les romans
ces lignes presque inexplicable si Camille d'amour de notre histoire, le plus attachant
n'en aime pas une autre, une autre dont la el le plus dramatique.
•
pauvre enfant ne veut pa· èlre la rivale :
T . G.

Cllcbt Glraudon

]. TALLANDTER
~

LIBRAIRIE ILLCSTRLE

PRINCESSE LOUISE D'ORLÉANS,
FILLE de LOClS-PHlLlPPE ]"', ROI DES FR \:'.\ÇAI . et FBIME DE LrOPOLO
Tubleau de J.-D. COURT. ( Musée Coudé, Chantilly. )

75,RuEDAREAU,'"'5
J•r.

ROI DE:~ BELGF. ·. PARls

(XIV"

arro nd'-)

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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llîSTOR,.1.11 - -- - - -- - -- - - -- - - - - - - - - -

veux longs, pour arriver à table avant le dessert, ces polissons le poursuivent en l'appeJant M. Le présiderrt.
Le porte-fanal se couche très tard, rend

r.omple le lendemain de loulcequïl a aperçu.
Rien ne contribue mieux à entretenir l'ordre et à prévenir plusieurs accidents que
ces fanaux, qui circulant de côté el d'autre,

empêchent par le\lr subite présence les délits
nocturnes. D'ailleurs, au moindre tumulte
ils courent au guet, et portent témoignage
sur le fait.
~1ERCIER.

Cliché Braun et
LE PEINTRE DE PORTRAITS. -

c••.

Tal:leau de MelSSO?&lt;IER .

... 144 ...

L'IMPÉRATRICE ]SABELLE DE PORT UGAL, FEMME DE CHARLES-Q UINT
Tableau du T ITIEN. (1'lusée du Prado, ~ladrid. )

�36efascicule

Sommaire du

(20

11z:zi 101,)

LA FJN D'UN GRAND RÈGNE
cf&lt;&gt;
l\llGXET • . . . . . . •

LOUIS BATlFFOL. .
BOURRlE:-INE. . • •
ANATOLE FRANCE · • .

. La fin d''!n g~and règne: Charles-Quint avant
son abdJcat1on . . . . . . . . . . . . . . . . .
. Un mariage royal : Louis XIII et Anne d' Autriche . . . . . . . . . .
. Bonaparte et Joséphine . .
. Les carrosses àcinq sols. .

,::~

. La duchesse de Nemours . . . . . . . . .
. Les mémoires d'un aventurier irlandais.

1SU
15q

rRÉ:DF.RI C LOLIF.F. .

1."u
156

de l'Aca.1èmie Française
SAINT-SmoN • . . . .
TEODOR DE WYZEWA .

C"

DE StGUR . . .

GÉNERAL OE 1'1ARBOT .
LOUl~E CIIASTEAU . . .
HALi~\'\' . . .

Luoov1c

ILLUST~ATIONS

J.

Enlèvement et disparition d'un diplomate
anglais ( 1809). . . . . , . . . . . . . . . . . 165
Les femmes du second Empire: Mélanie de
Bussière, comte~se de Pourtalès . . .. .. . . 166
. Souvenirs de garnison : Un duel d'off1c1ers

P.-.\!. DE~MAREST .

'-l~

0 77?).

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. Memo1res. . . . . . . . . . . . . . . . 174
Ames d'autrefois . . . . . . . . . . .
1tl3
: Notes et Souvenirs : De Versailles à Paris
(27 mai 1871) . . . .. .. . .
TIRÉE EN CAMAÏEU :

ALAUX, BERTBAJ.;LT, E. OE BOISLECOMTE, ABRAHAM B~~SE, _JAN
CHEUUNSKI , CONRAD, CRISPIN DE PAS, CAROLUS DU-RAN, C.-i\1. E~QUII EL,
FOURN1ER-SARLOVÈZE 1 GÉROME, BARON GROS, MICHEi, LASNE, )l.A"f;IUEUS,
PHIUPPOTEAUX, PRIEUR, JULES ROUFFET 1 SWEBACH·DESFONTAINES, 1 IIO}IAS,
ALARCON,

V.

L'IMPÉRATRICE ISABELLE DE PORTUGAL,
FEMME DE C H.\RLES-QUL ' T
Tableau du

LE Tm&amp;~.

TrTrEN. (Musée

'' LISEZ=MOI ''

du Prado, .Madrid}.

Paraissant

le 10 et le 25

SOMMAIRE du NUMÉ~O 138 du 25 mai 1911

TOUS

L'AFFRANCHIE

doivent voir et examiner chez les Libraires le

MAGAZINE LITTÉRAIRE Il.LUSTRÉ BI-MENSUEL

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MUIILFELD. L'Associée. - HENRI LAVEDAN, de l'Aca1émie fran~aise.
Au petit J0ur. - EoMONO HARAUCOURT. Son ombre .. - l AUL ITER\ ŒU,
de l'Académie française. Lo. femme o.ssa.isonn,ée. - LECQNT~ DE LISLE. Les
roses d'ls_pahan. - LUDOVIC HALEVY. ,L abbé Con,stant1.0. - ROSEMONDE
ROSTA~D La Trève. - EDMOND PILO . Aspects d Ile-de-France. - J\l~RCEL PREVOST, de l'Académie Française. Nos _aïeules. - PAUL oE SAII\T.:
VICTOR. La danse espagnole ..- LtoN DE Tll'iSEAU. San_s tare. - AN~RE
LICHTENBERGER. Le petit rot. - ANoR~: RIVQLRE. Matin. - GYP. Joies
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LUCIEN

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a. HISTOIUA (Usez-Moi htstorlqut).
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LISEZ-MOI BLEU
est spécialement créé pour les Jeunes
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LISEZ-MOI BLEU
ne publie que des œuvres de maîtres
dignes d'intéresser et de divertir. o o

LISEZ-MOI BLEU
nmbourse par des primes le prix de son
abonnement. o o

o o o

o o

Charles-Quint songea de bonne heure à qui en méditail un à peu près semblable, Pl
le pouvoir et à se relirer du monde. qui lui fit en f 542, aux cortès d'Aragon, la souverain pontife Clément VII el de Lous les
li en conçut la. première pensée après l'heu- confidence mystérieuse de sa future abdica- l~lats italiens indépendants, il avait eu pour
prisonniers un roi et un pape, et il avait
reuse et brillante expédition de Tunis en 1tJ:ï5. tion.
soumis
à. es arrangements ce pays longtemps
C'est cc c1u'il af6rma lui-même à l'ambassaLorsqu'il ressentit ces premiers dégoûts de
deur portugais Lourenço Pires de Tavol'a dans l'autorité suprêmr, il arait moins de quarante disputé. Inébranlablement établi dans le
un curieux entretien au château de J.irandilla ans et il était dan toul l'éclat de la puis- ro~•aume de Naples et dans le duché de Milan,
quelques jours avant d'entrer à Yu te. C'est sance. Il avait terminé à son avantage les il s'était attaché les Médicis, qu'il avait investis de la souveraineté de Florence; les ducs
ce qu'il dit aussi aux moines de ce
de Ferrare, auxquels il avait allribué
couvent, lorsqu'il se fut établi au
Modène et Reggio, réclamés par le
milieu d"eux. Ce dessein traversa donc
•
aint- iége; les marquis de Mantoue,
son esprit mélancolique près de vingt
lJll'il
avait agrandis du Montferrat. Il
ans avant qu'il pût le meure à exécudisposait
de Gènes, où commandait
tion. La solitude l'attirail déjà du viAndré Doria, qui, sous ses auspices,
vant de l'impératrice Isabelle sa
avait été le glorieux libérateur et le
femme. A la morl de celte princesse,
sage
instituteur de sa patrie en f528,
qu'il aimait tendrement et dont la
et
qui,
joignant la flotte génoise aux
perte prématurée le jeta en 1559
lloU.es espagnole, napolitaine, sicidans une profonde afniction, ce désir
lienne, l'avait rendu maître de la
pénétra plus avant en son âme. PenMéditerranée. li avait réduit la puisdant qu'on transportait les restes de
sante
république de Venise à une
l'impératrice du palais de Tolède à
, neutralité fincère, et soumi à son
la chapelle royale de Grenade, où reinfluence le Saint-Siége, sm lequel
posaient son aïeul Ferdinand d'Arail chercha à mieux assurer encore
gon, son aïeule Isabelle de Castille,
son
ascendant par le mariage de sa
son père Philippe le Beau, et qui defille naturelle Marguerite d'Autriche
vait servir de tombeau à toute sa
avec le petit-fils du pape Paul Ill, le
race, il s'était enfermé au couvenl
duc Octare Farnèse, mis en posseshiéronymite de la Sysla.
sion
de Parme en allendant de l'être
Le pieux don Francisco de Borja,
de
Plaisance.
Il occupait ainsi les
alors marquis de Lombay, qui dedeux plus vastes États de l'Italie au
vint bientôt duc héréditaire de Gansud et au nord, dominait tous les
dia et finit par gouverner la ociété
autres
par l'intérêt ou par la crainte,
de Jésus comme son troisième généel
avait
fondé dans cette péninsule
ral, fut un de ceux que Charles-Quint
un ordre territorial et poli tique qui
désigna pour accompagner jusqu'à sa
devait s'y maintenir durant plu ieurs
dernière demeure l'impératrice, dont
siècles.
il avait été le grand écuyer. En déD'un autre côté, il avait été le vicpo ant dans le caveau funéraire le
torieux
défenseur de l'Allemagne mecercueil de sa noble et belle mainacée par les Turcs. Il en avait retres e, le marquis de Lombay la laissa
poussé lui-même le formidable Solisous la garde des l:tiéronymites san
man
Il, qui s'avançait vers Vienne, et
avoir pu la reconnaître, tant les traits
dont
il avait arrêté les conquêtes.
de son visage avaient été déjà décomMarchant
ensuite contre son capitan
posés par la mort. Tombant en dépacha Khaïr-Eddin .Barberou se, il
goùt de la beauté et de la puissance
avait attaqué sur la côte d'Afrique
humaines, qui abouti aient à une
cet inlrépide cor aire devenu maître
Cliché
Uiraudon.
aussi prompte destruction et flnisCIIARLES-QUINT.
d'Alger
et de Tunis. li avait contis:iien t dan un aussi étroit réduit,
Tableau du Tine.'&lt;. / Pinacothèque de Jlfrlnich.)
nué avec non moin d'éclat que d'utiil prit dè ce moment la ré ·ol111ion
lité les expéditions du cardinal Ximed'embrasser la vie rt!ligieuse. A on
nès
et de Ferdinand le Catholique
retour, il entretint de son projet Charles-Quint, luttes qui duraient depuis le commencement
ur ce liltoral, où ils avaient poursuivi les
du siècle entre l'Espagne et la France pour la anciens dominateur· de l'Espagne. Aux conExtrait du volume : Clia,·les-Quint. NOII abdication.
so,1 i&lt;t1jmtr el sn mort au 111011a~lère tle l'iule. par
posses ion de l'llalie. Vainqueur de Fran- quêtes d'Oran et de Bou.,ie, faites sous son
llignct. (Perrin el C1•, édileurs.)
çoi [er dans trois guerres successives, du prédécesseur en 1509 el 1510 , CharlesfJUÎller

Copyright by TallandJer 1910.

partout

Par MIONET

PLA.NCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAU1C, DESSINS ET EiTAMPF.S Ill! :

Bn vente

Charles-Quint avant son abdication

1:-3

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Tous les Parents ont intérêt à abonner
Jeurs F'j/Jes ou leurs Fj/s
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LISEZ-MOI BLEU
Jules TALLANDIER, Éditeur,
75. Rue Dareau, PARIS.

\". -

füSTORIA. -

Fasc. 36.
10

�111STO'RJll

------------~----

courir d'affaires à décider, de mesures à
prépa;er, d'actes à accomplir, devaie?t épuiser assez promptement les ~orce~ d un s~ul
homme, l,ien que Charles-Qumt eut tout disposé pour rendre ce vaste gouverneip.ent plus
facile. Il avait laissé à ses divers Etats leur
administration particulière; chacun d'eux se
réo-issait intérieurement d'après ses vieilles
fo;mes suirant ses propres lois. et avait à sa
Lête u~ représentant supérieur ~e la p~i~sance souveraine. Son frère Ferdinand pres1dail comme roi des Romains, à la direction
de 1: Allemagne; sa sœur Marie, reine douairière de Hongrie, était régente des Pays-Bas;
son fils, l'infant don Philippe, était cbargé,
depuis l'âge de quinze ans,_ de gouverner
l'Espagne avec l'ai~e de conse~Llers pru?ents,
parmi lesquels étaient le cardm~l de _1a"e~a
et le duc d'Alhe; d'excellents v1ce-ro1s résidaient à Palerme, à 'aples el à A_lilan. Mais
les affaires générales d~ tous _ces E!a~ abou:
lissaient à Cbarles-QumL, qui en etail reste
le rém.Jlateur suprême, et en surveillait l'admini~lralion : il avait organisé pour cela une
sorte de rrouvernement central attaché à sa
0
•
0
personne et le _smva~t partout. . utre, ses
ministres, il avait trois chancelleries : l une
allemande l'autre espagnole, la dernière italienne· il' avait de plus un conseil compo. é
de doc~eurs et de légistes pris parmi les , iciliens les Lombards, les Francs-Comtois, les
Ftam'ands, les Aragonais, les Caslillans, et
présidé par l'évêque d'Arras, fils du garde
du grand sceau Granvelle, ~cstiné à êlre un
des plus hahilr.s hommes d'Etat de ce terpps.
Charles-Quint était ainsi le centre de ses Etals
et le lien de ses peuples. Ce1U-ci, fort ùi,·ers
de mœurs et de goûts, se ratLacbaient à lui
par des côtés différents. Un am?as~~deur
vénilien remarque, avec la finesse Judicieuse
propre aux politiques de sa nation, qu'~l était
auréahle aux Flamands el aux Bourgmgnons
p~r sa bienveillance _et sa familiarité, aux
ftaliens par son esprit et sa prudence, aux
Espagnols par l'éclat de sa gloire cl par a
sévérité.
Si son grand sens el les qualités variées de
son caractère le rendaient capable de pourvoir aux intérêts el de contenter les sentiments de tous œs peuples, sa complexion
naturelle et son genre de vie ne devaient pas
lui permettre d'y s_uffir~ long~emps. D'une
laille ordinaire mais bien prise, avec des
membres robustes, il avait eu dans ses jeunes
années la force el l'ad1'csse nécessaires pour
•e livrer à tous les exercices du corps et pour
; exceller; mieux que personne il avait s~
rompre une lance, courir la ba~e et lutte~ a
la barre; il passait pour le meilleur ~avaher
de son temps. Il avail beaucoup au~i,é, la
chasse et il itail mème descendu dans l arene
FR.ANÇOJS l" ET CuARu:s-Ql.'tNT VISITA:ST LES TOMBEAUX DE l. F.GLISE DE S ,11~T-DE:-.1s,
pour ; comballrc d_t!s taureaux ~•n avait
Tal?leau du l3ARO~ GROS. (Musée àu Louvre .)
terrassés de ses mams. Ces salutaires exercices de sa jeunesse avaient bienlôt fait place
aux travaux presque exclusifs de ~a politiq_ue
enlevées à Barberou se dans une campagne des déprédations barbarèsque ,_les bords ma- el de la guerre. L'activité el la v1gu~ur srnaussi glorieuse que rapide. Posséde: les prin~ rilimes de l1Lalie et les iles occidentales de la gulière de son esprit, qui s~ ':°ontraient sur
cipaux points de l'Af~ique sept7ntr10nale qm - MéJiterrantie, presque tout.es placées sous sa son front spacieux el se lisaient dan son
faisaient face à ses Etats depms le royaume domination.
... Tant d'lttats à conduire, de pays à par- ferme el pénétrant regard, n'avaient plus
de Grenade jusqu'au royaume de Sicile, c·était

Quint avait ajouté l'occupation de Bone,
de Bizerle, de Sousa, de Monastir, el urtoul la prise de la Goulette el de Tunis,

tout à la fois préserver de nouvelles invasions
musulmanes l'Espagne, qui s'était dél~vr?e s~
péniLlement des anciennes, et mettre a labri

0

,

__________________________

trouvé une salutaire diŒrsion dans ces utiles
mouvements du corps : quand il n'élait pas
en campagne, il menait une vie trop sédentaire.
Adonné à certains plaisirs dans lesquels,
selon l'rxpression ·d'un am bas adeur contemporain, il ne portait pas une volonté asse~
moclùee, « il se les procurwl partout où il
« se trourail, avec de dames de grande el
« aussi de pet ile condition. » Il était encore
moin tempérant à laLle : il mangeait pluieurs fois par jour et beaucoup. La conformation un peu dJfectueuse du bas de rnn
visage nuisait à sa santé encore plu qu'à son
ai:pect. Sa mâchoire inférieure, trop large et

C11Jtl(L'ES-QuTNT JtYJtNT SON Jt'BD1CJlT10N - - ,

qui ressemblaient à des attaques d'épilepsie
et que son historien Sepulveda appelle de cc
nom. A la fin de J518 et au cornmencemen t
de 15l9, deux de ces allaf]ues !"avaient ren,·ersé sans connaissance, L'une pendant qu'il
jouait à la paume, l'autre pendant qu'il entendaiL la grand"messe dans Saragosse. La
dnnièrc, qui avaiL eu tant de témoins, el que
l'ambassadeur de France racontait dans une
dépêche à sa cour, !"avait laissé plusieurs
heures avec la pâleur de la mort sur son
visage bouleversé. Délivré de cette terrible
maladie en 1526, après son mariage avec
l'infante Isabelle de Portugal, il ne cessa

l'armée en litière. Envahi par la goutte. tourmenté par l'astbme, sujet à un flux de sang
dont les retours aussi rapprochés qu'incommodes l'épuisaient, éprouvant des irritations
cutanées à la main droite el aux jambes, la
tête el la barbe entièrement grises, il sentit
décliner ses forces en même temps que s'étendaient ses obligations.
... A la suite de ses campagnes contre les
protestants, il avait eu, en 1547 el en 1548,
deux maladies si graves qu'il avait cru y succomber. En craignant les effets ou le relour,
il dicta pour son fils une instruction très
étendne qui, dans un langage simple et

Cllcbt Giraudoa.
ARRJVÊE DE CHARLES•Qcmr AU MONASTERE DE YUSTE . -

lrop longue, dépassait extrêmement la mâchoire upérieure; en fermant la bouche, il
ne Jlouvait pas joindre les dents. L'intervalle
qui éparait celles-ci, d'ailleurs rares el mauvaise , l'empèchait de bien faire entendre la
fin de ses phrases et de broyer ses aliments;
il balbutiait un peu et digérait mal. C'était
sans doute pour atténuer quelques effets de
cette imperfection physique el aussi ponr
donner une saveur plus agréable à ce qu'il
mangeait, qu'il faisait usage de mets fortement épicés.
L'excès de ses lraYaux et ses écarts de
régime contribuèrent également à hàter el à
accroître ses indispositions. Il n'avait jamais
eu une santé tout à fait inaltérable. Dans sa
jeunesse, il avait res enti des accès nerveux

Tableau de].

d'éprouver des douleurs de lête qui l'obligèrent à couper ses longs cheveux en i529.
Lorsquïl fit b sacrilice de celle noble mais
pesante coiffure qu'avaient porté ses aï~ux
Ferdinand d'Aragon et Maximilien d'Autriche
et son père Philippe le Beau, tous les grands
l'imitèrent, quoique à regret, et ce qui pour
lui était soulagement deYint mode pour les
autres.
Les malndies fondirent bientôt sur lui en
changeant de forme. La goutte l'assaillit à
l'âge de lrenle ans. Ses atteintes, de plus en
plus îré&lt;rueutes f::L prolongées, se portèrent
principalement sur les mains el sur les genoux. li ne pouvait pas toujours signer, et
lorsqu'il était en campagne, bien souvent il
était incapalile de monter à che\·al el suivait

ALARCON,

haut. contenait les vues de sa politique, les
conseils de son habileté, les recommandations
de sa tendresse, toutes les maximes d'après
lesquelles Philippe devait se conduire enrnrs
l'Église, traiter avec les divers princes de
l'Europe, gou\•erner ses propres Etats et se
diriger lui-même. Charles-Quint cherchait par
là à lui communiquer son esprit el à lui
transmellre son expérience.
Suivant le désir de Charles-Quint, l'infant
quitta pour la première fois l'Espagne, passa
en Italie sur une flotte de cinquante-huit
voiles que commandait André Doria, et, environné d'une cour splendide, escorté par une
garde imposante, dans tout l'éclat de la grandeur, il parcourut la Lombardie, remonta par
le Tyrol en Allemagne, et de l'A.llemagne -e

�fflST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
rendit dans les Pays-Bas. Ce vo1age, accompli après les derniers et éclatants succès de
l'Empereur, marqua jusqu'où pouvait aller
l'idolâtrie envers la puissance victorieuse.
Reçu partout sous des arcs de triomphe, au
milieu des fêtes et des flatteries, avec des
présents et des soumissions, l'infant vil accourir sur son passage les peuples et les
princes, il entendit appeler grnnd, invincible, divin, son père, qu'on plaçait alors sans
hésiter au-dessus des plus célèbres potentats
et qu'on égalait aux plus grands hommes. On
le nomma lui-même le futur héritier du
rnonde et l'espérance du siècle. Parti de
Barcelone le 2 novembre 1J48, l'infant n'arriva à Bruxelles que le fer avril 151~9. Là, sous
Les yeux satisfaits du père, le fils parcourut les
diverses provinces des Pays-Bas, dont il jura
les privilèges et dont il reçuL les serments.
Tout l'été fut consacré à cette tournée politique, qui était comme une dévolution anticipée de l'héritage paternel.
Ce premier voyage, qui dura près d'un an,
ne présenta point l'infant sous de favorables
auspices et ne fit pas concevoir de bien grandes
espérances de son futur gouvernement. Ayant
jusque-là vécu constamment avec des Espagnols, il en avait pris l'humeur altière, l'e,prit lent, la tranquillité orgueilleuse. Petit
de taille, délicat de complexion, il avait le
vaste front, l' œil bleu et intelligent de son
père, son menton avancé, 1a couleur blonde
de ses cheveux et la blancheur de son teint.
on aspect était d'un Flamand, son caractère
d'un Espagnol. Taciturne cl hautain, timide
et opiniàtret grave et impérieux, aimant le
rcpo et imposant la crainte, &lt;&lt; il montra,
disent les relations contemporaines, des dispositions sévères el intolérables, ne plut guère
aux Italiens, déplut beaucoup aux Flamands,
et rut odieux aux: Allemands. •&gt; Mais sa tante
la reine Marie de Hongrie, gouvernante des PaysBas, etl'Empereurson pèrel'avertirenl des dangers d'une pareille sévérité, et lui firent sentir
qu'elle n'était pas séante à un prince destiné à régir des nations différentes et cbrétiennes.
Celle leçon ne fut pas sans fruil. Il en
reçut d'autres qui ne Jui profitèrent pas au
même degré. Les seigneurs des Pays-Bas, par
ordre de l'Emperenr, le dressèrent aux divers
exercices de la chevalerie, auxquels ses goûts
l'avaient laissé trop étranger en Espagne;
mais il ne l'y rendirent pa bien habile :
dans un des tournois où il parut la lance à la
main, il reçut sur le casque un coup qui le fil
tomber évanoui de la selle de son cheval. On
le rapporta dans le palais de son père sans
qu'il eût repris ses sens, et depuis il ne lut
jamais un jouteur ni hardi ni adroit. CharlesQuint aurait voulu faire de lui un prince
guerrier, il parvint plus aisément à en faire
un prince politique. Pendant plusieurs années
qu'il le retint à côté cle lui, !'Empereur l'appela chaque jour deux ou trois heures dans
sa chambre pour le former aux grandes
affaires, soit en le rendant tém.oin des délibérations de son conseil, soit en l'instruisaut
seul à seul lui-même. A celle forte école,

l'infant ùon Philippe apprit à se contenir el
se prépara à gouverner.
... Charles-Quint se voyait [en t5:'i5] hors
d'état désormais de conduire lui-même ses
armées et de pourvoir à l'exécution de ses
entreprises. Ses maux s'étaient aggravés avec
l'âge et par un défaut de sobriété insurmontable. Ce grand homme, qui savait commander à ses passions, ne savait pas contenir se.
appétits; il était maître de son àme dans les
diverses extrémités de la fortune, il ne l'était
pas de son estomac à table. Ni les sages conseils de son ancien confesseur. ni les sévères
avertissements de la maladie n'avaient eu le
pouvoir de l'éformer ses habiludes à cet égard
désordonnées. Durant l'hiver douloureux de
t550 à 155{, passé tout entier à Augsbourg
dans son appartement chauffé comme une
étuve, d'où il ne sortit que trois fois pour se
montrer et manger en public dans une salle
voisine aux fêtes de Saint-André, de la Noël
et des Rois; lorsqu'il était si exténué qu'on
le croyait près de sa fin. el que les médecins
eux-mêmes lui donnaient à peine quelques
mois à ,·ivre, !'Anglais fioger Asham, qui
assista à l'un de ses repas, fut surpris de ce
qu'il mangea et surtout de ce qu'il but. Bœuf
bouilli, mouton rôti, levraut cuit au four,
chapon apprêté, l'Empereur ne refusa rien.
« Il plongea, dit Asham, cinq fois sa tête
dans le verre, et chaque fois il ne but pas
moins d'un quart de gallon de vin du Rhin. »
Deux ans après le repas décrit par Asham,
le pirituel et érudit van Male, ayuda de rdmera de Charles-Quint, fait un tableau plein
de malice et de gpâce des irrésistibles fantaisies de son maître au siège de Melz el des
condescendances dangereuses que les médecins avaient pour lui. « Le ventre, écrit-il à
Louis de Flandre, seigneur de Praet, el une
fatale voracité sont la source ancienne el très
profonde des nombreuses maladies de !'Empereur. Il y est assujetti à tel point, que,
dans sa plus mauvaise santé el au milieu de&lt;:
tortures du mal, il ne peut pas se priver des
mels et des boissons qui lui sont le plus nuisibles. Vous vous récriez et contre cette intempérance de César et contre la légèreté,
l'indulgence, la îaiblesse des médecins. C'est
le sujet de toutes les conversations. L'Empereur dédaigne-t-il la viande 1 qu'on l'emporle.
Désire-t-il du poisson? qu'on lui eo donne.
Veut-il boire de la bière'? qu'on ne lui en refuse pas . .A.-t-il le dégoût du vin'/ qu'on le
l'etire. Le médecin est devenu un complaiant. Ce que César veut ou refuse, il l'ordonne ou le défend .... Si la boisson n'e t pas
glacée, elle lui déplait. ... li est bien certain
qu'af11igé de tant de maux, la froideur de la
bière expo ée à l'air pendant la nuit el qu'il
hoil avant le jour ne lui convient pas. Il s'y
est néanmoins tellement habitué qu'il n'a pas
craint d'en boire au péril d'uue dysenterie
imminente. Comme je sui&lt;; pour cela on
échanson avant le jour ... je l'ai entendu
pousS&lt;:r des gémissements qui attestaient se,;
souffrances .... Je Jui ai dit tout ce qui m'a
paru le plus propre à le détourner de boire
aussi mal à propos une boisson si nui ible.

ajoutant que personne de nous, même avec
une force et une santé athlétiques, ne supporterait sans en être incommodé de la bière
glacée hue avant le jour et pendant l'hiver,
et que lui ne craignait pas d'en prendre à
son âge, avec une santé détruite par les maladies, les voyages et les travaux. Il en est
convenu, et, grâce à c2 bon conseil, il a défendu que la bière fût exposée à l'air. Le
docteur Coroeille (Baërsdorp) ne lui a pas
permis non plus le ,,in trop froid à diner et
à ses repas. Je ne sais s'il s'y résignera longtemps. Nous ma11dissons souvent ici le soin
affectueux qu'a la reine (de llongrie) de lui
envoyer des poissons .... Dernièrement il en
dévora, et avec un très grand péril, pendant
deux jours de suite. Il fit venir des soles, des
huitres qu'il mangea cruel', bouillies, rôties,
et presque Lous les poi~sons de Ja mer. 1&gt;
Dans l'été qui suivit la levée du siège de
Metz, Charles-Quint, sentant que les défaillances croissantes du corps se prètaienl de
moins en moins aux vues toujours fermes de
l'esprit, se prépara à accomplir l'abdication
qu'il médilail depuis si longtemps. Le repos
et la salubrité des climats du Midi lui parurent les euls remèdes à des infirmités que la
fatigue des affaires et la rude température du
Nord augmentaient sans cesse. Il choi il donc
l'Espagne pour Je lieu de sa retraite définitive, et en Espagne la délicieuse vallée appelée la Jlrm de Plasencia, dans la partie de
!'Estrémadure la plus bois:!e, sur la pente
méridionale d'une montagne que le soleil réchauffait pendant l'hiver, que d'épaisses forêts el de nombreux cours d'eau tempéraient
pendant l'été.
... Parmi les moines, sei- préférences étaient
pour les hiéronymites. Ceux-ci formaient un •
ordre presque exclusivement espagnol, fondé
par quelques ermites de la Péninsule, qui
avaient obtenu en 1373 du pape Grén-oire XI
l'autorisation de se réunir en congrégations
religieuses sous le nom de saint ,Jérôme cl
avec la règle de saint Augustin. Leur premier
monastère s'était élevé à San Barlholome de
Lupiana, près de Guadala,jara, sur un des
frais coteaux de la Vieille-Castille. De là ils
s'étaient promptement répandus dans la plaine
de Tolède, dans la forêt de pins de Guisando,
parmi les myrtes de Barcelone et de Valence,
sous les berceaux de vignes de Ségovie, au
milieu des bois de chàtaigniers de !'Estrémadure. Placés non loin des ,·illes, dans des sites
agréables et solitaires, ils avaient couvert la
Péninsule de leurs établissements, de Grenade
à Lisbonne, de Séville à Saragosse. Ils s'élaieul
d'abord consacrés à la contemplation et à la
prière. Ils vivaient d'aumônes, et depuis le
milieu de la nuit jusqu'à rextrémité du jour
ils chantaient avec une assiduité et une pompe
singulières les louanges de Dieu. Bientôt enrichis par les dons des peuples el les faveurs
des monarques, les hiéronymites, dont l'ordre
entier était gouverné par un général .élu, dont
chaque couvent était administré par un prieur
triennal, avaient ajouté la science à la prière,
la culture nou ve!Je des lettres à la pratique
conser\'ée des chants, et, de moines pauvres,

C1IA'J&lt;l.'ES-Qll1NT AYANT SON ABDlCATlON - ~

étaient devenus les possesseurs opulenls de
vastes terres, de nombreux be ·liaux, de riches à, l'e~ et au sud les plaines de TalaYera et ~ui.ra?l! _deux années a1•ant son abdication,
d Ara11uelo, la vue dominait le cours du Tietar
ver~ers. Aucuns religieux en Espagne ne célétl ecrll'lt a. son 61s une lettre réservée et toute
el du Tage, plongeait sur les belles cultures
hra1e~t Je culte catholique avec une di!!Dité
de sa main dans laquelle il prescrivait de
plus_ illlpos~te, ne faisaient entendre e une
~u.s1que aussi uave dans les chœurs de leur
eglts?s,
distribu,ùent de plus abondante;
au~ones a la porte de leurs couvents, n'offraient aux voyageurs dans leurs établissements une plus généreuse hospitalité. A
No~e-Dame ~e Guadalupe, qui était l'un des
t~o!s. sanct??'es les plus Yénérés et les plus
'~ lies ~e I Espagne, et qui avaü la grandeur
dune VIile par son étendue, la sûreté d'une citadell~ avec ses fortifications, les hiéronymites
gardaien~ un trésor considérable dans une
lo,ur, avaie?t d~Jarges celliers toujours pleins,
d_e hea?x pr~m~ couverts d'orangers et de
c1l_r~nnier~'. faisaient paitre sur les montan-nes
,,01smes d immenses troupeaux de mout~ns
de vach?5, de chè_vres, de porcs, possédaien~
e~1 Estremadure cmquante miJle pieds d'oliners el de ~rand~ bois de cèdres, et dans
l~urs vastes refecto1res couvraient arnc profu~10~ la_ table des hôtes et des pèlerins, qui
cta1t mise cl le,·ée six ou sept fois par J·o
Ce fut prcs
' d'
ur.
un cou,·ent de cet ordre
ad~nné à la prière et à l'étude que CharlesQuml ?ng~- à se retirer. JI l'avait toujours
eu .en smguliere vénéralion. Celle vénération
!!.a.i·t comme un ~-éritage de.. fami!Je, qu'il
ait r~u de son aieul et qu il devait lransme~tre a ~on_ füs. Ferdinand le Catholique,
ap~es la v1ctou-e de Toro en 1175 et la couVISITE DE S.\l~T rRANÇOIS DE BonJ.1 A t..' EMPEREl:R Cu
Q
Clkbo Giraudon .
quete de Grenade en J492, a1•ait élevé deux
ARLES· UINT. Tableau de C.·l\l. Ei&gt;!JUIV!!t.
monastères de ceL ordre i il s'était enfermé
dans un de ces cloi'lres à la mort de la reine
lsabell~ d~ Ca~Lille, et lorsqu'il s'était lui- cl les ~iauk; villages qui s'é)e\aicnl du milieu c&lt; f:1irc bàtir ur Je liane du mona:.lère de
même :ent1 _prcs de sa fin, iJ était allé expirer des bois dans le magnifique ha sin de la Vei·a cc \_uste une habitation suffisante pour y
à Ma~~igaleJo. dans une maison appartenant dt'. /&gt;Lasencia, et apcrcerail à rborizon !oin- « ~iv~e avec la suite des serviteurs les plus
a~x h1cronym1tes, qu'il avait rendus les gar- t.am les m?nts azurés de Guadalupe.
tl rnd1spensab1es à une personne dans une
~~ élait le mona 1ère que Charles-Quint
di:ns des sépultures royales. Philippe Il dcC&lt; condition privée. » 11 recommanda à l'inva_1t fonder pour eux, en souvenir de la ba- cboJS1t pour sa retraite. L'ao-réable salubrité f~nt et ~.u ~eerét~:"c d'Ètat Vasquez de 11Jodu lieu_ et sa paisible soütud~ lui semblèrent
t~ïJ!e. d~ ~amt-Quentin, l'immense Escorial,
lma, qu il mslru1s1t de son dessein sous le
comem~ égalemenL à un corps ausj iufirme
~,u _il irait~ s?n lour. vivre et mourir. Charles~lus grand secret, de s'adresser pour rexécu~u!nl, qui, _a plusieurs rcprLes, avait été que Je sien et à une àme aussi Iatirruée. Mais llon au prieur général Juan de Ortega dans
l bote des biéronJmites dans Jeurs couvents c_n se retira~t au mi_licu_ des hiéro;ymites de lequel il avait Ja plus grande confia~ce. li
de Sau1:1 Engracia, de la Sysla et de la Afejo- \ u le, dont iJ eonna1ssa1L le savoir étendu cl chargea. le 'C?nta~o:" Francisco Almaguer de
la pieuse réoularité il ne
rad_a, resolut de terminer ses jours dans leur dont1 il estimait
. pren dre leur genreo de vie' ni le mctt~e a la d1spos1t10n du prieur l'argent névou
ut
Dl
do1lre de Yusle.
troubler. Il se proposa de faire construi•e , cessaire pour construire cet édifice sur le
_Yuste, c1u~ 1~ demeure de !'Empereur de' 'd 1
• a plan _qu'il en avait fait dresser et dont il
vait rendre s1 celèbre, avait été fondé au com- col~ e, ?u_r c~uvent_ un édifice contigu et sé- sounut l'exécution à Gaspar de Vega et à
pare, d ou 11 put avoir le libre usarre de l'église
mence~ent du x~• si~le, près d'un petit
du
~onast_ère et se donner, q~d cela lui Alon~o de Covarrubias, les deux plus célèbres
cours d _eau do~t d avait pris le nom, dans
architectes de l'Espagne. Après avoir prescrit
une chame de I Estrémadure, coupée de val- conviendrait, la compagnie des moines en d'élever à côté du com-enl la modeste résilées, com:erte d'arbres, arrosée par des ruis- conservant ainsi son indépendance et en 'res- dence. royale ~ont les religieux de Yuste avaient
pectant la leur. Dès le 30 juin 1555, il or~eaux qui descendaient des cimes neigeuses
donna de remettre de l'argent au prieur aé- su~pris. et divulgué la destination, Cbarles1
e la montagne. De ce site pittoresque, ayant
néral des hiéronymites, et le 15 décembre Qm~t d ~posa tout pour laisser à son fils Ja
dommallon la moins emharrat:sée.

n:

r

.\UG~ET.

�LOUTS

llNE PRO)lENADE DU ROI ET DE LA REINE AUX E:'(VIRONS DE PARIS (1616). -

G,-.zvure de

llhTTIIAECS. (Cabine/

x1n

'ET Jf.NJVE D'Jf.UTRJC1Œ ~

des E~lilmtes .)

UN MARIAGE ROYAL

"""

Louis XIII et Anne d'Autriche
•

A côté de sa mère, qui allait plu tard lui

eau er encore tant d'autres soucis, il était,
auprès de Louis xm, une seconde princesse
dont le roi, au cours de son 1·ègne, ne de,·ait
pas mieux. al'oir à se louer, la jeune reine
Anne d'Autriche.
Tous deux du même tige, - elle l'ainée de
cinq jours, - ils avaient été marié, en Hi 15
à quinze ans, par politique. Après 'être regardés sans trop se comprendre, ils s'élaient
mis à vivre côte à côte, en frère et sœur, dans
le cadre d'une existence royalP. dont le protocole réglait le programme journalier. Les
portraits à celte date de celle qu'on appelait
« la petite reine )l foot penser qu'elle devait
être jolie. De taille moyenne, mince, avec de
beaux yeux mêlés de vert, au regard un peu
court, les cheveux blonds, abondants, frisés
el bouclés, la peau blanche, la bouche petite
el 11 ,ermeille », elle passait a pour une des
plus grandes beautés de son siècle l&gt;, affirmait madame de Motteville, avec exagération
sans doute. Ou lui trouvait en réalité le nez
un peu gros, les yeux un peu grands, le teint
douteux; mais elle avait« le tour du visage l)
exquis, le front" bien fait, le pied petit :
c'était une princesse agréable. Louis XLU, au
moins, la jugeait telle : il questionnait son
fatrail ,le l'ounage de Loui Baliffol, Le r&lt;&gt;i
L-Ouis .\:111 à i:ingt ans, édilê par Calmanu-Lévy.

Par Louis BATIFFOL

entourage, désirait qu'on lui diL que la reine
était belle, se préoccupait de savoir si elle
n'était pas un peu menue cl, lorsqu'on le
niait, révélait qu't!lle portail de · patins pour se
hausser; quant à l'aimer il n'y songeait pas.
Elle avait une voix désagréable, un ton de
fausset aigre, éle\•é et dur. Toutes les fois
qu'elle parlait, le charme de sa fraiche beauté
parai sait s'évanouir on peu sous l'elfol de ce
timbre déplaisant. Elle était ensuite coquette,
passait du temps à se parer,ce4ueLouis Xlll
n'appréciait pas. Aux ballets, dans lesqueL-,
elle figurait en bonne place, elle s'appliquait
à jouer son rôle avec une grâce séduisante,
indice, croyait-on, de tendances peu sérieuses.
"urtoul son esprit el son caractère laissaient
à désirer. Elle n'était pas très intelligente.
Froide, indifférente, elle donnait l'impr-.:ssion
d'une personne dédaigneuse, ce qui n'était
chez elle que l'effet d'un défaut de souplesse :
elle n'attirait pas la SJmpathie. Le cardinal
de Retz la trouvera plus tard « intéressée,
dure, rancunière, opiniâtre &gt;). Madame de
Motteville la déclarera entêLée. Elle manquait
d'ordre; elle se montrait tour à tour trop
-bavarde ou trop méfiante, égoïste, orgueilleuse, avare. Retz la traite de 1c solle », - sa
partialité le rend, il esl vrai, suspect. Mme de Motteville, mieux disposée, allénue
l'expression en disant qu'Anne d'Autriche
"'1

15o

w-

« s'est trop défiée de on esprit et de sa
raison ,&gt;. Ce &lt;[Ui est certain, c'est qu'on
n'avait pas grande idée de ses moyens. i
quelque aml&gt;assadeur venait lui faire la révérence, quoiqu'elle parlât bien le français, elle
était incapal&gt;le de répondre et l'iutroducteur,
M. de Uonneuil, devait prendre pour elle la
parole. Tout le monde s'accorde à reconnaître
qu'elle était ignorante, paresseuse, indolente.
C'était uoe Espagnole, al'eC les défauts de la
race : l'insouciance lranq uille, la passivité.
Son entourage se plaignait de la Yoir s'allachcr à une ou deux intimes et ignorer les
autres; il regrettait qu'elle n'aimât personne,
« qu'elle ne parftt pas assez touchée de l'amitié
qu'on avail pour elle». En reYanche, prenaiLeUe quelqu'un en grippe, elle se montrait
vindicative. Puis on s'étonnait que, fière
comme elle l'était, elle ne craignit pas de
causer familièremeal avec des gens da commun, « fort indignes de son entretien »;
par là « elle se faisait du tort ».
Reine et jolie, elle a provoqué des passions.
Elle était trop froide pour y répondre, mais
assez coquelle pour en èlre flattée et s'en
amuser. On n'a rien articulé contre elle, au
moins jusqu'à Buckingham qui csl Yenu
après l 624. «La vertu de la reine est solide,
disait-on, el srns façon. &gt;&gt; C'est « un ange &gt;&gt;,
assurait l'ambassadeur d'Espagne, Giron, qni

ÉTATS GÉ..'&lt;ÉRAUX DE PARIS (27 OCTOBRE 1711 1. -

répondail de la princesse au roi son maître.
~a cour s'était di,,ertie du fol amour qu'avait
epromé pour elle le grand écuyer, M. de Bellegarde, un. bel homme, qui avait, vers 1620,
pl~s, d~ c1~quantc-cinq ans. Anne l'avait
lruss~ dire, r1ant de_ ses airs, et ménageant Je
gentilhomme favori de deux rois, sunimnt

Gravure .:le

TsôMAS, a':iprè.&lt;

le tableau

d'un siècle « de galanteries el de dames ».
Le duc de Montmorency éprouvera une passion
semblable. D'autres amoureux se feront comprendre. « Je puis dire qu'elle a élé aimée
affirmait madame de Molleville, el que malgré
1~ respect que a Majesté inspire, sa beauté
n a pas manqué de loucher des gens qui onl
•\\ 1 JI

l\•

d'ALAUX.

{Musee d.t Versailles.)

fait parailre leur passion. » Personne ne
reçuld'espoir; c'était beaucoup qu'elleécoulàl.
Plus tard, causant de ces souvenirs aYec une
amie, « elle se moquoit de sa vanité passée ».
Elle se donnait plus de liberté dans les
propos. Une personne de son entourage disait
d'elle : « Elle est modeste sans être choquée

�•

111STO'l{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •

de l'innocente gaieté. 1&gt; Celle innocente gaieté
était la Corme par laquelle se traduisait son
esprit porté 11 la galanterie : terrain glissant

s'éloignait. Au fond il ne l'appréciait pas : natures devaient s'ajouter beaucoup de malenlout le monde le remarquait D'après le duc tendus : nombre de négligences inattentives
de l\oban, il éprouvait même c, de l'aversion 1&gt;. du roi accentuaient le désaccord. Ce qui acheAnne a\'ouait dans la suite vait de les tenir éloignés, était la présence,
que l'indifférence témoignée autour de la reine, de certaines personnes.
par le roi à son égard lui avait nouvelles causes de mésintelligence et de quefait penser que le prince ne relles, d'abord les dames el serviteurs espal'avait jamais aimée.
gnols imposés à Marie de Médicis au moment
Leurs existences étaient sé- du mariage de son fils, en t615, et formant
parées. Vivant chacun dans à la porte du eaLinel du roi un groupe hostile
leur appariement, au Louvre, qui épiait, écoutait, puis instruisait la cour
il ne se royaienL que deux ou d'Espagne. Depuis sa plus tendre enfance le
lrois fois par jour, un quart roi haïssait les E pagnols : c'était l'ennemi
d'heure, une demi-heure, à hérédilaire.
intervalles fixes : visites céréUne cousine du duc de Lerme, la comte se
monieuses, prescrites par les de la Torre, dirigeait cc personnel, sur des
usages royaux el où ils n'a- instructions venues de Madrid . Louis Xlll revaient pas grand cho e à e prochait am füpagnols d'exploiter Anne d' Audire. C'était avant le di'ner et triche, de lui extorquer ses rerenus; il rele souper, généralement, que doutait l'apparition de quelque favori qui
le roi se rendait chez la reine. recommençât l'histoire du maréchal d'Ancre;
lis ne prenaient pa leurs re- il croyait que la reine était, par l'intermcpas ensemble. Si Louis Xlll diaire de l'ambassadeur d'Espagne el de t:et
s'absentait de Paris, il lais- entourage, entre les mains de la cour de )Iasait sa femme. Parfois celle-ci drîd. De fait, l'ambassadeur d·Espagne se
venait le rejoindre à Saint-Ger- trouvait constamment au Louvre, conseillait
main, mais c'étail pour y re- Anne d'Autriche, tenait son souverain au
trou\'cr la vie froidement pro- courant des incidents de sa vie. Le lendetocolaire, dans son apparte- main de la mort de Concini, on avait cherment, avec les
visites journalières réglées.
· La reine étaite Ile souffrante
d'une maladie
qui f1t craindre la contagion ?La faculté
ARRIVÉE UE LA REINE AU LOUVRE (1616.)
interdisait au
D'atres u1ie gravure du CaNntt des Estampes.
roi l'accès de
l'appartement.
el dangereux! Des intimes imprudemment En novembre 16 l8 Anne eut
acceptées, uné compagnie de dames et de la rougeole ; Louis XIll passa
princesses imposées par les rapports de près de ,·ingtjours sans la voir.
Pour l'ambassadeur d'Espafamille formeront autour d'elle un groupe au
pa -sé suspect, aux manières 'J}eu retenues. li gne, leurs rapports éta.icnt aiy aura des histoires, des scènes, des mesures gres. Louis Xlll n'admetlait
prises.
pas que sa femme lui fit de
recommandations. 'i elle se
Esprit sérieux et ré0échi, Louis xm ne ha ardait, elle était obligée de
pouvail guère éprouver d'allachement pour prier ~l. de Luynes d'all(muer
une nature arusi contraire à ses goùts. A.près auprès du roi l'eil'et de la déune première minute de surprise agréable au marche. Un jour où le roi ~·émomenl de son mariage, il s'était replié sur tait rendu à Lésigny, Anne
lui-même. Anne raimail-eJle? Elle crut qu'elle vint inopinément le rejoindre.
l'aurait aimé. « Le roi était fort beau, disait Louis XIll lui manifesta un tel
une de ses confidentes, fort Lien fait et sa mécontentement, sous prétexte
beauté brune ne déplaisait pas à la jeune qu'il n'y avait pas assez de
reine. Je crois que de la façon dont f en ai place dans le château, qu'elle
ouî parlé, elle l'auroit fort aimé si le malheur dut repartir leleudemain. A.son
de l'un et de l'autre et cetle fatalité quasi retour à Paris, le roi étant allé
inévilable à tous les princes n'en eût disposé la voir dans sa chambre, 1a
autrement ». li y a eu de leur faute à tous trouva sombre et taciturne. li
BAI. DO:-NÉ A LA RElXE, AU LOUYRE (1616, .
deux dans celle fatalité. Mais peut-être Anne ne fit rieu pour la ramener. La
D'apres une gravure du Cat;,inet des Esbmtes.
a-t--elle eu la plus grosse part. Un peu de dame d'honneur, cherchant à
grâce et de Lendresse chez elle, à l'égard du ~ raccommoder les choses, coprince, l'eussent ramené. Pourquoi demeurait- vop au roi, deJa partdela reine, un bouquetde ché à l'écarter : il avait répondu qu'il venait
elle devant lui nonchalante, réservée, pleine Ueur avec quelques mols aimables. Loui 11U au chàteau, comme~ majordome de la reine
de méfiance? Le je110e prince s'irritait et ne répondit pas. Au peu de sympathie des régnante », ce qui lui avait valu cette ré-

Lou1s x1n
ponse qu'on ne connaissait pa celle charge du bruit de ses galanteries et de ses avenen France et qu'il eùt à se renfermer dans tures. Agée de dix-huit ans, « jolie, friponne,
son rùle d'ambassadeur.
éveillt'.-e », d"humeur fort indépendante, elle
En mème Lemps que lui, écrivaient régu- joignait une légèreté charmante à beaucoup
lièrement en Espagne,
la comtesse de la Torre,
le confesseur, Francisco
de Arriba, puis Anne
d'Autriche elle-même.
On le lui a reproché :
nous avons de ses lettres ; ce sont des billets
sans grande im porlance; son père, qui l'aimait beaucoup, lui donnait de ses nouvelles,
lui envoyait de l'argent;
elle écrivait aussi à son
frère, le futur Philippe IY, au duc de Lerme,
au duc d'Olivarès; elle
avait des courriers .péciaux. Inquiet de celte
correspondance, Louis
XII[ soupçonnait
a
femme de connivence
ayec ses ennêmis : il
lai échappa de le dire.
Anne se récriait. Au
moment où la cour d'Espagne se dérobait à ses
engagements au snjcl de
la Valteliue, Lo11is XLII
disait à la reine: « Écrivez au roi ,·olre père
et dites à l'ambas adeur
d'E pagne que je uis
résolu 11 vouloir l'exécution du traité de Madrid, ou 11u'autrement
j'y emploierai Lou Le ma
puis anœ »; el la reine
élo1mée répondait que
puisque Sa Majesté le
commandait elle écri,\.:,;SE u 'AUTRICUE.
rait au roi d'Espagne el
Gravure de .\lrcm,L LASl'IE, d'afrès M. DE ,\lANTONNlllRE. l
parlerait à l'ambassadeur, maisqu'dlelesuppliait de croire quelle
n'était pas Espagnole, qu'elle éwit Ioule de gl'àce pro,ocante. Après avoir éprouvé une
Française. R Pense-t-on, disait-elle à on en- vive contrariété de celle nomination, à cause
tourage, &lt;rue, parce que je suis née en Espa- d~1 duc de Luyocs qu'elle dc1estait, en raison
gne je ois Espagnole? On se lrornpe, je de la plaw excessive qu'il tenait dans le cœur
suis F'rançaise et ne veux être autre ». A du roi, Anne d'Autriche avail fini par accepLuynes elle répétait : « U n'I a rien au tur la nouvelle surintendante. Celle-ci s'était
monde de si conjoints que mes intérêt avec d'aillcur, chargée de gagner sa cause. Du
ceux du roi.
même âge que la souveraine, vive, impéEn décembre 1618 Louis Xlll chassa les tueuse, pleine de gaité, elle amusait la reine.
E paguols. Ce fut toute une affaire. Anne Elle se montrait prérenante pour le couple
d' Au lrichc témoigna beaucoup d'afJlicl;on, royal, l'invilaiL à diner. Anne d'Autriche ·se
puis se consola. Les étrangères parties, le pril de sympalhie pour elle, puis d'amitié:
roi avait nommé comme surintendante de la leur intiruilé grandit. Lorsqu'en décembre
maison de la reine la femme du duc de 1620 la duchesse de Luyne~ mellra au monde
Luynes, Marie de Rohan, et, comme dame un fils, la reine la Yeillera.
d'atour, la sœur du favori, madame du Verfüche14eu accuse les Luynes d'avoir abusé
net. Il n'allai! pas mieux s'en trouver.
du pouvoir qu'il exercèrent, chacun de leur
La duchesse de Luynes était celle future coté, sur le ménage royal pour tenir les époux
duchesse de Chevreuse, la émillanle per- éloignés l'un de l'autre afin de demeurer les
sonne qui remplira la moitié du xvue siècle maîtres. M,uiame de Motteülle écrit 11ue « le

ET ANNE D'AUT'1{1ClfE - - ~

malheur d'Anne d'Autriche étant de n'avoir
pas été assez aimée du roi son mari, elle avait
1\lé forcée d'amuser son cœur ailleur , en le
donnant à des dames qui en avoicnl fait uu
mauvais usage cl qui,
au lieu de la convier à
rechercher les occasions
de plaire au roi, l'en
éloignèrent autant qu'il
leur fut possible afln de
la posséder darnntage ».
Les Luynes, au contraire, commençèrcnt
par employer leur in0uence à servir d'intermédiaire entre les deux
époux. Revenant un peu
de ses préventions conIre le dur, au ·moins
extérieurrmeut, car au
fond, elle ne lui pardonnajamai~, Anne consenlit à faire meiJleun·
mine à cdui-ci. Elle se
serrit de lui pour communiquer arec le roi;
elle lui demandait des
conseils. Toul heureux,
le fa,ori lui écrivait,
la mellant au courant de
ce qui se passait auprès
du prince. Ce fut un
échange de bons procédés.
Mais, rieuse, légère,
madame de Luynes n'avait aucune con istance;
« Jamais pcr,onne n'a
moins fail d'attention
sur les périls &lt;:-l jamais
femme n'a eu plus de
m~pris pour les s:crupules el pour les devoirs, »
a dit quelqu'un qui l'a
bien connue. Elle se montrait incou.sidérée. Très
sévère pour elle, Richelieu dit qu'elle dt.ail
&lt;&lt; la honte du roi, la
perte de la reine dont le bon naturel était
forcé par son mauvais exemple J&gt;. Madame
du Vernet, la dame d'atour, n'était pas plus
sérieuse : on l' accuseril plus tard d'avoir été
d'intelligence avec 13uckingham el d'avoir facilité les entrevues du genLilhomme anglais
avec la reine. A côté de ces dames en étaient
d'autres, aussi peu pondérées, achevant le
cercle intime d'Anne d'Autriche : Mlle de
Verneuil, sœur naturelle du roi; surtout la
princesse de Conti, personne aux mœurs faciles, à la plaisanterie risquée, dont Louis XIII
qualifiera plus tard d'un mol assez dur le
rôle d'entremetteuse joué par elle auprès de
la duchesse de Chevreuse et que, dans ses
lellres chiffrées, il désigne du pseudonyme
significatif de le péché.
Ce groupe exerça sur Anne d'Autriche une
iniluence détestable. li n'y eut dans l'entourage de la reine que des conversations lé-

�111ST0'/{1.ll
gères à propos de l'amour; on émous a la
conscience de 1a princesse; on lui fit lire le
f.abinel salyrique, publicalion qui l'eoait de

LOUIS

XLII

S'EXERÇANT A. L'L(JlilUTION,

~---------------------------le roi causer el plai anter a\'ec la demoiselle
d'honneur, Anne d'Autriche les a,·ail secondés. Louis Xlll n'avait rien dit. Pour elle-

sous

naissance récente d'un fiL, el lui témoirrner
« une très tendre alfcclion &gt;&gt; 7 ans doute le
P. Arnom avait raison, car lors,yue le duc de

LA DIRECTLON DE L'ÉCUYER PLUVL~EL IJE LA BAt:ME. -

parailre el d'un genre liLre. l'eu i1 peu se même, la ducbe se d11 Luynes ·y priL adroirépandit le bruit à la cour que le salon de la t ment : le roi 'entretenait volontiers avec
réioe était un enùroil fort plaisant, où l'on die, riait, !&lt; badinoit D ; elle l'enYeloppa. Ce
c.,usail &lt;' liccnuicusemenl D cl où on u ·ail, fut A.one d'Aulricbe, la première, qui remar« sans retenue, de mots conlraires à la mo- qua les nuances : elle en éprou,·a une amère
deslie el aux comenances ». Les dame
douleur. Le nonce, qui nous en informe,
s'amu-aienl des pas ious que la reine pouvait assure que ces craintes étaient exagérées.
provoquer, les encourageaient, pous aienl Toul le monde épiail. L'amhas adeur d'EspaM. de Bellegarde à des familiarités au moins gne, intéressé à sa1·oir, niaiL; il conseillait à
puériles. C'est ain ·i l}Ue la petite reine allait Anne d'Autriche d'agir avec prudence, de disètre conduite à prêter une oreille complai- simuler lorsqu'elle voyait que les vi iles du
sante aux propos éducteur de Buckingham. roi à la duchesse ou ses conversations avec
Puis, futile et malicieuse, la duche. e de P.lle étaient trop fréquente . Anne, dé ·olée,
Lu1nes, non contente de donner des conseils, pleurait à chaudes larmes, disant qu'elle était
prêcha d'exemple. e s'avi a-t-elle pas :de la plus malheureuse femme du monde, la
s'en prendre à Louis Xlll lui-même! Quel- plus mi ·érable : nëtaiL-ce pas la mépriser
que froid qu'il Iùt, le jeune roi ne pou,·ail que de témoigner à madame de Lurne ses
être indéfiniment insensible aux. charmes préférence devant elle, de lui marquer des
J· une 0011uellerie enlreprenan le. Juslement, allcntions dool elle-même avait été ~enée
eu juillet 1617, la cour anit été agilée par ju que-là? On découvrit que la petite reine
l'annonce que le prince regardait avec une était pas ionnée. Le nonce inlerrogeait le
allention émue certaine demoiselle d'honneur confesseur du roi, le P. Arnoux, qui l'assude la reine, mademoi elle de Maugiron. Le rait que le cœur du prince était pur. Mais
nonce s'en était inquiété. Les Luynes, peul- comment le croire lorsqu'on voyait le roi,
être par intérêt per onnel, s'tltaient empre:;sé ~arrivant à Paris après un long voyage cl ·end'éloigner mademoi. elle de Maugiron en la trant au Louvre, Jaire à la reine une courte
mariant trè loin, en Dauphiné. Devenue ja- visite, pour, de là, monter chez la duchesse
louse el souffrant vivement quand elle voyait de Luyne , encore au lit, à la suite de la

.... rs,. ....

Loms Xl1l

qu'avait eau ées à la fin du dernier des Va- toule imane de nalure à lrouùlcr on cœur,
lois l'ahsence d'hl~ritier direct? EL thacuo avait été de réduire en lui ju. qu'à la moindre
jasait. Les ambassadeurs étrangers entrete- flamme d'amour. Jl n'admettait pas d'autre
naient leurs gouvernements de l'étal étrange manière d'être avec le prochain que celle à
de cc jeune 'couple royal qui était marié sans laquelle, la vie coutumière de chaque jour
l'être : affaire gra,·e cl délicate f Elle allait l'avait habitué. En fait il :e trouvait aussi
prendre peu à peu l'importance d'un événe- éloigné que po sible d'Anne d'Aulrichc. Son
ment, prornquer des négociations, amener confes cur, le P. Arnoux, causant de ce :ujel
avec le nonce, désignait d'un mol l'étal d'esdes échanges de dépèches de cour à cour.
Chez Louis XLII le sentiment dominant prit du jeune roi : a ll anit honlc. i&gt; Et celte
était une rrpul ·ion invincihle. Doué de peu « honte II a\·ail trop facilement raison de ten&lt;l'imagination, d'esprit positif, de tempéra- dances qui, si elles se produisaient, élaient
ment paisible, il monlrail aussi peu de dispo- alténuées, ou arrêtées, « par la crainte du
.ition que ~on père a,ait mnnifoslé de vio- péché ». Dans a conscience scrupuleuse, eu
lence. Pas plus Anne d'Autriche qu'une autre effel, le prince faisait difficilemenL le départ
n'aurait pu émomoir ce garçon calme, qu'un de ce qui élait foule el · de ce qui ne l'était
sentiment religieux prononcé nardait contre pas. Il étendait indéfiniment le ch:i.mp déLoule surprise. li ·'était fait des idées ~é- fc•ndu et son confesseur ne laissait pas que
d'en conclure des réllexions inquiètes : son
vères. Il jugeait - el il l'écrira plu, tard qu'il devait donner l'exemple à son royaume, père a commencé lard, disait-il, pois il a
s'abstenir d'un sentiment quelconque uscep- ~uppléé par trop d'excès le m,le de sa vie :
til&gt;le de provoquer le scandale. veiller jalou- plaise à nieu que le !ils ne J'imite pa", au
sement sur lui-même. Il pourra ètre touché; moin" pour la seconde partie de son exisil l'a été sùremeol; il n'eùt jamais voulu dé- tence. Et alor., il jugeait de son ministère
passer certaines limites, comme il ne les a d'appeler, en confession, l'allention du prince

"ET ANNE n·JtuTJ{1C1fE _ _ ..,

.ons, calmait les scrupules, appuJail sur les
meilleurs arguments : Louis XIn répondait
é,·a ivemenl qu'il voulait ~ans doute beaucoup de bien à la reine, qu'il savait quels
étaient ses devoirs el n'avait pas l'intention
de s'y ·oustraire; qu'à vrai dire, même, il
avait en plusieur fois la pensée d'y onrrer;
mai~ enfin ils étaient jeunes Lou~ deux , dix-huit ans, - il n'y avait pas de temps
perdu; puis, ne se trouverait-il pas des inconvénients à trop . e biiler : n'en pouvait-il pas
résuller, eu raison de leur jeunesse, de~ conEéquences préjudiciables ou dangereu e ? Et
le nonce Bentiroglio, auquel le P. Arnoux
rapportait ces conlidences, répondait en invoquant « le grand hien de la chrétienté » :
que le confesseur re, înt à la chargt&gt;, qu'il
multipliât es in tances, qu'il emplol·àl ~es
bons ol'fices à asrnrer la stabilité de cc mariage: c'était le vœu de tou el nul n'} pouvait mieux réu ir que lui : le P. Arnoux
promettait.
Mais alors, pressé de nou,eau. Lnuis XIII
in\'Oquait mille prélt!Xle~. Pui.. fa1igué, il se
cou6ait, il a,·ouait : le sourenir pénible qui

Gravure dt Cll!Sî'IN Dl! P.-8.

Lu1nes sera mort, toute celle 1,ympatbie
réelle ou simulée s'évanouira llour ne plus
lai er place qu'à une animo ·ité étrange. Au
moins ·i madame de Luyn a\'ait lanl contribué a,·ec l'entourage à Lenir brouillé le
ménage du ouverain, le duc, avant &lt;le di paraîtro!, avait-il, par une compen ation signalée, rendu au couple royal cl au royaume
un considérable servite.
Célébranl dans leurs écrils les grandeurs
de la maison royale, les poètes du temp regrettaient amèrement l'ab ence d'un Dauphin ; ils l'appelaient de leur rœux ; la cour
le désirait; le peuple l'allendnit. Les sentiments réciproques du roi et de la reine,
héla ! ne rendaient guère vrai emhlable l'éYéoemenl ~ouhailé. Sans doute les moralistes
vantaient la tenue exemplaire du roi. Combien il était différent de son père llenri I Y!
Lui, au moins, montrait « une vertu angélique )) . Malheureusement cC'ltc vertu était
poussée à un trop haul degré. L'entourage,
le monde diplomatique, gouYecnemenl et
royaume commençaient à s'inqaiéler. li
s'agissait du trône el de ~a uccession. En
ca de morL du roi, n'étaik&gt;n pas menacé de
roir se renouveler les d1f1icullés sans nombre

UN TOUR:SOI SOR LA PLA&lt;;E Rou.LE. -

jamais dépassée . Mais le ré ullat d'une pareille discipline, de cette obligation qu'il s'élail faite à loi-même de chasser de sa pensée

&lt;ir:ivurii Jii C RJo Pl!I P.i: P.-s.

sur le 1·érilahle de,•oirs que lui imposaient
les conditions dans lesquelles il se trou\'ait.
li insistait; sobrement il énumérait les rai..... 155 ...

l11i était demeuré d'une velléité, d'aiUeur
inutile, en 1615, à Bordeaux, après on mariage, lui aYait Jais é d'insurmontables ap-

�________________________________________.

,,._ 111ST0~1.ll

préhensions. JI répétait qu'il e croyait Lrop
jeune. qu'il n'éprouvait que de l'éloignement,
el le coqfc·,eur in,istail encore, di.ant 4u'il
o 'était pl po, ihle de différer indéfiniment,
que l'opinion ne pourrait admettre de pareils
a termoiemcots.
Tout fo mondt! 'y mit. Au nom du roi
d'E pa"nt•, l'amli:b ·adcur llonLeleooe viol
appuJcr de ses in ·tanœs; ~on ma.ilre. déclarait-il, ne désirait rien tant 11uc de voir la
rcioo régnante, sa fille, dan. le bonnes gr;1cc ·
du roi. Loui,, Xlll rJpondait toujours 11u'il
étaient trop jeunes, qu ïl fallait attendre.
\lonteleone offrait alors des cbosc c,trnvaganlcs, de faire apprendre à la petite reine à
,e montrer aimaLlc pour lui, à le .éduiu, ou
hien à user de prii•re:, et de larmes. Le roi
aga.ci: répli11oail 11u'il ne l'Oulait pas. Le soir
de celle con1ersatiou. Loui · XIII se trourait
dans l'appariement de la reine; au DIUIDl'Dl
oi1 il allait prendre cong :, le dame· d · l'cntour,1ge d'Anne d'Aulrichc ~~a~t':rent de le
décider à rester; il refusa; elll' le upplièren l; il parut impatienté; les instances en
1inn1t à cc point qu'il se d(o agea ri·vt·mcnl,
pronunçn quelque- mot dur cl sortit. Le
lendemain, la comte e de Soi~ on était
olilinée d'aller le trouver, afin du c.1lmer sa
colère et d·cxpli11ucr que la démarche de la
,cille était c.,u ée par l'ardent intérêt 11ue ces
dJmc portaient à leur so1nwaiue. a Lai 0

l-ons faire le t1•111ps, » di ail le nonce mélan•
coli11uemcnl. C'ét:tit Luyne qui allait réu sir.
1 'e perdant pas courage, le P.•\rnou\, qui,
à eha4uc oonh ·ion, répétait ~c · cooscib,
disail à Bcuti1o·•lio, en d~ccml,rll 1{i 17, 11uc
le duc de Luynes se déciJait à joiodrc ·e~
clforb. aux siens. Ou crut &lt;f u'en janl'ier 1618
oa allait aboutir. Le O a dll la cour ~ 'inLerru"eaienl i le roi arail tant d'appréhension , déclaraieut qucl11ue.,,un , c1ue ne 'adressait-il d'abord à Je · complaisance, facile.~,
déJà éprouvées, qui ne demanderaient pas
mieut c1ue de lui d no r l'a ~urancc néces, ire; ou fo lui cori-ciUait. \Jai le c.onre seur
u récriait scanda li ·é : il n'était pas po. si bic
que a laje té tombàt dans un tel péché! Le
roi était de cet a\'i1-. Alor,,, Jîidai3neu "S, les
d mc5 e. pagnt,I · de la m:ii on d'.\noc d',\utriehe. •JUi étaient coeur.: là, a urai nt ,pie
Louis XIII &lt;c ne valait rien » : u ,iatière un
peu délie.ile, ,·e1cu. ait le nonce, on envoyant
œ · détail~ au plpe; c'e, 1 panrqooi j'ai voulu
en éc:rire en particulier à \'otrc .:aintclé. ,
füi~, pendant cc lcmp·, timide el émue,
la pamre petite reine•, au courant de ce 11ui
~e pa,sait, sfJntail ob. cur :,nt!nl grar1dir en
cil• un allacbcmcnt myslérieu\ pmr le mari
11ui semhlait ainsi la fuir. 1ne alfo:tion troublante l'envahissait, ré ultat de l'allenLe.
Comme fa "Ciné, . on cœur se tournait ver le
roi. On rcm:m1uai1 •1u'ulle tco:1it maintenant
1

à parailr1· plu bellP pour lui, 1iu'ellc le re"ardail lon 6 ucmcnl; oo constatait aus-i •tOI!
peu à peu Louis .\Ill de1enai1 plu· aimable,
csqui~saiL de va!!lles caresse , s'altarJait;
pui · Lou, deu 'arrêtaient : &lt;&lt; Quel11utlfois
il - eussent ,oulu s'engager da,antage : la
honte retenait leur. dé~ir... »
L'été de IUI pwa. Loui XIII en restait
toujours ii de ,·a0ue paroles. Parfois de nouveau\ indices faisaient c.,;p~rer, pu i · la réaliL1:
JémcrllaiL. Le · ambassadeur· étrangllrs annonçaient ;1 leur~ cours une date fixe, ••o:uite
amuaicnl qu'il s'étaient trompé·. On upputait quels t:taienL ceux c1ui pon,•aicut dJ:&gt;ircr
l'é,·éncmcnt. ceux qui pouvaient le cr.iindre.
Le remoi de· dame~ c 'Pa••noks ful le préle le d'une ·orlu Je prome. c. .\u 110m du
roi, Lu}ne. dit à l'arul,a~ adi:ur d'E~pague
que, qi elle 'en allaient, le roi e déciderait : « Cela était crrtain, aflirmail Lu ocs à
Fernando Giron, parce que le roi me l'a promi· et •1uïl lil'odra sa paroh·. 11 Le Espa•
gnolc~ . 'en allèrent. Le 17 jamier WIU
Giron mandait au roi l'hilippc 111 : u Yoilà
11uaran1e-huit jour:. 1111c l;i comtcs.e. de la
Torre e~L partie; le roi d la reine \:Îvenl loujour en frère et .-œur ! &amp; LuJne.s Lèuait lion.
Il a1'aiL cru pouvoir profiter dl' l'incident, il
avait échoué; il allait chercher à eu utiliser
d'autre , et, celle fois, ahoulir.
(A sufrre.)

Lou1 , H1\ TIFFOL.
l'ARI Al ' X\'11•

La notncllc dt• ~on débar,1u •ment à Fnlju~

Bonaparte et Joséphine

élail dt~à p.1ncuu1'. ;i Pari_ par une dé-

pêche.
Mme Uonaparte, dinant d1cz Gohier 1• jour
oir il reçut n:Hc Jl:pêche comme pré.idenl du
Directoire, prit ~ur-lc-t:hamp la r'·,oluliou
Ce fut 11 Fréju · (au rl'lour de sa c;irupague d'aller au-devant de on mari, ·tchanl comdt"}Ph•) 11ue le général Bonaparte apprit hien il était im porla11L puur die de n'être pas
Ioule l'étendue de nos rcver d'lta.lic.
d ,, :incée par Il;!; frère du général.
Uécidé à c rendre eu Ioule hàtc à Pari~. il
' Il •~ i11di nétion d,i Junot, m la f,•m111c
partit dans l'aprè -midi ùu jour même de
du prenucr Cou:.-ul, près dt'." uurrc tfo
nuLr • déhar11ueme11I.
Mc~soudi,d1, aprrs avoir c;,usé une vive e:..Partout ~ur la roule, ;1 .\ix, à Lyon, dans plo inn de fureur jalouse, n'a,aient Jia · lai ~é
les rilles, dan .. les village.·, il fut reru comme
d'abord de lr;1i;e, .1ppar •nie:,·, mai, Bonaparte
à l"réju., c'e t-à-dire avec de, acclamations u'en était pas moins tri proie à de .. oupçon
11ui t.cnaienl du délire.
enet et le· imprc. ions f';ichcu c · produiLe province~ en proie à l'anarchie, ra1·a- lt· par les parok~ tic .fuool n'était•nt pas engéc;; par la "ucrrc cil·ile, :laient ince. sam- tièn·mcnt di~,ipfr ).
ment rucnne&lt;:es d'une "uerre élrannère, .• le
Quand Jo é11hinc rC\·iul à Paris, nous
route - étaient info too de bri••ands, ... Lout étions dt!jà.
portait les jgues de la di- olutiou : le déL~ ~ouvcnirs du pa ,é, les récits haincu
·ordre était partout.
et en,enimé de ·es frères, l'exagération de·
On cherchait un homme qui pûL rendre la fait ·, avaient cxa~pfol Bonaparte au d rnier
lranquillité à la Frnnce épui ée .... Per~oone IlOiot; aus ·i rt·çul-il Joséphine avt.'C une sé,éue félait encore rrncontré.
rilé ctlculée et l'cxpmsion de la plus froide
~ou arri,àme à 11ari~ le j4 1eudéiniaire indillcrcm:e.
( 1li o&lt;:tobr • 1799 ). Ilonap,trle o·a,ait encore
Il rc ta lroi jours ~an communication
élé mi au courant de rien, car il n'arnil r o- a,ec elle, et pend.ml ces troi. jour· il m'l'nconlré ni ,a femme ni ses frères, le~11ucl ·
trcliut sans ccs~e de .::-e .:oupçon~ que ~on
couraient en ,·aio ~ur la roule de Bourgogne imagination channcait en certitudes et ouf'OUr le joindrll.
1ent des menace~ de divorce orlirent de sa

l,ow,he, :nt.&gt;c 11011 moin~ dl! fureur que sur
lt• confin~ de la ·)rie.
Je repri · le rùle de conciliateur que j'a1ai
déjà n·mpli avec sucre. Ji! lui repré~eutai
combien de danger résulterai 111 pour lui de
la déploralile pul,licité IJU'eulrainerait le
:cando.le de plaidoiries. Était-ce au moment
oir ses grand · projet· allaient p ·ul~tre ~c
ri-afücr qu'il devait entretenir l'Europe cl la
France tics détail· d'uue accu ·ation d'adullère'!
Je lui parlai d'llortwi.c cl d'Eug~ne 11u'il
aimait Lcaucoup,enliu je neréu si~ pa moins
liieu «JUC la première foi'.
.\pr'·s ces troi jours de bouderie conjugale, leur union ne fut plu· troublée.
Dès le lendemain de oo arri,é ', Bonaparll!
avait fait une vi. ile au Directoire. L'entrevue
a,ait été des plu froides, el il me dit le
2i octobre:
- J'ai affecté, à un diner 11ue j'ai fait
chez Gohier, de ne pa. renarder ieJès qui y
élaiL el j'ai rn toute la ra 11e que ce mépri
lui causait.
- hc -mus ùr ,1u'il oil contre mu '!
demandai-je.
- Je n'en .ai~ rien encore, mais c'e.:t uu
homme à ysl .,me que je n'aime guère.
Donaparle pco~ait déjà, dans cc moment,
à ~u faire cilirc ffil'robre du Oircctoire à ~a
place.
8 CH.RIE. ·. ' E.

... 156 ....

Ji;cu:. -

l.r.

f'o:-.T , ·r.ur [ T u POIIPF. OF. 1

gAII\RITAl'it; . -

,,.

tr~s

1mt.inricnnt e$131rtft,

TOLE FRA CE
dt r Acadhnlt /r3TI ÇJ/St.
et,

_Les carrosses a' cinq sols
Peut•t'·lre n·e. t-il pa . . ans inlrrN dt• ron idércr depuis combien de temps le' lourd
omniLm,, ou, du moins, leur antùtre cl
leurs analo"Ul!l., ill,mnenl, ~an Il': r111l,cllir, le rues de la ,·ille pour la commodité
dt&gt;s lialiitaot~. IJ _erail, ,ans doute, facile
d'e ·'luisser, d'aprè de document eoulemporains, une pl'Ûle hi·toire d,: l'orininc d:!omniLu . Chemin f:iisaol, on y renconlfl'ra1t
cdle de. fiacre et l'él}moto,,ie de re mol.
Les premières voitures de louage datcnl
dl' HH:,. llo nommé auuge les avait étaLlies. losratitudc des homme ! le nom de ce
1,ienfoilcur modt te e~l lomllt! dao l'oubli,
cl il y a peu de lhanc pour qu'il en,- orle.
Le père La bat, dans • •s ~ 011age., il E ·11ay ,1e et ,fltlLLie, écrit :
J~ mr. . uvien, J'aruir ,u I,• pn·mi,•r ca1-r1&gt;- ••
,le lunag,· 11u'it ,· ail Pit à }1;1ri,. On l':rprelait le
cu11-,,$ e ii rin11•1ol.,, p;1rcc qu'on ne 1~1iail gur

t·1nq sol, p;1r h1•ure. ~11 per-onn('S ! 11111nai,•nl
p;11·1·t! qu'il i 3\:111 dl's porlii•re~ 1111i SIi liais•
-aient, commP on en ,11il 1·ncon~. :,ujnurd'hui.
;11 c1,d1(', l'i :tut carr-o,u•,: ri. eomme il 11' ·
a1ail pas 1•111·11rr tic lanterne, dans h•s l'UP' , n•
1-:11-ro.sc 1'11 a111il une planlt:,. ,ur uni• 1ergl' tl,•
f1•r. au roin ,le l'impèriale, à la !!aud1c du corh 'I': f'()tlt• tu111ii•rt• I'! Ir rli11uelis qu,1 Iai ·ait•nl
li·, 111,·ml,rl•~ mal :1. ,1•111l11,1s le fai,ai1•11l 1t1ir t'l
,·nl ndre ,le (nrl loin. Il lo;;e:ait i1 l'ima~e ,J,, ,~iinl
Fi'1n,•, ,1'111'1 il prit f., 011111 ru jtt'U ,le l1·mp,. nom
q11_·1~ ~. t·n,uil1', romm11ni11m1 ;1 Inn, c1•111 •1ui nnl
•'Ir •

. Ill\ l,

Ces carros e commun' curent tant de .. uccès qu'un peu plu~ ,~rd, en Ili:, i, \1. de
GilT)' fui autori é, p_ar privilège royal,_à éloblir des fiacres laltonnanl . ur la ,·oie publique, el qui .e louaÎî.'lll à rnlontè, ~ . 'rt
heur · du malin à ~rpl heures du ,orr. Mai
on n'en était pa re,té nu prix mode:te de
• cinq .' ol I&gt; .
... J5~ ...

Aujourd'hui, dit lontcil, foi,1nf p:1rl1•r un t•·r•
,le c ,u,, ép,,que, auj,mril'hui, ;1 l'.iri:, cl
,·raisi•mhl:1Lli•111~111 ilan, 11· :1ulrl•~ •ranJe 11111•&lt;,
wuq 1•· ye1 un tii-1. tlt• plu, 1111'11 Lundr,·~. vingtcinq ,ou po111· la pi-cmii•n• beun• ,Ji, t·11ur,c _en
fi~rr,·. 4!1, pour !,•. :iulrc. h,•ur •. , un peu morn
q11';1 L11n1lr1·,. IÎn"l -,ou~. ~ n·e,1 pas trnp pour
mu,, ,i vnu, an•z 1mc certai11c fortun1•; 1·',,.1
trop. ,i rou~ ne l';m•z l' ,, cl rnu~ ail,,, à pird.
-;onnai•c

Comm,• le jour . orl ùe la nuit, l'omnihn
orLit du fiarre ..\u tau,: qu'on 1ienL de mir,
un c.irros,e ùe louane arrivait à. coùtcr une
ou deux pi~toll' p3r jour. Le duc de lloannez, gouvcrnl'ur du Poitou, le 111ar11uis dl'
'ourches, nraud prd,ot de l'hôtel, d le marqui de Crenan. grand écban,on de Fraoce,
conçurent l'idée d'établir de. ,·oitures corumune. 11 l'u. O!.!e de, bourgcoi~. et c'c t là,
celle foi,, l'ori 11 ine ,fritable et le. ,éritablt•'
anct~lrt1 de no omnilms. Le 1!I janvier 160':!,
il· obtinrent lellrc · patente · à cet effet. ( 11

�. - - fflST0:1{1.Jl
certain nombre de riches parliculiers avaient
engagé des fonds dans l'opération. La famille
Pascal, étroitement liée avec la famille Roannez, était parmi les plus importants des fondateurs. Illaise Pascal prenait une part active
et un grand intérêt à l'établissement. Mais
ce n'était point, comme on peul croire, par
esprit de spéculation que le pieux nlaise était
entré dans l'entreprise.
Dès que l'affaire des carrosses fut établie, dil

Mmo Périer. sa ~œUl', il me dil qu'il voulait demander mille francs sur sa part à des fermiers

avec qui l'on lr:iilait, si l'on pouvait demeurer
d'accord avec eux, parce qu'ils élaienl de sa connaissance, pour envoyer aux pauvres de Blois. Lo
pars de lllois avait été, dans l'hiver dl' 11î62, en
proie~ une clfroyàhle détresse; et, cmnme je lui
dis que l'alfoire n'était pas assez sûre pour cela cl
'(U'il fallail atlendrc à une autre année, il me fil
aussilùt wlle réponse qu'il ne voyait pas grand
incOJJ\'énient à cela, parce que, s'ils perdaient, il
le leur rendrait de son bien, el 11u'il n'avait garde
d'allendrc :i une autre année, p:irce que le besoin ét:i.il trop pressant 11our dif.fürer la charité:
et, comme on ne s'accord:iil pas a\CC ces personnes, il ne pul exécul!•r cette résolution, p.ir
Jaqu,!lle il no11~ fuisail voir la vérité de ce qu'il
nous avait dil t:mt de fuis : &lt;Ju'il ne S-OLtb:i.itaiL
avoir du bien CJUO pour en a$sÎster les pauvre•,
puisque, en mème lemp · ljUC Dieu lui donnail
l'e~pérance d'en avoir, il commenç:1il à le tlistl'ibuer par arnnt uième qn'il eu fùl a,suré.
Le privilège ÎUL enregistré le 27 février
1662, el moins de vingt jours après, le
:1.8 mars 1662, les premières voitures commencèrent leurs courses dans Paris. On fos
désignait, comme leurs devancières, sous le
nom de car1·osses à cinq sols.
Mme Périer a tracé le tableau curieux de
cette journée d'inauhru.ralion.
L'établis cmenl, écrit-elle, le ~J mars, à Arnaud de Pomponne, commen&lt;;a saml'di, à sept
lu•ures du matin, mais avec un éclat el une pompe
merveilleux. On distribua les sept carrosses dont
on a fourni les premières routes; on en emoia
trois /1 la porle Saint-A nloine et quatre deHtnl le
L111emoourg, où se lrourèrcnt, en même Lemps,

deux commissaires du Cb,ltelet en robes, quatre celle de la rue Saint-Antoine au Luxembourg.
gardes de M. IP grand préYôt, dix ou douze ar- Devant le succès de la première tentative, on
chers de la ville et autant d'hommes à cheval.
ouvrit bientôt un second parcours. On avait
Quand loulcs les choses furent en l'état, me,- d'abord pensé à un trajet qui eût suivi toute
ieurs les commissaires proclamèrent l"établissement, el, en ayant remontré les ulililés, ils exlwr- la longueur de la rue Saint-Denis; mais, sur
tèrenL le bourgeois de tenir main-forte el décla- un mot de Louis XIV, on se décida pour la
rèrcn 1 11 Lou l le pt&gt;ti l peu pie que, si on faisai I la rue Saint-Honoré.
moindre insulte, la puni lion sl'raiL rigoureuse, el
Lr.s marchamls de la rue Saint-nenis, ~cril enils dirent tout cela de la part &lt;lu roi.
Ensuite, ils défüTèrcnt au1 coche1 s chacun core Mme Périer, demandent une route arnc tant
leurs casaques, r[ui rnnl bleues, aux couleurs du d'instance, qu'ils parlaient même de présenter
roi cl de la ville, avec les armes clu roi el de la requête. On se disposait à leur en donner une
ville sur l'estomac, puis ik co1mnandèrcnl la dans hnil jours; mais, hier, au malin, Mll. de
marche. Alors, il partit un carrosse avec un Roannez, de Crenan et le grand préfôl éLaicnl
g11rde de M. le grand pri:Yi1t dedans. Un demi- tous trois au Louvr.i; le roi s'entretint de celle
qna1·Ld'heure après, .on en fit p:11 tir un autre, el nouvelle avec beaucoup d'agrément, el, en s'apuis les dt!ux àutrcs d,ms drs tli~t~nces paralli.•b, dre~sanl à c1•s messicun:, il leur rlit :
-· El noire route, ne l'ètaLlirrz-vous p~s
ayant char1m un garde, qui y dt•mcurèrenl tout
bicnlôt'/
cc jour l.'1. En même lcu1ps, les archrrs de fo
Celle pal'Ole du mi le~ obligea rie penser i1 celle
ville et les gens ile cheval se r61i.~ndirrnl tians
de
la ruo S~int-lloaol'é 1•l rie différer quelques
toute la route. Du coté de la porte Sainl-Anluine,
on pratiqua le mèmes cé,:èmonics, à l:t mêtne jours celle ,le la rue S:1inl-Dcnis, Au reste, lt• roi,
hc1,n•, pnur les trois carrosses qui 'y étaient , &lt;'ll- en pal'lant de cela, dit qu"il voulail qu'on punit
dus, i'l on où~c•rva les mèmes chose-• qu'à l'autre rigour(lu,emeol ceux qui rcrail'nl la moinilre
côté pour l,·s g:1rdes. rour le atdwrs et pour le.~ insolence t'l qu'il ne Iouh1il p~s qu'on lrouhlât en
gens &lt;lr cheval. Enfin, la chose a élé si ùirn cou- rien l'iltablis5enll'nl.
duill', 11u'il n'est pas arri1é le moindre Msordr~, •
Celle ligne de la rue s~int-Ilonoré, allant
et cc~ cuiTosses-là marchent au si pail'iùlemcnl
de
la rue Saint-fioch à la roc Sainl-Antoill(',
comme les autres.
fut inaugurée le 16 avril f li02; le 22 avril,
~fème on ne s"explique pas très Lil'rr qat1ls une ligne alla du carrefour Saint-Eustache au
étaient ces dé ordres que reJoutaicnL si fort Luxembourg; et, le 5 juilll't de la même anle roi el la pré,·ôlé. Les nomelle voiture ne née, une quatrième ligne partait de la rue de
pouvaient ~tre que populaires; elles n·y mr,u- Poitou, au coin de la rue de llerri et de la rue
quèrenl point.
J'Orléan , pour se rendre au Luxembourg.
Nulle gravure reprrsentant les cal'rosses ù
Le premier el le !it'Crlll() jour, dit eocort'
cinq
sols n'est pan·enue jusqu'à nous. Un
ftlmc Péril!r tians la 111émc lcltre, le monde étail
peut, cependant, s'en foire une idée d'après
1~1ngé sur le Pool- cuf el dans Ioules les ru1'S
pour lt&gt;s rnir p,l ~er, cl c'etait une chose plaisante les dires des ronlt mporains. Il-, pou,·ai&lt;'nt
de voir Lous les artisans cesser leur ouvrnge pour contenir huit per onues: de longues soules regarder, en eorlo que l'on ne fit rien samedi pentes posées sur des nwulo11s les suppordans toute la route, non pllls que si c·e(Jt été une taieuL. On appelait moulom des pièces de
fète; on ne vopil partout que des vi ages rinnt~, Lois, posées à plat sur l'l's~ieu de carr"~ges,
mais ce n'était pas un rire de moquerie, mais un Le haut des moutons était indiqué par un1,
rire tl'agrémenl el de joie, cl celte commodité stlro111•a si grande que loul le monde la souhaita, ou plusieur" fleurs de lis. C'était là, à peu
près, la forme des carrosses que nous pouchacun dans on quartier.
vons voir dans les tableaux de Van der MeuIJue seule ligne avait été établie, en elfet, len.
ANATOLE

FRA~CE,

•

DUBLIN A LA FIN DU

XVJI[•

SIÈCLE :

LE c

TrlOLSEL •

(SIEGE DU Co:sSEIL COMIIIU~AL). -

J)'a()rès une ancienne eslamfe.

TEODO'R DE WYZEW A
dp

Les

.
memo1res
,

'

d'un aventurier irlandais

d~ 1",.\ca,tcmie française.

La duchesse de Nemours

Mme de Nemours, de la maison de Longuc,·illc, élait eitraordinairemcnt riche, et
vivait dans une grande splendeur el arnc
beaucoup de digniléj mais ses procès lui
avaient tellement aigri l'esprit qu'elle ne
pouvait pardonner. 1':lle ne finissait point làdessus; et quand quelquefois on lui demandait si elle disait le Pater, elle répondait que

oui, mais qu'elle passait l'article du pardon
&lt;les ennemis sans le dire.
Un peut juger que la dévotion ne l'incommodait pas. EUe faisait clle-mème le conte
qu'éLant entrée dans un confessionnal saas
être suivie dans l'église, sa mine n'avait pas
imposé au confesseur, ni son accoulremenl.
Elle p3rla de se grands bit?ns, et beaucoup
&lt;les princes de Condé et de ConLi. Le confesseur lui dit de passer cela. Elle, qui seutait
rnn cas grave, insista pour l' e.x pliquer, et fit
mention de grandes terres et de millions. Le
bonhomme la crut folle et lui dit de se calmer, que c'étaient des idées qu'il fallait éloi-

gner, qu'il lui conseillait de n'y plus penser,
et surtout de manger de bons potages, si elle
en avait le moyen. La colère lui prit, et le
confesseur de fermer le volrl. Elle se leva et
prit le chemin de la porte. Le confesseur, la
voyant aller, eut curiosité de avoir ce qu'elle
devenait, et la sui\'it à la porte. Quand il Yil
celle hoonc femme qu'il croyait folle reçue
des écuyers, des demoiselles, el par ce grand
é,iuipage avec lequel elle marchait toujours,
il pensa tomber à la renverse, puis accourut
à sa portière lui demander pardon. Elle, à
son tour, se moqua de lui, el gagna pour ce
jour de ne point aller à confesse.
SAINT-SDlON.

Un soir du commencement de l'année :1. 788,
tout le beau monde de Dublin était réuni à
table, dans l'hôtel somptueux du duc de Leinster. TI y avait là, à côté d'un grand nombre
de dames de l'aristocratie anglaise et irlandaise, les principaux représentants de la «,jeunesse dorée » de l'endroit: membres du Club
du Feu d'Eufer, dont les mystérieuses orgies
faisaient à la fois le scandale et l'orgueil de
la ville, ou bien de ce Club de Daly dont les
volets, - toujours fermés d'1puis midi, pour
que l'on pût y jouer avec plus d'entrain à la
lumière des lampes, - ne s'ouvraient que,
de Lemps à aulrt', pour livrer passage à un
tricheur qu'on lançait à la rue. JI y avait là
quelques-uns de ces bucks (daims, ou Loues)
1. Buck Whaley's Iemoira, eilited, u•il/1 fot,·o duclimi 0111/ Notes, by Sir Edword 11llivan, 1 vol.
ia-8•, Londres.

de Dublin, que toutes les capitales de l'Europe
enviaienl justement à la capitale irlandaise :
le Buck Sheehy, lord Clonmell, ou peul-être
ce Duck English- qui, un jour, au cabaret,
ayant tué un domestique, avaiL simplement
réglé l'affaire en demandant qu'on lui comptât
ce domestique, sur sa note, pour cinquante
livres sterling. Mais le héros de la fête, ce
soir-là, était un autre buck, Thomas Whaley,
un garçon de vingt-deux aus, dont on savait
qu'il lui avait suffi de cinq ans pour dépenser
toute la grosse fortune qu'il avait héritée deso·n
père. ,hecle dernier argent qui lui restât, Wbaley venait de se faire construire, à Plymouth,
un vaisseau de deux cent quatre-vingts tonnes, armé de vingt-deux canons. Il avait
commandé ce vaisseau sans avoir la moindre
idée de l'usage qu'il pourrait en faire; et
comme, après le souper, quelqu"un lui de-

mandait, par plaisanterie, vers quel lieu du
monde il complait d'abord se diriger, c'esl à
tout hasard qu'il répondit : « Vers Jérusalem! » La réponse fut accueillie par un éclat
de rire unanime_ La plupart des assistants
affirmèrent que Jérusalem avait cessé d'exister depuis des siècles, de la même façon que
Babylone, ou que Tyr et Sidon; les aulres
soutinrent que, si l'ancienne cité bihlic1ue
existait encore quelque part, ce n'était pas
Whaley, en tout cas, qui parviendrait à la
découvrir. Le jeune buck, qui aYail toujours
adoré la contradiction, fut ravi d'une aussi
excellente occasion de rn faire valoi1· : il s'offrit à parier, contre Lout le monde, qu'il irait
à Jérusalem eL ~erail de retour à Dublin avant
deux ans. Dès le surlendemain, les enjem: du
pari avaient déjà dépassé 12 000 livres sterling.

�________________________

- - - fflSTO'J{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

,

C'est ainsi que lut décidé Je l'opge de
Thomas Whaley en Palestine. Et le voyage
eut lieu, en effel, - mais non pas sur le

déjà adopté fa coutume de fumer; mais mon com-

faite en vue de l'impression : au bas de la
page du Lilre, écrite à l'imitation d" un titre
imprim~, on avait mis : 11 Dublin, 1ï07. 11

COUR DU CHATEAU DE DUBLIN.

vaisseau commandé à Pllmoulb, le jeune
homme s'étant ,11 contraint de le ve11dre,
aussitôt construit; - et \\haley, s'il eut infiniment de pl'ine à loucher IPs ommes qu'il
a,1ait gagnée., s'acquil du moins, par cet exploit, w1e célébrilé immortelle : car il n'y a
per.onne, aujourd'hui encore, en Angleterre
comme en Irlande, qui ne connais e le nom
de ce &lt;c Jerusalem Wbaley 1&gt; t[Ui, - pour
citer une des innombrables chansons composée. à a gloire, - « étant très ~ court d' argent, el ayant l'habitude d"élonner son monde,
a parié plus de 10 000 livres qu'il Yisiterail
les Lieux Saints ». lai on s'était toujour
demandé, jusqu'ici, ce que pouvaient ètre
devenus les mémoires que l'aYenlurier irlanJai passait pour aroir écrits, au retour de
son wyage; el la surprise et le plaisir ont été
grands lorsque, il î a quelques années, l'on
a appris que ces mémoires qu'on croyait
perdus allaient enfin être pub]j ~ ·.
Ils aYaient été découverts, au cours de
l'année I ou:&gt;, par un érudit irlandai , sir
Edward Sullivan, dans de circonstances assez
singulières. Étant entré, par ha ard, à Londres, Jans une salle de n-nte·, sir Edward
s'était fait adjuger deux volumes reliés, que
l'on vendail uniquement pour la beauté, ou plutôt pour le luxe un peu prétentieux, de leur reliure. ous celle reliure en maroquin rouge lourdement doré e lrou,•ait un
manuscrit, signé des initiales W. M., et intitulé : rayage dans dfre1·se · parties de
f'Eut"O)Je el de l'Asie, el notamment à Jfrusale111, avec un récit sommaire ile la i•ie cle
f'a11/em•, et ~es mémoires 11rh•é.~. Le manu:-crit était une copie très soignée, é,·idemment

Et un coup d'œil jeté sur le texte suffit à ir
Edward 'ullivan pour lui prouver !file le
dem: vo1 umes qu'il venait d'acheter étaient
bien le- mémoire inédits de Jerusalem Whaley, dont un ami intime de celui-ci avail fait
mention, dans une notice nécrologique, en
1800, au lendemain de la mort du voyogeur.
Cependant, le nouveau possesseur du manuscrit ne voulut point s'en tenir à celle première certitude, el se lina à une lon!,(ue enquèLe supplémentaire, 11ui eut pour ré. ullat
de rendre al,solument inconleslab1e raulhcnlicilé de sa précieuse trouYaille. Non seulement, en elîel, des descendants de Wltaley
mirent à sa disposition un aulre manuscrit
des mêmes mémoire , mai il eut encore la
bonne forlune de découvrir le journal de
roule d'un certain capitaine Moore, CJUi avait
accompagné \ haley à ,Jérusalem, et dont 1e
récit concordait pleinement avec celui &lt;lu célèbre a beau o irlandais.
[t, de la confrontalion de ce journal de
roule du capitaine loorc avec Je· mémoires
de "haley, une seconde condujon 'est
trouvée ressortir, qui doit a ,oir achevé de
décider sir Edward Sullivan à la publication
de son maou·cril : c'e t que Whaley, a\·ec
toœ es ,ices, n'a jamai menti, dans ce
qu'il non raconle de e aventures. Le fait
est qu'il n'y a pa~ no seul point, dans toute
sa relation du Yoyage à ,lérusalrm, 011 son
récil s·écarte sérieusement des notes prises,
an jour le jour. par .on compagnon: de telle
sorte que nous avons tout droit de supposer
que Wbaley n'a pas été moins véridique dans
cette antre partie de sei; sourenir 011, faute
d'a%ir personne pour no11s permettre de con-

lrôler ses affirmations, nous sommes plus ou
moins forcés de le croire sur parole.
Celle autre partie, malheureusement, Lient
assez peu de place dans l'ensemble du manu crit : soit que Whaley ait considéré son
rny:ige à Jérusalem comme l'événement capital de sa \'ie, ou plutôt que, aianl recueilli
des notes tout le long de sa roule, il ait voulu
ensuite les utiliser jusqu'au moindre détail.
:ur les 510 pages qui remplissent ses Mémoires, dans l'édi Lion nourelle, le Fameux
voyage, à lui seul, en occupe tout près de
250; et l'on ne peul 'empêcher de regretler
que l'auteur n'ait pas traité avec le mèmP
déreloppement maints aulres épisodes Je son
aventureuse carrière, qui am·aient eu beaucoup plus de quoi noas intéresser que son
itinéraire de Dublin à Jérusalem.
Non pas, pourtant, que cel itinéraire soit
jamais ennu)enx, ni m1~mc qu'on ne pui sel'
trom-cr une foule de petites particularilrs
inslructÎ\•es ou diverti santes. Tout en étant,
à coup sùr, ce qu'on pourrait bardimmt appeler un &lt;c drôle o, Jerusalem Whaley est un
homme fort intelligent . lettré, spirituel, bon
observateur, avec un mélange singulier de
résignation philosophique el de CJnisme in génu. Lors même que, uivant l'usage invariable des vo-yageurs de ~on temps, il emprunte à d'autres livres les éléments de ses
descriptions, il sait donner à se emprunts
un tour original; et souvent aussi il regarde
et juge pour son propre compte, notamment
quand il s'agit des femmes, dont il reste également curieux sous toutes les latitude , ou
encore quand il s'agit des mille formes diverses que prennent, dan les divers pays,
toute sorte de vice. dont per onne ne connait
miell\ q1ie lui la forme anglaise, ou ·européenne. Il y dans son livre, des portraits
d'ivro"ncs, Je joueur", de proxénètes, de
charmants el dangereux coquins, que j'aimerai à pot1\'0Îr citer, en leur oppo :ml même
une ou deux ligures naïvement touchantes de
brave gens, comme celle de ce Supérieur dl'
la mission catholique de Jérusalem. qui félicite si chaudement le jeune homme de l'oLjcl
pieux de son pèlerioagP, que \\"hale), rouge
de honte, se demonde 'il ne va pa lui révél«&gt;r le véritable objet de on excursion au
tombeau du Sanreur. Void, du moins, quelques passag«'s, que je prends un peu au hasard, et qui pourront donner une idée de
l'allraiLpiquant de cc long récit :

ÙS .M"ÉJKOT'l (ES D'UN AVENTZmlER. 11{1.JlNDJl1S - - ~

pagnon m'informa que je parailr:iis CJ.t.rèmemenl
impoli si je ne fai. ais pas, tout au moins, semblant
de fumer. Il me fallut donc me mellre une pipe
entre les lèn-e ; el ain i non rcstâme , pendant
plus d'un quart d'heure, sans qu'une seule syllabe fùl prononcée, bien qu'il I eùi plus de Yingt
personnes réunies dans la salle. Puis on nous
sen-il de douceur , et un peu de café sans sucre.
Enfin, après celle collation, le douanier Lnrc condescendit à rompre le silence, et nous dt!manda
si nous arions, dans nos malles, au Ire chose !fUe
tles ,êtements. Sur noire rtiponse négative, il
ordonna aussitôt t{ae notre bagage nous fùt délivré san être ouvert. Je lui présentai alor~ ma
lorgnette : il me fil l'honneur de l'accepter, mais
sans la reg~rder. ni me dire un mot de remerciement.
Et Je fus tri:s rrappé, d'abord, d'une façon ;1u ·i
incivifo; mais bienlôl, en connai~sant miem. le
caractère de~ Turcs, j~ découçri~ que celle façon
J.'agir ne procédait p&lt;1inl du mauvai 1·ouloi1·, ni
de l'impolitesse. Les Turc , dans leur onmeil. ne
1eulent point r1ue i-ous supposiez que quel11ue
0

qa.i oblige, el jamais ,·ous ne l'amènerez à admet- que les Turc-- absorbent parfois de grandes qu;intre que ,·ous l'ohligiez, i même vou5 lui faites tités de ce liquide extrêmement ,iolenl. On lui
en ser1·il une bouteille, dont il hui au ~itôl la
présent de la mflitiè de votre fo1·U111e .
moitié; et, certainement, il aur-Jil acht•1·é la houQuelque jours après, à Fotcha Non, lcille si je ne la lui avais retirée des mains. Et
Wbalev eut l'occasion d'assister à une autre al,,rs. le rhum el 13 l,1vande ayant commencé à
mani[~talion du caractère turc :
opérei·, Je ne pus m'empècber d'éprouîer de lriJs
sérieuses appréhensions : car lorsqu'un Turc s'eniEn revenant d"une de nos citasses, nous fùme
accosté par un musulrom d"appa.rence lrè res- vre, il ne se fait point de l;Crupule de tuer le
pectable, qui nous témoigna le désir de nou · premier giao11r qu'il rencontre, et la loi ne punit
accompagner i1 bord, pour voir notre bateau. Nous ce délit que d'llne légère bastonnade. Cependant,
l'emmrnàmes donc arec nous, cl il sembla très j' eu - le plaisiJ de ,·oir que noire hôte se tenait
louché de celle allention. li lima gr:1ndemenl relalirnrnenl tranquille. Nous Je ramenâmes ;.a
l'odeur de notre porter eu bouteille, et approuva port, et le laissâmes là, à la garde de Dieu.
fort notre cuisine anirlaise; mai lorsqu'on lui
A Chypre, Whaley s'acbète une « petite
présenta un couteau el une fourchette, il se mon- amie»:
tra très . urpris de ce.5 inslru.ments, el, après une
Jamai je n'oublierai ma tendre, fidèle el chartentative malheureuse pour en faire u,-,1ge, il eut
recoun; à sa vieille méthode. qu'il lrou,·a la mei l- mante Teresina, telle que je l'ai achetée à ses
l1•1u-e, et dont il fit un emploi cxcellenl flOUr dé- p;irents. Quand je la vis d':1horJ, elle était a.·i~e
vorer tout ce qui était ~ur la table qui pùl èlre devant sa porte. La beauté de oon teint, la r+gumangé. Le diner fini, nou loi offrîmes du vin, larilé de ses !rails, m:iis . urloul 1~ ~implicilé
qu'il reru~a; mais il Lnt une bouteille culière de innocente el modeste ,le son e&gt;.pression, meïirent
rhum, qui ne fit que lui donner soir. Or, comme la con idérer a1·ec ravissement. Cil que voyant..,

a,

A :-mvrnl', le douanes étaient alîermées à un
Turc orgueilleux, qui e monlr:1 sur1•ris IJUe nou
ne Cu. sion~ p,1. venus, en f)l'rsonoe, lui présenter
no~ hommages. ,\yant été informé de 1a maniè1·c
de penser dr ce fonctionn~ire, et do gr-,md attachement qu'il anil pour le.~ pelil.! pouJ"boiré~, jl•
mii- une lorgnellc dans ma poche et, en compagnie de ,1. L... , je me :rcndi · nui bureaux de
la douane, oit nous rlrco111rlmes que ce {el'mier
gé11t!rnl à longue hnrhe nous attendait, et se propos:iit ,le nuus reccruir en cérémonie.
lntroduit dans a salle d'apparat, nous le trou'1:lme t1ssis n terre: il ne daigna p;is nou favoriser t1· 110 regard, mais nou.~ ordonna d noa.,
n ~eoir el dr prendre des pipes. J'étais encon•
depuis trop pro de Lemps en Turquie pour aroir

LE RETOUR DE V ARE.."i!NES : LA VOITURE QUI Rill.ÊNE LA F.UULLE ROYALE ENTRE DANS PARIS.

Grayure

chose qui leur vient de

îOUS

pu.i.sse leur apporter

La moindre sali faction. En rece-vaot un cad.eau
d'un chr·étien, un Turc est persuadé que c'e t lui
Y. -

li.JSTORIA. -

Fas.:. 36.

~

BERTRAUL"T,

tra~is

le cûssin

CU PRIEUR.

notre provUon de rhum était très réduite, je proposai de lui servir, en échange, un peu d'eau de
lavande, apnt la. dans les Mbnofru de Do Tott
..., 161 ....

se parents résolurent ao..s.sitôl de tourner à leur
profit la vh•c impression que leur aimable enfant
avait faite sw· moi. Un qu~rl tl'heure après, le
li

�1!1S T 0'/{1.ll
marché était conclu, j'avais payé environ 1:50 livres, el Teresina m'appartenait. Pou1' étrange
que cela puis e :~emhler, j'élai la seule personne
à m'étonner d'une transaction aussi extraordinaire. Teresina versa bien quelque$ larmes en
quillant se,, p;1renls, mais elle · flll'enl ,•ile séchées lt,r,;que je l'eus pourvue des ro!Jes les plu~
coiHeuses qu'on vendait dan, la ville. Elle étai l
pleinement heureuse de sa situalîon nouvelle.
Elle n 'arnit que treize ans, 111ais son àme rPpond.ut le mieux du monde ~ l'allmirahle snnéll'ie
de sa personne : courtoise el affable pour ~hacun,
sans regret du passé ni souci de l'avenir, son
unique préoccupaliou ét;1il d"a$Surcr le bonheur
de celui q1i'elle comidérail comme un maitre cl
un bienfaiteur. Quant à moi, parvenu au terme
de mon ,opgc, je compris que c'était à la fois
mon devoir t•l mon r~nchanl &lt;l'a &lt;urer le sort de
celle adorable fille; el com1DI' j'étais convaincu
qu'elle ne pouvait pas êl.re in~en ible aux précieuses qualités de mon rher îaleL arménien,
i'.10!0, qui était ,ur le point de s'en relolll'ner
dans son par, je leur proposai de s1• marier ensemble, ce qu'ils acceptèrent tons deux avec un
empre,semcnt mèlé de reconnaissance.... Ueurc~se simplicité! Je laisse à nus philo_,ophc, modernes le soin de la commenter; pour ma pari,
je ne rougis point de reconnaitre que j'admire de
tout mon cœur la soumission pa.,,ive el la s;1ge
i11philosophie de ma chère Tere~ina, en même
temps !fUC je ne lrouve pas d'expressions ;wez
forles pour flt!Lrir l'égoïm1einttlre · é lie Fe.~ parenl .

' Mais bien d'autres vo1ageurs, avant et
après Thomas Whaley, nou ont promenés à
leur suite sur les chemins de Jérusalem ; et
il faut reconnaitre que les plus sceptiques
ont encore mis à leur pèlerinage un recueillement, une préoccupation de la beauté, ou
du rôle hisLurique, des lieux vi ités, qui
manquent naimenl un peu trop dans les
impressions de roule du jeune Irlandais. On
sent trop que celui-ci, tout en ne négligeant
aucun moyen de se diYertir, - et il est
homme, je le répète, à goùler la vue d'une
belle ruine, ou d'une inscription curieuse,
presque autant que celle d'une jolie fille, n'a cependanl de pensée, au food de son
cœur, que pour le gros enjeu qui l'attend à
Dublin. Lui-mème, d'ailleurs, nous le dit,
avec a franchise ordinaire. Parmi les émotion de toute espèce que lui inspire le premier aspect &lt;le Jérusalem, aucune ne lui parait aussi importante à nous ignaler que c&lt; la
perspeclive radieuse de terminer bientôt son
expédition, et de pouvoir se remettre en
roule vers l'lrlande ll. on vo1age à Jérusalem n'a décidément été, dans sa vie, qu'un
incident pareil à cent autres, une de- cent
folies où l'a entrainé, avec on brsoin naturel cc d'étonner le monde », l'extraordinaire passion d'aventures qu'il a,·ait en soi.
Et c'est chose certaine que les quelques pao-es
de on réi.:il qui ne sont point con:;;acrées 0au
fameux vopge, 'il avait consenti à les développer, lui auraient fourni la matière d'un
livre infiniment plus intéressant pour nous
que celui que ,·ient d'exhumer sir Edward
ullivan.
Ces quelques pages se répartissent en
deux chapitres distincts, dont l'un sert de
préface au livre, et l'autre d'épilogue. Le

premier nous raconte 1a jeunesse de Wha1eJ;
le second est un résumé rapide des éYénemenls qui ont suivi son retour en Europe,
et notamtnenl des nombreux ~éjours qu ïl a
faits à Paris, pendant les plus tragiques années de la Rérnlution.
Dn premier chapitre on ne saurait donner
une idée plus exacte, me scmble-t-il, qu 'en
le comparant à un chapitre de Gi/ Blas ou
du Rotlei-ick Ra,11lom de Smo!Jell, mais à la
condition d'ajouLer qu'il y a toujours, chez
Whaley, un accent particulier de véracité à
la fois fanfaronne el quasi honteuse, le ton
d'un homme qui Youdrail se vanter, et qui,
en mème temps, est forcé de reconnaître que
de plus malins que lui l'onl conduit par le
nez. [) raconte d'abord que, lorsqu'il avait
seize ans, sa mère, désirant qu'il terminât
son éducation, J"a envoyé en France, sous la
garde d'un précepteur qui lui amit été recommandé comme un homme de tout repos.
Dts le lendemain de l'arrivée à Paris, le précepteur propose à son élève de l'emmener au
théâl re : mais l'élève, « pour certaines raisons », préfère rester à l'hôtel; et quand le
précepteur rm'ienl du théâtre, à minuit, il
trouve Whaley u en très fàcheuse compagnie ». Sur quoi le pauvre garçon s'in11uiète
de la réprimande qu'il prévoit pour le lendemain matin; el il est tout heureux de découvrir que son maitre, en fait de reproche, le
blâme seulement de se faire tant de -ouci
« pour une bagatelle ». Celle largeur d'cspri1, nous dit-il, &lt;( eut vite fait de me réconcilier a1•ec le caractère de mon précepteur,
si bien que, depuis lors, nous vécûmes ensemble dans les meilleurs Lerme ».
De Paris, les deux amis se rendent à
Auch, où le précepteur a demeuré autrefois,
el qu'il repré ente à on élève comme la ville
de France où il pourra le mieux (( apprendre
le Irançai , et se perfectionner dans les arts
de l'équilaLion, de l'e crime, el de la danse. »
Wbaley loue donc, à Auch, une « élégante
maison I&gt; ; mais il en loue d'autres, au -si, à
Cauterets, à Bagnères, et à Tarbes, pour plus
de variété. &lt;l Toutes ces maisons n'étaient
qu'à quell1ne~ lieues l'une de l'autre; et,
dans chatune, j'avai ~oin que les honneurs
de ma table fu~sent faits par une favorite.
}(on précepleur, de son côté, rnulul sui\Te
mon exemple i en conséquence de quoi il prit
sous sa protection une autre beauté, avec
laquelle il vi ·ita, tour à tour, rues diverses
maisons. Mais hien que nos goùls et nos penchants, au sujet du beau sexe, fussent parfaitement pareils, je crus m'apercevoir que,
en général, nous nous entendions mieux de
loin que de près; et, dès ce moment, sa visite à l'une de mes résidenees fut toujours,
pour moi, un signal d'avoir à me transporter
dans une autre. »
L'auteur nous décrit, au passage, quelque -unes des personnes qu'il a eu l'occasion
de connaître, pendant ce séjour de plus d'un
_an dan les Pyrénées; l'évêque de Tarbes, un
certain comte de V... , le prince el la princesse de Rohan. Ces derniers, le sachant Lrè
riche, lui auraient volontiers donné pour

femme une de leurs filles; mais la mère de
Whaley s'est opposée au mariage. en raison
de la différence des religions: car j'oubliais
de dire que Whaley était protestant, d'une
famille anglaise introduite en Irlande par
Cromwell, et que son père s'était mème
arquis le surnom significatif de « brùleur de
rhapclles li. De telle manière que le jeune
homme, se voyant condamné. au célibat, s'est
empressé de séduire une jeune fille noble,
cousine du comte de V... ; et cette nouvelle
intrigue a eu pour elfet &lt;le le contraindre à
quiller brusquement es quatre maisons pyrénéennes. Dénoncé aux parents de la jeune
fille par un \!&gt;hé, qu'il avait pris pour professeur de Français, il a publiquement fouetté
ledit abbé, à Auch, sur le Cours, ce qui lui a
valu d'être mis en prison. Heureusement, sa
victime s'est trou,·ée n'ètre qu'un faux abbé;
et Whaley, apri:s quelques semaines d'emprisonnement, a pu se retirer à Marseille,
puis à Lyon, où d'aimables jeunes femmes
el des gentilshommes des plus « distingués »
lui ont gagné, après boire, des sommes incroyables. Le fait est que sa merveilleuse facilité à perdre de l'argent lui avait procuré,
dès lors, une renommée européenne : car il
nous apprend que deux nobles étranger·
sont venus tout exprès de Spa jusqu'à Lyon,
pour lui proposer une partie de cartes, 1\
Paris, ensuite, il a rencontré une charmante
jeune femme, dont le mari avait un emploi
à la Cour : et celle-là, après huit jours de
rendez-vous mystérieux, lui a encore soutiré
500 livres sterling. Mais comment analyser
un récit dont tout l'attrait est dans la finesse
pittoresque des nuances, dans la piquante
justesse de traits de caractère, et dans un
entremêlement continuel, aux anecdotes galantes, de réllexions « sociologiques &gt;&gt; sur les
mœurs parisiennes et provinciales des dernières années del' Ancien Régime?
Toul autre est le ton du dernier chapitre,
où Whaley raconte les séjours qu'il a faits à
Paris apr~s son retour de JérusalPm, entre
f7!ll et 1793. L'irlandais continue bien à
commettre, et à nous avouer, mille extravagances plus ou moins scandaleuses : mais il
nous en parle, à présent, avec la gravité d'un
homme qui, ayant été jusque-là toujours
trompé et volé, estime avoir acquis, contre
le monde. un droit de représaille~. Aussi
bien a-t-il, dé ·ormais, des devoirs nouveaux.
Il ne s'est pas encore marié, en vérité : mais
il vit maritalement avec une jeune femme
« d'un goùt exquis et pleine de sensibilité »,
miss Courtney, qu'il parait aimer beaucoup,
ainsi que les enfants qui lui sont nés d'elle.
C'est maintenant pour eux, autant que pour
lui-même, qu'il a besoin de gagner de l'argent par tous les moyens; et ce sen liment,
joint au progrès naturel des instincts de morafü.te que notre aventurier a toujours conservés dans un recoin de on àme, revêt les
pages finales de son récit d'une dignité sobre, sévère, un pe11 mélancolique, qui ne
laisse pas de nous en rendre la lecture à la
fois plus bizarre et plus agréable.

�1f1STO'J{1.ll

•

L'impression qui se dégage le plus nettement, pour nous, de cette dernière partie des
souvenirs de \îhaley, c'est que jamai Paris
n'a été une Yille plu gaie, plus frivole, plus
adonnée au plaisir sous toutes ses formes,
que pendant les crises les plus aiguës de la
Révolution. Après cela, je suis tout prêt à
admellre que cette impression tient surtout
au caractère même du narrateur; el il n'est
pas surprenant qu'un homme comme celuilà, qui trouvait le moyen de perdre de l'argent au pharaon ur les ruines du Temple
de Jérusalem, ail trouvé le moyen de se rcfaire une fortune en commanditant un tripot,
au Palais-Royal, dans l'ancienne Chancellerie
de la rue de Yalois, pendant que se déroulait
le procès de Louis XVI. Mais Whaley ne nous
introduit pas seulement dans ce tripot, où se
coudoient, chacune nuit, autour du lapis
vert, les représentants les plus notoires de
tous les partis opposés : à chaque pas qu'il
fait dans Paris, des occasions 'offrent à lui
de jouer aux cartes, de s'enivrer en joyeuse
compagnie, ou de repousser vertueusement
les avances de quelque jeune et charmante
ueauté, ari ·tocrale ou bourgeoi e, royaliste
ou sans-culotte. Évidemment l'un deg premiers effets de la fièvre révolutionnaire a été,
non poiat peul-être d'aviver, mais d'enhardir, d'émanciper, de précipiter au grandjour
de la rue, la dépravation produite, dans les
mœurs françaises, par cent ans de paresse et
d~ a libre pensée 1. C'e.t en sortant d'une
partie de basselte au Pavillon de Hanovre que
Whalcy assiste an retour de la famille ro)ale,
a près le drame de Varennes; et c'est au Café
de Foy qu'il apprend, entre deux parties de
pharo, les détails circonstanciés de l'exécution de Loui XVI.
Il y aurait encore à noter, dans ce livre,
maintes observations des plus précieuses
pour notre connaissance de l'histoire anecdo ·
Lique des hommes et des cho ·es de la Révolution : mai je craindrais de leur ôter une
bonne partie de leur saveur en les i olant des
pittoresques récits où l'auteur les encadre;
et, puisque je viens de mentionner le retour
de Varennes et l'exéculÎQn de Louis XVl, ce
sont ces deux épisodes que je vais choisir,
parmi vingt autres, pour ache\er de donner
un aperçu ommaire de l'intérêt, comme
aussi de l'exactitude habituelle, des blémofres
de Whaley. Voici d'abord la triste fin du
drame de Varennes :
A trois liem·es de l'apl'è:.-midi, je me procu1-ai,
aveG l'aida de quelques louis d'ol', un iège dans

une sorte de lhé:itre. étlilié, pour la circonstance,
à la portll de:; Tuilerie .
L'ord1·e avail été donnti qu'un profond silence
fùl obs1·n'é, el que personne, sous aucun prétexte, ne se découvrît. Le c,1rrosse d11 roi élail
d'aiUeuN entouré de gnrdes nationaux, qui formaient, autour de lui, une masse impénétrable.
Et j'ajoute que cel ordre ni': m'empècha point de
soulerer mon chapeau, au pa•sage do roi : hardie e que j'aurais paiée cher, si w1 officier n'_avail painl persuadé aux sa11$-culollu de me lwser tranquilll', en leur as~ur:ml que j'ëtais un
&lt;t fou irlandai · n.
li y avait dans le ra1•ro!ol,e avec la famille
royale, deux de commissaire , Barna,·e el Pélion,
cc dernier tenant le petit l&gt;auphin sur se genoux.
Le troi ième commissairt:l, La Tour-Maubourg,
(!tait dans nne autre voiture. ur le iège du carrosse roval éta:ent assis deux gardes ùu coq1s,
Lous de~x jeunes el d'excellente famille. Jls
av:tienl les mains liées, comme les plus -vils ~célérats, el les vi5age expo és à la brùlure du soleil.
1

Le 20 janvier, veille de l'exécution de
Louis XVT, Whaley vit entrer au Café de Foy
deux. hommes qui, armé de saures et de pistolets, crièrent à plusieurs reprises : « Que
ceux-là nous suivent, qui veulent sauver le
roi t »Mais personne ne répondit à cet appel.
Le lendemain, l'irlandais, « vêtu comme un
vrai sans-culotte 1&gt;, se trouvait, dès neuI
heures, sur la Place de la Révolution, déjà
absolument remplie de curieux; mais, après
s'être poussé ju qu'au pied de l'échafaud, son
courage l'abandonna, el il s'enfuit au PalaisRoJal. Il nous raconte, cependant, ce qu'il a
pu savoir de la tragédie.
A dix heures, un grand corp· de soldats, à pied
cheval, iirenl lrw· apparition. Ils étaient sui-

el à

vi d'un car e, traîné par de111 cheça111 noirs,
et amenant la -victime royale, son conresseur. un

officier municipal, deux officier des gardes nationaux, el deLL't prèlres assermentés. Devant le
c:irro. e che1•auchai1 l'infàme Santerre.
Par1·enu au bas de l'échafaud, le roi descendit,
ôta son babil, qui élail de couleur gri e, el gra,il les m:u-ches d'un pas ferme, en promenant
sur la foule un regard tranquille. Puis il s'avança
et voulut parler; mnis une ballerie de tambours
êtoulfa sa ,•oix, de telle sorte qu'on ne pal en tendre que ces mots : « Je meurs innocent! Je pardonne 1l mes ennemis, el fosse le Ciel que la
France .... » lei, par l'ordre cle anterre, l'exécull·ur fai ·il le roi et l'allach.- ur la planche. La
c!J.ulc du couperet ne sépara pas immédiatement
la tête du tronc; mai le bourreau, en pres;sanl
, ur le for, la fil tomber dan un panier placé 111
pour la rece1·oir. A.lori un des aides, que l'on
m'a diL être un ancien commis d'un marchand de
vins de Reims, saisit la lêle coupée, el, faisanl le

et disparition
d'un diplomate anglais

tour de l'échafaud, l'riposa au peuple. Quelqu~
voi1 crièrent : « Vive la Xation! Vive la République! 11
Quant à mt&gt;i, j'avais encore l'c~pril loul torturé des sensations les plus afDigeanles, lorsque.
- oh! honte sur ces Anglais dé••r,,dés ! - quelqu~s-uns de mes compatrioles entrèrent an. café,
et, d'un air tic parrail contentement de soi, me
montrèrent leurs mouchoirs, qu'ils araicnt obtenu la permi sion de plonger dan· le sang do
roi.
Quelques mois plus tard, notre homme
était à Calais, où il attendait le retour de sa
maîtresse. li rencontra là un « duc français », qui lui sembla singulièrement désireUJ: de se lier avec ln.i; mais il faisait voir,
dans sa couver alion, une telle violence de
« principes démocratiques 11 que Whaley crut
devoir « écarter ses avances, autant du moins
qu'il pouvait le îaire sans manquer à la politesse 1&gt;. Or ce duc, une nuiL, en grand mystère, vint frapper à la porte de l'lrlandai , el
lui a\loua que lui-même et plusienrs de ses
amis n'affectaient le républicanisme que pour
mieux servir les intérêts de la ramille royale :
après quoi il demanda à Whaley si celui-ci
consentirait, moyennant mille louis, à se rendre au si tôt à Paris, avec certains papiers
qu'il remettrait, en mains propre , à certain
personnage « dont on désirait que le nom ne
fût point révélé,. Et comme Wbaley s'excusait de ne pouvoir pas quitter Calai aYant
deux ou trois jours, le mystérieux conspiraleur parut atterré de celle repouse : il déclara au jeune homme « qu'un simple délai
de quelque~ heures suffirait pour faire échouer
toul un vaste projet ».
1 ous aimerions à savoir cc que pouvaiL
ètre ce « projet », dont l'échec n'a peut-être
tenu qu'à la présence, éminemment fortuite,
celte nuit-là, dans 1a poche de ,Toaley, d'a sez d'argent pour préserver l'aventurier de la
tentation de gagner les mille louis qu'on lui
proposait; mais Whaley nous dit seulement
que, depui , « jamais plu il n'a eu de nouvelles du duc, ni de ses papiers ». En fait, il
commençait dès lors à se désinlére er de la
politique françai e. ayant formé le dessein de
transporter en Angleterre sa fructueuse industrie de commanditaire de tripots . Et le lecteur apprendra avec plaisir qu'à sa mort, en
i.80O, il avait déjà surn amment reconstitué
a fortune pour devenir l'ami intime du
prince de Galles (on raconte même qu'il lui
aurait gagné, aux cartes, une de ses maitresses), pour épouser la sœur d'un lord, el
pour se faire bâtir un superbe château.
TEODOR DE

WYZEWA.

(1809)

.

Voici une mort, ou du moins une dispari- mencée pour son épouse. Or, le papier ni
tion soudaine el totale d'un diplomate anglais, l'encre n'en étaient altérés comme ils auflls de l'évêque de Norwich., et parent de ce raient dù L'être par les pluies continuelles
comte Bathurst qui depuis, comme ministre des quinze derniers jours. Ceci détruit aussi
des colonies, in. trument de l'implacable l'idée que, dans un excès de trouble mental,
Castelreagh, disposa du sort de Napoléon à il se fùt précipité dans le lac de Perleùerg,
ainle-Ilélène. Les deux branches du même quoiqu'il semble que ce vêtement eût été mis
nom sont dan une ligne politique opposée; là exprès pour le faire croire. Dans tous les
l'évêque, vénéré par ses vertus et es idées cas, comment ne l'a-t-on pas découvert plus
généreuses, est un de deux seuls évêques tôt, par les recherches Faites dès le premier
qui aient volé les réformes. Plus d'un malheur momenl?
Krauss, à on retour à Londres, é,·èremenl
a afaigé a maison, pour ne citer que le
plus récent : la belle et intéressante mi~s interrogé, mais ne donnant aucun éclaircis eBathurst, perdue dans le Tibre [en 182 ], ment sur cette perte, fut congédié, non sans
el dont la mort !ut un deuil pour Rome, soupeons de certaine connivence. Il a fait
était fille de celui qui fait l'objet de cet ar- bâtir Jepui une belle mai on, hors de
ticle.
Vienne, au bord du Danube, où il demeura
Un profond mystère couvre encore la desti- jusqu'à sa mort arec sa femme qui est Année de son père, malgré tous les soin d'une glaise. Toutefois, son frère, courrier comme
famille si puissante, aidée des sollicitudes du lui, a conservé on emploi et y est encore
gouvernement britannique, et même de la aujourd'hui.
police impéri:ile.
Les légations anglaises, à Vienne et en
d'autres parties du continent, n'ont pas néM. llenjamin Bathurst, âgé de vingt-cinq gligé les enquêtes qui leur étaient prescrite
ur cel éYénemenl. Deux agents, IM. Johnan , amhas~adeur à \'ienne lors de la campagne de 1809, en par lit à la paix, avec un son el le doctem Armslrong, furent em-oyés
passeport, ous le nom allemand de baron de sur les lieux par le gouvernement, el un
Kock. ll se dirigeait vers la Baltique, pour Lroisième par la famille. L'empri &lt;1nnement
regagner l'Angleterre, tians la. ,·oilure de poste el les interrogatoires d'un indiîidu suspect,
du nommé Krauss, Allemand, mai courrier e~pèce de braconnier mal famé dans le pay ,
du cabinet anglai . Arrivé à Perleberg, fron- ne procurèrent aucune lumière, el quoique
Lière du Mecklembourg, le 2f&gt; novembre, il y M. Armslrong ait persisté à le croire coupassa environ trois heures. A.près avoir dîné pable, les Bathurst n'ont point partagé son
à la poste, bors de la ville, il se rendit à pied opinion. Il faut qu'ils aient eu quelque donchez le gouverneur, s'informa avec beaucoup née particulière, mais sur laquelle ils ont
d'inquiétude de l'état du pays, des quartiers restés très réservés. Us se llaLtent que leur
ennemis ou uspects qui s'y trouvaient, des fils n'est pas mort, quoique aJanl peu d'espoir
moyens pour le éviter, au prix même de d le reYoir, excepté la mère qui Lrouve sa
1000 guinées, qu'il portait sur lui.
consolation à en parler. Le père, plus concenDe retour à la poste, il bn1la des papiers, tré, garde l'idée qu'il vit enfermé en Russie
toujours dans un état d'agitation. 'l'out étant datis quelque forteresse éloignée.
prèt pour le déparl, Krauss, déjà en ,·oilure,
Au mois de septembre 1810, Mme Baù1urst,
JI. Bathurst se porta un peu à l'écart, der- avec M. Cali son frère, aborda à Iorlaix, et
rière un mur .... Jamais on ne le revit depuis. reçut aussitôt l'autorisation de venir à Paris.
Du reste, nul bruit, nulles traces ni indice
Son motif était de solliciter de notre gomer:un:: alentours.
nement tou les renseignements qui poureulement, au bout de quinze jours, son raient la füer sur le sorl de son mari, et ur
pantalon fut trouvé à quelque di tance, au sa propre situation pour le cas possible d'un
bord de la grande roule, sur un petit tertre de nouveau mariage. EUe fui accueillie avec insable, comme si on l'y eût déposé après coup,
l. Mme Saiot-lluberli, jadis cèli:bre cbanleose de
car il y a,•ait dan la poche une lettre com- !'Opéra.

lérèl par M. le duc de Rovigo, ministre de la
police, seulement depuis trois mois.
Cette dame, autanl qu'il m'en ouvienl,
pensait que son mari avait été tué en mer,
ou en embarquant, par des pêcheursauxquels
il s'était confié. D'ailleurs nuls soupeonr
coutre la France i sa démarche même le!excluai L. Autrement, est-ce à nous qu'elle
serait venue demander un certificat de '"ie ou
de mort? l ous ne pûmes la servir efficacement, n'ayant plus d'autorité clans ces pays
lointains. Elle-même prit on retouç par
l'Allemagne et n'y eut pas plus de succès.
Enfin, un accident bien inallendu el atroce
vint soulever un coin de ce voile de crime.
Le comte d'Entraigues, émigré, le même
que Napoléon prit avec tous ses papiers à
Venise, dan la première campagne d'(lalîe;
celui qui, après aYoir imprimé en 1780 que
la noble~se est le plwi grantl fléau dont le
ciel ait af/1.igé là terre, s'est fait le boutefeu de son parti; publiciste disûmrué, mai
d'un genre noir el fougueux, dont la plume
el le intrigues ont soulevé contre nous le
méfaits et la guerre, le comte d'Entraigues
périt à Londres dans sa maison de BarnesTerrasse. on domestique, Piémontais, le
poignarda en plein jour, ainsi que la comtesse 1 , ur leur porte, comme ils allaient
monter en voilure. on motif esl resté inconnu et inexplicable, s'étant lui-même coupé
la gorge aussitôt.
Le gouvernement britannique, en raison
des secrets et des mouvements diplomatiques
où s'était mêlé M. d'Entraigues, s'assura de
ses papiers. li est certain qu'on y troura des
pièces relatives à l'enlèvement de M. Bathurst.
Mais loul a été examiné et gardé dans le
ecret des bureaux ministériel . Le seuJ point
que l'on ait lai sé transpirer, c'e t que les
Français n'étaie11t pour rien dans cette
affai1'e.
li faudrait donc croire que œ fut un coup
de main politique. Que l'Angleterre, qui y
fut étrangère, en a connu plus lard les auteurs et les motifs. El, enfin, que son silence
sur une atteinte si gra,·e à sa dignité et au
droit des gens, tient à des ménagements
qu'elle croit devoir encore à certains per on
nages, ou à des intérêts qui la Louchent d'assez
près.
P.-Î\1. DES~1AREST,
Chef de division
de la Police générale.

au minislUe

"" 165 ""

�.'
.,

C'll&lt;hl 11:eurdtln frtm

LA COOR IMPÉRIALE ,. FosTAINEBLEAU : RÉCEPTIO~ DE L'.\lrB&amp;SSADE SIAMOISE PAlt

~

'APOLÉOS

III' EN 1865. -

T.iNt:JU de Gt.R&lt;&gt;M•- ( 'Justt 1k ,·ersafl~s .)

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE

Mélanie de Bussière, comtesse de Pourtalès
Par Frédéric LOUÉE.

juge bon d'en avertir Pari~ et la province.
&lt;1 On a beaucoup parlé de Mme de PourTout de bonne heure !me de l1ourtalès
• talès, » me di ail nne autre habituée célèbre
entra dans la société impëriali. Le par la porte
de Tuileries.
En l'avril de ses ans, alors que le cadre Je du mariage. Petile-fflle de la baronne de
plus souhai table s'olTrait à ~es grâces de jeu- Franck, fille d'Alfred Renouard de Bussière,
nesse, les foi eurs de portraits raffinaient à grand industriel alsacien, dont l'initiative fil
l'envi leur couleurs pou r adorner, embellir naitre on développa les plu va te. cnlre-encore les allraits du modèle. Plus tard. au prises el qui fut, dur:rnt un quart de .iècle.
déclin de l'Empire, lor que tant de fortune membre du Corps légiJatif, elle a,·ait épou,é,
et de prospérité commença de glis er ur la en sa dix- eptième année, Edmond de Pourpente, des circonstance ad,;nrenl, de éYé- talè . Association de deux .-œurs el de deux
nemenl graves i;e prononcèreal auxquel · fortune·, celui-ci étant né d'une famille de
son nom ful mêlé, el de façon si directe, si banquiers suis es, fixée à Paris en 1 10, el
imprévue, que les échos en furent longue- enrichie dans les transactions financières. Le
ment agités. El, depuis lors, a pcr ·onnalité Litre de comte y était tombé de la main de
demeura, - sans qu'elle le voulùl ou parût Frédéric JI, lorsque le canton de eucbàtel
le rechercher - trè en vue, par une parti- relevait de la su,eraineté prus ienne.
Dès cru'on se fut établi, installé, et sur un
cipaliou toujours active aux fêles du monde
et de la charité. Au jour le jour, des nourP]- pied magnifique, il fallut .onger à prendre
listes empre sés s'occupaient, comme ci-de- po ilion, autrement dit à lher se préfévant, de ses réceptions, des diner qu'elle rences entre les déLri d'un royalisme irrédonnait ou auxquels elle assi tait, - par duclible, renfrogné, boudeur, et la Cournoul'effet de celle complai ance inlas.able, qui velle, où s'empres aient d'accourir, sautant
ne rermet pas aux gen d'un certain rang de d'un pied léger par-dessus la mau,,aise
se réunir, de se distraire, de causer ou de humeur- du noble Faubourg, les plus jolies
faire de la musi.que entre soi, sans qu'on et les plus élégantes femmes de Paris.

Les salons d'opposition n"avaient point
dé8armé. Loin de là. Pendant que le a: parvenu » du trône, très en goût d'étiquette,
soucieux à l'extrême de rehausser par l'adjonction de blasons authentiques les éléments
d'e.xoli me un peu troubles et d'aristocralisme
improvisé dont se compo ail la majeure
partie de leur entourage, prodiguaient les
avances am familles titrées, les pur jouissaient de leur re,le, maussade. et dénil!'reurs.
Esclaves volontaires d'une upérîorilé de conven lion, si fi ers de perpétuer, à travers les
révolutions des mœurs et des idées, cet
esprit de servage, celle sorte de domesticité
seigneuriale dont Louis XIV fut l'introducteur el pour qui 1out l'unii,er· n'allait pas au
delà des limites de la Cour, les paladin de
l'armorial s'enfermaient dans un dédaigneux
isolement.
Les femmes surtout artichaient une intransigeance d'attitudes qui n'était pas un des
ignes les moins curieux de la société d'alors.
Foncièrement légitimi tes ou panachées d'orléani me, elles se montraient beaucoup plus
irréconciliable que les hommes, ceux-ci
ayant à ménager (il fallait vivre[) des intérêts

_______ _____________

JK'ÉLAN?ë D'E 'BUSSTÈ~E, COMTESSE D'E

positifs, qui les forçaient à 'a souplir, à se
rapprocher lot ou lard de la fouille des bénéfice . Plusicur · d'entre elles, dont les maris
s'étaient ralliés pour l'arnntage de la communauté, affectaient de se tenir à l'écart ou
de n'aborder fJUe contraintes une colme de
dédas. és . qui se croyaicul, di aient-elles,
une Cour! Oe sorte qu'on eut plu. d'une
fois, nous racoat11it un témoin de celle cornédie d'intérêts et de vanités mêlés, le spectacle
étrange du comte de ... , du duc de ... , du
marquis de... courtisanant aux Tuileries,
alors 11ue ~Ime la comtesse. ou Mme la duche.... ,e, ou ~lme la marquise, wnue là en
fidèlt) épou ·e, lrahissait, en ses façon , comme
uu dépay ement d'étrangère dans 1·e monde,
el, toute roide en son ho tilité dédaign~use,
piquait de ses sarcasmes les pui sants du
jour, - qui ne s'en souciaient mie.
Par adre.. c ou par coqnellcr11•, ,twe de
Pourlali!s se plut à joner la dillkullé : concilier les extrêmes, entretenir de· relations
choi ies de part et d'autre, garder des amitiés dans les deux camps, enfin prendre de
Loule cbo es le meilleur. On dernit remarquer plus lard qu'elle mellrait une sorte de
jolie brav:ide à iO\iter, chez soi, durant les
séjours d'automne 1t Compiègne, des femmes
irrémédinblemenL brouillées avec l'ordre
réanant.
Quant au comte de Pourtalès, son or1gme
étrangère le lai. sait as ez indifférent à la
couleur du Jrapeau. 1l alla ver l.: soleil levant et présenta ~a femme aux Tuileries; le
succès fut tel qu'elle en revînt fenente impérîali. te. Au re le, elle s'y .entait toute portée
par a situation mêrue, la situation officielle
de on père, le baron de Bu ière, nommé
directeur de la llonuaie.
Elle était enlr~e dan~ la fêle, ~i J' o e dire,
un soir de grand ha[ chez !"impératrice. Toul
étincelait de fraîch.. parures et d'épaules
découvertes. De véritaLles constellai ions de
picrrerie care i:aient les chairs et ~e jouaient
dans les cheveux. Les jeune et riants ,isage.
circulaient de toute part . On n~ pou,ait se
tourner ~ans en ,·oir. Il étaient là, ce jour,
comme ils e retrouveraient ailleurs, demain,
faisant partie de la montre des grandes oirées, au nième titre que la rose et le camélia
cuire les fleurs as orties d'une corbeille.
On la di lingua tout d'abord.
lin galbr délicat, des yeux bleus lll.pres ifs,
d~s traits de visage s'harmonisant à composer
la physionomie la plus aimable, de. cheveuI
d'un bel or cendré, qu'avantageait, sur un
front ba , la mode des coiffures échafaudée
où se nicbaitlllt les diamants el les perles, un
teint dont llrunilton, ou llarivaux, aurait dit
que c'était des rose effeuillées dans du lait,
une taille s,•elte, une démarche ex4uise, un
a.. cmLlage enfin de gràre naturelles el enjo-

lh·ées, qui la faisaient re embler, perdue
dans les mou seimes lé.gère~, à un objet d'art
animé : il en aurait fallu moins pour s'emparer des rerrard et des conversations.
.b·ec un fond de moralité érieu e, qu'elle
tenait de son éducation el du prote tanlisme,
elle apportait en elle, sou· un air d'enjouemen1, où .e mêlaient des ~àce un peu
affectées et quel1p1e minauderie, tous le~
"OÙLS et les don' du plaisir. L'impératrice
Îlll éduîle la prcmiere el décida qu'elle ne
quitterait plus la liste de ses lundi. 1 • Pui.,
)fme de Melternicb. très en puissance, aus itôt prise d'une .jmpathic qui devint nue
amitié de la vie culière', lui offrit on marraioage. La remuante ambassadrice ne cessait de la porter en valeur, de la répandre,
de chanter ~es gràces. Elle en fil la beauté à
la mode.
On n'cul pas dt! peine à y consentir. Ce
n'élait que compliments pour les faveurs
dont uae nature prodigue a,·ait comblé
Mme de Ponrtalès. Je renonce 11 effeuiller
tous les bouquets qui furent semé sur ou
chemin. Elle fut proclamée l'une des perfections de la Cour. On le disait et répétait un
peu partout ju~qu'à dépa ser rre.que les
limites de l'admiration permise.
Ceci me fut conté:
Certain soir, chez le mini·tre Duchàlel, on

l_. Les invilalioos des petils Lundis étaient n?!tre111lcs en nom.Jre et n'allaient guère •u delà de

ayant l'une f'l l'autre lieaucoup Je gràce, de gaîlë el

ciuq à six cents personnes.
• Je me ,o,n,ens. oliL Mme Carelle, en ses Souv,·_nir.~, que jl! \"is alorq 'vers 1859), !iOUr ln prem1~ro fois, ta comtesse de Pourtalès cl la marquise
de Gallilfet. Elles s,, raisaicnl ~is-iH•is dans le mèn,c
quadrille. li ,Hait impossible de mir rien de plus

charnurnl

... 166 .....

.__

')UC

ces deu pcrsonoPs dl' beauté dilfêrenle,

.'ll.\D.\\IE DE POl,"RTALÈS.
D'Jprts unt pholographk dt 11!69.

admirait une nom·elle acquisilion arti tique,
un chef-d'œuvre de peinture, la Source,
J"élégaoce. •

2. Dans le · temps prnloug~ Je~ séparations. de
Pari, à \ïenrt!', de la 1\olJerlSllu, propriété des Pourtali•s, en Afsnee, aw: viUègialur~s hahiluellcs de IA
princesse en Bobêm~ ou en llon~ric, elles n'ont oessd
d'eutrelcnir ut• commerce de lettres del! plus affec-

lueux.
Il ser11it d'un vif iolérèt de jeter un l'()up d œil,

..

Po~TAl.ÈS

-

-.

d'lngres. Les lumières directement projetées
re. ortir les formes
pures el charmante., en lear chast~ nudité.
On commcn1ait le poumir du génie. l'é!t'rnellc jeune.. e de l'art. On rapprochait l'idt!al
el le réel. Ou arançait des comparaisons ha$arùées. 'Mme de Pourtalè· vint à pa . cr.
QuclCJU'un, plus hardi et procédant du connu
à lïnconnu, eul l'air de confondre en une
seule les deux beautés : (&lt; Ah! disait-il, rniei
~fme de P,mrtali·~ en toilette de jour et en
toilrlle de soir. n li n'en parlait 11ue par suppo. ition. Uc,·ait-011 s'en fà1·her?
Dao lïntimc d~s propos 011 de~ corre pondanccs amicales, on n'aurait su converser,
s'occuper d'elle aucunement san ajouter à
la menlion de son titre quehrue épithète
fla lieuse et passée dan l'u. age : la belle
comte ·e, ou la jolie comtesse, et même avec
un !!I'ain de familiarité, qu'expliquaient d'hahiluclles relations de monde : la charmante
Mélanie, tout court. Ainsi, dan un pa_sage
de leltre du marquis de Galliffet à l'un de ses
amis, officier dans les guide.. Cel enfant gâté •
de la Cour avait été envo)é, pour y faire un
temps de pénilence, i;ur les confins du Sahara.
II e tau diable vauvert en Kab11ie. laacé à la
poursuite dèS derniers di sidents. De souvenirs de Paris l'y yicnnenl ,isitcr, plus d'une
foi· par jour. LI songe aux ami , aux journaux, aux théâtres, aux chroniques d'Aurélien Scholl, aux gaietés du boulenu-d. Il rédame de nouvelles, des racoolars urtoul,
el prote·te qu'il ne veut être onùlié ni des
un ni des autres. Que fait-on 7 Que dit-on à
la Cour1 Et, re\'enant à Mme de Pourtalès,
que les lien~ d'une niri 1able amitié unissaient
à la marquLe de Gallilfel. il ajoute : n Quand
mus rerrt'z la belle \lélanie, melloz à es pieds
me~ regrets om·ent renaissants. Edmond ne
comprt'ndra pas. mai elle pour deux. »
De certain· vi~ages féminin sont à désespérer le rivale~. Pourtant, eJle ·ul inspirer
plu de ympathies que de jalou ie . Bien des
fomme · d'une charmante distinction ornaient
le réunions de lime de Pourtalè . . Toute une
pleiade de personnages et de mondain en
litre faisaient cercle autour d'dle. 1 ne accuutumance plu familière attachait à sa mai ·on
quelque intimes. Tels mJ. de Fi1z-Jame ,
ltetlernich, agan, GaJlifl~t, louis de Turenne. On remarquait trè particulièrement
entre les hôtes qualifiés de son salon l'officier
de marine Charles de Fitz-James, homme de
beaucoup de vene et d'e prit, - l'e:,;prit
héréditaire des Fitz-James.
Comme on aimait à la voir, on aYait plait-ir
à l'entendre, a,•ec la justesse de mots. l'àpropos de reparties, l'animation souriante,
qui lui sont propre~. Pour un peu, on l'aurait
égalée à ces charmeuses du pa ~. qui étoilaiènt de leurs spontanéités étincelantes la
.ur la toile en faisaient

à la dérobt\e, dans celle pll'lie de correspondan(·e,
où Mme de ~lotlcrnid1, avec l'aiJ;ancc de plume et
la spoulanéilé d'cs~rit ,Jont elle use en ,éc1-irnnl

comme en parlwt, rcvélcr&amp;it, sou. t'intime, soo ,·ëritable caradi!re de femme, soo originalité de nsturu
el dt:COnîrirail les rt1isons Je bien des mou\"cmenl5
de
humeur. qu'on essaya de faire pnsser pour
eJ.teolriques parce quïts se donnaient cours sa.us
gène ui di ,imulation .

'°"

..

..

�•

ms TORJA --------------------------------------·

conversation d'alentour, ou bien encore à
celles qui, jouant leur rôle en perfecLion,
eurent le don suprême de faire causer. Il -y
eut même quelque exagération en cela. Je
sais un 0atteur, donl la plume alla jusqu'à
la féliciter de ce que son tact infini l'avait
préservée d'aborder le rôle ingrat de Mme de
tatll et de Juliette Récamier. « Ingrat r ,
l'adjectif est une perle de courtisanerie.
Comme _i l'on pouvait être ou ne pas être, à
volonté, une Mme de taël, une Récamier!
li ne dépendit point de lime de Pourtalès de
se faire autre qu'elle n'a été) c'est-à-dire, et
la part lui dJmeure assez belle : une femme
au dernier point éduisante, ayant de l'intelligence comme de la bonté, sans aspirer, ni
prétendre -·ependanl, aux supériorités éclatante de l"espril. i la princesse Mathilde el
la comtesse de Beaumont s'occupèrent, en
réelles connai. seuses, de bel-esprit et de littérature, Mme de Pourtalè:&lt;, bien qu'on la
sût déjà très amoureu e d'art 1 , appartenait
au monde presque exclu Îl'emeut.
Aux fêtes célèbres que donnait l'ambassadrice d'Autriche, el dont on faisait grand
tapage aux environs, plusieurs semaines auparavant, on et1t été fort surpris de ne pas la
rencontrer, chaque fois, arborant une grâce
inédite, une autre merveille de toilette. Comment aurait-elle pu se dérober aux assaut
étourdi ants d'élégance, où celle -là mèmes,
qui n'étaient point parfaitement belles, le
de,eoaienl à force d'arl~
Elle aussi recevait à grand éclat. Sa maison pa sait, dè lors, pour l'une de mieux
montées et des mieux stylées de Paris. Elle
en faisait les honnenrs avec cette bonne
grâce, nuancée de simplicité, qui sert
d'excu e à la fortune. C'en était la note vive
et particulière : l'apparat du luxe s'y mariait
aux beautés de la nature, emée à profusion.
On a raconté, en exagérant de beaucoup,
qu'à l'une de ses premières el plus brillantes
soirées, Mme de Pourtalès répandit, en festons, en bouquets, en gerbes, en guirlandes,
de la base au faite de son hôtel, pour quatrevingt mille franc de fleurs. Car l'anH)ur des
fleur fut toujour a chère passion. Le prince
de Sagan n'ayait pas à l'apprendre, lorsque,
à l'occa ion d'une fêle donnée en on honneur, il prodigua, dans un beau geste de
galanterie fa tueuse, ,-iogt-cinq mille francs
de camélias. Le détail e l joli, s'il est exact;
le chiffre aussi. Je le tiens de la coroles e
d'Orzegow.ka, qui, san doute, oublia de le
vérifier.
La médisance ou la calomnie rôdent partout où se trouvent de jolies femmes. Quelqu'un l'a dit : c'est le frelon des belles, des
jeunes et des avenantes. On lui prèta, c'était
inévitable, de ,•arnes imprudences, comme
celle que raconte Mme de le.tternicb et d'ellemême un historien suspect, à la page 125 de
son lh-re sur la Com· de Napoléon Ill. on
plus que d'autres grandes dame , 11e devaitelle échapper aux insinuations perfides d'un

certain mémorialiste, le Tallemant des Réaux
du second Empire, dont on a trop légèrement
colporté les commérages parce qu'il affirmait
comme arrivé Lout ce que son e prit de malice suppo ait imaginable. La réputation de
la comtesse n'en souffrit pas. Ou moins, estce un grand charme de a,·oir donner à la
vertu des air aimables. Mariée, jeune mère,
très attachée à rendre facile el douce l'existence de ceux 11u'elle chérissait à son foyer,
on n'aurait pas songé à dire de Mme de Pourtalrs, au dehor , comme de la prince e Clotilde, qu'elle était sage à faire peur.
Mme de Metternich inventait une idée par
jour afin de contenter chez autrui ce hl!lioin
de changement et de diversité dont les exigences croissent au sein des plaisir . L'émulation était Jouable à la eronder. [me de
Pourlalès avait bien au si ses échappées fanLaù.i. tes. L'une de celles-là fit naitre ce qu'on
appela le cercle des Louton el des Loutonnes.
Une confrérie de rieurs el de rieuses, une
association de personnes du monde en mal
de jeunesse et de iaieté, un groupement
amical d'heureux oisifs pour semer de l'~spril et rnrier entre soi l'agrément de vivre, et
dont une chronique à jeun tira prétexte de
bien des propo en l'air.
La ,éril.ti, c'est que la mélancolie avait été
bannie de ce cercle et qu'on s'y entr'aidait,
ave.-. une complaisance toute juvénile, à l'en
tenir éloignée.
Un trait, une anecdote simplette, qui me
vint, longtemps après, d'une mémoire fidèle.
On donnait, chez Mme de Pourtalès, en
son hôtel de la rue Tronchet, un diner suivi
de réception. 1aints per onnages officiels y
étaient priés. Les Dambeaux étaient allumé .
Les équipaoes se uccédaienl. Des deUI côtés
de l'escalier, sur chaque marche, des val&lt;'ls
de pied en culotte courte et perruque poudrée
stationnaient en parade. D'un degré à l'autre
ils 'entre-jetaient les noms des vi iteurs,
qu'il [allait au premier étage annoncer. Des
noms brillants, pompeux, célèbres, qui, par
un malencontreux hasard, n'arrivaient presque
jamais à leur destination san avoir été déformés en route. « Le comte Walezou• ki »,
disait quelque ,·alet maladroit en tournant la
tête -vers son voi in de gauche, qui le répétait tant bien que mal. Au vestiaire, le ervice avait paru dénué de st1le. Le miui Ire
n'avait pu s'empècber de glisser à cet égard
une allusion discrète : « Oui, dit-elle en souriant, nous a\"0n eu du changement dans le
personnel. C'est un peu de patience à
prendre. » Mai , vive, impétueuse, entre au
salon la prince se de Metternich, qu'on vient
d'annoncer : « Jfaclame de Materna », et
dont un laquais au 0 este lourd, tout à la minute empaquetait, comme une mante vulgaire, le superbe manteau Iraicbement sorti
des mains de Worth lui-même. • Ab! çà,
ma chère Mélanie, que se passe-t-il dans
votre domestique? EL de quels gen. vous
ètes-vous donc embarrassée 7 D Mme de Pourtalès s'excuse de nouveau. Cependant, tout
1.. Toules les pt?intures ornant ses salons, sa galele
monde e L arrivé. Le moment aussi de
rie, sonl des perles tic eollcclious; son hôtel csl un
passer à table. Les portes de la salle à manmusëc.

ger sont ouvertes à deux ballants. Mais quelle
n'est point la stupéfaction des convives l Tous
ces valets de pied, à la culotte écarlate, aux
cheveux poudrés de blanc, ont pris les devants sur la brillante compagnie. Assis à
l'aise, ils sont en train de mettre les plats au
pillage.
L'audace est grande. Pas si grande, cependant. On a reconnu ces m~sieurs de la
livrée. Tous du cercle, tous des Loulous
atlendanl leurs aimables Loulonnes ... le duc
de ... , le marquis de.... Chacun s'était fait
une tête, et tout le monde y fut pris. 1,a
scène était bien jouée. Les habits furc.nl
échan°és, comme dans les Précieuses de
Molière, mais dans le sens inverse des personnages de la comédie, et la soirée s'acheva
le plu gaiement du monde.
Quand revenaient, en novembre, les «Compiègoes ► de l'impératrice, décidément clasés, reçus parmi les obligations d'étiquette,
Mme de Pourlalès était du groupe favorisé,
qui, tout à l'aise « ayant fait son nid 11, pouvait voir arriver, bien curieuse en ses alliages,
la Ioule des invités de circonstance. Ces Compiègnes, quand elle y parut, se re entaient
de l'innuence un peu tumultueu. e de ~lme de
Metternich. Un goùt de mondanité artiste et
fantasque s·1 était introduit où, par moments, l'étiquette s'en allait à ,au-l'eau.
auf les rares journées de grande vénerie,
où le dames cha seresses faisaienl merveille,
où tant de seigneurs honorés du « bouton »,
tant de piqueurs, de valets, de chien , s'élançaient à la poursuite du cerf de meute et
triomphaient à grand tapage, en ces belle,
parties de massacre organisé, le tbéàtre et
les rPprésentations du cbàteau étaient la di traction préférée. Tous les huit ou dix joun,
on y mandait officiellement des artistes de
la Comédie-Française el du Gymnase. Bacciochi uggérait à l'impératl'ice le choix de·
pièces. On alternait, au programme, comédie et vaudevilles. L'empres ement à s'l'
rendre était e1traordin11ire. !oindre était
la feneur de ce brillant auditoire à goiHcr
le talent dépensé par le écrivains el le
arLi tes. Je dirai même que les choses e
pas aient as cz froidement. Des rai ons étrangères au speclacle en primaient l'intérêt,
dans l'esprit des im·ités. On n'écoutait qu'à
peioe. L'attention n'était pas le moins du
monde à la pièce; les regards allaient ailleurs, yaguaieot de côté et d'autre, et e
tournaient surtout dans la direction de la
loge impériale. Le spectacle était moins sur
la scène que dans la salle : on avait trop
à s'occuper des personnages marquants, des
favorites du jour, des toilettes, de mille
ch.oses, de mille détail , qui n'avaient rien
à voir avec les jeux du théâtre,
Un courant plus chaud circulait,"une gaieté
plus franche- et plus expansive mettait en
communication acteurs et public, lorsqu'on
jouait à Compiègne la comédie de société.
C'était un goûL nouveau. Il ilorissail dans la
plupart des grandes résidences mondaines.
Les châteaux de Chenonceaux, de Valençay,
de Brissac, avaient été dotés de véritables

HJSTORJ

C:lid1é: tiinuJ11II ,

L'IMPÉRATRICE ISABELLE DE PORTUGAL, FEMME DE CHARLES-QUINT
Tableau du TITIE . (Musée du Prado, ).\adrid. )

�"---------------------

.Mi.um1'E D'E BussTÈ~'E. CO.MT'ESS'E D'E

théàtres. En maints lieux, au temps ues
&lt;&lt; Nous partons pour la chasse. Notre derncances automnales, les serres, les oran- nier jour, hélas l
geries ou d'autres dépendances étaient
c1 Tous vos couplets sont adorables.
promptement accommodées à lïllusion d'unt!
« Bl'ss1ÈRE DE PounTALÈS. &gt;&gt;
métamorphose passagère. En 186:2, le comte
Léon de Béthune donnait, da11s lt-s ,·astes déDans une autre lettre, s'entremêlent deux
pendances de l'hôtel Seillière, en bordure de
l'esplanade des Invalides, une représentation
d'llenri 11 l par une troupe d'amateursi
dont l'interprétation parut merveilleuse. La
jeune comtesse Edmond de Pourtalès, qui
remplissait là le rôle assez eO'acé de la dame
d'atours, avait produit un eliet d'apparition
et de costume surprenant.
A Compiègne, c'était le plaisir d'excellence·
c'était, sous la direction entraînante de 1~
princesse de Metternich, un mouvement, une
agitation, une véritable fièvre. Longtemps
avant le lever du rideau s'en mettait en peine
la chronique du château. On en jasait par
toutes les chambres, et sous tous les bosquets. Les remarques, les commentaires
anticipés allaient bon train. N'était-on pas en
pays de connaissance? N'aurait-on point à
se juger, à s'applaudir, à se critiquer entre
soi? La curiosité, d'ordinaire sympathique,
un tantinet jalouse et dénigrante, montait au
plus haut.
l[me de Pourlalès s'était portée vaillamment à la suite de Mme de lletternich, avec
moins de brio, sans doute, mais avec sincérité, gaieté. Que dis-je? Elle aussi collaborait,
agissant, fournissant des idées, ajoutant une
MARQUISE DE GALLIFFET.
imagination, un trait de fantaisie à la revue
D'après une ,Phologra,Phie de 186').
dont on parlait sans cesse et qui devait être
le clou de la série. En 1865, on s'était donné
un mal infini pour ces Commentaires de Cé- questions, qui paraissent la toucher égalesa1·, déjà nommés, qui ne furent joués que ment : un grand mariage, dont on cause
deux à trois fois, et firent beaucoup plus de fort, et le rôle qui l'occupe, entre temps.
bruit dans le monde que bien des pièces On s'aperçoit même que sa curiosité la plus
promises aux honneurs de la centième. A grande ne va pas à la question de théâtre :
l'instar de la princesse de Metternicb, de la
« ~fon cher Massa,
baronne Laure de Rothschild, ou de la marquise de GalliJJct, ~fme de Pourtalès sentait
&lt;&lt; Voulez-vous me mettre un autre couplet
le besoin, par instants, au cours de répéti- à la place de :
Plus de boudoirs charmants?
tions plus ou moins irrégulières, d'exprimer
cc J'ai reçu le rôle de «!'Hôtel des Ventes »
à l'auteur, en des lettres "ives et spirituelles,
soit des transes d'artiste pas trop sûre d'dle- modifié un peu, et le préfère ainsi. Je pioche
même, soit des incertitudes, des dout~ au pour vous. Mais, écrivez-moi deux lignes me
sujet d'un bout de rôle, ou sur l'effet d'un disant si cela tient toujours avec le mariage
costume, enfin tous les menus soucis qu'ins- de Mouchy 1 • La comédie est-elle bien décidée
piraient le plaisir et la crainte de ces parties encore?
de spectacles.
&lt;I Allez aussi aux informations, que je
sache, à peu près, la date de notre série; il
• Votre lettre, lui écrivait-elle, a couru nous faut huit répétitions avant de mettre
après moi, et je ne la reçois qu'à l'instant. cela d'ensemble, de sorte que si c'est pour
Je pars pour Munich, et serai de retour à jouer le 25, il faudrait bien arriver le 16.
« Oui, tàchez de me saroir cela.
la Robertsau le ~ octobre. Adressez-y, le i er,
&lt;, C'est égal, ce mariage m'étonne .... Et
tous les rôles. Suis-je vraiment en état de les
accepter tous deux7 Pour vous, mon vieil vous?. .. Enfin, nous en parlerons de ,ive
ami, il y a bien des choses que je ferai et voix. Mille bonnes et affectueuses amitiés.
que j'accepterai de faire : mais, ménagez
« Brss1ÈRE DE PooRTALÈs. »
toujours mon amour-propre. Vous le savez,
je suis une bien triste actrice, excepté peutD'aventure, c'était Mme de Mellernich,
être dans ilfadame Bouillabaisse, et encore .... ayant toujours eu la plume agile, qui s'entre_Enfin, je ferai ce que je pourrai, et ce que
1. Le duc de llouchv, duc de Poi1, allait épouser
Je ne pourrai pas je le ferai encore... pour la princesse Anna Muràt, pelile-fille du roi de Naples
el de Caroline Bonaparte, el rune des filles du prmce
vous, mon bon )lassa.
de Ponle-Cono, qui ful reconnu prince el altesse
« Je vous serre au galop la main.
en 1858.
... 16&lt;) ...

Pou~rALÈS

__,

mettait en personne afin qu'on opérât dans
la revue des additions, des changements,
pour le meilleur avanlage de la plus jolie de
ses artistes :
(&lt;

25 septembre 1867.

« Mme de Pourtalès a une idée excellente,
qui est de faire suivre Prudhomme 1 par sa
femme, durant son voyage à Paris, parce
qu'elle auraiL découYert qu'il lui faisait des
traits. Ladite femme serait jolie; pour suivre
son mari elle se déguiserait en vieille ridicule.
,, Au second acte, enragée de passer pour
vieille et laide, Mme de Pourtalès reparaitrait
sous sa vraie forme et ,·ous jugez si l'on
abreuverait de sottises un tel époux!
« ~lme de Pourtalès, ainsi parodiée,
comme dans le Voyage à Versailles, produirait un eliet extraordinaire; et l'on rirait aux
larmes seulement à la regarder si di0ërenle
d'elle-même. Et faire passer la rerne par
Mme Prudhomme, encore une idée. Cette
idée, je vous la livre. Yous ferez merveille.
« Je ne pense pas que la revue ait lieu,
lors du séjour de nos souverains 3 • On jouera
à la mi-novembre.
« Nous chassons avec acharnement et nous
menons une vraie vie &lt;le sauvages, dans les
bois du matin au soir, nous levant à l'aube,
nous couchant avec les poules.
« Je vous serre les deux mains et vous
supplie de beaucoup travailler.
« Pauline MtTTER:\ICH. ll
Et bien malicieusement la spirituelle princesse, en matière de post-scriptum, glisse
cet avis à l'auteur :
« Tâchez de sortir du cadre des Commentaires de Cesar, pour que l'on ne compare
pas t »
Puis, encore :
« Mme de Pourtalès vous prie de ne pas
oublier le discourb de M. Dupin 4 et vous
demande s'il ne serait pas amusant qu'elle
arrivât dans une toilette affreusement laide
et simple," quitte à l'ôter ou à l'enlever, pour
mieux dire, sur la scène, et à avoir dessous
quelque chose &lt;le très joli? On dirait, par
exemple:
« Vous voyez tous et toutes que ~f. Dupin
« en veut aux femmes et lient à les enlaidir.
« La mode va vous le prouver; jugez si ses
« édits à elle ne valent pas mieux que ceux
« de ce vilain monsieur. »
a Et alors, changement de costume à vue.
Cela serait d'un petit effet gentil, n'est-ce pas?
« p. METTERl'ilCU. ))
Nous le voyons, on passait le temps en
douceur, à Compiègne, à Paris.
Les jours radieux et les beaux soirs s'égrenaient, et les grandes réceptions, et les bals
aux Tuileries, et les fêtes où réapparaissait
toujours, parmi les plus entourées, l'heureuse comtesse ~lélanie &lt;le Pourtalès.
2. Le compère de la rerne.

5. L'empereur el l'impératrice d'Autriche.
4. Ce discours « contre le hue des femmes

1&gt; provoqua un tapage énorme el fit tomber de tous côtés
une pluie de brochures.

�✓lf''ÉU.NTE DE

111ST0'1{1.ll
Cependanl qu'avnil-elle ressenti JUSt(u'à
cette heure~ De ' ati faction_- d'amour-propre
el de monde. Le monde : du bruiL, une

füne de Pourtalès se repo~ait sur celle idée,
confiante, opLimisle. Elle ne prenait point
la peine de carher son fail,lc pour les verLus

LE VE TIDULE Er L ESCA1.IER D'UONlH.L'R Oil CllATEAU llE LA ROBERTS
0

vapeur fuyante, une traînée de parfum, qui
embaume l'air, passe, s'évanouit. Les événements de l'époque, mêlé aux circon lances
de sa propre vie, l'amenèrent à co11aa11re des
impressions plus fortes. Elle eu L sa pa ae
historique. Et ce feuillet, que nous allon
relire, subsi Lera dans les mémoires du temp .
Il n'en pourra plus être arrathé.
Les Pourlal~s avaient l'habitude de voyages
el des longs déplacements. Quand la Robertsau ne les gardait pa' en Alsace, dans ce coin
piltoresque de Yieilles Gaules, pour un séjour
de saison, ils se rendaient volontier à l'appel
amical de la princesse de Melternich les
invitant aux chasses à. courre, dans ses propriélé de B.ibème ou de Hongrie. D'aulres
fois, ils s·arrètaienl en Allemagne. En l 6
ils allèrent à Berlin. lis avaient là des allaches de famille. , 'on pas que la comtes e fùt
Prussienne par son mari, comme le put
croire et aflirmer le général l)ucrot; car,
d'alliance au· i bien que de nai . ance, elle
n'a eu qu'une patrie; et M. de Pour1alès 1 né
à Paris, de parents uis e , était originaire
d'une ancienne famille protestante, qui a1•aiL
dù 'eiilt:r, passer la frontière helvétique.
aprè la révocation de l'édit de 1 ·antes; il
avait revendiqué ses droit de Français, au
lendemain de 'adowa; et, bien auparavaut,
il avait fait inscrire ses deux premiers enfants ur le registre de l'état civil; mais la
vérité est qu'une partie de la famille résidait
à Ilerlin. En outre, on pensait arnir groupé
là des amitiés de tout repos. En effet,

rn.

et mérites gt'rmaniques. A Paris, elle aurait
prêté serment sur les dispo ilions parfaite ,
l'irréprochable bonne volonté de roi in allemand ,. lorténument, quand elle abordait re
thème, elle laissait parler ,on admiration
pour Bismarck el pour Gnillaume, au ri que
d'irriter de · susceptibilités françaises trop
cbalouilleuses, supposail-cllc, tellement que
des per onnages de Berlin voyaient déjà le
retour procb:iin de . on âme al,-.acienne dans
le sein de l'unité allemande. C'e t ici que
l'attendait une profonde urprise.
M. de cbleinilz, alors mini.tre dirigeant,
avail prié à diner le comte et la comtes e de
Pourtalès. Celle-ci avait été placée à la droite
de 1'11omme d'État, qui, ne doutaol point
des entiment secrets de es imités, commença à l'enlrelenir, a1•ec l'intention évidente de lui être agréable, des progrès de la
Pru --e, du graodissement de l'Allemagne et
de l'es or que ne ~rderait pa à prPndre sa
pui ance dans le monde. Elle écoutait sans
intmompre. Et )1. de cbleinilz se mil à
dévelop~r ce· idée d'espan-ion territoriale
qu'on connaissait i bien darn1 l'état-major
allemand et dont on était si mal informé au
palai d'Or ay.
« - Oui, bientôt, belle comtesse, continuait-il du ton le plu engageaut, mus erez
tout à fait des nôtres. »
1. Dès avant 1860 se !l.ënonçail Je but poorsuh'i par
Bismarck, la pensée vers laquelle tendaient tous S\-'S
efforts : J'uoilil de l'Allemagne, la guerre uec L\ulricbe, la.rechrrche d'alliancea elfect1ve fJOUJ' l'&amp;L'C(Jmplissemenl de ses desseins. V. la Corre8po,1dauce de

Elle leva la tète, émue, Lroublée, t:indis
que li. dé ..' cbJeinilz, tout à son idée, concluait en ces termes :
&lt;&lt; L'AI ace va de1enir une d~ plu ·
lielles pr-0vinces de l'Allemagne et ,·ous,
comte· e, nous serons fiers ùe· rous compter
parmi no compatriote .
&lt;&lt; Mais, répli11ua-L-elie, je suis .Al-acienne, je suis française d trè Franrai e,
croyez-le bien. 1)
L'Excellence pru sienne comprit qu'elle
:nait lrop parlé. La conversation ne fut plus
reprise sur ce sujet.
Le coup, 1·1'pendant, a,aiL porté. La ré,·élation était faite de projets mauibtt"ment
hostiles 11u'on nourrissait en Prusse. Ot!s mots
lui revinrent h la pensée, des mots de ses
amis ~Iellernich, auxquels elle n'avait pas
assez prèlé d'allention sur la politique
fuyante, cml,arrasssée, pleine de péril~, du cabinet impérial.
Déjh, dans leurs garni ons, les officiers
pru~sicns marquaient le étapes future · de
leurs troupes sur les cartes de France. A Berlin on 'enlrPtenait couramment, el sur le
Lon d'une confiance absolue, des grandes
destinées qui allendaienl la Pros e el que
l'Allemagne alldldail d'elle. Et le rl!l'eur
couronné, qui pré idait 11 c!:!Ues du peuple
français, sür de soi el de ·a diplomatie,
contiuuait à snivre s:i chimère ob Linée d'une
alliance néce. saire et féconde avec les héritier de Frédéric.
Bismarck en effet, à Biarritz, avait touché
deux mol de celte entente franco-germanique. C'est qu'il avait cru trouver de\'ant
lui des hommes d l~Lal et traiter avec eux en
conséquence. Il ne lui a,,ait pas été difficile
ni long de 'apercevoir qu'il 'é(ait étran&lt;1ement trompé; et il avait pu prendre son
Lemps, tout promettre, sans rien tenir, el
masquer ses bat1eries 1 •
L'explosion n'avait besoin que d'une étincelle pour éclater. Ni les dangers extérieurs,
ni le désarroi public, ni le trouble des esprits
n'étaient parvenus à déranger l'heureuse .omnolence de 'apoléun Ul et la quiétude de e
courli~ans, de ses ministre '· Le marquis de
La Yaletle tenait encore en main la plume
,font il igna a fameuse circulaire :
La France ne peul que se réjouir de
l'aarandissement de la Pru se, qu'elle a appehl de tous ses vœux et faiori é de on concours. »
,, Troi personnes, me disait Alfred llczière , trois personnes avanL I iO, avaient
nellemenl prévu louL ce qui devait ;mi1·er :
le lieutenant-colonel Stoffel, le général llucrol
el .Mme de Pourlalès. n En réaLité, t:lles ne
furent pa le seule., et, sans parler dt&gt;s prophète du lendemain, nous pourriorn: en
nommer quelques autres, jusque dan l'entourage,. de l'empereur, comme le duc de
Persian ·, qui n'avait pas attendu la tempête
Bm,w,·ck a~er le baron de Schleinit~. Coll:t, édi
teur, tullgart.
. .
'.!. On doil c:x.ceptcr le Dlllll5lre tic la gul'r~,. le

OW'êchal ;'lie!, qui fut ~p~is pu I? mo_rt au uul!eu
de ses ulTorls de réorgamsallon de l annee françiuse.

pour en dénoncer les symptômes. ~fais celles.là jetèrent l'alarme plu haul cl plu· fort,
san · qu'on les entendit davantage.
C'est à ce moment 'lue le cabinet noir intercPpta la lellre de Ducrot au géni:ral Fro,-..
sard, la letlre hi. torique da 2 octobre 186 ,
retrouvée en 18i0 dan h:s Papiers cle· Tuileries, et où, de toute son énergie militaire,
il :ippupil sur lïmportonce des ré\'élations
que venait de faire éclater à ~es yeux une
femme du monde.
En •effet,
à son retour d'Allemaroe el pa ('
•
0
saut a .,trashonrg, elle a\·a1l voulu donner
part au général Ourrol de ses crainte, palrioûquc , afin que d'autres fussent avertis à
temp . Elle était revenue, lui déclara-t-elle,
la mort dans l'âme. La guerre était inhitable; elle e produirait au premier jour;
car les Prussien la 1·oulaient, et il 'y étaient
si habilement, si complètement préparé.,
qu'il!.' ne doutaient poiot du succès.
« - Eh quoi, lui avait-il rJpondu, feignant de glisser dao l'entretien une pointe
d'ironie, vou embouchez la trompette de
Bellone ju. le au moment où, de tous côtés,
l'on ne parle que des intcnlions pacifiques de
nos bons voisins, de la alutairc terreur que
nou leur inspirons, du dé~r de
Bi ·marck d'éviter tout prétexte de
confiit, lorsque nous renvoyon
tou lP.s oldats dans leurs ÎO)er ·,
el qu'il est même question d'une
réduction de cadres, à tel point
que je m'apprête à aller planter
mes choux en Nivernais!
« - Oh! général, c'est ce 11u'il
y a d'affreux. Ces gen -là nous
trompent indignement el complcut
bie1 nous surprendre dé armé ....
Oui, le mot d'ordre est donné; en
pul1lic, on parle de paix, du désir
de vivre en bonne relations avec
nou ; mai , lor~que, dans l'intimité, l'on cau,e avec tou ces gens
de l'entourage du roi, il · prennent
un air nar11uois et vou disent :
« E. l-ce que vous cro1ez à tout
u cela? Ne 1 oyez-rouspoint que les
• événemenl marchent à grands
a pas, que rien ne saurait conjutt rer le dénouement? »
« li se moquent indi!!Ilement
de notre gouvernement, de notre
armée, &lt;le l'empereur, de l'impératrice; prétendent qu'avant peu
la France sera une seconde K pagne! Enfin, croiriez-vous que le
ministre de la maison du Jloi a osé
m'affirmer qu'a\·ant dh-buit mois
notre Alsace serait à la Prusse? Et
si vous a',Ïez quel énormes pr~paratif un fait de Lous côtés, aYec
11uelle ardeur il travaillent pour
tran [ormt'r et fu ionner les armées des Étals rtfoemment annexé ,
quelle confiance dans tou les rangs
de la société el de l'armée !. .. Ob I en vérité,
général, je reviens navrée, pleine de trouble
et de crainte. Oui, j'en suis certaine, main-

Bussœ~E.

tenant, rien ne peut conjurer la guerre, cl
quelle guerre! 1&gt;
,
Le paroles de Mme de Pourtalès, en
France, aYaienl un accent de prophétie; elles
n'auraient paru en Allemagne 1yue J'exprP. sion &lt;l'uu fait sur le point J,. ;;',u·cornplir,
presque rl1a1Lé dan,,; le~ imaginations pru siennes. Quelquelemps a11paran1n1. le général
de lllum,'nlbal, litant allé 1·n An:?lclerre,
chassait dans le environs de :\orfolk avec
lord Albermale; et celui-cr lui ci primait le
dé~ir 110 'il avait d'all»r à Berlin afin d 'a:ssi~tcr
aux manœuvres de l'armée.
« ~!.} prenez pa;: cellt• peine, lui avait répondu le ~énéral brandcbourgeoi : nous
donnerons bienlôl pour vou one grande
revue au Champ-de-M:m de Pari . &gt;&gt;
Ce qu'elle avait dit, à Slrasboara, sous
l'Jmoi des enlimenls &lt;1ue lui inspirait nne
douloureu e conviction, die le répéta à Compil!gne. Elle s'en ouvrit à 1'1!ruper1•ur, qui
l'avait invitée à sa taLle el placée auprès de
lui. Il écouta ses récits ell'ra~·ants, daus une
altitude --ilencieuse, sceptique, en homme
tranquille el fort.
,1 Vo jolis yeux bleu , comtesse, finit-il
par lui répondre, ont rn à Lraver le prisme

1

.'llAOAllE. OE POURTALÈS.

D'ap,ts le tatleau dt

CAROLVb DURAN.

de votre imagination des choses qui n'existent
pas; croyez-moi, nous n'avons rien à craindre
de la Pm~ e; elle n'osera pas nous attaquer. »

COMTESSE DE POUR.,TALÈS - -,

Et il en donna des raisons, qu'il jugeait
sans réplique. Le commentaires autour de
l'incident furent arrêtés. On ne fut pa~ embarras ·é de jeter le lilàme sur le général llurrot.
un alarmiste (1 qui voyait des Prussiens partout 1&gt;, el d'ajoult'r qu'on n'arnit pas à perdre
le Lemps ur lt&gt;s propo d'une jolie femme,
qui n'entendait rien à la politique.
Le · destins s·act·omplirent. Étrange coïncidence! An moment de la déclaration de
gnl'rre, IJUand l'empereur se préparait 11
partir pour se mcllre à la tête de l'armee, on
a1ait lieu d'apprendre, à Paris, qu'une familière du d1âteau, une parente de Napoléon,
a1·ail jugé parfaitement admissible de concilier a,·ec on attachement pour la .maison
impériale et avt't''. les dt~voirs 11ui lui étaienl
commandé à l'rgar&lt;l du pay · même, les
habitude· d'une corre·pondance suhie entre
elle el les princes de la famille royale de
Prusse, entre elle et les che[· de l'armée
allemand~. ~lmc de Pourtnlès n 'eL1t pas à connailre de cc· transactions. Les .enLiments de
droiture, de patriotisme et &lt;l'humanité qui
jaillirent des âmes, dans les heures critiques,
éclataient en preuves autour d'elle. on père,
le l,aron de Bu •jère, fut emmené prisonnier
des Prus ien 11 Rad tadt, après la
dévastation du cb:iteau de la Ilohertsau, qu'il avait comerli en
ambulance. Sa sœur, la comte se
de Leu se, et son beau-frère, maire
de ReLcbolTen, ancien député du
Bas-Rhin, déployèrent une ardente
acfü·ilé ~our l'amélioration du sort
des combattants et des blessés.
Enfin, elle au ·i réclama une large
part dans l'œune colleclive d"aLnégation et de dévouement, donl
les grandes familles alsaciennes
donnèrent alors &lt;les exemples multiplié·.
C'est ainsi que se trouva justifiée
pleinement l'heureuse idée qu'eurent des artistes en renom de la
peindre vètue en pa1·-anne al acienne, comme l'image mème de
l'Alsace pleurant la patrie perdue.
[mage de beauté blonde aux tresses
pendantes, sous Ir. ruban noir, qui
incarnait si bien le sentiment public, dans ces jours de deuil, qu'on
la reproduisit par tous le procédés
connus des art graphiques, au lendemain de la guerre. Tandis que
les couronnes el les gerbes de ileur·
~·amoucelaient autour de la statue
de ~,rasbourg, sur la place de la
Concorde, dans le ,,jtrines du
commerce on VO)'ait partout l'anoD}me port rail de Ja belle comtesse,
coiffée du oœud d'Alsace.
Mme de Pourtal avait gardé
une affectueu e fidélité aux souYerains déchu~. Il fut en son pouvoir de leur en fournir des témoignages positifs
De prime abord, la ituation matérielle

�1f1STO'J{1.J!
des hôtes de Chislehurst s'était révélee difficile et précaire. Avec sa confiance imperturbable en son étoile, qui ne lui laissait pas
entrevoir les é"enlualités d'un suprême désastre, Napoléon Ill était loin d'aroir précautionneusement entassé des fonds considérables
à l'étranger, comme on le lui imputait si
fort. Les valeurs et bijoux personnels abandonnés aux Tuileries, dans la précipitation
du départ ou de la fuite, avaient été placés
sous séquestre. Jusque vers J 8H, il fallut
compter sur le dévou!)ment des intimes. Une
amie de l'impératrice, portant uo nom céJèbre en littérature, Mme Octa,·e Feuillet,
nous donnait de vive voix des détails presque
incroyables, touchant cette période aiguë. Qui
se fût imaginé l'ex-souveraine, la resplendissante Eugénie, obligée d'économiser sur les
nécessités de la vie domestique, regardant
aux dépenses de table, à la lu.mière, à l'huile
de ses lampes? Ce ne fut qu'un moment. Des
retours d'abondance, grossis par des héritages
de France et surtout d'Espagne, devaient
ramener la sécurité opulente dans sa maison,
- une opulence dont sa main, il faut le dire,
n'a plus usé que d'une manière discrète et
parcimonieuse.
Toujours est-il que les choses étaient au
pis, en 1873, lorsque la comtesse de Pourtalès
vint en visite à ·Chïslehurst. De ses propres
yeux, elle avail pu se rendre compte des conditions d'existence étroite qu'-y menaient le
souverains dépossédés, et qu'on ne soupçonnait guère au dehors. Elle n'eut alors qu'une
pensée : retourner en hàte à Paris, intervenir
auprès de Thiers, chef du pouvoir exécutif,
lui exposer la situation réelle de ceux donL le
règne imprudent avait été si funeste au pays,
mais pour en être frappés, de retour, si profondément, et solliciter comme un acte de
justice qu'on leur restituât les ·,objets leur
ayant appartenu en propre; des présents, des
souvenirs. En dehors des raisons qu'on faisait
valoir auprès de lui sur l'équité de celle mesure, Thiers n'était pas insensible aux démarches féminines, aristocratisées d'élégance.
(1 goi1tait, en général, c'est une remarque à
glisser ici, la conversation et la société des
femmes. La comtesse Le Hon, .la duchesse
Colonna, la comtesse Walew ka, pour n'en
citer qu'une élite, la virent aimable et empressé dans leurs salons. ~ous l'Empire, il
avait gardé des rélations aO'ables avec la comtesse et le comte de Pourtalè . Il s'en souvint
opportunément. L'intercession de la comtes e
Mélanie ne [ut pas inutile. Mme de Pourtalès
obtint beaucoup; et des cai ses remplies
forent envoyées à Chislehurst, qui n'en auraient pas pris le chemin, sans l'énergie tenace
dont elle fit preuve auprès des fonctionnaires
chargés de la liquidation impériale.
Les attaches bonapartistes lui sont restées
des plus chères. Elle ne s'y tient pas exclusivement. Déjà sous l'Empire, il plaisait à son

humeur voyageuse de porter le cap en des
milieux nuancés d'opposition, où \'attiraient
des sympalbies individuelles d'intelligence et
de caractère. Des remarques se faisaient jour
sur la politique un peu frondeuse de Mme de
Pourtalès. Par la suile, on goùt et son discernement s'appliquèrent à entremêler et
concilier au mieux les opinions et les personnes, en des réunions où domine, pourtant,
l'élément mondain, c'est-à-dire la préoccupation un peu vaine de la naissance et des titres,
où les arts el les Jeures, sans y être délaissés,
n'ont pas, comme il en étail dans le salon de
la princesse Mathilde, leurs -randes entrées.
En celle fraction de monde, la comtesse de
PourLalès détient un prestige incontesté. Les
élus se retrouvent fidèlement à ses soirées,
dans le vaste salon rouge maintes fois décrit,
où des toiles du Bronzino, de Rembrandt et
de Van Dyck se marient à des chefs-d'œuvre
de l'art moderne. Les altesses en déplacement
des différentes Cours étrangères paraissent et
reparaissent à ses réceptions, au point, faisait
ob~erve1· un témoin, que l'on s'étonne de voir
l'Europe monarchique si féconde en princes
el en princesses.
En des réunions plus intimes, ~{me de
Pourtalès se complait à laisser parler ses
souvenirs sur la génération des femmes et
des hommes qui s'épanouit triomphante,
avec beaucoup de verve et un gl'ain de folie,
pendant les plus belles années du second
Empire. li nous est revenu, parmi d'autres,
un écho de l'une de ces causeries familières.
C'était à un diner, chez le marquis de Breteuil. On conversait des gens et des choses
d'autrefois. Elle contait. d'une manière précise et pleine d'intérêt, des traits, des anecdotes. ll s'agissait, en particulier, de Mme de
Castiglione. Le hasard d'un article puhlié
sous notre signature, dans un grand journal
Ju soirt, avait amené les propos autour de
cette physionomie originale.
« La Castiglione, disait Mme de Pourtalès .... Vous voulez savoir à qui elle ressemblt! 1
Tenez, à Mme de Janzé 1 • D
Et se tournant vers l'amiral Duperré :
c( N'est-ce pas, amiral?
• - C'est çela, belle et froide.
œ Oui, Lrès belle, mais bien insupportable. »
Puis, causant de ses mille et mille caprices,
elle rappelle la fameuse soirée des tableaux
vivants, chez les Meyendorfl', lorsque, de la
façon la plus imprévue, Mme de Castiglione,
qu'on s'attendait à voir sous un costume
moins austère, apparut en capucine, la coilîe
sur le front, l'habit gris de lin l'enveloppant
des pieds à la tête ... et disparut sans vouloir
plus reparaitre malgré les prières qu'on lui
en faisait. C'était une opposition ... un ange

de pureté et de beauté! L'anecdole est piquante. On s'en amuse. Ensuite, chacun de
dire son mot sur la comt.,sse 0orentine. Et
M. de Montesquiou de s'écrier qu'il en était
passionné, qu'il arait de ses souvenirs, de
ses meubles, de ses papiers, qu'il possédait
vingt portraits d'elle .... Et ~f. Gabriel Hanotaux de ré,éler ses trouvaille dans la biblio~
thèque et les papiers dispersés de la Casliglione .... Mais, n'était-il pas curieux, pour
ceux qui faisaient partie de ce diner, d'entendre ~Ime de Pourtalès devisant ainsi de
&lt;' la divine Nicchia ►1, qui fut la seule peutêtre, en la Cour de Napoléon lll, à la surpasser en beauté? Car, en dépit des airs
maussades et dédaigneux trop habituels à la
cousine de Cavour, il fallait bien reconnaître
une éblouissante vérité .... cc Il n'y a pas deux
Castiglione, » me disait la comtesse de La
Poëze, dans un élan de sincérité. Mais que
les retours de la vie furent diO'érents, pour
l'une el pour l'autre!
)lme de Pourtalès est une des rares privilégiées de ce cercle brillant, qui n'eurent
point à se ressentir, en leur p~rsonnelle et
indépendante condition, des éclats de la catastrophe. L'effondrement du régime bonapartiste et les désastres de la pairie avaient
frappé au cœur bien des illusions, abattu
bien des espoirs, renversé bien des prospérités, et cela dans l'âge où les recommencements sont une trop lourde tàche ou un trop
difficile problème. S'il n'en alla point pour
elle tout à fait, comme pour Mme de Metternicb, d'un simple changement de décor, du
moins les contre-coups de la chute ne porlèrenl à son étal dans la monde qu'une alteinte
morale, aisée à supporter.
on luxe intime n'en a pus été diminué, ni
sa large indépendance. Elle a continué de
recevoir à Paris, de chasser à la Robertsau,
de faire là grande figure, entourée de se~
fils : les comtes Jacques, Paul et llubert de
Pourtalès, el de ses filles : la baronne de
Berckheim et la marquise de Loys-Cbandieu,
d'entretenir des correspondances assidues et
fidèles, de patronner des œul'fes, de se
répandre avec sélection, et d'exercer un rôle,
dans la commodité d'on cadre opulent et
aristocratique.
Et, par suite, les chagrins que causent,
aux lendemain de ruine, les tristesses de
l'abandon, l'expérience cruelle des pires ingratitudes, et les déboires de l'isolement, quand
on vit tout Paris à ses pieds, comme une et
plusieurs que je pourrais nommer : toutes
ees épreuves lui demeurèrent inconnues.
Privilège plus rare encore : l'hiver des ans
lui garda des clémences infinies. on sourire
avait à peine .changé. Il y a des roses qui ne
tombent que feuille à feuille. En vérité,
lorsque
la Fortune vint à elle, au matin de sa
1. Le Temps , 16 janTier 1905.
2. Le rapprochemenl est conLeslable. On ne voil vie, accompagnée du plus riant cortège, la
pas très bien les similituùe., physiq_ue_s. D'une m:1•)ière capricieuse déesse avait tardé bien longtemps
lu~ t.·ondée, compara1l-on, quant a I a.specL eitcrieur,
f'impêralrice
à remonter sur sa roue.
el la vioomtcsse de Janze.
0

F .RÉDÉRlC

LOLIÉE.

SOUVENIRS DE GARNISON
~

Un duel d' o/ficiers
(1777)

Dans la ,,ille de Lille on avait une bonne
troupe d'acteurs; les jeunes lieutenants et
sous-lieutenants de la garnison se rendaient
de si bonne heure et si assidûment à la
comédie que les capitaines et officiers supérieurs ne trouvaient souvent plus de places
aux premières loges en y arrivant.
Le lieutenant du roi de la place de Lille,
instruit dt! ce qui se passait, prit, conlre sa
coutume, une mesure peu réfléchie : il défendit aux lieutenants et sous-lieutenants de se
placer dans les premières loges avant la fin
du premier acte du pectacle.
Un pareil ordre étonna et mécontenta tout
le monde. Les capilaincs de la garnison convinrent tous, pour consoler leurs jeunes
camarades, de partager leur sort et de ne
poinL prendre les places qu'on défendait à
ceux-ci d occuper.
Étant depuis quelques jours à la campagne,
j'ignorais totalement et l'ordre donné et l'effet
qu'il avait produit. ,J'arrive à Lille à l'heure
où le spectacle allait commencer; j'entre dans
une première loge, un peu surpris de la trouver vide, ainsi que toutes cellPs du même
rang. Ma surprise a~mPnte en voyant des
chapeaux sur toutes les chaises de œs loges.
C'é1aient ceux des lieutenants et sous-lieutenants, qui, pour éluder l'ordre, faisaient
ainsi retenir leurs places.
Comme la loge où j'entrai était large,
j'avançai une chaise entre deux: de celles qui
étaient sur le devant et je m'assis, toujours
fort surpris du vide de &amp;tte première enceinte
tandis que tout le reste de la salle était
rempli.
Autre étonnement! dès que le premier acte
est joué, toutes les portes des premières loges
s'ouvrent, el une foule d'o!ficiers y enlrenL
L'un d'eux, M. de la Villeneuve, lieutenant
de chasseurs dans le régiment Dauphin-infanterie, prend place à côté de moi et me dit :
- Monsieur, vous avez fait tomber mon
chapeau qui était sur cette chaise.
En effet, sans y prendre garde, je l'avais
fait tomber en m'asseyant. Je lui fis une
excuse polie; mais il me répondit avec une
humeur ioconceYable qu'une telle impertinence ne se réparait pas par une mauvaise
excuse. Je lui répliquai qu'après le spectacle
il aurait une explication sérieuse el peut-être
moins satisfaisante pour lui.
Nous étant ainsi entendus, il garda le
0

l'empêchait de se tenir ferme sur ses jambes,
ce qui me donnait trop d'avantage. Je lui
proposai de cesser le combat; il y consentit
et accepta mon bras pour marcher.
Nous rentrâmes dans la ville; à la lueur
d'un réverbère je le vis inondé de sang, et je
réfléchis tristement sur la cruauté de nos
préjugés. Bientôt nous trouvâmes un fiacre;
je l'y fis monter avec assez de peine, et je
voulus y prendre place à côté de lui; mais il
reîu.sa absolument.
Pour ne re,·enir jamais, pour ne rcvrnir jamais.
Attrib;;ant ce relus à un ressentiment pro- Tu le trompes peut-être, lui répondis-je. longé, jP. lui en montrai ma surprise.
- Vous me jugez mal, me dit-il; je suis
[Jès que j'eus rejoint, au bas de l'escalier,
mon lieutenant tapageur, nous sorûmes étourdi, un peu bizarre, passablement entêté
ensemble de la salie, et, lorsque nous fùmes même, mais je suis bien loin de vous en
sur Ja place d'armes, comme réellement il ,•ouloir; au contraire, je veux me punir plus
avait le cœur aussi bon que l'esprit vif et que vous ne l'avez fait. Tout le tort est de
léger, il me dit après quelques moments de de mon côté; je vous ai provoqué sans raison,
rê,·erie :
et j'exige, quand ce ne serait même que pour
- En vérité, nous sommes de grands dix minutes, que vous alliez reprendre à la ·fous! Nous allons nous couper la gorge pour comédie la maudite place qui a été le sujet de
une bagatelle qui n'en vaut as.surément pas notre dispute. Après cela ,·ous viendrez me
soigner si vous le voulez; j'en erai honoré et
la peine, pour un chapeau tombé!
- Celle réflexion esl juste, lui dis-je, mais ravi; autrement, j'y suis décidé, nous ne nous
un peu trop tardive Je n'ai pas l'honneur de reverrons plus.
,·ous connaitre; le vin est tiré il faut le boire.
J'eu~ beau lui dirt~ que je ne pouvais le
- Comme vous vtiudrez, répliqua-t-il; laisser seul dans l'étal où il ét:iil, ignorant si
sa blessure était mortelle ou non; il ferma la
sortons donc de la ville.
- Non, lui dis-je ; il est tard, et celui de portière et me donna son adresse.
nous deux qui sera ble é ne doit pas resldr
Pour le satisfaire j'allai à la comédie; je
seul sans secours dan! un champ. Allons nous repris à d'Assas ma place, en lui racontant
battre sur un bastion.
mon aventure et en lui rappelant la belle
Il me fit observer que c'était sévèrement prédiction qu'il m'avait faite sans s'en douter
défendu et sous dts peines gra,'es.
et dont il parut tout attristé. Un quart d'heure
- Bon! repris-je, qu'imporlP- la défense? après, j'allai chez mon lieutenant blessé, que
en fait de folies, les plus courtes sont les je trouvai très souffranl, mais sans danger.
meilleures; ce sera bientôt fait. Marchons.
Au bout de trois semaines il fut guéri. Il avait
Arrivés dans l'intérieur d'un bastion, nous fait le récit de celte affaire à tous ses camaquiUàmes nos habits et nous tiràmes nos rades; elle eut un singulier résultat : l'ordre
épées. Comme mon adrnrsaire était ardent et fut retiré, les querelles pour les places cessè- ,
leste, il s'élança sur moi, par un seul bond, rent, et la bonne intelligence se rétablit entre
si promptement que je n'eus pas le temps de les o!ficiers des di1férents grades.
parer; je me sentis le côté frappé. HeureuseCinq ans après passant à Nantes, lorsque
ment par impétuosité il avait manqué mon j'allais m'embarquer pour l'Amérique, j'y
corps, et c'était la garde de son glaive qui retrouvai le régimenl Dauphin. Mon lieutenant
m'avait touché.
de chasseurs, instruit de mon passage, m'in- Ma foi ! dis-je en moi-même, d'Assas a vita à dlner avec tous les jeunes gens de la
garnison. Pour celte fois il n'y eut de choc
p~nsé prédire juste.
Je chargeai à mon tour mon ad,•ersaire, et qu'entre les verres; la gaieté fut cordiale et
lui donnai, en plongeant, un coup d'épee; la vive. Je n'ai rappelé cette anecdote que parce
pointe pénétra dans son corps et s'arrêta sur qu'elle me parait propre à peindre l'espril de
notre âge el les mœurs de notre temps.
11D os. il voulait continuer, mais la douleur
silence; mais, comme il élail jeune el impatient, il ne put attendre la fin de la représentation. Après la première pièce, il se leva et
me fit signe de le suivre. Au moment où je
sortais, un jeune lieutenant de mon régiment,
le comte d'Assas, qui se trouvait derrière moi
Pt qui voulait ma place si je ne rentrais pas,
me dit, en répélant ces vers d'un opéra-comique qu'on jouait :
- Ségur, tu t'en vas,

CmtTE DE

SÉGUR.

�Cliché Jlicurdelo Crères.

LES

AIGLES

(1812). -

Tableau de

JULES ROUFFET.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE X IX (sttitP).

Dans la nuit du 28 au 20, le canon des
Russes vint augmenter ces horreurs en foudroyant les malheureux qui s'efforçaient de
franchir la rivière. Euôn, à neuf heures du
soir, il y eut un urcroît de désolation,
lorsque le maréchal Victor commença sa retraite et que ses divisions se présentèrent en
ordre devant le pont, qu'elles ne purent gagner qu·en refoulant par la force tout ce qui
obstruait le passage! ... Mais jetons un voile
sur ces horribles scènes!. ..
Le 20, au point du jour, on mit le feu à
toutes les voitures restant encore sur la rive
gauche, et lorsque enfin le général Eblé vit
les Russes s'approcher du pont, il le fit aussi
incendier I Quelques milliers de malheureux
restes devant Studianka tombèrent aux mains
de Wittgenstein. Ainsi se termina le pins horrible épisode de la campagne de Russie! Cet
événement eût été bien moins funeste si l'on

eftt su et voulu employer le temps que nous hin, l'Empereur avait espéré se débarrasser
avaient laissé les Russes depuis notre arrivée pour longtemps de la poursuite des Russes;
de,·ant la Bérésina. L'armée perdit dans ce mais il était écrit que toutes les chances nous
passage 20 à 25,000 hommes.
seraient contraires! ... En effet, la gelée, qui
Ce grand obstacle franchi, la masse des à cettf' époque de l'année aurait dù transhommes isolés échappés à œt affreux dé- former en un chemin facile les eaux de la
sastre était encore immen,e. lln la fit évacuer Bérésina, leur avait laissé presque toute leur
sur Zembin. L'Empereur etla garde i:uivirent. fluidité quand nous devions les traverser;
Venaient ensuite les débris de quel4ues rrgi- mais à peine les eûmes-nous franchies, qu'un
ments, et enfin le 2e corps, dont la brigade froid ri~oureux vint les gel,·r au point de les
Castex fai ait l'extrême arrière-garde.
rendre assez solides pour porter du canon!. ..
J'ai déjà dit que la route de z,..mhin, la Et comme il en fut de même de celles du
~eule voie qui nous rt'slâl, traverse un marais de Zembin, l'incendie des ponts ne
immense marais au moyPn d'un très grand nous Îut d'aucune utililé1 . Les trois armées
nombré de ponts que Tcbikhakotf avail nti- russes que nous avions laissées derrière nous
gligé de brùler lorsque, plusieurs jours a11ant, purrnl. sans obstacle, se mettre à notre
il occupait c,itte position. Nous ne commîmes poursuite; mais, fort heureusement, elle fut
pas une pareille faute, car, après le passage peu vigoureu e. D'ailleurs, le maréchal Ney,
de l'armée, le 24e de chasseurs el mon régi- qui commandait l'arrière-garde française,
ment y mirent aisément le feu, avec des joncs ayant réuni tout ce qui était encore en état
secs entassés dans le voisinage.
Tc.hitchakolT a trouvé dans ce fait une excuse à
En ordonnant de brûler les ponts de Z!!m- sn t.négl
igcnce.
•\t 175 I"'

�n1ST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
de comhallre, faisait de fréquents retours
offensifs sur les ennemis lorsqu'ils osaient
approcher de trop près.
Depuis que le maréchal Oudinot et le général Legrand avaient été blessés, le général
Maison commandait le 2e corps, qui, se trouvant, malgré ses grandes pertes, le plus nombreux de toute l'armée, était habituellement
chargé de repousser les Russes. Nous les
maintînmes au loin pendant les journées du
50 novembre et du i er décembre ; mais, le
2, ils nous serrèrent tellement avec des forces
considérables qu'il en résulta un combat très
sérieux dans lequel je reçus une blessure
d'autant plus dangereuse qu'il y avaiL ce
jour-là 25 degrés de froid!... Je devrais
peut-être me borner à vous dire que je fus
frappé d'un coup de lance, sans entrer dans
aucun détail, car ils sont si horribles que je
frémis encore lorsque j'y pense! ... Mais enfin
je vous ai promis le récit de ma vie tout entière. Voici donc ce qui m'advint au combat
de Plechtchénitsoui.
Pour vous mettre plus à même de bien
comprendre mon récit et les sentiments qui
m'agitèrent pendant l'action, je dois vous
dire d'abord qu'un banquier hollandais,
nommé Van Berchem, dontj'avaisétél'intime
ami au collège de Sorèze, m'avait envoyé, au
commencement de la campagne, son fils
unique, qui, devenu Français par la réunion
de son pass à l'Empire, s'était engagé dans
le 25•, bien qu'il eùL à peine seize ans 1... Ce
jeune homme, rempli de bonnes qualités,
avait beaucoup d'intelligence; je l'avais pris
pour secrétaire, et il marchait toujours à
quinze pas derrière moi avec mes ordonnanœs. Il était ainsi placé le jour dont je
parle, lorsqu'en traversant une vaste plaine,
le 2e corps, dont mon régiment formait
l'extrême arrière-garde, vit accourir vers lui
une énorme masse de cavalerie russe qui, en
un moment, le déborda et l'attaqua de toutes
parts. Le général Maison prit de si bonnes
dispositions que nos carrés d'infanterie repoussèrent toutes les charges de la cavalerie
régulière des ennemis.
Ceux-ci ayant alors fait participer au combat une nuée de Cosaques qui venaient insolemment piquer les officiers français devant
leurs troupes, le maréchal Ney ordonna au
général Maison de les faire chasser, en lançant sur eux tout ce qui restait de la division
de cuirassiers, ainsi que des brigades Corbineau el Castex. !Ion régiment, encore nombreux, se trouva devant un ptllk de Cosaques
de la mer Noire, coiffés de hauts bonnets
d'astrakan et beaucoup mieux vêtus et montés que ne le sont ordinairement les Cosaques.
Nous fondîmes sur eux, et, .selon la coutume
de ces gens-là, qui ne se battent jamais en
ligne, les Cosaques firent demi-tour et s'entuirent au galop; mais étrangers à la localité,
ils se dirigèrent vers un obstacle bien rare
dans ces vastes plaines : un immense et profond ravin, que la parfaite régularité du sol
empêchait d'apercevoir de loin, les arrêta
tout court! ... Se voyant dans l'impossibilité
de le franchir avec leurs chevaux el obligés

de faire face à mon régiment qui aUait les
rejoindre, les Cosaques se retournent, et, se
serrant les uns contre les autres, ils nous présentent bra,,ement leurs lances!
Le terrain, couvert de verglas, était fort
glissant, el nos chevaux, très fatigués, ne
pouvaient galoper sans tomber. Il n'y eut
donc pas de choc, et ma ligne arriva seulement au trot sur la masse ennemie qui restait
immobile. Nos sabres touchaient les lances;
mais celles-ci ayant treize à quatorze pieds
de long, il nous était impossible d'atteindre
nos adversaires, qui n'osaient reculer, de
crainte de tomber dans le précipice, ni avancer pour venir affronter nos sabres! On s'observait donc mutuellement, lorsqu'en moins
de temps qu'il n'en faut pour le raconter, se
passa la scène suivante. Pressé d'en finir
avec les ennemis, je criai à mes cavaliers
qu'il fallait saisir quelques lances de la main
gauche, les détourner, pousser en avant, et
pénétrer au milieu de celte îoule d'hommes,
où nos armes courtes nous donneraient un
avantage immense sur leurs longues perches,
Pour être mieux obéi, je voulus donner
l'exemple, iit, écartant quelques lances, je
parvins en effet à pénétrer dans les premiers
rangs ennemis!... Mes adjudants-majors,
mes ordonnances me suivirent, et tout le régiment fil bientôt de même. U en résulta une
mêlée générale. Mais au moment où elle s'engageait, un vieux Cosaque à barbe blanche,
qui, placé aux rangs inférieurs, se trouvait
séparé de moi par d'autres combattants, se
penche, et, dirigeant adroitement sa lance
entre les chevaux. de ses camarades, il me
frappe de son fer aigu, qui passe, d'autre en
outre, sous la rotule de mon genou droit! ...
En me sentant blessé, je poussai vers cet
homme pour me venger de Ja douleur affreuse
que j'êprouvais, lorsque je vis devant moi
deux beaux jeunes gens de dix-huit à vingt
aus, porlaDt un brillant costume couvert de
riches broderies : c'étaient les fils du cbeI du
pulk. Un homme âgé, espèce de mentor, les
accompagnait, mais n'avait pas le sabre à la,
main. Le plus jeune de ses élèves ne se servait pas du sien, mais l'.aîné fondit bra"Vement sur moi et m'attaqua a,,ecfureurl ... Je
le trouvai si peu for.mé, si faible, que, me
bornant à le désarmer, je le pris par le bras,
le poussai derrière moi et ordonnai à Van
Berchem de le garder. Mais à peine avais-je
accompli œt acte d'humanité, que je sentis
un corps dur se poser sur ma joue gauche,
une double détonation éclate à mes oreilles,
el le collet de mon manteau est traversé par
une balle!... Je me retourne vivement, et
que vois-jet .. Lejeune officier cosaque qui,
tenant une paire de pistolets doubles dont il
venait de tirer traîtreusement un coup sur
moi par derrière, brûlait la cervelle au
malheureux Van Berchem 1!! ...
Transporté de fureur, je m'élance alors
sur cet enragé, qui déjà m'ajustait avec le
second pistolet !.. . Mais son regard ayant rencontré le mien qui devait être terrible, il en
fut comme fasciné, et s'écria en très bon
françai~ : « Ah! grand Dieu! je 'YOis la mort

dans vos yeux !. . . Je vois la mort dans -vos
yeux 11 ! - Eh bien , scélérat , tu vois
1
•
Ill
'1'
iltmh
JUSte
......
» En euet,
o a ....
Le sang appelle le sang! La vue du jeune
Van Berchem étendu à mes pieds, ce que je
venais de faire, l'animation du combat et
peut-être aus~i l'affreuse douleur que me
causait ma blessure, tout cela réuni me jetant dans un état de surexcitation fébrile, je
cours vers le plus jeune des officiers cosaques, je le saisis à la gorge, et déjà mon
sabre était levé, lorsque le vieux gouverneur,
cherchant à garantir son élève, penche le
haut du corps sur l'encolure de mon cheval,
de manière à m'empêcher de remuer le bras,
et s'écrie d'un ton suppliant : &lt;&lt; Au nom de
votre mère, grâce, grâce pour celui-ci, il n'a
rien fait!. . . »
En entendant invoquer un nom vénéré,
mon esprit, exalté par tout ce qui m'entourait, fut frappé d'hallucination, au point
que je crus voir une main blanche, si connue de moi, se poser sur la poitrine du jeune
homme que j'allais percer, et il me sembla
entendre la voix de ma mère prononcer les
mols : « Grâce I grâce! » Mon sabre s'abaissa! Je fis conduire le jeune homme et
son gouverneur sur les derrières.
Mon émotion était si grande après ce qui
venait de se passer, que je n'aurais pu donner aucun ordre au régiment, si le combat
eût encore duré quelque temps; mais il fut
bientôt terminé. Un grand nombre de Cosaques avaient été tués, et les autres, abandonnant leurs chevaux, s'étaient laissés glisser dans les profondeurs du ravin, où la plupart périrent dans les énormes tas de neige
que les vents y avaient amoncelés. Les ennemis furent aussi repoussés sur tous les autres points. (Mes étals de service portent ma
blessure comme reçue le 4 décembre; elle le
fut en réalité le 2, jour du combat de Plechtchénitsoui.)
Dans La soirée qui suivit cette aOaire, je
questionnai mon prisonnier et son gouverneur. J'appris que les deux jeunes gens
étaient fils d'un chef puissant qui, ayant perdu
une jambe à la bataille d'Austerlitz, avait
voué aux Français une haine si vive que, ne
pouvant plus les combaUre, il avait envoyé
ses deux fils pour leur faire la guerre. Je pr~
vis que le froid et le chagrin feraient bientôt
périr le seul qui lui restât. J'en eus pitié el
luL rendis 1a liberté, ainsi qu'à son vénérable
mentor. Celui-ci, en prenant congé de moi,
me dit ces mots expressifs : &lt;! En pensant à
« son fils aîné, la mère de mes dem élèves
&lt;I vous maudira; mais en revoyant le seçond,
« elle vous bénira, ainsi que votre mère, en
u considération de laquelle \'OUS avez épargné
« le seul enfant qui lui reste! »
Cependant, la vigueur avec laquelle les
troupes russes avaient été repoussées dans la
dernière action ayant calmé leur ardeur, nous
fûmes delll. jours sans les revoir, ce qui a~sura notre retraite jusqu'à &amp;falodeczno; mais
si les ennemis nous laissaient un moment de
trêve, le froid nous faisait une guerre des
plus rudes, car le thermomètre desœndit à

"---------------------27 degrés! Le~ hommes et les chevaux tombaient à chaque pas, el beaucoup pour ne
plus se relever . .le n'en restai pas moins avec
les de'hris de mon régiment, au milieu duquel
je bivouaquai sur la neige chaque nuit : où
aurais-je pu aller pour être moins mal1 Mes
braves officiers et soldats, considérant leur
colonel comme un drapeau vivant, tenaient
à me conserver et m'entouraient de tous ks
soins que comportait notre affreuse situation.
La blessure que j'avais reçue au genou m'empêchant de me tenir à califourchon, j'étais
obligé de placer ma jambe sur l'encolure du
cheval et de garder l'immobilité, ce qui me
glaçait. Aus.c;i mes douleurs devinrent-elles
intolérables; mais que faire?
T.a route était parsemée de morts el de
mourants, la marche lente et silencieuse. Ce
qui restait d'infanterie de la garde formait
un petit carré dans lequel marchait la voilure de !'Empereur. ll avait à ses côtés le roi
Murat.
Le 5 décembre, après avoir dicté son vinotneuvième bullt:tin, qui jeta Loule la Fra;ce
dans la ·tupeur, Napoléon quilla l'armée à
Smorgoni, pour se rendre à Paris. U faillit
èlre enlevé à Ochmiana par un parti de Coaques. Le départ de ·J'Empereur produisit un
effet immense sur l'esprit des troupes. Les
uns le bHmaienl en le qualifiant d'abai1do11;
les autres l'approuvaient comme le seul moyen
de préserver la France de la guerre civile et
de l'invasion du no~ prétendus alliés, dont la
plupart, n'attendant qu'une circonstance far~

lK'ÉJW01'1fES DU G-15NÉ~Jl.L BJl.~ON D'E JlfA'l(,BOT - - ,

rentré dans ses Etals, y organisait de nombreux régiments. ,Je partageais celte dernière
opinion, dont les faits prouvèrent la justesse.

CHAPITR_E XX
, lnlcnsilé du froid. - Brigandage armé. - Arri,·éo
à Wilna. - Le d~filé de l'onari. - Retraite en
lraiaeaux. - Arri,•éc il Kowuo. - Passage de la
Vistule.

L'Empereur, en s'éloignant, confia le commandement des débris de l'armée à Murat,
qui, dans cette circonstance, se montra audessous de sa Làche. Il faut convenir aussi
qu'elle était on ne peut plus difficile. Le froid
paral)sait les facultés morales el physique ·
de chacun; la désorganisation était partout.
Le maréchal \ïctor reîusa de relever le
2e corps, qui faisait l'arrière-garde depuis la
Bérésina, et le maréchal Ney cul beaucoup de
peine à l'y contraindre. Chaque malin, on
laissait des milliers de morts dans les bivouacs
qu'on quittait. Je m'applaudis alors d'avoir,
au mois de septembre, forcé mes caYaliers à
e muuir de redingotes en peau de mouton :
celte précaution sauva la vie à beaucoup d'entre eux. li en fut de mème des provisions de
bouche que nous avions faites à BorisoJf, car,
sans cela, il aurait fallu disputer à la multitude affamé!! des cadaues de che,,aux.
Je dirai à ce sujet que M. de égur e1agère
!or qu'il dit que, pour assouvir leur faim, on
, il des malheureux réduits à manger de la

l,;.1 h::he. ~ e\uJ.c• u fre1e~.

ÉPISOD E DE LA Rl:.Tl&lt;AlTE DE R USSIE . -

T.:JNe.:JU de Pun.n•POTEAU X. (.lfusêe de Versai/tes .)

rahle pour se déclarer contre nous, n'oseraient bouger, en apprenant que "apoléon,

chai1· humaine 1 ! La route était sufilsamment garnie de cheraux. pour que personne

I_. c Des malheureux se précrpilércnl dan ces hrau ner5 ... leurs comp3gnons affamés 11's rrgardaienl

« sans effroi ... il y en cul mème qui allirèrcnt à eux
c ces corps déliguréa et grillés .. . el il est trop , rai

V.-HrsTORlA- - F1.sc. 36.

... 177

...

ne songeât à se faire anthropophage . .\u surplus, on serait dans une grande erreur si l'on
croyait que les vivres manquaient totalement
dans la contrée, car ils ne faisaient défaut
que dans les localités situées sur la route
même, parce que ses environs avaient été
épuisés lorsque l'armée se rendait à Moscou;
mais comme elle n'avait fait que passer
comme un torrent, sans s'étendre sur les
llancs, et que depuis cette époque la moisson
avait été faite, le pays s'était un peu remis,
et il suffisait d'aller à une ou deux lieues sur
les côtés pour retrouver une certaine abondance. li est vrai que les détachements encore en bon ordre pouvaient seuls faire dt!
telles excursions sans èlre enlevés par des
partis de Cosaque qui rôdaient autour de
nous.
Je me concertai donc a\'eC plusieurs colonels pour organiser des maraude.ç armées
qui revenaient toujours non seulement avec
du pain et quelques pièces de bétail, mais
avec des traineaux chargés de viandes salées,
de f.1rine et d'avoine prises dans les villages
que les paysans n'avaient pas abandonnés.
Cela prouve que si le duc de Bassano et le
général Hog-endorp, auxquels !'Empereur avait
confié, au mois de juin, l'administration de
ln Lithuanie, avaient rempli leur de\'oir pmdanl le long espace de temps qu'ils passèrent
à \Vilna, il auraient pu facilcmmt créer de
grands magasins; mais ils ~'étaient surtout
allachés à approvisionner la , ille, sans s'occuper des troupes.
Le 6 décembre, l'intensité du froid s'accrut infiniment, car le thermomètre descendit
à près de 30 dt rrrés; aussi celle journée futelle encore plus funeste que les précédentes,
surtout pour les troupes qui n'avaient pas été
habituées peu à peu à l'intempérie du climat.
De ce nombre était la division Gratien, qui,
forte de 12,000 conscrits, avait quitté Wilna
le 4 pour venir au-devant de nous. La brusque transition de casernes bien chaudes avec
le bivouac de 29 degrés et demi de froid fit
périr en quarante-boit heures presque Lous
ces_ i:nalheureux ! La rigueur de la saison prodms1t des e/Iets encore plus terribles sur
200 cavaliers napolitains de la garde du roi
Murat. lis venaient aussi à notre rencontre
?Près avoir séjourné longtemps à Wilna; mais
11s moururent tous dès la première nuit qu'ils
pa~sèrent sur la neige 1
Ce qui reslail d'Allemand , d'italiens, d'E pagnols, de Croates et autres étrangers que
nous avions conduits en Russie, sauvèrent
leur vie par uu moyen qui répugnait aux
Français : ils d{sel'laient, gagnaient Jes ,·illages à proximité de la route et attendaient,
en se chaufiant dan les maisons, l'arrivée
des enne~is, qui, souvent, n'avait lieu que
quelques JOurs ap1ès, car, chose étonnante,
ifs soldats russes, habitués à passer l'hiver
dans des Labi!alions Lien calfeutrées et garnies de poèlcs toujours allumés, sont infiniment plus scfüibles au froid que ceux des
autres contrées de l'Europe; aussi l'armée
1

• qu'ils . osèrent JJOl'ter à leur Loccl1c celle rl:.vollanle
&amp;

nourrrlure In ,DE St:r.cn, Jlistofre de Napoléo11. )
Il

�~------------------------

111STO'l{1.ll
ennemie éprouraiL-elle de grandes perles, ce
qui e:xplique la lenteur de la poursuite.
Nous ne comprenions pas comment Koutousoff et ses généraux se bornaient à nous
suivre en queue avec ane faible avant-garde,
au lieu de se jt'ler sar nos flancs, de les déborder et d"aller nous couper toute retraite
en gagnant la tète de nos colonnes. Mais celle
manœune, qui tût consommé noire perte,
leur devint impossible, parce qae la plupart
de leurs soldais périssaient, ainsi que les nôtres, sur les routes el dans les bivouacs, car

de fusil pour les éloigner. Enfin, pour jeter vailler en gl'anll. Pour cela, ils s'organisèrent
facilement le trouble parmi nous sans courir en bandes, jetèrent leurs casques, se coilfèaucun danger, car nous avions été réduits, rent de honnels de paysans, et, se glissant
faute d'allelages, à abandonner toute notre hors des bivouacs dès que la nuit était close,
artillerie, les Cosaques placèrent sur des trai- ils se réunissaient sur un point donné, et,
neaux de petits canons légers, arec lesquels · revenan.t ensuite vers rtos camps en poussant
ils tiraient sur nos troupes jusqu'à ce que, le cri de guerre des Cosaques : « Hourra!
voyant un détac·hement armé s'a,·ancer vers hourra! » ils portaient ainsi la terreur dans
eux, ils rn sauvassent à toutes jambes. Ces l"esprit dt!s hommes faibles, dont beaucoup
alla1ues par:itlles, 1ui, en réalité, faisaient fuyaient en abandonnant eliets, voitures et
peu dl} mal aux Frnnçais, ne laissaient p;is vhTes . .Alors les prétendus Cosaques, après
que d'ètre fort d.Ss:igréables par leur conti- arn1r tout pillé, s'éloignaient et rentraient

Cliché l'icurilein !rere,

LA RETRAITE DE RuSSlE (1812). -

l'intensité du froiJ t:lail ~i grande qu'on distinguait une sorte de fumée sortant des
oreilles el des yeux. Celle vapeur, se condensant au contact de l'air, retomLait Lruyamment sur nos poitrines comme auraient pu le
faire das poignées de grains &lt;le millet. Il fallail s'arrêter sournut pour débarrasser les
cbernux des énormes glaçons que leur Lialeine formait en se gelant sur le mors des
brides.
Cependanl qucl11ues milliers de Cosaques,
allirés par l'espoir du pillage, supportaient
encure l'intempérie de la saison et cotoJaient
nos colonne~, dont ils avaient même l'audace
d'attaquer les points où ils apercel'aient des
bagages; mais il suffisait de quelques coup

Tableau

ae

)A..&gt;;

V.

CllELAUNSKJ.

uuellc répélition. Deaucoup de malades ft de
blessés ayant été pris el dépouillés par ces
coureurs, dont quelques-uns firent un immense butin, le dé,ir de s'enrichir aussi nous
allira de nouveaux ennemis, sortant des rangs
de nos alliés : ce furent les P&lt;Jlonais.
Le maréchil de Saxe, fils d'un de leur3
rois, a dit avec raison que &lt;c les Polonais sont
« les pins grands pillards du monde et ne
« respecteraient même pas le bien de leurs
« pères ». Jugez si ceux qui étaient dans nos
rangs respectaien ! celui de leurs alliés. Aussi,
dans les marches el dan5 les bivouacs, ils
YOlaient loul ce quïls royaienl; mais comme
on se méfiait d'eux et que fos larcins isolés
devinrent fort diificiles, ils résolurent de tra-

avant le jour dans la colonne française, où
ils reprenaient le litre de Polonais, sauf à
redevenir Cosaques la nuit suivante.
Cet affreux brigandage ayant é!é signalé,
plusieurs généraux et coloncls résolurent de
le punir. Le général Maison ût faire si bonne
garde dans les 1Jivouacs du 2e corps, qu'une
belle nuit nos postes surprirent une cinquantaine de Polonais au moment où, s'apprêtant
à jouer le rôle de faux Cosaques, ils .allaient
faire leur hourm de pillage!... Se voyant
cernés de toutes parts, ces bandits eurent
l'impudence de dire qu'ils avaient voulu
faire une plaisanterie!... Mais comme ce
n'était ni le lieu n_i le moment de rire, le
général Maison les lit tous {usi/le,· sur-le-

champ! On fut quelf[Ue temps ~ans voir des
voleurs de celle espèce; mais ils reparurent
plus tard.
Nous arriYàmes le 9 décembre à Wilna,
où il existait quelques magasins; mais le duc
de Bassano et le général Ilogendorp s'étaient
retirés vers le Niémen, et personne ne donnait d'ordre .... Aussi, là comme à Smolensk,
les administrateurs exigeaient, pour dJ!irrer
des vivres et des ,êtements, qu'on leur remit
tles reçus réguliers, ce qui était impossible à
cause de la désorganirntion de presque tous
les régiments. On perdit donc un temps précieux. Le général Maison fit enfoncer plusieurs magasins, et ses troupes eurent quel•
ques vivres et des ellets d'habillement, mais
le surplus fut pris le lendt!main par les
Russes. Les soldats des autres corps se
répandirent en ville dans l'espoir d'être reçus
par les habitants; mais ceux-ci, qui, six mois
avant, appelaimt les Français de leurs Yœux,
fPrmèrent leurs maisons dès qu'ils les virent
dans le malheur I Les Jui[s seuls reçurent
ceux 1ui araient de. quoi payer cette hospila•
lité passagère.
Rrpoussés des magasins ainsi que des
habitations particulières, l'immense majorité
des hommes afümés se porta vers les hôpitaux, qui furent bientôt encombrés outre
mesure, Lien qu'il ne s'y trouvât pas assez
de vivres pour tous ces malheureux; mais
ils étaient du moins à l'abri des grands
froids!. .. Cet avantage précaire détermina
cependant plus de 20,000 malades el blessés,
parmi lesquels se trouvaient deux cents oît1ciers et. huit généraux, à ne pas aller plus
loin! Leurs forces morales et physiques
étaient épuisées.
Le lieutenant llernoux, l'un des plus vigoureux et des plus braYes officiers de mon
régiment, était tellement consterné de ce
qu'il voyait depuis quelques jours, qu'il se
coucha sur la neige, cl rien ne pouvaul le
déterminer à se lever, il y mourut!. .. Plusieurs militaires de Lous grades se brûlèrent
la cervelle pour mettre un terme à leurs
misères!
Dans la nuit du Oau 10 décembre et par
30 degrés de froid, quelques Cosaques étaut
venus tirailler aux portes de \Vilna, bien des
gens crurent que c'était l'armée entière de
Koutousolî, et, dans leur épouYante, ils
s'éloignèrent précipilammcnt de la ville. J'ai
le regret d'èlre obligé de dire que le roi Murat Cut ùe ce nombre : il partit sans donner
aucun ordre; mais le maréchal rey resta. Il
organisa la r, traite le mieux qu'il put, et
nous quittâmrs Wilna le 10 au malin, en y
abandonnant, outre un très grand nombre
d'hommes, un pJrc d'artillerie et une partie
du trésor de l'armée.
A peine étions-nous hors de Wilna que les
infàmes Juifs, se ruant sur les Français qu'ils
avaient reçus dans leurs maisons pour leur
soutirer le peu d'argent qu'ils avaient, les
dépouillèrent de l~urs vêlements et les jetèrent to11;t nus par les fenêtres 1. .• Quelques
officiers de l'annt-garde russe qui entraient
en ce moment furent tellement indignés de

JJfÉJH011fES DU G"ÉN'É"J?_AL BA"/?_ON DE .MAR,BOT ~

celle atrocité qu 'ils firent tuer beaucoup de
Juifs.
Au milieu de ce tumulte, le maréchal Ney
avait poussé vers la roule de KtJwno tout ce
qu'il pouvait mettre en mouvement; mais à
peine avait-il fait une lieue, qu'il rencontra
la hauteur de Ponari. Ce monticule, qu'en
Loule autre cirsconstance la colonne eût
franchi sans y faire attention, devint un
obstacle immense, parce que la glace qui
le couvrait avait rendu la route tellement
glissante que les chevaux de trait étaient
hors d'état de monter les chariots el les
fourgons!... Ce qui restait du trésor allait
donc tomber aux mains des CosafJUes, lorsque
le maréchal Ney ordonna d'ouvrir les caissons cl de bisser les soldats français puiser
dans les coffres. Celte sage mesure, dont
M. de Ségur n'a probablement pas connu le
motif, l'a porté à dire que les troupes pillèrent le trésor impérial. Dans le Specta/eui·
militaire de l'époque, j'ai également relevé
cette phrase de M. de S1gur : &lt;( Après le
(&lt; départ de !'Empereur, la plupart des colo« nels de l'armée, qu'on aYail admirés
« jusque-là marchant encore, arnc quatre
« ou cinq officiers ou soldats, autour de leur
(1 aigle ... ne prirent plus d'ordres qued'cux&lt;1 mémes .... Il y eut des hommes 1ui firent
« deux cents lieues sans tourner la tête! ))
J'ai prouré que le maréchal rey, ayant vu
tomber dans un combat le colonel et le chef
de hataillon d'un régiment qui ne complait
plas que soixante hommes, comprit que de
telles pertes s'opposerai en L à la réorganisation de l'armée et ordonna qu'on ne gardât devant l'ennemi que lo nombre d'officiers supérieurs proportionné à celui de la
troupe.
Plusieurs jours avant notre arriréc à Wilna,
l'intensité du froid ayant fait périr beaucoup
de chevaux de mon régiment et empêchanl
de monter ceux qui nous restaient encore,
tous mes cavaliers marchaient à pied. J'aurais
bien voulu pouvoir les imiter; mais ma blessure s'y opposant, je fis prendre un traineau
auquel on attela un de mes chevaux. La vue
de ce nouveau rébicule m'inspira l'idée de
sauver par ce moyen mes malades devenus
nombreux, et comme en Russie il n'y a pas
de si paU\·re habitation dans laquelle on ne
trouve un traineau, j'en eus bientôt une centaine, dont chacun, trainé par un chernl de
troupe, sauvait deux hommes. Cette manière
d'aller parut si commode au général Castex,
qu'il m'autorisa à placer tous les autres cavaliers en traineaux. M. le chef d'escadron
~Ionginot, devenu colonel du 24e de chasseur3
depuis que M. A... avait été nommé général,
ayant reçu la même autorisation, tout ce qui
restait de notre brigade attela ses chevaux et
forma une caravane qui marchait avec le plus
grand ordre.
Vous croyez, sans doute, qu'en marchant
ainsi nous paralysions nos moyens de défense; mais détrompez-mus, car sur la glace
nous étions Lien plus forlS avec des traîneaux
qui passent partout et dont les brancards
soutiennent les che,·aux, que si nous fussions
"" 1:-9 ...

restés en selle sur des moulures tombant à
chaque pas 1
La route étant couverte de fusils abandonnés, nos chasseurs en prirent chacun
deux et firent aussi ample proYision de cartouches, de sorte que lorsque les Cosaques e
hasardaient à nous approcher, ils étaient
reçus par une mousqueterie des plus vives,
qui les éloignait promptement. D'ailleurs, nos
c,avaliers combattaient à pied au besoin; puis,
le soir, nous formions avec les traîneaux un
immense carré, au milieu duquel nous établissions nos feux. Le maréchal Ney et le
général Maison ·muaient souvent passer la
nuit en cc lieu, où il y avait sécurité, puisque l'ennemi ne nous suivait qu'avec des
Cosaques. Ce fut sans doute la première fois
qu'on vit faire l'arrière-garde en traineaux:
m1is la gelée rendait tout aulre moyen impraticable, et celui-ci nous réussit.
Nous continuâmes donc à couvrir la retraite
Jusqu'au 13 décembre, où nous revîmes enfin
le Niémen el Kowno, dernière ville de Russie.
C'était par ce même lieu que, cinq mois plus
tôt, nous étions entrés dans l'empire des
Czars. Combien les circonstances étaient changées depuis!. .. Quelles perles immenses l'armée française avait éprom·ées !
A son entrée dans Kowno arec l'arrièrcgarde, le maréchal Ney 1roura pour Loule
garnison un [aible l,ataillon de 400 Allemands, qu'il joignit am quelques troupes
qui lui restaient, afin de défendre la place le
plus longlemps possible et de donner ainsi
aux m:ilades et blessés la facililé de s'écouler
vers la Prus•e. En apprenant l'arrirée de Ney,
le roi Murat s'éloigna pour g:igncr Gumbinnen.
Le 14, les Cosaques de Platow, suhis de
deux bataillons d'infanterie russe, placés ainsi
IJUe plusieurs canons sur des traineaux, parurent devant Kowno; qu'ils attaquèrent sur
plusieurs points. Mais Je maréchal Ney, secondé par le général Gérard, les repoussa et
se maintint dans b. ville jus1u'à la nuit.
Alors. il nous fit traverser le Niémen sur
la glace et qnilla le dernier le territoire
russe!
~ous étions en Prusse, en paJs allié 1. .. Le
maréchal Ney, accablé de fatigue, malade, et
considérant d'ailleur~ la campagne comme
terminée, nous quiLLa amsitôL et se rendit à
Gumbinnen, où se réunissaient Lous les maréchaux. Dès ce moment, l'armée n'eut plus
de chef , et les débris de chaque régiment
marchèrent isolément en avançant sur le territoire prussien. Les l\usses, en guerre avec
ce pays, auraient eu le dro l de nous y suivrci; mats satisfaits d'a,oir reconquis leur
territoire et ne sachant d'ailleurs s'ils devaient se présenter en I'russe comme alliés
ou ennemis, ils voulurent attendre les ordres·
de leur gouvernement et s'arrêtèrent sur le
Niémen. Nous profitâmes de leur hésitation
pour nous diriger vers les villes de la VieillePrusse.
Les Allemands sont généralement humains;
beaucoup d'entre eux avaient des parents et
des amis dans les régiments qui avaient suivi

�1f1ST01{1JI.
ft. Français à "oscou. li nous ri·çurent donc n;'in11' : on prit les chen1.u1 en main, et, préassez bien. el j'arnuc 11u'aprè a,·oir couché cédé · de quelques hommes armé de perche. et ·molen. 1., pas une seule i;arni .on, pas un
pend~nt rinq nioÏJ; à la Lelle éloile, ce fut qui ~ignalaienl le · rre,asse,, nous commen- ma«a in, pa un hôpital! Il •ux cent. lieu ·:.
avec délices que je me ,is logé dan une ç.ime · cette périlleu e traversée. Jliou~ étions de pays étaient ainsi livrées à quelque partis
chambre d.lluJe el placé dans un Lon lit! ju~qu'à mi-jambe. dans l'eau à demi gelée, de Cosaques errants. Il résulta de cet ahaodon
'JUe les malade rétabli ne pouraieot r •joindre
\fru celte bru!-que lr:m~ition d'un hh·ouac ce qui aggrava la position de: Lie. sés et de l'armée,
el que, faute de convoi. d'évac·uaslacial à uo hien-ê1re dt'pui :i lon°1emp. malades; mais la douleur phy.i11ue n·é1ait
tion,
on
fut obligé de lai. cr pend~nl près de
oublié me rendit gr:n·emcol malade. Presque rien auprès de· craintes que nous inspiraient
Jeux moi tou · le· hie sé · de la fo kova
loule l'armée éproma le~ mêmes effets : nou
les craqucmcnrs des glaçons, menaçant à cha- dan le couvent de Kolot4oï. Il s'} lromaient
pcrdim!'~ lieaucoup de monde, cnlre autre. que inst:inl dt' s·cnfoncer ~ou oo pied ! I.e
le.~ généraux tulé cl LariboÎJiièrc, chefs de domcsti'lue d'un de me. officiers tomba dans encore au mom~nt de la retraite; presque
Lou~ rurcnt pris, et ccut qui, comptant ~ur
l'artilkrie.
une crern,. e cl ne reparut plus! Enfin, n~11
\falgré la réception com·enable 11u'ils nous arrÎ\·,lme. à la ri,·e nppo~ée, où nous pa,s:1- leurs force ", rnulurent suinc l'armée, périrent de fali!!Ue et de froid 'Ur 1• :randc-.
!irenl, les l'ru ·icn:, se rappelant leur défaite mPs la nuit à nous récbAulfor dan des hutte
roules
! Eo fin le troupes en retrai le n'avaient
1lïrna el la manière dont ~apoléon le · a,·ait de pêcheur., , cl le lendemain nou fùru ,
pas
J,,
ub i lance a· urée dall$ des contrée,
traités en 1 07, en démemLr:mt une partie témoins d'un dégel complet Je la Vhtule, de
qui
produi
col dïmmen. es 11uantité de Lié.
de leur ropume, noti,; bai..saient .ccrèLernent . orle 'fUC i nou:, eu ..ions retardé noire pasLe défaut de pelites garni ·ons !&gt;Ur no dercl nou auraient désarmés cl arrèlé. au pre- ~age de 11uel11ucs heure~, 110us étion. fait~
rière!, fut encore cause que, sur plu' de
•
1
mier ignnl donné par leur roi. lléjà le gé- pr1• unmer,
....
100,000 prisonniC'rs faits par Jes Français
néral York, cher du nombreu\ corp pru .· ien
Du lieu où nou: arion~ franchi la \'i tule, dan le cours de la campagne, ptt · u11, mais
dont !'Empereur avait ~i imprudemmenl formé mon rrgimenl se rendit dans 13 petite ville
l'aile gauche de la Grande .\rmée, le général de weld, où il a\'ait déj1, cantonné avant la à la Jeure pa~ u11 seul, ne orlit de Ilus~ie,
York, canlonné entre Til ill el füaa, vennit ;uerre · re fut là que je commençai l'an- parce qu'on n'avait pa organisé sur les drrde pncti er avec le· Ru:-. es et de renvoyer le née 1, l :'i. Celle qui venait de finir avait été rièr~ des détachement pour les con,luire en
se les pas~ant de main en main. Aussi, lou
mnrécbal JacJonald, que, par un reste de certainement la plu pénible de ma ,ie 1
ces
pri. onoier· s'échappaient facilement et
pudeur, il n'o a cependant pas foire arrêter.
relournaient ver, l'armée ru,se, qui récupéLe,- Pru -~ien de toute cla~. e applaudirent à
CHAPITRE XXI
rait par ce moyen une partie de se · pertes,
la trahi.on du général York, et comme les
tandi-. que)~· nôtre. ·a,.gravairnt chaque jour.
provinc~ 11ue tran•r~ient en ce moment le· Cmi,r d,•. 110, .J,,u,tr1•s. - 11111111c 11'i11lcrp1·i•lcs. Le manque d'inlerprètc contribua au si à
. oldat;. rrançai malad · cl :an arme· étaient
Conlia nce neui:le ,l;uu li li.télil•l ,le n ,, allit• nos
désa lre beaucoup plu qu'on ne le
;;arnic · Je troupes prussiennes: il est probable
C:m,,idfraliou. sur l'incendie dt• \loscou. - Cl,illr1•
pense; en effet, quPI · ren. ei"nrmcnls obtenir
«IP. n pctlc,. - T,•moignnre ll11tcur ■,TorM par
que 1,•s b:iLilant auraient cherché à s'empar ·r
1 Emp,·reur au ~j• d~ cl1ft-.scur .
dan,, un pays inconnu, quand on ne pl'ul
de nou., .'il' n'avaient craint pour leur roi
,;chan
•er une ~eulc parole nec le~ habiqui était à Berlin, au milit•u d'une armée
Jetons maintenant un coup d'œil rapide ·ur laots'/ ... Ain i, lorsque sur les bords de la
frani;.ii:e commandée par le maréch.,l ugc- le causes qui firent mani1ucr la camrJgne
lléré ina le général P:irtouneaux ~o trompa
rcau. Celle crainte cl le dé~a,·cu quo le roi de nu~ ic.
de chemin, quittant celui de tudianl.a pour
de PrtLSC (le plu honnête liomme de .on
La principale fut incootei;Lahlement l'erreur
e diriger ver· le camp de Wiugen tein, flarrol'aumeJ inllig1•a au gén 'rai Yorl., en Ir fai- dan~ laquelle tomba , 'apoléon, Ior. qu'il crut
touncaux
avait neclui un paysan de Dori,off,
sant juger et condamner à mort pour crime pouvoir faire la guerre dan le norJ de l'Euqui,
ne
acbant
pas un mol de françai., tàde haut' trahison, a}ant empêcb_é un ·01&amp;- rope ar:mt de terminer celle qu'il .outcnait
rnmcnt général contre le Françai~, nou en depuis longtemps en Espa,.ne, où c armée . chait de lui faire comprendre par de· ,,i!.me ·
profilàmcs pour nou éloigner el rour gagner ,enaicnl d'e,suyer Je rand revers, à l'époque e.xpre sir, que cc camp était rn se; mai ,
faute dïuterprète, ou ne ~•entendit pas, et
le rhe,,, de la \'i tulc.
où iJ e préparait à aller attaquer le· Jiu~ e
.\Ion rérrimcnt la trave~a auprès de la for- chez eux. Les troupe uniment (1'll1lfai.w•x, nou perdime une belle divLion d,· i à
,000 hommes!
lere ·se de Graudenz, au point même où nous ainsi di· éminées au nord el au midi, $e
Dans une circon tance à peu prè · ~cmblal,le,
l'a,ion· pa ée en nous rendant en Hus ie; lroU1·ant insuflisanlc ' parloul, :\'apoléon crut
le
5e
de lanciers, urpris au mois d'octobre,
mai · 1 trajet fut cette foi. lrè · périlleux, car y suppléer en joignant à leur~ Lat:iill,ms ceut
malgré
le~ avi~ incomvri de son guide, avait
le dégel s'étant déjà fait .,entir à quel11ues de e allié . C'était affaiblir un ,·in généreut
perdu
~Ou
homm, . Cependant, !'Empereur
lieue tn amont, la glace était recou,·erle en y mêlant de l'eau bourheu c !... En effet,
d'un grand pied d'eau, et l'on entendait d'af- les divi. ion fraoçai es for •nl moin - bonne ; avait dans ou armLle plu icur · corps de cavafreux craquements, présage d'une débâcle 1 · troupes des alliés rc tèrcot toujours mé- lerie polonai:e, dont pr •·que tous les officiers
ghlérale. Ajoutez à cela que ce fut au milieu diocres, ll cc furent elles qw, pendant la re- el he.1ucoup de . ou -otlicier parlaient trè
d'une nuit obscure que je reçu l'ordre de traite, vorlèrcot le désordre dans la Grande bien le rus e ; mais on le. lai ·sa dans leurs
ré"imenls respectif , landi. qu'on aurait dù
pru;scr le Oeuve à Cin~tant même, car Je "é- Armée.
en prendre queh1ues-uns dans chaque corp~
néral venait J'èlre informé que le roi de
line cause ooo moin. fatale de no· rc,er
Pru ·e apnt quitté Berlin pour e réfunicr fut la mauvaise or~anisatioo, ou plutôt le pour 1 · placer aupr' de tou les généraux
t!n Silésie, au centre d'une armée considé- manq11e total d'orgaoi ·ation de pay conqui . • el coloneL, ou il auraient rendu de très
rable, les population' commençaient à s'agi- Ctr. au lieu d'imiter cc que nou arions fait grands service . J'insi le ur ce point, parce
ter, et il était à cr;1indre qu'elle ne . c sou- pendant le campa11ne d'Au terlirz, Iéna el •1uc l'armée Fraoç:iiseétant celle où l "lan•rue ·
étrangères ·ont le moins connue , il en e t
levassent contre nou , dè que la débâcle nou
Friedland, en établi :--anl. dans les p:i} dont ,011\cnl ré~lté de trè · nr,10d · incoménicnt
empècherait de tra 1·er,cr la Vistule. Il fallait l'armée 'éloignait, de petit· corp de troupe,
donc ab olumcnl affronter le danger. JI était qui, ~elonné d'étape' en étapes, commu- pour elle, ce qui néanmoio ne nous a pas corimmense, car le fleme est très considérable niquaient régulièrement cotre eux pour a u- rigés de l'insouciance que nou apportons
devant Graudenz, el il exi lait dans la glace rer Ja tranquillité de nos derrières, l'arrivée dan. celle partie i es cati lie à la !!llerre.
J'ai déjà fait oh errer combien fut grande
de large - el nombreuse creva~ e qu'on de munition , des homme i.olé , el le déla
faute 11ue l'on rommit en formant le:, deux
n'apercevait que fort difficilement à la lueur part des convois de ble ·sé., on avait impruailes
de la Graodê Armée arec le, contingents
de feux allumés . ur le · deux rirns.
demment pous é Ioule' les force disponibles de la Prusse et de l'Autriche. L'Empercur
Comme il ne fallait pas on"er à faire ce ver
o,cou, si Lien que, de cette ville au
trajet a1·ec no· traineaux, nou les abandon- Niémen, il n' · anil, i on en excepte Wilna dut \ivement s'en repentir, d'abord en apprenant que les Autrichien a,·aient lais.é p:t!; er
... ,Ho ...

�fflST0'/{1.Jl

--------------------------------------~

l'armée russe de Tchitchal-.off; qui venait
nous couper le chemin de ln retraite sur les
bord· de la Iléré·ina, cl en second lieu lor ·quïl connut la trahi on du ~éoéral lori-.,
chrT du co1·ps prussien. ~(ai les regrets de
~apoléoo durent être encore bien plus amers
pendant et après la retraite, rar i dès le
commencement de la campagne il eût composé les deux ailes de la Grande Année de
troupes françaises, en amenant à ~fo-cou les
Pru siens el les Autrichiens, ceux-ci, ayant
éprouvé leur part de misère et de perles,
auraient été au r~tonr aussi afliiblis que tous
les autres corps, tandis que 'apoléon aurait
retrouvé intaclt! les troupes françai.e laissées par lui aux deux ailes I Jïrai même plu
loin, car je pen,;e que !'Empereur, afin d'uTfail,l;r la Pru · e el l'Autriclie, aurait dù
exiger d'elles des contingents triples et quadruple~ de ceux qu'elles lui envo1èrent .... On
a dit, aprè l'événement, que ces deux Étals
n'auraient pa adhéré à celle demande; je
pen e tout le contraire, car le roi de Prusse
,·enant à Dresde supplil'I' 'apoléoo de rnaloir
bien agréer son fils pour aide de camp n'aurait osé rien lai reîu er; et l'Autriche, dans
l'e poir Je recom rer IJUelques-unes des riches
provinces que l'cmpt&gt;mtr des Français lui
avait arrachée , aurail de on côté fait tout
pour lui complaire!. .. La trop ,zrande confiance que ':ipoléon eut en l 12 dans la
Prusse et l'Autriche l11 perdit!
On a prélrndu, el l'on répétera looglemp ,
que l'incendie de Moscou, dont on a fait honneur à la courageu e résolution du gouvernement ru ·se el du général fiostop chine, fut
la principale cau,e de 1:1 non-réussite de notre
campagne de 1 12. Celle as. erlion me parait
cont~table. D'aLord, la destruction de ~loscou
ne fut pas tellement complète qu'il n'y rcslàt
asi;ez de maison_, de palais, d'égli e · el de
casernes, pour établir toute l'armée, ain~i
que le prouve un étal que j'ai vu entre lemains de mon ami le général Gourgaud, alors
premier oFlîcier d'ordonnance de !'Empereur.
Ce ne fut donc pa le défaut de logements
qui contraignit les Français à quiller Mo cou.
llitn de gens penstnl que ce fuL la crainte

de manquer de ,iHes; mai c·c~l encore une
erreur, car les rapport faits à !'Empereur
par ~I. le comte Daru, intendant général de
l'armée, prouYent que, même après l'incendie, il exi tait dan· cette ville immense plus
de pro,isions qu'il n'en aurait f.11lu pour
nourrir l'armée pendant six mois! Ce ne fut
donc pas la crainte de la di$e/lc qui détermina !'Empereur à faire reLrailP, cl sou ce
rapport le gouwrnement n'aurait pas atteint
le but qu'il se proposait, s'il l'avait eu toutefoi . Ce but était tout autre.
En effet, la cour Ioulait porter un coup
mortel à la vieille ari tocralie de boyard· en
déLrui.aot la \'ille, centre de ll'ur consl ante
opposition; hi gourcrnemeol russe, toul despotique qu'il e t, a L1 aucoup à compter avec
la haute noble e, dont plusieurs emper"urs
ont payé de ltlur ,ie le mécontcnlt:ment. Les
plus puissants el les plus riche membres de
celle noblesse faisant de Moscou le foyer perpétuel de leur intrigue , ltl gooY1!rnemenl,
de plus en plus in']uiel de l'accroissement de
cette Yilli:, lroma dans l'invasion Trançai. e
une occa ion de la détruire. Le général nostop chine, un des auteur· du projet, fut
chargé ùc l'e1:écution, dont il voulut plus tard
rejeter l'odieux sur les Français 1 ; mai l'aris•
locratie ne s'y trompa pa ; elle accusa i
hautement le gom·ernement et montra un tel
mécontentement de lïncendie inutile de ses
palais, que l'empereur Alexandre, pour éviter
une cala trophe pt&gt;r. annelle, fut obligé non
i:ulemenl de permeLtre la rccoru,truction de
Mo cou, mais de bannir Ro topscbine, qui,
malgré ses prote talions de patrioli me, \Ïnt
mourir à Paris, haï par la noblesse ru se.
Mais quels que [u . en l le motif· de l'incendie de loscou, je pense que sa consenation aurait été plus nuisible qu'utile aux Franç.iis, car pour dominer une cité immen-e,
habitée par plus de 500,000 individus, toujours prèts à se révoller, il aurait ÎJllu aOiiblir l'armée, pour placer à Moscou uoe garnison de 50,000 hommes qui, au moment di:
la retraite, auraient éLé as~aillis par la populace, laoùi que l'incendie ayant élo:,.,né presque tous les habitant , qnclrJL•e · patrouilles

1. Dan; u brochure puhliée e.o 1 23. no,top-d,ine
ii.,i,le putirnlil!rcm~nl ,ur le,, eau c acci,lcnlclles de

111- perle~. !-clou lui, i'.?U,000 hommes pa&lt; àcnL lu
~îëmcn, cl l:ll chilfr~ fui porl1• à 53:;,000 pu clc ·
rc11forl successif•: 3'10,000 aurairnl péri lnnl Fra,1-

l'iuccndi,•.
2. M. Thiers è~l,lit

l'O:U

ne il suit le romple Je

t•i, qu'alhib. Soir de fl'tliteur. )

'

suîlirent pour maintenir la tranquillité.
La seule influence riu'ait eue Moscou sur
les él'énements de 1 12 proriot de œ 11ue Napohion, ne Youlant pas comprendre qu'A 1exandre ne pouvait lui demander la paix, ou.
peine d'èlrc mis à mort par es ujets, pensait que 'éloigner de œlte capitale avant
d'arnir condu un traité avec les flu ses serait
avouer l'impuissance dans l:up1elle il était dtl
'y maintenir. L'empereur de Françai· s'ob.tina donc à rester le plus longtemps posi,iblt!
à Mo,cou, où il perdit plus d'un moi, à allendre inutilement des propositions de paix. Cc
retarJ nous devint fatal, pui qu'il permit 11
l'hiver di: se prononcer avant que l'armét\
française pùl aller se cantonner en Polounc.
Mais lors même CJùe Moscou aurait été ~ncrvé inlact, cela 0'1 tH rien changé aux événl'mcnts; la catastrophe provint de ce que la
relraiLe ne fut pa préparée d'avance et exécutée en temps opportun. Il était cependant
fa ·ile de pré\·oir quïl ferait très gr:md froid
en nussie pendant l'hiver!. .. Mais, je le répète, l'espérance de conclure la paix séJui,it
Napoléon et fut la eule eau e de on Ion"
0
séjour à Moscou.
Les perle de la Grande Armée pendant l.i
campagne furenl immenses; on les a cepeudant beaucoup exagérées. J'ai déjà dit 1p1e
j'avais vu entre les m:iins du général Gourgaud un état de ~ituation . urchargé de noies
écritr.s de la main de apoléon, el 11u'il résuh:iit dtl cc document officiel que le nombre
d'hommes qui pa sèr1•nt le Niémen fut de
325,900, dont 155,100 Français et 170,500
alliés. A notre retour, les contingents pru siens cl autrichien passèrent en mas e à
l'ennemi , et pre que lou les autres allié
avaient déser1é indi,iduellemenl pendant lu
retraite. Ce n'e l donc qu'en établi anl une
balance entre l'efTectif des Français à leur
entrée en campairoe et ce qu'il était à leur
second pas age du I iémen, qu'on peul faire un
premier calcul approximatif de leurs perte .
Or il ré ulte des état de situation produits
en février 181- que 60,000 Françai avaient
repassé le Niémen ; il en maoqnait donc
0.5,000. ur ce nombre, 30,000 des prisonnier faits par les Ru· es rentrèrent dans leur
paLrie après la paix de 1814. La perte totale
dl!S Français regnicolc~ [ut donc, pendant la
campagne de Rw.~ie, de 65,000 mort:; 1 •

(A sui)lre.)

.... 182 ...

GÊNtRAL DE i\1ARROT.

...

LOUISE CHASTEAU

j/mes d'autre/ois
VII

mille lil-r03 de plus, deux. maison· el quelques autres petit riens dont je ne parle pa ,
vaisselle d'argent, beaux meubles, linge abondant, 1,ijoux, curasse el chevaux ....
- Elle pourra fair~ bonne figure à la
cour! s'écria la baronne, transportée.
- Certe !... Quand le roy ser.1 rercnu,
ajouta le marquis san conviction, mais anic
poli te. se. Toutefois ....
- Quoi donc?
- Je ne aurai tout à fait oublier mon
jeune parent, le chevalier. IL e t de petite
nohlesse et de mince fortune .... ~lais c· c, t
un bonnète homme et je l'aime. Jusqu'aujourd'lmi, el depuis quïl a\'ail quinze on ,
nous ne 00115 omme- point quillés. Je ouhailerai. qu'il en fût de m0me d.an' l'avenir,
et que mademoi.elle de Fonspeyral n'éprouvàt aucune conLrariéLé à ce qu'il continuàl de
\iue sous mon toit comme par le pas·é.
Voilà, madame, ce que j'avais à cœur de vous
dire au plus vite, car, dès le premier jour où
j'ai YU votre fille chez mademoi elle de Boi sonage, j'ai pensé à l'aimer. Ce enlimmt
e·t derenu oudaio très ,if quand je l'ai
apc·rçue, il y a tantôt une ou deux heures,
en de cendanl de voiture ici même .... Je ne

En l'ai, ence 1h• Lurl'ltl' rl de• Florian, des
choses graves arnit•nl été dile .
Le marqui., dans a Lcrgère, maJame de
Fon·peFal, po ée à peine à ' l'angle d'une
thaise, s'étaient d'abord regardés comm1•
pour se mesurer des yeux. Puis li. de Bdlombre avait parlé :
- Madame, il me f,ml m'ouvrir à \'OUs
&lt;l'un projet que j'ai conçu depuis un a ·e1.
long L&lt;•mp • Pour des raison que vous devincrt:t an effort, il me serait pénible d\n
diflérer davantage l'exécution ....
Il r~ pira et lira sa tabatière dt! sa poche,
la tourna l'l la retourna entre se pouce~,
comme par un jeu puéril.
!l'un regarJ noir et pénélrant, la baronne
le considérait, c~sa)aut de le deviner. Elle
dil, Tort courtoi e :
- Je vous écoule, monsieur.
- Pardonnez-moi, madame, de ne point
cmplo er de grandes el noble phrases pour
· vous faire conûJence de ce IJUi m'agite, car,
en vérité, je suis tout en émoi ... , j'ai hàte
d'aller au but .... Vous avez une fille, madame, qui e. l la plu· belle per oonP et la
mieux faite que j'aie jamais ,·ue .... Une couronne lleuronnée lui siérait à merveille ....
Permeltritlz-vous, mad:ime, qu'elle la linl du
marquis de Bellomhre'1
La baronne eut uo mouvement \if et d'une
si prodigieuse surprise que M. de Bellombre
se méprit :
- Oh! je saH ... J'~i Ja soixantaine, étant
né le jour où mourut l'empereur Charles
d'.\11trid1e dont la uccession ruil en füu
toute l'Europe, vou · savez?
La baronne fit uo vague "este d\;noraOLè.
- ... Oui, j'ai soi ante ans ....
Il oupira deux fois :
- ... ~a santé e,l bonne, ma fortune esl
encore belle, grâce à des arra.n°ements ~ecrels que j'ai su prendre dès el a.~aot 1792.
~les rente sont avantageu es. J'ai négligé de
rue marier dans le tcmp où je l'aurai dù
f.tire .... Il me plairait de réparer cette oltise
cl de me ménager qucl4ues beaux. jour · arnnt
de n'en connaître plu d'aucune orle. iademoisellc de Fonspeyrat me charme par la no-bics e de sa perwnoe et la douceur de on
visage où la vertu ·o peint très expressément.
Je lui reconnaitrai volontiers par mariarre
vingt mille livres de renie et, aprè· moi, elle
aura tout ce que je po sède, soit quarante

suis pa un galantin, ni un freluquet. .. . Je
ne saurais lui tourner un compliment hardi,
•' l serai fort empèché de faire d gràc('
deYa.nt elle en pirouettant sur mes talons .. ..
J'ai soixante ans .... Mais ....
L'orgueil safüfait, une iHesse inconnue de
joie maternelle bouillonnaient dans le ci•rveau
de la baronne. Elle~·accommodait mal de ces
longue explic-alions. Elit• interrompit M. de
Bcllombre :
- ~larquis, vous an•l ma paroli•.
Elle lui lendit la main.
- J'ajouterai, continua-t-elle, que ,·otre
demande comble tous mes dé-ir,. J'ai Loujour· ouhaité pour ma fille uo solide établis_emenl dao le monde, auprè · d'un mari qui
fùL pour elle un protecteur et un père. J'ai
horreur de ces maria;.(e où l'on jette à tort
el à travers le mol II amour &gt;&gt; .... Voilà, ce
me emble, quelque cho-c 11ui ne se doit
trouver &lt;1ue dan ces union fantasques, violentes cl pas arrère.;
auxquelles -c laissent
0
•
entraîner dei fille mal née, ou de pe1tt.e
vertu. La décence s'oppose à ce mélang1• inconrcoaol de pa sion el de préoccupation
graves. 't•st-ce pas votre avis?...
- Toul à lait.

_ ftfaJamt il me faut m·ouvr/r .i vous d'un ('rojd que j'ai concu det11is Ufl asst: long lemps. Pour des r~i• sons que vÔ 14 s Jnlncre:.sans effort, il ,nt strail ptniNt J'tn diflerer :l,ll':mtal!t J'ex~ullon .. . • (P~e 11i.1 ,)

�1f1ST0~1A

,

Un mari:ig&lt;&gt; d'amour, comme disent
- Ma fillr, dil-rllr, nous :\\'Oils, mon. icur
- L'accord est l'ail, ma fillt', d nom: :ivon
ùan. leur û••rossier lanaa"c
lt's· O tms de pC'n 1
O O
de
Belloml,re et moi, à vous entrrtrnir ù·nne échangé nos paroles_ ~Iousit!Ur dP Bdlombrr
est une honteuse défaillanct~ ....
chose gra\'e.
vous instruira de tous détails.
- A moins cependant... diL le marquis.
Florian eut un geste qui marquait son
- Mademoiselle, dit alors le m~rquis, vous
- A moins cependant, reprit avec vivacité
empressement à s'éloigner par discrélion.
me voyez plein de joie et tout à fail votre
la baronne, que l'amour ne se ll'ouve préci- Restez, restez, chevalier, dit affectueu- serviteur. 1e rends grâces à votre mère de
sément chez celui des deux époux qui a le
sement le marquis .... Vous n'ètes point de m'avoir entendu avec complaisance. Je vous
double mérite de l'âge et de 1a fortune. Sa trop. . .. 'est-ce pas, madame? ...
engage ma foi de gentilhomme que votre bonraison commande à son cœur et l'éclaire. Sa
- Vraiment non, dit la baronne Et n'est- heur sera le but de m1 vie et que je ne cédefortune le met en un rang oi, il a le droit
il pas également question de lui en cette rai rien au hasard sur le fait de l'assurer.
pour lui : droit de choisir, droit de commanaffaire? .. • ajouta-t-eHc avec un petit rire
Il se courba jusqu'à la main de Lncelte,
der et, ma loi! aussi, droit d'aimer selon
plein de sous-entendus.
qu'il lui plait.
qu 'il pril entre les siennes. Il l'y garda une
Elle continua :
minute, puis la baisa dévotement.
- Vous mus trouvez tout à fait d'accord,
Ma
fille,
monsieur
de
Bellombre,
touché
Le chevalier fit mine de s'éloigner.
madame, arec une personne de haute qualité
de votre sagesse ... de votre savoir ... et plein
- Demeurez, mon cher Florian, dit le
et dont le nom vous est connu, bien certaid'estime pour votre personm' ... m'a demandé marquis. Vous êtes presque mon fils, et je
nement : Mademoiselle .... La Grande )lade- 1rotre main,. ..
n'éprouve aucun embarras à vous laisser voir
moiselle .... Celle qui épousa Lauzun .... Vous
Lu celle attendait la fi o, qu'elle jugeait ma joie. Je veux vous dire que ce mariage ne
savez?...
Mais la baronne ignorait le nom de la toute naturelle, de cette phrase : « pour son changera rien à notre si agréable manière de
neveu, le chevalier .... l&gt; Le cœur lui battait. vi\'re. Je suis bien sûr que mademoiselle de
Grande Mademoiselle, tout comme eJJe avait
Elle
rougis.ait. Elle pàlissait. Elle avait envie Fonspeyral, loufe bonne ot charmante; ne
ignoré celui de Charles VJ, empereur d'Au- de crier
sa joie....
triche. Elle balbutia et dit :
,·erra point d"obslacle à ce que vous gardiez
Mais sa mère n'ajouta rien de p1us.
auprès de moi la place que vous y avez tou- Oui ... non ... c'est-à-dire ... je ne me
Lucette pensait défaillir.
rappelle pns.
jours eue? ... Savez-vous bien, ma belle enRegardez-la donc, marquis l.. . mais fant, ajoula-t-il en regardant Lucette, que le
- Eh bien l continua ~f. de Bellomhre
qui était verbeux et qui aimait les anecdotes' regardez-la donc!... criait la baronne avec chevalier a,jusqu'aujourd'bui, singulièrement
Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, te.'. une lourde gaieté. Bon Dieu! esl-elle émue l. .. agrémenté ma vie? JI lit pour moi les gazettes
nait en très grand mépris les passions basses, C'est qu'elle ne s'attendait pas à si belle aven- et m'en rend compte; il fait ma partie de
$pécialement l'amour ... mais l'amour ... com- ture!. .. N'est-ce pas, ma fille, que vous n'au- trictrac, me renseigne sur les choses du deriez jamais rêvé de devenir marquise de Bel- hors, connait mieux que moi mes affaires et
ment dirai-je?... l'amour ... enfin l'amour lombre?
vulgaire des petites gens. Et elle chassa de
mes gens .... Il m'en coûterait de ne l'a"oir
Lucelle, très pâle, s'appuyait des deux plus. Vous en jugez comme moi, n'est-ce
chez elle une femme de chambre qui arnit
mains au dossier d'une chaise.
pas, ma belle enfant?
eu l'impudence de se vanter d'arnir épousé
- En effet, dit-elle, je.... Mais je crois
- Je ... je ... je ne sais ... répondit Lucellc
son mari par amour. Chez nous, celte avenque.... Je ne sais ... je ne peux ... je ne d'une mix blanche et la tête perdue .... Mais ...
ture n'est tolérable que parce que nous y Lien
pensais ... .
ma mère, ajoula-L-eUe en se tournant vers
apportons en plus la naissance, le rang, la
- Remettez-vous, ma fille, -r;emettez-vous. madame de Fonspeyrat, et vous, monsieur,
fortune, qui modifient ce que la passion toute
Certes, je comprends votre émotion, et je suis souffrez que .ie me retire .... La chaleur ...
nue a de choquant et d'incivil ....
l'émotion .... En Yérilé, je me sens fort mal.
Il eût continué ainsi longtemps. La baronne
l'interrompit encore :
- Oui, dit la baronne. Allez, aller., mon
enfant. ... Ou plutôt je vous accompagne dans
- fi me faut à présent vous parler de ma
votre chambre. Vous avez grand besoin de
fille, de sa dol ... très petite ... de sa sarresse
0
repos, en eO'e 1.
de son savoir....
'
Quand elles se furent éloignées :
- li n'importe! dit le marquis. Il n'importe, répéta-t-il, avec un geste qui si!!Difiai t
- Uarquis, dit Florian, d'une voix mal
assurée, je vous dis merci pour votre offre
sa résolution de ne rien entendre là-dessus.
généreuse. Mais je ne l'accepterai point ....
Il me suffil de regarder mademoiselle Lucette
Non que mademoiselle de Fonspcyrat m'inspour la connaitre : elle est belle, vertueuse
pire quelque défiance au sujet de mon propre
et savante. Je n'ai pas besoin d'en savoir darepos auprès de vous .... Je Ja juge, au convantage .... )lais ne convient-il pas, ajouta-l-il
traire, comme une personne accomplie en la
vivement, que vous l'instruisiez au plus tôt
de notre arrangement?
compagnie de laquelle on doil vivre heureux.
Mais, oserais-je l'avouer? la vie en famille ne
- J'y pensais, dit la baronne, et je m'en
vais la quérir.
me paraît pas .... Comment dirai-je? ... Enfin
ma présence apporterait à une jeune femme
Étant sortie, elle avait rencontré les jeunes
nouvellement maîtresse de maison, un surgens et revenait presque aussitôt avec eux.
croit d'occupations ... de préoccupations ... et
Tous trois parurent dans le salon. Tous
je craindrais ....
trois portaient la joie sur leurs vjsages. L'or- Vous voulez rire, chevalier?. .. dit le
gueil du triomphe se marquait sur celui de
marquis en riant lui-même. 11ademoise11e de
la baronne. Lucette était lransligurée par
ramoureuse espérance. Florian élait beau de Les Ilotes de Mme .te Fonspey,·a/ ~lsitèrenl le do• Fonspeyrat augmentera tant qu'il lui plaira
m.Jtne. J\f. ik Bell.o mbre lroll&gt;•a Jort de so ,1 go1lt
son domestique.... EJ!e prendra, pour vous
Lendresse ardente et de chaude passion.
la simpllcitè Je la demettl'e. (Pagl! 18.5 )
faire servir, le nombre de valets el d~ cb:imLe marquis regarda les deux jeunes gans.
brières qu'il faudra. Vous êtes mon .fils, je
Un peu d'ombre passa dans ses yeux. Le frais
assurée que le marquis la comprend aussi. vous garde, ajouta-L-il avec une fermeté oii
,1sJg ~ de Lucette, Sl candeur, sa gaieté pure
Cependant ....
se faisait pre sentir l'entèlement propre auJ:
effacèrent celle rapide impres~ion. Il ne sonLucetie se raidil :
vieillard~. A. moins que ... ajoula-t-il, comme
ge:i plus •1-i'au discours qu'il allait lui tenir.
- Et qu'avez-vous répondu à monsieur de se parlant à lui-même.
D·abor J ct: fu l la baronne qui parla :
Dellombre. s'il vous plaît, ma mère?
- A moins que?
0

... 18.t ...

____________________________________

- Parlez-moi fr:mchemeat, mon nevru :
l'amitié que vous ·emblez avoir pour mad,._
moiselle de Fonspüyrat ne erait-elle que pure
courtoisie, et n'y aurait-il pas, contre elle, au
fond de votre esprit, quelque malveillance?
Qui sait? quelque antipathie? ...
Le chevalier eut un geste viI de protestation
el d'étonnement :
- Cela :;;'est vu, mon cher neveu, cela
s'est vu ... que des femmes belles et aimables
ont déplu à certains.... Ain i madame de
,ront-Geoffrin, fa douairière, que vous connaissiez.... C'était, en sa jeunesse, une
beauté accomplie et une vertueuse créature.
Or, elle avait un beau-frère qui était, soit
dit en passant, aussi beau et aussi sage
qu'elle, et qui haLitail en sa maison, du vivant du mari. Eh bien! cela ne put durer. Ce
beau-frère s'en alla, disant qu'il ne la pouvait souffrir .... Mais voilà que, devenue veu'"e,
elle le rappela et ils s'épousèrent.. .. On voit
parfois de ces étranges aventures ....
Ils s'arrêtèrent là-dessus et gardèrent le
silence.
Tous deux pensaient à Lucelle. Le marquis
se sentait heureux et agréablement ~chauffé.
Florfan souffrait à en mourir.

VIII
Lucetle fit elfort et parut au repas du soir.
L'air de son visage et son altitude montrai!.'nl
sa fatigue. ~L de .Odlombre se distingua par
ses respectueuses attentions. Le chevalier
causa peu. La baronne eut un entrain r1ui ne
lui était pas habituel.
Plus d'une fois les regards de Florian rencontrèrent ceux de Lucelle. Aussitôt elle
Laissait les yeux ou les élevait jusqu'au plancher, tandis qu'une larme furtive apparaissait
au bord de ses cils qui bntlaient éperdument
pour la sécher. Florian voyait tout cela et son
cœur était torturé. M. de 8ellombre ne remarqua dans Lucelte qu'une sage réserve,
lIUi lui seyait, el dont il augura avantageusement.
Comme on servait une tourte aux écrevisses
parée de truffes, M. de Bellombre examina ce
plat avec curiosité, car il lui était inconnu. Tl
en demanda la recelle. la baronne s'excusa,
disant que Luccue était à Fonspeyrat la
grande maitresse des cuisines et qu·elle seule
en connais5ait les secrets. Alors ~I. de Bellombre admira davantage celle belle ülle qui,
à tant de grâces, joignait encore la science
du ménage. Lucetle dot parler. II s'exclama,
disant que chez lui, ni cuisinière, ni valet,
Férus de s:ivoir pourtant, ne comprenaient
comme elle l'arl du bien manger. U les reconnut tout à fait inexperts en rôties, pâtisseries, sirops et confitures. Il jugea qu'ils
avaient Lesoin d·aYoir auprès d'eux une autorité comme cello de la future marquise. Et il
s'étendit avec complaisance sur l'agrément
que présentait une cuisine soignée el ur le
Lien-ètre qu'eU!! jetait dans l'économie corporelle. On le de1inait prodigue pour la table, connaisseur en bons vins, grand amateur
de fruit · a voureux. Sa langue, câline et

A..iJŒS D' ltUT'R_ëF01S - - ~

gournrnn&lt;l C', s 'all:irdait vol ont Îl'r$ snr se~ lèSa wJix frêle cl légèr,, scmlilait tr1•m11,:,, dr•
Yres quand il vanl:iit les mérites de sa c·a1'e larme,; intérieures. llans la pénoml,re d\1111•
el le~ pêchPs dP se e~paliers .... Mai r1uel e L fenêtre voilée de rideaux, Florian laissait
couler de pleurs silencieux.
Le dernier accord de la harpe éveiJla un
rossignol. Il parut répondre à Lucet Le. Son
chant amoureux troubla darantage le cœur
des deux amant~.
Lucette sonpira. Le marquis lui prodiguait
de beaux compliments. Florian voulut parler.
Gauche, mnladroiL, il s·embarrassa et ne pul
achever.
A un moment, assise auprès du chevalier,
Luceue laissa tomber son mouchoir. Ensemble ils se penchèrent pour le ramasser. Leurs
têtes se louchèrent.
- Je vous aimerai toujours, murmura
Lucelle.
- Ma rie asl à vous, ô mon amie! dit
Florian.

« - Q110. ! VO IIS Nes encore lJ ? Alle:: dtlllS 11O/rt
chambre. J'aurai soin de M us
tenfr wfennée
jus:,u'à ce que 1•ous &lt;"édiu. Allet ! (Page 18;".)

r

le sexagénaire bien portant qui ne goûte avec
vivacité les plaisirs d'une chère délicate et
substantielle L.
On prit le café dans le salon. les fenêtres
en élaienl grandes ouvertes. Mille bestioles
nocturnes voletaient autour des chandelles
placées en de lourds candélabres aux angles
de la cheminée. Une senteur de foin coupé el
de Heurs mom·:intes entrait par boull'ées dans
la vaste pièce, tout égayée el comme surprise
pnr cette rare aventure d"être habitée le soir.
Le marquis se lança dans le récit d'un procès
qui datait de J77;:, cl qui loi néce silaiL de
lourds efforts de mémoire. li établit la généalogie de plusieurs nobles familles do Périgord, el le fil avec abondance et précision . ll
coupait son disco!)r- par de fortes pri es de
tabac dont le surplus s'épandait aux dentelles
de son jabot.
Une fois, il tendit sa tabatière à madame
de Fonspe1rat qui, par polites e, y prit 1ruelques grains. Elle les maniait maladroitement
entre ses doigls avant de les porter à ses narines, d'où elle les laissait retomber sans les
aspirer, car elle dédaignait ce plaisir. Lucelte
refusa d'y goûter. Mais le chevalier lui ayant,
à la dérobée, présenté sa tabatière, elle y mil
le bout de ses doigls, pui · respira avec délices
la poudre qu'il lui avait offerte. M. de Bellombre ne vil pas ce jeu. Madam11 de Fonspeyrat le surprit el frouça lé ourcil.
On prfa Lucelle de chanter. Elle s'excusa,
prétextant sa fatigue et on peu de mémoire.
Mai· Florian la regarda de telle manière
qu'elle , 'assit prè de sa harpe el prJlud:i.
Elle chanta :
rlaisir d'amour ne dure qu · 1111 mom1•11t,
C: hogrin d'amour dure toute la , ir !

Le lrndemain, au matin, les botes de madame de FonspelTat visitèrent le domaine.
Ils en admirèrent la belle tenue el la parfaite ordonnance. M. deBellombre loua l'agencement des ,jardin~ et trouva forl de son goût
la simplicité de la demeure, déclarant que le
faste n'était plus de mode et que, vu les événements, il était sage et de bonne politique
d'abandonner, au moins pour quelque temps,
le luxe des équipages el de la livrée .... fin
\"errai l plus lard ....
Madame de Fonspeyrat préci ·a :
- A.n retour du roy, dit-t&gt;lll•.
La promenade achevét', on attela le carrosse du marquis. Au milieu de cent compliments el phrases galantes, après salutations el révérences, M. de Bellombr1~ el lo
chevalier baisèrent le, mains de LuccLtc. Le
marquis y appuya sa bouche avec ardror.
Les lèvres froides cl trrmlJlanles de Florian
glissèrent sur les doigts de la jeune lilJ,,: il
parut à Lacelle qu'elle, s'étaient posées sur
son cœur.
Comme la rniture disparaissait sur la roule,
Lucetle se tourna wrs la baronne :
- Ma mère, dit-elle, d'une voix ferme 1)t
avec une étrange bravoure, j'ai quelque cbo~r
de sérieux à vous dire.
Madame de Fonspe~rat fut surprise. Elle
regarda Luceltc avec quelque incruiétude.
Pui , calme cl pre,que dure, elle dit :
- \'oilà. qui se troure bien, ma fille, car
moi aussi j'ai à vous parler.

Ma ftUe ... .
- Ma mère ... .
Toutes les deux commençaient à la fois .
Respeclueu e, Lucctte s'arrêta. Madame dr
Fonspe)·ral dit alors :
- Ma fille, il m'a paru que V&lt;•US vous
ètes tenue hier de façon déplaisante, mal
polie et peu circonspecte.... Ne m'interrompez pas! ... Toul d'abord, vou.s n'avez su
tourner aucun compliment à l'honnête homme
qui vous a distinguée el qui vous fait, à
rous, imple fille d'un baron, l'honneur de
-

�1l1STO]tl.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - prétendre à vous épouser. Écoutez, Lucelle :
vous n·êtes assurément point sans fortune,
mais les rel'enus qui vous \Ïendront de mon
chef seront infiniment au-de-sous de ceux
que vous offre le marquis. Sal"ez-vous bien
que, par contrat, il vou s reconnait vingt mille
livres de rente el vous lègue, en outre, tout
ce qu 'il laissera après luiL. Savez-vous qu'il
possède un chàteau, des moulins, des terres,
des bijoux et vous assure un train de maison
quasi princier?... Alors, quand le roy sera
là, YOUS pourrez ....
Elle compléta sa pensée par un geste éloquent.
Lucetle, debout devant sa mère, droite et
îerme, regardait au loin par la fenêtre ouverte. Mais elle ne voyait, elle ne distinguait
rien. Elle n'avait point lu Shakspeare, mais
elle pen•ait comme Jlamlet: « Des mols! ...
des mots! ... des mots l. .. ,, La fortune, un
mol. Les terres, un mot. Le titre, un mol.
Trois vaines paroles multipliées dans le discours de sa mère où n'aurait dù s'en lr!Juvcr
qu'une seule, importante et grave entre
toutes : mariage. Le mariage, c·est-à-dire
l'abandon définitif de soi-même, corps et
âme, le joug à porter avec douleur ou avec
alléaresse, l'esclavage heureux ou m~prisa. Lerme d' un conLle,0 le premier et le dermer
lrat de propriété .. ..
- Vous ne m'écoulez pa , ma fille?...
- Pardonnez-moi, ma mère, je yous
écoule. liai:: je ne saurais YODS comprendre,
car ....
- Laissez-moi achever, interrompit brusquement la L1ronnc. 11:n regard de la situaLion qui vous esl promise, considérez celle
que vous auriez auprès de moi si ce mariage ne se faisait pas .... Mais il se fera ....
Votre frère ....
Ici la baronne soupira fortement.
- ... Esl possesseur du nom et, pour
cela, aura la plus grosse parl dans ma succession, afin qu'il maintienne à notre maison
son importance et son éclat. Je n'ai point
adhéré dans ma conscience à la stupide abolition du droit d'ainesse décrétée par quelques forcenés .... J'y vois, au cor.traire, la
garantie assurJe des traditions familiales pour
le plus grand bien de tous et pour l'honneur
du roy. Pas d'argent, pas de noblesse, ma
fille.... Tiappelez-rnus bien cela. Ceux qui
prétentle:ll à la seule noblesse du sang sont
des maladroits .... L'argent!. .. Volre père
savait comme il importe à un noLle d'en
avoir quand il m'a épousée!. .. Mais passons ....
Voici donc un marquis, ma fille, un riche
marquis, fenant solliciter mademoiselle de
Fonspeyrat d'accepter de lui litre, honne~rs
et fortune, et il se trouve que celle peille
fille n'a rien d·aulre à lui dire que: cc Pardonnez-moi, monsieur, mais je me trouve
incommodée et souffrez que je me retire
dans ma chambre .... »
A mesure qu'elle parlait, la baronne s'animait jusqu'à un dépit proche de la colère.
Lucelle profita d'une pause :
- Ma mère, dit-elle, je sais qu'une fille
de bonne maison n'est pas d'ordinaire si em-

pruntée devant un homme re.~pectable et de
qualité.. .. Mais, à mon trouble, à mon silence, il y avait une bonne raison ... . c·est
qu e.. ..
Elle allait dire: « Je ne veux pas épouser
le marquis », mais celle formule de volonté
ne puL sortir de sa bouche habituellement
fermée par la soumission. Et elle dit:
- .. . C'est que je ne puh épouser le
marquis.
Madame de Fon~pe1rat bondit:
- Et pourquoi, s'il Yous plaît?. .. Prétendriez-vous d'aventure me faire la leçon ou
vous soustraire au droit li!gitime que j'ai sur
vous? ... Quoi? ... Voyons? Répondez!. .. Qu'avez-vous à dire? .. .
- Ua mère, le marquis est un vieillard ...
La!Lutia Lucelte.
- Un vieillard!... Eh Li&lt;'nt .. Après?...
Oui, c'est un vieillard. Et alors, parce qu'il
est d'â~e à vous servir de père et de protecteur, il vous déplaiL?... Vous préféreriez
un godelureau, un pantin \"êtu à la mode, un
petit monsieur parfomé au mnsc, qui zézaye
en parlant et marche par pirouelles'?... Dites
tout de suite qu'il vous faudrait un Rafanaud,
à vou· aussi, comme à votre intéressante
. •. ..
amie
- Oh! ma mère!. ..
- Oui ... oui.. .. C'est bon .... Au demeuran L, pourquoi un vieillard vous déplairailil ?... Que savez-vous du mariage, fille honnête et vertueuse, qui -vous puisse éloigner
d'un homme à cheveux blancsL. Car si vous
avez vraiment la sagesse que je vous crois, le
mariage est pour vous quelque chose de si
fortement inconnu qu'il ne doit vous faire ni
joie ni déplaisir :wtremenl que par la situation qu'il îOUS apporte? ... Ou, alors, vous
êtes une dévergondée, vous avez l'esprit
souillé de toutes sortes d'imaginations viles
et malpropres .... Auquel cas, je vous renierais pour ma fille ... . Yous me feriez horreur! ...
Frémissante, Lucetle écoutait sa mère.
- Je vois, dit-elle avec une extraordinaire
fermeté, qu'il me faut vous parler comme je
n'aurais jamais pensé le faire .... Pardonnrzmoi, mais j'y suis contrainte .... Ua mère, je
ne me fais du mariage, croyez-le bien, aucune idée donl j'aie à rougir. Toutefois, mon
cœur et la Nature m'ont fait sentir qu'il doit
être l'union absolue de deux êtres qui ne
peuvent accepter ce lien éternel que s'ils
s'aiment passionnément .... Je ne le saurais
conceYoir autre. Eh bien, je n·aime pas le
marquis!
- Bclle affaire! ... dit en ricanant madame de Fonspeyrat. Vous l'aimerez!
- 'on l ... non!. .. non!. .. je ne l'airnnai
jamais!. .. cria [,u iette, hors d'elle.
- Vous vous passerez de l'amour! riposta
sa mère. Ce n'est pas indispensable entre
époux el honnêtes gens .... Votre père et
moi, nous nous sommes mariés par raison ...
poùr des raisons, plutôt.... fous ferez
comme nous ....
- Non, ma mère, non!. .. Je ne ferai pas
comme vous. Je ne me marierai ni par raison

'

... 186 ....

ni pour des raisons .. .. Et la cause en est que
j'aime quelqu'un ... c1ue je l'aime de toutes
mes forces ... de tout mon cœur ... que je me
suis engagée à être à lui ... et qur ... .
- Misérable fille l ..• cria madame de Fonspeyrat en se dressant, misérable fille, qui
aime sans prendre conseil de sa mt•re!. .. qui
aime à la dérobée, comme une indi~ne créature!... qui se cache pour aimer l. .. qui a
honte de son amour ... sans doute quel(Jlie
affreux amour comme en avait jadis son
frère ... .
- ~Ion amour est noble, honnête et pur,
dit Lucette sans violence et avec une étrange
fermeté. Je n'en rougis pas. Et je vous le Jéclare hautement: j'aime le chevalier de Sa.inlMarc et j'en suis aimée.
La baronne éclata d'un rire cruel :
- Ah! ... ab! ... Le chevalier! ... Vous
aimez le chevalier? Un monsieur qui_n'a rien,
une charge médiocre et un titre qui n'en
est pas uni... Ah! c'est monsieur le chevalier? Eh bien I vous en serez pour ,,os
frais de grande passion, ma fille, et vous
épouserez son oncle. Voilà. J'ai dit. On verra
qui commande ici . ... Ah! ah!... le chevalier!
Elle allait, fort agitée, par la chambre.
Soudain elle s'arrêta, et, regardant Lucellc:
- Ainsi, vous prétendez me jouer la
même comédie que mon.ieur votre frère?
Jouez-la, mon enfant, si cela l"OUS plaît.. ..
Mais rappelez-vous comment j'en ai usé a\"Ct!
lui . ...
- Ma mère!... cria Lucelle :ivec horreur, pour Oieu, ne rappelez pas cela l .. .
- Eh!. .. Quoi? ... Qu'y a-l-il? ... Ne suisje pas maîtresse de mes enfants?... Et n'aije pas le velo comme jadis nolre pauvre
roy? .. . On a voulu me frauder de mon meilleur droit : j'ai usé de ruse pour le conserver .... J'en ai aulanl à votre service, ma fille.
- Ma mère, j'entrerai au couvent, gémit
Lucelle.
- Il n'y a plus de couvenls! ...
Lucelte sanglotait. Sa violence s'éteignait
dans les larme .
- A.lors, je mourrai.
- Non, vous ne mourrrz pas, mademoiselle. Vous serez marquise de Bdlombre,
parce qu'il le faut et parce que je le Yeux.
Ici la haronne respira ucc force, puis elle
continua :
- Ah! vous aim!'z !. .. Vous aimez le chernlier !... C'est pour cela, sans doute, que ,·011s
vous risquiez à faire à un honnête homme
l'offen;e de refuser one prise de· tabac el de
l'accepter des mains d'un pelil juge au triLunal? .. . C'est pourquoi vous laissiez tomb&lt;'r
volre mouchoir pour qu'il le ramassât, el pùt,
à la faveur de ce geste, vous glisser quelque
parole amoureu e? ... J'ai ru clair dans votre
jeu, mademoiselle ma fille, mais je pensais
que c'étaient là amuselles innocentes et manières d'enfant qui s'égaye .... Mais voilà que
vous parlez avec fou, que vous discutez awc
votre mère, Dieu me pardonne! et que ,·ous
méconnaissez son droit.... Ualte-là, mademoiselle !. .. Vous vous oublit'z !... Allez !

"'----------------------------:~------rentrez dans mtre chambre .... Vous souhaitiez le couvent~ Je rnus le donne. Vous demeurerez là, enfermée et seule, jusqu'au
jour où vous me ferez votre soumission ....
Si elle tardait trop, le mariage n'en aurait
pas moins lieu, car je vous trainerais devant
le prêtre, mademoiselle ma fille! Je vous y
trainerais 1. .
La baronne était hors d'elle. Elle allait et
venait par la chambre comme une égarée, le
visage blême, les mains frémissantes. Elle
oubliait Lucelte, assise en un coin, qui sanglotait tout bas. Madame de Fonspeyrat pensait à l'autre, à son fils.... Quoi ! tous les
deux, le frère el la sœur, se révoltaient contre
leur mère à cause de l'amour. L'amour!
c'était pour cela qu'ils luttaient contre ellP,
em, les enfants de ses entrailles, contre elle
qui, elle s'en faisait gloire, n'avait jamais
connu cette odieuse passion ....
Elle eut un geste de vio~ent drgoùl, puis,
se retournant vers Lucette:
- Quoi! dit-elle, vous êtes encore là?
Allez dans votre chambre. J'aurai soin de
vous y tenir enfermée jusqu'à ce que vous
cédiez. Allez!
Lacelle sortit. Madame de Fonspeyrat reprit sa marche fébrile.

lladame de Fonspeyrat redoutait l'entrerne
avec M. de la Mouraine. La recevrait-il enfin?
Depuis si longtemps il lui refusait sa porte 1
Dès l'abord, elle fut rassurée. Le marquis
était très souffrant. Depuis deur. mois il ne
sortait plus et la baronne lui trom·a la mine
Lrisle et la figure jaunie. Son âge se marquait
en rides plus profondes et sa maigreur s'était
augmentée. Quoique l'on fùt en éttS, il y avait
du feu chez lui. Sa chambre ne présentait
aucun désordre de papiers ou d'estampes,
comme on était accoutumé d'en rnir répandus
un peu partout, surtout sur sa taLle à écrire
qui, maintenant, se montrait nette et point

A.MES D'AUT1fEF01S - - ~

encombrée. L'écritoire était sans plumes bien
barbues et LailJées. Il ·somnolait au coin de
sa cheminée, dans un· fauteuil à oreilles, les
jambes pliées dans une couverte&gt; la tête
coiffée d'un madras noué de côlé. Il se reposait d'une longue causerie qu'il venait
d'avoir avec madame de Puyrateau qui le
quiLt:rit à l'instant,
La baronne crut devoir s'apitoyer sur i;on
état et l'ennui qu'il en devait éprouver.
li sourit et se jela dans quelques propos
philosophiques. La baronne les g01lta peu,
~lie y coupa court en disant avec brusquerie:

X
Jl fallait que Lucette épousât M. de Dullombre.
Toul d'abord, il coJJvenait d'empêcher celui-ci de venir à Foaspeyrat pendant le temps
que durerait la claustration de Luceue. La
baronne fil savoir au marquis que de violentes migraines retenai~nt la jeune fille à la
chambre. Au premier jour de répit, on l'avertirait.
Ensuite, il était opportun d'annoncer un
peu partout le mariage. Si l'on menait grand
bruit autour de celte nouvelle, on consacrerait
le projet de telle façon que, par la suite,
Lucette ne pourrait, sans grand scandale, s'y
dérober.
L'ingéniem,e activité de la Laronne s'employa à ces deux entreprises. Elle, qui ne
sortait jamais que par néœssité, fit quelques
visites de voisinages, au cours desquelles on
l'entendiL révéler le grave sujet de ses préoccupations actuelles. On la félicita pour cette
belle union, qui ne pomait manquer d'être
bénie de Dieu et heureuse.
Madame de Fonspeyrat ne craignit pas d'en
dire deux mols à l'apothicaire, chez qui elle
se fit mener un jour sous prétexte de régler
un vieux compte. Pouyadou s'exclama: « Je
le savais!. .. J'en étais sûr! ... » Et, dès le
même soir, tout Vertbis connaissait par le
menu l'histoire, fortement agrémentée, de
ce mariage.
Le curé Pomerol reçut l'annonce avec joie.
Il insista sur les avantages immédiats et con~idérables qui en ressorLaienl pour la fiancée.
Il félicita la baronne d'avoir su négocier un
établissement qui donnait toutes solides garanties pour la perpétuité des nobles Jradilions familiales et religieuses.

A vant de rentrer dans le salon 011 on l'attendait, Lucette voulut revoir seule, une fo is encore, l'alli e. la
charmille qui av:,le nt été les àoux témoins des derniers aveux de Florian. l ei, leurs Uvres s'étaient jointes ....
L à, ils ava~nt soupiré . ... Plus loin, ils s'élatmt tenârnnent enlacés •..• A illem·s, ils s't!tJient confit! leurs r èves
d'aveni r , tes projets de leurs cœurs in gem1s .. •• Mainltnanl, c'étai t fi 11i.... (Page 1&amp;)./

�JI.MES D'AUT]tET-01S - - ,

111STO'J{1Jl
- Co1Lin, je ~ui, ,·rnue ,·011 :innnui:: r le r, '.!:irJ !. .. Et l'ela ne rr:i j:11n:ii,, j~ m:ii, ....
.lamais"!.. ,
mariage de Luct.!llr.
EL roilà qu'un sourcnir lui re,ient, celuiUn pt•U de rou,,,&gt; émolion parul cltr le ,·ilà très vif :
sage de ~!. de l:i Mouraine. Il dit :
On e l dani; le salon. ~1. de Bellombre
- .!h ! Lanl mi1.:ux ! EL 1vec qui?
- Avec Je marqui de B•!llombrc. Ce nom parle au chevalier et lui dit: Je .~uis bien sûr
qur mwlemoiulle de Fo11:;1wyral ne rerro
ne rnu · &lt;lit rien?
- , i fait. Il me rappelle un forl bel point 1l'ob~tnl'le à r,· que rou: !lardiez. a11homme que je rencontrai chez Damon d'llan- 11rè, tle moi la pla'"e I111r. 1'()1t., y al'e~ (011tefa~e en 177 i,. Nous y fèLion , enlre gentils- jours eue ...•
Le marcruis a diL cela.
hommes, le joyeux avènement du dauphin,
A cc rappel de mémoire, Lucclle rou,.it et
cc paU\ re L-0uis, qui depuis .. .. MaL a,·ez,ou , 1111damc Françoise, qu'il ne doit pas se trou hie .... Coe angoisse inconnue '(,\'cille
êlre jeune, ,·otre futur gendre? ... Atten- en sa con,rieurc. .. . a Jélicale pudeur . 'indez... 'il n'a 11:1 • la ohantainc, il en appro- quiète .... Mai· elle ne di ,·eroe pas les ecrels
motif· de son agitation ....
cl1 ,. Hol\ l je crie l'a.,. e-1·011 !
Ce jour-là, Lucclle ne médite pa. d:11·an- C'e l un superbe établissement, r{-pondil la baronne, cl une a,·enlure qui ~e fail ta&lt;&gt;c ur celle pensée. lais, la nuit, dans une
rare de voir une fille 'épou·ée 'luasimcnl sans fié...-rcu. • in.omnie, la pbra,e qui l'a oh édée
revient, lumineuse rl übranle : Je sui bien
dot.
1ir I11Ie mademoi:.,.lfe tle f'ouvryrat 11P
- liais qu'en diL Lucelle?
- Peuh!. .. Elle a gémi, elle a pleuré. t'f'l'l'll poi,1L d'o/Marfe 11 ,·e 'fllll ,·ous yarJ'ai tenu bon. C'e.l mon droit el mon de,oir. rliez a11p1·è. de mni la JllaN' que. rou !J
Le m:irqui était grave. D'une 1oix pro- 111•e::. toujour~ I•11e ....
Ain_i, mariée à li. &lt;le 81•llombre, elle
fonde et prcc·que doulourcu. e, il dit :
- Alors, madame Françoise, 1ous ètes virrait auprè du Florian'/ ... - Oui. - Elle
incorri;:il,11:''?.. . L'expérience - la dure e: pé- le rerrail à toute heure? - Oui. - Il 5erail
.on ami, son confident'! li rl!mplacerait le
ricncc ! - ne vous a . eni de rien?
Elle ne répondit pa . Ot!,anl .. on . ilence, rrère :ih. ent, dLp:m1, mort penl-èlre'! ... Son
frère! ... Il srrait . on frère .... Le rève d'ale 1mrqui chan"ea dt.! ton ;
- Envo1ez-moi Lucelle, dit-il. JI! lui ferai mour se changerait en une r~alité fraternelle
mou ,·ompliment et lui remellrai un c:1d1•au. et tcndrt• .... Pourquoi cela ne se pourrait-il
pas? En quoi la rdigion et 1a con cicnce en
Je le choi irai approprié aux cirron tance·.
li fit ruine de . l' le\'er. ,raJam' de Fon - . tr.tit.!nL-elle: ofîcn,t'"~ '!... El ne peul-on
peyrat comprit el , &lt;' relira, lais~:ml le mar- garder commP ami c1•lui qu'on ne ,cul pas
qui · r~1cr et Li auner plus lri~tem •nt 11ue de pcrilrc tout à fait'! ... Oui, "lie erail la œur
de Flori:in, une sœur :iltenli\'C, gra1e et vercoutume.
LueU .l' .... Oui, toujour. 1·1le l'rail sa :œur ...
~a sœur ... .
XI
~fainlenanl une moUc clarté, Lfanch , ~ul,LucPlle, cnîcrmêe dan· a d1:uubre, 'était tile el doure comme une nuhc d'a1rit 'i•~l
jur,: qu'elle ne cédera.il point à :,a mère, )crée dan l'âme de Lu celle. Elle en r. l
qu·,.ue n'épowerail pas 1. de B llomhre. comme hai,.née de calme et Je 6rénité. C'est
on cœur était à Florian. Leur· lèue 'é- tendre el con·olanl. C'est dia le et amoutaient jointe,, ~a taille a,·ail plo)é ous reux à la foi .... c•e.~l .ans doute cela que
1'1\trcinte amoureuse de on amant: clic était le ' poètes appellent !'Espérance ....
innocente et incère dan la ramlcur de
à lui.
L'ardeur de a ré~btanc 'accroissait de ion àme virginale, ignorante de la pas ion et
d · ,·ils compromis du mari:.i~e, Luceth• 'enla çi\'tlrité de .ouvenirs rée .nt . Derr1t·r · le
rideaux de a fent1lre, ,elle regardait le jar- r~rme dans celle idét&gt; romanes11ue. Elle la
din où die a,ait entendu de: parole i dou- nwdite, elle lui donnl' h ,ie. Elle . e voit,
ce .. .. h ! ne pou l'Oir sortir! Elle étoulTail plu· tard, Jan - sa mai. on, dan· le cbeMni
dan· cette chamLre 11u'ellc me urail toute, fJmili:il, toujours cha k, toujour· pure,
,ilcncirusc d:10 la nr:11 ité de son ·acrifice
t·n fai,ant dix pa~. ortir.... farclw~ dao
lt, · allées où ils avah·nt marché en,emble, ri:comp,•nsé par la pré ence du chcrnlicr.
rt&gt;.pirer ce mème :.iir, .e cb3u!lèr à ce même Lui, il est ·ilentieux comme elle et si cru~oleil, 'abri Ler ous ces mèmrs ombrages! ... prcs~ 1 à lui plaire, i rc~pcclueux, si tlérnué
Quel r1~\'el. .. liai · non: rien. Prisonmère ... qu'on le croirail Haiment le frtlre Je celle
die étail prbonnière .... A c111i en appekr? ... 11u'il a, jadi , autrement :iim,:e .... Et. c(•la
Et quel dom tique, à di:faut d" une amif. dure, dure, dure de anné ·-, d encore? de.
oserait ~e charger d'un me . nrre où elle diraiL année.~, ju,qu'au moment. .. .
Ici [.ucette inkrrompl on rêve rl rdoml11~
. a douleur à celai qu'ell • aime? ... .\h !
dan
l:i réalitr. Elle p,•n e :
comme Julie :nait hien fait! ... Oui, Julie
«
,lonsicur
de Bellombn~e Ltrr \icux ....
avait Lit!n fait.
U a .ohante an ... el moi , iogt.. .. •
Follement, _un espoir la LraH~rse .... Elll'
A pr ;sent, sa force &lt;le ré~i tance est émou 'indigne contre cllL'-m~me .... Ell1• le cha se ...
sée. Que ne forait-dJe, que n'accepterait-elle,
pour rcrnir Florian? ... Ah! l'a,·oir là auprès Il re,itnl. Alor die prie Ilieu et e sent alh:d'elle, lui parler, l'entendrt, ,;rn· .ous son .;b!- ...
1

Oni. dl•! ,rra la ,n'ur de Florian, Ellr
épousera le war11ui .
Elle appelle '1.on 1•L foit préçenir a mère
qu ·elle a à lui parler.
L'entretien fut bref. ladame de Fon peyrat en ·orlil ravoonanle. Elle a,·ail, une fois
de plu ·. !!.igné Îa partie.
Et Lucelle, eule dans sa cbamllre, t'•crilil
à ainL-,tarc :

« C'est fini, ô mon tendre amanl, j'ai
cédé. J't!pou erai mon.ieur de Bellomhre. Il
me fallait cboi ir : ou Le perdre à jamais, ou
me rapprocher Je toi, ..ans être à toi. Et, entre le deux oulîrances, j'ai préféré celh•-ci.
llui, non, ,ivron l'un prè de l'aulre, comme
des frèw, cl l'union de no. lmes ne sera
pa détruite. Idole de mon cwur, cher objet
quej'ai adoré di•s qneje t'ai ,·u, ne me maudis pa 1...
• Je bai,e te mains, je le arro e de me
!Jrme ! Je dL adieu à mon amant! fais en
int-~farc je lrou,·e un frère à qui mon cœar
appartient et donl nul ne pourra êtrejalou ....
Adieu, Florian, adieu! ..• Pen~e à moi rom me
à une œur chfrie pour laquelle tu ouhlieras
la malheureuse lianœc ! »
En ce terme. pompeux. lamentable et
dan le goùt du li•mps, la sensible Lucellr
rp:111cba a douleur .•\.pnl plié et cacheté ,a
lctlrc. rlle la bai,a mille foi· - ·elon l'u~1ge
- pni elle traça l'adres e : Au clwMlir,·
Floria11 tir . amt-Jlal"f, rut' . ai·l,l/ra11t',
111h11e 110111, il Po11l1•ie11.1.

1iroche la tnur tlu

Et la petite di111lon11ière, ayant été appelé(',
la porta tout au,. itM à ln po,te.

\Il

A la fin du printemp de l'an \ Ill, l.uct.'lte
tlpou.--a Y. de lldlomltre.
La veille de on mariage, son oncle lui cnroya le cadeau qu'il lui offrait en soun·nir;
car madame de Fonspe1rat, redoutan t le 1-riti1lue de M. de la louraine, a,ait de mille
façon empêché Lucelle de l'aller voir. La
jeune fille reçut de lui une ca selle contenant
une merveilleu e é&lt;:h&amp;rpe en crêpe de soie,
que le marr1ui amil jadis rapportée de -on
rnyagc en E ·trêmc-tlricnt, plu· une boursr\
en lil de perle , remplie de pièces d'or, rnfin
un étui de maro,1uiu où e lroul'aiml d1:u1
liue ; c'étaient une ./011,·,1er rl11 C!tl'elie11
furl bien illu trée, qui datait du ,iècle précé-deot, el une lmitalirin de Nsus-Clu-i't, collationn ~ sur la première traduction françai e de IG,\2, el ayant pour titre: l'latl'l'11elle f:011,olutirm • .'ur la page de !!:lrde,
t.uc,•llc vil .on propre nom tracé en gro ~c
el ancienne écriture. Elle comprit •1ue cc
livre a,ail dû apparlenir à ~on 3Ïd1lc 11u'dlt•
u·arait pa l'Onnuc, mai dont le mare1ui lui
anùl mainte fni parlé. ~ème il e plai ail
à répéter ; 1 Elle élnit lidle comm ,ou~,
Lucelle, el ,ou lui ressemblez.... Prenl7
&lt;&gt;arde de n'être pa triste comme elle le fut,
db qu'elle eul épowé ,olrr rrrand-f)(\re. »

Émue. Lucclle posa es lènc i1 la place
où peul-être étaient tombée 11uelt]Ul'. larmes
de •on a1cule, el elle , e jela dao une cruelle
rèl"cric.
La cér,\mooie cirile eut lieu dan, la ~aile
de la ai on Commune. ain. i qur œla se
pratiquait depui.· 1i!l2. Florian n·~ assL Lait
point. M. de lldlombre déplora _on ab:ence,
causée, dit-il, par un_e affaire de haute importance : un vopge d'all:1irc à. la cour de
Donille.
L'orficier de l'étal civil, qui pré,idail, élait
le r~,·olutionuaire Léclairci, mcnui~ier à Yt•rthi-,. loitié l'pelant, moitit'.· ânonna11L, il donna
lecture de pii•ces relati,c , i1 l'étal de· partie. et de la proclamation ou publication do
m:iriarre.
Près de ~l. de Bdlon,Lrc c·l de Luccllr, se
tenaient 1.i mère &lt;le la m:iriéc l'l le, quatre
témoins. Ceux-ci a,aient été choisis parmi
le dumc. tiques de~ épon:t. flar là, le l'i-de1anl marqui el la ci-de,·ant baronne témoi"llaieot de leur mépri pour cette formaliLé
d'inYention révolutionnaire. Tous, pour la
même rai. on, étaient en co lume fort ,imple.
I.ucelte rut surprise et ble,., :e de \•olendre nommer r.itoye1111e Cl de ,·oir que le
maire a,ait supprimé leur· tilre. de noltb:-c
et même la particule qui accompagnait leur
nom:. Elle doutait qu'il -'agit d'elle et du
marquis. Elle \'ivaitcomme en un rèl-c étraurre
cl pénilJle où elle a si~tail an maria 0c d'une
jeune inconnue arec un ricillarJ. 'on, cc
n'était pas elle, l'e ne pourail pa. èlrc die
11ui ·e lrouv:iiL là, et qui, aprè· Ir. paroles
mi-patoi~e , mi-françai.e de ce rustre, .crail, pour jamai , l'rpou e de cet homme . i
,·ieUI .... Elle le regarda. L"émotion contenue
11ui ied à un jeune ,i~:t"C donne à celui d'un
vieillard une e-xpres~ioo Lristcn1,·nl grole. 11ue. 1. de Bellomhre éta1L pàle. es trait·
abauu · indiquaient ,on agitation intrrieurr..
li se mordait les lènC! à loul in. tant et pli ·:iit . es p:iupière · de façon di gracieu e.
Lucclle détourna de lui t·s rc:;;ard~. on
cœur étail oule,,~ de douloureu.-e' anrroi:; e.
Elle mil dans a pen:- :e l'imai::e de Flori:rn et
e complut dan celle vi:ion. Elle e aia d'entrc,·oir l'a,enir el n'y réu .sit pas. El voilà
11ue lui revinrent à l'e~pril de. mol. qui, la
wille, avaicnl rlé dit plu ieurs foi par
.\1 La. escure qui li.ait le contrat : • Au décè de mon. ieur de Bellombre, madame . a
,·cuve recevra.... i, après le déd~ de mon. ieur &lt;le llellomlire, il . un-cnait 11 UE' .... • Le
J~-ci!:i de 1. de Dellombre !... Tout le long du
i.:ontrat, il 'êtalaienl, ces mots, en gro" caractères .... Oui, il étail natur.-1 r1uc re ,ieillard mourùl arnnt elle .... Et alor~ ....
.'a rêrnrie s'interrompit. Le m:iire l'i111i1ai1 à dire la formule P ale qui exprimait ~a
,olooté'de 'unir au mlrqui . Le lt·vres de
Lucette purent la prononcer. • }·eux, où
rouJaient deux larme ·, la démenlirenl. Puis
elle igoa sans trop sarnir ce qu'elle fai ait.
Elle quilla la salle, tenue du boul dP. doH:
par M. de Dcllombre qui ]a mena Ter~ on
carrosse avec de, ge tes urannés, rcspcctueu , admiratif:' et éléganls. 'ilenciense,

U 11 juin 1800. l'armte .ù llon.2tart~ ,ll"all .::a~né la tataillt de .Varrt1go. l ; I lt .trge11I ,1farrlJI Fo11Sf'tY·

rat, n ,Jrvar.t t-11ro11, tta,t ram.2sU, Jtmi•mo,·1, .'Ur le ch.21111 Je 1-atallle,

11'11:;e 19).)

Lucette ~ monta, apnt ,1upr\ J'1•lle . on
Il a,·ait été tr:111 rormt! en oratoire p:ir lt·
époux fortement ému et a m'·r1•. tr' res- ~oin~ du cur: et de ,on t!n-ant. Le crucilix
pectable ~ou ~on haut bonnet de ,eme. Par qui dominait le lit de madame Je Fonspe~r:il
&lt;lignilé, madame de fonspc~ral contenait a avait été apporté ~ur une ~hie dreN!t• en
('o)ère contre le odieu c. formalités d'adrui- mnni~re d'aulel. Ll· ainl I&lt;:van°iles •t:iienl
ni:tration ré olutionoaire c1uïl arnit Fallu omerl à côté. De cier"e brûlaient dan de
. ullir, mai, •lie en était lwulc,er~ér..
haut. flaml,raux &lt;l'argent. Une fumé• oJoLe repas du soir fut copieux et hien seni. ranle 'élernit de l'encen oi r, ver I porPomerol ~ oc:cupail la première pl:icr., car il traits de· ancêtre· qui pré'idaient. Le:- Îl'uèétnit con.idéré cornmé le chapelain du cb.i- Lrc ouverte· lai.~aient entrer la mùlc od(·nr
teau el 'ét.,il offert à donucr la bénédiction d cl.Hilairrnier lleurL cl l • ,oluptncux
nuptiale à Foo~pe1ral, selon la tradition. parfum &lt;le. ro~c· mas ées dan le· platr Parce 11u'il 11'} a,·ail plu de chapelle, depui, bande . Le créptu-ule serein tomooit .ur k~
Ion"lcmp., le alou avait élé :imt:na,.é pour cho ·c - el nopit d'indécision le· formes c Lle
en servir.
trail5 de "Cil' de .cnic• qui .. e tenaient,
Après le repas, Lucclle 'en alla dans ,a humble, et groupés, au fond du salon, dechambre où elle re\'rlil un fourreau de soie bout et tête nue.
blanche recoU\·erl de mou _. eline indienne
Le rêrn de Lucette ,.c prolon°cait en une
hrod :e à la main. EII • allacha ;1 sa ceinture e1lase ·entimenlale.
un Louqul'l de ro,e hlanclws à odeur musEII c ,it à genoux sur un cnn,~in, a~nnl
11uée, cueillie. dan· le jardin . •\insi accom- auprè d'elle, dan , la même attitude, un
modée, le cou ,.t le? lira· nu , elle était dé- gentilhomme vêtu de ·oie et d'or. Il lleurail
licicusc• el toucbanlt•. on miroir le lui diL cl le ba ilic cl le romarin. :c · manchette cl
elle co convinL a,ec un soupir mélancolique. . on jabot de dentelle étaient comme dl' J1 Avant de rentri:r dan le salon où on l'at- til · nuages moul'ant cl .ulllils. Ce genlillcndait, elle ,oulul rc,oir .. eule, une foi. cr.- homme lui prit la main et die cotit ur ·cc
core, l'allée, la diarmille, le banc de gazon doi"ts une prc ·ion hrùlante et continue.
qui avaient (:lé le dou témoins de dr!rnier
Elle entendit la voix du bon curé qui di.ait
aveux de llorian. ki, leur. lèHCS 'étaient ]es parole liturniquc . •\lors elle ounit la
joint,• .... Là, il a,·aicnt ~oupir •.... Plu
Jnuru,.e du Cltrétie11 'lu'elle a"ait nçue de
loin, iL s'étaient tendr~menl enlacés .... Ail- • _ou oncle et, . uhnol dan leur tratluclion le
leur3, ils s'étai~nl confié hur rêre d'nc- mot sacré:;, elle lut :
oir, lei; projet de leur cœur ingénu •• leur~
• Qur. /1•~ fr111111e~ x11ie11/ sr,11111i,.,e.. à /1•11,-,
désir~, leur espoir· qu'ils croyaient .i ai.é- 11mri. co11t111e c111 , eif711eur l11i-111è111l' •. . lk
menl réalLer .... Maintenant, c'était fini.... d1•11.1· q11",/. · elaw11/, il· det•ie111Lro111 11,w
Elle étail la 'œur de rlorian.
r11le chai,· .... •
Cependant le tumulte de . on cœur la trouElle lre 'aillil, ferm1 le liHe el pleura.
blait. Et elle pen!a : « Oh! c'est lui, c'c ·t
Elle le rouuit :
lui, qui e~t mon époux!. .. D Mais elle eut
« Q·1e le ei91teur ro11 · e,woie le ·ecour ·
honte de cette exclamation intérieure. Ell•! de ~r,11 s1111ctullire el ~OTl al!sisla11ce dr
en rougit. Coofu ..e dernnl elle-même, elle . ion! ... •
revinl au salon.
Cn peu de douceur de œndit en elle en

�111S TO'J{l.JI

De

lisant ces mols qu'elle répéla plusieurs fois
ardemment. ~lainlenant, le curé di,ait :
« eigne11r, regardez d'un œil fm•m·able
?Joire ~ervante qui, devant èlre unie à son
époux. imJ1l01·e votre protection .... Faites
que, rlia.~te et fidèle, elle 1e mm·ie en J éntsChri.~l. ... Qu'elle se rende aimable ù son
111m·i comme Rachel; qu'elle soit sage cornme
Rébece11,; qu'elle soi/ firlèfr comme Sa.ra ...
Qu.l'ile ail une putleur qui in;,pire le respecl .... Q1,'elle obtienne une heureuse (écondali'é.... 1
Une tristesse, une amrrlume, une dotrcsse
jusqu'alors inconnues au cœ11r de Lucclle
de ccndirenl sur elle .... Elle avait froid et sa
tête brûlait. ... Les roses de son corsage l'enivraient de kur parfum .... Trois fuis elle se
répéta ces mots : « J'aime Florian comme
un frère .... 11 EllesenlitqucM. dellelloml.Jre
lui pressait la main el comprit que le prêtre
les Lénissait.. .. A son doigt, un anneau fut
glis~é. Il lui parut énorme et lourd, Lrop
lourd pour sa faililesse envaLissanle .... Elle
crut entendre une musique lointaine etlégè.re,
comme si sa harpe qu'elle apercevait dressée
en un coin s'était mise à vibrer Loule seule ....
Un souf □ e étrange el frais glissa sur rnn
front cl wr ses lèvres. Elle se sentit emportée dans un lourhillon d'air léger qui la faisait planer sur des formes indi tinctes .... Un
murmure confus de voix inqui«·lcs lui par, int. ... Pui,, plus rien ....
La jeune madame de IldlomLre s'était pâmée. Elle gi~aiL sur le parquet du salon, plus
IJlancbc que les llellfs de sa ceinture.
L'évanouissement de Lucelle dura peu.
T1.1ulcfois, el'e se trou\'a très faiLlc pendanL
les heures qui suirircut. Le marquis, respectueux et inr1uict, la laissa reposer seule toute

la nuit dans sa cbaml.Jrc de jeune fille. n s'installa, tant bien qne mal, dans la pièce à
côté, remellant au l~ndemain le départ pour
Pont vieux.
\'ers la mi-nuit, a1ors que tout reposait au
cl.âteau, dC's voix s't\levèrent dans la grande
cour. C'était un gro:.ipc de pay!ians qui, selon
l'usage, donnaient l'aubade aux mariés. Trop
respectueux pour leur apporter la soupe à
l'oignon Iortemenl épicée rrui était de tradition parmi l('s gens du peuple, ils se contentaient de leur offrir la chanson que, de temps
immémorial, on disait :un époux. Les éJats
de leurs rires et de leur musique joyeuse
éveillèrent Lucelle. Elle se mil .sur son séanl
et écouta. li disaient en palois :
!'ious sommes \'Cnus vous voir
Du fond de noire vifügc
Pour 1ous souhaiter un lteurcui mariage,
A moasicm Yolre époux
Au~si bien comme à ,·ous.

Arcz-rnus ècou1ë
Cc que \'OUS a 1lit le curé?
li n dit ln ,·erilë,
Et comme il \'OUS foui être :
Fidèle à votre époux.
Et l'aimer comme vous.

Assise sur son lit dans la !-oli1udc de sa
chambre, les coudes sur ses genoux, la tète
dans ses mains, madame la marquise de Ilcllombrc se mit à pleurer. A travers la porte
qui la séparait de son mari, elle entendait
celui-ci dormir d'un rnmmeil profond et o(A

Receve-1 ce bouqud
Que nous aa;rochons à voire porlt',
Il e t fait de fououil, ile th ,·m el de lavnude.
Dien vile il pas3era, en
fai~ant comprent!re
Que ln jeunesse cl l'Dmour ~c11l cowmc des fleurs.

vous

Vous n'irez plus n_, bal.
lia lame lo mari~c,
Danser â la lumii•rc du d1nlc1·,
Ou pendant l~s frairies.
•
Vous garderez la maison,
l'cndaol que nous irons .

(lll11stral'lons de CONRAD,)

nore. Elle songea que ces paysans, ces lo1ueleux, arnient tous ou presque tous épousé la
paysanne, la pauYresse qu'ils aimaient. ...
Elle les jugea heureux et heureuse la femme
qui était fidèle à l'homme de son choix ....
Ses larmes coulaient. .. . Elle n'osait plus penser à Florian .... Qui sait si cette chère et
consolante image ne lui élait pas défendue à
présent? ... Elle tressaillit de crainte ....
En mèmc temps, elle perçut un bruit léger
près du contrevent de a fenêtre. Elle n'en
fut pas effrayée, car elle connaissait l'usagt&gt;.
Gn hardi garçon, grimpé sur les épaules de
ses camarades, auachait à l'auvenl un honquetTusLique pendant que le cbœur cbanlai1.

Lucctte entendit des applaudissements et
dl}S rires. Les chanteurs s'éloignèrent. La
jeune marquise pleurait toujours.
Madame de Fon8peyrat ne dormait point.
L'écho de ce naïf concert lui parvint et la
troubla. Elle n'osa in terrenir pour le faire
cesser el en allendit impatiemment la fin.
Quelque angoisse se mêlait à Li satisfaction
de son orgueil. Plus d'une foi , l'image de
son fils se dressa &lt;leva nl clic.... Il la rt&gt;ga rdait a1'ec des yem sévères et tristes ....
. .. Ce mème jour,~ui était le 14juin i800,
la France jouait sa fortune sur le Lapis vert
de la Lombardie, au I.Jord du Fontanone et de
la Bormida. Le mir, l'armée de Bonaparte
anit gagné la bataiJlc de Marmgo. El le sergent Martial Fonspeyrat, ci-devant baron,
étail ramassé, demi-mort, sur le champ de
bataille.

suivre.)

LOUISE

CIL\STEAU.

NOTES ET SOUVENIRS
cfc&gt;

De Versailles a' Paris
(27 mal 1871)

Ce malin, munis de laissez-passer qui voir et retourne chez lui. Il u'a pas quillé
nous donnent le droit de libre circulation Paris pendant la Commune; il prend les
dans Paris, nous montons, Il*'* et moi, sur choses avec une parfaite philosophie.
- On a bien exagl!ré tout ça, nous dit-il .
la place du Chàtcau de Versailles, dans une
voiture de déménagement découverte. Nous Je ne sais pas, mais, moi, je vais et je viens
sommes entassés quim;e dans ce char à bancs. de Paris à Versailles et de Versailles à Paris;
Prix: trois francs par tête. Le cocher s'est en- on ne me dit jamais rien. li n'y a qu'à margagé à nous conduire j usqu'àla grille del' avenue cher bien tranquille, les mains dans ses po•
ches. Assurément, c'est triste tout ce qui se
Ubricb (ancienne avenue de l'lmpératrice).
Je suis assis à côté d'un entrepreneur de passe, mais on n'a pas le temps de. s'ennuyer,
menuiserie qui habile les Batignolles, el na- on voit des choses curieuses, des choses qu'on
turellement il se met à me parler de ses n'avait pas vues avant nous, des choses q11'on
affaires. Il a une fille mariée à Versailles; ne verra pas après, des choses qu'on pourra
il a sn qu'elle était souffrante; il est ,•enu la raconter plus tard.

... 190 ...

Quand nous· traversons les ruines de SaintCloud - Saint-Cloud n'existe plus - mon
voisin entend nos exclamations.
- Oui, c'est affreux, dit-il. Alais quelles
ruines! on n'a jamais vu de ruines pareilles!
et puis, que voulez-vous? c'est la guerre.
- La guerre, répond un de nous, en effet,
ici, c'est la guerre. Ce sont les Prussiens qui
ont brlllé et détruit Saint-Cloud .... Et encore
ont-ils fait cela inutil('ment, sauvagement,
pendant l'armistice, quand on ne se battait
plus; mais les Prussiens étaient nos ennemis,
nous détestaient et voulaient nous faire 1e
plus de mal possible; tandis que, mainte-

nanl, ces ruine3, la colonne Vendôme renversée, ces incendies, ce sont des Français
qui ....
- Oh! ne dites pas cela, s'écrie l'entrepreneur. Des Français, quelle erreur! Ce sont
ks Prussiens, toujours les Prussiens ! li. de
Bismarck avait, peudant la Commune, des
l-missaires à Paris. Ils entraient, quand ils
voulai,ml, comme ils voulaient, à J'Hôlel de
Ville plr une petite porte dcirobée .... On me
l'a montrée. Et la colonne Vendùme, c'est
avec l'argenl de la Prusse qu'elle a été jt tée
par terre .... J'étais là, sur la place, le 1G mai,
quand elle est lombée. C'était un pttil ingénieur tout jeune, un malin, je vous en réponds, qui a dirigé l'opération. ll connaissait
son affaire, œlui-là I li n·avait pas fait de
frais inulib : un méchant échafaudage de
quatre sous autour du piédt'stal, trois câliles,
lrois cabestans, une vingtaine d'hommes, et
voilà tout. ... Ou avait coupé le bas de la colonne en si Illet. ... Ab! il îaul être juste, ç'a
été de l'om rage bien (aile!
Il s'arrête un moment, nous regarde a1'ee
autorité; on sent l'admira lion de l'entrepreneur de menuiserie, de l'homme du métier
pour cet ouvrage si Lien {aile ... , Il continue :
- On croyait que ça allait s'écrouler Yiolemmcnt, ébranler les maisons du quartier,
casser tous les carreaux.... Pas du tout. ...
Çu. s'est passé en douceur. La colonne s'est
couchée bien gentiment, à la place marquée,
sur un grand lit de fagots, de sable et de
fumier. Il y a eu un grand nuage de poussière, et puis on a vu la colonne par terrr,
en morceaux, en miettes, en poudre ....
C'étail vraiment curieux. J'avais Yon.lu faire
voir ça à mon garçon. Il a douze an . Il est
intelligent. li travaille déJà à l'atelier comme
apprenti, et je lui disais tout le temps, pendant l'opéralion, - il ne faut pas que les
enfants aient des idées fausses, - je lui diMis : « Tu entends bien, c'est pas ces genslà, c'est pas des Français qui jellenl la colonne par terre, c'est )1. de llismarck qui
fait tout ça, c'est M. de Bismarck! &gt;&gt;
Nous entrons dans le bois de Boulogne. La
marche devient laborieuse. Les roules sont
coupées par des fondrières, des tranchées, de
gro, arbres renversé,. Entre les deux lacs,
nous sommes obligés de mettre pied à terre;
la voilure ne peul aller plus loin.
l,a bataille à Paris n'est pas terminée;
nous entendons distinctement la fusillade et
la canonnade. Voici par terre, dans l'herl.Je,
des papiers brtllés, noircis, rongés par le
[eu. Le vent les a apportés là. Je ramasse un
de ces lambeaux de papier. Delle inscrite.
Rente 5 010 .... c·est le fragmeul d'un titre
de renle au nom d'un M. Dtismaret .... Cela
virnt de l'incendie du ministère des finances.
Nous suirnns à pied l'avenue de l'impératrice. Pas une fenêtre ouverte! Pas une ro'ilure! Pas un passant! Et il est dix. heures du
matin. Autour de l'arc de l'Étoile, campent,
les fusils en faisceaux, deux ou trois compaguies de ligne; dans les Champs-Él}sée~,
même silence, même solitude. Les soupiraux

des cares sont par Lou t bouché- avec du
plâtre. Ala jonction du bou1evard Uaussmann
et du faubourg Saint-Honoré, un peu de
mouvement, quelques allants et venants,
cinq ou six boutiques entre-bâillées, el une
voiLUre découverte qui rôde, cherchant fortune. Nous hélons le"cocber, il nous fait bon
accueil.
- Vous m'étrennerez, nous dit-il, c'est
ma première sortie depuis la bataille; seulement, il ne faudra pas aller du côté de la
.Uastille et du Père-Lachaise, on se bat encore
par là, el ferme.
Nous voici en plein Paris.
Je suis un obstiné collectionneur de journaux, d'images populaires et de caricature..~.
J'avais, il y a un mois, écrit à une bra,·e
femme, une ancienne choriste de !'Opéra
qui tient une petite librairie rue des ~JartJrs,
de mellre de côlé un exemplaire de toul ce
qui paraîtrait pend.ml la Commune. Je me
fais conduire rue des MartJrS. A partir de la
gare Sainl-Lazare, nous retrouvons tout le
mouvrment, toute l'animation de Paris. fa
marchande de journaux me remet un énorme
ballot déjà ficelé à mon intention.
- EmporlC'z cela hien vile, me dit-ell1'. Il
n'y a pas de temps à perdre pour les collecLions. Toute la police de Versailles va revenir
à Paris et recommencC'r à nous tourmenter.
li esl déjà ,·enu, bier soir, un monsieur qui
roulait tout saisir chez moi.
Pendant ce temps, les pit•ces d'une ballerie
versaillaise de Montmartre tiraient mr le
cimetière du l'ère-Lachaise où se linait Je
dernier combat de la Commune.
A chaque coup Liré sur les hauteur, de
Montmarlrr, c'était un effroyable fracas dans
la rue des Martyrs; mais cela ne causait pas
la moindre émotion. Personne n'y faisait
attention. li y avait foule chez tous les m:ircbands du quarlier. Les m1'.nagères faisaient
littéralement queue chez le boucher. C'étaient
de tous c.otés des plaisanteries, des rires.
L'issue de la bataille n'était plus douteuse;
on savait la Commune expirante; on ne s'en
occupait plus, on ne pensait qu'à revivre.
Pendanl que je réglais mon compte, une
grosse ménagère à mine réjouie, son panier
chargé sur le bras, entre pour acheter un
journal.
- En font-ils du vacarme, là-haut, à
Montmartre 1
- C'est la fin, répond la marchande, c'e6t
le houque!. Il n'y en a plus pour longtemps.
- EL puis on y est habitué, n'est-ce pas,
à ce bruit-là, depuis hientot dix mois.
C'est là surtout cc qui est curieux el précieux à noter en ce moment : l'état d'esprit,
les conversations, les sentiments des petites
gens, de ceux qui pensent tout haut, librement, ou,·erlemcnt. Nous autres, nous nous
tenons toujours un peu, nous nous rnrveillons, nous ne nous aùandonnons jamais en
pleine îranchi~e.
Si quehju 'un, ~ans la moindre prétention
à la lilléralure, aYait fait, de 17 9 à 1795,
office de fidèle sténographe dans les rues de
Paris, il non aurait laissé un füre qui nous
.... 191 ....

VEJ?..SA1l1.ES A P.Jl'l(1S

~

manque. J'ai pris, depuis dix. mois, beaucoup, beaucoup de notes en vue d'un tel
livre. li n'aura, si je le publie, d'autre mérite
que l'exactitude et la sincérité, mais ce sera
bien quelque chose.
Je caul!ais hier, à Versailles, devant les
Réservoirs, aYec cinq ou six personnes distinguées, cultivées, lettrées; ces personnes
me répétaient,· avec de bien légères ,-arianles,
ce qu'elles avaient lu et ce que j'avais lu, le
matin, dans les journaux. Cet entrepreneur
des Ilatignolies, tout à l'heure, dans le char
à bancs, était autrement sincère, autrement
/ni-même dans sa conversation. füen ne l'arrètait, ni respect humain, ni souci de l'entourage, ni crainte dn ridicule. Il allait naïyement, intrépidement, jusqu'au fond et jusqu'au bout de sa pensée.
Mes interlocuteur d'hier parlaient, sans
nul doute, aYec infiniment de grâce et d'esprit; rien de ce qu'ils disaient, cependant, ne
m'a autant îrappé que le mol que j'ai entendu, en sortant de chez ma marchande de
journaux. Je passais devant la boutique d'un
boucher, une vieille femme se chamaillait
avec un garçon qui voulait lui glisser trop de

réjouissance.
- Je cropis, s'écria-t-elle, que vous alliez
être plus raisonnable qu'avant la guerre ....
Mais je vois bien que ce sera toujours la
même chose.
Hélas, oui I très probablement ce sera toujours la même chose .... Mais il est midi;
nous déjeunons en hâte chez Brébant, dans
un petit caùinet de l'entresol, avec Meilhac,
Bischoff heim et Cbavelle, qui ont déjeuné
là, tous les jours, pendant les deux mois de
la Commune. Nous voulons, avant de retourner à Versailles, faire le tour des incendies.
'ous avons gardé noire YOilure du malin, et,
grâce à nos laissez-passer, partout on nous
fait place.
Allons d'abord rue de Rivoli .... Ce matin,
quand nous montions en voiture, à îersaillcs,
notre ami, ~f. Joseph Bertrand, le secrétaire
perpéluel de l'Académie des sciences, nous
avait dit : cc Vous m'apporterez des nouvelles
de chez moi. »
Nous prenons la rue Mon Imarl re; grand
rassemblement près des Halles, à la poinlc
Saint-Eustache; un obus du Père-Lacbai~e
vienL de tomber là, il y a cinq minutes, mais
il n'a pas éclaté et n'a fait aucun mal. Nous
arrivons devant ce qui avait élé la maison de
M. Ilerlrand. Plus rien que quatre murs entourant un immense monceau de décombres
encore touL fumant. M. Bertrand a tout
perdu : ses papiers, ses livres, ses manuscri Ls, ses notes, trente ans de travail el d'étude ... tout cela est sous ces ruines. Nous
avons revu M. Bertrand, le soir, à Versailles.
li avait reçu celle affreuse nouvelle, et jamais
plus grand malheur n'a été supporté avec un
plus tranquille courage, avec une plus héroïque simjllicilé. C'est à recommencer, il
recommencera.
'ous -voici dennt l'Ilotel de Ville .•.. Quelle
elfrayante et admirable ruine I On ne devrait
pas loucher à ces murs déchiquetés et caki-

�~:::::::::=============::::::::::~~~~==~~.~

111STO'J?.,1A
né:. par l'incendie. On devra il les laisser là,
\'Oisines ont retrouvé leur mouvement, leur
toujours, en plein cœur de Paris, comme une caractère, leur allure ordinaires. Je m'arrête
éternelle leçon, en témoignage de aos fautes, et regarde curieusemenl, pendant cinq mide nos diEcordes, de nos folies.
nutes, un opticien de la rue du Yieux-ColomA l'intérieur, les grandes charpentes brù- bier qui, avec infiniment de calme, est en
lent et fument encore. Tout autour de la train de refail'e sa monf,.e; il range méthoplace, de grandes barricades effondrées, é,,cn- diquemenl ses lorgnelles, ses lunettes, ses
trées. Une clôture de planches entourait l'Rô- binocles et ses microscopes; sa femme lui
Lel de Ville; sur uoe de ces planches se trou- donne des conseils; il sort de sa boutique
,ait une aiûche trouée et rongée par le fou. pour vofr fe/fel, du dehors, sur le trottoir.
C'est la dernière proclamation de la Com- Et l'incendie fail rage à cent mètres de là,
mune, elle porte le 11" ::iU5 .... Trois cent &lt;Jua- et l'on entend distinctement des coups de
tre-vingt-quinze proclamations ea deux mois! canon du côté de la Ilastille.
La Commune au.c soltlalM de J'e1'Sailles.
Dans celte course rapide à travers Paris,
F1·ère~. l' hetLre du grand combat des peuples au milieu de ces ruines el de ces incendies,
cont1·e leurs oppresseurs est arrivée. l'faban- pendant que l'on rn bal encore StU' les hautlonneZ, pa~ la cause des travailleurs, etc., etc. teurs du P~re-Lachaise, ce qui m'a certaineA.,,ec des soins infinis, - rien u'arrèle un ment le plus étonné, c'est celle reprise immécollectionneur, - je réussis à détacher celle diate de la vie dans cette grande fourmi lière
aflîche, et je l'emporte, en sou'l'enir de cette humaine. Derrière les troupes de Ver ailles
tl'agique promenade. Nous reprenons notre victori~uses, la vie ressortait soudainement
course; nous traversons le Pont-Neuf, et nous d'entre les panls. Oui, ce sont bien des
tombons, au carrefour de la Croix-Bouge, fourmis, quittant leurs trous, el recherchant,
sur un vaste incendie; c'est un immense ma- et retrouvant, après ce grand bouleversegasin de nouveautés l{Ui Oambe à grand feu ment, leurs petits chemins el leurs petites
depuis quarante-huit !Jeures. Et, tout près de habitudes d'autrefois.
là, les magasins sont ouçerts, les passants
Nous nous remettons en marche; nous suinombreux, actifs, remuanLs, affairés, ayanl vons la ligne des quais, et, respirant une
repris l'allure alcrle du Parisien; les rues odeur âcre qui nous prend à la gorge, nous

défilons, à partir du Pont-Royal, entre une
véritable haie dïncendies : incendie des Tuileries, incendie de la rue du Bac, incendie
de la Caisse des dépôts et consignations, incendie du conseil d'État, incendie du palais
de la grande chancellerie de la Légion d'honneur. La besogne, de ce côté, a été faite en
conscience el par des gens entendus .
J'ai vu, depuis dix mois, bien des choses
extraordinaires, mais rien de plus étrange,
de plus fantastique, que ce que j'ai vu là,
tout à l'heure, de mes deux yeux .... Entre le
pool Royal et le pont de la Concorde, des pêcheurs à la ligne - ils étaient douze, je les
ai comptés - étaient installés bien tranquillement, ne s'occupant, en aucune manière,
de ce qui se passait au-dessus de leurs tètes,
le rPgard fixé sur les petits bouchons qui frétillaient au bout de leurs lignes et profitant
de tous ce déEastres pour pêcher en temps

LE

"LisEz-Moi" u1s10R1QuE

JWOliibé.

Nous remontons en voilure au pont de la
Concorde; nous trouvons au Point-du-Jou r
un char à bancs qui, en une heure et demie,
nous ramène à Versailles. Quelle journée! Ce
soir, en me déshabillant, je entais encore
flotter autour de moi, comme une odeur de
fumée, de soufre et de feu resLée dans mes
vêlements.

LUDOVIC HALEVY.

MA DEMOISELLE DUCLOS
Tableau de LARGILUÈRE. (:'ilusée Condé, Chantilly.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>.

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MADEMOISELLE

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JULES

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(XIVe arrt),
~

3 5e fascicule

Sommaire du
Fo:-n:NJLLES . . .

.

GÉNERAL DE i\lARBOT
.
PAUL DE Af:,;T-VICTon •

Lom&lt;E CocuELET. . . .

Maitres et petits majtres
Marc Nattier, peintre de
Mémoires . . .
Concini . . . . . . . . . .
Oncle et neveu . . . . . .

de jadis : JeanLouis XV . . . .

. . . . . . . . . .
. . . . • . . . . .

f/7

99
107

109

Lectrfce de la Reine Hortense.
YlCOllTE DE RErsi;r . . . Belles

du vieux tell?ps : Fanny Sébastiani,
duche.sse de Prashn. . . . . . . . . . . . .

r

110

JLLUSTRATIONS

. . . . La duchesse du Maine . . . . . . . . . . . . . Ilï
. Les premières années de Robespierre. . . . 124
. Les Indiscrétions de l'Histoire : L'aspic de
Cléopâtre . . . . . . . . . . . . . . .
127
1'. G. . • .
. Les étapes d'une déchéance : La fin d'un
Caaet. . . . . . . . . .
13~
LOUISE CHASTEAU.
. Ames d'autrefois . . . . . . . .
13~
;\lERCI.ER . . • • .
Paris au XVIII• siècle . . . . .
143

ARVÊDE BARINE .

TlRÈE

Gto

'' LISEZ=MOI ''

EN

CAIII.AÏEO :

MADDIOISELLE DE L.\:\IBE C
ET SOX FRERE, LE JE -~E COMTE DE BRIOXXC

Table1u

da K., n 1ER. (Mu st!e du Louv,·e.)

Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 137 du 10 mai 1911
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nature . - ANDRÉ LI CRTENBERGER. Le petit roi. - PA11L, BOl1RGE r. de
l'Académie francaise. KOSA, LA ROSE. - GEORGES D'ESPAHBES. Printemps.
RENÉ MAIZÊKQY. Les paradis t errestres. - PAUL i\lAH.GUERlTTE. La
pèlerlne .' - AUGUSTE DOR t.:HAI~ . Dans les bois. - Guv DF, .\!AU PASSANT.
Une vie. - Mrcm:L CORDAY. Le bon moyen. - JA CQUES :-QHi\lAND. Jlfa1.
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Vernissage. - P ,ERRE LOTI, de l_'Ac;1_dem1e_ frança 1~e. Un vieux colhe_r. ,EDMOND HOSTA.t,D, de l"Acnd,mt&lt; lran~;use. lllatm. J\lrc1m1: PRO\ INS.
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Ajouter O fr. 50 pour l'envol des gravures, fr. 25 pour le styl ..•grapbe et pour
les livres O fr. 26 (l!aris) et O r. 85 (Départements).

75. Rue Dareau, PARIS.

Un peintre ou un dessina leur, de n'importe
quel temps, qui fixa sur la toile ou jeta sur
le papier l'image de es contemporains ou les
scènes de la vie, soit publique, soit prirtie,
qu'il lui fut donné d'observer, est un témoin
autorisé dont l'Histoire n'a pas le Jroit de négliger le témoignage. Ce principe élémentaire
apparait comme d'une teIJe évidence, qu'on
ne peut manquer d'ayoir, en l'énonçant, l'impression de ressasser un truisme. Et pourtant, il faut le reconnaître, on ne devrait pas
remonter bien loin pour retrouver le temps
où les l.iistorieus, tout en faisant le cas qu'il
com·enait de l'archéologie prise en mi, abstraction faite de la qualité d'art, n'araient
qa'ind.ifférence el mème dédain pour tout apport graphique que ne recommandait pas une
pauvreté d'exécution qui ne le rendait que
plus précieusement documentaire. Si bien
qu&lt;', même encore dc nos
jours, où la hiùliO!,'I'aphic
hi~torique e-st outillée d'instruments si nombreux, on
en est toujours à souhaiter
la création de répertoires
généraux d'iconographie
historique. Car ces réperloires, seuls, conçus dans
une forme syslématique qui
n'est plus à chercher, peuvent mettre un peu d'm drë
et de clarté dans l'éparpillement de tant de documents de choix, que le hasard des mises à l'encan on
des transmissions d'aulrc
sorte a répartis, sur les
deux Cùnlincnls, en lant de
mu_éc , de cabinets d'estampes, de galeries privées.
Lorsqu'un Lei lrarail srra
fait, ou tout au moins déterminé dans ses grandes lignes, les historiens se rmdrool Lrop nette men lcomple
pour en faire fi, de l'énorme
importance de l'appoint que
ces œu-vrc d'art où persiste
NATTIER
et se conserve la vie, 1lCu,·en1 et doivcn l apporter à
l'Histoire, dans son admirable travail, mns1
t!ue füail Michelet, de perpétuelle résurrection.

Certains, assurément, ne manqueront pas
d'objecter, afin de rendre suspecte el de dé\1, -

HI STORIA. -

précier cette docu ruent.ation graphique dont ils
n'ont pas appris à discerner et à comprendre
la valeur, que tel ou tel pinceau s'est fait
courtisan, que tel ou tel crayon a trop obéi à
son propre caprice ou à sa fantaisie. Mais pareil argument n'a ni poid ni portér. JI n'autorise pas plus à récuser Je témoin qu'à infirmer, sans autre forme de procès, son
témoignage. C'est à la critique historique, en
s'as urant de l'i.nsiocérilé du premier, qu'il
appartient de vérifier la fausseté du second.
En nse-t-elle donc d'autre façon avec les
pièces d'archives? Acceple-t-elle donc passivement les affirmations de tel historiographe
officiel, de tel mémorialisle ou de tel épistolier'! Dans les textes qu'elle étudie, ne se
Fait-elle pas un devoir de rectifier d'involontaires erreurs ou des inexactitudes calculées? Il en sera de même chaque fois

de contrôle ne manquant pas, entre les 111iluenccs aù.xcquelles certains artistes auront
obéi, auxrruelles auront échappé certains autres. Jlonc, avec ses inévitables erreurs de Yision, a,·cc des inexactitudes, rouJues ou non,
donL elle n'a d'ailleurs pas le privilège, l'Histoire peinte, ITlistoiredessinée, est, elle aussi,
de l'Ilistoire - sans épithète. Aussi est-il aisé
de concevoir que les historiens d'aujourd'hui,
bien loin de la tenir pour un élément négligeable, la considèrent comme apportant à
leurs travaux une très utile contribution.

Parmi les peintres d'aull'cfoi ' que l'on evnsi&lt;lèrc rolontiers comme ne présentant pa ,
historiquement parlant, toutes les garanties
de sincérité désirables, il en est un sur l'œuvre duquel nous croyons devoir nous arrêter,
afin de rectifier, du moins en parlic, l'opinion
que trop généralement on
,c fait de lui.
Ce peintre, c'est JeanMarc Nattier.
Pour bien des personnes
en effet, Nattier n'est qu'uu
aimable artiste, ayant semé
à profusion, pendant une
longue carrière, les effigies
les plus char man les de princesses, de grandes dames
ou Je jolies bourgeoises de
son temps, mais ayant uniformément appliqué à toutes, en Lon « peinlre mondain &gt;&gt; el aux dépens de la
vérité, la même formule
d'enjoliveme.nt, les mèm!'s
séductions el les mêmes caresses d'un pinceau flagorneur. Or, en°lober ainsi,
dan un jugement sommaire, les œuvres d'un artiste dont la production fut
considérable et s'étendit sur
plus de soixante années,
c'est trop déterminément
CHcht GirauJon.
frapper de suspicion l'un
El' S.\ r.\MILLE. - TJbleau .û: )ÎATTŒR, (.llusee Je l'ersailles. )
des ensembles les plus riches de document , nefùtce qu'au point de vue de
qu'on se lrournra en présence d'un être ou la quantité, que nons ait laissés sur son
d'un fait du passé, füé en effigie ou en ac- époque un peintre dn xnne siècle.
tion, sur la toile ou mr le papier, par le
Pour bien connaitre et bien juger Nattier,
pinceau du peintre ou le burin do graveur. dans sa personne et dans son œuvre, il ne
Et l'on fera aisément le départ, les éléments suffit même pas de l'avoir vu triompher dans

F:i:1c. ~5.

7

�r--

•

ffiSTO'J{1Jl

celle salle du château de Ver ailles, redevenue waiment rople, qui lui fut récemment
affectée, et où, ur les exqni es boiseries délivrées de l'affreux badigeon qui longtemps
les déshonora, un certain nombre de ses toiles
sont disposées avec tant de goùl. Ce qu'il
faut, c'est se reporter à l'étude qu'il y a sept
ans, pui .. l'an dcrniu, dam une réédition
plus ~impie mai· encore fort hellr, un homme
qui est tout à la fois un historien très hautement apprécié, un délicat poète, un critique d'arL aussi avisé qu'érudit, M. Pierre de
~olhac, a consacrée au peintre de Louis XV,
avec le concours matériel des éditeurs Manzi,
,!oyant et Cie, dans un admirable volume de
luxr, ample, opulent, complet, définitif, le plus somptueux monument qui se pouvait
ériger à la mémc,ire du séduisant et cbaLoyanl artiste, El cc li\Te, écrit sans pins
de parti pris d'tmgouemenl que de dénigre.ment, où la critique s'exerce avec autant
de franchise et de liberté que la louange s'y
dose cl se départit aYec justice, est fait pour
corriger, daus ce qu'elles peuvent avoir d'excessif, les opinions contradictoires des admirateurs à outrance et des délractcurs de altier.
Né en 1685 sur 1a paroisse de Saint-Eu tache. où il devait mourir, âgé de plus de
quatre-vingt-un ans, en septembre IiG6 ,
Jean-fürc Nallier était fùs, frère, filleul, et
beau-père de peintres. Encore enfant, il fut
mis à l'apprentissage du dessin el, dès quinze
ans, llansart le gratifiait de la petite pension
qu'on allrihuàit aux e1èves de l'Académie
roiale. Admis bientôt après à copier au
crayon, dans la galerie du Luxembourg, la
grande suite des compositions de fiubens snr
Marie de Médicis qu'on peul à présent admirer au Lou\Te, il obtint de Louis XIV, de qui
lui vinrent les premiers encouragements, le
pri,•ilège de faire graver ses dessin . L ·heureuse publication de ces vingt-quatre planches
allait assurer son existence pendant plusieurs
année , en même temps que donner à son
nom un commencement de notoriété. Ce grand
travail achevé, Nattier chercha a~scz longtemps a ,,oie. li hésitait entre le tableau
d'histoire el le portrait. Sa direction définitive
lui vint de l'empereur de Russie. Pierre le
Grand, en ell'et, songeait alors à s'attacher
des artistes français dont le talent pourrait
contribuer à civiliser son pay , tncore à demi
sauvage. Notre peintre recula devant l'offre
tl'nne in~tallatio11 de quelque durée aux bords
de la ~éva, mais accepta de partir pour la
Hollande où l'empereur et J'impératrice se rendirent en 1717. Nattier n'} fut pas plus lÙl arrivé, que Pierre le Grand lui ût faire les portraits de la plupart des personnes de sa Cour,
lui commanda un grand tableau qui représentait la bataille de Pultawa, et dont il ne reste
aucune trace, puis le portrait de l'impératrice

Catherine. Le tzar fut à lei point frappé de la
re semblance de ce dernier portrait, lorsqu'il
lui parvint à Paris, qu'il ordonna, dans un festin d'où la tzarine était absente, que la toile
occupât sous un dais la place du modèle.
~lais les relations entre le peinlre el l'empereur en restèrent là. Méconten(du refus qu'opposait Nattier aux proposilions qui lui étaient
faites de suivre la cour en Russie, l'empereur, sans plus de façons, oublia de payer à
l'artiste cc qu'il restait lui devoir ....
Le 29 octobre j 718, Nattier étaiL reçu
membre de l'Académie royale, et celle nomination le désignait tout naturellement à l'attention des gens de qualité ou de riche bourgeoisie pour qui le titre de peintre du roi
était un brevet de talent. « Il s'attacha dès
lors, dit M. de Nolhac, à ce qu'on appelait le
« portrait historique &gt;►, arrangement parfois
puéril, souvent ingénie~x, par quoi on transformait un modèle, grâce au costume el am
accessoires, en héros de la Fable, en divinité
ou en figure allégorique.... Les deux premiers ouvrages qui, de l'avis des contemporains, établirent la réputation de Nattier, sont
restés dans les collections françaises. Ce sont
.Uailemoiselle de l:lem,onl, en tlécsse des
Eaux de la Sante, peint en 1729 el conservé
à Chantilly, el Mademoiselle de Lambesc,
llll'C son frère, qui est au Louue. ... De
telles œuvres, si conformes au goût du Lemps,
fixèrent aisément la réputation de 'allier; de
Lous côtés, les gens de qualité et le monde de
la Cour commençaienl à 'adresser à lui. )&gt;
El même, aprè avoir YU poser de,·a11t son
chevalet les premi~res fa\'Orit~ du roi, Nattier
devient bit'nlot le peintre attit1·é tle la famille
royale.
Il fait , pour madame de Chàleaurc,ux, uu
portrait de Louis XYqui a dispnru et dont on
ne connai't plus que des copies; il fait le portrait ùe la reine, ce Leau portrait où l'on vuit
Marie Leczinska en habit de Yelours rouge et
bonnet de dentelle blanche ; il faille portrait
de leur fils, en tenue de combat, avec la bataille de Fontenoy comme fond du tableau,
car c'c t là que le Dauphin a pour la première
fois rn le feu.
)lai les modèles donl Nattier est urtoul
appelé à reprodu ire les trait,, ce sont Me dames, filles Je Louis XV. Dans le toiles si nombreuses que d"aprèi:; elles il a brossées, ou
trou \' C Madame Infante en costume d'apparat
ou en habit de chasse; Madame llenrielle eu
Flore ou jouant de la basse; Madame Adélaïtle
en Diane, ou tenant en main, soit un cahier
de mmirrne, soit une navelle d'or, soit un
éventail. Puis on enrnie 'allier à Fontevrault
pour qu'il y exécute les portraits aujourd'hui
célèbres, des trois {( petites dames », qu'on
peut voir à Yersailles : füdame Victoire, Madame Sophie et Madame Louise, et nombre
d'autres toiles, petites ou grandes, d'après ces

mèmes princesses. Et quand nous sommes en
face d'un de ces portraits, ou de l'un de ceux
des autres modèles du peintre, nous avons le
droit de nous dire, sous réserve d'une certaine mise au point, que c'est bien celle
jeune fille ou celle femme, et non quelque
figure de fantaisie, que nous avons devant
nous. Pour celle mise au point dont nous venons de parler, il suffit que nous nous rappelions ce que, confirmant le dire d'autres
contemporains, Casanova a écrit de Nallicr :
ci Faisait-il le portrait d'une femme laide, il
la peignait ai•ec une l'essemblance parlan/P.,
et, malgré cela, les personnes qui ne voJaienl
que son portrait la trouvaient belle. Cependant l'examen le plu scrupuleux ne laissait
découvrir dans le portrait aucune infitlélilé .... l)
Donc, en raison de sa demi-sincérité, notre
arli le demeure, pour l'histoire graphique de
l'époque charmante où il a vécu, un témoin
dont il faul tenir compte.
.. . füis le bon Nattier continuant d'accepter, parallèlement à sa be~ogne de cour, les
commandes qui lui venaieHl de Ioules parts,
tombait, par la force des choses, dans une production de plus en plus facile et superficielle. li
n'y trouvait d'ailleurs pas la forlune. De mauvais placements, une libéralité excessive, la COÎLleuse passion des curiosités, les charges d'ur e
mai ·on extrêmement lourde, neuf enfants à
élever, avec toutes les dépenses qu'entrainait
une éducation complète pour chacun d'eux,
emportaient le plus clair de ses gains, el la
surproduction à laquelle il e vit entraîné ne
fit qu'accélérer le déclin de son talent et de
sa vogue. L'ancien peintre à la mode était
démodé. 11 Le discrédit dans lequel, dit
M. de Nolhac, étaient déjà tombées les. œuvres de 'altier, aux dernières années de sa
carrière, parut les vouer, plus promptement
que d'autres, à l'oubli défrnitif. es plus
beaux portraits restèrent de simples souvenirs de famille, dont les jeunes gens raillaient les ajustements ridicules. lis furent
enveloppés, en outre, par la défaveru· générale qui atteignit hientôt toute la peinture
du mêmè temps. L'époque qui méprisa Watteau, Fragonard et Boucher ne pouvait cependant épargner Nattier .... »
Depuis lors, les maitres et les petit maitres du ~, 111° siècle onl eu de justes re,·anches. Jean-)larc 'altier a repris, au second
ou Lroisièrri_(\ plan des peintres de son lemp ,
une place très honorable qu· on ne songera
plu" guère à lui contester. Mais ce qui la
lui a sure arnnt loul, c'est de nous avoir
gardJ, avec un peu d'apprêt sans doute mai
en Loule fraîcheur et Loule grâce, lanl de
séduisanlfls-images de es jolies contemporaines, et de nous faire assister, nous el le
générations qui sui\Tont, à celte Yivante apothéose de la Femme au xvme siècle.

FO~TE:'\ILLES.

1'.1SS.I GE LIE LA BÉJUi ~J"iA.

T,1Nea11 ile

j,N il OYNCK \" AN l'At •ENDREl: Ul .

I' liché VI t uivona

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XVII (suite ).
A l'époque dont je parle, lous les maréchaux de l'Empire paraissaient ré olus à ne
p:i reconnaître entre eux les droits de l'ancùmnete, car aucun ne voulait servir sous un
de s~ camarades, quelle que fùt la gravité
de c1rconslanccs. Aussi, dès qu'ùudinot eut
r~pris le commandement du 2•corps d'armée,
V1etor, plutôt que de rester sous ses ordres
pour combattre WittgensleÎJ:!, se sépara de
lui et se dirigea ver· Kokhanow avec ses
~5.000 hommes. Le maréchal Oudinot, resté
~eul, promena ses troupes pendant quelques
Jours dans diverses parties de la province et

alla enbn étaLlir son quartier général à Tscbéréia, ayant son avant-garde à Loukou.lm.
Ce ÎUI pendant un petit combat, soutenu
en avant de cette ville par la brigade Casle.'f,
que me parvint enfin ma nomination au grade
de colonel. Si vous considérez que j'avais
reçu, comme chef d'escailrons, une blessure
à Znaïm, en Mora\•ie, deux à Miranda de
Corvo, en Porlugal, une à Jakonbowo, fait
cruatre campagnes dans le même grade, et
que, enfin, je commandais un régiment
depuis l'entrée des Français en Russie, vous
penserez peut-être que j'avais bien ac.quis mes
nouvelles épaulettes. Je n'en fus pas moins
reconnaissant envers l'EmpereuM, surtout en

apprenant qu'il me maintenail au 23e de
chass~?rs _que j'atf~ctionnai beaucoup, et
dont J avais la certitude d'ètre aussi aimé
qu'e timé. En effet, la joie l'ut grande dans
tous les rangs, et les braves que j'avais si
.ouvent menés au combat vinrent tous, soldats comme officiers, m'exprimer la satisfaction qu'il éprouvaient de me conserver pour
leu~ chef. Le bon général Castex, qui m'avait
lOUJOUrs traité comme un frère voulut me
faire reconnaitre lui-même à la iête du régiment. Enfin, le colonel du 24e lui-même
bien que nous fussions peu liés, crut devoi;
v~nir me î~~ici~r à la tête ~e son corps d'officiers, dontJ avais su acquér1r la con.idération.

�. .
•

P-

..

.

.

.

,,_________________________

ll1STO'ft1.Jl

Cependant la siluatiun de l'arm~c Îraoçaisr
s'aggravait lhJquc jour. Le fcid-maréchal
't·bwarzcnLerg, commanda.nl en chef du corps
autricLieu dont ~apoléon avait furmé l'aile
&lt;lruilc ùc nn armér, venait, par la trahison
la plus infâme, de lais5er passer d\·ant lui les
troupt•s russes de Tchitcbakolî, qui s'étaient
cwparées de )lin~k, d'où elles menaçaient
nos dtrrières. L'Empercur dol alors vivement renrcllcr
&lt;l'arnir confié le commandco
ment de la Lithuanie au général hollandais
lh1èendorp, sGn a:dc de camp, qui, n'ayant
jamais fait la guerri', ne sut rien entreprendre
pour samer Minsk, où il pouvait facilement
réunir les 30.000 l1ommcs des divisions Durulle, Loison cl Dombrowski, mi,es à sa disposition La prise de Minsk était un événement grave auquel !'Empereur allacha
néanmoins peu &lt;l'importance, parce qu'il
comptait passer la Bérésina à Borisoff, don(
le pont était couvert par une forkrcs e en
très lion état, gar Jée par un régiment polonais. La confiance de Napoléon était si grande
à ce ujct que, pour alléger la marche de
son armée, il aY.til fait l,rùler à Orscba Lous
ses équipages de pont. Cc fut un bien grand
malheur, car ces pontons nous eussent as uré
le prCJmpl passage de la Bt!ré-ina qu'il nous
fallut acheter 3U prix de tant de sang!
)la_l~ré rn sécurité relalÎl'cment à ce passage, NapoléJn, en apprenant l'occupation de
~lin·k par les nu~$C. , manda au maréchal
Oudinot de &lt;Joilkr Tslhéréia pour se rendre
à marches fur(ées sur Uori5off; mais (jQUS y
arri\àme lrop Lard, parce r1ue le général
Dronikow~ki, chargé de la défense du forl 1 ,
e voyant entouré par de nombreux ennemis,
crul faire un aclc méritoire en sauvant la
garni on, et au lieu d'opposer une Yivc résistance, qui eût donné au corps d'Oudinot le
Lemps d'arriver à son secours, le général
polonais abandonna la place, puis il passa
aYec toute a garnison ur la ri\·e gauche, par
le ponl, et prit la roule d'Orscha pour ,·enir
rejoindre le corps d'Oudinol qu'il rencontra
devant Natscha. Le maréchal le reçul fort
mal et lui ordonna de revenir avec nous vers
Borisoff. .
Non seulement celle ville, le ponl de la
Béréjna cl la forteresse qui le domine étaient
déjà au pouvoir de Tchitchakolf, mais ce
oènéral, r1uc es succès rendaient impatient
comliallre les troop&lt;'s françai es, s'était
porté le 23 novunLre au-devant d'elles avec
les principales forces de son armée, dont le
général LamLert, le meilleur de ses lieulcnaots, faisail l'avant-garde avec une forte
divi ion de ca,·alerie. Le Lerrain étanl uni, le
maréchal Oudinol fit marcher en Lêle de son
infanterie la division de cuirassiers, précédée
par la brigade de cavalerie légère CasteL
Ce fut à trois lieues de Ilorisoff, dans la
plaine de Lochnitza, que l'avant-garde russe,
marchant en sens contraire des Français, vint
se heurl(!r contre nos cuirassiers, qui, ayant
t. l,:i tille de ponl sur la rive droite.

de

Le comte de l\ochcchouarl , alors aide Je camp de
l'em/icrcur \lexaadrc, donne dans l&gt;C• Mt 111oires de
uow )l'CUX tlélnils sur l o ulc J"affoire de llorisoll', à
• laqndlc il prit w1,• gramlc part. (Sole de l'Mtlcur.)

fort peu comLaUu pendant le cours de cette
campagne, avaient sollicité l'honneur d'ètre
placé - en première ligne. A l'ai:pcct de cei;
beaux régiments, encore nombreux, Lien
montés, cl sur les cuirJsses dr quels étincelaient les rayons du soleil, la ca,·aleric russe
s'arrêla tout court; puis, reprenant courage,
elle se reportait en a,w1t, lorsque nos cuirassiers, chargeant avec l'urie. la rcnvcrsèrcnl et
lui tuèrent ou prirent un millier d'hommes.
'fchitchakoff, à qui l'on aYail assuré que
l'armée de Napoléon n'était plus qu'une ma se
sans ordre et ~ans armes, ne s'était pas attendu
à une vigueur pareille; aussi s'cmpres. a-t-il
de battre en retraite vers BorisolT.
On sait qu'apr\s arnir fourni une chargr,
les grand., che\·au i &lt;le la grosse ca,·alcrie, tL
surtout ceux de cuirassiers, ne peuYClll
longtemp, conlinuor à galoper. Cc furent
donc le 23° cl le ~4° de chasseurs qui reçurent l'ordre de pour~uivre les ennemi$,
tandis que les cuirassiers Yenaicnl l'Il seconde
ligne à une allure moùtlréc.
:\'on seulement Tdiikhalrnff avait commis
b l'aule de se porter au-dcvanl du corp
d'Oudinol, mai,; il ~ a,·ail mcoril ajouté celle
rle se faire suinc par tou les équipages de
son armée, donl le nombre des "oilurr
s'éle,·ait à plus de quinze cents! ... Aus~i le
désordre fut-il si grand i.lans la retraite précipitée des Ilusscs Ycr Borisoff, c1ue les deux
régiments de la Lriga&lt;le Caslex virent souvent
leur marche entravée par les chariots que Ir
ennemi arni&lt;'nl abandonnés. Cel embarras
de,int encore plu · considéraLlc dès que nou
pénélràmes dans la Yille, dout les rues étaient
encombrées de bagages cl de chevaux de
trait, entre lesquels se faufilaient les soldats
russes qui, après a \'Oir jeté leurs armes, cherchaient à rejoindre leurs troupes. Cl'peadant
nous parvînmes au centre de la ville, mais
ce ne ÎUL qu'après avoir perdu un Lemps précieux, dont les ennemis profitèrent pour traverser la ri,·ière 1 •
L'ordre du maréchal était de gagner le
pont de la Béré ina el de lâcher de le pamr
en même temps que les fuyards russes; mais,
pour cela, il aurait fallu sal'oir où se trouyait
ce pont, el aucun de nous ne connaissait la
l'ille. Mes cavaliers m'amenèrent enfin un Juif
que je questionnai en allemand; mais, soit
que le drôle ne comprit pas celle langue ou
feignît de ne pas la comprendre, nous n'en
pûmes tirer aucun renseignémenl. J'aurais
donné beaucoup pour avoir auprès de moi
Lorentz, mon domestique polonais qui me
senaiL habituellement d'interprète; mais le
pollron élail resté en arrière dès le commencement du combat. li fallait pourtant sortir
de l'impasse dan laquelle la brigade se trouvait engagée. 'ous limes donc parcourir les
raes de la ville par plusieurs peloton , qui
aperçµrent enfin la Dérésina.
Celle rivière n'étant pas encore assez gelée
pour qu'on pùl la lra\•erser sur la glace, il
fallait donê la franchir en passant sur le
pont; mais pour l'enlever il au rail fallu de
2. Les ll ëmoircs J e Tchitcl1nkoff eoullrw1mt pleinemeut tous ces dél1ils.

l'infanterie, el la nôtre se trouvait encore à
trois lieues de BorisoIT. Pour J suppléer, le
marécl1al Oudinot, qui arriva sur ces entrefaites, orJonn:i. au général Caslcx de faire
mellre pied à terre aux trois quart des cavaliers des deux régiments, qui, armés de
mousquetons cl formant un petit bataillon,
iraient a(laquer le pont. Nous nou emprcssàmes d'obéir, cl, laissant les chcraux dans
les mes voisir.es à la garde de qudquc'
hommes, nous nous dirigeàmes vers la rivière
sous la conduite du général Caslex, qui, dans
celle périlleuse cntuprisc, voulul marcher à
la tète de sa brigade.
La déconfilurc que renait ù'éprourcr
l'arant-garde russe aiant porté la consternalion dans l'armée de Tcbitchakoff, le plus
grand &lt;lé,ordre rrgnait sur b rirn oecupéc
plr elle, où nous rnyions ùcs masses de
fuy::irds s'éloigner d,ms la campagne. Aussi,
Lien qu'il m'eût paru d'ahord fort difficile
que des cavaliers à pied et sans baïonnclte::pus ml forcer le pas age d'un pont el s'y
maiate11ir, je commençai à espérer un Lon
résultat, car l'ennemi ne nous opposait que
quelques rares tirailleurs. ,J'a\'ais donc prescrit aux pclo:o:is quidernient arriver les premiers ur la rive droite dtJ s'emparet· de
maisons voisines du pont, afin que, maitres
des dl ux extrémités, nous pussions le défendre jusqu'à l'arriréc de notre infanterie, el
as~urcr ainsi à l'armée française le pa sage de
la füré~ina. Mais tout à coup lé canons de
la forteresse grondent el couvrent le taLlier
du pont d'une grêle de mitraille qui, portant
le désordre dans notre faible bataillon, le
force à reculer momeutanémenl. Un groupe
de sapeurs russes, munis de torches, profile
de ccl instant pour mellre le feu au pont;
mai comme la présence de ces sapeurs empêchait l'artillerie ennemie de tirer, nou
nous élançons sur eux!. .. La plupart sont
tués ou jetés dans la rivière, et déjà nos
chasseurs avaienL éLeinL l'incendie à peine
allumé, lorsqu'un bataillon de grenadiers,
accourant au pas de charge, nous force à
coups de baïonnette à. évacuer le pont, qui
bientôt, coaYert de torches enllammées,
devint un immen e brasier dont la chaleur
intense contraignit les deux partis à s'éloigner.
Dès ce moment, les Français d11renl renoncer à l'espoir de pa ser la Bérésina sur ce
point, el leur rel1·aile {ut coupée! ... Celle
immense calamité nou$ de,·int fatale el contribua infiniment à changer la face de l'Europe en ébranlant le trône de Napoléon!
Le maréchal Ondinol, ayant reconnu l'impossibilité de forcer le passage de la rhière
devant Borisoff, jugea qu'il serait dangereux
de lai~ser encombrer cette ville par les troupes
de son armée. li leur emoya donc l'ordre ùc
camper entre Lochnilza el 'émonilza. La
brigade Castex resta seule dans Borisoff, avec
défense de communiquer avec les autres
corps, auxquels on voulait cacher aussi longtemps que possible la fatale nouvelle de l'embrasement do pool, qu'ils n'apprirent 11ue
quarante-huit heures plus lard.

..MÉJK011t_'ES DU GÉN~Al.. BA~ON DE ..MA~BOT

D'après les usages de la guerre, les baganes le jour sui,ant, les nombreux soldats déban- tenue dans les nombreux el sanglants comde !"ennemi appartiennent aux capteurs. Le dés qui revenaient de !loscou.
bats li.rés dans la province de Pnlot~J...
général Castex autorisa donc les chasseurs de
Cependant, les chefs, ainsi que les officiers
mon régiment el ceux du ~H• à s'emparer du capahJes d'apprécier la fâcheuse position de
CHAPIT~E xvm
butin contenu dan_ le 1;j00 rnilures, four- l'armée, étaient dans de vives anxiétés. En
gons el chariots que les Russes araient aban- clfet, nou · avions devant nous la Dérésina, La hri.,ade Cnrbiocau rrjninl le 2• c,irps. - Fau~se
donnés en fuyant au delà du pont. Le butin dont les troupes de TchitchakoJT garnissaient
rlcmoustralion en a1al ti c llor1soff· cl passage rie la
Déré$Îna.
•
fnt immen~e ! ~lais comme il y en avait cent la rive opposée; nos llancs étaient débordés
fois plu que la brigade n'aurait pu en porter. par Wittgenstein, et Koutou off nous suivait
Vous devez vo11s souvenir que, quand le
J·e réunis tous le homme de mon réuimcnl
m queue!. .. Enfin, excepté les débri de la général bavarois comte de \Vrède s'éloigna
0
'
el leur fis comprendre qu'ayant à faire une garde, les corps d'Oudinot et de Victor, résans autorisation du 2e corps, il avait emmené
longue retraite, pendant laquelle il me serait duits à quelques milliers de combattants, le
la brigade de cavalerie Corbineau, en tromprobablement impossible de continuer les surplus de celle Gmn&lt;le Armée, nanuère i
pant cc général, auquel il assura a\·oir reçu
C'
di Lributions de viande que je leur avais fait belle, se composait de malades et de soldats
des ordres à cet effet, ce qui n'était pas. Eh
faire pendant toute la campagne, je les engageais . ans armes, què la misère prirnit de leur anbien, celle supercherie eut pour ré ultat de
à s'allacher principalement à se munir de cienne énergie. Tout parais ail conspirer
sauYer l'Empcreur et les débris de a Grande
vivreR, et j'ajoutai qu'ils devaient songer contre nous; car si, grâce à L'abaissement de Armée!
aussi à se garantir du froid el ne pas oublier la température, le corp de Ney avait pu,
En effet, C•irhincau, entrainé malgré lui
que des cbe,·aux surchargés ne duraient pas quelques jours avant, échapper aux ennemis
dan une direction opposée à celle du 2e corps
longtemps; qu'il oc fallait donc pas accabler en trarnrsant le Dniépcr sur la glace, nous
donl il faisait
parlie, avait suivi le 0nénéral de
•
les leurs sous le poids d'une quantité de trouvions la Béré inb. dégelée, malgré un
Wrèdc Jusqu'à Gloubokoé; mais là, il avait
cho es inutiles à la guerre; qu'au surplus, je froid excessir, el no11s n'avions pas de pondéclaré qu'il n'irait pas plus loin, à moins
passerais une renie, el que tout ce qui ne tons pour étahlir un passage!
que le général bavarois ne lui montrât l'ordre
crait pas 1•il'J'es, clums.mres tl 1•iltemen/s
Le 25, !'Empereur entra dans Dori off, où qu ·il prétendait aroir de garder sa brigade
serait impitoyablement rrjelé. Le général le maréchal Oudinot l'attendait a\'eC les
auprès de lui. Le comte de 'i\'rède n'ayant pu
Castex, afin de prél'enir toute discussion, ô,000 hommes qui lui restaient. ~apoléon,
satisfaire à cette demande, le général Corhiavait fait planter des jalons qui divi)aient en ainsi que l~s maréchaux et officiers de sa
neau se sépara de lui, gagna vers Dockchtsoui
deux portions l'immense quantité de voilures suite, furent étonnés du Lon ordre qui régnait
les sources de la Bérésina; puis, longeant a
prises. Chaque régiment al'ait son quar- dan le 211 corp , donl la tenue contrastait
rive droite, il espérait allcindre Borisofl', y
tier.
singulièrement aYec celle des mi ·érahles passer la rivière sor le pool et, prenant la
Le corp d'armée d'Oudinot environnant bandes qu'il ramenait de Moscou. Nos troupes
route d'Orscha, aller au-devant du corps
trois tôtés de la ville, dont le quatrième, cou- étaient certainement beaucoup moins belles
d'Oudinot, qu'il apposait être dans les ell\'i•
Yerl par la Bérésina, était en ootre observé qu'en garnison, mais chaque soldat avait con- rons de Bohr.
par divers postes, nos soldats pouvaient se
ervé ses armes el était prêt à 'en srrvir
On a reproché à !'Empereur, qui avait
liuer avec sécurité à l'examen du contenu courageu ement. L'Empereur, frappé de leur
plu ieurs milliers de Polonais du duché de
des vo;lores el chariots ru ses. Aussitôt le
signal donné, l'investirration commença. Il
p;fraît que les officier du corps de Tchitchakoff se traitaient bien, car jamais on ne vit
dans les équipages d'une armée une telle profusion de jamLons, pâtés, cervelas, poissons,
. viandes fumées cl vins de toutes sortes, plus
une immense quantité de biscuit de mer,
riz, fromage , etc., etc. ~o soldais profitèrl'nt aussi des nombreuses fourrures, ainsi
que des for les chausrnres trouvées dans les
fourgons russes, dont la capture sauva ainsi
la ,ie à bien des hommes . Les conducteurs
ennemis s'étant enfuis sans avoir eu le temps
d'emmener leurs t'h ' ranx, qui étaient presque tous Lons, nous choisîmes les meilleurs
pour remplacer ceux dont nos cavaliers se
plaignaient. Les officiers en prirrnl amsi
pour porter les vhres dont chacun venait de
faire si ample prorisioo.
La brigade passa encore la journée du 24
dans DorisolT, et comme, malgré les précautions prises la veille, la nouvelle de la ru plurc
du po:it avait pénétré dans les birouacs du
2P corps, le maréchal Oudinot, Youlant que
toutes ses troupes profilassent des denrées
contenues dans les vcitures des ennemis
consentit à laisser entrer successivement e~
ville des délachements de Lous les réoimenls
~OITT-:NJR TlE LA RETRAITE DE Rt~SIE: l, F DRAPFAL', [N ssln el gra~UHde DE!l( CO\.'RT.
qui faisaient place à d'autres, dè~ qu'il 1
avaient opéré leur chargement. 1onobstantla
grande quantité de vines et d'objets de tout air martial, réunit tous les coloneJs et les Varsovie à son service, den 'en avoir pas, dès
enr~ enleîés par les troupes d'Oudinot, il en chargea d'exprimer sa satisfaction à leurs le commencemenl de la campagne, placé
re lait encore beaucoup dont s'emparèrent, régiments pour la belle conduite qu'ils a\·aient quelques-un comme interprètes auprès de
0

.

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H1STO'l{1.Jl

.MÉN011{ES DU GÉN'É~JU. 1lJU{ON DE MAR.BOT - -...

chaque officier général et même de chaque rai, se dirigeant ensuite à travers champs, en
colonel, car celle sage mesure aurait fait évitant habilement d'approcher de Borisoff,
éviter bien des erreurs el rendu le srrvice de même que des troupes de Wiltgen~tein,
infiniment plu exact. On en eut la preuve établie à Rogbalka, passa entre deux el redans la périlleuse course de plusieurs jours joignit enfin le maréchal Oudinot, le ~;i au
que la brigade Corbineau fut obligée de faire soir, près de :atscha.
dan un pays nouveau pour elle, dont aucun
La marche hardie que ,·cnait de faire CorFrançais ne conuais_ai t la langue; car fort bineau fut crlorieuse pour lui el on ne peut
hrureu. emeol, parmi les trois rkiments com- plus heureuse pour l'armée, car l'Empereur,
mandés par re général, e Lrouvait le Re de ayant reconnu lïmpo sibililé physique de rélancirr. polonais, dont les officiers Liraient tablir promptement le pool de Bori off, résodes habitants tous les renseignements néces- lut, après en avoir cooîéré avec Corbineau,
aires. Cet arnntagt' immen. e servit merveil- d'aller traren•r la Bérésina 11 . Ludiaoka.
leusement Corbineau.
Mais comme Tchitchakoff, informé du passage
En elft:I, comme il était parvenu à une de la brigade Corhineau sur"ce point, venait
demi-journée de Bori off, de pay ans a)anl d'emo)er une forte di,·ision el beaucoup d'arinformé ses lanciers polonais que l'armée tillerie en face de Ludian!.:a, Napoléon emru e de Tchitchakoff occupait cette ville, plola pour tromper l'ennemi une ru e de
Corbineau désespérait de pan·enir à traverser guerre qui, bien que fort ancienne, réussit
la Bérésina, lorsque ces mêmes pay~ans, l'en- presque toujours. Il feignit de n'avoir pas de
gageant à rétrograder, condui irent a colonne projet sur tudianka et de vouloir profiter de
en face de SLudianka, petit villane situé non deux autre gués situés au-dcssou de Boriloin de Weselowo, à quatre lieues en amont solf, dont le moins défavorable est devant le

Ai:

ile Borisotf, el de1•ant lequel se trouvait un
gué. Le~ troi régim,,nts de cavalerie de Corbineau le tra,·ersèrent ans pertes, et ce géné-

RORn nF. f.A BÉRF.SIXA, -

milliers de traînards, que les ennemis durent
prendre pour une forte dh·ision d'infanterie.
A la suite de cette colonne marchaient de
nombreux fourgon., quelques bouches à feu
et la divi ion de cuirassier· . Arrivées à Oukoloda, ces troupes tirèrent le canon et firent
tout ce qu'il fallait pour simuler la con~lruction d'un pont.
Tchitchakoff, prévenu de ces pr~parati[s et
ne doutant pas que le projet de 1 apoléon ne
fùl de franchir la ri\ière sur ce point pour
gagner la route de Minsk qui l'avoi~inc, se
bâta non eul1'ment d'envoyer par la rive
droite toute la garnison de Borisoff en face
d'Oukoloda, m~i , par uite d'une aberration
d'esprit inqualifiable, le général russe, qui
avait assez de force - pour garder en même
Lemps le bas et le haut de la ririère, fil encor!'
descendre vers Uukoloda toutes les troupes
placée la veille par lui en :imonl de Bori off,
entre Zembin et la Déré ina. Or, c'est précisément en face de Zembin qu'est situé le
1·illage de Weselowo, dont le hameau de Stu-

D'après 1me 11ndenne estamf'e.

village de Oukoloda. A ceL effet, on dirigea
o tensiblement ver ce lieu un des bataillons
encore armés, qu'on fit suivre de plus.ieurs

dianka est une dépendance. Les ennemi abandonnaient donc le point sur lequel !'Empereur voulait jeter son pont, et couraien

inutilement à la défense d'un gué situé à nager que pendant deux ou trois toise·. Le rirent-il lors')Ue les grandes gelée» arrivèrent.
six lieues au-dessous de celui que nous allions pa.. age n'offrail en ce moment que de légerPendant r1u'on travaillait à la con~truction
franchir.
irrronvénienl pour la cavalerie, le. chariots des pont. et que mnn régiment, ainsi que
A la faute qu'il commit d'agglomérer ainsi
toute son armée en aval de la ville de BorisoJI',
TchitcbakolT en ajouta une &lt;1u'un sergent
n'eiit pa commi e el que son goul'crnemenl
ne lui a jamais pardonnée. Zemhin e. t bâti
sur un Yaste marais, que traver e la route de
\\ïlna par Kamen. La cbaus,ée de cette route
prt'i ·ente vingt-deux ponts en bois que le
!!énéral russe, avant de s'éloigner, pouvait,
en un moment, faire réduire en cendres, car
ils étaient environnés d'une grandr quantité
de meule de jooc secs. Dan lé ca où
Tchitchakoff eùl pris celle . age précaution,
l'armée française de\'ail èlre perJue sans
retour, et il ne lui eût scni de rien de passer
la rilière, puLqu'elle eùt été arrêtée par le
profond marai dont Zembin ml en louré;
mai,, ainsi que je l'ien~ de le dire, le général
ru 5e non abandonna les pools inlact cl
descendit stupidement la Bérésina al'CC tout
. on monde, ne laissanl qu·une cin11uantainc
de Cosar1ues en ob ervalion ('0 race de Wesclowo.
Pendant que les Russes, trompés par le
démonstrations de !'Empereur, s'éloignaient
• Cliché lieurJdn rr~rb.
du véritable point d'attaque, . ·apoléon donÉrr~ODE OE: LA RETRAITE DP. Rr!'&gt;SfE. - T:1-éltal/ Je Gto WEISS.
nait ses ordres. Le maréchal Oudinot et son
corps d'armée doivent se rendre la nuit àStudianka, pour y faciliter l'établissement de et l'artillerie. Le premier consistait en ce que toutes les troupe du 2•' corps, attendaient. ur
deux ponls, passer ensuite sur la ril'e droite le cavaliers et conducteur avaient de l'eau la rive gauche l'ordre de tra,·erser la ril·ière,
et e former enlre Zcmbin el la rhière. Le jusqu'aux genoux, ce qui, néanmoins, ét:iit !'Empereur, e promenant à grand pas, allait
&lt;lue de Bellune, partant de Nal cha, doil supportable, pui. que malheureu.cment le d'un régiment à l'autre, parlant au soldais
froid n'était pa a sez ,if pour geler la rhière, comme aux officier . ~lurat l'accompaguait.
faire l'arrière-garde, pousser devant lui Lou
les trainard , Làcher de défendre Borisoff pen- qui charriait à peine quelques rares glaçons : Cc guerrier si bra"e, si entreprenant, et 11ui
dant quelque: heures, se rendre en uit.e à mieux eùt valu pour nous qu'elle f1H pri c à avait accompli de si bean,,: faits d'arme
Lttdianka et y pa, er les pont . Tel· furent plusieurs degrés. Le second inconvénient lor ·que les Français -.ictorieux se portaient
ur Mo cou. le fier Mural 'était pour aird
le' ordre' de !'Empereur, dont le événe- ré ultait encore du peu de froid qu'il fai ail,
car une prairie marécageu e, qui bordait la dire éclipsé depui qu'on avait quitté celle
ments empêchèrent la stricte exécution.
Le 25 au soir, la brigade Corbineau, dont rive opposée, était si fangeu e, que les chc- 1ille, et il n'a vail, pendant la retraite, pris
le chef connai sait i bien les en,·irons de 1au1 de elle y passaient a"ec peine et que part à aucun combat. On l'avait vu uivre
tudianka, se dirigea vers ce lieu en remou- les chariots enfonçaient jusqu'à la moitié des !'Empereur en silence, comme s'il eût été
lant la ri,,e gauche de la Béré ina. La bri 0 ade roues.
étranger à ce qui e pa ait dao l'armée. li
L'esprit de corp. c·t certainement fort parut néanmoin ortir de sa torpeur en préCa ·tex el quelques bataillon léger marchaient à sa suite; puis venait le gros du louable, mai· il faut savoir le modérer, et sence de la Béré ina el des seules troupes qui,
'étant maintenue en ordre, conslituaient en
2• corp . Nou quiltàmes à regret la ,-ille de même l'oublier, dan le circon tance dirllIlori off, où nous aYions passé si heureuse- cile . C'est ce que ne urent pas faire, devant ce moment le dnoier espoir de salut.
la Iléré ina, le chef· de l'artillerie el du
Comme Murat aimait beaucoup la carnlerie
ment dt•ux journées. Il emlilail 11ue nou
eu' ions un tri'te pre~sentiment des maux génie, c1r chacun de ces deux rorp éle1•a la el que, de nomhreux escadron qui a-.ail'nl
prétention de c:on lru1re . eu/ les ponts, dl! pa. é le 1 iémen, il ne re Lait plu que ceux
qui nou étaient ré ern1-.
orle qu'il e contrecarraient mutuellement, du corp d'Oudinot, il dirigea le:- pas de
Le 26 nowmbrc, au poioL du jour, nou
étions à dudianka, et l'on n'apercevait, à la el rien n'avançait, lor que !'Empereur, étant l'Empereur de leur côté. Napoléon »'extasia
ur le bel état de conser,•alion de cette troupe
rire opposée, aucun préparatif de défen e, de arrivé le 26, \'Cr midi. termina le différend
sorte que i !'Empereur eùl con erré l'équi- en ordonnant qu'un des deux ponts serait en général et de mon régiment en particulier,
page des ponts qu'il avait fait brùler quel- établi par l'artillerie el l'autre par le génie. car il était à lui seul plus fort que plu.~i('ur
ques jours avant à Or cha, l'armée eût pu On arracha à l'io.lant les poutres et les YOli 11es brigades. En effeL, j'avais encore plus de
franchir la Bérésina sur-le-champ Cette de masures du village, et les sapeurs, ain i J00 hommes à cheval, tandis que les autres
colonels du corp d'armée n'en comptaient
ri,ière, à laquelle certaines imaginations onl que le artilleurs, se mirent à l'oU\·rage.
Ces braves soldats donnèrent alors une guère que 2001 Aussi, je reçus de !'Empedonné des dimension gigantesques, est tout
au plu large comme la rue Royale, à Paris, preuve de dé,·ouemenl dont on ne leur a pas reur de très flatteuses félicîtalions, auxquelles
devant le ministère de la marine. Qnant à sa as ez tenu compte. On les vit se jeter tout mes officier et mes oldats eurent une large
profondeur, il suffira de dire que les trois nus dan les eaux froides de la Bérésina el y part.
Ce fut en ce moment que j'eus le bonheur
régiments de cavalerie de la hrigade Corbi- lra\'ailler constamment pendant six ou sept
neau l'avaieoL traver. éc à gué, sans accidrnt, heures, bien qu'on n'eût pas une seule goutle de Yoir l'enir à moi Jean Dupont, le dome ·nixante-douze heures avant, et la franchirent d'eau-de-vie à leur donner et qu'il. ne dus enl tique de mon frère, ce erviteur dévoué dont
de nouveau le jour dont je parle. Leurs che- avoir pour lils, la nuil suivante, qu'un champ le zèle, le courage et la fidélité furent à toute
vaux ne perdirent point pied ou n'eurent à couvert de neige!. .. Aus i pre que Lou pé- épreuve. Resté ,:cul, aprè que on maitre

�1!1S TO]t1.Jl

..

_.;._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ J

eut lité CaiL prisonnier dès le début de la campagne, Jean suivit à ~loscou le 16•· de cha seur , fit toute 1a retraite cn soif!llant •et
nourri. sant les trois clm•aux de mon frère
Adolphe, lt il n'en ,·oulut pas Yendre un seul.
malgré les offrrs les plus sédui~antes. Ce brave
garçon ,inl me joindre après cioq mois de
fatigues el de misèrrs, r.1pporlant Ions les
effots de mon frère; mais rn me les montrant, il me dit, les larmrs aux yeux·, qu'ayant
usé sa chaussure et se YOyant réJuit à marcher pied· nus ur la glace, il s'élaiL permis
de prendre une paire de botte de son maitre.
.le ~ard,i à mon enice cet homme e·timable, qui rue fut d'une bien grande utilït&lt;-,
lorsque. quelque temps après, je fns blessé
derechef au milieu des plu h'.&gt;rribles jours
de la grande l'Clraite.
\IJÎS re,·enon au pass.1ae de la Bén\~ina.
Non seulement loas nos chevaux travcr èrent
celle ri1•ière facilement, oui· no, cantiniers
la franchirent avec leur charrettes, ce qui
me fit penser qu'il serait po. ible, après aYOir
dételé plusieurs des nombreux chariots qui
suivaient l'armée, de les Jixer dans la rivière
les uns à la suite des autres, afin de former
dh-er~ passage pour les fanla _ins, ce qui
faciliterait infiniment l'écoulement de masse
d'hommes isolés qui le lendemain se presseraient à l'entrée des ponts. Cette idée me
parut si heureu e que, bien que mouillé jusqu'à la reinlure, je repassai le gué pour la
communiquer aux généraux de l'état-major
impérial. Mou projet fut trouvé bon, mais
pcr onne ne bougea pour aller en parler à
)'Empereur. Enfin, 1e général Lauri ton, l'un
de ses aide de camp, me dit : « Je vons
a charge de faire exécuter celle pa.serelle
« dont vou venez de ·i bien expliquer l'uli&lt;&lt; lité. » Je répondi
à celle proposition,
vraiment inacceptable, que n'ayant à ma di position ni apeurs, ni fanta sins, ni outils,
ni pieux, ni cordages, et ne devant pas d'ailleur abandonner mon régiment, qui, placé
sur la rive droite, pouvait ètre allaqué d'un
moment à l'aalre, je me bornais à lui donner
un a,·i~ que je croyai bon et retournais à
mon poste!. .. Cela dit, je me remis à l'eau
el rejoignis le 23•.
Cependant, les , apeurs du génie cl les artilleurs ayant enfin terminé le deux ponts d~
chevalet·, on .fit pas,er l'infanterie cl l'artillerie du corps d'Oudinot, qui, dès leur arril'ée
sur la riYe droite, allèrent placer lcur bivouacs dans un grand bois :itué à une 1lemilieue, au delà du hameau de Zawniski, où la
cavalerie reçut ordre d'aller les rejoindre.
'\ous ob ervion ainsi lakowo• et Dominki,
où aboutit la grande route de Min k, par
laquelle le général Tchitchakoffavait emmené
toute· se troupe rers la ha e Béré ina, el
qu'il Jm•ait reprendre nécessairement pour
se reporter sur nou en apprenant que
nous avions franchi la ririère auprès de Zembin.
Le 27 au soir, l'Empereur pas a le pont
avec sa garde et vint 'établir à Zawni ki, où
t. Ou StakolT.
~- Hllu une curieuse et d_ramaliquc relation illu •

la cavalerie reçut l'ordre d'aller les rejoindre.
Les ennemis n'y avafonl pas paru.
On a beaucoup parlé des désa Lres c1ui
curent lieu sur la Bérésina; mais ce riue personne n'a dit encore, c'est qu'on eût pu eu
éviter la plus grande p:trlic, si l'état-major
général, comprenant mieux gcs de\'oirs, eùt
profité de la nuit du 27 au 2 pour faire
lrarcrser les ponts au bagages el urtout à
C&lt;'s millier.. de lraiitard · qni le lendemain
obstruèreol ltJ passage. En cffcl, aprè avoir
bien établi mon régiment au bivouac de
Z1Wni ki, .ie m'aperçus de l'absenl'e d'un
clmal de bât qui, portant la petite cais c et
les pi~ccs de comptabilité des escadron de
guerre, n'a\ait pu ètre ri:-qué dans le gué. Je
pensais donc 11ue le conducteur et les cavalicrs qui l'escorlaient avaient attendu r1ue les
pont~ fussent établis. li· l'étaient d~puis pluieurs heures, et cependant ces hommes ne
parai saicnl pa " ! Alors, inquiet sur eux aussi
bien que sur le dépôt précieux qui leur était
confié, je veux aller en personne favoriser
leur plssage, car je croyais les pont encombrés. Je m'y rends donc au galop, el quel est
mon étonnement de les trouver complèteme,il déserts! ... Per:;.onne n'y pas ail en ce
moment, laodi qu'à cent pa de là el par
un beau clair de lune j'apercevais plu de
;&gt;0.000 traînards ou oldats i olés de leur3
régiment., qu'on surnommait rôtissew·s. Ce
hommes, lranquillemenl assis devant des feut
immense , préparaient des ~rillades de chair
de cheval, sans se douter qu'ils étaient devant
une rhi\re donl le pa. age co1Hcrait le lendemain la vie à un grand nombre d'entre eux,
taodi qu'en quelques minute· ils poumient
la franchir sans oh tacles di·· à pré ·enl, cl
achever les préparaùf de leur souper sur
l'autre rire. Da reste, pas un officier de ln
maison impériale, pa un aide de camp de
l'état-major de l'armée ni d'aucun maréchal
n'était là pour prévenir ces malhP.ureux et
Le pous er au hcsoin ,·ers le ponts!
Ce fut dans cc camp désordonné que.je vi
pour la première foi des militaires revenant
de M.&gt; cou. Mon àme en fut oa\réel. .. Tous
les grades étaicnt confondus : plus d'armes,
plus de tenue militaire! Des soldats, des
oflicilr; cl même des généraux couverts de
haillons el n'ayant pour chaussures que des
lambeaux de cuir ou de drap mal réunis
au moyen de ficelles! Une cohue immense
dans laquelle étaient pèle-mêle des milliers
d'hommes de nations di,·er-es, parlant bruyamment toutes le langues du conùnenl européen, sans pouvoir se comprendre mutuellement!
Cependant, si l'on eùt pris dans le corps
d'Oudioot ou dans la garde tJuelques-uns de
hl.taillons encore en ordre, il eus.sent facilement poussé cette ma5 eau delà de pools,
pui que, en retournant ver· Zlwoi~ki, cl
n'ayant avec moi que quelques ordonnance ,
je parvins, tant par la persuasion que par La
force, à faire p:t scr deux ou lroi mille de
ces malheureux sur la .rire droite. Mai un

Xou · YOiri arri\·és au moment le plu terrible de la fatale rampagnc de Ru ie ... au
pa sa ..e de la !¼résina, qui cul lieu principalement le 28 novembre....
.
A l'aube de ce jour néCa te, la po,ilion dts
armée belligérantes était celle-ci. A la riîC
gaucllc, le corps du mmiclial Yictor, aprè
aîoir é,acué Bori off pendant la nuit, 'était
rendu à iudianka avec le 9' corps, en poussant devant lui une masse de trainard~. Cc
maréchal arnil laissé, pour faire on arrièrcgarde, la divLioo d'infanterie du général
Partouoeaux, qai, ayant ordre de n'é1·acuer
h ,il!e que deu1 heures aprè lui, aurait dù
faire parùr à la aile du corp d'armée plusieur petils détachements qui, unis au corp'
principal par une chaine d'éclaireurs, eusse11L
ainsi jalonné la direction. Ce général aorait
dù, en outre, envoyer jusqu'à :1udiauka un
aide de camp chargé de reconnaitre le· chrmins et de revenir ensuite au-de,·ant dt! la
divi.ion; mai Partouneaux, négligeant toutes
ces précautions, se borna à se mettre eu
marche à l'heure pre crite. Il rencontra deux
routes qui se bifurquaient, cl il ne connai·sait ni l'une ni l'autre; m:iis comme il ne
pouvait ignorer (pui~qu'il venait de BorisolT)
que la Bérésina était à sa gauche, il aurait
dù en conclure que pour aller à Studiaoka,

lrêe dol la campa!l'ne de Russie. publiée à Slolli(llrJ
en 1blt3, Fwer du Faure 5igrialc ~eue lll'tti lè des

ponts dans la nuil du 2i ~u 28 nu,cmbrc, el mc,me
dan, celle du ':!X au '!O. '. .Y11tc dr l'fditn,r. )

autre devoir me rappelant vers mon régiment, je dus aller le rejoindre.
En ,·aiu, en passant devant l'état-major
général et celui du général Oudinot, je signalai la \'acuité des ponts cl la facilité qu'il
y aurait à faire traverser les hommes sans
armes aa moment où l'ennemi ne faisait
aucune entreprise: on ne me répondit que
par des mots é1•asiis, chacun 'en rapportant
à son collègue du soin de diriger celle opération 1 •
ne,·enu au bivouac de mon régiment, je
fus beureu cment urpris d' · trouver le brigadier el- les huit chasseurs qui, pendant la
campagne, avaient eu la gardtl de notre troupeau. Ces bra\'eS gens ~e dé olaient de ce
que la îoule des rdt,sscurs, s'étant jetée sur
leurs bœurs, les avaient Lous dépecés cl
mangé· ous leurs yeux, sans qu'ils pussenl
'y opposer. Le régiment se consola de celle
perle, car chaque cavalier a1·ait pri à BorisoO' pour l'În!fl-cinq jours de Yine .
Le zèle de mon adjudant, M. Verdier,
l'ayant pou é à retourner au delà des ponts
pour tàcher de découvrir le chas eurs gardien de notre comptabilité, ce bra\·e militaire s'égara dans la foule, ne put rep:L er la
ririère, fut tait prisonnier dans la bagarre du
lendemain, et je no le revis qne deux ans
après.

CHAPJTR.E XIX
l1t!J'lc de ln didsi11n flartounl'aux. - Coml,ot ,le
Zawuiski (Iré flrillol\a, - ~(. tic :Suailli?S. - l'~ss:ig,, ile ponls t'I eauurovhe ,le la Bér1;5i110. - I.e
'-2• corps proll\gc la n•tr11ile. - Je suis blc•s,;é il
Plcd1lchéniL•oui.

�ffiST0'/{1.J!
frappant! J'envoyai sur-le-rhamp une cadron
à on secours, mais cet effort resta infructueux, car une vi\·e fusillade partie des maisons empêcha nos caraliers de pénétrer dans
le village : depuis ce jour, on n'entendit plus
parler de . T. de oailles !. . . Le superbe
fourrure et l'uniforme couvert d'or qu'il
portait a}ant tenté la cupidité de Cosaques,
il fut probablement massacré par ce harbarc . La famille de )I. de ~oailles, informée•
que j'étais le dernier Français a,·ec lec1ucl il
eùt causé, me fit demander des ren eignemeols sur sa disparition; je ne pu. donner
que ceux usmentionnés. Alfred de Noailles
était un excellent officier el un lion camarade.
Mai celle digression m'a éloigné de Tchitchakoff, qui, l,allu par le marécbnl J 'e},
n•o~a plus \enir nous allaquLr ai sortir de
. takm, :&gt; de toute la journre.
Aprè · vous arnir fait connaitre :ommaircmcnt la po ition des armées sur les deux
ri,e. de la llérésina, je dois mu- dire en peu
de mots ce c1ui se passait ur Je Oemre pendant le combat. L ma. ses d'hommes isolés
qui avaient eu deux nuits cl ùeux jours pour
traverser les ponts et qui, par apalbie, n'en
avaient pa- profilé, parce que pcr onne ur
les y contraignit, voulurent tous pas. er 1\ la
fois. lor~11ue les boulets de Wittgen tein
vinrent tomber au milieu d'eu .. Cette multitude immen. e d'hommes, ùe rhe\'aU el dt'
chariots s'en las 'a complèlerumt à l'entrée dr.
ponts, qu'elle ob·tru.ait sans pouvoir le~
ga•mcr l... Un tri• 0 rand nombre, a1ant
manqué celle entrée, furent pous és par la
foule dans la Bérésinn, oi1 prestJUc Lou~ 'C
no1~rent !
• Pour comble de malheur, un des ponts
'écroula sous le poid de. pièce et ùes
lourds caissons qui le, suivaient! Tout se
porta alors vers le econd pont, où le Msordre
était déjà i grand que les hommes le plus
vi oureux ne pouvaient r~si ter à la pre sion.
Un grand nombre furent étouffé · ! En ,·oyant
lïmpo~,ihilité de traver~er les pont ainsi encombré·, beaucoup dr t•onducteur, de voiture pomsèrcnt lrur chevaux dans la
rh il·re; mais ce mode de pas age, qui eùt
été fort utile si on l'eùL exécuté avec ordre
deux jour auparavant, deùnl ratal à presr1ue
Lous ceux qui rcntrt•prirenl, parœ que,
pous.anl leurs chariots lumultueusemcnt, ils
'entre-choquaient et c remcraient b uns
les autre·!
Cependant, plu ieur paninrenl à la rh·e
chouarl conltrm~nl ,le poi11tN1 point le; détails dom,(,•
oppo ée; mais comme on n'a,ait p:is préparé
ur l'es é,-è11cmcu1, : la pr,~c el ln perle ,le Borboll
de ortie en abattant les talu de· uergcs.
par lt·s Russes; leur mouvement intcmpe. tif,ur lforesinu inférieur; le romh3L dL• Za"11i~kl près Urill-01,a cl
ain i que l'étal-major aurait dù le faire,
Sta.kom,; la fatale n11,ture ,t,,, pont, et la retraite de
peu de voilures parvinrent 11 les gravir, el il
un, troupe~ par le., mnrai. gelé, dl' Z1•mbi11 '.''fotr de
périt encore là bien du monde!
Uditr11 r.'

siLué ur ce cour~ d'eau, c'était la roule de tact avec ceux qui revenaient de "oscou,
gauche 11u 'il faJlait prendre!. .. Il fil Lout le n'avaient aucune idée du désordre qui régnait
contraire, et, suhant machinalement quel- parmi ces malheureux, le moral du corp
ques volliaeurs qui le précédaient, il 'enga- d'Oudinot était resté e.'œellent, et Tchitchakoll
gea sur la route de droite et alla donner au fut ,·igourcuserucnl repoussé, sous les yem:
milieu du nombreux corp~ ru .5e do "énéral mêmes de !'Empereur, qui arrivait en cc
moment avec une réserve de 5,000 rantasWittgenstein!
Bientôt emironnée de toull'S parts, la din- sins et l,000 ra,·aliers de la vieille el de la
ion Partouneaux fut contrainte de mettre jeune garde. Les nusses renou\'elèrcnt leur
bas le armes 1, Lamlis qu·un simple chef de alla11ue et enfoncèrent les Polonais de la lébataillon qui commanJail .on arrière-aarde, gion de la Vi Lule. Le maréchal Oudinot fut
ayant eu le bon esprit de prendre la route de grièlement Llcssé, el Napoléon enrop N,·y
gauche, par cela ~cul 11u'clle le rapprochait pour le remplacer. Le général Coudras, un
de la rivière, rejoignit lti marécho.l Victor au- de nos bons officiers d'ioranterie, fut tué; le
prk. de Studianka. La surpri. e de ce maré- vaillant général L grand reçut une bic sure
chal fut grande en ,·opnt arriver ce baLaillon dangereuse.
au lieu de la dh•i~ion Partouneaux, donl il
L'action e pa. ait ùans un bois dr sapin.
fai~ait l'arri,~re-~arde t ~lai l'étonnement du de dimension colo .sales. L'artillerie ennemie
maréchal se ch;ngea bienlût en stupéfaction ne pouvaiL donc apercevoir nos troupe que
lorsqu'il fut attaqué par Ir llus e. de Witt- fort imparfaitement; au~. i tirait-elle à toute
gcn tein, qu'il croyait tenus en échec par la • volée san que c. Lou lets nou;;alleignissent;
divi. ion flartouneaux ! \'iclor ne put dè lors mais. en pa sant au-de ·us de nos tête, , ils
douter que ce génfral et tou es régiments brisaient beaucoup de branche. plus grosse.
ne fus~ent prisonniers.
que le corps d'un homme, et 11ui tuèrent ou
~lai' de nouwau~ malbcnrs l'allendaienl, bic sèrent dans lèur chute Lon nombre de
car le maréchal russe Koutou off, qui, depuis no gens cl de nos chevaux. Comme les arbres
florisoff, aYo.iL uhi l'arlouneaux eu queue étaient trt~ · c. pacés. les ca,·aliers pouvaient
arec de oomLreuses troupes, apnt appris. a circuler entre ru , quoique avec difficulté.
capitulation, pressa rn mard1c tl vint ~c Cependant le m~rédial Ney, voyant approcher
joindre à Wiltgenstein pour accabler Je ma- um• forte colonne russe, lança contre elle ce
réchal Victor. Celui-ci, dont le corps d'armée qui nou · rt' tail de notre diYision de cuira était réduit à 10,000 liomme., oppo, a une ~icr .. Celle charge, faite dans de conditions
ré ·i~tance des plu vives. , es troupes (même aus i extraordinaire.• fut néanmoin l'une
le· .\llemand · 4ui en (ai.aient partie) com- de plu brillante:- que j'ai vue !... Le hme
Lattirent a,cc un courage vraiment héroïque colonel Jluboi., il la tête du 7" de cuirassiers,
el d'autant plus remarquai.ile que, attaquées coupa en deux la colonne ennemie, à laquelle
par deux armé à la foi· el étant acculées à il fit 2,000 pri.onniers. Les Ruse . ain .. i
la llérésina leurs mouYcmenl •se trouvaient mis en dé ordre, furent pour uivis par toute
en outre gênés par une grande quantité de la C.l\'alerfo lé ère cl rcpo_nssés avec d'énormes
chariots conduit san ordre par des hommes perles ju:qu'à lakowo 1 •
isolé:, qui cherchaient lumuhueu. ement à
.le reformais les rang. de mon régiment.
agoer la rivière! ... Cependaut le ma·réclial qni avait pris part à cet engagement, torque
VicLor contint KoutousolJ el \Vilt,.ensll'În je vi arrh·er à moi .~t. .\lfred de ~o:iilles,
Loule la journée.
avec lequel j'étai$ lié. li m·enait de porter un
Pendant que ce désordre et ce combat ordre du prince Berthier dont il était aide de
a\·aient lieu à • tudiauka, les ennemis, 11ui camp; mais, au lieu de retourner ver· cc
prétendairnt ·emparer des d~ux extrémité
maréchal après avoir rempli ~a mis ion, il
de ponts, attaquaient sur la rire ùroite le. dit, en s'éloi .. nant de moi, qu'il allait juscorp: d'IJudinot, plad• en a\'anl de Za" ni:-ki. qu'aux premières maisons de takowo pnur
A cet ellrt, les 50,000 flusscs de Tchitchakoff, t•oil' ce que Iai aient les ennemi . Celle eudébouchant d"' takowo, 'avanc:\rcnt à •1 rand
rio 'ilé lui devint fatale, car, en approchant
cris contre le 2• corp., qui ne comptait plu
du village, il fut entouré par un groupe de
dans ses rangs que 8.000 combattants. liais Co!'aques qui, après l'a,·oir jeté à has de . on
comme no soldats, n'ayant pa· élé en cou- chc\'al et pris au collet, l'entrainèrc1it en le
0

1. r,.,. ,:-éuéral Parlonncam se d,•rcn,lit 11'1illcur.1
hrroiqucmenl; 5D di,i,ion t\lail r,·,luilc il &lt;1uclque.
crntaim• ,le comballnnh lo™Ju'cllc ,lui ,,, rendre .
(fov. TmtR,, Jli,toin· du C:011sulal rl ,Ir rF.mpirt.)
-i. Tchitthnkoll a rendu jushce n la , igueur if,,
uotre c.1,nlci-ie ,bns celle ntl'uirc. llu re~le, es
m,1ircs 11rnhliés en 11162 l'i 1·~u~ 1lu r imte de Rod,e-

,1~

(A suivre.)

GÉNERAL

DE

,\ \ARBOT.

Concini

►

Par Paul de SAINT-VICTO~

Concini el Léonora Galigaï, sa morne com- vaillac au meurtre, et le lançant ur le roi.
pagne, onL subi, depuis deux ~ièeles, 'toute!l Je sais bien que celle accusation elTro)ablc
les aYanies de l'histoire. La pitié vou 'prend s'est in inuéc, ·ans romhre d'une prcu\·e,
devant leur· mémoires cruellement dilîam~e .. dans quelques .l/é11t0ÏJ•e.~: mais la "rand&lt;'
comme elle vous aurait p1•i, devant leurs histoire a toujour~ dédaign t de l') acc~cillir.
membres r~mpus et ~aignants. C"rtes, je ne Aucun même des pamphlets féroces t(Ui se
veux pa, faire un m:trlyr de Concini ni une ruèrent sur Condni aba1tu ne l'a rc1pétée.
•aint1• de la Galigai.Je sai. leur noire, intri- !l'ailleurs, s'il fauL eroirc les timoins qui se
gue · et leurs pillages effronté~ . .Je comprend· lahent rgorger, il faut bien croire aussi
la colère de la nobles e française, réduite à l'homme qui se lai .a tenaill&lt;'r, écarteler,
plier devant le sigi, bé de l'in1linne veuve a. perger d"huile Louillantc et de plomb fondu,
d'flenri l\'. Il faut dire cependao0 t que ses en jurant, jusqu'à son dernier hurlrment,
rnnemi. le valaient et qu'il ne fol ni pire ni qu'il n·a,·ait pas de complicrs. 'il )' a quelmeilleur que l'époque où il parad:i.
que cho.c de prou,·é, en histoire, c'est cette
li n'y a pas. dans l"histoire de France, un déoéaation de flavaillac, 11uc n'rLranlèrenl
règne plus honteux que la régence de larie pas de tortures qui auraient fait crier une
de Médicis. La Fronde e t une Jliade auprè.
lalue de bronze. \ lui seul, cc (l&gt;moiœnage
de la Batrachomyomachie Iéod.ile qui s'agite absout Concini.
autour de cell&lt;' lourde pécore. C'est pour de
Il e. t difficile, d'ailleur , de lrom-er un
l'arg,·nt que le~ princes S&lt;' halleut; c'e l pour scéléral dan~ ce drcile. Concini a\·ait les quades charges de cour que les grand conspi- lités de ses \'Îces; il élail servlaLle, facile,
rent. La révolte l't la soumLsion afflchent magnifique, aimant fort, comme \rlequin, à
ryniquement leur larif; le dr:ipcau de la faire de~ présents avec l'argent qu'il avait
guerre chile n'e l plus qu'un sac à remplir. volé. ou plu grand lorL fat d'èlre im,olrnl
f.oncini joua le rùle d'un valet fripon, dans enn-rs la Fortune, et de ,ouloir, comme il le
Cl'! anarchique imbroglio, gorgeant celui-ci,
dit un jour, &lt;1 la pou ser à bout n. Le uccè.s
nllèchnnt celui-là, bâclaut les trèrns ou les colla monstrueu &lt;"me11t -a ,•arnlé naturelll'.
roups d'État, selon le br oin du jour; fai.on atLilude, à la cour, pendanL a dernière
ant, de sa fa\·eur, métier cl marchandi.c. Il année, éLait Cf'lle d'un C:jan de théâtre, arrnlait
a,·ec lt&gt;s rnleurs, il inlrinuait
a\'CC les pent:ml la scène, :1 grandes enj:imhécs. fi
•
•
0
mlr1ganls, et, en C&lt;'la, il faut dirr que ce lr\'I' une armée dr . ept mille hommes, à sa
ruffian po~iûque foi.ait ,on métirr.
olde et à . a livrée; il s'adjuge des ville-, de
guerre donl lui eul ouv-re Pl ferme les portes i il entas l', ~ur a mince per onne de par•
,·enu étranger, les marqui ats, les maréchalats, le gouveraemcnts, le surintendances;
il a de.~ gardes du corps et des gentil hommes
ordin:iircs, qu'il appelle es cogfi01ti di 111ila
fra11clii. « Il mépri ait fort le. princc:e., dit Tallemant, - et, en cel:i, il n'avait pas
grand tort. ll ~lais il eut tort de mépri. cr,
comme un enfant imbécile, ce jeune roi de
seize an.;, tacilurne et mélancolique, qu'il
al'ait relégué dan- un coin du Loune, parmi
ùe fauconniers cl des oiseleurs.
Ce furent ces oi.elcurs qui le prireut dan
un filet lentement ourdi. li fau L lire, non
dans l'bistoirt orficiclle, qui abrège et qui
déeolorC', mai$ dans un petit livre du lcmp :
Relation e.racle de /oui ce qui s'est passé à
la mort du 111aréd1al d',l11cre, cet étrange
complot d'un roi contre son ~ujet. On y ,·oit
Louis Xlll machina.nt la nuit, dans son lit,
avec Luyne. , son favori, et de familiers d':inlichamhre, le pi~ne où se prendra 1-,a hèle
noire. Rien de puéril, en apparence, comme
cc comp1ot qui doit frapper no coup i ter~lais c'est le char.,cr d'un trop grand crime rible. Le roi ·e blottit dan sa ruelle, pour
11ue lui imputer la mort d'flenri IV; c'est délibérer avec ses affidés, il thuchote, il 'inexagérer la fiction que le montrer stilant Ra- terrompt pour regarder si l'on ne ,ient pa

~es grief sonl ceu\ d un enfant que l'on empêche de joner à sa gui·e. Vous diriez un
écolier conspirant, au dortoir, contre son ré1-{•'llt.

Mais un soufllc même trouvait des écl1os,
dan cc p:ilai elll•ahi par l'e. pionnaae italien. Concini fui :l\'erli dn sourd murmure
de faarâce qui partait de l'alcôve ro -ale. li
dédaigna d'y prêter l'oreille. L'infatua lion
l'aveuglait; ses yeux ne vopient pas plu- que
ceux qui brillent . ur la roue des paons ..\ux
avis de mauvais augure, il objcrlail des rodomontades. n jour, il avait dit à Lu)·ncs :
&lt;r Momieur de Luynes, je m'aperçoi , Men
que le roy ne me fait pa bonne mine, mais
vous m'en répondrez. » Un aulrû jonr, il
répondait à une dénonciation ami,·alc: « Luynes a pensée de toute · choses: mais il y a "i
loin ùe luy à moy, que nous n'arnns pas sujet ùe nou· craindre. » C'était le JI 11 ·oserait!
du dnc de Gui e, parodié par un matamore.
Le hasard déjoue, troi' foi , le complot
royal; par trois foi , Concini recule instinctivement devant le fer qui doit le frapper. Il
sort de la chambre du roi, à l'in. tant où se.s
meurtriers allaient y entrer; il quitte, malgré la prière de Louis X111, une partie de
billard, au milieu de laquelle les conjurés devaient le surprendre; la Yeille de sa mor~.
encore, \'itry le mauquc, au:t porte du
Lomre.
Enfin le jour de l'exécution se li•re; cellr
fois, le piège e l sûrrmenl tendu, la cour du
palais se remplit de cavaliers, drapé dans
leur manteaux iusqu'am ·eux. Vitry mar-

�'-::------.------------,,..--------,,--------------------

1f1S TO'l{ 1.ll
Toul le matin, il y resta à lriompber, le. cadavre, gratte la tombe avec ses ongles;
comme sur un parnis ; à déclamer, comme elle le déterre, elle le traine., en le bâton~ur un tréleau, le récit de cette première tra- nant, sous une potence du pont Neuf. Là, un
gédie de son règne. Sa joie enfan- laquais de Concini le pend par les pieds, et,
tine el cruelle ne tarissait pas. Jamais comme la corde manque, les gardes du roi qui
il ne parla tant qu'en ce jour si- pas~aienl lui jellent les mèches de leurs
nistre. Au-x premiers \'eous, il ra- arquebuses. Puis celle canaille, enragée, décontait ses griefs. Le maréchal capite le misérable cadavre; elle lui crève les
s'était couvert, en jouant à la pau- ye·ux; elle lui !ranche le nC'z; un furieux
me avec lui ; il s'était assis plonge sa main dans sa poitrine entr'ouverte,
dans sa propre chaise, au conseil ; l'en relire toute sanglante, la met dans . a
il se présentait, à so.n audience, bouche; un autre arrache le cœur, le rait
escorté de deux cents gentilshommes, cuire sur ùes charbons et le mange .... Un
lesquels sortaient en même temps tronçon informe pendait encore au gibet; la
que lui el le laissaient se morfondre ioule l'en arrache et court le rependre à la
seul. Puis c'étaient des airs de maî- potence de la Grève; elle le dépèce ensuite et
tre qui se réveille, el qui va se fait rôtir ses lambeaux à des kux de joie.
mellre à régner. Le cardinal de La
Ce n'est pas tout. Concini arnit un fils, un
Rochefoucauld, voyant qu'on lui par- enfant de quinze an . Il faut laisser parler la
lait d'affaires, lui dit « qu'il serait Relation, pour entendre le cri dn temps dans
bien autrement empesché doresna- toute sa fureur : (( Les archers, qui le gar.Au L ouur&amp; u1:r,u1t lf)a pwr le b:tndt /1, Frt1t1&lt;e
vant qu'il n'avait esté jusques à daient, ouvrirent les fenêtres qui donnent ur
1"t Ffr ~ IP.1',trop T,om1orttl,frmm1:
cette heure ». - « on, - dit-il, le pont et lui firent voir cc îuneste spectacle
- j'e Lois bien plus empesché de de sûn père pendu, afin qu'il appi-ist à mieu:r
C.u ,! dm,11 tp_o1mra11 hauttfrrmt pounet,
faire l'enfant, que je ne suis à tou- vivre. &gt;J Quels crimes n'absoudraient de si
Er lervemrtdulou u trt'(Ïn mD Nmmt.
tes ces affaires-cy. » n dit à un horribles douleurs! Devant ce malheureux,
autre : &lt;&lt; L'on m'a fait fouetter les tué, par trahison, au tournant du Louvre,
MORT DE Coxcrn1.
mulets, six ans duranl, aux Tuile- comme au coin d'un bois; devant ce corps
J)'.;zpr~s I111e 1&lt;r,1v11re du temts. (Cabinet des E.t~mtes. )
ries : il est bien temps que je fasse broyé par la furie populaire et réduit, vingtma charge. » Un moment après, quatre heures après sa mort, à une poignée
allendanl, un morceau de parchemin, d'une comme il s'amusait à jouer de .J'épinelle, sur de cendre sanglante, que des cannibales Yenmain convulsire. Son canif semble, de loin, une table, quelqu'un lui dit:« Que faites-vous dent, par les rues, un quart d'écu l'once, on
guider les épées. De bonne heure il a fait là, ire? 1&gt; Il répondit avec une fière ironie: oublie tout, ses vices, ses concussion , ses
d:re à la petile reine ci que, si elle oyait du « Je fai~ l'enfant. &gt;&gt;
rapines, pour ne se souvenir rpie du supplice
bruit, elle ne 'étonnast de rien &gt;1. On signale
Or, tandis qu'il faisJit si bruyamment le gigantesque qui les expie au centuple. L'exl'apiiroche du m3réchal d' A.ocre; il apparait monarque, celui qui dcYaiL régner en son cè3 du chàlimcnl réhaLilill' le coupable; le
sm le quai, escorté de trente genlihhommcs. nom cl le remettre à la place d'où, ce jour- gibet, lorsqu'il est trop haut, grandit la vicLe voici qui avance; il est à l'entrée du pont; là, il crovait rnrtir, entra modestement dans time.
on lui remet une lettre, il ralenlit le pas pour la salle. • « Eh bien, Luçon, - lui cria le·
nien ne manque à ce marlyrologr. En ha~.
la lire .... C'est alors que Vitry s'approche et roi, - me voilà hors de voire t1-ranl'arrêtr. Le maréchal recule brusquement; il nie 1 » Et, comme füchdieu s'ins'écrie : J mi! (à moi!) Au même instant, clinait et l'Oulait répondre: &lt;&lt;Allez!
trois des conjurés lui tirent, à bout portant, allez! ôlez-rnus d'ici! &gt;&gt; reprit-il
leurs pistolets au ,·is:ige, les autres le per- d'nne Yoix menaçante. C'est une
cent de lrurs épées; il tombe ·ur les genoux. des meilleures plai anteries de l'hisVitry, d'un coup de pied, le remuse à terre toire, que Richelieu surgissant decl fait jeter on cadavre dans le rorps de vant Louis XIII, au moment où il
garde, sous un portrait de Loui XIII. L'his- triomphe du sig1101• Concini.
toire se contrefait elle-même, quelquefois. Il
Cependant la multitude ae:bevait
était dit que, d'un bout à l'autre, la mort de à sa manière la vengeance royale.
c~ Scapin ressemblerait à celle de César.
Les meurtriers avaient dépouillé le
« Il parait plus grand mort que vi, ant n, cadaue de Concini : Larroque lui
di ail flenri Il[ mesur3.Dt de l'œil le grand avait pris son épée, Le Buisson sa
Guise à terre. C'est l'effet que produisit Con- Lagne, Boyer son écharpe, ·un aulro
cini, d'après le fracas que fît sa chute et les son manteau de rnlours noir, garni
chants de Yictoire qui la proclamèrent. A de passements de Milan; puis ils
peine est-il tombé, que les trompettes son- l'avaient enreloppé d'un drap, attaOr!_tr, , "rnet.mo,, ,b,; hn "V1lai,, d1adr111t,
nent, que les tambours ballent, que des ca- ché par les deux )Jouis avec des
"alc.1des galopent par Ja ville en criant : Jîccl!es, et ils l'avaient jeté d..tns
Dud..sryqùffitroû ,t ,/e,, fou plriJ â cH.u, \
« Vi rn le roi! le roi est roi! » Louis XHr ap- une fosse de aint-Germain-l'AmerIl f.rrit ft1r,ubt11l1" , "" rr. domm Je mime,
parait armé au balcon, criant aux. meurtriers: rois. Un prêtre aYaiL îOulu réciter
Arcu~:qur rommnn ,· 1,&gt;:1:in,,t, o:Jl:r ·
« Grand mercy l grand mercy à vou ! A celte le De Profimdis; on lui avait mis la
heure, je suis roy ! » Les courtisans, à genoux main sur la bouche et fait rentrer
LÈONOR.A GALIG.\Î EST CONDUltE AU SUPPLICE.
hier deYanl le favori, accourent, par trou- son oraison dans la ,gorge. « D.: nx
D'atrès 1me gr.:rvure du lemf.ç. (f'Ji'i11el des Es/.lmpes.)
peaux, pour fêter sa mort. lis acclaJ]lent le petits pages se voulurent amust r à
roi, ils se prosternent, ils l'adorent. La pleurer autour du corp , » des lagrande galerie, encombrée, ne suffit plus à quais les battirent et leur volèrenl leurs la fureur des bêtes Ju cirque ùé"hir3nl uue
la foule. Le petit roi monte sur un billard manteaux.
proie; en haut, el comme sur les gradins supour la recevoir.
Le matin venu, la populace, qui a llairé périeurs de l'ampl1ilhéàlre, la vengeanre
che de lon 6 en large, r('gardanl, à rhar1ue
instant, du rôlé ~e la porte el du pont-levk
Le roi attend dans rn chamhrc; il nt.dl', en

1

royale savourant délicatement son plai~ir. Ce
jeune fils de Concini, qu'on traînait dernnt
le cadaHe pendu de s:m père, rdusait toute
nourriture et 'foulait mourir.
La petite reine .Anne d'Autriche
envoya des confitures à l'enfant et le fit venir dans sa
chambre. On lui avait dit qu'il
dansait bien; elle lui ordonna
de danser; l'enfant obéit. Il
dansa, aveuglé de larmes et
ravalant ses sanglots. Jamais
il ne se remit de cette danw
funèbre, il ne fit depuis que languir, et s'en alla, quelques
mois après, mourir à Florence.
Que &lt;lire encore du supplice
de la G3ligaï? On ne sait pas
le mot de celle énigmatique
créature, naine de taille, maigre comme une Jane, armée
d'yeux enflammés qui semblaient lancer les sorts et les
maléfices. Elle passa sa vie
dans les ténèbres el les arcanes des camarillas. Son histoire est un pot au noir. Cela
est resté obscur et furtif, comme le serait
lïnlluence d'une négresse au sérail. Elle &lt;lit
même à ses juges avec l'orgueil d'une femme
qui va mourir, et qui n'a plus rien à ménager sur la terre, ce qu'était le charme magi11ue qu'on l'accusait d'arnirjeté sur la reine:
« L'influence d'une âme forte sur une âme
faible, d'une femme d'esprit sur une balour-

aimée, J'almndonne, l.i renie el la livre, pieds
el poings liés, à son fils. « Laplace vint , tost
après, vers la reine, pour luy dire qu'ou ne
~çarnit comment annon rcr
la nouwlle à la maréchale,
et voir si Sa Majesté voudroil
preudre la peine de la lui dire.
La reine luy dit qu'elle avoil
bien d'autres choses à penser, que, si on ne luy voulait
dire fa nouvelle, qu'on la luy
chantàt ! ,J
On sai l l'iniquité criante du
tribunal qui la condamna au
bûcher pour arnir tué des coqs
Lianes, un jour de pleine lune,
ct serré des 6gu re s de cire
dans un coffre taillé en cercueil.
Elle fut nperbe devant S"S
juges; elle fut douce envcr ·
la mort. C&lt; Que de personnes
assemhlées pour ,·oir passer
une pauvre a!Uigée! n dit-elle
en \·oyant la multitude qui
suivait ·a marche au supplice.
MORT DE Li;:oNORA GAWGAl.
Cc fut la seule plainte qui lui
D'après u11e gravure du temps. (CaN11et des Eslampes.)
échappa.
On pardonne loul, vis-à-vis
lée )1 , ainsi que Richelieu l'appelle dans ses d'une pareille douleur; et, si l'bistoire veut
récriminer, on lui répèle ce que la Galigaï
Mémoil'es?
Elle mourut, à petit feu, de l'éclair qui. dit, elle-même, à un jeune gentilhomme
foudroya son mari; elle rn meurtrit et se qui lui reprochait, après son arreslalion, je
déchira à toutes les aspérités du gouffre, au ne sais plus quelle offense : Fiasque,, /i'ias fond duquel il était tombé subitement. 'l'out que, 12011 bisogna parlar del passalo !
lui manqua à la fois. A peine le maréchal c&lt; Fie que, Fiesque, il ne fout plu parler
est-il mort, que la reine, {fui l'avait tant du passé! ►&gt;
de. i&gt; Quoi qu'il en soit, maigri\ ses larcins de
pie ,·oleuse et sa morgue de fée Carabosse,
comment ne pas s'apitoyer sur (( celle déso-

PAUL DE

Lul'ien se trouvait en ambassade à Li,honne
ou à Madrid.
Quant li sa mère, elle n'entendait pas raison en fait d'argent à donner à · un jeune
étourdi qu'dle aimait tendrement, mais à
qui elle faisait plutôt de la morale que de
li me uvient à l'esprit une histoire des la prodigalité.
plus plaisantes que nous a racontée, dans sa
Qu'imaginer? 11 lui \Ïnt à lï&lt;lée de rendre
jeunesse el dans la nôtre, Jérôme Bonaparte, ,i ite à un saint liomrnc, rnn onclr, qui fut
lorsqu'il venait voir sa sœur Caroline, alors, depuis le cardinal Fesch. Il se prést·nte à lui,
ain~i que la Heine Hortense et moi, en pen- et il cH parfaitement reçu par cc digne parent
~ion à Saint-Germain, chez Mme Campan.
chez lequel était r(unie nombreuse société.
Il avait un jour, disait-il, absolument LeIl y avait ce jour-là grand dillcr. On l'insoin de vingt-cinq louis, sa bourse étant dé- vite : il acceple. Le repas fini, il passe au
garnie, bien que le général Murat, gouver- salon pour prendre le caié; dans ce momenl,
neur de Paris, el qui était passionné pour Jérôme voit son oncle entrer dans une salle
lui, l'aidât souvent de la sienne. Mais celte Yoisine; il l'y suit, et auirant dans l'embrafois cette ressource lui avait manqué et le sure d'une croisée ce cher oncle, qu'il avait
quartier de la pension que lui faisait Je Pre- déjà bien cajolé, il lui adresse sa requête;
mier Consul était dépensé d'a,,ance. Que faire mais celui-ci est iusensibJe et refurn net.
donc?
Le cardinal Fesch, on le sait, a toujours
A qui s'adresser? A ses autres frères 1 été grand amateur de tableaux; or, la salle
lls étaient absents. Joseph el Louis commàn- dans laquelle il se trou1·ait en ce moment,
daient les régiments dont ils étaient colonels; était celle où se formait le commencement de

Oncle et neveu

SAINT-VICTOR.

sa belle galerie, qui depuis est devenue si remarquable par la réunion de chefs-d'œuvre
de toutes Je;; écoles.
En entendant un refus aussi positif. Jérôme se tourna. brusquement:
&lt;&lt; Voilà, dit-il, un gaillard qui a l'air de
rire de l'affront que je Yiens d'essuyer; ilîaut
que je me venge 1 »
Jfrome servait alors cof!)me soldat dans
les guides du Premier Consul, sous les ordres
du colonel Eugène de lleauharnais; il tire
son sabre et le pointe conlt'e la figure d'un
b~au vieillard, peint par Yan Dyck. Il fait
mine de lui crever les yeu.x.
On peul juger dans quelles transes utail le
bon oncle, en le voyant prêt à transpercer un
chef-cl'œuvre; il s'efforce de lui retenir le bras;
mais le jeune homme n'entend pas raison,
que les vingt-cinq louis ne lui aient été remis.
L'oncle capitula, la paix fol faite et ils
s'embrassèrent.
Le tour fut tromé charmant; et le Premier Consul, à qui on le raconta quelque
jours après, 'en amusa beaucoup.
LômSE COCllELET,
Lectrice

.,, IOtJ ,..,._

,.

C0Nc1N1

~

la Re/11e JI orte1Ise.

•

�"------------------------

◄

Fanny Sébastiani, duchesse de Praslin

CHAPITRE PR.EMIER
llan · le somplucux Lùld que fil éle,·er
j:idis la prince c de Bohan-Soubise, honorée
ile la faveur du grand roi, tl Iran form ~
rnainlenanl par l'ttal en palais del; Archil·c·,
il e~t un pi\:e crèle 11ui rc.te formée au
regards profanes. L'cnlrée rn c. l interdite
aux curieux et aux étrangeri: qui admin•nt,
cha,1ue m:iine, le· .pl
de l'hùtcl
SouhLe, la riche· c de c boi
, mai::nificenœ de es peinture el la uperbe ordonnance de cs grand appartements. Le.
nombreux lrarnillcur• 11ui ,iennent compul·"r les documents, dépouilln les dos. ier cl
fouiller san relâche le lourd carlon poudreu. , .sont :oumis à la mème rirroureu:c
con_i ne, et aucun d"eux u'a le droit d'en
franchir le cuit.
Celte pièœ m1,tériea~c. dont le directeur
dt• Archi,e lui-mtlme con~1•ol parFoi à enlr'ouuir la porte à de rare pri, ilé•rié. , pourrait 'appdcr le « mu~ée de l'horreur », car
lou · les objcls 1JU ellc renferme ne rappellent
que d · . OU\"enirs d\:pou,·anle, el n e rarportcnt 11u'à de· drame .anglant · ou Lragique,.
Lo premier objet 11ui attir, le regard, c'e ·t
le couteau arec lequel llamicn leota d 'a sa ~iner Loui. \V, el, tout auprès, sont les vêlement· qu'il porlait le jour de l'attentat : un
habit el une rc le de drap rouge somLrc,
avec le contenu de e.· poche au moment où
on l'arrêta. El parmi cc pamre . ohjds Camilier , c'e ·t arec une étrange surpri~e qu'on
aper ·oit un humble chapelet, aux "rain de
bois u~é · par un long u age!
.\ coté ce ,ont de couteau · encore, un
petit, à manche de corne, puis un autre qui
·emhle un cauiC et enfin une petite lame
émoo,sée !'ans manche ni monture.
C" · t à l'aide de ce. arme' 11ui parais cnt
inofforisÎ\·c que ix convt•nlionnel . e poi0nardèrent enseruhlc n se les arrachant ucce.s.iremcnl du ca:ur.
n .ail comm •nt le célèbre inventeur du
lendricr réruulicain, le malhrmaticicn
llomme, condamné :nec dnq de ·e. confrère ,
Dourdolle, du floy, Uuquesnoy, Goujon et
, ouLran1, comme complice de la dernière
con~piration montagn rde, ré~olul a\ec eux
&lt;l'échapper à la guillotine en e dono:mt \'O0

0

Arc/11ru .,atùmal,·11, G t,. ~Oc à l:!
- T:11~.,a«•iital ,1,. la tlur/u~.,c dr /'rn,,/i11. par A.
~ ,·ine, 1•11~1. - t:ma r, ct!li:l,rn j,ar A. t'ou,1uil'r,
1, 51&lt;. - 1;11:rllt ,Ir, T,il,u1111u.r, !Hi. - /,,- !fo.
11itr11r cb ':!':!, ;;1 111ùl, 1.. cl 2 . q•lcruhre ll!i7. l.t tfria f u io11 , pa r llut.inel tic Clr:n , IUI , . /,'a/J',,ire Pr,1ali11, Jlatlwloyi,· d11 mariage, pni·
me .le • nuj,11', J15C11d nymc J1.:m . Ba.mut, 1 i .
- l.'J11ltrmt'd1111rt. de U1err/,rur1 ri de, t;urinu.
- /,'affaire l'r11Nliu dtrant l'llùt11fre, per G. lionnc L- -

Par le Vicomte de R.EISET

lontair ment la mort. Il s'enfonça r',olumcnl
dans la poitrine le couteau encore tout anslant de Goujon, qui arait le premier donné
l'exemple.
'ur la Lahleltc voi ine, c'e. l le poinnarJ dt!
l.riuvel, l'a:sassin du duc de Hern. La Jarne,
fru.tc et madl'e, ei,t cmmanchJe dan un
mnrct•au de boi à peine dénros. i IJUe l.i ,iolcncc du coup porté a fait éclater dan loule
,a lon:rutur. A cette arme terrible, on ,l
j inl, ous. le même ceau de cire rouge,
cl
·
· , longues tirre de fer
carn.le ·, oigneu. ement
l'eit~mité,
1111e l'a ·a.,. in, dan . a fureur • • •
"L
cathécs sou, es vêtement. .
Plu. loin, c· •·t la macWne iufernale de
Fie chi arec e multiples canon de fu. ils
dont deux apparai enl fraca sé, cl tordus.
Cc ont ccu qui, .ecrètement bourr: d'une
trop forte cl1arge de poudre, devaient Llclalcr
prè du conjuré ch:1rrré d'allumer le!· mèche·
el faire ain i di paraitre un complice qui pou,·ait Je,·enir dan°ereux. On ·ait comment
Louis-Philippe et se fil, échappèrent par mirade à l'allentat. L'en:rio mourlrier plac; à
une fenêtre du boulevard du Temple ravagea
l'e corte roJale, ou dix-hait personne. fur •nt
frappée ~ mort. Le maréchal fortier, duc
de Trévi e, était au nombre de ,·ictime:,.
"ur une planche toute proche, on voit une
carabine u·ec un fragment de tronc d"arbrc
percé d'une ballti; témoignage· d'un autre
allcntat tenté encore conlre Loqis-Philippe
dan· la forèl de Fontainebleau.
Enfin, dan une dernière 1·itri11c, ce ont
de couteaux encore, un poi1mard, d , lalagan et un pi tolet à eros e d'irnire, auquel
adhcrent 11uelque. rlteveux de f •mme. A r.ôté
de col ar cnal, une foule d'objets hétéroclite
ont d 'posés pèle-mèle, macol: de trace
sanglantes : un chandelier avec sa bougie,
Jeu"&lt; volumes, de lourds rideaux de damas à
douLlure rouue et un cordon de .onnclle eu
. oie jaune. Toul auprcs d'une c.-rare el de
deux verres, une poudr, blanchâtre troméc
dan· la chambre du duc de Praslin; el eofîn,
les \'èlcmcnls de L, ,·ictime, de mi::nonue
pantoufles mordorée , une pail'e de lias, une
coifTure du femme et une chemi ·e de toile
blanche devenue bi e et encore raidie par le
Ce sont le· pièces à conviction du urefie de
D 1
·11 11IOI&lt;). - • Ln llorl rl11

lvr ueil L, /ai, du 1:,

/lue,/,· l'rafiitt (f,rloi,· ,lu ':!O oclolu,· H!O:i. - l'11
lr1111,i11 dt: l'aR'niu /'ra.rli/1, 1,ar li. Uuntoqn, il
, Edafr tfu 30 aoùL IOOlî). - L,· dur d,· 1'1-a.vli11 rt
L/e11ritlle Ddu:y, 1.ar larcellin l'eld 1/,,• Siècle ,lu
31 ja,I\Îcr ·I du ti juin I\JOO . - / ,e Jy th e Ch11i1eul-l'rasli11, par R. de Rauvillt• (Libre Parole olt's
t5 el ~9 tJClobre 1905 , - (,!11dqur llU(tt •ur
/'offoire Prn,liu, par ft•lix l.haru.bou (Jo111·1111l dt
Dt'balH clu ':!!h,clol&gt;rn 1005)
'4

1 10 ....

la Cour de· pair .ais1c !or de l'a a .iaat
de la ducbe•. e de Praslin.
Celle trani11ue aventure, un lifre récent
vient de la remettre au jour. Était-il bien
néce .. :iire de remuer à nou,eau ce· souvenir Ju ..11bres'! c'e l ec t(Ui emblera singulièrement di cutaLle; beaucoup de geo pen.eronl, comme moi, qu'il était inopportun de
r:ippeler celle trbto hi toire et il en e I bien
davantage encore 11oi 'indi!!Ileroot à bon
droit de affreuse accu ation portée conlre
l'infortuu~c victime, dont la 60 tragi')ue tl
le lontrue ·ouffrances morales avaient fait
j11~1u'ici l'objet de la pitii! générale.
Lee faits 'ont connu . depui Ion ternp el
il . ufhl
p Ier en qucl11ue lignes.
fieu de fcmrn
un dc.,tinée au~,i
Lrillaule en e débuts, a
.on déclin que Fann1-Ho.:1lha--n.,,_ _~..,
bai,liani, qui épou a le duc de Pra lin.
•ul · prénom· seml,lenl la 01ar4uer d'une
empreinte toute parliculièrc; ils ·ont sMui.:1nt dans leur étran,•eté el cmLlcnt érnquer
lus id1'•e de grandeur et qe poé ie l(U'clle réunit
à fa foi dan, .a per~onnalité i nllachanle.
lleureu e, elle le ful aulnot que frinmc
peul l'être, alors 11ue son mari, lidèle à .·e ·
de,·oir:, épri de ..a réelle beaulé, demeurait
invariaLle111eul auacl1J au :-ilion gracieux
11u'elle traçait dan· sa ,ie. Malhcureu e, elle
le devint :, l'ncè quand la trahi on 'iwtaJla
i1 Ôn fo)er, 11uand les plu infàm · macbi11:ition ·organisèrent autour d'eJle pour éparer une mère de es enfants j1u1u',à la nuit
Tata.le el lt!rrible qui mit le ceau à son inforluoe, et durant laquelle elle tomba . ou le
poiirnard d'un assassin!
Quelle fut la eau c de cc Lcrrible drame?
La r 1ponsc appartient à l'histoire.
La Lille du rélèl,rc mar •chai Sél,a tiani el
deJeanoe de Coi•m a,•ait épousé, en 1 ~ L
Théobald-Charle -Laure de Ghoi cul, duc de
Praslin, ~ ir de France cl arrière-petit-lils
du mini tre de Louis X . Sa mère ét,1it morte
en lui donnant le jour à Con. tanlinople, où
ébastiani représentt.1il la France auprès du
• ullan, ll l'enfant fut éle,J par a grand'
mère, la marqui e de Coinny, dool I amours
a\'CC Lautun . ont restée célèbre.. JI n'tltait
pas Je g,Herie5 11ui n'eu,. ent entouJ"é a première enfance. Entre "a grand'rui:re 'lui l'adorait et . on arrière-;rao&lt;l-pèrc, le rieux duc
de Coign), itui l'idolâtrait, elle a,ait !IT:lndi
insouciante el comblée de cadeaux par le
maréchal à chacun de -es retour triomphant~
dan, la capitale. entre dcu ca111pa"né , deux
mis ions ou deux conquèles.
Le:, époux aYaient tout pour èlre heureux,
le mari a\'ait dix-neuf an , la jeune femme

en a,ait dix-sept; par :e de toute 1,". grâc~
de la jeune~ e 1·t de la beauté, elle apportait
une immen. e fortune à celui 11u 'die a\'ait
choisi elle-même el Je ·011 plein grJ. Le duc,
hel homme, uu puu froid et compas ·é, c
laÏl&gt;~it adorer par sa femm1: expan.i\'e cl
ardente, et tou deu '"mlilaicnl noir l'un
pour i'aulre uuc mutuelle ltlndrc~~e. En
11ui11ze an,, neuf enfant étai1·nt n 1 · de ce
maria••e, lor~1111e J"arrifée d'une in Lilutricc,
jeune, jolie cl intrigante, Mlle llenrielle llt.'lu.:y, \Ïnl jt'ler le Lroulile dan · cd intérieur
·i lun"lemps uni.
'l oul chang-c à partir de .on entrée da11,
l'h1ilel ,._"éha tiani, duut le ménage Pra lin
occupait le . pl •ndide rcz-dc-rhau 'l' '· Celle
petite ••oufernante, fraichement d !l,ar11u1'.e
d'.\ ngleterrt•, a ,·ec ~es cheveu hlond ·, ci,
ùenls Lla11chc· cl on ne:i: ltlgèrement n·lc,é,
a liltéralemeot en ·orcelé cc mari ju~que-là
irréprochaùlc, et, peu à peu, on allitude en,cr. sa frrum • .e modifie d'une façon complète. La Juchc~se, 11ui approche de la «1.uarantainc, e.~t afllicrée d'un colo al emùoopo111t,
c•t c'e ·t awc une la .ituJe non dis imuléc
11ue le duc subît le:, protcslatiou · de tendre. 1•
Joni elle ~è monlrc prodi.,ue 1.
La d'cnlt•n&lt;lre de· doléance el de r · ri111in:i1ions ans ce., e renomcli:es, cxrédé par
des colhes ct de jalou ic · Loujour:; r •nai •
.ante , il. 'éloigne peu à peu de -•ttc épouse
trop passionnée à "on rrr \ cl . 'il c~nlinue à
\ i,-re ~ou· 1• même toit el à · as eo1r cha,1ue
jour à la même talile, il 'éloisne cep ndant de la chambr commune el il
cesse de parta cr le lit conju.,al. C'c t
la rupture définithc de l'intimil: dan,;
1111 ménane lonntemp ciL1; comme
modèle.
'1nw de Praslin alors prc11d le
parli d'écrire à ~on éroux ce IJll'elle
n'a plu· guère la pos ibililé de lui dir',
l'l les lettre qu'dle lui adre·.c, ~ouH'Ill plusieur foi par jour, ·ont
remplie. à la foi de plainte el d'e&gt;.cuses, de pardons el de reproches. La
malheureuse Cemme, qui adore le duc
lbéobald comme aux premier jour
de leur mariage, .e dé. ole et e dé-e •
pèré de cet éloignement, el la violence
natur •lie ile ,on caractère emporté
uxai:p' re la jalon, ie qui la dévon :
a Cher Thêol,ald, écrit-elle, je me
foi.; plui- de reproche que tu ne peux
t'imauiner. Je forme les plus fermes
réwlutioo ·,mai· unélatd"exa ·péralion
«Jue je ne puis contenir m'emporte
a faire de cho. e. que je lilàme. moituème. ... Je de,ien · airrrc el méchante ... et fag!:talc mes tort. lou ·
I •· jour .. .. i Lu .a,ais romme je
uis profondément allligée de Le rendre ainsi malbeurcu:r, mai. en \'érilé
je n'ai plu ma tète; autrefoi tout
m'amusait, me plaisait, le ·peclacle, une fêle
comme aujourd"bui me chnrmaienl, mainte1. 1, J,,',tel él,a,tiaui -Pr ,lin ,. trou111t au uumér,,
rué du f' ■ 11l111u1· • ·ainl .lfono, ~ et ét. it situe
r I', 111pl•1•i,111,·11l .i .. l.1 r11e rfe I ély;{,' ctu , IJ,·.

:,:, ,1,, 11

'F.AJYJYY

SiBASTTAJY1, DUC11'ESS'E DE 'P'R_ASL17Y

uant tout me coùle, m'auristc, me pèi-c parce
que je :;uis mal a1·cc: toi! o
Dans celle ,olumineuse correspondance.
décou,erte dan· le :ecr~taire du duc après
l'a· a- ioal, on frourn l'écho des . ène ' tumultueu b que \Jme de Pra.Jin rcnoun:Ue
·ans ce e; on mari la menace d'uoc rupturü :i elle ne renonce p:i à se 1iolenec ·,et le.,
ri!gret:, alor· succèdent aux emportements :
a Je commence à très bien ,entir, écritdle, que si je ui · triste cl malheureu. e cc
n'e ·t pas une raison, lor, mèmc 11uc mon
amour-propre est l,lt:s ·é comme me· alfoction , pour être emportée, cl do mauvai e
humeur ... mai, tu miln uoc 1ie capable,
je te le jure, d'~xciter la jalousie de la femme
la plu · calmc, la plu · iudillërente !...
« îa fomruc o·a d'autre bonheur, d'autre
alltclion, d'autre famille, d'aulrc appui 11oe
toi. » dira+clle dan une autre lellre plus
brûlante encore. « 1lh ! ne ·oi · pa sourd à
c prière .... Tu la· rcpous c co111rue une
coupai.ile, elle n'o e pa ·e pré;enter à les
)'CUl, t'ouvrir son cœur, te couH'ir de cares.e , t'aJre~ er · : pri.:•res. Tu l'a· chas,ée
Je Ion lit et Je Ion cccur; li:rai,-lu davanla c
si elle ue t'était p:i. fidèle! Eli• pll'ore jour
el unit; elle :itli.md à ta port et n'ose cnlre1·,
car demain tu le lui reprocherab peut-ètre 1 &gt;&gt;
C'c t dan, ce langage c.n0ammé que l'épou~e
délab:ée exhale • plainte. , mais c'c ·t en
, ain 11u 'elle e dtS.~père; à me,nre que
l'r~lin est capthé da\anta e par IC's diarmc

lice

Dl,; PRAl&gt;LL'i,

ùe !'in tilulrice, sa froideur pour ~a femme
sè change Cil dénoùt cl ·ou indilfér ·nœ de\ienl de la haine.
La ·itualion empire au point qu·il en
arri\'e :, ~éparer d'une façon complète \lm,· Ùû

Pra~lin de s . propre~ enfanl:. Ceux-ci,
d'aprè~ on ordre, ne wrr.&gt;nt plus I ur mère
11u·cn pr: eoce de lïn ·titutrice, et la Juche e
aura la défcn~c expre~ e de pénétrer daru
leur appartement. La pauvre femme, pendanl
Je Ion:! mois, lulle contre cc cruel étal de
cho. e;; se nombreu e lettre à on mari,
le journal 11uolidien dan~ lequel elle -.'épanche,
nou monlreol quelle cruelle oulfrances
elle endur •; ruai·, lors1ju'clle constate a1cc
douleur que l'a~cendanl tic l'in Lilntriw
'exerce ur le, enfant au. i bien que nr le
p;,r •, la mesure lui .cwbli:: corul,lu cl elle
'adresse au maréchal pour faire cesser .on
marLJre. Celni-d inlerl'ienl aupr'' du duc ri
lui déclare dans les terme:; le · plus lurmcl
•ru'il faut en linir:
u \Ion icur le duc, iui écrit-il le li juin.
mus parlct l'Our Pra~lin n,ec l'iolcnlion de
garder .\Ille flduzy cl ùc faire uliir à ma
fille la plu cruelle et la l'lu~ Jégoùlante dc.s
humiliation . Il y n cinq an, 11ue Ct'la dure;
,·o filles 0111 ,:icribëc· iaw pitié, je ai.
11u'elle· Ï"norenl tout c • •1ui ci.t. .. mai la
pres e de PJrb a pri oin d'en informer le
monde entier, el aujourJ·hui, ,ou ètc, le
ujet de loutss le co1ll'cr,ntions scrmdaleuse,.
You~ ète. nwu~ltl par uo pa:,,ioo fatale ....
Et le maréchal md son gl'11Ùre en dcm(•ore
Je rem·o)·er l'intru -~ immédiatement. Ce Jerni&lt;'r, ·ou. la menaced'uo éclat. .c déciddcon,.édin la gou\'ernanle,c.:m~edc toulce caudalti.
11c pcn-Ïon ufl1~ante color~ra on renvoi.
I.e départ d'llenricltc [) •luzy, a être
l'arrêt de mort d Fanny 'éLastiani.
Lïu tilutrice . 'eloigne J, 1 juilH,
el un moi, plu tard, jour pour jour,
la duch • . e est a as ·inée !
Au militiu de la nuit. le l · aoùl,
de cris ofTreux parlent ùu rez-decbau sée Je l'hôtel {1,a liani, ré\cillant en, ur,aul les .erviteur· qui pén~trcnt à grand'pcine par un cabinet
de toilelle dan. l'appariement de leur
maitre· c, fermé à l'intérieur. 011
lrOul'e la malheureuse à demi nue,
ràlaut, le jamlics r pliée ous elle,
étendue à terre dan une marc de
ang au milieu de meuJ,les en d :_
. ordre, l rd~e de coup de couteau.
à demi a· ·ommée, cl la gorge OUl'Crte.
L3 chamLrc bou!ner t , le· tentures éclalJOu~,ée ·, les lapis souillés,
le cordon de onnette a Jemi arraché témoignent de la ,iolcncc d • la
lutt •. Aucun \O( n'a été commi ·, aucun, tcntativ d'tffraclion n'a élé
faite, toutes li-:. b:.-uc · donnant sur
l'e 1&lt;:ricur soul rl·'-lée~ herméti4ucmcnl clo~1•s. Le. com111i ,au-e · Buzelîn
cl 1 ruy e.,plorc·nt Je fond en combl!!
l'bôtcl dn faubour" • ainl llonoré,
pui c'e t l'arri\ée ù'.\Uard, chd de la
ùr •té, de ~1. Boucb , procureur du
rui, &lt;le )1. llcJan ..Je, procureur général, el Je
,1. Droa .. eau, le juo-c d'inslroctioo; on interro"e le· domci tÎljUe' terrifié , on écoute la
d~po. ilion du duc de Praslin qui balbutie cl
;c trouble. pà.lc el tremblant ~ons . a cnloth:

�"----------------------- r

1flS TO']t1Jl ---------------------=--=-~----"'.:--:--=----::-:------:-.-;.-;.---:-~

.

•

de ,clours noir brodée, enveloppé dan .a
robe de chambre de molleton marron.
On n'est pa · long à découvrir le nom de
l'a ·assinqueloulaccuse; .onatlitudc,:1range,
Ir!- écorchures dont il e· t t-oun.:rl, les tach
su~pecle' que porte sa robe de chambre, el
le trace· sanglaole qu'on rclt\re sur les
lapi· entri! son apparlcmcn~ el celui de sa
femme I Une ürrnière découverte achève de
le confondre. On trouve dans le, doigts crispé· de la morte une poi«née de ,c cherem.
Devant ces preuves indrniahlc, , il re te
atterré cl, san. pourlanl faire l'a"cu de son
crime, il ne trou,·c pas la force Je protester
contre l'accm:ilion terrililc portée contre lui.
Le Lut de cet atroce allcntat n'e. L que
trop évident. Pra.lin ne s'est pas ré igné :1
rc ter séparé d'Ilenricllc Dduzy el, pour
offrir une couronne d'! duche~se à celle arcn• tarière, il a assassiné la mère de ses enfanls.
Co instant, on peut croire LJUC l'ancienne
gouvernante c~t complice, mais aucune
preurn n'est relevé' contre elle el, après
qm•lques semaine. de détention, on la rend
à la liberté. QuanL au coup:iLle, c'csl luimême qui va se foire ju,ticc. a qualité de
•plir ùc France n'a pas permis d l'incarcérer
anrnl la comocation de la haute cour de ju ·lice, el c·e~t dans ~on hôtel même qu'on l'a
gardr. Sc YO)'anl décomerl, il a abrnrbé tic
l'ar~cnic. Le poison ne Larde pas à faire son
œuHr,el lorsque, le 21 aoi'il, l'ra~lin, lran port~ à grand'pcinc au Luxembourg, comparait devant · juge., ce 1i'e·t déjà presque
plll qu'un cadaHc. Il e. l dan un tel étal
de faible ·se que la Commis ion remet à un
autre jour la fin de l'interrogatoire qui n~
sera jamai rcpri !
Le ~H, en elfet, à quatre heure du oir,
le duc succombe aprè3 avoir rail on testament cl rempli es dcroirs religieux, mai·
·ans avoir con•cnli à a\'ouer nellemenl son
crime. li avait ,·oulu ju ·qu'au Lout gard~r
pour lui son secret!
• L'accw;é disparu, la Cour de· pairs n'a mil
plus de jugement à rendre et clic ne ,e rcunil
que pour rntcndre le rapport du chancclitr
P:i quicr flétri aot la mémoire J.i celui que
1:1 \·indicte publique n'a\·ait pu atteindre.
L'cmpoiEonnement rut-il réel, le marédwl
i:éua liani se rendit-il auprèr de son .,enJrc
comme on l'a raconté [ our lui donner le
1;hoi1 entre une balle de pistolet ou un paquet d'ar~enic '/ Ou ù,ien n' eut-il là 1p1'ur.c
:-impie comédie de tinée ;1 ma quer l'évasion
du coupalile ') C'est là, comme on le verra
plu· loin, une qu , 'lion rc Lée ml lérieu e
que l"opioion cherche encore Yaincmcnl à
résouJre. ~i ce point d'bi Loire est rncore, il
faut bien l'avourr, obscur pour beaucoup, il
c,l impo siLl~ de méconoailre, en rcTancbe,
a"ec quelle pénible urpri e le public a accueilli les calomnie! indi!!lle dont on a essalé
dan· un füre récent de souiller la mémoire
1. Le d,,,,;ier cri;1TIJ!( fC , omp,1,e &lt;le cin1 culon
déposés au Ard1i1es :.'lationalcs sow ln cote GG. 808
il !112.
2. On a dit juc ce journal manusrrit i:tait ma111tcno11l enfermé ans l'armoire Je fer de Ard1ivcs :'latiuoalc5, •ur l' "rigine thl,. laquclle heaucoup Jr g&lt;:11,, . e

cruelle décision! Après avoir in tallé J'adultère au foyer conjugal, le duc devait avoir la
crainte incessante de voir faire sur son compte
les plu fùcheu es ré\'élations .
Affolée par la jalousie, exaspérée par la
colère, la duches e, entraînée par l'ardeur
du ang corse qui coulait dans ses Yeine ,
pouuit, dans sa douleur indignée, être tentée
de prendre pour juges se propres enfants,
en leur dévoilant les hontes qu'dle était contrainte à uhir jusque dan sa maison. Comment)[. de Pra lin n'eût-il pas été h:inlé par
celle inquiétude, el quel moyen plu efûcacc,
pour en empêcher la réalisation, que de rendre impo : iblc la moindre confidence 1
Pour Lou l lecteur impartial, celle ex plil'ation paraitra é,·idente el YÎ1mdra détruire
celles du nou\"eau bio!!rapbc de Fanny Sébastiani qui lente de modifier compl\temenl son
rôle t Le retrait, des dossiers I du procès, de
ce jourual intime où Fanny Séha tiani inscrivait au jour le jour se chagrins, se· joies
ou ses e.! poirs, ne eaurail étonner personne,
tt c'est encore une suppo,ition purement gratuite que de ,·ou loir en conclure qu'il &lt;levait
contenir sans doute CJllclque houleux a\eu de
sa parL! Ce manuscrit, confident des douleurs de la
malheureuse Yictime, a été publié loul au
moins en partie, an!· la plupart de ses lettres cl le mémoire de la gou,ernanlc, dans
le ra pporl de la Cham hre de, Pair . li ne fau L
Jonc voir dans celle suppreS5ion, i elle
exi ·te, qu'une naturelle déférence au ,·œu
pieusement exprimé par les neuf enfant
l)U'un drame avait rendus orphelin·•
Cc n'esl en outre ni la lellre de l'institutrice du ~ juillet 1 · n, citée comme une
preuve iocoule table, ni la rêpon e de Louise
de Pra.lin datée du lendemain ~9, c1ui pourr:ticnl, quoi ,111'00 en dise, éla)cr celle mon trueu e accusation. ~111e Ileluzy parle Lien
des deux jeunes Pra.lin (dont l'uu a dix ans
et l'autre qualorzr), c&lt; prr\'erli · par celle affreuse influence de leur mère », et la jeune
fille 'indigne contre /es lwrre111'" qu'elle a
apprise sur cette dcrni/•rc I Mais qllel est le
S&lt;'n exact de ces deux phrases cl n'est-il pis
nni rmblahle de prn er qu'il s'agit toul simplement de plainte &lt;JU&lt;' la mère dan . son
d~ ·espoir •csL lais ée aller à adrcsrnr aux
•nfanl _ur leur père. Une autre lettre écrite·
par !'in. titulrice quclc1ucs jours avant le
drame ~cmblcrait le Mmonlrcr avec la plu
complète é1idcnce: « flétcndez le · petits le
p!u 11uc ,·oos pourrlz (contre leur mère),
di ait-elle à Louise do Pra lin, la future
comte· e de Gramont; pour cui, c'e l un
danger qui me remplit Je terreur; paurrcs
PRA:'&gt;ÇOJ -II0RACE, COMTE SED,\STl.\.'11,
enfant~, à la place du scnlimenl le plus doux
E..._ 1!!17.
et le plus saint, on leur apprend le mépri' et
la haine! ,,
Que dire, d'aillcur , d'une pareille institucelle de l' rpousc, il est encore une rai 'OD qui
trice
qui aurait assumé le rôle odieux de se
eût pu, en quelque sorte, expliquer celle

foire vis-à-vis d'une jeune fille de dix-neuf
ans accusatrice de a mère et de lui d~.
~·oiler l_es infamies monslrue~ses c1u'elle lui
111_1put~~l- Dans de pareilles conditions, la
depos111on du petit garçon. même si elle :i
existé, ne serail pa une preurn urn ante,
C'ar la ~aine jalouse de la gom·ernante aurait
p_u Iac1lcmenl la suggérer à rnn incon •
c1ence.
Hébert amit o é tenter de clé honorer
Marie-Antoinette en lui donnant on fils pour
accusateur j c'e. t ur lui qu'en-a rcjai11i toute
la honte. La postérité, celte foi encore, fera
bonne ju lice de ces affreuses calomnies el
elle s'en rapportera aux paroles prononcées,
dan son rapport à la Chambre de pairs,
plr le chancelier Pasquier. Pour emplo11·r
sa propre expres ion, le duc restera « un
gr:ind coupable 1&gt; et l'infortunl!C duche e
&lt;t un ange de bonté! »

de la ducbe e de Praslin, en r&lt;!\'eillaot inutilement celle tragique el sorubre hi~toire
vieille de plu. de cinquante ans.
Ces accusa lions sont d'une telle nature
qu'on hésite à les mentionner. La duche sP,
pour (out diro, (( aurait corrompu .CS enfants » ! el cl'· calomnies ,ont d'autant plus
rérnltanlc que celle effroyable thè,e qui
chanore en ju~licicr un sini.trc assa in e l
dépourrne de toute vraisemblance. L'innoccncé dl• ~Imc ile Praslin éclate presque à
chaque ligne dan les lettre:- intcrminaLlcs
qu'elle adr&lt; · c à on mari. Ce dont die
s'excu c toujour' el ~ans cesse, c'c»t de ses
colère 'lu'elle ne sait pa · maîtriser, et de sa
jalousie qu'l'lle ne peul surmonter. Mais
nulle part on ne roit la moindre trace qu'elle
ai I rien à se reprocher, et, dang ses regrets
comme dans .es prières, on ne lroure le
moindre aYeu : « [)c qnoi m'en veux-tu, mon
Lien aimé, écrit-die 11uclquc moi a,·ant
J'horriLlcnuit "du I ao1'll 17,sicen'c·L
de mes soupçon et de me~ emportements? D
fal-i:c là le cri d'une conscience inquièle?
La défcwe faite à Mme de Praslin, par son
mari, de ,oir ses enfants en dehors de la
présenc1: de l'institulrice ne auraiL ju Lilier
en aucune manière ces affreux soupçons.
Quand bien même le 'duc n'eût pa oLéi 1t un
.entimenl de haine el de t1ranoic enYers a
femme, en lui reliranL ses droits maternels cl
en lui enlevant la plus douce des consolations; quand bien mèmc, en agissant de la
.orle, il n'eût pas ol,éi à l'influence Loutcpui ante de l'in lilulrice qui rnubit usurper
à J'htitel "'éLa,tiaui la place de la mère et

ehjcl qui n'o11t de nlt,ur qnc par le_ sou,cuir : les
lromp 111. li ne $'agit 1.as iri de la mnlèrieu-.c arclefs 11.! la ville de Gand l!t le~ éclionltllons de~ rohcs
moire qur. J.oui1&gt; XVI avail in. lallêe aux Tuileries rn
,orlée« par lime Efüal,elb d par la.. Rein2 pl'n'.lan~
l i91 . mais d'un m ·uLlc à l'lfprruve de l'in~codic qui
es demières a.nnées de ln llé1'0lu1ton. Je dois n
,lale de ln même époque. Il rcurerme, tllllre de. re•
l'ohligeance
de • 1. Dourlo, lo g~rdicn:chrf des. Arjl'islrcs d'éta l ri,·il de 14 m~i,on Bonaparte, les nb&lt;lid1i,cs, ,l"tm ,noir rn le conlcnu a plu&lt;irars r~pr1ses.
calions de l.oui,,.flhilippc cl 1k :'lapoléon, qucl,1uc

l

:

r

ANNY 8'ÉBAST1ANT. DUCHESSE DE P~ASLlN - - ,

et les docl~urs Orfila cl TarJieu, commi~
pour la pratiquer. Leurs conclusion sont
précises el formdlcs. Le prévenu a suc-

nion publique, loujoui,; avide de meneillcux
cl d'extraordinaire, se contentât du rapporl
officiel, 11uclque circonstancié IJlt'il pùt être

CHAPIT~E Ir

La survie du duc de Praslin .

•

« L'assas in - avait dil le chancelier
Pasquier dan on long compte rendu à la
Chambre des Pain, en fai~anl allusion à l'cmpoi onneruent du coupaùlc - 'c Ljugé luimème et s'esL condamné 1 ,, ~lai , dès le lendemain ùe la morl du duc, d'étran"es rumeurs aYaient circul~ et l'opinion puùliquc
n'avait accepté qu•a~rc résene les laborieuses
lion,. ·. ÈIIA Tl.\'.\I ; l'A•,'ADE Sl Il LI: j.lRlll'I. - /J'11tres te Je.ssln dt BERTR.\NO. (.1111~0:e Car11a1•a/el.)
explications données par la Cour suprême.
On conuail la version officielle : Le duc
rc té pri onnier dans son propre bote! après comùé à un empoisonnement par l'acide ar,é- cl (JUt!lque ,raisemLlables 11ue pus col pala découverte d~ crime trouve moyen de s·~ nieux. Le commissaire de la Cbaml,rc des raitre le faits rapporté 1 ~al1,ré les détails
procurer du poison, et, trompant la surveil- Pairs, Monvalle, C'l Allard, cbef de la , ûrcté, précis de l'empoi onnement, les visites rélance de ses gardien·, aù-orbe une forte dose fonl alor · procéder à la mise en bière, cl pétées des médecins, les con tatalions des
d'ar enic. Tou les rapports de· témoins el c·e ·t en leur pré cnce que le cercueil est témoins, el enfla malgré les déclaration fordes gens de police nou le peignent p:île, dé- cloué, pui dépo é dans un fouruon rll'
melles contenues dans le procès-verbal d'auprimé, en proie à d'atroces douleurs; le do&lt;r pompe funèbres. On signe le procès-\'erbal lop ie, des bruits persistants circulèrent, lenLeur Louis, qui l'examine, croit reconnaitre d'enlèvement du corps et, au milieu de la danl !t infirmer la Ycrsion du suicide.
le · S)mptùmes « d'une orle de choléra», el nuil, le com'oi plrl pour le cimetière du
Gendre et petit-fil de deux maréchaux de
·on étal e t i alarmant lorsqu'on le Iran ud. Hès la ,eille, Momalle a eu la précau- France, le coupable joignait à on litre de
port~ au Luxembourg, a\'CC d'infinie pré- tion de faire crruscr une Cosse dan l'ùn • duc el pair, celui de chevalier d'honneur de
caution- et dans la propre Yoiture Je De- iles allée de la 1• division. Les fos oycurs la duchesse d'Orléans. C'en était as cz pour
caies, que la Commi ion de la Chamlife des pré\'enus sont à leur poste; à trois heures le faire dire que la h:iule situation du coupaPairs appelée à le juger doi~ suspendre son cercueil est descendu ·ans bruit d:in la l,le l'avait fait échappe!' à un chàLimcol méinterrogatoire après lui a,·oir po é quelques tombe qu'on reforme sur-le-champ, el, au rité cl que, gràœ à la complicité du Gom·er- ·
brèves questions.
matin, rien ne sub i te des événement de la nement désireux d'étouffer un pareil .caudale,
Le lendemain la jtuation a mcore em- nuit; c·e. t à peine .i la terre fraichement re- le duc 'était éfadé de sa prison et oustrail
piré; M. de Praslin se rend compte que sa muée iodique une sépulture récente.
par la fuite aux rigueurs de la justice.
fin esl proche, el veut avant de mourir se
C'était le dernier acte de ce ombre drame.
La Ilé\·olution de FéHicr, en remersant le
mettre en rèrrle aYcc Dieu el avec les
Toul se trouYail terminé par la mort du trône de Louis-Philippe, amena d'autres pr :_
hommes : il dicte on testament et fail appe- coupable dont la di parilion arrêtait Ioule oc::apalions et détourna, pour un temps, l'aller un prêtre. Il 'entretient encore avec Oc- espèce de procédure. Le duc de Praslin était tent.lon du crime de l'hôtel ébastiani; mai ,
tales el arnc le chancelier Pasquier qui s'ef- morl officiellement, et le chancelier ava:t lor que les trouble politiques se furent apaiforcent en ,·ain de lui arracher des aveu1
réuni la Chambre des Pairs pour lui annon- sés et que le calme fut rétabli, les mêmes
puis, deux heures après avoir été admini
cer que l'accusé s'était fait ju tiœ. Il sem- rumeurs se réveillèrent pour circuler avec
par l'abbé Martin de oirlicu, curé de Saint- blait qu'il n'y eût plus qu'à faire le silence bien autrement de force et de consistance
Jacques-du-llaul-P.is, il rend le dernier sou- ~ur œ douloureux roman pa ionnel, dont qu'au débul de l'affaire! Celle Iois, pour
pir. C'e t le 24 aoi'lt à quatre heures et de- celle malheureuse famille avait été la vic- affirmer la sur1ie du duc de Praslin, on inmie de l'aprè3-midi; six jours se sont écoulés time, et il ensevelir dans l'oubli ces terribles voquait des témoignages et on s'appuyait sur
~epuis l'as assinat. •
• el sanglants souvenirs.
des pré omp~ons. Or, parmi les arguments
Le même soir, le docteur Rouget constate
lais cc n'e l pas ain i-que les cho es Ee invoqués, quelques-uns étaient de nature à
1 décès dont le Procureur du Roi assisté du passèrent; la disparition du coupable avait jeter le trou hie dans le esprits; certaine
Directeur de la pri on, reçoit la déclaration· été trop brusque cl lrop rapide, el sa morl bypolhèse3 n'étaient pas dénuée. de naiscml'autopsie esl décidée par le docteur Andral'. était urvenue trop à propo pour que l'opi- lilance, certains faits paraissaient inconle .

Iré

\', -

lit TORL\, -

Fa,,,:.~.

�-

---------------------------

H1STCJJ{1Jl
sancc, a longtemps habité dans l'Llc, ?~ sa
famille venait lui faire de fréquentes ns11es.
M. Robinet de Cléry, ancien avocat général à

involontairement : « Et la pension du beaupère! »
.
,
Qllel était le chiJire de celte pension? c, est
point sur lequel on .n est
pour arracher le duc à ngno---------=---=--~-::::---=:--:= :--:==-==-=--=========:-:-:::71 un
pas bien, d'accord, mais cc
minie de l'échafaud qui l'attenn'est là qu'un insignifiant dédait d'une façon certaine, et
tail. Il importe peu, en effe~,
l'on affirmait que, pendant le
que la rente annuelle servie
simulacre de ses funérailles, le
à leur père s'élevât à 15.0~0
défunt, rappelé à la vie, trafrancs pour chacun des six
versait tranquillement la Manenfants ou, au contraire, que
che pour gagner l'Angle~rrre.
' totale ne dépassal
L'empoisonneml'nl, les mterla somme
ro11atoires, n'avaient été que
pas 30.000 francs. Le fait
la ~ise en scène d'une coméseul de celle condition serait
die judiciairti, et un cadavre
suffisamment gros de conséuelconque,
autopsié,
puis
quences
dont 1a gravité se
4
mis en bière, avait tenu la
trouve accenluée par deux
place de celui du duc de Prasdécl;1ra1ions formelles : le balin.
ron LumLroso raconte que les
Des personnages de haut
gendres du duc de Prasli~ se
rang, cela est certain, et des
plaignaient hautem~nt de 1~ntémoins dignes de foi crurent
nui qu'ils éprouvaient à faire
fermement à celle substituune pension à leur beau-pèrr,
tion de. cadavre. Un prêtre
et M. l\obioet de Cléry, plus
respectable de Château-Chiprécis encore, cite le témoinon, curé de l'église Saintgnage 11 d'une. Frau~ise de
Sauveur de Dinan, ne cachait
haut rang o q111 savait (( p~r
pas sa manière de voir. Après
un de ses gendres D la survie
avoir exercé les fonctions d'aude M. de Praslin. Et, ci1·consmônier à l'hôpital Lariboisière,
lance agrrravante, le témoin
il avait été précepteur des encn quest~n était lié intimefants du général de Monlesment avec la famille de Montaquiou-Fézensac, el il avait enlembert, dont un des memtendu à maintes reprises cc
bres avait épousé la troisième
dernier parler à ce sujet ouverfille du duc et de Fanny Sébastement devant lui : « Celle
tiani.
affaire ennuyait fort LouisPORTE DE L' li ô TEL SE' n 'STIA:-il SUR LE J,' /\UBOURG SâINT-llo:-.oRS.
Mais celle clause est-elle
Vue prise au lendemain d11 crime . (Muslie Carnavalet.)
Philippe, disait le duc de Févraiment inscrite dans les
zensac; il fit filer l'assassin
contrats de ma1·iage, et dans
en secret vers les îles anglaises et 1,11 inventa la Cour de Cassation, a interrogé un parent quel termes est-elle libellée? ~·C!,t ce 'J u 'il
son suicide. Très peu se laissèrent prendre à de la famille Sébasliani, avocat au barreau faudrait savoir d'une façon précise. Personne
cette rouerie. On mit dans la bière un ca- de Paris, et ce dernier lui a assuré qu'il s~- ne nous en a donné le texte exact, el seule, la
davre d'hôpital. &gt;&gt;
vait « de source certaine que le duc avait famille de Choiseul se trouverai! qualifiée pour
Or l'hono1·abilité du coré de SainHiameur survécu D. Le comte de la llulit1iè1·e, secré- décbrcr officiellement si oui ou non elle figure
était au-dessus de tout soupçon el le général taire du Sénat sous l'Empire, avait !ait la dans les actes en question, puisque les node Alontesquiou était pair de France!
mème déclaration, affirmant qu'il était ce~- taires se ~rouvent liés par le secret profesUne ancienne gouvernante de enfant~ taiu que M. l:lorace de Choiseul " s~ ~endatl sionnel ! A plusieurs reprises, depuis ~n ~erPraslin Mme Frandidier , raconta auss1 chaque année à Guernesey pour y v1s1ter un tain nombre d'années, les mêmes allegat10ns
d'étranges choses. Déléguée par la fa~ille parent &gt;l •
ont été produites sans avoir été démenties,
, ,
,
pour reconnailre le cadavre dans sa pm~n,_
a
etc
présente,
du
moins à ma connaissance, par aucune
Enûu un dernier araumenl
1)
•
elle le trouva tellement défiguré el ratatine et celui-là, il faut bien le dire, a une sm~- protestation.
.
qu'elle eut peine à le reconnaitre.
.
lière importance : Le décès du duc de Pras_hn
ans doute, on ne manquera pas de prcUn an après l'as_assinal, Mme de Proisy, ayant été officiellement déclaré, sa successt~~ lendre que ce mutisme des intércs~és e~t un
allachée à la maison de la reine Marie-Amé- s·était trouvée naturellement ouYerle et, s ~I acquiescement ou un aveu el d VO~~ l_a
lie, rencontra le duc en Belgique, puis ce fut était encore vivant, il fallait bien que ses hér1- preuve surabondantequ'aucu?enégat1on n eta'.l
un ancien groom de l'hôtel Sébasliaoi, dn liers subvinssent à son existence; or, dans possible. Mais l'argument n e_st pas san~ renom de Paulmier, pass.é au service de la les contrais de mariage de Ioules fos filles plique, et l'atlilude de la famille de Ch01~e~l
princesse Je Beauvau, qui déclara formelle- du duc de Praslin, une clause singulière peut être inLerprétée dans un sens_ tout d11Iement l'avorr vu en parfaite santé se prome- aurait été insérée, spécifiant que chacune rent. On pourra répondre avec vraisemblance
nant sur le boulevard Montmartre quelques d'elles aurait l'ouligation d·e faire passer tou~ que peut-ètre les desce~da~t~ du duc de
an_qées plus tard. Enfin, d'aprè un autre les ans une cerlaine somme en Angleterre _a Praslin ont jugé de leur d1g~~le de g~rder Je
témoignage, certainement désintéressé, un une personne dont le nom n'étaiL pas indi- silence et se sont résolus à n 1nlerverur, sous
de ses serviteurs le reconnut à Londres qué.
aucun prétexte, dans ce douloureux débat si
en t847.
M. Cuenores de Pradines, le héros de fréquemment et si inutilement rouvert.
Plus récemment, les nombreuses cnquéles Patay, racontait qu'il tenait le _fait d~ g_énéra!
De quelque côté qu'~n se tourne,. to~l- est
entreprises ont provoqué ù'autres découvertes. de Gramontlui-m ême. Ce ùermer ava1Lepouse contradiction et obscurité, et la depos1llon,
Le baron Lumbroso a produit une lellre du la fille ainée du duc el, dans une conversa: citée plus haut, de Mme Fraudidier est de
directeur de la Gazelle officielle rie Guer- tion d'affaires, en énumérant les charges cpn nature à sugrrérer d'étrange ré0ex.ions ! On
nesey, qui affirme que Je duc, à sa connais- grevaient sa fortune, il s'était écrié peut-être
'expliquerait~ à la rigueur rp1e le poison abtaules, et il était des témoins (1u'oo ne pouvait récuser. On citait tout haut les noms de,
hautes personnalités qui étaient intervenues

.

4

·•

,

•

j

.,.

1q

r

'FANNY SiBJtST1AJV1, DUCfŒSS'E DE PT?.ASUN - - . , .

sorbé par le duc ait alléré profondément les qu'il ait consenti à laisser reposer à côté de
traits de son ,·isage et que les soulfrances ses illustres ancêtres, le cadavre d'un inconnu en :187 f, cercueil qui, au dire des gens du
l'aient défiguré au point de !e rendre mécon- ramassé dans un hôpital. Le mystère avec pays et du garde Lehcau, reuferme le cadavre
naissable. On comprendrait dès lors les hési- lequel s'était opérée la translation suffirait, du duc de Praslin. On ne l'a pas placé à son
tations ùe J\lme Frandidier mise en présence du r!'sle, à détruire la supposition d'une fan- rang dans une des niches placées des deux
du corps du suicidé. Mais comment concilil'r lasmagorie destinée à confirmer la version côtés de la crypte; il repose set1l dans un pesa déclaration avec celle des médecins? &lt;c Quel officielle de la mort, et pour procedl'r à une tit caveau, creusé sous l'autel et recourert
beau cadavre! &gt;J s'écriera Or61a, au moment pareille cérémonie, dans ee cas c'est l'éclat d'une dalle soigneusement scellee. C'est là que
de commencer l'autopsie. - « C'était un ma- du grand jour qu'on rùl recherché, de préfé- gît, sans doute, la solution du mystère.
Ce qu'on peut affirmer de façon certaine,
goifü1ue athlète! JJ dira le docteur Louis dans rence au silence et à l'obscuritë de la nuit.
c'est que, si le duc survécut et passa à l'étranla même occasion. Nous sommes loin du ca)falheureusement, toute l'importance de ce
davre C&lt; défiguré et ratatiné » dans lequel témoignage s'~t troU1°ée détruite pa1· une ger, il ne profita pas de sa liberté pour aller
Mme Frandidier ne retrom•ait même plus les noU\'elle déclaration. D'une conversation qu 'a rejoindre celle qu'on avait accusée d'être sa
complice. Après avoir été détenue el gardée
traits de son ancien maitre!
eue M. de Rauville avec un ancien garde de
Il paraîtrait que les serviteurs, eux-mêmes, la famille, du nom de Georges Lebeau, dont au secret pendant près de trois mois, Mlle
de la famille de Pra Jin, longtemps après son j'ai déjà cité 1e témoignage, il résulte que la flenriette Deluzy fut remise en li ber té le
décès supposé, ne mettaient pas en doute son mémoire de l[me ~founier s'était obscurcie 17 novembre 184 7 par ordonnance du Triexistence. D'après le témoignage de M. Jean avec l'àge el 1iue ses souvenirs étaient inexacts, bunal de la Seine qui n'avait rien pu relever
Frollo 1 , l'intenùant du château de la Bayc- puisque c'est seulement vers 187 f que le contre elle. Dès le lendemain du crime en
du-Puits (~tanche), propriété de la comtesse corps du duc Théohald fut traospo1·té au châ- effet, le juge d'instruction avait lancé contre
de Robersart, Olle du duc de Praslin, aurait teau de Praslin. Or, s'il faut s'en rapporter l'institutrice un mandat d'amener, après avoir
ordonné une perquisition minutieuse de tous
déclaré formeUement en 1867 que ce dernier
à la légende de la survie, c'est un an ou deux
vi waîL toujours, et que la comtesse et son auparavant, en 1869 on '1870, qu'eut lieu ses papiers, car la voix publique l'aY.ait désimari s'en allaient chaque année passer une réellement la mort du duc à Londres ou dans gnée immédiatement comme la complice
morale d'un crime dont on pouvait avec
semaine auprès de lui en Angleterre.
les iles anglaises. L'argument se retournerait
Les autres serviteurs tenaient le même lan- ùonc contre les partisans dela thèse du suicide. raison l'accuser d'avoir été l'instigatrice.
gage.
En quittant l'hôtel Praslin, llenrielte DeLa chapelle du château de Vaux ne conLe garde Georges Lebeau, qui durant vingt tient plus aucune sépulture des Choiseul. lu.zy ne s'était pas éloignée de Paris; elle avait
été s'installer au Marais, au numéro 9 de la
années avait été au service de la famille de
Lorsqu'en f875 le chilteau fut vendu à li. SomChoiseul-Praslin, ne s'est pas moins montré mier, tous les corps furent exhumés et trans- rue de Uarlay, dans une petite pension où ses
affirmatif en i905 avec M. de Baul'ille' : portés dans un monument élevé pour ·les élèves, inconsolables de son départ, lui avaient
r&lt; Le duc Théobald, lui aurait-il dit textuelle- recevoir dans le tia1etièrc de Maincy. C'est là, meublé une chambre sur leurs économies
d'enfants. Là le duc était venu la voir à plument. est mort en Angleterre vers J 871. J&gt;
dans une chapelle construite en pierre blanche,
sieurs repri es, et la reille encore de l'assa Enfin les deux importantes ilèclaralions
qui me restent à citer ne foot qu'obscurcir
davantage les ténèbres dont reste entourée
celle somhre histoire.
Un an ou dit-huil mois après le drnme, a
raconté Mme Mounief, longtemps concierge
au château de Vaux, le comte de Praslin,
frère du duc Théohald 1 qui continuait à
habiter un pavillon dJpendant du château, fit
ramener du cimetière du Snd le corps du
défunt dans le caveau familial. La translation
du cr.rcueil se llt dans le plus grand mystère;
le mari de Mme Monnier, domestique, comme
elle, avait été prévenu, avec plusieurs aulres
serviteurs, d'avoir à préparer des cordes el
un éclairage suffisant, et ce fut à une heure
do matin qu'arriva le fourgon des pompes
funèbres. Le curé de Crisenoy, desservant de
la paroisse voisine, attendait dans la chapelle
l'arrivée du convoi ; il dit hâtivement quel11ues prières, el le cercueil fut immédiatement descendu dans la crypte. On le plaça
dans l'une des niches creusées dans la pierre,
mais aucune inscription ne vint révéler son
nom comme pour les autres membres de la
famille, el ce qui paraitra le plus étrange,
c'est que, à en croire Mme Mounier, ce fut aux
cotés de sa victime que fut déposé l'assassin l
Il semblerait que celte inhumation dans
un careau de famille fùt one preuve indéniable de la mort du duc. Il est difficile de
PLA" DE LA CUA)lllRE A CO UC flER OE LA IJU&lt;:UESSE DE P,usu:-:, IJ RESSË APR ES L ASS.\SSL"iAT, POl R
supposer, en effet, que, même dans le but de
LES BESOINS DE L'L'&lt;STRUCTlON JUOICUIR E. - (,1/IISét C.zr,1a.v.zkt.)
dissimuler la vérité, le comte de Praslin se
soit prêté à une comédie aussi macabre et surmontée d'une croix mas ive, hermétiquesinal, il a\aiL passé la soirée chez elle avec
1. I.e l'etil Pari~itm , i1i no,·. 1005.
ment fermée par une large porte de fer, que deux de ses filles.
2. Ln Lib,·e Pa,-olr, 25 oclolirc 1905.
se trom·e maintenant le cercueil apporté
Lorsr1uc après al'oÎr été envoyée à la Con0

....
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�--l(ISTO~lJl _ __;_---à..--~-_..;...---------------

.

•

itualion, mai elle réu~sit même à trourcr
ciergeric, l'ancienne goU\·ernante fuL iuterrogéc par le jui.:e d'inslruction Brou .ais, en un mari: ~I. 11.mry Fi •Id, p. ,teur presbyré- •
présence du chancelier Pa quier, elle prote ta rieu, el rédacteur d'un journal rcligieu.x, deaveç indignation non seulement contre toute .manda sa main el l'épou. a. El œ n'tist pa la
complicilé, mais encore contre l'idée que des moindre canse de urpri e t(Ue de voir celle
rclati ns adultères eussent jamai pu eii ter :,iogulière personne, patronnée et soutenue
entre elle cl Praslin!
après le crime par Victor Cousin, et fini sanL
« Il n'y a rien eu de répréhen.ilJle dans le dans la peau d'une bonnète femme après
pa. ·ë entre nous, déclara-t-elle awc fermeté, aroir pa ·sé pour une intrigante el pour la
et il n') avait, je le jure, pour l'a,enir aucun dernière des coquines.
projet coupable 1 lime de Pr:din erail morte
Qu'était-elle en réafüé, celle éuigmati,1ue
nalurellemenl, et lt. de Pra lin m'eûl offert personne qui a,·ait . u rallier à sa cau. e des
sa main, 'lue, par intérèl pour
enfants, homme" comme Victor Cousin, qui pourtant
je n'aurais jamais consenti à une mésalliance avait ét { au nombre des amis de la victime?
dont 1~ circonstances . eraient retombées sur Il est bien difficile de le dire, car il esl hors
eu . Jamais, non plu • je n'aurai eu l'idée de doute qu'à t'ew-\ork où elle hahitait, elle
d'une autre liai on.... 1. de Praslin s'était alla.il su séduire tout le monde aussi bien par
montré pour moi j bon, si généreu.x, que je le charme de .a personne qur. par l'érudilioo
ne voudrais pas répondre qu'il ne se soit pa
de on c' prit' el es vertu dome tique.~.
m~lé à l'affection que j'éprou\-ais pour les
Tou les journaux de la ville !or qu'l'lle
enrants, une \"Ïl'e tendre.. e pour leur père, mourut le 6 mar 1 75 firent on éloge po •
mais jamais, jamai., je n'ai porlé dans celle thame dans les termes les plus lyriques, el
mai on le ll'ouble el l'adultère! Je ne l'aurai'
on mari fut incon olable!
pa fait par r pecl pour w · cnfanl et j'auEt pourtant son rôle à l'botel Séba tiani
rais cru ouiller le front de u mr..~ » Glle .:,i nous apparait, maJgré tout, odieux cl abomije le uais embra , ées aprè ètri? dc,enue naLle à côté de celle malheureuse femme
coupable. 11
111t'elle martyrise .ans pitié et san trêve, à
Elle parlait ,ec l'accent de la véritë, rl i laquelle elle enlève un mari adoré, et à qui
sou re enliment contre ~lme de Praslin se elle ne laisse pas même l'affection de ses proli ait clairement d;ui chacune de ·e~ rtpon- pres enfants 1
ses, cependant elle ne porta contre elle auQuant à la nalure de se relations a\'cc le
cune accusation pournnl entacher sa moralité duc, il me parail difficile de comervcr de
ou son honneur. 'lous es efforts tendaient à doute aprè le l~moignage récemment recueilli
justifier ou toul au moins à excuser le crime dll Joséphine Aulicrt, ancienne femme de
du mari; il est donc probahle qu'elle n'eûl chamùre au i;hàlcau de Yaux-Pra~lin, :lgée
1•as milnqué de Je dire pour sa déf en c, 'il maintenant de qmtlre-vingl- ·ix an'.
:1,·ait été po. sible de pr~enler la doches. e
Celle dernii·rca raconté, au mois d'août 1!)0 •
comme coupaLie !
qu'étant entrée an jour à l'improvi le dans
• Apr '- · si~ semaines d'isolement dan· .a la chamùre de l'inslilulrice où elle ne croyait
pri on, on r prit les interrogatoires; la nou- lrouver personne, elle l'arnit surpri. e à demi
,·clle d' la mort du duc amena chez elle des dé haùillée dans les bras du duc Théobald.
crises de dé·e·poir el de larmes, mais aucun Et elle ajoulait de détails trop techniques
arnu ne lui échappa el aucun indice de com- pour pou-mir les reproduire ici, ur le replicité n put èlrc établi. Il ne rc lait plus marque intimes qu'elle avait pu faire en
qu'à prononcer l'ordonnance de non-lieu ; accomplissant son cr.icc. A la dcman le de
mai' cc [ut avec une sorte d'indifiërence ac- Mlle l)eluzy on se bât.a de la congl1dier, elle
cablée qu'elle vit le portes de la Conciergerie savait trop de cho.e~! ur ce point comme
s'ouvrir devant elle.
sur tant d'autres le ID} ' Lère re ·tc impénéJl lui était diflicile de continuer à exercer trable!
on état dïn tilutricc el elle ·e trouvait san
Ce qui pourra emùlcr également bizarre
rei- ources. i peu intéressante qu'elle pùL c'csL le respect pieux que le.~ enfants avaient,
être, Mlle Dduzr arail cependant de ami - parait-il, consen-é pour la mémoire de leur
qui croyaienl à son innocence el s'inlére saienL père, el l'affectueuse Lendresse qu'ils lui
à elle. Elie a,ait fa.il la connaissance du pa - anuent gardée : r'otre pamre p,:re I D dileur ,1onod un jour qu'il prèchail à l'Ora- saient-il eo parlant de loi, cl il semblait
toire; elle lui confia es peine , il eul pi lié de qu'ils le considéra ent presque comme une
son découragement et la recueillit dan a viclime '!
famille. Quelques mois plus lard il l'emoya
Il eu était de même ponr la duchesse de
en Am~rique où, or sa recommandation, Pra!lin douairière, qui vécut quelques anelle put se placer dans un grand pen ionnal nées encore après le drame de l'hôtel 1basde e ,·-Yorl. en dissimulant on nom. 'on ûani. Elle ne voulut même pa retirer de son
seulement elle sut plaire dans sa nouvelle grand salon le portrait de son fils; elle se
1. un mari ,a pulilic après sa Dltlrl un Jilrc t'trit
par ellti au 0011n, de -'&lt;'&gt; 1ouge. el û1titulé :Yfoei
dt lu l'ie ,le f amille rn Fr1111u . • ew-York, J ï:°&gt;.

:! . lié ·laralion du Ç'r&lt;.I,· 1.el~u. r~pJK&gt;rl,11 par
t. tle l\au1·illc dmu la libre Pan,lc ,lu % octu-

1,rt! 1110:,.

.

conlenla de le voiler de noir cl le laissa suspendu à la place d'honneur.
L1 comtesse d',\.... m·a raconté l'impre~~ion
que lui :ivail caus1e re tabl au recou,·ert de
crêpe, un jour, 011 Louk enfant, le hasard d' une
,i. ile l'.:ivail conduite avec ses parents chez
.!me de Praslin.
Depuis soixante an écoulés, de nomLreusc
enc1uètes onl élé maiole fois entreprise sur
celle que lion pa ionnanle: llarccllin Pellet,
Paul Ginisty, le baron Lombroso, Robinet
de Cléry, Félix Chamhon, George Montorgueil, H. de fiauviUe, el bien d'autres encore,
s'en sont occupés tour à tour et ont soutenu
de \·he polémiques dans les µ-rand journaux
quotidien et dan l'Tntermérliai,-e cles CJi,,,...
c/1eul'., rt des Curiett. r.
« Il y a au fonil d'un pareil crim~ », Ji ait
Yiclor lfogo à \I. de ainl-Aulaîre, c on une
grande folie, ou une grande raj on 1 »
Et de fait fo meurtre fut commi avec une
telle maladresse f)U'on hésite à croire 1t la
préméJitalion. On a dit que l'as a inal a1·ail
eu lieu au cour · &lt;l'une.cime lcrribh• qui avait
écbté entre le~ deux époux, mais on 'accorde
mal ur la eau e qui l'avait provoquée. Le
défen eurs d'llcnrieLLe Del11i1 onl déclaré,
contre toute probabilité, qu'elle y était entièrement étrangère, el ont donné une aulre verion : on a prJtendu que la doches c avait
décou,erl des letlres adres 1fos à son mari
par une femme de haut ran~, lettres qui ne
pouvaient lai11sl!r de doute sur l'exi~tcnce
d'une intri,.ue. L:i royant déridée à en foire
u age, Praslin n'avait pas hé ité à emplo)"er
la violence pour rentrer en leur po ~e ion.
Pui~, dans celle lullc furieu.c, il avail perdu
ln tète, et rnulanl à nïmporte quel prix ériJer
un retentissant . caudale il était devenu a sassin. ~rai· le mobile qui l'a·rnil guidé a,·ail îait
en haut lieu t•xcu er on crime. Telle esl l'e.x.plicalion donnée par ceux qui prétendent que
le duc ne mourut pas en pri on. )Jais m:il!!ré'
celte suppo ilion la question de la unie n'en
r . le pa" moin · douteuse, tant il faut supposer de complicités, depuis celle des médecin.
cl des policiers, des geôliers el des ma"Î5·
trals, jusqu'à celle de l'abbé )farlin de Noirlieu, ~ans compter celle de Ddcazes et de
Pa quier el au" i de lou les membres de ln
Commi · ion de pairs cl..iargé' d'iuterroger et
de juPer le cou~ble 1
Dien des invraisemblances et bien dei: contradictions permettent de suppo·er ')_UÏI y eut
là un myslère, mais dans celte troublante
,1ucstion ce n'est pas moi qui me char erai
de conclure.
1c me soÎl&gt; contenté de r t umer impartiJlemenl les polémique , de rapporter le faits
rél'élés par les coquètes successi,·c , el d'y
ajouter ce que j'ai pu découîrir d'inédit ou
dïatéressant; mJi après avoir p~ crupuJeusem nt les arguments apporté à l'appui
de dem: Lhèscs, j'a,·oue très humblement que
je reste perplexe el que je demeure hésilanL .•
YICOllTE DE

CtJATCAU

►

C L.lC'.li\". -

Gr.i v11re Jt

J. füc.,vo.

ARVÈOE BARINE
et-

la duchesse du Maine
Ill (s11ite).

Rt::[SET.

Ime cln ~foioe avail quillé sa \'allée chhie
pour les Tuileries, où le ré,.ent avait in. tallé
1~ petit Louis XV, el elle 'était improvisée
l~n1 le. Jour .el nuit elle compol ait de dos~1ers, annotait des füres de droit, dressait
d~ mémoir , paper~sait, écrh·ait, combinait, invent.ait : a Les immenses ,·olumes
entassés sur on lü, comme des monla!!Des
dont elle était accal,lée, la I.ûsaient, disaitellc, ressembler, toute proportion gardée, à
Encelade ahîmé ous le mont Elna 1 , » Elle en
a~rait remontré à Chicnneau; elle dénichait
d' précédents jusque chez le, Chaldéen !
Elle. avait mis Ioule sa cour au ré!!ime
des
•
0
gr1mo1res, lran Formé ses poète ordin:iircs
en r-lercs de procur nrs. Adieu le ,·ersJ:itins!
Adieu le énigmes el les madri,.aux 1 .\ilien
les Grâces cl Jes ,tu esl Le beau Poli"nac et
robligea.nt ~1:ilézicu travaillaient ous 1: yem
de_la duch~~ e à_ prouver en jar!!"on de palais
quelle avatl raison, el que M. du lfaine
n'était plus un h;ilard du moment que le Roi
l'eo . avait di [&gt;P.mé. Ils apprirent , eux au , i,
a raISonne.r sur les textes de loi el h di erter
ur les questions de compétence. Pendant la
nuit,_ c'é~ait le_ tour de ~Lme de 2Lul, qui
aurait mieux aimé dormir. Installée près du
\

•
.,. 110

m:

t. ,,· taa l, Jli moire,.

lil de sa maitres e, elle « feuiUetait an si les
"!eilles chroniques el les jurisconsultes anciens el moderne 1&gt;. On discutait cotre
femme' ur les prérogatives de parlcwents
el ln ,•:,,leur des tcstamenl~ de roi.s, jusqu'à
ce qut• la tèh• leur tournât. On appelait alor
u_ne ~nnièrl' &lt;le ser,•ante, dont l'emploi con.1 tait à raconter des hi Loire à "1 maitresse
pour l'endormir. Cette fl:lmme r~commençait
pr que Loule. le. nuit · Il! conte de la Crête
de t'O'J ,/'1111/e, qu'on peul lire dans les Di1•e1·ti. se111e11fs tle ceau.i:, el qui e t en eflct
tout propre à endormir.
Le bruit des travam de Mme du laine si'
répandit Lrè vite dJn Paris, cl J,. Toilerie ·
vircnl :1lors une ~i,wnlièrc procession. La
doches ·e fut as.:iillie de lieu, saTants à
Le îcle , d'aventuriers be ogoem cl de com1~
d'occ:i ion, qui ,·&lt;'naient lu.i offrir de
r~relles infai.llihle pour garrm•r on procè.&lt;.
1, un apportait des e~emple historiqu1•s emprun~ à hl co~r de ;miramis. l.'autrc promellall des révela11on, important , à condition qu'on lui payàl d'abord à ~uuper. Un
:incieo moine défroqué cherchait à ,·endre de
do .u1?cnls. De: femmes à tournure su pecte
el a Litres po,hrhe demandaient de rendez,·ous my lérieux pour liner des secrets.
,tme du M?ine écoutait tout, cnrnpil par•
tout, ~ .aya1L de tout.

.... 11::- ...

Eli~ ne néglig~it rien, d'autre part, pour
gro sir son paru, el elle l nlu . i sait: mai
le mérite
en rercnail au duc du Maine , ce
.
mari meconnu. , a femme ne voyait en lui
qu'une poule mouillée el 'attribuait LOU " les
succè:;. C'était une grande erreur et one
grande injustice, M. du Maine rendait de.
erl'ices imruen à la cause commune, landi.
que la duche,se la compromettait sans ces~e
par es enfanûllage el ses emportements.
M. du ~laine était pa sé maitre, entre
autres, dans l'art de susciter de méc.onlenls
cl de les atlirer ~ soi. A l'époque où nou
somme , lors du procè · entre les princes du
3ng el les lé!!itimés, les mécontents ne manquaient ni à la cour, ni à la ville, ni dans les
faubourgs. On arait été déçu par la ré"ence,.
qui n'avait pas pu tout arranger d'un coup
de Lanuellc. La no~les c 'ét.ail imaginé 1iu'cn
re,enanl au pouvoir, clic ferait rentrer dans
le ntfant, d'un froncement de sourcil Je·
11 b?ur_g~is superbes » élevés si h:iut' par
Lou1s_Xl\ i les r&lt; bourgeois superbes » e défendaient, el la noùles e 'en prenait à la faiblesse du duc d'Orléans. Elle-même se divisait de plu _en ~lus} la petite et moyenne
nobles e avaient s1i:tne un mémoire contre le
prh•ilège de duc/ Le parlement e plaignait
de n'être pas con ·ullé. Le peuple se plai!!DaÎt
de ce que l'argent clu trésor était gaspillé aux

.

�1t1STO'R,.1.J!

------------------------------~

11 Je ais, dit gracieusement le réaent à
courtisan . Ajoutez. qu'on était en plein sp,tème ôe La", qu'Alberoni travaillait à trou- ~J. du Maine, que depnis le dernier édil vous
bler la France au profil de son maître le roi n'aimez point as i. ter aux cérémonie ; on va
J'Espague, el que la Providence wnait de tenir un lit de ju. tice; vous pouvez vous en
lâi·her sur le monde le jeune \'ollaire, qui absenter.
- Cela ne me fait aucune peine quand h~
a,ait déjà lrouré le terup. d"~tre c. ilé pour
roi
est présent, répliqua le duc. D'ailleurs,
d' rcrs «fort satiriques et fort impudents &gt;&gt;,
dans ,·o!rc lit de ju. lice, il ne .rra pa · que et mi à la Bastille pour d'autre· ,·er · u lrè
effronté· ». Tant de ferment de discorde don- tion de non .
- Pcul-èlre », fil le régent, et il sortit'·
naient Leau jeu Hl. du laine. Il se surpas a. 11 .
M. du \faine, atterré, alla aux noU\·ellci:.
uagea savamment entre deux eaux, ne parut
a malheureuse timidité lui donnait des yeu~
en rien, fut caressant el insinuant el s'assura
heaucoup de partisans dans Paris, en pro- égarés et un ,·i age de criminel. Il sut qu'un
\Ïnce, au parlement, parmi les reste de la allait lui ôter l'éduc.,tion du roi et réduire lt·s
vieille cour, la petite et mo enne noblesse, légitimé· à leur simple rang de pairie. Il de.les gen de rohe et de plume. Barbier écrÎ\it cendit tout :mgoi. é chez sa [emme, qu'on
dans son ,Tou niai : &lt;&lt; M. du Maine e t un avait couru chercher à l'Ar enal et dont !"étal
prince très age et très estimé ». Saint-:imon ne se peut dépeindre. Elle ne comprenait pas
constata avec douleur que &lt;1 tout dait à leurs que M. du Maine se lais âl cba ser ans résistance. Elle l'e. bortait, l'injuriait; elle aYail
projets ».
Care·ses ou intrigues, rien ne Lint contre des crises de nerrs. Par es ordres, ùe jeunes
la haine de f. le Duc pour a tante lme du laquai - grimpèrent en dchor,, le long de
'laine. On ~ait que ce M. le Duc était une murs du palais,jusqu'aux fenêtres de la salle
vraie Lrute, un borgne hideux et farouche. li du Dais. ospendus par les mains, il· regarmena le procès contre les légitimt~s avec a daient à tral'ers le vitres et rendaienl comptb
violence ordinaire, el oblint du conseil de ré- au rez-de-chaussée de ce 11ui e passait au
gence, au mois de juillet 1717, un arrêt luur premier étage. Mme du ~laine espérait que
unlevanl le droit de uccéder au lrône el la qutlqu'un prendrait le parti de son époux,
qualité de prince du sang. Lorsqu'on par- qu'il urviendrait un incident. Elle jeta les
1·ourt aujourd'hui le pièce de ce grand hauts cris en apprenant que le liL de justice
procès, on est surtout frappé de la nouveauté . 'était terminé pai iblemeot el qu'il lui fa).
du langage emplo é par les deux parti~s, au , lait déménager le jour même. li aYait surfi
lendemain de la mort de Louis XI Y, en par- de deux traits de plume pour enlever au fils
lant de la puissance ournrainti 1• L'autorité bien-aimé 'du plu - ab olu de monarques le!'
rople est représentée dan ces écrit comme grâce, enta ées &amp;Ur sa tète pendant quarante
un mandat et un dépôt. li n'e t plus que Lion ans et con olidée avec toute la prudence,
pour elle d'origine sacrée et de taractère imio- toute la prévoyance, tout le zèle que peul
laLle. On reconnaît :1 la nation le droit de inspirer une tendre se ,ans bornes.
On emporta )!me du Maine des 1'uileril·S
dLpo er d'elle-même, et la monarchie n'est
plus qu'un simple. contrat civil, révocable à dans un étal pito}able. ·« C'était, dit )lmc dé
Laa!, un accablement semblable à l'entière
la volonté des contractants. Quelle révolution
privation de la vie, ou comme un sommeil
en deux ans!
L'arrêt de 1717 fut lt! prologue du dramo léthargique dont on ne sort que par desm011cp1i précipita M. et Mme da . faine dans l'a- vemeots convnl ifs. , On la mena le surlenbime. Leur ennemis s'enhardirent en le· demain ;1 ceaux. Le cha«rin lui avait tourné
\'OJant Yaincus. La duchesse ne ,ut pas plier la ccrvelk Tantôt, immobile et muette, les
ous l'orage el se répandit imprudemment yeux lixes, elle parai sait une statue de la
en plaintes cl en menaces. Ses cri furent le Douleur. Tantol, &lt;&lt; hurlant de rage » et faiprétexte d'un deuxième coup de foudre, qui sant trembler chacnn autour d'elle, el!~ accaéclata au lit de ju ·Lice du 26 août 171 blait son mari de reproche sanglants, d'inPour ju er de ce qu'éprouva la petite du- jures sur .a nais.:ince, ur a lâcheté, ur
chesse lors de celle seconde cala tropbe, il leur mariage. Le pauvre homme « pleurait
faut i-C ~omenir que le lil de justice du journellement comme un veau· Il.
~6 aotU [uL une surpri·e. Personne à Paris
lime du Maine aurait d(l s'avouer ballue,
ne 'en doutait. ~Ime du ~laine était allée renoncer aux a1Taires el reprendre .. e · diasouper el coucher à l'Ar enal, où elle se don- dème:. de reine de Lbéàtre. C'était l'a,i - de
nait une fête. 11. du Maine l'arail accompaon époux. Elle s'entêta; elle re:;.emhlaiL à
gnée el n'était rentré qu'un peu avant le jour ces braves petits chiens terriers qui se font
dans son appartement de Tuileries, ·itué au tuer plu tôt que Je ltlcber pri e. 11 y avait
rez-dc-chans.ée. ll était dan son premier déjà quelque temps qu'elle intriguait avt'c
ommeil quand les tapi iers envahirent la Alberoni par l'intermédiair • de Cellamare,
salle du Dais, destinée :1 la cérémonie. Elle amha. adeur d'Espagne :t Paris. Aprè la caétait au-dessus de sa tète : il n'entendit rien. t:1 tropbe du 2G août, elle _e fit décidément
n officier ,int l'1heillcr et l'a,·ertir qu'il e conspira triœ.
passait quelque chose. t. da )laine 'habilla
La duche ·se du lfaine apporta dan~ ce
en bàte et monta dan la chambre du petit nouveau rôle un peu trop de ouYenirs des
roi, où le duc d'Orléans entra à son tour. Il nombreux roman qu'elle avait lus.
était environ huit heure du malin.
Elle s'arrangea un complot amu. ant, où
0

1. \",,i1· l,(,,nnnt e~·- 1/i,tnir,• dr lu Réqr11u.

2. llhnoire., manu~~rif, du duc 11',\ntin.

l"on fai ail de ces cho,es extraordinaires qui
atlirenl tout de suite l'œil dl' la police .• on
quartier général fut rue Saint-Honoré, dan
une mai.on qu'elle loua tout exprès. Elle s'en
allait de H1, au mili&lt;'u de la nuit, conduite
par un grand seÎ"neur d_égni ·é en coch&lt;'r,
Jans de endroits singulier· où elh• rencontrait d'autres conjuré~. Elle envoyait Mme de
• taal ou le pont l\o}·al, à minuit, pr~idrr
un conciliabule. Elle avait trave ·ti deux de. t•s
laquai en .eigneur Oaruands, el ce émule:
Je ~la carille se pré entaient dans le mond~
sous les noms de prince de Li Leoni el de
chevalier de La Roche. Elle recevait, comme
au temps de son procès, une nuée d'aventurier , d'intrigants el d'imbériles qui apportaient des plans et offraient de conseils. Elle
avait toutes ortesdecom· pondance· inutiles,
11 l'encre sympathique, cl toutes sortes d':1flidé · plu ou moins ùrs, dont &lt;lem: au mom ·
serraient d'espion à l'abbé Dubois. Elle con- •
lraignail Polignac el '1aléz.ieu, qui 'en défendaient de Ioules leur forces, à con.pirer
avec elle. Elle badinait agréablement ur le
temps où elle serait en prison . ._urlout elle
dérendail de parler de rien devant son trop
timide époux : on se taisait quand il paraisail.

Il n'entre pas dans notre cadt·e de raconter
la conspiration de Cellamare, dont le petit
complot de la duches e du Maine ne fut
&lt;1u'un épi ode. Il suffira de rapp 1er qu'Albcroni \"Ol\lail assurer le trône de t'rance à
son maître, Philippe V, au ca où le jeune
Louis XV viendrait à mourir. AILeroni cherchait, en coo~équence, à écarter le duc d'Orléan , qui avait aussi de droit à la couronne, el il avajl donné pour instruction. à
Cellamare de s'appurer ur tous les mécontents, en vue de renverser le régent; on verrait après ce qu'on mellrail à la place. Une
armêe espagnole débarquée en Bretagne 'de,ait soutenir les conjuré .
Il n de soi que la duche ~e du lfaine fut
accueillie à bras ouverts !or ·qu'elle olîril son
concout·s. Cellamare l'accabla d'éloge el de
prome ses au nom du roi d'E pagne el mil
son zèle à profit. Elle eut sou sa haute
direction deux comit~s de con ·pirateurs.
L'un comprenait un certain ahbé Brigault et
deux ~ci 1meur , le comte de Laval el le marc1uis de Pompadour. L'autre était comp9 é
de la duch e en per onne, de Malézicu el
de Polignac. Ces six per onnes se partagèrent
la be!logne et noircirent beaucoup de papier.
On e communjquait ce qu'on a,ait écrit, et
chaque comité mépri. ail les production de
l'autre. Les seigneurs trouvaient les « ouvrage » des poètes bien pâles, pauvre'
d'idées el fades de style. Les poètes traitaient
les œuvres des . eigneurs d'ob cur fatras.
C'est ainsi que forent rédigé un manifeste
du roi d'E ·pagne aux Françai -, une requête
des français au roi d'E·pagne et dirnrses
autre pi~ces, dont plu ieurs furent cnvo)écs
à 31adrid. Quand Alberoni reçut la requête
de:; Françni au roi d'E pagne, il frrhit pour
demander par qui elle ·erail . ignée; mais il

----=------------------------------n'eut pas de réponse. Per·onne ne se soucia
de donner ,on nom, pa plu les ,eigneurs
que les poète . La conjuration de Mme du
Maine n'était vraiment que la continuation
d1's petit. jt&gt;ll't d'c:pril Je .'ceau:c.
Cependant Alberoni pres$ait Cellamare
d'agir. Celui-ci, qui n'avait rien de prêt,
cherchait à amn er le tapis. Il ul qu'un
jeune abbé, nommé Porto-Carrero, partait
de Paris pour .e rendre à tadrid, et il lui
remit une liasse de projets de manifeste·,
projets de lettres, projets de requêtes, el
autre rêveries composées par Mme du Maine,
par Polignac, Pompadour. l'abbé Brigaul 1.
Malézieu et le autres. Cellamare y joi«nit
une leLtre pour Alberoni et une liste d'officiers fram,:ais qui, disait-il, demandaient lt
ervir l'Espagne. L'abbé Duboi , au courant
de tout, jugra l'instant venn de se débarrasser de ce brouillon . li fil courir après
Porto-Carrero, qu'on at1,ignit à Poitiers. , es
papier furent remis au régent le ' décembre 1718, .ans que rien eût transpiré dans
Pari . Le lendemain 9, dan l'aprè -diner,
un gentilhomme entra chez ~lme de la~I.
dans lamai on de la rue ~aintIlonoré, et lui dit : « Voici une
grande nouvelle. L'hôtel de
l'ambassadeur d'E pagne est
inve li, el s.&gt;n quartier esl
rempli de troupe . On ne sait
encore de quoi il ·'a 0 i l. » Au
même in. tant, Mme du Maine
apprenait l'é,·énement dans .on
alon, qui était plein de monde.
1&lt; Tuut ce qui arrivait débitait
la nouvelle, ajoutait quelque'
circon -tances, el ne parlait
d'autre chose. Elle n'o ait e
. ou traire à cc monde importun, de peur qu'on ne lui trouvàt l'air affairé. &gt;&gt; On sut bientôt que Porto-Carrero a,ait été
arrêté, ses popier aisi . Pour
le coup, ~fme du Maine et ses
complices se u virent plongés
dans l'abîme ». La ducbe c
c rassurait pourtant à la penée que l'abbé Brigault, dépositaire de beaucoup de papier.,
s'était enfui.
Le 10, les arre talions continuèrent. [. de Pompadour
fut mis à la Bastille. Mais
l'abLt': Brigault était loin, el
lme du Maine re.pirail.
Le 12, elle était à raire . a
partie de biribi. Un M. de
Châtillon, qui tenait la banqu&lt;',
« homme froid, qui ne s'avisa.il jamais de parler», dit tout
à roup : ,, Vraiment, il r a
une nouvelle fort plai ante. On
a amHé cl mi· à la na tille,
pour celte affaire de l"amùa s:idt·ur &lt;l'E pa•me, un certain, abbé llri ... Uri .... o Il ne
pouvait retrouver rnn nom. Ceux qui le aYaient n'ayaient pas envie de l'aider. Enfin il
acheva, et ajouta : &lt;1 Ce 4ui en fait le plai-

DUCHESSE DU

M .Jl1NE

taire~. et à les attendre, parfoi , fort gaiement. M. du ~laine se tenait coi à • ceaux.
On eut beau veiller et se tenir sur .es
gardes, les mousquetaires arri\'èrenl au moment qu'on ne les allendail pas. )L et
Mme du Maine furent arrêté le 2!l décembre 171 au matin, l'un i1 · eeaux, l'autre
rue aiol-Honoré. Leur conduite, dans cette
circon. tance critique, l'ut opposée comme
leur humeur; elle le. peint tou deux au
11al11rel.
M. ùu ~laine sortait de sa chapelle lorsqu'il
fut prié très re pectueusemenl, par un lieutenant des gardes du corps, de monter dans
un c.:1rrosse qui l'auendait. fi obéit, a la
mort peinte sur le visa:.;-e », mai avec une
oumLsion, une humilité, une orle d'empressement, bien faits pour attendrir. ll ne
~e permit pas une plainte, pas une question,
fùt-ce ur a femme ou ses enfant , mai· il
pou sait force soupirs et joignait le mains.
C'était la vivante image de l'innocence méconnue et persécutée.
On le mena dans la citadelle de Doullens,
en Picardie, et son altitude ne se démentit
pa une eule fois pendant le
\'Oyage. li soupirait et resoupirait, gémi sait faiblement,
joignait les mains, marmottait
des prières ar&lt;'ompagoée de
force t1i1Tnes de croi , saluait
a,·cc « des plongeons Il toutes
les éo-lises el les croix deYanl
le quelles on passait, et ob ervait aYec ses garde le ilence
qui convient à l'opprimé. A
Doullens, même conduite. 11
était san ce se dans les prière , le· génuOexions et les prosternements. Cela ne louchait
per ·onne; le contemporains, à
Lori où à rai on, ne prenaient
pa au shieux la dévotion de
\1. du Maine; mais cela l'aidait
à passer le temps, qui lui parai ail long. On ne lui avait
lai équequelques füres, point
d'encre ni de papier; quand il
voulait écrire, il était obligé de
s'adresser à l'officier qui le
gardait et de lui montrer œ
qu'il avait écrit. Pour toute
di traction, il jouait avec le
valets qui le ervaient.
Quand on l'interrogeait, il
e confondait en protestations
d'innocence et d'ignorance.
Qu'est-ce qu'on lui ,•oulaiL 1
Qu'e t-ce qu'il a,·ait fait de
mal? li était allachê du fond
du cœur à M. le doc d'Orléans, qui le reconnaitrait un
jour, et M. le duc d'Orléans
ajoutait créance aux a1ireuses
aver~ic de dircr· côlt:s que . on tour allait calomnies de SP. .ennemi ! Il était ,raiment
,enir. On ne dormait plu dans :i mai on; bien malheureux.
On lui citait des faits, on lui communion pa'-~ait les nuit à allendre le~ mou que11uait
les aveux de la ducbes e. Alor~ il s'eml. ,rt'molrr6 ,1,, lmc ,Ir Staal.
portait. Cel homme j doux , 'ex.clamait
'l l'rernii•n• Dérlnralim1 ,te t·Bt,l,è llril(ault.

.ant, c'e t qu'il a tout dit; et \"Oilà des "Cil
bien embarra sés. » Alors il éclate de rire,
pour la première Cois de sa '"ie.
Mme la duche e du Maine. 'lui n'en aYait
pa la moindre envie, dit : n Oui, cela hl
fort plaisant. - Oh I cela e t à faire mourir
de rire, reprit-il. Figurez-von ce ~ens 11ui
croyaient )Pur affaire bien secrète : en ,·oilà
un qui dit plu qu'on ne lui en demande,
et nomme chacun par son nom 1 • »
C\,tait exact : !"abbé Brigault était un nai
conspirateur pour dame·. li 'en l1lait allé
doucement, jouissant du vop"e et encore
pins des hôtelleries. Il avait mis plus d·un
jour à tra,·erser Paris à cheval et avait
couché le premier soir « au faubourg
aint-.lacque!, à l'auùerge du Grand- aintJacques1 1 Au bout de trois jour· , il n'était
qu'à 'emours, à vingt lieues de Pari . Le gen envo1é. à a pour~uite n'eurent aut·une
peine à I')· rallraper et le ramenèrent beaucoup plu vite à la Bastille. li n'avait pas
encore pas. é la porte, qu'il racontait tout.
D'autre parlèrent après lui, cl le arre talion,; se multiplièrent. ,rme du Maine fut

:; .. ·oint• ' imun.
.,,,. 1 ll)

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H1ST01{1A

---------------------------------------~

d'horreur et d'mdignalion à l'idée d'avoir
une ftmme pareille, une femme capahle de
coo. pirer, et a ez hardie pour le mettre de
tout ans lui en avoir seulement jamais pari 1;
car il ne samit rien, il ne e doutait de rien,
on lui avait tout cachè, parcequïl ne l'aurait
pas toléré. Il avait a . ez dHendu à la duches. e de ,·oir les « l'abaleur , ! 'il avait
eu 1ent de quelrrue chose, il serait acrouru
le dire à 1. le ·duc d'Orléans. On pomait èlre
Lien sûr qn·uoe foi hor de prison, il ne
reverrait jamais Mme du Maine. JI ne roulait
plu en entendre parler. Conspirer contre
M. le duc d'Orléans ... quelle indignité!
On ne le fil jamais sortir de là. Il resta
plaintif et impénélrable. On n'a jamai u,
en ·omme, ce qu'il en était au ju te, ce que
.\1. du Maine ignorait et n'ignorait pas. Il
~emble démontré qu'il n'arait pas pri. une
part active au complot, el il est difficile,
d'autre part, d'admellre qu'un homme au ~i
fin n'ait pa é,enté, dans . a propre mai on,
un ,ecrct au i mal garM. Quoi qu'il en
soit, rendons-lui celte justice qu'il oc lai .-a
pas échapper an seul mot pouvant compromellre âme qui vive . . f. du Maine y eut d'autant plus de mérite, qu'il avait une Frayeur
atroce. '.\u moindre mouvement dan la citadelle, on visage se décompo. ait : il se croyait
. ur l'échafaud.
li ) eut plus de bruit à l'arre talion de
Mme du Maine. a haute nais ance lui a,·ait
valu l'honneur d'êlre arrèLée par un duc,
M. d'Anceni , qui e pré enta rue aiotllonoré à epl heures du matin, aYant le
jour. La duchesse venait de s'endormir, et
ses gens de .e cnuchcr, aprè une nuit pas ée
à écrire un mémoire en vue de sa déFense.
JI fallut Faire lever Lon Les ces Femmes. Jamai.
homme n'eul &lt;·ommi ion plus ingrale. La
petite duchesse n'était pas, rommc son époux,
de la race de agneaux. Elle reçut fort aigrement le compliment de Y. d'Anceni ·, ·emporta coôtrc la îiolem·e faile à une per onor
de on rang, déclama contre lti duc d'Orléan el on gouvernemenl, et refusa de se
prcs er. Elle Lâchait de gagner du Lemp ,
dans l'espoir que sa Famille inLerviendrail,
el elle r' i Lait, discutait, di pulait, péroraiL,
réc1amait une cho ·e ou une autre. li y eut
une longue scène, très vive de a part, à
propos d'une ca elle conlcnant un million
de pierreries cl qu'elll! voulait à toute force
emporter. Le duc d'Ancenis, C(Ui a,·ait de·
ordres, s'y opposa Iormcllemenl. Elle eut
l'air de céder, et la cas elle ru L découverte
deux jours après parmi e ban-aae .
Cela dura quatre heure , quatre heures de
ré i lance et de cris. Enfin \1. d'Anceni ' la
prit par la main et lui déclara qu'il fallait en
finir. Il la mena ain i jusqu'à sa porte, 011
elle eul une nouvelle crise de rage en apercevant deu1 simples ,oitures de Jouarre. l.a
Faire monter là dedan ! Elle! Une Condé!
Elle monta pourtant. L'on se mil en roule,
et ce fut a.ne autre comédie. Elle adopta pour
le voyage l'attitude d'une grande reine persécutée et oll'en ée. Le duc d'.Aocenis l'avait
rcmi e aux mains J'uo lieutenant nommé Ll

Billarderie. ~lme du füine recueil it ses ou- d'arriver enfin à Dijon, où Mme du Maine
venir · de thràtr~ et accabla La Billarderie Je îut mise dans la citadelle a\·ec deux femme
tirade 1ragiqucs ur ses malheurs, sur la de chambre.
Elle e plaisait plus tard à raconter qu'elle
dureté de la voilure el la barbarie de . es
avait ubi toutes 11 les horreur de la captiennemis. Elle mèlait les épithète le plu
énergique aux apo lroph~s les plu lilté- vité ». Le régeol, homme très débonnaire, y
rain • pa ~ait du ton de l'imprécation à eclui mit cependant bien de la romplai ance. Il
de la douleur contenue, pui · tout à coup rai- permit à la 1·oupable d'a\'Oir une dame d'bon-.
sait la maltidti et 'adre, ~ail au bon cn-ur de ncur, une d 'moiselle de compagnie, un
L'I. Billarderie pour aller moiu \'ile, e repo- méde&lt;'in, un aumônier, rinq femmes de
er plu loo«temp , obtenir une meilleure 1 hambre, d'échanger llijon contre Cbâlon- cl
Cbàlon contre une mai on de campagnr; de
voiture .
La füllarderic u'était pJ un mon tre. Il communiquer avec le d~bors, bientôt même
n'é1ait pa non plus un grand prr,-onnage, de recevoir des ruiles. Mme du Maine tomba
el le~ prière· d'une prince e lui produisaienl néanmoins dan un ·omhre désespoir. Toul
beaucoup d'elfot. Il ful au petits oin· pour son courage l'al,andonna. cl elle e crut fa
sa pri onnièrc et lni procura lou&lt;. les adouci·• plus malheureuse créature dé la terre. On
'efforçait en vain de la di. 1r:iire. El!e .c
sement m on pouvoir. li ne put toull'foi·
él"iler une. c\ne lor qu'il dut lui apprendrr, lais.ait taire, elle consentait ~ jouer, mais
le troisième jour, qu'il la conduisait dan la d'un air de marl)rr, en di ant d'un ton
citadelle de Dijon. La duchc,.-e fut anéantie. morne el douloureux : « Que . 1. le duc d'OrIl ne lui étaiL pa ,enu à l'e.!pril qu'on pour- léan juge de mes peine· par mes plaisir. ! Jl
rait la mellrc dans une vroie pri ·on. Elle Plu d'insolence; plus même de fiertr. l.a
a,·ait 1oujours 1·èv{o r1u'on la conduirait dan· pelitc duch e, ga«m1c par la peur, pleurait
quelque belle &lt;1 mai on royale 1,, oi1 elle au- à chaudes larmes, pria il et uppliai 1. Le
rait une &lt;·our el jouerait à la c:iptivc après commandant de la citadelle de t:bâlons,
avoir joué au con.piraleur. Lïdt!e d'èlr&lt;' homme &lt;1 doux el compati sant l) , écrivait
le 30 juin 1719 !1 M. Le Blanc, secrétaire
enîermée entre quatre mur, a,cc es temme
de chambre la ré\·ol la comm' un . trahison ; J·~:1n1 :
1&lt; Ensuite Jme h duche e du ~laine,
l'idée d'è1rc au pouvoir de on nereu abhorré,
tombant dans une e pèce de dé·c poir el
pleurant amèrement, fil de serment de oo
innocence dans les Lermes Je plu forl el les
plu acré', di ant qu'eU ,oyait bien qu'il
fallait mourir ici; r1ue se ennemi allendaicnl sa mort pour pou\'oir l'accuser impun{oment après, et ju ·Lifier la conduite qu'on
a tenue à son éii:ard, mai qu'avant de mourir elle harger.ail on conîr seur de dire à
toute la France qu'elle mourait innocenle de
lout ce qu'on l'avait accu éc, qu'elle eu
jurerait nu'me sur l'hoslie en là recevant,
et qu'elle avait déj:L pensé le faire plusieur
foiJ. Jê la calmai .... ,,
L'héroïne avait disparu; il ne restait
11n'une "fieiUe enfant, craignant le fouet, et
é désolant parce qu'on lui avait ôté ses joujoux. i nos propre faible ses pouvaient nou
rendre moin évères pour celle d'autrui,
Mme du Maine aurait amassé des trésor
d'indnlgcncr pour on craintir époux pendant
le cinq moi de Dijon el l troi · de Cbàluns.
S1 s aLbé· et poètes de cour, qu'elle a,·ail
enrôlés lion gré mal gr: parmi es complic ·,
11e faisaient pa de leur côté beaucoup meilleure fi~re. Le cardinal de Polignac avait été
exilé dan .on abbaye d'Anchin, en Flandre,
M. le Duc, a1·heva de la mcllrc bor~ d'dlc. où sa beauté et ses grâce étaient du bien
Elle . 'écria en 'adr . anl 1, La Dillarderic : perdu, cl il e consumait dan la douleur cl
l'inquiétude. li avait encore plu peur que le
Aux fureur~ tic Junon Jupilr r m'alia111lonne,
duc du faine,et il pleurait la perte de l'Anti11uis elle tempêta en pro c contre son détes- Lucrèce, .aisi avec les papiers du complot.
table neveu el vomit contrll lui mille injures L"abbé Dubois lui remoya son manu cril,
plaisantes - même en colère, ellll :nait de prit oin qu'il ne manquât point d'araent el
l'e·pril - qui âcbevèrenl d'éblouir L1 Billar- le l:ii sa recevoir toute les visites qu'il vou•
derie et de le subjuguer. li prit à tùche de la lut. Ces allentions ne ra ·surèrenL pas le carconsoler. On s'arrêta ouvenl et loogtcmp . dinil, qui ne pouvait e remettre de .a frayeur.
On changea de voiture. On lat pourtant obligé li en rnulait amèrement 11. la duchesse du

HISTORlA

1

MADEMOISELLE
ET

FRÈRE, LE JE

DE

TE

LAMBESC
OMTE DE BRIO

Tableau de :-;-ATTIE R. (Collection LA CAzl. ,1 usée Liu Lounc.

E.

�'--=--------~---_;_____________________
Maine d'avoir abusé de son autorité pour
l'entrainer dans une mauvaise affaire.
L'abbé Brigault continuait à avouer tout ce
qu'il savait, el même davanlage. Il dénonçait
jusqu'aux valets, sous prétexte que le soin
de son à.me exigeait qu'il dit toute la vérité.
Tartuffe n'aurait pas renié la lettre qu'il écrivit à fa femme d'un des conspirateurs qu'il
avait dénoncés.

« MAJl\llF.,
« C'est avec la douleur la plus vive CJUe je
vous écris aujourd'hui pour vous apprendre
que je me suis déterminé à déclarer à Son
Altesse Royale tout ce qui est venu à ma connaissance. Dieu m'est témoin que s'il n'avait
fallu que mon sang pour YOUS conserver et
M. de Pompadour, je n'aurais pas balancé un
moment !1 le répandre. Mais, madame, vous
connaissez la religion.... Convaincu d'êlr e
l'âme de celte malhcureus~ intrigue, je nl.l
pouvais espérer l'absolution de mes péchés
sans rendre témoignage à la vérité. li fallait
donc me résoudre à mourir désespéré ou à
rendre témoignage à la vérité que l'on a droit
d'exiger de moi. Je me suis représenté les
conseils· que vou m'avez donnés vous-même,
et je crois ne m',Hrc pas trompé en suivant
le lumière de la religion. »
Le bon apôtre!

M. de Pompadour, grand matamore en paroles, parut dans le danger un triste sire. Il
fit ce qu'il appelait

« une confession ingé-

nue ». Nous a ,·ons la pièce sous les yem:.
Il. de Pompadour y dénonce toul le monde el
gémit piteusement sur le mauvais état de sa
fortune.
Maléiieu avait été arrêté à SceauK, en même
temps que le duc du Maine. Après une résistance Lonorabfo, il finit par parler, comme
Lous les autres. Une seule personne demeurait
inébranlable : Mme de Staal. Elle était courageuse, el pois elle se trouvait bien à la .Bastille. Elle y avait deux amoureux; elle n'avait
jamais été aussi libre, elle n'était pas pressée
de s'en all~r.
Le régent désirait en finir, mais il voulait
que œ fùl avec honneur et qu'on ne pùL l'accuser d'avoir persécuté des innocents. Il promit de les gracier Lous, à condition que tous
avouassent. Mme du Maine dut boire le calice
et se confesser. Sa Déclaration est bien amusante. Elle s'-y montre toute préoccupée de la
crainte qu'on ne la rende responsable de l'horrible style du comité des seigneurs. Elle.tremble que a réputation de bel esprit n'en soit
compromise et elle in iste sur la douleur que
lui causent le fatras de M. de Pompadour cl
le « parfait galimatias » &lt;le M. de Laval. Elle
proteste à plu ieurs repri~e qu'elle n'a pas
fait &lt;1 la moindre correction » à leurs écrits.
Ayant ainsi pourvu au plus pressé et sauvé
l'honneur littéraire, Mme du Maine daigne
songer à son époux : « Il n'a jamais sa le
moindre mot de toutes ces intrigues; je me
suis cachée de lui plus que de petsonne au
monde .... et lorsque M. du Maine entrait
dan ma chambre dans le temps que je par-

lais aYec ces messieurs de ces sortes d'aîfaires, nous changions de discours. &gt;&gt; Par
malheur pour M. du Maine, elle ajouta de
vive voix qu'elle se serait bien gardée de dire
un seul mot à un homme de sa timidité;
qu'il aurait été capable, dans sa frayeur,
d'aller tous les dénoncer. Ces propos furent
répétés i la Déclai·alion de Mme du Mame fut
lue au conseil de régence, et le duc d'Orléans
se crut a sez vengé du mari et de la femme.
Les portes des prisons s'ouvrirent. Poètes el
gentilshommes, abbés el valets, chacun reLourna à ses affaires.
M. de Pompadour reçut avec son pardon
une aumône de 40 000 livres, qu'il empocha.
MmeduAlaincrevintà Sceaux üanvier1720),
où elle déb1rqua avec de grands ignes de
jo:e. Elle eut. l,ientôl permission d'aller à
Paris saluer son ennemi le régent. Elle lui
sauta au con et l'embrassa sur les deux joues.
M. du Maine profita de l'occasiQn pour se
dél.iarrasser de sa femme. 11 lui eo voulait
des peurs qu'i~ avait eues en prison el redoutait es folles dépen es. n se retira à Clagny,
reîusa de recevoir la duchesse et déclara
qu'elle aurait à se contenter, à l'avenir, d'une
pension. Elle fit tant, qu'au bout de six mois
elle le ramena à ceaux, où il reprit le joug
et 'appliqua de nouveau à tenir les comptes.
Le cardinal de Polignac garda rancune à
Aime du )lajne. Il donnait la comédie au pu·
hlic par la terreur qu'elle lui inspirait. La
d11chesse lui a_vait cmoyé une copie de sa Déclaration. « Il craignit de jeter les yeux sur
ces papiers, el le remit à un homme de confiance, qui l'a sura qu'il les pouvait lire sans
danger. » 11 bouda Sceaux le re te de es
jours.
Le plus content de tous fut un vieux marquis, M. de Bonrepos, qu'on oublia à la lla tille. Il était très pauvrt', ravi d'être logé cl
nourri gratis. Un lieutenant de police le découvrit au bout de cinq ans. On voulut le re~
lâcher : il réclama. On ne le décida à sortir
qu'en le plaçant aux Tnvalidtis. Encore fil-il
beaucoup de laçons : on dérangeait ses habitudes.
Mme de Staal fut aussi mise en liberté, et
ainsi finit celle terrible conspiration. Nous
renvoyons aux hi~toriens pour les autres intrigues d'Alberoni, qui amenèrent la guerre
entre la France et l'Espagne.

IV
Toutes ces vilaines histoires &lt;le procès, de
complots et de cachots vont si mal à celte
princesse Tom-Pouce, à ses pompon et ses
hochets, qu'on a peine à les prendre au sérieux. Elle font l'effet des intermèdes tragiques intercalés par Molière dans Psyché. Le
premier intermède de Ja. comédie ligure à
merveille la roule de Dijon, lorsqu'on a Liait
livrer la pauvre petite duchesse à son méchant
borgne de neveu : « La scène est changée en
des rochers affreux, et fait voir dans l'éloignement une ell'royable solitude. C'est dans
ce désert que Psyché doit être exposée pour
obéir à l'oracle . ... Femmes désolées, hommes

LA

DUCHESSE

DU M .Jf.1NE

affligés, d1anlanls el dansants .... 1&gt; Comme
ce hlllet de femm es clesolées et d'hommes
a{fiigés nous représentll bien la cour de
Sceaux un jour de douleur! Un autre intermède, celui des Enfers, rappelle &lt;! l'eiîroyable » citadelle de Chàlons, où Mme du Maine
crut expirer el versa tant de larmes. Au moment le plus tragique, « des lutins, faisan 1
des sauts périlleu.r, se mêlent aYec les furies». Ces lutios ne manquèrent jamais d'apparaitre au beau milieu des scènes les plus
dramatiques de la vie de la petite duchesse.
lis troublaient par leurs sauts la gravité du
pectacle.
Enfin le cauchemar était fini et les coupaLle&lt;J respiraient. Les lugubres visions qui
avaient hanté lclll' ommeil s'étaient envolées;
ils ne s'imaginaient plus rnlendre marcher le
bourreau ou drlsser l'échafaud. Leurs yeux
se reposaient avec délice sur le ciel souriant
de Sceaux, leur âme se rouvrait voluptueusement aux douceurs des petits vers et des
jeux innocents. L'aimable vallée Îèlait le retour de sa souveraine. Les Gi-lces el les Bis
repeuplaient les charmilles, non pas étourdi~
ment et en foule, mais peu à peu, avec hésitation, en divinités prudentes qui s'assurent
d'abord que personne ne le trouvera mauvais. Le fidèle &amp;lalézieu lançait à tous les
échos des chansons d'allégresse. Le quatrain
· suivant fut improvisé le jour où il revit sa
maitresse pour la première fois.
Oui, oui, j'oulilic cL ma capti,·ité,
El mes soucis, mes ans et ma colique.
Songer com·i()IJI à soula! et gaieté,
Quand je re\'ois votre face aogcliquc.

Toul rentra dans l'ordre accoutumé, el
Mme du Maine se retrouva exactement la
même qu'au déparl pour Ver aiUes, lors de
l'agonie de Louis XIV; elle n'avait que cinq
années de plus.
On n'est pas plus incorrigible. Après d"aussi
rudes leçons et avec tout son esprit, elle
n'avait pas perdu un grain de son orgueil, ni
renoncé à un seul enfantillage, ni appris quoi
que ce soit sur le monde, ni désappris un
mol ou un geste de son rôle de bergère
fardée et enrubannée. Elle était de ces gens
dont la provision d'idées e~t faite, et qui
nient paisiblement l'évidence, quand l'évidence les gêne. On disait de Mme du Maine
« qu'elle n'étail point sortie de chez elle, et
qu'elle n'avait pas même mis la tête à la fenêtre J&gt;. La seule trace laissée dans son esprit
par le lit de jus lice et le resle fut une crainte
salutaire de la police. Elle était guérie à jamais de la politique. On possède le tableau
de ses divertissements pendant toute une année. Il faudrait êlre bien méchant pour y
trouver à redire.
Ce tableau Corme un petit volume manuscrit, intitulé Almanach de l'année 1721 1 et
divisé en mois. Il coulient lei passage qui ne
se pourrait citer ici; la vieille aristocratie
française plaçait volont;ers ses plaisanteries
sous l'inYocation de M. Purgon; mais ce qu'on
ne saurait citer n'avait etrtes rien de dangereux pour l'Élal.
1. Voir la Comédie à la cwr, d'.\dolphe Jullicn.

�1f1STO'Jt1.ll
Jnnrier débute par un quatrain où ~fme Ju
~laine est per·onnifiée par Véou . Vénus avait
quaranle-cinr1 ans; qu'importe, puisque le.,;
d,:es es ne vieilli~ enl pas.
\'~uns, par ,on n•p1-cl 3lliranl 1111&gt; h,1n11nag-1•,,
Tieul a , our à , ,tufo ,,1 ,l;,o,rle 1'4p11t••·
On •1ui1tcr~ du l.01ng l&lt;•s tram1oi11cs ri,og1•s
Pour vi;Îlrr les mer~ du La~ oo. trophOI.

C'e t un peu pédant. Il est bon de pré\·enir
le lecteur que le beau nom de Lakano trophos
désigne un ruiss1•au qui traversait le parc de
ceau ..
On lit da11s ,l/ay :
@ Pur.

L LU\t, LE 11, , G llf.l:RE. '29 111,nns nu som.
- Frèqu1:11lc~ 1•1rtics ,fo quilles dans I• nU•i d1 lfarronnicr,,.

a:

Drn\lT.R QOAllTII n, L~

18, • 0

ILU'IIE.

'2i 111,ori;_,

Pif :li \Tl\.

Ca,·alcade .nr
ri,'•res.
•

,{r

.\snc~ Jans la for,•,t &lt;I,• Y&lt;'r-

~nl'YFII.I: IC--1: 1 1B

21.

il

l

IIF.t'Rr,

8

1111\trh

Le plai,ir, d ,Juillet .ont plus intellectuels :
PtEI\E L('~t. 1 E

u.

A

8

nt:CRF$

4i

Ill. 1 rr.

Ill I\JI, .

Explications ,\'Uomi•re, tic Sopliodc, 1l'Euripidc, ,le
Tèn:n · •, de \ïrgilt, elc., fiitct ,ur•I -(hamp par
rnt·

,r, Xicola,.

fücola était 1c prénom de !la~ézieu.
Q:

lh:R"l:R t/0 \ftTIEh, LE
(11!

111,

l

5

flfTRI .

;&gt;~

lll"l"TI.

11\TI'&lt;.

Crn11de dis1mte sur l"Immortalitt• de l'.\mc el ur
1~ s~ntimcnl 1l1• Dl -~arlei l1111d,e11l l'âme des Dest .

On remarquera que le mol âme e t écrit
avec un grand A c1uand il 'agit des homme ,
el qu'un petit d t jugé suffi ant pour fâme
de bête . Celte inégalilé indique quelle était
la philo. opbie officielle de la cour de , ccaux.
lme du ~laine re. la bonne cartésienne jusqu'à son dernier soupir.
L'année l 721 est tout entière aus.i bien
employée, et le~ armées qui suivirent n'eurent
rien à lui em·ier. Chaque sai. on ,·o)'ait l:Clore
quelque invention galante. ~lrue du Maine eut
de ber9eri, tenu de l'aduler en langag, lmr.oli14ue, el un ,, chef des Lerger », qui fut
M. de ainlc-Aulo.ire, connu par ~es petits
vers. 1. de 'ainte-Aulaire avait alor· près de
qualrC'-vin"t-di o.n~, et ainle-Deuve remarque malicieusement que cc cela rajeunissait
singulièrement la duchesse de 'être donné
un i vieux berger; elle ne paraissait plu.
qu·une enfant auprè tle lui 11. Le bonhomme
s'acquillllil avec infiniment d'esprit dr• e.
délicates fonction de flatteur en chef. Ce fut
pour lme du laine qu'il impro,i a on célèbre quatrain, dnns un bal où cllr le pre~saiL
dt• .e démasquer :
La •lhinité qui ·a.musc
A me d mander mon ~-rel,
.'i j'ëtai, Apollun ne serait pas mo Mu.se:
Elle serait 11" lis et le jour lioirait.

Elle eut un amoureux en titre, La Motte,
auteur d'/nës de Cauro, a,ec qui elle faisait
)'ingénue. Elle lui écrh·ait des lettre deslioé 's à courir le ':&gt;Ions du Paris, et il lui
répont.lail 4u'il arnil it usé ~ ~ . i!.!flalure ?,

force de la man,,er de baiser·. La folle était
a\'eugle depuis près de ,ingt ans et perclus
de Lou se:- membres. J'c time qu'il n'en ,alail que mirux pour :on roln d":i.moureux: il
~tait moin· comproml'ltant 11ue le lwau Polignac. tout r:,r&lt;linal 11u"élail 1·e dernier.
Elle cul Voltaire caché chez elle, dao nn
moment où il était brouillé a\'cC l'autorité
(17i6). On l'avait enferméd:ins une chambre
éc.1rtée. aux rnlel clo . Il y ,·écut deux moi!;.
Le jour, il écrivait aux chandelles Z(l(lig el
d'autres conte . La no,t, il e ~lbait chez la
duchcs.e pour lui lire ce qu'il avait lniL. Cc
furent de bonne., nuit~.
Elle eut dr comédies à foison, et des tragédie.,, de, opéras, dt•· farce , de ballet. .
Elle eut Voltaire pour fournisseur ordinaire
de pièces, el, comme en ce temp.-là, qui
VO}'ait Yoltairr ,oyait \lme dn Châtelet, elle
,·ut la a\ante traductric1• de 1 'tm ton pour
jeune première. \imc de t.1al a raconté Lrès
plaisamment, dan se. lettres à Mme du lleFfand, In ,-i~ite que ci' couple ine-0mmode autant que fomeux fil à .\lmc du .faine, dan
l'été de 1H7. La duch·.se .e lrouvail alor
au ch:Hcau J'And, qui lui était vcou par bérita11e el où elle fil de fn:.1ucuts ~éjour· sur
la fin de sa "ie.
• (t:i aoùl IH7.) lme du Ch.itclet r.l Voltaire, qui s'étaient annoncés pour aujourd'hui,
et •1u'on avail perdus dl' me, parurent hier
~nr le minuit comme denx speclr, , avec une
odeur de corps rmbaumés i1u'il semblairot
arnir apportée de leur. lomb,~.mx. On c;ortait
de tnhle. C"était pourtant de prclres nfl'amé ·: il leur fallut un .oupcr, et qui plu e l
dl!S lit , qui n'étaient pas prépar 1 • La conrierge, déjà couchée, c;c leva à grande hàLe.
Gap, qui aYail oll'erl ~on lo emcnL pour le
en pre san , ful forci&lt; de le céder dans ccluici, déménagea avec autant de pr'•cipitation el
de déplaisir qu'nne armée urpri e dan on
e.1mp, lais ant une partie de on ba,,agc au
pouvoir Je l'ennemi. ,ollaire s'esl bien trouvé
du "ile : cela n'a point du Loul con olé Gaya.
Pour la dame, son lit ne 'e t pa · trouvé bien
fait : il a fallu b déJo,rer anjoortl'hui .. 'otez
que ce lit, t&gt;lle l'avait fait elle-même, faute
de g•n . »
La leure qu'on vient de lire boulever.;e1·a
les idée de plu d'un lecteur ur les cours
d'autrefois. li esl peu connu qu'on élait expo é
~ fnird on liL soi-même quand on allait chez:
les prince .
Le lendemain J 6, Mme de .. taal ajoutait le
po l-scriptum que rnici :
« Nos revenants ne se montrent point de
jour: il:1 apparurent hier à dix heure du
oir. Je ne pen e pas .qu'on les voie guère
plus tôt aujourd'bui : l'un est à décrire de
banls faits, l'autre à commenter ewlon. Ils
ne "eulenl ni jouer, ni e promener : ce sonl
bien de non-valeurs daos une société où
h:urs doctes écriu: ne .ont d'aucun rapport. 1&gt;
lme de laal calomniaiL lrs « revenants ».
Ils n'ét:iient pa · d &lt;1 non-\·aleurs , car ils
répétaient aYec zèle le Comte de ltouriwufle,
de Voltaire, pour en ré.,aler leur hôtei se. Le
~O, autre lettre à Mme du 0rffand :
0

, Mme du Ch:Helet e l, d'hier, à on troisième logement. Elle ne pouvait plus upporler celui qu'elle a,·ail choi i: il y avait du
liruil, de la îumée sans feu (il me seml,lc
rrue c·c L son emblème). Le hruiL, ce tù. t
p:i, la nuil qu'il l'incommode. à ce qu'l'lle
m'a dit; mai· le jour, au furl de on tral'ail:
cda dérange ses idée . Elle Fait actuellement
la re\'ue de .es princi11es : c'est un exercice
fJU elle réitère chaque année; .an quoi ils
pourrai1:,nl s'échapper, el peut-êlre s'en alli r
~i loin, qu'elle n'en relrou\erait pa. un seul.
Je croi · bien que sa tète est pour eux une
mai on de force, et non pas le lieu de four
n:iissance. C'est le ca de ve.illrr soigneusement à leur garde. EII pr1Hère lù Lon air de
cette occupation ~ tout amusement, et pcr. i. te à ne ~e montrer qu'à la nuit clo. e. foltaire a fait des l'ers galants qui réparent un
peu le maurni· effet de leur conduite inu~ité . J
Le Conile de llo1mo11fle Fut joué le 2i août.
,1me du Châtelet fai. ail Mlle dl! la Cochonnière. Elle n'a\'ait pas le ph)·siquc de l'emploi.
~Ille de laCoehonnière e. t II gro ·e el courte , ;
Mme du Cbàteh·l était une grande femme
èche, avec la roilrine plate et une longue
figure os eu e. Elle eul néaomoio un vir ~uccès. Mme de taal elle-même en convient :
« flic de la Cochonnière a si parfaitement
exécuté l'exlravagance de. on rôle, que j'y ai
pris un grand plai ir 1.
Le re,·cnants partirent le lendemain de la
représentation, el ,1me du DclTand fut im·itée
à les remplacer. Son amie lui écrivit à cc
propo :
11 (50 août.) On \'OU. garde un bon :ippartement : c'ust ce.lui t.lont Mme du Châtelet,
aprè une rC\'Ue exacte de Ioule la mai on,
·'était emparée. Il l' aura un peu moin de
meuble 1~u'elle n'y en a,·ail mis: enr elle
avait déva. té tous ceux par oû elle arail
pa' é, pour garnir œlui-là. On n relroU\•é six
ou sept table· ! il lui en fout de toutes 1~
graudeu r,, J'immeo es pour étaler es p:ipier;;, de olid · · pour soutenir ·on nécc s:iire, de plu légères pour les pompon,, pour
le bijoux; et celle belle ordonnance ne l'a
pas garantie d'un accident pareil à relui qui
arri\'a à Pbilippe II quand, apr\ arnir pas~1:
la nuit à écrire, on répandit une bouteille
d'encre ur se dépêches. La d3rne ne 'e::.t
pa piquée d'imiter la modération de cc
prince : au· i n'arniL-il écrit que snr de~
affaires d'État; el ce qu'on lui a l.iarhouillé,
c'était de l'algèbre, bien plus difficile à remettre au net.
11 • • • Le lendemain du départ, je rcçoi
une lettre de quatre ,,a.,es; Je plus, u II Li Ilet
dao le même paquet, qui m'annonce un
grand d · ·arroi. . [. de \roltaire a éira.ré 'a
pièce, oublié de retirer les rôles, el pël'du le
prologu •. Il m'est enjoint de retrouver le
tout ... el d'enformer la pièce sou.~ cent rle/'x.
J'aurai cru un loquet suFfi anl pour ·!ardt:r
ce trésor. J'ai bien el dùment cxécuttl Ir~
ordre, reçu . »
Ce n'était pas une ioécure 11ue d'avoir
chez ·oi le grand homme el sa brillante comp3gne. IL re\'inrcnt lroi. mois aprè,, à 'ceam
0

"--------------------------------

LJt

celle fois, et un désordre singulier, ine,plicable, sïntrodui~it en même temps au chàleau. On jouait l'opéra. Jlme du Cb:'ttelet, qui
avait &lt;c une ,,oi, di,·ine », chanta de1r&lt; fois
fs.~é, "rand opéra h~roique ,le 1.n ~lolle et
De touche ..\ la première rrpré cotation, il
vint uoll telle foule que la duchesse en fut
excédée. A la crnnde, même cohue in upportable. ~lme du ~faine supprima l'opéra el
déclara qu'on ·l:!n tiendrait à la comédie, 1p1i
attirail moins. Uo donna le t 5 décembre une
pièce nomelle d' \"oltnire, liI Prucle, imitée
de l'anglai 1• Cl li y eut un monde . i affreux,
raconte le duc de Luyne dans ses Jiirnoires,
que . lme la duchne du laine a été déaoùtée
de pareils pectacl~. Elle rnnlut 1oir le billet. qui a,·aient été en\'o,·és. 11
C'est par là qu'il aurait fallu rommencer.
Le m\' lt•re s'éclaircit aus itôl. Yoltaire el
)tme du Châtelet avaient fait leurs invitatio;
de leur c,ité. Tl'Ar"enson prétend qu'il o'a\'aieot pa · eornyé moins de cinq cent~ biJlet ·
du modèle qne voici :
« De nourcaux acteur~ rcpréseoleronl, \'endrcdi H, décembre, sur le théâlre de
:m.i,
une comédie nouvelle en ver~ et en cinq actec;.
11 Entre qui veut, san aucune cérémonie;
il faut y être à six heures préci,es .... Pas é
six heure~. la porte ne. 'ouvre à per.onoe. »
Le public Ï•lail hJ.té d'accourir u ·an·
aucune cèrémonie o cl avait envahi le chàLcau. Mme du ~laine se fàcba, et se hùk
partirent plus lcil qu'il n') avaient complt!.
Il était au-de • u. des for· de Voltaire de
re. ter brouillé aYec une prince ·"e qui empêchait le eos d'ètr mi· à la Ba tille. Ifautre
part, la petite ducbe e regrettait son grand
huwme, l'étoile de on :salon. \'ollaire se
décida à la prendre pour e"érie liUéraire, el
ce fu l le prix de la réconcilia lion. Elle lui
fournit un sujet de tragédie el lui corrinea sn
pit'•n!. 111:i remercia par des lettre où il l'ai~
pelait « ma prolectrice, .•. mon génie •... :lme
de Cornélie, ... âme du grand Condé! » li lui
écrh·ait en DO\'embre l 7MI :

mourut d'un cancer au vi. age ( 1750), fort
Lien soigné p3r rn femme. ainte-Aulaire le
rnhit, à qualrMinat-dix-oeuf ans selon le
uns, centenaire .f'loo les autres. ~[me d'Ei.tn:1•!,, la grande amie de ,rme du laine,
mourut en 1717, Mme d1• taal trois ans
apr··.
Ces déparL~ pour l'autre monde étaient
gênanls. Ils dérangeaient le:; répétitions,
désorgani.aienl tout d'un coup une promenade à âne . \lais c"était l1ien vile Jini : on
}p, exp~diait trè: le lement. o On enlerre iri,
celle après-dinée, écrivait ~[me de Staal,
celle pauue Mme d'E lrée ; el 1mis la toile
sera bai. ée, on n'en parlera plu •. » Elle
ajoutait c1ueh1ues jour~ plu lard : Cl li faut
com·eoir 11ue nous allon un peu au delà de
l'humaine nature. Je ,oi d'ici ma pompe
funèbre : si le regret l plu. grand, les
ornements seront en proportion. 1&gt; Pourquoi
~(me du ~laine aul'aÎt-elle eu du cbaqrin?
Quand les gen étaient morts, ils ne pouvaient
plus l'amwer, il ne lui étaient plu bons à
rien, el elle ne dempodail •1u'à être débarr . ée de leur « pompe funèbre • le plu
vile possible. Elle-même di ·ait ingénument
« qu'elle a\1ait le malheur de ne pou\'OÎr .e
pa ser des per onncs dont elle ne e souciait
point. » Ain i s'explique qu'on la vit « apprendre avec indifférence la mort de ceu,
qui lui faisaient ,·crser de brmes, lor,·qu'ils
se trouvaient un quart d'heure trop tard à·
une partie de jeu ou une promenade 11.
Soiunte-di - 1•pl :in sonni\reol, et )lme du
Maine s'amu ait toujour . \'oltairl! écrivait dl•
Ilcrlin, le t &lt;lécemltre 1752, à l'un de plu.·
bl!au:x esprits &lt;le 'ceaux : &lt;&lt; Mcllez-moi toujours aux pieJs de \!me Ja ducl1e . e du
Maine. C'est une âme prédestinée, elle aimera
la comédie ju qu'au dernier moment; cl,
'lu.and elle sern malade, je \'OUS con cille de
lui adminislrN quelq_ue Lelle pii'•ce, au lieu
&lt;l'extrême-onction. On meurt comme no a
,écu; je meurs, moi qui Y0us parle, el je
grinonne plus de Yers que La .1olle-Houdard. ~
Hie ~lait toujour· violente et fantasque, el
cda lui seyait de moin en ruoin. birn am·.
l',lge; une jeune princes e peut a,·oir une
certaine !!l'àœ à frapper du pied et à demandl'r
la lune; une vieille naine en colt·re est un
vilain ol,jet l e cxlravaganœs n'amn enl
plu per oone. Elle éLail loujour exigeante ll
tyrannique, tenant ses invité dan uo .i dur
c clavaire, que De louche· prit un jour le
parti dt! s'évader de ,'ceaux comme il se serait
é,-adé de la Dastillt. Elle a\'ail loujour de
in omnic· peodanl lesquelle il fallait l'amu•r, lui faire la leclurc ou lui conter dl'S
hisloir '. EIIL· mettait toujour · « une quanti lé prodigieuse de rouge:. » el faisait toujours des séances t.le deux heure devant son
miroir, pendant le quelles elle \'0ulait un
cercle autour d'elll'. Elle était loujour gourmande; ~eulcmenl I ayant lroayé meilleur
pour ,-a santé de man~cr ~eule, il n'y avait
plu que a table de délicate : elle avait rogné
el ~implilié ln l.'lble de imité~. Elle a,·ait
toojour · l'esprit ,ir et curieu ; elle élait-lou-

Cl

UA l'IIOJECTRJCF, •••

(l li faut que \'Olre protégé t.lise à Yutre
Alll'.se que j'ai suhi en tout le con. cils dont
elle m'a honoré. Elle ne aurait croire
rnmbien Cicéron et Cthar y ont gagu •. Ce.
me· ieurs-là auraient pri vo avis, _'il ·
a\·aient ,écu de votre temps. Je lien de lirct
/tome sauvée. Ce que J'ot1·e Aliesse •. ei1ài.·ri111e a embelli a /ait 11n effet prodigieu.r
(novembre i 74!1). »
•
Le compliment e L déjà flatteur. Yollairc
lrou"a mieux encore le lendemain. Rome
a111•ée e ·t de\'enue « votre trarrédie ».
" 1 ·011 avoo · réprlé aujourd'hui la pièce
avec ce changements, el devant qui, madame'!
devant dl!S cordelier , des jésuites, des pères
de l'Ora~oire, des académicien , d, magi ·•
l~1 ·, qui savent leur _Catilinaires par cœur 1
\ ou ne ~auri&lt;U croire quel uccè i•olre trayétfie a eu t.laos celle gra\'e as emblée ....

1. nu Pfoi11 D,-11lu Je. "irl,erley.
'!. Ali\ urlcur,. Tlome ,a111•fi, ë11il la trazi•tlil!
1 que Il.• me du ain~ 11ni1 rolfnl,m 1.

a

.-\ me de Cornélie! nou · amèneron~ le ~énal
romain aux pieds de Votre Alte~. c, lundi. »
oe autre lettre, à d"Ar"l'Olal, expliquait
crûmrnt . on enthou~iasme 'pour Mmr du

\laine : « J'our:ii besoin de sa protection;
elle n·c~l pl à négliger. »
Rome sau1•ée fut donnée à Sceaux le
~ 1 juin 1750. La paix était foite, mais t ..é,ic
n'anil pa oublié le passé ~•t prenait ses préc:iulions, témoin le billet Je Voltaire ;1 L,
marquLe de ~l:i.Iause, écrit à ceaux même,
d'une chamhre à l'autre :
Cl Airn:il.ilc Colette, dites à .on Alle .e
:Jrénissim1111u'elle ~oulfrc nos hommages el
notre empre, emenl de lui plaire. Il n'y aura
pa. en tout cinquanle per ·onnes au delà de
cc qui viL•nt journellement à l'eaux. »
Voltaire jouait dans a pii·ce le rôle de
Cie •ron.11 y rcmporla un triomphe. Le célèbre
acteur Lcl.ain, qui fai'ait L\lntului; nra, dit
dnns se iJJi111oirei que « c'était la ,·érité,
Ciréron lui-même, loonanl à la triLunc aux
harangue .... 1&gt; fme du Maine fut charmée
de on acteur.
Les année coulaient, él ~[me du llaine
s'amusait toujour·. Elle am.il trOU\'é le lemp
de dcwnir dérntc entre deux parties de
quilles, el elle Yeillait à pré~cnt ur l'âme de
se· imitL:s; mai j usqu·aux devoirs de piét~
prenaient à ceau\ de pt!lits airs badins. ·o
jour qu'elle pre ait le \'ieux Sainle-.\ulaire
de renir à confes e, il lui repartit :
Ua 1,ergi•re, j'ai beau d1erd1er,
k n'ai ri,•11 sur ma cou,cicncc.
D grài,&lt;', rai le -moi P,:•d1er :
Apri-s, j~ ferai 1&gt;ëni1cnce.

La pelite duche:; ·e riposta par un quatrain
bien connu, mais tellem 'Ill gaillard que nou
ne le aurion répéter.
De temps à autre, la mort rnnail indi crèlemenl ·e rappeler au somenir de la «nymphe
de .'ceaux I en lui enleYanl l'un de se· fo.rnilier'. . Ialétieu disparut l'un des premier,.
Pui c, fut I tour du duc da Maine. c111i

DUCH'ESS'E DU

:;. \/f,nflÎrt

ile Lu.

11.,c_

JKJHN'E

--,

�, ____::.._
1f1ST0~1.Jt - - - - - - - " - - - - - - - - - - - - - - - - - - - jour éloquente, originale, ,frante pour le
plai~ir, enchantée d'clle-m1'mc d pcr·uadt\e
qul· ·i elle n'était pas uoc dée. c, il ne s'en
fallait 11 uère.
Cl'tle déesse avait un catarrhe comme une
. impie mortelle, et il eo résulta uo petit accident, le 2a janvi •r i 7t,;-,. 'ou lai .. ons la
parole au duc de Luynes : « Elle e plaignait
roolinuellement, tantôt. de rhume, tantôt de
mal aux reui, el avail ct•pendanl le fond
d'une tri• honne santé, quoique la conformation de son corp ne scmbl.'tt pas l'annoncer. O•puis un an ou deux, elle avait été en
effet aswz incommodé,•, el à la fin elle • l
morte d'un rhume ,,u• Uc n'a pu cracher. 11
Mourir d'un Q rhume qu'on n'a pu cracher • ,
cc n'e l gui·re poétique pour une nymphe;
mais on mt'Url comme on peut. ~lme d11
\laine lai. .ait cieux fil , le prince de llombes
el le romle d'Eu, 11ui ont !ail peu de bruit
dan le monde.
Ain i finit cette étran 11e petite cré.iturc. A
lran•r s ,. étourderie.. .
innularilr, ' SC
inégalit6 d'humeur el d,i mani1'·re , une

chose. du moin , demeura en die toujours pa ·· semLlahh:- à nou-, el C-Ontrihucnt ain:i
fixe èL inéLranlaLlt· : la foi en la divinité de à nous 11• faire oublier. Comment aurioo ·son ran . C'tsl là ce 11ui e pliqul' a superl,e nou. la foi, s'il ne l'ont plu ?
indifférence pour autrui et ce 11oe, chrz une
Le respect pour le demeure. ropl1• 't1n
moin 11 rande dame, nou, nppcllerions son est allé a vc&lt;· le respect pour le · pe; ·onnes
é"oi me. Et c'e t là au· i rL qui la r nd pour royale . Le domaine de .'ceau,, conû qué
nou. ,i ruricus • cl si iolérc,,anlc, au même par la Coo,·ention, fut vendu en l 7!l à un
litre riue, dan · un muséum, le. qul'lelte
lrnmme Je peu, qui d~molil le chiileau el Il'.,
d'une race d'animaux di. p3rue. On a dit, 1·l ca rade • a.b:illit b arLr · cl tran forma le
prél'isémcnl à propos d'elle, « que les princès parc en lem•, de labour. Il ac• lai- :i ~urrc .
i:taient en morale cc que !1:~ mon ·Lrcs onl Jd,out &lt;file 11• pavillon de l'-t\urore, êt un
dan· le pby irt ue : on mi L en eux à di:cou rrrl lambl':iu du parc, qu'on lui radie.la et qui
la plupart des viet.• qui .unl imperet•ptihle:- et.i le encore, arec e- charm1lle taillée·, •
dan. b autre. hommes • · Ilien dt! plu nai SC houlinarin ' ses déLri· dt colonne . . c·e:-.t
au ll'mp où elle 1irnil. 'ou ne oou ' dou- là qu'était aulrcfoi, la MénagNie. On y a
tons 1raimenl plu · dl! ce que c't:tail, il l a in ·Lallé un b.,I public rl le gri. elle· parideux sit•cle •• qu'un priure ou uoc princes c,
iennt1s ,·iennent rlan ·er le Jim:inchr. d:in.
CC' être 11 part,marqués au front d'un Cèau
le allée~ où Mm1• du Main1) jouail :11ec ses
divin, affranchi. par droit de nai ·,ance de ouistilis en cherchant une de,inetlc.
tout tlgard en\'l!rs le commun de~ l1ommc · cl
Le ha ·arJ a été spirituel. Ce joli 1wtit roin
relevant d'un,• morale . péciale, faite par eux dt la Ména"eric n'a pa. cbaugé de de tination.
et pour cu1. Le prince el 1»-inccs e d'au- JI est re _lé comacré aux faribole et aux
JOurd'hui ne _s·en doutent plu eux-mêmes. cabrioles, rommt' au tt'mps de la petite duIls oul,lienl à r.ba11ue in.tant &lt;J11'i6 ne soul rhes,,,.

.,.

.\RVU&gt;E HARI C.

___________________

rendu dans la Del'.!Ïquc ... 1111e &lt;le là il pa~sa
en Allema~n • et habita pentlant 'lnelque
temp· la ville de Colo~ue, où, pour sui, i ter,
il ouvrit une école pour Jes enfant'. Dégoùté
de a nouiclle profe. . ion, il &lt;Juilla Cologne,
annonç.ant le des ein de se rendre à Lundrl' ,
et de là aux lie , où il "crait 110.~il,le 11u ïl
véci'tl (Vlcore. »

de !i:I volière el nou mettait entre le · main;.,
le~ un aprè " les autres, el&gt; moineaux cl .es
pigeons. Un j~~r il no~; ~on~a ~n- L1·au
pigeon .... Oublie dans le prdm, 11 pcr1t pendant un• nuit d'orage. A la nouvelle de celle
mort, le· larm de füximilien roul'•rent, el
il nou accabla de reproches 11uc nou · n'a,ioru
que trop mérités. »

Troi: aonL:C _'étaient écoulée~. llesdernoi•
l&gt;eru: des enfants ain. i abandonnél's, Charfolle et llenrieue, furent recueillie par lcur- selle de Robe pie1Te ne pournieot sufftre à
tanlcs paternelle.. Françoi Carra ut d'lnna la tâcbr. que le dé"ouemeoL leur a\'ait fait
a ile à es petits-fil·.
accepter. Dan l'iotérèL de leur nih:e_, elles
MaximilienJ dè5 qu'il ut lire cl écrire,
ollicitèrent l'appui de personne. charitable .
uivit comme externe les cour du colll&gt;!!e Leur grande réputation de piété assura l'effid'Arras. ous la direction des prêtre· . écu- cacité de leurs demande . JI exbtait à Tournai
lier~ qui dirigeaient cette mai.on, il apprit un établis emenl charilable, erré par tarianne
!!taluilemenl
les éléments de la lan,.uc latine. cl Jo.epb fünarre, ~n fa~eur de filles p~u_ues
i,
c· était un enfant érieux el applhaé à l'étude. de l'à11e de neuf à d11-hu1l an., et adm101. Iré
La pcrsé,érance de ·on travail lni as~ura de c-0nœrl awc le ma~i lrat par le recteur du
hicnttit le premier rang parmi les écolier" de collènc de.'- jésuite . Le jeunes filles admis
rnn ,ige. MaL il avait d\; lor.,, au lrmoi .. nage au1 1l/n,u11·1·e.~ devaient apprendre à lire cl
d'un de ~e. condLciples, Lenglet, futur
agent national de la
commune d '.\rra ,
« un raractère détestable cl une en\1e
d lmesurée de domio r ". Charlotte de
Hobespierre retoonait
« qu'il partageait rarement lesjcux el le·
plaisir d .c camarade ; il aimait à êlre
.C'ul pour méditer à
onai e el pas ail de·
heure· entières rélléchir o.
Les amu emcnt ·
au\11ueJ c forait le
jeune Maximilien ne
A Parb comme à
ré, éJaien l d 'ai lieur ·
,\rra , llobe~ierre se
aucun in tioct cruel.
dLtiogu:i par son a.c 11 a,ait ::ippri. de
siduité au travail.
.·a mère à confectiooQuoiqÛ'il eùt à lutter
ner de la dentdle el
contre des concurilcofaisaillrèsbicn. D
rents plu. redoutable·
- 1 On lui a\'ait donque ceux 11u·n avait
nt':, &lt;lit Charlotte de
lai sé dans sa ,prollobe pi rre, des pi,·inc , en deux an il
geon. et des moiallei!!Dit le premier
neau dont il a,ail
rangparmi escondi le plus grand oin, cl
ciple . Au nombre de
auprès d quels il ·eœnx-ci étaient : Canail . oment passer le ·
mi Ile D~· mouliri ,
moment· qui n'étaient
boursier du chapitre
p:t, cons cr· à l'élude Laon, décapité le
de. 'l'ou les diman5 avril t 7U i; Duport
ches, on nou enrnlail
du Tertre, le futur
chercher, ma !;œnr et
ministre de la ju. lice
moi, pour nou ·· réunir
~l.\)SO:&gt;; DE ROBESPŒRRE i RUE DES R.1.l•l'ORTEOR • .\ ,\RR.A~. - Croiu•~ .k l i . Lu unu:.
en li90, décapité le
àno dcu frl-re .C'[...
2U novembre l ï!la ;
laient des jour' de joie
l'abbé Tondu, Lourel de bonheur ponr oou ·. Mon frère Jaximilicn, à éaire jusqu'à cc qu'elle Ju~' .. col c.:apaLle
ier dn chapilrede O)Oll, qui, ,ou lt'. oomde
qui faisait une collection d'imane el de gra- de ervir el de gagner de quoi ti1Tc. Char- Lebrun, de\'Înl ministre de la guerre apr'· le
1·ur~, nou étalait ses richc~.e cl était heu- loue el Uenrielle de llobe pierre furent JO août d fut d&amp;-.apité le '27 déœmhr · 170:i;
reux du plaisir 1111e nou. éprou,·iofü à 1'- admises comme Lour ièrcs dan. cet étauli - , ullcau, le futur rédacteur d1· · .lcle · ile,;
contcmpler. Il nous (ai ail au ~i le- honneurs
emeul.
Jpotres, ma •..acré le 10 aoùt.
0

1

,
•
Les /Jrem1eres
annees

de Robespierre
François de Rohe. pierre - eelui qui de- firent réprl&gt; enter pour la C-On~litution de dot
de Bobe pierre de. deloir au- i sacrés qu'au·vait être le père du célèbre comentioonel 1 par maitre Corroyer, procureur au con cil
1ère. ; mai il n'était pa- à la' hauteur de a
fut pou é ver l'étal reli"ieux par _ père d'Artois : le 111aria1tt apporlail à la commulàcbe. ,· il bizarrerie naturelle, . oit é arc1
e:l mère. Peut-être quelt1uc. , carl de jeu- naulé une somml! de 2.000 li1•rc.Q, le parents
llil'nl de a rai.son accaLlée p:ir le malh.eur.
ne ·e leur inspiraient-il des craintes 11ue de la future promettaient :i.000 line ,
on le ,·it bientôt, au lieu Je chercher dans le
ravenir devait ju tifier.
payabl en plu ieur · annuités.
tm·ail l ressources iodi,pen. able· à l'éducaA l'àge de dix- ·epl an·, iJ commença on
Quatre moi aprè une union contractée
tion de quatre. enfants t&gt;n bas :lge, renoncer
noviciat chez le Prémontré de Dammartinou d'au j triste· au picc naquit celui qui,
à l'exercice de . a profe. sion, végéter d:in ·
en-Ponthieu. Mai , au moment de prendre trente-cinq ans plu Lard, demil ètre un des
l'inaction
pendant plusieur année., abanJ"habit, il d ·•clara qu'il 01• se entait pa de flt1aux de la France. llaximilicn-~farie-lsidonner enfin famiUe el patrie. A quelle épovoca.Lion pour la ,·ie mona tique el e fixa ÎI dore de fiob~pierre ,·illejour le Gmai f75 ,
que 'éloi!!lla+il d'Arras et vers 11uel p:iy
.\rras. Apr~ · avoir !ail .·on droit à l"univer- et fut bapti é quelque' heure plu t.ard. Le
dirirrca-L-il ses pas? Il rè1roe à ce sujet une
ité de Douai, il fut reçu avocat au con eil purain était maître laximilicn de Rollesincertitude d'autant plu grande i111e ,a fad'Arloi , le ~O décembre 1756.
• pierre, « p~re-grand ll du côté pJternel, avo- mille elle-même n'en sul rien.
•
On le ,·it hientôt débutant dans la ,,ie par c.tl au con il d'ArtoL, el la « marraine D,
c On lui con, eilla, dit dao e .llt!moÏ/'es
un actl! d·incooduite .... Ce fut, en elTel, pour dmnoi eUe farù.--lfar •uerile Cornu, femme
Charlotte de Rob• pierre, de vosa 6er pendant
réparer les uiles d'une séduction devenue de Jacques-.Françoi Carrant, a mèrc-"rand ,,
11uelquo temps pour c di traire; il uhit c
manif ·te, qu'il épousa, le 2 jamier t î5 , du côté maternel.
con eil et partit. lai·, héla l nou ne le
après une ~cule publication de han faite la
Françoi de Robel pierre eut trois autres
re~im · plus .... Je ne sai daw qurl p:11s il
,·cille, Jacqueline- largucrite Carrant, fille enfant. : llarguerite- farie-Charlottc,
fé- mourut. ... t
d'uo Lra seur do? la rue Je Ronville. Aucun nier J 700; Uenrielte-Eulalie-Françoise, ~ déUn bi.Lorien ,,ui llcrivait en 17tl5, tout en
parent du mari n'a i ta, ni à la rédaction ccmbre i 7G 1; Augu tin-Bon-Jo eph, 21 jan.I! trompanl sur la cau~e du déparl de Fran- •
du contrat de mariarre, ni à la cérémonie reh- ,ier J 76:5.
çoi di; llohe. pierre, . e prétendait mieu1 ren!!Îeusc. faitre de Robcspitme el ~a femme e
La naissance d'un cinquième enfant qui ne
eimé . ur la mite de se aventure : a A la
1. Le ëlémcnt tlè cette étu,lc unt étc cmpruut~
,écut que quelques heure1, coùta la , ie à mauite d un procè.s perdu, il quitta brusque-i J'uun ge i compl •t 11u'un 111cien avocat d'Arm
dame de Robe, pierre. Elle expira le 1ü juilment le pay . Oo a,·ait ignoré jusque-là la
J .-.\. l'an,, •1ui rut mioi Ire rl ' lrn1ux pul,li ,bo,
1 1-1· l à . • • .1 •
f
1,· rabin..t llruglie-fuurtou 1n3i tl!7i), 1 ,·onnrrè à
et I J·•, ~me agce ue llll,ll-neu ans.
route qu'il avait suivie. .Nous venon de
la j un~ e ,1 l htun ilici1 R,&gt; • pierre.
Cette fin pr~maturée impo-.ail à Françoi,
di'counir 11u'au . ortir dt' ·a pairie, il -·~tait
0

:

ln au aprè. 11ue
sœur · a,aient été
admi,es gratuitement dan cette mai.:on
d'idui.:..1tioo, ~laximilien r \Cernit d'un abbé
de . ainl-Yaa t la faveur d'une éducation libérale. ~e tante profitèrent de leurs relations
avt1&lt;' un chanoine de la cathédrale pour le
recommnoder. Leur démarcb furtt0t couronnée de ~uccè:. A l'ouverture de l'année
scolaire J7tî!l-1770, ~Jaximilieo fut admi. ,
comme Loursierde ainl-Yaa 1, dan la classe
de cinquième au collène Louis-le-Grand de
Paris. li était à é de onze ans.
Ce ne fui pas .an· nppréhcosion que mesdemoiselles de l\obespierru se . éparèrent de
leur enfant d'adoption. Elle le reêorumandèrcot à un rliaooine du chapitre de 'otrcDame de Pari , M. de la Hoche, qui était leur
parent. )la1imilien devait trou,·er en lui un
protecteur el un mentor, el malbcun?usemenl
le perdre au boul de deux ans.
Une autre femme pous.ail plu: loin e~
pr cntimcnts maternel· : a J'o e espérer,
monsieur, écrivait au
préfet de élude., de
Loui - le-Grand une
dame d'Arra , madame . lercier, 11u 'à
toute le Lontés 11ue
,·ou ·avez déjà eu.?
pour mon ftl ·, You
voudrez bien 3JOUlcr
encore celle de ·urrcillcr un peu ,e société ·, el surtout de
lui interdire Loule
frtii1uentalion avec Je
jeune Rob~pierrc,
qui, entre nous, ne
promet pa: un bon
sujet. 11

• 1::5 "

�111STO'l(1A
Le nom de aximilitm ful cité dans le
alor.: retiré à ._aint-Denis, montre aYcc quelle
concour· de l'lJniversité, au· année,· 17î'2, ~édicresse orgueilleuse le boursier de ~ aint- réfazié à Ermenonville, était d'ailleurs fort à
H et ï5. Il était alor· élève de quatrième, \ aa l, le protégé de l'é,·êque d'Arras, sa,·ait la m'odc parmi les jeune,; gen~. Lazare Carnot,
pl'ndanl qu'il était élè\·e d'une école préparade seconde et de rhétorique. fiob 'pierre
ollici Ler un liienfait.
toire
pour le génie militaire, a,·ait ré olu de
doubla celte dernière clas. e. Il y avait pour
lui
porter,
en compagnie J 'un c.1marade, le
• Pari,, rc 11 ai-ril 17il&lt; .
profe. seur un homme tlrudit, admira leur pa tribut
de
sa
juvénile admiration. Le philoionné des anciens. Le lfomai,i (tel était le
11 "onsieur,
sophe reçut fort peu gracieusement -~ jeunes
.-urnom qu'Hérirnux avait reçu de es élèn: )
« J'apprends que l'1hè11u • d'Arras e ·t à
croyait reoonoaître en fiohespierr • un carac- « Pari., el je voudrais bien le voir .. lai je disciples, et ne répondit /deur naï,·e affection
tère fait à l'anti11ue, d se plaisait i1 vanter 11 n'ai pointd'habitetjem:mquc de plusieurs que par des rebuOade~.
Cependant, la Lour~ de , aint-Vaa t person amour de l'indépendance. Le di ciple, « cho~es ans 1 ·quelles je ne pui sortir.
s.wourant les complimPnlli du maitre, po ·ait t! J' ' pèr · tfUe ,ou. voudrl'z bien ,·ou. donner mettait à floI,e pil'rrn de uine les cour de
théologie, de droit ou de médecine. Il opta
à -.on tour en citnyen de f\omP
11 la peine de venir lui e,poser ,·ou ·-même
Pendant ~fil ïl ·uivait le cours de rhétori- Cl ma ·iLu:ition, aûo d'obtenir de lui ce dont pour le étude qui de,·aient le préparer à la
profes ·ion qu·(n·aicnt ·uivie .c pi:re · el ,·ers
que, Hob ,pitrre, à u recommandation d'll t. a j'ai be oin pour paraitre en ·a pré, r.nce.
laquelle
le portaient e "oi'il. nalurd ..... Il
riraux, ol,tiut une favt•ur insinue. Loui- X\'J
• ll~ suis avec re pcct, mon ieur, voire li.ait les mémoire.&lt; curieu1, ui\"ait le cause
venait d'être acré à l\eim-. ccompagné Je 11 trè humble et trè obéi~sant errilcur,
célèbres et courait au Jlalai entendre le
Marie-Autoinelle et d, princ du ang, il
« DE l\onF,1•mn1u: ainé. »
plaidoyer .d'apparat. Quoi &lt;[U'il en soit de
foi ·ait son entrée dans la capitale. L'unh,.r· préférence. pour l'art oratoire, il c.t cer, ité de P,tri , " fille ainée de 110' roi_ • ,
Il e.L nai 4u'au moment où Maiimilien tain que flobe pierre ne ~acriûail point aux
s'était rendue en corp au collège Louis--le- s'attirait ainsi l'animadver ion de l"aùbé
Grand pour complim •uter le jeune monar,1oe Pro rt, l'esprit du collège toui. -le-Grand audience du Palai' le temp · néœ saire à la
préparation d • examms. En moiu · de troi
!Ln· 1• trajet de l'é li e métropolitaine à Ci!lle
e tran form.tit. Oo tolérait notamment que an. il conquit tou ~ e~ "rade . H oLtint l'n
dl' ainte-Genevièvl'. Entre le milliers d'élè1·es d' \lemLert entretînt des relations avec pluqui prupl:tient le - collège· de Pari , on ne si 'llr' des élè,e . I.e nouveau principal, Denis efieL, Je 31 juillet 17 0, es lettre~ de haccapouvait en admettre 111i'lm .cul à l'honneur, IMrardier, - qui plu tard devait donner à launi.at en droit; le i 5 mai I i 1, . on diambitionné J Lou , de haranguer les nou- Camille O moulin. ln bénédiction nuptiale, pMme de liœnre, et, le '2 août ~uh-ant, il
veaux ouvcraius. L'être pri,ilé,.ié snr !(UÏ - îavorÎ!iait l'établi · emcnt d'un r1Hme de fut reçu a,O&lt;'al au pari ment de Pari..
Le~ dernier succh de H~ierre lui
tomba le choix de l'univer. iré fut ~faximilirn tolérance en rapport :n•ec l'e. prit "l!néral dn
as,ur1•rent
un témoignage partic.-ulier de hiende l\obt~picrr . Lor que Je , principaux digni- siccle.
, cillancc. Cha11ue année, l'excédent d 11'taires du corp~ enseignant eurent fini leur
.\ partir de ce moment, Hobe pierre, dédiscour:;, il présenta au roi et à lo rrine, au barras é do toute contrainte, Cl'S :1 de remplir ,cnu~ du collr e était employé en récon.nom de &lt;' · condi ciple·, une pièc • dt? n·r · ses d ,,·oir religie1n. ttr,·c de philo ophie. il ptn e que ll' admin1 lrateur · accordaient
latin composée pour la circou,lancc. - « Et ne prêtait ,,u·une attention médiocre aux aux hour~ier 11ui , 'élnient di tingués Jan. le
j'élai pr 1~cnt à cc spt•daclc, dit l'abbé 1,-çon,- de l'.ihl,é lloyou, rnn profc seur; il ~c cours de l&lt;'ur · étude~. Lti 1!l juillPt, ur le
l1ro1arl, dllpo iLairc de aumôrws que faisaient )las ·ion nait pour le écrits de Bous.seau. rapport ,le l'abM Bérardier , llol,espierre
annuel! ment à llohe)pierre l'é,ëque el qul'l- « llomm • divin, écrira-t-il Lil·ntot, tu m'ns ohtint une "ratilkation dl! 600 linc · a ur
ques ch:tnoines d'Arra:. Je l'nais fait h biller appri à me connaitre; l,ien jeune tu m ·a.s le compte rendu, par 1. le principal, des lapour qu'il pût se présenter décemment. li fait apprécier l:1 di"nilé de ma nature cl réflé- lenl éminent dont il a fait pr1mw, de sn
me emblc'en ore roir le jeune monarque et chir aux grand~ principes de l'ordre ~ociaL .. bonne conduite pendant douze an et de if?
uccè dao le cour de . e~ cla ·' , lant :llll
on épouse abai r d • regard de Lonté ur Je (ni 1'11 ,Inn · tr., der11ier. }011 ,-.~, et c~
di.
triliutions de prix de l'unil'er,ilé 11u'au1
le .erpeut qui rampait en ce moment à leurs
ou"enir est pour moi la ourcc d'une joie e :unens de philosophie et de droit ».
pied. (:ûc), chantant leurs vertus et prt: a- orgueiUeu e. J'ai contemplé tes traib auCette rt!compen, c ne de,·ait pas ,culenu·nt
gcanl le r\gne de Ir.or bonheur. »
gusl~; j'y ai ,·u l'empreinte des noir· chacrvir à a,. ur •r le frai. de premier élalili ·Bohc.~picrre, au yeux d _ prok~eur
grin. auxqueL t'avaient condamné les inju~ement du jeune a,·ocat; le éloger qui accliar,.és de l'en~eignement, ne méritait yue til' . des homme . » Cet extrait d'une Mdicace
compagnafont
la gratification nutori~èrcn t
de éloge . ~lai· il ne répondait guère au. adre:..ée • aux mànc du philosophe de Gefa imilien à .. e présenter au prinr.e cardinal
oin · d - ma1tr' prépo,é: ·pécialement à uèrn » nou: monlr • CfUe, bien jeune, Hobe~l'éducation : œn eur ,évèrc de la conduite de picrre était de\'cnu lc di: iplc du . ophi. te de Rohan, abbé commendataire de aintes camarades, infatué de . a propre excel- dont il ruettra plu· tard m pratique le · Vaa.t, pour le prier d'accorder à son frère
lence, ennemi de toute contrainte, rempli Lhéorie · sociales. P'Ut-t'tre même faut-il con- .\ugustin - - qui avail alors dix-huit an d'arndo11 pour le· cxerci~ r•licicu:c , t n'l clure, avec Ch:irlolledl' Robespierre, C'fUe~axi- la bour e dont il :tl'aitjoai. Le prélat le r 'ÇUl
participant que machinalement ••. il se mon- milicn Fut admi à l'honneur de contempler 3\'CC la plus grande bonté et accueillit fa,·orablement a requête.
trait incapal,le de reconnai ~anco cnver · se
Jean-Jacque.. Cette entrevue e placerait au
Tout souriait au jeune lauréat, lor~qUt',
bienfaiteur .
plu tarJ en I i7 , pui ·que Rous eau mon ru l pounu de on diplùme et riche d'e:péraoce~.
ne lettre qu'il écrivit à l'abbé Pro1art, le ;; juillet de celte annt:e. Jean-Jacques, :1Iors
il reprit le t·bemia du pay natal.
0

J.-.\.

P.\RIS.

LES IN DISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE
et,&gt;

L'aspic de Cléopâtre
•

li 1· n de· ligures historique,. 11ui ont le
ril'ill-nc
d'ent,·er de plain-pied dans la Jt:P
gende.o Il emLle qu •die exercent ~ne sor t_c
de fa cinalion el qu'on ne 1 · pw e ,01r
ctu'au travers d'un mira c. Au gré du tempérament de chacun, 1:adulation se change
en inH'cthc, le panégyrique en pam_Phlet, l'i
la ,érilé ...orl de cc éprem' · iarrubèrement
déformée.
Il e t de a cendaut · prrsti.,icu auxqucl
on ne peat que malaisément se .:ou traire;
c·~ l une inlluence de cette nature que produisent, ur ceux qui les :ipprochent ou !l'
étudient, celle · qui ont pa ...sé pour de· rrea111,-e.~ (&lt;1/a[l'.11.

E\l-il une femmc qui ail exrm\ celle ,.orle
J'aurac:tion I au même degré 11ué Cléopàlr•?
1. Celle sf1h11:lio11. ,·Il,• l'a eu •rcèe même apri.-s ,a
mort. Le baron de l'1 oke,,cb-O,l1!!1 fui ~n ~mo~rc_u!
pn thumP de Clèopàli-e. comme Victor t,ou,in I a etc
d · bellrs dame.. ,le la fromle ; Yal,·1. ,1 la ~u llnrJ
rl ,le Charlolle Conlay ; li . tle 1biar, du lane-A11lo1nellc. •·le.. le.
•
'.! . Cc ·crail une l'rreur de croin: ,1uc Gléopatrc

Par le Docteur CAB

ES

,bsel\Îr Je,. maitre - du monde n'c I pas li!
rait d'une courtisane rnl,.air• 2 ; il · fallait en
plu. l'attrail de on commen·c. au4uel il htit
i mpo .... ible de ré i ter ; le · a "'rémenh d~ a
ligure, joints aux charm ··de a ~onver. :il1ou;
toute 1 "rlÎces, en un mot, qui peU\ent relever un heureux naturel et lai ,er dao l':lme
« un airmillon qui pénétrait jusqu'au vif-.»
Cléopâtre était plus que belle, ell1: était
pire'·
•
.
,
ne telle pui ·.anœ dt c&lt;lnelton u[ht-elle
à expliquer SC' victoire· g:1lantcs? N'e _L-il pa ·
à pr'sumer qu'il e rendaient pl?- fa~ilemenL
à merC'i, le hommrs dont le hberl111age cl
J';1bsenre de \'Olonlé nous ·ont attesté p~r
Lou le hi~lorien 1 Chez la plupart de~ denndieux., la nature reprend, du re, te, . es droit~,
d~ 11ue s'en offre l'ocr.a.ion, et d'autant plus
impérieusement qu'elle a été plus longtemps

eumprimi'.•c : c'c l c«· 11ui se pa~sa pour Antoine.
Apri,, a\oir \'écu Je privation , A~~in~
'éto.it rn au ..ommel de la fortum'. Emue
de • ·ul'cè , enorgueilli p:i r ~C!, \'Îcloircs, il
élnit une proie facil •, un faihle jouer cotre
les nnin~ de la cbarmcu~e, qui d :pto ·a pour
le con,[uérir ton· es t.alr.nh rie fa.cination.
)lai· pourquoi insi Ler ur dl' fait trop connu. , ::;inon pour établir une prélare au drame
11ui ,a . e dérouler, cl dont Cléo11àtre el .\ntoine seront b protagoni te·.

rut au,, i c~l~l,~c 1~1r

\I \leumlrc lia, de Z0&lt;.11En. mcmlire corrt •pon,laul
de l'ln, tilut F.gyptien , parue 1111 Caire, ,•n t ' :-i, u,
le Lilre ,le : l ,: lnmbr,m tle t:/rn1 11 1/r,• )
:;, l'trTARQUF. , 1ï c ,f ,111/ninr . 1,111.
~- \uir un curit•u, artide ,le ÙL•LB oi. Uu1u, ,ur
Ch-•'{lilr~, dan la fltt11r du Dtu,-.;1f11111/u (Cf.
Table gèoêr,le •Il! cette Hevuc).

~ laul~ril' qu,! par , e~ t1,ime-.
t::n fait ,l'an,anl • ou lut atlrihuc. 11 e,, t Hat , Cu_, 111,
Pompée. Julc Ct'. ar, le roi Hérode d llarc-,\nlo1m•;
n~i · il u·e~I ,.. prouvë •tu tuu rCi !&gt;&lt;?l'li-On~ g,•s
ai(•ul obtenu ri!cll&lt;•mcnl ·~ fncnrs . ,cr. a cet c •rd
l'iulérc ni omra,:c ,I,• Il, Uenr!: n.,r, ,u:. ,l1p11 1e.
Clt'1&gt;p,ilrr. TMndurn. d au, .1 ln 1,rod,ure Je

Il

Un drame! jamni mol rut-il plu en ilttation? l'omaient-il · ortir de la vie comme
de.~ compar· cs banals, ce artiste consom-

mé.,?

�IDST0'/{1.11
Tou~ d1•ut étaient résolu, .111 .uiritfo. •
Antoine . :t\'ait que .on poign:1rd ne lui
,er:iit pa infidèle et qui·. lt• moment venu,
il anrait mourir en ,;n/,/af, 'il L.1rdait à
lroun•r ·ur 1· champ de l,ataill1· la morl
qu'il .1111h~itait.
Qu~nt 11 Cléopàlre 1 , toute sa vie épri ·e
d'esthéti11ue, 'fllel raffrnemeot son imagination fertile allait-elle lui uggércr?
La bideur el la ,oulfranci.• lui fai. ant égalt•ment horreur, elle ne choi,ira pa le poi. on, qui rend le. trait· convul és ou tord
dans d'horrible pa roe ·.
La femme coquette n' pouvait 'haLituer
à cette idée, p:i plu que l':irliste en quête
de ~en ·ation neU1·e , rê\'ant la uprêmc jouisanrt•, avant de -·t&gt;nJormir de f"t:teroel ·ommeil.
Un moment, elle uait cru remarquer une
certaine froideur chez Antoine. Celui-ri, déliant, .oupçonneu1, di imulait mal la crainte
que a maitre ·e ne l'empoisonnât. Lorsqu'il
maw•eait arec elle, il lui faisait l'injure de
~oumettre .à I' • ai le mets c1u'on lui cnait.
Cléop:ilre c jouait de e· frayeur et de
se' prét·au1io11. Fn jour. dan" nn r(•pa', elfo
cri 0nit son Iront J'unc couronnP, dont le
lieur- étaient empeisonn
\'cr - la fio ùu .ouper, cllè im·ila Antoine à
boire les couronne 1; il y con,-cntil cl prit
ccll • ,le Cl1&lt;op:11rc, dont il ernt!uilla le fleur·
dan · a propr • coupe; d,:jà il la portait à sa
bouche, lors11ue la reine, lui . ai i.. ant fo
lm1. : « onnai,,cz, lui dit-elle, la femruc
contre qui vou~ nourrissez d'inju te sou1r
çon ; ,i je po1naL vine san · vou~, eigneur,
manq1wrai -je d'occ.,.·ion cl de molcns? •
En même temp , ell • fai ait venir un esclave
el lui ordonnait de boire la coupe &lt;l'Antoioc;
le malheureux avalait la li,111cur fatale et
e1pirail ur-le-champ l.
Ce trait est au moin. une prcm·c que la
uine d'É"Jpt' savait manier Jr~ poi on et
lt·• venin ', et qu'elle se préparait déjà à rt'courir h C(• mode de uicide.
·avait-elle pa , d'aillcur , in titué dl·
c pùienc •s pour ch •rcbcr à dé,·ouvrir le • cret de mourir sans douleur? Il faut croirl'
que le: criminel· ~laient hien nomhreu à
celle épo1uc ,-ur les Lords du , ïl, car chaque
jour a1aien1 li u d ' • ~ai nou\'caux, diri"''
1. Cl ··opitre 1uil M-né d~ !\' donnt?r 11 mort nec
110 poi/tflard. llai Procufriu t,• lui av1i1 arraché de
maint, cl lui 1Y1il en m,~mc temjJS cnlné lou le,
in. lrumcnls ucc Jcs,1uel: elle ctlt pu tl11•oter i c
jour:-. (, l,rale&lt;tn_ nrl anfizu_ilnlu "!"'lic1q, quib11
n11nlo111r ,Egy11l1or11111 tl /111pnrrnll., nrr 1w11 nu,,-.
li, ge111t• '{"'' Clrop,,lra rrgwa ptriit, c.r11lirrtnfm·,
r-1r li11f~111; traduit 1:l 1n,h·.è par Gon,~, Jlt'moirr
litU,·airr el eriliqur~ Jmur rrrir à t/ii.,luu-t de
ln Mui11r. l7i0, p. 106 t sui,.).
2. n u .. romam 1 dont il e,I a et diffirilc d'1•rJ1li•1orr l'origine, cons1•bit i rlT~uillcr l':5 couronnl'
,lall! le coupes cL à a&lt;al,•r en 111le le ,·1n cootcu1nt
les pdalc,. C'est l'C 110'00 appelait boire le r11urt11111tit.

:i. Du Jure ,Ir. Clilop,lirc, par 11116\0T,

4. , Cléop:ltre i•t.ai1 une rcmm

. 1·1olc. • i·,·rit

~I. \'11cc••GR.1.,1&gt;-llu\l· (E:l111fr ,ur ln 11111ri de Clt'o1111/rc). Elle ·oc,upa Je bclles--lcllrc cl mi'me de

méJccinc, el nous t1Lcrons, à et.le ,le M?S Epilloftn
1,rolÎt'll.', uu 1r1t1il sur I rèmètle, à employer pour
consen·er la 1,cauli- du risagc, De 111rtlicami11r fa,·,'ti. rl u~ lr■ilé d, rualAJie, des femme,,, De nwrf,i 111ufirr11111.

5. Un per.onoig,•, céPbr ,Lm l'histoire de 11 Jy-

:iréc la plu scrupuleu e mcthr)(fe par le prvpre médcrin d Cl 1opfüre, qui ~e ,antera plus
tard d'arnir procuré à la reine le moyeu
tl'é happer au ,1111pfice.
Cléopâtre put con latcr que k poisondont l'elfct était le plu .. prompt c:iu~:iienl de
cruell1· douleur, et une horrible déllrruration; landi que k plu· doux, ccu, 'lui n •
tuaient qu'à longue ,:chéancc, pr11duisai1•nt
moin, d'altlÎJ'ation.
Elle passa ensuite à l'étude de venins et
en fit inoculer sous e. yeu de plu ieur. espèce à di"er~ ujet. « Elle acquit la ccrritade 11ae Ja mor.ure tle l'a pic c:t la cule
qui, .an e.1u er ni conrnLion., ni déchirements •. jette dan un cngourdbcmenl. accompat!llé d'uue légère moiteur nu vi age, et,
par on affaibli :1·mmt ·uccc·. ir de tous li·s
. cns, conduit à une mort i douce, que ceux
qui nul dan cet état r ·semblent à de. p&lt;'rounes profondément endormies, et e fûchent
~i no Ir réH!ille et si on le force à se lever.,
La ré&lt;olulion de Cléopâtre fut ltieotôt
pn-e : elle ne mourrait ni par le fer, ouwot infrdrlc, ni par le poi ·on qui altéremit
se. tr,1it.s; elle aurait recours au wnin de
l'a. pic 6.

,
en pr,: nr:c, et loufe troi , ,uccomlrJnl dans
un c-0urt inten-allc, ont emport~ an·r clics h·
secret d1• 1 ur fin lra,.ique.
.\lai pour•mirnns.
a Apr~ le bain, cUI' e mit à table, où 011
loi crvit nn rrpas ma,.,nifiquc, pendant lequel
,·int un homme de la campagm' ayant un panit•r. Le gardr lui demandèr nl ce quïl
portait. Le pa1san ounil le panier, écarta le.
rcuill el leur fit voir qu'il •était plciu de
6crues. Le. garde. ayant admiré leur gro~,cur
et lrur beauté, cet homme, eo .ouriant, Ir
invita à en prrndrc. on air de francbi c
~carta tout soup~on; el on le lai :;a entrc•r. 11
Quand César attachait tant d'importance à
cc •iuc CléopàLre &lt;levint le principal ornement
de son triomphe, on conçoit que les ordres
l1•. plu é1ères aient été donnés pour IJUC la
plu grande :;uneillance rùt exercée. Comment, dè. lors·, .uppo~er 'lUe Cléopâtre :iit
eu de· inlelli 17enccs au dehor ; qu'un paysan
se soit pr6eoté, pnl're qu'elle l'ami/ or,lo,wé
ai11si; et qu •, pour èlr • :idmi~, il ait. urfi à
ce paJsan de dfroonir le panier 11uïl aYaiL
au bra ?

I\'

Parmi l hi~torien , le un~ prétend nt
•1ue l'aspic fut apporté sou~ tle~ /igues, les
autre , .-ous tles /igu,· · ro111•erte· tle feuil/~;
Narrun d'abord Ie- circu11 tances du drame,
eux-ci sou~ dc&gt;s /le111·s, cc·ux-là IIJUS des /igur ·
en uhanl la 1er ion la plu ·répandue, le réet de., 1'/11.,in.,. Quelque -otl!, disent que Cléocit de Plutarque, que nous n'acceptons, bàpâtre gardait cet aspic eu formé da11. WJ ,a ·1•.
tons-nou de le dire, que ou hénéfict· dïn.\jnuton
qu'aujourd'hui m1\me•,on n'c,,.t pas
rnntairc.
encore lhé ur 1.i partie Ju rorp offerte à la
, Apr'.- .Je &lt;Üncr, Clt;,pâtr • prit ·es ta- mur ·ure.
"Llctte~, ·ur le quelles elle avait écrit ·une
ha.kespear • foi L plarer le scrpc11 l II r le
lellrc pour C•1 ar : t't, les ayant cachetée..~, lhre de la reine.
clic le lui CO\'O\a. En uite, clic fit ortir
~for 1ri et de :gur b font pi,1ucr au ·in.
tou.. eux qui étai nt dan son appartemenl,
Le auteurs &lt;lu f&gt;ictio1111aire dïli tofre 11,1exrepté s1· deux femm , et ferma la portl'
furelte, vi.ant à plu. de prrci io11, êcri1cut
ur clics.
qu'elle ..e fil mordre « 1u-tle su, de la m:i« Lor~que Cé·ar eut ou,crt la lettre, les mcllc gauche ».
prière virns et touchantes par l quelles la
o·autre arllrment que le dl's~cin de Cléoprince e lui drmaodait d'être entcrr ·e aupâtre était de prendre de figue. et d'être
près &lt;l'Antoine lui rérélèreot ce qu'elle a,ait
piquée par l'a pic, san:; le ,·oir; ma· que,
fait. l)
l'ayant aperçu, en décou,·ranl le figue , rllc
Ain i nul 11'a u, n'a pu i.avoir ce qui avait pr enta ~on bra nu à la piqûre.
eu lieu.
Eulin, St-Ion certain , elle fut uhli1i • de
Troi per onne. • ulemeat ·e tro111·aient
proroquer le ·erpent avec un fu eau. d'or;

m

n· til! maœdoni ·nnc Je l'i:;::n•tc, Jll!lll :triu, de Phalèrci, rut contlamné i mourir d'anr pi1J1lrc d'aspic.
et celll' dernière ~à e lui fol arcordfo en rai&lt;on ,te,;
"l'rriœ qu'il •v11I 11!n•lu • la morl ptr 1'1 pic p1sS11nl pour uoc des plu· doue - connu -. (\11~11-Gn,M,ha.w.)
Il. .'tou . rr.1-t-il pcrmi•, ilan un sujet a1mi grave,
d'introduire uuc uotc muin .Jrère•? ~003 empnmtun
l'anceilulc r1ui ,a ~uivre i la Corrt!11&gt;0iirla11cr. fo,;tlife
dr /111/fnn 1. /), put.lire par :Il • • ·•oint 11111~1,u., :
• Cltup1ltrr, jouée JltJur la preruiêrc fui. sur le
Titéitre-frlllr■ i -, en avril 1750, lut fnorabl&lt;'meul
accurillie. Uu bon mol du m~rqui de Louvoi faillit
en compromettre le . ucœ .• La p,~ce n•il été monrée
uec un i:ranol soin. \'1ucanson u1il fahriqu · l'a•pic,
•1ui tournait la lêlt', ifflail, remuait 18! yeux; ce rut
an ehef--d'u·uvrf'. I.e rideau loml,é, cl alo que l'on
ûi11eut il au roycr le mérite de la pi1•ce nouvelle :
• l'uur m i, d1L loul i coup le our,1ui., j uis de
C 1'11 is &lt;lfl f'ISJ&gt;ÎC, J
Après trenl~oalro an d'oubli, 111 muû d no, cmlire 1784, CMopûlre rrparul ur le U1e,1re de la
l-.JUr,
umonlc.l. qui n'nait puint oubliû le hon mol
du marquis Je Lou,·oÎJ. avait cl1an li le déJ,uùme11t ;
1'1,1,ic de \1ucan,110 a•IÎt ,ü,~; CllioJiàlre mo11rai1

,Jan la touli ~. Cdle fui,, laul i la cour •tuï 11 ,·iltr,
la pii,tc fut frniilr.mcnl arcucillie, cl !larmonll'I, qui
dut uoucr ~n échcr, atlrib111 ,on prude ,uccl· ;, t.
simplicit(o da, ·que ,le l'a lion. li !IIOil de la liri• puur
romprro,lrc combien la rai-un I mal d1oi ic.
7. Ri u oc proa,c. il r•,t .-rai. et c'!'5l l'11i.. ,le
Y1t.Ltll'S 11,TERt:ta.t., cité µar Goulin ( lt'm., lïiO,
p. '.!(JO,, qu'elle n'1i1 pas rfos.i i lr•1mp&lt;:r l• ,iirilnnc1•
Je • ' gank cl qu 'elle n'ait pas rcu i i IC fairu
porl~r un a pic. C'e.l. du r('&lt;;lt•, w que ronfirme hunr (lib. 1\. c. u}: • l.orY1u·e11c 11Lil 11u'elte n'auît
plu, rien i r,pérer ,lu VIUlffUt'11r, et qu'ellP. ,·oml'ril
qu'elle dr,·!il rvir i orner son lrium11f1c, ~//~ pm/i/11
de l&lt;r nr9l1gt!llce de ·I!~ grmfe~, cl se r •l1ta tian. Je
aëpulcre de. roi •
• Là, rc,i'tue de, , l111bi1, le plu m1~if~1ue1, elle
~ pl ri pré _· d'.\nloinc, ur un si, e parfumé ,l'aromate les plus suaves, el •pJ1rocl1llJI auprès des 1·ci1tt
tu serpent qu'elle irritut, t:lte y hl pa er leur
poi,--00 qui lui t\ta la , ie, en 11 jetanl Ûllli un L•. u•
p· ment léthargiquP, a
. :\ou empr11ofo111 les éf\meuls de lie •~llli'ntation â une uœllente élude parun dans J ,t/ét11nirt1 de ln 'n,·i~U llnyalt de, Scirnu,, (J,-/fe •
l,ettre, tl Art~ d"Udéa111 (1
).

__________________________________ L'

l'animal irrité se serait alor · élancé or l'lle Cléopâtre d'inlamie., dont le hLtoricns ne
el l'aurait saisie au bras '.
soufflent mot, il ajoute :
Il e l à remarquer que qucl11ues heur..
c Brachia specla1i ·acri a,I mor,;a colubri,
seul ment 'étaient écoulé ~. Jepui que CéEt tnherll occultum, meml,ra , ,-opori itcr. •
.ar él..tit allé la voir pour la con ol r : " Il
la trouva couchée ur un petit lit, dnn~ un
extérieur fort négligé. Quand il entra, r1uoiqu'elle n'eût qu'une ,impl · tonique, ell •
!'aU!a promptenumt au ha de on lit et courut ,e jeter .\ . c genou , le ,·i a,.e horriLlemcnl défiguré, les che,·cux épar , le · trait
altéré., la ,oix tr·mblante, le }eux pres11uc
élrints, à force cl'a,oir wr é de· 1 rme , et
le seiu meurtri de~ cvup~ 'ln'ellc s'é1air Jonnés; tout son corps enfin n'était pa · t-n meilleur état que on esprit. D
.\près t·e détail·, ,·mprunté.~ à Plutar,1uc 1 ,
11ui dcrom,-nous croire? Ceux qui ont écrit
qu'il n'apparais~ait aucune marque de piqûre; ou bien ceui qui ont prét11ndu 11ue
flolabell:i, la sui\'anh', fit ,oir /1 Cé ar, !'ur le
liras et rnr le ·ein d • maitn~:e, une légt'.•re
f;1cbe J an" l'i une peûle enllum à peint•
.cn-ihle?
Pcr onnc n'avait pu dissimuler le ~crpenl
apporté; or, tout k monde est d'accord ~ur
ce point, du moins, que, mal ré le:; pcrqniition les plu. ruinurieu es, on ne le rctroul'3.
ni dans la chambre, ni dan. le !-épulcre 3 , ni
ailleurs.
Ce n'c I pas~ 1rieu,.emcut 11uc &lt;l':iucun unl
conté qu'on a\-aÎl aperçu I traCl' do l'a. pic
pr;, de la mer, du côté où donuaicnl le~
frnètre. du tombeau i. Il r a lroi cho,e , dit
l'F.rrilutè, au l.inc dl's ·Pr0\1rl,c~, 11ui ne
1:ii. ent pas de tra,· :, : fa ,·oie d'un aigl'
dans l'air, Ja voie d'un ·erpent .:ur la pierre,
la 1·oie d'un ,·:iis,l'au sur la mer.

ASPTC DE Cl.'ÉOPATTfE

Nombre de sculpteur et de peiotre5 ont
reproduit la sc:-.oe de la mort de Cléopàtrc.
Le Guide, Le Guerchin. Véronèse, s'en
. ont tenu à la tradition.

y
Le prohh'·mc e~t. comme on fo \'OÏi, loin
11' ètrc ré. olu.
La mort de Cléf&gt;pâtrc ne srrait-elle donc
pas, connu• l'antiquilê l':i r.ru, le ré:&gt;olt:it de
la pir1ûre d'on a.pic? , "y aurait-il là 11u'ou,
f.tLlc, qui .e serait propagl:c ju. qu'à nou et
1111e 11ous aurions accueillie trop létrèrcment?
C'e t cc que oou ttllou cx:imioer. Pll nous
aidant de rcchcr1.:h ' relafü·emcnt récent· S. 11ui n'ont proj 1;, il faut bien Je dir •
qu'une faible lumièn sur re déliai oh,cur à
.:ou hait.
Clicbi Uiraadon
,hîOl'.\'E ET CLtoPATRE. - Frtsq11t Jt T1&amp;POLO , (P3l.J::o l.:JN·/J, l'.-n(st.)
Cléopâlr • mourut le J5 août de l'an de
Ilome i.L
Properce affirme la mort de cette reine par
./'ai n, se. bra: 111ordus par d'horrible.'
Le Mu éc de Nantc po sède un marbre adle crpcot. quoîr1u'il n'ait rien vu par luierpe11t:, et le liru où le :sommeil mortel. e mirable, .inné Ducommun du Locle, qui repromème. Après a,oir chargé la mémoire de glissa sourdement ila11 &lt;e.~ membl'e.~.
duit la c\necla,-iqucde la pi11ûrepar l'a.pir..
. t., \"oici comm,inl Mt,~G•G.\I (Coulin. op. rit., p.• 01) hi,turir u,, ,~ml,lr 11!11Ïn. 10)1t1rir _ •JUe 'eoJormir •

d~enl un more, au anllque. eléeulé l\'CC b,•.au,·,;up
d'art, rrpr,· niant Cli-op.ilre mourante :
. • L'a (li~ .n'r L poinl _appliqué, dit-il, conlre la poÎ•
lnnc (po,1tion que 101 1lu11ucnl no. peintres contre
l'ciat11Lude hi&amp;luriquc), mni5 il c~l leUtmcnl altath'
111 hra , quit .emhle, par l'elfe[ du lien l(aÎ le serre,
étre irrité fl e1rité à monlre . l,'1ttitude ou est l■
reine d'f:$yplt• n'osl point C&lt;!lic d'une personne ruoar~t 1!'•~ 1l'UJ1e peNOnnc qui dort tranquillement. •
Cc l am. 1, r 'man1uc Grùn('r, en rapportant les r~nf?Iion ,le ,&gt;rga~. qu'Epicure meurt peisibkment
clans un baiu d'eau ticJe, apr'• noir Jiu un verre
1tc •in. el qui: l'en,(lereur Antonin, .clun tou 1
\'. -

IIISTOIUA,

-Fasc. 35.

'.!. l,1 ver-ion ,1,: Hum Ca»111s d10'crc veu 11 • c,·llc
1I f'lutarqu~. r~Ji ée, comme un ,ait. fapr·•, lt•
l{-moi:,i ::c lf'Ohmpu,. m~fl •rin de l1 Mue. (.luel•1ucs lègiires piqùr~, uu 1,ras furent ,œ qu·uu lro_u,a
ur le ca1lnre. Le. nn m:onlenl quelle fil • rnr ■
MJn de,-,•in un a. pic n11porlé dan, une liolc de verre
ou ,1 u un~ corbeille ,JP fleurs; d'aolre.s p rient
,l"unr ai~uille cmpoi$&lt;1nnf!e •
;j , \'oir ,ur le lfl11J,eau de CUopâfre 11 brochure
de Y. Je Zozhcb. d,,ut nuus avons donnt'! plu haut
Ir lflre Ce tomheau ëtail conslruil dllns Je palais
mèmc de la reine {Cf. 010, C.l. ,,r,, /Ji1loire rom11ine,
Il, l!J.

r•:-

4. • On' !lè ,·i l
m,'·mr ,1, ,cr1 Dl dao· a
d11mbre, mu, on d1.S11l l'n uo1r •Jwrra q_ul'lqu
!race. près de la llll'r, Ju 1·ùt~ où tlun1111enl le,
f,•nèlN's du tombe.au. • PLtHn11n1, Jïe d ',-111/oine,

d1. xn, ,
5. !\ou, riLeron~ 001~m111enl un tra.-1il de )1. lrt.••r,H••·
ju,:-c d • paix du uuton de Cblw_au. nrn.anl; ce trnail
11·1 jamai, l!lê puhl,é (lcltrt' i uou, 1drc,sée par

Y. l:ui,.ard, hililioth,•caire de la ,·illo d"Orléans. le
2 j1n•icr 1 !l ,. mais non~ en avoo. lrouv,1 Ullo? tr·
bônne •n•IJ&amp;e dan· le, i•moires de 11 ~ocièté Ile
ri,Lte ville. :.ou 11·uus rnl1•m ni Lirè /11rli d'un•
,;ta.Je I.Ji' ,nanlc d'un prufl!,~Cur tic l'f.co e de édetine de :.ant ·s, le D• Viaud-Grwd-llu4Îs.

�.... ,.

,..

__ 111STO'J{1.ll

,.~----------------------------------

Quant aux pot'les contemporains, éLant tou
la .olJe d'Augu . te, ils auraient couru
quelque ri. que ?1 commenter_, d'une_ a~lre
façon que le mafüe, ~es bulleuns d '?clo~rc.
Au dire de ...,uéwne, Augn te lm-meme
h4,itait à e prononcer sur le_ genre de mo~l
auquel avail succombé sa captive. Il se_ rendit
sur les lieUJ, il es aya des contrc-p01. on :
e·e t donc qu'il .oupçonoail qu'elle 'était
ernpoi onnéc.
.
.
Voyant l'inutilité de ses efforts. 11 fit vemr
Jes p ·ylles I el leur commanda de sucer le
petites plaies qu'on crut remarquer çà et là
sur le corp : on esprit éLail donc dan lt!
doute,
Ultérieurement, s'il adopta la réalilé Je
l'a,pic, c'e l que celle ~ersion _lui paruL _de
nature à produire une 1mpre 10n plu. vrve
sur la foule el à donner à son triomphe, par
l'attrait de l'impré,'U, un plus brillant éclat.
11

YI
M. Georges, de Cb:'1leau-Benard, q~i a
étudié la que tion ayec beaucoap Je soin, a
!ait re sortir dilférent con trad ici ion .
Oo e, t, dit-il, j peu d'ac•·ord sur le genre
de morl de la reine, qne, ·uiv:ml le. uns, elfo
-e fit piquer par un a·pic; selon
a_ul~e ,
les ligues déposées dan le panier eta1ent
e mpoi onnée .
Ceux-ci veulenl qu'une aiguille à cheveu
creuse, 11u'elle :wail loujour,; Jans sa coiffure,
cooû11L le l'oison, jelé plus tarJ dans un breurage, ou appfü1ué sur la peau; ceux-là parlent
J'une aiguille de lèle, avec la11uelle elle se
erait piquée, après l'avoir trempée Jan un
poi on ~ubtil.
•
.
.
Il est assez iogulier qu un f:ul qm, par
.on élranneté, auraiL dù éveiller l'auention
des criliques, uo lait qui, dès l'origine, sem_1.Jlail déjà usceptihle de controverse, ne soit
devenu l'objel d'aucun examen de la part des
contemporain el ait été accepté sao di cu ioo par leurs successeurs.
Airu.i, la crédulilé habituelle el aussi la
bonne foi de Plutar4ue e révèlent par ces
mots : « On oc Mit pa avec certitude comment elle est morte. •
Lrabon laisse le lecteur opter entre les
troi genre de mort qu'il indh1ue.
Appien rPgarJe l'hi Loire de l'a pic comme
fort douteuse.
uélone dit : « Perii e mor u a pidis
putabuntur »; on présumait, on soupçon?ait.
llollin, après uo~r résumé ses deva~c1ers,
ajoute: « li est clrur, par tout ce récit, que
per onne ne ,,eut savoil· avec cerfilude de

quel moyen Cléopâtre se nit pour e donn~r
la mort. ... &gt;&gt;
Lacépède, a)anl signalé lt'- rés_uhat de la
piq1ire produite par la vipère d'E~ ple, conclut : (l Voilà pourquoi on a cru que Cléop;ilrt, ne pouvant plu · supporter la \'ie aprè
la mort d'Antoine el la \'icLoire d'Augnstc,
avait préféré mourir par l'effet du ,·enin de
ct•lle vipèrt&gt; 1 »
« On e persuade, écrit Chateaubriand•,
qu'elle s'~tail fait piquer par un a pic, parrc
que, de tous les genres de morte, sayés sur
de criminel-, die arnit jugé celui-là le plus
doux el le plus tranquille. »
Les anciens nÏ!!lloraient pa!&gt; que le "enin
de l'a-pic. quoique iné\·Îtablcment 1~or_lcl, ne
déterminait aucune clou leur et entrainait seulement la perle pronres:h·e des force ' , qu_e
ui"ail. ans espoir de réveil, un sommeil
léthargique el pai il.Jle;
Yai · exi-lait-il en E!!îple un erpent dont
la morsure produi ail les effets ignalé ? ~i
oui, on pourrait dire : ,·oilà le vériLahle aspic
de Cléopâtre!
Chose étonnante, aucun des sa_yanls qui
onl faiL parlie de l'e1pédition d'Egwte n'a

les effets que signale !'hi toire1 quand elle
s'est occupée de Cléopâtre.
,
D~ ren.eignemcnls ont été demandés a
Alexandrie. Les médecins de ce pay: ont
fourni les inrormations les plu conL;ad1cloire ; le uns niant qu'il y ei1t en Egyplc
des l'rpentti, aspics ou vipère~, dont la piqùrc
fùt mortelle· les autres affirmant, au oonlraire, avoir vu, dans les hôpitaux, des Arabes
1.Jlt!s és par œ reptiles, et qui avaient ut·combé dans un délai plus ou moin lon{!,
Tou , quand on leur a parlé du fameux aspic
de Cléojlàtre, ont répondu que, probablement,
le changement de température l'avait fait
déû ni ti remenl di paraitre !

Un profo·seur de !'École de ~(édecine de
Nantes, le Dr Viaud-Grand-. tarais, a repris la
question, sans arri\'er à l'élucider complètement.
, ,ï, écrit notre confr~re, la fille de Ptolémres s·e~l ,enie du venin d'un serpent
pour mettre fin ~ sa vie, ce 11c peul être qui'
le venin de l'aspic, c'e:-t-à-dire l'hajél.

!es

1. c 'il lit •~pcli!r Je p-llle,,_ut re'!"n'!m. enugrre11t, JlllUr qu ils SUf:l nt c_ pu!Sllll, c (&gt;u,11 afin de
cré••r u,;c rablc dunt 11 e1pémt 11rcr profil P','llr sa
vrnerc rcnommèe . 1 V1,1.uo-Gn,,o-;-liARAI~. , .
L■ rl rie suœr IC' plaifS em1l ,1:141t1néès n !!litt pas
5Jl ·•,·ial 1us fl'!)lles .
_
•
. .
Cd,• (Ub . rie .llrd., V, \11 1 n. l. p. .iOO, llhl.
l\raus) dit. en ~fi'et :
.
• C&lt;-u~ qu'on . no~mc pAy_ll~ , ne po,,,(•tlent 1:0'.nl
une &gt;&lt;'Ît'u~e parllcuhere, 1Il&amp;.l!, ils onl celle hardtessi'
que donncnl }Ï1abituJe ~I l'u~ge. Cer le vemn cl
•urpeoL, aiu•1 que «r1'un po1so11 d~ lcsqi...cls lc,i
Gtoloi · ,urtoul trempcol le;i ffi•,·hes ,loul 11 se -erreut
,i la cha •. e, ue 11ui~eul r,oiol lor,qu'on h·s lfale, ~a1~
eulemeol lorsqu'il &amp;&gt;ni porh1, Jon• fo Dl': 1111!1

LA MORT DE CLËOPATkE. -

Tat~au du

profité de sa pré· nce ur les lieux pour 'as-

surer, par des e1péricnces directes, quel était
le reptile dont le venin produi ait précisément
l'on mange sans dan,:er la ripère. landi que
mor~urc do11ne la morl ....
Par coo&lt;êquenl. quicon')ue. i r exemple des
p!,llct, sucera une phrie inreeiée de relie espèc~ d
inison,
ne courra aucun ~•nier, el D~tera la v~e à
1
un infortuné. li ais, p&lt;&gt;ur f••~ celle u~on a~ec ~ rité. il faut qu'il n y ail r.oint d~ 11!a1e ou d ex_conatioo aux geno•es, au pal11s ou I d autres parllcs d
la bourhe. •
~- Élu du l,ist()riqut,.
, .
=&gt;. Cc qui nous frrail pencher en r,.,.cur de I haJt,
r'c•t l'argumenl m,\me, f:l_roduil, a l'cn_conlre de_ son
"l'iniou, par 1. Georg~!. , ,. en ~ t e, il y a p~ 1eu1'5
millier d'années, l'a~pic Eeul ••ail lo col exte~s•~le _el
si maiutewnl on a''! rencootre que la TIJ&gt;ète haJé JOUII-

•,. r3o '"'

GUERCHn;.

(Pal;u;o Rosso, Gents.!

«
Llc, sure est à peine douloureu e;
ce1le du cémste, au contraire, provoque de
la douleur et de· conYUlsions.
sent de la mème fJcu1t.\ il faut bien conclure que
l'aspic et la vipêre b1jé ne lont qu'un m(·me reptile.
Ajoutons que l'usa~e euit d:enfouir dans les P) r~mi.les, l\'l!C le ta1lnres h11mams, d paquets monufiés de divers s~rpcnls PxisLant dans le Jl!')'S, Ils ont
,:1~ retroo.'l'k en grand nombre, el parmi eux on.•
reconnu l, l'nlension de I• m mhraae du col, l'tsprr
d~ l,oe1'in et de Pline, devenu I• vipère bajti rie
Fonbl el de llanrliu.
L'habitude de ~e redrt!SSér lorsqu'on cm approdre
11ail perqiad~ anx babit ■f!Ls des ltrres qui arro!elll
le l\il, que c:e scrpcnl g,irdarl lcn champs frt•quentés P':r
lui . Il tn faisaient, ~n com1équrn e, l'emblcme de ladi,·injté ~roleclrice du monde; il. le i;('UlpLaient au:t deui
côtés d un globe, 11-ur le portail de 1011s I urs temples.

&lt;&lt; Pui·, le chaste e t une ,·ilaine br.le,
d'une couleur a1e et à la tète ignolile, rendue plu· hideu~e encore p:ir J • cornes de
es arcadPs ourcilière., . .Yo11.~ auo11s donc 1lll
no11: tromper en atfribun11L Ir Na 1110tsure
fa mort de la reine ,tJ{qyple. ,, !Jans une
étude antérieure, le (Jr Yiaud-Grand-\Iarai~ 1
aYait, en effet, cru dcrnir condure que le
"erpenL auquel Cléopà.tre avail demandé la
morl était le céra ·tti' . De. recherches plu·
complètes lui ayant inspiré des doutes, il
arriva à des conclusion. toute· diiTéri&gt;ates de
œUes qu'il avait primiti\·ement adnplées.
Un grand nombre de nalurali tes el non
de· moins qualifiés, à l'exemple &lt;lu D· Viaud1;rand-Marais, n'ont pas hésité à idt-ntifier
l'aspic de Cléopâtr~ a\ec le reptile connu sous
le nom de naja liaji. Plus curietU que les
membres de l'ln~t,tul du Caire, For-kol a
,·oulu connaitre, expérimentalement, la ful're
&lt;lu \'Cnin de celle 1ipèrc.
11 J'ai vu, dit-il, rt:péler ur un pi"con J',.fft'l
&lt;lu funeste poi ·on de l'h3jé. Un liatell'ur, eu
pre·.ant Ja vésicule à venin, en fil .orlir un
_uc jaun;\tre, et une goutlelellc ayant été
inlroJuitc, par une lé ère piqûre, dao la
cui se du pigeon, celui-ci n'en témoigna
d'abord aucune douleur. liais, au Loul d'un
11uarl d'h.eure, il tomba ur la poitrine,
ëprou,·a de fortes convuLions à la 1ê1e, \'Omit
beaucoup de sana el mourut. !l
~an aucun doute, l'i.!preU\·e tentée sur
de grand _ animaux eùl été autrement concluante.
c uppo·on , écrit 1. Gcorge , de Chàleau-Renard, l'ancien a~pic ou le serpent
lwjé aus~i terrible If ue le serp nl noir ou le
:erpenl à ,oonetle ; suppo. oru; que a morsure ne laissât pas de traces, l"é\'énemPnL,
tel que l'ont écrit et répété en uile tant d'auteur', pourrait encore ne pa êlre accept:
comme exact. Cet a ·pic apporté, il avait
fallu le ai ir, le placer au fond du panier,
l'y maintenir et di poser les ligue a · ez prè
le unes des autre pour Je soustraire aux
reirards. 'e suîfisait-il pas qu'elles pesassent
sur lui el qu'elles gênassent es mouvements
pour l'irriter?
« ll avait dû mordre soit les paroi du
panier, soit les figues qu'il contenait•. Alor
son \'(min n'était plus capable de înire périr,
non pa une, non pa deux, mais trois peronne ; car, on e souvient qu'[ras, Cléopâtre
et Charmion ont uccombé de la même manière, d.a~ un court délai, Les première
11

J. Dl/1$ ses Étude~ mitfü,1lu wur let 1t:rpe11t,
rlf' la Vendt" tl de la loirf'•lnférieurt'.
• 2. Crue opinion nait élê déjà soutenue par James
Oit!cE, dani !OR foy~ge de ,Vu~ie.
,&gt;. Un aspic ou 11aJa. l111;é. r11l observer le o, Viaud(;rand- . .tr:11., e.L un animal lrop grand cl surtout
trop ■gite pour être tenformé dans un

panier de

fogu~. Un ccra,te ctll pu être lnn.,porté unsi. mais
.• p,qOre e!t douloureuse t'I laisse d,• tacl1es eccltymo-

bques mnmfe,tes.
-'- D'après Plutuque, .\étiu observe qu'à l'co1troiL

•!e. la mol'SJ.lre, oa aperçoit

dcu1 points, lorsqu'elle

1

cte faite par un vptc nquati•Jué, el quatre, ri c'est

L' ASPTC

DE CL'ÉOPÀTl{E - - ,

secousses de la colère, dit énèqu , ~ont
cruelles et dangereu e . Ainsi le venin des
,erpents esL plus domma"eable quand ils
sortent de leur gite . .lla,s li&gt;ur- dents ne Font
aucun m:il, 11aand, à force de mordre, ils
onl perdu leur venin. 11
L'opinion Je énèque a été reprise par un
des plu notoires avants contemporains.
« Il a été diflirile, écrit Ar:igo, Je constater
açec préci ·ion si I • serpent à onnelles, après
a"oir mordu une fois, pouvait donner la
mort par une seconde piqùre. li semble démontré aujourd'hui que la econde Lies ure
du reptile est beaucoup moins dangereuse
que la première; et que la troi ième, faite
une heure :iprès, ne présenterait pas Je
grands ri. •rue à celui qui en serait aUeinl. •
Plu loin, Arago ajoute :
a Le erpeul à annelle n'accepte pas une
seconde lulle avec la même ardeur qu'une
première; car il ait qu'il a moin de venin
à pré enl et que son ,·enin e~l aus. i moin
actif. »
Le venin du erpenl semi! donc éprù é en
partie à la première morsure; à la seconde,
il le erait tout à fait; el pour que la troisième fût tant soit peu dangereuse, il faudrait
le l mp d'une nouvelle sécrétion.
Oe ces obserrntion ·, due.~ à de hommes
compétents, il résulterait que la reine el es
forumes, en ·e faisant mordre par un seul
a. pic, n'auraient ras attciol le lmt 11u'elle
e proposaient; [ras aurait Lien pu uccomber; quant à Cléopàtre et à Charmiun, loin
d'échapper à l'i;;-nominie par one mort volontaire, tout e erail borné pour t:lle à des
ou Ifrances inutile·.
Nous ne nions pas que œ ohjections aient
lt!ur valeur, mai le autres ver:.ion ati ·font encore moins l'e prit.

à l'abri d~ l'humidité, Les fille· de la reine
auraient été plu aisément bic. ées par cet
iu--trument piquant, que mordues par le
serpent.
Il nous faut maintenant conclure, - et
c'est !;1 que la difficulté commence. Bien
qu'a anl uivi pas à pas, el avec toute l'attention qu'elle mérite, la thèse de MM. ViaudGrand-llarais el Georges (de Cbàleau-Rcnard),
nou ne , aurions adopter ans Jéserves leurs
conclusions.
'ou accordon au premier de ces savants
qu'il règne une certaine incertitude sur les
circon lance mêmes de l'événement; 1ru'on
ne s'explique pas, par exemple, !]Ue le corps
de la reine ne portât aucune trace de picr1\re,
« i ce n'est deux lé·..-ères marque ,ensible
ur les bras 4 • •&gt; Mais on peul répondre à
œla que le corp de la rt'ine ne fol seumi à
aucun examen pris/ mol'te,n ~rrieux, ·emblable à ceux qui erait"nt pratiqué aujourd'hui dans une occurrence emblaLle. Peulêtre eût-on, en ce cas, con talé, au bout de
quel1Jui&gt;s heure , des dé ordres plu con idérables.
Quant à l'opinion outenue en dernière
analyse par le D• Haud-Grand-Marai , elle
nou · a paru avoir loul jusle la ,aleur d'un
dhertis~nt paradoxe. 1 ou n'allons la reproduire qu'!t cause de on étrao"elé :
« Uue lroi.ième solution, écrit le dil'tingné profe; seor,
pû.:enlc touteFoi à l'esprit. Elle e t peul-ètre la ,·raie, quoicru'clle
rabai c la reine d'l::gypte au nh·cau d'une
lingère ou d'une hlanchi-seu,-e, trompée p:ir
un ~ernenl changeant de garnison, Quand on
a devant les l'cux la œne finale de ce Jrame,
on ne peul 'empêcher de peo er à œllc
chambre Ît!rmée a,cc soin par la reine ellemême el à ce troi femme·, Ja première
étendue ans ,·ic sur on lit, la seconde couVIII
d1ée à ses pied , et pareillement inanimée ;
landi crue la lroi. ième, dont la tète est plai nou eon ullons les hi lorieos, aulant cée à un ni\·eau plus éle\•é, con erve, quoique
de réciLs, autant de différence , qui portent déjà frappée à mort, un r te de vie lui perur de poinls essentiels.
mettant de répondre quelques mols nux
Plutarque parle d'une aiguille contenant envoyé de César.
du poison ou un venin, que Cléopàlre portail
« Tout ceci res emble fort à \'empo~ondaos sa chevdure. Cette épingle lui aurait- nenumt pm· foxytle rie carbone. La rtiine,
elle servi d'instr-umenl de mort? C'est pos~ qui a,,ait étudié tant de poison , ne pouvait
sihle, mais ce n'est point certain. Au surplus, ignorer l'action des gaz se développam dao
celle ver ion ne serait pas en contradiction la combustion du charbon, et, ous prétexte
avec celle de la mort par l'aspic : le ve11in, de cérémonie funèbre, il lui était facile de
enfermé dans l'épingle, pouvait bien être se procurer les n ten iles néce saires pour ce
celui de I'hajé, qu.i e conserve, s'il est tenu genre de mort. ,
La vie d'une reiue altière et belle comme
une femelle qui I morJu, Celle remarque s'accorde
ucc le récit Je Plutarque, le&lt;1uel raconte qu'il exi'ICléopâtre, e terminant comme un cinquième
Uil sur le hm gauche de Cll-ovâtre trace de der.1:r
acte de mélodrame, notre e. prit répugne à
piqûres lrès légt!re.s.
pareille vi ion.
5. lloR.r11 a r:lafremeut dérrit le suicide de Clèopâtre, d.,ns l'ode \:&gt;,XVII• :
Quelque sa.li faction que notre dilt!ttantisme
Forlù el aApt'rtu lracta,·e ~rpe,uu,
éproU\'e à démolir une légende, force nous
Ut atrum corpore cmnbi~rel t•e,~11um.
• Elle 'empare de hideu -1erpenls, les presse cl e t d 'acœple.r l'opinion généralement adfait coulrr dans sos ,ein('S un ,·eniu mortel. •
mise•, à savoir la mort par l'aspic, faute de
Dans la Phar1ak, Luc.,is a donné d'amples déta.ils
sur le reptiles, leurs morsures et IC!I accidents qui en
lui pouvoir sub ·tiluer une version plus acceprésulteul.
table.
DOCTEUR

..,. r3t ..

CA.BA. È .

�ClicM A B!()(k.
UNE CA1&gt;TURE

[1793). -

Tableau de P.

GROLLERON,

LES ÉTAPES D'UNE DÉCHÉANCE

La fm d'un cadet
Le prince Charles-Just de Beauvau-Craon
avait, vers 1754, un gros souci.
Chef « de nom et d'armes » d'une maison
parvenue à son plus haut point de prospérité
et de faYeur, il n'avait qu'une fille, AnoeLonise, et lout espoir de po:.térité nouvelle
semblait devoir lui èlre refusé. L'Église ou
l'ordre de Malle absorbaient cinq de ses frères; le service du roi avait coùté la vie aux.
deux autres. Quant à ses douze sœurs, «elles
ne valaient rien pour le nom &gt;J.
Son chagrin s'aggravait de ce qu'une branche cadEtte de sa famille, les Tigny, rameau
secondaire et provincial greffé sur la souche
altière des Beauvau, croissait et multipliait à
ntiracle. Depuis trois siècles ces cadets vivaient
loin de Versailles, dans de saines métairies

angevines, parmi leurs paysans, leurs lapins,
el leurs perdrh, de père en (ils, rol,ustes hobert·aux, aux épaule~ carrées, aux poings solides, de haute ~talure el de ,anté inusable;
l'un d'eux, à l'assaut de Valt'nciennes, en
!697, avait élargi la brèche entamée par le
canon, en renversant un pau de muraille du
poids de son corps.
Le prince de Beauvau-Craon imagina qu'un
de ces géants serait pour sa fille un épuux
parfait. Anne-Louise était alors une fillette
de quatre ans, frète, un peu boiteuse et qu'on
présageait laide. L'idée séduisit le prince de
relm·er le nom de Beauvau, prèt à s'éteindre
dans la brauchc ainée, par une union avec
un cadt&gt;t du même sang, dont il ferait, au
préalable, un gentilhomme accompli et qui

lui donnerait une solide descendance. li se fit
expédier à Versailles l'ainé des Tigny, Charles-Louis-Vincent, qui était alors àgé de treize
ou quatorze ans. L'enfant ressemblait à un
jeune taureau aux membres épais, à l'encolure puissante, aux manières frustes, à l'œil
hardi. Le prince fut charmé de la mine sauvage de son petit cousin campagnard, lequel,
de son coté, était ravi du brillant avenir qu'on
lui faisait entrevoir. Et toul de suite fut bâclé
le projet des fiançailles du modeste cadet de
Beauv.1.u-T1gny avec la fiUe du puissant prince
de Bemvau-Craon. Toul Versailles ne parla
d'autre chose durant un grand mois.
Afin d'entreprendre le polissage de son
futur gendre, le prince Just le fil entrer au
collège Louis-le-Grand. Vincent ne s'y plut

.,. 132 ....

Clcht A BIO&lt; k•
.-\TTAQL'"E D'UNE !IIAISO:&gt; ( GL"&amp;RRE DE VE::.DÉE) . -

Tat-leau de L t ON

Gt!&gt;A RDET.

�•

1flSTO'J{1.JI _ _ _ _

guère ; son indépendance y ré11ssil mal. Les
jours de sortie étaient pour lui des occasions
de frasques énormes dont s'inquiéta son bienfaiteur. Celui-ci reconnut qu'accoutumé à la
,·ic libre des champs, sevré de plein air, de
chasse, de maraude et d'espace, le jeune
homme se plierait difficilement aux assiduités
du collège; après tout, il ne tenait pas à ce
que le futur mari de sa fille fût très fort en
vers latins; il coupa court aux études, el Vincent fut mis aux mousquetaires, il avait dixept ans. Dans Ja joie de son cœur, il revêtit
la soubreveste bleue galonnée d'argent; sur
son large dos et sur sa poitrine bombée, la
croix Ueurdelysée en velours blanc s'étala bien
à l'aise. Mais aussitôt, ine de se· premières
heure de liberté, il se rua à corps perdu
dans la débauche, au point de faire scandale
- ce qui était malaisé - parmi la jeune se
tapageuse qui l'entourait.
Lé prince de Beauvau, comprenant qu'on
commençait à rire de sa lentatilre d'apprivoisement, prit une mesure énergique : une
lettre de cachet, obtenue du roi, enyoya Vincent 11 l'ile Sainte- targuerite. La prison était
lointaine, les murs des cachots épai ·, la mer
les ccigoail d'un infranchissable fossé. Pourtant, uivant I:usage auquel seul le Yasque
de fer dérogea, le délenu s'évada. Entré par
la porte, il se glis a par la fenêtre un jour de
brume. 11 fut repri ; mais les belles dames
de la cour prirent cause pour ce jeune émerillon qu'on voulait tenir en cage et dont la
turbulence amusait. Le prince fil grâce. Vincent part pour la Lorraine, sollicite de rejoindre l'arm~e du roi qui fait campagne, se
bat en Allemagne, revient à la paix., réputé
pour sa bravoure, capitaine et définitivement
amendé.
On le croyait du moins. Mais à peine rentré
à Paris, il enlève la fille d'un bourgeois
nommé Lemaître, la fail débuter à la Comédie-llalienne, se montre avec elle, s'étale,
parade, caracole en plein scandale. Du coup,
le futur beau-père, découragé, déclare que
tout e t rompu; persuadé, désormais, que le
brutal et indiscipliné cadet n'e l pas digne de
l'union brillnnte qu'il lui a préparée, il fait
relever de es Yœux de Malle un de ses frères
auqud H cherche femme, et qui, oit dit en
passant, s'acquitta allègrement de la mission
qu'on lu.i confiait de continuer la maison de
Beauvau. P11is, rassuré du côté de la postérité, il donne a fille Anne-Loui e au prince
de Poix : le mariage fut célébré à Ven:ailles,
avec tout l'apparat imaginable, en présence
de Leurs Majestés, le 9 septembre 1767. Il y
avait treize ans que l'impatient Vincent attendait celte femme, ce titre, celle inlluence et
celle fortune, qu'on donnait ainsi à un autre.
Qu'il ne fùt pas content, il n'est pas be oin
de le dire : son orgueil blessé excita en lu.i
un accès de terrible colère. Commenl ! on
était venu le chi:rrher dans sa province, on

. . a . __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.

l'avait confié à des cuistres, enrégimenté, sermonné, emprisonné, e.xilé; il avait tout subi.
dans la certitude d'une compensation qu'il
n'avait point sollicitée, et pour quelques fredaines, il était congédié honteusement, comme
indigne!
Sa vengeance fut prompte : il prit par la
main ~Ille Lemaître, la jolie comédienne, sa
maitresse au u de tout Paris, la conduisit à
SainL-Sulpice el requit un prêtre de rerevo1r
la promes e de leurs fiançailles. C'était, en
ce t'!mp·-là, un engagement solennel; et le
dimanche suivant, au prone de la grand'mes e, les nobles parois ieus - dont étaient
tous les Beauvau- pensèrent s'é\'anouir d'horreur en entendant publier les bans du mariage projeté « entre haut el puissant seigneur messire Charles-Louis-Vincent de Beauvau-Tigny et la demoi elle Lemaitre, artiste
à la Comédie-Italienne. »
Une existence ain i commencée ne poU\'ait
ètre que mouyementêe; celle de Vincent Je
Beauvau de Tigny le fut étonnamment. M. le
comte de Mira mon-Fargues s'en e l fait, dans
Les Etapes ,rune dechiar1ce, le narrateur documenté, et le récit en est plein de péripéties
el de prouesses quasi invraisemblables, à faire
paraitre banales les léaendaires a,·enlures du
baron de Trenc.k.
En Bretagne, où il se réfugie, Vincent,
après un . éjour d'une semaine chez ses parent de Molac, s'éprend éperdument d'une
de ses cou·ines, une enfant de seize an ,
Pauline, dont on foi refuse la main. De désespoir, il s'embarque, rentre bientôt à son
château de la Treille, se prend de querelle
avec un de es oncles qui le fait appréhender
comme « in oumi ,1, el incarcérer au château dl! Saumur, d'où il s'évade. JI retourne
chez les Molac. Pauline e t devenue amoureu e, à son tour, de son fougueux cousin;
hü ne pen e plus à elle; quoi4ue les parents
de la fillette insistent, il rer11se. Un ordre du
roi • urvient : Vmcent contractera mariage ou.
retournera en pri on. U se ré ·igne alors à
accepter la main de Pauline; mais humilié,
plein de rancœur, il l'abandonne malade,
part pour les colonies, y prend les fièvres,
guérit à l'heure précise où l'on s'apprête à
l'inhumer, s'installe à Port-au-Prince, où il
reçoit la nouvelle de la mort de sa femme,
restée en France, livrée aux soins d'on méde-ci:o de campagne nommé Ouboueix.
Libre, « il déclare sa Oamme »à une jeune
créole, noble, riche el belle, Aille Victoire de
Marsillan; il l'épouse, et tout aussitdl apprend par un ami arrivant de France que sa
première femme, Pauline de Molac, grâoe
aux bons soins d11 médecin Duboueix, jou.it
d'une parfaite santé. Voilà Vincent bigame!
n part pour la France. emmenant sa econde
femme, lente pendant la traverséP. d'in ur 0 er
l'équipage, ~e s'emparer du navire el de
gagner la Nouvelle-Amérique. Pourtant on

arrive au llal're. Vincent de Beauçau-TignI
esl mis aux fers, conduit au mont aintMichd et enfermé dans l'une des plus profondes oubliettes du fameux rocher.
Trois femmes, à celle époque, le récla- •
maienl pour époux.: la comédienne Lemaitre,
avec laquelle, d'après les canons d'alors,
il était irrévocablement engagé; Pauline
de Molac, plus réservée dans ses revendl.caLions, vu que, pendant J'abst-nce de Vincent,
elle a,ait eu deux enfauls dont Duboueix
s'avouait être le père; et la créole Victoire de
Marsillan, réfugiée à Nantes, où elle donnail
nais ance à une fille qui fut inscrite sous le
nom de Beauvau-Tigny, en allendant que la
justice paniul à mettre un peu d'ordre dans
cet imbroglio.
Viuceot, comme bien on pense, s'é\'ada du
mont aint-Michel. li traversa toute la Bretagne, ayant :1.2 livres en poche, vendant,
pour vine, les boucle' de es soulier et de
ses jarretières. fl se terra dans un couvent.
Duboueii: l'y découvrit, le dénonça; on l'arrêta de nouveau pour l'écrouer au donjon de
Vincennes, d'où, après huit ans de cachot,
on le laissa sortir, par pitié, à la grande terreur de ses [emmes, qut toutes ayant trouvé
des con·olateurs a.,..aient mis au ruonde quantité d'héritiers dont l'état civil n'était pas
très limpide. Le parlement débr~miUa l'alTaire
tant bien que mal et per orme ne fut satisfait.
La fin de l'histoire est tragique. Vincent
avait trop sou[ert de l'ancien régime pour ne
pas acc11eillir avec enthousiasme le cyclone
révolutionnaire. Ses malheur , il le allribnait à l'orgueil nobiliaire des ien , à !'étroites c des législation surannées, aux préjugé
de son entourage, à l'implacable rancune de
tous les puissants qu'il avait bmés. La Révolution lui fournissait une belle revanche.
Le 14 mars 1793, alor que l'armée vendéenne, conduite par lofllet, attaquait Cholet. un bleu, en quelques paroles enflammées,
soulève la garde nationale de la ville aux
cri de « Vi,•e la République! » li l'entraine
à la rencontre de chouans: le premier, il
tombe, atteint de deux balles, et sa troupe,
débandée, rentre dan la ville en désordre.
Ce bleu fanatique était Vincent de BeauYau,
mar4uis de Tigny. Frappé à une heure de
l'après-midi, il agonisait, appu)é contre le
sode d'un calvaire dressé au bord du chemin,
près du manoir de lloisgrolleau. Sous la pluie
froide, il se lordait de douleur; des pa)'Sans
s'attroupaient devant cet homme qu'ils connais.aient bien et dont les ouffrances étaient,
à leurs yeux, un cbàlimenl du ciel.
- Brigands, leur criait-il, n'aurez-vous
donc pas le courage de m'achever!
Mais ils ricanaient et passaient ouLre en
l'insultant. Ver minuil seulement il cessa
de gdndre; on le trouva mort, au pied de
la croix, le lendemain matin.

T. G.

LOUISE CHASTEAU

•

j/.mes d'autre/ois
DEUXIÈME PARTIE

Une lettre, datée de Borville, parvint à
de la Mouraioe quelques jours après le
départ de son neveu. ~lartial lui contait comment, les bureaux de la guerre n'acceptnnt
plus d'engagt&gt;menll pour l'armée d'Ég)pte,
on lui avait con eilM de signer en blanc, pour
un corps q11clcouque, ce qu'il avait fait aussitôt. Le fonctionnaire à qui il s'était adressé
avait laissé échapper un mol que Martial avait
trouvé intéressalll el !!1'3\'e : l li e prépare
quelque chose.... n Et Martial voyait déJà
110e guerre européenne où, derrière le général lluonaparle, lui, le baron de Fonspeyrat,
courrait de victoire en victoire.
Celle lettre jetée à la po le, le jeune homme
avait rélléchi.
li avait beaucoup à oublier .... Tout ce qui
lui parlerait de Fonspeyrat, tout ce qui lui en
Yiendrait, ra\'Î\'erait en son cœur des images
douloureuse ·. Pour les détruire, il fallait
prendre un parti héroïque el définitif, &lt;.I couper le ponts » derrit&gt;re soi. Eh bien, il
« couperait les ponts ». n ne saurai l plus
rien de lui à Verlhis, ni à la llouraine, ju qu'au jour, lointain sans doute, où il pourrail penser à son amour ou en parler, comme
nu le {ait d'un mort bien-aimé. couché depuis longtemps sous terre.
.
li écrivit donc à M• Lase cure, le notarre
de sa famille, pour lui déléguer sa signature
et le prier de recevoir a correspondance, le
maitre de la po le étant averti : « Au surplus, di ·aiL-il , ce n'est là qu'une mesure
Iran itoire. Dè que je serai fixé en un lieu,
pour quelque temp ' , je vous ôterai ee souci.
llais tenet notre arrangement secret : c'est
chose importante. » Ce fut ainsi que Martial
« coupa les ponts » derrière lui.
Les jour , les semaines, les mois se passèrent Point de nouvelles de Marlial. a mère
s'inquiéta. Le marquis, moro e et de santé
languissante, refu ait avec énergie les visites
de madame de Fon pe)'rat. Il pressentait
qu'elle venait l'observer, au cas où il recevrait
en cachette des nouvelles qu'il lui voudrait
céler. A l'inquiétude:, succéda l'angois e dan
le cœur de la mère. M. de la Mouraioe s'abima
da'iantage encore dans la philosophie doucement sceptique et indulgente qu"il pratiquait,
el il î trouva la q~élude.
.
U savait que la Jeunes e affecte volonller

~r.

des airs détachés comme pour marquer plus
fortement son droit à l'indépendance. li n'était
point fà,heusement ému par la désinvolture
d'esprit de son neveu, que d'aucuns eussent
appelée ingratitude. Il y vo ·ait un effet de
l'ivresse virile et l'exubérance d'une personnalité trop longtemps contenue. li c rappelait ses propres équipées à travers le mQnde,
lors de a vingtième année, et le peu de .ouci
qu'il prenait de ceux lai.sés derrière lui :
mon ieur son père, gentilhomme de devoir,
au tère et leLLré, madame . a mère, soumise,
eiîacéc et craintive. N'était-il pas demeuré
des mois et des mois sans leur écrire? Les en
avait-il moins respectés et honorés dan son
cœur et dans son souvl'nir'? on,certes. fois
le cercle où se mouvaient leurs vies, leur intérêts, leurs plaisirs n'était plus le même.
Qu'auraient-ils eu à se dire qui valût d'être
écrit'? 'étaient-ils pas assurés les uns et les
autres de leur altachemenl réciproque'? Et
un jeune homme n'a-t-il pa autre chose à
faire que d'entretenir avec ses proche les
longues corre pondances où se plaisent les
femmes, les vieillards el les philosophes'?
Martial fait son éducation d'homme. Le voilà
aux. prises avec la ,·ie Jihre, qui l'absorbe.
Que le ort lui soit propice 1•••

~fais madame de Fonspeyrat ne se rassurai l
pa si aisément. En vain elle s'agitait à travers la maison, grondant la servante, sourfietant la dindonniere, harcelant le jardinier,
moriaénant sa fille. En vain elle courait de la
linge;ie au grenier, de l'office à la cuisine.
a peine la suivait, lourde. oppte ~ante,
amère et terrible : « Martial?... Martial'? ...
Où êtes-vous, mon fils?... Mon Cils!... Ion
enfant! 1&gt; Elle sentait an plus profond de son
cœur le glaive inexorable de la loi barbare el
Yenaeresse: Œil pour œil, dent pour dent.
Martial avait souffert la même souffrance : la
séparation brutale ... le silence ... l'inconnu ....
Jamais elle ne parlait de Martial. Lucelte,
ses gens , ses familiers , pouvaient croir,e
qu'elle l'avait oublié. Mais, sans cesse, 1l était
là, devant a pensée, quelque effort qu'elle
fit pour s'en distraire et ne point s'atteudrir
à se le rappeler.
Un jour qu'elle rangeait de ol:ijels dan
un vieux coffre, elle rencontra sous .a main
une collection de feuille jaunies couvertes
d'une écriture indéci e el enfantine, devoirs
inachevés d'écolier qui débute, barbouillages
tracé d'une main puérile, - la main de
Martial. Bru que, elle referma le coffre et
détourna es yeux de ces douces reliques.

Madame IÙ Fonspeyrilt , omrne11c1Jit sa ,onfessi-On . C'etaienl .tes ilolè.~n a s sur l'ingralilu.Je Je s~n fils, la
,wuleur qu'elle n rtssmlail pour elle el le renom de sa nujson, l' fn:,utttutle oi, b j elall ce silence, l es
Cf"aintes qu'elle ,1vait
vie d~ MarHal. (Page 136.)

rowr u

�JflST0'/{1.ll

•

.\fois un sanglot monta dans sa gorge. Peut- vent que jadis, car madame de Fonspeyrat
Il s'en allait à un placard, en tirait une
être ne put-elle l'étouffer, car elle e 'auva
'en allait maiote· foi causer avec le curti étole qu'il passait par-de ·,us a lévite. Tout
dan- a chambre, où Lucctte l'entendit se Pomerol.
en la revètant, il élevait son âme à Dieu :
moaclwr hruyamment. En uite elle partil
Depui le départ de ,on fü, elJe 'était
igneur, di ait-il, permettez à cette
d'un trait ver· le pigeonnier. Elle y r1•ncontra
imrulièremenl rapprochée de loi. Le brave p:tuHe âme de trouver quelque repo en celll'
Jeannette, la Jiodonnière. Le. éclat: de _a homme y \'O}ait la bonté d'une grande dame
voix irritée s'entendirent ju,quc dan la cai- qui voulait bien conde_cendrc à le ,i iter confe -ion .... Faites que la douleur vou. la
ramène tout à fait. ... Et pardonnez à \'Oire
• ine, jetant l'inquiétude dan l'âme innocente
ou,·ent. JI en était fier et louché. I.e role de indi"ne erviteur de di pen.:er 1· râces de
de la \lion qui , 'aclÎla plu a idùmcnl à ·on confident auquel il 'élen,it 11ar là lui parai -ouua"e. flientot elle r '\'Înt, ju ea le ragoût sait nlorieut, tncore qu ïl le dùt plutôt à . on la Pénitence dans le cbez-,oi du prc,-bytère,
brûlé, la soupe mal cuite. Et elle alla finir ha Li L c1u 'il i-a per oone. C la, il le . entait au lieu de le répan1lre par le guichet du con~on aprè -midi dan la lingerie où die défit bil•n. El n'eût-if pa. pénélrt! là-dessus le sen- fe.,·ionnal, elon l'usag • et le canon ..... "ai.
ittneur I et
et relit san · e las. er plu. ieurs pile· Je drap· timent de la haronne, il eu aurait été a,·erli ,o ,oies . ool ml térieu.e·,
ct'lte
infraction
aux
ri-nlemcnL
de
la aink
et de ,er,iettes.
par le sin ulier procédé dont elle arnit pri
i:i?lise,
à
l'égard
d'une
noble
dame
fortement
Ain. i ~e pa:. aient le journée sucr.édant à coutume d'u,er, afin rp1e ·a di"oité n'e1)t pa
afllinée, ne saurait drplairc à ,·otre cœur ....
des uuib sa.n . ommeil, qu'elle raccourci,sait à souffrir de ·a rai11lt!s e.
.\yant ainsi pen é, le ruré Pomerol re,·ele plu. possible en se courbant tard et se
Quand madame de Fon:-pe rat, e lénuée nait ,-ers la haroone. Il 'as- rait dan un
le,·aot a\'t'C le jour.
de sa conlraint &gt;, \'Oulait détendre , es nerf. fauteuil de paille, '{" 'il pla~il ~ contre-jour
Lucl'llc souffrait de toutes façon. du départ en parlant de on fils, elle c conre~s:iil.
dans la va te embrasure de la fenètre. Il 'l
de ,on frère. Outre le chagrin que lui eau ail
La ronre ion Dl' lui coùtait point. Ellen' ·
1 .ilcnce de )lartial, eJI • a,·ait à apporter le di:,ait •1ue c.-e qu'elle \'Oulait Lien dire. Pome- accoudait, appuyait on ,·i,age ur sa main
poids des exi"ence· maternelle. et la t.àrhc rol l'écoulait a,·ec une nuance de rc~pcct. Sa droite ou,·crle et qui \'oilait :c· yeux, el
di ait :
a0 çantc du d'llozi r à lire et à répéter. fa- dt:férc.mce pour la haronne u'élait point dimi- Je ,ou· attend~, ma.Jam• la 1,aroune.
darne de FonsJ)t'yrat a,·ait im~giné autre cho e 1111~e par la fonction sacerdotale. Lor~que,
Madame de Fonspc~ral faisait mine de
encore : l'élude approfondie de l'étiquette eu dans ·a pauvre .-aile à manrrer, il la ,oyait
'agenouiller à côté du prètre. \lai·, chaque
usa e à la cour de France, cho,e infiniment
'a,seoir en face de lui, l'œil dur et la l'•\'rc
utile pour le ~mp: lrÎ.' proche où le roy frémi .. anl\•, il sa\'(lit ce qu'il allait ad,,mir. foi~, par un élr:-tn"e ha,ard, eUe en était emre,ieodrait. li fallait sa,·oir comment on le Aprè~ &lt;JUtlques hanalittr , aprè · des plaintes pêchée par une forte douleur au genou; toute
saluait, le nombre tle pa à faire à droite ou ruai furmukle et nomlire tic demi-mot , la 0cxion lui éL'til impo ibll'. Elle d tplorait
celle circonstance ~an ce.•sc r •uou,cléc. Et
à !raud1e uanl de plon"er dan' une profoodc Laronne di~ait ;
le curé dis.iit :
révérence, . a\'oir au~ i à 11ui rev nait le droit
- Tenez, curé, j'aime mieux me con- Dieu ne demande pa l'impo , ihle, maau laboure!, à la chaise à do ou au fauteuil
fe .. er .. .. .\lion., confe . ez-moi .... ~lais quel- dame la baronne. Pren l la pt"inl' J'a\"anr r
à bra .. fadamc dt• Fon. pe)rat était iotraicelle chai~e s'il rou plnîl, et veuillci vou y
taLle là-Je.s~u '.
a · eoir, à portée de mon oreille, car je JeLa l,aronne a,·ail qua. i proscrit la mu ·ique
,·i n ourJ.
el le chaut. Elle dLaiL qu'unt• fille .age a
Madame de Fon~pcyral 'a eyait, fai. ait le
autre choP à foire 11u'à oupirer de air
·irrne
de la croix, di ·ait le Confiteor en écoramoureux en pinçant des corde variées el
chant le latin et comm nçait ~a confe1 jon.
tJ0e Pam-rr. ,Jacque ou Femme seu:iMe
C'étaient des doléances sur l'ingratitude de
étaient d'insupportables niai crie: . ·
.
on
61., la douleur qu'elle en re~~enlait pour
Quand Lucelle . e plaign:iit à Julie, cclfo-ci
elle
et pour le renom de sa mahoo, l'inquiériait de se triste -CS et lui .oufOaiL la rélude oit la jetait ce _ilence, les craintes qu 'elJe
hellion.
ayait pour la , ie de . lartial. A de certain
1"c"-lu pa femme à présent? ... Pourmoments, elle oubliait cure, coofe ion et
11uoi te lais.cr mener comme une petite fille? .. •
.
acrcmcnl. Elle élevait si fort la voi , pleuTu n'a. que ce que ta timidité mérite .... La
rait
i bruyamment, que Pomerol en était
force de ta m1·re e Lfaite de la Iaibl ~si' ... .
lout interloqué. li t niait de la calmer.
Ah! ·1 c'était moi 1. ..
- Allons, ma œur, calmez-vou . . • cal- ·ï c'était toi, que ferais-ta'! ...
me-.Mou
.... Allon ... allon .... Prie.: ... heu ...
uffit. .. je m l'Dll'nd .
heu
...
il
faut prier ... heu.... ·ous alloo ,
El Julie n'osait jam~is dire ce qu'elle fedire troi Al'e ~[aria pour que Notre-Oame,
miL.
11ui a été mère, elle au ~i !... heu ... et qui a
Lurette pleurait om·ent. C'était l'occa. ion
u cc (lue c'était de ·ouffrir, elle au i. ..
de scène· violente lor que , a mère la urdans
son cœur maternel... heu ... Yom. aide
prenait avec le~ yeux roug, :
à upporter... heu... heu... ,otre nrande
- Qu'a\'ez-,ou. encore. De quoi ,·oa,douleur .... A1•e ./aria, g7'atia plena, D0111iplai uez-rnu -'l
1w
· lecum ... .
- Oc rien, ma mère.
La
naïveté de celte formole conl-olatrice,
- .\lors, , ous me ~chez quelque cho. e? ...
le parole latine· su urré · par œ prètre ()uoi? ... Mais dire -le doocl...
G11ill.J1u11~ Ra/::i11auJ stmNalt Jort -~J/is/Jil dt lui~impie el bon, la douceur my térieuse de '
La jeune fille .e Lai. ait. Certes oui, rJle
mbnt, 11011 moins que dt son /:.Jl-i/, it son extra
confidence qui allègent le àm en peine,
or;ti11:ifrt crav:itt, dt ses l'rtloquts tt J&lt; son t.\cachait qucll1ue cho.e : on amour pour Flolravagant cha~au (1'3ll'e 138.)
lout cela fini .. ait par amollir le cœur do marian .. on i1111uiétude à ne pas le voir demandame
de Fon peyrat. L'aigreur de es rander ~a main, comme c·était eonvena. Ah! 'il
l'oubliait. Noo, jamai , jarnai el! ne pour- que cho~e que je \'OU di. e, n'oubliez pa. cune ùdouci ·sait au miel de la prière an,.érait conlicr ce ecrel à .a mère. !ème quand que je ,ou le confie ou le ccau du acrc- lique, tandis que, de sa mémoire, montaient
en elle de pieux ouvenir ' de jeune se. Elle
elle ,oula il se rafraîchir le cœur en oogeanl ment.
pleur11t alors de vraie larmes, longue:! , sià Sainl-llarc, elle altt ndait que la baronne
- -A ,otre gré, madame la baronne, di. ait lencicn. es, abondantes.... L'eau amère des
fùt hors la maison el cela arrirnil plu .ou- le bon curé.
douleurs qui ·épanchent descendait sur se,
..,. 136 ...
0

,

____________________________________
Jl.MES D'AllT7(E'F01S - - -.

joues llélries, gli. ait dan les c.inaux de.
ride , chaque jour plu profond , coulait sur
, robe noire ans qu'elle) prit !!arde ....
i le curé a,·ait eu quelque science de
l'lme au lieu de n'l'n u·oir que la pratique,
il eùt rn face à face ce que nul n'avait jamais
\'U: l'autre madam • de Foospe1rat, &lt;'elle que
la baronne rachail jalou.-ement rt qu'elle aurait rourri de lai, er deviner •. lai le curé ne
saYail qu'étre doux aux. faibles et consolant
aux afOigé . De la p ycholon-ie, il e ouciait
peu.
Toutefois sa conscience du prétre officiant
l'obligeait, à la fin de ce colloque, de faire
3\'0Uer à sa Jkinitenle au moin · quelque~
fautes ou légère· pt•ccadille 11ui ju tilieraient
rappareil de l-1 confe sion el de l'al,_ol ution
11ui s'en ui,·rait. Madame de Fonspe~ rat .')
prêtait volontier·. l'uis, au dernier signe d •
croix, elle . e 1•rait, calmée, prc"rue ,ercine.
Elle rentrait à l'on. peyr:11. a soirée, sa nuit
étaient meilleure . ~fais le lendemain elle
•pn tait encore la Joult&gt;ur lancinante, et ses
1ioleoce - reprenaient de plus hell .

Il
Cependant u11e affaire gral'c urvint qui
1lt1nna un cour oomcau à l'acth·ité de la Laronne et di ipa pour quelque temp ,c.
ob édaote préorcupalion .
lin heau matin de l'an \'III, elle r'çut une
lcllre du . ieur Thorna. flaCanaud, marchand
à \'erthi . Ledit .ieur Rafanaud l'informail,
ur un ton comminatoire, qu'il se di po, il 11
reprendre contre elle certain pro&lt;·è l'llg:ltré
1·er:. 178;; el c1ue le jour· révolutionnaire
a1·aienl u,pendu.
Il s'n!!i. ait d'un vieu - rè,.lemeul de compte
entre flafanaud et le reu baron. A !'in u de
ft'mme, . tani. la de FouspcJrat avait conlracté un emprunt. C'étaient 1ruelque:; centaines de lhre. de linée à rép:ircr le dommarre cau. é à une fille d'auberge par le baron
libertin. La mort l'a,·ait urpris arant qu'il
·e fùl acquitté. M inlcnant, il fallait prouver
la lé .,itimité de la dette, capital et intérêt
hautemeut coté par flafanaud. ladame de
Fonspeyral la niait ab·olumcnt. Le demandeur outenait par do faibl preu,e l'authenticilé de la créance. La cause était obscure
et embrouillée.
Ce Thomas Rafaoaud était uo ancien cufti•
Jeune fille entr1&gt; J.i11s '"' fr.ic1&gt;s de futts tl dt ft/l/s crt • - J.11ctlle ! .•. J.u ctllt : •• &amp;-tu l.i i' • lin
,·aleur illellré qui 'était enrichi Jans de lou- Une
vor,rnt le Jeune homm,: tilt s'arrt t11. Elit n'~tJil polnl confuu, m~ls élonntt u11kmtnl. Elit restait sourl:i111t , tl, cur/,:usi:, rtt.JrJa/1 ~ n&lt;iltur Inconnu . !l'age 138.)
che négociations, achelanl à vil prix toute.,
.orle - de précieuses marchanJi_ en un
temps où les noble, 31'aienl Le oin d'ar"cnt.
nrand train. ~faL il a,·aiL gardé de a petite
peyral. Dico malgré lui, il accepta d·écrire à
, \·ul, il n'eût peut-ètre pas sa conduire ju~cnfanœ le goùt de la campagne, de la ,er- la baronne pour lui annoncer la rcpri e des
11u'au boul on ·ingulier commerce, mai- il
dure et de lleur:.. et, chaque année, au prin- ho tilité . Requis de , 'occuper de cette affaire
a,·ail un li! , Guillaume, dont le con. eil · lui
temp ·, il m·enait à \'crthi , en bel équipaire,
pendant on ~1~oar à Verthis, il hougouna,
itaient précieux. Guillaume, d'abord impie
pas cr quelques jour· prè· de on père el ne ul commcut 'en défendre el finit par
courtaud ile boutique chez un joaillier vari- courir les Loi.s, le prés, les routes. Il hàillait
con entir. Il annon\·a donc à la baronne qu'il
icn, était maintenant chef de la corresponur les nrimoires que on père avait ama -·és
e présenterait inœ~ amment chtz elle en
dance dans I maison .du grand financier
pendant de mois pour Je:, lui faire déchirmandataire de Thomas Rafanaud, pour régler
Ounard. La fine ,,e du commis avait rendu
frer : reconnai ·,anccs, reçu à valoir, cnga- défini live ment le orl de cette ancieon •
de réel ervices au patron qui, en retour,
gemeuls
el autre· papier ·ou~crit par de créance.
l'arait enrichi.
malheureux débiteur· .
Le Ion de ,a lettre irrita madame de Fon A p ine i,.é de trente ans, Guillaume flafaGuillaume e lromait donc à Verthi lor.-.- p yrat. i e l'appelait-il pa cituye,we? ..•
naud vh·ait à Pari~ dans le lu\e et menait
que on pi'•rc rouvrit le ~ieux procès FonsPour un peu, il l'cùt tulople! ... Et, en ma-

�111S T0'/{1.Jl
nière de salutation finale, ne se contentait-il
pas de l'inconvenante et grotesque formule
révolutionnaire : « Salut et fratrrnité? 11 •••
Fraternité avec ce drôle!. .. Avec le fils Rafanaud qui, tout petit, courait pieds nus sur
les routes, le pan de sa chemise 0ottant derrière lui 1... Fra terni lé!... Alors il se mouchait avec ses doigts el ne comprenait pas le
français .... Fraternité!, .. Allons donc, cela
dépassait les dernières limites du bon sen !...

Ill
- Voyez, ma fi11e, disait la baronne à Lucette, voyrz combien grand est mon embarras. Lasescure est absent. Votre oncle, mon~ieur de la Mouraine, est invisible, et, au
surplus, oe s'entend point aux affaires. Le
curé .... Ah! le pauvre homme! il serait bien
empêché de me donner le moindre conseil. ...
.\. qui m'adresser? ... Ce l\afanaud viendra
demain et, d'ici demain, je n'ai guère le
temps d'aviser .... Cette affaire est vraiment
bien malheureuse, ma fille.
- Il est vrai, ma mère, répondit Lucettc.
Vous manquez d'un bon con eiller, clairvoyant et désintéressé, qui verrait les choses
sans parti pris .... Il le faudrait assez instruit
des nouvelles lois pour éviter les fausses manœuvres .... Tout cela e t bien diîficilement
réuni dans un seul homme....
- Voilà qui est fort bien dit, Lucette, et
je reconnais en vous un peu de ce sens droit
que j'avais à votre âge lorsqu'il s'agissait de
mes intérêls matériels .... Oui , il me faudrait
un conseil.. .. Mais qui? .. .
Lucelte avait un nom sur les lèvres. Elle.
ne le prononça point. C'était celui du chevalier. Saint-Marc n'était-il pas avocat et habile?... Elle était sûre, très s\\re, qu'il servirait avec joie la cause de madame de
Fonspeyrat, parce qu'elle était la mère de
Lucette ....
La jeune fille re ta un moment indécise.
Nommerait-elle Florian?... ' i son attitude,
son accent, sa rougeur allaient la trahir 1•••
Elle se troublait i aîs{menl en pensant à
lui l ... Que serait-ce si elle devait en parler à
une personne aussi sévère et aussi respectable
que l'est une mère?
Peul-être pourrait-elle ruser avec cette
dir6culté 1...
Après un silence, el tout en se hâtant à sa
broderie, elle dit :
- Je pense, ma mère, que notre vieille
amie, mademoiselle de Bois5onage, vous trouverait parmi ses connais ances l'homme di cret et savant qu'il vous faut .... Je crois lui
avoir entendu vanter quelqu'un dont les lumières lui sont précieuse . Voulez-vous que
je lui écri,•e un mot? ...
- Vraiment, dit la baronne, vous avez
raison, ma fille, et voilà qui peut se tenter ....
Cependant, Lucelle, ne dites là-dessus que le
strict nécessaire. Ne laissez échapper aucune
parole imprudente. En affaires, voyez-vous,
c'est à peine si l'on peut se fier à son bonnet
de nuit.
- Et puis, ajouta Lucette, vous pourrez

A.MES D'JUIT1{'EF01S

La ~lion l'introduisit, tout effarée, dans le
grand salon aux volets clos, dont elle ouvrit
précipitamment les fenêtres. Rafanaud regarda autour de lui avec intérêt et s'abîma
dans quelques maussades réflexions devant
les portraits de famille pendus au mur ....
Quoi! la Révolution avait pu laisser pareils
souvenirs du passé chez ces aristocrates?...
C'était par trop Fort 1
Soudain la porte grinça. Une jeune fille
entra dans un fracas de jupes et de petits
cris :
Luce lie 1... Lu cette !... Es-tu là?
En voyant le jeune homme, elle s'arrêta.
Elle n'était point confuse, mais étonnée seulement. Elle restait souriante, et, curieuse,
regardait le visiteur inconnu.
- Pardon, monsieur! dit-elle. Je cherchais mon amie Lucette, et ....
Le chapeau à la main, saluant, a,•ec des
mouvements du torse et des jambes, Guil- •
laume répondit :
- Citoyenne, il n'y a pas d'offense ....
C'est moi qui suis fâché de troubler peut-être
par ma présence l'aimable entretien de deux
amies ....
Julie des [magnes parût d'un bel éclat de
rire:
- Citoyenne!. .. Vous m'a rez appelée citoyenne? Si vous saviez, mon ieur, comme
vous me faites plaisir! ... Je rêvais d'être
appelée citoyenne ....
- En vérité!... fit Guillaume, gaiement
el très intéressé.
- Oui, je trouve cela singulier, amusant
el nouveau .... J'ai sn que c'était à la mode
aujourd'hui.... Mais ici !. . . à Verthis !. ..
Presque personne.... Les gens du peuple
seulement emploient ce mol. Ne trouvez-vous
pas qu'il est piquant... tranchant, plutôl?
ajouta-t-elle avec vivacité.
- Citoyenne, voilà un trait d'esprit, dit
Gu.illaume en grasseyant.
En même temps, il faisait une pirouette.
- Mais a-t-on vraiment fini de trancher? ...
reprit Julie d'un demi-air boudeur.
- Oui, cito-yenne, c'est fini, tout à fait fini.
- Ah! tant mieux!. ..
· Julie se tenait debout, appuyée au chambranle de la porte. Un fourreau de batiste
blanche moulait on corps. Une écharpe de
soie orange marquait sa ceinture el soulevait
sa gorge provocante. Un de ses pieds battait
le parquet à petits coups. es mains étaient
roses sous des mitaines de soie blanche. Elle
avait dénoué les rubans de son vaste chapeau
qu'elle tenait à la main et ses cheveux e
montraient tout dorés autour de sa face mutine.
IV
Il y eut un silence, puis elle soupira ....
- Je me sauve, dit-elle. Que dirait la
Guillaume Rafanaud se présenta le lendeterrible madame de Fonspeyrat si elle me
main à Fonspeyrat.
li y parut en somptueux équipage et l'air rencontrait là? ...
Elle imita la baronne :
glorieux. Il semblait fort satisfait de lui- « Mademoiselle des Imagnes, allez remême, non moins que de son habit à pans
longs d'une aune, de son extraordinaire cra- joindre ma fille!. .. Votre place n'est pas ici,
vate ~ù son menton disparaissait, de se bre- en tête à tête avec un jeune homme ! ... »
Puis, changeant de ton :
loques et de son extravagant chapeau. En
- Au revoir ... citoyen !. ..
un mot, il était tel que l'homme à la mode
Elle rit el partit en couranl.
en l'an VIII.

ainsi gagner du temps. Lorsque, demain, le
fils Rafanaud se présentera, vous lui direz ...
je ne sais quoi ... pour retarder de quelques
jours la comcrsation sur l'affaire .... Il est
bien probable que, pour goujat qu'il soit ....
Le visag~ de Lucette exprima une moue
dédaigneuse :
- ... il ne refusera pas d'attendre un peu
votre réponse.
Étonnée, madame de Fonspeyrat regarda
sa fille. Quoi! Lucette avait une opinion, des
idées, suggérait des moyens habiles pour se
diriger en affaires? ... Quoi! Lucette pensait,
Lucelte parlait, Luœtte n'hésitait pas à aller
de l'avant?... Elle imaginait? ... Elle supposait? ... Elle n'était donc plus une enfant? ...
Elle devenait donc une femme? ... C'est vrai :
Lucette a plus de vingt ans.
La baronne l'avait oublié.
Elle examina sournoisement sa fille. Elle
observa que son visage avait perdu son expression puérile, que sa gorge était ronde et
pleine, que ses hanches marquaient de robustes saillies sous le fourreau de siamoise
rayée. Elle vit que ses yeux étaient beaux et
pleins de langueur; sa bouche voluptueu ement charnue el mobile. Elle considéra ses
mains blanches, fines et déliées, son pied
menu qui s'agitait sous la jupe courte, et elle
pensa : a li faut songer à l'établir. »
Puis elle dit :
- Eh bien, ma fille, écrivez, écrivez ....
Moi, je m'en vais chiffrer.
Vite, Lucette posa son ouvrage. Une flamme
soudaine la parcourut toute. D'un bond, elle
fut dans sa chambre, puis auprès de son petit
secrétaire en bois des Iles, et écrivit. Ensuite
elle remit la lettre au valet qui l'emporta à la
poste.
Alors elle sentit en elle une étrange allégresse. La journée était superbe. Lucette alla
dans le jardin. La lumière vibrait sur les
fleurs du parterre, le feuillage des bois, les
murs de l'antique maison. On eût dit qu'il
s'en élevait une harmonie de couleurs el de
parfums. Des abeilles bourdonnaient autour
de la jeune fille ddns le jardin où elle promenait son rêre. li lui semblait être un insecte,
elle aussi, tant elle e sentait légère et viv~.
Mille pensées d1Hicieuses la care saient. Un
autre soleil que celui de l'été brùlail ses joues
et rendait ardent son cœur ingénu.
Puis elle reslra dans la maison. Passionnément, elle se jeta sur sa harpe. Et, ce jourlà, madame de Fonspeyrat, qui l'entendit
chanter, la laissa faire.

.,, 138 ...

" Quelle jolie fille! Quelle jolie fille! »
pensait Guillaume.
Un peu de chaleur lui vint aux joue . Il se
regarda à nouveau dans la glace, remonta
davantage encore sa cravate, toussota, prit
une pastille dans une bonbonnière qu'il tira
de sa poche et attendit madame de Fonspeyrat sans trop d'impatience, car il ongeait
à Julie.
Un pas rude sonna sur les dalles du vestibule. La porte s'ouvrit. La baronne entra.
- Citoyenne ... dit Guillaume avec respect el dignité.
Et il salua.
- Comment!. .. C'est toi? ... C'est toi,
mon pauvre Guillaume?... Eh! bon Dieu!
comme te voilà en bel équipage! Bonté dn
ciel! Enfin... c'est la mode, sans doute ....
N'en parlons plus .... Disons plus tôt et vilement ce que nous a,·ons à nous dire.
Cette réception familière el quasi méprisante irrita Guillaume. Il marqua son mécontentement d'abord par ' OD silence agre if, puis par la manière dont il ·exprima :
- Citoyenne, dit-il, tu ....
n s'arrêta un instant, se reprit comme
pour indiquer qu'il faisait une concession de
politesse à l'àge de madame de Fon peyrat :
- . . . Citoyenne, rnus avez reçu ma
lettre. Vous savez que je suis ici comme
mandataire de mon père .... Il lui est dû une
ommc de six mille livres, ou plutôt de six
mille deux cent soixante-quinze francs et
quarante-cinq centimes, suivant le système
décimal. ...
- Je ne connais rien et ne veul rien connaître à Les francs et à les centimes, dit brutalement et avec hauteur la baronne. A.u surplus, il ne s'agit pas de compter en lines ou
en francs. Je ne dois rien au ieur Rafanaud.
- li y a dix-sept ans que vous répétez la
mèmecho e, dit Guillaumeavecimpatienœ ....
Cela n'a dITTé si longtemps que par la faible se de mon père, l'incurie des juges et la
fatalité des événements .... Mais aujourd'hui
jP suis là.... ous avons une preuve, une
preuYe écrite par vous, oui, de volremain ....
La baronne éclata.
- Ç-1. c'est trop fort!... Mais montre-la
donc, cette preuve! ... Montre-la donc, puisque
tu l'as!. .. Moi, avoir écrit!. ..
- Le i4 février f 789, je précise, vous
avez écrit à mon père une lettre qu"il avait
e:o-arée el que j'ai retrouvée, ce jours derniers, au fond d'un tiroir. Il y a dans cette
lettre une phrase qui reconnaît la dette ...
oui, qui la reconnait. ... Vous aurez beau
faire à pré enL, c'est fait.
La baronne se entit dernnir stupide.
Mais ce fut un éclair. Vite, elle se ressaisit
et pensa : « Il faut gagner du temps. &gt;&gt;
- C'est bon, dit-elle tout haut avec dédain, revien lundi avec ta lettre. Nous
verrons.
ans plus regarder Guillaume, elle e
dirigea vers la porte, puis, se ravisant, elle
se retourna pour lui jeter d'un ton de mépris ces mols qu'elle croyait offensants :
- Pauvre drôle!... Tu as donc oublié

que lu courais nu-pieds sur les routes, étant
petit, et que, chaque dimanche, tu mendiais
deux liards à madame de Fonspeyrat pour
t'acheter un tortillon!. ..
Rafanaud se redressa, piqué au vif :
- Je n'ai rien oublié, dit-il. Et ceux qui
ont vécu el travaillé comme moi n'ont rien
oub1ié non plus .... Nous Yous l'avons bien
prou,·é, à vous autres !
- Je te conseille de t'en vanter! cria-t-elle
en s'éloignant.
Il suffisait à Guillaume de sentir qu'il
avait touché juste et bles$é. Il n'ajouta rien
et sortit, en marchant d'un pas assuré. li
s'appliquait aussi à mettre sur son visage un
peu de la morgue qu'il avait discernée chez
Ounard, son patron.
Lorsque, dans sa voiture, il passa le portail de la cour, il aperçut Julie donnant le
bras à Lucette. Les deux jeunes filles parlaient bas et riaient. Le visage de Lucelte
exprimait une joie douce, celui de Julie un
malicieux plaisir. Guillaume se pencha à la
portière el les salua. Puis il les suivit du
regard. Julie se retourna. Elle lui lança un
coup d'œil singulier. Du bout des doigts,
Guillaume lui envoya un baiser. Et Julie ne
craignit pas de lui sourire des yeux et des
lèvres.
V
&lt;( ~fa chère enfant, avait répondu mademoiselle de Boissonage, je viens d'écrire à
l'aimable chevalier de aint-~larc et je lui
envoie votre lettre. Lui seul me parait propre
à débrouiller habilement le chaos de cette
affaire. Je suis assurée que, pour être utile
à madame votre mère, ce bon et sensible
jeune homme fera l'impossible. Quant à moi,

je serais plus qu'heureuse si cette circonstance inattendue le mettait en état de réaliser ce qu'il désire vivement, je le sais : j'entends de mus donner un témoignage de son
dévouement et une marque du souvenir attachant qu'il a gardé de vous.
cc Que je n'oublie pas de vous dire qu'il
n'est plus à Limeuil mais à Pontvieux, où il
a été nommé juge au tribunal.
" Vous savez peut-être que le gouvernement réorganise les tribunaux et qu'il fait
appel aux hommes les plus vertueux pour
tenir les offices de la magistrature. Le sage
Saint-Marc a été désigné par son parent,
monsieur Bigot de Préameneu, fort estimé
du Premier Consul. Florian s'est ,,u nommer
aussitôt dans l'emploi dont il est digne. Par
ainsi l'on a proclamé publiquement son savoir
et sa vertu.
« Le marquis de Bellombre ne l'a point
voulu quitter. Les voilà donc tous les deux
en Périgord, non loin de vous. Le marquis a
pu acquérir à Pontyjeux la maison où il est
né, où il a vécu tout jeune et qui, par suite
des horribles désastres rle 95, était devenue
la propriété d'un boulanger. Ils vivent ensemble là-bas, comme ils faisaient à Limereuil, n'ayant rien changé à leur train et
ayant emmené leur valetaille.
« Ne lrouvez-vous pa , ma mie, que voilà
un beau trait d'amitié? Le spectacle de cet
homme vénérable partageant l'existence de
son aimable parent, le traitant comme un flls
et ne le "oulant point quitter; celui de ce
jeune homme se plaisant en la compao-nie de
ce vieillard el le respectant comme un père :
il y a là, n'est-ce pas, de quoi attendrir toute
âme sen ible?Quant à moi, je n'y puis songer
sans que mes yeux se mouillent de douce_
larmes.

Pouyadou approuva11 tous Les actes du (&gt;rem~r consul: • - JI a r.1iso11, puisqu'il est au po uvoir .... Il est
fort ... j'aime les gouverflements forts . ... Je suis pour ceux qui gouvernttll. • Par cette form11le , il avatt
eu tout temps expliqué l'exlreme v.irlaNlilt de ses opi11io11s. (Page 140.)

�H1ST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
11 Ma chère enfant, je fai3 mille ,·œux pour
la réu site de l'affaire qui préoccupe madame
votre mère, el j'en fais aussi pour votre bonheur présent el futur. Enfin je souhaite que
rien n'ohscurris e jamai Ja félicité qui doit
èlre le partage de votre vertu. »

Madame de Fon pe}·rat ayant lu celte
lettre, car elle n'aurait pas souffert que a
611e la décachetât et la lùt avant elle, la rem il
à Luœlle en lui disant :
- Celle pauvre de Boi sona"e est toujour"
la mème ; une bonne et vieille foUe. Elle
YOÎt du roman parloul.
- Comment? dit Lucette.
- Je m'entends, répondit la lmronne.
Et elle tourna le talons.
Luœlle lut el relut cette épitre. Elle tomba
dans une grande rêl'erie, coupée d'éclairs de
plaisir et d'espérance joyeuse. ul doute que
Florian ne répondit au itôt. Mai que dirait-il?
Le lendemain, Dumarou, envoyé au Lureau
de la poste pour y chercher la correspondance, en rapportait la répon e du cbe,alier.
Elle était brève et courtoise. Il 'excusait de
l'écrire au si laconique, mais il était fort
occupé par les besoins de sa charrre. Cependant il s'emprc·serait de se rendre à Fon·peyrat, le prochain dimanche, el y séjournerait le tcmp · nécessaire pour conférer avec la
baronne.
Très probablement (. de Bellombre l'accomp:ignerail, car il se ferait une joie de
visiter cet important domaine. En allendarn,
l'un et l'autre déposaient aux pieds de la llaronne et de mademoi elle sa fille leur plu
re. pt'Ctueux bomma"e .
- Voilà qui est parfail, dit la baronne
après avoir lu. Il s'agit maintenant de tout
apprêter pour bien recevoir nos hôtes. Je
compte sur .ou , ma fille, pour veiller à ce
que rien ne cloche.
Lucette aurait bien préféré pas er son
Lemp en rêverie ou à inventer une jolie toilette pour ce jour-là. lais a mère avait
parlé, elle obéil. Elle 'empre sa autour de
la ~lion, aiguillonnant le zèle de la ,ieille
.ervanle, choi i anl avec elle le plus beau
chapon de la basse-cour cl préparant des pàLisseries. crèmes et friandi.c dont elle .avait
le chevalier un peu gourmand.
Mais, pendant qu'elle ·occupait ainsi, elle
n·a,·ait dan l'ima~ination qu'une idée, qu'un
nom : Florian. « Il ,·a venir, pen ait-elle. li
verra ces lieux où je oupire en pensant à
lui. ... Il respirera l'air que je re pire ...• li
portera se pa où je porte les miens ....
Avec moi, il rêwra, dans ces bois qui m'entourent .... 0 Florian! ... »
Ain i, dans le langage emphatique de
l"époque, Lucelte se parlait à elle-même et
e disait de choses qui, tour à tour, la jeLaient dans la mélancolie ou l'enivraient d'une
joie ardente.
Ce dimanche arriva enfin. C'était une da le
importante pour Vertbi : il y avail foire el
préparation de la li Le des notables de la

commune, liste exigée par la nou,elle constitution. ur celle liste, le préfet choisissait le
maire et les adjoints.
Cette double circonstance foi ait afnuer
dans les rues de la petite ville les propriétaire des environ , les métayers et les bourgeois. Le uns avaient porlé au marché les
produits résené pour ce jour-là, les autres
y conduisaient des L11e.~ à ,·eodre, d'autres
venaient en acheter. Certains e rendaient à
la Mai on commune pour y consulter le listes
et 'assurer qu'ils y figuraient bien el e actement.
Dans la rue Haule, qui mène au Foirail,
et dan" la rue Ba e où ont le plus belles
boutiques, les marchands se tenaient sur
lem·~ portes pour solliciter la clientèle, car le
pay an e t loujour· indéci · au moment a·acbeter. Il maniait et remaniait le coton, la bourrelle el le cadi qui !louaient, accrochés par
un bout à un clou fiché dan la deranture.
li foi ait mine d'enlrer, puis reculait. li s'arrètai t, avançai L pour recu Ier encore. Il parlait à .a femme dont le YÎ.arre fermé ne lai ait entendre ni oui ni non. Finalement, il
s'éloignait, ou, tout à coup, e décidait, pénP-lrait dan la boutique, uh•i de la ménagère silencicu e, chargée de paniers el d'un
gros parapluie de coton hleû.
La boutique du pharmacien, peinte en
couleurs criarde' , se di Linguait eolre toute .
La porte en était bas e el cintrée el il fallail
de cendre deux marches pour y pénétrer. 11
· Ooltail une étranrrc odeur d'épice·, d'herbes
èche , de térébenthine et d'ammoniaque.
De paquets de menthe, de surt!llu, de sauge
el de rue pendaient au1 solives noires et
large . Toul autour se \'oyai~nt de ca ·e à
Liroir où étaient inscrit les noms de diver es
poudre et onguents : résine de jalap, kerm ' , cloporle en poudre, limaille d'acier,
nitre, antimoine, théria'lue, onguent nutritum, etc ....
ur le seuil était Pouyadou. eau anl a,·ec
1, notaire et le médt?cin. Les ,·êpres . onnaient. Les dérotes e rendaient à l'égli e.
Une femme ,·êtne de brun, importante et
sévère, pas a, le yeux bais és ous le capuchon de sa mante.
- La gou\'ernante de la citoyenne des
Imarrnes. !'OufOa Pouiadou à l'oreille du médecin. Ob crvez qu·dle e l cule aujourd.bui. .. .
JI cligna de l'œil cl prit un air !!l'ivois. Le
méd.ecin lira sa tabatière el lui olfrit une
prise, ce qui changea le cours de leurs idées.
Il parlèreut du temp qu'il lai.ait, des récolte·, des maladie passée et de celles qui
s'annonçaient. Ils di culèrent ur Brown el
sur Broussai , ur la ~aignéeeL les emplâlre ,
et dirent deux mots de la politi4ue. Poupdou
approuva.il ton les actes du Premier Con ul :
- li a rai on, pui ·qu'il esl au pouvoir ....
li e t fort.... J'aime le gouvernements
forts .. .. Je ni pour ceux qui rrouvernent.
Par cette formule, il avait de tout temp
e1pliqué l'extrême variabilité de ses opinion .
- AlJon , mon paune ami, disait ~lal··
sonnave, préparez-vous un nouvel habit.
L

Cette fois il vou le faudra superbe et couleur de monarque ....
Il ricanail. Pouyadou, piqué, allait répondre. Mais il ne le fit point, Loule son
allenlion étant portée sur un carro se inconnu
et de bonne mine qui arrivait par la rue
Haute.
- Regardez! ... regardrz !. .. criai l Poul adou.
Derrière les "laces relevées à cause de la
pous ière, il di tinguèrent un vieillard et un
jeune homme.
- Il tourne ver Fonspcjral! cria le
pharmacien. Qu'y a-t-il donc de nouveau? ...
'e crail-&lt;:e pas quelque mariage qui e prépare pour la citoyenne Luœlte?
- A.lion , allons, Pouyadou, calmez votre
ima"inatioo, dit le notaire avel' douceur et
ironie, car ....
Un bruit de onnailles. un tapa e de chevaux lancé au "'rand trot interrompit
La escurc.
ne chaise de poste passait Jans un tourbillon de pous ière. ,tais l'œil du pharmacien, habile à l'espionnage, avait pu disûnguer à l'intérieur un jeune homme et une
jeune femme enlacé .
- Cito)·en médecin! cria-t-il, enivré de
a découYerte, \Oyez : le fils Hafanaud enlève
la citoicnne des [magnes! ...
Et il ne e trompait pas.
11

Le marquis et le cheralier arrivèrent à
FonspeyraL sans encombre. Dao la cour, la
baronne et Lucelte le attendaient. Ayant mi·
pied à terre, le visiteur firent leur révérences, tournèrent leurs compliments et,
a ·ant baisé la main aux dame , furent conduits ver la ·aile où une collaûon avait été
préparée.
Lucelle marchait, les )'ell.X bais és, un peu
en avant du groupe formé par a mère, le
marquis et le chevalier. Madame de Fonspeyral ne remarquait pas que ceux-ci n'avaient d'yeux que pour Lucelle. Par polîtes e
cependant, le marquis jetait parfoi · de c oh ! »
et des « :ihl » parmi les discours que lui
tenait la baronne, mais c'était sans trop s:ivoir
ce qu'il faisait, semblait-il. s reaards étaient
altarhés sur la délicate ilbouclle vêtue de
ro e et de blanc qui "lissait devant lui. Lucette montrait, sous le bord de .a jupe, es
ha de fü à jours dan de petits oulier de
prunelle grise. Son écharpe couleur aurore
llottait à ses cotés, comme des ailes de papillon.
- Mademoiselle de Fonspeyral est fort
belle, madame la baronne, dit le marquis.
La baronne Ires ailiit et le regarda, surprise.
- Elle est surtout une vertueuse et age
fille, dit-elle. Depuis qu'elle a quitté mademoiselle de Boissonage, elle a appris beaucoup
de cho e importantes qu'on lui avait lai .é
ignorer, très fàcheusement par exemple ....
Lucctle craignit que sa mère ne fûl juaée
ridicule en parlant du d'IIozier el des Ordon

,,___________________________________
nances, et, se retournant, elle l'interrompit :
- Oh! ma mère, dit-elle, je \'Ons en
prie 1. .. e fatiguez pas no hôtes par l'énumération de mes connaissances en Yieilles lois
et coutumes ou en la science de monsieur
d'Hozier. Au surplu , nous voici dans la
salle .... Il faut collationner.
La table était sencie. Luœlle fit les honneurs arer grâce. EUe était as-i ·e auprès de
Florian. Son ,;saae, rose de plai ir, cmlilait
une fleur prinlanière, ses Jeux brillaient.
. es dents étincelaient entre es lèvre appétissante . Comme elle eùt voulu parler à Florian! Elle espérait bien que ses regards amou
reux étaient entendus de lui, mais clic n'en
était pas sù.re .... Et ce trouble l'agitait.
aint-~larc était ilencieux et rè,·eur. L'altitude de ~f. do Bellombre le surprenai 1.
Devait-il s'en réjouir ou s'en inquiéter? Le
marquis ne délachail se )'eux du vi·a0 e d ,
Lucette que pour le porter sur son ae\'eu. li
paraissait troublé. Cet excellent vieillard aurait-il deviné l'amour de ce· deux jeunes gen.
el on cœur était-il ému à la pen tic de leur
bonheur? ...
On mangeait des tartelelles. Florian crul
devoir parler à madame de Fon.spe1 rat de la
cause ditûcile qu'ils auraient à discuter.
- flie n ne pre. se, dit la baron ne. Le rcnde.1.-\'0u, a\'ec le demandeur est pour demain.
Nous avons tout le Lemps de commenter celle
alfaire dé~a&lt;rréable. J'ai un fort dos~ier làde us .• ou l'e amineron quand vous serei
repo é.
i nous passions dan· le salon? dit
Lucetlr.
Ll compagnie ·y rendit. Devant, marchait
M. de Rclloml.,re, donnant la main à la baronne.
Lucelte et Florian suivaient. Dan l'entredeux larrre el profond d'une double porte, lei.
jeunes gen · s'atlardèrent un rien de temp·.
Florian prit la jeune ûlle par la Iaille et e
rourbaJust1u'à se · lim·e·:
- Je vous aime toujours, Luceue.
- Je vous aime toujours, Florian.
Ils goùlèrenl une minute ex.quise.
.A peine étaient-il dans le salon 11 ue la ser~an te apporta un pli cacheté à la baronne.
Etonnée, madame de Fon~peyrat de.manda la
permi , ion de l'ouvrir. Le marquis et le cbernlier acquiescèrent avec la plus grande polile e. A.lors madame de Fon, peyrat se blottit
dans l'embrasure d'une fenètre el lut, cependant que M. de llellombre examinait les portraits el que Lucetle montrait à Florian quelques estampe qui trainaient sur une table.
Toul à coup la baronne 'exclama :
- Voilàunechoseélrange, inconcevable! ...
Plus de procès, chevalier l. .. Écoutez plutôt :
Elle lut à haute voix :
Citoyenne,
&lt;1 Une circon Lance impré\'Ue m'empèchera
de me trouver demain au rendez-vous fixé.
Yeuillez m'en excuser. A l'heure où vous
recevrez ces ligne , je serai sur la route de
Paris où m'appelle une pressante alfaire. De
plus, je veux vous dire que, sur les instances
&lt;1

d'une per onne qu.i m'e l chère, et dont
l'amitié pour votre fille est des plus touchantes, j'ai fait comprendre à mon père
qu'il devait abandonner toutes pour·uites à
votre i:rrard, faulP de chances réelles pour le

..,,.._,~··•

Lucelk montr,1il, so11s le bord ~ sa Jupe, ;te tetll~
soult~rs ,ù trunt llt grise. Son ~c/la&gt;"tt couleur

:wrort _rlott:1it .i sts côtés. (Page q o.)

rendre fructueu e . Il a accepté mes raisons.
1&lt; Vou trouverez sous ce pli la pièce doot
je vous ai parlé el qui est la eule ur laquelle
mon père prétendait 'appu)er. Yous 'i trouverez au. i une lellre de la cito1·cnoe de
Tmagoe pour voire belle el intére santc fille.
La lui raire tenir ,•ou vaudra la reconnaissance de son amie et la mienne.
« Je \OUS salue, citoyenne, en toute fr:iternite.
« Gu1LL-Ha1r. lhu.urn. »
On ne saurait peindre la stupeur joyeuse
de la baronne. Quant à Lucelte, elle rougi ·sait et pàlissait tour à tour. Elle oupçonnait
la vérité et n'osait le témoigner. Elle brûlait
du désir de lire la lettre de on amie el n'osait
e pérer que a mère la lui remit. 'lai la
baronne étail si heureuse qu'elle oublia sa
prudence habituelle. Cette victoire sans combat l'enivrait.
- Tenez, dit-elle à a fille en lui tendant
la lettre de Julie.
Lucelte gli sa le papier dao on corsage.
- Ma mère, dit-elle, ne pourrais-je faire
visiter le jardin à monsieur de aint-Marc?
- Mais, répondit la baronne vi\'emeut,
nous y al Ion tous, et ....
Pardonnez, madame; dit le marquis,
... 1.p ...

A.MES D'AUT1fEF01S - ~

mais je vous demanderai grâce pour quelques
instants encore. Me \'Oici très bien accommodé
dans celte bergère .... Mes jambe , qui sont
un peu lasse , se trouvent fort ai es de ce
repo . . . . Pendant que les jeunes gens se
divertiront à la promenade, faites-moi, je
,ous en prie, l'honneur de demeurer avec
moi. ... J'ai beaucoup de choses à vous dirr.
madame.
Ainsi fut fait. La baronne resta en tête à
tète a,·ec le marquis,el le jeunes gens s'élo1gnèrtnl.
eule avec Florian, parmi le allées du
jardin et sou le charmille , Lucette oublia
la letlre de son amie. Car, ·i forlc que soit
la curiosité dans l'àme d'une fille, l'amour
est encore plu fort. Elle ne sonrreait qu'à
regardl!r le cht•va lier, à se tenir à _on côté,
rrémis ante sou le charme de ·on regard et
de sa ,·ois:. Lui, la con idérait comme 'il ne
l'eùl jamai vue aus~i belle, ans i parfaite de
gràce, de douceur el de décence. A travers le
jardin fleuri de roses el embaumé du 1baud
parfum des fruits, ce couple jeune, Fort et
amoureux, c'était Yraiment le Printemps qui
passait.
- ... A.insi, ,·ous ne m'a\'ez pas oublié,
Lucelle'I ùit Florian après un silence.
- Chaque jour et presque à chaque heure
j'ai pensé à vous, mon tendre ami. Il me
emblait que quelque cho ·e, je ne sais quel
événement, allait se produire qui nous rapprocherait. ... El je l'attendais, brûlante d'fmpatience ... .
- ... Et vous avez econdé la Providence,
vous avez aidé le hasard, dit Florian, badinant arec tendre. e. Comme vou al'ez bien
fait, Lucetle !. .. Moi, depui notre dernière
entrevue chez mademoi elle de Boi. ooage,
sa\'ez-vou · bien, mon ,tmic, que ,·oilà plu
d'un an'? j'ai été plongé dans de gra\'es soucis. li m'a fallu m'agiter pour obtenir la
ch:irge dont me Yoici revêtu et que je n'ai
convoitée que pour seconder uos projets ....
Oui, Lucette, mes trop petits revenus ne
m'eussent pas permi de solliciter votre
mai11 .... Jamai votre mère ne ,·ou aurait
donnée à moi. A présent, Je pui parler et,
dès ce oir, i vous y con·entez, je lui
&lt;lirai.... .
- Pourrai-je supporter l'exc·· de mon
bonheur'? dit Lucelle \'iolemmenl oppressée,
les yeux humides et la ,·oi.1. tendre.
- Ce bonheur, Luceue, nous sommes
deux à en porter le poids délicieux. Ah! quel
doux moment !
Le chevalier a, ail jeté ces derniers mol
avec une fougue inaccoutumée et 11ui surprit
Lacelle.
[o • ouffii: traversa l'air brùlant el fil ,·oltiger les cheveui de la jeune fille. Une mouchese posa sur on cou, bourdonnante. Elle ne
réu ~issait pa à l'en chas er . Florian l')
aida. Il prolongeait à plai ir cette occupation
innocente. Peu à peu, il ~•y attarda. e
doigts s'embrouillaient ,Jans les fins cheveux.
boucl~ , frôlaient la nuque, glis aient sur la
peau moite, duveteuse et satinée. ll eut un
geste viî dont l'ardeur parut l'inquiéter. li ~
1

�1t1ST0'1{1.Jl
coupa court, rrusquementet comme honteux.
Puis il se détourna et regarda au loin.
- Qu'avez-vous, mon ami? dit Lucette,
inquiète et ingénue.
- Rien, dit-il avec un émoi contenu.
Ils étaient en un point où l'allée se perdait
sous la charmille. Les arbres taillés à pente
droite formaient deux murailles de verdure.
Leur ombre était coupée de plaques d'or ou
percée de rais luminfux. Une fine buée tombait de la voûte feuilJue et les enveloppait de
fraicheur. Un frisson voluptueux et léger
courut sur leurs épaules. Des silences coupaient leur dialogue.
Ils se dirent las. Un banc cintré de terre
battue et gdzoonée marquait un rond-point.
Ils s'assirent. Les chardonnerets et les moineaux piaillaient aulour d'eux.
Florian prit dans ses bras la taille de Lucetle. Étourdie et comme grisée, Lacelle s'y
abandonna.
a Ah! si celte minule durait toujours, &gt;&gt;
pensait-elle.
Elle ferma les yeux. Elle sentit sur sa
bouche les lèvres de son ami .... Un frisson
la parcourut.. .. Puis un sourae ardenL courut sur ses joues, sur son front, sur ses cheveux, et jusque sur ses oreilles el sa nuque ....
L'haleine de Florian était brève el saccadée.
Elle le sentit si vivement ému qu'elle prit
peur et ouvrit les yeux. Ils se regardèrent
profondément, passionnément .... D'un geste
résolu, Florian dénoua son étreinte et se leva.
- Marchons, dit-il.
Mais ils restèrent un long moment sans
trouver rien à dire. Ils allaient, les mains
unies, silencieux et embarrassés.
Puis, s'essayant à reprendre son calme :
- Que dü,ions-nous?... e faisions-nous
pas des projets? ... Voilà qu'il nous faut penser à l'avenir, Lacelle. Laissez-moi vous
parler de notre vie prochaine. Sans grosse
fortune, je suis pourtant assuré, mon amie,
de vous conserver votre rang dans le monde
et mème de vous donner un train auquel vous
n'êtes pas accoutumée ....
- Oh! le train que nous menons à Fonspeyratl. .. s•écria en riant la jeune fi.lie, il
n'est pas dirficile de le dépasser 1. ..
- J'ai douze mille francs de rente, ma
charge, et deux métairies en Limousin. Je
suis le seul héritier de monsieur de Bellombre,
mon oncle vénéré, don.l la fortune est considérable, sans qu'il y paraisse. Je ne vous
parle pas de mes économies en espèœs, dont
j'ignore le montant, ayaat peu de goût pour
le maniement des écus. Je ne vous dis rien

non plus de certain petit trésor de famille
que je liens de leu ma mère. Elle avait pour
moi une tendresse particulière, car j'étais
son dernier né en même temps que le plus
faihle de corps et le moins titré. A mon
intention, elle avait rempli une cassette de
vieilles monnaies curieuses. Il y a des augustules, des ducats, des écus au soleil, d'autres
à la salamandre, des florins qui onL plusieurs
siècles, des Henri fort nombreux, des moutons d'or, des doubles royaux et même des
testons. S'il vous plait de convertir tout cela
en menus affiquets de toilelte, vous Je pourrez, mon amie. Ce trésor est le vôtre. Depuis
longtemps je pense à le mettre à vos pieds.
Lucette eut un mot1vemenl de joie puérile,
en même temps qu'elle fut sensiblement touchée de cetle marque d'estime que lui donnait
Florian. Elle pensa que l'amour vrai ne se
contente pas seulément aux actes héroïques,
mais qu'il se marque par les mille prévenances et soins sur lesquels médite un amant
en l'absence de l'objet aimé .... Son cœur se
gonfla et ses yeux se mouillèrent. Plus tendrement, elle se serra contre son fiancé qui
d'un nouveau geste brusque la prit à la taille
et la pressa sur son cœur. Lucelle se dégagea
encore. En remontant sa ceinture que ces
divers mouvements avaient déplacée, elle rencontra sous ses doigts la lellre de Julie.
Elle la prit et proposa de la lire à voix
haute.
Ce fut une diversion.
Elle lut :

« Ma chère,
« Entre la vie que ma triste el respectable
gouvernante mefai~ait mener en notre sombre
cb.àteau et l'existence libre, pleine de mouvement et de lumière qui m'était offerte, je n'ai
pas hésité. Je me mourais en face de la
bibliothè4ue de monsieur des !magnes et
dtivant les infinis tricots de ma pauvre duègne.
Je Millais des journées entii&gt;res, à me décrocher la mâchoire, et je passais des nuits sans
sommeil ou à bàtir millt:" projets e~travagants.
La vivacité dr'.S peintures de certains romans
que j'avais dérobés et l'agréable audace de
certaines estampes dénichées en de vieux
tiroirs ne suffisaient pas à mon imagination.
Il me fallait davantage et mieux. J'aime la
vie et je veux vivre.
« l1 s'est trouvé qu'un garçon fort galant
et poli a distingué mon visage et que sa tournure m'a fortement plu. Je l'ai comparé aux
maigres et bénins petits gentilshommes qui
nous entourent et la comparaison a été toute

à son arantage. Il m'a dit qu'il se mettait à
mon service pour me rendre heureuse et me
fournir de bonne gaieté. J'ai répondu que,
très volontiers, je lui donnerais en échange
ce que ma condition de fille, jusque-là forl
sage, bien portante et d'esprit avisé, me permettait de posséder. Ce troc nous a paru singulièrement agréable et nous avons résolu de
ne pas le retarder plus longtemps.
« Je m'inquiète peu de ce que la petite
ville et la vieille noblesse à demi morte de
notre province penseront de mon équipée.
Au-dessus de tout, ma bonne, il y a l'amour
et le plaisir. C'est pour eux que nous sommes
faites, crois-moi, et ne te dérobe· pas à eux
si tu les rencontres. Surtout, ma chère, n'use
pas ton cœur dans les excès de sensibilité
vers lesquels je t'ai vue portée. N'imite pas
ton pauvre frère. Garde-toi de pleurer éternellement sur n'importe qui ou n'importe
quoi. Aime qui t'aime.
« Mais, que dis-je? ... N'as-lu pas en ce
moment près de toi l'objet de ton tendre
amour, ton aimable chevalier?... Tu es heureuse, loi aussi, Lacelle, à ta manière, qui
n'est pas la mienne. Mais qu'importe la façon,
pourvu qu'on jouisse de la vie!... JeanJacques a dit vrai, ma chère : nolre droitd'aimer est absolu. Ne crains pas d'en user.
« Un mot encore :
(&lt; A son insu, certain jour, madame de
Fonspeyrat a prèté un instant son salon à un
homme el à une fille qui se sont trouvés fort
aises de celle rencontre inallendue. En souvenir de ce charmant hasard, la ci!oyenne
Julie a prié le citoyen Guillaume de metlre
fin, au plus vite, à un procès embarrassant.
Les deux amoureux n'ayant plus rien à e
refuser, Guillaume a accédr. Et voilà oomment cette petite folle de Julie acquitte envers
ta mère sa dette de reconnaissance.
« Adieu, ma bonne. La voiture qui m'attend va m'emporter vers Paris. Je brûle d'3•
être. Crois bien que là comme ici je ne t'oublierai pas et que je serai toujours ton amie.»

MERCIER

....,

Paris au
L'Allée des Veuves
Autrefois, 1es femmes qui avaient perdu
leurs maris n'auraient osé paraitre, même
en grand deuil, aux prom~nades publiques.
Il y avait, aux Champs-Elysées, l'allée des
Veuves, allée sombre et solitaire, où il ne
leur était permis de se promener qu'après
dîner, pour prendre l'air et puis rentrer chez
elles. Mais l'on voit aujourd'hui des femmes
en crêpes paraitre à nos spectacles. D'autres
font de leur deuil un sujet de parures·, elles
donnent, au deuil d'un mari, l'air d'un deuil
de cour. Le défunt n'en obtient pas davantage : ce reste de décence n'e t pas observé
par des femmes qui, plus jalouses de leurs
attraits riue de respect pour l'honnêteté publique, bravent, après Je décès de leurs
époux, des lois qu'elles ont méconnues pendant leur mariage.
On a profané le deuil; cet emblème de la
douleur n'est plus qu'une mode, un faste, un
changement d'habit, tel qu'on le pratique
lorsqu'on joue une comédie. Oh! qu'un censeur public serait nécessaire pour conserver
à la mémoire des morts ce respect dont
l'oubli est la plus grande dépravation dPs
mœurs.
Les filJes de joie, cb.ez la Gourdan, portaient régulièrement le deuil de cour, el se
Félicitaient d'un habillement qu'on leur fournissait gratis, et qui relevait leurs charmes.
Une marquise disait ce matin à sa femme
de chambre : « Voilà un deuil qui, depuis
quinze jours, m'ennuie bien, mais dis-moi
donc, Roselle, de 4ui suis-je en deuil? » et
Rosette le lui apprit.
Enfin la bizarrerie se mêle à ces témoignages de la douleur, respectés chez Ioules
les autres nations de la terre. M. de Brunoy
ayant perdu sa mère, fit venir des tonneaux
d'encre, et mit en deuil les jets d'eau de son
parc, en les teignant de cette couleur lugubre.

Maintes fois, au cours de celte lecture,
Lucelte avait hésité et rougi. Florian souriait
avec malice et la regardait en dessous.
Il se pencha, effleura son front de ses
lèvres palpitantes. Lucetle leva sur lui ses
yeux tendres el brillauts.
fü retournaient vers le sa1on. De loin, ils
aperçurent Ja baronne qui, l'air agité, semblai l les cliercher. Us mirent entre eux une
certaine distance et, se hâtant, marchèrent
vers e11e, du mème pas cérémonieux.

Dépouilleuses d'enfants
(lllus/rt:ùions de

CoNRAD. I

(A suivre.)

LOUISE

CHASTEAU.

..

Les dépouilleuses ont des dragées et des
habits d'enfants tout préparés, mais d'une
mince valeur : elles épient ceux qui sont ]es
mie111 habillés, el en un tour de main elles
s'emparent du bon drap, de la soie, des
boucles d'argent, et y substituent une souquenille grossière.
Les enfants amadoués, ou se laissent faire,
ou pleurent, ou crient : une complice prend
le ton el les manières d'une gouvernante, les

XVI/le siècle

gourmande, et les passants de dire : « Ab!
le petit mutin, il faut lui donner le fouet! l&gt;
Que dit le père, quand il revoit son pauvre
enfant sous un accoutrement étranger, deux
fois trop large et où la Yermine est logée?
Ainsi disait le vieil Isaac : « C'est la voix de
Jacob, mais ce n'est point sa robe. »
Ce brigandage ne pouvait s'exercer que
dans une ville immense el populeuse. Les
plaintes réitérées de quelques parenls ont
fait pour uivre un délit qui semblait ne devoir pas ~e trouver dans la liste des crime~.
Une sentPnce du {;hâtelet a été confirmée par
arrêt du Parlement du 8 juin i 770. Elle condamne une raccommodeuse de dentelles à
être fouettée et marquée, et renfermée à
l'bcipital de la Salpêtrière pendant neuf ans,
préalablement mise au car..an avec un écriteau devant et derrière, portant ces mots :
Dépouilleuse d'en/a.nt.

Petits nègres.
Le singe, donl les femmes raffolaient, admis à lt•urs toilettes, appelé sur leurs genoux., a été relégué dans les antichambres.
La perrurhe, la levrette, l'épagneul, l'angora,
ont obtenu tour à tour un rang auprès de
l'abbé, du magi~trat et de l'officier. Mais ces
èrres chéris ont Loul à ,coup perdu de leur
crédit, et les femmes ont pris de petits
nègres.
Ces noirs africains n'effarouchent plus les
regards d'une belle; ils sont nés dans le sein
de l'esclavage. Mais qui n'est pas esclave auprès de la beauté1
Le petit nègre n'abandonne plus sa tendre
maîtresst&gt;; brûlé par le soleil, il n'en paraît
que plus be,au. li escalade les genoux d'une
Ît!mme charmante, qui le regarde avec complaisance ; i1 presse son sein de sa tête lanugineuse, appuie ses lèvrl's sur une bouche de
rostl, et ses mains d'ébène relèvent la hlan-cbeur d'un col éblouissant.
Un prtit nègre aux dents blanches, aux
lèvres épaisses, à la peau satinée, caresse
mieux qu'un épagneul et qu'un angora. Aussi
a-t-H obtenu la préférence : il est toujours
voisin de ces charmes que sa main enfantine
dévoile en folà1raat, comme s'il était fait
pour en connaitre tout le pru.
Tandis que l'enfant noir vit sur les geno111
des femmes passionnées pour son visage
étranger, son nez aplati, qu'une main douce
et caressante punit ses mutineries d'un léger
châtiment, bientôt effacé par les plus vives
caresses, son père gémit , sous les coups de

-.

fouet d'un maitre impitoyable; le père travaille péniblement ce sucre que le négrillon
boit dans la même tasse aveo sa riante maîtresse.

Falots.
Porteurs de lanternes numérotées, qui vaguent dans les rues vers les dix heures du
soir. Voilà le falot : ce cri s'entend après
souper; el ces porteurs de lanternes se répondent ainsi à toute heure de nuit, aux dépens de ce111 qui couchent sur le devant; ils
s'attroupent aux portes où l'on donne bal,
assemblée.
Le falot est tout à la fois une commodité
et une sûreté pour ceux qui rentrent tard
chez eux; le falot vous conduit dans voire
maison, dans votre chambre, fùt-elle au
eptième étage, et vous four1ùt de la lumière quand vous n'avez ni domestique, ni
ser\'ante, ni nllumetles, ni amadou, ni briquet; ce qui n'est pas rare chez les garçons.
coureurs de spectacles, et batteurs de Loulcvards. D"ailleurs ces clartés ambulantes épouvantent les voleu1·s et protègent le public
presque autant que les escouades du guet.
Ces rôdeurs, tenant lanterne allumée, sont
attachés à la police, voient tout ce qui
se passe; les filous qui dans les petites rues
voudraient interroger les serrures n'en ont
plus le loisir devant ces lumières inattendues.
Elles se joignent aux réverbères pour éclairer le pavé. Il est devenu beaucoup plus siir
depuis qu'on a imaginé de lancer dans tous
les quartiers ces phares qu'on aperçoit de
loin, qui vous guident dans les ténèbres, qui
suppléent aux accidents et à l'invigilance du
luminaire public.
A la sortie des spectacles, ces porte-falots
sont les commettants des fiacres; ils les font
avancer ou reculer, selon la pièce qu·on leur
donne. Comme c'est à qui en aura, il faut It.. s
payer grassement, sans quoi vous ne voyez ni
conducteurs ni chevaux. Ces drôles alors
s'égaient entre eux. Quand j}s voient sortir
un Gascon bien sec avec ses bas tout crottés,
ils croisent leurs feux pour éclairer sa triste
figure, et puis ils lui crient aux oreilles :
« Monseigneur veut-il son équipagP.? Commebt se nomme le cocher de monseigneur? JJ
Ils distribuent à tous les fantassins dont ils
se moquent les titres de M. le comte, de
fl1. le marquis, de M. le duc, de milord. Un
épicier est un colonel, et un clerc de notaire
en appétit, qui file précipitamment en che-

�.--

llîSTOR,.1.11 - -- - - -- - -- - - -- - - - - - - - - -

veux longs, pour arriver à table avant le dessert, ces polissons le poursuivent en l'appeJant M. Le présiderrt.
Le porte-fanal se couche très tard, rend

r.omple le lendemain de loulcequïl a aperçu.
Rien ne contribue mieux à entretenir l'ordre et à prévenir plusieurs accidents que
ces fanaux, qui circulant de côté el d'autre,

empêchent par le\lr subite présence les délits
nocturnes. D'ailleurs, au moindre tumulte
ils courent au guet, et portent témoignage
sur le fait.
~1ERCIER.

Cliché Braun et
LE PEINTRE DE PORTRAITS. -

c••.

Tal:leau de MelSSO?&lt;IER .

... 144 ...

L'IMPÉRATRICE ]SABELLE DE PORT UGAL, FEMME DE CHARLES-Q UINT
Tableau du T ITIEN. (1'lusée du Prado, ~ladrid. )

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Jules Tallandier Editor</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Escritores franceses</name>
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                    <text>.,,

111S T0-1{1.ll
timidèrcnl point : bd~· llamillon, )faric-Caroline.
Lors1tu'clle peignit ,1mc d • lad, elle
la pr:a de d1damcr de, ver, p.-:ndanl la po:~.
Corinne ol,ri1. mai-elle s'aperçut tr\ rite que
l'artiste ne son"eait qu'à la peinturC'. « )lai,
\'Oth n• m'écoutez pas! o L:Cria Jm . de
:-1:iï.-!. ~li,:ibeth répondit : u Ilécitez 1011jour~ l o li en r(:. uha un portrait 011 Corinne
~emble avoir été joli('. - A nome, llmc Le
llrun rut i, peindre une Polonai•c int~re •
.ante, la comtc,,c Potorka. Cl•llc Jam \illl
1, l'ak lier an•c 011 mari. qui se retira aus~itàt.
~lme d, Potocka ·escntil en confianc&lt;'. «C'c. l
mon troisième mari, dit-('lle. m:ii · je croi
que je \ai rrprrodr&lt;' le prt•micr, qui me
rn0\i1•nt mirux, quoiqu'il ·oit ivro;rw. » i
1 elle rwr&lt;onnc-!:, avait po~é d!,!,ant La 'four,
le madré p•ychologuc lui aurai~ dérobé 11uel11ue ho,e de ·on moi '&lt;'l'ri:t. tli aheth, oplimi&lt;te el hit&gt;nreillante. n~ ~c troubla point
0

HENRY

\'JE OF.: P.\1\15

Ot:

t.'~lll'IRE, -

HISTO

•

ROUJON,

dr l'/l(o1:t/•11it /• in

L.t

-MOI

pour ~i peu. « J'ai p1•inl cette PolonaLe, nofü s~jour prolonrré IJUC je fi à Chamonh, j'ai
dit-elle, d'une manière trè, pittoresque : elle p int toute la li.,.ne de monta!!Ties entrecouest appu ·éc sur un rocher rou,·erl de mousse, pées de glacier,-; j'ai peint aus i toute la
vallt'•e. n One 'Ont deYenus le· deux cents
el près d'elle . 'échappent de. ca~cade ·.
pay~age où Mme Le Brun 'essap au rom:inLi. me ara.nt les romantique,~ u Elle choi i.. .\ &lt;oi,:anle an~. \I me \'i!!éc-Lc Brun était sait, uppo,_e a,~c rai. on ,, Lt:andre \'aillai,
toujours éi?nle :t elle-même, ~et toujours roya- dan cc chaos dé~ordonné, le . pectacle:.. qui
·accordaieul le mieu,: à ~a ,i,ion mesurée.
li,k, 11\l'C l'idéal de Trianon 311 rond du cœur,
La al'Oie la Lenla, &lt;'omm la .eulc grande C1• qu'elle peigna.il de prérérencc, cc n'était
dame. donl elle n'eût pas encore foil le por- pa l'~rchitecture de· aiguille·, de précipices
Mchi11ueté., m:iis un point des monta!!lle,
trait.
Elle vonlut peindre le monL Diane au bordée par un torrent, un bouquet d'arbres
pastel. Il se déroha. « Le .oleil couchant ré- superb s dan la prairie.... •·ous ne poup3ndail de teinte, dorée sur les bau!Pur~ von , hélas! qut&gt; rêver l'œu"rc de )[me L1•
de C&lt;'lLC ma e énorme ..Je ,·oulus peindre ce Brun pay~agi le. A-t-elle péri, ou .e t-.icbcren.-1. Je . ~i,-i;; IDl'S ra~tel,; m:ii .• héla ! t-dle dans l'oh curitct d'humbles collections?
L:\ rer.herche c l tentante pour un curieux.
impossible Il n'} avait ni palctl1·s. ni rouleur
Comm nl la délicate m:igicienne a-t-elle
11ui poi ::-enl rendre rc ton, radieux.
l~lisaheth n'en a pa moin con~ricncicu e- tran po. é en t?r.nLillcs e re snhlimc qui tout
mrnt entrrpris de copier la , a,o:c, a [)ans le d'nl,nrd lui aH1it fait peur?

L't;Cl,'Yf.RE DE CIRQlE E:f CO

n:m;

.A~TIQCE ET SO:'i JOCKEY. -

E /a'lflft :tt

CARLE

.il.&lt;~

,·-·rr.

LE DAUPHI

AU

TEMPLE.

CCollcc.:tiun Je ,\l. IIL:--RJ L.\\'l:n.,x.l

par .\IOITTE

�LIBRAIRIE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIER,

ÉDITEUR. -

75, rue Dareau,

34e fascicule

Sommaire du

PARIS

(XIVe afrt).

120 avril 1911 ).

r
G. LENOTRE • • . • • •
MARCELLE TINAYRE · ·
PJIBOÉRIC MASSO N . • .
de l'Aca.tèmie Française

Louis XVII s'est-il évad.é du Temple? .
Madame de Pompad.our
Les Trois Toisons d'Or .
La duchesse du Maine.
Les dernières amours d.e la comtesse du
Barry . . . . . . . . .
. . ... .

A.RVÈ OE B ARINE .
PAUL GAULOT . • • . .

~

66
f:x)

Le comte de Paris . .. .
Mémoires . . . . . . . . .
Souvenirs de reine . . . .
Ames d'autrefois . . .. .. . . . .
Une visite aux demoiselles de Saint-Cyr.

V1cToR. Huco . . . . . .
GÉNÉRAL DE l\iARBOT
.
MARGUERITE oE F RA.~CE .
L omsE CHASTEAU . . . •
P. lit,; P.A RDTELLAN • . .

ILLUSTRATIONS
D'A.PRÈS

LES TABLEAUX,

DBS61N8 ET

ESTAM.Pj!:11

77

78
86

87
95

PLANCHE HORS TEXTE

DE :

TIRÉ E EN CAMAÎE ll :

BomLLON, G EORGES CA.IN, CIIAl;'UY, CHAVANE, CONRAD, CHARLES DE C oUBE~ TIN,
D EBRET, A.-J . l) ucLos, S 1r.ŒON FORT , G ARBIZZA, A. L ALA UZE, L ARGILLIERE,
MF-ISSONIE R, lllIGNARD, MOREAU L E JEUNE P AJOU, H.IGAuo,
ScmrRRER,
VAN L oo, VtR1TË, Ao. Yvm,.
·

L E DAUPIIIX AU TEMPL E

J.-J.

P ar .'l[OITIE.
(Collection dt 1'1. HENR I

LAVEDAN . )

Copyright by Talland.ier 1910.

Bn vente

'' LISEZ=MOI ''

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Paraissant

le 10 et le 2S

MAGAZINE LITTÊRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 136 du 25 avril 1911

PRINCESSE D'ITALIE
I

Par JEAN LORRAIN

ANDRÉ LIC HTEN BER G ER. Le petit roi. - Comt esse J\IATnre:u DE NOAILLES.
Chanson pour avril. - F RANCO!~ DE NION. Représailles . - ANATOLE F R ANCE .
Le jardin 4'Eplcure. - T11 1WPHILE GA UTIE R._ S,onnet. -; M ARC Df::BROL.
Le dernier Trésor. - J EAN A l CARD , de I Acad em1e Françruse. Le :pap!llon. GUY os J\1AU PASSA 1 . Une vie. - F RA NÇOIS COPPf: E . En ple1h JOUr. CATU LLE J\IE NOÊS . Sérénade. - PAUL BOU RGET , de l'Ac_a dèmie fra nçaise.
Le fils. - T ntoDORE DE BAN VI LLE. La l1111teme "!agique. _ - LuDo_v1c
HALE VY. L'abbé Constantin. - JEAN Rl C HEf l N, ?e. 1Acadé rp1e français~.
La cbanspn des chansons . - BRIE UX, de I Academ1e frança ise. Les trois
filles de M. Dupont.

Ba vente p1~ut : 1Jbr1ires, Jfarchands de Journau.r, Kio.sqoes, Gare,.
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rue Darcau, PARJS

(X.JVe)

HISTORIA
offre
gracieusement aux abonnés de sa deuxième année
((er Décembre 1910 - fin Novembre 1911), une surprime
exceptionnelle absolument gratuite et qui constituera
pour eux et pour les leurs un souvenir artistique. Ge.;t

UN MER,_VEILLEUX

.....__CADEAUdeux poses photographiques différentes (mais de la même personne)
dans ies ateliers d ·une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
du portrait:

~"::~=Ol" HIsTOR IAM~:::;;iré
parai..ant le 6 et le 20 de abaque inoi1111

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Deux gravures : Le Billet doux. - Le Couché de la
Mariée.
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La musique en famille.
Magnifique ouvrage : Madame de Pompadour (préface de Marcelle Tinayre).

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BULLETIN D'ABONNEMENT
A remplir, détacher et envoyer affranchi à l'éditeur d 'HISTORIA
JULES TALLANDIER, 75, rue Dareau, PARlS, XIV".
Veuillez m'abonner pour un an à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Prtnoms _ _ _ __ _ __ _ _

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à HISTORIA (User-Moi hfstcw'llut).

RIU----------~-

A------~-----

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Ci-joint _ __pour l'envol de cette prime
- - - - - - -le, _ _ _ _ _ _ __
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SIGKA.TURB
22 fr. PARJS. - 24 fr. PROVINCE. - 28 fr.
ETIWIGBR. Rayer les chiffres ,nutJles.

Afin d'évilu des erreurs, prière d'krlre très lisiblement toutes les indications.
~outer Q fr. 60
. pour l'envoi clesyavures.l. Q fI. 26 J)OUJ' le styl .·rapbe et pour
les livres O tr, 25 (l'a.ris) et u fr. 85 (Départements .

T

les personnes contractant un abonnement
à HISTORIA jusqu'à la fin de sa deuxième
année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d'abonnament nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
OUTES

SlfflP~lME ME'J{VFJLLEUSE

Tableau Je

J.·J . ScnERR~R.

Clicbê Brauu

Cl

c••,

Louis XVII s'est-il évadé du TetrJ.ple)

Ces

CONDITIONS t1•ABONNJtMENT - - - - - - - - :

2o

ÜNE SCÈNE .\l' T EMP L E, -

Par O., LENOTRE

Ainsi que ! '«rit l'auturr du (pagu qu'on va lin,
n 'a pas la prétention d• ré,oudrc l 'imbroglio
Louis XVII; il s'est r.Jforci scultm&lt;nt de proposu, à
d&lt;fa.ut d'autrt, une solution hypothétique de l'énigm•
du Tc.mpl&lt;.. Tous I&lt;$ faits, toutu lu da.tu qu'on y
trouvua sont exacts; mais eu faits, groupéJ ici d 'après
dhcrus déclarations de témoins n'ayant connu chacun
qu'wtt part de la vmté, ignorant même souvent à q!foi
c.t par qui lb avaient été employés, ont-il• donné lt
ré.sulmt cspité 1 C'est cc qu'on n'oserait pritendn. Seul•
s 'étonneront de cettt ré!erve ceux qui n 'ont jamais
abordi J'itude dt J' cxaspirant problèm• qu 'on appel!•
la quution Loui• XVI 1. Néanmoins, contmc celte
qu•stlon ..,t redtvcnu• d'actualité, •n raison de la pirillon sou.mise par la dcsctndanr. dt N,umdorJf au Sénat
et appuyit par la ll'oisième commission dt la haute assembl«, nous rcprodwsons ici cet article, paru il y a
qudqucs annus dans J.., • Ltttuus pour tous » (Librairie Hach•tt• et Cl"), &lt;I qui, s'il nt di gag• pas la solu;1

tion du problèmt, a, du moins, le miritt d'•n cxposu
avec précision lu principales donné..,.

utilité, puisqu'il met à la portée du public les
données d'un problème angoissant et que sa
Les documents authentiques, certains, in- publication aur~ pour résultat, peut-être, de
discut~bles, ayant trait à la mort ou à l'éva- faire surgir quelque témoignage resté ignoré,
sion du Dauphin, fils de Louis XVI, empri- . quelqu~ révélation inattendue.
sonné à la Tour du Temple, sont trop rares
Fixons d'abord les faits connus, indéniables.
polll' qu 'on puisse songer à les juxtaposer Le jeune Dauphin avait sept ans et cinq mois
utilement de façon à en former un récit lorsque le roi so~ père et Marie-Antoinette,
solide el inattaquable. · ·
·
ainsi que U3:dame Elisabeth et Madame Ro-yale,
Du moins, dans les pages qui vont sui\'ré, furent enfermés, le i3 août f 792, à la Tour
n'a-t-on utilisé que des témoignages irrécu- du Temple, antique et colossal donjon abansables, en ne donnant qu'une part aussi donné, planté au milieu des jardins du palais
minime que possilile. à l'hypothèse. S'est-on mo4erne et confortable qu'avait habité, au
approché de la vérité? On l'espère : un sem- temps de ses séjours à Paris, Je oomte d'Arblable travail n'est pas, en tout ca:;:, sans tois, frère d~ Louis XVJ.
""' 49 .,,.

4

�msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ·
LOUTS

On interna d'abord la famille royale dans
la petite tour, eonstruction étroite accolJ~ à
la façade nord du donjon. Durant deux mois,

VUE DES TOURS

ou Tem&gt;LE,

donnant sur l'escalier, une petite salle à
manger.et une chambre à coucher qui avait
éti celle de Cléry.

PRISE DE l.A ROTONDE. -

ce fut un mouvement considérable de charrois et d'ouvriers : chu1e de murs, terrassements démolitions; on abattait toutes les
maiso~s voisines de la prison et on l'isolait
du Palais du Temple au moyen d'un quadrilatère de hautes murailles qui ne fITTent terminées qu'en octobre. A cette date seulement,
la famille royale s'installa dans_ la grande
Tour. On logea le roi et le Daupbrn au _second
étage, avec le valet de cham~re _Cle~y i le
troisième étage fut ri½ervé à l babrtahon de
la reine, de Madame Elisabeth et de Madame
noyale; un vaste grenier, sous les com~les,
ervait de débarras. En décembre, au debut
du procès du roi, l'~nfant ~ut séparé de on
père et remis à la reme, qm fit dresser pour
lui un lit dms sa chambre. Il en fut ainsi
depuis le 16 décembre t 792 jusrp1-'au 3 juillet 1795.
. .
CP jour-là, dans la soirée, les comimssaires
de service se présentèrent à l'appartement de
Marie-Jntoinette et lui signifièrent l'ordre
d'avoir à leur rcJmeltre son fils : scène navrante qui a été bien des . foi~ décri!e. L~ ·
Dauphin ~e devait pl_us revoll' ru sa mere, m
sa tante Elisabeth, m sa sœur.
On le conduisit au second étage de la prison, qu'il avait pendant deux ~ois occupé
avec son père. Là, le nouveau pr~pleur que
lui octroyait la Commune de Paris, le cordonnier Antoine Simon, l'attendait ; la femme
Simon e tenait près de son mari. On leur
livra aussitôt le jeune Prince, pour lequel un
lit était disposé dans la gran~e chamb~e. Les
Simon couchaient dans le ht de Loms XVl.
Outre cette grande chambre, élégamment
meublée, l'étag~ comportait une antichambre

Grav11re de

CBAPUY,

d'après

GAR8TZ7A.

Le Temple ne ressortissait que d'une autorité, la Commune de Paris, à laquelle l'Assemblée, par un décret du i5 aoftt 1792,
avait laissé le soin « de flxer la demeure de
Louis XVI » el confié la rrarde de la famille
royale. Par conséquent, Simon n'avait qu'un
maître, Chaumette, nommé procureur de la
Commune, en décembre 1792.
C'est Chaumette, certainement, qui décida
de la nomination de Simon : le procureur de
la Commune avait lu dans Jean-Jacques
qu'Émile&lt;&lt; honore beaucoup ~las un C?rdo~nier qu'un empereur », ce qm _le naua1t, lmmême éLant fils d'un c-0rdonmer de Nevers.
Puis il aYait des projets sur le louveteau :
« Je veux lui faire donner quelque éducation, disait-il; je l'éloignerai de sa famille
pour lui faire perdre l'idée de s~~ r~g .. » Il
faut dire aussi que sa responsab1hté et~1t e_n
question : la blon,le tête ~e l'enf~nt-~01 ~tall
l'enjeu de la terrible partie que JOUa1t I Europe à coups de canon, et il était extrême~en~
difficile de rencontrer un homme assez denue
de préjugés pour assumer la b~sogne ~ue
souhailait Chaumelle el asse:,, solide patriote
pour résister à toutes. les ~éd uctions des roy~listes. Or, imon avait fait ses preuves : fre&lt;[Uemment de garde. :iu T~mrle_ avant ei
depuis la mort de Loms XVI, il eta1t de ceux,
très rares, que le contact des prisonniers
n'avait jamais attendris.
A. ce dernier trait s'ajoutait encore une
considération : Simon était marié à une
femme active et dévouée dont les soins étaient
matériellement indi pensables à l'enfant. Tout
· le quartier de l'École-de-Médecine l'avait me
à l'œuvre, soignant les blessés du rn août à
l'hôpital des Cordeliers, dépensant pour leur

soularrement ses Lrès modestes économies•
Chau::.iette la connaissait bien, cette MarieJeanne, qui était sa voisine, - il ha~~tait r~e
du Paon· - il la savait bonne ouvr1ere, tres
propre, ~énagère experte et ayant (c quelques
connaissances chirurgicales ».
On peut assurer quti c'est à ~bau1;11ette
seul que les Si.mon durent leur s1tuat1on :
9.000 francs de traitement, le logement, la
talile, le chauffage, le blanchissage; ... et la
gloire! C'était l~, pou~ un mé~age redmt aux
abois, une auharne qui assuralt au _procureur
de la Commune l'éternelle reconnaissance du
sa"etier. Et, de fait, Chaumette est, pour
Simon, un dieu. (1 en est obéi a,·euglément;
c'est sur son ordre que, à l'instigation d'Ilébert le savetier commet cette épouvanlahle
acti~n de souffler au jeune et innocent prince
une effroyable déposition contre la rei~e. C',est
dire qu'il était dévoué à son maitre Jusqu au
crime.
Car il ne faut pas séparer le nom de Chaumelle de celui d'llébert. llébert était le
substitut de Chaumette, « son ami plus que
son subordonné »; tous deux maîtres absolus
au Temple.
Ce n'est pas le lieu d'étudier ici cette figure
de Chaumette. « Accusé de trahison par tous
les partis, ambitieux et démag~gue, il n~ fut
que le vil instrument de 1~ f~ctio~ hébert~ste,
vendue aux étrangers, qui lm avait promis la
place de censeur ?u grand a_c:c~sate~r dan! \~
gouvernement quelle voulaJL etablir » ; arns1
parle un apologiste de 1~ Rév~lulion. Déhe~t,
lui, est « un scélérat qm a faH marchand1 e
de sa plume et de sa conscience et qui varie
selon le danger ses couleurs, comme un
reptile qui rampe au soleil »; voilà ce que
pense de lui Saint-Just. Sur ceci tout le monde
esl d'accord, c'est que, au point de vue du
sens moral, Hébert et Chaumette sont la lie
de l'humanité.
Or, c'est à cet ancien copiste chassé de
partout, c'est à cet ex-vendeur de contremarques, c'est à ces deux déclassés, ambitieux de jouissance et d'argent, qu'appartient
l'enfant dont la valeui· marchande, - qu'on
nous passe le mot, - est incommensurable.
Que de millions ne donnerait pas l'Europe
pour acheter ce frêle Prince _qui représente 1~
paix du monde! En outre, Il assure à celm
qui le de1ivrera la vie sauve et le pardon, lors
des réactions inévitables ....
N'allons pas plus loin. Nous n'avons pas la
prétention d'établir que Chaumette el Béhert
ont sau"é le Danphin; nous \roulons seulement montrer qu'ils sont tout puissants au
Temple, que l'occasion est tentante de s'assurer à jamais la fortune et l'impunité, que
les scrupules d'aucune sorte ne les gênent et
qu~ Simon leur obéit passivement.

Ceci posé, racontons les faits. Simon était
un brulal; mais rien n'indique qu'il fût un
monstre de férocité, rien n'autorise à croire
aux. tortures systémaliques, aux coups de
trique et de chenet qui ont fourni déjà tant
el de si attendrissantes pages. Il y eut pis,

XY11

S'EST-11. 'ÉYADÉ DU TEMPLE?

d·ailleurs, et les anecdotes vrairs qu'on n'a doit se célébrer le décadi sui,·ant eu l'honpas \'Oulu raconter, dam la crainte de dépoé- neur de la prise de Toulon. Quel était donc excessif et geignant contre la lâcheté des
üser le jeune Roi, sont bien plus tragiques le patriote assez pur pour ('Stimer que le sa- hommes qui ne pensent qu'à se divertir : ceci
visait Simon qui payait la goutte à tout le
que les phra es sublimes et légendaires qu'on vetier Simon était un tiède?
personnel du Temple et le retenait à la buvette
lui prête gratuitement en réplique aux coups
Ce qui est certain, c'est que le C&lt; précepteur
et aux jurons de son bourreau. J'en sais une, de Capet P donna brusquement sa démission en manière d'adieux.
Le conducteur de la charrette arrêtée au
d'une authenticité irrécusable, qu'a notée et quitta, après six mois de séjour au Temple,
Daujon, un témoin oculaire, commissaire de une place qui rapportait à sa femme et à lui Las de la Tour, touché de la peine que prela Commune, très honnête homme et farouche 9,000 francs, sans un sou de dépense. Sulilime nait la femme Simon, s'o!Irit à lui donner un
républicain; la voici telle qu'il l'a contée; je désintêressement! Cet homme n'était donc coup de main. Ce conducteur était un homme
n'y change qu'un mot, trop brutal pour être pas la brute impitoyable qu'on nou a si sou- de trente-deux ans, né le 24 décembre 1761,
sur la paroisse Saint-Genès, à Thiers, en
imprimé:
vent décrite, ou la compensai.ion offerte était
&lt;&lt; Je jouais un jour avec lui (le Dauphin) à bien belle? Or, de compensation on n'en voit Auvergne ; il s'appelait Genès Ojardias et
un petit jeu de boules; c'était après la mort point : quelle est donc la cause de cette était le treizième enfant d'un bourgPois de
Thiers. Ojardias avait quitté sa province dede son père, et il était séparé de sa mère et héroïque démission?
puis
1786 pour venir chercher fortune à
de sa tante .... La saUe où nous étions était
Paris; il élait resté jusqu'en t 789 en relaau-dessous d'un des appartements de sa
c:f:&gt;
llons avec sa famille, relations qui cessèrent
famille, et l'on entendait sauter et comme
brusquement dès le début de la Révolution.
traîner des chaises, ce qui faisait assez de
Quoi qu'il en soit, les Simon déména- Les siens avaient, depuis lors, complètement
hruit au-dessus de nos têtes. Cet enfant dit, gèrent: c'était le dimanche f9 janvier {794,
avec un mouvement d'impatience: « Est-ce par un temps sombre de dé)(el, le ciel bas, perdu sa trace; on n'avait même pu l'aviser
« que ces sacrées salopes-là ne sont pas en- une brume humide et tiède. Toute la journée de la mort de son père, décédé subitement à
« core guillotinées? » Je ne voulus pas en- ce fut, dans l'escalier de la Tour, un va-et- Thiers, le 18 juillet 1793.
C'est cet homme qui, bien qu'il se fît
tendre le reste, je quittai Je jeu et la place. J&gt; vient insolite ; portes ouvertes, Marie-Jeanne
pa
ser rour médecin, conduisait la charrette
Ceux qui connaissent les enfants, ceux qui comptait son linge, descendait au corps de
savent a\rec quelle sùreté de mémoire ils re- garde, trottinait dans les cours toutes boueuses 011 la femme Simon entassail péniblement
ses hardes, dans la soirée du 19 janvier i 794.
tiennent ce qu'ils ne devraient pas enli était tard, il s'agissait d'en finir;
tendre et combien leur curiosilé est
Simon ne quittait pas la buvette; la
sans cesse aux aguets sur les mots qui
Simon accepta l'offre de service que
ne sont pas de leur vocabulaire habilui faisait Ojardias : œlui-ci monta au
tuel, voient ici le Dauphin cherchant
second étage de la Tour un cheval de
à se mettre au diapason de ce qui l'entoure, faisant l'homme et jouant le
carton apporté dans la charretle, g
~l:j'V'crâne•... L'anecdote est effroyable, el
un cadeau que la femme Simon voulait lais~er à on pelit Daupbin, pour
ce qu'elle donne à devinPr est plus triste
61.t- - - encore; mais, en somme, du Temple
amortir le chagrin que lui eauserail
on ne sait rien. Parmi les rares déduct,' € ,"J,t:,,-,, ~ ft chi~ ,
certainement la séparation : ce che,•aJ
tions C[U'on peut tirer des fai~ connus,
était sans doute 110 de ces coursiers à
911 ,,t..., ~:i t ?,t,,....è ,~.
il est avéré que Si.mon n'exerça ses
jupe dans lesquels un homme entre
tout entier.
fonctions qu'à contre-cœur. La peur,
sans doute, d'une réaction que chacun
Parvenu au deuxième étage, Ojardias
prévoyait, amena en lui ce revirement
porta le cheval dans la chambre du
inattendu. One note adressée à lord
fond, où, pendant le va-et-vient du
Granville par un agent du gouvernement
déménagement,
le jeune Prince avait
J
anglais, de séjour à Paris en 1794,
été relégué. Tandis que la Simon faiaffirme que cc Simon, qui d'abord avait
l ,;., i,.t "'""-" l\LI'
sait le guet, il tira du jouet un P,nfant
I
.
été très utile (à la cause royaJe), ~i
qui y était caché, endormi au moyen
j
J~
effrayé du danger qu'il court, ne trad'un narcotique et couvert d'habille{/
vaille plus qu'à sortir de cette place ».
ments semblables à ceux dont on avait,
QlJel danger? Celui d'être soupçonné
cejour-là, revêtu Je Dauphin. Ojardias,
de complot roJaliste ?
vi\'ement, assit cet enfant, tout endormi, sur une chaise, prit le Dauphin,
Il y a comm.e un ét:ho de cette susle roula dans les draps du lit, le repicion dans la conduite du Conseil gécouvrit d'un paquet de hardes et desnéral à l'égard de Simon, dans les dercendit le tout jusqu'à la charrette, sous
niers mois de 1793. En octobre, le
couleurd 'aider la Si.mon, toujours gromsavetier arait sollicité pour lui et pour
melante, à qui son homme laissait tout
sa femme « la permission de se prol'embarras du déménagement.
mener dans les cours et les jardin du
~
fl était neuf heures du soir : on
Temple, et sa demande avait été repoussée en termes assez rudes ». Le
avait hâte maintenant de déguerpir.
2 novembre, il avait exprimé le dé:.ir
Les qualre commissaires qui devaient
PAGE, REPRODUITE EN FAC-SIMILE, DU CARNET DE BLANCHISSAGE OU
de se transporter à son domidle, rue 1.10N INSCRfVAIT LE LTNGR DES MEMBRES DE LA FA.MILLE ROVALE remplacer les Simon dans leur surdes Cordeliers, pour y chercher quelYeillance, - ils se nommaient LeE)lPRISOl'INÈS AU TEMPLE,
ques meubles dont il avait besoin, tt
grand, Lasnier, Cochefer el Lorinet,
(Ce carnet fait partie de la collection de M. HENRJ LAVEDAN.)
on ne lui avait accordé cette autori- attendaient depuis longtemps qu'on
sation qu'à condition qu'il serait accomleur remit le prisonnier; la Simon
leur montra, dans le fond de la champagné de deux commissaires de la Commw1e.
Le 27 décembre, on lui refuse sèchement la de neige fondue, tassait ses bardes sur une bre obscure, l'enfant endormi, affalé sur sa
fal'eur qu'il sorncite d'assister à la fête qni charrette, remontait péniblement, souffrant chaise; on ne le réveilla pas. Sans doute elle
de son asthme, alourdie par un embonpoint allégua le chagrin qu'il auraiL à la voir par-

-

/)Je&lt;..

c.f

d:b/të,

/ 1,,,.,_

----------

�111STORJJ! - - - - - - - - - ' - - - - - - - - - - - - - - - - - - Et celte lamentable situation se prolongea
Le lendemain, au réfeil, les choses changèrent : ils durent examiner l'enfant, le jusqu'au. 10 thermidor (~8 juillel) ! Pas un
q11t",tionner ... , la substitution se décounit. des commissaires qui, quatre par quatre,
Que faire? Où courir? Où
trouver Simon 1 A f!UÎ se plaindre? De q11oi? La dé, barge était
donnée par les commissaires,
siguée d'eux; enx seuls é1aient
c........-.....-l~s coupables i c'était l'échafaud
assuré dans les vingt-quatre
I
hi·ures.
EL c'est alors qu'ils prennent
le parti de murer !"enfant prisonnier dans sa chambre, imagination inconcevable si fou
n'admet pas une nécessité impérieuse; - de l'enfouir dans m1
taudis 11 sans feu ni lumière,
dit BeauchPsne, éclairé seulement p:ir la lueur d'un réverbère
suspendu en face des barreaux &gt;&gt;.
Est-il permis de croire qu'uue
semblable détermination ait pu
Un fait d'ailleurs est incontestable : les être prise à l'égard d'un enfant,
commissaires nouveaux venus ne s'étaient sans l'autorisation, au moins tapas étonnés de trouver, à neuf heures du cite, de Chaumette, le chef respon$able? Car la
porte est fCellée à
P~d
.,.,~~L--"d,./tn14•• • (J clous et à vis, et
l'on ne pourra dé(/ &lt;;J"- I : ✓ 0#,/,,-#:.:.~, .,;,:, ,.._
- sormais apercevoir
l'enfant qu'à travers un guichet
{!Fillé qui servira
à lui passer la
nourriture.... On
avait si grande bâte
PAGE 1 REPRODUITE EN ~-AC-SHllLL, DU CARNET DE BLANCHISde terminer cet arSAGE OU L'ON IXSCRIV AIT LE LIN&amp;E
rangement qu'il
DES M.E:11.BRES DE LA FAMILLE ROYALE E:IIP.RISON:SES AU TEMPLE.
fut, toujours
(Ce carnet fait partie de la coUcction de !11. Ht!NRl LAVEDAN. )
sui-vant le même
auteur, non sus----. p,·ct, - &lt;1 arrêté et
entrepris dans la journée et pendant ces cent quatre-vingt-dix. jours, se
achevé le soir même à la clai•lé succédèrent au Temple, pas un n'a laissé une
ligne, un mot qui puisse nous édiû~r sur les
des lanternes n.
Le soir du mèmejour, 20 jan- relations qu'ils avaient avec l'enfant : pas un
vier, les quatre commissaires ne le vit autrement qu'à travers le guichet
Legrand, Lasnier, Cochef,.r et grillagé, pas un ne lui adressa la parole, ou
Lorinet cédaient la garde à n'en reçut une réponse valant d'être notée ;
quatre aulres, auxquels ils ne pas un de œs bourgeois de Paris n'eut la
purent p.résenter l'enfant qu'à pitié, ou tout au moins la curiosité, d'approtravers
le guichet grillé, au fond cher le descendant de tant de rois. C'est peutlv,il,,
1 ,,j ~.
être là le point le plus invraisemblable de
d'une drnmbre sombre.
Et de jour en jour, durant six. toute l'aventure.
Simon et sa femme s'étaient logés, tout
mois, les surveillants de service
devaient ainsi se relayer, sans proche la tour du Temple, dans un petit apvoir, pour ainsi dire, leur pri- partement dépendant de l'enclo~. Ils ignosonnier, abandonné sous clefs raient d'ailleurs ce qu'était devenu le Dauet verrous, - c'est madame phin : la charrette que menait Ojardias avait
RoJale qui l"écrit, - sans autre été oonduite, croyaient-ils, rue Pbélippeaux :
PAGE, REP.RODUITE EN FAC-SIMILE, OU CARXET OE BLANClllSSAGE OU L'ON INSCRIVAIT LE LINGE
secours qu'une mauvaise son- mais ils n'en savaient pas davantage. Celui
UES MEMBRES DE LA FAMILLE ROYALE E~1PRISONNÉS AU TE11PLE
nelte qu'il ne tirait jamais, cou- qui, anonymement, sans se manifester d'auvert de puces et de punaises, et cune façon, était l'impresario de l'évasion,
&lt;Ce carnet fait panie de la collection de M. HENRI LAVEDAN.)
vivant en contact avec ses or- avait de telle façon distribué la besogne que
dures, accumulées dans cette personne n'était dans le secret. L'eussent-ils
soir, le Dauphin assoupi : ils avaient signé la chambre sans air, dont .la fenètre, close d'un connu tout entier, du reste, que le temps.
décharge exigée par les Simon; ce soir-là, abat-jour de planches, était cadenassée, et n'était pas venu d'en souffier mot, ni de réclamer le salaire : la pleine Terreur était dénul soupçon.
dont la porte ne pou1•ail pas s'ouvrir.

tir. Le fait est qu'on ignore tout de la séparation : nul détail, pas un mot des adirux;
les commissaires signèrent la décharge, attestant que « Simon et sa femme leur arnient
exhibé la personne de Capet prisonnier,
étant en bonne santé D ; puis on se sépara :
les commissaires fermèrent la porte de la
chambre où dormait l'enfant. Les Simon,
dans la nuit, - une nuit sinistre de brouillard épais, - se îai,aient ouvrir les porles
du Temple, s'eloignaienl des corps de garde,
el se perdaient dans la nuit avec leurcharrettr.
Les choses se sont-elles pasliées de la sorte?
C'est ainsi, du moins, que la Simon les raconta, onze ans plus tard, à l'un des faux
dauphins en qui elle avait cru reconnaitre
son pupille du Temple. Ainsi présentée, l'évasion rst vraisemblable; el ces circonstances
concordent as ·ez bien avec des déclarations
qu.'on ne peut mettre en doule.

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111S TORJ.ll

chaînée, et presque tous ceux dont nous
avons jusqu'à présent cité les noms y devaient
laisser leur tête. Hébert est guillotiné le
24 mars, Chaumette le -15 avril, Simon le
28 juillet, ainsi que Cochefer; Legrand et
Lasnier le 29. Nous ignorons ce que devint
Lorinet; quant à la femme Simon el à Ojardias, nous les retrouverons.

Le 10 thermidor (28 juillet J, Ilarras, investi
depuis dix-huit heures du commandement
des forces armées parisiennes, fil, dès l'aube,
l'inspection des postes. Arrivé vers six heures
du malin au Temple, suivi de son état-major
qu'il laissa dans Ja cour, il monta, accompagné seulement de son adjoint Oelmas, à la
prison de celui qu'on appelait le petit Capet
et pénétra dans la tanière de l'enfant.
Je trouvai, dit-il, le j1mne prince dans nn lit à
berceau au milieu de sa chambre : il était assoupi, il s'éveilla avec peine; il était revêtu d'un
pantalon el d'une vesle de drap gris; je lui de•
mandai comment il se trouvait et pourquoi il ne
couchait p~s dans .le grand lit; il me répondit :
« ~les genoux sont enflés et me font souffrir aux
intervalles (sic); lorsque jf' suis dehout, le petit
hercP-au me convient mieux 11.
J'e111minai les genou1, ils étaient très enflés
ainsi que les chevilles et que les mains : son
visage était bouffi, pâle. Après lui avoir dem:111dé
s'il avait ce qui lui était nécessaire el l'avoir engagé à se promener, j'en donnai l'ordre au1
commissaires êt les grondai sur la mauvaise ~nue
de la chambre.
Il est à remarquer que Barras passe bien
légèrement sur sa visite au Temple. Que
dans sa rapide entrevue avec le prisonnier, il
ne conçoive aucun doute sur la personnalité
de l'enfant, c'est possible. Avait-il rencontré
le Dauphin, au temps de Versailles ou des
Tuileries7 Non, dans ses Mémoires, si détaillés, il ne dit point qu'il alla à la Cour; nulle
part il ne fait mention de sa présentation à
Louis XVI ou à quelque membre de la famille
royale; il se pouvait donc fort bien qu'il n'eût
jamais vu le Prince et que la dissemblance
entre celui-ci el l'enfant qu'on lui présenta,
le 10 thermidor, ne le frappât point. Mais il
place, dès le 11, auprès de l'enfant dont il
suppute déjà l'énorme valeur, un homme à
lui, Laurent, qui ne l'a pas quitté pendant
l'orageuse nuit du 9 thermidor.

Laurent, âgé de vingt-trois ans, était originaire de la Martinique : célibataire, il habitait, avec deux de ses tantes, rue de la FolieMéricourt, et, comme il était patriote ardent,
- instruit, d'ailleurs, et de manières distinguées, - il élait commissaire de la section
du Faubourg du Temple.
Or, il paraît inadmissible - si 1.. prisonnier n'est pas le fils de Loui XVI - que
Laurent, vivanL avec le petit détenu, le
soignant, le questionnant vraisemblablement,
n'acqmère pas, dès les premiers jours, la

Loms XY11 S'EST-n ErAvt vu
certitude que cet enfant n'est pas le Dauphin.
En ce ca , deux allernatives : ou Laurent
croira prudent de taire la chose et d'en garder pour lui seul le secret, ou, ce qui est
infiniment plus probable, il se confiera à Barras, son protecteur avéré, son maitre. Que
va faire Barras? Annoncer solennellemenl au
monde que le fils de Louis XVI est évadé?
Mais ce serait avouer la disparition du seul
gage qu'on possède vis-à-vis de l'étranger,
vis-à-vis des royalistes, vis-à-vis de la Vendée.
Barra a trop le génie de l'intrigue pour ne
pas comprendre que le seul fait d'être enfermé au Temple équivaut à une investiture.
L'enfant qui s'y trouve n'est pas le fils de
Louis XVn Tant mieux; on va donc pouvoir,
sans trop trahir la République, remettre cet
enfant aux royalistes qui ne désirent que sa
liberté. Mais pour que ce Dauphin apocryphe
conserve toute sa valeur, il faut, jusqu'au
jour de la déhvrance, que personne ne puisse
le voir. Laurent, qui n'a été placé là que pour
procéder à l'évasion, recevra l'ordre de cacher à tout êLrt&gt; vivant la certitude qu'il a
d'une substitution antérieure, et de séquestrer le malheureux enfant jusqu'au jour où,
sans danger, on pourra le livrer, comme étant
le vrai Dauphin, au groupe de royalistes qui
ont entrepris de sauver celui qui, pour eux,
est le roi de France.
Voici donc Laurent seul chargé de la garde
du pseudo-fils et de la fille de Louis XVI.
« Je n"ai eu qu'à me louer de ses manières,
écrit celle-ci, Loulle temps qu'il a été à mon
service .... Il entrait chez moi ... , toujours
avec honnêteté ... et ne fit jamais la visite de
mes bureaux et commodes. ,, Laurent était
donc sensible et compatissant; il est aux petits soins pour l'enJanldonl il a la charge; on
nous lt' représente hassi.nant ses plaies, faisant couper et peigner ses cheveux, commandant pour lui des vêtements neufs. Comment
expliquer que cet homme si bon, maître absolu au Temple, fort, en outre, de l'ordre
donné par Barras « d'accorder aux deux prisonniers la promf'nade ~oir et matin, 11 n'ait
pas eu la pensée de réunir, aux heures de
&lt;( récréation », le frère à la sœur? Pourquoi
ne leur permet-on pas de se revoir?· Quels
complots peuvent donc tramer ensemble cet
enfant et cette fillette?
li faut chercher à celle séparation impitoyable une explication : Laurent s·est aperçu
dès les premiers mols échangés que Je détenu
qu'il garde n'est pas le Dauphin, el il évite
soigneusement, et pour cause, toute communication avec ~ladame RoJale. Donc pas d'entrevues; personne, d'ailleurs, n'est admis en
présence du prisonnier. Laurent a, dans la
Tour, sinon deux complices, du moins deux
hommes sur la discrétion desquels il pourra
compter, l'heure venue : c'est Li"énard, l'économe du Te&gt;mple, placé là par Barras, le jour
mème de la nomination de Laurent, et Caron,
garçon servant dans les cuisines, « cœur
affectueux et bon », préposé à l'alimentation
des deux prisonniers.
D'ailleurs le petit détenu est discret. Laurent déclare que le mutisme de l'enfant est

presque complet : à nulle heure du jour on
ne l'entend bavarder ou rire; six mois de réclusion ont complètement déprimé ce malheureux, déjà malade peut-êlre el aCrophié, lors
de son entrée au Temple, le 19 janvier, Et
c'est sans doute cet ahatlement, celle atonie
qui suggèrent à Laurent l'idée de substituer
à cet enfant ordinairement silencieux, mais
qui pourtant d'un seul mot pourrait tout perdre, un enfant muet qui, lui, du moins. ne
pourra rien compromettre. Adrôilemenl Laurent prépare le coup : il en prend 11 son aise;
il va, Yient, sort, assiste aux réunion de sa
section, s'absente pour aller coniérer avec les
membres du Comité de sûrelé générale, sans
jamais donner d'explications. Personne ne
voit son prisonnier : les gardes nationaux
que, tous les jours, on mobilise au nombre
de deux cent quarante, et qu'on répartit dans
six postes autour de la prison, les gardes nationaux murmurent : c1 ils ne savent s'ils
gardent des pierres ou autre chose. »
La conduite de Laurent parait louche : il
est dénoncé le H, puis le 2i octobre. Lui,
d'ailleurs, ne s'en soucie guère : il se sent
évidemment soutenu en haut lieu. Même, il
se pose en réformateur; il propose la réduction de la garde, la suppression de trois po Les sur six, celle de l'état-maJor qui, quotidiennement, vient commander la force armée
de service au Temple; &lt;• un simple capitaine
suffira ». En même temps, il réclaQle un
adjoint, sachant bien que sa demande ne
sera pas accueillie; attestant « qu'il ne peut
suffire seul à ses fonctions, D qu'il ne répond
pas, dans les conditions où on le laisse, du
dépôt qui lui est conâé. Et c'e t ainsi qu'il
met. d'avance, sa responsabilité à couvert
« dans le cas où un événement se produirait. ,1 Une dernière précaution : le 29 septembre, il fait nommer un homme, à lui dévoué, le citoyen Baron, aux fonctions de
porte-clefs de la prison, en remplacement de
Jérôme qu'il accuse d'êlre ,, souvent ivre».
Il faut noter encore que la surveillance du
Temple n'est pas, à cette époque, aussi sévère
qu'on se l'imagine : les preuves abondent
que de la rue au Palais, du Palais à la Tour,
c'est un va-et-vient continuel : enlrét&gt;s, sorties, promenades, flâneries, patrouilles de
deux cent quarante hommes de garde, envoyés alternativement de toutes les sectjons
et qui, très éloignés de chez eux, sont obligés
de se disperser &lt;( dans les auberges rnisines &gt;&gt;,
ce qui implique une circulation permanente,
des portes toujours ouvertes. On délivre six. à
sept mille cartes d'entrée par mois; plus de
deux cents par jour!. ..

C'est quand il se fut bien assuré de toutes
ces conditions, ou qu'il eut fait naître ces circonstan~s, que Laurent se décida à effectuer
la suh ti lu Lion. Elle fut exécutée prudemment : s'il était très dangereux d'essayer de
sortir du Temple le petit détenu, il était, en
revanche, possible d'y introduire l'enfant destiné à le remplacer. Laurent résolut de se

contt&gt;nter, d'abord, de cette première el facile
prouesse. ll se bornera à placer un gamin
muet _dans la chambre du prisonnier qu'il
garde Jalousement df'puis le 9 thermidor, et
de cacher celui-ci quelque part dans les combles de la Tour, où jamais nul ne se hasarde.
Si, grâce à lïsolement. au mJstère dont il a
pri~ soin d'entourer sa ~urvcillance, la substitution passe inaperçue, il sera temps de s'occuper alors de faire sortir du Temple l'enfaol
déjà à. de~i sauvé; si, au contraire, quelque
comm1ssa1re patriote, s'aperceYanl de l'échange, donne l'alarme, vite on le retire de
sa cachette et on l'exbibe sans retard, en
conservant pour une meilleure occasion le
gamin muet; lui, du moins, jouera les rôles
sans se trahir ni protester.
L'escamotage dut avoir lieu dans les derni~rs j~urs d'octobre 17\14 ou dans les premiers Jours de novembre, car voici qu'à la
date du 7 novembre, Laurent écrit la lettre
donl nous allons citer le texte intégral :
.Mon Général,
Votre lettre du 6. courant m'est ar1·i,·ée trop
Lard, car votre premier plan a déjà été exécuté
p~rce q'.i'il était temps. Demain, un nouveau gar:
dien doit entrer en lonctions: c'e,t un républi~in, nomm~ ~om';°!er, brave homme à ce que
di~ .8 ... , mai Je n ~• n_ucune confiance à de pareilles gens. Je serai bien tJmbarrassô pour faire
Jl3.s er de. quoi vivre à notre I' ..., mais j'aurai
0010_ de lm, vous pourrez être ll'm1quille. Le assas,rns ont été fou1·vovés, et les nouveaux municipaux ne se doutent point que le petil muet a
remplacé le D...• füinlenanl il s'aait seulement
de le faire sortir de celle maudite tour; mai~
comment? B•.. m'a dit qu'il ne pouvait rien entreprendre à cause de la suncilla.nce. 8'il fallait
rester longtemps, je Mrais inquiet de sa santé
tar il a peu d'air dans son oubliette où le ho~
Dieu. m_ème ne le trouverait pas, s'il n'était pas
lout-pu1ssa~L Il m'a promis de mourir plutôt que
de _se trahir lui-mème; j'ai des raisons pour le
croire. Sa sœur ae sait rien; la prudence me
force de l'entretenir du petit muel comme s'il
était son véritable frère. Cependant ce malheureux se trouve bien heure01, et il joue sans le
sav~ir, si _bien son ~ùlc, que la nouveitc garde
~rm,t parfru.tement qu il ne veut pas pal'ler : ainsi
1I n y a pas de danger. Renvoyez bientôt le fidèle
porteur; car j'ai besoin de votre secours. Su.ivez
le conseil qu'jl vow porte de vive voi1, car c'est
le seul chemin de notre triomphe.
Tour du Temple, le 7 novembre 1794.
Nous ignorons à qui celle lettre est adressée; ce n'est pas, comme on l'a cra, au général de Frotlé, le Iameux commandant de
l'armée royale de Normandie. li se trouvait
à cette époque, à Londres, et une letlre
l~i, datée du 6 cournnt, ne pouvait, par consequent, être arrivée à Paris le 7.
Nous ne savons pas davantage quel est
ce B. que désigne Laurent. Barras a-t-on
dit : c'est peu probable. A quelque royaliste
que Laurent, sur l'ordre de ce mème Barras
cherchait à tromper, en lui laissant croir;
que le _Dauphin était tQujours au Temple et
que lm, Laurent, était prèt à se « laisser
~r~ompre »? C'~st là le point délicat de
l emgme, el on n en possède pas la solution.
ll convient d'ajouler aussi qu'on ne pos-

d;

sède pas l'.o~iginal de cette lettre, non plus
que le~ or1gmam: de deux autres qu'on lira
plu~ lom. O_n n'en a jamais produit que des
coptes. LoU1s Blanc écrivait, dans on Histoire de la Révolution, que si les originaux

LE CORDON~ŒR A~TOIN"E SIMON.

Dessin anonyme (Collecticn G.

LEXOTRE.)

des lettres de Laurent constatant la substitution d'un muet au fils de Louis XVI avaient
été montrés, cela suffi.rait pour tranche,· la
question, et M. de la Sicolière, l'un des adversaires les plus convaincus de l'évasion du
Temple, affirmait, dans son Ilistoi1·e tle
F1·ollé, que si les lettres étaient vraies la
substitution ne pouvait faire doute, mais c;ue,

fausseR, elles prouvent la fausseté de tout lP.
roman.
Or, les leltl'es de Laurent sont v,-aies •
nous avon~ d~ leur authenticité des preuve~
absolues, irrecusables. Ces preuves ont été
données par U. F. Barbey dao.s son volume
s?r Mme A_tkins ~t la, p~ison dtl Temple.
C_est un pomt auJourd hm acquis, et il faut
dire que, contrairemenL aux · assertions de
L~uis Blanc et ~e la Sicotière, la question
n en est pas sensiblement éclaircie.

Donc le muet a pris la place de l'enfant
st~sti.tué au Oaupbin, le '19 janvier, par
O~ard1as et par les Simon. Le nouveau gardien, annoncé au général par Laurent entre
en service au Temple le 8 novembre'. II ae
s'appelle pas Gommier, mais Gomin. C'est un
brave homme, en e[et, mais rr d'une timidité extrème et craignant toujours de se
compromettre. » TI est fils d'un tapissier de
l'ile Saint-Louis el a, en 1794, trente-sflpt
ans.
Laurent, recevant au second étage de la
Tour son_ nouveau collègue, et un peu inquiet
de ce qu1 va se passer, l'interpelle cr et s'iu-

TEMPLE?--,

f?~n:1e s'i_I a déjà vu le Prince royal. - Je ne
1a1Jama1s vu, répond Gomin. - En ce cas
réplique Laurent, il se passera du temp~
a~a~t qu'il vous dise une parole. &gt;) Ayant
ami:, prudemment mis Gomin en garde conIre la surprise que ne peut manquer de lui
eau er le silence obstiné du prisonnier, Laurent pousse la porte et Gomin aperçoit l'enfant, couché sur un lit de fer, le teint plombé,
l'~•~ la11guissa~L Après avoir jeté un coup
d œd, les gardiens se retirent.
Leur surveillance en collaboration devient,
dès le jour • uivaot, plus my~térieuse, plus
secrète encore qu'elle n'était au temps où
La~rent ~·exerçait seul. Je ne pense pas qu'on
pmsse citer, pour cette période, un seul
lémoio ayant approché le petit prisonnier :
nu], en tous cas, ne l'a ent~ndu articuler
une parole; et, dans la crainte que ce mutisme n'étonne, à la fia, 4uelque commissaire
plus avisé et moins complaisant que les auIres, Laurent accrédite cette légende touchante : l'enfant a résolu de ne plus prolloncer un mot depuis sa déposition contre sa
mère! Gràce à celte ingénieuse invention, leschoses vont a,u miem pendant deux mois.
Laurent parvient à fournir de nourriture
l'enfant caché sous les combles, el à présenter son muet comme un héros d'obstination.
Pourtant il y a des jours où Laurent a bien
peur : malgré « les peines qu'il se donne
pour ne lai~ser entrer personne dans la chambre du muet iJ, il n'ignore pas qu'un examen
superficiel dévoilerait Loule l'intrigue.
Et. voilà . qu'~n jour, dans la première
semaine de Janvier t 795, trois membres du
Comité de sûreté générale se présentent à la
Tour et se font ouvrir la chambre de l'enfant. L'un d'eux, Rarmand de la MeusP. a
!aiss?, de celle visite, un récit fameux, ~ui,
a lm seul, suffirait à établir le séjour au
Temple d'un enîant muet.
Je m'.npprochai. ~u _prin~e ... je lui dis quP ...
n?,us éllons autorises a lw procurer les moyens
d etendre es promenades et de lui otrrir le•
objets de dislraclion ... qu'il pourrait désirer. •
. Il me ~·egardait füement, sans changer de posihon, el 11 m'écoulait avec l'apparence de la plus
grande ~tteatio~; mais pas un mot de réponse.
Alors Je repris mes propositions... 11 J'ai l'honneur de vous demander, monsieur, si vous désirez un cheval, un chien, des oi eaux, des joujoux
de quelque espèce que ce soit, un ou plusieurs
compagnons de votre âge ... voule2-vousdescendre
au jard.in ... désirez-vous des bonbons, des aà0
tea~? »
:" Je n'~n reçns pas un mol de réponse, pa
meme un signe ou un geste, quoiqu'il eùL la tète
to~~é~ vers moi el qu'il me regardàt avec une
fix1te etonnante qui exprimait la plus !?r:mde
6
indifférence.
·
Ce procès-verbal est fort lon11 et l'on ne
peut le citer tout entier. Il impor~e cependant
de souligner ce passage :
Je demandai dans l'antichambre aux comrnissa~s - l(armand entend par là Laurent et
~mm - st ce silence datait réellement du jour
ou la plus barbare violence lui avait fait faire et
signer l'odieuse et absurde déposition contre la

�,
111STO'l{1A
reine, sa mère; ils renouvelèrent leur assertion à
cet égard, et nous protestèrent que depuis le soir
t.le ce jour-là, le Prince n'avait pas parlé.
Comment le savent-ils? L'interrogat~ire du
Dauphin est du 6 octobre 1795 : Laurent
n'est entré au Temple que le 11 thermidor
(29 juillet 1794) et G-omin le 8 novembre de
la mème année. C'est donc qu'ils assignent
au silence du muet un motif qu'ils savent
faux; motif dû à l'imagination de Laurent
dont Gomin appuie l'assertion par simplicité,
par sottise ou par peur. Mais il y a plus : en
quittant le deuxième étage de la Tour, Harmand et ses collègues montent chez :Madame
Royale; celle-ci leur demande a des nouvelles
ùu jeune Prince son frère. u

« Il ne nous était pas venu dans J'idée, écril
[larmand ... que la Commune pou. sail sa barbare
surveillance jusqu'à priver ces deux Jeunes el
illustres victimes du plaisir de se voir.
~ Madame, répondfa-je, nous avons eu l'honneur de le voir avant d'entrer chez vous. Pourrais-je lo.voir1 - Oui, madame. - Où esl-il?
- lei, sous votre appartement, et nous allons
faire en sorte que vous puissiez le voir el communiquer ensemble quand cela vous conviendra. »
1e m'empresse d'ajouter que le gouvernement
mit le plus grand zèle à acquiller les prome,ses
que nous avions faites en son nom el à réaliser
les el'pérances que nous avions données : au
moins cela fül arrêté le soir méme.
On n'ignore pas que cet ordre ne fut
jamais exécuté. Ainsi, en dépit d'un arrèté
du Comité de sùreté générale, Laurent sait
si bien ce qui arrivera si Madame Royale est
mise en présence de l'enfant, qu'il prend sur
lui de désobéir; c'est que, de jour en jour,
la situation de,icnt intenable, et l'on a l'écho
des angoisses de Laurent dans cette seconde
lettre au général, qui, loin de Paris, s'impatientait de voir l'évasion traîner en longueur.
Je ,iens de recevoir voire lettre. Hélas! votre
demancle est impossible. l:'élail bien facile de
faire monter la victime, mais la descendre est
acluellemeol hors de notre pou,·oir .... Le Comité
de ôrcté générale avait, comme vous savez déjà,
envoyé les monstres Mathieu el Recherchon.
accompagnés de M. H••. de la Meuse, pour constater que notre muet est véritablement le fils de
Louis XVI. Général, que veut dire cette comédie?
Je me perds el je ne sais plus que penser de la
conduite de B.... Maintenant, il prétend faire
sortir notre muel et 1~ remplacer par llD autre
eufanl malade. Êtes-vous instruit de cela?
'.',"est-ce pas un piège? Général, je crains bien
t.les choses, car on se donne bien des peines pour
ne laisser entrer personne dans la prison de notre
muet, afin que la substitution ne devienne pas
publique; car, si ttuelqu'un examinait bien l't•nfanl, il ne lui serait pas difficile de comprendre
qu'il est wurd de naissance et, par- conséquent,
ualu.rellemenl muet. Mais substituer encore un
autre à celui-la : l'enfant malade parlera el ce
sera per,lrc notre demi-sam é el moi avec. Renvoyez-moi le plus tôt possible notre fidèle et votre
opinion par écril.
Tour du Temple,
5 février t 795.

Le fait est que le. muet de,•enait terriblement encombrant : le remplacer par un

enfant parlant, mais malade, était une combinaison bien dangereuse : qu'aurait-il dit,
celui-là?
Passe encore si Laurent eût été seul ûtutulaire de la garde du prisonnier; il serait
parYenu à chambrer si bien le pupille que
nul peut-être. ne l'aurait approché; mais le
timoré Gomin éLait là, et la peur pouvait lui
faire commettre quelque tragique couardise.
Que se passa-t-il? Nous n'avons pour indice
qu'un troisième et dernier billet de Laurent.
En voici le texte :
Mon Général,
Notre muet est heureusement transmis dans le
Palais du Temple el hien caché; il restera là, el,
en cas de danger, il passera pour le Dauphin. A
vons seul, mob général, appartient ce triomphe.
Mainlenanl, soyez tranquille, ordonnez to11jours
eL je saurai obéir. Lasne prendra ma place quant.!
il voudra. Les mesures l~s plus sùres el le plus
efficaces sonl prises pour la sùrelé du Dauphin.
Conséquemment, je serai cl1ez ,•ous en peu de
jours pour vous dire le reste de vive voi.1.
Tour du Temple, le 5 mars 1795.
C'est la lettre d'un homme qui, après
s'ètre trouvé dans une situation sans issue,
exulte d'en être sorti sain et sauf. Mais faut-il
en conclure que Je pseudo-Dauphin, - j'entends l'enfant que Laurent appelle le Dauphin, celui qui, depuis quatre mois, vil dans
les greniers de la Tour, - Iaul-il en conclure que cet enfant est hors du Temple?
Non pas. Laurent dirait un mot de celui qui
a pris la place vacante au deuxième étage de
la prison. Il n'en parle pas. Sa joie vient de
ce qu'il a pu opérer un second escamotage,
consistant à déloger de la Tour le muet pour
le cacher dans le Palais Yoisin, c'est-à-dire
en dehors de l'enceinte de la prison, et à
réintégrer à sa place l'enfant qui, depuis les
derniers jours d'octobre, languit sous les
combles. Laurent n'a pu faire wieux : il a
bâte de fuir Paris, maintenant que, après des
transes de quatre mois, il a remis les choses
en l'étal où il les avait trouvées lors de son
entrée au Temple. Il ne quitte pas son poste,
il est vrai, sans assurer 1&lt; qu'il a pris les
mesures les plus sûres et les plus efficaces
pour la sûreté &gt;&gt; - il ne dit pas pour la
déliv1·a1ice - de l'enfant qui a hérité. de la
personnalité el du nom du Dauphin. C'est là
tout ce qu'on peul tirer de celle dernière
lettre.
Et Gomin? Il faut biei:i admettre qu'il fut
mis dans le secret. Laurent, sans nul doute,
dans les derniers jours de leur cohabitation,

se confessa à lui, mais non pas complètement : avouant que le malheureux enfant
qu'ils gardent conjoinlemenl depuis le 8 novembre est un muet et que le a véritable
Dauphin » vit isolé dans une autre partie de
la prison; on avait espéré s:i. délivrance, mais,
en présence d'obstacles insurmontables, on y
a renoncé et o le prince » ra reprendre la
pJace du muet évincé!
Les choses sont rentrées dans l'ordre. EL
Laurent quitte le Temple, - le 29 mars 1795,
- laissant Gomin bien persuadé qu'il a entre
les mains le véritable fils de Louis XVI.

Lasne, qui entre en fonctions deux jours
plus tard, le 5i mars, ne peut, pour sa part,
concevoir aucun soupçon.
Les deux gardiens du petit prisonnier
étaient donc bien certains de son identité
royale. L'enfant n'était pas loquace; n'avait-il
pas promis de mourir plutôt que de se
trahir lui-même? On le voyaü souffrant; on
ne l'interrogeait pas. Car il est bien malade.
Dès le départ de Laurent son état s'aggrave;
le 6 mai, le docteur Desault est invité, par le
Comité de sûreté générale, à donner ses soins
au prisonnier; il l'examine, estime la situation très grave; il revient régulièrement tous
les jours jusqu'à la fin du mois. Sa dernière
visite est du 50 mai (iO prairial). Le lendemain, il ne reparaîL pas; le 1or juin, on apprend sa mort. Le docteur Pellelan le remplace auprès du petit moribond, dont l'étal
de faiblesse empire. Le 5 juin, Pelletan obtient que l'enfant soit changé de local. L'appartement où il se trouvait comprenait une
belle et vaste chambre à coucher : ce n'est
pas celle-là qu'on choisit. On transféra l'enfant
dans la petite tour, bâtiment accolé à la Tour
proprement dite.
Gomin assure que c'est lui qui porta le
petit malade.
dp

Or, à cette date du ~ juin, il se passait
hors du Temple un fait bien étrange.
Ce groupe de royalistes dont nous avons dit
un mot et au profit duquel devait, avec l'aide
de Laurent, s'opérer l'évasion, ce groupe se
composait d'une amie de la reine, Mme Atkins,
el de deux agents, adroits el hardis; M. d' Aucrweck qu'on appelait le petit baron, et M. de
Cormier.
Le petit bm·on et M. de Cormier avaient été
en relations avec Laurent. En même temps
qu'il écrivait au général, il adressait aux deux
agents de Mme Atkins des renseignements de
tous points concordant avec les lettres qu'on
a lues plus haut. M. de Cormier avait été de la
sorte instruit du transfèrement sous les combles de l'enfant que tous croyaient êlre le
Dauphin; le départ de Laurent, la réintégration de l'enfant à la place du muet substitué,
ne lui avaient rien ôté de sa confiance dans le
succès final, car à la date du 5 juin il écrivait
à ~lme Atkins: «Nous louchons au but... nous
avons été mieux servis que nous n'avions ordonné ... , il y a 99 à parier contre toO que
vous jouirez bientôt... du bonheur auquel
vous avez coopéré avec d'autres, mais plus
que beaucoup d'autres. Mais, de la patience;
les choses sont telles, à présent, qu'il n'est
point de force ni d'esprit humain qui puisse
les avancer où les retarder et qu'un faux
mouvement, une fausse mesure pourraient
faire un bien grand mal ... , elc. »
Les agents de Mme Atki ns s'attendaient donc,
dans les premiers jours de juin, à ce qu'on
leur livrât le Daupffln, qu'ils croyaient toujours détenu au Temple. Leur projet, une fois
en possession du royal enfant, était de le conduire, ati plus vile, dans la Vendée, où il serait solennelle ment reconnu el proclamé roi

_______________________
•
_ Loms XV11

S''EST-11. irADÉ

vu

TEJHPI.'E? - - ,

de France, puis de l'emmener aussitôt sur corps en bière et on l'avait inhumé suivant l'argent, prix de l'auguste enfant, diraient
ensuite 1 u'il n'était jamais sorti du Temple. o
un point de la cole &lt;&lt; entre Nanles et la Ro- les formes ordinaires.
Oui, l'enfant que soignaient Gomin et Lasne La pauvre femme, qui ne d.. Yail jamais de sa
chelle » où un navire croisait, prèt à transétait mort le 8 juin : coïncidence surpre- vie, pourtant longue, comprendre un mot à
porter Louis XVII en Angleterre.
Pour assurer le voyage du fugitiî jusqu'en nante, il était mort au jour même ot1 les acrents l'intrigue dont elle a-rait été la dupe, voyait
\' endée, il avait été décidé qu'on cxpPdieraît de Mme Atkins attendaient sa délivr~nce. pourtant clair en ceci que, jusqu'à son derostensiblement, dans une direction Lout op- A ceux-ci, c'est le muet qu'on remet, le muet nier jour, elle crut que l'enfant mort au
posée, un enfant, de l'.lge el de la tournure resté logé au Palais du Temple et qui, sui- Temple n'était pas le fils de Louis XVI. Elle
du jeune roi, sous la conduite d'un (&lt; homme vant la dernière lettre de Laurent, doit, en n'avait ni preuve, ni certitude; mais elle avait
résolu n. Tandis que ,Ioule la police, à la nou- cas de danger, passer pour le Dauphi1i. Ils l'inslirn'l de la vérité, sans pouvoir démêler
velle de !'évasion, s'égarerait snr celle fausse ne furent pas longs à s'apercevoir que l'en- un imbroglio où tous ceux qui avaient agi
piste, 1~ Dauphin aurait le temps de gagner fant qu'on leur livrait n'était pas le jeune avaient ignoré ce qu ïls fai~aienl.
clandestrnement les provinces de l'Ouest.
prince. Bientôt MmeAtkios recevait cette lettre:
Résumons-en rapidement les phases. ~
« L'homme résolu » qu'avaient découvert, «Oui, nous avons élé trompés, cela est mal- t 9 janvier 1794, le Dauphin est enlevé du
pour mener à bien cette diversion, les agents heureusement trop certain, je vous l'ai déjà Temple. Qualre personnes seulement sont du
de Ume Atkins, n'était autre qu'Ojardias. De marqué positivement. .. »Et Mme Alkins le note: secret : l'impresario (Chaumette, Hébert ou
quelle façon l'avaient-ils renconlré? Üll? On &lt;&lt; J'étais fort opposée à meure un autre en- un autre); puis les trois agents d"exécution :
l'ignore. S'était-il présenlé à eux, leur avait-il
été recommandé comme uu auûliaire inventif
et dégourdi? fJ'est probable. Mais une question se pose, effarante : Comment, dès les
pre~ers mots, Ojardias n'arrête-t-il pas les
conJurés en leur révélant que l'enfant qui vit
au Temple n'est pas le ùauphin? C'est lui,
Ojardias, qui, dans la nuit dn 19 janvier 1794,
~ char~é le fils de Louis XVI sur son dos, qui
1a sorll du Temple et placé sur la charrette
de Simon, c'est lui qui l'a conduit jusqu'à la
rue Phélippeaux, et voilà que, dix-huit mois
plus tard, quand on l'ient lui proposer de
participer à une nouvelle évasion du même
Dauphin, il ne sourcille pas, et accepte tran![uillemenl la besogne 1
Cette fois, d11 moins, son rôle e~t moins
dangereux; averti de ce qu'il doit Faire, il va
trouver un certain citoyen Morin, greffier de
la section de Bonne-Nouvelle, avec lequel il
a été en relations ; il le décide à lui confier
son petit garçon,.dont la physionomie, le teint
pâle, les longs cheveux, rappellent suffisamment l'aspect du Dauphin; et, après une nuit
passée dans une auberge, il se lance avec le
petit Morin, en chaise de poste, sur la route
d'Auvergne.
lls vont à Thiers, c'est le pays d'Ojardias.
En chemin, celui-ci ne manque aucune occasion d'êtr.e remarqué: il pousse l'audace jusqu'à rosser le postillon d'un conventionnel; il
d(barque à Thiers chez un notable de la ville,
M. Barge-Béal, fort étonné de cette intrusion.
Ojardias s'attendait bien à ce que, dès le lendemain de son arrivée, parviendrait à Thiers
l'an~once de l'évasion du Dauphin. Il se préparait à la chose, quand, subitement, un
bruit se répand dans la ville ; le courrier
venu de Paris a apporté la nouvelle de la
mort au Temple du fils de Louis XVI.. ..
La mort! Ojardias, affolé, disparaît aussitôt, _laissa~l chez M. ~arge-Béal, interloqué,
le peul MorJD non moms slupéfait. Achevons
en deux mots de raconter l'a,•enture de ce
dernier. On l'interrogea: il déclara le nom
C-hchè Braun et C
de son père et raconta le peu qu'il savait· les
autorités de Thiers communiquèrent les ~enLons xvu cm:z LE CORDONNIER S11t1ox. - Tableau d~ Cil.ARLES DE COUBERTIN.
seignements à la police de Paris, laquelle
confirma par retour du courrier le récit du
petit Morin. D'ailleurs nulle confusion n'était Iant à la place du Roi : j'observais que cela Simon, sa femme et Ojardias. Chaumelle et
possible : le prisonnier du Temple était bien pourrait a,·oir ui;ie suite fâcheuse el que ceux Simon sonL guillolinés avant d'avoir pu se
mort : on arait fait son autopsie, mis son qui gouvernaient alors, après avoir louché larguer de ce qu'ils ont fait. füstent donc de
11

�..-

fflSTO'J{l.Jl

"-----------------------

la délivrance du Prince deux témoins seul·ment, la imon el Ojardia .
L'enfant subslitué vil reclu · ju-qu 'au

• C.\PET, LEVE-TOI! •· -

sioo volontaires : tantôt, d'après lui, l'enfant a tenu les plus ùeaux discour·, tantôt il
gardait un muli·me ab o]u. Toujours, par

u-.:iprts ,me est~mte ('utllü sous la Rest~ut'ollion.

9 thermidor. Laurent, qui en prend pos ession à celle date, 'aperçoit forcément que
cet enfant n'est pa le Dauphin : n'importe,
de ceci il ne dira rien à per~onne qu'à Barras i il entreprend de livrer cet enfant aux
royalistes, el, ne vouvant ou n'o anL le faire
ortir du Temple, il le cache au grenier de ]a
Tour et met à sa place un muet. Laurent et
Gomin, de connivence, gardent pendant cinq
mois ce deux enfants, le muet officiellement,
l'aulre, celui que Laurent a présenté à Gomin
comme étant le rrai Dauphin, de façon clandesline. Pui , pris d'inquiétude, gagné peulétre par les terreur de Gomin, Laurent prend
le parti de faire cesser cette situalion intenable. Il réintègre l'enfant dans la pri on et
e débarra se du muet, qu'il garde cependant
à proximité, en cas de besoin. Laurent qui
en sait plus que les autres, qui s'e t compromi davantage, c1uitte le Temple et bientôt
la France; il meurt aux colonie ; Gomin
garde son emploi, persuadé que l'enfant qui
lui reste confié e t le Dauphin; La ne, qui
vient l'a;;sister, n'a aucune rai on de soupçonner le contraire, et quand )'enfant meurt
sou leur yeux, ils peuvent, de bonne foi,
jurer qu'il ont a i té au derniers moments
du 61~ de Louis XVI.
Pourtant Gomin aura toujour une arrièrepen ée; de novembre 1704 à mars 1705, il
s'e I gra\'ement compromi dan l'affaire du
muet, cl voilà pourquoi, tout le reste de a
vie, ses récits du Temple ne eront que réticences et contradictions, erreur· et couru-

prudence, Gomin en revint à ceci : oui, le
prisonnier parlait, mais ceci se ,·appo1'te
aux dernier temps de 11a vie. Et comme
voilà expliquées la confiance, l'amitié, la reconnaissance que lui témoigne. après le
juin t 705, ,radame Royale! EUe l'a interrogé, el il lui a dit que Laurent el lui ont
tout tenté pour sauver le Prince, mais qu'ils
se ont vus obligés de réinté!:!rer le Dauphin
qui, définitivement, est mort malgré leurs
soin . Et ladame Royale le comble d'attention ; elle le veut près d'elle ju qu'à Bâle.
Quant au porte-clefs Baron, elle l'attache à
per onne et l'emmène à Vienne. Plus lard,
elle fera obtenir à Gomin une sinécure somptueu i&gt;mcnt payée, la conciergerie du château
de Meudon. C'est qu'elle lui a fait promettre
de ne jamais parler de l'affaire du muet :
puisque le coup a manqné, à quoi bon jeter
un doute dans l'esprit du public?
Et il n'y fera jamais allusion; mais, comme
il n'e l pas de force. toutes .es déclarations à
venir prendront, de cette lacune, un tour de
fau seté, un air de pot-pourri et de radotage.
El Barras? va-t-il, dan· e Mémoires, reconnaitre qu'il a berné l'hi toire? Qu'auraitil à dire, d'ailleurs? Oo a placé ous a surveillance, lors du 9 thermidor, un enfant
qu'il sait ètre mort au Temple, onze mois
plus lard. Voilà ce qu'il écrit- el hien ècbemeat - et a Yec un lacoru~me étonnant.
En conrer alion, il era moin discret. ...
Et Laurent? C'est lui qui découvre la subLitution; pourquoi on silence'! liais pre que

au itol après sa sortie du Temple, il est
parti pour les Colonies, d'oh il ne rentre en
France que pour quelque · moi et oit il repart
bientôt san en ja111ai revenir
'on, personne n'a parlé, parce que aucun
des sunivanls n'a.rail rien à dire de précis,
lie certain ou de profitable. Mai comme on
comprend maintenant celle ma .e de témoignages indécis, qui surgi sent peu à peu à
me~ure que e po~e. plus impérieu emenl, le
problème de l'érn.ion ! Que de gen ont él ~
mêlés, plu, ou moins directement, à l'intrusion
du muet, à sa :.ortie, à telle ou telle démarche nécessitée par l'intrigue où •e déballait
Laurent! Combien de commissaires, après
vingt an~ écoulé , e sunl rappelé les cir. con lances de leur. journées de garde au
Temple! Que de compère il fallait mettre en
jeu qui plu. tard e sont ,onvenu d'un trait,
d'un mol, qui ne les avail pas frappés 1,
l'époque! Un Yolume suffirait à peine pour
contenir ces déclaration , a. sez insigni11ante
pour la plupart, ~ouvent fantaisistes, bien
rarement dignes d'ètre étudiées sérieu ement,
mai où l'on sent pourtant qu'il y a un soupçon, un écho de la vérité, .ans qu'on puis e
savoir, tant la question est touffue et complexe, à quel fait rapporter tel témoignage,
ni même i ce témoignage n'est pas de pure
imaginalion.
Donc, de tous ceux qui ont été mêlés aux
divers événement du Temple, deux témoins
seulement .avent - et avent de façon certaine : - ce sont toujours les deux seuls
survivants de l'évasion du i 9 janvier 1704:
la Femme imon et Ojardias. Celui-ci, re lé
caché après l'affaire du petit Morin, fut découvert par quatre individus, aîûliés 11 une
bande royaliste de l'Am·ergne et nommé
Gavais dit Racle, Colin, Barie et Duboi .. Ce
ont ces hommes, dit un rapport con ervé
aux Archives, &lt;c qui ool a sassiné Ojardias,
de 'fhier ·, qu'ils 71rélendaient êll'e tm agent
de la police gmérale : il l'ont tué ~ur la
chaussée d'un étang où il l'ont jeté el d'où
on l'a retiré quelque temps après. Je ne . ais
par quelle fatalité on n'a pas poursuivi cette
affaire .... Il A quelle date placet· celte vengeance de rojali tes? On ne sait. 'foute les
recherche que nou avon fait~ pour connaître quelqu'une des circonstances de la
mort d'Ojardias sont restées san ré ultal. li
parail avéré que ses assassins, arrêtés pour
d'autres exploits atu: environs de Dijon, pé:rirenl tous quatre de mort violente : Colin
f ul tué en se déîendant dans une auberge,
Gavais, étouffé dan sa prison, à Dijon, Barie
et Dubois auraient été guilJotinés à Paris.
Quand? Pourquoi? Nul indice.

1 jardias mort, un eul témoin reslait donc
de l'évasion du Dauphin : la femme imon;
el, par bonheur, elle sur1·écul assez à la Révolulion pour que on lémoigna"e ail pu
ètre recueilli. 11 le fut bien des fois : réfugiée à l'ho pice de Incurables de la rue de
èvres. dep11is le 1:! avril t 706, elle ne ce as

de raconter, avec prudence d'abord, puis alec
une conviction oli Linée, o qu'elle a"ait saisi
l'occasion de son déméuagement du Temple
pour emporter le Dauphin dans une charrette remplie de harde ; quand il fallut ortir, le gardiens \'Ou laient visiter la voiture;
mai la .~iruon s'était gendarmée, criant que
c'était on linge sale el que per onne n'y
mettrait le nez. 11
La Ît!mme imon servit cc récit à plus de
vingt auditeurs, entre autre et surtout aux
religieuses des Incurables: toute l'ont au1henti11uement rapporté. De,·anl le chefs de
la police c1ui l'interrogèrent en f8 l 7, la veuve
du cordonnier [ut plus réservée : elle afürma
d'abord _a com·iclion de l'~vasion, « coo1·iction si intime que rien ne pourrait l'en dis~uader n; mai., comme on la pressait ,le ·e.rpli'{uer, elle se perdit dans des racontar
invraisemblables ou oiseux : mais plu tard
elle déclara q11'ell&lt;'. nrail ben11co1111 d'autre.~
clwses plus grai•e el plu.~ décisives dont elle
ne parlerait que lors ;u'e/Le serait appelée
ilet·tuit la justice.
Or, c'était l'époc1ue où l'on jugeait à
Rouen le Faux Dauphin \lathurin Bruneau.
On se garda bien de comoquer la femme
imon, dont le témoignage, pourtant, aurait
eu, . emble-t-il, grand _intérêt.
Au nombre des curieux qui ,·inrent la
que tionner dans sa cellule de l'hôpital, se
trouva le personna"e connu sous le nom de
baron de l\it:bemonl. ll deYait, plu lard, se
présenter en concurrence al'ec queh1ue autres comme étant le fil de Louis X\'I.
Di ons loul de suite que ce Richemont fut,
bien prohablemcnl. un cbarlalan. Or, la
Simon. ayant cru reconnaitre en ce vi ileur
son pelit Bourbon tant regretté, lui détailla
san réticences toutes les circonstances de
l'évasion ; lui, de son côté, dé ireux de e
do ·umenter, l'invita à s'épancher. On peul
être a uré que, trente an plus tard, lor qu'il publia le récit de son entre\'ue ayec la
femme imon, il eul grand soin de reproduire Ires fidèlement la ver·ion de la bonne
femme, 6an y rien ajouter ni sans en rien
di traire, par crainte de tomber en contradiction avec les dC-claration qu'il avait faites
par elle de,·ant la police de Louis .'Vlll, déclarations dont il i!!Dorail la teneur; et voilà
comment on peut considérer le récit de Richemont comme émanant de la Simon ellemème, d'autant plu qu'il e l po sible de le
(Reproduction lnter.ille.)

Lo111s XV11 s1EST-1L

contrôler, ur certain points, 11 l'aide de
documents authentiques dont elle n·a pas
soupçonné l'existence. C'est ce récit qu'on a
lu plus haut.
Ainsi le ,eul témoin qui ait pu parler a
parlé. li e t vrai que sa déclaration n'e. l
explicite que ur le fait mème de l'éva ion.

Il resterait ici à poser la c1uestion angoissante, la question dont la olution semble reculer el fuir à me ure qu'on :.'efforce de la
dégager : qu'est devenu le Dauphin évadé du
Temple1
(ci tout c l m, stère et obscurité : on le
conduisit rue Phélippeaui, a sure füchemont
d'après la Femme imon. La rue Phélippeaux
était très Yoi. ine du Temple : la rue Réaumur
en occupe actuellement l'emplacement. Qui
habitait là~ A qui le Prince fot-il livré1 or
Lou ces points. pa l'ombre d'une lueur.
De 25 ou 30 prétendants qui . e présentèrent dao Ja première moitié du u e . iècle
pour réclamer le trône du roi Louis XVI leur
père, bien peu ont dignes de mention. Hichemont, l'un des plu fameux, l'un de ceux
qui firent le plus de dupes, était, nous le penson , un vulgaire impo leur. L'aventure d'un
antre, Mathurin Bruneau, fit grand bruit à
l'époque de la l\estauralion: lemonde royaliste
s'en émut, car bien des royali tes, et non des
moindres, croyaient alors à la sur~ivanl'C du
Dauphin, soit par tradition de famille, soit
pour a,oir été mêlés plus ou moins directement aux tenLatiYes d'évasion. Mais l'attitude
de Bruneau aux audiences de Rouen déconcerla les mieux di po és.
n seul parmi ces prétendant possrde
encore quelques partisans. C'est celui qui fut
connu sou le nom de Naundorff. li e l mort
à Delft, en i 45, el ses petits-fils, qui portent aujourd'hui le nom de Bourbon, sont
encore entourés d'une phalange d'amis si
fidèles el si dévoués qu'ils forment presque
un parti.
D'où vient aundor[? De quelle famille
est-il issu? On ne l'a jamais su, malgré les
efforts réitéré et les agissements de la diploL Ces ligne➔, on l'a dit, rurcnt publiées il y a
quelques année~ drji. llepuis lors, et tout rkemmcn1,
. G. ~- ■ dt:Cou•erl que :'iaundorll n'était autre
qu'un cerlam Charle~-IJenjamin Wcr!l'C, né à llnlle.
en We.tphalic. le 9 Mai 1ï77 . l\'oir le Jot1rnal de,
Débats du 25 Mars 1011.

ÉYADÉ

nu

TEMPLE? - - ,

matie de Louis-Philippe pour lui a si•mer un
étal civil. füi c'e t là une preuve que l'on
peutapp1•lané9alive: de ce qu'on n'a pu découvrir l'acte de n~i ance d'un per onnagc,
s'ensuit-il qu'il est d'origine royale'?
La res emLlance des traits de aundorff
a,·ec ceux de Louis XVI n'e t pas, davantage,
un argument Lien sériru1 : c'est précisément
cette re.semblance qui pouvait ug 0 érer à un
impo.teur l'idée de se po er en prétendant.
Non, cc qui étonne, c'est qu'il est indéniable
que ce paysan de ilé ie ou d'ailleurs, vivant
dans une réirion, à une époque et dan un
milieu où il lui était impossible de se documenter sur des (ail-. qui, d'ailleurs, ne sont
connus que depui · quelque trente ans, c'e!-t
que ce paysan silésien ait eu des lueurs de la
lérité : il savait qu'une première ub~titution
avait été opérée avec uccè ; il aYait l'introduction au Temple d'un enfant muet, ronnai. ait la cachette des combles de la Tour.
lalheureu. emenl, il a tenté, à deux repri c.•
de construire, à l'aide de ces indication
épar.es, un récit de « son évasion » qui e, l
inacceptable.
es partisans s'épuisent, par r pect pour
a mémoire, à étayer de déclarations .uccinctement contrôlées ce fantaisi le roman. C'est
une erreur : il fallait franchement admettre
que l'enfant sauvé du Temple n'a pas été
tenu au courant de circonstances de on enlèvement. Il faut noter aus, i que les copie des
lettres de Laurent t:laient en la po e · ien de
aundorIT, et qu'elle ont été Ja ba e de es
récits. Aujourd'hui qu'il sera établi que
ce lellres sont d'uneaulhenticilé non douteuse,
il de,ieat extrêmement important pour l'étude
de la question ~aundorfT de a,·oir par quel
moyen elle étaient parvenues entre es main .
Il ne les a reçues, é1·idemment, qu'à un âgr où
il en comprenait l'importance, car il n'aurait
pu garder pour lui ces papier , depuis -179:S
jusqu'en 1 IO, époque oi1 commence pour
ainsi dire . a vie politique, époque où il arrive
à Berlin après une série de malheurs qu'il a
contés.
Qui donc a remis à aundorff les lettre de Laurent? Quand le a-t-il reçues~ li
a certainement îait confidence de e. ren eignements à sa famille, à «la prince e » Amélie,
sa fille, qui fut le plus valeureux champion
de sa eau e, à Jule Favre, son dé(en eur devant la Cour de Paris. Oo nou doit cette
révélation.
G. LENOTRE.

�'-------------------------,---------~CELLE TINA YRB

+

Madame de Pompadour
qui s'appelait Jeanne-Antoinette Pois on. C'était une enfant charmante, tellement charmante, que Mme Pois on, qui aimait beaucoup sa fille, faisait pour elle le rèl'es les
plus bizarres. A force de rèver l'a\·eoir, elle
voulut le connaitre. Elltl conduisit sa fille,
qui a,·ail alors neuf an. , chez une chiromancienne. Celle-ci, qui n'était pas olle, ,it Lout
de suile à qui elle al'ail affaire; elle comprit
l'âme ecrète de Mme Puisson, lui fit le grand
jPu el lui déclara : « la chère dame, votre
fille ne sera pas reine, mais elle sera presque
reine, elle sera la maitresse du fioi. o
Mme Poisson avait un tempérament de
mère d'acLrice; elle était, en plus jolie, une
orle de ~fme Cardinal. Cette prédiction lui
fi L un très grand plai ir ; elle embras a sa
fille el la surnomma « Reinetle ». Désarmai
dans la maison on ne l'appela plus que par
ce nom.
Quand on élève une demoiselle pour le Roi
ile France, on lui apprend autre cboso que
l' Ave Afaria el le tricot. fieinette apprit le
CONFÉRENCE
chant a1'ec le fameux. maitre de l'époque, Jéde Madame Marcelle Tinayre
lyoue, la déclrunation avec le poète Crébillon,
le clavecin, la danse, etc. Elle de sioail "entiment et gravait même des pierres fine . Quand
Mesdame , Me ieors,
elleîut grande, elle fat trèsdemandéedansles
11 y avaît à Paris, ,ers 1721, un ménage salons pari iens. U. Poisson n'y paraissait
bourgeoi~ qui ne pratiquait pas du tout les pas. Mme Poi on n'était pa d'une très bonne
\ertu bour"eoises. C'était le ménage d'un éducation, mais la jeune fille ét.ait délicieuse.
commis de üoauce, appelé François Poisson, Un soir, chez Mme d' Angl'r,,illier , on lui
et de sa jeune femme, ~radeleine. Ce ll. Pois- fil jouer du clavecin et efüi en joua d'une
·on él:til très vilain, au si vilain que son façon si i:mouvante el si palhélique, qu'une
nom. li étaiL mème gros ier dans son lan- dame, pas lrès jeune, pas très jolie, qui se
rrage, fort vulgaire el un peu tripoteur. li trou,·ail là, se mit à fondre en larmes et se
avait élé chargé de fournitures militaire el il précipita dans les bras de la musicienne en
avait reçu beaucoup de pots-de-vin; il avait l'embrassanl. La jeune mademoî ·elle rois on,
même risqué la potence, mais avait échappé étonnée, demanda qui était celle dame qui
à ce danger en faisant un petit voyage il aimait tant la mu ique. On lui répondit que
Bruxelle . C'était un ùomme d'affaires I En- c"était ~lme de Mailly, la maîtresse du Roi.
Reinette pen a alors que le Roi n'avait pas
fin, M. Poisson accepta les petits inconvénient de son métier. 11 fut Lrès patient, il très bon goùl el la prédiction de la chiromanattendit el intrigua un peu; il revint de cienne lu.i revint à la mémoire. Pourtant,
llruxelle pour retrouver sa fortune, sa place quelques mois plus tard, elle épousa un beau
jeune homme, mai · qui n'était pas lt! Roi;
et sa femme.
~Ime Poisson était très jolie. Elle avait c'étail le propre nereu de M. de Tournehem,
deux. enfants jolis comme elle, qui ne res- il s'appelait M. d'Étioles. M. d'Étioles était
semblaient pas du tout à on mari. Les mau- très amoureux de sa femme et n'était pas
\aÎ es langue prétendaient qu'ils ressem- jaloux, parce que lui ne crorait pas à la carblaient un peu à un ami d&lt;l la famille, qui tomancie.
Reinette parut contente. Elle eut un fils
était un homme beaucoup plu distingué que
~- Poisson et qui , 'appelait M. Le r ormant qni mourut en bas-âge el une petite-fille
de Tournehem. Cel ami de la famille avait qu'elle aima passioooémcnl, comme sa mère
une tendresse particulière pour la petite fille, l'avait aimée. Elle s'entoura d'arti tes et de

Mme Marcelle. Tinayn nit. sit. cont:Lnte. pas
d'ttn un admirable icrivain. Elle a su conqui-rir, e.n outre, une place au premier rang
de. nos plus brillants confire.ncie.rs, C'est ainsi
que, riccmmcnt, sur l'invitation du groupe littéraire I' « Acropole • et de. son distingue: préside.nt, M. Maurice. d'Amhille., die •• parlant
de. Nttdttme de Ponipttdour devant un auditoire
rrès nombre.ux, repris e.t développé le thème
déjà traite: par clic dans son exquise. priface
au premier volume de.s M é MOIRl!S Dl! U, Fl!MME,
que. M.F. Castaniipublicà la Librairie. Jules
Tallandier. De cdte. itincctantc causerie improvisic, il ne resterait rie.n, si notre magaiine n'avait eu recours à la srinographie pour
en garder une transcription aussi corn piète
cr fidr.lc que possible. C 'est donc le ~xte
ainsi obtenu qu'on va lin lei. Auurimcnt, il
ne. saurait prétendre, sous cette forme. à ivoquer pour lu lecteurs et lecrdces d' • Historia " le charme qu'y ajoutait la parolc mtme. de
la gucie.usc conférencière. : il n'en constituera
pas moins, pour eux comme. pour lcs audin:urs,
un rigal du plus délicats.

gens de lettres. Elle avait une certaine situation de fortune, une belle maison à la campagne, et l'on passait chez elle des soirées
charmantes. Elle était un peu llirteuse, mais
on n'a,·ait rien à en dire. Quelquefois, par
manière de plai anterie, elle disait à ses amis:
11 J'aime tant mon mari que je ne le tromperai jamais qu'a,·ec le Roi. » Et M. d'Ktioles
trouvait la plaisanler.ie charmante. Il ne se
doutait pas que les femmes ont quelquefois
des ÎJÇOll' trè · ournoi es d'ètre sincères el
que plus la vérité est candaleuse, moina on
ris11ue à la proclamer.
Bientôt tout le monde sut que la petite
d'Étioles était amoureu e du Roi, mais le Roi
n'en savait rien. li avait déjà enterré plusieurs maîtresses el il allait enterrer bientôt
sa maitresse actuelle, tme de Cbàteauroux.
Cependant, Mme de Châteauroux n'élait
pas encore enterrée. Elle connut avant le Roi
l'existence de la pelit.e Mme d'Étioles, qui
avait une mai on de campacrne prè. de la
forèt de Senarl. Elle avait remarqué eeltc
petite femme fine, gracieuse, loujour babillée
de bleu ou de rose, qui conduisait elle-même
une petite voilure et suivait même la chasse
royale.... Le Roi au.si finit par remarquer
cette petite femme rose. A ce moment-lb.,
Mme de Châteauroux était extrêmement inquiète, et c'est alor qu'elle mourut ubitement, ce qui était forl désagréable pour elle,
mais lui épargna beaucoup de déplaisir.
Le enice funèbre n'était pas terminé
qu'une foule de dames très nobles a piraie11L
à con oler le Roi. Elles ne 'avi aient point
que le Roi portail malheur à se maitresses ....
Elles mouraient toutes! En Italie, on eûl dit
que 1 Majesté avait le mau,·ais œil, mais en
France on di ait simplement que Sa Majesté
avait de très be.aux Jeux el qu'il pouvait être
aimé pour lui-même.
Ètre aimé pour soi-même, c'est un bonheur qui est plutôt rare pour le Rois, it
moin qu"ils ne soient détrôné . Les gen
trè' puis anls, par exemple les banquiers,
le ministres, les directeurs de théàtres, le
directeurs de journaux, enfin tous les potentats de la société parisienne qui, par leur
situation, peu vent rendre service à de jolie
Iemmes ou aux amis des jolie' femmes, sont
très ollicités .... U ont rarement très heureux. Quand u11e charmante personne leur
dit: «Oh I que vou-. m'êtes sympathique!... »
ils ont de la méfiance, à moins qu'ils ne
soienl très bêtes ou très épri , et le souvenir

de leur grande fortune gâte leurs bonnes fortunes. Il en !'St de même pour les Rois.
liais Loui X\', par chance, était de ceux.
qui peuvent inspirer l'amour; il avait été
aimé par Leaucoup de femmes, à commencer
par la reine arie Leczinska . • larîé à
dix-sept ans avec celle Polonai e honoe
et vertueuse, mais san beauté, il a,·ait
la grâce d"un Prince Charmant et la
vertu d'Uippolyte. [I était tellement
ignoranl des femme qu'il trouva la
sienne délicieu. e et qu'il en fut amoureux. Il eut d'abord a\'t'C enthousiasme
une demi-douzaine de filles ; elles nai saient par couples ou toutes eules, à
Lerme ou avant terme, il en naissait
tous les an -. Au bout de cin4 ou six
filles, la Reine commençait à être très
Fatiguée. Elle était !roide comme le pôle
nord, tellement froide qu'elle ne pouvait jamais se réchauffer. Elle avait
dou:se couvertures en hiver el sept en
été. Sur ces couvertures, elle arnit encore une quantité de petits chien très
gentils, mais Lrès remuants. Le Roi fut
un peu déçu, puis Lrè déçu, et enfin
tout à fait déçu. Il commença à regarder les autre femmes; il les regarda
si bien qu'il de"inl amoureux de ~lmede
llailly, puis de la œurcadettedeMmede
Maill}, ensuite de la troisième œur de
Mme de tailly .... Toute la famille de
Mailly y pas&amp;a. Mais, en même temps,
sans entbou.iasme, et par devoir prof€ sionnel, il continuait d'avoir de filles . Il
en urvint ·ncore une demi-douzaine. La
Reine était à moilié morte quand le Dauphin
naquit. Alors elle déclara au Roi qu'elle l'aimerait toujours d'une pure tendre se, mais
le supplia de la laisser repo er seule sous
des couvertures toujours plu épaisseset avec
des petit chiens toujours plus remuants Le
!loi fut libre, l!t il faut convenir que c't' t
encore une excuse pou:r lui. Ce pauvre
Lnui XV a une réputation épouvantable de
débauché et de très mauvai mari, mais on
ne fait pas .is ez attention à l'hi toire des
couvertures et des pelits chiens. C'est pourtant cela qui explique tout.
En i 745, le Roi était moralement libre;
il était, aussi, libre de cœur, car il élaiL veuf
de sa dernière maîtres e. Il est très triste, il
va marier on fils, mais il n'a pas du tout
l'àge ni la ligure d'un grand-père. C'est un
homme de trente-cinq ans, de belle taille, de
très noble mine, qui ressemble, en beau, à
sa mère, la duchesse de Bourgogne. Mais la
Ouches e était vive et gaie, tandis que le Roi
est naturellement méJaocolique, plus distant
que hautain, plus égoïste que méchant, avec
une disposition invincible à la méfiance. Son
enfance solitaire et sans caresses, le spectacle
des intrigue de cour, l'avaient rendu à jamai
dissimulé. 11 n'avait conllance en personne,
pa même en loi. [l élait éternellement ennuyé, et si, en cherchant l'amour, il a trotiîé
la débauche, c'était peut-être pour fuir l'ennui.
Au momenl du mariage du Dauphin eurent
lieu de très grandes fèl~. On donna au

château de \'er aille" un bal dont l'accè · était
presr1ue libre . 11 y ,l\'ait des buffets épouvantablement encombré· ; 500 ou 600 personnes
mangeaient as i ·es par terre, d'autres étaient
dans les escaliers. Un lromaiL là un monde

L.\

BELLE JAROJNIÎ::RE.

1Portr.tit ùe

MAOA-'IE DE P o ,1 PAUOU1t.)

Tatl~.J11 Je

V.-.:, l,oo.

trè mélangé. La plu minre bouraeoisie y coudoyait 1::1 plus haute noblesse. La Reine y fol, le
Dauphin égalcmentaYec sa nouvelle Dauphine.
On attendait le Roi, mais il ne veuait pas. On
savait pourtant qu'il devait paraitre ous un
déguisement ingnlier, costumé en if de Verailles. On vit enfin 110 personnage qui était
habillé en if ; il portail une sorte de vêlement verdàtre avec du feuillage qui affectait
la forme d'une pyramide.... Puis uu autre
dégui étout pareil, el i:ncore un autre. Il y en
avait huit. Et toutes les grande dames ·enues
pour consoler le Roi se demandaient quel
él&lt;'lit l'if qui était le bon. Parmi ces grande
dames, il y en avait une qui se croyait beaucoup plus maline que les autres; c'était la
présidente Portail, une dame qui avait une
très mauvaise réputa.Lion. Elle avait un toupet
extraordinaire, et elle crut loutde suite qu'elJe
avait reconnu le bon i[. Elle fit mille grâces
à cet arb.re, l'arbre. y fut très sensible, el l'on
vil disparaître l'arbre et la Présidente dans
un peLit appartement. [ais la présidente Portail s·aperçut trop tard qu'elle s'était trompée:
elle avatl pris l'écuyer du Roi pour le Roi.
Celui-ci n'J avait ri.:n perdu, mais elle n'y
avait rien gagné.
Cependanl 61me d'Étioles, sous un domino
noir, causait dans un coin a,·ec uni[. Comme
elle avait élé averlie el bien stJlée, elle savait
à qui elle avait affaire. Ce fut une minute
exquise, et, prolitaoL de la liberté de celle
cobue presque démocratique, le R.oi et la
jeune femme 'entendaient fort bien.

.MADAME DE POJKPADOTJJ(

.

Les jours suiî'ants, Mmr. d'Étioles allait à
Versailles en grand mystère, el ce fut entre le
Roi et elle une affection loutesentimentale. Mais
vers lemilieudc 1715, Mmed'Étioles s'installa
à ,er ·ailles et s'y montra avec le Roi el les
amis du Roi. C'était une véritable déclaration. M. d'Élioles eut un très "'rand
chagrin lor qu'il apprit ce qui e pas:,ail. li s'évanouit de douleur. Mai_
comme il était très amoureux, il écrivit à sa femme qu'il était prêt à lui
pardonner, à la condition qu'elle revînt. Mais Mme d'Élioles n'a\•ait pas
envie &lt;l 'ètre pardon née .... Elle fi L prononcer la séparation de uiens par le
Châtelet et reprit sa dot et sa . fille.
M. d'Élioles en fut très affecté, il en
ÛL une grande maladie. Il guérit de sa
maladje et de son amour, puis il resta
longtemps très tri te. Quelques années
plus tard, il se trouvait en ,province
dans un diner, el un brave provincial,
qui n'était pas très au courant des bistoires scandaleuses, demanda quel était
ce monsieur si bien. On lui dit: «C'e t
le mari de madame de Pompadour. - ·
Ah très bien 1» Et, au dessert, le brave
homme s'approcha de M. d'Étioles et
lui dit : « Je suis charmé de faire la
connais ance de monsieur de Pompadour!»
Le Roi lui-même n'a l'ait pas été in. en ible au malheur de M. d'Étioles,
el il avait dit il ~a maîtresse : « Madame, vous avez un mari bien bonnète
homme. ,, Mais c·était loul ce qu'il potiîait
faire pour ce mari.
Mme d'Élioles con en-a pendant quelque
temp une attitude a~sez di crète. Le fioi Jui
savait gré d'êlre une uourgeoi e; il ne retrouvait pas avec elle le ennui qu'il éprouvait
avec les gen de la Cour et qu'il ne leur pardonnait pas. Il se rappelait par expérienet•
personnelle et par l'expérience de son bisaïeul
Louis XIV, quels étaient les inconvénients
des maitres es titrées. li n'avait aucune en,rie d'avoir à sa Cour une nouvelle fonlespan
qui serait a,ide d'argent, de charge C'l d"hon•
neur , el qui traînerait to~te une famille à
pourvoir. Avec la petite d'Etioles i) ne ri quail rien de pareil. Mais Mme rl'Etioles se
mil à pleurer, dit qu'elle ètait dé,honorée,
qu'elle açait fait au Roi un sacrifice épouvantable. Alors, le !loi pen ·a qu'il lui devait
unecompen_ation et4ue, pourlui-mème, il ne
pouvait pas avoir comme maîtresse une personne qui portail le nom de Poisson. Pour
faire passer ce poi son-là, il fallait la sauce
d'un Litre, et on trouva le litre de Marquise
de Pompadour.
En septembre 1745, lme .d'Etioles était
devenue Marquise de Pompadour, mais on dut
déclarer son ûtre officiellement. Ce fut alor
unecomédieextraordinaire. li fallait quelqu'un
qui con enût à présenter la nouvelle Marquise. Toutes les dames de la Reine refusaient de participer à celte affaire, mais la
Prj nces e de Con li fut très adroite. Elle dit
au Roi qu'elle voulait lui faire plaisir, qu'elle

�1f1STO'R}.Jl
ne pouvait rien refuser à Sa Majesté, et à la
Reine, elle déclara qu'elle était contrainte et
forcée. De cette façon, elle ménagea les deux.
La présentation eut lieu. On mena Mme
d'Étioles en grand costume chez le Roi à
qui l'on présenta Madame la marquise de
Pompadour. Le Roi devint cramoisi, il ne dit
rien, il était très embarrassé. Ensuite, on
mena la nouvelle ~farquise chez la Reine.
Les bonnes âmes de la Cour se demandaient
ce quP. la Reine allait dire. Eh bien, la Reine
s'en lira très bien. Elle était un peu philosophe, elle ne demandait à son mari que des
égards gue celui-ci ne lui accordait pas toujours. Elle eut presque pitié de l'embarras
de cette jeune femme et lui adressa quelques
petites phrases très simples qui furent très
désagr•iables aux amies de Mme de Pompadour et qui prouvèrent qu'elle avait gagné
la partie. Mais, après cela, il fallut aller
rbez le Dauphin; ce fut une toute autre
affaire. Le Dauphin était très dévot et c~la
l'ennuyait beaucoup de recevoir la maîtresse
de son père. Alors, obligé de donner l'accolade officielle à cette jeune femme charmante, il l'embr~ssa, posa sa joue contre
celle de Mme de Pompadour ... et lui tira
la langue. Toutes les personnes qui étaient
là s'amusèrent beaucoup. Mme de Pompadour
ne vit rien naturellement. Tout le monde
riait. Lorsque le Roi Je sut, il se mit dans
une colère épouvantable et ob1igea son fils à
faire de eirnuses à ~a maîtres e.
}lme de Pompadour avait trop d'esprit
pour montrer de la rancune; elle se vengea
en dP-Ssinant et gravant le portrait du Dauphin. Le Dauphin fut sensible à celte attention.
Voilà donc la prédiction de la cartomancienne accomplie. fleinelte Poisson est devenue Reinette de France. A cette époque,
elle avail juste vingt-quatre ans. C'élait une
femme plus jolie que belle, mais tellement
jolie qu'elle était presque belle. Elle avait
des cheveux châtains qui se souvenaient
d'avoir été blonds et qui étaient encore assez
blonds pour être un peu dorés sous la poudre.
Elle avait des traits forts délicats, une jolie
peau, une jolie taille, une bouche charmante,
des dents délicieuse . Elle aurait été parfaite
si ses lèvres n'avaient pas été un peu pâles.
Elle était déjà très anémique et elle avait la
mauvaise habitude dt: se mordiller les lèvres
pour les rougir, ce qui les abimaiL un peu.
es yeux n'étaient pas biens, ils n'étaient pas
verts, ils n'étaient pas noirs, ils étaient de la
couleur de ses émotions, c'est-à-dire très
variables. es manières étaient un peu hardie , vives, passionnées; elles devinrent bientôt imposautes, et l'ou peut dire que l'ensemble de sa personne, comme l'a déclaré
très justement un contemporain, semblait
faire la nuance entre le dernier degré de
l'élégance et le premier de la noblesse.
Elle était ambitieuse et avait le droit de
l'être, car elle était exlrèmement intelligente
et perspicace. Cette petite femme, sous la
poudre el les fleurs, cachait un cerveau très
solide et un e.~prit très clairvoyant. L'expérience lui avait appris bien des choses et

.M'A.DAME DE Po.MPA.DOU~ - - , .

l'intuition lui enseigna le reste. Ses petits
pieds délicats et intrépides ne glissèrent pas
sur le terrain nouveau et périlleux de la
Cour, pas plus qu'ils ne glissèrent sur les
fleurs semées par ses amis ou sur la boue
jetée par ses adversaires.
Mme de Pompadour était-elle amoureuse
du floi? Je crois qu'elle l'était. il y avait
beaucoup d'ambition dans son amour, mais
il y avait de l'amour sine.ère dans son ambition. Elle aimait le Roi parce qu'il était fort
aimable et aussi parce qu'elle croyait, en
l'aimant, qu'elle remplissait sa destinée,
qu'elle obéissait vraiment à une loi du destin.
C'est ce qui explique et mème ce qui excuse
un peu sa cruauté pôur li. d'Étioles. Elle
l'avait considéré comme un mari provisoire,
un premier échelon .... EUe l'en avait bien
averti pendant quelques années, puisqu'elle lui
disait à tout propos : « Je ne vous tromperai
qu'avec le Roi. » Elle tenait sa parole.
Mme de l'ompadour comprit très -vite que
le grand triomphe pour une femme amoureuse, ce n'est pas tant de conquérir un
amant très recherché, c'est de le conserver.
Et je vous assure que ce n'était pas commode de con erver Louis XVI Il avait tous
les défauts des hommes et avait aussi les
défauts des Roi , ce qui en faisait beaucoup.
Le Roi avait logé sa favorite dans un appartement qui passait alors pour modeste, et qui
est encore délicieux. Je suppose quP- tout le
monde connaît le château de Versailles. Si
vous avez la chance de séduire l'aimable
M. de Nolhac, - je ne parle pas de soudoyer
les gardiens parce qu'ils sont incorruptibles,
- vous pourrez peut-être monter jusqu'au
quatrième étage, par un tout petit escalier,
el visiter un appartement composé de trois
pièces. Il y a une chambre, un salon avec une
alcove, une seconde chambre où logeait la
chambrière, et des fenêtres qui donnent juste
sur la façade du Palais et dominent toute
l'étendue des jardins. C'est vraiment un plaisir très délicat que de regarder dans ce petit
appartement la glace de la cheminée qui esl
encore intacte et qui a reflété le joli visage
peint par La Tour. On peut reconstituer par
l'imagination toutes les scènes de la vie quotidienne. Il y a encore la place de la toilette
qu'entourait chaque jour 1a foule des courtisans. Vous y verrez l'alcôve intacte .... C'est
là que La ~larquise passa ses premiers jours,
qui Îurl'nl des jours de joie el de triomphe;
mais bienlôL elle s'aperçut que les couronnes
de roses ont beaucoup d'épines.
Sa jolie figure et son caractère énergique
et souple, ses talents el ses grâces la prédestinaient à ce rôle un peu dilficile de maitresse
de Roi. Mais la nature qui était si bienveillante pour elle l'avait trahie en lui refusant
une qualité essentielle, je -veux dire la santé.
Celle blonde un peu pâle avait dans les veines
un sang très pauvre, et même les douze couvertures el les petits chiens de la Reine
n'eussent pas suffi à la réchauffer. Le pauvre
Roi, très amoureux el très sensuel, retrouvait la Russie après la Pologne! li était très
vexé dans son amour-propre de bel homme.

La femme de chambre de Mme de Pompadour, ~fme du Hausse!, qui a laissé des Mémoires qui n'ont pas une grande valeur
littéraire, mais qui ont très intéressants,
raconte avec une parfaite naïveté des choses
qui donnent une idée plutôt mélancolique de
la vie de Mme de Pompadour. n cerlain
jour, Mme du Hausset s'aperçut que la favorite s'était mise à un régime bizarre : elle ne
mangeait plus que du chocolat vanillé et du
céleri. Comme ce régime ne lui réussissait
pas du tout, une de ses amies, la duchesse
de Brancas, lui demanda pourquoi elle avait
adopté un mode de nourrilure aussi peu
hygiénique. La marquise de Pompadour se
mit à pleurer et dit : &lt;&lt; Je suis troublée par
la crainte de perdre le cœur du Roi. Je
l'adore et voudrais lui Mre agréable, mais
hélas! il me trouve froide comme une macreuse ... il se dégoùtera de moi et en prendra
une autre. Je voudrais avoir un peu plus de
chaleur. » Mme de Branras lui répondit :
« Ma chère amie, ce n'est pas votre régime
qui vous empêchera de perdre le Roi. Ce que
vous avez de mieux à faire, c'est de vous
atlacher le Roi par d'autres moyens, c'est de
lui rendre votre société toujours agréable par
votre douceur. L'habitude sera un lien plus
puissant que tous les autres. &gt;l
Le conseil était très bon. Mme de Pompadour en fit son profit et c'est à partir de ce
moment-là qu'elle commença à devenir l'amie
du Roi tout en restant sa maîtresse.
Les péronnelles de la Cour lui reprochaient
beaucoup son origine bourgeoise et son nom
de Poisson. C'est pourtant cette origine bourgeoise qui explique certains traits de caractère qui assurèrenl la longue fortune de Mme
de Pompadour. Une Montespan peul être
altière, impérieuse; elle doit l'être, cela fait
partie de sa race et de sa fonction. Mais elle
fait trop sentir au Prince qu'ellP. déchoit en
s'élevant jusqu'à lui. Elle esl très exigeante,
tandis qu'une femme née dans un rang inférieur, qui s'est lentement élevée, qui a vu
beaucoup de choses et beaucoup de gens, qui
a perdu chemin faisant ses préjugés et ses
scrupules, cette femme, qui n'a pour la soutenir dans le monde ni l'armature d'une
grande fortune ni l'appui d'une famille très
noble, ne doit compter que sur elle-même.
Nulle Marquise authentique n'avait reçu
une éducation aussi complète et aussi parfaite que Mlle Poisson. Avec ses talE:nls de
peintre et de musicienne, son élégance e1q)lise et volontaire, son art de la convPrsation, la Marquise de Pompadour était, au
sens flatteur du mot, une parvenue de génie.
Elle a lous les caractères de la Parisienne
de race qui s'adapte el s'assouplit à toutes
les situations. Ou peut dire que c'est la première fois qu'apparaît dans !'Histoire de
France une femme qui esL vraiment la femme
de Paris. La Marquise de Pompadour peut
être à la fois une politicienne, une artiste,
une amoureuse el en même temps une bonne
mère de famille, et toujours une femme charmante.
La plus grande hahileté de llme de Pom-

padour, ce fut de comprendre et de flatter les
goûts du Roi au lieu de lui imposer les siens,
et d'amuser cet inamusable.
Ce n'était pas une inécure que d'amuser
le floi, et à ce point de vue on peut considérer
l'histoire de Mme de Pompadour comme une
histoire mm·ale.
Le !loi vivait complètement .tvec elle. JI
arrivait le malin dan" son petit appartement
du quatrième étage, il restait à la toilette de
son.amie jusqu'au moment de la messe. Il
revenait après l'office, mangeait un potage ou
une côtelette sans cérémonie, et. restait là
jusqu'à si:x heures du soir. Pendant tout ce
temps il fallait lui raconter des histoires,
faire de la musique, l'empêcher de s'ennuyer,
el c'était comme cela tous les jours.
Le Roi aimait beaucoup les potins. Ce
n'est pas très royal, mais c'est ainsi. Il avait
même l'habitude de se faire emoyer par Je
lieutenant des Postes des petits e1traits des
lettres divertissantes que ses sujets s'écriîaient entre eux, ce qui n'était pas très joli
de sa part. De cette façon, le Roi était au
courant de tout ce qui se passait à Paris ou à
Versailles. La marquise de Pompadour lui
racontait d'une manière spirituelle et charmante tous ces petits cancans de Cour, el
lorsque le Roi avait passé une heure avec
elle, il était comme un Parisien qui aurait lu
pendant une heure le Cri de Paris,
la Vie Parisienne ou autres journaux de ce genre.
Cela était nl!C('ssaire pour égayer
Je Roi parce qu'il avait une humeur
bizarre. 11 avait la manie des conversations macabres. Souvenl il aimait
à parler de la mort et cela durait pendant des heures. On essayait de parler
d'autre cbo3e, mais il n'y avait pas
mQyen, il revenait toujours à sa manie. Il prédisait les maladies des gens
bien portants et d'autres fois la mort
des gens qui étaient malades, et parfois lorsque ces derniers guérissaient, il n'était pas content du tout.
Pendant un voyagé qu'il faisait 11 Crécy, il était en voiture avec Mme de
Pompadour et une autre dame. Oo
passa auprès d'un cimetière. Le Roi fit
arrêter la voiture et fit descendre
on écuyer pour aller ,•oir s'il y avait
des fosses fraîchement creusées. Les
deu1 dames faisaient une figure!
L·écuyer revint et, avee quelque répugnance, dit : &lt;c Sire, il y en a cinq
ou six. n Alors la dame qui était là
dit à son tOllr : « Véritablement,
cela mus fait venir l'eau à Ja bouehe .... &gt;l
Mme de Pompadour, qui était
impressionnée par ces histoires funèbres parce qu'elle était très malade,
avait fort à faire pour éloigner ces
idées pénibles de la mort. Alors, lorsque le
Roi exagérait, elle se mettait au clavecin,
jouail uo air de Rameau ou de Lulli et chantait une ariette ou montrait quelque bibelot.
Cadlme la Marquise de Pompadour était très

collectionneuse ; c'est elle qui la première a
réuni des porcelaines de la Chine et du Japon.
Elle renouvelait le piquant de sa beauté par
des costumes imprévus el bizarres. Elit! s'habillait en _sultane pour recevoir le sultan;
avec une Jaquette ouverte sur la gorge, un
turban, des babouches et un grand pantalon
plissé en soie ouple et en gaze .... C'était la
première jupe-culotte, lancée par Mme de
Pompadour. Elle s'était fait peindre par Van
Loo dans ce costume qui lui seyait à ravir.
Mme de Pompadour fil mieux encore. Elle
osa ce que n'avait osé aucune des maitresses
de Louis XlV. Elle se fit actrice et danseuse.
Elle avait très bien senti que, lorsqu'un homme
commence à se fatiguer d'une femme, son
désir est ravivé par le désir des autres, et
que, plus elle est admirée par les gens qui
sont venus pour œla, plus il est flatté.
Elle avait organisé dans une des "aleries
de Versailles un petit théâtre que l'on° appela
le théâtre des Petits Cabinets; elle avait une
troupe d'amateurs. Mme dè Pompadour avait
même rédigé les statuts de cette troupe. Le
premier article disait que l'on ne r1&lt;cevrait
jamais des gens qui feraient leur noviciat
dans la troupe. On se méfiait des débutants.
li y avait de rrès bons acteurs, des actrices
du Théâtre-Français qui venaient pour donner des conseils aux comédiens improvi és,

LA SULTANE A LA TAPISSERJE.
(Portrait

de

MADAME DE POMPADOUR,

Tab~au de

VAN

vue de face.

Loo.

et parmi les chanteurs se trouvait le îameux
Jélyotte, le ténor à la mode, qui tenait les
premiers rôles.
Ces représentations avaient un énorme
succès. On joua d'abord Tartuffe, œ qui

était une drôle d'idée, ensuite les Trois Cousines de Dancourt, puis un opéra, Érigone,
qui eut un très grand succès. Pour celle circonstance, on invita la Reine, le Dauphin el
les filles du Hoi. La Reine viut et trouva cela
très gentil, parce que depuis très longtemps
son mari ne l'invitait plus jamais à rien.
Alors, elle sut grâce à la favorite d'avoir
peo é qu'elle existait encore à la Cour et elle
applaudit d'une façon fort aimable. Le gens
de la Cour, même CPUI qui étaieut du parti
de la Beine, n'osaient plus rien dire du tnut;
ils étaient absolument muselés. Ce fut le moment du grand triomphe.
Mme de Pompadour devait paraitre en travesti dans le rôle de Colin du Devin de village, de Rousseau. On raconte à ce propos
une histoire très amusante. Jean-Jacques
Rousseau de\'aiL assister à la représentation,
mais naturellement il pensa que c'était une
occasion de faire montre de républicanisme
et de philosophie, el il se dit que, loi qui
prêchait le retour à la nature, il allait montrer aux gens de Versailles ce que c'était
qu'un philosophe. li arriva avec une vieille
perruque, de gros souliers, un vieil habit.
Quand il fut là, comme il était timide, il eut
bien envie de s'en aller .... Il s'en alla et n'assi:-ta pas à la représentation. Mme de Pompadour ne lui en garda pas rancune, parre
qu'on savait que Jean-Jacque était un
original.
Parmi les fidèles de Mme de Pompadour il y avait d'autres g1,ns de lettres: Voltaire, Crébillon et Bernis
furent ses trois amis.
L'abbé de Bernis était un homme
charmant. Le Roi, qui s'en allait à la
guerre, ,·oulait laisser auprès de sa
mailres~e quelqu'un de gai el pa·
dangereux. C'est alors qu'il se dit:
« Je vais y laisser l'abbé. » On dit
à l'abbé qu'ilallaitaccompagnerMme
de Pompadour, et il accepta ce rùlc.
Il }ni adres~ait des madrigaux dans
le goùt du temps et qui sont tellement
du xvm" siècle qu'ils ont l'air de
pastiches. Cela semble avoir été fait
exprès, car on retrouve dans res
pil'Ce de vers de M. de Bernis tous
les clichés de l'époque. Les petits
exercices de M. de Bernis le firent
nommer amba~sadcur à Venise. Ce ne
fut pas un plus mauvais amba.sadeur qu'un autre.
Il avait auprès de Mme de Pompadour un rirnl en madrigaux. c'é1ait
Voltaire. Voltaire avait beaucoup plus
de génie que M. de Bernis, mais,
comme caractère, il était infiniment
moins sûr et moins agréable. li connaissait ~lme de Po~padour depuis
qu'elle était Mme d'Etioles. Il avait
beaucoup fréquenté chez elle et aYait
marqué par de petits madrigaux et de petits
vers toutes les étapes de sa carrière amoureuse. Voltaire n'était pas, comme Jean-Jacques, un sauvage; ce n'était pas lui qui aUait
à la Cour avec de gros souliers el de vieilles

�111ST0'/{1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
perru'lues. Il voulait passer pour un gentilhomme. C'est un petit trarnrs très fréquent
chez les gens de lettres.
Une fois, Mme de Pompadour, qui n'était
pas alors la maitresse déclarée du Roi et
s'appelait encore Mme d'Étioles, lui envoya
quelquPs b,,uteill"..s d"un vin de Tokay qui
venait des cave~ royales. Voltaire lui répondit:
Sincéte cl tendre Pompadour,
Car Je peut vous donner d'avance
Ce nom qui rime avec amour
Rt qui sera hi~11t,il le plu• beau nom de f'ra.n ce,
Ce Tokn y rlt1nt votre Excellence
D11IlS Etioles me régala,
N"a-t-il pas quelque ressemhlauce
Avec le Roi qui le donna?
Il est, co,nm~ lui, sans mélange,
Il unit comme lui la force el la douceur,
Plaît aux yeui. enchante le cœur,
Fail du liien, et jamais ne change ....
Â force de petits vers, Voltaire obtint ce
qu'il n'aurait jaJ!lais obtenu avec ses plus
grands poèmes : le titre d'historiographe du
Roi, une charge de gentilhomme de la Chambre et un fauteuil d'académicien .... Mais Voltaire avait les dent~ longues et il voulut davantage. On lui permettait d'être amical : il
devint familier et même insolent. Il finit par
e brouiller avec le fioi et avec la Iavorite, el
écrivit à son lourdes petits vers méchants et
grossiers contre celle qu'il avait appelée la
« sincère et tendre Pompadour », tout cela
parce qu'il était jaloux du vieux Crébillon.
En effet, la ~rande raison de cette animosité de Voltaire contre Mme de Pompadour,
c'était l'a1Tect1on constante que celle-ci avait
pour le vieux porte. Créuillon n'était pas 11n
poète dramati11ue bien agréable; il faisait des
pièces tout à fait sinistres, on s'y égorgeait
tout le temps, le sang coulait, ce n'était que
fureur, poignards et empoisonnements. Je ne
crois pas que Mme de Pompadour aimait
beaucoup ses pièces, mais elle aimait beaucoup en Crébillon un vieil ami el un brave
homme. Voltaire,' qui était très supérieur
à Crébillon, n'a jamais pu lui pardonner cela. H ne se contentait pas d'être admiré, il voulait que l'on n'admirât pas Crébillon. Pourtant, lorsque Mme de Pompadour
mourut, il lui rendit justice et écrivit à un
de ses amis qu'il gardait à Ume de Pompadour un souvenir reconnaissant, qu'elle lui
avait rendu bien des petits services et qu'il
lui pardonnait tout juste d'avoir marqué une
sympathie exagérée pour Crébillon.
Vers 1752, il y eut un grand changement
dans la vie de Mme de Pompadour. Elle quitta
l'appartement du quatrième étage pour s'installer dans un appartement beaucoup plus
vaste el plus beau, au rez-de-chaussée du
Palais.
.l celle époque, Mme de Pompadour était
déjà très malade; sa beauté s'était fortement
altérée. Elle était aussi beaucoup moins gaie
et avait beaucoup moins d'illusions qu'au début cle sa liaison avec le Roi. Elle avait perdu
sa fille Alexandrine, qui était une très jolie
enfant, qu'elle aimait passionnément, pour
laquelle elle avait de grandes ambitions,
qu'elle voulait marier à un D11c ou à nn

Prince. a mort lui iut très douloureu e.
Elle avait été aussi extrêmement blessée
par les manœuvres de certains coll1'Ûsans,
par les méchancetés de ~laurepas qui avait
fait courir dans Paris des lihelles, de petites
chansons infâmes que la décence m'empêche
de vous citer et que l'on appelait les Poissonnade.~. Ses angoisses pendant la maladie
du Roi, la crainte cons~te d'être renvoyée
et remplacée, les trahisons d'amitié, la haine
du peuple qui voyait en elle le mauvais
génie du royaume, avaient détraqué ses nerfs
toujours tendus et vibrants.
En tout Lemps, elle avait combatlu pour
écarter des rivales. Richelieu, qui la délestait, avait mis en avant Mme de Coislin.
C'était une femme extrêmement hardie. Un
soir Mme de Pompadour rentra dans sa chambre en pleurant et dit à Mme du Hausset:
,, Vraiment, il n'y a rien de si insolent que
cette Madame de Coislin. J'étais à la table
de jeux, elle m'a regardée d'un air triomphant, en disant : « Eh bien, madame, j'ai
brelan de Rois. »- « Et le Roi, dit l[me du
Hauss1-l, Ju i a-t-il fait ses belles mines? fl
Madame de Pompadour répondit : &lt;&lt; Ob I vous
ne connaissez pas le fioi. Quand il devrait la
meure ce soir même dans mon appartement,
il lui montrerait de la froideur en public et
il me rerait des amitiés. Ce n ·e~t pas qu'il
soit faux naturellement, c'est son éducation
qui le rend ainsi. o
Pour parer le coup, Mme de Pomp:11.lour
eut une iMe bien féminine. Elle s'adressa à
Jannel, l'intendant des Postes, celui qui donnait au Roi des extraits des correspondances.
Jannel, qui désirait lui être agréable, glissa
dans le papiers que l'on remettait au Roi
une lettre probablement fabriquée, et allribuée à un vieux conseiller du Parlement. Ce
vieux magistral écrivait à un ami également
imaginaire, auquel il disait : &lt;&lt; li est juste
que le Roi ait une amie, une confidente, mais
qu'il garde donc(lt!lre qu'il a. Elle est bien,
elle ne fait de ntal î1 personne, et enfin sa
fortune est faite, elle ne demande rien. Celle
dont on parle aura toute la superbe de quelqu'un qui est de grande naissance, elle sera
exigeante, il faudra lui donner un million par
an et faire une situation à tous ses parents. i&gt;
Cette lettre du vieux conseiller au Parlement produisiL son effet. Le Roi, qui était
lrès avare, s'imagina que l'on en voulait à sa
cassette, el la liaison avec Mme de Coislin îut
arrêtée du coup.
La jeune com1.esse de Choiseul, plus habile, n'accorda presque rien au Roi et demanda tout. Mais ses propres amis la trahirent, et Mme de Pompadour, avertie à Lemps,
manœuvra pour évincer la rivale.
Mme de Pompadour, après quelques années
de œtte vie, était excédée, épuisée. Elle sentait que le Roi se détachait d'elle. Elle était
si malade, si fatiguée, que sa beauté avait
pâli avant l'âge. Elle fit alors une chose très
r~re : elle sacrifia l'amant pour garder l'ami,
el ce fut l'époque où, dans les magnifiques
jardins de son beau château de Bellevue, on
vit la statue de l'Anaitié remplacer la statue

de l'Amour . .Mais l'amitié de Mme de Pompadour n'était pas une déesse chaste et grave.
C'était une amitié .aux jambes nues, aux seins
nus, drapée de voiles aimables et qui ne cachaient guère que l'essentiel. C'était une
nymphe qui arait beaucoup fréquenté Vénus,
une amitié de tyle pompadour que Mme de
Maintenon n'eût pas voulu pour patronne.
Pourlant, ces deux marquises queje ne prétends pas comparer, eurent toutes les deux
ce même rôle de consoler par l'amitié les
ennuis d'un prince vieillissant. Chacune eut
un procédé particulier, une manière spéciale.
Mme de Maintenon a fondé Saint-Cyr pour
que le Roi se divertit innocemment à voir de
petites filles très sages jouant la comédie.
Mme de Pompadour, au contraire, a présidé, de loin, à l'organisation du Parc-auxCerfs où Lo11is XV fréquenta, de près, des
petites filles pas sages du tout.
La légende du Parc-aux-Cerîs a défrayé les
pamphlétaires. L'imagination populaire se
représente un château mystérieux, entouré
de grands arbres et clos de grands murs, un
château « lugubre c-0mme un abattoir P, ou
des portes capitonnées étouffent les cris des
victimes. Louis XV, transformé en ogre des
contes ou en Barbe-Dieue, y dévorait toutes
vives des enfants de sept à huit ans. Ce n·e~L
pas cela du tout. Le uai Parc-aux-Cerfs est
beaucoup moins romantique et la débauche
royale beaucoup plus modérée, et, si l'on ose
dire, plus bourgeoise.
Le Parc-aux-Cerfs existe encore. C'est une
modeste maison qui porte le n° 4 de la rue
Saint-~lédéric, à Versailles. Celle maison a
été remaniée, mai l'appariement est intact.
TI se compose de trois petites pièces basses el
de dimensions très modestes. 11 y a une petite
chambre, -un ~alon aYee une alcôve, et uu cabinet de toilette avec une espèce de petite
porte pratiquée dans le mur pour péaélrer
dans la place lorsque l'on voulait y veuir sans
être vu des domestiques. C'est là que le
Roi Louis XV logeait une ou deux, tout au
plus, de ses humbles favorites. Ces jeunes
filles venaient généralement de l'atelier de
Boucher. Le peintre Bo11cher, qui était ua
grand coureur de femmes et qui s'y connaissait, faisait venir de très jolis petits modèles,
et, comme il n'était pas très scrupuleux,il en
envoyait quelques-unes au Roi. C'étaient de
petites bourgeoises parisienaes , de petils
troLLins, des ouvrières en mode. On y rencontrait "llille Morphi, Mlle Robert, MHe Hénault,
el une jeune fille de meilleure origine qui
était extrêmement belle et s'appelait Mlle de
Romans. Celle-là ne fil que passer au Parcaux-Cerfs. Elle était très fière et voulut avoir
une maison pour elle.
Ume de Pompadour ne craignait pas beaucoup ces jeunes filles sans éducation et sans
influence, qui n'avaient sur elle que l'avantage de la jeune se, el sa froideur naturelle
lui épargnait la tristesse des jalousies rétrospectives. Elle n'alla presque jamais au Parcaux.-Cerfs, - je crois même qu'elle n'y alla
pas, - mais elle s'en occupa beaucoup, el,
de temps en Lemps, dans les circonstance

.MADAJJŒ D'E POMPADOU'l( - - ,

difficileS, on avait recours à elle. Elle y en- sans la permission du Roi, tellement elle
voirs, parce que l'étiquette ne permettait
voyait Mme du Hausset.
avait l'habitude de faire tout ce qu'il voulait. pas qu'un mort restât dans le Château de
Les Bourbons
étaient des 0uens prolifiques ,
•
R~i, qui n'avait plus rien à perdre, lui Versailles.
et lorsqu une de ces demoiselles du Parc-aux- d~t q~ elle_ pouvait. recevoir un prêtre et qu'il
Le lendemain, le cortège funèbre traversa
C~rfs rro~et~ait au Roi une nouvelle pater- a1ma1t mieux quelle mourût décemment.
la
place devant la grille du Château, sous une
mté, 11 faisait les choses médiopluie battante. Une des fenêtres
C!"ement. Il donnait à la mère une
s'ouvrit.
Le floi s'avança sur le
petite dol, _à l'enfant une petite
balconnet,
seul avec son nlet de
rente, et prus on rherchait quelque
chambre.
n
resta nu-tète sous la
tambour-major ou quelque beau
pluie,
regardant
la voiture aussi
sous-officier qui p.renait Ja mère
longtemps
qu'il
put
la voir, et des
l'enfant et la dot sans demande;
larmes
coulèrent
sur
ses joues.
des eiplications qu'on ne lui auPuis il rentra en disant: « Voilà
rait pas données.
les seuls honneurs que j'aie p11 lui
Les petites demoiselles du Parcrendre. &gt;&gt; Il était certainement
aux-Cerfs ne devaient pas savmr
au
si aflligé qu'il pouvait l'être,
qu~I était l'homme mystérieux
'
mais
la du Barry était là ....
qui leur rendait visite. On leur
Voltaire, qui s'était brouillé
di~ait que c'était un seigneur polodepuis longtemps avec la Marnais, parent de la reine, et que,
quise, lui rendit cependant justice
comme celle-ci était très dévote
lorsqu'elle
fut morte.
il était obligé de se cacher pou;
La postérité a été très sévère
ne pas scandaliser sa vénérablr
pour lfme de Pompadour, car elle
parente. Ce n'était pas très bien
a
drs accès de pudibonderie extrade la part de Louis XV de mettre
ordinaires.
Peut-êtremetrouverezsa femme dans cette hii-toire.
vous trop indulgente. Vous vouLes petites trouraient ce Polodriez sans doute que je vous dise
nais si Leau, si distingué et si
que je trouve la marr1uise abomiai~able, que quelques-unes, plus
nable.
Eh bien, non, elle ne me
curieuses que les autres, fouillèsemble
pas si abominable que
rent ses poche et comprireat que
cela. Bien entendu, il ne serait pas
leur ~i n'.était _peul-être pas
à souhaiter que toutes les femmes
Polonais, mais qu il touchait de
suivent
son exemple, mais il faut
près à la Reine. Ces petites curieureconnaître
qu'elle aurait peutses fm·enl punies comme Psyché.
être pu faire beaucoup plus de mal
Le Roi les éloigna et les maria
qu'elle n'en a fait, et qu'elle a
bien vite.
eu
sur le Roi une in0uence déliA.u moment de l'attentat de
cate,
qu'elle a plutôt retardé le
Damiens, une des petites jeunes
moment
où il est tombé dans la
filles, qui avait aussi reconnu le
Lr, P ,IRC-AUX·CERFS: L ' ESCALIER nu Ror.
.débauche. Elle Jui a donné une
flo! dans le visiteur mystérieux,
certaine curiosité intellectuelle, et,
(On \'Oit encore au mur les annMllx de la main coulante. )
se Jeta en sanglotant à ses n-enou1
même au point de vue politique
lorsqu'elle le revit après l'aUentat
elle
a joué un rôle dont je ne vous
en lui disant
: &lt;&lt; Mon cher S;i11neur
J ,11
•
0
,
Les derniers jours ile sa vie, elle fit venir parlerai pas, car cela n'entre pas dans le cadre
cru mourrr en pensant que vous étiez assas- un notaire, lui remit son te tameol, donna
de cette conférence.
sin~. Je vous en prie, ne mourez pas! i&gt; Le quelque chose à ses garde-malades, s'habilla,
Diderot disait: (( Que reslera-l-il d'elle?
R~1 ne fut ~as attendri; il prit la cho ·e sc fil mettre _un peu de rouge et reçu t le curé
Le
traité de Versailles qui durera ce qu'il
Ire. ma_I et I on envoya cette petite dans de la Madeleme, car elle avait une maison
pou~ra,
l'A~ou1: de Bouchardon qne l'on
une maison dr fous en di aut qu'elle rêvait Faubourg Saint-Honoré, ce qui fait que la
a~1rera à Jamais, quelques pierres gravées
tout haut.
Madeleine était sa paroisse. Ils causèrent, et
Tant d'efforts, tant de patience habile el lorsque le curé voulut se retirer, elle lui dit, qu.1 étonneront les antiquaires à venir un
tant de sacrifices assurèrent la Eituation de avec un sourire faible et gentil, 110 mot qui bon petit tableau de Van Loo que l'on r;garMme de Pompadour jusqu'à la fin de sa vie. est vraiment admirable : c1 Mon.sieur le Curé, dera quelquefois, et une pincée de cendres .... &gt;&gt;
Il est resté bien autre chose: l'École miliElle mourut satisfaite dans ses ambitions
cacore un moment, nous nous en irons taire dont elle s'occupa, la manufacture de
mais je crois qu'elle n'avait pas été heureus/ ensemble .... »
S~vres _qui est son œmTe, tout un style d'art
Ver les derniers temps, elle montra une
Elle s'en alla bientôt, Loule seule dans le decora~1~, et, enfi_n, une charmante image de
étrange résignation, un stoïcisme bien inat- terrible inconnu de la morl.
· '
la Par1S1enne qm est, dans la galerie des fitendu chez une créature faible et "TaLa duchesse de Pra lin, qui était à une gures historiques, comme une statuette de
cieuse qui atteignait à peine la maturité. des fenêlres de Versailles, vit deux. hommes
Elle semblait lasse de lout et d'elle-même. portant une civière sur laquelle se trouvait Sèvr13s parmi les marbres et les bronzes .
Selon l'expression d'un contemporain,
Quand elle se sentit perdue, elle fit deman- un corps recouvert d'un drap dessinant toutes
Mme
de Pompadour a encore des ennemis :
d_er au Roi quelle conduite elle devait tenir : lrs courbes et tous les reliefs du cadane.
elle
.a
aussi des admirateurs fanatiques. Elle
s1 elle devait recevoir un prêtre ou n'en pas C'étai_t ~me de :ompadour que . l'on rapdes amoureux. Quoi qu'on en pense
recevoir. Elle n'osait se sauver ou se damner portait a son hotel de la rue des Réser- a meme
sa 0 ràce est la plus forte.
'

½i

1

\', -

HlsToRIA, -

Fasc. 34.

..,, 65 .....

�LES T"R..01S T01S0J\JS D'0Jt,

[NSTITUTION DE L ' ORORE DE U

TOISON
' o'OR PAR

PnILTPPF.

LE BoN, DUC DE Bol'llGOGNE. -

Gravure de A.-J. D UCLOS, d'atrès J.• ,M ;\!OREAU LE JEUNE.

FRÉDÉRIC MASSO
dt l'.Jfcddimie française

Les Trois Toisons· d'Or
Napoléon a voulu, devant l'hi Loire, n'avoir tes les ambitions diverses, le véhicule de tous maison qui en avait fté le plus longtemps
pas fondé d'autre ordre que la Légion d'hon- les lustres, la récompense et l'aiguillon de revêtue.
neur. Regardant, de Sainte-Hélène, el pesa~l tous les efforts généreux .... I&gt;
L'ordre de la Toison d'Or était dans cc cas.
ses institutions, il a compris que celle-là, reCela esl torl Lien dit, mais pourquoi « l'u- Institué par Philippe le IJon, duc d~ Bourgopuhlicaine par son origine, démocra~q ue_par ni1ue décoration de la Légion d'b?nneu_r? » gne, de Lolhier, de Brabant et de L1m?ou~g,
sa diffusion respectable par sa duree, s im- Que faisait-il de J"ordre des Trois Toisons le tO janvier U29, jour de la solenm at10~
posait à se~ successeurs, tandis que d'a~- d"Or et de l'ordre de la Réunion?
de son mariage avec Isabel de Portugal, 1I
tres, n'ayant point eu le t~~ps de d~cmr
avait
été à l'origine &lt;I un ordre et fralernilé
c::fc&gt;
nationales et ne répondant m a un hesorn sode chevalerie ou aimable compagnie de checial ni à une tradilion française, étaient desL'ordre des Trois Toisons d'Or est né à valiers », créé, disait le duc Philippe, « à la
tinées à disparaître. Passant donc l'éponge Schœnhruon le 15 août 1~09 .. C~ n'_est gloire du Tout-Puissant, notre créateur et
sur elles il les abolit de son soUYenir, comme point - loin de_ là_ - l'~~q~e msl!tut10_n rédempteur, en ré\'érence de sa gl~rieuse
il eût vo~lu sans doute les effacer du l,loni- napoléonienne qm ait été 1m1tee de 1Autri- Yierge mère et à l'honneur de monseigneur
te111·. Souvent, dans ses mémoires et dans le che. Napoléon, ayant réuni sous sou sceptre saint Andrieu, glorieux apôtre et ~artyr, à
Jlém01·ial, il revient sur la Légion d'honneur, l'empire enlier de Charlemagne « son au- l'exaltation de la foi el de la sainte Eglise el
par exemple « disant que la ~iv~r~ité d~s guste prédécesseur », ayant rétabli à son pr?- exci talion de vertus et bonnes mœurs D.
ordres de chevalerie et leur spéc1alite de re- .fit le Saint-Empue Romain dont le souveram
Le chef et souverain de l'Ordre devait êlre
compense consacraient les castes, tandis que de l'Autriche avait délaissé la couronne, s'esl à toujours le duc de Bourgogne, non point
l'unique décora~o,n de la Légio? d'.honneu~, · plu dès lors à use~ de tonie~ les pré~o~alives en cette qualité pui$qu'1l y était vassal du
avec l'universalile de on applicallon, était qui étaient allacbees ou qw furent JOIDles à roi de France, mais en Ja qualité de duc de
au contraire le type de l'égalité.... C'élait le la dianité impériale, soit qu'elles ~n fussent Lothier, Brabant et Limbourg qu'il avait par
centre commun, le moteur universel de tou- inséparables, soit qu'elles appartinssent à la la grâce de Dieu; el l'ordre devait être corn-

posé de trente chevaliers, géntilshommes de trairés d'Utrecht et de Ilastadt, an trône d'Esnom et d'armes el sans reproches, lesquels pagne, mais reçut, entre autres possessions, une armée impériale, dite Grande Armée, et
enfin « les descendants directs des marése distingueraient par un collier d'or fait à la
les Pa1s-Bas, et il continua, en cette quadevise du fondateur, et c'est ~ savoir par piè- lité, à se dire chef de l'Ordre et à en distri- chaux d'Empire ayant commandé les corps
ces à façon de fusils touchants à pierres dont buer les insignes, en mème temps que Phi- de la Grande Armée dans les dernières campartent étincelles ardentes et au bout d'icelui lippe V, reconnu roi d'Espagne, et ses suc- pagnes, lorsqu'ils auront atteint leur majocollier pendant la semblance d'une Toison cesseurs, conféraient de leur côté et se rité et qu'ils se seront distingués dans la card'Or 11.
rière qu'ils auront embrassée 1&gt;.
disaient aussi les chefs et souverains maitres
Les aigles des régiments qui ont pris part
A la mort, advenue le 5 janvier B7G, à la de la Toison d'Or.
aux batailles de la Grande Armée seront débataille de Nancy, de Charles le Téméraire,
corées de l'ordre des Trois Toisons, el, dans
.fils de Philippe le llon et deuxième chef de
dp
chacun de ces régiments, un officier sera
l'Ordre, la Toison d'Or eût été en péril toujours c~mmandeur, avec pension de
car Charles ne laissait qu'une fille non maSi la grande maîtrise de la Toison d'Or a 1000 francs, un sous-officier ou soldat, cheriée, Marie de Bourgogne, - si, dès le Chaété ins.éparable de la souveraineté des Paysvalier, avec pension de 1000 francs. ·ces
pitre tenu le 27 novembre 14'51, le cas n'eût
Bas, elle n'appartient plus, en 1809, à l'em- commandeurs el ces chevaliers seront nomété prévu et si 11u article XLV des statuts
pereur d'Autriche, qui a renoncé à celle-ci à
més par l'Empereur, sur une présentation
n'eût stipulé, le trépas advenant du souveLéoben, à Campo-Formio et à Lunéville; elle secrète faite concurremment par le colonel
rain, ne laissant qu'une fille héritière non
appartient à l'empereur des Français : et, et par tous les chefs de bataillon. Ils devront
mariée, l'élection d'un des frères de l'Ordre
cL1ns celle même année 1809, Napoléon a continuer à servir durant toute leur vie et
pour en conduire les faits &lt;c jusque ladite
conquis Madrid, chef-lieu de la Toison d'Or mourir sous les drapeaux. En oulre, )'Ordre
fille héritière soit mariée à chevalier en âge
espagnole, et Vienne, chef-lieu de la 'l'oison pourra être décerné à des militaires qui aud'entreprendre et conduire la charge et les
d'Or aulrichienne. Par la possession simulta- ront été I.Jlessés trois fois dans trois actions
faits du souverain de !'Ordre et qu'il en ait
née des trois capitales, Bruxelles, Madrid et dill'érentes ou qui se seront distingués par
fait le serment ».
Vienne, la confusion des droits et des pou- une action d'éclat extraordinaire constatée.
Marie de Bourgogne épousa, le 20 aotît
voirs s'est faite en sa personne, el c'est ce Les nominations seront solennellement pro1477, Maximilien, archiduc d'Autriche, fils
qu'il a prélendu commémorer en instituant, clamées le 15 aot'H, jour de la fête de l'Em~
de l'empereur Frédéric IV, et lu.i porta, avec
'le J('j août, l'ordre des Trois Toisons.
pereur'et de la fête de l'Ordre.
les Pays-Bas el les parties de son héritage
Composé de cent grands che,aliers, de
Bien moins qu'à l'ordre de la Toison d'Or,
qui ne relevaient point du roi de France, la
qualre cents commandeurs et de mille cheva- ces statuts étaient empruntés à l'ordre autrigrande maitrise de l'Ordre. Maximilien, élu
liers, !'Ordre ne pourra êlr_e conféré qu'à chien de Uarie-Tbérèse, institué le i 8 déroi des Ilomains en U86 et porté à l'empire
des catégories strictement déterminées : se- cembre J757 polll' commémorer la victoire
en 1495, après la mort de son père, mourut,
.rout grands che,·aliers, les princes du sang de Kollin, remportée le 18 juin précédent.
comme on sait, en 15:19, treize ans après son
impérial après une campagne de guerre, les Les analogies sont flagrantes pour les présenfils ainé Philippe le Beau, lequel, de son maministres à portefeuille après dix ans d'exer- tations, les chapitres, les fêtes, etc., mais
riage avec Jeanne d'Aragon et de Castille, hécice, les ministres d'État après vingt ans, les l'ordre autrichien étail réservé aux officiers,
ritière des Espagnes, avait laissé entre autres
enfants Charles et Ferdinand.
Charles, roi de Naples, de Sicile et de toutes les Espagnes en 1M 8, à la mort de son
grand-père maternel; Ferdinand le Catholique, souverain des Pays-Bas, des possessions de la Maison de Bourgogne et de celles
de la Mai on d'Autriche, et empereur élu du
Saint-Empire-Romain-Germanique, en f5f9,
à la mort de son grand-père paternel Maximilien, conserva, jusqu'à sa double ahdication en 1556, le gouvernement de J'Ordre;
mais, alors, il ne transféra point celte dignité
à son frère Ferdinand, auquel il avait cédé la
couronne impériale et les possessions de la
Maison d'Autriche, il la transmit à son fils
Philippe, en faveur duquel il avait abdiqué
les couronnes d'Espagne et la someraine1é
des possessions bourguignonnes,
Durant un siècle et demi, la Toison d'Or
fut espagnole, le Roi catholique conférant
l'Ordre de son propre mouvement et sans recourir au chapitre; mais, à la mort de Charles Il,. en 1700, elàl'e-xtinction delabrancbe
espagnole de la Maison d'Autriche, Charles,
deuxième füs del' emperelll' Léopold Jer, ayant
été déclaré roi d'Espagne par son père, vint
disputer la couronne à Philippe, duc d'AnNAPOLÉON DISTRIBUE LES CROIX OE LA LÉGI0:-1 o·noNNEUR (15 JUILLET 18o-1).
jou, pelil-61s de Louis XIV, institué roi par
TaNeau de ÜEBRET. (Musee ae Versailks.)
les testaments du dernier roi d'Espagne. Il se
proclama alors chef et grand-maître de !'Ordre. OeYenu empereur en 17 t I, par la mort mardchaux et généraux ayant commandé en
de son fr(}re Léopold 1er, sous le nom de che.f dans une bataille rangée ou dans un l'ordre français s'étend aux soldats. Par d'auCharles, VIe du- nom, il renonça, par les siège, ou apnt commandé un des corps dans tres côtés, l'Empo.reur innove : la décoration
des aigle rappelle les couronnes d'or olferles

�. - - 1flSTO'J{1.JI
suspendu au ruban ponceau li l1ré d'or porté
aux régiments par la ville de Paris, aprè la con tituée à i.500.000 francs; le demandes en sautoir. Le.! chel'alier non militaires n'aucampa!!'De de l'an XI\' - l'idre en sera re- et les proposition- affluaient; en orlobre. ront ni cuira e, ni casque; celui-ci era
pri e par le second Empire qui décora de la l'Empereur donna aux candidat une première remplacé par un chapeau de co tume. Le
. ati~Faction en nommant le ch:1.ncdier et le
Légion d'honneur les ai 0 les des ré;,imenl
ermenl, dont on étudie des textes di,·cr',
ayant pris un drapeau à l'ennemi; la perpé- grand tré ·orier de l'Ordre : le ;:rénéral comte sera prèté genou en terre; l'Emper ·ur don\ndréo~.
i
el
le
comte
chimmelpennm:;.
Antuation dan ce mèmcs r 1!!imcnts d'une nonera l'accolade au récipiendaire.
lile.~i&lt;' militaire parait romaine; ·cul, \'t1trange dréos~i avait remlu parton l de. st!rvice~ essen11 ·embleraitqu'onavance; mais au deuxième
prirililge accordé aux Je:,cend:inL de. maré- tiel , mai surtout il avait été "om·erneur dl· conseil, le 14 août i 11, encore des diffichaux d'Empire est an· précédent hi to- Vienne en t 09. , chimmelpenning avait été cultés : on change une foi~ de plu. la Iorme
grand-peojonnaire de llollandc avan&amp; que
rique.
de l'in irrne; on cherche vainement une deLoui allât l' régner.
Ensuite, nouvel arrêt. C'e t la grosses e de vise; les proposition des régiments, dont on
l'impératrice. En aoùt i8t 1, quand le roi de ouvre le plis cacheté , ne ont pas en forme;
néanmoio , on règle les comptes, oil pré,oit
L:icépède, grand cbanc.etier de la Légion, Rome est né cl bapti é an que on grand- un bibliolhl:Caire archivi te et hi toriographe
père
l'empereur
d'Autriche
oil
venu
à
Pari·,
fut chargé de remplir le fonctions de chanqui écrira l'histoire de l'Ordre et de anciens
celier ju~qu'à ce que !'Empereur eût organLé repri~e : le â, convocation d'un grand con.cil ordr · de la Toi. on; on organise le bureaux
l'ordre des Trois Toison ; mais, avec une qui doit régler le présentations, discuter le de l'adminL tration qui ne coûteront pas moins
indépendance qui ne sauraiL étonner, Lacé- budget, in Lituer un cérémonial, régler les de -11. iOO franc ·, el on cherche un hôtel
pède, au nom de la Légion, protesta contre io·ignes et les costumes. • Mon intention, dit pour le grand chancelier.
l'in titution nouvelle : il dit les inquiétude !'Empereur, est de tenir, le 1;i août, une
des Légionnaires, qui r 'gardaient la Légion grande a semblée d' chevalier..... tl faudrait
comme di !!raclée, comme n'étant plus d 1~or- discuter, ajoute-t-il à la fin de sa lettre, 'il
mais qu'un ordre secondaire, destiné sans ne serait pa comcnable d'adopter pour habit
Et puis plus ri •o. Andréossi est nommé
doute à disparaitre. L'Empereur persista; en l'uniforme dr. cuira. sier et le casque, mai
ambassadeur
en Turquie et rejoint ·on poste;
février l 10, pour mettre l'ordre en acfüilt':, orné el enjolivé. 11 me semble qu'il n'y a rien les prt\paratir de la campa •ne de Ru~ ie
il indiqua un conseil; cl d'abord il ,·oulut de plus militaire. ,,
Le con. eil s'assemble et constate d'abord absorbent l'Emper&lt;•ur; peut-être le. inquiéstatuer sur l'insigne. Le bijoutier les plus
qu'en
douze jours on oc met point un ordre tude exprimées par Laet1pède ont-elle trouvé
adroits de Pari en présentaient plusieurs,
de l'écho; peut-être les dépen es urgentes de
également laids. l)Emperenr les rejeta el sur pied, mais il dresse les listes des grands la rruerre absorbent-elle l s reîenus de
ordonna à Lejeune, aide de camp du Prinœ chevalier , il règle les comptes, il change l'Ordre j mieux, l'Empett:'ur ne remet-il pas
vice-connétaLle, d'en d~ iner un modèle ,elon encore l'in igoe el s'arrête à une décoration pour le con ·tiloer d'une manière digne de
ses idées : et Ce . era, dit-il, mon aigle aux émaillt'.-e : aigle d'or, pierre à feu bleue, por- lui, aprè la victoire défioifüe, quand l'emaile· éployées, tenant su. pendue dan chacune tant d'un côté l'effigie de !'Empereur en or, pereur des Français sera devenu l'empereur
de . es ,erre' une des toison d'or antique de l'autre la lettre , foudre couleur de feu, de Européen ? On n'entend plus parler de
qu'elle a enle,·ées, el el! montrera fièrement toison en or; celle décoration era. uspendue l'ordre des Troi Toi ·ons : mais, contraireen l'air, dans son bec, la Toison d'Or que à un ruban ponceau li éré en or pour les ment à ce &lt;1u'on dit d'ordinaire, le projet,
j'institue. Le collier era formé d'éclats de commandeur· el Jp cbe,•alicr ·. Quant aux comme on voit, n'a pa été abandonné immégrand chevaliers, ils auront pour costume :
grenades enflammées. 1&gt;
diatement aprè le mariage; il a r ru une
Lejeune qui, graphii1uemeot, ne pou,·ait « l'habit à la française coupé droit, cou! ur forme el un commimcemenl d'cx{-culion; il a
réali. er ce projet de décoration, 'arrêta à cbaruoi , brodé en or, culotte pareille, bol• élt'• ré"ulièrement uivi durant deux annéetines forme ancienne, de maroquin rouae,
une aigle couronnée, empiétant de foudre
au moin , et, ju qu'au 27 .. cptembrc J 15,
el enlevant lrois dépouille de mouton. Cela éperons d'or, épée en dague portée droite, il a conservé une CI.istence régulière, officuira
e
entière
en
or,
entour~
d'acier
bleu
n'était point beau : l'Empereur demanda un
cielle el lt\,"\1e qu'atteste l'Almaoarh impéchaor1emenl, poi un autre, el cela mena au à ornements de laurier et d'olivier; la garni- rial. lai alors il a été réuni à la Union
10 juin 1 1O. Entre temps, il s'était marié, ture de cuira. se en velours ponceau à ,li .ér~ d'honneur par un décret qui ne fut ni ùnd'or, ca,qoe d'une forme simple à fond or.
il était amoureux de a femme; dan l
ur la cuira ce, le collier compo é de médail- primè ni publié. Lé! fonction · de grand chanpalai , ur le· monuml'nts, il {ai ait gratter
lons
alterné'· pierre à fusil el briquet, el celier et de rand trésorier ont été réunies à
les in cription , décrocher le. tableaux, enlecelles de grand chancelier de la Légion. euver le· porcelaine.! qui atte taient ou repré- trophée militaires réuni par des couronne
lemeot le comte ~chimmelpennin . a eu tn
sentaient l défaite de -on cher beau-père; de lauriers etdecb':ne encadrant la lettre:. • é han"'e, le 25 octobre, le grand aiO'le de la
Le
collier
ne
era
porté
que
le
jour
de
la
fête
le moment était mal choisi pour parler toi ons.
L'•gion et un, forte pension.
Cependant la dotation de l'Ordre aYait été de l'Ordre; 1 autre. jours l'in.igoe • era
Fainf:R1

;\L\,

~o~,

dt l'Acadbnie française,

... 68 ...

CIIATEAU I.IE

Sc1::.&amp;u\ : ,·ui:; PRlsE DE LA PRE.IIIÈRE GlllLLE. -

Gr.iyurt Jt

J.

RICAUD,

RVÈDE BARI E
et&gt;

La duchesse du Maine
li

,\ juger sur les apparences, le r~gn" de
Loui .XIV a été l'apolhéo e de la nol,les e
f'rauçai.5e. On est trompé par l'éclat et le fa te
de la cour, par le brillant fait d'arm de
geotilshomme. , par leurs qûerelle. bruyantes
à propo de ces détail. d'étiquette qui n'ont
de prix que daru les soci~lés ari tocratiques ;
par la pluie de gr:ices el de bienfaits, de cadeaux d'argent, de pension et de bénéfices
que le Uoi lais ail tomber sur ses courli ans·
enfin par l'air majestueU\ que le co turne e~
la hdle tenue du temps donnent ao moindn•
vicomte, dans les portraits et le tableaux. Lor qu'on se repré~ente les aloos doré du palais
de Ver ·ailles
remplis
de ces ma!!Di.fiqu
ei,
.
0
ŒIJeurs a grande perruque, vêtu de oie el
de ,·elour ', relui ants d'or :et 'de pierrerie ,
dont la personne r "Pire l'heureuse certitude
d'être de très grands personnage , on croit
avec eux à leur importance et l'on est prêt à
le saluer jusqu'à terre.
_wnx ~•entre eux qui avaient l'e, prit rélléch1 savaient pourtant ce qu'il en était au
fond. Un duc de Cbeffeuse ou de Beau"iWer ·
un :rinl- imon ne se laissaient pa prendr;
au mira,,e des Yain honneur- el des habits
brodés. Il· \'oyaient la nobles e françai c ruinée par uu luxe tupide, et réduite, n pour

aroir du pain 1J, aux m' ·alliances el au tripotages. Il la vo ·aient inutile et oi ive exclue
des ~ !.ères et de emplois, et déjà livrée
aux nces cru'enfante l'oisiveté. Ils vovaieol la
première dignité du royaume, la pairfe, abaissée en toute ~ccasion, la maje Lé du sang
royal ~~prom1 e par les prhilèg accordés
au~ leg11Jmés, les fonctions publiques el jus•
qu aUJ. charge de cour envahie:; par les "CDS
de plume cl de robe, ceux-ci le prenant de
haut
a,·ec
le noble '· Colbert' à es débuts t
,
•
•
ecr1vmt .llomieigneu,· aux ducs et ils lui répondaient 11011. ieur; ce fut 1/contraire . ou Louvois. Il ,·oyaient en un mot une transformation profonde s'opérer autour d'eux et à
leurs dépen , et entaient amèrement leur
impui. anœ à l'arrêter.
_.Ime du Maine était de ceux qui rélléehissaicnl. Elle remarquait Fort bien le trouble
causé par les pr~grès de la bourgeoi ie, et
elle ne le regretla1t pas ; le désordre lui était
favor~le da~ la ituation équi•oque où la
pla~.,•~
n~_san~ de on époux. on plan
avait etè arrete du JOur de sei. fiançaille ' . Elle
se ~roposait deru hui..! dans la vie, qui lui
tenaient également au cœur. L'un était de
s·~muser; l'autre, de de,·enir l'un· de prc1D1er· personnage du rol'aume, toute femme
de bàtard qu'elle était.
Il emble que le second de cc' buts dùt

!3

•... 6q ...

être de beaucoup le plus düficile à atteindre.
L~ doche ;e en j~gcail autrement. Elle comptait ur l_a confusion des rang et la protection
toute-pu1ssaole de Mme de Maintenon. li était
à pri:voir que le caractère timoré de ~r. du
Maine serait quelquefois un embarra · le duc
ne valait rien les jour de bataille. 'En re,·anc?e, il était !nco_mparable pour les petits
ma~ege · et le mtr1gue , pour gagner san.
bruit un pouce de terrain, d'un air si humble
qu'on n'y prenait pas garde. ans ce, c à
l'_atfùl,, il ?e lai ait échapper aucune occasion. Cétrut un fauteuil au lieu d'un autre
c'était la forme d'un manteau · c'était un~
ré\'érence de plu ou de moins', et tous cc
rien mi bout à hout l'approchaient lentement mai ùrement du rang convoité. Il ne
laissait pas d'ètre ambitieux, el a femme se
di ait qu'en le poussant, il l'aiderait. Aus i
avait-elle confiance en leur avenir commun.
Le plu pressé était de s'amuser· le reste
viendrait à son heure.
'
Le plu _pre·sé était au i, par malheur, le
plu~ . mala1 é. fl ne fallait plus songer aux
pla1S1r à la cour de France. Le Roi tournait
décidément à la ,,ertu, et il voulait qu'on fût
s~lenn~I comme l~. Il y avait de quoi périr
d ~oui. Il est \TI.J que Mme du laine pou"~•~ aller se ~iv~rtir au château de Clagny,
bat1 par Lou1 XIV, dans des temps moin

�_________ ________

"-----------;__

111S TORJ.Jl
a11Slères, pour Mme de ~fontespan, et donné
par celle-ci à son fils. Clagny était un grand
édifice bas, construit dans le style noble et
donnant sur de vastes parterres symétriques,
ornés d'ifs taillés en forme de cônes. li pasait alors pour une merveille : « Château
superbe, dit Saint-Simon, avec ses eaux, ses
jardins, son parc; des aqueducs dignes des
Homains, de tous les côtés; l'Asie ni l'antiquité n'offrent rien de si vaste, de si multiplié, de si t_ravaillé, de si superbe, de si rempli de monuments les plus rares de tous les
siècles. en marbres les plus exquis de toutes
les sortes, en bronzes, en peintures, en sculptures, ni de si achevé des derniers. ll Tant
de splendeurs ne sauvaient point Clagny d'un
gros défaut : Clagny était à Versailles même,
trop près du Roi. On y était encore à la cour,
encore à l'état de satellite.
La petite duchesse essaya de Châtenay,
modeste maison de campagne aux. environs
de Sceaux. Chàtenay appartepait à M. de
Malézieu, ancien œrécepteur de M. du ~laine
et le parfait modèle de ces beaux esprits que
les grands d'alors enrôlaient dans leur suite,
afin d'avoir quelqu'un sous la main pour
faire leurs bons mots, leurs vers et leurs
lellres aux dames. ~Jalézieu passait, avec ·
quelque raison, pour être un puits de science,
el on l'écoutait comme un oracle chez Mme du
M~ne : « Ses décisions, dit Mme de Staal,
avaient la même infaiilibüité que celles de
Pythagore parmi ses disciples : les disputes
les plus échauffées se terminaient au moment
que quelqu'un prononçait : Il Ca diL. J&gt; Il
donnait des leçons de latin, de cartésiani me
et d'astronomie à la duchesse. Il lui déclamait les tragédies de Sophocle et lui organisait ses fèlcs. Il avait infiniment d'imaginnLion pour composer des bagatelles en pro~e
el en vers, pour inventer des sujets de feux
d'artifice et de ballets. Il était complaisant
avec les grands, dédaignem: avec les pelils,
point méchant, mais un peu plat. Il était
l'homme univer el et indispensable. Il était
aussi l'homme in.fatigable; Fontenelle parle
de son « tempérament robuste et de feu &gt;J.
Ses portraits nous présentent une bonne
figure ouverte et aimable respirant la santé.
Mme du Maine lui fit l'honneur de ch.oisir
sa maison de campagne, en 1699, pour y
passer le temps où la cour était à Fontainebleau. En sa qualité de déesse, elle ! ressuscita l'.ige d'or. Ce n'était qu'innocence et
simplicité - simplicité de princes, s'entend.
On y menait une &lt;( vie champêtre 1&gt;, parmi

hautbois, des violons, des clavecins, des trompettes même dont le son semble s'adoudr
pour s'unir aux autres instrumenls. » Ces
deux dernières lignes sont un chef-d'œuvre;
il n'y avait qu'un courtisan de race pour
imaginer w trompettes qui comprennent
qu'il s'agit d'ètre pastorales el de prendre un
son de.chalumeau. Les soirées étaient égayées
par des feux d'artifice savants. Tantôt « c'est
une ville qu'on assiège »; tantôt (( deux
grands navires qui paraissent à l'ancre dans
un pré 1&gt; bombardent un fort, qui fiait par
sauter l; en élançant dans les airs une giran-·
dole 11; tantôt « deux globes enflammés ll
s'entr'ouvrent et font « une image aussi vive
que surprenante de ce qu'on nous enseigne
de l'embrasement de l'uniyers ». Ces magnificences attiraient les villageois des environs,
el la fète devenait presque trop champèLre au
goût des invités. La nuit jetait heureusement
ses voiles sur des visages et des habits trop
rustiques pour une idrlle royale. Elle&lt;( faisait
que tout paraissait beau et propre», et M. du
Maine(&lt; s'intéressait avec Lendresse à voir les
peuples commencer à goûter quelques fruils
de la paix ii.
Châtenay fut déclaré « enchanteur l&gt;. Le
20 déecmbre de la même année .( 1699),
M. du Maine achetait le château de Sceauî,
dont Colbert et son fils, le marquis de s.. igneley, avaient fait l'une des plus Lcllcs et
des plus agréables demeures des environs de
Paris. li n'en-reste aujourd'hui que bien peu
de chose, mais la Bièvre coule encore dans la
vallée, les coteaux onl encore leurs lignes
molles et enchevêtrées, l'aimable ciel de
France répand encore sa lum~ère tranquilJe
sur le lieu où fut ceaux.11 est facile à l'ima-

Ces pJaîs_irs doui et purs, que la raison désire 1 •

On y était à l'abri du « tumulte et du
désordre des passions 1&gt; ; on y jouissait des
« beautés de la campagne 1&gt; ; on y jouait au
jeu d'oie; on y disait toute la journée de
jolies choses. Les mauvaises habitudes de
luxe reparaissaient à l'heure des repas : «Les
tables sont abondamment et délicatement
servies, où la compagnie est gaie; la musique
s'y mêle, ou y succède. Il y a des flûtes. des
1. Lettre Je l'abbé Genes! à ~lie de Scudtiry.

2. Le célèbre pavillon de l'Aurorc, situé dans le

B\RO~XE DE STA.~L.

D'après le taéleau de

MIGNARD,

ginatioa de replacer dans leur cadre l'ancien
cbàteau et ses jardins, tels que nous les
montrent de vieilles gravures.
Le chàteau avait été construit pour Colbert
parc, contenait uu grand plafond de Lebrun, le Lever
de l'aurore, et deux moindre do DetoLcl.

par Perrault. li entourait de trois côtés une
vaste cour carrée. La s1métrie en était parfaite, l'ornementation sévère, le sl)·le élégant
et noble. Des avenues bien droites, de grandes
grilles bien régulières, des corps de logis
bien alignés reliant des pavillons bien appariés; des parterres bien géométriques, des
charmilles bien taillées, des quinconces bien
tirés au cordeau; un majestueux ensemble de
lignes droites et d'angles droits, de cercles,
de demi-cercles et de quarts de cercle; des
trésors en sculpture, en peinture, en meubles,
épars dans le château, dans le pavillon de
l'Aurore 1 , dans les allées et les bosquets;
une abondance prodigieuse d'eaux courantes
el jaillissantes, amenées par des aqueducs;
un nombre fabuleux de bassins, jets d'eau,
cascades et canaux; un air inimitable de
grandeur, d'ordre 'et d'harmonie répandu
sur l'ensemble; un des plus jolis paysages
des environs de Paris pour horizon, des plus
doux, dt!s plus discrets, un de ces paysages
bien français qui vous entrent au cœur
quand on a grandi tt vécu dans leur intimité : tel était le séjour superbe et charmant choisi par Mme du Maine pour être son
Olympe et son Parnasse.
La petite doches e s'installa avt'c lransporl
dans son nouveau domaine, auquel un heureux entourage de coteaux et de collines donnait dllS apparences de petit univers, borné el
fermé de toutes· parts. La Bièvre enserrait
dans une large courbe ce royaume minuscull'.
Mme du Maine s'y-sentait tout à fait chez elle,
tout à fait souveraine, entre les courtisans de
son choix, empressés à lui plaire, el les
paysans des environs, qui vivaient du château. Elle en oublia un peu le reste du monde
el s'accoutuma à confondre la vie de Sceaux
avec la vie rétlle. Cette erreur devait lui
coûter cher dnns la suite; les idées de Mme du
~laine se faussèrent.
Elle se bàla de s'arranger une existence
selon son cœur, où le plai ir était un devoir
et un travail. Elle s'amusa le jour, elle s'amusa la nuit, et elle ordonna que chacun
s'amusât autour d'elle. Tant pis pour ceux
que cela ennuyait. Elle s'entoura d'amuseurs
!:t gages, payés pour avoir de l'esprit à point
nommé. Malézieu faisait passer des examen
aux po lulanls. Il leur proposait des sujets,
sur lesquels il fallait parler, et l'on était
admis ou refusé d'après son rapport. Elle eut
des poètes pour l'encenser, qui furent toujours prêts à la comparer à Vénus et à l'appeler &lt;&lt; cbef-d'œuvre des cieux &gt;l. On leur
fai ait signe au dessert, et ils se renvoyaient
les chansons à la lounnge de a la Nymphe de
Sceaui ». L'abbé Genest nous a conservé tout
un volume de ces platitudes•. La lecture en
est réjouissante. On utilisait pour la 0atterie
jusqu'à l'embarras de ceux qui ne trouvaient
rien à dire; l'ingénieux Malézieu se bâtait
d'improviser quelque à-propos dans ce goût :
Lorsque llincrve nous ordonne,
(Jn o toujours assez d'esprit;
Si l'on n'en a pas, elle en uonnc.

. 3. les Diiu:1·tiaseme11ls de Sceaux. (l'aris, 1712,
Etieune Ganeau.)

Personne n'avait Je droit d'être ennuyeux,
ou iu~tile, ou grave. La philosophie ne dispen a!t pas des bouts-rimés, ni l'àge des
madrigaux. Nul n'échappait aux cc loteries
poétiques 1 1&gt;, qui mettraient aujourd'hui en
fuite l'Académie elle-même. On enfermait les
lettres de l'alphabet dans un sac, et on les
Lirait au sort. Le gagnant de l's &lt;levait uu

.,........

bouts-rimés à remplir séance tenante et les
petit~ v~rs galants ou ':°ordants, aux~uels il
~allait r1p,oster. Il y avait une foule de petits
Jeux ou l on donnait des gages, et ceux-ci se
rachetaient avec des rondeaux, de, fables, des
triolets, des virelais. On recevait des invitati?ns à diner poé~ques, des lettres anonJmes
piquantes ou sentimentales, des couplets gri-

LOUIS XlV ET SA FAMILLE. -

sonnet, celui de l'a une apothéose ou une
ariette. L'o donnail le choix entre une ode et
uu opéra. Ainsi &lt;le suite, el il fallait s'exécuter
ou ue pas revenir à Sceaux. Les personnes de
qualité passaient la commande à quelque pauvre
diable de poète, mais les fülézieu, les Chaulieu,
les Fontenelle, un peu plus tard les taal el
le· Voltaire, n'étaient pas reçus à frauder et
payaient comptant. Malézieu avail surnommé
Sceaux c, les galères du bel esprit ».
On n'avait jamai une heure devant soi
pour être hèle en paix. Les énigmes et les
anagrammes vous guettaient dans les corridors. Les devinettes vous arrivaient comme
une Jlèche au cercle de la duchesse, et les
1. Voir la Comédie à la cou;·, par Aûolphe JuUicn.

LA DUCHESSE DU JKA1N'E - - ~

Tableau

ae

à Sceaux, pour racheter un gage, que Voltaire fit l'énigme connue :
Cinq 1oycllcs, uuc co11:,011ne,
En français composent mon nom,
El je porle SUJ' ma personi1e
De •Juoi l'ticri re sans crayon.

On laissa à Mme du Maine la gloire de dcYiner oiseau.

Clicht Glraudon.
LARGILLIÈRE.

(Collectlon Wallace, Lo 11 d,-es.)

vois, et l'on était condamné à répondre sur le
même ton.
Qutl soulagement oo devait éprouver, quel
repos, quelle saine jouissance, lorsqu'au sortir de Sceaux on tombait chez de bonnes gens
qui mangeaient leur potage avec simplicité, à
l'abri des logogriphes, des acrostiches et des
chansons, et qui se chauO'aient les pieds sans
le raconter en VP.rs !
li va de soi qu'il se disait, dans le nombre,
des bagatelles agréables, dont plusieurs sont
demeurées classiques. Quelqu'un demandail
no soir à Fontenelle : « Quelle différence y
a-t-il entre une pendule et la maîtresse du
logis?»-« L'une marque les heures, l'autre
les fait oublier, » répondit Fontenelle. C'est

Elle prenait ces enfantillages au sérieux, ia
petite duchesse. Elle s'appliquait de tout son
cœur pour composer une lettre du Grand
Mogol à une dame de la cour de Sceaux, ou
un badinage indécent à l'adresse de M. le
Duc, son frère. Elle fonda. un ordre &lt;le la
.~louche à miel, avec la devise déjà citée, el
elle y déploya autant de solennité que le roi
de France en avait pu mettre à instituer l'ordre du Saint-Esprit. La Mouche iL miel eut
des statuts, des officiers, un serment qu'on
prêlail sans rire et dont voici la formule :
(&lt; Je jure, par les abeilles da monL Hymette,
fidélité et obéissance à la directrice perpétuelle de l'ordre, de porter toute ma vie la
médaille de la Mouche, et d'accomplir, tant

�rl1ST0'1{1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____.
chambre de Mme du Maine, avail gagné son
avancement à force d'esprit, et ne put jamais
se consoler d'avoir subi le contact de la valetaille. Elle aimail des marquis et des chevaliers qui la traitaient sans façon, en inférieure; elle en était au désespoir, et ne pouvait s'empêcher de recommencer. Enchaînée,
plutôt qu,'attachée, à la cour de Sceaux, elle
y vieillit el y mourut sans autre récompense
-; que d'avoir écrit en secreL des JfémoÎ1·es ven1 geurs, où l'égoïsme des grands est mis à nu
' par le plus doux et le plus aimable des
récits.
Elle n'était plus tout à fait femme de
chambre et elle n'était pas encore autre chose,
quand l'abbé de Vaubrun eut l'idée de couper
par quelque « divertissement » une nuit que
la duchesse devait passer au jeu. n imagina
de « faire paraître quelqu'un sous la forme
de la Nuit enveloppée de ses crêpes, qui ferait
un remercîment à la princesse de la préférence qu'elle lui accordait sur le jour; que la
déesse a11rait un suivant qui chanterait un
bel air sur le même sujet ». L'abbé pria
Mme de Staal de composer et de réciter la
harangue de la Nuit. La harangue était assez
plate et l'auteur· s'embrouilla en la récitant,
L'E\POSITION DU CORPS DE LOUIS XLV, - l)'a,p,-és une gravure .:lu iemps. (Cabillet des Estampes,)
_mais l'idée plut : les Grandes Ntûts étaient
fondées.
Elles firent grand bruit en leur temps;
les fleurs en orties, el que les guêpes et les mariage de M. du Maine mit le comble à ses
malheureuses dispositions. )) [l n'était même elles paraissent aujourd'hui un peu fades. On
frelons me percent de leurs aiguillons. »
Jamais on ne 'amusa aussi laborieusement, pas toujours admis aux fêles qui se do11naient y jouait des allégories ou des scènes comiques,
et nous ne sommes pas au bout. Mme du chez lui. Sa femme le renvoyait, et il s'en mêlées de danses et de chants, à la gloire de
Maine avait la pa sion de jouer la comédie. allait docilement s'enfermer dans une petite lfme du Maine. Une ambassade de GroënlanElle eut la constance d'apprendre la plupart tourelle, où il passait les journées à dessiner dais venait lui offrir la couronne du Groêndes grands rôles du répertoire de son temps. des plans pour ses jardiniers. Les chan on- land, et leur chef lui adressait ce discours :
Le genre lui était indiflërent, puisqu'une nie!s parisiens savaient tout cela et ne l'épar- cr La Renommée ... nous a instruits des vertus, des charmes et des inclinations de Votre
princesse excelle nécessairement dans to~s, gnaient pas; mais qu'y faire?
Alles e Sérénissime. Nous avons su qu'elle
et la qualité des pièces la touchait médiocreDe sa fümmc el tle sa fortune
abhorre le soleil.... Plusieurs veulenl que
ment, puisque tout devenait également beau
Esclave soumis el rampant,
votre mésintelligence soit d'abord venue
en passant par sa bouche. Elle jouait à ,·olonté
Du Maine ne se livre à l'une
d'avoir
disputé ensemble de la noblesse, de
Que
quand
de
l'autre
il
est
content.
la tragédie, la comedie, la comédie-ballet, la
l'origine,
de la beauté et de l'excellence de
farce, l'allégorie et la pastorale. Elle passait
Sa fomim.: joue eu comédienne,
vos lumières, etc. &gt;&gt; Ou bien des sa"ants vedu rôle d'Athalie à celui de Pénélope, dans la
Re~oit toutes sortes de gcus,
naient consulter Malézieu sur un astre nouEl sa maison est toujours pleine
tragédie de l'abbé Genest, du rôle de CéliIle
coquelt.cs
et
de
galants.
vellement
découvert, et l'astre se trouvait être
mène à celui de la servante Finemouche, dans
la duchesse, présidant aux, Gl'andes Nuits. On
A Malêzieu celle princesse
la Tarentule de Malézieu. Plaute succédait à
Prodigue ses plus ,toux appas;
bien l'enchanteur Merlin indiquait Sœaux à
Quinault sur l'affiche, Euripide à Lamotte.
11 lui montre de la tendresse,
des
chercheurs de trésors, qui' y trouvaient
, La peine qu'elle se donnait est incroyable.
liais on dil qu'il ne l'aime pas 1•
Mme du Maine. Ou bien Vénus se lamentait
.Elle s'assujettissait à prendre des leçons, à
Mme du Maine n'était pas récompensée de d'avoir perdu la ceinture qui lui assure l'emrépéter, à se costumer. Elle menait des mois
entiers la vie écrasante d'une actrice de pro- ses peines. Elle s'ennuyait. Plus elle travail- pire des cœurs, el Apollon lui révélait que sa
vince, condamnée à apprendre tous les jours lait à se divertir, plus elle s'ennuyait. Les ceinture avait été ravie par Mme du Maine:;
une pièce nomrelle. Elle se transportait à Cla- nuits lui pesaient tout particulièrement, parce La Providence a fait aux grands de la terre la
gny et conviait la cour à des séries de repré- qu'elle ne dormait pas. Elle les employait grâce d'aimer la fumée d'encens. Ces beaux
sentations. Les courtisans accouraient, s'exta- souvent à jouer, et ce fut l'origine des fa- dialogues charmaient la duchesse par leur
siaient, et par derrière se moquaient. « On meuses Grandes Nuits de 'ceaux. Un abbé vérité, le public par la splendeur de la mise
ne comprenait pas, dit Saint- imon, la folie de cour en îut l'inventeur, et Mme de Staal en scène, el l'aurore trouvait encore tout le
chàteau sur pied.
de la fatigue de s'habiller en comédienne, régla la première.
La fète se terminait par un déjeuner maCette spirituelle taal-Delaunay 2 a été une
d'apprendre et de déclamer les plus grands
rôles, et de se donner en spectacle public sur créature bien infortunée. La nature l'avait gnifique, où les beaux esprits étaient sommé;
un théâtre. » IL du Maine sentait que sa faite sensible et fière. L'éducation lui avait de briller; ils n'avaient pas congé, même
femme se rendait ridicule, mais &lt;t il n'osait enseigné à sentir son prix. Le destin la pré- après une nuit blanche.
L'infatigable petite ducl1esse trouvait encore
la contredire de peur que la tête ne lui tour- cipita dans une condition servile où la fierté
nàt tont à fait, comme il s'en expliqua une était un malheur, la sensibilité un ridicule. du temps pour les études sérieuses. Elle ne
fois nettement à Mme la Princesse, en pré- Elle avait commencé par être femme de négligeait ni le latin, ni l'astronomie, et elle
avait adjoint à Malézieu un second professeur
sence de Mme de Saint-Simon».
1. Recueil Mauntpas (année 1i10).
de philosophie, le l&gt;eau, l'aimable, le coquet,
M. du Maine aurait dû ajouter, pour être
2. Mlle Delaunay defint lime de 't.aal par son ma;i. Adolphe Jullicn, lc,c, cil.
franc, qu'il se taisait aussi de peur des scè- riage avec un ol'fic1er des gardes suisses.
que je vivrai, les statuts de l'ordre; et si je
fausse mon serment, je consens que le miel
se change pour moi en fiel, la cire en suif,

nes. Sa douceur ne l'en garantissait pas, et il
devenait plus craintif à chaque &lt;1 vacarme »,
d'où le joli mot de Mme de Caylus : « Le

HlSTORIA

Fasc, 3~.

LE DAUPHIN . AU TEMPLE,
(Collection de :\1.

IlENRl L.\\' ED ,\~. )

par ~IOITTE

�'------------------------------- 1-J,.
l'insinuant et compromllllant cardinal de Polignac, auteur d'un grand poème oublié et
d'un 11101 ju tement céli!bre. l..e poème s'appelait l'A11ti-L11cri•,·e et était eu latin. I.e cardinal y dtifcndait la saine morale &lt;!t la bonne
Ù1&lt;-:0logie. Le mot uait étti prononcé dan.~ les
jardins de Marh, :iu mom,·nt d'une a\(•r~c:
« Ce u·e~t rien,· 'ir«•, avait dit cette fl«·ur des
courti•ans; la plui,· de farl) ne mouilfo pas, »
Jme du füioe admirait lte:iucoup l'Anli-/,11crè1·e. Elle $e le faisail 1·xpli,1uer par l'auteur,
et les rnauvai,t"s langu1:s Jasaient de cci; le\~n . liai, de quoi le, mauvai es langues ne
ja~ent-dle, pa, '1 Les gen~ san malice ad miraient heaucoup la petite duchcs~e. « On peut
dire d'elle, écrit le duc de Luynes dans ses
Jfûuoire,1, qu'elle avait un e prit supfricur
et univcr~el, une poitrine d'une force ingulit&gt;n• et une élorpwncc admirahle. Eli,· a,ait
étudié les sciences les plus ab traites : philosophie, phy ique, a tronomie. EUc parbit de
tout en per onuc i11~truite et dans des termes
choisis; elle ar.1i1 une voix haute cl forte, et
troi~ ou •1uatrc heures de conversation du
mr'me ton ne parais ai,·nt ri,·n lui coùtcr. l,cs
romans et h·s choses les plus frivolrs J'oc('Upaicnt au, i avec lt.l m,:me plaisir. »
llo l'admirait aicc raison, car ces enfantillages, ces niaiseries, ces futilités. qui semblaient l'alisorbcr, servaient à mns&lt;Jucr lt•s
plans politi,rues les plus hardis, conduit a,ec
une attention 11ui ne se relàchait pa une
minute. Jamais Mme du ~faine n'oubliait
11u'ellc s'était cnga0,fo ,is-à-vis d't·lle-mèru1·,
le jour de ses fianr.ailles, à dm·enir l'un Je,
premier~ rcr~onoagc.~ du rolaumc. Jamab
clic ne ces~ait un instant d'y tm·aill,•r, ja-

si nppli«1uéc à le ruiner en fou\ d'artifice et
en ma,carades, il se fiëUrait qu'elle ne pensait plus nux allaircs el en profitait pour
~'accortler un peu de répit. Il ,·int un jour en
triomphe lui montrer une traduction de sa
façon, en ver~, d"un chant dl! cet .l11ti-J,ucrèce •rui la pas.ionnait. l.a ducl1e."e entra
en fureur. C'était bon pour clic, l'A11ti-L11crrre et ~ou galant auteur. « \'ous vcrret,
,'écria-l-elle, 11u 'un beau matin ,ou trouverez. en ,·0115 én!illant, «1ue vous ète,,. de
l'Acad,:mie, et que )1. J'Orft:ans a la régence! 11 I.e duc r,hta tout penaud.
La duchesse était injuste. rar il avait au ~i
bien trafaillé. Tandis 11u'elle r(.gnait à Sceaux,
il 1:1ai1 assidu à Yersa1lles. Il suh11it le Roi à
Trianon, à Marly, à Fontainelilcau. li était le
bon fil ·, le tendre lib, &lt;1ui C-Ontcmplait amoureusement un père glorieux, 11ui ne pou\'ait
se pa .er de ~a rnc, qui fni,ait violence à es
goùls Je retraite pour r~pirl'r le même air,
qui était emprl';sé, romplaisant, qui suait le
dl11oucme11t. fort aimable d'ailleurs, t't toujours prêt à Ji)traire le floi par une anecJote
spirituelle. ::'\on moins a~.,.idu auprès de
~lme de Mainlt•non, il ·ounait à elle de ses
plans et de sr,..; rê1·es, et elle le guidait, le
conseillait, sollicitait le lloi pour lui. Aidé de
celle fidèle alliée, f. Ju Maine avait fait un
heau chemin.
Il n'y avait pas eu d'année oi1 il u'ciit gagné
un détail d'étiquette, une charge pour lui ou
,es enrant , une lettre patente le rapprochant
du trône.
lie l~gitimé, il était Jen·nu pair de France.
Lie pair de f'ranœ, prince du ~au; officiel.
jouissant de.~ mèmes honneur · 11ue le:; prin-

CHATEAU DC °Ct;AUX : \"UC l'IU.E Dl,

mai ell~ oo 'enJormait ur un uccè~ ou ne
p1:rml'ttait 1t on époux de s',·nd,,rmir L· di1c
n'y comprenait rien. En la voyant si évaporée,

Côn;

DES J.\RIIL'•· -

ducs de Hourgo3ne et de Bml, un édit
(juillet 171 i) appela à 1.1 .ucœ,,ion à la couronOll le duc du ~laine, le comte de Toulouse
~on frtire, et leur,- de,cent.lant~. Le petit hoitcux louch:iit la couronne du bout du doi;;t!
li eut plu~ encore, toujours plus. Louis .\I\',
soi~eusement endoctriné, soupçonna le duc
d'O-rléans, premier prinet• du sang, d'avoir
cmpoi onné le dauphin el "&lt;&gt;n frère, et il rnlc1-a p;ir testament le:; principalt-s préro;:athcs dt! la régence à son nef eu, pour les
lran~fér,·r au duc du Maine. Celui-ci touchait
à pruent la couronne de, dl'UX mains, car le
futur Louis X\' était si dt:licat, que personne
ne croyait qu'il pùt ,iuc. ,
\'oilà 011 en étai,•nt L l'l lime Ju laine à
la fin de 1714. Yoilà le cornlile de grandeur
où les avaient porté~ la tendresse d'une ancienne i;ouvernante et la faibbsP d'un ,icillard. \'oilà cc qu'ils e.spéraient. I.a duches~c
n,· St' ten.tit p.is d'ai,c. Elle a triomphait à
Sn•au1, dit Saint-Simon; elle y na~cait dans
le, plaisir" el les fètt-, •. Son époux (tait
partagé entre le contc11te111cnl et la t«•rreur.
li sougeait sans cesse à cc que son p~rc lui
avait dit en public, d'un ton aigre el haut,
après avoir signé son testament : , Vous
l'a,ez rnulu; mai~ sacl1ez que, quelque grand
que je ,·ous fa ~e, ,·ou n'ètes rien après moi,
et c'est à ,ou, aprè.s li faire valoir Ct.l 11ue j'ai
fait pour ,ou - si ,'Ous le poU\ez. 1 M. du
Maine était dans des transes mortcll~ au
sounmir de ces paroles. Qu'allaient den-nir
en effet i. grandeurs quand Louis \IV ne
mait plu là?
.Aio i, tant.li ,1uc l:i joie po sédait eul1• le
Cll'Ur de aime du ~ai11e, M. du Maine était

Gro3VUr~ th J.

ces du ln!: de nai ,ance r~ulièrt•. C'était
Jéjà une l,elle fortune pour un Lâtard : M. du
~faine ,·ut plus enl'ore. Aprè · la mort des

DUCHESSE DU .MJHNE - --,~

RICACD.

agité d'autant Je crainte que d'Dpérance, et
peo~ail moins à :-on bonheur qu'aux moJen ·
de ~e le faire pardonner.

�- - 111S T0'1{1A
Ill

La santé de Louis XIV commença à décliner
dans l'été de t 711. Les différents partis que
sa mort devail mettre aux prises eurent donc
un an pour combiner leur plan de campagne.
La situation était d'ailleurs très simple. L'héritier du trône était presque au maillot, et
deux hommes seulement, le duc d'Orléans et
le duc du Maine, pouvaient prétendre à gouverner en son nom. Le duc d'Orléans était
régent par droit de naissance et chef naturel
de 1a haute noblesse, mais dans une profonde
disgrâce et à l'écart de tout. On l'avait calomnié avec tant d'art, que le public l'accusait d'avoir empoisonné les princes ses cousins
et qu'il faillit êlre écharpé par le peuple à
l'enterrement du duc de Bourgogne. M. du
Maine était peu considéré et peu aimé, si cc
n'est par quelques vieux courtisans dévoués
à son père; mais il avait pour lui le testament du Roi, la volonté du Roi, le cœur du
!loi. C'était beaucoup, c'était tout, tant que
le Roi ,ivait. Que serait-ce le lendemain de
sa mort? Serait-ce encore quelque chose?
M. et Mme du Maine le crurent, et ce fut
leur grande faute, l'origine de Lous leurs
désastres. Ils comprenaient que leur situation
serait très affaiblie par la perle du f\oi ; ils ne
prévoyaient pas qu'elle s'évanouirait et n'existerail plus. Dans leur esprit, le succès était
une question d'adresse et d'activité; il dépendait d'eux d'avoir la réalité du pouvoir et de
n'en laisser que l'ombre au duc d'Orléans.
Ils arrêtèrent leurs projets en conséquence.
Mme du llaine dirigeait tout de son château
de ceaux où, plu que jamais, los plaisirs
semblaient l'occuper uniquement. M. du
Maine exécutait Îes plans de sa !èmme avec
son art accoutumé. Il bougeait moins que
jamais d'auprès du noi, dont la chambre
ressembla singulièrement, dans les derniers
mois de sa vie, à celle où ncgnard a placé le
Géronte du Légataire universel. M. du Maine
et Mme de Maintenon furent le Crispin et la
Lisetle de ce royal fantoche.
Le plan de M. el ~Ime du Maine consistait
à brouiller ensemble tous leurs ennemis el à
allumer la guerre entre eux, afin d'ètre onbliés dans la bagarre. M. du Maine réveilla
de vieilles querelles el en fil naître de nouvelles. Les pairs se disputèrent avec le parlement, le reste de la noblesse avec les pairs.
Lui cependant, l'air détaché de tout, très doux

et très humble, faisait l'étonné et l'ignorant
et passait sa vie dans les églises. On le voyait
à la grand'messe, à vêpres, au sermon, au
salut, à complies. à la prière. li ne se récitait pas une litanie, il ne s~ chantait pas une
antienne que M. du ~laine ne fùt là, les yeux
baissés dévotement, la mine modeste et contrite. Lo moyen de soupçonner cet homme si
confit en dévotion?
La petite duchesse faisait aussi de son
mieux. Elle épouvantait son époux par l'audace de ses conceptions, s'irritait de ses objections el lui reprochait rageusement de
n'~tre qu'un poltron. Il y eut tempête sur
tempête, après quoi ~lme du Maine se dit
qu'il était temps pour elle d'entrer dans la
mèlée.
Elle voulut débuter par un coup d'éclat
el gagner les ducs et pairs à sa cause. Elle
leur parla, échoua, s'emporta, cria qu'eHc
« mettrait le feu au milieu et aus: quatre
coins du roJaume », plutôt que de se laisser
arracher l'espoir de la couronne, el attira à
son époux une scène de Saint-Simon. « Jouissez, lui dit d'un ton de croquemitaine cet
homme terrible, jouissez de votre pouvoir
et de tout ce que vous avez obtenu. Mais il
,•ient quelquefois des temps où on se repent
trop tard d'en avoir abusé.» Le pauvre M. du
Maine devint tout blanc et demeura interdit.
Le printemps de {715 s'acheva parmi ceR
inlrigues. Louis XIV dépérissait à me d'œil
et sa bE:lle-ftlle harcelait li. du Maine pour
qu'il se hfü.tit d'obtenir encore ceci ou cela;
mais M. du Maine devenait maladroit en senlant la crise approcher. Il lai~sa des grâces
impqrtantes Jui couler entre les doigts.
Le 2J aOltl, Louis XI déjà mourant envoya son fils chéri passer une revue à sa
place, afin d'accoutumer les troupes « à le
considérer comme lui-même ». U. du Maine
apparut aux soldats dans toute sa gloire de
favori du jour et de dominateur du lendemain, piaffa, salua, sourit, rayonna, triompha,
rt soudain pâlil d'angoisse en apercevant le
duc d'Orléans à la tête d'un régiment. Au
même instant, par un de ces beaux mourcments instinctifs des foules, qui remellent en
une seconde chaque chose à sa place, le brillant cortège do M. du Maine le quitta et courut
au duc d'Orléans. Cela se fil en un rlin d'œil
el comme involontairement. C'était la protestation de la conscience publique, guérie de
ses soupçons absurdes, en faveur du droit et
de la jusLice. M. du Maine ne comprit pas. 11

crut que ce n'était qu'une couleuvre de plus
à avaler, l'avala el passa. Il s'aveuglait étrangement depuis quelques jours. Cel homme
qui avait peur de son ombre choisit ce moment pour pécher par excès de confiance.
Le 25 aoùt, il obtint encore un codicille de
son père moribond. Le 26, Mme dtt ~faine
interrompit ses fèles cl , int à Versailles. Il
était temps. Louis XIV expira le ter septembre.
Le lendemain 2, il y eut séance solennelle
au parlement pour lire le testament du Roi.
M. du Maine, qui en connaissait le contenu el
se voyait le maître de la France, entra dans
la salle d'un air radieux. &lt;&lt; TI crevait de joie,,,
dit aint-Simon. Il en ressortit le visage défait, l'air anéanti : leslament el codicille
avaient été annulés d'une seule voix au profit
de on rival, et l'air retentissait des acclamations de ce même peuple qui avait voulu
lapider le duc d'Orléans trois ans plus tôt. A
demi roi le matin, M. du Maine n'était plus
le soir qu'un mailre d'école : on lui avail
laissé la surintendance de l'éducation d'un
monarque de cinq ans.
Je laisse à penser comme il lut reçu par
madame sa femme. La duchesse, hors d'e1le
de colère et de mépris, résolut de ne plus
s'en remettre désormais à personne et d'agir
elle-même. EUe ne Larda pas à avoir l'occasion de montrer ce qu'elle savait faire. M. du
Maine avait perdu le pouvoir, mai , il était
toujours prince du ang, en vertu des édits
du Roi son père. Les vrais princes du sang el
beaucoup d'honnêtes gens n'en pouvaient
prendre leur parti. lis trouvaient blessant
pour la religion, pour la morale, pour euxmêmes, que les enfants d'un double adultère
public planassent au-dessus de tous dans une
sorte d'apothéose. Cela criait vengeance, et
l'attaque vint de la propre famille de Mme du
Maine. on père, M. le Prince, était mort.
' on frère était mort. Ce fut son neveu, M. le
Duc, qui attacha le grelot et parla le premier
d'abolir les édits en faveur des légitimés. En
apprenant cette menace, la petite duchesse
s'écria fièrement : « S'ils dorment, nous dormirons ; s'ils se réveillent, nous nous réveillerons. »
Ils se réveillèrent. La guerre Iut allumée
entre les princes du sang légitimes et les
bâtards royaux. ll 1 eul procès, el l'on se
battit à coups de mémoires, de répliques, de
protestations et de requêtes, Mme du Maine
en tête, qui fut infatigable pendant celle
campagne.

(A suivre.)

ARVÈDE BARINE.

dernières amours
de la comtesse du Barry·
Par PAUL OAULOT

VI
Gràce 11 la tolérance des geôliers, Brissac
et madame du Barry correspondaient presque
journellement ensemble, Le postillon de l'une
et l'aide de camp de l'autre étaient sans cern)
sur la route de Louveciennes à Orléan . De
toute celte correspondance, il ne reste qu'un
billet du duc, écrit le Ji août, alors qu'il
vient d'apprendre le oulèvement de Paris et
le renversemenl de la noyauté.
c Ce samedi , 11 amll 1702, à

tranquille dans celle retraite. Son espoir fut
de courte durée : les jacobins de l'endroit,
briguant l'honneur de marcher sur les traces
de leurs Frères parisiens et enhardis par leurs
succès, vinrent perquisitionner; ils emahirent la maison, et, sous les Jeux &lt;le madame

Orléans, six

heures du soir.

« J'ai reçu cc malin la plus aimable des
lettres, el celle qui depuis longtemps a plu
davantage à mon cœur. Je \'OUS en remercie.
Je vous baise mille el mille fois : oui, vous
serez ma dernière pensée.
a Nous ignorons tous les détails; je gémis,
je frissonne. Ab I cher cœur, que ne puis-je
être avec vous dans un désert, puisque je
n'aipuêtrec1u'àOrléans, où il est fort fâcheux
d'èlre 1
&lt;&lt; Je vous baise mille el mille fois. Adieu,
cher cœur.
« La ville est tranquille jusqu'à présent•. »
Cette assnrance qu'il donne à son amie
qu'elle sera « sa dernière pensée » montre
quels sombres pressentiments envahissaient
son àme. Le temps dés illusions était passé,
même pour la confiante madame du Barry.
Un lriste incident vint à. ce moment augmenter encore ses craintes.
Les sans-culottes de Louveciennes n'étaient
point sans avoir remarqué les allées et venues entre le pavillon de madame du .Barry
et la prison d'Orléans. La pauvre femme
avait trop d'envieux et d'ennemis pour que,
dans le nombre, il n'y eût pas des espions.
On surveillait donc étroitement ~a maison.
C'est ainsi qu'on sut que l'aide de camp du
duc de Brissac, après avoir été un des &lt;cconspirateurs dn 10 août », ce qui voulait &lt;lire un
des défenseurs du château dans celte funeste
jotl1'née, s'était réfugié chez madame dn
Barry.
Celle-ci l'avait caché dans une chambre du
pavillon de Louveciennes. Mauss:iliré y soignait une légère blessure reçue dans la matinée du tO août, et espérait re ter ignoré el
, 1: Qui _croirai~ que cct!e phrase si simple a insJJiré à
Grc.i\'C, 1eomm11 acharne de madame du Barry, el très
probaLJ~01e~1L _u1,1 de ses volellfS. de janvier 1701, celte
BllllOl.ahon s1 niaise : « li espéra1L donc une émeute ? »

Cllcht Giraudon ,

LA COMTESSE DU BARRY, ~,· PAJOU.

(Musèe du Lou~re.)

du Barry, frémissante el impuissante, ils arrachèrent le malheureux de sa cachette. On
le conduisit à Paris, où il fut jeté en prison.
Bientôt on s'en prit à elle plus directement.
Le &lt;.;,ourrier français, dans son numéro du
2 scplemhre 1792, alla jusqu'à. raconter sa
prétendue arrestation.
&lt;( Madame du Barry a été arrêtée à Luciennes, et elle vient d'être conduite à Paris.
On s'est aperçu que cette vieille héroïne de
l'ancien régime envoyait continuellement des
émissaires à Orléans. On avait arrêté chez
elle un aide de camp de M. Brissac. On a
pensé avec raison que ces fréquentes ambassades avaient d'autres objets que la galanterie, à laquelle madame du .Barry doit enfin
être Lout ü fait étrangère. :àfaîtresse et confidente de M. &lt;le Brissac, elle a partagé autrefois ses trésors et ses plai irs, elle parla&lt;re
peut-ètre aujourd'hui son ambition contr~ré\'ol u tionnaire.

&lt;r Il sera piquant pour nos neveux d'apprendre que madame du Barry a été arrêtée
pre que dans le même temps qu'on abattait
à Orléans la st;.itue de la Pucelle. Cette arrestation a été faite dans la nuit du 30 au 51,
vers les deux heures du matin. )&gt;
De p:ir('illes attaques dans un p:ir'cil moment étaient terribles. Madame du Barry
comprit quel danger pouvait résulter pour
elle de cet article; la fausse nouvelle risquait
d'epcourager les ennemis qui grouillaient autour d'elle, à Louveciennes même, et de leur
suggérer l'idée d'une arrestation réelle.
Elle chargea aussitôt un de ses ami , très
vraisemblablement le chevalier d'Escours, de
se rendre au bureau du journal et d'offrir la
somme d'argent qu'il faudrait pour obtenir
qu'on insérât une rectilicalion.
Le chevalier accepta la mis~ion et lit le nl.L
ccssaire, - sans succès d'aiUeurs, car on ne
rectifia rien, - mais, avant d'avoir reçu des
nouvelles de ces démarches, Je bruit des
épouvantables massacres qui ensanglantèrent
les prisons de Paris le ~ septembre et Jus
jours suivants vint jeter l'effroi dans l'àme de
madame du Barry.
L'aide de camp du duc de Brissac, cet
~nf?rtuné m~ssager de leurs amours, qu'on
etalt venu lm arracher des mains pour ainsi
dire, Maussabré avait trouvé la mort à Paris.
Et quelle mort!
Tandis que queh1ues-uns des prisonniers
auvent. leur vi~ à fo~ de courage et de
sang-froid, affole, terrorisé, le malheureux a
complètement perdu la tête. Il entend ou
croit entendre prononcer son nom; il' s'échappe de sa cellule, mais, enfermé dans la
prison, il erre de tous côtés, cherchant un
.refuge. Poursuivi par les massacreurs , il se
Jetle dans une pièce sans issue : avisant la
cheminée, il s'y précipite et s'efforce des
pieds et des mains, de fuir par celle é~roite
ouverture; mais bientôt sa tête se heurte à
des· barreaux de fer : la cheminée est grillée!
Il se suspend par les mains et se Jlatte
d'avoir échappé à ses assassins. Ceux-ci n'abandonnent point leur victime : l'un d'eux
tire un coup de pistolet dans la cheminée ·
Mau sabré a le poignet brisé. De la seul~
main qui lui reste, il se cramponne, maitrisant sa douleur .... Tant de volonté de viHe
est inutile. On apporte de la paille humide,
on y met le feu, et bientôt une fumée épaisse
et âcre monte, enveloppant le malheureux
l'asphyxiant. Ses forces ont à bout; sa mai~

�1flST0~1A------------------------•
crispée se détend; il tombe comme une
masse. Les assassins se précipitent sur lui et
l'assomment.
C'est dans ce moment, alors que tant d'atrocités sont commises dans Paris, que la
nouvelle parvient à madame dnBarry que les
prisonniers d'Orléans vont être ramenés dans
la capitale : ils vont passer tout près de Louveciennes!
Une lellre, qu'on croit être du chevalier
d'Escours, l'informe de ces faits :
« Paris, 6 suptembrc f 792. •

Les prisonrùers d'Orléans arriveront demain à Versailles ....
&lt;1 11 faut espérer qu'ils arriveront sains el
saurs, el qu'en gagnant du temps on sauve
leur vie. L'Assemblée, d'ailleurs, lassée de
sanrr, propose de donner une amnistie; le
sacrifice n'est pas r,rand, quand il n'y a point
de coupables.
« J'ai été trouver le rédacteur du Cou1·rier fi·ançais qui rétractera demain la fausseté de l'article qui vous conœrne; je lui ai
promis récompense si cet article est ~ien
fait.
« 11 m'est arrivé dix lettres d'Orléans pour
les députés actuels pour les prier d'aller audevant des malheurs qui menaçaient ces
malheureux prisonniers qu'on croit, à Orléans, qu'on égorgera ici en arrivant. Je les
ai toutes fait remettre tout de suite. Madame
de Maurepas, instruite de la translation de
M. le duc, voulait tout de suite aller à l' Assemblée; on l'a retenue. Elle a écrit à Danton et à l'abbé Fauchet. Madame de 1''lamarens el moi avons porté les lettres : elle (a)
-vivement intéressé l'abbé Fauchet.
a Le malheureux Maussabré serait sauvé
comme M. Marguerie qui était avec lui, s'il
n'avait pas perdu la tête ....
« J'ai l'àme et le corps accablés, el ne
erai tranquille que lorsque je saurai qu~
M. le duc est à. Versailles. Si on peut passer,
j'y enverrai si je ne puis y aller; en-VO)'ez-y
de votre côté, mais surtout ménagez et évitez
toutes démarches qui puissent devenir publiques, et vous faire tort, el nuire à l'un et
à l'autre. Jl
cc

Quelle situation pour madame du Barrl,
pour l'aimable et rieuse femme, qui rie voiL
plus autour d'elle que périls et massacres!
Et il ne lui est même pas permis de rien tenter pour sauver celui qu'elle aime, celui
« qu'on croit à Orléans qu'on égorgera en
arrivant ,, ! Une démarche d'elle peut être la
perle du duc de Brissac!
Elle obéit au conseil donné; elle se renferme à Louveciennes, el elle attend.
La journée du 7 se passe ; les prisonniers
n'arriveront que le lendemain.
Le 8, anxieuse, elle veille, frémissant au
moindre bruit; cependant tout est encore
calme autour d'elle.
Toul à coup, vers le oir, des cris se font
entendre; on dirait d'une foule qui avance.
Que signifie ce tumulte? Elle prèle l'oreille,
le bruit se rapproche. Bientôt on est là, dans

le jardin; la porte du salon s·ourre, et une
tète, lancée par des forcenés, une tête sanglante vient rouler à ses pieds; el, dans cet
horrible débris, elle reconnaît, éperdue, la
lite de son amant, du duc de Brissac!

VII
Les prisonniers d'Orléans avaient été emmenés sans que leur départ eût été régulièrement ordonné. Ma.is qu'importait1 Le
mini tre de la justice était alors Danton, el
l'on sait que, dans ce mois de septembre 1792, de sinistre mémoire, il laissa
sommeiller la juslico, complice actif ou passif des bande d'égorgeurs qui s'intitulaient
les justiciers du peuple.
Les horreurs commises dans les prisons
&lt;le Paris n'étaient que trop faites pour encourager l'audace des forcenés répandus un peu
p:trtout. Les sans-culottes de Versailles ne
voulurent pas se montrer inférieurs aux égorgeurs de la capitale; désireux de ne point
laisser échapper les victimes qui passaient à
leur portée, ils se postèrent sur le chemin
des prisonniers d'Orléans.
Ceux-ci arrivaient, entourés d'unll escorl~
destinée à les protéger; mais l'indiscipline
avait fait son œuvre, et les soldats étaient
d'intelligence avec les bandits. Toutefois ils
s'abstinrent de les aider dans leur sanglante
besogne : ils se laissèrent tranquillement
arrêter aux portes de l'Orangerie de Versailles. Quand les prisonniers furent entrés,
on Ierma la grille, el l'escorte s'e1oigna,
laissant le champ libre aux assassins.
Aussitôt le massacre commença.
Plusieurs d'entre eux se ruèrent sur le
duc de Brissac, sur ce grand seigneur que sa
belle prestance aussi bien que sa haute taille
désignaient à leurs coups.
Bien qu'il n'eût guère l'espoir de leur
échapper, Brissac se souvint qu'il était soldat,
el lutta avec la dernière vigueur contre ces
forcenés.
Armé d'un couteau, il vendit chèrement
sa vie. A la fin, accablé par le nombre, frappé
par derrière, dans les reins, il tomba, sanglant, épui,é :
- Tirez-moi un coup de pistolet! Vous
aurez plus tôl fait! criait-il.
On l'acheva, et son supplice fi.nit avec sa
vie.
C'est alors que la troupe hurlante se )ivra
à celle dernière insulte au cadavre : on détacha la tête, trophée sanglant qu'on alla porter à madame du Barry .. ..
La morl multipliait ainsi les victimes autour d'elle, sinistres présages qu'elle s'efforçait encore de ne pas comprendre. Pour
l'instant, elle était toute à la douleur de la
perle qu'elle venait de faire, et les marques
de s1·mpathie qu'elle recevait la touchaient
profondément. C'est ainsi qu'elle écrivait à
une personne dont le nom nous est resté
inconnu cette lellre qui peint bien l'état de
son âme:
cc

suis dans un état de douleur qu'il vous est
aisé de concevoir. Le voilà consommé, ce
crime effroyable qui me rend si malheureuse,
et qui me livre à des regrets éternels. Au
milieu des horreurs qui m'environnent, ma
santé se soutient : on ne meurt pas de douleur.
« Je suis sensiblement touchée, monsieur,
de votre intérêt. 11 adoucirait mes peines, si
je pouvais ne pas les sentir à chaque instant.
J'ai reçu aujourd'hui des nouvelles de votre
femme; je pense qu'elle viendra bientôt me
voir. Je l'attends avec impatience : il est si
consolant d'être avec des personnes qui ont
nos mêmes sentiments que je regrette tons
les instants que je passe sans la voir. »
Quelques jours plus tard, ma&lt;lame du
Barry s'adressait à la fille de la victime, à
madame de Mortemart :

« Personne n'a plus senti que moi, madame, l'étendue de la perte que vous venez
de faire. Je me ilatte que vous -ne vous êtes
pas méprise sur le motif qui m'a empêchéo
de vous en faire plus tôt mon triste compliment, en mêlant mes larmes am: vôtres.
« La crainte d'augmenter votre juste douleur m'empêchera de vous en parler. La
mienne est à son comble : une destinée qui
devait être si belle, si glorieuse! Quelle fin,
grands dieux!
« Le dernier vœu de votre trop malheureux père, madame, fut que je vous chérisse
en sœur. Ce vœu est trop conforme à mon
cœur pour qu'il ne soit pas rempli. Rece,·ezen l'assurance, el (ne) doutez jamais des sentiments qui m'attachent à vous pour le reste
de ma vie. 1&gt;
Et madame de Mortemart répondait aussitôt :

« C'est ce malin, madame, que j'ai reçu

votre lettre du 22 septembre. Je dois vous
remercier du bien qu'elle m'a fait en diminuant un peu le serrement de mon cœur, et
en me faisant verser quelques larmes. J'ai
eu vingt fois la plume à la main pour vous
parler de ma douleur, pour -vous dire que
mon cœur était déchiré, brisé; que, depuis
le jour fatal ot1 il quitta Paris, j'ai souffert
et je souffre plus que je ne puis vous l'exprimer. Mais j'ai cru prudent de différer de
vous écrire jusqu'à ce que je pusse renfermer quelques-uns des sentiments de mon
cœur, d'un cœur qui -voudrait s'épancher
dans le vôtre, qui partagez si bien les entimenls du mien.
« Le dernier vœu de celui que j'aime et
regretterai toujours est celui de mon cœur :
je vous aimerai en sœur &lt;&gt;t mon attachement
pour vous ne finira qu'avec ma vie. Le moindre de ses désirs sera un ordre sacré pour
moi. Je voudrais pouvoir exécuter tous œu.x
qu'il a eus ou dû avoir dans ses derniers
moments, et je n'épargnerai rien pour les
accomplir.
« Pardon de mon grüionnage. J'ai des
Depuis ce terrible jour, monsieur, Je

"-------------------maux de tête qui me font voir trouble.
Agréez, je vous prie, madame, l'assurance
de la sjncère amitié que je vous ai vouée à
jamais.
• (' e 30 septembre. •

Madame de YortemarL, on le voit, ignorait
à ce moment que son père eùt fait un testament. Le duc de Brissac n'avait eu garde de
négliger cette précau lion, .el la date que porte
ce document, - 1t août 1792, - montre
bien que, dans sa pensée, la chute de la
Royauté était pour lui le présage de Ja mort.
Quand le roi tornbaiL, tJUe ~ouvaient espérer
ses serviteurs?
. Désireux de faire à sa maîtresse un legs
important, que sa fille pût transmettre sans
gêne el madame du Barry rec1:voir sans
honte, il imagina de transformer sa libéralilé
en une sorte de restitution, se déclarant responsable du vol de diamants commis à Louvecienne,, pendant celte nui1 passée à l'hôtel
de la rue de Grenelle.
Il recommande ardemment » à sa fille
c&lt; une personne qui lui est bien chère et que
les malheurs des temps peuvent mettre dans
la plus grande détresse. »

1..'ES DE'lfN1È'l{'ES Jt.MOU'J{S D'E LJl COMTESSE DU BA'J{'J{Y - - . . ,

lant qu'après qu'elle aura opté pour l'un
desdits trois legs, les deux autres seront pour
non avenus. Je la prie d'accepter ce faible
gage de mes sentiments et de ma reconnai.sance, dont je lui suis d'autant plus redevable que j'ai été la cause involontaire de
la perle tle ses diamants, et que. si jamais
elle par,,ient à les retirer d'An9lele1·re,
ceux qui resteront égarés, ou les {mis des
dive1·s voyages que leur 1·echel'che aura
1·e11.dus necessafres, ain.çi que ceu.-r: de La
p1·ime a payer, s'élèveront au niveau de
la valeur effectit,e du legs. Je prie maJiUe
de le lui faire accepter. La connaissance que
j'ai de son cœur m'assure de l'exactitude
qu'elle mettra à l'acquitter, quelles que
soient les charges dont ma succession se
trouvera grevée par mon testament et mon
codicille, ma volonté étant qu'aucun de mes
autres legs ne soit délivré que celui-ci ne
soit entièremenr accompli.
« Ce -1 1 aonst 1792. •

« Signé : Lota -llimcuLE TrnoL.Éo~
DE

Cos É-BmssAc 1•

,,

&lt;c

Un codicille contient l'expression formelle
de ses volontés :
c&lt; Je donne et lègue à madame du Barry,
de Louveciennes, outre et par-dessus ce que
je lui dois, une rente viagè1·e et annuelle de
ringt-quatre mille livres, quille et exempte
de toute retenue, ou bien l'usufruit et jouissance pendant sa vie de ma terre de la Rambaudière et de la Graffinière en Poitou, et .des
meubles qui en dépendent, ou bien encore
une somme de trois cent mille livres une fois
payée en argent, le tout à son choix, d'au-

1. Curiosités historiques, par J.-A. LE Rm, p. 287288. Le montant du legs du duc de Brissac fut absorbé
par les frais d'un proei!s sun;enu so~s la Re.~toura~ion
entre le~. Gomard et les Bcqus, q1u se pretcmlaient
tous hér1llers rie madame du n~rry.

Le comte de Paris

18-H.

Hier, Mme la duchesse d'Orléans me
disait : « Mon fils n'est pas ce qu'on peut
appeler un enfant aimable. Il n'est pas de
ces jolis petits prodiges qui font honneur à
leur mère, et dont on dit : « Que d'à-propos!
que d'esprit! que de grâce! » Tl a du cœur,
je le sais, il a de l'esprit, je le crois; mais
per·onne ne sait et ne croit cela que moi. 11
e.~t timide, farouche, silencieux, effaré ai é-

La volonté du duc de Brissac fut obéie, en
ce sens que le lien, que ses amours avaient
établi entre madame du Barry et madame de
Mortemart, subsista, cimenté par une douleur
commune; mais, s'il faut en croire les Mémoires de ])u_t~s,. les rô,es furent renver és :
la protégée ne· fut pa~ la maîtresse, mais la
fiUe du duc, el le traiL, vrai ou supposé',
mérite d'être rapporté :

« Un peu avant.. que la com.tessc du Barry
fût guillotinée (8 déettmbre 1793), un prêtre
irlandais trouva le moyen d'aller la voir dans
sa prison de la Conciergerie et h1i ofl'rit de la
sauver, si elle pouvait lui fournir une certaine somme d'argent pour gagner ses geôliers et faire le -voyage. EUe lui demanda s'il
2. llI. , Il . Forncron, dans _son H is(oire générale
des Émigrés, l. 1, p. 244, •Joute pleme croyance à

ce récil. E. et J. de Goncourt le relatenl dnns leur
ouvrage, p. 270, en qualifiant de « C).ll'Îcux et 1•éridicp1es ~ les ,Uémofrrt Je Oulens.

ment. Que sera-t-il? je l'ignore. Souvent à
son âge un enfant dans sa position comprend
qu'il faut plaire, et se met, tout petit qu'il
est, à jouer son rôle. Le mien se cache dans
la jupe de sa mère et baisse les yeux. Tel
qu'il est, je l'aime ainsi. Je le préfère même.
J'aime mieux un sauvage qu'un comédien. »

Le comte de Paris a signé l'acte de naissance de la princesse Françoise de Joinville.
C'est la première fois que le prince signait
son nom, Il ne savait ce qu'on lui voulait, et
quand le roi lui a dit en lui présentant l'acte:
a Pari , signe ton nom », l'enfant a refusé.
Mme la duchesse d'Orléan l'a pris entre ses

ne pouvait pas sauver deux personnes; il lui
répondit que son plan ne lui permettait pas
d'en auver plus d'une.
u - En ce cas, dit madame du Barry, je
vous donnerai bien un ordre sur mon banquier pour toucher fa somme nécessaire;
mais j'aime mieux riue ce soit la duche se de
~fortemarl qui échappe à la mort que moi.
Elle est cachée dans un grenier de telle
maison à Calais : voici un mandat sur mon
banquier ; volez à son secours !
&lt;c Le prêtre, après l'avoir pressée de lui
permettre de la tirer elle-même de la prison,
la voyant résolue à préférer la duchesse, prit
le mandat, toucba l'argent, fut à Calais,
tira la duchesse de Mortemart de a retraite,
la déguisa en femme du corumu::i, et, la prenant sous le bras, la fit voyager à pied avec
lui, disant qu'il était un bon prêtre constitu lionne! et marié avec celle femme; on
criait : Bral'O 1 et on le laissait passer. JI
traversa ainsi les armées françaises et vînt à
Ostende, d'où il passa en Angleterre avec
madame de Mortemart, que j'ai yue depuis à
Londres. 1&gt; (T. lU, p. 115-1t6.)
Ces derniers mots permetlraient do croire
que Dutens tient ce récit de la bouche même
de madame de Mortemart. Mais cet épisode
qui montre une du Barry généreuse, héroïque
même, mis à part, n'était-il pas intéres ant
de raconter avec quelques détails celle aventure amoureuse et tragique de la célèbre
courtisane?
Seule des victimes du Tribunal révolutionnaire, elle n'a guère trouvé jusqu'à ce jour,
je ne dirai pas d'apologiste, mais même simplement de défen eur. Peut-être n'en méritait-elle point. Sans prétendre être pour elle
l'un ou l'autre, n.ous avons pensé que l'histoire ne devait pas avoir d'oubliettes, el
qu'on ne pouvait point frustrer de quelque
piûé et de quelque indulgence cette pauvre
femme qui, si elle eut trop l'amour de vivre,
eut a,ussi à un haut degré l'amour d'aimer.
PAUL GAC"LOT.

genoux et lui a dit un mot tout bas. Alors
l'enfant a pris la plume et, sous la dictée de
son aïeul, a écrit sur l'acte L. P. d. O. 11 a
fait l'0 démesuré et les autre lettres gauchement, fort embarrassé et tout honteux comme
les enfants farouches.
Il est charmant pourtant et adore sa mère,
mais c'est à peine s'il sait qu'il s':ippelle
Louis-Philippe cl'Otléans. Il écrit à ses camarades, à son précepteur, à sa mère; mais
les petits billets qu'il fait, il les signe Paris.
C'est le seul nom qu'il se connaisse.
Ce soir, le roi a mandé M. J\égnier, précepteur du prince, et lui a donné l'ordre
d'apprendre au comte de Paris à igner son
nom.
\'JCTOR

HUGO.

�.M'ÉM01'1(ES DU G'ÉN'É'RJf,L 1J.Jt1{0JY D'E .M.Jt"l(HOT

L.

LE SOIR DE BORODINO. -

LE GÉNÉRAL CAULAINCOURT, TUÉ A LA PRISE DE LA GRANDE REDOUTE, EST EMPORTÉ l'AR SES RO.\L\IES.

TaNeau de A.

L&amp;LAOZE-

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XIV (suite).

Tandis que de sombres inquiétudes agitaienl !'Empereur sur le sort de l'arrièregarde et de son intrépide chef, le maréc~al
Ney, celui-ci exécutail un des plus beaux faits
d'armes donl il soit fait mention dans les annales militaires. Parti le 17 novembre an matin
de Smolensk, après en avoir fait auler les
remparts, le maréchal, à peine en marche,
fut assailli par des myriades d'ennemis qui
l'attaquèrent sur les deux llancs, en tête et
en queue!... Ney, les repoussant constamment, marcha au milieu d'eux pendant trois
jours; mais enfin il se trouva arrêté au dangereux défilé du ravin de Krasnoë, au delà
duquel on découvrait de fortes ma $es de
troupes russes et une formidable artillerie,
qui commença un feu vif et soutenu. Sans
s'étonner de cet oh tacle imprévu, le maréchal prend l'audacieuse résolution de forcer
le passage el ordonne au 18• de ligne {com-

mandé par le colonel Pelet, ancien aide de
camp de Ma séna) de charger vivement à la
baïonnelle. A la voix de Ney, les soldats français, bien que harassés de fatigue, exténués
de besoin et engourdis par le froid, s'élancent sur les batteries russes et les enlèvent.
Les ennemis les reprennenl eLnos troupes les
en chassent de nouveau. ~fais enfin il fallut
céder à la supériorité da nombre. Le 48•,
accablé par la mitraille, fut e.n très grande
partie détruit, car ~ur ix cent cinquante
hommes qui étaient entrés dans le ravin, une
centaine seulement le repassèrent. Le colonel
Pelet, grièvement blessé, était de ce nombre.
La nuit survint, et tout espoir de rejoindre
l'Empereur et l'armée paraissait perdu pour
le corps d'arrière-garde; mais Ney a confiance
en es troupes et surtout en lui-même. Par
s.on ordre, de nombreuses lignes de feux sont
allumées afin de retenir les ennemis dans
leur camp, dans la crainte d'une nouvelle
attaque le lendemain. Le maréchal a résolu

de mettre le Dniéper entre lui et les Russes,
et de confier sa destinée et cel le de ses troupes
à la fragi lité des glaces de ce fleuve. Il était
seulement indéci sur le chemin qu'il devait
prendre pour gagner le plus tôt possible le
Dniéper, lorsqu'un colonel rus c venant de
Krasnoë se pré ente comme parleme1ilaire
et somme Ney de mettre bas les arme !...
L'indignation du maréchal éclate à la pensée
d'une telle humiliation, el comme l'officier
ennemi n'était porteur d'aucun ordre écrit,
ey lui déclare qu'il ne le considère pas
comme parlementaire, mais bien comme un
espion; qu'il va donc le Caire passer au fil
des baïonnettes s'il ne le guidr vers le point
le plus rapproché du Dniéper !... Le colonel
russe fut contraint d'obéir.
'ey donne à l'instant l'ordre de quitter en
silence le camp, da.os lequel il abandonne
artillerie, caissons, bagages et les blessés
hors d'élat de le suivre; puis, favorisé par
l'obscurité, il gagne, après r[Ualre heures de

marche, les rives du Dniépcr. Ce fieUYe était
gelé, mais cependant pas assez Fortement
pour être praticable sur Lous les points, car
il existait un grand nombre de crevasses et
des JJarties où la glace était si mince qu'elle
s'enfonçait lorsque plusieurs hommes J pa~saient à la fois. Le maréchal fit donc défiler
ses soldais un à un. Le passage du Oeuve
ainsi opéré, les troupes du maréchal Ney se
croyaient en sûreté, quand au jour naissant
elles aperçurent un bivouac considérable de
Cosaques. L'hetman Platow y commandait, el
comme il avait, selon on habitude, passé la
nuit à boire, il dormait en ce moment. Or,
la discipline est si forte dans l'armée russe
que personne n'oserait éveiller son chef ni
faire prendre les armes sans i;on ordre. Les
débris du corps de Ney côlo5èrent donc à une
lieue le camp de l'hetman sans être attaf(lléS.
On ne vil les Cosaques de Platow que le lendemain.
Le maréchal ey marcha durant trois jours
en comballant sans cesse le long des bords
sinueux du Dniéper qui devaient le conduire
à Orscha, et le 20 il aperçut enfin celle ville
où il espérait trouver !'Empereur el l'armée;
mais il est encore séparé d'Orscha par une
vaste plaine, occupée par un corps nombreux
d'infanterie ennemie, qui s'a,·ance sur lui
pendant que les Cosaques se prép:irent à l'attaquer par derrière. Prenant une bonne po$iLion défensive, il ~nvoie successivement plusieurs ofticiers pour s'assurer que les Français
occupent encore Orscha, sans quoi il eût été
impossible de continuer la résistance. Un des
officiers alleint Orscha, où le quartier général
se trouvait encore. En apprenant le retour du
marochal ey, !'Empereur manifesta une joie
des plus vives, et pour le dégager de la situation périlleuse où il se trouvait, il envoya
au-devant de lui le prince Eugène et le maréchal Mortier, qui repoussèrent les ennemis et
ramenèrent à Orscha le maréchal Ney avec ce
qui restait des braves placés sous ses ordres.
Celte retraite fil le plus grand honneur au
maréchal Ney.
Le lendemain, l'Empereur continua sa retraite par h:okanow, Toloczin et Bohr, où il
trouva les troupes du maréchal Victor arri\'ées depuis peu d'Allemagne et entra en comnmnicalion avec le 2e corps, dont Saint-Cyr
, enail de rendre le commandement au maréchal Oudinot.

rives de la Dilna. La cavalerie légère couvrait
le cantonnements, el, ainsi que je l'ai déjà
dit, la brigade Castex, à laquelle mon régiment était attaché, fut placée à Louchonski,
sur la petite rivière de la Polota, d'où nous
étions à même de surveiller les grandes routes
venant de Sébej et de Newel.
L'armée de Wittgenstein, après sa défaite,
s'était retirée en arrière de ces villes, de orle
qu'il existait entre le Russes et les Français
un espace de plus de vingt-cinq lieues, non
occupé à poste fue, mais où chacun des deux
partis envoyait des reconnaissances de cavalerie, ce qui donnait lieu à de petits c_ombats
peu importants. Du reste, comme les environs
de Polotsk étaient suffisamment garnis de
fourrages et de grains encore sur pied, et
quïl était facile de comprendre que nous y
ferions un loog séjour, les soldats français se
mirent à fauche.r el à uallre les blés, ciu'on
écrasait ensuite dans de petits moulins à Lras,
dont chaque maison de pa)'San est garnie.
Ce travail me paraissant trop lent, je fis
réparer à grand'peine deux moulins à eau
situés sur la Polota, auprès de Louchom;ki,
et dès ce moment le pain fut assuré pour mon
régiment. Quant à la viande, les bois voisins
étaient remplis Je bétail abandonné; mais
comme il fallait y faire une traque chaque
jour pour aroir la provision, je résolus d'imiter ce que j'arais vu pratiquer à l'armée de
Portugal el de former un traupeau régimentaire.
En peu de temps, je parvins à réunir
7 à 800 bêtes à cornes, que je con.fiai à la

CHAPIT~ EXV
Situation .rlu 2• l'OJ'p!'. - Dt!moralisalion des Dararois.
}li· ion auprès tlo colonel Lubco~ki.

Comme il est important d'indi41ucr h•s
cause qui avaient rliuni le 2• corps au surplus de l'armée dont il s'était séparé dès le
commencemenL de la campagne, je dois reprendre l'abrégé de son historique depuis le
mois d'août, lorsy:ue, après a I oir battu les
[lusses devant Polotsk, lt~ maréchal Saint-Clr
fil établir auprès de celle place un immense
camp retranché gardé par une partie· 'de ses
troupes et distribuà le surplus sur les deux

LE COLO."EL DE )!ARBOT.

garde
quels
petits
peau,

de quelques chasseurs démontés, auxje . donnai Jes chevaux du pays, trop
pour entrer dans les rangs: Ce trouque j'augmentai par de fréquentes

excursions, exista plusieurs mois, ce qui me
permit de donner au régiment de la viande à
disc1'él1on et entretenait la bonne santé de
ma troupe, qui me sut gré des soins que je
prenais d'elle. J'étendis ma prévoyance sur
les chevaux, pour lèsq uels on ronstruisit de
grands hangars recouverts en paille et placés
derrière les baraques des soldats, de sorte
que notre bivouac étail presque aussi confortable qu'un camp établi en pleine paix. J.es
antres chefs de corps firent des étaulissemenls analogues, mais aucun ne Forma de
troupeaux : leurs soldats vivaient au jour le
jour.
Pendant que tous les régiments franc,:ais,
croates, suisses et portugais s'occupaient sans
relàche du soin d'améliorerleur situation, les
Ilararois seuls ne faisaient rien pour se soustraire à la misère et aux maladies !... En vain
le général comte de Wrède cherchait-il à les
stimuler en leur montrant :JVcc quelle aetirité
les soldnts français construi aient les baraques,
moissonnaient, ballaient le hlé, le transformaient en farine, bàtissaicnt des fours et faisaient du pain, les malbeureùx Bavarois,
totalement démoralisé' depuis qu'ils ne recevaient plus de distributions régulières, admiraient les travaux intelligents de nos troupes
sans essayer de les imitet; aussi mouraientils comme des mouches, et il n'en serait pas
resté un seul si le ruarécbal Saint-Cyr, sortant
momentanément de ,a nonchalance habituelle, n'eût engagé les colonels des autres
divisions à fournir quotidiennement du pain
aux Bavarois. La cavalerie légère, placde plus
avant dans les campagnes el près des forêts,
leur envoyait des vaches.
Cependant, ces Allemands, si mous lorsqu'il fallait travailler, étaient fort braves
devant l'ennemi; mais dès que le péril cessait, ils retombaient dans leur complète
apathie. La nor,talgie, ou maladie du pays,
s'emparait d'eux; ils se traînaient vers
Polotsk, et, gagnant les hôpitaux établis par
les soins de leur' chcîs, ils demandaient la
chamb1·e où l'on meurt, s'étendaient sur la
paille et ne se relevaient plus! Un très grand
nombre périrent de la sorte, et les choses en
vinrent au point que le général de Wrède se
vit oLligé de placer dans son fourgon les drapeaux de plusieurs bataillons qui n'araient
plus assez d'hommes pour les garder. Cependant, on était :iu mois de septembre, le froid
ne se faisait pas encore sentir; le temps était,
au contraire, fort doux; aussi les autres
troupes étaient en hon état et vécurent gaiement en attendant les événements futurs.
Les cal'aliers de mon régiment se faisaient
surtout remarq11er par leur bonne santé, ce
que j'al!ribnais_ d'abord à la quantité de pain
et de viande que je leur donnais, et surloul à
l'eau-de-vie que j'étais parvenu à me procurer
en abondance, par suile d'une convention
conclue avec les Jésuites de Polorsk. Ces bons
Pères, tous Français, avaient à Louchonski
une grande ferme dans laquelle ~e trouvait
une distillerie d'eau-de-vie de grain; mais, à
l'approche de la guerre, les ouvriers s'étant
enfuis vers le monastère en y apportant le

�ms TO'J{1A
alambics et tous les n ten,iles, la fabrication
avait cessé, ce qui privait les reli 0 ieux d'une
partie de leur revenu. Cependant, l'agglomération de l'armée autour de la ville avait rendu
les alcools si rares el si chers, que les c:inliniers faisaient plusieurs jours de marche pour
aller en chercher jus1p1'à Wilna. li me ,·iot
donc en pensée de faire avec les Jésuites un
trailé par lequel je devais protéger leurs distillateurs, faire ramasser et ballre par mes
oldat le blé nécessaire, à condition que mon
régiment aurait chaque jour une partie de
l'eau-de-vie qui en proviendrait. la proposition apnl été acceptée, les moines eurent de
grands bénéfices en faisant vendre de l'alcool
au camp, et j'eus l'immense avantage d'en
faire di tribuer trois foi par jour à mes oldats, qui depuis qu'ils avaient pas é le Niémen ne buvaient 11ue de l'eau.
Je .ais qu'au premier aspect ces détails
ont oiseux, mais je le rappelle avec plai ir
parce que les oins que je pri de mes
homme auvèrent la vie à beaucoup d'entre
eux el maintinrent l'effectif du 23• de cha seurs rorl au-des us de œlui des autre régiments de cavalerie du corps d'armée, ce qui
me l'alul de la part de l'Empcreur li.Il témoignage de atisfaction dont je parlerai plus
loin.
Parmi les précautions que
je pris, il en est encore deux
qui samèrenL la vie à beaucoup de mes ca,·aliers. La
première fut du les contraindre, dès le 1;i septembre, à
se munir tous d'une de ces
redingotes en peau de mouton avec toison qu'on trouvait
en quantité dans les habitat ions des villarres abandonnés.
Les olJats ont de grands
enfants, dont il faut prendre
soin pour ainsi dire malgré
eu . Les mien prétendirent
d'abord que ces grandes pelises étaient inutiles el surcbargeaient leur chevaux ; mais
dès le mois d'octobre ils les
placèrenL avec plai ir sou
leurs manteaux, el, lorsque les
grands froids furent venus, ils
me remercièrent de les avoir
forcés à les garder.
La seconde des pré&lt;·autions
que je crus devoir prendre fut
d'envo)·er sur les derrières de
l'armée tous les chas eurs démontés par le feu ennemi ou
dont les chevaux étaient morts
de fatigue. [o ordre du jour
du major général prescrivail
d'envoyert-0us ces hommes sur
Lepel, en Lithuanie, où ils
devaient recevoir des cheiaux
qu'on attendait de Varsovie. •
Je me préparais à exécuter -œt
ordre, l~rsque, ayant appris que le dépôt de
Lepel élalt encombré de cavaliers à pied, manquant de tout el n'ayant rien à faire, car il n'ar-

.M'Ë.JJf011(ES DU GÉN~AL BAJ?..ON DE MAR,BOT

ril1ait pas un seul cheval de remonte, je pris
sur moi d'envoyer tou· mes hommes démontés
directement à Varsovie, sous le commandement
du œpilaine Poitevin, qui avait été hles é. Je
savais très bieu que ce que je faisais était
contraire aux règlemeuts; mai~ dans une
armée i111111e11se, lransport,:c au i loin et
placée dans des conditions aussi extraordinaires, il était physiquement impossible que
l'état-major et l'admini tration pussenl pourvoir am: besoins des troupes. Tl fallait donc
qu'un chef de corps pi'll prendre bien des
choseS!iOU · sare~ponsabilité; aussi, le général
Castex, qui ne pouvait me donner une autorisation officielle, m'ay:int promis de fermer
les eux sur ce qui se passait, je continuai à
agir de la sorte tant 11ue cela fut possihle, si
bien qu'inseosililement le nombre de chaseurs démontés cnvoiés par moi à Yar ·ovie
s'éleva à 250.
Après la campagne, je le rclrou,•ai sur
la \'istule, tous babillés de neuf, bien équipé
el ayant d'excellents cbe,•anx, cc qui fut un
très bon renfort pour le régiment.
Les homme démontés appartenant à d'auIres corps et réunis à Lepcl, au nombre de plus
de 9 000, ayant été surpris par la .-rrande
retraire des troupes revenant de Moscou, Cu-

lomne sur Varsovie, dont le dépôt de remonte
avait beaucoup de chevaux et manquait de
cavaliers.
Je pa sai à Louchonski un arand moi dans
le repos, ce qui a ,,ança la i;uéri on de la ble. sure que j'avais reçue en juillet à f:lkouhowo.
Nous étions bien, dan. cc camp, sous le rapport matériel, mais fort ÎntJUiets de ce qui se
passaiL vers Moscou, et n'avions que très rarement des nouvelles de France. Je reçus enfin
nne lettre, par laquelle ma chère Angélique
m'annonçait qu'elle venait de donner le jour
à un garçon. Ma joie, quoique bien vive, fut
mèlée de tristes e, rar j'étais bien loin de ma
fomille, et sans prévoir tous les dangers auxquels je serais expo.é avant peu, je ne me
dissimulais pas que de grands ob. tacles 'oppo ·eraient à notre réunion.
Vers le milieu de septembre, le maréchal
Saint-Cyr me donna une mission fort délicate.
Elle avait un double but : d'abord, aller reconnaître ce que faisaient les ennemi dans
les environs de Newel, et revenir ensuite par
les rhes du lat Otéricbtch.i, afin de m'abou~
cher avec le comte Lubenski, le plus grand
seigneur du pays et l'un des rares Polonais
di posé à lonl entreprendre pour secouer le
joug des Russes. L'Empereur, qui, tout en
hésitant à proclamer le rétablissement de l'ancienne Pologne, voulait organiser en département• les parties déjà
conquises, avait éproU\é beaucoup de refu de la part des
eigneurs auxquels il s'était
proposé &lt;l'en confier l'admini tration i mais, d'après Jes a surances qui lui furent données
sur le patriotisme du comte
Lubenski, Sa Majesté venait de
le nommer préfet de Witepsk.
Cc seigneur -vivant retiré dans
1ine terre située au delà des
cercles occupé par les Français, il était diîficile de lui
faire parvenir sa nomination
et d'assurer son arrivée. i 'apo]éon avnit donc ordonné d'en"oyer un parti de cavalerie légère vers le corn te Lubensl..-i.
Cb.argé de remplir cette mision, avec trois cents hommes
de mon régiment, je choisis
les caYnliers le plus braves,
les mieux montés, el après
le avoir pourvus de pain, de
viandes cuites, d'eau--0e-vic
et de tout ce qui était nécessaire, je quittai, le 14 septembre, le camp de Louchonslî
où je lais ai la Lrigade Castex
et le surplus de nos escadrons. J'emmenai avec moi
Lorentz, qui devait me servir
XAPOUO:,..
d'interprète.
Tatleau Ill lltEISSOSIER.
La vie de parti an est périlleuse
et
très
fatigante,
Éviter les grande rourent presque tous faits pri onniers ou périrent
de froid ur le roules! li eî, t été cependant les, nous cacher le jour dans le~ forêts ans oser
, faire du fou, prendrt' dans un hame.,u de
si facilr de 1•,; dirign pendant l'élt; cl l'au...,, 8o

I'-"

,·irres et des Fourrages, que nous allions cooommcr à quelques lieues de là, afin de donner
1P. ch:IDgP aux e.Qpions ennemi$; marcher tonte

à noire arrivée dans cet antique et V:btc

la nuit, en se dirigeant quelquefois vers un
point différent de celui où l'on doiL aller; être
sans cesse sur le q11i-vil'e, telle fut la vie que
je menai lorsque, lancé a,·ec trois cen~ hommes eulement dans une contrée immense et
inconnue pour moi, je dus m'éloigner de
l'armée française el me rapprocher de celle
des Russes, d1mt je pouvais rencontrer de
nombreux détachemenls. Ma situation était
fo1t difficile; mais j'a, ais confiance dans ma
destinée, ainsi que dans la ,·aleur des cavalier dont j'étais sui,·i. J'a,.inçais donc ré olument, en côtoyant à deux ou trois lieues au
large la route qui, de Polotsk, se rend à
~ewd par Tomlschino, Krasnopoli et Petsch~ki.
Je oc vou ferai pas le récit détaillé des
éréoements peu ioléress:mts qui nous s~rvin~
reot; il vous uffira de sal'oir que, grâce aux
Loos a11is que nous donnaient les papans,
antagonistes déclarés des Russes, nous fîmes
le tour de la ville de ewel en évitant
tou les posle ennemis, el que, après huit
jour·, ou plutôt huit nuits de marche,
. nous parvînmes au lac Ozéritchtchi, sur lrs
les rives dUt1uel est situé le magnifique
chàteau qui appartenait alors au comte Lubenski.
Je n'oublierai jamais 1a cène qui se passa

pour célébrer l'anni,•crsaire de sa naissance Yers degrés qu'on me rendait, je les reçu
el se réjouir de la victoire remportée par avec toute la gravité dont j'étais capable, et
Napoléon à la Moskorn, lorsque de domes- je croyai la scène terminée, lorsque, sur un
tiques accourant annoncer que le chàteau est mot du comte, chacun se prosternant se
cerné par de soldais à cheval qui, aprè
mil en prière.
avoir placé des po tes et des sentinelles,
Entré au chàteau, je remis à M. Lubenski
pénétraient déjà. dans les cours, on pensa sa nomination de préfet de Wilepsk, revêtue
que c'était la police russe qui venait arrêter de la signature de l'empereur des français,
le maitre du logis. Celui-ci, homme des plus el lui demandai s'il acceptait: a Oui, s'écriacourageux, allendail avec c.1lme qu'on le « t-il avec force. el je suis prêt à vous
coodui it dao les prisons de Saint-Péters- « suivre!. .. » La comtesse montra le même
bourg, quand un de ses fils, que la curiosité enthousiasme, el il fut convenu que le comte,
avait porté à ouvrir une fenêtre, vient dire ; accompagné de son fils ruoé et de deux serl"~
,leur , partirait al"CC moi. J'accordai une
a Ces cavaliers parlenl franrais ! ))
. Â ces mots, le comte [,ubenski, suivi de heure pour faire les préparatifs du voyage,
sa nombreuse famille el d'une foule de seni- ll n'est pas besoin de dire qu'elle fut em•
teurs, ~e précipitant bor du château, les ployée à donner un bon souper à mon détaréunit .mr un immense péristyle, dont je chement, qui fut obligé de le manëer à chemontais alors les degrés, el, s'avançant vers v3J, tant je craignais d'ètre surpris. Les
moi les bras tendus, il s'écria d'un Ion tra- adieux faits, nous allàmes coucher à quatre
gique : a Sois le bienvenu, généreux Gaulois, lieues de là, dans une forêt où nous rcst:lmes
a qui apporte la liberté dans ma patrie si cachés louL le jour suivant. La nuit d'après,
a longtemps opprimée!. .. Yiens, que je le nous continuâmes notre marche; mai , pour
dépister les partis ennemis, qui auraient pu
&lt;1 presse sur mon cœur, guerrier du grand
u apoléon, libérateur de ln Pologne 1. .. 1&gt; être in truits de la pr&amp;ence d'on détacheNon seulement le comte m'embras a, mais il ment français dans ces parages, je me gardai
voulut que la comtesse, ses ûlles et ses fils bien de reprendre les chemins que j'a,•ais
fissent de même. Pui l"aumônier, le précep- suivi en renanl, et, passant par Lombrowka,
wino el Takarena, tantôt par des sentier ,
teurs, les instilulrices ,•inrcnl me baiser la

1

,·. -

HtSTORIA. -

Fasc. 3~.

manoir. La lune éclairait une irnperbe soirée
d'automne. La famille du L'omte était réunie

.... 81 ...

main, el toute la domesticité posa ses lèm~s
sur mon genou! ...
Ilien qne fort étonné des honneurs &lt;le di-

6

�msro~1A------------------------~
LantôL à lrarer· champ , je panin , nu boul
de cin([ jours, à Polot k. Je me félicit.'li d'autant plu d'avoir cban"é de roule en revenant, que j'appri plus tard, par des marchand· de Xt•wel, 11ue les Ru-. es avaient
envo1é un ré .. imenL de dragon el 600 Cosaques m 'allendre aux ,ources de la Oris a,
,·er · Kra. uopoli.
Aprè · a1oir rendu compte de ma mi sion
au maréchal ..;:iint-C)r cl lui avoir pribenlé
1. 1.ulien~ki, je rt•~agnai le l,il·ouac de Loucbon~ki, oi1 je retrourai le énéral Ca tex rt
la partie de mon ré!!imenl que j'y avai
1:IL ée.
lion expédition avait dur~ lrtiize jour.~.
pend::inl le. quels nou · avion éprouvé bien
de fatigues, quel11ues privation. ; mais je
ramenai mon monde en bon étal. Nou ·
n'a,·ions pa comhallu, car le petit group·s
d'ennemi· que nou :lfions aperçu· ·'étaient
tou enfuis en nou ,·oyant.
Le trajet que le comte Lul,en li avait fait
avec nou m'a1ail mis à milme de le juger
et de l'apprécier. C'était un homme fort
in lruit, capal,le, aimant son pay · par-desrns
tout, mai dont l'e altalion faus ait quelquefoi· le jug~menl lorsqu'il 'agi sait de
cboi ir lt mo1ens de recon Lituer la Pologne. 1 'éanmoin , i tous e comp:itriote
avaient part.a é son ardeur et eu cnt pris
le arme à l'arrhée de Fraoçai , fa Pologne eût prul-êlrc recouvré son indépendance en 1 12; mais, à peu d'exception
pr~s, ils restèrent tous dans la plus profonde
apathie.
En s'éloi"nanl de Pololsk, le comte alla
prendre po e ~ion de sa pré[eclure. li ne la
garda pas Jongtemp , car un moi s'était à
peine écoulé que l'armée française, après
a.voir quitté Moscou, traversait la province de
Witep k en effectuant sa retraite. Forcé, par
cc falal é,·éoement, d'abandonner sa préfecture et de se ou traire à la ven,,eance des
Ru.ses, le comte Luben ki se rétugîa dan
la Galicie, en Pologne autrichienne, où il
po sédail de trè "rand· bien . Il y ,·écut en
paix ju~qu'en 1 50, époque à laquelle il
re,·int dao la Polo ne rasse, !or-qu'elle prit
les armes contre le Czar. J'i,,nore qu'cUe a
été la de linée du comte Lul,efilki pendant
et aprè ce oul'vemenl. Plu~ieur de es
compatriotes m'ont assuré qu'il s'était de
nouveau retiré sur es lerr de Galicie.
C'était un grand patriote et un excellent·
homme.
Peu de jours apr'· · notre retour à Louchon ki, je fu grandement urpris en voyant
arri,'er de France un détachement de trente
cavalier~ de mon régiment. · Ils venaient de
Ions el avaient, par con, équenl, traver é la
Bel!.rique, le pro,inœs rhénane , toute l'Allemagne, une partie de la Pru se, de la Pologne,
et parcouru plu ' de 400 lieue ou le commandement d'un impie ous-orftcirr. Cependant, pa un homme n'était resté en arrière
el pas un cheval n'était hie é !...
Cela uffirait pour démontrer le ièle el le
bon e. prit dont le '!3• de chasseurs était
animé.
0

0

CHAPITR.E XVI
AutricLieus. - Défens.. de Polotsk. ,'lïllgen h•in pri-onnicr nous t•cha11pc. - ~on•

Défection d

..-eaux ümbat.,. - i:vacuation dt' la Tille. - I.e:
llanroi, nou aban,lonnrnt. - Jonction ,,ec 1&lt;?
curp! de Victor. - Le ni.rai· de Gb,,,r,.dié.

Ycrs le J2 octobre, le 2 corp d'armée,
11ui, depui le 1 août, vivniL dans l'abondance et la tranquillité à PoloLk cl dan les
emirons, dut se prépart•r à courir dt!recbef
la chance des comliat ·. Nous apprime que
l'amiral Tchitchakolî, ,·ommandant en chef
de l'armée ru e de Valachie, aprè · a,·oir
fait fa pai\ arec le Turc. par l'intcrmédatr'
des Anglai·, .e dirigeait ,·ers ~fohilew. afin
de se port •r ur Je. derrière de l'empereur
•'apoléon, qui, n'ayant pa encore quitté
. foscou, . e berçait toujour de l'e poir de
conclure un traité avec Alexandre. On 'étonnait que Je prince chwarzenlier", chargé
avec trente mille Autrichien , no alliés, de
surveiller le corps ru. se de Valachie, cùl
lai é pa ser TchitchakolT, mais le fait n'était
pas moin réel. , ·on ulement Jes Aulr1chien n'araicnt pa barré le chemin aux
Rus ·p,, ain i qu'ils le poU\·aient; mai·, au
lieu de le uirre en queue, il étaient r, lés
fort tranquille dans leur cantonnements
de Volhynie.
Napoléon a,·ait trop complt: ur la bonne
foi des mini ·tres et des généraux de son
beau-père l'empereur d'J.utriche, en leur
confiant le oin de couvrir l'aiJe droite de la
Grande-Armée. En vain le général de égur
cherche à pallier les torts du gouvernement
autrichien et du prince chwarzenherg, commandnnt de ,es armée ; il y eut trahison
flacrrnnte de leur part, et l'hi toire flétrira
leur conduite!
Pendant qu'à notre droite les Autrichiens
livraient pas age au corp rus e venant de
Turquie, le Pro, ien , dont on arait i jmprudemment formé notre aile gauche, se
préparaient à pactiser au i u·ec le. ennemi ,
el cela pre~que ounrtemenl, . an se cacher
du maréchal MacdoonJd, que !'Empereur
avait mi à I ur tète pour les maintenir dans
la fidélité. Dè que ce étranncr apprirenl
que l'occupation de Mosoou n'avait pn amené
la paix, il prévir~nt le. désastre de l'armée
françai e, et lou te leur haine contre nou e
réreilla. JI ne .e mirent point enC-Ore en
rébellion complète, mai le maréchal acdonald était Fort mal obéi, et les Prussien ,
cantonnés pr de Rina, pouvaient d'un moment à l'autre e réunir aux troupes russes
de \îillgen tein pour accabler le 2e corp
françai campé ous PoloLk.
On comprend combien la situation du maréchal aint-Cyr devenait difficile. EUe ne
put cependant l'émouvoir, el, touJOUr impassible, il donna a,·ec calme et clarté le ordre:;
pour une défense opiniâtre. Toule l'infanlerie
fut réunie dans la ville et le camp retranché :
plusieur pônt.s furent ajouté à ceux qui
unissaient déja les deux rives de la Düna.
On pl ça les malade. et le non-comballants
au vieux PoloŒk, ain i qu'à Ekimania, po te

rorti.fiés situés ur la rive gauche. Le maréchal, ne pensant pas avoir as ez de troup'.
poar di pater la plaine à \\itt en tein qui
venait de recevoir de très puis ants renfort
de aint-Péter-hourg, crut ne deYoir garder
que cinq escadron , et il en prit un dans
chaque régiment de cavalerie légère. Le urplus pas. a ~ur la rh·e oppo. ée.
Le 16 octobre, les édaireurs ennemis &lt;'
montrèrent devant Polotsk, dont l'a pcct dut
(eur paraitre bien chan,,é. tant à eau e de
!'immense camp retranché nouvellement étnLli que par les nombreu e fortifieation.
dont la plainr était couverte. La plus g-rande
et la plus forte était une redoute urnommre
la Baiw·oise. Tou ceux des malheureux
·oldat du général de Wrède qui avaient sur1·écu à la maladie du pay demandèrent à
défendre celle redoute, ce qu'il firent avec
beaucoup de ,-:,leur.
Le combat commcn~·a le 17 et dur11 toule
la journée, ans (JUe le maréchal ainl-C)r
pùt être forcé dan· a po ilion. Le général
Wittcren tcin, Curieux, attribuant cet échec il
ce que ,es officier· n'avaient p~s a sez reconnu le fort el le faihle de no ouvra"C.
dé[en ifs, ..-oulut le examiner lui-mème et
·'en approcha trè. coura eu emenl; mai cet
ncle de dévouement faillit lui coûter la vie,
car le commandant Curé! ·• l'un de· plus
bra,·c et de meilleur officier de l'armée
française, a ·ant aperçu le général rosse,
s'élance sur lui à la tète de l'escadron fourni
par le 20 de chas eurs, sabre une partie de
son escorte, et pous ant jusqu'à Wittgenstein,
auquel il met la pointe ur la i:ror"e, il le
force à rendre son épée l
Apr l'importante capture du général en
chef ennemi, le commandant Curély" aurait
dù se retirer promptement entre deux redoutes et conduire son pri oonier dans le
camp retranché; mais Curély était trop
ardent, et, voyant que l'e corle du "énéral
rus e revenait à la charge pour le déliHer
il crut l'honneur françai ennagé à ce qu'il
con enâl son pri onnier, maigri tou 1
eliorts des ennemis! ... Wittgen tein . e trouva
donc pendant quelques minutes au milieu
d'un groupe de combattants qui e di. pulaient a personne; mais le cheval de Curély
ayant été tué, plu ieur · de no cha cur
mirent pied 11 terre pour relever leur chef, et
Wittgenstein, profitant de la conra ·ion produite par cet événement, 'enruit au grand
galop, en ordonnant aux siens de le suivre! ...
Cet épi ode, hientôl connu de toute l'armée, donna lieu à une controverse des plu.
vive . Le un prétendaient que la modération dont Curély avait fait preuve en ne portant aucun coup au général Wittgen lcin
devait cesser du moment où l · R~ses, re,·enus au combat, étaient sur le point de déliner leur général, et ils soutenaient que
Curély aar.tit dû lai pas er alor son abre
au travers du corp . Mais d'autres di.aienl •
que, du moment où Curély avait reçu le
général ennemi à merci, il n'avait plu le
droit de le tuer. 11 p •ut y uoir du ,·rai dans
ce dernier rai onnement; cependant, pour

�'--------------------111ST0-1{1A
qu'il fût complèLement exact, il faudrait qur,
à l'exemple des anciens chevalier~, le général
Wittgenstein se fùt constitué prisonnier,
secoµ1·u on non secouru; mais il parait qu'il
n'avait pas pris cet engagement, ou bien qu'il
y manqua, puisqu'il s'évada Jè_ qu'il en vil
la po~sibililé. En avait-il le droit? C'esL une
question très difficile à résoudre. li en est
de même de celle relative au droil qu'aurait
eu Curéli· de tuer Wiugenstein pendant qu"on
cherchait à le reprendre. Quoi qu'il en soit,
lorsque, plus lard, on présenta le commandant Curély à !'Empereur, pendant le passage
de la Bérésina, où le général Witlgenslcin
nous fit éprouver de si grandes pertes, Napoléon dit au chef d'eseadrons : a Ce malheur
&lt;&lt; ne fùt proltablement pas arrivé si, usant
a de votre droit, vous eussiez tué WittgPn« stein sur le champ de bataille de Polol~k,
« au moment où les Russes cherchaient à
&lt;&lt; l'arracher de rns mains.... » Malgré ce
reproche, mérité ou non, Curély devint colonel peu de temps après et oCûcier géneral
en i814.
Mais revenons à Polot.k, dont les ennemis,
repous~és le f 7 octobre, renou\'elèrent l'attaque le f8, avec des forces tellement supéri1mres que, après avoir éprou,·é des pertes
immenses, Wittgenstein s'empara du camp
retranché. Mais Saint-Cyr, se mettant à la
tête des divisions Legrand et Maison, l'en
cha sa à coup de baïonnettes. Srpt fois les
Russes rPvi11rent avec acharnement à la
charge, et sept fois les Français et les Croates
les r.-poussèrent, et restèrent enfin maitres
de toutes les positions.
Le maréchal Saint-Cyr, quoique blessé,
n'en continua pas moins à diriger les troupes.
es efforts furent couronnés d'un plein succès, car les ennemis, abandonnant le champ
de bataille, se retirèrent dans la forêt voisine. t&gt;0,000 Russes venaient d'ètre battus
par 15,0U0 hommes. La joie régnait dans le
camp français. Mais le i 9 au matin, on apprit que le général teingbel, à la tête de
i4,0UO Busses, venait de traversi:r la Düna
devant Disna et remontait la rive gauche pour
tourner Polotsk, s'emparer des ponts et enfermi,r l'armée de Saint-C)'r entre les trnupes
qu'il amenait et celles de Wittgenstein. En
effet, on vil bientôt l'avant-garde de Sleinghel
paraître devant NaLcha, se dirigeant vers Ekimania, où se trom·aient la division de cuirassiers et les régiments de cavalerie légère dont
le marét:hal n'avait gardé qu'un escadron à
Polotsk.
En un clin d'œil, nous fûmes tous à cheval
el repoussâmes les ennemis, qui auraient cependant 6ni par prendre le dessus, car il
leur arriva.il de puissants renforts, et nous
n'avions pas d'infanterie, lorsque le maréchal
Saint.Cyr en envoya trois régiments, détachés
des divisions qui gardaient Polotsk. Dès lors,
Steinghel. qni n'a1ait plus que quelques efforts à faire pour arrirer aux ponts, s'arrêta
toul court, tandis que sur L'autre rive WiLLg_en tein gardait au~si l'immobilüé. U semhl:ùt que les deux généraux rosses, après
avoir combiné un plan d'attaque très bien

conçu, n'osaient en achever l'exécution, chacun d'eux s'en reposant sur l'autre du soin
de vaincre les Français.
Cependant la position de ces derniers de,enait horriblement crilique, car, sur la rive
droite, ils étaient acculés par l'armée de Willgenstein, triple de la leur, contre une ville
enlièremenL construite en bois et une rivière
considérable, n'ayant d'autre moyen de retraile que les ponts, dont le troupes de Sleinghel menaçaient de s'emparer par la riYe
gauche.
Tous les généraux pressent alors Saint-Cyr
d'ordonner l'évacuation de Polotsk; mais il
veut ~agner la nuit, parce qu'il sent que les
50,000 Russes placés devant lui n'attendent
que ~on premier mouvement réLrograde pour
s'élancer sur son armée affaiblie et porter le
désordre dans ses rangs. Il re La donc immo·
bile, et, profitant de l'inconcevable inaction
des généraux ennemis, il allendit le coucher
du soleil, dont heureusement le moment fut
avancé par t1n brouillard fort épais, qui déroba les trois armées à la vue les unes des
autres. Le maréchal saisit cel instant favorable pour exécuter sa retraite.
Déjà sa nombreuse artillerie et quelques
escadrons restés sur la rive droite avaient
traversé les ponts en silence, et l'infanlerie
allait suivre en dérobant sa marche à l'ennemi, lorsque, sur le point de partir, les soldats de la division Legrand, ne voulant pas
abandonner aux Russes leurs baraq!}es intactes, y mirent le feu. Les deux antres divisions, pensant que c'était un signal convenu,
firenl de même, el en un instant Lou te la
ligne fut embrasée. Cet immense incendie
ayant annoncé aux !lusses notre mouvement
rélro~rade, toutes leurs batteries éclalèr~nt,
et leurs obus mirent le fou aux- faubourgs
ainsi qu'à la ville, sur laquelle leurs colonnes
se précipiLèrent. Mais les Français, et principalement la division Maison, la défendirent
pied à pied, car, à la lueur de l'incendie, on
se voyait comme en plein jour.
Pololsk brûla complètement : les perles
des deux partis forent considérables; néanmoins la retraite de nos troupes s'effectua
avec ordre : on emmena nos blessés transportables; les autres, ainsi 'Jll'un grand nombre de Russe~, périrent dans les flammes.
li paraît que le désaccord le plus complet
régnail entre 1es chefs de l'armée ennemie,
car pendant celle nuit de combat Steinghel
resta fort tranquille dans son camp et ne seconda pas plus l'allaque de Wittgenstein que
celui-rj n·a~·ait secondé la sienne le jour précédent 1 • Ce fut seulement quand Saint-Cyr,
après aioir évacué la place, se fut mis hors
des alleinLes de Wiugen Lein, en bnilant les
pools de la Düna, que Steinghel commença le
20 au matin à prendre des dispositions pour
nons auaquer; mais les troupes françaises
étant alors toutes réunies sur la rive gauche,
1. Si nous en croyons les M6moire:: de Tchilchakolî,
le foneslc dé~accord qui régnait trop souvcnl parmi
les liculenauts de Napoléon exi~uit egnlemenl JJarmi
ceu1 il"Alc.xaodrc. C'est à ce désaccord que les dëbris
de la Grande Armée auraient d1l en partie leur rnlul
fors du ~&lt;age de la Béré,ina. t Note de l'éditeur. )

Saint-Cyr les porta contre Steinghel, qui fut
culbuté avec perte de plus de 2,000 hommes
tués ou pris.
Dans ces rudes engagements de quatre
jours et une nuit, les ['\usrns eurent six généraux et 10,000 hommes tués ou blessés.
La perte des français et de leurs alliés ne fut
'Jlle de 5,000 hommes hors de combat, différence énorme, qu'il faut attribuer à la supériorilé du feu de nos troupes, surtout à
celui de l'artillerie. Mais l'avantage que nous
avions eu sous le rapporl des perles était en
partie compensé, car les blessures que le maréchal Saint.Cyr avaiL reçues allaient pril'er
l'armée du cht:f en qui elle a,·ait une entière
confiance. li fallail le remplacer. Le comte
de Wrède, alléguant son rang de général en
chef des corps bavarois, prétendit aYoir le
commandement sur les "énéraux de dfrision
français; mais ceux-ci rtafusant d'obéir à un
étranger, le maréchal Saint-Cyr, quoique très
soulfrant, consentit à garder quelque Lemps
encore la direction des deux corps d'armée
et ordonna la retraite vers Quia, aûn de
se rapprocher de Smoliany et de couvrir
ainsi le flanc de la route d'Orscha à BorisolT, par laquelle !'Empereur re,·enait de
Moscou.
Cette retraite fut si bien ordonnée, que
Wittgenstein el Steinghel, qni, après avoir
réparé les ponts de la Düna, nous suivaient
en queue avec 50,000 hommes, n'osèrent
nous attaquer, bien que nous n'eussions que
12,000 combattants, et ils n'avancèrent qne
de quinze lieues en huit jours. Quant au
comte de Wrède, dont l'orgueil blessé ne voulait plus se plier à l'obéissance, il marchait à
volonté avec un millier de Davarois qui lui
restaient et une brigade de cavalerie française qu'il aYait emmenée par subterfuge, en
disant au général Corbineau qu'il en a,·ait
reçn l'ordre, ce qui n'était pas l La présomption du comte de Wrède ne tarda pas à êt re
punie; il fut attaqué et battu par une division
russe. Il se retira alors sans autorisation sur
Wilna, d'où il gagna le Niémen. La brigade
Corùinem, refusant de le suivre, reviol joindre l'armée française, pour laquelle son retour fut un grand bonheur, ainsi que vons le
verrl'z lorsque je parlerai du passage de la
Bérésina.
Cependant, par ordre de !"Empereur, le
maréchal Victor, duc de Bellone, à la tête du
9~ corps d'armée fort de 25,000 hommes de
troupes, dont la moitié app:irtenait à la Confédération du Rhin, accourait de Smolensk
pour se jôindre à Saint-Cyr et rejeter Wittgenstein au delà de la Diina. Ce projet eù t
certainement été sufri d'un prompt effet, si
Saint-Cyr eftt eu le commandement supérieur:
mais Victor étant le plus ancien des deux maréchaux, Saint.Cyr ne voulut pas senir sous
ses ordres, et, la veille de leur réunion, qui
eut lieu le 5 l octobre devant moliany, il déclara ne pouvoir continuer la campagne, remit la direction du 2e corps au général Legrand el s'éloigna pour retourner en France .
Saint-Cyr ful regretté des troupes, qui, tout
en n'aimant pas sa personne, rendaient jus-

.MiJMOTJfES DU G'ÉNÉ'R.JU. "BA~ON DE Jff'A'l("BOT

Lice à son courage et à ses rares talents mili- préparait à bivouaquer en ce lieu!... Le
soldats. Ainsi remis d'une des plus vives
taires.
nombre des feux augmentait sans cesse· la alarmes qne j'aie jamais éprouvées J·e reaaIl n? manquait à Saint-Cyr, pour être un plaine ainsi que les cotearrx en furent bie~tôt
0
'
gna1. Zapo lé.
chef d armée complet, que d'avoir moins
d'égoïsme el de sa,·oir gagner l'attachement
des soldat~ et des officiers en s'occupant de
leurs besoms : mais il n'y a pas d"homme
sans défaut.
Le maréchal Victor avait à peine réuni sous
son commandement les 2• et 9• corps d'armée, que la fortune lui offrit l'occasion de
remporter une victoire éclatante. En effet
Wittgenslein, ignorant cette jonction et s;
fiant à sa supériorité, viol attaquer nos postes
en s'adossant imprudemment à des défilés
très diîllciles, Il ne fallait qu'un effort simultané des deux corps poar le détruire, car nos
troupes, maintenant aussi nombreuses que
les siennes, étaienl animées du meilleur esprit et désiraient vivement le combat; mais
V1clorr se méfiant sans doute de lui-même ,
sur un terrain c1u'il voyail pour la première
f~is, profita de Ja nuit pour se retirer, gagna
S1enno et cantonna les deux corps d'armé\!
dans les environs. Les Russes s'éloiauèreut
aussi, en laissant seulement quelque; Cosaques pour nous observer. Cet état de choses
qui dura toute la première quinzaine de no~
rembre, fut très favorable à nos troupes, car
elles vécurent largement, la contrée offrant
LA RETR.\ITE. - D'après 1111e lilhog,·aphie anonyme. (Cabinet des Estampes .)
beaucoup de ressources.
Le 25• de chasseurs, posLé à Zapolé, couvrait un des llancs des deux corps réunis, couvert~ et ofiraient l'aspect d'un camp de
CHAPITR,E XVII
lorsque le maréchal Victor, informé qu'une 50,000 hommes, au centre duquel je me
nombreuse armée ennemie se trouvait à Vo- trouvais avec moins de 700 cavaliers! .... La Ou~inot. nous rejoinl el se sépare de ''ictor. - Grave
nisokoï-Ghorodié, prescrivit au généra·l Castex partie n"était pas égale; mais comment éviter
s1tu~llon de l'llrm~e. - Abandon et reprise de
Bomolf. - Incond1e du pool de la Ilérésioa. de faire reconnaître ce point par un des rérr-i- le péril qui nous menaçait? Il n'y avait qu'un
'.'fous faisons un immense butin â Ilorisolf.
menls de sa brigade. C'ét.ail au mien à
seul m_oyen, c'était de nous lancer au galop
cher. Nous parûmes à la tombée du jour et et en ~1lcnce par la digue principale que nous
Au boul de quelques jours, il m'écbut une
arrhàmes sans encombre à Ghorodié Yillarre occup1ons, de fondre sur les ennemis surpris nouvelle mission, dans laquelle nous n'eûmes
situé dans un bas-fond, sur un très vas~e par cette allaque -imprévue, de nous ouvrir plus à braver les feux follets, mais bien ceux
marais desséché. Toul y était fort tranquille, un passage le ~abre à la maiu, el, une fois des mousquetons des dragons russes. Un jour
et les paysans que je fis interroger par Lo- éloignés de la clarté des feux du camp, l'obs- que le général .Castex s'éLait rendu à ienno,
rentz n'avaient pas vu un soldat russe depuis curité nous permettrait de nous retirer sans auprès du maréchal Victor, et que, le 24e de
un mois. Je me mis donc en disposition de être poursuivis!. .. Ce plan bien arrêté, j'en- chasseurs étant en expéJition, mon régiment
revenir à Zapolé, mais le retour ne ful pas voie des ofLiciers tout le long de la colonne se trouvait à Zapolé, je vois arriver deux
aussi calme que l'avait élé notre marche en pour en prévenir la tronpe, certain que cha- paysans et reconnais dans l'un M. de Bouravant.
cun approuverait mon projet et me suivrait going, capitaine aide de camp d'Oudinot. Ce
Bien qu'il n'y eùt pas de brouillard, la avec résolution !... J'avouerai néanmoins que maréchal, qui s'était rendu à Wilna après
nuit tllait fort obscure; je craignais d'égarer je n'étais pas sans inquiétude, car l'in[an- avoir été blessé à Polotsk, le f 8 août, ayant
le régiment sur les nombreuses digues des lerie ennemie pouvait prendre les armes au appris que Saint-Cyr, blessé à son tour le
marais que je devais lraverser de nouveau. premier cri d'un factionnaire et me tuer 1.8 octobre, venait de quiller l"armée, avait
Je pris donc pour guide celui des habitants beaucoup de monde pendant que mon régi- résolu de rejoindre Lo 2e corps et d'en rede Gh.orodié ,yui m'avait paru le moins stupide. ment défilerait devant elle.
prendre le commandement.
,1a colonne cheminait en très bon ordre
J'étais dans ces anxiétés, lorsque le paysan
Oudinot, sachant que ses troupes étaient
~epuis ~ne demi-heure, lorsque tout à coup qui nous guidait part d'un grand éclat de dans les environs de Sienno, se diriaeait vers
J aperçois des feux de bivouac sur les collines rire, et Lorentz en fail autant .... En vain je celle ville, lorsque, arrivé à Ras;a, il fut
qui dominent les marais!... J'arrête ma que,tionne celui-ci, il 1·il toujours, et, ne prévenu, par un prêtre polonais, qu'un parti
troupe et fais dire à l'avant-garde d'emoyer sachant pas ass&lt;&gt;z Lien le français pour expli- de dragons russes et de Cosaques rôdait
en reconnaissance deux sous-officiers intelli- quer le cas extraordinaire qui se présentait, auprès de là; mais comme le maréchal apprit
gents qui devront observer, en lâchant de il me montre son manteau, sur lequel Yenait en même temps qu'il y avait de la cavalerie
n'ètre pas aperçus. Ces hommes reviennent de se poser un des nombreux/ eux follets que française à Zapolé, il résolut d'écrire au comprompLemenl me dire qu'un corps très nom- nous avions pris pour des feux de bivouac.... mandant de ce poste pour lui demander une
breux nous barre le passage, tandis qu'un Ce phénomène était produit par les émana- forte escorte et expédia sa lei tre par M. de
autre s'établit sur nos derrières! Je tourne la tions des marais, condensées par une petite
Bourgoing, qui, pour plus de sû.reté, se détête, et, voyant des milliers de feux entre gelée, après une journée d'automne dont le guisa en paysan. Bien lui en prit, car à peine
moi et Ghorodié que je venais de quitter, il soleil avait été très chaud. En peu de temps, était-il à une lieue qu'il !ut rencontré par un
me parut évident que j'avais donné sans le tout le régiment fut couvert de ces feux, gros
fort détachement de cavaliers ennemis qui, le
savoir au milieu d'un corps d'armée qui se comme des œufs, ce qui amusa beaucoup les prenant pour uu habitant de la contrée, ne

m;r-

�1l1STO'J{1.Jl
firenl pas attention à lui, Peu de moments
après, M. de Bourgoing, enlendant plnsieurs
coups de feu, pressa sa marche et parvint à
Zapolé.
Dès qu'il m'eut informé de la position
critique dans laquelle se trouvait le maréchal,
je parti au trot, avec tout mon régîment,
pour lui porter un prompt secours. li était

temps que nous arrivassions, car, bien que le
maréchal se fOt barricadé dans une maison
en pierre où, ayant réuni à ses aides de camp
une douzaine de soldats français qui rejoignaient l'année, il se défendait vaillamment,
il allait néanmoins être forcé par les dragons
russes, lorsque nous apparùmes. En nous
VO)'ant, les ennemis remontèrent à cheval et

prirent la fuite. Mes cavaliers les poursuivirent à outrance, en tuèrent une ,·ingtaine
el firent quelques prisonniers : j'eus deux
hommes blessés. Le maréchal Oudinot, heureux d·avoir échappé aux mains des Ru. ses,
nous exprima sa reconnaissance, et mon régiment l'escorta jusqu'à ce que, arri\"é dans les
cantonnements français, il fùt hors de danger.

(A suivre.)

GÉNÉRAL DE

LOUISE CHASTEAU

....

fi mes d'aulrefois

MARBOT.

XII

Souvenirs de reine
18 août 1572. - Le roi de 'avarre 1 ,
portant le deuil de 1a reine sa mère, vint à
la Cour, a,·compagné de huit cents gentilshommes, tous en deuil, et rut reçu du roi'
et de toute la Cour avec beaucoup d'honneurs;
et nos noces se firent peu de jour :iprès,
avec autant de triomphe et de magnificence
que de nul autre de ma qualité, le roi de
avarre et sa troupe y ayant laissé et changé
le deuil en hal&gt;its très riches el beaux, et
toute la Cour, parée comme ,·ous savez et le
saurez trop mieux représenter; moi, habillée
à la royale avec la couronne el le « couel D
d'hermine mouchetée qui se met au de,•ant
du corp , toute briUante de pierreries de la
couronne, et le grand manteau bleu à quatre
aunes de queue porté par Lrois prince ses;
les échafauds dressés à la coutume des noces
des filles de France, depui !'Évêché jusques
à otn-Dame, et parés de drap d'or; le
peuple s'étouffant en bas à regarder passer,
sur ces échafauds, les noces et toute la
Cour ....
24 ao!Îl. - ... Le roi Charles, qui était
très prudent, el qui avait été toujours très
obéis anl à la reine sa mère, et prince très
catholique, prit soudain résolution de se
joindre à la reine sa mère, el se conformer à
sa volonté, et garantir sa personne des huguenots par les catholiques. Et lors, allant
trouver la reine, emoya quérir U. de Guise
et tous les autres princes et capitaines catholiques, où fut pris ré.solution de faire, la
nuit même, le massacre de la lint-Bartbélemy.
Pour moi, l'on ne me disait rien de tout
ceci. Les huguenots me tenaient su pecte
parce que j'étais ca.tho~quc, et les catholiques
parce que j'avais épousé le roi de Navarre,
qui était huguenot. De sorte que personne ne
1. Le rutur llcru·i IY.
'.!. Charles IX .

m'en faait rien, ju qu.es au soir qu'étant au
coucher de la reine ma mère, assise sur un
coffre auprès de ma œur de Lorraine que je
rnyais fort triste, la reine ma mère, parlant
à quelcJlles-uns, m'aperçut et me dit que je
m'en allasse coucher. Comme je lui faisais
ma révérence, ma sœur me prend le bras el
m'arrête en se prenant fort à pleurer, et me
dit : &lt;&lt; Mon Dieu, ma sœur, n'y allez pas. ll
Ce qui m'effraya extrêmement.
La reine ma mère s'en aperçut, et appela
ma sœnr, et s'en courrouça fort à elle, lui
détendant de me rien dire. Elle me commanda
encore rudement que je m'en allas e coucher.
~la sœur, fondant en larme , me dit bonsoir,
sans m·oser dire autre chose; et moi, je m'en
vais toute transie, éperdue, sans me pouvoir
imaginer ce que j'anis à craindre. Soudain
que je fus en mon cabinet, je me mets à
prier Dieu qu'il lui plût me prendre en sa
protection, et qu'il me gardât, sans savoir de
quoi ni de qui.
Sur cela, le roi mon mari, qui s'était mis
au lit, me mande que je m'en allasse coucher; ce que je fis; et fut son lit entouré de
trente ou quarante huguenots qui! je ne connaissai point encore, car il y -arnil fort peu
de jours que j'étais mariée. Toute la nuit, ils
ne firent que parler de l'accident qui était
advenu à ~I. !'Amiral, se résolvant, d~s qu'il
ferail jour, à demander justice au roi de
M. de Guise, el que, si on ne la leur faisait,
ils se la feraient eux-mêmes. Moi, j'avais toujours dans le cœur les larmes de ma sœur,
el ne pou,·ais dormir pour l'appréhension
en quoi elle m'a\·ait mise, sans saYoir de
quoi.
La nuit se passa de cette façon sans fermer
J'œil. Au point du joru, le roi mon mari djt
qu'il roulait jouer à la paume, attendant que
le roi Charles serait éveillé, se résolvant soudain de. lui demander justice. Il sort de ma

al•

chambre el tous les gentilshommes aussi .
Moi, voyant qu'il était jour, estimant que le
danger que ma sœur m'avait dit fût passé,
vaincue da sommeil, je dis à ma nourrice
qu'elle fermàl ma porte pour pouvoir dormir
à mon aise.
Une heure après, comme j'étais plus endormie, voici un homme frappant des pied
et des mains à la porte, criant : &lt;c avarre !
'avarre 1 » Ma nourrice, pensant 11 ue ce fût
le roi mon mari, court vitemenl à la porte
et Lui ouvre. Ce fut un gentilhomme, nommé
~I. de Léran, qui avait un coup d'épée dans
le coude el un coup de hallebarde dans le
bras, et était encore pour uivi de quatre
archers, qui entrèrent tous après lui en ma
chambre. Lui, se voulant garantir, se jeta
sur mon lit. Moi, sentant cet homme qui me
tenait, je me jette à la ruelle, et lui aprè
moi, me tenant toujours au traYers du corps.
Je ne connaissais point œt homme, et ne
savais s'il venait là pour m'offenser, ou si le
archers en voulaient à lui ou à moi. Nous
criions tous deux et étions aussi ell'raJés l'un
que l'autre. Enfin, Dieu voulut que ~l. de
Nançay, capitaine des gardes, y vint, qui,
me trouvant en cet élat-là, encore qu'il l'
eùt de la compassion, ne se put tenir de rire;
el, se courrouçant fort aux archers de celle
indiscrétion, H les fit sortir, et me donna la
vie de ce p:m ne homme qui me tenait, lequel je fis coucher et panser en mon cabinet.
jusques à tant qu'il îùt du tout guéri. EL,
ayant changé de chemise, parce qu'il m'uait
toute couverte de saa", M. de Nançay me
conta ce qui se pnssait, el m'a ura que le
roi mon mari était dans la chambre du roi,
et qu'il n'aurait point de mal. ~e faisant
jeter un manteau de nuit sur moi, il m'emmena dans la chambre de ma sœur madame
de Lorraine, où j'arrivai plus morte qur
Yive ....
)lAnauEnnE nE FRA. -cE.

Pendant que ces événements se déroulaient
à Verthis, Martial se mourait d'ennui à Litnereuil, qu'il n'osait quitter sans un ordre
de la baronne. Lucette, au contraire, )' goûtait les prémices de l'amour en la compagnie
du chevalier de Saint-~Jarc. Chaque jour il la
venait voir sous un prétexte quelconque et,
chaque jour, ils se quillaient plus énamourés.
füdemoiseUe de Bois onagc, qui rêvait de les
marier, prêtait volontiers la main à ce jeu
innocent, qu'elle n'avait pas connu, mais qui
lui parais,ait un aimable spectacle, et elle se
gardait bien de l'entraver par de fâcheux
conseils ou une prudence exagérée. Et Lacelle, qui avait laissé à Verlhis sa confidente,
Julie des ]magnes, lui écrivait:
c

Cc 28 Je Jloréd de l'an VII.

,, Je t'ayais promis, ma Loule bonne, de te
mander sans retard ce que nous faisons ici et
je ne l'ai point encore fait! ... Pardonne-moi.
~fes journées sont si remplies et les plai~irs
.e multiplient si bien autour de moi, qu'ils
ne me laissent que rarement seule. Mais, aujourd'hui, il pleut, et c'e t une bonne oœasion pour m'enfermer dan ma chambre en
tête à tête avec toi, mon amie, et pour te
conter.... Mais, écoule. Tu pen es bien .que
c'est du sensible Florian que je vais te parler.... C'est toute une aventure. Et quelle
douce aYcnture!
i L'autre dimanche, celle bonne vieille de
Boissonage, qui ne .ait qu'inventer pour me
faire îète, imagina une partie de campagne
el une promenade en bateau ur la rivière.
n U y a,·ait là, outre les pensionnaires,
mon frère et moi, le marquis de Bellombre
et aint-Marc, quelques fille à marier et un
capitaine de grenadiers, nommé Chabrol,
arriYé de Paris la veille, ce qui, arec notre
bonne amie, faisait Lien douze per-onnes.
» Yraiment, Julie, il semblait que le ciel
~c fût mis en frais pour augmenter notre
plaisir. L'air était chaud comme en mes idor
et i pur, si transparent, que l'on eût di Liogué les moindre petites herbes du bord
de l'eau sur laqm•llti notre bar&lt;1ue gli saiL
très doucement. A peine les bateliers avaient
ils à toucher leurs avirons, car le courant
mîfisait à nou emporter. On a ri, on a jasé,
on a chanté. Le capitaine, surtout, nous a
raYies par sa belle humeur non moins que
par son brillant uniforme. n nous a dit

mille folies, a imité le général Bonaparte baran1n.tant les troupe , nous a parlé des modes
pari.siennes et des plaisirs de la capitale. Il
s'est même risqué à certaines anecdotes que
monsieur de Bellombre ra empêché d'achever
en lui disant : - Chut! ... chut! ... capitaine,
il y a là des per"onnes dn sexe!. ..
» Il ne s'ci;t pas troublé pour i peu el,
toujours bon enfant, en a été quille pour
changer de di cours.
r, Mais ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit,
mon amie. Parlons plutôt de Florian, de
l'lorian qui, as i près de moi, m'entretenait
le plus souvent à voix bas e, me disait que
le temps lui avait emblé bien long depuis
mon départ de Limereuil, et quelle joie il
avait de me revoir, et quelle peine il res entirait lorsqu'il me faudrait repartir. Cela, il
me l'a répété de cent façons diverses et toujours adorable . En même lemp , sa main
cherchait la mienne sous mon écharpe, se
doigt pressaient tendrement les miens .... El
moi!, __ quel trouble délicieux j'éprouvais à
l'entendre, surtout dans ce mystère d'un
tète-à-tête à la foi publie et caché!... n y
a là, ma bonne Julie, quelque chose de particulier que Je ne saurais exprimer, quoique
je le sente avec une grande vivacité.

» Oui, les paroles de Florian eussent
perdu tout leur attrait pour moi s'il les
avait dites à voix haute, encore qu'elles n'eu sent rien de répréhensible, n·e t-ce pas?.•. li les
murmurait à mon oreille, les chuchotait si
près de mon cou que je entais sur ma peau
la douce tiédeur de son haleine.
n Cependa.nt la compagnie s'égaiaÎt aux.
saillies du joyeux militaire. Et moi, j'écoutais
la musique de cette voix i doue&lt;'. Sa gràce
enchanteresse me jetait dans un trouble singulier, tout nouveau et si délicieux quc, par
instant , je ne laissai pas que de m'en inquiéter ...• Son bras s'approchait plus étroitement du mien. Sous mon écharpe, sa main
frôlait ma poitrine .... Une chaleur me venait
aux joues .... Alors, tout bas : &lt;&lt; Vous rouu gissez, Lucette? » disait-il. Et son regard
avait quelque malice. a Ah I que vou êtes
« jolie, ma chère!.._ Que ,·ous êlesjolie!. .. »
EL je voyais passer dans ses yeux une tlamme
dont je ne pouvais supporter l'édat.. .. Je
baissais mes paupières .... J'aurais souhaité
de m'abandonner dans ses bras et d'oublier
l'univers ....
D Cependant le moment de 1a collation
était venu. Le bateau aborda. Le un après
les autres, tous sautèrent sur la berge, ceux-

�-

fflSTO'J{1.J1

Jl.MES D'AUT1(EF01S

ci lé Lemenl, ct•u1-là avec maladrt:S e, témoin t.anl délicieux. La tlouce nature avait surpri ·
monsieur de Bcllombre qui manqua de tom- nolre ecret. Ce oou était une joui aoce de
ber dan · l'eau, ce qui serait arril'é si farlial plus que de la senlir mêlée à notre bonheur.
» Pourtant il fallait rernnir. aint-)Iarc
11e l'eùl retenu par les ha c1ue de son habit.
La comparrnie s'en égaya, mai le marq~is en reprit le aviron . ~ous remoolàme le couparul morlifié. llème, à re momenl, 11 re- rant. Xos 1eu1 rt nos soupirs parl:iienl en"ar&lt;la son nercu a\·cc mauvai e humeur. Je core. iXotre de Iin étaiL fixé.
11 On nous rrçut a,·ec force plai anterie
u1pris ce regard au pa. age. Florian ne le
remarqua point, forl occupé qu'il élail à ma- sur notre e.~c.apaclt&gt;. )lon frère semùlail innier le. rames que le batelier~, déjà à terre, quiet, monsieur de lld!ombre était gi·a,e, ma•
avaient abandonnée . Il n'y al'ait plus, dan. demoiselle de Buis ooage, follement gaie.
Elle nous regardait aYec complaisance, Flole Lateau, que Florian cl moi. Le· femme
s'activaient aux apprêts &lt;le la collation. ~Ion rian et moi, el parai. ait 11prouver de la joie
frère faisait eau H le capitaine. ~lom1cur de 11 me ,·oi1· un peu confuse.
•&gt; Allou, , dit-elle, peLil Yauricns, prelldlomùre contait à une des filles à mari •r
commcut el pourquoi il avait perdu l'éciui- nez place a11prè de nou et mangez de celle
librr. en sortant du bateau, cl il en accu ail bonne tarie. Voici volre part.. ..
» Elle nou tendit une portion de gàteau
la ùru _querie de balt&gt;lier,, l'humidité du
gazon, la fine se de ·a chaussure, tout, excepté cl ajouta malicieusement :
~ - Parlagez-la enlre yous --an couteau,
lui-même el .on :jge. On ne remarc1uait ni
:me
les doigts ou avec les denls.... Cela
l&lt;'lorian ni moi. Je uùpprêtai à quiller l'eml1.1rcation !or que le &lt;.hevalier fil faire volte- porte bonheur, dit-on.
t On rit.
face à l'emùarcaLion el nous voilà tous deux
11 Florian m'obligea de rompre le gilleau
seuls, clans celle barque, au mifü·u de la
:nec mes dents, ce que je fis. Puis il se saisit
rivière.
avec
arJcur clu morceau qui portail Ja trace
&gt;&gt; Florian criait en riant :
de ma bouche et, passionnément, le porta à
11 Adieu!... dieu l... ous parlon !
• El de la berge, tout le monde 'excla- ses lèvre .
» J'étais très rouge.
mait joyeu ement, sauf mon ieur de Bel&amp; Pendant ce temps, le capitaine Chabrol
lomùre, qui grondait en fai anl de grand
climLait
à pleins poumons :
geste . Moi, beureu-e, confuse, le cœur ballant, a gi e auprès de aiat-Yarc, je croyai
Femmé sen ible, cnlenJ--lu le rama"e
De ,. oi eaux qui célèbrent leur, feux?
faire un 1•1~rc délici ux.
Il fonl rc,lir,• à l'écho du riva~e :
» Nous nous regardions san parler. tan di
Le 11nntcmp ruil , ltiilcz-vou5 d"êtrc hc•Jl'cux.
que la barque filait, rapide, à pré ent. ...
» Mais, le ch!'l'alier el moi, nou ne pre» En un poiut où la rh·ière fait uu cou&lt;l1•
cl où la berge s'élhe en forme de bulle, nion point garde aux chan on du capitain&lt;'.
&gt;&gt; Mademoi elle de Foospe~ral I me cria
Florian jeta les aviron , laissa l'embarcation
'en aller au fil de l'eau et se rapprocha de la plu· malic1eu e des pen ·ionnaires, qui
s'appelle Béatrix de erlbeuil, (coulez Jonc
moi.
ce couplet.
1 t.:n frémissement courut dan tout mon
» El, 11 son tour, elle chanta :
êlre. Nous étions ~culs, trè loin de la ociété
el hor3 sa me. Alor mon bien-aimé inl'la nc1lle llltle :113rgucrile,
tJni tourhe i ~c1 qualre-vinglS an,,
Marc m'attira sur eon cœur, me prc a lon~e dit un jour : • l'aune 11elile,
g.uemrnl, me baisa le front, les &lt;:hel'eux, les
Craignez Il•. propos St;dui a11Ls.
joue , cul comme une bé itation et, passionlïllelh! doil fuir an 11lus ,ile
nément, &lt;:hercha ma bouche .... En 1'3.in, j'e Quanti 1111 licr;;cr lui fa1l la cour... •
- Ali I vieille Lanlé Mnrguerile,
sayai de me dérober .... Jufü,, je n·y réus is
\olb u·e11te11dci rien i r,roour l
point.
» Chacun npplaudil. Béatrix souriait arec
&gt;&gt; Je ,·ou aime, Lucelle, disait-il, je
vous aimr .... Ditr , m'aimez-rnus un peu? .. . malice en me regardant. J'éprourni un grand
1&gt;
n nuage pa a devant mes yeux .... J"é• embarra_. Mais Florian demeurait impa tais tour à tour brûlante el glacée .... J • n · siùle.
o On finit sur une ronde qui ·appelle la
pou,ai~ lui répondre. Ce fut mon émoi qui
a11s-Gè11e cl dont rnici quelt1ue couplets :
dit : « Oui ~, tandi · que a bouche était en•
core ur la mienne. li cul un suraul, parut
• GrJrc i ln moJ~
se rc sai ir el dit :
Uu n"a plu de cl.tc, c1.1\.
,\h ! qu' c'c,l coromrMfo,
» - \'ous penserez 11 moi, Lucellc'!.. .
Oo n'a plus d che.vcus !
\'ou · n'oublierez pa cet io ' tant?
tin dit qu' c'e. l miem !
1 Ah! ré_pondi -je, égarée, jamai., jamais je ne l'oublirai !... Je t'aime, moi aus~i,
Griice ü la moJ,·
tin n·a plus de cor,cl.
je t"aime !...
,\h ! qu' c'e l coromod~,
D Et je lui rendi · ses baisers,
Un n'a plus de cor,,et !
• Autour de nou , le ilence planait, doux
G'c I plutôt fait.
el grave. li emblaiL que l'univers fùt limité
r.rà,c i la rooJe
à celle n3ppc d'eau où 'irisait la lumière, à
On n'a qu·un 1·ètemcnt.
ce bois verdissant, à l'échancrure Lieue par
Ah ! •1u' r'c;l commo,le :
où, ur nos Lètes, se ré,·êlait le ciel. •ous
On 11·1 qu un l'èlcmrnl
lju· 1 lranspat1•11l !
étion- ,raiment seul- au monde en cet ins.., 8H ,..

1,râcé il la mo,l •
On n·a n en de end.,:.
Ah' qu' c'est coromn,IP !
On 11'1 rien de radié!
J"en suis fiché.

» La compagnié s'égaia encore, et monjeur de Bellombre, qui connaissait celle
rban on, fit observer qu· elle datait de troi
an au moins; qu'aujourd'hui le mode
élaienl moins libres, témoin, ajoula-t-il, la
tenue décente des jeunes beaut~· réunies en
ce lieu. Cc compliment suranné fil sourire
un peu: maL, par polite se, on acquie ça.
» Enfin, on se remiL en rouit', puis on se
sépara. La nuit d'après, je ne dormi guère.
Maintenant je suis dans une joie légère, con~lanlc et délicieuse. Ah l Julie, que i:'e I doux
d"aimrr!
» J'oubliai· de te dire que notre t!jour iri
.e continue par miracle. Pre que tous les
jour , mon frère reçoit une (cure de ma mère
1.: chargeant de commis~ion noU1·clles. De
telle sorle que larlial, au lieu de repartir
promptement, comme il a,ait été t·on\enu.
est forcé de séjourner. Cela ne laisse pas que
de nou intriguer un peu, ma mère n•a~a.nl
pas l'habitude de ces roul1iples achats el
n'aimant guère à e séparer de on fil pour
un aussi long temps.
_11 lia lettre s'allonge outre mesure. Il me
faut te quitter. Adieu, mon amie, adieu.
• LccETTE. »
Julie répondit à Lucelle :

« Moi, ma chère, je n'ai poinl d'amour' à
te conlcr, encore que G1prien de Palisse·, le
uiai que tu connai ' bien, continue de mn
pour uivre d • se œilladcs lan&lt;roureu ·es. Mais
il lui faut .'en teniT là, car il ne me plaiL &lt;'O
.iucunc manière. Ce qui ne ,euL pas dire, ma
honne, que je ne finirai point par l'épouser,
'il me demande. Car je m'ennuie tant ici
que tout me sera bon pour m'en orlir. Je
ne ui pa une rêl'eusc comme toi cl je préférerai de beaucoup un amant hardi à un
timide oupiranl.
u Oc plus, le mariage ne m'apparait guère
que comme un conlral, une manière d'as.ocialion où il n'e -t point nécessaire de mellr •
de la pa . ion. Amour el mariage, cela fait
deux. Même je ne comprends pa comment
on peul le concevoir dilféremmenl. liais,
pui que lu le voi aulre, il est probable que
le sen iùle Florian el Loi vou vou enlendct
pour vou marier tout de suilc. Allon , tant
mieux, si cela fait ta joie, ma tonie belle.
Mais hàLez-vou,. Que ignifient ce façon de
oupirer el de filer le parfait amour san fixer
un temps préei el proche oÎI ces fadeurs
prendront fin? Je le l'ai dit mille fois, Lucelle, Lu ne seras pas heureuse dans la vie
parce que lu y soupires trop. Moi j'y ,eux
rire et m'amuser en aimant, tant que durera
ma jeunes.e el dès que je pourrai m'échapper
de mon triste chez-moi. Je finirai bien par
m'en faire om·rir la porte, de gré ou de
force.
» Ponr l'instant, la ,·ie que je mène en

notre granJ château est peu gaie. Yademoi•
elle Charvin me gouverne, ou plutôt tâche
de me gouverner arec une rigueur plu
étroite. Pour me di traire d'elle el de son
méchant "i age, je n'ai d'autre re ource que
1~ bibliolhèque de mon père. Je la mel! au
ptllage, la11dis qu'il e t loin el pense aux
princes plutùl qu'à a fille.
D Je onge aussi quelquefoi comme 11 e't
fàcheux que Ion frère n'ait marqué aucun
goùL. pour moi. Peul-êLre l'aurais-je aimé,
car Je le troure beau malgré a froideur
constante à mon en&lt;lroiL. Je crois que je lui
aurais fait la ,·ie plus heureuse que la petite
huguenote dont il e t féru. Et, à ce propos,
il faut que je te dise, ma chère, que la fille
et le père out quitté Verlbi ,·oilà Lien une
emaine. Ton fr'•re le saiL-il? 'il l'ianore
ne
0
'
te charrre point de lui en apporter la nou,·elle. Xous devons toujours réserver à d'autre. qn'à nou -même les ràcheuses commis. ions . .Après loul, qu'il s'en arranae comme
il pourra. Quand on esl a:; ·ez îorL r:ur 'attacher à une fille de celle sorte, il faut s'attendre
à demeurer Gros-Jean.
1&gt; A.dieu. Je te ouhaite mille bonheurs
avec ton Florian. En retour, désire-moi d'en
trouver quelques-an , je ne sais quand, je ne
sais où, aYec je ne sai qui. »

Xlll
Un matin, à Limereuil, le courrier apportait à lfartial une brè\'e mi sive de a mère.
La baronne lui fai ait savoir que Dumarou
viendrait quérir le frère el la sœur deux
jour.; plus lard pour les ramener à Fon pcyrat.
lieu.roux, lfarlial soupira ,·iolemmenl, car
on cœur se dilatait dans la joie. Le }eux de
Lurette s'emùrumèrenl el son frai visage
pàliL un peu. Mademoi elle de Il"&gt;i ·sooage
éleva ses bras vers le ciel et s'exclama, tandi
que le,; coque agitée- de son bonnet tremùlaient pour marquer sa doulourcu e urpri.e.
Le familiers de La mai on furent au plus
vite informé de ce départ subit. M. de Bellombre s'empressa de venir présenter ses
condoléances, ainsi que le mélancolique Florian. En quittant Lu.celle, M. de Bellombre
·ollicita 111. permis ion de la baiser au fronL
Elle y consentit avec grâce et implicilé, heurcu e de plaire au « bon oncle D de celui
qu"elle aimait. Et le marquis a1ant accentué
et prolongé ce baiser d'adit'u, elle en augura
toute orle de bien pour son avenir de
11 nièce».
Le lendemain, les voyageur , penchés aux
portières de la berline, aperçurent le clocher
de Verthis qui dominait le vallon.
- Je descend ici, dit Martial, et je prendrai par la lra \'erse. ~ous nous retrouverons
à Foospeyral, ma sœu.r, et peut-être y serai-je
avant vous.
Lucelle n'eut pa le lemp de répondre. 11
autait à terre et s'éloignait.
Maintenant, libre et seul, il suivait d'un
pa~ allè!!re le raidillon qui, se détachant de la

grand'route, monte à Yntbis en conlou.roanl
le anciens remparts el le vieux cimetière.
Alor il aperçut la maison de Katcrine.

, . lJieu. Jt lt soulu/J~ 111illt t,onhturs avec ton Vic&gt;•
rta.n. En retour, Jésfrt-moi d'en 1ro111•er ~uel9uts•
rms, Jt 11e .sai:. 1uanJ, Jt nt s.:iis 011 , .:ivtc Jt ne
.,ais qui. • (Page lly.)

' on cœur battait forl. li vil toutes le
fenêtre a"euglées sous leurs contrevents el
une angoisse l'étreignit. li prit un enlier
parallèle au. jardin el re!!arda par-dessu la
haie. De ce côté aus i, tout était clos el muet.
l'n désordre inaceoulumé se lai ait voir dans
les allé où traînaient de· feuille, sèches et
de brindilles de bois mort. n baquet d'eau
croupis ante était oublié près d'une porte de
enricc. ur une touffe de frai ier, Martial
di tingua un ruban, mainlenanl décoloré,
qu'il avait vu, le jour de son départ, autour
du cou de on amie. Tout di ail la détresse
des maison veuves.
L'inquiétude naquit au cœur de ~arlial. li
revint du côté de la rue et se hasarda à frapper à la porte. Le lourd heurtoir de Ier jeta
sa sc,norilé dans le corridor el l'escalier, qui
retentirent d'u.n écho profond, lointain el
prolongé. Puis le silence se fil à nouveau.
Martial peo a que, peut-être, en son abence, Albos avait passé de vie à trépas. Mais
alors où serail Katerine? ... QuelleaO"Ot. e!. ..
Il frappa encore. Toujour le silence après le
bruit du marteau .... L'anxiété de Martial e
révélait par la rraicheur douloureuse qui perlait sur on visage. e mains étaient glacées,
a gorge serrée. li e retourna; on l'appelait.
C'était mademoiselle Claire :
- Il n'y a personne, monsieur le baron,
di ait-elle.
- Où ont-il ? cria Mart-ial d'une voix
uppliante.
Mademoiselle Claire leva les bras, regarda
le ciel, ouleva ses épaules d'un geste d'ignorance et dit :
- Nul ne le saiL.
- Partis? ... Depuis quand? ... Vite, dit '
vile ....
La vieille fi lie se recuei Ili l :

- 11 y a bien qui~e jours, &lt;lit•elle, d"une
\OiI basse et hésitante .... Oui, quinze jour ,
car c'était la veille de la fète de ....
Mai ,tarlial ne l'écoutait plus. Maintenant,
il allait, tout courant, vers Fonspeyrat.
Là, a mère l'altendail dans la cour oÎl
déjà la berline était arrêtée. Lucette en sortait, faisait compliment à sa mère et s'em•
pressait à se retirer dans sa chambre pour
rêver, sans aucun doute.
Madame de Fon peyrat, Lrè agitée, allail
et renait, du portail grand ouvert aux platesbande qui longeaient le mur . Ses main
fébrile remuaient des clé au fond de se
poches. Elle formait mille projets. , on fils
était là. Il fallait le garder à présent el le
bien garder. Que de cbo es elle réaliserait
pour le rendre heureux! Tont ce qu'il dési•
rerait : armes, chien , chevaux on li\'re , oui,
tout, elle lui donnerait tout.
~lartial arrivait.
Il parut, couvert de sueur, nu-lêle, dan.
un ine1primable dé ordre de ,ètemenls et de
physionomie. JI aper~·ut sa mère et se bâta.
Il pre · entil qu'il touchait à un moment
upr~me .... Peut-être la trame de sa destinée
allnit-elle tout à coup s'emmêler ou se rompre.
· Il négligea les marques de re pect qui lui
étaient aet.outumée lorsqu'il abordait sa
mère, el ne sut que lui jeter ce mol' :
- Ah! ma mère, ma mère, qu'avez-vau
fait? ..
- lion fil , mon pauvre enfant, qu'y a-t-il?
di ait madame de Fonspeyral jouant la surprise. Qu'est-ce donc? ... Dites? ...
- Ma mère, qu'avez-vous fait'? r~pélait
Martial d"une voix angoi sée.
Et il cria :
- Elle est partie! ... Elle est partie!. ..
- Qui? ... Quoi?...
- C'est vous, c'est rnus, n'est-ce pas'l
qui l'a\'ez Iait partir. Quelque chose me le
dit.. .. Oui, c'e Lvou , c'e t vous ....
: a voix accusait, vibran le, terrible.
- Je ne vous comprends pa , won .fils,
répondit sèchement la baronne, ·e retrouvant
elle-même, car, en vérité, elle avait failli
'émouvoir. Je ne vous comprend pas ....
Aussi bien, rentrons dans la maison. Celle
scène en face de nos gens est incoD\·enante el
stupide.
li la uivit san Lrop moir ce qu"il faisait.
Mais, dans la salle où ils pénétrèrent, il •
jeta sur un fauteuil, au point le plu obscur
de la pièce, et
subitement, sa douleur
jaillit en larmes rui selantes.
- Mar Liai!... Martial!... mon fils! ...
Ji.ail la mère.
- Laissez-moi, lai sez-moi 1... criait Martial dont le anglol s'arrêtèrent soudain.
Laissez-moi.... 'e me parlez pas 1... Ne me
parlez plus jamais, jamais .... Car c'e t ,·ou
qui avez machiné cela, vou qui m'avez éloigné pour mieux me l'arracher. . . Vous !.. .
Vous! ... Ayez donc le courage de le dire .. . .
Oui, dites-le donc. Avouez.le ... .
Tr~ calme, très froide :
- Votre chagrin vou égare, mon pauvre
enfant dit madame de Fonspe rat .... Je vou·

a,

�msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - pardonne, parce que vous souffrez, mais .. ..
- C'est infàme! ... C'est infâme!. .. répétait Martial. Vous ne l'avouez pas, madame,
ce crime d'amour maternel que vous avez
commis; mais il est écrit dans vos yeux et
sur toute votre personne ... . Ah! je l'aimais
tant 1... je l'aimais tant!. ..
La baronne avait blêmi. Son calme s'en
allait à mesure que montait l'orage dans le
cœur de son fils.
- Enfin, cria-l-elle avec violenee, finissons-en I Que me reprochez-vous L. De quoi
s'agit-il? ... Serait-ce de celte espèce ....
Elle n'acheva pas. Martial était debout.,
ardent, farouche :
- Oui, de celte espèce ... de cette espèce
que j'aimais et que j'aime, entendez-vous,
ma mère? De cette espèce que je chercherai ...
partout... que je retrouverai... et que je
ramènerai ici. .. oui, ici ... ici même, sous ce
toit ....
- Sous ce toit!. .. cria la baronne, dans
l'exaltation de sa colère. Vous avez dit sous
ce toit I Osez le répéter, misérable! ... Ajoutez
aussi que vous désirez ma mort et que vous
la voudriez hâter 1. .. Sous ce toit 1... Jour de
Dieu!. .. je ne suis pas encore morte, monsieur mon fils, et, tant que je vivrai, sachez-le
bien, jamais cette créature ne franchira le
seuil que vous voyez là-bas, entendez-vous,
misérable garçon? Dussé-je pour cela barricader la porte avec des pierres que je roulerais de mes mains, dussé-je me coucher en
travers du corridor .... Entendez-vous, monsieur mon fils 7...
lladamede Fonspeyratsuffoquait. Un à un,
elle arrachait les boutons de son corsage,
déchirait la dentelle de son col, jetait au vent
les brides de son bonnet. Elle marchait à
travers la salle comme une lionne en furie.
- Aussi bien, je n'ai plus rien à ménager,
continua-t-elle. Vous voulez vous révolter
contre moi, c'est bon!... Nous verrons qui
sera le plus fort.. ..
EUe s'arrêta, porta haut la tête, regarda
son fils en plein visage, hardie, provocante,
mhumaine. Elle dit :
- Voici le vrai. Le scandale était dans
Verthis. ... Le pays se lamentait à voir un
Fonspeyrat courtiser . . . qui vous savez ....
Chacun se gardait conlre les maléfices de ces
gens .... Nul ne voulait plus ni les servir ni
les approcher ...• L'honneu1· de notre maison
était menacé ... . Votre àme était en péril ....
J'ai econdé les vues de la Providence .... J'ai
purgé le pays el je vous ai sauvé .... Je suis
fière de mon œuvre.
Un cri terrible jaillit de la gorge de Martial :
- Ah!. .. c1·iminelle!. .. criminelle!. ..
li bondit hors de la maison. Comme un
ou, il courait vers la Mouraine.
Epouvantée, ne sachant où allait son fils,
craignant pour la raison ou pour la vie de
Martial, la baronne s'élanç.ait derrière lui,
l'appelant d'une voix ardente.
Mais ~laltial ne l'écoutait pas. Et, eût-il
entendu les plus tendres paroles, il ne les eût
pas comprises. Il était à cette heure doulou-

reuse où, devenu homme, le fils juge sa mère.
XIV
Ce fut à la Mouraine que Mal'lial se réfugia. Sa course éperdue à travers champs
l'avait épuisé, mais, du même coup, elle
avait fait tomber le plus gros de sa colère.
Dans les bras de son oncle, il sanglota et
~e répandit en imprécations demi-étouffées.
Puis, en tête à tête avec le doux philosophe,
un peu de calme descendit en lui. Sa douleur se dissolvait en langueur, et des pensées
confuses bourdonnruent en son esprit. Une
idée lui vint, d'abord timide et tremblotante :
La retrouver.... L'idée se précisa, plus
nette. Il la formula dans un vœu ardent.
Ensuite, le souhait devint un vouloir. Alors
ses yeux se séchèrent. Il se reprit à vivre de
la vie normale. Il crut entendre la voix de
M. de la Mouraine. Il l'entendit. Il perçut
des mots, puis des phrases. Enfin il comprit.
Le marquis lui conlàit sa visite à Albos.
ll acheva son récit. Puis :
- Mon pauvre enfant, dit-il, j'ai presque
à vous demander pardon. J'ai grand'peur
d'être la cause de cette fuite étrange par
l'inquiétude où j'ai jeté le père de celle que
vous aimez .... Malheur à moi si je suis l'auteur de votre peine!.... Cela prouve, mon
cher neveu, que nous autres, philosophes,
nous sommes peu aptes aux négociations
d'amour. Le sens des nécessités pratiques
nous fait tléfauL.... Habitués à jouer avec
les idées, nous négligeons les faits .... Mes
armes ont blessé ceux que je voulais défendre .... Pardonnez-moi!
- Moi 1. .. vous pardonner?... s'écria Martial. Ah! très cher, très aimé, très vénéré
parent, vous pardonner!. .. Vous qui êtes la
bonté même! ...
- Laissez, mon neveu, je ne suis qu'un
maladroit.
M. de la Mouraine soupira. Pui , changeant de ton :
- A présent, dit-il, il faut réorganiser
votre vie, la remplir d'occupations utiles et
fortes. Jusqu'aujourd'hui, vous avez misérablement trainé votre existence d'adolescent.
Vous êtes un homme, puisque vous souffrez.
Conduisez-vous en homme. A vos vingt ans,
à votre belle santé, à votre intelligence, il
faut autre chose que des promenades sans
but, ou la niaiserie des conversations de la
petite ville. Je ne vous dirai pas de vous
inquiéter de vos terres, votre mère n'y consentirait point. ... Que faire?... Ah I si vous
aimiez les LeUrcs et la Philosophie, ces
douces et puissantes consolatrices!... Elles
rafraîchiraient votre cœur et renouvelleraient
votre vie. Si vous saviez comme elles sont
belles, pures, clémentes, mille fois dignes
d'être aimées d'un grand amour!. .. Si ,·ous
saviez comme elles sont des maitresses.
fidèles et généreuses! .. ,
D'un œil amoureux, le marqu.i regardait
ses livres. Il semblait les caresser et les baiser. Il palpitait au souvenir des joies qu'il
leur devait.

Martial demeurait [roid.
- Je suis un vieux fou, dit le marquis.
Que vais-je vous offrir?... Les jouissances de
l'âge mûr et de la vieillesse? ... Non. Il vous
faut autre chose. Aimeriez-vous le jeu?
- Le sais-je?... Les libéralités de ... ma
mère ... dit Martial avec amertume, ne m'ont
point permis jusqu'ici de m'interroger làdessus.
- Vous en essayerez, grâce à moi, mon
neveu. Le jeu remplit d'une manière agréable
et passionnee quelques heures de nos jours.
Il introduit dans l'existence de l'imprérn,
des changements, des désirs .... On se console
au jeu .... On y apprend la hardiesse .... C'est
une volupté.... Mon neveu, je vous dis mille
folies, prenez-les comme telles.
Martial sourit un peu.
- Il y a les voyages, poursuivit le mar~
quis ...
- Les voyages coûtent cher ....
- Cela me regarde. Voulez-vous voyager '/
Un éclair presque joyeux passa dans les
yeux du jeune homme :
- Obi ouil
- Eh bien, vous voyagerez. Mais ne vou
décidez pas à la légère, car les voyages que
j'entends ne sont pas de banales excursions
de quelque six ou huit semaines en Bretagne ou en Languedoc. Il y a mieux. Vous
vous en irez à BorviJle. Vous trouverez au
long du quai un beau navire bien màté, bien
ponté, avec une bonne voilure, qui vous
mènera aux Indes ou à la Californie en une
année ou plus. Vous reviendrez consolé, mon
neveu, et quasi heureux. Le grand air, la
houle, les nuits des tropiques, la demi-solitude du bord et, ensuite, d'autres hommes,
d'autres femmes, d'autres mœurs que les
hommes, les femmes et les mœurs d'Europe, voilà ce qu'il vous faut, voilà les chirurgiens, médecins el médicaments propres
à votre mal.,.. C'est dit, mon enfant. ...
Quand partez-vous?
- Donnez-moi quelques semaines encore,
mon cher oncle. l1 me faut me reprendre,
car, en vérité, je suis hors de moi.
- Boni
Mais en cet instant le jardinier vint querir
M. de la Afouraine. ll fallait Jécider entre
plusieurs semences celle qui comenait Je
mieux à tel carré du jardin. La chose était
importante. M. de la Mouraine s'empressa.
- Ah! Martial, dit-il, la terre et un liHc:
le meilleur de la ,;e !...

XV
Des jours et des jours s'écoulèrent monotones et pareils. Martial promenait à tm·ers
bois sa colère, sa douleur, sa mélancolie
grandissante. De"fant sa mère, il restait obstinément muet. L'heure du repas, qui plaçait
face à face la mère et le fils, était pour le
jeune homme l'instant maudit de la journée.
Aucune comersation possible. Le silence.
Qu'attendait donc Martial pour cruitter Fonspeyrat? ...

'·-----------------------------

Jl.MES D'AUT1('EF01S - ,

Lucette avait été émue au r&lt;:icit des infor- jeune fille continua de bâiller sur les Ordon- manœuvre, qu'il déjouait en sortant aussitôt
tunes de son frère, que Martial lui avait fait nances 1·oyales, alors qu'elle eût bien mieUI. et en allant trouYer son oncle à la !Iouraine.
dans un élan de confiance fraternelle. Pour- aimé rêver de Florian.
Un jour où il avait fui le château, sa mère
tant, elle ne s'était pas attardée sur ce chaH;u~eusement, Julie des [magnes, la gaie, et mademoiselle des Imagnes, el qu'il se progrin. Elle arait elle-même de si grosses la sem1llante et folle Julie, la conlldente de menait aven le marquis dans un chemin
p~éoccu~ations I De son dernier rnyage à I:uc~tte'. venait parfois apporter quelques creux, à l'orée d'un bois de chàtaigniers, son
Lunereu,l, elle avait rapporté la certitude eclairs Joyeux dans la frmde mo1.1otonie de oncle lui dit :
·
de_ l'amo~r que Florian avait pour elle .... Fonspeyrat. La baronne, qui jadis lui faisait
- Eh bien, àlartial I eh bien, mon neveu,
Om, Florrnn de Saint-Marc l'aimait ... , Flo- grise mine, l'attirait volontiers à présent ce voyage?...
rian la Youlait pour femme .... Elle en était au chàteau, spécialement les jours où Martial
- Ce voyage, mon oncle, il se fera, il va
sûre, très sûre, de celte certitude sentimen- y demeurait. Elle laissait les jeunes filles se faire, si vous voulez bien me le faciliter .
tale plus pénétrante que toute évidence ma- chanter leurs romances, causer toilette, se Cependant mon intention diffère sensiblement
térielle .. .. Et Saint-Marc tardait à demander coiffer l'une l'autre devant le miroir, sans y de votre projet. Je veux partir .... Je partisa main!... Pourquoi?... Oh! quand donc mettre obstacle. Parfois, elle leur faisait rai .... Mais vous connaissez ma peine et le
viendrait-il?
servir une collation pour laquelle un domes- poids qu'elle a jeté sur mon cœur. Je ne
Quant à madame Je f onspeyrat, elle avait tique transmettait une invitation à Martial. saurais m'en distraire par la nouveauté et les
gardé, de sa scène avec son fils, une irrita- Mais le jeune homme, qui avait lu dans le seuls agréments du l'oyage .... Mon oncle, je
tion sourde et mal contenue qui, sans cesse, jeu de sa mère, ne se prêtait pas à cette serai soldat.
menaçait d'éclater'. 1l n'était plus possible à
Luœtte de discuter, même très respeclueusemrnt, avec sa mère. D'un mot dur, d"un
gcsle autoritaire, la baronne fermait le débat,
dès qu'un avis opposé au sien se manifestait.
Mais les questions de future préséance nobiliaire, le souvenir des prérogatives de jadjs,
la préoccupation d'affirmer son ran,,. en toute
occasion el, enfin, le souci toujo:i.s présent
des intérêts matériels à sauvegarder, voilà
ce qui remplissait la vie de madame de Fonspeyrat.
E11e voyait les émigrés rentrer peu à peu
et, chaque jour, se rouvrir quelque château
du ,,oisinage. Certains nobles rapportaient de
Coblentz ou de Londres plus d'argent qu'ils
n'en avaient au départ. Ils négociaient ou
feignaient de négocier avec les nouveaux
propriétaires de leurs domaines, lesquels
étaien~ s.ouvent de~ gens à leurs gages qui
se reliraient devant leurs anciens maîtres.
Ceux-ci, en retrouvant leur chez-soi, retrouvaient aussi leur morgue, leur suffisance el
leur dédain pour le peuple.
Une fièvre de noblesse courait chez les
gens de peu comme une sourde épidémie. A
la faveur de cette restauration latente, une
noble~se ~ivoque se créait. Il n'était que
gens a particule. Pas un Dupuy qui ne fut
du Puy, pas un Lapierre qui ne fût de la
Pierr~. Lorsqu,e madame de Fonspeyrat apprenait quelqu une de ces transformations de
nom, elle entrait en rage, éclatait et criait
disant que bientôt Boisselou, le cordonnier'
~t Uossign?l~ le cabaretier, se prétendraient
1 sus de v1e1lle souche, grâce à un de placé
par-devant leurs vilains noms. Et elle ne s'en
acti,·ait que mieux à instruire Lucette en la
science d'Ilozier et à lui apprendre comment
les filles (( nées » se distinguent de celles
venues &lt;1 de bas ».
Le mariage de Madame Royale, qui venait
d'épouser à Mittau son cousin, le duc d' ngoulême, lui causa une sorte de joie amère :
car .il lui faisait redouter qu'en vérité
Louis XVII Îùt bien mort, puisque ce mariarre
lui_ prépare1·ait sans doute un remplaçant.
Mais ce remplaçant, quel qu'il fùt, aurait
une Cour où la noblesse serait à nom·cau
intr_oduile. Il fallait donc que Lucette se préclos et muet. Uii deS()rdre inacoutumé se laissait voir d.111s les allëes oit trai1iaie11I des f euilles
parat à y prendre rang. C'est pourquoi la Toul étaitsèche.s
et des brindilles de bois mort. To ul :lisait l.J détresse des ,11c11isons ve11 ves. (Page 89.)

�~ - 111ST0'1(1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - oldat:
- Oui , soldat de Duonaparle, en yrie ou
ailleur~ .... C'est un grand capitaine, ajouta
vh•ement lartial, commc·pour se ju tifier.
- Allez, mon ne,eu, allez, dit M. de la
louraine après un silence. Monsieur Buonaparte est, en c[el, un grand capitaine .... Je
pourrais vous dire qu'à celte beu~c_, pour
nou autrP gens de nob)es.e, le rocher des
arme· est scabreux. Nos pareils sont avec les
prince· ou da.ns les bois vendéens .... Considérez que ,·ou de,·enez un oldal de la Révolution .... Mais qu'importe!. .. Tou les régime .e valent, par les ,·ices el les vertus
qui leur sont communs .... Allez! i vous
cro1ez trouver là un peu de bonheur el de

paiI.
Et, changeant _de ton :
.
- Avez-\'ous mîorme votre mère f
_ J'allendais votre avi . ~laintenant, rien
m'empêche de lui en parler aus itôt.
- Et vous partirezt..
- Dans d ux jours.
_ Eh bien, à aprè -demain, mon ne,·eu.
Ne vous inquiétez de rien. Je poucrnirai à
votre hour e... en manière d'acompte i;ur
mon hérita!le ... que vous trouverez peut-être
?
à ,·otre retour .... Ce mot· vous attrtslenl.
Paix, là!. .. Courez du pays, voiez le monde ... .
C'e t le lot de la jeunesse, et ce n'est ans
doute pa~ le plus mauvai ....
V

•

XV[
Lorsque Marlial retourna au chàteau, il
demanda sa mère. On lui répondit qu'elle
était depuis tantôt deux heures, enfermée
dans' la chambre au secrél.aire. On désignait
ou ce nom une va te pièce située en un recoin do. corridor central, parfaitement isolée
et silencieuse. n énorme secrétaire en noyer
du pays, mcul,le antique et lo~rd à multiples tiroirs et à serrures compliquées, el une
chai e de paille en étaient tout l'ameublement. Ici la baronne se relirait pour « chiffrer ». Et elle chiffrait beaucoup ce jour-là,
'activant à celle besogne a\'ec une joie d'avare, heureu e de calculer le produit de e
terres et de ses poulaillers.
Pourtant, une foi , elle s'interrompit et
ongea.
. . EII
'
Le silence de son fil 1··ll'r1ta1t.
• e etit
préféré quelque éclat par où se seraient évaporées Ja colère et les rancunes. D'autre part,
elle commençait à s'inquiéter de la tournure
'lue prenaient le événements extérieurs, encore qu'elle en fùt ma.l informé~, _soit pa_r le
curé, soit par les pa)·sans ses vo1 ms, qm en
avaient plus qu'elle là-dessus. Toutes ces
nouveauté l'intéressaient surtout au point
de vue pécuniaire : les impôts au!?meola.Î('nlils? les denrées e vendaient-elle bien? ... Et
pourtant eùt-on aboli tout impôt et vendu
vingt fois plus cher les marrons ou le fourrage, elle n'en e'Ût pas moins bai le régime
11ui tenait hors de France le roy légitime.
Car, en elle, la fille de Brocheteau et l'épou c
du baron de Fonspey-rat 'entendaient tl me.r\·~illa.

Toul à coup, la rnix de Jlartial résonna
derrière la porte :
- Ma mère, êtes-vous là?
C'était chose inusitée que Martial vint la
quérir en cette retraite, et c'était surtout
étrange; en ce temps où il feignait de n'avoir
jamais rien à lui dire.
- Oui, répond.il-elle silchement. Entrez.
Martial enlra. a mère le regarda et comprit que quelque chose de grave allait ètrl!
dit. Elle avait devant elle noa plu un adolei;cent, mai · un homme. La douceur et l'aimable nonchalance qui se marquaient autrefois ur le visage de rnn fils avaient disparu.
L'énernie se pei!!llait dans son regard el le
pli de sa lèvre. On distin1:,ruait, entre ses
sourcils, la trace ferme el légère d'une ride
précoce creu ée par quelque habituel souci.
Madame de Fon pi&gt;yrat vil tout cela d'un
coup d'œil. n frémissement d'angoisse la
p~rcourul.
mère, dit Martial en exanérant le
ton de Iroid respect qu'il arnit adopté, je
,·iens vous informer que je partirai demain
où lti jour suivant. ... Je vai · joindre l'armée
d'Égypte .... Je ne vous demande rien, ni
hardes, ni argcnl. ... c·est tout ce que j'avais
à vous dire.
~larlial avait redouté quelque éclat. En
pr6vision d'une scène violente, il avait mc·uré ses brèves paroles et s'était compo é
une attitude calme et digne, où la colère de
la baronne n'aurait rien à reprendre.
Madame de Fompeyrat se contint merveilleusement.
Entre la mère el le fils s'était op~ré, ce

- ,ra

Toul à c(lup, la voix Jt MJr/iJI r.!so11ua Jerrftlrt la
porte: • - .l/3 mere, des-vou; lâ 1 • • - Oui, rt!f'Cln.iil sühemenl la l'aron11e. Entr~. • (Page 9z.)

dernière· emaines, un Jent travail de dé agrégation sentimentale. L'œuvre 'achevait
an peine. L'amour du fil n'était plus que
poussière. Celui de la mère, sou tenu par la
forte armature du préjugé de race, consolidé

par un ciment d'orgueil, tenait bon un peu
plus longtemps. Tout de suite cependant elle
avait pensé :
11 Ah! poorq uoi la Bastille est-elle démolie !. .. Pourquoi n'y a-t-il plus de lettres
de cachet! ... •
Elle n'essaya pas de retenir son fils. li
voulait partir : qu'il par lit!
Cependant elle avait pâli. es mains s'étaient le1·ées en on vague geste de menace
qui 'était fondu en signe de supplication. i
l'un ni l'autre ne e préci èrenl.
- Faites, dit-elle, lorsque des mots purent être articulés par e lèvres blanchie
soudain. Faites, mon ieur .... Nous ommcs
en un temp. où les mères ne comptent plus
aux yeu.x des fils.
.
.
Le coup était rude pour elle qui ,·oyait
ainsi tomber ses rêves d'orgueilleuse mater•
ternité. Le soldat nro sier qui lui re1iendrail
quelque jour .erait-il encore digne de perpétuer la lignée? ... Quand il aurait erü l'abominable l\é\"olulion auprès des fils de Jacquou et de Léonardou, ces croquants, aurai t-il
fürure de noble? ... lême, qui sait? a'empècherait-il pa , abre en main, le roy de rentrer en France, ce roy idéal duquel elle
attendait tant de biens pour on fils, pour a
fille, pour le nom'!. ..
Martial était encore là, ans parole et les
yeux fixe ur sa mère. Elle au ile reuard_a,
el one pitié la prit. Peul-être son Marl!al
avait-il la tête un peu dérangée par le chagrin d'amour .... Cela n'était pas sans exe~ple qu'une peine amoureuse fil perdre la ra1·on à un jeune homme. . . .
.
Mais elle \'examina da\'anlage el elle le nt
si fwne, l'air si résolu, qu'il lui fallut bien
e rendre à. l'éndence. Et elle senlit que
déjà, elle n'avait plus de Ols.
ans ajouter un mot, elle le laissa quitter
la chambre.
Dans le corridor, Martial e heurta contre
Lucelle qui entrait en coup de vent, tenant
sou son bras celui de folie. Elle vil son [rère
avec un regard si changé et quelque cbo e de
si particulier dans toute sa personne, qu'elle
s'arrêta interloquée :
- Qu'y a-t-il encore'? dit-elle, inquiète.
- Je pars, Lucette.
- Où? ...
- A l'armée.
- Â l'armée!. ..
Elle se rapprocha de lui, fière el troublée
à la fois. Elle n'avait pas vu sa mère qui,
sortie de la chambre, était arrivée jusque-Hi
sans qu'on l'entendit.
- Avec les princes!... s'écria Lucettc
pour compléter a phr.1 ·e, car cc n'était
même pas une question qu'elle posait.
on, ma fille, dit avec dureté madame
de Fonspeyrat qui intervint. lion ieur le baron, votre frère, va servir la Révolution, avec
les Jacobins et les San ~ulottes. Il mettra
son épée au service des ma. sacreurs de eptembre. Voilà où nous en sommes dans notre
famille.
EL elle pa sa.
- Oh! Iartiall s'écria Lucelte sans trou-

,

•

___________________________________

ver aucun mol pourexprimer sa stupéfaction.
Pui , d'un geste instinctif, elle s'éloi!!Tla
de Martial et cacha son 1·i a11e déjà larmoyant
0
&lt;:ur l'épaule de son amie.
Martial oull'rail. Tl n'avait pa relevé le
propo de .a mère. n ne . ut rien dire à Lucelle pour la consoler. Il restait là, stupide el
éperdu de4'ant le rbagrin naïf de sa sœur
qu'il aimai!.
~ 31on ieur Martial, dit Julie, rnus serez
.uperbe ous l'habit militaire. Je le dis sans
rire .... Tous me· compliment ....
Hardie, elJe re,.arda le jeune homme d:ms
le yeux. Puis elle entraîna Lucelle au jardin
où elle 'efforça de la con, oler.
Martial fit seller un che\'al et galopa ver
le presbytè-rC'. A celte heure, il était ûr d'y
trouver le curé. Il n'aurait pa quitté Vcrthis Eans dire adieu à ce ~rave homme, doux,
innocent et maladroit, mais qui lui était chrr
par on dérnuemenl et a .implicit.é.
Le curé e mettait à table :
- Ab! mon ieur le haron !. .. mon chrr
enfant!. .. que voilà bien une bonne idée!. ..
Vous \'enezdiaer avec moi, pa vrai'? ... Oui. ...
A seyez-You là .... Préci émenl, conde m'a
confectionné une de ces soupes! . . une fameu e, avec un morceau de confit, des poi ,
des fè\'es cl un cœur de chou .... Vous m·en
direz des nouvelles .... Vite, econde, un courert !. .. Ab! la bonne idée, monsieur le baron, la bonne idéel. ..
- Oui, mon cher curé, je \'eux bien diner
arec vous, répondit Martial. Cependant, je
n'étais point venu pour cela .... Mai je gmiterai a,'ec plaisir l'e1cellente soupe de Seconde, car, de longtemp ans doute, je n'en
mangerai de pareille.
- Et pourquoi ça"!... dit le curé en élcYanl ses gro sourcils pour marquer sa urpri e.
En même temps il remplissait jusqu'au
bord les as ietles de faïence. La soupe fumait, épaisse el odorante.
- Comment ça? .. Comment ça?. .. r~péuiit-il.
Je pars.
- Et où allez-vous, mon pau\Te enfant~
dit le curé, qui déjà 'apitoyait.
- Faire la guerre.
En \'endée!. .. s'écria joyeu ement le
i:uré.
Non, curé. En Égypte ou en yrie ....
.le vai ... a\'ec mon ieur Buonaparte.
Pomerol eut un ursau 1, Son visage se colora. li c rejeta en arrière, s'appuyanl au
do .ier de sa chaise. 11 n'en poul'ait croire
se oreilles.
- Arec mon ieur Buonaparte?... A\'C~c
mon ieor Buonaparte?... répétait-il, effaré.
- Oui. Je veux me ballre contre les nais
ennemi de Ja France, dil Martial avec fermeté.
Le curé écoula sans broncher ces mots
!!l'o de ~ous-entendus. Puis son '"i age prit
une expression de douceur sacerdotale. Il
toussa un peu, achern .a dernière cuiUerée
de oupe, toussa encore et dit aYec sa rnix
üe prédicateur :

.Jl-'ŒS D'AUT1fE"F01S ~

• - ••lfo11. nt1•eu~ n'o11Nftz f'_:u ,1u, _j, i-ous ai lr~s slrtcèreme11/ aime. Je 1·011s consf.fr1•e comme mon fil.•. JI
meut elt l'on dt 1·1111s :zvo,r a11tres ik 111011 li/ lt1n7ue l"inst.2nt sera 1·e11u rour moi d, sui,•rt la Camarde... ,

(Pa.1re&lt;).!.)

- Mon Dieu, monsieur le baron. assurément vou pouvez aYoir raison d'une certaine manière ... j'entend , au poinl de ,•ue
des résultats purement humain ... cl même
chrétien .. oui, j'o e dire chrétien ... que
les guerre. en Orient pcu,·ent avoir sur ...
sur les population obscure et incroyante
qui ... (JUi n,·ent hor des lumières de ln
ainle Êgli e ... el que le général Duonaparle
combat en ce moment avec une telle valeur
que ... ,Traiment. .. en effet.. ..
Il s'embrouillait dans les méandres de a
plira e interminable. Il souffla. Pui , plein de
bonne ,·olonté pour achever son fHandreux
petit discours, il reprit :
- . . . En effet ... je comprends ... on comprend qul! .... Cependant la 11évolulion est avec
lui, monsieur le baron!. .. Il est l'homme de
la Révolution, monsieur le baron!. .. quoique,
à dire vrai, les églises se rouvrent .. . el les
prêtres.... Enfin Notre- eigneur n'est plus
ab olument banni de ses temples .... On l'y
tolère ....
Et, enchanté d'a,·oir trouré ce mot, il répétait :
- On le tolère .... On le tolère ....
JI continua :
- CertainemenL, mon ieur Buonaparte,
de famille très chrétienne ... j'ai lu se origines dan une petite feuille que les colporteurs distribuent. . . très chrétienne et même
un peu noble, dit-on, pourrait être ... serai 1. ...
,1ai · le princes sont en exil, mon ieur le
baron, el le biens religieux sont encore sous
séquestre ....
li ba le yeux au ciel.
- Enfin, Dieu y pourvoira! ... Dieu y pour•
1
vo1ra
....
ll répéta plusieur foi celle brève et commode formule de confiance en Dieu, puis il

soupira bruyamment et se mit à découper un
caneton aux navels que cconde avait posé
ur la table.
Martial n'écoutait guère le curé. Il mangeait de bon appétit acquiesçant de la lête et
marmonnant parfois des : « Oui, oui ... 11
dont le bon prêtre e contentait.
- Servez-vou , mon ieur Je baron, je le
crois patfail.
Et le curé, a serviellc ou le menton,
allendit, ponr emplir son assiette, que Martial eu t choisi parmi le aiguillette du canard. Puis il mangea, sans hâte, soufOant
entre chaque bouchée et buvant copieusement. on œil cependant interrogeait ~on
conYive. 1L ollicitait l'éloge de la sauce au
canard. &amp;fartial e méprit el crut qu'il désirait d'autres détails.
- Oui, curé, je par demain.... C'e t
pour demain.
- Et que dit de cela madame la baronne'!
fit le curé a\·ec un craintif respect.
- Ma mère? ... Avouez, curé, que vous la
voyez dans une fureur sans pareille, son bonnet de travers, les poings tendus et des cris
sur les lèvres ?...
- 11 me semble probable, en effet, que
madame la baronne a dû recevoir celte nouvelle avec .. . quelque ... vivacité ....
- El vous vous trompez, mon bon curé.
Madame de Fonspeyrat e t calme, ironique
et brutale .... Peut-être ne croit-die pas à la
solidité de ma résolution.
- Voilà qui est particulier, en effet. Et la
que Lion de .. . votre ... dt1 votre dernier chagrin, mon paune enfant? ... Est-ce pour cela
que VOU •.• ?
Le visaue de lartial e rembrunit. La voix
basse, il répondit :
- Oui ... c'est pour cela.

�111S T 0']{1.Jl
- Alors, vous ne pouvez pas .... vous ne
,·oulez pas ... oublier?
- Je ne peux pas, dit sourdement Martial.
Le silence tomba entre eux. La servante
allait et venait, emportant les restes du
canard et servant des petits fromages de
Verthis, très estimés dans le pays.
Le curé avait joint les mains sur son
ventre. Sa figure était douloureuse et recueillie. Il regardait fixement son assiette.
Puis il dit en soupirant :
- Ah! mon fils, mon fils, quel mal vous
faites au cœur de Notre-Seigneur !...
Sans y prendre garde et en toute sincérité,
il emploJait les mots et les faç,0ns du confessionnal.
Il continua, baissant la voix :
- Quel mal vous lui faites! ... Et aussi
au cœur de votre vieux curé qui vous a vu
pas plus haut que ça .... Que dis-je? Qui vous
a ·baptisé .... Oui, certes, voilà la plus grande
douleur de ma vie .... La persécution,, le ponton de l'île Madame, les dénonciations
anonymes, ce n'est rien. Mais vous, mon enfant, vous, une si belle âme, ,·ous oublier
jusqu'à aimer celte .... Écoutez-moi. Soyez
raisonnable. Elle est partie, n' e t-ce pas?
Vous ne savez où? ... Vous ne la reverrez
plus? Eh bien, oubliez-la! oubliez.... Faites
tout ce que vous pourrez pour oublier .... Et
puis, songez que la Providence s'est montrée
en celle occasion.... C'est elle qui a permis
tout ce qui vient de se passer, afin ....
- Curé! curé 1... cria Martial dans une
explosion de colère subite, ne dites pas
cela! ... Ne mettez pas la Providence en celle
horrible affaire .... Ce serait injurier Dieu ... .
Non, non, Dieu n'est pour rien là-dedans ... .
Dieu laisse faire les mauvais, quelquefois,
parce que.,.. Non, je ne saurais dire pourquoi.... Je ne comprends pas. .. . Quel mal
fais-je donc à lui el à la religion en aimant
une jeune fille si sage, si pure, si pieuse L.
Non, ne parlons pas de lui ... ni d'elle ... ni
de rien de tout cela ....
Le pauvre Pomerol restait muet dans un
effarement extraordinaire. Il ne s'attendait
pas à pareille violence. Sa douceur habituel1e
et son affection pour Martial en étaient singulièrement remuées. Il ne savait que dire.
- Calmez-vous, mon cher enfant, calmezvous.
Martial se dirigeait vers la porte. Ses regards ardents brillaient dans la pàleur de son
visage. Le curé fut altendri de le voir _si bouleversé. A_h I que n'eût-il pas donné pour
rattraper ses paroles !
Illuslrattons 1k CONRAD.)

- Adieu, curé, adieu. Allons, embrassezmoi.
Les yeux de Pomerol se mouillèrent.
- Yous embrasser! ... Moi!... Ah! monsieur le baron.... Mon cher enfant! Quel
honneur et quel plai ir vous me faites! ...
11 serra le jeune homme dans ses bras,
Ensuite, posant sa main droite sur le front de
Martial, il y traça le signe du chrétien. Puis,
baissant la \·oix, timidement, il dit :
- N'oubliez pas que vous avez fait votre
première communion .... Et pensez que Dieu
déteste les hérétiques.
- Dieu ne déteste personne, mon bon
curé, dit Martial avec douceur el pitié ....
Alors, adieu, adieu ....
Sur la route, Martial croisa un vieux carrosse qui s'en allait cahin-caha, et reconnut
l'équipage de madame de Puyrateau. Martial
mit pied à terre en même temps que le
cocher arrêtait ses chevanx.
- Que m'a donc raconté le marquis? Estce possible? Vous partez? lui criait la comtesse.
- Oui, comtesse, et pour longtemps.
- Faire la guerre ! Quelle horreur 1•.. Et
avec qui, grand Dieu ! Mon cher enfant, quand
on est beau, bien fait et qu'on a votre âge,
c'est une folie!
- Une folie explicable, madame....
- Non, non, rien ne la justifie. Rien, entendez-vous?... Au moins, passez par Paris
avant que d'aller vous faire tuer je ne sais
où .... 11 paraît qu'on s'amuse follement dans
la capitale. Les théâtres sont pleins, le PalaisRoyal est délicieux, on danse chez les directeurs et on jooe chez madame Boonaparle ....
Elle souriait avec ironie et marqua davantage ce qu'elle pensait, en ajoutant:
- ... Puisque, à présent, vous êtes de ce
monde-là....
•
Martial s'inclina sur la main que lui tendait la comtesse.
- Adieu !.. . Adieu !.. . Am usez-vous 1...
Amusez-vous!
Martial, remis en selle, rendit la main à
son cheval, qui prit le galop.
Le surlendemain, à l'aube, madame de
Fonspeyrat quittait sa chambre et s'en allait
- disait-elle à Mïon - à une métairie où
elle avait affaire et où elle passerait la journée. Lucette dormait encore lorsque, un peu
pins tard, Martial quitta Fonspeyrat. Le
jeune homme faillit s'attendrir en voyant le
domestique emporter son léger bagage. Mais
il se contint, malgré que sa pensée évoquât
ses années d'enfance el les plaisirs innocents
qu'il avait goûtés en cette cour, en ce jardin,

sur cette route où, tout petit, il gaminait. n
monta à cheval et, d'une traite, galopa vers
la poste aux chevaux.
Il y trouva le maître de poste en train de
gourmander un valet, le pressant d'atteler au
plus vite l'unique chaise qu'il mellail au service des voyageurs de marque. Assis sur un
banc de pierre, contre l'écurifl, M. de la Mouraine attendait son neveu. D'un geste presque
tendre, il l'accola.
- Mon neveu, dit-il, n'oubliez pas que je
vous ai très sincèrement aimé . .Je vous considère comme mon fils. Il m'eût été bon de
vou,; avoir auprès de mon litlorsque l'in~tant
sera venu pour moi de suivre la Camarde ....
Mais cela est de peu d'importance .... Ce qui
l'est davantage, c'est que vous sachiez dès
aujourd'hui composer votre vie pour en faire
une œuvre sereine el forte .... Peul-être le
moyen que vous employez est-il le meilleur ....
Commencez d'abord de bannir de votre esprit
toute rancune ou colère contre le passé. Outre
que la violence et la haine ne servent à rien
dans la c~nduite des événements, le corps en
est fâcheusement impressionné et l'àme risque
d'y perdre son aplomb. J'aime à penser que,
soldat, vous éviterez la brutalité et que vous
resterez gentilhomme. Assurez-moi au si que
vous conserverez et ne quitterez point le petit
livre que voici. Vous y trouverez mille bonnes
recettes pour tenir votre âme en repos .... Je
m'excuse de vous remettre un volume aussi
fatigué .... Mais c'était mon livre de chevet, je
souhaite qu'il devienne le vôtre. Adieu.
Ce trait mit deux larmes dans les yeux de
Martial. [) les contint, donnant ainsi un gage
de sa fermeté. li se jeta dans les bras du
marquis et demeura un instant sur sa poitrine. Le cocher fil claquer son fouet. Martial
monta en voiture. Son oncle lui tendit une
bourse amplement garnie et s'éloigna vivement sans un mot et sans se retourner,
encore que Martial l'appelàt avec insistance.
La voiture s'ébranla. Les chevaux battirent le
pavé, puis, rapides, passèrent sous un porche.
Brusquement ils tournèrent et prirent la
graod'route. Alors Martial ouvrit le livre qui,
des mains de son oncle, avait passé dans les
siennes. Il en lut les premières lignes :
« C'est icy un livre de bonne foy, lecteur .... ,&gt;
li reconnut Montaigne et se réjouit de
l'aroir pour compagnon de route.
JI tourna la page. Ses regards tombèrent
sur ces mots :
u Par divers moyens, on arrive à pareille
Îln.

»

-

Les mémorialistes, contemporains de lime
de Maintenon, se sont montrés particulièrement sobres de détails concernant le régime
auquel élaient astreintes ses pupilles. Des
témoins étrangers ont été plus explicites à cet
égard, tout particuliêrement l'ambassadeur
que l'électeur de Saxe et roi de Pologne entretenait à la cour de France au début de la
régence.
Êtant donnée l'influence que notre pays
exerçait, en ce temps, au point de Yue ... à
tous les points de vue en général, et la curiosité absolument extravagante des princes et
surtout des principicules allemands de l'époque, il ne faut pas s'étonner que M. de
Suhm, conseiller intime des guerres, ait reçu
de son prince l'ordre de visiter en détail la
maison d'éducation de Saint-Cyr. Dans son
rapport, daté du i.5 mars 17 i 7, ce personnage raconte ainsi qu'il suit les puticularités
de cette visite :

« En arrivant à Saint-Cyr,j'ai demandé une
audience à Mme de Maintenon, mais n'ai pu
l'obtenir, cette dame étant malade et en danger de mort 1 • Ce fut l'évêque de Chartres qui
m'accompagna et me présenta anx deux cent
cinquante jeunes dames. Ces dernières sont
uniformément vêtues de drap brun foncé.
Leur costume consiste en une jupe et un
manteau de cette couleur; un petit bonnet de
toile, garni d'une dentelle étroite et d'un
ruban de couleur, leur sert de coül'ure.
Ces jeunes filles sont réparties en quatre
classes, qui se distinguent par la nuance des
rubans (rouge, bleu, vert et jaune). Les
petits tabliers qu'elles portent sont bordés
des mêmes rubans. Leurs gants sont uniformément jaunes, et &lt;Juand elles vont à la
chapelle, elles metlent par-dessus le bonnet
un capuchon de soie noire.
Ces demoiselles se rendant à l'église, sous
la conduite de leurs maitresses, offrent un
coup d'œil vraiment charmant. Deux classes
entrent de front, sur deux rangs, dont l'un
1. Mme de Maintenon se remit de cette màladie,
Cllr

Et cela lui donna quelque espérance.

( A suivre.)

aux demoiselles de Saint-Cyr

LomsE CHASTEAU.

elle mourut seulement &lt;leux nns plus larrl (17 Hl).

1717 -

tourne à droite et l'autre à gauche, pour
prendre place dans les bancs ; ensuite, elles
foot face à l'autel, puis à un crucifix:; elles
e signent, se mettent à genoux, se relè,·ent
puis s'assoit'nt. Tous ces mouvements s'exécutent en cadence.
Ala fin du service religieux, pendant lequel
les voix claires de ces jeunes filles avaient
exécuté des chants très harmonieux, lasorlie
de l'église s'effectua d'après le même cérémonial que l'entrée. - Après quoi, l'on me
conduisit au réfectoire. Les jeunes filles
étaient assises à deux grandes tables, où
leurs surveillantes avaient également pris
place. Â l'extrémité de la salle, une table
particulière était réservée à la directrice et à
ses adjointes; au milieu se tenait une demoiselle qui faisait la lecture. Le couvert
offrait un aspect de grande propreté. Chacune
de ces demoiselles avait devant elle une
assiette pleine de soupe, une timbale remplie
d'eau, une petite assiette de poisson; il y
avait, en outre, un saladier pour deux.
Ensuite, on me fit voir la salle de récréation. C'est là que se tient habituellement
Mme de Maintenon. On y cause, on y travaille,
on y récite des poésies ~t l'on y représente
des dialogues et des comédies saintes.
Après cela, nous avons visité les quatre
classes. Dans toutes, les jeunes filles étaient
assises à différentes tables, dont chacune était
présidée par une maîtresse, et, suivant leur
âge, elles écrivaient, lisaient ou se livraient à
des travaux (d'agrément). Â côté de chaque
salle de classe se trouve un dortoir, dont la
disposition est uniformément la suivante :
Les lits sont individuels, garnis de rideaux
rouges, bleus, verts ou jaunes, suivant la
classe, el séparés les uns des autres par des
intervalles convenables. Chaque salle est
chauffée par une grande cheminée de milieu
el éclairée par un certain nombre de lanternes qui brûlent tonie la nuit.
Ces demoiselles ont eu 1a gracieuseté de me
réciter quelques dialogues et de me repré2. M. de Suhm a vouJu dire : c dnns IC'S bras de
~es filles, (acte IT, _cène VII).

senter un acte d'Estfte1·. Une jeune personne,
d'une_ be~uté. accompli~, tenant un sceptre à
la mam, JOuart le rôle d Assuérus. J'ai obserré
que toutes aYaient une prononciation remarquable. Aussi, lorsque Esther tomba évanouie dans les bras de la garde 1, je ne pus
retenir mes applaudi,;sements.
Ensuite, certaines de ces jeunes filles reprirent leurs ouvrages; les autres, au contraire, se livrèrent à des jeux variés, offrant
un ~?UP d'œ~ qui nous parut angélique.
L 10firmer1e, la pharmacie, la cuisine, la
dépense et les jardins que nous visitâmes
éta~ent tenus avec le plus grand ordre. Il est
certain que l'entretieb de la maison coûte par
an 20~000 livres, somme dans laquelle sont
comp~1s Jes 1 000 écus de dot que reçoit
toute Jeune fille quillant l'établissement. (Il
y en a une vingtaine par an.)
On n'admet ici que les demoiselles nobles
~gées, de . plus de sept ans. Elles y resten~
Jusqu à vmgt ans accomplis; à leur départ, on
leur donne - en plus des mille écus préci tés - des vêtements, du linge et cinquante
écns pour leurs frais de voyage. CeJles d'entre
ell~s qui manifestent l'intention de prendre le
voile peuvent rester leur vie durant à SaintCyr ou entrer dans un autre couvent. En ce
cas, elles reçoivent aussi la dot de mille écus .
Une immense bande de parchemin contient
la généalogie de toutes les personnes admises à Saint-~yr. Elle est destinée à prouver,
après des s1ecles, la noblesse des anciennes
élèves.
Mme de Maintenon est la seule de toute la
maison qui ait le droit de porter le ruban
noir. Elle a marié très avantageusement un
nombre considérable de ses anciennes élèves.
J'ai trouvé au nombre des pensionnaires
de Saint-Cyr une demoiselle de Kœnirrsmark, une jeune .fille très intelligente que0 1e
feu roi (Louis XIV) avait Fait admettre à ce
couvent. )l
Le conseiller intime de Suhm donne encore
d'autres détails - sans intérêt pour nous sur cetle famille de Kœnigsmark.

P.

DE

PARDIELLAN.

�.

'

MADEMOISELLE

DE

LAMBESC

ET SON FRÈRE, LE JEUNE COMTE DE BRIONNE.
J· TALLANDIER
LIBRAIRIE lLLUSTitl:E

Tableau de ~ATTIER. (Collection LA CAZE, ;\lusée du Louvre.)

75, RUE ÜAREAU, 75
9LRIS ·:uv- arron11' .1

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>"'--':;:---~-::: --=--==-=:-: :~-=--==-=-=-=-=-==-==--==-==--====-:: :-: : --.. r-.~~========;~=s:!

1-l1S T 0'1{1.Jl
tar du ~ jeune homme innocent ». Des papiers trouvés sur lui, il était résullé qu'il
n'éLait ni \füller, ni Rosen, etc., etc., mais
bien 1c premier-lieutenant prussien de Sanlha, dll régiment de Slol'kbausen, el ceci
n'avait pas mm,1ué d'in•pirer au hailli de
nouveaux scrupules et ridée de remellre le
prisoonin aux mains de l'autorité m1li1aire.
A la suite de quoi M. de Santba ful donc
confié au poste prini:ipal de la vilJe, qui était
commandé par un officier.
Pendant que les magistrat ai aient mené
ces enqnêtes s1wcessives, Je menu personnel
policier de leur suite n'était pas reslé inactif,
car il avait découvert dans un recoin du l,ateaa le domestique du lieutenant, un nommé
Emerschkowitz, qui s'était prudemment caché. Soumis à un interrogatoire, cet indi1·idu
déclara « être depui. quelque temps au serTice de M. de Saotha, mai a1·oir été prêté
par lui, pendant un mois, au lieutenant de
Sacken el n'avoir repris ses Conclioo auprès
du premiP.r que peu de jours avant son départ de Breslau . .. . En cours de route, son
maitre était allé chercher une dame qu'il
avait ramenée au bateau en disant que c'était
sa femme .... A Dresde, son maître lui avait
donné l'ordre d'acheter une bouteille dt:
sang ... 1&gt;, etc.
Le bailli, tout enchanté de n'avoir plus à
s'occuper de rien, puisque la princesse avait

LB
élé rendue à la liberté et son compagnon remis à la garde de l'autorité militaire, entra
dans une fureur abominable à la vue d"Emerschkowitz amené par les poliders qui s'imaginaient avoir fait merveille. Bon gré mal
gré, il fallait donc prendre une décision à
son sujet, et elle fol moins nalurelle que
simple : le domeslit1ue fut enfermé à la
prison.
Le 11 septPmbre, le bailli reçut l'ordre de
prendre des information concernant la princesse et de faire savoir ce qu'elle était devenue. Dès onze heures du malin, il répondit
que le même jour, à huit heures, eUe était
partie en « Exirapost &gt;&gt;, se rendant à Eilenburg. Le 16, il Iut avisé d'avoir à se faire
Livrer par l'autoriLé miliLaire le lieutenant de
Santha, de le faire incarcérer à la prison civile et d'instruire son affaire. La bonne étoile
de l'amlmann lui évita celle corvée, attendu
que l'autre avait pris la clef des champs dans
la nuit du i~ au 14.
Le bailli, qui décidément n'aimait pas les
bisLoires, se garda bit&gt;n de porter aussitôt Je
fait à la connaissance de ses snpérieurs. il
n'en rendit compte qu'à la date du 2 octobre,
ajoutant incidemment qu'à défaut du Jieut.euant il avait enrore entre les mains « une
culotte, du linge et différents objels appartenant à ce dernier, ainsi que le valet Emerscbkowilz ». La mise en liberté de ce mal-

heureux ne fut prononcée qu'un mois plus
lard. Restaient la culotte, le linge, etc., etc.,
au sujet de quoi ~I. de Sanlba écrivit nombre
de fois au bailli, sans que celui-ci, fidèle à
ses habitudes, se donnât la peine de lui répondre, à plus forte raison de lui resLituer
son bien.
Enfin, en novembre {801, le sénateur
Schulz. a,•ocat-conseil de Mme de Hohenlohe,
ayant fait parvenir à qui de droit le montant
des îrais occasionnés par l'avenlure en question, l'amtmann fut autodsé à remettre la
fameuse culotte et le reste au lieutenant de
Bose, qui se chargea d'expédier le tout à son
camarade de Santba.
Le dossier de Dresde n'en dit pas plus long
ur cette affaire, mais il est de notoriété publique que le divorce entre le pri•nce et la
princesse rut prononcé à la fin de l'année f 799.
D'autre part, le général de Wolzogen raconte
dans ses Mémoires que l'héroïne de ce récit,
après avoir passé quPlque temps à ~fagdebourg, s'était fixée dans le Mecklembourg el
avait épousé ~L de Sacken.
En revanche, à partir de novembre {80L
toute trace de M. de Sautha disparait. Désormais rentré en possession de sa culotte, il
vécut, selon toute apparence, à la façon des
peuples heureux. Peut-être aussi fut-il balayé
par la tourmente d'léna, si fatale au prestige
militaire de M. de Hohenlohe?
P.

LA. VIE ET LES MŒUl&lt;S A.U

XVII•

SIÈCLE. -

LE REPAS DE F.A.IIULLE. -

DE

"LisEz-Moi" u1sroRIQuE

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LORD PHILIPPE II
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ÉDITEUR

3 3e fascicule

Sommaire du
PAUL DE :\loRA • • • •
PRTNGE DE J OINYILLE .
Pru;..CE OE Lrmrn . . .

ARV.ÈDE BAR!:&lt;IE. • • •

3l'"• nu IIAussET . . •
GÉN!';RAL OE MA!lBOT
D' MAX BILLARD • . •

.
.
.
.
.
.

Van Dyck et Charles I " . . . .
Vieux souvenirs ( 1830- 1833) .
Chez M. de Voltaire . . . . . .
La duchesse du Maine. . .
Fr!re~ et sœurs . . . . . .
Memo1res . . . - - .. .
La mort de Talleyrand .

1
~

13
l.j

11:l
19

27

(5 avril

(XIVe arrt).

TQII ).

Les dernières amours de la comtesse du
Barry . . . . . . . . . . . . . . .
,W• Pm LIPPE DE 3L\ssA. Monsieur Thiers . . . . . . . . . . .
L'-CoLONEt. PARQUIY .
Souvenirs de gloire et d'amour. . .
LOUISE CH .\STEAU . .
. Ames d'autrefois . .. .. . . . . . .
ITENRY RnuJoN . . . . . Madame Vigée-Le Brun . . . . .
PwL GAULOT. . .

. .

de /'..Jca:1e1nie Française

ILLUSTRATIONS
o' APRÈS

PARIS

29
3,
36
3q

4'?

PLANCHE HORS TEXTE

LES TABLEAUX, DESSINS .E T ESTAMPES Dl! :

'l'IRÉ-E EN CillAÏltU :

AUBERT, BE.WYAflLE'T, BELLENGÉ, llrA.RD, Boult.LO:-!, BRUNF.LLIÈRE, CHAVANE,
CHOLET, CoNR,I.D, CouRT, LJES~IARAIS, Â..'llî, Dmu, DROUAIS, F. GRENŒR, PRlNCE
DE jOlNVILLE, Cil. LAN&lt;lLO IS, AC)!. LEFÈVRE, LEPAUTRE. }1AUZAISSE 1 2\IEISSONIE~ .
ÜUTHIVAITE RoBEKT-F'I.El1 RY, fONCI . ANT. TuOUVAIN, VAN DvcR , VÉRITE,
CARLE VERm, H ORACE v~.R'.llET, }l'"' V!GÈE-L E BRUN.

LORD PHILIPPE lI WH _\RTOX
Tableau de \'A" DYCK.
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PAUL MARGUERITTE. L'Énigme. ABEL HER.\IAl\T. li n'y a. plus de
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Avril parisien. - ANDRÉ l..lCIITE. 'BE RGER. Le petit roi.
PAUL AREXE.

Flânerie dans Rome. - J. MAR:'\!. Par amour. - COLETTE \VILLY. Le dernier
feu. - RENÉ .ll!AIZEROY. Le boulet. - PAUL Bll.HAUD. Jmpression d'avril. Guv DE MAUPASSA;s;T. Une vie. - HENRI LAVE DA!\, de l'Académie Française.
• Oiseaux de paradis •· - ANDllÉ TIIE "RIET. Le rouge-gorge. - LÈO:; DE
TINSEAU. Un malheur est vite a.rrivé. - ,\I JGuEL ZAMACOiS. Le potin. BRlEU'X, de l'Académie françai e. Les trois filles de lll. Dupont.

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2o

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Van Dyck el Charles

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La musique en famille.
Magnifique ouvrage : Madame de Pompadour (préface de Marcelle Tinayre).

LES Cl:'\Q ENFANTS DE CliARLES

SU~P'R_1ME ME~VEILLEUSE

Les oirconslanccs dans les11uelles Van Dl'ck
Îllt appelé à dcrnnir le peintre atlitn\, le por-

traitiste officiel du roi d"Angleterre el de sa
cour, n'offrent pas seulement en elles-mêmes
un intérêt spécial au point de vue « petite
llisloire o : elles montrent aussi de c1uelle
façon se constituait en bloc, dès le xv11• siècle, et par les soins d'un intermédiaire avisé,
une collection de cheis-d'œavre de l'art.
Notre temps el les plus puissants des souverains actuels, les rois de l'argent, propriétaires de merveilleuses galeries formées de la
même manière, n'ont, à cc dernier égard,
comme on le wrra, rien inventé.
Donc, lorsqu'en décembre 1627 on apprit
à Londres la mort du ùuc de Mantoue, le
V. -

HISTORIA, -

Fasc. 33.

musicien Nicola Luniere, maitre de chapelle
du roi Charles }cr, partit en Ioule hàle pour
l'llalie. Cet homme joignait aux qualités professionnelles qui lai avaient -valu l'avanta- •
geuse silualion qu'il occupait, un goût très
vif po~r la peinture et la gravure; il s'y
essayait même en amateur, mais possédait,
pour juger les œuvres des autres, plus de
~cns critique que, pour réaliser les siennes,
il n'avait de talent. Une première fois déjà,
en 1625, comme mandataire du roi, qui, lorsqu'il s'agissail de tableau.1 1 Caisail de lui son
expert et son conseiller, il s'élait, outreruonls, rendu acquéreur , moyennant 15. 000 li,·rcs sterling (350.000 francs), de tout un
ense mble de toile~ dont s'enorgueilüs aient

maintenant les colleclions royales. Celle fois,
il y a\'3il à conquérir les trésors artistiques
dont la mort du duc de &amp;Jantoue faisait héritier le cluc Ferdinand de Nevers : des MichelAnge et des Guido Reni, des Jules Romain et
des André del Sarte, des Titien el des ~fantegna, des Tintoret et des Corrège, une madone da Sanzio que le duc avait payée d'un
marquisat rapportant 50.000 écus, et nom1.tre d'autres œuvres prestigieuses.
Aidé par Daniel ys, secrétaire de l'ambassade anglaise à Venise, Laniere conclut,
en février 1G28, un premier marché, et fait
pa ser en Angleterre la fleur de l'admirable
collection. Puis on engage de nouveaux pourparler., en vue de fairu prendre la même

�r-

111S TO'J(l.Jl

roule au reste des toiles el au.x marbres. Le
mécontentement hautemenl e1primé des Mantouans fait traîner l'affaire en longueur. Elle
n'en aLoutiL pas moins, à force de négociations patiemment el adroitemenL menée• .
puisqu'en juillet l63t, Charles I"' igne l'ordre de paiement, qui. représente au total
f8. 2XO füres sterling, l 2 shellings, 8 denier ·, soit 460.000 franc~ environ.
Laniere, d'ailleurs, ne devait pas se borner
à enrichir les domaines royaux des chefsd'œuvre venus d'[talie: il allait en outre offrir
à son roi un grand peintre venu des Flandres.
Se trouvant sur le chemin de Van Dyck,
notre musicien s'était dit que, s'il ne pouvait
pas prétendre à l'immortalité par sa musique,
ou sa peinture, ou sa gravure, il avait un
moyen de se faire immortaliser physiquement : c'était d'obtenir d'un artiste tel que
celui-là de fixer son image sur la toile. Van
Dyck y consentit. Mais le rêve de son modèle
ne devait trouver dans l'œurre qui en résulta
11u'unc réalisation qua~i \iagère, car le portrait
est depuis longtemps perdu. Du moins l'arti ·te
allait trouver dans cette rencontre avec le
mandataire du roi Charles Jer une orientation
nouvelle de son existence. En etfel, Laniere,
à son retour, ayant placé le tableau du jeune
mailre flamand sous les 1eux de on ourerain, celui-ci ne continl pas son admiration
pour le magistral talenL qui y éclatait, et manifesta son désir d'allirer Van Dyck à sacour.
Une première fois, dès sa vingt cl unième
année, Antoine Van llyck arait été appelé en
Angleterre. C'était sou le règne de Jacques {"r, en 1620. Uais ce roi-là, dont la
prédilection allait aux Lclles-letLres, ne se
passionnait guère pour les arts plastiques. Le
jeune peintre n'avait pas considéré comme
une base suffisante de forlune la pension
de iOO livres sterling que Jacques fer lui accordait. Aussi a,•aiL-il, au bout de quelques
mois, quillé l'Angleterre à peu près sans es1.-'rit de retour.
Lauiere parvint, douze ans plus tard, à le
Caire revenir sur l'impression médiocre que
ce premier séjour lui avait laissée. El Van
D~·ck n'eut qu'à se louer de s'être rendu aux
raisons de son nouvel ami. Toutes les satisfactions, morales et pécuniaires, l'attendaient
ca effet à la cour de Charles Ier. Dès qu'il y
arriva, le roi intervint en personne pour lui
procurer wie demeure digne de lui. Cette
préoccupation est démontrée pa~ une pièce
que l'on garde aux archives de l'Etat, el qw,
écrite sous la dictée du souverain, est intitulée : a Choses à faire. &gt;&gt; On y relève celle
note : « Parler à Jnigo Jones d'une maison
pour Van Dyck. 1&gt; Cela suffirait à indiquer
quelle importance Charles I" donnait dès lors
à ce qui pouvait intéresser le bien-être matériel du peintre devenu son hôte; car, pensons-nous, il n'y eut guère d'exemples qu'un
monarque poussàL la prérenance pour un
"rand artiste au point de se faire tout spontanément son fourrier . Cependant, pour on
ne sait quelles raisons, le projet que Char-

les Jer caressait à ce moment n'aboutit pas.
Van Dyck e \Ït simplement réserver une
résidence urbaine dans l'ancien cou,·enl de
Dlackfriars, en même temps qu 'une maison
des champs dans un ,•illage du comté de
Kent, Eltham.
cc Le peintre flamand venait d'entrer dan
la plus belle partie de sa carrière, dans ce
qu'on pourrait appeler ses années d'or, dit
l"écrh·ain Allred Michiels, a qui l'on doit l'une
de3 biographies les plus complètes qui aient
été tuiles de Yan llyck. Sa noblesse élégante,
les termes choisis dont il se servait, ses manières distingué9S, ne pouvaient manquer de
plaire au lils de Jacques l"'· Charles lui montra une faveur exceptionnelle, car il n'avait
pas moins de SJmpathic pour l'homme que
pour l'artiste. Souvent il 11uit1ait dans sa
barque son palais de White-Hall, remontait
le lleuve jusqu'au monastère de Dlackfriars.
eL allait oublier, en causant a,ec le maitre
anversois, les graves que Lions de la politique .... Il lui donna des conseils pour sa fortune. JI fixa au prix de 100 livres sterling.
ou 2.500 francs, les portraits en pied qu 'il
fera.il de sa personne, de :;o livres sterling
les portraits à mi-corps., .. Par un acte du
17 octobre 16:i3, il ini a signa un revenu
de 200 livres sterling ou 5.000 francs. »
Au bout de !roi · mois, le :, juillet 1632, il
l'avait nommé chevalier, cl lui avait fait en
outre présent d'une chaine d"or à laquelle était
suspendu on portrait entouré dt: diamants.
Charles [cr recourut de faroo presque constante au pinceau de Van Dyck. On ne connaît pas moins de dix-oeuf portraits de lui el
dix-sept de la reine, sans compter nombre de
toiles où figurent, par groupes plus ou moins
complets, les enfants du couple royal. Dans
le tableau, consacré à ceux-ci, que reproduit
Historia, c'est le futur Charles Il qu'on peut
,·oir au centre, la main droite appuyée sur la
tête d'un énorme chien. A la droite du petit
prince ont les princesses Marie et Élisabeth;
à sa gauche, la princesse Anne el le futur
Jacques U.
olre musée du Louvre possède, on le sait,
un des portrait du roi, qui se peut considérer comme un des cbefs-d'œuvre de Van
llyck. Madame Campan, dans ses lllimoires,
nous dit comm!lnt l'admirable portrait est
passé d'Angleterre en France : &lt;&lt; Sous prétexte que le page qui accompagna Charles 1cr
dao sa fuite Lon croyait alors, par anachronisme, que le tableau repré entait la fuite de
ce roi ] se nommait Barl'y ou Barrymore, on
lit acheter à Londres, à la comtesse dll Barry,
li! beau portrait que nous avons à présent
dans le Muséum. Elle fil placer le Lableau
dans son salon, et, quand elle voyait le roi
incertain sur la mesure qu'il avait à prendre
pour cas cr son parlemenl et former celui
qu'on appela le parlement Maupeou, elle lui
disait de regarder le portrait d'un roi qui
arait n;cbi devant son parlement.... )) La
du Barry le paya 24.000 livrns de France. Le
peintre, lui, n'avait touché, pour celle toile

illlportante, que le · 100 lilre sterling pré,•ues par le tarif de :,(JO rosai dicnt.
La production, de,enuc con~idéralilc, de
Van Dyck nt: c limitait pa~ d'ailleurs aux
effigies royales, aux portraits de priocts el de
princesses du sang. C'était il c1ui, dans l'aristocratie, poserait devant le jeune pei1ilre aurersois. Et cet engouement justifié pour uu
des plus beaux peintres qu'on ail jamais connus, lui a permis de jalonner sa roule d'innomlirables chefs-d'œuvre. Parmi ceux-ci, il
en est un qui e détache de l'ensemble par
un charme tout particulier. C'est le portrait
d'un fils de noble se, lord Philippe li Wharton, à l'âge de dix-neuf an , c&lt; précur eur
lointain, comme l'a fort bien dit un critique,
M. Louis Thuilliez, de::: fètl's n-alantes el des
pa::-toralcs de Watteau, fin comme une grande
jeune fille, avec les yeux chargé de songe, et
on ne ~ait quoi, dan~ son pâle ~ourire, d'inquiet el de délicieu cment troublant. Ou dirail que Yan D)·ck a franchi d'un coup d'aile
le , 1•11c siècle, qu'il 'esl arrêté au n111'' pour
rueillir la fleur de sa grâce, et que, reprenant son vol, il e L venu, incompar,Lblc de
jeunesse et de maiLrisc, se mêler aux plos
raffinés et aux plu moderne de nos poètes
cl de nos peintres contemporains. »
Aotoiue Vau Dycl.., lorsqu'il exécuta une
telle œuvre, où l"on peut le Yoir en parfailc
posses ion de sa technique admirable, était
dans le plein épanoui scmmt de son rréaie.
tln était en droit d'{!spérer que, pendant de
longues années encore, il produirait che!sd'œuvre sur chefs-d'œune. Mais l'avenir lui
était mesuré. Son existence de laheur acharné
s'était doublée d'une Yic de grand ·eigneur
"alaot el prodigut:. li s'épuisait à travailler,
~ans un moment de répit, pour faire face
aux dépenses d'une maison devenue lourde;
il s'épuisait au5 i pour répondre à l'ardeur
sensuelle d'une maitresse a1folée d'amour,
Margaret Lemon.
Une fois do plus, le roi Charles se. manifes ta pour Van Dyck comme un ami all'eclucm: el vigilant. .Afin de soustraire le peintre
à celle passion dévoratrice, il lui fit épouser
la jolie descendante d'une illustre famille
d'Jtcos c, ~fary Rutbven. Le mariage se célébra en 161,0. Le calme &lt;Jue Van Dyck devait
y trouver \'enait trop tard. On le vit de jour
en jour s'affaiblir. La phtisie s'empara de son
organisme débilité. Comme homme cl comme
arlisle, il n'était plus, à quarante-deux ans,
que l'ombre de lui-même. Et quand, le 1"' décemLre 1641, Mary Rnthven mit au monde
un enfant, le père n'avait pins que huit jours
à vivre.
On l'entena dans la cathédrale de SaintPaul. Il n'y devait pas trou\'er le définitif
rrpos. Vingt-cinq ans plu tard, en effet, un
terrible incendie détruisait l'édifice. De la
dépouille mortelle de Van Dyck il ne restait
plus rien, mai il lai~sail un nom glorieux
et des œuvres qui à jamais lui marqueront sa
place, une place d'honneur, parmi les grands
maîtres de la peinture.
PAUL DE

illORA.

P~INCE DE JOINVILLE

+

Vieux souven1•rs
1830-1833

C'est pendant mes année de collège qu'é- rasse qui s'étend au-dessus de la Galerie empila dans le parterre où était le canon de
clata la révolu Lion de 1 50. J'avais douze ans; d'Orléans·. Les femmes y circulaient décolmidi et y mit le feu. li fallut appeler la
j'étais par conséquent beaucoup trop jeune letées tant la nuit était belle et chaude,
troupe, faire évacuer le jardin, el celle prepou_r en apprécier_ le caractère politique el éclairée comme en plein jour par des illumi- mière scène de désordre public, nouvelle pour
octal. Je me sounens seulement qu'elle me nations ébloui sanies. La cour du Palais- moi, me remplit d'étonnement et aussi de
cau_sa. une surprise profonde. N'ayant jamais Royal était fermée, mais une foule immense colère.
assiste à aucun
désordre, je n'ima!!ioais
pas remplissait le jardin et tâchait de voir cr.
•
0
Peu après celle fête, sun-inl la prise ù'.\1cc que pouvait être une rérnlution. J'avais qu"elle pouvait de la fête. Je courais dcvan l
ger, un acte de puissance nationale, de politoujours vu le roi et la famille royale l'objet Charle X pendant qu'il faisait celte prometique courageu e el préroyante, un Lrillant
d'un respect qui ne s'est, du reste, jamais nade et je le vis s'avancer avec sa taille droite
fait d'armes accompli sous le drapeau Liane,
démenti, et j'étais à cent lieue de penser el son air vraiment ro al vers le parapet de
qui ei'tt dù exciter l'enthousiasme, resserrer
qu'on pùl les chasser. Mais il est certain que la terrasse du r,lté du jardin. li agita plules liens eolre la France et son lloi , réconciles commencements de l'année i850 ne res- sieurs fois la main pour saluer la foule, qui à
lier la nation avec le vieux &lt;lrapc•au. li n'en
semblaient pas aux années précédenle el celle pelite distance el avec l'éclat des lufut rien. La prise d'Alger fut accueillie comme
qu'il paraissait y aYoir quelque chose dans mières devait parfaitement le reconnaître,
une nouvelle ordinaire, les regrets pour le
l'air. Au collège, même parmi les petits, on non seulement ;'t :'!'S traits, mais à son grant1
drapeau tricolore restèrent aussi vifs. C'ei.t
répétait beaucoup de propos singuliers; nos uniforme de colonel-général de la garde, cl
que la tribune et la presse, la presse surtout,
précepteurs, affiliés à la presse, étaient, au cortège qui l'entourait, mais il n'y eut ni
le plus puis ·anl instrument de destruction
comme on disait alor , dans le mouvement cris de : &lt;c Vive le Roi 1 » ni cris hostiles. La des temps modernes, avaient fait leur œuHe.
et ne cessaient de parler politique. Où n'en foule houleuse s'agita seulement un peu plus, Les jours du gouvernement de la llestauratioo
parlait-on pas1 C'était une maladie. On se en faisant entendre ce brouhaha qui s'élève étaient comptés; on n'avait rien à lui reprorappelle le mot de M. de Salrandy, lors de la un jour de feu d'artifice, quand éclate une cher : au dehors, comme au dedans, il avait
fête ljUC mon père donna au mois de mai au belle pièce. Un dernier salut de la ma.in, été assurément le meilleur des régimes &lt;Jui se
Palais-Uoyal, en l'honneur du roi de Naples, accompagné d'un : « Bonjour, mon peuple! &gt;&gt; soient succédé depuis i7 9. Mais il a,aiL
mon oncle et parrain: c, Une fête Ioule napo- que le Roi dit moitié érieusement, moitié voulu gourerner en bon père de famille, pour
litaine, Monseigneur, car nous dansons
sur un volcan. » Fête route napolitaine
en effet, non seulement à cause de la
pré.rmcedes souverainsdes Deux- iciles,
de la beauté idéale de la nuit, mais au si
à cause d'une tarentelle, sorte de ballet
dansé au milieu de la soirée par madame
la duchesse de Berri et une trentaine des
plus charmantes jeunes femmes du faubourg Saint-Germain, en costume napolitains, au milieu desquelles je revois,
Ioule gràce et élégance, ia ravissante Denise du Rourr, bientôt comtesse d'Hulsl.
A celle tarentelle succéda une polonaise
conduite par le comte Rodolphe Appony
el la duchesse de Rauzan, superbe en
bleu et or, danse plus grave, exécutée
par de nobles seigneurs et dames, tous
en costumes hongrois, escortés de pages
porta~t l~urs bannières. Qui l'emportait,
po~r 1aristocratique beauté, des femmes
q~1 prirent part à ces deux quadrilles,
c est ce 11u'il aurait été bien difficile de
dire: la race était dignement représentée.
BAL AU P..u,AIS·ROYAL. Dessin du PRINCE DE ]O!XVfL LE,
~ ~amille royale, Charle X en tèle,
(De gauche il droite : Capitaine des gardes. duc d"Orléans, Cha rie~ \'., prince de Joinville, d uc de Chartres,
1\1. de Salvandy, 11\mc de X .... )
assistait à cette fête splendide où toutes
les supériorités étaient réunies, toutes les
cla~ses représentées et où la cordialité semblait plaisam[JJ.ent, et Charles X s'en alla. Je ne
le bien de la France dans le présent, pour sa
umverselle. Après l'entrée des quadrilles cos- &lt;levais plus le revoir. Presque immédiategrandeur dans l'avenir, et résister aux assaut
tumés, le Roi alla se promener sur la ter- ment la foule prit les chaises du jardin, les
des déclassés, qui ne voyaient en elle qu'une

�V1EUX SOUVENl~S - -~

111ST01{1.Jl
ferme à exploiter. On l'aYaiL démoli pièce à
pièce, comme on d~molit Loul depuis cent ans,
au nom de 1',is el de prinl1ipcs qui dissolvent

nom~ pour les aroir entendu_ citer parmi
ceux: des conservateurs ardents appelés alors
les ultras. L'un d'eux, M. de Vitrolles, aUira

lions, Nemours cl moi, à partir pour Je collège, qucl'lu 'un ounil la porte el jrt~ à nos
préœpteurs ces mots : c1 Le coup d'Etat est
nu Afonileur. - Comment? - Oui! Les
Ordonnances. &gt;&gt; 11r quoi nos précepteurs
coururent au salon de famille où nous les
suivîmes. Nous ) tromâmes mon père assis,
comme anéanti; il tenait le Moniteur. En
,·oyant arri\"er les précepteur$, il leva le bras
rn• l'air arec désespoir el le laissa retomber.
Au bout d"un silence pendant lequel ma mère
mrUail Cl'!\ messieurs rapidement au courant,
mon père dit seulement: « Ils sont fous! »
puis, après un noureau el long silence: « Jls
rnnt se faire exiler enrorc ! Oh! pour moi, je
l'ai di'&gt;jà ~té drux fois! Je n'en veux plus, je
rc~le en France! &gt;&gt; Je n'en entendis pas da' vantage, parce que l'heure du collège était
arrirée el que nous montâmes en voilure,
mais ces paroles de première impression me
sont restées gravée dani; la mémoire.
'olre journée du collège se passa comme
à l'ordinaire, mais le lendemain '27, quand
nous re,iomes de Henri IV, il était facile de
, oir qu'une grande agitation rrg-na.it dans
l'aris. L'école de nat.ation Dcligny, au coin du
quai d'Orsay, où, suivant l'usage, nous allàmes, :iprès la classe, prrndre notre baio,
était pleine de jeunes grns qui discutaient,
péroraient et racontaient les incidents vrais
E~TREE DE L'.IR~IÉE FRANCIISE A ALGER (5 JUILLET 1830).
ou faux de la journée . Les troupes occuGravure de CllA\"lu'Œ JEONE:, a'Jprès un. taNeau .tu M11see de Versailles.
paient la plare Louis XV, aajourd'hui place
de la Concord~. 11 y avait un régiment de la
tout gouvernen,ent el rendront liienlûl toute mon aLLention par une longue conversation garde à pied, no bataillon sui~&lt;', les lanciers
~ociété impo sible. L'heure du: &lt;&lt; Ote-loi de q11'il eut avec mon père pendant un enlr'- de la garde, l'arLillei;ie de l'gcole milila irr,
là que je m'y melle », le seul Lml sincère de adc. ~I. de Vitrolles a depuis raconté dans troupes superLes, les plus hdles que j'aie
nos révolutions successives, de quelt1ue dé- ses Jfimoires celle conversation cl la comic- mrs en ;mcnn paJs et dont les gardes à pied
guisement qu'on l'affuble, allait llientùt Lion 'JUÏI en rapporta de l'horreur 'lue l'id1:e :iuglaises pourraient seules, aujourd'hui,
sonner.
d'une ré,·olutiun nouvelle inspirait à mou donner une itlé!'. Officiers animés au plu ·
Le 21&gt; juillet, nous avions Lous diné à père. Ils n'avaient dill'ùé 11ue sur les moyens !mut degré de l'esprit de corps et du d~vouoSaint-Len, chez monsieur le du,: de Bourbon,
un vieux cou in, qui ne se mêlait pas de politique, el qui menaiL une grande et belle
existence à Chantilly et à Saint-Leu, sans
venir jamais à Paris autrement qu'en pa sant,
bien qu'il -y possédât le charmant palais qui
porlt) son nom, le palais .Bourbon. Sa grande
passion élait la chasse où il excellait, et mon
père, en lui abandonnant la chasse à courre
de toutes ses forèLs, s'en était fait un ami. Il
-y avait encore une autre raison à celle cordialité et peut-èlre la principale: c'est que
mes parents avaient consenti à recevoir la baronne de Feuchères, qui exerçait sur monsieur le duc de Bourbon un grand empire,
mais qui n'élait pas admise à la cour. Je vois
encore ce beau vieillard à la parole brève, au
profil où le type de la maison de Bourbon
élait si vivement accentué, avec sa chevelure
Llanche et sa queue, son habit bleu boutonné d'où sortait un jahot, et son pantalon
toujours beaucoup trop court laissant voir
des bas blancs. Le soir dont je parlais, il -y
avait grande réunion à Saint-Leu, grand diUNE LIÉROÏNE DE: BARRICADE. Desst,i au PRINCE D.E JOINVlLLE.
ner, puis comédie de société, jouée par madame &lt;le Feuchères el les gentilshommes de
monsieur le duc de Dourhon. Dans l'assis- cle l'éviter. Lequel des Jeux avait raison? ment chevaleresque; vieux solls-officiers, dont
tance, des officiers de la garde ro)"ale et nomNous l'entrâmes le soir à Neuilly el le len~ lieaucoup avaient ,,u les guerres de l'Empire,
bre de personnages dont je connaissais les demain 26, au moment où nous nous apprê- commandant à des soldats vigoureux, jeunes

d'âge, mais vieux. Jïnslruction, de Jiscipline
et tout fiers de porter les plus charmants uniformes : telle était la gnrde royale. Que dire
aus i de ces superbes bataillons suisses, par
tradi1ion séculairc, l'infanterie Ja plus solide
du monde. Ces magnifiques troupes, qui auraient pu rendre de si grand. . ervices à la
France sur le champ de bataille, allaient Jis-

de Notre-Dame sonnait le tocsin; nous n'alIàmcs pas au collège, bien entendu. Mai$ Je,
maitres qui donnaient des leçons à mes sœurs
vinrent à Neuilly, et par eux- on apprit surccssivement ce (LUÎ se passait dans la ca11it.ale;
toutes les rues couvertes de barricades, la
troupe sur la défensiYe, le drapeau lricolorr
partout arboré.

Le premier élaiL celui d'une ardente s)'mpaLhic pour nos soldats engagés dans la lutte,
pour tes 11auvres soldats, la vraie France, le
nai peuple, obéissant am plus nohle- mo1.iiles, l'honneur, Je devoir, en opposition à la
populace, dont l'cmie et lc&gt;s mauvais insLincls
étaient déchainés par une poignée d'ambitieux.
Aus,i n·eûmes-nous de repos que lorsque tout

Cllcbé BTaun et C".

LE

nue ll'ÜRLÉAXS PARTANT Poun L'HûTEL DE VtLLE (3 1 JCILLET 1tl3o). -

TJ/;t/e,:w

d'IIORACE \ ER~ET. (i\Jmée Je

parailre en deux: jours : je les royais aus. i
Le 29, la lutte se rapprocha de nous : un
pour la dernière fois.
boulet viol en sifllanl s'abattre dans le parc.
l1rès Je la porte 3laillot, nous renconlràmPs D'après les dires des gens échappés de Paris,
madame la duchesse de Berri, à cheval, en- Jïnsurreclion était triomphante, la troupe de
tourée d"ua groupe nombreux d'écuyers; ligne fraternisait avec elle; la garde se relirait
nous nous saluàmcs amicalement. Sans &lt;loule sur Saint-Cloud pour se grouper autour du
on instinct de femme el de mère lui faisai L roi. Je néglige tou les bruits, tous les canards
chrrcher à se rapprocher des éréoemeols. fJUÎ accompagnaient ces nouvelles trop réelles.
Le lendemain 28, on savai L Paris en pleine Que faisions-nous pcndanl ce. heures d'aunsurreclioo : le canon grondait; le hourdon gois e'? Nous obéissions :i di11er sentiment .

0

l'ers.Ji/les.)

le personnel du chàleau se fut porté aux diverses portes du parc, pour les ouvrir aux.
~oldals isolés, dispers~s, menacés de massacre. On les faisait entrer, on les faisait manger, on leur donnait des casquettes, des blouses, au lieu de leurs unHormes, et on les
passait en bateau sur l'autre hord de la Seine.
A côlé de cela, tant le cœur de l'homme et
urlout de l'enfant est rempli de contrastes,
nous ohéissions au courant uous fabriquions,

�"-----------------------------,-----------

1flSTO'l(l.ll
mes sœurs, moi nous tous, des cocardes tricolores ! Dien certaincmenl celle fascination
du drapeau Lricolort! a été une des causes de
la rapidité avec laquelle a pris la tralnér &lt;le
poudre révolutionnaire.
Et comme il y a toujours le côté pour rire
au milieu des é,·énements les plus sérieux, la
note comique fut donnée par nos maîtres de
langues, de dessin el aulres, 1rui, sortis Je
Paris le ~8. n'avaient p:i osé y retourner 1,
cause de la bataille. (Juand ils s'y décidèrent,
le ~9, nous persuadàmes à. ceux d'entre eux
11ui port:iient des moustaches, qu'ils courraieul de grands dangers et seraient pris pour
des soldats &lt;légui és. Tout aussitôt la salle
d'l'lude fuL Iran formée en une Loutique de
Larbirr, ot1 s'opéra un rasnge général, a,·ec
les cbangemeols de physionomie qu'il comporlc cl qu'augmenlaiL encore l'elfaremenl
des 11ersonnages.
En même Lemps que nos mnîlrcs rasaient
leur.;; moustaches, mon père ,lisparaissait de
Neuilly. Ses mouvements oolls furent rigoureusement cachés et, même depuis, je ne les
ai jamais bien connus. Aussi n'en dirai-je
rien 1 • Nous sùmes seulement bientôt qu'il
était à Paris, qu'il y exerçait des foncl.ions
publiques encore mal définies et, le 51 au
soir, ma mère nous annonça que nous allions
aller le rejoindre au Palais-Royal. Sur les
huiL heures du soir nous partîmes, ma mè-re,
ma tante Adélaïde et tous les enfants, dans
un omnibus, afin de ne pas allirer l'attention.
A la barrière de l'Étoile nous commençàmes
à trouver des b:irricades, mais on y avait pratiqué déjà des ouvertures qui permettaient le
passage d'une voiture, ouvertures toutes gardées par &lt;les postes de gens, pardon, je me
trompe, &lt;le citoyens armés qui jouaient au
soldat, à la police, arrêtaient, questionnaient
comme de vrais enfants. L'omnibus ne put
dépasser la place Louis XV, à cause de la
multiplicité des obstacles. ous mimes pieù
à terre et ma mère, nous divisant deux par
deux, nou dit de nous disperser avec rendezvous au Palais-Ro ·al.
J'aris était, ce .oir-là, bien curieux : cntièrément illuminé, avec des lampions et des
drapeaux. tricolores à chaque fenêtre. Comment avait-on eu le temps en deux jours de
confectionner une si grande quantité d'emblèmes? Les rues complètement dépavées et
Lous les pavés empilés en barricades, avec
mélange de voitures rnrsées, de tonneaux, de
débris de toute sorte : derrière tous ces barrages des gardiens improvisés, des passants,
des pl'0me!lt!Urs armés et tirant des coups de
fusil à chaque instant; tout le monde, hommes et femmes, avec de gigantesques cocardes
tricolores au chapeau, à la casquelle, au bonnet, dans les cheveux. Sur la place du PalaisRoyal, on voyait, au milieu d'une grande
foule, une diligence laf'fi.lle et Gaillard qui
l. Je n'ai pas il juger la conduite cle mon père en

oct:cplanl la couronne en t8;j(), La révolullon de Juillet
a sans doute été uu grand mo.lheur; Plie o porlé un
nouveau coup au principe monarchique i!l donné un
l'une,te encouragement aux ,;péculaleurs en insurrections. liai~ j'ai l'al&gt;solue certitude l]UC mon rere ne
1'11vail jamoi~ &lt;;0uhaitée cl que, au contraire, i l'avait
nw 1·enir a,·ec unt' pruronde douleur. QuanJ le trône

avait servi à une barricade et qu'on avait reL\ée. Ell1' était pleine de monde el surchargée dt&gt; grap(ll'S humaines qui chantaient en
l'11œnr. Où le refrain s'arrêlait une vive fusillade éclatait, et la diligence, trainée par trois
ou quatre cents personnes attelées à des cordes, faisait à fond de train le tour de la place,
au milieu rl'un concerl de burlemenls variés.
Bien qu'il fùl lard quand nous arrivâmes au
Palais-noyai, il était Loul éclairé, Ioules portes
ouvertes; entrait 11ui voulait, et lorsque nous
montàmes l'escalier, Lien dès gens étaient
déjà installés sur les degrés, s'apprêtant à y
passer la nuit. Nous vîmes mon père dans
son cabinet el on nous envoya coucher, c'està-dire birnuacluer dans nos chambre haùiLuellcs.
Le lendemain h fusillade se ralentit, mai
le désœuuement conlinua; tout le monde se
promenait. Dicnlôl on commença à se préoccuper dPs questions de nourriture, tous les
arrivages de provisions, toul commerce étant
arrêtés par le barricadage général. On se questionnaiL rériproquemenl pour savoir ce qui se
passait, ce que tout le monde, hors les meneurs, ignorait complètement. La foule ressemblait à un immense troupeau de moutons
dont oo avail chassé les b~rgers et qui s'étonnait de ne pas voir paraître les nouveaux
chiens destinés à les morigéner. Aucun mauvais instinct; quelquefois une panique : tout
le monde se sauvait à toutes jambes sans savoir pourquoi, puis on s'a1·rèlait et on ' e

LE:

GÉ'.IIÉRAL LAFAYETTE, COl\OIANDANT EN ClfEF
DES Ci.ARDES NATIONALES OU ROYAUME,

n·af&gt;rts le dessin de DesMARAIS (183o).

mettait à rire. Une clameur se faisait entendre
el s·approchaiL en ronflant. C'était un homme
d~ Charles X s'est ëcroulé, sans qu'il pilt en aucw1 Cl
façon le dèfeudre. il a sans doute dèsirè passionnément cchapper à l'ru:il commun el conlim,er à mener
l'n Frdnce une existeoce heureuse entre toutes. La lulte
terminée cl la France souleîi!e d'un boui à l'autre,
i\ a compri, qu'il n'éch~ppernil ù )'exil _9u·e11 'as~ctant au mouvement et 11 est ceru110 qu il ne l'a fait
au Jéhut qu'avec la penSl'c rie ramener Henri Y sui·

populaire se rrn::!ant de !'Hôtel de Ville au
Palais-Royal, précédé de quelques claqueurs,
qui allumaient un enlhousia!.me auquel tout
le monde prenait part, sans avoir idée du
nom du héros qn'on acclamait, heureux seulemenl de pouvoir faire aiusi acte de ciçisme.
Puis il survenait un allendrissemeot général;
on s'embrassait avec fureur; pour quelquesuos, c'était un élan du palrioti me qui se soulageait; pour d'aulres, un elîet de l'extrême
chaleur el de la soif sali~faite qui en ré ultail; pour d'autres enfin, le relùchement Je
mœurs d'une ère de fraternité. Le héros de
ce baisage universel, contagieux, était Lafayelle, à qui tous voulaienl donner l'accolade,
el un grand bruit de 1ambours ayant annoncé
son arrivée au PJlais-J\oyal, il dut prendre
place devant moi dans un salon el emlJra.srr
des milliers de pcr onncs de tout ùgc. J'y
passai comme les autres, mais je Yis des gens
de connaissance 1rui repassèrent bien des fois
devant l'illustre vjeillard pour se faire emLrasser et. .. chaque fois ... avec une émotion
toujours croissante.
Au Palais-noyai entrait el sortait qui ,oulait; c'était un défilé curieux de personnages
de toute sorte, venant observer, prendre le
vent, faire leur adhésion plus ou moins désintéressée. Quelques-uns venaient, poussés par
leur dévouement, essayer de servir encore l,t
cause qui leur était chère. C'e t ainsi que je
vis Anatole de Montesquiou inlroduirc M. de
Chateaubriand dans le salon de ma mère. Par
contre je vis Savary, duc de Rovigo, l'homme
du duc d'Enghien, sorûr en uniforme et botté
du cabinet de mon père où il était venu offrir
ses ervices. Le soir, comme nou étion lous
réuni , on entendit un grand bruit du côté
de l'escalier; on se précipita; une foule
d·hommes armés, éclairés par des torches,
montaient en poussant de grands cris et agitant des drapeaux. En tête marchaient cinq
ou six élèves de !'École polytechnique, tricorne
en Sambre-cl-Meuse et l'épée à la main. Derrière eux on portail en triomphe une femme
en habits d'homme : ceinture rouge el pantalon collant, une héroïne de barricade, que
celle foule hurlante ,•oulait pré enter à mon
père et qu'il fut obligé de recevoir. Celte
scène me fit une impression de dégoùl, suivie
bientôt d'une autre non moins pénible. Les
meneurs de la ré11olu1ion avaient fait partir
une armée de volontaires pour déloger de
Rambouillet le "ieux Roi et sa garde. lis ne
l'en délogèrent point, parce que, d'abord, le
Roi prit lui-même la décision de licencier sa
garde el de se retirer à Cherbourg sous la
seule escorte de qualrc compagnies des gardes
du corps, et ensuite parce que le volontaires,
sortis de Paris en grand nombre, s'égrenèrent
rapidement en chemin et se gardèrent bien
surtout de s·aventurer à. portée de canons de
la garde. Leur retour de Rambouillet n'en fut
le trône. Cel espoir déçu , il a cédë au:i: instances de

tous ccu~ qui le conjuraient, comme seul en position
de le faire, d'arrêter la France sur la pente fat.ale
qui, de la ,·èpublique. la mêueraiL encore à la ,lielahirc. à l'invasion, à l'amoindrissement. Il a rrrnlé de
,li"&lt;-huil ans cc l'unesle enchainement. au péril de ses
jour sans cesse menacés, Ce sera son honn~ur datts
l'histoire, quelle que "OÏL l'injustice ,les hommes.

'Vœux

souYENH(S

pas moins triomphant, ramenant les voitures, Sa-Majesté! » ou la scie du jour : « .As-tu vu ce fut pendant un grand dîner diplomatique,
les équipages royaux dont on s'était emparé, Léontine?» - du nom de Léontine Fay, ac- donné par mon père, dans cette ~aile à mansans coup férir. Ce furent ces carrosses à six, trice très populaire auprès de la jeunesse. ger du Palais-Royal, dont les fenêtres donnent
à huit chevaux, conduits encore par
sur la cour des Fontaines. J'étais à
côlé de la fille de lord Granville el
les ma!heun·ux cochers el postillon~
m 'eITorçais d'être aimable, lorsque le
en grandes livrées, que je vis arec
horreur déboucher rnr la place du
vacarme de l'émeute éclata Loutàcoup
Palai -Hoyal, cropnt qu'il ramenaient
et vint interrompre les conversations.
le sonrerain cl . a famille pri -onniers,
Tout le monde se regardait, regardait
dans son assielle, chacun paraissait
dans le coupe-gorge révolutionnaire.
li n'en était rien heureusement : li•s
bien fàché d'être là en pareil momcnl,
rnilures contenaient sl:!ulcmcnt d~s
lorsqu'un grand bruit de ferraille et
voyous affublés de ro ' lUmcs ridicule ,
&lt;le piétinement de chevaux sur le pavé
rubes de chambre, bonnets de colon
survenant, on comprit que la cavalerie
et je ne sais quelles autres mascachargeait ; après quoi,le ciel se rassérades destinées à provoquer les quoréna.ni, les colloques reprirent, mais
libel · de la foule. C'était dégoûtant.
avec effort.
Puis les jours s'iiconlèrenL. Pari
Une autre fois, les choses Curent
reprit peu à peu sa vie ordinaire; le
plus sérieuses. L'émeute, je ne me
rues se repavèrent, la circulation se
rappelle plus laquelle (il y en eut tant!)
rétablit; on revit des soldat~, des gendevint à un moment très menaçante.
darmes, des sergents de ville, une et•rJe vois encore mon père, prenant Calaine sécurité reparut; en tout cas
simir Perier par le bras et lui crîant
l'éternelle Julie de l'ordre contre le
à l'oreille : &lt;( Dites qu'on donne des
désordre reprit son cours. Les plus
cartouches, des cartouches! )l Casimir
turbulents éléments de la rérolution
Perier, aussi excité que lui, se précifurent amenés, petit à petit, à conpita, mais fut arrêté au passage par
tracter des engagement~ militaires el
un officier qui lui dit : « Il y a là lrois
on les expédia en Algérie ous le nom
élèves de !'École polytechnique cnde régiments. de la Charte. Il fut plus
rnyés en parlementaires. -Parlemendi llicifo de se défaire d'une garde d·hontaires de quoi? De l'émeute'! De l'inClieht Braun e1 C".
11cur de deux ou trois cents hommes,
surreclion? Faites-les saisir! FourrezHE\'Rl D'ÜRLÉAN~, Dl'C D'Al1MALE, A L'AGE DE IIIJIT A'IS.
qui s'était formée de S(!ll autorité priles au cachot! - )lais, monsieur le
T:il!le/JII d~ R OBERT-FLEURY. (Musee Condi! , Chantilly.)
vée, pour garder soi-disant mon père
ministre, reprit l'officier, ancien poet le Palais-noyai. Elle hahilail l'eslytechnicien lui-même, ils onL ma pacalier, le vestibule, nuit et jour. C'était un Mais, à part cela, mon existence avait repri
role, je ne peux pas .... &gt;) Mais Casimir Peramassis de gens sans aveu, de rôdeurs de sa monotonie habituelle. C'est à peine si les rier n'écoutait plus. A ce moment j'aperçus,
barrières de ~a pire espèce, de chenapans cou- émeutes, les essais d·insurre.clion qui se suc- dans uo coin du sal-0n où se passait cette
verts de haillon , porteurs d'armes pillées cédèrent presque régulièrement, vinrent y scène, un homme assis el faisant triste
partouL, au Musée d'artillerie entre autres, faire parfois diversion. Je ressentis pourtant mine. Devant lui se promenait de long en
où qu~lques-uns avaient emprunté jusqu'à une certaine émotion, la première fois que je large un aide de camp de mon frère ainé,
des cuirasses, des casques de li11ueurs. Bien Cus témoin d'une de ces tentaûres de désor- le général Marbot, qui ne le quittait pas de
entendu, il !allait le payer, les n~urrir. Celle dre. La soirée du Palais-Royal venait de finir l'œil. &lt;( Qu 'est-ce que vous faites donc là.?
bande avait pour cbet un aspirant de marine cl j'étais remonté dans mu chambre, lorsque demandai-je au général. - Je garde à vue
en congé à Pari' an momenl de la révolution, de grands cris, accompagnés d'un « Ah! mon ce monsieur que vous voyez. - Qui est-ce?
nommé Damig_uet de Vernon, riui depuis e t Dieu! » de mon valet de chambre, me firenL - Le pré[et de police. - Ah! - Il trahit,
mort général. Quand mon père sortait ponr courir à la fenêtre. La cour du Palais-Royal dit-on. )1 Et voilà dans quelles situatiom on
aller à la Cbambre des députés ou ailleurs, était fermée, mais les galeries étaient rem- se trouve le lendemain des révolutions, quand
celle troupe prenait les armes, et avec tam- plies d'une foule tumullueuse, hurlante, il s·agit de rétablir l'ordre, non seulemenl
bours et lrompelles rendait les honneurs à sa dont les plus ardents hillardaicnt la porte de dans la rue, mais dans la biérarrhie gouvermanière. C'était une scène digne du crayon de l'escalier faisant face à la boutique de Chc- nementale.
Callot. Pour se défaire de ces braves aens, on Yet : « Ils vont l'enfoncer et monter. Dans
Ou reste, j'entendais toujours avec plaisir
nomma d'emblée l'aspirant de Vern~n lieu. uo instant ils seront ici! disions-nous. Qu'al- battre le rappel, qui à chaque émeute nout~oanL de la garde municipale à cheval, à lons-nous faire? )J On distinguait, au milieu velle appelait sous les armes la garde natioltlre de récompense nationale, et on donna à des hurlements, les cris de : &lt;( Mort à Louis- nale et, bien entendu, précepteurs, maîtres,
sa bande des habits avec lesquels ils se hâtè- Philippe 1 » lorsque soudain, je vis, à la lueur professeurs qui en faisaient partie. C'était la
~ent de décamper au premier signe d'une du gaz, étinceler les épées des sergents de suspension des études et surtout suspension
rntroduction de discipline dans leurs rang . ville, lardant de tous côtés; bientôt la troupe du collège où, heureusement, je ne devais
Le trantran régulier recommença au si accourut, baïonnettes en avant, et devant elle plus rester longtemps. Au printemps de 185 f ,
pour nous. Après plus d'une semaine de va- la foule se sauva à Joules jambes. Cette foule comme je n'y faisais plus rien de bon, on se
cances, je fus remis au collège, où nous revenait de Vincennes où elle était allée de- décida à m'en retirer; mon goût pour la carfîmes, nous aus i, notre révolution en exi- mander au général Daumesnil, l'homme à. la rière navale allant toujours croissant, mon
geant que la cloche, qui sonnait les heures jambe de bois, la têle des ministres de Char- père résolut de faire de moi un marin. Seude classe et de réfectoire, fût remplacée par les X, enfermés dans sa forteresse, et n'ayant lement il voulut qu'avant d'embrasser sérieule tambour. Quand, en allant à m:1 classe, pu l'obtenir, elle voulait avoir celle de mon sement la profession, je fisse une campagne
mo~ ~orte-[~uille-pupitre sous le bras, je me père en échange.
de mer. On m'envoya donc à Toulon, pour
croisais avec la colonne des grands, descenL'alîaire en resta là, mais de nouvelles oc- être embarqué comme pilotin volontaire
dant des quartiers, je recevais plus d'une casion d'émeutes ne tardèrent pas à se pré- sur la frégate l'Atthémise, commandant Labourrade a,·ec un : « Tiens, attrape! Peût- senter et furent saisies avidement. Une fois treyte.

�. - - 111STO']t1.Jl
Je n'avais pas treize ans, c'était le bon mo- passion poliliquc. Il parait que la vill~ d'Or- dais des voix de femmes ajouter : c1 Qué sis
menl pour commencer.
gon passait pour ne pas être favorable au ré- poulid 1 ))
Après les adieux les plus tendres à ma gime de 1~:ï0. Auc;si fus-je salué do tous rùA peine arrivé à To\Jlon la frégate sur
mère, mon père, ma tante, mes frères
laquelle j'étais embarqué prit la mer.
et sœurs, que je n'avais jamais quit~Ion apprentissage commença et je me
tés, on m'emballa dans une chaise de
trouvai vite en famille au milieu de
poste avec monsieur Trognon, et en
nos marins qui, tous, officiers, mairoute!
tres. matelots, non seulement me
Le trajet se fit sans incidents jusmontrèrent dès le premier jour une
qu'à Lyon, mais là, le préfet, M. Paulze
affection qui me gagna le cœur, mais
d'lvoy, el M. Vitet, l'auteur des Barris'étudièrent à me rcnJre le séjour du
cades des Étals rie Blois, s'emparèhord agréable, tout en m'initiant. charent de moi pour me faire voir la
cun dans sa sphère, à toui les détails
viUe, en réalité pour faire de moi un
Ju métier. L'A rll1é1ni;;c élait une belle
ptétexte à manifestations en faveur du
frégate à voiles, de cinquaute-dcux
nouveau régime. On me promena en
canons, avec nne giganlc. que mâture,
\'Oit ure à Fourvières, àla Croix-1\ousse,
un des t)pes les plus füg:mls de la
où je reçus de l'énergique population
\·icille marine. C'était bien la vieille
le meilleur accueil. Je dus, moi, Lammarine, eu eflcl; nous a,·ions eue ore
bin de treize ans, rece\·oir les ofûciers
des càbles en chanvre au lieu de chaide la garde nationale, très militaires,
nes. Notre équipage, exclusivement
par exemple, sous l'uniforme à revers
composé d'hommes des da)ses, élait
blancs, imité de la garde impériale,
leste, hardi dans la mâture, mais légèdont ils étaient revêtus. Toutes ces
rement insubordonné. Les commauréceptions, ces représentations, fort
demenls se faisaient escortés d'un dépeu de mon goùt, allaient se reproluge de jurons el s'exéculail'nl ~ous
duire lout le long de la route, jusune grêle de coups administrés par la
qu'à Toulon, augmentant ile vivacité
maistrance. Les chefs, prorcnant Je
à mesure 11ue nous descendions plu
l'ancienne marine impériale, anient
au midi et que nous traver.sions des
gardé la détestable habitude, qui nous
populations plus divisées par les pasa coùlé tant de reŒrs, de négliger
Clicht Braun el C''
sions politiques.
rompl,,tement l'instruction militaire.
A Valence, je trouvai une foule ANTul:&gt;IE ll'ÜRLÉANS, nue DE MONTPENSIF.R, A t.'Ma: DE SEPT ;1:-s. lis ne Yo1aient que la navigation. On
TaNe:111 de Hoe~RT-rtn•Rv. (Musee rnndè, n,a,r/illy.)
immense, avec la garnison et la
suivait bien une rouliue &lt;l 't:xercices régarde nationale sous les armes, el
glementaires, mais ces exercices étaient
un grand lieutenant-colonel du 49e de ligne, lés de cris : « 'ous sommes les gens de ridicules. Pour l'artillerie, le nec plus ultra
un homme superbe, insistant pour me faire Cavaillon! - Nous sommes descendus de 1a de la lJcrfection était qu'au commandement
passer la revue des lrnupes. Il me prit &lt;l'une montagne pour que \'Ous puissiez dire à rnl re de 11 lle/oule~ u, les treize refouloirs de la
main, tandis que de l'autre il Lrandiss:üt papa que les Provençaux ne ~onl pas car- hatterie frappassent l'âme des pièces avec un
son épée et donnait le signal de l'enthou- listes. &gt;&gt; Et en avant la Jlarseillaise! La rni- ensemLlc irr(•procbable. Parfois on rtJcilail la
siasme. li s'appelait Magnan el il esl mort ture est ùételée, la foule l'entoure, monte théorie au milieu d'une somnolence et d'une
maréchal de France. A Mornas, patrie du sur les marchepit'ds, les roues, l'avant-train, inattention uni1•erselles. Pas une application,
fameux baron des Adrels, la réception prit l'impériale. Je suis pri.onnier dans ma cage, pas un coup de caaon Liré peudanL toute la
une forme originale. En arrivant au re- ne Yoyant devant ltls portières 11ue les bolles campagne.
lais, j'aperçus une gr-ande foule el la garde de tous ceux qui sont assis sur l'impériale.
Le commandant me donna des maitres el
nationale rangée sur deux files, à droite et à Tous les roupli!ls de la .Varseillaise e sui- des matelots comme instructeurs de détail cl
gauche des postillons qui allaient relayer. La vent, accompagnés de vociférations. Un mon- j'appris vile Ioules les nomenclatures, l'art
voiture vint s'arrêter entre ces deux files et sieur pârvienl à se gfüt.er jusqu'à la portière, de manier l'i!pissoir, ùe faire des nœuds d
je crus lire comme un sourire contenu sur se donne comme le maire et clierche à nous aussi de grimper dans la mâture, ce que je
les vi_ages des gardes nationaux, sourire qui délivrer en s'écriant: c1 Messieurs I c'est i11&lt;lé- 11'accomplis pas la première fois sans une
dura peu, le commandant, au comble de cenl ! 1&gt; ce qui ne lui attire qu'un : 1, Qui peur épouvantaLle. Je me rapprlle qu'arrivé
l'excitation, émettant rapidement les com- esl-ce qui nous a f .. . un mayté comme ça! » aux barres de perroquet, je me lenais crammandements de : « Présentez, armes! Je ne sais pas combien de Lemps cela aurait ponné et n'osai rede~Ct'ndre que sous la presfeu! » suivis d'une pétarade abominable, duré si nous n'eussions été dulivrés par un sion du rire moqueur des assistants. Mais
Lous les gardes nationaux ayant le doigt sur détachement du bataillon d'ouvriers d'admi- c't·st par l'observation que j'appris le plus et
la gâchette en présentant les armes. La foule nistration en garnison à Orgon, qu'on était j'eus tout de suite ce je ne sais quoi qui ne
poussa un immense hurrah, les chevaux allé quérir.
s'enseigue pas : l'instinct des choses de la
épouvantés se cabrèrent, se renversèrent, re
D'Orgoo à i\larseille, nous rencontràmes mer. La campag11e fut agréable et les relàchcs
fut un désordre terrible, qui parut Lranspor- les régiments de la Charte, 1·enant de Paris intéressantes.
ler de joie le commandant.
et dirigé ur Alger, passage qui ne contriA Ajaccio, je retombai encore dans les déRien de saisissant à Orange ou à Avignon; buait pas peu :'1 exciter les populations. A monstrations publiques el je fus là le ùéros
discours dt s au lori lé·, visite aux monuments Marseille la garde nationale bordait les allées d'une manife tation napoléonienne. On rue
publics, à peu près la routine, devenue au- de .Meillan, chaque garde national aianL dans porta comme en triomphe à la maison où
jourd'hui si familière à tous, de la réception le canon ùe son fusil un bouquet qu'il ôtait Napoléon é1ait né, où je fus reçus par sou
officielle. Mais à Orgon, entre Avignon et Aix, pour le jeter dans la calèche où je me trou- oncle, un 8amoliuo très àgé, frère de mace fut dillërent. Foule immense des plus agi- vais avec le général Gazan, si bien que je fus dame L:nlitia. Comme mes sœur , qui dessitées à l'arrivée, cris de loote sorte, puis la Lientol complèlemenl enseveli, ma tète seule naient partout des Napoléon, je professais
voiture -prise d'assaut par des gens qui- sem- émergeant, pendant que la foule criait à tuc- une profonde admiration pour le grand homme
Llaient ivres, mais qui n'étaient ivres que de Lêle : c1 Vivé lé Prinnche ! ll el que j'enten- ùc guerre; je demandai donc à son oncle un

�1f1STO'J{1.Jl ·- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . ouvenir de lui, cl il me donna un fauteuil
rouge, provenant de la chambre où il était
né. A Livourne, après une visite au dey d'Alger, le dernier représentant de ces Barbaresques, la Terre111· iles mers, comme on
chante dans la Jfuetle, je reçu du grand-duc
de Toscane une invitation à venir à Florence
où je fus conduit par le très :iimaLle ministre
tle France, M. de Ganay. Il n'est pas de soins
que n'-eurenl pour moi, pendant mon séjour
au palais Piui, œt cxcellenl grand..Juc et sa
famille, soins que je ne pus reconnaitre autrement qu'en conslruisanl, avec mes talents
de collège, un pantin articulé qui faisait le
trapèze pour une des jruncs princesses que
nous appelions l'archiduchesse Mimi, qui a
plus tard épousé le prince Luitpold de Ba' ière. Je revins à. bord de l'Arfhémise, plei11
de reconnaissance de l'accueil que j'avais
reçu, plein d'admiration pour les monuments,
fos merveille d'art que j'avais vus à. Florencc,
Pise, Pistoïa, auxquels, malgré ma jeunesse,
j'avais pris le plus viC intérèl.
Nouvel enchanlement à N3ples, au milieu
de la famille de ma mère, de mes jeunes
cousins et cousines, et, parmi ces dernièrl.'s,
une admiraLlement Lelle, Antoniella, plus
Lard à son tour grande-duchesse de 'l'oscane.
füen de charmant d'ailleurs comme le Naples
d'alors; je ne parle pas du cadre merveilleux
11ui durera éternellement, mais du füple;: drs
'apolitains, gai, bruyant, spirituel du haut
en bas, avanl que la peste politique l'eût gagné, divisé. as ombri, dépouillé de rnn originalilé. Le aples des lazzaroni, du macaroni,
des corricolos chargés de moines et de remmes en coslumes, allant ventre à terre au
bruit des sonnettes : le Naples ùe Pulcinelln
cl de Léopold Robert.
Après Naples, Palerme, pui Malte où nous
Lrouvâmes l'escadre anglaise, superbe, el reçûmes l'accueil le plus empressé du gouverneur, général Ponsonby, et de sa très aimable
femme, lady Emily. Notre séjour à Malle se
termina par un incident désagréable, à peine
concevable aujourd'hui, où la discipline navale peut être citée comme modèle. La veille
du jour ot1 nous devions appareiller, Je soir,
notre él!uipage déserta en masse. Plus de
Lrois cents hommes, sans tenir comple de·
efforts de l'officier de quart et de quelques
gradés présents, s'emparèrent des canols el
bateaux de passage qui étaient le long du
lwd el filèrt!nl ù terre en bordée. Le lendemain, impossible de partir, nous n'avions
plus d'équipage. li fallut recourir à la police
el à la garnison anglaises : elles organi èrent
des ballues, ramassèrent nos coureurs et
nous les ramenèrent presque tous dans la
soirée. Nous parlimes, un peu humiliés
d'avoir donné aux A.nglais ce triste exemple
de l'indi cipline qui suit toujours les révolutions. Les Anglais eux aussi ont eu leur révolulion, mais ils se sont bien gardés d'en faire
plusieurs, el surtout d'édicter des lois qui en
rendent le retour périodique inévitable. Ayant
plus de trois cents délinquants, il lut impossible de sévir; les hommes le sentireat, et
avec une intention évidente de narguer leurs

o!ficiers, ils passèrent les soirées suivantes à
chanter des chansons révolutionnaires dont
ils Yenaient hurler des couplets à genoux sur
le gaillard d'arrière. Peu à peu la fermeté
des chefs eut raison de ces saturnales.
Des orages nous retinrent dans le canal de
Malle el il s'en fallut de bien peu c1ue nous
ne nous trouvassions sur les lieux, juste le
jour où une éruption fit sortir du milieu dû
la mer une ile et un volcan, aujourd'hui rentrés au fond des eaux. A.près nne longue lramsée, la frégate mouilla à Alger qui, en 1831,
était encore la ville des deys. Pas une rue
n'avait été élargie, pas une mai on européenM
bâtie. Une nombreuse populalion indigène y
habitait encore; la rue de la ~forinr, semblable
h un escalier étroit el tortueux, était encombrée de négresses marchandes; les cafés remplis de Maures coilTés d'immenses turbans.
Pour ajouter au piltoresqur, on se battait
aux porles de la ville; le gou1'erneur général,
Oerth~zène, venait d'être ramené tambour
uallant de Médéah; &lt;le la frégate je voyais
pétiller la fusillade sur les coteaux de Kouba
el il falJait faire colonne pour ravitailler la
Maison-Carrée! Dans ces circonstances le gouverneur pensa r1u'il serait d'un bon effet de
montrer le fils du R1Ji aux troupes, et on décida qu'il y aurait une revue le lendemain.
On retirerait momenl:rnémenl les troupes des
lignl.'s de défensc el la revue serait passée à
Mustapha. J'avais hasard&lt;: la proposition d'aller
voir les soldats aux ligne de défense même,
dans l'espoii de me rapprocher des coups de
fusil, désir bien naturel, puisque, malgré mes
treize ans. je portais un uniforme de volontaire, mais on ne m'écoula pas, et monté sur
la mule blanche de l'e:x-dey. que. malgré mes
protcslalions d'écuyer, un soldat du train
persistait à tenir par la bride, on me conduisit à Mustapha.
Une vraie revue, celle-là ! Les soldats
'étaient hattus toute la matinée; le teint
hâlé, les yrux rougis par la fumée, le trait
noir au coin droit de la bouche, là où ils déchiraient Ll cartouche, zouaves et lignards
avaient une fière mine. Les zouaves venaient
à peine d'être formés el ne ressemblaient
guère aux zouaves d'aujourd'hui. Le rang se
composait en majorité d' Arabes portant à peu
près l'uniforme actuel, mais les jambes nues
el les pieds chaussés de savates, enlremêlés
de voyous parisiens tirés des régiments de la
Charte, la plupart en blouse et casquette.
Ilien des sous-otficiers sortaient de la garde
royale el en portaient encore la capote bleue.
La tenue absolument Iantaisisle des officiers
complétait celle bigarrure; la plupart avaient
adopté le costume mamcluck, turban blanc,
immenses culottes, bottes jaunes, soleil dans
le dos et cimeterre. Après les zouaves, je vis
défiler l'escadron des chasseurs algériens,
noJau des futurs chasseurs d'Afrique, babillés aussi à la turque avec turban, sauf
leur chef, un capitaine d'artillerie à grande
barbe, portant le burnous el les pistolets à
l"arabe sur son uniforme. Il s'appelait MareyMonge et est mort général de division.
Apriis la revue on me ramena à bord. La

frégate appareilla pour Port-Mahon, où nou
fimes une longue quarantaine, puis de là
pour Toulon, où notre arrivée coïncida avec
le relour de l'escadre qui avait forcé !"entrée
du Tage, sous les ordres de l':uniral flous in.
Avec de grands regrets que I'Arfhémise n'eût
pas été de la partie, j'allai visiter ces beaux.
"aisseaux, et en particulier le vaisseau l'Algéi;iras. Son commandanl, M. Mou lac, un grand
homme à robuste charpente, aux cheveux
gris, un brave entre les bra-ves, un rude com11.'lllant de nos luttes maritimes avec les Anglais, me fit un récit qui m'émut fortement
el que je transcris ici, tel qu'il s'est Îlxé dans
ma mémoire:
&lt;c JI a venté tempête, comme vous saYCZ,
tou~ ces jours-ci. Le vaisseau était à la cape
courante, lorsque j'entendis le cri de : « Un
homme à la mer! » On jette la houée de sauvetage ct,en regardant en arrière, je \'Ois que
l'homme l'a saisie. Mais la mer était démon1étl; essai·er de mettre une embarcation à
l'eau pour aller chercher le malheureux,
c'était exposer aux plus grands dangers les
hommes qui la montaient. Je Je voyais, le
sentais. L'équipage, lisant sur ma physionomie
l'affreux combat qui se livrait dans mon cœur,
vingt, trente, quarante volontaires, des officiers, des aspirants en tète, se précipitèrent
autour de moi, me suppliant presque à genou:&lt;. : « Commandant, laissez-oous sau,·er
notre camarade! Nous ne pouYons l'aliandonner! 11 J'eus la faiulesse &lt;le céder. Par un
bonheur inespéré, nous réussime~ à mettre à
l'eau, sans accident, une embarcation qui
s'éloigna, montée par douze hommes. Nous
la vîmes, par un plus grand bonheur encore,
alteindre et recueillir le malheureux, et je
manœuvrais pour faciliter son retour, lorsc1u'une énorme lame déferla sur elle. Cc fut
à bord un cri d'horreur. Plus rien!!! Un
instant aprèi, je vis, sur la crête d'une lame,
mon canot chaviré et deux ou trois hommes,
dont un aspirant, accrochés i-ur a quille.
Pour abréger leur agonie, je fis -0stcnsiblement faire roule; l'aspirant comprit ceL abandon forcé, car il fit un geste d'adieu et se
laissa aller. J'a\'ais été faible, j'en étais cruellement puni. Treize homme , au lieu d'un,
noyés par ma faute! » Jamais je n'oublierai
l'expression de sévérité que prit la figure du
commandant quand il ajouta en me mettant
la main sur l'épaule : &lt;! Vous commanderei
un jour, jeune homme! Que mon souvenir
vous rappcllè toujours l'inflexibilité du devoir. »
A.près ce dernier épisode de ma première
campagne, je débarquai, mais je débarquai
marin dans l'âme, et il ne fut plus queslion
pour moi, une fois rentré à Paris, que d'acquérir les connaissances techniques du métier. Les années i85~ et 185:; y Curent consacrées. n homme charmant, aimé de tout
le monde, un instructeur sans pareil, M. Guérard, fut mon professeur de mathématiques;
un lieutenant de vaisseau, f. Ilernoux, me
fil les cours de l'Éeole navale. En même
Lemps, je me mis aus i el assidument à l'étude
du dessin. Mon premier maitre en ce genre

Vœux souYEN-rn_s
fut M. Ilarbier, le père de Jules Barbi~r, le
poète et libreLListe, condisciple, avec Emile
Augier. de mes jeunes frères. Je îai::ais aussi
de l"aquarelle avec un Anglai~, William Callow, de l'b11ilc dans l'arelicr de Gudin; mai~
mon ,·érilaLle maître, celui c1ui m'a appris i1
dessiner, qui m'a condui1, dirigé cl donné le
goût des choses de l'art, fut Ary ScheITer, av('c
'lui jü suis resté intimemenl lié ju 1[11'à. sa
mort.
Ce fut vers celle époque c1u'une armée
fraaçai c entra en llelgique, lit le siège t'L
prit la citadelle d'Amer~, campJgne pendant
laquelle mes deux frères ainés eurent pour la
première fois l'honneur de conduire au feu
nos soldats. Anrcrs pris, le gouvernement
franr,ais, ~alisfail d'avoir fait adc de \'Ïglll·ur
devant l'Europe cl monlré à tous cc 'JUC
Y:ilaienl toujours nos légions, rappd.i imrnédiJtcmenl l'armée, et mon père vml la pa~srr
en revue ilau~ les eàrllonnements 11u'ellc
necupait à la frontière. Je fu de œ ,opgt';
les lroupcs élaicnl splendides, pleine. cfo
confiance el d'ardeur. On me montra une
brigade dïofanlcrie 11ui, pour arriver à hl'ure
fi ,c, à point nommé, lors de la moLilisation,
a\'ait fait des étapes de soixante à oixanleJix kilomètres. Ce "oyage îut bien intércs. nnL, mais punihle : tous les jours, entr(.c
dans les villes, rel'ue parlielle par un froid
de Sibérie; lous les jours banquels cl bals le
soir. La revue principale fut passfo à Yalenciennes; les troupes, rangées sur la neige,
a1,1ienl une magnifique apparence, cl Lien
!tu'il fil un froid terrible, un brillant soleil
éclairait cette belle scène militaire. Elle [ut
égayée psr un petit incident : Valenciennes
avait pour commandant de place nn vieux
colonel, rentré dans l'armée en 1830, aprè·

A

ALGER : LES ZOUAVES. -

avoir un peu trempé dans les conspirations,
~ous la Restauration. Il s'appelait ~L de la
II uberdière cl il s'élait fait faire un chapeau

identiquement pareil à. celui de Napoléon,
dont il se coiffait de la même façon. Dans
le défilé, désireux de se faire mir, ou cm-

semble que vous seriez encore mieux placé
sur le cheval du fioi. 11 llire le fou rire qui
accueillit l'observalion.

LE ROI AU M1L1Ell DE LA GAROll! NATIONALE, DAl'iS LA NUIT DU 5 JUIN 1832.
Grcnoure de SAMUEL CHOLET, d'atrts le tableau de BIARD. (/\frm/e de 1 ·ers&lt;lilles. )

porté par l'enthousiasme, il se porta insensiblement en avant &lt;le l'état-major, du cdtJ
où. arri,·aient les troupes, pui en ligne avec
le Boi, si bien que les Lroupes parai · aient

Dessin Ju PRL';cE nE Jo1i-.v1LLP..

défiler devant lui. Cda impatienta lleymès,
un dP.S aides de camp de mon père, qui alla
à lui et, aluant, lui dit : &lt;t Colonel, il me
"''Il""

Cet lle1mès, un des rares survivnnli:. dr
l'expédition du général Leclerc à dinl-Domingue, étail devenu, à sa .ortie de et' cbar11ier, aide de camp dt1 maréchal Ney. C'est
lui qui, dan~ la fameuse retraite de Russie,
fut envoyé demandel' au général qui détruisait les ponlS cle la Bérésina de suspendre
celle destruction pour laisser passer la colonne
des blessés, Youés sans cela à la mort. Il fallait voir l'expression que prenait 5:0n 1-isage.
Mjà sé\'ère, quand il répétait la réponse
rru'avec un accent
méridional lui fit le 01réné.
ra1 en question : t( llé, mon cher! les blessés! !'Empereur, il on a fait le sacrifice! 1&gt;
Ce brave Ileymès rendit à mon père un
grand service peu de temps après la revue
11ui m'a amené à parler de lui. C'était au
moment de l'insurrection de juin 1.852.
,ous étions à Saint-Cloud. On savait bien que
les agitateurs de toute calt'gorie comptaiepl
faire une démonstralion à l'occasion des
funérailles du général Lamarque, mais on
pensait que cette démonstralion serait sans
gravité, quand, vers cinq heures du soir.
nous ,•imes lleymès en bourgeois entrer au
galop clans la cour, moulé sur un cheval de
dragon cou vert d'écume. JI venait de la démonstration et avait assisté au prologue ordinaire des révolutions : pillage et massacre;
pillage des boutiques d'armuriers, assassinat
des officiers du üe dragons, tués à coups de
pi tolet, sans provocation aucune, devant
leur escadrons en bataille. &lt;c Il faut \·enir à
Pari », dit-il en descendant de chernl. ~fou

�r-

ffiSTORJ.ll

père ne se le fil pas répéter cl une heure
après il .irrivail aux Tuileries et donnait de
là l'impnlsinn r1ui écram dans l'œuf la Lenla-

lnuLilc de dire que lorsque le Roi el on
escorte eurent disparu dans une rue laléralr,
le combat rcpriL de plus belle, cl le 112•' de

SIEGE DE LA CIT\DELLE o'AxVERS : PRISE DE LA LU~ETTE SAINT-LAuRF:NT (q DÉCBIBRE 18.'h).

Gr.:1vure .:/'OUTIi\\ IITE, ;;/,':,.près le /3[,/e.:111 .:I.e liELLENGt ( 1/usü Je l 'e,·sJi!lts.)

live révolutionnaire. Le lcn&lt;lemain malin, il
était à cheval au milieu des troupes, des
gardes nationales qui cernaient l'émeute
dans le t1uarticr SainL-llerri. Il se passa là
un fait Lien caractéristique de ce peuple de
Paris cbri 11ui, a□ miLieu de ses aberrations,
vilire toujours la corde généreuse. Le Hoi,
accompagné de mon frère Nemours cl de son
étal-major, s'était engagé dans la rue des
Arcis, au bout de laquelle une fu.sillade très
vive ~c faisait entendre. Les troupes mas ées
dans la rue saluaient de leurs acclamations
le Hoi qui, avançant Loujours. arriva à un
carrefour où le combat était engagé. Les
acclarnatioos g:igna.nl de proche en proche,
les soldats qui ti raillaien L ces èrenL le feu
pour s'y a ocier. Ce changement de mu ique
frappa à leur Lour les insurgés ; ils cessèrent
le feu de leur côté et on les ,it apparaitre
aux fenêtres, le fusil à la maio, ôtant leur
casquette au Tioi courageux, sar lequel, un
iwlaal avant, il n'eussent pas lu!'ité lt faire
feu.

ligne enleva le cluîlrc Sai,ll-~lerri. Le 1.'~é l
Régiment hislorÎt[Ue 11ui, aprè, avoir combal Lu l'insurrection Llanche en Vendée, l'insurrection républicaine au cloitre Saint-Merri,
fait échouer la tentative du prince Napoléon
à Boulogne, occupé la Chambre des députés
le 2 décembre, et béroïlruement perdu deux
fois on effectif au siège de Paris, a finalement eu la chance de consener presque
seul, au milieu de nos malheurs, ·ses armes
el son drapeau.
Le cours de mes études ne fut plus interrompu que par un voyage que Je Roi flt en
Normandie, où je l'accompagnai. Le but ornciel du voyage était de passer en revue, à
Cherbourg, l'escadre qui avait opéré dans la
mer du •ord, de concert avec l'escadre anglaise, pemlant le règleQ1ent de la question
belge, mais le but principal était de parcourir
les départements de ormandie et de se
mettre en !'apport avec leurs braves po1,ulations.
Ce \'OJ'age fut fertile en incidents. Le prc-

mier surl'int à Bernay, la ville du vertueux
Ouponl de l'Eurr, un de ces ,·ertueux qui
mus feraient vertueusement couper la tête.
plnhil que de renoncer à la moindre parcelle
de leurs utopies populacières. Le préfd,
M. Passy, avait averti le Roi qne. parmi lPs
discours qui lui seraient adressés à son arri,·ée, il s'en tromerait un où on lui ferait la
leçon. Ain~i prévenus, nous arri..-on~, et montés sur une estrade en plein venl, surmontée
d'un dome de verdure, la réception et les
discours commencent. Rien de particulier
d'abord; enfin un président de tribunal s'a"ance et je vois tout de suite à la manière
dont il salue, à son air pincé et à la curiosité
avec laquelle toutes les tètes tendent l'oreiUe,
que le Roi va recevoir la leçon annoncée. Elle
arrive, en effet, très étudiée, très impertinente; tout le monde écoute en silence; il y
est que lion de courlisans, de danger d'écouter les flatteurs, etc., etc. Au moment où elle
se termine, les lêles de M. le président et de
ses amis se relèvent avec un petit air d' « aLtrape mon bonhomme 1&gt;.
Le Hoi répond alors avec la plus grande
politesse, c, remerciant M. le président des
conseils qu'il veut bien lui donner. Flalleurs
cl courtisans ont fait l.iien du mal en l'[et, et
la race n'en est malheureusement pas éteinte,
car nous avons aujourd'hui des cou.rti ans
bien plus dangereux que les flatteurs des
rois et des princes, cc sont les courtisans et
les llatteurs du peuple, qui, pour acheter
une vaine et miséraLle popularité, lui suggèrent·. pour son malheur, des rè\'CS irréalisables, etc., etc .... J&gt;. ~ur cc thème, mon
père décoche une ràclée bieu appliquée, inLerrornpuc i1 char1ue in~lant par des acclamaLions ronlagieuscs, si hieo que ce brave présideul ne sal'ail plus où se Î&lt;Jurrer. ~[on père,
eutre aulrt!S qualités éminemme11L françai t·s,
pon:dail au plus uaut degré !'~prit de repartie. Il a toujours su s'en . erlÎr, mai~ :i ,,.c
uue politesse cl une bonhomie qui émoussaient ce 1p1c la pointe avait de trop scusil.ilc.
Celle fois-ci le coup avait bien porté.
Le voya~e ainsi commencé eonûnua am:
nue cordialilé de rl-ceplion l't un succès toujours crui-sa11L Comme mt:tier, c'était assez
falig:mt. On allait à pclil&lt;'S journées, de réceptions en réceptions. ParlouL la garde n:iti,&gt;nalc el les troupes sous les armes. Q,1aud le
nombre en était considérable, nous ruontion
à cheval !-Ur des cheraux l rètés ou requis ,
préparés d'al'ance; le soir,au gilr, grand u:111quet et généralement un bal. C't:tait nous, les
jeunes gens, qui avions à conduire le bal,
làcbe assez agréable si nous avion· pu choisir
au milieu de très jolies Iemmes que mes quatorze ans commençaient à remarquer et dont
le nombre était grand, particulièrement à
Granville el à Saint-Lo. Mais nos danseuses
nous étaient désignées d'office el choisies
dans les familles des autorités. Nous nous
évertuions quand même pour êlre aimables.
L'étais-je trop ou pas as ez à un bal où je vis
paraitre tout à coup entre moi el ma daneu e la têle de son mari avec un : « llein !
elle n'est pas mal, ma Femme! o suivi du

'"------------------------------------claquement de langue d'uu dégustateur satisfait.
Falaise fut le point culminant du voyage,
quant am incidents. Nous devions y raire
étape. cl comme il s·y était réuni une quinzaine dr b,taillons de garde nationale, J'aide
de camp. fJUÎ fai ·ait fonctions de fourricl' des
logis, s'était occupé de trourcr, pour le fioi,
pour nous, pour les maréchaux Soult cl
Gérard, qui étaient du YOyage, des montures
convenables. J uslement la célèbre foire de
Guibray, qui rn lient près de Falai~c, vcnail
de se terminer, el un cirque, ,·cou pour
l'é3a1er, se lrouv:iil encore là. On lit main
basse ur sa cavalerie, cl, à noire arrivél•,
nous eûmes la trè agréable sm·prise dtl
trouver de beaux , henux blancs, bien cap:1raçonnés, au lieu des bidets d'allure cl des
chevaux de g"ndarmcs que nous montions
d·urdmair!'.

'ous Yoil:i donc en elle cl la rerne commence. Au moment où le noi prend la tlroitc
de la ligne, la musitJUC se fait entendre et ce
que personne n·a,·ait prérn se man:fe. le. Nos
fiers cour.;;icrs se croyant en scène, cliacun
s'empresse d'exécoler son lravail particulier.
l,,~ Hoi, le maréch:il So□ ll cl deux. auLres
personnes monlaienl les chevaux du GrandÉcm·t, qui tous les quatre se réunissent à
lïn -tant. Leurs cavaliers tirent sur la Lride,
aus,itôl les cheraux, sesentanlrènés, prennent
le pcLiL galop obligii. Un autre cheval exécute
voltes Hir volll'S, la confusion est géuérale,
personne ne dcvinaul ce qui se passe, jusqu'à
rc que 1'11idc de camp fourrier des logis, se
frappant le front, fit c~sser la musique.
Là ne s'arrêtent pas les malheurs; la
garde nationale était Ioule fière de posséder
uu canon. qu'elle avait attelé tant Lien q11e
ma.! : un cahot c.n fait briser l'essieu iu:;te

1/lEUX SOUYENU(S -----

pendant le dénié. Il y avait un peloton de
cavalerie monté sur des chevaux caliers ou
hongres, mais le Lrompclle était sur une
jumcnl, cc qui amena de nouvelles c:ilastro]!hes à la Rossinante. toujours pendant le
déûlé. Le soir, grand lial dans une va te
hara'[1le construite pour la circonstance. a,·ec
gradrns lout autour. Toul à coup la muilié
de, gradins s'effondre comme des capucins de
carie , et Loules les dames se trouvenl, san
grand m 11, sur le dos, les jambes en l'air, au
milieu l.l"une poussière épouvanlablc. fal'oue
&lt;1ue nous ,tvons pror.té peu galamment &lt;le la
confusion pour aller nous coucher, le noi
rais~nt de mème de son &lt;·11lé cl échappant
ain i à la per;;écution des réfu0ié~ pùlo11ais
interné· à Fillaisc, 11ui étaient venu au Lai
dans des uniformes de lanciers dignes des
clodochts du bal de l'Opéra, pour l'accabler
&lt;le l~urs réclamations.
P1w,cE DE JOl'\\' ILLE.

Chez M. de Voltaire
A

Un man:hanJ de cbape:rnx cl de sou liers
~ri cnlrr. tout d'un coup dans lt: salon de
.M. de Voltaire. M. de \'ollaire (qui se méfiait
tant des visites, qu'il m'avoua q11e, de peur
que la mienne ne ÎÎlt ennuyeuse, il avait pris
médecine à Loul hasard, afin de pouvoir se
dire malade) se auve dans son cabinet. Ce
marchand le suivait, en lui di~ant : « Monsieur, monsieur, je suis le ûls d'une femme
pour &lt;111i mus avez fait des vers. - Oh! je le
crois, j'ai tant fait de vers pour tant de
femmes! Bonjour, monsieur. - C'est madame de Fontaine-Martel. - Ah, ab, monsieur, elle était Lien Lelle ! Je suis ,·otre ser,•ileur. (Et il était prêt à rcnlrer dans rnn
cabinet.) - Monsieur, où awz-,ous pris ce
bon goût qu'on remarque dans œ salon?
Votre château, par exemple, est charma ni.
Est-il bien de ,ous? (Alors Voltaire revint.)
- Ob, oui! de moi, monsieur; j'ai donné
tous Jes dessins. Vnyez ce dégagement et cet
escalier. Eh Lien? - Monsjeur, ce qui m'a
attiré en uisse, c'est le plaisir de voir M. de
Haller. (M . de Vollaire rentrait dans son cabinet.) Monsieur, monsieur, cela doit ,·ous
avoir beaucoup coûté. Quel charmant jardin!
- Ob! par exemple, disait M. de fol taire (en
revenant), mon jardinier est une bête; c'est
moi, monsieur, qui ai tout fait. - Je le
crois. Ce ~I. de Haller, monsieur, est un grand

,» Ju ;.,,;

♦

•.A

homme. (li. de \'ollaire rentrai!.)- Coml,ien
Je Lemps faut-il, monsieur, pour Làlir u11
cJâteau à peu près aussi beau que celui-ci? »
(lf. de Voltaire ren•nail dans le Falon.) San
le faire c:xprè~, ils me jou~rrnl la plus jolie
scène du monde. ~LM. de Voltaire m'en donna
bien d'autres plus comiques encore par ses
vivacités, ses humeurs, ses repentirs. Tantôt
homme de lettres, et puis seigneur de la
cour de Louis XIV, cl puis 1110:nmc de la
meilleure compagnie.
Il éLaiL comique lorsqu'il fais~it le seigneur
&lt;le ~illage; il parlait à ses mananls comme à
des ambassadeurs de nome, ou des princes
de la guerre de Troie. li ennoLli sait touL
Voulant demander pourquoi on ne lui donnait
jamais du civet à dîner, au lieu de s'en informer tout uniment, il dit à un vieux garde:
« Mon ami, ne se fait-il donc plu d'émigration d'animaux de ma terre de Tourney à ma
terre de Ferney? »
JI était toujours en souliers gris, bas gris
de fer roulés, grande veste de basin, longue
jusqu'aux genoux, grande el longue perruque, et petit bonnet de ,·elours noir. Le dimanche il meltait quelquefois un bel habit
mordoré, uni, ,·este et culollc de même,
mais la veste à grandes Lasques, et galonnée
en or, à la bourgogne, galons festonnés el à
lames, avec de grandes mancbeLLcs à dentelles

jusqu'au bout &lt;les doigts &lt;I car a\'cc cela,
disait-il, on a !"air noLle. )l
r. de Vùllaire é1aiL hon pour Lous ses
alentours, et le faisait rire. JI embellissait
tout cc qu'il vopit el loul ce qu'il entendait.
Il fit des questions à un officier de mon
régiment, qu'il trouva sublime dans ses réponses. « De quelle religion êlcs-vous, mon-.
sieur? lui dcmanda-L-il.- Mes parents m'ont
fait élever dans la religion catholique. Grande réponse! dit M. de Voltaire; il ue dit
pas qu'il le soit. »
Toul cela parait ridicule à rapporter cl l'ait
pour le rendre ridicule; mais il fallait le voir,
animé par sa belle cl brillante imagination,
distribuanl, jetant l'esprit, la saillie à pleines mains, en prêtant ~, tout le monde, porté
;1 voir et à croire le Leau et Je bien, abondant dans son sens, y faisant abonder les autres; rapportant tout à ce qu'il écrirait, à
ce qu'il pensait; fai ant parler et penser
ceux qui en étaient capables, donnant des secours 1t tous les malheureux, bàfüsaot pour
de pauvres familles, el bon homme dans
la sienne; bon homme dans son village, bon
homme et grand homme louL à la fois, réunion sans laquelle l'on n'est jamais complétcment ni l'un ni l'autre : car le géuic donne
plus d'étendue à la lion té, cl la bonté plus de
naturel au génie.
PRINCE DE LlG-:\'E.

�,

ARVÈDE BARINE

La duchesse du Maine
nation. Il se déguisait en laquais ou en marchande à la toilette. li louait et meublait tout
un ctilé d'une rue, afin de percer les murailles
à l'intérieur el de gagner sans être vu la maison qui l'intéressait. l\enlré chez lui, oi1 il
n'était pas amonri·ux, c'é1ail un être insupportable, un tyran fantasque et avare. SaintSimon prétend qu'il ballait sa femme. En
tout cas, il la maltraitait très fort en paroles
et l'opprimait cruellement.
i'fous avons dû nous arrêter un peu lonnucmenl à M. le Prince, parce que sa fille A~ne-

palatin du Rhin, et de celle Anne de Gonzague-Clèves quijoua un rôle pendant la Fronde.
Anne-Louise-Bénédicte de Ilourbon, née en
,ime la Princesse était une malheureuse créa16 iti, était la petite-fille de « li. le Prince le
ture sans défense, petite el laide, un peu
héros », comme on disail en ce temps-là,
bossue, un peu to~tue. d'une douceur et
c'est-à-dire du grand Condé. Son père, )[. le
d'une patience J'ange, sans esprit, mais de
Prince tout court, était un petiL homme très
beaucoup de vertu el de piété. Son mari en
maigrr, a\'eC des yeux de fou qui l'éclairaient
avait fait une sorte de marionnette. Il lirait
tout. Il a\'ail :rntanl d'esprit qu'on en peut
le fil cl Mme la Princesse entrait ou sortait,
avoir, beaucoup de valeur naturelle et d'envii:
se• levait ou• s'asse,ail,
prenait une firrure
J
C
de se distin1;ucr, un sa,oir étendu, une politriste ou gaie, sans savoir pourquoi el sans
tesse exquise et des gràces infinies quand il
oser le demander.
était en rnciété et qu'il se conCe petit couple a,·ait eu dix
traignait. Fn grain d'extra\'nrnfants, dont ]a moilié mougancc rendait ces beaux dons
rurent en lias âge. IJes cilll[
inutiles. C'était l'homme des
11ui survécurent, uu seul concaprices el des cmporlemcnls.
sentit à grandir un peu; c'était
li changeait d'idée à ch;1que
Marie-Thérèse, la future prinminute, 1•t il fallait que toule.
cesse de Conti. Le reste desa maison en chan~eâl a'"ec lui.
meura si pelil. si petit, que
On ,oulait el on ne voulait
c'était une famiJle de pygmées.
plus; on parlait cl on ne parLe grand Coudé disait que « si
t.,il plu,; on communiait el on
sa race allilit toujours ainsi en
ne communiait plus; on cropi l
diminuant, elle viendrait 11
souper à faouen cl on soupait
rien», el le fait est qu'il oc
à Paris: on a,·ait chaque jour
s'en rallail plus guère ttue l'bôquatre drners prèL,, dans quatcl de Condé ne ftit le rolaume
tre villes dilJérentes, el l'on
de Lilliput, un Lilliput triste,
ne savait jamais, le malin, legouverné par un ogre. Le ter11ucl des quatre on mangerait. '
rible M. le Prince était l'ogre.
Il arriva à li. le Prince de se
Il avait tOUJOurs l'air de chermeure en roule quinze jours
rherla chair fraiche, et il élait
tle suite pour Fontainebleau
la terreur de Sl·S enfants, qui
avec sa femme, et de se ra\'ine rèîaicnl qu'aux moyens de
ser &lt;1ui11ze jours de suite avant
lui échapper. Les filles séd'être au bout de la rue. En
chaient d'impatience dese marc-.-ancbe, il la fai:ait monter
ril'r, d'autant plus que leur
en carrosse au moment qu'elle
père ne se pressait nullement
s'y attendait le moins el l'emde les pourvoir. L'ainée, celle
menait en voyage sans crier
qui a\'ait grandi, complait déjà
gare.
vingt-dem. ans quand rlle épouSa lésinerie est demeurée
sa son euusin, le prince de
célèbre el, cependant, aucun
Conti. Les trois cadettes rrrhomme ne !ut plus magnimirent de joie el d'anxirté en
fic1uc à l'occasion. Il dinait de
apprenant que le duc du Maine
la moitié d'un poulet, dont
songeait à elles cl que M. le
rautre moitié scnail pour le
Prince d6irait celle amance.
lendemain, mais il dépensait
Le fiancé comoité avec taut
des millions en fantaisies et en
d'ardeur n'était pourtant pas
Lou1s-.\n_;usTE DE Bot:RllO:-i. DUC l&gt;U ~l.rnŒ.
galanteries, à embellir Chan- Gr,ll'ure txt,uUe, .i l'occasion Ju 11Url:!.ge Ju Ju.:, par LEPAUTRE, J'atrès ,hT. Du:u. un parti glorieux pour les potilly et à éblouir les belles datites-filles du grand Condé. li
mes. Amoureux, - et il le
était le second des neuf enfut souvent, - c'était une pluie d'or el Louise Leàait beaucoup de lui. Elle n'avait au fants l{Ue Louis XIV a,·ait eus de Mme de
un héros de comédie. Rico n'était Lrop cher, wntraire rien de sa mère. M. le Prince avait Montespan et qu'on avait d'abord cai;hés,
et il surpassait Scapin en fertilité d'imagi- épousé une fille d'Édouard de Bavière, prince puis montrés peu à peu à la cour, puis légi... '-l ...

________________________________

limés, et autorisés enfin, en 1680, à porter
le nom de Bourbon. Leur élévation rapide,
cl qui promettait une ~uite, avait scandafüé
L, France dans un temps où tout
ce quo faisait le roi était admirable el sacré. 11. le Prince ne
l'Oulut voir que les a,·antages solides des alliances a \'CC les &lt;t légitimés ». Il avait déjà marié son
fils, ~l. le Duc, avec une sœur du
duc du Maine. Lorsqu'il sut que
celui-ci cherchait femme, il olîril
se., filles.
On ~ail que le duc du ~laine était
un pauvre pied-bot qui avait passé son enianceà ètre malaJe. Son
frère ainé était mort à trois ans.
Lui-mème 11 'échappa que grâce au
dérnuement de Mme de Maintenon, alors simple gouvernante chez
Mme de )lonlcspan. Mme de Maintenon aima cc petit infirme en rai~on des peines qu'il lui coùtait.
Selon l'exprt'~,ion de Saint-Simon,
elle avait pour M. du \faine «le
faiLlc de nourrice». EUedisaiL en
parlant de lui : « la tendresse de
mon cœur •&gt;. li n'y eut médecin
qu'elle ne consultât, jusqu'à faire
incognito le ,·01age d'Anvers pour
monlrer son nourrisson à un
homme en réputation. C'était en
. IGH. L'enfant avait quatre ans,
cl une jambe p,lus courle que l'autre. A en croire Mme de Caylu~,
nièee de Mme de füintenon, le
traitement d'Anvers eut pour résullat de rendre la jamLc trop
courte plus longue que l'autre,
de ~orle que le jeunl' prince aurait boité de l'autre pied s'il arnit
marché; mais il ne marchait pas.
Barèges le mit enfin debout, sans
pouvoir l'empêcher de clopiner. Sa boiterie
et sa chéliverie contribuèrent à le rendre extraordinairement timide de corps et d'esprit.
li avaiL été pétri d'intelligence et de malice
dès le lias àgc. ll eut en grandissant l'esprit
vif, facile cl studieux. A. sept ans, on le citait
comme une manière de prodige cl ron imprimait ses thèmes el ses lettres sous ce
titre : Œuvl'es clive1·ses d'un auteur de sept
an~. Le volume était précédé d'une épitre à
la louange du roi et de Mme de Montespan,
composée par Racine. A. la mort du grand
Corneille, )1. du Maine - il avait alors qualoue ans - songea 4 le remplacer à l'Acldémir. Le roi refusa son consentement, non
que les Œ1wres dfrerses lui parussent uu
litre insuflisanl, mais parce qu'il trouvait
l'auteur un peu jeune. Avec les années, M. du
Maine s'enfonça de plus en plus dans les
füres. li aurait élé rat de hibliolhèttue, et
parfaitement heureux, ~ans le hasard de sa
naissance, qui le condamnait à faire des choses grande:, el héroïques.
Ce n'était pas du tout son fait. Sa timidité
demeurait insurmontable. 11 ne put jamais
prendre sur lui d'être un foudre de guerre

ou de tenir tète à un contradicteur. Le roi el
Mme de Maintenon saisirent en vain toutes
les occasions de mettre leur favori en lumit•re.

Ils ne purent rien conlre la nature, qui anit
dcsliné le jeune prince aux rouvres pacifiques,
el n'aboutirent qu'à le rendre fasimulé. Les
ennemis de ~!. du Maine l'accu~aienl hautement d'hypocrisie. Une amie de sa maison a
dit en termes beaucoup plus doux quelque
cho5e qui y ressemble : a Le fond de son
cœur ne se découvrait pas; la défiance en défendait l'entrée, et peu de sentiments faisaient
effort pour en sortir 1 ».
Ses immenses richesses compensaient bien
des choses. A la suite d'événements que nous
n'avons pas à rappeler ici, il était devenu
l'héritier des biens de la Grande Mademoiselle. Naissance à parl, M. du Maine était un
des beaux partis de France.
Quand il parla de s'établir, Louis XIV commença par l'en détourner. Quelque cher que
lui fùl ce fils, il voyait bien qu'il était mal
bàti. ll sentait, d'autre pari, lïncoménient
de prolonger les branches bâtardes dans la
maison royale. 11 dit crûment au jeune prince
« que ce n'était point à des espèces comme
tui à faire lignée ». lime de ~laintenoo était
dernnue toute-puissante. Elle plaida la cause
1. JUmoire, de Mm~ de Staal.

... 15 ...

1.Jt

DUCHESSE DU

M Jf.1:NE

de son élè"e. 11 Ces gens-là, lui répondit
Louis XIV, ne se devraient jamais marier. i&gt;
Elle insista, l'emporta et chercha autour d'elle
une princesse. Les filles de M. le
Prince lui semblaienL par lrop
petites. La plus grande était de
la taille d'une enfant de dix ans,
et les trois sœurs avaient l'air de
joujoux. Leur belle-sœur, la duchesse de Bourbon, les avait surnommées les cc poupées du sang»,
el cc surnom leur allait à mer1cillc. Mme de Maintenon écri\'it
11 son amie l'abbesse de Fonlcnault : « Le duc du Maine désire de l'être (marié), et on ne
~ait qui lui donner. Le roi penrhe
plus à une particulière 11u'à une
princesse étrangère;... les filles
de M. le Prince sont naines; ,•n
connaissez-vous d'au lres '! » (Lettre du 27 septembre 16\) 1.)
Mme de ~laintcoon cherchait
hicn inutilement, car M. du Maine
était décidé. L'idt:e tl'cnlrer dans
la maison de Condé lui souriait
trop pour écouter aucune objection. On passa au choix.
Des Lrois filles de ~f. le Prince
• 1plÎ restaient à marier, l'aint:e,
Mlle de Condé, était jolie el pleine
de raison. Une ligne de pluslui fit
1m:rérer la seconde, Anne-Louise.
.\Ille de Condê eut un tel crhecœur de rcsleravcc !:on père qu'elle
tomba malade de la poitrine, languit quelques années cl mourut.
La liancéc marchait sur les
nues. Elle a, ait quinze ans cl demi,
le fiancé vingt-Jeu,. Louis XI\'
leur fit des noet•s royales. Le
mardi 18 mars tfl92, il y eut
u appartement» à Trianon. t:arparlement était une grande soirée oii l'on
ne dansait point, qui commençait ;1 sept
heures et finissait à dix. Il I a"ail de la musique dans un des salons, des rafraichissements dans un second. Les autres piècrs
étaient garnies de tables, préparées pour toutes
sortes de jeux. Une entière liberté régnait
dans ces réunions, que nous sommes disposés
à nous figurer guindées. Aucune étiquette. ,
Chacun fai:;ait cc qu'il lui plaisait, jouail avec
qui il roulait, donnait des ordre.s aux laquais
s'il manquait uno table ou un siège. Le roi
ne \'enait que des instants, et il cessa même
tout à fail de paraitre aux 11ppartements ~ous
le règne de Mme de Maintenon. En 1602, il y
arnit longtemps qu'on ne l'y ,·orait c1u'aUJ.
grandes occ.isions. Sa présence en était d'au- ·
tant plus remarquée.
li viol à celui de Trianon, i Jemeura longtemps et présida une des tables du souper.
Le lendemain 19 mars, un peu avant midi,
la noce alla le prendre dans son cabinet du
chàteau de \'ersailles. On se réndil en cortège
à la chapelle, où le mariage fut célébré. On
se mit à table en sortant de l'église, puis il
y eut grande musique, grand jeu, grand

�,

_______________________________

1f1STOR)A
souper, ~rand coucher des mari: · rp1 'on ne
l:i.is~a rnfin tran11uillcs rp1'aprè douze heure
\k cJr 1monic., de révérences cl de compli-

()AS

leur · p:irure ·; rllc ne m:111,;c gui•rr, cil· ne
dort peul-être pas assez, cl je meur:; de peur
1p1'on ne l'ail trop lôl m1riée. Je voudrai la

bon plai ir de Sa Majcslé. ~laladc ou Lim '
porlantc, même enceinte uu relcrant de rouchcs , il lui fallait être en "rand hauit de

el furent di:;.,raciéc san~ e poir de r:etour; train de üe qui erail arrréaLle à Dieu, au Roi
c'était un crime an r{-mi ·sion.
et à M. le duc du Maine, qui a as ez de bon
~lme du Maine jura qu'on ne l'I prendrait St'ns pour Youluir a femme plu sage tiuc
pa , cl elle l1nl parole. Elle avait ~upporté certaines autres. »
lime de Jfainlrnon se plaignait ensuite du
quinze ans la cruelle contrainle de l'hôtd de
Condé, et elle en avaiL a ez. Elle était bien peu ,de soumbsion de la duchesse, et ajoutait
décidée à ne plus jamai e gêner, pour per- pour corri,,er l'amertume de ,es reproches :
$Onne au monde, el elle enroya promem·r • Du reste, elle e l telle que TOUS me l'avez
l'étiquette, les . oirées officielles, les c·ou,·er- dépeinte : jolie, aimable, gaie, pirituelle, et
ation.: morales chez Mme de Mainte11on, le
par-de sus tout cela aime fort son mari, &lt;1ui
vol·ane en l11ilct1e de gala et le· diuelle· dans de son côté l'aime pa ionnément, et la gâtera
le carrosse du roi. Elle fit pi· encore : l'ile se plutôt que de lui faire la moindre peine. Si
donna congé des lonrrs offices el dl's ex.ercic es celle-là m'échappe encore, me voilà en repos,
de piété qui ~laient de mode depuis que et per uadée qu'il n'est pas po ible que le
Loui · XIV d1moaît austère. Le ':l7 août tu93, Roi en Lrou,•e une dans sa famille qui c
Mme dt1 Maintenon récrivait à ~lme de Hriuon, tourne à bien. »
d'un toa aigre-doux celle foi : « J'ai un chaMme de '1ainlenon rut promptement « en
pitre à traiter avec ,·ou , qui csl ct'Jui de repo 'O. lime du Maine lui avait déjà échappé,
lime du Mairn•. \'ous m'a1·ez trompée sur son el c'était par un reste d'illusion qu'elle se
esp1·il dans l'article principal, qui t!Sl œlui de llaLtait encore de la rt•tenir. Elle avait échappé
la piété: elle n'Herne qui y tende, el veut Faire à tout le monde, à lt. le Prince le premier,
en tout comme les autre . Je a'o e r1eu dire qui était aba ourdi de la manière dont elle e
à une jeune princesse élevée par la Yertu moquait de ses observations. Elle a,·erlil es

Ut

DUC1fESS'E DU

..iJfA1NE

- - -.

Piccola si, ma /a pur graui le f eri te. n Elle
esl petite, mais elle pique bien u. Quant à
~I. du Maine, elle le terrorisa et le mit à la
chaine. ll n'o ail oufllcr ni broncber devaoL
sa femme. Elle avail l'air i pénétrée de
l'honneur qu'elle lui avait fait en l'épousant,
que la timidité du paune homme en redoublait. Et puis elle lui faisait des scènes au
moindre mot, et c'était one cho e dont il
avait une frayeur mortelle. Il prit le parti de
ne jamais la contrarier el de lui obéir en Lout.
Restail le Roi, donl un seul rerrard faisait
rentrer sous terre les autres princesse .
Louis XIV craigniL sans doute de se commettre a1•ec celle fougueuse petite personne.
ll adressa prudemment ses représentation
au duc du Maine, qui lui répondit n'en pouvoir mais. « Ainsi, dit lime de Ca1lus, s'étant
rendue bienlôl incorrigible, on la lais a en
liberté faire tout ce qu'elle voulut. » C'était
ce qu'elle demandait.
La poupée se trouvait être un démon. Personne ne s'en était douté, à cause de la bonne

L\ SYlll'llO:-ilE, - Gravure J'.\'ITiJtN.: T RO~\'.\IS, (t' iNnet de, Esl.1mtu )
le.: Juc de Llllurgog-nc, .,bdamc, du.:hc,sc Je I hartrc~. X ... , du.:bc,,e ,lu .\l.iinc, princesse "c Conti, ;\\me de X.. . (dame a~~i~c ~ur un
tabourCll, ,t.iucmou,cllc, Ju.: de &lt; hartrcs.

LA QU.\TRt~· IE en \Ml&lt;RE DE. Al•P,\RTF.l!F.:-,s, ,\l' CIIHEA U OF \',;RSAI LU.S :

De gauche â Jroite

~

mcnh. Lcjc111li ~O, la nomclle Juche ·se r ,,111i1.
un habit de gala el 'étendit sur son lit. Elle
reçut en cette po. Lure la cour Lout entière.
Le "cndredi cl l, · jour· uivanlS . e passèrent
en fêle . ~lmc de Maintenon ûnil par 'alarmer pour la peLiLe poupée, qui avait l'air i
franile. Elle écrivait le mardi 2."i à Mme de
Brinon, religieuse ursuline, lJUi 'éLaiL mc•lrc
du maria,,e :
a ••• Pas·ons 11... ~lme du Maine, dont le
roi e l très conlènl, au i bien que monsieur
son mari. Voilà œ mariage que von lrOU\'Îc.:i
si raisonnable à faire: j'étais fort de cet a\'Î ;
Dieu ,·caille 11u'ils en oient :nui satisfaits
11ueje le uisjusqu'à œlle heure! On m'a dit
11u'clle irail pa ~cr la ·rmainc sainte à ~lo11luub~on: repo.ez-la l1ic11; ua la lue ici par
les contrainte el les fatigues dr la l'Our i die
~uccomue sous l'or el le pierreries, et a
coiffure r~~e plus que Loule ,l personne. Un
l'cmpècbera de croître et d'a,·oir de la santé;
elle c~t plus jolie sans bonnet 1p1'avcc toutes

tenir à • ainl CH. ,·ètue comme l'une tl
verlr 1, el rourÔnl d'aus~i bon co~ur dans les
jardins. li n\ a point d'auslérilés pareille · à
celle · du monde. o
La première ,emaine rut ain ·i un enchantement général. .,tme de Mainlenon joui .ail
a,·ec déliocs de la lune de miel de son cher
élève el au!!llrail mcneillc de la nomellc duches e, qu'elle ne doutait pa de "ouverner à
~a guise. ur cc dernier point, il fallut vile
en rabatlrc. A peine Mme du laine eut-elle
, u de près ce qu'était l'existence à la cour,
cc que le roi e. igeail de complaisan~ des
femmes qui l'approchaient, que son parti fut
pris de se révolter. li c·t certain que c'était
un lourd esdaYage.
tlnc "randc dame appartenant à la conr
dcrail Loujour:. èLrc là, el toujour:. prèle à
aroir envie de œ &lt;Jui plairait an roi. Elle
arail faim el :.oil, chaud el froid, selon le
1. Lr a wr1t·, •

,•,1a 11•111

ti,, i•li:H , ,l 'une

lJ le, d •~'"'•

... 16 ....

cour, décollcLJc cl tète nue ; voya"er dan cet
app:ircil cl recevoir d'tm air riant le soleil,
le vent el la pous ·ière; dan cr, ,ciller, ouper
de hou appétit, être gaie el a,·oir bonne
mine, le loul aux jour el heure· marqués
par le roi, sans déranger rien d'une minute.
Les voyages étaient l'éprcure la plus rude.
Loui XIV 'amu ait à remplir _on \·a.le
carro~se de femmes p.irées et de mangeaille.
Toutes les glaces étaient baissé et les ridcau x omert , quels que russcnl le tcmp
cl la saison, parce qu'il aimait l'air ..\ peine
en roule, il faisait manger les dame , « et
tuangcr à crerer 11, dit :aint- imon. Cela
durait tonie la jonrn,1r, sans qu'il fûl 11ue~tion pour J'aulres &lt;1ue le l\oi de d~cendre de
voilure, et l'on oupail en arri"ant comme si
de rien n'était. Quehp1es-uncs pensèrent
mourir en roule et ne durent d'arriver en vie
qu'aux
forces surnaturelles que donne le sen,le, pc~
Liment monar~hiquc. Plusieurs 'éranouircnt

D.A:SS L.\ SIXIÈME CIL\llBRE DES APPARTE!dEl,ï , AU CHATEAU DE VERSAILLES: LES RAFRAÏCHISSEJŒXTS. - Gr~vtJrt d'Al n'OISE TRO UVA IN. (C&lt;Jbind des Esl2m('ts. )

même; je ne voudrais pa la faire dévote de
profession, mais je vous arnue que j'aurais
bien voulu la voir régulière et prendre un
\' -

HtsrORIA . -

Fa,,.:. 3.'.

belle -sœur d'avoir à ne pa se mêler de
ses affaire , en prenant pour emblème une
« mouche à miel II entourée de la devi e :

discipline que li. le Prince maintenait dans
sa maison, et chacun s'étonnait de d.lcouvrir
dans le Petit Poucet des princesses la femme
2

�---111ST0~1A-----------------------a plus entreprenante, la plus audacieu~e qui et elle entreprit de pousser son boiteux, puisflil jamais, pleine d'esprit, vive comme la qu'il était trop pusillanime pour se pousser luipoudre Et quel caractère! • Son humeur est même.
impétueu e et inégale, écrivait Mme de Staal;
Par un mélange bizarre, Mme du Maine,
elle se courrouce et s'aCflige, s'emporte et avec tant d'orgueil cl de hauteur, était née
s'apaise -vinat fois en un quart d'heure. Sou- bergère d'opéra-comique. On n'est pas impuvent elle sort de la plus profonde tristes e nément la fille d'un prince qui se &lt;léguis'e en
par des accès de gaieté où elle devient fort marchande à la toilette. La petite doche.se
aimable. » EUe parlait a\'ec éloquence, véhé- adorait les pompons, ceux de l'e. prit comme
mence et surabondance; il n'y a"ait qu'à . e ceux des robes, le fêles -galantes el les petits
taire devant elle; du reste elle n'écoutait ja- vers. ll lui fallait des plaisirs romanesques,
mais les autres. Passionnée jusqu'à la dé- une vie m)Lbologi4ue, un Parnasse de carton
raison, c'titait par-dessus le marché un petit où elle pùl régner, déc,auisée en nymphe, sur
monstre d'égoïsme et un petit prodige d'amour- de beaux esprits en bergers d'Arcadie. Celle
propre : « Elle croit en elle de la mème ma- héroïne brillante el dangereuse était à sP.s
nière c1u'elle croit en Dieu et en Descartes, heures parfaitement ridicule.
sans examen et sans discu sion. »
On a vu que ~lme de Maintenon la Lrournil
Elle y croyait, premièrement, parce que jolie. Mme du Maine était pour sa part trè·
c'était elle, et ensui Le parce qu'elle était sûre contente de son vi age. Le public en élait
que Dieu fabrique les princes avec une houe moin satidait, et Mme de taal s'est plu à
à part. Ils ont l'air de n'être que des hommes, constater ce désaccord dans un passage malimais c'est une apparence. Ce sont des demi- cieux : « on miroir n'a pu l'entretenir dan,
dieux, et Mme du Maine, par une fa"eur le moindre doute sur le agréments de sa
spéciale de la Providence, était plus qu'à figure. Le témoignage de ses yeux lui est plus
demi déesse. Elle pou,·ail par conséquent tout suspect que le jugement de ceux qui ont dése permellre, et elle se permit en effet à peu cidé qu'elle était belle et bien faite. » A en
près tout. Elle se devail, d'autre pari, de juger d'après les portraits de l'époque, c'était
conquédr une situation digne de sa divinité, Je public qui avait raison, el Mme du Maine

avait peu de beauté. Les porlrails de sa prem.ière jeunesse nous montrent de beaux yeux,
des joues lrop gro es, uoe physionomie poupine, alourdicencoreparunccoiffure énorme.
On conç.oit qu'elle ail trompé son mondé a,·ec
ce ,·isage bonasse, qui annonce si peu un
,olcan.
es traits ne lardèrent pa à s'accentuer. li
y a au château dl! Versailles un portrait de
Mme du Maine vieillissante, par Nattier, qui
est d'un réalisme cruel. La doches e a une
figure de naine, une figure trapue et sans
grâce. Elle a le nez epais, la bouche vulgaire,
deux menton et la peau grosse. Rien d'une
déesse. Mais nous n'en sommes pa encore là.
Nous en sommes à une petite personne fraiche et mi!!Donne, qui cache ses va tes projets ous des airs d'enfant.
Les flambeaux de la noce n'étaient pa
éteints, que .llme du Maine rêvait déjà au
parti à tirer de sa mésalliance. La cour de
France était alors un beau champ pour l'inLrigue. Tant de choses changeaient, qu'il n'y
a\'ait rien qu'un esprit ambitieux ne pûl convoiler et espérer. La vieille société arislocratique tombait en pièces; il 'agissait de ramasser les morceaux, el de s'en fabriquer
adroitement un piéde tal.
(A suivre.)
ARVÈDE BARINE.

Frères

ei

sœurs

•
CmtDAT DE POLOTSI!. -

Louis XV avait une grande considération,
ainsi que la llarqui e, pour Mme de Choiseul; el Madame [Je Pompadour] di.ait:
« Elle dit toujours la cho P qui con\'ienl. t
~lme de Gramont, sœur de li. de Choiseul,
ne leurélail pas aussi agréable, etje crois que
cela tenait au son de sa voix el à son ton
bru que; car on dit qu'elle avait beaucoup
d'c prit el qu'elle aimait le Roi el Madame
avec passion. On a prétendu qu'elle faisait
des agaceries à a Majesté et qu'elle voulait
upplanter la Marquise. Rien n'est plus faux,
ni plus bètement imaginé.
Madame dit à ~I. le duc d'.Ayen que M. de
Choi eul ainiait beaucoup a sœur.
li .Je le sais, répondit-il, el cela rait du
bien à beaucoup de sœurs.
- Qu 'e5l-ce que cela veut dire?
- D'après M. de Choiseul, on croit du
bon air d'aimer a sœur. Et je connai de
otles bêles dont le frère n'aTait pa · fait ju -

qu'ici Je moindre ca , qui sont aujourd'hui
aimées à la folie. Elles n'ont pas silôl màl. au
bout du doigt que le fr:!.re est en l'air pour
[aire venir des médecins de tous le coin de
Paris! Ils se persuadent qu'on dira chez
M. &lt;le Cboi eul : ,, ll faut convenir que
M. de ...... aime bien sa œur; il ne lui urvivrait pas, s'il avait le malheur de la perdre! »
Madame raconla œla à son frère, devant
moi, en ajoutant qu'elle ne pom•aiL rendre le
ton comique du duc. 31. de ,tarigny lui dit :
" Je les ai de"ancés sans faire lanl de bruit;
el wa petite sœur sait que je l'aimai tendrement avant l'arrivée de la ducbes~e de Gramont de on chapilre. Cependant je crois c1ue
le duc d'Ayen n'a pas tort; cela est plaisamment observé, à .a manière, et vrai en partie.
- J'oubliais, ajouta Mado.me, que M. le duc
d'..\yeo avait dit : a Je voudrais bien être à la

« mode; mais laquelle de mes sœur pren&lt;c drai-je? ~fme de Caumont esL un diable
&lt;( incarné; Mme de Villar est une œur du
« pot; Mme d'Armagnac, une ennuyeu c;
tt lime de La Marck, une folle! »
- Voilà de beaux portraits de famille,
~fon ieur le duc, , disa.il Madame.
Le duc de Gontaul riait aux. éclat pendant
ce temps-là. C'était un jour que la llarqui &lt;'
gardait Je lit qu'elle raconta celle histoire;
M. de Contaut se mit aussi à parler de sa
sœur, lime du !loure; je croi du moins que
c'est le nom qu'il a dit.
Il était fort gai, et passait pour faire de
la 11aîté.
u C'est, disait quelqu'un, un meuble exèellent pour une favorite: il la fait rire, il Dl'
demande rien, ni pour lui, ni pour le au1res. li ne peul exciter de jalou ·ie, et ne se
mêle de rien. u
On l'appelait l'eunuque blanc.
11ADMIE

ou HAU 'SET.

D'après le lab/tau dt

CIIARLES LA~GLOIS .

(Mus~, dt l"uso.1Wts .1

Mémoires

du général baron de Marboi
CHAPIT RE XII
\larche de la Grande Armée. - Prise tlc Smolensk.
- Ney 3U d_éûlê de Valoutino . -;- Uataillc de la
\loskova. - Epi ode, ilhers.

Pendant que les é\'énements que je vicn
&lt;le raconter s'accomplissaient devant Polotsk
et ur les riTes de la Dri a, l'Empereur était
resté à Witep k, d'où il dirigeait l'ensemble
des opérations de ses nombreux corps d'armée. Quelques écrivains militaires ont reproché à Napoléon d'avoir perdu beaucoup de
temps, d'abord à '\Vilna, où il demeura dix-

neuJ jours, et en uite à Witep k, où iJ en
pas. a dix-sept, et ces écri\'ains prétendent que
ces trente-six jours auraient pu être mieux
employés, bUrlout dans un pal'S où l'été e l
fort court et où l'hi,·er commence à faire
sentir se rigueur!- dès la fin de septembre.
Ce reproche, qui parait fondéju ·qu'à un certain point, est néanmoins atténué, d'abord
par l'espoir qu'avait l'Empereur de voir les
Russes demander un accommodement; en
second lieu, par la nécessité de ramener vers
un centre commun les divers corps détacMs
à la poursuite de Bagration; enfin, parce qu'il

était incli pensable d'accorder quelque repo
aux troupes qui, outre les marches régulières,
se trouvaient, chaque oir, forcées d'aller
chercher des vivres loin de leurs bivouacs;
car, les Russes brûlant tous les magasins en
se retirant, il était impo iLle de fair&lt;! de
distributions journalières aux soldats français. Cependant, il exista fort longtemp une
heureuse exception à ce sujet pour le corp~
de Davout, parce que ce maréchal, aussi Lon
administrateur que grand capitaine, avait,
bien aYanl Je pas age du iémen, organisé
d'immenses convois de petits cltariols qui sui-

�_

IDSTO'Jt1A

yaient son armée. Ces chariots, remplis de
biscuils, de salaisons et de Légumes, étaient
traînés par des bœnfs dont on abattait un
certain nombre chaque soir, ce qui, en assurant les vivres de la troupe, contribuait in.fioimeot à maintenir le soldat dans le rang.
L'Empereur quüta Witepsk le 15 aoùt, et,
s'éloignant de plus en plus des 2• et û• corps,
qu'il laissait à Polotsk sous les ordres de
~aint-Cyr, il se porta sur Krasnoë, où une
partie de sa Grande Armée se trouvait réunie
en présence de l'ennemi. On espérait .une bataille; on n'obtint qu'un léger combat contre
l'arrière-garde russe, qui fut battue el se retira lestement.
Le t5 aoùt, anniversaire de sa fête, !'Empereur fit défiler devant lui ses troupes, qui
le reçurent avec enthousiasme. Le 16. l'armée
découvre Smolensk, place forte que les Russes
ont surnommée la Sainte, parce qu'ils la
considèrent comme la clef de Mo cou et le
palladium de leur empire. D'anciennes prophélies annonçaient de grands malheurs à la
Russie le jour où elle laisserait prendre Smolemk. Cette superstition, entretenue aYec soin
par le gouvernement, date de l'époque où la
ville de Smolensk, située sur le Dniéper ou
Borystbène, était l'extrême frontière des Moscovites, qui se sont élancés de ce point pour
faire d'immenses conquêtes.
Le roi Murat et le maréchal Ney, arrivés
les dfüx premiers devant Smolensk, pensèrent, on ne sait trop pourquoi, que l'ennemi
avait abandonné cetle place. Les rapports
adressés à l'Empereur lui faisant ajouter foi
à cette croyance, il prescrivit de faire enlrer
l'avant-garde dans la ville. L'impatience de
Ney n'attendait que cet ordre : il s'avance
vers la porte avec une faible escorte de hussards; mais tout à coup un régiment de cosaques, masqué par un pli de terrain couvert
de broussailles, se précipite sur nos cavaliers,
les ramène el enveloppe le maréchal 1ey, qui
fut serré de si près qu'une balle de pistolet,
tirée presque à bout portant, lui déchira le
c-ollet de sou habit! Heureusement la brigade
Domanget accourut et dégagea le maréchal.
Enfin, l'arrivée de l'infanterie du général l\azoat permit à Ney d'approcher assez de la
ville pour se convaincre que les Busses étaient
dans l'intention de se défendre.
En ,·ol'ant les remparts armés d'un grand
nombre de Louches à feu, le général d'artillerie Éblé, homme des plus capables, conseilla
à l'Empereur de tourner la place, en ordonnant au corps polonais du prince Poniatowski
d'aller passer Le Doiéper deux lieues au-desus; mais Napoléon, adoptant l'avis de r ey,
qui assurait que Smolensk serait facilement
enlevé, don,,a l'ordre d'attaquer. ~·rois corps
d'armée, celui de Davout, de Ney el de Poniatow ki, s'élancèrent alors de divers côtés
sur la place, dont les remparts firent un r~u
meurtrier, qui l'était cependant beaucoup
moins que celui des baLteries établies par les
Russes sur les hauleurs de la rive opposée.
Un combat des plus anglants s'engagea; les
boulels, la mitraille el les obus décimaient
nos troupes, sans que nolre artillerie parvînt

JJfÉMOTJ(ES DU G'ÉN~AL BA'J{ON DE .M!t'R,.BOT - - ~

à ébranler les murailles. Enfin, à l'entrée de
la nuit, les ennemis, après al'oir vaillamment
disputé le terrain pied à pied, furent refoulés
dans Smolensk, qu'ils se préparèrent à abandonner; mais en se retirant ils allumèrent
partout l'incendie. L'Empereur vil ainsi s'évanouir l'espoir de pos~éder une ville qu'on
supposait avec raison abondamment pourvue.
Ce ne fut que le lendemain au point du jour
que les Français pénétrèrent dans la place,
dont les rues étaient jonchées de cadavres
russes et de débris fumants. La prise de Smolensk nous avait coùté 12,000 hommes tués
ou blessés! ... perte immense qu'on aurait pu
éviter en passant le Dniéper e~ amont, ainsi
que l'avait proposé le général Eblé; car, sous
peine d'être coupé, le général Barclay de
Tolly, cher de l'armée ennemie, eût évacué
la place pour se retirer ,·ers Moscou.
Les Busses, après avoir brûlé le pool, s'établirent momentanément sur les hauteurs
de la rive droite et se mirent bientôt en retraite sur la roule de Moscou. Le maréchal
Ney les y poursuivit avec son corps d'armée,
renforcé par la division Gudin, détachée du
corps du maréchal Davout.
A peu de distance de Smolensk, le maréchal Ney atteignit, à Valoutina, l'armée russe
engagée avec tous ses bagages dans un défilé.
L'action devint très sérieuse; ce fut une véritable bataille, qui serait devenue très funeste
aux ennemis si le général Junot, chef du
Se corps d'armée, qui avait effectué trop tardivement le passage du Dniéper à Pronditcbewo, à den~ lieues au-dessus de Smolensk,
el s'y était reposé quarante-huit heures, fût
accouru au canon de Ney dont il n'était plus
qu'à une lieue I Mais, bien qu'averti par Ney,
Junot ne bougea pas! En vain l'aide de camp
Chabot lui porta au nom de )'Empereur l'ordre
d'aller se joindre à ey; en vain l'officier
d'ordonnance Gourgaud vint confirmer le
même ordre, Junot resta immobile 1•••
Cependant, Ney, aux prises avec des forces
infiniment supérieures, ayant successivement
engagé toutes les troupes de son corps d'armée, prescril'il à la division Gudin de s'emparer des positions formidables occupées par
les l\usses. Cet ordre fut f'Xécuté avec une
rare intrépidiLé; mais, dès la première attaque, le brave général tomba mortellement
blessé. Cependant, conservant toujours son
admirable sang-froid, il voulut, avant d'expirer, assurer le succès des troupes qu'il avait
i souvent conduites à la victoire, et désigna
le général Gérard pour lui succéder dans le
commandement, bien que celui-ci fût le moins
ancien général de brigade de sa division.
AussitoL Gérard se ruit à la tête de la division, marcha sur l'ennemi, et à dix heures
du soir, après avoir perdu i,800 hommes et
en avoir tué 6,000, il resta maitre du champ
de bataille, dont les Russes se hâtèrent de
s'éloigner.
Le lendemain, l'Empereur vint visiter les
troupes qui avaient si vaillamment combattu;
il les comulà de récompenses et nomma Gérard général de division. Le général Gudin
mourut peu d'heures après.

i Junot eût voulu prendre part au combat,
il pouvait enfermer l'armée russe dans un
étroit défilé, oà, placée en Ire deux feux, elle
eùt été obligée de mettre bas les armes, ce
qui aurait amené la fin de la guerre. On regretta donc le roi Jérôme, qui, bien que médiocre général, fùt probablement venu au
secours de Ney, et l'on s'attendait à voir
Junot sévèrement puni. Mais c'était le premier officier que Napoléon eùt attaché à sa
personne el qui l'avait suivi dans toutes ses
campagnes depuis le siège de Toulon, en 95,
jusqu'en Russie. L'Empereur l'aimait, il pardonna. Ce fut uo malheur, car un exemple
devenait nécessaire.
Dès que la prise de Smolensk fut connue
par les Russes, un cri de réprobation générale s'éleva contre le général Barday de Tolly.
C'était un Allemand; la nation l'accu.sait de
ne pas mettre assez de vigueur dans la conduite
de la guerre, et pour défendre l'antique Moscovie, elle demandait un général moscovite.
L'empereur Alexandre, contraint de céder,
conféra le commandement en chef de toutes
ses armées au général Koutousoff, homme
usé, peu capable, connu ponr sa défaite à
Austerlitz, mais ayant le mérile, fort grand
dans le circonst.ànces actuelles, d'être un
Russe de vieille roche, ce qui lui donnait
beaucoup d'inlluence sur les troupes comme
sur les mas es populaires.
Cependant, l'avant-garde française, poussant toujours l'ennemi devant elle, avait déjà
dépassé Dorogobouje, lorsque, le 24 aot'H,
!'Empereur se détermina à quitter Smolensk.
La chaleur était accablante; on marchait sur
un saule mouvant; les vivres manquaient
pour une aussi immense réunion d'hommes
et de chevaux, car les Russes ne laissaient
derrière eux que des villages et des fermes
incenditls. Quand l'arméeenlra dans Wiasma,
celte jolie ville était en feu! ll en fut de même
de celle de Ghiat. Plus on approchait de Moscou, moins le pays offrait de re,sonrces. Jl
périt quelques hommes et surtout beaucoup
de chevaux. Peu de jours après, à une chaleur intolérable succédèrent des pluies froides
qui durèrent jusqu'au 4 septembre; l'automne approchait. L'armée n'était plus qu'à
sit lieues de Mojaï k, seule ville qui restât à
prendre avant d'arriver à Moscou. lorsqu'elle
s'aperçut que les forces de l'arrière-garde ennemies'étaienL considérablement accrues. Tout
indiquait qu'une grande bataille allait enfin
avoir lieu.
Le 5, notre avant-garde fut un moment
arrêtée par une grosse colonne russe fortement retranchée sur un mamelon garni de
douze canons. Le 57e de ligne, que, dans les
campagnes d'Italie, l'Empereur avait surnommé le te1·1-ible, soutint dignement sa réputation en s'emparant de la redoute et de
l'artillerie ennemie. On était déjà sur le lerrain où se donna, quarante-huit heures après,
la bataille que les Russes nomment Bo1·odi1w
et que les Français appellent la Moskova.
Le 6, )'Empereur fit annoncer par un ordre
du jour qu'il y aurait bataille le lendem1in.
L'armée attendait avec joie ce grand jour

qu'elle espérait devoir mettre un terme à sa
misère, car il y avait un moi· que 1~ troupes
n·avaient reçu aucune distribution, chacun
ayant ,·écu comme il pouvait. On employa
de part et d'autre la soirée à prendre des
dispositions définitives.
Du côté des Ru es, Bagration commande
L'aile gauche, fo1'le de 62,000 hommes; au
centre se trouve l'hetman Platow avec ses
cosaques et 50,000 fantassins de réserve; la
droite, composée de 70,000 hommes, est aux
ordres de _Barcla1• de Tolly, qui, après avoir
déposé le commandement en chef, en a pris
un secondaire. Le vieux Koutousoff est généralissime de toutes ces troupes, dont le chilTre
'élève à 162,000 hommes. L'empereur Napoléon peut à peine opposer aux Russes
140,000 hommes ainsi disposés : le prince
Eugène commandait l'aile gauche; le maréchal Darnul, l'aile droite; le maréchal Ney,
le centre; le roi Mural, la cavalerie; la garde
impériale était en réserve.
La bataille se donna le 7 septembre; le
temps était voilé, et un vent froid soulevait

BATAILLE DE SM?LENSK. -

des tourbillons de poussière. L'Empereur,
'ouffrant d'une horrible migraine, descendit
vers une espèce de ravin où il passa Ja plus

grande partie de la journée à se promener à
pied. De ce point, il ne pouvait découvrir
qu'une partie du champ de bataille, et, pour
l'apercevoir en entier, il devait gravir un
monticule voisin. ce qu'il ne fit que deux fois
pendant la bataille. On a reproché à l'Empereur son inaction; il faut cependant reconnaitre que du point central où il se trouvait
avec ses réserves, il était à même de recevoir
les fréquents rapports de ce qui se passait
sur toute la ligne, tandis que s'il eût été
d'une aile à l'autre en parcourant un terrain
aussi accidenté, les aides de camp porteurs
de nouvelles pressantes n'auraient pu l'apercevoir ni su où le trouver. li ne faut d'ailleurs
pas oublier que !'Empereur était malade, el
qu'un veQt glacial, souIOant avec impétuosité, l'empèchail de se tenir à cheval.
Je n'ai point assisté à la bataille de la
Moskova. Je m'abstiendrai donc d'entrer dans
aucun détail sur les manœuvres exécutées
pendant cette mémorable action. Je me bornerai à dire qu'après des efforts inouïs, les
Français obtinrent la victoire sur les Russes.

deux armées éprouvèrent des pertes immenses
qu'on évalue au total à 50,000 morts ou ble sés !... Les Français eurent 49 généraux tués
ou blessés et 20,000 hommes mis hors de
combat. La perte des Ilusses lut d'un tiers
plus considérable. Le général Bagration, le
meilleur de leurs officiers, fut Lué, el, chose
bizarre, il était propriétaire du terrain sur
lequel La bataille eut lieu. Douze mille chevaux restèrent dans les champs. Les Français
firent très peu de prisonniers, ce qui dénote
avec quelle bravoure les vaincus se défendirent.
Pendant l'action, il se passa plusieurs épisodes intéressants. Ainsi, la gauche des Russes, deux fois enfoncée par les efforts inouïs
de Murat, Davout et Ney, et se ralliant constamment, revenait pour la troisième fois à la
charge, lorsque Mural chargea le général Belliard de supplier !'Empereur d'envoyer une
partie de sa garde pour achever la victoire,
sans quoi il faudrait une seconde bataille pour
vaincre les Russes I Napoléon était disposé à
ou tempérer à cette demande; mais le maré-

Gravure â'_.\UBERT, à.'après le tableau de CHARLES LANGLOIS. (Musée de VerSJil/es.)

dont la résistance fut des plus opinjàtres;
aussi la bataille de la Moskova passe-t-elle
pour une des plus Mnglante du siècle. Les

chai Bessières, commandant supérieur de la
garde, lui ayant dit : « Je me permettrai de
Caire oh erver à Votre llajeslé qu'elle es(en

�MÉ.MOTl{ES DU GÉNÉ~A.1. BA.'~ON DE .MA.'JfBOT - - - .

1t1STO'J(1A · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ce momenL à sept cents lieues de France »:
soit que celle observation détermioàt l'Emperew-, soh qu'il ne lrouvât pas la bataille as ez
a\'aocée pour engag{'r sa réserve, il rt:fusa.
Deux autres demandes de ce genre eurent le
même sort.
hi,·i un des faits lt!s plu remarquables de
celle halaille si féconde en actions rourageuses. Le front dt! la ligne ennemie était
courert par des hauteurs garnies de rt!doules,
de redans. et surtout par un fort crénelé
armé de O canons. Les Françai , après de perle considérables, 'étaient rendus maîtres
de tous ces ouvrage , mai n'avaient pu se
maintenir dans le fort. S'emparer de nouveau
de cc point importan l était chose très difticile, même pour J'infanlerie. Le général
Montbrun, chef du 2e corps de cavalt!rie,
ayànt remarqué, à l'aide de .a longue-vue,
que le fort n'était pas Ît!rmi• ~ la gorge; que
les troupes russes y entraieut par peloton~.
et qu'en tournanL la bau leur on pouvait hiter le· remparts, le ravin-, les rochers, et
conduire les escadrons jusqu'à la porte, par
un terrain en pente douce el praticalile pour
les chevaux; le général Monlhruu, dt:.-Je,
proposa de pénétrer dans le furl pur derrière
avec a cavalerie, landis que lïnfauterie l'attaquerait par de"aul. Cette proposition téméraire apnt ét.é approuvée par Murat et par
!'Empereur, Montbrun ful chargé de l'exécutioo; mais, tandis que cet intrépide général
prenait ses disposition pour agir, il fut tué
d'un coup de canon: ce fut une grande perle
pour l'armée!... a mort ne fit et•pt!ndant
pa renoncer au projet qu'il arait t:onçu, et
fEmpertur envo)a le général Caulaincourt,
frète du grand écuyer, pour remplacer MonlLrun.
Un vil alors une chose inouïe dan le~ fai,Les de la guerre: un fort immense détendu par
une nomLreuse artillerie et plusieurs bataillon , attaqué et pris par une colonue de c.ivalcric !... Eu effet, Caulaincourt, 'élançaut
a,11c une divi ion de cuirasi&gt;iers en tète de
laquelle marchait lt1 5° régiment de celle
arme, commandé pal' l'intrépiJe colonel Christophe, t:ulLute tout i:c qui d~fend les approches du fort, arme à la porle, pénètre daus
l'intérieur et tombe mort, frappé d'une balle
à la l~te!. .. Le colonel Chri tophe et ses cavaliers "Vengèrent leur général eu pa aol une
parLie de la garnison au fil dt&gt; leurs sabres.
Le forl resta en leur pou1·oir, ce qui acheva
d'assurer la victoire aux Français.
Aujourd'hui, où la soif de l'avancemeoL est
devenue insatiable, on s'étonnerait qu'après
un aussi beau fait d'armes un colonel ne rcçùt pas d'a,·ancemeol; mai sous l'Empire,
l'ambition était plu modérée. Christophe ne
dt:\'int général que plusieur année après el
ne témoigna aucun mécontentemènl de ce
retard.
Les Polonais, ordinairement si brav(:s, el
notamment ceux organisés depui crnq ans
dans le gl'aod-duché de Varsovie sous le ordres du prince Poniatow::.ki, arrirent si mollt•
ment que l'Ewpereur leur liL adres er des
reproches par son major général. Le général

Rapp reçut à la Moskova sa vingt et unième
ble sure-!
.Bien que les [\ u se e.u sent été battus et
forcés de s'éloigner du champ de bataille,
leur ~énéralissime Koulousoff eut l'outrecuitln11ce d'écrire a l\:mpereur Alexandre qu'il
wuait de remporter une grande victoire sur
les Françai ! Cette fausse nouvelle étant arrivée à ainL-J&gt;étersLourg le jour dt! la fète
d'Alexandre, y causa une joie des pins vives!. ..
On chanta le Te Deum; lioutousolf fut pr&lt;•clamé sa111·eur de la patrie et nommé feld11wrtfchal Cependant, la vérité fut bientôt
connue; l'allé~resse se changea en deuil:
mais Kou1ousulf é1nit feld-maréchal! C'était
ce 11u'ù voulait. Toul aulre que le timide
Alexandre eùt sévèrement puni ce grossier
mensonge du nouveau maréchal : mais on
avait besoin de Koutousoff; il re.sta donc à la
tête de l'armée.
CHAPITRE

xm

Mauvaises noul'clles &lt;l'Espagne. - Roslopsd,ine. locendic ,le )lo,cou. - lli:•cil tic l'armée russe.
- fourberie dl! Jiootou off.

Les Russes se retirant vers Moscou îurenl
rejoints le au malin à Mujaisk, où s'engagea
un assez vif cowLat de cavalerie dans lequ,·I
le général Bel!iard fut blessé. ~apoléoo pa a
trois jours à ~lojaisk, lant pour donner le
ordres nécessités par le circonstances, que
pour répondre à de nombreuses dépêche arriérée . L'une d'eUes, arrÏ\'ée la veille de la
gTande bataille, l'avait très vivement alfeclé
el avaiL beaucoup contribué à le rendre malade, car elle annonçaiL que nolre armée dite
de Portugal, commandée par le maréchal
Marmool, venaiL d"éprouver une sanglante
défaite aux Arapiles, près de Salamanque, en
Espagne.
Marmont était une Jes erreurs de 'apoléon,
qui, !"ayant eu pour camarade au collège de
Brienne, el plus tard dans l'artillerie, loi portait un grand inlérêl; éduit par quelque
succès d'école jadis obtenus par Marmout,
rEmpereur supposait à ce maréchal des talent ' militaire que sa conduite à la guerre
neju lifia jamais. larmont avait, en J81 I,
remplacé .lla.~éna dans le commaudewent
de l'armée de Portugal, en annonçant qu'il
baurait Wellington; mais ce fut tout le conLraire. llarmont venait d'ètre ,·aincu, blessé;
son armée, jelée dan le plus grand désordre
el obligée d'abandonner plusieurs prorince ,
aurai l éprom·é des pertes encore plu· coosidtira bles si le général Clausel ne l'eût ralliée.
En apprenant celle catastrophe, !'Empereur
dut [aire de bitn gral'es réflexions ur l'enlreprise qu'il réa li ait en ce moment, car,
tandis qu'il e préparait à entrer sous peu de
jour à Moscou, à la tète de la plus nombreuse de ·t!S armée , une autre venait d'ètre
battue à miUll lieues de là. li em,1hissait la
nussie cl allait perdre l'E~pagne !... Le chd
d'escadrons Fab~ier, aujourd'hui lieutenant
gén~al, qui avait porté les dépèche de larmonl, ayant ,,oulu prendre parL à la baLaille
de la Mo kova, y fut blessé à l'atLaque de la

grande redoute. C'était venir chercher une
balle de bien loin L ..
Le 12 septembre, Napoléon quitta Mojaï· k,
el le 15 il entrait dans Moscou. Cette ville
immense était déserte. I..e général Rostop chine, son gouverneur, en avait fail sortir
Lous les habiLaols. Ce Rostopschine, dont on
a voulu faire un héro , était un homme barbare qui, pour acquérir de la célébrité, ne
reculait Ùt!vaot aucun moyen. Il avait lais é
étrangler par la populace un grand nombre
de marchands élrangers, et surtout des Franç.ii , établis à Moscou, dont le seul crime
était d'ètre soupçonnés de faire des vœux
pour l'arrivée des troupes de 'apoléon. Quelques jour a,·ant Ja bataille dt! la Mo kova,
les Co aque· a)'anl enlevé une centaine dc
malades fronçai , le général Koutousoff le
euvoya, par des chemins détournés, au gou,·erncur de ~loscou, qui, sans pitié pour leurs
ouffrances et leur Catigu&lt;'s, les lais a d'abord
quara11te-huit heures sao manger, cl les fil
en uite promener en triomphe dans les rues,
où plusieur de ces malheureux moururent
de faim, pendant que des agt&gt;nts de polire
lisaienl au peuple une proclamation de Ilo 'top chine qui, pour le déterminer à prendr
Je armes, disait que les Frauçai~ étaient
aussi débiles et tomberaient facilement sou
ses coups. Cette affreuse promenade lermiuée,
la plupart de ceux de nos oldats qui vivaient
encore furent assommés par la populace, sans
que Rostopschine fil rit!n pour Jes auver !...
Les troupes russes vaincues n'avaient fait
que traver er Moscou, d'où elles s'éloignaient
pour aller e reformer à plus de trente lieue
de là, vers Kalouga, sur la route d'Asie. Le
roi Mural les suivit daw celle nouvelle direction, avec toute sa C:l\'alerie et plusieurs corps
d'iufauterie. La garde impériale re la dans la
ville et Napoléon fut s'établir au lfremli11,
antique palni fortifié, résidence habituelle
des czars. Toul éLait tranquille en apparence,
lors1ue, pendant la unit du i5 au 16 septembre, les marchands français et allemands
tiui s'étaient soustraits au1 recherches du
gouverneur, vinrent prévenir l'étal-major dt!
Napoléon que lt! reu allait ètre mis à la ville.
Cet avis fut bientôt confirmé par on agent de
police ru se, qui ne pouvait e résoudre à
exécuter les ordres de wn èheî. On apprit
par cet agent que, a,·ant de quitter Yoscou
1-loslopschine a,·ait fait ouvrir le bagne, les
prisons, et rendre la liberté à tous les forçats,
eu leur fai ·ant distribuer un très grand nombre de torches confectionnée par des ouvrier
anglais. Tou,; ces incendiaires étaient restés
cachés dan les palais abandonné , où ils
attendaien l le ignal 1 !
t. ~- d.e égur écrit : &amp; On ne cherche plus à cacher_, a. M:~u, le sort qu'on lui destine . .. La nuit.
Jes cau~!res •·o~L frapper à toutes les portes; ilJi 1num_icenl I incendie .... On enléve les pompes; la déBolahon monte t ~n combl_e.. .. Ce jour-la, une sœnu
e~lrayanle lcrmm, cc lnsle drame.. . Les prisoua
s ouTrent : une foule sale et dégoùlaule en suri lumu11ueusem1eu1_. ... Dès lors, ln grande Moscou n'ap11arl1enL plus 111 aux Russes, ni aux Français, mais â
celle foule impure, donl qoeh1ucs oflieiers et soldat
de pohce dmgéreot la foreur. On les organisa· on
assigoa à chacun son po le, et ils se dispersèrent pour
ql!e le pillage el l'incendie êcla11s enl parlou t à la
fOIS •• • o

L'Empert!ur, informé de c.et a[reux projet,
pre.cri,·it sur-Je-champ les mesures les plus
sévères. De nombreu.es patrouilles parcoururent les rues el 1uèrenl plusieurs brigands
pris sur le fait d'incendiP; mais c'était trop
tard; le feu éclata bientôt sur différents points
de la ville et fit de ravages d'autant pins rapide que Roslop chine a,ait fait eolerer toutes
les pompes; au si, en peu de lemps, Moscou
ne ful plu_ qu'une grande fournaise ardente.
!,'Empereur quitta le Kremlin et e réfugia
an château de Peterskoê: il ne rentra que
Lrois jours après, lor·que l'incendie commençait à diminuer, faute d'aliments. Je n'entrerai dans aucun détail sur l'incendie de
loscou, dont le récit a été fait par plu ieurs
témoins oculaires. Je me bornerai à examiner
plus tard les effets de celle
immen,e catastrophe.
~apoléon, appréciant mal la
.-,ituaLion dans laquelle se troumil Alciandrt&gt;, espérait toujours un accomwodemeul,
•ruand enfin, la d'attendre, il
prit la détermination de lui
l'.-cri re lui-même. Cependant,
l'armée rus e se réorganisait
,·ers Kalouga, d'où e-s chels
enYoy,iicnL ver Moscou de
agent. charg:
de diriuer
vers leurs régiments les soldats égaré . On en évalue le
nombre à 15,000. Retiré!&gt;
dans le faubourg , ces hommes r.irculairnL .an défiance
au milieu de no bivouac , prenaient place anx Ît'ux de oo
soldab et mangeaient a,·ec
eux, cl per onne n'cul la pèn·
sée do le, raire JJri onnier..
Ce fut une grande faute, car.
peu à peu, iJ. rejoignirent l'armée ru~ e, tandis que la mitre
,'aff:iil,li sait jourul'llcmcnl
par 11!!&gt; maladie et le premiers froid. . 'os perles en
che,·au. étaient surtout immenses, ce qu'on altrihuail
alL'{ fatigues extraordinaire
&lt;1ne le roi Mural avail impo•
ées pendant toute la campa¾-'lle à la cavalerie dont il était
le chef. Murat, se sou,·enant
des brillant ·uccès obtenu
en 180G et i 807 contre le
Pru ien , en Je poursuivant
à oulrance, pen ait que la camlerie derail suffire à tout et faire de marche · de douze à quinze lieues par jour sans
se préoccuper de la fatigue des chevaux,
l'es entiel étant d'arriver sur les ennemi
arec 11uelques tètes de colonnes! Mais le
dim:11, la difficulté de lrouver de fourrages, la longue durée de la campagne, et
urtout la ténacité des Rosse , avaient bien
chan"é les conditions. Aussi la moitié
de notre cavalerie étnil s.1ns chevaux lors•1ue nous arrhàmc à Moscou, et Murat
ache\'ail de détruire le urplu dan la pro-

vince dl! Kalouga. Ce prince, fier de sa haute
taille, de son coura&lt;re, et toujours alfublé de
costume bizarre , mai Lrillants, avait attfré
l'attention de eonemis, et, se complaisant à
parlementer avec eux, il échangeait des présent avec les chefs cosaques. Koulousoff pro.
fila de ces réunions pour entretenir les Français dan de fousses e pérances de paix, que
le roi Mural faisait partager à !'Empereur.
Mais, un jour, cet ennemi, qui se disait affaibli, se réveille, se glisse entre nos cantonnements, nou enlère plusieur convois, un escadron de dragons de la garde et un bataillon
de marche: aus i Napoléon défendit-il désormais, sous peine de mort, toute communication avec les Russes non autor~ée par lui.
Cependant, apoléoo ne perdait pas tout

le préserver de l'attaque de ceux de nos par
tisans qui rôdaient eolre les deux armées,
que Koulonsof.T expédia un autre aide de
camp vers son empereur. Ce second envoyé
n'ayant pas de laissez-passer français fut
rencontré par nos patrouilles, et, comme il
était de bonne prise d'après les lois de la
guerre, il fut arrêté, et ses dépêches forent
envoiées à apoléon. Elles contenaient tout
le contraire de celles que KoutousoJf avait
montrées à Lauriston. En elfet, le maréchal
russe, après avoir supplié son souverain de
ne point traiter avec les Français, lui annonçait « que l'armée de l'amiral Tchitchakofi',
« ayant quitté la Valachie après la paix avec
tt les Tores, s'avançait sur Min k a1in de
(t couper la retraite à apoléon. Koutousoff
c1 in truisait aussi Alexandre
11 des pourparlers qu'il a,•ait
c, engagés et qu'il poursuiYail
11 hal,ilement avec ~lurat, à
u dessein d'entretenir la per" oicicuse sécurité dans la,, qudle les Francais vivaient
11 à Moscou, à une époque si
o avancée de la saison .... ,,
A la vue de celleleltre, ~apoléon, comprenant qu'il avait
été joué, entra dans une violtmtecolère el forma, dit-on, le
projet de marcher sur aintPéter bourg; mais, oulre que
l'affaibli sement de son armée
el les rigoew-s de l'hiver s•opposaien t à celle ,,asle expédition,
des moûf d'une bien hauLe
importance portaient l'Empereur à se rapprocher de l'Alle1Uagne pour ètre plu à même
de la sur,·eiUer et de voir ce
qui Il pa sait eu France. ne
conspir&lt;1tion venaiL d'éclater
à Paris, et les chefs de ce mouvement avaient é1é les maitre
de la capitale pendant une
journée 1. .. lin exalté, le général Malet, avait jet&amp; rnr Paris
celle étincelle qui aurait pu
aUumer l'incendie, et :-'il ne
e Iùt renoonlré un homme
perspicace autant 4u 'énergique, eu la per onne de l'adjuc11c11~ Kuhn
dant-major Laborde, c'en était
.-,1ARÈCIJAI,
EY.
peut-être fait du gourernement impérial. Les ei:;prits n'en
lkSS('fl dt ,\\F.1SSONIFR .
furent pas moins frappés de
cet é~énemcnt, et l'on peul
espoir de conclure la pau. Il envoya, le concevoir quelle [ut la douleur de apoléon
4 octobre, Je général Lauriston, son aide de en apprenant le danger qu'avaient couru sa
camp, au quartier général du maréchal Kou- famille et son gouvernem~t!
tousoff. Ce Russe astucieux moolra au généCHAPITRE XI V
ral Lauriston une lettre adressée par lui à
l'empereur Alexandre pour le presser d'adhé- La rclraile esl dècidèe. - urpriso do corps de éba,rer aux propositions des Français, attendu,
tiani. - Combat de Malo-laroslawclz. - Retour sur
Mojaisk el la Jloskova.- Bnragucy d Ililliers mel bio
disait-il, que l'armée moscovite se trouvait
les armes. - Je suis nommé colonel. - Retraite
hors d'état de continuer à faire la guerre.
héroïque ilu maréchal Ney_
Mais à peine l'officier porteur de celle dépêche était-il parti pour aint-Péter bourg,
.A. Moscou, la situation de apoléon s':18muni par Lauriston d"un pa seport qui devait gravail de jour en jour. Le froid évissail
1

�H1ST0'/{1A
déjà avec rigueur, et le moral des soldats
Français de naissance était seul resté ferme.
Mais ces soldats ne formaient que la moitié
des .troupes que apoléon avait conduites en
Russie. Le urplus était composé d'Allemands, de Suisses, dt&gt; Croares, de Lom~ards,
de Romain , de Piémontais, d'Espagnols et
de Portugais. Tous ces étrangers, restés
fidèles lant que l'armée avait eu des succès,
commençaient à murmurer, et, séduits par

rains, anciens el irréconciliables ennemis de
la France!... La position était des plus critiques, el, Lren qu'il dût en coûrer beaucoup
à l'amour-propre de 'apoléon d'a,·ouer au
monde enlier, en se retirant sans avoir imposé la paix à Alexandre, qu'il avait manqué
le but de son expédition, le mot de 1·etraile
fut enfin prononcé!. .. Mais ni !'Empereur,
ni ses maréchaux, personne enfin n'avait
alors la pensée d'abandonner la Russie et de

de jour en jour, et, dan une confiance
aveugle, nos avant-postes restaient aventurés
dans Ja province de Kalouga, sur des positions difficiles, quand tout à coup l'événement le plus imprévu vint dessiller les yeux
des plus incrédules et anéantir les illusions
que l'Empereur conservait encore de conclure
la paix.
Le général Sébasliani, que nous avons vu
se laisser urprendre à Drouïa, venail de

HISTORIA

•

BATAILLE DE LA MOSKOVA· -

les proclamations en diverses langues dont
les agr.nls russe inondaient nos camps, il
désertaient en grand nombre vers l'ennemi,
qui promettait de les renvoyer dans leur
pays .
.A.joutons à cela que les deux ailes de la
Grande Armée, uniqu11ment composées d'Autrichlens el de Prussiens, ne se trouvaient
plus en ligne avec le œntre, comme au commencement de la campagne, mais étaient
sur nos derrières, prêles à nous barrer le
passage au premier ordre de leurs souve-

Gravure d~

llRUNELLIERf:,

.faprès le latleJU de

CHARLES l,A,",GLOT . (Muste

repasser le iémen; il ne s'agissait que
d'aller prendre ses cantonnements d'hiver
dans les moins mauvaises provinces de la
Pologne.
L'abandon de M:oscou étail décidé en principe; cependant, avant de se résoudre à l'exécuter, apoléon, conservant encore un dernier espoir d'accommodement, envoya le duc
de Vicence (Caulaincourt) vers le maréchal
ru se Koutous.off, qui ne fit aucune réponse 1.. .
Penda.nt ces lenteurs, notre armée fondait

Je 1·e/'SJi/les.1

remplaœr le général Montbrun dans le comman~ement da 2e corps de cavalerie, et,
quoique près de l'ennemi, il passait se~ journées en panloufles, lisant des vers ilalien- et
ne faisant aucune reconnaissance. Koutousoff, profitant de celle négligence, se porte,
le I octobre. sur le corp~ d'armée de Sébastiani, l'investit de toutes parts, l'accable par
le nombre et le contraint d'abandonner une
partie de son artillerie! ... Les trois division
de cavalerie de éhastiani, séparées du surplus des troupe' de Murat, ne parvinrent à

LORD PHILIPPE II \VHARTON.
Tableau de V K D\'Cl.;. (;\lu ëe impérial de !'Ermitage. Saint-Pétersbourg.)

�.M'É.M01~'ES DU GÉNÉ~AL BAR.,ON DE MA'JfBOT

le rejoindre qu'en renversant plusieurs bataillons ennemis, qui cherchèrenL vainement à
s'opposer à leur passage. Dans ce combat
sanglant, ébastiani fit preuve de valeur, car
il était très brave, mai on peul le signaler
pour sa médiocrité comme général. Vous en
verrez une nouvelle pretn·e lorsque nous en
serons à la campagne de 1815.
Eo même temps que le maréchal Koutousoff surprenait Sébastiani, il faisait attaquer
~furat sur toute la ligqe. Ce prioce fut blessé
légèrement. L'Empereur, ayant appris le
jour même cette mauvaise affaire, ainsi que
l'arrivée au camp ennemi d'un renforL de
dix mille cavaliers de l'armée russe de Valachie, que les Autrichiens, oos alliés, a,·aient
laissés passer, !'Empereur, dis-je, donna
l'ordre de départ pour le lendemain.
Le ·19 octobre au matin, !'Empereur
quilla Mo cou, où il était entré le 15 septembre. Sa &amp;fajesté, la vieille garde et le gro
de l'armée prirent la route de Kalouga; le
maréchal Mortier et deux divisions de la
jeune garde restèrent en ville pendant vingtquatre heures de plus, afin d'en achever la
ruine et de faire sauter le Kremlin. Ils devaieol ensuite fermer la mar&lt;·he.
L'armée traînait après ellt! plu de quarante mille voitures qui encombraient les
défi.lés. On en fit l'observation à !'Empereur,
qui répondit que chacune de ces YOilures
sauverait deux blessés, nourrirait plusieurs
hommes, et qu'on s'eo débarrasserait inseniblement. Ce système philanthropique pourrait, ce me semble, être combauu, car la
nécessité d'alléger la marche d'une armée en
retraite varait devoir passer avant toutes
les autres considérations.
Pendant le séjour des Français à Moscou,
le roi :Murat et les corps de cavalerie avaient
occupé uoe partie de la province de Kalouga,
sans cependant s'être emparés de la ville de
ce nom, dont les environs sont trè, fertiles.
L'Empereur, voulant éviter de passer sur le
champ de bataille de la Mo~ko-va, ainsi 4ue
par la route de Mojaï k, dont l'armée avait
épui é les ressources eo venant à Moscou,
prit la direction de Kalou"a, d'où il comptait
"agner molensk par des contrées fl'rtilt!s et,
pour ainsi dire, neuves. Mais, au boui de
quelques jours de marche, nos troupes, dont
l't'tfeclif, après la jonction Ju roi Mural, s'éle"ait encore à plus de t00.000 hommes, se trou\'èrent en présence de l'armée ru se 1.:111i occupait la ville de Malo-Iaroslawetz. La position
de l'ennemi était des plu forte_s: cependant
!'Empereur la fit attaquer par le prince
Eugène à la tête du corps italien et des diviions françaises Morand et Gérard. Aucun
obstacle n'arrêtant l'impétuosité de nos
troupes, elles 'emparèrent de la ville après
un combat long et meurtrier, qui nous coûta
4.000 hommes tués ou blessés. Le général
llelzons, officier d'un grand mérite, resta
parmi les morts.
Le lendemain, 24 octobre, l'Empereur,
étonné de la vive résistance qu'il avait éprouvée, et sachanl qoe toute l'armée russe lui
b~rrait le passage, arrête la marthe de ses

Lroupes et passe trois jours à réfléchir au
parti qu'il doit prendre.
Pendant une des reconnaissances qu'il fai-

--°'

incendies et jalonnée de rad.a n es !... Le mou,ement que fi L l'Empereur, le reportant aprè
cli.x jour de fatigues à douze lieue ~eulement de Moscou, donna aux soldat beaucoup
d'inquiétudes pour l'avenir. Le temps devint
affreux; le maréchal .Mortier rejoignit !'Empereur, après avoir fa.il sauter le Kremlin.
L'armée revit ~lojaï.k et le champ de bataille
de la Moskova 1••• La terre, sillonnéE' par les
boulets, était couverte de débris de casques,
de cuirasses, de roue-~, d'armes, de lambeaux
d'uniformes et de trenle mille cadavres à
demi dévorés par li&gt;s loups 1.•. Les troupes
et !'Empereur passèrent rapidement, en jetant
un triste regard sur cet immense tombeau 1
M. de Ségur, dan la première édition de
son ouvrage sur la campagne de Russie, dit
qu'en repassant sur le champ de bataille de
la Moskova, on aperçut un malheureux Français qui, ayant eu les deux jambes brisée·
dans le comhat, s'était 1.ilotti dans le corp
d'un cheval ouvert par un obus, et y avait
passé cinquante jours se n01t1•rù;sanl el panant ses b/emœes avec La chair pul1'éfiée
des morts! ... On fit observer à M. de égur
que cet homme eût été a~phyxié par les gaz
C o .11TE DE RosTOPSClllNE.
délétères,
el qu'il eùl, d'autre part, préféré
D'après le taèleau i1e To~c1.
couvrir ses plaie avec de la terre fraiche et
même avec de l'herbe, plutôt que d'augsait sur le front des ennemis, 1 apoléon fut menter la putréfaction en y mettant de la
sur le point d'être enlevé par eux_! ... Le chair pourrie! ... Je ne fais celle observation
brouillard élait épai ' .... Toul à coup les cris que pour meure en garde contre les exagétle hourra ! hourra! se fonl entendrn; de rations d'un livre qui eut d'autant plus de
nombreux Cosaques sortent d'un bois voisin succès qu'il est très bien écrit.
de la route, qu'ils traversent à Yingt pa de
Après Wiasma, l'armée fut assaillie par des
l'Empereùr en renversant et pointant tout ce ilots de neige el un v~nl glacial qui ralentiqu'ils rencontrent sur leur passage. ~fais rent sa marche. n grand nombre de voitures
le général Rapp, s'élançant à la tête de deux forent abandonnées, et quelques milliers
escadrons de cha seurs el de grenadiers à d'hommes et de chevaux périrent de froid
cheval de la garde, qui suivaient constam- sur la route. La chair de ces derniers servit
ment !'Empereur, sabre et met en fuite les de nourriture aux oldats et même aux offiennemis. Ce fat dans ce combat que ~J. Le CJers.
L'arrière-garde pas a successivement du
Couleuh, mon ancien camarade à l'étalmajor de Lanoes, devenu aide de camp du commandement de Davout à celui du prince
prince Berthier, s'étant armé de la lanced'un Eugène el dé6nitivement sous celui do maréCo aque tué par lui, commit l'imprudence chal Ney, qui conserva cette pénible mission
de revenir en lirandissant celle arme, impru- tout le reste de la campagne.
Le i•• novembre, ou parvint à Smolensli.
dence d'autant plus grave que Le Couteulx
était revètu d'une p~lisse et d'un bonnet Napoléon avait fait réunir dans celle ville une
fourré, sous le quels on ne pouvait rien distin- grande quantité de vivres, de vêlements et de
guer de l'uniforme français. Aussi, un grena- chaussures; mais les administrateurs qui en
dier à cheval de la garde le prit pour un étaient chargés, oe pouvanl connaitre l'étal
ofûcier de Co aques, el le voyant se diriger de désorganisation dan lequel l'armée était
vers !'Empereur, il le poursuivit et lui passa tombée, ayant exigé des bons de distribution
son énorme sabre au travers du corps! ... et toutes les formalités des temps ordinaire,,
Malgré celte affreuse blessure, M. Le Cou- ces lenteurs exaspérèrent les soldats. qui,
teulx, placé dans une des voitures de l'Em- mourant de faim et de froid, enfoncèrent les
pereur, supporta le froid, les fatigues de la portes des magasins et s'emparèrent tumultueusement de ce qu'ils contenaient, de orle
retraite, et parvint à regjlgner la France.
Les reconnaissances faites par , apoléon que beaucoup d'hommes eurent trop, plusieurs
l'ayant convaincu de l'impo sibilité de conti- pas assez, d'autres rieii !
Tant que les troupes avaient marché en
nuer sa marche vers Kalouga, à moins de
üner une sanglante bataille aux nombreuses ordre, le mélange des diverses nations n'avait
troupes de Koutousolf, Sa Majesté se décida donné lieu qu'à de léger ioconvénients; mais
à aller passer par Mojaï. k pour gagner ~mo- dès que la roi,ère et la fatigue eureol fait
rompre les rangs, la discipline fut perdue.
lensk.
L'armée quitta donc un pays fertile Comment aurait-elle pu subsister dans un
pour reprendre une rou1e dévastée, déjà par- immense ra emblement d'individus isolés,
courue au mois de septembre au milieu des manquant de tout, marchant pour leur compte

�ms T 0-1{1.JI
et ne se comprenant pa '! ... Car dans celle
masse désordonnL~ ré!!llaiL ,·raimenl la con•
fusio,i rles lar1911es ! ... Quelques réfTiments,

LA

RTIE DU KRElilLiS . -

serait pas fait prisonnier de rruerre, et !JU'il
lui serait permi d'aller joindre l'armée îrançaise afin de rendre compte de sa conduite.

l)'atrés la /1/h ogr.ithlt Jt J,' . G RE SIF.f .

et principalement ceux de la garde, r' istaient
encore. Presque Lou le· ca.Yalier:, de régimrnts de li!me, 3)'anl perdu leur chevaux,
furent réuni · en bataillon , el ceux de leur ·
officier· ffUi étaient encore mont· · formèrent
le, e cadrons . acré: dont le commandement
fut confié aux généraux Lotou_r-)lauhourg,
Grouchy el ébasliani, &lt;Jui y remplis.aient I"
fonctions de impies capitaine , tondi que
des généraux de hrigade el de colonel. îaiaienl celle. d~ maréchaux de lo«i el de
l.,ri!!adier . Celle organi. alion uflirnit seule
pour faire connaitre à tiuellc extrémité l'armée
était réduite!
Dan c 'lie po~ition critique, l'Empcr ·ur
avait compté ur une forte dhLion de troupe~
de Ioule arme que le énéral Unraguey
d'llillier devait conduire à molen.k; mais
en approchant de la ülle, on apprit que ce
général a,•ail mi ha le arme devant uoe
colonne ru_ e, en pécifiant que lui .cul ne

lais !'Empereur ne ,·oulut pa ,·oir &amp;raguey
d'llilliers, auquel il fit donner l'ordre de e
rendre en France et d'y garder le. arrêt · ju.qu'à ce qu'un con eil de guerre l'eût jugé.
Barague d'llillicrs prévint cc JU«emenl en
mourant de d~·e poir à Berlin.
Ce général avait été l'une de erreur Je
Napoléon, qu'il édui il lor. du camp de Boulogne, en lui promettant de dre ser le dragons à enir tour à tour cumme fanla in· el
caçaJier . Mais l'essai de ce ~ Lème ayant été
fait en 1 05 pendant la campagne d'.\utricbe,
les ,·ieux dra on_ qu'on aYail mi · à pied, et
que llara!!lley d'llillier commandait en pcr.onne. rurent bauus à \\ertingen ~ou. les
)·tut de !'Empereur. On lt&gt;ur rendit des cl1evau1, il forent encore défait , et pendant
plu.icur anaét· le,; corp de celle arme e
re entirenL du dé. ordre que Baraguey avait
jeté parmi eu\. L'auteur de cc plème l.,àlard,
tom Lé en di. rrràce, a,·ail e. péré se relever eu

demandant à venir en llus.ie, où il ache\'a de
se perdre aux yeux de !'Empereur par sa capitulation ans combat et en ,iolant le décret
qui prescrit au chef d'un corps réduit à
mettre bas les arme de ui,·re le sort de se.
troupe~, et lui défend de solliciter des ennemi des condition fayoraLle à lui . eul.
Après avoir pa sé plu ieurs jour - à molen k afin de réunir les troupes re tée en
arrière, !'Empereur se rendit le 15 à Kra noë,
où, malwé ~s grave préoccupation (car on
~f ballait non loin de la ville), il e pédia nn
officier vers le 28 corp d'armée resté • ur la
Düna et devenu dé. ormais son eu) espoir de
.-alut.
Les régiments donl e •omposait ce corp
avaient éprouvé moin de fati !\les el de pri,·aûons que ceux qui avaient fait partie de
l'expédition de .lo·cou; mais aus~i, par compensation, il · avaient bien plu ~ouvent combattu le- ennemis. ~apoléon, ,·oulanl le· en
récorupcn •r•en nommant à tou le emploi
vacanL~, se fil apporter les propositions d'avanœmeut relative au 2° corp . li y en avait
plu ieur en ma raveur, dont l'une ne demandait pour moi 11ue le grade de major (lieutenanL~lond). Ce fut celle que le ecrétaire ·
pré enta. Je tiens du général Grundler, qui,
ayant reçu l'ordre de porte_r ces Mpèches, . e
trouvait dao le cabinet de l'Empereur au
moment où il achevait son travail, que apoléoo, au moment de i!!Der, ra~a de sa m:un
le mol major pour y sub Lituer celui de colonel, en d1 anl : « C'est une ancienne Jcllc
•1uc j' lCtjUilte. •
Je ru donc enfin colonel du ~3• de cha. eurs. le i j no,em.Lre; mai je ne l'appri ·
11ue quelque temps après.
La retraite continuait péuiLlement, d le
ennemis, dont les force augmentaient an
&lt;'&lt;'Se, l'Oupèrcntde l'armée le corp. du prince
Eugène, ain i que ceux de Davout el Je 1 ·ey.
Les deux premiers parvinrl!nt à grand'peine
à . e fair~ jour le arme · à la main el à n~
joindre l'Empereur, dont l'esprit était dooloureu. ement préoccupé par rab ence du
oorp · de ·e), car il rut plu ieur· jour , an _
en recévoir aucune nouvelle.
Le Hl no,embre, 1 apoléon paniot à Or ·cba.
li 'était écoulé ua mois depui · qu'il avait
4uitté Moscou, el il restait encore cent vingt
lieues fair pour parvenir au . ïémen. Le
froid était intense.

CA suiwre. )

Docteur MAX BILLARD
et-

La mort de Talleyrand
_ !In jour, à Prague, dans fa demeure liis10r1que des empereur d'Autriche, Charlc X.
alors coorLé ou· le poid. de oitantc- eite
année. , dit à Cbatcaul,riand : « Ce ,·ieu\
Talleyrand vil donc encore? 11 Et le soixnntehuilième roi de France quittait la ,·ie deux
ans avant le graad eioneur avili, l'é,èque
apostat, le prêtre marié et le chef de celle
école tlui lé"ilime, pu d'insidieux . ophi:m~,
le. su~cè , ans tenir compte des droit ·, de
prmcipe, et de mo ·en .
Le :5 . ?1~rs. 18~ , le prince de Bénévent
prononçait a l lnstHul l'éloge du comte Charles-Frédéric Reinhard 1 • La salle était combll'.
L_e pri~cc ~ il était alors dan a quatre11n~t-cm?UJème _ann~ -:- était orti par une
~luie _fro1d~ el _11 n aYall pu monter à pied
1,escalier; 1~ avait été porté par de1u dome.,'!~ue e_n livrée. Quanti le ,iPux diplomate,
1air froid et dédaigneu1, les dcu coin de
s.t Louche pendant,, lit . on entrJe dan 1:1
salle, appu ·é d'une main ur le hra du ecréhta}rc. pe rpétuel, 1. lfignct, de l'autre ur
1
.a ei1u1l c, Lou 1 'a . i tant~ étaient debout.
li pronoo\·a . on di. cour d'une voix fcrmr..
tr:3ça cr le triple portrait idéal do parlait mim ·t~e_d_c ' Affaires étrangt•res, du parfait chtr
de d1vuon, du parfait con ul n 1 - l'homme
si mé1Jio.,re doul il s'était IDOtJUé à plaisir
dan· se moment. de gaieté. Et la lecture
t~rminée, aprè d applaudi,: ements enthou. iasLrs, on fit la haie pour \loir ~ortir le grand
!tomme: cl \ïclor Cou in alla ju qu'à ·'écrier
en gesticulant : a C'r l du Voltaire! C'est du
meilleur Voltaire! 11 "·
. Talle) rand n'avait plus ,,ue deux moi à
mre, et il allait faire connaitre . on exi teoce
t·ntière par :,a dernière heure.
On ait que c' t à a nièce que le prince
de Béné,·enl avait confié le oin de faire )p
honneur de ,a mai on'. Femme éminente
d·un C! prit érieux cl cultivé, remarquabl;
• par sa beauté, le charme impérieux de a
phy ionomie et sa gràce altière, la duche e
tle Oîno ne quitta plus le prince ju,, qu'à sa
l. Ancien che_r de .l}•!F1011 au mini tère de Affaires
é~augères. anC!cn m101 Ir~ i F101ence en 1708 ; il
rcmpl•~- le prrnce ile Bén 1.-enl au mù,i. (ère de
Affaires elrangt'n:s, le 20 juillet 1709; ü ful ministre
en w . ( lRlfU), en Lombàrdie 11 Ol ), en Sue (1 O:&gt;)
el eu _
\\eslphal,o (1 O 1.
~- ..~1~11-8,:un, .\'011,·eauz Limdi,, t. Il, I'· :'i:i.
, / · t:11é _par le même, llm11ieur dt Tatlryrar,d
u:•y, Pari, 1870, p. l9j.
'
d 4. )1 , de Talleyrand habi1ait l'h~Lel qui rail le coin
~ '·• place de la . CooC;or,!c et de !a rue . 1ml-Flor11~ntm . _li ul auJourd liu, la propridé dr :v. de
uthstlnld .
:i, L:al,_b .Dupanlou_p èt1it, en 1838, wptrieur du
pelll temm11re de 1111l-~icolu-du-Cllardonnel.

mor~. Elle avait donné à a fille, pour lui
en.e1gn~r la religion, un jeune abbé dont la
réputation commençait As'étendre, Félix Dupanloup, le futur é,·vque d'Orléan . ainteBeu~e ra&lt;:°n~e que ~f. de Talleyrand l'ayant
un JOUr IOnlé à diner, l'abLé ~·excu a en
allé!?Uant 11u'il n'était pa homme du monde.
ur quoi M. de Tallcyrand dit ,èchf'ment à
"~! de Dino : • Cet homme ne ail pa. on
meher. 11 ft On comprit alor. , on deYina r.e
&lt;Jl~'il d · irait. JI vit l'abbé et :-'cnlreliat arec
lut. Il y eut une con. ultalion, ·an doute ur
lt:~ démarche à fair pour se réconcilier avec
l'f:nli e. 0~ eti"ea de lui un écrit: le· premier e at de , a façon qu'on envoya à Home
ne ru.re~t pas agréé. : il fallait une simple
sounm:;1on. 1. de T:ùle)rand, pr •s\'é de nouveau_ par es nièœs, en vint à dire qu'il ne
a,·a1t pa comment rédi"er ,~. cbo e qur l'on
• d' une formolP.. "et qu'il ,·errait
'
e a)al
: cc
qu'on 'empres.a de fairP. Le hrouillon re,·u
par l~i fut trouvé bon à Home; mai., quand
1I rcnnt, M. de Tallcyrand le "arda dan: ,on

s~crélairc, décidé à ne le sioner qu'au dernier moment 1 • »
_En tout cas, le ,·ieux diplomate Q\'ait avec
le Jeune abbé dcsconver~ation très édifiante .
Ce respectable ecck:Sia tique lui fit même
présPnt d'un exemplaire d'uu ouvrage intitulé
La Jour~ec ~u _Chrétien, et l'on remarqua
que ce hne t•ta1t OU\'erl ur son hur au la
"eille de sa mort.
Depui · longtemp ·, Talleyrand avait une
afTecti~n. a~x jam~e , dont la uppuration
néces. 1ta1t 1emploi de lotioa salurnées •. Cet
~~~t~ire 3\'aÎl et&gt;. 1: Lru quement, el il se féhc1ta1L de cet événement. Le 'J7 janvier, il e
foulait le pied déjà malade chez l'ambassndeur d'Angleterre. L'bh·er était froid· les
douche qu'on lui fil prendre pour lui r~ndre
la force l'enrbumi!rent. Ce rhume de,·int un
catarrhe, il perdit bientôt le ommeil el l'appétil ' .
Le I t mai ·I ;; , le prince rut pri tout à
cou~, à table, d'un fri .. on uivi de léger
V0OllsSt•ments; en mème temp , il rc,; en lit
~?e d?~I ur au ba de. rein • à gauche, qui
1mqu1e1a a. ez pour faire appeler le ProÎC:,eur Cru1·eilhicr. Cdui-ci diairnostiqua ausitol un anthrax; une opération" rut con.eillée.
Ce f~l Marjolin, alor chirur ~ien en chef de
Be.1uJon, qtli ,int inciser la tumeur et qui dut
recommencer Jc!-1-x foi 10 • Le patient n'arnit
pa ét~ aneslbé 1é comme d • no jour , cl,
1mpa -,!ile romme un .-toïcien, il s'était contenté d · dir • : Docteur vous m'arnz fait
bi~n ~u mal; m:ii si j'en suis 11uitte à ce
p~u, Je ,vou · r_~mercie. » llarjolin bodla la
lele, et, 1a~anl Jugé assez fort pour upporter
la pré ence d_e la mort, lui fil comprendre
on état, el 11 rcçul san effroi lti terrible
averti ement.
Toute la juurné · du J6 mai, l'effort de e
proche fut pour bàter sa réconciliation avec
le ciel et l'exhorter à
dernier de,·oirs
Mai , aux appel fréqueuu qu'on lui faisait.
le moribond récalcitrant répondait imariable~
menl:

_G. • L'o jour où elle pa ducl1e•

ï . ,u:q~-Bn,E. . ~t Talftyrattd, pp. 109 et 200.
li. Lh . Fuc1 C;l J. hmu:,s., lftmo,rt&amp; 111r JI. de
Talkl/rf111tl. Pan , 1838, JI· 102.

de Uiuo) en par-

lait, . . d,e Talloyrand dit : t Madame de Dino, il faut

•, pritr I ab~ U_upa~loup i diner. • ~me de !lino
s empr • d ob~tr, 1ahbê IÏnl. Le ha .an! fil qu'il
lomha sur un ~10cr ou la ~,11,! r11i1 lrgère et Je
langai:-c mondain.
• Qucl'r.:1 · jours •prcs. il reçut une nou,clle in, il~LJon, qu 1I refusa. ~ l'apprenant, JI. de T1Uenand
dit : c Yfu! me 1'1v1ei donné pour un hnmme· d'e _
• prit. C e1l donc un sol que cet ehlx\ .... Cela M ,e
• comjlrenJ donc pa ! • Comleae DB 8u1GsE, p. 221.
~ ll .• de . Tallryraod, eu apprenant le rtfus
1e
aLl_,è, ma _d,t : ~ Il .• _moimt d' prit quo je uc
• cro)_••~• . c■ r 11 dorait d 1rer pour lui cl pour moi
• , en1r 1c1. • Duche. ,e u~: u,~o, p. '111.

1

fi·

_O. lher, chc_z_ lord ,Gr~n•itle,_ donnant le bra i. la
rrincc.1se tle l.1cv~11: 1I s e-1 pris le pied daus les phs
de.-• rol,e et • fa1ll1 •~mber. Il n'a pas rail Je chute
mai_. ~n genou a plO)C, le pied déjà malade a toumé
~l !t s . t donné une enlorse du gros orteil. Paru
28 Jam·ter 1.~. lluchc e os D,~u, p. 208.
'
!O. Am~~e P1cuor, So111,e11irt Jntimr•. Ocntu,
1 ,o, P: ·_11,. ~ Cf. Comtesse ~2 Bo1r.~s, p. '1-2:i :
c Cruvc1lluer d1l ,au malaJe que n'ayanl pas depui
quelq~_ tcmp l liah1t~d~ d'employer le hi~lvur1 , il
' u!111t11l .•r1iclcr YarJolm . c Je comprer,d3, "ous
• aimez m1,•ux t!lrc dew:. •

�_

111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - « Pas encore, pas encore

1•

,&gt;

Le lendemain, très matin, de guerre lasse,
quand sa parole allait s'éteindre, Talleyrand
se dit prêt enfin à signer sa réconciliation
avec l'Église. On lui lut à haute voix sa rétractalion et sa lettre au pape, toutes deux
trop connues pour que nous ayons besoin de
les reproduire!.
Ci:lle lecture avait duré près de dix minutes. La lecture terminée, Talleyrâod prit
la plume el, d'une main ferme, il appo a
successivement sur les deux pièces sa longue
~ignature : Chal"les-Jlaurice, prince de Tal-

leym11tl.
Pendant celte grande scène, neuI personnes, immobiles et silencieuses, entouraient le
lit du moribond : l'abbé Dupanloup, la duchesse de Dino, le duc de Poix, M. de SaintAulaire, M. de Barante, M. .Royer-Collard,
M. Molé, le docteur Cruveilhier el un vieux
serviteur de la maison".
Un fait remarquable des derniers moments
de l'illustre prélat fut la visite que lui firent,
à huit heures du matin, avec une sorte de
solennité, le roi des Français, et sa sœur la
princesse Adélaide. C'eût été, dans l'ancienn~
monarchie, une faveur insigne. L'ancien prélat le sentit.
- Je suis [àché, prince, de vous voir souffrant, dit le roi d'une voix faible et tremblante,
tellement émue qu'on l'entendit à peine.
- Sire, vous êtes venu assister aux derniers momeuls d'un mourant. Tous ceux qui
l'aiment n'onl qu'un désir, c'est de voir bientôt
la fin de ses ou Ifrances 4 •
"Louis Blanc, dans son Histoire de Dix Am,
raconte- mais le récit paraîL liien fantaisiste
- que le roi, lorsqu'il visita le mourant, lui
aura il demandé s'il souffrait beaucoup; que
le moribond lui aurait répondu : 01ti, comme
un damné, et que le roi aurait alors prononcé
à voix bas e le mot : Déjà!
Toujours est-il que les forces du malade
déclinaient de plus en plus. Le temps pressait, et l'on craignait que le moribond, qui
disputait minute à minute sa réconciliation
avec le ciel, perdit con.naissance. A une parole
de l'abbé, lui disant que Monseigneur de
1. • - Je vous dirai quand il sera Lemps. - ~lais,
prince, pendanl que votre main- le peul eucore ... . Mais il n'esl pas six heures, l'épondit le prince. Je l'ai
dit que je siguerais demain, entre cioq et sil'. hemes
Ju malin; je le le promcls encore. • L'allbé I..AGIIASG!l,
Vie de .Mgr. Dupan/.oup, Puussicli:ue, Paris, 1883,
l. l. p. 'lâO.
~
2. La rédacl.ionde ces deux pièces est du 10mars 1858.
, Rome, toujours prudente. a écril Chateaubriand, n'a
eas rendu Jublique, cl pour cause, la rélractalioo. •
Mémoires 'Oul1·e-Tombe, édilioo Biré, L. Vl, p. 431.
- U'une lettre adressée par Mme de Castellane à
l'abbé Lagrange, il ,ësulte cependant que le pape
Grégoire XVI aurait reçu le message de Talleyrand
« comme la plu,, vi1·e consolation de son pontifical ~L·abbé L•CRJ.liGE, loc. cit., p. 255.
;j, Le valet de cliambro Hélir. • appulê sur le bord
.J.u lit el fondant en larmes • · l,'abué AGRA.'iCE, Loc.
cil., p. 2â5.

Quélen serait heureux de donner sa vie pour
lui, il se soult:va légèrement. et, d'une voix
paisible :
- Dites-lui qu'il a un bien meilleur usage
à en faire.
- Prince, continua l'abbé, vous avez donné
ce matin à l'Église une grande consolation;
maintenant je viens, au nom de l'Églist-, vous
offrir les dernières consolations de la foi, les
derniers secours de la religion. Vous Yous
êtes réconcilié avec l'Église catholique que
vous aviez offensée; le moment est venu de
vous réconcilier avec Dieu par un nourel aveu
et par un repentir sincère de toutes les fautes
de votre vie.
« Alors- c'est l'abbé Dupanloup qui parle
- il fit un mouvement pour s'a,·ancer vers
moi; je m'approchai, el aussitôl se deux
mains saisissant les miennes et les pressant
avec une force et une émotion extraordinaires,
il ne les quitta plus pendant tout le temps
que dura sa confession; j'eus même besoin
d'un grand effort pour dégager ma main de
siennes quand le moment de lui donner l'absolution fut venu. Il la reçut avec une humilité, un allendrissement, une foi qui me
firent verser des larmes a. »
li sembla de même recevoir l'ExtrêmeOnction avec l'émotion d'une foi vive el d'une
ferme confiance. Puis l'abbé Dupanloup, agenouillé au pied du lit, récita l~s litanies des
saints. Quand il arriva aux invocations des
martyrs et qu'il prononça le nom de saint
Maurice, le chef de la légion thébaine, massacré par ordre de Maximien Hercule, patron
du célèbre diplomate, on vit le vieux prinœ
s'incliner et son regard chercher celui du
prêtre, comme pour bien témoigner quïl
s'associait à ses prières.
Ver trois heures, sentant que la fin approchait, l'alibé Dupanloup commença les
prières des agonisants. Le mourant paraissait
'y unir si visiblement qu'un des assistants
en fit la remarque : « Monsieur l'abbé, voyez
comme il prie l &gt;&gt; Il avait, en effet, les yeux
tantôt ouverts, tantôt abaissés, mais toujours
la figure calmP,, et son intelligence semblait
encore domint'r la mort. Enfin, les forces lui
4. Amêdée P1cHor, Loc. cil., p. Sl5.
On a dit, pour expliquer la démarche de l.ouis-PhiliQPC, que ce fül pou1· honorer le serviteur dévoué de
sd' famille. Mais on a pensé aussi q11e d'autres mo•
biles l'y èonduisirenl. Ou sait que l'ancien minislrc, le
confident intime êt3it resté déposilnire de piêce que
LQuis-Philippe avaiL le plus grand intènlt à faire disparaitre. Çau rail èlé le priDCJpal molif de la 1·isite 4u
roi. qui, n'ayaul pu complétement réussir Je premier
jour, serait revenu ·eul le leudcmaio et serait parvenu à se faire loul remettre.
Quoi qu'il en soit, ces papiers ont disparu dans le

soc des Tuileries, le '14 fè,·rier 1848.
5. L'o.1,bé L.,GRA~GE, /oc. cil., p. 256.
6. Cooxr \J .• J'.), rue Saint-llonurè, 383, Almanach
l'Ol(al, /Jllll&lt;!e 185R.
1.

Gh.

ll.

CnATEAllBRlHD,

O. Ch.

PucE
Pt..\Cl

FLORE~s, loc. dt., p. 120.
Loc. cil., t VI, p. 424.
el J. FtOREXS, /oc. cil., p. 120.

rt J.

manquèrent tout à coup, el. à trois heures
trente-cinq minutes, ses lèvres se fermèrent
pour jamais.
•
L'autopsie fut pratiquée sur une longue
table, dans l'antichambre de la bibliothèque.
par le docteur Cogny n, médecin ordinaire du
prince. On trouva les poumons sains, le cœur
\!Olumineux et entouré de graisse, l'aorte
et les principaux troncs artériels ossifiés
et cassants dans presque tonte leur étendue. Le foie et l'estomac n'offraient aucune
lésion.
Le corps, qui d'abord deYait ètre embaumé
par le procédé Gannal, le fut suivant l'ancienne méthode par M. Micard, pharmacien
du prince.
Les globes oculaires furenl ,·idés et remplacés par des yeux en émail, fabriqués d'aprè un portrait parfaitement ressemblant;
du vieux diplomate, que les gravures représentent, au temps de sa jeunesse, comme fort
joli, mais qui, ~ en vieillissant, avait tourné
à la tête de mort »8 •
Deux heures avant d'èlre mis en b.ière, la
figure du prince était déjà en complète dessiccation, à tel point que les parties charnues
des joues et de la bouche résonnaient sous la
percu.sion du doigt 9.
Le 22 mai, à onze heures, le corps fut
placé sur le char funèbre, et le cortège se
mil en marche sous une imposante escorte
d'in ran terie.
Le service funèbre eut lieu à l'église de
['Assomption, puis, !'absoute donnce, le
cercueil ful descendu dans le caveau de
l'église.
Quelques jours après, on transportait à Valença · et l'on déposait avec solennité dans le
caveau d'una chapelle les reste du prélat récalcitrant, 'lui avait disputé ju qu'à la fin sa
réconciliation avec le ciel, de l'homme politique qui, couvert d'honneurs, de riches ·es,
de diamants, avait abattu, relevé les trônes,
trahi Lous les gouvernements, même vendu
sa livrée en quittant ses maîtres.
La comédie par laquelle cet homme de
compromis el de marchés avait couronné es
quatre-vingt-cinq années avait fait dupe la
piété de son entourage. Une dame de la vieille
cour avait même eu, le jour de l'enterrement,
un mot heureux : &lt;&lt; Eufin, il est mort en
homme qui sait vivre. ,&gt;
Mais on raconte aussi que, moin crédule,
un représentanl d'une cour du Nord vint
gaiement annoncer la nouvelle de la mort
du diplomate, en ces termes, à U. .Guizot :
&lt;C Eh bien! vous savez 1 lc prince de Talle1rand a fait son entrée triomphale aux enîer .
ll y a élé îort bien reçu. Satan lui a mème
rendu de grands honneurs, tout en lui disant
cependant : « Prince, vous avez un peu dépassé
mes instructions. »
DOCTEUR

)Lu B1LLARD.

dernières amours
de la comtesse du Barry
Par PAUL OAULOT

Nos Archives nationales possèdent deux masse, d'autres pièces se rapportant à cette juge.lit peu importants, car pour lui tout
dossiers concernant la comtesse du Barry. liaison, notamment des lettres de a la Morte- s'effaçait devant le crime d'avoir été la maîL'un ne contient presque rien; l'autre, au mart, fille de Brissac, » pour parler le lan- tresse du « tyran français, Louis, quinzième
du nom ,&gt;, et qui pour nous,
contraire , renferme, outre les
au contraire, sont d'un intérèt
principales pièces de son procè
considérable, ces documents et
devant le Tribunal révolutionles renseignements qu'on peut
naire, une série de documents
glaner çà et là dans les Méprivés qui jettent un jour sinmoires du temps permettent
gulier sur cette femme célèbre
de relracer sans trop de lacuet éclairent certains côtés, peu
nes ce joli el tragique roman
ou mal connus, des Jernières
d'amour t.
années de son existence.
A.u lieu de la maitresse
royale, c'est la femme qu'on
retrouve dans ces pages, et,
On connaît l'incroyable forsuiv~nt la formule du jour,
tune
de la comtesse du Barry.
nous avons là le document huFille naturelle d'Anne Bémain après le document offiqus, dite Quantigny, et de père
ciel.
inconnu, Jeanne était née le
Au milieu des notes de po19 août 1743, à Vaucouleurs,
lice, dénonciations, acte d'accudans ce village célèbre par le
sation, interrogatoires et pièces
.ouvenir de Jeanne d'Arc.
diverses, on découvre une liasse
Amenée à Paris par sa mère,
de neuf lettres, et, sur le paelle
avait eu une enfance mipier grossier qui lui sert de
sérable, et sa jeunesse menachemise, oô lit celte note :
çait d'être pire encore, lorsque
« Lettres de Brissac avant et
le
hasarù, aidé par le duc de
&lt;( depuis la Révolulion. Peu
Richelieu
el par Lebel, valet de
cc impo1·tanles,
si ce n'est
chambre du roi, la mit en pré« qu'dles p1·ouvent ses liaisence du monarque désœu vré,
&lt;&lt; sons intimes avec elle (maet veuf à la fois de sa femme
&lt;&lt; dame du Barry), ainsi que
cl de sa maître se.
(( sa façon de pen se1• SUI' la
&lt;&lt; Sa taille, s.a fraicheur, sa
« Révolution. &gt;&gt;
physionomie radieuse, son air
« 1l est à ,,emarquer aussi
de vierge, l'ensemble de ses
« qti'elle a employé toute 1me
charmes,
et surtout ses talents
&lt;&lt; nttit à b1·ûler sa correspoupour
le
plaisir,
dit l'abbé Geor« dance anec lui, le jon1' de
ge!, la firent juger propre à
« sa nwrt à Versailles. )&gt;
jouer le rôle de maitresse favoEt ces neuf lettres, aveclenr
rite. ,,
écriture nette, à la fois ferme
On lui fabriqua aussitôt un
et coulante, ressuscitent pour
Gravure de BeACVARLET. d'après le tableau de DROUAIS.
état civil qui elfaçàl les hontes
nous tout un passé, et font rede son origine incertaine : elle
gretter vivement celles que madevint
la
fille
de Jean-Jacques Gomard de
dame du Barry, s'il faut en croire le rédacteur gage de l'époque, de Maussabré, l'aide de
Vaubernier
et
d'Anne
Béqus, dite Quantigny;
camp
du
duc,
du
chevalier
Bernard
d'Escours,
de la note, a brùlées dans une nuit d'angoisse
bien
qu'elle
fût
fort
jeune encore, à peine
vieil
ami
et
confident
de
madame
du
Barry,
et de deuil. Mais, quelque réduit ·qu'en soit
le nombre, elles sufJisent pour reconstiluer el des billets de celle-ei, facilement recon- vingt-six ans, elle eut la précaution de se
l'histoire des amours d'un grand seigneur et naissables à leur écriture fine et menue, de rajeunir de trois ans.
En outre, l'usage exigeant que la dignité à
de l'ancienne maitresse royale, d'autant que véritables pattes de mouche.
laquelle
on l'allait élever ne fùt donnée qu'à
Ces
documents,
que
l'accusateur
public
le dossier renferme encore, éparses dans sa
l. Arch. nat'" W 16, u• 701, Mé111ofret pour se,·vir d l'histoire des événements de la fî.,1 du :svrn•
aiicle, par l'abbé GE011GEL; Mémoires secrels du C'•

d' ALLOt&lt;VltLE ; Mémoires de Duu~·s; Les Rtvolvtiona
de Pa,.-is, ptr J)11oouo1nu:; Le Cou1Tier ff"a11çai1
(n• 259); Cuiioaitts hirtorîque&amp;.
J.-A. LE llo1;

var

Conetp. secrète entre Marie-Thbè!e et le comte
de Jlercy-Arge11teau. par le chel'alier d'AJINETH i La
du Barry, par E. el J. de Gor;couar, elc., etc.

.

�1l1ST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - une Femme mariée, le dernier en titrr. de pour la fa,·oriLe. L'incidenl, où le duc parut
e aman~, Jean du Barr , faisait venir en
ou un jour peu digne de lui, fit quel'}ue
hâle de Toulou. r. sou frère Guillaume, et un bruit à 1a cour,
aumônier du roi donnait à cette ·ingulière
Le duc do la \'rillièrc, 'étant. mis en tèle
union la con. éaalion rel i:1ieu'e (1•r eptem- de donner à ouper un oir à ln comte._e du
bre 176 ).
Barry, convia madame de Cos.-t.i, qui rcfu~a
Introduite à la cour et bientôt pre"·entée. de ' ren,lre 11 celte fète. Le refu. eut un
la oourelle comtes e éblouit lou' 1 yeux; grand retenti ,cme11t, et le duc rt!CUt des
. on éclatante et fascinante beauté lui con- reproche amers . ur la conduite de a femme .
quit rapidement une nuée d'admirateurs, dont Oo alla même ju:qu'à exiger qu'il us.\t d'auplu. ieurs a ·urémeol poussaient l'admiralioo torité vis-à-vis t!'ellc.
ju qu"à l'adoration. Et il e l à croire qu·elle
ForL embarrassé, il pensa ùn tirer par
ne vo ·ail point arec dépl:ti ir cc murmure une mam-aise défaite, et dfrlara 11ue. a femme
flatteur lui faire cortège, bien qu'on ne pui. e avait agi ain. i par l'ordre Je la Dauphine.
rien articuler contre . a vertu, i l'on peul se
Ier y-Argenteau ne lai· a point pas cr
ervir d'un pareil mot en pareille circon, tance, cette ail !,,alion, et dé aroun nettement le duc.
pour exprimer a fidélité au roi pre qu' exa- La Dauphine, en l'e pèœ, n'avait donné aucun
~~naire qui la déshonorait de se fa\'curs. ordr· à ·a dame d'atour.
Plus ré'er,·ée que la mtrqui. e de Pompa« Le duc partit le :rnrlendemain pour
dour elle n'eut pas de Choi eul pour amant. Pari ; m3Î., en vue dt:
r 1habiliter auprè ·
Dans la foule brillante qui l'entourait de la faîorite, il écrivit à a femme une lellre
d'homma"e , un gentilhomme de haute li!!llt.te trè forte où il exigeait d'elle de témoi ner à
cl de belle prestance, desliné par sa nai sance la comtes e du Barry toute sorte d'attentions
el .on nom aux premières dignité , e di tin- et de ne e refu er à rien de ce qui pouYait
gua hientôt par le culte pa sionné qu'il lui lui plaire.
voua, et la fa\Orite e entil aimée comme ell1•
La Juche. e répondit à son mari qu'en
n'avait certe point coutume de l'être: re.~pec- prenant posse . ion de sa charge, elle avait
tueu emenl.
été Yoir la comte· e du Barry, ruai· qu'apr\
Certes, elle avait droit d'être fière d'une celle démarche, elle n'en ferait aucune qui
telle conquête. Fil' du maréchal de Bri ac, pùl la faire regarder comme étant de la ociété
gou,·erne11r de ParL, Loui -Herct.Ùe-Timoléon, de la fayorite, que jamii elle ne • · résouduc de Cos é, avait q11elquc neuf an de plu. drait, et qu'dlepréfêrcrail remettre la démisque madame du Barry., é le t4 février 173i,
ion de sa place 1 •
il a\'ail épousé, le 2 février 1760, la econde
Mabé le ennui, que lui causnit celle
fille de Loui -lfazarini-.laocini, duc de .'h·erilu lion tau. e, et bien qu'il n • f1)L p:i. payé
oai , que lord Chesterfield cite, dans es de retour, le duc de Go sé ne perdait ritln de
lf'llres à 011 fil·, comme le modèle du genon ardeur amoureuse pour madame du Barry.
tilhomme accompli. La fille étail digne do lleureu1. d'aimer, il att odait patiemment
père, el le comte de Creolz en donne un d'être aimé, el il di!vait attendre longlemp
témoi •na"c indiscutable dans une dépêche au encnre.
roi de uède Gustave Ill :
Madame de
Co é, dit-il, est aimée et rei pectt'•e pour se
Il
vertu et l'agrément de son prit. •
n fil était né de cette union, mai le
Loui · XV meurt (JO mai t 77,i); madame
pauHe enfant, d'une anlé fort délicat•, était du Barry e t exilée à l'abba5·e du Ponl-auxpour e.~ parents moins une eau e de joie que [) mes; l'ordre lui en e. t Iran.mi par le duc
de ouci, et exigeait des oins constant . Vers de la Vrillière. a chut•, pourtant facile à
t 7i0, une petite fille allait naitre, que a pré\·oir, l'irrite plu. qu 'el!e ne l'abat.
mère tiendrait à honneur de nourrir elle- Le beau foutu règne qui commence par
même.
une lettre t.le cacb t ! s·écri --t-elle,
lalgré le charme et le vertu de sa
on eril cependant dure peu. Elle revient
femme, le duc d · Co, é ne -e lai .. a pas d'abord à . aint-Yrain, pli: d'Arpajoo, dan
moins séduir • par la nouvelle beauté qu'un 1111 domaine qu'elle achète à un Y. Ou-val,
caprice de Looi XV avait révélée à la cour, ancien commi de la marine, avec lequel elle
el cettr. admiration pa sionnée ne re La pas a\'ait jadis ébauché une iotri!!Ue, vite abanlongtewp · ecrête. .fcrcy-Arrrenteau repré- donnée dè qu'il !&gt;'aperçurent qu'il y chersente 1 du c comme a e0Lièr1:ment lhré à la chaient des cho, bien dillérentc. : e!Je, de
fal'Oritc, » cl madame du Delland l'appelle le l'argent, lui, de l'amour.
c fa,·ori de la .uhan~ . Bref, le ~- it élail i
Ven, la fin de l'année J 7i5, eUe rentre
connu que, lorsqu'à la mort de la duche se dans son chl'r Lou\'ecicnnes, don dt• 'on royal
Je Villar·. ,lame d·atour de la dauphine amant.
Maric-.\ntoinelle, il fut que lion de nommer
Elle a d'abord e sayé, pour comballre
à a place la du be ·c de Co .é, l"hé ·1tation l'ennui de on exi. lence désœu.rée, de troufut .,ranJe, tanl on ·'ima)!ioait voir dans ver une diversion à a ~olilutle dans les émoce choix une d· i"natioo Je madame du tions du jeu, mai bil•ott'll ell sïmanine
Ilarr1.
aimer, el l:t voilà redevenue l'.amoureu,e
Oo passa outre néanmoins, et l'on eut d·aotan. L'objet de celle pa ion est un Ânbientôt la preuve que madame de Co;; é ne
1. Lellre ,1 llerrr-!r oleto i.
arie-Tbérèsc.partageait point 1 enlimcnts de son mari Recuâl
d'Ar11rth, l. ·1, p. 371.
1

glai ·• lord ymour: mai 1• ;;.1price dure
~u, el le mom nt arrÏ\·e enfin où la lon 11 ue
con,lance du duc de Cos é est récompensée.
\ladame du Barry l'aime autant qu·ene en
ei t aimée. li emble alor que tout \·ienne à
la foi au noLlc soupirant, l'amour el le~
honneur.. Depui le 12 férricr l 77t&gt;, il est
•0111· rneur de Pari , à la place de son père
démi,sionnaire; quelqul' année plu tard,
la mort ne .oo père le fait duc de Bri . ac. Il
e t capitaine-colon 1 des Cent- uL"-' · de la
"arde du roi, lieutenant général de armée.
du roi, gr.ind panetier de France.
~lai. toute cc haute dignités n'ont rien
changé à a tendre. -e amourcu e pour madame du Barr ; bien mieux, il \il maintenant
awc elle dan une intimité ouYcrle. Ce n'est
plu . eulcmenl à LoU1·er.i1·nne , dan cette
di ·crète retraite, que le· deux amant al,rilent
leur~ amour~, il, ne. c quittent presque plu ..
Madame du Barryvient ouYenl à Paris pa. ser
la journée, - et la nuit, - chez Il' dur, dao~
son hôtel, rue de Grenelle, faubourg intGermain; elle l'accompa1rnc dan~ se vo ·age
ou Je rejoint dan e déplacement ; c'est
une pas ion connue, affichée : elle e fait
même adresser ·a corre. pondance chez lui, 11
l'botel Bri ac.
L'intérêt n'e.:-t pour rien dan celte liaison.
le cœur e t tout. Ce n·e~l plu - la fille qui e
vend, c'est la femme qui ,c donne, et, ~ndi~
que Looi XV s'était abni. sé ju qu'à elle, on
peut dire que le duc de Uri ac l'a éle\·ée
jusqu'à lui. La familiarité quelque peu gro. •
ière de on lan!!age a di:paru, . es allures
trop libre e sont réformées, et le changement e~t .i complet que le comte d'111on,·ille, qui ln rencontre, n•rs 17 0 ou 17 2,
d3n u11 voyage &lt;ru'elle fait en ~ormandi_e
pour aller vi iter le dur, ei l frappé de 11 la
11écence de on ton et de la noble e de es
manièr ·: ».
li étaient alor , l'un dan tou le la force
de l'A e, l'autre dans tout l'éclat Je la beauté.
Et.ils devaient rei ter ainsi ju qu'aux derniers
jour~, lui, ardanl a jeune ·e de cœur, elle,
Jcs grâce mcrveilleu e d'un ,i ·a1re et d·un
corp toujours jeune .
1

Ill

C forent de délicieu,r. amour,.
Le nuage· qui ':imoncelaicnl ur la
France n'étaient pa prêts à cre\'er rncore, cl
ils étaient rar • ceux qui, à ce moment, pré\'oyaienl le orage ; on peul aîfirmer que ni
Rri ac ni madame du Barry n'en étaient.
Quant au monde, il \'Oyait avec iodulnencc
cl'lle pa. siou partagée. Ce n'était pa. en celle
/ln du dix-huitiècne siècle, aprè le liberté~
de Lou genre que _'était octrol '' une ·ociété élégante et di olue, façonnée à lïmanc
du roi Loui · X\', qu'on eùl montré de la
-êvérité à l'i! aril d'un mari qui abandonnai!
a fe111me : c'étaient là accidents trop commun.. Ce qui le parai sait moin , c"étail la
longue fidélité de ces deux amants, objet
d'une curio.ité bienveillante.
Certes, il est à regreuer que madame du

,

___________________

tl.1rry ait détruit la plus grande partie de'
lettr~ qui lui rurt!nt alor · adre,-.ées par le
duc de Brissac; car, d'après le p •u qui re te,
on pt:ut juner &lt;1uel intérêt aurait eu pour
nou cette com•~pondance d'un •rand eigneur amoureux; mai ll's billet,- •1ui onL
échappé à la de truction permellent de constater toute la délicates e de celle pa,.ion
re~pectueu. el tendre, et il ~ont uaimenl
d·uoe hieo jolie tournure d'espril.
En voici un s.,n date, nai il est ai. é de
\·oir quïl remonte à r.;po'lue heureu. e, de
17 2 à t i li. Il porte comme ,uscription

A .l/111f&lt;mw
,1/adame ln co11tle.~te ,/11 Barr.11, il lurie1111e.

« mile amour .• mille remerciements, chrr
rœur: ce soir, j · crai prè · de vou~. Oui,
c'est mon honb1·11r d'èlrc aimé de 1·011~. Je
\'OU. hai.e mille fois.
« Ce ·oir, j'ai à huit heures un rtndezrou · avec madame de Las Cases. Je ne .ai:.
ce qu'elle me ,·eut. J'irai chei: elle el ne lui
donnerai point la peine de venir chez moi,
4uoiqu'il n' ait ril'n qui pui
touch r mon
cœur que vou ·.
« Adieu . .Je vous aime Pt pour loujour .
J'attends mon mond' qui, je croi , ·ern
nomhreux.

[Es DER,NrE'l('ES A.MOU](S Dë LJl CO.JKTESSE DU BA]{]{Y - -...

l •ttre peut-être, mai quand je m'eotrclir11:,
arnc \'OUs, je ne m'ennuie pas.
1 , aYez-vou que je sui. as. ez piqné de
n'arnir pa P.ttl nommé pr 1 ident de l',\ :eml,lée provinciale d".\njou? Je ne l'ai pa ·· demandé. mai. à qui puis-je allribu~r d'arnir
été oublié? En v1:rité, cela me p ·e et m'aflli~e ....
,, . . ll fout, chère amie, \'Oir 11!s Lroup ·s,
mu~ ,1uilter, vou dire que je vou aime, et
!1ue je erai heureux el ~alisfait de vous re\'Oir en aus6i bonne noté qÙe je le dé ire. »
L~ année. pa ,ent : roici 17 9 avec on
t{1rlè"e d 'oppréhen iow, de troubles eau é·
p:ir le mou1·emcnt r :rolutionoaire. ~aL le
in1piiétude politique n'altèrent point la. . ért!nité de leur amour. Au moi d'aoi1t, r. de
Bris ac e l obligé d'aller pa ~er quelquP.
temp à Bri · ·ac el à Angtr' : la séparation
lui e l cruelle et le jour. lui parai sent Ion,,~.
c

llri. 'laC, c,• 2:,

lOU!l

17

o.

• Je Yai. demain lrou\'er l • marquis dc
Rav, :\ Ao..,er~ ....
; Ce qui l'e l (f:lcbeux), Madame la comt c, c'e l de ne l'Ous écrire qu'un mot. Il
fauL faire partir ce courrier, vou dire néanmoin · l{Ue le~ sentiments qui m·attachent i,
rou · ont ,if el sincère , que je voudrais
c Cr. ,limanche, it. dem hcun·. 111rènni1li. •
être à la place de la ociélé qui ;auvent jouit
du plai.ir de , ou \'oir ....
Le autres billet ont dat l , el l'on peul
c Je me porte au·si bien que le peu\ent
, uine ain i l'hi Loire de cet amour qui ne permettre le· affaire du t mp .....
,·a rie point. Hien, commè il l'a dit, ne peul . « Dan un moi , j'ai l'e poir de vou retourber on cœur que celle &lt;1ui le po.sède voir et j'en ai grand be. oi11. •
déjà.
• _\ .\n~crs, ce _tm,·,li 2tl aou.t, a mi,li.
, \ La F'h'-clle, ce ~(i 1011 1 1i86,
« Que 1otre lettre du 22, . ladame la coroâ di1 heures du malin.
le.! e, est philo ophique el a,-ante I Oui, il
c Je ui arrivé hier ici à une heurr, el faut de la philo opltie el de l'espérance, ainsi
toutes l pcr onne qui deYaient courir la que de la patience, lorsque l'on e l loin de
po te e sonl rèlcn!e pour me devan er; \'OU 1. ..
au si, cltcr cœnr, sui -je à attendre des chec On dit que Paris n 'e l pas tranquille : il
vaux. Je rais . uivre une route de tra,er·c où manque ainsi que ,·ou de u.h~i lance . Que
l"on ,,a au pa : a.in i donc me ,·oilà r •tardé ne puis-je partager avec vou' tous les beaux
d·un jour. ~fon impatience de ,·ou, rejoindre fruit que celle belle terre nou a procurés
n'en diminue pas. Oui, cher cœur, le mo- celte année; mais il ne erait ni prudent ni
ment dt: me réunir à vou., non d'c prit, êar po. ible de tenter de vou en eovo ·er, el le
je le suis toujours, mai· de pré eoc ', l un municipalité redoutenl le peuple, qui, non
üolcnt dél,ir t1ui ne peut ,e ralentir.
content de ce qui lui est néœs.aire, veut !!llr11 Adieu. C Ile lettre ,a partir :ace celles
dt!r le uperflu.
d'.\nger. que !"on allend pour dtlpêrber celle
&lt;f liai· adieu, adi u, ,1adame la comte
;
de cette ville, où il ,. a un monde infini qui il est tout à l'heure midi, el je veux aller
viennent chercher lc~r. cofJnt:.
diner à Uri sac.. Je vou. offre me homrua"es
« Adieu, cher cœur, je vou · baise mille cl el mes remereiemeols t.l~ -voire e aclitmlc à
mille foi de touL mon cœur.
me donuer de vo nouvelle . Elles ont mon
-a A mardi ou mert·reJi, de bù1111c liettre. »
cul bonheur, comme de pen. er à ,·ou,, aU.I
cntimenl!i ëternd que je rou ai voué. , el
• ~ \ e111lo,1111 1 cc 16 ou l I ii&lt;1.
que je vous o0re de tout mon cœur.
u J.: Youdrais, chère amie, tJue l'ou cu~- • « J'aurai pu hier recevoir de .os nousiet. pu m·annoucer uoe totale guéri ·on, 11ue vel!!•~, et je n'en ai pas eu. ll
votr emlionpoinl me la ccrtiliâl, et rou. ne
fai~ ni l'un ni l'autre. • ·éanmoiru;, chère
Quelle délicate se dans ce dernier trait qui
amie, il faut e réjouir un peu de ,otre nou: pourrait pa ·er pour un reproche el qui n'e l
velle pare e, à la&lt;tuelle vou êle. i peu que l'expres ion d'un dé ir el d'un regret!
aœoulumée, pui·qu'i.ille me fait e pérer que
La Jeure ui ante, de quelques mois po ron. vou tiloinnerez moin de moi.
térieoN, et datée d Tuilerie., où logeait le
, Je mus ai écrit de Bri . ac une lon!!1le gouverneur dePari depui le 10 octobre 17 9,

e. t un petit chcf-d·œmre de . implicité, de
bonhomie, et avec cela d&lt;! gràce el d'ardeur
juvénile.
li parle de sa légère incommodité avec la
rranchi.e d'un homme ùr de l'alîection de
on amie, el qui u'a nul bc~oin pour en être
toujours chéri de se taire sur le~ cho,e rnlgaire~ · mai comme, à la lin, il e relève et
montre sous le pre que exa"énaire qui Lous e
el qui crarbe l'amant' loujour jeune, toujour:. épris!
, Am ruileric .. ce mercre,li 11 no.-emhre 1780.
11 le vai. me mellre au lit, cher cœur,
pour être demain moin enrhumé que je ne
le ·oi. , et pou oir \'OU.' fairtl meilleure comp3brnie que je ne le ferai· si j'étais au si cntrepri de rhume que je le ui .. Ce rhume
est humorique et \rieut de la stagnation d'un
trop long éjour fait à Paris, auquel je ne
_ois rien moins '[U'accoutumé el qui finira
par me tuer ou me dé oler, si bicntàt ma
ré5idence n' t leYée. Je l'e père, et ne vous
en parle pa · dan. la crainte qu'une précipiLation de joie ne la retardP.
« Adieu, tendre amie; je vou aime el je
vou bai.e mille foi: du plu t ndre de no
cœur , je voulai dire de mon cœur, mai je
n'effacerai pa ce que ma plume a tracé,
aimant à penser que voire cœur et le mien
ne on1 pour jamai. qo'un.
« Adieu, à di&gt;main. Je vai tâcher de suer
et de cral·her: joli projet à mettre en réalité.
C'eH une occupation moin désa!!réahle dans
la circon-iance présente qu'elle ac le erail
·i le temp- était calme et par con ·équent
beau. Toul ce qui se pa e e l réellemenl
m1·stérieux et fol, el la a11e e t de ,·oo
aimer.
1 AJiP.o, tendre amie! Adieu, cher cœur.
je \'OUS aime et vou bai. e. 1&gt;

IV
Les événement devenaient chaque jour
plus graves, et il était dès lor • facile de prévoir quel danger menaçaient le royali le
re Ili. fidèl . .Beaucoup. 'autori ant de
l'exempl • du comte d'.\rtoi , 'éloirrnaient
prudemmenL, cherchant un r •fuge de l'autre
tôté de la frontière.
Le gouverneur de Paris, commandant la
garde du roi était plus menaœ 11ue qui que
ce tùt. Quel,1oes ami' le pre èrent de se
ou-traire aux ren"canc • populairt• , et lui
consdllèreot d'émigrer.
Abandonner on roi dans le malb ur, Bri ac n'y ongea pa, un instant, cl, bien 11u'il
ne se fil guère d'illu. ion sur le orl qui lui
erait ré ·ené, i la Rél·olulion triomphait, il
ne \·oulut pa éparer . a cause de celle de
Loui l \'J.
- Je fais cc que je doi à es aïeux cl aux
mien , répondit-il fièrement à œ prudent
con-ciller .
Et il re ta à on po te.
Toutefoi , jugeant inutile de faire partager
ses péril à. a fille. madame de Mortemart,
il la fit ou la lai a émigrer. C'est san doute

�~-------------------- [ES DE1('NTÈR,.ES AJffOU'J?.,S
à ce moment que celle-ci écrivit à ·madame
du Barry le billet sans date qui se trouve
dans le do,sicr. Il prouve, une fois de plus,
que la passion du duc de Brissac était en
quelque sorte reconnue, puisque la fille n'h~
sitait pas à écrire à la maîtres~c, - disons
comme elle: à l'amie de son père :

« Daignez agréer, madame, tous mes remerciements de ms bontés rt mes regrets
d'être obligée de renoncer à l'espérance de
vous voir avant mon départ. .Je suis bien
afl1igée de l'idée d'être si longtemps sans voir
mon père et de n'avoir pas la permission de
l'embrasser hors de Paris avant de le quitter.
li faut se soumettre puisque c'est le seul
parti qui nous reste. Recevez, je vous en supplie, madame, l'assurance des· sentiments
que je vous ai ,·oués. Il
• C,• 1:;.

~

parèrent du contenu de cette affiche pour
lancer contre l'ancienne fal'orile de violentes
accusations.
Les Révo/11 I ions de Paris', rédigées par
Prudhomme, se signalèrent par leurs insinuations perfides :
« Depuis la révolution, la dame du Barry
n'a cessé d'employer tout l'ascendant que lui
donnent de grandes ricbesses acquises 011 sait
comme à faire régner la mésintelligence entre
les habitants des environs de Lucienne el les
Suisses de Courbevoie. Les menées sourdes
concertées al'ec les principàux officiers n'ont
pas eu tout le succès désiré. Tout au contraire, on est prévenu si peu favorablement
sur le compte de la maîtresse du ch:iteau de
Luciennr, qu'on ne craint pas d'élever des
doules sur la réalité du vol de ses diamants;
la réduction considérable dont les revenus de
ladite dame sont menacés lui a fait naître
l'idée, dit-on, de se rendre intéressante en se
donnant pour victime d'un événement fàcheux
et en se procurant un titre 11 l'iudulgence de
l'inexorable Assemhlée nationale.
&lt;( ()uoi qu'il en soit, sa conduite dans la
position où elle s'annonce n'est guère propre
à la fa.ire plaindre .... »
Pour un peu, il semblait qu'elle s'était
rnlée elle-même.
Avec sa légèreté habituelle, madame du
fürry ne parut pas tout d'abord· attacher à
ces attaques l'importance qu'elles méritaient.
Elle continua sou existence d'amoureuse, ave.c
la l&gt;elle insouciance de la femme heureuse,
heureuse d'aimer et d'èlre aimée. C'est à
celle époque que se place l'envoi de ce billet,
dans lequel le duc de Brissac fait allusiou au
vol &lt;[UÎ vient d'avoir lieu :

Tandis que madame de Mortemart cherchait, avec son mari et son enfant, un abri
dans les Flandres ou dans la Prusse rhénane,
son père restait en France, retenu par le devoir; et madame du Barry, retenue par son
amour, et aussi par le désir qu'elle avait de
ne pas quitter Louveciennes ni les richesses
qu'elle y avait accumulées, ne songeait point
davantage à émigrer.
Elle s'imaginait apparemment que la génération nouvelle l'avait oubliée, et comme elle
ne s'était guère occupée de polilique, sauf
pour renverser Choiseul du ministère, et
qu'elle n'a,,ait jamais fait de mal à personne,
elle se croyait à l'abri des haines populaires,
cl monlrait, au milieu des événements qui
s'annonçaient de plus en plus terribles, une
extraordinaire sérénité el une plus extraorc Cc mercredi . 2 f.l,·ricr1701. •
dinaire conliance.
Peul-être l'une et l'autre auraient été jus&lt;&lt; Arrivez, très cher cœur, et prenez toutes
tifiées par les faits, sans un incident vulgairr, les précautions possibies pour votre vaisselle
qui vint ramener l'allention sur elle et dis- et autres effots encore précieux s'il rnus en
siper l'oubli qui C&lt;'mmençail à se faire autour reste. Oui, vous et ,otre beauté, votre bonté
de sa per, onne.
et votre magnanimité, j'en suis .confus, et me
Dans la nuit du JO au J l janvier 1i9 l, sens plus faible que vous. Et pourquoi no le
alors qu'elle se trouvait à Paris, dans l'hôtel serais-je pas pour l'objet qui m'intéresse si
Brissac, un vol fut commis à LoU1·cciennes. vin1ment'!
De hardis filous firent main b~ssc sur la plus
« Adieu. Venez donc de bonne heure. Volre
grande partie de ses Lijoux.
arri,ée est-elle sue? Ne m'avez-vous pas dit
Madame c'.u Barry, ne 'foulant rien négli- que ce soir vous auriez à souper dix ou douze
ger pour renlrrr en possession de ses trésors personnes? Donnez-moi vos ordres vile par
dt'-robés, commit l'insigne imprudence de cet exprès qui reviendra sur-le-champ ici
foire apposer sur les murs de Paris une affi- même : tout sera prêt pour que vos ordres
1•he qui étalait en gros caractères ces mols : soient e.xéculé~.
« Adieu, je lous aime cl vous embrasse
DEUX ~IILLE LOVIS A GAGNER
de tout mon cœur
&lt;( A ce soir. »
Diamants el bijou:r perdus.
Suhait une longue énumération, digne de
l'inven1aire du plus riche joaillier. Cela seul
suffisait à exciter les com·oitises; mais les
noms de Louis Xlll, de Louis .XIV, de
Louis XV, revenaient sourent dans cette énu_mératiou, et il n·en fallait pas da,antage
poffr él'eiller les hames rérnlutionoaires au
souvenir de ces prodigalités princières.
Les conséquences d'une telle i~prudence
ne se firent pas attendre; les journaux s'em\'. - !hsTOI\IA - rase. 33.

DE LA COMTESSE DU BAR..'f?..Y - - ,

Son amour pour Brissac n'empêchait point
cependant madame du Barry de songer à ses
diamants, à ses bijoux volés. Aussi, ayant
rrçu avis que les rnleurs avaient été retrc,uvés
et arrêtés en Angleterre, elle se mit en roule,
accompagnée de .\1. de Maus~abré, aide de
camp de Brissac, et du chevalier Bernard
d'Escours, son vieil ami.
Mais la procédure anglaise était plus com1. X• 81, du 22 au 29 jam·ier 1791.

pliquée que la paune femme n·e se l'imag-inait; elle eut la joie de revoir ses· diamants,
mais non la satisfaction de les reprendre.
Elle ne resta que quelques jours à Londres, du 17 féuier au 2 mars, mai~ elle y
retourna deux fois avec d'Escours, au printemps et pendant l'élé de celle même année
17\l 1, sans plus de succès. Elle ne se doutait
pas que ces voyages seraient interprétés contre
elle, et qu'un accusateur zélé n'y verrait que
le désir de retrouver à Londres des émigrés,
crime irrémissible contre la flépnblique.
Pendant ces absences, de grands changements s'étaient effectués à Paris. La garde
du roi avait été dissoute et remplacée par la
garde conslitutionnelle. Le recrutement en
était autre, et nul ne devait en faire partie
s'il n'avait donné dès preuves de civisme.
Toutefois, le choix du commandant a,,ait été
laissé au roi, et Louis XVl avait désigné pour
cette fonction le duc de Brissac, avec le secret
espoir qu'il interpréterait habilement se~ intentions et celles de l'Assemblée dans l'examen
des preu,,es de civisme.
Brissac ne pouvait se faire illusion sur les
périls de cette nouvelle situation, qui avait
en plus, sur celle qu'il venait de quiHer, le
désavantage d'ètre fausse; mais que lui importait? Il avait apparemment fait à sa foi
monarchique le sacrifice de sa vie, et il songeait seulement, en attendant le dénouement
fatal, à mettre à profil le temps pour·aimer
encore, pour aimer toujours.
Il n'a rien perdu de son ardeur, rien de sa
sérénité ni même dr sa belle humeur, comme
on peut le voir par ce billet :
11

Cc :; oclobi-e liOI. Lundi.

« Mon petit dauphin est parti; je suis sans
lunettes. Je vous écris donc un seul mot qui
les renferme tous : je vous aim~ pour la vie,
malgré les vieux et leurs envies. Demain,
j'irai diner aYee vous et rous mènerai madame
de Bunnevillc, l'abbé Billardy et
Legoust.
Nous avons fait huit lieues à cheval; le roi a
Lué trois faisans, et mon déjeuner a été un
bon diner . .le vous aime et vous embrasse de
tout mon cœur.
« Je viens de faire un pâté dont je vous
demande excuses. îlien de noUl'eau. »

,1.

Sept ou huit mois se passent relativement
calmes encore pour les deux amants. )[algrélcs
symptômes alarmants, mal~rt'.· la marche en
avant de la Révolution, ils emisagent l'avenir
sans trouble, l'un avec son courage impassible,
l'autreavec son étonnante confiance. Cependant
la cata~trophc approt:hP. L'Assemblée législativedécrète le licenciement de la garde constitutionnelle, cl son chef, 1&gt;! duc de Brissac, soupçonné d'y avoir introduit des éléments royalistes, est mis en aceusation. Ces mesures
présagent une arrestation, un procès, autant
dire une condamnation. Louis X\ 1, ioformé
dans la nuit de cet événement, fait aussil&lt;it
pré,·enir le duc qui loge aux. Tuileries et l'en;:rage vivement à se soustraire par une fuite
3

�fflSTOR..1.Jl

______________________________________ _.
" - - - - - -- - -- -- - - - - Les

entarc possible au péril t1ui le mrnac~ ; mai
Hri ·ac n'e t pas de ceux qui fuieut : il attendra et n'abandonnera point volontairement
son poste.
Il ~è contente d'a,Prlir _a mailr,·m, : il
charge . on aiJe de camp Maus. abré ùr courir
à LouvcciPnni·s annoncer le incidenb dL la
nuit. Ces nonvellt•s plongL•nt madame du
Barry dan une violente inquiétude; tlle perd
celle folle écarilé qu'elle a con. ervée jusqu'alor , et eUe écrit au dur une lon,.ue letlre
dans laquelle eUe accumule les raison qu'elle
\'CUL se donner d'espérer .
Voi1•1 cette m~sive, ronfiée ~ un abbé,
probablement à cet aLbé Billard y, qui était
un de· familiers du faux ménage. Comment
se trou\·e-t-elle dans le do~ ier de madame
du Barr '/ C'e.t l'e qu'on ne peut dire avec
certitude. L'abbé, ne pou,·ant parvenir ju qu'à llrissa!', a-t-il rapporté la lettre? Ou
bien, remise à . on de, tinntaire, a-t-elle été
prise a1ec ~es papier cl \'Crséc plu tard
dan - le dossier de a maitres e? Quoi qu'il
rn oil, t-lle est Lirn de J'Pcriture de relie l'i,
PL l'authenticité n'en aurait èlre douteuse.
&lt;1 J'ai été saisie d'u11c crainle mortelle,
monsieur le dne, quand on m'a annunré
M. de ~laussabré. li m'a as un: {1ue vous vous
1,ortiez bien, que rnus a,·iez lé calme d'une
con.tirnce pure. Mais rela ne suffit pa. à
mon intérêt pour vou·; jt! sui - loin de von",
j'ignore 1·e que rnu- allez faire. Yous me
direz que \'OU l'i 0 norez ,·011 ·-mème . .l'emoic•
l'aLLé aroir cc qui .-;c p:ue, ec que l'0us
faites. Pourquoi Ill' ~ui.-je pa. pri·· dr You ··)
\ ou recevriez d • moi le. consolation de la
lcndre et fidèle amitié. k sai · que ,·ou n·aurirz rien à rraîndrt1, i la rai on el la Lonne
foi régnaient dans ceth' \ emblée.
cc Adieu, je n'ai pas lt• temp~ de vous en
&lt;lire davantage. L'aLbé entre dans ma l'bamhre, je \'eux , ilt· le faire parlir. Je ne serai
tranquille que quand je saurai ce que vous
de,·enel. Je ~uis Lien ~ùre qm· Yous 1~tes en
rt•gle ur la formai ion de la garde du roi,
aimi je n'ai rien à redouter pour vou de ce
&lt;Ôt~. Votre conduite a été si pure, depuis que
,ou, rte. am: Tuileries, qu'on ne pourra ,ou.
rien imputer. Yons avez fait tant d'at·le de
patrioti me qu'en vérité je ne . ai pas c·e
qu'on peut trouver à redirt'.
" Adieu. llonniY-moi de ,·o nouvelle~ et
ne doutez jamais de tout t·e que j'éprouve.
Cc m~n·r,•di. il

0111c

J,n11 e•.

Les érénemenù se précipitent. Le duc dr.
Bri ~ar est arrêté et diri"é sur Orléans où
. ii•"'e la Ilaulc Cour nalionale. a premii•re
pen~ée, c'lmme loujour3, est pour madame
du Barry, et il lui écrit une longue lettre
que le lidt•lt• füus aLré fait parvenir à LouYeciennes. La lellre de Brissac n·e.~i ·te plus,
mais celle de ~Jau. sabré nous re·te.
• .\ r~ris. re '1 juin, · lroi - heurri ,lu matin.

Je m·empre - e de mu: emoyer une leLLre
de M. le duc de RrLac, par laquelle vous
apprendrei qu'il c·t arrivé au lieu de sa d ·tioation (Orh1ans), . an. qu'il lui . oil arri\'é
&lt;•

le plus petit événement. J'aurai été vou~ la
porter moi-mème, ·i je n'étai~ rhargé de plusieur. commi •.ioo importante~; dès qu'ellecront faite -, je me mettrai en marche pour
aller ,ous informl'r d1• plusie1m particul;irilés qu'il csl bon rp1e ,·ous ,at·hiez.
, En attendant. permettez-moi, madame 1a
comtcs.e, que j'aie l'honneur Je ,·ous foire
agréer l'hommage de mon respect, awr lequel
j'ai l'honneur d'être votre très humhle el très
obéi. sant seniteur.
Il

~f \U ..

\Bllf:. &gt;&gt;

Le duc de Jlril'sac, apparemment, ne .e
montrait poinl fort inquiet. par ,olonté
d'homme fort, pour llll pa eJTraJer les pt'rsonne 11ui l'aimaient; mais celle -ci ne pouvaient point ne pas Lremlilcr pour une tête si
chère. ne autre femme partaa1•nit le - alarme.de madame &lt;lu Barry : c\:tait la fille du duc,
madame de ,\forlemarl émigri;e :n·ec on
mari, el qui dans 1,. m~nrn momenl e trou,·ait rraisemblablemcnt à pa, où elle alnit
1lé prendre le. eaux.
llès 11ue la nouvelle de l'arrestation lui
parvint, elle fut r •mplie de crainte, el, dans
son anxiété, elle •'adressa naturellement à la
personne qu'elJc ,,:n·ait le mieux en étal d'être
rèn eigoée sur la situation de son père. Elle
éc·ri\'il à madnmc du Barr1 :

« Beconnaitrcz-,·ous mon éeriture, madame?
fi y a trois ans que vous la 1îles dans un
tri-te momt&gt;nl. Eo rnilà 11n him plus tri ·le
t•ncore pour mire amitil! et pour me entiments. Ah I que je sou1Tre depuis deux jours!
. ., on courage, sa fermeté, lt' éloge dont on
l'accable, le re rets que tous lui donnent,
-on innocence, rien ne peut calmer mon ima,.inalion effrayée. M. de \1... et moi, ,·ou lion
parlir aYanL-bier. Plu ieurs personnes de
poid - nou . en ont empêché,, il ~ ,·o)aicnt
du danrrer pour mon (•poux. san. avantage
pour mon père. Il:- dbaient que m1•mc sa
&lt;Jualité d' fo1igré pourrait lui nuire; mai.
moi, madame, e,-t-ce que je ne pourrais lui
füe de quelque utilité'!
« Ne pourrais-je e pérer de le voir'! Peul-on
faire un crime à une femme malade d'avoir
été prendre le eaux. et le faire retomber ur
son père? Je ne le crois 11as, et c'est la . eule
chose que je craindrais .• i ,·ou - croyez que
je puisse lui être Lonnc à quelque cbo e à
Paris ou à Orléan. , a~ez ]a bont11 &lt;le me le
mander, et j'y Yolcrai.
&lt;t E~t-il un monn d'aroir de rn, nouvelles, tl'a,·oir quelque communication a,ec
lui'? Mandez-le-moi, je mu upplie, el je le
ai irai a,·ec empre~ lmtnt. J'ai appfr par
un homme, qui peut-,~lre vou esl inconnu
( un mol ra~é), que Y0U~ êtes partie pour
Orléans. Ne IJ'ouvcz pas maurnis que je vou
dise 11ue cette marque ù'altacheml'nt pour
celui qui m'e l j chN vous acr1uerra des
droits éLernel sur mon rœur. EL agrêez, je
l'0_ll prie, l'a snrance de sentiments que je
,·ous ai Youé pour la \.ie.
&lt;1 TroUl'ez bon que je rclranche les compliments de fin de lettre, et donnez-moi la

même mar11uc d'amitié. J'cmoic celle lellrc
l, quelqu'un de :-ûr à Pari:-, 11ui, j'espère,
\'OUS la fera parrenir .an~ incon,·ènicnl. Pardon de mon "ritfonnagc.
f.,, ;, ,Ir juin.

~

Madame de llortemarl étaiL mal renseignée. Madame dn Barry n'a.,.ait point été à
Orléan,. Et qu') .eraiL-elle allée faire'! , :i
présençe, en ré\'cillant les . uuvenirs d'un
passé odieux à tous, n'ctit pn que nuire au
prisonnit'r.
Quant à celui-ci. il avait élé interrO"l; le
15 juin, « tians l'auditoire de la llaule Cour
nationalt' ,1 .
Cl'l interrorratoire, qui ·c trouYe dao le
dos. ier Je madame du Barry, - la cl10.e est
curieu~c à siirualer, - t;taiL fait en rnrlu des
n décrel et acte d'aCl'n·ation portés contre lui
par I'.\- emblée nationale, le ~. mai el
11 juin derniers. &gt;&gt;
li contient la belle réponse de l'accusé à la
demande qu'on lui fai ail de se nom, prit.nom. , ;1ge, profes~ion et domicile :
11 Louis-llercule-Timoléon de Cos é-Bri ~ac, agé de cinquante-huit an , .:oldat tlepui.~
11a ,,ai~~&lt;mce, lieulcnant-général Je armées,
habitant le château des Tuileries ilepui. le
10 octobre J7x!I. »
C'e.5 l à peine 'il cherche à se disculper: à
l'accusation dirigée contre lui, il oppo. e une
simple dén~gation :
- Je n'ai ndmi!'- dan la garde du roi que
de- citoyen qni remplissenl le· condition.requi e par le décret de formation.
li ne .emble pa qu on l'ait gardé longlt'mp au secret. Uientôl, il lui fut permis de
corre. pondre au debor. c·et ain i qu'il fit
parrnnir à a fille émigrée une lcllre qu'elle
rt!çut en même temps que la répom;e de madame du Ilarry.
~ladame &lt;l~ Mortemart le dil très clair,·menl dan - ln seconde leltre qu'elle adres, ait,
le 20 juin, à madame du Barrr :
&lt;1 Je vou~ rends un million de gr,iccs, madame, des uom·elle · que vou. a,et eu la
bonté de mP donner. Comme Yotre lellro a
été retardée. je ne l'ai reçue qu'avec de
nouvelles de mon père, tle sa propre main,
ce qui m'a fait 0 rand plaisir. J'ai su depuis
qu'il avait été interrogé cl qu'il n'élail pins
au secret. Le ,·oili1 ao. si passablement que
po :;ible pour un prisonnier.
a lalg.ré on innocence reeonnue,je crains
que les procédures ne .oient liiP.n longues, et
je me . crai Lroul'(!e trop heureuse i j'avais
pu lui être de quelque utilité on de quelt1ue
a••rémcnL pei,dant sa retraite .
« Depuis quelques jour , on nous inquiète
ur Paris. On semble J' craindre quelques
trouille ; on attend le doc de Brun wick à
Coblcnlz et de l'argent avec une égale impatience. On disait ce . oi r que les Français
a,·aicot été bauus à 'aenin, mai je n'en
crois rien. Plu ieurs petit Mtachements
marchent pour les environner et leur couper
le chemin de France, mais sûrement ils s'en
tireront avec arnntage.
«• Jt• mi ·. d'aprè - votre corl!eil el celui de

plusieurs personnes, je ,·ai · continuer me
eaux qui puent horriblemenL el donnent la
fièHe et la gale. li faut croire pieusement
que c'est pour le mieux, ainsi que le rilain
temps qu'il fait depuis deux mois. li faut surtout prendrf' patience: c'est un ~and remède.
, Adieu, madame: pardon de mon grif!onna"e. Recevez l'as urance du sincère alla-

D'E~'NŒ~ES Jf.MOim_S DE

chemenl que je vous ai voué pour ma ,·ie.
• C:c 20 jui11 .

Le Lon de celle lettre ne témoigne pa· de
craintes Lien \'Ï\·e- : il y règne mème Il.Il certain enjouement, rtllet de la confiance que
. ans doute in piraient à une émi.,rée les premier moUl'ements des armée en pré ence,
et l'ignorance 011 elle était des dispositions
du -peuple aussi bien :1 Paris qu'en province.

I..}\

COMTESSE DU BA~~y ~

Cependant le jour même où_ elle écrivait, le
~U juin, Paris était le tbéàtre de fort 01rave
événements : le palai dC! Tuileries était enYahi, et le roi, affublé du bonnet rouge, hué
et menacé, n'était plu qu'un jouet que la
populace briserait dès qu'il lui en prendrait
fantaisie. Quelques semaine~ ne e seraient
pa écoulées qu'ell~ salisferaiL ce caprice
(10 août 17921.

(A suivre.)

P .U ' L

(t\l.LOT.

Monsieur Thiers
ans doute, M. Thiers avait grandement
~ur le cœur son exil momentané après le
'2 Décembre; Eans doute, l'ancien président
du Conseil des mini tres respon. able était
ennemi déclaré de l'exercice du pom·oir personnel; san doute, il ,anLait les fonctionnaires qui n'avaient pa voulu prèter serment
11 la Constitulion impériale et parliculièrement
l'excellenl M. Barthélemy Saint-Ililaire, son familite le plu fidèle, de qui il di ail : « C'e t
un ange! ... » liai son hostilittl di!-paraissait
dès qu'il 'agissait de l'armée et de ceux qui
y ervaient. Jamais, pendant les nombreux
jours que j'ai pa. sés avec lai chaque année,
jamais ~1. Thiers n'a tenu devant moi quelque
propos gênant à entendre pour un officier de
la 0 arde, et je lui en savais d'autant plus gré
que j'ai toujours été plus par Li an de la lolérancc qu'on se doit entre gens bien éle\'és de
comictions oppo ées. C'est en vertu de cc
principe que le comte Walcw ki n'oublia jamaL ou l'Empire, le bon accueil qu'il a,-nit
trouvé dans sa jeunes c à l'hôtel de la place
ainL-Georcrc~, à ce point même que les solliciteur en quête de quelque faveur dépendant du ministre d'État, étaient toujours certa.iils de l'obtenir sur la recommandation de
'fhier~.
Celui-ci, dans .a vie privée et surtout :1 la
campagne, se livrait ,olontiers à son enj'luement naturel qui allait parfois ju qu'à l'espièglerie.
ll y ayail avec nous dans une ,ill 1aiature]
une dame, assez revêche, dont les doigts
agiles étaient sans cesse occupés à tricoter.
Un jour qo'ellê avait oublié de errer son
ouvrage inachevé, il lui fit la farce d'en retirer les aiguilles, et, quand Pénélope ren tra
dan le alon, il 'ab orba hypocritement
dans la lecture d'un journal.
- Je ne serais pas fâchée de . avoir quel

,1.

est le mauvais plaisant qui ·est pcrmi. de
loucher à mon ouHage, dil h tricoteu e, du
ton dont Théroigne &lt;le Méricourt devait demander la lt'Le d'un u pect.
A cette apo Lrophe menaçante, le coupable,
qui n'avait pas Lroncbé jadis .ous les projeetiles de la machine Fie chi, n'ent pas le courage de s'avouer l'auteur de cet autre attentat.
- C'esL sans doute un de ce vauriens,
dit-il en désirrnant le plus jeunes d'entre
nous.
- li paraît que rien n'e t sacré pour ces
messieurs, pas même les vêlement de ·tinés
aux enfant· pauvres! tonna la bonne dame
en nou foudroyant du regard ....
La mercuriale élait sévère, mais non eùmes
la grandeur d'àme de cour~•er la tête, pendant que le maUaileur es uyait ses luncltes
pour e donner une contenance.
Une aulrc fois, peu êlprè l'élection de
~f. Thiers au Corps législatif, nous devions
jouer le Rn111an chez la pol'lièrr en petit
comité, sur un théâtre impro,·i é dan une
salle du chàteau. Le soir de la repré enlalion,
le oufOeur étant Ycnu à manquer, Ill nouveau
député de Pari s'offrit pour le remplacer.
n pareil manque de dignité de la part du
chef de l'opposition fit naturellement jeter les
hauts cris parmi les siens. "ais, sur ma parole d'honneur de n'en rien dire à ~I. Rouher,
il n'hésita pa à e Llotlir dan le Iron amc
la mine éveillée d'un écolier ên vacance . Par
bonheur, nous avion· impertubablement nos
rôles, car, lorsque le principal acteur de la
troupe parut sou les traits de Madame De jardins, notre souffleur improvi é fut pris
d'un tel fou rire el s'amusa si bien pour son
propre compte du dialogue d'Henri Monnier,
qu'il lui aurait été impo, ihle de nou envoyer
la réplique. .
Une autre foi. encore, nous !ùmes imilés

r

à a ister au baptême de la doche du \'illagt",
dont nos châtelains étaient parrain et marraine. D'après le cérémonial adopté, h• maire
devait venir nous chercher pour nous conduire en proce ·ion à l'égli e, précédés de
l'orphéon et -uïvi des pompiers. Ce maire,
un paysan de rrénie, n'était autre &lt;[Ue Yaré,
le dessinateur de jardin. , qui a fait du !,ois
de Boulogne ce qu'il esl aujourd'hui. fais,
plu apte à manier la pelle que la plume, il
me pria de lui rédiger à l'a,·ance le discours
qu'il avait l'intention d'improri er pour la
circonstance, quel1Joe chose de fiynolé, selon
son e:rpre sion. Le rin~Lième el dernier ,ohune du Co11x11lat et de l'Empi1·1• venait de
p:iraitre. 'on auleur était présent. L'allu ion
était tout indiquée. Au jour dit, le corlège
îÏnts'alinoerde\·anl le perron: le maire, cdnt
de on écharpe, monta les degrés, déplia son
papit'r et lut a,ec solennité ~a harangue, c1ui
e terminait ain~i . « La commune que j'ai
l'honneur d'admini lrer n'oubliera jamais que
c'est sur son territoire qu'a élé en grande
partie écrilc l'œuvre mémorable dont je aine
avec respect l'illu tre hi Lorien. ''ive ~fon ieur
Thiers el vive !'Empereur! »
Le fonctionnaire municipal n'était-il pas habile opportuni. te en accouplant ces deux
noms?
Le fulur Président de la République Irançai, e devina Lout de suite de qui pro,·enait la
malice, mais elle n'E'.tait pa faile pour lui déplaire, car il me pinça amicalement l'oreille
eu di·ant:
- Quel Yauricn vou - ète !
C'était son rocable habituel quand nous
avion. commis quelque gaminerie.
Ce anecdote véridiques n'ont d'autre but
que de monLrer combien, en dehors de se
occupations sérieuses, M. Thiers était peu
gourmé, facile à vil're el attaehant.

�S ouYENllf,S D'E Gl.Orl-(.'E ET D'.A.MOlJR. - -,

V -Colonel PAR. Q UJ N
~

Souvenirs de gloire et d'amour
Avec lu Sa ..w.11 ir J, Jciu tl d 'amour de Parquint, qui -.icnncnl de pat&amp;Jtrc. et dont now rtprod11isons d-duso1.15 un utnit, la Ubralri• J11!u Tallan-

ortlcier anrrlai·, d :p, ,ant e, vedrtlr. , ,int
faire caracoler son cheval à la me de nos
arant-po,Le ..
di&lt;r b12ugurc un&lt; sÎric nouvcllc dc volumu oû, sou, lc
1itrc gfuériquc de P~T1T• M i M011r.a or; LA Cu. OP. A ■" Que ,·rnl cet officier? » dit le duc de
"'"' · KTont publié, sucCU&gt;i,cmcnt du mimoiru militairu
H3;ti e.
inédlts, rirû d'archivu publlquu ou priviu, ainsi qu•
Etant adjudant-major de son e. corte, je
de 1rès fidtlu rüditions d 'ouvragu ducnus u,trlmcrépondi :
mu1T nrn. C•II• intirusant• collcclion his1oriquc
u1 commc c&lt;llc du M ' 1&lt;0110 oe u fv.Me, dirigic
&lt;1 Jlon.-eii:neur, cet officier ,·eut . an doute
pa; M. F. Cutanié. Par lu So-11irr dc Parquin,
échanger un coup de ahre, el i je n'i'•tai de
tour i rour héroiquu ou galants, contu ■ ne la vcrv&lt;
,enicc auprè. d • Votre Excellence ....
la plus Franche et la plus nvouau,c, on peu1 jugu dc
- Qn'à cela ne tiennr, je rnus accorde la
cc que veur lin cl de ce que sera une telle ré,mlon
permis~ion. &gt;
de timc»gnagu c vicu ••
Ces paroles étaient à peine prononcées, que
llan, le couranl d'aHil I l~. l'armée se je mettais n.011 cheval au "alop cl joignai.
porta une troisième fois au ecour. de Ciu- l'orficier auglai . Je parai le coup de . ahre
d:td-fiodri"o, de nou\'eau a sié :. L'arm :e qu'il me porta. Pui je ripo tai par un ,i~ouanglaise . e retira encore. 1 ·ous atteignîmes reui coup de pointe, qui fil ,•ider la elle à
l'arrière-"arde, formée d'une di\'i ion porlu- mon ad,·er~airc. Je pa ai le lement la lame
rrai. e, dan~ la \'allée de Mondérro, Le com- • de mon . abre dans les rên de la ùride de
~andanl llen1s (Damrémont) qui a,ail remon che,·al, cl je le r.ltD!.:nai en lais c aut
pbcé ~I de Vérign~,, tomba à l'impro,i te sur applaudi · ement du marérhal, de e aides
ce troopc.-, à la Lctc de 200 c:i.valier. de l'c·- de camp füchemont, Perréttaui, Lan elot, et
corte. Le lcmp était favorable à celle allnquc du commandant Den1-. Je ren"o~ai tout de
contre l'infanterie, rar une pluie ballante liUite le portemanteau du Lie é, en !ai ant
l'emp'cbait de faire ft!u. L or· c.,rr :g 11e pu- demander dl' . nou,·clk,·. J'appri. avec pbirent soutenir la charge. Le premier qui fut
ir que . a hie ure, quoique dangereu. e, ne
r&gt;nfon!'é porta le dé ordre chez 1 · autre, , qui
erait pas mortelle. L'on me remercia de mon
e rompire111, ·e débandèrent, et s'enfuirent procédé, en remarquant qu'il ne manquait
dnn I~:.- boi: voi. ins.
rien au por1emanteau, et l'on me fit demanDan. celle charge, je hies.ai d'un roup de der i je voulais vendre le chcral pour iO guisabre, au mili u d'un cnrré oi, j'arrivai le nl'c , bien qu·en même temp l"oo m'avertit
prcmit•r, l'orficier qui portail le drapeau du qu'il n'était que de . econde race.
ré~m •nt F.nrillas, donl la 0umme bariolée
« c·e t po"'ible, 11 -je dire, mai il me srra
portait le n• 1 0 , - probablement fa date très a~éaLle de mont r ur un cheul anglai. ,
de la création du régiment. - L'ofl1cier ·cm- et je le garde. ll
pre.s a de m'offrir le trophée qu'il portait, n
implorant mi,éricorde: « ,Yon, la 111afn ! (non
Du IGau ~j juillet, l'armée se réunit dans
la mort ). J,on /11 mata! D
le· plainei entre . :ilamanque el 11,a d · TorC:e carré était formé par un régiment ré- mè . La Ga rde impériale était partie en po. Le
puté d'élite. Le., qualr autre drapeaux de la pour faire la camparoe de I\u.sie. ~ou~
divi,ion y étaient enfermés. Le ou -lieutenant n'avion que 2,000 cavalier. , 1 Anrrlais le
oufllot, le lieutenant nubar, du Il· drarron., double. Pour Je autres arme:. les force
et deux autres cavalier , re\'inrcnt chacun étaient à peu prt•, é;.;alel. L'armée française
a\'eC un drapeau.
a nommé celte journé • bataille de· .\rapile ,
Quinze cents pri.onnier et le, cinq dra- nom de deux monta&lt;•nr a . ez éle\'ée., el à
pc:iux furent remi · au maréchal, qui r,merda di tance l'une d' l'autre d'une portée de cal'escorte el promit la dticoration à cell.1 qui non; elles ~e trom·en l au milieu de la plaine
·'en 1:taient emparés. Mai , plu tard, la où l'on 'est bauu toute la journée. L'une
liataille de., .\ra pile eifa\'..l l' clfol de notre était à la li ière de l'armée an lai.e, l'autre
rhar c. L'armée revint en E·pagne, le can- dao no li!mes. Le mar,:chal et son étattonnements Curent pri derrière le Douro. Au major l'a,·aient r:raviï' à pied.
mois de juille1, le. Anglai péuétrèrenl de
ur les onze heure du matin, par une
nom·eau en EspafTne. Le 15 de ce mois, à belle Journée d'été, 1, duc de l\agu e, la lu11ueli1ues lieues en drçà de afamanrflle, le nelle à la main. ob errnil l'armée ennemie.
maréchal 'farmont, accompagné de 4uelque
, on ,·alel d~ chambre venait dti dre . er -ur
officiers de . on état-major, fai ait une recon- l'herl.,e la vai .elle plate, cl , on Excellente.
nab~aoce près de la li!!tle ennemie, lor ·qu'un . es aide de camp el le chef d'étal-major
1. l'n él .ant p lit in-,•. l'ri1 : G rrdnM.
allaient _e mettre à déjeuner, lorn1ue plu,, 36 ....

~icur,- oLu tiréli par de~ pi~ce montées à
bras sur l'autre montagne, mirent brusquement fin au dtljcuner &lt;1ui commençait. i\ou
de. crndime la montagne au pa de cour·p,
pour retrouwr nos ch ,·aut. En lia.• je fus
emoyé à la dh·i:ion Fo1 pour lui porter l'ordre d'avancer. ·
Au relour, j'aperçu: des homme: el d
chc,aux de mon régiment, dont j' étai ah é0L
depuis longtcmp. . I.e dhr bien naturel
d'arnir des nou\'elle du corps me fil approcher d"un nroupe qui lt·nait le. che,aux de
main:
Que fait -\'OU là? di~-je à 'arùonne,
officier du 15··. que je trou,ai élaùli pr'. de
la rnnlinihe, un aucis:on de l.)On dan-. une
main, une bouteille d'eau-de-rie dan l'autre.
- Parbleu! mon cher cam.irade, je ·uis
à déjeuner, comme vou_- le rn1ez. \"oulez-,·ous
en faire autant~
1Ton, je sui pres. é. Pa. :ez-moi seulement la bouteille, que j' buml.'cle un peu mes
lè,·res, car il fait chaud, aujourJ'hui. 11
J'a\'alai une gorgée et lui remi~ l:i houteille
en le remerciant :
&lt;&lt;Yous pouvct être tranquille, les boule!,
ne ,·iendront pas mu - troubler ju ·4u'ici. E,-1ce que vou èlcs de ervice am: é'}uipage de
la Lri de.
- Quoi! ,·ou. voulez, Par11uin, que je me
balle a,·ec le An,,lai , de gen qui ont été
parfait pour ma famille el pour moi, lon1ue
nous ommes allés chercher refuge en Anglet rre, en 95? Jamai · 1Je ne ,eux p:i$ être ingrat à ce point. i l'on veut que je me batte,
rontinua-l-il en prenant un air ré..ÇQlu, eh
bien, qu'on me pré ente une autre pui:~anrr,
1, lutrichien., par cicmple !
. - Oui, di -jr. rn éclatant dtl rire cl mctLaot mon chc\'al au ":tlop; ,ou. chercheriez~
ceu1-là une querelle d'.\llcmand. D
Ce , arbonne était un jeun• homme du
faubourg , aiuL-Germain, qui, galopant un
jour ~ur le cl1emin de lEmpereur, qui se
rendait à la falmairnn, enrnya de la pou ière dan. a rniturc. Le lendemain, il recevait un brerel de . ous-licutenant pour c
rendre à l'armée, où il ne fit pa de pousière; car on n'a jamais pu· oùtenir aucun
service de cet officier, qu'on renro a au
déptil, et de J:i chez lui. Je crois &lt;Ju'il e-1
devenu fou.
Le maréchal \ènail à on tour ,le taire
porter de l'artillerie ur la monla!!lle et il y
était remonté avec ,-on état-major. li dit au
commandant Den~ de porter l'e. carte oi1 il
le trouverait néce · aire. Le commandant nou
mit en bat.aille /i la droitP.d11 ,°'&gt; hu ard·, où.

pendant une heure, 0011,- fùmc. ,ous le feu poignet, que je serais infailliltlement toml,i! m:irédral ~Iarmonl, qui a,·ait allendu ,cpl
de l'artillerie ennemie. Celle pénil,lt! po ·ition de cbe,·al, i le· cha . eur ue ,,'en étaient jour - pour engager la bataille, a,,1il attendu
fut abandonnée pour rhar;er un ré,,imenl di! aperçu cl ne m'eu --cnt aidé ;1 mettre pied :, une journi:c lie plu , il aurait éti' n-juint par
gro. e c.tralerie l1abilléc en rou"t!, En reîe- terrë. L'ennemi a,ançail, el le coups de CU5il. le roi Jo,eph el le maréchal 011H, ,1ui arrinanl. j'apcrçu_, ;'1 cent pas de moi, un cbas- qui e rapprochaient de plu ; en plu~. annon- raicol à son . ecours a1ec i0.000 homme",
-cur du. 20•, qui était ~erré de trè~ près par çaient a ·.e:t que nous pt&gt;rdio11. la balai.li•. Le, dont 10.000 Je ca,alerie : mai· le maréchal
deux ca"alier · anglais :
chas eur· n'ara:ent rit'n ;1 me donner pour
oult aurait eu le commandement suprème
a l'ace à l'ennemi, cba seur ! •
comme le plus ancien de i:rade.
lui criai-je, en arrÏ\·anl à on ·cL'ambition lit perdre une bataille,
cour .
11ui, livrée a,·ec l'appoint de l'ar~lai· il ne ·arrèta pa--, et l'un
m,1e d'Andalou,ie, eùt été fa ruiuc
de dtu. caralier., dont le cbernl
de Loule l'arm :c anglai e.
était é~idemmcnt emporté, atteiLe maréchal fui rernpla,·é p:ir
gnit l'cne-0lure de mon d1cYa), et
le ;;ént1ral 'ouham, €l partit pour
le · dl·ux cbe,·am 'aùauircnt.
1., France. Je l'aecomp:igna1 . .'a
.\lors le second ca,·alicr anglab
Lie:.- ur1· le fai,ait extrèmcmenl
arrira rapidcrnenl et me cria :
:ouflrir; il ni' pou1·ait ~npporlcr ni
« Pri.onnier ! »
le cbe\"a[, ni la ,oitun•. un d1iEt il me faisait i •ne arec on
rur r,·e11 avait voulu k frire tran. salire de marcher derant lui. Le
portl'r ,ur un lirancard porté par
rnU\'Cnir de ma caplirité d • llu ~ie
Je. mul, , l'une :itt ·li~ de1·a111.
me rc,·int au ~ilc&gt;I. J m'aperl'autre dl.!rrti'·rc; mais 1, marcbt
çus 11ue 111011 Aoglai ne c ~crvait
i11é·•al • de cc..~ mul proJui,ait
pa de on pi tolet, a1cc le11uel il
de . c(·ou,.e~ el, par . uilc, dt·
m' ·ùt fait marcher del'ant lui ~an.
,oulfranet' - que le m:ir[chal ne
aucun doute; je continuai à parer
pouvait endurer. Aus. itùt que celle
l • coup~ de aLre c1u'il me porcireon tance fut connuu de r~ ·1.:ortail, car je m· t;,i lrè~ promp1cll', le 1.:a1·ali1!r~ proposi•r&lt;.'nl ~ponmcnt rclev~ de de.!'. ous won cl1clanément de le porlt r en lilÎl·rc
1·al, 11ui . \:tait sau\·é au ITalop 1l11
sur leur · t'.•p:rule·, pour lui é1·it r
(tÎlé de l'c~corle. Je cherchai, arec
toute ~ecous~e. \'ini:;t-11uatre hommon abre à alleindre l • · jambe me W(llaicnt pied à terr ', douzt!
d :on cheval pour le démonter.
porlaicnl les deu. brancards de
lion cl1e,al re,cnanl ~uu · moi fit
1lc1·anl et 1•~ autre, ccu Je àcrnaitre d l'intJuiétude dafü l'esri~re. Cc:,. rin"L-11ualrc homme·
corte, ce &lt;JUÏ engagea deux carnétaient relc,•é' par leur camaralier à ac,:ourir cl à me ramener
de., quand il éLai1ml fati,.ués. Ln
mon d1cral. D qu'il~ m':1pcrrumarch1! futain ·i moin, pJnihle pour
rcnt, il - :e dirigèrent !,ur nous
le duc de I\a~usc. On ~c repo~a i,
Lride abattue. L'.\n •lai , à leur
YalladoliJ, Uur,'.!o., \ïuoria. L:n
rnc, m·aL:uidonn:i. ~lais j'a,·ai
arrhant à Bayonue, lt! maréclial y
CUARU:• i'AR(./U I. ' .
rt!çu dan~ ce combat iné!!.11 un
trou ra la duchc~,e d1~lbgu ·e, ,er: o ucccmbr.: r,
- u;. tJecl!m br.: 18.15)
coup de ahre sur le poirrnel. Cc
nue
au tlc1ant de lui. Il remercia
C.1/'ll.1i11 t .w.~ ch:isst urs ,j c~~J. I d t IJ ] t llnt G:ir ilt 111/1.).
fut mon gant à la cri·pi11 11ui
l'e. corle de ses :;er1·ic' et envoya
&lt;, hr/ d t tJIJIII011 , .J1•ec ,,rng Jt luulen.nl -co/0111!I i rfJ.~~1amurlil le coupa" éné urma tête,
le:, troupe · à le1m régiment re~c,·arrc~ on r a 1ra11 pur .\\wu1ssc:
,an: quoi j'aurai eu cerlainemrnt
pectif,.
le poi..,net ahallu. Dan l'ardeur du
J'avais fait toute la route à cheroruLaL, je n'a,·ais pa euli le coup, quoique me Caire reprendre des force . li venaient de val, le bras droit en écharpe, avec l'e corle
je perdi se beaucoup de .ang. Je ne m·en aper• me rafraichir le ,·ba"e an'C de l'eau d'un de larmonl. fa Lie ure n'était pas guérie,
~u · que lorsque je voulu meure la main à rui eau, qui coulait à l'endroil où nou vc- tant s'en fallait; je fus rt•joindre le dépûl du
la selle pour monter à ch •fa!. li me fut im- nion - de faire halte, mais je rdai :an mou- rénimenl a . ·anle . Mai · b esc.adrons dont je
po,. ible de 111 'cnlerer sur le poignel droit, ,·emenl. Alor je le~ entendis .e dir :
fai.:ais partie, qui étaient détad1é il l'armée
bien qu'uidé des deux cba .eur . Je du mon« Quo c'est malheureux d'être ol,ligé tl'a- dé Portunal, 1enaieul d'être incorporé dan
ter à droite et me retirer de cc Lerrain dan- handonncr à l'ennemi uolre brave officier! » le l :ï~ cha ·senrs. Ct' ne fut pa ao · un regret
ereux, i-an, prendre le Lemps de rama er
J'om·ris les eu .. Ils ·'en aperçurent cl profond que je quittai le régiment dan lcmon colback, qui fut perJu, et heur ux d"cu
'écrièrent :
qud je m'étab en!!a•'é et que j'alfoctionuai ·
être 11uille Ît i bon marché.
a Uu courage! du couragl', adjudant-ma- profondément; mais le tu fai~ait par lie de
rn cba ·.eur nou altendail pour nou. dire jor ! 11
l'e1pédition de Rm,~ie, c' qui a,ait néœ. ~ilé
que l'escorte •'était portée au g:ilop ,er la
Et me portant plutôt 11ue m'aidant, il. me la me ·ure prise à l'égard de esradron · de
montaane, où le général l'n chd renait d'être mirent ur mon cheval. ~ou, conlinuàmcs guerre J ' taché à l'armée de Porlu"al.
dangereu,-emenl bl~·é. 1 ·ous d~rion - nous nolrè route au pas. li étail à~ heure lor.11ue
Arri\'é à Xiort,dan le mois d'octolire l l~,
dirirrer sur l'ambulance, qui était établie dan
je p:i sai le pool de la Tormè pour enlrtr je ne Lardai pa · à y tomLcr malade de douAlba de Torm • . Il y avait une lit&gt;ue à Î3Îre, da~ la ville. Le maréchal v était arrhé à leur· rhumali mal pro,enant de me: l,lp,.
dont la moitié dans les bots . .\ou mîmes no
11ualre heure ; .a Lies. urè, quoique trè
sur - de la campaane de Pologne en I Oi, de
chevaux au galop, el il était Lemp · de agner grave, n'était pa mortelle. Un obu lui nait la c:impa"ne de Wagram en 1 09, cl enfin
du Lerrain, car la nomLreuse cavalerie de fra
é le bra droit et d ·ux côte . Le général de la malheureuse guerre d'E pagne. Le · bil'ennemi aurait pu tourner notre gauche. Clausel prit le command1:menl de l'arm ;e, A vouac· où j'avai · couché dan ce dernier pals,
J'a,·ais p rdu une telle quantité de anfT, en minuit, la diii ion Fo~, qui élail de résene, où l'on ne peul e procurer d'autre paille de
-ralopant, le saLre pendu à la dragonne à mon
e forma eu carré cl arrêta l'ennemi. 'i le couchage qut• celle qui e l hachée, a,afont
0

�1t1ST0'/(_1.ïl ---------------------------------------d
beaucoup contribué aux douleurs que je ressentais. Je demandai au mini tre de la guerre
un congé de com-alescence, qui roe fut accordé. Je me rendis dans ma famille à Paris,
oî1 je passai l'hiver.
L'Empereur arriva soudainernenL à Paris,
le 19 décembre 181 ~ ; il s'était fait précéder
par le ringt-neuvième bulletin, aussi vrai,
mais autrement terrible, que ceux d'Eylau et
d'Essling. Le 6 mars 1!!15, j'allai par curiosité à la revue des Tuileries. Dans la cour du
Carrousel, j'aperçus le général Lefèvre-De noettes, colonel des chasseurs à cheval de la
Garde. Je me présentai à lui pour servir dans
son régiment :
« Mon camarade, me dit-il, après m'avoir
adressé diverses questions, connaissez-vous
quelqu'un qui Yous porte intérêt et qui puisse
me parler de vous? &gt;&gt;
Dans le même moment j'aperçus le maréchal duc de Raguse; il portait le bras droit
en écharpe et descendait de voiture pour entrer dans l'intérieur de la cour des Tuileries.
- Voilà, dis-je au général, M. le duc de
Haguse, sous qui j'ai servi en Espagne; YOUlez-vous lui demander quelques renseignements sm· mon compte? 11
Le général, après m'avoir demandé mon
nom, s'approcha du maréchal. Celui-ci, lorsqu'il me vit et m'entendit nommer, m'appela
el dit devant moi :
&lt;&lt; Prenez cet officier dan votre régiment,
général; c'est une bonne acquisilion que vous
ferez. »
Quelques jours après, je recevais mon brevet de lieutenant en second U'avais été nommé
lieutenant au 1:i• chasseurs le 17 février
18J 5) dans le régiment de chasseurs de la
Vieille Ga1·de. Le 1'J mar , à sept heures du
matin, me trouvant au quartier, l'ordre fut
donné à. tous les militaires qui se trouvaient
là, de se réunir au Champ-de-i\[ars, pour paraître à l'inspection de détail qui allait être
passée par !'Empereur lui-même. N'étant
pas encore revêtu de l'uniforme du corps, je
fis remarquer au général que j'étais habillé
en bourgeois; mais il me répondit de paraitre
dans la tenue de ville.
Je parus à pied à mon rang. La reme se
pa sait à pied et en colonne par e c.adron.
Quand !'Empereur parut devant nous avec
son état-major, il fut étonné de me voir en
bourgeois. Il en fit l'observation au général
qui lui répondit :
11 Sire, cet officier arrive d'Espagne et n'a
pas encore l'uniforme du corps. »
L"Empereur me fit approcher et me dit :

« ..\. quelle armée apparteniez-vous en Espagne?
- Sire, à l'armée de Portugal; j'y ai Mé
blessé à la bataille des Arapiles.
- Dans quel corps serl'iez-vous '?
- · Au 20• régiment de chasseurs à cheval.
Ah! vous faisiez partie des deux escadr•ons que j'ai envoyés en Espagne en 1810?
- Oui, Sire, » répondis-je, tout étonné
qu'un par~il détail n'eût pas échappé a sa
mémoire; et je repris mon rang.
Le dimanche 6 avril i.?11;i, je me trouvais,
en grande tenne du corps, arec mon peloton
et deux escadrons du régiment, à une d · ces
revues que passait fréquemment l'Empereur
dans la cour des Tuileries, à ·oa retour de
Russie. Je désirais parler à Sa Majesté, et
comme je craignais d'en manquer l'occasion,
car !'Empereur, qui ne se gênait pas avec ses
guides, passait souvent au galop sans s'arrêter près d'eux, je mis pied à terre, dans un
moment que nos escadrons étaient au repos.
J'allai me placer à la gauche d'un régiment
d'infanterie de la Jeune Garde que Sa füje té
passait en revue.
« Qui es-tu? me diL !'Empereur en passant près de moi.
n officier de la Vieille Garde, Sire. Je
suis de cendu d'un grade pour servir près de
Votre Majesté.
- Que me veux-tu?
- La décoration.
- Qu'as-tu fa.il pour la mériter?
- Enfant de Paris, je suis parti, enrolé
1olonta.ire, dès l'âge de seiie ans. J'ai fait
huit campagnes. J'ai gagné mes épaulettes
sur le champ de bataille, et re\;U dix blessures que je ne changerais pas pour celles que
j'ai faites à l'ennemi. J'ai pris un drapeau en
Portugal. Le général en chef nùtYait, à celle
occasion, porté pour la décoration. àlais il
y a si loin de Mo cou an Portugal, que la
réponse est encore à verur.
- EII bien! je te l'apporte moi-mème!
Berthier, écrh·ez la croix pour cet officier, et
que son brevet lui soit expédié demain. Je ne
,,eux pas que ce brm·e me fasse plus longtemps crédit. »
C'est ainsi que je fus décoré. J'en élais si
heureux que, de retour à mon peloton, j'en
fis part à plusieurs officiers du régiment, qui
arriYaient nom·ellemen L, comme moi, dans
la Garde, sortant d'Espagne sans ètre décorés.
Le lieutenant Goudmetz sui rit mon exemple,
s'approcha de !'Empereur, et lui demanda la
décoration.
« Qu'as-Lu fait pour la mériter?

- Sire, deux de mes frères et moi, nous
nous sommes enrôlés ,olonlaires, il y a dix
ans, au 5e hus~ards. Les enices que mes
frères el moi aYons rendus à Votre Majesté
méritent, je crois, la décoration.
- Ah! tu croi ·, repritl'Empereur.
- Oui, Sire, d'autant plus que mes deux
frères ayant été tués, je reste seul maintenant au service de la patrie.
- Marquez cet officier pour la croix, dit
!'Empereur, d'un ton visiblement ému, au
prince de Neuchâtel.
Un troisième officier se présenta et rt'çut
le mème accuei~. C'était Lrgout-Duplessis,
qui dit à !'Empereur :
« ire, à la bataille de Tala,era, en Espagne, étant maréchal des logis au ::,,· dragons,
j'ai pris l'enseigne des Gardes Wallones,
après arnir tué l'officier ((Ili la portait et mis
en déroute l'escorte qui était auprès de lui.
J'ai été mis à l'ordre du jour pour ce fait
d'nrmes.
- C'est beau, ça, dit !'Empereur en souriant; mais qui m'affirmera que c'est la
1érité?
- Voilà votre aide de camp ici présent,
Sire, le général Corbineau, qui, alors colonel
dn régiment, commandait la charge. »
Le général Corbineau fit un signe affirmatif et Legout-Duplessis fut décoré.
Après le défilé de la parade, !'Empereur
fit donner aux troupes une gratifü:ation en
,·i1res et en vin, payée sur sa cassette, ri
in, ita les officiers à diner, ,à six heures du
soir. Deux cents officiers de toutes armes,
pré, ents à la revue, se réunirent au banquet
sur la terrasse des Feuillants au jardin des
Tuilerie , où le fameux traiteur Yéry a,·aiL
alors ses salons. Quatre tables d'une cinquantaine de couverts chacune furent dressées et présidées par les généraux Lemarois,
Lauriston, Lobau et Happ, tous aides de
camp de 1\apoléon, qu'ils rep1·ésentaient à
cette solennité, el au nom de qui ils faisaient
les honneurs. Le repas fut joyeux, cc.1mme
on le pense bien; on y porta des toasts à
!'Empereur, à l'lmpératrice, au roi de Rome.
Beaucoup des assi tants antienl rllÇu de
l'avancement ou la croix; d'autres, plus
jeunes au ser\'ice, a~aient des récompenses
en perspectirn. Les occasions de les mériter
ne pouvaient leur manquer, car, le lendemain de la reYue, nous partions pour l'Allemagne.
Plusieurs d'entre nou aYaient certainement fait, le 6 anil 1813, leur dernier repas
chez le fameux Véry.
L '-CoLo:-;EL P.\RQCIX.

LOUISE CHASTEAU
~

fimes d'autrefois
Un pas bref et rapide sonna su.r le pavé de la
me. Elle tressaillit, leva les yeux 1::L vit )lar~ladame de }'ouspevral avail médité tout tial devant sa fenêtre. D'un geste, elle !"arun plan de défense d~at la réu site exi,7 eait rêta, puis, allanl à la porte, elle !"ouvrit
le prompt départ de Lucette et de ~[artial. Il toute grande :
- Entrez, mon ami, dit-elle simplement.
îallaiL qu'ils restassent éloignes de Yerlhis
Pour la première fois;}lartial franchissait
pendant quelques semaines, au moins pendant plnsiems jours. Elle imagina donc de ce seuil.
Son cœur battait très fort. Il ne put parler
les expédier à Limereuil, chez la sensible
et,
la porte fermée, attirant l,aterine sur
Boissonage qui les réclamait dans force lettre
son cœur, il la pressa longuement :
cl depuis longtemps.
- Ma chérie ... murmurait-il.
Pendant que Lucette, eninée de joie, en'es regards passionnés descendaient sur
tassait dans sa nialle ses plus jolies robes el
le
chaste
visage qui ne se dérobait point. La
son linge le plus fin, ~lartial, Lri te et lamentable, s'en allaiL Ycrs Katerine pour lui dire jeune fille offrit sa joue candide el les lèvres
adieu. Et, tout le long du chemin, il se remé- de ~lartial s'y posèrenL .... Mais une ardeur
morait l:Omment il avait connu Kelje et com- passa dans les yeux. du jeune homme et,
ment il l'aYait aimée. Que lf. Albos, voya- comme prjs de frayeur contre lui-même, il
geant en f'rancc avec sa fille, pour son plaisir, dénoua son étreinte.
- ~lartial, dit li.aterine d'un ton de doux
ne se fût pas trouvé malade en passant par
Vertbis, qu'il n'eût pas été obligé d'y séjour- reproche, vous ne m'aimez donc plus?
- Sijevousaime! ... dit-ilarecunepas ion
ner, puis d'y prnlonger indéfiniment son
contenue....
Ah! Kefje, plus que ma vie,
séjour dans rattenlc d'une •rnérison qui ne
venait pas, toute la vie de Martial était plus que ....
- As ez!
changée. Naïvement le jeune homme bénissait
Souriante, elle mil sa petite main sur les
la Providence qui ménage am tendres cœms
de telles rencontres.
l{aterine attendait chaque jour avec impatience l'heure où Martial paraissait à l'angle
de la rue solitaire. Et, tandis qu'en ce moment m•!me, sur la route, Martial évoq1.:1ait
le court passé de leurs jeunes amours, elle,
près de sa fenètre, le cœur en grand émoi,
un ouYrage dans ses doigts immobiles, se
répétait :
.•
- Aujourd'hui 1... C'est pour auJourd'hui !.. .
Ces mols tourbillonnaient dans sa tète-,
saa qu'il y eùt place pour aucune autre
pensée. L'attente lui paraissait longue ....
Des heures sonnèrenL au clocher. Son impatience s'accmt. Pour la tromper, elle ,·oulut
relire le dernier billet de Martial :

YU

&lt;&lt; •.• J'ai beaucoup de cho es à vous dire ....
Ma situation auprès de ma mère devient intolérable. Ce ilence respectueux que Yous
m·avez prescrit me pèse trop .... Il faut en
finir, mon amie. Je vous aime, je vous aime ....
li faut que nous soyons l'un à l'autre, tout à
fait, devant les hommes, comme nous le
sommes devant Dieu .... Ce sera très difficile,
mais vous m'aiderez, n'est-ce pas, ô mon
. •).... »
amie
Ketje replia le billet et demeura songeuse.

lèvres de son ami qui la baisa avec leneur.
- Oui, assez, reprit-elle, sérieuse, cette
fois. J'ai beaucoup réllécbi, ~lartial. Ce n'est
ui demain ni plus tard qu'il nous faut parler
à nos parents. Nous ne pouvons ... je ne
puis ... porter plus longtemps le lourd secret
de noll·c amour. Je dois à mon père le respect, la oumission et la franchise sur tous
mes actes .... Je ne saurais m'y dérober davantage. Tl faut l'informer, Martial, et aujourd'hui même.
- Allons vite auprès de lui ... dit Martial
avec entrainement, vile ... Yite ... 1encz.
- Oui, dit Katerine. Mais ... écoutez!
Là-haut, dans la chambre du vieillard, un
bruit sourd de plaintes et de gémissements
se faisait entendre.
eigneur !.. . s 'écda Katcrine effrayée.
Et, quittant Lrusqoement le jeune homme,
elle se précipita vers l'escalier.
Nul doute qu"Albos ne fût pris d'une de
ces crises violentes qui le jetaient hors de lui
et paraisrnienl le mener aux portes du tombeau.
Martial entendait Katerine s'activer auprès
du malade. li percevait ses pas légers, et ses

_ IJra,•o 11,on neveu! travo ! .• , V nus j,;ilte, ho111IeI1r à votre maitre••.\h ! .llarttal I quel ~01_1 philosophe
1,::,us Jt;e= d:ins i,fngt .zns. ,\fais je vo11s 1•ois i•eriir .... c·es/ l',;iutre opi11i~1t ;ue i•ous vo'.ûez a présent? •
• _ Uui mon onde.• , - C'est l·ref, c'est r.et: , L'Amour est /oeau, b vie est courte: 1·1vons. !Page .10.)

'

.

�,

1l1STO'J{l.ll
paroles brhes, sans doute con olatrices, en- jours après. Je mi faire un Yoyage de peu
trecoupée par l'émotion. li distingua.il le de durée, mais oLligatoire .... Vous pàlissez,
bruit de la cuiller d'argent qui heurtait le Ketje? ... Vos 1eux sont pleins de larmes ... .
cristal du verre oit la jeune fille aYait versé 0 mon amie! ,uus m'aimez donc bien L.
11uelque cordial. ...
helje ne répondit pas. Les paroles de llarJI se sentait con[u ·, embarrassé, presque tial éYoquaient ,oudain en sa mémoire un
honteux dans le parloir où Katerine l'avait sou,·cnir qu'elle croyait aLoli : celui d'une
lais é. Dans celle maison étrangère, peut-être pauvre tille jadis attachée au senice de la
hosLile, n'était-il p:is un inlru ? tJue pense- maison, et qui, abandonnée par rnn fiancé,
rait Alhos si, tout d'un coup, pris d'un mieux avait trainé, tout le reste de ~a courte 1ic, sa
subit, il descendait cl le lrournil là? Croirait- peine et sa dé -espérance. Si ~lartial l'abanil aux explications que ~farlial lui donnerait '/ donnait de même? ... Ce rnyage, peuL-èLre,
Ne le con idércraiL-il pas pluLôt comme un était un prétexte'!
surborneur éhonté, un être vil et méprisable
Elle soupira et ne dit rien de son chagrin,
qui profite du malai e du père pour courtiser car c'était une lille discrète. Toul de même,
à loisir w1c fille sans défense?
un sanglot vile réprimé mourut dans sa gorge,
Le Lei enthousiasme de Jlartial Lombail, et lorsque ~larlial la baisa au front, il la res'éLcignail de minute en minule .... Oh! trouva placide.
comme Katerinc lardai L à redescendre! ...
- ~c m'écrivez pas,. dit Keljt•. "i un
(lue faire?... )lainLenant, la crise passée, fàt:heux hasard mctlait tolre lellrc entre les
\Ibos aura-t-il la force de les entendre et mains tle mon père, il pourrait s'en émournir,
sera+il &lt;lispo é à accueillir leur dJclaralion? s'allrjslcr de ce qu"il appellerait un manque
l\etje ne redescendait pas. Les minutes de respect, et sa pau,•re santé en serait peuls'é,oulaient. ~lartial a,·aiL cou,cience de la èlre bouleversée. J'attendrai courageusement,
·ingulariLé de sa situation cl il en souITrail. allez .... Je saurai auendre ... . Et je ,ous ai·es regards erraient à tra,er le parloir merai de loin comme de près.. .. flcnsez à
évère. Jamais il u'ayait p~nélré dans une moi! ...
telle habitation. L'auslérilé du cahiui·te qui
J') peu~erai mille fois le jour, s'écria
l'arnit meublée s'y trahissait dans les moin- fürtial :nec une ardeur émue. Adieu, mon
dres détails. Du gai pelit salon bourgtois qui amie!. ..
était Jà jaJis, Albo avail réussi à faire une
Il prit les mains de Katerine, les réunil
pièi:e effropblement tri.sle par La pauvreté dan · les siennes cl les couvrit de baiser,.
intentionnelle et la grave décoration.
Il sortit. Au coin de la rue, il tourna la
El Martial, instinctivement, comparait celle tète. Du seuil de la porte où elle était restée
demeure à la sienne.
debout, la jeune fille le regardait. Ils échan. A Fon peyral, plusieurs généralious d'ancêtres avaient marqué leur pa age, laissant,
qui la rutilante haLterie de cuisine; qui le ·
lourds bahuts chargés de îaiences et d'étains
ci elé~; qui les amples fauteuils cl les moelleuses bergères. Tout · disait le goût de vine
el de bien vivre. Tout marquait l'aisance tradiLionnclle. On y marchait fort. On y parlait
haut. Ici, la vie était comme assourdie. Le
silence était une loi.
)larlial eut un court fris on., .. Katerine el
lui e comprendraient-ils aussi bit'n qu'ils s'aimaient? ... Lui, français et méridional, amoureux de Loul ce qui résonne et brille, pourrait-il s'accommoder de cc mitieu, de cette
sévérité de mœurs, si Kate les lui imposait? ...
Ces pensées graves l'cfneuri!rent seulement.
a mince philo~ophie ne sul pas les retenir.
Pourtant, de cc choc rapide et léger, il demeura déçu, allristé, troublé sans sarnir
pourquoi.
Lorsque Katerine reparut, le visage de
Martial s'éclaira, et son angoisse intérieure
fut bienLol dissipée.
- Mon père va mieux, diL 11.aterinc, mais
il est encore très faible. Parlez, Martial.
Héla ! à présent, quel jour pourra-t-il nous • - \'c~rc ! ... \"erre: ... l'oir .... ~-oir .... i ·ous me
c,·oJ·e:; Nt e ?... .\fais Tvi1w u Ge11III ne l'est point .... ,
écouler?. ..
(l'age ~~-)
- A mon retour, sans doute, dit Martial.
- A ,otre retour? .. . s'écria la jeune fille gèrent encore un ge, le d'adieu furtif et disdrjà alarmée.
cret.
- Chère, dit le jeune homme, ce prochain
Mais voilà 'lue, . ur la roule, il se trouva
retour n'aura lieu, hélas! ni demain, ni le face à face arec ~J. de la ~louraine qui se
jour sui,ant, ni même ans doute plu~ienr:; prom~nait.

Le marquis prit familièrement le bras de
fürlial.
- Eh bien, eh bien: .. . Qu'est-cc'! ... EL
oü alle,Hous toul courant'? dit-il.
Il souriait avec bonhomie. Martial, plus
échauffé par l'émotion que par ·a course,
répondait des mols incohérents.
- Voyons, mon neYeu, il l a quelque
chose? dit le marquis.
Alors, avec la belle impétuo ilé de la jeunesse, Martial jet.a ces mols, tout d'rne haleine :
- Mon oncle, je suis amoureux. J'aime
Kalerine Alhos qui est pauvre, étrangère el
protestante, et je veux l'épouser.
- Oolà ! holà I comme vous y allez! dit le
marquis, en riant.
Puis tout à coup :
- c·est sérieux?
- Très sérieux.
- .\!or , je vous écoule.
'1artial omrit son cœur. Il dit comment il
avait connu lülerinc et combien il l'aimait.
11 conla la démarche du curé, pcignil la violence de la baronne. Et il ajout,1 :
- Et vous, mon cher oncle, qu'en pensezvom?
- Ce que j'en pcns~?.. . llum !... ~IJn
ncYcu, j'ai toujours, sur une mèmc affaire,
deux opinions : celle qui me vient dt: la tradition el celle que je ûrc de ma propre expérience. Laquelle roulez-mus?
- Tou les les deux. La Lradi Lion d'al,ord,
- par respect.
- Voici : Martial, pen.ez à l'avenir de
rnlre race. 'ïmitez pas le dernier des Briscfer
qui a épousé une Anglaise et le petit Combaluu de Yireleyre qui s'est fiancé, paraît-il,
avec une Allemande. Ces mélanges de sang
ne valent rien, ni pour le corps, ni pour le
cerveau, ni pour le sentiment .... 'ongcz aussi
à votre bonheur ... . .'l'essayez pa~, Yous, dont
les ancêtres fredonnaient des chansons gaillardes, de trouver du plaisir au Choral de
Luther. Demeurez-en au : J'aime 111ie11J: 11w
mii&gt;, à guel de vos pères .... Croyez-moi ..•.
J'ai l'air de rire'!. .. .'i"on, Martial, je ne ris
pa : tout esl là.
IL conclut :
- Voilà ce que dit la tradition~ Répondez.
- Je réponds : Il y a sur la route de
Ponlvicux l'antique château des Chabannes ....
Vous le connaissez, mon oncle'? C'est une
ruine vénérable el moussue. On la regarde
avec curiosité, mais on n'y louche pas. Là,
pourtant, des gentibhommes et de très honnête~ femmes ont vécu el se sont lrou1és à
l'aise. I voudrion -nou halliter, mon oncle? ...
La tradition, la coutume, l'usage me serublent quelque cho:e d'aussi respectable el
d·ans.i désuet. ...
l'n éclair de fierté brilla daus l'œil du
marquis:
- Bra,o, mon neveu! dit-il. Bravo! ...
You faites honneur à votre maitre. Ah!
Martial! quel bon philosophe vous ferez dans
vingt ans. )fais je vous vois venir .... C'est
l'autre opinion que vous voulez à pré"ml '!
- Oui, mon oncle.

___________________________________

C'est bref, c'e,L net : c, 1·amour esl
beau, la Yie est courte : ,ivons. &gt;&gt;
- \ oilà, voilà la vérité! cria ~larlial awc
exaltai ion.
- Oui, fit le marqui~ à demi-rnix comme
se parlant à lui-mème, c\st à la jcuneôsc
qu'appJrlient loujours le dernier mot.
- Le dernier mol! s't'.cria ~Jartial, frappé
soudain par une idée ingéuicuse, le dm1ier
mul, c"est à vc,us qu'il apparlient, mon
oncle .. .. Comment'! ... Yous me diles :
a Fi!iles ! ll , rl je répond : « Je ne puis rien
ans vous. » Pourquoi? P:m.:c que je pars
demain pour Limercuil, parce qu'il faut tout
de suite ,·oir monsieur AILos, lui parler de
moi, lui donner ma parole el recernir la
sienne; parce que j'aime et parce je yeux,
oh! oui, mon onde, je Yeux que vou so,cz
mon ambassadeur.
•
M. de la Mourainc était mis rn gaieté par
l'ardeur de ~farlial :
- Voyez-vous ça? d:saiL-il, ,·oyez-1·ous
ça·t ...
11:i.i après une aruicalc discus:;ion de quel• IJUCS in tanls :
- Eh bien, oui, j'irai, dit-il. L'a.vculurc
esl piquante et me réjouit par son étranaeté.
Et puis ce sera jourr un Lon tour à mad°ame
Françoi c.... Ft'licilez-Yous, Martial, d"avoir
uo oncle qui aime le paradoxe .... Me ,·oici
chez moi .... Au rcçoir, mon neveu, et allez
en paix.

VU!
Le jour du dép:irl de se:: enfants, madame
de Fon pe~ rat se dirigea vers la l.Jouraine, où
depuis longtemp· elle 11 ·avait paru. Elle voulait voir le marquis, lui parler di! fürtial, le
consulter, ou, to:.it an moins, se rcnsei"aer
C
sur son étal d'esprit à l'égard du jeune
homme. M. de la ~fouraiae serait-il, en celle
amoureuse affaire, l'allié ou l'ennemi de son
neveu'? ... Elle redoutait un peu le marquis.
Sa souriante ironie, sa bizarre et universelle
in.iulgence lïnquiétaient. Presque jamais, elle
ne l'avait cornpri tout à fait. J'omtanl au
jourd'hui, elle avait grand besoin de conn~îtrc
ses plu~ profondes pensées ·ur cette malheureu e aventure.... 'il l'igr.orait, s'il était
mal renseigné ou i11décis, peut-être, à force
~'habileté, le pourrait-elle conquérir cl le rallier à son proJet à elle, qui était de détacher,
par force ou par ruse, son fils de l'amour de
celle fille.
Mais comme elle entrait dans la conr de la
~lo~aine, elle vit un domestique qui enfourchait un cheval et qui, lui dit-il, allait en
hàle quérir le médecin : M. de la Mouraine
était co pleine crise de goutte cl criait comme
un _damné. li avait inlerdit a porte. a vieille
amie, elle-même, madame de Puyraleau
n'av~it pa été reçue lo~squ 'die s'éLaiL pré~
sentce, tomme chaque JOur à midi en lui
apportant les journaux.
'
Dépitée, la baronne fit volte-face et reprit
le chemin de Foaspeyrat.
Décidément, elle était Lien seule devant le
danrrer.

L! nurquis ex~nr_ina_ '.?11gucmenl le_ fol con/em111/ la fJna cée suprême. C'è/a{t 1111 i•a-se /&lt;rme t ,1,- des Hm delles de pap,e, s dn_us, Suferf&gt;usees ~t fix ees a11to;,r du pot fa,· 111u col'Jelelle do11t /es touts etaient réttnis
s011s 1111 cachet de c,re. (Page ~~.)

E.Ue pensait :
sentant alourdie pJ.r le faix de ~t·~ pcn ée
&lt;1 Il faut à tout prix séparer Mar,ial de
doulourcu e .
celle créatnrc ensorcelante .... Le voilà abPri' d'dle, un paysan pa sa. JI rlaü llélri
sent. ... .Agissons .... Mais comment?... Ahl cassé, vètu de haillons, hùrc sous ~on bonne~
qu'il eùt été facile, jadis, de se débarra scr de laine. JI marchait les mains pendantes et
de ces être -là! ... mais aujourd'hui, aYcc la ouvertes. Sa démarche pcsaule était rncore
canaille qui gouverne, toute licence est don- ralentie par ses g1 os abots de hêtre.
née à cc espèce . . . . Les honnêtes gens doiC'était on rnisin, un pam re diable, 'foi,·enl se défendre eux-mêmes .... Eh bien! on nou Genlil.
se détendra .... Toutes les armes ont bon_Toinou était à la fui rusé el .impie d'rsnes .. .. Oh! c défaire de cette 11'.alerine !. .. pnl, c~é_dule comme l'ignorance, pétri de
La chasser de Yerthis !... i&gt;
superstitions, farouche et naïrement cruel.
Elle médjtait ainsi dans son âme violente
. On l,e, c1:Ji•~nail. On ~e crolait Jill peu orel outragée. A petits pa , contre son habi- c1er. C etmt 1épourantrul dLs e11Cau1 en mal
tude, clic s'en allait ur la gran&lt;l'toule, e de méchanceté que menaçaient les mère - en

�,
msro~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - par il:. lï1abituJe de jeter de « mauYaisc
madam de Fon,1ie~·ral. Certain jour (bien
colère. {ltrnnd le horumb le rencontraient
p mdre II dan 1 ~ puit l'l b fontaines ....
aYant la l\é,olution). ell11 1':nail urpri lni
- , ·otre ruré e~t trop Caiùl •, :ijouta maur le, roules, h· oleil étant couché, ib :-c
101:tnt de~ pou! cl de: œuf. t~lle, .i dure
h.,tai nt d, fermer leur main naucbe en 11\adam " de Fonsperrat. Il devrait le~ cha. ~ r.
au mi éralile~. die arait pardonuJ.
ç.anl le- pouce entr l'ind , el le m{-Jiu~. ce
Yai, ce qu'il 01• fait pn~, nou · autre. , bon
Toulcl'o· . prudente Lavi!,ée, elle lui a1ail
chrétil'ns, nous le dewn~ faire. Yeu -lu m')
qui L'Onjur.iil l nm1\'ai 50rl el le mal donné.
r.iit rccnnnaitre I xacl de,anl témoin, un écril
A cause J lui, 1 . fèruru1: . portaient toujour
:1idl'r'! Tu connai: le berb magiqut's : tu
rédieé par elle cl oil clic contait la cbo·c.
11 l •ur cor,a'.'.e deux t:piu"k · en croi . LL' ~oir,
en compo:era. Je,· mal 'fices. 'l'u ~31 · 1' choa\'anl de e coudier, ell , prenaient un de~ loinou a1ait noirci s11n pou e :1 la [umt!c s •.· qui font peur la nuit et 11ui tourmentent
d'une chandelle et ra,ait appo,é ~ur le patison, ùn ÎO)Cr cl l'êbaieul au-de u· de
le jour : tu les 1·mploieras. Tu ~ai· le servir
pi0r, en manièr • de sceau, à côté de la croi ·
1 •ur lèk. Par ce ne ·tr, die· «·mpèchaienl \p,
Ju bruit, du il ·nec, de l'ol, curité, de la luqu'il a1ail traci:e. Cel écrit, u 1·e papier 11 ,
maléfic1•, de pénrtr ·rd, n~ la mai·on tlurant
mit•rc pour clfra~er le pauue mondt• .... , e
comme di:ait Tninou. hantait la mémoire du
la nuit. LÏ•Lail •n ·ore pour se garder de Toidi pa. non : c'c l Haî. Eh bien! tout cela,
pau1re diaLle. Que n'nurait-il pa fait pour
nou 11u\lb portaient toute au fond ,le leur
Ln le fera contre ce vilaine !!CD. cl LU le
poche u11 croùton de pain el un mom•au de le ra,oir'! ...
r •nJra i malhcurem. dao cc pay 11u'il leur
Cela r -,·inl :1 l' ,prit Je la haronn · en cc
rier" ocnit. Elle., n'oubliai ·nt pa · au~ .i ile
ruomeol où elle .entait le besoin d'une aidt', faudra l,ieu dé\or.-cr ....
plarer un peu tic mil dau~ \'ourlet de li·ur
- J'ai compri ·, madame la haronnc.
d'un ,cnil ·ur, d'un es1·l:l\e sou mi~ à ·a l'OLai e.L-moi [aire.
jupon.
C&lt;'peoJ.ml l'ninuu C.cutil 111· méritait point lnnté.
- El lu .ai '! J\s quïb eronl partis, j •
l' n • idée ~uùill' l'illumina.
qu'on lui acconl:'t~ uoc telle import.ancr. Eu
Ill rendrai ton papier l j'y ajouterai cinq pi,1
Com111e elle an1i1 d pa,. é le p:•1~an n train
rt'•.1lité, c't'•tait 110 pauvre par·. 'U\, ,,,lontier•
de rama~,Pr de. hrindille · de hoi, mort, elle tolt• . . Oui, 'foinou, CÏnlJ pi-lol1•s ... cl lu ~afripon, plus di po~é i, rlran l&lt;'r les poule·
:.:ru·ra · le ParaJi. par-de.su· 1 marche. Scudu ,ui in que ll', hou11n , ur \a nrand'- l':•l'I' la :
lcmenl p::i un mot de cda il per onnc. 1 tu
- 11'! loin1111 ! ... 1 ,•ni! ... l't'11i! ...
roulcs. li c~l Hai qu'il était ,a,aol dan~ la
1
Et qu,1nd im1uiet, .oul'nr1b. prc.:qui• , perdu, parlais, tu ne rém,·irai · pas.
t:111111ai-~:111c,• d,· plant•. 1 d1· 1 ur. proprit:- Toinon ne parl • 11 p&lt;:r:.nnne .... ll tient ·
té,. Il .a,·ait ·,u"i h·~ jmw tle la luo où il \'honunc fut pr, d'cll :
~ langue. dil n,· •c calnw le pa :,au.
- J'ai lic_nin dti toi, Jit-cll,•.
Il' faut ni .cml'r. ni plaukr, ni arradwr le,
- \'oil qui ~1 dit. Ah! c'c;t noir' curé
- .\h! pau\ft) qu je :ui~! ... !,!u'c..,L-cc
l1&lt;~rh, ·• tin le com,ultail ,nec fvi •l l rrcur.
qni
era l'Onlenl:
que j pourrai~ faire pour ,ou~. maJamc 1,,
~ •s prédiction. \'.·laient ou, nt réalUc . Il
- Que oui! fit lep }san, laconique.
liar-inoc '! Jil Tc,inou d'un air Je doul .
n'a"iit ju, \l•'alor · fail ni J'nutrc hi,m ni
- Et le 1, n llieu, 'l oinou '! .•.
....u.ll'as-111 2arJcr nn ,cc rel~
ui hicn ... le hou llieu ... , ruadamc la
&lt;l'autre mal.
\h ! bien oui 'lue je :aurai .... Je ne
La I\érnlulion al'ail p , t: ,ur lui s:m 1p1ïl
liaronne. leocz-,ous tranquille. 1 out ,era îait.
ui, p:i un petit Jriilc, moi, je ,-ui l oinou
prit garJl'. ,nineml'nt J., - Jacobin 1111 pals
La baronne 'éloigna, prc r111c heur •u -c cl
Gentil. ... Oni bil'11, 11uc J'' .a111-.1i .... 011i
lui a,·aicnl Jpliq11i! pour,1uoi el comnwnl il
. urluul aliénée. L' ·poir la rl'ndail plu \Ï\!i;
n\:tait plu olili::é •, ri n c1111!r, les nobl .. ,, 1,ien !.. .
- l\appellc-loi que je t'ai é1 il: la pri on .... !'obéi ·:an • du manant la ra,i.. ait.
Il·, prètrc, uu le, moio • . Il le. avait {•coulés
- L l\1hoh1tion, pcn ail-1'11 ', hellc ar- Oui, madame la Laronne.
:an, mol 1lir · 1•l le a\'UÎl re••• rdé a,'.:. méfairt·. vraiment!. ..•\11011., \'éaalité n'est en... le ju" m nt ....
6:mn• .. 1 l'on iusi,tail, il ccouail la tète J" nn
core inscrite que dan, le" papier, public·.
- lui, madame la haronuc.
Et là-ha-., Toioou ouriait, toul s ul, en
air J,· doul1. cl répouilait eu patoi :
- ... le· rraJère· ....
- l'eyré! ... l'eyr:! ... Yoir ... \'uir ....
liant un fa&lt;tol. Pui il murmura :
- Oui, madame la baronne.
Vou me cro ez ùète'!. .. Mai Toinon 1:entil
- C'c,l aujourd'hui vendredi ... la lune est
- Eh hien! écoule et ~:iche 11ue, j tu
unu,elle ... je ,ai cueillir m .., herbe ..... Au
ne l' t point. ...
rai cc que je vai · t • dire, je le r •nJrai le nom du Père, d11 Fil cl du • aint-E 'prit ....
Et il 'éloignait, furieux qu'un cbcrehâl à
papier où lu a marqué ta croh cl 1011 pour·.
le nn~titicr.
Cl! rappel du passé a sumLriL le ,i~aac de
Q,;and, l'églis fermée, le curé ·apti[, le
1.
Toioou.
Jamais il n·a,ail pcn é que la Ré,·oroagLtrat élu:.;, le fête~ républicaine· ,inlution I' ùl rendu quitt en er. la barunn
La mal Jie Je \I. Je la lourain' n'était
rcnl lni prou,cr que l'ordr' de, cbo. · était
el r1ue la loi nou, •Ile ne îùl p.i oppre :Ï\ •
cban,..é, il ne parut pas davanla"c con,aiorn:
pa
grave.
comme le l,on plai ir d'aulrcfoi ..•\u ·j Lais,aIl ·e troU\'a hicnlôl mieux, r:tcc à la ai- Heu... h n... hilinu. .. peut-être ....
t-il la tèle et tnurna-t-il plu ,·i,em1·nl · n "0 :e 11ue lui impo a la1 onnave, le roédeciu
faisait-il. i'ou ,·crroo ç.a .... L' . maitre
dr Yerthi cl l'oracle du pa~ . 11 but au si
out le; 1uailr . .. . ,1adamc la h:irùune a b11nnet entre "e main ..
- 1 lt! ... Je ni'en ,,,u,i •n. Lien a, cz ....
force bols d · ureau niLré et dut accepter un
encore la terr' l château .... On ne les lui
Que Lrop !. .. ruurmura-t-il. Et, i je peux e traordinaire médicament, r '.Celle m~ léôtera pa~ coup ·cc, ~an doute? ....le fais
rattraper ce papier ... bien ,,ir ferai-je cc que
rieu e du pharmacien l1ou~adou.
comme mon père, mon granù-pèrc et mon
rnus
me
commanderez.
L't1pothicaire Poupdou, qui d,•pui peu se
rni-grnud-père.... Les paum• i,onl pour
Alor , a,cc patience, dan un lan!!,t"e fa- d'nommait pharmacien, était tr' · ,,,r·é dan
obéir.
milier, elle lui expliqua, en patoi , comment le· pratiques de la \'Îeille pharmacop :e. Le
El il pliait l'échine.
un certain A}l,o, t;l sa fill •, deu\ étrangen- t1·mp · 11uïl n'elllploiail pa. aux ha,arùagl!_
- Mah c'est fini .... On n'olx:il plu 1p1:1
,·enu • qui ail d'où! ... 11 , et établi. Jan
cl canean de la rue, il le pa · ail dan - ~on
l:i Loi ....
\ erthis, étaient d'abominaLh: cahini· tc . oîfidne , préparer diluer. db,tiller, malaxer,
- 1h '. la Loi! ... Qu'c~Hc 11ue c'c t enTr~ certaincm nt, iL uaient fait, comme p •,cr, moudre. l.iro1cr, émubiolllll'r, "rabecorn 11ue œllc manigance 'l... Oui! ... 011é !...
lnu. leur· pareil , un p;1ctc aYCc le diable . ler de clrotrucs. mi tures, éli ir , poudn s,
•\l\ou ·, ne ,ou fichet pa. de moi. uffil.
Cette
petite .Uboc. u uoc drùle- e, liicn ~ùr ! 11 herbes, grlli:-e · et racine . ljuand on le \lEl l'air ma111·ai., il levait on b,ilou, tours'introJui ail à chaque instant cl sou n'im- nail appeler pour remplir uni· ordonnance, il
nait le do~ cl 'en allait, le ùi .ac sur l'épaule,
porte quel préte,te cbei madcmoi elle Claire, apparai,,ail en tablier de toile blanche,
un brio dt! ·au;.:e entre les denL.
li avait de la déwtion à ,a manièr , et Jé- ~ 1·ctte ainte fille », pour lui tourner le5 ~patule à la main, grave, olwncl, aYec un
l tail le
ennemis ùc la ainle rclinion », idile. l'er le démon ,,. Ce:, gèn -là méditaient pli de rélle.~ion entre le _ourcil·. Ce goi1l
païen· ou hérétiquct. Le .eul sentim ~nt qu'il d11 faire partir une ~eeonJe toi le bon curé .... 11uïl a,ait pour l - fourneau , chaus~, carnontil :1ait un sin ulièrc reconnai. ~oce, . an compter «1u'un de ce jonr. le paî, ra non~ chenell · el fioles, l'a,ait fait surnomemp,ii.onné, car ils 11111. co111me 111us leur~
qui pomail aller j11~1111'an M,oucmcnl, eo,·cr
1

1

_____________

mE;l' « ~ui.inier arahc:.11ue » par la, onnal'C,
1°1_avait lu Guy Patin. Pomadou n·e 'en DcbaJt pa . Au contraire, iÏ :c i?lorifiait Je
pa~~ 'd~r 1~ _cmt de din:rse. pr :paralion
r01_~ntee._ J.1~1 par le mires toulousain ,
qu il ~ t101ait au-deL u. Je 1011 aulre.. Il
a,;· nratl tille, "r:ice à cil , il a,·ait rendu
bien ~rlanu; des mala.d " abandonné., par la
Faculte.
Pou~ '1. de la • lourai ne, il fabri,1ua un
électua1re ." extemporan · ~ dit-il, qu'il lui
apporta ~m-même. C'h1iL un· certaine t.hérr.aque ?u . e confondaient prt•· de oi,anlcdtx e,pece. · dool les principale. étaient l'ari ·l11lo lie rvndc, l'aulnée, la m, rrbc 1, con.ene d "enihrc cl l'écorce d·~raurr~.
Le mar11ui , encore 11u'il parlât peu, rn .a
sou1lr~n ', remercia Pou aJou nH•c h aucoup
~e pohte: :e. ljuand le pharmaden fui parti,
11 se fil donner l pot contenant la pana le
uprcme. li l'ex:imioa longuement. C'était
11 n rn ·e Je forme étrau,.e, en ro~ c faïence
~inte, formé par Je rondelles di; papi r
ù1ver ' superposée cl fixée autour J11 pot
p~r une c.:ordeletl dont le . l,0111 étail·nt réu01 _ ou· un ca~b •L de l'ire. L manpii aJm1ra le pol, lirba l" cachet, rompit la hcelle, •
cuba une à une le:_ ro~~delle d' papier, tout
e1~ ln~1a11t, à part 1111, 1m éoio·ité et la comph~t1011 &lt;le la fermclnr , par où ,e monl~a'.ent san ·. doute l'cwdlencc et \'authentiCJle_ ~u méJ1ct1mt•nt. En.uile il llaira 1:i ,·ompo ~lion et r 'Connut que l'odeur en était
a&lt;&gt;rcalile. Pui. il rétablit dans leur ordre le.
rood~Uc de papier el la cordelelle, et rcmi~
le loul à sa er,·anle en lui di ·ant :
- Porte cela au nreni r, dau- le c110rc
aux remède· inutile .
•
:-- füi:,. !11oo~ieur le marquis, il est
plern: ... On n } mettrait pa · un dé de plu~ ....
Depuis trente an. cl davantaoc qu'on y jettl'!
toute .. le dro.,ue d •s apothicaire., ,·ou, pen'?l ~• c~l e~pli l .. : Dieu me garde! il y a
l11e11 la de c1no1 empo1 ·onocr le pay • répondit
la :;enanle.
- Eh bien! llam[Uc-moi ç.1 au diable, dit
le marquL.
El _il continua tic boir,• ilu ,ureau nilrê.
liai.•, le lenJe~ in, il faisait ,:.noir à Pou)ailo~ !tu apnt pr,. quatre once_ ùu pré1·ieux
il ~c ll'ou1ail prc,uuc Ir~ 1,·.
smetl1rnmenl,
·11·
.,
11:0.
.., u~tout I a. ~ura qu ï\ lui ét.iit fort rl!Conna•~~an~ d,• l'nYOir ~i promptement ~oula:.ré,
,anla. l elCl'llcnce de cette lhériaquc, \l'ai
catJ~ohcum, élonn:mtc paual'ée. mcrvcilleu1.
anlulnle que la ci ·ni·e Je Pou aclou ferait
JEP?e'.ll «le conscrrcr pour la po,..Léritl:.
Pm. tl rit douœment et but coup . or coup
ileux bol de ti :1oe.
. -'?intcnaut il était Jan ~n chaml,re où ~c
JOU~1t l ,olcil entrant par lt•,.. fcn~lrc ~an1l~·~. •D ,~on attaque ,louio ur~usc,
. 1·1 n·.,l\'omert
.
1
Dll '31'1 e qu _un peu de rai&lt;leur ilans le, !:!C:ou .. li _all.11.t et icnuit en . 'aidant d'une
~ne i1~1, d_l,eure en heure. lui de1enait
morn neces~a1re.
. l:n pa. ll'..inanl et menu, un froufrou ile
ê firent eoteuclre dan , le corridor cl
,mue Je · I · ile la . louraioe entru.
1

i~f&gt;e.:

AJJŒS D'JtUT1fEF07S - - - .

.la?~1~c de Puyr:iteau apportait a,t:c ellt: . i incertain •rm• cc 110 · l'on appelle t·onHnttun dclit:1eux parfum de l,cr_a mole ,·L de pou- n :mc~t la véril~:. Elle &lt;linerc pour diaquc
dre à la maréchale. Elle tenait à la main un l mp , ou plulul 1· a. pecl oui infini l'i
paquet de jouroau qu'elle jeta ,ur la taLle , 1rié,, mo~il l'i onJoyaot ·1 à la manï·re J,·
en mèmc Lemps «1u'clle ~e lai.-,ait tomb r ·ur n•, figur llllpré\'UI!,, 11ue forment dc ' grain.
un iè ..c.
.
1l1• ,err' ,liwr cmcnl coloré et qu'on - a"il.
- Oui! ... \lia ,oilà lrès la,.e .... ~Ion chl'r ibn une hoil1• tran~parcnlc : :\émcnb idcntiqu1·· i'l nome! a~pecl.... \lai rel' •non, •
Alt: is, romml'nt allti-,ou ? ,lit-elle.
·
Galamment, elle tendit sa main ,m m, 1r- IJu' a•t-il encore?
qui,. )1. ile la )Jou raine la prit el la baisa.
- \lnn,ienr dl· Yolny-Pé,1ire c. t nommé
C'était une jolie ,i~ille 1111i avait Ju ètrc pn:l~·t &lt;l • !a D1 1nlo~111· el mon .feur ,le );1 Houune lrè, belle jeune femme.
landie rt·Cè,eur 1éoéral. ...
Elle a,·ait .ét~ li• I ~-~mier alllour Ju marqui
- Oh! oh! .•. ~011~ •tue lt-,; uoLlc . ~c rapau l~_mp~ ou 11 a1·,nt encore on pr1:cepteur procltl'lll tou le. Jour uu peu plu. dn soll•il
derr1~rc ,..c. chau,..,l's. l.:1 ,·ie le. : :para. Lor,- le, a nt.
que a nomcau elle \t·, r :unit, il 1•1:iicnl
Qud ~oleil lcraul'!
pr '· que 1ieu1 Lou le Jeux. lui enrore 1·t'·li:-- 1 .n ouwrain, p,1rLl1•u !... uu o\d,11
l,ataire, elle \''u,c el trè· con·olée du ,cu- r1u1 ~' f •r;1 couronner cmpt•rcur ou roi.
- l1011 !lieu! .\le1i,, lai ·s ''- Jonr rnlr,
n••c.
Alor· ,'établit l'lllre eu. un de cc tendre., ,'.·~pcr ·ur tranquille. You ête, coiffü de ctllc
comm rœ. «l'amitié i fré11ucnt, 11 rclle épo- Hll'r sau 1·e~u" ,lepui: 1p1elqul' moi I'! ....
11uc et Joni la formul1• d •vail .e perdre a1rr
- ~la nue. rnn · êtc, une ,il·illc cul:tnl.
le ,1111•· ,ii:cle. C'était l'amuureus amitié,
- :\111111,, c~t-c1• fini "!... Et ,ous? 11'.1,ucendre chaude de l'amour con _umé qui !-Ul'fil \'OU rien à me couler'!
1•11corc à ri:chauffor le ,ieux cœur : c'était
- , i 1'.1il. J'ai à vou, parkr d. mon u ,,en
~ •• rall'l-\00 · }a,· ll'Oll\'t • Ct' !'.li· t le r1~ ua1itJ de 0111cnir , parl'um uhtil donl Marlial.
•
emha.umenl le. tlcrnil·n•s :innée · d vieil- 01e1 · temp , În"11li1:rL•m •ni moro~ •'!
lard .
- ~lai· oui, . in°ulièreml'nt.
- l,.a ,a micu,, 1·a ,a mfou , 111a hount:
- Eh hil'n ! 11·la .'cxpli«[lll' : il e,t amou)lan::clinc, ,li,ait ~I. Je la ,1ouraine et j' étai~ rcu,.
fort eu pt•i~e d\'Lre rc. té quatre journée
- '!.lot micu pour lui .... C'e,t une boont•
. an· rcccw•t~ votre_ ,üit . Maint nanl. "Olt'l, chose qu• l'amour, n'i.L-ce pas, Ali•,i~? ...
- l'a luujour ·.... Et ·o 10Îl'i un exemJ~ ma•:~he Ilien el Je ne r,·, en plu qu'une
;l°¾,'ltherc an"oÎs..e, uue lourdt&gt;ur Jan- 1
ple: Ce Jrit~e.ne. \.. t-il p,1s avist: J'uim rune
Jamhc ·, cc que )la·. onna,·e a11pclle a, •c cm- p ·lite 11u11,1 mconnue, helle, a e, p.iuue t'l
phn ·e &lt;&lt; de la d~ ~plioric Il .
p;1r-Jc, u lt• compte liunucnoll· ... '! Yon
En emLle, il· rirent Je re mol . arnnl eipri- YO~t•t le· complit·ation:-...
111a11l une ho~c . i impie.
- Je ni• 1• voi point. 'tout cela empêche-- (Jue di,ent 1•· nazell • ~
t-il t1' •'ainll'rL.
- . I.e M?111le11r annonce la uppre~ ion • -;- Oui, Je ·aiml'rcommc il l'cnlenù, c'c,tde _-·01 ant. Journaa . li n'en r. le plu, i1ue a-J1r1• ,lan le ~ri;1~c. Car il la î •ut épou1re.Ile pour toute la rranc •,
. er. nrn bonn ', 11 e l lcru tic ccll • idée l'i 11 \• 11
-:-- Allon~ dit le marquu pl1ilo opbe, je démor1lra point.... ·c~t la lille Je cel élran,·or~ 11ue ,:a mard1e. Et le, TJelJ//J •?
"l'\étal,li J1·pui un an i, \'crtbis, ,ou~ .a:-- li ont un hien l,el artide là-&lt;le~~u~, el iez .... li ~c nomme Albw cl habite en fate
Je la l,outi11u,i dt• madcmoi,ell, Clair, ....
plcrn J'c prit!
- El la G11:;;e//e de Fm11ct't
- Je mi -, Mai tout 1·cla .-c~I ile la folie ....
- lln n'a pa o.•: · tourber.
E_ t:c · que, par ba,ar1I, mu· prl'odri •z au
cr1ru cc~ l,illl'll'•UC ') ...
- Ah! ..•
- Il y a aus. i 1111 décret important : le,
- ~lai· oui. ll'autanl plu~ ....
églLc~ ont rendue au culle.
- E l-ct• '[~e ,·ou ,ou~ en inqaiét riei?
- llon. J'admire comme no "0UYern:111Ls llo~ ehc: Alem, que celui qui e,1 an pé'entcnde~l ;1 _orJonner de Jaire c~ 11ue dt'.ji, che 1_111 ,ie1tc. la prc~ière_ pierre. Il a ,·ingt
·hacun la•~·,\ oyez depui · combi1·n dl' temps ans, 11 ennuie ctse di trait comme il peut ....
Pomerol cc\ •hre sa 111c e tou, le· matin 1:t .\ çm,.._t an._, _,ou, faisiez d_e même. La petite
c~mmeut, . depuis plu icurs mui , d1ac1ue )~a~eehne, 1r1 pre:;cnle ·011. le. Lr,1it d'une
1h,mand1e, 11 c~1ant7le ol1ice en public. Les \lei.lie r~mme, 1·ou plaisaü fort... mais
1k'?'?L ne . era1cnl-1b que la r~conuai .aucc mo10 11ue k rnp es. Faite~ ,·o,a•,er 1·01rc
ollic1elle de faits bien établi '! Ln ce cas .... neveu. il c guérira .... Loin de• 1eu. , loin
du cœur.
•
li rt'•llécbit un in tant el ajouta :
- \'ou en parlez ùicn l ;gèrcmenl, ma
- Pa lien 1• l . . Le catliolici me fait un
100 11 détour pour r ·Yenir chez nou · mais il lionne. La tbo,e ,aul pourtant qu'oq · · ,1rre,ienl. . ·ou \Oici bientùt au 11 e iè~le. ~Ion rêtc. Madarue de Fon ·pe}ral en e ·t informée
amie, peut-ètre verrons-nou · licaucoup dl' cl a fa_il de terrible. cène à son fils, qui a
cho_e intére ,,ante,, ,ln uou\'eau cl du re- courbé_ la _tète ou. l'orage, maki n'a point
nou,cau. Je T.1gcrais volonlier . qu'il ne e renonce. Bien plus, Martial m'est \'enu troupas t•ra pas dix an. avant qa le _aint- ·acre- \'er et m'a prié d'être on :unba. .-adeur aumenl ne soit d1:red1ef promené dan· nos rue. pr'•· du ùonbomme el de lui demander, pour
mon nt·\·cu, la main dn a fille ....
sou un Jais &lt;le vclour .. Car il n·c~I ri •n J
0

0
•

�fflSTO'RJJ!

AMES D'JtUTR,E'FOlS _ _ ,

St fouvanl cvnlt1,lr son h11e&gt;llon, /i.itc,ine 1'cnfuil :t.111s le jar Jin, tc11J.1~1 guc le m.1r-111is s'en allJi/, ~
jront

t.is.

~ladame Je Purr:itcau édala &lt;le rire.
- (}1, lo~· •2-moi un peu œ litu'&lt; célahatairc, ce méchant J ILilornphc, rel om·lc ori inal cl grognon jouant le· amba~sadeurs matrimoniaux l... llài: c'est à pouffer, mon Lon.
ll'Ii, c'e.l à pouffer! ...
- Eh bien! moi, je 11 • ri. point. El j'irai,
par la ruorditu ! d j'irai! D'abord parce 11ue
je 1:ai promk ...
- Uelle alfaire! Une prome e? ... Plîf! .\
un neveu, ça ne compte pa •.
- Taule·· le prome sr comptent. Et enuite, mus 1• dirai-je? je me foi un grand et
malin plai ir de taquiner m:i coujne Françoise. La îO)ei-rnu quand die apprendra
ma démarcb , et ~on fiL très olennellemenl
lié'/ Celle malice me console de ennui· que
je vai endurer: ch, oger J'bahit L Je chau ·ure, mellre un chapeau et nouer alcc plu
de oin ma cra,·atc .... Sans compter fa l'On,·cnation a,t · un inconnu qu'il va me falloir
décomrir, j'entends pénélrl'f jusqu'en e·
plus profonde p,·n ées ....
Il raillait, sou mot, malgré le peu d'inquiétude qui perçaiL sou cc mob lé"trs.
li pour uh·it :
- lais il I a 111icn1. vtz-,·ou re que
j'ai ré.iolu? .. : N'ou, vou ne le de, inericz
p:i· .... C'e·t de \OU.S a~.ocicr à mon cnlrepri-e, c'est de fa.ire de ,otts ma cotn)llice li
de vou · .clore ain ·i la !touche pour le c:i~ où
wus me voudriez gronJer ....
- Comment? ... Comrurnt? ... fit la comlt!~se amu ée cl curieu,-e.
- \'oilà : nou:, tieudrons Lille tt la dcmoi_;elle Broch ·leau el nom, lui joueron un bon
tour en ollr:int asile à l'amoureuse de \[artial
el même, qu •diable! à .on 11ère, i leur re-

(Pai;e .,•,.)

JIO · c~l iucn:ir.j par les intri"ues de maJa111e
Françoi~e, - donl je rue méfie. Je ,ous a sure, mon amie, qnc re . ra piqu:u1l cl m1gnifique de 1:uus mir en ctlle po·ture de
i;onjurt'.·s par a111our de l'amour ....
11 rit. La comtes e larccline • 1clan1a,
joyeu~e :
- ll:imc! c·l' t une idée .•. une idée folle,
extrav:irr:mle ... mni. il e,l con~tanl que parfoj._ ce .ont les projets le~ plu· b:z:irre 11ui
réu · h, enl le mieux.
- \'oilà une oh,er,alion de philowphe.
Mon aruie, je ui~ rontenl de ,ou..... ignon ·
le pacte.
Et il offrit ,a tal,alièr~, où le doigt de la
comtesse pubèrent nmpkmenl.

M. Ùl! la Moll'!'nine 'en allait chez Al!Jos,
l\sprit fort confu~.
DéJti rennui .c glhail dan wn àlnc cl
alan!!1Ji,sail a ,oloalé. Qoand il ap,rçul Je
clocber de Yerlbi·, il .e gourmanda prc que
trèlre Jidèle à a par11'c. Au c.arrcfour des
Quatre-Cbemins, il c rt procha d'a\OÎr trouLié ~on tranquille é0 obme .•.. Et pour qui 1
Pour un enfant amoureux, pour quelque tille
wlle cl nicc, engoncée dan ::;e · préjuoés
comme dan ·e babil ! .. . ependanl, il
avançait .... Yoici le lmurg, la place du )linage, la maison de .il!Jos.
~L de la Mouraine ~oupira l'n .oulevanl le
heurtoir ...•
- L~ porte grinça, s'uurril et déma ·11ua le
frai n~age de Kalerine.
Curieusement cl ,ile le marquis examina
la jcunt fille.

li la vil "raode, arec des traits menfü, de
cheveux de soie blonde, dei ·eux pâle et
Iran lucide,, un teint pétri de neige el foihlemenl ro.é. Le Nord tout enlier ·e ré,·élait
dao~ œs prunelle~ sen,l,lal,le ;1 ùcs lac
lran11uille , dan~ la blancbeur lactée de l'es
dent 11ue lai. sail cntreYoir la lè,·re un peu
1·ourle. dan. la ligne ltrèrn du nez et la prot'.miomœ du fr,1nl carré.
Il parla. Elle lui répondit el il reconnut la
llollandai'e dan son accent Ferme. lenl cl
sourd. Il uhit le charme de s:i gri'1cc lll)l-ltc
rieuse. de a raideur naturell qui 'har11111ai ·aie11l a,·ec la ré ·erve de on maintien, la
.oliriété de ~es ~c te el de r altitude,. Et
il ~c !latta de cc que .on nèYCU arnit eu le
~oùl . tir cl délicat.
'ans embarras, avec une dignil6 gracieuse
cl louchanlè, Katerine expli1p1a au ü ilcur
rnmmeal on père, fort .ouffraol, ne pourrait peu t-ètr pa le rt!cc,nir. El elh• l'introdui. il clan· la petite alle où elle le pria d'a_Llendre la répon~e d'.\ILu. qu't•Jli&gt; allait pr1\rcnir. Entre temps, M. de la lonraine :e
nomma. L:i rougeur rurti,e de la jeune fille
et ~lln ,if mooremenl de .urprb.e, vile réprimé, lui pro11\èrrnt que on tlt'vcu a,.1it
parlé Je lui. Et le marqui · rc~arda :t\CC plus
de ensihilité la jeune fille qui . 'éloignait,
tandis qu'il trouvait tr'• · in!!lllier d"ètrc l:1el
de la r &gt;connailrc parlnilemenl pourrnc de
ôràce el d'honnèlclé.
l\aterinc rrparut. ..,011 père fai,ait ·a,·oir i1
M. de la lfouraine qu • la 111:ilauie le retenait
à la chamurr. Il priait le 111arc1uis «le l'y ,cnir r&lt;&gt;jo:nùr &gt;, ce i1 quoi )1. de la Mour:iine
'emvrr. a.
Il n'füit point de ca.hini.Le plu rahioisle
queJran-Ilapli. le AILos. Sa maigreur e:i:lrème ,
-on extraordinaire pâleur, . a liouche toute
pareille à une longue cl mince l,:i]afre, ~c,yeux noirs au re":ird aigu, on attitude, .e;;
"e te , a Yoix, Loul di~ait la dorelé du cal\'ini:,,me eoml,ati[ dont il étail l'ima~e. Le
marquis, vhilo opbe el "ascon, en fut p~e qu~
troul,lé. Pourtant il reprit vile on a ielle
el accepta le ~irge qu'Albo lui ollr:iil avec
une froide polil~.c.
li. tlc la )fouraine aI:Ül ré:-olu Je no point
emmêler dan· de fade., circonlocution le récit quïl voulait foire. Et, tout de uile :
- ~lon~icur, JiL-il, je , ien- remplir auprès Je vou une mis ·ion qui vou paraîtra
e1traordinaire ....
AliJo. 'inclina un peu, regarda ~:in· curio~ité el, alacial, dit :
- Parlez, mon icur.
- Mon i ur, j'ai un ue,·eu, le liaroo, le
ci-devant baron )farûal de Fonspe1rat. ...
Albo esquissa un v:inue ge~Le d'ignorance.
- ... c•e~l un beau garçon el un bonnète
!.tomme .... Je pourrais dire uu gentilhomme;
mai , :t dt!_,ein, je n'!:u1pluie pa. celle ~pi1bèle, laquelle, au temps où nous sommes,
pourrait être fàcheu.ement interpréléc et qui
donnerait peut-èlre une fau .e idée de son
caractère. Mon nen:u e l une à.me trè:. libre.
li n'a d 'allaehe a,·ec le passé qu'autanl qu'il
en faut pour le relier au prbcnt. li a du

cœur. a fortune le mettra, inon incontinent, au moifü plus tard, l'll belle 'ilu:ilion
de propriétaire terrien ....
:-- ~lonsicur, tlit .\!Lo an:-~ rruelque ennm cl uu prn de hnuleur, je ne vois pa, cc
If\!(' ..• ,

L~ marqui cul nn geüe.

- .\!tendez. Or, mon newu aime votre
tille ri il s'en rroil aimé.
- \la 1·11
•
1 e1
· •·· cria
.\Jbos, qui• .e dressa.
1
fa fille ....
~ - _Oui •. mon ienr, \'Olrc tille, madcmoi,ellc lialerme, répéta le m:irquis, tri·, calme
et comme s'il se fût agi d'une chose tout à
foi! ordinaire. Oui, monsieur. il raime et
par mon entremi~c, rnu demande sa main'.
- Ya fille! ... di.ait encore ,\Ibo saw
t
'
trouver d autre parole.
, ,Il ~lait comme suffoqut1 par le mal ou
~ t•mot1on. l'i porta la main à on r1rur. Pui·
11 pencha la tète et se recueillit. L'ne d,iulcur
pas~a ·ur - 011 ,·i.a"e CJUi se durcit encore en
. e conlraclant. Mais il e remit el r!'oarda
.\1. de la llouraine qui, en ilence allenJail
• - dY_oilà qui est iinpré,u, en; (M, mon~
,cur, 1l Alhos, tout i'1 f:iit impré,·u .... Yotre
nrwu c.. l .::m. doute de la lleli!!ion?
:-- ~on, mon ieur. li c l bon catholique.
\lais ....

- li uffit. ,Je c.lis non.
• - • a mère l'a dit au i, mon. ieur. me
Jure_ que ja~ais e!le n: lai sera perpétrer ce
niar,a"e. lai m01, qui ,·eux le lionbeur de
mon_ 11c1·eu, comme sans Joule ,·•Jus Youlez
et lm d~ votre fille, j'ai ré olu d'y trarniller
L'l de 11~ c~lendre a,·ec rous .ur cc point. ...
- \ ra1meot, mon ieur, dit Alho awc
dureté, rous nou ju"et. d'étrao"e orle nou
autres cahini·te, pauvre cl roturier .•Pourquoi donc avez-vous pensé 11ue J. e consenti. r, ne vou mellrz pas rn
ra,.?... , Moru;1eu
pemt', non plu que la mère de rotre ne,-i1u.
'f~aJ1quillisez_e· c~p:il_. _'il n'y a\'ait pa·
nu Ile ol, tacl · à. fa re::1IL•a l1on de celle extra,a .,.ance, soyez rusuré que j'en créerais, mon.1cur,_ afin rpie, de mon ,ivant, celle union
aliomrnable 11e puL e s'accomplir . .,.
- Oh! ... mon.ieur! ... fil le marqui,
l'hoqué par ce derniers mols.
- Oui, mou 1eur, abominable. Car ne
srrait-ce 11as raliominalion de la désolation
1111c &lt;l'ohL:ir i1 la rrholité d"un . enlimenl et
po_ur lui, d'ouvrir une brèche dan la mu~
raille. dan.s fa ~:iinte muraille 11ui noü sépnr~, nou Je. nai. croyants, nou le per.érutes, de no· peréculcur ·? ... ;'\on, monsieur
œ crime n.e e commettra pa..
'
Il eut un geste, bref el tranchant comme
uue épée. a voi. a,·aiL le· onorilés des cuiHes dt• balaille. Il poursuhit :
~ (Juant à m~ fille, je .1·eu1 l'interroger
Ùinant 1·ous, monsieur, et mas urer que votre
lionne foi a été oo n'a p:is été • urpri c.
li -C _I ·~·ai alla Yer la porte et appela :
- KetJe, ...
Cel~ manière de confrontation parut" nu
~arq_u, · .tout à fait_ hors de propo . il .se
,r.11~1t ené, mal are qu'il n'en lai .• àl ril'n
para tire.

« Chez nous, pen nit-il, on e t plu di _
crel ·ur ces sorte dtl choses. On n':i pa coutume _de discuter deYanl le per,:onn;~ du
,~:xe, Jeune' el innocentes, • ur les affaires
d ai11ou~ et d~ mariage, pécialemcnt 1•n pré. cncc un Lier,. Ce . mœur~ tlu . ·ord, qui
~ulr~fo1 ne ~e cbor1uaicnl point, m'offen.er:i,ent volonller .... Au demrurant, c·esl
peut-être ici la naie lionne façon de .... 1&gt;
K:iterine était là.
- J'apprends., ma fille, dit Alhos, que
~ou~ rous 11_le li_ancé' à un jeune homme que
Je ne connais pornl, le haron Martial Je Fon pcyrat. fat-ce e. act '!
Uo ~·oile Je pàleur ·é11mdi1 sur le 1·i~age
de la Jeune fillt!. Toutefois, ,on reT.ird ue
vacilla pa~. sa rnix n'eut aucun lrcmblemcnl
quand elle répondit:
- li e l nJi, mon père.
- Où l'avez-vous connu·!
. - _Ici rnè~c, à la _fenêtre pr' - de laquelle,
d hal11Lude, JC travaille .... ,fe l'ai aimé dè·
11uc j,· l"ai m .... li m'a dit . un amour. Je
lui ai amué le mien .... JI a me leltl-e
comme j'ai ltli- . iennc .... .'ou, ,omme. cnga0é..... ll,•,·ant notre Cbri~I. j'ai juré c.le
n'èlrl' qu·à lui.
- S,\\Ct.·\'Ou. qu'il n·c. l pa Je . la f\l'!iion?
- Je lt! ·ais.
- f,t cela ne YOus a pas arr~tr°:•?
- Noo, mon père,

?

Alfos "!i.iila. frl:J. 111t.tit.2 cn,ore. Il i-onnul ,e ,1r1e.
11!S-lu .il()r.,, Il av.:ill lf~vrc! : l"inqufrluJe d l ' in1l•
CIS{OII , /: co11~11.1 le .1/11/ Uvrr •• _ tP:ii.---c ,i(,.\

Elle ~arl?il a,·ec.une telle fermeté qu'Albo
en parat. 'ail . urpr1s. Alo"", durement:
. - )la fi!le, dit-il, vous avez oublié notre
Dieu et I ,- outra&lt;re:, dont les papistes l'ont
abreuvé. You ayez oublié vo ancêtres qui

on_t souffert el cem. qui sonl morts y1our la
s::mle cause .... C'e.l ici un crime de l~sclidélité clm&lt;tic1111e ... . ?\ou- eo rrparlt•ron ..
\'ous êtes liure de ,·olre cœur. l11,re de le
jeter à... a qui bon ,·ous . emhlc. (.!u:int ?i.
~olr~ per~on~e. j'ai ·ur ell" de dro11i: 11ue
JC lien de 01cu lui-m,~me. Ce~ droits ne llécbironl pa de,anl vo. coupahl · r,~l'erie · ..
L'homme •JDl' vous aimez l'Sl rirbc, noble et
papi.te. \'ous, rnu · n'av z ffUe YO!rc foi et
roi l'e Yertu. \"otrc foi ....
li eut un ge~te douloureux d'amèrl' irn1ui{&gt;tudl'.
- . .. \'olr,' Yertu.... l,'a,·l'M·ous bien
gardée?
- Oh ! mon pt·re !.. . Eu Jouteriez-mu ?
Et Ioule la délicate pudrur de ln jtune
fille monta sur ~on ,·is:ige en 1inc rougrur
ardcnle.
- . All~,, ma tille. flappelrz-rou ciue ,·ous
a\'f/ mulllement cng:i~é votre p:tro!c. nap~el~z-,·ou que vou êtes coupahle dl'\'anl le
Chn~t. füpentrz-rnu ~. Oubliez. Vou· n'épouserez pa monsieur de Fon-pe}ral.
-. Je ~ow oli~irai, mou père. 3Jai f aimer:11 LoUJOurs celui 11ue j'aime aujourd'hui.
- .\liez! fit violemment le pt'•re en conoé0
di:int sa filll•.
En ,érih:, )L de la Mourt1ine était fort
troublé par celle ~cène qu'il n·c11l point imaginée telle. La brièreté des paroles, la Froideur implnc:ihle d'Albo,, la ré cr,·e et la fermeté Je J\alerine étai •ni pour le confontlrt•.
Pourtant il ,·oulait parler encore el ue pou rait
'l ré oudrr.
Allios rompit ce silence péniLle:
- - .\Ion. irur, dit-il, ,·ou. le \O\' 'Z. notre
entretien doit 1:acbeYer ici....
•
- lu mot t•ocore, de grâce, dil le marl[IIÎ . Mellon · que ce ma~foge ne se fora pa ,
de ,·otre con.eatemenl m de celui de la baronne. Mai~ il n'1 a point apparence que,
pour cela, rc· ct1rants Cl! ·enl de 'aimer. Eh
bien! mon ·ieur, c'c!il ici tJUe mon affection
JIOW: mon _nc,~u el mun inclinahon pour \'Oire
cns1Lle Katenoc ,oul se montrer. L3iS,elmoi YUU pré,enir : ma co11!'inc de Fom-peyral e l une terril,le femme; . ans connaitre la
fiancée de son fil·, elle la ha.il. (1 n'e t pas
douteux que, pour en détacher llartial, il ne
,cra lllOJPn, el ublerfuges cruel cl Jélourné · 4u·c1te n'emploie.... G:irdez-,ous
d'elle, mon ieur. surtout gardtz-•n \'Oire
lille ....
A.Ibo_ é_Lail allentif. on regard 'inquiéla.
On dcnna1l que &lt;le p,-nsé - gra,e nai~sa.ien t
en lui à mesure que le marqui parlait.
Cel ni-ci répéta :
- El!r !!.!il capable de Lou!, monsieur
pour détruire la pa sion de Martial. Prell(';
garde.
- ,1onsieur, dit enlia All,o., je ,uu~ dois
remercier de \'OS ari et je le fai eu toute
. incérité. CP. 11ue. vous ~e dit m ·explique
des chose _que JC cro ·a1 pre que inexplicabl~ et q_111 se pa ~ent a~lour de moi depuis
plusieurs JOUr . Quand J ai franchi la frontière, arrivant en France, je me ui dit :
« Me \Oilà ur la terre de la liherlé. Le e~-

�111STO'J{1A
prits sont libres, les homme· sont egaux et lriomphe de sa cause. Le reste est peu ou
frères. On y vil heureux. &gt;&gt; Or, monsieur, à rien.
- .Adieu. monsieur, dit le marquis a,ec
l'encontre de ce que je croyais , voilà que les
vieille3 persécutions ne me semblent pa, tristesse.
Et ils se quittèrent.
ét«•inles, puisque j'en ai éprom·é et puLque
j'en éprou,e chaque jour la continuité. Ce
Dans le corridor, le marquis trouva Katesont, autour de ma maison, des bruits rine, qui t'attendait.
étranges qui troublent notre sommeil. Ce
Elle avait le visage serEin, les yeux calmes,
sont des lettre' qui nous disent des injure . l'air grave et doux. li ne semblait pas que
Ce sont des ligut·es obscènes qu'on trace sur son i\me rùt troublée. M. de la Mouraine lui
notre porte. Ce sont des choses dégoùlanles prit les mains arec un geste tendrement padont on marque notre seuil. Ce sont des me- ternel. Alors il la sentit" tremblante et vit son
naces criées à voix haute, de· grossièrct!Ss regard se mouiller.
proîérées tout à coup par un mendiant chari- Mon enfant, lui dit-il avec une feinte
tablement accueilli. L'autre jour, on a intro- bonne humeur, sachez bien que le rieux
duit des plantes vénéneuses parmi les berhes marquis de la lfourainc, ici présent, méchant
potagères qu'on nous a vendues. IIier, on a Lonhomme, dit-on, et sans cœur, rous aime
glissé des. couleuvres dans le corridor de ln sincèrement pour lui et pour son neveu. Si
mai~on. r ne des dernières nuits, on a lapidé vous ète dans la peine, en quelque peine que
les contrevents de nos fenêtres. Si cc n'e l ce soit, dites-le-lui, faites-le-lui .avorr. ll
pas aux réformés que vos compatriote&lt;; fonl ,·ou tirera d'ennui, autant que :;es forces ou
la guerre, c'est peut-être à la liancée de \'Oire son argent le permcllront. ~e l'ouliliez pas.
neveu et à son père, qu'on juo-e faible, parce
Les larmes que la douce Katerinc retenait
que malade .... Cela est odieux. Le premier sous es paupières glissèrent abondante el
magistrat de votre petite ville ne Lient nul lourde sur sa joue en Oeur. EUc agita ses
compte de mes plaintes .... \'oilà, monsieur, 1èvres el oe put parler. a poitrine se gonOa,
oit j'en sui~ .... \'ous me lrouvez très pénible- son vi-sa o-c pâlit. Dans le bouleversement de
ment ennuyé el perplexe.
son âme, elle hochait doucement sa jolie tête
- ~lonsieur, dit le marquis, triste el avec un geste répété de remerciement. Puis,
grave, vous le vo1ez, mes pressentiments ne ne pou1'ant contenir son émotion, elle s'enfuit
me trompaient pas. lie· concitoyens sont de en courant dans le jardin, sans doute pour la
Lm·es gens tout à fait incapables de si cacher, pendant que le marquis ouuail la
odieuses prali11ue . Mais il y a madame de porle de la rlle et 'en allait, le front bas.
Fonspeyral, . es œunes obscures et f[uelques
mi érahles qui lui ont dérouÉs. C'est elle
XI
dont rous entez les effds .... Gardez hien
votre Jille, monsieur Alhos !
Albos médita, pria, médita encore. Il con- Eh! monsieur, quel mal lui pourrait- nut ce que ju qu'alors il avait ignoré: l'inon faire? Nous ne ommes plus au temps des quiétude et l'indécision. li consulta le Saint
enlèvement clande tins, el les lois de la Ré-- Livre. 1~aïe lui dit: &lt;« Votre force e t dans le
publique n'abandonnent pas sans doute com- silence et dans l'espérance. n Jérémie lui cria
plètement, je veux le croire, les hommes pa- sa douleur: « La terre que j'avai choisie
cifiques à la merci des méchants? . ..
pour mon héritage est deYenue à mon égard
- Heu !... heu! ... elles ne les protègent comme le lion de la îorùl. Elle a jeté de
guère. Et j'e Lime que la \oigilancc per~on- grands cris contre moi. c·e L pourquoi elle
nelle el l'art de e défendre valent mieux que est maintenant l'oLj&lt;:L de ma haine. 1&gt; Mai le
Les lois soi-disant protectrices ....
Psalmiste l'apaisait : « Le Seigneur est ma
M. de la Mouraiue se leva. Albos, debout, lumière et mon salut: que craindrai -je'! ... 1&gt;
hù tendit sa main osseuse el froide. Le mar- Et la philosophie de !'Ecclésiaste concluait :
quis y mit la ienne, mais ce contact lui fut «&lt; Toutes choses ont leur temps el tout passe
si pénible qu'il !"abrégea.
·
sous le ciel.... Il y a Lemps de pleurer et
- Je souhaite, dit-il en se dirigeant vers temps de se réjouir; Lemps pour aimer et
la porte, que la paix rentre dans votre logi~ .... temps pour haïr .... » Enfin, au-dessus de
Je souhaite surtout. ... Mon ieur, on a rn de toutes ces paroles, il rntendail la grande voix
du Christ qui les couvrait toutes : « Bienheusentimentales histoires tourner au drame.
- Il n'arrivera rien que par la volonté du reux ceux qui soulI'renL persécution pour la
Seigneur, dit Albos de sa voix ferme el dure. j u lice !. . . » Et son esprit recouvrait le
Moi. je u'ai d'autre souci 11ue d'as,urer le calme.
(lll 11stlations de CONRAD.)

(A

Toutefois, ces angoisse ruinaient sa santi'·
chaque jour davantage. t.:ne peur, jusque-là
inconnue, le saisit : celle de mourir au milieu de la haine et du mépris des ignoranls
qui l'entouraient; celle de laisser Katerine
seule en pays ennemi, en butte aux persécutions outrageantes d'une population ironique
et brutale.
La prière et la méditation ne lui rendaient
plus la quiétude. Ses jours se passaient dans
l'amertume et ses nuits dans l'angois. e. Kate
ne sortait plus. Il ne lui parlait guère. La
maison -êtaiL un tombeau .ilencieux où erraient deux âmes, qui se fuyaient presque el
souffraient également.
ln matin, après une nuit d"agitation
cruelle, Albo · appela Katerine:
- ~la fille, dit-il, Dieu permet qu'en ce
moment je sois plu valide. Pui que Le mal
me laisse quelque répit, nous allons poursuivre le voyage que ma misérable santé m'avait
CorcJ d'interrompre. Nous partons. Envo)eZ
dire au propriétaire de cette mai on, par la
fille de service, 11ue je lui veux parler aussilùl.. ..
- J'y vais moi-même, ce sera plu sùr,
diL 1,ale émue et troublée.
- Non, non ... reprit vivemenl son père,
rolre sortie, Yolre démarche donneraient
l'éveil et je tiens à ce que nolre départ soit
secret. Alfoz plutot préparer nos bagages.
Faites diligence. Nous n'emportons que les
hardes, le linge et les livres.
Kate obéit sans rien demander de plus. La
femme de serYice étanl absente, elle put,
sans témoin, s'enfermer dans a chambre
pour prier et pleurer.
La révolte grondait dans son âme. Elle la
maîtrisa par la prière. Elle s'abandonna ensuite à la ,·olonté de Dieu et activa les préparatifs du départ.
Le oir, toul était prêt, toul était réglé. Le
propriétaire, payé pour six mois encore, recevait en outre, comme indemnité, le chétif
mobilier du calviniste. El le lendemain, au
peûl jour, l,ate et ~on père montaient dan~
la diligence qui preaail la roule de Paris.
La jeune fille n'avait pu prérenir le marquis et, par lui, son fiancé. Elle pensa qu'au
prochain relais ou au suivant la• chose lui
serait pos ible. Il n'en fut rien.
Ce même jour, dans l'après-dîn('r, Toinou
Gentil se présenta chez madame de Fonspeyral. Il renait chercher la récompense pro:i!ùse. Quasi folle de joie, la baronne la lui
remit et y ajouta encore deux pistoles, parce
&lt;[U'il l'avait rapidement servie.

.wi1•1·e. 1

Louise t'I 1.\, TEAC

HEN~Y ~OUJON ,
de l'A cadémie Jra11ç:zise.
~o

Madame
. ~a Sal'~ie et son duc sn111 JJleins ,le p,·e- ne peul se Jécrire. 1&gt; Les S01weni1·s de
Ycille encore dans l'ntelier de l'académicienne.
c1p1ces, dit un ver célèbre. La avoie n'a
Mme \ï~ée-Le Brun témoignent ingénument La petite-fille de ~fme Le Orun rrul qu'elle
P!us pour ducs que ses sénateurs el ses dépu- des sentiments cp1i firent d'elle une des pret~s. EU~ a con ervé ses précipices, conseillers mières émigrées. Je ais Lien &lt;J'te le lrcleur royageait avec l'Ogre. A la fin, le méchant
mo:rieur s'apaisa el se mit à jouer à la bad orgueil. Il ne faut donc point s'élaille avec la filletle .
to~:mer si elle exi"e que le chef de
l 'i.'dal se déplace 0spécialemcnl pour
Mme Vigéc-Le Brun n'avait jamais vu de rérnlutionnaires; elle
(lle. C'est un coin du monde hal,iétait habituée aux manières de
tué à la gloire. l.n "aroie fut ni\"ersailles.
Elle n'avait jamais yu
mée d'runour par François de Sales,
non
plus
de
hautes montagnes. En
par Rousseau, par. helley, par Bipassant le pont de Beamoisin, die
ron, par Lamartine, par lime de
se trouva en face de la nature alStaël, par George Sand. Ses paysapestre. &lt;( ~Ion premier sentiment
ges sont enveloppés de littérature.
fut
celui dela peur. &gt;&gt;Cela la chan[11jeune~crivain, M. Léandre Yailgeait de Trianon. &lt;&lt; Mais je m'aclat, nous invite à suivre aux bords
coutumai insensiblement à cc ~pecdes lacs et ~m· les glacil:'rs les traces
Lacle el je finis par admirer. n
. des poètes voyageurs. ttant aSi bonne roJ·alisle que fùt l\l
,,oyard, M. Léandre \"aillai est orportraitiste
de Ma rie-Anloinelte,
gueilleux; son amour de la petite
elle était, comme toute~ les dames
patrie s \ •xal te à l'idée qu'elle est
sensibles de son époque, une fille
dcrenue .terre de. France. Son 6o-éadoptive de l'lousseau. Elle revint
néreu~ 1me, écrit en pure langue
en ~a1·oie ,,ingL an&lt;: après, ayant
française, raconte les fastes intelvisité l'Ilalie, les Allemagnes, l'Aulccluels de la SaYoie. Sou l'appatriche, hl flus~ie, l'Angletc rre. La
rence do la petilo histoire, c'est en
me du Léman lui rendit une menfoire de la grande, el de 1a vraie,
talit1\ dans le slyle de la jfo111'ellt'
que Je rechercher avec ce zèle
lléloïse.
Après avoir peint toutes
pieux les Litres d'une province à la
les jolies femmes de l'Europe, elle
gratitude de 1'humanit6. M. Yailvoulut portraiturer la ,·avoie ellelat n'oublie personne parmi les
mème.
illustres pèlerins dont la SaYoie
charma le cœt1r. J'imagine pnurt?nt ~u'il ~·oue une prédilection parllculwre a la plus aimable et la
C'était une délirieurn inltrprète
plus innocente des visiteuses de sa
•
Clkht Giraudon
PORTRAIT D'.tLISADETII V1GE E, PEl NT P.l.R ELLE·)IÜIE.
Jela gràceque ~fme \'igée-Le flrun.
chère conlrée.
rG.ûerie ;Jes U//1.-es, P/or cn&lt;"~. l
!~Ile travaillait dans la joie. Plt1s de
Le souvenir d'Élisabeth Vicréesix cents portraits alleslent que son
Le Brm1 revient plusieurs fois
facile génie ne se torturait point.
sourir; entre les pages de son liur.
de ces Confessions doit réserrnr au fond de Ir dame qu'elle a peintes lui ressemblent
. ,~ 1 ~uto~ne de 1 i89, Mme Vigée-LI\ Drun
s_on plaisir un petit coin pour la méllance. tolltes plus ou moins , avec des yeux de rrazelle
Jomssa1t gaiement de la plus jolie o-loire cru'une
f
.
b
Elisabeth était plus que sepluao-énairc lors- et un petit nez frémissant. Elle légué
sages
cmme ait connue. Elle arait, il est uai un
qu'elle a fait Je récit de sa , ie. 011 s'organisa préceptes aux porl railistes : cc Ne vous rebutez
.
.
.
'
ma~vais man, qm touchait ses gains el les
autour du fauteuil de la gracieuse aï~ule une
?il:11t perdre au tripot. Mais Élisabeth, née intime entrepri e de librairie; la conteuse pas si f(Uel11ues personnes ne trouvent aucune ressemblance à vos portraits; il y a tant
1~dulgente el résignée, ne royait dans celle
eut plusieurs secrétaires. Il y a de l'arranae- de gens qui ne sarenl point voir. l&gt; Sa cliendisgrâce da sort que J'iné\·itable rançon d,00
mcnt dans les trois volumes que publia l'édi- tèle de beautés, d'un cbarme tout réuét:il
trop grand bonheur. Efie était belle fêtée
teur Fournier. Mais, malgré tout, l'àme même elle la connaissait comme une jardinière0 con~
illu~t~e; l'Académie royale venait de. ]'ac~
de la fragile héroïne, la plus fémiJriJJe ùrs nail les roses. « li faut, a-t-elle écrit, flaller
cue1llu à bras ouverts, tout Paris el tout Verâmes, transparaît derrière Ja buée de lillé- les femmes, leur dire qu'elles sont belles
sn_illes saluaient son génie, il lui restait à
rature. A peiue J.i fugitive était-elle dans la qu'elles ont le teint frais, etc. Cela les me~
faire quelques centaines de porltaits dan le
diligence qu'elle Lit la connaissance du jaco- en _b~11e humeur e~ les fait tenir avec plus de
monde de la cour. On s'explique que celle hini me.
plalSlr. Le conlra1re les changerait ,isiblecharmanLc femme n'ait qu'imparfaitement
Elle avait en face d'elle« un homme, exlrè- ment. li_ faut leur dire aussi qu'elles posent
compris la nécessité de la Rérolulion. EIJe
m~ment _sale el puant comme la peste. )&gt; ~ merv~lle; el_les se trouvent engagée par là
îut saisie de panique et s'enfuit aussitôt après
qui parlatt de mellre les gens -à la lanterne. a se b1m _tenir. &gt;&gt; Cette subtile et candide
les journées d'octobre. « A minuit, dit-elle
JI nommait par leurs noms ses futures vic- méthode, Eli.abeth l'appliqua à tous ses moon me traina à la diligence dans un état qui
time ; c'étaient Les personnes qui posaient la dèles . ·Elle en eut de formidables, qui ne l'in-

a ce;

�.,,

111S T0-1{1.ll
timidèrcnl point : bd~· llamillon, )faric-Caroline.
Lors1tu'clle peignit ,1mc d • lad, elle
la pr:a de d1damcr de, ver, p.-:ndanl la po:~.
Corinne ol,ri1. mai-elle s'aperçut tr\ rite que
l'artiste ne son"eait qu'à la peinturC'. « )lai,
\'Oth n• m'écoutez pas! o L:Cria Jm . de
:-1:iï.-!. ~li,:ibeth répondit : u Ilécitez 1011jour~ l o li en r(:. uha un portrait 011 Corinne
~emble avoir été joli('. - A nome, llmc Le
llrun rut i, peindre une Polonai•c int~re •
.ante, la comtc,,c Potorka. Cl•llc Jam \illl
1, l'ak lier an•c 011 mari. qui se retira aus~itàt.
~lme d, Potocka ·escntil en confianc&lt;'. «C'c. l
mon troisième mari, dit-('lle. m:ii · je croi
que je \ai rrprrodr&lt;' le prt•micr, qui me
rn0\i1•nt mirux, quoiqu'il ·oit ivro;rw. » i
1 elle rwr&lt;onnc-!:, avait po~é d!,!,ant La 'four,
le madré p•ychologuc lui aurai~ dérobé 11uel11ue ho,e de ·on moi '&lt;'l'ri:t. tli aheth, oplimi&lt;te el hit&gt;nreillante. n~ ~c troubla point
0

HENRY

\'JE OF.: P.\1\15

Ot:

t.'~lll'IRE, -

HISTO

•

ROUJON,

dr l'/l(o1:t/•11it /• in

L.t

-MOI

pour ~i peu. « J'ai p1•inl cette PolonaLe, nofü s~jour prolonrré IJUC je fi à Chamonh, j'ai
dit-elle, d'une manière trè, pittoresque : elle p int toute la li.,.ne de monta!!Ties entrecouest appu ·éc sur un rocher rou,·erl de mousse, pées de glacier,-; j'ai peint aus i toute la
vallt'•e. n One 'Ont deYenus le· deux cents
el près d'elle . 'échappent de. ca~cade ·.
pay~age où Mme Le Brun 'essap au rom:inLi. me ara.nt les romantique,~ u Elle choi i.. .\ &lt;oi,:anle an~. \I me \'i!!éc-Lc Brun était sait, uppo,_e a,~c rai. on ,, Lt:andre \'aillai,
toujours éi?nle :t elle-même, ~et toujours roya- dan cc chaos dé~ordonné, le . pectacle:.. qui
·accordaieul le mieu,: à ~a ,i,ion mesurée.
li,k, 11\l'C l'idéal de Trianon 311 rond du cœur,
La al'Oie la Lenla, &lt;'omm la .eulc grande C1• qu'elle peigna.il de prérérencc, cc n'était
dame. donl elle n'eût pas encore foil le por- pa l'~rchitecture de· aiguille·, de précipices
Mchi11ueté., m:iis un point des monta!!lle,
trait.
Elle vonlut peindre le monL Diane au bordée par un torrent, un bouquet d'arbres
pastel. Il se déroha. « Le .oleil couchant ré- superb s dan la prairie.... •·ous ne poup3ndail de teinte, dorée sur les bau!Pur~ von , hélas! qut&gt; rêver l'œu"rc de )[me L1•
de C&lt;'lLC ma e énorme ..Je ,·oulus peindre ce Brun pay~agi le. A-t-elle péri, ou .e t-.icbcren.-1. Je . ~i,-i;; IDl'S ra~tel,; m:ii .• héla ! t-dle dans l'oh curitct d'humbles collections?
L:\ rer.herche c l tentante pour un curieux.
impossible Il n'} avait ni palctl1·s. ni rouleur
Comm nl la délicate m:igicienne a-t-elle
11ui poi ::-enl rendre rc ton, radieux.
l~lisaheth n'en a pa moin con~ricncicu e- tran po. é en t?r.nLillcs e re snhlimc qui tout
mrnt entrrpris de copier la , a,o:c, a [)ans le d'nl,nrd lui aH1it fait peur?

L't;Cl,'Yf.RE DE CIRQlE E:f CO

n:m;

.A~TIQCE ET SO:'i JOCKEY. -

E /a'lflft :tt

CARLE

.il.&lt;~

,·-·rr.

LE DAUPHI

AU

TEMPLE.

CCollcc.:tiun Je ,\l. IIL:--RJ L.\\'l:n.,x.l

par .\IOITTE

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>�LTBRAIR.IE ILL STR.EE. -

J

LES

TALLANDIER,

75, rue Dareau, P

EDITE R.. -

32 e fascicule

Somma,re du

(2n mars

f QTI)

MAUR_ICE DUMOULl
~

Le ro'!lan de la Cirande-Duchesse ÉlisabethAlextevna . . . - - -- . - . -. . - - - . . .
Cn.1RLI ~DEL\ Ro:-., 1i-:1rn. La vie.à bord au temps des Croisades et des
pêlermages du moyen âge .
. ...
Vieux 5ouvenirs (1818- 1830)
PRINCE UE jOIN\"ILLE
T.ILLC.11.~. ·l' DES lù:AL\ · '. Madame de R,ambouillet .
PAUi. DE a\ lST-VICTOI{ . Néron . . • - - - - . Mémoires . .
GL~F.RAL OE \ hRBOT
,L\ t;RI• c Ut.llOULI', . •

;-3~

3.lo
3.1.1

351

J52

3,,

J.

l:011. ET
DE do.·cot.:RT.
.\1.\RCELLE TIN.\ \'RE HOIIERT FRANClll:.HLLE

Lou

E C11.1sTr-:AL

..

P. OE P.1ROIF.Ll.AN

-~-·

Le Petit Trianon .
Napoléon et la Reine Hortense .
36&lt;,
Comment on traitait la peste dans l'ancien
temps .
~71
Ames d'autrefois .
:i:.La fuite de la princesse de Hohenlohe-lngel•
fingen (1799).
:ull

ILLUSTR.ATIONS

TIRÉE EN CAIIAÎl!U ;

J .·B.

ARN'Olil, Tflpf'(IL\ïE REL_LENGÉ. Bon., Y, , \ BR.~llAI; ~~-- E.
11.1 S EL.\1_.
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LARl\'IÈRE., ~lAl"klCE L-Et.O11&lt; . L1r.:-.o:s, A,n..
C.\L\O, H.
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TUC'l\lAS Ji\', flE TRO\', HoR \ C.E VERNE1', IJ ER~IA:SN YOGEL .

L'J~lPÉR.ATRICI~ ÉLI ABETU DE R ·~ lE
Tableau de ~I•• \ 'i!lée-Le Brun.

.\lON:ERO )

Copyright by Tallandier 1910.

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Paraissant
te 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 134 du 20 mars 1911

ùe p e tit

I L'afibé Constanlln

t'OÎ

Lr lroi. fillrsde \1. Duponl

Rcman

Rom.,n
1•ar \nurc J.Jtll l B:\BI\ Jll ;J,R

j

Comédle en quatre ilC\a

HISTORIA
offr e

l'ar BRIEGX
.!t• l'Académie française

Par 1.ud&lt;,vic 1111 ,L:l"Y

C\'1' Joie conJugale!.: Le muri.
Gi:_ T,'-'E FLAl BERT. Le châtenu de Clfs.IEA" RICllEPJ:\, ù~ l'.\ cadèml~ lrarn;:a1 e.
onnet grec. -;- ~•HRtELE
d'A~ Nl'\ZÎ . La vierge Jaci nthe. - J EAN .-\JC,\ IW. &lt;:le l'Acaù~nue lra~~a1,_e.
Les billetS doux . - Ai&lt;ATOLE FR.A:\l..E, ue_ l°Acadenuc lran_çais~. ~c Jardin
d'E icurc. - Ge,· t&gt;E )lAt;l-'ASSA. 'T. ne vie. - L1 o,- pi ER:\. Rcvo te.

' on -

Il \RRY Le ca,ême de l'Islam .
AMII LE MAl-CLAJR. Le fum e ur
· .\11 c 11 i"1. l'RO \ïNS. La marc bond~ de dentell•fl·-:- "' ,1 H!II rc , E
AILLES. 1 a Belle a!-' bois d~rmont.
&lt;;LAt'D ► A).b l _. l'iote;. su~ 1 nmou r
:... ltrcu.ARi, (l',\l(J. HO). La reu1c. - J t i:lEH1. Pen cc . - 111wr,01œ nF
BA\ \"ILLE. Ballade pour le Parhiennc ••

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J. TALLANDJ E R, 75, nie Dareau, PARJS

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année (20 Novembre 1911 ), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception d~ leur mandat d'abon~
nement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute rannée 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
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de la Grande-Duchesse Elisabeth-Alexievna

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les üvres O tr. 25 ~Paris) et Ofr. 8 5 (Départements),

SU]tP'R_lME ~VEILLEUS E

En 179~, Catherine. JI de Ruuic songuit dcpuiJ deuil
ans dtji â fiancer son pctil-fils Aloandrc av,c une des
deu1t filin du prince héritlcr de B,de. Loube-Augusta
ou Fridériquc-Dorolhéc • Vou1 dlru à la me«, écrivit-clic alo.-. i Rounûa.naow, son agent aupru des pcl)tu cou-.s allcmandu, que je me charge votonti,rs d'acheve.r leur éducation et de les établir tou·1 u Jr.s deux.
L'inclination de mon petit-fils guidera son choix; celle
qui restera, jt chercherai à J' établir c.n son ttmps. • Le
3 1 octobre dc la mime annic, Ju dcu&gt;L pctitu prinCUS&lt;1 fai ..;ent leur entTie a Salnt-PètenboUTg. Enrrc
Aluandrr. et Louisc sc diveloppa bitntôt 11ne inc.llnation ltJ1drt, fful n•allait pas tarder i dtvtnlr de l"amour.
Le 10 mal 1793, Louise-Augusta, dcvcnuc, au bapt&lt;mc
orthodoxe, Elisabcth-Alcxicvna, est •olcnr.tlltment fiancèe au grand-duc, d qu,atTt mois plus tard, Je futur
cmpcrc.ur n'ayant que seize ans cl la future. impératrlcc
que. quatorze ans et demi, a lieu lc mariage. Cette union
a fourni à M . Maurice Dumoulin rocca1lon d'«rirc
une étude charman1c tt de tracer un exquis portnit de
femme, dans le nouvt11u volume : 'étudt1 ,t 'Portrait,
d'a11tr,foi1, qu'il vltnt de faire paraitre à la Librairie.
Pion. Noua sommes heureux d'olhir à no, ltctcur1 un
lmporla"t cxlrall dit • Rom•n dc la Grande-Duchusc
eu..1&gt;&lt;,h • •

« Je n'ai jamais rien ,·u, écrit Komaro\\sky, en parlant de la jeune prince .e,
de plus charmant et de plus aérien que a
taille, a grâce et se manière exqui es. »
Ce jugement d'un de ceux qui accompagnèreal Roumianlzow à Bade fut ratifié par
Lous ceux qui connurent Elisabeth entre
l'époque de son arrivée en Ru sie et celle de
son mariage .
cc C'e t une sirène que celte Mme Élisabeth, écrivait Catherine à Grimm; elle a une
voix qui va tout droit au cœur, el elle a gagné le mien tout à fait. »
« Si l'on eùl voulu peindre Hébé, remarque Langeron, on eût pu la prendre pour
modèle : jamai on n'avait vu réunir tant de
beauté, de fraîcheur et de grâce. »
« C'est Psyché », 'écrie ~fme VigéeLebrun.
... . Yoilà pou r 1c physique. Au moral,
tou • ceux qui l'ont approchée découvre11t
d'aus i rares el fortes qualilé·. « La boulé
d'àme et la droiture se li enl dao es yeux,
dit Prota off. Toutes ses actions témoignent
de a grande prudence et de sa ~a•rcsse. u
a on e prit el son caractère égalaient es
charmes, déclare Langeron, sa touchante
bonté ajoutait encore à tant du perfection :
c'était une prince-se accomplie. " Ces qualité idéales de la jeune fille n·excluent point
d'autr " mérites. a La jeune grande-Juche. e,
remarque Simon Woronllolf, est une pcronne bien inti!re;sante .•• apnl une Yolonté
à elle et fai anl la plupart du temps à sa

tètl'. Ou je me trompe fort, ou uu jour elle serva n 11u sie !"habitude et le "OÙl des lifera toul. » Worontzoff se trompait rnr ce vres, trouvant le temps de noter es obserpoiot.
vation sur ce qu'elle lisait et capable de
Le fiancé était-il di!me de rare mérites tenir une couver ation sur le ujels les plus
d'Eli abelh?Physiquement, on peul répondre varié . » Mai· si .Alexandre, au dire de Woatfirmati\"emenl et la rrrandc-duches e e t la. ronlzoff, a1·ail « le cœur pur et bon, tout
première à vauler sa tournure. « Le grand- porté ver le bien i&gt;, il était pares eux cl ne
duc .A., i:crit-elle à a mère, est très grand et voulait a 'occuper de rien i&gt; . « J'ai e ayé,
a. t-z bien fait; il a surtout la jambe el le ajoute+il, de piquer sa. curiosité en aiguilpied lrè, bien formés, qnoiquc SOll pied esl lonnant un peu son amour-propre, mais œla
un peu rrrand, mai il proportionne à sa n'a rien produit. JI ne touche jamai à un
grandeur. li a le cheveux brun clair, Il'.?
livre. »
·eux bleu , pa: très rands, mai non plu.
Comme Alc1andre adorait sa jeune femme
petit , de très jolies dents, un teint char- el qu'elle le lui rendait bien, le mrnage fut
mant, le nez droit a~ 'l'Z joli. n Ce qu'elle ne d'abord heureux .
di ail pa , et ce qui "àtl' un peu cet ensem« Je uis uuu·iée d'avant-hier, écrit Eli.able as ez séduisant, c'e t qu'il était myope belh à sa mère, je me trom·e parfaitement
et ourd. &lt;t li faut crier bien haut, dit Wo- heureuse et contente de l'être. » On voit dans
rontzoll', car il n'entend rien d·uoc oreille. » sa correspondance le reflet de ce jeune bonMoralement, c'était autre chose. Les qua- heur, dans les mille charmant enfantillages
lité naturelle de la grande-duchesse, que auxquels se plait l'amour dan quelque cla se
\'Oil.aient parfoi une trop grande timidité, de la ociélé qu'il se révèle el dont elle tait
confidence à sa mère.
Alexandre, ans ces e aux côté de sa
lemme, tient à joindre quelques mol , a.sez
bien tournés d'ailleurs, aux lettres pour la
margra,·e. « Le grand-duc A. , écrit Eli abelb avec one pointe de gaminerie (je m'en
vais lui montrer cela, parce qu'il e l à côté
de moi à e ca ser la tête à écrire au grandpapa, el il va . e fàcher parce qu'il veut que
je mette: mon mari. Je lui ai montré el il
me charge de vous dire que d'abord il a dit
qu'il rnulait You écrire que j'étai one méchante; en uile, ,·oyaut que c'e t une plaianterie, il m'a chargé&lt;• de rous dire nomml'ment qu'il m'a hai,é la main. Le voilà embarrassé comme un chien en voyant que je
vou écrL tout cela, il rit comme un fou en
voyant cela.) » Dans le décousu et l'incorrection de ,e phrases, on rnit comme le
rèOet d'une o-enlille lluerclle d'amoureux.
Ou omre leur lettre cl le gcand-duc 'en
amu e:

L'IMPÉRATRICE ÉLl"AIIETH.

D'apris un fortrait du Cal:inet Jes Estam~s.

Ua chère cl hoonr maman, écrit-il ;i la mnr•r:ne, le 1~-:!'.; dt-~emùr' J79-, YOU ' ne ;auriez
croire a me quel plai fr je :;ai is J'occa~ion :ùrc
que j'ai pour ,ou. écr'ÏJ'e, car malheureusement
Ioules l •s lellrt's qui a1Ti1cnL et partent par la
po,te son! ouver-1es l'l luP . Jugt•z, ma chère ma-

di.sent les un., un peu trop Je rroideur,
di enl les aulre', étaient soutenue~ pnr les olides mérite d'nue forte in. lruction. « Partie
de Carhuhe al'ec de forte lecture , dit le
grand-duc Nicolas ~Jikliaïlovilcb, elle con-

que je rn',unust· chaqur foh qu'on apporte
:1 IDil jolie pelilc femme (qui 111c
rend un ne peul pas plus heureui ile ,oir 1l;i11,:
quel eutlroil Jp l'em,•lowe on l'a coup :e el Jt!
le découvre loujour:, el d'une façon très rlaite.
\'ous ne saurrl'Z croi.rr, ma l'hère maman, comman,

wlrt! ]"HPièl

I\', - HISTORIA. - Fn ,:, 31

22

�111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
Lien nou sommes hcurem en;;emhle, cl tout ce
que je désire, c'est seulement qu'elle puisse ètrn
aussi contente de moi que je le sui' d'elle. 1u
moin loul ce que je peux ùirr, c'C$l que je l'aime
de tout mon cœur cl qnc je 1.àche de faire mon
possilile pour mériter SPS honlé$.

Les sentiments d'union entre les deux
époux subirent, peu de temps après le mariage, un dangereux assaut. cc Elle entraine,
attache et intéresse de manière à occuper
l'àme tout entière », disait d'elle la comtesse
Golovine. Cc redoutable privilège tourna la
Lête du propre amant de Catherine.
Trois mois après le mariage d"ElisaJJelb,
on vit subitement l'altitude de Zoubolî changer radicalement. A l'heure où la grandeduchesse vcoail rendre visite à l'impératrice,
le favori ne fai ·ait que soupirer. « Il s'étendait, dit Czartoriski, de tout son long sur les
sofas, avait l'air triste et semblait succomber
sous l'action d'un grand poids sur le cœur.
Il ne se délettait qu'aux sons mélancoliques
et voluptueux de la flûte. » Au jeu de Catherine, il avait des distractions impardonnables et jetait sans ces c de regards langoureux vers la table ronde où éla!cnt assises
les grandes-duchesses.
Tout le monde s'apercevait de cc manège,
sauf l'impératrice. « Un soir, raconte la
comtesse Golovine, le grand-duc Alexandre
vient à nous, nous prend par le bras, la
grande-duchesse et moi, et dit: cc Zouholî est
amoureux de ma femme. » Ces paroles, dites
assez haut, trouLlèrent profondément ÉILabeth, qui demeura confuse el inquiète.
Le lendemain, toujours d'après le même
témoignage, comme Alexandre et sa femme
devaient aller diner au palais de ofia, chez
le grand-duc Constantin, Élisabeth, prenant
l1 part la comtesse Golovine, femme du maréchal de la cour gr;md-ducale, lui dit:
Ce malin, le comte Rostopchine est venu conlirmer au grand-duc toul re qu'on a remarqué de
Zouboff; il était, en me rapportant cet entretien,
dan une agitation el un trouble tels que j'ai
failli me trouver mal. Je suis on ne peut pl us
confuse el je ne sai, comment faire : la présence
&lt;le ZouhoIT va certainement me gêner.
- Pour l'amour de Dieu, lui répondis-je, cal•
mez-vous ! L'éffel violent q11e tout cefa vous protluil ne Lient qu'à votre jeunc,se; vous o'a1•ez ni
gêne, ni inquiétude à re enlir : ayez la force de
volonté d'oublier cc qui a été dil et cela passera
tout seul.
La grande-duchesse e calma un peu et le dîner
marcha aSi ez bien.
Malheureusement cela ne devait pas passer
tout seul, comme le croyait la comtesse Golovine.
De plus en plus perdu de passion, Zouholf
prit toute la cour comme confidente. 0 s'épancha dans le cœu.r du comte Golovk.ine, du
comte Stackelhcrg, du comte Kolytchoff,
grand-maitre de la cour, du docteur Beck et
des princesses Golitzine, demoiselles d'honneur d'lfüsaheth. Il fit plus, il se confia à la
comtesse Schouvaloff, maîtresse de la cour

de la grande-duchesse, une intrigante, et s'en
remit à clic du soin de le rendre heureux.
La malheureuse Éli abeth vécut prndant
plus d'un an dans un étrange milieu, en proie
à des tentations, à des intrigues de toutes
sortes, épiée, surveillée, eircomenue. Eilc
fut, au témoignage de tous, admirable, el le
premier à le proclamer, cc fut son mari.
11 {crivait, le 15 novembre 1795, au comte
l\otchoubey :
La comtesse Schomaloff, le comle liolo1kiue,
que rnns connaissez, eL M. Miatleff ont tourné la

tète au corole ZouboIT cl l'onl fait entrer d:ms
une passion qui, tùt ou lard, lui cassera la tète. Il
est amoureux de ma femme depuis le premier été
de mon mariage, c'csl-11-dire depuis un an el
11uclques moi~. Jugez tians quelle position embar•
ms~anle cela duit mettre ma femme 4ui, réellement, se conduit comme un ange; mais pourtant
vous avouerez que la condai1r qu'on doil tenir
avec lm est furieu~emeul en1barrassanle, d'aulant
plu que toul le public en c t informé. i on le
traite Lien, c'est comme i on appromaiL son
amour, el si on le traite froidemen l pour l'en
corriger, l'Jmpéralrice, qui ignore le foit, peul
trouvermauvah(Ju'on ne distingue pa un homme
pour lequel Elle a des bontés ...
Eulin, ju. qu'à présent cela ,a IJien, gr:icc aux
con eils ùe Lons amis el aux princip1 s de ma
femme, qui me !'end hicn heureux pour mon
particulier.

Élisabeth, qui oc souffle mot de ces arnntures dans ses Jeures à sa mrrc, qu'elle savait être lue , fol enfin déli\'réc par l'impératrice qui, éclairée ur la singulière conduite
de son fayori, le guérit de sa passion rar une
scène comme elle savait les faire lorsqu'elle
était en colère.
Le comte Uatov Zouboff, remis i1 sa place,
n'eut garde, par la suite, d'ouLI:er le respect
qu'il devait à la grande-duchesse. El celle-ci,
après arnir beaucoup sou Ifcri, se con ola, en
écrh·anl à la margrave: « ~lonruari me tient
lieu de tout ici. »
Cependant, il ,·int un Lemps où ce ne fut
plus vrai. Sous quelles inlluecces là lassitude
se produisit-elle? On oc sait pas au ju te.
Tout au plus rcut-on deviner qu'a\'a11t la
mort de Catherine de · fri,·olités fàclieuscs détournèrent Alcxar.drc d'un foyer où Éli abelh
apportait un peu trop, peut-êlrc, de personnalité! G. Prolassoff se plaint, dan$ on journal, que les costumiers et les coillcurs aient
pri po session du prince. Après la mort de
l'impératrice, cc furent d'autres soucis, ceux
de la résistance au gouvernement d'un père
qu'il jugeait tyrannique et les exigences d'un
métier de c1 sous-oflicicr ,, , ainsi que le grandduc l'écrivait lui-mèrne à La llarpe, pui lts
angoisses d'être mêlé à une coospiration qui
devait abou tir à l'assa inat de Paul [•r le di!tournèrcnt de goûter les charmes de sa jeune
femme et l'empêchèrcnl de la con oler, comme
on cœur voulait l'être, lorsqu'elle connut
l'affreux malheur de perdre a petite fille.
i Alexandre, le 51 octobre 1796, écrivait
à. La Harpe :

« ... Enfin, je suis heureux à quelques
circonslance près. lia femme contribue beaucoup à ma atisfaction, ll la grande-duchesse,
de son côté, mandait à la margrave, - et
cela deux ans auparal'ant, le 6 juin i 704 :
- « Je suis si enc·hantéc de me deux cabinets de retraite que je ne voudrais pas ('Il
sortir; l'un est plus petit que ,otre cabinet à
écrire; l'autre pas beaucoup plus grand, mai
cependant un peu. Dans le premier, j'ai mon
clavecin el ma harpe, cl, dans le .econd,
j'écris : il y a une chcmiaée rt une gr?ude
table où j'ai Lout, des carpelles, dès papier ,
et c'es.l là que j'écris. Je suis Lien : vous sal'eZ
la sirrnification de ce bien. Jl
L; sentiment, chez la femme, du bien-être
qu'elle ressent de la solitude; les réticences,
chez le mari, lorsqu'il se dit si heureux II à
quelques circonstances prt)S &gt;&gt; ; tout cela ~Lait
l'indice que leur juvénile roman tournait à la
pro3e cln mariage.
.
Dès lors. d'ailleurs, Jans les ldlres d'J&lt;;lisabcth à . a mère, il e L bien moins question
d'Alexandre et Lien peu de leur amour; il
n'y a plus de place que pour un sentiment
qui fui toujours très ,if chez elle, mais qui
maintenant s'exJspèrc, celui de la piété
filiale.
... Lorsqu'en juillet 1799 lui naquit sa
petite Marie, l'amour maternel qui s'é\'eillc
en elle redouble encore sa tendres e filiale.
Elle écrit: « On me l'avait toujours dit et je
rnis que c'est vrai : depuis c1uc j"ai uu enfant,
il s'est ajouté un sentiment de plu à mon
excessif allachement pour ,·ous, bonne maman. Je pense que vous sentez pour moi, et
avez senti longtemps ayant que je puisse
m'en douter, tout ce que j'éprouve pour ma
fi lle, et cela me donne un sentiment de reconnaissance si exces ive. &gt;)
La plainte de son cœur meurtri, lorsqu'un
an après elle perdit l'enfant,« sa Mauschcn »,
c'est Yers sa mère qu'elle monle lamentable
et continue, en des terme qui font mal.
« Tous les endroit onl de même pour moi,
je l'ai vue partout, je ms sa perle partout,
cl je la sentirais tout aussi vivement dan un
cndroil tout à fait nouveau pour moi. Quand
on srnl un cbagria bien l'érilablcment, je
trouve que c'esl un faux calcul de C'hanger de
séjour : on porte son âme partout où l'on
va. 11
Elle la porta toute sa vie, endolorie par co
coup, et si, aux heures tragiques de la nuit
fatale où périt Paul [•r, elle se ré,·eilla énergique pour soutenir la 1'euve que brutalement
des soldats écartaieoL du corps de son époux,
pour réconforter la pens(e rncillanle d:Alcxandre, elle demeura, par suite, lor qu'Elisabeth
ful impératrice à son tour, allristéc et dolente.
Si, au dire de Montaigne, les empereurs el
le impératrice. aiment comme aiment cc les
savetiers », ils souffrent aussi comme eux et
peut-èlre savent-ils mieux qu'eux encore ennoblir la souffrance.
;\lAURlCE

... 338 ...

DlY~lOC L~ ,.

UNE BATAILLE NAVALE. -

LES FLOTTES FRANÇAISE

Gravure de

CHAVANE,

ET CASTILLAKE SE RENDENT u•iTRESSES
"""

d'après le tableau de Guorn. (Musée de Versailles.)

DE
L'ÎLE DE WJGUT

(13i7),

Charles de LA RONCIÈRE
dp

la

vie a' bord

au temps des Croisades et des pèlerinages du moyen âge
~&lt;\:&gt;

n
_Dè~ que la sonnerie des lrompeltes annon~1t _l heure du repas, les passagers se précip1ta1ent vers la poupe : les premiers arril'és
choisissaient leur place, sans distinction de
rang, autour du triclinium dressé sous le
gaiUarJ d'arrière. Le menu comprenait une
salade, de 1:agoeau ou autre Yiando les jours
gras, des po1ssoas de consene ou des jaunes
d'œuf les jours maigrrs, une pâle au fromage, du biscuit et du rio à discrétion.
Mais la viande, provenant d'animaux étiques
qu'on emportait comme vivres, était filandreuse et la chère très maigre.
Comm_ent en eùt-il été autrement quand
le gargoll~r du bord se chargeait, moyennant
trente-hwt sous par tête, de la nourriture
durant la traversée, du service et, en plus,

d~s droits à payer à la municipalit" 1 A Marseille, en effet, des restaurateurs, à l'exclusion
d~s patrons de ~avire, avaient l'tntreprise des
vivres et le dro1l d'embarquer gratuitement
un garçon par vingt-cinq pèlerins. On les
appelait ca1•9alores, et un savant auteur
présume que leur mauvaise cuisine serait
l'o~igine du mol gargote. Pour s'y soustraire, les dames el les gentilshommes dinaient
à part, d.10 leur cabine.
Si mauvaise que fût la cui~ine dt!s passager~, le_s rameur , à en respirer les e!Uuves,
subma1cnt le supplice- de Tantale. Assis
enchainés parfois à leur banc, ils dé,·oraien~
les pro,·isions journalières que leur remettaient trois distribu leurs cboi is par eux :
une once de fromage, un brouet de fèves de
pois ou de lentilles où tremper le biscuit, ~ne
fiole de vin ou de vinaigre coupé d'eau, par... 33g ...

fois du lard, cl plus rarement des viandes
~aoguin~leotes, presque crues. Un procédé
ec?nom1que ~our eux_ de c procurer un suppleme~l de nues était Je &lt;lescendrc3 en pays
enne!Dl : pcndanl que les hommes d'armes
rangés en bataille dans la camparrne paraient
à une surprise éventuelle, le r~meurs entraien~ dans les vi llages et, chargés de Lutin,
chassaient vers les galères les bestiaux.
Pour charmer la monoto:ie existrnce du
bord, les croisés et les pèlerins jouaient aux
dé~, plus_ so~~rcnt aux échecs, jeu de soldats
IJ!ll ~ffra1t l llllage de la guerre, mais qui
n était pas à la portée de tous. A.us.si les
?3r~cs, dès leur apparition au ne siècle,
Jouirent-elles d'une si grande vogue que nous
l~s voyons entre les mains des forçats vénitiens.
La nervosité des passagers, remarque le

�-

111S10~1.ll

------------------------------------'

P. Faber, s'irrite ou se calme suirant lecours derny pié dè long 1&gt; , possède si « granl vert11 disaient-ils elle s'est ouvcrle sous le choc
des astres, l'état de l'atmosphère el de la que, quand il se prent à une nef, il l"arresle des lames, el elle a péri corps el biens : seuls,
mer. Certains jours, à mir les passagers gais tellement qu'elle ne se puet bougier ne pour une femme el un enfant ont été sauvés. Si la nef était vôtre el chargée de vo maret rieurs, on les prendrait pour des frères. vent, ne po11r tempesle. &gt;&gt;
Légendes des bestiaires, crainte des pirates chandises, en descendricz--rnus? demanda
Luths, Oùtes et muselles, violes et guitartls
invitent aux chants el aux danses, à moins et récits terrifiants des matelots surexcitaient saint Louis aux naulonniers. - N-enni, ~ire,
r1u'on ne préfère lire ou rêver, assis sur le l'imagination de pèlerins ignorants en fait de répliquèrent-ils Lou ensemble : plutôt risbordage entre deux agrès, les pieds pendants navigation. Ajoutez encore que les oîûciers qu('r le nau[rage que d'acheter une nef qualre
sur l'eau; mais attention, alors, aux chapeaux, de marine leur inspiraient peu de. confiance. mille lhres et plus.
Mais il faut citer textuellement tout le
Plus d'une fois, - les témoignages en
aux lirrcs d'heures enrichis de pierreries ou
aux livrets de pèlerinage qu'une secousse abondent, - des naufr:iges furent évités par reste du passage de Joilll'ille, pour apprécier
arrache et qu'un coup de vent emporte. Sou- l'inleUigenle init~ative d'un officier subalterne l'un des plus héroïques traits de patriotisme
dain la scène change : plus tic rires ou de ou d'un passager. Certaine galère marchait et de charité d'un roi el d'un saint : « Pourgrares discussions i plos de gymnastique el vent debout sous de violentes rafales, sans 11uoy me loez-vous donc que je descende? de courses dans les codages. Les passagers que ,, l'outrecuidant 1&gt; comite et l'arrogant Pour ce, firent-ils, ce n'est pas geu parti :
somnolent dans un état de prostration lugul,re. patron consentissent à carguer la voile. « Le car or, ne argent ne peut esprisier le cors de
Le temps a tourné à l'orage. Les Allemands raffle cnîor$a &gt;&gt; Sous une « bouffée de vent 1&gt; vous, de vo tre femme el de vos enfants qui
cherchent noise aux Français, qu'ils traitent courte, m:iis périlleu e, le bàtimcnl se coucha sont séans, et pour ce ne vous loons-nous
de gens « orgueilleux, violents, les plus pa - sur l'eau et le faite du mât plongea dans la pas que vous metez ne YOUS, ne eulz, en
sionnés du monde &gt;l, et des querelles s'en- vague. La carène émergea. D'habitude, quand al'anlure. » •
gagent. Des ràle d'agonie montent de l'hôpi- la quille « se montre dehors de l'eaue, de
Lors dit le roy: « Seigneurs, j" ai oy vo~tre
tal, car c'est durant les bonaces, lor que cent il ne en eschappc pas les troi.. » ~fais 1e a,is el l'avis de ma gent; or vous redirai-je
l'atmosphère alourdie ne vient plus rafraîchir vaillant conseiller mit la main au grand timon le mien, qui est tel : que, se je descent de
le sang enfiévré des malades, r1ue la mort latéral « el le fi t tourner à pooge, c'est-à-dire la ner, que il a céans ticx cinc cens personcs
commence son œuvre. Cot1ché et cousu dans aYal le vent en moings d'un quart de heure. » et plus, qui demorront en l'ille de Cyprc
un suaire sur quelques poignées àe sable, le Le naüre élail sauvé.
pour la poour du péril de leur cor ; car il
corps est jeté à la mer pendant que l'as,isContrairement à nos haLitudes chevale- n'y a ccluy qui autant n'aJme sa vie comme
lanco psalmodie le Liber&lt;i me. ...,euls, les resques, le patron quittait le premier le Lord je fois la mienne el qui jamèz par avant11re
gentilshommes vénitiens ont droit pour leur en cas de naufrage : l'esquif promptement en leur païz ne rcnlerronl : dont j'aimme
dépouille à une inhumation provisoire dans paré par ses serviteurs attendait à la poupe miex mon cors et ma femme et mes enfans
le sable du lest des galères de la République. son « évasion &gt;&gt;, pendant que les passagers mettre m la main Dieu, que je feisse tri
Dans les fü\neries de l'avant, les curieux restaient voués à une mort certaine.
doumage à si grant peuple- comme il a
s'instruisent près des matelots, en relTardanl
Un roi de France, saint Louis, dédaigna céans. i&gt;
füer la sonde, « grant plonc très pesant attai- œtle barbare couLume pour n'écouler que son
Comme pour déjouer l'héroïque projet de
chié à une soubtile corde de mil pas de long. cœur. C'était dans les parages de Chypre. Un saint Louis, un vent d'une grande \Îolence
Par le plonc encrassié de sien (graissé de. brouillard qui trainait sur les e:uu rceulail 1t poussait sa nef sur la tôle chypriote : c;inq
suiQ, qui du fons rapportoit de la terre, on l'horizon les amers, si bien que les marins de ancres furrnl ~ucccssivemcnt emportées. Il
recougnoissoit la région et païs là 011 la nave la nef royale n'apercevant que le sommet de fallut abattre les parois de la chambre Toyale
se trouvoit. D On en usait souvent, dès que, la montagne de la Croix, Sta 1·ro Vou.ni, se qui, à l'étage de poupe, olTraient trop de
dans un remous, deux courants se heurtaient croyaient fort éloignés de la terre et par con- prise au vent: perrnnne n'osait y demeurer.
arnc violence, ou que la mer se marbrait de séquent en route libre. Un choc subit les La reine Marguerite, informée du péril, protaches vertes, indices inquiétants d'un banc détrompa. Jls étaient au milieu des brisants. mit un ex-voto à saint :icolas si le vent tomde sable ou de rocheTs à fleur d'eau. Les Un immense cri s'éleva : « Hé las! » et tous bait. Elle fut exaucée. L'éx-voto, que Joinville
11èlerins y trouvaient l'occasion de faire appel clac1uaient des mains « pour ce que cbascun s'était chargé de porter pieds nus de son
aux éléments de la science nautique ensei- arnit poour de noier. o aint Louis se pros- château de Joinville à aint-Nicolas-dc-Yarangnés par le maistre des histoires, Vincent de terna les bras en croix, &lt;&lt; tout dcschaus, en geville, représentait une nef gréée d'argent
Beauvais, et uniformément reproduits dans pure cote et tout deschevelé devant le cors de du poids de cinq marcs, avec toute la famille
leurs relations de voyage. En voici un &amp;:hanoslre-Seigneur. 1&gt; Le maître de la ner, Frère royale en statuettes du même métal.
Lillon: « Ahisme est une congrégacion d'eaues l\aymond le templier, fit jeter la sonde: «Ha
Saint icolas était le patron par excellence
si perfondes que on ne la puet comprendre. 1&gt; las! nous sommes à terre! ll gémit le valet. des marins du Levant, bien que chaque naAussi, la ûction des poètes, a"ec la compli- - (&lt; Et mi, ai mi! l&gt; hurla Frère Raymond, vire eût son saint « dévot &gt;l. Sur un retable
cité des matelots, eut-elle vile métamorphosé en déchirant sa robe jusqu'à la ceinture el de l'ég1ise qui lui est dédiée -0. Burgos, sont
l'abîme en une femme errant au fond de la en s'arrachant la barbe, ce qui ne fit qu'ac- figurées deux scènes de naufrage : le bâtimer, Charybde, qui cherche à entraîner le croître l'affolement général.
ment fait eau de toutes parts; tonneaux, balnavire dans des tourbillons aussi irrési tihles
&lt;! Sà, la galie ! » cria-1-on ao x quatre
lots de marchandises ont été jetés à la mer,
que les tornades de vents.
galères &lt;l'escorte. Aucune n'avança à l'orJre, les matelots étreignent en pleurant les màts
Parfois, un poisson d'assez forle taille les patrQDs craignant de couler sous le poids que secoue la rafale, tout semble désespéré
apparait dans le . illage du navire, et d'un de huit cents per onnes qui se seraient quand le saint apparaît à la poupe, et le
coup violent de la longue tarière dont est loules précipitées du haut de la nef dans la démons s'enfuient éperdu· dans la hune où
armée sa gueule, le troys, l'espadon troue le première galère venue. Cependant la sonde, un matelot les poursrul.
bordage. li y a un moyen de l'éloigner : c'est jetée pour Ja seconde fois, accu a plus de
Saint Jacques avait plus parlicu.lièremen L
de se pencher par-dessus bord cl de le regar- fond. La ne[ reprit le Ilot et on put se rendre comme pieuse clientèle les marins de l'Océ:m;
der sans crainte, les yeux dans les yeux. Si compte, au moyen des plongeurs, de l'impor- dès le xue siècle, des marins normands en
vous tremblez devant l'aspect terrible du tance de l'avarie. Quatre pieds de la quille danger promettent un pèlerinage à Composmonstre et que vous détourniez la tête, le avaient été enlevés. &lt;1 Les mestres notbon- telle. aint Pierre, le pêcheur d'hommes,
monstre surgit d'un bcind el vous entraine niers » mandés en conseil devant saint Louis était aussi souvent invoqué; lorsqu'on pa~pour vous dévorer sous les eaux.
conclurent unanimement que Je roi devait se sail au large d'une chapelle mke sous son
Un autre poisson n'est pas moins 1·edou- transborder sur un auLre bàtiment : pareil vocable, les trompettes sonnaient et l'équitable. Le moron ou rémora, qui « n'a pa
accident est arrivé à une autre de vos nefs, page poussait en son honneur trois grands cris.

" - - - - - - - - - - - - - - - 1..JI. 'YŒ A
Enfin, chaque soir, sur tous les navires en
mer, avait lieu une sino-ulière invocation
qu'~ pèlerin, curieux et observateur ne put
élucider. Apres que du haut du château d'arrière l'écril'ain avait é&lt;Trené une Jon!!lle mé1 .
l
o
o
opc'e en an~1e vulgaire, puis des Jilanies
auxquelles galiots et officiers o-enou à terre
' daient,
.
la prière se terminait
' 0
repon
par un'
P~tei· et_ un A,v,e ~lal'iayour les parents de
samt Julien. C clalt, pretendaienl les marins
en l'honneur de Simon le Lépreux, d'abord

patience,_ si pl~s d'un avait son juron favori
comme 11 avait son cri de &lt;Tuerre quelque
•
:,
'
c.hose malgr_e l?ut leur attire la sympathie :
c ~st leu~ p1éte naïve el profonde. Et il fallait un l1e11 moral bien fort, à défaut de discipline ri_gou_reuse, entre des troupes ,1u•aucune oLhgalron ne retenait au senice d'OuLreMer et qui pouvaient s'égrener tout le long
de la routé, à chaque escale, on l'avait bien
vu durant la rroisade de Constantinople. Un
exemple sufûra. A11 moment de débarquer à

EN PROME:SAOE ; -

appelé J~ien, qui_ reç~l chez lui le Seigneur·:
par son mtercess1on ils espéraient bon port
et bon ~te. - Mais, objecta le P. Faber,
pourquoi adr_essez-v?u ,·ntre oraison aux parents de samt Julien el non au saint Iuimême. - Il ne urenl que répondre.
, Qnan? le Yenl était bon et que la voile
ep?rgnrut aux rameurs tout effort, ils entonnaient un hymne de reconnaissance à Dieu à
la Vierge et aux saints. Une bordée rép~ndait à l'autre sans discontinuer, el ces chants
alternatifs étaient si suaves qu'ils triomphaient de l'insomnie des passagers, bercés
comme des enfants au chant d'une mère.
i les croisés n'étaient pas des modèle~ de

UN PORT AU YIV" SIÈCLE. -

puis le Confiteor jusqu'à l'Évancile de saint
Jean, mais en omettant le Can;n, L'Euchari lie ne pouvait 'être consacrée à bord. Seul,
s_aint_ L?uis o~tint ~u _légat, par une exception insigne, l autor1sahon d'exposer le SaintSacrement dans sa nef.
Au coucher du soleil, les passagers se rassemblaient près du mât et chantaient à genoux le alve Regina, qu'fü faisaient précéd_er, en cas de détresse, des litanies. Coup de
s1fnct : le valet de chambre du patron son-

TaNe.iu d'Ih:IW A~ N YOGEL.

Constantinople et à Damiette, chacun se coufcssa, fit son testament « et atorna Lien son
affaire comme por morir se il pleusl à NotreSeigneur Jhésn Chri.l. »
Le service religieux était minutieu ement
rég~é ~ bor~ de; galères de p~erinage, du
moms a Verusc. Le matin, au lever de l'aurore, u~ coup de sifOet partait de la poupe ...
un serviteur du patron élevait une image de
la ~Iadone, devant laquelle Lous fléchissaient
Je gt:nou pour réciter l'Ai•e Jlaria. Ahuit heures, messe aride ou Lorrif/e célébrée au pied
du mât devant un crucifix et un missel d(_:..
posés ur une raissc. On appelait ainsi l'office que Je prêtre li.ait, rétole au cou, de-

BO~D - . , .

Cliche! \' i1.za,ooa

hai~ait hon?e ~uit à tou de la part de son
m~1tre. ~~ elcva1t de nouveau l'image de la
Sarnte ,,ierge, de1rant laquelle on récitait
trois Ave Ma1·ia, à l'heure où, sur terre, tintait l'Angelus du soir. Les pèlerins tenaient
cercl: quelques instants encore ur la place
publique, avant de descendre, une lumière à
la main, dans leur cabine.
S( j'i?si~le sur les céréi:rionies journalières
prallquees a bord des naVJres de pèlerinage
c'est qu'elles furent adoptées dè le x-ve siècl~
par notre marine de guerre. Le matin, après
fJUe les trompettes, puis les tambourins
~vaient salué par une « baterye » le lever d~
JOur, l'amiral faisait célébrer une mes e

�111S TORJ.Jl
sèche. Au crépuscule, quand les navires de
l'escadre avaient fini de défiler devant lui et
c1 fait la ré\"érence en gectant trois crys » suivi d'une sonnerie de lrompelles, quand à
chacun d'eux il a,·ail indiqué la roule à suivre et donné le mot de l:t nui!, il achevait la
journée par un salut chanté &lt;I devant l'ymage
Nostrc-Dame. » C'était le signal de l'extinction des feux, sauf pour les a gens de Lims &gt;&gt;,
qui pouvaient garder en leur (;hambre une
veilleuse où rhuile parcimoni&lt;'usemenl mesurée nageait sur l'eau.
Ah! ces nuits à bord, avec la gène d'un
lit étroit comme une gaine, dC's conyersations
entre voisins, des dispules, des cauchemars
lerrifiants, des saccades imprimées par lt·s
lames, une atmosphère lourde rl empesléû,
des moustiques, des rats, des vers gr.is cl
gluants qw grouillent par les Lemps de
sirocco, qurlle cO'royaLlc peinture nous en
trace le P. Fa ber! En Allemand consciencieux, il ne nous fait grâce d'aucun détail,
et son réali me, louchant d'inconscience en
fait de délicates.e, consacre une longue description au &lt;1 o~ modo quo Lam urinat'o
quam stcrcorisalio fit iu na,i. » « Parum
dicam ! l) J'en parlerai peu, ajoute+il, et il
écril trois pages! Les lieux d'aisances, disposés à l'avant de· nnlère , des deux côtés de
l'~pcron, forma:ent saillie à l'arrière des carrdques du x, 0 ~iècle cl plu lard des vaisseaux:
en raison Je leur forme, on les appelait des
BtJuleilles, et l'expression consacrée était :
aller à la bouteille.
La chose n'était pas fai:ile, explique notl'e
obligeant cicerone, que vous m'excuserez de
ne pas suivre jusqu'au hout. Les promeneurs
nocturnes qu'un Ll' oin urgent chassait de
leur lit n'amient pas le Jlied sûr, et comme
les vase de nnit étaient dans le passage central, au pied des dormeurs, ... rnus dc,·inez
Je reste. A l'obscure clarté qui tombait des
étoiles, - car il était défendu d'emporter de
lanterne et d'otrus,1uer ainsi les rameurs endormi , - d'autres mbaventurcs attendaient les i11Iortunés qui se hasardaient sur
le po11t de, galère . P&lt;1ur arrivt•r à l'avant, à
la Loutcillc, il îallail enjamlier la chiourme,
en sautant de b::i.Ôc en Lane; venait-on à tomber sur un rameur, la maladresse soulevait
une tempèle de malédictions. Les gens peu
sujets au vertige prenaient un chemin plus
périlleux; ils marchaient sur le bord dn navire
en se retenant a~x cordages et gagnaient ainsi
l'avant; d'aulres se soulageaient simplement
par-dessus bord, asSÏ' !-Ur les rames. Mais la
cc venlris purgalio » devenait un problème
impos iule à résoudre déet'mmcnt par les gros

temps, quand l'avant élail bala}·é par les
lames et les a.irons rentrés sur les bancs.
Quand l'horreur de la tempête ~e mêlait
aux angoisses noclurne~. les pè'crins étaicnl
dans un étal d\ime inJescriptible. Aussi l,ien
laisserai-je la parole à l'un d'eux. ·Au milieu
des éclats du tonnerre et dans la lumière fulgurante des éclairs, la mer, par endroits,
semUaiL de feu. La pluie tombait en déluge,
les nnées se fondaient en eau. Des vagues
énormes bala!·aienl le pont et heurtaient les
bordages avec autant de fracas que des rochers
précipités du haut d'une montagne. Phénomène élr:mge ! la tempête donne au choc &lt;l'un
élément mou et lénu comme l'eau un son
dur cl sll'ident. Le Jour, les tempêtes sont
supportables, allrayanlcs même par leur
sini Ire grandeur cl leur3 jeux de lum:èrr.
Mai,, la nuil! Ill spectacle dépasse Loule
conception humaine. Ce1le nuit-là était particulièrement horrible. 11 n ·y arait d'autre
lumière que lt'S éclairs.
Les passagers ne pouvaient rester ni couchés, ni assis, ni dcbonr, tant la galèra roulait dans la ,·ague. Il fallait se cramponnrr
aux poutres qui supportaient le pont ou s'accroupir près des colîrcs et les saisir à bra le-corps. Eni:ore ces lourde masses, ddns de
violentes ,ecousses, roul.aienl avec leurs paqul'ls humains. Les objets étaient arrachés
dl's portemanteaux fixés aux /Jancs du navir.i. L'eau fittrait de toutes parls par des
fun tes invisiLles jusque-là, ll•s lit plongeaient
dans l'eau, le biscuit était dilué, en bouillie.
En bas r1:gnait la terreur, en haul l'angoisse. Le vent avait mis en pièces la grande
roile. On abattit l'antenne pour la garnir de
la \"Oile de fortune, voile carrée et forte dite
1wpnfi90 ou perroquet. A. peine hissé, le
perro4ud se déploya par un coup de vent el
arr.icha aux galiots l'amure qu'il allaient
fixer au bordage. li coi!Ta la pelilll cage, la
gabie, posée au haut du mât, en voletant
a\'ec rage. L'antenne qui le retenait était
tendue comme un arc. Le màt fait de plusieurs pièces accolées craquait et menaçait
ruine. S'il se rompait, la i:ialère élait perdue.
L'angoisse était au coml1le. Les galiot.s burlnienl comme des malheureux qu'on passe au
fil de l'épée: des marins grimpant aux cordages chert;hairnl à alleindre l'antenne;
d'autres couraient après l'amure qui claquait
dans le vent. Les pèlerins se confoss:iient cl
se vouaient aux saiuts. Un d'entre eux songeait
aux paroles du pb.ilornphe A.nacharûs, qui ne
compte les navigateurs ni parmi les vivants
ni parmi les dt!f unts; quatre doigts seulement, l'épais cur des parois du navire, sépa-

rant les malheureux de la mort. n commcntail ces paroles du philosophe, que les navires
les plus sûrs étaient ceux c1ui étaient tirés sur
la plage, l1ors de l'eau.
A lrJ1•crs les éclats dP la foudre, 11nc aigrette lumineuse, haute d'une coudée, apparut à la proue, s'y posa un moment, voltigea
jusqu'à la poupe, puis s'évanouit. Sur le
pont, tous les bruits s'étaient tus, tout travail avait cessé. Marins et pèlerins, à genoux,
les mains tendues ,·ers le ciel, criaient un seul
mot: &lt;c Sanctus, sanctus, sanctus. ,, Les passagers de l'entrepont, épouvantés de cc silence subit cl de celle prière insolite, donl ils
i,.noraienl
la cause, crurent la situation
déo
.
sespérée : pâles d'elîroi, ils altt&gt;ndaicnt la
morl. Voici que la porte de l'esc·alier qui
descend du pont s'ouvre et qu'une voix cric:
« 0 signior pelegrini, non habeale paura que
questo nole non avercto forluna. &gt;) ··ayez point
peur, cette nuit il n'arrivera pas de malheur,
le ciel est pour nous, il a fait paraître un
signe. Lumen in cœlo ! El qu'on ne traite
pas celle lumière de fiction, ajoute le narrateur, plus de deux cents témoins ~ont là pour
l'alleslcr. Le météore était appelé feu SaiutElme ou C01'/JO sanlo par les marins, qui le
regardaient sans doule comme une émanation du corp de Jb.us-Christ.
Il se produit dans une almo~pbère chargée
d'électricité.
Du reste, la Méditerranée ne prêtait pas
comme le mers du nord aux illu ·ions d'optique, si grosses de conséquences pour b formation des légendes, el le. c&lt; fantosmes et
diableril's n, enranls des brum1JS, dont Philippe de Maizières rele"ait l'exi tcnce de sun
temps, rc ·taicnt localisés dans l'Oeéan.
Ilien ne rappcUe dans le Colk-lore levantin
le vaisseau fanLôme qui figure déjà dans l'œuvrc d'un grarnur flamand du xv• siècle, du
graveur inconnu W t- fiien de semblable
non plus à la Navigation du holla11dais Jean
Struys. Struys était descendu dans Ja cale:
les flancs du navire lui paraissaient lrau parents, et la mer en fnric, éclairée d'une
lueur rerdàtre; des cadavres passaient et rcpm:iient en lui faisant signe et en l'~ppelant
d'une voix caverneuse.
Le pèlerin n'avait même pas en perspective l'émotion d'une découverte. La Méditerranée étlit bien connue cl, dès le xme siècle,
relevée sur les portulans. Et le navire arri..-ait
à bon port, à Jalîa, sans aroir eu chance de
r&lt;'ncontrer quel11u 'une de CC3 îles mJslérieuscs ou enchantée, dunl la cosmo3raphie
médiévale a1aiL semé la Mer Ténébreuse,
l'O.:éan au,; profondeur iusondées.
CHARLES DE

l.,\

RO\'Cil~RE.

PR.INCE DE JOINVILLE
~

•
Vieux souvenirs
1818-1830

Je suis né à Neuilly-sur-Seine banlieue le

14 aoùt t 818. Sitôt né cl mou ~cxe cons~até
par le chancelier de France, M. Dambray, je
fus confié à une nourrice el à une bonne.
Trois ans après je passai aux hommes, un
peu plus tôt que de coutume, ma bonne
ayant eu un accident, de concert avec le précepteur de mon frère aîné, un prêtre défroqué, à ce qu'on appril alors. Mon plus ancien, mai bien vague souvenir, mêlé à une
histoire de perroquet, est d'avoir vu à Ivry
ma grand'mère, la duchesse d'Orléans-Penthièvre. Je me souviens ensuite d'être allé au
chàttlau de Meudon, chez ma grand'tanle, la
duchesse de BourLon, une toute pelile femme;
d'avoir été conduit chez la princesse Louise
de Condé, au Temple, et enfin d'avoir vu
jouer Talma dans Charles le Téméraire, où
sa cuirasse dorée m'arait fait un grand
effet. ...
Mais le premier é,1énement dont je garde
un souvenir très précis est un diner de famille
aux Tuileries chez Louis XVIII, le jour des
Rois 1821. Encore aujourd'hui, à 5oixantcsix ans de distance, je vois tous les détails de
celte soirée, comme si elle était d'hier; noire
arrivée dans la cour des Tuileries, saluée
succes$ivement par le poste des gardes suisses
au pavillon lfarsan, et de la garde royale au
pavillon de Flore; notre descente de voiture
sous le vestibule de l'escalier de pierre, au
bruit assourdissant du tambour des Cent
..,ui.s~es. Puis, grand étonnement pour moi,
quand, au milieu de J'escaliet·, nous dùmes
nous ranger pour laisser passer c1 la viande
du Iloi l » c'est-à-dire le diner qui montait de
la cuisine au premier étage, escorté par les
gardes du corps. Arrivés en haut, nous fùmes
reçu:; par un maitre d'hôtel en rouge que
l'on me dit être M_ dé Cossé, et, traversant
la salle des Gardes, on nous introduisit dans
le salon où toute la famille fut bientôt réunie, à saYoir : Monsieur, depuis Charles X, le
duc et la duchesse d'Angoulême, la duchesse
de Berri, mon père, ma mère, ma tante Adélaïde, mes deux frère;; aînés, C.harlres el Nemours; mes !rois sœurs, Louise, Marie, Clémentine, et enfin moi, le cadet de tous. Une
seule personne n'appartenant pas à la liaison
de France était présente, le prince de Carignan, depuis Charles-Albert, un grand maigre, d'une figure dure. li venail de faire la
campagne de 1825 en Espaguc, dans les
raags de l'armée française, et y avait déploi
toute la vaillance de s1 race. Aussi portait-il

ce soir-là sur son uniforme les épaulettes de
laine que les soldats du 4c de la garde, avec
qui il était monté à l'assaut du Trocadéro,
lui avaient conférées sur le champ de bataille.
Bientôt la porte du cabinet du Roi s'ouvrit,
et Louis XVIll parut sur son-fauteuil à roulettes, arec sa belle tête Llancbe el l'habil
bleu à épaulettes, que les portraits ont rendu
familier. Il nous embrassa tous à tour de
rôle, n'adressant la parole qu'à mon frère
Nemours qu'il questionna sur ms études
latines. Nemours balbutia et ne dut son salut
qu'à l'entrée opportune du prince de Carignan.
Au diner on tira les Rois, et voilà qu'en
ouvrant mon gâteau j'y trouve la fève. Je dois
dire que ce résultat n'était pas absolument
impréYu et ma mère m'avait fait la leçon rn
conséquence. Je n'en fus pas moins très embarrassé quand je vis tous les yeux fixés sur
moi. Je me levai de table cl portai la fève
sur un plateau à madame la duchesse &lt;l'An-

MA.RlE·AAIÊLlE , DUCHESSE D'ORLÉANS.

goulème. Je l'aimais Mjà tendrement cette
bonne duchesse, à cause de sa bonté pour
nous dès le bas âge et des superbes étrennes
qu'elle ne manquait jamais de nous donner.
Celte respectueuse affection a grandi quand

j'ai été d'âge à connaître ses malheurs et son
noble caractère, et j'ai été heureux, quand
les événements de 18~0 nous ont séparés, de
pouvoir lui en faire parvenir toujours l'in:-iltéraLle expression. C'est elle gui rompit la
glace en buvant Ja première quand je l'eus
faite ma reine et cc fut Louis XVIII qui cria
le premier : c1 La reine boit! » Quelques
m01~ après, Louis XYII[ était mort et je
"?ya1s, des fenêtres de la caserne des pompiers de la rue &lt;le la Paix, son cortège [unèhre allant à Saint-Denis.
Puis vinrent les échos du sacre de Charles X,
de la grande cérémonie dont la cathédrale de
Reims avait été le théâtre, cérémonie qui,
après les d&amp;astres de la période révolutionnaire, faisait espérer que la vieille monarchie,
comme au temps de Charles VII, allait tout
réparer. Mais nos pensées n'allaient pas si
loin; ce qui nous intéressait, nous enfants,
c'était la pompe déployée, les costumes, les
équipages des princes, des ambassadeurs YCnu de partout pour saluer l'avènement du
nouveau règne. Une Ioule de peintres demandaient à mon père de faire son portrait dan
les robes d'or el d'hermine de prince tin
sang, qu'il portait au sacre, et aller voiJ' papa
poser en Pharamond était pour nous l'amusement du moment. Je disais Pharamond
comme mes ainés, bien que me connaissances historiques fussent plus que rudimentaires. Disons le mot, j'élais très arriéré, je l'ai toujours été. Ma mère m'avaiL appris
à lire, mais, hor. cela, j'étais arrivé 11 l'â"c
de six ans sans savoir rien ou presque rie~.
Par e~emple, j'étais très bon cavalier et je
montais tout seul et très solidement, en
casse-cou, oserais-je dire, un poney que lord
~ristol ~vait d~nné à mon père. Le poney
s appelait Polymce; nous nous entendions ;\
merveille lui et moi, et je suis toujours resté
son ami. Par mes soins il a eu , es &lt;c invalides o dans le parc de Saint-Cloud oi1 il
était ~n li~erlé, a:ec une écurie à lui, pour
se rellrer a s~ gm e. Que de fois ne suis-je
pas allé le voir à celle écurie, d'où il ne sortait plus que pour venir causer avec nous el
s? ch?uffer au soleil. Il y esl mort plein
d annees et, heureusement pour lui, juste
a11ant les aménités ré,·olutionnaires de 1848
aménités dont il aurait certainement eu sa pari'.
Mais mon père voulait faire de moi autre
cho e qu'un homme de chcYal; iJ me donna
un précepteur, et, à partir de ce jour, pendant decS années, mes souvenirs se partagent

�111STOR,.1A

---~-----~--·------,----------------·-------~

que les aînés rapportaient du collège, nous
rendions la vil! dure au corps préceptor:il.
Cela marchait pourtant. Les grands-parents.
comme nous les appelions, absorbés par la
\'Ïe mondaine, laissaient toute initialirn aux
précepleurs; ceux-ci seulement devaient chaque jour consigner sur un regi Lre leurs notes
el impressions sur l'élève qui leur était confié. Ce registre passait sous les Jeux de mon
père qui ajoutait ses observations, ses ordres
et le renvoyait.
La journée commençait généralement à
cinq heures du malin. Les aînés allaient au
collège pour la classe, prenaient leurs repas
et leurs récréations avec les internes et revenaient après la classe du soir. Les non-collégiens et les filles passaient la journée en
leçons. Le soir, élèves et précepteur· des
deux sexes dinaient tous ensemble, puis
allaient au salon, où il y arnit toujours du
monde, mes parents recevant tous les soirs.
Le jeudi et le dimanche, jours de congé da
collège, étaient parliculièremenl consacrés
aux leçons de ce qu'on appelait les arts d'agrément : des~in, musique, pbysiquc, équiLou1s-PmLIPPE, DUC D1ÛRLÉA:;s.
tation, escrime, b:'lton, danse, etc. Le dimanGravllre 1t LIGNON , d'après le tableau d11
che, grands el petits dinaient à la grande
BARON G ÉRARD.
table, ~t celle Yic-là était réglée comme une
pendule, hirer comme été.
ries, enlre autres un vers de Victor llugo,
L'hi\•er nous h:i.bilions le Palais-noyai, qui
dans Ruy-Bill.~, sur celle :
n'était pas alors ce qu'il est aujourd'hui. Là
où l'on voit la galerie d'Orléan, , s' élcvàirut
AITret1se compagnonur,
Dual la oo.rhc llcuril rl Jonl le nez lrognonnc.
d'affreuses galeries de bois, au sol boueux,
peupl&amp;s exclusivement de boutiques de mar(( Fleurit &gt;J était une allusion à Cuvillierchandes de modes cl, disait-on, de milliers
Fleury, précepteur de mon frère Aumale.
de rats. Pour aùnure ccl
Victor llugo croyait arnir à
ensemble de baraques, on
se plaindre de ces deux
lt:ur sci:i le · pieds el on fil
messieurs.
tout tomber d'un coup. 11
:Xormalien distingué,
était venu des foules pour
M. Trognon avait débuté
ass.istcr à ces écroulements,
dans l'enseignement comme
dans l'espoir d'en Yoir sortir
profes eur de rhétorique au
la multitude de rats annoncollège de Langres où, vecés; il n'en sortit pas un;
nant un jour faire sa classe,
ils avaient tous déménagé
il trouva sa chaire occupée
en temps utile. Oh ! l'esprit
par un àne que ses élèves y
des bêtes!
avaient installé. « Je ,·ous
J'haLitais d'abord, au
laisse, messieurs, avec un
Palais-1\oyal, une chambre
professeur digne de vous, »
qui donnait rue de Valois,
dit-il en se retirant. JI fut
sur la maison du 1lœuf à
bientôt rappelé à Paris
la mode, et vis-à-vis de
comme suppléant du cours
moi demeurait une vieille
d'histoire de M. Guizot au
dame toujours babillée de
collège de France. Univernoir, qui me1t.1it régulièresitaire accompli, il était
m&lt;·nt, Lous les jours à la
encore aulre chose, comme
mème heure, son pot de
nous l'apprit un numéro
chambre sur ~a fenêtre, si
du Fi9aro que môn frère
aîné a,·ait rapporté du colLirn qu'il nous servait
L 'ESCALIER DES TUILERJES. DeSSi1' dll PRINCE DE jOINVnLI'..
d'horloge'. rlu~ tard je
lège. Nous lftmes, en effet,
palier supêrieur : 111. de Cossè. - .\ la d roite d u dessin : le jeune duc de Chartres, la
1:hangeai de cbambre pour
clans ce numéro une pièce (Sur le petite
princesse Clémentine, le petit prince de Join ville , la ducbcsse d"Orléans .)
de vers de füoar-Lormian,
aller de men rrr sur la cour,
quî débulail ainsi :
en face du logement occupé
Quo me n ~ut en Trognon. pédago-iuc en hésiclcs,
d'un précepteur, deux gom·ernanles avaient par un arlisl.è de la Cornédie-Française, nommé
!)ans la fosse ,lu Globe enterrant se,, artid cs l
charge de mes sœurs. Qnand précepteurs et Dumilâtre, et ,es filles. Dumilàlre, que je
Plus de doute : mon précep!eur était journa- gouveroanles n'a,•ait•nl affaire qu'à leurs pro- connaissais bien pour lui avoir rn jouer ces
liste. el ces "ers, une réponse vengere se à tin pres éli.•ves, cela allait, mais quand Lous les petits rôles de Lragédie qui conj· 1ent à sortir
article de lui paru dans le journal le Globe, ·frères el sœurs étaient réunis, influencés par nol,lument en disant : &lt;( Oui, Seigneur », amit
journal donl il avait été, comme nous le l'esprit d'insubordination et de gaminerie les mêmes habitudes que ma dame noire, et
exdusivement enl re mon éduc:i lion el la , ie
de famille. Mon précf•pteur s'appelait M. Trognon. nom qui lui "alut bien des plai~anle-

sûmes bientot, un des fondateurs a,·ec Pierre
Lrroux, Dubois, Jouffroy, Rémusat et aulres.
Nous découvrfmes aussi que le journaliste se
doublait d'un libre-penseur, auteur d'un gros
in-octa,·o condamné par la commission de
l'lndex, re qui ne l'a pas empêché de mourir
le plus religieusement du monde et presque
en odeur de sainteté. Mon précepteur était,
en effet, un esprit trop éminent pour persévérer dans le nihilisme religieux, dans celle
négation de Lout lendemain, qui de la religion
passant dans la famille, dans l'État, ne laisse
debout que la hèle et ses appétits. La longue
agonie d'uuc sœur qu'il aimait passionnémenl. pendant laquelle elle Iut constamment
assistée par M. Feulrier, évêque de Beauvais,
a fin sereine dont il fut témoin, commencèrent chez lui l'œmre de transition. Quand
plus tard l'abbé Dupanloup, alor ,,icaire d.e
l'Assomption, fut chargé de mon éducation
religieuse, Trognon rt lui se lièrent intimement et m1e communauté absolue s'établit
jusqu'à la mort enlre ces deux grandes intelligences.
Les premiers temps de mon éducation
furent très doux. Ce qu'elle arail d'aride
était largement compensé par l'intimité de
tou!'- les instants de la vie de famille. Nous
étions trois sœurs et six frères, bientôt réduits à cinq par la mort de mon frère Penthièvre, vivant tous ensemble, mangeant ensemble, souvent asrnciés dan les leçons,
toujours dans les récréa lions et les parties de
plaisir. On devine quelle bande joyeuse nous
faisions. Chacun des garçons élait pourvu

"------------------------------------son pot de chambre apparaissait sur la fcnèlre accoutré, Ja tête poudrée et la bourse à la chef de file; les buis de promenade étaient
aYec la même exactitude : j'avais seulement nuque, je dus donner plusieurs représenta- plu nriés et nous ne tardâmes pas à nollS
changé d'horloge.
tion de mou mrouet, que je danrnis avec ma apercevoir qu'il y a\·ait souvent du cotillon
C'était au si pendant le séjour d"hiver au
Palais-Iloyal que les leçon de maitres se
mullipliaient pour nous, et parmi ces maitres, on comptait quel 1ucs originam, noire
professeur d'allemand entre autres. lmaginci
un petit vieux, mielleux, tout de noir vêtu,
culolle de satin, bas de laine, immenses souliers et chapeau à larges bords. Il arnit été,
dans sa jeunesse, précepteur du prince de
Metternich. Je ne sais quel accident l'avait
jeté ensuite en France où, pendant la Terreur,
il était devenu un des secrétaires du redoutable Comité de Salul public de Strasbourg.
JI vivait seul avec sa fille, qu'il envoyait souvent en Allemagne, non pas par les moyens
de communication ordinaires, mais cai:héc
dans le fourgon qui allait périodiquement en
Hongrie, chercher l'approvisionnement de
sangsues de nos hôpitaux, toutes circonstances qui nous faisaient supposer que le nom
de : Rerr Simon, tout court, qu'il se donnait, pouvait bien cacher quelque gros mystère. De son allemand, comme de celui d'un
valet de chambre de même race que l'on
Loms XVIII. - Dessili .1,1 PRINCE DE Jornvru.s.
m'ayait donné, il ne m'est, hélas I rien resté,
(Les a utres perso nnages ont, en partant de la gauche : Monsieur ( le futur Çharles X), l_e duc d"Angoule uuc él"Orlèan s le duc de Chartres. la duchesse d'Angoulème, la prmccs~e Mane. la pnucc:1.~e
tant ma nature a toujours été rebelle aux lème
Louise, le duc ùe S emo urs, la princesse Clèmeutine, le prince de J omv1llc .)
langues étrangères.
Autre original, notre maître de danse, un
danseur de !'Opéra, nommé Seuriot; une sœur Cléme111i11e, eo déployant tous deux dans l'air. Je lui dois pourlant d'Mre allé
belle prestance! Sa le~on que nous prenions toutes les gràces de l'ancien temps. Mon hal,it dans l'atelier d'Eugène Delacroix, un grand
en commun, comme un pelil corps de ballet, de marquis, dont j'étais Lrès fier, me servit souvenir! De même chez ~I. de Lavalelle, le
nom amusait beaucoup, surtout à cause des aussi pour un bal costumé, cbez la duchesse très intéressant ministre des postes de i apohistoires de théâtre qu'on lui faisait raconter. de Berri, ot1, entrant lrop da11s mon person- léon 1°', si connu p:ir sa célèbre évasion, à la
Un jour, il arriva toul excité el, s'adressant nage, je me querellai, à propos d'une dan- veille d'être exécuté, après les Cent-Jours,
aux gouvernantes : c&lt; Vous voyez, mesdames, seuse, avec un cosaque de mon àge, le jeune quand sa femme vint prendre sa place et lui
un homme qui a échappé hier à un grand de Il.... Furieux, je dégai•nai, il tira on donner des vêlements pour fuir. Mais le plus
danger. On donnait le ballet des Filets de sabre et nous nous élancions l'un contre souvent nous allions chez un libraire de la
Vulcaiii. Je Faisais Jupiter et j'allais m'enle- l'autre, lorsque madame la duchesse de Berri rue Sainl-André-des-A.rls, avec qui Fleury
ver dans ma gloire avec Mercure, lorsque accourut en criant : (( Arrêtez, méchants en- était Lrès lié et que nous trouvions toujours
soudain, je sens ma gloire qui.se détraque et fants! Monsieur de Brissac, désarmez-les 1 » au logis, lui ou sa charmante femme. L'amije n'ai que le Lemps de m'élancer en criant à Quant à ma sœur Clémentine, venue aussi à lié de Fleury pour ce libraire amena même
~lèrcure : aute, mon ami, il n'y a pas ce bal dans son costume de menuet el ab o- une plaisante aventure. Au moment de la
un inslanl à perdre!. .. A.b I mais!! » Pen- lument ravissante sous la poudre el en rohe révolution de 1.850, dans le désordre du predant lïolervalle dei reprise$, quand son vio- à paniers, elle attira l'allention de Charles X mier instant, nous vîmes apparaître le libraire
lon s'arrêtait et qu'il essuyait la sueur de son auquel elle rappela sans doute des somenirs en queslion, avec une buîllelerie blanche C't
front, nous l'entourions pour le questionner. de jeunesse. Il vint l'embrasser, la tint par un sabre par-dessus son habit bourgC'ois :
Les aînés le poussaient toujours sur une dan- la main en la regardant longtemps et, se « Voyons, Fleury, à quoi puis-je être bon
seuse appelée mademoiselle Legallois, sur tournant vers mon père, lui dit: « Monsieur l aujourd'hui? &gt;&gt; Fleury réfléchit un moment,
laquelle il ne tarissait pas; la même qui, si j'avais quarante ans de moins, Yotre 611e et lui dit : « Qu'il ne voyait pas ... mais que,
remplissant dans un balfot le rôle allégorique serait reine de France, J&gt; el il l'embrassa de- cependant, personne ne s'était occupé de la
de la Religion, avait fait dire de cert-ain ma- rechef.
Préfecture de police. - J'y cours », dit mon
réchal qu'il s'était éteint dans les bras de la
Nos leçons de danse, comptant comme ré- libraire. Et, de fait, il se nomma lui-même
reli 0rion. Mais dès qu'on nous voyait groupés créations, alternaient avec ks promenades préfet de police et en exerça les fonctions
el chucbolanl autour du vieux danseur, une dans Paris; les filles d'un côté, les garçons pendant quelques jours. Depuis, je n'en ai
charge de gouvernantes arrivait au sitôt avec de l'autre. Dans nos sorties nous étions con- plus entendu parler.
Ces promenades alternaient encore avec
des : &lt;( Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que fiés à un précepteur de corvée. Quand c'était
c'est? » el nous reprenions les battements, Trognon qui était de promenade, on s'allen- des leçons de ITTmnastique, une science dont
les sissones et les jetés-battus.
dail à être mené chez Sautelel, un libraire de un certain colonel Amoros a été l'apôtre. Ce
Personnellement je dus au père Seuriot un la rue de Richelieu, dont l'établissement de- brave colonel, pour populariser son cours,
de mes premiers succès dans la vie. J'avais si vint plus tard, s'il m'en souvient, les bureaux donuai.t des prix à tout le monde. CC's prix,
ùien profilé de ses leçons, que je dansais, du ·ational. Là, Trognon pérorait au milieu sous forme de hausse-cols, portaient, peint
paraît-il, le menuet d'une façon remarquable, des journalistes, pendant que les commis en grosses lettres, le mérite particulier de
tellement que mes parents me firent faire un causaient avec nous. Je me rappelle qu'ils me l'élève récompensé : agilité, courage, vicostume complet du dernier iècle, en velours fi.rent voir le superbe manuscrit des Mémoii-es gueur, etc. Un de mes ramarades reçut le
cramoisi, complété par le tricorne obligé et de Saint-Simon, que Sautelet éditait. Quand, prix de vel'Ut cachée! Après les leçons de
l'épée à nœuds de rubans en cÏ\·adière. Ainsi au contraire, c'était Cuvillier-Fleury qui était gymnastique venaient les leçons d'équitation,

•

�Vrnux

"1STO'J{1.ll
pour lesquelles on Dons conduisait au Cirq_uo
olympique, confiés Loujours, mes deux frères
ainés et moi, à un fcul précepteur. Seulement celui-ci, trouvant iovariablemenl la salle
trop froide, allai! i,·enformer dans le cabinet

conduisait par une porte donnant de son salon
dan- le passage qui sépare ,les coulisses le
foier des artistes. Il nous laissait dans ~a
loge, formée des trois premières de face, pour
venir nous repnndre 4 la Îln de la rcpréscn-

quand il l'accompagnail 1e flambeau à la
main : &lt;! Hein! Monseigneur! Nous ne sommes pas ici au camp de la Lune, l&gt; faisant
allusion à un bivouac qui avait précédé ln
Lalaille de Valmy. Pour nous la traversée
des couloirs des coulisses était toujours un
grand amusement, surtout quand on y formait, pour la tragédie, le cortège romain
classique, parce que nous reconnaissions dans
les Romains, les licteurs, bjen des emplo) és
ou ouvriers travaillant au Palais-noyai, auxquels nous disions bonjour en les appelant
par leur nom, tout fiers de parler à des artistes, et nous rentrions au bercail en imitant
les cris de la maison : " On va-a- co-mmencer l On co-mmence ! »
On nous menait bien quelquefois aussi au
répertoire moderne, mais c'était rare. Cependant, j'entends encore, à la veille de 1850,
l'acteur Armand, grasseyant au fond de sa
cravate Directoire dans Tom-Jones :
0

... Point d'amis, poinL de grâce,
A la session prochaine il faudra fju 'on y passe 1

et la salle de crouler! Je me rappelle également avoir été mené àla première dellenri Ill,
où les bilboquets el les sarbacanes nùmusèrent beaucoup, el où Je pris une grande part
à la mort d'Arthur, un charmant page violet,
que jouait mademoiselle Despréaux, depuis
madame Allan. Je n'arnis eu d'yeux que pour
elle. En sortant, comme mon père me ramenait par la main, nous trouvâmes dans le
couloir la duchesse de Gui e, mademoiselle
Mars, haletante, drapée dans un manleau de
VUE DU PALAIS-ROYAL, EN 1820. - D'après le dessin de J -B. AR."iOU/
salin rose doublé de cygne, qui attendait les
compliments que mon père lui prodigua.
Elle m'avait bien moins impressiQoné que le
du directeur, nous laissant aux soins de Lau- talion. Ces soirées de la Comédie-Françai~e page ,,iolel.
rent Francoai et des écuyers, c'est-à-dire à faisaient noire bonheur et étaient des leçons
Puisque j'ai parlé de Jferwi 111 auquel
nou~-mêmes. Ce glacial théâtre, situé place très utiles qui nous onL mis nos classiquts nous avions pris un grand intérêt parce que
du CIJMeau-d'Eau, se composai! d'une vaste dans la Lête, bien mieux. que n'eussent pu le son au leur, alors inconnu, était de chez nous,
salle ayant au lieu de parterre un cirque ou faire toutes les lectures et tous les cours du je consignerai ici un souvenir se rattachant
manège pour les exercices équestres, cirque monde. Ces pauvres classiques élai!:'nl pour- an nom d'Alexandre Jlumas. Tout le monde
qu'un reliait à la scène par des plans inclinés tant bien négligés; la mode n'y était pas. A sait qu'il aYait débuté comme employé à la
lors des batailles d1 s pièces militaires. C'est peine voyait-on deux cents personnes dans 1a hibliotbèque de mon père au Palais-fiopl.
dans ce manège que Laurent Franconi nous salle : les loges étaient toutes désertes. Un Le biLliolhécairc en chef élait Yalout, que ses
faisait faire de la hante école et que les sous- alfreu.,: orchestre, dirigé par un gros homme œuvres et peut-être des chansons bien conéwyers Uassin ol Lagoulle nous initiaient à appelé Chodron, grinçait un air à porter le nues ont mené à l'Académie. Mais Vatout
la science de la voltige et à tons les exercices didble en terre. Soudain, la toile se levait éla.it partout ailleurs qu'à la bibliothèque. Le
qu"elle comporte, à califourchon, assis, de- sans a\'Crtiss1•ment au beau milieu d'une vrai bibliol.hécaire, un très brave homme, se
bout. De plus, à notre grand amusement, phra ·e musicale qui s'interrompait sur un nommait de Tallencourt. Sa qualité d'ancien
nos leçons, ayant lieu le dimanche après soupir de clarinette, el 1a pièce commençait militaire l'avait îail élire capitainii de grenamidi, coïncidaient généralement avec leJ ré- lugubrement. Malgré cela nous étions tout diers dans la garde-citoyenne, fonctions auxpélilions des pièces sur la scène, répétitions yeux et tout oreilles et rien dans le jeu de quelles, dans la ferveur des premiers temps,
auxquelles nous nous mêlions avec joie dans mesdames Ducbesnois, Pat·.1.dol, Bourgoin, il attachait une importance exagérée. Or,
l'intervalle des reprises, escaladant les prati- pour la tragédie, ne nous échappait. Je vois, quelque temps après que Dumas eut qujllé
cables, ou prenant part ,wec les artistes à j'entends encore tou L le répertoire de Cor- ~a place, au milieu des émeules si fréquentes
ftuelques intermèdes qui n'étaient pas sur le neille, de Racine, puis Zaï1·e, Afalwmet, l'Or- à celle époque, nous ,·imes un jour rentrer
programme.
pllelin de la Chine, etc., etc... . Mais nous de Tallencourl, en tenue de gnerre, capote el
Ce n'était pas Jà, du reste, noire seule attendions toujours Molière avec impatience. bonnet à poils, la physionomie sombre :
ioiLiaLion à fart théàlral, à une carrière qui Là étaient toutes nos prédilections, et quels &lt;&lt; Vous ne savez pas ce qui ,,ienl de m'ara, sur bien des poinls, tant d'analogie a\Cc acteurs! Monrose, Cartign y, Samson, Firmin, river? Je commandais une patrouille dans
ceUe de prince. Mon père, profilant du voisi- Menjaud et au si Faure, dont nous saluions mon quartier, où on anit entendu quelques
nage du Palais-Royal et de la Comédie-Fran- toujours l'apparition, dans Fleurant du Ma- coups de fusil; nous avancions avec précauç.aisc, avail faiL entrer un cours régulier de lade, Truffaldin de !'Étourdi à cause des tion, sur deux files, rasant les murs, J'œil et
lilléralure dramalitJue dans le plan de notre accessoires ,,qu'il avait à la main. Ce Faure, l'oreille au guet. Tout à coup j'entends un
éducation. Tr' souvent donc, lorsqu'on jouait ancien soldat de 1702, ne manquait jamais cri: A toi, de Talleocourt[ suivi d'un coup de
aux Français le vieux répertoire, il nou y de dire à mon père, de sa Yoix nasfüarde, feu. Eh bien! cc cri ! cette voix ! ! c· c, t la
1

souVENTR..S

�r-

'V"œux

111STO'J{1.ll

voix d'Alexandre Dumas! - Allons donc ! »
nous sommes-nous tous écriés; mais il n'en
voulait pas démordre, aussi une furieuse
envie de rire ne nous prit-elle pas, convaincus
que, s'il avait réellement reconnu la ,•oix, le
brave homme avait été victime d'une gaminerie de Dumas heureux dcse donner le spectacle de la déroute de son ancien cher et de
ses braves gue1·natliers ! !
Quand notre père ne nous menait pas aux
Français, nos soirées se passaient dans ce
beaux salons du Palais-Royal 011 il avait accumulé tant de tahlei)ux, d'œuvres d'art admirables, saccagées ou dispersées depuis par la
gent révolutionnaire, ainsi qu'un superbe
mobilier qui a servi à brûler vil' le 24 février
un détachement du 14° de ligne, de garde
place du Poilais-Royal. Et dire qu'il s'est
trouvé une Chambre française pour voter des
récompenses nationales à ceux qui avaient
fait un auwdafë de soldats français, coupables
de défendre jusqu'à la mort le po te que le
devoir et l'honneur leur avaient confié! Mais
passons! De nos jours, en en ,·oit bien d'autres. A l'époque heureuse dont je parle, on
n'imaginait pas la posbibilité de pareilles infamies. C'est ce qu'on appf'!le le progrès!!
Quant à nous, avec l'insouciance de la jeunesse, nous passions nos soirées à jouer
gaiement, bruyamment, tous ensemble dans
le salon de famille, une grande galerie située
entre la cour et la rn.e de Valois. C'était le
dimanche el le jeudi que les jeux. étaient le
plus animés, parce que, les jours de sortie
du collège, notre bande se renforçait des
camarades de clas e de mes frères, ADI. de
Laborderie, de Guillermy, d'Eckmül, Albert, etc., etc., et aussi Alfred de Musset
que je vois encore avec son hauil !,leu à boutons d'or, ses cheveu\ blonds bouclés et ses
allures mélancoliques un peu affectées. On
jouait habituellemenL aux barres, un jeu auc1uel la grande galerie se prêtait très bien.
Parfois on dansait, et l'œil de ma mère ne
quittait pas Musset qui semblait dédaigner
nos jeux pour rechercher as~idument mes
grandes œur~.
os jeux n'empêchaient pas l'allée el venue
des visiteurs, des habitués : les vienx amis
de mon père, amis d'arant la Révolution ....
Le duc de la Rochefoulcauld, le bon duc,
comme on l'appelait, très redouté des enfants
parce qu'il les embrassait sans cesse el empestait la pipe; M. de Lall y-Tollendal; puis
des amis plus récents, le général Gérard,
Raoul de Montmorency, madame de Boigne,
la princesse de Poix, la princesse de Vaudémont, puis enfin des militaires, des artistes,
des diplomates, des femmes; tout ce qu'il y
avait de distingué par l'éclat des carrière ,
l'esprit, le charme. Dans le nombre quelquesuns attiraient plus que les autres mes sympathies. C'était François Arago, l'astronome,
avec son esprit, , a verve intarissable, soit
qu'il racontâl les aventures de sa captivité
chez les Harbaresques, soit les tourments
qu'il infligeait à son collègue Ampère, soldat
comme lui dans le régiment des « Perroquets
en deuil ». Ainsi appelait-il, avec son aœenl

méridional, l'Institut, à cause de son habit
vert et noir. C'étaient Macdonald, Marmont,
Molitor, ~Iorticr, les q11alre maréchaux en .'IJ,
les héros de cent combats, la légende Yivante
de nos armées. Tous nous làchions d'entendre
ce qu'ils disaient, re qu'ils racontaient, de
recueillir un renseignement ou une :mccclote
se rallachant à nos gloires militaires.
Les diplomates nous "intéressaient moins.
Je ne parle pas de Y. de Talleyrand, dont la
physionomie et la tournure étaient aisissantes, mais ne disaient rien à nos imaginations ignorantes. Un fou rire nous prit cependant un jour où mon père, en complète
distraction, alla au-devant de lui au salon en
singeant sa boiterie. - L'ambassadeur de
Russie, le comte Pozzo di Ilorgo, nous plaisait beaucoup, parce que, dès que cc gros
homme arrivait, le rire provoqué de toutes
parts par ses saillies, ses anecdotes, son esprit, éclatait et ne tarissait plus. Les enfants
aiment les gens gais. 11 y avait un autre
diplomate, dont nous allendions toujours
l'entrée, le bailli de Ferrette, ministre de
Bade, d'abord à cause de ce titre de bailli,
qui semulail sortir d'un autre monde, ou bien
d'une arlequinade, el puis, à cause de l'étrange
aspect du personnage, sorte de squelette
poudré. Nous ignorions alors, bien entendu,
que ce bailli si froid, si correct, fût un grand
musicien, un exécuteur hors ligne du tabat
Jlater, à qui pourtant l'inspiration ne venait
que lorsque sa musique avait pour pupilre
les épaules, décolletées jusqu'aux talons, d'un
charmant rossirrnol, qu'Opéra et Opéra-Comique se sont longtemps disputé. Quelquefois, au milieu de la soirée, on entendait une
cloche comme au quatrième acte des llll!JUenols. «La gro se cloche! i&gt; criions-nous. C'était
le signal annonçant que madame la Dauphine
ou madame la duches e de Berri renait en
vi ile et mon père partait au pas gymnastique, suivi par nous tous, pour aller recevoir la visiteuse sur l'e,calier. Mais la saison
du Palai -lloyal finissait avec l'hiver el aux
premiers beaux jours nous émigrion à
Neuilly, à la joie générale.
'euilly! Je n'écris jamai ce nom sans
émotion, car il se lie pour moi aux souvenirs
les plus doux de mon enfance; je le salue
avec le respect dont on salue ks morts. Que
ceux qui n'ont pas connu le Neuilly dont je
parle se figurent un vasle château sans prétention, sans architecture, composé presque
exclnsi.cment de rez-de-chaus ées ajuslé les
uns an bout des autres, de plain-pied avec
de ra,·issants jardins. Autour, un parc immen,e s'étendant des fortification à la Seine,
là où passe aujourd'hui l'a,cnue Ilineau. Dan
ce parc, des bois, de vergers, des champs,
des iles, dont la principale, l'ile de la GrandeJalle, enfermant un bras tout entier de la
Seine, et tout cela à un quart d'heure de
Paris.
Si ce beau domaine était un lieu de prédilection pour mon père et ma mère qui l'avaient
créé, qui l'embelfüsaienl tous les jours et
qui f vivaient à cette époque loin des soucis
de la politique, entourés de ces nombreux

enfants dont ils étaient tendrement aimés, il
l'étail aussi pour nous. Grâce à la proximité
de la ville, l'éducation, les maîtres, les leçons,
le collège se continuaient là comme à Paris;
nous avions de plus l'air, la campagne avec
toute sa liberté, ses exercices de corps, spontanés, naturels. Le matin, dès cinq heures,
annt les études, a,·ant le collège, nous galopions dans le grand parc. Pendant les récréations, les congés du jeudi, du dimanch.e, la.
bande d'enfants s'en allait a.ux champs presque
~ans sur\'eillance, les ai'.nés initiant les jeunes.
On allait faire les foins, grimper sur les
meules, récolter les pommes de terre, monter
aux arbres fruilieri:, gauler les noyers. li y
avait des !leurs partout, des champs de roses
où, sans qu'il y parût, on faisait tous les
jour de magnifiques bouquets. Puis le canotage, les parties de natation que les garçons
comme les fille , tous bons nageurs, faisaient
à tour de rôle sur le petit bras de la Seine
enclos dans le par~. Bien de délieiem, dans
les langueurs des chaudes soirées d'été,
comme ces pleine-eau. où, se jetant près du
pont de Neuilly, on se lai sait dériver presque
jusqu'à Asnières, à l'ombl'e des grands saules,
pour revenir à pied par l'île de la GrandeJatte. Dévastée aujourd'hui et devenue un
coupr-gorae, cette ile était alors couverte
d'arbres séculaires el sillonnée de ces « sentiers omhreu.\ » chantés par Gounod, où nous
aimions à nous égarer avec l'insouciance de
la jeunesse et peut-être les premiers éveils de
l'adolescence.
De ce euilly charmant il ne reste plus que
le souvenir. Confisqué par Napoléon Ill, s:m~
prétt&gt;xte plau.ible, il a été immédiatement
déchiqueté, pour effacer jusqu'à la trace de
ceux qui l'avaient acquis et habilé. C'est à
peine si, quand ,ie passe avenue J3ineau, je
retrouve dans les villas qui s'y sont füvécs
quelque arbre de connaissance, drrrière lequel
je m'embusquais pour tirer les lièvres qt1e
me rabattait un gros chien dressé par moi à
celle tàche. Quant au château, témoin d'une
orgie épournn!able, il a ,Hé mis à sac et incendié par les glorieux vainqueurs de Février 181 . Il n'en reste ri&lt;'n. Tons les oujets
d'art qu'il contenait ont été détruits. J'en
connais cependant une épare. Le voyageur
qui ,i~ile le musée de ~cuchâtcl, en Suisse,
verr:i, à côté du tableau où M. de Montmalin,
officier aux gardes suisses, est représenté, se
faisant massacrer le 10 Août, plutôt que
d'abandonner le drapeau confié à sa fidélité,
une toute pelile toile soigneusement raccommodée. Ce fragment est la figure pl'incipale
du premier tableau el du chef-d'œuvre de
Léopold Robert, l'Jmprovisaleul', qui se
trouvait dans le billard du châleau. Un sauveteur ou un pillard éclairé a découpé ce
fragment avec un canif au milieu de l'incendie, et c'est tout.
Mais je reviens à mon récit.
Il y avait aussi à Neuilly Je salon de mon
père et en particulier un billard où, portes
ou,ertes sur le~ terrasses, on passait les soirées au milieu des voisins, des amis, des habitués. Si je parle de ces soirées, c'est qu'ellrs

ont eu une inlluenco décisive sur ma destinée. Je vois d'ici ce billard, avec les tableaux
qui l'ornaient: l'lmprovisateui·, de Léopold

régiment de la garde caserné à Courheroie
danser au bal avec les jolies Llanchi~seusrs
du village, je voulais forcer mc:s ~œurs à

Clkht G•raudon
FoNLRAILLES DE

Loms XVIII. - Dessi11 de C HASSEt.AT. (M:•sèe de ve,-.&lt;ailles .)

Robert; la Femme clu briyancl, de Schnctz;
le Fcwst et la Jfarguel'ile au rouel, d"Ary
chetîer; la Venise, de Ziegler, tous des
chefs-d'œuvre. Je vois aussi les habitués :
deux abués d'abord, aux noms significatifs :
l'abbé de Saint-Phar cl l'abbé de Saint-Albin,
héritages des faiblesses d'arrière-grands-parents, bien avant la Révolution; puis encore
un abbé à ailes de pigeon, l'abbé de Labordère, ancien grand vicaire de Fréjus, devenu,
je ne sais comment, maire de Neuilly. Puis
le maréchal de Gouvion-Saint-Cyr, notre
voisin immédiat, autour duquel il y avait
toujours un cercle; puis des amiraux : le
comte de ercey, avec sa queue, un vétéran
des guerres de l'Inde; l'amiral Villaumelz,
des généraux, des officiers qui nous fanatisaient avec les récits de leurs campagnes.
Parmi ces généraux, amis de la maison,
figurait le général Drouot, qui m'aimait beaucoup. me prenait sur ses genoux, me contait
des histoires. J'avais vu le tableau d'llorace
Vernet : la Bataille de llanau., où Drouot
est représenté à pied, au milieu de ses canons,
au moment où passe sur eux la charge des
cuirassiers bavarois. ll n'en ayait pas fallu
davantage pour m'enflammer: je voulais être
artilleur. A la même époque, l'artillerie de
Vincennes fit cadeau à mon père d'un obusier
de monlagne de I 2, et le colonel de Caraman
vint l'es ayer avec nous. On tira à boulet,
dans le parc, sur les buttes de \ïlliers, cc
qui porta au plus haut point mon enlhouiasme militaire. J.i persécutai ma mère pour
qu'elle me fit faire un uniforme d'artilleur.
Dès que j'en fus reYôlu, je crus que ... c'ét:iit
arri\"é, et, comme on m'avait mené à la foire
de Neuilly où j'avais vu les sous-officiers du

imiter avec moi le genre de danse que je leur
avais vu exécuter. Il paraît que je me tira.is
asse:t bien de celle imitation chorégraphique.
Mais là s'arrêta ma velléité de carrière militaire; le général Drouot retourna à Nancy,
je ne le vi plus, et je fus bientôt sous
l'empire d'autres influences qui furent plus
durables.
Parmi les aides de camp de mon père, se
trouvait un jeune lieutenant-colonel de cavalerie, le comte d'lloudetot, qui avait déLuLé
dans la vie comme a.spirant de marine. Homme
de beaucoup d'esprit, il n'y avait pas de
conteur plus charmant. Or, le hasard voulait
t[Ue, créole de l'Ile-de-France, il eùt élé, lui
el sa famille, ramené en Europe sur la corvette la Régénérée, commandée par ce même
amiral Villaumelz, notre voisin et habitué du
billard. D'Iloudetot était en bas âge, lors de
ce voyage, si bien que la Régénérée ayant eu
un combat avec les Anglais aux îles de Loos,
sa nourrice avait été coupée en deux par un
boulet, ce qui lui fai ait dire : « J'ai bien
plus de titres à l'aYancement qu'un autre;
tout le monde a eu des chevaux tués, je suis
le seul dans l'armée française qui ait _eu une
femme tuée sous lui. »
Uapprochés par ce souvenir, l'ancien aspirant et le vieil amiral passaient leurs soirées
à échanger le récit de leurs aventures et ces
récits qui m'ayaient intéressé dè le début
finirent par me passionner. Il fallait entendre
d'lloudetot raconter Trafalgar, où il était
comme aspirant sur l'Algésfras, le vaisseau
de son oncle, l'amiral Magon ; comment lui,
d'Houdetot, étendu sur la dunette, les jambes
brisées par un éclat, avait vu son oncle l'amiral recevoir le coup mortel, au moment où,

SOUYENl~S

blcs_sé déjà, son chapeau et sa perruque
emportés par un projectile, il s'élançait 511r
le bastingage en criant à son équipage : &lt;t Je
promets la croix au premier qui sautera à
bord du vaissPau que je \'ais aborder; » comment encore, l'abordage repoussé, le mât &lt;le
misaine de !'Algésiras coupé par les boulets
était tombé en travers du Yaisseau anglais,
lançant à la mer, par-dessus ce vaisseau,
l'aspirant, camarade de d"Uoudctol, qui commandait dans la hune; lequel aspirant était
revenu à la nage à bord de l'AlgGsiras. Puis
venait le récit de la tempête qui suivil la
bataille, où vainqueurs et vaincus s'eJJ'orcèrent en cômmun d'échapper au naufrage
sous les ordres du lieutenant de la Ilretonnière, qui plus lard a été mon chef el qui
réussit à faire entrer le vaisseau à Cadix. Là,
d'Houdetot, déposé sur le môle, brisé, fiévreux
et sous un ciel ardent, vit la main d'une
femme, louthéc de sa jrunesse, étendre un
éventail au-dessus de la tête de « ce pauvre
petit », pour le garantir du soleil. Il attira à
lui celle main providcntiellr, la baisa et dut
à celte action si simple d'échapper aux horreurs d"un hôpital encomuré el ra\'agé par le
typhus. ll guûl'it, i'ut embarqué de nouveau
sur la frégate l'Jfe1·mione et OL naufrage arec
elle. « Trafalgar el un naufrage en deUI. ans,
nous disait-il, me suffirent comme campagnes
de mer. &gt;&gt; Il obtint de passer dans la ca\'alerie, pour aller se couvrir de gloire daas le
charges héroïques dela bataille de la Moskowa,
mais son cœur était reslé avec ses anciens
compagnons les marins, et il ne se la~sait
jamais de parler d'eux.
Quant au vieux Villaumelz, sa vie tout
entière s'était passée sur nos vaisseaux; il

Loms-PmLIPPE, DUC o'ÜRLÉANS, DANS LE
COSTU.ffi Qu'fL PORTAIT AU SACRE DE CHARLES

X.

était allé à la recherche de La Peyrouse avec
M. d'Enlrecasteaux, il avait commau&lt;lé l"escadre que le prince Jérôme Bonaparte ahan-

�ms TO'Jt1.ll ----------------~-----------------~---··
donna awc son Yaisseau le Vétéran, cl se~
récits de combats et d'aïenlurcs de mer
étaient intarissables. C'est en les écoulant
que le désir de suivre à mon tour la carrière
naYale me prit el ne me quitta plus. Je fis
mes premiers essais sur mer au Tréport,
pendant les peti ls vo-yages de vacances que
nous faisions au château d'Eu. Chaque fois
je fus horriblement malade du mal de mer,
mais cela ne me découragea pas. Je me sentais aussi entrainé par une vive sympathie
pour ces braves matelots à figures si ouvertes,
si simples, si résolues. J'enviais leurs dangers quand, de la jetée du_Tréport, je voyais
leurs barques rentrer pendant la lempète :
bref ça y était : j'étais pris·. Et cet amour-là
ne finira qu'avec moi.
En dehors de ma passion maritime du
Tréport, Eu, RanJan, marquènt encore de
bien bons soul'enirs de mon enfance. Mes
parents avaient l'habitude, à l'épo,1uc des
vacances, de nous emmener foire un petit
voyage, soit à Eu, soit à Randan, grande propriété de ma tante en Auvergne: Pendant
ces voyages, les études, les kç•&gt;ns, le collège
étaient suspendus et cela seul suffisait à
parer le voyage de mille allra.ils. Il faut dire
aussi qu'on ne voyageait pas alors comme
aujourd'hui el que les trajets étaient une
source de pelites aventures qui nous tenaient
toujours en érnil. Mon père avait fait faire
nnc grande voiture à douze places où tenait
toute la famille et qui res~emblait, sauî respect, à une ménagerie ambulante. Un courrier parlait en a,,ant pour commander les
chevaux de po te, un autre précédait la voi-

ruant. Ça s'attelait tant bien que mal, puis
arrivaient les postillons fringants, Je chapeau
enrubanné sur l'oreille, ((l.leltrues-uns encore
poudrés cl ornés de la grosse queue à catogan. Leur., vestes étaient garnies de cent
boulons d'argrnt, leurs jambes passées dans
des pantalons collants. Margot apportait les
grandes bolles cerclées dll for où ils fourraient leurs jambes, on les hi sait laborieusement à cheval, le maitre de poste criait :
&lt;! Allons l Feu! Et lâche la main! » el tout
parlait venlre à terre, au bruit des grelots,
des coups de fouet, à l'admiration des femmes
et des enfants du village groupés pour le
spectacle. Cne fois en route, ça se calmait,
mais les postillons n'avaient aucun commandement sur leurs cheYaux q!li, connaissant le
chemin, faisaient le relais par habitude, à
leur guise. ion rencontrait d'autres rnitures,
des rouliers sur la roule, c'était une question
de savoir si nos allelages se dérangeraient de
leur chemin trop ou pas assez. Les rencontres
s'annonçaient par les hurlements des postillons : si les chevaux ne se dérangeaient pas
a5scz, un abordage formidable se produisait
aYec un torrent de jurons et clirructi de lanternes el de glaces brisées. Si les chevaux au
contraire se rangeaient trop, la voiture s'inclinait d'abord sur le bas-côté, el l'inclinaison
augmentant, elle finissait sou\'ent par verser
doucement dans le fossé. li sortait alors une
clameur de la ménagerie, chacun se tâtant et
de rire ensuite, pendant 11u'on relcYaiL la
machine pour un nouveau départ. Plus loin,
autre accident; c'était la lraver ée d'un village et les postillons, pour faire de l'effet,

\'i.;E DU CHATEAU DE NEUILLY, RÉSIDEXCE DE LOUIS-PHILIPPE.

Tat&gt;.eau de H.

SEBRON.

ture. Au relais on amenait les six chevaux
qui devaient nous trainer, chevaux entiers,
méchants, hargneux, hurlant, mordant ,

(M11s~e de Versallles.)

commençaient un concert de coups de fouet :
les chevaux s'excitaient, l'allure s'accélérait,
cela allait bien si la rue du village était
"'35o ...

droite, mai5 s'il y avait un tournant, les
chevaux le prenaient trop court et une collision violente se produisait arnc la borne du
coin. Aussitôt on voyail accourir les charrons
et les hôteliers, toujours à l'affût de ces accidents. Quatre heures de réparations! Les
gl'ands-parents fulminaient., mais les en(ants jubilaient, c'était le désordre, el on
écrivait aux petits amis : « Nous :wons versé
à tel endroit, cassé à tel autre. » Ça fai ail
de la copie!
Le séjour de flandan n'offrait pas grand
intérêt. On quillait la gr:rnd'route à Aigueperse; on allelait six ou sept paires de
bœufs à la voilure; des Aurnrgnats en grands
chapeaux et costumes (il y araiL encore des
coslumes), armés de gaules, dirigeaient
l'attelage; la voilure oscillait, dans des chemins boueux, coupés de montagnes el de
vallées; on arrivail péniblement, mais on
arrivait au château. La grande di~traction du
séjour était d'aller faire visite à mldame la
Dauphine, qui faisait une cure annuelle à
Vichy.
Plus agréable le séjour d'Eu ! Le vieux château des Guises n'était à celle époque qu'une
baraque avec des corridors ondulés comme
des vagues. Dans les tempêtes touLe la maison
tremblait, et ctuand le soir, après les histoire
de rerenaots d'Anatole de Montesquiou, il
fallait traverser la galerie des Guises avec ses
terribles portraits qui semblaient desœndre
de leurs cadres au si[l]eroent lugubre du
vent de mer, les bas enianls éprouvaient une
petite émotion. Mais nous l'aimions, le vieux
manoir; il n'était pas banal.
Si de llandan on allait voir madame la
Dauphine à Vichy, on allaitd'Eu voir madame
la duchesse de Berri à Dieppe, dont elle
avait fait son séjour d'été. Nous l'accompagnâmes une fois au phare d'Aill5-; sous
l'escorte de sa garde d'honneur, un escadron
de Cauchoises à cheval. In if lo lem pore; en
cc temps-là tout~ les femmes de ormandie,
du pays de Caux, en particulier, faisaient
leurs courses, allaient au marché à cheval; on
voyait très peu de voitures. On avait choisi,
parmi toutes ces paysannes, les plus jolies
tilles et c'était un plaisir de les roi:r caracoler, au nombre d'une quarantaine, autour
de la ,·oiture de la duches e, la capitaine et
la lieutenante à la portière, toutes uniformément habillées de blanc, avec le costume
complet de Cauchoise, le lhi"non, le bonnet
à barbes de dentelles, et montées sur leur
bidet d'allure, qu'elles menaient parfaitement. Dans les haltes, l'escadron me1tait
pied à terre, et, tenant ses chevaux par la
bride, faisait, dan le paysage normand, le
plus charmant eflet. Je n'ai jamais su où
casernait l'escadron, mais, à coup sùr, il ne
devait pas manquer de billet de logement.
c•e~t M. de Murat, préfet de la Seine-Inférieure, qui avait eu l'idée de celle création;
- un homme charmant que ce préfet, mais
si distrait, qu'appelé un malin chez madame
la duchesse de ilerri, il s'était hàlé de ceindre
son épée, de passer son grand uniforme et
de courir en chapeau à Lrois cornes chez

V11:ux sounJV1~s

'

•

Madame, ne s'apercevant que Ht qu'il avait
oublié sa eu lotte.
En 1828, un grand changement se fit dans
mon exislencc; j'avais dit ans; mon tour
arrivait, on me mil au collège, j'entrai à
Henri IV. dy de mi! dit la complainte espagnole. Quand je passe dernnt Saint-Élirnne
du Mont, ff'lC je rrgarde la tour de Clovis et
les grands murs de la docte prison où j'ai
passé trois ans, cc ne sont pas des souvenirs
agrfablcs qui me reviennent, bien loin d" là!
Je m'y suis mortellement ennuyé et n'y ai
fait rien de bon~ Mon éducation s'est faite
par la lecture (j'étais el suis resté un lecteur
passionné), par l'observation, et aussi en
écoutant ceux qui savaient s'emparer de mon
attention. l'ai écoulé de toutes mes oreilles,
de tout mon cœur, l'abbé Dupanloup, quand
il faisait mon éducalion religieuse; Pouillet
quand il nous enseignait la physique; le
grand Arago quand il m'a mis puur la première fois nn sextant dans les mains; plus
lard Michelet, quand je suil'ais le cours d'histoire qu'il faisait à ma sœur Clémentine;
plus tard encore les leçons de droil que nous
donnait J\I. fiossi, le mini tre de Pie IX. ~lais
le Jalin, le grec, les heures passées sur un
thème , une ,·ersion, en compagnie d'un gros
dictionnaire! Oh! 1:, ! là! Au point de vne
universitaire j'ai donc été un canc,·e, rien
cru'un cancre . .J'ai pourtant décroché un prix,
le plus misérable de tous; le second prix de
version latine en septième! J" ai été couronné
à la distribution des prix, pendant que la
musique jouait en mon honneur : « Vive

Henri IV! ViYe ce roi vaillant, cc diable à
quatre! ... » J'ai reçu dn même coup, d'un
µ-ro, homme rouge, un baiser humide, trop

neries, et que rua douleur était poignantr,
11uand je deYais rentrer le lendemain. J'arais
pourtant de bons camarades que j'aim~is, au

LE 8TLLA,RD DU CHATE:AU DE °NEUILLY. -

humiJe, qui ne m'a fait aucun pLi.isir. ,ltl me
rappelle que le portier du collège s'appelait
Boit-s:.ms-soi(, que ma plus grande joie était
de sortir par sa porte après la classe du soir,
pour descendre par la rue de la Montagne ou
la rue des . ept-Voies, en faisant mille garni-

Dessin du PaTNCE DE

]OlN\"TLLE.

milieu dcs,1uel3 je me suis perfectionné dans
l'arl de ballrc la semelle à six, de donner
C'&gt;ups de pieds el coups de poingi cl d'en
rccernir. Mais, somme Loule, mon temps de
collège reste pour m'&gt;i, comme on dit en mathématiques, cr affecté du signe moins! »
PRl:'\CE DE

~o

Madame de Rambouillet
Madame de Rambouillet a toujours aimé
le, belles choses, et elle allait apprendre le
latin, seulement pour lire Vir"ile, quand une
maladie l'en empêcha. Depuis, elle n'y a pas
songé, et s'est contentée de l'espagnol. C'est
une personne habile en Lou tes choses. Elle
fut même l'architecte de l'hôtel de Rambouillet, qui était la maison de son père. Mal satisfaite de tous les dessins qu'on lui faisail
(c'était du temps du maréthal d 'Ancre, car
alor5 on ne savait que f.tire une salle à un
côté, une chambre à l'autre, et un escalier au
milieu), un soir, après y avoir bien rèl'é,
elle se mit à crier : cc Vile, du papier; j'ai
« trouvé le moyen de faire ce que je voue&lt; lais. » Sur l'heure ellP. en fit le dessin, car
naturellement elle sait de siner ; et dès
qu'èlle a m une maison, elle en tire le plan
fort aisément. On suivit le dessin de madame de Rambouillet de point en point.
C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escaliers à côté, pour avoir une grande suite dP,
chambres, à exhausser les plan{'hers, et à faire
de.s portes et des fenêtres hautes el Jarges et

vis-à-vi les unes des aul;:;; · ; ~l cela ci.t si
vrai que la nêine-Înèrc, quand elle fit bâtir le
Luxembourg;-01•d(jt]na- aux :trchit'ecles d'aller
voir l'hôtel de Rambouillet, et ce soin ne leur
fut pas inutile . .C'est la première qu,i s'est
avisée de fairè peindr"e une chambrll d'au'lre
couleur que de rouge ou de Lanné; et c'est ce
qui a donné à sa grand'chambre le nom de
la chall!b1·e bleue.
L'hôtel de Rambouillet était, pour ainsi
dire, le théàtre de tous les diverti sements,
el c'était le rendez-vous de ce qu'il y avait de
plus galant à la cour, cl de plus poli parmi
les beaux-esprit du siède. Or, quoique le
cardinal de Hichelieu eût au cardinal de La
Valelle la plus grande obligalion qu'on pui se
avoir, il voulait pourtant ~avoir toutes ses
pensée aussi bien que d'un autre; et un
jour, comme àl. de Rambouillet était en Espagne, il envoya le Père Joseph chez madame
de Rambouillet; celui-ci, sans fairti semblant
de rien, la mit sur 1~ discours de celle ambassade, et après lui dit que monsieur son
mari étant employé à une négociation importante, M. le cardinal de Rithelicu pou"ait
prendre son temp3 pour faire quelque chose
de considérable pour lui, mais qu'il falJait
qu'il y contribuàl de son côté, cl qu'elle donnât à Son Éminence une petite satisfaction
qu'il désirait d'elle; qu'nn premier ministre

•,-

JOINVILLE.

ne pou Yai t prendre trop de précau lions; en
un mot, que U. le cardinal souhaitait de savoir par son moyen les inlrigues de madame
la Princes e et de M. le cardinal de l,a Valelle. « Mon père, lui dit-elle, je ne crois
I&lt; point que madame la Princesse et M. le
cc cardinal de La ValeLte aient aucunes intri&lt;&lt; gucs; mais, quand ils en auraient, je ne
« serais pas trop propre à faire le métier
cc d'espion. ll n s'adressait mal; il n'y a pas
au monde de personne moins inléressée. Elle
dit qu'elle ne conçoit pas de plus grand plaisir au monde que d'cnyoycr de l'argent aux
gens, sans qu'ils puissent savoir d'où il Yienl.
Elle passe bien pins avant que ceux qui disent
que donnçr est un plaisir de roi, car elle dit
que c'rsl un plaisir de Dieu. En me contant
celle petite histoire du Père Joseph, elle me
disait, c..,r il n'y a pas au monde un esprit
plus droit, qu'elle souffrirait encore moins
qu'on eût des gens d'église pour galants que
d'autres. - « C'est une des cho es, ajoutait« elle, pourquoi je suis hien aise de n'être
« point demeurée à Rome; clr, quoique je
« fusse hien assurée de ne point faire de mal,
u je n"étais pas pourtant assurée qu'on n'en
« dit point de moi, et apparemment, si on
« en eût dit, la médisance m'aurait mise
i avec quelque cardinal. "
TALLEMANT DES RÉAUX

�NÉRON DEVANT LE CADAVRE D'AGRIPPINE. -

TaNeau

d'ART' MONTERO \' CALVO,

Néron
Par Paul de SAINT-VICTO~

Ce n'est point sur le type classique du Tyran
qu'il faut mesurer et juger Néron. La politique entre pour peu dans ses crimes ; ils
dérouleraient tous les raisonnements et Lous
les calculs. La logique n'a rien à voir dans cet
amalgamcchimérique de fou cl d'histrion, de
scélérat el de dilcllantc. Il appartient àl'aliénisme historique, une science à créer el dont
relèveraient la plupart des mauvais Cé~ars.
Néron est un enfant gâté, àuquel le hasard
a donné le monde pour jouet; un enfant méchant et robuste, dont aucune résistance n'a
jamais refroidi la cervelle ni calmé les nerfs.
li veut el il peut; et il veut à tout moment,
et sa volonté, surexcitée par l'exécution immédiate, s'enfle, grandit, s'exagère, s'étend
démesurément, s'agite arec convulsions et se
heurte contre l'impossible. - La lune dans
un seau d'eau! finit par demander l'enfant
colérique, auquel on n'a jamais rien refusé.

- La tête du genre humain! ce sera le dernier soubai t des Césars.
Ce n'est pas à un germe de verlu, c'est à
l'inexpérience de la tyrannie qu'il faut attribuer son calme début. li essaie les âmes, il
sonde la bassesse humaine, il mesure la
« Yoie Scélératè 1&gt;. qu'il peut parcourir. Tout
au plus, pendant ses premières années de
règne, s'amusera-t-il à rôder la nuit par les
rues de Rome, en pillant les houùques et en
battant les passants. Ce sont là jeu:1 de
prince. Le peuple tend le dos et ne fait qu'ro
rire. Il faut bien que César s'amuse. Bientôt il
passe à des exercices plus sérieux : il empoisonne son frère publiquement, effrontément,
au milieu d'une fète. A la première gorgée
du breuvage préparé par Locuste, Dritannicus
tombe mot l à la renverse sur les coussins de
sôn lil. Les convires s'effrayent; mais le
maitre n'a pas sourcillé; ils se modèlent sur

ce visage impassible et reprennent les rires
commencés : « Après un moment de silence,
dit Tacite, la gaieté du festin se ranime. Po.~l
bl'eve silentium, repetila convivii lœtitia. »
L'impunité l'excite, il saute d'un bond aux
bornes du crime. Agrippine le gêne, il décide
sa mort. D'abord, il fait construire un vaisseau qui doit l'écraser ou la noyer en pleine
mer. L'ironie s'ajoute au parricide: avant de
l'embarquer sur le navire meurtrier, il lui
donne une fête à llaïa; et, en prenant congé
de cette mère qui va mourir, il la baise sur
les yeux, comme pour les lui fermer. Mais le
vaisseau se détraque; le ilot qui devait engloutir Agrippine « recule épouvanté ,&gt;,
comme celui du poète, el la dépose sur la
plage. ~éron s'impatiente el s'irrite. Ses deux
graves précepteurs, Sénrque et Burrhus,
restent muets devant sa colère : ils ne sont
plus de force à museler le jeune tigre, ils y

renoncent, ils ont 'petir. Burrhu.s lui-mêine
désigne l'homme proportionné à l'énormité
du forfait. Anicetus el ses licteurs vont frapper l\.grippine ,au ventre. A peine versé, lé
sang maternel dé~ise un moment Xéron. lJ.
se• rep.en.t, il s'effrave,
son imarrination
d'ar•
0
t1ste s~ trouble el s'ébranle. « La face des
Iüiux, qui, dit Tacite, ne change pas comme
cell!l de l'homme, » lui représente le visage
mort de sa mère. JI entend siffler le fouet des
Fµries, et la trompette funéraire embouchée
par un fantôme invisible sonner autour du
tombeau d'Agrippine. La nuit qui suivit le
meurtre, il rêva, dit-on, pour la première
f9is : le spectre de sa mère lui ouvrit la porte
de.s songes. liais le monde s'emprPsse de ras~
sµrer son maître. Les centurions et les tribuns vief!nent baiser sa main comme pour
l~her le sang qui la cou.vre; l'encens fume
dans les villes de. la Campanie, son retour à
Rome est un monstrueux triomphe: Le Sénat
vient nu-devant de lui, en habits de fête.
L'assass_in monte au Capitole et rend gràces
aux Dieux. hois protestaJionsmuelles rntèrent
seules contre le crime glorifié. Thraséas sortit
du Sénat quand on décréta que le jour de
naissance d'Agrippine serait mis au nombre
des jours néfastes ; une main inconnue attacha, la nuit. au bras droit de la statue de
Néron le sac de. cuir dans lequel la loi cousait
vivants les parricides arec une vipère et un
singe; et un nouveau-né fut trouvé dans une
rue de Rome portant cette•inscriplion vengeresse : « Enfant abandonné, de peur qu'il ne
vienne à tuer sa mère. » Des prodiges, selon
Tacite, protestèrent aussi contre le forfait.
La nature outragée se vengea par des monstruosités et des météores. Le soleil s'éclipsa,
ainsi qu'au repas d'Atrée, une femme accoucha d'un serpent, .et la foudre lomLa dans les
quatorze quartiers de Rome, comme pour la
purifier par le fou.
Ce monde moral à la renverse élait fait
pour ébranler les cœurs les plus fermes, les
intelligences les plus droites. Quel vertige
devait-il produire sur l'adolescent effréné qui
le dominait du haut d'une toute-puissance
sans obslacle et sans garde-l'ou? Au-dessous
de lui, une terre avilie sur laquelle a passé le
niveau de la servitude; des peuples humiliés,
prosternés, vautrés; rien qu'une vague mosaïque de 1êtes aplaties. Au-dessus, des
Dieux lointains et indifférents, dont il est
l'égal, et parmi lesquels l'aigle envolé de son
bûcher funèbre le transportera de plein droit.
&lt;&lt; Lorsque, ta carrière achevée en ce monde
(( - lui chantait Lucain, - lu remonteras
« tardif vers la voûte céleste, soit que tu
&lt;1 veuilles tenir le sceptre des cieux, soit que,
« nouveau Phébus, Lu veuilles éclairer ce
• monde que n'afiligera pas la perte d~ son
« soleil, il n'esl pas de divinité qui ne le
&lt;&lt; cède sa place, et la nature te laissera pro&lt;i noncer quel dieu lu veu1: être, où tu veux
« mettre la royauté du monde. Ne le place
« pas à une des extrémités de l'univers; l'arc
« du monde perdrait l'équilibre et serait en« trainé par ton poids. Choisis le milieu de
« l'éther, el. que là le ciel pur et serein n'of'..
IV. -

liJSTOIUA. -

F.isc.

32.

&lt;1 Cusque d'aucun· nuage le rayonnement de
i&gt; Ainsi isolé entre ces deux grands
,itles, entre ces 'deux néants de la re&amp;ponsa~
bililé et de la conscience, le César romain perd
toute vue lucide, tout aperçu de rapports,
tout sentiment de juste .et d'injuste. Sa 1&gt;ersonnalité envahit la terre; il est le chiffre
d'un zéro immense qui s'annule exprès pour
le faire valoir. C'est plus qu'un dieu, c'est le
Destin; il s'en attribue la puissance aveugle,
la t) rannie sans appel, les irresponsables
caprices; il en revendique le droit de mort
absolu, fatal, inintelligible, l'el que l'exerce en
apparence la Xature.
Quel spectacle que le règne cle Néron après
le meurtre d'Aggripine! La société se laisse
décimer avec l'obéissance passive d'une armée: La nation n'est plus qu'un troupeau
marqué du stigmate uniforme de l'esclavage,
et parmi lequel le maître lire au hasard ses
hécatombes quotidiennes. Les ,·ies illustres
s'éteignent sur tous les points du monde
comme les mille flambeaux d'une fête qui
finit. Pour l'élite, l'existence assurée est une
exception. Tacite signale, en s'en étonnant, la
chance d'un personnage consulaire qui ré,solut l'énigme de vivre : &lt;&lt; Memmius Régulus',
(&lt; dit-il, put vine en paix, parce que l'illus« tration de sa race ~lait nouvelle et que sa
·« fortune n'attirait pas l'envie. » .\ucune
lulte, aucune révolte. L'héroïsme, la gloire,
la vertu, s'oJfrenl d'elles-mêmes au couteau.
Bientôt Néron supprime les hommes el les
instruments du supplice. A quoi bon cet
appareil qui suppose l'é,·enlualité de la résistance? C'est volontairement que la victime
désignée doit se vouer à la mort; c'est de sa
propre main qu'elle doit la subir. Le suicide
devient une mode à Rome, comme il l'est
encore au Japon. Dans celte Venise de l'Asie,
le courtisan ou le fonctionnaire en faute n'attend pas l'ordre du Taïcoun pour mourir.
Dès qu'il s'est reconnu coupable, dès qu'il
a constalé sa disgràce, il se fend en croix le
ventre arec ses deux sabres. Il a appris et il
répète, depuis son enfance, l'escrime de &lt;·es
coups de sabre, qu'il s'est accoutumé à con.
sidérer comme sa fin probable. De même les
citoyens romains, avertis par le tribun que
l'heure est venue, s'ouvrent les veines avec
un canif cl se mettent au bain pour mourir.
Ainsi font Ostorius, Antinus, Vestinus, Torquatus et tant d'autres.
Était-ce juste impatience de sortir de la
,ie, ou servilité machinale, ou habitude de la
mort? Quoi qu'il en soit, les plus illustres et
les plus forts obéissent passivement à la consigne funèbre donnée par César. Corbulon, le
,·ainqueur de l'Orient, duquel Tiridate, étonné
qu'un tel homme souffrit un tel maitre, aYait
dit ironiquement à Xéron : « Tu as en Corhu« Ion un bon serviteur , » - se tue en
s'écriant: « Je l'ai bien mérité! » Plautus,
exilé en Asie, loin des licteurs et des prétoriens, n·a qu'un mot à dire pour soulever des
légions; etil tend sa gorge au glaive d'un eunuque a,·ec le fatalisme d'un pacha de la
vieille Turquie baisant le nœud coulant que
le Muet lui présente. Velus, un homme de la

« César!

vieille Rome, inform'é de . sa condamnation
prochaine, se hàte de la pré,·enir; il s'en~
ferme avec sa femme et sa fille, les perce du
stylet dont il ,·a se frapper, et meurt en
famille, comme il a vécu. Sénèque dicte des
sentences dans sa sanglante baignoire, Lucain
y corrige son poème. Pétrone ouvre ses veines,
les referme, les ouvre encore; il joue avec là
mort, la provoque, l'éloigne, ~a rappelle; il
chante, soupe, récompense des escl:ives, en
fait ,chàtier d'autres, et compose une satire
érotique pendant les entr'actes dè son volup.
tueux supplice. Thraséas fait à Jupiter L_ihérateur une libation du sang qui s'égoutte dè
-son artère appauvrie par l'âge. La lancette du
chirurgien, devenue l'arme du supplice, est
l'effrayanL symbole de ce temps, où la mort
était vraiment l'unique et héroïque remèdedè
la vie. Le Stoïcisme même, dont la secte rigide
offrait, au milieu de la dissolution romaihe,
le seul noyau de résistance' autour duqueipùt
se former une conspiration, enhardit par sa
résignation ce règne effréné. li l'accepte
comme une grande école de douleur et de
sacrifice : au lieu de glaives, il n'a• que des
sarcasmes à. enfoncer au cœur de Néron. Démélrius lui répÔnd : &lt;&lt; Tu me menaces dè
&lt;&lt; la mort, la nature le rend ta menace. » Canius Julius, allant au supplice, se fait assister
d'un philosophe comme d'un êonfesseur . ..J.
(&lt; Vous me demandez, dit-il à ses amis, s1
·« l'âme est immortelle. Je ,·ais le savoir, et, si
« je le puis, je re,·ie.ndrai vous le dire. · »
Quelques-uns, gracié.,; par César, rejetCent sa
gràceel se tuent, newulant pas manq1rer l'oécasion. En dehors des thermes tragiques oil
meurent les héros el les philosophes, le règne
n'est qu'une farce grandiose, dont le prince
est à la fois l'histrion et l'impresario. Le
Singe de l'apologue, lorsqu'il a déposé la
foudre avec laquelle il parodie Jupiter, revient à ses gambades el à ses grimaces nalurelles; or, Néron est un comédien a,,ant tout.
L'Empire, pour lui, n'est qu'un tréteau colossal, où il parade devant un parterre de
nations. Chanteur, mime, athlète, danseur,
acteur, il prostitue à toutes les momeries du
Cirque, à tous les oripeaux du tbéàtre la majesté souveraine. Son voyage en Grèce est le
Roman-Comique d'un cabotin couronné. Parti
à 1a tète d'une armée de cinq mille claqueurs,
- Auguslani, - il chante, lutte, pose, dédame dans toutes les arènes helléniques. 11 chante du nez, il tombe de son char, il
danse gauchement, car ses jambes grêles
iléchissent sous le poids d'un ventre proéminent. Et ce peuple d'artistes crie, applaudit,
admire, feint de se ptimer devant les pirouettes
cl les roulades du Divin Néron I On lui décerne dix-huit cents couronnes; on traîne aux
égouts, pour faire place aux siennes, les statues des anciens vainqueurs des Jeux Olympiques. Le terrible comédien réussissait à
coup sùr : !a supériorité dans les tragédies
de la vie réelle lui assurait le premier rang
dans tous les genres de l'art dramatique. Paraitre sur un théàtre avec Néron était aussi
dangereux que de jouer à la main chaude
aYec le léopard de la fable. Aussi l'athlète le

�111ST0~1A--------------------l'Espagne. Au seul bruit de ce!l révoltes loinplus robu~le tombe-l-il, les jambes en l'air, et de larmes. Que faire alors pour se distaines, la puissance de Néron s'écroule. L'urtraire?
Il
ne
reste
plus
que
l'impossible;
c'est
à son premier coup de poing ; le cocher qui
gence du danger ne lui in pire que des coà
l'impossible
gue
Néron
s'adonne
dans
ses
court avec lui fait prendre à son char le train
lères
puériles ou des projets insensés. Ce qui
derniers
jours.
Tacite
l'appelle
«
l'amant
de
d'une charrue; la voi.x: la plus mélodieuse
le
touche
Le plus dans la proclamation fuaffecte l'enrouement ou tombe d'e-xtinction l'incroyable: lncredibilium cupi/01·. n - Un
rieuse
de
Vindex, c'est qu'il l'ait appelé
Grec lui fait croire qu'il va se métamorphoser
lorsqu'elle alterne avec La voix de César. ,1 mauvais musicien. 1) Il en écrit au Sénat,
en
oiseau;
il
l'héberge
dans
son
palais,
en
Seul, un rirtuose de Corinthe s'avisa de
chanter juste dans une de ces représentations attendant que les ailes lui poussent. Un sal- pour le prendre à témoin de l'iniquité du
impériales; on l'applaudit, il fut perdu I Sur timbanque égyptien dJvore de la viande crue; reproche. li promet aux Dieux, s'ils lui donun signe de :Xéron, le autres acteurs, le il Yeut le perfectionner, en faire un cyclope, nent la victoire, de jouer dans une fête de
poussant contre une colonne du théâtre, lui et le dresser à manger de la chair humaine. l'orgue hydraulique, et de danser le pas de
- Celte 0«éni se de bois qui répond, dans
le Turnus. li imagine de dé armer les légions
percèrent la gorge à coups de stylet.
.
de Galba en allant à leur rencontre et en
Cirque,
par
des
cris
de
femme
aux
mugisseCar le sang était le vin de ces grotesques
orgies. Dans toutes les farces de Néron, la ments d'un laureau furieux, c'est une inven- pleurant devant elles. Pui, il p:isse à des YelMort joue son rôle. - Yoyez ce cocher, ha- tion de Néron parodiant la fable de Pasiphaé. léités belliqueuses, el ses préparatifs de guerre
Mais si Néron a épuisé le monde, s'il a consistent i, faire couper les cheveux de ses
billé de vert, lancer son char dans les jardins
touché
le fond du rendement terrestre, il lui concubines, à leur distribuer des haches, et
du Vatican. Le quadrige galope entre deux
reste
le
ciel à escalader. Il commence par à les former en escadron d'amazones. Se~
rangées de flambeaux étranges. Une odeur de
chair brûlée s'en exhale, la flamme crie, la destituer en masse tous les Dieux, il les dé- songes mêmes, - ces songes fatidiques qui
fumée râle .... Ces torche vivantes sont des capite et plante sa tête sur les épaules de dans l'antiquité traversent, sous des formes
Chrétiens empalés et enduits de cire. Néron leurs statues mutilées; puis il divinise sa si grandioses, la dernière nuit des mourants,
fait rouler son char infernal à travers une barbe et sa voix; consacre l'une au Capitole, - sont ceux qu'enfanterait la cervelle d'un
et fait o[rir à l'autre des sacrifices. - Le nain ou l'imagination d'un bou[on. li rêve
illumination de martyrs 1
Il est curieux d'observer la démence crois- sacrilège recèle peut-être des voluptés iné- &lt;JU'll est mangé par des fourmis, et qu'il
saule de cet halluciné du pouvoir. Son cer- dites : pour l'éprouver, il \'iole une vestale, chevauche sur un singe 11 tète de cheval qui
veau se ramollit à mesure que s'endurcit son souille une idole de la Déesse Syrienne et SP pousse des hennissements cadencés. Parfois
cœur. Son masque d'histrion finit par dévo- baigne dans l'eau des fontaines sacrées. 11 l'infatuation 1e reprend; il se cramponne à
rer les contours césariens qu'avait gardés sa confisque, à Delphes, les terres d'Apollon l'épave de trône qui lui reste encore, il y refigure. füns les trois dernières années de son dont l'oracle lui a parlé d' Oreste, et il ferme prend sa jactance et sa grimace césarien.ne.
règne, ce n'est plus qu'un mime effréné qui la bouche souterrain~ d'où la Pythie recevait De vagues idées d'exterminalion passent dans
contrefait les Dieux. Il n'a plus même la po- le souffle du Dieu. La ~[agie l'occupe un mo- son esprit: - ma. sacrer les généraux, empoilitique du memtre, la courte mais droite lo- ment; il fait venir des devins, el il épelle avec sonner le 'énat dans un grand festin, incengique du poignard; il tue à tort, à lràvers, eux les grimoires de l'Orient et les entrailles dier nome pour la seconde fois, lâcher la mépar crises, par accès, sans motif, et comme des victimes. Sa de1·nière manie accuse un nagerie du Cirque dans ses rues en flammes.
pour satisfaire un besoin physique de tem- ramollissement singulier; elle nous montre le - Inoffensive écume d'une rage impuissante,
pérament. Ses luxes, ses vices, ses orgies, César romain sous l'angle facial d'un sultan radotages d'une tyrannie tombée en enfance!
ses caprices, tournent à l'hyperbole orien- d'Afrique. Un pUbèien lui fait don d'une pe- Une nuit, les prétoriens abandonnent le poste
tale. Étant un monstre, il vise au monstrueux. tite statuette de jeune fille; il s'éprend de du Palatin, et c'en est fait de Néron. Rome
Ses désirs sont des Chimères qui cb.erchenl cette poupée, proclame sa divinilé suprême, [ait le ,,ide autour de lui, el ce vide forme
leur proie. Il remplit Rome, la ville positive, et lui fait par jour trois sacrifices. IL en était un gouffre dans lequel il tombe. L'effrayant
des fantasmagories du despotisme asiatique. à l'amulette, et il alla jusqu'au fétiche. Ayant César de la veille n'est plus qu'un proscr;t
Pour la refaire, il la brùle, et sur les ruines cassé un vase de cristal dont il aimait à se hagard qui rôde la nuit par les rues, l'rappnnt
de ses qu:i.rliers incendiés il se bâtit la bfai- servir, il éleva un mausolée à ses « Mànes. » it des portes qui ne i,'ouYrent pas. L'histoire
C'est dans sa chute qu'éclate la misérable des calastrophcs impériales n'a pas de plus
son d'Or, un palais qui envahit trois des Sept
nature
de ce faux dieu théàtral; elle rappelle misérable spectacle que celui de Néron fuyant,
Collines, qui a des lacs pour pièces d'eau, des
cette
idole
de la Bible qui se brisa sur le le matin, hors de la ,-ille, nu-pieds, masqué
plaines el des forêts pour jardins, dont les
souterrains mêmes sont couŒrls de fresques, parvis du Temple : de sa tète d'or sortit une d'un mouchoir, et rampont sous les ronces
pour entrer dans la cave de son affranchi,
dont les salles lambrissées d'ivoire tournent poignée de rats.
comme
un reptile poursuivi qui i;e fraye un
La
tyrannie,
qui
endurcit
alfreusement
avec un mouvement tle sphères et répandent
lrou.
Celle
extrémité rapetisse encore sa mél'énergie
des
forts,
qui
donne
1t
Tibère,
des pluies de parfums par leurs voùtes changeantes comme le ciel. Il pèche dans des par exemple, sur son rocher de Caprée, une prisable nature. D6maillotlé de la pourpre, il
filets dorés; il ferre d'argent ses mules et ses attitude de mépris qui a a hauteur, - la reparait à nu ce qu'il est, un enfant lâche et
builles; il alloue cinq cents ânesses à la bai- tyrannie énerve les faibles, les mine, les hé- gâté. Ses dernières pensées sont des regrets
gnoire de Poppée; il épouse solennellement bète. Otez d'un homme la conscience, le sen' de virtuose et des lamentations d'épicurien
un eunuque; il se promène dans un vaisseau moral, le cœur, les entrailles, s'il n'a pas de dégoûté. - a Voilà donc l'eau cuile de Nétlïvoire, sur l'étang d 'Agrippa, entre deux géni,e pour remplir ces vides, qu'en reslera- ron, » /tœc est Neronis clecocla ! dit-il, en
rangs de groupes obscènes posé sur les 1·ives. t-il~ Un simulacre de.puissance, mis en mou- buvant de l'eau d'une mare dans le creux de
Un de ses jeux est d'avilir les fiertés et de vement par des nerfs débile , une volonté sa main. Au bruit des caYalicrs qui le chersouiller les pudeurs. ll mêle les matrones égarée, l'animation de la fièvre, la vacillation chent sur la route, il déclame un vers de
avec les courtisanes; il fait battre des séna- de l'ivresse, un peu de hile aux veines, un l'Iliade : « Le galop des coursiers a frappé
teurs contre des gladiateurs, cl monter un peu d'écume aux lèvres I rien, presque rien. mon oreille. 11 Histrion dans l'ùme, il pense à
Un jour vient où le monde perd patience, où son larynx au moment de perdre la vie el
chevalier romain sur un éléphant.
le
gronpe de cariatides sur lequel piétine, de- l'empire. La mort pour lui est l'ntinction de •
On s'use vite dans ces excès du pouvoir; le
répertoire da despotisme est, en fin de compte, puis quinze ans, ce dieu frénélique. se lasse sa rnix; son dernier soupir est une note aigui:
borné par la nature. Un moment vient où la d'endurer les contre-coups de ses soubreëaut ; de rani Lé musicale. « Quel artiste va périr! »
dit-il en s'égorgeant d'une main maladroite.
matière humaine a donné à celui qui la pres- il s'en retire, il le laisse tomber.
Qualis a1•li/'e.T pereo !
.
Vindex
soulève
la
Gaule,
Galba
insurge
sure tout ce qu'elle contient de boue, de sang
PAUi. DE

SAI T-VICTOR.

Mémoires

du général baron de Marboi
CHAPITRE IX (suite ).
Yous _venez de voir que mon régiment,
ayant pris le service le 51 juillet au matin à
Kliastitsoui, l'avait fait pendanl toute la
journée. Il devait par conséquent, selon la
règle établie, être relevé par le 24e le Ier août,
à une heure du matin. Ce régiment fut donc
commandé pour l'attaque, et le mien devait
rester en résene, car l'espace Yide entre le
bois et le ruisseau ne pom'ait contenir qu'un
seul régiment de cavalerie. Le colonel A... se
rendit auprès d'Oudinot, et lui fit observer
qu'il y a,·ait à craindre que pendant que nous
nous préparions à combattre les troupes de
Wittgenstein placées devant nous, ce général
n'eùt dirigé vers notre droite une forte colonne pour passer la Drissa à un gué exi. tant
probablement à trois lieues en amont du point
où nous étions, gagner nos derrières et enlever nos blessés et nos équipages; qu'il serait
donc convenable d'envoyer un régiment de
cavalerie observer le gué dont il parlait. Le
maréchal adopta cette idée, et le colonel A... ,
dont le régiment venait de prendre le service,
le lit promptement monter à cheYal, et, l'emmenant dans l'expédition qu'il avait conçue,
laissa au 25• les risques du combat qui allait
s'enga11er.
Mon hrave régiment reçut avec calme l'annonce de la périlleuse mission qui lui était
confiée et vit avec plaisir le maréchal et le
général Legrand passer sur son front pour
présider am: préparalifs dP. l'attaque importante que nous allions faire.
A celte époque, tous les régiments français, lt l'exception des cuirassiers, avaient
une compagnie de grenadiers, nommée compagnie d'clite, qui tenait habituellement la
droite de la ligne. Celle du 25° était donc
ain i placée, lorsque le général Legrand fit
observer au maréchal que les ennemis ayant
leur artillerie en ·avant de leur centre, et les
dangers de,,ant être par conséquent beaue-0up
plus grands sur ce point, il conviendrait de
le faire attaquer par la compagnie d'élite,
composée des hommes les plus aguerris et
des meilleurs chevaux, afin d'éviter une hésitation q11i pourrait compromettre le résultat
de l'opération. En vain, j'assurai &lt;JUe le régiment, presque entièrement formé d'anciens
soldats, était sous Lous les rapports moraux
et plryûques aussi solide sur un point que
sur un autre, le maréchal m'ordonna de placer
la compagnie d'élite au centre du régiment.

J'obéis ; puis, ayant réuni les officiers, je leur
expliquai à demi-voix ce que nous al1ions
exécuter, et les prévins que pour mieux surprendre les ennemis, je ne ferais aucun commandement préparatoire et me bornerais à
celui de Cliar·gez! lorsque notre ligne serait
à pelile portée du canon ennemi. Tout étant
bien convenu, le régiment sortit du bivouac
dans le plus grand silence aux premières
lueurs du crépuscule, el traversa avec assez
de facilité le bois dont les grands arbres
étaient très espacés; puis nous entrâmes dans
la clairière unie au bout de laquelle se troumit le camp russe. eul de tout le régiment,
je n'avais pas le sabre à la main, car la droite,
celle qui restait libre, était employée à tenir
les rènes de mon cheval. Vous comprenez cc
qu'il y a\'ait de pénible dans cette posilion
pour un officier de cavalerie qui va s'élancer
sur les ennemis!. .. Mais j'avais lenu à mar-

HUGUES-BERNAlU&gt; lliRET, DUC DE BASSA.'iO.

D';zprès un portrait du Cabme/ des Estampes.

cher a~·cc mon régiment et me plaçai en avant
de la compagnie d'élite, ayant auprès de moi
son intrépide capitaine, M. Courleau, un des
meilleurs officiers de ce corps et celui que
j'affectionnais le plus.
"" 355 ...

Tout était parfaitement tranquille dans le
camp des Russes, vers lequel nous avancions
an petit pas, sans bruit, et j'avais d'autant
plus d'espoir de le surprendre que le général
Koalnie1T n'ayant fait passer le gué à aucun
détachement de ca,·alerie, nous n'apercevion pas de vedettes el distinguions seulement, à
la lueur affaiblie des feux , quelques rares
sentinelles d'infanterie, placées si près du
camp, qu'entre leur avertissement et notre
brusque apparition, il était probable que les
Russes ne pounaient e préparer à la défense.
Mais tout à coup deux vilains Cosaques, gens
rôdeurs et méliants, paraissent, à cheval, à
trente pas de ma ligne, la considèrent un
moment, puis s'enfuient vers le camp, où il
était évident qu'ils allaient signaler notre
arrivée!. .. Ce contre-temps me fut très
désagréable, car sans lui nous serions certainement arrivés sur les Russes sans perdre
un eul homme. Cependant , comme nous
étions découverts et approchions d'ailleurs
du point où j'avais résolu d'accélérer la marche, je mis mon cheval au galop. Toul le
régiment fit de même, et bientôt je fis entendre le commandement : « Chargez! 1&gt;
A ce signal, tous mes intrépides cavaliers
s'élancent rapidement avec moi vers le camp,
où nous tombons comme la foudre!. .. Mais
l'alarme venait d'y être donnée par les deux
Co aques ! Les artilleurs, couchés auprès de
leurs pièces, saisissent leurs lances à feu, el
quatorze canons vomissent :1 la fois la mitraille ur mon régiment! Trente-sept hommes, dont dix-neuI de la compagnie d'élite,
furent tués raides! Le brave capitaine Cour•
tcau !ut de ce nombre, ainsi que Je lieutenant
Lallouette ! Les artilleurs russes essayaient
de recharger leurs pièces, lorsqu'ils forent
hachés par nos cavaliers ! Nous avions peu de
blessés, presqu.e tous les coups ayant été mortels. 1 ous eûmes une quarantaine de chevaux
tués. Le mien fut estropié par un biscaïen;
il put néanmoin me porter jusque dans le
camp, où les fantassins russes, réYeillés en
sursaut, couraient déjà aux armes. Ces hommes e voyant rudement sabrés par nos chasseurs à cheval qui, d'après mes instructions,
s'étaient placés dès l'abord entre eux et les
rangées de fusils, fort peu purent saisir les
leurs el faire feu sur nous, d'autant moins
qu'au bruit de l'artillerie, les deux régiments
d'infanterie du général Albert, sortant du
bois, s'étaient élancés au pas de course sur
les extrémités du camp, où ils passaient au •

�1f1ST0'/{1.Jl
fil de la baïonnette tout ce qui es·ayait de se
défendre. Les Russes en désordre ne pou"ant
résister à cette triple attaque, une grande
partie d'entre eux qui, arrivés la nuit au
camp, n'avaient pu distinguer la hauteur des
berges de la rivière, voulurent s'échapper
dans cette direction el tombèrent de quinze à
vingt pieds sur des roches où presque tous
furent brisés : il en périt beaucoup!
Le général "Koulnielf, à peine réveillé, se
réunit cependant à un groupe de 2,000 hommes, dont le Liers lout au plus avait des
fusils, el suivant machinalement cette masse
désordonµée, il se présenta devant le gué.
Mais, en pénétrant dans le camp, j'avais fait
occuper ce point important par 500 à 600 cavaliers , dont faisait partie la compagnie
d'élite qui, exaspérée par la mort de son
capitaine, s'élança en fureur sur les Russes,
dont elle fit un très grand massacre! ... Le
général Koulnietr, que déjà l'ivresse faisait
chanceler sur son cheva], ayant attaqué le
maréchal des logis Legendre , celui-ci lui
plongea son sabre dans la gorge et l'étendit
mort à ses pieds l... M. de Ségur, dans sa
narration de la campagne de 1812, fait tenir
au général Koulnie[ mourant un discours à
l'instar des héros d'Homère. J'étais à quelques pas du sous-officier Legendre lorsqu'il
passa son sabre dans la gorge de Koulnieff,
et je puis certifier que ce général russe tomba
sans proférer un seul mot 1 !. . . La vicloire
des fantassins du général Albert et du 25• fut
complète. Les ennemis eurent au moins
2,000 hommes tués ou blessés, et nous leur
l'imes près de 4,000 prisonniers; le surplu,
périt en tombant sur les rocher aigus. Quelques Russes des plus le!:-tes parvinrent à rejoindre Wittgenstein, qui, en apprenant la
sanglante défaite de son avant-garde, se mil
en retraite sur Sebej.
Le maréchal Oudinot, enhardi par l'éclatant succès qu'il venait d'obtenir, résolut de
poursuivre les Russes el fit, comme la veille,
passer l'armée sur la rive droite de la Orissa;
mais pour donner aux régiments d'infanterie
de la brigade Albert ainsi qu'au 25• de chasseurs à cheval le temps de se remettre des
fatigues du combat, le maréchal les laissa en
observation sur le champ de bataille de Sivot ~china.
Je profitai de cc repos pour procéder à une
cérémonie dont on s'occupe bien rarement à
la !!lierre. Ce Îul de rendre les derniers devoi~s à ceux de nos braves camarades qui
venaient d'être tués! ... Une fosse considérable les reçut tous, rangés selon leurs grades,
ayant le capitaine Courleau et son lieutenant
sur le front de la ligne! Puis les quatorze
canons russes, si courageusement en1evés par
le 25•, furent placés en avant de cette tombe
militaire l
Ce pieux devoir accompli, je youlus faire
: 1. On lit dans le livre rie M. de égur: , La mort
de KoulnietT fut , dit-on, héroïque: un boulet lni brisa
Les deux jambes el l'abatlil sur ses propres canons;
alol's -voyant les ~.rançais ~•approcher, . il arracha ses
décorations et, s 111d1gnant co11l1·e lui-même de sa
témé1·iLé, il se condamna a mourir sur le lil!n même
de sa faute en ordonnant aux siens de 1'11.bandonner. »

M°'É.MOll(ES DU G'ÉN'Ê1~.Jf,L BA~ON DE MA~BOT

pan rr ma blessure de la ,·eille. qui me causait des douleurs affreuses, et fus prmr cela
m'asseoir à l'écart sou~ un immense sapin.
J'y aperçus un jeune chef de bat.aillon qui,
adossé contre le tronc de l'arbre el ,outenu

rait déchiré par les loups, dont le pays foisonne, et il désirait que je le .fisse placer à
côté du capitaine et des cavaliers du 23e dont
il aYait vu l'enterrement. Je m'y engageai, et
ce malheureux officier étant mort quelque
temps après notre pénible entretien, je me
conformai à ses derniers vœux !

CHAPITR.E X
'.'iou\'elle r!'lraile d'Ou,linot. - Marche;: el contremarches. - Le '23• de chasseurs est co,nblé de
l'écompenses. - Retraite sur Polotsk. - Le général Sainl-Cyr. - Oudinol, blessè. cède le cornmaudemeoL à Saint-Cyr.

,

.MAIŒCIIAL ClÉRARD.

Gra1111re

de BotLLY, a·.zprè.• le tableiw de

LA1unÈRE,

(Must e ilt Ver saWes.)

par deux grenadiers, ft:rmait p1loiblemeot un
petit paquet donl l'adresse était tracée a\'ec
du sang 1. .. C'était le si.en! ... Cet officier,
appartenant à la brigade Albert, venait de
recevoir, à l'attaque du camp russe, un affreux.
coup de baïonnette c1ui lui avait ouvert le
bas-ventre, d'où s'échappaient les intestins! ...
Plusieur étaient percés, el, quoique le pansement eût été fait, le sang coulait toujours :
le coup était mortel! ... Le malheureux blessé,
qui ne l'ignorait pas, avait voulu. avant de
succomber, faire ses adieux à une dame qu'il
chérissait; mais après avoir écrit, il ne savait
à qui confier ce précieux dépôt, lorsque le
hasard me conduisit auprès de lui. Nous ne
nou, connaissions que de vue; néanmoins,
pressé par les approches de 1a mort, il me
pria d'une voix presque éteinte de lui rendre
deux services; el, après avoir fait éloigner de
quelques pas les grenadier , il me donna le
paquet en disant, les larmes aux yeux: «il y a
nn portrait! ,i Il me fit promettre de le remettre secrètement en mains propres, ~i j'étais
assez heureux pour retourner un jour à Pari ;
&lt;« du reste, ajouta-t-il, ce n'est pas pressé,
car il vaut mieux qu'on ne reçoiYe ceci que
longlemps après que je ne serai plus! ... » Je
promis de m'acquitter de celte pénible mision, ce que je ne pus exécuter que deux ans
plus tard, en 18141. •. Quant à la seconde
prière que m'adressa le jeune chef de bataillon, elle Fut exaucée deux heures après ! Il
lui était pénible de penser que son corps se..., 3.56 ...

Profondément ému par ce lugubre épisode,
je réfléchissais fort tristement, lorsque je fus
tiré de mes rêveries par le bruit lointain
d'une très vive canonnade. Les deux armées
étaient encore aux prises. En effet, le maréchal Oudinot, après avoir passé devant le relais de Kliastitsoui, oit j'avais été blessé la
veille, ayant joint l'arrière-garde russe à
l'entrée du marais dont le débouché nous
a"ait été si Cuneste vingt-quatre heures aYant,
s'était ohs\iné à y refouler l'armée ennemie;
mais celle-ci, n'étant pas disposée à passer
ce dangereux défilé. avait fait, avec des forces
considérables, un retour offensif contre les
troupes françaises, 11ui, après avoir éprouvé
d·assez grandes perte~, se retiraient suivies
par les Russes. On eût dit qu'Oudinol el
Willgenstein jouaient une partie de barres! ...
Quand l'un s'avaDçait, l'autre e relirait pour
le poursuivre à son tour 'il ballait en retraite 1. .. La nouvelle rr.culade d'Oudinot nous
fut annoncée sur le champ de bataille de
Sivolschina par un aide de camp qui appariait au général A.lhert l'ordre de conduire sa
brigade el le 25e de chasseurs à deux lieues
en arrière, dans la direction de Polotsk.
Au moment de partir, je ne voulus pas
abandonner les quatorze pièces enlevées le
malin par mon régiment, el comme les cheYaux avec lesquels l'ennemi les arait amenées
étaient lombés en notre pouvoir, on les
attela, el nous fîmes conduire l'artillerie à
uotre prochain bivouac, d'où ce glorieux trophée du Murage du 2:i•· fut dirigé la nuit
, uiçante sur Polotsk; nos quatorze canons ne
1ardèrent pas à concourir très efficacement
à la défense de cette ville.
L'armée d'Oudinot battit en retraite ce
même jour jusqu'au gué de Sivotschina
qu'elle avait passé le matin en poursuivant
Wittgenstein, qui, rendu plus circonspect pat·
le dé astre éprouvé le jour même en ce lieu
par son avant-garde, n'osa aventurer aucun
corps isolé sur la rive occupée par nos troupe . Les deux armée , ainsi séparées par la
Orissa. prirent respectivement leurs positions
de nuit. Mais le 2 août, Oudinot ayant rapproché se· troupes de Polotsk, les ho, tilités
cessèrent pour quelque - jours. tant les deux
partis avaient besoin de repos. Nous fùmes
rejoints par le bon génél'al Castex ainsi que
par le 24• de chas eur -, qui en voulait beaucoup 11 son colonel de l'arnir éloigné au momenl ou c'était à lui d'attaquer le camp

ru~se, tandis que dans sa course rnrs la haute
Drissa il n'avait pas vu un seul ennemj, ni
1rouvé le gué.supposé.
Après quelque jours de repos, Wittgenstein porta une partie Je ses troupes vers la
basse Düna, d'où. Jfacdonald menaçait sa
droite. Le maréchal Oudinol ayant suivi dans
celle direction l'armée rus;e, celle-ci fit volteface vers nous, et pendant huit à dix jours il
y eut de nombreuses marches, contremarches et plusieurs engagements partiels, dont
il serait trop long et trop pénible de faire
l'analyse, d'autant que tout cela n'amena
d'autre résultat 11ue de faire tuer des hommes fort inutilement, et de démonlrer le peu
ùe décision de ' chefs des deux armées.
Lei plus sérieux des combats livrés pendant
celle courte période eut lieu le 15 aoùt, auprès du magnifique couvent de Valensoui,
construit , ur les bords de la S,·oloa. Cettt!
petite rivière, dont le- berges sont très fangeuse , séparait les Françai de, Ru se~, l'i
il était é,ident que celui des deux généraux
11ui tenterait le passage de ,·ive force sur u11
terrain aussi déîaYorable éprournrail un auglanl échec. Wittgenstein ni Oudinot n'avaient
donc pas le projet de franchir la Svolna sur
ce point; mais au lieu d'aller chercher ailleurs un champ de bataille sur le4uel il · pu sent se mesurer, on les -vit Lous le deux
prendre po ilion 1;ur cc cours d'eau comme
pour se narguer mutuellement. Bientôt il
s'établit d'une rire à l'autre une canonnadP
des plus ,ires et parfaitement inutile, pui. rJ:uc
le~ troupes d'aucun parti n'ayant le moyen de
joindre leur advel'~aire, ce déplorable enga11ement ne pouvait aYoir aucun avanla11e pour
per~onne.
Cependant Wittgenstein, pour ména~er ·r~
~oldats, s'était bornr à po ter quelques hataillons de chasseur à pied dans les aules cl
le roseaux (jUi bordent le rivage, et tenait
ses troupes hors de la portée des canons français, dont le feu Lien nourri alteiguait seultment quelque -uns de ses tirailleur , tandis
cru'Oudinot, 'étant obstiné, malgré les sages
observations de plusieur généraux, à rapproC'her sa première ligne de la Syolna,
éproma de perles qu'il aurait pu et dû s'éviter. L'artillerie des Ru ses n'est pas, à beaucoup prè , aussi bonoe que la nôlre, mais
elle se sert, en campagne, de pièces dites
fü·ornes, dont la por1ée dépassait celle des
canon - l'rançais de celte époque. Ce furent
ces licornes qui fh-eoL les plus grand raya,11e
parmi nos troupes.
Le maréchal Oudinot, persuadé que no ·
ennemis allaient franchir la ri, ière, tenait
non seu1emcnL une di,"ision d'infanterie à
portée de les r&lt;'pou ser, mai il la faisait appuler par la ca,·aleric du général Castex, précaution surabondante, car un pa sage, même
celui d'une petite rivière, demande plus de
temps qu 'il n'en faut aux défenseur pour
accourir au-derant des attaquants. Mon régime~L et le 24e de chasseurs n'en furent pa
moms exposés pendant °l'ingt-qualre heures
,mx boulets d~ Ru ses, qui nous tuèrent et
e~tropit!rent plusieurs hommes.
0

Pendant ce comLat, où les troupes restèrent lrès longlemps de pied ferme, on vit arriver l'aide de camp qu'Oudinot avait envoyé
à Witepsk porter à !'Empereur le rapport des
combats de Kliastitsoui ainsi que de celui de
ivotschina. Napoléon, voulant térnoi,.ner en
particulié.l· aux troupes qu'il ne les 0rendait
pas responsables du peu de succès de notre
marche, venait de combler le 2e «!orps de récompenses, tant en avancement qu'en décorations. Après avoir bien traité l'infanterie,
Sa Majesté accordait quatre croix de la Légion
d'honneur à chacun des régiments de cavalerie. Le major général prince Berthier ajoutait dans sa lettre d'envoi que !'Empereur,
polli' exprimer au 23e de chasseurs à cheral
la sali l'action qu'il éprouvait pour sa belle
conduite à Wilkomir, au pont de Dünabourg,
au combat de nuit de Drouia, à Kliaslitsoui,
et surtout à l'allaque du camp russe de Sivotschina, lui enYoyait, en sus des quatre
récompen e données aux au Lres régiments,
quatorze décorations, une pour chaque canon
enlevé par lui à l'avant-garde de Koulnielf!. ..
J'avais donc dix-huit croix à disLrihuer à mou
brave régiment. L'aide de camp n'avait pas
apporté les breYets, mais I.e major généraJ
suppléait à cet envoi en chargeant les chefs
des régiments de désigner les militaires qui devaientlesrecel'oiret de lui en faire passer l'état
J'assemblai tou les capitaine et, après
m'ètre éclairé de leur aYis, je dressai ma
liste et fus la présenter au maréchal Oudinot,
en l!.&gt; priaul de me permettre de la faire connaitré sur-le-champ au régimenL : &lt;« Commenl, ici, sous les boulets! ... - Oui. monsieur le maréchal, sous les boulels .... Ce
sera plus chevaleresque!... &gt;l
Le général Lorencez, qui, comme cbef
d'état-major, avait libellé le rapport des
divers combats et fait un lrès grand éloae du
25•' de chasseur , ayant été de mon avis, le
maréchal consentit à ma demande. Les décorations ne devaient arriver que plus tard,
mais j'envoyai chercher aux équipages une
pièce de ruban que j'aYail- dans mon portemanteau, el après) a\'Oir !ail couper dix-huit
morceaux, ,j'annonçai au régiment les récompenses qui lui étaient accordées par !'Empereur. Puis Caisanl sortir des rangs les élns à
tour de rôle, je donnai à chacun un bout de
ce ruban rouge, alors si désiré, si bien porté,
et dont on a depuis si grandement alfaihli le
pre tige en le prodiguant, en le prostituant
même! ... Celle distribution faite en présence
de l'ennemi, au milieu des dangers, produisit un effet immense ur le régiment, dont
l'enthousiasme fut au comble lorsque j'appeJaj le Yieux sous-officier Prud'homme, réputé
à juste titre le plus inlrépide et le plus modeste de Lou les guerriers du 2 ~• de chasseurs. Toujours calme, ce brave, illustré par
de nombreuses actions d'éclat, s'approcha
d'un air timide et reçut le ruhàn, au milieu
des vives acclamation de tous les e~cadrons:
ce fut un vrai triomphe pour lui! ... Je n'oublierai jamais cette scène touchante qui, Yous
le savez, se passait sous le canon de l'ennemi.
Mais il n'y a point de bonheur complet! ...

.

Deux hommes portés sur ma: liste comme approchant le plus du mérite de Prud'homme
venaient d'être cruellement blessés par des
boulets!... Le maréchal des logis Legendre,
celui qui avait tué le général Koulnieff, avait
un bras emporté, el le brigadier Griffon une
jambe brisée! ... On les amputait lorsque je
me rendis à l'ambulance pour les décorer! ...
A la vue du ruban de la Légion d'honneur,
ils parurent oublier leurs douleurs et firent
éclater la joie la plus vive! ... Cependant Legendre ne survécut pas longtemps à sa blessure, mais Grilftm se rétablit, fut évacué sm
la France, et plusieurs années après, je le
retrou\'ai à l'hôtel des Invalides.
Le ~4• de chasseurs, qui ne recevait que
quatre décorations, tandis que le 25e en recevait dix-huit, cominl que c'était juste, mais
n'en manifesta pas moins SC$ regrets d'avoir
été privé de l'honneur de prendre les quatorze canons russes à Sivotschlna, eût-il
même dû y éprouver les pertes que nous
avions subies nous-mêmes. &lt;c Nous sommes
soldats, disaient-ils, nous devons com·ir toutes
les chances bonnes ou mauvaises! » Us en
voulurent à leur colonel de ce qu'ils appelaient un pas e-droit!. .. Quelle armée que
celle dont les soldats réclamaient le privilège
de marcher à l'ennemi!...
Vous demandez sans doute quelle fut dans
cette distribution de récompenses celle que je
reçus moi-même? - Aucune! parce que
!'Empereur, avant de se décider à retirer le
commandement du régiment au colonel de
La ougarède en le faisant ou général ou
chef d'une légion de gendarmerie, voulait savoir si la santé de cet orficier lui permettrait
de faire l'un de ces services. En conséquence,
le major général enjoignait au maréchal Oudinot de faire examiner M. de La Nougarède
par un conseil de santé, dont l'avis fut qu'il
ne pourrait jamais monter à cheval. D'après
celte décision, le maréchal autorisa M. de La
'ougarède à retourner en France, où il obtint le commandement d'une place de second
ordre. Ce malheureux colonel, avant de quitter Polotsk, où ses infirmités l'avaient forcé
de se réfugier, m'écrivit une lettre fort touchante par laquelle il faisait ses adieux au 25P,
et bien que M. de La Nougarède n'eût jamais
combattu à la tète de ce régiment (ce qui
attache infiniment les troupes à leur cheî), il
en fut néanmoins regretté et le méritait à
tous égards.
Le régiment restant ainsi sans colonel, le
maréchal s'attendait à recevoir Lientôt ma
promotion à ce grade, et j'avoue franchement
que je l'espérais aussi; mais l'Empereur
s'étant éloigné de nous et ayant quitté "'itepsk
pour marcher ur molensk et de là vers
Mo cou, les travaux de son cabinet furent ralentis par les préoccupations que lui donnaient les opérations militaires, si bien que
je ne fus nommé colonel que trois mois plus
tard!
Mais revenons sur les bords de la SYoina,
dont les Français s'éloignèrent précipilam.i
ment, en lais ant une partie de leurs blessés
dans le couvent de Valensoui.

�JJfÉ.M01JrEs DU GÉNÉ'R_JU. BA:J~_OJ\J DE MJU(BOT

1f1ST0-1{1A
Parmi ceux que nous parvinmes à emporter, se trouvait M. Casabianca, colonel du
Jie régiment d'infanterie légère, qui avait été
mon camarade lorsque nous servions l'un et
l'autre comme aides de camp auprès de Ma sénà. M. Casabianca élait un officier du plus
grand mérite, dont l'avancement eût été fort
rapide; mais, frappé à la tète au moment où
il visitait les tirailleurs de son régiment placés . ur les bords de la Svolna, il vit sa carrière arrêtée. l1 était mourant lorsque je l'aperçus sur un brancard, porté par des sapeurs t
Il me reconnut, el en me serrant la main, il
me dit combien il regrettait de voir notre
corps d'armée si médiocrement dirigé. Le
soir même, ce malheureux colonel expira!. ..
Se, dernières paroles n'étaient que trop fondées, car notre chef semblait agir sans méthode ni plan. Après un succès, il poursuivait Wittgenstein, sans se préoccuper d'aucun
obstacle, et ne parlait de rien moins que de
le pousser jusqu'à Saint-Pétersbourg; mais
au moindre revers, il ballait rapidement en
retraite, et voyait des ennemis par Lou t. Ce
fut sous celte dernière influence qu'il ramena
sous les mur~ de Polotsk ses troupes, très
affectées qu'on les fü reculer ain i devant les
Russes, qu'elles venaient de vaincre dans
presque toutes les rencontres.
Le i 5 aoùl, jour de la fète de !'Empereur,
le :!c corps d'armét' arriva fort tristement à
Polots1., où nous h·ouvâmes le 6• corps formé
des deux belles divisions bavaroi es du général de ""rède, dont un général français, Gouvion Saint-Cyr, avait le commandement supérieur. L'Empereur envoyait cc renfort de
8 à 10,000 homme au marêcbal Oudinot,
qui l'eût reçu avec plus de satisfaction s'il
u'eùt craint le contrôle de celui qui le conduisait. En efl'el, aint-Cyr était un des militaires les plus capables de l'Europe! ... Contemporain et émule de Moreau, de Hoche, de
l,léber et de Desaix, il avait commandé avec
succès une des ailes de l'arm~ du Rhin, lorsr1ue Oudinot était à peine colonel ou général
de brigade. Je n'ai connu personne qui dirio-eâl mieux ses troupes sur un thamp de bat.aille que ne le faisait aint-Cyr.
fils d'un petit propriétaire de Toul, il avait
étudié pour êtrè ingénieur civil; mais dégoùté de cet étal, il s'était fait comédien à
Paris, et ce fut lui 11ui créa le célèbre rôle de
Hoberl, chef de brigands, an théâtre de la
Cité, où la révolulion de 9 le troma. SaintCyr entra dans un bataillon de ,·olontaires, fil
preuve de talents, d'un grand courage, par,•int très promptement au grade de général
de division el se distingua par de nombreux
succès. Il était d'une taille élerée, mais avait
plutôt la tournure d'un professeur que d'un
mililaire, ce qu'il faut peut-être attribuer à
l'habitude qu'il avait contractée auprès des
généraux de l'armée du Rhin de ne porte!' ni
uniforme, ni épaulettes, mais une simple redingote bleue tout unir.
JI était impossible de voir un homme plus
calme I Les périls les plus grands, les contrariétés, les succès, les défaites, rien ne pouYail l'émouvoir ... il était de glace devant

tous les érénements 1. .. On conçoit quel avantage un tel caractère, secondé par le goût
pour l'étude et la méditation, donnait à cet
oificier général. Mais Saint-Cyr avait aussi de
sérieux défaut : jaloux de ses camarades, on
l'a vu souvent tenir ses troupes au repos, tandis que, auprès de lui, d'autres divisions
étaient écrasées; Saint-Cl·r marchait alors, et
profitant de la lassitude des ennemis, il les
battait et paraissait ainsi avoir remporté seul
la victoire. En second lieu, si le général SaintCyr était un des chefs de l'armée qui savaient
le mieux employer les troupes sm le champ
de bataille, c'était incontestablement celui
qui s'occupait le moins de leur bien-être.
Jamais il ne s'informait si les soldats avaient
des vivres, des vêrcments,. des chaussures, et
si leurs armes étaient en bon état. Il ne passait aucune revue, ne visitait point les hôpitaux et ne demandait même pas s'il en e~;sLait ! elon lui, les colonels devaient pourroir
à tout cela. Eu un mol, il voulait qu'on lui
amenàt sur le champ de bataille des régiments tout prêts à combattre, sans qu'il eût
à s'occuper des moyens de les tenir en Lon
état. Cette manière d'agir avait beaucoup nui
à Saint-Cyr, et partout où il avait seni, lrs
troupes, tout en rendant justice à ses talents
militaires, ne l'avaient point aimé. Tous ses
camarades l'edoutaient de se trouver avec lui,
et les divers gouvernements qui s'étaient succédés en France ne l'anienl employé que par
nécessité. L'Empereur fit de même, et il avait
une telle antipathie pour . aint-Cyr que, lors
de la création des maréchaux, il ne le porla
pas sur la liste des promotions, bien que ce
général cù l de meilleurs services et beaucoup plus de talents que la plupart de ceux
auxquels Napoléon donna le bâton de commandement. Tel était l'homme que !'Empereur venait de placer sous les ordres d'Oudinol, an grand regret de celui-ci, qui sentait
que la supériorité de Saint-Cyr allait l'écraser.
Le t 6 aoùl (jour de la naissance d'Al[red,
mon fils ainé 1), l'armée rus e. l'orle de
soixante et quelques mille hommes, vint attaquer Oudinot, qui, en comptant le corps bavarois amené par Sainl-C1r, a,·ait sous ses
grdres 52,000 combattants. En Loule autre
circonstance el dans les guerres ordinaires,
un engagement entre i 12,000 hommes aurait pris le nom de bataille, dont la perle ou
le gain aurait eu d'immenses résultats; mais
en 1812, le chiffre des troupes des armées.
belligérantes s'élevant à 600,000 ou 700,000
hommes, une collision entre 100,0CO guerriers n"étail qu'un combat! C'est donc ainsi
qu'on désirroe l'allaire qui euL lieu sous Polotsk, entre les troupes russes el le corps du
marechal Oudinot.
La ville de Polotsk, bâtie sur la rive droite
de la Düna, est entourée de vieux remparts
en terre. En avant du front principal de la
place, les champs sont divisés par une infinité de petites rigoles entre lesquelles on
cultive des légumes. Bien que ces obstacles
3ll

1. Le baron Alfred de )larbot. mail re de requête~
Conseil d"Etal, mort et, 1865.

,,, 358 ,,.

ne fussent point infranchissables pour l'artillerie el la cavalerie, ils en gênaient cependant
la marche. Ces jardins s'étendent à une petite demi-lieue du fronl de la ville; mais à
leur gauche, sur les rives de la Düna, on
trouve une vaste prairie, unie comme un
lapis. c·est par là que le général russe amait
dû allaquer Polotsk, ce qui l'aurait rendu
mailre du faible el unique pont de bateaux
qui nous mellait en communication avec la
rive gauche d'où nou tirions nos munitions
de guerre cl nos vi,·res. Mais Wittgenstein,
préférant prendre le taureau par les corne·,
dirigea se forces principales ,·ers le jardins, d"où il espérait escalader les remparts,
qui ne sont, à proprement parler, que des
talus facile, à gra,ir, mais qui ont l'ayantagc
de dominer au loin. L'allaque rut des plus
viYes; cependant, nos îaolas ins défendirent
bravement le, jardins, pendaol que, du haut
des remparts. l'artilleril', parmi laquelle
figurail'nt le quatorze pièees prises à Sivolschina par le 2::i•, faisait un affreux ravage
dans les rangs ennemis .... Les Russes reculèrent en désordre pour allrr s,• reform1•r
dans la plaine. Oudinot, au lieu de conserver
sa bonne position, les poursuivit el fut à son
tour repoussé aYcc perle. ne grande parti'
de la journée se passa ainsi, les Russes revenant sans cesse à la charge cl les Françai~ les
refoulant toujours au delà des jardins.
Pendant ces sanglante allées et venues,
que taisait le général ai nt-Cyr? Il suivait
silencieusement Oudinot, et lorsqul' celui-ci
lui demandait on avis, il s'inclinait rn se
bornant à répJndrc : (( MonseignC'ur Ir maréchal!... &gt;&gt; ce qui semblai l dire : Puisqu'on
vous a fait maréchal, vous dcwz eu savoir
plus que moi, simple général; Lirez-vous d'affaire comme vous pourrez!
Cependant, Willgen tein, ayant déjà essuyé
des perles énormes, et désespérant d'obtenir
la victoire en continuant ses attaque du
côté des j:irdîns, finit par Olt il aurail dû
commencer el fit marcher le gros de ses troupes vers les prairies qui bordent la Düna.
Oudinot anil jusqu'alors tenu ses pièce
de 12 el Loule sa cavalerie r,ur ce point, où
elles étaient restées comme éLrai.1,,ère:, au
combat; mais le général d'artillerie Dulauloy,
qui craignait pour ses canons, viol propo er
au maréchal de faire repasser sur la rive
gauche de la rivière, non seulement les pièces
&lt;le gros calibre, mai. Loule la cavalerie, ous
prétexte qu'elle gêneraient les mouvements
de l'infanterie. Oudinot ayanl demandé à
Saint-Cyr ce qu"il en pensait, celui-ci, au lieu
de lui donner le bon con·eil d'utiliser l'artillerie et la cavalerie ur un terrain où elle
pouvaient facilemenl manœuvrer et appuyer
l'infanterie, se contenta de répéter .-on éternel refrain : « Monseigneur le maréchal! ,,
Finalement, Oudinot, malgré les observation~
clu général Lorencez, son chef d'étal-major,
prescrivit à l'artillerie ainsi qu'à la cavalerie
de e retirer de l'autre côté du fleuve.
Ce mouvement regrettable, qui paraissait
annoncer une retraite et l'abandon total de
Polotsk et de la rire droite, déplut infiniment

aux troupes qu'on éloignait, el afiècta le
moral de l'infanterie destinée à défendre le
côté de la Yille qui avoisine les prairies. L'ardeur des Russes s'accrut au contraire, en
voyant dix régiments de cavalerie et plusieurs
balleries quitter le champ de bataille. Aussi,
pour porter le désord rc dans ce Lie énorme
masse pendant qn 'elle s'en allaiL, ils avan- ,
cèrent promplement el firent tirer leurs
licornes, dont les projectiles creux, après
avoir produit l'effet de boulets, éclataient

LE

Yeler le combat, et lorsque, après avoir passé
le pont, nous tournâmes la tète pour regarder ce qui se passait sur la rive que nous
venions de quitter, nous fûmes témoins d'un
spectacle des plus émouvants. L'infanterie
française, les Bavarois, les Croates, combattaient bravement et même avec avantage;
mais la légion portugaise et surtout les deux
régiments suisses fuyaient devant les Russes.
el ne s"arrêtèrenl que lorsque, poussés dans
la rivière, ils eurent de l'eau jusqu'aux

PORTRAIT DU ROI DE

comme des obus. L.es régiments voisins du
mien curent plusieurs hommes tués ou
blessés; je fus assez heureux pour qu'aucun
de mes cavaliers ne fùt atteint; je perdis
seulement quelques chevaux. Celui que je
montais ayant eu la tète brisée, je tombai
avec lui, et mon épaule blessée ayant violemment porté sur la terre, j'éprourai une
affreuse douleur! [11 peu moins d'inclinai on
donnée au canon russe, je recevais le boulet
en plein c::orps, el mon fils était orphelin
quelques heures après a,·oir vu le jour!
Cependant, les ennemis venaient de ren~u•

Roll.E. -

Français, Bavarois et Croates repoussaienl
sur d'autres, le combat se ralentit et dégénéra en tiraillement une heure arant la fin
du jour. Mais le maréchal Oudinot ne pouvait
se dissimuler qu'il faudrait le recommencer
le lendemain. Aussi, très préoccupé d'une
situation dont il ne voyait pas l'issue, et se
heurtant au mutisme obstiné de Saint-Cyr, il
s'en allait à cheval et au petit pas, suivi par
un seul aide de camp, au milieu des tirailleurs de son infanterie, quand les tireurs

TaNeau c:t'llll'l'Ol.HE llELLESGÊ:.

genoux!. .. Là, contraints de faire îace à
l'ennemi sous peine de se noyer, ils combattirent enfin, et par un fou de file des mieux
nourris, ils obligèrent les Russes à s'éloigner
un peu. Le commandant de l'artillerie française, qui l'enait de pas5er la Düna arec la
cavalerie, saisit arec habileté l'occasion d'être
utile en faisant approcher es pièces de la
rirn, et tirant par-desfüs le fleuve, il foudroya les bataillons ennemis placés à l'autre
bord.
Celle puissante diversion arrêtant sur ce
point les troupes de Wiltgenslein, que les

ennemis, remarquant cc cavalier coillé d'un
chapeau à plumes blanches, en firent leur
point de mire el lui envoyèrent une balle
dans le bras!
Aussilot le maréchal, faisant informer
Saint-Cyr de sa blessure, lui remit le commandement de l'armée; lui laissant le soin
d'arranger les aOaires, il quitta le champ de
bataille, traversa le pont, s'arrêta un moment au bivouac de la cavalerie, et, s'éloignant de l'armée, il se rendit sur les derrières, en Lilhnanic, pour y faire soigner sa
blessure.

�1f1STO'RJ.Jl
rous ne re,imes le maréchal Oudinot que
deux mois après.
CHAPITRE XI
~ouvelle, dispositions prises par ,ainl-C)'r. - Allaqor èl surpri;.c de l'ennemi. - Jncirlenls di,.ers. Comhal ,le cal'alerie. - lletraile dP l"ennemi. . ÉLahlisscment dans Polol k. - aint-Cyr est nommé
maréchal.

Saint-Cyr prit d'une main habile et ferme
les rênes du commandement, et en peu
d'heures les choses changèrent totalement de
face, tante l grande l'influence d'un homme
capable el qui sait inspirer la confiance I Le
maréchal Oudinot venait de laisser l'armée
dans une situa lion très alarmante : une partie des troupes acculées à la rivière, les
autres disséminées au delà des jardins où
elles tiraillaient en désordre; les remparts
mal garnis_ d'artillerie; les rues de la ville
encombrées de caissons, de bagages, de cantiniers et de blessés; tout cela pêle-mêle! ...
Enfin les troupes n'avaient, en cas de revers,
d'autre retraite que le pont de bateaux jeté
sur la Düoa. Ce pool était fort étroit el tellement mauvais que l'eau dépassait de plus de
six pouces les planches du tablier. Enfin, la
nuit approchait, et l'on craignait que les
tirailleries n'amenassent une affaire générale
c1ui pouvait nous devenir funeste, tant il
.régnait peu d'ordre parmi le régiments des
différentes nations.
Le premier acte du général Sainl-Cjr fut
d'ordonner qu'on fît rentrer les tirailleurs
engagés, certain que les ennemis fatigués
imite.raient cet exemple, dès qu'on ne les
allaquerail plus. En effet, le feu cessa bientol
des deu.x: cùtés. Les troupes purent se réunir, prendre qnelque repos, et la partie parut
remise au lendemain.
Afin d'être à même de l'engager avec des
chances favorables. aint-C r profita de la
nuit pour se préparer à repousser les ennemis et s'assurer une retraite en cas de revers.
Il réunit à cet effet tous les chefs de corps,
et après leur avoir exposé franchement les
dangers de la situation, dont Je plus grave
était l'encombrement de Ja ville et des abords
du pont, il ordonna que les colonel , suivis
de plusieurs officiers et de patrouille , parcourraient les rues de Polot k pour diriger
les oldats valides de leurs régiments vers les
bivouacs, el tous les blessés, les malades,
chevaux de main, cantiniers et charrettes, au
delà du pont. Le général .. aiot-C)T ajouta
qu'au point du jour il visiterait la ville et
suspendrait de ses îonctions le chef de corps
qui n'aurait pas ponctuellement exécuté es
ordres! Aucune excuse ne devait être admise.
On s'empressa d'obéir! Les ble sés et les
malades furent transportés à bras sur la rive
gauche, où l'on réunit ce qui n'était pas
indi,pensable pour le combat, enfin tous les
impedimenta de l'armée. Aussi, les remparts, les rues rurent 1,ientôt complètement
libres, de mème que le pont. On consolida
celui-ci, par lequel aint-Cyr fil repasser ur
la rive droite la cavalerie et l'artillerie, qu'il

établiL dans le faubourg le moins voisin dr cun, et même le général en chef, malgré son
l'ennemi. Enfin, pour se ménager une retraite sang-froid, arnît con tamment la montre à la
plus facile, le prudent général en chef fit main. Ayant remarqué la veille que l'éloigneétablir, avec des tonneaux ndes recouverts ment de la cavalerie française avait permis
de planches, un second pont, uniquement aux Husses de refouler notre aile gauche
destiné à l'infanterie. Tous ces préparatifs jusque dans la Düoa, le général aint-Cyr,
étant terminés avant le jour, l'armée atten- un moment avant l'attaque, fit venir en
dit avec confiance les ennemis. Mais ils silence tous ses e cadrons derrière de ,•asles
restèrent impassibles dans leurs bivouacs magasins, au delà desquels commençaient
établis dans la plaine, sur la li ière d'une les prairies. C'est sur ce terrain uni que
vaste forêt qui t?ntoure Polotsk du côté opposé devait agir la cavalerie pour fondre sur la
à la rivière.
droite des ennemis et couvrir la gauche de
Le général Saint-Cyr, qui . 'était attendu notre infanterie, dont les detu: premières
à être attaqué de grand matin, attribuait la divisions devaient attaquer le camp russe,
tranquillité qui régnait dans le camp des pendant que la troisième soutiendrait la cavaRusses aux perles énormes qu'ils avaient lerie et que les deux dernières, formant la
éprouvées la veille. gues pouvaient y con- réserve, garderaient la ville. Tout était prêt,
tribuer; mais la principale cause de la lorsque, enfin, à six heures du soir, le signal
quiétude dans laquelle se trouvait Witt.gen- général de l'attaque fut donné par un coup
stein provenait de ce que. attendant pour la de canon, suivi par Ja détonation de toute
nuit suivante une forte division d'infante.rie l'artillerie française, qui envoya de nomel plusieurs escadrons de Saint-Pétersbourg, breux projectiles sur les a\'ant-postes et
il avait reculé son attaque jusqu'à l'arrivée mème ur le camp ennemi.
de cc pui·sant renfort, afin de nous vaincre
A l'instant, nos deux premières dil·isions
le lendemain plus facilement.
d'infanterie, précédées par le 26• léger,
Bien que les seigneurs polonais, grands s'élancent su.r les régiments russes placés
propriétaires des environs de Polotsk, n'osas- dans les jardins, tuent ou prennent tous les
ent prendre ouvertement parti pour les soldats qu'ils peuvent joindre, et, mettant les
Franç,ais, de crainte de se compromettre autres en fuite, les poursuivent jusqu'au
vis-à-vis des Russes, nP.anmoins ils nous ser- camp, où ils firent un grand nombre de privaient en secret et nous procuraient facile- sonuiers et enlevèrent plusieurs canons. La
ment des espions. Le général Saint-Cyr, surprise, bien que faite en plein jour, fut i
inquiet de ce qui se préparait dans le camp complète que le général Wittgenstein dinait
ennemi, ayant engagé l'un de ces nobles à y paisiblement dans un petit château touchant
envoyer un de ses vassaux les plus éclairés, à son camp, lorsque, prévenu que des volticelui-ci fit conduire au bivouac rus e plu- geurs français étaient dans la cour, il sauta
sieur voitures de fourrage et plaça parmi les par une fenètre, el trouvant sous sa main
charretiers son intendant, babillé en paysan. un petil cheval de Cosaque, il l'enfourcha et
Cet homme, fort intelligent, apprit en cau'enfuit à toutes jambes vers le gros de ses
sant avec les soldats de Wîttgen tein qu'on troupes. Nos voltigeurs s'emparèrent des
attendait de nombreuse troupes. Il fut mème beaux chevaux, des papiers, des fourgons et
témoin de l'arrivée du régiment des Cosaques des vins du général rus e, ainsi que de l'arde la "'arde, d'un escadron des chevaliers- genterie et du diner placés sur sa table. Le
garde , et fut informé que plu ieur batail- butin fait dans le camp par d'autres compalons seraienl rendus au camp vers minuit. gnies rut immen e.
Ce renseignemenls pris, l'intendant fut en
Au bruit produit par l'attaque si imprévue
rendre compte h son maitre, qui s'empressa des Fran(:ais, la terreur se répandit parmi
de prévenir le général en chef de l'armée les ennemis, qui s'enfuirent presque tou
française.
sam songer à prendre leurs armes l Le
En apprenant celle nouvelle, !--aint-C~l' désordre était au comble; personne ne comrésolut de battre Wittgenslein a,•anl l'arrivée mandait, et cependant l'approche de nos
des renforts attendus. Uais comme il ne vou- divisions d'infanterie était annoncée par une
lai L pas engager une affaire trop longue, il vive fusillade el le son des tambours qui batprévint les généraux et chefs de corps qu'il taient la charge l. .. Tout présageait donc un
n'allaquerait qu'à six heures du soir, afin immense succès aux troupes françaises, à la
que, la nuit mettant fin au combat, les tête desquelles marchait aint-Gyr, toujours
Russes n'eussent pas le temps de profiter de calme!... Mais, à la g~erre, un événement
lenr succès si les chances leur étaient là 1·0- impréYu et souvent peu important change
rables. li e L mi que dans le cas où nous l'état de choses! ...
serions ,•ainqueurs, il nous serait impos iLJe
Un grand nombre de soldats ennemis
de pour uine les ennemis dan l'obscurité; avaient gagné en fuyant les derrières du
mais SainL-Cyr n'en avait pa le projet el camp. C'était là que biYouaquait l'escadron
désirait pour le moment se borner à leur des chevaliers-gardes, arrivé seulement dedonner une bonne leçon qui les éloignât de puis quelques heures. Cette troupe, composée
Polotsk. Le général français, voulant agir par de jeunes gens d'élite, choi is dans les meilsurp1·ise. pre crivit que la plu parfaite leure familles nobles, était commandée par
tranquillité régnât dans la ville el sur toute la un major d'un courage éprouvé, dont l'arligne des avant-postes, ce qui fut exécuté.
deur venait, dit-on, de s'accroitre par de
La journée nous parut bien longue. Cha- copieu ·es libation . En apprenant ce qui se
.... 36o"""

,

HISTORIA

L'IMPÉRATRICE ÉLISABETH DE RUSSIE.
Tableau de .\lme VIGEE-LE BRU r.

�.M'ÉJHOlJ{ES DU G:ÉJVÉR_AL BAR.ON DE MAR.BOT

pas_e, cet officier monte rapidement à che,·al,
et, suivi de cent vingt chevalier cuirassé , il
s'élance Yers les Français, qu'il ne tarde pa
à rencontrer. Le premier de no. bataillon
allaqué par lui appartenait au 26e léger. Il
rési ta ugou.reusement. Le, chevaliers-gardes,
repous és a,·ec perte, cherchaient à se rallier
vour faire une seconde charge en ligne,
!or que leur major, impatient!! par le temp
qu'il faut à de cavalier désunis pour reprendre leur rangs, abandonne le bataillon
français qu'il n'avait pu enfoncer, et ordonnant aux ehevaliers-11ardes de le ui\l'e, il les
lance à toutes brides en Otlrl'ageurs au traYer du camp! Il le lrom·a rempii de fanta sms portugais, suisses et même havnrois,
no alliés, dont le un , éparpillé par l'effet
même de la victoire, cherchaient à se réunir,
tandis que le· autres ramassaient le butin
abandonné par les Rus e .
Le chevalier -gardes ayant tué ou Llessé
plu ieur de ces soldats, le dé ordre , mit
dan cette foule, el bientôt une retirade tumulLueuse e déclara et dégéntira même en
terreur panique. Or, en pareil cas, le soldats prennent pour adver aires tous ceux des
leur qui courent pour venir .e réunir à eux,
el le nombre des ennemis qui Je pour uivent
paraît immen e au milieu d'un nuage de
pou ière, tandis que, la plupart du temps,
il n'e t que d'une poignée d'hommes. C'est ce
qui arriva ici. Les chevaliers-gardes, di pe.r és
ur un vaste terrain et ava11çanl toujour san
regarder derrière eux, imulaient, au,: )·eu:
des fuJards, un corps immense de ca,·alcrie;
aus i le désordre 'accrut et rragna un bataillon ui se au mili u duquel le général aintC1r 'était réfugié. 11 y fut tellement pressé
par la foule que on cheval fut renver ê dan
un fo sé.
Le général, vètu d'une impie redin,.ole
bleue, san marques distinctives, re ta couché par terre el ne fit aucun mouvement à
l'approche d · chevalier -gardes, qui, le
croyant mort, ou le prenant pour un impie
emvloyé cl'admini tralion, passèrent outre et
continuèrent leur poursuite à travers la plaine.
On ne ait où ce désordre se erait arrêté,
lor que l'intrépide et intelligent général Berckheim, accourant à. la tête du ie régiment de
cuira siers, s'élança or le chevaliers-gardes,
qui, malgré leur courageuse défense, furent
pre que tous tués ou pris. Leur vaillant major resta au nombre de mort . La charge
exécutée par cette poignée d'hommes aurait
eu des résultats immen es si elle eût été outenue, et le beau l'ait d'armes des chevalier garde prouva de nouveau que les attaques
de cavalerie imp,·évues ont celles qui ont le
plus de chances de succè".
Le général aint-Cyr, relevé par no cuira ~ier , fit avancer à l'in tant toute le · diviion d'infanterie, avec le.quelles il attaqua
le Ru es avant qu'ils fus ent remi de leur
dé ordre. Le succè ne fut pa un moment
indécis; le ennemis furent battus et perdirent beaucoup d'homme el plu ieur· canons.
Pendant que le combat d'infanterie que je
viens de raconter se pa sait en annt de Po-

lolsk, Yoici ce qui avait lieu à la gauche de
notre armée dans les prairies qui lon,.ent ]a
Düna. u moment où le premier coup de
canon donna le igoal du combat, nos régiments de ca.rnlerie, dont la hriaade Castex

r

Gravure de BOILLY , d'apr~s le ,~blu11 d'IIORACE
Vli:IlNET (.Vusee dt )'crsalllfs.J

forwait la t~te, se portèrent rapidement ver
les escadron ennemi qui, de leur coté, marchaient ver ' nons.
l:n engaaement érieux parai sait imminent. J,e bon général Castex me fit alor ' oberver que i, mal!!t'é ma hies ure, j'avai pu
continuer :1 commander mon régiment aux
combats de ivol china et de la \'Olna, où il
ne •'agi sait que de braYer le Fen de l'infanterie et du canon, il n'en erait pas de même
aujourd'hu( où, ayant all'aire à des ca,alier·
ennemi , j'allais me trom·er compromis dans
une charge an~ moyen de me défendre,
puisque, ne pouvant me ervir que d'un seul
bras, il me serait impo ible de tenir en
même temp la bride de mon hem] et mon
sabre.
En conséquence, il m'engagea à rester
momentanément avec la divi ion d'infanterie
placée en ré erve. Je ne crus pa devoir accepter cette offre bienveillante et exprimai i
,·ivemenl le désir de ne pas m'éloigner du
régimenl, que le 11énéral se rendit à me
instances; mais il fit placer derrière moi six
ca\'alier des plus bra,e , commandé par
l'intrépide maréchal des lorris Prud'homme.
J'avais d'aiUeur à mes côtés les deu~ adjudants-major', deux adjudant , un trompette
et mon ordonnance Fou se, un des meilleurs
soldat du régiment. Ainsi entouré et placé
devant le centre d'un e cadron, j'étai · uf1isamment garanti; d'ailleurs, dan un be oin

urgent, j'aurais làché le rènes de mon cheval pour prendre de la main droite la lame
de mon sabre, uspendu à mon poignet par
la drarronne.
La prairie étant a ez large pour contenir
deux régiment en bataille, le 23e el le ~Ue
marchaient de front. La brigade du général
Corbineau, compo ée de troi régiments, était
en econde ligne, et le cuirassier suhaient
en ré erve. Le ~H,e, placé à ma "auche, avait
devant lui un corps de dragons russes; mon
régiment e trouvait en face de Cosaque de
la rrarde, reconnai ables à la couleur rouge
de leurs ve tes, ainsi qu'à la beaulé de leurs
che,·au:x, qui, bien qu'arri\'és eulemenl depuis quelques heures, ne parais aient nullement fatigué .
Dès que, en avançant an galop, nou fûmes
à bonne portée de ennemis, le général Castex
ayant commandé la charge, toute sa brigade
fondit en ligne sur le Rn ses, et, du premier
choc, le 24• enfonça les dragons qui lui étaient
opposés.... Mon régiment éprouva plus de
résistance de la part de Cosaqu de la garde,
hommes choi is, de forte stature, et armés
de lances de 14 pied de long, qu'il tenaient
d'une main ferme. J'en quelques chas eurs
tués, beaucoup dr ble sés; mai enlln mes
brave cavalier apnt pénétré dan cette ligne
héri sée de fer, tous les avantage furent pour
nou , car la lonzueur des lance est nui iblc
dans un combat de cavalerie, quand ceux qui
les portent, n'étant plu en bon ordre, ont
serré de prè par des adversaires armés de
abres, dont il peuvent facilement e ·ervir,
tandi que le lancier éprouvent beaucoup de
difficultés pour pré enter la pointe de leurs
perches. Au si les Cosaques furent-il &lt;•hligé
de tourner le dos. )le cavaliers en firent alors
un 11 rand ma sacre el prirent un bon nombre
de beaux et excellents chevaux.
ous allions poursuivre ce succès, lorsque
notre attention ayant été attirée veri: la droite
par un très grand tumulte, nous vîmes la
plaine couverte de fuyard, : c'était le moment
où les chevalier -garde exécutaient leur ,·igoureu e cha.rae. Le général Ca tex, pensant
alor qu'il ne serait pa age d'avancer encore.
lorsque notre centre parai sait rétrograder en
désordre, fil ooner le ralliement, et noire
brigade s'arrêta. Mai ,à peine avait-elle reformé es rangs, que les Co aque de la garde,
enhArdis par ce qui se pa sait au centre et
dé irant se ,·enger de leur première défaite,
revinrent à la char11e et 'élancèrent en fureur
sur me e eadron , tandis que les hu sarq
de Grodno attaquaient le 24t. Le Russes,
repou sé ur tous les points par la brigade
Ca. tex, ayant fait aYanccr uccessiYemenl leur
econde et leur troisième ligne, le général
Corhineau accourut à son secours a\'ec les 7•
el 20• de cha eur et le e de lancier . Il I
eut alors un graud combat de cavalerie, où
chacun de deux parti éprouva des chances
fa erses! ... Déjà nos cuirassier accouraient
pour prendre part à l'affaire, et ceux de
Bu es avançaient aus i, lorsque Wittgenstein, Yoyant son infanterie battue et vivl'ment pous ée par la nôtre, fit ordonner à a

�1t1STORJJI
caralerie de se retirer; mais elle était beaucoup trop engagée pour que la retraite pùl
être facilement exécutée.
En effet, les généraux Castex el Corbineau,
cerlain d·ètre soutenus par nos cuirassiers
riui les suivaient de près, lancèrent tour à
tour leurs brigades sur les cavaliers russes,
riui furent jetés dans le plus grand désordre
cl subirent de- pertes considérables. Arrivé
au delà de la forêt où se réunirent nos divisions d'infanterie el de cavalerie toutes victorieuses, le général Saint-Cyr, vopnl approcher la nuit, fil cesser la poursuite, et les
troupes retournèrent vers Polotsk pour reprendre Jes hirnuac.s qu'elles avaient quittés
peu d'heures avanl.
Pendant le combat tumultueux de la cavalerie des deux partis, ma hie sure m'aYait
causé de bien vives douleurs, surtout lorsque
j'étais obli~é de mellre mon cheval au galop.
L'impossibilité de me défendre moi-même me
plaça sou.ent dans une situation très difficile,
dont je n'aurais pu sortir si je n'eusse été
entouré par un groupe de braves qui ne me
perdirent jamais de vue. Une fois, entre autres, poussé par la foule des combattants sur
un peloton de Co aques de la garde, je fus
obligé, pour ma conservation personnelle, de
làcher la Lride pour prendre mon sabre en
main. Cependant, je n'eus pas besoin de m'en
servir, ear, en voyant leur commandant en
péril, les hommes de tout grade qui m'escortaient, attaquant avec fureur les Cosaques qui
déjà m'environnaient, firent mordre la pou sière à plusieurs el mirent les autres en fuite.
Ion erdonnance Fousse, chasseur d'élite, en
tua lrois, el l'adjudant-major Joly cieux! Je
revins donc sain el sauf de ce grand combat,
auquel _j'avais désiré me trouver en personne,
afin d'imprimer un plus grand élan à mou
rllgiment cl lui prouver de noureau que, tant
que je pourrais monler à cheval, je tiendrais
à honneur de le commander au moment du
danger. Les o!ticiers et la troupe me surent
très bon gré de ce dé\'Ouement, el l'atlèction
que tous me portaient déjà s'en accrut, ainsi
que vous le verrez plus Lard, lorsque je parlerai des malheurs de la grande retraite.
Les combats de cavalerie à cavalerie sont
infiniment moins meurtriers que ceux contre
l'infanterie. D'ailleurs, les cavaliers rus~es
~ont généralement maladroits dans le maniemeut de leurs armes, et leurs chers, peu capaLlè , ne savent pas toujours employer leur
cavaliers à propos. Aussi, bien que mon régiment se fùt trouvé engagé pendant le combat
de Polo~k avec les Co aques de la garde, réputés une des meilleures troupes de l'armée

russe. il n eprouva pas de grandes perles.
J'eus dans cette journée huit ou neuf hommes
tués et une trentaine de blessés. Yai ' au
nombre de ces derniers était le chef d'escadrons Fontaine. Cel excellent el brave ofticier
se trouvait an plus épais de la mêlée, lorsque
son cheval fut tué. M. Fontaine, dont les
pieds étaient embarras és dans les élrier ,
cherchait à ~e dégager à l'aide de quelques
chasseurs venus à son secours, lorsqu'un
maudit officier de Cosaques, passant au galop
au milieu de ce rrroupe, se penche avec dextérité sur sa selle et porte à Fontaine un terrible coup de sabre qui lui crève l'œil gauche, Liesse l'autre et fend l'os du nez! ...
Mais au moment où l'officier russe, fier de
cet exploit, s'éloignait, l'un de nos chasseur~,
l'ajustant à six pas avec son pistolet, lui cassa
les reins et vengea ainsi son commandant!
Aussitôt que cela fut possible, je fis panser
M. Fontaine, qui fut transporté à Pololsk,
dans le couvent des Jésuites, où j'allai le voir
le soir même. J'admirai la résignation de ce
courageux militaire, qui, devenu borgne, supportait patiemment les douleurs et les inconvénients qu'entraîne la perle presque totale
de la vue. Depuis lors, fontaine ne put jamais faire de sen ire actif. Cc fut une grande
perle pour le 23• de chasseur3, dans lequel il
servait depuis la formalion, aimé et considéré
de tous; je fus sensible à son malheur. Resté
le seul o[fi.cier supérieur du régiment, je
m'efforçai de pourvoir à tous les besoins du
senice, ce qui était une très grande tâche.
Vous trouverez sans doute que je suis
entré dans trop de détails relativement aux
divers combats que soutint le 2e corps d'armée; mais je répéterai ce lfUe je vous ai déjà
dit: je me complais aux som·enirs des grandes
guerres aux'luelles j'ai pris part, et j'en parle
avec plaisir! ... li me semble alors que je suis
sur le terraiu, entouré de mes braves compagnons qui, presque tous, hélas I ont déjà
r1uilté la vie!. .. ~lais revenons à la campagne
de Russie.
Tout autre que le général Saint-Cyr aurait,
après d'aussi rudes engagements, passé ses
troupes en revue pour les réliciter sur leur
courage el s'enquérir de leurs besoins; mais
il n'en fut pas ainsi, car à peine le dernier
coup de fusil était-il tiré, que Saint-Cyr alla
s'enfermer dans le com•ent des Jésuites, où
il employait tous les jours et une partie des
nnils à quoi faire? - A jouer du violon!
C'était sa passion dominante, dont la néces~ilé de marcher à l'ennemi pouvait seule le
distraire! Les généraux Lorencez et de Wrède,
chargés par lui du placement de troupes,

emoyèrenl deux dil"isions d'infanterie el les
cuirassiers sur la rive gauche de la l)üna. La
troisième division française et les deux ba\'aroises restèrent à Polot k, oh elles furent
occupées à élever les fortifications d'un vaste
camp retranché, devant servir d'appui au-.
troupes qui, de ce point important, couvraient
la gauche el les derrières de la Grande Armée,
destinée à marcher sur molensk et Moscou.
Les brigades de cavalerie légère Castex et
Corbineau furent placées à deux lieues en
avant du grand camp, sur la rive _gauche de
la Polota, petite ri,·ière qui va se Jeter dans
la Düna à Polotsk.
Mon régiment alla bivouaquer auprès q'un
Yillage appelé Louchonsk.i. Le colonel du 24•
de chasseurs établit le sien à un quart de
lieue en arrière, à l'abri du 25e. Nous restâmes là deux mois, dont le premier sans
faire aucune course lointaine.
En apprenant la victoire remportée par le
général Saint-Cyr devant Polotsk, !'Empereur
lui envova le bàton de maréchal de l'Empire.
Mais au· lieu de pro6ter de celte occasion
pour visiter ses troupes, le nouveau maréchal
vécut dans une solitude plus profonde encore
s'il est possible. Personne ne pouvait pénétrer
près du chef de l'armée, ce qui lui valut, de
la part des soldats, le sobriquet de hibou. En
outre, bien que l'immense couvent de Polotsk
contint plus de cent appartements qui eussent été si uliles pour les .ulessés, il voulut y
loger seul, croyant faire une très grande concession en permettant qu'on reçùl dans les
communs des officiers supérieurs blessés;
encore fallait-il qu'ils n'y séjournassent que
quarante-huit heures, après quoi, leurs camarades devaient les transporter en ville. Les
caves el les greniers du couvent regorgeaient
de provisions amassées par les Jésuites i vins,
bière, buile, farine, etc., tout s'y trouvait en
abondance; mais le maréchal s'était fait remettre les clefs des magasins, dont rien n~
sortait, même pour les hôpitaux 1... Ce ful à
grand'peine que je parvin à obtenir deux
bouteilles de vin pour le commandant Fontaine blessé.
Ce qu'il y a de bizarre, c'e Lque le maréchal Saint-Cyr usait à peine de ce. provisions pour lui-même, car il était d'une extrême o.uri~té, mais aus i d'une fort grande
originalité. L'armée le blàma hautement, el
ces mèmes provision., dont le maréchal refu ail de di Ir:Luer une partie à ses troupe.,
devinrent, deux mois plus lard, la proie des
flammes et des Russes, lorque les Français
furent contraints d'abJndonner la ville et le
couvent en l'cu !

(A suivre. )

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

et JULES DE GONCOUR.T
c:;,:,

Le Petit Tr1anon
t'a jour de l'année 177 '~, le Roi, galant ce
jour-là, avait dit à la Reine, - était-ce pour
la consoler de ne pas donner le ministère à
M. de Choiseul'? - cc Vous aimez les fleurs?
Eh bien! j'ai un Louquet à vous donner :
c'est le petit Trianon 1 • ,1
Le petit Trianon était, à l'extrémité du
parc du grand Trianon. un pavillon à la romaine, de forme carrée. Celle miniature de
palai , qui n'arnil guère que douze 1oises sur
chacune de ses faces, se composait d'un rezde-cbaussée et de deux étages montant entre
des colonnes et des pilastres d'ordre corinthien, joliment fleuris, parfaitement cannelés,
et couronnés des balustres d'une terrasse
italienne. L'architecte Gabriel l'avait élevé
sous la surveillance du marqui de Menlrs.
Le sculpteur Guibert y avait fait merveille de
son ciseau. Le Roi, le vieux Roi Louis XV
s'éprenait, en ses dernière années, de ce
petit coin de $On grand Versailles. Cette demeure élait à sa taille, el il y avait ses aises.
li s'était plu à l'entourer d'un jardin bolanir1ue; el là, parmi les mille parfums el les
mille couleurs de la flore étrangère, presque
ignorée alors de la
France, promenant
à petits pas les lendemains de ses débauches, il essayait
d'amuser ses fatigues en herborisant
avec le ducd'Ayen!.
Nul cadeau ne
pouvait êlre plus
agréable à Marie-Antoinette, à cette amiu
Je la campagne cl
des !leurs, à celle
fieine qui, des splendeurs el des majestés de 3Jarly, ne goûtait que la salle de
verdure établie par
le comte d'A1·anda•.
Et l'heureu:x à-propos que ce présent,
arrivant à l'heure
précise où Marie-Antoinelte renonce à
la lutte, cède la
place aux intrigues, abandonne es ambitions
et ses espérances, et se confesse ainsi à l'un
/. Clu:;iuit11ie secrète, par J'ab_bé_ Bc~udeau. - l:t•
Reine, dil llercy-Argeoteau, dèSLl'a1l beaucoup B~01r
une maison de camµagne a elle en propre. A la mort
du Roi. le corole et la comtesse Je i\oa,lles lui suggé1·èrenl l'idée de demander le petit Trianon, s'ollranl
du l'obtenir de Louis XYI. La Reine, fur le conseil de
:\lercy, ~·aJre5o1il ilireclemcnt à son époui., ciui nu

de ses familiers : cc M. de JJaurepa~ est bien
insouciant, JI. rl&lt;&gt; Vergennes bien médiocre; mais la crainte de me tro111pe1· sur
de~ gens qui servent peul-être bien mien.i:
le /{oi que je ne pense m'empêchera lo11Jou1's cle lui Jlarler contre ses ministres .... 1 1&gt;
Le petit Trianon occupera cette Reine sans
affaire, celle femme sans enfants, sans ménage. Il sera l'emploi el la dépense de sa ~ie,
le plaisir et l'exercice d~ sa jeune activité, sa
distraction, son labeur. Créer à nouveau,
ajouter, embellir, agrandir, tenir sous rn baguWe de magicienne un peuple d'artistes et
de jardiniers, l'aimableminislère I un ro}aume
presque! et, au bout du passe-Lemps et de
l'effort, une petite pairie, son bien, son œuvre, son pelit Vienne!
1e lemps et le goùt étaient alors à ces
alîranchissemenls de la nature, à ces reconstitutions de la campagne qui cherchaient à
faire du parc français un pays d'illusions, à
le remplir de taLleaux, à y lransporter tous
les changemenl de scène des opéras. Les
Observations su,· /'al'I de former les jardins
modernes, publiées en Angleterre par sir

PALAIS DU PETlI ÎRlANON.

Thomas Wathel~, développaient ce goût el
Loule maison d'été voulait bienlot le cadre
premier wol lui rèponJoit que celle mnison de l'lai•
sance était à elle, el qu'il était cha,mJ ile hu en
raire don.

2. Descripliou générole et particulière ile la
fra11ce, par d'! La Barde. Pari,, li81. - l,e Cict!l'Olle de l'Msaifles ou l'llldil'lltew· des curio.oriti's tl

élal1/i.,se111r11la rie rclfe ville, 180tJ.

.... •îô.3 ...

d'un jardin pilloresque appelé du nom de
« jardin chinois 5 ,,. La Reine avait une
grande ambition, l'ambition de faire plus
que la mode jusque-là n'avait fait contre Le
Nôlre, de dépasser en agrément el en vraisemblance de paysage le Tivoli de M. flou tin,
Ermenomifü, el le ~loulin-Joli, el Uonceau
même : charmant projet d'une Reine, fuyant
le trône, qui voulait autour d'elle une terre
sans étiquette, el, rendant la royauté à l'humanité, voulait rendre les jardins à Dieu!
Le duc de Caraman, grand amateur en ce
genre, el qui a déjà à peu près réalisé les
idées de la fieine à sa terre de Boissy, est
appelé par la fü,i_ne à la direction des travaux 6 • Bienlùt M. de Caraman, l'architecte
Mique, le dessinaleur mythologique des Él)•
s~es d11 nouwau règne, puis le charmant
peinlre de ruines spirituelles, Uubert RoLert,
appelé plus tard pour le décor rustique, impro,;sent sur le papier, sous les 1eux de la
Reine, la campagne qu'elle a commandée :
les arbres, la rivière, le rocher, et aussi la
salle de comédie. Ici, un pont rus1ique, qui
fas e jaloux le pont bl)llandais cl le pont , olant de M. "alelel;
là, dominant l'eau
et y mirant ses sculpltues, un behédère
où déjeunera la Reine; là-bas, un moulin, dont le tic-tac
réniillera l'écho ;
des arbustes plus
loin; partout des
flturs ; et une ile,
et un temple à l'Amour entouré du
murmure de l'eau,
et une laiterie de
Reine, une laiterie
de marbre blanc ....
Jamais Marie-A.nloinetle n'a donné tant
d'ordres; ce ne sont,
envoyées de Versaille 011 de la Muette,
que recommandations et listes des
jeunes arbres qui
doivent donner l'ombrage à la promenade, &lt;&lt; au travail » de
la jeune souveraine. Ce ne sont que billets
::;. Cltro11Ï91te ltwrèle, par r~uue p~a.udeau. .
1,. Pur(rails el cara.cli'res, par :)eaac de :lfe,lhau.
Pari ·, Hll:i.
fi. Proj,.1 pow· le jardin a1,glo-ch i11ois du petit
Tria1101i, par Antoine Richard, jardinier de la lleine,
17H, dam; le Hel!Ueil des ;nrdins de Lerouge.
û. Carrc~po11da11ce recrèCe (par ~tétra ), vol. J•

�1!1S TORJ.J!

LE PETTT TR,.1.ANON - - -.
à M. Campan et à M. Bonnefoy, convocations de tous
les jardiniers u pour désigner
les places de tous les arbres
que M. de Jussieu a fait choisir. &gt;) El sur M. de Jussieu 1
écoutez la fin d'un de ces billet aimables qui songent lt
tout : c&lt; Une collation rl'encas sera pi·ète pour JI. de
Jussieu, qui arl'osera devcmr
moi le cèdre clu Liban t. 11
Que de préoccupations, que de
soins, que de joies ! Et que de
fois les promeneurs de Paris
voient passer dans un cabriolet
léger, brùlant le chemin, la
Reine de Trianon allant rnir
monter la pierre, pousser l'arbre, s'élever l'eau, grandir
son rêve!
Le beau rêve en effet, cc
palais et ce jardin enchantés,
où Marie-Antoinetle pourra
ôter sa couronne, rn reposer
de la représentation, reprenQre
sa volonté et son caprice,
échapper à la surveillance, à
la fatigue, au supplice solennel et à la discipline invariable de sa vie royale, avoir
la solitude et avoir l'amitié,
s'épancher, se livrer, s'abandonner, vivre! Pour montrer
tout le bonheur que la Reine
se promet, pour faire entrer
dans ses impatiences, je dirai
une des matinées de la Tieine
à. Versailles, telle qu·une de
ses femmes de chambre nous
l'a conservée. Aussi bien. celte
matinée sulû'ra peut-ètre à
faire pardonner Trianon à
Marie-Antoinette.
La Reine se réveillail à huit
heures. Une femme de aarde~
robe entrait et déposait une
corbeille couverte, appelée le
prêt du jour, et contenant
des chemises, des mouchoirs,
des frottoirs. Pendant qu'elle
faisait le service, la première
femme remettait à la Reine,
qui s'éveillait, un livre contenant un échantillon des douze
grands habits, des douze robes riches sur paniers, des
douze petites robes de fantaisie pour l'hiver ou l'été. La
Reine piquait avec une épingle
le grand habit de la messe, la
robe &lt;1.éshabillée de r aprèsmidi, là robe parée du jeu ou
du souper des petits appartements. Les Archives nationales
possèdent un curieux volume
Cl:ch! Bra110 el

L\

LAITlliRE DE TRL\NO:\,

TJblea11 de ~!AURICE LELO rR .

r". _

1. IRltl"e aulogrophe de .lfane.111/oinelte , communif1m·e par ,1.
Boulro11.

qui porte ur un de ses plats de parchemin
vert : Madame la comtesse d'Ossu11.
Garde-1·obe des alom·s de la Reine. Gazette povr l'année i 782. Ce sont, collés
à des pains à cacheter rouges ur le papier blanc, les échantillons des robes portées par la Reine de 1782 à 1784. C'est
comme une palette de ton clairs, jeune et
gais, dont la clarté, 1a jeunesse, la gaieté
ressortent davantage encore quand on les
compare aux nuances feuille morte et carmélite, aux couleurs presque jansénistes des
toilettes de Madame Élisabeth, que nou
montre un antre registre. Reliques coquettes,
et comme parlantes à l'œil, où un peintre
trouverait de quoi reconstruire la toilette de
la Beine à tel jour, presque à telle heure de
sa vie! II n'aurait qu'à parcourir les divisions
du livre : Robes sw· le g1'and panie1·, 1·obes
su1· le petit paniel', robes tu1·ques, létiitefi,
1·obes anglaises, el grnnds habits de taflelas; grandes provinces du royaume que se
partageaient madame Bertin , garnissant les
grands habits de Pàques1 madame Lenormand , relevant de broderies de jasmins d'Es•
pagne les robes turqu"s couleur boue de Paris, et la Lévêque, el la Romand, et la Barbier, et la Pompée, travaillant et chiffonnant,
dans 1~ bleu, le blanc, le rose, le gris-perle
semé parfois de lentilles d'or, les habits de
Versailles et les habits de Marly qu'on apportait chaque matin à la Reine dans de grands
taffetas.
La l\eine prenait un lmin presque tous les
jours. Un sabot était roulê dans sa chambre.
La Reine, dépouillée du corset à crevés de
rubans, des manches de dentelle, du grand
fichu, avec lesquels elle couchait, Hait enveloppée: d'une grande chemise de flanelle anglaise. l'nc tasse de chocolat ou de café taisait son déjeuner, qu'elle prenait dans son 1il
lorsqu ·elle ne se baignaiL pas. A. sa sortie du
bain, ses femmes lui apportaient des pantoufles de ha-;in garnies de dentelles et plaçaient sur ses épaules un manteau de lit en
taffetas blanc. La Reine, recouchre, prenait
un livre ou quelque ouvrage de femme.
C'était ]!heure où, la Reine couchée ou levée,
les petites entrées avaient audience auprès
d'elle, et de droit entraient le premier médecin de la Reine, son premier chirurgien, son
médecin ordinaire, son lecteur, son sccr«:·taire de cabinet, les quatre premiers valets
de chambre du Roi, leurs survivanciers, le
premiers médecins et premiers chirur~iens
du Roi.
A midi la toilette de présentation avait lieu.
La toilette, ce meuble et ce triomphe de la
femme du dix-huitième siècle, était tirée au
milieu de la chambre. La dame d'honneur
présentait le peignoir à la Reine ; deux femmes
en grand habit remplaçaient les deux femmes
qui avaient servi la nuit. Alor commençaient,
avec la coiffure, les grandes entrées. Des
pliants éLaient avancés en cercle autour de la
Loilelle de la Reine pour la surintendante, les
dames d'honneur et d'atours, la gouvernante
des enfants de France. Entraient les frères du
Hoi, les princes du ang, les capitaine de~

gardes, toutes les grandes charges de la couronne de France. Ils faisaient leur cour à b
Reine, qui saluait de la tête. Pour les princes du sang seuls, la Reine indiquait le mouvement de se lever, en s'appuyant des mains
:1 la toilette. Puis Yenait l'habillement de
corps. La dame d'honneur passait la cbemi,e, versait l'eau pour le lavement des
mains; la dame d'atours passait le jupon de
la robe, posait le fichu, nouait le collier.
Habillée, la l'l eine se plaçait au milieu de
sa chambre, et, environnée de ses dames
d'honneur et d'atours, de ses dames du palais,
&lt;lu chevalier d'honneur, du premier écuyer,
de son clergé, des princesses de la ramille
royale, qui arrivaient suivies de toute leur
maison, elle passait dans la galerie el se rendait à la messe, après a,•oir signé les contrats
présentés par le secrétaire des commandements, et agréé les présentations des colonels
pour prendre congé.
La Reine entendait la messe avec le Roi
dans la tribune, en face du maitre-autel et
de la musique.
La Reine, rentrée de la messe, devait dîner
tous les jours seule avec le Roi en public ;
mais ce repas public n'avait lieu que le dimanche.
Le maitre d'hôtel de la Reine, armé d'un
grand bâton de six pieds orné de fleurs de lis
d'or et surmonté de fleurs de lis en couronne,
annonçait à la Heine qu'elle était servie, lui
remettait le menu du dîner, et, tout le temps
du diner, se tenant derrière elle, ordonnait de
servir ou de desservir.
Après le diner, la Reine rentrait dans son
appartement, et, son panier et son bas de
rohe ôtés, s'appartenait seulement alors, autant du moins que le lui permettait Ja présence en grand habit de ses femmes, dont le
droit était d'ètre toujours présentes et d'accompagner partout la Reine.
La Reine espérait se au ver de tant d'ennuis à Trianon. Elle voulait fuir là celle toilette, la cour des matins, el le diner public,
et les jeux de représentation si ennuyeux du
mercredi et du dimanche, et les mardi des
ambassadeurs et des étrangers, el les présentations et les révérence , les grands couverts
et les grandes loges, et le souper dans les
ca.binets le mardi et le jeudi avec les ennuyeux.
el les prudes, et le souper de tous les jours
en famille chez Monsieur 1 •
La l\eine pensait qu'à Trianon elle pourrait manger avec d'autres personnes que la
famille royale, unique société de table à
laquelle toute Reine de France avait été condamnée ju qu'alors i qu'elle J aurait, comme
une particulière, ses amis à diner sans meure
tout Yersailles en rumeur. Elle songeait à se
faire habiller là dans sa chambre par mademoiselle Bertin, sans être condamnée à se
réfugier dans un cabinet par le refus de ses
femmes de laisser entrer mademoiselle Berlin
dan leurs charges. Son mari au bras, sans
1. Jléla11ges militafrc8, fillérafres, ~e11lime11taires. par le prin~e de Ligne, vol. XXIX.
2. JUmoire. sur la rie prit-ée de Marie-Aritoi,irtte, par 'lmc Cam1&gt;40, ll!:!ti. Eclaircissemenl5 historiques.

autre suite qu'un laquais, elle
parcourrait ses États; et même,
à table, s'il lui prenait fantai ie, elle jetterait au Roi
des houlettes de mie de pain
sans scandaliser Je service.
Voilà les espoÏt's et les ambitions de celte princesse, éle,·ée
et nourrie dans les traditions
patriarcales du gouvernement
de Lorraine, et qui contait
a,·cc un si doux attendrissement la naïve levée d'impôts
de ses anciens ducs, agitant
leur chapeau en l'air à la messe
après le prône, et quêtant la
somme dont ils avaient besoin.
es désirs et ses idées confirmés par l'abbé de Vermond,
la Reine était comaincue que
la grande popularité des princes de la maison d'Autriche
venait du peu d'exigence d'étiquette de la cour de Vienne.
D"ailleurs, quel besoin de
conseils, de raisonnements,
de souvenirs d'enfance, pour
faire déte ter à la jeune princesse une telle tyrannie? Ou elle
patience eût résisté à~ des
tourment quotidiens, pareils
à celui-ci: la femme de chambre, un jour d'hiver, prête à
passer la chemise à la Reine,
est obligée de la remettre à la
dame d'honneur qui entre et
ôte ses gants ; la dame d'honneur est obligée de la remettre
à la duchesse d'Orléans qui a
gratté à la porte; la ducbesse
d'Orléans e L obligée de la
remettre à la comtesse de Pro1·ence qui vient d'entrer, pendant que la Reine, transie, tenant ses bras croisés ur a
poitrine nue. laissa échapper :
C'est odieu:c! quelle import1tnite ~!
Dans ses courses, dans ses
promenades à Trianon, Marie.Antoinette a pre que toujours
à ses côtés la même compagne,
une amie de ses goûts, qni
préférait à Versailles les bois
de son beau-père, le duc de
Penthièvre, et que la Reine
avait eu grand'peine à accoutumer à l'air de la cour : madame de Lamballe 3 •
La Reine, comme toutes
les femmes, se défendait mal
contre ses yeux. La figure el
la tournure n'étaient pas sans
la toucher, et les portraits qui
nous sont restés de madame
de Lamballe disenlla première
raison de sa faveur. La plus
J. Chronique Recrèle , par l'abh&lt;l

&amp;eau,leau.

Cliché Brnn et C"
foYLLE A TRIA:-.ON.

T.zt/e.111 de

.,. 365 ..,.

lllA ORICE

L t,: LOJR

�msTOR..1.JC

_____________________________________.

était un lien enlre madame de Lamballe et une juridiction el un pomoir i étendu sur
)forie-A.ntoinetle. La .ouveraine et la prin- tout rintérieur de la l\eine, que c'était sur la
cesse allaient l'une à l'autre par mille ren- demande de Marie Leczinska que la surinconlri's de sentiments au fond d'elles-même , lendance a\'ail élé upprimPe. Louis XVl
~l elles étaient prédestinée- à une de ces rares résista lonntemp au Yœu de la Reine, apel grande~ amitiés que la Providence unit puyant sa maurni e volonté ur l'opposition
et les plan d'économie de Turgot. La Reine,
do.1ns la mort.
L'intimité de )larie-.lnloioelle a,·ec madame emportée ct•lte fois par son amiûé, mil dan
&lt;le Lamballe. commencée ous le feu roi, se la pour uite du con-entement du Roi une
faisait plus é•roile alors que madame de persistancc1daquelle le Roi finit par se rendre.
Cossé brisait, par une Lrutalilé m:iJheureu e, Celle nomination dont Pile fait un secret
le' dernier lien. de l'attachement de la mêruc à l'impératrice-Reine, elle l'annonce
Heine. L'archiduc ~laximilicn, frère de )larie- d'avance au comle de Rosenberg dans cette
Antoinette, était \'enn à Pari·. li attendait la phrase ot1 rn réjouit sa tendre amitié : ,1 Ju,bite des prince· du sang. La f\Pioe a1·ait ge; de mon bonheur: je remlrni mon amie
&lt;lt!m:indé un bal à madame de Cos~é. Le jour 111time heureuse et j'en jouirai encore plus
du bal arriré, les princes n'avaient pa~ encore qrL'elle. 1&gt; li y eut presque un oulèvement à
foil la visite. La Reine, eoeaaée Jan le pré- là cour. füdame de Cossé quittait sa charcre
tention de son frère, écrivait à madame de de dame d'atour . La ducbes5e de :\oaillcs,
Cossé . 11 , i les princes viennent lt votre devenue la maréchale de Mouchy, si mal di!-bal, ni moi ni mo11 {,·ère ne 11:iu~ y tro11ve- posée déjl\ contre la Reine. abandonnait sa
ro,1s. i 1•011s roule:. 11011,~ ai•oir, dép,.ie::.- charge do dame d'honneur, bles.ée d'un
pournir qui lui retirait la nomination aux
{es. » ~tadame de Cossé, emLarrassée, hésitait, puis sacrifiait la Reine : elle emoyail l::i l'mplois, la reception des prestations de serment, la liste de: présentations, l'emoi des
lettre aux prince 1 •
La ficille se donnait alors enfü:remenl :1 im·itations au nom de la Reine pour les ,oyages
madame de Lamballe. Iille voulait non point de )larly, de Cboi~y, de Fontainebleau, pour
payer sou amitié, mai ... -e l'auacher par une le- bal , les soupers cl les chas es. Cette nocharge à la cour, qui la retint auprè d'elle mination lui enlevait encore le profits de sa
et la défendit contre la tentation de retourner charge, profüs qui lui avaient donné le moauprès du duc de Penlhiène. Me uranl la bilier de la chambre de la Tleine à la mort de
llarie Leczin ka. Le prote talions cclalaient
charge au cœur .de la prince · e encore plu
qu'à son rang, la fieine songea à rétablir en de toutes parts. Cn moment, la princesse de
sa rarnur la urintendance, tombée en dé ué- Cbima ·, nommée dame d'honneur, cl la martude à Ja cour depuis la mort de m:idemoi- quise de \failly, se refu aient à prêter .erselle de Clermont, la surintendance de la ment, ne voulant point dépendre de madame
Mai on de la Reine, cette grande autorité, la de Lamballe 1 •
De Ver. ailles, le colères allaient à Pari .
Elles gagnaient l'opinion publique, qui, devant ce rétablis ement par la Reine d'une
charne de la monarchie, cmblait amir oublié
déjà les dépenses de la du Barr! el commençait à parler des dilapidations de Marie-A.ntoinellc.
liéla, ! se goût comme .es amitiés, ses
plaisirs, on sexe même et ~on âge, tout de_vait
être tourné contre celle Reille dont le prmcc
de Li!!11e a dit : « .le nt: lui ai jamais vu une
journée parfaitement heureuse. "
La femme française 'étail forée en ces
années à une folie de coiffure sans e, emple,
tt i générale qu'une déchration, donnée le
1 aoilt 1777, agrégeait six cents coilTeurs
de femmes à la communauté des maître
barbier -perruquier,·. La tète de élégantel:.
était une mappemonde, une prairie, un combat na\'al. Elles allaient d'imagination en
ima!rinations el d'e1trava 0 ances en e. lrava0
~ance
, du po1·c-épic au berceau c1· amour,
du pouf it la J)1tce au CQ$']lle anglais, du chien
couchmit à la Cii-cassiemie, des baigneusrs
a la frîz,olilé au bonnet a la Candeur·, de la
PAR r OU PF.TIT Ttl.l.\NON : LA :\L\ISON DE LA REINE,
queue en flambeau d'amour à la conze 1/'abo11danrr. Et que de créations de couleur
pour
les énormes chouI de rubans, ju qu'à
beau climat. Sa bicnraisance encore, cette direction du conseil de la Reine. la nominabienfai ance infatigable des Penthièvre, qui tion et le jugement de· po.se . eurs de charge_, la nuance de soupirs étouflës et de plainte.
ne rebula jamais les malheureux, el jusqu"/1 la destitution et l'interdiction des seniteur ·, amères ! La Reine se jette dans celle mode.
ce parler italien dan lequel avaient été éle~ - Wmoire• dt: ln flëpublique '1es uttre• .
1. Poi-ltfeuille d'un talon r1Juge.
,re l'imagination et la voh: de la Reine, tout ~- Col'l'txpo11dnP1rl' strrnt (par \l ~tra). rnl. Il.
1. Co tu1J1t•s françai~ pourle~ coiffeur,, li70-liiï.

grande beauté de madame de Lamballe
était la sérénité de la physionomie. L'éclair
même de se yeux était tranquille. Mal«ré
les secou se et la fihre d'une maladie
nerveu, c. il n'y avait pas un pli, p:i un
nuage sur on Leau rront, battu de ce · Jongs
cbcrnux blonds qni boucleront encore autour
de la pique de '-eptemhre. It:iJicone, madame
de LamLalle avait le !rl'âces du Nord, el elle
n'était jamais plu, belle qu'en traineau, sous
la martre et l'hermine, le teint fouetté par
un vent de neige, ou uien encore lorsque, dans
l'ombre d'un grand chapeau &lt;le paille, dans
un nuage &lt;le linon, elle passait comme un de
ce rèves dont le peintre annlais Liwrcnce
promène la roLe hlanche sur les ,·crdures
mouill~es.
L'àme de madame de Lamballe avait la
:érl'nité de son visage. Elle était tendre, pleine
de caresse , toujour égale, toujours prêle
aux sacrifices, dévouée dans les moindres
choses, d1bintére. sée par-dessus tout. Ne
demandant rien pour elle, m:idame de Lamhalle se prirnit mème du plai ir d'obtenir
p'lur le autre ·, ne voulant poinL faire de son
attachement le motif ni l'excu ·e d'une seule
importunité. Oublianl son lilrc de princesse,
elle n'oubliait jamai le rang de la fieine. Bru
d'un prince dérnt, elle était pieuse. Son ei;prit
avait les vertus de son caractère, la Lolt!rance,
la ~implicilé, l'amabilité, l'enjouement tranquille. :oie ,·oyant pas le mal el n'y voulant
pa croire, madame de Lamballe faisait à on
image les choses el le monde, et, chas. ant
Loule ùlaioe pensée al'ec la charité de es
illu ions, sa causerie gardait et berçait la
l\eine comme dans la pai1 el la douceur d'un

1

.., 366 ....

L'E

PE11T T'R,UNON -

~

A.ussitol le. caricatures el les diatribes de de son é,·entail; plus d'ennui ·. plus de cou- gré l'ingratitude des chose , le silence de
passer par-de u::; toutes le tètes, el de frap- ronne ni de grands babil· : la Reine n'était l"écho, l'oubli de la nature, tout parle commt!
per sur la jolie coiffure aux mrches rele,·écs i,lus la Reine il Trianon; 11 peine y faisait-elle une sc~ne vide, et rappelle le beaux JOur,
et tortillée en riueue de paon, dan~ laquelle
elle s'e t montrée anx Pari-iens. La satire,
qui permet tant de ridicule à la mode, e~t
impitoyable pour le quesaco q11c la Reine
montre aux course de che'l'anx, pour les
bonnets allégoriques que lui fait Beanlard,
pour la coiffure de son lever, courant Paris
sous le nom de l,et•e,· dr ln Reinr. Les plai_anteriesdeCarlin,commandée par Louis X\l,
contre les panaches de la Reine, le dur renrni
de ·on portrait par Marie-Thérèse, le· attaque · un peu hrutale de cet empereur du
l}anube, son rrère Joseph, contre son rouge
ot ses plumes, n'étaient pa. jugés une expialion suffisante de son dé ir et de on ~énie
de plaire. Quand la mod .. prenait la li.rée de
celte reine Llonde, et baptisait ses mille
fanfioles couleur chei•e11.r tle la Jieine, celle
flatterie était impütée à crime à Marie-Aotoinelle. Et c'était encore nn autre de ses
crime , L'importance de mademoiselle Bertin,
de celle marchande de mode c1ue la Heine
n'a\'ait fait que recevoir de mains de la duchesse d'Orléans, el former à l'école de son
Cllcb4 :--eor.lolo frtres .
goût.
PAL\IS DU PETIT TRLVO:-' : LA CIIAMIIRE A (; Ol:CIIER DE 1\lAR!E-.\~TOJ:\'ETTE.
L'hiver, aprl•s des Mjeuners intimes oi1
elle rassemble à sa table les jeunes femmes
de la cour, la Reine entraine la jeune. se der- la maitresse de maison. C\:1ait la ,·ie de clt.l.- de Marie-Anloioelte; où le pas du curieu\
rière on lraineau, el prend plai ir à Yoir rn- teau a\'ec son lrain facile, et toute l'ai~ance hé:.ite et tremble, marchant peul-être dan le
ler ur la glace mille traineaux qui la suivent. de Cl\ usages. L'entrée de ~farie-Antoinellc pas de la Reine.
Le rêve de la Reine e l accompli. Le TriaLes ronr e en traineau font encore mur- dans un alon ne faisait quitter au. dame· ni
non
de Marie-.\ntoinetle est fini. li a eu on
le
piano-rorte
ni
le
métier
à
tapi
·.crie,
aux
murrr la censure ....
homme ni la plrtie de billard ni la partie de inaugu ration et .on apolhéo e, lors de l'illutrictrac. Le fioi Yenail à Trianon seul, à pied, mination et de l'incendie féerique ùe . es
saru capitaine des gardes. Les inütés de la bosquet , en l'honneur de l'empereur Joseph.
~larl~- a,·ait été ju~«1u'alor le palais d'été l\eine arrivaient à deux heures pour diuer. Dan · la verdure, voilà le petit palai blanc.
de la cour de France. Mai Marly, c'était \'er- et s'en relournaient coucher à \'ersailles à Pou scz un bouton de porte ciselé, c'e Ldcsaille enco re. La royauté ) demeurait en re- minuit 1 • C'étail. tout re lemps, des occupa- \'ant vous une ·calier de pierre à grand repos.
pré ·entation. Ju qu'à la moilié du rè!me de tions et de· dil'ertis ements ch:impêtres. La Dans les entrelacs de la rampe marrnilique el
Loui XV, les dames y avaient porté« l'habit Heine, en robe de percale blancbe, en fichu dorét&gt;, do.1ns les cartouches à lèles de coq,
de cour de Marly ». Les diamants, les plu- de «azc, en 1·hapcao de paille. courait lf's s'enlacent le · initiale M. A., el le- caducées
me. , le rouge, les étofîes brodée el lamées jardin!-, allait de sa ferme à sa laiterie, mèn:iiL se marient aux lyre , à ces lyres, le$ armes
d'onetaientd'uniforme. L'omhredeLoui XIV, son monde boire son lait el manger ses œuf · parlantes du palai , qui se retrou\"ent ju que
sa g;andeur et son ennui, emplissaient encore frai., entrainait le floi, du bo,tptet où il sar le feux de cbernmêe. Aux murs ou de
les pavillons et les jardins. Les l,àtiment y ILaiL, à un goùlt'r sur l'herbe, tantof re":ir- l'e.calier, il n'e t rien que J •· foston de
avaient l'ordre el la hiérarchie d'un Olympe; dail traire 1· ,athe:-, tantùl pèchait dan le feuilles de chène rouillée dans la pierre. Eu
la nature même y parai sait olcnnelle; la lac, ou bien. a . ise sur le gazon, se rcpo ait !ace l'escalier menace une Lèlc de Médu ·c,
promenade y 11tait royale, et s'abritait d'un de la broderie el da filet en épuisant une qui n'empèchera r,a · la calomnie de mon1er.
dai d'or. Rien de celle étiquette des jour- quenouille de üllageoise 1 • Cc jeux rai.aient Aprè· une antichambre, Yient la _ai le à mannée:;, du co tume, de l'architecture, du pay- le bonheur de Maric-.\ntoinelte. Que d'en- ger, où le parquet rejoinlmonlreencore la cousage, ne plai ail à Marie-Antoinette. Le jeu cb.antemcnl pour elle, que d'tllu ion dans ce pure où montait, pour le orgie· de Loui X.V,
c1u'elle aimait moins, le gro jeu de Marly, rôle de bergère et &lt;l,ms ce badinage de la vie la merreilleu e table de Loriot a\'et; ses quatre
dont le Roi "rondait les excès, Ja dégoûtait Jes champ:! Le joli royaume de celle fieine ~ervaoLes ', el là commencent les ornemculs
encore de ces ,·oyages. Trianon devenait la qui pleurait à Nina, el ne rnulait autour sur les boi eries exécutée par ordre de füriemai on de campagne de Marie-Antoinette, a d'elle • que ùes fleur , des pa)sages el iles Antoinelle: ce ne sont, aux panneaux de bois
rclraite et .e amours.
Walleau 11 3 ! Quelle aimaLle patrie de .on sculpté, que carquois en èroix au-des.ous des
Là, quelle autre vie! quel amusement an
âme el de es goùLs, Trianon! ce Trianon uù couronnes de ro~es el dt.'s guirlande de Ucurs.
faste el ans contrainte! QuelJc succes ·ion de son ombre erre encore aujourd'hui; où, mal- Le petit ~alon, près la .alle à man°er, montre
jour, quels moi trop courts, dérobé à la
i. JJ,lmoirtadr .\[me C/1111pn1i, vol. J. -Mémo1rtt
toul'll se mscmblaienl à un Mjeuner qui lcnail
ro1auté, donné· à la familiarité el aux joi~ du bamu de Bl's,•1wal, vol. li. - )lcrcv-Argenrcau lieu de ilioer; diJTérents jeux, w1c convel'!llllion
en ces h?rmes la , ie prefque Lourgèoise de la
•m1éral!', un peu de promcuade I cmplissaill!II une
particulières! Quels plai~irs à cent lieues de peint
reine à TriaGon cn mai 1179 : « ... La Heine &lt;'ompartie ,le J'apr2i-midi et conduisaient au lem!IJ 1111
Yer ailles! Plu de cour, qu'une petite cour meoça par ,. prendre h! lait d'ânesse et y obserYa le là soirc.e el du .oupër, qui anil touJours lieu de
le 1ilus strict; . li. ne s•,. prumt!oait qu"aux
bonne heu ri.'. •
1
d'ami·, que ,a rne basse n'araiL point besoin régime
heur,•s du jour les plus propres à' faire de l"exercice
2. Jfl111011·er de IJme Ca111pa11.
11
de reconnaitre a,ec le lor noo caché au milieu el ell,• était retire~ r1&gt;.gnlièrcmeot il onze heure du
3. .'llémoires erreta ~, u11iversel1 dn mnlf1t11r8
d1c1 E,nault eL R~pill~-. - Coin11rt-s tl,• l;.89 à I ïïll.
- Currr pnnda11a ,;eaèlr. ,ol . 1.

soir. \)uoiqu'il n'
de 14

cour. le

eût · pa. d"êtiquetle dans la knue

dilférenls 1em11S d1· la joumfc s'y

arrangeaient a,ec l'!Jrdre ,nm cnahle: tou~ le alrn-

el 1ft la mort de Ill Rt"i11e de Fra11ce, par Lafo11I
d'Aœ,onne.
\ . .'Jh11oire1 rie la Tltp1tbli911e de~ letlres, vol. I\'.

�111ST0"/{1.Jl

________________________________________J

en relief sur tous ses côtés tous les acces oires
et tous les instruments des joies des Vendanges et de la Comédie : des guirlandes de
raisin laissent descendre les corbeilles et les
panier de fruits, les masques el les tambours
de basque, les castagnettes el les pipeaux,
et les guitares; el sous les barbes de marbre
des houes de la chPminée, les grappes de
rai-in se nouent encore. Dans le grand salon,
le lustre pend d·une rose de fleurs. Aux quatre
coins de la corniche volent de jeux d' Amours.
Chaque panneau, surmonté des attributs des
.Arts et des Lettres, prend sa nai sance dans
une tige de lis trois fois lleurie, enguirlandée
Je lauriers, et portant en cimie1· une couronne de roses en pleine llcur. Dans le petit
cabinet qui précède la chambre de la Reine,
les plus fines arabesques courent sur la boiserie : ce sont, en ces p1ramides impo sibles
et charmantes de l'art antique, des Amours
portant de corne d'abondance de Jleurs. des
trépieds fumants, des colombes, des arcs et
des flèches croisés qui pendent à des rubans.
Les bouquets de pavots mêlés à mille fleurettes se jouent tout autour de la chambre à
coucher. Le lit disparaît sous les dentelles de
soie blanche. Le meuble est de poull de soie
bleu, uniquement rembourré de duvet d'eider.
Des écharpes frangées de perles el de soie
de Grenade nouent les rideaux 1 • Et n'était-ce
pas la pendule qui sonnait les heures dans la
chambre de Yarie-AntoineLte, cette pendule
oubliée aujourd'hui dans la pièce à côté, dont
le cadran est porté par les deux aigles d' Aulriche, et sur le socle treillagé de laquelle se
détachent eu médaillon la boulelle d'Estelle
et le chapeau de Némorin?
Du palais, des escaliers Pn terras e de cendent aux jardins. Au bas de la plus riche
façade, décorée de quatre colonnes corinthiennes, commence le jardin français, planté
dè 1750 pour accompagner le jardin à lïtalienne, et que deux grilles garnies de grands
rideaux de toile séparent du grand Trianon.
De ce côté, partout des fleurs s'alignent dans
leurs pots blancs et bleus aux anses figurant
des têtes. Sur l'une des façades du salon
s'ouvre un décor printanier el galant, le
décor des personnages et des comédies de
Lancret. Ce sont de ces architectures à jour
que le dix-huitième siècle mariait si joliment

à la verdure, dè ces barrières à travers lesquelles passent le ciel el les fleurs, les zéphyr
et les regards : c'est la salle d~ fraîcheurs,
et ses deux portiques de treillages, et ses
trente-six arca~a:btitant chacune un oranger,
et leurs pilastres dont chacun est surmonté
de la têle en boule d'un tilleul ' ·
,Iais de l'autre côté, à la droi le du palais,
vous entrez au premier pas dans la création
de la Reine, dan le jardin anglais. « Le jet
d'eau joue pour les étrangers, le ruisseau
coule ici pour nous, 1&gt; pourrait dire la Reine
eommc la Julie de Rousseau. lei se retrouve
le caprii-e, et presque Je naturel de la nature.
Les eaux bouillonnent, serpentent, cour&lt;'nt;
les arbustes scmhlt'nl semés au gré du vent.
lluit cents espèces d'arbres, cl &lt;les arbres lrs
plus rares, le mélèze pleureur, le pin &lt;l'encens, l'yeuse de Virginie, le chène rou~e
d'Amérique, l'acacia rose, lt• févier et le
sophora de la Chine, marient leur ombre et
mèleol toutes les nuances de la Ceuille,.du
Yerl au pourpre noir et au rouge cerLe 3 • Ll'S
fleur sont au ha·ard. Le terrain monte et
descend à sa volonté. Des cavcrnr , des fondrières, lie, ravins, cachent à tout moment
l'art et l'homme. Le allées tournent et se
brLent, et prennrnt le plus long pour n'avoir
pas l'air trop r1tban. De pierres ont fait des
rochers, de butte simulent des montagnes,
el le gazon joue la prairie•.
Sur la colline, au milieu d'un buisson de
roses, de jasmins el de m1 rtes, 'élève un
belvédère d'où la Reine embrasse tout son
domaine. Ce pavillon octogone, qui a quatre
portes et quatre fenêtres, répète huit fois en
figures sur ses pans, en attributs au-dessus
de ses portes, l'allégorie des quatre saisons,
sculptée du plus fin et du plus habile ciseau
du siècle. Huit sphinx à tèll' de femme s'accroupis eot sur les marche . Au dedans, c'e L
un pavage de marbre Liane sur lequel e
brouillent et e traver eot les ellipse:. des
marbres roses et bleus. Aux murs de stuc,
et même sur les panneaux &lt;lu bas des portes,
des arabesque courent. Un pinceau léger,
volant, enchanté, semble avoir éclaboussé
de caprices el de lumière ces murs de porcelaine. Le peintre a repris le poème des
boi erie du palais; il l'a animé ide oleil cl
peuplé d'animaux: et cc ,ont encore carquoi ,

1. l'elile. afficl1es, nivôse an V.
•.?. Le Cicérone de Ver ailles, Jacob, 1806.
::i. Lellrru d'E ... éoi tle B.. on (lllle Roudon ),
Troyes, 1791.
\ .. Coup d'œil sur Bel-Œil. A /Je.l-Œil, de l'i111pri1mme du l'. Charles de L. (I&lt;' pr. Charles de Liincl.
ti. Fi-agme11ls sur Pa1·is, par Meyer, traduits par
l1.• ![timlral Dumouriez. flambourg. 179R, yoJ. Il.

O. Voyez dons ln De.1criptim1 gh1érale a pm·ticulièrc de la Fttmce (par tic l.a Borde ), 1i81-1i88,
les vues du Pctil-Trianon gravi•e par le chcnlier de
Le pinnssc.
7. Catalogue des meubles el elTels précieu1 d~ La
ci-d,,nnt Li-le ci.vile.
8. Frngnu11la sur Pa,.is, pnr llrycr, vol. Il.
9. Le Cil'fro11e de rersa1/l;,, .

flèches, guirlande" de ro e blanche , bouquets dénoués et pluies de fleurs, chalumeaux
et trompettes, et camées bleus, et cages ouvertes pendues à des rabans, traversés de
petits singes et d'écureuils qui grattent uu
vase de cristal où jouent des poissons. Au
milieu du pavillon, une table, d'où pendent
trois anneaux, pose sur trois pieds de bronze
doré; c'est la table où la Reine déjeune: le
belvédère est sa aile à manger du matin ·.
De là Marie-Antoinette domine le rocher,
et a grolle &lt;1 parfaite et bien placée ~. el la
chute d'eau, el le pont tremblant, jeté sur le
petit torrent, et l'eau, et le lac, el sous l'ombre des arbustes les deux ports d'embarquement, et la galère fieurdelisée, et la rivière.
\'oici l'ile et le temple de l'Amour, rotonde
exposée à tous les vents où le Cupidon de
Bouchardon e ~aye de se tailler un arc dans
la massue il'1Jercule 6 • Voici le ruis·eau et
ses p~ssêrelles, dont chacune a une vanne et
forme écluse. DerrÎ're ce demi-cercle de
treillage, sous cc palanquin chinoi , tourne
le jeu de bagues, avec huit sièges formés de
chimères et d'autruches ·. Voici, au bord de
la rivière, les Bocages partagés en petits
champs el cultivés comme des pièces de
terre; et voici enlia le fond du jardin, le fond
du tableau, le fond du théàtre: c'est le paradis de Berquin, c'est l'Arcadie de liarir. Antoinette, le llameau ! le hameau où
elle faisait déguiser le Roi en meunier, el
Monsieur en maitre d'école •. Voici ltls mai. onnetles, errée· comme une famille, dont
chacune a un jardinet pour prêter à la. plaisanterie de faire de chacune de dames de
Trianon une paysanne, ayant de occupation
de paysanne 9 • La laiterie de marbre blanc est
au bord de l'eau. A côté se rellèle dan
l'étang la Tour de Marlborough, qu'une
chanson a baptisée, la chanson chantée par
la nourrice du Dauphin, madame Poitrine.
La mai on de la Reine est la plus belle chaumière du lieu : elle a des Vil e garni de
lleurs, des treilles el des berceaux. Rien ne
manque au joli village d'opéra-comique: ni
la maison du Bailli, ni le moulin avec sa
roue, et même elle tourne! ni le petit lavoir,
ni l~s toits de chaume, ni les balcons ru tique , ni les petits carreaux de plomb, ni
le petites échelles qui montent au llanc des
maisonnettes, ni les petits hangar à serrer
la récolte .... La Reine et Hubert Robert ont
pensé à tout, et même à peindre des fissure
dans les pierres, des déchirures de plàtre,
des saillies de poutres el de briques dans 11 s
mur , comme si le temps ne ruinait pas as ez
vite le jeux d"une Reine!
EDMOND ET jOLES DE

Napoléon el la Reine Hortense

L'élégante collection du MiMOIJU!S 01&lt; LA Fl!MMe
publiée •ous la direction de M. F. Castanié, vi&lt;nt d~
•••nridûr d' un nouveau volume : Napolion ,1 la ~•in,
1fortenu 1• d'aprù Ir. Journal de Mlle Cochel&lt;t, l&lt;ctTicc
de la Reine..
Mme Marc&lt;lle Tinayn a coMacré à cc très curieux
&lt;t tris lntttusant ouvrage. unr. préface qul en ut à la
fois l'étude. la phu lucide et le résumé le plus précis.
Nous ne. doirtons pas qu'on n• nous sache gré de reproduire cc jugement porté SUT la Reine Horlcnsr. et sUT
sa fid&lt;le confidente par unr. dt. nos plus

et lllle Cochelet ne la quitta plu~, dans le
revers comme dans la prospérité. )fll~ Cochelet était aimable et piquante, elle avait la
bonne humeur qui vient d'une âme bien
éqailil.irée et d'une santé robuste.
Un portrait la représente, dans sa jeunesse
épanouie, les joues et la gorge pleines, les
yeux gai., le front couronné de boucles; c•e.~t

ûninc.ntc.s contt.mponinu..

La reine Hortense n'a pas laissé
de mémoires. Beaucoup de gens
ne la connaissent que par sa mère.
Impératrice, par son tils, Empereur, el par une romance de
style « troubadour •&gt;, qui fut, un
instant, le chant national de la
France du second E111pirr.
Les visiteurs de la fülmai on
éroqucnl à peine ce fantôme délicat, cette créole aux yeux l,Jeus,
si frêle qu'elle était fatiguée par le
seul poids de ses cheveux blond •.
Elle apparaît un peu effacée dans
le double ra)Onnemcnl du couple
impérial. Cependant, la fille de Joséphine eut un rôle considérable et
une grande in0uence. Napoléon
l'aimait et l'écoulait volontiers.
Aux sombres jours, quand la fortune trahit César,quand fléchirent
les amitiés et les fidélités, elle
monlra une rare noblesse d'àme
et une fermeté de caractère presque virile.
Pour comprendre el pour aimer
la reine Horten e, pour la remettre
à son plan dans l'hisloire, il faut
lire les Souvenirs de Mlle Cochelel.
On dit que les ftmmes sont impitoyables pour les femmes mêmes
qu'elles chérissent, et que l'affection, dans notre sexe, ne va pas
sans une certaine malice, sans une
vision neUe des pPtits défauts ou des
petits ridicules. Pourtant, Mme de

(1783-183;,),
Lectraœ de la Reine Horte11se,

MAOEMOI ELLE COCUELET,

J\1ariêc, en

181~.

au capitaine Parquin.

Pompadour nefut pas calomniée par

GONCOURT.

r

sa camériste derenueson historiographe, et c'est a,·ec enthousiasme, aYec ferveur
que Mlle Cochelet parle de la reine Hortense.
Louise Cochelel avait été élevée à SaintGermain avec Hile de Beauharnais, sous la
luteUe de lime Campan.
Quand Hortense devint reine, elle appela
son amie auprès d'elle en qualité de lectrice,
1. Un élégant volu_me illustré, petit in-8•, prix :
6 rrancs. Jul~ T1ll1nd1er, éditeur.

IV. -

H11TOJUA, -

Fasc.

~2.

bien la « grosse rieuse », comme on disait
par taquinerie amicale.
If. de Bouffiers, qui la vit à Plombières
en f809, a laissé d'elle un autre portrait,
en petits vers aimables et déjà vieillots :
age gaieté, bonne malice,
Naturel_ plus lin qu'arlifice,
Funchtse el prudence à la fois;
Esprit lég~r bien que solide,
entiment que la raison guide :

C'est tout c.. Ja., mieux que cela
Qu'on doit voir ,tan, ce portrait-là ....

Les ~lémoires de Louise Cocbelet comprennent les années lf's plus tragiques de
l'Empire, de 1815 à 1815. c·est un récit
san- prétention et sans arl; le stJle en est
ramilier et parfois incorrect, mais l'ensemble a de la naïveté, de la bonhomie et maintes
pa:,res sont vives et spirituelles. Dès
le premier chapitre, la figure de
la Reine e des ine. On la voit, ce
jour de l'an 1813, se mettre, dès
neuf heures du matin, en grand
habit de cour pour aller présenter
ses vœux à Napoléon et à MarieLouise. Elle rentre, change de costume, court à la Malmaison embrasser sa mère, revient chez elle,
refait une toilette de gala pour le
dîner de !'Empereur. Son coiffeur
valet de chambre, pressé par elle,
démêle ses cheveux cendrés, de
cheveux si longs que les deux petits
princes, apoléon et Louis, s'amusent à passer en Ire le coiffeur et
la Reine, sous le berceau des nattes
déployées. Le coi0eur se désofo. Il
est artiste, comme Vatel. li a l'orgueil de son mé1ier .... c&lt; JI m'est
impossible de faire quelque chose
de bien sur la tête de la Reine.
EIJ,. ne m'en donne pas le Lemp ... .
Qu'est-ce que !'Empereur va penFer de moi? Que je mis un malotru, que je ne sais pas coiffer .... n
Les enfants, ravis, accompagnent
leur mère jusqu'à sa voiture, portant, comme les pages, ses gants,
son châle ou la queue de son manteau. A neuf heures, Hortense est
revenue, elle embrasse ses petits
el se couche, exténuée.
Elle aYail une faible santé el un
entimenl très sérieux du « devoir
professionnel» qui lui faisait accepter, avec ré ignalion, les conées pénibles d'une vie de représentation
perpétuelle. Son goût allait à des
mœurs plus simples, à la demi-retraite dan
quelque maison:ensoleillée; elle souffrait d'habiter des ch.ambres somptueuses po ées au
Nord, et se consolait en esquissant des plans de
la demeure idéale où entreraient à 0ots la lumière et la chaleur. Peu coque(te, elle ne
tenait pas de Joséphine la passion ruineuse
des ajustements. Ses parures les mieux
aimées étaient de petites robes courtes en
crêpe rose. Son amour des arts n'était pas

�1l1ST0~1A
Mlle Cochelet éclate de rire. liais la Reine
affecté. 'frès musicienne, elle n'avait point de
plus vif plaisir que d"adapter à dt's paroles la reprend : Il Ne ri pas. C'est une leçon
ingénues quelque mélodie innocente. Elle que je donne. Le malheur des princes nés
sur le trône, c'e t qu'ils croient que tout leur
composait des albums entiers de romance
qu'elle offrait volontil•rs à ses amis. )lais en est dù. Lor. que l'infortune arrive, ils sont
i814, son hôte et ami, le tzar Alexandre, di- surpris, terriliés, et restent toujours au-desnant à la llalmaison, voulut posséder l'album sous &lt;le leurs destinées. n
original, donné par Hortense à Joséphinc-.
Celle-ci n'osa refuser. La Reine se fàc:ha.
Elle avait reçu, dès sa ,jeunesse, ces rudes
« J'estime beaucoup l'empereur de Russie. leçons du malheur, et jamais reine ne crut
dit-elle tout net; mais c'est cependant l'uu moins que &lt;&lt; tout lui était dù 1&gt;. Dans l'imde nos vainqueurs; el je ne me soucie pas mense désastre de I J \, dans le désastre
qu'il emporte des trophées de ses victoires plus terri lile encore de J815, elle ne fut pas
venant de nous. Mes romances sont mes au-dessous de sa de tinée ....
seules œuvres à moi, etje ne veux pas avoir
l'air d'en faire un hommage particulier. Un
L'Empneur ~n exil, Joséphine morte,
exemplaire gravé, à la bonne heure; mais Louis XVIII sur le trône,la reine de Hollande
l'original devait appartenir à ma mère ... 11 n'est plus que la duchesse de Saint-Leu. Elle
Joséphine n'avait pas de ces fiertés-là.
perd ses appuis, son troue, sa fortune .. ..
Avec une dignité incomparable, elle fait tête
La plus grande et peul-êlre la seule pas- au mauvais sort; elle défend son titre de
sion de la reine llortense, ce fut la maternité. Reine non pour elle, mais à cause de l'Empe!lalheureu~e en ménage, frappée au cœur reur qui le lui donna; elle défend les biens
par la mort de son fils aîné, elle reporta tou- de ses enfants; elle défend la répulation, la
tes ses tendresses, toutes ses sollicitudes sur gloire des amis d'hier, dispersés et ,·aincus.
les deux enfants qui lui restaient. Mlle Co- Elle parle comme. une femme du xv11e siècle
cbelet nous la montre, altentive aux moindres nou.rrie de Plutarque : c, J'ai pu, dit-elle,
délails de leur régime et de leur éduC"ation, dans c~s tristes circonstances, me convaincre
se levant la nuit pour les soigner, très ma- que dans les grands revers le moral des femternelle el au. si très maman. Elle tutoie les mes se laisse moins facilement décourager,
deux petits; elle désire que les personnes de et qu'elles retrouvent dans leur camr, dans
·on entour11ge les appellent simplement Na- la vivacité de leurs impressiq.ns, toute la force
poléon el Louis el non Altesse Royale. Elle nécessaire aux courageuses résolutions. La
veut qu'ils oienl robustes de corps, adroits confirmation de mes crainles me r~ndit tout
de leurs mains, avertis de bonne heure que mon courage au lieu de l'abattre. &gt;&gt;
les grandeurs humaines sont précaires. Pendant l'invasion de i8l4, elle les engage à
Combien son attitude si simple, si francb.e,
participer aux soulfrances publiques ... en re- si digne, fait un contraste singulier avec les
nonçant à leur dessert « tant que les ennemis hauteurs maladroites de la duche se d'Anseraient sur le sol fraoç.ais 1,. Tout est ma- goulème el avec les véhémences de Mme de
tière à enseignement. Quand le roi de Prusse Staël. Rieo de plus amusant que la visite de
et le Tsar vit'noent à la Malmaison, les pau- la c&lt; célèbre authoresse » à Saint-Leu. Elle
vres enfants dt'mandent à leur gouvernante si arrive avec Ume Récamier a encore jeune,
ces rois inconnus pour eux sont des oncles ... fort jolie, telle une jeune première victimée
comme les autres, les rois de la famille. JI par une durgne trop sévère, tant son air
faut leur expliquer que ces rois-là sont des doux et timide contrastait avec l'assurance
ennemis : « Vous ne les appellerez pas (! mon trop masculine de sa compagne . La figure de
oncle », mai Sire )) . Le pdit Louis demeure mulâtre de Mme de Staël, sa toilette origipensif après celte révélation; il songe à l'ad- nale, ses épaules entièrement nues, qui auversité possible et à ce qii'tl ferait pour vivre raient été belles l'une ou l'autre, mais qui
si son oncle, le vrai, le grand, était à jamais s'accordaient si mal entre elle , tout cel endisparu. L'ainé, Napoléon, - qui mourra à semble me parut réaliser bien peu l'idée que
Forli - déclare : « Je me ferais soldat et je je m'étais faite de l'auteur de Co,·inne et de
me battrais si bien qu'on me ferait officier. Delphine. Le premier moment pas~é. je lui
- Et toi, Louis, comment gagnerais-tu ta accordai pourtant de beaux yeux, très exvie? »
pressifs, mais il m'était impossible de placer
Le futur Napoléon lll, qui n'avait pas cinq de l'amour sur un tel visage et pùurtant on
ans, sentait Lien que le sac et le fusil, m'assurait qu'elle en avait souvent inspiré. i1
quelque petits qu'ils fu~sent, étaient au-dessus de ses forces. li répondit : &lt;&lt; Moi je venMme de Staël, lumultueuse à son ordinaire,
drais des ,•ioletles romme le petit garçon qui éblouil les convives. Elle roule entre ses doigts
est à la porte des Tuileries et auquel nous en une petite branchette, - geste machinal néachetons tous les jours. t&gt;
cessaire, paraît-il, à son éloquence, - et elle

déclare qu'elle veut aller à l'ile d'Elbe voir
!'Empereur : c&lt; Pourriuoi donc m'en \'Oulait-il
t.anl? J·étais née pour!• adorer, cet homme-là.
et il m·a repoussée! » Elle interroge les petits princes : &lt;&lt; Aimez-vous votre oncle L.
Est-il vrai qu'il ,,ous faisait répéter souvent
la fabl e qui commence par ces mots : &lt;&lt; La
raison &lt;lu plus fort est toujours la 11·ieille11re .... » Le jeune Napoléon, sans se démonter, dit tout bas: n Cette &lt;lame est bien
questionneuse; est-ce cela qu'on appelle avoir
de l'esprit? i&gt;
Anecdotes, Lableaux de mœurs, caricatures,
scènes tragiques, abondent &lt;lans les mémoires
de Louise Cocbelet.
Là, passe et repasse le tsar Alexandre l•r,
l' Autocrate féministe, qui veut être adoré de
toutes les femmes, même des reines découronnées par ses propres mains, et qui verse
ur leur malheur des larmes enthomia tes;
ce prince Charmant à la poitrine barricadée
de crin et d'étoupe, que Caulaincourt et la
lectrice appellent simplement« l'Ange Jl, qui,
en i 814, fait de la Reine, malgré elle, une
duchesse, el, en 1.815, une proscrite, une
exilée, une pauvre errante; - après être
tombé, lui, le paladin de la Sainte-Alliance,
aux pieds d'une aventurière à la dérive, sorte
de Sibylle mystique qu'il présentait pompeusement à ses Cosaques sur les frontières de
la France envahie.
Ou bien encore, voici à la Malmaison, assis
côte à côte, autour de la table de Joséphine,
bruyamment amusés d'un tour joué à. un
Anglais el des histoires de l'aimable Cochelet,
deux enfants dont les destinées tragiques
prennent là le premier contact : l'un sera
l'empereur Guillaume Ier, l'autre Napoléon Tll.

ROBER.T FRANCliEVILLE
c:lp

Comment on traitait la Peste
dans

li
Jean Fabre prescrivait également, dès que la
peste avait éclaté, d'allumer de grands feux,
suivant l'exemple des anciens: parce que le feu
attire à lui l'humidilé de l'air, et en même
Lemps, le venin pestilentiel que contient cette
humidité; il brùle ce venin, neutralise sa
maliguité, le purifîe, el même, le transforme
en antidote, selon la doctrine des médecins
spagirique· (c'est-à-dire, ceux qui traitaient
les maladies par des sel chimiques).
Cette doctrine spagiri(1ue enseignait que
chaque venin porte en lui-même son antidote. Il suffisait seulement de le réduire en
cendres, par calcination chimique, pour lui
donner un pouvoir bienfaisant sur le mal
qu'il avait fail. Par exemple, la cendre du
crapaud guérissait sa morsure; et si l'on était
mordu par une vipère, il fallait, sans tarder,
la faire cuire à !'étuvée, jusqu'à ce qu'on obtint une poudre noire qui, appliquée sur la
blessure, calmait ausi.itôt l'inllammation. En

Et ce sont aussi les bains de mer où la
pauvre füine, enveloppée d'un hideux vêtement en laine marron, est plongée dans l'eau
selon l'éliquelle, devanl des centaines de curieux; ce sont les rjres d'Hortense devant les
Anglaises en robes à taille longue, - qui
paraissent indécentes! - Ce sont les voyages
en chaise de poste, la fuite à travers Paris,
les pelits ouliers de taffetas risquant de révéler l'incognito de la Reine; c'est le dévouement de La Bédoyère, les angoisses de la maréchale Ney. C'esl le retour de Napoléon après
l'ile d'Elbe, son émotion dans la chambre de
Joséphine morte; ce sont les terribles jours
entre Waterloo el le dernier exil. , ..
Ainsi, la « grosse rieuse &gt;&gt;, par dévotion
pour sa Reine, a fait revivre trois années de
nos gloires et de nos revers les plus éclatant ; elle a ressuscité le monde de l'Empi.re
agonisant, autour d'une mélancolique figure
blonde, souveraine découronnée, qui abrite
ses ms aux. plis de sa robe, et écoule fuir les
abeilles, pendant que refleurissenL les lis.
~lARCELLE

TI AYRE.

• flABIT DES MÉDECrNS ET AUTRES PERSONNES QUl
VISLTE!'IT LES PESTIFÉRES. lL EST UE MAROQUI~
DU LEVANTj LE MASQUE A LES YEUX DE CRIS·
TAL, ET UN LONG NEZ REMPLI DE PARFUMS. •

(Cette légcod.e et cc dessin se voient au frontispice
• d'un Traite de la. P~sle, publié en 172ç,: ) •

prolongeant la,calcination, on obtenait le sel du
venin, beaucoup plus efficace -que la cendre.
Guy de là Brosse, Fabre, Potel, Citois et

bien d'autres, coni;idéraienl le sel des venins
naturels comme le meilleur antidote de la
peste. Le mot venin, chez ces autPurs, semble être souvent pris dans le sens d'animaux
venimeux. Donc, en calcinant des crapauds,
des lézards, des serpents, des chenilles, des
araignées, des limaçons ou des escargots. on
obtenaiL un sel, qu'on prenait à raison de dix.
grains, dans une once d'eau thériacale 1 , pour
se guérir de la peste.
Mais, a,·anl d'accomplir la calcination de
ces venim, il urgeait de consulter les astres,
car cette opération, pour èlre fructueuse, ne
devait être faite qu'à une époque déterminée,
celle où le Soleil et la Lune se lrouvaient
dans la constellation du Scorpion! ... « C'est
c toujours à ce moment qu'il faut préparer
(&lt; les antidotes contre la peste; car le Scorcc pion céleste est celuy qui domine sur tous
&lt;&lt; les venins, et l'efficacité est bien plus
« grande. »
Voici comment on obtenait celle cendre
merveilleus~ : « Il faut prendre un vieux
&lt;c crapaud vi,,ant et l'agiter longlemps de(( dans un vaisseau plombé, auquel il y aura
!( un peu de son ... el continuer de le battre
&lt;( ju~ques à ce qu'il meure; l'ôter, et le laver
« avec eau de sauge, puis le mettre dedans
!( un vaisseau neuf, bien couvert, et lulé avec
« un peu d'origan, au feu, tant que la calci(1 nation en soiL faite .... &gt;J
Le sel de l'urine d'un enfant de moins de
sept ans; « le linge ga~lé d'une Jille en ses
(! premières purgations »; le 1,aog de la beletle; &lt;&lt; l'e-xtractiou de cœur de bouc conô t
en son sang », et enfin, le sel extrait du sang
d'un pestiféré étaient également considérés
comme « des bezoards' qui sont antidotes et
~ontrepoisons de la peste. J)
La poudre d'yeux d'écrevisse et la poudre
de la1'mier de cerf j ouis~aient, paraiL-il, d'un
grand pouvoir spécifique. C'étaient des bezoartls, surtoot la seconde. Cette poudre provenait d'une concrétion lacrymale qu'on ne
trouvait que dans les yeux des vieux cerfs,
àgés de p~us d'un siècle. Ainsi que l'expliquait M. de Lamperière, &lt;&lt; le cerf poursuivi
« et se trouvant pressé et aux abois, larmoye,
a comme animal timide et craintif, lesquelles
c&lt; larmes se congèlent au coin des -yeu1, s'en&lt;( durcissant à guise d'ambre, laquelle cona gélation il faut mettre en poudre, et en
·« prendre demie dragme, avec de l'eau de
cc cliardon bénit. 1&gt;
1. Composé pharmaceulique oü en traient uÎle foule
de su~slances hélérocli1es, ,~géta.les, animales et ininèralcs, el qui étaiL regardé comme la p~aci:e µni-

,·erselle.

2. Concrétions calcaires, IJiliaircsou salivaires qu'on

Un autre remède, réputé souverain, mais à
l'usage excl11si[ des gens riches, était de boire
de l'or! Voici la recette de l'or potable :
~ Tl faut dissoudre l'or par l'eau régale.
&lt;&lt; Jeter dans la dissolution de l'huile de tar11 Ire. On met le tout en bouteille, ayec de
« l'eau claire, afin que l'or Lombe en poudre
« jaunàtre au fond. On passe le tout à travers
Cl un filtre de papier gris, dans un entonnoir
cc de verre, de façon que l'or reste sur le pa« pier; on le lave bien à l'eau claire; puis
cc on sèche la poudre au so1eil. On prend en1( suite 4 grains d'or, dans de l'eau de scac&lt; bieuse, ou dans une cuillerée d'eau théria&lt;&lt; cale. J&gt;
Et le même auteur, qui, sans doute, ta11uinait quelque peu la muse, ajoutait, à la
fin de son chapitre, pour égayer son lecteur
tout en l'instruisant, cet agréable petit quatrain :
La fleur de t'antimQine préparé,
Et celle du mercure sublimé.
Prêst'rve malades et sains,
Du lendemain de la Toussainrts 1

.... Or, à côté de ces remèdes empiriques
qui semblaient élaborés par des alchimistes
de contes de fées, il en ex.i tait d'autres un
peu moins ntravagants, mais combien plus
compliqurs !. .. Témoin, la façon dont le docteur Lamperière, de Rouen, soignait les pe~tiférés, au début du xvn• siècle : dès les premières atteintes du mal, il ordonnait une
drachme de bonne thériaque avec 8 ou
9 grains de bezoard oriental. Le malade devait ensuite transpirer pendant trois heures
et prendre un bouillon clair, puis un lavement. On le saiguait à la veine ha~ilique du
bras droit; peu après, on lui administrait la
potion suivante : c&lt; 1 drachme d'hyacinthe;
cc une demi-drachme de scorsonère en poudre:
&lt;&lt; 7 grains de licorne; 1 once de sirop d~
&lt;&lt; limon; t once de chyne, et 2 onces d'eau
&lt;c de tête de cerf. D Après avoir sué de nouveau, le patient absorbait un bouillon léger,
avec de l'oseille, du jus de citron et de la
pimpinelle; el au bout de trois heures, la
mème potion que précédemment, avec de
l'eau rhériacale. Enfin, en dernier recours, on
lui donnait du bezoard animal, quand on en
avait les moyens, car cela coûtait fort cher.
Pour pratiquer la saignt'.-e, il fallait, selon
Fabre, prendre garde que la Lune ne fût ni
dans la constellation des Jumeaux, du Sagittaire on du ScoI'pion, ni conjointe avec Mars
Lroure dans le corps des ruminants el qui jouissaient
~utrefois d'uHe immense répuletion, lanl pour l'llsage
,wL~rn~ que ~om~e aml!lettes et 1,hsma11~. Ce préjqgé
av111l etè accrédilé en Espagne et• ~ Italie pa~ le
médecins arabes.
·· - ·•

�H1ST0~1.ll---------~-------------~
ou Saturne. Sao quoi, de graves complications pouvaient s'en suivre!
Le traitement végétal avait aussi de nom-

&lt;l J'ai connu, dit-il dans ses observations,
un Allemand, à Paris, qui conservoit et
u servoit les malades, en la rue des Vignes,

ment la potion suivante, à raison d ·une cuillerée Joutes Jps den,; heures :
« Prenez deux polimenta de Loue récemment tué, el une livre de sa peau, coupée
11 par morceaux un peu gros; 2 onces de
If camphre; 1/2 füre de bonne thériaque:
,c I dommine de gro citrons roupés en
" quatre, de la rhiie. de la sauge, romarin,
hysupP., absinthe, menthe et racine d'ang1:li4ue, de chacune une poi~née; d~s baies
&lt;1 de genièvre, de la coriandre deux poignées.
Faites inrnser le Loul dans six pintes du
11 plu fort vinaigre, pendant huit à dix jours,
&lt;1 dans un vaisseau de terre bien bouché et
exposé au soleil, puis après, distillez à feu
ouvert dans une cucurbite de terre rnrnissée, et gardez cette distillation dans une
bouteille de verre bien Louchée. »
C'e t ce qui peul s'appeler un remède de
cheval t Si l'on n'avait pas la précaution de le
préparer d'avance pour l'administrer immédiatement, au bout des dix jours le malade
était mort ou guéri!. .. Mais on pouvait toujours, en attendant, le purger avec du mercure, et lui laver le corps une fois par semaine avec du vinaigre, du vin chaud ou de
l't·au-de-vie .... Au moyen âge. on buvait
relativement peu d'eau-de-vie, mais on l'emploiait beaucoup en frictions et lotions pour
l'usage externe.
Au premier siècle, un médecin de Tarst•
(As ie Mineure), nommé Philon, employait,
contre la pe:,te, un électuaire calmant, dont
on se servait utilement très longtemps après
lui. Il en laissa une description amphigourique que ses successeurs eurent grand'peine
à traduire. C'est une véritable charade qu'il
et amusant de citer.
« Prenez : des cheveux roux et odorants
« &lt;lu jeune garçon dont le sang est encore
« répandu dans les champs de mercure, le
poids d'autant de dragmcs que nous avons
&lt;C de sens (ce qui signifie, parait-il, 5 dragme~
« de safran).
« Du naupbium Euboïque, t dragme;
« {Traduisez : du pyrèthre).
« Aulant du meurtrier du fils de .lfenœtius que l'on conserve dans des ,entres de
« brebis (Euphorbe) ;
« Ajoutez 20 dragmes de flammes blao« cl.es (poivl'e blanc), et autant pesant de
&lt;1 fèves de pourceaux d'Arcadie (jusquiame);
« Avec une dragme de la plante qui est
« faussement appelée racine el qui vient
« d'un pars nommé à cause de 1upiter Pis« séen (Spica Nm·di);
&lt;t Écrivez Piwn, el ajoutez à la tête de ce
a mot l'article masculin des grecs (opium!!!)
cc Prenez 6 dragmes de cette dernière
« drogue et mêlez bien le tout avec l'on« vrage des filles du taureau d'Athènes (miel
c&lt; attique). »
Telle est la composition du Philonium.
Quel est le précieux de l'Hotel de Rambouillet
qui eû.t, mieux que cet ancêtre, cultivé la
péri phrase L .
Mais voici d'autres spécifiques qui nous
ramènent au crapaud. Décidément cet humble
aoimaljouissaitautrefois d'un prestigeénorme.
C&lt;

Clicb~ G1rauOoD.

LE CHEVALIER ROSE FAIT, EN 1720, INliUMER LES PESTIFÉRÉS DE M.ARSEILLE.

Tabkau d.e Gu~RJN. C.\Iusu tk la S:inu, i\farseilte .)

breux partisans. Beaucoup de plantes passaient, à tort ou à raison, pour résister au
venin pesûlentiel, parmi lesquelles :
La vigne et le raisin, le gui, le pourpier,
les orties, l'asperge, le frêne, le pin, le
chêne, le cèdre, les ronces, le poireau, l'ahsinthe, la rose, la violette, le souci, l'œillet,
l'oignon, le poivre, la grenade, l'orange, la
noix, le gland, la pervenche, etc., etc.
François Valleriole, en 1566, préconisait
l'usage des simples, et eût voulu que la
chambre d'un pestiféré fût tapissée de fleurs,
de fruits el de fouilles.

« au faubourg Sainl-)larceau, au4uel ils
avoient esté relégués, pour ne pou1·oir, à
&lt;&lt;

cause de la multitude. estre reçus en l'hos-

« tel Dieu; lequel, pour tout préservatif, ni:
ic prenait que de la poudre d'absynthe dis« soule dedans sa propre urine . ... »
On remède moins répugnant, en usage au
xv" siècle, consistait à faire prendre au pesliîéré des baies de laurier bien mûres, et des
pistaches avec du sel, le loul délayé dans du
vin -s'il avait froid, dans du vinaigre s'il avait
la fièvre.
Torella, au xvue siècle, ordonnait fréquem-

.... 372 ....

�-

'lf1ST01{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

On croyaitcommunément11u'il p&lt;urdait, dan.
a d'aloè.:-; :'i once de thériaque fine: 2 IJllCt!S
tète, 11.llt! petite pierre, appdée crapauJirw, u de poudr • de eropauJ: 1 oncl' &lt;le rendre de di p1J cr le mol c..1bali~tiq11e Abracadabra.
qui, réduite en puuJrc, el ah orb1:c Jau un M &lt;le ..crp •nt; 1 011c, de poudre de grenonill1•: de la manière ~uivante :
A li R .\ C .\ li .\ U 11 .-1.
verre de ,·in hlant, avail le pou\'Oir de "Uérir « le tout Li,•n ruèlt:. Il
\ U R \ C \ D ~ li R
h p• te.
.\ li Il \ • ,\ Il \ 8
lais l'Il dtbnr. de cc. comhinai ·on' pbar1 Il 11 .\ 1: \ Il A
Il fallait de pr ir~rencc choi ir Je- vieux maceuti,1ue , il l arait Lien &lt;l'autre mo •n
\ Il R \ 1: ,\ Il
crapaud \'enlru , t . urtout ne pa · le. fixer bizarres Je uérir le, bubon· .... Par e ·emplc
Allrt\C\
trop longtcm p · Je suite, ou· peine d"at- &lt;l'appli11uer J1·ssus des poule, nn dei pin-cons
A U li .\ (!
traper la jaunis el. ..
\ 0 Il .\
111-entrt: vi11mb, ou &lt;le, pelib chien couA II Il
On pou,ait au_~- i prendre de la même p; par le milieu: san oubli,•r le· iné,·ital,le:
.\ u
façon 1 'pierr qu'on trouçait dan· le corp· crapaud • 11ui eus,cot facilement fourni la
,\
ou dan.· la h'te de diOércnt reptile . . .. Oe matière d'un omrarre, ~ur les quatre-,ingl•
Ce
~impie
j1'u
dl'
mol:
pa sait pour coupr.r
même !fUe le pierre e~ Lrai te· du Corp des Ji -neuf Tarons de lé., accommoJer 1. .•
vi ille el «ro.· e· araigm:es, ayant une croix « O'aultre appliquent 1' crapaud entier et radicalement la fièvre la plu· tenace, rnieu que
ur le do·. Les m:1ladc., d~Jical.5 qui éprou- u Ü\"artt !-ur le bubon pc ·ul ut, el lienuenl ne sauraient le faire :iujou r&lt;l'hui dcuxgramml's
vaient une r{-pugnance bien légitime à a,·alt"r « 11uc, par qucl11uc wrtu occullt&gt;, il tire à de quinine I Quelle belle cho ', 11uela magie!. ..
Le amulrltes et périaptcs en tous genres
cc pierres J'arai"nLles, .e contentai nl de « rny le ,coin l)lli le fait enfin cre,er. 1
ne
proté;;cai1•11t pa -eulemenl le· per.-onnc·
les pC1rter su,-penduc· au cou, n nui c
Une autrt! catégorie Je rcmèd ·s contre isolé{,~ : ils pournit·nt au ·si prê.sener du néau
d'amulettes.
le hui.ion~, consi,tait dans C'rlaines pierre
Cela fai ait à peu prè autant d'cll~t qu'à pr!dc11c·e a1m111ellc · on allribuait le pournir Ioule une ville ou Loule ulll: pro\Înce. l'our
arrin!r ù œ lieau ré ultat, il élait uon d'en
l'intérieur 1. •.
dt:le. faire cr1·1·er.
jeter
dans J, rue:, el d'en .cmer à profu .. ion
Quant au traitement e. téricur de la pc Ir,
Ce: ~up •r~tirion. , venues Je l'Oril'nt, ou dan le. champ « car ce ont comme J~s aiil était éiralcruent for! compliqué; il exhait rcnounl~e- de J'antiquit, 1, avaient du moin
des pr · en·atif. pour toute: le. parties du J'avanta d · ne pa · au men ter J'inllamma- man · qui attirent I • venin el le t·on~ument o.
Enfin, 'il faut en croire le~ },:,. •ndes faliucorp., depui · le front jus11u·aux pirJ , sans lion, tl de ne pa · ink ter encore plu· le
lcusc
•1ui non . unl contées, mc?me par dr ·
préjudice de.~ amulelle •t J
a hct~ rua- malade crédtrlt'S 11ui en usiit•nt.
aulrur. a. :ez &lt;ligne· de foi, il c .t&gt;rJit lroun'.·,
gu1uc .
Le ruhis, l'émeraude, la perle e erç.iicnl au mo ·en arre, des orcier~ a~ e:.1 pui~~anL ·
Cc pré~erratif,, ou ipillième , appliur le bubon une iullni-nct' hil'nfai~:1ute. Le pour apaiser le plu , iolmtc:- p ·sles, rien
qué sur la peau, jouaient Je rôle de ina- simple contacl du saphir oril'ntal le faisail
que par leur sortilège.. \"allt•riole n. urt' de
pi·mes ou de v icatoir ·s : ils étaient crn. ,; · rrewr! .
honoe foi 11uc l'épiilémie de i ~22 à llome r
ab. orber l'inllarum:ition et le \'coin du corps,
On arriYait encore à t·c ré! ultat en met- lermiua d". celle foçon imprévue.
el empè(·her d"autre part le poi,on ubtil tant de _u unmort·rau deja p•t:iuge (c' ·t« Du kmps du pape A,1ricn \'I, ccrit-il, la
d'allaquer la partie qu'iL défendaie111.
à-dirc sans rou"e) ur lctJUd était gra, :e " Peste 1Jui t'. toit horrible fut apaisée par les
Voici la r celle d'un d' cc 1:pith\111t•s, dit: l'imai:e d"llen:ule étoulfant un lion. \lai~
u enchantement- et cbarn1t&gt; - d'uu certain D•l'l:.tiithème de Itm1·01•i,1s,
il fallait pour cela que le , oleil fùl d,111
11 métrius, lt•11uel, nonol,,tanl la drfense du
Cl Prenez un vieil pirreon Llnnc, . 'iJ 'en
la con 1el1ation du Lion, et qur la nomt:'lle
pape J'mer de c remi-dc,, pnu : 1 du
11 peut trou,er; faite -le nourrir av1 • de la
Lune n'tùl pa · plus de lroi jnu!'h !. .. Toutes " peuple, produi~it en la plar1• puulique 1111
« graine de chardon bénit, puis le fendez ces condition étaient de ;,·happaloir , dan
• tauMm furil'ux, duqud il coupa les corne :
par le milieu et Il! farcis ez nec de bon le ca. , toujonrs prol,ablc, où I' · pt1rit'ncc ne
«
el ayaul murmuré qn1·l11ue · ,·cr à .•es
• thériaque dis ou tt\'ec du ju. d'ail; el réu.si,. ail pa !. ..
11 nrl'illc , il le reudit si arloucy, 1111·:1,·ec un
• l'appli,1uez tout chaud . ur le cœur. »
Toul ce qui était u. pendu ou porté . ur o ;eul filet il le prnm,•na par Ioule le ploc
Guillaume Potel, chirurgien juré, natif dc qucl,1uc partie du corp~ s'appelait de! Pé« puLli,~uc..-dt• la ville, cl pui · lïmruola dedans
,\[eaux, a formul~. dam 011 traité de la pc te, rinple:.
o J'amphitlré,'ttre. Ce qui fitce~ cr la Pe le. •
la composition d'un fronlea11, ou épithème ·
Le· \'Îeux traité, ur la peslc en citent de
... ArrêlOn."-11ous ici. U ed superflu de
céphalique de tiné à ètr · po é ·ur le crdm•
curit·u . Par exem11Jp celui-ci :
pous~er plu_ loin ces lilations dé,obligcanle:,
comme une romprc·se; il est relativement
, 'i vou "ra,cz. ur un ja,p' \'ert, lor:que
:impie, n'étant, par cxccplioo, formé quo Je a le olt'il t en semini, le ;1 de la Lune, pour la mémoire de ,·it•ux médcdn .. . cl
au i de \icu:c: ma lad•. ! ... ne conclu ion
quatre sub lance :
u la fi •ure d'un .. P.rJl('ut en rond, mordant :a prati,111e el ra ·uranie e po,e d'cll -mrme
• •1ueue, et que wus portin celle figure après ce ùref coup d"œil en arrière : à savoir
M~lla de ccrr;
• ur le cœur, vou · ne pomrt prendre la ,,ue la médE:Cine Pl la propbyl,uic ayant fait
•· menec de ju quiam :
Il peste. 1
Poudre ,I~ diamarg.,rilum froi,I;
de gi ant .:que· pro rè- d •pui le mo1en age,
Poudre tl,! pain, bien levë, lr!•mpé rn lait de femmr..
Ou, .. i l"oû était alleint du fh1au, on recou- la Pe. le, en admcllant qu 'elh• nou. atteign,·.
,rait la santé en gra\anl ur une pierre ne pourra le faire awc la mèm1: rrua111é. ·o~
On traitait par la m~m1• mlilliodc le· char- bèmatite un homme à g1•nou · lenaot de la
médt'cin n'ont pa - la. praûqu' de celle mabon:, pu tu les et bubon de la peste, en appli- main droite la tête d'un erpeot, e.L . n queue
ladie, œai · le admirabl lhéori' de Pasteur
quant de . u dr · on"ucnt ou des cata- de la main gaud1c; en ft1i anl monlt-r œlle
ont npplicublc · à ce· bacille· un peu plu:.
pla me· qui Je mt1ris aient et le faisaient picrr en ba,,.uc; el -en portant celle lla"UC au
actif. que 1 · autre·. Jadi ·, au contraire, il
percer.
médium de la main gauch '! Ce tali. man pro- n'y avait pour cela d'autre méthode 11ue
Ambroise Paré employait de. cataplasmes ,·cnail de' roi Je Pcr~e. qui l'avaient, dit-on,
l'empiri me ; on allait à l'aHmglcttP., .an.
dl! ui · de cheminée arec du sel cl de· jaunes
ouvcnl employé a\'eC succè , non seulement aucune ba eccrtainc, chaque a~aot marchant
d'œuf.
contre la p •·Ir, mai· encore contr toute· au !!l'é de _on iniliati,·e. Et quand on examine
Jean Fabre, entre autre· compo•é , con- sortes de poi,on ·.
les remède· à la fois comique el navrants Jont
seillait l'on••uent uivaot aux p tiiéré ·•
erenus 'an1monicu • méderin italien du di poiaient 110 aocèlfü, on comprend leur
a Poix nu ale, f/2 livre; poix ré ine, 111• iècle, po édait le ecrct d'une amulelle
épomanlc: et l'on admire la douce philosophie
11 4 onces: thérementine, 2 once : cire,
encore plu mrneilleu.e •1u'il uspcndait au de ce vic:u..: pro,erL qui re:;umc toute l'in ou11 i livre;
cou de es malades avec un fil de lin. C'était cianc, gouailleuse de la race : « En depit rle.ç
, Le tout fondu en emble ajouter :
tout iruplcruenl un carré de papier ou de medecins, nou rÏt'1·on · ju qu'a la morll JI
« t once de m1rrhe bien pulvérisée cl parchemin, or lequel il urtkiit d'écrire et
-,.
Roel!RT FRA, THEVILLE.
• li

LOUISE CHASTEAU
d):&gt;

11

0

./lmes d'autrefois
~ou., el 11n,1re ju:!••111rnt. rt lnn1.-~
chMr.• rnorlPllr". ,,oui rou1:rnt rl ron•
bnt • n et
; in•in, il n •ft pt ult
r . . t..th1ir ri1 1u il~ 1'11rl:1în •lt• l"un A
l"aultre, el Je iu 1,1 1 •~ ÎUl?t , .. t nl
en r1mLin•1 11~ ru11ia1io11 el hran• ,.
(wo,wa~l, il• Il, ,·h1p. ,11.)

PREMIÈRE P ARTlE

•

0

Prè- de la fem'lre ou1cr1e, une jeune fille
lisait.
On aperce,·ait :on profil Jéli at . ou· la
toulfo de e. chewux bruns l'Oup ;, à la Tilu , .:t nur111e ronde et souple, se.- lira. nus
hor de. manch!' courte!', . e. mains lon"1tes, ,outeuant un aro lil:re. C"était nn trè'
"'and •n rnlumc, r •1·té en peau cl mar11uc·'d e
filets d'or.
Elle scmlilait porter grand attention à . a
kcture. Une fois cependant elle Ie,·a le yeux,
dr~ )&lt;'li veloutés el brillant comme un beau
. apbir, el elle re·la pcn h·e.
Là-ha~, 1 • oleil déclinait Jan une pl end •nr rougeo ante. De lourd,, nuée 'enta. ~aienl à l'horizon. Elles dorail'nl ,iolt•mmrnl
la cime de arbre. voi~io•. lin Loi. de chàlllignin· toul proc~e pas.ail du ,·ert -~mbre
au noir. Dan le am,, une troupe de pigeon·
.e b· tait ver le colomhier qui dr .s.ait ·a
mas. c délaLrée en un coin de la cour.
'n ~ouflle d'air oourul ur le. plate. -haudcs d'œillets qui formaient le oulias emcnt
d fenêtre. ; il "Onlla les rideau de aze
blanl'bc el an-i ta les foui li el du li rre que
tenait la jeune tillt&gt;. Ct&gt; lui fut une diver ion
agréable sans ~oule, cnr elle sor!iL d_e sa rêverie, •t son v1- a"• parut plu· ,·1f. Elle r •. la
comme indéci e 11uelqu in tant , pui , d"un
momemcnl bru.,1ue, die Ierm. , on li He, le
po a sur un guéridon et c dirigea vers le
food de 1a chambre. Là, eU s'assit auprè.
d'une harpe et, di lrailemenl, en lira quelque ·on . tJle chanta, mai prc~que tout
lia., comme si elle craignait d'être entendue :
a

Pt:tbir d'amour ac dure qn'uu momeut.
Chagrin d"amour dure toulu ln I ic.
la mu ique dc!j ancienne de Iartini s'épandait en harmonie di~crète parmi la sé"érilé de la chambre qu'elle parait de nrâce
ingénur. el d'aimo.ble ensibililé. La harpe
rgrcnait ~e notes frêl dan le d~mi- ilence
qui précède le crépu cule, parmi le vieux
meul,Jes de jadis, haute armoire • va le

hr.r"èrc., coffre noirci, par le temps, au
milieu de ·•1url~ trônait un ~rand lit Loui XV
Pn boi - itris avec ~e courtines de loile peintP.
Une porte s'oll\'ril ~ans que Luccll · 11ri1
garde. ('.n vi:;a!!P aux lignes dures, •ncadré
dao· un bonnet ,·olumineu . c montra, all~ntif. Pui un pas rapide cl une \'Oix qui cria :
- Eh Lien !.. . F.b 1,ien ! . . . F,t celle lccture 'L.
- Je l'ai ch ,·lle, m mlirc, répondit Lucelle n•s .. anl au:- itôt Ùl' chanter.
- Yornns ça.... lai d'aborJ, allumez ln
cbandcll,;, ma fill •. On n' · ,·oit goulle.
Lucctte quitta . n harpe 11ui g11mil fail,lement. En. uite elle prit un namhe:m ur la
l'beminée cl e dirigea wr · la porte. Elle
appela :
- \lion! ...
La lïon, vieill en-ante alerl encor
malgré on :'\ge, parut tenant une lampe fumeu. à laquelle l.ucclle pr&lt;.!:enla la mèche
noircir. de la chandelle qui 'alluma. Poi
ayant rrpla t cell •-ri :ur la cheminét'., t·!le
présenta à i-a mèn' le lmc 11u elle 1cn~!.t ~ ah:mdonner. laJame de Fon.·peyral. d,•p m~1:illéc Jan une ber"èrc, emhlail attendre.
0

La jeune fille restait d -houl, ilencieu e,
a\'ec un maintil'n rt• pectn,·m.
a mhe, a~·ant om·ert le lh·r1• el en ayant
parcouru qm•lque: pa!!CS, l'interro~ea :
- Que ~avez-vcms sur l'orilnnnanre du
8 îé1Tier 171;; rdalivr. à J'hahilJcmenl d
valet·'/
- ~a ,1.ije~1é défondail à toute- ~orle~ Je
pcr onnes, de qurlqui•s 11unlitt! cl condition
qu 'ellr. Cus.· .nt....
.
- Vous parlez :111 pa:-sé, ma fille; JP von.
prie de parlrr au pré eut.
•
- ,1ai., ma mi-re, nou omme en I année 1i!l , et, dcpui la promol;!alion de ce
ordonn:mœ ....
- Pour moi, ma fille, a faje~lé le roi
!.oui lli1-. cptièm,.. n'ei;t pas mort. TI est ahscnt, tout simplement. En principe, il e t
toujour · . ur le trône, et 1•~ Or&lt;lonoanc~ de
. on royal anrêtre .ont, moraleml'11t, IOUJOUr:11 ,·i:tuenr.... Continuri.
- .. . de qucl,1ues rrnali1é cl contli1ion
qu'elle ,. oirnt. d fair m ·llre, ~ou.- 11111.lquf:l
préle. te que cc puis,e être. d,• · lioutonnière.,
~alon , pa. ment ·t frani::e, en or ou eu
argrnl ·nr les jusL·tucorp d,• livrées.

�...,

.,. __ 111ST0~1.ll
- Bon. a\'ez-vou pour11noi, le 8 octobre
J7 f 1, la Cour da Parlement de Paris a condamné Catherine llurnel, épou e Gérard, à
comparoir en la mai on dP son mari, et, puliliquement, Loule porl&lt;'. ouvertes, à lui
demander pardon à rrenoux ~--·
- . . . Pour avoir commi des voies de
fait el proféré des injure· contre lui, continua Lucelle en ébauchant un sourire.
- Oui .... Et il lui fut enjoint de rcconnailre qu'ain i elle avait été indiscrète el
malavi ée. Oa lui fil défen e de récidiver,
ou plus grande peine, et Pilé fut condamnée
aux dl'pens .... Vou ~ouriez? ...
Et la sévérilé de madame de Fon pelral
,;'accentua sur on visage et rapprocha es
sourcils.
- Je souris, ma mère, dit Lucelle avec
ua respectueUJ enjouemt-nl, parce 'flle je me
représente cette scène el c1t1e je trouve au
moin ,iagulier ce mari 4ui ne garde pas le
secret sur ses querelles de rnénarre. Il m'apparait ridicule, el. ...
- Tnisez-You , soue et bavarde!... Et
dite -moi plulol s'il est permis aux noble· de
foire du commerce.
- Oui, ma mère, permission leur en a
été octrorée par l'Édit royal de i 701, spécialement pour le commerce maritime, cc
qui favori. ail la Compagnie des Iodes. füj
ils dérogeraient s'ils vendaient au détail. lis
peuvent aussi prendre à ferme les terres ou
·cigneuries appartenant aut prince el aux
princesses, sans que, sous ce prétexte, ils
puis ent être inquiétés comme dérogeance à
leurs noblesse el privilèges. Mai~ ...
- fais, quoi'! ...
- Mais, ma mère, voilà près de dix ans
que tout cela est abro~é. et je ne vois pas du
tout pourquoi mu!' ....
- Encore!. .. s'écria tuadame de Fonspe)ral. très irritée, encore!. .. Vraiment, ma
fille, je ,ou trouve singulièrement hardie
aujourd'hui. ~ Pourquoi'! ... Pourquoi? ... »
me demandez-vous à tout in tant. Je mus ai
donné une bonne raison, la meilleure : c'est
«1ue notre roy re,iendra, el qu'en fidèle ujet Jlous Jevons nou tenir tels que s'il était
là, et disposés à r •preudre la vie au point
même où une AssemLlée de coqum l'a interrompue. Loui '\Yll n'e l pa · mort, ma fille.
il reviendra.
- Héla~~ ...• oupira tri temenl Lucetle.
- Donc, je ne crois point a\'oir à ,·ous
fournir la rai on de mes actes .... Cependant,
comme ,ous voilà près de ,·otre vingtième
année, et en àge de comprendre le choses,
je velll bien coude cendre à vou donner
cluelques explications. Asserez-vous.
Lucelle alla thercher au fond de la cbamhre une chai e où die s'as il, à une certaine
distance de sa mère, le Liu te droit, les mains
·ur le· genou:x, les pieds à peine croisé .
- Que sa\"ez-vous, ma fille? dit madame
de Fon peyrat. Que savez-vous d'utile, j'entends'! ... Que voru a appris celte pauvre de
Bois onage pendant les six années que vous
êtes dl!lileurée chez elle. à Limcreuil7 Lire,
écrire en demi-gros, chiffr~r tout juste assez

pour vou reconnaître dan lp,; lh·res, sol et
liard , ,·oilà tout, n'esl-oe pa '? ...
- Je vous demnnde pardon, ma m~re,
elle m'a encore appri - !'hi taire sacl'ée, l'hi Loire ancienne et la mythologie. Elle m'a raconté des anecdote et m'a rapporté de, mol
plaisanl sur le Cours de- derniers roi __ ...
- Lesquelle L. quelles anecdotes, quels
mot. ?... dit hrn quemeol madame de Fonspeirat, avec Ullf' pointe d'inquié1ude.
- Mon Dieu! ... ma rnère, je serai fort
empêchée de ,·ous les répiller aussitôt, car
j'en ai oublié beaucoup .... Je ~ais aussi lt-s
noms des provinces de la France a\'cC leurs capitales, mai j'ignore cem des départements.
- \b ! oui ... les département inventés
par l'A seml.ilée, fit avec un superbe dédain
madame de FonspeJ'rat.. .. C'ei t inutile ....
Et c·e l tout'! ...
- Mais ... oui. .. je croi~ .... J'ai, de plus,
appri à pincer de la harpe, à chanter, à dan~er. Je sais parfiler el broder au tambour.
- Et encore? ...
- C'est bien tout, celle fois.
- Eh bien, ma fille, -vous ne savez rien!
cria la mère, rien de rien, rien de ce que
doit connaitre une Olle de votre âge et qui est
née. i je n ·y pourYoyais, par l'étude que je
vous impose de l' te Armorial » el des « Ordonnances v, \'OUS feriez. piètre figure à la
Cour lorsque notre l\oy sera revenu .... Et il
n'y a pa à ,ourire avec impertinence à la
lecture de Édit royaux concernant la bonne
police des per onnes et dt!s terres, ou le chàLiment de Catherine Durnet. ... Tàl'hez, ma
fille, qu'il ne vou en arrive point autant
plus lard, ajouta madame de Fon peyral en
fermant le livre, car, pour ce choses, il n'y
a nohle se 11ui tienne, et votre époux sera
bel el bien , 0Lre maitre, tout comme Gérard
était celui de sa femme.
Elle se leva, tandis que Lucelle, se levant
au. si, répondait :
- J'y tacherai, ma m~rt•.
Elle resta debout jusqu'à ce que sa mère
eùt 4uitté la chamure. Alors elle se laissa
tomber d'un air la é dan le fauteuil que
madame de Fonspeyrat venait de quitter. Les
main ur le genoux, très triste, elle entit
des pleurs mouler à ses yeux. Deux larme
glis èrent bientôt ur ses joues et descendirent sur son corsage.
Elle revit sa petite enfance grise et morne
dans cette vieille demeure auprès de celle
mère sans tendres e. Jamai de compagnes
de son ùge, pa d'animaux familier a,·ec qui
jouer, les chats étant demi- amages comme
toujours à la campagne, les chiens vi,,ant au
chenil, les oi eaux pro.crits à cau.e de leurs
chants. Pas de fleur , saur quelques rosiers
,enus sans culture el les œillels rustiques,
nés el pous é d'eux-mêmes entre les pierres
de la cour. Pas de livres d'images, qu'on
di ·ail encombrants, pas mème les récits
merveilleux, horrifiants el naïfs d'une nourrice. une de ces humble et tendres vieilles
comme. on en trOu\'aÎl alor dans chaque
maison.
li y aYail bien son frère Martial qui était
1

presque de son àge. Mais elle le :il'ntail trè.'loin d'elle, à cause de la différenre de leur
éducation el parce que Je années qu'elle
avait pa sée- à Limereuil, près de mademoiselle de Bois onage, les avaient éparés en un
temp où se nouent les amitiés de jeunt•sse.
A pré.ent ;;culement, elle commençait 11 le
connaitre.
Ob! ce temps oi1 elle vi~ail bar· de Fonspeyral, qu'il avait été bon!. .. qu'il anil été
doux! ...
Et cet aimoble souvenir lui plaisait si fort
qu'elle s'y abandonna longuement.

II
En 1 798, Fonspeyrat e t encore tel qui'
l'arait rn la baronne lorsqu'elle y était arrivée vingt an. plus tôt.
C'e t une de ces demeures mi-partie château, mi-partie ferme, commeon en construiail jadi en ce coin de provinre.
Le vallon où elle est hà tic est proche de
Verlbis, gros bourg assez banal, mais auquel
des cloche uperhcs ont fait une renommée.
Celle région est peul-être une des plu variée du CPnlre de la Franre. Comme le
Limou in, clic est mélancoli4ue par ses étendues solitaire~, ses landes 1.ileuàlres vêtues
de bru1ère tri te et d'ajoncs épioelll; \'Crie,
par ses forèts de châtaigniers cl de chênes;
fraîche, par se eaul courantes et -es source
vives. es terres, onduleu es comme celle
du doux Périgord, se~ plateaux, es sommets
aux courbes fu antes lui communiquent une
grâce particulière, telles la souplesse et la
&lt;füersilé des attilude qui font le charme
d'un beau corp·. Mai celle grâce est discrète, presque my térieu e, comme si la nature, plus pudique ici qu'ailleurs, craignait
de. e livrer ai émcnt et voulait contraindre la
fantaisie du regard à se charger de gravité.
La demeure, fermée dan. un pli de terrain, est vi iLJe ,eulemenl à qui veut la
trouver. Elle est ha e et se développe en un
seul rez-de-chaus ée à huit fenêtres surmonté
de mansard ·. Deux tourelles presque ruinées la fianijueol à droite et à gauche. Sans
doute à cause de ces poinières, la maison e.:,t
appelée chàleau.
Bien mode te, presque pauvre, ce château
qne a pauvreté mème a,ail présené contre
les déprédations des terroristes.
Avec a vaste cuisine dallée, sa graude
salle à manger tri te et sombre, son alon
toujours fermé, ses chambres dénudée. et
froides, son grand jardin quasi abandonné
et sa domesticité réduite au strict nécessaire,
il inspirait la tri le e et quelque pitié.
Aus -i y avait-il étrange di cordance entre
le habitudes de madame de Fon peyrat elles
nobles manières qu' die imposait à se enfants.
A l'entendre, on l'aurait crue descendue
de quelque illustre famille, parente ou alliée
des roi . A la voir, elle, sa personne, ses
coiffes, ses habits, à ccmnaîlre son caractère,
ses habitudes parcimonieuses, son ordre avare
el méticuleux, on lui devinait un passé de
pclite bourgeoise ou de marchande tirœ

___________________________________

de on ran« par •1uelque singulier ha~ard.
Françoi e-A)!nt•s Brocheteau, baronne de
Fonspeyrat, était fille d'un tailleur pari ien
ét.abli rue aiol-lJenis, /1 l'en -eigne du Bien\'ètu. Le sieur Brocheleau é1ait renommt'•
d"ahord pour l'e. cellence de ,es drap:- de ~oie
et ensuite pour on long tn:dit. Aussi toute
la jeune noble. e du temps. c'est-n-dire d11
règne de Loui X\'I, 'habillait chez lui et il
gagnait beaucoup d'ar"enl. Sa fille unique,
amhitieu e et fière, a,a,t une belle dot et
allendail un épouseur Lei &lt;111'elle le rêvait,
quel,1ue prince Charmant pounu de !!l'âces et
démuni d'&amp;:us. Elle le choisirait pour le titre
11u'tl lui offrirait en échange de sa fortune.
\insi, elle alleignil trente-cinq an·.
Uai.s voilà qu'en i 777 le baron , tanisla
de Foaspeyrat débarqua dan Paris en quête
d'un tailleur pom·ant lui fournir à crédit des
,·ètement de VO)age. Il partait pour l'Amérique, derrière La Fayette et arnc nomhre de
"'eotilshommes demi-ruinés comme lui-même.
Il eut recours à Drocheteau. Françoise-Agnès
vit le baron et tout de suile pen a : 11 Je
serai a femme_ •
Commeul faire'/ Elle se sa\'ail mal pourvue du côté de· grâces du , isage, trop petite, trop brune de peau et de cheveux. Mais
elle n'ignorait pa qu'elle avait une certaiuc
flamme dans ses yeux noirs et l'ardeur de la
volonté dans un pli de .a bouche. Elle sut
tirer parti de C«' a,·antage ·.
Le jour où Stani las parut dan:; la boutique, accompa..,né du marquis de Plaineau,
son ami, elle était préci 6mcnl vèlue de façon
·oigoée, avec une robe à larrre encolure, un
drvant de ttorge en linon d un ruLan incarnat en tour-de-cou. ur ses cheveux, noués à
la chinoise, elle portail une fauchon de dentelle dont ]es barbes e rejoignaient ous son
menton, ce qui lui donnait un air pudique et
in°énu que le baron eut ,·ile fait de remar4ucr.
Elle sut à merveille lui couler Pli d •~sou~
quelques regards singuliers cl même rougir
à propo . Tant et si Lien qu'au sortir de la
houtique, le baron aiaiL dit à on ami :
- Elle n'est pa dilplai ante, celle noiraude, cl, si elle est rirbe, micut vaudrait la
mellr~ en mon lit que m'en aller sur la mer.
- Epou r-la, avait répondu plabammenl le
mar11uis. Elle l'apporlt!ra bien cent·mille écus.
- Cent mille écus! ... Et tu ne le disais
pas'! ... J'épouse demain.
Le baron n'épousa pa le lendemain, mai,
quinze jours plu tard. La bénédiction donnée
par le curé de 'aint-1.eu, il emmenait a,cc
lui, en Périgord, Françoi e-Agoès, dan une
berline de rayage toute neuve el superbement allelée.
En cette aventure, la dé illu,ion qtti attendait Françoi~e-Agnès ne fut pas telle qu'on
l'aurait pu uppo er. Que le mari fut négligent, joueur el Jébaucbé, que le château fùt
une ma~ure et que l'argent manquàt, rien de
tout cela ne la urprit. Mais que la noble se
dt1 pay ne la voulût point reconnaitre pour
noble, que les douairières des environs ne lui
ren&lt;li sent point es visite·, c111e son cousin

A.MES D'A.UTJ(EF01S

La jeune fille ll!l•a les yeux. dtsreux ~e/011/es et uril/.1nls comml! un te.w s:zfh1r, el elle reSla pensil'e. 1l'i\~&lt;' 3;,5.)

Alexi.,, marquis de la ~louraine, 'ob tiaât à
rappeler a madame Françoi e II comme pour
éviter de lui donner on Lilrl', Yoilà ce qui
1'6lonna douloureusement el qu'elle ne pardonna point.
.\lors, en manière de Yengeance, et pour
marquer son droit, elle se jura de faire de
.es enfant·, j elle en a,·ait, de vrai noble .
de noble tel qu'~lle les concevait, durs el
arrogants, instruit de leur valeur, fier de
leur aYantagcs et ans merci lorsqu'il s'anirait de traiter avec d~- rolurier5.
Pour mieux marquer la di tance qui les
séparait du peuple, domestique . arti ans ou

payi:ao~, le nobles du Périgord OP parlaient
qu'en patoi · à ces sorte, de gen!-. Madame de
Fon' pe}l'al .e trouva d'abord îorl l'n peiuc
pour suirre cet usage qu'elle estimait et approu,-ail. Elle était dl.'pilée de ne pournir s ' )
accommoder. Mais elle s'y e saya avec tant
d'application et d'intelligence qui', deux an
après on maria"&lt;', elle parlait le langage périgourdin et le comprenait à ~oubaiL.
Une gro,se 11artic Jr sa dot pap les delles
du baron. Une antre aida à reltiver Fon, peyral
qui tombait en ruine. Elle prit la direction
de la maLon, de propriétés, des affaires, et
, ·occupa de ventes el de achats.

�fflSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _J
Pendant qu 'elle surveillait les domestiques, réglait avec les mélayers, Stanisla
courait la campagne, on Fusil sur l'épaule et
ses chiens dans les jarnhc~. Ou hien il s'en
allait à Verth.is perdre de l'argent au jeu et
courliser les filles. Uu encore, pendant les
journées accablantes de l'été, il s'enfermait
dans une chambre obscure pour y dormir,
tout botté, sur la plu belle courtine du lit.
Il ne s'éveillait que pour demander si la table
était mise, en gros mangeur et fort Luveur
qu'il était.
Tout de même, il eut de Françoise deux
enfants : en 1778, ce ÎUL un ffü, Uartial, et
un an plus lard, une fille, Lucette.
Puis, subitement, certain soir de l'été de
1782, le baron ne parut pas aux alentours de
la cuisine vers l'heure du souper, comme il
avait coutume de le faire. On s'inquiéta, on
le chercha et on le trnura mort dans une
chambre où il a,·ait été frappé d'un coup de
sang, pendant son sommeil.
Màdame de Fonspeyrat ne le pleura point.
Hais elle prit Lrè déccmmenl le deuil qu'elle
garda toute sa vie. Elle s'activa davantar,re
encore à tenir sa mai~on et dirigea. sans que
nul désormais pût la gêner. l'éducation de
ses enfants.
Le Quatre-Aoùt, la Déclaration drs Uroits,
la nouvelle Constitution, portèrent des coups
terribles à la baronne. ~lais ·a foi naïve dans
le retour sûr et prochain du roy n'en fut
point altérée. Non, lrs nobles n'avaient pa
laissé mourir le dauphin. On le tenait caché
en queltruc coin de Paris ou à l'étrauget. Il
reviendrait quand il aurait l'âge de régner,
sinon plutot. Elle l'atlendait de confiance.
Chaque soir, a1·ant de se coucher, elle lisait
fidèlement, dans son line d'beurrs, la P1·ière
pour le t·oy qui étai l la paraphrase du
psaume XlX et qui se terminait par œs mots :
« Seigneur, conserve,: le roy. Que l'0lre
bras soutienne l'homme de votre droite, le
fils de l'homme que vous vous ètes réserré. »
Cependant les armée de la Révolution se
bal!aient aux frontières el Bonaparte se signalait en Égypte.

m
Celle u pauvre de Boissooa~e &gt;J, qui avait
fait l'éducation de Lucet te et dont madame de
Fonspeyrat pa.rlait avec un semblant de pilié,
était une vieille fille très laide el fort aimable
que l'on estimait pour sa bonne hnmem· et
ses belles manières.
Grande et forte comme un homme, haute
en couleur, elle demeurait cependant aristocratique et distinguée grâce au timbre harmonieux de sa voix el à sa politesse un peu
précieuse. Réduite à la misère par la Révolution, elle avait imaginé de s'improviser institutrice pour les filles nobles, lorsque les
couvents furent fermés et les religieuses dispersées. Sa formule éduealive élait celle de
madame de Maintenon : « Sauver les âmes
des jeunes filles, fortifier leur santé et conserver leur taille. »
Elle recevait beaucoup, el toutes gens de

bonne nolilesse. On se plaisait en on _alon
où régnait la décence et d'o11 l'honnète galanterie n'élait pas exclue. Cha'lue dimanche,
des jeunes hommes, des vieillards, d'aimables
fcm~es venaient s'y ép;ayer, canser, danser
ou JOUer. Ainsi, les filles confiées à mademoiselle de Boissonage prenaient en celle
compagnie le bon ton, !"usage el les manières
du monde oi1 ellt's vinaient plus lar,1 « quand
le roy serai l reYenu ».
Lacelle parut chez mademoiselle de Boissonage en t 7!M, en mème temps que Julie
des Imagne , sou amie d'enfance dont la mère
était morte et le père émigré, seule jeune
fille qu'elle fréquentât à Verthis. Toutes les
deux étaient également ignorante,, ne Fachant
aulre cho.e que ce ([u'elles tenaient du curé
de Verlhis, leur premier précepteur. Quoique
très d1Uërentes d'esprit et de caractère, elles
se lièrent plus étroitement dans cette vie
commune. Leur amitié en devint plus vive el
leur confiance réciproque s'en augmenta
d'autant.
Cc fut dans le salon de mademoiselle de
Boissonage qu 'ensemble elle connurent le
marquis de Bellombre et son nevl u, le chevalier FJorian de Saint-Marc, qui ùevaitut,
par la suite, jouer un i grand rùle dans la
vie de Lucette.
Le mar,1tù avait presque soixante ao-. Il
élail de physionomie agréable, malgré une
forte myopie que corrigeaient mal de izrosses
besicles. Presque toujours on le voyaiL ,·êtu
d'ug habit de soie, d'un gilet chargé de broderies, d'une culotte de satin et de souliers à
boucles. 1l avait abandonné la perruque el
montrait de beaux cheveux blancs, abondants
et fins. Il ne quittait guère sa canne, qui était
un gros jonc des Iodes à pomme d'ivoire,
présent d'un ami, intéressé jadis dans la Compagnie. Elle lui servait à assurer sa marche,
qui s'alourdissait, el elle lui permettait, lorsqu'il la maniait, quelr1ues joli; moul'emeots
t1ui faisaient valoir sa main, encore belle. li
avait la douce manie de conter force aneerdotes sur le temp · passé. D"abord, on le trouvait inlérc saut; à la longue, il fatiguait.
Enfin il prisait beaucoup et était fort courtois.
on neveu, Florian, n'était point de ses
proches, mais un allié. Tl avait pour lui le
plu vif allachement et le jeune homme le
méritait.
C'était alors un garçon de vingt-cin4 ans,
à la mine a!!l'éable, avec de Leaux yeux expressifs et tendres, une voix bien timbrée avec
un je ne sais 4.uoi de voilé qui la rendait
touchante. Son sourire était plein de séduction en même temps que de décence. La pâleur habituelle de son teint, ses cheveux
blonds, la fr11icheur de ~s lèvres achevaient
de le rendre charmant.
Sa profession d'avocat l'obligeait à e vêLir
avec gravité. On ne lui voyait rprn des habits
bruns on noir , peu de bijoux, et seulement
de belles dentelles en jabot et manchettes.
Il se plaisait fort chez mademoiselle de
Boissonage, surtout depuis que la jolie Lucelte y avait pris pension. ll excellait dans
l'art de la danse, s'y montrait d'une exquise

légèreté el, comme mademoiselle de Fonspeyral, 'entendait merveilleu ement à mener
un liranle ou un rigodon. Au retour d'un
vo1age à Paris, il introdui il dan ' le salon de
mademoiselle de Bois onage la nouvelle danse
à la mode, ou contredanse, en usage dans la
capitale depuis longtemps, mais inconnue
dans le provinces. Lacelle et Florian s'y
firent remarquer.
lfadernoiselle de Fonspeyral avait conservé
un vif souvenir de l'aimable Florian. Que de
fois elle pensait à lui dans le triste château
de la baronne! Certes, il était de bien petite
noblesse, ou plulôtilo'était point noble, puisqu'il n'avaitqoela parlÎcule,celleparliculedonl
madame de Fonspeyral se moquai l en toute occasion, disant qu'elle était bonne pour les fourni seurs des armées et les tripoteurs d'all'aires.
Toul de même, il semblait à Lucelte que
Florian était de beaucoup su péri eu~ aux jeunes
nobles de Verlhis que frécruenlait son frère .
li lui paraissait que l'âme même du che\·alier
était d'une autre essence, plus fine, plus
subtile, et qu'elle devait al'oir des délicatesses
inconnues à ces grossiers gentilshommes campagnards. Elle pensait aussi que sa galanterie
saurait, en toute occasion, rester dans les
bornes de la décence, quoiqu'elle pût aller
jusqu'à la ferveur passionnée. Elle s'attcodris~ait jusqu'à pleurer (car elle pleurait aisément el beaucoup) !or qu'elle se jetait dao
ces rèves. Elle en sortait étourdie, languissante et brisée.... Peut-être aimait-ille Florian ....
Ce doute lui était délicit1ux el l'aidait à
supporter, sans trop en souffrir, les ridicules
exigences ou les grandes colères de la baronne.

IV
Les violences de madame de Fonspeyrat
cédaient parfois deYaot son fils qu'elle aimait
avec emportement, d'un amour de propriétaire pour son bien, de noble pour celui qui
perpétue la lignée.
Au demeurant, Martial était par lui-même
fort digne d'ètre aimé. Son visage un peu
long se faisait remarquer par l'harmonie des
traits, par le teint mat, le nez droit, la bouche aux lèvres fortes el vivement colorées.
Mais il ressemblait à sa sœur par le même
front haut, par la même chevelure noire et
bouclée et surtout par les mêml!S yeux d'un
bleu sincère et profond, dont l'iris paraissait
trop large sous la paupière un peu lourde.
Il avait de son père la robustesse, l'agilité,
la taille souple, les jambes longues, le pied
fin. Son àme était étrange, à la fois rèveu e
et passionnée, indolente el résolue. Cent ans
plus tôt on l'eùl jugé extravagant. Pour l'instant, on disail qu'il élilit « sensible ».
L'abbé Pomerol, qui était curé de Verthis,
lui avait tout d"abord enseigné peu de chose :
lire, écrire en un français bizarre où le mépris de l'orthographe rendait parfoi les
phrases inintelligibles. Mais sa signature
était belle, énergique et de caractère, avec
la majuscule énorme el un gros point final,
particulier et naïf. Car si les robins, les no-

"------------------------------------taires et autre~ gens de loi adoptaient des Arnauld d'Aodillj, un des plus illustres parmi
paraphes compliqués el enjolirés de fiori- les me sieurs de Port-Royal, assistait au Contures, pour a surer l'authenticité de leur seil des finances derrière la chaise du roi,
sceau et dtlroult!r la fraude, les noLles, au car, depuis sa dixième année, il avait étudié
contraire, traçaient leur nom très simple- des dossiers chez le trésorier général de
ment, à l'imitation dn roy.
France. \'oyez qu'Omer Talon était avocat à
Cependant. ~fortial ayant paru bien dom$ dix-huit ans el dewnait célèbrr, et qu'enfin,
à son précepteur, celui-ci eut l'idée d'essayer da~s nos maisons, un guçon était page à
sur lui la. méthode de Dumarsais pour appren- treize ou quatorze ans .... Intéressez-vous aux
dre le latin. Parue en 1722. elle avait fait affaires publiques. Songez qu'à présent, c'est
grand tapage. Depuis elle était tombée en à vous et à vos pareils que revient la charge
discrédit par la guerre que lui avait faitP- le de donner au temps présent toute sa valeur . ..
Journal lie T/'C:Vo11x. Soit que le procédé fût Nous sommes les vieux, J'arrière-garde. En
lion, soil que le maitre fùt zélé ou l'élève vous est l'enthousiasme, en mus l'auda,·e, le
intelligent, la tentative réussit. A lreize ans, illusions, la force physique, tout ce qu'il faut
)(artial possédait un vocahulairt:! latin assez pour engendrer, soutenir el faire triompher
étendu ponr que l'élève pfll s'entretenir fa- les idées. Les idées, mon neveu, elles bonmilièrement en celle langue avec on profe - dissent d'une généra1ioo à l'autre, et c'e,l la
seur. i\lais, dès lors, Pomerol ayant déda.ré jeunéssc qui leur donne l'élan ....
qu'il n'avait plus rien i:t lui apprendre, MarA d'autres jours, quand Martial ar1·i,ait, il
tial se trouva fort désappointé. Ucureusemenl lui jetait uu par[11et de jouroau:c:
son oncle de la Mou raine était là.
- Tenez. Lisez les gazettes. Vous y lrouAlexis-Paulin de Pierrcfille, marquis de la verez quelques curiosités, entre autre celleMouraiot1, vil'ait dans une belle el forte rren- ci : Vous savez que nos soldats ont occupé
lilhommière, lout près de Fon pe}Tal. Q;and Rome dernièremenl? Or, on raconte que le
on descendait de Verthis à Ncrtbeuil, on général Cerrnni, ayant fait priwnnier Pie Vf,
apercevait les pignons de la ~louraioe, aigus l'envoya à la citadelle de Turin dont le comet couverts de tuiles moussues, dominant des mandant s'appelle ... - il y a, mon neyeu,
pelouses, des terrasses, des cb:mnillcs jadis de plaisantes rencontre - cet officier s'apde somptueuse apparence, aujourJ'hui trè · pelle Oie11.
n~gligée..
Ainsi causait M. de la \louraine, sans péLe marquis était né dan celte dl•meore dantisme et avec bonne humeur.
où, depuis des siècles, ses ancêtres avaient
Martial l'aimait.
vécu. Mais, à l'encontre de ceux-ci, auxquels
ce domaine tenait lieu d'uni,·ers, il a,ait eu
V
de bonne heure la passion des voyages. Dès
sa vinglièmc année, il s'était mis à tourir le
Le douzième jour de mvosc de l'an Vif.
monde, jetant sans compter les écus d'une qui était le premier de janvier 1799, se leva
1ielle fortune. Puis il élail rernnu vivre là en
philosophe el en pay,ao, vêtu de bure ou de
cadi et chaussé de sabots. li fréquentait les
peLites gens et les préférait aux nobles, les
trouvant plus intéressants que eeux--ci el jugeant que leurs vices n'étaient ni plus nombreux ni plu grossiers que ceux des riches.
Chaque jour, il passait plusieurs heures enfermé dans sa chambre, devant sa table à
écrire et près de sa hibliotbèyue bien pourvue
de livres anciens et modernes. Lui, si pacifique d'ordinaire, se montrait lnrible quand
on l'y venait troubler, fùt-ce pour lui dire
11ue le repas était servi. Il s'iotéres ait aux
affaires publi(JUes comme au spectacle d'un
drame ou d'une comédie, gourmandait son
neveu s'il le trouvait le nez dans un roman
ou plongé dans les fadaises sentimentales de
M. Richardson ou dan~ les extravagances de
Ja Nouvelle Héloïse. Mais il s'appu4uaiL à
convaincre Martial de cette idée qu'un gentilhomme doit faire de sa vie une œuvre originale, el il cultivait chez lui l'art de bien
pt!nser plutôt que celui de bien dire.
Parfois il le grondait très fort :
Le marquis de Bellombre.
- Qu'êtes-vous? disait-il. Que faitesvous ? ... Vous avez dix-huit ans? ... Vingt
ans? ... Eh bien, mon beau fils, à quinze ans, morne el triste sur Fo;ispeyral. A peine. la
La Rochefoucauld, dont je mus ai fait lire Mïon avait-elle allumé le Ieu dans la cuLine
les Maximes, était maitre de camp et faisait que la baronne y parut.
sa première expédition militaire. A seize ans,
- Je vous la ouhaite bonne el heureuse,

AMES D'AUTJ(EF01S - - ~

madame la baronne, dit la servante, en patois.
- C'est bon, c'est bon, voici tes étrennes.
là, sur la table .
La Mïon bredouilla un merci, et ne se d~tourna mème pas pour regarder le paquel.
Elle savait ce quïl contenait : un coule! ou
fichu frangé, un devanlau ou tablier en ro-lonnadc ii carreaux.
- .Allume le feu dans la salle, dit la
maitresse.
La servante oLéil. Une vive clarté fit bientôt pâlir la lumière des hautes chandelles
qui éclairaient la salle à man~cr. Alors madame de Fon, peyrat, en coiffe de nuit et
robe de chambre, alleodil que se enfants
lui vinssent pré enler leurs devoirs.
La porle s'ouvrit. ~fartiill et Lucelte se
montrèrent. En abordant leur mère très respectueusement, ils lui offrirent leurs vœux.
Madame de Fon. peyrat était une exacte
gardienne des traditions. Quand ses enfants
étaient petits, elle le avait accoutumés de
venir dans sa chamhre un seul malin par an,
qui était celui du f er janvier. lis attendaient
ce moment avec angoissP, presque avec e.fl'roi.
Quand ils eurent grandi, leur mère les dispensa de celte corvée el les reçut dans la
salle. Elle les y atlendail au lever du soleil,
ayant coutume de dire : (( Le jour de l'an, Ja
prc:mière pensée d'un Fonspeyrat doit être
pour Dieu, la seconde pour le roy, la troisième pour sa mère. »
La veille, elleleur avait rappelé la coutume :
- Les nobles, avait-elle dit, ne sauraient
acquiescer à l'odien~e el païenne réforme qui
a bouleversé le calendrier. ,le ne connais
point et ne rnux pas connaitre les mois, jours
el quantièmes iornntés par les ré\'olutionnaires. Gràc~ à Dieu, il se trou,·e qu'en tète
de mon livre d'heures j'ai un tableau établi
pour un siècle el qui a été di posé à partir de
1780. Il m'indique les îètes religieuses, les
vigiles, le Carême, l' Avent. Ainsi j'ai pu garder mes habitud~s et remplir exactement mes
devoirs de chrétienne, même au temp~ où
notre pauvre curé était sur les pontons ....
La baronne, ayant reçu les révérences de
ses enfants, leur dil avec brusquerie :
- Venez çà, que je vous embrasse. Une
fois n'est pas coutume.
Froidemen L, comme si elle acoomplissai t
un des rites de la religion Iamilialt1, eUe les
baisa au fronl. Ensuite elle offrit à Lucette
quelques vieilles denlelles, un dé en vermeil
el un étui de nacre. Puis elle la congédia :
- Vous pouvez vous relirer, ma fille.
Luœlle remercia, fil la révérence et quilla

la salle.
Alors se tournant vers Martial :
- Mon fils, dit la baronne, j'ai de sein de
vQus entretenir d'un grave projet. L'heure
et le jour me paraisse~l tout à fait propres à
celle communication. Ecoutez-moi.
Elle respira fortement et dit toutd'unepièce: .
- Yous êtes triste, Marlial. Qu'avez-vous ·?
En même temps, elle 'assit au coin de la
cheminée et invita son fils à prendre un siège.
- Moi? ... dit Martial, en s'asseyant.
Moi? ... Triste?... CommeotL. Pourquoi? ...

�.._

1flSTO'/t1A
.:'on '"isage montrail une ,urprise et un
trouble qu'il es apiL en ,·ain de dissimuler.
- Pourquoi? ... c·esL moi qui vous le demande, répliqua la mère. Vou mus ennuyez
ici, ~larlial.. .. Fonspeyral ne ,·ous urnt
plus .... Vous courez par le chemin el à
Lraver les bois comme un égaré.... Vous
passez de Lrop nomhreuses journées à \'erthis, monsieur mon fils .... C'e l f:lcbeu .
Martial eul un geste vague el ne répondit
pas. Il rt.&gt;gardait les braise . el sa main froissait macbinalemrnt le jabol de sa chemise.
Sa mère continua :
- Oui ... pourquoi nous fuyez-rnus 1 moi
el votre sœur? ... Pourquoi êtes-vou toujours hor d'ici? .. Dite ?... Tenn, mon fils,
je sui inquiète.
- Eh! de quoi, ma mère~
- De tout. D'abord, l'autre jour, vou~
avez trop bien parlt! de monsieur Buonaparle .... s~s campagnes vous tournent la
tête, je le crain . Ce serait une douleur ponr
moi 11ue d'en être sûre.
- Vons vous troublez inutilement, ma
mère. Je vous jure que je n'ai nulle envie
d'aller rejoindre en É!!ypte ou ailleur.' le général Buonaparte ....
- C'e l un odieux révolutionnaire, n'estce pas, mon fils?
- Voulez-vou., ma mère, que oou laissinn · là ce sujet? dit lartial avec enjouement.
- - Pas avant que j'aie ajouté ceci : Uartial,
si, d'aventure, l'ennui vous prenait trop [ort,
·ongez qu'il y a encore beaucoup à faire ponr
nous ramener un bon roy. EL jt.: ne verrais
pas avec trop de peine l)Ue vous allassiez rejoindre en Allemagne ,·os pareils qui, à cette
heure, travaillent à nous le rétablir. Cela \'Ous
serait bon, mon fils, el vou jetterait hors de
'fOS li \res &lt;1ue je déteste ....
- Et pourquoi le détestez-vous, puisque
vou~ ne les co1waissez pa· ?
- Mon fil , tout homme 11tii 'enforme
dans la lecture lînil par être un philo ophc
ou un fou : voyez voire oncle de la louraine.
Dieu me gm·de de vous voir tel 1
Martial ouril el ne répliqua 1,oint.
lladame de Fonspeyrat surprit ce onrire.
Elle tres a.illit. 'es sourcils se f'roncèrenl. Elle
dit:
- Martial, il faut en l,nir ..Je ne veux
plus vous 'l"OÎr cet air morose. Il 'l"OU faut
mettre dans votre vie autre clto.e !)Ue des
lectures de romans el des conversation· avec
110 pbHosophe lunatique .... Vous n'avez point
de goùt pour l'agricultare et la surveillance
de vos terres .. ,.
'
- Pardonnez-moi: je m'en occuperai au
contraire volontiers. liais vutre activité déhordanle, votre zèle, votre ....
on, mon fils, cela n' vous convient
point, répondit la baronne a\·ec vivacité, car
elle redoutait l'ingérence de Martial dans ses
affaires.
- Alors, ma mère, souffre;,; que je prenne
ma joie où je la trouve, et me occupations là
où. ecomplait mon esprit, en altendantque ....
V.lie bondit:
- En allendant qu11i ?... lia mort, sans

doute, qui vou rendra ruaitre el chef de ces
propriétés? ... )fais, sachez, monsieur mon
fiL, qu'au Lrain dont nous allon , et i le roy
ne nous e l promplemenl rendu, Yous vous
trouverez fort mal en point après moi. 'ous
somme pauvres. très pauvres, monsieur mon
lils ....
Martial ne 'émut pa · de celle déclaration
que a mère lui nait déjà faite soment et
dont les effets ne se montraient jamais. 11 regardait la baronne. 'ombre et \'Ïolente, elle
al lait par la salle, en remuant ses clés qui
sonnaient dan i.es poche comme un toc~in
de guerr•.
- · Voilà, con\inua+eJle: \'ous allez partir.
Le Yieu1 marqui de Plaineau, jadi· ami de
,·otre père, est à Coblcnlz. fou ferez bonne
figure parmi les émigré~. Telle e~l ma volonté.
Tl y eul un ~ilence. EUr ajouta brusquement:
Quand partez-vou , mon fils?
Madame de fonspe)·rat 'était a.rrètée, haletante. Un peu de sueur perlait à son îront.
F.lle avait parlé rite t'l fort dans une h.lle de
délivrance. ~laintenanl, elle se sentait plus
,·aillanle el pr ite au combat.
Martial ne dit mol. Il rega.rJait allentivemenl les braises du foyer.
- Eh bien! mon mHarlez .... \'oyon L.
- ~on, ma mère, je ne par1irai point,
art icula-t-il nellemenl, avec effort et san
,•iolence.
- Vous dite '! ...
- ,le dis que je ne veux pas partir et.que
je ne partirai point, répéta-1-il formemcnt et
d'un alr respectueux.
Comment'/... Quoi'! ... \'ous avez dit:
, Je ne Yeux pai: ~ '!

/tfaJ11,me de Fo11s('ey,-at ,-tgar.1a .lf.Jrtial s elolgnff.
• - () nUJn fils! "'on fils! • Jil-tl/e. (P~e 381. )

- Oui, ma mère, je l'ai dit a\'ec rc pcct,
mai je l'ai dit.
_Madame de Fonspeyrat demeura immobile, pâle el comme pélrifiée. Puis, soudain,
an revirement se Gt Jans son esprit. Comme
.... 38o ....

son fils avaü parlé! Comme il avait dit cela!
Quelle bauleur. quelle aulorilé, qucUe nohies e, quel or 0 ueil de race dans ces mots!
Toul le passé ancestral revivait dans on
geste, le ·on de sa voix, la lierté de .on
mainlien. Qu,.]que cho e comme une bouffée
d'i,Tes,e em•ahil la mère. C'était lerrihle el
dtllicieux. Elle dit, radoucie :
- .\lors, ,ou Youlez rester ici? ... Qu'y
a-L-il donc à Fonspeyrat ou à VerLhis pour
,·ous relenir? ... Quoi? .. . Je ne voi pa· ....
l on, je ne voi pa:- ....
Pui , frappée d'une idée subite :
- Quelque amourette? ... Uitcs?. ..
on, ma mère, pas une amourette ....
lin amour.
Il dit cela d'une voix changée, mais toc.jours fürme. Il avait quitté Je coin du rt!u,
et, debout, regardail sa mère.
Elle voulut parler et ne le pul.
Elle pensait : « Un amour 1. .. Voilà bien
l'ennemi de mères!... n amour!. .• Et pour
11ui? ... Oh! si ce choix n'était pas tel que le
voulaient ses espérance~! ... Si son 61 · aimait
quelque Gothon de ,·illage, quelqut servante
qui rèvail de devenir maitres e, quelque
ambitieu e fille de roturier! ... »
El ce mol lui suggéra waJgré elle un
retour sur son propre passé, sur son mariage
à elle .... Oh! noo !... pas oola 1. •. jamai. 1. ..
jamai !.. .
- Le nom! cria-l-elle.
- Le nom ne vous apprendrait rien, ma
mère. You ne connai.sscz ni celle que j'aime
ni sa l'ami Ile.
- Alors, c·e t quelque fille de rien, c'est
quelque gueuse en sabots que mon fils a
distinguée?
- Paix ma ruère, paix!. ..
Martial jeLa ces mots dans uo cri de si
noble emportement el avec un ton de si violeu1e autorité que la colère de madame de
Fons11eyrat s'évanouil. EUe se enlil petite,
Loule petite de\·aol son fils, cc fils qui Lientôt, demain, quand le roy serait de retour,
rendrait la justice, comme l'avaient f:tiL se
airux, rn ce même. murs, dans celle mème
salle....
Timid~, à présent, elle dil :
- .\u moins, Uartial, dite. -moi qui?
- la mère, je sui. en cet in Lant trop
forlemcnt agité pour vous entretenir sur ce
ujet.. .. Il · a dans celte a\·enlure beaucoup
à penser ... car loul y est sentiment cl rien
n ·y re,;pirc la galanterie .•le prierai notre ,'ieil
ami, mon ienr le curé, de vrnir en eau er
avec vou au plus tùl. Il aura mieux que
moi vous conter ce donl je lui aurai fail conlideocc. Ensemble vous déciderez ce qu'il
convient de Caire pour que mon amour, le
renom de celle que j'aime el la religion ne
soient point offensés.
- 'ongcz. mon fils, que vous a\'CZ à
peine vingt an , supplia la mère .... li n'est
pas de gentilhomme de ,•olre âge dont la vie
n'ait déjà été marquée mainte fois par des
pas. ades sans conséqut'nce.... Je sais hien,
certes, qu'un garçon agréaLlemenl fait, robuste el beau, peul èlre tenté ....

_____________________________

AMES D'JI.UTJfE'FOTS -

&amp;lartial secoua la tète el :::ou rit tristement:

- Tl n'y a rien de cf'la, ma mère, je

\'OU.

lé répète ; j'aime, j'aime, j'aime .... Lais.ons .... Permellez-moi de me retirer et
d'achever ma toilette.
li s'approcha de sa mère, lui prit la main
el la baisa. Il mil dans ce geste tant de courloi e déîéN'nce, tant de re~pecl el de dignité
qu'elle en demeura confu e et ravie. Où
avait il appri ces manière~ ùe l'ancienne
cour? Qui donc l'a,·ail dres é à l'éLiquette el
aux belles façons1 'était-ce pas toute la
noble~ e de son sang, Ioule 1a grandeur de sa
race qui se marquaient dan œ mouvement
in tinctif ?...
~ladamc de Fonspeyrat fut comme eninée
par celle pensée. Deux larme orgueilleuses
montèrent à ses yen x. Elle attira son fils à
elle et le baisa au lront. Puis. le regardant
s'éloigner :
- 0 mon fil ! mon fils! ... dit-elle.
\-"I

Certe , le curé Pomerol avail rencontré
dans sa vie de nombreuses occasions de
'émouvoir : D'abord son iu Lallation 1i Yerthis, en 'l 780, alor qu'il ne croyait oLtenir
qu'une mi érable paroisse. Puis, cette fameu e mes e de la Fédération qu'il avait
publiquement chantée sur la place du Minage
Jevanl un aulel surmonté du bonnet phry!rien. Puis encore, la nouvelle, tombée sur
lui en coup de foudre, que son évêque, monseigneur de Flamarens, refusait le serment,
ce qui, •u les canons, (Jbligeait le pauvre curé
à devenir réfractaire. Alors il a\•ait connu les
dénonciation , les persécuûon , la "eôle sur
le ponton la Glofre en vue de l'ile Madame,
les long· mois d'attente anxieuse, et puis la
délivrance, le décret de l'an Ill proclamant la
liberté des cultes, le bref papal de 1790
ordonnant l'obéissance aux poU\·oirs etablis,
et le retour à Verlhi , la messe dans sa vieiUe
église, le baptême des nouvelles cloches, les
récits horrifiques de ses paroi, iens lui narrant le événemenls accomplis en son ab ence.
Oui, tout cela, toutes ces alfaires lointaine ·
à présent l'avaient fortemenl remué. Il n'en
était pas une qui l'eù.t plus bouleversé que
cette aventure de se voir, lui, Pomerol, s'en
aller à Foaspeyral, comme em·oyé du jeune
baron pour narrer à madame sa mère uoe
vilaine histoire d'amour .... « eirrneur !..
pensait-il, pourquoi le baron m'a-t-il choisi,
moi, plutôt que tel autre?... Et comment
pourrai-je me tirer de là, mon Dieu! si 1·ous
ne m'aidez'? ... 1J
li descendit lourdement de cheval dans la
cour de Fonspeyrat. EL, tout de suite, la
baronne, après avoir congédié Luœtte, accourut au-de,1anl de lui.
Elle ne lui laissa point le loisir de tourner
on compliment, mais aussitôt :
- Vite, curé, dit-elle, venez çà, puisque
nou avons à causer.
Très agitée, elle Je mena vers sa chambre,
tout en remuant le Lrousseau de ses clés
pendu à sa ceinture.

Plteu.-.:, triste ei Sllll{Ulk're,ne11t emu, le paui·rt Pomerol e11jourch:i sa vieil~ 1umml que. d.ins la cour,
rou, û domtsl4ue, terrriU rar la trl.k (Page 382.)

Elle s'a ·sil dan un fauteuil. Pomerol,
respeclueux el lent, cboi iL sans précipitation
une chaise où il déposa son tricorne, pui
une autre où il 'installa, le mains à pla.l
ur les genoux.
- Parlez, curé, parlez. Voions, que veul
mon ieur mon fils? ... Qu'v :i-t-il?
- l! y a de choses bien"séricu e , madame
la baronne.
c me célez rien. Je veux tout savoir.
li parla.
U conta avec abondance el lenteur comment certain jour de l'année précédente ou
de l'année d'annt - « Oui, dix-huit mois ...
presque deux an , madame la baronne 1&gt;, deux voyageurs, le père r.l la fille, passant
par Vertb.i , ·'y étaient arrêlés, le père étant
soudain malade; comment il· s'étaient fixés
là pour un temps, el comment ensuile ils s'y
étaient établis, sans doute pour toujour . Il
se nommaient Albo . C'étaient des calvinistes
hollandais, descendants d'une famille française originaire du Quercy et qui s'était expatriée au moment de la. Rérncation ....
- Oui, madame la baronn~, cahinisles! ...
[lélas! ... Avant euxj c'était chose inconnue
qu'un cah·ini te en celle paroisse. Des cahinisl - !.. . Pourtant, rien ne troubla d'aborù.
le par, du falt de ces malheureux. fü se
tenaient cois .... Je uis bien assuré, madame
la baronne, que vous ne les connais ez point. ...
- Certe !. ..
- Et que mademoiselle votre fille ellemême les ignore? ...
- Assurémenl.
- Hélas! il n'en est pas de même de monsieur le baron, volre fils ....
- Curé! cria la baronne, tout à coup
pénétrée d'un cruel pres enliruent, est-ce
que ce serait Elle 1. ..

Dullf&lt;l ·

Pomerol ne rëpondit pas. li lais. a tomber
sa tête sur on jabot, la souleva, la laissa
retomber à nouveau, faisant:« Ou.i ... oui ... »,
maL ce mol ne pouvait sortir de ses lè,Tes.
Un cri, une exclamation pre,que grossièrr
où réapparai~sait la vulgarité de sa première
éducation, jaillit des lèHes de madame de
Fon pe ·rat.
Le curé feif!tlit de ne pas l'entendre et
reprh sa narration filandreuse, placide comme
s'il d~filait les Ave de son rosaire.
Il raconta commt&gt;nl M. le baron a nit
remarqué la jeune fille :
Elle était la seule enfant vraimenl belle
de Verthis, avec ses chevem de soie pàle, ~es
yeux d'un bleu tran parent, sa peau fine, à
peine rosée. Tous les jours, Martial passait
devant la fenêtre où elle se trouvait, occupée
à coudre ou à ravauder. Une foîs, leurs
yeux se renconlrèrenl. Elle rougit. El Martial
éprnU\'a comme un coup au cœur. De te
jour, il l'aima. li dev-inl morose, courut les
boi , se plongea dans la lecture, se plut à
demeurer eul quand il n'allait pas à Verthis ....
- OLri, dit madame de Fon peyral, accablée, oui. .. il nous Iuyail, sa sœur et moi ....
- Donc, fit le curé, certaine fois il résolut dè faire connaitre à celle qu'il aimait
la passion qu'elle lui a,·ait jetée dans le cœur.
lei, madame la baronne, je suis obligé de
mêler à ce récit le nom d'une sainte fille que
mon ieur le baron a indignement. .. hum 1. .•
je dis a abu ée : mademoiselle Claire.
-Mademoiselle Claire! Et quel rôle celle pauvre défroquée peut-elle jouer en cetle affaire'!
L'épithète de défroquée sonna mal aux
oreilles du curé. a physionomie perdit
sa placidité, et devint sévère. Mais ce fut
passager, el, avec onction, il répondit :

�•

.., _________________ LI

H1STORJ.JI

. - Mad?me 1a l,aronue, il 1i't:-·t pas dif/lc1le à un Jeune homm intulli&lt;&gt;enl, sensible,
noble el_ courtois de tromper une pauvre créature qui, ayant vécu plu~ de trente années
~a~s un cloitre, se trouYe tout d'un coup
Jetee hors de son courent, par le fait de la
fiévolulion, et mèlée au monde. )lademoiselle Claire, dont la Lou tique de mercerie el
objets reliaieux fait face à la mai on du sieur
Alhos, a cru sur parole monsieur le baron.
Uonsieur le baron renait faire de · emplclles
pour ,a sœur, causait avec mademoiselle
Claire, s'entretenait avec eUe de son commerce, de ses wisins, que sais-je? li s'assel•ait et demeurait longtcmp dans Ja boutique, regardant au dehors plu qu'au dedans
et, souventcs lois, demeurait plongé dans de
longs silences. Par respect, mademoi elle
Claire ne les interrompait pas. Puis, un jour,
il conviai avec celte pauvre fille d'entreprendre la conver ion de l'intéressante jeune
personne qui habitait en face .... Pour cela,
il faUait d'abord entrer en rapport de voisinage avec elle et IU1 faire cnsu.ite passer de
bons ljvres que monsieur le baron achèterait
pour elle. ~fademoi elle Claire s'employa très
pieusement à cette besogne. E,Ie fil quelques
avances à la demoi eUe Albos, qui y répondit
avec douceur et politesse. Et ce fut dès lors
un échange incessant de pieux manuels. Mais
la demoiselle Albos ne parlait pas de se convertir et ne paraissaiL point touchée par la
grâce. llélas ! madame la baronne, tout ce
manège était une ruse du ~falin.... Dans
chaque line se trouvait une lellre... une
T

lettre... comment dirai-je?. .. Une lellre
d'amour .... Oui, madame la baromlP, une
lettre ... de cette sorte.
~l~s a.~ondamnwnt encore, Je curé parla.
Pms t1 s epongea le fronl. gonfla ses joues,
sou.fila. Enfin, comme la liaronne confondue
. sans parole, il garda le ' silence lui'
reslait
aussi et attendit.
- .A wz-rous quelqu ·une de ces lettres?
demanda tout à coup madame de l?onspeJrat.. .. Car enfin, toul cela m'apparait comme
une i invraiseml.Jlable machination qu'il me
faudrait une preme pour y croire.
Aussitôt, mais avec un air de protonde
douleur, le curé tira de a poche un papier
froissé, qu'il lendit à la baronne :
- La dernière lettre de cette malheureuse,
dit-il. Mon ieur le baron me l'a confiée à
titre de preuve, précisément.
'
Et madame de Fonspeyrat lut à demi-voix :
&lt;l

lloosieur el très aimé,

« Je vous rends gràce d'avoir songé à me
venir voir aujourd'hui. Je ne savais que
penser de votre absence. Deux jours sans vous
apercevoir, c'esL trop long, el je soulfrais. Je
rève toujours avec ardeur au t{ mps où, pour
la ,,ie, nous serons unis, comme vous me
l'av~z promis souventes fois. Je prie noire
Christ de hàter celle heure bénie. Je lui
demande d'allermir dans votre cœur l'amour
que vous m·avez juré et je vous envoie, monieur el très aimé, le tendre souvenir de votre
1

(1

KETIE 1• l)

1. ICaterine ou Catherme.

( Tllustrati()ffS tù Co!tRA o. 1

- lluelle imposture! ... cria la Laronne.
li n'y a que ces impies el renéo-ats pour oser
mèler le nom du Seigneur parmi d'aussi
misérables propo .... Ab ! curé. dit-elle en
mart·hant à traver la chambre, comme il a
bien fait. monsieur mon fils, de rous envoyci·
en messager! Que se serait-il passé 'il avait
osé me faire lui-même pareille conressio11 ! ...
Jour de Dieu!. .. Une réformé,• 1... Une pauvresse!... Une fille de rien!... Ucs let lres
d'amour à cette espèce!. .. Car, d'où viennent
ces ~ens? ... De quoi vivent-ils? .. . Qu'ont-ils
fail ?.. . Amis des rérolationna1res, sans
doute? ... N'est-ce pas, curé'?...
Puis, soudain, changeant de ton et 'arrêtant:
- Et la fin de cette belle commission
dont monsieur mon fil mus a chargé, quelJe
est-elle?
Cherchant ses mots, ânonnant, tremblant,
le curé finit par dire que monsieur le baron
voulait à tout prix épouser Kalerine Albo~ ....
Qu '11 ne partirait point pour Coblentz ou ailleurs... Qu'il ne quillerait pas Verthis parce
qu'il aimait .... Et qu'il priait trè · respectueusement madame sa mère de permettre ce
mariage qu'il souhaitait avec force.
- Jamais! ... jamais ! ... cria la Laronne.
Jamais!. .. J'aimerais mieux le voir mort!
Le curé se leva. Sa mis ion était lerminée.
Hors d'elle, madame de Fonspeyrat ne le
reconduisit point. Et, piteux, tri le et singulièrement ému, le pauvre Pomerol enfourcha
-sa vieille jument que, dans la cour, Dumarou,
le domesti1rue, tenait par la brjde.

(A suivre.)

LomsE CllASTEAU.

La Juif e de la princesse
de Hohenlohe~lngelfingen ( 1799)
._..;

Le prince Frédéric-Louis de llobenlohe~ngelfingen, bien connu par le rôle qu'il a
Joué pendant les campagnes de la Révolution
et de Prusse (1806), était un des plus beaux
hommes de son temps.
Admis dans l'armée prussienne après la
guerre de Sept Ans, il s'était signalé à la retraile de Bohême (succession de Bavière, décembre l775) el avait ainsi gagné la faveur
du grand roi. Cdui-ci n'ignorait pas la modeste situation I de son protégé. Ausj n'avait.-il pas tardé à le nommer colonel et à le marier avec l'une des plus riches héritières de
1. Au dire de ses contemporains. l'ensemble de ses
revenus s'élevait à moins de 6000 florins. ce qui était
éTidemmenl fort'peu.

Berlin, Mlle de lloym, qui, au surplus était
d'une beauté remarquable.
'
Ce~te union, malgré les six enfants qui en
naqmrent, ne fut rien moins qu'heureuse, et
en 1799, vingt ans après sa conclusion - le
prince avait alors cioquante-lrois ans et sa
femme près de quarante - se produisit un
événement qui eut, à celle époque, un retentissement énorme.
Le Ier septembre, la princesse de Hohenlohe disparut de Breslau, ville dont son mari
était gouverneur.
Cette fuite inopinée ne sembla pas inquiéte! autrement le prince, car il ne lança pers?n~e aux ~ou ses de sa volage éponse P.t
n avisa de rien les autorités des pays où' elle
....t

38J ~.

pouvait chercher un refuge. L'aventure - sel?n, to~te ~pparence - n'était donc pas deslmee a faJre grand brait au. dehor.... et ce
Iat précisément le contraire qui eut lieu
' à un concours de circonstances Lizarres'
grace
el au zèle intempestif de quelques fonctionnaires de Dresde.
L'hi toire vaut la pei~e d'être contée, car
elle a enrichi Jes archi~es royales d'un dossier aus i intéressant que volumineux. Elle
commence à .la façon d'un roman de cape et
d'épée, mais. elle est véridique malgré cela.
Le 6 septembre 1799,. une chaise de po~te
attelée de quatre chevaux venait s'arrête,, à
la tombée de Ja nuit, devan l l'hôtel de.Polagne, le plus réputé de Dresde, à l'époque.

Une dame, accompagnée d"une seule femme
de chan1bre, descendit de la ,·oiture, demanda
un apparlt!ment el, pré"enant les questions
d'usage que l'hôtelier se di~po ait à lui adres.er, Mclara qu'elle était la princesse de
Uohenlohe-Ingelfingen, épouse du lieutenantgénéral, 1-fOUl'erneur de Breslau.
Le mème jour, à peu près à la mème
J1eure, un é11uipage plus modeste avait amené
à l'auLerg1' Zum b/aue.,i Stern \l'Étoile bleul!),
à Neu'tadl 1 , un voyageur 1111i se faisait appeler M. de Rosen. Le lendemain matin, à la
première heure, ce per onnage alla rendre
visite à la princesse. Lorsqu'on lui demanda
&lt;( qui faut-il annoncer? ll il déclara qu'il était
le sek1·etair Jlüller. Ce nom étant connu,
même en Allemagne, oo introduisit le visiteur et l'on ne s'occupa plus de lui, si bien
que, plus tard, oui ne sut dire à c1uelle
heure il était reparti. Le soir, la princesse se
tnit au lit de très bonne heure et la nuit du
7 au 8 s'écoula sao· tjTie le moindre bruit
vînt frapper les oreilles des habitants de l'hlilel de Pologne. Conformément aux ordres de
sa mailresse, la femme de t:hamhre viut la
riheiller, à ltuit heures du malin; mais à
peine eut-elle prnétré dans l'appartement.
qu'elle en ressortit en poussant des cris affreux et en appelant au secours. En un clin
d'œil, le per~onuel de la maison fut sur pied.
La chambre à cou,·her de la princesse offrait un aspect terrifiant. De larges llaqucs
de sang inondai1•nt le parquet; un bonnet de
nuit, une chemise, une paire de bas en éta.ient
recomert ; eofin une longue trainée s'étendait depuis le lit jusqu'à la fenêtre du milieu.
Quant à la princessP, il n'en existait pas
tract!. Elle avait été assassinée, c'était clair,
et les meurtriers avaient emporté son corps,
ainsi que le prouvait la trainée sanglante. Au
surplus, la majeure partie de ses bijoux tous ceux ayant une certaine valeur - a\'aient
dbparu.
Aussitôt prévenue, la justice ouvrit une enquête et fit, dès le début, deux constalalions
intéressantes au plus haut degré. Tout d'abord, elle éta1lit Mns grand'peine que la
traînée s'arrêtait à la fenêtre, et que par
conséquent le corps n'avait pas élé sorti par
là; d'a:utre part, le plancher du. corridor étant
également net de toute souillure, il était clair
qu'on ne l'avait point passé par là. Dans ces
conditions, une seule hypothèse subsislail;
c'était que la princesse n'avait pas été assa sinée, majs s'était sauvée purement et simplement. Un deuxième détajJ confirmait celte
hypothèse; la fameuse cassette avait été, non
point forcée, mais ouverte avec sa propre
clef... qui était restée dans la serrllre.
Poursui'l"ant leur en~uête, les magi trat
acquirent la certitude que Je sel.relafr 11/üller
avait parlicipé à la ID)Slification. De l'auberge
Zum blauen Stern, où il s'était fait in crire
sous le nom de M. de Hosen, et d'aù il avait
brusquement disparu, l'on suivit sa pis te et
l'on apprit que, dans l'après-dîner du 7 septembre, il avait loué pour le compte d'un
1. Partie de la ville, si tuée sur là rive droite de

!'Elbe.

'FU1TE DE LJl P'f(1NCESSE DE H01ŒNLOJŒ-ÎNGEL'F1NGEN

.ll. de W1llersee un bateau amarré à l'Eluhcrg-. _\u dire des autre~ uateliers, ce )l. de
Willersee s'était embarqué ]e 7. à une heure
très avancée de la soirée, cl arnil commandé
qu'on le trarn-porlàL à llagdebourg. Les
mêm&lt;:'s, questionnés par les magistrats, déclarèreut n'arnir pas ,·u de femme accompagner ce personnage. Une fois en possession de
ces renseign&lt;'men1,, le tribunal décida « qu'à
défaut de crime, il y avait eu rrry~Lil1cal1011,
et que les auteurs de cette dernière méritaient une punition 1J. ED conséquence, de·
gens à cheval furent expédiés dans toutes les
direction· avec mi~ ·ion de procéder à l'arreslation des fugitif..
Ce fut ain. i que l'actuaire Georgi et l'auditeur Ueyuer partirent à franc étrier dans la
direction de ~foi sen, où ils arrivèrent sur le
coup de cinri heures du oir. Là, on leur
apprit qu'à huit heures du matin le service
de la navigation avait visé le papiers d'un
sieur Bart~ch Samuel qui al'ait déclaré« transporter à Magdebourg plu ieurs passagers et
une voiture de voyage u. Persuadés qu'ils
étaienl sur la pi le, inon de la princesse, du
moin du sekretair bfüller (fiosen ou Willersee), les dem. écuyers impro\'isés reprire11t
la poursuite. Bref, à Torgau, où ils mirent
pied à terre le !) septembre, à trois heures du
matin, ils actJtt1reot la certitude que le bateau
n'avait pas encore passé là. Séance tenante, ils
donnèrent communication de leurs instructions
a.ux employés de la oaYigation; ensuite, ils ~e
rendirt'nt auprès de l'Amlman.n (bailli) Alberti. Ce digne fonctionnaire, très ami de son
repos, el par suite, horriblement vexé d'avoir
été réveillé à pareille heure pour une affaire
d'aussi mince importance, éleva une foule
d'objections el ajoura, par manière de conclusion, que tout cela ne le regardait pas.
Mais les deux autres tinrent bon et rétorquèrent ses arguments, non sans aller fréquemment jeter un coup d'œil du côté de !'Elbe.
Un peu avant six heures du malin, l'auditeur vint annoncer que le Laleau, arrivé à
l'instant même, avait été arrêté. Nullement
impressionné par cette nouvelle, l'amtmann,
qui décidément craignait pour ses Lronches,
reîusa net d'a.ccompaµner ses contradicteurs.
Cependant, il voulut bien, lout en bisant ses
réserve,, leur adjoindre son amts(ro/in (sl'rgent, huissier).
Après une foule d'incidents hilarants, mais
dont le détail enlraineraiL trop loin, ils mirenl
succe-·sirnment la main ur le sekretafr Müller et les bateliers. Le premier donna des
explications assez confuses sur le but de son
voJage et nia une participation quelconque
am événements de Dresde. Quant au patron
du bateau, il déclara qu'il avait à son bord
une dame &lt;l alitée et malade ».
Avisé de ceci, n'ayanl d'ailleurs plus la
possibilité de prétexter l'heure matinale, le
bailli résolut de prêter son concours au.x jui;ticiITT"ds de la capitale. li comptait au nombre
de ses amis un certain lieutenant de Bose,
lequel avait le faible d'énumérer à tout bout
de champ les personnes du beau monde qu'il
prétendait connaitre. Or, la princ.esse de
◄

383..,.

...

Hohenlohe était de cc nombre, à ce qu·aftirmait l'amlnwnn. Celui-ci fit donc mander le
lieutenant et e rl'ndit avec lui à l'endroit où
était amarré le bateau.
Yu les faibles dimensions de celle péniche.
le haiJli pénétra seul dans la cabine où la
dame était couchée . .Malgré ses révérences et
~es protestations de dévouemenl, il n'apprit
rien, la malade s'étant bornée à lui dédarer
(( qu'on lui faisait beaucoup trop d'honneur
et qu'elle n'était pas une Altesse sérénissime Il. Le lieutenanl de Bose entra et resorlit aussilot. disanl qu'il o'a\'ail pas reconnu la princes,e, « mais qu'il pouvait Fe
tromper, attendu qu' ilne r availj11maisvue».
Ce fut l'actuaire Georgi 14ui réussit à démèler la 1•érilé. A force de pre·ser la malade,
il en tira l'aveu &lt;&lt; qu'elle était Lien la personne cherchée, mais que le jeune homme
trouvé en sa compagnie n'était là que pour la
chaperonner jusqu'à l'endroit où elle retrou.verait les meml.Jrcs de sa propre famille 1,.
Euhardie par la déférence que lui témoignait
l'actuaire, elle lui donna sa parole d'h.oo □eur
que « ce jeune homme était complètement
innocent, bien que les apparences fussent
contre lui, el crue, par con,équent, elle ne
pouvait se désintéresser de son sort Il.
Là-dessus, les mandataires de la jusùce
l1assurèrent &lt;l qu'à leurs yeux celte déclaration justifiait amplement le jeune homme,
mais qu'ils n'avaienl pas le droit de le relàcher ; que, par contre, elle-mème était
liLre sur l'heure d'aller où bon lui semblerait 1&gt;.
La princesse, quelque peu rassurée, demanda que le chancelier de Zedwitz fùt mis
le plus ,'Île possible au courant de la situation, a6n 11u'il pùt en informer !'Electeur de
axe t&lt; dans les bras duquel elle se jetait ».
Quant au (( jeune homme innocent », qui
depuis snn arrestation se faisait appeler M. de
Villerose, il montra une belle résignation. De
la prison où il fol mis provisoirement, il
adressa à la princesse une épitre singulière,
dont voici quelques passages :
« La fatalité en a décidé autrement, et
moi je reste ici. Je pense que vous aurez la
bonté de repartir aussitôt, afin de couper
court au scandale. Le meurtre el le vol sont
caractérisés, et du moment où vous partirez
cela ne signifiera plus rien, sauf que je resterai ici; mais il ne faut pas vous en chagriner, car advienne que pourra. Allez jusqn'à
~Jagdebourg et per~onne ne vous dira rien.
Si vous avez besoin de mon dome tique, gardez-le. Vous aurez la grâce de me renvoyer
mes effets; vous y trouverez l'argent. Vous
voudrez bien arnir la grâce de me dire combien je dois garder pour moi, car je suis dénué de ressources. Alon malheur me vei.e comment 7 vous le savez! Portez-l'ous bien,
tranquillisez-vous, tout s'arrangera. Le batelier Bartsch a reçu 5 thalers S&lt;U.ons, à titre
d'arrhes, cela fait 6 thalers el 16 gros, et si
vou,; allez jusqu'à .Magdebourg, il aura droit
à 58 thaler et 8 gros .... - Signé.: L. de
Sanlha. »
Un mot pour expliquer ce cinquième ava-

�"'--':;:---~-::: --=--==-=:-: :~-=--==-=-=-=-=-==-==--==-==--====-:: :-: : --.. r-.~~========;~=s:!

1-l1S T 0'1{1.Jl
tar du ~ jeune homme innocent ». Des papiers trouvés sur lui, il était résullé qu'il
n'éLait ni \füller, ni Rosen, etc., etc., mais
bien 1c premier-lieutenant prussien de Sanlha, dll régiment de Slol'kbausen, el ceci
n'avait pas mm,1ué d'in•pirer au hailli de
nouveaux scrupules et ridée de remellre le
prisoonin aux mains de l'autorité m1li1aire.
A la suite de quoi M. de Santba ful donc
confié au poste prini:ipal de la vilJe, qui était
commandé par un officier.
Pendant que les magistrat ai aient mené
ces enqnêtes s1wcessives, Je menu personnel
policier de leur suite n'était pas reslé inactif,
car il avait découvert dans un recoin du l,ateaa le domestique du lieutenant, un nommé
Emerschkowitz, qui s'était prudemment caché. Soumis à un interrogatoire, cet indi1·idu
déclara « être depui. quelque temps au serTice de M. de Saotha, mai a1·oir été prêté
par lui, pendant un mois, au lieutenant de
Sacken el n'avoir repris ses Conclioo auprès
du premiP.r que peu de jours avant son départ de Breslau . .. . En cours de route, son
maitre était allé chercher une dame qu'il
avait ramenée au bateau en disant que c'était
sa femme .... A Dresde, son maître lui avait
donné l'ordre d'acheter une bouteille dt:
sang ... 1&gt;, etc.
Le bailli, tout enchanté de n'avoir plus à
s'occuper de rien, puisque la princesse avait

LB
élé rendue à la liberté et son compagnon remis à la garde de l'autorité militaire, entra
dans une fureur abominable à la vue d"Emerschkowitz amené par les poliders qui s'imaginaient avoir fait merveille. Bon gré mal
gré, il fallait donc prendre une décision à
son sujet, et elle fol moins nalurelle que
simple : le domeslit1ue fut enfermé à la
prison.
Le 11 septPmbre, le bailli reçut l'ordre de
prendre des information concernant la princesse et de faire savoir ce qu'elle était devenue. Dès onze heures du malin, il répondit
que le même jour, à huit heures, eUe était
partie en « Exirapost &gt;&gt;, se rendant à Eilenburg. Le 16, il Iut avisé d'avoir à se faire
Livrer par l'autoriLé miliLaire le lieutenant de
Santha, de le faire incarcérer à la prison civile et d'instruire son affaire. La bonne étoile
de l'amlmann lui évita celle corvée, attendu
que l'autre avait pris la clef des champs dans
la nuit du i~ au 14.
Le bailli, qui décidément n'aimait pas les
bisLoires, se garda bit&gt;n de porter aussitôt Je
fait à la connaissance de ses snpérieurs. il
n'en rendit compte qu'à la date du 2 octobre,
ajoutant incidemment qu'à défaut du Jieut.euant il avait enrore entre les mains « une
culotte, du linge et différents objels appartenant à ce dernier, ainsi que le valet Emerscbkowilz ». La mise en liberté de ce mal-

heureux ne fut prononcée qu'un mois plus
lard. Restaient la culotte, le linge, etc., etc.,
au sujet de quoi ~I. de Sanlba écrivit nombre
de fois au bailli, sans que celui-ci, fidèle à
ses habitudes, se donnât la peine de lui répondre, à plus forte raison de lui resLituer
son bien.
Enfin, en novembre {801, le sénateur
Schulz. a,•ocat-conseil de Mme de Hohenlohe,
ayant fait parvenir à qui de droit le montant
des îrais occasionnés par l'avenlure en question, l'amtmann fut autodsé à remettre la
fameuse culotte et le reste au lieutenant de
Bose, qui se chargea d'expédier le tout à son
camarade de Santba.
Le dossier de Dresde n'en dit pas plus long
ur cette affaire, mais il est de notoriété publique que le divorce entre le pri•nce et la
princesse rut prononcé à la fin de l'année f 799.
D'autre part, le général de Wolzogen raconte
dans ses Mémoires que l'héroïne de ce récit,
après avoir passé quPlque temps à ~fagdebourg, s'était fixée dans le Mecklembourg el
avait épousé ~L de Sacken.
En revanche, à partir de novembre {80L
toute trace de M. de Sautha disparait. Désormais rentré en possession de sa culotte, il
vécut, selon toute apparence, à la façon des
peuples heureux. Peut-être aussi fut-il balayé
par la tourmente d'léna, si fatale au prestige
militaire de M. de Hohenlohe?
P.

LA. VIE ET LES MŒUl&lt;S A.U

XVII•

SIÈCLE. -

LE REPAS DE F.A.IIULLE. -

DE

"LisEz-Moi" u1sroRIQuE

PARDIELLAN.

Gravure d'ABRAIIUI BOSSE. (Cabinet des Estamj,es.)

Cllcbê Glrandon.

LORD PHILIPPE II
Tahl ea11

.
WHARTON.

de Vi\N DYCK. (i\lusë-c impérial J e ITrmitage . Saint -Pétersbourg .)

Cliché Br aun et

c

1•

75, RUE ÜAREAU, 75
P.utlE ·x1v• at'ronli' ,J

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 32, Marzo 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>~=~========~~?"1:"'-:::::-=:-:::-:::-===-=-==-=-=-=--=-=-=-=-=--==::::-::::-:::--:---6
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Les femme d1;1 econd Empire: La prince e

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La n;io~t d'une reine . . . . . . . . .
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La vie IJ- bord au temps de Croisades et des
pè!errnages d!-1 moyen ûge . . . . . . . . .
Le heutenant-c1vil. Ureux d'Aubray

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Les Femmes de !'Emigration . . . . . . .

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Vie et mort de I armëe du R.bin : Journal
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Mademoiselle de Circé .
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SOMMAl~B du NUMÉRO 133 du JO mars 19 11

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PHÉ\'OST, de l'.-\cndcmie f~:inçaisc. C: Adjudant. - Jlr)IRI OP. Htlt:-.'IER

Je l ,\cndcm1c

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tri te. .
Lo11osn Er Jeu: Je t ,O'iCOl' RT. Fra,;onu.t.
lh:sRv HOR!&gt;l.\l(X. L9; robe de laine. . 'I ALIR!&lt;"L B.\IIIU•:s, de l"Ac.ademic fr:in.:abc. Une
JOurnce à P1!&lt;_c, . H~'": B.\ZI\ Je ! ,\.:adcm1c françm~c. Ln nuit de fin d'hiver.
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1-\ IG1 OH. Ln \ énu. de lllilo,
Ciui· DL .\IAL'P S' \'i T
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l'w1. RI 1.11 \li(), L'a mour mendiant. - l! r.sRv LA \'E DA , de ·f',\ca:
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A.jouter O fr. 60 pour l'e nvoi des ,;ravures, 0 fr. 25 pour le stylographe et pour
les livres O lr. 26 (Paris) et O fr. 86 (D6partements).

SlfR..P'R_lME M EJ{VElLLEUSE

L"apparlt•menl dt• "ad.troc i::1i abetb à Yeraillt occupait Ioule l'ritrémité de l'aile
méridionale du cbàtcau. l.rs innmtairu.s Je
ri:po,p1c en rctrac1•nl minutieusement la di Jriliution et l'a111e11l1lcme111. Voici d'abord h1
pr mii•re antirh.1ml1r1!, ,,. barHpll'lte. couv rle d'omrarrc. de la ~·a,0111wrie, ,un •raud
lu.Ire de frr et e. para,·ent de toile d'Alt'll~·on cramoi~i ; poL la deuxième anûrhambr•.
,nec~• portière de char à or, 1• talurnrct
de pannr, r ::ran,J.; fauteuil. "aroi~ de l'lou
doré,, t• rideau de "ro d • Tour. , . t:s commoJ · pl. quée de lini, de ro,e d de , iolcttc,
; portant el rhaus. on. de cui\re dor ·, à
11 ,.,u. Ji, marbre brèche d'Alep. Au milieu
J •la. aile e. l une Lai.ile a\', c undicll • écritoire
J'ar1re11l. r&gt;c œlle pièce, 011l'on dr .,ela nuit.
,lerrière Ir paran•nl ·, le. lits de veille d
femme. de cr\'Ît'.è, on pa,, • dans le Lioel
ou chamLrl! de~ nohl . Ici le meubll! e l de
dama· de Grnr. i:arai de fran"I'-' d'or. Il y a
douze ploiant de ,·elour~ de oie cram11i,i .
han les cn~ignure ·ont d •· con l • de
marc111eterie el de bronze Joré. La chemin :e
est immense. Le frux, le "irandole,, le
• hra •onl du m1•m , l le que la pP.ndule en
marlire 1,l:m , 11ui repré;.mtc un portique
1farchitcclure orué dau~ la fri • d • lroi · l,a,r •licf-. l'un caract :ri~ant la l'ai , l'autre
l'.\Londanc , le lroi. ième la Gloir •, ou J,
Irait. d' II •nri l\'. C'était celle alle qui précédait la dmml,r' à ,·ouchcr. La roilà, toute
tendue Je 11d11ur Je ,oie roll"• el de tapi. ,crÎP. de B1·au\a.i .. L, lit à la duche. e occupe
le milieu, a"c ; ~ • pente , se honues gr.let-~,
rideaux, .e· cantonnière , c, liuul(uel ·
d, plume:- el J'ai ret11·1-, s •.· rarreaux, .e&lt;
courte: -pointe . . cl sr~ marchepied .. Au fo11d
de I chamlir , hrille un cornmoJI.! de marqueteri • à de u. de m:irl,re vert d ampan.
En uite wnaienl le grand caLintl en "rus de
Tour· l,lane L Lieu, I;, ~alli, d • LillarJ cl le
boudoir. dilideu .e p~lilc pire• dout le fcnètr.. ~ donnaient . ur l'élan" de, :ui · el
sur l'a,·(•uue de i111-C r.
Chaque oir rtl appart •ment, enrichi d·ohjcts d'arl, de talill'au ,igné de plu~ "rand
mailr' , . ïllumioe d l' 'chi d~ lu Ir· cl
Je;. torcbi•re,. ln (IC!Nlllnd de tl'nl qnatr ,_
,iugts per ·u1111e ayant char..!e. dt: cour formait la mai. on Je la pri11ct,.e, ,an. compter
celle- ')Ill Jépendai ·nt de, ~curie. et d •" .er,ïc, e tfrieur ·. Quinze femme d· cbamlire
enaient )fodacne Ûi ahc1h : plu~ieur appartcnail'nl à di-, famill-s nobl,· .. · 11 entour:ige
l\'. - HtnoAu.- Fasc ~,.

.e rorupo~ait, apri·. la dame d"bonneur el la ttail cependant dl'venue l'âme de la rolerie la
Jamc d'atour , de huit d3mc, pour accom- plu· recbcrcb: de . on temp~. l\l lui 3,aiL
Jl3"11Cr; c' :1air11l llmc · de '••ran. Je Bo11r- comm11oi11ué . a fihrc dïntri;\UC et ou
J,·ille, de Cau. au .• de Ca11illac. Je Tilh. de ••01)t pour la Jomin lion .... .'ul ne douta ,
lelrort, J'lméconrt •t de 801111Jt!llc . Celle lor,qu'ellc fut nommé dame Je Yadamc
der11ièrcélait sa compagn d'enfance. Le comte f;li,abelh, qu· 11 • ne par,int facill!ment à
de Coi:mr était cbcialirr d'honneur; le comte
'emparer de l't• pril de la jeune princr. se et
d' Adhr.~~r. pr1•mier 1· 'U)er; le comte de à la ·oumeltre à
vue .. Peut-èlr · l'D titaitPoJenas, écunr . r111111. llaJan,e Eli:alwth 1.'lle con,·aincue Ioule la prl'mii•re . .'éanmoins
a,·ait Jem . t•èr 1taire. de$ commandement.. il fallut reconnaîlr flUC les projet . de la" do)Ill. )1,·. 11ard de Cbou~,i et Tourteau d'Or- minante 1'omte . e. ehri~ient contre la rnlonlé
1illier~: un pa"e, J., rom te ,\Jall,ert de Cha- tranquille, mai ferme, de lladame Éli~abeth.
mi .:ot; un bihliolhécair,,, l'acadén1icit'n La jeune prin ·e
entendait rester étranCh,1mfort; un aumùni r. l'abùé )faùiL·r. Le
ère à toute iolri11 ue de cour et de politi(Jue,
comte de Vernon diri"rait ~es t;curie .
et demeurer mailrl's ·r de choisir ~e. ami et
A la tèle de celle mni!&lt;OII, dont Sl' ·unlrn- si· con. ciller .• a d1ilPrminalion fut comlcraiL uu. OU\crain de no jour , 1:lait une de
pri~e, el acceptée an!C un rerlain dépit. li
femml' · k plu: remarquable· par leu r e pril ré ulta de r •lie ituation entre la jt•UJJe prinde la cour de LouL XVI. n etH dit que ce ces.cet la rlame d'honneur, des relations fort
roi, crai1rnanl de \'Oir. 3 .œur inclio r ver le ré~crvét's d'an cùt :, t fort embarra. ée de
l'autre. La comte. e Diane e \"Cll~t'a .ourdcment, dit-on, par cp1clqu · cri1 i_qm.-, :ur la
fürure et la toilctte d ~ladamc EILahclh, cl
par une in ouciance affeclée de de,oir de sa
char• . Tuute' 1· · deu néanmoin étai 111
trop ;ntdli 11enles pour ue_ pa arnir méoag •r
le apparen ·. liadame Eli . a~tb prisait hanlem1:nt l"c,prit d • hne IJiane de Poliirnac;
c li d rnière sa,·ait à l'oeca~io11 r1•ndre bomma e à t' · hauie Yerlu ,
En r ranchl•, nou ,·o)OOs JJadamc Éli ·aLeth l :moigner une ,ire atîectioo à la plus
à ée de s autres dame , Mme Je :oran.
aulrl'fois dame de .füdamc Clotild •. )loin inllutnle dan- le monde de ce 1.. mp~ que la
comte!. e Diane, la marqui 1• d,• :oran était
cependant lr~ appréciée à la Cour el il Pari~.
où son ~Ion était r cb1m:bé de. l'au. eur t•l
dé· gens de lettre·. La llarp , qui était un tle
~e enilt-ur · a:sidu., l'app ·lait. dan la
lannue mylholoai']UC du &lt;lix-buitii•me sièdl',
la mère drs ,lmour. Enc-0re julie. mervdl[ ,u · •ment Lit•n pri~e dans .a tailll! mior1•,
poudr~e et coiffée à ra\'ir, lfme dt• 'oran était
une de t't' ra,·i ·ante p lite ,icille qui ont
di,,paru avec l'ancien régime, et qui avaient
M.AUUIE J.1.1~.lllF.TII.
allier une innocente co11uetlerie à une vertu
TJ.t/tJu Je \lme \ '1,,1,; r.-Lt: flRt :s.
, n reproche.. On la vopit rarement ,an n
fille ainée Delphine, 11ui fut mari1:e ensuite
au coml◄' de Clermont-1onn •rre el devin!.
clorl re. a,-ait choi~i •1pr~ la comtt~. e llian
comme ,,a m• r •, dame de \ladamr l~li~ beth.
tic Polh1ac pour la ramener au monde el à Il ·lpbine, mie vers 1ïû6, fill •ule du prince de
, · ambition . ',in fortune cl ·an" éléga111,e 1 Condé l!l de \Ille de für an, a,ait grandi ]'r~
« laide t-ll perft&gt;Ction aurait pu dire d' ,Jle de œur~ du !loi. Elle ê!ralait . a mère en
~aint- i111on. la comtc.s~e llian de Poli nac ,hacîté, en grâce eten intelli nence, n'irrnorait

�1f1S T 0-1{1.Jl
rien des anecdotes de la cour, racontait a,,ec
tact, et possédail au plu haut degré le talent
de se montrer aimable sans banalité et amuante sans trop de malice.
La figure de Mme de Causans _se dessine
grave et au lèrc près de )fadame Elisabeth, à
côté de celle de la comtesse Diane de Polignac
et de la marquise de Soran. Mme deCausans,
connue et estimée du roi depuis longtemps,
passait à la Cour pour avoir reçu 1~ mission
de surverner la maison de Madame Elisabelh,
tout en ne portant que le tiLre de dame, pour
accompagner la jeune princesse. Autour de
celle-ci personne ne s'étonnait de ce choix et
ne songeait à se dérober à celle autorité
lacile. Mme de Causans deviul ainsi pour
Madame Élisabeth une lroi,ième institutrice,
et mérita d'elle une tendresse respectueuse et
filiale. Cette affection d'une jeune fille de
quinze ans, entourée de toutes les séductions
d'une haute situation, pour une personne
déjà âgée et attristée par les épreuves d'une
vie sévère et difficile, est trop touchante pour
ne pas nous obliger à en signaler quelques
traits, malgré la simplicité qui les caractérise.
Mme de Causans, veuve et presque sans
fortune, n'avait accepté de place à la cour que
dans l'intérêt de cinq enfants qu'elle élevait
péniblement. C'était dans ce but, et pour
obtenir la protection royale, qu'elle avait
abandonné une vie patriarcale dans sa terre
defamiUe. On fils et trois de ses filles l'avaient
accompagnée à Paris, où elle habitait, rue de
Grenellt\ no mode,te appartement, auprès du
couvent de Panlhemont. Ses filles étaient
chanoinesse du chapilre de Saint-Louis de
Metz, el portaient, sdon l'usage ancien, des
noms venant de terres de leur maison. L'une
s'appelait la comtesse de Vincens; la seconde,
la comtesse de Mauléon; la troisième, encore
enfant, la comtesse d'Ampurie. Les prescriptions du chapitre de Metz les obligeaient à -y
passer huit mois de l'année. Le reste était
consacré à leur mère, qui les amenait à Ver~ailles, où elles se partageaient son appartement pendant la durée de son service. Une
vieille et dévouée servante leur tenait lieu de
gouvernante. Madame Elisabeth, instruite de
la tristes e de leru sort, dJsira les connaître,
et voulut les attacher à sa petite cour. ~lais
leur mère se montra opposée à cette intention généreuse. « Pourquoi, disait-elle, rapprocher mes enfants d'un monde qui n'est
~as fait pour elles? &gt;&gt; Elle apprit à Madame
Elisabeth que Mme de Mauléon avait déjà sa
place au novic-iat du Saint-Sépulcre, à Bellecha.se. « Et Mme de Yincens, s'écria la princesse, pourquoi de songez-vous pas à la
marier? elle est si gaie, si aimable! &gt;&gt; Mme de
Cau ans apprit alors à la princesse que sa
fille était fort désirée, en effet, par un homme
distingué, et qu'elle aimait le marquis de
Raigecourt, mais que, ne pouvant la doter,
elle la destinait au même état que sa sœur.
~fadame Élisabeth rompit l'entretien et de-=

meura rèveuse. Celte infortune si noblemPnt
supportée lui in. pi rait un profond intérêt,
tandis que la pensée de cette jeune fille, condamnée à porter au pied de l'autel un cœur
brisé, rémltait son àmc. Elle eût voulu la
dérober à un sort aussi cruel; mais, sarhanl
qu'elle ne pouvait disposer de sa fortune, elle
se lroU\'ail pamrtl pour la première fois de sa
vie. Une idée . 'empara d'elle. On touchait
alors au terme de l'année, et elle allait recevoir en étrennes une somme de trente mille
livres, de tinée à compléter son écrin. Ce
cadeau du roi devait se renouveler tous 1cs
ans à pareille époque. Elle se fit apporter ses
diamants, qu'elle s'était jusqu'à ce jour proposé d'augmenter avec le plaisir ordinaire à
son àge, et vit resplendir ces boudes d'oreilles
en girandoles, ces agrafes de corset, ces
gerbes de brillants, ces émeraudes en poires
et ces esclavages de perles, tous d'une extrême
richesse, mais de forme ancienne et démodée.
Le grand luxe de. princesses était de porter
une parure de pierreries ditférenle à chaque
grande Iête, el l'on sait quel éclat en résul- '
tait, et quel prix les dames de la cour attachaient alors à ces fastueux ornement . Quand
elle eut remis fes cassettes aux personnes
chargées de les garder, elle se rendit chez la
reine sa belle-sœur. « Promettez-moi, lui
dit-elle, de m'accorder ce que je vais vous
demander. » Marie-Antoinette hésite et questionne la jeune princesse, dont l'émotion était
,·ive. « Eh bien, lui répond-elle d'une voix.
c&lt; tremhlanle, Mme de Causans pourrait ma&lt;r rier sa fille; mais elle n'a rien à lui donner
« et je voudrais la doler. Il faudrait cinc&lt; quante mille écus. Obtenez-moi du roi qu'il
« m'avance pour cinq ans les trente mme
11 livres qu'il me donne Lous les ans pour
« mes diamants, et, ajoute Madame Élisabeth
« en rougissant, mes vœtu: seront comblés 1 &gt;&gt;
Elle eut bientôt la réponse, car le roi était
entré pendant la conver alion. Il avait loul
en tendu et il accorda tout. Mlle de Causans
épousa ainsi M. de Raigecourt.
Ce ne fut pas la seule victoire de l'aimal1le
princesse sur la sévérité maternelle de sa
vieille amie. La seconde fille de Mme de Causans avait, mal!ITé son intention d'entrer au
couvenl et la défense absolue de sa mère, un
-vif désir d'entrevoir la cour de Mme Élisabeth. Un soir, il y avait réunion dans le salon de la princesse; on jouait aux ombres
thinoi es. Elle dirigeait les ombres, et les
dames, à tour de rôle, étaient appelées à deviner le nom des personne qui passaient
derrière la toile. La marquise de Causans
était de la partie. La princesse envoya secrètement à une femme de Mlle de Causans l'ordre formel de l'amener de s~ite, sans lui
permettre de changer de costume. Cette per·onne obéit. Mlle de Causans, dont le cœnr
ballait vivement, traverse les appartement~,
assez embarrassée de la simplicité de ses
ajustements. Tout à coup, une porte s'enLr'ouvre, Madame Élisabeth parait, arrange la

coiffure de la jeune fille, drape une mous eline sur sa robe, lui enseigne rapidement le.
attitudes à prendre et retourne au salon.
llienlôt une ombre charmante se dessine sur
la toile, passe et repasse en s'acquittant des
révérences de cour avec une parfaite connaissance de l'étiquette. Les spectateurs intrigués
cherchent en vain le nom de celle gracieuse
apparition. Seule, Mme de Causans a reconnu
la taille et les traits de sa fille. Mais comment supposer que la petite novice du SaintSépulcre, qui ne sait ni danser, ni saluer,
qui n'a d'autre parure que son ruban de pensionnaire el sa croix. de chanoinesse, soit arrivée derrière cette toile, bravant les plus
rigoureux des ordres. Quelques minutes d'hésitation se succèdent; enfin, la mère, o[ensée
mais ravie, devine, se lève et s'écrie, s'adressant à la princesse : (&lt; Ah I Madame I quelle
trahison! , La joie f ul très vive de part et
d'autre, et la future religieuse, présentée
ainsi à la cour, emporta le sou venir de cette
jolie scène, qu'elle aimait à rappeler à sa
jeune sœur, lorsque la Révolution, la chassant du cloitre, la rendit à la vie de famille.
C'était ainsi que Mme Élisabeth formait
des amitiés parmi ses nouvelles dames, tout
en conservant son affection pour ses premières institutrice . Ces dernières nous apprennent que leur élève chérie, en prenant
son rang à la cour, s'était tracé cc une sorte
ci de règlement, prenant dans sa conscience
« la volonté d'exercer sur elle-même la surf! veillance que ses maitresses n'exerçaient
« plus. On la vil conserver ses maîtres, leur
« montrer plus de docilité, continuer à visi« ter régulièrement ses tantes, con acrer le
cc même temps à l'étude des langues el des
11 belles-lettres. EUe avait
es heures mar« quées pour la prière, pour la méditation ..• .
• Le goOt que, dès son enfance, elle avait
« montré pour les mathématiques, avail été
« cultivé. A.près Le Blond, son professeur Iut
(( Mauduit, émule du célèbre Lalande. » (Ileauchesne.) La famille de Mau duit conserve de la
main de Madame Élisabeth une table de logarithmes fort ingénieuse et dont parle avec
éloges une lettre de Callet, directeur de la
marine au collège de la ville de Vannes.
Cet attrait d'une jeune fille pour une science
aussi aride que les mathématiques n'était pas
rare à une epoque ouverte à tant de curiosités nouvelles. Comme plusieurs de se contemporaines, Madame Éli abeth obéissait à
l'un de ces mouvements de l'intelligence qui
se manife Lent surtout à la vei11e des grandes
crises sociales. Les sentiments pieux dans
lesquels elle avait été élevée ne l'avaient nullement isolée des progrès de son temps, et la
nature sérieuse et positive de son esprit la
dispo ait à s'intéresser aux connaissances
utiles, aux découvertes et aux travaux des
savants distingués et des hommes d'élite qui
préparèrent, à la fin du dix-huitième siècle,
les bienfaits de la civilisation avancée dont le
nôtre a si amplement profité.
COMTESSE

... 290 ....

o'AR;\1AILLË.

DEUX AMIS. -

Cliché Kubn

Tal&gt;le.iu Je ,\IEl~SONJER.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITl{E VII
Division de l'armée russe. _ Bagralion ~thappe à Jêrùme. - :!!arche sur la Dü.na. - Attaque infructueuse de Dünabourg. - Je culbute deux régi~enls di:! Wiu.genstcin sur la Düna. - Nous nous
separoos de la Grande Armêc. - Composition du
2• corps.

D~s les premiers jours de notre entrée en
~uss,e, les ennemis avaient commis une faute
enorme en permettant à N3f.oléon de rompre
leur ligne, de sorte que la plus grande masse
de leurs troupes' conduite par l'empereur
,U~xandre et le maréchal Barclay, avait été
reJetée sur la Düna, tandis que le surplus'

commandé par Bagration, se trouvait encore
s_ur le haut Niémen, ,·ers llir, à quatre-vingts
lieues du gros d~ leUJ' armée. Ainsi coupé, le
~orps de Bagrallon chercha à se réunir à
l e~pereur Alexandre en passant par ~Jinsk ·
mais Napoléon avait fait garder cc point im~
p_ortant par le maréchal Davout, qui repoussa
v1v~'.11ent .~es Russes et les rejeta sur Bob~u1sk qu il savait devoir être gardé par Jér.ome ~oo~~art~, à la tête de deux corps dont
l effectif s eleva1t à 60,000 combattants. Bagration allait donc ètre réduit à mettre bas
les arr:ies, lors9"°' 'il fut sauvé par l'impéritie
de Jérome, qui, ayant mal compris les avis

que D~~out lui avait adressés et n'acceptant
pa~ d ailleurs de reconnaître la suprématie
qu un~ longue expérience et de grands succès
donnaient à ce maré.chal
de son
.
' ,•oulut aai'r
o
hr
~ e et man~u vra s1 mal que Bagration échappa
a ce. premier danger. Cependant Davout
le .suivant avec sa ténacité ordinaire' , 1e reJ01• .'
g~t sur 1a route de Mobilew, et, bien qu'il
n eût en ce moment qu'une division de
12,000 hommes, il attaqua et battit les
36,_000 Russes d: Bagration, surpris, il est
vrai, sur un lerram trop resserré pour qu'ils
pussent se déployer et mettre en action toute
leurs forces. Bagration, ainsi repoussé,

a11!

�ms TO'Jt1A

.JJf É.M011fES

passer le .Bvrysthène, beaucoup plus bas que
Uohilew, à No,•oî-.Bychow, el, désormais à
l'abri des allaques de IJa,·out, il pul enflll
aller rejoindre la grande armée russe à Smolen k.
Oan~ les marches cl conlremarches que fil
IJagration pour échapper à Davout, il surprit
la hrigadt1 de cavalerie française commandée
pa1· le 0t!uéraJ .Bordesoulle el lui enleva tout
le 5e régiment de chasseurs à cheval, dont
mon ami Saint-Mars était colonel.
La prise du corps de Ilai,rralion aurait eu un
résultat immense pour Napoléon; aussi sa
colère contri:: le roi Jérôme 4ui l'avait laissé
échapper l'ut-elle terril.ile! 11 lui ordonna de
quitLl!r i,ur-Jr-champ rarruée el de retourner
eu Westphalie. Cette me,ure rigoureuse, mais
iudi~pensaLJe, produisit dans l'arruéc uu effet
lrè défal'orahte au roi Jérôme; ccpèndant,
é1a1t-1l le plu coupable'! on premier Lort
était d'avoir pl!usé que sa dignité de soui•ei·ain
s'opposait à cc qu'il reçût 11!s avis d'un simple maréc.:hal. Mais l'Erupereur, qui savait fort
bien (!UC ce j1June prince n'avait de sa ,·ie
dmgé un seul bataillon, ni assisté au plus
vctil cowbat, n'avait-il pas à se reprocher de
lui avoir conlié pour son délJut une armée de
60,000 hommes, el cela dans des circonstances aussi graves'! ... Le général Junot
remplaça le roi Jérôme el ne larda pas à commettre aussi une faute irréparable:
A. cette époque, l'tmpereur de Russie
emoya vers Napoléon le cômte de Balacholf,
l'uu de ·es ministres. Ce parlementaire trouva
l'empereur des Français encore à \\ ilna. On
n'ajamais bien connu le but de celle entrevue.
Quelques personnes crurent qu'il s'agissa.il
d'un armistice, mais elles furent promptement détrompées par le départ de M. de BaIacholf, el l'on apprit bientôl que le parti
anglais, dont l'influence était immense à la
cour et dans l'armée russe, ayant pris ombrage de la mission donnée à ~{. de Ilalacbolî, et craignant que l'empereur Ale:xandre
ne se laissà.t aller à traiter avec Napoléon,
avait hautement exigé que l'empereur de
Ru sie s'éloignill de J'arm ée et retournà.t à
..,aint-Pétersbourg. Alexandre accéda à ce désir, mais il tin l à ra\)peler égalemen Lson frère
Corn,lantin. Laissés à eux-mêmes et stimulés
par !'Anglais Wiliwn, les généraux russes ue
songèrmt qu'à donner à la guerre un caractère de (érooité qui pti t effrayer les Français.
Ils prescri,~renl donc à leurs troupes de faire
le désert derrière elles, en incendiant les
babîtations et tout ce qu'elles ne pournient
enlever!

de passer le fleuve et d'.iller sur la rive
droite attaquer en queue Wittgenstein. Mais
relui-ci, en s'éloignant de Dünabourg. y avait
lais é une forte garnison el une nombreuse
~rtiJlerie. Mon régiment faisait comme d'habitude l'avanl-garde, q uc le marérbal Oudinot dfrig •ail en personne ce jour-là.
Dünabourg esl s;tué sur la rive droite:
nous arri\'io11s par la gauthe, qui est gardée par un ouvrage considérable ervant de
tète au pool de communication situé enlre la
place et l'a\·ancée tt ue sépare le lleul'e, très
large en cet endroil. A un quarl de lieue des
fortilkations. qu'Oudinot préLt:&gt;ndait n'être
pas garnies de canons, je trouvai un bataillon
russe, donl la gauche s'appuyait à la rivière
et dont le front éLaiL couvert par les haraques
en planches d'un camp abandonné . .\.insi
posLé.s, les ennemis éla ii&gt;nt fort difficiles à
joindre. Le maréchal m'ordonna cependant de
les attaquer. Aprè · avoir laissé à l'intelligence
des officiers le l&gt;oin d'éviter les baraques en
passant par les intervalles qui les "éparaient,
je commande la charge. Mais à peiue le régiment a-t-il fait quelqurs pas en avant au
milieu d'une grêle de hallt&gt;s lancéPs par les
Ianta. i:ins ru~.es, que l'artillt'rie, dont le
marétbal avait nié l'existence, tonne avec impétuosité du hmt des furtifications, dont nous
étions si près que les boites à mitraille pa!isaienl au-des us de nos têtes al'ant d'avoir le
temps d'éclaler. On des rares boulets qui s'y
lrouvaienl mêlés traversa une maison de
pècheur et vint bri er la jambe d'un de mes
plus braves lrompell es qui sonnaitlacbargeà
mes côté l ••• Je perdis là plusieurs hommes.
Le maréchal Oudinot, qui avait eu le torl
grave d'altaquer le camp de baraques ainsi
protégé par le canon el la mousqueterie,
espéra débusquer les [anlassins ennemis en
envoyant contre eux un bataillon portugais
qui précédait notre infanterie; mais ces étrangers, anciens prLonoiers de guerre, qn'on
avait enrôlés en France, un peu malgré eux,
se portèrent au feu lrès mollement, el nous
restions touj11urg exposés. Voyant qu'Oudinot
se tenait bra,·ement sous les balle ennemies,
mais sans donner aucun ordre, je compris
que si cet état de choses se prolongeait encore
quelque minutes. mon régiment allait être
détruit. J'ordonnai donc à mes chasseurs de
E,e disperser el fi gur les fantassins russes
une charge en fourrageuJ's, q11i eut le double avantage de leur faire lâcher pied et
d'éteindre le feu des artilleurs, qui n'osaient
plus l.irer de crainte d'atteindre leurs tirailleurs mêlés aux Francais. Sabrés par mes
Pendant que, du point central de fülna, cavalie~, If' défen eurs da camp s'enfuirent
:'lapoléon dirigeait les di!lërents corps de on dans le plus grand désordre "er · la tête du
armée, la rivière de la Düna avait élé alleinte ponl. Mais la garni on charg~e de la défense
le 15 juillet par les colonnes que dirigeaient de cet ouvrage était t·omposée de soldats de
Murat, Ney, Montbrun, Nansouty et Oudinol. nomelles levées qui, craignant de nous y voir
Celui-ci, n'ayant probablement pas bien com- entrer à leur saile, fermèrent les portes à la
pris les ordres de !'Empereur, lit une marche hàte, cc qui contraignit les fuyards à s'élancer
excentrique, el descendant la Düoa par sa rive ,·ers le pool de hateaux pour gagner l'autre
gauche, tandis que le corps de Willgenslein . ri\'e Pl chercher un refuge dans la ville même
la remontait sur le Lord oppo é, il se présenta de OünalJourg.
de,·ant la ville de Dünabourg, vieille place mal
Ce pont n'avait pas de garde-fou, les barfortifiée, dont il espérait enlever le pont, afin ques chancelaient, la ri\'ihe était large et
... 292 ...

profonde, et j'apercevais de l'autre côté la
garnison de la place sous h•s armes et chercliant à fermer ses portes! Aller plus avant
me parais.ait une folie! Pensant donc que le
régiment en avait assez fait, je l'aYais arrêté,
lorsque le maréchal sur11int en s·écrianl :
&lt;&lt; Brave 23e,
faiLPs comme à Wilkomir,
« passez le pont, forcez les portes et empa&lt;1 rez-vous de la ville! 1&gt; En vain le général
Lorencez voulut lui faire sentir que les difficulté étaient ici beaucoup pin,; grandes, et
qu'un régiment de cavalerie ne pouvait attaquer une place forte, si mal oardtle qu'elle
fùL, lorsque, pour y arriver, il fallait passer
deux hommes de front sur un mamais pont
de baLeaux: le maréchal s'ob Lina en disant :
« Ils profiteront du désordre el de la terreur
dPs ennemis! ,, Puis il me renouvela l'ordre
de marcher sur la ville. J'obéis; mais à peine
élais-j.e sur la première tra,ée du pool avec le
premin peloton, à la tête duquel j'avais tenu
à honneur de me placer, que la garnison de
Dünabourg. étanl parvenue à fermer la porte
des fortifications donnant sur la rivière, parut
au haut des remparts, d'où elle commença à
faire feu sur nous 1...
La ligne mince sur laqutlle nous nous tenions ne permettant pas à ces soldats inexpérimentés de tirer avec justesse, le canon et
la mousqueterie nous firent éprouver bien
moins de pertes quP je ne l'aurais cru. Mais
en entendant la place tirer sur non • les défenseurs de la lête du pont, revenus de leur
frayeur, se mirent aussi de la partie. Le maréchal Oudinot, YOyant le 25c ainsi placé entre
deux feux:, à l'entrée du pont vacillant, au
delà duquel il ne pouvait avancer, me fit parvenir l'ordre de rétrograder. Les grandes distances que j'avais laissées entre les pelotons
permirent alors à ceux-ci de faire demi-tour
par cavalier sans trop de désordre. CPpendant
deux hommes et deux chevaux tombèrent
dans le fleuve et se noyèrent. Pour regagner
la rive gauche, nous étion-; obligés de repasser sous les rempa!'ls de la tète de pont, où
nous Iùmes encore assaillis par un feu roulant qui, fort heureusement, élait e:xéculé par
des miliciens inhabiles; car si nous avions eu
alfairP. à des soldats bien exerœs au tir, le
régiment eùt été totalement excermiaé.
Ce malheureux combat, si imprudemment
engagé, me coùta une trentaine d'hommes
tués et beaucoup de blessés. On esprrail, du
moin , que le maréchal s'en tiendrait à cet
essai in[ruclueux, d'autant plus que, ainsi
que je l'ai déjà dit, les instructions de !'Empereur ne lui prescrivaient pas de prendre
Dünabourg; cependaol, dès que ses divisions
d'infanterie furent arrivée , il fit auaquer
derechef la Lètc de pool, dont les ennemi~
avaient eu le temps de renforcer la garnison
par un bataillon de grenadiers, accouru des
cantonnements voisins, au bruit de la c·anonnade; aussi nos troupPs furent-elle repoussées avec des pertes infiniment plus considérables que celles épromées paT Je 23e de
chasseurs. L'Erupereur, ayant appris cell~
vaine tenlative, en blàma le maréchal Oudinot.

Vous savez que mon régiment était de brigade avec le 2 te dé cha seurs à cheval. Le
général Castex, qui commandait cette brig~de'. avai,t, dès le premier jour de notre
reumon, etahli un ordre admirable dans Je
senice. Chacun des deux régiments le fai'
,
sant a ~on tour pendant ringt-quatre heures,
marchaJt en lète lorsqu'on allait vers l'ennemi, faisait l'arrière-garde dans les retraites,
fournis. ait tous les postes, reconnaissances,
fanù'gar,d:s et détachements, pendant que
1aulre reg1menl, suirant tranquillement Ja
ro~tr, se remetlait un J)eu des fatigue. de la
veille et se préparait à celles du lendemain
ce qui ne l'empêchait point de l'enir appuye;
le corp de service, si celui-ci était aux prises
avec des forces supérieur.! . Ce système llxtraréglt'meotaire
avait l'immense a1•anl.a&lt;re
de ne
•
•
•
0
1ama1s separer le soldais de leur officiers
ni de leurs camarades, pour les plac!'r ous
les ordres de chefs inconnu cl les mêler aux
cavali~rs de l'autre réltiment. Enfin, pendant
la nuit. une moilié de la hrigade dormait
pendant que l~auL,re v~illait ~ur elle. Cependant, comme 11 n y a rien snns incoll\'énienls
il pourait se faire que le hasard appclàt plu;
souvent un des deux corps à être dl! service
lesjours o~ ~a.rviendraieut des engagement'
sérwux, arns1 que cela venait d'arril'cr au
23•\ ~~ot au comhal de \\ïlkomir qu'à celui
de Uunabourg. Celle chance le poursuivit
pen_d~ol la ~ajeur~ p_ar~ie de la campagne;
mats 11 ne tD plaigmt Jamais, s'en tira toujours avec honneur, et fut ourenl emié par
le 21•, qui eut Lien moins d'occa.ions de se
!aire remarquer.
.l'ai déjà dit que prndilnl qu'Oudinol fai~ail
s? c?urse .~ur DüoaLourg, les corps de Ney,
am 1 quel immense réserve de cavalerie commn.adée par Murat, remontaient ver Polotsk
par la rive i.:anche de la Düna, tandis que
l'armée russe de Wiugenstein suivaü la
mème direction par la rive droite. Ainsi sépares de l'ennemi par la rivière, nos cavalier·
se gardaient mal el plaçaient, chaque .oir,
selon l'habitude française, Jeurs bivouacs
beaucoup trop près des Lords de la Düna.
~itlgcns~ein, s':11 étant aperçu. lais~a passer
1rnfauter1e de Ney et Ill gros de la cavall'rie
de Montbrun, dont la division Ju général
Sé~~stiani fermail _Ja marcbe, a)•ant poor
arriere-garde la hrrrrade du général SaintGeniès, ancien officier de l'armée d'Égypte,
homme très brave, mais peu capable, Arri\·é
au delà de la petite ,ille de Urouia, le rrénéral
ainl-Geniè~, sur l'ordre de Sébasfüni ,0établit
ses régiments au bivouac à deux cenLs pas de
h rivière, qu'on croyait in franchis.able sans
bateaux. Mai~ Wiltgen~lein, ayant connai~sa~ce d"un ~é lrès praticable, profüa de la
nml pour faire pas er Je fleuve à une divi~ion
dP._ i&gt;a,·alerie qui, s'élançant sur le corps frança~ ·, enleva presque entièrement la hrigaùe
dunt-Geniè , lit Ctl général prisonnier et contraignit Séba,tiani à se retirer promptement
avec le reste de sa di,·ision vers le corp de
\l?.ntbru.n .. Aprè ce rapide coup de main,
\\ 11_1genst~in ~appela ses Lroup,.s sur la rive
dr01te et contmua à remon lt r la Düna. Cette

DU GÊNÉ'l(AL BA'l(ON DE )JfA'R.BOT

affaire fit grand tort à SéLastiani et lui attira
les reproèhes de !'Empereur.
Peu de lemps après ce fàcheux év-énemeut
Oudinot ayanl reçu l'ordre de s'éfoirroer d;
Oünabourg et de remonter la Ilüua pour rejoi_ndre Tey el .Montbrun, son corp &lt;l'armée
pr1l ~a route q~'avaient suivie les corps de ces
dermers et vmt passer devant la ,·iUe de
Drouia. Le projet du maréchal était de faire
camper ses troupes à Lrois lieues au delà; mais
comme il craignait que les ennemis ne profi.Lassent du gué pour jeter sur la rive gauche
de nombreux partis destinés à assaillir le
grand comoi qu'il Lralnailaprèslui,il décida,
e~ _s'éloignant avec toute son armée, qu'un
reg1ment de la brigade Castex passerait la
nuit sur le Lerrain où ];1 brigade du général
aint-Gcniè avait élé surprise, et aurait pour
consigne d'observer le gué par le4uel le~
Russes étaient passés pour ,·enir attaquer
celle brigade. )Ion régiment élaul de service
cejour-Ht, ce fut à lui qu'échut la da1wereuse
mis~ion de rester seul devant Drouia jis'lu'au
lcuùemain matin. Je savais que le gros de
l'armée de Wi11ge1Uein avait remonlé le
OeuYe, mai j"aperçus deux forLs rérrimenls de
cavalerie lai~sés par lui non luin du gué. C'étaiL
plus qu'il n'l'n aurait fallu pour me battre.
Lors même qur j'aurais voulu exécuter à la
lettrel'ordre qui me prescriYait d'établir mon
hivou~c sur l'emplacement qu'a rait occupé,
deux Jours avant, ('elui de Saint-Geniès, cela
m'eût été impossible, le sol éLant courert de
plu_s de deux cents radaues en putréfaction;
mais à celte rai on majeure il s'en joignit une
autre non moins importante. Ce que j'arni
vu et appris :,ur la guerre m'avait convaincu
que le meille11r moyen de défendre une ri-

v~rsaire, el en second lieu parce que celui-ci,
n ai·ant en vue que de faire un coup de
marn pour se retirer ensuite lestemenl n'ose
s'éloigner du rivage par lequel sa retraite e. t
as urée! J'étalilis donc le régiment à une
demi-lieue de la Düna, dans un champ oî1 le
Lerrain formait une légère ondulation. J'açais
lais é seulement quelques vedelles double,
sur le rivage, car je suis convaincu que !or. qu'il ne s'a il que d'obser1.1el', deux homml's
roient tout aussi bien qu'une forte grand'garde . Plusiëurs rangées de cavaliers furcnl
placées à la sui le les uns des autres en Ire ces
vedettes et notre bivouac, d'où, comme l'arai~née au fond de sa toile,je pouvais être rapidement informé, par ces légers cordons, de
tou l ce qui se passaj L sur le terrain ,1ue je
derais garder. Ou reste, j'arais interdit les
feux, même ceux des pipes, el prt' crit le
plus grand ilence.
Les nuits som extrêmement roarlcs eu
Rus ii:: au mois de juillet; cependanl, celle-ci
me parut bien longue, Lant je craignais d'êo·e
allaqué dans J'obscurilé par des forces supérieures aux miennes. La moitié des hommes
étaient en selle, les autres faisaient manger
leurs che1'3ux et se tenaient prêts à mtinler
de, us au premier signal. Tout parai ·sait
tranqnille à Ja rive oppu. ée, lorsque Lorentz,
mon domestique polonais, qui parlait parfaitement le russe, vint m'informer qu'il avait
entendu une vieille .luire, haLitante d'une
maison \'Oisine, dire à une autre femme de sa
caste : ,&lt; La laule4î-ne du clocher de Morki
est alluwée, l'ai taque va commencer! l) Je fis
a1uener ces ferumes devant nioi, et, q11eHionntles par Lo~entL, elles répondirent que, craignant d_ .. vmr leur bamc~u de,·enir le cbamp
de bal:11lle des deux partis, elles n'a1aienl pu
aperœl'oir ~an. alar1Ue briller sur l'érrli •e du
villa~e de A!or~i, silué $Ur la rive opp~ ée, la
lunnère qat, I avant-dernière nuit, avait serl'i
de signal aux Lroupcs russes pour trarnr er
le rrué rle la Uüna et fondre sur le camp françai !
Hien que je fusse prèt à Lout événement,
cet avis me fut très ulile. En an instant le
régiment fut à cheval, le sabre à la mi,in: et
les vedet_Les da h~rd de la rivière, ainsi que
les cavaher places en cordon dau~ la plaine
r_eç.urE'nL à voix~a~se, el de prodie eu proche:
l ordre de le re1orndre. Deux d1·s plus intrépides sous-officier:, Prud'homme et Graft
accompagnèrent seuls le lieutenant Der Lin'
tiue j'cmoyai observE'r les mouvements d;
l'ennemi. li revinl peu d'in lants après m'annoncer qu'une colonne de cavaliers russes
lravers:iit le gui&gt;, que déjà plusieur escadrons :miient pris pied sur la rive, mais que
élo,nné~ &lt;le ne p_as tro~ver notre camp au Jie~
qu
al'n.1t occupe ccltu de Saint-Geniès il
.)ERÙUE·NAPOLÊON. ROI DE ''\TESTPJIALIC.
s'étaient arrêtés, craign.ant ~ans doute d~ cC
D'.ttrès le Jessln de BELLuRn.
trop ~oigner du gué,. leur nnique moyen de
rctrrute; œpendant, ils s'y étaient décidés
vière contre les alla 1ues d'utl enne111i donl Je
avançaient au p,ls el se trom·aieut à petit~
but ne pe~t è1.re de "étahlir sur la rive qu'on di lance de nous!
occupe s01-mcme, est de tenir le rrros de sa
A l'instant, je fis mellru le fou à une imtroupe à certaine distance da lleuve, d'aliord
mense meule de foin ain i qu'à plusieul's
pour être prénmu à Lemps du pas.age de l'adgranges placées Sllr la hauteur. La lumière

�----------------------·-

1f1ST0~1.l1---------

de leur.; flamm,•. Pclairanl Ioule la t'Onlrée, je rat el de )lonlbrun, pour se rendre de Drissa
distinguai parfailemt'nl la colonne l!Unemie à \\'i1epsk, a\'aient établi sur la Diina, en
formée des bus ards de Grodno. J'a,·ais a\'eC l'ace de Polot k un pont de bateaux qu'il
moi un millier de hra\'es C'aYaliers ... nous lais èrcnt au corps d'Oudinot, destiné à marnous élançons au galop dans la plaine. au cri cher ur la roule de Péter.bourg. Ce fut
dl· 11 Vire rEmp 'reur ! » el chargeon, rapi- dom: en ce lieu que le 2~ corp· prit une auire
dement sur les Bus es, qui, surpris d'une direction que la Grande Arm~e. quP nous realtaryue nu si hrusque qu'imprérne, tournent vîmes seulement l'hh·er • ui\·ant au pa sage
l1ride el, sabré par mei; chasseurs, courent à de la llérésioa.
la débandade vers le gué par lequel ils étaient
Il faudrait plusieurs \'Olumes pour retracer
venu . 11:; s'y lromèrent fare à face avec le le manœavre et le comLat · de la 11artie de
ré;:iment de dragon 11ui. formant brigade l'armée 11ui sui\'il l'Empereur à Moscou. Je
avec eux, les a mit suiYis et sortait à peine de me bornerai donc à indiquer les faits les plus
la ri\ière. Ces deux rorps s'élanl choqué el importants, à mesure qu'ils se déroulerèrnl.
mêlé , il en ré uha un désordre affreux dont
,tin i, le 2.ï juillet, il y eut prè d'Osmes chas eurs profilèrent, grâce à la lueur trowno une affaire d'a\'nnt-garde très fa,·~
de l'incendie, pour tuer un grand nombre rable à notre infanterie, mais où pln~ieur
d'ennl'mis et prendre beaucoup de cbe,•aux. régiments de cavalerie furent trop précipiLes liasses e précipitant en tumulte darr le tamment en"agés par Mural. Le 16• ùe cha-gué 11uïl Youlaient pa~ser tous à la foi pour seur. fut de ce nombre. Mon frère, qui y
é\·iter le- roups de mousqueton que mes servail comme chef d'cscad1·ons, fut pri et
chasseur- Liraient du haut du rivage ur cette conduit bien au delà de Mo cou, à 'alaroff,
foule rperdue. il ~·en noya un bon nombre. sur le \'oJ.,.a. Il y retrouva le colonel aintNotre brusque altaque dans la plaine arnil Mars, ainsi qu'Octa,·e de Ségur. lis s'cntr'ailellemenlétonné le ennemis, qui 'allendaienl dèrent à upporler lt ennuis de la caplivi1é,
à nou surprendre endormi , que pa un ne auxquels mon frère étail d~jà habitué, car il
se mil en défense, et tous fuirent san com- avait pa sé plu ieurs année dans les prisons
liallre; au si j'eus le bonheur de regagner et sur les pou tons de E ·pa!!Oob. •o chances
mon bivouac ans avoir à déplorer la mort ni de guerre étaient bien différente : Adolphe,
la bic. ure d' .. ucun de mes hommes!. .. Le fait Lrois foi pri onnier, ne fut jamais blessé,
jour nai sant éclaira notre champ de bataille, tandis que, recevant très om·ent de. Llesurei., je ne fus jamais pri .
sur lequel gi aient plusieurs centaines d'ennePendant que l'Empereur, maitre de Wilna,
mis Lué ou hie .és. Je confiai ceux-ci au1
manœuvrait pour amener l'armée rus e à une
habitants du hameau pfès duquel j'avai
pas é la nuit, et me mi en route pour me uataille décisÏ\•e, mais san pouvoir y parveralli1:r au corp d'Oudinot, que je rl'joignis le nir, le corps d'Oudinot, aprè arnir pa é la
oir même. Le maréchal. me reçut très bien et Düna à Polotsk, s'élabLit en avant de celle
complimenla lerégiment sur sa l&gt;elle conduite. ville, ayant en face de lui les nombreu es
Le 2• corp ·, 1J.1arcbanl con tamment ~u r troupe du ~énéral Wittgen lein, formant
la rh·e sauche de la Düna, parvint en trois l'aile droite de l'ennemi. A,·ant de rendre
jours en face de Polot.k. Nous y apprimes compte des événements qui se passèrent ur
que !'Empereur a,•ait enfin quitlé Wifoa, où le· rires de la Düna, je croi · néces aire de
il était re té ,ingt jours, et .e dirigeait vers vous faire connaitre la composilion du
Vitepsk, ville assez imporiante, dvnl jl comp- 2e corp., dont je uivis Lous lt&gt;s mouvemenls.
Le maréchal Oudinot, qui le commandait,
tait faire le nouveau cenl re de e opérations.
n·arait d'abord sou ses ordre que 44,000
En s'éloignant de W1lna, !'Empereur
anit laissé le duc de .Ba- ano en qualité de homme répartis en trois di"i ·ions d'infantegouverneur de la pro, ince de Lilbuanie, et le rie, dont lt•s chefs étaient ll' générnux Lell'énéral Uogendorp comme chef militaire. grand, VerdiPr et Merle, Lou Lrois, et surAucun de ces deux fonctionnaires ne conve- tout le premil'r, excellents ofücicr . On renait pour ornaniser le derrières d'une ar- marqua il parmi les géuéraux de brigade
mée, l'ttr le duc de Ilas~ano, ancien diplomate Albt:'rt el Mai on. La cavalerie se composait
el secrétaire ponctud, n'avait aucune con- d'une superbe dimion de cuirassiers el de
nai,; ance en al/minisfratfo11, tandis que le lancier , commandée par le crénéral Doumerc,
Jlollandais llo••rnJorp, parlant très mal noire officier assez ordinaire, ayant ·ous ses ordres
le brave gé.oéral de brigade Berl'kheim. Deux
langue, n'alanl aucun notion de no· u~age
et rè lements militair&lt;'S, ne pomait réussir brigades de cavalerie légère faisaient aussi
aupr~ des Français qui pas aient à Wilna el partie du ~• corps. La première, composée
de la nobles.e du pay . Au i les richesses des 23• et 21• de cha, seurs, était commanqu'olTrail la Lithuanie ne furent d'aucun se- dée par le général Ca tex, excellent militaire
sou tous les rapports. La econde, rormée
cours pour nos troupes.
Polo!. k, vill~ situét' sur Ja rive droite de par le 7e et 20• de l'has eur et le ge de lanla Düna, est compo~ée de maisons en boi et ciers polonais, était aux ordre du général
doruinée par un immerue et superbe collège, Corbiueau, homme brave, mai apathique.
alor- tenu par des Jésuites, qm prfu.que Lous Ces deux brigades n'étaient pas réunies en
étaienl Français. Elle est entourée de fortifi- divi ion; le maréchal les auacbait, elon les
cation en terre ayant jadis oulcnu un siège besoins, soit aux divUons d'infanterie, ' OÏL à
dan le guerres de Charles XII contre Pierre l'avant-garde ou à l'arrière-garde. Ce s slèmc
le Grand. Les corps d'armée de r ey, de Mu- présentait de grands avantages.
-

2 94

...

Le 24c de chas euri:, avec lequel mon régiment était de brigade, ~tait on ne peut mieux
composé et eût rendu de grand s.en;ces si la
ympalbie et l'union eu sent existé entre le
soldats et leur chef. Malheureusement, le colonel ,\ ... 1 se montrait fort dur pour ses subordonnés, qui, de leur côlé, étaient assez
mal di posé· pour lui. Cet état de chose
nait décidé le général Castex à marcher et à
camper avec le 25" de chasseurs, et à réunir
a cui ine de campagne à la mienne, bien
qu'il eùl ·ervi dans le 2.;.e_ Le colon~l A....
grand, adroit, toujour parfaitemenl monté,
se monlrait nenéralement bien dans lei. combats à l'arme blanche, mai passait pour
aimer moins les combats de mou queterie et
d'artillerie. ,1:ilirré tout, !'Empereur apprétiait chez ce chef de corps une qualité qu'il
pos édail au plu haut degré, car c'était
incontestablement le meilleur orticicr de cavalerie légère de loull's les armées ùe l'Europe. ,lamai on ne vil un tact plu fin, un
coup d'œil qui exploràt le pays avec autant
ùe ju lesse; au si, avanl de parcourir une
contrée, il devinait les obstacle que le cartes ne signalaient pas, prévoyait les points où
devaient aboutir les ruisseaux, les chfmins,
les moindres sentiers, et il tirait des mouvement de l'ennemi des pr 1Yisions qui ·e réalisaient pre.qoe lonjour. . Sou~ le rapport de
la petite comme de la grande guerre, M. A...
était donc un officier des plus remarquables.
L'Empereur, qui l':n·aiL fréquemment employé ~ de reconoai sances dans des campagnes précédentes, l'avait signalé au maréchal
Uudiuol, qui l'appelait même ouYent dao·
son con eil, d'où Il ré -ultaiL forcément que
bien des corvées et de périlleu es mission~
retombaient sur mon rérrimeot.

CHAPITRE VIII
Alfure de Jakouhowo ou !{lia lilsoui. hlP~6é.

Je suiF

A peine le diYers corp d'armée qui nous
avaient précédé 11 Polotsk s'en furent-il
éloigné , pour aller rejoindre l'Empereur à
Witep!'\k, qu'Oudinot, entassant Ioules ses
troupe en une , eule el immense colonne sur
la roule de ainl•Pétnshourg, marcha le
29 juillet sur l'armée de Wittgcn tein, 4.u'on
savait être postée à dix lil!ue de nous, entré
deux petites ,;lies nommées ebej et Newel.
Nou allàmes ce jour-là coucher sur les t·h·es
de la Drii-:sa. Cet affiuent de la Düna n'est encore qu'un fort rois eau deYant le relai de
Siwot china, où il est traver é par la grande
route de Péter bour"'; el comme il n'existait
pas de pont, le goureroement ru ~e y avait
suppléé en faisant abattre des deux côtés, en
1,ente douce, le::- haute Lerge qui l'encais·
sent; et, en pa,·ant le fond du ruisseau sur
une largeur 6gale à celle de la route, on avait
établi un gué fort pralicahle, mais à droite
1. L'ofr.cier dtl.igné par la lettre A, .. dans le manuscrit e t le colonel Ameil. Nous en rêtabtisson le
nom ~ur la rlcman.Je de es pellls-llls. Les rapl"lr · du
colonel .Ameil l'l du rolouel du ~3 Je chas eurs
titaieul ,les plus lendus, el semblent tëmt&gt;igner de
ces l'iralité ,·ntrc chefs de corps si fréquente· alors
,lans no, arméPs.

�1f1STO'J{1.JI

-------------------------------------------

el à. gauche duquel les troupes et les chariots
ne pouraiPnt pas::er, lanl le ri,·age esl escarpé. Je crois devoir donner cette explication, parce que trois jours après ce Jieu fut
le théâtre d'un en:ragement des plus ,ik
Le lendemain 50, mon régiment étant de
service, je pri. la lèle de l'a,·anH!arde et,
suivi de tout le corps d'armée, je traversai le
gué de la Orissa. La chaleur était acrablanfe,
el d11ns les blé couverts de poussière qui
bordaient la route, on voyait deux larges
zone où fa paille couchée et érra~ée, comme
si un rou !eau y eù l été traîné plusieurs fois,
indiquait le passage de fortes colonnes d'infanterie. Tout à coup, auprès du relais de
poste de Kliastitsoui, ces indices disparai saiml ries bord. de la grande route el e reprodui,ait&gt;nt à sa ,,auche sur un large chemin
vicinal qui abouliL à Jakoubowo. li était évident que l'ennemi avait quitté sur ce point
la direclion de cbej pour se jeler sur n11lre
0anc gauche. La cho, e me parul grave! J' arrêtai nos lroure5 et envoyai pré,·cnir mon général de l,rigade. Mais le maréchal, qui marcbait ordinairement en rne de l'avanL-garde,
ayant aperçu celte halle, accourut au [.;alop,
et malgré le oliservations des gé11é1 aux CaslPx et .borencez, il m'ordonna de continuer
la marche par la grande roulr. A peine
a1•:iis-je fait une lieue, que j'aperçois 1·enant
à nous un kihick, ou calèche ru . se, attelé de
deux cbe\'aux de po le!. .. Je le fais arrêter
el vois un officier ennemi qui, as~oupi par la
chaleur, s'était couché 1oul de son long dans
le foud du kibick. Ce jeune homme, fil~ du
eigneur auquel appartenait le relais de Kliastilsoui 4ue je \'enais de quit Ler, était aide de
camp du général Willgen ·lcin el re1enait de
Pétershourg a,·ec 1, réponse aux dépêches
dont son &lt;rénéral l'avait chargé ponr son °ouvememenl. l\ien ne saurait peindre sa stupéfaction, lorsque, réveillé en sursaut, il ~e
trouva en présence dé nos chas~eurs à fi1,tm·es
rébarbatives et aperçut non loin de là de
nombreu es rolonnes françaises! li ne pouvait conce,·oir commrnl il n'avait pas rencontré l'armée de Will 0 en,1ein, ou au moins
quelque ·-uns de ses éclaireurs, entre , eLP_j et
le point où nous étions; mais cet élonnPmcnt
ronfirmail le général Castex cl moi dau la
pensée r1ue Willgenslein, pour tendre un
piège à Oudinot, avait ùrusquemenl quillé la
route de Péter bourg pour se jeter sur la
gauche el sur l'arrière-garde de l'armé!! française, qu'il allait attaquer en flanc el en
qut!ue ! En elfet, oou enlendimes ùientôl le
canon, et peu après la fusillade.
Le maréchal Oudinot, quoique surpri par
une allaque au si imprén1e, se Lira a scz bien
du mau1ai · pas où il '&lt;!Lait engagr. Faîsant
faire un à 9auclte aux diîerses fractiow de
sa colonne, il se mil en ligne en faœ de Wil tgen teio. dont iJ repoussa si vigoureu,emenl
les première attaques que le flu. se ne rruL
pas devoir les renom·eler ce jour-là, el se
relira derrière Jakouùowo. Mai· sa cavalerie
a1•ail eu uu as ez Leau uccès, car die avait
pris sur nos derrière nn miUier d"homme
el une partie des équipages de l'armée Cran-

çaise, rntre autres nos for&lt;rPs de campa~nc.
Ce fut une perle immeme, donl la caval,·rie
du 2" corp' . e ressenlil péniblement pendant
Ioule la campagne. Après c·el eorragemcnl,
les tronp•·s d'Oudinot a~•ant pri position, la
brigade Castex reçut l'ordre de r~trograder
jusqu'à KliastiLoui, afin de gardc•r l'embranchement des deux. roules, où l'infaott'rie du
général llaisou vint se joindre à nous. L'officier ru. se. prisonnier dans la propre mai$OTI
de on pèrù, nous en fil les honnrurs al'ec
beaucoup de grâce.
Cependant, un combat sérieux se préparant pour le lendt'main, les commandants
dr deux armées prirent leurs dispositions, el
au point du jour le Hnsses marcMrenl . 11r
la mai on de poste de Kliastitoui où s'appupit la droiLe des Français. Bien qu'en dfl
telles cin·onslances les deux ré~im~nls fussent emplo~é~, néanmoins Cl'lui qui était de
service se mellait Pn première ligne. C'était
le tour du ~4• de cha seurs. Pour éviter
Ioule bé-itation, le bra,·e général Castex vient
Ee plact'r en lèle du régimeut, le conduit rapidement mr les bataillons russes, les enfonce cl fnit 400 prisonniers, en n'éprouvant
qu'une perle légl're. Caslf'X en Ira courageusement le premier dans les rang ennemis;
sou cheval fut Lué d'un coup de baïonnette,
et le général, dans sa chute, eut un pied
foulé. li oc put pendant plusieurs jours diriger la brigi.dt!, dont le colonel A ... prit le
commandement.
Les balaillon russes que le 24° venait de
sabrer a1·aient été remplacés sur-le-cbamp
par d'autres, rpii déhouchaient de Jakoubowo
el s'avançaient sur nous rapidement. Le maréchal ayant alors emO)'é à M. A... l'ordre de
le attaquer, cdui-ci commanda le passage
rie ligne en avanlf ce que j'exécutai au~sitot. Arri1·é en première ligne, le ~3•, s'étant
remis en bat.aille, marcha vers l'infanlerie
rust-e, qui s'arrêta et nous .illendil de pied
ferme : c'étail le règimenl de 'fambolf. Dès
qm: nous f 1'1mes à bonne portée, je commandai la l'l1arge! ... Elle fut cxéc1Jtée arec d'aula•1t plu de résolution t-l d'ensemble que
rues cal'alicrs, outre leur courage habituel,
étaient vivement ~limulê~ par la pensée que
leurs camarades du 2 t• uivaienl des yeux
tou lctw moul'ementsl. .. Les ennemis commirent la foule foorme, selon moi, de démunir leur ligne de loul son fou à la fois, en
nous tirant une bordée qui, mal ajustée, ne
tua ou ùle sa que quelque hommes et quelques chevaux : un fou de file eùt été bien
plu meurlrit&gt;r. Les Bus es Youlurenl recharger leurs armes, ruais nous ne leur en laissâmes pas le temps: nos excellent chevaux,
lanré,i à fond de train, arrivèrenL ur eux, el
,Ill choc fut si violent qu·uuc,foule d'ennemis
îurenl jetés à terre!... Beaucoup se relevèrent en essa1anl de se défendre avec la baîonnelle contre Jr, coups de pointe de no cbasf•urs; mais aprè al'oir essu1é de grand~s
perles, ils reculèrt:nl, puis se débaudèrent, t!l
un bon nomLre furent tué ou pris en fuyant
ver· un- régiment de tarnlerie qui arrivait à
leur ~ecours. C'étaieul les bus. ards de Grodno .
0

J'ai remarqué que lorsqu'un corps en a
battu un autre, il conser-re toujours sa supériorilé sur lui. J'en vis ici une nouvelle
preuve, car les chasseurs du 25, s'éhnci&gt;renl
comme sur une proie facile contre les hussards de Grodno &lt;fu'ils a,·aient jadi i bien
bat lu dans le combat de nuil de Drouia, et
les hussards, ayant reronnu leurs vainqueurs,
:;'enfuirent à toutes jambes! Ce ré:?imenl fut
pendant tout le re te de la campagne en face
d n 2;;•, qui conserva toujour:,; ur lui le
mème ascendant.
Pendant que les événements que je viens
de racontrr se pasi:aienl à notre aile droite,
l'infanterie du centre et &lt;le la gauche ayant
allaqué le. I\usses, ceux-ci, ballus sur tous
le points, abandonnèrent le champ de bataille, el à la tombée de La nuit ils allèrent
prendre po,ilion à une lieue de là. 'otre armée rrarda CPlle qu'el)e occnpait entre Jakoubowo et l'embranchement de Klia titsoui. La
joie fut grande ce soir-fi dans les bivouacs
de la brigade, car nous étion vainqueurs! ...
Mon régiment avait pris le drapeau des Canlassins de TamboO', el le 2-ie s'élait aussi
emparé de celui da corps ru se qu'il avait
enfoncé; mais le cootentemenl qu'il éprouvait se tromait affaibli par le regret de avoir ses deux chefs d'escadrons blessés. Le
premier, 1. Monginot, était sous Lous les
r11pporl un officier du plu grand mérite; le
second, frère du colonel, san avoir les talents
ni l'esprit de son aîné, était un orficier des
plus intrépides. Crs deux chef- d'escadrons
se rétablirent pro ru ptcment et firent le reste
de la campagne.
Lor qu'un corps cherche à toul'Jle,· son ennemi, il s'expo$e à être tourné lui-mème.
C'est ce qui était arrivé à Wittgenstein, car
œ général, qui le 29 avait quitté la roule de
Péter~Lourg pour se jeter sur la gauche et
.ur les derrières de l'armée françai e, avait
compromis par là sa ligne de communieatioo
dont Oudinot aurait pu le séparer complètement, si, après l'avoir battu Je :iO, il l'eùl
poussé vigonreu ement. La ituation du général rus~e était d'autant plus dangereuse
que, placé en face d'une armée victorieuse
qui lui barrait le chemin de la retraite, il
apprit que le maréchal Macdonald, après avoir
passé la 0iina el pris la place de 0ünabourg,
aYançait sur ses derrière . Pour sortir de ce
mauvais pa~, Wittgenstein avait habilement
employé Loule la nuil après le combat pour
faire à travers champs un détour qui, par
Jakouùowo, ramenait son armée sur la route
de Saint-Pélersbourg. au delà du relais de
Kliaslilsoui. Mais craignant que la droite de
Français, po Lée à peu de distance de ce
point, ne ,int fondre sur ses troupe pendant
leur marche de Uanc, il avait résolu de l'en
cmpêi:bn eu auaquanl lui-même noire aile
droite avec des forces supérieures, pendant
que le gro de l'armée, exécutant son mouvement, rec,agnerait la route de aint•Pélersbourg et roul'rirait se communication aYec
ebej.
Le lendemain ~ 1 juillet, mon régiment
prenait le ervice au le\'er de l'aurore, lors-

, ________________________ JJft.M01'J{ES

DU GiNÉR,_A,L BAR..ON DE MA~OT ~

rru'oo, s'aperçut qu'une partie de l'armée en- pour l'extraire, élargir la plaie, dont on voit de prisonniers. Cependant, les Russes étaient
parvenus à gagner la roule de aint-Péler nemie, bauue la veille par nom, apnl con- encore la grande cicatrice.
Je vou vavoaerai que si j'eus,e alors été bourg, par laquelle ils elfectuaient leur
tourné la -pointe de notre aile droite, était en
pleine retraite rnr ~ebej, tandis que le sur- colonel, j'aurais suivi les uornbreux hies és relraite sur Sebej.
Pour se rendre du relais de Kliastilsoui lt
plus venait noas allaquer à Kliastitsoui. En du corps d'armée qu'on dirigeait 1·ers Polotsk,
celle , ille, il fau Ltraverser le lrt!s ras le maun clin d'œil, toute. les troupes du maréchal
rais de l,hodanui, au milieu duquel la grande
Oudinot furent sou les armes; mai· penroute est élevée sur une digue formée par
dant que les généraux prenaient leors di~pod'immenses sapin · couchés les uns auprès
sition~ tle combat, une forte colonne de gredes autres. Un fos. é, ou plutôt un canal
nadiers russe , attaquant nos allié, de la
large el profond, règne des deux côtés de
légion portugaise, le mit dans un désordre
celte digue, et il n'exi le aucun autre pascomplet, puis elle se dirigeait Yer- la va le et
sarre, à moins de se jeter bien loin de la
f11rle mai on du relais, point important dont
di;ection de Scbej. Ce défilé a près d'une
elle allait -'emparer, lorsqu" le maréchal Oulieue
de long, mai la route en bois qui en
dinot, l,1ujour. l'un des premiers au feu,
assure
fa viabilité est d'une largeur très conaccourt vers mon régiment déjà rendu aux
siMrablc. Aussi, dans lïmpnssiLilité de pla:11anl-po les, t!l m'ordo11nc de t.icber d'arrècer des tirailleurs dans le marais, les I\usses
ler, ou du moins de rl'l,1rder la marche des
se reliraient-ils en épaisses colonnes par celle
ennemi ju~qu 'à l'arrivée &lt;le outre infanterie
roule factice, au delà de laquelle nos cartes
qui ·a,·ançait rapidrmenl. J't'nlèYr ruon réindiyuaient une plaine. Le maréchal Oudinot,
f,rimeul au galop el fais .onnn la charge, en
voulanl romplélcr sa victoire, avait résolu de
1m·na11l oJJliquemenl la ligne ennemie par sa
les y suivre. A cet e0et, il avait déjà engagé
droite, ce qui gêne infiniment le feu de L'iusur la roule du marais la division d'infanterie
l'anteric; au ·i:i celui que les grenadiers ennedu gênerai Verdier, que devait suivre d'abord
mis firent sur uous fut-il presque oui, et ils
la brigade de cavalerie Ca Lex, puis tout le
allaient êlrè abrés 11igourcusemenl, car le
corps d'armée. Mon régiment n'était pas
désordre était déjà parmi eux, lor~quc, soit
encore entré en li 0 ne lorsque je le rejoignis.
par in Linct, soit sur le commandtlmrnl de
En me voyant me replacer h leur tète malleur cbel', ils font de1J1i-tour et gagnent en
gré ma blessure, officiers, sous-o[ficier el
courant un large fossé, qu'en ,·enanl ils
a1aienl laissé derrière eux. Tous s'y précipichasseurs me reçurent par une acclamation
tèrent, el là, couverts jusqu'au menton, il~
générale, qui prouvait l'estime et l'attacheMARÉCHAL SEBASTIANI.
commencèrent un feu de file des mieux nourment que ces braves gens avaient conçus
Gravure de D&amp;LANNOV, J.'atrts lt tablea/4 ,tt
ris! J't:us loot de suite six à sepl hommes
pour moi; j'en rus prorondoment louché. Je
\\"rNTERIIALTER . lM/lsèe .ie Versailles .)
tués, une vingtaine de blessés, et reçus une
fu surtout pénétré de re1:onnais•ance pour la
halle au d&lt;1faul de l'épaule gauche. Me, cavasali faction qu'exprima, en me reroyant,
lier, étaient furieux; mais notre rage était el que, passant la Diina, je me serais rendu mon camarade, le chef d'escadrons Fonlaine.
impuissante contre des hommes qu'il nous dans quelt1ue ville de Lithuanie pour m'y Cel officier, quoique fort brave et très caétait physiquement impo · ible de joindre! ... faire soigner. Mais je n'étais que simple chef pable., avail si peu d'ambition qu'il était restr
Dan cc ruoment critique, le général ~lai.son,
d'escadrons; !'Empereur pouvait en une dix-huit ans simple capitaine, al'ait refu~é
arrivant avec sa Lrigade d'infanterie, m'en- journée de poste arriver à Witep.k, passer trois fois le grade de chef d'escadrons el 110
voya l'ordre dti passer derrière ses bataillons; uuc revue du corps, el il n'accordait rien l'avait accepté que sur l'ordre formel de
pui il alta,yua par le deux flanC! le fo sé, qu'aux militaires présents sous les armes . !'Empereur.
dont les t.léfon eur~ furent tous tués ou Cet u age, qui, au premier a pect, parait
Je repris donc le commandement du 25•,
pris.
cruel, était néanmoins basé sur lïntérèt du qui pénétra dans le marais à la suite de la
Quant à moi, gri,~vement ùle sé, je fus service, car il timulait le zèle des ùlcssé., di vi iou Verdier, sur laquelle les derniers
cont.luil aupr1\,; &lt;lu relais. On ml:l desi:ent.lit qni, au lieu de traîner dans les hôpitaux, pelotons de la colonne ennemie s'étaient
de cheval à grand'peine. Le bon docteur Pa- s'empressaient de rejoindre leurs corps res- bornés à tirer de loin quel~ues coups de
roi, chirurgit"n-major du régiment, vint DJe pectifs dès que leurs forces le permettaient. fusil Lanl qu'on fut dans le défilé; mais, dès
panser; mais à peine celle opération était-elle L'effectif di; l'armée y gagnait infiniment. A que nos fantas ins débouchèrent dans la
commencée que nous fames obligés de l'in- toutes les raison· dites plus haut, se joi- plaine, ih,perçurent l'armée russe déployée,
terrompre. L'iufa.oterie ru ·se attaquait de gnaient mes succès del'anl l'ennemi, mon dont l'arlillerie les reçut par un feu lerrible.
nouveau, et une grêle de balles tombait au- allachement au régiment, ma rée.ente bles- Cependant, malgré leurs pertes, le bataillons
tour de nous! ous uous éloignàme donc sure reçue en combatl:m t dans les rangs; français n'en ronlinuèrent pas moins à marhors de la portée des fusil~. I.e docteur trou va tout m'engageait à ne pas m'éloigner. Je cher en avant. Bienlùt il ~e lrou\'èrent Lou
ma Lles ·ure grave : elle tûl été mortelle . i restai donc, malgré ll!S douleur· intoléraùles hors du défilé, el ce fut à mon régiment à
les grosses Lor ades de l'épaulette, que la que j'éprouvais; puis, après avoir mis mon parallre dans la plaine, à la lèle de la briballe avait dù traverser avanL d'atteindre ma bra en écharpe tant bien que mal et m'être gade. Le colonel A. .. ., qui la commaudaiL
per unoe, n'eussent changé la direction el fait bisser à cheval, je rejoignis mon régi- provi oiremeut, n'étaut pas là pour nou
beaucoup amorli la force du coup. Il avait menl.
diriger, je onrreai à éloigner le plus possible
néaumoin été si rude que le haut de mon
mon régiment de œ point dangereux. el lui
corp--, poussé violemment en arrière, était
fi prendrti le galop dès que l'iufanterie m·eul
CHAPITRE IX
aile lou~her la croupe de mon cheval; aus i
fait place. J'eu' néanmoins sept ou huit
1, ofiicter el chruseurs qui me suivaient me Défilé des mnrais de Sebej. - Retraite . - Brillante bomm.e- Laés el un plus grand nomhre de
atfaire du gué de Ïvot.sduna. - '.\Jort ,hi KoulnietT.
crurent-il mort, el Je serai tombé si me
blessés. Le 2i", qui me suirniL, soulîrit
- Retour olfon if. - Derniers adieu .
ordonnances ne m'eussent soutenu. Le panau j Leaucoup. li en fut de même de la
-ement fut trè douloureux, car la balle
di1•ision d'infantl'rie llu général Legrand:
Depuis que j'avai été blessé, l'état de
'était iucru Lée dans les os, au point où le choses élc1iL Lien changé; nos troupes araient mais, dès qu'elle fut formée dans la plaine,
baut du bra · e joint à la clavicule. Il fallut, hattu Witlgenstein el fait un grand nombre le maréchal Oudinot, ayant attaqué les lignes

�ms io'J{1.ll

-----------------------------------------.#

-ennemies, leur arlillerje divisa ses feux sur
plusieurs points, et la sortie du défilé seraiL
,deYenue moins périlleuse pour les autres
troupes, si Wittgenstein n'eût en ce moment
attaqué avec toutes ses forces c~lles que nous
avions dans la plaine. La supériorité du
nombre nous contraignit à céder le terrain
ayant l'arrivée du reste de notre armée, et
nous dùmes Lallre en retraite vers le défilé
Je Kbodanui. Ileureusement, celle voie était
fort large, ce qui nous permit d'y marcher
facilement par peloLons.
Du moment qu'on quittait la plaine, la
&lt;:avalerie dernnait plus embarrassante qu'utile;
œ fut elle que le maréchal 6t retirer la première. Elle fut suivie par la division d'infanterie Verdier, dont le général venait d'être
grièvement blessé. La division Legrand fit
l'arrière-garde. Sa dernière brigade, commandée par le général Albert, eut à soutenir
u.n combat très vif au moment où ses derniers
bataillons étaient sur le point de s'engager
dans le marais; mais une fois qu'ils y furent
en c6lonne, le général Albert ayant placé à la
queue huit pièce de canon qui, tout en se
retirant, faisaient feu sur l'avant-garde ennemie, celle-ci éprouva il on tour de grandes
pertes. En efTet, ses pièces ne tiraient que
fort rarement, parce que, après chaque coup,
il fallait qu'elles fissent nn premier demi-tour
pour continuer la poursui le et un second pour
se remettre en halleri~, mouvements lents el
fort embarrassants dans un dé6lé. L'artillerie
rus e nous fit donc peu de mal dans le passage du marai .
La fin du jour approchait lorsque les
troupes françaises, sortant du défilé, repassèrent devant Kliasti lsoui et se trouvèrent
sur les rives de la Drissa, au gué de Sivotschina, qu'elles avaient traversé le matin en
poursuivant les Russes, après les avoir battus
à Kliastilsoui. Ceux-ci venaient de prendre
leur revanche, car, après nous avoir fait
perdre sept ou huit cents hommes dans la
plaine, au delà du marais, ils nous poussèrent
il leur Lour l'épée dans les reins!. .. Ponr
mettre fin au combat et donner un peu de
repos à l'armée, le maréchal Oudinot lui lit
traverser le gué de Sivolschina et la mena
camper à Biéloé.
La nuit commençai!, lorsque les avan1postes laissés en observation sur la Drissa
firent savoir que les ennemis pas aient ce
cours d'eau. Le maréchal Oudinot, 'étant
rendu promptement yer; ce point, reconnut
que huit bataillons russes, ayant sur leur
front quatorze bouches à feu en batterie,
venaient d'établir leurs bivouacs sur la rive
gauche, que nous occupions. Le surplus de
leur armée était de l'autre côté de la Dris a,

se préparant ,ans doule à la lrarnr,er le lendemain pour Yenir nous attaquPr. Celle
avant-garde était commandée par le général
Koalnieff, homme fort enlreprenant, mais
ayant, comme la plupart des officiers russes
ile celle époque, la mauvaise habitude de
boire une trop grande quantité d'eau-de-vie.
Il paraît qu'il en avait pris ce soir-Hl outre
mesurt&gt;, car on ne saurait explif1uer autrement la faute énorme qu'il commil en venant,
avec huit bataillon seulement, camper à peu
de di~tance d'une armée de 40,000 homme~.
et cela dans les conditions les plus défavorables pour lui. En effet, le général ru.~e
avait, à deux cenLs pas dPrrière a ligne, la
Orissa, qui, à l'exception du gué, était infranchissable, non point à cause du volume de ses
eaux, mais parce que les berges, coupées à
pic, ont une élévation de 15 à 20 pieds.
Koulnielf n'al'ait ainsi d'autre retraite que
par le gué. Or, pouvait-il espérer, en cas de
défaite, que ses huit bataillons et quatorze
canons s'écouleraient assez promptement par
ceL unique passage devant les forces considérables de l'armée française, &lt;JUi pouvait
d'un instant à l'autre fondre sur eux du lieu
voisin qu'elle occupait. à Biéloé'? Non!. ..
)fais il paraît qne le général Koulruefl' était
hors d'état de faire ces rétlexions lorsqu'il
plaça son camp sur la rive gauche du ruisseau. On doit donc s'étonner que pour l'établissement de son avant-garde, le général
en chef Wiugenstein s'en soit rapporté à
Koulnie.ff, dont il devait connaître les habitudes dïntempérance.
Pendant que la tête de colonne des Russes
se portait arrogamment à une aussi petite
distance de nous, une grande confusion
réanait, uon parmi les troupes françaises,
mais parmi leurs chef:-. Le maréchal Oudinot, homme des plus braves, manquait de
6xité dans ses résolutions et pa sait en un
instant d'un projet d'allaque à de~ dispositions de retraite. Les pertes qu'il venait
d'éprouver vers la fin de la journée de l'autre
côté du grand marais l'ayant jeté dans une
grande perplexité, il ne saYait comment faire
pour e1éculer les ordres de !'Empereur, qui
lui enjoignaient de refouler W1ugenstein . ur
la route de Saint-Pétersbourg, au moins jusqu'à Sebej el Newel. Ce fut donc avec grande
joie que le maréchal reçut pendant la nuit
une dépêche qui lui annonçait la très prochaine arrivée d'on corps de Da\'arois commandés par le général Jint-Cyr, que !'Empereur plaçait sous ses ordres. Mais au lieu
d'attendre ce puisfanl renfort dans une bonne
position, Oudinot, conseillé par le général
d'artillerie Dulauloy, voulait aller recevoir les
Bavarois en faisant rétrograder toute son

armée ju~qn 'à Polotsk !. .. Cette pensée
inexplicable lrom•n une très vive opposition
dans la réunion de généraux conrnqués par
le maréchal. Le brave général Legrand expliqua que, bit&gt;n que no- succès de la matinée
eussent été contre-balancés par les pertes de
la soirée, l'arm~e était cependant on ne peul
mieux dispo ée à marcher à l'ennemi ; que
la faire battre en retraite sur Polot k serait
ébranler son moral et la présenter aux Bavarois comme one troupe rnincue venant chercher un refuge auprès d'eux; enfrn que celte
pensée seule dernit indigner Lous les cœurs
français. La chalenreuse aUoculion de Legrand ayant réuni les suffrages de Lons les
généraux, le maréchal déclara renoncer à son
projel de retraite.
li restait à résoudre une question fort importante. Que fera-L-on d~s 11ue le jour paraitra1 Le général Legrand, avecl'ascendant que
lui donnaient son ancienneté, ses beaux services el sa grande habitude de la guerre,
proposa de profiler de la faute commise par
KoulnieIT pour attaquer l'arnnt-garde russe,
si imprudemment placée sam appui sur la
rive occupée par nous, el de la rejeter dans
la Orissa qu'il avait à dos.
Cet avis ayant été adopté par le maréchal
el tout le conseil, l'exécution en fut confiée
au général Legrand.
Le camp de l'armée d'Oudioot était situ~
dans une forêt de grands sapins fort espacés
rntre eux. Au delà, se trouvait une immense
clairière. Les lisières du bois prenaient la
forme d'un arc donl les deux pointes aboutissaient à la Oris~a, qui figurait la corde de
cet arc. Le bivouac des huit bataillon russes
se trouvait établi très près de la rivière, en
face du gué. Quatorze canons étaient en batterie sui· le front de Landière.
Le général Legrand, voulant surprendre
l'ennemi, prescrivit au général Albert d'enrayer dans chacune des deux parties du bois
qui figuraient les côtés de l'arc, un régi.ment
d'infanterie qui, s'avançant vers les rxtrémité~ de la corde, devait prendre en flanc le
camp ennemi, dès qu'il entendrait la marche
d'un régiment de cavalerie; celui-ci. sortant
du bois par le centre de l'arc, devait fondre
à toutes jambes sur les bataillons russe el
les pousser dans le ravin. La tâche qu'avait à
remplir la cavalerie était, comme on le voit,
la plus périlleuse, car non seulement elle
devait attaquer de front la ligne ennemie
garnie de 6,000 fusils, mais essuyer le îeu
de quatoru pièces d'artillerie avant de joindre les Pnnemi~ ! JI est ,rai qu'en agisf!ant
par surprise, on espérait trouver les Russes endormis et éprouver peu de rési tance.

(A suivre.)

GÉNÉRAL

DE

MAR BOT'

LES FEMMES DU SECOND EMPJRE
+

La princesse de Metternich
Par Frédéric LOUÉE.

li

On n'occupe pas impunément de
es
moindres gestes l'attention particulière et la
curiosi1é publique. Conseillère très émancipée de genre et de tenue chez l'impératrice,
elle encourait forcément devant l'opinion les
responsabilités de cette sorte de direction
mondaine pleine de turbulence. Tout n'en retournait point à l'avantage de la spirituelle,
un peu irrégulière et très originale ambassadrice. L'esprit enjoué de la pru1cesse et le
parfum d'exotisme, qui relevaient ses goûts
d'indépendance et de fantaisie, avaient fait
fortune à Paris. lis y rencontrèrent des critique . Maintes épigrammes à son adresse, et
dont elle ne se souciait mie, , olligeaicnt dans
les journaux. Les
tirailleurs de lapetite presse s'en
prenaient à la surintendantedes plaisirs impériaux
d'une influence
dont on exagérait
les suites el la portée, mais qui contri bu aient bien,
pour leur part, à
I'écervèlemenl général. Tel artîclier
du Nain jaune,
qui devait un peu
plus tard tourner
des madrigaux en
vers à son honneur, l'appelait
~f me de Risquenville. Tel autre, un
virtuose du Chm·ivari, trouvait à lïrrégularîté des lignes de on visage
préte1 te à une méchante raillerie, llNE REPRËSE~TATJON DES
que s'empri,ssèrent à colporter
Lous _les faiseurs d'anas. On lui reprochait
d'aimer trop la danse, la comédie et la ci1

1. ~es sponla~éilés, in.ouciantes tic l'clTcL qu'elles
po_uça11ml pro1lu1re. hors du cercle où dies 'e,rrr3u•nl co~e chez oi, côloyaic11t, 1rnrfoi • l'impru•lencc. Un J?Ur ùe 1867, l'année de l'~:rposilion, elle
~ promenait à pied. li lui prend fmnlai~ie d'aller
Jeter un cou11 d"œil au conrour,, cli;s nations. ans

garelte, N'était-œ pas Aurélien choll, qui
lui dressait un blâme de fumer « comme un
bateau à vapeur 1)? Ce qui était plus malicieux qu'exact. Aus$i hieu la Liberté, dont
elle donnaü l'exemple, sur ce détail, - pareille à beaucoup de grandes dames d'Autriche et de fiusje, - elle la laissait chez
elle, dans l'intime, à ses im·ités, et c'était un
des privilèges appréciés de sa maison.
On lui rapportait ces propos de chronique;
elle secouait les épaules, ripostait d'un coup
d'ilpingle, cl cela ne l'empêchait pas, disaitelle, de mener son .fiacre.
Des attaques la touchaient davantage, sous
une forme plus directe, plus pénétrante. Ce
qu'elle avait d'aisance dan ses propos, de
hardie gentiOesse dans ses allures, de prime-

• COllàŒNTAJRES DE CÉSAR •. A

Ol!PIÈGNE. -

Sur quel Lon en parlail le fielleux YielCastel, entre autres, je vous le laisse à supposer d'après celle unique phrase, cueillie à
la bonne place de ses Mémoires terriblement
vindicatif~, ou injurieux pour bien des gens :
(( Mme la princesse de Mellernich, qui a
pris les manières el le ton des lorelles, est
une fa,·orite de l'impératrice, qui la met de
toutes les parties; elle boit, elle fume, elle
jone, et elle conte des histoires. »
Très découvertes, en effet, ces histoires,
s'il est vrai qu'elle raconta celle qu'il lui
prête pour l'avoir dite à Trianon, en présence de l'empereur et des services de Leurs
Majestés, et que nous ne répéterons point.
De cer1ains esprits chatouilleux lui faisaient un blâme public de ce franc parler,
quoique la liberté
des mols ne soit
souvent que La
preuve d'une moindre hypocrisie dans
l'âme.Onl'écrivail.
On l'imprimait. Et
elle en épromait
quelque émotion ,
fort légitimement.
lei se place un
épi ode, qui, pour
la singularité des
circon tances, le relief des détails et
le romanesque du
dénouement, vaut
d'être révélé lout
au long, comme il
me fut conté par
l'un de ceux qui y
eurent le plus dire,·Lement part.
Un volume venait de paraitre,
qui fit aussi tôt
j!'rand tapage ; les

CColleclion au lll•RQt11s oE MAssA .)

Femmes d' aujour-

i:autier dans ses actes 1 , trouvait de rudes
cen::-eurs.

d'hui, par Gu1 de
Charnacé. Tels de
ces portraits, ramenés à une note uniforme
de galanlt:rie délicate, prêtaient à l'équivoque

attendre son équipage, implemenl, elle hèle un
cocher de fiacre; et. a,·cc ce sons-fa~on d'une grandr
dame élrnngére pulant à rua· de ses servilc&gt;nrs :
1 Cocher. connuis-rnoi au Champ-de-llars ».comnlnnde-L-elle. C'clui-ei, gouailleur rl se lrornpnnt sur
la qualité de ln personne, ou, pour répondre tlu

lac au tac, c-n citoyen français, se tourne el dit arec
uo llon sow·ire :
q
Tu me tutoies ..• Alors, c'est 1lonc de l'amour? •
Jufps Janin contait celle anecJote à PbitibeTL Audcbrand, qui me la rapportait. un malin qu'il ounail
iJ grande eau l'écluse de ~ ourC'nirs .

..... 299 ...

�, . _. H1STO~l.ll
par l'imprécision des lignes el le nébuleux
Le\é de bonne heure, ce matin-là, l'âme Charnacé demcur:\t, un moment, comme héJcs fonds; car on n'y nommait personne, on tranquille, el ne se doutant guère du rom- sitant à s'expliquer le bien fondé de cette
ne laissait que deviner les res~emhlauce~. ploL qu'on avait formé C'Onlre !ni, mais son- passe d"armes à laquelle le provoquait, paIYautrt&gt;s, au contraire, envel1,ppés de con- geant en douceur à quelque nomelle beauté, reil aux jouteurs du moyen âge, un chetuurs plus nets ou gra\·és d'une roinlë 1•lus dont il aurait à charmn son imagination rn valier ba1a1Heur.
·
profonde, trahissaient, à pre« - Messieurs, répondit-il,
1.0ière vue, sous l'anonyme, ce
vous me Yoyez fort . urpris. Je
~ignalemenl i;énéral el vivant
ne sa\ais pas que M. de Gallil'dtlS per~onnalités, anqud ou ne
fet fût le parPnl ou le répon~e trompe point. 11 u·y avait
ddnt de Mme de Mell,·rnich. »
pas d'erreur possible, par exemL'ironie étalt de mise en la
ple, quand il s'agissait de ren1p1estion. Le comte du Lau, qui
v,,yer à son prototype le d1.:..
ne man4uait pas d'e~prit, se
calque satirisé de &lt;( la reine
défendit, pourtant, d'engager
Pc:sle », une illustre princesse
la conver~ation sm cc ton.
étrangère, dont les h1rdis oa« - N'e jouons pas sur les
pricP,s pou. ,aient trop à l'imiwoli:. Nous accomplissons notre
tation de certaines élé;::ances
mis~iun. Et nous vous deman[relatées. L'au leur aYail é,•idemdons une réponse.
menl visé Mme de lletternich.
&lt;t ~fais, en admettant que
Au nomb1·e de qualre-ving1s,
li. de Gall ilfet soit chargé de
les médaillons qui composaient
prendr~ fait el cause pour une
la galerie, étaient pour la pluprincesse étrangère eu puispart tout·nés à l'avanlage de
~auce de mari, sur quel point
leurs modèles. Les soixante-dix
'°ns appuyez-\·ous aJi.n de jus011 soixanle-qninze personnes,
lifier voire afffrmation? Sur
dont on prônait lus verlns et
quel signe évident hasez-Yous
les charmes. se dissimulèrent
\'Oire opinion que j'aie rnulu
sous le fard de la pudeur et
faire le portrait et la critique
Ceignirent de ne , pas s'aperced'une princesse que je n'ai pas
voir 'lu' elles fussent en cause.
nommét'?
Les q11el,1ues femmes attaquées,
&lt;t Mon Dieu, il n'y a pas
en r('vanche, s'agitèrent forieuà chercher. La voix publique
semt&gt;nt. 'EUes se prétendaient
e~t unanime à déclarer qu'en
ralomuiées d'une manière inpl'ignanl &lt;i. la reine Pesle », et
digne. outragées, déshonorées.
sous de telles coulc,1rs, vous
li fallait venger l'honneur fémivisiez per~onneUemenl la prinnin. On tint cc1nscil pour aviser
cesse de Metternich.
an chfttiment du témeraire.
« - Celte \'Oix publique el
Un véritable orage surgit dn
moi nous n'a,·ons rien à démè-cboc de ces amours-propres ft1ler ensemLle. Je n'ai pas de réminins sures.cités. La colère de
ponse à vous donner. »
quelques-unes était au ,·oruulc. LE MARQUIS PUJLIPPF. DE l\1.ASSA, El'\ COS'flJME DE SOUS·LlEUTENANT DES GUIDES
Le priuce d'Aremberg regarUans une réunion plus animée
DE L.\ GARDE. D'après une pliologra.f&gt;hle [aile e1i 1856.
dant alors en face le marquis
que de coutume, où fai,aient
de Cbarnacé :
corps, autour de Mme dti ~let- «Mon ieur, c'est au genternich, les ennemies de Charnacé, on venait des inant ses traits, M. de Charnacé se sen- tilhomme que je m'adresse. Oui ou non,
de lire, à haute voix, le portrait de 11 la tait de la meilleure humenr dn monde, lors- avez-vous eu l'iclention &lt;!e loucher indirecreine Pesle l&gt;. Et les protestations naient qu'on frappa à la porte de sa chambre.
tement, dans l'opinion du monde, la prinredoublé. On avait souligné chaque trait
&lt;&lt; Qu'esl-ce1
cesse de Mellernicb? )&gt;
avec une indignation feinle ou siocère. Pou« - Deux cartes pour M. le marquis. )l
Sur celte interpellation, M. de Charaacé
vait-on souffrir cela? 10n certes. Il rut
Il tPnd la main, jette nn regard :
estime qu'il n'y a plus de mesure à garder.
décidé qu'un champion serait emo~·é au
« - Faites entrer le comte du Lau et Je
&lt;&lt; Oui, messieurs. Cr.soir, à ix helll'e.s,
hardi contempteur des princesses. kquel? princed'AremLerg. &gt;)
vous recevrez la vi,ilc de mes témoins. »
ll fallait choisir une t1nc lame, sans doute,
A la manière d'être cérémonieuse des perIl en fut ainsi. I.e lieu dè rencontre devait
un vengeur assuré. Le nocn se présentait de sonnage introduits, à leur salutalion froide être le Tir aux pigt'OllS du bois de Boulogne,
soi. Comment n'aurait-on pas d'abord pen é et grave, à la façon dont ils s'asseoient sur le nn cercle fermé où l'on ne risquait point
au colonel marquis de Gallill'etl? Trop gàté bord de leurs &amp;ièges comme des gens n'ayant d'être interrompu ni dérangé. Dès l'aube
des femmes pour avoir à leur refuser quoi qu'un mot à dire et à prendre congé aus itôt printanière, à cinq benrP5, le$ comliattants et
que ce fùt, et goùtanl fort, pom· son compte, ~près, il est aisé de s'apercevoir qu'ils ne l"urs témoins avaie1Jt à s'y trouver. Quelle
l'aventure d le tapage qui en pouvait ré:.ul- sont pas venus en ambassadeurs d'une partie serait l'issue d'un dnel si léirerement engagé'!
ler, celui-ci n'hésita point à relever le gant: de plaisir.
Les amis de Charnaré n'étaient pas san
a :llesdanrns, mon éple et ma foi sont à
&lt;l - Monsieur, prononce le prince d'Arem- crairile. On savait la réputation de tireur de
vou . l&gt; Et il envoya ses hérauts d'arme, je berg, nous ,enons de la part de notre ami le GalliJiet. .M. de Charna, é 11 'a,·ait pas louché
veux di.re ses deux témoin!-, au gentilhomme colonel de Galli.lT~t ,·ous demander répara- une épée d11puis a, ~z longtemps. N'aUait-il
de lellres.
tioo, à l'occa ion dn portrait plutôL malveil- pa être en état d'in[ériorité manift'SIP vi ·-à1. , l,e li,l~le, et l,ruyn11l r.alliffcl, •111c j"aime a,·ec lant qv'il vous a pJu de tracer de 1a prin- "is de son ad l'crsaire? Cédan l au conseil
,e· l\'raaJl's ~•ialilésrl mal~1·i· ~es immensés dêl"aub. ,
cesse de ~lellernicb. u
qu'on lui donna, il se rendit, la veille, dans
(Lellrc de {Il pri11ccs.•e de .lfr llemicli a11 m11rq11is
Le cas était assez iogulier pour que M. de une salle d'armes pour s'y refaire la main et
de ,llassn, Il juin 18ü7 .)
.... 300 ..,.

�1f1ST0~1.1l----------------------~
reprendre l'assiette. La séance dut !!Ire à
souhait en belles ripostes et st1res parad('S,
car le vieux maitre, le célèbre épéiste Robert,
répondant aux inq-uiétudes des lémoins de
Charnacé sur l'ardeur connue de Galliffet,
o'eut q-ue ce mot à leur dire :
« - M. de Charnacé est pre rp1e intouchable. 1&gt;
On s'en aperçul le lendemain, tandis que
les pieds trempaient dans la rosée, sous le
ciel encore brumetu. Les adversaires sont en
garde. GaUiffet s'est précipité comme un
lion, avec la fougue de la jeunesse et de son
tempérament. Charnacé soutient le choc et
riposte du tac au lac. La solidilé de l'altitude
ne le cède point à l't&gt;nragement des coups
portés. Au bout de quelques minutes, dans
l'intervalle d'une reprise, le colonel de Galliffet s'arrête. Les témoins se rapprochent.
Des signes sont échangés, puis des pl\foles à
mi-voix avec ceux de M. de Charnacé. Un
colloque s'engage, qui ne semble pa abo11 tir.
De 11uoi s'agit-il?Oa en fait part à Charnacé.
M. de Galliffet se plaint d'a\oir le poignet
engourdi, et demande à plonger sa main
dans une cuvette d'eau froide. On ne juge
pas sa demande admissible. Vrai gentilhomme d'ancienne race, àf. de Charnaré répond : &lt;t Qu'on aille donc chercher la
curette! J&gt; ~t l'un des domestiques du
cercle, en livrée rouge el en bas bleus, apporte le récipient. Le marquis de Galliffet a
pu rafraîchir sa main et faire cesserl'engourdissemenl qui paral}·sait son énergie. Le
combat a recommencé. Il dure depuis quelques minutes, sans résultat, lorsque de nouveau le bouillant of.ficier réclame le secours
de l'eau froide. On rengage le fer. Ce long
combat menace de ne se terminer que par la
fatigue des adversaires. 11 prend fin cependant, et d'une façon assez bénigne. En parant
un des retours impétueux de Gallilfot, M. de
Cbarnacé a ramené contre sa cui se l'épée de
son adversaire. Une veinule se déchire. Un
peu de sang jaillit et humecte son pantalon
blanc. Galliffet est sauf. La blessure de
Charnacé est plus que légère. Les témoins
s'interposent et déclarent l'honneur satisfait.
Le duel avait duré trente-cinq minutes. TI
eul un épilogue digne d'être comparé aux
plus belle fictions de cape el d'épée d'un
Féval ou d'un Dumas. La nuit, a,vait eu lieu,
place Vendôme, un bal donné par la baronne
Schickler. On l était averti de ce qui devait
se pas er, le matin. Toute la société était extrêmement anxieuse sur l'is ue de la rencontre. Or, r1u'arriva-t-il?
En rentrant à son domicile, boulevard
Haussmann, M. de Cbarnacé eut l'étonnement
de voir des équipages en ligne devant sa
maison. Deux bancs, en bordure du trottoir,
étaient remplis de femmes en toilelles de
l. Les ta.bleao.l virnnls ou les tablcaur parlants
n'étaient pas d'une création si nouvelle. Dès l'antiquilè païenne, on . 'l"O)'ait sur les, places pub!\ques
d'Athènes el d.e 51cyone les prctres;;ea de Venus,
sou la figure de Cypris ou de Diane, des Heures ou
des Gràces, ri,1aliser avec les conceptions Jcs peintres
et des sculpleors. On leur avait appris, dans les all'liers des arli~tes, à représc11ler les banquets et les

soirées, de~ amies qui venaienl s'enquérir et
savoir .... Une autre, simplement vêtue, en
babils de jour, se tenait pins loin, à l'écart,
debout, dans la brume du malin, pareille à
une 6g11re moelle d'un tableau de Gérome.
Et quand toutes œs dames furent remontées
dans leurs voitures, lui se dirigea ,·ers celleci et la remercia avec flfu,ion du généreux
élan qui l'avait amenée là. li était six heures
du matin; elle avait dû quitter secrètement
la chambre conjngale, au risque de sa réputation, au risque de son bonheur domestique; puis, rentrer à pied, ayant eu le
Lemps d'apprendre, avant que son mari se
fût réveillé, 1ue son ami était indemne. Héroïsme ,l'affection d'autant plus touchant
cru'il était pur et desintéres!lé. I\ien d'intime
n'existait. fl ne savait rien de cette femme,
sinon que c'était une âme inquiète et sensible, frissonnante à tous les émois de la nature, de la tendresse et de l'art. L'implacable
mal, la phtisie, de sécha de son souîlle aride
la fleur de sa jeunesse. li la revit à ses derniers moments; et il eut l'amère douceur de
poser un baiser sur ce front, où commençaient à couler les sueurs glacées de la
mort.

« - QueJle raison vous fait partir? lui
demanda Mme Walew~ka.
« - Nous nous sommes décidé , mon
mari et moi, à nous rendre à Biarritz. Je suis
heureuse, ici, tranquille, reposée: mai· il
îaut crue nous allions où est la Cour, en ce
moment; sans cela comment seraî$-je inscrite sur le livre des cocodetles?
C( Ah! vous n'ayez pas d'autre motif de
nou quiller? Yous tenez à voir votre nom
dans la série ....
« - Oui, je veux ètre cocodelle, comme
beaucoup d'autres étrangèrtis de ma connaissance, comme la marquise de Yillamerina,
ambassadrice dïlalie; comme les filles de
lord Cowley; comme la duchesse Lilla, lady
Bamilton et la prinet&gt;sseTroubetzkoï. On n'est
pas à la mode, ajoutait-elle, avec un air
d'enrant mutin et obstioé, si l'on n'est pas
cocodelle. »
Et la princesse de Metternicb, qui se gardait irréprocl'rable aux devoirs de la famille,
malgré les entrainement du monde', ne
,·oyait aucun mal à faire cause commune
d'élégance a\'CC un groupe de jeunes femmes
célèbres par leur beauté, leur luxe, et le
charme dont elles paraient des goùts légèrement dissipés. Ayant si peu de contrainte en
ses manières, elle n'en était que plus indulgente à la gaité d'alentour. Pour le reste, elle
n'interrogeait &lt;JU'à la surface l'existence des
autres femmes el fermail à demi les yeux sur
des étourderies qu'elle n'avait pas à regarder
comme des crimes.

Celte diversion a failli nous entrainer hors
de notre sujet. On eut bieotôt oublié le duel
Charnacé-Gallilfet et les causes qui l'avaient
amené. Bien r.:e fut changé, pour cela, au
train des choses. Et Mme de Mellernicb continua de mener ou de suiYre le tourbillon.
En réalité, l'ambassadrice d'Autriche, dans
les côtés ordinaires de sa ,·ie, n'était que
Quand elle n'était pas aux Tuileries, à
l'associée spirituelle du régime auprès duquel Compiègne, à Fontainebleau, toute la société
le hasard, les circonstances de son mariage parisienne pas ait dans ses salons de la rue
l'avaient accréditée. Elle n'inventa ni les de Varenne. Et il en fut ainsi jusqu'aux dertableaux vivants 1 , ni les bals tra,·estis, ni les nières heures du régime impérial. En sepcocodett~, dont on la proclamait la reine. tembre 1870, par la force dès événements,
Elle était dans le train et s'y laoçait à toute Richard de Metternich n'était plus ambassavitesse, parce que son naturel l'y poussait; deur de la Cour d'Autriche en France.
et, pour ne pa rester en arrière, hardiment
Depuis quelques années, du reste, la
elle en prit la tête.
Mai , à l'instant, nous venons de prononcer flamme avait baissé. L'élan n'yétait plus. Oo
un mot, une épithète, qui était alors en vivait au jour le jour, pour vivre. Avec une
grande fureur, et dont la signification a pénétration inquiète elle voyait venir le. évéchangé par la suile. Les cocodettes, c'étaient, nements. Elle el le prince Richard de Mellerdan l'escorte brillanre et vaporeuse de l'lm- nich étaient aux. premières places. La fête
pératrice, les plus belles, les plus sédui- exubérante s'acheva dans un coup de tonsante!: el les plus noble de cet escadron nerre.
volant. En ètre étail le désir ambitieux de
lis en furent touchés au cœur el leurs senbien des jeunes et jolies personnes, Fra11çai e · timent~étaient d'autaotmoins suspects qu'ils
ou étrangères. Et la comtesse Walewska me étaient plus désintéressés. Non plus que son
contait, à ce propos, une anecdote. Avec son prédécesseur, le baron de Hübner, c1ui, un
mari, l'homme d'Etat, elle possédait, à aint- moment, a,ait pu se croire le jeltatore de ce
Germain, un pavillon servant de rendez-,•ous gom·ernement issu d'nn coup de force, le
de chasse. On avait, dans le yoisinage. de prince Richard ne s'étail trahi, un seul insjeunes Américains nouvellement mariés, M. et tant, sous le~ aspects d'un ennemi de l'EmUme Thomson. Celle-ci, vint, une après- pire ni de la France. De mème qu'il témoimidi, rendre Yisite à la comtesse : c'était gnait une sorte d'affection chevaleresque
pour prendra congé.
envers l'impératrice, l'ambassadrice aimail
l'êtes de l'Olym~ On sait qu'au dix-huitième siêcle,
dans l'èlégaote société, parmi les beautrs Ju U1éâlre,
ce genre de symboles vinnls fut très goùté.
2. Aimant forl son mari. elle n'anrail pas supporté
avec résignation des infidélités de sa parl. Elle s'arrangeait de manière à loi en ôter l'envie. « Comment
failr.s-vous, lui rlemaudait-on. pour être si sûre de la
constance du prince?- Oh! c'est bien simple, rêpoo-

dit-elle lestement, je loi casse une aile, chaque matin. , Je ne garantis _pas J'aothcnticilé du propos.
Cependant, comme Richard de Mettcrnich a, oit
grand air el plaisait, il dul bien avoir quelque
aventure reminine sur le cœur, s'il est vrai, par
exem11le, qu'il se trouva compromis dans le quadruple
duel donl fut la cause et l'objet la helle !Ume tle

B~aoillOnl.

' -------------- ----------------francheml'nt l'empereur pour des qualités
foncières, que masquaient sou indécision naturelle et sa froideur apparente.
Mai il y a des considérations pins fortes
que les s~mpalhies de personnes. A l'heure
critique, Richard de Melleruich avait dù se
maintenir dans la stricte neutralité, que lui
commandaient les notes de son gouvernement.
MU. de Beust et Andrassy successivement
avaient donné à l'ambassade de Paris des instructiQu qui ne comportaient pas d'équivoque, el fait entendre assez clairement qu'il
ne [allait laisser au gouvernement impérial
aucune illusion , mais le bien conraincre
que, tout au .contraire, s'il s'eurrarreait
dans
0 0
une guerre mopportune contre la Prusse
et l'Allemagne, l'Autriche ne l'y -uhTait
point.
Oirons-nous que là-dessus des doutes subsi~Lèrent dans les esprits 7 On
s'est demandé avec quelque
vrai.emhlance si l'ambassadeur et l'ambassadrice d'Autriche, tout en participant, et
d'une si belle animation, au
mouvement de la fète, à l'intérieur, n'étaienl pas restés au
fond d'eux-même:; les adversaires plus ou moins déclarés,
politiquement, du régime qui
a\·ail ruiné des visées chères
entre toutes au vieil empire
au Ira-germanique.
Un autre point qu'on n'a
pas fixé, une interrogation demeurée sans réponse au sujet
du prineti de Mellernicb, est
l'énigme de la dernière minute passée auprès de l'impératrice, lorsque la souveraine
abandonna les Tuileries, chasée par l'imminence de l'irruption populaire.
Tandis qu'ayant gardé l'illuion d'une ombre d'autorité,
Eugénie résistait a11x. conseils
d'une nécessaire démission et
,,ue, toute pénétrée de la profondeur du désastre, mais ne
se doutant point de la rapidité
des événements dans la capitale en fiè1Tre, elle disait d'une
voix calme : &lt;t Hien ne presse,
messieurs », et tardait à recevoir U. de Gardonne, arrivant
I' àme houlewrsée du Corps législatif, la révolution a,ait déjà
dispersé, comme un venl d'orage, les emblèmes impérialistes. La foule grondait aux
porle . Il fallut partir.
On a échaugé les parole,
d'adieu. Les dames du palais
el les fidèles de l'impératrice
• "ont 'éloigner, rassurés à demi dans leur
àme anxieusf', depuis que l'amiral Jurien
1. t:ne o!'1_hrc de reproche indirect, el qu'on ne
~·eu_L pas p~eciscr _(la com·ersation de l'auteur, comme

Je I eotP111J1s exprimer, est plus eiplicite) flotte autour
de ce bout ,Je phrase, d'appar1&lt;uce s1 simple chez

L.lf.

P'R_TNCESSE DE JKETTE~NlCH -

de la Gravière a remis l'impériale fugitive
sous l'égide et la protection des awbassadeurs des deux grandes pui sances de
L'Italie et l'.\.utricbe : le chevalier 'igra el
le prince de ~fetternich. Celui-ci n'a-t-il pas
prononcé d'une Yoix ferme : « Je réponds de
tout! Il
L'itinéraire de ce départ est connu. On
avait adopté le parti de remonter dans les
appartements afin de traverser le Louvre et de
gagner la sortie du côté de la place SaintGermain-l'A uxerrois. D'u_n pas rapide, se dirigeant vers la salle des Etats, on est allé à
travers toute l'aile gauche des Tuil1:ries, faisant suite aux appartements privés de l'impéral rice; on a francbi la porte du Mus&amp;&gt;, et,
passant par les galeries de lableaux, descendu l'escalier menant au bas du palais
assyrien, et finalement atteint le guichet

LA

PRINCESSE DE l\lETTERNICfI, EN 1()0,~.

donnant sur la place. L'ex-régente est sortie
du Louvre, pendant que la multitude s'agllme Carelle. • L'amhassadeur d'Autriche, doot la
situation a~·ail toujours élé f~vo~i~ ii la cour et qui,

en tonte circonstance, se plma1l o einller leur atlacltcmenl pour l'impératrice. etc. 11 (V. &amp;mv. du Tui-

"" 3o3 ....

glomère et déborde sur un autre point. Elle
est au bras du prince de Metlernich. Nigra esL
auprès d'elle et Mme Lebreton. On s'arrète :
&lt;&lt; Attendez-moi, dit llicbard aux deux femmes,
je vais chercher ma voilure plus haut sur lequai, une voilure sans armoiries avec un
cheval blanc. J&gt; Et tous deux, Metternich el
Nigra, s'éloignent. La foule s'est accrue, pendant leur absence, qui se prolonge. Ume Lebreton hèle un fiacre au passage, y pous e
sa souveraine et donne l'adresse d'un ami :« Besson, conseiller d'Etat, boulevard Baussmann. &gt;1 On sait le reste : l'ordre d'aller
avenue de Wagram, chez M. de Piennes,
chambellan de l'impératrice, absent également, et enlin chez le docteur Evans, avenue
du Bois-de-Boulogne.
Cependant, qu'avaient fait Mttternii;h el
Nigra? Le Oot p!lpulaire, qui avait reflué sur
la place Saint-Germain-!' Auxerrois, les sépara sans doute decelles qu'ils avaieot prises sous
leur protection. li y avait eu,
tout au moins, imprudence,
omission lourde de leur part,
à e dJtacber de l'impératrice~
en un pari:il moment, la laissant, ne fùt-ce que pour quelques mi cules, isolée dans celle
foule tumultueuse, exposée,
menacée peut-être. Tel est le
grief dont n'ont pu se défendre, à l'endroit des ambassadeurs étrangers, les écrivains
impérialistes 1, dans les événements de cette journée du 4
septembre.
Quoi qu'il en soit, Mme de
Mellernicb quitta avec émotion
et regret la grande ville où
s'étaient écoulées, dans un
éclat inouî, dix années pleinement heureuses de sa vie.
Cependant, elle n'y lais ait quedes affections de personne et
des sympathies d'âme. Elle devait reconquérir, dans sa pairie, la souveraineté mondaine
dont elle arait disposé à Paris,
donnant encore le ton, imprimant encore le mouvement autour d'elle.
On trône 'était elfondré~ous .es yeux. Elle retrouvait,
ailleurs, une autre Cour impériale, où a place restai l
marquée dans le voisinage leplus proche du rang suprême.
Dame du palais par droit denai sance, investie du prt'mier
rang après les archiduchesses,
elle ressaisissait, à Vienne, les
prérogatives de sa haute condition aristocratique, qu'elle s'était plu à oublier quelquefois dans les folies
de Compiègne.
leri.es, l. 1) .... Reproche, soupçon d'oubli injustifié
peut-êlre, auquel on ne s'arrête pas, mais qui eerlaiuemenL a lravcrsé l'esprit, maigre qu'on l'en ait
voulu chasser.

�111ST0'1{1.ll

'-------------------------------

L1• pa,.t1 était mort. Elle prfündit Lien très considéré it Yienne comme pr,: ident el
rd1:ilir a rii!. ur noun.•aux frai,. « Cl'UI qui .\Jé ·i·ne de la ociélt: Je,, ::"n de leltre.. el
sa\"enl profiter d' tout, di. ait '3 reine Cbri,- c1ui lui voua un , ~rital,! • cult1;'. ' oulenue,
Line, .ont . an-e' cl ht&gt;ureui. » lllc arait dû en outre, par J'auord de·~ ~Jmpathies ari~tolai . cr derrière elle Pari et le ·ou1enir de ln crali11ue , clic e reprit chaudc•m, nt à imaplu belle Cour du monde. on tltal d"al- giner, org:111i,cr, confectionner el lancer des
te~-e, dan 1:1 capitale d • l'Autrich -llongrie, programme~ de fêfl- · d de . pl'clatl~, allant
es alliance · l'un.idi:rable. , .e riche~~c . ~es à dt·~ liut. ,ariJ~.
cbàtcau , com~maicnt Lien de· choses.
.\lme de fl'ltnnid1 u'a rait pa modifié . on
Dan la haute société vil'Illloi~e, le. tempé- humeur, a1ec l1·s él'énemcn1~. ,\\'cc une nourament. sont brid1:. par l'étiquclte. ~lme de ,·ellc ardeur elle in~pirail ~e poète , . e~
\lelteruich n'y rut pa • du jour au lendemain, peinlr!' · cle Mcor. , se intcrprètP,, parla1m;pondérante. Elle rencontra de~ ré is- neail ln rùle,-, :-ur,tillait le imitation. et,
tancc , et parmi rentoura"e direct de la
i po., il1lc, mème le recette., el le d~pPn. e. .
famille impériale. Quelques-uns et quelque~- Elle élait rt&gt;!ltée celle qu ·on arail connue i
un - n· taient otru qui: ou fci~oaieut de agis.ant • et ~i remuante, ènlrc Paris rl Coml'être, de la réputation trop parisienne de pièime, toujour L:pri,e Je nou,eaulé, toul'ex- am bas adrice. Jl'autre., usceptibilité
jours prèle à ·rimult&gt;r Ir-. act' · d'oi1 décou"é,·eillèrent. Elle 'é1ait rendue populairt• leul plai ir, joie, 1·ùari11i.
pre ·11uc en arri1au1. Lorsqu'elle parai. ail
C'ulaienl de. 1wlo11te~ bleues, hl,rncbe et
·ur la promenade pulilit1ue en wêm crmp
ro. e,-, des liai co (umè. dont les compte
que le souYerain ·, l'emp11 reur et roi rendu ioondaicul I~· 11uotidicn. , d · repréFrançoi -Jo~epb ne coo~tatait pa. ·an un . entalton. de hienl'ai,ance oi1 réapp:m1i!-. ail
~ccret Jéplai ir que les vin1ts de la foule la "rande dame arti~te de jadi:. qui anr:iiL
allaient beauc(Jup moin à l'impératrice qu'i1 été certai11em1mt co111éd1enoe de première
.\lmc d ' Yctlernich.
voire, ·i le sort n'eùt rnulu qu'elll! coulât une
Cc difficulLé Jes premier· lemp: s'apla- exi. tent·e de prinet•. St' . Elle fut pa3 aune •. ur
nirent. On n'échappe pas à l'a c!'ndanL d'une le flin~tbcntt&gt;r, oit le fomeu. 2onnentlial
telle nature, 11uelle ttue soit la . phère où il
'honorait d"èlre on parleaaire 3 ; on la ,·il,
s'exerce. Elle prit de main de la princes.:c en d'autre· lieux, gou\'ernante, in,.titutrice,
'chwarttenberg le ·œptrc de la mode, et le \illageoi,e ou reme. lu cbàteau d'.\u~her",
aarda.
elle de\·enail la ganLirre tenant la l'Ou\·crsa'n mai on fut le crnlr, de la ociété 1ieu- tion du Bré ilirn, de la i ie J1ari.~ie1111e. Une
nois ·- Le:, aloo du magnifique palai de autre foi., elle fa1~ai1 ·en~ation lorsque Got,
,\Ictteruicb, au lltmnwea, qu'elle haliita tant de la Comédi ·-Franç.-ii ·c, lui donnait la réc1ae ~on mari vécut. chef de la fomillt•, · s. plique, pour Je lJmrr de M,11{elo11.
larnirent pour recevoir non pa~ seulement le
Les anot!e n'avaient pa. alan ai . a wne
prhilégié clu rang, de la nai • aace el des ni rrfroidi ·on élan. On pouYaÎl retourner •
cbar•r oflicidles, mai· au~ i l'élite de écrila prince " · de lfetternich c • que di,ail Vol1ain et de~ arti te..
taire d l:t ducbe,~e du ~faine :
Donner de nrandc · réreptions et des dîner:
u C'est une ùroe préJe~tinée: elle aimera le
d'apparat, entretenir a1 ec les sou,erains de théâtre ju c111'au dt'rnÎrr moment. »
l'Europe el Ier per ·onnag · le plu illu Ire
Entre Lemps, elle protilieait la mu ique
du monde nue corr ·pondance acli\-e, ré- nouvelle. Comme elle nait, !renie annéP. aupondre de a rnaje Lueu e écriture. l'une de· p:irarant, priiné Wagner, et dt~ toute. es
plu originale calligraphies que connais, enL force · f'iahé le Ta,111/ia iiser méconnu, Ile
le fenrnl d'auto••rapbc., 11 tou ceux qui,
ado1&gt;taiL metnna el la Firmcre 1•e,ulw·,
Je prr ou dt! loin, 'adresl&gt;3ient elle, ~c mai· avec dr · thance · pins immédiate ,
lC'nir au courant de, ru illeure produl'lion. pui~quc le triomphe de ce drame l)ri11u ,
de lettre~ allemande· et Cr,mçai~es, pari- pour lrquel on l'avait Ill lnrer ha1aille, arait
ienne urtoul, tout cda ne urti~:iit pa à ju.-tifié sa rnnfiancc, au sitôt qu':10noncé •.
son b soin de moun•meot, à on lt-l~ a"ité
~!ab 11ui n'colendit parler, en l!:urope et en
d'entr pri· •. 'ne f,,u) d'idée: papillonnèrrnl .\mérit1ue, dan le· deu moode~, de son
autour d'elle, 11u'eUc voulut ai ir au roi cl
• E po,;itioo du théàtre cl de la rum,i,1uc »,
réalber.
in. tallée dan: la flotonde de Vienne. ('ne coolies ami l'y aiJ~renl, de leur concour,ei•ption merveilleu. e qu'elle arail eue là. li y
linaocier, de 1,·urs mo1er · d'action rt dïo- fnlJait beaucoup d'argent. Elle paya de :-e:;
Ouence, de leur dd\'ouement cordial, c'e.-t-à- d.. nier · le po :-ible, pui · e tourna wr:.
dire, en première ligne, le baron \athaniel d'autres, pour complL:ler ce qui manquait.
Je HoLh.cùild, grand adn1ir1teur de la prin« Je montai, dit- &gt;Ill•, dan · ch3fJUC mai. on
ce ,-e, l'un de se intime · el qu'elle :ippelle à caria1idc·. u
a\cc une pirituclle famiharitti : ;,u•in ll11u ·H était 1lifficile aûx cariatide de ne pas
jwl, mon Juif de mabon 1; et le baron ~·a,souplir en ~a pr:•euce. Elle lit mieux.
Etlgar de 'pic:.:cl, le confident de sa p n~ét.•
'étant mi~ en tête &lt;l'adre ~er une imitation
quotidienne, homm' d'e prit el de cœur, autographe au dames, de la lionne société
1. l.11 baron ~111,.inict élant ri., lt! u11 c.ililialnirc rnIÎ11n qucj,•lui A1lrc«ai. •ur J,, sujrt Je m~ ,le lfrll,•rJun:i. }I~ ,le cllernirl, na:ep1. , pour les ir-anJ
nich, lai , •il êclaler, en ces ll'.rme-. loulu 1A rhal,·ur
r.irl'plion . ,ln l1n111p1i c,·, ,fo Joire le honutur, ,le t's
ile es ~cnli1w111s :
•31&lt;,ns.
- [l'une v,c: ,i pl 111!', ,1,· mo111·rrm•11h 11'1111e mi~ En 1003. . J . ~1•ie;;,·I. r&lt;"·l'on,luot it un e qu~,;.
1

0

lralin• louj .. ur,a

urooml,: de ucc' ,. JC 1uu,lrni , u11~

,iennoi~t·, le · priant , uue rJnnion. die eu
eut troi. cents cliez elle. en même lcmp, .
Elle· élaieot accourues lla11&lt;:,, • curieu e~.
Toule avaient donnt.'· dans le pii&gt; e. La prince e ll'nd11 la main, pour ,on œ111re. EIIP,
lt1 remplirent. L'expo itiou put omrir . r.,
portPs.
On avait rtluni J;1 IP. mille t'l mille acl'e~·oire, de la li!.!uration dramatique. Il J cul dr
tout, du rorl! el du commun, du précieux et
du ~impie. ll1•ii lrt:sors ine. limal,le. y voi.ioaienl arec les joaitl•rics les plus illu oire~.
de ,·érilaLlt.&gt; r.-lil)ut·~ d'art a,ec le clÎDl)Uant
le plu. ordinaire de la ra1111w.
La France arnil en,0,1: de manuscri1.- dr
se . aUll'urs illu Ire. , d~. tal,leau , dt': mac111ellc, ; l'An;;ltllerrt•, d1•s in. trun1ents dt!
mu,i,1ue ancit•11~ cl rnodtiruc:, ; le 1?rond-duc
,\ll•xandre de Weimar, des ades t-nlin~ &amp;rit.
de la main d'un .', hiJln el d'un Gcethe, l'l
de, tlo,·uments en •1uanlité, n•latif 11 J'tl1oluti11n du 1h,:tt1rc allt-maPcl. dt•pui. Uan 1rnrst
et la Comédie imprO\·bl:,. ju~11u':rn1 typr de
la dernière modernité. 1-.t le· c•o~Lume~, le
ima 17es, le~ ohjets de pure cnrio. ilé Ioi:.r•nnaient. Ce fut une éclatante rtlu ~ile. !rue dt!
1L tternicl1 s' · 'tait liHée l'Orp et :mie; elfo
, e cro ait re,·rnue au meillt•ur ll'mps du
econd Empire, quand les étourderie. de
l"amba -~adriee d'.\utriche foi~aient merwill,·.
On la rPpré enta sur le loit de l'Expo. ition
jouant J'une boite à mu~ique, dérorée à on
intention clu nom de Pa11li1iop/io11e.
Des deuils profond éprourèr nt la prince:. e de M'llt•roitb l'i rompirent œt erwhainf'mcnt de ·urcè et Je joirs, ,. :1 iiable décor
de théàtre, oit , 'était déroulée ,a ,i •.
Elle ne -;e ré,igna point à la retraite, au
~ilt•nc&lt;', m~i inclina de plu~ PD plu wr · le~
démonstration, de philan1hropie, gardant encore d · · apparenœ de rètc .
En réalité, elle uc ce. a point de rt'Lenir
l'attention publique, .oit qu't-lle 'a1tadi:i1 it
.ervir de Irait d'union entre l:1 noble. cl la
so,·iété arti,tic1uc, dan: ce pay. oi1 tant de
éparaliun · exclu. ive. de cla .. r.,, de parti~,
d~ 1•ro,·anC4.• , de 'C'nlimcnl Jiviscnl l1•s cœur
rl le~ ·• prit , ;;nit rru 'elle ramen;it à dt• vue·
humanitairt? la ·ëduction toujour. pui~ .. ante
, ur--on imaginai ion du déploicmt'nl de pt't"larle el de la mbc en cène. Lei juin 190i,
elle organi ·ait. a~ec la collaboration cbaleureu ·e d~ baron de . piegel, un cor.ode~ plu.
re.plendis ·ant ')Ui ~ • oient écoulé rnr le
Praler, à la lumii•rc d'un belle journée de
printemp .• Et le malin ruèrue, de celle main
luujours complai ante à écrire, à corre pundr ·, aula11t pour une :ali,faction isolée
que pour le liicn d'une entrepri. e collec!Îl'e,
1, priuc se de )lcllcrnich nou en .i"nalnit
il'· hcurcu préliminair ·, dan: œ fra,,mcnl
d'une lellre per:-onndle :
0

arcompagnéc d'une promenade, à laquelle
Ioule lé. fcm111e~ ,iendrunt uwc dl'· 0111ltrelle lleurb. \utomohili.: · égaleme11t llcurie,. C'e. 1-•-dire Je la gaieté, du charme. de
l'élé •ant·e, peur cell - 11ui vonl à pieJ,comme
pour celle. 11ui roulent en Yoiture. Chacune
aura .a parl de clarté, de parfum et son
individu(') plai,ir. La fête promet d'êlr e.xlrèmemenl brillante. el j'ai idée r1ue le coup
d'œil sera meneilleux. »

li ld111. en effet. Le~ journau. Yienuoi~ en
lr:i"i•real de dc_criplion- cntbou iai.tcs.
Cette inlelli"ente prodi alité de oi-mêmc,
de se re. source d'ima,,ioation et d .. e ·
mo &lt;&gt;n d'influence, comportait Je retour d'une

LA

'P~1NCESSE DE METTE1(:N1CH - - . _

immense popul,1ri1é, au profit dec&lt;'llc qui ,·y
dépeu. ait mu a11w/'e. Lor que, au mui de
mai 1 6, la prince~ ·e inau!!Urail la premit·re fèLe dt:. fleur inde"criptihleme11L
h lie, cl qu'elle e monlra, au !'rater, en :on
équipagt! mngnifique, l'air retentit d'acclamation·. Elle était l'idole du jour. Un écrfrain
LélèLre de .a patrie l'arnil dttjà urnomméc :
,\' ti-e-Do111e Ji• Jïe111w. 1 n autre lan~:a cd
aphori ·me : c1 Le 1e'rital,/p Jw1,1111 c t/e
Vir,wr, c\:sl la Dame de Yiennc. 11 Un troi,îèruc, qui cbercbait à lui lroU1·er d · :"ales
parmi I ~ plu céJ\brt femme du monde, la
qualifia: l'Jnro,uparabfr. Enfin un quatrain
courut le. rue ·, demeuré cb&lt;·r 11 tous les
Yiennois :
1

la

f:, giebl 11w· tl li.niicralndt,
1.• girbl 11u,· a ll'ie11 ;
E, 9itf1t 1111r a l-'ur, till,
F:, i I ,1;,, lfrltrmid, f'a11/m'
(li 11'\' a 11u'unc \'illc impériale, et ,,;'e t
\ïenne: • il n'y a qu'une prince e, el c'est
\letternicb Pauline! )
\' oili1 bien le dernier mol de la réputation :
c'e ·l le « lo » populaire, qu'onl recherché,
de tout temp · et par-des us tout, le élu de
la . cène publi11ue el mondaine.
Qucl11ue peu di. cotée dan ..e turbulence ·
de jeunes. e, . lme de Mettcrnich aura ~ellcmenl occupé ju qu'à la fin, de on esprit, de
. on acfüilé, de ,a p1wonn • l'un et l'autre
thét,lre .

•
mort d'une rezne

1

Je ,·. i pr :,c:uleim11t parler de la mort dt! la
n:inc foric-Thér~ e 11'.\utriche. tilt• mourut
en peu de jours, d'une maladi~ •1u'on 11? l'~Ul
pa, ,l'abord con. idérablc; mai, un sa1°m•e,
fJite m:11 à propo,, fit rcntrl'r l'humeur d'un
clou, Joul à peine 'était- n 1_pr_r\:U. Crt~c
princl•,sc perdit la 1ic pc 30 Juillet_. 1G ••l
d:111 Jo temps que lt&gt; 11nnù-s d la P'.t•lé du
l\oi la lui rendaitmt henreu. e. Il arn1t pour
ell, d, allcntion au quelle die n'était pas
acrnutuméc : il la ,o~ait plu . :ou1·cnt, ~l
rherch:iil ;1 l'amuser i et comme clic allr1IJ11ait cet hcureu changement à madame de
~laintenon, elle l'aima, et lui donna Lout~
Je, marques Je con:·idi:r:ition t(U't.•11 pou,·a1t
imanin r. Je me .ourien même qu'dle 111e
1a1.-a1t
uonncur de me .....
r · • 1·1.
"~r ..~ ·er toutes le
foi· &lt;pic j'a,·ai œlui de paraitr, dcrnnt elle:
mai · celle paune pri~CC!i~c a,·a!t _L~n.t de
crainte du Roi, et une :1 t!l':lnde 11ru1d1te na1ur-Ile. qu'elle n'o.;ait lui parler ni s'cxpo. cr
au tèlt..'-à-Lète a,· c lui.
J'ai ou, tlirc à madame de ~lainlcnon qu'un
ju11r, le floi ayant envo}ti chercher la Hein·,
la lleint•, pour ne pa. paraitre -.eule _en a
pré, •uce, mulut qu'elle la uhît: mai elle
n • Ül 11ue la conduire ju.qu'à la porte de la
1hamLrc. oi1 elle prit la liberté de la pous.cr
pour la (aire cnlrcr, cl remarqua un :i rand
tr'mLlcmenl dan Ioule a per.onoe, qne
es main. mème tremhlaieot de timiJil 1•

cr llui. nou, auron tanlllt une balaille de
fleur. d J'un nou\'cl a. pect, e11 auromoltil •
.,lire•• • 10111. l'tu,ir.ur- ch 11,i1rcs u'y ,urtiraicnl r•~ .

&lt;.:"était un ellel J la pa ,iou rhe 11u"ellc
avait Loujour · eue pour le Hoi ,on m~ri, el
1111c le m:iilre,ses naicnt rendue :i longtcmp~ nnllwureu ' C. Il fallait au ·si c1ue le
eonfc~~cur de cdle prince e n'eût point
d"c,pril, , L ne rût 1111'un Ca"ol, ignorant
d" H:rilal,lt, dP\nir· de cha11uc état. ...
En/in, . oil par la faute du coufe... cur, ~oil
• par la timiJité de la fü·im•, 011 p:ir I vioIcncr, comme je l'ai Jit, d'une pa: ion si
lon"tt•mps malbcurl'u.e, il r~ut a1oucr qu'elle
11'11~aiL rien en clic &lt;le te qui pouvait lri faire
aimer, el •1u·au contraire le Hoi al'aiL rn lui
toulr le. qualité ' Je~ plu· proprr à plairl' ,
,ans ctr• cap,1bl ' d'aimer )l('aucou11, Prr,que
tout&amp;; le femme_ lui a1ait'11L plu, ncep1L1 la
:r la ,·erlu par ~c 1._
s1·e11ne, donl il e. er"a
•alan,
lcric ; car d'aillcur le l\oi o·a jamai man11ui: à hi con,idération qu"il d ·\'ait~ fo Reine'.
et a loujonr · eu pour ell · de. c!!llrd~ •1m
l'auraicnl rendue heureuse, !-Î quelque cbo,e
:t\'ait pu la dédommager de la perte d'un
cœur qu'elle &lt;.rO)ait lui être dù.
... La morl de la Reine ne donna à la cour
qu'un spectacle touchant. Le fioi ful plu
attendri qu'aflligé; mai comme l'allendri~sement produit d'ahord les mèmes eOcl , el
que tout parait COfüidéral&gt;le dans Je· !?rand.,
la cour fut en peine de .a douleur. Celle de
madame d~ Maintenon, &lt;1ue je volais de prè.,

me parut incère, el fondée ·ur l'e time el la
nconnai, ante. Je ne dirai pa la même chose
dl', larme· de madame de Montespan, que je
me !--OU\'i 'ns d'a ,oir I oc ntrer chez madame
d1i Jfoiotl·non sans rrur. je pui e dire pour•111oi ni comment. Toul ce que je . ais, c't•~ l
qu'elle pkurail bc:i.ucoup, et cpt'il p:irai · ail
un lroulllc dan. toute ~e- , ti , t n lé ~ur
cdui dt! •on c prit, et peut-être ur la craintc
de rclomlicr rntr • Ier main · de monsieur on
mari.
La Heine expirfr, madame de ~laintcnon
,ou lut rel'enir chez cllt!; mai· 1. de L.i Ho&lt;.:Leioucauld la pril par le lira , et la pous
cbrz le Hoi, en lui di anl : « C n'est pas
le ll'mps de quiller le r\oi, il a besoin de
\'OU . Il
Cc moul'Croenl ne pouvait être dan
de
La T\ocbl'foucauld qu'un eOet de . on zèle et
dl· l-On allachement pour ·on maitre, 011 lïntérèl de madame de füintenon n'a,nit a: urément point de part. Elle 11e îut 4u'un tuoment avrc le Roi, el revint aus.ilùl dan on
appartement, conduite par M. de Louvai.,
qui l'e bortaiL d'aller chPz madame la Dauphine, pour l'empêcner de uivre le Roi à
aint-Cloud, et lui persuader de garder I lit,
parce qu'elle était gro ~e, el qu'elle arail été
saignée. « Le 1\oi n'a pas besoin, di.ail M. de
Lournb, de ce démoo.tratioo d'amitié, et
l'État a be,oin d'un prince. D

,r.

~lADAME llE

' .\ \'Ll'S.

Il fAu ,lrail un livre, un 1r;, gru lim •.

~'- Quel 111 lcm1,;, 1•111, tarti, .\dol11l1c Wiltmtu ,lt i•cri1·ait •·x1•rc-•eme11I 11nur cil,• ;a pii:tl' rn11 A1,9,••i'd1t
:11 .l11gr. ,i(J,1 , •1u'clle jomt cnror,• 111•~ l:)nunrulhal.
IV. - lhnoRJA . - Fa

t1

20

�----------- -----------------------------

LNE DAT.\ILLE N,\\'ALE. - PRISE llE 1.ïu; o'ÈPbCOPl.-1. SUR LES TURCS P.AR LES CIIE\"ALIEHS oe SAl:\r·JEA:-.
Gr.i1•11rt â'OuTIIWAITE, J'.iprès û t.iNe-111 de MAU!l. (!,fusée de Versai/les.)

Charles de LA ~ONCIÈRE
et&gt;

La

•

Vle a'

bord

...
au temps des Croisades el des pèlerinages du moyen age

Lorsque apparai~sail sur les quai de Veni. e, de Gênes ou de ~far e1lle un «roupe de
pèlerin ou de croisé·, un grand brouhaha
s'élevait à bord des na,ires dont la deslinalion éla.il inscrite ·ur les \'Oiles en une croi.
écarlate. Des appel , des offres, de· objurgations, des imprécation venaient de tous
lei; côtés s'abattre sur les malheureux : le
serviteurs des djfiJrents patrons de mn·irc
e disputaient leur bagages, s'injuriaient,
dénigraient la concurrence, prote laient de
leur dé,·ouement. Ahuris el indécis, les pèlerins sê lais aient tenter par les succulentes
collations disposées à la poupe, vins de Crète
el r.onfitul'es d'Alexandrie, dont le patron
[aj ·ait lui-même lès honneurs. Plus que
u les riches ouvraigcs de la na,·c », c'était là
« une mélodie et plaisant armonie à la vue

de hommes 1&gt;, le meiHr!ur des argumcnl .
La \'Ï.e nouvelle qui s'offrait aux pèlerins
contrastait trop avec Jeurs habitude pour ne
pas provoquer de leur part une étude allcnlive du mécanisme de la ,·ie maritime. Leurs
relations de rnyage ont ainsi parfois la fidélité d'un journal de bord, semé des réflexions
pil1uantes cl naùes d'hommes que le mélier
n'a point blasés. •
Pour n'èlre pa suspect de parlialilé, nous
prendrons comme types un pèlerin anglais du
x11e siècle, un Italien du &gt;JII°, deux Français
du . 111e et du :m·•, un Allc!JD.and du ne :
Richard de Londres, Francesco da Barberino,
Jean de Joinville et Philippe de Maizières, et
le P. Faber, d'Ulm.
L'Knglais note en connaisseur les pél'ipétie de la naYigalion. L'Italien donne de pré... 3o6 ...

et•plcs d'amour. Dans de petits tableautin
le tcmcot troussés, le rrançais Philippe de
)laizière trace quelque cl·nes de la ,ie à
bord, qu'il fait suivre de pensées éle,ées, car
c'e l un moralis:e comme l'ltalien était un
poè:e érotique et !'Anglais un marin. Quant
au dernier pèlerin, écoulez-le geindre sur la
mauvaise cuisine, sur la chambrée d'entrepont, sur loul; il tient boutique d'érudilion
el décou,·rc des étimologies .... Caliphe pour
calphat, Pilate pour pilole, comte ponr comile et pour patron baron. La modestie ne
l'étouffe pas; mai· il est consciencicru:, prati&lt;1ue, avec une pointe d'émotion, copieux,
abondant, trop, hélas! pour Jes oreilles délic.,te . li con·acre deux p:igcs à la façon de
se dépouiller de la ,êrminc el quatre à la
difficulté de .... Yous m'avez compri cl à

LJ,.

rœ

Jt BO~D -

ces traits vous avez reconnu la race : l'Alle- déliHe à chacun un billet numéroté. L'un tité uffisante et que la limite de tirant d'eau,
mand.
/
des registre est dépo.é aux archh-es com- marquée par trois fers de couleur blanche,
llobe grise et longue sous une coule mo- munales, le second reste à bord.
ne fût pas dépassée par des capitaines trop cupinacale, chapeau noir ou gris orné sur le de[ne législation spéciale assurait aux pèle- des. D'autres officiers municipaux, les consuls
vant d'une croix rouge, croix sur la poitrine, rin et aux croisés toutes les garanties po i- tilll' mer, accompagnaient les convois ou
bourdon à la main, pannetière à l'épaule, tel bles de sécurité. ur les navires mar cillais, même au besoin les navires isolés pour leur
est l'uniforme du pèlerin. Le teint, blafard, ils étaient dispensés d'une formalité requise assurer une sauve 0 arde permanente jusqu'à
c t pàli par les fatigues de voyage; et pour des autres passager , du serment de prêter destination. Commis aires et juges à la foi ,
achever d'un mol un portrait classique, le main-forte aux marins de l'équipage; au con- ils arrangeaient les conlestalions entre les
pèlerin porte la barbe longue el soigneuse- traire, le palron leur devait aide el secours passagers et pourvoyaient aux succession qui
ment peignée, u à l'exemple du premier ·rnya- duranl toute la traversée, des soins durant s'ouvraient. A bord de la llolle nolisée à
geur qui fil le tour du monde, Osiris, ancien leur maladie, cl, en cas Je mort, la conser- Saint-Louis, Gênes stipulait que ses natioroi d'Égypte », affirme doctement notre Alle- Yalioo scrupuleuse de leurs elfets.
naux relèveraient de deux consuls génois.
mand.
Trois inspecteurs, que la municipalité mar- Outre-mer, dans les Échelles du Levant, à
l'eut-être se trouvait-on beaucoup plus sen- seillaise avait eu l'excellente idée, bientôt sui- Chypre, à Rhodes, le passager trouvait aide
sible aux inconvénient de paraitre imberbe Yie par le Génois, d'aJTecler à chaque comoi el confort près du représentant attitré de la
en pays musul~an qu'au plaisir d'imiter un de Pale tine, veillaient à l'exacte obsenation mélropolc, près du consul que les grands
des dieux de l'Egypte!
des règlements. Les trois prud'hommes, ex- ports de commerce, Marseille, Monlpellier,
Au moment d'entreprendre un pèlerinage, perts dans l'arL maritime, évaluaient, une Barcelone, Gènes, Pise, Veni e, enlretenaient
irait-on chercher conseil aujourd'hui dan
palme à la main, le nombre des places dispo- dans chacune de leurs colonies dès le xue sièdes J•,.éreples d'amour? Nos pères le fai- nibles pour les passagers et les chevaux. Ils cle; colonies autonomes, cercles fermés, dans
saient et trouvaient dans Francesco da Bar- consignaient leur rapport en double sur le un quartier à part, qui consenaient le usages
bcrino un manuel du conforl : un bon na- registre de la commune el entre les mains de la métropole municipale.
,·ire, un patron qui ne louche pas, des poule
cl Jcs chapon , de bons 1ins, un moulin à
bras. un barbier-chirurgien, un chapelain,
un cercueil pour le ca 011... l'olrc femme
viendrait à décéder en mer, une croix à mrt•
lte entre le mains de la défunte, une inscription priant de l'enterrer honorablement
i les flots la portent au rivage, une bourse
d'argent à y joindre pour les messes funéraires el la tombe. A part le cercueil dont Je
Célc tes seuls se muais cnl en VO)age, Marco-Polo en pouvait témoigoer, - les coneil · de Francc.co da Barberino n'étaient point
du domaine des chinoiseries. Nous arons le
contrat en vin!!t articles pa ·é par le Père
Faber a\'ec un patron de galère vénitienne;
il est spécifié que ]es pèlerins auront, r.omme
de coutume, un petit \'erre de malroi ie avant
le repas du matin et qu'ilspourront emporter
de poules. JI y aura deux repas par jour; le
naYiren'abordera qu'aux escale accoulumél's;
il ne louchera point Chypre, l'île de \'énus,
n dont l'air, suivant une ancienne tradition,
e t funeste aux Allemands. •
Le marché conclu, on embarque le.s bagages. ur les pas ereUes jetél's à quai, les portefaix courent avec une agilité surprenante,
ployant sous les cofTres lourds aux ferrures
mas. ives et les arches à couYercle ren0é, telles
que nos malll' . Les balJes de marcbandues
el les sacs de denrées s'cnlassent dans les
endroits secs du na,ire, lo:n du mât, des
écoutille· cl des ancre , arrimées arec ce so•
!ide nœud marin que les princes angevins d,·
'.'\aple·, dès Hi5l, choisirent comme emblème
d'un ordre de chevalerie.
Et maintenant tout est prêt. La galère tout
équipée e balance au Ilot. La grande hargne
de cantier el la petite pali charme, qui lout
à l'beure seront his ées à la poupe, acco lent
Cliché Oiraudoa.
à l'arrière. au l,as de l'e calier &lt;l'honneur.
Au PORT. - Dél.:iil J"un lwtltau &lt;k CARPACCIO, (.-1cajémtt .tts BtwUX•Arts, Venise.)
Chaq11e pèlerin défile dl!,·anl l'Jai1ain qui
con·i6nc sur un regi trc tenu en dou1lc
exemplaire cl sans rature les noms cl pré- du patron, qui ne pOu\'ait dè., lors arguer
Ln un-cJlance des in pecleurs 1:t des connom· des passagers, le noml,rc de leurs chc- d'ignorance. li veillaient aussi à ce que 1 ,aut cl le nom de leur rc:.-tauralcur, puis vines fussent de bonne qualité et en quan- suls empêchait le patron de rédwre les pince
fort congrues résenécs aux pèlerins et fixées

�111S T0'1{1.Jl
par la loi à sepl palmes de long sur deux et
demie de large, soit J m. 82 sur O m. 65;
encore l'espace éta.it-il jugé suffisant pour
deux personnes, les pieds de l'une tournés
vers la tête de l'autre. Comme on n'avait pas
l'habitude de superposer les cadres, le patron
encombrait de cadres supplémentaires les
couloirs et parquait ses passagers comme du
bétail, sans autre souci que d'en loger le plus
possible. Le jour, draps, nattes et couverture
étaient accrochés aux parois du navire, a6n
de ne pas gêner la circulation. Sur certains
navires de commerce, une centaine de pèlerins étaient consignés à l'avant, tandis qu'à
l'arrière, à l'abri des fatigues du tangage, se
prélassaient une douzaine de gros marchands.
Le bàtimcnt, par une ironie amère, s'appelait le Grand Paradis.
Dans les grandes naves d.i transport que
saint Louis nolisa pour l'expédition d'Égypte,
les logis aérés étaient réservés aux premières
classes qui payaient quatre livres tournois
pour aller de Marseille eu Terre Saiute; aux
secondes classes, on alTecl.ai t le premier et le
deuxième pont, moye110ant soixante sous par
têle; enfin, pour quarante sous, les croisés
pauvres avaient le droit d'élouITer dans la
troisième couverte. La concurrence entre les
grands ports abaissa mème les tarifs marseillais à soixante sous, eau et feu compris, en
première; quarante sous en seconde, trentecinq en troisième et vingt-cinq en quatrième
pour les malheureux logés dans les écuries.
Le fret à la grosse tombait en mème temps
de treize cents marcs à huit cents pour un
millier de pèlerins, cc qui donnait par tête
quarante-quatre sous, prix de re\'ient quelque
peu supérieur à la moyenne des locations au
détail. Si nous traduisons en monnaie actuelle
ces quarante-quatre sous, on \'erra qu'un
croisé du xme siècle passait en Palestine
pour une centaine de francs, c'est-à-dire beaucoup plus économiquement qu'on ne le fJil
de nos jours.
A Venise, le fret à la grosse offra.it plus de
profit que le fret au détail, sept cents marcs
pour mille passagers. On perdait beaucoup
à louer individuellement les places. Un chevalier payait huit marcs et demi pour lui et
pour so11 train d'équipage, .cheval, palefrenier, d11ux ser,'Ïteurs, ,•iues et bagages. Logé
dans une chambre de l'arrière, il laissait sur
le seuil de la porte son écuyer, qui dormait
enveloppé dans un manteau sous la voûte du
firmament.
Les réductions faites aux croisés ea raison
de leur nombre ne s'appliquaient pas aux
pèlerins isolés. Un pèlerinage en Palestine,
t•iâ Venise, coùtait, aux xn,e et xve siècles,
45 ducats pour la traversée, 55 en y comprenant les «despens et tributz du Soudan »,
et il fallait tabler sur une dépense totale
d'environ 100 ducats, soit 744 francs en
valeur intrinsèque, le double en valeur rela-

live. AGn de venir eu aide au:c passagers
pauvres, Louis de Bourbon avait fondé, la
veille de l'Épiphaniedel'an 1325, la confrérie
des pèlerins et des voyageurs de Terre Sainte.
Dans l'élévation des tarifs, mettez en ligne
de compte l'affaiblissement de la valeur de
l'argent, les taxes municipales établies sur
celle classe de passagers et le fait que ks
pèlerins embarquaient le plus souvent non
sur des naves, mais sur des galères dont ]es
frais de manœuvre étaient plus chers, la
sécurité plus graude, la course plus rapide,
la carga-ison plus légère. Ils occnpaient la
place des marchandises précieuse,, drap d'or
el d'argent, laque, indigo, brésil, encens,
dont le transport était réservé aux galères
armées. Or, une galère portait quatre fois
moins de fret qu'une nave el coûtait trois fois
plus.
Une des vexations fiscales qui attendaient
les infortunés passagers, dès qu'ils avaient
mis le pied à bord, c'était le pourboire.
Vexation prévue, mais tellement invétérée
dans les mœurs du Levant que les statuts de
Marseille spé1.:ifiaient seulement quand elle
n'aurait pas lieu: ainsi, !'écrivain avait défense de rien recc\•oir pour la délivrance des
billets de passage. De même, toute promesse
faite en haute mer par quelque brave homme,
homen l,onrat, qu'affolait la tempête, était
caduque. A l'arriYéeà destination., les officiers
vénitiens venaient l'un après l'autre trouver
les pas agers, une fiole d'argent à h main,
avec un geste expressif qui dans toutes les
langues signifie: pour boire. La chose s'appelait, chez ce peuple subtil, une courtoisie :
la courtoisie, c'était à vous de la faire.
Plus d'un pèlerin a décrit la scène féeriqm•,
mais poignante, du dtlpart, attristé par l'a.pprébension de ne plus revoir la patrie. On rn
remettait à la garde de Dieu par ce cantique
de pèlerinage, courte prière qui s'échappa
plus d'une fois de lèvres frémissantes aux
heures d'angoisse : cc Naviguons au nom du
Seigneur pour obtcuir sa grâce; qu'il soit
notre force et le .1inl Sépnlcre notre sauvegarde. Kyrie eleison. &gt;&gt;
Joinville relate assez bien les manœuvres
el les cérémonies de l'appareillage : .C&lt; Est
arée voslre besoigne? » demande le maitre
d'équipage aux nautoniers qui « au bec de
la nef » lèvent l'ancre. - « ire, vieignent
avant les clercs et les proveres. li An cle.rgé
qui s'avance processionnellement : « Chantez
de par Dieu, » crie le maitre; et tandis que
vibrent les strophes du reni creator· spiritus, un nouveau commandement retenlil,
bref et sec : &lt;e Faites voiUe de par Dieu. l&gt; Au
dernier étage du chà.teau d'arrière e dé,.
ploient les bannières que les trompettes saluent d'une fanfare ,éclatante. Le peuple
assemblé sur le rivage répond par des clameurs et des sanglots.
c&lt; En hrief tens, le vent se féri ou voille

(A suivre.)

el nous ot tolu la Yeue de la terre, que nous
ne vei mes que ciel el yauc. 1&gt;
Hors de me des côtes, le bâtiment quittait sa parure de r,~tc, et le voyage de pénitence commençait au milieu des tribulations
physiques et morales, et, avant tout, du mal
de mer, de l'olu1·s de mer dont parle Wace.
La plupart dP.s pl'.·lerins écrivent en latin,
langue qui a l'avanl:lge que l'on sait de tout
dire jusqu'à braver l'honnêteté. Les scènes
naturalistes qu'ils brossent d'un trait vigoureux sont assez difficiles à retracer en français, à moins de jeter sur les défaillances de
la nature humaine la brillante parure des métaphores orientales :
« L'agitation des eaux de la mer faisait
fondre mon corps à l'égal du sel trempé dans
l'eau; la violence du déluge anéantissait el
faisait disparaitre la constance qui me soutenait, et mon intelligence, jusque-là si ferme,
était comme la glace qui se trouve exposée à
la chaleur du mois de lamouz. 1&gt;
Ces touches délicates d'uu écrivain persan
prouvent que la poésie parvient à embellir les
effet désastreux du mal de mer. On ne s'en
douterait guère à lire Eustache Deschamps el
à voir :
t:un mèllrc à horL l'autre desgosillcr,
1'un dessus l'aulre, •L venir cl alcr,
EL soy !Jouter c11 . oulte u l'ons aval,
Pour lu lempe:.l.

Mai' où la tri vi 1lilé devient éeœuraolc,
c'est chez l'auteur allemand : a Tempore
tempestalum, evomitalio eL comeslio celeùranlur simul. » On ne saurait exprimèrplus
l,rutalcmcnt ce principe d'allopathie que le
mJl de mer n'cxdul p1s la houlimie.
" li me con\'ienl aux et becuit rifllcr. 1&gt;
se disait alors Eu tache Deschamps, avec un
haut-lc-cœur de dtlgoùt pour l'assaisonnement oùlirré de la cui-ine méridionale, l'ail.
Un autre homme du norJ, Philippe de Maiziilres, forcJ de sulù le conJimenl durant
ses nomùreu ·es na"igations dans la Méditerranée, le sligmalisaiL des épithètes de« chaull
et puant, esmou1•ant à luxure. n En cas de
maladie, ori pouvait reconrir au barbier du
bord, el puiser à son 11 apoticairie de erbes,
de espices et de aromalz &gt;&gt;, sirops, opiats,
poudres, emplâtres, ~i on n'avait eu la précaution de s'en pourvoir soi-mème, surtout
de « médecines froydes, par le conseil de ,
médecins. c&lt; Voulez-vou une idée des préceptes hygiéniques du temps et de la vertu
curative de certains remèdes? Lisez le P. Fa.ber : il vous édifiera.
Le meilleur réconfortant, c'était le malvoisie : on le servait comme apérilif; à l'escale de Crète, les p~sagers en achetaient
toujours, chaque galiot eu avait dans la pacotiUe logée sous son Lane, el le débitait
durant la traversée. Nos compatriotes n'C!l
u ·aient qu'avec résene, trouvant les vins
liquoreux « fortissima el terribilia vina. . u
CHARLES DE

L\ ROXCI.ERE.

Le lieulenanf-ci1&gt;il Dreux d'Aubray
Par CH. GAILLY DE TAURl'.'IIES •

Ill*
Pauvre magistrat 1

taine, vous faites erreur: la première Jeure
C' t demeurée en blanc et je l'ai laissée ainsi
à dessein, comptant l'ol'Iler plus tard de
qael,1ucs petites lleurs de miniature; cellf'
première lettre sera un L; Yoici donc comment il faut lire ces vers composés par M. de
Goml,erl'ille à l'honneur de nolre solitude et
qu~ je me proposaL d'envoyer à un de ~es
amis:

Pour quicol1fp1c avait pu voir jaJi_, &lt;lnrant ses prèmièrC's visites à Porl-flopl, le
sémillant et spirituel m:igistral, le contraste
rûl emLlé au contraire rxtrèmrmcnt étr:mrre ,
Ce n'était plus Ir mème homme, sa saine
gaité l'arnit Iui, son e~prit était éteint et son
I.oio Ill' la t,,nr el de la guerre,
exquise politesse d'homme du monde avait
J'apprends à mourir en ers lirux;
fait place aux plus lourJcs manifeslations Je
Qui ne mrurt longlcmpl' sui· la t,·rr,~
maladresse di~courtoise cl impcrtinentc.
'e ,·ivro jamais dans les 1·ic111.
A1ant été imité, durant une su~pen ion do
~!· le Lieutenant Civil dut recon •. Jître qu'il
cc long interrogatoire, à aller prendre al"CC
avait
mal lu et que ces vers n'étaient point
se. commissaires on diner ch,,z le colonel
factieux 6 •
des Suisses, M. de Molondin, et ayant, penAu jeune solitaire M. du Fossé, le vieux
dant le repas, admiré la belle vai. selle d'armagistral . 'efforça de donner des conseils
grnt de cet officier:
paternels.
« Aviez-vous déjà Lant de belles choses l'n
C&lt; Que faites-vous ici, Monsieur, lui dit-il,
venant de Suisse? 1&gt; lui demanda-1-il d'un
vous,
un gentilhomme, vivre sans honneur
ton assez pen civil 1 •
parmi des gens méprisés I Ilenlrez dans votre
Durant la nuit, les prisonniers furent
Foin de L1 cour cl de la guerre,
proYince, je vous le conseille, et mariez-vous!
gardés par de ard1ers qui couchèrent dans
J 'ap()rt.'111ls ....
- Me marier ! répliqua M. du Fossé ; ab l
leur• chambres .et Le lendemain le ma"i
tra t
&lt;c Foin de la cour!. .. Foin de la cour! Il
0
Monsieur,
vous ai-je donc offensé en quelque
rcvmt pour continuer on encho e pour que vous me souquête; sa rnlnc était un peu
haitiez un si grand mal?
plus souriante.
-c·est l'rai, avoua~r. d'Au« Que ue m'ayez-vous fait
bray
avec un soupir el penconnaitre hier, dit-il à M. de
sant
sans
doute aux ennui
Sacy, les liens de parenté qui
domestiques
que lui causait
vou unissent à M. de Pomsa fillen, il y a quelquefois de
ponne. J'ai rn hier soir Mme
la peine dans le mariacre et,
de Pomponne de qui j'ai moidepuis
vingt-cinq ans Je j'ai
mème l'honneur d'être as ez
perdu
ma
femme, j'ai préféré
proche parent'; elle m'a fort
demeurer veuf que de me rf'parlé pour vous el j'ai de
marier7. 1&gt;
reproches /1 vous faire de oc
Ces longs interrogatoires,
Yous ètre point nommé .... Ah!
qui
se prolongèrent pendant
croyez-le, Monsieur, ma charrre
près
de quinze jours, une fois
m'obligequel,1uefois à de bi;n
terminés,
le Lieutenant Civil
pénibles devoirs et je n'entre
se
rendit
à
Saint-Germain {la
jamais dans une maison pour
cour
s'y
trouvait
alors) pour
y opérer quelque formalité de
en
rendre
compte
au Roi. La
justice sans ressentir sournnt
réponse
fut
prompte
et hrèn•,
moi-même bien plus d'émoi
LA BASTILLE AU ;\'Vil· SIÈCLE. Gra1'11re d'ISRAEL SrLVESTRE.
c'était
l'ordre
de
faire
écrouer
qu je n'en donne 5, »
au
plus
l«îl
les
prisonnier
à la
L'interrogatoire de M. FonBastille.
taine et la visite de ses papiers donna lieu à n'y a plus à nier que cela sente bien fort la.
. Pour I~~ pauvres Solit.aires, ce fut presque
d'asse_z piquants incidents. Les gens de poliCf' cabale.
la
une dehnance: depuis quinze jourst c'est
omra1ent un coffre, cropnt y trouver des do- Pardon, ~fonsieur, répr,ndit M. Fon- d'une façon si étrange qu'ils habita.ienl leur
'" Exlrail du volume : Pere et fill.,: (Philippe de
:i. )lémoires de font.ainr.
~e galn~L était un capitnine ,le cavalerie uommt•
Ch 11m1mg11e el Sam,· Cal/U'1°ille de Safote-Su,a1111c
. !i. Celle fille! la marquise ,le Ilrimilliers dont. jadis,
~amL&lt;:•Cro1x, ht•I ùomme ll!ais asset ll·iste sirL", joueur,
,i P11l't-lioyal, 1;1ar Ch. Gailly de Taurines. (Librairie
11 se moulra11. 11 heureusement _fier, ~(' lui donnait pa,,
hb~rtm el quelque (&gt;Cil fripon, que M. tle Brinvilliers
llachetle CL C'".)
1~a~ sa condwte, toutes 1~ sat.1 fochon qu'il eOL di•- n,·a,t _ci,nnu à l'a!'!1t'C cl donl il avait ru lïmprudencr
~ï~s ~11lém~a11tes, ]V, p. 172.
Hrecs. Pour rompre une intrigue amoureuse étalée
de taire s.un farmher. C'est dans le carrosse même dt•
-· \01r_ a la Bibl. de !'Arsenal ms 6.0~() (Papiers
par elle avec une lroµ cynique insouciance. il a,·a il 1~ marquise, .~nt ,~el~e liaison él~il publique , que le

J·

de la lam1lle Arnanll) une leUre curieuse de li. ù'Auhray à li. de Pomponne, son parent. lorsque celui-ci

lut

momentanément

exfü.

:.. l"iesi11térna11les. lV,p. 17G.
', lbi,J. l\" , I'· l'ill.

-14

cumC'nls d'importance, il ne contenait que &lt;le
vieilles har&lt;lt•s cl d11 linge en as ez mauvnis
ét:1t.
« Que ne l'emplissiez-mus plulot de pistole~! observa ~r. d'AuhraJ, rrprenanl pour
11n mslant le ton plaisant de jadis.
- C'est avec une monnaie bien différente
que Monsieur compte acheter le ciel, dit l'un
des commissaires. »
Et, lout en p:irlant, il lirait du coJTre, avec
une sol, unité plaisante, un silice autour duqutl aussilôt se précipitèrent curieusement
tous les gros de police pour qui cet objet
était .ans doute un genre d'habillement tout
nouYeau '.
« Oh! ob l s'écria tout à coup le Lieutenant Civil en ft'Uillelant des papiers et parcourant drs yeux aYcc attention une grande
feuille de "élin sur la'{llelle s'étalaient de
beaux. caractères d'or; voici qui est plus
grave! Des vers, el de ,·ers qui me parai.o:sent
singulièrement factieux :

D)~me_ ~LI recourir .:m très oppor!on moyl'n alors à la
d1spoS1hon d~s familles, t'I obtenir du lloi une lettre
de cachet lui permettant d~ fairo. mettre pendant
qUPlquPs mois â la lla.,lille Il' galant indiscret el gênant.

3o8 ....
.., JOQ

L"'

l.1 ~11 tenanl_ C1v1I set.ail vu conlramt dr faire arrt'ler

ainle-Cro1x.
Tout cela avait singuliérem,,,:t ni~ri el a,goml,ri le
cu:ctè_i:e de M. cJ·Au1Jr3y.
, . 1tes mléie,sa11/es, ]\', p. 178.

�ms T0-1{1.Jl

,

logis l Obligés de souffrir que des archers
couchassent près d'eux el partageassent leurs
chambres, «incommodité assez considérable,
affirme l'un d'eux, et qui ne peut être bien
comprise que de ceux qui l'ont éprouvée 1 ~.
Aussi, en roulant vers la Bastille, ces messieurs n'avaient-ils pas de trop cuisants regrets, et leur pensée, un peu railleuse, allaitelle seulement vers le Lieutenant Civil Dreux
d'Aubray, un magistrat si au-dessous de sa
tâche, si facile à embarrasser, à dominer, à
tromper l Comparant la médiocrité de cet
homme à l'importance de la charge dont il
était rerêlu, ils ne pomaient s·empêcher de
redire avec un ourire de pitié : « Le pauvre
homme! ,&gt;

Comment mourut M. le Lieutenant
Civil Dreux d'Aubray.
Et de fait, tant au physique qu'au moral,
M. le Lieutenant Civil était subitement devenu méconnaissable : amaigri, l'œil terne,
la parole difficile, l'ancien bon vivant d'autrefois, le magistral énergique el alerte d'hier
s'était lamentablement transformé en un
vieillard valétudinaire, sans volonté, sans
ardeur et sans force.
Depuis longtemps, certes, les chagrins

année 1666, il s'était senti soudain pris d'un
mal étrange, rebelle à toutes les médications.
Sa fille qui (son fébrile et quasi maladif
besoin de plaisirs et de galanterie mis à
part), paraissail animée envers lui des plus
tendres sentiments d'affection, avait beau
multiplier ses visites et ses soins, tous ses
efforts semblaient avoir un effet directement
contraire à celui qu'elle cherchait et, par nne
fatalité malheureuse, sa présence près du
malade se trouvait invariablement suivie,
non d'un arrèt, mah au contraire d'unr
aggravation de la maladie.
La douce et charmante figure de Mme de
Brinvilliers semblait rélléter la tendresse de
son cœur ~ « blanche comme la neige elle
avait la peau belle et lisse, une petite figure
modeste et douce; c:l.i était toute mignonne
de sa per onne », telle nous la dépeint la
plume d'nne de ses contemporaines'·
Dans sa sollicitude pour la santé de son
père, elle avait pris soin de placer près de lui
un servi leur -de son choix, homme véritablement de confiance, un valet de chambre
nommé Gascon 3 qui, de sa propre main,
versait et administrait au vieillard tous les
remèdes et potions ordonnés par les médecins.
àlais rien ne parvenait à vaincre le mal :
implacable et lent, il allait, empirant sans
cesse; de semaine en semaine les forces du

patient diminuaient davantage el les douleurs devenaient plus violenles.

Malgré ces souffrances croissantes, toujours
consciencieux el ponctuel, le comageux magistrat continuait à s'acquitter avec exaciitude de ses fonctions: cc Personne n'ignore
que je ne suis point apprenlif de vouloir
mourir pour le Roi, en ayant donné dans le
passé d'assez beaux exemples », avait-il
écrit, deUI. ans plus tôt à Colbert, el ce qu'il
affirmait alors avec cette belle assurance, il
savait encore en donner la preuve. Nous
l'avons vu, souffrant déjà depuis plus de
quatre mois de celle mystérieuse maladie
qui minait sourdement ses jours, se lever
avec le soleil pour exécuter les ordres du
Roi contre les Jansénistes au faubourg Saint.Antoine, procéder à de longs interrogatoires,
multiplier, malgré la faligue, ses démarches,
ses travaux et ses soins.
li continuait d'être la terreur de ces libraires qui, par désir de lucre ou par ma_uvais esprit, s'avisaient de propager les écrits
prohibés ou suspects : « La présente, écrivait-il à Colbert le 20 avril, servira pour
accompagner le commissaire Picart qui va
r&lt;'ndre compte d'une diligence qu'il a faite
sous mes ordres pour avoir lumière de ces
méchants livres c1ui viennent en France des
Pays-Bas. J'en ai eu l'avis par un librai~e
d'Amiens et, ensuite, j'ai fait arrêter le libraire de Paris et un autre de la ville d'Amiens
qui servait d'entrepôt à ce commerce•. 1&gt;
Ce n'est pas avec un moindre zèle qu'il
veillait à la salubrité de Paris : « Les ordres
du Roi sur le neltoyement de la ville el
autres choses concernant la salubrité de l'air,
écrivait-il au même ministre le 7 juin de
cette année, ont été reçus avec une joie publique... les bouchers, charcutiers, rôtisseurs, boulangers, meuniers et autres personnes ont obéi volontairement ; même ce
règlement s'est étendu sur de certaines gen
qui nourrissaient el faisaient le trafic de
chiens en dtffércnts endroits ... et je m'assure, si le soin dei hommes pèut conlrfüuer
pour quelque chose pour garantir Paris des
malheurs dont les provinces Yoisincs ont
affligées 5, que la sagesse qui accompagne vo.
actions aura produit un bon effet 6 • »
Mais il est une limite au delà de laquelle
l'éner!rie de l11omme le plus per évérant est
o
.
bien obligée
de faiblir, et, six JOurs
seu lcment après avoir pris ces mesures d'hygiène
et écrit cette lettre, vers les rètes de la Pentecôte, le Lieutenant Civil se sentit tellement
affaibli qu'un vo1age à la campagne, dans sa
terre d'Olfémont, lui parut absolument nécessaire. Le repos et l'air des champs l'aideraient, pensait-il, à se rétaLlir; des comptes
à régler avec ses fermiers exigeaient d'ailleurs en cette saison sa présence.
Cette terre d'Olfémont était, on s'en souvient, un des nombreux témoignages des
exceptionnelles faveurs dont le sort bienveillant avait, durant toute son existence, favo-

2. Correo$po11da11ce de Madame. Duchesse d'Orléam, extraite des leLLres publiéc,; par :11:11. de Ranke
el Holland. Traduction el notes pat Eruesl Jaeglé.
Paris, 1880, 2 vol. in -12, l. Il, p. _72.
.
a. Plumitif de la Tournelle, voir Raraasson. Arcl,i,•rs de la naslille. IV, p. 2i3.

4. Correspondance 11dminhlrative sou., Louis XIV,
t. 11, p. 551. Le Lieutenant Ciril à Coll,erl,
7 jujn 1666.
5. li y :nait alors une épidêmie de p_csle.
6. Correspondante de Colhert. pulihfo par P. Clément, VI, p. 3!!2.

ABBAYE DE PORT-ROYAL DE:S CUA.MPS :'

Gra1•11re dt

MAGDELEINE IIOR~rurnELS.

causés par la conduite de sa fille avaient
beaucoup assombri son caractère, mais ce
n'était que tout récemment que de- troubles
de santé étaient venus se joindre à ses préoccupations morales.
Vers le milieu Ju mois de janvier de cette
1. Fontaine dan, l'iu illltreua11ies, lV. p. til.

LE

CnœuR.

(C.iNnet ;tes fistamfes.)

__________________________ LE

LTEUTENJI.NT-CTnL DlfEUX D'AlŒ]{JtY - ~

risé jusqu'alors M. d'A11Lray : il l'av:iit même tant dïnqniétudt'S à ses prorbt s que la nomcllc-, en avait fait part aussitôl. par
recueillie parmi les Liens rnnfüqués sur le l'ainé de ses fils, alors intendant à Orléans, lellre, à un de ses ami : « Comme j'étais
malheureux MonLmorc-ncy conduit à l'écha- dc.;manda d'urgence l'autorisation de quiller aujourd'hui sur ks onze heures, lui écrivait-il,
faud.
son poste pour se rendre au plus vile au avec ~I. le Premier Président dans son cabinet,
A la suite de celte mo~L tragique, la ,·cu,·e chercl du malade. A peine arriré, ayant couru qui m'avait envoyé &lt;Jtrérirpourdîneraveclui, on
d_u supplicié, Marie-félicie de. Urest wnu lui dire c1ue l'on avait donsins, le cœur brisé, dépouillée de
né l'extrême-onction à M. le Lieutout, prhée de biens, arnit pris
tenant Civil. Tôt après, il est venu
le voile, el tout réccmnll'nl, en
une grande troupe de ses parents
cette mêmeannée IGGG, vrnait de
qui Je cherchaient pour l'emmemourir obscurément, o ubliéc dans
ner. Ego rero dam me subdu:ri,
un couvent de Moulins 1 •
comme dit quelque part Erasme,
La fète de fa Pentecôte tom Lait
cl m'en suis wnu dîner arec ma
celte année-là ltJ 1:=i juin. Désirant
famille. Il y aura eu quelque afne point entreprendre seul le
faire sccrèlll;. &gt;l
voyage d"Offémonl, un vopge de
Le \'endrrdi 11, la morl avait
dix-huit lieues, M. d'AuLray pria
:rcheYé
son œu He, et, fils sincèsa fille la marquise de IlriU\ illiers
rement
éploré en même temps
de vouloir bien l'accomp:igner.
que
magistrat
strictement attaché
Chacun d'eux de rani partir d'un
aux
devoirs
de
sa charge, l'inpoint différent: le Lieulenant Ci\'il
tendant
d'Orléans
écrivait de noude son bôtel de la rue du Bouloi,
reau
au
Ministre
: « Quoique la
et la marqui e, de son lo3is de la
douleur
du
d6cès
de
M. le Lieuterue Neuve-Saint-Paul, rendez-yous
nant
Civil,
arrivé
hier
au soir,
fnt pris pour ~c rrjoi11Jre hors de
m'ôte
toute
liberté
de
réfléchir
la ville, dans le faubourg Sainlsur aucune autre affaire, elle me
~lartin, en face du couvent clés
conserve Loule ma raison pour
fiécollels 1, et il rut convenu 11ue,
wnger à mon devoir el pour vous
afin d'accélérer la marche, lime Je
dire, Monsieur, que les deux jours
Drinvillicrs amènerait ses chevaux
que je Yous aYais demandés pour
que l'on accrocherait comme renassister feu mon père seront écoufort au carrosse.
lés aujourd'hui. Si le désordre
L'heure du rendez-vous était
extrême
dans lequel sont mes
déjà quelque peu passée lorsque la
affaires
me
le permettait, je parmarquise y arriva, seule, sans ses
tirais dès demain pour me rendre
chevaux.
à mon emploi. Je ne laisserai pas
Déjà mis un peu en mauvaise
de partir à l"heure qu'il vous plaira
humeur par l'allmle, AI. d"Aude
me prescrire après que j'aurai
bra , que la maladie rendait exeu
l'honneur de vous rendre mes
trêmement irritable, se fàcha fort
très humLles respects et que j'aude cc contre-lemps:i. On se mit
rai fait ma révérence à Sa Macependant en route et l'on s'arjesté,
si vous l'avez agréable. C'est
rêta pour souper à Senlis clicz un
ce
dont
je rnus supplie extrêmeami, M. le chanoine Cruvillier.
ment,
Monsieur,
de me faire rnLes grandes et e.xc.?ptionnelles
voir
vc,Lre
volonté,
laquelle fe1échaleurs qui régnaient en celle
TOt!RE!.LE flE L UÙTEL DE FtCAllP, Rl'E HAUTE.FE tll.LF, ITABITÉ PAR
cutc
rai
toujours
avec
le dernier
année', jointes à la fatigue du
allachement s_ »
S.UNTE-CROJX. Dessin de RoemA.
voyage, en étaient-elle lacause,louDurant Loule la journée du sajours est-il que M. d'A ubray ne se
medi
12, lendemain de la mort
trouvait pas bien. A O!Témont il essaya du se ù l'hôttl du Lieutenant Civil, ruu du Oouloi,
dn
Lieutenant
Civil,
ce fut à son hotel un
purger; pour le rrmellre, sa fi 1le lui pré- le jeune magistral écrivit dès ~ix heures Ju
défilé continuel de parents, d'amis, de ma- ·
senta un bouillon préparé de sa main. En matin, le 10 septembre, à M. Colbert son
dépit de tous ces soins, la maladie empira ; cher : « Monsieur, en arrivant à P,tris auprès gislrats, venant rendre au mort les derniers
devoirs : c1 Le samedi 12 septembre, écriM. d'Aubray se trouva soudain &lt;&lt; lourmenlé de. mon père, ma prrmière pcn ée, après
de vomissements extraordinaires, de maux l'arnir rn un instant, a été de vous rendre vait en rentrant chez lui le président d'Ord'estomac iuconccvaLlcs, et d'étranges ch.1- de trè humLles grâces de la permission qu'il messon sur le lirre de notes où, minutieuleurs d'entrailles 11. Quillant brusquement vous a plu de m'accorder de satisfaire à mon sement, il mentionnait toutes les particuOffémont, il dut rentrer en toute hàte à Pari~, devoir el à l'assistance que je lui devai . Je larités du jour, je fu avec U. Le Roy donfans aroir pu finir aucune des affaire qu'il l'ai Lrom·é en l'état qu'on me l'avait écrit, ner de l'eau bénite à ~r. le Lieutenant
Ci~il, mort le jour précédenl, après une
se proposait de régler$.
quasi hors d'espérance de recourrer sa santé. maladie de sept jours. On atlribuait la cause
De ce jour, la santé du Lieutenant Civil Vous jugez, Monsieur, quel a été mon arcade sa mort à la douleur que lui causait une
devint de plus en plus mamaise. Au com- hlcmenl el mon aflliction 6 .... »
de ses filles, dél'ote, qui lui demandait parmencement de septembre, son étal donna
Dès la veille, Je malade a,ait reçu l'extrême- tage et lui avait fait donner exploit; mais
1. I.-E. Mermel. - Enais histonques sur lu onction et le médecin Guy Patin, une très
c'est surtout de la douleur de ne pouvoir
c1111to11~ d',l tlich!J, f.0111[)ièg11e, etc .... Compiêgnr. mauvaise langue, qui par hasard avait appris
depuis longtemps, obtenir la permission d~
1 \"ol. m-12, 1907, imprimerie du Progri's tic l"Ui~c.
0

2 ..\ujonrd'lmi hôpital militaire.
:i. Procc, de la Brin,·illicrs. lnterrog11toircs des

9 a1Til el 15 juillet 1676. \oit- Ra\'~bson, A1·rhiies
de lit Bastille, l. IV.
i. Vuir Journal d"Olilicr J'Urme.-011. li , IL 4(H.

:1. llémuire contre la 11 de llrinl"illicrs pour
lime ltangot, veurn de M. d'.\uhray. lieulenaul
Ch·il

'le fils). Ilibl.

~ationale, rrt'ucil Thoi y.
(i. llil,I. ~alionilc. Papiers dr Colbert. fieproJuil,
p~r fiaYai,-on. A rcltfrt•$ de fa lJa.,ti/le, ï. p. 9 cl W.
..,, 311

'"

7. Lettl'et de Guy Pn:lÎII, 5 ,•ol. iu-8•, 1816, l. JII,
p. GJO. Lellre à Fnkonet, 9 septembre 1666.
8 Dall)e Paris ce samedi â 6 heures. Bil.,I. 1"ationole, papiers Colbert. Reproduit pQr naraissou. Arthfres lfe lu llaslillt:, IV

�---- Jf1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - résigner sa charge à son J11 ni en retirer
récompen e, es affaires domestique étant en
mauvais étal 1• »
urvenue dans de conditions a scz myslériru,e·, celle mort faisait en elîet l'objet de
Ioules le. conver alions el prèlait à bien des
conjectures; le méd cin Gu~ Patin, qui n'était
pa seulement mauvaise langue, mai encore
un furieux, inlrairal,lè et exclusif parti an de
la saignée fréquente cl de l'abondante purgation t, ne fut pas de · dernier· ~ donner on
:ni,: ci Nou a,·on perdu, écrivait-il, M. d'Au1,r:n, Lieutenant Civil; c 't'-lait un honnête
hot~me qui était merveilleu ement inlelligcnl
pour l'exercice de celle grande charge. On
n'a pa bien connu sa maladie et de plu un
('harlatan lui a donné deux. pri.&lt;'s &lt;lu , in
,:mélique avce Jesquel!es il a Lil'nlôt pas é au
paI d'où personne ne revient füi il n'y a
pas à 'étonner de cela : il e t mort de la
main d'un charlatan, lui, dont la charge était
de cha ser œtle _orle de gen qui e di ent
impudemment et fau semcnt médecin. de
Montpellier. Ce ne ont que misérable gredins, ans lieu et san aveu, moines défroCJUé , frater , apothicaires et barbiers gascons
qui promettent de ecrets contre toute
sorte de maladies el plusienr autre :. , ,,

Tant de morts douloureuses, si oudaioement répétées dans la m~me famille comm"nrèrrnt ~ paraître ~1 prclcs; :ippelé à

L\

'IARQUTSE OF. BRl]l.'VILLIERS.

D'après un portrait qui fut /ail d'elle peu de ltmf'$
av:rnl SOI! $llf{'lla.

De ee jour, une fatalité terrible s'abattit
sur celte famille d'A.ubray jusqu'alors ,i
prospère; implacable et acharnée, la mort
sembla.il planer mystérieli ement ur elle el
y guetter tour à tour une proie. L'aîné des
fils, l'intendant d'Orléans, avait obtenu du
Roi la charge de son père, diminuée toutefoi
de la plu importante partie de ses altributions : tout ce qui concernait la police en
al'ail été détaché pour former, ou le titre
de lieutenance générale ,/f police une nouvelle char11e, attribuée à M. de la Rel"nie.
Le nouveau Liculenaot Ci~·il avait à pein,:depuis quatre ans, pris pos es ioo de ,es
fonction q11e subitement, comme on père,
aprc des souffrances atroce , il mourut âgé
seulement de trente-huit an , le 17 juin lû70.
Douze jour avant a mort, se entant déJà
irrémédiablement perdu, il avait fait un te lament par lequel il laissait à son frère cadet,
conseiller au Parlement, tout ce que les coutumes lui permettaient de donner', Celui ci
recueillit l'hérita ire; Lroi moi ne 'étaient
pa écoulé qu'il Jtait morl.

faire l'autop ie du frère aîné, plusieurs médecins et chirurgien déclarèrent, l'un, Bachot, &lt;&lt; que la poitrine de M. d'Aubray, Lieutenant Civil, fils, était ulcérée et des échée »,
un autre, le chirurgien Jean De,,aux, -c'était
par sa remme née Duchesne le beau-frère de
Philippe de Champagne - qu'il trouvait« d
parties brûlées dan l'estomac eL le foie, et le
cœur tout flétri et macéré 5 »; tous deux C-Onclurenl à un empoisonnement.
n empoisonnement! EL aucun indice ne
permettait de oupçonner quels pouvaient
èlre le coupable !
Cependant, de moins en moins capable de
ré~isler à es pa.;sions, la marquise de Brinvilliers atftchail el multipliait s amour ;
tout était bon à ~e insatiables cl étrange
fanlai ies i avec ointe-Croix, orti de la Bastille, ses relation avaient repri de plu belli•,
mai , outre celui~i, le précepteur des fil de
la marquise, un pauvre bachelier en théologie, de tournure assez gauche, timide,
trembleur, pu illanime, élait, bien malrrré
lui, devenu au. i son amant. Il e nommait
Briancourt. Ahuri de ces cares es passionnée
qu'il n'avait pas cherchées, étonné au i de
certaines confidences cabrtu e qu'il ne demandait point, il lui arrivait bien sou,•ent dti
maudire sa bonne fortune et de ouhaiter
ardemment être ailleurs.

1. Jonrnul 1l'0fü·ier d'Ormrssoo, Il, p. 472 ,
2. 'ur Gu, Patio cl es Lhéorif m ~dicalc.• voir
un amuntit ■ rlicle d,· 1. Fr. Funrk-llrènlano. llerue
hebdomadaire, 190 .
:\. Lcllre ,Istèe du 21 ~cpternhre 166H.
4. Dili!. :'ialiomtle, ms. Chairamhaull. :i:1i. f• 00.
à. E\lrails ,111 Pr,,.-,., ,le 1, llrimillit•ra. llil.,I. Xa1i,ma!t•. m•. Ir, HO;i5 I• !l ,·•.

li. Tnlcrrogntoirr ile llrianrourL, t:i j11illcl li\111.
Y.. ir Ra,-ai sou . •-Jrchivea ile la RMli/ft', I. 1\. p. l!l!I,
el 21 juillet tüii, 1&gt;. jUl-:;!12.'
i. 111umitir cle la Tournrllc, p11hlié par rta\"ai,,011.
.J,·chivea de /11 Ra.,tillr, 1. IV, p. 2l5.
. Sur Ir pNM'1\, ,•L lu mort ,1 .. la BrimilliPrs voir I•·
lll'an li,r,• ,(,, 11. Fra11l1; l'unrk-llrcnlano, J.,. Dttlll11'
des Poi.touJt.

Fatalité tragique. - Les empoisonnements de la Brinvilliers.

&lt;&lt; Pendant que ainle-Croix était à la Bastille, dit un jour ~f me de Brinvilliers à cet
humble galant qui e rendait parfaitement
compte de a subordination amoureu e el
connais.ait fort bien es ch~fs de filt!; pendant
que ainte-Croix était à la Bastille, il a connu
là un certain Italien, le plu habile homme
qtt'il y ail au monde pour les poirnn . J'ai
foi I tenir Je l'ar•Yc11l à Sainte-Croix ponr
acheter se ecrel , cela nou a coùté gro . ,.
Au mot dt! poi·on, le pauvre BriancourL c
mil i1 trembler; les yeux écarquillés d'épo111anle, comme un homme qui \'Crrait un
abime s·enlr'omrir oudain .ou· e pa·, il
reviL en pcn ée la mort mystérieu cl subite
de fül. d' uhray, et un terrible .oupçon lui
lr:n-crsa l'cspril.
&lt;1 Yos fri-rc;; .... Madame'? ri qua-l-il limidcmcnl.
- ks frères ne valaient rien tous deux,
répond.il ~lmc de Brimillier avec un mituvai
regard. ,l'aime heaucoup mieux me enfants
qui sonl ma chair. lé frères m'a,·aient mépri rC'.
- Et Uonsieur votre père? interrogea
Dri:rncourt, Ja gorge serrée, eraignanl presque une réponse. »
fais à cette que lion Mme de Brin\'illiers
ne répondit point et fondit en larmes a.
nurant deux années encore le criminel.
auteurs de l'empoisonnement de M. d'Aubray
demeurèrent inconnu . En Hi72 eulemenl.
ainte-Croix étant venu à mourir, un inventaire fut fait à on domicile à l'occa ion &lt;le
a ucces ion; c'est alor qur, par hasard,
l'on décounil une ca eue contenant, à côlé
de fioles remplie de poi on", plusieurs lettre de Mme de Brinvilliers.
La charge était tellement arnablante que la
marqui e, d• qu'dle apprit la découverte de
la casselle, s'enfuit en Loule b.He el se réfugia, en Angleterre d'ahr,nl, pui dans lrs
Pa· -Ra .Cen'e.tqu'rn lû7fi que,décoU1·erte
el arrêtée à Liène, elle ful ramenée à Paris el
jugée. Elle avoua alor amir empoi onné on
père « pendant ept ou huit moi » ,.. , , vingthuit à trente foi )) , ... &lt;1 laoL avec de l'eau
qu'avec de la poudre »... n de ~e propr&lt;.
main et par un laquais nommé a con; )) .
Le 16 juillet 1676, dix ans aprè la mort
my térieu e do Lieutenant Ci\'il, la marquLe
de Brinvilliers eut la l~le tranchée en pln&lt;·c
de Grèrn, son corps fut livré au bûcher et se
cendres jetée au vcnl .
Ain i, tandis que dan la maison du fa11bourg ainl-Jntoinc, au milieu de archer
el de 'ni .e:i, il inlt!rroge:iit lJ. de acy rl
e montrail tellement inférieur à sa tàcbc
qu'il fai ail pitié à se victimes même::;,
M. d'Auliray, depui · quatre moi , portait
déjà dans ses Oancs le poison mortel que,
lentement, goulle à 0 oulte, lui rer ait a fille,
la marqui. e de Drimillier~, à l:t « petite
frg11rr mode Le el douce i:.
'11. G:\ILLY DE TAl"RI ES

HTSTORlA

MADAME ÉLISABETH

SOEUR DE LOUIS X

Tableau de ~1me VIGÉE·LE BR

..-- 312 ....

)J" •

�JOSEPII

TURQUAN
cf:&gt;

,

Les Femmes de l' Emigration
M . Jost ph TuTquan, l'autcuT justement utimé de
nmuqinblu travaux SUT l'époque napoléonienne , li
dont no, lic.c:tcuu ont pu apprécier, dans 1a !Kllc u
complitc étude SUT ,11.1.Jame l{t.:.&gt;mitr, la Ires ha1.tc.
valeur d "historien. public à la librairie Emilt-Paul un
ouvngc où de nouveau s'■ffinnrnl lrs qualitu à la fob
brillante. u solidts sur lu.qudlu 1'u1 fond« sa ripu11tion. Nous cmprunton, a ~• livn de M. Jo5cph Turquan l'important utnit qu'on V1I lire

Tandi cp1c, d'un cœur guilleret cl tolàlrc,
la noble se de cour gra,it chacplû jour le
,!!l'aOÙ escalier de ._ chonbornlu. l au ha duquel des soldats du régim&lt;.'11l de flohan, babil
blanc cl revers noirs, . onl de faction; landi
qu' lie traverse la salle d , gardes 011 des
grenadier suisse., immobile . ou lt!urs
bonnels à poil , la hallebarde au pied, ont
de faction delant la porte de appartement
des prince · ; tandis que ces émigré de mnrque allendenl, une lellre d'audience à la
main, qu'un hui sier leur ouvre la porte du
cabinet, - porte devant laquelle deux garde
du corps, ca~que eo tète et abre au poing,
dressent leur taille géante dan une immohilité de lalue, - d'autres gentil hommes,
qui ne sollicitent point d'audience, qui n
désirent nullement de traverser cet apparat
cl cc ra te hor. de ai on, continuent à picù
leur vo -age. C'e L le camp de Worm · qui • l
le hul de leur étape . Comme le jeune
vicomte de Chateaubriand à qui Rirnrol demandait : cc ù comptez-vou aller'! » ils répondraienl volonticr : a Où l'on e bat. 1&gt;
~lai on ne se bat pn. encore. .\ peine
même commence-t-on à se réunir. Le priuce
de Condé e t à Worm el il e îail autour de
lui un important ra emblemeot de troup •.
Il donnera son nom à celle petite arm 1c.
L'émigration e trouve donc divi~ée dès cc
momeol ur lroi points principaux : Bruxel1&lt;' • Cohlenlz et Worms.
D'une éLotfe morale a . ez mince, d'w1ju ement peu ùr, d'une intefügence de médiocre
portée bien qu'il oil capable d'écrire de
jolie lettr ·, le prince Loui -Jo eph de Bourbon-Condé était le fil de ce duc de Bourbon
qui fut, ou la minorité de Loui X\', cher
du conseil de régence et qui e . ignala plus à
l'alleotion du pays par sa liai on a\'CC .Mme de
Prie que par e l.:llents. On lui avait fait un
grand renom pendant la !!Uerre de ept An. ,
mais ses mo ens élaient inrérieur· à ce renom. bien cru'il nimùl à e firurer le contraire. Avec plus de vanité que d'or"ueil,
ave? une ambition dont il n'avait pas les c:11iar1tés, il prenait sa ,iolence p ur du talent
et. . emportements pour du nénie, - le
"~'.uc du g~and Condé donl il se croyait J'l1tir11trr. Plein de l'OUrage d'aillcur , Jar ..1•,

grnéretn, magnifique, amoureux de gloire. il
Lrù 1nit du noble dé ir d'être appdé lui au~. i
un jour I rrr, nd Condé. Et c'e t pour cda
qnt, ,oarù aux objurgations de Loui XVI qui
le uppliail de con.,édier le~ rrenlil homme.
ra, -emlilés autour Je lui il lui dé.obéi .ail
omerkmcot, aimanl mieu-.: sacrifier le roi,
- mais il ne ·en doutait peul-êlr pa
cl la reiue, dont il était l'ennemi acharné,
que ncrillcr une mielle de ~on amliition qui
était de conquérir la France à la pointe ù
on épée, &lt;l'entrer triomphalement /1 Pari'&gt;
an:c . on c.orp· d'émi!ITés etd'entreren même
temps non moin. triompbnlemcnt d:m l'hLtoirc. li rrvait de cc f\ocrov.
Auprès de lui était . on Ill , le duc de Bourbon. Ce prince se Lint autant qu'il le pul
dan un elfocement qu'il .entait convenir à
se faculté auurnl qu'il comenail à .(s goflls.
~c e reconnais ant aucune qualité transcendante, il ne cherchait point à se meure en
aiant, même pa~ ur le champ de hataille, à
ce qu'affirme celle bonne langue de Mme de
Boigne, et, s'il sortit parfois de l'ombre qu'il
alfectionnait, ce ne rut que par ordre el malgré lui.
Toul autre étail &lt;on ûh- - car il I avait là

Lot:1 -JOSEPII DE B OUIHIOl-. !'RINCE DE Co:--rllt

Grnur~ de

f o RF_ Tll'.R.

(CJNnd des R st;im,es.)

trois génfralion de Cond 1 - le jeune, le
brillant, le piriluel cl valeureux. duc d'En"hien. Un peu gaHoche, un peu chérubin,
,éritaLfo s011. -lieuten:ml d, hu art!., mai

de h:iut Ion, parlant aYec un é"al agrément
le jaraon dr!- camp et celui des salon , il
étai L ador i de tout le moudc à l':n mée de Hm
llrand-pt•re, - C:11 .oldal, de l'officirr et J&lt;.'s
femme . , n populnrilé avait pas é du ramp
de émigré dan Ir armé de la flépublique
cl de là . ur lé ltrritoire françai . Au p11int
que plu lard en 1, (12, r. de Ch:imrar:ny,
rcpré.rnlant à ,ïenne da gouverarmcrt cu1:. ulaire, aroue au comte d'Anlrai.,ucs, an&lt;'nl
secret des princes, que la France ongcait à
un rélaLlis, rmenl de la monarchie, que le
duc d'Orléan était mieux lu que les frèrrs
de Louis XYI, mais qu'on lui préférait le duc
d'Engh.ien. On l'avait même pres enti à ·e
. ujct '·
L'écho de ces négociation était sùremenl
,·enu aux oreilles du premier consul rl
peut-être ne faut-il pas chercher ailleur la
cause de l'arre tation et de la uppression
ùu malheureux jeune homme. Le premitr
consul n'admellail pas de concurrence.
A Worm , bien qu'il y nit « une division
effroyable » entre les Françai , le Lon e t
tout autre qu'à Cobleotz. i les frères de
Louis XVI, a\'CC leur frivole jeunes e, arec le
cliquetis de maitre ('. cl de farorite qui.
plu · quo celui de arml~, résonne autour
d'eux, répandent peu de gravité dans le cercle politique et mondain des émigre, le
prince de Condé se montre plus érieux el a
Loule la di"nilé qui con"ienl à un chef d'armée. Et il organi e la sienne. Au i Worms
est-il appelé le camp, et Coblentz la cour ou
la ville.
Auprè du prince de Condé ~e trouve sa
fil! , la princesse Louise, el sa maitres e, ou,
i l'on préfère, on amfo, comme on disait
alor , la princesse Catherine de Monaco. Au
lendemain de la pri e de la Bastille, le prince
de Condé, accompaané de on ûls et de on
p lit-fil , Lous en armes el à cheval, e corlanl une calèche où était la prince e Loui c
et c femme , avaient été offrir leur ervice à Versaille . On ne les avait point
agréés. Il étaient donc rereous à Chantilly
san. retard. Ayant, ur Loule la route, contalé l't ifcrvfscence populaire, ils avaient
pris juste le temp de diner el s'étaient remi
en route pour aller, à l'exemple du comte
d'Arloi , chercher a ile à l'éLranger. La prince e Loui. de Condé était montée dans la
même berline de voyage que la maîtresse de
EOD père, avec qui cependanl elle ne fai ail
pas très bon ménage. Mais, quand la fondre
allume un incendie dans le forêts ,iergc de
1. l.~orlt·r f'inga u,I. L'n aqr11t gecul d~s p, 1m·1
. nui la n fr,, lullfm : 11· ,·nmtr 1( ,l11t mi911 r • I'· llli

�Lr.S

111STO'l{1.ll

r \rrique, les gazelles ne f uicnt-clles pas
pêle-mêle avec les pantht·rcs cl Jcs hyènes
nns qu'elles songent à les craindre ni cellesci à les inquiéter?
La princesse Louise-Adélaïde de BourbonCondé était alors une adorable jeune fille,
intelligente, artiste, pas très compliquée,
mais supérieure, quoiqu'on ait dit le coolraire, à la plupart des autres femmes, el
par l'esprit et par le cœur. Par l'espril? Il
esl mé d'en juger : qu'on lise ses lellre '
brillantes de bon sens en même temps que
d'une originalité bien personnelle, primesautière et fonlai i te, où le trait éclate à tout
momcnl, incisif, inattendu, et qu'on di.e si
l'on n'est pas charmé. Par le cœur?... Ah!
comme on respire aoprè · de celle adorable
princesse une atmosphère plus pure que celle
qui, soil dit sans vouloir rien leur enle,·cr,
enveloppe les favorites rrincières de CoLlentl.
On se sent tout de suite dans une autre région. Y eut-il jamais plus délicate, plus pure
idylle que ce roman d'amour platonique qui
s'esquissa enlre elle el le marquis de la Gerni ai ? Y eul-il jamais plus méritoire et
plus touchante abnégalion que la sienne
quand elle renonça, sur l'ordre de son père,
à un mariage qui eût fait le bonheur de a
vi&lt;', et que suiYant son de,·oir de fille respectueuse el obéissante, la docile princes5e
sacrifia à la ,·olonté paternelle? ... llai , de cc
moment, elle commença ~ mourir et traîna
de couvent en couvent, durant Loule l'émigration, en attendant qu'elle devint la sœur
Marie-Joseph de la Miséricorde, la lente agonie d'une eii tence désormai décolorée cl
ans but.
Avre sa peau blanche, cette prau si fine, à
la fois lran parente t'l narrée qui avail fait la
gloire de la duchesse de Longue,-ille et semblait un apanoge de famille, la princesse
Louise ét.ait naiment délicieu.e dan sa manière d'être belle : moins par ses lrait , car le YÎSa"e e. L peul-être un peu large, le
nez trop pcliL - que par sa physionomie
qu'éclairaient des )COX superbes, deux pcrYenches vivante , surmontés de cheveux
ulond cendré. L'ememLle a bien une teinte
de mélancolie, très douce, désormais ineffaçable; mais elle va si bien à son regard alangui, qu'elle esl un attrait de plu . Une femme
de goûl, qui l'a bien connue, a dil qu&lt;', «née
dans une terme, elle eût élé la prcmirrc
dans cette ferme cl n'eût pas ressemblé aux
autres pay annes par rnn esprit supérieur, el
.a distinction innée' ». C'étail ,rai; celle
distinction, reflet d'une âme d'élile,ne l'abandonnail jamais; au salon comme dans l'intimité, dans ·a démarche comme dan on
maintien, eUe avait, de tout point, une façon
suprême. lnstruile sans raire parade de son
s:.woir, a con\'crsation était semée de saillies
toujours jailli sanlcs, ~ans efforl. Seule, elle
s'amusait parfois à rimer; puis, lai anl la

plume pour le pintcau, elle se lançait hanliment dans un portrait ou un pay~agc. l1ne
jolie rnix avec cela, Lien tnn'aillée et délicieme à entendre quand die s'accompagnait
elle-même au piano. Rares talent alor, mais
qui ne sont rien à côté de la bonté du cœur
qui caractérhail cette adorable princes c.
C'e t son neveu d'Engbien qui bénéficiera
d'une partie de ces trésor de tendresse que
lïntransigcante volonté de son père lui a ordonné de garder, avec sa vie, en portefeuille.
Trempée déjà par le malheur el le 5acrifice, habituée à e rnincre devant la volonté
de .on père cl à se contraindre deranl la
princesse de fonaco dont la situation irrégulière lui était impo ée à Chantilly, elle dc,·ait
souffrir moins qu'une aulre des mi ère de
cette ,,ic d'oiseau sur la branche qui rut le
lot de c-hacune en émigration. Elle ne lui
furent pa plus épargnées qu 'à la plus pauvre
de émigrées. Comme l'a dit on historien,
elle «connut la Yraie mj ère », les cc quelqurs
ois 1&gt; vainement implorés « pour s'ad1eter
des cbemi e », le coucher dans le gran ues
ou à la belle étoile, le pain noir cl la oupc
accordé par ritié dan les auberge de îillagcJ ».
En attendant, la a belle Condé », comme
on l'appelle, ~L à Worm , :wec son père, au
cbàteau de l'E:lccteur. rne sorte de cour 'y
est étal,lie, un senicc d'honneur a été organbé, el c'est à lraîcrs une baie de rn!Jat au
port du sabre que le émigrés ,·icnncnl se
faire in crire sur le rôle des rolonlaires ou
-Olliciter Jcs graùcs dans l'armée en rurmalion.
C'est aussi à travers une bai d'uniforme
cl de Eahres qu'on parvienlju qu'à la prince se de Monaco, &lt;&lt; madame la princesse Catherine », comme on la nomme a,·cc un .ourire indi crètement discret, et qui est a nrément plus recherchée cl plus entourée que
celle pamre princesse Louise. Elle a cependant I l'air pldant au ouverain degré et
prêche morale Loule la journiIB' ». Mai~,
pour la morale, clle ne prêche pas d'exemple.
Cela n'empêche pas de la bien voir. « A
Worms, on allait lui raire la cour, a écrit un
émigré qui y fut arec son père!, comme à
l"épouse non reconnue du prince de Condé.
Elle l'était en effet. cl l'almanach de Gotb~.
qui . contient la nomrnclatlire la plus complète de toules le famille princières de l'Europe, lui donnait ce Lilre 5 1&gt;. EJle n'y avait
pourtant pa droit encore; mais c'esl moin
pour ce tilr"8 qu parce qu'on la sait toute
puissante auprès du prince de Condé qu'on
rienl déposer mille hommage. à ses pieds.
Comme on sail également qu'elle « s'était
chargée dans l'armée de la partie de recrue G 11, c'est à elle que vont les solliciteurs
el aussi ks solliciteuses. Et celle -ci ne manquaient pas plus à Worms qu'à CoLlenlz.

1. Daus rc1ccll cn1 oll\'ragc&gt; du roarqui Pierre de
les avoir
lu~ , on se demandt.'ra commr nl la comtesse ile Roigne
a pu parler comme elle ro rail d111 · ses .U, 111 01re s
( t. l_
I. p. 24), d'une _princr•st&gt; r1ui (,tai t juslrmcnl
l'.mhlLt&gt;,c de celle 1111 t'll•' nous pn•-r nle.

i:1: Bar nnc d·Obcrkircl1, Mémoire, , 1. I••. ~- 2H.
:5. l'ierre de • égur, la ,lcr11ière dt1 Co,ulé, p. 104.
~- Cumle Fleurv. A11gi!lique di! Ma rl ou. m11 r qui1e
,le Bombelles, p. 1!i!(J.
à. Comte Alexandre de P111maigrr, • nuremrs .t111·
l'Ewigra lio11, clr , I'· 24 . •

,\!!'Ur. La den1 iPrl' des Co11dé. tl après

0

0

Quand le prince llonoré Hl de Yonaro
épousa Catherine de Brignole-8:ile, en l 757,
il arail été intimeml'nt lié avec la mère de
celle-ci. La cho e se savait, et quand il avait
él6 blessé à la bataille de FoatenoJ , Yoltaire
ne s'était pas cru trop indi 'Cret en écrivant
cc ,·ers :
1lonaco perd son ang el l'amour ,•n !&lt;OUpire.

Commencée sou ce au pice plutôt f:lcbcux, l'union ne pouvait guère être heureuse. La _jeune fille avait pourlanl apporté
la incère ,·olonté de faire le bonheur de son
mnri . foi celui ci, aw son caractère diflidle cl ombrageux, ne ut pas s'y prêtrr.
,\prl~s de gra,·cs di,:cntimcnts où le roi
Louis XV a,ail pris parli pour llonoré, la
princesse Catbrrioe s'était allachéc définili'l'ement au prince de Condé qu'elle a\·ail su
affoler d'amour. On a dit, peul-être même
a-t-on cru, que l'amLilion n'entra il pour rien
dan celle affaire. Mais c'c, t peu probable :
n'avait-il pas été question déjà pour elle de
remplacer Mme de Pompadour auprès de
Louis H1
La princesse de Monaco était grande; on
la di ait belle, « en dépit de ses traits aplalis
dans uoe figure trop large 7 D. Elle avait .urlout grand air. Volontaire et dominatrice ùe
sa nature, surtout depui on cbamaillis a\'CC
on mnri, elle menait comme un enfant le
prince de Condé. Ce vaillant avait l'amour
l:iche. De\·ant t•lle, le pauvre homme sentait
'effondrer toute rnlonlé, fondre louL caractère. Il n'o ait pa soumcr en a pré cncc.
D'un regard elle le terrorisait, d'un mol elle
le fai~ait rentrer sous terre. C'était un anéanti
et, avec son âme ser,·e devant celte f&lt;&gt;mml'.
il prenait ce "il anéanti sement pour dn
bonheur. « C'est inouï, écrirait de Cbantil:y
où elle était allée passer &lt;1uinze jours aupr~s
de la priuces e Loui:e, la marqui e de Bornbelles à son mari; c'c. t inouï qu'un prinœ
de! cet ùge-là oil dominé à ce point par une
rcmme.... » .Et, quelques jours après :
u ... M. le prince de Condé a l'air d'un petit
garçon devant elle R. » El c'est par suite de
celle fai~lesse in igne qu'il avait imposé à sa
,;crtueu c cl charmante fille la pré ence, wus
le toit de Chantill~, de son impérieuse maitresse. Cdlc-ci ra,1aiL exig\ l'escla,,e a,•ait
obéi. La c-hose ccrendant ne 'était p11 · faite
ans qucl,1ues Jirficultés : il y a,aiL eu réYolle, proleslations de la jeune fille .... Force
pourtant lui anit été d'obéir à son père qui
n'aYail décidément de coura"e que contre
elle. Ge qui fai ait écrire à fme de Dombelles : « La prince e ne peut sou1I, ir
Mme de ltonaco, celle-ci fo lui rend bien ....
Je suis pourtant fàcbée pour Mademoi elle du
pouvoir absolu qu'a celle femme sur l'mprit
de M. le prince de Cond~, parce IJU'elle cherche tontes les occasion~ de lui faire quelque
niches. »
6. ComtoG . de Conlades, Coblenl.el Q111be1·011,p.4'l.
1. Corres,,0111h11u·&lt;' .f('crèlt de 1/~tra. - •
n
~i,a~ èlail lrop large el e~ trails aplatis • · ' M- Je
(jcntis, Mémoires, l. Il, p. 54, .
ll. Cumlc Fleury . •-lngéliqrrr de 1/arka u, 111ntq11ist
J&lt;" B1J111/&gt;rlll'.•, p. t '.?.!. t'.!ll.

En dépil de ses cinquante ans bien sonné , Mme de Monaco, que le 1ôle plus ou

moins politique de Mme de Balùi el de
Mme de Polaslro~ empêche de dormir, ne
onge pas à abdiquer . .\u contraire. Qunnd
une femme de son milieu ,oil que la jeunesse est près de l'abandonner, die rêve un
rôle politique; au lieu de ré"ncr par la bea.nlé,
elle régnera par la force de 1a volonlé; au
lieu de régner mr un imbécile, elle régnera
sur Lou ; et r~"ller est une tant douce choie
&lt;ju'une femme qui y a goûté ne consent
jamais à dt.lposer le ceptre cl abdiquer la
couronne. Aussi, landi que la prince. e
Louise s'efface le plus qu'elle peul, la princesse Catherine se mel le plus qu'elle peul Nl
évidence. Elle joue au personnarrc officiel, les femmes adorent cela, - un peu à la souvrra(nr, reçoit a avec de. manières dignes el
gracieuses et une cooversalion pi!Jllante cl
piriluelle »', esl aimable ou haul:ùne clon
.es préférences ou préventions\ donne des
audiences au,: arrivants, des conseils au prince
de Condé .... Elle lui donna même mieux r1ue
cela. Dans la pénurie qui sé\'Î sait à Worm ·,
elle contribua pour une certaine part à l'or1. Comt~ .\li&gt; iamlrî' ,h· Puym!igre, for . rit , p. ',U.
2. Comlc ile Coula1lc, (111· . , 1f., (\ . 4~. 1 . •. Elle
me jcla un ref{ard di•J3igu&lt;!u~ d ne me 1inrlo pas. ,
:J. Klim·kmnlriim. I.e ,·0111/r 1fo Pl'l'1&lt;rn ,-1 la (:11111·
1

tlt

l'ranu, p. i.

4. \"oir l'oimablr livre de J. l.ufoyu : Un ,...,,11111
1t1vil : l,1 1•ri11cr1w• t:lia1'i11Ur de 1/0/11111 el If' 1lu1·
11' F.11ghir11 . Pari~. Emilt•-f'a,il. 1•tli1 c111·.

ganii:alion de l'armée par le don généreux de
ses diamnnts, de ses bijoux el de . on ar,,cnterie. Elle tenait à l'honneur des Conde, au
succès de leurs armes! ... Ce qui ne l'empècha point d'arnir une liaison a,·cc M. éguicr,
et cela faillit amener une alfa.ire entre
M. d'A.utichamp el lui•. Mais, c'e L une ju tice à loi rendre: de même que chez le prince
de Condé, il n'y avait rien en elle de mesquin : son cœur était grand. noble et généreux. Â.11Ssi était-elle de,·enue trè5 populaire
parmi les i:;enlil hommes de l'armée de
Condé. a beauté n'y étail peul-êlre pas ~out
à fuit élrangère. Et la blonde princesse de
Monaco, en dépit ùcs années ft dè ,p1elques
rheYeux blanchissants, s'oluinaiL à demeurer belle cl à conserver une tail!e upcrbc.
Uue autre femme, jeune celle-là, au,si
Llonde que la princes e de Monaco, au . i
Ldle que « la belle Cond~ », sa cou ine,
plu même, créaturl! idéalement célc te,
toute p!!tric de douceur, dl! grâce et d'amour,
d·un ralon de soleil cl de l'azur du ciel, avait
éLé aus i portée à Worms par le premier OoL
de l'émigration : c'était la princes c Cliarlollc de lloban. A\'èc sa merveilleuse carna-

r,. llonori11e-Ca.mi1lc~Athéuoü Grima.lùi (2'2 anil
l'l~i - 4 juin !SHI). Elle épousa le 20 juillet 1803
le marquis ,le la Tour du l1in I.JoUICrnel clc 111 Charce,
s11n doule apr • que le princi• ,le Condé eul acqui
la ccrtilu.le que son relit-fils s'èlail m•rii: sccrcl~mrnl, clu moins qn' i 11laiL déterminé à n'cpou~cr
jomhi' 1111~ au lrr r.•mnw •111r ~Ill,• tle Ruhon

'FE.M.MES DE L'LM1G1?.,AT'IO'N - - ,

lion nacré·e, avec celle simplicité el ce nalurd d'une âme d'élite qui ont la di linclion
même, arec son esprit toujours souriant,
comme son cœur et ses yeu:r:, anc une démarche de déc se, une ,oix à faire ramper
sur ses pa , celle princes e de conte de fées
répandait parmi les gentilshommes du camp.
concurremment arec sa cou$Îne Condé et La
princesse Catherine, - les Trois Gràces une almospbère de ~érénité, de conlcnlemcnt, de poésie mème, qur corrige l'étal ù ·
zizanie latent endémique à Worm . Aucun
émigré, quelle que fùt l'ancienneté de .a
racl!, n'aurait o, é élever ses ,·œux jusqu'/1
Mlle Charlollc de fiohan; mais il y avait à
"orms le jeune duc d'Enghien qui, mellaat
à profil une heureuse p:irenté, ar:üt troU\•é
loul simple d'entrer en cousioan-e aYec la
&lt;rrarieuse Charlolle. El un « roru3o d'etil' li
s·en était uivi. Jeunes cl charmants lom~ k
deux, loin de leur pays, u'était-il pas naturèl
qu'il 'aimassent? Comme le prince de Cund:
ne voulait point leur donner l'autorLatiun de
se marit r, peul-être parce que la prince~~e
de Monaco réscr\•ait le duc d'En°hien pour ~a
fille~, un mariage .ecret les arniL unis dcvanl IJieu, et ils aYaient connu le bonheur
avant que le peloton d'exécution n'eût co11thé dans le fossé de Vincennes ce jeune prince
qui a\'ail Mjà tout un pas.é de gloire à l'àge
auquel les autres pensent à 'esquis cr un
avenir.
JOSEPH

Frédéric II
Au commenocmenl de la guerre de ~epl
no , un ambassadeur d'Anglel.t'rre, qui ré· idait près du roi Frédéric, cl donl il aimait
l'esprit el l'entrelien, vint lui apprendre que
le duc de Richelieu, à la tête des Français,
'étail emparé de 1'1lt de Minorque el du fort
aint-Philippe. 1 Celle nouYellc, ire, lui
« dit-il, e L triste, mais non décourageante:
1c nou bâtons de nouveaux armements, et
,, tout doit faire e.pérer qu'avec l'aide de
« Dieu, nous réparerons cel écllec par de
n prompts succ.è:. »
" Dieu? dlles-Yous, lui r 'pliqua Frédéric,
,c arec un ton où le sarcasme e mêlait à
« l"humeur; je ne le croyais pas au nom lire
" d.i ,·os alliés. - C'est pourlant, reprit
&lt;1 l'ambassadeur piqué cl voulant faire allu11 ion aux subsides anglais que rcce1'aÎL le
• roi, c'est pourtant le seul qui ne nous
&lt;&lt; caille rien. Aussi, répliqua le malin
a monarque, YOUS voyez ctu'il vous en donne
u pour voire argent. »

Qucl'luefois il se plaisait à embarrasser la
personne qui lui p3rl:i.il, en lui adressant une
question peu obligeante; mais aussi il ne
s'irritait poinl d'une reparlie piquante. n
jour, ro1anl venir son médecin, il lui dit:
11 Parlon
franchement, doc leur; combien
« avez-vou tué d'hommes pendant 1·otre vie?
« - ire, répondit Je mrdecin, à peu près
" lroi5centmille de moins que Votre Majesté. 1&gt;
La première fois qu'il vit le marqui de
Lucchesini, llalien très spirituel, qui fot
depuis admi' dans son intimité, et deîinL
plu lard ministre de son successeur, il lui
dit : « Voit-on encore, monsieur, beaucoup
11 de marquis ilaliens Yoyager partout et faire
11 dans toutes le cours Je métier d'espions?
cc - ire, répondit M. de Lucchesini, on en
« Terra peul-être tant qu'il 5e trourcrn des
c1 prince allemand as ez plat pour décorer
de leurs ordres des hommes qu'ils char&lt;c genl d'un rôle i ni. » Par là, le marquis
f'ais1iL allusion à un espion italien, auquel
un empereur d'Allemagne avait accordé la
décoration de la Toison d'or. Frédéric regarda
avec surprise le marquis, le tr:ùla bien dès
ce momenl, et le prit en amitié.
Au momeat de paraitre à un cercle, un
jour de gala, on vint l'avertir que deux

TURQUAN.

dames se disputaient le pas près d'une porte
avec one \'i\'acité et une opiniâtreté scandaleu es. « Apprenez-leur, dit Je roi, que celle
n dont le mari occupe le plus haut emploi
1c doit pa er la première. - Elles le savent,
cc répond le chambellan, mais leurs mari
11 ont le même grade. - Eh. bien, la pré11 séance est pour le plus ancien. - Mais ils
&lt;&lt; sont de la même promotion. - Alors,
&lt;&lt; reprend le monarque impalienlé, diles&lt;I leur de ma parl que la plus olle passe la
« première. l&gt;
Un jour, à Po ldam, il entend de son cabinet un assez grand bruit qui éclatait dans la
rue: il appelle un officier, et veut qu'il s'informe de la cause de cc lumulle. L'officic ,.
part, revient el lui dit qu'on a attaché sur la
muraille un placard très injurieux pour
Sa Majesté; que, ce placard étant placé Lrès
haut, une Coule nombreuse de curieux se
presse et s'étouffe à l'envi pour le lire. « Mai
c, Ja garde, ajoule-L-il, va bientôt la di per" cr. 'en faites rien, répond.il le roi:
u descendez ce placard plus bas afin qu'on
cc le lise à son aise. » L'ordre fut exécuté·
peu de minutes après on ne parla plu d~
placard, mais on parla Loujour de l'e prit
&lt;lu monarque.
Cœ1rE

DE ,

ÉGUR.

�'------------------lraiclé:,, 'Jl, quand le mal s·c~chautle, ils
&lt;I
e mettent en fuite, cl 11uittcnl leur ,·ill1•,
« abandonnant leur~ malad es.... &gt;
L'imai;ination urcxcilée centuplait la gra,•ilé des moindre.~ s1mptômes, el dans cha11ue
affcctiun, même bénigne, ,oyait lïndicc du
Ot!au. La crainte de la peste faisait presr1nc
autanL de victime · que la pe- te elle-même,
ïl fauL en croire une vieille lé;cndc fort curieuse, cl fort iroui11ue ....
cr IJn ca\'ali"r, raconte celle lt!1rc11de, allait
ile Beyrouth à Dama·, lor qu'il rencontra .ur
le bord du chemin une horrible ,ieille en
G

LA P~STE

A

Rom:. - TaNtau

CO.lffJJŒNT ON Tl{.JUTA1T 1.Jt P ESTE DANS L'ANCTEN TEJJfPS -

ai rt'.·ellemeuL tué 11uc
ccut! répliriua la Peste. Les autres sootmorls
de peur 1
... Dans le même ordre d'idée:,, Francis11uc
:Jrce, écrirait en l 07, au moment de la
peste ·de Oornbay CJUÎ fit illOO \'ÏcLirue. :
&lt;&lt; Cc qui vaut mieux que Lous les sérum. ,
11 pour garder no~ villes de la pe Le, c'est la
" force de caraclère et la érénilé d'àme ....
n Ce sont les peureux el les affolés qui paient
« le premier tribut à l'épidémie. La precr mièrc précaution à prendre contre la pc~lc,
&lt;1 c'c. l Je ne pa en avoir peur .... »
-

liai je

0

ll llll

- ,

n peurnul èlre mi · au rang des eau e dli« cienle de lape le. »
El, plus loin, Fahre consacrail gravement
un cbapilri' au Diable cl à ses &lt;'niteurs,
concluant 1p1e, for l heureusement, ce mali us ei prils ne pouraient répandre le mal
qu'avec la pcrmi .ion de Dieu. {Ch. J\. , y les Diable~ et . ·ourrie1·s pezll'enl }ll'OtluÏl'e la pe.~fe ) Ce préjugé fut mainte foi~
la eau e de ma ·. acres en Allemagne et en
Italie. Le. malheureux désignés comme étant
dl' 11 Srmeurs de pe~le &gt;&gt; furent lués; eL
l'on retrouve même dan, les registres du

rÈut Dr urs~ v. (.1/u5ct 111 / ,u.w,nl'o11r f!,)

ROBER T FRA CH EV ILLE
dp

Comment on traitait la Peste
dans l'ancien temps
La pe te e,t d • nouveau à l'horizon. L1·,
épouYantable ra"age~ qu'elle ext'rce en ~landchouril' nous n•porlcnl à Jix ji•rle. en arrilrr-, l't nou · 1iroUH' III qul' ~on rrgnc ,i't&gt;,t
pa,; fini. Voici Mjà plu ieur années que celle
inislrc rôdcu c a repa1·u el qu'elle seIDhle
nou oueller ile loin ar('c de yeux d'envie,
e
•
i:an pourlanl ~e basardl'r a nou allaquer.
)lai, contre nou .· , die ne ~e cnt plu · en
force. Elle redoute notre hrniène, el sent bien
que, grùc~ au ~érum d~ ~l?~x cl de Ye~sin.'
aucune l.iecalomùc de cmh~e~ ne saurait. a
l'avenir, relever sou a1Treux pre~Li e.
Jadi~, en &lt;'~•t, tout pn s (1lait son dn0

maine, el luul être 1.iumain. sa proie: c·étail
l'elfroyaLle souveraine à laquelle nulle cienrc
n'a"ail la prétention de tenir l~lc. Le esprits, perpétuellement inquiets, Liraient, de
chaque phrnomène de la nature, dl's pré~ag&lt;'s
relatifs à ce fléau ; et, selon la conjonction ou
l'éclat de astre , la couleur du ciel, l'a lmndance de in ectes cl des planll's, la mortalité des animaux, l'émigration de · oiseau~ el
des _taupes, la nuance de l:i. peau de grenouille , I s Lrf'mhlemcnt de terre, Je pluies.
les météores, etc ... , il~ conclnaienl alCC terreur que la peste était imminente. Alor~, la
1w111· d1;lra11nail le. rcnca1n; Ir· uns fupit•nl
... 310 ""

ltur maison , qnitlaienl letw métier ou
leurs commerce!', san souci de la ruine; lès
autres, rn fiant aut d1arlalans el aux sorcil'rs,
:il, nrbaienl dïnrntisl'mblaLles drogue~ qni
1c~ t'lllpoirnnnaient. Le peuple a.sié"eail
les L\di c pour conjurt&gt;r l'ire de Dieu. ll
les bo11ti11ues d'apo1hicairc~, pour aclwLPr
du be::;oanl animal, de la cr1111111uli11e. ou de
l'alcool riperar,wr. L ·~ plus doctes médt'cins l' pPrdaicnt leur latin, et, conscients de
leur impui.s:nwe, 1:1aicnl sourenl les premil'rs à vrendre b fuite cl à dé,-crler lc:ur
poste. « Le médecing n'y Yeu!t•nl pa . eulec1 m,' nl prn Pr; ils en r ·rrivc11l ill' heam:

MOkT l&gt;E S,U:'iT

Louis,

Dl::VAXT

Tùl'IIS,

St;lt LES .IWL'ŒS l&gt;E (;Al(TUA&lt;..l::. -

T.1t'leilU Je

Il aYaÎL rai~on ... mai loul cela est hiL o
haillons rtui :s i! lamen:ait de ne pouvoir allcï
facile à dire à notrl' époqueinsaucieu ·e, ~et•pju.qu'à Hama .
Pris de pitié, le cavalier la fit monter en tiq ue, et. .. antiseptique ..\ ulrdois, il n'l·n
croup&lt;', derrière lui, et, tout en eau anl, étai l pa · de même, de par le - fcrmi:, cro)ances
pendant le trajcl, lni demanda qui clic du pcuplt'. La peste était con idérée comme
était ....
un châlimenl envoyé par Dieu, ou comme
- Je suis la Pesle noire! répondit né 01i- une malice du llémon · cl il étaiL pre~que
• impie el sacrilrn-e de n'en pas avoir peur.
"ewmenl la vieille.
C'est ainsi que, dans un lraité publié à
Le jeune homme épouranlé ,·onlut la jeter
à tare. )lai elle lui promit, en réwmpen-;c Tùulouse en J6'20, Jean Faure afürmail quo
Je sa Lonuc action, d'épargner :-:a lie, cl le:; eau ' C~ de la pc te étaicnl souvenl supcr1mhnc de ne faire que cent vielim !:s dans la naturelb. n Dieu en e t lc producteur : le ·
1illc de Dama .
« angc.:s an•d eo onl sou1cnl le cornmandcLe surlcndcmaiu, deux cc11L l'ada\'l'l'S 11 ment de Dieu, de produire le mesmc ,epourri. ~aicnl d&lt;-Jà darr les rues. L1• earnlicr, « nin. Les démon~ au". i en onl la permisindigné d'un tcl manque &lt;l parole, rcuco11lra « jou; le ,orcicrs el magicien pcurcnl
la 1ieille c! lui n•pro:l1a 1io!Pmmcnt celle « ansi, par permis.sion divine, avec l'aide
11:1hison
u de· Mmon~
au1q11 •I il, adhèrent, cl

Gutm,.

(,\/usée de Ver~.iilles, )

J&gt;arlemcnl de Toulouse de:; ju,.cments en

honne el due forme, condamnant , cc crime :
en 1530, un nommé Cadoz, semeur de peste,
fut tenaillé, décapité el émtelé;et,en 151-5,
Je ieur Lentille, accusé de maléfices, expira
dans le plus affreuses torl~:res.
La p.: le, donc, étant d'essence dh-ine, il
étail logique qu'elle fùt annoncée par des
phénomrues céleste plu!&gt; ou moin extraordinaires. C'c~L cc qui ne manquait pas d'arri1cr, lant il c L ,rai que les ycu..~ efl'ra)·és
voient de cho.es ell'ra!-anles. Tous ceux qui
,i,aienl au x, ,e :iècle se rappelaient fort
bien. par auto- uggesliou, 11relle comète qui
" apparut \'onûème jour d'octobre 1527, de
• l'horreur de laquelle plu ieurs moururenl
« de peur et les plus asscurés en Yiorent
« ma la des. Elle ne dura 1p1 'une heure et un

�111STO'J{1Jl
quart, commença à e produire du côlé du
Soleil levant, puis tira vers le midy, occi&lt;I dent el septentrion : elle cstoit de longueur
« excrssive et si esloit de couleur de sang,
&lt;1 au bout d'icelle il paraissoit un bras
u courbé, tenant une grande cspée en la
cc main comme s'il eùt voulu frapper; el au
11 bout de la poincte de ce couteau, il y avoit
~ troi Estoiles situées en triangle; mais
• celle qui estoi t sur la poincte estoit très
" claire et luisante, et à Lous les costés de
cc ces trois Estoiles, p1roissaienl q_uanlités
11 d'haches, de couteaux, de poignards, des
« espées, des halebardes colorées et teinctcs
" de sang avec quantîtê de testes huma~
hideuses avec leurs barbes et cheveux heu rissés .... ,,
C'était en effet un spectacle fort terrible,
1rue nous ne pom·ons guère nous offrir de
nos jours pour faire vibrer nos sens blasés.
Et le témoin qui avait vu cela de bonne foi,
et qui l'eût juré sur l'honneur, ajoute que
ce.lie comète prodigieufe fut naturellement
sui1ic de guerre, de famine et de pe~lilence,
el que la plus grande partie de l'Europe en
fut ravagé&lt;'.
.Jean Fabre, en son Lrailé, arûrmc l'infailliLililé de ces présages merveilleux.
« Depuis l'an 1618, dit-il, nous a\'ons vu
u d~s comètes au ciel, Lrè., hideuses, des
~ poultre de feu, des dragons, des phan« los mes épou\'antaLle$, des tourbillons ( n
u lerrc, si furieux qu'ils ont empo1 lé des
&lt;1 moulins à vent cl des maisons entières,
,, arraché des arbres et des vignes, enlevé de
&lt;( gros animaux, sans espargner les hom" mes. Nous avons vu lanl de monstres pro« digieux, lanl humains que aullres; nous
avons paly tant de guerres, eL enfin, nous
&lt;&lt; pal) sons la peste; ce qui me fait croire
&lt;I cl asscurcr que les comètes, feux-volages,
1c tremblements de terre, inondalions, sont
H les vrais avant-coureurs et signts de la
t&lt; peste que les astres produisent. »
D'accord avec Lous les médecins cl aslrolo"UCS de l'époque, il allriLue un immense
~ouvoir aux astres et aux planètes, et 1;1
dans les constella lions la [unèLre sentence de
l'humanité condamnée :
1&lt; En ceste présente année i628, Saturne
« et Mars rnnt conjoints au mois de scptem&lt;&lt; bre, en la sixième maison, avec des as,, pects malin à la Lune _et au_ So~eil. La
« Lune ayant édypsé au mois de pnv1er prf« céJent, lequel éclypse nous arnns ru; et
&lt;c encore ayant étlypsé Ull,tl autre fois le
&lt;I 16 juillcl de la présente'1nnée; et le uleil
« par trois fois : la première, ~e .(i de jan&lt;c Yier; la deu1 ième, Je 1 de JUIiiet; et la
« tro:sième, le 25 de décembre, qui se ,·erra
,1 aux partie octidentalcs, îers l'Angleterre,
« Esco se, et Yers l'Afrique; le tout ne nou
&lt;I présage que de grands mall1curs en ce
« "lobe inférieur qui srra plein de guerrr,
« de famine et de pe,te; d'où plusieurs se« ront très mal traiclés et seront contraints
11 d'aller Yisiter l'aultre monde, si Dieu n'a
&lt;l piLié de nous, par sa sainclc miséri&lt;t corde. 11
c1

11

'------------------Or, cette miséricorde di,·ine, si efficace
qu'elle pût être, ne coustituail pas un antidote suffisant pour guérir les pestiférés, sans
autre remède. Rendre la confiance au malade,
et rasséréner son âme trouLlée, était à coup
~ùr une action fort utile; mais il eût mieux
valu s'occuper de son corps souffrant, avant
de mettre sur son âme ce baume spirituel,
qui ne _servait qu'à lui rappeler le danger de
mort où jl se trouvait. &lt;1 Après quele chres« tien sera muny de ses antidotes spiri1uels,
dit un médecin, se confiant en Dieu, gou&lt;1 verneur de toutes choses, remellant le tout
« à sa volonté et à son gouvernement, il
« aura recours à la médecine. 1, Il rùt pu
ajouter : 1 S'il en esL encore temps! 1&gt;
A Jlomr, au ut• siècle,on exagérait encore
davanlage cette dévotion Iuneste. Le premier soin d'un médrcin en arrivant au che,ct
d'un pestiféré, élait de lui demander s'il
s'était confessé depuis peu, sans quoi il ne
commençait pas le trailC'ment, quelle qu'en
soit l'urgence. Le malade élail alors tenu de
faire, sur-le-champ, la communion; et pmdant ce temps le mal empirait. Le médecin
s'engageait, p:ir srrmenl, à oignc·r lame
tout aulanl que le corps; il était en qU&lt;·lquc
sorte responsaulc &lt;lu salut de ses malades, el
de,•ail les décider à communier tous les trois
jours ....
Cc qui prom·e qu'on avait ('lus confiance rn
Dieu qu'en les médl'c:ns ... ,·oire les ruéut-'cins eux-mêmes. 1 on sans raison, d'ailleurs;
car Jor-,qu'on lit les graves dissnlatioos qu'ils
écrivaient sur les causes de la peste, ~a nature et sa thérapeulique, on n'e:.l pas éloigné
de croire qu'ils Luait:nl plus de malades qu'ils
n'en guérissaient. Il est évident qu'ils confondaient souvent la peste a,·cc d'autres a[ections plus ou moins similaires : toutes les
terribles hécatomLcs que l'on a mises sur le
compte de ce lléau peuvenL être vraiscmblaLlement attribuées à la pelile véro!e, an choléra-, au typbui,, ou à direrscs fièvres pernicieuses. Tuule épidémie ,iolenle prenait le
nom de peste; c'est du moins cc que diYers
auteurs laissent à supposer; entre autres, Mercurialis, qui prélcn&lt;l qu'une épidémie ne doit
point être honorée &lt;lu tilre de peste, tanl
qn' elle ne fait pas plus de cinq victimes par
jour!
Fabre, dans san traité, s'étonne de ne
jamais trouver les mêmes symptômes, chez
ses divers malades « ce qui nous fait croire
« être véritable, dit-il, que la peste est Ioule
, sorte de maladies causées par de diverses
« causes vénéneuses et pernicieuses. »
Paraccls&lt;', qui était une autorité compétente en la matière, avait, dès le X:\-e siècle,
compri:. la peste d'une façon h&lt;-aucoup plus
simple cl logi 11ue que ses successeurs. Selon
lui, 1( la peste, c'est toute maladie maligne,
« pernicieuse et îenimeuse qui jede son ve&lt;&lt; nin en six endroits du corps. Scavoir: der(&lt; rière les oreilles, aux deux aisselles, et aux
&lt;! -deux aines. »
Il ,·eut désigner ainsi les bubons qui caracL~risent la véritable peste, el son opinion c l
raisonnaLle. Plus loin, le même Paracelse

im·entc une comparaison assu pittoresque,
entre les comètes du ciel et la peste quïl
nomme les comètes du petit monde. Le passage est vraiment curieux :
t&lt; Comme la comète du grand monde proc&lt; vient du venin el malignité des vapeurs qui
« s'élèvenl de l'esprit vital de la terre vers le
&lt;1 ciel, et là, montre son feu et son ardeur;
« ainsi, la pesle, dedans l'homme,s'élè,·e des
&lt;1 vapeurs malignes el ,·énéneuses du baume
&lt;c vital de l'homme, vers la superficie de son
cc corps, où il montre son feu et son ardeur
« en bosses et carboncl~s, qui sont à l'homme
&lt;( tout autant de comètes pestilentes et mali&lt;( gnes qui lui présagent une mort présente
11 ou, pour le moins, Lcaucoup de trou Lie, et
&lt;C de guerre civile et intestine dans son proC&lt; pre corps, ce que les pauvres pestiférés
« peuvent assez asseurer et témoigner à leur
u grand dommage. »
Donc, lorsqu'un auteur ancien décrit une
peste qui n·cst caractérisée extérieurement
par aucun bubon, il est à peu près certain
qu'il rn lrompr, et que ce n'est pas la Pesle.
L'ILisloire même se charge d'en fournir la
mtillcure preuve : les obserralions et les récits relatent sourent que lclle épidémie
frappa surtout les îcmmcs ou les enfant~,
comme celle de Milan en 1566; que telle
autre ne s'auaqua qu'aux hommes sains el
Yigoureux (p~Le de iOûO, en Allemagne);
qu'une peste enfin régna sur les Lê:e.; à
cornes el tua même les plus robustes ....
Notre vocabulaire médical étant plus riche c:l
plus usuel qu'autrduis, il nous esl facile,
dans chacun de ces cas p:11 ticuliers, de substituer au mol veste, très vague, des termes
plus précis : par exemple rougeole, croup, ou
diarrhée s'il s'agit des enfants; Yariolc,
typhus (ou même in0uenzaJ, pour les adultes;
clal"elée, mone, rage, pépie ou fiè\Te aphteuse pour les animaux. Et voilà cc Jléau
divin réduit aussitôt à des proportions moins
apocalyptiques!
Il ne faut pas, en effet, prendre au pied de
la lcllre les exagérations de quelques écriYains en émoi, et de quelques médecins à
courl de science, qui, embarrassés par une
maladie qu'ils ne connaissaient pas, trouvaient
plus simple de diagnostiquer la peste, pour
masquer leur ignorance el dégager leur responsabilité! De nos jours l'influenza, qui
s'appelle maintenant la grippe, a joué complaisamment le même rôle élastique ; au
moyen àge on_l'cûl baptisée vesfe, sans hésiter l ...
Il n'en est pas moins vrai, Ioule réserve
gardée, que la pcsle, la vraie, exerça de terriLles ra,·ages. L'almospùère charriait pendanl
la nuit des germes si rirulenls que le dotteur
chagt, à LeJdc, au xrn• siède, empoisonnait des chiens, rien qu'en leur faisant boire
de l'eau pure, exposée quelques heures à l'air
nocturne. « En d'aultres Lemps, celle eau
« auroit conservé sa pureté; mais dans ce
&lt;( temps contagieux, elle s'altéroit; il s'y for&lt;c moit une écu.me ou une espèce de crème
« surnageanle. Celle matière mousseuse étoi t
u un poison des plus terribles.... »

COMMENT ON T'R,_A 1TA1T 1.A PESTE DANS l/ ANClEN TEMPS - - - . .

Aussi tous les médecins rccommanda.ienL- rie, el, s'appuyant sur l'autorité d'Ambroise
ils de ne jamais sortir une fois le soleil cou- Paré, il ajoute:
ché. Ces expériences, qui prouvaient nette11 11 est arrivé en plusieurs lieux où la
ment que l'air était un poison mortel, contri- « peste estoit lrès grande et furieuse, que
buaient à augmenter la frayeur générale. Les « les corps des pestiférez demeurans sans sépoumons n'osaient pas se dilater, de peur de &lt;C pulture, les bestes mortes el cadayres
respirer la mort, el c'était comme un lourd ,, liants et fumiers, et telles aultres pourrifardeau d'angoisse qui cppresëait loufes les &lt;c tures qui esloient parmy les rües et dans
poitrines. Fort heureusement les hèles im- &lt;c les maisons, ont attiré tout le vcnif!- pestimondes étaient là, pour corriger, croyait-on, « ]enlie! qui estoitparmyl'air,l'ont consumé
la violence du venin, el pour fournir des anti- « et changé en une aultre nature i et la pesle,
dote .
&lt;1 par conséquent, a cessé. IJ
&lt;( .... Tous les crapaud~, grenouilles, serSingulière façon d'envisager la guérison
« pents, araignées, lézarJs, chenilles et aullres d'une épidémie! ... Par contre, Torella, en
(( bestioles venimeuses qui sont en la nature, t H4, al'firmait q_u'en multipliant le nombre
« ne servent de rien plus que fOUr attirer des hôpitaux, on multipliait les foyers pestic&lt; tout le venin de l'air el le consumer; autrelentiels; el qu'y en former des malades, c'était
« ment, nous serions en pcrpectuellc pestr, les liner sans défense à la contagion. Il n'est
« si ces aymans naturds ne purifioient l'air pas étonnant qu'avrc de pareils préjugés on
11 des substances malignrs el renimeusrs que
ne parviut pas à circonscrire le 0éau. li e l
(! les malignes inllucnces y jcllenl continu~Ivrai que les hôpitaux n'étaient pas fort pro1&lt; lement. "
prement tenus et qu'ils ne disposaient p1s
L'auteur va même plus loin, dans s:i 1ltéo- comme aujourd'hui de sommes considérabks.

Cependant, on se rendait compte que l'hygiène et la propreté des rues et des maisons
pouvaient sauvegarder l'état sanitaire des
villes, et pendant le moyen àge, un grand
nombre d'édits furent vainement rendus à ce
sujet. Le médecin allemmd Ch~ller, en i 720,
demandait uo peu moins de prières, et beaucoup plus de prophylaxie.
Citons encore les énergiques mesures, que
Jean Fabre réclamait des magistrats toulousains.
« Après la visite des lieux infects et leur
cc nelloyement; dit-il, les magistrats doivent
« jecter hors de leurs villes tous les gueux,
tl fénéants, et tout le reste de celte canaille qui
« ne veulent pas vivre selon Dieu, ny selon les
« règles de la sobriété humaine et tempé« rance .... Toute cette sorte de peuple doict
« estre rejectée hors des villes, comme pour(&lt; rilure infecte, laquelle Ja peste attaque
« premièrement, fondant en icelle sa base,
« pour y establir el dresser de très fortes
« colonnes .... "

(.4 suivre.)

DO'IAPAHIC V.ISlîA:ST

us

RosERT FR.\:\C IIEnLLE.

PESTtrÈRES DANS 1.'nôPIUL DE JAfTA.

Esquisse du grand tnbleau exposé par le Ba ron GRos au Salon de 18o4. - (.'llust~ Con:it, Chantîlly,)

l:licbc Giraudo11.

�R.OUJON,

Chambord
Le prince fiobert de Dourbon était monté
ur le trône de Parme dans la sixième année
de son âge; il -n'avait pas onze ans lorsqu'il
dut en descendre. L'histoire ne lui reprochera
point d'avoir abusi\·ement régné. Elle oe lui
fera d'ailleurs aucun reproche, car ce fut un
parfait galant homme et le plus discret des
souverains déchu$. Il mettait .a chevalerie à
ne point conspirer. Aussi l'llalie du Riso1·gimento avait-elle jugé inélégant el superllu de
lui interdire son ancien duché. Par une Lizarrerie de la destinée, cc prince italien, dépossédé de ses Étals héréditaires, exerçait en
terre française une manière de seigneurie, Ne
pomanL plus être duc de Parme, il était sou\'erain à Chambord. li réafüait le type accompli de cet être heureux que l'i bon Stéphane
Mallarmé appelait « un hoir ». Le neveu
d'Henri V régnait en Sologne sur un domaine
de cinq mille hectares, contenaut plusieurs
fermes et quatre cents Yassaux; une commune
de la République françai e lui appartenait
quasiment. C'est ainsi que ·e comporte le
Code civil, lorsqu'il se mèle de faire une gracieuseté aux Capéliens.
On sait par quelles aventures a pa,sé ce
graudiose el triste château de Chambord, tfUi
fol la folie de François Î". Tous his Valois
firenL leurs délices du « bastimcnL de Chambourc ». Encore inachevé, il enthousiasmait
Brantôme. cc Toul imparfaict qu'il est, il rend
tout le monde en admiration el ravissement
d'esprit. » Les rois Yenaient y chercher la
dt!lectalion de la chasse aux daims. Louis XLV
lui porta un tel amour qu'il le fit royalemenL
gâter par Mansard. Molière y donna les deux
premières de Pourceaugnac et du Bourgeois
gentilhomme. Louis XV s'en désintéressa. 11
-y logea Stanislas, ainsi qu'il convenait à un
gendre qui préférait savoir ses beaux-parents
à la campagne. Stanislas et sa digne épouse
ont laissé sur les bords du Cosson le souvenir
de leurs verLus. Catherine Opalinska édifiait
de sa piété la population. Le brave roi Leczinski travaillait peul-être à l'augmenter :
les archives de la petite commune de Chambord contiennent un nombre considérable
d'actes de naissance où il intervient comme
parrain. Honni soit qui mal y pense! Stani las rendait la juslice a~sis sur l'herbe: il a
régné là en vesle de chambre . .Après lui, vint
Maurice de Saxe qui fil, dan son apanage,
manœuvrer des uhlans, paître des chevaux de
l'Ckraine el chanter Mme Favart. Avec la
Ilé\·olulion, Chambord connut une heure difficile. Une société de quakers anglais demanda

,·oltairien qui n'aimait pas la vieille architecmanufacture . La requête fut repoussée, a en ture française. Et ChamLord, acquis pour un
raison des maximes de la secte des quakers million cl demi, derint la propriété d11 duc
qui ne pouvaient s'accorder avec les principes de Bordeaux. Louis-Philippe essaya bien de
du gom'ern.ement républicain ». Chambord déposséder son jeune cousin. Ce tut une belle
resta (( bien national Jl, mai ses meubles lutte, dans les maquis de la procédure, entre
devinrent la proie des fripiers. Napoléon, l'administration des Domaines cl la branche
après en avoir fait le chef-lieu de la quinzième ainée; elle dura dix ans. De procès en procès,
cohorte, l'érigea pour Berlhic1· en principauté 011 alla à la Cour de cassation. Le procureur
de Wagram. Le majoral était grevé de la général Dupin fit débouter définitivement
charge des travaux de restauration el doté,. à l'État. Ce jurisconsulte aimait à" affirmer son
ccl effet, d'une rente de 500 000 francs à indépendance ,·i -à-vis du pouvoir présent en
prélever sur le produit de la navigation du souriant aux pouvoirs futurs. C'était un rêRhin. Berthier n'accepta que la rente; il veur. Il appelait cela poétiquement« se garder
négligea Chambord et vint seulement, pen- à carreau ». Celle foi,, il se garda si bien à cardant toute la durée de sa seigneurie, y pas- reau que la l'a mille de Bourbon en garda Cnamser deux journées de chasse. a veuve, pri- bord. Elle le garde toujours. e récriminons
vée des 500 000 francs, obtint de Louis XVLII pas. Il ne saurait être question d'une revendical'aulor-isalion de mettre le domaine en vente. tion quelconque. Tout au plus pourrait-on obserDéjà la bande noire tournait autour du monu- ver mélancoliquement que les souscripteurs
de 1820 entendaient surtout conserver à la
ment de Trinqucau. Il était perdu.
Ce fuL alors que s'organisa ln souscription ~·rance une des merveilles de son génie. C'et1l
nationale pour gratifier l'Eoîanl du Miracle été de la part du comte de Chambord un
de ce joujou géant. L'érruité commande de l1cau gc le de rendre à la pàtrie ce morceau
reconnaitre que M. de Calonne et les munici- d'elle-même. On ne manqua point de le dire,
palités royalistes sauvèrent ainsi CbamLord de lorsqu'on apprit que des princes italieM,
la ruine. li en eût été de lui comme de lointains, inconnus, devenaient, en vertu du
'ceaux et de Marly. Les souscriptions furent Code Napoléon, suzerains au vieux pays de
innombrables. Leur enthousiasme était-il Loire. D'aimables suzerains, hftlons•nous de
spontané? li n'est pas défendu à un gouver- le répéter, libéraux, hospiralier ·, qui consanement de contribuer à l'élan des âmes géné- crèrent de grosses sommes à d'inlelligenlc:s
reuses. L'armée renonça à un jour de solde. restauraLions. Les vingt enfants du feu duc
Celte démarcuc l'honora; avouons qu'il eùl de Parme continueronL ses traditions, nous
été contraire à la discipline militaire de sou- en sommes persuadés. Souhaitons seulement
mettre re patriotique sacrifice au referendum que nul d'entre eux ne s'avise de faire de la
des casernes. Les souscriptions particulières grande demeure abandonnée un lir.u de plaiallèrent de 5 000 francs à 25 centimes. Toutes sir. Ramener la vie à Chambord, ce serait
les villes de France \'OtèrenL des suuvenlions. une profanation.
Tl est si heau ainsi, si désespérément sl rnC1en s'éLait émue la première à l'idée que
Chambord pouvait &lt;&lt; tomber sous la hache bolique, cc chef-d'œuvre absurde, magnifique
sacrilège des Vandale &gt;). Seul, Paul-Louis cl min . C'est aujourd'hui surtout qu'il réalise
Courier grogna dans son coin. 11 écrivit un cc r1ue lui demandait Du Cerceau : « rendre
petit -pamphlet qu'il est obligatoire de consi- un regard merveilleusement superbe 1&gt;. Sa
dérer comme un cheî-d'œuvre. Laissons le visite dispose aux pensées grares. Hien de
Simple discou1·s lfo vLgncl'on de fa Chavon- plus fièrement solitaire; tout, jusqu'à un
nièl'e jouir paisiblement de ce titre. Pour certain comique, y prend une douceur majesconserver à ces pages leur situation littéraire, tueuse. On admire dans ce palais sans hôtes
il suffit de ne les point relire. Rien ne se toute une carrosserie commandée trop lot: on
démode autant que l'ironie. Aujourd'hui, y voit eni:ore des tapisseries au petit point
celle de Paul-Louis nous DlOnlre des gràces qui, en trahissant un goùl décoratif aboli,
un peu fanées. Documentation médiocre et témoignent de la foi la plus pure. Chambord,
point de vue (( pignouf ». EmporLé par son c'est le musée des Chimères. Que la joie
ardeur de rural, Courier s'écrie : l&lt; Je fais moderne lui soit épargnée! Imagine-1-on des
des vœux pour la bande noire. Je prie Uieu trompes d'automobiles éveillant brusquement
(1u'elle achète Chambord. »
de son sommeil la llonarchie légitime au bois
Dieu n'exauça point Le vœu du ,igneron dormant! ...

à acquérir le donnine pour y installer des

HE~RY

ROUJON,

de l'.\ c.tJémie frJ11çalst

..... 320 ...

Ur-E SORTIE. -

Tableau J.e :\ ·F L D
• ·

•

E

nu.

(G

,

·

·

·

,ra.\ure c.ttrazte de IRislowe gènfrale de/~ G11erre /r;inco-al/emande. par le L'-Cnloncl Rouss&amp;T,)

FR,ÉDÉR,JC

.,,,..

DI LLAYE

Vie el mort de l'armée du Rhin
Journal d'un Témoin

+
. Dès lu premien joun de la guerre de , 870, M . F•iD1LLAYe •'•tait vu attacher à la Trésorerie de
l'année. Le 3o juill&lt;t, il débarquait à Metz, qu'il ne
devait plu, qu.itter que le 1•• nonmbrc, après l'abomjnablc c1pitulation. P end11nt eu trois mois il nota
jour ~•r Jour, •n icrivain de race qu'!I itait, ses oh~

On peut accéder à la Catbédrale de diver!S
~tés. Je p~éf~re y e~trer par 13- place de
Chambre, arns1 nommee d'une commanderie
Je l'ordre de Malle qui s'y trouvait, d'où un
double et large escalier mène à une petite
se.rvatiotts et ses impre.ssions, sts c.!!ipéranccs e.t ses angohp!ace en le1·ras e demi-circulairequ 'on nomme:
scs dt patriote. Et C&lt; recueil de notes quotidieMcs
qu'il public au bout de quanntc an•, sous ce 1J1rc : 'Yi;
paté de la Cathédrale, ou place Saint-Étienne.
~t mort de l'armée Ju 'R.hin, ne cons1ituc pas scu lcmcnt
C'est d'ailleurs là, sous l'invocation de ce
un livTc puis.sammc.nt évocateur e.t singuHifrcmtnt ~mou•~t, _mais aussi le _document le plus compl et u Je plus saint, que se dressait au cinquième siècle un
modeste oratoire. Entre deux piliers de la
mmuticu,cment p«cis s11r l'agonie d'une armée faite
pour vaincre, •t qu'1.v1itcondamnic à 111. plus tragique
seconde travée s'ouvre une porte aux nomdu difAitu la trahison de son chef. De cc bd oUVTagc
breuses et élégantes archivoltes . Elle a perdu
de F•wiRic DiLLAYI!, nous cxtnyons lu alertes croles _statues et les seulptures qui la décoraient,
quis suivants, pris sur le vif, au début de la campagne.
mais son fronton triangulaire et son ogive au
couronnement sculpté, lui donnent un aspect
Dimanche, 51 juillet.
des plus intéressants. Curieuse cette porte en
elle-même et à un autre égard. Elle formait
Ce matin le• soleil • rayonne. Cela chan"e
I"\
en effet, l'entrée principale de la petite églis~
un peu mon 1mpress1on sur Metz. La ville ~e No_tre-Dame-la-Ronde que, par un raccord
1~·a r_il~s cet air piteux que je lui ai troul'é à mgémeux, les architectes ont fait entrer dans
l arrn-ce. Nous devons nous rencontrer, nos
le plan général de la Cathédrale. L'extérieur
camarades et moi, à la Cathédrale sur le
de cette Cathédrale de Metz arrête saisit et
coup de huit heures, pour assister à ia messe retient le regard par son élévation ;es li"nes
•
,
0
lie l'Empereur. J'avoue, en toute sincérité
élcgantes,
les fières allures de ses piliers souqu'il y a de ma part plus de curiosité qu; tenant deux étages de contreforts et se termid'habituelle religion.
nant par de gracieux pinacles . Les srelles
oelllc

IV -

HtsTORIA.

pyramides fon~ également venir à l'esprit des
1dé~s. de hard iesse cl de légèreté. Dans eel
ex_Ler1eur :_ colonnettes, arceaux, meneaux,
triangles effilés, tout monte hardiment, fièrement, légèrement; tout aspire à s'élancer en
haut; tout a des ailes comme la pensée qui a
conçu ce tout.
Quant à la porte principale, elle s'ouvre
sur la place de 1a Cathédrale ou du Uarché
CoU\'ert _et est, destinée à afüiger les yeux de
tout ar~,s~e: L a~chitecte Blondel - que son
~om so1l a Jamais honni - y a perpétré l'all1anee du style pseudo-grec et de l'orrive.
E_rreu~ Lo~is-quinzièmesqu~, un. peu bien\,stema1.1~e a celt~ époque qui avait le parti-pris
d~ ~e nen admirer du génie du lfoyen Age,
ga1?1t même l~u~e œuvremédiévale quand elle
a_va1L, comme ICI, à y toucher. Quelle apostasie, alors q11e l'art gotlùque pique un des
plus beaux fleurons à ln couronne des gloires
~ure~ de notre France. lleureusement que
l a_nc1en mu.~ de façade, dont le pignon apparait en amcre du portrait de Blondel esL
percé d'une rose. dont la grandeur et la délicate o~nementalion consolent un peu des
barbarismes et des solécismes d'art dudit

-Fasc. 31 .
21

�-

111STO'l{1.Jl

Blondel. On y \'ùit, là, comme d'ailleurs à
toutes les percées des murs, de fort beaux
vitraux appartenant à la meilleure époque de
la peinture sur ,·erre. Quelques-uns out été
extraordinairement bien remplacé par M. Maréchal, le merveilleux "erricr messin dont le~
chefs-d"œuvre ont été si 11nanimernenl remarqués à la dernière Exposition Universelle.
Dans la flèche, ajourée de bout en bout el
au sommet de laquelle claque le drapeau
national, se loge la ,1/utte, la célèbre Jiu/le,
le bourdon messin dont le battant se met en
branle aux grand jours de fête et de deuil.
A huit heures sonnant, !'Empereur, a\'ec
celle exactitude qui ne révèle pas seulement
la politesse drs rois, se présente al1 ~rand
portail de l'inràme .Blondel. Le Prince Impérial, le prince Jérôme, et les maréchaux l'acrompagnent. Mgr Dupont des Loges se tient
sur le seuil pour recevoir le souverain. Il le
salue et le conduit à la place qui lui e. t réservée d:J.ns le chœur. Le Prince Impérial se met
à la droite de ou père. A la gauche s'installe
le vrince Jérôme. Uerrière s'asseyent les
maréchaux: et officiers de la mai on. Mgr Dupont des Loges oflicie et !'Empereur emble
suiYre sa messe aYer une attention des plus
soutenues. J'ayoue, à ma très grande honte,
que je n'imite pas cet exemple, très attentif
que je sui ;1 voir les personnages qui assistent
à la messe impériale.
Soudain, un petit homme, en retard, arrirc
sur la pointe des pieds et cherche à e glisser
dans les premier· rangs, derrière !'Empereur.
li porte à la. ma.in uu vaste chapeau à la
mousquetaire. li est \'êtu d'une sorte de
blou e &lt;le i:has e d de culottes flollank~ en
vclour. d'un brun roux, dit le brun Di marck.
Il est botté el ceinturonné de cuir jaune très
clair. . ur sa poitrine pend la croix. de la
Légion d'honneur tenue à .on cou par la cravate de commandeur.
cc )fcis onier '! interro«é-je à l'oreille de
mon voisin ·1
- Oui, me répond-il, il est attaché à la
mai·on de l'Empereur.
- Parfaitement! Je me souviens, en effet,
qu'au moment du baptême du Petit Prince,
il fit tant et si bien, qu'il reçut le titre d'historiographe impérial, litre lui donnant ses
en trées aux 'Iuileries. L'Empereur n'était
probablement pas ennemi de voir reproduire
en peinture ses exploits militaires, pour senir
de notes aux. historiens de générations futures.
Cependant, si ma mémoire demeure fidèle, il
n'obtint qu'avec une certaine difficulté la
permission de suivre l'armée d'Italie. C'eût
été vraiment dommage s'il ne l'avait pas eue.
.\ ~ol!érino, ne se tint-il pas toute la journée
à rheval, cherchant les éléments nu fameux
tableau qu'il nous a donné sous ce titre et
qui reste, au point de vue géométrique, le
plus grand tableau signé Meissonier. C'est
aussi, je crois bien, le point culminant de
son talent. Talent consciencieux, fait un peu
de vision photographique. En l 8G7, pour
achever je ne sais plus quelle scène du Premier Empire, ne s'avise-t-il pas d'acheter un ·
champ de blé aux. alentours de Saint-Germain.

Il ) installe un pelil chemin de fer muoi
d'une plate-forme. Sur cette plate-forme, il
pose son chevalet. Voilà certes un atelier d'un
tout nouveau genre. Il obtient de l'Empereur
un peloton de cavalerie; le masse dan, son
rhamp; ordonne aux cavalier de charger en
fourrageurs et part, les suivant sur. on wagonnet, tâchant de ai sir leurs mouvements. C'est
peut-être pour cela que son confrère Gérôme
l'admire comme le seul homme qui ait su
« faire le chernl i&gt;. Singulière figure, ce Meissonier!. .. Quel grand tableau va-t-il tirer de
on séjour il l'A1·mée du Rhin'? ... li n'y est
pas seul d'ailleurs ..Je sais que Protais doit se
trouver à l'état-major du général Ladmiraull;
Protais, le quasi « inventeur du type des
petits chasseurs à pied », des &lt;1 petits vitriers,&gt;,
cc qui l'a rendu si populaire.
Pendant que je pense à ces choses-là el à
bien d'autres encore, la messe suit sou cours,
scandée par le petites sonneries des enfants
de chœur. Cet athée &lt;le prince Jérôme se
Lient très mal; moi non plus je ne sui pas
ma me e, mais j'ai la prétention de me tenir
mieux. Le Petit Prince, agenouillé, s'abime
dans sa dévotion enfantine fortement teintée
d'Espagnol et de Corse. Il est maintenant à
deux genoux sur son prie-Dieu, la tête penchée vers la terre. Soudain, il sursaute, se
redresse· presque. Nous-mêmes, sentons une
commotion. Le chantre qui vient d'entonner

CliciJé Braun

et

c•

GE:-.lR.I.L CuA:--GAnNIER,

attache à. l'Ètat-)lajor du Maréchal Bazaine.

le Domine salvmn tonitrue de telle façon,
pour faire mieux sa cour à l'Empereur, que
le. vitraux des verrières frémissent dans
leurs plomb . Après le saisissement, le sourire voilé et l'église se vide. :Ugr Dupont de
Loges reconduit !'Empereur jusqu'au grand

VŒ

portail. U,, dans la lunùère plus crue &lt;ln
jour et sous cet éclatant soleil dont les rayons
inondent la place, !'Empereur apparait fatigué, plus que fatigué. Le cosmétique a eu
beau cirer e~ moustaches en pointe; les artifices de Jézabel qui ne parviennent même pas
à réparer l'irréparable onn'u beau ètre appelés· à la rescousse, les traces de la maladie restent très nettement visibles. Elles s'accentuent
encore, lorsque d'un pas lourd qui cherche à
ne pas être incertain, !'Empereur traverse
celle foule de brillants officiers stalionnant~ur la place, s'empressant et s'él'erluant 11
faire leur co11r au Souverain. La gaité amu1,,ée
du Petit Prince met sou antiU1èse à la sou[france paternelle et aux airs bougons du
prince Jérôme. ~I. le maréchal Lebœuf est là,
souriant, affable, bon pour tous, désireux de
ne chagr1ner personne. M. le maréchal Bazaine, Yenu de on quartier-général de Uoulay,
contraste étrangement avec son collègue par
son air préoccupé et qui semble encore plus
sournois que préoccupé. Et le cortrge regagne
lentement, au petit pas de !'Empereur, le
Grand Quartier Impérial de la Préfecture
entre le jardin d' Amour et le jardin Fabert.
L'amour, il n'y faut plus songer, Sire! Mais
combien, en reva.nche, il faut pPnser à Fabert!

ET MO'ft..T DE L'Jt~MÉ'E DU '}t111N - - ,

Lundi, 8 août.

. . . La rue des Clercs est dans un émoi
indescriptible, surtout aux alentours de l'hôtel
de l'Europe, où e trouve le Grand Quartier
Général, el de l'hôtel de Metz qui hti fait
vis-à-vis et dans lequel logent aus i beaucoup
d'ofliciers supérieurs. La décision du général
Cofflnières au sujet des étranger ·, publiée
hier, produit Lou les effets d'un jet de pierre
en plein milieu d'une mare à grenouilles.
D'étrangers, ces deux hôtels sont rempli !
Deux bons postes pour les espions et pour les
reporters, les ordres et les contre-ordres arriYant toujour· successivement à l'hôtel de
l'Europe. Mon reportage à moi ne s'en préoccupe guère dans la journée. Aux heures des
repas, entre camarades, on les résume toujours, tâchant d'en déchiffrer l'ambiguïté des
termes ou d'en éclaircir l'ohscurilé de la
pensée. Travail plus compliqué que celai de
la lecture de signes gravé sur le monolithe
de Louq or. Mais les étrangers n'ont pas la
même bonne l'ortone que moi; aussi, s'insinuent-ils constamment, à toutes les miuutes
du jour et de la nuit, dans le va-et-vient des
allants et venants. Combien de ce étrangers
sont des espions ou des journalistes de la
Pras ·e qu'on laisse ain~i circuler en toute
liberté, alors que la prévôté ne cesse de poser
sa main rude au collet d'inoffensifs passants
cu de curieux bénévoles. L'accent tudesque
n'éveille aucune allention ici. C'e L l'accent
dominant du français parlé à Metz communément. La clairvoyance tardive de l'administration a surpris tous ces gens au milieu de leur
parfaite quiétude. Il leur va falloir décamper
s'ils ne veulent se faire reconnaître. Tous
procèdent en hâte, pour l'heure présente, à
ce décampemeot en le couvrant du masque
dP l'inquiétude générale.

LANCIERS EN RECO~NAISSA. CE.
TaNeau de .\ .• \VALliER.

(Gr:wure Cltra.itc de lïlfsloire gcneralt ,te la Guerre franco-allemande, par le L•-Coloncl Rot'SSET.)

CliciJt Braun et C"J

�P-

fflSTO']tl.JI

l,ïmpression ressentie au diner de ce soir,
demeure bien celle éveillée, dès ce malin, par
l'arrivée des est:if~Ucs. De tous côtés on réclame des ordres; et d'aucun côté on n'en
donne,deprécis lout au moins. Pas d'ordres!
Pas d'ordres! Voilà bien la caractéristique de
celle journée du 8 août. Est-cc incapacité ou
esquivement des responsal,ililés? ..•
Il pleut toujours. Nous n'en allons pas
moins, mes camarades et moi, an Café Pai·ii;ien, pour n'en pas perdre l'habitude, sans
doute. Les ren eignements qu'on.r peut trouver
sont d'une autre sorte et prennent leur s011rcc
aux racontars des rédacteurs de la presse
messine qui se trouvent là d'ordinaire. Pas
de moisson à engr:mger cc soir. Rien de plus
que dans la journée. Dans les conversations
et sur tous les visages, une lassitude atroce.
Lassitude de la stupeur prolongée; mais l'on
y sent gronder, cependant, comme des appels
lointains du tonnerre au milieu du calme, de
sourds murmures contre les chefs, l'organisation et le reste.
Ce qu'il pleut, c'est inénarrable. On se décide à rentrer. En tournant 1a rue du Palais,
pour prendre celle des Clercs, un petit vieillard, à cheveux blancs, la redingote boutonnée jusqu'au col, un chapeau haul de
forme enfoncé jusqu'aux yeux, sans parapluie
ni manteau, mais la canne à la main, me demande d'une voix brève s'il se trouve bien
dans le chemin qui conduit à l'hôtel de la
Préîeclure où loge l'Empereur. Je lui indique
la plus courte route à prendre et le voilà
continuant à trottiner dans l'averse. Nous
nous regardons, mes &lt;,amarades et moi, et
partons d'un violent éclat de rire. Que veut
faire au Quartier [mpérial ce petit homme.
sec d'allures, mais fortement trc&gt;mpé de pluie?
E pèrc-t-il que les huissiers lui offriront gracicusemcn t le logement et des habits secs? ...
~:t nous rentrons joJcusement à l'hôtel de
l'Europe, devisant sur celte rencontre bizarre
dont la cocasserie nous fail oublier l'averse
tombant à "erse.
:lfrmli, 9 aolll.

Je vais prendre l'air et recevoir l'eau.
Environ vers onze heures et demie, sur la
place de Chambre, je croi e un breack aux
chevaux gris-pommelés el dont les grelots des
colliers linlinnabulenl. Dt&lt;lan~, mus leurs rapochons el leurs caoutchoucs, ruisselants
d'eau, sont l'Empcreur et plusieurs généraux
dont un a la figure complètemênt inconnue
pour moi. Qu_i peut-il être? Je le saurai au
déjeuner. L'Empereur, parti ce matin à cinri
heures, revient de Faulquemont où il s'était
rendu pour conférer avec le maréchal Dazaine. Que va-l-il sortir de celle conférence?
Encore une chose que le déjeuner m'apprendra. Ce sera bientôt; 1'horloge de la Cathédrale déclenche les douze coups de midi.
En arrivant dans la salle à manger, je
trouve les conversati.ons très animées déjà.
Mes amis ont amené à déjeuner un camarade
du corps du général Frossard ; Gié, payeuradjoint de la troisième division d'infanterie,
venu dans la matinée au 0urean central pour

'VŒ
chercher des fonds. Au milieu du groupe, il
raconte que les approvisionnements des troupes
fonL défaut de toutes parts. L'intendance restreint les rations de pain. Les autres vivres
manquent. Pour compenser leur absence, on
a fait distriliuer aux hommes une indemnité
représentative de O fr. 80 par ration . Les
pauvres! à quoi celle indemnité peut-elle
leur servir? Le 7, mème au poids de l'ur, on
n'a pu rien Lrourer à acheter à Puttelange.
Hier, même distribution a été renouvelée,
mais on a vu aussi se renouveler le manque
de denrées à acheter. Gié nous trace un tableau na\Tanl de la belle retraite en bon
ordre. Pauvre petite ville de Forbach, sijolie,
si confiante, complètement chavirée dans le
désastre du corps du général Frossard ! SaintAvold, radieuse et fière en plein milieu des
troupes françaises, ruinée complètement!
Sous le pas des hommes, sous les pieds des
chevaux, sous les roues des caissons et des
canons, sous la pluie continue, les champs
sont effrondrés à perle de vue. Au loin, l'avalanche de l'armée prussienne gronde, descend, s'abat vers Metz. Les populations effrayées tournoient dans le tourbillon de la
déroute des troupes. Elles, si patriotiques au
début, apportant à nos soldats des vivres el
des provisions de toute nalure, saluant gaiement leur départ, les encourageant avec confiance à la victoire, suivent maintenant, affolées, ces mêmes soldats harassés et couverts
de boue!
De la conférence de Faulquemont, Gié ne
sait rien; mais, à l'Êtat-~fajor, on a eu des
renseignements. Si les soldats sonL lassés et
recrus de fatigue, ils ne paraissent nullement
découragés; toutefois, à la conférence, on n'a
pas cru pouvoir Jeur demander l'offensive
brutale sor les flancs de l'ennemi. De là, une
troisième évolution dans les plans. Plus question d'offensh-e. Le maréchal Dazaine, qui
connaît son terrain, poill' avoir autrefois commandé à ancy, a proposé un repliement de
Ioules les troupes sur Frouard. Là, au confluent de la Meurthe et de la àfoselle, il pourra
surveiller fructueusement l'ennemi. Cet enarrière de Metz a fait grimacer !'Empereur,
craignant qu'on n'y voie un trop grand signe
de déroute. Il se rallie aussi à l'o1fonsi\'e par
concenli-ation de Ioules les troupes sur un
même point, mais il veut que cette concentration s'elfoctue en avant de Metz et non en .
arrière. De là celle décision prise que les
troupes vont se replier sur la Nied française.
J'apprends coup sur coup que le général
ioco11nu aperçu dans le breack de !'Empereur est Changarnier, arrivé la reille au soir
au Quartier Impérial en redingote el par la
pluie battante. C'est notre homme d'hier soir
très évidemment. Je n'aurais jamais pu supposer qu'une si petite et si étroite redingote
bien boutonnée, surmontée d'un chapeau
haut de forme, le tout ruisselant sous l'averse,
ptit vêtir un personnage de si grand renom.
Au lieu de se faire mouiller par &lt;lelà les os,
il aurail pu, vu son renom et son titre, utiliser une des voitures de place affeclée-s spécialement au service de )'Empereur et 4ui

font continuellement la na\'elle entre la gare
et la Préfecture. On ne l'a pas renseigné,
sans doute, sur ce cas particulier. Je ressens
nue confusion extrême en songeant au rire
fou dont j'ai été secoué hier par la rencontre
de celle peûtechosc mouillée, trottinant dans
la nuit plu1•icuse. Changarnier! une victime
du coup d'État, dont il admetlait cepeoùant
la nécessité en t 851 , puisque, dans son entrevue avec M. 1'hiers et le duc de Morny, il
avait proposé l'arrestalion du général Cavaignac, alors que Af. Thiers réclamait etllc
du général Lamoricière. Au 2 décembre, le
duc de Morny leur prouva qu ïl avait fait profit de leurs conseils en arrêtant ceux qu'ils
désignaient et en les arrêtant eux-mêmes.
Personne n'est bien d'accord sur la façon
dont Changarnier a été reçu hier soir par
l'huissier de ~ervice. Les uns prétendent qu'il
fut introduit immédiatement auprès de !'Empereur; les autres que celui-ci avait tardé à
le recevoir, chacun se refusant à le prévenir,
vu la fatigue et les souffrances qui le retenaient à la C"hambre. Quelle que soit l'heure,
l'entrevue a eu lieu cordiale et franche. « Sire,
aurait dit le général Changarnier dès les premiers mols, je n'ai pas été le courtisan de la
bonne fortune, mais je veux donner aujourd'hui l'exemple du ralliement. La France est
en danger et je suis un vieux soldat. Je Yiens
vous offrir mon expérience et mon épée. ~Ion
épée ne vaut peut-être plus grand'chose, car
j'ai soixante-huit ans, mais je crois la tète
encore bonne. &gt;&gt;
Dès l'heure de la déclaration de guerre, le
général avait déjà introduit à la cour impériale une proposition semblable. Tentative
avortée. On se souvenait toujours à la cour
du temps jadi où le vieux vétéran d'Afrique,
connaissant les projets du Prince Président,
aurait pu prendre les de\'aals du Coup d'État,
si ses alentours avaient su le soutenir et
par conséquent écraser dans l'œuf le Second Empire. Celle nuit, changement à vue.
L'Empereur, pour Loule réponse, a tendu au
vieil orléanisle sa main largemenl-oUl'erte et,
rn tournant vers sa sujlc: (( Le général est
des nôtres, Messieurs, o a-t-il dit. Chacun
alors de s'empresser r, faire manger le vieux
général et à lui chercher des vêlements de
rechange, pendant que sur ses in i tantes
questions on lui fournit, vaille qlle vaille, des
renseignements sur le maréchal de ~lacMahon, les généraux. de Failly et Dacrot.
Après ce médianoche, le marqu_i de Massa,
aide de camp de !'Empereur, a conduit le
génér.il Cb.angarnier à l'hôtel de Aletz. pour y
coucher. Le voilà devenu mon voisin; et ce
matin, à cinq heures, pour bien prouver la
sincérité de son accueil, !'Empereur l'a emmené avec lui à Faulquemont~ aux fins de
conférer avec le maréchal Bazaine.
Mercredi, iO août.
... Un grand conseil de guerre vient de se
réunir au château de Pange. On y a soulevé
cette idée que la proximité des grands bois
pouvait nous réserver des traitrises et faciliter l'enveloppement de nos troupes. Encore,

de là, une év~lutioo nouvelle dans les plans.
Ell~s sont s1 nombreuses, ces évolutions,
qu on ne parvient plus à les nomLrer. Comme
conclusion, l'armée va quitter la Nied et se
replier complètement sur Metz. On v; donc
a_ppuyer sur Metz l'élan de l'offensive ou Iorllfier la défensive par le concours de celte
place for.te. I.Jn vague esroir sur0it en songeant qu entre temps notre escadre cuirassée,
~o~t 1~ commandement suprème a été remis
a I amira( Bouët-Villaumez, pourra faire une
~u~erbc dl\•er~ion dans la Baltique ou, tout au
~OtnS, fournir, par ses manœuvres, une illu~ion de c~tt: dive~sioo. Je ne veux rien préJuger, ~ais Je cro_1s bien que c'est nous qui
"?us ~reons une 1llusion en pensant à celte
ù1rers1on.
~'émigration continue toute la journée,
pénible, nombreuse, envahissante, si bien
c1ue coup sur coup des placards sont apposés
sur les murs de l'Uôtel J.e Ville. Le premier dit:

. « Avis. - Par ordre du général de divis10n commandant supérieur de la ville de
Melz, le préfet de IJ lloselle informe les habitants_ des co~munes du département qui
voudraient v~nir à Met1, qu'aucune personne
ne sera admise à entrer en celle "iUe si elle
~•apporte avec elle des vivres pour quarante
Jours au moins.
!Ilet:;, le iO Août 1870.
, Le prt•fcl clc la :llu elle ;
PAUL OotLW.

• « ~[~sieurs les maires sont priés de faire
m~med1atement publier et afficher le présent
avis. »

_M. le m_aire de Metz, obtempérant à celle
prière équivalant à un ordre, nous donne la
seconde affiche qui vient d'être placardée
affiche, reproduisant l'avis du préfet, mais l;
c?mpletant par celte informatian : &lt;I Mess~eu~s les commissaires et agents de police,
~rns1 ~ue les employés de l'administration de
1octroi, sont ,chargés d'as urer, en ce qui les
concerne, l'exéculion rigoureuse de cette mesure. »
Pendant que ces avis sont lus et commentés, on. aper~oit le, Prince Impérial qui,
~ans escorte, r~v,cnl d une petile promennde
a cheval. Depms quelques jours on ne l'al'ait
pas vu, non qu'il fût malade à proprement
parler' mai~ à cause su:tout du désarroi qui
~~e depms quelques Jours au Quartier Imperia!. A nos rep~, à l'~ôtel de l'Europe où
le trantran des peuts polms garde imperturbablement , toute sa vitalité, on a appris de
reste que J Empereur, de plus en plus souffrant physiquement, sentant dans ses reins
comme des légions d'épingles qui les lardent,
demeure le plus souvent morne et affaissé
de~ant des cartes à échelles plus que réduites, les seules que de rares privilégiés
possèdent. [[ y cherche, avec son crayon
rouge en main, à y placer les corps en dér~ute de son armée. Ses scnlime11ls incertains, peu précis, se troublent encore sous de
con stants échanges de dépêches entre le ca-

'ET .MO~T DE L'A'lt,.MÉE DU 1{111N

hinet de la Régente et. ~e sien, échanges qui
le mettent dan s la pos1hon d'11n volant entre
deux raquettes adverses. Il n'a plus du tout
le temps de s'occuper, lui, si maternel de
son fils. En aurait-il le temps, la force physi-

de sa mère. Inéluctablement uionte aux ]è.
vres le refrain de 1a trop fameuse romance :
• Laissons les enf'anls i1 leur mère
Laissons les roses alll: rosi.ors. D '

• Â côté d~ père_ et de l'enfant, le prince Jérome va, vient, v1re\'oltant, bougonnant. Ses
lè,Tes font une moue toujours prête à crerer
en ohjurgations violentes : &lt;( Quelle maladresse, jellc-t-il, d'avoir consenti à subir
cette guerre. Quelle faute de songer 11 la diriger personnellement quand la maladie vous
étreint. La ré.ignation du commandement en
chef s'impose. Espérons que celle résignation
ne se fera pas entre les mains du marél'hal
de Ca_nrùbert r &gt;&gt; Depuis la Crimée, en effet,
le pr1uce Jérôme a voué une haine saurarre
au maréchal. Mais, après Canrobert, il all~9ue celui-ci, démolit celui-là. Toujours
l homme-né des coups de boutoir. li a beau
jeu vraim~nt pour e? donner dans le cas présent, auss, frappe-l-11 sans relàche à droite
a' gauC"he, dans le tas. Toute nouYellc tète'
d'arrivant lui sert de quintaine. Vrai jeu de
massacre.
Les généraux et les familiers du Quartier
Impérial l'imitent un peu, sinon de la même
façon. On se_cbamaille, on s'aigrit. Le g1foéral Lebrun mque des remontrances directes
GE!'iÉRAL COFHNIÈ RES DE :1\° 0 RDECK,
à son souverain. ~I. Piétri appuie const:imGouverneur de :\lé.Lz.
ment sur l'étal de santé. Le maréchal Lc(Collecllon de .'Il. LE BARON tJE Boo RGOING.)
bœuf, sentant le commandement lui glisser
de mains, ouvre res mains toutes grande;,
q~e y faillirai!. Pour endormir . es crises, il pour en laisser flotter les rènes, ne donnant
pas d'ordres ou abandonnant à la libre interre1tère ses absorptions d'extrait thébaïque
~ont ~a con~inuité l'abat. En sorte que le Pe~ pré_tali?n de celui q-ui les reçoit ceux qu ïl
arme a donn~r. Tout se désagrège. Le géné~Il Prince, lll'fé à soi-même, agacé par ce séJOUr prolongé dans les salons et Jes anti- ral Changarmer, seul, sonne le ralliement,
chamb_res, s'_énerve, gamine, aposlrophe de se fait le lien de cette sauce tournée; il va à
sa pehte ,•01x zézayanle, ceux qui viennent la rencontre de ceux qui viennent au Quarcbez son père ou en sortent. H donne du tier Impérial, cherche à reconnaitre sous les
coude et de la tête dans les allants et les vc- masques vieillis les jeunes visages de son
na~ls. N'était la retenue que lui impose son temps, et, quand il y parvient, les réconumiorme de sous-lieutenant du i rr ré&lt;riment forte, les soutient par sa chaude cordialité et
des grenadier de la Garde, sur les co~trôles les engage tous à se réunir pour la fertilité
du~uel il a été immatriculé quelc1ues mois d'une idée commune; il donne des conseils
apres son baptême, il mimerait pour son propose des expédients, se fait avocat-consul:
compte, sans qu'on l'en priât beaucoup, ce tant, s'entremet entre les clans déjà formés
tableau de Zamacois qui eut tant de succès de ceux qui se réjouissent de la priéminence
au Salon et représentait un jeune prince en- ~ccor~ée au maréchal_ Dazaine et de ,ceux qui
~oyant son ballon dans les jambes des cour- mvect1veot contre lw ou ne gardent en lui
tis~ns comme une houle à travers un jeu de qu'une confiance plutôt modérée.
qmUes. Personne n'est libre pour le mener
promener. La Garde Impériale n'est plus sous
nos murs et il n'a plus à visiler ces sortes de
grands douars que formaient ses tentes au
Mals le moment des croquis alertement crayoMis
flanc du Saint-Quentin. Ne se promenant est pusé depuis longtemps. Une heun tragiqum1ent
plus, il n'a plus à s'amuser, à jr:ter aux mou- décisive • sonné. Le dinouc.mLnt approche, .. ,
tards qui l'acclament des poignées de sous
Samedi, 29 Octobre.
comme à la sortie d'un baptême. On a tout
d'abord évité de lui faire part des mauvaises
Oh ! la longue nuit. Oh I la pénible
nouvelles. Toutes n'ont pas échappé, assurc-t- nuit.
on, à sa nature fine, et le peu qu'il sait augUn officier d'ordonnance nous apporte le
mente son éoenemcnt jusqu'à lui donner protocole et son appendice, De sa voix de
comme des Eemhlants d'accès de fièvre. Ah 1 stentor, le commandant Rolland en lit pour
sa I?èr~ a voulu que pour le bien de la dy- tous les termes. L'article 2 du protocole disnaslle il se trouvât à l'armée· mais combien pose que:
il serait mieux, pour l'instan;, d'être auprès
t&lt; 8amedi, 20 octobre, à midi, les forts

..

�1l1ST0~1JI · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
'

aint-Quentin, Plappe,ille, Saint-Julien, Queuleu el Saint-Privat, ainsi que la Porte Maze1lc
[route de Strasbourg] seront remis aux troupes prussiennes.
» A dix heures du matin de ce même jour,

route n'est qu'un cloaque qui se déroule, un
,·éritable fleuve de houe liquide où llollent
presque des cadavres de che,aux, des queJettes de mulets, des débri de toute nature.
La lumière du jour est barbouillée, obscurcie

Clicht Neurdein.
GRENADIERS DE LA GARDE, LE .MATlN DE REZONVILLE. -

Table.iu

ae

PETIT-GÉRARD.

(Grayurc extraite de lïUslolre gtil1én:ile de l.J G11erre fra11co-alle111:11de, par le L•-Colonel RoussET.)

de" officiers d'artillerie et du génie, avec
quelques sous-officiers, seront admis dans lesdits forts, pour occuper les magasins à poudre et pour éventer les mines. »
... Dix heures sonnent à la Cathédrale. Les
disposilions protocolaires vont s'exécuter. On
ressent au cœur un premier pincement. C'est
le moment où les officiers prussiens entrent
dans les forts pour occuper les magasins à
poudre el éventer le mines. Les trois couleurs de France !louent encore au haut des
mâts ....
La marche en avant s'exécute silencieuse.
Quand des phrases s'échangent, c'est avec une
douceur étouffée, des murmures susurrés
comme dans une chambre de mourant. Le
deuil a cmahi toutes lPs âmes. Le paysage
autour de nous ne saurait le désassombrir.
Les remparts de Metz sont contournés; la
~Iaison de Planches esl dépassée; nous Louchons presque à la Maison- euve. A droite,
les vastes plaines de la Moselle, nues, dé,•astées, mêlent, à l'horizon, les gris de leurs
boues aux gri des lourdes ma ses de nuages
chargés d'eau. A gauche, des groupes d'homme hâves, déguenillés, le dos courbé, dévalenl lentement comme des troupeaux de mouLon" que le berger pousse devant soi. La

par les hachures fines el serrées de la pluie
formant un brouillardjauoàtre d'une intensité
extrême ....
Soudain le ol tremble .... Un formidable
coup de canon, parti du fort Saint-Quentin,
déchire le silence de la vallée. Tous les hommes se redressent, exécutent une volte-l'ace
comme à la parade. Tous les regards convergent sur les forts, sur le Saint-Quentin surtout, plus à notre portée .... Le drapeau tricolore glisse le long de son màt, s'abat, s'affale
ainsi qu'un grand oiseau mortellement frappé .... Une grande flamme blanche et noire,
la flamme aux couleurs de Prusse, monte
pour le remplacet et nous semble claquer
joyeusement dans le vent. ... Midi a sonné
l'heure de la li\'raison !. . . De nouveau lcs
hommes se retournent, les dos se voùtent, les
tète s'inclinent .... Consommalum est! ...
Les divisions da 6• corps, dont la réserve
de cavalerie doit prendre la suite, atteignent
déjà Ladonchamps et pa senl aux main de
l'ennemi. ·otre marche reprend, au pas de
suite de corbillard. On redresse l'oreille aux
bruits qui arrivent de la tête de colonne. Un
officier Prus ien caracolant orgueilleusement
en faisant gicler Ja boue autour de lui aurait
été précipité dans un fos é par des cavaliers

du 2• chasseurs d'Afrique, répugnant à .e
laisser éclabousser. Un Tienx chevronné, i'1 la
poitrine constellée de décorations, de croix et
de médailles, se serait écrié, devant l'ébahissement des oîllciers vrussiens d'État-llajor :
« Eh bien! quoi! Yous avez acheté la marchandise, on vous la lirre; mai qu'on ne
l'abîme pas! » Un redoute un conflit. Il serail certain el sanglant si l'on défilait en
armes. Mais l'ennemi ne riposte point. Obéissanl sans doute à un mot d'ordre, il multiplie
au contraire ses courtoisies.
Lentement, très lentement, mais combien
pas assez lentement encorP, nous alleignons
les barrières du château de Ladonchamps.
Deux uhlans s'y trouvent en vedette; au dcH1,
de la cavalerie et de l'infanterie pru~sienn!!s
bordent la route jusqu'au petit pont jeté sur
le tossé du château; à droite, une manière
d'entlo , constitué par une place libre, s'éll'nd
jusqu'à un quadruple rang de troupes ennemies que l'on distingue, dans le brouillard,
sur la ligne joignant l'église Saint-Daudicr à
Franclonchamps et aux Grande -Tapes. Dans
cet enclo , on va parquer le bétail humain
qui arrive et dont il faut dfoomhrer les tê!es.
Les troupes que l'on distingue, massées làbas, s'e1èvent en barrière pour empêcher les
él'3Sions du côté de la Moselle.
Les « Garde-à-vos » retentissent, suivis
des commandements de « Halle l&gt;. Nous
ommes en présence d'un groupe d'officiers
prussiens appartenant à l'État-Major. Ils saluent de leur épée. 1 'os chefs d'escadrons
s'avancent tenant en main l'état nominatü de
leurs hommes. Comme des pleurs sur une
lettre d'adieu, la pluie qui tombe barbouille
l'encre des noms écrits, macule le papier
qu'ils présentent aux commissaires prussien
et que le vent irrité cherche à arracher de
leurs mains. Nous touchons à la minute ùe
l'adieu suprême. Les cœurs déjà ulcérés éclatent. Malgré les efforts désespérés, des larmes
mouillent les paupières. Tons les soldats tendent leurs main vers les officier qui les
pressent el Jes repressenl une dernière fois ....
L'émotion atteint à son comble. Visiblement
elle gagne le vainqueur; il ne peul se détendre
d'admirer cette touchante allection, cette solidarité complète entre les hommes cl les
chefs. Sa brutalité native s'en trouve radoucie. Les commissaires apportent la plus
"rande aménité possible à la réception des
listes ....
Mais nos soldats n·en rranchissen t pas
moins le fossé au delà duquel la capfüité
doit le parquer ....
Notre livraison est terminée. Elle continue
encore pour d'autres et, quand tout era fini,
d'après les listes établie cette nuit, le maréchal Bazain·e aura livré 11;;.000 hommes ....
FREDÉIHC

DILL,\YE.

ERNEST DAUDET
~

Mademoiselle de Circé
nu (·uite).
Oli_"ier ne_ protestait pas. lfaintenanl qu'il ~e
~ent~1t en heu sùr, les forces qui jusque-là
1avaient soutenu le trahissaient. Un fauteuil
se trouvait derrière lui. Il s'y lai sa a lier.
d~fait, meur~i, livide. Isabelle s'était précipitée pou~ lm porter ecours, prise de la peur
de. _le. voir, rendre_ l'àme. Mais, d'un ge te
alla1bli cl d un sourire qui ne fit qu'apparaître
sur ses lèvre· blèmies, il la rassurait. Alors,
elle s'éloigna, en ayant soin de fermer à clt'f
la porte de sa chambre. Elle voulait être s11re
qu'en son absence, personne n'entrerait. Marchant sur la pointe des pieds, elle traversa le
co_rridors silencieux, gagna les cuisines, se
glissa dans l'office, où, profitant de l'absence
des domestiques déjà couchés, elle fit main
basse sur la desserte de la table des maitres.
0,ne!q~es instants après, elle revenait auprès
d Olivier, portant, dans un panier dissimulé
sous une serviette, du pain, du vin de la
.
'
viande
froide, des confilures.
A l'aspect de ces provisions qui lui promettaient le meilleur repas qu'il eût fait
depuis qu'il s'était enfui de Paris, il se
redressa. Mais c'est la faim seule qui le mettait debout. Librement, il la rassasia. An fur
et à me ure que se dissipait sa fatigue dans
un épanouis ement de bien-être, il reprenait
confiance et courage. Ses membres g1acés
tout à l'heure se réchauffaient, son regard
éteint s'était ranimé. Celte halte réparatrice
dans sa vie misérable, la per pectiYe des
quelques instants de tranqmllité, d'apai ement, de repos et peut-ètre d'amour, qui lui
étaient promis, lui faisaient oublier tout ce
qu'il avait souffert, comme les épreuves qui
l'attendaient au cours de la carrière aventu•
reusc désormais ouverte devant lui. Avec ses
forces revenues, sa passion toujours ardente
retrouvait son audace et son éloquence,
'exaltait dans le silence et dans la nuit,
de,enait contagieuse, si bien que lorsque,
implorant des yeux le pardon qui ne lui
a\'ait pas été encore accordé, il osa prendre
la main d'Isabelle, celle main ne se retira
pas el, toute tremblante, resta caplive dans
la sieunc.

d'ivresse. ,,es paupières appesanties se soule,·èrent. Pendant quelques minutes, elle demeura immobile, incon~cicntc, la mémoire
non encore éveillée, se demandant où elle
était. Puis son regard embrassa la vaste
chambre où la clarté pàle de la lampe répandait dtJ capricieuses alternances de lumière el
d'ombre, revint lentement des fonds obscurs
sur lesquels il s'était d'auord porté jusqu'au
lit où elle venait de dormir, et s'arrêta sur la
tête d'Olivier, enfoncée dans le. oreillers.
Alors, d'un seul coup, elle se sou, int el comprit.
Désarmée par la voix séductrice de l'homme,
gri'ée par la musique des mols amoureux,
hypnotisée par la aveur des caresses, elle
s'était donnée, et cette fois, librement, sans
co_ntrainte, dans un entrainement de passion,
laissant tomber de ses lèvres pàmées les
aveux suprêmes et prononçant, en son extase,
les serments qui engagent irrévocablement
l'avenir.
Ainsi, c'était vrai. Elle ne s'appartenait
plus; elle avait un maître. Il était là, près
d'elle, reposant sans défiance comme un vain1

queur. D'un mouvement imperceptible, attentive à ne pas troubler son repos, elle s'était
redressée et le contemplait, désespéréP, en
pensant que tout à l'heure il allait partir,
qu'elle ne le reverrait peut-être jamais, el
troublée en a conscience par l'inoubliahle
souvenir de sa propre faible se.
Quoi! c'était elle, Isabelle de Circé, qui se
trouvait. là, n'ayant rien à refuser désormais
à ce proscrit qu'elle connaissait à peine el
dont eJJe ne portail pas el ne porterait jamais
le nom! Se pouvait-il qu'elle eùt ainsi enchainé son être, engagé sa vie! Quel philtre
subtil lui avait-il versé? A l'aide de quel
langage magique s'était-il rendu maitre d'elle?
De son passé, de ses goùts, de on caractère,
de ses tiualités, de ses défauts, elle ne savait
rien. Elle ignorait tout de lui, sinon qu'il
exerçait une profession a,,ilie, quasi méprisée;
que, socialemenl parlant, une barrière s'élevait entre eux, que jamais elle n'oserait
l'a,·ouer. Et ces considérations cependant
n'avaient rien empêché. Après aroir résolu,
quand il était loin d'elle, de lui faire expier
l'outrage, il lui avait uffi de le voir, de l'en-

.X11ll
\"ers lrois heures du matiu, Mlle de Circé
fut tirée du sommeil enchanteur r1ui avail
succédé aux emportements de celte nuit

••··Les ge11~1_Jr111es 1u.ie11t .iefuis pl11sie111s hcun•s .rulour .111 cldlca11 .. Jl~cmi,•11I san, Joute zuc /• 111 ,1/.
lrtu!·e11x qu ils toursuwenl r cherche m1, 1·efug.·..•. lis Yeillt!1L/ au Jehors 111 .ziJ n 'e11 tn-ro 11 t f'.is t!..J\s /J
,n~JS011 • .• • • (Page 3.18.J
'

... 326 ....
.... 327 ....

�.MADEJKOJSELLE

111S T0'1{1.ll
tendre pour tomber dans es bras. Elle avait
cru le hair, et mil~ que. toute ,·ibrante de
ses bai er ·, elle l'aimait. Elle l'aimait follement, au point d'avoir oublié par quel ·ubterfuge il 'était emparé d'elle.
A peuser à ces cho es, elle s'e a pérail, se
reprochait ·a défaillance. Dans le élan de
,on amour pas aient des éclairs de colè~e. En
·e succédant, ils éclairaient ~a conscience,
d'où montaient peu il peu des regrets. Oh! la
torture de ces retours en arrière qui muramènent à tout ce lJU 'on a fait d'irréparaLle
et vous démontrent, quand c'est, hélas! trop
Lard pour l'éviter, cyuïl cùt été plus digne ~e
n•~ point con catir! Quel douloureux réveil!
Quell dé illusion ! Et 11uclsamers reproches
cmpoi onoanl les honheurs savouré , le tran formant en sourœs d'inapaisables remor&lt;l !
En de telle situations, les natures làche· et
veule "émis
·ent, ·e résignent,
'abandon0
•
•
nenl. Les natures énergiques, au contraire,
protestent, se révoltent el 'efforcent de se
rcssai ir.
Isabelle nottait dans celle crise comme sur
la mer un navire ballu par les tempêtes. Plu
était incèrc son amour, plus lui emblait
intolérable la situation an i ne qu'il lui
créait. \uéanlir, eu ·e \'engeant, le complice
de a faute, c'eût été ai é, conforme à sa
dignité, à se premiers dessein in piré:; par
la légitimité de sa colère, à ce qu'elle c
devait à elle-même. Par malheur, elle ne e
senlail plus en po. session de a liberté d'agir.
Quand sa Yirile énergie lui con cillait la déliYrance par la vengeance, ·on cœur de femme
ardemment éprise lui conseillait la rédemption
par l'amour. Elle rc tait irrésolue, roulaol el
ne rnulant pa~, su_bjuguée par le charme el
révoltée contre lui.
Brusquement, elle pa .a se· mains sur on
front, comme pour chas er de ·on cerveau
embra~é ce qui le torturait Mai elle avait
beau faire, ce· cruelle pen ées n'all.aienl plu
e détacher d'elle. Elle était CQndamnée à les
trainer aprè ·oi. Tel un forçat qui traine ~on
boulet. L'ivres e éLail tombée. La réalité
reprenait e · droit , lui montrait a ,ie brisée,
soit qu'au ri ·que de d1l honorer le nom
qu'elle portait et de frapper sa -raod'wère
d'un coup mortel, elle e décidàl à s'enfuir
avec on séducteur, soit qu'elle le lai àl
partir eul en lui accordant le pardon, oit
qu'enfin elle ·'arrogeàL le droit de lui donner
la mort. Qu 'allait-elle faire? Entre tant de
partis oppo é', elle re tait impui sante à
choi ir. Bn0n, dao.s le calme profond de sa
fiévreuse veillée, une parole ortit de a
bouche, en quelque ·orle, à son in u, exprimant le· cruelles irrésolution de ,on cœur.
• Oue Dieu décide! Il soupira-t-elle.
EL celte parole frappa son oreille comme _i
elle eùt été prononcée par une voix étrangère.
Autant a,·ouer qu'elle allait désormai ,e
lais cr guider par les circon tances.
J'ai tenté de décrire l'étal de on âme,
encore qu'il . oit plus ai ·é de le comprendre
que de le décrire. Mais il importe peu que je
n'en aie présenté qu'une analy e imparfaite.
Celle complexe nature de femme ne ~aurait
0

1~Lre complètement révélée qu'à la clarté des
événements. Ce1u qui Yont maintenant se
précipiter en donneront la mesure avec plus
de précision que je ne l'aurai· pu faire. Peutêtre sembleront-ils invraisemblables. Il faut
Cl'pendant les tenir pour nais. Leur Yérité
résulte de· notes ommaires où j'ai pui é
l'idée première de cc récit.
Doucement, Isabelle s'clait gli éc bor du
lit el habillre. Maintenant, elle allait el venait
sans bruit à traYcr la chambre. Elle .e
lroul'a ainsi près de la croisée. ou le rideau
ou.levé, elle regarda au dehors. La nuit était
claire, le ci&lt;.&gt;1 très pur, avec, sur le fond de
l'horizon, des blancheurs d'aurore, où tremblaient les étoiles pâlissante . Ces blancheurs,
peu à peu, 'étendaient, traçaient dan l'e pacc la route par laquelle allait bientôt
pointer le jour. Elle oupira. Pui , lais ant
retoml&gt;cr le rideau, elle se rapprocha du lit.
L'heure était ,eoue de réveiller Ofüier. Ne
fallait-il pa tJu'il ei1l passé la frontière avant
que l'ombre de la nuit fùl di· ipée?
Mais, à cc moment, on frappait à la porte
de la chambre. Elle Lre aillit. Qui p&lt;iuvait
venir'? llésolument, elle ouvrit ot se ra ·ura
en apercevant Chas,cral. li allait entrer. D'un
ge le, elle l'arrêta ur le euil, tandis que,
surpri de la trouver debout, il mamfestait,
à voix ha e, ·a urpri e.
(l Je ne dormai · pa , dit
simplement
l abolie; je me suis Je,·ée. »
Chasserai était fait, depuis loo 0 temp , aux
habitudes un peu excentriques de Mlle de
Circé.
Il accepta cc prétexte ·ans oupçonner la
raison qui 'y cachait.
« J'étais venu en prévi ion de Yotre réveil,
reprit-il. i vous entendez parler ou marcher
dans le parc, il oc faudra pas vous effrayer.
Ce sont les gendarmes. Ils rôdenl depui plusieurs heure autour du château.
- Dans quel but'? demanda I a.belle.
- li croient an doute que le malheureu qu'il poursuivent cherche un refuge
par ici.
- Quelle idée! e leur a-t-on pas déjà dit
que si c'e t lui qu'on a vu dan le pays, c'est
quïl tentait de "agner la ui e? Est-il raiocnable de supposer qu'il se serait aLLnrdé
là où tout e l dan°er pour Iui?
- c·e L ce que je leur ai répété tout à
l'heure.
- Tu le as donc ,,us'?
- Le bruit de leurs pas m'a réveillé. J'ai
craint qu'il ne ru ent di'po é à recommencer leurs per11ui ilions. Je suis allé le
interroger, li m·ont ras uré. Il· veillent au
dehors, mai n'entreront pa dans la mai on.
En conséquence, mademoiselle, vou pouvez
èlre en repo . Je tenais 1t vous le dire.
- Merci, Chas eral. »
Il s'éloigna tandis que la porte de la
chambre e refl!rmait. 'il fùt revenu ·ur es
pa , 'il eût rouvert celle porte, voici ce qu'il
aurait YU : l abelle debout, faisant elfort
pour se raidir contre l'émotion poignante qui
Yenait de 'emparer d'elle, le vi age Yoilé
d'une pileur de mort, les traits figés dans
..,. .,28 ..,

une expres ion de douleur et de menace, el il
l'eût entendue murmurer :
&lt;&lt; Dieu va décider. »
Bientôt, maîtres e de son émoi, elle alla
\'ers le lit. a main glacée toucha l'épaule du
dormeur. Doucement, il ouHail les yeu · :
11 C'e l l'heure, dit-clic; il faut partir. »
Mai·, au lieu de e lerer. il la retenait, el,
.ourianl, il oupirait :
« Mon Isabelle chérie .... »
Elle reçut en 11lcin cœur la ensation de
celle ,oix care sanle qui tout à l'heure l'avail
grisée. Elle se sentit défaillir. Encore un mot
pareil, 1:t, de nouveau, elle allait ce er de se
dominer. Elle retomberait sous le charme. Le
_-entiment du danger la ranima, la défendit
contre sa propre faiblesse. e faisant violence,
elle reprit :
« Il faut partir, si vou voulez arri \'Cr à la
frontière a,·aot le jour. »
Elle s'éloignait, gagnait à pa · lcnls l'autre •
extrémité de l'appartement, se réfugiait dan
l'embra ure d'une croisée et re. tait là, rêveuse, le front appu)é aux vitres. \'oulait-elle
sauver son amant'? \'ou lait-elle le perdre? 11
n'y a pas lieu de supposer qu'elle cùl adopté
l'un de ces deux parti . Toute ·a conduite
durant ces in tant déci if· semble indiquer
qu'elle lais·nil au hasard le oin de prononcer
ur le sort de ce malheureux.

Sa rèrerie tout it coup fut troublée. n
bras \'enait d'enlacer sa taille, une main de
prendre sa main. Dan cette étreinte, sa tête
c renver ait contre la poitrine J'Olhicr, el
des lèvres brûlantes imprimaient aux ·iennc
un baiser, taodi que de ·eux ardenl · .e
fixaient or es yeux comme pour y surprendre, en ce moment des adi ux, le ·ccret
de leur exprcs ion énigmatique. En réYcillaol
Olivier, elle était i différente de re qu'elle
était quel4 ue .. heure. arnnl, lorsqu'il ·'endormaient tous deux en pleine ivresse, qu'il
en avait été péniblement impressionné. li
,oulait connaitre le~ cause de celle transformation, el prêt à reprendre a course vagabonde, il interrogeait Isabelle.
« M'aim '-tu_ encore? M'aimeras-tu tonjour ?
- Pou,ez-rnu en douter?
- C'e t qu'il · a dan l'hi Loire de notre
amour une page douloureuse, la première,
qu'il o'e L pas en mon pom·oir d'effacer. i
c'est celle-là que tu interro"es préférablement
aux autre ' , peut-èlre eras-tu tentée de reprendre le pardon que tu m'as accordé'! Peutêtre l'as-tu déjà repris. J'ai peur et je tremble.
Il me emblc que tu n'es plus telle que lu
étai cette nuit. 1&gt;
De nou,eau, ce accent· lrouLlaient I abelle.
a Vous vous trompez. Je suis toajour la
même. Une femme comme moi ne reprend
rien de ce qu'elle a donné.
- Alor', tu m·apparlien à jamais. Redb~
le, ma bien-aimée. »
Vaincue, elle s'abandonnait, soupirant :

« Uui, je ,ou app1rticns à jamais .. lais,
partez, dérobez-vou · au péril: que tout
retard ,·ou fait courir.
l'.:t &lt;[UC m'importent ce:- péril ! Que
peu,cnt-ils m'apporter qui soit pire que la
~éparalion? Jl'arracher de te· hra riuand je
t'aime, quand je me .ais aimé! l\e ,audrait-il
pa · mieux mourir 111. prè d • Loi! »
El très doux. l'enveloppant d'une élrcinLe
plu:-. pa ionnt:e,il la ramenait dan la chambre.
comme ~i maintenant il ne \'onlait plu
s'éloigner.
oudain, elle e dégagea :
11 Fuyez, Otilier, je ,ous en supplie.
- Eb bien, non, 'écria-t-il, je ne saurais
ruir, :.i lu ne m'accompagnes pa . Je ne peux
plu te quiller. Ou fui a,·ec moi ou gardemoi ici. j'y re!.'terai caché. On ne ,iendra pas
m'y chercher, et ce ne soul pas le habitants
de C('l{e mai. on qui me lirreront. »
Le projet qu'il lui surrgl:rail, elle J'a,ait
déjà conçu. Oui, elle a\'ail . oogé à ,e confier
à Cha eral cl, avec son aide, à retenir Olhier
au château, où nu I encore ne le savait rérugié.
Mai , alor, c'était se mettre éternellement
sou sa domination, fortrer elle-même la
chaine qu'elle l'oulait IJri er, lier sa ,·ie à
l'homme qu'elle ne pou,ail épouser et transformer en une faute \'Olontaire une faute qui,
JU qu'à cc moment, con ermit un caractère
de fatalité propre à l'alténuer et à l'excu er.
Pour ce motif , elle avait reculé devant l'exécution d'un tel dessein. Elle n'en fut pa·
moins toute remuée en entendant Oli,ier la
prier de ne pa l'obliger à partir. ~fais elle
était décidée au refu_.
« Ce que ,·ou demandez est irréali ablt!,
reprit-elle. La police vou cherche; ce château
est, de :;a part, l'objet d'une ri"oureu. e ur,·cillance. i l'on ,·ou arrêtait ici, ma grand'mère serait con idérée comme Yolre complice
el perdue par a petite-fille qui aurail cédé à
vos prières. Vous ne pou,·ez vouloir l'entrainer
dans votre malheur. 11 EL comme il protestait, elle ajouta : &lt;&lt; Oh! sïl ne s'agi sait que
de moi!. .. »
JI ne la lais·a pas achever.
« oit, fit-il, je vais obéir, m'éloirrner, mais
à une condition, c'e t que lorsque j'aurai
trou,é un a ile in, iolablc, lu viendra. m\
rejoindre. J'ai le droit de l'exiger; ta vie doit
rester liée à la mienne. »
Hélas! en formulant celle exigence, le malhcureu. prononçait a propre condamnation.
Apitoyée par on malheur et complice de on
amour, l alielle aurait pu renoncer à e ,enger. De plus en plus, elle inclinait au pardon.
&amp;lais vine avec son éducteur, afficher sa
honte, e prêter à une union que Dieu condamnerait et dont rougiraient le . ien , c'est
là ce qu ·elle ne voulait pa . Et comme elle
comprenait 11ue ·i Ofüier fa sollicitait encore,
il _aurait rai on de sa volonté el qu_'elle e
lais~erait conduire aux pires bas esses, le
dé 1r d'étayer sa ré ·istance d'un empèche~eot ~?n retour la ramenait à e premières
resolutions. Dès ce moment, elle agit sous
l'em_pire d'?ne, idée ftxe. Elle voulait couper
le lien qui I attachait à son amant et se

mettre dans lïmpo 'ibilité de ,uccoml,cr à
de nou,elles .édactions.
a le rejoindras-lu? demanda-t-il.
- Je von~ rejoindrai.
- En quelque endroit 11uc je me lrou_re ?

ls.il:dlt nn/r.i J1J11S
Jt/a d.rns

1111

5J ch.imbrt, où son .tl;tsfnt1· 1.1
fa11lt111l, /'risée et tout en t.irmes.
(Page 3Z&lt;,1.)

- Partout où vous serez, quand il vou
plaira de m'appeler. »
Elle mentait Elle savait bien qu'elle ne le
suivrait pa.. En cet in tant, plus énergiquement que jamai., clic souhaitait sa mort. ~ i
elle ne le tuait pas elle-mêne, c'e l qu'elle
voulait épargner à se· main~ l'horreur ~anglante J'un meurtre et préférait lais er à
d'antre:; le oin d'aecomplir la ini.tre besogne. Mais elle le trompait, afin de préparer plus
infailliblement le eul coup qui pi1t la délivrer.
Quant à lui, confiant dans la promesse
qu'il venait d'entendre, il y puLail a ~ez de
courage pour affronter le. épreu\'e . Il n'hésitaii plus. Il allait partir. Oui, il était maintenant décidé. Enveloppé d'un manteau, son
chapeau à la main un pi tolet dan a poche,
oublieux de es fatigue el de e an°oi ·es,
transfiguré par l'e pérance d'ètre bientol
réuni à ce qu'il aimait, il prononçait es dernier adieu:&lt;. Et l abeJle se taisait, ne di ait
rien pour l'avertir qu'au mème moment, au
dehor , des homme attendaient. En un calcul
vengeur, elle le jetait dan!- l'inconnu, an le
mettre en garde contre les pièges dressés ur
son chemin.
Ils échangèrent un dernier baiser, lui, donnant le sien dans un élan d'amour, elle, le lui
rendant sans effusion, en une sorte de raideur automatique qui l'auraiL éclairé s'il n'eût
été gri é par l'enga-rement qu'elle venait de
prendre.
« Allou ! » fit-il.
li se dirigeait rnrs la croi ée par laquelle il
était entré la veille.
(( Non, pas par là, répondit Isabelle en
l'arrêtant. Je ,·aL vou conduire. J&gt;
.,. .i21) ..-

DE C11{CÉ ~

IL ortircnl de la chambre qui donnait sur
un long corridor. Elle lui tenait la main, Je
itnid~it dan l'oh~curité à traver lnrruelle il·
allaient sans Lruit, marchant . ur la pointe
des pied , retenant leur .oulne pour ne pas
é,·eillcr l'attention des habitant du château,
encore endormis à celle heure matinale. Au
boul du corridor, elle ounit une porte: une
bounëe d'air glacé leur fouetta le visage. Dcrnnt eux, enfoui . ou la neige que blanchi~sail uuc lueur crépusculaire, s'étendaient les
pclou e · du parc. Elles formaient un grand
espact• \'ide au delà duquel commençail'nl les
bois. Entre les sapins, ous une ,·oùte scinLillanle que formait or leur:; cimes la neige
&lt;lurcic, qui soudait les un1· aux :mlrcs leur:;
branches entrelacées, se dessinait une avenue
dont le extrémité. ~c perdaient en de profondeurs ombres. Le doigt d'l~aLelle ~c
lendit dans celle direction.
&lt;&lt; Voilà votre roule el tout droit, dit-clic.
La frontière e t au bout, à une lieue d'ici. &gt;J
'a voix tremblait un peu, mais i peu! (Inc
fois encore, elle tendit son front 11uc ollicitaicut les lè\'rcs ina ·. ouvie:,, n re"ard éperdu
l'enveloppa, et cc fol tout. L'omhre du pro~crit 'allongeait ur la blancheur des neiges
inviolée , où c pied ' creusaient des trou
profond , en ) imprimant la trace de son pa age. En approchant du bois, celle ombre
devenait plus grande. Puis, elle diminua peu
à peu, rayant d'un mouYaot et large trait
noir les troncs argenté de ,apin , et enfin
elle s'effaça dans le lointains brumeux. Depui longtemp~ elle avait disparu, que Mlle de
Circé, loujour debout au euil du cbàteau,
bravant le froid el toute plie ~ou l'émotion
qui montait en ellt!, es ayait encore de la découHir.
oudain, au loin, un vacarme troubla la
sérénité de la nuit. Ce fut, pendant quelques
minutes, une confu-ion de cris cl de détonaLion d'arme à feu, de bruit· de coure précipitée et de branches mortes se bri ant avec
fraca . l abelle avait joint les main , eu un
geste de détresse et d'effroi, ·ai ie d'un remords plus inten e et plu déchirant que tou
œu contre le quels elle se débattait depui
le commencement de la nuit. Terrifiée, elle
prètail l'oreille, a,idc de connaitre le dénouement de la lutte qui se livrait là-ba . ~tai
bru quement le bruit CC' a. Le- é&lt;'hos un
momenl éveillé retombaient au ·ilcnce.
« Oh! mou Dieu! ,, murmura+elle.
1 "entendanl plus rien, jr,norant ce qui venait de se pa er, accablée par celle incerti• '
Lude, elle rentra dan a chambre, où on dés
espoir la jeta dans un fauteuil, brisée et toul
en larme . Au matin, eulemeut, elle devait
apprendre que • Dieu avait décidé ». C'est
Cha seral qui le lui apprit. Instruit lui-même
de l'éYénemenl par des rumeur recueillie
au village de Élraches, il s'était hà.té d'aller
aux nouvelles. Il connut ain i l'arrestation
d'Ofü-ier Talvau. ais cc qu'il ne avait pas,
ce qu'il ne derail jamai avoir, el la marqui e et l'abbé füucombe moin encore que
lui, c·e t en quelles circonstance le proscrit
était tombé entre le main - de la police. Cela,

�msro~1A--------~---------,.------c'était le secret d'Isabelle, un secret qu'elle
ne voulait pas révéler, jalouse d'emporter
dans la mort le mystère de sa destinée.

XXV

à bout pour sarnir de lui si quelque autrè
raison n'a pas dicté sa conduite, il proteste.
Il avoue tout. Que veut-on de plus·? 'est•ce
pas assez pour dresser un acte d'accusation?
« A. quelle date avez-vous quitté Paris? lui

11 ne m'a pas été possible de découvrir en
raison de quels indices les recherches que la
capture d'Olivier Talvau venait de couronner
d'un plein succès avaient été dirigées vers les
entours du château de Circé. La procédure,
ou plutôt les pièces éparses à l'aide desquelles
je l'ai reconstituée n'y font aucune allusion.
On en est à cet égard réduit aux conjectures.
Les mêmes pièces n'en disent pas beaucoup
plus long sm· le fait même de l'arrestation. li
en résulte seulement que vers quatre heures
du matin, le premier lundi de février, l'accusé
fut surpris au lieu dit « les Dames d'Entreportes &gt;J, par les gendarmes de la brigade de
Pontarlier, et qu'il se défendit vigoureusement avant de laisser mettre la main sur lui
li est mentionné, entre autres détails, qu'il
tira deux coups de pistolet sur les agents de
la force publique, et que l'un deux se vit contraint de faire usage de son mousquet. Cependant, il n'y eut pas cfT..ision de sang. Accablé par le nombre, après aYoir vainement
tenté de s'enfuir, Talvau déclara qu'il se con•
slituait prisonnier. En vertu des ordres envoyés de Paris antérieurement, il fut conduit ,mie de Circe plerwalt rnr L'epaule ,tu trave serviteur
dt sa maison. (Page 33z.)
ur-le-champ au Fort de Joux et incarcéré.
Comme on l'a YU, le commissaire général
de police du département du Doubs, durant demande encore le commissaire de police.
la matinée de la -veille, s'était livré à une per- Dans la soirée du 28 janvier, quand
quisition au château de Circé. Son mandat j'ai su que j'étais l'objet d'un ordre d'arresrempli, comptant partir pour Besançon le tation.
lendemain, il était revenu à PonLarlier. Il pas- Comment l'avez-,·ous su?
sait la nuit à la sous-préfecture. C'est là que,
- Je ne crois pas devoir vous le dire.
dès le malin, lui arrivait la double nouvelle
- Par quelle voie êtes-vous venu dans cc
de l'arrestation et de lïncarcération de son pays?
ancien collègue. 1l se rendait aussitôt au Fort
- Par la voie la plus directe. A Paris, j'ai
de Joux. En y arriYant, il mandait le prison- pris la diligence de Besançon. Dans celle ville
nier devant lui et lui faisait suLir un premier où je ne me suis pas arrêté, on m'a indiqué
interrogatoire, destiné à servir de base ~ l'ac- une voiture publique qui m'a conduit à Poncusation en ,·erlu de laquelle Olivier Tahau tarlier.
allait ètre déféré à une cour martiale.
- Quelle raison vous a fait diriger de ce
Ses réponses au cours de cet interrogatoire côté plutôt que d'un autre7 N'est-ce pas que
ne permettent pas de révoquer en doute la vous espériez trouver un refuge au château
réalité des griefs qui lui étaient imputés. En de Circé?
une sorte d'abandon de lui-même, qui révèle
- J'avais en eITct conçu cet espoir. Le
la volonté de ne rien faire pour se dérober à ~ervice rendu par moi à la famille de Circé
une condamnation, il fit des aYeux complet' . rue donnait le droit de penser que la marOn ne relève dans ses paroles aucun effort de quise ne refuserait pas de m'accueillir, de
justification. A toutes les questions qui lni farnriser ma fuite.
sont posées, il répond affirmativement. U n'a
- Vous ne dites pas toute la ,·érité. Une
pas ignoré que le marquis Robert de Circé fois arrivé à Pontarlier où la police ne rnus
était l'auteur du complot dénoncé par Fleu- savait pas encore et si près de la frontière,
rier. li a tenu dans ses mains les preuves de Yous n'aviez besoin pour vous mettre en sûsa culpabilité. Mais il s'est laissé loucher par- reté ni de la marquise de Circé ni de perles prières el les larmes de la vieille marqui e sonne. C'est pour un tout autre motif que
et de sa petite-fille qui, elles, étaient inno- Yous ,ouliez vous arrêter chez elle.
cen tes. 11 s'est réYol lé surtout conl rc le rigouLibre à Yous de le croire; moi, je le
reux de,oir qui s'imposait à lui. Dans l'en• me.
trai'nement de celte ré\'olte. il a brùlé ici;
fous étiez pauHe. Au moment de paspapiers accusateurs, et ordonné la mise en ser en pays étranger, peut-ètre songiez-,ous
Jiberlé du jeune marquis.
à vous faire payer le service que 1ous avez
Sur tous ces points, son langage est net et rendu, à vous proc11rer des ressources.
précis. Puis, comme on cherche à le pousser
- Quand on m'a arrêté, on a trouvé sur
..-.1

33o

Ill'

moi cent napoléons, toutes mes économies·
Pourquoi aurais-je tendu la main ·1 Le présent
était assuré. Mais je songeais à l'aYenir. Mme de
Circé venait de rentrer de l'étranger. Elle y
a laissé des par,mts, des amis. Je Youlais
i!tre recommandé à eux, m'assurer leur protection pour trom'ffi' un emploi dans l'exil.
- Vous avez ensuite renoncé à ce dessein. On ne vous a pas vu au château de
Circé.
- Au dernier moment, la crainte de compromettre les braves gens qui l'habitent a
modifié mes résolutions. Dans la soirée d'hier,
je suis allé jusqu'à Jeur porte. Puis, au moment d'y frapper, j'ai eu peur et je me suis
enfui.
- Où ayez-vous passé la nuit?
- Sous un hangar abandonné à la lisière
des bois. ,Je suis resté là, attendant le jour
pour continuer ma route vers la frontière. Je
marchais depuis quelques instants seulement
quand les gendarmes m'ont surpris et arrêté.
- Il faisait nuit lorsqu'ils vous ont rencontré. Vous n'avfrz donc pas attendu le
jour.
- Je ne saisis pas la portée de votre observation.
- Elle tend à établir que je ne suis pas
dupe de ,·os réticences. Vous dissimulez une
partie de la Yérité. Votre nuit, notamment,
n'a pas été employée ainsi que vous le dites.
- Supposez tout ce qu'il vous plaira. Vous
ne saurez par moi rien de plus.
- Par d'autres, alors.
- Ni par moi, ni par d'autres .... Je n'ai
vu personne, parlé à personne, depuis hler
au soir. »
L'interrogatoire était épuisé. Il établissait
à la charge d'Olivier Talvau des re ponsabilités écrasantes et ne laissait aucune place au
doute, quant à sa culpabilité. Or, le commissaire général aYait reçu des ordres péremptoires. « S'il lui apparaît, était-il dit dans ses
instructions, que l'accusation dirigée contre
le prévenu est fondée, il devra le traduire
immédiatement devant une commission militaire et requérir contre lui les peines dont les
lois punissent la trahison et la désertion deYant l'ennemi. » i rigoureux que fussent ces
or-dres il ne pouvait que les exécuter. Aucune excuse ne s'élevait en faveur de Tal vau.
Chargé de rechercher des conspirateurs, il
a,·ait pactisé avec eux en leur fournissant les
moyens de se dérober au châtiment qu'ils
avaient mérité. Cet acte inexplicable cl inexpliqué que ne pouvaient justifier les raisons
.invoquées par sou auteur, consûtuait un attentat criminel d'autant plus grave qu'il était
l'œuvre d'un fonctionna.ire. La nécessité de
faire un exemple s'imposait. Elle eût même
désarmé la clémence impériale si celle-ci eùL
été tentée d'intenenir. Mais Napoléon ne songeail guère à exercer la sienne en celle oœasion. Pendant tout son règne, il fut impitoyable aux émigrés insoumis, à leurs complaisants, à leurs défenseurs. Déjà sa justice
arbitraire avait frappé sans merci le duc
d'Enghien, parce quo Bourbon. Elle allait

.MAD'EMOlSEU.'E
frapper aYec la même rigueur l'obscur Talvau, parce que complice d'un émigré partisan
des Bourbons.

DF.

Cm.c'É ---.

mourût, elle ne pouvait plus êlre heureuse. de délivrance qui fùt à la portée de sa
Mort, elle aurait à pleurer en lui l'objet de main.
son premier, de son unique amour; vivant,
Elle savait par Chasseral qu'aussitôl après
elle aurait à rougir de l'avoir aimé. Et dans son arrestation, Olivier aYait été conduit au
XXVI
cette âme à la fois passionnée et virginale, Fort de Joux. Sa pensée le suivait jusque-là.
vindicative et compatissante, d'une droiture Elle le voyait captif sous les vieilles Yoûtes
Après avoir vu s'enJuir Olivier et entendu à toute épreuve, mais, depuis l'enfance, livrée d'un cachot, aux fenêtres défendues par un
les sinistres rumeurs qui avaient traversé sa à elle-même, à la spontanéité de ses impres- grillage en fer, gardé à vue eomrne un malfuite, Isabelle s'était couchée el endormie, sions, à ses naturels instincts, sans être rete- faiteur, condamnéd'ayance, ne l'ignorant pas.
vaincue par le sommeil. Mais l'oubli répara- nue ni redressée par les raî6nements de l'édu- attendant son orl, résigné ou révolté, et
teur qu'il lui versa fut de brève durée. A cation ou par une inteUigente culture des cette sombre vision pesait à son cœur, obsépeine réveillée, des angoisses nouvelles la re- convictions religieuses, l'idée du suicide, as- dante et cruelle, la plongeait davantage dans
prenaient, la rejetaient en un trouble affreux. sociant son trépas au trépas de l'homme dont les projets qu'avait engendrés son tardü re.« Celte arrestation est mon œu vre, pen- elle aYait subi la séduction après avoir subi pentir. Dévorée du désir de savoir quelle allait
sait-elle, comme le sera aussi le trépas de ce sa brutalité, prenait corps, se formait et allait être l'issue de l'a1·enture, elle ne songeait
malheureux si ~es juges le condamnent à pé- se fortifier comme le plus efficace instrnmenl plus qu'aux moyens d'en connaitre les péririr. C'est moi qui l'ailivré, en le lançant seul,
la nuit sans l'avertir, sur la route où je saYais
les gens de police à l'affût. »
Cependant, de cette trahison calcuMe, de
ses suites prérnes, elle éprouYait de moins
violents remords que de l'hypocrisie sous la.quelle elle l'avait dissimulée. Qu'elle eût livré
Olivier, ou, cc qui était pire, qu'elle ne l'e'Ol
pas mis en garde contre le danger qui le menaçait, cela pouvait à la rigueur se comprendre, puisqu'elle n'avait fait qu'user d'un
droit de vengeanœ qu'elle croyait légilime.
Mais qu'en le livrant, elle lui eût afûrmé
qu'elle voulait le sauver, qu'elle se fùt abaissée jusqu'à ce mensonge misérable, voilà où
elle ne se 1·econnais11ait plus el ce qu'elle ne
se pardonnait pas. N'eùt-il pas été plus noble,
plus digne de lui dire : cc Vous m'avez perdue; je YOus perds. » Mais devant celte francbise, elle avait reculé, ei maintenant, éclatait à ses JCUX l'abomination de sa conduite,
rendue plus atroce encore par la nuit d'amour
qui avait précédé sa trahison.
Oh! cette nuit, combien lui en était à la
fois délicieux et empoisonné le somenir !
Comme elle aurait voulu effacer du livre de
sa vie celle page enfiévrée, el comme cependant elle y revenait avec complaisance, avide
d'en recueillir les èchos épars dans sa mémoire et toujours aussi vibrants qu'était brûlante sur sa chair la trace des ardentes ca•
resses !
Quelle conCusion de sensations contradictoires el inoubliaWes : cet amour qui l'avait
emportée si loin, si haut, sans désarmer
son ressentiment; puis l'acte inrâme qui
avait couronné ce complet abandon d'ellemême dans l'amoureuse explosion de tout
son être! Quelle source de souvenirs enivrants
et d'humiliantes hontes! C'était, en sa conscience, un déchaînement d'amers regrets et
d'àpres remords, d'où montait peu à peu le
~entimenl d'un devoir à remplir, non pour
réparer le mal qu'elle avait fait, - il était,
hélas! irréparable, - mais pour l'expier, en
apportant en même temps à l'infortuné qui
en était victime une con olation suprême,
celle de mourir avec ltti.
Oui, a vie offerte en holocauste, voilà ce
11u'elle entrevoJait, et ce sacrifice 1olontairc
ne l'effrayait pas, ne lui coùtaitrien. Qu'avaitelle à espérer de l'a,•enir, maintenant? Elle Au del,ors, .:Jans la n11il claire, p.1r 1111. smlier tracé à lra,iers la neige, le co,N:gt march,tit à urands pas. S11cct~sivement, JI franc/lit les e11cei11tcs qui circule11l en desc:,ente a11to11r du rocher Sttr lequel tê forl est construit.
aimait Olhier. Mais, qu'il vécftt ou qu'il
(Page .,3.t.J
.., 331 ...

�111STO'l{1.JI - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - - - - pélies au fur et à mesure qu'elles se dérouleraient.
Quoique hantée par de si douloureuse.
préoccupations, elle eut assez d'empire sur
soi pour les cacher à sa grand'mère. Celle-ci
ne pou1·ait concevoir aucun étonnement de la
tristesse de sa petite-fille. Prorondémcn l troublée, elle aussi , par lïnforlune de l'homme
à t1ui elle devait la vje de son petit-fils, elle
trou,·ait cette tristesse toute naturelle. Elle
l'attribuait aux causes qui justifiaient son
propre chagrin, celui dtl l'abbé Maucombe 1·t
de Chasserai, engagtis comme elle envers Olivier par un égal sentiment de reconnaissance.
[sabelle dut à ces circonstances de n'être
pas interrogée, quand, au sortir de son appartement, elle se trouva en présence de la
marqui c. Elles échangèrent hrnrs appréhensions el mêlèrent leurs larmes. Mais rien
dans le langage de la jeune fille ni dans son
attitude ne vint déceler à la ,·ieillc aïeule
pourquoi tant de pâleur s'étendait sur ce visage et pourquoi ces yeux exprimaient un si
morne accalilement. D'où venait Olivier Talvau quand on l'avait arrêté~ 011 aUaiL-il? A
la suite de quelles courses se trournit-il dans
les environs du cbàteau au moment de son
arrestation? Voilà cc que la marquise se demandai l. Isabelle, qui aurait pu lui répondre,
affectait une entière ignorance. La vfriLé ne
sortit pas de sa bouche.
li y eut un moment cependant où elle
faillit se trahir.
(! ''est-il aucun mo~•en d'arracher ce malheureux à la mort ?s'était écriée la marquise.
- L'arracher à la mort! Comment? répondit Chasserai. Entraîné par son cœur, il a
trahi ses dernirs. Chargé d'arrêter des coupables, il a favorisé leur fuite, après avoir
anéanti les preuves de leur crime. Sa conduite vous paraît héroïque, à vous qui en
avez profité. Mais pour ceux dont il a trompé
l.l confiance, elle est sans excuse. 11 sera condamné.»
L'abbé conftrmait d'un geste celte opinion.
« Et on ne lui fera pas grâce, ajouta-t-il.
- Même si j'allais me jeter aux pieds de
lï~mpereur? ... »
Chas eral protesta.
« Pourriez-vous plaider cette cause sans
vous perdre, madame la marquise, sans nous
perdre tous, ou tout au moins sans nous exposer à ètre arrêtés de nouveau comme complices?
- Oui, je le pourrais, je le èrois .... L'Empereur ne resterait pas insensible .. . n
Isabelle l'interrompit :
«Détrompez-vous, chère grand'mère, ditelle avec vivacité. L'Empereur est sans entrailles quand il s'agit de punir les attentats
contre sa couronne.
- Mais M. Olivier Talvau n'a pas conspiré.
- Il a fait pire .... N'est-ce pas grâce à
lui que les conspirateurs se sont dérobés au
châtiment qui les attendait? Pour de tels
faits, l'homme inhumain que vous appelez
!'Empereur est impitoyable. Vos supplications
seraient vaines. »

Ce fut dit d'un tel accent de conviction que
la marquise regarda sa petite-fille comme
pour deviner ce que cachait le visible effort
qu'elle ,•enait de faire pour décourager loule
tentative en faveur d'Olivier.
&lt;&lt; Tu affirmes comme si tu éLais sùre, mon
enfant, lui dit-elle.
- Je suis sûre, en cffd, grand'mèrc, fit
lsabelJe. Oubliez-vous que l'usurpateur a
trempé ses mains dans le sang des Bourbons?»
Le lragitJUe souvenir qu'elle rappelait démontrait à la marquise que ses espérances
n"étaicnt qu'illusions, el qu'elle devait renoncer à intervenir eu faveur d'Olivier Tahau.
&lt;&lt; Il faudra prier pour ce pauvre garçon, ,,
soupira-t-dlc découragée.
L'entretien prit fin sur ces mots. Mais
quand la marquise se fut retirée, lsalielle e
trouvant seule avec Chasserai lui dit :
&lt;&lt; Écoute, et comprends Lien cc que j'attend.; de ton dévouement. C'est moi, et moi
seul", qui suis respons1Lle de la calastrophe
qui se prépare. Ce sont mes prières qui ont
eu raison de la rigueur des ordres que M. Talvau était cbargé d'exécuter. A force de le supplier, à force d~ pleurer, j'ai fini par l'émouvoir, et 'luand il s'est laissé fléchir, c'est qu'il
ne pouvait plus résister à mes supplications
et à mes larmes. Si maintenant qu'il est
perdu, perdu pour m'avoir écoutée, il n'est
pas en mon pouvoir de le sauver, je veux, du
moins, adoucir ses derniers instants par ma
préstnce.
- Vous Youlcz le voir! s'écria Cbasseral
stupéfait.
- Je veux le ,·oir, s'il est condamné à
mort, lui dire une fois encore que son souvenir lui survivra parmi nous, el que jamais
je n'oublierai ses bienraits. Je le connais. Son
âme est généreuse et fière. L'expression de
ma reconnaissance atténuera pour lui l'horreur du trépas.
- C'est là un beau dessein, digne de vous,
mademoiselle, répondit Chasserai, mais impossible à réaliser.
- Cc n'est qu'après aroir tenté de le réaliser que tu pourras affirmer, si ltl échoues,
que sa réalisation ~st au-dessus de nos elforls.
Tous les hommes ne ont pas comn,e loi incorruptibles. N'en a -tu pas fait l'expérience
pendant la.. Terreur? N'as-lu pas intéressé aux
infortunes de noire famille des Jacobins farouches?
- Parbleu! j'ai prodigué l'or et les promesses.
- Prodigue..:les encore, et tu m'ouvrira!',
j'en suis sùre, les portes de la prison où
m'appelle mon devoir. »
Cbasseral était ébranlé. li tentait cependant
de résister encore.
« Eh bien, non, fit-il, je ne me prêterai
pas à ,·otre folie; je n'assumerai pas ]a responsabilité du danger auquel vous voulez
vous exposer. i&gt;
[sabelle marcha sur lui, el, posant la main
sur son bras, elle reprit d'un accent où éclatait une résolution déllnitiYe :
« li le faut. » Et comme Chassera} ne sem-- 332 .....

11ait pas convaincu, elle ajouta, plus bas, les
yeux dans ses :scux : « Je ne rnux pas le
laisser mourir sans lui dire adieu. U est mon
amant. »
Chasseral chancela, éperdu, un reproche à
la bouche ....
« Vous! vous! oh! mademoiselle! ... ,,
Elle le regarda hautaine.
« Je ne relèrn que de ma conscience, cl
ma conscience ne me reproche rien. Jl a
voix et son regard se mouillèrent de pleurs.
« Va, mon ami, continua-t-elfe, obéis à ta
petite Isabelle et garde pour loi, pour toi
seul, ce douloureux secret. Jl
Cliasseral s'éloigna silencieux et troublé,
mais docile. Peut-être commençait-il à mesurer, dans ses circonstances el 5es conséquences, le dérouement de Aille de Circé.
Elle ne le revit que dans la soirée de re
jour. Il était allé aux informations. ll aYait
appris que di,·ers officiers, mandés de Ilcsançon, deraient arrh·er le lendemain au fort de
Joux et s'y réunir en cour martiale pour
juger le prisonnier.
« Pourrais-je arril'er jusqu'à lui? demanda
Isabelle.
- Oui, mademoiselle, répondit Chasserai.
J'ai pu m'entendre avec un des fournisseur~
chargés des approvisionnement. du fort. Demain, il vous y conduira, si toutefois rnus
n'avez pas renonré .... »
Isabelle l'interrompit, el se jetant dans ses
bras :
&lt;&lt; Tais-toi, tais-toi, s'écria-t-elJe. ...
Ne
cherche pas à me détourner de mon projet.
Tu n'y réussirais pas.
- Je remplis mon del'oir en vous sup pliant. ...
- El moi, je remplis le mien en te résistant. l&gt;
lis étaient serrés l'un contre l'autre. Mlle de
Circé pleurait sur l'épaule du brave rnrvileur
de sa maison. Et lui, attendri, résigné, s'efforçait vainement de l'apaiser.

xx:rn
Quoique, au cours de sa longue el dramatir1ue existence, le fort de Joux eût été considéré surtout comme une place de guerre,
élevée sur 1a frontière suisse pour défendre,
tantôt au nom du roi d'Espagne, tantôt au
nom du roi de France, l'accès de la FrancbeComté, les princes qui se le disputèrent en
avaient fait en main.les circonstances une
prison d'État. Grâce à sa situation sur un
rocher que la nature et la main des hommes
ont rendu inaccessible, grâce à ses cinq
enceint~s étagées, séparées les unes des autres
par des fossés profonds, il était aussi difficile
à des prisonniers d'en sortir qu'à des assiégeants de s'en emparer. En fait, il ne fut
jamais pris d'assaut, el son histoire ne relate
aucune évasion.
Antérieurement à l'Empire, il avait compté
quelques hôtes illustres. En 1775, Mirabeau
s'y trouvait captir. Jl y expiait ses folies de
jnunessc. En {805, Toussaint Louverture y
mourait, après y être resté détenu pendanL

,

_________________________________

une année; .et enfin, à l'époque où s'y dénouèrent les événements dont j'ai eotrepr;s
le récit, il renfermait dans son vieux donjnn,
,•éritable nid de Liboux, le marquis de 11ivière, un des complices de Cadoudal, condamné à mort comme lui, mais qui, plus
heureux. que lui, a1·ait vu sa peine commuée
en celle de la détention perpétuelle. Sous le
règne de Napoléon I", d'autres prisonniers
de marque s'y succédèrent: en 1807, le poète
all~mand llenri de Kleist, soupçonné d'avoir
conspiré contre !'Empereur; en 1812, aprùs
la capitulation de Ba1lcn, le général Dupont,
et d'autres encore.
Cependant, nul tragique épisode n'assombrit ces souvenirs. Celui que je raconte pnrdÎL
être le seul qui soit marqué par une exécution capitale, et encore est-il entouré d'obscurités et de mJ•slères qui laissent une part
aussi grande aux suppositions qu'à la vérité,
en ce riui Louche les détails de cette exécution.
Ce qui est certain, c'est qu'en t806, il n'y
avait au fort de Joux, pour toute garnison,
qu'une poignée de soldats, presque tous
vétérans des guerres de la Monarchie el de la
Révolution, enroyés là comme en un lieu dtl
retraite, où le service réduit à la garde de la
forteresse, à celle des canons el des munitions destinés à sa défense, n'exigeait ni trop
dures fatigues, ni trop lourds efforts. La
neutralité de la Suisse, assurée par des traités, avait permis cc relàchcmenl de surveil~
lance. Le gouvernement du fort était confié à
un commandant d'artillerie, ayant sous ses
ordres un petit nombre d'officiers de grade
inCérieur. Ce minuscule état-major résidait
dans deux pavillons construits sur la plateforme du donjon, d'où le regard embrasse
une vaste étendue du pays. La consigne en
vigueur était celle des places de guerre en
Lemps de paix. Mais ell~ se compliquait d'une
rigoureuse observation des mesures en usage
dans les prisons d'État, de telle sorte que les
soldats de la garnison devaient se considérer
à la fois comme des défenseurs militaires el
comme des geôliers.
A ce dernier titre, leurs fonctions leur
permettaient d'assez longs loisirs. Il n'y avnil
jamais au fort de JoUI. plus de deux ou troi~
prisonniers en même lemps. li était même
souvent arrivé qu'il n'y en eût qu'un seul et
quelquefois pas dn Lout. Aussi orticiers et
soldats laissés libres et oisi[s descendaient-ils
chaque jour à Pontarlier pour y chercher des
passe-temps plus agréables que ceux qu'ils
pouvaient se procurer dans leur aire. On les
voyait errer à travers la petite ville, avides
de distractions, familiers avec les gens qu'ils
tenaient au courant de divers incidents qui
se passaient là-haut.
Toutefois, à partir du jour où Olivierîahau
avait été arrêté, les rapports brusquement
cessèrent entre la ville et le fort, aucun soldat
n'étant descendu, d'où il fallut conclure que
la garnison était consignée en raison de
quelque important événement. En ce tempslà, des faits analogues se produisaient un peu
partout avec fréquence. filais il n'y avait pas
de Journaux pour les raconter. La divulgation

en était dilficile et lente, surtout dans une
contrée montagneuse et en hiver, alors que
les neiges amoncelées sur les routes rendaient
difficiles les communications. On se résignait
donc à ignorer l'affaire jusqu'au jour où, tout

L'enfant 10111fa en 111~,ne temps que le .-o,idamnt!. !.es
ralles tes a1•aimt aiteints lous les deux. (Page 33.j.)

à coup, quelque indiscrétion, venue on ne
savait d'où ni par qui, en répandait les dt'.....
tails plus ou moins authentiques.
En la circonstance qui nous occupe, l'indiscrétion eut des origines e:xplirables cl des
causes naturelles. Ce fut d'abord, dans les
premiers jours de février, la présence à Pontarlier du commissaire général do police du
département. On pensa que ce fonctionnaire
ne s'était pas déplacé sans de graves motifs.
Cc fut ensuite, dans la matinée du G de ce
mois, l'arri1·ée d'un colonel, d'un commandant, d'un capitaine, d'un lieutenant el d'un
sous-lieutcuant, appartenant à diverses armes. Aux abords de la sous-préfecture oi1
les reçut fo commissaire général el où leur
fut seni un déjeuner, des curieux s'allroupèrent, attirés par l'éclat de:l uniformes.
Vers midi, on -vil les nouveau.x venus s'empiler dans trois traîneaux mis à leur di position par la municipalité et prendre la routo
du fort de Joux. On racontait, depuis la Yeille,
qu'un ioJividu étranger au pays, un émi!!l'é
selon les uns, un espion selon les aulre',
arrèté pendant la nuil dans !es bois d'l~nlrcportes, avait été conduit à la forteresse.
C'était assez pour faire supposer que les officiers venus de Besançon devaient former la
colll.lDission militaire à laquelle le personnage suspect allait être déféré.
On resta.Î;t cependant dans le domaine des
conjectures. Mais la curiosité surexcitée rend
in~énieox. Des gens plus malins ou plus a1•isés que les autres se rappelèrent que ce jour-

MADEJK01scuE n1;

Cmct --~

là un lundi, le boulanger qui fabriquait le
pain destiné à la garnison deYait c rendre
au fort pour y livrer sa marchandise, ainsi
fJU'il le faisait trois fois par semaine. Il y
allait ordinairement en traineau, accompagné
de son apprenti. Au moment de son départ,
ils allèrent le supplier de se procurer des
nom·elles et de les leur communiquer. Donlé
d'âme ou vanité, il promit. Queh1ues heures
plus tard, ils se portaient à sa rencontre sur
la roule, si pressés de l'interroger, qu'en le
rencontrant, ils ne s'aperçurent même p:is
que, parti avec un compagnon, il rc,·enait
seul. Us l'accablèrent de questions. Que îaisait-l)n la-bau t 1 Pourquoi cette réunion d'officiers? D'abord, il feign it l'ignorance. Il ne
savait rien, n'avait rien m d'anormal. Mais.
comme ils insistaient pour le contraindre à
révéler ce qu'il voulait taire, il céda ;
« Je crois qu'on vient de condamner un
homme à mort, »fit-il.
Et pins bas :
a On assure qu'il sera exécuté ce soir. »
Le l,rave homme ne disait que la vérité.
Les audiences des commiHioos militaires ne
comportaient pas de longues formalités. La
séance ouverte, le greffier füait l'acte d'accu• sation. L'accusé était ensuite interrogé. Après
cet interrogatoire, on introduisaitJes témoins
quand il y en avait. Leur déposition entendue,
ainsi que les observations de l'accusé, les
débats étaient clos, sans réquisitoire ni plaidoirie. Le tribunal se retirait alors pour délibérer, et, sa sentence rendue, il en était
donné lecture au condamné devant la garde
assemblée.
Les choses ne se passèrent pas aulrernenl
pour Olivier Tal l'au. Comme ses aveux, lors
de son premier interrogatoire, rend:üenl inutile toute audition de témoins, et que, d'ailleurs, ceux qu'on aurait pu entendre étaient
en fuite, la procédure se réduisit en quelque
sorte à l'enregistrement de ses répomes.
Tout fut bâclé en peu de temps. A la tombée
de la nuit, dans la aile d'audience, en présence d'une douzaine de soldats, l'ancien
protégé de Fouché connut, lu par le grefl1er
à haute el iot~lligil.ilc Yoix, l'arrêt qui le
condamnait à. èlre passé par les armes. &lt;&lt; Ordonne, y était-il stipulé, quo le présent jugement sera exécuté de suite, à la diligence
du capitaine rapporteur. Fait, clos et ju1,é
sans désemparer, au fort de Joux, le 6 f~vrier 1806. &gt;&gt;

xxvm
Quelques instants après, dans sa pri,on,
Olivier Talvau, seul el paisiLle, allendait la
mort.
&lt;&lt; Combien de Lemps ai-je encore à ,·ivre?
avait-il demandé après a11oir entendu la sentence.
- Une heure environ, » lui aYait-on r(pondu.
On s'était ensuite enquis de ses derniers
dJsirs. Voulait-il manger ou boire? Souhaitait-il écrire, s'entretenir avec un prêtre? A
ce dil'erses queutions, il aYaiL répondu néga-

�,
r--

________________________________

1f1STO'J{1.Jl

tivcment, pressé de re~lerseul, de se recueillir
en vue de l'épreuve suprême 11ui lui restait à
affronter. Élevé dans les doctrines sentimentales et déi tes du dix-huitième siècle, il ne
croiail pa aui religion el ne professait aucun
culte. Aus i n'attendait-il des homme. , prêtres
on laîqu , nul ecour . Il n'auendait rien
que de Oieu, de l'Ètre suprême, comme il
di.ait, comme disaient encore, malgré le
retour de génération nouvelle îers l'Église,
tou ceux qui avaient admiré Robe pierre
vÎ\•anL et qui le pleuraient mort. D"ailleur ,
a con~cience était en paix. Dan . a vie i
brèrn, il ne comptait aucuue action mauvaise,
i ce n'est l'acte de violence dont il s'était
rt?ndu coupable ehver Mlle de Circé. Mai ,
depuis, elle a,·ait pardonné. Ab ous par
l'amour, c'est en pen ant à on amie qu'il
,·oulail tomber sous le balles. Ce . ourenir
srul pouvait rendre e derniers instants doux
el serein ·, el . 'il de,·ail renoncer à la conolalion de la revoir avant de quiller le
monde, il gardait d'elle, en celle heure
ombre, une image i vi ·ante, qu'il lui cm..
Lfail que, mème pré ente, elle serait impuisanle à lui donner à un plus haut degré la
cnsalion de la réalité. Donc, ni regrets, ql
remord , mais uniquement un dernier él~n
ver. œlle pour qui il allait mourir, en cela ~e
rbunait l'étal de son àrue.
La nnil venait, entrait lente et gri. e par la
fenêlre grillée de son cachot. Elle ne l'd!rapil pa . Il la renardait mont er au long
des murailles et assombrir les voûtes, comme
le si!!Dc avant-coureur de !"ombre éternelle
qui déjà l'o'ouvrait devant lui. oudain, le
bruit de sa porte interrompit se stoïciucs
rêveries. Venait-on d~jà le cberclicr pour le
conduire au .upplice? Il s'élail levé, hautain,
un :ouriredédai•Tneux . ur e lèvre · blêmie.
)fais il c trompait. C'était son gardien, un
vieux soldat, qui venait d'entrer, tenant à la
main un flambeau qu'il po a ur la table, en
di ant d'une \'OÎx ID) ·tl'.!rieu c :
&lt;1 Lne ,·isite pour Yous, mon. ieur. »
Ulivicr n'a,·ail pas eu le Lemps d'exprimer
a surprise que déjà le gardien avait di para
en fermant la porte. Alors, à la clarté ,,acillanle ùe la chandelle qui subitement di jpait
le ténèl,res autour de lui, ilaperçut œmême
petit pay an qui, quelques moi avant, lui
était apparu un malin, au chàteau de Circé,
el dont le charme magique a\'ail alor , d'un
eu! coup, fait Jléchir la rigueur de ~es ré ·olution .
&lt;t Isabelle! » _'écria-t-il.
Et tran û0 uré par une indicible joie, le
front ral'onnanl, il ouvrait les bras pour
étreindre l'enchantere se qui lui apport.ail, en
a détrcs e, le miel de ses baisers.
C'est moi l répoadil-elle, en e errant
contre lui d'un momement pas ionné. Je ne
voutai pas te laissCI' mourir ·cul, mon bienaimé. J'ai cru d'abord que je ne parviendrai,
pa ju qu'à ta pri on. Mais Uieu a été clémenl.
11 a inspiré la pitié à l'homme qui te garde.
C'est gr;",ce à lui que je ai ici.
- Ab! oyez Léni tous deux, toi pour ton
idée généreu.e lui pour sa bonté. 11

El emporté par l'ardeur de sa tendresse, il
promenait se lhres ur la tète adorée qui $e
roulait contre sa poitrine. 11ais, brusquement,
1 abelle e dégagea de ses bra et, grave, elle
reprit:
&lt;c Ne le bàte pas de me bénir, Ofüier.
Peut-être vas-Lu me maudire tout l1 l'heure.
quand tu sauras ce qu'il faut que je te
confesse.
- Si c'est pour me dire que tu ne m'aime
plus, ne parle pa , 'écria-il.
- Je t'aime toujours, et ma présence ici
en est la preurn. 'empêche que si lu e
tombé aux main. de la poliœ, si tu e_ condamné, si lu vas mourir, c'est que je l'ai
voulu. Il
Et comme, tout surpris par la ingularité
de cet aveu, il l'interrogeait des yeux, ell •
ajout.a :
« Quand lu m'as quittée, de gens t'allendaienl sur la route que lu de,·ais suivre pour
gagner la frontière . Je le savais. ,'est moi
l)Ui t'ai livré à CUL »
Elle s·altendait à un éclat de foreur. Peutêtre allait-il la châtier, lui faire expier a
trahi on. Elle était prête à subir son courroux.
Mais ses crainte furent trompée·. Oli"ier
l'attirait plus tendrement eontre lui, et, trrs
doux, il l'interrogeait :
&lt;l Pourquoi m'as-tu livré~
- Parce que je t'aimais. Écoute el comprends, mon cher trésor. Quand une îemme
porte un nom lei r1uc le mien, elle ne s'apparti nl pa ; elle est liée pa ltl gloire de se
ancêtres ; elle e doit à eux. Jllc de Circé
n'aurait pu an déchoir épou cr un homme
de La condition. Mme Talva:u, moi l Élail-ce
po sible? onrre donc! Et je ne voulais pas
re ter La maitresse. Dans les deux cas, Dieu
el ma famille m'auraient maudite. La mort
seule pouvait égaler no ituation , t'élever
ju qu'11 moi et légitimer notre amour en le
purifiant. C'est pour cela que je t'ai sacrifié.
Mais, ans ta tendr e, je ne ·aurai viue et
je ,·iens mourir avec toi. :'\ou périron
ensemble. 'il est vrai qu'au delà de nou il
• ait une autre \'Îe, en. emblc nous y entrerons
en sortant de celle-ci, pour nous aimer éternellement. »
Il était i troublé qu'il ne trouvait rien à
rép'Cmdre et que c'est à peine i, d'un "CSle,
il protestait. Mais ce geste, elle ne le voyait
pa, , pas plus qu'elle n'eût entendu a voix
i-'il eùt parlé. Elle sui,·ait sa propre pensée.
Elle l'e1primail en accents pa sionnés et brùlanls où éclatait l'ardeur de son amour.
C'étaient, mêlé · de baiser" accentuel · par des
étreintes, des mols d'amante, de ce mots
qui gri ent ceu. qui le prononcent el ceux
qui les .,\coutent.
Mais oudain Olivier lui imposa silence. La
tenant là sou un regard dont la flamme
pénétrait jusqu'à .on cœur, il lui dit :
« Et tu a pu pen er que j'accepterais ton
sacrifice, pauvre chère crl•alure, frappée par
moi dan Lon innocence, dan Lon a\'enir,
dans ton repo· ! Ce ~acrifice, je le reîuse. Tu
m'ai.mes, tu es venue me le rép :ter. c·~l
a ez pour rendre ma mort enviable. Tu ne
◄

13-t

►

me dois rien de plus. JI faut vi,Te el m'ou-

blier.
- Jamais, jamais .. .. Tu es mon mahre.
.J'ai juré de te uivre partout où lu irais .. . .
Je le suivrai. »
Alors 'enga"ea cotre ces deux amants un
pathétique combat. L'un offrait a ,•ie, l'aulre
la refusait, cl le reîu de celui-ci ·e faisait
d'autant plu éne1·gique que l'offre de celle-là
devenait plus pressante. El long fut ce combat, car aucun d·eux ne \'Oulail céder.
&lt;&lt; Eh bien, oit, dit enfin I abdle. Tu
ordonne· , j' obéi . »
Alor , il la erra contre lui plu. ardemment et plus fort. Docile en a11parence,
épui ée par cette lulle, elle ne retrouvait de
force que pour lui rendre les baisers qu'il
lui prodiguait, dans un oubli complet de.
lieux où ils se trouvaient, de l'heure qui
'i•coulail el du dênouemenl c1ui 'approt'bail.
6 Et ,·ite, il faut ,·ou
· parer; on ,·ienl. 11
C'ëlail le gardien qui entrait, ejetait cotre
CU\ el, prenant Isabelle par la main, l'entrainait.
&lt;t
hienlôl, mon amour! » murmurat-clle, mettanl Loule son âme dans cet adieu.
Vue minute plus tard, cacbt:e au fond d'un
C'orridor, elle \'Oyait pa er Olivier entre de
·oldati; dont l'un, celui qui marchait en avant,
portait une lanterne. \lors, tirant une bour. e
de sa poehe, elle la donna an gardien en
disant:
&lt;1 Tiens, prend
encore ceci, el fais-moi
as.i ter à l'e11:cution. »
\u dehors, dans la nuit claire, par un
t'ntier tracé à Lraver. la neige, lo cortège
marchait à grand. pa . ucces i1·ement, il
franchit les enceinte qui cirrulent en d,·~centc, au nombre de cinq. autour du r0&lt;·her
sur lequel le fort c t con truit. .\ la cinquième il 'arrèta. Olh·ier fut plac1'• debout
au fond du fos:ii, tournant le do, i, un trou
creusé dans la terre . .\ côté de lui cl comme
pour le mieu~ dé igncr au peloton d'ex&lt;:cution, l'homme qui portait une lanterne la
dépo a cl 'écarta au .ilôl. li y eut une minute d'attente et d·annoi se, doraol laquelle
r1uelqucs mols furent l'•changés cotre l'olllcier
qui devait commander le feu et IP condamnt'•
qui refusait de se lais er hander les ycm.
Pui , des ordres retentirent dan le calmi· de
la nuit.
A.lors, au moment où s',1levait la voi\ de
l'oîfi ·ier, un entant s'élança entre le soldats
el le condamné. Il y eut, au milieu des di•lonations, des cri d'e1Troi et de colère, el on
entendit une femme qui criait :
« J• l'aime, Ofüier, et je meurs avec
Loi. »
S'il entendit ces mols avant d'expirer, c'e 1
le secret qu'il emportait a,·1·c lui dans la mort.
Mais les soldats les entendirent, comme il
virent au i tomber l'enfant en mème temp
que le condamné. Les balles les al'aicnt
atlcints Lous le deux.
L'identité de file de Circé ne fut reconnue
que le lendemain. On ne sut jamais comment
elle s"étail trouvée là, car Je lroi personn' ·
&lt;JUi auraient pu le révéler, Chasserai, le gar-

Jieu el le houlangcr, 'i•t:,ienl mutuellement
promi· le silence. Le corps d'l~abelle fut
rapporté au chàteau le mèml! jour eL rendu à
·a famille. Celui d'Olil'icr Tahau était t•nterré
depui la \'eille dans la fosse au bord de
laquelle il avait été ru illé.

La marquise de Circé mourut durant l'année
qui suh;t ces événements. L'abbé ~laucombe
et Cha serai lui survécurent, l'un jusqu'en
t. 11, l'autre jusqu'en 182:î. Quant au marquis Hoberl, il avait rejoint son régiment eu
Hussie. Il [ut tué, i1 la tête de es Cosaques,
FIN

(llluslf'alions de CONIW&gt;,)

JffAD'E.M01S'ELLE D'E

Cmct - -,

sur le sol de sa patrie, pendant la campagne
de France. J'ai dit au commencement de
ces pages que le domaine de Circé, passé
aux mains d'héritiers collatéraux, fut ,·endu
par cm à la bande noire et morcelé par
celle-d.
ERNEST

DAUDET.

MAURICE DUMOULIN

+

L e· caractère de louis
De ce roi, qui n'a laissé dan l'histoire que
Je souvenir d'un royal libertin, nous ne penons 11ue peu de cbo.es. Quelle impression
subsisle-L-il de I ui? Un charmant pastel de
Van Loo, le révélant beau comme l'amour et
frai comme une rose pompon, le souvenir
d'une galanterie sadique, compliquée comme
une science, détaillée comme une admini !ration. C'est tout.
En tant que ouYerain une ombre vieillotte, effacée, pâle comme une fresque éteinte;
un semblant de roi al'ec des ministres loulpui ants; une \'Olonlé \'acillanle, énervée,
·'eter1:aat daus l'intimité d'un sérail amollis.ant, impuis ante à l'exercice du pouvoir,
n'apnt rien de rol•al, rien de personnel.
li . cmble que ce roi n'ait eu aucuQ caractère, moin que Louis ~Ill encore, si c'était
po ~ible. Au dix-huitième iècle, on dit ;
fleurl, Maupeou, Choiseul, d'Ar 0 ·nson; on
ne diljamai·: Lonis \V.
Cependant, dans celle longue suite de IlourLon , pourvu · chacun d'une earactérisli&lt;1ue,
où il passe comme rnilé dan un nuage de
poudre à la maréchale, si l'on interroge les
contemporain , il se révèle à nous tout autre
qu'on ne e l'imagine.
Des fouilles dan · les àrchives, des lrarnnx
comme ceux des de Broglie et d~s Boutaric
nous l'ont déjà montré organisant, par-desou la diplomatie officielle, une diplomatie
occulte, interro"eant, quei Lioonanl, écoulant.
Le fait est curieux; plu curicut encore le
résultat, µuisque de celle machine rien ne
sortit de réel et de sérieux.
Â ciui donc en étail la faute? A l'or 0 ani alion ou à l'organisateur? Au roi malheureusement. C'était uo des "ices de sa nature de
,·oir Je Lien et de ne le pouroir faire, non par
incapacité ou par impuis ance, mai par uite
d'une incurable mélancolie que nou no cannai. ·ons que par ~Ime du Jlaussct.
C'I' t là I trait dominant de ce caractère,
·i peu connu.
)lme du Baus et femme de chambre de
)lme de Pompadour, est un témoin fidèle el

impartial; fidèle. parce qu'elle n,·ait l'habitude de noter tout ce qu'elle entendait de
.aillant, qu'dle avait la conûaoce de Loui XV
r.t celle de a maitresse an point que celle--ci
lui di ·ail : o Le roi el moi comptons si fort
·ur vous que nous Yous regardous comme un
chat, un chien, et nous allon ' notre train
pour eau cr 11 ; impartiale, car cc qn'elle écri,·ait, il îaut hicn l'avouer, elle ne le comprenait pa · toujours lrè bien. On me dit, écritelle qnclque part, en parlant de Que nay :
1t qu'il était un grand économi ·te ... mai je
ne :ai pa · trop ce que c'est 1&gt;. ne pareilles
imora.nces cl de . emblables a,·c1u. sont les
g°aranls le plu sùrs de la Téracité d'un écrivain.
C'e t donc nràce à ell,· que nous pomon ·
pénétrer 1'éni me du t·aractère de Loui ' XY
el démêler le îatnli ·me morbide cl lri t · qui
le fit cc qu'il fut.
On a dit ouYenl de ce roi qu'il _'ennuyait;
oui, il 'ennuyait de ,ivr .
ans cesse, au milieu de toutes les opulences. de toutes les fêtes, de tou les plaiirs, a pen ée e portait volontairement ·ur
de choses tristes. &lt;1 Le roi parlait souvent
de 1a mort, et au . i d'entcrrcmeots et de cimeti~res, personne n'était plu mélancolique.
ll ioterrompail le entretiens les plu animé ou le plu inléres~ants, pour placer un mot
macabre. C'est ainsi qu'il lui arri,·ail de s'adre scr bru quement à un vicu. courtisan,
comme • ouvré, et de lui dire : « Souué,
vous 11ieillissez; où voulez-vous qu'on vous
enterre 1 ,, n autre jour, en voyant, à son
lever, ll. de Fontanieu pris d'un saignement de nez : « Prenez garde, lui dit-il, à
,·otre àgc, c'est un avant-coureur d'apoplexie. »
Quel singulier bernin, ~inoo celui que lui
créait cette- tristesse maladive, pouvait pou ·ser
Loui · . V à se repaitre du spectacle des tombes
fraichement cre.u écs, ainsi qu'il lui arriva,
ce jour où e rendant en belle el joyeu e
compagnie aîec Mme de Pompadour, à Crécy,
0

il fit bru quemenl arrêler son carrosse, el
montrant à un écuyer une colline couverte de
croi:x, l'envoya s'as urer 'il y avait là de
fosse nouvellement faites.
ll « éprouvait une sensalion pénible lorsqn'il était forcé de rire » et Mme du llausset
rapporte que ouvenl il a\'ail prié a maitresse
d'interrompre une histoire drôle, avant qu'elle
ne fût finie.
Celle tri Le-"se qu'aucune catastrophe n'avait accidenlellement provoquée, fut, de tout
temps, le fond de sa natnrc.
li n'avait pas eu d'enfance, à proprement
parler; roi à cinq ans, le régent el la cour
,·il'anl loin de lui, il n'eut pour toute compagnie que celle du vieux maréchal de Villeroy.
A la mort du duc d"Urléam,, celte société énile s'était augmentée, Fleury n'était pas
l'homme cap(lble de le dt~rider ..\ H ans,
,c toujour- épié la nuit par Bachclin, son valet
de chambre, et le jour par d" per onnes
fü;ée u. dit expres. ément l'lichclieu dan e
~fémoire ·, il n'eut aucune expan~ion.
Les circonstances vinreut encore augmenter
cc di positions naturelle . li était curieux de
savoir, el cbaque dimanche, l'intendant des
postes apportait au roi les extraits des lellres
qu'on avait décachetées au cabinet noir. Que
de chose il devait apprendre ain i ! Que de
jugements sur lui, a condnite, a politique,
·ur l'étal de la France, ne devait-il pa
lire! Il ne se faisait donc aucune illusion, ni
ur la valeur de son gouvernement, ni sur
sa cour, pas plu , hélas! sur les réformatenrs. Le cardinal de Bernis lui pré~entait un
projet de réforme,, disant« qu'il fallait qu'il
y eût pour le bien des affaires un point central où tout abouti se ». Le roi jeta les yeux
sur le mémoire cl dit : (\ Poi11l ce11t rai,
c'c L-à-dire qu'il veut être premier ministre.
:Xe va-t-il pas être cardinal? Et voilà une belle
fine e; il sait bien que, par sa di!!Dité, il forcera les mini lres à s'a emLler chez lui el
)[. l'abbé sera le point ce11lral I Quand il y a
un cardinal au con eil, il ûnit par être le
chef. 1&gt;

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 31, Marzo 5</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>05/03/1911</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Charles de la Ronciere</name>
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        <name>Comtesse D'armaille</name>
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        <name>Frédéric Loliée</name>
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        <name>Joseph Turquan</name>
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                    <text>1f1STO'J{1A

~I me de Vieux-lfaisons est une des plus
grande suivante· de Cupidon, cl, ce qui pis
est, une des plus méchantes femme qu'on
pui e voir.
Elli~ e t la sœur de ~[me de Vauvray trè
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui res- emble
guère.
li 'était fait pa ser pour maitre de musique et lui a donné de leçons. Un beau
jour, à aint-fiocb, elle voit son mailre de
mu.i1p1e en habit supt:rbe, suivi de valets!
On pen c que c'e t puur e divertir plutôt
que par grand sentiment qu'il a joué ce rôle.
)lmc de Vieux-Mai~on n'a\·ait pa de plus
grande amie que la pré..~idenle Portail. n
am:int, qu'elles e disputèrt'nt, jeta un froid
entre elle . Elle se rencontrèrent chez Mme
de ,;-..i-.:i, et e quPrellèrent. La présidtnte reprochait à l'autre de courir après le homme .

- C'est bien à vous, riposta Mme de de son appartement. Il 'habilla en if cl parut
Vieux-füi on., qui arPz couru aprè le Roi, dan la aile. La foule de prétendantes élait
au ]Jal de la Ville, à Yer·ailles, et qui avez inGni,\; loutrs crurent rernir le noi; la préélA attrapée par un de 5CS domesti11ue , qui sidente se cha.r"'ea &lt;le l'agacer plu que toute
a fait de ,·ous tout ce qu'il a ,·oulu ! 1&gt;
les :intres.
Et aussitôt, .:il\, qu'on pùl l'interrompre,
11 Il ne fut pas cruel l propo. a à la Porelle commença l'histoire. La présidt:nle Por- tail de le sui1·re d,rns 1,• fll'lit :ippa.rtcrucnt de
tail 'en alla îurieu e, an entendre le re::te, son premier valet ùe chamlirc. La pré idcnle
qu'on décida :rn. peine Jrmc de Vieux-)Jai- ne :.clc lit pa.s rt;péler el. c hr\La dl! l'y suine,
son à raconter. Elle dit :
cr Il n'y avait point de lumi~re parce que
« Au bal, pour le mariage du Dauphin ~I. de Brige avait eu, :iupara\·ant que de
(25 février 17 i5), plu ieur femme cher- rentrer au bal, la prfolULiou de l'éteindre.
chaient à faire la contJuête du Roi. El Ja p1·éc&lt; L'érnyer prodigua les plus belles prosidente Portail n'était pas ln rooin. emprcs.ée. mes~c. i1 )lrne Portail, la pres a •,ivemenl...
Le Roi el quclyue courli an de sa ~ociété el elle crut avoir rendu le r\oi heureux.
in lime parurent dégui~é en if ·, taillé · dans
&lt;c ~lai$, eu sortant du petit appariement,
le got'lt de ceux de. jardins du chàleau.
le vèternent en dé ordre, S3 coiffure défaite,
« Il 'amusa quelque temp au bal. Et, les eux rayonnants d'or!!Ueil, elle ,·it tout à
ensuite, fatigué de la gène et du poids de . on coup a )laje té ttni traversait le salon de
déguisement, il rentra cbc•l lui par une porte l'Œil-de-Bœuf, vètu à l'ordinaire et .uivi de
de derrière. On porta sa ma carade chez son ses courtisans habituels . .\u·sitôt l'ir, qui lui
premier valet de chambre qui a un pl'lil ap- donnait le bra , la quilla el 'évada. Elle \'Ïl
partement dan l'anlichaml,re de Sa Maje lé. qu-'elle avaiL été trompée et devint furieuse.
cc li. de Briges, écu)tr du noi, était l'ami Lonntemps après, par &lt;JUdques indiscrétion ,
du premier valet de chambre. li le pria de elle ut, ain·i que moi, le nom de celui qui
lui prèter le dégui emenL, ainsi que la clef avait i bien joué le rùle du l\oi. »
~I.Ao.uiE c.u

IL\C

ET.

t:hcbe lilr&amp;o00D

LA

VIE ET LES Mlf.UR~ AU XVII' SI.E.CLF;. -

L"HIVER. -

Gra11ure à'AuRAHA.\l Bosse. (Calririd iks Estampes

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PA~IS

(XIV' arr').
'::..

·m~

3oe fascic ule (20Février l9II ).

Sommaire d u

l\.i~

Les comparses de I' , Épopée • : Un ami de
Napoléon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . :2.p
Ju:,i POUJOlJLIT •• · • La seconde Murie-Antoinette . . . . . . . . 2-13
. •
.
'fALLE.\1A:-1T llES RÉAUX · Histoires de pendus . . . . . _.
219
FRÉDERIC L OLIÉE. . , · Les Femmes du second Empi re : La prmcesse de Metternich . . . . . . . .
Cn. G\ILLY PE TAUR\NES. Le lieutenant ci v il Dreux d'Aubray .
Querelles
de princesses . . . . . .
SMNTSum:, . . . . . . .
PO:-TE:-ILLES • . .

G.

LE:-IOTRE • . . . . . •
ÜL'CLOS • . . . . .
C•• DE FHA:-iCE 1l'lH.ZECQUES • . . . . . .
GÉ:-IERAL DE -'lARBOT . .
VICTOR H UGO • • .
ER:-IEST DAUDET • • • . .

ILLUSTRATIONS

TIR EE EN CUIAÎEIJ :

J

11 AullERT BEL.LIARD BERTHAULT, Co:-;RAD, ri.ES DA no, D Evtn1.1 , E. DurAI'I,
f)E:PLESSl·~E~;EAUX, f-~EIJ DEBERq, ]Ul.E ' &lt;.illlARIJET, MAGDELEINE IJORTIIEMH.:l.
SCOTI~, GEORGF.S SCOTT, F.-A. YINCENf.

ARN'AUL T
Tableau de J.-8. Regnault (.\!usée de Versaille /.
MADAME

Copyright by Tallandier 1910.

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MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

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SOMMAIR.B du NUMÉRO 132 du 25 février 1911

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_ L i:crn DEL.\IU'E--'lARDRt.,S. Mardi gras. - JI E:&lt;RI II El :'i E. ~es dieux
grecs. _ PAUL BOURGET de l",\ce1demie franyaise. La vie es~ aux Jeunes._ ANAJOLE PR.\I\CE, d~ l'Academie françmbe . La _~agesse des griffons ..--: II ENRY
BORDEAUX. La ro be de laine. - P111L1PrE GÈRF.\UT. Pensées~ h,ver._Eo~IOKD RoSTA~P, de l'Académie frnnça1se. Tes_ yeux . - J. MAR'.\_l. A~a, re
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2o

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du _ _ _ __ _ _ _ _ __
â HJSTOIUA (L"t~-Moi

historique).

Je choisis comme pnme - - - - Ci-joint _ _ pour l'envol de cette prime
le· _ _ __ _ _ __
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Prénoms _ _ _ _ _ _ _ _ __

Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Dq,arltmtnt _ _ _ _ _ _ _ __
8urtau dl Poste _ _ _ _ _ _ __

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Un amt• de Napoléon
.

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année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
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qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

~,)')

~
1

~(

Parmi les poètes de second plan qui surt&gt;11l
e faire un nom sous la Révoluliou et sous
l'Empire, mais que la po térilé pt&gt;ul . a11s
déni de justice traiter avec qucl, iu" dédo1i11,
il en est un qui doit .urtout aux cirt;1,nlances extra-littéraires de .a vie de n'è1re
pas encore, pour nos contemporains, un
« oublié ». Ce poète, c'e l Aruault, dont
F.-A. Vincent a pt'Înl le rrrand portrait qu on
peut voir au dernier étage du p;1la.i · d~ \"crsailles, dans une des sa lles du Consulill,
auprè · de celui demadameArnault, sa fe mme,
représentée dans le plein épanouis emt'nl do:
a beauté planrureuse par l'onctueux pinci-au
de J .-B. Regnau lt.
De tra.(édie' de style néo--cla~ ique am,·
quelles Arnault, pendant près d'un dl"misiècle, dut de pass .. r pour un maitre dP. 1a
scène frarrçaise, il ne ubsiste gui&gt;re que
de brève mentions dans le cours de litréralure documt'nlé· avec un oin tout particulièremPnt méticu l1::ux. De r fa bl~.,
qui con Lribuèrenl, avec plu dt&gt; rai on
peut-être, à aFseoir sa réputalio11, on
retrouve-' en cherchant bien, d, s ci1a1io11s
dans certain manud · scolaires. De ses
caulates el autres pièi:e de circonsbtnCt',
comme de St"s poé ie fngitin·s, 011 ne
connait plus qu.. celle plaiule d'un honaparli~te exilé : La feuille, une élégie dl'
C( □inie vers. 3fais, en outre, Arnaull a
lais équalcc volum , vivant et a-nu anls.
où, sou le lilre de Souvenirs d'un sexagénail'e, il retraça verveusement et ·p1rituellement se aveulures de jeune ho111me
et d'homme fait. El comme tout app11rt
d'un témoin qui a su voir et s11it rnurer
sera toujour , prti,·i~u ement recut'illi par
quiconque Ïotére,. eaux rhoses de Jadis,
il se trouve 11u·aujourd'hui ces 4ua1re
volumes-là, écrits .ans ·pré1eutio11, parîuis
même un peu à la diable, consli lut"ut
en réalité la. meilleure partie du copieux
bagage littéraire d'Arnault. Uu brtf résumé
de ces souveuirs, ou du moiu de leurs
parties saitlan1es, ne saurait donc ètre
dépourvu d'iutérêl, car l'existen,·e ruouvt&gt;mentée du poète présente, en cha, un de
es haut el de se bas, une conséquem:e
directe de sursauts 4ui agitère11t a prn prè.s
sans répit la société de on temps.
rnaull était né à Pari en i 766. Apri&gt;s
avoir fait ses éludes ebtz les Uralor1 .. us,
ou la férule de professeurs parmi l"'squel ·
on cornpt.ait le Père Fou,:hé, futur duc

Sous ce pli mandat postal de :
22 fr PARIS. - 24 fr. PROVINCE. - 2 8 fr.
ETRANGER. Rayer les chiffres inutf~.

Afin d'êYiter des erreurs, prière d'écrire très lisiblement lou~ les indications.
AJouter

ÉPOPÉE

~

I}

La Cour de Versailles inti me : La chapelle. 268
Mémoires. . . . . . . . . .
270
La fuite de Louis-Philip pe .
278
Mademoiselle de Circé . . . . . . . . . . . . 28 1

c&lt;

~

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!!).

:~ r,

tffi

~

..

0

PLANCHE HORS TEXTE

D' APRÈS LES TABLEAOX, OESSINS FT P.STAMPF.S DE •

J0

L'Exode des Girondins : Madame Bouquey
Procès de presse . . . . . . . . . . . . . . . 26,

·-

-0

LES COMPARSES DE L'

~&gt;

.

- ·-

~

0 fr. 5 0 pour l'envoi des gravures, O fr. 2 5 ~ourle stylographe et pour
les Uvres O Ir. 25 (l'aris) et O fr. 85 (Dcpartements).

!V. -

SU'RP'RlME ~VEILLEUSE

lliSTORIA. -

d'l1trante, et le Père Hillaud-Varenne, futur
th,·rmidorit&gt;n, il devint clerc de procureur,
u1ais un clerc beaucoup moins friand d"ampliation~. expédi1i11ns et transcriptions, que
de minute ver~iliécs écriles sous la dic1ée de
cc la Muse 1&gt;. Cel apprentissage de ha od1e
dura pl'u. ~:n 1i8fi, Arnault se vil attaehé
au ~ervia:e d'une prince e du sang, la comlt's.e d,· Pr11ve11c", eomme secréta.ire du cabiul"l, avec un traitC'mtnl de mille écus. La
mème année, - a1·a11l, par con~équent,
d'rlre ruaJeur . - il épou ait la jolre maden,oi-elle d,.. B1111 ueui l, l'une de filles du premil'r valet decb;1mbre d.. U ,nsieur. Llè· lor ,
il • 'abandonue tout à 1,nsir à sa vocation de
poPle drdm~tique, el broche pour se débuts,
à l'i111enlion d~s ach·urs du Tbéàtre-ltalien,
une ptèce où 11 s'e t donné pour sujet l'aven-

prémunir eonll·e le retour d"une lelle mésavcnlure, il va cultiver désorma is un genre
enllèrement différent, el se met à aligner les
alt:rnndrin héroïques. Pendant qu'il s'abandonne aio i au feu de l'in pir~tion d'où doit
ortir. coulé en airain pour l'éternité, le
Jlrwius à Alinlurnes qui St'ra on premier
titre de gloire. une cala Lrophe d'ordre proaïyuemcnt économique s'abat soudain ur
on foyer. On lu i supprime la si11écure qu'il
devait dt&gt;puis deux ans à la géoéro ité de
Madame. Pour parer à ce désastre, il achète
alors, un bon pri~, la charge de valet de
garde-robe dans la maison de Monsieur ....
Les événements allaient bientôt lui démontrer que s'aviser, en 88, d'un tl'I placement
d'ar,Tent, c'était, ain i que d'ailleur il devait
par la suite le remarquer lui-mème, (t se
faire marchand de poisson aprè · Pâques 1&gt; .
Deux ans s'écoulent encore. 9l arrive
et voit le succès de Marius. Mais la fuite
de Monsieur va lais.er Arnault an « patron » et ce n'est assurément pas, e.n
une épnque aussi troublée, le métier d'auteur qui pourra suffire à nourrir son
homme. Aussi retrouve-t-on, en 1792, le
poète tragique titulaire d"un modeste
emploi dans les servire créé· pour la
fabrication des assignais . Pui , la tragédie
dé ertant le tréteaux pour le pa,·é dts
ru,..s de Pari , prudemment l'ancien "officieux 1&gt; da comte de Provence passe eo •
An;{letl'rre. Il se risque pllurta1,t, au Lout
de quatre mois, à rentrer E'll France. On
l'arrèle à llunker,1ue, on l'emprisonne
comme émigré. .DPjà des vi:.ion~ dt' guiUotine vit&gt;nnenl le hanler d.. n~ son cachot.
Par bonheur, mademoi.ell,.. C1111tal et un
groupe d'amis, Tallien, fiolaud, 1-'ons de
Verdun, Fabre d"Églantine, prenuenl en
mam a cause "?t le sortent d~ Cl' mauvais
pa ·. Arnault taille alors de uouvtau sa
plume de dramaturge. ll émt pour Méhul
uu opéra-comique, Phrosine el !ilelidor,
CUcht Glraudon.
pui~ revient au répertoire tragique avec
LE POÈTE AR~AULT.
o~car, fils de Der,nid. C'e.~L à ce moment
Tableau de F.-,\. V1,-cE. T. 1Musée de Vtrsail/es.)
yu~ se place un voyage du poè•Le à Marseille, où il devait se lier d'amitié avec les
8011aparte, et à la suite duquel on le voit,
!ure de Gil Blas dan la caverne d1·s bri- sous le Directoire, devenir le fa1111lier de Jo égan,Js. liai ·, aui·un co111éJiP11 d., la troupe ne phine et de madame Tallien. Une page de ses
vuulanl fair~ li!{ure de ban.lit Je ;.iranJs Souvenirs montre ~i bien sous :,011 vrai jour
tbtm1i11 ·. 1., pit&gt;~ d'Aruault lui e·L, à l'u11a- - t:œur IPger et tête de linoLte - ec•lle qui,
01w1Lt&gt;, r .. rus,•e C'e,L u11e leçon donl notre
de 11 1lt·mi-ruondaine », comme 011 dirait mainjeune poète ~au,·a faire ·un prol:ii. !lin de se teuaut, allait deyenir impératrice, qu'elle

Fasc. 3o.

16

�111STORJ.Jf
mérite à coup . ùr d'ètre citée intéŒr.1lement.
11 farcbant de uccè en uccès, dit Arnault, Bonaparte avait contraint le roi de ardai!me à demander la paix. La Yictoire lui
a1·ait ou,·ert le porte· de ~lilan. rural, son
premier aid11 de camp, 11ui viol apport •r à
Paris le· lrophét&gt;, de Montenotte. de Dego, dti
Jloado1·i el de Lodi, remit à madame Ilnnapartc un• lettre par laquelle le jeune conquérant la pre ail de ,·enir le rejoindre. Cette
lettre, qu'elle me 6t Yoir, portail, ain. i 11ue
toulP. celle. qu'il lui avait adrer ée d1•pui
son d :part, le caracli•re tle la pa ion la plu'
violente. Jo · 1phine s'aruu ail de ce enliment,
•1ui n'était p;1 c empt de jalou:.ie. Je l'entend en ·ore li~anl un pa age dan lequel,
emulant repous~er de inquiétudes 11ui \i i1,lemenl le tourmentaienl, on mari lui dt. ail : • 'il était uai, pourtant I Crain l •
poirrnard d'Otbello 1 11 je l'entend, dire u·ec
~on accent créole, eo souriant : « ll e.~l drôl.e,
Bonaparte! Il l,'amour c1u'elle in pi rait à un
homme au. i e1traordinaire la flattait 1hidemment, quoiqu'elle prit la cbo.e moin sérieuem •nt &lt;Jue lui; 1:Ue était fio\re dè voir qu'il
l'aimai L pre que autant 1111e la gloire; elle
joui. ait de celte gloire qui chaque jour ·'accroi sait, mai c'est à Pari qu'elle aimait à
en jouir, au milieu de acclama lion· qui retenti ·saieot ·ur .on pa age à chaque nouvelle
de l'armée d' Italie. on cba..,rin fut extrême
quand elle Yil qu'il n'y avait plus moyen de
reculer. Pen anl plu à cc qu 'ell allait 4uit1er qu'à ce qu'elle allait trouver, elle aurait
donné le pala1 préparé à ~itlan pour la recevoir, elleauraildonnétou le· palai' du monde
pour sa. ma'l&gt;On de la rue Chantereine, pour
la petite m.iison qu'ellti 1·enail d'acheter de
Talma. c·e~t du Lu embourg qu'elle partit,
aprè ) avo,r oupé arnc quelque ami au
nombre d •·quel je me trou~ai.... P.iu,•re
femme! elle fondait en larme , elle an.,lolait
comme i Il• allait au upplice : elle allait
régner. •
Après voir vécu dan l'iotimilé de Jo é• phine, Arnault allait être bientol appelé à
vivre dan. celle du mari. A la fin de li96, le
•~néral Lederc emmena notre poète à iJao,
où le beau-frère de ce dernier, fügnaud de
'ainL-Jean-d'Anrrély (qui arait, lui au •Î,
épou é une demoi elle de Bonneuil) rempli . ait le fonction d'admini:·lrateur énéral de '
hôpitaux de l'armée d'llalie. Arnault de\'inl le
commensal du général en chef, qui, l'ayant
apprécié pour son inlellirrenœ ou1erle, lit de
lui le repré~enlanl du Uirectoire pr de la
république de ile Ionienne , avec le rang et
le traitement de cbd de brigade. Prouvant
de réell qualité pl'llli&lt;tue , Arnault or"anisa le goul'ernement et J'admini lraliou de

\·pl-lie , mai n 'élerni ·a pa dan. a nouvelle fonction. a Aprè~ a\'oir, dit-il, donné
dr·s )ni à Corfou, lai~. ant à d'nutr l'honneur de le faire e é ula, j'abdiquai le pou,·oir au~. i béroitJuement c1ue L)cur ue et plu '
prudemment que ancbo. pui~c1ue je n'attendi pa. pour le répudier que l'expérience
m'en eùt démontré tou le inconl'énienl . »
flel'enu d'Italie à son tour, Ronaparlc l,'.
traita comm • un ,, ami de famille », un de
ces intime. de quel. on ne peut e pa: er.
Quand, par ba.ard, il manquait un jour de
e montrrr cbez le premier Con ul, celui-ci
lui di ait : « On ne vous voit plu ! Que devenez-\'OU donc? » et c'était Arnault qu'il
char eait de lui compo. er un entourage de
choix, recru lé dans le mon Je avant el parmi
lé g•ns de lettre . Le poèle, bon enfant, peu
porté j l'emie, incapable d'.lpri&gt; parli pri ,
dut œlte ilualion pécialc d'être, en réalité, pour bon nomlire de i.;c confrère , le
d1 pen ateur pre111ier de ta\'eurs m:itérielles
ou honorifique dont le coml,lerail par la
uitc l'Empereur.
Élant do11né une telle cordialitjl de rapport·, on conçoit qu'à et·lle ami lié du premier
Con ul Arnault ait répondu par l'affection la
plu dévouée, el l'on 'étonue moin qu'au
l Brumaire, avec on beau-frère J\e!!tlaud
de int-Jean-d'Anf(ély, il . e soit fJit _l'un
des complice le plu zélés du. coup d'~tat.
On peul au i lui rendre celle ju lice c1uc,
loin d'abu cr, pour « pou er a fortune»,
de~ relation an•c l'ami &lt;1u'il 1•oyai1 à préent au faite de la puL oœ el de se ruer,
comme tant d'aulre', à la curée des place el
des honneur , il ~ • oil contenté de faire
œu\'re mod • te el ulile comme chef de division à l'ln lructioo publique, où il fut, huil
ann.:-cs durant, le collabora! ·ur de Fourcroy,
tJU·acliYcmcnl il aida dan l'orzaoi alion d
écol centrale CL de hcée .
C• brarn homme u·l, pourtant, e taire
plu d'un ennemi. C' l qu'a,·ec un cœur
excellent, il a,·ait parfoi · mauvai e tèle, et
que, dan ct'rtain arcè' de franchi ·e brutale,
an tenir le moindre compte d~ l'importance
du per onna"' au11uel il 'adrc~sait, il ne fut
pa a\'are de coup de boutoir. La façon dont
il 'attira l'inimitié de Foui.:hé, qu'il a1·ait
touJour· eu en viv • antipathie, montre qudle
pou\'aient êlfè, à l'occa ·ioa, la liberté cl la
,·t• rdeur de. e. ripo·tc . Un jour que le loul
pukant mini tre de la police ~omnolait aprè
. on diner, Arnault entre à l'unpro,·i. te chez
lui et le ré\'eille. • Vou. arri,·ez bien à propo,, dit au poète l'ancien Oratorien; je rèvai que vou étiez ur le point de mourir de
la· corde ou d'une '!alanterie. - Le enre d~
ma mort crait en efftit ,ite réglé, réplique r-

nault du tac au lac, si j' lpou. ai votre maitrP _s ou ,·o princi p . »
En i I i, l'ami de Bonaparte, le dévoUl:
. •nitcur de , apoléon, aÎYant un e1cmple
trop commun, eut on heure de faiblesse. li
alla, prêt à e remettre au ordres de on
ancien a patron », au-d •rnol de Loui XVHI
à Compiègne. lai , p r"onnarre de trop minœ
envergure pour qu·on lui :-ùl ,rre de celle démarche, l'accueil glacial qu'il rencontra n
fut pa de nature à atténuer le remord· de
sa palinodie. Et c'e t une UdêliLê à peine en~
lamée qu'au moment du retour de l'i)
d'Elbe, il offrit de nouveau à Napoléon.
Lorsriue urvinl la chute définitive de l'Ai
gle, la froideur royale devint de la rigueur.
On ne pardonna pa · à Arn ult d'a,oir fait,
pendant les Cent-Jour , partie de la Chamhr
des Repré~entanLs. Pro cril, il se réfugia en
llel11ique. C'e L là qu'il exprima a mélancolie
d'exilé dan· l'élé&lt;1ie qui comm nce par ce
ver :
ne ta Lige déLAchéc,
l'am·re fouille ,t,• ··, Iule,
Où ~•--lu "! - J,• n'en SJI~ rien ....

el qui se termine ain i :
Je vai ou n toute cho,r,
Où va la fouille de rose
Et la reaille de laurier.

lai le frontières de Fraoec ne devaient
pa lui r 'Ler à jamai fermée . D 1819,
on lui permit de rentrer dan oo pays et de
repr •ndre a place à l'Académie, où il avait
élé admi vinrrt ans plu lot.
a combath·ité ne s'e erça plus que dao.
le domaine lilléraire, par un con •rvali me
auqu.PI l'e. or de l',•cole romantique donna
l'occa ion de e ma nife ter, ou forme de
prole' talion · ou de sarca me~. li fit partie de
la peu éùlouL ante pléiade dont l'a lre de
première randeur était un Baour-Lormian,
et qui pré eula au roi Ch:irle X une requêt
à l'elftl de fermer le Théàtrt:-Françai à Ioule
pièce entachée de romanti~me. li , ·a . ocia
enfin à l'indignation d'un Lemercier, qui
s'écriait, dan un alexandrin moin cruel qn ·
comique:

Cuo, ET

(OC108llP.

JEA

r:-gJ). -

rtkht! A. DIO&lt;lr.

Ta/o~;JU J~ Jur~ GIRAROET.

PO JOULAT

.,..

La seconde Marie-Antoinette

Açec impumti: il'. llu,?O r,ml Jes vtnl

Quant à lui, Arnault, e lai. anl doucement vieillir, il lit tranquillement ses p tile
{abl . Pui , par un jour d'été, en J851,
pendant que a fille lui jouait au piano un air
d'antrefoi qu'il aimait, il 'allongea dao
son fauteuil, pencha la tête èD un lent dodelinement, comme un homme 11ui 'endort, et
'en alla, ourianl el apai é, an même une
rrisµation de ou Ifrance ....
FO TE, ILLE

... 2.p ...

l)ÉROUTE l&gt;E

Yer la lin de 1ï\13, en pleine Terreur, à corpore parwi le~ ~arde. de la porte qui , uplui délivra le comité r :volutionnaire de la
un• lieue de la FI '·cbe, ur la limite de cc
pléaient l'i doul,laienl, pour ainsi dire, le
Flèche.
pr1nince de l'Ouf'_l .ilor à feu et à ana, un
ardc du corp .
Pour obtenir celle protection, \larcilly nt'
hàteau, seul peut-être du département, le
Le fonction da mari étaient trop m0&lt;le l("
'était li Hé à aucune de ces làchelé féroce
château dl' )larcilly, u'a1ait pas été dé-crié pour ,aloir à la femme un rao" di.tingué à
par on maitre, lequel, ~ou la ~auni ..ard • de Yer~aillc . l'ourlant, l'e~pèce d'adoration par le ·quelle , à celle époque, 1 · poltron e
l'afii&gt;ction de
compatriote., y menait. à voUt:e par Éléonore au . ou,·enir de larie- rendaient plu redoutable que le m 1cbanl!.
pèu de cbo·e pr\s, la 1ie impie et pai iblc Antoineltc donne à penser qu'elle en r&lt;'çut, D•ux roplistc , errant et furritif:;, étant
,·enu demander a ile dan on château, il 1
d ,, a ntil ·hommc campa"nard~ d'autrefoi .
à celle époque, de martJuc · de hil•nrcillance. accu illit au péril de sa propre vie.
Le chàt1·lain i prhilégié . e nommait Loui Au licenciement de la mai~n du roi, le
Dans le dernier jour· de novembre t 703,
\liche! Giroult de llarciUy. Quelque années
farci Ur rtitournèrent dan · leur province; per- riuaod l'armée royale occupa la Flè,·he, pluaupam·ant, en iï 1, à peine àgé de îingtoune ne le~ I inquiéta. La popularité du
cinq an , il nait épou é une Ioule jeune lille mari était i !!l'ande que, loin de le I nir ·ieur de. chef se rendir 'nt auprè de l. de
fürcilly cl in i tèrent pour qu'il se joignit à
d'u.ne beauté remarquable : Éléonore de Couw pect comme ayant eni à la Cour. les
eux. li commença par refuser, ne pouvant se
drcaux. Celle-ci, bientôt las e de la monotone
patriotes de la Flè, be le nommèrent officier décider à lai · er eul , an défen eur, sa
'i d~ campagne et dé! irant connaitre la cour,
de la garde na li on ale. Il en exerça le foot&gt; mère et a femme, mais celle dernière interamit obt ou d,, on mari qu'il ach '•terait une
Lion jus11u'en ii92, pui , quand le régime \iot. L'exécution de la reine ( uneooe .ix
char e dan la mai ou du roi. Loui de llard
· la Terreur commen , il se retira dan
._ mai.ne:; auparavant) avait frappé au cœur
cill~, ricb , mai de petite noble se, dut e
ses
terres où il pul demeurer relati vemenl eo Eléonore. Exa pérée contre la Révolution,
nteoter d'un emploi ccoodaire. Il fut insécurité, nràce à un certificat de ciYi me que humiliée de voir on mari éparé du. parti de

�111STO'l{1A
la noblei se, la.se de vhTc oiSJve el olitaire
reclui:e dan on chàteau, elle voulait suivre
l'armée comme le faisaient ces grande dame.
vendéenne qui avaient déjà leur légt&gt;nde.
EHc obtint donc de Marcilly qu'il parL1raiL el
que ce serait avec elle. i nrandes étaient es
illu ions sur les dangers de la campa ane,
qu'elle l'mmena, pour la ervir en route, une
fillette de quinze ans, [◄' rançoi e Guarodé,
orph~line que la douairihe de Marcilly faisait
élever par charité.
Le cbet ruyafütes offrirent galamment à
la jeune femme un carrosse pour la durée de
l'expéJiLion; c'était, vu les circonstanre ,
autant d'é.rard que pour une prince se. La
beauté, lajt'unessc, l'entbousia me d'Éléonore
les charmaient; ils la surnommèrent alors
« Marie-Antoinette », peut-être à cause d'une
vague re · emblance avec la reine, peut-ètre
seulemt'nl par allu ion à son dévouement
fanati11ue pour la m(moire de celle-ci.
Pendant douze jours, à partir du Ier décemhre i i93, à A.ngèrS, au Mans, à Ancenis,
à ,ort, 1 ~ MJrcilly suivireut l'armée royale
à trav1r une . érie de défaite dont elle ne
devait jam~i · se relever. La guerre de Vendée,
après ce · dernil'r comhals, fuL une gm rre
de dé e. péré~. Toute perspective de victoire
finale arn1t disparu.
Il de"erwil imµossible pour M. de Marcilly
de lrdÎllt'r a Jeune femme à la suite des
'bamh·s en di:route qui, affolée. , repas aient
la Loire, alia11dunnant les hies és et ne recon11ai ~ml plu les cbefc. liai ·, retourner
en arrière était irupossil,le. Les troupe républi1·ai11es 1·er11aie11l li,s environs, refoulant ur
1 ante les Jébri de l'armée rebelle : « ui« vanl le orJre ' que vou m'a,ez do11nés,
c1 écrivait \\'e t...rmitnn à la Coment,on, j'ai
« é1·ra é 1, e11f..tnls sous lt:s pieds dt&gt; che• v;rnx, nia, acré les femmes, 11ui, au moin
« celles-là, 11'eufan1ru·o11t pas des brigand .
11 Je 11'ai pa un pr1 onuier à me r,•procher,
« h:~ r1111Lt·s ~onl emécs de cadaues. Un
cr fu,ille ·,111s cesse, car, à chairue instant, il
n arrive des br,;...ranJ. qui prélt!uJent se
&lt;&lt; r.-11dre pri,111111ier , mais la pitié o·e~t pas
11 rrvoluli1111rn1ire. 11
E11 clM. p,,ur al'hevt'r de semer le Jésordre
parmi le:. v ,mcu,, de ' agents de Carrier
foi ait'11l traitrt'u~emeut courir le bruit d ·uue
anuu~he pro111i~e à tou eeu1 de · rebelles
qui \ie11Jra,cnl faire l,·ur soumLsion.
M,,rcill e fia imprudemment à cette rumeur. Tout aut.1 e mo)en de salut ne semblai1-1I ~a . d'aill1·ur., presque au i dangereux ttu•· cdui-1 .. 7 Eu1111enaut donc avt'c lui
a Jeu11e Ct:wme el la petite uirnute Françoise, il ~e J1riw a \er anlt' , espéraut 4ue
le Cornilé ri:\1Jluti11uuaire de Ct!tle ville lui
tiendr.. il co111µ1e de e an1écédents et du cerutical dl' l'i\~ uw que lui avaient délivré aulrdoi~ 1,. p.,trwtes de la Flèche. Sans doule,
à l'lit&gt;ure 11ù il e rattachait à ce dernier e·poir. ll(1HJ1·ai1-iJ ce qu'ét.ait la situation de
aul~~ ,011:. lt&lt; vrocuusulat de Carrier.
~a11lt'S pl1111g~ dau le aog. jonchée de
cad,,\'le~, liv,tie au ruai- acre, à la pe..'.'le el à
la fa.ruiu e, riait le dernit:r cerde daus l'enfer

de la THreur. La commi--~ion militaire, en
seize srancc • prononça dix-neuf Cl'nt oixanteneuI condarunation' à mort, et le procon ul,
trouvant encore les formes juridiques trop
lentes, eut recour à de exécution ' sans
ju1tement. En deux fournée , on guillotina
airu i cinquante-trois pcr onne ·, parmi le quelles deux enîant de treize an dout la tète
ne dépas aut qu'à moitié la planche de la
"Uillotine fut mutilée par le coupt'rel. Le
bourreau en mourut d'horreur.
Carrier chercha un mode d'exécution moin
public et plu rapide que la guillotine et le ·
Cu illades. ri fallait dêsencombrt'r le pri on ,
ix mille per onoes pourris aient dan · l'ordure et, comme on n'rnlevait pa les corp
de ceux qui mouraient, une épidémie de
typhus 'était déclarée. D"ailleur la famine
évi sait; autant de gen supprimé , autant
de bouches de moin à nourrir.
L'expédient cherché fut ugaéré au proconul par unt orle de maurni génie ou de
traitre do mélodrame, .Jean-Jar4ues GonLin,
créole de aint-Domin!!Uo, lequel, ayant joué
au "enlilhomme sous l"ancien rilgime, a)anl,
au courant d'une explication un peu vive,
frappé son père à coup de bàro11, ayant péroré dans le café· au déhut de la Révolution,
ayanl, lor de Ja première atla.qut des endéens contre antes, refusé de prendre les
armes sous préteite d'une malarlie neneuse,
\·emiit finalement d'ètre élu président de la
ociété populaire dont le pouvoir à ante
était si graud que le procon ul avait lenu à
honneur d'en faire partie.
Goulin parla « d'un navire où l'on ferait
embarquer les prisonnier lJ; Carrier comprit
à demi-mot. i le créole, toujours prudent,
ne e chargea pa de diriger le expéditions,
il fournit des hommes pour les exécuter :
U11 las d • gens perdus do

th':llcs cl

de cri mes

a ociés sou le nom de compagnit Maral.
Ces bourreaux amateurs s'adjoignirent
comme aides une liande de nè1tres, venus en
France à l'appel de Fournier l'Améri,.ain, et
tout échauDës encore des ma · acres de ainlDomin!!lle. Le a a in · trouvés, il leur fallaiL un chef; l"bomme qui assuma celle terrible re~ponsabilité e nommait Guilfaume
Lamberty. ~é aux environ de I antes, à
Poutchàteau, il avait dans sa première jeune e exercé la prolrssion de carro sier. A
l'époque de la Révolution (il était alors âgé
d'une tri:ntaine d'année ) il pril, comme
pre que tou les ouniers de la ville, le parti
de Bleu~, qui l'emplo1èrent en qualilé d'e pion.
Connaissant à îond le pay , qu'il avait souvent parcouru autrefui ' quand il allait de
château en château pour réparer des car•
ro es, il était à mème de guider Jes troupes
républicaines à Lraver les chemins creu
bordés de baies de la campa!!lle vendéenne.
Parfois auslli il avait l'audace de s'aventurer
seul ju:.que dans le camp de Charette; fait
pri onnier au cours d'une de ce dangereu e
expéditions, il s'évada et revint à Nantes où
il e trouvait en juin i 793 lor de l'auaque

simultanée de celle ville par le armées de
Charette et de Cathelineau. On ail que le
plan des chefs roialbte échoua par la rési tance inattendue de 'ort, bourgade ituée
devant , ante , en sentinelle, au bord du
fleure, et qui, défendue par cinq cents ·antais, tint huit heures contre dix. mille Vendéen.
Parmi les cinq cenl défenseurs de ort,
trente eulement survécurenl. Guillaume
L:imberty était du nombre; il avait comhallu
comme un héro de l' lliade. On citait de lui
dt&gt;s proues es de légende; on di ail qu'à lui
seul il avait, sur un des ponls de Nort, tenu
deux cent royali te en échec.
Quelques mois plus tard, Carrier, à son
arrirée à Nantes, e prit pour le héro populaire d'un enthou ia me d'autant plu· vif que
le procoo. ul lui-même était rarement brare
et parfoi tout à rail poltron. A la bataille de
Cholet il était descendu de rbeval pour e cacher; le grand abre qu'il portaii à on côté,
dont il menaçait à tout propos es inLPrlocuteurs (:l qu'il brandi ait à la tribune de la
Société populaire, ne lui senait guère qu'à
moucher les chandelle , ainsi que le rapporta
un témoin au cour de ~on procè".
li donna d"emblée à Lamberty le commandement de l'artillerie de la ville el le !!rade
de général. La présence auprè de lui d'un
homme au i brave lui ,emblait devoir as uror . a propre sé urité et, comme il aimait à
jouer au souverain, il fit du nou1,eau général
son aide de camp favori, uoo orle de premier mini tre pour lequel il n.. cachait pas
a prilférence ;1 la petite cour formée autour
de lui par les « lfarats » et 11-s memlires de
la ociété populaire : « Vous ète de bon
b .... , mais vou ne \·alez pas Lamllerly, 11
leur disait-il som·ent dans :,on langage fami•
lier.
Les puissants élèvent ou abais enL leur
faroris suivant leur propre nin•au. Dieu sait
ce que NJpoléon aurait fait &lt;l un bumme
comme Lawberty, Carrier 1'11 lit un a ·sassin.
Il l'a ocia d'abord à es débauche , t·n uite
à ses crimes. Le proconsul, dans le somptueux bote! dont il avait fait a résidence,
menait, ainsi que es courtisan, , une vie de
satrape auprè Je laqut•lle les Ji tractions de
Lom XV au parc au Cerfs po11vaieul pas er
pour une églogue de Florian. Outre e" deus
mai1r e en litre, la 'ormand t'L la Caron,
qui, s't-nricbi santde prévanca11on:a, t:t,ùt.1ieul
plu cher aux 1'antais que la IJu.harry n'avait
coùté aux Pari iens, il - 'était en Louré de
femmes do mau,,ai~e ,ie. Tuul ce monde festoyait gaiement au milieu de la ville aUamée,
au bruit des fu illades.
Lamb~rly n'ayant connu, ju 4u'à la force
de l'àge, que la dure vie des artisans, était
déJà gri é plll' sa rapide fortuue; les plai,ir
au111 uels il se jeta avec to11Le la violence de
sa ualure ardente achevèrent d~ lui faire
perdre Lout équilibre moral.
a Lamberty, a écrit un de es contemporain 1 , a montré de la bra\'oure, mais e·
mœur · 0111 élé dissolues. Il est d1:ve11u un
1. Rapport de Chao-x,

'-------------------homme de sana; il s'est livré aux oraies les
plu crapuleuse , aux dis -olution le plu
méprisa hie . »
C'e ·t au sortir d'une de ce· orrries que
d~n la nuit du 15 au i 6 novembre, la pre~
mtère noyade fut exécutée sous les orJres de
Lam1&gt;&lt;:rty et de Robert Fouquet, un ancien
lonnel!er, dont l'adjudant général avait fait
,on aide de camp el qui lui était tout dévoué.
l:e Yi~·lime de œ premier assas inat collecltf étaient quaLre-viogt-dix prêtre détenu
a_u Bouffay: _l~ur mort fut annoncée par Carrier au. mm1slre· dans une lellre dont la
Convention acdama la lecture. Le lendemain
dr. ~elle exécution, Carrier réunit à souper a
peute cour à bord de la aliote d'où a,·aienl
été_pr~ipitées le victime . Le proconsul ne
lar.•_s ait pas d'~loges à, l'égard de Lamberty
c1u 11 embra smt en l appelant le meilleur
d~ rév?lt,tionn~ire~, et, en témoignage de
r.econna1s ance, il lui fil présent de la ga1,_ote. Ivre.. e1altés par le. éloges, le as asm .et l •ur c·hef e livrèrent à d'ignobles van~ard' ~ rncontanl comment ils avaient achevé
a coup de abre le malheureux qui tentaient
de o sauver à la narre. Le souper e termina
par des chants patriotiques.
' Dès lors, (es nuits de noyades se succèdent
a de court" rnterYalle : noyade de prètre
noyade do pri onniers de guerre, noyade di~
d_r . uspe~I~ comprenant cent cinquante-cinq
VJi:Umes ltree au hasard pêle-mêle de la prison du Bo~ffay, noyade de quatre-viogt-trui.
fill~ publiques. C'était une idée fixe chez
Carrier de purger le sol républicain de ces
~alheureu ~. re tes impur de l'ancien régime.

LA

SECONDE MA~lE-ANT01N'ETTE - - ,

et qui dre sait los listes de victime , ayant le
talent de se dis imuler toujours au moment
suprême. li y eut pourtant de · occa ions oi1
il fut forcé de mettre la main à la beso11ne :
au 20 frimaire, par exemple, pour 0cctto
norade de su"pecls que, dan un moment
d'horreur subite, de remords sans lendemain,
L~mberty refusa do commandèr : « Pourquoi
fa1 -tu des difficulté ? n dit brutalement Goulin, voyant que es in tances et celles des
Marats re taienl inutiles. « Est-ee que ce
n'esl pas toujours toi qui es charué de ces
alTaires-là'l » L'adjudant général :'oL tina
dans son r~fo ; il fallut agir sans lui. lais,
dans la nuit même, quand le noyeur revinrent de leur expédition, il s'attabla avec eux
chez Carrier el l'h•re se di ipa bientôt se
velléité de repentir.
_Cependant, si endurci qu'il fût dès lors, le
m1sérable fut encore capable d'un sentiment
généreux; il respecta la rési tance d'une pau\·re fille, Aaathe Gingrou, femme de chambre
de \~me de Le cure. Agathe, arrêtée après le
défaites de. Vendéens, avait d'abord été conduite à la pri on de l'Enlrepôt et en u.ite à
~rd de la galiote à soupape. Lamber!)',
la ·ant trouvée à on oût lui offrit la vie
sauve moyennant condition.
li lui arrivait :;om·ent de sauver :rin i de
joLies femmes; ce en quoi il se montrait
moins féroce que les Milrats et que les noirs
de Fournier, le quels violentaient d'aliord le
pri onnière et les noyaient ou les fu illaient
en uite.
Agathe, pour toute réponse, courut à la
ou pape et voulut e jeter d'clle-mème à l'eau
Ce trait de coura 0 e toucha Lamberty :
·

Pui , le sy tème se développant davanta"'e,
on, noya :" ma se, sans y reaarder de trop
pre '. hmt cent, victimes d'un seul coup
parUIJ le quelles e trouvaient, mêlé au re _
tant de_s hordes vendéennes, des condamné ·
d~ d~oil ~mmun, un pauvre diable accu é
d avoir vole un pantalon et deux autre arrêtés pour ivrognerie.
_L~ \'Îlle d~gorgeait ain i dan le fleuve des
milliers de victimes, des noble • des gens du
peuple, des prètres, de jeunes fille ' des voleur , de enfant., de filles publiques. le
fleuve le re,·omi sait sur la ville. Le l~na
de her~I' ven_aient 'échouer de c.,davre~
aux mams ?1utilé~s p~r les coup de abre,
paunes m:nns qu1 avaient tenté vainement de
e raccr0t:ber aux parois de galiotes. Le
m~rts se von aèrent; la peste 'exhala de la
Loire; un arrêté interdit de boire l'eau du
fleuve et ~c manaer de ses poi ons, mais on
~e pou~a1L défendre de respirer et Ja corruption éta.J.~ dans l'atmosphère.
JEAN-BAPTISTE CARRIER .
On ,01r, chez Carrier, Lamberty répétait
D'apr~s ,~ dessin de BELLIARD.
co~me ob édé d'une idée .fixe : « Deux mi!J;
b_utt ':6°1_ ... cela fait deux mille huit cents ... u
n lemoin demanda de explication . cc Tu
- Tu o une brave fille, dit-il· je le saun\fmp~ends pa , Ûl Carrier en riant : deux verai quand même.
'
m1 _e bu1l _cents de ·ceodu au food de la baignoire naltonale f »
1: C'est p•~ erreur que Michelet a écril : c 11 la mena
drn1l t he~ lu i l La. chose était impo sible, au moiJJS
La~?erty était le chef apparent de ce
po~r ~~e bonne ra1wn : chei LamberLy . e trouex_péd1l.Jon , Goulin, qui les a\·ait conseillées Vi l~ deJa une aul re Vendéenne au,·ée par lui, une
maitresse de La Trémoille, laquellcl s'était montrée

Et il la fit cacher à 1 antes, chez la femme
d'un de ses lieulenanls.
C'e t quelques jours aprè cet épisode quo
le~ farcilly, toujours accompa11:nés do Françoise, furPnl arrêtés au sortir du bourg de
Carquefou, tout près de Nantes, où il se rendaient dans 1a croyance d'une amni~lie. Conduits en pré ence du général Lamhrr1y, tou
trois furent sur· son ordre écroués à la pri on
de l'Enlrepot.
Tout conspira pour allirer sur Éléonore
l'attention de l'adjudant général; quand il
n'aurait pas été frappé à prt&gt;mière vue de la
l1oaulé de la prisonnière, il aurait eu l'ima"ination montée par les récils dont la jeune
femme élait l'objt:L.
Ce urnom de Marie-Antoinelle. que ,a
dévolion pour la reine lui avait fair donner
parmi les royali te , urnom répété de ville
en ville à on pa age et parvenu à la connaissance des comités révolutionnaires; les éaards
que lui avaient témoignés le chd:; vendéen ,
le détail même du ca.rro se mis par eux à sa
disposition, tout cela per-uada aux patriote
de Nantes que Mme de Marcilly était une aristocrate de Lrè· haut rang, une de ces fameu e
briaaodes que la Jéaende rrprésentait dirigeant l'insurrection vendérnne.
. L'idée de ces grandeur: ajouta à l'imprc s10_n que 1~ v~e de ~Lne de Marcilly avait produite ur I adjudant général. Il voulut la revoir
e~ charn-ea on aide de camp, Rol:wrt Fouquet,
daller la chercher à l'Entrepôl el de la lui
amener dans une petite mai ·on qu'il s'était
amilnagée à Nantes 1 •
Êléoaore comprit-elle par qui•lle honteuse
cltclmence elle était seule extraite dn charnier
de l'Enlrepôt après quelques jours do détention el cooduit.e dan une mai,on inconnue?
Impossible de le savoir; pa une pen ée, pa
une parole d'elle ne sub. i te, pa une de ce
li_gnes qui, retrouvées dans le lias es pous1.ér~u~s des documents, re. suscilt!nl pour
am51 dire une âme après des siècles d'en eveli semenl et d'oubli.
Après a sorLie de rEntrepôt, Mme de farcilly pas e dans celle trai:!édie dont elle est
l'héroïne comme l'Alcesle d'Euripide revenue
du éjour des morts, triste, ~ilenciense et
glacée.
. ~~ ne peut lui reprocher de n'avoir pa
1m1le ces co°:ageuses Vendéennes qui préférèrent mourir que de racheter leur ,·io au
prix de leur honneur : Victoire de Jourdain
celle enfant de seize an dont la mort ublim;
a été racontée par tou les historiens de la
Terreur à ante' l, ou cette autre j .. une fille
que, .~or le ~~nt de la. galiote, ~•ouquet avait
en va.10 upphee à genoux de se laisser sauver.
. Celles-là ne acrifiaieot que leur propre
VIC.

Éléonore n'eut pas a ez d'héroïsme pour
sacrifier l s deux ètre c1u'elle avait enlrainéi;
dans sa perte. Elle accepta l'ignominie de devenir la favorite du lieutenant de Carrier, de
moin~ farou che qu'Al!nthc il l'ilgard «le son sauveur.
'.!. llrmuin&lt;tle la llod ~jaquekù, : c Tumbée sur
ua ~ oacca11 . de_cadavres qui emp1•che gur le neuve
ne so11 _un a~1\e a ~a pudeur, elle s'écria : , Je n'ai pas
•
1. d eau, aidez-moi 1 •

�H1ST0~111----------------------•
l'exécuteur des noyades. Moyennant celle rançon, qu'elle paya de sa pt\rsonne, Lamberly
alla chercher lui-mème à !'Entrepôt el amena
près d'elle la pelite Françoise. Quant à Louis
de Marcilly, il fut laissé en prison au lieu
d'être, e-0mme les autres transfuges de l'armée Ye11déenoe, envoyé deYant la terrible
commission militaire, c'est-à-dire fusillé immédiatement.
Sans doute, il n'aurait pas été impossiLle
à l'adjudant génér:il de le faire évader; mais
celui-ci préféra le garder comme otage, ne se
fiant qu'à demi à l'apparente résignation de
, a capti,e.
Entre ce P}rrhus terroriste et son Andro•
maque, c'est le mari qui jouait le rôle d'AsLyanax.
D'ailleur~, sur tous les autres points, Lamberty était soumis aux désirs d'Éléonore; son
caprice pour elle avait fait place à une violente passi m; non seulement, pour lui plaire,
il avait délivré Fr·ançoise Guarodé, mais il
défün d';,1utn:s royalistes prisonniers el laissa
Mme de Marcilly libre de communiquer aver,
eux. C'était pour !ni-même le risque d'un
coup de couteau, si l'un de ces proscrits,
ayant à venger des parents ou des amis engloutis dans la Loire, eût, dans un recoin
sombre de la maison, guetté la visite du lieutenant de Carr,er.
oit pour se e-0oformel' à une demande de
Mme de Marcilly, soit que les sentiments qu'il
éprouvait pour elle eussent rouvert son cœur
à la pi lié, Lambert y Lenla à celle époque,
avec l'aide de son in éparable f ouquet, l'en)è\·ement en masse d'un ccrt~in nombre de
prisonnières, parmi lesquelles plusieurs
étaient enceintes; mais, pour la première
fois, le favori du tout-puissant proconsul rencontra de la part des autorités de Nantes une
résistance à laquelle il n'était pas habitué.
David Vaujois, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, prévenu des fréquentes
ex.tractions de détenu opérées par l'adjudant
général dans les diverses prisons de Nantes,
y avait apposté des gens à lui ; on courut le
prévenir de l'entreprise de Lamherty. li arriva comme par hasard et déclara qu'il ne
laisserait pas emmener les captives. Une
scène violente se produisit; cependant Vaujois tint bon et Lamberty, après l'avoir vainement menacé de le faire guillotiner ou de le
sabrer de sa main, dut se retirer sans exécuter son projet.
C'était un signe des Lemps qu'une semblai.ile rési ·tance chez un membre de cette
magistrature tellement asservie au proconsul
el à ses créatures. Vaujoi~ n'aurait pas monlrJ tant de fel'meté s'il ue s'était enli soutenu par la municipalité et la Société populaire, lesquelles commençaient à se lasser du
despotisme et de l'arrogance de Carrier et de
son aide de camp.
Plusieurs fois déjà des connils s'étaient
produits, mais il était vi ible que les choses
s'envenimaient. Tout avertissait Lamberty de
se tenir sur ses gardes, de ne pas donner
prise sur lui. Si le prüconsul, succombant à
l'hostilité de la Société populaire, ne pouvait

plus lui servir d'appui, le fait d'avoir sous- chez lui en lui faisant promellre de rernoir
trait de royalistes au (l glaive de la loi 1&gt; le voir le lendemain.
~lare-Antoine, on le comprend facilement,
était de nature à mener un homme à l'échafaud, surtout quand parmi ces royalistes se se soucia peu d'une seconde enlrevue et détrouvait une brigande célèbre, celle que deux campa dans la nuit. Carrier, devinant ce que
comités révolutionnaire arnient flétrie du lui présageait ce brusque départ, entra dans
nom de « seconde Marie-Antoinette &gt;&gt;. Une des convulsions de rage. Rage inutile, le sort
telle faiblesse était bien autrement criminelle élait accompli; dès sa premii&gt;re étape, le petit
que la noyade de deux mille huit cents per- Jullien avait écrit à son cher 71apa et à son
sonnes ' an jugement; Lambcrty, à vrai dire, bon ami fiobespirrre pour raconter les périls
pouvait encore réparer s1 faute en renvoyant courus par lui à Nantes cl llétrir les débaula brigande dans sa pris,in, mais au lieu de ches dè Carrier, qu'il Mpeignit &lt;1 vivant
prendre ce parti prudent il attendit le danger, comme un satrape entouré d'insolentes sultanes et d' épa11/eliers lui .~e1'1'anl d'eunula i;riffe sur sa proie.
Le danger parut bientôt à l'horizon sous ques ... les 1•1·ais patriotes sont conslernis,
les traits d'un agent secret de Robespierre; ajoutait-il, tandis que les aide.~ de camp de
agent que le dictateur en,·oyait de départe- Carrie1-, fiers de lelfrs uni(ormes chamarré
ment en département, sous prétexte d'une d'o1·, éclabous. ent en passant dans leurs voiiospeclion d'instruction public1ue, et dont la tu1·es les sans-culottes à pierl. » •
mission véritable était d'adresser à Paris des
Quelle étrange oblitéra lion de sentiment!
rapport sur les agissemenls des proe-0osuls. Au sortir de l'immense charnier qu'était Nanflobespierre, avec l'insolence que donne le tes avec s,in odeur de cadavres et les gémispouvoir absolu(. urtout quand il esl usurpé), sements de ses mourants, ne trouver d'acavait confié ce droit de censure envers les cents attendris que pour compalir à l'humireprésenlants du peuple à un baml,in de dix- liation des sans-culottes à pied, regardant
neuf ans, ~lare-Antoine Jullien, fil du con- passer les aides de camp de Carrier en voiventionnel Jullien (de la Drôme). Le jeune lure!
Td était le crédit du rramin que Robeshomme, déjà secrètement en rapport a\'eC la
Société populaire, arriva 11 Nantes à l'insu de pierre, au reçu de sa lettre, rappela imméCarrier et oommenç:i sans bruit son enquêle. diatement Carrier, sans autres explications
Les massacres, noyades ou fusillades ~ans ju- préalal,les. Ici les dates ont leur éloquence.
Alarc-Aotoine s'est enfui de Nantes dans la
gement ne furent pas ce qui le loucha.
Lui-même avait écrit je ne ~ais où : (l La nuit du i5 au 14 pluviôse (du i•• au 2 féliberté ne veut se reposer que sur un lit de vrirr); sa l~ttre à fiobespierre est datée de
cadavres. » Mais Carrier vivait dans le lux.e, Tours, le 16 pluviôse, et le rappel de Carrier
dans la débauche; il avait des maîtresses, des ainsi que son remplacement par Prieur (de
aides de camp au:t uniformes galonnés : voilà la Marne) furent décidés le 20 du même mois .
Si promptes que fussent ces décisions, les
de 'JUOi scandaliser péniblement un disciple
de l'austère Maximilien, surtout un disciple à événements à Nantes les devancèrent. Au lenl'àge des illusions, croyant encore aux vertus demain du départ de Jullien, la Société populaire, süre désormais que ses griefs seraient
républicaines.
Le jeune homme allait repartir, indigné appuyés auprès de Robespierre, avait envoyé
des révélations que lui avaient faites les pa- deux délégués à Paris pour dénoncer à la
triotes de la Société populaire, quand un soir, Comention la tyrannie el les débordements
fort tard, au sortir de celte société, il fut ar- du proconsul. Celle nouvelle, coïncidant avec
rêté et conduit devant le proconsul. Celui-ci, l'affaire de Jullien, jeta la panique parmi les
informé par ses espions du vrai but de la compagnons de Lamberty. Ces bandits, noyeurs
mission de Marc-Antoine, tenta d'abord de el égorgeurs, avaient de l'affection pour leur
l'intimider par de menaces : « C'est donc chef; ils le virent perdu par la disgrâce du
toi, petit b..... , qui veux me dénoncer. Mais proconsul et voulurent le sauver à leur maje te tiens, tu ne m'échapperas pas et je ne nière, malgré lui s'il le fallait. Ils comprirent
me donnerai pas la peine de t'envoyer à la d'où viendrait le péril. Les victimes jetées à
guilloline; au besoin, je serai moi-mème Loo la Loire comptaient peu; le comité révolutionnaire, les ayant pour ainsi dire poussées
bourreau. ,&gt;
Le petit Jullien se raidit contre sa frayeur dans les galiotes, ne pouvait prétendre les
et riposta qu'on ne se défaisait pas du fils venger. C'était des victimes épargnées qu'il
d'un conveotionnel comme d'un simple pay- ~erail demandé compté. Donc, il fallait les
san vendéen : « Tu peux. me faire mourir la sacrifier au plus lot, afin d'anéantir avec elles
nuit dans les ténèbres (sic), mai ma mort les preuves du crime d'indulgence. Une batne restera pas impunie comme celle de tes tue fut organisée pour retrouver les malheuautres victimes. Mon père est député, je suis reux sauvés par l'adjudant général el presque
l'ami de Robespierre; au ,ein de la Conven- tous cachés dans 'antes.
Pierre Robin, un des Marats, voulut ain i
tion, ils te demanderont comple de mon sang
et tu périras toi-même comme un vil assas- poignarder Agathe Gingrou dont il s'était fait
indiquer la retraite. La pauvre fille le supplia
sin .... o
Carrier eut peur, el balbutia des excuses de lui lais er la vie. Il ne l'eûl sans doute pas
stupides : il y avait erreur de nom; ce n'était ée-0utée à bord de la galiote, entouré d'autres
pas à ce Jullien-là qu'il en voulait, mais à un assassins; mais, hors de l'engrenage de la
autre. Finalement il renvr,ya le jeune homme collectivité, ce tout jeune homme ( Robin avait

�111ST0~1A--------'-----------------vingt :ms à peine) fut acces ible à un scnlimenl humain. li éparrna Agathe el lui procu.ra un autre a. ile riue œlui où elle avait éLé
découverte.
Agathe n'était qu'une compare: la femme
fatale, celle pour qui Lamberll' ris,~uail l'échafaud, c'était la seconde füric--Anloinelle. Les
Marat la firent arrèlcr le 23 pluviôse, dan
celle mai on mystér1eu e où Lambert l'arait
tenue cachée pcndaulquaranle jour. L_a malheureuse, en rentrant à l'Enlrepôt, ne subit
pas la boule d'y revoir son mari. Marc1lly,
compris dan· l'hécatombe r1uc les amis de
Lamberty immolaient pour j ustiOer leur chef
du reproche d'indulgence, avait élé jurré le
22 pluvio. e par la commi sion militaire el
fusillé le 23 au malin.
li semble qu'il ait ignoré en mourant par
quelle faveur iofàme, au lieu d'être. comme
tant d'autres prisonniers, enVO)'é aussitôt arrèlé devant le peloton d'exécution, il avait. vu
on procès différé pendant ix emaine . Au
cours de on inlcrrogaloire, les juges, auiquels }P. mol d·ordre était donné de ne rien
dire qui pill comprometlre Lamberly, évilèrcnl toute allu ion à la femme de l'accu é.
Peut-être ce dcruier crut-il t1u'elle avait péri
avant lui.
Franc;ois Guarodé, arrêtée eo mème temp
que a matir,· se, (ul, apr~s a\'Oir été interrogée, renvo~ée en prison ju r1u'à plu ample
informé. C'était une formule d'indu! 't&gt;llce
relalive qui p"rmellail aux accustls d'ê1re
oubliés sou le verrous. Françoise dut cette
farnur à ce qu'elle prétendit n'a"oir uivi
l'armée royale tiue c•mlrainLe par le . larcilly; sy Lème de défense rendu vrais~mblable par on extrème jeune e et sa position
ubaltern,•.
En envoyant \Jme de Marcilly occuper à
l'Entrepol le rrrJbat laLsé vide par la morl
de son mari, les compagnon de Lamberty
'imaginaient le au ver; ils ne firent qu'assurer sa perte. La Jureur où le jeta le rapt
tl' Éléonore lui fil oublier le oin de sa con ervation per onnelle.
a puis ance était brisée : la nou\·elle du
rappel de Carrier venait d'arriver à ante .
Le temp n'était plus où le prisons s'ouvraient selon le bon plaisir de l'adjudant général. Carrier, auquel il s'aclres a, ne put
rien faire pour lui que d'exalter eucore sa
colère par des paroles frénétique., allant ju riu'à lui conseiller d'incendier antes; conseil
que, dan on délire, Lamberty emble avoir
réellement ongé à uivre. a dernière espérance était de fomenter un soulèvement populaire : « Il ne faut pas s'étonner. di ait-il,
' Î après cela on s'égorge le un~ les autres! n
Le misérable, en comptant ur l'appui du
peuple dont il se rappelait avoir été l'idole
lors de la dérense de 1' antes, ne comprenait
pa à quel poinl ses crimes récent avaient
effacé les glorieux: souvenirs d'antrefois. li
n'était plu le héro de i'orl; il était 1homme
des noyades, le pourvoyeur de la Loire.
Pris enlre l'aaimo ité des comités révolutionnaires et la vindicte publique, sa ule
chance de aJut étaiL de quit ter la nlle dans
0

le sillage de l'ex-proconsul. En clîet. le rappel de celai-ci n'était qu' une dt'm.i-di. gràce,
Barrère le mandait à Paris dan des termPs
amicaux: c1 Vien pr ·ndre au t•in de la Con,,cntion, parmi tes collè)!ues qui eront heureux de te re\"oir, un repos mérité par te
lra,·aux multiple . &gt;)
On peu de rt'pO était en ,·érité nére~ aire
à un homme qui \'en1~ de raire ma sacrt•r
neu[ mille per onnc en cent jours, et l'adju•
dant général, al•a11l parragé les travaux de
on chef, aurait eu le droit d'allt:r avec lui
e repo er à Paris. Carrier lui portait une
amitié Y "rilaLle, i l,izarre que soit un pareil
sentiment dans le cœur d'un pareil homme;
il n'aurait pas rt&gt;fu~é de l'emmener pour le
souslraire à Ja haine de ses ennemis 1 ; mais
Lamberty ne \'Oulait pas s'éloirner de la
pri ·on.
Le 25 pluviose, Mme de Marcilly comparut
devant les mêmesju~esqui ovaient condamné
son mari. on int,·rro!raloire ne se retrouve
pa aux archive de 1 antes. Le jugement eul
sullsi le :
« La commission miliLaire, conv.. incue
« &lt;11d:1 'onore Condrol, fomme Marcilly, a
« suivi de son plein gré lt' hordes de bri&lt;C gand , alors qu't:lle aurait pu
uivre l'ar1c mée républicaine (?), la condamne à La
« peine de murl cl, en con idération de la
a dticlaratioo faite par l'accu ée qu'elle e. t
&lt;&lt; enceinte de &lt;.:inq emaines, ordonne uo or« is de Lroi moi à l'exécution du jugement,
Cl à la fin desqu"I l'accusée sera visit ée par
a les gens de l'art el, dans Je cas où elle .eo rail pré umée eoceiute, sur i · aura lieu à
« l'exécution jnsqu ':\ l'accouchement de la« dite femme llarrilly. »
Chez quel désel péré le mol de sur. is DE
fait-il pa renaîrrc l'e poir'? Lamùerty crut
que ce long délai allait lui permettre d'arracher à la mort la femme qu'il aimait, la mère
de son enfant; mai une cala lrophe inattendue vint le frapper comme un coup •te couteau entre If:: · deul épaulèS.
Le 27 pluvio e, Carrier avait quillé ante .
Or. le lendemain mème de œ départ, Guillaume Lamlierly cl Robert Fouquet étaient
arrêtés à l'impro\'Ï te et fcroués à la pri on
du Bouffay. Le coup venait de Goulin. Le
créole avait loujo11r élé jaloux de la puisance oclro:yée à LamberLy p:ir la fa eur de
Carrier el peu 1-èLre au~si de la réputation de
courarre de l'adjudant général 'urveillanl à
]a dérobée lrs arlion de l'homme qu'il voulait perdre, il a,·ait eu ('Onnai ance de l'enlè,·emeot de Mme de Mar,•illy el, malgré I dévouement cruel dont les Marals avaient fait
preuye en .remmeuant la jeune ft'mme en
prison, le fait lui semhl.a suffl ant pour étayer
une accu alion mor1elle. l □ i , pal' prudence,
pour dénoncer ·on ennemi, il avait attendu
que Je procon..c;ul ne fût plus là.
La subite arrestation de deux acolyte de
Carrier tau. a daus la ville de la urpri e ans
aucune pitié. Les autorités aYaieat beau les
1. Carrier emmeomai u i, pour le mellre en sûre.té
à Pari-, ce Pierre Robin qui avait voulu poignardt:r
Agathe Gingrou.

inculper de modéranlisme, c'e t-à-dirc d'humanilé, on pensait au1 cadaHes échoués or
le bPrges de la Loire et chacun Lrouvail juste
le chàLimenl des as a,sins. En revan he, les
.u&lt;·c,,s' eur de Carrier: Pr,eur, Hentz el
Franea lei. se montraient fort ior1uiet de
l'évrnernenL lis n'o aient tenir tète au comité ~ui, par la bouche de Goulin, demandait impérieusement la morl dès coupable ,
rt, cep ..ndanl, il craignai1ml lrop la colère
du procon ' ul pour prendre sur cm la responahîlilé du procès de on favori.
Leur ioqniétudes étaient d'autant mieux
fondée que Lamberly se rédamait hautement
de Carrier, allant ju qu'à dire que Mme de
Marcilly élait ortie de prison du con ·enterrwnt de celui-ci, ce qui, en omme, n'arait
ri .. n d'impo. ible.
Les repré entants, pour sortir d'!!mbarras,
. omruèr nt les juge d'informer Carrier des
alltlgalions de Lamberty.
L'accu aleur public Vaujoi , que la cornmi ion militaire chargea de celle mission.
rut très mal reçu par l'ex-proconsul.
11 En apprenant l'armlation de Lamberty,
témoigna plus tard Vaujois, il s'emporta et
tomba dans des agitations convul ives. portées à un Lel point que j'aurais tremblé si
nou avions été encore à , ant . D Mai Carrier était trop poltron pour o er la seule démarche qui aurait pu srnver on ami : écrire
qu'il parta"eail la responsabilité de. acte
rt&gt;prochés à celui-ci. D'ailleurs, il s'illu ionnait ru; ez pour croire que es rodomonL1des
arrête.raient le cour· du procès. Il comptait
an Goulin. Talonnée par le haineux créole,
la commi ion militaire conlillua son œuvre.
Voici J'acte d'accusation rédigé par Vaujois;
« L'accu ateur public etc., expo. e à la
« commi sion les faits qui feront connaitre
« combien Lamberly el Fouquet sont cou« pables envers ltmr pay et enver. la liberté.
et Une ex.-noble, Ja femme Giroult de Mar11 cdly, cootre-révol1Ùionnaire enragée, qui
« al'a1t eolraioé son mari à la uite de Bri11 gand -, le quel lui fournis.aient une voi« Lure. des chevaux et des dome tiques, une
« femme enfin, ou plutôt un monstre. qua« litiée par les comités rél'olutionnaires de
« La.val t&gt;L de la Flèche du titre de seconde
11 Marie-Antoinette à eau e de sa conduite
" abominable contre la RéYoluLion, a été en« levée du lieu où elle était pour être jugée,
« par le dits Fom1ueL el Lamberty qui vou" laient ain-i sou traire à la vengeance des
cc lois une célérale qui les oulraD"eait depuis
&lt;1 loogtemp .... Lamberty c disculperait-il
« de cette accusation, œ qu'il ne peut faire,
11 il ne e disculperait pas des autl'es crime
11 seml,laliles qu'il a commi . Le grand nom« bre de céléral qu'il a soustrait à la
c, vengeance de loi n'est pa encore connu,
t&lt; ruais plusieurs le sont déjà et ont été dé« couvert dans les retraites qu 'il leur a,·ait
11 accordée , an mépris de décret
de la
« Convention nationale. En con ér1uence des
tt faits ci-dessus, l'accusateur public demande
u que le coupables soient jugés conforméa ment aux lois. 1&gt;

LA, SECONDE
Lamuerly et Fou11uet comparurt:!nl le
13 germinal (~ aHil) deranl La cocnmi' ion
militair•, mai', contrairement am:. rè 11lcs da
1héàtr&lt;', la tragédie s'ét.iiL dénouée avant ce
dernier acte. ly,1rrieu1 dénouement doot les
circonsl,Jllce resLenl iuconnul!..
Le 9 g-erminal, cinq jours a,•ant le procè ,
[léonore Coudrot, femme Harcilly, est extraite Je l'Enlrepùl pour ètre incarcérée à la
prison du Uoulfay (celle où se lrouraiL Lam1.Jerty). Or ur le registre d'éerou, à càté &lt;le
on nom, rei impies mot sont tracés en
marge ; « j/01•te le même )01,,.. » Que igoifie cc tran~fcrt d'une mourante c11lre une
pri 011 et l'autre ? Par quelle faveur Guillaume
Lamberty obtint-il de n!\'Oir celle pour cJui il
all3il èlre envoyé à l'écha(aud? Succomba-telle à une mort nalur1•lle ou on :iwanl l'a-l-il
tuée pour ne pa tJUC, lui di paru. elle devint
la proie d'un autre Laudit 1 De Goulin peulêtre ou d'un des nègre, de Fournier. Le dramalurrr,~ qu'inspirera cette tragédie d'amour,
traver ·ée de si douloureux. épisodt! , aura le
champ lihre parmi ce uppo ·itions.
LamberLy, a,ant de suirre sa Yarie-AntoineLLe dan le repo de la mort, eut encore
un Yerre de fiel à boire. i, pendant l'instruction, il n'avait pl été que Lion dt:S noy.td~,
oo ne put, à l'audience, empêcher le témoins
d'en parler; une Fois de plus, les cadavres
enseveli au fond de la Loire reparurent à la
urlace. Le peuple, qui se pres ait dao la
salle d'audience, accueillait avec de cri · d'indignation chaque dépo ilion relative à ce
monst rueu es exér.ulion . Quand LacnberLy,
exaspéré de se voir eul chargé du crime
collectif, parla avec emportement de se complices, de Goulm, de Carrier lui-mème, les
jurres lui impo èr&lt;'Dl silence. lls le pouvaient
en toute sécurité, l'ordre écrit, deliHé par
Carrier ;j l'adjudant gënéral, avait été ous-

lrJ.il à celui-ci par l'accusateur poulie Vanjois qui, dans on réquisitoire, nia effrontément l'existence de la pièi;e volée par lui.
Au milieu de lanl d'atrocités, se troure un
incident comi&lt;cue, relaté dao- les notes d'audience reslé&lt;JS aux: archire de ante 1 •
11 des juge demanda curieusement à
Lamberly en quoi Mme de larcilly diff.irait
pour lui des autre Cemme:: ! Le malheureux
:umlil bien été le premier homme connaissant
a set son propre cœur pour répondre à une
semblal,le question.
La double condamnation à morl, prononcée
au milieu de' acclamations du pulilic, fot
etéculée le lendemain. On témoin oculaire de
l'e1écution a raconté à Du ga t-llalifeux (un
des princip1uic hi&lt;ilorien{ de la Terreur à
'ante ) que Lamberly alla d'un pas leste el
ferme à la guillotine. Arrivé sur la place, il
cria : &lt;&lt; Vive la République! 1&gt;, répéta le
même cri sur la plaie-forme pendant que le
lJourreau le liait el le répéta encore la tète
son le couteau.
A. l'heure uprème, le misérable assa in
était redevenu l'homme d' aulrefoi , le héros
de la défen e de 'ort.
Carrier apprit la mort de Lamucrty par
Goulin, le'{uel fidèle à e habi tudes de prudence, était venu faire à Paris un voyage
d'agrément, tandi 1ru'on exécutait on ennemi
à Nante , moyen spécieux pour se dégager de
Loule r • pon a.Lililé dan l'éYénemenL. L'exprocon ul hurla, j!:esticula, parla d'aller luimême porter le fer et le feu dan antes :
&lt;1 Une ville abominable.... Un seul patriote
'y trouvait, vous l'avt!z guiUoliné! »
1. Le do, -icrs furent envoyé il Pari ·, lor du procès de i:~rricr, et •gnrés en route, mais un con erre
à ·a11le~ queh1ue brouilJon el oot..!s pri•es au "ul
pendant les dêbals.
'2. l,ellrc de la duchesse de Dinu /,. l'nlihd Dupanloup ( 10 111ni 1 30).

M Jf..'R,rE-.Jf.NTOlN'ETT'E - - ...

li 'en tinl d'ailleur aux menac . 'on
seulement Lambert y ne devait p:i ' être
vengé, mais il fal, en quelque orle, jugé el
condamné de nou\·eau aprt&gt; :&lt;a morl. Quand,
à la suite de la réaction de Thermidor, Carrier el le ComiLé révolutionnaire dn Nantes
durc:nl rendre compte de leurs crime. , tous
les accu~és, à qui mieux mieux, cherchèrent
à se déchargêr sur la mémoire de Lamhtrly.
Si Carrier, au prix de celle l.1cheté, ne réussit
pas à ' nover sa lèle, il n'en ÎUL pas de même
pour Goulin. Le rusé créule, tanlol prétendant avoir été la dupe et la victime de l'adjudaot-génér.11, tanlotjouant des sc\ncs d'alteodris ement qui flattèrent la fausse . ensiLlerie
de l'époque, arracha aux juges une sentence
d'acquiuemeol.
Tl mourut de a Lelle mort, troi ans plu
lard, chez un de ses amis, un prêtre marié,
qui l'avait recueilli dans a maison.
Lamberty, moins coupable que lui, mais
ayant moio ménagé sa responsabilité, n'aurait snns doule pas évité uue condamnation
capitale, une entence mortelle. La Révolution, en l'envoyant à l'échafaud pour une
fomme, lui fit une grande gràce : elle lui
épargna l'ignominie de périr avec Carrier el
pour les même- crimes.
Certe , ces crime son L trop grand pour
que la mémoire de Lamuerly puisse être défendue. Toutefoi , il est permis de rappeler
à sa décba1·ge cc paroles de Talleirand, à
une pçrsoooe de a famille qui lui demandait d'expliquer œrlain actes de la période
ré~olutionnaire : « En vérité, ,je ne peux
« vous donner d'explication; cela s' l fait
« dan un Lemp de désordre •é11éral. On
« n'aLtachaiL alor- grande importance à rien,
« ni à soi ni aux autres .... Vou ne avez
&lt;&lt; pas jusqu'où le hommes pem•ent s'égarer
!I aux époque de Mcompo itioo ociale 1 . 1&gt;
]EA.N

Histoires de pendus
~ l'u suldat îrançai au ervice des Étals
des Provinces- nies, s'étant tromé engagé
avec quelque autres dans je ne sai quel
crime, fut cond1mné à tirer au billet a\"eC
eux. à qui erait p •ndu; mais il ne voulut jamais tirer, et l'ofticier, selon la coutume, fut
oblirré de tirer pour lui, el Lira le biUet où il
a,·ait écrit potence. Le oldat en appelle,
dit qu'il n'avait point donné ordre à l'officier
de tirer pour lui, ce que n'avait point été de
on con entement, et fit tant de bruit que
cela vint au1 ort"illes de M. de Coligny, fils
ainé du maréchal de Cl:iàtilloo, qui commandait alor le régiment de son père, et ce oldaL
était de ce régiment. Cela lui sembla plaisant;
il !'alla conter au prince d'Orange, qui, après

en avoir bien ri, fit gràce à cc soldat qui a1ait
si bonne en11ie de vivre.
~ Uo autre oldat, qui St.&gt; rvait au i le
Etats, ayant été coodamué à être pendu, fit
demander au. même prince d'Orange qu'il lui
fût permi~ lie faire publier par ioules les
troupes que, s'il y avait quelqu'un qui voulût
êlre pendu à sa place, il lui donnerait quatre
cents écu · qu'il avait. La propo ilion . embla
si e:xtravaganle que, pour eu rire, on ne
\'Oulut pas refu ·er ce qu'il demandait. 1[ais
on fut bien urpris quaud un vieux soldal
angLai e présenla pour être pendu au lieu
de l"aulre. Le prince d'Orange lui demanda
de quoi il s'avi ait. Le soldat lui dil que, deeuis trente ou quarante an · qu'il servait les
Etal , il n'en était pa' plus à son aise; qu'il
avait une femme el des enfants, el que, s'il
venait à èlre tué, il ne leur laisserait rien,
au lieu que, s'il était pendu pour cet autre,
il leUt· laisserait qualre cents écus pour leur
aider à ,•ivre. Le prince donna la vie au cri-

POUJOULAT.

minet, à condition qu'il lais erail le quatre
cents écus à ce vieux soldat, qui ga!!lla, par
cette générosité, de l'argent et de l'estime.
~ Un homme, à Londres, se lai sa gagner par le créancier d'un de ses amis, coutre
lequel il y avait une pri e de corps, et promit
de le preodre; mais ce débit~ur ne sorlait
point de chez lui. Que fait cet homme? Pour
le faire sortir, il s'avise de faire semblant de
se pendre à un arbre qui était devant la porte
de ce débiteur. L'autre, quj était à la fenêtre,
court pou.r l'en empêcher. Les ergents cachés orient el le prennent. Celui qui faisail
semblant de se ~ndre ~•a~u _a un peu trop
à regarder ce qua se fa, ait; 1l avait déjà la
corde au col ; en e tournant, il rait tom ber
le tabouret et demeure pendu. C'était de bon
matin el en un quartier fort recuJé, de sorte
que ce coquin fol pendu comme il le méritait. M. de Fonteoay-M.areu,l me l'a conté· il
était alors amLa ~adeur eu Angleterre. '
TALLEMA. 'T DES RÉAUX

�' ---------------------------LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
+

La princesse de Metf ernich
Par Frédéric LOUÉE.

-.
Toute Viennoi:e de cœur et Cervenle patriote qu"elle ee montrât, ce ne fol pa à lorl Jluoe lille on l'avait Yue, par lïndtlpendaoc(• non an h 1~itation de la fortune, la pui · nce
11u'on la urnommail une « princei e pari- dci:e mani'&gt;rt&gt; ctle~an -gèncde on espril,ra- autrichienne au delà du quadrilatère. A l'inicone », l'ambas adrice d'autrefoi ', la lemme g3illardir l'ntmo phèrt- un peu froide du ruondt• térieur, de - démon !rations de force, d1•
officil'I, à ln Cour impériale d'Autriche. On richesse, de confiance, faisaient illu ion sur
prime autièrc, qui. pendant dix à douze ant·ommençaiL à ·occupPr d'ellP. prP que à l'état de pré. omption el d'incurie du gou\'ernées, très en évidl'nce, amu. a, intér sa,
l'imiter, dans ce clan d':iri tocratic hautaine nemcnt françai, en ma hère de politi,p1e étrancharma de a Yen• aigui ée el.' amis de
cl dédaigneuse fai~ant cercle tiutour des ar- gi-rt&gt;. Elle ar1;vait, l'ambn sadr1ce, au m1•illeur
France, irrita le. jaloux, effaroucha le. tichiduchese , !or qu'elle .e maria a"ec le tunp,.
moré~, étonna le uo , fâcha I autre , remprinre Richard de IL•tternicb, fils de lïllu h·c
Oéj~ l'avaient pr'cédée le. iodi crétioo
plit du bruiL de son nom et de l'éclat de
diplomate, qui pré~iJa le Congrès de Yit'nne, Je· gazelle.. On arait en Je information.
fêt le écho. de la grande et de la petite
t, presque au ,ihlt, elle partait a,·ec lui pour préalaLle , ur celte originalité de nature,
pr se; et &lt;Jui, depui lor , aprè un i Ion
la f'rance, pour Pari , oi1 il était enroyé, . ur
celle crânerie parlit:ulière de façon., cette inintervalle, n'a pas c é d'a ir, de corre l:i foi de .on nom, comme amba .adeur. Elle dépendance de propo Pl celle ponlanéité de
pondre, d'évoluer entre les deux capitale ,
repartit-., qui l'avaient rendue l'enfant gâtée
théâtre ch:ingean_t de on originale d ..
lin !e.
de la Cour "iennuise. Le interro;;alion et
le. suppo].ilion. allaient leur train. Comment
Tl y a peu d'année - l'autog-raphe csl '-OU
erdil-elle '1 (lue! co tume allait-Pile expo er à
no yeu - elle détachait, de a haute et
~
la première oirée d'Opéra ou de all11 Yen:,igniflcathe écriture, le li!!Tl suivanl~e
.
d_
Ladour, au balcon de ~a loge? an doute
de lin
à l'un d notre. . aus i répandu dan. le monde que connu dan. le
elle l'ell emblcrail à la plupart dr prince.lellre :
. e autrichiennt&gt;., élanœes de taille, très
froides, très ré ervéc , et gardant, au
1 Vou
avez combien le royautés
de la mode ont pa sa..,èr , etje dois
coin de 1hr • le pli df&gt;daif?ll ux inYOU a. urer que celle que vou me
l'Olontairc. Tels avaient pen~é qu'elle
prêtez n'e iste plu., je croi , qu'à
~~ aurait le nez dé cette façon, le:l'étal de mythe et de rague sou1
chernux decPtle nuance.et qu'elle
\enir. ,,
se montrerait, au théàlre, en quel•
Je crois ... dit-elle. Que la ré, que maje tueux co~tume de Yeticence e t adroitement u. penlours incarnat, alléiré. dans a
due! El quel heureux rorrectif à
lourde magnificenct•, de denlelle
l'eipre·sion de c d6-ahu ement
de \'eni e, et brodé au point d'Esphilo ophiquc ! En réalité, nulle,
pa,,ne. On allait le avoir .... Un
,ntre le pereonnalilé féminine
. oir, à l'Opfra de la rue Le Pdedont l"éclat éblouie.ait I yeux, :1
lier, le bruit a couru qu'elle \lient
la Cour de :Xapoléon TU, n'aura eu,
d'entrer dan a loge. L'allention
ain i que lime de \fetternich, le pridos première· galeri " . 'e t au ivilè17e de prolonger une telle cl si fu.
tôt détournée de la scène. Oc chu!!itivc ro ·nuté au delà de circon lances
chotement ont fait pa . er la nouqui la firent naitre. Elle n'eut point su, elle de place en place. Tou les les lorbir, comme les étoile pas airère , qui
gnettes ont dirigée ,·er l'avant- cène
cinlillaient à coté d'elle, l'impression douoù elle s'e t commodément et ~impieloureuse et oudaine de l'ellàcemenl da~
ment in titllée. Mince, de taille moyenne,
a!!l'éable à \·oir et, néanmoins, un peu dt..
la nuit, de la d~persi~n ~u du vide. implcment, elle contmua d ag,r et de briller, au
concertante quant à l'expression de trait
même rang, ou un autre ciel.
du visag , ln première impre ion qu'elle
Émanée d'un père fanta que, un ma"n:ll
eau e e t de urpr· e. La econde t de 1mhongroi , le comte ndor, que ~e folle aupathie. On n'a pas été long à 'aJ&gt;l!rcevoir
daces de caralier et de thasscur avaient rendu
qu'e)le pouvait être prince, e aulhenti,1ue et
rameux, elle aYail gardé dan le . ana el dan.
marier, pourtant, le naturel à la distinction
de commnnde.
l'humeur un grain de on ardeur l~bulente.
avait \Ïn,.1--deux ;.n . Il n'en avait pas plu
« Le san" paternel, a-t-t'lle dit, parle lrè
Le lendemain, Paris, par la plume flatteu. e
de trente.
haut chez moi. ,
d'un Jules orinc, proclamait que la nouvelle
C'était en 1 60. Oo était rerenu de l'émo- amLa sadrice était le charme, la gràce et l'l' La nature l'avait faite gaie. Tout enfant on
tion
produite dan les cercle diplomatique
la trouvait bien turbulente, la petite comtes e.
prit dan une même personne. Eli avait
par la courte campa"ne qui avait refoulé, &lt;'onquis a place d"uoe façon lrè dêliurr·e.

Dès son arri\'ée, elle 'était rendu compte
de I' ·prit de la . ociété où elle était appelée à
,ivre, dan' un milieu de jeune. c, d'insouciance el de luie. et clic ·'y
trouva comme chez elle. Elle
lais ·a, comme on dit, galoper
.on oalurt'I. Il faut prendre
son bien où il t' r 'Ol'Ontre;
cl, d'abord. elle ·e mil à !'uni n du ton 11ui r~ 11oait en
ces lie111, pour J'entrainer_bicntot à .e ré,,.Jer ·ur elle, et en
•rarder linalt'menl la direction
mondaine. On e lanç.1 à :.a
suite éperdument. L tlé.,ances de a mi. e, le p:irtil'ularit ·s do on caractère et les
mot., 1 n•partie , 1 boutades, 11ui jailli~~aient Je es
lèvres, à cha11ue moment: rien
ne pa .ail inaperçu de ce qui
était d'elle. ~ur •le boulevard,
on connai ait, au .i bien que
les équiparrc• de: l'emper•ur,
le huit-r · ort attelé d quatre
chc\lau upl'rbe de l'amba adriœ d·Autriche, et portant,
:ur Je panonce.'111 , son écu
~on timbré d'une couronne
princière. Son nom revenait
quotidiennement sou. la plume
J · chronicp1eurs.
Le cachet de c. toil •ttc el
lt•ur diversité, . e façon: déinvolt et le nouvcautésaux11ueJle elle attachait oo nom,
mille détail. émanant d'une
complexion de jeune ·se un peu
exaltée el tapa"eu. c pr 1taient
à toute le · conrnr. alion ..
li était de notoriété qu'elle
allait recréer le mode. . · n
innuence rénov:itrice dan· le
dom:line léaer de. fanCreluches
ÎUL prompte el en ible. Elle
amit déclaré la guerre à la ca..,e
triplement fermée et bataillé
pour le robes courte . Les co turne ahréaés
fnrcèrcnl l'entrée d bal et le coup d'œil en
plut à beaucoup de ctens. a A celle occasion,
remarquait le malicieu. férimée, j'ai rn 110
a, z !!rand nombre de pied·· charmant· el de
jarretière dan la valse. • Les circon tanc
étaient propice : Une rérnlution allait s'accomplir dao la hiérarchie d tailleur et de
modi les. Les couturier· commençaient à
prendre le pa ur I grande [ai eu ·. L'un
d'entre eux, un Anglai · nommé Worth, le
1. llippalytc llrioll,-t. dan le Chm·it•ari, fut lîn,,.n1eur de celle ,ldinuiun 1:uiitmatiquc.
i. TltfoJure d,: lfanvillc,cn .P&lt; Gamin pariait:111,
111erceuil 1111 rapJIOr-t 'lAUC, rugitif, lrt&lt;, •rai, pourtanl. ,mtre ces den:i: Ullur('~, ou 1lomioait la
&lt;;e,
•1ui Iran figure Ir. lrail~.
3. Puisque nous ,enoo ùenommerco mt.lc Vme ,le
eu rnich el Victorien 'ardou, ou\"l'On en,·ore une
l' renlh• , pour enea,lrer uuc autre an cdote, que
JC li n comme Il préce,fo11te dl.' la bouche Je lîlluslr 1r1dêmici •n. ar,lou dinait chez la comlr de
l'ourlai'··. me de •ttcroich Lcn1il le dé de la ron' ·rs.tiun p,!ndant que se reposait i l'écouter le plu,
•pir,tuel des rau u . Elle
nait amené le ujei
ur n ooau-pèrr. 1.. lfl'lntl lfcllcrnilh, et rapporlail

,,,w.

LA P'R,_TNCESSE

fameux Worth, · 'tait établi pour on compte
à Pari • en 185,. lime de lfellernich avait
au l-ilôl di tiO!rut: cet haliilleur bor li"ue,

entait, interpr 'lai!, rectifiait la nature
;Hec I don el l'ima ination d'un arti le.
Au risque dïnlli..,er un déplai ir à Aurélien
cboll, qui l'a\·ail . urnomm ' ... jalou ement
cdo Caunede la toilette», parce que de c main
d'homme il cb.ilfonnait à . on aise le corsage
Céminin et les alentour , elle l'adopta el l'impo a. Il étail devenu, grâce à elle, l'autocrate
du 0 oû t. El les mondaine. el toute les dame. ,
qui avaient le graod vol de I' 1léganœ, e porl.iient également rue de la Paix, à on adres e.

'IUÎ

CJ&gt;llc hislorirlle. l)o ,J •mamlail, une foi., i ll,•U,•rmch
en quelle drcon,t1uce . •poléon premier, a,·cc lr.•1uel il
cul tant O('ra,ion ,te con forer. lu, av.il J .on; lïm11n""
i.,11 du plu, ~r:uul pr....rige, ,le la s,,u~erameltl la plu
compli'lë. Ou ,,11~mtai1 à ~-e qo'il rëronilit: à llrl!:-41&lt;'.
à Erfurt, qn.,n,t 11 fai&lt;.ail ,emr de l'•ri. • " Corn -.Jie 1
1iour 1111u'!'r ,m N•r:r•e ile prinre&lt; N ,te roi,. ,1.,i, non,
ce n'a1ait 1•1s élt&gt; l1 . Ce rut, ,lil-1I. au château ,le
Com1iii• ne. un malin, 111 retour d'une prom,·oaile en
carru;"' dan. la forêll où l'on &lt;'{,11it 1111 peu attanlê.
On ëlait rentré au c 1Îll'au ~e~ midi. En alfend1nt.
l'empereur 'enlrt•JcnaiL a, •c
hùtc • ado,- 1 i 1
cheminée ,·ommr il en nait l'hal,itudc. Il ,· avait li
quantiré Il,· per-111111:ig • el dr membres de s· r»millc.
1.rpcndanl, 11 cornmcn ait il ~tir l'ai:ruillon de la
.. 251 ...

DE METTJ;J(JV1C1i ~

\fme de lletlernich avait dP. mrrites plu.
personnel que d'ayoir aidé de .on initialil-e
original' à 13 rénovation de )\,:;thétique Céminine. Son e.~prit, on ne le di culait pa : il Oamhait à chaque mot. Le phJ~ique, en
elle, prE'tait davantao-c à la conlro,er·e. « Il 0'1 a pa que le·
bouteill de Leyde, disait un
railleur 1 ; il y a aus~i fme de
"t:lkrnich. » Elle-mème, tr'
adroite ô faire a propre critique afin de pr,1,enir celle dt&gt;
autres, ,e proclamait dénuée
d1• toute beauté, c. pérant bien
qu'avec ,a pby.ionomie parlante on ne la prendr:iil pa · au
mol. ln oir, thez la prince e ~falhilde, cllt abordait
no célHire écrhain de théâtre:
o \'ou ,~te ~I. ardou?- Oui,
prince e. -- Dite -moi, e t-il
,•rai, que je re . ernble i particulièremen là Mlle Oela porte 1 ?•
C'était une actrice du G)'mna e, qui a\lait la réputation
d'être laide el , pirituclle. a Il
y a toujour · dt&gt; c.ôlé de reseoiblance entre deux femme ,
avait répondu • ardou. ,i différente qu'elle pui.. ent être.
füi je n'en juge que sur le
• phy ionomi ; el c'c L par lb
que je lroure de -Ïmilitude.
frappante entre vous, princ,•, e, el cette actrice : la jeune .ect l'e prit•.» Entre femme , on vopit davantage; on
remarquait que l'ovale du vi. age n'était pas la régularité
même, que. le lène étaient
Corte et qu'il · au rail eu à reprendre il la n courbe imprérne » du nez. Il n'était qu'une
opinion, eo re\'anche, sur l'éclat de e yeux noir· et pétillants, ur l'agrément d'une
phy ionomie mobile à l'e. trèmc, el l'on convenait, an r: istance, que la blondeur de la
chevelure avait bien au si son aurait. Finalement, on arrivait à dire, à force de bonne ,olontr, 11ue l'ambas adrice pouvait pa cr, en
omme, pour une jolie II blonde u ; el cc devait être le sentiment de\ 'iolerhaher, le peintre officiel de~ gràre du décaméron impérial,
puisqu'ilsutfairedu charmeà. are semblance~
« Lorsque la prince .e de lellcrnich, rapporte un témom du temp , entrait aux Tuiraim. lnlermmpaul le d1, ur• commèllré, il -c lourn

,·ers lural :
c !lui de ~api~. allei donc voir pourquoi nous ne
Mje11uo11s pas. •
El le br1llanl llur1l -orl, va, "informe. • , ire, le
r'pas '!(Ira prêt Jans quelqu,s minut ,re~,ent-it dire.
li y I Cil UD l&lt;¾ter COIILre-1 rnps. 1
)1pvféon reprend ,a Jémon ln.lion. 1111 J'artente se
prulouge. 11 'impalienlt'. ,e rouroanL d'un aulrc cote :
lloi de Uollande. dil-it, sachrz d ne ;,j nous ne
tlêjeuneron pa aujourd'hui 1 • Et te prrnce de li ltern,ch. 1c1·oulum,• aux ri(U •urs dr l'éli1ruelfe autrichienn•. avait été fr.iµpé sin ulièremenl d-1 celle conditien d'un empereur en•oy1nt de, rois it l'office pour
r&lt;&gt;mmander qu·on h:llil le cnicc de 1,Lte.
•

•

�H1ST0~1A---------------:---------•
l&lt;'ries, un . oîr de l•al, Ir~ minr.e, rnai 0 re
mèrur, a,sez rrrande, avec: ,e épaule· Lr-.
décou,·erte , on front charné de diamanl ,
·c.., lon"ue jupe lrainanle , il élait imposiltlc d'a"oir plu.· grand air. Elle a,. it celle
allure ari. tocratique inimiL.'lble, ,,ue donnrnt
la nai ~anœ l le milieu dan · lequel on a 1·é ·u.
Toute la haut• .ocitlté pari'iennc, dè' lors,
affluait dan. .
alon. de la rue d Yarenne.
En ·'1 in. 1allan1, le priuce el la prin&lt;'e c de
letternirh n'avaient eu qu à r •prendre d,•,
habitude.ci, anciennement accrédité à l'amhL ade d'.lutri1h , d'abandon cl de• gaieté
bo:pitalih1•. Lt&gt;. rèle délici u e de nuit el
·urtoul le déjeuner~ dan ant , qu'y nail
donné le comte Appon i, ou la Heslauration. n'éLaienl pas sortis de mémoir , dan
li: noble fouhour".
La conver alion y fut, de nouveau, lrè· en
fareur, et au~ ·i la mu!&lt;i«1ue, Richard de lfetlernich étanl, lui-même, ce prince diplomatique des ,·al ·, un Yirluo:c. Lt&gt; liede,· dth
plu· grand~ mai1res de la mélodie allemande,
le- ml
de tram:. ou }, grand. air d'opéra 'y mêlaient dan un harmonieui éclecti. me. C'e l là que rut arrête, décidé, l'audacieuJ projet d'impo.er Wagner au· Pariien . La prince e avaiL pri l'avance d'un
peu loin, Ior 1u'ell • fil ordonner par l'empereur la repré! enlaLion,
l'Opéra, du
Tnmihaü er, - l'inouhliable première, tumullucu ·e comme une bataille, le fia co béroïqu où fme de lfetlcrnicb d ;ploya tant de
\'aillanli e pour enlever d' lroup ", el une
éner·•ie . i militante, que ~ adver. aire.... en
mu.ique (el je vou · donne à pemer . 'il
étaient nombreux, ce .oir-Fi!) Ji aienr, ou
.a lo"e: « L Aulril'hien cherchent, évidemment, lt•ur rc,·anche de olrérino. 11
Quelle . oiré&lt;&gt; ! Quelle aYenluri: ! Quelle o. ée
tentathe, vin"t an. avant l'heure p ycholo!lique !
ur e in lance donc, l'empereur avait
déciJ..; que rüp~rajouerait ce nébulcui: Tannh&lt;Liiser : la première cul lieu, en l'an de
11 râœ
1 61. Dans Ja chaleur prévoyant de
:on zèle, Mme de fetternich avait groupé
autour d'dle tou. se ami . Je me lrompt-.
Plu inlellirremmenl elle le avait répandu
dan la sllle. C'étaient, en Ire les fcmru . ,
les comtes es de PourlalèQ, Walem ka, ~hon,
les prioc •~ e de agan, Ponialo, ka, de
Beauvau, ~!me Erazzu, la ùelle llexicaine~
parmi le homme· on reconnai ait les Roth child, le. A!!Uado, 1 frère Lamlwr1,, le
marquis de Ma a, d'Alton-Shée, Gallilh·t,
Grammont-Caderou · et comùieo d'autr !
Dominant, de lt•ur lnrre, Lous ceux-là, l'empereur et lïmrJratrice étaient pr; enl , :elforça.nl en consci nce d'avoir une opinion, de
paraitre intér · ·- • une mu ique qui leur
restait incompri. e. ~faü I yeux rc,·eoait-nl
an ces e ver· \lme de ~Ie1ternich, ljUÏ 'étail
chargée vi iùlement de conduire les bravo. et
le applaudh,emenls. En effet, la partition
e l d 'ployée d ,ant elle . ur le rt'bord d . a
log~. Elle a l'éventail lc,é comme un Laton
de commandement 1Calheurru·em ol ou a
débuté par rire dan ,la , alli: et rire un peu

haut. Le . t!rieux ne r ,·ira Ira plu . L •. « caraîh ~ » ont dérhaim: .. L'1odirrnation peinte
ur l · traits de la princ,, s,•, e. ge. te courro11cè,, un mot qu'elle ne peut retenir, el qui
~Hile à lrarer.· IJ salle: lmbecile~, jt, croi..
n' p u1·t&gt;nt rien. On a applaudi la marche,
parce qu'il étail impo. 11,li: de n'être p enlevé, . oulcvé mnlgré .oi par celle pa)?c mer,. illeu e. Lt&gt; r6le m à la débandadl!. Et c·e t
un bruit, un Lumulte inénarraùlt&gt;s. Des lo 0 e
à l"ord11•·1re, de l'ori.:he,tre à l'amphithéàtrP,
des 11101 ont écl1angé, et librent comme une
rnlée de lli·1•h1\. Et Ilien .ail ..i l'on cause r•l
-i l'on ja.·c ! Ct&gt;rutin.· in,iournt r1ue la représentai ion du Ta1111lwüm· fut une de conwntion .. ecrètc, dn traité de \'illafranca. d'auIre. prétendt:nl qu'on a enVOJé Warrn°r aux
Pari.ir.n. pour 1 . forer d'admirer l~rlioz.
Le 1 ndemnin Loule la pre· e fut mauvaisr.
On n'épar•:m •1ue ln march,•, la rritique ,011lant avoir l'air d'ètre impartiale. Oc colère la
prince. e décida qu'on ne Jouerait cbei elle,
ce jour-là, 11ue du Wagner. Ace~~ d'humeur
tout pa . ~ger, et qui ne l'empè ·bail pas, en
~on éclecli me, de ~oùter, à leur moment, le
mu e folàtrcs d'Olfi•nlnch et d'llcrré, ni de
e montri•r eu. ible à la mélodie di&gt; Gounod.
On ne lui lai a pa · le temp de pleurer
cet écbel'. L'un d~ fidèle de .on ,alon,
homme d' .pril, Beyen, imagina ur l'heure
d'écrire pour omhrru 1;hin,,i,~· el de faire représenter ch1•z elle une plai,ante parodie de
l'ouvra e lo1Dbé. Le rom1e de olm , qui
avait de aptitude de de i11a1eur, découpa
en carton le cb:irgp: de., principaux per,onnag ' de C&lt;'th.' faota mal{orit•. Et ce fut un
amu nl coup cl'ccil. ,hant le levrr du rideau, une amie de la mai on, t•n robe et bonnet d'omreuse, a,-ait eu ln Joyeu e id·, de
di~tribuer «ratuil.t'm••nt à tha,1ue pecl,tlriœ
un é,·entail à bon mar,·M, pour le ca où ce
dam hé,iteraient à bri,er le leur par raison
d'économie•. On cul le tableau de cha .e, où
le relt lé1rin~ était•nl repré~ent :, par dt·
La ·.els à jamhes tor es, et le dix-corlj par
un lapin craintif. On eut la Iran fi"uration
de la Wartlmrg dèveou • le Johanui:ber11,
château célèbre el fameux ,-ignoble appartenant au prince de .\letltirnil'h. Et l'héroï«1ue
Tannbaü H, enfermé dan la cave, y ridait,
en tituLant, une bouteill de ce cru, ~ndi
qu'une voix chantait dan la couli e, ur l'air
du 1Jo11ton tle to e:
0

Dieu, quelle ,·cslr
Pour W ·,ner 1:• son fonu.:;berg !
·oyou. du moin J ,ur sorl funeste
.\ p-a0tl flots ,le Joh•nnî,,herg
, ur celle ,·c.le 1

Dll grand éclat· de rire di~ ip\renl les
dernier· re-. ntimeni' de la princt• e. Il ne
fut pla- de lon°lemp pari· du Tan11hau~er.
Chacun le ,avait à l'amba sadè et, au
dthOr', dao le grand nombre de ceux et de
œll · qui désiraienL y participt&gt;r, lime de
llt!Uernich exei·llail à rarit&gt;r lt! plaisirs. ~lre
admis à es redoute~ était fort rt·cLeri.:bé. Le
I._no racont.il qu'• l'_Op :ra .. aux. pr('mi,•1"5 coup·
de ,,rnet, )lme d,1 llcll m1ch 1n1l l,r1së èc rol~re son

è,·,•ntail e nlre

ûoigt crispJ .

liomme · étaient rrçu à Yi~age d11cometl ;
les fomme· . · · présentaient Pn d11mino, mais
le capuchon de,·.iit
relewr , l'entrée du
prPmier .alon, 011 c tenait la maitr11s c du
ln~k Car elle n·ou,rait l porle~ dt&gt; on chez
oi que sur iovilaLion per. onncllc. Elit! recevaiL beaucoup de demand ~. accui•illait l
une~, déclinait le autre . . et ~e montrait, en
ré,-umil, pt. abll'ment ri~oureme, ce 11ui lui
al tira de inimitié cruelle.. Une foi dans la
place, on ' · •ntail tr\ à l'ai e. Le grand
charme de . e réc~pti'ln élail 11ue l'a 0 rPmcnt
Je.:- .pectark on de auditions 01• rai.ait qu'y
alternt&gt;r a\"r le jeu des piriturlll' causeri ..
Elle ·'y prodi!!Uait. On se plai. ,,it à rtlpéler
Il' ,a1l11~ un peu hardie 1p1elqucfoi , Lrè:
linei ouvent, que le ha ard dt• id.:c , l'occa,ion, le too · de l'entrl'li, n, pou~~aicnl à
jaillir ùe
lèvre . Toute de premier mouvrnl'nt, elle n'1:chnppait point, non plu que
d'autr .. , au accè · d'humeur dont un chacun
~e ent échauffé pour une · maladre~se, une
coutradi..iioo une importunitti, une parole
mahonnanle; el le mot o'alle11d.1it pa d'en
traJuire l'impr ion. Tant pi. où il tomùait.
Elle n',:t,lÏt pa la maitre e d"arrêler .e rrpli,4ue . Prompte aux bouillon de l'impatience, li&gt;s entiment de dotm•ur, d'aménité,
en . outlraient quelque(oü. Elle a rait la ripo te un peu oudaioe el bru 11u~.
Certain . oir de grande r ~ception, un étranger, un j11urnali Le américain, qui, lui-même,
m·eu rapportait le détail en ~ourianl, à quarante ar111é de di. tauce, piétinait, . an 'en
aperce,oir, la lraioè .uperhemeut déroulée
de sa robe de cour. Elle tourne I tète, et,
d'un ton ,ec : cc Pay an 1 » ruurmure-t-elle.
lluil J0Ur' npr\~, dan une autre oirée
olfitidle, l'a. i · rance était errée aux npproch1• du ùulT&lt;'l, où pas aient le,.. ·oupe du
viu pétillant. Quelqu'un la heurte lé •èremcnt
au coude, et des goutte 'épancbenl da ,·erre
.ur l"étolTe oieu de ,on co turne. Même
rr lé rapide; elle a r connu le coup:ible. ,, Ah!
reprend-elle, c' t encore mon pay aa ! o
Une au1re foi que, pendant un bal lrave.,ti. son ami Galliffet l'avait un peu trop
harcelée, traca · ée, elle s'en revancha wrtemeut. Cet officier, 'lui avait été lile é d'un
éclat d'obus, joui sait d'un congé de conva1 cence t l'emplopil aiment. Il parcourait
les alon , celle nuiL-là, en co turne d'apothicaire Loui XI Vet portait arec une fierté
martiale, ·u pendu à on ceinLuron, l'in. trumcnt tfUe lfolière a lé 11ué au marécltal Lobau ....

• f.onnais-tu œla, b au ma que? demandait-il à la priac.es c.
- Oui! répondit-elle vivement : c'est le
canon qui a ble I ce pau,·re Gallilfet, en
Crimée! »
tlle eut d • trait moins rudes. On en citerait à l'mftui.
Le frivolité de la toilette, les programmes
de e fête el le plai ir de la conrersation
ne rempfusaicnt pa uoi11uement on temps
et
pco é •. Mme de letteroich était née
diplomate. Elle e erça une intluenc.e offi-

'--- - - - - - ------------'---------"---- LJt

P'ft1NCESSE DE .M°ETTE'R,NTCH

cieu e, qni ne fut pa indPmne d't1rreurs, loujour , Lr prompte à pa ·~er d'un ·ujl·l à
- a remi le. rho e au point dan.. ~· • oucomme dan. l'alTaire du fe'fique, - car elle l'autre et 'C défendant bien de trahir, dan.
11eni1·1 de la Cou,• des T111leties. Avec plu de
n'avait pa été la moin· ardente à pour uine l'expr ion de on ,·i age. celle manière rt,L
préci ion encore, au cour d'une conversation
la rt.&lt;ali~lion du rê,·e califoraieo 1 - mais llécbie d'écouter, qui met le bavard en dt,t..
que j'avais l'honneur d'enlretenir a,·ec elle, à
qui l'llt pu être .alutaire sur d'autre point , fiance. , ··e. t-ce pas elle qui disait ce mol
œ propo , elle ramenait l'état de ce rapports
i on l"eùl écoutée da\"antage, par exemple plein Je en el qu'on a lant cité : a li a l'air à leur, ju les limite .
en i fi6, 11uand il élait encore po sihl' d'ar- trop 6n pour un amhas adeur?
En réalité, au delà du càt!monial habituel,
rêter lt-s empi lt-menls de la l'ru. e. Une
Elle avait 11arraé, dè en arri,ant, les Hm- l'impératrice n'avait d'amie que la ducbe ,e
douhl,· gunre u·aurail pa · éclaté, à quatre pathie le plu· marquée· du couple ioipt-:..
de Mouchy; et, en clebor de e lundis et
annPe. d1• disritnce. On n'tùl pa. eu adowa rial. Eugénie goùlait l'animation . éduisanll!
des circon lance. de pure mondanité, elle ne
el dowa n't&gt;ùl pa. amené edan. En gém.t.. de ~on e ·pril et 'entretenait familièrement
rece,·ail per onne, , an demande d'audience.
rai, on pourait e dire que, dau la fine,~ avec elle, chaque foi que les circon tanc
~f.ci , dans le! déplacemPnt du printemp
rcn .. ei!,!11!.'e donl l'amba. ~adc d'Autriche donna oîficiell le réuni .aient. Encore a-t-on exael
de l'automne, aux lieux dH villégiature
de. pr•uvc., uue bonne part rcvrnait à la
éré la m 'ure de lt&gt;ur intimité. La princ . c saisonnière, à Fontaineblrau, ~ CompiègnP,
prin, ·' .e dt: felteraith. Elle complt1tait, par cle Metlernich ne Fut pos, ain i qu'on l'a écrit,
une iu1dlig1•nti: a ·ol'iation, le roi• de on l'in:éparable amie dt' l'impératrice . .Yme Ca- où le. cadres étaient rompus, où le contact
oumari, qui la tenait en grande estime. l,e relle - lectrice, pui dame du palai , alla- était de chaque jour, où l'exi tence d
verain était mêlée cootiuueUemenl à celle
prince . uutt•nait on per,onde J ur · Mie., à table, au
narrt' d'une h1•lle tenue extéLai, au théâtre, en promerieure. C'était l'amha .adeur
nadr, 1 · lien e rc ~1.:rraient.
accompli par ]\·,prit el le~
,\lor , vrai111e111, la pré enc
ruanièr s. Il perdait de vu ,
de la prince:. e de leuerni h
Jan. l'rl,loui · ement trop rad ·venait pré&lt;'Ïf u~P, indi. pcnpide dt• Îèle mondaine,,
,able, à l'impfralrice. Il iml{Udtturs-urw. d,•, nél'e il~
portait
de crét·r, autour de
d'oh trnttiuu el d é1udi: de
oi, du mouvement et de la
homm • , qui 'impo~enl à
aietc'•. Ur, personne ne po l'étal d1pluuiali,1ue. La politiédait le don d"enlraînemrnt,
11ue e1111u11-!éede. '· poléon Ill
cedoo qu'ell garda toujour:-,
a,ait J,. détour· et d omà l'égal de ~Jmc dl' Mel ternicb.
bre , où ne Dé11étrait point
Le temp~ étaient calme,
.on coup d'œ,I fu••ace, it
et pro.pèrl• . Toute les illuqu'il n' prit pa garde, oit
sion emblaicnl permi e .
ftu'tl '11n 1apporlà1 à la 6nes!-.e
Pour pa · l'r I heure aus~i
de pcrcep1i11n de 1'aruba ~,agréaLlement que po . ible,
drice pour y roir clair. Ce
la prinre-~e 'était pa. ,ionnée
n'c lpa. qu'"llc en parùttr~
de
specLacle . IJle î apporta
occupt!e. tlle ~erul,lail avoir
cette fougue qui lui élait naa. ez à raire. nu d air
Lardie el CPtle facullé d'iniétourdi,, 'lui trompaient ùicn
tiatiYe r tée . an t·mploi . ur
dt! "en,, d.. 111euer . a partie
d'autrfs lt'rrain ..
dr femme â la mod .. dans l'i ntouraot.. hal,itud de l'impéra.\ la Cour dr Tuilerie., on
trice. un a1tP11tio11, toujours
nait re::-!-U~cil • le rilt .ompe.o évt1l. u·aur:ut ·u trouwr
tuaire_, remi. en ,i;!Ut-ur dr.
dema rJU1! plu· ing..nitur 4ae
lois de pré éa11re et d1!. oh ercette fo111tc i11diffl:rrnce pour
vance: d'étiqurue. qu'on 'atle my,tr-re dt! la politi,1ue .
tachait :irn1: d'aul:11Jt plus de
Elle était de ecu -là, pour-:&gt;În à faire re p1·cler qu • Je
laol, qui peu ;tÎtnl. r, llé&lt;'hLpre. rriptioo en dataient de
aicnl. ~l.11,1I t'ml,l it4u'elle
la Yeille.
·e fùL d,t 11 Ill' lt! plu:.- pre é
Le début· de diner el
étant de s'amu,t-r, Je re.te
de ré&lt;·epl ions 'a nno11ç.aient
Yiendrait à MIO hcurè.
an&gt;c une froid1·ur impo ée.
Le ·alun d • la princes e de
Aell.erui, b était le plu ouPeu :i peu le liPn. ~e détendaient. On e rdâchait de ces
wrl à la co1m•r~1ioo libre
qu'on cu11uùt à Pari • Elle
manil·re apprêlé&lt;',. I.e tementreten.iit. de 011 air d'inpérament el la jeune. redul~eucc d1 traite et de on
prenant le dr,sus, on riait,
encour-Ji ant ·ourir , le lai on •~ aiait, on était oi, et
er-aller de ce eau crie
bien dl• réunion commenl'excitait 11,ème de l'ai.,uil~
cée ou le ma~11ue d la
LE l'Rl . 'CE ET LA PRINCE . E OE ~, ETTERsrcn.
Ion, qu,tnd il ri,quait de
ré r\'e officielle e terminaient en une ,orle de terlanguir. lbacuo, aleu tour' di ait , on mot.
Elle euteud.üt et c ou,·enait, tri'· é,.,,vée ché con&lt;.1ammPnt à la p,•r onnc de la souve- lulia e.pa11nolc, où chacun dh,it tout ce qui
raine, et à 1111i lme d11 \IPllernich déclarait, lui pas.ait par la tète an au1r• .oud de
dan. une minule d",·xpan ion, 'lue, . i l'impé- la formule. Mme de fctternich, a1•ec l'ai1: tlle rnlra fort ••nol aussi ,laos le, idét&gt; de l'impè~1(!•'t ~ur la ~u,• lion romaine. Or, 001 nï1n1ore qu l'.:~ratrir.e etit été une Jarie-Antoinelle. elle sanre de sa naturelle gaieté, bàtaiL le motm1e rul t.,UJOU IIUC J patin\' oppù.anlc.
aur;iil ,·oulu être a princesse de J.amballe, ment de la :con,er. aûon . franche et d'e -

. .

... 253 ...

�1llST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

L.Jt
pre~. ion libre. La causerie . e rendait plus
intime. Le. yeux brillaient a,ec plu , d'éclat.
On r pirait, on ,h-ait. r1i:jà le préc'dent amba. adeur, baron de lhibner, avaitcoo latéque

en :prouvait un ha"rin 'm81 • d'irritation, la
prinec!S e de MeUernieb lui était une comp gne instante el néce saire même, par le lwoio qu'elle r, eu tait de distractions à tout

UIGII

LES

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le Tuilerie- n'ùait:nL p . un liru de tri le.
el que ce· représentation dL gala avaient bien
four charme au :reux amu is d'un diplomate.
liai c'e là Compiètme, avon -nou dit, où
fme de Yeucrnicb pas ait, chaque année,
plusieurs emain~, qu'on 'échaulTait da\'antarre à la pour·uite du nouveau, et qu'ellemême exerçait, avec le plu de uc -. , le don
qu'elle avait de emer ur . es pa l'animation
, el la vie. Dans le io lanls de tri te e de
l'impératrice, lor que l'empereur, qu'elle
aimait exclu hemcnt, la délai il, et qu'elle

1.,nns

DES

!IIA ,. A, t

pm. La « dame du logis , , comme l'Jcrhait
lérimée à oo a Inconnue 1&gt;, u,ait de tout
pour comballre l'ennui ecret. Et les représentations, le:. chanson , les partie de campagne se uccédaient au •ré de imagination de celle dont on a dit qu'elle fut, à la
Cour de France, l'amba~sadrice de plai~r .
C'est à traver ce jeu:t: et ce dj\erti ement qu'avait eu lieu, un 15 novembre, jour
de la fête de l'impératrice, ur le tbWre de
la Cour, le pa , si expre iI, le pa ioouhlialile
du Diable à quall'e. n caprice de grande

dame, «lu'on nec" a plu de raconter, et qui
e~t dewnu, depui le temps, bel et liien un
cliché de chronique.
On al'ail eu la fanlai ie d'un ballet à daner en co turne, comme à l'Opéra, maillot et
jupe courte. Le Diable à quatre aYait été
choi i. o maitre à dan cr de !'Opéra • 'était
rendu, chaque jour, en nrand ID)' 1ère (car
on en ré.!ervail la .urpri e), à Compiègne.
pour conduire le répélttion des «Juatre dan. u. e cl de leur partenaire, le m rqui de
Caux. Et le moment arrhé, devant Ioule la
Cour, en pr'•. encc d'un grand nombre d'étrangers io,·i1é pour la circon. tance, le baHet fut
dan$é, ruimé très brillamment. Le artu-te.~,
au noml,re de quelle une ambas,adrice,
c·e t-à-dire 1. princ " e de lellernich, étaient
venues recevoir, confu e et ·atb!aite , les
compliments de l'empereur et de · hôtes.
Une chronique indi.erètr. ajouta que la f te
a,anl été terminé• par un bal, on avait prié
1; dan· u e du Diable à quatre de ne pa
remplacer 1·or maillot· par de jupes de
cour, d jupes longues, et que le plabir de
la oiréc en fut de beaucoup augmenté.
Les cbo e' n'allaient pa. loujour an encombre dao l'arrangement. de pectacles et
d diverti_ ments,oùellea,·aitlaha.utcmain.
Ou a conté le ingulier dilîérend qui 'était
élevé entre Mme de llellernich et la duches e
de Per igny, pour fort peu decho , un mince
détail de mise en scène. On devait donnn à
Compii&gt;gnc la figuration d'un tablt&gt;au de Watteau : le Dé;eur1ei- champêll'e. Et la prinet&gt;s e 'était chargée de la di:.tribution de
per. onnarre et des co tum s. Cha_cune e
disiit contente, saur Mrue d1• Per:-1 11n), la
fc&gt;mme du mini trc de l'fntérieur, par '
qu 'elle n'} ,oyait pa l'occa ion de 'attifer à
.a manière, comme elle l'aurait voulu. Par
exemple, se· chc,·cux blond· étaient d"une
rare Leau té, cl elle aurait tenu à I • montrer.
, - Je veux que l'on mie me cheveux, »
répétait-elle 3\'e~ un lége: 1.ézai~menl et une
ob ·tioation mutine, qui o!Tra,eot quclqu
cho e d'enfantin.
« - ~lai c'e l impo iult', répli(JUall
Mme de letternit-h, il faut, au contraire, une
pclile coiffure rele1· ·' cl poudrée l
u ...- Non, reprenait Mme de Per ignJ,
nous fai. on cela pour noo amu cr et cela
m'amu_e d'arnir le· cheveux défait ' .
ai ,·ou ne voulez pa raire comme nou.
tout~, ne parai . ez donc pa, dan Je tableau. »
Et elle .-n r 1féra à l'impératrice.
&lt;1 - Lai se:c-la faire, dit la ouveraine, c'e t
une nouYeaulé, qui . t&gt;ra pt•ul-èlre heureuse.
« oo, non, elle ft:ra tout man4oer.
li oyon , ma chère princesse, qu'estce que œla ,·ou fait'! !-:Ile era Loujoftrs_jolie.
e ,ou querellez pa pour etla, soyez 111dul"Cnle. Vou avez, cette pauvre Mme de P'rign · sa mère e t folle 1
" ~ Ah! . a mère e t follet, ch bhm!
1. L'imp1:nlrice n'a,ail pas rnulu dir~. que la du1&gt;11t 11 cervel!e ~ 1ercnl et . Iridées uo peu bn,utllus. O_n con11a1ss.11~, ~u~ ce p&lt;11n1,
les ,ou i du duc ,le Pel'Slgoy. Aux rcc.·P.lfons de la
place Beau vau commP aus fèles plus rntrmes Je Ea
thP se elle-ml!lll~

P'R_1NCESSE DE METTER.N1C11 - -~

mon phc e l fou, t'l jt• ne céderai pas. 11 mieux un clalrue plan!' droit. .. el orné de
de corrirrer ! Av nt elle, on n'était rien moins
Il fallut en pa. ~cr par a \'Olorrttl.
tl,·urs ! t:ne autre foi., Octa\'c Feuillet dt•vail que difficile, chez ce.&lt; dileltaotC's, ne onOn a pu . 'en former une juste opinion : faire venir un e:irrick et un paotalcin mou:se
l'aml,a ·,adric •, 11uoi1rue au fond du cœur p,rnr un rcilc de \·01ageur, el l'idée de pa- ~eant que de rire el de 'amu cr. Ain i, le
bienveillant et honn ', açail l'humeur prompte; raitre en cette tenue, ou plu tard en maillot 15 nol'embre I a7, le jour d,· la tète de l'impératrice. on avait joué, à Compiègne, une
el J"on s'en ap•rcevait. quaNd on .'altirail i1 paillettes devant Leurs ~laje té , n'était pa
grande
charade, dont Mhimée et ~locquart,
imprudl'mm nt quelque r •partie mordante ou pr :ci émenl ce 11ui le rlljoui. ait le plu au
le
·ccrélaire
particulier de l'empereur, comquelqnc Irait acéré, ,·enapl de a franchi: , monde. Comme il eùt préfér,: à tout cela une
po. èrenl le texte. ftoufand y rempli.sait, à
en droitt• li~ne.
promenade trani1uille et méditalil'C en forèt !
Ceux qn"dle appréciait el farnri:-,ait de ;es füis la princes e sarnil si bien ramener en- la .atUaction ~énér11le, un rôle l,ooffc d'Auymp:1thie , en revanche, la juneaienl bien -uite le contentement dans l'àme de on au- '"er;!nal et rc:hélait un talent de comédien
. édui::inle. Lo. poirrnéc de main chaude el teur, cmbe.o.,né de Ioule· cc menue. -eri-i- parfaitement inattendu chn un mini tre de
rordiale, le mot heurcu trou,·é de uit.e, le Lode ! Elle était la. plu fervente de applau- l'Io lruction publique el de. Culte!!. En redétail pn onnel 11ui louche a1nilcll, l'action di. ,eu. : . Elle donnait le _inoal. Ou lapait "anche, le atlrice , pour la plupart d
t!tprr ·. ive de e ·eu. el de .-oo l, n"age lui de. mains dam la aUe élécranlr. On criait étrangère , avaient e tropié la poé ie, à qui
mieux mal et, en particulier, une lady Egling,.a,.nai nt, à l'in ·tant. le· intelligence. qu'il d' •ntbou ia,me. On rappelait le po:,,te, et •
lon,
qui cbangr.ait le rimes, tourmentait le
lui plaisait de 'attacher. 0 aa,·e Feuillet, d~- intrrprètt . Mme de Yetteroich réapparai ait
la premil•re foi!i qu'il arait été mi en sa pré- entraînant l'beurem: coupahle Jusqu'à la dialogue, allong •ait le ver de trois ou qua~enCP cl qui! trè opportun :ment cil a,·ail ramp' 1&lt; dc,·anl le public idolàtre 11. Et Oc- tre pied de conlr -bande, et e trouvait,
entamé la conrersation :,ur .on roman de i- la,·e Feuille! fini ,ail par trou\'er que c'élail avec cela, très coolente d'elle et du public.
La Cour avait été charmée.
bylle, 'était déclaré charmé, t:duit, conqui . délicieux.
f me de lctternich l mit ordre. li fallut
Elle açait, d'ailleur , cc qu'elle fai:-ait, la
s'entendre à jouer et à dire comme de arfine amha. ~adricc eu :-e montrant à l'égard
Le rtile qu'elfo avait accepté de i bonne
dn maitre frri1·:iin lleuri • de douceur el de gr.\ce n'était pa. au si ai é qu'on le pourrait û le ce comédie de paravent.
pr :"enance. Quand t1D aime le tbé.llre el croire. Il n'était pas i • impie d'entretenir à
J'ai ou les yrut. tr~- à propo·. le volume
(Ju'on a . ous la rnain no nuteur tel •1uc Feuil- jet continu le rourant de la belle humeur
let, cela vaut bien qu'on dépen:c de l'cm- dan cette ociété dé. œurrée. On y mellait à as. cz raréfi I du Thédlre de aum du marqui
Philippe de lia a, gentilhomme, .oldat et
pre: 1•m nt cl de l'amabilité . • ·e venait-elle
'amu f'r, parfoi , une lionne ,oJonté Lri•
écri\'ain,
auteur attitré de la Cour de Tuilepa justt•mmt dr former le projet d'une cha- laborieuse. Toul comme aux Tuilcri~, il y
ries, régi seur général des cène de Comrade pour la fètc de l'impératrice?
avait à Compièrrne de. aprè -midi fort mau - pii·gne et de Fonlaineblco.u, qui avait pri la
Le lendemain, san plu~ nlleadr ', elle lui
aJc , quand il n·y a,·ait pa cba ~e ou excuruite du duc de Moro ', dan· l'art d'improfai.ail ronfidencc de ce li au d1u,cin. Le mot , ion en forêt.
"i,er de vaudevilles mondain à l'u a11e de
4u'clle a trouvé est de circon:-tance : ArmiUo oir, avant le dloer, elle n'avait pu
1•er airl', • fa ·œur Anne • pour la pre- trouver rien de mieux, co attendant le po- prince el de leur imités, el qui app lait
mi/•re syllabe, lui ouvr, une matière com- la •e, que d'indi11uer aux belle. oisivei un jeu, ~lme de lellcrnicb a u e. On ne jouait se.
mode à remplir. ffüer vi •nl de lui uggércr où il .· avail de la farine et une barrue dcdao ·, m nues pièces qu'une ou d ux fob; mai il
une malicieu~c fantai i&gt;. Elle a rché &lt;1ue le ,1ue l'on devait ai~ir avec . e, d~nls -an e a,·ait ce u~ enviable de recueillir le
fringant Galliffet aurait l'attitod, d'un homme blanchir le nez. Cho e difficile entre toute . applaudi .ements de· main •l le- vivats de
bouche· le plu ravis antes de la création.
11ui tom!., le ,enlre ~ur la glace el ne peut
Par le Lemp de pluie, on ne ~avait qu'iui, \·oilà Lien ces faroeu Com111er1tair
pa e relt·H•r.
maginer pour réveill •r l'animalion ur le
" - Très bien, princ se .. fai qui fera ri arr• a~.oupis. L'annonce d'une charade de Càa,·, C lie revue en deut actes Je l'anlt's \'Cr 1
née 1 lî5, un document lypi&lt;fue des actuartait la mieux accueillie et répandait, ou- lité.~ pari. ienoe· du momen1. el qu'avait
• - You~. 1 n'.pond-clle. •
dain, une noie folùtre dan. 1 salon . La
Les cbo~ei; ne trainaient point a\·rc celte perspecti\·e de co. tume ·, le ouri d toi- montée, répétée, et en grandi! partie interC"nlraincu e. On avait du :,'y mcllrc de uile. ldte , le jeu d,~ · répétition , c'était pour en- prétée, chantée 'on .\Ile e la prince e Pauline de Metternicb.
Quand il la rdrou,·c au ·bàteau, ,·io!lt-quatr
chanter Ir femme ·.
Elle y tléplo1a une chaleur tic zèle c traorht&gt;ure après ou guère drn1111a"c, la princ . e
Le thé:itre était le grand moyen.
dinaire.
a on rôle en main el le trarnillc dïmporCe fut toujour · la pa, ion dominante de
Dan la mi~e en ·Cclne d'une pièce in~crite
lanle, Oeta,·&lt;! l'euilld ura donc été l'auteur lime de Ic1t1:mich, le thé.Ur i en tou , enr
diliuenl, le con. rillcr littl'.-rairc ingénieux. li et ou toute le r;rmes. Elle n'en ùédai- au tableau, ,\!tue de ~fotteroicb, tout à on
e croit quille à cc compte. ,\fah non. Ju~te- gnait rien, même le fi1ruration-; rouelle cl role et à cc qu'on c,-pérait d'elle, ne ~e tenait
correspondance
ment, on per oonarre reste inoœupé dans la • le· taLleaux ,ivaots, qu'elle di. po,ait -céni- pa · d'agir et d't'crire.
charade; c'e l un méchant rùle de jardinier, quemenl avec le femme· intelli••cnte el ljUOlidienne en était con idérablemeot gro ic.
1pii lui tomiendraiL à men •ille. Un le lui a jolies, 11ui partarreaienl cc "OÙl. Elle était Clraquejour, elle email de Ct!' hillrt · alerte,,
r: ené. Il 'eo défend. Est-ce ,pie le prince prince~ e de nai ~auce el d'éducation, arû te comme elle ut en lourni:r ur tou le ·ujet~.
et qui formeront, le jour où oo 1 réunira,
de l\cu~s'!... E l-ce 4uc Clermunl•Îonncrrc el mu icienne de tempérament.
un r ·cueil de plu curieux d de plu· vivant. ,
u· nd.,~~erail pa Lt'au •oup micu la 1·c. le
Le leu acré était en elle. Elle anit la con~I. de lia ·:a, 11ui com ·rra, depuis lor ,
enrulrannfo de ce hergèr LouL XV? Vaine
·tanœ d'apprendre de lonrr. rôle.- coupés de avec la prin · e des rapport J, "rande
xcu c.. Oo ne \'eut pa eo entendre daran- chan ·on , d'organiser les répétition- et de réla"e. Il n'a que le lemp. de donner es ulcr point par point l'arranrrement d pre- amitié, en fut, naturellement, très farori ·é.
JI y a\·ait à 'entendre ur maints détail·, à
in trutLions pour le décor el d'aller pa. er mière , awe le concoor de ault' ur et de
culoltt! de a.tin. La repr :,enta lion a déléuué · officiel· de· plaisirs de la Cour. Ellll couvenir d'un rôle, d'une intcrprt'•Lation,d'une
lieu. n ,erra le délicat écrivarn apparaitre se fai.aitde on plai ir un devoir et un lra\'ail. nuance nouvelle à introduire, d'un changement h faire. Et les notes épistolaire n
tout à l'b ure, au débouché d'un para,·1:nt,
li était bon qu'une entbouja 1, de la
et e montrer &lt;:u cène rc\'èlu d't111 as ez ridi- .c ne, une ,irtuose comme la princes c de cbomaient pas
c Vou de,e;: al'oir bien des letlre de la
cule co turne, a'"cc une tète de vieux bon- Ml!llt:ruicb, eût à cela l'œil el la main. IJor ·
pirituelle grande dame, di ·ais-je au marqui
homme poudré à blanc, portant de on de sa ·urreillanc , on eùl commis tant
de Ma a, un oir de rencontre inopinée
terre de CliamaranJ •, la 11ë1r1&gt;-1:i d,· la 1lud1
d'inexactitude , répété tant de petile mala- (c'était au Th~àlre-Fro.nçai , à la prrunière de
11' lait un • •cr~l pour aucun ,les im·ité •
dre ~e , qu'on oe prenait pas a ez la peine la Plus Faible, de Marcel Prévo t), dt-... 255 ....

�H1STO'J{1.ll
perles que vou'! ne lai erez poinl s'égarer.
« Vou· vous tr11mpez, me répondit-il. Je
ne con&amp;t'l'Ve plu de lellres, depuis qu'une
tentation lrop forte ou qu'une main trop
pr Le s'est :1vi,ée d'en alléger mes tiroirs. ~
Par quel ·ortil~e e ont-elle~ en,,olées de
la cassdte du mar11ui' de ~fa a, qui les
croyail bien en ùreté dans le château de
Ménars, po11r circuler rn public, an indication de la provenan1:e, ni du nom du d.. Lmatairr? Le mysti&gt;re ne nou en a pa été éclairci.
Ou moin , rlle n'ont pas été perdue pour
tout le m,,11de. Il n'est rien que de très innocent, au re Le, dan ces billet « d'arli te » à
son poè1e, dt'S idées qu'on échange, de la
collaboration à &lt;l1:-lance. On y peut uivre,
jour par jnur. la marche des répétitions el
J'avancemeut des étud..s.
Ce sont de~ a,is, des conseils qu'on sait
donner fort à propo , avec une ju ·te ·se
d'instinct el de la manière la plus courtoise.
« Ne m'tlo v,•u1llt.'z pa~, dit-elle, - à la lin
d'une a· ·.,z lon~ue mi~. i,·e pleine d'obst-rvations, - Ut! m'en veuillez pa · de ces difficulté· pour mon rôle. Je déte· te faire de
emharra~, et j .. me suis décid.le difficilement
à vou~ en parltir. U,i· c'est que votre uecè·
dépeud b, auc·oup aussi de œrlaioes ch,i-e ,
que je me ,uis llt!rmi de vous mar4uer. ))
La que tiou de co. turnes e L son :,onci
parlil'Ulier. Ult' s'y eute11d, du re:.te. F.mellre
des proj .. ts. ltls fJire dessi11er par Marcelin,
de la Vie parisienne, exJculer par Wo1-th ou
par un aulre, PL revèllr par le plus charmantes mo111.ldi111· ·. pour le plai,,ir de Lou$,
c'est on eocl,antemenl. Mai· il n'e L pa · uu
seul poi11t 4ui 11e la Louche et donL elle ne
s'occupe avec . oll1ci1ude, en ce· coulis ·,·s de
fautai ie. Uan, le partage de· d,v.. rlls~eme11ts, les g11ùLS soul varié~. On aime ici le·
tableaux vivant,. On pr~fère là les ma ·carade ·, les Lraves1i~. Mme de Mellernil'h ue
dé~avoue 11i IP. uw, u, les autrt' ·. M111ife.,temenl. .e:, pr..d,lc• l1ow v,ml à la d1..iraJ .. , à
la comé,lw, aux ~I' ctad,i · dialogués el vivant,.
Là surtout un al'LIVILé fait mt:rvcille~ Pl donnerait à cruire 'Ille l'é,·enla1l r1•pl1é Je la
princes ·e a res,11 ·cité la vertu des l,a~u,·1 tes
ma!!l4u~·. r,,uJours la plu \·aillan1e. Loujours t.ur la hrèdw. elle se plJinl u11 pPu, de
temp en lt•mp,, de la ltédeur vù s'tlnd11rl le
reste de la coml':igniP.
« Vou · verret.. dt!cl:tre-L-elle au puèle de
la r ,·ut!, vuu · n·rr,·z 1t,s Pnnui et le:: llllSt'l'lque vous auret a sul11r avec acteur el aclrlCt'~.
Je con11ai · cela, c'est une ral'e allreU•t'. JI!
pui le dire. pu• ,1ut- Jt'II ui ·. ~~t Comp•èj!tlt'
esl fait, pour répti•er sérieu tme111, c,,111we
moi pour dan er ,ur la corde de B1011 d,n. 1)
Et ,,ue celle 1ruupe br1llrnte esl mala, èe
à conduire, ~urloul à nodre exa&lt;'le!
a Toul le monde court du rua,in au ,-oir
el, à 1'11 .. urtl de la répétition, pa~ àrne qui
vive. Rien 4u.- rautt-ur el ... moi. Ju ·qu'à
préstlul. ça u'a jamai mao4ué. ous a11ri1111
une t,elle cbauni, i le slatu q1w étai, cbd11•rti. o
Eocure, ,,i uu la lai,sait travailler; wai ·

non, pendant qu'elle on!re de la pièce, qu'elle
écril de la pièce et qu'elle eo vil, qu'elle se
tourmente à en éprouver chaque effet, à en
interroger chaque nuance et chaque détail,
aulour d'elle on babille, on fait du bruit,
comme s'il ne s'agissait point d'une cho e
d'importance.
&lt;&lt;
On ,ient m'interrompre à chaque
instant. Bu on {le prince de agan) ja e
comme une pie. Bussière ne se lait guère.
Richard fait comme eux; ma tète n'y e Lplu
du tout, et je ne sais trop ce que je vous
dis. 1&gt;
Richard de Metternich, en effet, est beaucoup moio entrainé. Tenir l'orche Lre, jouer
du piano, il y consent; mais monter en scène,
donner la réplique. il n'en éprouve qu'une
faiMe envie.
« Ne comptez pas ur Metlernich, écrit
lme de Pourtalè ; on n'e l jamais ùr de
lui; il ne veut pas jouer. 1&gt;
'importe, la princes e e donne as ez de
mouv..ment pour deux el davantage. a dilig,rnce e t ans ecoode; sa complaisance
d'apprendre, de dire ou de chanter est sans
limites. C'est au mème correspondant :
« Mon cher ~la a, je chanterai ce que
vou voudrez me donner et ce que les autres
ne voudront pas. Je vous répèle ce que vous
sa,·ez, j'e père : c·~t que j~ ne uis pa lrop
d1ffi1·ile à faire marcher. J°ÉTonu:, à l'heure
qu'il est, mes rôles; car ils ont à peu près
appris. Voilà mon plan de campagne : la
cantinière uipageu e, bruyante, l'allure mililaire, l'air go 0 uenard; la Grève. bona e, un
milieu entre le 1·omi4ue el le ridicule ... une
naïveté, p.enre Alphon ·iot&gt;. Enfin, la Cban on
l1'ès f,·ançaise, graci... u e, f{entillc, gaie et
parfuis très posée, rieuse et parfois Lri le •... »

de la repré·entalion !. .. Cti serait à e pendre
au premier arbre venu l »
En voyaae, à Vienne, ou ur les chemins
qui mènent à es magnifiques propriétés de
Bohême et de Hongrie, elle emporte ses rôle ,
les reprend, les travaille avec le cru pu le
d'une véritable actrice :

Le lieutenant-civil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

« Vieone, 29 octobre 1 65.
&lt;&lt; Je chante et je rechante; j'apprt&gt;nds, je
répèle; je uis, enfin, en pleine revue 1 ••• • ,i

El, à force de brûler les pl aache ... du
théâtre de Compiègne, ans y prendre garde,
entraînée par le métier, si j'ose dire, elle se
lai e gagner légèrement aux façons de parler
dé 'iovoltes, un peu osées, un peu familières
des divas el des divette· :
« Quant à l'air à loul casse1·, cela va
comme sur des roulelles et je me demande
pourciuoi il m'allait si pt&gt;u, au début .... Je
refuse énergiquement la dan e espagnole,
dont me parle Bo on. J'en aurai a,sez fait
en créant tout ce que vous m'avez envoyé. li
y en a plu qu'il ne faut à ja er et à fredonner. Je crains que le public ne me prt'nne en
grippe; car je lui eo sers, en veux-tu en
voilà. »
Mais, tout en se livrant à des espiègleries
que a jeunesse explique, tout en jouant avec
un diable au corp qui n'appartient qu'à elle,
ne croyez pas qu'elle oublie son étal de princes,e et a dignité d'ambassadriœ. li umL
qu'ils soient en cause pour qu'elle se mette
nettement ur la défensive :
« Permettez-moi de vous confier touL bas,
tout ha , que je me refu e à chanter le coupl •t à l'empereur. Je ne pui le faire, et ce
serait ridicule dan ma position d'ambassadrice. Je vous upplie de ne pas me faire
Lrû.ler un seul grain d'encen . &gt;&gt;

Il se rencontre ouvent des anicroches.
Cbal'uae apporte une réclamation, demande
un 1·ba11 •ement, exü:e un coup de ciseaux.
L'1mpératri1·e au.· i taille dans les couplèl en
loug ou en large. Toul de même, le cho es
P!llin s'arrangent. Cda ~e des ine el prend
1·orp·. La troupe arrive à travailler d'ent'tuhle. « Je counais bi .. n LDnn public »,
a ,ure alor la d1rt.'clriœ de la scène. ne
aclr•œ de prores~ion ne s'i:xprimerait pa
autrem• nl.
011 st-nl qu't•lle 11'aime pas les lenteurs.
Elle hrùle d avoir en main toute la pièce, de
~.noir . es rôlt&gt; , d'P11trrr en .cène. « La
pièn,· ! la pièi.·Pl » rèclamt"-t-f'lle. L'imprévu la
wurnwnte. l'1mp11He. Elle t sl dan 1• tran es
4ue tpwlqne événetut'nl malencontreux n'aille
e11t·11re rt&gt;Lard"r la fèlt.&gt; théàlr;1le.
(( J'., ·vèrt: bt.'aucoup, j',·.père de tout mon
cœur •1u.. le d1u1t:ra u·l'rufiè•·hera pa le séjour
d, CompiègnP, ni qu'un affreux deuil de cour
ne viendra uou · towuer l&gt;llr le do , la veille

Qnant aux hardies e· du texte, elle n'e,t
pa · prudE:. ~lai , pour d'autre., pour Cornpi rrne, pour la grande maitresse d'E süng
aux airs timorés el renfrognés, elle réclama
qu'on atténue la vPrdenr de couplrt .. Dan
les Commentaires de César, elle avait douli~e
rôle. Elle incarnait la chan on, la vraie chanon françai e; elle repr l•enta1L au •i, bra,·emenl, un u chevalier du îouet 1&gt;. Il fallut
supprimer, dan le grand air du a apin • en
course, l'allusion trop vive aux store bais és
dt&gt; · voiture publiques. Très amu ée, d'ailleur~, heureuse d'avoir à détailler le malice·
du rondeau, elle avait chaulé le reste du
morceau avec beaucoup d'humour, en digne
automédon-femme, qui, par dévouement à la
famille, a remplacé pour un jour, ur le
siège, 011 mari en état de grève.
Ces grandes audaœs théâtrales étaient de
ai on el ne Juraient que leur temp ·, une
fiè\'re d'automne renai ant el di parais anl
a1·cc le vacances de Compiè!!lle. Le vertige
l. Dan- la même lettre, de sa main de princesse,
pa~ é, elle savait, et vite, reprendre ous son
elle aJuula : , Vilr, faile:;.-moi ln mu~ique Je l'air :
amabilit~ !1ère, pour qu'on n'en ignorât, le
llac.iche turco
a,·ache coguaco .... ,
tond~ la grande dame el les convenances de
Un miuce tlètail, cumu,e on voit, qu'elle n'oublie:
son rang.
pa,.
(A suivre.)

FRÉDÉRIC

LOUEE.

du faubourg Saint-Jacques, cl, le trajet étant
forl lona, celle cbaritalilc prince e a,·ail
l'habitn,le de lui envoyer son carro se.
Le 1;; mai,~(. de Sacy devailju tcment e
rendre thez la duch .e, mai · celle-ci ne put
ce jour-là le faire prendre, tou ·e chevaux
ayant éLé envo1és en relais au-devant de
~[me Ja prince e de Conti, a btlle-,œur,
revenant à Pari aprè la mort de ,on époux
qui venait de terminer dans la pénitence une
,ie p1 .ablemenl agitée.
En cette année 166G, avai , nl commencé
di! précoce chaleur , l'air était orageux, el
en prévision d'une longue marche à pied, l'extrémité dn faubourg "aint-,\nloine n'e. t
p~ tout prè de hauteurs du faubourcr aintJacque. , - M. de Sacy, voulant profiter de
heure les plu fraiche du jour, e mil en
marche à ix heure~ du malin.
Comme, depui plu de deux. am•, il 'al-

afin, lor,qu'il ,erait pris, d'al'oir au moin
comme con. olation et -ecours ce beau lh·re
M. de Sacy, les épîtres de saint Paul,
dans sou cacliol.
les u carrosses à cinq sol n et les
cc Q11'on fa ·.e de moi ce qu'on ,·omlra,
Mét.11norphoses ,t'0111de.
di ·ait-il avec a · urance, en quelque lieu que
l'on me mette, pourrn que j'aie mon :tint
Paul, je ne crains rien 1 »
Les . olitair~, ces amis du dt!hors chez qui,
dès l'année I GGO, le Lieutenant Ci,·il avait
lai 1a chaleur 'annonçait comme devaol'
été appelé à faire de~ vi ile~ terminée de si
être i accablanle et le chemin à parcourir, à
aimable taçon, furent, par ordre du lloi,
pied, dan des rue montante el pous iépotmuhi· avec autant d'acharnement que le
reu e , était i Ion que, ce jour-l;1, avec un
religieu e . Errants d'asile en a.ile, c'est
peu de Mrrel el pour ne pas se trop charger,
en 'min que, réunis par pctil !!Toupe , ils
~r. de .. acy lai a on ,:;aint Paul ur a talile.
·tlîorçaient d'échapper au. recherche d'une
Afin d'ailleur de diminuer la fatigue el de
police sans cesse en é,·eil.
couper le trajet, il comptait 'arrèter ;1 miPeu aprè l'e111rée solennrlle du Uoi el de
chemin à l'egli_e aint-P,IUI ou à 'aint-Gcrla Reine à Pari , M. de acy, le saint prêtre
vai' pour y enlendre la me, e.
directeur piriLuel de olit.aire , avait dû
Accomp:icrné de ~I. Font.aine, l'un de
quiller a retraite d Trou el venir 'in litaires qui demeuraient avec lui, il ,e mit
taller en ecret dan une mai on i.solée
donc pai iblement en route ,er la ,-ille.
entre cour et jardin, tout à l'extréA peine, en suivant le faubour"', les
mité du faubourg ... ainl-Antoine, non
deux matineux marcheur· araienL-iL
loin de l'e planade qu'on continuait à
parco11ru une faible distance, qu'arappeler « le Trône », depuis qu'y avait
rivés à la hauteur do l'abbaye Sainlt\lé dre~sée l'e trade du baul de laquelle
Antoine, il· croi èrenl uncarros equ'il
Leurs !lajesté a\'aienl reçu l'hommage
reconnurent comme celui de M. le
de Lous les corp de la Yille.
Lieutenant Ci,il; il était tout rempli
Là, en compa!mie de deux ou trois
de commis aires.
amis fidèles, M. de acy menait la vie la
Sans prêter autrement attention à
plu rclirée,ctce me -ieur ·, respectéi;
cette rencontre et é,itant de e retourdes voi~in pour la dignité eL le calme
ner, le deux Yoya"eurs continuèrent
de leur ,·ie. e.-;péraienl pou\'oir échaph:ur route; ils allaient en grand .ilence,
per ain~i aux recherches de leurs encar M. de ac.·l avait coutume de dire
nemi~.
tout en marchant quelques prière, et,
Pendant un certain temp il
passant le pont el la porte aiut-Anloine,
avaient réos i en eJfcL, lorsqu'au comil pénlitrèreut li.cnlôt dan la ,·ille.
mencement de mai de l'année 166ü,
A celte heure matinale, le .oleil, has
ils crurent remarquer autour de lrnr
encore sur l'horizon, projetait à travers
logis et de leur per onnes des allée
la rue aint-Antoine J'ombre des ha11el ,enue et une surveillance de gens
les Lours de la Bastille. [)'in linct le
bitarre aux allure à la fois discrèles
compagnon de M. de 'acrleva le eux
cl inquisilire , ayanl tout à faiL l'air
vers les sombres murailles de la prid'e pion de l)Olir . M. de acy ou
on:
-e ami· venaient-il h orlir, quelqu'un
11 En vérité, dit-il, nou ne peu on
au itùt était ur leurs talon ; prepas as ez à ceux qui sont enfcrmés là;
naient-i ls uncarro e, unaulre carros e
ou n'a point celle compa · ion, dont
les sui vail; comme il avaienl un jour
parle saint Paul, et qui fail que l'on
p:t sé l'eau à la porle aioL-!nLoine
&amp;t au si sensiblement louché de 1a
pour aller à Saint-Médard as.i ter
capliüLé déS autres que si l'on était
aux funérailles d'un de leur5 amis, un
captif mi-même. J&gt;
homme se trou\'a dan le même ba- L.i. RtrE AINT-A::-TOIXE ET L'Ü,LISE An.t-PAUL AU nu• SIÈCLE.
Il disait cela en pensant au bon
D'après unt gravurt .tu Cabinet des Estampes,
teau cl ne le quilta pas d'un pa 1 •
M. avreux, Je libraire cl ami des
Choi i comme directeur de conscience
olitaires, qui, depui lonrrtemps déjà
par la duches.e de Longue\'ille, .Y. de aC) tendait un peu à être concluil qudque jour à était à la Bastille pour aToir imprimé leur;
avait 01nent à se rendre dans Ja peli te mai on la Ba tille, il avait pris oin de faire relier, écrit 1 •
en un volume do formaL portatif qu'il prenaiL
«
assez! C'est a ez, M ieurs! cria
; Ellrail du volume : /'ère el fille 1Philippe de
toujours
ur
lui,
les
Épitres
de
aint
Paul,
Uiampague et tl'III' Cc1ll1el'i11e de Samte~S11~1111e
2. 11vreux re la dix mois â la Ba lille. )'ou· l'ie
;, Port-lluyal , 11ar Clt. Gailly de Taariues. (Libr iric
1. Foot .. ioc. lcmoiré pour .en-ir il l'hi toire de
Ïllléru,011us et édifta11le1 de 1/eligieu ·es cil' J&gt;ort

c·~t

lle1:ltcllc d C".J

... :?56 ....

lV. -

Hu,TORIA . -

l'orl·ll.upl. lln.'t:hl, 2 vol. in-12. 1ïj6.

fasc. 3o.

Royal,:, L. lï52, m-1'.!, I\·. p. 25~.

�_

111ST0-/{1.Jl ----- - -- -------------------------·--------'

à l!e momenL uno voix derrière les marcheur
, 'étant retourné:, ceux-ci reconnurent

fours, les attendaient au passage, les voyaient
lou pa~serpleins devanteux. Le· jourssuhanl •
le uccès ·'accentua encore : des magi Lrats,

glisser le lettre , de a pocbe dans .on caleçon; imiolable asile. pen ait-il.
En quelques tours de roue, un se Lrouva
chez le commis air .
u OtE&gt;z votre manteau, Mou icur, cl ,·euillez
Yous a seoir ur cel escabeau. dirent le archer à M. ùc SacJ dès qu'il fut entré; et le
cordons de es hauts-de-chau~sc a ·:ml élé
dénoués par ces valet de cbamLn· improYisé~
qui, pour le mieux servir, 'étaient mis à
genouJI de,,anl lui, le pamre M. de ,. ac eut
la douleur, au milieu de leurs rire ironique , de voir les 1&lt; lettre de con cience » se
répandre lamentablement sur le parquet eL
tomber dan · leurs main ".
fai , après celle Cormalilé forcée.
le
commissaire voulut faire preuve de l'amabilité qui en dehors de :c devoir profedonnel , lui éLait baùituelle; ayant donc mené
~[. de acy dan une chambre haute. il ounit un placard dan · l'encoi.,nurc d'une cheminée; les lablelles en étaient garnies de
liv1·cs.
&lt;1 C'est ma bibliolbèque, annonça-L-il, non
san. fierté, car il se piquait de quelque cannai ·once dans les belle ~letlres; vou. poU\·ez,
Mon ieur, y puiser à voire fantaisie . Quel e t
,·otre auteur pri:f{,ré? Voici les Metamo1·pho ·es d'Ot•ide, Ll1·t ,J'aime1· ....
- Pardon, ~Ion icur, interrompit doucement ~L de ~acy, j'aimerais mieux la BiUe,
ne l'a\•ez-,1ous point? 1J
EL comme la Diltlc ne se lroma pa dans
la bibliothèque de M. le commissaire, déplorant le fatal mou,em.ent de mollesse, 11ui,
pour éviter une falibrue, 1ui avait fait lai ser
son aint Paul ·ur la table, le pauvre li. d~
Sacy se pas a ce jour-là de lecture.

,r.

LA PORTE

\\i; T-.-biTOl1'.E. -

Gr.ivure dt

alor · uu de, rnmmissa1r &lt;lu carros~e qui
accompagné de deux archers, les avaiL doucemcnl uivis sau qu ïl s'en aperçu sent.
u )fo sieur , e'Xpliqua celui-ci, j'ai l'ordre
ùe mus arrêter.
- ·e vou trompez-vous point, Monsieur,
u'l a-t -il point d'équivoque 'l répliqua, en s 'effor\:ant d·assurer a voix, le compagnon de
~L ùc 'acy. Moo iear, achcz-le, esL uuc
per onne d'importance · prenez garde de faire
mal à propo du scandale.
- '1on, non, répondit le commissaire, il
n'y a point d'équivo 1ue; nou connai . ons
vo as t•mblée. du rauhourg aint-Antoine.
- .\.lor , .il'!!&gt; icur I faiLE's de nous ce que
vous avez ordre de faire 1 • ,i
Le commi saire voulait éviter l'éclat, cl
comme on .c trouvait justemeul en face du
bureau des (l Car,·osses ri. cinq liOl ,, . au
coin de 1a rue coaduisanl à la place Royale, il
y fil entrer se pri onniers.
,. ur l'inilialive de ~1. Pascal à qui 4ucl!JDe · grands ~eignt urs de se amis a\'aienl
fourni de food .. l'rntreprise de C( Carrosses
à cinq sol » - ces ancêtres de no moderne · omnibus - a\'ail eu, quelques années
auparavanl des dJbuts e:.trêmement brillants; l'inauguration de la première« roule ,&gt; ,
aJJaut préci ément de la place Royale au
Luxembourg, avail été un vérilahlc triomphe :
la foule se pressait sw· loul le parcour , le
ouuier, au passage des voilure . quiuaieot
leur ouvrage pour les regarder· on ne travailla guère, ce jour-là. dans ces 11uartier •el
la11l de ,·oy:igcurs e pre -i:renl pour entrer
dans les ,·éLicules que ceux qui, aux carrc1. fü,moirc~ de Fuulaine.
2. ur le;; Cm-rosse à 5 sols, , oir la M ll·c de
\lme l't!Jicr i1 Arna uld ,le Pumponne , racoolànl d11
façou fo rt amu,au lc b journée d'ina ul!'Uraliu11 . (l'u-

~ COTIN .

(C.:ab{ntl des E sl.1111pe_s .)

con. eillers au Chàtelet, maîtres &lt;les f\eqi.tèles,
et même des conseillers au Parlement ne dédai0nèrent pa d'empnm1er ce mode de Lransporl pour se rendre ù l'audience el au Palais;
bien plus, on rit uu jour, non ans admiraLion, uu prince du ang, !gr le duc d'Enghieu,
fils du grand Condé, monter en carro e ~
cinq ols! L'entrepri e en uu mol ,emblait
marcher Vl'l'S un triomphal uccès lor que ,
toul d'un coup, la mort malheureu e du
pauvre M. Pascal, enlevé à trente-neuf ans
par de · infirmités douloureuses cl précoces,
vint arrèlrr ce bel es or. Oe ce jour, les carra .c à cinq .ol · ne firent plu que ,·égéler,
leur e.n-ite devint irrégulier et incommode,
au si la foule ces~a+dle de se pre scr aux
bureaux, hs ,·oilure partirent à ,,ïde , ilne
,c trouva plus pt:r~onne pour le allendre
aux carrefours; l'enlr?pri e était morte avec
son merreillcux organisa leur 2 •
Ce jour-là donc, à celle heure matinale,
un carro.:i e vide allenùait JSolitairement le
moment du départ· profilant de la circonstance, le commi . aire pria &lt;1 le mailre du
bureau &gt;l d'agréer qu'il fit monter es prisonniers dao la ,·oiLure pour leur faire ,eulemeol Lra,erser la rue et les conduire à son
logis, c1ui était loul prod1e, prè ainl-Paul.
- Pendant ce court lrajd, Y. de 'acy 'ilgilait beaucoup. Dan la poche de son habit,
se trouvaient en effet quch1ues !cure_ reçues
de personnes don l il dirigeait la con cience;
l'idée de Yoir ces papier contidentiels tombe!'
entre le- mains des gens de police lui élail
une atroce ou[rance el, sous .on manteau,
à grand effort, il paninL à faire douœruent
pier ùc la r~millc Arnauld. BilJl.dc l'Ar enal) et Y.de

Youlrncrqur . Le carru,:;es-à 5 ,ob. br0&lt;·h. iu-12, 11!28,
J . ll émoirr rie Fonlà me.
i-. li. de ,tuloml iu . ,lu ca nton ile Soleur e, anil

Les Suisses du colonel Molondin

Pcndanl ce temps, l'émotion était grande
au logis du faubourg ainl-.Anloine. Suirant
les ordres trè évères du Roi, des force
impo ante · avaient été préparée pour s·a surer de ces dangereux conspirateur· et de
leur. important papier . Le colon I dr
ui~se , M. de )Jolondin 1 , qui e trouvait
êlre le voi in de 11. de Sacy el de es compagnon et dont la mai on touchait à la leur,
avait r(çu ordre d'as embler chez lui, pendant la nuil, Ioule sa compagnie en armes el
de se conformer en uile aux prescriptions de
M. le Lie11lenanl Civil· une centaine d'archers
a\'ait de plu ' élé cachée dans &lt;&lt; la mai.on du
Trùne », &lt;:elle mai on où Leurs Maj11 ·tés
avaient pri leur repa le jour de leur entrée
dans Paris.
-.: i, le malin, M. le Lieutenant Ci,il avail
tranquillement Jais é passer devant son carro ~e )1. de acy et on compagnon et donné
ordre à son commissaire de ne les arrèter
qu'en \'ille, c'était de crainte que le moindre
brait, excité dan le faubourg, ne vînt à présuccüdê comme 1--olo11el rlu rëgimenl des Garde,
11i.-scs â ~ - de llcs&lt;y, ,lu 1:a nl&lt;&gt;11 Je Gloris. P, Daniel,
lli&amp;t . de la 111ilfoe frrn u;ai«e, 1. ll . p. :;1;, \'oir nulu
à la liu du chapitre.)

L E LlEUT'ENA.NT c1nL D 'R.,EUX D'.JlUBJ?.AY ~

nmir ccu. 4u'on cbcrchait du dangrr qui
planait sur eu\ et ne leur donnâl ain i le
loi ir de Mtoarner qudques papiers compromettants. ... e_ inslruclions donnée, , ce magistrat c fü conduire chez le colonel de
uL ses et tous deux, de concert, combinèrent
un habile plan de campa!!lle qu'il mirenl
aus itôl à exécution.
Parmi les olitairc demeuré dans la maion ain~i menacée d'un siè"e, se lrom:ail
M. du Fo · é, cc jeune homme sur qui lei;
fri,;olrs pectacle du siècle exerçaient encore,
quelques année · auparavant, un si regrellable
attrait et qui, en aoùl IUOJ, n'avait pu ré isler au désir d quiller la olilude de · Trou,
pour venir contempler les pompes de l'entrée ·ol,mncUe du Roi.
Le jour où M. de acy commît la regrettable imprudence de sortir n on volume de
saint Paul, li. du Fossé, un peu fatigué d'un
voyage dont il étail revenu la ,·eill , C'éda au
be oin de faire gra ~e malinée cl, nlrairement à on habitude, à ix heure pas • il
-C Lrouv:.1it encore au lit. "élanl alor- é,·eill &gt;
il e leva, courut ounir la fenêtre de son
cabinet afin d'y donner de l'air et rentra
dan sa 1.;hambre pour s'habiller.
A peine avail-il commencé sa toilette qu'un
Lruit .ourd cl répété, em.hlable à celai de
plusieurs objets de fort poid tombant lourdement · ur le p:irquet, le rappela en toute
hâte et fort intrigué dans .on cabinet; quelle
ne fuL pas sa Lupt1faclion de s') trouver face
à face a ec quatre soldat sui - qui, par la
fcuètre ouverle, venaient d'y sauter avec
Loule la légèreté propre à leur nation el à
leur élal.
« A qui eu arez-,'Olt ·, demanda M. &lt;lu
fossé ahuri au premier de ces étranges ,i iLeur qui se Lrom·a devanl lui; qu'est-ce que
vou waez faire ici, par les fenêtre , au-de.!ll des murs, arec des mou quels?
- Je n'&lt;'n s:iis rien, répondit le fidèle
oldal, c'e L par ordre de M. le Colonel 1 • 1)
Par la mème Yoie, arnc la même légèreté,
d'aulres ·uisscs conlinuaienl à pénétrer;
bienlùt le logis en fut rempli, ils e répandirent daos Ir couloirs, de cendirenl IP.
degrés et coururent ouvrir la porle d'entrée
à leur. camarades appo té en ba .
Un moment après deux commis aires monlaient à la chambre de
du Fos é.
« Voici M. le Lieutenant Civil, 1, annonchent-il .
Ea effet .ll. d'.\uhrar marchait sur leurs
pa·, et, pénétrant dans Ïa chambre, 'y trouva
eu pré cnce de 1. du fos é, lOUJOnrs en
costam1: de nuit, tel qtr'il était orti de on
lit.
&lt;&lt; llonsieur,
'écriait avec agitation M. du
Fo éen parcourant sa chambre dans ce léger
co~lume, je ne ~aurais a set 'l'OUS témoigner
combien je uis 'urpris de votre façon d'agir.
\os rren me traitent TI"aimr11L comme un capitaine de ,oleur !
- C'c t par ordre du Hoi, D répondit
·implement le Lieutenant CiYil.

lléveillé au bruit cao-é par cet extraordinaire déploiement de forces, tout le quartier
'était ameuté; des gen · parai saient aux
fenètres, 'habillaient en hâte, descendaient
précipitamment dans la rue pour s'enquérir
avec curiosité des événement .
(&lt; Ce
ont des rrcn de finance à qui l'on
rcut Faire rendre gorge, disait l'un .... Xon, répondaient le autre. , cc onl des hérétique;; q11'on ,·a brûler.... - You vous
trompez Lou , ce sont des faux monnayeurs,
complices de ce Delcampes qu'on a pendu
ju. lement hier. ,1
Celle forluile coïncidence fai aul pencher
les opinions de ce côté, c'est la version de
faux monnayeurs qui reaconlrail le plus de
créance el le boula.nge.r, fourni eur de~ Solita ires, quo ceux-ci avaient ju Lcmenl payé la
\"eille, courul en hâle el Lrès inquiet \'érifier
dans son tiroir la monnaie qui lui avait été
comptée.
&lt;&lt; 'ils font de la fau e monnaie, dit-il
ra uré après avoir fail sonner les écus, ce
n'est toujour pa à moi qu'ils l'ontdonnée 1• 11
Pendant cc temp , toujour · captif chez le
coromi aire dc,·ant l'armoire aux llétamo,·ph PS d' 01•i1le, 1. de ~aCl contiuuait à
déplorer amèrement J'ai, ence de on saint
Paul. Enfin. après ix heures d'angoi se,
ver. midi, ·arrêta de"ant la porte le c..trros e
de M. le Lieutenant Civil dan lequel deux
commissaire fir nt entrer le pri onnier .

aire· demeuraient muet comme de poi. son . C'est seulement lor que, roulant avec
bruit sur le paré de la rue ~ainl-Ântoine el
se di rigeant rnrs le faubourg, le carras e eul
dépassél'cnlréc de la Ba tille, que les commi saires, e déridant enfin, s'écrièrent en rianl :
« Vou· le voyez, lle ieur· , c'est chez ,·ou ·
que nou vous menons l , »
Quel cbange~ent au lo"IB en si peu ùc
lemp ! et comment reconnaitre dao ce
camp militaire, bruyant, affairé, plein de·
jurons, le lieu qui, hier encore, enail de
dem '11re i paisible à la piété?
.\.u dedans, au debor , ce n'étaient que
Suisse et archers; les cours, les jardin , le ·
,ulles, le degrés, 1a cui inc el la ca\'e surtout, étaient remplis de soldat , le· un· faisant sentinelle, d'autres sondant le pot-au-feu
ou vérifiant si le î'În était à leur goût.
A l'approche du carrosso amenant ~1- de
acy, tou furent rassemblé pourtant el se
rangèrent en une lon••uc haie tJui, prenant an
milieu de la rue, traversait taules le cour
el allait jusqu'au fond du jardin.
Devant le Licutenanl Civil qui, pour dr ser se procè -ve!'bau , s·élail in ·tallé un
bureau dan une de chambres de la maison,
l'inlerro atoirc commença ans ilôt.
&lt;l Voici, dit le magi traL en feuilletant le ·
importants papiers si mnlheureu ·cment saisi ·
:-ur M. ,lr Sacy. Yoici des lettre qui, Loule· ,
se111Llenl bien adœsséc /1 la mèrne pcrsonrni

,r.

,1. Rdation_~e fa prison de M. de. :1cy par li . Fo'lla111c,

,lan&lt; 11e8 111(ére.•

a11 /e1 el &lt;'rlifinufe de-. rt li

L .\BIU YE
0

l)E P o 1n- R OYA L-lJES· ClIA..\! PS :

LE

CIIAPITl{E.

lJ'Jprës I.J gra1•ure Je ~IA &lt;iDELEI NE H o R tuE&gt;lî.Lb. (C.ié ine/ des Estampes.)

You nous condui ·ez à la Bastille '/ ll
inlerro 0ea M. de acJ,
~lai , impa iLle et gra\'e , le commi &lt;1

gicmes c~r Porl-Roy'!-l el de pl1!$ie11r!!'.1r~1J111:;
leu r Uaimt atlnrfrüs, l. lî. . 1.. 1JJ - , 111- L .
.... 259 ...

q111

el rhacune d ellc pourtant porlc une buscription dilférente. Qu'e t-ce par exemple qn u
~J. de Gournay?
0

2. Vie i11ll!rtssa11les, IV , 1'· 1i~1.

;;. llémoires de

Fonl~Îl11• .

�1f1ST0'/{1A
C'est moi, Monsieur.
Et M. Deleau?
- C'e t moi encore.
- Et M. de ..,ac1?
- C'e t toujours moi.
- Oh I oh! observa d'on Lon sévi·re le Lit•utcnant Ci\'il, tant de mystères sentent Iiien la
conspiration.
- Monsieur, répondit sans s'étonner et
d'un ton dou mai' ferme M. de ac,, l'étal
où vous me vo1ez maint.enanl réduit do.it a~ ez
justifier à ,·os yeux les précautions que j'ai
pu prendre; si j'ai eu tort en un point, c\:st
s~uJemen.t, je crois, de n'en point choisir
dassez ure .
- Où demeuriez-vous avant d'être ici Pl
où vous rendiez-vous tle ce pa , lorsqu'on
mu arrêta?

sant, )lonsieur, de la liberté que le Hoi
donne à tous ses sujcls de lo,.er où il leur plait
et d'aller où ils veulent, j'ai demeuré là où
bon me embla &lt;'t sui allé partout où m'a1&gt;pclaient mes affaire ; je n'ai pas à \'OUS en dire
davant.1,.e, vou n'avez droit que snr hl
crime et non sur les choses le· plus innocentes, et c'est naimenl se moquer du
monde que de croire, quand on a pris une
personne, avoir droit de lui faire rendre
compte de taule a vie.
- En agis anr sur ces principe on pour•
rait éluder toute le demandes des maaistrats,
objecta timidemenl ·et d'une ,·oi. faible• le
Lieutenant Civil qui, devant œlle belle assurance, se trouvait tout décontenancé el avait
presque l'air non d'un juge, mai bien plutôt d'un accusé.

1. lïu i11lt!res1anles. I\'. I'· 170-71.
2. l'ira i11t1fre 1a11lu, 1V, p. '171.
Le colonel des ·uisses dont il e.t 11u~:,l1on en ec
cl1apilrc esl Laurent d"Esla,·a,o! de llolondin, colonel
d'un régiment suisse de 1648 ~ t6M, puis des Gar.les-

Sni es 11 u 13 d cembre 1655 a octobre 1685, m1trêchal-de-camp le 7 jan~ier 1056, mort le 25 oclobrc
IO 6 à soi~ntc.Ju neuf an~. Reuseigncmcnls dus à
l'obligcnncc de ~- Félix Brun, arcbi1i~le des Archives
J,isloriqucs au ministère de la Guerre.

(A

Querelles de princesses
ous fûmes d'un voyage de )farly, qui fut
pour moi le premier, où il arriva une singulière cène. Le roi et Monseigneur y tenaient
chacun une table à même heure et en même
pièce, soir et malin; les dames s'y partageaient sans aUectati.on, inon que Mme La prince se de Conti étail toujour à celle de Monseigneur, et ses deux sŒurs toujours à celle
du roi. Il y avait dan un coin de la m~me
pièce cinq ou six comerl où, san affectation aus i, se meltaieot tantùl les unes, tantôt
Les autres, mais qui n'élaienl tenus par personne. Celle du roi était plu proche du grand
salon, l'autre plus \'Oisioc des fenêtres et de
la porte par où, en sortant de dînet, le roi
allait chez Mme de füintenon, qui alors dinait
,ou vent il La table du roi, se mettait vis-à-vi
de lui (les tal,les étaient rondes), ne mangeait
jamai · qu'à celle-là, et soupait toujours seule
chez elle. Pour expliquer le fait, il fallait
metlre ce tableau au net.
Les prince es [après une brouille récente]
n'étaient que très légèrement raccommodées,
et .Mme la princesse de Conti intérieurement
de fort mauvaise humeur du goùt de Monseigneur pour la Choin qu'elle ne pouvait
ignorer et dont elle n'osait donner aucun
signe. A un dtoer pendant lequel Monseigneur était à la chas e, et où a table était

- 'i vous m'accusiet, Monsieur, poursuivit M. de acy, d'avoir fait quelque chose
contre le Roi ou contre le Lien de l'État, je
con enûrru alor à vous rendre un compte détaillé de ma conduite et, non seulement je vous
dirai tous les lieux où j'ai été, mais je \"OU
nommerais encore toutes les personnes que
j'aurais pu fréquenter; mais la ..-érité m·empèche de mentir et la charité de vou livrer
les nom de me' corre pondant ; ce n'est pa
ble er le respect que je vous doi de ne vouloir pa expo er mes amis à vos violences; en
faisant autrement, fagirais contrl1 le droiL
des gen et me montrerais indigne d"avoir :1
l'a\'enir aucun ami. »
e trouvant rien à répliquer à cela, le magi~tral e lut. ... « Le pauvre homme l pensait en lui-même M. de Sacy, il n'est pa
des plus habiles el Dieu nous fait une
arande grâce de n'avoir affaire c1uâ un
magi Irat auquel il était si facile d'en imposert. 1&gt;
0

SUÎ)'re.)

tenue par Mme la princesse de Conti, le roi
s'amu a à badiner avec fme la Duchesse, et
sorlit de cette gravité qu'il ne quittait jamais,
pour, à la surprise de la compagnie, jouer
avec elle aux olives. Cela fit boire quelques
coup à Mme la Ouches e; le roi fil semblant
d'en boire un ou deux, et cet amusement
dura jusqll'aux fruits et à la sortie de table.
Le roi, pa ant derant Mme la princesse de
Conti pour aller ched[me de Maintenon, choqué peut-êlre du sérieux qu'il lui remarqua,
lui d.itassezsècbementque sa gravité ne s'accommodait pa de leur ivrognerie. La princes c
piquée laissa pa ser le roi, puis se tournant
à Mme de Châtillon, dans ce moment de chaos
où chacun se lavait la bouche, lui dit qu'elle
aimait miem: être gra,·e que sac 11 Yin (entendant quelques repas un peu allongés que ses
5œur avaient fait depai· peu en emble), Ce
mot fut entendu de Jme la doche e de
Chartres, qui répondit a scz haut, de sa voix
lente et tremblante, qu'elle aimait mieux être
sac à rio que ·ac à guenilles : par où elle
entendait Clermont el des officier des gardes
du corps qui avaient été, les un· cha sé , les
autres éloignés à cause d'elle. Ce mot Iut si
cruel qu'il ne reçut point de repartie, el qu'il
courut sur le champ par Marly, et de là par
Paris cl partout. Mme la Duchesse qui, avec
bien de la gràce et de l'esprll, a l'art des
chan on salées, en fil d'étranges sur ce
même ton. Mme la princesse de Conti au
désespoir, el qui n'avait pas le mêmes armes,
ne ut que devenir. Mon ieur, le roi des traca series, entra dans celle-ci qu'il. trouva de

Cu. GAILLY DE TAURINE'.

part el d'autre trop forte. Monseigneur s'eu
mêla aussi; il leur donna un dtuer à Meudou
où ~fme la prince,se de Conli alla .eule et y
arriYa la première; les deux autre y furent
menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu,
tout fat aride, et elles re\inrent de tout point
comme elles étaitm l allées.
La fin de celle année fut orageuse à Marly.
Mme la duche .e de Chartres et Mme la
Duchesse, plus ralliées par l'aversion de
lme la princesse de Conti, se mirent au
voyage suivant à un repa rompu, après le
coucher du roi, dans la chambre de lime de
Chartres au ('bàtean; Uon eigncur joua lard
dans lesllon. En se retirant chez lui, il monta
chez ces princes es et le trouva qui fumaient
avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corp de garde 1tisse. Monseigneur,
llui en vit les uites i cette odeur gagnait,
leur fit quitter cet exercice; mais la fumée
les avait trahies. Le roi leur fit le lendemain
une rode correction, dont :\!me la prince se
de Conti triompha. Cependant ce brouillerie.
se mulLiplièreot, et le roi, qui avaiL e~péré
qu'elles finiraient d'elles-même , s'en ennuya;
et un soir à îcrsailles qu'ell~s étaient Jan
son cabinet aprè on ouper, il leur en parla
très fortement, et conclut par les a urer que,
sïlenenlendaitparlerdavantage, elles avaient
chacune des maison · de campa ne oil il les
enverrait pour longtemp el où il les tramerait fort bien.
La menace cul son effet, et le calme el la
bien é:tnœ rc-vinrent el suppléèrent à l'amitié.

EN 17()1. - Ff.:TE DE L'ÊTRE SUPRÊME, u:

G,·a~urede

BERTOAULT,

d'atrès

Dt1PLESS1-BERTE.AlJX.

L'Exode des Girondins
Avec lu So-nin de F,tion d lu Jlf,mair~• de
Lount, nous avons suivi la fwte à travers la France
du diputis girondins proscrits par la rivolution du
3 1 mai 179.3. On a vu pOT suitot de qudl&lt;-S angoisu.ntcs
avc.nhrru louvet, SÛ&gt;andonnant sucompa~nons dïnforhu,c aux environs de llbo::irne, parvint à rcgagntt
Paris el à .-ctrounT ,a chère Lodoisb . .L'itude qu'on
va lin nous ramèntta dans I• Gironde et nous fix«a
sur le son de ceux quot Louvd y avait laissis. On se
rappcJlt, sans doute, qu'il avait été, ,avec d'autru fuitltifs, recueilli à Saint-Emilion par une femme héroïque
dont, p~r prudence, il ne prononce pas le 110m, en il
écrivait Je récit de son l1.m.«n1ablc voyage alors qu'il
était ioncort: sous le co;tp de la proscrlptio:1 ignora.nt
et q1ùtaient devenus su amis. C'est l'hi,toire de cette
couragtusc ciroycMe qui va urvir en qutlquesorte de
dénouement et d'ipnoguc aux pagu que nous avons
publiêu soiu le titre d 'Exo:I, dts Giro11dit1s, en risumant qudquu-11115 dt.s faits qu"on connait dêj\ et en
nous nnscign1nt sur la tin tngique des compagnons de
Louvet et de ceux qui cun.nt la rémériti, bien rare.
de J,.ur vorur en Ïïdc.

son lr Girondins proscrits, montre une de
ces bourgeoise d'antan avenant-es et adroites,
dont le cœur était aus i parfaitement ordonné
que la mai on. Elle s'est endilll3nchée pour
c faire peindre; sur ses cheveux pompeusement étagé-, e t posé un petit chapeau de
bergère; elle a de grands eux noirs un peu
étonnés, le nez. est mince et régulier; la bouche, naturellement souriante, se force à la
11 rarilé; un ruban noir suspend au cou une
croi.x à la Jeanneue 1 ; mai sou ces atours
apparait la femme impie et laborieu e des
jours ouvrables, circulant, dè le matin, de
es chais à son fourneau, avec la bonne humeur conciliante de ménagères d'autrefois,
économe., aimante , 11ui faisaientà no pères
l'existence si confortable et si digne.
)Jme L\ouquey n'était pas jolie, elle était
charmante : c'était, a dit quelqu'un, &lt;c une

Madame Bouquey.

J. L,· portrait a èl~ publié. pour la premii•re fois.
par C. ,•atrt dms son ouvnge, Cliar/Qlle Corday et
les Girrmdius. C'esl aux documents publié par Vatel
que se nfiportent les références citëes au cours de
celle étut e•

Un portrait de Ume Bouquey, l'héroïne au
tra·nquille courage qui recueillit dan sa mai... '.!ÔO ...

10 PRAIRIAL -

de ces figures qu'on mit sans surpri e mais
qu'on quitte avec regret 1,. Son nom était
Thérèse Dupeyrat. Mariée au procureur du
roi à Saint-Émilion, Ilobert Bouquey, de dix.ept ans plus âgé qu'elle, homme assez ordinaire et parfois morose, Thérèse semblait
néanmoins très heureu e : elle était franche
et gaie comme une soubrette du rêp&lt;'rloire '·
C'était le temps des surnoms : on l'appelait
familièremenl Jlarinelle ;;.
a sœur avait épousé f;lie Guadet, élu en
Iï92 par le département de la Gironde député
il la Convenlion, et Bouquei, gràce à l'appui
de son beau-frère, obtint du mini Ire llo]and
un emploi de régi seur des domaine nationaux qui lui valait la résidence au ci-devant
chàte.1u de Fontainebleau.
C'est là que les Bouquey apprirent le coup
de force parlementaire du 2 juin 1795, l'exclusion el la mi ·e en arrestation d députés
2. .'était, disaiL w1e femme qui l'nait connue,
ur.e charmante femme, bonne, oimable, gaie, dn carnclère le plus franc et le plu.s ouvert. Vatel, 698.
3. Vatel, 698.

�- - - 111ST01{1.Jl
&lt;lu parti rrirondin, la fuite de Guadel el de bouleversé 1 , con ·entait bien à recevoir ~on
~es ami , leur audacieux "~ode ,·er la pro- m~ et un de ses ami , pa plu , n'ayant pa.
vince. L'illusion de pro crits était grande; de cc cache » où loger le. autre .. Gua&lt;leL 'ad'aprè leur· upputatiou.-, oixante-neuf dé- dres. a &lt;t ~ plu de trente per·onne », papartemcnL allaient 'in. urger h leur appel : rents, ami· d'eniance, obli•1 és de lui ou de
la déception, dèi l'arrivée en •'ormandie, fut
ien .... Pas un n'o a omrir a mai on.
rrucllc; il· passèrent plusieurs rcrne , proLe. aulr , au Bec-d',\ ml,è , p rdaient panoncrrenl •1uelque!- ltaranrrues; mais d,tjà il: tience : leur pr ·ence
était . i nalJc. Il
étaient per uadé. que la France nr prendrait e_artir ·nt en troupe, e diri 0 eant ver :aintpoint parti dan une querelle parlementaire Emilion - huit lieues - par des chl'min~
qu'dl · ne comprenait pa . . Jk ne réu .. irent détourné·. Pour bagage, il· a,·aient o une
à écbaufü•r qn'uue tète, celle de Charlotte petile malle et trois porte-manteaux lié enCor&lt;la1, et le fol exploit de celle fille enthou- semble » ; il portaient o Len iblement de·
. ia 11• les perdiL irrémédial1lcment : il di pa- pi tolet , des cannes à épée el des abre . Le
rurenl. Oo le arail Lra11ués en , 1orma11clie, père Guadet voulut bien le. abriter Lou penfu~·ant Yer, la Bretagne, ,an parti ans, ,an
dant une nuit; mai dè l':iuhe, iL e remimoyen d'action : on les oublia.
rent en route, sans Lut. Comme pour le.
Ocpui quatre moi Thérè e Bouquey, de- interdib et le. excommuniés du moyen àge,
meurée à Fontainebleau avec on mari, était toute Je porte c fermaient devant eux; il
·an· nom•elles de on beau-îrère Guadet et erraient, « comme des loup », de Pomerol à
de ,C' ami • quand lui pm'ÎDL une lettre de
aint-Genez, de ~lonpeyroux à Castillon, dor. on père, le citoyen flupeyrat, vieillard de mant dan. les vi,,ne , dan les bois, dans le
·oi:xante-dix.-·epl an , contant le a,enlures carrières .... On avait leur pré ence dan le
lamentables de députés fugitifs ; leur par- pays; on craignail leur rencontre comme
cour · à travers l'oue t de la France, d'abord celle de bête maUai antes; il portaient « la
ou des déguisem nt d'cnrôlés volontaires, contagion du upplice &gt;&gt;; leur a,pect eul
vimnt de la vie du soldai, réclamant aux ell'rayaît le· pay an . n d'eux déclara que,
ferme· « la couchée 1&gt;, un billet de lorrement ver la aint-.Uichc.l, avanl ix hP.ure du
à la main; hicnlôL dépi té
matin, il avait croi é u quaLre ou cinq étranguide, san chau ur , l pied en ang, ger ayant de. chapeaux à haute forme, boncaché' pendanl le jour da11s de ranges i o- net blancs par-des ous, vêtus chacun d'une
lée,, dan- le: boi , dans 1' marais, se trai- roupe brune, collet et rever' rou"e, ayant un
nant la nuit. évilanl les village el gardant canne à sabre, et chacun, sou, le bra , un
cependant leur fierté, convaincu que leur
ac de nuit en toile; qu'un in tant apr ,urmi érable personnalités, fourbue L tra- vinrent deux autres élranaer , l'un de haute
quée·, incarnaient loutc la repré entalion taille, l'aatre plu petit, ayant chacun an
nationale.
habit Yert pas é des chapeaux à corne et
[) étaient allés ain,i Yer la mer, e pérant de bonnet hlancs de ou , qui uivirent le
'cmbariruer, alleindre &lt;&lt; la terre de Gironde», ring tmtre lJ. Le pay an eut méfiance el
a,ec ln certitude d'y trouver de cœur chaud~ pen a « que c'étaient de dé,crtcur ». n
et de patriotes pur . A Quimper, il- 'étaient autre racontait que a le 29 "cptembrc, un
dhi. é · : Pétion, 1;uadet, Valad · Lomel
dimanche, à huit heur du .oir, il aperçut
Buzot, alle et Barbaroux araient, à Dre
sept homme. inconnu , dont un d'une haute
rejoint na brick de commerce, l'Jnduslrie, taille, et que la peur lui ota l'envie de arnir
acco·té la nuit, en rade, qui les avait dépo- de quelle manière ils füicnl babillé 1,. C'était
é , après trois jour- de narig-atioo mom·e- l'époque de la 9m11&lt;le épo11Mnle.
ruenlée, en Girond!', au Bec~• mhès, où le
En apprenant c cho c , Tbérè c Douquey
licau-pèrc de Guadet po édail une propriété. ne put se contraindre; non pas que son opiLe jour même, Guadet el Pétion avaient nion pcr-onnelle cnlràl pour qnelque cho c
gagné Bordeaux à pied; iL en re~inrenL con- dan on indignation : clic n'était ni « fédt!,-lcrnés : Ioule la ville était terrorisée, ou- ralisle » à la manière de Charlotte Corday. ni
mi e aux arrenl de la Convention; rien lt « girondine • de la façon de ~lmc Roland. On
tenter, il fallait attendre et se terr r. Où? ne ,oit pa que jamai ellr manifesta quelque
l~uadel qui connai ::-ait tout le pay., e fit préférence politique; mai elle était de celle
forL de léur procurer une retraite. Un gaba- qui courent au malheur comme les oldat~
rier du Bec-d'Amb , nommé Grèze, con- courent au canon. Lai .anl on mari à Fonsentit à le conduire jusqu'à aiot-Pardon, tainebleau, elle ne perd pa une heure, prend
un hameau, ur la "raad'route, au bord de la diligence, arrive à aint-Émilion et trou,·e
la Dordogne, d'où, le soir renu, Guadet alla ans itôL le moyen d'a"iser aile el Guadet
jusqu'à Sainl-Émilion. li erra lonrrlemp au- que sa mai on leur e L ou"erte. li \ accoutour de sa mai on familiale, ituée hor de
rent, non ans crupulcs, car Ba_;baroux,
mur· &lt;le 1a l"illc, dan les viane~, ur le che- Lom·et el Valady n'ont pa d'asile. - « Qu'ils
min de Contra . minuit, il c rrlissa chez viennent ton Lroi · , dit la brave femme. La
on père, se jeLa à e pied le upplia de •nuit suivante arri'i'enl les troi proscrits, hai:lonner asile à · compagnon ; le ücillard. ra .é , le bauit en lambeaax, rapport.ml
1. - •. Ion ûls ~inl il minu_it se Jl'lcr il me pieds che1· les ervante·, et, drmcuronl seul u ·cc mon lfü.
en. t~e pr1nnl ,le lw ~onn~r a,1le; que i&gt;i je le refu·
ù 13 favl'ur tl'uM èc~cll~, je le pla\·ai 8\'Cf son com1:, 11
1) po1imnr,lera1I. J a mue que mes eotraille
pagnou tla~ le r~_01c~, ~t le len~cmain, je rtpaodis
,'énmr,·11( e1 .•1ue _je ne ,us pa, le .,·e~rnycr. !,;tilt&gt;
tlnn, la mai on qu tl· c10.1e11t parl1 1•r. 1&lt;01r mi•m1•. •

t:

~onwr,:il:on lut fa,tc entre lui r·t mot; J'enn1~ni mu-

lnt,.rrogatoir, · tin père Guadet.

que, depui 4uinœ jour , Buzot et Pélion on ·
changé neuf foi de retraite el qu 'iL sont
cc réduit à la dernicre extrémité 1&gt;. - (1 (Ju 'il
viennent donc aus i &gt;&gt;, fait Mme Büuqucy.
recommandant seulement qu'on les avertisse
de ne e présenter qu'à la nuit.
A minuit, - c'était le 12 octobre 179;;_
- le. ~epl fugitif étaient réuni che, elle :
elle pleurait de joie en contemplant celte
hamle éplorée &lt;1 a nichée d'enfant~ »; Loule
heureu5e, elle régala d'un copieur oupcr ces
rudes homme qui, depui de· emaines,
n'a\·aient rencontré ni oupe fumante ni ourire accucillan 1.
La maison Bouquey, tapie entre den"&lt;
rues, dan l'om.Lre de la Collégiale, au sommet de la colline où 'éparpille ~ainL-f:milion, était une commode demeure provinciale, combinée, an fa te. pour le ùicu-~Lre.
ur la rue du Chapitre, aujourd'hui rue de
la République, était l'entrée principale, une
porte très impie, donnant accè. au pr1•s oir
et aux chais. La maison, en errée dans e
dépendance , n'a Je façade que _ur un jardinet, recueilli el silencieux, que dominenl
les pignon d'immeuble voisin . ur CC' jardinet- deux carré de lérrum et une treille.
- 'ouvrenl l'entrée et toutes le feoètre de
l'habitation; un petit ,e·tihule d'où part l'escali r ru Lique du premier étage; à droite,
une Jar e cuisine, une laverie cl un bùcher;
à gauche, une aile à manger, un aloo d&lt;·
proportions confortable ; dan le salon, une
cheminée de marbre blanc, portant, enlacée ,
le lettre Il. B, (Robert Bouquey). Rien n'e t
modifié : le fcnèlre gardent leur anciennes
vitres, les porte sont de chènc i paL, le
serrure ont leur vieille cil·~ - lei cl,,r.
qui pendaient en trou,. eau au cordon du
tablier de Marine/le.
La mai on po sédait une &lt;1 cache » admirable. Contre la dernière fenêtre de la cuiioe, dan le jardinet, e t un puit carré, profond de trente mètres : une pierre qu'on )
jeltc n'atteint l'eau qu'après une longue
chute, aYec un bruit i.ni lre et lointain. Dan
la maçonnerie de deux. de paroi., e fai ant
face, onl ména 11és dt:s trou , - de quoi
po er le pied , un à droite, l'autre à gauche, alternaLil'ement : on dru:cend ainsi; en
des ou., l •s profondeur. attirantes du puits.
Ce marche creu es suintent d'humidité; le
pied y glL ent, le main n'y peuvent rien
ai ir. En c risquant à cette effroyable gymna ti'lue, on lrome, apr' ix ou epl mètre
de de cente, une baie ouvrant sur un souterrain égal en superficie au jardinet qui Je recouvre. Tout le ous-sol de int-Émilion ~t
percé d'immense 11alerie d'une antiquité
nébulcu e el de coofi 11 uration incertaine;
nombre de propriétaire , pour s'isoler, ont
aujourd'hui muré leur part de oulerrain;
mai naguère on circulait d&lt;\n ce dédale,
encore qu'il fùt imprudent de 'y aventurer :
le· camèr • 'étendent, e replient, e nouent,
'entremêlent, se di l'i enl en plu ieurs étages.
ur a colline é,idée, au-de us de ce catacombe étonnamment froide , la ville étale
au ebaud oleil
ruine calcinée comme

~----------------------------------

L'EXODE D'ES GTR..ONDl'NS - -

de vieux ossements et .e Loits plats de tuiles nemenl, qui e ·t le suprème de la vertu, elle
bombée , de même ton,, ocre, carmin et avait le dévouement ai, con errnnl a bonne
roux, quP. les belle· pêches mûres du pays. humeur et .on sourire. Autour de cet te mai.\lme Bouquey « nichait dan sa grolle » son où elle confinait les homme , but et
le. sept Girondin·. C'c l une aile irrégulière, prétext . d J'etîroyable tempèle déchainée
mais , pacieu ·c qui elle-même aYail a cave, ., or la rrance, le abayeur de clulis circurralerie plu~ profond, à laqucll' on panenait laient, criant le nom~elle., jurant qu'il- fern se lai ant 11 lis er dans un trou ordinai- raient brûla ,·ifs dans h·urs repaire:- lei,
rement fermé d'une planche. C'e·t dan, cette rl'Céleur. d'ari tocrate . . .. Elle, a,·en:inte
fo .• e, :1 trente pied- sou terre, que Ume B11u- enjouée, imulait l'in ouciance, défendant .a
11uey rnfouit se hôte .. Elle ~ de~cendit deux porte, érentant le~ ,i ile. domiciliaire , mematela , deux chaises, une table. du linge,
urant ju qu'à la rumée de sa cui·inc et
Je. cou,·crLurcs; le mobilier, sommaire d'a- l'odeur de e pot-au-feu. Un jour, elle dit à
hord, ·au!!Ill ·nla ,ile. Pour que .. e pro·crit
~e pen.ionnaircs, . 'oubliant elle-même : se troul'a. ent hien, la brare femme aurait 11 .\ton Dieu! i on m'am'tail, que deYieajeté dan leur trou toute a mai .. on; elle leur driez-vou ? »
rnrnya, à J'aide d'une longue Li"e de fer
li mellaicn Là profl t ces étranp;c loi. ir ;
garnie d'un crochet, une lanterne, de lhre , Buzot. Barbaroux. Pétion, Louvet écrivaient
&lt;le l'argenterie, un &lt;t moine 1&gt; pour chaufîer leur mémoire. ; aile· composait une trale couchage : la grolle était humide el l'on rrédie, Cha rio/le Coi-tla,11; il travaillaient
n' poufait allumer de feu. En outre, on n'y tout le jour à la lueur d'une lanterne, au
devait parler qu'à voi ba,sc, car &lt;le perfides fond de leur cachette, plu close, plu étouffée
écho peuplent cc;: cavité· de pirrre. au'.&lt; ra- qu'un tombeau. C'c,t là qu'il. connurent,
mifications inconnu s.
aur premier jours Je novembre, la mort de
Lr. pro crit. n'l éjourmient pa, d'ail- Vergniaud, de Bri ·:ot et de leur dix-neuf
1,~ur, continnellemcnt. ~lme 8011q11ey, , n. amk l)ix jour" plu· tard, )lme 8011que) leur
cc~. c aux aguets de ce qui ~e pa:sait ou c apprit l'cmpri 11nnemenl &lt;le \lme fioland à la
Ji~ait ùan la , ille, ju 11e11it-elle que le zèle Concicrgt'rie. Quelles journé..- ! Que de tor&lt;ll· terroriste· ~e ralenti.. ait, rite elle arnrli - ture endurée dan ce trou noir où il emblc,
ail e · redu· qu'il· pouvaient prendre l'air: 1111and on ~ pénètr à lâtoo , qnïl plane enelle a,ait même im iné. ponr le. pins frileux core qucl1p1e chose du désc, poir cl de ln rag~
rl le moins robu. te., une autre" cache», de ,ept cœurs robu$t • qui . e bri èrcnt là!
d~n. sa mai on même, plu saine, plu
Cc jeune. rren , bouillant d'exuuérance et
a :ré~, moin glaciale. es h&lt;Îlc viv:iicnl ainsi de be oin d'action, fiers d'avoir touché le
éparé~.
la moindre alerte, tom enjam- . ommct , _c 1·0 ·ait•nt enfoui· ,·irnnt • ctitc à.
liaient la marrrelle du puit , pa · aient dao. côte, dan un sépulcre; vaincu., réduirs à
le souterrain, et de là dan le ca,·eau : une l'impuLance, n'o anl parler. par crainte de
bêche, un pic, un seau plein &lt;le morJier leur l'écho d•- "aleric: onore , il~ re,taient là,
permettaient d'en oh trucr l'entrée el de la roncrés de pcn ées. De tou., Ruzol fut le plu
1111\rcr mèm ·ur eu. , au be oin. C'étaient mi érable : il aimait \!me Holand, il se a,ait
le ca · cxtrème ; bahituellemenl, le soir, ils aimé d'elle; le malhcurea~, oblirré de cacher
. e réunis.ai nt autour de la ta hic &lt;le ll·ur 11. e~ compa -rnons le déchirement de son ,lme,
11 fée &gt;J qui ïnaéniaiL à le nourrir le mieux ne pouYaiL 'i oler pour sall'•loter. Louvel eul
po· iùlc - rrra\'c prolilème.
était le confident de . on béroïq111• amour el
Toute la pronac · était ralionnèe en fro- 11,:1it ,iurJ Jr 11\•n ri,•11 rè11:l1·r.
ment tl en viande. La citoyenne Bou11uey
Un . oir, c'était le l;j novembre, en rcmonn'a1·ait droit, étant eule, 11u'à une lirre de llat pour le .oupcr, il trourèrcol Mme lloupain par jour! Et il lui fallait poun·oir aux quey en larmes. llepui plu ·ieur jour , elle
liesoin de ept homme: jeune , ton, bien dissimulait ~on ango~se; e parent ,
endenl • . Pour ne pa· déjeuner. ils ne :-c ami , '-Oil mari même, rc.t '. à Pari,, 'étaient
l •vaient qu'à midi; mai kur appétit n'en ligué· pour ohtenir d'elle le remoi des proétait que plu vif. l ne forte ,oup aux lécrit · . on cœur en crevait de honte et de cha~ume compo ait tout le diner que ~[me 8011- grin; •lie dit le intrirrue , les menaces, lt&gt;
11uc) descendait dan la ~ cache 11; le ,-ouper l:ich · manœuvre emplo}éC" pour la conen commun était plu opult·nt : un morceau traindre; la ville tout entière menacée d'efde bœur à grand'peinc obtenu· - l'héroïque frayantes repré;.aille . . . . Les cruel !
hùtes,e ri ·quait a vie pour oulircr au bou- Quelle violence ib me foot! Jamais je ne la
cher une livre de plu, .... \ défaul de viande, leur pardonnerai, 'il faut que quelqu'un
ou manaeait un poulet de la l.,a e-cour, !Jlli d'entre YOU::- 1•••• 11 Elle n'achera pas, . e la~·épui a vite, des œufs, de. légume:,, tin peu 111ent.ant de ~a dépendance, allant de l'un à
Je lait. li .e trouvait toujour· que la bonne l'autre en «émi· anl. Eux, déjà, 'apprêtant
llal'Ïnelle, n'ayant pas d'appétit, lais.ait. a au dJpart, :.'adre_saienl leurs adieux.
part aux plu affamés; elle était II comme
C lle nuit-là, re&lt;:ommença la ,·ic errante.
nn ru &gt;re au milieu de . e. enfants », une Guadet, alle cl Lomet pa, sèrcnt la journée
mère dP trente et un an .• - cl par ce raîfi- . uivaote drm le carrière ; Ba.rLaroux, Pé_l. • c·,, l, par.1i1-il, Roltcrl Unuq1w1 •1ui, m.. in
qu ' c11 ,1 'c•·mltri•. du muiu·
ïl faut c11 cro1rr 111 1 in.
lt&lt;·roïqu • que &gt;li f~mm,•, ,•~ig('m IJ~P. J,,; rro.;a\b ~lterro)!'atoirc ,l,· lui. dl· psr V:ilrl. fi5!1 note.
ia, ·r•nl /lortC'r e1ll,cw la .conl~e111n de ,lrur mf~r'.! . llédaration ,te s_, hr,ll'I' r;ro., â \"n1,,1, eu 1, Oi.

Lion et Buzot, qui ne devaient plu .equitter,
prirent le chemin de vi!!lle , espérant pa: er
la Dordogne, gagner la mer ou les Landes;
Valady 'éloiima par la route de Périgueux,
où il croyait trouver un a ·ile ùr, lui seul et
Louvet, ré, olu de untrer à Paris el qui J
panint. réu ,irent à . 'éloigner de la Gironde:
le autre riidèrenl mi érablement autour de
taint-Émilion, dont le oulerrain · offraient
du moin un abri contre le pluies d'automne.
Salle. et Guadet amient repri · po e sion
de leur ca.cht:tte ous le toit du père Guadet.
)f me Bouquey e ri qua encore à rece,·oir
Barbaroux, Pélion el Buzot; mais a famille
la surveillait de prè , en garde contre :on
héro1 me compromettant. ,r. Bouqu~ avait
quitté Paris el était renlr~ à Sainl-Emilioa.
Le père Dupe)Tat était éŒalement in:tallé chez
a fille. Elle fut. de nouveau, obligée de
fermer a porte aux pro crit : indi née de la
l:1cheté des . ien ·, incapable de modérer on
dévouement, elle 'ingéniait à procurer aux
fugitif· des refuge , in oucianle du péril, négligeant les précaution . , ur se:- instance • ils
CurenL hébergés pendant quelque jour par
le citoyen Pari , curé con LiLutionuel de ainlÉmilion : elle leur a ·sura en uite une retraite
chez di ver bourgcoi' dtJ Ca tilloo, le citoyens Penaud, fourel, Coste, qui le reçurent ll)Ur tl tour. Co te I s logeait dan un
grenier dépendant de l'ancien couvent, aude u de c· écurie., rue Planterose. C'e 1
là qu'il • étaient en fin de décembre. lln garçon
de ci1.c ans, .:ylvc lre Gro , apr~ a,·oir fêté
avec ·e camarade le ré,·eillon de .NoPl, jugeant l'heure trop tardive pour rentrer chez
es paren~. imagina d'afür ~e coucher dan
le foin de ~t. Co ·te. cr Mai en montant dans
le grenier, raconla-t-il je •enti trois tètes cl
je me auvai. ~Ion amaraùe me dit : - e
crie pa , ne parle pa de c que lu as \'U: ce
onl le.~ troi · é111igre· 2. Ainsi ra~onnait le
zèle contagieux de Mme Bouquey : ton· les
gen, du par s'impro,isaient se complices.
Elle, cependant, rêl'ait pour se i:her pro crils une hospitalité moin. précaire ..\u centre
même de ..,niot-l~milion, à l'an°le de la
Grand'Rue - actuellement rue Guadet •- et
de la rue Cap-du-Pont, était la boutique d"un
perruquier, ,Jcan-Daptislc Troquarl. Le troi
face. de la m ison, aujourd'hui di:molie, formaient promontoire à l'endroit le plu pa sant
de la ,·iUe. Troquart y ,·init eul et n'occupait que le rc1.-de-chau ée: le premier étage,
·urplombant, e composait d'une .eulc pièce,
• un laudi infect , , eneombré Je chiffons,
dont le renêtre ne s'ouvraienljamais:.. C'est
là que dan Ir premiers jour· dejanviert 794.
füue Houque;· installa Buu1t, Pélion et lfarbaroux; elle 'engageait à fournir leur nourriture, pain compri , el elle remit à Troquarl
un a~ ignat de cirnt cent lirre , :1 rompte
·ur la pemion.
La pièce où, pendant cinq moi~. e tinrent
tapi les troi. Girondins, ne contenait qu'un

lunr. • ,u,;;arnl, f,(ngl' lw lurt1111e dl' 1,ttndet, \atcl. :. . Il. C,:,114•111lan1 , llou,1m·! 1w r"1in1 ,1.- I' ri~

:i. , t.a mai,011 Tl'Ulju.,rt êuit i,,Me d "311&gt; Utuu
,·nnlnt·t ,ur lroi, fa
arnc le, haliilalton, u, 1,in,•~.

"" 263 ...

Elle -e compo,nit ,ruu rez 1l1•-d111u,.c,. en pi erre cl
,l'un 1,rcmier ,1tai:e &lt;'n colomho~«• à t1·an'. rse,. opparcute_.•. • Le. fonelrc~. peu nomLreu c,, étaient i1
noi,;illoo, et o fll'til• rnrr,·~11~ ou m1111i1•s de mit'!~. •

V3t cl,

fll11.

�111STO'RJ.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.
it où couchaient Pétion et Buzot; Barbaroux
dormait sur un matelas. lis ne pouvaient allumer de feu, « à cause de la fumée dénonciatrice •, et osaient à peine eau cr, 1, de peur
d'être enlendu · ·par les pa sants ». Buzot et
Barbaroux écrivaient sans ces e. Pélion dt·meurait oi if : a.sis dans un Yieux fauteuil,
il rêvait ou sommeillait. Quand la nuit étail
obscure et les rue désertes, Troquart faisait
les commLions de es pensionnaires : il allait
à la mai. on B'.&gt;uquey, trè Yoi ine, ou plu
loin, ch«.'z le pète Guadet, échangeait de lettres, rapportait des prod ion .
alles, ur Je grenier de la mai on ,uadet,
ùans une cachette i bas e qu'il ne pouvait
s'y tenir que couché', Salles s'ob Linait à sa
tra 0 édic de C!iadolle Corday; il en expédiait,
par Tro11uart, de longue tranches à . es amis,
m les prcs anl de I ui transmcllre leurs ohscr111lions : le drnme fut ain i par eux commenté, di culé, politiquement cl liuérairement, d'une manière peu Oalletke, d'ailleurs,
pour l'amour-propre de l'auteur. - « Pluicur· tirade· oa l une longueur déme urée »,
nole Pétion. - « J~ vou engage à imiter le
pièces de Shake pcare 1&gt;, insinue Blllot. (1 , oirrne ta ver ificalion, eJle est né,,Jicrée,
même dan· les hon~ endroit 1&gt; , remarque
Barbaroux.
Il n'avaient guère d'autres di traction :
l'éûon, qui s'ennu~ail, e ri qna à ouper un
oir chez le .Bouc1uey; une autre foi , il y
entraina c deux compaftnon ; Mme Bouque · efforçait de leur rendre upporlable la
cc pri on Troquart &gt;&gt; , elle leur fourni sail
drap , mouchoir ·, lin°e de corp , leur expédiait
de friaudi e , leur confectionnait de vêtements pour remplacer leur baùiLs en loques;
elle envop à Barbaroux une grande culotte,
coupée el cou ue de se main '; aut premier jour. du printemps, elle leur fil porter
de Oeurs «pour parer leur pauvre et sombre
asile ».
Us · · croyaient bien en tlretê, et de fait,
nul ne oupçonnait leur pré ence chez le
perruquier, au-des u d'une bo!lliquc où les
plu chaud· patriote de aint-Emilion c !elMmaienl à l'heure de la barbe. Mai un proco11 ul de vingt an , Julien, ri!gnait à Bordeaux
et tenait à honneur de e si cr~aler. Quelqu'un
- Nada!, aubcrgi te à 'aint-Emilion, croit-on
- lui ouffia une idée : on supposait les Girondins caché dan le carrières · on a surait
qu'ils s·l' étaient ménagé de retraite: impénétrable · mai nul n'o ait 'y a,•enlurer, Or,
à ainle-Foy-la-Grande, pelile ville ur la
Dordo!!lle, à sept lieues de aint-Émilion,
vivait un boucher, nommé François !larcon,
qui élevait des dogues énorm , dres é au
combat; a meute él~it fameuse et redoutée
dan Loule la contrée; &lt;1 on venait de Bordeaux pour la voir lutlcr » ; un de ce chiens
cc n•avail que trois pattes », on l'appelait,

» : c'était le plu terrible de torn,
on citait de lui des fait exlraordinaires 3 i&gt;.
Le 17 juiu 1791, au malin, "aint-Émilion
se ré\'eille bloqué par le 10 · bataillon de la
Gironde, Ycnu de Libourne. Toutes les porte
sont gardées, ainsi que Ja maison Guadet et
le diver·es is ues des souterrain . La meute
hurlante de Marcan, amenée de aiule-foy,
est de la partie : la chasse au Girondin se
prépare; le molo se sont làcbés dans les
carrière el l'on s'atleod à en ,·oir ~ortir,
comme d'un terrier, les pro crits déhuchés'.
flien ne parut: Marcan renchaîna se do urs,
et morlilié de leur insucd•·, se dirigea 'l"ers
la m,i on Guadd ; on la fouilla des caves
aux combles. Sou un de angles du toit, on
décourrit. alles et Guadet, au itôt garrollé
et conduits cc dan un caharet de la ville ».
Mèmc opération avait été faite chez Mme llouquey : on y reconnut, dan la « irrolle Il,
traces du Pjour de hors-la-loi. A deux
heures et demie, ""r une charrette réquisitionnée, on chargeait M. et .\lme Bouquey,
le père Dnpeyrat, nlle , le vieux Guadet,
on fils le député, a fille ~farie Gundel; on y
jeta même uoe pauvre fille bos ue, cnante
chez MrnC' llou4uey 6 • Un des soldat chargés
d'c corter les pri onnicrs racontait qu'il se
pas a « une scène terrible 1&gt; au momenl où
l'on chargea la charrette. Le père Guadet était
a is de côté; son fils était debout pr~ de
lui : il était dé olé; il s'écriait avec force :
« A.b ! mon père, mon père, nous allons
mourir et c'est moi qui en ~uis eau e ! »
Pla lard, de,·enu vieux, ce soldat (&lt; qui
avail vu bien de carnane el n'était pas
tacile à attendrir D, répétai!, comme 'il en
e1il étè obsédé: - &lt;t Ce qui m'a fendu l'àme,
c'est d'entendre Guadet crier : « Ah mon
përe, mon pèl'e, c'est moi qui 1•ous lue!»
Il y arait quelque chose de déchirant dan sa
voix 6 »:
Aux heures chaudes de l'après-midi, la
éharrelle, 11agnant la porte de la Madeleine
pour rejoindre la roule de Libourne, drscendil la Grand'Rue el pas a rontr~ les mur de
li maison Troctuarl où se tenaient, angoi é..
ilencieux, lluzot, Pélion el Il:irbaroux. La
boutique du perruquier était remplie de oldal . n de meneurs de l'upédition, Oré,
a,ait allaché son cheval à l'un d..s barreaux
de la (enètre. Nul ne songea à monter l'escalier et à vi iter le premier étage. Les trois
proscriL , à travers les au,enls clos, virent
défiler le cortège qui condui.ait à la mort
leurs derniers amis. Le soir, quand la ,i.lle
con Lernéc fuL retombée au calme, ils dirent
adieu à leur hôle 1 et rnrtirent de la ,ille par
la porte Brunet, antique amas d'ogives el
de tour du xruc iède, qu'ombr:ige aujourd'hui un vieux noyer, arbuste à cette époque,
planté sur l'un des bastions du pont dormant.
Ils allaient, déguenillés, hâve , la barbe

1. •. Le . toit é~il moins ~levé qu • ~l~i _du eorp
de l~s; 11 formul un .-Jdmt auquel 1I cl.11L imposiblc â·acctldcr el qui ne pouvait servir à aueun usage,
n'ét.anl ni aéré, ni i!clairé, el n'annl aucune commauication avec le grl'nier qui règne ur la maison. ,
Vatel, 665.
'2. • n. - Quel tnillcur ils ont employtl pour foire
des vè·lemcnls1 - R. Que Saint-Brice-Goadcl lew·

pvrta une ve le bll'Ue tr·• IDauvaL&lt;c ... et que la
femme Robert Bouquey leur a fait w,c paire de
gran~les culottrui. » Interrogatoire de J.-8. Tro-

a Le Tors

1c

quarl.

3.
4,
5.
6.

Déclara lion de Marron. bouclier à ainll'-Fuy .

J Gua,lt&gt;t. Le, Girmulim.

Décluration de lmc Adéran, née Fonfrèdc.
Déclnralion de Jean Cagnard.

lo°-orrue, dé habitué de la marche par plusieur: mois de réclusion. lis 'étaient munis
de leur· pistolet ; Barbaroux portait en
outre, à on ct'ité, un couteau de cha 'SC;
Pélion tenait sou le bras les provisions de
bouche: un gros pain rond, bourré de ,iande
et de pois verl . ffailleur- ils ne savaient
vers quel point de l'horizon se diriger : la
Frontière la plus proche était celle d'E·pagoe :
et, au péa 11e de tous les ponts, à la traversée
de moindres b,JUrgades, ils ~avaient que des
rntioelle veillaient, réclamant à tout pasant une josti6caLion d'identité: or il étaienl
•ans pa. eport. ...
Errant, ils de cendirenl les coteaux de
aint-Émilion, éviLanl les ,illage de · intLaurenl el de -caint-Hippolyte : on montre
encore l'endroit où leur pa ' age à tra,·ers les
vignes a été con talé. Il avançaient vers la
Dordogne qu'il· e péraicnt traver~er peulêtre : mais le pont le plu voi in, celui de
Ca Lillon, était gardé : il fallait pas er à la
nage, ou profiter, s'il était po$sible, du bac
de Civrac, ,illacre . ur la rive gauche, moins
surveillé que Castillon. A l'aube, les proscrit
avaient parcouru cmiron deux lieues et lra,·ersaicnl la rrrand'roule de Bergerac lt Bordeaux, non loin d'une métairie app~lée Germans. 11, a,·isèrent, dans la plaine opulente,
un petit boi de pins, planté à quelque deux
cents mètres de la route ~ entre le bois et la
route s'é1en&lt;l:1it une pièce de blé dans laquelle ils s'eorrarrèri&gt;nl. A.u milieu de ce
champ deux gros mt\riers fai aient OII}hre;
les troi hommes, fatigué , 'a sirent là pour
déjeuner; la place de chacun d'eux s'est trouvée marquée par un mouchoir el un morceau
de pain : on dit qu'un enfanL, monté dans un
de arbre el occupé lt cueillir des feuilles de
mû.rier, fut fort effrayé de l'arrivée de ces
rôdeur à mine ini tre : tapi dans les
branche , il les aurait vu faire halte en de ous de lui, et entamer leurs provision ....
A ce moment Lluelques YOlontaires ,·errant
de Castillon et e rllndant à Bordeaux passèrent sur la route : ils étaient précédé d'un
Lambour qui, par caprice, e mit à battre ~a
caisse. Le proscrits, gîtés dans le blés
hiuts, ne pouvJient les apercevoir, mais le
on du tambour leur fil croire qu'il étaient
poursui is. Deux. d'entre eur, Pétion et Duzot,
se lèvent aus:i.itôt et gagnent en quelques
auts le bois de apios où il di parai ·eot :
llarbaroux, appesan li par une obésité précoce,
ou peut-être dégoûté el las de celle vie de
panique , arme on pislolel, l'applique à on
oreille droite et fait feu.... Le volontaires,
sur la route, enttndcnt le coup, s'arrêtent,
entrent dans les Ll.5s; il trouvent le ble é
• souffianl très fort, el se retournant eo tous
sens, comme s'il agonisait »; toute sa joue
droite est en saug, l'œil est presque hors de
l'orbite. Qui est-ce? On entoure le hies é
Ime Lacombe-Guadet, pe1Île-6Jte ,lu CooYentionnel,
ccrivail : - • Mon J&gt;Cr(', qw o':i1ait f10urlanl que
quatre a 1s nl?r', ~•arl itn~d~ le ~uvenrr du. del:!ier
bai er que lui avait de&gt;nnc son pcre, cl en,,uile t rmprt!. ion. ,fun•· joumoo iui:.tre, âe ,·i~a::-es con lernés
nulour de lui, des L:unbours qui ballaient dan le
,·oi inage, et des gens qui disnieul tout has ; t Les
,·oilil qui pa •eut. • -Vite), 600.

HISTORIA

MADAME AR AULT
Tableau Je

J.-R. RU,

- \L LT. 1;1\u~ëc Je \ 'L:r.aillc.

�L'EXODE D'ES G-m,ONDTNS - ,

san que n~l ose approcher de lui pour le
oulager ou lui donner des soins : les paysans
ont peur de ce moribond; c'est, sans doute,
un de ces émigrés, un de ces hors-la-loi dont
on dit que le pap foisonne, et l'épouranle,
par ce temps d'échafaud est si grande, qu'il
émane de ce suspect, même expirant, quelque
chose de la terreur qu'inspiraient jadis aux
('hrétiens du IDOJen âge les pécheurs frappés
d'anathème. Jusqu'à l'après-midi, Barbaroux,
le beau Barbaroux, qui naguère, admiré et
galant, elfcnillait, d'un geste élégant, de

dans l'esprit méûant des pa~ ans terrorisés,
la crainte de la guillotine étouffait tout sentiment de pitié : on demanda aux métayers
une tasse d'eau pour es. uyer la blessure, il dirent non; un peu de p1ille pour étendre
le morihond, - ils reîusèren1. Ainsi la révolution, hérissée de sa législation draconienne,
se retournait contre celui qui avait élé, au
temps des illusions, son apôtre et son idole:
elle lui rrfusait une goulte d'eau pour adoucir son ai;ooic, une poignée de paille pour
reposer sa têle expirante : à cel effroyable

close de la ferme~ et l'on assit le hie é : de
tous côtés arrivaient des curieu-x qui formaient cercle autour de lui: le oleil était
brùlant, mais la curiosité avide, et les arrivants, pour voir, bousculaieot les mieux placés: c'était une rumeur, des cris, des appels,
de~ disputes: lui, affalé sur sa chaise, sans un
momement, regardait de ses yeux fixes les
gen rrni l'entoutaienl : sur son pantalon de
coutil le sang avait coulé et « paraissait
ùeaucoup i&gt;: on lui parlait, il ne répondait
pas; on le touchait, il oc donnait pas signe

l'ucuc .\ lilock.
LES GIRO:SOl:-15 P1t TION ET BUZOT, LE SOIR

ou 3o

PRAIRIAL 1~94. -

TaNea11 cte E.

DO PA I:'!.

(.)Jusée Je Lit&gt;ourne.)

roses dans le verre de Mme Roland, Barbaroux resta gisant sur le sol .rougi de son sang,
que piétinaient autour de lai cent curieux
dont pas un n'eut la pudeur de lui porter
assistance. Vers trois heures seulement, arrivèrent les officiers municipaux de S:ùntfü anc, enfin avi ·é' de l'iocident; ils H.renl
porter le blessé ju qu'à la métairie ,·oisinc,
Gcrmans; mais le fermiers ne voulurmt pas
ouvrir leur porte : les loi · étaient formelles·
tou.t citoyen donnant asile à un conspirateur
devenait par là même son complice; et,

retour de événemenls, BarlJaroux comprit
qu'il serait proscrit jusque dans la mort.
Qaoiqu 'il eùt présente toute son intelligence,
il ferma les 1eu.x, désormais résigoé : qualrc
hommes le saisirent, et gagnèrent, à travers
champs, suivis d'une foule amu ée, une autre
ferme, la méLairie du c&lt; Bout de l'allée »,
qui se trour&lt;! en bordure de la grand'route
de Bordeaux 1 • Là encore on refusa d'abriter
un hors-la-loi. Pourtant un paysan, moins
timoré que les autres, consentit à prêter sa
chaise : on la posa de,·ant la grande porte

de vie. o gam;n de quatorze an, , Françoi
Laprade:&gt;, accouru des premiers, ne perdit pas
un incident du spectade; soixante-treize ans
plus tard il racontait aiosi ses impressions :
&lt;&lt; C'était un homme brun, je veux dire qu'il
a,·ait la peau brune, les cheveux el la barbe
noirs, la figure allongéa; il était vêtu d'une
grande lé\·ile. Les uns disaient : c'est 'lin
traître de Par· is; les autres prétendaient que
c'était Pétion ou Buzot. Plus lard on a su
que c'était Barbaroux : on ne lui donnait
aucun soin, ni eau, ni ,·in, ni antre chose.

1. Les Lour1;le dèsireui. de faire le pêlcrinage etc
la métairie ,lu t lJout de t'A.1/,éc » reconnaitront la
maison ~ncor · intacte à sa ~ituation ol.Jlique, à droite,
p,·e. 1uc en bordlll'r, de la roule en allanl de Ca5tillon

V&lt;'rs oiul-Êu,iliun. Pre,quc en face de la maison se
trourn la borne de distance 45.9. Lïndication que
donne Yale! (709 note) Lien c.ertainemenl &lt;'Xactc au
temps où ili&gt;cri,·ait, ne l'csl donc p1115 aujourd'hui.

'.!. Dèd.aratioo de M. EspèL"on, ancien m~irc de
SainHlagne.
3. [I raconla lui•m~me les laits à Val.el, en 1867
Il avait alors 11uatrc-viagt-sept ans.

�1flSTOR..1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
Les esprits éta.ieBt si animes alors! Je tili
sur quü n':t"'lÎt qu'une seule blessure audessus de l'oreilte: j'y ai moi-même porté la
main. D'abord il n'y avait qu'une vingtaine de
personnes; plus tard toute la rille de Ca tillon J est accourue. »
Le citoyen L1'"ache, ancien maire de Castillon, petit homme, d'opinion avancées, imagina d'interroger le mourant : celui-ci &lt;( fnt
longtemps sans lui répondre »; et, comme
Lavache, sans pitié, insistait, Barbaroux imp-1tienté répliqua &lt;&lt; qu'il se mêlait de choses
qui ne le regardaient pas et qu'il n'était pas
de taille à l'interroger &gt;&gt;. Graillon, pharmacien à Castillon, survint également et se pn.l..
para à onder la blessUl'e : il tira sa trous e,
disposa ses instruments, explora la plaie el
ne trouva rien. Enfin, vers quatre heures de
l'après-midi, en pleine chaleur, des hommes
soulevèrent la chaise, el, portant ainsi le
proscrit, e mirent, au petit pas, en routr
ver Castillon où l'on ne parrint qu'à six
heure . A la geôle, en arrivant, on l'étendit
sur un matelas et on désigna, pour l'assister
1-t lui donner des soins, une fille de Fonbaud,
faubourg de la ville, nommée Maria; six jours
plus tard, les gens de Castillon le virent de
nouveau : il était, celle fois, (&lt; amarré » sur
un matelas; ses beaux cheveux ooirs encadraient a joue bllldée; on prit la rue qui
mène au port, on le hàla par la Gargouille à
la Calle I sur un bateau qui ver· Bordeaux
descendit à la dériw, au fil de l'&lt;'au. Du
haut du pont les Castillonnais regardaient :
on ne savait pas encore, au juste, ce qu ïl
était : le peuple ,·oyait eu lui, &lt;&lt; un des
émigrés dr la Chambre crui avait gllillotiné
Loui XVI ». Rien d'autre! On apprit, une
semaine plu· tard, qu'il était mort sur
l'échafaud.

finir; n'osant. peut-être, se regarder, tant ils
redoulaient de lire dans les yeux l'un de
l'autre la résolution déci h·e, ils se trainaient
sous la pinada, affaiblis, boueux, au guet,
sini lres. Et c'ét~il Pélion, et c'élail Buzot!
Duzot que h plu romaine des femmes de la
llévolution arail aimé d'un amour héroïque;
Pétion, le jovial Pélion, si infatué naguère
de . a vigueur cl de sa popularité, et dont
maintenant les cheveux avaient blanchi en
quelques nuits, comme ceux de la reine que,
,j:tdis triomphant, il avait ramenée humiliée
de Varennes.
Le soir, tard, quand la nuit vint, le· habiLanL&lt;; des métairies de Germans el de PilleDois entendirent au loin &lt;t du côté du hois
de M. Devalz », deu.x coups de feu presque
simultanés. On n'y prêta nulle allention; huit
jour plus lard seulement, le 25 juin, un
nommé Béchaud, dit Bnraba, rerenanl dl'
cbez sa fiancée, à Cafol, entendit dans un
rhamp de seigle, des grognement de chien~ :
il se détourna du sentier, pour voir, et ·on
approche mit en fuite trois dogues occupé. à
déchirer deux corp étendus sur le do à
quelques pas l'un de l'autre : les deux cadavres aYaienl le isage intact, mais &lt;( noir
comme une pla 1uc de cheminée ». Baraba
courut à Castillon afin d'avertir les autorités.
Il était si satisfait de sa décourerle qu'il en
fit le ujel d'une chan ou en patois.
En venant de Ctûô
Pa ·ant au coin des pins
J)c 11100.icur Tlrvô
.l"entendi, lrois gro kins
Qui tOA"naicnl deu-x corp morts.... t

Le lendemain, dès quatre heures du matin, le juge de paix de Castillon e mettait
en roule, accompagné des officiers municipaux de aint-Magne et escorté d'une douzaine
de gardes nationaux en armes. Une troupe de
Au moment précis où leur ami se blessait curieux suivait. On alla à traver· champ · jusd'un coup de pistolet, Pétion et Bllzot s'en- qu'à l'angle du bois de pins, où étaient les
fupient, à travers les blés el le seigles, vers corps. Celui de rJuzot était vêtu d'une longue
le petit hosquet de pins planté entre la mé- redingote brune à collet de velour. rouge: il
tairie de Germans et celle de Pille-Bois. Terrés avait une culotte de cotonnade à raies bleu et
dans l'cpaisseur du taillis, ils puren-t, de là, blanc, de bas de filoselle jaspé de mêmes
voir le pay ans relever leur compagnon, et couleurs, un mouchoir de soie noire au cou ;
l'emporter. Comme la plaine, à ceL endroit, une ceinture de fer ceignait on corps. Pélion
est lrè plate, il leur fut aisé d'obsener le
était vêtu d'une redingote semblable à celle
allées et vanue dll groupe, la file des curieux de Buzot, d'un gilet blanc à boutons jaunes,
sur la route, l'attroupement devant la mé- d'une culotte de velours candie gris, et de
tairie du Bout de )'Allée. Que se passait-il? b1s à grandes raie bleu et blanc•.
Ilarbaroux n'était donc pas mort? S'il avait
TandL que les magistrats locaux opéraient
réu si à se tuer ne l'aurait-on pas inhumé leurs constatations, les a si tanls épilo6',laient.
sur place? Oo ne sait rien de ce qui se pas a Autour des cadavres étaient épars beaucoup
entre ces deux homme qu'une si étonnante de pistolels : &lt;1 une pile, peut-èlre 5, ou 6,
destinée avait amenés au dernier point de la 7, .. . » Les eigle étaient versé comme i
mi ère et du dé espoir. Mais quand on inter- les deux hommes s'étaient longtemp retourroge la plaine lragiquè témoin de leur arro1iie, nés el débattus; el ceci donna à penser « qu'il
les dernière heures qu'ils pa èrcnt là s'évo'étaient empoisonnés &gt;&gt;. D'autres, e basant
quenl impérieusomenL. Quelle journée! Tous sur la petite distance qui les séparait, - dix
deux, clapi ou les pins comme des bêtes ou douze pa , - e Limaient &lt;JU 'ils n·a vaienl
traquées ; entant diminuer, d'instant en in- point dû e uicidcr, mai &lt;&lt;~e tuer récipro~ant. leur chances d'exister; _achant bien quement ainsi que dans un duel n ; ce qui
qu'avant la fin du j•mr il leur faudrait en prête à celle opinion une certaine naisom1. neclaratioo d'Antoine Roy . Valet, 751.
2. Dcclarat ion de fo an Quentin , adjoi nt de SaiolPc~ d'Armcns.

:ï. Desc ription et lr vêe des cadan cs dL· Buzot et de
Pètion.
~- Oéclaration do Pierre Galineau.

blance c'P.sl le fait que, pour mourir. ils sortirent de l'enchevêtrement des branches du
bois de pins, se postèrent en face l'un de
l'autre comme pour se vi~er ' . On ignore tout,
d'ailleurs; le procès-verbal dressé le malin
du 26 juin est trop uccinct et trop imprécis
pour qu'on en puisse déduire une indication
certaine. Les corp étaient dans un Lei état de
&lt;&lt; pestifération &gt;&gt; que le citoyen 8oulan1rer
Lanose, officier de santé, requis pour la circonstance, se refusa à les examiner. ~ul ne
consentit à les toucher : on déchira, it raide
d'outils, les poches de leurs vêlement ponr
y chercl,er le papiers ou l'arrrent 11u'on y
pen ait découvrir : il ne 'I trouvait rien, pa
un sou, pas un crayon, pas un feuillet: ce
qui faisait dire qu'on avait pillé le, cadavres;
seul Burnt avait gardé sa montre qui fut mise
dans un sac avec le. deux chapeaux: cl les
mouchoirs qu'on pril oin d'expo:-cr à un
rrrand Ccu de plante odoriférante .
Les curieux:, pendant ce temps, 'amassaient : ils étaient près d'une centaine, vers
ept heures du malin, quand les deux fosses
furent creusées et qu'on 'apprêta à j jeter
les cadavres. Une femme remarquait « que
c'étaient Ms homme terril&gt;les, magnifiques ·
un paysan, nommé Blanc\ habitant aintMagne, ne décolérait pas contre les conspirateurs. Il s'approcha des morts et leur brLa
la mâchoire d'un coup de pioche, en disant:
&lt;( coquins d'émigré 1 &gt;&gt; Oo prétend que celui-là
mourut quinze jour plus tard.
Les deux trous, profonds de ix pieds,
ont prêts, on y pousse les corps qu'on recouvre aus ilôt dti terre : les lombes étaient
si voi ines qu'elles ne semblaient former
qu'un seul monticule.
Pendant longtemps elles sub istèrcnl :
mèml! quand les années les eurent affaissée ,
on les respecta: on ne labourait pas le lieu
où reposaient les pro crits; durant hien des
années, à cette place-là, la terre ne travailla
poinl : l'endroit, par les pa ·sans, était appelé le champ des émig1·é.~. Car on n'en samit pas davantage. Royalistes'? Républicains 1
q1ù s'en inquifüil ! li ,emble bien que, à
l"époque, le peuple ne comprit rien :1 ces réYolutions successives qui traitaient en maudits le héros de la veille : les gens acceptaient les événements avec docilité: plus tard
ils en parlaient, se contentant de dire, foi ant
allusion aux assignats: c'était le temps du
111aul'llis papier, sans chercher à comprendre pourquoi ceux qu'on diyinisait un jour
étaient les parias du lendemain. Ignorance
a sez semblable à la agesse.
Aujourd'l1ui le bois de pins a disparu: on
ne sait plu au ju le où reposent le deux
émigrés; jamais le soc d'une charrue n'a rencontré leurs ossements : à quelques mètres
près, on montre la placé, dans un champ de
maï , non loin d'une sorte de cabane qui serl,
en cas d'oraae, d"abri aux cultivateurs et qui
jadis, avant le défrichement, e trouvait en
bordure un bois de M. Devalz. Les gens du
pays l'OU. y coudai ent Yolontiers; ils n'ignoà. Dédaralio11 de 11. E,pcron. ancieu m~irc tlc. aint•
llagnc.

"------------"""'"""":~------------rent pa qu'un drame s'est passé là, sans
savoir précisément lequel; les visiteurs, au
reste, sont rare . C'est si vague, et i vieux!
Les trois représentants, Barbaroux, Salles
et Guadet, 1c père Guadet. sa fille Marie, son
second fils Saint-Brice-Guadet, Robert Bouquey, Thérèse Bouquey et son père, le vieux
Dupeyral, furent condamnés à mort.
A l'audience, Mme Bouquey, indignée de
s voir accusée t&lt; de pitié envers les malheureux &gt;&gt;, fut prise d'un effra~anl accès de colère. Elle apostropha les juges : « - Des
monstres! criait-elle. i l'humanité est un
crime, nous méritons la mort! &gt;&gt; Puis elle e
jeta en pleurant dans les bras du père Guadet.
.\prè la lecture du verdict, pendant les
liravos et les buées des curieux dont s'emplissait la maison de justice, on la vit, furieuse, hors de soi, repou sanl les hui sier.s,

s'élancer dans le prétoire, C( vers le président,
qu'elle cherchait à . aisir, pour le déchirer&gt;&gt;.
On l'emporta, écumante. Quand on dut lui
couper les cheveux, elle échappa aux aides
de l'exécuteur; une lutte 'engagea; « il
fallut employer la violence pour la contenir n.
Le père Guadet s'approcha d'elle, lui ouvrit
ses bras, la pressa ur sa poitrine; alor elle
éclata en sanglots el &lt;( cet attondrissemenl
ramena le rt&gt;pos dans son cœur ».
n procè. qui surgit quelques années plus
tard entre les héritiers rJouquey révéla un
détail saisissant. U s'agissait d'établir lequel
des deux conjoints Bouqney était mort le
dernier, leur contrat de mariage a1anl Lipulé
une donation réciproque et univer elle faite
au survivant. Or, ils étaient morts le même
jour, à la mème heure et presque du mèmc
coup. Le procè.s dura jus'}U 'en 1810; à celte

L'LXODE DES Gffto,4D1JYS - ~

époque, le t1·ibunal de Libourne ordonna un~
enquête et l'on interrogea le bourr~au ~•
vivait encore. Cet homme raconta qu au pied
de l'échafaud « Bouquey, voyant son épouse
s'avancer seule vers la planche fatale, dit à
l'un des a sistants : &lt;t Ah! donne:, donc hi
main it madame. » Mais elle, très calme,
demanda ex.pressément d'être e.xéculée la
dernière, voulant épargner à son mari ln
douleur de mir répandre le sang de sa
femme».
Je oe sais pas si. dans le grandiose monument, encore incomplet, que la ,ill~ de ~ordeaux élèrn il la mémoire des G11'011d111s,
doit fiourer le nom ou l'image de Mme T3ouqu-cy. 0ll semble bien qu~ l'effigie de ~eu~
femme héroïque ne era1l pa. déplaree n
côté de la ,talue de ceux dont elle prolongea
J'un an la vie en donnant la sienne.
G. LE TOTRE ·

Procès de presse

Le parlement de Bretag_ne a rendu un pour avoir vendu des livre. contraires aux
arrêt, le 29 mars 1767), qui condamne un bonnes mœurs et à la reliiion.
Ces livres sont : le Christianisme dàoilé,
nommé Bocloy à êlre enfermé le reste de ses
l'Homme
a11,i; quarante écus, Éricie 011 la
jour dans une mai on de force, comme soupVestale,
les4uels
ont été lacérés et brûlés par
çonné d'avoir voulu faire imprimer une brochure :11,- les tronb/es de la France, et l'exécuteur de la haute ju· tiœ, lors de l'exécomme soupçonné d'avoir Youlu donner le cution de. coupables.
On s'e t récrié contre la sévérité d"11n pajour it deux libelles, dont l'un intitulé le
reil
arrêt, qu'on attribue à M. de Sainl~FarRoyaimtP. clei; femme.~, et l'autre les A1•e~gean, président de la chambre des vaca_t,on:,
t11res du comte de•", lesquels manuscrit
homme dur cl inflexible, el ùont le Janscont été lacérés et brùlés.
On ne sait encore quels sont tous ces ou- nisme rigoureux n'admet aucune tolérance.
vrages criminels et quel mérite lilléraire ils
peuvent avoir.
***

:l Octobre 1768. - On a exécuté ces joursci un arrèt du parlement, qui condamne JeanBapliste Josserand, garçon épicier, Jean Lecuyer, brocanteur, et Marie Suis e,. fe~me
dudit Lecuyer, au carcan pendant trois JOUr:1
con écutifs; condamne en outre ledit Jo cranù à la marque et aux: galère· pendanl neuf
ans ledit Lecu)·er au i à la marque et aux
aalères pendanl cinq an , el ladite Marie
n
. ans
ui~se à ètre renfermée pendant cmq
dan, la maison de furce de l'h&lt;1pital général,

La république des le!lrcs vienL de ~etdrc
le sieur Deforges, mort, 11 y a quelques J0nrs,
ubitement à tabll'.
C'était un auteur moins célèbre par ses
opuscules que par_ ses ~aI1;eurs.
.
En i 749, il était à 1 Opera, lorsque le pretendanl fut arrêté. li fut indigné de cet acte
de violence; il crut que l'honneur de la nalion était compromis, el exhala ses plaintes
dan une pièce en vers forl cout1.tc alors,
qui commence ainsi :
Peuple jadis si fier, oujourcl'hui si senilc. .
Des prince, malheurcm: ~ 0 11• o·èt,•s pin, l":ml{'.

li ne put prendre sur son amour-propre
de 0oarder l'incormilo: il se confia à un ami
prétendu, qui le trahit; il fut arrêté et conduit au Mont-Saint-llicbel, où il re la trois
ans dans la Cage, qui n'est point une fable,
comme bien des gens le prétendent. C'est un
caveau creusé dans le roc, de huit pied en
carré, où le p1·isonnier ne reçoit le jour que
par les crevasses de marches de l'église.
M. de Broglie, abbé de ainL-~lichel, eut
pitié de ce malheureux. 11 obtint enfin qu'il
dit l'abba ·e pour prison. Ce ne fut qu'avec
des prél'.aulion extrêmes qu'on put le faire
passer à la lumière de celle longue et profonde obscurité.
Le caractère de M. Deforges, son esprit el
ses qualités per annelles lui gagnèrent les
bonnes g~;lces de cet abbé, au p~int d'obtenir
son élaro-1ssement au bout de cmq ans. 11 le
donna à son frère M. le maréchal, en qualité
de secrétaire, el, Mme la marquise de Pompadour étant morte, il fut fait commissaire
de guerre, dela nomination de ce rrénéral,, ui\'anl le droit de tou les maréchaux &lt;le France.
M. De forges avait supporté courageu~emen L
sa longue et cruelle captivité. Son e prit n'était point affaibli dr tant de disgrfu:es, el
"· le maréchal en faisai l grand cas.
DUCLO~.

�"---,---------------------CO,'ttTE DE FRA CE D'HÉZECQUES
et&lt;&gt;

La cour de Versailles intime
La chapelle.
c=,..

Tou' le arh . 'étaient donné rcndez-l'ou
el al'aicol employé le produit, le plu précieu pour préparer à Dieu, au chùteau de
Ycr:-aille • un temple di:me, ~inon dé la dil'inité qui dél'ait l'habiter, du moin de la
dtlm,•urtJ ro)ale dont il de,ait faire partie.
l'arloul on y rnyait hrîller le · d1cf~-d'œurre
de la peinture!, les dorure: le· plu éclalanLC
et Il' · m rbre' le plus pr·•cieut.
'fnw le· jours lt• roi allait à la me. e; il
él.lîl imité par le rc.&gt;.Le de a famille. et . i
c'ét1ît uuc . uîle de l'étir111etll', c'était du
m ,in, un liel exemple. On ne &lt;lc,ait ju rrer
,11ue l'adé et nullement Ier di,positions; au
re,te, la piété édair~e de Loui \.\1 ne pou,ait lai l!r de doute qné ~on cœur ne le
porlàt à la diapdle Litln micu\ 1p1e Il\ cérémonial.
C'était à midi, - ou plu· tôt si le le,er e
lai. ait plu· matin, - que le roi, ortanl de
on appartl'ID!!11L par une porte de "lace,
commu11i,1uanl du c.,liin •t du con ·eil à la
",derie, traver ait Lou I grand · appartemllols et ·e rendait à la lribuoe, précédé d
pages, de rcu1 •rs, d • grnlil homme , de

( ' IIATEAU DE VERSA.ILLES. -

réuni sait po11r la me5 ·c. Le, prince~ e r ndaicnt ch z le roi, et lc . corlùgc en ortait
quand la reine elle-mêm? quittait on appartement par le alon de la Pai • au fond de la
"alcric. C1.:1te multitude tl'oflicier-, de dame,
magnifirp1emenl parée. , 'a1ançant :rn milieu
d'une fouit\ de curieux, dan. celte lon 11 ue
pièce. l'un de. plu· beaux monument! de l'e
genre ciui oient en Europe, formait le coup
d'o·il le plu: impo ant.
La chapelle de Versaille e composait pour
ain i dire de deux éLa:;ies t La triLunc était en
haut, t•L de chaque càté régnait une ~alerie
oil e plaçaient les personne du en·ice qui
11e pouvaient lroul'er place dan · la tribune,
ain ·i 'Ill, le t=lrangers. La tribune était tri..
~rande. Elle était bordée, ur le uc\·aol, d'une
balm,lrade de marbre ur laqudle on jetait
nu grand tapi de 1·elour cramoi ' i à fran"t'
d'or, et à chacune de se eitrémité. ~c trouvait une lanterne doriic el frrmée de glaces,
pournnt contenir une eul p r onn cl de ·lim1e aux prioc · e: malade- ou qui ne voulaient point paraitr • pnbli,101ment. On r •mar&lt;1uera que, sous Louis XI\, madame de
.laintenon était loujour. placée; c'était là
la seule mar']ur publirJut&gt; qu'ellt• eùt jamnis
fait paraitre do lien ,p1i l'uni~sait au mo-

\'tJr, El TERIEt;R F. Dl! L.1 CIIAPELLE.

onicier~ des rdes, cl uil'i du capitaine
de "3rd~.
Tou: le. dimanch .s la famille ro)ale e

narque. Comme la tribune eùt été trè froide
l'hh-er, la cour as i~laot à de. offiœs lrÎ!5
lon!!S, urtout la ,·cille de oël. où le .enice

divin durait depui dix heure du :oir ju. qu',
une heure, on montait ur la Lril.mne une
grande charpente dorée qui en fai, ait un
Leau :al.in, arec de fenêtre de glace ttu 'on
ou,rait à volonté.
C,· n'était que le jours de grande ft1t
que la cour de rendait dan. le ha· de la cbnpclJC', par d~ux e calier touroanli placé de
chaque côté de la tribu nt'. On courrait le pa\'é
de uperbe tapi·; on di ·po. ait un prie-dieu
cl deux fauteuil pour le roi et la reine; les
prince uaient de chai es cl un carreau;
tous le officier~ et l •· dames e plaçai nt
derrière ur des tabourets cl de· ùanqueue ;
enfin, le aumônier el le1 gardes de la
manche étaient de chaque côté du prie-di 'U.
Il ~ aYait cc jour-là une con·éc qui ~tait
cependant Lien rechercht&lt;e, c'était la quête.
oe jeune femme, aprè· a prt enlalion,
devait . 'aei1ui1ter de celle fonction, qu'on
redoutait Lien un pt&gt;u avant la cérémonie,
ruai· dont on était a&lt;&gt;réal&gt;lemenl r1kompensé
par le murmur de louange et d'admiration
que oulerail la pr:•ence d'uncj ·un• fomme,
daru la fleur d l'àge cl de lo b •auté, maa-nifiquemenl p:irée et courerte de diamants de
tolll • .a famille. J'ai dit qu'on royait Yenir
ce jour avec une certaine appréhen ion. En
effet, quel cmharra pour unejcuoe personne
qui a,Jit à peine 11uitté sa mère, Je se ,·oir
obligée de pa~ .cr ou , le yeux d'une &lt;'&lt;&gt;Ur
nombreuse en faj ant, avec lentc-ur, une
multilu Je de r,fréreoces dont elle faL ait, la
vciU&lt;.', une rJpélit'on m·ec un homme l'hargé
de la dirirrt'r! Et elle n·avait mrmc pa.,
comme Jan le t,.Ji e , la re :onrce d'fürc
conduite par un ca1·alicr qui aurait pu. au
Le oln, soutenir , pa cbaocdant . A . on
LrouLle, ?i l'in,Jlriétudc de manquer une révérence. d'aller à tel prince avant tel autre, .e
joignait encore l'embarra· de !"habit de cour,
de cet énorme pani ·r et de la loo!!lle queue.
J'ai YU plu~ieur d' ce jeune quêteuses dan·
nn état à faire peine; mai la coquellerie,
l'ambition, leur faisaient ,ite oubLier une
"ène pas arrère et la fatigue de cette impoanle cér11monil·.
Cette quête rapportait beaucoup; car,
quoique les princes, les grand officier el
le~ dames donna :enl culs, comme on ne
pouvait mettre que de l'or, la recette montait trè haut el ne lai ait pa que de nêner
li' pcronnes peu ricù~. Ueureux qui pouYait e procurer un demi-loui ! à moin de
faire comme un cordon-bleu qui y metlail
con ·tammeol un jeton. On m'avail, en elTet,
as. uré que, depuis plnsieur année dt'jà, l
jours de cérémonie de l'ordre du aint-Esprit,

,

1.A cou~

DE °VER,SA1ll'ES 1NT1ME - -...

on trouvait toujoor un jeton dans la _quêl~. affairé du collier, où l'on a\·ait rn le nom de que oo mari, alor. reniarië, el j •_l"ai lromé
Jan· la de traction de l'or.Ire, ou aurait fin,, la . OU\'eraine ervir dïn·trument à d6 fri- diane d'a1oir eu une Îl'mme au. ,1 coupaLI,·.
à la morl de ce moderne llarpa!!OO, par dé- pons pour duper un grand sei 11oeur. .\ux
!"&gt;Le cardinal de Bohan. qu'on appelait le
counir . on nom, à moins qu'une dispo ·ilion
de .on te lament n• .ùt perpétué on secret.
Cc· IJUêtes, qui, les jonr· de proces i_on,
allaient à plu · de cmt Joui-, élaieot remise
au curé de Yer~aillcs.
Le jour· de granJe (ètc qui Lomb~ient u~
dimanche, on présentait le pain béml au roi
et à la famille rol·ale. C'était un très gros
morceau de briocl.te. Loui \ \'I tirait son couteau de sa poche, et, ~pri• en aroir coupé
une tranche, il donnait le re te aux pag de
la chambre. u,·cnt même il ne prenait point
tant de peine : il mordait à mème la ~~ioche.
Le jour de mon entrée aux page .Jeu: le
morceau ur lequel les dents du rot arrueot
lai ,é leur empreinte, et, dan mon exta e
provinciale, je ne le maorreai qu'avec un certain ri!. ped.
La mm,ique du roi exéculait des me e
et des motels compo és par les au~eu~s le
plu· di tinaué . A la me se de mmmt du
jour de 'oël, on entendait a,ec beaucou~
d'admiration le hautboi Ju cJlèLre Ilezozz1
exécuter de petits air que le calme de la nuit
CUATJ::All DE YERSAILU:S . LE \'EHIBl'LE DE U CIL\l'ELLE .
rendait encore plu gracieux. On avait atlach • à lJ mu ique du roi douze enfant., appelés pa,. • de la mu ique, qui remplaçaient
le· fau ,e( . C'êtaienl le enfants dei; valet '
eu de la justice, le prince de llolian n'était prince Louis, était enc_ore lr~ Li ·n con ·enr,
de~ officier de la cour. li· portaient la lim..:C point coupable, el l'arrèt du parlenPnt de lorsque je le fr au Etats généraux, malgré
de la "rande écurie · mai- oo les distinguait Pari· ét:iit coméquent, car le parl~meol Loule le infirmité· qu'il conlracla dan .on
rn ce ~u'il ne pounient avoir ni ba. de ·oie n'était point junc &lt;le mn•urs ~OCJales; rxil à l'abbaye de la Cbai c-Dieu, el un m:il
ni Loudes d'ar •enl.
mai· au1 1eu . de la majesté roya~e le car- à l'œil qui l'obligeait de le couvrir d'uu tafIJuand le roi était dl 1 le ha de la cha- dinal êta.il répréhen~ible pour al'Otr cru ~ fela. noir. Dan le lemp de a . pknJcur,
pelle, on lu.i pré ·entait le corporal à bai.cr_; ·ouveraioc capable d'entrer dan. t~n march_~ c'était le plu noLlc. et le plu marnifi_que
c'était une d, prérogatl\'e Je la rolaute, clande tin dont le clau e el:111:nl au 1 ei!!llcur de ln cour. P r oonc ne fil m1cu\
le roi étant re•!afdé comm, ::;ous-diacre.
déshonorante pour lui que pour elle. La Yaloir on opulence cl l'autiq ue dignité de , a
Quand 1 éH! rurs prêt.. icot ·erment a~ perte de c cba.rgCli, o~ ~xil _loin de la cour, race.
roi, c'était après l'é1·an°ile l'une meise qui n'étaient donc pa. une lDJU~L,ce, comme ont
Dan· le f.'lc-beu c. affaire dont je lien d •
e disait ?I l'autel de ':tinte-Thérèse, 011 le \OUiu le faire croire les ennemis de la reine. parler tout à l'heure, le cardin~l fut m_:il
pinceau de • anlcrr' arait repré ·enté cette Le cardinal en était si per uadé qu'il ne ,eeni par qudqucs-uw de es amis. ~n a1_l,
, ainte eo extase, i lwlle, i roluplueu ·e, que nail point aux États ,.énéraux ·an la permis- co effet, que leur olle méchanceté hl orl1r
.
bien d,i prêlrti· craignaient de dire la messe
ion de la cour; cl,e plu tard, . a con d111le
de l'hôtel d monnait· de trasbourg, l'II
à celle chapelle.
dans ~e ro~- '5 ion all,·mandl!·, · · sacrifice
17, • d • !oui d'or où l'eflîgie du monarque
Le nrand aumônier de I•rance était le car- pour la eau de LtJub \ \'l, lo~1t a pr~mé a\ail an front une petite protul,érance qui
dinal de lloolmoreocI-La\'al ', évèque de que cc prélat était loin d'en ,·oulo1r au roi de
emblail vouloir a:~imiler l • roi aux mari·
. letz, prélat lier et fa lueux, que , on nom, l'a,·oir puni Je ·e imprudl•net• .
trompé . La police ·crupr..:~sa 1e Fair: d!, paplus que se. conmi.ss:inc_!! , al'ail po:lé aux
~ladamc de Lamothe liait coupahle, au
r::ùtre celle ~cauJalt-o tl monnaie. Mai· 1I n
plus haute dignité de \'Enlise. IJ ar:11l uc- yeux des loi~ et de la ocié_té: d'intrigues, d_c a échappé plu icur _Pit·ee qui ont_ tromé u_n
cédé Jan!\ cette ch,r,,.e au cardinal de Rohan, ,éJuctioo~ et d·uo ,·ol con 1d ·ral,lc. n pre- asile dan le~ cahmel ' de curieux. Mo1évê 1ue d,, tra ·bourg, apr la malheureuse teodu nom de Valois n'était pas une rai on mème, en i 7!H, j'en ai YU une en Ire le
de la sou~traire au peines infamanle. qu'elle main· d'un né •ocianl de Valencienne·, grand
1. Lom--Jo,1•pl1 ,lo 'luul,n11rcnc~-l.:i1al, è_,ê')1te ,1,e
méritait.
conduite n'en de1iut pas meil- amateur de médaillt:s, que je rencontrai à
llclz, graml aum.' uier tl, pui ti , ne ,lcnnl canliual 11u·cn l 71S\J.
lcurr. J'ai lo•é depuis don le même hàtcl Amers.

ComE oc FR.\. 'Ch lrl!ÉZECQLL~.

.... 20&lt;) ...

�' ·-----------------------

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE IV

culte,, r11rn l'ancienne France, . cule, élail
vraiment soumise aux restrictions commerLa guerre del'ienl inc.-illhle. - A"erti scmeot, ilon•
ciales;
encore, les licence,, d,mt j'ai parlé
n~ i ~apoléon. - l.i, Cour i111péri1l~ il IJn'l11le. l'icc ,le compolition ,le l'armée et deo clircn
plus haut. y faisaicut-dl d'~normes Lrècorp,i.
d~. Quant à l'Italie, à l'Allemagne cl aux
pro,iuccs llhrienncs. le s,,tème continenlal
Le mot.ir le plus pui~,aut 11ui portât l'Eru- hien •p1'étal,Ïi par décret i111périal, u·y étai~
p«·rrur à faire la guerre à la fiu!-ie était le appliqué 'lu'illu,o:rcment, tant à eau e de
dbir de la ramener à l'exécution du traité
l'i:tênJue des côte:. que par la connileuce cl
:-i~né à Til itt en 1)l07, traité par lequel
le défaut de · ur1·cillancc de œux qui admil'empereur .\lennJrc ,s'était en•,,v,é
à fermer
0 0
nistraient ces vas les contrées: aussi l'cmpr1
tous
es port
de •~es • !.lat:;
à L\onler.-rrc, , e
• ..
• •
,
..
e
'
rcur Je Ru_ie répondait-il ao1 sommation:.
11m II a,,ut J3lll,fü etc pra11qué que d une
que la Frarwc lui faisait d'interdire toute rcmanière fort imparfaite. i\apoléon p ·ns 1il
,l\ec raison quïl ruinerait les An:,ilais. peuple btion commerciale n,l'C l'.\ngleterre, en
c.sentidlerncot fahric-ant et marchand, s'il signalant cet état d'exl'eption pre:;11ue général
parvenait à détruire l1•ur négoce a,·cc 11• con- en Europe. Mai, la 1·éritaLle cau,e du refus
tinent européen; mai l'CJ:œution de œ pro- 11u'oppo~ait .Ueiandro aux prétentions Je
jl'l gigantesque offrait de ~i grandes diW- i\'apoléon était la crainte qu'il épromait d'êlrl•
as5as~iné comme l'avait été l'empereur Paul,
0

~on père, arurucl on rtprochait J;irnir Llessé
l'amour-prnprc national eu s'alliant à la
France, et, en Sl'fOnd lieu, d'a,·oir détruit li:
rommerce russe en dt'.-clarant la guerre à
l',\n;;lctcrrt•. Or, Alexandre commençait à
rompr• ndre qu'il ù:ttit d~jà aliéné les esprit:; par la ùéfërcncc cl l'amitié qu'il avait
t;( noi. ·,,:es à ~apoMon dan les entre me
d'Erfurt et de 1ïlsill; et il de,ait craindre.
maintenant, de leur fournir un nouveau griC'f
par la suspension Je tout commerce avet·
l',\03lcterrc, seul débouché par le,1uel la nohle:;se ru~~c pournit écouler les produits eucomlirant~ de se, imm&lt;•nses propriété, d s'assurer . e&lt;: re1enu,. La mort de Paul ter prou1ail bien à qucb danger· l'empereur de Russie
s'exposait en prenant une pareille mesure.
.\lexan,lre devait craindre J'autaut plus, qu'il
,oyait encore près de lui le:, orficim, •111i

:l\·ai&lt;'nt entouré •011 père: de ccu1-là était
llenninz,cn, ,on chf'f d'é1at-majnr.
~apolt•on ne tenait p3• a,.sez rompre Je:;
dirfil'11ltl; Je l'êtte •ituation. en mPnaç.1111
\lexarrdre Je la :::urrrc s'il n'acc~d~it pa~ à
ses J,:,irs. Cependant, eu apprenant les perle"
uhies et les rel'er;; es uyés en E,papne et en
l'orlu~I. il •emhl:tit hé,itrr à s'('n:?a"er Jan,;
une guerre dont le nhùtal lui parai sait fort
inc('rtain. Je tit'ns ,lu ;énéral fkrtrand 11ue
,1\'apoléon a ,ou,·,mt r,;pélé à Saintc-llrlr11e
•rue sa seule pc115ée fut 1l'.1hord J'cffra1er
l'empereur Alexandre, alin de l'amcnrr'à
l'cxi'.-cution du trai1é: « ~uu:, étion , disait-il,
« comme dl'UI maitrèS d'l;~le Corœ qu'on
« croit prêts à en \'l'llir aux main", mab ,pri,
« n'en aJant cn,·ie ni l'un ni l'autre. c ruea n:went de l'œil et du rcr co aunçant à pe« lils pas, cb:icun d'eux 3)3111 l'espoir que
11 son adrer,aire reculera par crainte Je
cr croher l't1péel ... D .,rab la comparai~orr de
!'Empereur 11'était pas cxade, car run Je.~
Jcn, m.ritrè.~ J'arme., a,ail J .. rrièrc lui un
précipice ~nos fond, prèl à l'engloutir au premier pas ,,u ïl rcrait en arrièrl!: ainsi plaré
entrtl une mort ignominieuse et la nl:r1~•~i1tl
dti combattre a,cc des chance.- de •uc«·ès, il
de1'3it prendre cc dernier parti. Telle riait la
,ituatiun d'.\lexanJre, :-ituatioo encore :i~;rarr.e par le.- 111anœu,n.', au,;11udles l',\n~lais
Wilson c fürail auprès Ju gént'.-ral Bermingscu t'l des officier, de ,on t'.·tat-major.
1. 'C'rupcreur Xa1ioléon hésitait l'IICorc I'!
:semblait ,·ouloir écouler b sagth ans Je
Caulaincourt, so11 anciC'n nruba ~adcur a '-arot1'{1crsl"1urg. li ,oulut mêmc interroger pluieurs oflîci,•r~ rrançai,. qui u·aicot habité
11uclque temp~ la nu,,ic el en connaissaient
la topo!!raphie et 16 rcs~ourt'es. Parmi eux
se lro111ait le heutenant-coloncl de Ponthon,
•1ui auit ,:té Ju nomhre de, officier, du ;;énic que i\·apolt'-on, lor, dn traité de Tibitt,
av11it, sur les in~tanccs d'.\lexanJre, aulori~t~S
et même in\1tb à pa, cr &lt;1ucl,p1cs années au
.ser1ice ,le la nn~,ie. C'était un homme des
plu, c.ipal,lcs el Je,; plu~ mode,t ..\ttacbé
au ser1ioo lopographi,1ue Je i\'apoh'.'011, il
n'eût pa cru pournir érnellro ~ponL1n,1ment
son avis ,ur les difficulté., 11u·,~prouverait une
armée portaut la guerre darr rernpirc rus,e;
mni, lorsque !'Empereur Il! ip1cstionna, de
Ponlbun, en homme d'honneur, tout Jérnué
à ·on pa]", crut Jc~oir dire la rir~té tout
1:ntière nu clid de ll::tal, et. s.:tn, cram«lrc Je
lui déplaire, il lui signala tous les obstacll'
qui s'oppo"eraient ù son cntrepri~c. Les principaux étaient : l'apa1ltic et le défaut de coucour, des pro,·inccs lithuanicnocs assujettie
de1mb de longue nnn6cs à l:i l\u ic: la rê~i tance fanatique Jes nucien llo.covites; la
rnrdé Je.., , iHc, ,•t fourrages; dC's coulrilt•&lt;
presque dt'.-s1:rtc- •1u"il rauJrait tra,erser:
des routes impraticables pour l'artilleri,1
aprè,. une pluie Je r1u ·l,1ue heures: maii' il
appu}a surtout sur le, ri;ueurs de l'lii1er et
lïmpo.sihilité phFi,1ue de faire la guerre
lors11u·o11 aurait atlt•int l'époque Jes nci;;cs,
qui lo1u.baient sou renl dès I" premier jours
d'oetolirc. Enfin, "Il homm1! HaimC'ol coura-

)JfF...'JfOr~cS DU GÉj\'1;~J(L BA~ON DE .M.Jl~BOT - - ~

;&lt;'nx, an ri,'(UC de Mpl:tire 1·L Je comprometlre son awmir, li. de Ponthou ~c permit
de tomber aux S•'noux dt• !'Empereur pour le
,upplirr. au nom du bonheur de la Franrc el
de sa propre ~luire, de 11e pas cntr!.'prc11Jn·
celle dan~ercu e expédition. dont il lui pn'.'llit
toute le:- calamilt:s. L'Empercur, apri·~ a,oir
écouté a,ec c:ilme le colonel de Ponlbo11, le
congrdia ,an, faire aucune olNnation. Il rut
plu ieur,- joor, rèîcur et pen. if, et le hruit
se rt:panJit que l'CJpéJition é111it ajournée.
Mais l,il•ntôt M. ~farci, duc Je Ila,sano, ramena l'F.mpereur à son premier projet, et
l'on as~ura, dan fo lrmp,, «prc le marédral
llnout ne Cul poiol itranger à la résolution
que prit ;\apoll-on Je porter a nornhreu~e
armée d'.\llema::me. ur 11• ri1cs du i\iémen.
à l'extrême fror~ièrc Je l'empire russe, afin
de déterminer .\lcianJre à obéir à ses . ommation~.
.\ rornptcr de œ moment, Ucn 11ue M. ile
Punlhon Urt toujour, attaché au cahiuct et
"ui"il con,tamnwnl l"Emprreur, celui-ci ne
lui aJrl'~~a plu~ la parolti penJanl tout le
trajet Ju Siémen à Moscou, et lor"111e, p.. ndaot la retraite, ~apolt'.-.,n fut forcé ùc ,:a,oucr
à lui-mfme 11ue b pré1isio11s de cet e;timalilc orlicicr ne s'étaient 11ue trop rt:rifirt:s,
il tvitait dl· rt.?11rontr1·r ses reriard,; m:anmoin,, il l'élern au grade Je colonel.
ius ne dc,·anrons pn~ le cour:- des él'l'nCments el rc,cnon~ DU\ prép:iratif~ que fai,ait Napol~on pour arn!.'ncr Je Hré ou Jl,
forn: IJ f\u_,ie nux l~•ndi1i1111~ 11u'il wulait
lui impo,er.
Il~ le moi~ d'a1ril, b lroupc., rram~,i~es
cantonnfos l'n ,\llema 0 nc. ainsi •1ue cell

GhtlUL C.tL'l..U:'&gt;-COl:RT.
0

lJ 11frès ,~ aus/,i jr IILLLIARD.

des dil'er, princes de la Confédération ;crmani,Jlrc rangés sou~ la Launière de ~apoléoo, s"t~taienl mises en mouH·mml, el leur
marche ,·er la Pologne o"é1ait ralenti,1 que
par la Jirtirulté Je .se procun:·r les mopifü

de nourrir kur.s nomlm::ux chl!1aux, lê~
herl,cs et même les hlé, t:La.nt à peine hor·
de terre, à cdtc ép,,,,nc, dans le~ contrl:c,
Ju .\'orJ. Ccpcn,lanl, !'Empereur quitta Pari~
Il: Il ruai, l'I, al·compag-ni- Je l'lmp{-ratricc, il
se rendit 11 llrcsdc, oi1 l'attendaient son Lcaup~rt•, l\·111pcrcur d',\ulrichc, t•I pre~•rue lous
le- prinœ d'.\llemagne, attiré., les Ufü Jl:lr
J'e.,poir Je rnir accroitre l'étendue Je leurs
~:tals, les autres par la crainte Je Mplaire 11
l'arhitre Je leur destinée. Parmi les rois, 1c
seul ah~L·nl était le roi Je 11ru~ c, p.irce que,
ne fai,aul pa~ pntic de la Co11fo!dénitio11 du
l\birr, il n'a,ait pas i·té appelé ir cl'ltc rJunion cl 11°füait s'y présenter san, l'autorisation de Sapoléon ! li la fit humblenll'nt ~olliciter, et, dès qu'il l'eut obtenue, il s"cmprcs.sa dt• venir augml'nter la foule de,
sou,crains qui i;"étaienl rendu~ à Dresde pour
faire leur rour au tout-puissant vaio,prcur Je
l'Europe.
Le., prolcstations Je fidélité cl Je dévouement 1111i furt·nt alor,- prodiguées à ~apoléorr
l'étourdirent au (IOint de lui faire commettre
un,· foute Ùl', plu~ gra,es Jans l'organi$alion
des coutin6ent• qui dc,aient former la granJe
armrc Jl'~tin,:,. à porlcr la guerre en llussit·.
En elli!t, au lieu J'affail,lir les ;om·erncmtwl.s J'Autrid1tJ cl d~ Pru,st•, ~es anrit.&gt;ns
enncrub, en eli3eanl d'eux •1uïls lui fourni,~cnt la plus grau,le partie de IL'ur~ troupes
dbponilob, 11uc la prudence aurait Jù l'enga=c•· à foire nurdtcr à l'a,·ant-!!arde, tant
pour épar,,;ncr le s u1g fran\·ais que pour être
à même tic suneiller -c., nou\·t!aux el chauc,·lanls alliés, nuu "e11lemc11t ~apoléon Ill!
demanda t1ue ;;0,1100 bomme:s à chacuue de
,·ci; puis:,arrrt:!&gt;, 111ais il l•n forma les deux
aill' J, . .,:, rméc! ... Le., Autrichien , sous
le priuce Sd111Jr.tenl,erg, tiureot l:t droite en
Yolhrn11. I, , Pru sien.,, auxquel il donna
pour" d1d un marécbal frarr~ai$, )focdonald,
occupî•rcnt la gauche. ,cr l'emLouchure Ju
~ifo1en. I.e ferrlrc éluil composé des corl':s
rrançais et de., l'011tingcnts Je la Con[éMratiou du Hhiu, dont la li,lélittl arait été éprou,ée par Ici; campagne~ d'léna el Je \\ :i;;ram.
Le ,iœ Je celle or;anisation frappa beaucoup dl' bon~ 1:sprits, 11ui YO)aicnt a,cc peiuc
les aile de la Grande \rtuée compo,écs
J'étraugers rc;,tanl sur _les frontihcs di• leurs
paJS respectiL cl à même de former, eu c.i
de rcn·rs, deux armée., :sur no, dcrrièrl',,
lor que notre centre, composé Je troupes
sùres, ~e serait eufoncé dan, l'Empire ru~se.
.\imi, l'Autriche, qui avait :!00,uou soldats
mus les armes. u'co mcllarrt que :i0,000 i1
la Ji.spo~ilion de ~apoléon, en 3arJait I Ï0,000
prêts à a;ir conlrc oou en ca,, d'in~ocœs! .•.
l,n Pru.sc, liien rp1e moin!, puissante, avail,
outre son contingent. (j0,000 hommes en ré~cr,e. Un s"élonnait donc que l'Enrpercur Lint
i peu compte Je ce qu ïl lai~sait derrière
lui; mais sa i.:onhance était "i grande 11ue lt·
roi de l'rus_c ra}ant prié Je permetlre que
son til!, ainé (le roi actuel) 1 fit la c.'.lntp:iinw
aupr.:s de lui en 11ualîté d'aide de camp, ?\apoléon ne ,·oulut pas ) consentir. Cependant
1. rn:,téri,-t;uillaumc 1\.

�IDSTOR.1.11
ce jlunc prince eût été un ola• e précieux, ui1
Ce fut ·n un d: · princip le · cau_cs des perçant, décontman~·aient bi,·n d •- col!)~el:,
ga"e bien .ùr de la fidélité de .on père.
r~vcrs que nou éprouvàme .
et cependant. malheur :, elui qui _hé.ita_it ,\
Pendant que les fête H' uccédaient à
répondre : il étai~ ruai noté dan 1:e.pril de
Drc~de, les troupes de ~~po!t:on . il1011naicnt
CHAPITRE V
·apoléon !.Je !!l'étais. i bien préparil que j' ·\!
le nord de l'Allcmarrnc. n,:jà l'armée d'llafü•,
répon c à tout, cl l'Empcr~ur, aprè m'àvoir
fraud1i sant lt• montarrnc' du ÎJrol, e diri- llcrnt: J • l'Emper,ur. - 1.·1rml!C -ur I • :'iifo1,•11. complimcnlé ur la helle tenue du n:;;ime111,
geait sur Vàr O\ie: Le 1 ', 2" el ;;ë corp
l'n mol sur les hi,toru•u, ,111 la umpagnt: d • 1 I:!.
allait probablement me nommrr cç,lon~l cl
Ellorls
,le
Auglai
pour
nuu
1•oler.
Alli1111lc
franç:u. , comniandés par le n~réc~a~x ba,le ilernadullr. - Di,positions &lt;le la Pol~'TIC,
élever
au grade de gênéral. M. de La • ougavout, Oudinot el 'ey, lrarcr~aient la .f'ru :c
rède,
lorsque
celui-~i, le jamLe em·~loppées
pour marcher ur la Vi Iule. La \~cstphalic,
L'Empereur, ayant quitté Dresd le ~9 mai,
la n \ière, la .·:i e, Bade, le Wurlember,T, .e dirigea ,·ers la Polo!!ne par Danzj.-, e! la de llanl'lle, 'étant r it hi, er à cheval pour
uine de loin les mou,•emcnt de son régiainsi que le' autre . conféJérés du ll~in, \'ieille Pro . c, que trarer~aienl en ce moment
ment
que je commandais à sa pla e, s'cnlcnfournis~aienl leur. contin"cnb, el l'Autrid1r,' ses troupe , 11u'il passait en rcrne à me ure
danl
appeler, , 'appr0t h~ d1\ 1"apoli:on cl
ain.i que la Pru~:e, le~ a,·ail imit · : MaL, qu'il le rencontrait ..
l'irrita par une dcm1nde maladro~te en fàwur
cbo~e di~nc de remar,rùe, tandi: que les éU'aprè l'organi:ation de l'armée, le -:!3t de
néraux autrichien exprimaient leur 1;ati ·fac- cba, eur à cheval se trou mit emhrizaJé avec d'un officier, son parent, indigne de tout
intérèt. Cette demande oulcva une tcmpetc
tion •d'unir leur drapeaui aux nôtre., le&gt;
le 2t• de la même arme. Le gém!r~I Ca-tex dont j"éprourai IP conlr1•-co11p. \apoléon e
oflirier!&gt; rnbalternes et la troupl' ne mar- eut le comma.ndemcnt de cette lirigade qui
chaient' qu'à rrgrct contre la flu :,.Ïe. C'était fil partie du 2fl corp d'armée, placé .ous mit dan. une colère de~ plu violente~, ortout le contraire dan le contin••ent pru - le, ordre du maréchal Oudinot. Je C'onnais- donna à la rrrndarmPrie de cba~ cr de l'arm11c
l'officier dont on lui p'lri:lit, et, fai saut
·ien: le· générau. cl le: colonel· e trouai depui lon°ternp le . nénéral Ca.tex, M. de La ,·ougrirède allcrré, _il -'éloigna au
vaient humilié · d'ètrc dan l'oLlirration de cxccllenl homme, qui fut parfait pour moi
galop. ,\in i La ~ou,.arèdc ne fut point fait
.enir leur Yainqueur, tandis que le. orficier
penJanl toute la camparrne. Le maréchal général.
de ran inf1lricur.s cL le, .oldats se félici- Uudiuot m'avait \U au sit·"e de Gènes, aupr
taient d'avoir l'occa,ion de combattre il côté de mon père, ain i qu'en Autriche:, lorn1u'cn · Le maréchal Oudinot ayant suhi !'Empede· Françai , pour prourer que 'il n,·aienl 1 Oil j'étai aide de camp du maréchal reur pour lui demander s ordr relativeüté batiu dan la campanne d'léna, ce n'était Lanne ; il me traita arec beaucoup de honté. ment an 2;:;e de chas~eur , 'a Maje té répondit : a Que le cher d'e cadron.:. larl1ot continue
pru; faut de coura"e, mai parce que leur
L,. 20 juin, le 2e corp reçut l'ordre de à le comman,ier. \vant d'ol1tenir le grade
cher le- a,ai 'nl mal ùiri;.:é .
. 'arrèter à ln Lerburu pour J être pa sé en
• 'on culerùenl 'apoléon avait encadré a rerue p:ir l'Emp ·reur. Ct!:; olennit.é- mili- de colonel, je Jcvai recevoir encore une
Grande" .\rru\ dans les . continacnts autri- taire étaient toujour attendue • a\·ec impa- nou ,·i:llc et "ra, c hic, ur !
Pour rendre jn:tice à 1. d • La, ·ou"ar'· le,
chiens et pru. ien., mai il avait affaibli le tience par le individus qui espéraient partimoral de troup, Irançai · un le mêlant à ciperaux favt.:Ur di tribuéc dao ce· réunions je doi· dire qu'il m'exprima de la m:inière
de· r 1aimen t~ étranger-. ifüi, le t..,. corp , par ~apoléon. J'élai de cc nombre, et je rue la plu loyal fos regret qu'il ,:promait d'ètre
commandé par le maréchal Davout, comptait cro ai d'autant plu certain d'èlre nommé la cause involontaire du rt!larJ apporté à mon
avancement. La fàdicu e po. ition de 1·rl
au fer juin 67 000 homme·, sur le, quel
colonel du régiment que je commandais pro5 ',1100 Fran~i ; le urp]u était compo é \·isoiremcnt, qu'outre les prome ·c •1ue homme c~timaLlc m'in,;pirait un ,·if intérêt,
de Badoî~, lccklcmbour coi , lie oi , Espa- l'Empercur m'a,aiL faite il ce ujcl, 1• gé11é- car il craianait d'a\'oir prrdu b couftance de
gnol. et Polo·nai • Le 2• corp. , au ordre du ral Ca~tex cl le maréchal Oudinot m'avaicnl n:mpcrcur et, par uite de e. infirmité., ne
maréchal Oudinot, e compo ail de :ï4,000 prévenu qu'il allaient me propo cr of,'iciel- pouuil se remdtre hicn dan l'c~pril de a
Françai ··au· '{UeL on avai l joint i ,000 Por- l1'nte11t cl 11u'il · cropicnl que \I. de La ~ou- Majest~ par a conduite Jafü les comhats qui
dera1cnl avoir lieu.
tuaais, 1, '(li) Croate el 7,000 ui · e..
gn.rcde allait èlre placé comme génrral à la
J'a,·ai' été a.~ez beur ux, le jour de la
Le ;j• corps, commandé par le marécha 1 tète d'un de' urand· dépôt· de remonte 11u·on
re1·ue,
pour 11uc l'EmpP.rcur l'Ùl accord' tout
e~, était formé par 2:i,0110 Français, 3,0011 de,ail établir , ur le derrière de l'armée.
l'a,anccment
et toute· le décoration que
Porlugai=&gt;, ~,000 lll1rien rt U,000 \for- ,fai~ la raw!ité qui, quelques mois a\ant,
j" avai dem:indé · pour Il· oflicier ·, ou tt:rnb rgcoi~. L 4~ et 6" corp , réuni ou
avait reculé i souwnt la dl:liHance de mou officier et oldal.! 'du ~;;•, cl, comme· la
le: ordre. du prince Eurrène, étnicnt formé
bre,·el de chef d't cadron , me pour ·ui,it de
de i7,000 homin , .ur lc~quel' :i ,000 nouveau pour l'ohtcntion de cdui de colonel. rcconoai ~ancc q11i r6. ullc de &lt;·e fa1·eur ·
remonte toujour au cher qui le a rajt ohteFrançais, 1, i(J(J Croatr , 1,200 E pamol ,
Les revue étairnt des examens évère ,,ue nir, l'inlluence fJUC je commcnrai à prendre
2,1100 Dalmate , ~0,000 llalicn et {2,000 ['Empereur faisait oulenir aux chef de es
ur le régiment ·en accrul beaucoup el
BavaroL.
r1Hments, .urtout à la Yeille d'une entrée en
La réscne de calaleri1•, commandec par campagne; car, outre les 11ue lion d'u,agc calma le reôrets que j'~prouui de n'arnir
Jla obtenu Il' grade dool je remplis ai: le.
\Jorat, comptait -H,000 combattants, .ur
ur la force numérique en hommes et en îonctiun .
lcsquel il y avait 27,000 Françai , 1,-i-00 chevaux, l'armement, etc., il en adres,ait,
Jè rl'ÇÜ à œtle 6poquc une lettre du maréJ1ru . .icn-, 600 Wurlcrub1Jrgeoi~, J, 100 lla- coup ur coup, une foule d'imprévu • auxYaroi , 2,000 'a ons, 6,000 l'olonai cl :i,000 quelles on n'était pa · toujours préparJ à rl'.'- c:bal \ta éna et une autre de · lme la maré·cbale, me recommandant, le premier, ll. He\\'e tpbalicns.
pondre. Par exemple: c Combit:n arez-,·ou · nique; la seconde, .:on fil Prosper. ,le ru!&gt;
Je n'ai pa· l'intention de donucr ici la no- « reru d'hommes de tel départcmeut depuis
ruruclature de force- dont ~apoléon cfüpo- - « dcu an·? Combien de mow;quetow pro- trè' rn iLle à cette double démarche, el ,
sait au moment de ~on entrée en Ru ·ic; « ,enant de Tulle ou de Charle,·iUe? Com- répondi comme je le dt,·ai,, en acceptan l
mai· j'ai ,oulu démontrer, par l'examen de a b.ien ayez-,ou de cheraux normanJ '! Corn- dans mori régiment cc deux capitaine·. foul'état de ituation de plusieur corp d'ar- « bien de brelolli) '/ ComLicn d'allemands? Lcfoi,, hue lâ maréchale n'ayant pa per~Lté
dan ses in leu lion., Pro pcr ~la séna ne vint
mée, 11 quel point l'élément françai était « Quelle quanlité la compa!!llie •que ,·oil
mèlé aux éll'angers, qui, confoàdus eux- 11 a+elle de triple chevron ? Combien de point en llus.ic, et il n'aurait pu, du reste,
même de la façon la plu hétérogène, sous et douhles et de impies'? Quelle t la moyen fil! en supporter le rode cli1D.ft.
L'armée allait bicntôl toucher à la fronle rapport du langage, des mœur, des habi- 11 de l'âge de tous ,·o oldats'/ de vos of6tière
de l'empire ru ~e cl revoir le 1 'iémen,
rudes et de intérêG, servirent tous fort mal « cier:.? de"°' cheYaux'? etc .... i,
ur
le11uel
nous nous étions arrêté en 1 07.
el paralysèrent oment les efforts des troupe
Ces que tion , toujours faites d'un ton ltref L'Empcrcur di posa es troupe· sur la ri\c
françai es.
dc.s plus impératif , accompagné d'un renard g uche de et fleuve daru l'ordre uivanl .

I\". - HISTOJt.a,- Fa•r. Mi

�r --

111ST0~1A - - - - -- -- - - - - - - - - - - - - - - - -

d'abord, à l'extrèmP droite, le corp,- autcicbîen du prince de .- hwJrzcnkr!!', -':ippuyant trop acerbe, ce qui O&lt;'casionn:1 un dtll'l entre .\lai ce peuple turbulent, dont le:. aïeu .
sur la G:tlicie 1•er · Orn·•itchin. A la "a11cbe de lui et . f de 1:~ur. qui fut Lless~. Tl fout 11'arnicnt pu . 'accorder lor qu'il formaient
chwarzenberg, le roi J •rôme avait ra •. m- convenir qu i O) dernier e monlre peu un eul État indép•ndanl, 11'olfrait aucun
lM, entr • B,aly ·tok cl Grodno, deux i:orps favorable à ~apoléon et à on armée, le éoé- appui moral ni pbJ~fr1ue.
ral Gour:!and e.,t trop louanrrear pour !'Emped'armée con ·idérable-. A côté d'eu , le prince
En el, la Lithuanie el au Ires pro\·ince
reur, eu il ne veut rcconnailr• aucune de se
Eutr1\ne de Beaubarnai réuni-. ait, à Prenn, fautes!...
r1ui forment plu du Lier de l'ancieon
0,000 h'lmme . L'Empereur était au centre.
Pulono , soumise depui prè · de quarante
Je n'ai ccrtaim•meot p:i l'intention d'écrire
en face dt! Kowno, a1·c · 220,000 combatan: à la nu. ie, aYaicnt pre. que entièrement
tant • commandé~ par Mural, e •, Oudinot, une nou relie relation de la campa"ne de l 12, perdu le. ouTenir de leur antique con ·tilution
Lefebvre et Be ,ière . La garde Iai ait partie maL je crois del'oir l'n rappeler le îai~ prin- et . e r.on idéraieut comme Ru!- depui de
cipaux, pui.qu'ils font partie es!'flnlielle de
de tt'lle immen e n1union de lroup : Enfin,
longue annt.:CS. La noble e enYoyait t&gt; frl
l'époque à laquelle j'ai v,~cu, et que plu~ieur
à Tihu, le maréchal , lardonald, avec
dans les armét&gt; du Czar, auquel l'hahitud,i
::ï~,.000 Prussien~, formait l'aile gauche, . e rattachent à ce qui m'e. t ad1· •ou ; mai , les avait trop attaché pour qu'on p11l e. pérer
ainsi que je l'ai déj dit. Le Niémen couuail dans cette anal . e uc,:incte, je veux 1viter 1 voir o joindre aux Français. Il en était de
le frool de l'armée rus e, fort d't&gt;n1·iron le deux exc~ con1raire dan Je ·1ucl .ont même de· autre Polonais, que dh-er- par100.000 homme commandé· par l'empe- tombé é:.:ur et Gour!rnud. ,le ne erai ni taae avaient jadis ~éparés de la mère patrie
erai véridi11ue.
reur " le andrc, ou plutôt par Bennio en, détracteur ni Jlatteur :
pour les oumellre 11 l'.\utrkhc et à la Pru . e.
Au
moment
où
I
deux
pui ·~anLs empire
son rbtr d'é1at-major. Ce: fore étaient diviIl marcbai •nt bien contre Ja Ru ie, mai.
d'Europe allairnL 'entre-cbo11ucr, l'An:.:leée en trois C{trp · principaux, commandé
c'était par obéi sanc el ,ou le- drapeaux
par les nénéraux Dagralion, Barclay de Toll · terri•, alliée naturelle de la C\u ic, dut faire de leur:; nou1eaux ou1·erain,. Il· n'épronlou, e · rtrort. pour l'aider à rrpou.s. er l'inet Witt enstein.
vait•nt ni amour ni cnthoo. iru me pour l'emvasion
quel' •tnp •reur de f'ranç-0.i allait faire
Quatre hi lorien ont écrit ·ur 1, campagne
pereur Napoléon, el craignaient de mir leurs
de 1 12. Le premier fut Labaume, i11 énieur sur on lerritoirll. En prodi~uanl l'or au
propriété,. déva téc par la guerre . Le grandgéograµbe Cranç1is, c' t-à-dire appartenant minislr turc , le cal,iuet anglai parvint à duché de Var Ol'ie, c,~dé eo J 07 au roi de
faire conclnre la paix .entr • le sultan et la
à un corp · qui, biec que dépendant du mini
axe par le traité de Til ·itt, ét.tit la cule
tère de la guerre n'allait point au comh t et flu . ic, ce qui permllllait à c lie-ci de rap- province de l'ancienne Pologne qui cùl conpeler dan· e Etat l'armée qu'elle avait sur
ne uivait le. armée que pour lel'er de
en·é un rr. te d'e. prit national et . • r,H un
la
frontière de Turquie, armée qui joua un
plan . Labaume n'avait jamai commandé le
peu attachée à la !•rance. \lai· de 11uclle utilroup •~ et n'a1·ail pa la oona~:ance prati,rue rôle immeo e dan I rruerre contre non . lité un si petit Ctat pouvait-il êtrt&gt; pour k
de l'art militaire; au .. i . e jugement!&gt; .onL- L'Anglet rre a1·ait ti-ral •ment ménagé la pai.
grande· armée de , 'apoléoo?
il pr que toujour · ine act·, quand il ne enlre I' •mpcrt&gt;ur Al ·xandre cl la , uède, alliée
éanmoins celui-ci, plein de con0ance dau
font pa tort /t l'armée françai e. Ct:pendant, naturelle de Ja France, ur laquelle ~apoléon .e force comme dans on nénie, ré olut de
l'ouvrage de Labaume a ant paru peu de de1•ait d'autant plu comptt&gt;r que &amp;&gt;roadoue franchir le i 'iémen. En con tiquenœ, 1•
venait d'en être nommé prince héréditaire el
lem p aprè la pai de 1 14 d la rentrée de
23 Juin, !'Empereur, accomp1"n1: du énéral
C(u'il
!!Ou1·ernail le paJ . pour le ieax roi, on
Loui :XVHI, l'e. prit de parti et le dé ir père adopur.
Uuo el e 01uHanL du bonnet el du ruanlt&gt;au '
d'a,·oir de ren.ei.,nemcnt.s sur les terribl
d'un Polonai· de a garde, parcourut J.
Je rou ai fait coon:ùtrc préœdemment par
é1·énements de la récente campagne de Ru ie
bord - du ~iémen. Le oir même, à dix
quel concour de circon tance liitarres Berlui donnèrent une célébrité d'aut.,nl plu
heure,, il fil commencer le p age de ce
nadou.c
fut élevé au rao" d'héritier pré mptiI
rande que per onne ne 'occupa de réfuter
lleu,e ur plu-ieur· pont de bateaux, dont
ce füre. el que le public 'habitua con i- de la couronne de uede. Le nou1·eau prince lei plus importants avaient été j •tés en face
uédoi,, apr~ ' avoir a uré qu'il re lerait
dér r . n contenu comme de vérité inconde la pelite ville ru· c de Kowuo, que no
Français p1r le camr, . e lai ·. a cependanl
leslable .
troupe.: oceupt&gt;r'nt sau éproul'er aucune
ré i Lance.
La seconde relation publiée sur la cam- s •du ire ou intimider par Ir \114!laL, auxquel
il eût été d'aillcur facile Je le rcnver er. JI
parrne d • J 12 (!l;t du colond Boutourlin,
.acrifia le véritable intérêt de a pairie
aide de mp de l'empereur l&amp;xandre. Cet
CHAPITR E VI
adoptive
en e lai. ant dominer par l' o"leouvra,.e, bien qu'érrit par un ennemi, contient de appréciation ~age , et i la narra- terre et en 'alliant :ivec la l\u ie dan une l'a, ge du ~iémen. - Enlr'i. Jan, Wilna. - Je juin
nlrevue avec l'empereur Alllxandre. Cette
l'ennemi. - Le 2-1• de rl,a.-- UI'! i \\ilkumfr, tion de l':iuteur n'e;t pa. elacte . ur tou le
rencontre
eut lieu à Aho, petite 1ille de la
Dlfficultc c11 f.ilhuani •. - Marche eu 1,1111 .
point , c'e.t que l · documt•n1 . lui ont manqu.X, car il est impartial, cl il a lait tout ce FinlandP. L •· Tlu · e venait•nt de com1uérir
Le 2i, au Ie,·er du soleil, nou, fûmc léqui dépcnd.,it de lui pour décomrir la v' rité; celte province et promelt.ii nt à la ' uMe de moiu d'un . pectacle des pin - 1mposanL. ' ur
l'en dédommarrt'r par la ce ,ion de la ;',om\"e
aus i lloutourlin est-il nénéralement e limé,
la hauteur la plu élc1ét! Je la m·e gauche,
110'00 arracht•raiL au Danemark, trop fidèle
car il a écrit t•n homme d'honneur.
on apt•rœl'ait J . , tente de l'Empereur. Auallié de la France. Ain ·i fü:rn:1dotte, loin de tour d'elles, tout •· J, colline., leur;: pentes
Le libelle de Labaume étaiL déjà oublié
'appuyer or nos armtle da ~ord pour e
for ·11uP, en l 2;,, par con équcnt après le
et leur ' valh1es étaient garnie · d'homme: d
faire
rc li tuer es province. , con~al'rait au
déci•s de l'Empcr •ur, le ntlnéral comte de
de cbe1au t·ou1·erts d'arme, étin elant~ !...
égur puhlia une lroi io'•me relation de la i:ontraire, se empiékment. en e ran••eant Celle ma · e, compo ée de 250,000 comh 1p:irmi les alli • de Ilus~e !
_
campagne de 1 12. L'e priL de on ouvrage
t:mt,, di1i é en trois immense. colonne ,
~
i
&amp;rnadotte
cùt
agi
d
concert
avec
oou. ,
aflli"ca plu d'un ·urvi,·ar1t de celle cam-·
'écoulait dan le plu · rand ordre rer. le
la po ilion topo"raphique de la ui•dc e1)l
pagne, et no' ennemi · l'ont eui-mème. quatroi · pont étaLli · ur l • fl,•u1·c, et IP diflëlifié Je romn11 militaire. lf. de égur eut men eilleusement eni no' intérèt · œmrnun . rcnls corp, ~•avançaient ensuite wr la rive
œ(&gt;l!ndant 1111 immen su~, tnnt à cauw Cependant, le nnU1·eau prince ne prit pa
droite dan · la direction indi4uéc à chacun
d • l:i pur •lé et de l'élénance de ~n tyle que en&lt;ore eutii-remenl parti contre nou ·; il rn1J- d'eux. Ce mtîrue jour, le • ïé,oen était franchi
par ·uite de l'accueil que lui firent la cour el lait sarnir de quel côté :crait la victoire et 11e par no · lroupe . ur d'autre. points, rers
e prononça 11uc l'ano~e • uhanle. l'ri,·é de Grodno, l'ilonr et Til. ilt.
le parti ultra-roynli lt). Les ancien orficier:
l'appui de IJ Tur4uie et de la ' u•·dc• . ur
dl' l'Empire, e trouvant attaqués , chargèrent
Le énéral Gouruaud m'a communiqué uu
le gémirai Gour!!aud de répondre à ~I. de lesquellc il avait compté pour contenir 11!5 étal de -Ïtuation urcharrré de note écrite·
"«ur; il le fil awc uccè~. mais d'une fa çon armée ru e., .\'apoléon ne pou1ait arnir de la main de Napoléon, et il rtS.uhe de ce
d'autre. allié Jau le . ord que le Polon~i~.
documt.'nt orficid 11ue l'armée complait au
11

.MË.JJfOTJres DU G'É.NE~AL B.JUtON DE .MA.~BOT

ie

11

pa,:ane du I ïém n 5:?ti.000 homme. 1 pré-- men, em·ahir la Lithuanie et occuper Wilna lcrie et la mous11ucterie, ce qui étonne et
..enls, donl 155, iOO françai · et 170,UOO al- san oppo er de ré i lance, il ~lait de\ettu de ébranle Ill olda6 J · leur· ad,·er aire !...
liés, plus 9 i ltouchc à feu. Le régiment bon ton, parmi l'ertains officier,-, de dire que Clltlt• méthode, qui ofîre p 'at--ètre quelque
que je commandai ~ai:ait p:ir~ic du '.?•_ corp , le ennemi fuiraient toujour cl ne tien- avantaie , a souvent eu de bon · ré ullats
aux ordr du mart&gt;chal Oudinot, 11u1 pa ·~a draient nulle part. l.,'état-m~j'lr J'Oudinot, pour le l\u e ; au i le général Witl"'en ·le 25 . ur le premier pool de Kowuo et e
tt&gt;in nou préparait-il une réception de ce
diri ea ur-le-cliamp 1·rr) [anow,,,
geurel ...
La chaleur était étouffant . Elle amena v, rs
Le ca. me parut i grave que, an monl:i nuit un oraue a1Treu1, el une pluie dilutrer mou tégimenl, je Ill fi:; rentrer dan· la
1·ienne inonda Ill, roui cl le champ à plus
for L cl couru· de ma per onoe au-devant du
de cinquante lieue à la ronde. L'armre 11·~
maréchal OuJinul pour le prth·enir de l'état
vil cependant pa · un Cu11e le pré·:ige, comwc
Je ('Ùo e·. Je le lrouvai hor du hoi , dans
on s'e ·t plu à le dire, car le oldat con. idt:rl
une pl ine, où, apr · a 1·oir mi pi, J à terre
la grêle el le 1onncrre comme cho,e fort ?ret fait arrêter ~es troupes, il déjeunait fort
diuair en été. Au urplu. , le. flus r .• luen
trall!Juillcrnl'nl au milieu de on étal-major.
autrement super litieux que certain· Fra_nJ~ m'allendai à ce que mon rapport le tire\·ai , eurent aussi un Li,·11 ftll·h 'Ut prono Il(',
rait. de celle fan.se sécurité, mai· il mo reçut
car, dan la nuit du~;; au 2i juin, l'emped'un air incrédule. et, me frappant ur l'éreur Alexandre faillit périr Jau. un hal à
paule, il 'écria : « Allon , voilà larLot qui
W1lua, le planch ·r d'une . aile . 'é1ant l'llfonré
vient d . oou · trouver :'i0,000 homme: à étril_ou on fault!uil, à l'heure mcm où la prcler! » Lr gt:!néral Lorencez, gendre el chef
mièrti harqu françai e, portant le premier
d'état-major du maréi:hal Oudinot, rut le
détach m nt d s troupe de , 'apoléon, .iLor~ ul à me croire; il ai ;iil été jadi · aide de
dait à la rh·e droite du , 'ifolt!n, ur le terri&lt;'amp
d'Aurrrreau el me conuai sait de longue
toire rw, ·e. Quoi (tt1'il en . oil , l'ora"e :i~ant
date.
Il
prit donc ma défen e, en fai.ant obinfiniment rerroidi le temp., ufü ch•!vau en
,
crver
que
lor qu'un chef de corp di:ail :
oulfrir nt d'autant plu· dau · le Livou.ic
«
J
ai
v11
»,
11 Je1·ait être cru, et que négli11u'il m:io ..eaient de· h~rL
mouillé•, e~
S
'r
les
averti,
·entent de. ofl1cier de. lronpe
couchaient . ur un terrain fangeux. Au. 1
PR1.·ce ~l!G ·a.
lé~ère · était 'expo er à de •rrands re,·er . Ces
l'armée en perdit-clll! plusieur~ millier,, de D'.Jt,·ts ,~ iimtn .u D vtRr.,. (CaN11et Jes F:. t.J tts,l ub ervation · du cher d'état-major ay:int fait
colique ai~ufu·.
.
réfli!chir le marécbal, il commençait à me
Au delà de Kowno coule une lrè p lite cl ce m:iréch;I lui-mème, émettaient auvent qne:stionner
ur la pré~ ·nce de l'ennemi, prérivière appelée la Yilia, dont l'ennemi avait celle opinion el traitaient d conle le rapence dont il parai ait douter encore, lor coupé le pont. L'orage ,enait de gooner les port que Cai:aient le pay o , ur un ".'ro
qu'un capitaine d'état-major, M. Ouple. · i~.
eau. de cet afllucul du ïémen, de .orte que corp de troup · ru
pbr: rn a\11nt de la arril'anl tout e·souroé, vient dire qu'il a parle premier éclaireur d'Oudinol e trou- petite ville de Wilkomir. Ci:lle incrédulit: fut couru tou le · environ , pénétré mèm,i dans
,aienl arrêté'. L'Empcreur unint au mour Je point Je nou devenir fatale; 1oici la forêt, el qu'il n'a pa 1u un . eu! l\u · e!
ment où j'arrivais moi-même à la 1ète de
comment.
En eoteod:int ce rapport, le maréchal el son
mon régiment. li ordonna aux lanciers poloLa cavalerie létrère, étant le )eux d ar- état-major ·e prirent /t rire de m ' crainte •
nai de onder le "Ué : un bomme e noya: mt!es, marcbe babi1uellem al en avant el sur ce qui m'alîect.a viv-menl. • · nmoin. je me
je pri :-on nom, il 'appelait Tzcin. ki. , i le Oaocs. Ion ré:,iment précédait donc les contin·, certain que, .ou peu, la vérilé .,j'in.ÎJ le . ur cc détail, c' t qu'on a infiniment division dïofauti:rie d'uni&gt; petite lieue, lor - rait connue.
exagfré l'accidl'lll qui e produi il au passage que, arrivé~ non loin de~ ilkomir,. an a1·oir
En elîel, le déjeuner terminé, on e r m l
de la \'ilia par le lanciers polonais.
rencontré uu eul po te ennemi, je me trou- en marche, el je retourne à mon ré•riment
Cependaut, le Rus,t'S se retiraient an
vai en face d'une forèt dïmmen e sapin. au qui fai ait l':11·ant-rrardc. Je le dirige encore
attendre l'armée fraoçai e, qui occupa bientôt
milieu des,,uel les pclolo05 à cheval pou- à travers boi , comme j'avais fait la première
\\'ilna, capital dll la Lithuanie. li 1 eut pr·
vaient ai. émenl circuler, mai dont le haute · foi , car je prévo ·ai ce qui allait arriver dè ·
d celle ville uo combat de ca"alcrie, dan:
branche. ma qnaientau loin la ,ue. Craignant que nou déboucherions en fai:e Je la po:ilec1uel Ûl'tave d • ;,.ur, mon ancien camarade
unc eml,u ·cade, j'arrfüai le régimenl et lançai • lion ennemie. Malgré me. ol,senalions, Oude l'état-major Je . la ~éna, fut pri. p:ir le
à la décournrle un seul e·radron, commandé dinot 1·oulut uivre uoe trt'&gt; large route tirée
nu s à la tète d'on e,cadron Ju ~ J e hu par un capitaine fort intelligent, qui revint au cordeau qui travcr ,, la forêt; ID' i à pein
sarJs 11u'il commandait. clave était le rrèrc
au
bout d'un qnart d'h ure m'annoncer la approchait-il de la lisière, que le· ennemi ,
ainé du aént1ral cOmte dr. 'gur.
pré.,enc • d'une arm~c ennemie. Jll me porte apercevant le groupe nombreux formé par
I.e jour mème où l'Emper&gt;ur entrait dan.
alur rapidement à l'ettrème lisPre de la
on état-major, font un feu roulant de leur,
W,lna, IPs lroupt's du maréclial Oudinot renforêt, d'où ,j'aper{'oi à ·ouc porlée de canon canon qui, placés en face de la grande route,
conlr~rl•DL le corp ru. se de Willgen, tein /t
la ville de \\'ilkomir protégée par un rui ·seau l'enfilent de plein IronL et portent le d: ordre
W1lkomir. oi1 eut lieu le premier enga"emcot
et par une colline ur laquelle _e lrou1·aienl dan l'e ·cadroo doré, naguère i joyeux! Heu- ·
sérieux de celle campagne. Je n'avai jam:u
. er,Ti sou I• ordre d' udioot. r.c début en bataille ~5 à 30,000 fauta . in. ennemi:, reusemenl, les boulets u'attei••nirenl aucun
a1·1JC ca1·alerie cl artillerie!...
homme; mai le cheYal du maréthal fut tué,
confirma la haute opinion que j'a1ai · di: :on
Vou
'
erez
an
doute
étonné
·
que
ce
·
ain
i qne celui de .\f. Dople! i et beaucoup
coura"e, mais il m'en donna une plu faible
troup
n'eu
ent
en
avant
d'elle
ni
grand'd'autre
!... J'.ltai uffisammeot vcng : ; au~ i,
Je
talents militaire .
garde:.-, ai petit po ·t ' ·, ni éclaireu . , mai. j'avoue à ma honte que j'eus pein • à cacher
lin dt&gt;· plu nrand défaut des fraoçab,
11uand il,.. foot Ja zucrrc, e L de pa: cr ans c'a--t l'u a 1re d · flu. eJ. !or qu 'il soul ré- la ~ati faction que j'éprouvai · en l'oyant tou
rai on de~ précaution le· plu minutieu e /t sola à défendre une bon1w po ition, d'en œu qui avaient ri de mon rapport et traité
lai. er approchl.'r le plu pr~ po. ible leur de fautai ie tout ce que j 'a1·ai. dit sur la
unll confiance . an · liorne.. Or, comme lt&gt;
llus:,c nous avaient laL ·: franchir le ~ié- ennemi an que le (eu de leur tiraill •ur. le prt'.~ence de l'ennemi, e di ·perser en courant
prthienne de la r ~ i. lallc.'-C r1u 'il rn éprou1·er, sou une gr 11e de boulets ·t .auter le fo sés
et
c'c t eulemenl lor que e ma · . ont à à qui mieux mieux, pour chercher un refuge
1. . Thiers pari d l&gt;CJ,
eu chiffre ronJ.
bonne portée qu'il le.' foudroient avec l'arlil- derrière les 0 rand , pin I Le l&gt;on général
C

J

�------------~

1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - Lorcncez, que j'avais eng.ig&lt;- à re ter dans Ja
foret, ril beaucoup 1fo c •lh: srcne. Je dui au
mmfohal Oudinot la ju lice de dm: l(UC, à
~iuc rc:munlé à che,·al, il ,·iot à moi pour
m'c\primer les regret· 11u'1l éprou\laÏI 1fo œ
qui /était pa é p •nJanl le déjeuner, el m enO'agcr à lui donner des rcn eignemeuLS ur la
po ilion Ût!S Hu . el à lui 111diqul'r les pa s.1 11 1·s de l.i forêt par le. 11uel il pourrait diri;:; r ~t! colonne dïnfaulerie dlls trop te~
e., pwer au canon.
Plu icur olficier · du ~;5• qui avaicnl, aim,i
r1ut• moi, parcouru le bui · le matin, furent

abordé l'ennemi al'CC une grande ré olulion,
elle · Je repoud:rcnl de toute. par~, et,
après deux bcures de combat, il t:lfeclua sa
retraite. Elit· n'était pa an · dan rrer pour
1U1, car, pour l'o_perer, il dernit pa cr par la
,itte el lraver,er Je pont d'un ruis eau fort
enr.ai sé. Celle opérJûon, touj,,ur' fort wIlic,le qu:1od ou Juil la faire: l'O comballaut,
commenç.a J'ahord a1ec ordre; 11i;1i uotr •
arlillcri • IJgèrt! a1:111L pm po~ition sur une
hautl!ur qui domin • la ,itlc, un feu redoulilé
porta bientôt lt: dé ordre Jan le ma ses ennemie-, If UÎ c pr: ipiti·rent à Li dél,andade

uo 11uarl d'heure pour arriver dernnl lt' pont,
el 1'· momeul · étaient précieux.
.\Ion ré •imcnt, qui avait fa,L une e.:hargr.
hcureu à l'cntrt.:C de la \'ille, e lroU\a1l
réuni sur l:t promenadc, peu éloignée du
rois eau. Le maréch:il me fait J..irc de l'amener au galop, cl, à peine arrivé, il m'ordonne
de cbarrrer ur les Lataillon cunemi , 11u1
COU\'reut le pont, de le lraver cr et de me
lancer en uirc dan la plain~ à la uite J
IuprJs. Le!; militaires expérimentés a,ent
combien il e l dûticile pour la ca\·alerie d'enfoncer de brav' fanl - in résolus à e bien

JffÊ.M017?_'ES DU GÊNÉT(JU. BA~ON DE Jff.Jt~'BOT -

été impélucu I o;:,- que nou · eùm ·, pénétré poléon Je oulel"er toull!s !,•. pr111inet!: d de
J 10 li• ran", ennemi , rut•. terribles cha - mcllre à on enice plu de :i00,000 homeur,;, ,e st•nanl O\'c.:C de térité dt&gt; la pointe m •s, le jour où il Jé.:larerait o({iciel/eme11t
de leur~ al,r ·,, fir •nt une affreuse bouclll'rie ! 11ue Lou le parla es ubi, par leur pa~
L ', enrwmi . e r •tirèrent sur le tablier du étaienL anuul~ · el 1111c le ro)aumt! dll P,,lome
pont, 011 nou l• s suhime., d ,i pr., quP, étnil reco11,litué! \lais l'emp •rcnr Je rranarrivt!.; de l'autre colt!, il cb •rch'rcnl vainc- ç1i,, tout en reconnai-sanl 1· avantage · qu'il
111c111 à ,·e rcform r, il ne purent y pan·enir,
pourrait recueillir d,· ci~lle bée de hourlit&gt;r. ,
no cavalii:r étant m~lJs :t\'ec eu el Luant uc e di-~imulail pas 11u'elle aurait pourpretout c' 1p1'1ls pouvaient allt:indrll. Le colonel mier ré ·uhat de le mettre en "Uerre al'ec 1
r,r:c tomba mort. \lur on régiment, dé- Pru ·~e el l'.\utriche, 1p1i, plutùt que de i;e
couran,t_ n'&lt;-hmt plu· commauJJ el voyant 1oir nrracht!r dïmmen t·s el l,elle prolinœs,
accourir les rnlti•.,..:urs rranç:ib, •1ui arrh·aienl joindraient leurs armées i1 celle, Je· Hu· e .
Jéjà au pool. mit !fa· le, armi&gt;. l Je perd 1.
hi· il craignait ~urtoul l'inron. tance de l.t
epl homme Lué· l'l eu · une ,inut.a.ine dll 11 lion polouai e, 110), aprè~ l'avoir en°agé
hl!'.!·,; . 1 'ou prime un drapeau el fime: contre l ,, lroi plu · gran fos pui ances du
~.ooo prisonnier,.
•'ord, ne tiendrait peul-être pa . c prome~1pr' r~ comhat, je m, lançai avec mon ,cs J':\tlj11urJ'hui. L'Empereur rJpoodit donc
monde dan· la plaine, où nou prim • un 'lu'il ne recoooaitr. it le royaume de Pologne
grand nombre de fu3ard~. plu . ieurs ~non~ 11ue !or que le populalioo ' de cc. ,a le conel l.ieaucoup Je cheraux.
trée: e •raient montrée di••u · d'être ind :_
Le marxhal Oudinot, qui du haut de la p,•odantc en e . oulevant contre leur oplille al'ait été 1·111oin d, l'affairt!, vint compli- pr • ~eur . On tournait ain i d10 un cercle
menter le n~•!'Ïmt:nl, pour lequel il eut depui · ,icieu:r, 1 npoléon ne ,·oulaol reconnaitre la
ce jour une pr 1ddettion parti ·ul1ère. Il la Pulo"Dl! qu'aulanl qu'elle . e oulherait, el
mérit.ail à Lou érrard . .l'étai, lier de co,u- le· Polonais ne voulant a.rir qu'apr · la remaudcr de tel . oldat , el lor.,p1e le maré- l'Oo,Lilution de leur nn1ionali1é. Au urplu · ,
chal rn 'annonça 11u 'il allait demander pour Cè qui prourerail 11ue J'E.nperl!ur, en portant
moi 1• 0 r.ide de culont:.I, je crai,.nai 11u&lt;! la n-ucrrti en Hu ie, n'a1·aiL d'autre Lol que
l'Cmpereur, r•nonç.,nt à .a premii•rc C'lmùi- l • rJtahli,,-.cmenl du blocus continental, c'c. t
uai~on, !1' m,! dunn.\l I • premier r;.uimenl qu'il u·av.iil fait conduire ur 1, Niémen au,acanl. E1ran" · LiLarrerie de, cho~1· hum 1i- cun approvi ionnemeol d, fu,il ni d'habits
n1• 1 Lt! I,• u combat de \\'ïlkomir, où 1• 2:i• poÙr armer el é.1uipcr le lroup que le.
,'était courcrl de nloire, fol ·ur le point de Polonais eu" eut dù metlre . ur pied.
,leH·11ir plu, Lard la cau,e Je . a perle, parœ
Qooi qu il eu :.oil, quclqu
eigneur~ iu(1ue le ruura••t! qu'il ;rn1it montré dan rl'!te Ilueul , voulant l'on:cl' la m.iin à ;'\ poléon cl
occa. ion lt! lit chui ir pour une opération mt- l'tm 3"cr lllal••ré lui, e con liLuàr nl à Vartéricllemcol impralicablc, dout je parlerai ~ovie en Dit!tc nation:ile, à laquelle ,·iorent
.ou. peu.
e joindre un petit nuwurt~ d.i députés de plu\lai, M·e11110 à \Vilna, où l'Erup&lt;•n ur
ieur cercl . Le pr,mi11r acte de celle ascomrnençait à rencontrer l(Ocl(JUe -unec de
:emlilée ayant ;lé dc proclamer la recn11~/il11difficulté qui deYaitnt foire é, houer a i •an- lio11 el lïmlépenda,ice 1/e l'a11cie11 1·oya11111e
lcs11ue entn·pri.:e.
de l'oloy,1e. le retenti ·tmenl de cette patrioLa prsmière fut d'or"',1ni ·er la Lithuanie, li,1ue dédaration fut immen e (lan Ioule Je,
11ue nou venion de curup1érir. Celle or:!3.- province., •1u·et1e fu" ut d,·,·enUI!!-- ru-:,e ,
ui!oalion devait èlrc faile -Je mamère à nou
pru -,icnue ou autrii-hicnnr- . On crut penattacher 11011 culemenl l · pro,in
encore dant qucl,1u jour:. à un ·oulèvemcnl én •oci.:upt{c, par le l\u e , mai · Je plu. celle~ rai 11u'eùl prol,alJI lllrnt appu é I apoléou;
u11 Juché. Je l'o-en et J la Galicie 11ue J'an- ruai~ celle exaltation irréfléchie dura peu
1:Îen trait: ai aient incurpor 1e à la Pru'" c chez les Polunai ·, dont à peine quc!t1ue.:- t·er1él à l'.\ulricbe, allitie de , ·apoléon, tpti a\'ait Laine · \'inrcnt se joindr • à nous. 1. rerroidi eu ce moment tant d'inlt.!rêl à le ména"'cr !
"ment de,iul td •1ue la ,ille ·t le cercle de
l. • cigneur l · plu ardents des divt'r ,
\Vilna ni! pur ·nt fournir que vingt homme
partie de IJ l'oJo ...nc l'ai ienl propo5er a ~a- pour 1a &lt;&gt;arde d'honneur de Napoléon. , i le
0

0

0

P,1 SAGI:; Dt! N11b1EN ( 2.j JCIN 1f11 :i). -

char é, Je conduire les dili -ion . C ·lie -ci
furent néanmoin reçue à leur débouché par
une caoun11ade terrible, ce qui :mrait pu être
évité si, a\'erli comme on l'était de la précoce de fius , on eùl manœmré pour
tourner un de leur Oaucs. au lieu de mar!'her ~an - préellulion Yer leur fronl. ~ou
fùmes aio i contraints, une foi · , orli de la
forèl, d'alla'luer la po "tion par le point 11!
mieux défendu, cl de prendre I • taureau par
le cornes!
Quoi qu'il en _oil , no· br3\ troupe:, a1ant

IJ'.itr ~s unt llllr ogr;,thlt du Cabi11tt dts J•:stamft s.

\'ers l pool. Au lieu de reformer le ran~
aprè l'avoir pa sé on 1• vo,·ail fuir lumullueu eme11L dan le plaine, de la rive oppoée, où leur retraite se changea bieolôl en
déroule! n . eul régimenl d'infanterie rus e,
elui de Toula, lenail encore ferme à l'entrée
Ju pont du côté de la üUe. Le maréchal OuJinot dé5irail ,iH·mcnl Jurcer ce défilé pour
aller compléter a ,·ictoire sur le troupes qui
ruyaient dao- 1 , plaine au Jt'là du rui ·seau:
mais no:. colonne d'infanterie touchant à
J&gt;t!ine I r,u1hour -, il leur fallait au moio

déCendre Jans le ruP d"une Yille! J, com pris toute l'étendue des périls de la mi ion
qui m'était impo. ée; il fallait obéir ur-1 ....
champ; je !-avai d'ailleur · que c'est par le
première impre ' ion. de comuat qu'un chef
decorp
place bien ou mal dan l'esprit de
sa troupe. La mienne était ,·ompo ée de bra,·es guerrier·. Je 1 enlt•ve rapidement au
galop et fond,
à leur tête ur le · eureoadier ·
.
ru " • qu, nous reçurent en croi aoL bravement la baMnnelle. lis furent néanmoins enfon · du premit.r choc tant nolrt&gt; élan avail

1

(A

-,

Polonais avaient dliplo}é à celle époqur la
crntième partie de l'énergie el J, l'l'nlhousinsm,i do111 il: firent prrmtl lor · de l'in,urrcrtion de 1 30-1 :'l 1, il auraient peul-être
r •coum~ leur inJépenJanc el tt,ur lihtrlt:,
loin de ,·enir en aide aux troupe fra111;:tise., ils IPur rem aient les chose. les pins
inJi~pcn able. , d, dans le cour. de C!'ll1•
t:ampagnr, nos olJat durent . ouveot s'emJ&gt;arer de fo.rt·e de· viHe el de~ fourra"e:-,
que le. hal,itant t.'l • urloul le sci"neurs
nou cachaient, e.:t li,raienl cepl'ndanl à la
première ré(JUÎ ilion d,•. [\us e , leur · persécuteur~. Cl'tte parlial,tt! en fa1eur de no· en11erni rérnltait le ,olJaL rrançai , ce qui
Jonna lil!u à quch1ues .cim, Î;icheu,e:-. que
li. de '"iSn-ur qualifie J'nff,.eu.r. pillage! Il
n'e t cependant pa· po iùle d'emp 1cher de
malheureux rnldats hara~sé. de Iali!!lle et
au quel: on ne rail aucune di~triLution, de
'emp:irer du pain rl de:. Le~tiau do11l il
011t l.,c, oin pour vine.
La né ..,ité de maintenir l'ordre dao le
province occupée par on armée, amena,
mal!!ré hml, l'Empereur à nommer de préfets el des ·ou -préf•!ls, cboi i. pa rmi le Polonais le plu éclairé. : mai· leur admiai lratioo fut illu~oire el ne rendit aucun . ervice
à l'armée îr.inçai e. La eau. e principale de
l'ap:ubi' de Polonai lithuanien· pro1·eoait
de l'auadwmenl intérë~sé des grand:- pour le
_ou,·ernt'm •nl ru . e •. qui a.. urail leur droil.
!-Ur le pa1,ans dont il· rrai nairnl rarrranchi . emeul par J• Françai , car lou ce, nobl, polonai., qui parlaient .an, re ~e de
liberté, tenaient l · papan . . dan I plus
rude ervar!e !
Ouoique l'a""lom 'ralion dt. troupl's rrançai · ur leur. frontièr · e1i1 dû faire presenlir au. llu, e le commencement prochain
de. ho Lili té , il. n·en avaient p:i. moins été
surpris par lt: pa age du 1 irmcn, qu'il
u·a,·aieol défendu -Ur aucun poiut. Leur armée s'était mie eu relrailc . ur la llûna, sur
la ri,·e auche de laquelle il· avaient con Lruil, à l&gt;ris a, un irnmcn e &lt;'amp retranché.
D • tout..., parll. le. di,·er corp· îrançai. ·uivaient les colonne ennemie . Le prince Mural
commandait la c,nalcrie de l'a,. nt-!!llrde, et
chaque oir il alleigoait l'arrière-garde de
l\u~.e·; mai ·, apr • arnir outeou un léger
eu,.acremcnl. cdle..:i ~'éloi• nait à marche ·
forcées pendant la nuil, .an qu'il fût po ilile de l'amener à un combat :érieu.\.

,ta,

0

sun•re. l

ÜÈSÉRAL DE

.\lARIJOT

�L;t. 'FU1TE DE L OU1S- P11TL1PPE - -.,.
~ur li. Jules de La~teirie, le duc Je Yonlp n,i r sur .\l. Crémieui.
Le duc de Moolpem,ier dit à ~I. Crémieux :
t t 3\'CC 11ou,. mon ·ieur Cr ;mit!UX,
n nou 1p1it1 z pa . \' otre nom p, ut riou,
ètr' util '.
On arriva aio~i à la place dt! la Bé,·ululion.
Ll , lo roi pàlit.
li cbcrd1a J · yeux k: quatre rniture.
qu'il araiL fait d m.1nd1:r à e t~urie . Elle,
o' · étaient pa ..
.Au ~orlir des écurie,, le co ·ber de la première miture avait été lm1 d"un coup de fu,il.

- ne

r.~

lll'CIIE

E o'ORLF.A:-1

Au CII.AJIBRE DES

Du&gt;on:·,

A\'EC '-E

DU 2.i FEVRIER. -

DEUX Fil

Lt&gt; roi ouvrit ,ircmcnt la porti,·rc et dit
aux 11ua1re femme : - D• ctnJct ! Toute· !
Tont · !
Il ne prononça qne ce· !roi mols.
L - coups de fu ·il denmaient de plu Pn
plu terr1_bl1· . 0~ _e11l~ndaiL le Ilot du peuple
qui entrait au1 1 mlene:.
En un clin d'œil le. 11uatrè fom111r furt&gt;nl
sur 1• pavé, - le m~me paie oi1 avait été
dr1• ~é l'échafaud de Loui .HI.
Le roi monla, ou, pour mieux dire, e
plnn;.:ea dm le fiacre \ide; la reine l"y ui,·it. ~ladame de Nemour monta ur la. ban-

. ant ,. retrou,•er Je roi. Là, il ap1•rit 11ue Ill
l'OÎ ét;it rt•parti pour Trianon.
Eu ce mom, nt, madamP. la prince~. e Clémentine el on mari, Je duc tic a1e-Cobour 11 ,
arrivaient par l,• cbcmi11 de f1•r.
- Vile, madame, dit Thuret, rcprenon
le ch min Je fer et partons pour Trianon. Le
roi c. t là.
Ci: fut ainsi que Tburtt par\'iot à rc•joiudre
le roi.
·
Ccpi&gt;ndanl, à \ ersaillc • le roi ·"était _procuré une herline et une e. pèce de ,·01tu re
omniLu -. li prit la Le, line a1ec la rt•ioc. a

'LE CO»TE DE PARIS ET LE DUC DE CnARTREs, DA:O.S LA JOUR,&gt;EF.

F.st:unpe d~ ]CLE" D,1vir,

(18,i8J,

VJCTO~ H GO
':fa&gt;

La fuite de Louis-Philippe
JI. Crémieux étendit la main rcrs ce bruit
Ce fut li. Crémieux qui dit au roi Loui ini Ire qui venail du debor et répéta :
Philippe cr tri-te paroles
ire, il faut
- dre, il faut parlir.
parllr.
Le roi, ·ao· r11po11dre une parole, el ans
Le roi déjà a\·ait abdiqué. Cette i!!Tlature
quitter M. Crémieux du on reg,,rd fixe, ôta
fatale était donnée. Il regard I. Crémieux
on chapeau de général qu'il tendit à quelfixement.
qu'un au hasard près de lui. pui il ôta on
On entendait au dehors la vh·e Cu illade de
uniforme à gro . i- épaulette d"argunt, el
la place du Palais-Boyal, c'était lt: mnmt&gt;nl
dit .an se levi,r du large fauteuil où il était
11
où le ardc municipaux du Château--d'Eau
comme alfai é depuis plu it-ur heure· :
luttaient cootri: 1 'deux barricadi:s de la rue
- Uo chapeau rond! une redmn-ote !
de Valoi el de la rue aint-Hoooré.
On
lui apporta une rt-clingote el un chaPar moments d'immerues clameur monpeau rond. Au bout d'lllt instant il n'y a,·ait
taient el couvraient la mou queterie. Il était plu, qu'un \Ïeu. bourgeois.
é\·ideot que le peuple arrivait. Ou Palai Pui il cria d"uoc voi qui oommaodaü à
floyal aux Tuilerie • c'est à peine une enjambàtc :
bée pour œ géant qu'on appelle l'émeute.
lies clef: ! me clefs!

Lt~~ clef: e firent attendre.
Crpendant le bruit crois-ait, la fusillade
emblait s'approcher, la rumeur terrible
grandi sait.
Le roi répétait : les c)pf ! me clefs!
Enlio on trouva le cll.lr· et on le, lui apporta. li en ferma un porkfeuille qu'il prit
dan ses bra , et un plus gros porlt-feûille
dont un ,·alet de pied e chargea. li avait une
orte d'a.,itatioo félirile. Tout ~e bàlail autour de lui. On entendait lr prince et )p
,·alet dire: Yite! vile! La reine eule était
lente et fière.
Oo e mit en mard1e. On lrarer a les Tuilerie . Le roi donnait le bras à la reine ou,
pour mieux dire, la reine donnait le bras au
roi. La duchesse de Yontpen ier s'appuyait

ARRIITE llE

Lour

-PJUl.ll'PE ...:::, ROl'VILU:·SUR·.\\ ER. -

Et au moment où le roi le cbcrcbail ·ur 1il
place Loui · X\', le peuple lei. hrùlait ,ur la
place du Palai -noyai.
Il y avait au pied de robéli que un peLil
fiacre à uu rh~\, 1, arrèté.
Le roi y marcha rapidement, uiYi de la
reine.
Han ce fiacre il y arail quatre femmt ·
portant ur leur:; genoux quatre enfant .
Les quatre femme étaient m dame· de
, 'r·mour · et de JoilJ\ille, et deux per oooe
de la cour. Le quatre enfants étaient le
peliL-fi) du roi.

YtF. DE LA MAI ON

ou

LE ROI S'EST RI FUGlt:. -

quelle de rlernot. Le roi a,ail Loujour ,on
porlt•Îeuille .ons le Lra . On lit entrer l'autre
!!1',ind. 111ii ét:iil vert, dan la roiture a,·ec
qu •'que peine. M. Crémieux l'y fit lomber
d'un coup d.: poin".
- Par ! cria I roi.
Le l'iat:rt· p:tr1il. On prit !"avenue de :euilly.
Thur t, le nlcl de chambre du roi, monta
derrière. Mai il Ill' pul .e 1c11ir ~ur la barre
qui tenait lieu de trapoutin. Il t ~.1)3 alor
de mon Ier ur le chcral. pui finit par courir
à pi,·d. La voi1urt: le Mpa,sa.
Thuret t urul juS&lt;1u'à ... aint-Clou&lt;l, peu-

279 ...

D".:irres 1/lle est~rn~ de

,o.,e.

uite prit l'omnibu . On mit à loul cela d~
1·bevaux de poste cl l'on partit pour Dreux.
Ch min foi ant, le roi ôta oo faux toupet
el • , coiffa d'uu Lono t de • oie noire jusqu 'au1 )eux .. a harbe n'était p3 fdile de la
,eille. li n'a, 1l pa~ dormi. Il était méconnai. .able. li e tourna "' r la reine, qui iui
dil : - \'ou a,· •:,; cent an .
En arrivant à IJr Ill, il y a dPux roules,
l'une à druite, qui e t la mdlleurt&gt;, Lien
paH:e el qu ·oo prend toujours, l'autre à
""dUthe, plein· de fondrière Pl plu longue.
Le roi dit : - Po tillon, prenez à gauche.

�1f1ST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Il fit bien, il était l1aî à Oreux. Linn partie
liais il était trop lard.
Hcnard fouella et l'on 11uitta ÉHeux.
dt la populJtion l'allrndait :eur la rouw de
.J. de .. . ra . ura 1' roi . llcnard était un
Oa courut Loule la nuiL. De temp, en tl'mp
droite a,•t•c des iulentioa ho Liles. Ue relle l1ra,e hommt&gt;. On pou iait e fier à lui.
on 'arrèlailau.uuber,.i: du l,ordJ .. la route,
tacon il i-ch:ippa au da11 •er.
oute la ferme était pl1'.ine de gens Ùri,.
et nenar&lt;l fobit man"Pr l'a,·oine '.à e cht-.
Le ~ou,-préfet de Ur 'Ux, pré,enu, le r&lt;'joi- Et1 bien I dit fo roi, il faut que je r ·- vau .
;;nit cl lui remit douze mille franc , , i. mille parle tout de uitP. Cummcnl faire?
li di ait à Thuret : - De. ct•nd~1.. À}CZ
rrancs l'n billets, .it mille en ac. d'ar~eol.
-- Où \"OUIPz-n,u~ aller'/Jcmanda flcnarù.
1'1ir à ,·otre ai·e. Tutmez-moi. - Il tnlotait
La li rlin quilla l'omnibn., qui devint Ct'
- (Jnel e. t le pnrl le plus proche?
aus i un peu le roi. ·
•
11u'il put, et .e dirii;ea ver · Evreux. Le roi
- llon01mr.
Le&gt; roi ahai ·ail . 011 bonnet dl' oie noire
conuai sait 111, à une lieue avant d'arriver à
- Eh Lieu! je ,,ai · à llonlleur.
ju. qu'à oa ne, et gardait un , ileuce profond .
la ville, une mai .on de campa;ne apparte- Soit, dit flenard.
.\ sPpt ht&gt;ure du matin on était à Uonnant à quehp1 'un de dévoué, )1. de .. .
-- Combien y a-t-il d'ici là?
neur.
Les chernux araient fait rinnt.dt&gt;u
Il était nuit noire quand on arrirn à celte
- , inrrt-dcut lieue !
lieue
ans . 'arrêter, en douze bt&gt;ure ·. Ils
mai~on. La voiture 'arrêta.
Le roi effr.né s'écria :
étaient hara ·s.
Thuret descendit, ·onna à la porte, onna
- Vin -,t-a"eux lieue~!
lon~lemps.
- Il est lemp • dit le roi.
- Vou erez demain matin à llonfleur,
f:nrin quel11u'un pJrul.
Ue llooOeur le roi &lt;Ta 0 na Trou\ille. li
dit fünard.
espérait se cacher dao~ une maison autrcfoi'
Thuret demanda : - J. de ... ?
llenard avait un lape-cul dont il ~en-ail
M. de . . . était ab ent. C'était l'hiver; pour courir le marché -. Il était éleveur el louée par ,1. lluchàtel quand il venaitprtadr •
'I. de . . . étai l à la , iUe.
les bains de mer au racaru:e·. Jai, la maimarch:ind d~ chevaux . li allela à on tapeon était fermée. Il
réfugièrent ch ·1 uu
on fermier, appelé Renard, qui était venu cul deux fort chrvaux.
pêcheur.
oui rir, expliqu cela à Thuret.
Le roi se mit dan un coin, Tbur•t dan~
Le g 1néral de llumirroy uniul dans la
- C'c&gt; 1 égal, dit Thuret, j'ai là un vieux l'autre;· Renard, comme cocher. au milieu;
mon ieur et une vieil! dame, de . ami , ou mit en tr.ner · ur I • taulier un "rand .ac matinée el Inillit tout perdre. n offi ·itr J •
reconnut 11r la porte.
&lt;111i soul fati,1?ué . Ouvrt-z-nou: Loujour l:t d'a"oine, et l'on partit.
mai,011.
Enfin le roi parrint à s'em1Jar,1uer. Le
Il était epl hl.'urc du oir.
GouYerneruent provi oire 'y prêtait bt aucou p.
- Je n'ai pa le defs, dit llenard.
La reiue ne partit que deux h ure aprèi
C pendant, au dl'rnier moment, un comLe roi était l:pui.é de fatigue, de ~ou li ra ace da11 ' la berline avec de chevaux de po te.
mis aire de police çoulut foire du zèle. Il ,e
et de faim. Renard re&lt;Tarda ce Iieillard et fut
Le roi avait mis le billets de han11ue dan _
ému.
pr 1:-enla ur le h:ltimenl où ét.iit le roi en
a poche. Qua11t aux ·acs d'argent, ib
rue de Uoaflcur et le vi, ita du pont à la
- Moa i •11r et nud:uuc, r ·prit-il, enlrl'-' tiênaient.
cale.
loujour . Je Dé puis pa ,·ou · faire ounir le
- J'ai vu plu d'une roi le moment où
Dans l'enln•pont, il reo-arda heaucoup ce
ehàtf'au. m, i · je ,·uu- ou~rc b forme. Entrez. le roi allait ru 'ordonner de le· jt•ter ~ur la
Pend,11ll ce lemp -là, je vai enrnyer cherehcr route, me disait plu tard Thuret en me vieut mon i,·ur et cette vieilli• dame tJui
mon maitre à ÊH •ux.
étaient là a, is dans un coin et a,anl l'air de
contant œ . détail . .
H!Ïller • nr leur sacs de nuit.
·
Le roi et la reine de ceadircnt. llenard 1•
On lraver.a Évreux, non an~ p ·ine. A fa
Cependant il ne s'en allait p:i ..
introduisit dan: L1 . :ille ha. e de la ferme. sortie, pr·•- l'é li e .'aint-îaurio, il y arnil
0
Tout à coup le capitaine lira ·a montre el
Il)' a\·ail un 11ra.nd feu. Le roi était trao-i .
un ra,, •mhlement qui arrêta l.t voiture.
dit:
- J'ai bien froid, dit-il, pui.· il reprit :
(Tn homme prit le chernl par la hride el
J'ai bien raim.
1011-.ieur le comrni aire de police,
dit: - C'est qu'on dil que le roi s • sau,·e r ~tez-1·00:
ou parttz-\Ou ?
fi ·nard dit:
par ici.
Pourquoi
celle que lion? Jit le com- ton~ieur, aimez-vou la soupe à l'oin aulr' mil une !Jaterne ~ou, le )·eux du
mi .aire.
"rton?
roi.
- lk~uroup. dit le roi.
- C'e l &lt;Juc&gt;, . i ,·ou n'ètc. pa à terre &lt;'n
Enfin une e. pi'·re d'orlicier de garde a tioOa lit une suupe? l'oignon, on apporta le· nale, 11ui dl.'pui - 11uelque in ·tant~ semblait Fran ,laa. ua •1uart d'heure, dPrnain matin
r 1 li' du d ~jean r d l:t ferme, je ne sai · toutber au baruai, de d1evaut dan une You .erez c&gt;o Aadeterre.
- You, parlez?
4ucl r.i oùt froid, uae omdette.
iutention u pectt•, 'écria :
- Tout de ·uite.
Le roi cl la reine~ mirent à table, et tout
1en · 1 c·e t le père l\euar&lt;l ! Je le conLe commissaire prit le p.1rli &lt;le d1:guerpir,
le monde nI l!C eu • flenard le Cermier, . 11
uai , citovcn !
fort mécontent el ayant vaim·mPnl 11.iiré une
!3rçon, d d1arrne, cl Tburc:t, le ralet d
Il · jouia · vuit ba se en e tournant ver · proie.
chamhrè.
Thuret : - Jt· rPcoanai ,olre comparrnon du
Le bâtiment partit.
Le rc,i d •vora tout ce 11u'im lui !)enit. Ln co;n. Parlc•z Yitt•.
reine ne man&lt;Tea pa .
·
Ea
vue du Havre il faillit ,ombrer. fi e
Thuret m'a dit depui
li •urta - le temp était mau\'ai èt la nuit
·Au milieu du repa , la porte ~•ou1rc.
- Il m'a parlé 11 ~mp,, cet homme-là, car
C'était il. ue ... il arrh-ail en bâte d"Émux. je cro)ai 1111'il v•nait de l'Oupt•r le trait· uoire - daus un gro · navire gui lui enleva
Il aperçut Loui -Philippe el "écria : - Le d"ua ch•val, elj'allais lui donner un œup de une partie de sa mâture et de on Liordane,
roi!
On r{-para le· a"aries comme oa put, el le
couteau. J':i.vai. dtijà mon couteau lout ouvert
lendemain
malin le roi et la reine étairnl en
- . ilencel dit le roi.
. ou la main.
Anglet&lt;'rre.
\ ICTOR

B 'GO.

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Ma demoiselle de Circé
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ciac&gt;

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cujeu. [J 'tltait enuarré à . aurcr d la morl
ceux à qui . • dérnuail l. abelle. Cet cn••ag, ment, il voulait le knir, 11uoi qu'il dût lui
eu coùter.
Comment il s'y prit pour le Lenir, le note
qui ont in. piré c récit ne le révl'lcut pa . Il
· 'l fait allu. ion eulemeat à Je fal-iûcaLion dïnt •rrogatoire ·• à la di,p.1rilion de
pr •uve. étrile' .ai ·ic - ur le accu és, c&gt;l à
l,!ur hàti,·e mi5e en liuerlé. Il c t permis d'en
conclure 11u'nva111 d'inlerro"er œs malheureux, le jeune commi ·,aire "énéral de police
le· prévint de
iulentioa , délrui il en
ll'ur pr •. ence le · papier· compromeltaul ·,
11u'il dicta lui-mème leur- réponse~ à .e ·
11u • tiun, , el 11u'aprè ' en Hoir dre, é procè n~rl,al, il orJunna lt&gt;ur l,b ·ration immédiate,
pres.é .ans doute d'apprendre à L abelll! qu'il
ne !'Ouraient plu aucun dan~cr. La ,raisemhlance de œlle :apposition ré ulte clairemeut
de la urpri' • que lit éprou,·er ce dénout•mcnt
inattendu à l'officier de gendarmerie qui avait
arrt!lé le mariiui de t:ircé, urpri ·e rru'il
exprima !or de l'enquête &lt;JUi eut lieu plu
tard, à Pontarlier, par ordre de Fouché.

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11

C,,mme, ·ur le premier moment, il crul Jernir la di,-simuler, Oli 1icr Tal va\1 pul c, pérer
,,u·on ne saurait jamai à quel couvable
·tr-J.tairè~e il arait eu recour pour arrin:r à
e lin -. Ce incident: 'étaient pas. é' au fort
Je Joux durant le court .tljour 1p1'il y fil. I.e
pouvoir dont Fouché l'avait revêtu mellaient
ou: se, orJrt!S, pour l'accompli: ement de a
ruis ion, le autorités civib el militaire .. Il
lui ufti ait d'ordonner pour être ri"oureusemenl ol&gt;t!i. li et probable qu'il -'entoura
de my t~re, évita le- explication que, d'ailleur~. per onne a'eùl o é lui demandl'r, 'al,linl de toute coalidcnces, il qu'il put ainsi
conduire à :on gré ccll~ téoébreu c affaire.
Durant celte journée, l ·abelle de Circé,
re tée cule apr le départ du commis aire
g:néral de police, altendail arec impatience
le r: ullal Je· promc · qu'il lui a,ait faite
en la quittant. Autour d'elle, tout était my. tèr · et . ilrac •. De .a &lt;Trand'mère, de Cha,,eral, Jp l'abbé, elle ne savait rit•n, sinon qur
Tahau les avait lai é au chàle.1u, el 11u'ea
ordonnant, au moment de on d .,part, 11u 'il
y fu··ent pri,onniers ju 11n"à .on retour, il

L, · homme, de cc Lemps l;laient d'une
autre trempe 11ue J,. homm.1• d'aujourd'bni.
llan le ·ou, air de la Terreur comme dans
le. fait de guerre qui ~e d :roulaient autour
J ·eu , il· pui~aient le m :pri. de la mort.
fltlriticr · ou acteur d"une épo,1uc qui foulait
au pied· le rc pect de la ,ic humaine, celle
d'autrui n • t"Omptait pas plu. pour eux que
1, llur. Oli,icr l:ihau _'tltait nourri de 1:cs
tra&lt;litiun .. Bès lor. , de quel poids pouvait
pe.,~r .\ c }CU\ l'honneur d'une femme'!
Ill• J1• Cim: ,oulait ,:iuver ~on fl'l}rc et 1
complil'C. de ce dernier. ~'était-il p logi,rue
11uc p11ur 1•. ~au,er elle pa)âl Je a persunn •'! ,haut cllt•, tant J'aulre J'araieut fait!
L'hi 1oir1i Je la Hérnlution , t r conde en
épi,ude de cc a:enre.
tout in 'tant, on y
n,it dt' ~ictim • acbekr pour die· ou pour
J';iutre l'e i lenl'e el la JilJerlé au pri de
,acrilin•~ et d'immolation pirl' 11ue le trépa~. Olivier 1ahau n'ét~it Jonc qu'un imilall'llr. Le con.laltir, œ n'e.t pa uuiquemenl
plaider ll s ciri;oo tance · atléuuanlc à on
prulil. C',.st am i démontrer q11\:n dépit des
apparence,, . on action n'était pas ùc celle'.
!JIIÏ mfritent une condamoaûon san' meri.:i.
Pl·ut-êtrc mème y a-t-il lieu J'inrn,1uer en , a
fari:ur uue c 1·11. e tirée Ju p :r.i dan. lerJ11el
il ·e jetait pour donner .\ ~a pas. io11 la cul,•
pàture 11ui µùl t'U apaiser l'ardeur.
ll'aillcur , en 11uiltant hab lie, il ne appartenait plu -. ~i la per:;peclÎ\e de .on avenir
cornpromi, p:tr .:a faute, ni cdle du cbàti111c111 qu'allait allÎrl'r . ur sa lètc l'oubli de
,1· dc·,oir· profc. sionnels, qu,1lilié par la loi
crinw en\tT l'l:tat, n'auraient uffi à le ".ird1•r ronlrc l'e111rai11cmen1 11u'1l ulii sait. .'un
dé:oir lé tenait tl•rp cl cœur, l\:trcinuait
comme en de, -erre pub ante~. uulitérail
. un entendement, le r&gt;nJait a\'eurr) cl ~ourd.
llomioé p.,r une volonté upéricurc el fatale,
il n con en-ait d'autre éocr·•ie qt1l' celle de
lui nLéir. Elle l'emportait dan· on tourbi'lun allé"• de tout r1·••rct cl J · tout n'mor,ls,
II!-ah sa con.cieure au point de lui rnikr
le caracll'rc odieux de ,a conduite. La promn e qut•, le couteau ~ur la •orrrc, il avait
ol,teuue d , Ille de Circé, cette infàmc c ploitatiun ,le taal &lt;le faihles~ el d'innucence lui
,eml,laieul cho,c- impie.- et naturelle , ju Lili1:,., par son amour 1p1·exaltaienL le circofütam·,•. tr:igi11ul', dans le 11uclle il a,ail •• La f.isslon ,J"O/frier ~ureimUe, se ,·t pa11.Lin/ tn f l.Jintes sirrcfres , en prii!res ar.:Jtnles, t11 ,men.2ces me,n;:
ftf!roi u .VIIe~ Cir,:t, ses surtrctlion s, toutes les f'lri~l•n .ù,,re résl.\l.211cl! ;USl!sJIWu aux prius auc Jts
pri nais ance l'i . urtout par la ra.leur de on
txlgenc.:s impLJ .:,Nes .... (Page :lb.)
1

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... 28o ...

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ERNEST DAUDET

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�111S T0'1{1.11

-----------------------=---------------------..

leur amil as. i!!llé leur charulir&lt;! pour pri~on. ,ai1•11l i·•uorcr l11ujour dt! qm·l prix elle élail
ou·uper, Js:il,cll• .e lit ,iolence pour rclenir
Les gendarme· oli,t•naicnt ri 11ureu,1·menl
co11dnm11éc à lt• p:,~er. IJu.1111 :1 &lt;'" . tlle la ,éril: prlte à torul,cr dt! ,t. · l'•l'rc.. Lor leur consi!!f1e. Ille d Cirré, t:11 dt:pit de , · · n'était r,·dc,ahle que de cc prix. cl, quand
1111 , \'ers dix heure,, C'lte se lrom·a cule
pri•~res l't de se. larme . n'arait pu rommut-llc .e nait ac,111i11L:C. die rt· )i-rait lilire de
niquer 111ème arec la marq11i,e. Elle é1ait mépris..r le l1ru1al auteur Je :a chute, de le Jan .. a c.:hambrc, elle était au. si hri. 'e par
œ Ion~ et dottlourt Il\ clforl 1.fUC par l'appréalor rentrée chez elle, ré\Oltt:c, trouLI :e, ha1r l'l Je . 1ew•cr.
hl'nsio71 du malheur 1111i pl'sait sur a tète.
fiévr ·u e, l'e prit eu proie à de pt&gt;n t't' •
li c,.t remar1111al,Je •1u't•n ,ongc.:ml à J'oui\"ou ne ~arnn~ rien de préci sur ce qui
amère· cl .. io,stre:, maudissant le riel el Il'
tra~e 4ui lui éla1t C.1il, l'idée Ill' lui YÎnt pas
homme , écrn éc déj' ,,us l'affn·ux de.,tiu de s'i .011 !raire, Elll le p11U\:1il cep .. nda111. .e pas~a au ch;itcau de Circé durant cclk
nuiL. On pl·nt c •pendant le d,·l'iuer. · Olh·il'r
auquel elle ne poul'ait plus .e déroLcr. Elle
En Lc:nant d'.1rnnce tll 11u'il avait promi,,
re ta aiu i ju ·que ver la lia du jour, lh·rée Olhit&gt;r h'érait d '~arm,:. ,Lti,; b,,belle ,e cou- allcnda11t armeu. que le· haliita111s du ch.1teau .e fus "Ill rndurmi pour aller troU1er
à ellc-mème, allant el ,eoanl dao .oo appar~idfrait eomrne •'11ganée t•11v1-r · lui par la palsalidlc; sa pa. sioo sure. cité•, , c répandant
tement, tentée de e briser le Crout ro111re le
rolt' dounée. eul, il aurait pu la délier de
en plaink' incrr,·s, t•n prière ardente., en
muraille:, montrant aux cnit, nr. l•·rrifié_
on cn;.:ag... awnl, rt romme die n'allendait
menare. mune · l't flroi d · lllle de Circé. :.e
•1ui . e pré·cutèrent rhez clic à plu. ieur rPpa de lui «·c ~:i, rifice, t·lle d •m1•uraiL à . a
pri , un ,i. age t•xalté et farouch•. Pui le lllt'r ·i, irnpui,.a11te à le li 'd1ir, lrop fi\re, supplicarions, Ioule le péripétie d'une rt.L
soir ,·enu, au moment où elle dé:-,·~r :rait de d'a,llcur,, pour faire apftl'I à . a pitié. L'u)l- . istaocc dé. c,pêrifo aux prise a,ec de· eximir, ce jour-là, liuir son supplie&gt;, on l'ap- eUe ,oulu, 11u'dl1• y cùt renoncé rn ron ·ta- gence· implacalil , t'I enlia un con eutemenl
pela. De retour au chàte:iu, le cum111i ·.aire lant n·c tJll«•lle hal,ildé Oli, i r lirait parti arraché uon à une ,olont1; maitres. e d'ell "éoéral de police l'invitait à comparaître d1•- de· circon l,mces pnur faeilitn la réa!hation mème, mai ' à un ép11i cruent dt!S forces pby. itJlle~ et morale,, la ,·ictoire J • l'amaul, rl'vaol lui. Elit! courut an .alon où il l'altt'IJJe ' de .ei11 . L'heure :nancé • ri•ndail :difdait. A force de Yolonté, elle 'était fait une tic.:ile ,on di p.irt pour Pun1arli •r le rnè.m • ,·ètant l1•s allure d'uu 1·iol, lei est le lablcnu
ph)' iooomie impa .ible, la ph) ionomie d'uue ,oir. Dan,- l'rlan Je sa reconnai,.anee, la qui .e pré ute tout ualurt'llement à l'e prit
et celui q11 'il l a lieu de r"lcuir e-0011111!
vaincue de\anl un w1iaqneur délt• lé, donl
mar!Jui~e l':l\•ait invité à p:1. ·t•r la nuit au
elle va. ubir la loi en Je hais nnl. Mai ci•lle chàreau. Ct-Uc offre, il l'.J\ait arci·pt,:C en e l'image ruèmc de la ,érité, pui~qu'aucun
autr • ne 'actorJ rail plu lo;?iq111·111e11t an!c
impa.~il,ilité Youlue .ous la11udle elle dis~idu11nant l'air de ne ci&lt;Jn •1u'à la pressante
la uile de cc n:,·il. J•our le romplliler et lui
mul:iit , s émotions, es rén,ltc.• ,ou anprii·n• d,• ceux dont il , 'était in1pro\'i~é le
impriml•r uu Irait de plu , il convi ·nt d'ajoulTOÏ .,!, e fondit ÙcHmt le . pcdarlc qui '·..
l.ii1·11foiteur, mai. t--n réali1r. part-e •1u'1l ,outer lfUe le lendemain, lorn1uc Olivier Tnlvau
frait à e · re •ard . Oli\'icr n' :rait pa, seul.
lait s'a ,urt-r le mol •n de• ne pa · ~\:Joirrn •r
Près de lui, ,e tcnait•nt la mar,1ui l', Ch:i.- d'•~ati.1 Ill!. Elle li,ail clairenw11t dans on allait quitter la demeure où ,a pré,enre a... ail
cral, rahhé, :ner, sur leur~ trait , une cx.- j,·u. Elle n't-n é1:1it que plu di. po,é • à 'ir- apporlé le dé ·espoir et la mort, l,nbc•lle ne
e pr: enta pa pour rt'cc,oir ~e · adit•Ux. 1,a
pr -,ion de joie et de reconnai ,anr •. bab.. llt•
riter de, atl1·11ti1111 •tUt' prodiµu:1it la marmari1ui ·e, Cha ·~cral, l'aLbé llaucombe pror lait ~ur le euil, ,an· comprendre, 11'0 ·tnL
11ui~1· à 011 h1ile. \ïnF!l li,i:-, ju qu'à la fin
digu3i1 nt au comu1i ~aire général de police
avancer. :a nrant.l'mère e précipita ,·en; l'lll-',
d.. 1·dle journilt•, duraut lt' · i11slanl · lfUi préde .ouhail alfeclm•u qui exprimai~nt à
la prit p:ir la ruain cl, l'e11lrai11ant ,·er, Oliœdèrent le ~oup•·r, à la taLI~ familiale où
peine leur gralitud,•. 11~ cxig,·aient de loi 1
vier, lui dit : \'oki notr,i lihératt!ur, ma
prome . dti revenir Licntôt. Il 'éloignait acfille. llernerciet-le. ~ou~ lui dl'v..ns la , ic de
compa&lt;&gt;né de leur - bénéd11:1ions. .\lai c·c l
rnlrc rrère, noire liLerLé, uotrc reµo .
en min qu'il cherchait parmi eut Ille de
- li y :n·ait routrt! le mar,,ui.- de Cirré
Circ: pour la nluer. Elle ne :e montra pa •.
de preu,e at'cabla1111- , dit alol"!i Tal\'au. Je
Il partait an l'a\'OÎr revue, . an ~afoir 'il
1 • ai dét ruilt- . Il ne pou,ait I rai11dre ljOt!
lai ait derri~re lui de l'amour ou de la haine.
e propre :neux. J'ai r11fu~~ &lt;l'cnlt 11dr,•
ceux tJUl', cnlraint: p:ir ~un or •u1·illrux , ouXI.'
ra" , il allai! me foire. Sur ruo11 1·01hril. il a
profité de a liberté pour rrpJ,,t•r la fron{JneJqurs jour apri'.•~. il arriv.iit à Pari,;.
tière. Il 11c ri1•11Jr.1 ici que l1w,1p1 • nou, ~èOo venait d'~ appr ·ndrc la nou\dle de la
ron c,•rlain- 1p1'1l n'a plu. ri,•n à crai11dr,·. JI
1icloirc d ,\u. lcrl111, remport,:e par ~ poléon,
t:n fiui,sant, Olivier crm•loppa l~alit•llc d'un
le 2 clfre111bre, ur les arm 11 s Ù1• la co1lition.
re••· rJ 11u'dle ,cule pou\'ail 1:11ml'rcudre. li
Au i1111uié111d1!. qui rénn:iil'llt da11. la capila prt•nait à tértNin du lny.11 rrupr1~·,e111eot
tale. lor-r111c Tah:m en était parti. cdl • ,wu•1u'1I avait mi, à accomplir ·e pr111ue ,c!:'.
,clle fai,ail rnl'céd ·r de· espéra ni' • répara« E t-ce hien la ,ùi Lè ·? d,·111:iuda-t-dlt·
lrin•- . On &lt;'ropil maintenant à une pni
encore dériant.i•. Qu'c l-ce qui prome •111e
mon frère e,L lihre?
définitive, à la rl'nai~~anœ de la pro,pfrit ·
...énéralc, il la lin de la cri.' linanl'irr •, Tou
- La lellre que, avant de 11uiller la
IP couLrrnp ,rai11 ,out d'accord pour rœonFrance, il m'a écrite, répo11d1l la mar,1 uiH·.
La. roid. 1)
naitre que la joi du people lcuait Je l'frr e.
Les Parisi1•11s allcudaient, pour l'atclaowr,
Elle 1•udait :, J ·ahclle un bill, t . i•mé par
n.:mpl'ri'Ur \'ÎCloricut, dont on mmouçail le
Bol.i rt. En IJUel,jltr li!!nru lr.1cé lié1reu,,.procl1ai11 retour. En l'allendau l, i 1· acdament, le mar,1ai rendait homm~"e à la i;éaéro. 1té de lahau el rccounai, il qu'il lui l.'f.:mtertur, au.~ ri•el.Jlions Jt Fo11chi. eut u11 .k cts mai •nt au pn · ngc 1• dr,1p aux pri à 1'1•11a.:«s Jt cokr-r .tonl les tclJ/$ cour~Jitnl 1011/t• /ts
ncn,i, qu'apportai•nt du tf.11:àlre Je la :nierrc
defait ~on alut. Ot!\alll œ 1émoi·•na!!ll irréltlts, (l'ai:e
.)
de:, oldats noir:- t·ncore de la poudre d •:cu alile, llllt! dt: Circ.:é ce enlil défaillir.
combat:-. Ce drapeaux déchiré con lituairm
a llerci dune, ruun~ieur 1, soupira-l-elle.
Oh! comme elle le d :1e·tai1, cel homme Tahau occupait la place d'honneur, pui à un Lémoi!!lla"e ,i:-ible et tan •ible de la ,.ileur frauç.ii e. JI. allait"nt dt'.'COrcr les aile
abominaL,e, de,·enu son mailre ! Vue d'aul'heure du com·her, 11uand elle entendit ~
du •'énal, le 0 -alt&gt;ries de l'Bô1el de ville, lt•
tre· lui Ius c1ll reconnai ~anl do cnice
raud·wère donner à Cha. cral et à l'aLl,é
\OÎILI' d ·• olrt!-Dam,•. Un préparc111 d fèll''
qu'il venait de r~ndr • à la mai on de Circé,
l'ordre de conduire li. le commi . aire ,:!énépubliqur pour célébrer ces grand - é,éoeelle n'1 pou1·ait rien. 11 ignoraieut el deral de police darli l"apparlt!lllcnl qu'il devaiL
ment ·, pour m consacrer le -ou,· ·11ir.
01

1

r-

0

1

...

282 ►

M ADE.MOlSEl.lE

DE Cr]f,CÉ - - ,

.\u moment de rl'Ddre compte à Fouché
de sa mi, ·ion, Olhier Tahau ne puUtail trou\'Cr de' cirt'onstanct• · plus proprC!. à farnri,er
1 ru e t'l 1 · mtnsor,ge au111ud · il était
contraint d • rl'rourir pour di, imulrr sa cnlpaliililé. La glorÎL-lhC is. ue tle la campa,,.ne,
l'écra eml'nl tic allié,, la condu:ion de la
paix. ·1aie11t Je~ fait i con. idérabl •:;, si dé1·isifs, •1u'il, allnii-nl an doute relé..,uer au
derni r r:w .. Je préoccupnlioo~ de l'Emper ur 1• complot de Circé. Pl.'ut- \tre l'arnit-il
ouLlié Jéj;\ et n'en parlerait-il plu .. , 'il y
n3c.1i1 encort•, ~·11 y revenait, il cra1t lreureux J'apprcnJre yue le franç:ii~ «lénoncé,à se colèn·, comme rebelle· à . es loi. el
in t'nsible : l' bi1•nfails ;naienl été aceusé
à tort. La Cortune de ,; arme le rendrait
confiant el ert'~duli&gt;. li .e féliciterait dl! n'avoir
pa à a. ·omhrir par des ch,Himcnls ce
heures de joie triomphaule dont il .e propo ait de rele\cr la olt•nnité en prodi!!llant
de: ré mJkfüe à ,es lieutenant,; et à t·s
oldati. Fouché lui-mêm" n'y r '!!:!rderait pa
de trop pri-s. Il nœepterait comme vraie les
aCfirm lion d son mandataire. ati ·fait d'un
dénou,·mcut 1pii prouverait à l'l:mper,•ur
qu'aucun dt~ es ujets ne con.pirait c.:ontre
. ou pou,·oir.
n :i,·enir prochain allait démontrer à Olivier Tahau IJllc c'étaient là de illu ion . ne
connais. anœ pin complète du caractère de
opoléon l'aurait &lt;'mpt.\ hé de I conœrnir.
Mai , à celle heure, •lie. le dominaient. JI ,
puisa r udace tranquille av laquelle il .;~
présentait de,aut Fouché au lendemain de•
son retour. If fit au mini tre le récit de sa
conduit•, lei 11u'il l'a\·ait préparé. li mir ou
es )CUI le iul •rrwraLoires de :ll'CU é . De
leur dires, de • propre démarche pour
d :coU\rir la ,ùiLé, de !'ab cnœ cou talée de
loute preu,·e c,mlre eu~. ré,mltait, à ·on aYi ,
leur innoceuce. Il ,·antail la ~incérité dei prote,tatio11: J la marquLe de Circé, . a gratitude 1•n1·e1· · l'Emper ... ur, . a loyauté couuue,
qui l'Cartnit toute idi:c cl'arrière-pt·n ·r&lt;c et de
dnuLJc jeu. Il parlait d'hal,..lle, n,:ii - u11iq11emt•111 p,cur ol, ·1•r1 t•r «fUC a jc1111e~ e, ·es habitude d' · i,lt•nn•, le long i ·olenwnt dans
l•!quel cllt• a l'ait ,·L:C·u, ue p ·rmcttait•nt pa d
la ·0111 ·uunl'r. L'abbé ,, 111c11ruLc prhait lrop
haut la fa,·cnr qui lui av,1it ouwrl J porte,
de on pay· p11ur ètre. u p clé . .\11 prolil de DJns Ll mJlinét Ju prtrnitr .ti"'~ 'f,h, Je Nvrltr rlloo, .Jrri•:1 tll /rJu1t.1u, au c:h.iltau Je Circé, un f'trsonn.1ge
inconni, t'!COrlê t qu:i/re J(tnd.Jnnes. (Page :2.."6.)
Cha~st-ral, le eorumissaire général de police
im-o,1uait lout 1111 pa,,,; &lt;l bounc11r t de pur
ci,i me. Quant à l\oli ·ri de Cirré, lorsqu'on cooCronlation, répouÙÎI Talvau a,ec embarra . accu ation. dt! rtcurier. li 'éd1a111làit en par- Je dcvai. allcnilrc de votre zèle et de
l'nvail :ll'rè1t!, il renlrail en France, en wrtu
l~nt, . 'attad1ail à mellre en lumière 1 fait·
\'Olre
clairvoyance que ,·ou eu prendriez
Je l'autori.atiou qu'il ,ferait il la clémence
fnoralile
l'i11i1iatire. diL Fouché a1·ec hum~ur. Elle fcn. rur. à ceux dont il 'était fait le déimpériale. Il n't'lail coupai&gt;!• 11ue d'a,oir
s'impo~ait, el je ,ou a\'aÎ donné de plein
tenté d' fairtJ rentrer avec lui deux émiurés poa,·oirs
« You plaidez bil'n nrdemment leur
11
11ui, l.1 J'1·rrtJr à l'élran~er, drmai1daicml à
eau e », remarqua fo111hé.
Et comme Talnu "ardait le ill'nCC, I •
,·iue ou. ru1 ' el ,oumi. au i: loi , dan la
Ce mol tomba ;.ur J'élo1p1enœ de Tah-au
miui. tre reprit :
contric où ils étaient Ill~·.
comme
uu ooup de ma: ue. li en resta dé« Ce n'e:t que lor~c1u'elle aura ea lieu
11 Fleuricra donc m oti ! dit Foncbé aprè
conrerlé.
C'e.-.t à ce moment que on altitude
que je pourrai affirmer à !'Empereur qne le
a\'Oir entt-odu le récit de on ~ubordonné.
é,cilb le· oupçoa du mini~tre. D\ lor ,
m r,1ui de Cin-v était innon nt. 1&gt;
- li a menti, cela ne fait pas doute pour
Tal,au p;ilit. Dan. on inexpérience, il n'a- relui-ci rcnou~cla k qu~tioo , proie, 10a de
mui.
vait pa pré1a celle obJ ction. li n'o.a a\'ouer nnU1·ell r •pon . Son flair de policier, .on
- L'awz-,·ou roufronlé arnc Ct:'Ut qu'il
que le mar,1uis l'l e complice, :Haieot re- habiLu,le de cruter le coo,cicnl'c et de tenaccuse'?
dre d,· pit}nes lui révélaient que Talvau ne
- - \'otre Eu lli:11ce n'a\"ail pa, ~iné Ct&gt;lte pa é la frontière. Pour di imuler on trou- coule . ait pas Ioule la vérité. ~on opinion une
hl •, il re,int ur le· invra.i t!Jllblance Je
foi· I.Jle, el an ~YOÎr encore dan qnt!lle
0

""283 ...

�ms TORJJL

------------------------------------~---j

mesure le jeune fonctionnaire avait trahi .es préparatirs de fête, l"allégre .e d'un peuple
devoirs, ni pourquoi il les a,·ait trahi., il ne déliné de e craintes et recommençant 11
ongea plus qu'à le rassurer pour obtenir vine dan sa érurité recourrée. lfaîs ers
ultérieurement, en feignant la conftance. de
ma.nife-talion du contentement populaire ne
areo1 complet .
p~nenai(·nl pas à le tirer de. a torpeur.
« Vou rédigerez un rapport ur tout ceci,
Qu"eût-ce été, s'il a.\'aiL u qu'à la même
lui dit-il, en rede\t~nant soudain birorr.illant beure, et par ordre dt! Fuuclu\ un artc d'acet affectueux. , ou: l' joindrez vos procès- cusation ·e dres ait co:nlre Jw? On po édait
\erbaux l'l ms inlrrrogaloirc . Je mellraî Je maintenant sur l'or•7 aoisation du complot de
tout mu les yeux de !'Empereur.
renseignements qui en affirmaient l'eiistence.
- Votre E.x-cellcncc dé.ire-t-clle que je Le prl5[d du Douh', chargé conftdt:&gt;nûelleprocède à la confrontation dont elle parlait? ment de e liner à une enquête sur le séJOUr
demanda Talvau, à qui le souci de sa sùreté d'Olil'ier Talrau à Pontarlier, !&gt;'était transel le désir de cacher encore au ministre que porté dans celte ville. U appelait devant lui
le marqw de Circé n'était plu. en son pou- le commaodaut du fort de Joux el l'officier
voir suggérèrent celte demande invraLem- de gendarmerie qui, lors de l'arrestation du
hlable.
marquis de Circé, avait sai i sur lui les let- Allendez mes ordres el oe \'OU , occupez tres patentes du prétencl.anl : « Loui , par
que de ,·otre rapport, répliqua Foucbé. Vous la grâce de Dien roi de France et de Name le remettrez dl• que vous l'aurez ter- varre. 1&gt; Ces témoins de la première henre
miné. 11
exprimaient l'étonnement que leul' avaient
Il le congédia • ur ce· mot .
causé la di ·parilion de œs papiers, le brusCet en lretien lai sa le commi sa ire général que déparL du marqui et de ses complices,
de police ous le coup d'une anaoi se poi- ordonné par Tahau, les singulière allures
gnante ré.ml tant du danger clairement entreru de ce deruier, la prolongation de on éjour
qui le menaçaiL. Ce n'e t pa quïl fût di posé au chàteau de Circé. De ces faits constatés,
i1 se repenlir de ce qu'il avait fait. Le souve- rapprochés, réunis, se Mgagi·ail celle connir d'J abelle était trop récent, trop brû.lanl clruion, c"est que le repré:.enlant de la police
surtout, pour qu'il regrettât sa conduite. Mai
impériale s'était fait le libérateur dP.s grands
il se reprochait d':woir manqué d'habileté, de coupables sur le quels il devait exercer la
prudence et de ana-froid, de s'être trop b:ité l'enaeance des lois. A quel mobile avait-il
de mettre en liberté le marquis de Circé. obéi~C'eitce qu'on ne avait pas et ce que
Cette hâle con litueraiL contre lui, lor qne 1a Fouché Youlait sa.voir.
preuve en erait faite, une charge accablante.
Olivier îahau, laissé dans l'ignorance de
Si Fouché confiait à un autre que lui le soin ce qui se tramait contre lui, dut à ce naturel
de confronter Fleurier avec les accu é , il désir du ministre de la police générale de
était perdu, pui que l'impos-ihilité de celle n'être pas arrêté. On le lai - ail en liberté.
confrontation démontrerait sa trahison. li ne Mais on le surveillait avec l'e. poir de découpouvait plus être samé que s'il éwil chargé vrir, dans ses allérs et venues, quelque fait
lui-même de celle formalité. Sous prélexle qui révélerait le causes de a criminelle cond'y procéder, il partirait avec fleurier, et duite.
quand il le tiendrait en ·on pouvoir, il sauLe 26 janvier 1 06, !'Empereur entrait
rait bien Je contraindre à se prêter à une triomphalement dans Paris. Dès le lendemain,
comédie qui acbèverait de tromper Fouché. il aborJait avec se divers mini Lre l'rx.amen
Il ,e entait ré ·olu à ne pas reculer même iles affaires dont la solution avait été uborJ1-:vant un crime pour fair~ di pa1·aître cet donnée à son retour. 11 en était de si graves,
accusateur dangereux, 'il refusait d'obéir.
celles qui touchaient aux 6nances surlouL,
Durant le jour •1ui suivirent, il ,·écu! dan
que, comparée à elles, la conspiration de
des transe· que l'on devine. Il a"ait rédigé Circé, avortée par l'impui auce des conspison rapport el, en le remetlaut à Fouché, rateurs, ne pou,·ail retenir longtemp l'atLenfourni lui-même la preme écrile de on men- tion du souverain. lais, avec on habitude
,onge. Pui' il n'avait plu entendu parler de de "occuper de toutes cLoses, de ne rien
rien. L11 miuislre ne le faisait pa appelrr. A oublier de ce qui l'avait un moment frappé,
deux repri es, il se présenta pour Je voir. Il il revint sui· l'événement au sujet duquel il
ne fut pas reçu. L'horreur de .a ilnation avait écrit de chœnbrunn au mini tre de la
s'aggrJvaiL de la trif&gt;lesse à la'luelle le fürait police. Ce dernier lui communiqua les pièces
le souvenir d'Isabelle. Il aurait rnulu la re- de l"enquête.
joindre. Il n'osait pas quitter Pari,, et moins
L'Empi&gt;reur, à ce révélations, eut un de
encore écrire à sa victime. 11 ouffrait de son ce accè dtl colère dooL les éclats courbaient
impuis~ance à l'enlrdeuir dë son amour, de toutes les têtes. Ce &lt;fui se passa entre l11i et
ne pomoir, en lui disant queL péril il avait Fouché e t resté leur secret à tous le deux.
encouru: pour mériter d'être aimé d"elle, lui On ne peul que se livrer à des hypothèse~
promer combien iel amour étai L si acère. li entre les1p1elles il e11 est an moins une qui
allait el venait, iudi[érent à la Lâche qui, ne saurait être conte tée, c·e l qu'ordre Iul
chaque jour, l'appelait dans les bureaux de enjoint au minh,tre de é,·ir avec la dernière
la police où il avait repris es fonction , in- rigueur tontre le fonctionnaire qui avait endifférent aussi à la joie de· Parisiens, surex- .Ireint es de-roir. On sait qu'1m ce Lemps-là,
cit~ par la noufelle de l"arrivée prochaine de Lout crime où apparai ait la main de émi!'Empereur. Toul autour de lui, il rnynit de
gré était deféré à une commi, ion militaire.

Celte juridiction toujours prèle fonctionnait
_ans cesse. Le tribunal s'organisait en hâte
sur les liem mêmes où le coupable était arrêté. li prononçait souverainement, san appel, et a smlence reœrnil ur l'heur!! soo
exécution. Les ordres de l'Empereur é&lt;JuivaLaienl donc pour le malheureux: qu'il concernaient à une condamnation à mort.
Ce ruème jour, Fouché signa u11 mandat
d'arrestation. Mais soit que, pris de pitié
pour uo jeune homme dont il a~ail connu le
père et s'était fait le protecteur, il eùt voulu
se donner le temps de l'avertir el lui laisser
celui de se mettre à l'abri; soit 11ue d'autres
soucis l'eu sent empêché d"agir arec plu de
diligence, ce mandat ne fut envoyé que dans
la soirée au préfoL de police. Quand lt•s agents
chargés de l'exécuter se prêscnlèrenl au domicile d' livier Tal vau, ce dernier avail di paru.
Celte nuit-là et le lendemain, on le chercha
vainement dans Pari ..!vi fut donné à Fouché qu'on avait perdu ses traces. Il accueillit
cel!e nouvelle sans manifester aucune émotion. Il se borna à faire écrire, sui,·ant l'usagr,
anx autorités des département pour les prévenir que le sieur Olivier Tah·au, poursuivi
à raison Je crime contre la ûreté de l'État,
était fugitif, el pour leur envoyer on ignalemenl, avec l'ordre de se sai.ir de lui, s'il
se trouvait à leur portée. Le préfet du Duubs,
comme tous les autres préfots de France,
reçut cette circulaire. A dater de ce jour, il
fil exercer une surveillance rigollfeuse aux
abords du chàleau do Circé.

.X
En re11Lrant en France. la marquise de
Circé espérait y Lrouver repos et sécuritP.
Bru quement, cette espérauce venait d'être
détrn.ite. En quel4ucs heures, une tourmente
s'était déchainée, menaçant d'emporter un
bonheur à peine recouvré. Oe~ circonstances
pre •JUC miraculeu. es a,•aient conjuré ee danger, mais ~ans ramener le oonheur compromis. Roht!rt condamné à vivre dans l'exil, la
famille de Circé re'tanl 011 le coup des suspicions de la police, l'éloignement de l'unique
héritier màlc du nom et des armes, la lai sanl en quelque sorte décapitée, &lt;lan lïmpo ibilité de reprendre son ancien éclat, la
bienveillance de !'Empereur pour lonslemps
aliénée, pllul' loujour:1. peut-èlre, telles étaient
les con équences du complot ourdi à l'insu
de la m1rqui~e el de la réalité duquel elle ne
pouvait plus douter.
Le péril disparu, dl,! avait voulu connaitre
la vérité. Elle la connais ail par le aveux de
l'al,bé Mautomlie. Elle en ,·onlait à celui-ri
comme à son petit-fils di? l'avoir e"posée à
p1sser au1 yeux de !'Empereur pour une
femme san honneur el sans foi, 1ui n'avait
imploré sa clémence que pour en rc:lourner,
après l'avoir obtenue, les effets contre lui.
Elle se tonsidérail comme l'rappée dans a
vieille. réputation de lo1aulé et de droiture,
cl quoique s'ah tenant de récrimioatitins el
de reproches, elle con,erYaÎl de ces iocide11ts,
outre un chagrin que seul le retour de Ro-

"---------------------------------herL aurait pu t&gt;Ul:rir, une impre:.:.ion d'humiliation el de honte.
Ce l{lli ajoutait il sa tristes.e, c"était l'altitude d'lsalielle, dt·pui le juur fun~ 1c où Cl':événemenls arnie11t éclaté. Comme sa rrrand'mère, ln jeune fille paraissait écra ée .ous le
fardeau d'un inrnrt1Lle accablement el las c
&lt;le vivre. C'en était rait de son hel entrain
d'autrefoi~, J1! a viq1ci1c, du ourire confiant et rnrdial •1ue lout1&gt; manifestation de
sollicitude ou de sympatlüti amenait à es
lèvre .... on regard, donl l"éclal pénétrant el
la mobilité fai aie11l le charme, :,\:tait uniformisé dan une expre.sion malacti\'1'. Aloutce
qui rendait communicatif et contagieux l"élan
de sa jeune e rac.lieu e. a rail . uccédé une
prostra Lion contre laquelle, oil irnpuis ance,
oil volonté, l'llt:&gt; ne tentait pas Je réagir. La
Iran forma1iou de on être phi i1p1c e reprodui ait en son être moral. , aguère acce ~ihlc
,rnx idée génércu 1·s, t:lle ne s'enLh1msia~mniL
plus, co111JJe ·i, soudain, die t·tH été dépo ~édée de toute ~en~ilJililé. Elle portait en tou.
se acte· une é••ale indillërence, un amer dérouragemenl, le déJain de la vie, de ce 11ui
la fail aimer et de ce (JUi la fait haïr. Aut11ur
d"ell ,, on s"alarruail de cet état qui réve1ait
un mal ecret. liais elle se refusai I à eu lai ser
de,·i11er ln cause. Toujour de plu en plu
impénétralile, elle :,e rJidissait dan a douleur ilencieu e, rommt&gt; dans une armure
qu'aucun elfort ne pouvait bri er.
Ce qu'elle 'ob tinail à ne pa dire, il est
aisé de le de\'iner en e rappJant l'outrage
dont elle avait é1é "icliwe. Ocu1 moi ' déjà la
éparaient dé lïnoublialJle nuit durant laquelle elle était LomLée ous le dé:,ir brulai
d'Olivier. liai le Lemps avait beau 't:ofuir,
le om·enir de la Oétri ure sul,ie ne 'e!Taçait
pa . IA trace en re lait dans a 111émoirc
aussi profonde que dan a chair. L'impr&lt;'ssion douloureu ·e IJU'elle en con ·enait la
maint nail en une altitude de réwlte el de
colère, qu'elle di.simulait sous a froideur
1ouluc, appeléu i1 . on- aide ain i qu'un frein
néce~ aire pour coutcnir les éclat de sa vengeance. c rnnger ! Elle y était résolue. Mai
clle entendait ue le faire qu'à son heure,
11uand elle serait sùre d'i réu ·ir et de poumir ca her à a grand'mère pourquoi et de
quoi cil!.! se vengea il.
C'e·t à celte con.,,idéralion que Talvau avait
dù ou sa lut, au moment où ses bra , ép □ i é
par une lulle crimiuelle, lais aient retomber
le corp· iuerle de .a 1·ictimc. lai., dans la
pen·t~ de cefü-ci, il était déjà condamné.
L'hoo1me qui l'avait po édtie par un abu de
force ne pouvait rester vi,ant si lie-même
1·ivait. Comment e débarras erait-elle de lui?
Par &lt;1ud moyen lui ferait-elle expier .on forfail? Elle l'ignorait el ne cherchait pas à le
pré mir. En la quittant, Olilier avait juré une
éterntlle .fidélité, promis de re\'enir. Elle l'attendait à ce retour-, prèle à tirer parti des circon lances pour t'Xercer ·on droit de le cbàtier. Loin d'aJfail,lir ses résolution . le jour
cl les heure·. en 'écoulant, les rendaient
plus inéuranlables.
Et cependant, lorsqu'elle d,•,œndait en

.MAD"E.MOlSELL"E D"E Cl~C'É _ _ ..,

ellt.!•mème, ce n'e t pa uniquem, nt ùe la il a trahi la sincérité de la passion qui l'euh.aine r1u'f'lle ' lrournit, cl ce Irait, qui 11c trainail.
Elit: ne doutait pas de la sincérité de ~ou
$aurait èlre pa é \IU ilencc, n·é1onnera
que ceux pour riui le cœur de la femme est raris~cur. Si l'amour pouvait ufüre 11 cicuscr
uri line fermé. E11lre ll'~ pou~se. \Îgoureu~es le · crimes qa 'il fait commellre, elle cùl parde cellt! haine, apparaissait parfoi. , hurublc donné et tenté d'oublier la violence impo éc,
el fragile, une fleur de clémence, lorsque, la domination exercée, tout ce qui la laissait
par e:.cmple, lllle de Circé était contrainte de humiliée. Au ri que même d'être éterndkrendre hommage ;1 la lvyalc rigueur a,·ec la- meut malb.eureu.e, elle t:ùl considéré le maquelle Olivier Ol'ait tenu I paroi,•. Elle 11e riage comme une réparation ufûsante el 'en
pouvait lui reprocher de l'arnir lrompee. Ce serait reruise à l"an•nir du ~oin d'effac:er l'ou4ui était arrr\'é, elle y a"ait cunsenli. Oe la tra~e. ,rais ~a nais ancc, son rang. le nom
respon.abilité &lt;le l'outrage, elle de,ait porter qu'tllu portail, l'ob.curité de celui d'Ofü·ier,
sa p:1rt. IWe s'y était prêlée, en cou entant à l'infériorité d11 a condition ne permettàienl
lais.cr auver ~n frèr!'. rn contrariant de ee pas un tel dénouement. C'e.t 111 c·e qui renchef une delle dont par avam·e elle ronnais- Jait, :1 es 1eux, irrrparable et indigne de
saiL la rançon. i coupable qu'eùL été Olivier pardon l'àcle odieux qui l'avait perdoe, el
en abusant de sou poul'oir, en dictant iolkxi- tandis qu'une voix s'élevait en elle pour délilernent sa loi. :;a fault s·auénuail de luut fendr(' Olivier, une voix plus haute répondait
ce 11u't·lle-mè111e se rapprlail a,·oir fait pour pour l'accuser. C'est cellc-d qu'elle écoutait
raue11drir. Elle se re"o)aiL le suppliant après el dont le- accents impérieux étouO'aienl
l'avoir l,raré, ver·anl de lartnl'S, édifiant de l'autre. Ain.i, elle e dél,allait entre ce qui
lui prèchail fo pardon et ce qui lui prêchait
:.e propre. lllain. la tentation ;\ laquelle il
avait urcombé. Ce souvenir de leur réci- la vengeanl'e, et cette lutte l'épai, ait, la
proque fail,le. -e plaiùa,t lle,·ant elle pour livrait à une torture dont la mort eule fa
délivrerait.
celui qn'elle a&lt;"l'II, ait.
L'absenre d'Olivier, le silence qu'il gardait
A ce souvenir, sa mémoire, :1 tout in tant,
en ajoutait d'autres, !ont un Ilot de sensa- exasp '•raicnt celle ouffrance. an nouvelles
tiom t1 peine re ·s nfie·, dan l'emportement de lui, 1 ahrlle ~e demandait s'il allait mainde ses protestations de vaincue, mais qui ~I.! tenant l'abandonner comme une épnve el i
prrcisaient mai11Lenanl, san l'irriter au l'ardeur de sa pa ion, inrnquée ur le premême degré qu'au moment où., pour la pre- mier mOUlent pour sa ju tification el son
mière foi , un ~iruulacre d'amour le avait excuse, était éteinte. Avait-il résolu de ne
é\·eillél•s en ~011 èl re révolié. Diljà nai sait plus rewnir? Espérait-il se foire oul,lier'?
Elle ne savait que pcn•er. Mais die ne se
ri! iguait pas à l'idée qu'après avoir détruit
son repos et la dignité de sa vie, il se consi.
dérerail comme liure de tout eng~gement
en"er elle, la traiterait en étrangère, oserait
tenir à une autre lrs propos qu'il lui avait
lenu à elle-mèmc. Son re rnlime.nt s'aggra.:iit de cette jalousie incon~cienle, sous laquelle l'amour était l'n train d'éclore A
qui lui eût alors prét.lit qu'elle airuerait un
jour l'auteur de on inforlune, elle eût répondu par des protestations indiguées. C'est
l,ien l'.iilJOUr ct:pendant qui se mêlait à a.
haine. Mais il 'y mêlait ~ans la dé armer.
Toul éLait agitation, ronfu ·ion, m1stère dan
ce cœur ulcéré, où l'urgueil enlrelenail un
impérieux besoin de représailles el CJUÎ ubi ail en ruèmc lt•mps les premier ellets de
celle naturelle di. position de la femme à c
sou.mcLLrr à l"homme qui l'a possédét-.
0

Hl

Le con,missaire gtt11éral Je poilu do1111all lect11re des
lexie$ dt loi qni .J~similtnl aux ac,uses «ux qui
leur 0111 Jonnc asll~. (Page '!,(1/,.)

dan son cœur ce enlimenl m)· Lé.rieux. que
conçoit toute femme pour l'homme à qui elle
a appartenu s:m~ l'aimer, qu'il l'ail pri e
par la violence ou qu'elle se soit donnée
Yolontairemenl, quand, par 11uelque trait,
.., 28.'i ....

Depuis plu de d~u-\ mois, Mlle de Circé
vi,·ail dans cet état d"abaltement el de fièvre.
Elle sortait peu, passait ses jouruées dans a
chambre, expliquant ce goùl subit pour la
solitude et a dauslration ,·olontaire par la
riglll'Ur de l'hiver. Tout ce pillore·que pa)S
de Franche-Comté, à cette époque de l'année,
est en~eveli ous la neige. Elle blanchit de es
nappe d·ar 0 en l, cristalli ées par le froid, les
prairies et les mont.~. Elle allacbe ses slalactites aux branches de sapins. Ellt: remplit
jusqu'aux bord les combes profonde., s·a-

�1t1STORJA
moncelle . ur le roule,, aux loiturei; de~ celle \ i ile ioallendue, Je per on nage déclina
cbàteau le main üde . Au moment de
ferme , enveloppe le pa agl' •t les horizons
es qualité en monlrant l'écharpe tricolore parlir, il prononçait de parole menaçante .
d'une uniformité il •nrieu e. Libre de re- qu'il portail , ou sonbabit.C'ét.-iil le rommi.prendre ses habitude d'autrefoi:, la mar- saire néuéral de p-0lice du département du Il afûrmait, d'aprè· des rapport émané · de
quise de Circé aurait 11uiL1é le chàtcau, dès Doub .. li vc,nait de fit, :inçon, muni d'un l'admini ·tration de douane, , que Tal\•au arail
le commencement de décemLre, pour aller mandat d~ per11uisition, à l'elfot de 'a urer été rn dan le pay,. Gro j . ant la voix el
vivre à Pari pendant la durée de la maurni e que le château ne donnait pas a!'ile au ieur prenant une attitude hautaine, il donnait
~airnn. C'e. t m~me ri' 'l" ·en rentrant en Olivier T.ilvau. pré,·cnu du crime de haute lecture des textes de loi qui a imilent aux
accu é , pour l'application de peine , ceux
France, elle . e propo. ail de f:iire, autant trahi on, qu'on suppo~ail ·'1 êlre réfurrié.
qui leur ont donné a ilr. li annonçait qu'il
pour c dérober aux ri:rueur du climat ,,uc
A cc déclaralion. , Cha eral, surpri~. pro- lai~. ait dan le pay un peloton de gendarmeg,
pour prbenter dan le monde , a petite-fille te ta contre l'inju. tice des nouveaux. oupçons
et on petit-fil ·. liai le:- incido!nl . urve~us conçu p:ir la police. Il fit remarquer au avec la mis ion de arveiller les abord. du
l'avaient décidéè t1 ajourner se. proJcl . Elle commi aire géo :rat que le fu~itif, à suppo r château, et . 'éloi gnail enfin, certain d'a,oir
in~pîré un efTroi alutaire.
ni• ,·oulait rel'Coir aux usage~ de a vie pas ée
qu'en quittant Pari ·. il , e fût dirigé ver Pon11 erail-ce po .. ihll' qu'Ol1,1er flit prè'
que lorsqu'elle crail tranq111lli ée ur le sort tarlier, a\·ait dtl profit r du voisinage de la
d'ici?
pen. ait I abelle. Chmhe-t-il à pas er la
de Hobert.
frontière pour ,e mettre en sûreté. L'em·oyé frontière? A-t-il \'Oulu .e rapprocher de moi? r&gt;
Loin de . e plaindre de cette déci~ion, l:a- de Fouché n'en di con\·int pa . füis .e
Pour la première foi. , dt-pni lonrrtcmp ,
bdle . 'en était montrée . atbfaite. La p r:~c- ordrt·. étaiPnt form •1s. lis lui enjoignaient de
tive d'un hiver pa. é au cbâteau ne pouvait pcrqui~ilionoer dan le cbâwau, et il entendait elle eml,foit .orlir de a torp ur. comme. i
l'efîr.11er ni lui déplairt&gt;. C'était ~a vie _ci_rdi- les ex éculer. Cba~st•ral e rt1 i11 na à ce qu 'il ce qu'elle ,·enait d'appr•ndrc eùt imprimé à
tout . on être une ccou e.
naire, continuée dan les mèm · cond1llon
n • pom·ait empc•d1er. li ·'offrit même à guider
que jadi.• une vie qui mainten:int répondait le. r ch rd1 ,. Elle, eur •nt lieu et n'am uèrent
XXII
plu que jam~i à . on étal d'âme. ~~lie répu- aucune dltcouverte. Pendant qu'on yprOC'édait,
gnait tant au mouvement cl au bruit. Il e. t la marqUJsc .. sa petite-fille el l'aLbé étaicut
Le même jour, elle ,·oulu t monll.'r à d1e\·al,
des Lies ure· qn'enreoime le contact de la revenus des Etrache . Il fallut leur avouer la
mal!!'!'é
le froid, malgré la neige qui com-rait
foule. La ienne el.irrcait l'i ..olement. Au cbl- présence de la police et la mis ion &lt;Ju'dle
le
.ol
d'un épais linreul. :i. rrrand'mère
teau . cet Lolemt'nt était facile. La conlrainte aŒ·ompli ~ait.
pous,a les hauts cri·. Aller ~c promener en
mP.m1! qu'elle dev it ,e faire pour cacher on
La marqui.e fut boult•rersée par la révélamol à ceu parmi lesquel elle ,·il'ait ne néce. - tion des danrrers qui menaçaient le jeune plein bher, ri 11oer un accid1•nt. hraver la
sitait pa de t•llorts u-de. u · de on .énerµic. bommfl dont le dévouement aYait pré ervé sa ri1,r1.1Cur de la aison, c'était folie. Elle n'en
Elle n'av, it à redoutH ni le: que lion indb- maison d'un irréparahle d; ·astre. Ce dérnue- per i la pa moio dao . a ré,-olution. La
crèle~. ni I inlerprélaLion malveillante· . meot, elle en irrnorait le eau. el ; elle le marqui ·e, redoulant de l'irriter, se rési 11na.
L'nb.cnce de son frère et le. raison· de celle croyait désintér . é. P1nétrée de reconnai - J.;lle l'ennagea eulrmenl à ·e faire accompaaner par Cha rai. .fai bahelle entendait
ab ·eme suffüaient à expliquer a tri ·le e
ance pour son ~duveur, elle s'affü.,cait de le être •ule.11 fallut c soumdtr' à .a Yolonté.
qui, dans ses manife talion., ne di~1:rait en .aroir en détr s_e el de ne pou\'01r rien pour
Elle partit, parcourut la li"oe de· rrontièrcs
rien dll la Lri te e que le mème motif cn.,.cn- lui épargner le ort qui l'at1eodni1.
ur une éll'ndue de 1,lu ieurs lieue., 'jetant
drait autour d'ellr.
Quant à l ·abelle, ell • compr nait mainteDu reste, sa rulonlé de ne pa laLer péné- nant pourquoi Olivier n'avait pa. écrit. Traqué audaricu. enwnt ou. les boi , blanc" de gi\re.
trer le ocret de on mal, loin de 'affaiblir, pnr la police, comment aurait-il pu 1krirc? franchi.. ant ·ur la lace I torrent , lravcrant le défilé étroits, exaltée, anxieu. e,
·'accentuait de jour en jour. Plus clle alkit, llan . on l"œur, en proie depui tant de jour
'attendant à tout in tant à voir Olivier lui
et plu elle s'appliquAÎt : le dérober à autrui. à d'irrilanle pen.ée , nai · ail une angoi~se
De, a\'(mx, mêmll à sa rrand'mrre, tJe l'auraient altcndrie, la pitié naturelle aux àme géné- apparaître.
Quand elle rentra, à lo tombt1e de la nuit.
pa oula ée. Elle e ·erait r1 proc_h • comme ren es, pour quiconqut· ouffr • el va périr,
son
anxiété durait toojour , entretenue par
nn crime de confe · er à la marr1m e a dou- cclui-111 rnt-il un con ·mi. ... on re entiment ne
loureu e avenlure. C'e t autant pour èlre dtk.armait pa . l:ii il perd dit quelque cho. e l'e. pérance de découvl'ir celui dont l'image
a~ ur~e que celle-ci n'en saurail jamai· rien de . on caractrre al,,olu et farouch•. Ce que hantait a pensée. Ce qu'elle avait f,tit cejourlà, elle .e propo ait dti le recommencer le
qui: pour, 'Jpargner une honte nouvdle qu'elle
eraicnl pour Olivier le con. équencc de
!end
main. Le langage de boromC! de police
per·i rail à en l'airem), tèreà l'alibi füucombe pour uite diri~écs contre lui, il lui uffi ait
cl à Cha ,eral. Quant à eux, ils étai nt trop pour le de, ion de , e rappel ·r certain faits l'avait com·aincue que on amant errâit dan
le pay . Elle voulaiL le trournr, le mettre en
loin de la \'érité pour l:t deviner. Il:. allri- antérieur~. 'il tombait aux main. de reu
buaieut aux même eau es l'accaUcmeot de qui le cherchaient, traduit aus,ilôt de,·ant une gard • conlre leur piège . A!!issail-elle ain ·i
l'aïeule cl celui de ,a pelite-fillt&gt;, ,'inquiétaient commi ion militaire, il payPrait de a vie la p3rce qu'dle inclinait au pardon ou parce
moin der lui-ci que de œlui-là, n'i norant mise en liberlé du mar11ui flobat cl de I s qu'elle ne rcconnai ,ait à personne le droit
pa · qu'à l'.i"ll de la mar,111i,e le coup · de complice . qu'il avait ordonntlc, au mépri de de lni ravir sa reogeance? Elle eût été hor·
d'étal de le dire. Elle ubi ·sail des ensation
l'ad\er,ité ont ouvent mortels, et r.aressanl
dC\oÎr . En enrisaat•ant celte dc:-tinée. confu e et contradictoires, leur obéi..ait san
l'e poir qu'a,·cc le temp , la jeune.se de Mlle de Circé entait 'amollir sa haine. Le
le· raLonner, emportée tour à tour par . a
~Ille de Circé erail ,·ictorieu.,e du ~a douleor.
ouvenir du bicnrail que le bienfaiteur allait
Tdle étail,au commencement de fëvricr t 06, exri ·r i chèrement devenait en on e prit colère, soudain ravi\·éc, et par de pensées
de clémence. Elle ne .e pliait pas à l'idée que
la situation qu'il romeuait d'expo~er en tou.
au: i puis. ant lJUe le .ou,·enir de l'outrngP,.
e, détail pour rrndre c-0mprében iLlc le Elle soon-eait moins à . e venger d'Olivier qu'à le crimll d'Oli\'ier - ce qu'elle appelait . on
crime -re Lerait impuni, et clic trcmlilait de
tra i11ue dénouement de cc rt'cil.
lui porter secour , mai ~an a\'oir, lant elle le voir périr.
Dan la matinée du premier dimanch • de r tait lrouliléc, tiraillée entre de, entiment
A la lin de cette fiéHeuse journre, elle avait
ce moi de fé,·ricr, la m1r,1ui e, !~a belle el
onlrair · , i c'était afin qu•it vécût qu'elle
l'aLbl .laucomb, s'étaient rendu ;) l'é 11li.e aurait rnulu défondre . a vi • ou si c'était afln allégué a falirrue pour se donner le préle1te
de reulr•r cht•z elle. L'appartement 1p1'clle
de · l~trache!' pour a i Ier à la me. ·e parois- d'ètre seule:) pou\'oir en di po. er.
hahitait depuis le retour de a grand' mère
~iale, et Cha -~eral s1• trouvait seul au château,
Elfe ne rel'oana un peu de rolmc que était itué au r z-de-chau ·,ée, da11 · l'aile
quand arrirn en traineau un per ·onnage lor.-l]UP le perquisition eurent pri ûn. Elle
inconnu de lui, e. corté de qnalre neod rme,. aYaicnt été raine . Le commi.!&gt;.lirc "énéral gauche do château. li ~e compo ait d'une
Com,ue Chawral 'informait de l'ohjet de de police e ,·oyait contraint de quiller le vaste chambre agrandie encore par le ~alon
11ui la pré-iédait, auquel elle était réunie par

,

_________________________________
.MADE.M01SELŒ

DE Cffl,CÉ

une lar·•e ouvi·rlure en forme de bail'. Le
1·r0Lée;. donnaient .ur le parc. Pourcombaur,
le froid IJUÏ ré"nail ous le haut el \ieilles
,oûte:,, on l avait iu. tallé un poêle monumental en Ta:icnœ, comme on rn \'Oit encore
Pn ui e cl tn Allema ne, de,·ant lequel une
table el un fauteuil, proté" ··par un paravent,
0Jfraier1t une sorte d'abri.
C'étail, depui le eommencement de ce
ri,.ourcut hi\·c:r, la place préfér~ d'Labelle.
Lil, hien . OU\ nt, ·Ile aYait pleuré, médité,
re,u par la pen~ée le pa . é lrai;iquc: et, avant
d'aroir suhi l'indélébile 0étri ·ure, rèl'é d'un
avenir plu doux que cc pa,sé. La force de
l'hal,itade l'y ram nait tuujours . ._'i maiuten:mt lie n'y pou\"ait plu· olller le même
con olation ni lt's mèmes e p{,rance qu·autrdoi', Ile · tromait encore la lib1•rté de
l•·rst:r d larme,, m, être troublée, dan, le·
manif,·tation de .a Jouteur, p r lt's témoign:i,,e d'uoc ·ollicitude importune.
\'cr neuf heure , ce oir-là, elle ,, étai1.
Lri ée de corps, lasse d'àme. 1:n lh--; è était
ourert de,·ant elle. on goût pour I lt·cture
datait de :on eu Cance. Il s'était «Jé~·eloppé
avec s011 iotclli 11enrr. et . a rai~on. Elle lui
du,ait les moments les plu. doux de . a ,i1•.
.t'u11 1·olœ d"h1,miJ/tt cr'-'lal/i t!t, tint oml-rt mou·anle se dtssi111Ji/., .• Sur lert~ord
Mai queli1ue pui ant et efficace qu'il Iùt, il [)errj r, /.r 1•1/rr coui•trlt't'.d.!ritur
d.t' /J C/Oistt, un homme se lm.ri/ as.&lt;is, II',1/?C :87.)
Ill' l'était plu a:sez en cet in tant pour la
distraire de :e préol"cupation . Lefü re restait
011\'ert à la mème parre. ·e yeu1 ··y fixaient
uni' lran,formation déci,h •. Grandi ou li&gt;s pa · m'expatriersan vou. reroir, ~an. implorer
peut-èlre, mai· non ~on attE&gt;nLion. Et nul
rc ::-eutim1·11t.· . contenu par la haine, mai
à 1 e11ùux mon pardon. J'ai été .i coupahle ....
effort u·y JIOm·ait rien. C que la ie mèt _-ur
fécondé
par
le
larme~,
l'amour
ét'lataiL.
En
Mais je \'OU· aimais .... Oui, je \'ou- aimais
notre route, pein s ou joie,, l'sl autr •ment
retrou\'ant le malht·ureux qui 'était perdu comme je rous aim encore, comme je mus
absorbant 11ue la magie des poème , les imapour, unir1ucment, c donn1•r le droit de la aimerai toujour .... r&gt;
ginations de, romans ou Je· évocation de
tenir
dan c bra , elle _entit touL .on ètre
l'hi toire.
Elle l'interrompit, en di. :int :
cfoudrc dao un ·uLil attendri s•menl, el
« 1·ou· reprendron. plu tard cet entretien.
~ oudain, · la vitre, derrii!re le lourd·
monter en elle, comme un Ilot qui \"3 bri cr Quant à pr ·~enl, il ne faut .onner qu'à
rideau lt•ndu · devant Je. croi ée~, un bruit
tout les dirru ,ippo~ée à son pa~ a11 e, une réparer \'O furce , qu·à vous meure en état
e fit entendre mais ;i léger, si timide, qu&lt;',
:ération plu forte •1ue ~c r .cn- de partir demain matin. Chas.eral e charuera
bien &lt;Juïl fùt arrivé à n oreille, elle ne e commi
liment.
d'a surer votre fuite.
retourna p. . llienlôt il
reprodoi il. Cette
Toute
déraillante
de
l'émotion
qui
la
méta- Allez-vou. donc lui faire l-avoir que je
foi. , elle reb-a la tête. Pui Je choc redonmorpho ait, elle n'i•xprima pa d'abord ce
ui ici? 'écria-t-il avec effroi. on, non, que
1,lant et devenant plus fort, elle alla, au
qu'elle éproHait, ou i tlle l'eiprima, cc fut tout le monde l'ignore. Cachez à tou ma
comprendre encore, du oté où il était venu.
d"un :icceut de ré.:ene timide ,,1 craintive, à pré ence. Permette:,; que je re le là. C'est
ln· 1inctivemcnt, die écarta h, ridt•au. lJ •rrit·re
laquelle Olivier dernit e tromper. Elle u'eul pour vous ,·oir pour vou parler que je ui.
la ritre couverte d'un mile d'l•umidité cri tald'autre élan ,·er · lui qu'un élan de -Ollicitude, \"enu. i ·e me prh·ez p:1.1 de cc bonheur. C'e t
lLé • one ombre mouvante se dessinait. Cette
tel qu'elle eût pu l'a,oir pour un inconnu qui peut-être la dernitlre fois 11ue j'en jouirai.
fois elle comprit. Éperdue, elle omrit la
l'aurait
sup1iliée de uula 0 er a détre- e. Elle Dan quel11ue · heure , avant que le jour se
Croi { ·. ·ur le rebord e lérieur, un homme
·al,
tint
de toute allu ion à r1hén ment qui lhe, je crai contraint de partir. Personne
,e t nait a,.i ..\rant m me qu'il eût ,auté
.
e
Jres
ait
entre eux. Ufüier demandait asile. que vou ne ru 'aura rn, personne que vou dans l:i d1amlire cl mal!.l'ré le eba~au dont
L·asile
lui
était as ur ;_ 1,. première parole ne ~aura que je . u.i, ,·cou. J
lP. Jar •e aile· carhail'nt
ligurt•, elle le
qu'il
entendit
fut pour le lui dire et pour lui
J.. ahelle le regardait, émue, apitoyée, pénérëConnut. C't:tait lui. Mai:. Jan quel étal,
apprendre que le m1'mc jour. ~eut 11ui le trée par cette \"Oil. dont, n. !!'llèr~, le- accenl
2ranJ Ohd le. )"CU cr a~ .parla ~oulTranœ,
cherchaient avaient fouillé 11· ch,He:m du haut pJ. ·ionné l'a,·aienl olfcn. ée, ne 'é1onnant
la p •au 1,1 uie par le froid, les fètements
en
ba · a,·ec l'r.,.poïr de l'y troU\w. Et comme, mêmll pa de l'é,·outer an colère tl d'être
.-ouilfl:, et d~cbirés.
à celle oou\'dle, il ~·alarmait, fai~1il mine de ain i Jésarmée, alor que, la reitle encore, •
1, r pelldilnl, à celle minu(('. en Je
·euîu.ir, 1 abdle lui rend11 coufiaoœ en loi elle ne on°eait qu'à e \'t:'D"er.
royant tel lfUÏl était, larn niable &gt;t mécond~darant que, pour quelque heure· au
« Eh bien, ·oit, 'écria+dle. Il sera fait '
naisi-aLle, pr ,er,t, ru •nacé, pour ui1·i, • ra ·é
moin , il était en ~ùreté.
ui\'anl
,·oLre dé.ir. Vous dormirez ici, apr'• ·
par uu inc.xorable d ' :tin, qu'J ahclle ,e
c J"ai eu peut-êLre tort de solliciter votre arnir pri · une nourriture qui rou est néceslai a pr•ndr • de cœur, &lt;'omrne. 1•lle ·'était
protection, fit-il alor .. Peut-ètr• eût-il ruieux .aire, à en jugc·r par volre air d'épui emcnl. »
lai~ é pr ·ndre dti corp~, nni ·an rési. tarw~.
,·alu continuer ma route pou1· ne m'arrêter Et plu bas, elle ajouta : &lt;i Je veillerai ur
celte fois. Cc fut, d, rr un rapidité d'édair,
qu'au dd.i de la frontière. ~lai je ne voulais YOU ·. I&gt;

c·c

( lllwst, a/ions .te CoNa...o.)
(A

suivre. ,;

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DAUDET.

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LES MAÎTRES DE !.'ESTAMPE AU

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HISTORIQUE

Giraudon .

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Clkhe Braun cl (" 1•

MADAME ÉLISABETH , SOE UR D E LOU IS XVI
LlBRAm IE ILLUSTRt E

Tableau de i\lme \'IGÊE-LE BRU:'-J.

75, RUE ÜAREAU, 75
l&gt;4RIS 'xlv- arrong' .)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Jules Tallandier Editor</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

�Lis~AJIUE ILLUSTitÉB. -

JULES

TALLANDIBR,

&amp;&gt;ITBUlt.

75, rue Dareau, Puis (XIV• arr').

29e fascicul

Sommaire du

(5 Févner 1911 )

DAMES D'AUTREFOIS
Jli=;:-mv ROUJO:'. .

Loc;vcr . . . .

+

Dames d'autrefois: Madame de Genlis .

.te l"l11stll111.
CO.IITE DE EGt:R

.1

Deux généraux russes . .
L'!:xo~e des Girondins . .
Memotres . . . . . . . . .
Le prince de Conti . .
. . . . . .
Le Lieutenant-Civil Dreux d'Aubray .

. ..

CiE'.'IÊR.11. DE ,\L\ksor ..
DE: CAYLUS • . . •
C'II.GA!LL\'DETA Rll'IES

"1"' 0

Paris au XVIII• siècle . . . . . . . . . .
Le mystère de Nuremberg . . . . . .
La Courtisane de la Grande-Armée . .
Amours d'autrefois : n ménage royal
Mademoiselle de Circé . . . . .
Au bal des ifs . . . . . . . . .

;\IERCll:.I! • . . •
LES

Uocm: . .

l DA 'àl:-.T-ELMI:..
p AUI. AULOT . .
ER'.'IE T DAUOE 1 .
tm• !JI, R AU ' l:.T

ILLUSTRATIONS

.
.
.
.

Madame de Genlis
Par HE RY R.OUJON, de l'Institut

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAllPES Dl!. :

BERTHA LT,

BLANCHARD,

,\BJlAIIAll

CHAPERON, LÉON Cor.x1ET,

Bo r-,

ONR.tD,

PHILI PPE DE CHA)IP.\GNE.
DIIPLE ,i-BERTE.\UX, J\\!EDÉE

TIRÊI! EH CAMAÎ.EU :

E GbE
FA RF,

BARON GRO
JI ERSE;,;T, 1'\AGl•ELE!NE lJ OflTIIE:II EL~, LE CLERC, LEG.!US ;\\,1S ' ON,
;\I.E:-.'JAUD, ,\loR EAO I.E JEU:SE. NANTEUIL. RAFFET, Louis DE · ,1l'&gt;T-.\ 1...1m,, .. - \'.
CHELLIIOR.'i
\\'EllACll·ÛESFO TAINE • AN CllUPPE;,l _\ \ •• YIGÉE- L F- BRi.;:s._ _ _ _

LA DUCHE

E D'ORLÊA -,- A X EAUX IJE
D

PA : FÈTE

LA 'A \'ENIÈRt::

Tabh!nU ùe J'École anglaise, Jin du

X\'111'

sièdc (.\l u ec Conde. (ïiantill) /

Copyright by TallandJer 1910.

Bn vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 131 du 10 février I o 11
GYP. Joies conjugale : Heure tranquilles. -

II E. RY BURDEA X. l.n rob e de
IIENRI l)E REG~IER. Veneri bcnevolenti - P1f:knt LOTI. Je l'Académie française. Passage de Carmencito. - Jc1 E_" RE:\"AHD. L'horloge . -

lain e . -

: "LLY-PRl 0 11 O.\l.\rn. L"habitude. - IA RCl!L PHEVO T, de l',\cndemie frnncaise. Chonchette. NDRÊ LE.\10\'l\E . En Poitou .-GU Y DE 111 \ PAS AX I'.
i.e parapluie. - Ê~1 1Ln PO \"li.LON. Heures de campagne . - :\lA l'RIC.:E
BAil RE', de l'A~adt!mic franç:ii c. llan l'lsola B elin. - .\I HRICE 1) '\X,\ Y, Je
l'Académie françai c
n mariage. - II E;,;m 'ECO.' D. La mort du vieux chat.• l ' î Cll,\ NTEPLE RE. Ame fé minines. - H ENRI ~L\ZEL. Parade \\'attenu .-Rlc 11ARD O'MO'.'il{OY. Le vide-poches. J EAN ,\I CARD, de l'Acadcmie frnnçai~c. Cruauté déç ue . - II ENRI 1.,\ \ 'EL&gt;,\~, de l'A~ajcmie rrançai ~- Le prince
d' Aurec.

Bn vente partout : Libraires, Marchands de Journau.r , Kiosques, Gares .
P11bt : 60 Centirnea

=====

). TALLANDIER, 75, rue DaTeau, PARIS (XIV")

Le"LIS~MOI"
historique

HISTORIA

Mag~zineillustré
hi-mensuel

pa.rai1111ant le ô et le 20 de chaque mois

HISTORIA
offre
gracieusement aux abonnés de sa deuxième année
(ter Décembre 1910 - fin Novembre 1911), une surprime
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pour eux et pour les leurs un souvenir artistique. C 'est
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n stylographe (corps ébonite).
La physique en famille.
Magnifique ouvrage: Madame de Pompadour (préface de Marcelle Tinayre).
, - - - - - - - CONDITIONS d.' ABONNEMENT - - - - - ~
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a HISTORIA Jusqua la fin de sa deuxième
année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d'abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
à lllSTOIUA (User-Moi htstori4ue).

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Je choisis comme pnme _ _ _ _ _ Dipartnnen/ _ __ _ _ _ _ __
Ci-joiat _ _ pour l'en vol de cette prime Bureau &lt;1' Posk _ _ _ __

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Afin d'éviter des erreurs, priêre d'écrire trés lisiblement toutes les indications.

Ajouter O fr.

La Jeune. e du ,·oi Loui -Philippe a
trouvé c1) M. Anatole Gruyer un nouvel hi torien dont la méthode est • ùre et charmante.
Le recrretlé con rvateur du mu.l1e Condé a
publié toutes le peinture el toute les miniature de Cbantill · relatives au roi-citoyen
el à sa famille. C'est une orle d'album p cbolo11ique, accompagné de commentaire à
la fois crupult!UX et all endri . L'analy.e de
ce tr,. ·or icono!!raph1quc
e igerait une longue étude.
A11 demeurant. 1. Gru ·er
a lai é bien peu d cho e
à dire, après loul ce qu'il
dit exceUemmenl. Il connaissait intimement tout Je
per onncl princier dont il
'e t fait l'annali te affectueux. li avait toutefoi .es
prédil ction., qu'il e plaiait à avouer; il préférait
ne point insi ter ur les
'véril' . on croyon bien
qu'il réservait le meilleur
de sa sympalhi à l'un des
meilleure et de plus douces femmes qui aie.nt pratiqué la vertu dan la grandeur. Loui -Philippe eut
pour mcre une exqui e
créature de ouffrance cl de
bonté.
Qu'il e t douloureux, ce
portrait de Chantilly, non
montrant la duch se d'Orléans, en i 7 6, dans a
!!l'âœ dolente el rési!mée!
La baronne d"Oberkircb,
bon juge des cho·e du
cœur, dit dan ~e Mémoi,·es : « ladame la duchesse
portait partout une mélancolie dont rien ne pouvait
la guérir. Elle ouriaitquelquefoi et !:'Ile ne riait jamai . Elle cherchait à e di Lraireet n'y rén .i8 aitpa . »
Cette araode dame était ce
qu'onappelleau village &lt;rnne
maumariée )). ~on mari, 1
futur E11alité, an être tout àfait nnméchanl
bomme, commellail. par veulerie, toutes les
gro se rl pelit • infamie . Femme ans
époux. mère , an enfaots la fille du bon

60 pour l'envoi des__gravures, 0 fr . 25 pour le stylographe et pour
les livres O Ir. 26 (Paris) et O lr. 86 (Départements).

Slf1{P'R_1.ME MER._VElLLEUSE

IV. -

HlSTOIW -

ra c. ·ig.

duc de Penthièvre ful la mari re du maria 11e · a mélancoliqueef6gie la miniature où triomd'Etat. « Elle apparaît, dit )1. Gruyer, dans phe la fringan(c Mme d • Genli . Ah! la vérice portrait du musée ondé, comme l'ange dique ima"'e d~ rouée! ous un giganlc.que
de la douleur el de la ré ignalion. a tête, chapeau, qui semble d'aujourd'hui, la papresque de face, et comme accablée de tris- tronne des ioLriganle non montre wn
tes·e, e penche douloureusement ur l'épaule effronté mu eau de oubrette arri,,ée. La
gauche. Le beaux yeux, grand ouvert , ne doches e d'Orléans dut e Jais er tout prenemblenl plus avoir de vie que pour pleurer; dre par ce petit mon lre charmant et charet la bouche, en parfait accord avec le ·eux, meur. Pa e encore pour le mari, qui n'élait
pas de ceux &lt;lonl la perte
estirréparable. lais la ~ournoise institutrice sul se
sub tiluer à la mère. ainteBeuve, qui n'a pas o é dire
de Mme de Genli loul ce
qu'il en pen.aiL, s'est amué à vanter on génie pédagogique. Elle pos.édait, at-il dil, « l'ouliluniv r l ».
ll y avait qm•lque Cau ses
clef dans cet outillage; la
gouvernante des enfaol
d"Orléans crocheta leur
cœur . i le jeunes prin~s
n'avaient pas été fil· ùe bonne mère, la ru ée cabotine
Je vertu eût fait d'eux d"accompli imulaleur . Elle
les dominait, Loui -Philippe, drj4 grand, \·énérait
candidement la maitre. e
de on pèrt! : « .l'ai diné
hier à Bellecha · e, écrivaitil dan on Journal ·anvier, 1791). Le soir, aprè
le ouper, je ui rentré
ébez mon amie : j' , suis
resté jusqu'à minuit et
quelque minutes· j'ai été
le premier 11ui ait eu le bonheur de lui ouhailt'r la
bonne année. On ne peut
pas me rendre plu btJureu . En vérité je ne ais
pas ce que je de,iendrai
4uand je ne erai plu
avec elle. »
)lADAME DE GE. LI •
li devint quand même ua
/YQprés un lab~au du !,fuste de l'usailles.
brillant colonel de draaons.
Il de,·int au ·ijacobin, maL
exprime le même enlimenl dooloureu1, la gré sa mère, pour plaire à la plu. pré\'oyante
même la situde de vivre. »
des in lilutriœs. Elle lui a,•ait en eigné le
Une voleu e d'amour 'était in Lallée an ton pleurard l dadai de a 'pêdaoo!!ie niaifoyer de la paune duchesse. Rapprochoo de
ement menteuse. Voici ;un document (tout

�111STO'R,.1.ll

' ----------'--------------------------

à fait inédit) que nou exlrayon d'un do,sier
d'archh·e , qui va êlre publié prochainement.
Le j une duc de Chartres e l à la veille de . e

écarte jamai . . Je ne vous cacherai pa non
plu que je n'ai pa pu réussir à me con erver pur an combats, . an ouITrances: ma
ault: même en est quel4uefoi altérée, mai
n'imporle ! je oull'rirai paliemmenl Loule le
pein que Dieu m'en\'erra ju qu'à ce qu'il
me oit permi d'être heureux lé 0 itimement,
el quelque grande· que oient le tentation
qui m"entourent, maman peul être ûre que
j'en triompherai, car j'aimerai'&lt; mieux mourir que de manqUt•r de mœur et à c• que je
doi. à la reli 0 ion. ,Je 1·ous ai ouvert mon
cœur el je ne vous ai rien cacM. J'espère
que ma chère m:iman gardera toul ceci ponr
elle. Cependaut, i mon grand-père avait
queli1uc. doult·s nr la pureté de fil'. mœur ·,
je ·erai · trop ràché qu'il 1 con ervàt, pour
ne pa prier maman de vouloir bien le. disip •r. Je vou demande pardon dé lou •·c
détail ; jt: n·~ ui entré que parce que j'ai
cru que vou eriez bien ai$e de les connaitre. ,,
F&gt; t-ce à dire que 0011 · refu ion. notre
approbation aux. enlimenls parfaitement
louai iles qui 11nt 1· primés dau · celle lettre? Nou no la l'Îtons que pour montrer à
11ucl lour. d'adre c pf:daoo,rique 'entE&gt;ndait
celle bonnr pièc(, de Mme de Genli. . Cne
c·aricature :.e permit de la reprérnnter armée
d'une férule et d'un l,àton de ucre d'orge.
Ces deux engin manié tour à tour lui permirent de réali.er ce produit ine 1léré: une
ùme de prince jacobin dan le corp d'un
colonel immaculé l

li . E l-ce une rai. on, parce qu'ellP a (( roulé 1&gt;
.on . ièrle, pour que la po liSrité demeure sa
dupe? Ah! par exemple, elle a triomphalement joué . e contemporain , PPtion compri , et ce qui de1·ail être plu diflk~le,. "apoléon par-de,su le marché. L'empereur, qui
n'aimait pa. les pédantes, accorda a confiance à cellr-là. On dit, ile. Lnai, ,,ue c'était
une confianc, de fonds ecr t · el que Napoléon l'apprrcia surtout pour ses qualité· rle
fine mouche. La prêlre e de la pédagogie
aurait joué un rôle dan la troupe policière;
l'emploi lui convenait à ravir.
Quant nus bo11nes àmP , elle en voudront
toujours à ~(me de Geoli du lon1r ruart1rc
qu'elle inOi:;c&gt;a 1t l'exquise et douce duche.. e
d'Orlcans. Feuilleton encore le charmant recueil d'imao-c , i éloquemment commenté
par M. Anatole Gru ·cr : la Je1111e.-..~c tlu 1·0
Loni -Philippe. Voici la r •produttion d'un
tahlPau du musée Cnndé, la Fêle de La ,'au1•1:niel'e. Il n'e_ l ri&lt;'u de plus complètement
genli dan · 1 fa te de la cnli cric·. L'œuvre déliordi&gt; de seolimentalité Loui:- cizc. i
Jean-Jac4ues avait as.ez ,·écu pour connaître
celle peinture, il eùl exigé d'Émile el de o-

.\'IT01NE-PIIILIPPE u'ORLÉ.\NS,

DUC DE MONTPEN IER (1~;:'-tllo'.'),

Eeo·m FIL

DE Lou, -Puu.tl'PE·JOSF:PII o'01tÜ.\S!'.
Gravure de MA Olil,
d'après le I.JNeau a".b1t.1,te F,WJ&gt;E.

ren&lt;lre 11 l'armée. Et voici commenl Mmr de
Genli · élail arriv~e à faire parler un dragon
de dix-huit ans :
« JI! n'ai pa pu répondre hi r _ur-lechamp à la lettre de ma ·hère maman dont
j'ai éLé vi,emenl touché. Je parlai~ dao ce
moment pour le Raincy a,ec mon p\re .... Cc
dont je M ·irai parler à ma chère maman ne
conc rne que moi, et je pui , par con. é4uenl,
le confier à la poste. Ce qui fai ait que j'éprouvais de l'embarra à en parler, c'e:,l 11ue
c'e l une de ce cbo e ur le.quelle" on ne
peul pa- 'e pliquer nellement et clairement,
mai puisc1ue maman m'a permi de tout lui
dire, Je vai · le faire. D pui · lon°Lemp je
dé irai vou entretenir de mes mœur::-. Je
.ouhaitais vivement que ,ou connai · iez entirremeol ma conduite. Elles ont, j'o e le
dire, au si pure' .ou tou le rapport 4u'il
est po~sible qu'elles le soient· elle oal intacte . Ma chère maman a peut-ètre cru que
j'avais employé dt! moyen malheureu ·ement
trop répandu · ; elle peut ètre sûre que rien
n·e ·L plu faux. 11 w'a d'ailleur · in piré
trop de prmcipe- de religion, il ont trop
bieu gravé dao· mon cœur rour que je m'en

lin aimahle rom.pondant m'a reproché
d'avoir parlé de )lme de Gcnli an e.pril
de charité. &lt;( Ce n'était pa., dit-il, la pr&lt;'mière Yeoue. » ~on ccrte . J" accorder:ii
même bien volontier qu'au point de me
lilléraire nou négli,.eoas inju tement celle
damP. Elle ubit le ·orl ordinaire de pol ·rtraphru, le quel dL•mlPOdent à la po térité
trop de ses loi irs. li n'e t rien de plu dan0ereux que d"arnir écrit cent \'Olume . ~•empêche qu'en cherchant ùien, l'on trouverait
dan le fatra. de Jme de Genli , plu. d'une
page dign d'ètre relue. Certain· de ~e
Conte· de la veillee ne mam1ucnt point
d'émotion ; .e: Mlmoires ont une orâce
nimeu.e. (C c·t'~t loujour · liien, )) di~ail
ainte-Beure. Mais il ajoutait : « Cc n't' t
jamai mieu1. » Coucédon. que ce n'était
jamais mal. Ceci dit, je rl· le quaud mèmc
en désaccord avec mon corre pondaut. J~ l'ai
contri lé en traitant Mme de lienlis de a cabotine ». Je retire le mot 11ui n'esl pa dans
la lan°oe du temp •. lJi oo « comédienne »
tout .implemeol.
'"1I y eut au monde une créature de faux
i:emblaul, une à.Inc f,trdée, ce fut téphanieFélicité. Toul e.t mco~oo..,.e chez celte ensorceleuse. De qui donc Barbe · d'Aurevilly écrivit-il un jour: a Qu'on ne me parle jamais
de celle coquioette ! » Celle exclarualion vou
vient aux l~vre toute le foi que rentre en
scène le per onnage maquill: de Mme de Gen-

,e-

-

194

-

Lo 1s-CuARI.E

o'OnLt tN ,

COMTE DE 8E.U:JOLAJS ( 1 ~'i()-lllo8), TR0I IÎ:.llE fil,.

DE Lorns-PmLIPPE-jOSEl'U o'01ntAN .
&lt;.rravure .ie ~h. o,i,
d'aprés le laN(.lU à',\Mü,ü FirRE.

MA.DA.ME DE GENL1S -

pompe dom •~tique. 1,a dnche ~e d'Orléans, 0 ie, Paméla, la divine Paméla qui li avait 0 ani~atrice de celle cérémonie de famille e t,
loujour lan!!ui:sant,·. était allée au eaux de courir comme Atalante ll. L'eflel produit, les or l'oublion point, la mailres.e en fonction
pa. La source de la ,'au"enière, doot la r - enfant de la duche e abandonnèrent la pose du papa. Ouvrons un 1'olume de notre ami
Lenotre; nou y trou.on ,iae letnommée quasi-miraculeuse re1re de la duchel se d'Orléans qui
moolail à Pline, lui rendit la
va commenter lamentablement
.anlé. ~lme de Geuli · excellail
la cérémonie de la auwnière:
dan le tal,leaux \·ivants. Toute
(( )Ion cher ami, écrit-elle à .on
fillelle, elle a,·ail .1 jolimenl fimari, vou a,ez déjà fait bf,, ugun: l"Amour qu'on n'a1ait pu .e
ré ·oudre à I ui enlPwr e, poi:coup pour mon bonheur C'n m':'lccordanl me enfant un certain
tique oripl'a11x; elle a,·ait connomLre de foi par semaine ....
tinué 1t porter, dan la vie &lt;1uoLidit'noe, ·on arr, ~on carquois
.le ne ,eux plu revenir sur le
t'l une paire d'aile· couleur bleu
pas é, ain i que je YOU l'ai déjà
d'awr. Elle cnlt'1ait 't-ulemenl
dit. L•s tort que je reproche i1
·e,, aileron le dimanche, pour
)lme de Genlis exi teal et ne peualler ,i la mr~sc. Aux proce:,.sion:,,
venl être délruil , ni par 011
!'Ero païen . l' mélamorplw,.iit
Journal, ni par toul ce 'lu'elll'
enannelot dt• mi.~el. llepui lors,
pourra Yous dire : c'e·t moi 'JIIÏ
!~phanie-Félicité l'écul perpéai vu el entendu tout ce q11i
tuellcmi,nt ('D ce doul,le co tume
111'a drplu. ,,
de ma c.arade.
E111r'uu1ro1is l'llCOrP certain
,\ la au wuièr&lt;', elle or anisa
dossil'r 1k document · inédi L.
tout un petit carnaval larmo·rnnl.
, 'ou y lison une lt•llre, non
or . on ordre, on éleYa, ,;r un
datée, où la mèrr, sevrée de t •nlerlrc de gazon, un autel à la
dre e filiale, exhale moins disRcconnai,.an(·e. en marbre blanc.
crètement sa plainte. Fut-elle
LP. quatre e11fanL. d'OrlPan , .c
em·oyéc, celle lettre? 'ous l'i&lt;rnoélèle,. lraraillèrenl, 1w11dant troi
ron . En tout ca , elle fut des.tiemaine., à l'édification dl' ce
née on ne sait auquel de ces quamonuruent. Au jour dit, Loulrs
tre enfant qui, autour de l'a 11le· jolie pnsonue: :;en ihle de
tel de ln J{ecormais,anre, faipa furt&gt;Ol priée de :,e rPndre à
aienl i élécramment les ge te:
la fontaine, a "èlue de blanc,
de l'amour filial ·
arec Je plumes hlanrhe·, des
u li n'i a pa· de r 1pon e i1
hou,1uel , dl' écharpe de fleur.
faire à voire lcllre, mon enfant.
de bruyère et Je ruban · violcl l&gt;.
Au si ai-Je lai,sé partir ,·otrecourLOCI E·:'IL\RIE·ADÉLAÏl&gt;E DE BOCRBOS, DCCJIESSE D'ÜRLÈAd.
Taodi que la muSÎtJUe du \'au ricr .an lui en donner une. Que
D'après le IJ.t!l,:,.u Je Mme \ '1Gü:- LE BRtN.
Hall rempli ait le' l,oi d'harvous dirai-jP. d'ailleur ? Que je
monie, la duche . e d'Orléan
uis malbeurl•u~e, \'OU le saparut. lendremenl soutenue par
1ez; que je ui très ,ourfraotc,
~!me de Genlis. e: quatre enfant , Char- et vinrent se ré1ugier dan, le sein malernel. l'Ou ne l'ignorez pa": roaî You· '"ou y
tre , ~lontpen ier, Beaujolai · , Adélaïde, ~lme de Gcnli e rappelait a,,ec allendrL e- ête montré bien indifférents, c.ir mes enétaient groupé autour de l'autel, .elon touh:s ment, trente-huit an aprè , cet ~pi·ode de fants sont le euL qui n'ont pa .eulemenl
e, lois de la compo ·ilion. Le roi Loui -Phi- ,on roman 'COlaire. C'éLaiL le lemp où, plu
envoyé prendre de me noul'elle . Le perlippe, coiffë en catozan, a\'t•t· un soupçon de que eptua~énaire, elle po ail pour la ve;.tale
onne que je connai .ai le moin ru ont
poudre, culolle chamois, h:il,it Lieu et bas du pol-au-fl'u; le· ,i~iteur qui Vl'naient lui doon~ celle marque d'iatfrèl. Celle dillërence
blanc , était armé d'un st let et semblail rendn· hommage la lrouYaicot épluchant de
m'a été au cœur. Je vou ai mandé à tou ·
gra,er lui-mème &lt;'elle in ·cription : « Lt•
poireaux et r.cumant le l.iouilloo . Elle enle"ait qne j' étai~ dan un étal affreux. P:t. un de
eaux de la ... mvt•nièrt! t1\·anl 1étahli la an1{•
on tablier de cui:.ine, et la mu~ apparai. - vou ne m'a témoi 0né la moindre ~en. il,ilité
de ~fme la ducbes~e d'Orltlans, e enfants ~ail oudain :ou la ménaghe. Après tant ~ cet écrard. Tom; t·os sentiments, toutes 1·0.~
out voulu embellir le emiron~ de celle fon- d'aooJe el tant de fortune di\"enc , elle pe11 ees avaient w, autre objet que 111ni.
taine. lis onl eu1-mêmes tracé le route ·, plt!urnicbail ncore au . ou,·enir d • la fèle de Ah I mes enfants, que j'ai Le.oio de me flatenl •vé les pi rn•s, planté le lieur· et les ar- la ~nu1l'nière. El elle écri,ail : « Toul ce qui ter que le heoreu x germe r1ue \"OU ariez
bust~·, el il· out d,:friché ce boi · aYt•c plus ét.iil là fondait en larme . Ce qui prouve que annoncés dan · Yotrc première cafance ne ont
d'ardeur et d'a,siduité que les ouvrin riui le. émotion. les plu. vive ont ouvcnt pro- qu'éloutfés el qu'un jour l'amour et le devoir
tra,aillèrenl ou· leur ordreli. &gt;&gt; Telle e·t &lt;luite~ par le 1.:ho. le plu· impie . »
vou. porteront a rendr • à la meilleure des mère ·
l'é,,lo!!lle qu'a reproduite le peintre du mu é
\'oil11 re qn'on 1oil dan " le tableau, d'ail- ce qu"elle aurait droit d·aue11dre de ,·ou ! 1&gt;
Coud,•. Auprè de dî ciple princier de la leur délicieux, de Chanlill . Ce qui ne e
Ce pelit èlre , enveloppé de men on~I',
perle des in,titutric&lt;' ·, on ,oit encore ll•s îOÎl pa , c· • t le d sou cruel. affreux. , ai.: adoraient leur paul're maman lointaine. Jla.is
jeun amie de ~Jmc de Genli , IJcnrielle de 0nanl, de celte impudente comédie. Et le autour de ce quatre rœur. pri onoier veilercey, et ce d1ef-d'œuvre ,h·anl de pédago- mot de cabotinage s'écrit de lui-même. L'or- lait implacablement la Cabotine.
0

HENRY

de

phie qu'il vin eat la baigner de leur pleurs.
Mme de Genli a longuement raconté dans
e .l/émofres comment elle organisa cette

ROUJON,
l7tutil■ t.

�,

,

Deux generaux russes

Je ,i à l\i'&gt;fT1 heam·oup de généraux que
j'a1 ais peu t'onnus à P{,tcr:,hourg, parre qu'ils
étaient habituellement tmployé~ ou rl:,iJaicnt
dans leur~ terres, loin de la cour. Deux .urtout me fr.ippèrmt, l'un par la ,iol1•ncc• de
son caractèr,,, l'autre par des hiLarrerie., el
par une originalité 11u 'il alfrctail, et dont il se
plai,ail à ma ·quer de~ talents cl un Sltnie
qui offu,11uaicn1 s1•s rh·aux.
Le pl'l'OJicr, le :.:éntlral l\ame11,ki, était un
homme 1·if, dur, pétulant el emporté. l"n
Français, tout cllra1é de sa colère et redoutant l'ellel de se oi'enacc , ,int cherclwr un
asile dan, ma maison; il me dit que, a étant
« entré au ~c·riice du général lfomensl.i, tant
« 11u'il a,ait été a,ec lui à P{Ler,IJOurg il
« n'arnit eu qu'à se louer de la maoii·re dont
• il se \O)ilit traité; mab 'lue bientôt, le
a génc:ral l'aJant emmené dans une de ses
a terre~, la scène changea totalement. Loin
• de la capitale, le Ru~.e moderne di,parait,
• le Mo,covite e montre tout entier; il traite
« .es gens comme des escla,es, Je~ gronde
« )'ans œ~~e. ne leur pa)c point de gag~.
e cl les aœ.1blc de coups pour la moindre
a faute, ou même ourenl ~ans ~ujet •·
Excédr d'un joug i.i L)rannique, le l&lt;'raoçai~
. e sau,a el ,int à KioO, où le:, émis.aires du
général le poursuil'aienl. L'un d'eux, plus
humain, le fit a,·ertir que son maitre avail
juré, ,il pou,·ait le reprendre, de lui faire
suLir un t'l1:\timent exemplaire.
Indigné de celle conduite, j'allai lrou1er
. QU pers,':tuleur pour le prél'enir que je ne
souffrirais pas 11u'un Français rot ainsi oµprimé. La )'cène fut vive; Kamen,1..i me dit
« qu'il lrou\ait fort étrangti que je me mêa las~c de se, affaires domestique:,, et 11ue je
« pri~-e la dércn e d'un mauvais ,ujet, qu'il
• ,aurait bil·n chàlitr maigri moi.
• - Eh bien! g,foéral, lui db-je, j'ai
« deux IÎlr,•s pour ·protégrr 1otrc ,ictime :
« je suis ministre et Fran\·a1s. S1 vous ne me
a pro111cttez pa~ formellem, ni de ce:,,er
« toute poursuite contre un homme libre par
o Je, loi~ de mon pays, et que rien ne rou~
« autori,e à traiter en cscla,e, comnll' mia ni~tre je ,·ais sur-le-champ chei l'impéraG tricc pour rue plaindre de ,otre conJuite,
u el ensuite, comme militaire franç,,is, je
11 vou JemaoJ~rai raison di:, in~ultes faite~
o à l'un d1• mes compalrioks, insultes 11ue
o dè~ œ rnom,·nl je regarderai comm,, pero ~onnclle,, pui~~ue je l'ai pri · sou, ma prou tel:liun. D
1. Au court d'un vo)a;:e i lla1cr,; l'empire n1sse,
en t;sl , où le COUII~ de Skur füi-.,11 .,utsc de la ,u.ile

,le Cathtrinc

li.

llnr :iflair• parti,·uli,'-r, n aur.iit point ellraié
le général, mais la crainh' du courroux de
l'impératri&lt;:1 lï1111mid,1; il me fit la promP se que j'exigeai,, el 0011, oou, éparamrs.
lonblt mp, aprè,, le o,,,m1.. ir .'rai rue
donna d'inconvennntcs preuves de son s01neoir rt d,• son res~rntimenl. Dans la première
guerre d1·s Fran\ ais contre 1, · Ru,se,. guerre
que termina glorieusement la part de Tilsilt,
mon fil , le ,.;ioéril Philipp,• d,, St\;ur, aprt:s
une chnr~e hrillanle, apnl poursuivi avec
trop d'ardt'Ur 1'1·nnemi qui !-c rl'lirait, fut
entouré, ble,!-t: el pris; on l'amc·na de\ant Je
général Kamenski.
Celui-ci, après lui noir d,·maudé on nom,
voulut qu'il lui donn,H quelques notions ~ur
la po~ition et le force~ dl larml'e franç;ii11e.
D'apr~ . on refus il li&gt; traita nec l 1 rigueur
la plus indécente; malgré ses bles~ures, il
voulut li&gt; contraindre à faire dlns la nci;e,
où l'on s'enfonçail jusqu':iux genoux, prè.,
de vingt lieues à pwd, sans lui donna le loi. ir d'être ,oigoi! ni p:in-.é. lhis ses propre~
officiers, mdignés de cette dureté, donnèrenl
à mon fils un kibitki, el peu de jours aprt!.lil arriva au quartier du général Apraxin, 11ui
le dédommagea, par son urbanité, par sa
courtoi,ie, dt mau,·ai, tr:iitemcnts que lui
avait fait tlprouvcr le vindiCJ1 tif Mosco,ite.
On m'a conté dt•pui que cc mèrue Kamenski, dont l'à~e nt• calmait point b ,iolt•nce~, en péril ,ietime, et qu'un de ses
pa1,~ns, dans un acci: dl dé,•·~poir, lui fendit la tête d'un coup de hache.
Le général St&gt;uwaroff' Hait bien autrement
digne d'exciter la curio,ité; p.u son bouiUant
courage, par son habileté, par la confiance
11u'il io,pirail aux ,oldab, il avait trou\'é !,·
moyen, dans une monarchie absolue, où tout
se donnait à la fa1·cur, de s nancer rapidement. quoiqu'il fùt ,ans fortune, ,:10s appoi,
et né au sein d'une famille qui n'était pas en
crédit.
li avait t•mporlé chaque grade à la pointe
de l'épée; toute les fois &lt;Ju'il ) avait qaelque ·
périls à courir, quel11ue orJr1• dirticile à exécuter, quelque~ succès audacieux à tenter,
le nom de , ouw.,roff était le premi•r 11ui nol
à la pensée de ses chds.
Mais comme, dès le:. premiers jour de a
clorieuse ~rrii're, il s'était ,u l'objd de la
jalousie active de plusit•urs court isans et
rarnris qui aur ,1, ·nl t:lt a. sez pui"1nts pour
s'oppo,er à son nvanct•ment, il forma l'é1range
dcs,ein de counir son mérite tran:.ecndanl
dt~ formes liilarres de h folie.
Rien n'était plus lumineux que ses plans,

+
.... 196 ..

plu profond que ses conception~, plus rapide
que son action: mais, dans la ,ie ordinaire el
en public, sa contenance, ses gestes. ses
par'lles portaient une telJe empr••inll• d'ori~inal1té, l'i mème on pt•ut dirr d't&gt;xtravagance,
qu, 1,·~ amb1L1eux ces. aient de le craindre, le
re;.:ardaicnt comm,• un inslrum1·nt utile pour
agir, pour frapper, mais incapahle de lt•ur
nuire et de 1, ur di$puler la JOuiss:,nœ de$
honneurs, du crédit el du pouvoir.
Je rn, . ourhfü ']Ue, lui a1ant demandé une
fois s'il était nai 11u'à l'armée il nt&gt; dormait
presque Jamai:;, domptaut la nature, mème
san, ol,:e. ,ilé, couchant louJour, sur la
paille, et ne quittant jamai~ ni ~es hottes ni
s,· arm,·s. • Oui, me dit-il,je bai~ la paresse,
« et, dans fil crainte de m'endormir, j'ai tou« jour~ dans ma tente un coq très e\aCL à
• me rt:\,:iller fréc1u, mm, nt; lom1ue par&lt;• fois je veux céder à la mollesse et me re8 po er commod~ment, j'ôte un de me~
c éperons. •
Lorsqu'il fut nommé maréchal de l'empire,
il ,·oulut faire lui-m1~me sa réœption en prt!S&lt;.'Dce de ses soldats, de la manière la plus
h1zarre. A)anl fait placer dans une église, de:,
deux côtés de la nef et en colonne., autant de
chaises qu'il existait d'officiers généraux plus
aoriens que lw, il entre en wste dans le
temple, franchit en aautant chaque chaise,
comme les écoliers lorsqu'ils sautent l'un
pa,r-dcs. us l'aulrc, et, aprè&gt; a1oir ainsi lestement rappelé comment il avait dépassé tous
. •·s maux, il se re,êt du grand uniforme de
maréchal, se couvre des nombreuses décorai.Jons qu'on lui avait prodiguées, et invite
ensuite gravement ll'S prètr,·s à terminer
celle cérémonie par un Te Deum.
Le premierJour qu ·il rencontr:i \J Alexandre
de Lametb, dont le défaut ne rut jamais
d'aYoir un caractère trop 11,rtible, lt11r entretien me parut ,~-el ori,.inal pour ètre ici
rapporté.
• He quel pa)s êtc -rous? lui dit hru~que« meut le général. - Français. - Quel état?
c - \hlitairc. - Quel grade? - Colonel. a \'otre nom? - Alexandre de Lameth. « C'est bon. ,,
lJ. de hmeth, un p,·u pi,1ué de ce hrC'f
iuterrogaloire, l'interpellant à son tour et le
regardant fixement, lui dit: « De &lt;Juel pal~
Ci ètes-vou ?- Rus~P appar,·mm,·nt.
(.!u,-1
« état? - Militaire. - Quel grade?
Ge'.·« néral.- Qu,lnom? - Sùu\\'aroff. -C'e,t
a boa. » \lors Lous deux se prirent à rire,
et depuis furent trè~ bien ensemble.
COMTE

ue SEGUH ..

1111

1111lllt1

Ill

•

1

SoUPERS f'RATER:-IELS DA~S LE' ~f:cTIO'iS V&amp; PARI•, 11, 1,,

r3 li.li

liQ~. -

r,, IJl'UYt .Je

BF.RTUAOLT, ,:t'JpYb SwfDACu-Duroi1T.UN[~.

L'Exode des Girondins
\'I

J'a,ais, dan- mon retranchement as~ez
larg1•, un siègP pour m'asseoir, un paillasson
sou, mes pied . un petit briquet pbo,pburi11uc dont j'allumais une lJOugie, les journaux du jour, et, par un contraste a~sez
frappant. les l,'é.or9i11ues de \Ïr!!ile, les Jardi11s de Delille. les ltlyl/es de Gèsner; j'a,ais
encore de l'encre, du papier, de plumes, el
i1 tout ha,ard qucl,1ues prori~ions. Une c:-pèce
d,• soupape mu rendait l'air, quand j'en sentais le besoin. Comliien de lwr$ /(l loi, pour
avoir ma cache, eussent pris l'engagement
de n'en jamais ,ortir; je n'en sortais que
•1uand ma femme accourait me doonPr ellemême le signal convenu; el nou~ nous emLrassions alor:. comme après une lon3ue air
).ence.

~ous avions des Yo1sms à coté de nous
cl de.,~ous. Les plancher:., le.-, murs étaient
minces; pour les assourdir, nous avions couverl reux-ci d'une tapisserie épaisse; ceux-là
cl'un fort tapi·; el, afin que je pus_e rue
mou,oir, me promener, courir mème sans
ètre entendu, Lodoï~ka. toujours inYentire et
toujours adroite, m'u·ait fait de lions chaussons de grosse laine, avec une forte . emellc
de crin; c'étaient là me souliers. \Jille autres
préc-,utions su baltcrnes avaient été prises, el
n'étaient jamai D~"ligées.
liais celle etœllentc cache et toutes ces
précautions tutélairt!S ne pouvaienl rien contre une 1isite de l'orJre du comité de sûreté
générale ou de la muniripalité. Celles-ci ~e
faisaient, à domicile donné, contre telles personnes suspectl·S qu'on ioulait arrêter. ,\ supposer que rien ne pût jamais indiquer aux
.. 197

...

bourreaux qù'en dépit de toutes leurs fureurs
une proie ardemment con,oilée é!.'lit là, qui
1frait rncore, toujour~ parai ~3il-il œrlain •1uc
ma femme dc1·ait être bientôl reconnue et
~rait plu~ tôt cnrore su.pectie. Tôt ou tarJ le
municipal Iléhert, ou le conventionnel Amar,
lou~ deux ses ennemi~ per~onnC'b cl ~es rnnemis jurés, lui enrerraient leur a~ru~in~.
Heureusement ceux-ci, comme tous les hrigand,, craignaient la lumi~re, et ne fai~aient
jamais leurs expéditions que dans les ténèbres. Quand on riendrail frapprr dwz nous,
au milieu de la nuit, 11u'nions-nous ré.,,ofu
de faire 1 Nous jeter tous deux dans mon
retranchrment, c'eût ét, notrt perte. Quel1fl1e
hien que mus puissiez vou~ trotner caché~.
\·ous ne l'êtes réellement plus dans un ptlit
logement ou des in11ui~iteur~ arrirent, Lien
i:ùrs que vous vous y tenez 11uel,1ue pari. Un

�1f1STOR._1A -------------------------------,------------J

•

simple feu de paille mouillée vous enfume
dans votre asile, et la nalure, qui machinalement résiste a l'asphyxie, VOUS livre a la
guillotine. Le bruil de vos convulsions vous
Lrahil, vous tombez vivanl aux mains de Yos
bourreaux.
- :Non, non, m'avait Jit Lodoi'ska, roa
digne compagne. Si l'on frappe au milieu de
la nuit, nous nous garderons bien d'aller
ouvrir. Nous nous garderons bien surtout de
dispu ter un inslanl a la morl. Qu'ils enfoncenl la premiere porte! il en reste encore
deux, pleines, épaisses, garnies chacune de
sa serrure et de ses verroux. 'fes pistolels el
l'espingole sonl sous l'oreiller, non pour les
assassins. Pourquoi lremper nos mains daos
un sang aussi vil! descendons sans tache au
lumbeau. Du moins nous aurons tout le temps
de nous frapper; et surtoul, je t'en conjure,
ne commence pas. Laisse-moi, d'une seconde,
seulemenl d'une seconde, mourir avant mon
époux.
Que de fois nous nous endormimes, a peu
pres surs que presque aussitot nous allioos
rounir nos yeux, pour les refermer a jamais !
Que de fois, lorsqu'un locataire retardé venait, apres minuit, frapper a grands coups
de marleau, réveillés en sursaut par le bruit,
puis entendant la porte cochere crier sur ses
gonds, que de fois il nous arriva de nous
embrasser et de saisir nos armes!
Mais quelle joie_, lorsque le soleil revenu
nous apportáit la douce certilude qu'un jour
nous reslait encore; que nous avions, de bon
compte, au moins seize heures a passer ensemble! Que de temps gagné pour l'amour !
Elle se levai t, roa Lodo'iska; elle se levai l
toujours plus charmante. Toujours aussi plus
altentive a ma surelé, plus occupée de mes
besoins; ses soins pour moi recommencaient
avec l'aurore. Une fille, sure et íidele, bélas
plus íidele que tous nos amis! venait l'aider
au petit tracas du ménage, en moins d'une
heure achevé. La boone servante allait nous
acheter quelques provisions; ma femme aussi
devait en chercber, car daos ces temps de
disetle, une seule personne ne pouvait obtenir, ml!me a prix d'assignats, double portian.
Elle sortait done, mon amante! hélas oui,
nous nous quittions pour quelques instants,
pour des siecles ! elle sortait, laissant enfermé, sous la double garde de ses trois clefs
et de mon retranchement, son précieux dépcit, qu'elle tremblait encore de ne pas retrouver. Et moi, que j'étais inquiet, jusqu'a
ce qu'elle ful rentrée ! En fin, la voila de retour, et c'est pour la journée.
Qu'il sera délicieux ce repas qu'elle apprete
de ses mains charmantes I au moins, c'est
moi qui mets le couvert ! c'est moi qui dois
servir a table, quoique je le fasse bien maladroitement, car je n'y vois goutte. Mais j'ai
mes raisons pour m'y obstiner; de peur qu'il
ne m'en reste poinl assez, elle me donnera
toul, si je la laisse faire, et si quelquefois je
ne me fache.
Apres diner, c'est elle qui me fait tout
haut la lecture, puis elle est a son piano;
ensuite une partie d'échecs; et parmi tout

cela de doux entretiens a voi1 bien basse.
Enfin, D0US soupons encore tete-a-tete, car
peu de gens sont curieu1 de troubler nolre
périlleuse retraite; et nous nous couchons,
souhaitant avec ardeur que des barbares ne
viennent pas nous ravir la superbe journée
du lendi&gt;main.
Non, rien n'eut troublé la douceur de ces
journées trop courtes, rien, si j'avais pu gagner sur moi de répondre a I'attention de
roa fcmme, qui tachait toujours de me faire
oul.ilier les journaux; mais le moyen de n'y
pas cbercber continuellement des nouvelles
de mes malheureux amis! Que de fois j'en
trouvaí de funesles ! Tour a tour ils étaient
malheureusementdécou1·erts, impitoyablement
assassinés.
C'étaienl : Lebrun, ex-ministre des all'aires
étrangeres, surpris daos un grenier, sous des
babi Is d'ouvrier, a peine interrogé, sur-lechamp conduit a la morl;
Bougon, administrateur du Calvados, qui,
a l'époque de la défection de son département, s 'était réfngié daos Fougeres, ou les
tyrans furent le trouver. Avant de le frapper,
fideles a leur méthode de calomnier ceux
qu'ils égorgeaient, ils publierent qu 'ils l'avaient pris au milieu des rebeLles de la Vendée. C'est le m~me que Charlotte Corday a
immortalisé, en parlan! de lui daos sa lettre
a Barbaroux;
Claviere, ministre des contributions, plus
heureux que les deux autres, avait pu, avant
de paraitre devant les assassins au tribunal
révolutionnaire, se donner la mort; sa vertueuse femme l'avait suivi. Un poison subtil,
obtenu, dit-on, de l'amilié de C... , venail de
la réunir a son époux.
Ils avaienl de dignes compagnes, qu'ils
rendaien t heureuses, et dont ils étaient adorés, presque tous ces républicains. Et teUe
est la réponse victorieuse que les amis de
leur mémoire feront a ces vils lihellistes qui,
non contents de les calomnier daos leur vie
publique, out osé les atlaquer daos leur vie
privée.
I\abaut (Saint-Étienne), bien caché dans
Paris, mais vendu, dit-on, par !'infame cupidité d'une filie de confiance qui le servait
depuis longtemps. La femme de Rabaut fit
comme celle de Claviere, mais eUe lomba
plus tragiquement. Elle alla s'asseoir sur le
bord d'un puits, de maniere que le coup de
pistolet qu 'elle se tira la précipitat daos le
fond. Elle mourut ainsi de deux morts lt la
fois:
Bois-Guyon, généreuse victime qu'ils immolerent avec Girey-Dupré. Avec que! courage il finit, ce digne Girey ! Les tigres du
tribunal entendaient lui faire de son attacheínent pour Brissot un chef d'accusation.
- N'avez-vous pas été son ami 1 lui demandait-on.
11 répondit :
- Oui, je l'aimais; oui, je le respecte et
je !'admire. Il a vécu comme Aristide, il est
mort comme Sidney : je n'aspire qu'a partager son sorl.
En allant au supplice, il chantait gaiement

son hymne de mort qu'il avait composé.
Comme il passait au coin de la rue SaintFlorentin, il vit, aux Ienetres du logemenl de
Robespierre, la maitresse de celui-ci, ses
sreurs et quelques-uns de ses féroces complices.
- A has les tyrans et les dictateurs I leur
cria-t-il.
Et il leur répéla ce souhait prophétique,
jusqu'a ce qu'il les eut perdus de vue.
ll mourut enfln comme il avail vécu, plein
de courage et de civisme. Son dernier vreu
fut pour la république;
Custine, le fils du général, assassiné comme
son pere pour avoir trop bien servi cette république, maintenant anéanlie. C'était un
jcune bomme de la plus grande espérance,
celui dont Mirabeau fait l'éloge daos sa correspondance secrete sur la Prusse. ll mourut
en souriant, comme devait mourir un bomme
loué par Mirabeau;
Mazuyer, coupable d'avoir, par une amere
plaisanterie, un momentdéconcerté la scélérate
hypocrisie du maire Pache. Oui, Mazuyer a
perdu la tete pour un bon mol;
Enfin, Valady, que j'avais laissé daos la
Gironde, et qui fut apparernment bienlot
abandonné du parent sur Jeque! il comptait.
J'ai lu que l'infortuné avait passé, quelqucs
semaines apres moi, a Périgueux, qu 'il a1·ail
élé arreté dans les environs ou i'avais couru
le meme risque, ramené dans cette ville 011
l'on voulail aussi me ramener, qu'il y avait
été examiné, questionné, dépouillé de son
déguisement, enfln conduit au Roux-Fazillac,
et de la a l'écbafaud. Tlélas I quoique le moios
intéressant des sept, a ce que je crois, il aura
couté bien des regrets a cet ange du ciel qui,
daos la Gironde, désolée de nous voir quitter
sa maison, disait: «Si l'µn d'entre vous péril,
je ne me consolerai pas. »
C'était une amie, celle-la : mais les miens,
ces amis de Paris sur lesquels j'avais tant
complé, les miens, au milieu des chagrins que
me causaient tant de perles si grandes, quelles
consolations me prodiguaient-ils? de quels
secours aidaient-ils ma Lodo'iska?
La citoyenne Brémont du moins nous rendait quelques visites, et il est consolant pour
moi d'a,•oir a déclarer que son mari, par
réllexion rendu alui-méme, a son creur naturellement généreux et bon, s'exposa bientot
davantage pour nous maintenir dehors avec
quelque surelé, qu 'il ne l'efit fait en nous
gardant chez lui. Quant au compagnon de mon
enfance, il ne me vint voir que quinze jours
aprcs mon arrivéel ll ne vint, dans l'espace
de deux mois, que trois íois !
U nous restait d'autres amis, répulés
intimes, auxquels j'aurais cru faire injure de
leur cacher que je fusse daos Paris, et qui
sentaient bien qu'en un temps ou tout était
matiere a soupcons, on suspecterait bientot
une demoiselle, a peu pres inconnue, nouvPllement emmenagée, tombée tout d'un coup on
ne savait trop d'ou, laquelle se réclamant
d'une assez nombreuse famille, n'allait pourtantjamais manger debors, et ne recevait non
plus jama is personne. Une voisine, le portier,

'---------------------------=--------lous les curieux et tous les espions se
diraient : « Serait-ce une a,·enturiere? une
émigrée? ou seulement une personne suspecte
aYec laquelle on ne veut point avoir d'intelligcnces? » C'en était assez pour qu'elle ful
incessamment notéc au comité rérnlutionnairc
de sa section, et lot ou tard arre1ée. lls le
sentaient bien; ils n'.,n tinrentcompte. Aucun
ne parut chcz nous ! pas une fois, pas meme
une seule íois l De sorte 11u'il esl vrai de dire
qu'a la dél:ition pres, ils firent ab~olument
lout ce qu 'il fallait pour nous perdre.
Au reste, s'ils se privaient du plaisir de
nous voir, ils ne s'épargnaient pas celui de
s'entrelenir de nous. Notre position devenait
l'objet pcrpéturl de lcurs entretiens et de
leurs alarmes. Moi, j'étais bien malht'ureux,
el je ne l'avais pas mérité, on en comenait.
Mais on me plaignait t..m l has de n 'avoir pas
assez de courage pour lerminer mes peines:
de n'ctre pas asst'z !'ami de mes amis pour
les débarrasser, en mourant unr fois, de la
crainte ou ils élaient toujours de me voir
mourir. Ma fcmme. on la lrouvait fort extraordinaire. Soit, je l'accorde. ~fais on ajoutail:
fort égo'iste, égoiste i1 l'exces. Et cela, non pas
précisément parce qu'elle exposait sa l'ie pour
sauver la mienne, mais parce qu'en s'obstinant ainsi a me vouloir sau,·er contre toute
appamice, elle finirait par compromettre tous
mes amis et tous ses amis. Bon Oieu ! quels
amis! comme ils m'ont appris a me défier
de ce nom !
Jleureusement il existail un homme qui,
daos le cours de mes prospérités littéraires et
politiques, n'avait jamais all'ecté de se parer
du litre de mon ami, mais qui en réclama
tous les droits, des qu'il me vit dans le
malheur. Dix ans auparavant, le connaissant
a peine, je ne lui avais rendo qu'un service
léger en soi, qui tirait seulemcnt quelque
mérite de !'a propos. Des qu'il fut de retour a
Paris, et qu'il m'y sut rentré, il accourut. II
vint tous les jours. Vainement nous le conjurions de ne pas paraitre si souvent chez nous.
Tantot sous un prétexte et tantot sous un
aulre, aujourd'hui parce qu'il passait dans le
quartier, demain pour nous renJre comple de
quelque nouvelle propre a nous tranquilliser,
une autre fois pour nous apporter quelques
proYisions dont il s'apercevait bien que nous
étions dénués, il venait, il revenait ; son
esprit ne rerait qu 'aux moJens de me sortir
de mon cruel état, et s'il se trouvait quelr¡ue
occasion ou il pul me servir, il se croirait le
plus heureux du monde.
Ma Lodo'iska, depuis qu'il ne lui élail plus
permis de porler ses regards vers l'Amérique,
ne voyait d'asile pour moi que dans le Jura.
A force d'y penser, elle découvrit que, saos
parler de sa bonne volonlé bien reconnue,
F.... semblait al'OÍr en lui, par un rare concours de circonstances et les ba~ards les plus
singuliers, tous les moJens de me faire arriver a celle terre promise, des moyens dont je
ne donne point de détails, de peur de le compromettre; mais tels qu'il semblait que la
Providence nous efit conservé tout expres,
tout expres ramené cet ami.

... 1()8 ...

Ma femme médita, mf1rit son projet. Des
que F.. .. revint, c'est-a-dire des le lendemain, elle lui en fit l'ouverture. ll la saisit
avidement. Des lors plus de repos pour lui.
Comme son esprit, son corps [ul daos un
continuel lravail I Point de démarl'hes qui lui
coutassent, point de peines qu'il ne pril
gaiement, poiot d'obstaele qui piH l'arrcler,
point de danger qui l'étonnat. Que! zele ! quel
dévouement ! qne de grandeur d':i.me! mon
creur en gardera l'éternel souvenir.
En moins de quinze jours les difficultés
disparurent devant son invincib!e activité. Le
6 février 1794, deux mois, jour pour jour,
apres roa renlrée dans Paris, tout se trouva
prel: déguisement, passeport, voiture.
Nous parlions le lendemain a l'aurore. Je
dis nous parlions, car il m'accompagnail
jusqu'a la monlagne; il l'Oulait m'y voir établi
ou périr avec moi.
Le courage de LodoJSka ne s'étail point
démenti daos le cours des préparatiís; mais
les ob~tacles étant surmontés, l'heure de notre
séparation et celle de mes périls s'approcbant,
la tendresse de !'amante s'était alarmée. Plusieurs fois daos la journée elle m'avail dit :
- Si pourtant je ne devais plus te rel'oir !
si, voulant te sauver, je causais ta perle!
tiens, je tremble. Tiens, ne pars pas, ne me
quitte pas, reste; hélas ! nous avions résolu
de mourir ensemble!
Le soir, elle venait de m'enfermer: elle me
laissait un iostant seul; elle élait allée me
chercber quelques derniers renseignements
indispensables. Je profitai de ce moment pour
luí écrire:
A.

MA. FEIUIE.

Do ma cache a Paris, ce 6 février 1794-,
sept hcurcs du soir.
e&lt; C'est done demain, ma bicn-aimée, que
je pars pour la cabane 1• Par que! chemin la
destinée nous aura-t-elle conduits a cet objet
de tous nos vreux? ll fallait done qu 'auparavanl, bienfaiteur el victime de mes compatriotes, lacbemeot abandonné par tous mes
faux amis, je me trouvasse seul au fond de
l'abime ou m'avaient précipilé les scélérats
qui oppriment mon pays. Mais non. non; je
n'étais pas seul. Quelque cbose me restait de
plus consolateur, de plus secourable, de plus
fort que mon courage, que mon amour et
meme que mon inoocence, tu me restais, ma
bien-aimée ... et chaque jour, au péril de ta
vie, tu m'as défendu, tu m'as sauvé .... Que!
étrange bonheur ! cbaque jour, chaque nuit,
environné de nos dangers imminents, nos
armes toujours pretes sous notre cbevet, un
pied pour ainsi dire dans la lombe, mais
!'ame exempte de tout reproche, mais le creur
plein de nosamours,nousavons constamment.
au sein de cettcimperturbabletraoquillité qui
n'appartient qu'a l'homme de courage et de
bien (car toi. ma bien-aiméc, roa digne
épouse, toi la plus aimable des femmes, tu es

1. .C'élait aiusi que no_us désiguioos la relrailc ou,
&lt;lepu1s di\ ans, oous bri1hons de noas dérober au tour-

billon du n,ornlc, pour uous livrer saos partagc a
l'amour. Et ccllc rclrait~, ou m'a,suiail auJourd'hui
que je l'aurai. rlans le Jura.

... 199 ...

..

L'ExoDE DES GrR,ONDTNS - -..

en meme lemps homme de courage et de
bien) nous avons goüté de ravissants plaisirs,
que peu de mortels connaitront. Nous avons,
par notre bonheur, bravé, puni nos tyrans.
Nous avons, toujours préparés a la mort,
épuisé la coupe de la vie. Nous aurions, dans
notre ivresse, épuisé l'amour meme, s'il
n'était pas vrai qu 'une passion comme la
nolre, a l'épreu,,e du lemps et des supplices,
est inépuisable. Nous avons, graces t'en soient
rendues, idole de mon creur, toi peul-elre
encore autant quema fomme idolatrée, liberté,
nous avons, dans !'asile secrel, dans le profond
mystere ou les oppresseurs nous tenaient
ensevelis, nous avons trouvé le moyen de
rester libres 1
)lais cet état ne pouvait durer. Des mille
précautions qui nous sauvaient, une seule
oubliée pouvait nous perdre .... La Providence,
oh! oui, la Providence vinta mon secours. Oma
bien-aiméc ! c'est encore toi .. . c'étail toi, c'était
l'ascendanl dr. ton étoile, c'était ton impérieux
génie qui, du fond de cette Gironde, 011
m'environnaient tanl d'cmbuches morlelles,
m'appelaient et m'appelaient saos cesse. Eh
bien! le visagedécouvert, le fronl levé, le bras
toujours armé, !'esprit toujours vers toi, au
milieu de leurs comités, de leurs commissions,
de leurs satellites, a lravers celte foule d'assassins, j'ai passé ! Saos loi, je périssais !abas; saos toi, j'allais périr ici. C'esl toi, c'est
ta patience qui ne s'altere point quand il s'agit
de ton amaut; c'est ton courage que ríen
n'étonne quand il íaut résister a l'oppression;
c'est ta douce éloquence qui me suscite des
libérateurs ....
... Espere, crois-moi; ne crains rien : me
voila sauvé. Je le suis; le ciel le doit, peutetre aux sacrifices que j'ai faits pour le
bonheur des hommes, mais surtout a ta
généreuse constance, a loo malheureux
amour, a ton dévouement magnanime. Ma
bien-aimée, je le le dis : longtemps j'ai
travaillé pour fonder la cabane ; je vais
mainlenant la choisir. Dans six semaines je
t'y posséderai. Nous la gouterons enfin, celle
vie casaniere que j'ai toujours ardemment
désirée; je les savourerai ces délices de la
retraite ou je serai tout entier a toi, ces
charmes de la solitude que j'ai si longtemps
sacriíiés a ma patrie ingrate. Mon amie,
enlends la priere que je te fais a genoux;
veille sur toi. Je laisse derriere moi la plus
chere moitié de moi-méme, tu le sais. Veille
sur toi. Laisse tes all'aires, si leurs soins
doivent te couter quelque imprudence. Soyoos
plus pauvres encore, et soyons plus promptement réunis. Songe a l'inquiétude mortelle ou
je vais languir .... Te voila de relour. Que
j'aurais de cboses a te dire encore !. .. A.dieu,
je t'adore, conserre-toi; je pars le premier,
je t'attends. »
Le 7 février, des six heures du matin, je
repris ma course aventureuse. A l'eilrémité
de la rue de Charenton, je laissai ma femme
daos le nacre ou elle avait voulu m'accon..¡;agner. Je la laissai. J'étais a plaindre, elle
l'était davantage : Celui qui 1·este est le plus

�111STORJA
malhem·eux. La prudence exigeait que la
séparalion se üt a quelque distancc en de~
de la barriere; il tallait y passer seul el a
pied, pour etre moins examiné.
De la porliere de devant, Lodoiska me
suimil d'un reil plein d'inquiétude ; elle
lremblail que je n'allasse échouer au premier
écueil. Elle vit trop bien que la sentinelle
m'arretait; mais elle vil aussi que, d'un air
assuré, je produisais une carie qui n'était
pas la mienne, el que d'un air amical je
passais.
Qu'en ce moment je senlis vivemenl ta
joie, roa Lodoíska ! mais que je souffrais des
promptes alarmes qui allaient succéder. Bien
des passages plus dangercux me restaienl a
franchir, et les regards ne pounient plus
m'y accompagner. Que je soulfrais pour loi !
L'absence, d'ailleurs, la'cruelle absence commencait. Ah! du moins' ne néglige rien pour
l'abréger ! A ton tour, dans six semaines, tu
me l'as promis ! daos six semaines au plus
tard, viens te présenter a cette porte; metstoi sur celle route ou je te devanee. llate-toi,
sors de celte ville ou si longtemps nous avons
cru lrouver notre tombeau. Viens avant la fin
de mars m~ joindre dans celte coutrée qu'on
nous a dit etre sure, tranquille, ho~pilaliere.... llélas 1
Dans le bourg de Charenton je trouvai mon
brave ami qui m'attendait. Ensemble nous
entrames a Villeneuve-Saint-Georges.
Par une beureuse précaution, j'avais décidé ma temme a trouver bon que, partant
un jour plus tót, et devancant la voiture ou roa
place était retenue de París a Dóle, je fisse
dix licues a pied, pour l'aller altendre a MeJun. C'était un sur moyen de diminuer les
dangcrs de roa sortie de París, et d'etre
beaucoup moins inquiété dans ses redouLables environs. Nous lui dumes notre salut a
Villeneuve-Saiot-Georges.
Un commissaire du pouvoir exécutif se tenail la, pour examiner a leur passage toutes
les voitures publiques, tous les voyageurs a
voitures. On me dit son nom que j 'ai oublié;
tout ce qui m'en reste, c'est que c'était un
Jacobin qui tres probablement m'aurait reconnu; mais on ne nous fil point, a nous,
braves piétons, l'injurieux honneur d'une visite commissariale. On nous conduisit seulement a l'officier de garde, qui n'examina que
tres légcrement nos papiers, et sans difficulté
laissa passer deux soldats. Deux soldats, car
F... en avail le costume ordinaire. Moi je
portais, avec UD large pantalon de laine noire,
la courle veste pareille, un gilet tricolore,
une perruque jacobite a poils courts, plats et
noirs, tout récemment faite expres, et qui
m'allait si bien, qu'on eut juré que c'étaienl
mes cheveux; enfin le bonnet rouge, I'énorme
sabre et deux terribles moustacbes que
j 'avais laissées croitre pendanl ma réclusion.
Si, daos cet équipage, je représentais encore
quelque chose, ce n'était assurément pas un
muscadin; lout cela était alors le grand habit
des grands paltiotes, et s'appelait une carmagnole complete.
J'avais pu enlreprendre et j'acbevai tres

bien cette marche de dix lieues, parce que
deux mois de répit et de soins coafenables
avaient cbassé mon rhumatisme.
Le lendemain, tous les voyageurs de la
voiture publique que je venais de joindre
a.. ... , furent conduits a la municipalité. Un
membre du comité de surveillance visait les
passeports. Je lui donnai le mien, il le lut
attentivement, me regarda beaucoup, et, sans
me le rendre, demanda ceux de mes compagnons de voyage. 11 les examinait tour a tour,
les leur rendait et retenait loujours le mien;
il le gardait a part dans la main gauche, qui
se retirait chaque fois que j'avancais la
mienne pour le reprendre.
- Un moment, me disait-il toujours.
Je commencais a n'ctre pas fort a mon
aise. Tous mes camarades de route étaient
déja renvoyés, je restais seul avec le surveillant.
- Tu vas rejoindre l'armée? me demandat-il.
- Eh non! tu as pourtant assez lu ! je
vais pour affaires de commerce 1
11 y rejeta les yeux.
- Ah! pour affaires de commerce!
- Oui.
- Don ne done! m'écriai-je.
J'avancais la main. U fit encore le meme
mouvement en arriere.
- Tu es bien pressé! dit-il.
- Et toi tu ne l'es guere ! ne vois-tu pas
que tu as expédié tous les voyageurs, et que
la voiture va partir saos moi?
- Mais, n'as-tu ríen a me dire?
- Non, répliquai-je brusquement, daos le
style du jour et de mon accoutremenl.
11 répondit :
- Eh bien, j'ai quelc¡ue chose a te dire,
moi.
- Sacrebleu ! dis tout de suite!
- J'ai a te dire, poursuivit-il, en prenant
une de mes mains, qu'il serra, et en remettant mon passeport daos l'autre, j'ai a te dire
que je souhaite de tout mon creur que tu finisses ton voyage sans accident. Adieu.
Je répétai adieu, n'en demandai pas davantage, et je cours encore.
Était-ce a mon seul hahit que je devais
cette politesse? M'avait-il pris pour quelqu'un
de sa connaissance? ou plutót, quoir¡ue je ne
le connusse pas, ne me ronnaissait-il pas tres
bien? Voila ce que le lecteur se demandera,
ce que je me suis demandé cent fois a moimeme, et ce que je n'ai jamais pu décider.
Je ne pourrais fidelement rapporter toutes
les hizarres aventures de ce voyage, saos risquer de compromettre le généreux compagnon de mes périls. Je vais done tout a coup
sauter a... ; et de ce qui nous arriva dans ce
dernier endroit, je dirai seulement que la voiture y restait, mais que nous ne limes point
la faute de nous y arreter, meme deux minutes. Je savais qu'il y séjournait un représentant montagnard; aous évitames habilement le corps de garde, qui nous etit peut-etre
conduits a la muaicipalité? celle-ci au comité
de surveillance, et l'un des inquisiteurs, au
représentant.
.,_ 200

►

De la a.... , six lieues que nous ,imes apicd,
par un affreu1 temps. Pour comble de disgraces, l'abondanle pluie qui nous lravcrsait
dans la plaine nous promettait une neige
plus abondante daos les montagnes.
C'cst en sortant de .......... qu'on commence a gravir le Jura. On nous dil que la
route porta1t, dans les passages les moins
chargés, trois pieds de neige. Des cinq heures
du matin, nous DOUS y enfoncames.
Avanl la fin d'une journée pénible, 'j'emhrassai le généreux F... ...... Cbarmé d'avoir
acbevé son ouvrage, il allait reporter une
heureuse nouvelle a roa femme impatiente.
Ah! qu'il jouisse a París d'un bonheur constant ! qu 'au milieu des forfaits qui regnent
daos ma patrie, ses verlus y demeurent •méconnues, pour n'y elre pas chatiées. 11 est du
moins une récompense qui ne saurait lui
manquer : cctte joie intérieure, ce délicieux
sentiment qui suit les belles actions courageusement faites, vivra daos son creur. La
reconnaissance ne mourra pas daos le mien.
Adieu, mon ami.
Je fis quelques pas, j'entrai dans roa retraite. S'il daigne UD moment arreter ses
regards sur moi, Dieu meme doit jouir de
l'une de ses reuvres. Ce ne peut füre un spectacle indifférent pour sa justice, que cclui
d'un bomme libre, d'un homme de bien,
enfin arracbé au glaive des dictateurs et des
brigands. Mais sa protection n'~mbrassera-telle que moi? Voudra-t-il laisser un peuple
immense sous le joug des oppresseurs les
plus détestables? ou, pour le cbatiment d'une
mullitude enlrainée, soulTrira-L-il que ces tyrans soienl remplacés par d'autres tyrans? A
peine débarrassé de mes plus imminents périls, je tonrnais ainsi sur mon pays des regards d'inquiétude; ainsi je formais, pour son
alirancbissemenl, d'inutiles vreux.
De l'impénétrable asile, de la caverne profonde ou je m'étai~ jeté sur les a.pres montagnes qui de ce colé limitent la France, je
voyais et je touchais pour ainsi dire I' anti que
Uelvétie. Au premier bruit, a la moindre
alarme, je pouvais me précipiter sur le territoire neutre, puis, ayaot vu passer l'ennemi,
remonter a ma retraite, et rentrer en meme
temps daos ma patrie.
Toul ce que j'ai souffert, tout ce dont j 'ai
joui daos ces retraites, vous ne pouvez le concevoir. Au moins, j'y nourrissais mon indépendance. Tous les boas sentiments de mon
creur, ses mouvements les plus louables, il
m'élait permis de les épancber. Je le pouvais
au milieu de ce bois solitaire ou je restais des
journées entieres, ou je ne restais pas assez.
C'est la que, tantot rcnversé sous de noirs
sapins, pensant a ma famille ajamais quittée,
je soupire; et tantót me rappelant toute roa
patrie, la gloire qui lui était prom.ise et l'opprobre dont ils la souillent, la prospérité dont
elle allait jouir et les décombres qui la couvrent, sa liberté d'un jour, et son esclavage
éternel, je pleure.
C'est encore la qu'appelant l'amour a mon
aide, l'amour et I' espérance, son inséparable
compagne, je grave sur l'écorce tendre du

�1t1STO"J{1A
faya1·d le chiffre de mon amanlt' qui, dC'main, 11ir la prerniere, au moins Lodoi,ka ne mourpeut-etre, me sera rendue.
rait pas seule. ensemble nous irions au suplirias, elle n 'arrivait pas ! plus de six H'- plice, je finirais d 'une maniere moins triste
maines sºétaienl écoul•5es; Je n'a,ais cu de ses pour elle el plus digne de moi.
nouvrlles qu'unt' fois. L'espérance comm&lt;'nCinq semaincs sºétaient écoulées dans les
&lt;;ail 11 quilter mon cu•ur. J'avais done perdu Lourments de cette ficvre ou moa corps
l"unique bien par lec1ucl, allaché &lt;ksormais a épuisé perdait le re. te de ses forces, mais ou
la vie, j'aurais pu la chérir cncore. Je l'avais mon ime s'exercait de plus en plus aux résoperdue ! Eh comment ! pour m 'avoir sauvé, lutions magnanime.~.
elle gémissail dans les prisons, &lt;'lle périssait
Un jour, celui-la doit faire époque dans ma
sur l'écbafaud. Quel homme assez malhPu- rie, c'était rcrs midi, le ~ 1 ruai : un homme
reusemenL sensible se repré,entera mes agi- comme moi victime de la tyrannie, un ami
talions, me.~ angoisses, lous m1·s désirs de que je m'étais fait dans ces solitudes, m'l!nvengcance el dl! morL. Avec l'aurore j'allais traina, sous je ne sais plus quel prétexle,
me jeter dans ces bois, naguere sculemenl daus une route ou je n'arnis jamais été, une
mélancoliques, maintenant tristes, sombres, lrarerse de ..... it..... ,
pleins d"horreur. Sur ces roches ou dernic- \'ous vous laissez abattre par le cbaremenl je me bornais a fuir les hommrs, grin, me dit-il; eh pourquoi? \'0tre malhcur
aujourd'hui je ,enais chrrrhrr les images n'est pas eertain : je parierais meme que
du chao,, de, ahimes, de la d&lt;'slruction. Que ,ous reverrez votre épouse tres 'incessamde fois j"ai, d'un n•il d'envie, mesuré ct's menl. ...
deux cents pieds d'élél"ation, d'ou je pourais,
- Jamais, ciloyen, toul me le dit : jame précipilanl, rouler de pierres en pierrcs, mais.
el déja mille fois brisé, m'engoulTrer dans
11 s'était arrelé; il attachait a quelques
ces eaux rapicles, Lempélueuscs, l,lanchics cents pas son rcgard allentif.
dºécume, el d'ailleurs lrop pcu profondes
Cºest un char-a-hancs, rt&gt;prit-il, je n·y
pour empecber que de Lout mon poids, cen- di,tin¡rue qu 'une ciloyenne avec le conductupJl: par la chute, je n'ache\'a&lt;se de me mel- teur. Tenez, c·est peut-elre votre fcmme !
Lre en pieces sur les tranchanls du roe vif qui
- Ah citoycn ! par pitié, gardcz-rous de
formaiL leur lit.. .. ~lais de quelle ulililé serait me présenter de pareilles images.
celte fin? :\ussitol mon esprit s'élevail a d'auJI poursui,•il :
lres pensées. 11 n'y en eul poinl de si folles,
- Ma foil je n'y vois qu'une femme en
de si forcenét.'s qu'elles fus,ent, que je n'em- hahits de \'0yage, et elle a des malles.
brassasse d'abord avec passion. Je voulais,
Je m'écriai :
'-0US un nou\'eau déguisemenl, renlrer a
- Ami, ne vous jouez pas de mon désesParis, pénétrer jusqu'au cabinet de ílobespoir; je vous avertis qu 'il 1 aur?il de quoi me
pierre, et, le pistolet sur la gorge, le forcer a rendre fou.
me signer l'ordre qui rendrait a ma Lodo'iska
11 indiquait de la main le point de la route
sa liberté. Puis, contraint de m'avouer les
oi.t il apcrcevait la voyageuse; je repoussais
in,incibles diíficultés de l'exécution, je me
sa main, je louroais la tete, je fermais les
bornais a examiner lequel des oppresseurs de yeux.
.
mon pays je devais aller immoler sur la
Cependaot le conducteur faisait claqucr
tombe de mon épouse. Enfin, roa tete s'étant
son fouet. La légere voilure renait a nous de
un peu reposée, je m'arretai au dessein que toute la vitesse des che1aux. BientoL une voix
voici:
- quelle voix, grand Dieu I celle de ~
Je manderais au dictateur que l'un des esprits célestes que peint Jlilton, ne laisse
proscrits du :51 mai, celui qu'il déteslait le
point a l'oreille charmée d'impre.~sion plus
plus sans doute, respirail sur la fronti~re de ravissante,
une \'OÍI dit:
France, hors de ses recherrhes, hors de ses
- Arrelez!
atteintes. Pourtant je lui proposerais la tele
Son doux accenl m·a íail lressaillir. Je
de cet enncmi, a cette condition seule que
role, je me précipite sur le char. C'est Loma íemme scrait amenée saine et saure dans
dotbka qui s'élance; c'est elle que j'enlcve
mes roches. Au moment ou elle y poserait le
dans mes bras. Quel fardcau ! quel momt&gt;nl !
picd, jr descendrais dans la plaine, moi, je
Mon bonheur n'a duré que trois jours. 11 a
me remettrais sous la hache des lictcurs.
fallu se ré~oudre encore a l'absence, a c;es
On sentira lout ce que ce projcl arnil de
tourments, a ses périls: ma femme a du le
hasardeux . .\fa derniere espéranre était que
\'Ouloir, j'ai dü le soul.Trir. Elle est partie ;
ma fomme, qui portait dans son sein I'unielle est rentrée.... Quoi ! dans Paris I daos
que íruit de nos aruour ·, consentirait il ,·ine
cette ,ille ennem1e? ... Elle y est rentrée,
pour éle\'er le fils de son amant, el peut-etrc
oui. Je ne saurais dire en ce moment, comun ,·engeur a la patrie. Que si le trailrc Romenl ni pourquoi l'in1incible nécessité I'orhespierre prcnaiL ses mesures de sorle qu'en
., donne; au reste, tant de surelés garantissenL
altirant la seconde victime, il pul aussi retele succcs ! Je suis tranquille. Depuis douze

•

jours elle esta París; elle r est arrivée i:ans
accidenl, ~ans inquiétude; /en ai la nouvelle.
C'est aprcs-demain qu'elle en sorl. ... Je l'attends dans nt&gt;uf jours; dans ncuf jours nous
nous réunirons, nous nous réunirons pour
essa~er de nous ou\'rir, a tra\'ers de nouveau~
áangers, le chcmin de quelqut&gt; contrée plus
heureuse: mais quoi qu 'il arril'e, pour ne
nous plus séparer.
Un lecleur attentif a pu s'aperce\'Oir qu'il
y arait daos ces Mémoires une !acune importante; je n 'ai pas fait le récit des obstaeles que ma femme a surmontés pour retourner du Finistere a París, el venir de París
au Jura; je ne l'ai pas fait, je m'en suis bien
gardé. C'est elle qui l'écrira; elle l'écrira de
ce style enchanteur qui dictail les 'lettres
qu 'elle m'adressa pendanl les di1 premieres
annécs de notre amour alors malheureux.
Pui,,e toute sa corrcspondance et la mienne,
prérieux dépot laissé en France aux mains
dºun ami fidele, se conser\'er el 11uclque jour
elre publié ! C'e~l la qne se rencontrerail
majustificalion complete; fier de mon amante,
j'ai l'orgueil de croire aussi 11ue le monument
ou l'on verrail nos ,,me~, ne paraitrait pas
indigne de ses auleurs. Au reste il m'importe
as~ez peu qu 'apres avoir parcouru le recueil,
un lecteur superficie] se demande si l'homme
qui gagna le crcur d'une fcmme douée de
tanl d'espril, d'une sensibilité si ex11uise,
d'un si grand courage et d'une foule de rares
talenls, n'en a\'ail pas lui-meme un peu plus
qne bien d'autres. Mais ce que j'aime a
pcnser, c'esl qne l'amant lendre et le philosophe sensible n'acb1heraieut pas cette atlendrissanle leclure sans s'etre dit plus d'une
íois: Puisqu'il mérita d'étre aimé d'elle, il
fut vertueux.
Pourquoi ma femme a fait ce dernier
voyage a Paris, comment elle a su sortir
encore de cette ,iJle redoutable, et venir
une seconde fois dans mes roches, c'est ce
que ma femme aussi dira, mais dans un
autre temps. Ni moi non plus je ne saurais
rendre compte aujourd'hui des hasardeux
projets que nous formons, des lointaines
espéranccs qui nous reslenl. Oieu protecteur, ne retire pas le bras qui nous appuie,
guidc-nous, marche devant les amis des
peuples; pcut-etre ceux-ci ne sonl pas ingrats. Si, pourtanl, de ces lrois proscrits que
je rais confier encore aux é1·énl'menls, un
doit sucromber daos I'aventureuse enlrcprise, ah! Je t'en conjure, que ce soit moi !
Donne a Lodo'iska la force de me sunivre, et
sauYe notre eníanl.
O Dit•u ! si lu ,·oulais :irnnl tout sau\'er mon
pa~s!

Fmi dans nos cat•emes, le ~2 juillet l 791,
quelt¡ues jours ai·a11t la chute de Robe.\pien·e.
LOUYET.

•
_,. 20 2..,.

..

Mémoires

du général baron de Marbot
TROISIEME PARTIE

CHAPITRE PREMIER
,100 m1r11¡¡,•. -

.\d1eux ñ )Ja,,ena.

\Ion frcre et les aulres aides de camp de
Masséna ne tardi•rent pas a quiller l'Espagne
el vinrenl nous rt•joindre 11 Paris, ou je restai
tout l'été et l'automne suivanl. J'allais cbaque
mois passer 11uelques jours au chateau de
Bonneuil, chez ll. et ,Jme De.~bricres. Pendant mon absence, celle exccllente famille
avait eu les meilleurs procédés pour ma mere.
~Ion retour accrut l'aflection que j'aYais depuis longtemps pour lcur filie, et bientot il
me íut pcrrnis d'aspirer il sa main. Le mariage ful con\'enu, et j'eus meme un moment
l' tsµoir d'obtenir le grade de colonel avanl la
célébration de cel acle important.
11 étail d'étii¡uette que l'Empereur signal
au ronlral de mariage de lous les colonels de
se, armées, mais il n'accordail que fort raremenl eette íaveur aux officiers des grades inférieurs; encore fallait-il qu'ils fissenl connailre
au mini,tre de la guerre les motiis qui les
portaienl a solliciler celle distinction. Je
fondai ma demande sur ce que l'Empereur,
quand je le ,·is, la veille de la bataille de Marengo, m'avait dit, en me parlant de mon
pcre, réccmment mort a la suite de blessures
rerues au siege de Genes : « Si tu te com1( portes bien et marches sur ses traces, ce
« ,era moi qui te senirai de pere !... 11 J'ajoulerai que, depuis ce jour, j'avais recu huit
bles ures et aiais la conscience d'arnir toujours rempli mon devoir.
Le ministre Clarke, homme fort rude et qui
repoussait prcsque toujours les demandes de
ce c:enre, cominl que la mienne méritait
dºctre pri~e en considéralion el me promil de
la pré,enter a Sa Majesté. 11 tint parole, car,
p&lt;·u de jours aprcs, je re~us l'ordre de me
rendre auprcs de l'Empcreur, au cb.itcau de
Compicgne, et d'y amener le notaire, porteur
du contrat de mariage : c'étail le bon ~l. )lailand, avec Ic,1uel je partís en poste .•\. notre
arri,·ée, l'Empereur était il la &lt;"hasse acourre,
non qu'il aimal bcaucoup cel exercice, mais
il pen~il a~·cc raison c¡u'il de,·ail imiter les
anciens rois de France. La ~ignalure fut done
rt'?mise au lendemain. Le notaire, qu ºon attendail aParís, était dé,oléde ce rctard; mais
qu·l faire? ... Le jour sui1·ant, nousfümcs introduils auprcsdel'Empcreur, que nous trou,amcs dans les appartemenls 011, vingt ans plus

tard, j'ai si souYenl fait le senice d'aide de
Ce n'est pas a vous, mes chers eníants,
camp auprcs dt&gt;s princes de la maison d'Or- que je íerai l'éloge de l'excellente femme que
léans. ~Ion contrat ful si¡:né dans le ,alon ou j'épou,ai : je ne peux mieux la louer qu'en
le ful depuis celui du roi des llel¡:rs avec la lui appliquanl la rnaxime de !'un de nos plus
princesse Louise, fille ainée dl! Louis-Pbi- célebres philosophes: « La meilleure de Loutes
lippe, roi des Fran~ais.
les fernmes esl celle donton parle le moins 1 »
Dans ces courtes enlrernes, Napoléon étail
J'étais beurcux au sein de ma famiUe, el
hahituellemcnt lri&gt;s afTahle. 11 adre~sa qurl- j'attendais chaque jour mon brevet de coqul's questions au notaire, rnc demanda si lonel, lorsque, peu de temps apres mon mama prétendue était jolie, quelle était i-a riage, je fus informé par le ministre de la
dot, l'lc., etc., et rue dit en me congédiant : guerrc que je venais d'etre placé comme
« Qu'il \'OUlait aussi que j'eusse une bonne chef 1l"esca1fro11s dans le -! •• régimenl de
« position, el que, sous peu, il récompense- chasseurs a cheval, alors en garnison au fond
« rail mes bons ser vices .... 11 Pour le coup, de l'Allemagne !. ...le fus allerré de ce coup,
je me crus colonel ! Cet espoirs'accrul encore car il me paraissail bien pénible d'aller enlorsque, en sorlant du cabinet impérial, je core servir comme simple chef d'esradrons,
fus accosté par le général llouton, comle de grade dans Jeque! j'a,·ais reru lrois blessures
Lob:m, dont je recus l'assurance confiden- et fait les campagncs de Wagram el de Portielle que l'Empereur a,ait inscril mon nom tugal. Je ne pou,ais comprendre le motií de
sur la lisie des officiers supérieurs auxquels celle disgrace, aprcs ce qui m'a\'ait été dit
il voulait donner des régimcnls. Cette asser- par l'Empereur el le comte de Lobau. Celui-ci
lion me ful d'autanl plus agréable que le me doona bientot le mol nr l'én;~me.
comte de Lobau, aide de camp de Napoléon,
~lasséna, ainsi que je l'ai déja dit, avail, a
son entrée en Portugal, quatorze aides de
camp, donl six oíficiers supérieurs. Deux
d'entre eux, ml. Pelet el Casabianca, furent
faits colonels pendant la campagne; ils étaient
plus anciens que moi et avaient bien rempli
leur de,·oir. Leur avancement semblait, du
reste, assurer le mien, puisque je devenais le
premier chef d'escadrons de l'état-major.
Celui qui avait le cinquicme rang était M. Barain, oíficier d'artillerie, que j'ayais lrom-é
capitaine aide de camp de Masséna a mon
entrée daos son état-major. ~l. Barain, ayant
pcrdu une main a Wagram, avait été nommé
chef d'escadrons : c'était justice. Mais I'Empcreur, en lui donnant ce nouveau grade,
l'a,ait désigné pour le service des arsenau1,
qu'on peut tres bien faire avec un bras de
moins. ~fasséna s'allendait égalcment il voir
~l. llarain s'éloigner de tui; néanmoins, celui-ci
insista pour l'accompagner en Portugal, bien
qu'il íüt dans l'impos,ibilité de remplir aucune mission daos un pays aussi difficile.
Per~onne ne pensaíl done qu'on lui donnerait
de l'avancemcnl.
ALEXAsDRE l .., Elll'l. REt:R DE Ht:SSIE.
Or, il se trouvait que Barain était neveu
lY~trts lt .itssh, dt Lo~IS 11 • SAIST·.\ u1m,.
de M. Franeois de Nantes, directeurdes Droits
réunis, qui ,·enail d'assurer de nombreuses
étail chargé, sous la direction du ministre places a des membres de la famille de Masde la guerre, du lra\'ail relalif a l'avance- séna. M. l raneois de Nantes demanda, en
ment militaire. Je revins done a Paris, le rélour, la fa1eur d'une proposition au grade
creur rempli de joie et d'espérance f. .. Je me
de colonel pour son neveu Barain. Le marémariai le 11 norembre suiYant.
cbal, forcé de cboisir enlrl! Barain et moi,
... 203 ...

�ll1STORJA

.MÉ.MOTJ{ES DU GÉNE~.JU. BA.'l?_ON DE .íJfA.7fBOT

opla pour mon camarade. J'ai su, par lecomte
de Lobau, que l'Empereur a\·ait ht!silé a signer, mais •1u ·¡1 céda enfin au1 iaslances de
l'inlegrc d1rccteur de~ Droits réunis, venu
pour appuJer la seule demande de faveur
qu'il etH encore faite pour sa Iamille. Ainsi
mon camarade íut nommé coloncl.
Je me ~uis peut-clre trop appesanti sur
celle malheureu~e affaire, mais, pour juger
de mon désappoinlement, il Iaut se reporter
a cette époque et ~e rappelcr que l'imporlance dt&gt;s cbeís de corps élait lelle, daos les
armées impériales, qu'on a vu plusieurs colonels rcfuser le grade de général et demander
comme Iaveur spécialE: la permission de rester
a la tete de leur régiment. Masséna m'adressa
la lellrc suivantc, seulc récompease de lrois
campagnes faites et de trois blessures recues
aupres de lui :

Son aieul paternel, tanneur estimé, eut lrois
du Var. Ses connaissances lhéori&lt;¡ues el prafils : Jules, pere du maréchal, Augustin el
liques des exerciccs militaires le flrent nom\farcel. [ es deux premiers allerent s' établir mer capitaine adjudant-major, el peu de
a Nice, oü ils installerent une fabritJUP. de temps apres major. La guerre éclata bienlot;
savon. fürcel pril du senice en France daos
le courage et l'activité de Masséna l'éleverent
le régiment de fio)al-Italien. Jules )lasséoa
rapidement aux grades de colonel el de géoéral
étant mort en .laissant tres pcu de forlune el de brigade. 11 eul le commandement du camp
cinq eníants, lrois d'enlre eux, au nombre dit des .1/i//e (ourches, dont íaisail partie la
desquels se lrou\'ait le jeuue André, fureol
compagnie du i• d'artiUerie commandée par
recueillis par leur onde Augustin, qui, se
le capilaine Napoléon Booaparle, sous les orbornant a leur enseign(•r a Jire et a écrire, les dres duque! il de\ail servir plus tard en
employait a faire du savon.
llalie. \fasséna, tbargé de conduire une coAndré, donl le c.'.lractere ardenl et avenlu- lonne au sicge de Toulon, s'y distiogua en
reu1 oc pouvait se plier a la ,ie monotooe et s'emparant des forls Lartigues el Sainte-Calaborieuse d'une fabrique, abandonoa, des
therine, ce qui lui valut le grade de général
1'age de treize ans, la maison de son oncle el
de di"ision. La ville prise, il ramena ses
alla s'embarquer clandestinement comme troupes a l'armée d'Italie, oü il se fil remarmousse sur un vaisseau marchand, en comquer daos tous les engagemenls qui eurent
pagnie d'uo de ses cousins nommé Bavastro, lieu entre le lilloral de la Méditerranée et le
« Pnris, 24 novembre 1811.
qui delint, pcndanl les guerres de l'Empire, Piémont, pays 1¡u'il connaissail si bien. In« Je rous cnvoie, mon chcr Marhot, l'ordre le plus célebre cori;aire de la Méditerranée. telligent, d'une acthité dévoranle et d'un
Quant a Aodré, apres avoir navigué deu1 ans courage a toute épreuve, ~fasséna, apres plu&lt;&lt; de service que je reeois pour vous. J'avais
« demandé de l'avancemenl pour vous, ainsi el Iail meme un \'Oyage en Amérique, les fa- sieurs années de succes, avait déja rendu son
« que vous le savez, et j"ai le double regret tigues et les mauvais traitements qu'il eut a nom célebre, lorsqu'une faute grave faillit
e de voir que YOus ne l'avez pas obtenu el subir dans la marine l'en dégoíllerent, et le briser lotalemenl sa carriere.
« de Yous perdre. ros seniccs sont bien ap- 18 aotit f 775, il s'enrola comme simple fanOn était au début de la campagne de 1790;
&lt;t préciés par moi, el ils doiveot etre, pour tassin dans le régiment de Royal-ltalien sous le général Donaparte Yenait de prendre le
« \Ous, iodépendanls des récompeoses au1- les auspices de son oncle Marce!, qui était commandement en chef de l'armée, ce qui
« quelles ils vous donnaient droit de pré- devenu sergent-major et obtint bientol l'é~ placait sous ses ordres Masséna, sous lequel
« teodre. lis vous acquerront toujours l'es- paulette. Ce Marce! Masséna, que j'ai connu il avait jadis servi. Masséna, qui menait alors
« time de ceux sous les ordres desquels vous en 1800 commaodanl de la place d'Antibes, l'avanl-garde, ayant battu aupres de Cairo un
« vous lrouverez. Croyez, mon cher Marbot, étail un homme grave el capable, forl estimé corps autricbien, appril que les chefs eunede son colonel, lf. Chauvel d'Arlon, qui, mis avaicnt abandooné daos l'auberge d'un
u a celle que vous m·avez inspirée, ainsi
&lt;t qu 'a mes regrels el au sincere altacbement voulanl bien étendre sa prolection sur André, village voisin les apprets d'un joyeux souper;
a que je vous ai voué.
lui fil apprendre passablement l'orlbographe
il forma done avec quelques officiers le proet
la langue írancaise, el, malgré quelques
(1 JfASSÉ:U. l)
jet de profiter de cette aubaine et laissa sa
incarlades, il l'éleva en quelques aooées au
Je ne pensais pas revoir Masséna, quand grade d'adjudant sous-oflicier. 11 lui avait di\ision campée sur le sommet d'une monMme la marécbale m'écrivit que, dé~irant meme íait espérer une sous-lieutenance de tagne assez élevée.
Cependant, les Autrichiens, remis de leur
connaitre ma femme, elle nous invitait l'un maréchaussée, lorsque,. lassé d'attendre,
et l'aulre a dioer. Je n'avais jamais eu qu'a André prit congé a l'txpiratioo de son enga- terrear, revinrent a la cbarge el fondirent au
point du jour sur le camp francais. 'os solme louer de la marécbal'!, surtout a .A.atibes, gement.
dals,
surpris, se déíendirent néaomoins avec
sa patrie, ou je la rencontrai au retour du
Rentré daos la vie civile, saos aucune forsiege de Génes. J'acceptai done, Masséna vint lune, ,\adré rejoignit son cousin Bavastro, courage; mais leur général n'étanl pas la
it moi, m'exprima de nouveau ses regrets, el et profltanl du voisinage des frontieres de pour les diriger, ils furenl acculés a l'extréme proposa de demander ma nomination au France, de Piémont, de l'~tat de Genes et de mité du plateau sur le&lt;¡uel ils avaienl passé
grade d'oflicier de la Légion d'hooneur. Je la mer, ils firent sur une grande écbelle le la ouit, et la division, allaquée par des ennerépondis que, puisqu'il n'avait pu ríen faire commerce inlerlope, c'est-a-dire la contre- mis infioiment supérieurs en nombre, allait
pour moi pendant que j'étais daos son état- bande, tant sur les cotes qu'a travers les certainemeot subir une grande déíaite, lorsc¡ue
major, blessé sous ses yeux, je ne \ onlais montagnes du littoral, dont Masséna apprit Masséna, apres s'etre fait jour a coups de
pas lui créer de nouveaux embarras, et que ainsi a connaitre parfaitement tous les pas- sabre parmi les lirailleurs autrichiens, accourt
je n'attendais d'avancement que de moi-meme; sages. Cette circonslance lui del'int plus lard par un senlier depuis longtemps connu de
puis je me perdis daos la foule des invi tés.... d'une tres grande utilité, lorsqu'il eut a com- lui el apparalt devant ses troupes, qui, dans
Ce fut ma derniere renconlre avec ce maré- mander des troupes daos ces conlrées. En- leur iodignation, le recoivenl avec des huées
chal, bien que je continuasse a visiter sa íemme durci par le rude métier de contrebandier, bien méritées !. . . Le général, sans trop
s'émouroir, reprend le commandement et mct
et son fils, tous deux excellents pour moi.
obligé d'épier sans cesse les démarches des
Je crois devoir vous donner ici quelques douaniers saos laisser pénétrer les siennes, rn division en marche pour rejoindre l'armée.
détails sur la vie de Masséna, dont la biogra- Massfoa acquit, a son insu, l'iotelligence de On s'apereoit alors qu'un bataillon, posté la
phie, ainsi que celle de la plupart des hommes la guerre, ainsi que la rigilance et l'activilé veille sur un mameloo isolé, ne peut en descélebres, a élé écrite d'une faeon fort inexacte. saos lesquelles oo ne peut etre un bon offi- cendre par un chemin praticable sans faire
un tres long détour qui l'exposerait a déliler
cier. Ayaot ainsi amassé quelques capitaux,
sous le fcu de l'ennemi !. .. .\Jasséoa, gra\isCHAPTl~E 11
il épousa une Francaise, Mlle Lamarre, filie
sant la mootée rapide l.'Ur ses geooux et sur
d'un
cbirurgien d'Antibes, et se fixa daos
Biographic de Ma.,sfoa. - E1islence nenlureuse et
ses maios, se dirige seul vers ce bataillon, le
celle ville, oü il faisait un petit commerce joint, barangue les hommcs el les assure
campaKne ,l"llalie. - Zurich. - Genes. - 1805. d'huile d'oüve et de fruits secs de Provence,
Abu, des liccoccs. - Seo d~rnii!re, campagnes. qu'il les sortira dece mauvais pas s'ils veulenl
"afio.
lorsque survint la ré\·olution de 1789.
l'imiter. Faisant alors remettrelcs ba1onnettes
Dominé par son gotit pour les armes, ~fasAndré Masséna naquit le 6 mai i 758 a la
dans le fourrcau, il s'asseoil sur la neige a
Turbie, bourgade du petit Élat de Monaco. séna quilla sa femme et son magasin pour l'cxtrémité de la pente, et, se poussant ens'eoróler dans le 1e, bataillon des volonlaires
suite en avant avec les mains, il glisse jus.. 204 -

c¡u 'au has de la vallée .... Tous nos soldab, accusail déja de s'etrt' procuré braucoup d'arriant aux éclats, fon! de meme, el, t·n un «rnt durant les campagnes foites les années dan, venait d'elre ballue a Storkacb par le
clin d'a:il, le ltalaillon eotier ,p trouva réuni précédenles en ltalre, l'armée se plaignit prince Charles, et celle que nous a,·ion~ en
hors de la por11:edl's .\utrichiens slupéíaits !. .. d'etre en proie a la misrre, saos lelements el Italie, vaincue a XO\·i par les Russcs aux ordres
Ct'lle maniere de dt·set•ndre, c¡ui rcssemlile presqui: sans pain, landis •111e les adminislra- du célebre Souvarow, avait perdu son sénéral en chef Joubert, mort sur le cbamp de
beaucoup ;1 ce que les pa)sa11s et lt-s guides
hataille. Les Autrichiens, prets a passer le
de Sui,s, appt•llenl la 1'ama,~.~e. n'arnil Ct'rRbin, mcnacaient l'_\lsace el la Lorraine;
tainl'ment jamai, été prati&lt;¡uéc par un corps
l'llalie
était au pouvoir des fiusses que Soudt• lroupc, de ligue. Le fail, lout exlraordivarow cooduisait en Suisse en francbissant le
uairc qu'il paraissc, n'en e.sl pas moins exact,
Sainl-Gothard. La France, sur le point d'etre
cm non &lt;culr·menl il m'a été ccrtifié par h•s
en\'abie en meme temp, par ses fronlieres
!.:énéraux Hogu1•1 pere, Souli·s, ,\llwrl l'I
du Rbin el des Alpes, n'arait plus d'espoir
autres oflicit:r~ fai ant alors par tic de la di liqu 'en Alasséna. Elle ne ful point trompt~
siou )fa,séna, mab, me lrou\·ant neur an,
daos son aliente.
plus lard au chah·au de la llotMaye, lorsque
En vain, le Direcloire, impatient, et Berle marét-lial Augereau ) re~ul l'Erupercur et
nadotte,
son turbulent ministre de la guerre,
tous lt-s maréchaux, je les cnlt•ndis plai,antcr
expédient courri¡•r sur courrier pour pres,1asséna sur le nouveau IDOJCn de rl'lraite
crire a Ma~séna dP. livrer bataille : cclui-ci,
donl il :t\ail usé en celle circonslance.
comprenant que la déíaite de son armée
11 parail que le jour ou .\fasséna ,·é1ait
serait
une calamité irréparablc pour son pays,
l.'Crvi dP ce bizarre cxpédil'DI, ,ou\·ent cmne se laisse point ébranler par les mcnaces
plo1é par lui lor~•1u'il l;lail co11lr1•liandit•r, fil
réit1:rées de destilution, et, imilant la sage
g,:néral Bonaparle, nouvellt•menl placé a la
prudencc de Fabius t'l de Catinat, il ne veul
tete de l'armé1•, comprcnant c¡uc, arri\é trc,
frappcr qu 'a coup sur et décisif, en profljl'une au rommaodement en ebl'f', il dcvait
lant de l'instaot ou les circon,tances lui donpar rrla 111c111c s1• montrer s1;nlre rnwrs Ir~
neronl une supériorité momentani•e sur les
olticiers 1p1i mani¡uaienl a lc•ur drvoir, orennemis. Ce momcnl arri\·a enfin. L'inhal,ilc
donna ,le traduire ~la,séna devanl un con,eil
grnéral Korsakow, ancien favori de Cathede gnl'rrc. sous l'iru·ulpation d'a\oir aha11rine 11, s'étanl imprudcmment avanctl \ers
do,111e" ~011 poste, ce qui 1•ntrainait la pPine
Zurich, a la Irte de 50.000 Russes et Bavadt• mor! ou !out au moins sa dc-tilulion! ...
.;\l.\t&lt;É(II \L :'ll 1s,i:,A, l&gt;CC l&gt;E RIVOLI,
rois, pour y allendre son général en chef SouMais au moment ou ce général allait t~lre
l'RISr[ u'E•SLl:-!G.
varow, qui venait d'ltalie avec 55.000h,,mmt•s,
arreté. rommenca la rélcbre haJaille de )lond"apres lt /:,t,~au du BAROll GROS.
Masséna, s'élancant comme un lion sur Kortenottc, dans lar¡uelle les dilisions \lasséna Gravure de LEGRIS.
(.Vusée .k lºtrs.J/llts.)
sakow, a\·ant l'arrivée de Som·arow, le suret Augereau firent d1•11t mille prisonnicr~,
prirent 1¡11alre draprau1, enlcverent ('inq teurs, préle\ant de nombreu1 millions sur prend dans son camp de Zurich, bat, dispiPcrs de canon el mirenl l'armée aulri- les ÉLats du Pape, \·ivaient daos le luxe et perse ses troupes el les rejelre jusqu 'au Rhin,
cbiennc· dan, une déroute complete! ... Apres l'abondance. L'armée se révolta et envoya une aprcs lcur aloir fait épromer des perles
ces immenses résultats, auxquel, ~fass1;na députation de cent oíficiers demander oompte immcnscs! Puis, se retournanl \ers Sou\aª'"ait si qrandement conlribué, il ne pouvait a Masséna de J'emploi de cet argent. Soit que row, que l'béroique résistaoce du général
plus elre qucstion de le lraduire &lt;leva nt des le géuéral ne pul en justifier, soit qu 'il se Molitor avail arreté pendant lrois jours aux
ju¡?1•s. Sa íaute fut done oubliée, &lt;'l il pul pour- relusat ale faire par e~pril de discipline, Mas- défilés du Saint-Gothard, Masséna défail le
maréchal russe comme il a\·ait vaincu son
sui1re 'ª glorieuse rarricre.
séna ne consentit pas a se di~culper, et les
On le \ it ,e distinguer a Lodi, ~filan, Yé- troupes ayant persisté dans leur demande, il lieutenant Kor~akow.
Les résultats de ces diler~ eng-agements
ro11e. Ar1·ole, eufin parlout oü il comba11i1, ~e ,~it forcé de quiltcr Home et d'abandonmais principal&lt;'rnent a la bataille de Rirnli. ner le comm:mdemenl de l'armée. Des son furent :50.000 l'nnemis lués ou prisonnicrs,
t•l sr•s surcc'•s lui flrent donnr•r par le général retour en France, il publia un mémoire justi- quinzc drapcaux et soiunle bouchl's a feu
Bonaparle lt• gloricux surnom d'en(ant clufri licatif, qui íut mal atcueilli par le puhüc, enlevés, l'indép&lt;'ndaoce de la . uisse affermie
de la rfrlo1re !.. . Les prtlliminaires di! la ainsi que par la plupart de ses camarades el la France délivrée d'une invasion imminente !
Ce fut le moment ou la gloire de Maspaix a~anl élt; signés a Uoben, Masséna, qui au\quel~ il l'adressa; mais il fut surtont
a,·ait pr1, u11t• si !..'l'aodt• part ii nos vieloires, peiné de ce que le général Bonaparte partil séna ful la plu~ helle el la plus pure; aussi'
re~ul la mi,sion d'en porter le lraité au gou- pour l"Ég~pte saos répondrc a la lettre qu'il le Corps législatif proclama-t-il trois fois que
son armée et lui avaienl hit•n mí-rilé de la
wrnement. Paris l'accul'illit an~· les marques fui avait écrite a Ct• ~UJel.
palrie !. ..
de la ~lus , i\e admiration, el partout le
Ccpendanl, une nouYelle coalilion, oi1 enCependant, les peupll's t;lran!l"er, se pri•Jll'upl,· ,e pressait sur son passag,•, chacun lraient la Rus,ie, l'Autricbe et l'AngletPrre,
1011lant rnntcmpler les lraits de ce fameux ayant bientot déelaré la guerre a la France, parai,mt a de noU\·elles alfaques contre la
!?Ut·rrier..\lai, bientol cl'l éclataot triompbc le, ho,tilités recommencerent. En de teUes France, donl ll• g-ouvernement el la nalioa,
di: ~la~,1:na ful obscur&lt;'i par son amour exa- t·irconslances, Mas,éna, quoiqu 'il se fut mal diYisés par les factions, ~ 'accusairnt réciproc¡uement des dt:~ordres de l'intérieur, ain,i
;.!éré d1• 1';1r;,·nt, qui fut loujours ,on défaut
disculpé des accu~ations portées c-0ntre lui,
dominan!.
que &lt;les revers des armée~ du Rhio et d'ltalit.
ne pou\·ait rc;.tt'r daos l'oul,li: aussi le DirecLe !.!én1:ral Ouphot, ambassadl'ur de Francr loire, roulant u tili,er ses talents militaires, Le Directoire avili cbancelail sous le mépris
¡, fioow. a\·ait été assas~iné daos cette Yille. s'empre~,a-t-il de lui confier le commande- puhlic, et chacun avouait •1ue cet élal de
[ne partil' de l'armée d'ltalie, sou, le com- ment de l'armée franrai~e chargée de dé- c·hoses ne pomait durer, lorsque le général
mandl'nwnt de 8ertbicr, ful chargée d'allcr Cendre la Sui,,e. lla,séna y obtint d'abord de Bona parte, récemment arri"é d'Ég~ple, accomen tiri:r lCO!.!t'ance; mais ce général, bientul grand, avan1agi&gt;s; mais ayanl allaqué avec plit, au i 8 1,rumairc de l'an VIII, le coup
rappelé par l!onaparlc qui vou)ail l'emmencr
d"État prévu depuis deux ans et se plac;i a fa
trop de prfripitation le dangereu1 défilé de
en É;r~ ple, cJda la place a Mas~éna daos le Feldkircb, dan, le \'orarlberg, il fut repoussé lele d'un nouve.,u gourernemenl avt&gt;c le litre
commandemtnl de l'armée de Home. Peu de a\·ec perll' par le-, Autrichiens. Acelle époque, de premier Con,ul. Masséna, homme nul en
kmp, apres l'arrivéc de ce général, qu'on notre armée du Hbin, commandr.&lt;¡• par Jour- politique, ne prit aucune part i, Ct'lle rérnlution, et bien que peu dé\"Oué au nou1el
... 205 ...

�111STORJ.ll

________.;._________________________________~

ordre de choses, il accepta par palriotisme le
comman&lt;lement des débris &lt;le l'armée d'ltalie
que la morl du général en chef Championnel
avait momentanémenl placée sous les ordres
de mon pere, le plus aacien des généraux
dirisionaaires.
L'iocurie &lt;lu Directoire avail élé si grande
qu'a son arrivée a Nice Masséna lrouva l'armée daos la plus profonde misere. Des corps
enliers renlraient avcc leurs armes en France
pour deman&lt;ler du pain el &lt;les ve temen Is!. ..
J'ai déja fait connailre les elforts teutés par
le géoéral en chef pour remcllre les troupes
sur un bon pied, malgré la péourie qui
régnait alors daos la ri,·iere de Genes, ou il
s\:lait jeté :t1ec l'aile droile de son armée
lorsque les forces supérieures des Aulrichiens
l'curcnt séparé du centre el de la gauche. Je
ne re,iens done pas sur ce que vous coonaissez drja, el me bornerai a dire que Masséna se counil d'une gloire immorlelle par
son courage ph}sique et moral, son aclivilé,
sa pré10yance et son intelligence de la guerrc.
11 garantil de nou1·eau la France &lt;l'un1• im-asion, ca donnanl au prcmier Consul, par la
Lénacilé &lt;le la défense, le lcmps de réunir a
Uijon l'armée de réserre, a la tele de laquelle Bonaparle traversa les Alpes et vial
hatlre les .\utrichiens &lt;lans les plaincs de fürcngo.
,\pre~ celle victoire, le premier Consul,
rclournant rn Franct', crul ne pouvoir confier
le comman&lt;l1•menl de l'armée a un homme
plns illuslre que Masséna; mais au hout de
quclques moi~, &lt;les griefs semblahles a ceux
dont s'était plainle jadis l'artnée de Ilome se
produisirt'nl cootrc lui. Les réclamations
s'élevcreal &lt;le toulcs parts: des impols nouVl'aux s'ajoulcrenl aux anciens, des réquisiLioas nombreuses furenl frappées sous divers prétextes, el cependant lrs troupes
a'étaieot pas paJét•9 ! Le prl'rnier Consul,
instruit de C&lt;'t élal de choses, retira brusqucmcnt et saos cxplicalioo le commandernent
de l'armér a Jlasséna, qui, rl'nlré daos la
vie pri vée, manifesla son méconlentemenl
en refusant de ,·oter le consulat a l'ie. 11
s'abslinl aussi de paraitre a la nou,elle
Cour; mai~ le premi!'r Consul ne lui en don na
pas moins une arme d'honneur, sur la1111elle
étaient insrriles les virloircs rPmporlé&lt;'s par
lui el celles auxquelks il al'ait conlribué.
Quaad Bonaparte ~aisil la couronne impériale et récompPnsa les généraux qui al'ail'rll
rendu le plm, de senit'es it la patrie, il comprit Mas,éna &lt;lans la premiere li~le des maréchaux et le nomma grand cordon de la Légion d'bonneur t'l chef de la qualoriieme
cohorte de cct ordrt· 11u'il ,·enait de créer.
Ces hautes dignités el l...s émolumcnts énormes
qui y furcnl allachés ayant détruit l'opposition faite par Masséna depuis qu'on lui avait retiré le commandement de l'armée d'ltalie,
il vota pour l'Empire, se readit aux Tuilrries
et assisla aux cérémoaies du sacre et du couronnement.
Une troisi~me coalition arnnt menacé la
Fraoce en 1805, l'Empereur·confiaa ,tasséna
le soin de défendre al'ec 40.000 liommPs la

haute ti1tic conlrc les allaques de l'archiduc
Charles d'Autricbe qui en al'ait 80.000. Cette
t:1che offrait de grandes dil'licultés; cepeodant, non seulement )lasséna pré~t•r,a la
Lombardie, mais altaquant les ennemis, il
les poussa au dela du Tagliamcnlo et pénétra
jusque dan~ la Carniole, oú, for~anl le prince
Charles it s'arrelrr tous les jour~ pour lui
faire face, il retarda trllcmenl sa marche que
le gém•ralissimc aurril'hicn ne pul arriver a
Lemps pour sauYer Yieanc, ni pour M' joindre
11 l'armé1· russe que l'Empcrt•ur haltit a
Au~terlitz. i\'éanmoins, celui-ci ne parut pas
apprécier hcaucoup les Sl'r,ices rendus par
Masséna daos t·clle campa~ne; il lui reprochai t de n'avoir pas agi avec sa ,igueur habiluelle, ce qui n'empecba pas qu'aprcs le lraité
de Presbour~, il l.: cbargea d'aller conquérir
le ropume &lt;le .\aplt-s, sur le lrone dm1uel
il voulait placer lt&gt; prince JosC'ph, son frere.
En un mois, les Fraacais occuperent lout le
pays, excepré la place forte de Gaele, dont
llasséna ~·empara cepcndant apres un sicgc
soutenu arce YiguPur. liais pendanl qu'on
dirigeait les auar¡ues contre celle l'illc, il
éproul'a un hipn , if chagrin dont il ne se consola jamais. Lne sommc énorme que Masséna
prt;lendail lui appartenir ful confisquée par
n:mpereur ! Ce fait curicux méritc d'elre
ral'onté.
Napoléon, pcrsuadé 11uc le meilleur moyen
de conlraindre les Anglais a demandcr la
paix était de ruincr leur commerce, en s'opposanl a l'introduclion de leurs marcbandises sur le continenl, les faisail saisir el
hruler dans tous les pays soumis ason autorité, c'esl-a-dirc dans plus de la moilié de
l'Europe.
Mais l'amour de l'or est bien puissant
et le commerce bien subtil !. .. On aYait done
imaginé une maniere de faire la contrehande a coup sú1·. Pour cela, des négociants
anglais avec lesquels oa étail d'arcord envoyaient un ou plusicurs navircs remplis de
marchandises se faire prendre par un de nos
corsaires, qui les coaduisait dans un des
nomhreux porls occupés par nos troupes,
1lepuis la Poméranie sné&lt;loisc jusqu'au boul
&lt;lu royaume de 1~aples. Ce pr¿micr acle
accompli , il restail it débarquer les colrs et a
les inlroduire, ea évitanl la confiscation;
mais oa y al'ait paré d'avan!'e. L'immcnse
élcndue de roles des pays conquis m• perml'llanl pas de les faire cxactrmcnl surl'&lt;'iller
par des douaniers, Cl' senicc était fait par
des soldats placés sous les ordrcs de généranx cbar~és du commaadcment du roHume
ou de la province occup¡:s par nos lroui&gt;es. Il
sufllsait don,: d'une aulorisalion doanée par
!'un d'eu\ pour fairP passer les ballots de
marchandises; puis les négociants lraitaicnt
avec le protecteur. On appelait cela une
licence.
L'origine de ce noul'eau genre de commcrce remoalait a 1806. époque a lac¡uelle
Bernadotte orcupait lfambourg et une partie
du Danemark. Ce maréchal gagna de la sorte
des sommes considérables, el lorsqu'il rnulait donner une marque de rntisfaction a

quelqu'un, il lui acordait une licence, qu
celui-ci l'l·ndait a dl's aégociants. Cet u,age
s'étca&lt;lil peu a pcu sur lout le lilloral de
l'.\llemagne, de l'Espagae, el principalcmenl
de l'ltalie. 11 pénélra memc ju~qu'a la cour
&lt;le l'Empereur, dont les dames l'l les chambellans St' faisaicnt donner dl's lice11ces par les
ministre~. On :.'en C.'lchail vis-i1-vis de .\apoléon, mais il le sarnit ou s'cn &lt;loutait. Cependant, pour ne pas rompre trop hrusqucmenl
les habitudes des Pª}" coni¡uis, il lol(.rail cet
auus hors de l'ancirnne FranC(', pourrn que
l'exéculion s 'en fil avec myslere; mais chose
étonnaalc !'hez ce grand bommc, &lt;les 1p1 'il
appreaail que r¡uelqu'un avait pou~~é trop
loin les gains illicites pro&lt;lnirs par les
lil'enl'e.~, il lui faisait 1'entlre gol'ge! Ainsi,
l'Empereur aiant &lt;;té informé que Je conunissaire ordorrnatcur llichau:t, chef de l'a&lt;lminislralion de l'armée de fü•rnadottc, a,ait
perdu en une seulc soirée 300.000 francs
daos une mabon de jeu de Paris, il lui lit
écrire par un aide &lt;le camp qm• la caisse drs
lnralides a~aot besoin d'argenl. il lui ordonnail d'y 1erser 500.000 francs, ce que füchaux s'empressa de faire, tanl il avail gagné
sur les lic!'nces !...
\'ous penscz hien que lla,st•na n'arnit pas
été le dernier a Yendre des licences. o·accord
avec le général Solignac, son chd d'ét.1lmajor, il en iaonda lous lrs porls du róyaume
de Na ples. L'Empereur, informé que Masséna
aYaiL déposé la somme de ll'ois millio11s cbez
un baaquier de Livourne, qui avail recu l'D
mcme lemps 600.000 francs du général Solignac, fil écrire au maréchal pour l'engager
a lui p1'eter un mi Ilion et demanda 200.000 fr.
au chef d'étal-major. C'étail juste lr licrs d.:
ce que cbacun d'eux avait gagné sur b
licences. Vous "oyez que l'l!:mpereur ne les
écorchait pas trop. füis a la vuc• de ce
mandat d'une nouvelle forme, ~lassérra, rugissant comme si oa lui arracbait le~ enlraillcs, répond a Napoléon que, étaat le plus
pauvre des máréchaux, chargé d'une nombreuse famille el criulé de dettes, il n·i:rPtle
,ivemenl dl' ne poul'Oir rien luí emo~~r! ...
Le géaéral Solignac íait une réponse analogue, el lous deux se féliciraienl d'ayoir
ainsi trompé l'Empereur, lorsque, pendanl le
sicge de Gai•le, on voit arrivcr ca courrier le
fils du banquirr de Li,·ourne, annoac,,nt que
l'inspecteur du lrésor fran~ais, escorié du
commissaire de police et de plusieurs gendarmes, s'étanl présenté chez son pere, ,:est
fait remellre le livre de caisse sur Jeque! il a
doané quittance des lrois millions six Ct'Dl
mille francs Yersés par le marécbal el le général Soligaac, en ajoutant que cetle somme,
apparte,wnt i1 tarn,ée, étail un dépot confié
a ces deux personnages el donl l'Empercur
ordoanait la remise sur-le-champ, soit en
espcces, soit en effets de commerce né~ociables, anoulaat les recus donnPs a Masslna et
a Soligaac ! Proces-verbal avait été donaé de
cette saisie, a laquelle le banquier, qui, du
reste, ne perdait rien, n'al'ait pu s'opposer.
11 est difficile de se faire une idée de la
fureur de Masséoa en apprenanl que ~a for-

.M.\RIE· LOl ISF. ET

tune veaait de lui etre ravie. 11 en lomba
maladP, mais n 'osa adresser aucoae réclamation a l'Empereur, qui, se lrouvant alors en
Pologne, y lit venir Masséna. Apres la paix

XA POLEO:-..

-

T.JNeau de lllE."&lt;JAto. (Musee de Vtrs,11/les.)

de Tilsitt, le litre de duc dP Ilimli et une
dotation de 500,000 francs de rente fureat
la rérompensc de ses services, mais ne le
coasolerent pas de ce qui avait été pris a

.... 20ó "'
.., 207 ,...

Livourne, car, malgré sa circonspection habituelle, on l'entendait parfois s'écrier: « Le
cruel, pendaat je me ballais pour ses intérels, il a eu le courage de me prendre les

�,,____________________________

111STO'RJJI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - , - - - - petites économies que j'avais placées a Livourne 1 ! ,&gt;
L'invasion de l'Espagne ayant allumé de
nouveau la ¡nierre avec l'Autriche, l'Empereur, menacé par ces armements considérables, revint en toute bate de la Péninsule
pour se rendre en Allemagne, ou il s'était
fait devancer par Masséna. Je vous ai déja
fait connaitre la part glorieuse que ce maréchal prit a la campagne de 1809; aussi, pour
récompenser sa bonne conduite et sa fermelé aux combats d'Essling et de Wagram,
l'Empereur le nomma prince d'Essling, en
lui accordant une nouvelle dota tion de
500,000 francs de rente qu'il cumulait aver.
celle de 500,000 du duché de Rivoli et
200,000 francs d'appointemenls comme maréchal et chef d'armée. Le nouveau prince
n'en dépensa pas un sou de plus.
Les campagnes de 181 Oet i 811, en E¡:pagne et en Portugal, furent les dernieres de
Masséna. Je viens de les raconter : elles ne
furent pas heureuses. Son moral était affaibli; aussi ces deux campagnes, au lieu d'ajouter a sa gloire, amoindrirent-elles sa réputation de grand général, et l'enfant chéri de la
vicloil'e éprouva des revers la ou il aurait pu
et du vaincre.
Masséna était maigre et sec; d'une taille
au-dessous de la moyenne. Sa figure italienne
était remplie d'expression. Les mauvais cotés
de son caractere étaient la dissimula tion, la
rancune, la dureté et l'avarice. I1 avait beaucoup d'esprit naturel; mais sa jeunesse aventureuse et la position infime de sa famille ne
l'ayant pas mis en élat d'étudier, il manquait
totalement de ce qu'on appelle l'inslruction.
La nature l'avait créé général; son courage
et sa ténacité firent le reste. Daos le~ heaux
jours de sa carriere militaire, il avait le coup
d'reil juste, la décision prompte, et ne se
laissait jamais abattre par les revers. En
vieillissant, il poussa la circonspection jusqu 'a
la timidité, tant il redoutait de compromettre
la gloire jadis acquise. II détestait la lecture; aussi n'avait-il aucune notion de ce
qu'on a écrit sur la guerre; il la faisait d'inspiration, et Napoléon l'a bien jugé, lorsqu'en
parlant de lui dans ses Mémoires, il dit que
Masséna arrivait sur le cbamp de bataille sans
savoir ce qu 'il ferait : les circonstances le
décidaient.
C'est a tort qu'on a voulu repré¡:eoter Masséna comme étranger a la flatte1·ie, disant
franchement et un peu brusquement meme
la vérité a l'Empereur. Sous sa rude écorce,
Masséoa était un rusé courtisan. En Yoici un
exemple remarq11able.
L'Empereur, accompagné de plusieurs maréchaux, parmi lesquels se trouvait Ma~séna,
ehassait a tir dans la foret de Fontaiuebleau,
et Napoléon ajuste un faisan ; le toup, mal
dirigé, porte sur Mas~éoa, auqut'i un graio
de plomb crel'e l'0&gt;il gauche. L'Empereur,
ayant seul tiré au moment de l'accident, en
était incoutestablement l'auleur iuvolontaire;
1. le général Lamarque raconte dans ses Mémoires
commcnl il cul la désagréal,le mission d'annoncer á
l\Iasséna la conliscation de ses millioos. La sci!oe se
pa•se la nuil, au i&gt;alais Aclon. - (Sote de l'éd. )

cependant Masséna, comprenant que, son reil
étaot perdu, il n'avait aucun intéret a ~ignaler le maladroit qui venait de le blesser, tandis que J'Empereur lui saurait gré de détourner J'attention de sa personne, accusa le
maréchal Berthier d'imprudence, bien que
celui-ci n'eut pas encore fait feu ! Napoléon,
ainsi qce tous les assistants, comprit parfailement la di serete intention du courLisan, et
Masséna fat comblé d'attentions par le maitre 1
Bien que tres avare, le vainqueur de Zurich aurait donné la moitié de sa fortune
pour etre né dans l'ancienne France, plutot
que sur la rive gauche du Var. Rien ne lui
déplaisait autant que la termioaison italienne
de son nom dont il transformait l'a en e
muet daos sa signature, et lors4u'il parlait a
son fils ainé, il l'appelait toujours Masséne.
Cependant le publie n'adopla pas ce changement, et le nom de Masséna prévalut, en dépit de celui qui l'avait illustré.
La campagne de Portugal avait tellement
affaibH le moral et le physique de Masséna,
qu'il fut contraint d'aller cbercher le repos
et la santé sous le doux climat de Nice. 11 y
passa toute l'année 1812; mais Napoléon, a
son retour de la malhl'ureuse expédition de
Russie, s'étant trouvé daos la nécessité d'utiliser tout ce que l'Europe avait de ressources,
pensa que le nom de Masséna pourrait encore
rendre quelques services, surtout en Provence, et il contera au marécbal l'emploi de
gouverneur de la 8• division militaire.
Lorsqu'en 18!4 les ennemis envahirent la
France, Masséoa, qui, du reste, avait peu de
troupes a sa disposition, ne fit rien pour
arreter leurs progres, et le 15 avril il se soumit au duc d'Angouleme, qui le nomma commandeur de Saint-Louis, mais ne le créa
point pair de France, sous prétexte que, né
a l'étranger, il ne s'était pas fait naturaliser !... Comme si les victoires de Rivoli, de
Zurich, la défeose de Genes et une série
d'actions glorieuses pour la France n'avaient
pas autant de valeur que des lettres de
grande naturalisation données souvent a prix
d'argeul a des intrigants étrangers !... L'injure faite a Masséna daos cette circonstance
produisit un fort mauvais ellet sur !'esprit
des populations et de l'armée. Cette mesure
facbeuse ful une des causes qui contribuerent
le plus a irriter la nalion contre le gouvernement de Louis XVIII et a amener le retour
de l' Empcreur.
Celui-ci débarqua pres de Cannes le
1er mars 1815 et se mit sur-le-champ en
marche vers Paris, a la tete d'un millier de
grenadiers de sa gard&lt;!. L'imprévu et la rapidité de celle invasion surprirenl Masséna et
le jeterent dans une grande perplexité. Il
essaya néanmoins de résis1er au torrent, en
réunissant quelques régiments de ligue P,L en
mettant en aclivité it's gardes natiouales de
fürseille et des eovirons; mais ayant appris
que le duc d'Angouleme avait élé forcé de
capituler a la Palud et de quitter le royaume,
Masséna dépecha son fils a Louis X\'11[ pour
le prévenir qu ·¡1 ne devail plus compler sur
lui, et, se ralliant au gouvPraPment impérial,
... 2o8 ...

il fit, le 10 avril, arborer le drapean tricolore daos toule l'étenrlue de sa division et
eníermer le préfet du Var qui voulait encore
résister. PJr celte conduite, Mas,éna ne satislit aucun parti et s'aliéna les royalistes ainsi
que les bonapartistes; aussi I'Empereur s'empressa-t-il de le rappeler a Paris, ou il le
recut assez froidement.
Napoléon ayant, peu de lemps apres, commis la íaute énorme d'abdiquer une seconde
fois par suite de la perle de la ba1aille de
Waterloo, la Chambre des représentants,
qu'il avait eu le tort de réunir en partant
pour l'armée, s'empara du pouvoir et nomma
un gouvernemenl provisoire, dont le premier
acle ful d'investir Masséna du commandement de la garde nationale de Paris, bien
que les infirmités du marérhal le missent
hors d'état de l'exercer en personne; mais
on voulait un nom capable d'animer !'esprit
de la population et de la porter a seconder
l'armée dans la défense de la capitale. Les
intrigues de Foucbé, duc d'Otrante, ayant
semé la discorde parmi les membres du gouvernement provisoire, les projets de résistance furent soumis a un conseil militaire,
dans lequel Masséna émit !'avis que Paris ne
pouvail 1·ésiste1· !... En coost5quence, un
armistice fut conclu avec les généraux ennemis, et l'armée francaise se retira derriere la
Loire, 011 elle fut licenciée.
Lorsque les alliés furent maitres de la
France, Louis XVIII, pour punir Masséoa
d'avoir abandonné sa cause apres le 20 mars,
le fit comprcndre au nombre des juges du
maréchal Ney, espérant que, aveuglé par la
haine, il n'hésiterait pas a condamner son
infortuné collegue et entacherait ainsi le glorieux nom de Masséna; mais celui-ci se récusa, en alléguant les dissentiments qui
avaient existé, en Portugal, entre le maréchal Ney et lui. Puis, voyant ce mo1en rejeté, il se joignit a ceux des juges qui voterent pour le renvoi de Ney devanl la Chambre des pairs. lis espéraient le sauver ainsi,
mais ils auraient mieux fait d'avoir le courage politique de lejuger el de l'acquitter ....
lis ne l'oserent !. .. Ce fut une grande faute.
Le maréchal Ney, condamné par la pairie,
ayant été fusillé, son sang, au lieu de calmer
la fureur de la faction royaliste, la rendit
implacable. Bientót elle poursuivit' Masséna
lui-meme.
Les Marseillais, pour lesquels il a1·ait oaguere employé son crédit afin d'obtenir la
franchise de leur port, le déooncerent a la
Cbambre des Mputés pour cause de péculat ! ... Cetle accusalion était mal fondée, car
Masséna n·avait commis aucune exaclion en
ProYencc; aussi la majorité de la Chambre
introuvable, bien que renommée pour sa
haine contre les hommes célebres de l'Empire, repoussa aw:c mépris la pétition des
babitants de Marseille. Ce fut a cette séance
que le député Manuel, de,·eou si célebre,
commenca a se faire remarquer par la cbaleureuse défense qu'il prononca en fa1·eur de
Masséua. Cclui-ci, ayant aiosi échappé a la
réaction qui, a cette époque, ioonJait la

•

Francc, abandonna la scene du monde, sur
laquelle il avait joué un role si brilla ni, l'l
Yécut désormais dans la retraile, en son
chatl'au di' Rueil, ancienne bahitation du
cardinal de Richelieu. 1tasséna termina ainsi,
dans la disgrike el la solitude, sa glorieuse
carriere. II mourat le 4 avril i8 l 7, a l':\ge
de cinquanle-ncuf ans.
A son déces, le gomerneme11t ne lui ªIant
pas encore cmoyé le nouveau baton de comma11demenl qu 'il est d'usage de placer sur le
cercueil dcR maréchaux, le général Tleilll',
gendre de Mas~éna, fit réclamer cet insigne
auprcs du gfoéral Clark&lt;-, duc de Feltre,
mini,tre de la guerre; mai, celui-ci, devenu
légitimiste des plus forcenés, n'ayant pas
répondu a cclle juste demande, le géoéral
Tleille, par un arle de courage fort rare 11
cetle éprn~ue, fit savoir a la tour que, si le
liiilon de maréchal n'était ¡ias l'llYOJé au moment des obsequcs de son beau-pere, il placerait ostensiLlement sur le rercueil celui
que l'Empereur avait donné jadis a Masséna;
alors le gouvernement se décida a faire remellrc ct•t insigne.
J'ai sigoal~ quelqucs taches dans la ,ie de
ce guerrier télcbre, mais elles sont couvertes
par sa gloire éclatante et les services signalés
qu'il rendit a la France; aussi la mémoire de
Masséna paniendra ala postérité comme celle
d'un des plus grands capitaines de celle époque, si fertile en illu~lratious militaires.

CHAPITRE 111

J1f'É.M01'R,ES DU G'É'N'É'J?,_.AL 11A.'J{D'N DE .MJH{BOT - --.

ni' pouvc,ir presque plus mooter a cheval;
« mais, continua l'Empereur, c'esl un excel« lent ofíicier, qui a vaillammenl fait les
« premieres campagnes avec moi; je l'aime
11 et l'estime heaucoup, et comme il m'a supe, plié de lui permettre d'essayer de faire une
&lt;1 noul'elle campagne, je ne veux pas lui rec1 tirer son rrgimenl. Cependant, j'appreuds
« que ce beau corps péril lite entre ses
c1 mains; je ,ous enrnie done comme coadju« teur de La Nougaredt'. Vous travaillerez
« pow· t•ous, car si la santé du colonel actm·l
&lt;1 se ré1aLlit, je le ferai général; dans le cas
ll contraire, Je le mellrai daos la gendar« merie, et, de quelque manii&gt;re qu'il quille
c1 son régiment, c'est vous qui en serrz colo11 nel. Je vous répete done que vous allez
ll travailler pour vous .... &gt;&gt;
Cel1e proruesse me rendit l'cspérance, et je
me préparais a gagner ma noul'elle destina1ion, lorsque le minis1rc de la guerre prolongea mon congé jusqn'a la fin de mars.
Bien queje n'eus&amp;epas demandé cellefayeur,
die me fut tres agrrable.
Le 25• régiment de chasseurs se trouvait
alors dans la Poméraoie suédoise. J'avais done
une dislance énorme a parcourir, et comme
je voulais arri\'er avant l'expiration de mon
congé, je quittai Paris le 15 mars, en me
séparant a grand regret de ma chere femme.
J'avais acheté une bonne caleche, dans
laquelle, sur la recommandation du maré,bal
Mortier, je cédai une place a son neveu,
M. Durbach, lieutenant au régiment daos

1812. - L'Empereur m'adjoinl au colonel du 23• de
chas.,eurs a chcval. - Je rcjoins mon régiment il
Stralsund. - Sui&gt;erl,e élal de ce corps. - lnlrigurs
du comte de Czernichelf.

.le commencai l'anoée 1812 a Paris, aupres de ma jeune femme et de nos paren1s.
Mais le bonheur dont je jouissais était troublé var la pensée de mon prochain départ.
Je devais allcr rejoindre le 1er régiment de
chasseurs a cheval, dans lequel j'avais été
placé comme simple chef d'escadrons. Les
regrets que j'éprouvais de n'avoir pas obtenu
le grade de tolonel, que je croyais avoir mérité, furent un peu atténués lorsque, ayaot
été aux Tuileries pour les salutations du jour
de l'an, l'Empereur me fit ordonner, par son
aide de camp, de me rendre dans son salon
particulier. J'y trouvai le général Mouton,
comte de Lobau, qui, dans cette affaire, fut,
comme tnujours, tres hienveillaot pour moi.
Napoléon parut et me dit d'un ton fort alfable qu'il avait eu le projet de me donner un
régiment; que des considérations particulieres
l'ayant porté a nommer mon camarade Baraio colooel, ce qui, avec Pelet et Casabianca,
faisait trois colonels pris parmi les aides de
camp de llasséoa, il ne croyait pas devoir en
accorder quatre a son seul état-major, mais
qu'il ne me perdrait pas de vue. L't&lt;..mpereur
ajouta que, ne pouvant me nommer sur-lecbamp titulaire d'un régiment, il allait me
cbarger d'en commander un, le 25• de chasseurs a cheval, dont le colonel, M. de La
Nougarede, était devenu goutteux au point de
I\' . -

HISTORIA, -

FASC. 2&lt;).

MARÉC::HAL M.AISON.

Gravure de LFCLERc, d':,pres k latkau de Ltm,
CoGSIET. (Mustie de 1' ersatlks.)

lequel j'allais servir. Mon ancien domestique,
Woirland, m'ayant demandé a rester en
Espagne, ou il comptait faire fortune comme
cantinier, je l'avais remplacé, a mon départ
de Salamanque, par un Polonais oommé
... 209 ...

Lorentz Schilkowski. Cet bomme, ancien
uhlan autrichien, ne manquait pas d'inlelligence, mais, comme tous les Polonais, il était
ivrogne et, con1rairement au caractere des
soldats de celle nalion, poltron comme un
liene. Mais Loren1z, oulre sa laogue natale,
parlait un peu le francais, parfai1ement
l'allemand et le russe, et, sous ces derniers
rapports, il me fut tres précieux pour
V0)agn et faire la guerre daos le Nord.
J'approcbais des provinces rhéoanes, lorsque, en sortant pendant la nuit du relais de
Kaiserslautern, le postillon précipila ma
caleche dans une fondriere 011 elle fut hrisée.
Persoone ne fut blessé; néanmoins, M. Durbach et moi nous dimes simultanément :
« Voila un bien mauvais présage pour des
« militaires qui ~eront bieolot en face de
« l'ennemi l. .. ¡¡ Cepeodant, apres avoir passé
une joumée a faire réparer la voiture, oous
pumes nous rcmellre en roule; mais la chute
avait tellement maltraité les ressorts et les
roues qu ',Is casscrent six fois pendant notrc
rnyage, ce qui nous retarda beaucoup et nous
ÍOr(.!a souvent a faire plusieurs lieues a pied
daos la neige. Nous parvinmes enfin sur les
bords de lamer Ilaltique, ou le 25• de chasseurs
tenait garnison a Stralsund et Greifswald.
Je trouvai daos le colonel de La Nougarede
un excellent homme, instruit, capable, mais
que la gou1le avait tellement vieilli al'ant
l'age, qu 'il pouvait a peine se tenir cheval
et voyageait constamment en voiture, triste
maniere d'aller pour le chef d'un régiment
de cavalerie légere ! 11 me re(:llt on ne pcut
mieux, et apres m'avoir expliqué sa position
el fait connaitre les raisons qui, daos l'intéret
de son avenir, le retenaient au régiment, il
me communiqua une lettre par laquelle le
comte de Lobau l'informait des motifs qui
avaient porté l'Empereur a me mettre aupres
de lui. M. de La Nougarede, loin d'en etre
blessé, y vosait au contraire un redoublemenl
des bon tés de l'Empereur et l'espoir prochain
d'etre nommé général, ou chef de légion de
gendarmerie. 11 comp1ait, avec mon aide, faire
au moins une parlie de la campagne et obtenir
ce qu'il désirait a la premiere revue de l'Empereur. Aussi, pour me faire participer a
l'autori1é du commandement plus que ne le
comportait mou grade de premier chef
d'escadrons, il réunit tous les officiers, devant
lesquels il me délégua provisoiremcnt tous ses
pouvoirs, jusqu'a ce qu'il fut completement
rétabli, prescrivaot a chacun de m'obéir saos
qu'il fut besoin d'en référer a lui, que ses
infirmités mettaieot si souvent hors d'état de
suivre le régimeot d'assez pres pour le commander en personne. Un ordre du jour fut
rédigé en ce sens et, sauf le grade, je me
trouvai par le fait chef de corps a dater de
ce jour, et le régiment prit bientot l'habitude
de me considérer comme son chef réel.
Depuis l'époque dont je parle, j'ai commandé plusieurs régiments de cavalerie soit
comme colonel, soit comme officier général.
J'ai été longtemps inspecteur de cette arme,
et je déclare que si j'ai vu des corps aussi
bien composés que le 25• de chasseurs, je

a

q

• •

�111STO'J{1.Jl

________________________________________..

n'en ai jamais rencontré qui le surpassassent. venait d'envahir les États, nous a,·ions vu
d'etre rejoint par un courrier, il prit les mies
Ce_ n'est pas que ce régimenl offrit quelques arriver 11 Vienne le colonel comle de CzerniSUJCls hors ligne et d'un mérite transcendanl cheO', dont la mission ostensible élait d'entre- les moins fréquentées el panint a la frontiere
tels que j'en ai connu un petil nombre daos tenir de bons rapports entre Napoléon el du Rbin en é,•itant Mayence et Cologne, ou le
plusieurs autres corps; mais s'il n'y avail Alexandre, mais dont le but $Ccret élait Lélégraphe avait déja transmis l'ordre de
dans le 23• aucun homme d'une capacité d'informer son souverain de nos succes et de s'emparer de sa personne. Quant au pauvre
n-aiment remar&lt;1uable, il ne s'en trou\'aÍt nos revers, afio que celui-ci piit resserrer ou employé, il ful saisi au moment meme ou il
aucun qui ne fut a la hauteur des fonctions rompre son alliance al'ec la Fraoce selon les comptait la somme de 500 000 francs en
billets de banque, qu'il avail recus pour prix
qu'il devait rcmplir. leí pas de sommités, ci rconsta nces.
de
sa lrahison ! Forcé par l'évidence de conmais aussi pas de parties íaibles; tout le
Le favori d'Alexandre ful on ne peut venir de son crime, il a,·oua qu'un autre
monde marchail du meme pied, lant pour la mieux reru par l\'apoléon, dont il ne quilla
"alcur que pour le :.:ele. Les officiers, remplis pas la personne daos les remes et les courses commis dela guerre avait aussi vendu diversPs
d'intelli,:tcnce el suífisamment instruits, qui précéderent la bataille d'Essling; mais pieces au colonel russe. Oo arreta le second
avaient tous une 1&gt;1cellenle conduite el vivaient lorsque cette sanglanle affaire par ul indécise coupable, et •ous deux furentjugés, condamnés
en nais {,·eres d'arrnes. 11 en étail de mcme el qu'une grele de boulcts vint lomber au et fusillés ! lis moururent en maudissant
des sous-ofllcicrs, et les cavaliers suivant ce milieu de l'étal-m1jor impérial, )l. de Czer- M. de Czernicheff, qu'ils accusaient d'etre
venu les chercher jusque daos leurs mansardes
bon exemple, l'accord le plus parfait régnait nicheff lourna bride promptcment, puis,
afin
de les séduire par la vue d'un monceau
parmi eux. C'étaient presque tous de vieux repassanl les ponts du Danube. il alla se
d'or,
qu'il augmentait sans cesse lorsqu'1l les
soldats d"Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram; meltre a l'abri du péril daos le palais de
voyait
hésiter. L'Empereur fit publier daos
aussi la plupart d'entre cux a,aient le triple, Schambrünn, el, le surlendcmain de la
ou au moins le double chet•ron ; ceux qui bataille, il repril le chemin de Pétersbourg, lous les journaux francais un article des plus
n'en naicnt qu'un étaient en tres petit pour aller saos doute raconter l'insucces de ,·irulent - contrc lf. de Czernicheff, en y ajounombre. L'c~pece d'hommes était superbe; notreentreprise! ... Napoléon trouva le procédé tant des obserl'alions qui, bien qu'indirectes,
elle provcnait de la l\'ormandie, l'Alsare, la ÍOrl inconvenant, el il sortil de sa bouche des durent blesser vivement l'empereur de Russie,
Lorraine et la Franche-Comté, provinces lazzi piquanls sur la bravoure du colonel car elles rappelaienl que les assassins de
connues pour leur esprit militaire et leur russe. Néanmoins, apres la paix conclue avec Paul l", ~on pere, n'avaient pas été punis par
Alexandre.
amour pour les chevaux . La taille et la force l'Autriche, ll. de Czernicbeíl' vint tres fréApres une telle sortie, il ne fut plus posde ces chasseurs ayanl élé remarquées par le quemmenl a Paris, ou il passa une partie des
sible
de mettre la guerre en question, et, bien
général Bourcicr, chargé de la remonte géné- années i8 IO el 181 l. Beau, galanl, aimable,
rale, il avait donné au 25e de chasseurs des fort dissimu.lé et d'une politesse des plus qu'elle ne ftit pas encore déclarée, on s'v
chevaux plus grands et plus corsés que ccux recherchées, son litre d'aide de camp de prilpara de part el d'autre ouvcrtemenr. L;
affectés a !'arme; aussi appelait-on ce régi- l'empereur de Hussie fo fil bienvenir, non conduite de M. de Czernicheff, bien que
ment les carabinier1, de la cavalerie légere. seulement a la cour, mais aussi daos les blarnée hautement par tout le monde, trourn
Un séjour de plubieurs années daos la fertile salons de la haute société, ou jamais il ne néanmoins, surtout parmi les diplomates,
Allemagne avaitmis les hommes el les chevaux parlait de poli tique; il paraissait absorbé par des approbateurs secrets qui fondaienl leur
dans un paríait état, et le régimenl, quand les soins qu'il donnail aux dames, pres opinion sur le íameux adage: ce Salus ¡,all'i;e
j 'en pris le commandemenl, présentail un desquelles il passait pour avoir beaucoup de prima !ex », et ils rappelaienl a ce sujet une
effectif de plus de mille combattants bien succes. Mais vers la fin de 181t, époque ou anecdote peu connue, que je liens du maréchal
disciplinés, toujours calmes et silencieux, des bruits de guerre se renouvelerenl, la Lannes, el qui prouverail que, tout en punissant avec raison les Francais qui vendaieut
surtout de,·ant l'ennemi.
police de Paris ayant été informée que, tout les secrets de leur patrie aux ennemis,
Je n'étais pas encore monté. Je me rendís ea feignaot de ne s'occuper qui! de ses plaidone de Stralsund daos l'ile de Rugen, qui sirs, M. le colonel russe se livrait a des Napoléon faisait corrompre cht-t les étrangers
nourrit d'excellents chevaux. J'en achetai menées suspecles sous le rapport politique, les employés qui pouvaient lui fournir des
plusieurs; j'en fis venir d'autres de Rostock elle le fil surveiller avec soin, et acquit renseignemcnts utiles, surtoul pour la guerre.
Le maréchal Lannes me raconta done a
el me íormai ainsi une écurie de sepl bonnes bientot la cerlitude qu'il avail de fréquentes
Vienne,
en i809, qu'au momenl ou les
betes, ce qui n'étai t pas trop, car la guerre entrevues avcc ll. X... , employé au ministere
hostilités
allaient éclater entre la France et
avec la Russie paraissait imminente. Déja, de la guerre, spécialemenl chargé de dresser
l'Autriche,
dont l'archiduc Charle¡ de,·ait
pendant l'été de i 811, je l'avais pressenti en les élats de siluation présentés tous les
commander
les armées, ce prince fut averti
voyant le grand nombre d'anciens soldats que dix jours a l'Empereur sur le personnel el le
par
un
avis
anonyme qu'un général-major
l'Empereur lirait des régiments de la Péninsule matériel de loutes les forces de ses armées.
qu'il
estimait
heaucoup et dont il venait de
pour renforcer sa ,·ieille garde. Le séjour que Xon seulemenl ll. de Czeroicheff avait été
faire son sous-chef d'état-major, s'était vendu
je venais de íaire a Paris avait donné plus de reconnu se promenanl aprcs miouit daos les
a J'ambassadeur de F'rance, le général
force a mes prévisions. Ce furent d'abord de parties les plus sombres des Champs-Élysées
Andréossi, avec lequel il avait pendant la
ltSgers bruits de ruplure qui s'évanouissaient avec l'employé francais, mais on l'avait vu
promptement au milieu des fetes et des souvent se glisser sous des "elements vulgaires nuil de fréquenls rendez-vous daos une
plaisirs qu'amena l'hiver, mais ils se repro- daos le logement de X... et y passer plusieurs maison solitaire du vaste íaubourg de
Léopoldstadt, dont on indiquait le numéro.
dui~aient toujours avec plus d'inlensité; ils heures.
Le prince Charles avait une telle estime pour
prirenl enfin une grande coosistance qui
L'intimité d'un personnage aussi haul le général-major, que, considéranl comme
devinl une quasi-certitude, a la suite d'un placé avec un pauvre hcre de ~mmis des
énlnemeol grave que je dois relaler, car il bureaux de la guerre étant une preU\·e indu- une iníame calomnie l'accusation porléc
eut un tres grand retentissemcnt en Europe. b"ilable que le premier avail soudoyé l'autre contre fui par un inconnu qui n'osail se
L'empereur Alexandre avait eu pour com- pour qu 'il lui livral les secrets de rEtat, nommer, il ne prit aucune mesure pour
pagnon d'eníance un jeune seigneur russe, l'Empereur, indigné de l'abus que le colonel s'assurer de la vérité. Déja l'ambassadeur de
nommé Czernicheff, qu 'il aimait beaucoup el russe avait fait de sa position pour agir con- France avait demandé ses passeporls el devait
donl, a son avenement au tróne, il avait fait trairement au droitdes gens, ordonna d'arreter quiller \'ienne daos quarante-huit heures,
son aide de camp. Déja en 1809, lorsque M. de Czernichelf; mais celui-ci, prévenu, lorsqu 'un second avis anonyme informa
Alexandre, alors allié de Napoléon, simulait dit-on, par une femme, sortil a I'instant l'archiduc que son sous-chef d'état-major,
plutót qu'il ne faisait réellement la guerre a meme de Paris, gagna un relais voisin, el aprcs avoir travail!P. seul daos son cabinet ou
l'Autriche, dont l'empereur des Fran~s quiltant la route de poste directe, de peur se trouvaient les états de situation de l'armée,
devait avoir la nuit suivante un dernier

.MÉMOT~ES DU G'ÉN'É~AL BA~ON DE .MA~BOT - - ~

entretien avec legénrralAndréossi. L'archiduc,
voulant éloigner de ~on e,,priL des sou!l{'ons
qu'il crai¡mail de conserver malgré lui contre
un oíficier qui lui étail -cher, résolut de
constater lui-meme son innocence. En conséquence, il prit un habit de ville des plus
simples, et, accompagné sculemenl par son
premier aide de camp, il se promena apres
minuit dans la partie la plus sombre de la
ruelle ou élait la maison indiquée. Apres
quel!¡ues momenls d'attente, le princeCbarles
et son aidc de camp apercurcnl un homme
que, malgré son déguisemeot, ils reconnurent
a,·ec douleur etre le sous-chef d'état-major
autrichien, auquel un signa) fit ouvrir la
porte. Pcu d'instants apri·s, le général
Andréossi íut introduil de la meme facon.
L'entreticn dura plusieurs heures, pendanl
bquelles l'archiduc indigné, ne pouvant plus
douter de la trahison de son sou~-cheí d'étalmajor, resta patiemment devant la maison, et
lori;qne enfin la porte se rouvril ponr donner
passage au général Andréossi et au génrralmajor autrichicn qui sortaient ensemble, ils
se troU\·erenl face a íace avec le prince
Charles, qui dit tout haut : « Bonsoir,
monsieur l'ambassadeur de FranrP ! 1&gt; Et

dédaignant d'adrrsser des reproches au souschef d'état-major, il se borna a diriger sur
fui la lumiere d'une lanlrrne sourde l. .. llais
l'aide de camp, moins circonspect, írappa sur
l'épaule de ce misérable en disant : « Yoila
cel infame traitre de général ttn tel que l'on
dégradera demain ! . . . »
L'ambassadcur Andréossi s'esquiva sans
mol dire. Quanl au sous-cbrí d'élat-major
autrichien, se vopnt pris en Oagrant délil et
connaissanl d'avance le sort qui l'altrndait, il
rentra chez fui el se flt sauter la cenelle d'un
coup de pistolet.
Cettc scene tragique, soigneusement cacbéc par le ¡rouvcrnement autrirhien, eut
peu de retentissement; on annonc;a que le
sous-chef d'étal-major était mort d'une allaque d"apoplexie foudroyante: il par:ill que
l'ambassadeur de France fui avait r1&gt;mis deux
millions.
Quant a !'affaire du colonel Czernicheff,
elle présrnta une bizarrerie remarquable :
c'csl qu·au momenl ou Napoléon se plaignait
des moyens emploJés par cet aide de camp de
l'empereur Alexa~dre pour se procurcr les
états de situation de nos armées, le général
Lauriston, amba~sadeur a Saint-Pétersbourg,

achetail non seulemenl les renseigncments
les plus positifs sur le placemenl et les forces
de l'armée russe, mai.s encore les cuivres
¡rravés qui avaient servi a l'impression de
l'immense carie dP l'empire moscovite !...
fülgré les diíficultés t:normes que présentait
le lransport de cette lourde masse de métal,
la trahison ful si Lien ménagée et si largement
payéc, que ces cuin-es, dérohés dans les
archives du ¡rouvernemenl russe, íurent
tran~portés de Saint-Pélersbonrg en France
sans que leur disparition ful découvcrte par
la police ni par fps douanes mosco,ite~ ! Des
qur les cuivres furenl arrh·és a Paris, le
ministere de la guerre, apres a,·oir substitué
les caracteres francais aux caracteres ru,ses
qui indiquen! les noms des lieu'{ et des
Oeuves, lit imprimcr cette belle carie, donl
l'Empcrcur ordonna d'envoyer un exemplaire
a tous les généraux el chefs de régimenl de
cavalerie légere. A ce Litre, j'en recus un que
je parvins, non saos peine, a sauver peodant
la relraite, car il forme un gros rouleau. La
carte contenait toute la Russie, mcme la
Sibérie el le Kamtchatka, ce qui fil beaucoup
rire ceux qui la rec;urenl : bien peu la rapporterent, je possede la mienne.

IA sui11re.)

faisait par des plaisaatcries, qui réussissaienl
presque toujours a,·ec madame de )laintenon
quand elles étaienl faites avec esprit. Lassé
pourtanl des discours qu 'on tenait, el craignanl enfin qu'1ls ne re,inssent au Roi, il fil
scmblant d'etre amou rt&gt;ux d'une autre femmc.
~f. le prince de Conli, jusqu'a la passion Ce prétcxtc réussit assez pour alarmer la íaqu'il eut pour madamP. la Ouchesset, n'avait mille de celte ícmmc; el comme c'étaicnt des
pas paru capable d'cn avoir de bien sé- ~ens bien a la cour, ilSYinrcnl prier madame
rieuscs. 11 a,·ail eu plusieurs affaires ga- de llaintenon d'empecher le comte de llailly
lantes, el avail fait voir plus de coquetter1e de continuer les -airs qu'il se donnait a
que d'amour; mais il en eut un violenl pour l'égard de leur filie: cºétail tout ce que voumadame la Duc11esse. Pl•ut-etre que le rap- lait le cornte de '1ailly, et il ne manqua pas
port d"agrérnents qu'on lrouvait en eux, et la de dire a madame de lfaintenon que, si elle
craiote des personnes inléressées, ont con- le grondail sur cetle fcmme, il íallait au
Lribué a faire naitre cette passioo : i1 e~t cer- moins qu'clle íut en repos sur l'autre. Quoi
tain du moins que les sou~ns de M. le qu'il en soil, et le prétexte et la réalité priPrince, les précautions de madame la Prin- renl fin.
cesse, et l'inquiétude de M. le Ouc l'ont préll. le prince de Conti ouvrit les yeux sur
venue. ll y avail longtemps que madame la les charmes de madame la Duchesse, a force
Duchesse étail mariée, et que sa beauté íai- de s'entendre dire de ne la pas regarder: il
sait du bruit daos le monde, saos que 11. le l'aima passionnémenl, el si, de son coté, elle
prince de Conli par1il y faire attenlion. Quel- a aimé quelque chose, c'csl assurémenl lui,
ques pcrsonnes meme s'I étaienl attachécs 11uoi qu'il soil arrivé depuis.
particulierement; mais aucuoe ne lui a plu,
On prétend, et ce n'est pas, je croi~, saos
si on excepte le comte de Mailli, donl je n~ raison, que ce prince, qui o·avait été jusquerépondrai pas, quoique je n'aie rien rn, en li1 sensible qu·a la gloire ou a son plaisir, le
passanl ma ,·ie avec elle, qui ptit autoriser ful assez aux charmes de madame la Dules bruits qui ont couru. Je l'ai bien rn chesse pour fui sacrifier une couronne.
amoureux; j'en ai parlé en badinant, el maOn sait qu'il fut appelé par un parti en
dame la Ducbesse me répondait sur le meme Pologne, el on prétend qu'il aurail été unaniton. lfadame de ~aintenon en a sou\'cnl mement déclaré roi s'il l'avait bien voulu, et
¡ arlé, et en ma pré. ence, a ll. de Mailly: si son amour pour madame la Duchesse
mais il se tirail des réprimandcs qu 'elle fui 1ú"ait pas ralenli son ambition. Je cl'ois
t. lllle de ~antes (filie de Louis XIV et de 'lme di! pourtanl que beaucoup d'autres choses ont
ltonte,pao\, dcvenue duches..&lt;c de Bourbon par ~n contribué au mauvais succes de son rnyage
mariage a,·ec le petit-fils du grand Condé.
en Pologne; mais, comme on croyait ici, dans

Le prince de Conti

~

.., 210 ....., 211 "'

GÉNÉRAL DE

M.ARBOT.

le temps qu'il partil, l'aflaire certaine, el
qu'il était persuadé de ne jamais revenir en
France, les adieu'.t lureot aussi lendres et
aussi tristes entre madame la Ducltesse et lui
((U 'on peut se l'imagincr.
lis arnienl un confident contre Jeque( la
jalousie el la véhémencc de M. le Duc ne
pournienl rien: ce confident étail M. le Dauphin, el j&lt;&gt; crois qu 'ils n'en onl jama is cu
d'autre.
Cette affaire a été menée avec une sa¡:ressP
et une conduite si admirables, qu'ils n'ont
jamais pu donner aucune prise sur eux; si
bien que madame la Princesse fut réduite a
comenir a,ec madame sa belle-fill1&gt;, qu'elles
n'avaient d'aulrt.&gt;5 raisons de soupc;onner celle
galantcrie, que parce que ~l. le prince de
Con1i el elle paraissaient íails l'un pour
l'autre.
M. le prince de Conti ne gouta pas loogtemps le dédommagement qu'il trouvait daos
sa passion au déíaul d'une couronne. Son
tempérament faible le fit, presque aussilót
apres son retour, tomber daos une maladie
de langueur, qui termina enfin sa vie troisou
quatre ans apres [le 22 février 1709}, infiniment regrelté de toute la France, de Monseigneur, et de sa maitresse.
Elle eut besoin de la force qu 'elle a naturellement sur elle-meme pour cacher a M. le
Duc sa douleur.
Elle y réussit d'autant plus, je crois, qu'il
était si soulagé de n'avoir plus un tel rival ni
un tel concurrent, qu'il ne se soucia d'examiner ni le passé, ni le íond du creur.
.\lADAME DE

CAYLUS.

�"--------------------------

Le lieulenanl-ci'vil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

Un magistrat bon vivant. *

présenlanl du Tiers Üat aux Étals Gént\raux
d~ i i&gt;93, y ava_it, avec une courageuse énerg1e, soulenu pu1ssammentla cause d'lleori IV.
Le pere du Lieulenant Civil avait acquis
une charge de Trésorier de France a Soissons
et épousé la filie d"un gentilbomme du Poilou 6, Louise Dreu1, dont il n'eut qu'un enfant, c'est notre magistral. Celui-ci, né en
1600,, avec le nou\'eau siccle, et orphelin de
~on pere fort peu de tcmps apres sa naissance, Cut éle,é sous la tutclle de M. de
Compans, trésorier de France a Amiens avec
lequel sa I?ere se remaria en 1605; par l'acte
di: tut~le ' alors dressé, on voit que le nom
de fam1lle di: la mere Cut ajouté a celui de
I'enfant qui s'appela loujours depuis : An-

d'babitude la table, servie de mels raíílnés
at!lo.ur de ,laqu~Ile, réchautfé par les vins
. Ce n'était pas le premier venu que AL le
gene_reux,
esprit s'allume, péiille et circule'
Lieutenant Civil
Dreux
d·Aubray
·
sa
char"e
.
,
0,
au~s1 M. d Aubray. montrait-il pour la bonne
une des ~lus importantes de la magistrature,
chere un gout qui se lisait jusque sur sa
comporta1t non seulement des allributions
levre ~lorée et eharoue; gotit d'apparence
judiciaires, mais encore toute la police de fa
ass~z i~n~cente mais qui, dans sa jeunesse,
Ville e_t faubourgs de Paris; c'est sur luí que
ava1t fa11li lui allirer la plus désagréable des
reposa1ent le maintien de l'ordre et l'exécum_ésaventure_s. De passage a Rome, il s'était
tio? de toules les mesures ~rdonnées par le
la1s_sé alle~ a fréc¡u~nter fort assidfiment la
Ro1 en vue de la sureté &lt;Je I'Etat.
ma1son d un cert.am Cardinal qui &lt;1 lenait
L'homme
qui, depuis pres de vin"l
.
e ans,
bonne table », mais dont la réputatiou était
cxerca1t ~ette cbarge n'était pas non plus de
par conlrc íort mau,aise et qu'on accusait
ceux. qui peuvenl passer inapercus : son
ouverte~ent ,de ne s'entourer que de jeunes
exaclltude a ses devoirs était absolue et sa
débauches d une trop facile complaisance.
fid~lité au ~oi inébranlable. Magistrat integre,
!leureusement pour lui, pré,enu a lemps le
ma1s en meme temps fonctionnaire entiere- taine Dreux &lt;i'Aubray.
Jeune vo?geur put échapper a un si dé~Io~ent sou~is, jamais on ne l'a\'ait vu partiJovial, spirituel, bon vivan!, ~I. le Lieulerable peri); quelqu'un lui ª) ant remontré
c1per en r1en ace téméraire esprit d'inque cette maison ou il dinait si soudépendance qui, 11n moment, :wait
vent ne passait pas daos Rome ponr
paru souffler d'une faeon si f:\cbeuse sur
une_ for~ bonne école, que s'il contitous les corps judiciaires du royaume;
nu~1t d y aller, les autres Francais,
pendant la Frondeilétaitopiniatremenl
VO)anl ce commerce, pourraient, a
demeuré attaché au Roí, a la Reineleur retour, dire sur son compte· dt-s
mere et a Mazarin. Le jour 011 la macbose~ dont la ~·raisemblance donnerait
lenconlreuse arreslation du Cllnseiller
de. íacheuses impressions de sa conBroussel fit gronder la révolte dans
du1te ell'empecheraieot peul-etre d'enParis, c'est luí qui, a travers mille
trer dans ¡~ charges, il sut profüer de
dang~rs, ac~urut au Palais-Royal pour
ce sage a,•1s et quilla llome en tres
averllr la Reme el son ministre de !'exgrande bate 1
treme gravité des événements 1 • l'anLorsqu'il recul de M. Le Tellier l'ornée suivante, il fut le premier ~ rapdre de licencier les éleves de Portpeler de ses vreux le Roi dans Paris t ·
Royal, le Lieutenant Civil n'en éLail
pendant la seconde guerre de la Frond;
~as ases débuls contre les Jansénistes;
enfin, beaucoup plus sérieuse celle-Ia
l_année précédente, c'est une perquisiil prit le part1, pour suivre la cour'
llon chez MM. les Solitaires qu'il avait
d'abandonner les murs de la ville r;_
eue a opérer' et pour vi siter successibelle• ; il n'eut en un mot, pendant
vement la maison des Granges, Porltous ~es troub\es, qu'une seule préocfl?yal_ des Cbamps et Les Trous, il avait
cupat1on et qu un seul souci, ce fut de
du fa1re loufe uneexpédition a~sez lon« gagner le peuple pour le Roi », ainsi
gue et assez pénible a son age. u était
q~e le constate un écrit du temps qui
al?rs daos sa soixante et unieme anlui reproche meme d'avoir alors enlierement négligé pour cela Loules ses
n~ et. son peocban t a la honne cbcre
fonctions de poi ice '.
lm_ ava1_l va~u un fort aimable embonpomt; tl
fallut, ce jour-la, marcher
P~r sa famille, M. d'Aubray apparpas mal a .trai-ers cbamps, dans un
len~1~ a la plus honoral,fe bourgeoi,ie
par1s1enne; depuis pres d·un siecle
pays fort ~cc,de~lé et comme, « couvert
LE LIELTE:-.1:-,¡T CIVIL 0REUX D'AUBRAY.
de :i..llue J_usqu au visage », ¡¡ palauson nom avait marqué daos I'hisloir;
Gravu1·e de NANTEUIL. (Cai'i11el .tes Estamfts .)
gea1t pémblement daos « de tres fade la Yille : Claude d'Aul,ray, son
cheux chemins », un des Solitaires,
grand-pere, avait élé élu en i 564 trni.
dans un endroit íort escarpé, le voyant
sieme coosul des marchands, Landis r¡u'un
nant Civil é1ait le plus souriant des magis- s1 gros el « en danger de rouler en b
aulre Claude d'Aubray, son grand-oncleS, re. ehar1ta
. blement tendu la main as
&gt;&gt; '
lrals; les bommes d'esprit ne Mlestcnt pas 1u1. avrut
•.
* Extnit Ju volume : P¡,r~ el filie Philippe de
2. Voir Corrrspondance de Mazarin lome III p 397

!

!m

..

Cha111pag11e et S&lt;Pur Ca_th,n11e de ~lllll(e-Su,a1111e
a Port-Royal: par Lh. Ga,lly de Tauri11c.,;. (l.,brairic
llachelle el t.;1•.)
l. 1/elz. J/émoires. Retz ruille un pcu l'etfro· d
ll. &lt;l'Aubray &lt;'". celle _ci,consl~n~e : • Je n'ai ja~,i~
,u a la C~~ed,e llahenn~, d1HI, de pcur si nai~emcnt el r1d1culcmrnl rcpresentée.... 1

lellre ,lu 14 anil 1649.
'
' ·
'
3: Journal ~e 0ubuisson-Aulwnay. publié par la
So~•~le de l'lhstoire de Poris. lome 11. p. 253
8 JUIIJet 1652.
'
4. llélangc Cl~i,.ambault, vol. CCXL, tih; dans: Corrcs11ondanceadmm1strativernus Louis ll\', t.11, p. XLIV.
á. Ou plus cxactemenl son cousin au 8• dc11rc.
..., 2 12 ...,

,,

Voir llibl. :Sal. Dom'ers Bleus. ,·ol 212 D b
13 U · e·
t 1 1· ·
·
. v • au
. e,, e e ce u,-c, qu ·¡¡ est qucstion da
·
ns a
6. B!bl. ~al. Douier.r Bleu.t, vol. 242.
7. llibl Nat. :lis. Clairambault rol 553
81
8. A!71elot de la lloussa ye. .1u:uoir'u hist~",.· ·
3 vol. in-12. Ams/erdam, 1737 1 lll
60 ques.
.
el (' el
' . • p. .
!) M•
· .mo,ru e 'º efroy llerma11/. Cités par
~- • -

Sallre _Memppée.

r,l

LE LJEUTEN.JtNT Clr11.. DR_EUX D' .JlUZH{.JtY

Plus aimable et plus prévenanl encore celles-la, il y en a huit autres qui, des le ca- maison et de son diner, lorsqu'une otTre ohlis'était montré M. d'Andilly; entre ce magis- reme dernier, ont été recues daos la commu- geanle de la mere Agnes - c'était bien la
tral et ces gens que, par ordre du Roi, il ve- nauté pour y prendre l'bal,it de novice; je ne digne sreur de ~l. d'Andilly - vint le tirer
nait quelque peu molester, s'élail fait un
vérilable assaut de mutuelles polilesses et la
visite domiciliaire, commencée administralivement et policicrement, s'était lerminée en
une ,·érilable visite d'amis.
« Monsieur, avait dit, en vrai gentilhomme,
)l. d'And1lly au Lieulenant Civil lor,que, le
soir venu, celui-ci s'appretait a se retirer avec
ses gens pour aller coucher a Cbevreuse;
llonsieur, soit en qual11é de ,1. d'Aubray,
soit encelle du Lieutenant Civil, vous demeurerez ici, s'il vous plait; vous nous afíligeriez étran~ement d'aller loger ailleurs. »
lncapable de résister a une iovitation si
courloise, non pin~ qu'a la perspeclive d'un
bon souper au lieu d'un souper d·auberge,
)f. d'Aubray accepta.
Le repas fut fort gai; Lieutenant Ci,il,
Procur~ur du Roí et commissaire.~, ils se
lrouverent sept a table dans la chambre de
M. d'Andilly, tandis que les archers mangeaient avec les gens.
« Ne seriez-vous pas bien étonné, disait,
loul en faisanl honneur au repa~, M. d' Aubray a son bote, ne scriez-vous pas bien
étonné si Oieu me donnait lout a coup le
mouvement de demeurer ici avec vous 1 1 »
C'est ª"ecdes d,spositions personnelles tout
Vui! DE L'ARBAYE DE P ORT-ROYAI. DES CIIAMPS.
aussi conciliantrs que l'année suivante, le saD'.ipres,.. grJVUrt ,ie ~l.,CDELEISE IIORTIIEMELS. (Catlntt dts Estampes.)
medi 23 anil 1661, le Lieutenanl Civil se
présenta a Port-Royal de Paris pour y exévous dis poinl le nom de celles-la puisqu'elles de peine el rassurer son appétit. Quelques
cuter les ordres du Hoi.
Depuis qu·au parloir avait élé prononcé le sonl déJII censées religieus&lt;'s.
inslants plus tard, conforlablemenl ioslallé
« Quant aux pensionnaires, vous savez, daos la chambre du portier devant de délimol de a Persécution » el qu'avait été posée
la queslion du grand voile pour le martyrr, Monsieur, l"ohligation 011 nous sommes, selon cieux reuís frais accompagnés d'une bonne
une sorle de terreur lourde, d'anxieuse al- nolre regle, d"élever les enfants daos le ser- miche de pain cuil daos la maison, ~I. le
iente, régnait sur toute la commuoauté. Lor~- ,ice de Dieu, et nous ....
Lieutenant Civil faisait largement honneur a
- Oh! je n'enlre pas la-dedans, répondit ce repas rustique rendu succulent par la
que ~l. le Lieutenant Civil se préseula, ce fut
un grand sujet d'étonnemcnl. Avec sa f.i.rure le magistral; vous savez, ~ladame, bien par- course et le grand air •.
réjouie, ronde et pl~ine, son reil ,if aiguisé ler et bien écrire, écri\'eZ au Roí, rcprésenleiCe méme jour, la mere Angillique, sreur
d'un regard malin, plissé d·uo sourire, sa lui vos raisons, il les écoulera, c·est un bon de la mere Agncs, venant de Port-Royal-desnarine ouvertc, sa joue nbondie, sa Corte pere. ))
Champs, croisa en chemin un ecclésiastique,
machoire, ~l. d'.\uliray ne rcprésenlait nulEt comme, landis qu'aidé de ses greffiers, ami de la maison, qui, avec des !armes
lemenl un bummc prel a conduire au mart)Te ~l. d'Aubray s'occupait a dresser le proces- d'émotion, lui conla la visite des magistrals,
des ,iergeHhr~tirnnes: ce bourreau-la n'avait verbal de sa visite, la mere Agnes lui disait l'ordre de disperser les pensionnaires, el toules
pas l'air mél:hant du loul !
eocore, d'uae voix désolée :
les poignaules émotioos de la matinée.
« Qu'ayons-nous done íail, lloosieur, pour
Loin de parlager sa lrisles~e, la mere Anelre trai tées de la $orle?
gélique se mil aussilot a rPmert'ier üieu et
- lié quoi I ltadame, répliqua+il en sou- continua ~a roule en récitant le Te Deum. A
Visite de police. - Le bel appétit et ria11l avec finesse, ne voulcz-vous point elre son arrivée a la maison de Paris, tout était
l'heureuse chance de M. le Lieute- affiigéc? Tous les grands saints l"ont été 1 • " daos la conslernation et la douleur.
nant Civil.
A -ce moment il lira sa montre. Midi !
« Eh quoi ! s'écria-l-elle d'un ton de rel'heure du diner ! Une faim de loup commen- proche, vous vous étonnez I Et qu'est-ce done,
A,ant fait demander a l'abbcsse - c'é1ai1 cait a tirailler l'eslomac exigeanl de M. le s'il vous plait, que lout ceci devant Dieu?
alor~ la mere Agnes Arnauld - de Youloir Lieutcnant Civil, et, facbeuse perspective, son Des _mouches qui volenl et qui font un peu de
bien le ,·enir lrouver au parluir, le Lieule- hótel se lrouvait situé rue du Boulov 3 , au brml. En a~ez-vous peur? D1eu ne voit-il pas
nant Ch-il d'Auhray lui fil parl de sa mission carrefour de la Croix-des-Pdits-Champi,jn~te tout ce qm se passe et qne pournns-nous
et la pria de luí donner les noms de loutes en face de celte croix, a l'extrémité de la craindre si nous avons la Coi 5 ? »
les pen,ionnaires, tanl de la mai,on de Paris ville, précisément la plus éloigoée du fauTandis que, loules réconfortées par cette
que de celle des Champs.
hourg Saint-Jacques.
énergie, les religieuses essayaieot de sé, her
« Nous arons ici vingt et une pensionnaiAvec désespoir, le pauvre magistral consi- leurs larmes, &amp;l. d'Aubray, restauré et conres, répondit ta mere Agnes; mais oulre dérait la dist.aor.e qui le séparail et de sa lent, reotrail tranquillemeot en son hotel.
.11. G11~11'r : L11 de1trurlio11 de, pelitu E&lt;:ole,, artJcle paru J1.ns la l\erne iutemalionale de rEnscignement.
l. /bid.
2. 1/ialoire du persict,lio111 des Rtliyie11ae1 de

Porl-Royal tcrite pnr tllu-nllmu. 1 vol. in-i•
Yi,le-rranche, t 7a:;, p. 3.
'
. 3. Sur r_e,npl~cr!lwul de rimm~uiJle Jans lequel
s ouvre au¡ourd hm Ir! ¡iassagc Vt!ro-llodat. Vuir le
Pla,1 de Gombou,t, lli51. - to~ tres inlt'!ressante

reprOlluclton de ce plan a été faite récemmeol par
l'éditeur TarriJc.
4. lbil.

á. /bid .. p. i .

�1f1ST0'/{1.ll
LE
C'était la véritablement un homme heureux, tout lui réussissait el la fortune partiale semblail n'avoir en sa faveur que des

mier rang _par ses richesses et dont les plus
nobles ma1sons recherchaien t alors l'alliance,
voila celui qu'un bonheur merveilleux et

de sa lerre de Sains, pres de Mondidier.
Mais le nom de Sains n'ayant pas saos
doute assez belle apparence pour devenir celui d'un marquis, le Roi, par une prévenancc
aimable, avait bien voulu que ce litre ful
reporté sur l'une des terres dépendant de
cette seigneurie, au nom plus sonare et plus
vibran!~, et, de ce jour, bonheur inoui: et
chance exceptionnelle, M. d'Aul.Jray, ce pcre
déja si coml.Jlé de tant de faveurs de la fortune, pul encare appeler sa fille : la mm·qttise de B1·invillie1·s.

L'écharpe : « Par respect pour les
ordres du roi. » •

L'ABBAYE DE PORT-ROYAL DES CHAMPS: LE RÉFECTOIRE.

D'apres la gravure de M.AGDELEfNE HORTREMELS. (Cat&gt;inel des Estampes.)

sourires. Magistral, mari, pere, un bonheur
exceptionnel s'était épanoui pour lui. La
belle charge qu'il occupait, n'avait-il pas pu,
des l'année i 645, l'acquérir pour la failile
somme de 500 000 livres, alors que des concurrents qui furent écartés en otfraient jusqu'a 700000 1 ? Son mariage, qui l'avait fait
entrer daos une famille de bonne noblesse,
fort nombreuse, tres unie el tres considérée,
les Olier, n'était-il point un nouveau pas daos
cetle ascension continue et douce vers les
grandeurs? La belle lerre d'Offémont, pres
de Compiegne, avec le litre de comte qui y
était altaché, n'était-elle pas venue, d'ellememe pour ainsi dire, se donner a lui alors
que, contisquée sur le malheureux Mootmorency, dont la tete lomba, comme on sail,
sous la hache lranchante et implacable dt:
Ri1:helieu, ti a\·ait eu, lui d'Aubray, la chanf"e
- il le considérait du moins aiosi - Je
pouvoir l'acquérir presque pour rien?
lleureux pere, n'avait-il pas favorableme11L
établi taus ~es enfants : ses deux fils, magislrats comme lui et comme lui aussi magisLrats du plus hrillant avenir; sa tille ainée,
Marie-Madeleine, d'une délicate beauté, mariée, en 1651 , plus richemenl, plus bautement que Jamais il n'eut osé l'espérer?
Un homme élégant, spiriluel, hrave, cambié d~ ~iens et d'houneurs, mestre de camp
du Reg1ment de Normandie, descendant de
celle opult:Dte famille Gobelin élevée au pre1. Journal ~'Olivicr dºOrmesson, I, p. 37.

2. Au;ourJ hui rue Charles V. L'l,Mel existe eorore _au ••• 12. Yoy. Geo1·ges Gafo, Prome11adcs dons
Pana.

presque insolent avait donné pour gendre a
l'heureux M. d'Aubray.
Que! événement mondaio fut alors daos
París ce mariage I Avec quel admiratif étonnement on s'entretint des richesses du jeune
époux : et les six cent mille livres de dot, et
le bel hotel de la rue Neuve-Sainl-Paul', et
les terres de Sains, Morainviliers, ele ... , et le
magnifique mobilier, et la suite de ces splendides lapisseries de la fabrique des Comans
et La Planche, représentant, en huit grandes
pieces, toule l'histoire de Psyché 3 !
Beau sujet de nouvelles a la main pour les
gazetiers qui s'étaient empressés de conter
l'événement en belle prose, ou meme, comme
l'un d'eux, l'illustre Loret, en beaux vers :
Le fils de mo11sicur Gobclin
Épousa dimanche au malin
liue agréablc dcmoiscllc
Qur. l'on m'a dit clre assez belle,
Et d'uo esprit doux el ci.-il,
Fillc du Lieutcnant Civil.
Oo croil qu'ils feront bon ménagc.
Mais je n'en sais pas davanlage.

Ci:: n'est pas Lout encare : le bonheur, les
riches,ses, les bonoeurs semblaient pleuvoir
d'eux-memes sur le Lieutenant Civil et tous
les siens : par une spéciale faveur, le Roi, a
l'oC\:asion de son union avec !'Infante d'Espagne, avait, par leltres patentes datées de
Saint-Jean-dr-Luz, accordé au gendre du
Lieulenant Civil l'érec.;tion en marquisat
3. Voir J.-J. Guiffrey. Les Gobelina, teinturiers
e11 écarlale, notice publiée daos les mémoires de la
Sociélé de l'lli,toire de Paris, 1004.
4. Arch. Nat. Registre du ParlemenLX"8661 p. 517.
.... 214 ...

Afalgré le réconfort momenlané apporté a
la coi:i_munauté par la mere Angélique, c'est
au m1heu des lamentalions que s'accomplissaient, a Port-Royal de Paris, les rigoureux
ordres du Roi. Parmi les éleves, beaucoup
ayant leur famille en province, l'exode se
prolongea durant huit longues journées.
Les départs se succédaient lamentables
douloureux, presque tragiques; parmi le~
éleves, parmi leurs maitresses, parmi les
personnes parentes ou amies qui venaient
les prendre, ce n'étaicnt que pleurs, cris de
douleur, évanouissements.
La chambre d'asscmblée des enfants présentait l'aspect d'un cachot rempli de personnes dont on va faire l'appel pour le supplice.
« C'est un si pitoyable et douloureu1 spcrtacle, disait alors aux autres religieuses Ja
maitresse chargée des pensionnaires, que je
ne puis enlrer daos celle chambre qu'apres
avoir été plus d'un quart d'heure devant la
porte pour me résoudre a l'ouvrir. Sitot que
j'y suis, ces enfants se viennent jeter dix ou
donze sur moi en pleurant et en me conjurant d'avoir pilié d'elles : &lt;t Ma sceur, me
&lt;e discnt quelques-unes, vous le savez, je me
« perdrai si je relourne daos le monde! »
D'autres refusent de manger et passenl la
nnit saos sommeil. Certes cette séparation ne
m'est pas moins douloureuse qu'aux enfants,
je souhaite pourtant de toule mon ame
qu 'elle s'achere au plus lót; toutes ces !armes me pt:rcent le cceur. o
Au moment de passer la porte du couvent,
il y eut plusieurs de ces petites que leurs
parents durent tirer par la main pour les torcer a sortir, et les personnes qui, de la rue,
assistaient a ce lamentable spectacle, ne pouvaient s'empecher de s'écrier : « C'est véritablement l'image du Martyre des Inoocents 5. »
Des le lendemain de la visite du Lieutenaut
Civil, on s'était haté de donner l'babit a quatre novices el de faire prendre le voile a quatre postulantes.
Des contretemps facheux et de mauvaise
augure allrislerent ces eérémonies : daos la
« ... A ces_ causes, :". avons _élevé ladite seigocurie
de Sams en ltlre. qualtle, d1gmté et préémi11ence de
marquisal, sous le uum de nrnrquisal de llrinvilliers... ,.
:&gt;. /Júloire des Penécution,, p. 6.

L1EUTEN.JtNT C1nL D~EUX D'.JluB~JtY

premiere, au moment ou la porte donnant trevenir a ses ordres; de sorle que, non seu- y obéissant. ... Nous savons le Roi si juste et
dans le chceur des religieuses aurait du s'ou- lement pour le service du Roi, mais aussi si équitable qu'il écoutera, nous en sommes
uir deranl les nouvelles sceurs, la clef, par pour votre considération parliculiere, il sem- sures, nos tres humbles supplications. Notre
une étraogc fatalité, se lrouva rnalenconlreu- lile qu'il esl bien a propos que vous redou- état ne nous permettant pas de nous aller
sement égarée; apres une longue aliente de bliez vos soins dans l'exécu tion des choses jeter a ses pieds, il aura certainement la
plus d'un quart d'heure, il fallut faire tra- que Sa Majeslé vous ordonne présenlemeot bon té de recevoir la letlre que nous aurons
l'honneur de lui écrire 4 • »
verser a ces rcligieuses la cour extérieure, sur oo sujet 3 • »
A
peine
le
Lieulcnant
Civil
avait-il
rccu
- Je rendrai compte, Madame, de vos
toule pleine de carrosses, pour les conduire
par la jusqu'au chceur par un long détour. cette lettre que, lout ému et presque trem- déclarations, répondit M. d'Aubray avec un
Quant aux novice5, en traversant le préau blanl, il était aPort-Royal. La, apres avoir Ju peu plus de brusquerie celte fois; quant a
par une pluie bailante, la corbeille contenant a l'abbesse les ordres recus, il lui remit en moi, je n'ai poinl a m'y arreter et, coníorméles voiles bénis dont allait les revetir l'ah- mains la leltre de cachet que le Roi lui adres- ment aux ordres recus, je ne dais que vou
enjoindre a nouveau d'oter l'habit aux filies a
liesse se renvcrsa si malheureusement que sait a elle-meme.
A cette communication, la mere Agnes de- qui vous l'avez donné et de rendre dans trois
ces \'oíles furent tout mouillés et sal is; 011
dul en hale les remplacer par d'autres, mais meura consteroée, mais absolumenl ferme jours ces filies a leurs parents, faute de ce
ceux-ci n'anienl point recu la bénédiction de pourtant dans ce qu'elle considérail comme faire dans le dil temps, vous y seriez conl'ofticiant.
un impérieux devoir.
trainte, Madame, par toutes voies dues,
Les personnes qui purent avoir connais&lt;&lt; Toujours, répondit-elle au
magistral, nonobstanl opposilion ou appellation quelsance de ces accidents répélés et significatifs nous serons disposées a rendre les memes conques. »
hochaient tristement la tete en disant: « Ceci soumissions aux ordres du Roi loutes les fois
Toute vibrante d'éloquence, la lettre que,
est un averLissemenl du Ciel, il arrivera cer- que nous croirons le pouvoir faire saos de sa meilleure plume, la mere Agnes écrivit
tainement quelque chose i1 ces religieuses et blesser notre conscience. Mais l'ordre qu'on au Roi, expliquait, en termes clairs, a Sa
a ces novices 1• »
nous donne maintenant de renvoyer les filies Majesté, que seuls des esprits malveillanls
Des le commencement de mai, a l'appari- postulantes et novices et de n'en plus rece- l'avaient saos doute abusée. « ... Nous avons
tion des premiers beaux jeurs, la cour avait voir a !'avenir est si exlraordinaire et '.nous sujet de croire, Sire, disait-elle, qu'on a conquitté le Louvre pour se renfondu l'élat des postulantes
dre a Fonlainebleau. C'est la
avec celui des pensionnaires,
que, suivaot l'haliitude récemquoique ce soient deux choses
mcnt imposée par lui, le Roi
exlrememenl ditTérentes.... »
tenaitchaquematin son Conseil.
Puis, venant a l'ordre d'oter
A la nou\•elle qui lui parvint
l'habit : &lt;&lt; Si cet ordre ne nous
de ces h:Hives prises de voile et
venait pas d'un Roi tres chrévetures, Louis XIV fronca le
tieo, nous n'aurions qu'a soufsourcil de facon inquiétante ; il
frir en patience qu'on nous ar11 'aimait pas beaucoupces essais
rachat d'entre les bras celles
furtifs de l'abbesse pour tourner
que nous ne pourrions renses ordres, el, dans le Conseil
voyer nous-memes .... &amp;fais, vidu lundi 2 mai, il commanda
van! sous le regne d'un prin1:e
a Le Tellier d'envoyer au Lieusi religieux et dont nous somtenant Civil les instruclioos némes tres assurées que l'intencessaires pour « obliger laLion n'est que de maintenir les
dile abbesse d'óter l'habil aux
lois el la discipline de l'Église,
filies auxquelles elle l'avait
nous nous croyons, Sire, un peu
1
donné », el Sa Majesté se
excusables si nous avons quelmontra si peu satisfaite de la
que peine a nous résoudre d'arconduite tenue jusqu'alors enracher de cette maison lanl de
vers les religieuses de Portfilles que Dieu y avait unies a
Royal par ce lrop bénévole malui et a nous par tou¡¡ les liens
gistral que M. Le Tellier crut
de la Chari té 5 • • • • &gt;&gt;
dt:voir écrire a M. d'Aubrai
Tres satisfaite des termes de
une lettre personnelle et consa lettre, si pleine a la fois de
fidentielle pour l'avertir du
tant de respect et de fermelé,
grand danger auquel trap de
la mereAgnes en attendait l'effet
politesse et de ménagemenls
avec émotion. Des nouvelles
pourraient l'expo~er : ce ... Sa
tout a fait favorables lui en arMajesté, lui mandait-il, a telriverent bienlól : une dame dt:
lement a cceur l'exécu tion de
la cour qui, a Fontainebleau,
ces mesures, que je ne saurais
s'élait trouvée un matin au lever
assez particulierement vous le
de la Reine-mere, avait entendu
faire connaitre. llais je ne dois
ANGiLIQUE ARN.\ULD 1 DERNIERE ABBESSE TJTULAIRE DE PORT-ROY.\L,
le Roi dire en enlrant dans la
point, Monsieur, vous dissimuGravurt de VAN SCHUPPEN, d'ap,·es le tableciu de Philippe de Champagne.
chambre: ce Je viens de rt!celer que l'on a voulu insinuer
voir la plus belle lettre du
daos I'esprit de Sa Majesté que
monde; elle est de l'abbesse de
l'indulgence et la douceur que l'abbesse et parait tellement attaché, non a la puissance Port-Royal qui me mande qu'elle ne pent, en
la prieure onl pu lrouver en vous les ont séculiere, mais a la puissance spirituelle, que conscience, dévoiler ses novices, mais que,
peut-etre portées a oser enlreprendre de con- nous croirions notre conscience intéressée en ponr ce qui est du reste, elle m'obéira avec
respecl. »
1. Hist. des Perséc11lio11s, p. 5 el 7.
2. ~e~oriaux du Conseilde 1661., eubliés par ll. Jean
de Botshslc. Col•• de la Soc.. de I Htstoire de Fraoce.

3. Arcbi ves ele la Guerre, vol. 168, r 336. l\eproduil par ll. Jean de Boislisle. - Mémoriaux du
Co11seil, p. 2U.
... 215 ....

4. llist. des Penéculions, p. 9.

5. Hist. des Perséculions.

•

�fflSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _- - c - - - - - - - - - - - - - - - L'espérance et la joie renai,saicnl presque
dans le malheureux monastere; on ne né¡iligeait ríen toutefois pour obtenir la protection
di,foe : daos le préau du cloitre, on fil, pieds
nus, une neuvaine de processions, en portant
les saintes reliques el chautant des psaumes
propres a la nécessité présente.
A la premii\rc de ces processions, la tres
vénérable mere Angélique, alors Agée de
soixante-neuf ans, marchail en tete, pit"ds nus
comme lt's aulres et portant la croix; son
l'isage était si pale, son corps ~¡ chancelant en
dépit de la ,·igueur de l'ame. que, tout en
chanlant, les autres sreurs, la voix tremblante,
ne pouvaient en la voyant ainsi reteuir lcurs
(armes.
En entrant dans le chreur, la vieille religieuse sentit soudain ses forces la lrahir
et, comme un général au champ d'honneur,
la croix en a,ant, la mere Angéliqul', droite
et toujours ficr!', lomba sur fos dalles de
marhre. On la transporta en bate daos une
cellule, et ce fut la le cornmenc!'m!'nt de la
douloureuse maladie dont elle ne devait plus
se relever.
Dans le ronseil tenu a Fontainebleau le
7 mai, le Roi manifesta les vrais sentiments
que lui avaient inspirés la Iettre de la mere
Agnes; les dislinctions suhtiles l'irritaient,
les louangcs ne le touchaicnt point, il voulait
tout simplemenl etre obéi et pui~que la résistance des religieuses semblail s'abriter derriere l'autorité ecclésiastiquP, eh bien I que
l'on fil agir contre elle, s'il le fallait, l'autorité ecJésiastique el que, de la part du Rui,
il ful ordonné au doyen du chapitre de NutreDame qui, en l'absence de l'arcbeveque Gondi,
toujours «:n exil, représentait le pouvoir
épiscopal « d'etre présent lorsqu'on fera

ouvrir les portes du monastere pour en tirer
les no vices• ».
Le do)en de lXolre-Dame auquel fut com-

sail en ríen au marlyre. 11 aimait ses aises,
la honnc cherc, les pelits plats sucrés, et les
armoires de sa maison, succulente, bibliothc,1ues, étaient remplies de toules sortes de
confltures de divers fruits '·
En apprenant la simple mission que lui
assi¡;nait le f\oi, assister a la ruplure des
portes d'un couvent, M. de Contes Cut anéanti;
un terrible coml,at intérieur commenca a se
livrer en son ame entre sa terreur et sa conscience.
Le vendredi 1.3 mai, M. le Lieutenant Civil,
accompagué celle fois du Chevalier du Guet
et de ses archers, se présenta pour la troisieme fois a Port-Royal et réitéra les ordres
du Roi.
« Puisque, répondit la mere Agnes, le
lloi, malgrl nos priere~. pt•niste dans la
meme volo 1té, nous obéirons et renverrons
nos noviccs; &lt;¡uant a leur oler l'habit el le
voile, en tonscience, je ne le puis !
- ~Jadame, réplit(ua le Chevalicr du Guet,
prenanl a sou tour la parole, si dans vingtqnalre bcures ces fllles ne sont pas dPhors,
j'ai ordre de rompre les portes pour les
prendre. D
Au milicu des !armes de leurs compagnes,
les nouvelles religieus!'s et noviccs &lt;¡uitterent
la communauté, mais la rucre AgnPs se refu,a
toujours /t les dévetir du voile et de l'habit,
et, « par respecl pour les ordrcs du Roi »,
ou se contenta de leu r couvrir la tete d'une
écharpe.
Le doyer, du chapilre de Notre-Oame n'assista pas a cel Clode : sa cun,cience l'al'ait
emporté sur sa Lerreur el, tremblanl de lous
se~ membres au milieu de ,es armoires de
sucreries et de duuceurs, véritable héros,
ll. de Contes al'ait osé ne point obéir au f\oi '.

A"ITOl'iE AR:-IAULO.

IJ'atrts un la/:lea11 arant app:Jrttn11 .i l'atfart
ilt Port-Rorat.

muniquée cette commission était l(. de Con tes,
un bon chaRoine, honnele hom111e et homme
vertueux, mais d'une verlu douce, tcmpéréc,
saos rudesse, d'une vertu qui ne le préd1spo1. Vi•morí111~ du r.on-;cil. l'Ít,1s plus haul.
2 Lcllre d,• 'l. ,t,, l'un1rh3lcau, cilcc dans 1/i,t. de,
Per,,é&lt;'ulion,, p. i!l, note.

CA suivre.)

f~ r

1

• P arís au XV!lle #e.ele / -:
lb.
,,.,

L'exécuteur de la ha ute j ustice - le hourreau - a pour gagc di.c-huil mille livres
paran. 11 n'en tuuchait que seize m11le il y a
six ans. JI avait le droit de porlcr ses mains
1mmondes sur les denrécs publiques, pour en
prendre une purtion. On J'a dédocnmagé en
argcut.
ll u'y a eu qu'un bomme décapité a Paris
depui~ 4uarante ans cnviron. Aussi Ji: bourreau cst-il ineipérimenté daus cette fonction.
La derniere classe du peuple counait parfaitemeut sa figure; c't!sl le grand acttmr
lr.igi4ue pour la populacc gros~iere qui court
en fuule it ces affreux spcctacfos, par le seutiwenl de cette ineiplicaule curio:.ité, qui

entrainc jusqu'a la foule poli .. , quand le
crime ou le crimine) sont distingués.
Lt'S femmt's se sont porlL:es en foule au
supplicc de 0Jmiens; elles onl été les dernicréS a détourner h urs r,·gards de cette horriule scene.
Le petit peuple s'entretient fré,1uemm,·nl
de l'eléculeur, dit qu'il a tahle ouv,·rle pour
les pauues cbernlit'rs de Stint-Louis, et va
cherchn chtz lui de la grais~e de ¡,cndu; car
il vend le, cadaHes aux chirur¡;iens, ou les
garde pour lui, a son choix : le criminPI ne
peut pas se vendri: de sou 1il'ant, ainsi qu'il
fail a Londres.
flien ne distin;.tuc cet homme di' autres
citoyens, méme lorsciu'il exerce ses épourantal,les fonctions, ce qui est trt'.·s nial vu. 11
e,t frisé, poudré, galo,mé, en has de ~oie
hlancs, en escarpias, pour monter au fatal
poleau : ce qui me parail révoltant, pui,r1u 'il
devrait porler, en ces moments terribles,

I1 ISTORIA

Cu. G.\ILLY DE TAlJRI ES.

I't'mpreintc d'une lui de mort. Ne saura-t-on
jamais parler a J'ima~ination? et puisqu'il
s'a¡;it d'efl'rayer la multitud,•, ne co,m.1ilral-on jamais l'empire dtlli formes éloquentes?
L'e,térteur de cet homme de,·rait l'aunonccr.
11 esl, saos contredit, le deruier citoyeu di:
la vi lle, el lui seul esl fr 1ppé par bOll emploi
d'un opprol,rc inhérent. 11 a des valet, qui
exercenl pour cent écus le métier qu'il fait
pour six mi lle. EL il trouve des valeb !
11 marie ses filies, quand il en a, a des
bourreaux de pro,ince. Entre eux ils s'appellrnt (a l'instar des é,e'lue~) jfonsieur de
Pa,.is, .l1011,;ieur de Char/res, .',Jonsieu,· d'Orlean~. cte.
Et C/1111·lot et Berger fournissPnl aux enlrelil'ns du peuple une maticrc inépuisable.
Tels savetiers ~ave11t l'histuire des pendus et
des IJourreaux, aiusi qu'un homrue de bonne
~ociété sail l'histoire des rois de I'Europe el
de leurs ministres.
;\lERCIER.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FETE D8 LA SAUVE~IERE.
Tableau Je l' École anglaise, fin du wm sied e. p!usée Conde, Cbantilly. )

.,. ::?IÓ,...

�Le myslere de Nuremberg
Par JULES HOCHB

Vlll (suite).
Vers trois heures, la veuve Scholler, accompagnée de sa filie Lisette, descendait la
promenade qui mene a la porte du ch&amp;teau.
A une distance de quarante pas em·iron,
Liselte apercut Hauser, saos manteau, vetu
d'une redingote brune, qui rlescendait la Promenade dans le meme seos. Arrivé au bout
il prit a droite, suggérant a Lisette la pensée
qu'il se rendait chez M. de Sticbaner.
Hauser était seul, et la promeuade, déserte. (Les deux femmes oot déposé ce fait
sous serment.)
La femme du cordonnier Weigel qui remontait dans le me.me lemps la rue Thérese,
vit Hauser entrer tout seui dans le jardin
royal. De memela blanchisseuse Weiss.
La demi-heure qui s'écou la entre trois
hcures et trois heures et demie n'a donné
licu a aucun témoignage précis. 11 est avéré
seulement qu'a trois heures et demie le cuisinier Briohtelshauser el le propriétairc Conrad
Slurm apercurent Uauser courant a trarers
la cour du chateau . Le second témoin, qui ne
le reconnut pas tres bien, remarqua d'abord
qu'il anit du sang au poignet droil, et
comme il se relournait pour le suiue des
yeux, il lui parut que la main gauche aussi
était ensanglantée.
Vers la meme beure, le professPur &amp;feyer
et sa femme rentraient de promenade. lis
étaient a peine chez eux depuis quelques minutes, quand la sonnelle de la porle d'enlrée
_íut violemment agitée.
&amp;fadame &amp;lel·er alla ouvrir, et Ha user se
précipila daos la cour, le visage boule,·ersé,
ne répondaot que par gestes aux questions
alarmées de la femme du professeur.
Celle-ci courut prévenir son mari, suivie
par Hauser lui-meme. Ce dernier ne ful ras
plutot en présence de son profe\seur qu'il
éleva les bras, daos une attilude éperdue, et
de la main droite désigoa a plusi~urs repri~es
son coté gauche.
Puis, saos avoir prononcé une parole, il se
cramponna a lui et l'entraioa vers le jardín.
lis a1·aient fait cinq ceots pas environ, Hauser, du geste, indiquant toujours un endroit
plus éloigné, quand Meyer, par crainle é1·idemment, forca son éleve a rebrousser chcmin. Alors seulement llauser articula quelques mots entrecoupés, inintelligibles :
- Alié daos jardin royal... homme.. .
arec couteau ... donné bourse... poigoardé.. .
couru tant que j'ai pu ... bourse encore par
terre la-has.
A ce moment-la, &amp;leyer donna toute la me-

sure de sa cuistrer1e de pion allemand. Au
lieu de s'élanccr sur les traces du meurtrier
présumé. ou d'appeler a l'aide, ou de prodiguer uo premier soulagement au blessé dont
les forces s'épuisaient visiblement, il commenca par le mori~éner, lui reprochant d'etre
allé au jardin royal saos permission, ajoulant
méme qu',l venait de faire la une équipée
absurde et donl, selon toute apparence, il ne
se tirerait pas aussi aisément que de celle du
17 octobre 1829.
Ge trait de caractere nous parait, a distance, un des documents les plus riljouissanls
que nous aient transmis les chrooiques allemandes relatives au m1stere de Nüremberg.
Gaspard IJauser ne répondit pas, il n'en
al'ait plus la force, il se contenta de lever les
yeux au ciel et de murmurer : « Dieu... savoir. »
La-dessus, ~feyer éprouva le besoin de se
singolariser une seconde fois eo posant au
blessé a demi é1•aooui une question urgente :
- L"homme étail-il grand?
- Moyen, répondit Hauser, et il s'affaissa,
iocapable d'aller plus loin.
Meier, qui semblail teoir décidément a ce
que cette scene n'eut d'autre témoin immédiat que lui, s'ingénia a le faire revenir a lui
et le traina tant hien que mal vers sa demeure ou deux dOUJestiques furent chargés
de le monler chez lui. Taodis que ces derniers le transporlaienl sur uo canapé et lui
prodiguaient les premiers soins, Meyer se décidait enfin a aller prévenir la police.
llauser ct•pendant ne tarda pas a recouvrer
l'usage de la parole et donnait aux deux domestiques l'explication suivante de ce qui
était arri1•é :
&lt;&lt; Un bomme a~sez grand l'avait accosté
pres du palais de la cour d"appel et lui nait
demandé : &lt;&lt; Etes-vous Uauser? Vous promenez-vous quelquefois dans le jardín royal? »
et il avait répoodu : oui. Un jardinier élait
ven u a luí aussi et luí a vait proposé d'enlrer
daos le jardín pour visiter les lravaux de réparatioo du puits artésien. C'est celle derniere proposition qui l'avait décidé a se rendre au jardin.
&lt;&lt; Mais comme il n'avait lromé personne au
puits artésien, il s'était dirigé vers le monument commémoratif d'Utz (le poete) ; la se
tenait un bomme aux favoris et a la moustache noirs qui lui tendait une bourse et tout
a coup, pendaot qu'il ouvrait la bourse pour
voir - le poignardait. »
ll n'est pas iQutile de faire remarquer ici
que certains détails de cette version sont eo
contradiction avec les témoignages qui pré... 217 ...

cedent, "oire avec la version plus élendue
que Hauser formulait le lendemain devant la
commission d'enquete.
~leyer, comme nous l'avons dit, était sorti
pour prévenir la police et demander qu'on
envoyat d'urgeoce uo agent sur le théalre du
crime. En roule, il renconlra le docteur Heidenreich auquel il cria saos s'arreter de se
rendre imméJiatemeot aupres de Gaspard
Hauser. Ce dernier obéit a cette injonction
et se rencontra au chevet du blessé avec le
docleur llorlacher, médecin du tribunal local,
et le docleur Albert, médecin de la justice
royale.
L'examen médica! constata l'exislence au
!ein gauche, daos la région des premiers espaces iotercostaux, d'une blessure d'une loogueur de trois guaris de pouce, semblant
résuller d'un coup porté de haut en has et
d'arriere en avant avec un instrument pointu
et a double tranchaot. (Bien plus tard, un
ouvrier occupé a ralisser les plates-bandes
du jardín ro~al trouva dans l'herbe un couleau a manche d'ébe11e dont la de,cription
nous parait corre~pondre a l'iostrumenl visé
dans les ligues ci-dessus.)
Apres !'examen de la Llessure, l'avis des
médecins ful qu'aucun organe essentiel n'avait du etre atteint, et que pour l 'iostant la
vie du Llessé n'était point en danger. (Erreur
grossiere, uniq,1eme11t ba~ée sur ce fait que
Ilauser avait pu fournir deux courses assez
lougues a partir d u momPnl ou il avait été
frappé jusqu'au mnmPnt ou \leyer le rameoait cbez lui, - erreur que la m•irt de llauser, qui succomba a diverses lé~ioos organiques, devait anéantir moios de quatre
jours apres.)
A l'autopsie, on trou va que le ventricule
du creur, la pointe du cccur, le poumon el
l'e~lomac éla1ent plus ou moins gravement
endommagés.

IX
Pendant que Ilauser se débattait entre les
mains des médecins qui l'accaLlaieot de queslioos oiseuses. bien plus empressés a sonder
le nouwau myslere de sa bles~ure que la
blessure elle-meme, l'agPnt de police Hermano se rendait, sur l'ordre de ses chefs, au
jardin royal, avec mis~ioo de chercber la
bourse doot parlait HdUser, et d'explorer
simultanément lous les enviroos, pour le
cas ou il s'y trouverail un homme a favoris et a moustache noirs et purleur d'un
rnanteau.
L'homme désign~ par Hauser était, pa

�111STO'J{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _l _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ J
r~it-il, aussi coiffé d'uo C)liodre, et ces deux
d'ou je 1·iens. Pour évitcr
cclte peine a llauscr,
p1eces essenlielles de son costume, le manje yais vous le dire moi-mcmc d'ou
leau -~e couleur bleu foncé avec pelerine el
je viens, - le cylrodre, onl joué un grand role daos le
Je vicns de de - - _
proces d'Ansbach, le dernier proces qui rédes fronticrcs bavaroises - Au Flcuvc - sume loute l'histoire bausérieone.
Je veux mfüne vous dire cnt0re
Orce genre de manteau et de chapeau était
le nom : ll. L. O. »
alors de grande mode en Allemarrne (on
peut en voir des spécimens en gravu~e daos
Le lecleur pourra se faire une idée exacte
la Ga:.elle 1t11ú•er~elle des modes, de l'hiver de la facon dont _le billet étail ecril, en pré1~55-l,854-, Leipzig, 13aumgartncr, éditeur). seotant cette feu11Je de\'anl un miroir ou en
Rien d anormal des lors daos la déclaration la relouroant el en la lisaot a conlre-jour
de Hauser, et rien d'étonnanl non plus a ce par lransparence.
que la sentindle lleinrich Frosch, de 11arde
Apres la Mcouverte de la bourse, il deYe?ans le voisinage du Palais, ait vu pas:er ce nait plus que jamais importanl d'obtenir de
JOUr-la, ~ l'hcure iodiquée par llauser, qua- lla~ser l_ui:me~e un récit détaillé de ce qui
tre ou crnq messieurs tous velus de man- éta1t arr1ve au Jardio royal, et c'est daos ce
teaux bleus et coiffés de cylindres.
but qu'une commissioo d'coquete se transLes recherthes de l'agent de police ne res- porta au chevet du Llessé, le meme soir,
l~rent pas tout a fait ii~f'ruclueuses. Au pied pour procéder a un premier interrog:tloire.
d un arbre, a trente-cmq pas environ du
monument d'Utz, il lrouva cilectivemeot une
X
bourse en soie violeue a doublure blanche.
A l'endroit ou il ramassa celte bourse la
Pl'emier interrogatoii-e.
neige faisail tapis et lui permit de remarq~er
Trrs
courl,
ce premier iolerrorratoire. La
u?e ,double trace de pas, paraissant appartecornmission
judiciaire
ne pul to~l d'abord
rur a une seule el meme personne el se dirigeant ver~ la ville; mais il n'en vit poinl, Lirer de llauser que quelques paroles entreaf6rma-t-il, conduisant du puits artésien au coupées melées d'iodications excessiYemeot
monument d'Utz. (Dépositioo qui vient en- vagues.
&lt;e fardio royal, pres d'Utz, bomme grand,
core a l'encontre des points essentiels de la
déclaralion de llauser.)
~avor1s el moustache ooirs, plus vieux que
La bourse Cut ouverte par la direction de Jeune, porteur d'un mantea u.... »
~l comme oo le priait de s'expliquer plus
p~lice et on y trouva un billet plié en quatre
triangles, complication géométrique a pro- cla1remeot :
&lt;e Peux pas dire au juste; je me suis sauvé
pos ~e laquelle la femme du professeur ~feyer
a fa1t, sous sermeot, la déclaralion sui- aussitilt apres avoir recu le coup, - on trouvante :
vera une bourse a l'eodroit en question. »
D. - Vous avez déclaré yue cela s'est
« Quand la bourse fut apportée et ouverte
passé au jardin royal. A qudle heure?
devant nous, et C[U ·on en eut Liré le billet
R. - Apres trois heures.
j'ai. élé effmyée, ~Jrce que j'ai remarqué
D. - Qu'est-ce qui vous a done inspiré
auss1tilt que ce pap1er était plié absolumeot
de la meme facoo dont Hauser avait cou- l'idPe d'aller au jardin royal?
n. - Quelqu'un m'y avait donoé reodez~ume_ d_e plier ses lellres .... J'ai communiqué
1mmed1atement cette observation a moo mari vous.
D. - Que! étail l'endroit assigné a ce renqui ,en ~t. resté égalerneot frappé. »
• e_ esl eVIdemmeot la une forte présomplioo dez-vous?
R. - Au has de l'escalier qui mene au
a aJouter a celles qui oous permeltenl de
coosidérer tous ces détails comme autant palais de la cour d'appel.
d'accessoires préparés a l'annre par le mo- 1 D. - Quelle heuri: vous avait-oo fixée?
oomaoe llauser pour eocadrer dirrnemeot Ja ., R·. - Entre trois et quatre heures; mais
scene finale par laquelle il avait° décidé de J ava1s rencontré l'bomme a neur heures du
courooner le romao de sa vie.
rnatio au momeot ou ji: me reodais a la cour
Aulre indice non moins important : Hau- d'appel (Hauser faisait alors des écrilures au
ser était gaucher, el l'écrilure du billet est grelfe).
D. - En quels termes vous avait-il donoé
une écriture déguisée, tracée de la main
gauche, a rebours, c'est-a-dire de droile a ce rendez-vous?
R. - Alleodez un peu, je souffre... a la
gauche comme l'écriture arabe. Le billet est
d'~i_lleurs ,écrit ~u c:ay~n, et ~leyer, parait-il, poitrine ....
a~a1t eu _I occas100 Jadis de surprendre plu- · Celle ~la in Le. du blessé fil suspendre J'inlerrogato!re qm ne pul etre repris ce jour-la,
:.ieurs fm s son éleve a s' exercer au crayon
a une écriture arebours.
'
' parce qu un commencement de délire semVoici du ~este, en écrilure redressée, le blait s'etre lout a coup déclaré chez ílauser
c~oteou du b1llet, aYec la dispositioo aulhen- celui-ci ne reconnaissaot pas le pasteu;
t1que de ses lignes arraogécs comme une Fuhrmanu.
strophe de vers :
1

11

• Hauscr ponna vous contcr
avcc beaucoup de précision
quels sonl mes debors, el

Deuxieme inte1·rogatofre.

Le leodemain, a oeuf bPures du matio
les médecins ayaot déclaré l'étal du blessé
"''

2 18 ...

assez salisíaisant, et celui-ci jouissant de
toutes ses facultés, la commission judiciaire
procéda a un nouvel interrorratoire doot oous
doooons ci-dessous les point~ esseoliels :
D. - Pouvez-vous nous décrire l'bomme
qui rnus a,ait donné rendez-vous au jardín
ropl?
11. - 11 éLait de Laille moyenne d'aae
•
'
o
mur, et porlail une mouslache bloode. 11
était vetu d'une sorte de blouse, comme un
ouvrier. 11 avait une casquette aussi.
D. - A quelle heure l'avez-vous rencontré le matin?
n.. - A neuf heures moios un quart. 11
~ne
&lt;e Je dois vous saluer de la part du
J~rdm1er en chef du palais, et vous dire que
s1 vous voulez vous rtndre vers trois heures
au jardio, on vous mootrera les Lravaux du
puits artés!en. &gt;&gt; EL j'ai répoodu que j'irais.
La-dessus 11 esl parti sans rieo ajouter.
D. - Qut-l chemio prites-,·ous ro quittant le pasteur Fuhrmaon?
_R. - (llauser indique le chemin et poursu19 : Arrivé a_u jardio, je me dirigeai Loul
dro1t l'e~s le p~1ts artésieo et o'y trouvai personoe; Je conlmuai rna route jusqu'au monument d'Ulz. A l'e11droit ou sont les deux
bornes, pres d'un huissoo fourré, cet homme
me teo~it une bourse, et au momenl ou je
la preoa1s, me porta un coup au coté.
D. - Qu'eotendez-vous par cel homme?
11. - L'homme qui m'a dooné la bourse.
lJ. - De que! inslrument se servit-il pour
vous donoer le coup?
R. - 11 m'a serublé que c'était un lona0
stylel.
D. - Pouvez-vous nous faire la descripLion de cet homme?
, R. - ~l semb!ait un peu plus grand que
I aulre et il porta1l des favoris et une moustache ooirs.
D. - Satailleetsonage?
R. - Sa ~aille ét~il plus grande que la
~oyenoe; et d pouva1t avoir de cioquanle a
crnquante-quatre aos.
D. - Vous a-L-il parlé?
R, - ll m'a dit : « Je vous fais cadeau
d~ celle bourse'. &gt;&gt; et au momeot ou je 1·oula1s la prendre 11 m'a porté le coup.
D. - Comment était-il 1 etu?
H. - II avait un maoteau muni d'une
grande pelerine qui lui retombait sur les
manches, et un chapeau ooir de forme cylindrique.
O. - Que fites-vous apres avoir re~u le
coup?
IL - Je courus de toules mes forct!s vers
la maisoo, et saos me retourner de sorle
que j' ignore ce qu'a fait l'homn,e ~u suite el
daos quelle direclioo il est parti.
Quelques queslions peu importantes furenl
posées eocore par la commi~sioo, puis l'inlerrogatoire prit fin, Hauser s'étant de oouveau plaint d'uge faiblesse.

?'~ :

1

Troisieme et dernier inten·ogatoire.

i)ans ','?ntourage . immédiat de Gaspard
Hauser, l etrange at11tude de ce dernier les
contradictions relevées daos ses propre.' dé-

LE
claratioos commeo~aieot a soulever des perplexités difficiles a cornbaltre, mais persoooe
ne s'apercevait ou ne voulait s'apercevoir
qu'on était peut-etre tout simplemeol en préseooe d'uo monomane qui, atleiot du délire
de la perséculion, venait d'atteoter a ses
jours pour la seconde ou la troisierne fois.
Les sceptiques du geore de lfe1er élaieol
tout juste asscz clairvoyaots pour voir daos
la mystérieuse affaire du jardio royal « une
équipée doot les suites seraient saos doute
plus fuoestes a Hauser que ne l'avail été celle
du 17 octobre ».
Aussi, le l 7 décembre, a ooze heures du
matin, la commissioo judiciaire, saos s'apercevoir qu'elle étail en préseoce d'un moribood, adjura llauser de dire toute la t•érilé
et procéda a un oouvel mterrogatoire :
D. - Vous avez dit que l'homme qui
vous avait fixé le reodez-Yous au jardio rolal
avait été rencontré par vous samedi passé, a
neuf heures moins un quart. Ne l'aviez-l'ous
ja.mais \11 auparavant?
R. - Non, j'ai pensé que c'était un ou1Tier employé au jardin. 11 serait peut-etre
bon de demander au jardioier en cheí s'il n'a
pas vu un ouvrier semblable avec une moustacbe ooirc épaisse.
D. - Vous avez dit hier que la mousLacbe de cet homme était bloode.
H. - C'est une erreur du proces-verbal,
j'ai dit tres clairemeot qu'il avait une moustache bruoe, tira11t sur le ooir. N'oubliez pas
de rectifier cela; c'est une erreur qui m'a
échappé au momeot de la lecture (la déposilioo de la veille avail été lue a Hauser, puis
approuvée et signée par luí), saos quoi je
vous en eusse fait la remarque immédiatement.
D. - Avez-vous rencontré quelqu'un en
allaol au jardin ou en fuyaot, apres que l'assassio vous eut blessé?
R. - :Xoo, du moios je o'ai remarqué
personne. Quand meme j'aurais rencontré du
monde, une fois le coup recu, la terreur
m'eut empeché de recoonaitre qui que ce
ful. Je o'ignore pas que bien des gens préteodeot m'avoir rencontré hors du jardín,
mais je o'ai vu personoe.
. D. - Vous avez dit qu'en arrivaot au jardrn vous \'0us eles reodu d'abord au puits
artésien, mais que o'y ayant trouvé persoooe,
vous l'0US eles immédiatemeot dirigé ver$ le
roonumeot dTtz. Qu'est-ce qui vous déterminait a un changemeol d'itioéraire aussi
complet, apres avoir accepté un rendez-vous
au pui ls artésien?
R. - C'étail ma promenade habituelle.
IJ, - Aviez-vous parlé a quelqu'uo de ce
rendez-vous?
R. - Je u'eo ai parlé a qui que ce soit
au monde. Peu de temps auparavant on m'avait donoé un rendez-vous semblable: c'était
le jour du premier bal cbez M. le commissaire général, mais le temps m'avail paru
trop malll'ais ce jour-la. J'en ai parlé alors a
madame Ilikel qui pourra vous le dire si elle
¡,'en souvieot eocore. (Ceci était uai, comme
nous l'avons vu au chapitre précédeot.)

D. - Qui est-ce qui vous avait clonné
rendez-vous cette fois-la?
R. - Le meme homme qui m'a fait l'iovitatioo samedi. C'est précisément pour cela
que j'étais persuadé que c'était un ouvrier du
jardinier et que je n'eo ai plus parlé a personne.
D. - Quand el ou vous fil-il cetle premiare invitalioo?
R. - A huit heures et demie ou un peu
plus tard, a la meme place que le samedi.
D. - Et avec quels termes vous abordat-il?
n. - Avec les memes termes que samedi; et il formula son invitation absolument de la meme faeon.
D. - Vous avez parlé d'uoe bourse que
vous aurait offerte l'homme qui vous a poignardé; pouvez-vous décrire cette bourse?
R. - Oui, certes, une bourse vide a ce
qu'il m'a paru au toucher, car il me préseota
tout juste le colé ou se tireot les cordoos.
Mais je ne sais trop comment elle étail faite,
car je l'ai laissé tomber aussilol que je me
sentis blessé. J'ai dit a M. ~1eyer qu'oo envoyat quelqu'un sur les lieux pour la chercher.
D. - La reconoaitriez-vous si oo vous la
montrait?
R. - Non, c'est lout juste si je crois me
rappeler que les cordons en étaieot bleus.
(On mootre a Hauser la bourse trouvée au
jardín par le policier lleulein.)
D. - Que diles-vous de celle bourse?
R. - D'apres les cordoos, je serais disposé a croire que c'est elle. L'autre pourtanl
m'avait paru plus grande, - mais le temps
était sombre et froid.

JHYSTE'JfE DE Nwt'EMB'E'J{G - -~

mano, el je l'ai laissé a la maison, de peur
de le salir avec la colle. Je le ménage en géoéral parce qu'il e~t beau.
D. - Comment awz-,·ous pu, apres ce qui
s'étail passé a;\üremberg, commenl avez-vous
pu vous risquer a accepler un rendez-vous
d'uo inconou daos un eodroit aussi désert?
R. - Je pensais qu'on n'atteolerail plus
a ma vie, puisque mainteoaot j'ai un second
pere en quelque sorle.
Comme on le ,·oit, en somme, ce deroier
interrogatoire qui oous parait (comme les
deux aulres d'ailleurs) ressasser &lt;les questioos oiseuses, ne devaitjeter aucune lumierc
nouvelle sur le rnyslérieux évéoement. Hauser allait mourir et emporter avec lui le secrel inexpugnable de son origine et de ses
destioées.

XI

Déjl1, dans l'apres-midi du f6 décembre,
une teiote étrange avait eovahi le visage du
blessé qui respirait difficilement et se plaigoait d'une assez vive douleur daos le coté
gauche. llauser avait néaomoins gardé sa
boooe humeur. U causa assez looguemeot
avec Fuhrmaon, affirma qu'il se seotail mieux
et parut heureux d'entendre dire a son pasteur qu 'il repreodrait les travaux de cartoonage sitot qu'il serait rétabli.
Mais le lendernaio mardi (seloo une déposition excessil'ement importante de la gardernalade Caroline Lorenz) le blessé commenca
a délirer des l'approche du soir. Entre aulre~
phrases mystériemes qui reveoaient souveot
11 ses levres, la femme Lorenz aífirme sous
sermenl avoir entendu celui-ci dire : ce 011
ne peut pas Jire ce qui est écrit au crayoo. &gt;&gt;
(On se rappelle que le billel conlenu daos la
bourse bleue était écrit au crayon.)
De rneme il aurait dit ce soir-la ala femme
Ritzioger : &lt;e J'ai eocore beaucoup de choses
a écrire aujourd'hui, rnais tout au crason. »
(Déposition faite sous sermeot.)
Le meme soir, a six heur es, son état empirai t encore, car le docteur llorlacher dre~sail le bulletin suivaot : &lt;C Peau du visagc
íroide, lrails creusés, exlrérnités froides couvertes de sueur froide, respiralioo tres
courte, pouls nul, tous les symplomes d'uoe
mort procbaine. 1&gt; C'est pourtant ce mouraot
que la commissioo d'enquete lourmeotait
encore quelques heures auparavaot avec son
questionnaire naif et tout a fait ioefficace.
Le fils du concierge de la maisoo ~leyer,
a1ant appris que l'état du blessé devenait
grave, monta dans la chambre de Hauser ou
il lrouva la garde-malade seule a son chevet.
ll s'approcba de lui pour relever un peu
l'oreiller sous sa tete, mais a ce momenl, le
CiASPA.RO HA¡;SER.
blessé se dressa avec effort sur son séaot,
D'aprés la gravure.ú C.-V, SCHELLHORll,
éi:arta le jeune homme, et les yeux grands
ouverts, fixés daos le vide, les bras étendus
D. - C'esl pourtant par ce mauvais temps s ecr1a : « Oh! moo Dieu, etre forcé de déque vous eles sorti vous promeoer daos le camper (abkralzen 1) aiosi, daos la honte et
jardin saos maoteau. Pourquoi cela?
le méprisl »
R. - J'étais sorti pour aller faire un ou1. o ... So abkratzen müssen in schimpf und
vrage de carloooage chez M. le pasl!m-r Fuhr- schandc .... •
...,, 219 ...

�1f1STO'Jt1.ll

-----:---;-------=----___:_--------~

Vers sepl heures un commcnccment d'as- chantes gens m'onl délourné du droit cbephyx!e se .d~dara, el le docleur lleydenrcicb mi_n, m~is ... re,·enu sur le droit chemin. J'y 1O heures, des suites de la blessure que lui
fut ~m~d~atement appelé. Tandis que ce su1s marnlenan1 ... 11 ne me reste que quel- fil le 14 décembre un assassin re~lé inconnu.
Victime infortunée d'une monslrueuse inhudermer a1dc du fils du concierge soulevait le ques heures probablement a pa~ser daos ce
manité,
il a la clef maintenant des éni"mes
busle du l,lessé, llauscr murmura a Ieurs monde.... Mcrci encore une fois .... 011 est
allachées
a son triste séjour parmi ;ous.
or?i~les : « ~romettcz-moi que ,ous voulez votre rpouse?
Dan~
les_
splendeurs
d'un prinlemps éternel,
~ ~1der, » s 1maginanl peul-elre, dans son
- Dans l'autre cbamLre.
le D1eu Juste luí rendra sans doute toul ce
delire, qu'on cherchail plutol a ha.ter sa fin
- Eiprimez-lui .. . a elle aussi ... ma re- dont il fut sevré, les joies ravies a son enqu'a luí sauver la vie.
con_naissance pour toul ce qu 'elle a fait pour fance, la force enlerrée de sa jcunesse tous
Quelques personnes amies furent alors ad- mo1 .
les bienfails abolís d'une vie qui ne ;'était
mises au chcvet du moribond. Hauser ne les
Le lieulenanl Hikcl s'approchail mainle- o~verte aux nolions de l'humanilé que depuis
reconnaissail que par intenalles.
nant du lit :
cmq ans.
A~ p~steur Fubrmann qui, apres I'avoir
- Me reconnais-lu, llauser?
Paix a ses cendres!
salue allectueus1·ment et s'etre enquis de son
- Eh! oui, mon~ieur le lieulenanl.
élal, lui demandait s'il voulail prier, il réXürembl-rg. le 18 décembre 11133.
- l'fas-lu ríen a me dire pour M. Je
pondit:
comte? (Stanhope.)
Bi~orn, premier Lourgmeslre.
- Je ne peu1 pas prier, - je suis si fati-. Pour Al. le_ comte ... beaucoup de regué!. .. mes pensées m'écbappent conlinuel- merc1ements auss1 ............ .
\'oila done l'assassioal de Hauser rendu
lemenl.
. . . Luí aussi duil rester sur le droit che- officit•l, imprimé en loules lettres, jeté en
La-dessus le pasteur fil une priere a ,·oi1 min ... pour que les erreurs ... donl il n'esl paturc a Loutes les imaginations d'Allemagne
ha~te, écoutée par Bauser qui répéla « Amen » pas non plus !out a fait exempl. .. ne l'en- et d'Europe. i\ous allons l'Oir maintenant
pu1s_ ~•cndormil. Mais il se réveilla presque trainenl pas .... 1
comment ce premier noyau va enaendrer la
auss1tol pour demander a boire. Alors Fuhr... . 11 fait beau~oup _de bien ... par Se$ gé- légende toutlue a lr~vers les frondai~ons de
mann revinl a la charge :
néros1tés .... 11 m a fa1t beaucoup de bien ... la11uelle nous avoos cu lant de peine a suivre
- Eh bien! mon cber llauscr, comment amoi aussi cela luí sera compté ... dans l'au- les étapes réelles de la courte carriere fourvous sen tez-vous? Votre conscience ~t-elle tre monde... ou il faudrail désespérer du nie par le mystérieu1 météore de Nürembien tranquille? Ríen ne vous oppres~e-l-il ciel. (üne pau~e.)
berg.
dont vous éprouviez le b~oin de vous souEn moios de huit jours, les fleurs de rhé- lmpossible ... arracher .•. damnalion .. .
lager?
lorique du b_ourgmei.tre allemand vonl pousmonstre ... plus fort que moi ..... ..
- Pourquoi ma conscience ne serait-elle
......... Quand vous vor1·z que... quelqu'un ... ser de formidables racines d'ou jaillironl a
pas lranquille? répondil Hauser. J'ai de- s ecarte du bon cbemrn ... saisissez-le... im- leur tour les floraisons les plus inallendues .
mand~ pardon a loules les personnes que je médiatement par ... les cheveux... pour le
conna1S. Le bon Dieu ne m'abandonnera lirer en arriere ... a lemps ....
cerles pas.
... Combat d1fficile ... d'o11 Loul le monde
ÉPILOGUE
- Non certes, il ne vous abandoonera ne peut sortir victorieu1.
pas; !I_ se réjouira au contraire de l'e;.prit de
(Longue pause. La l"OÍI de Hauser s'éteint
La premiere de toutes les mystifications
conlr111on que vous maniíestez. Mais je dois de plus en plus, entrecoupée de 'rales .... On
dont
le mystere de ~üremherg allail elre
vous faire remarquer, en ce moment solco- ne le comprend plus que diíficilemenl.)
!'origine pril naissance sur la tombe meme
oel, que Dieu nc,us recommande aussi de
- ... Fatigué ... tres Ídtigué... tous mes de l'infortuné Gaspard llauser.
pardonnrr a nos semblables les offeoses qu 'ils mi&gt;mbres devienoent. .. lrop lourds.
~lui-~! avai,t été enterré en grande pompe
oous onl faites. ~·avez-l'Ous rien a pardooFurhmann : - Pcre tout-puissant ta vo- a_u c11net,_er~ d .\nsbacb, en présefll•.e de plune~ a personne? i\'y a-l-il personne contre lonté soit faite ....
s1eurs mtlhers de curieux qui, aprcs avoir
qui vous a)ez gardé un ressenlimenl au
Hauser : - Et non ... la mienne.
écoulé religieusement le sermoo du pasteur
C&lt;Cur?
Fuhrma11n : - Qui a prié en ces termes? fu~hm_ann, pricrenl, 1·bantcrent et pleurer('llt
- Pourquoi done en aurais-je gardé conlla11ser : - Le Sauveur?
a I enn autuur de la fosse entr'ouverte. Cela
lre quel,¡u 'un puisque ... persoone ... ne m'a
Fuhrmann : - Quand?
se passait le 20 décembre.
rien ... fait.
llauser: - Al"anl de mourir....
Le 21, la commissi11n judiciaire char"ée de
Vers neuf beures, ce fut le tour du prol.)uel,¡ues minutes plus lard on n'enlendait diriger l'enquele ordonnée a nouvea~ sur
fesseur ~foyer, ,¡ui L,mail décidémenl aobtcnir plus que ces mots 1¡ue IP. moribond semblait
l'a~lenlal du. 14 apprenait avec stupeur
~u 1:°º~rant quelques aveux au sujet de son prononrer en reve :
qu une lenlat11·e aiant pour but d'exhumer
equipee.
- Fatigué... horriblement fatigué ... me llau,er rnnait d'étre faite daos la nuit rneme:
- Mon cber Hauser, n'awz!vous ríen a reste ... encore ... grand l'Opge ... a faire.
la femme du fossolrnr Weiss l'avait affirmé
me dire? \'olons, regardez-moi bien franA dix hi-ures moins un quart llauser ne
cbemenl en face .... Yous sal"ez que je ne reconnaissait plus personne et ne répondail cbez son boucher daos la malinée. De meme
le ~ardien
nuil Muller avait déclaré qu'il
vous veux que du bien.
plus a aucu1~e question. Sur le coup de dix ava1l ,·u tro1s personnes escalader les murs
- Oh! beaucoup ... j'aurais beaucoup de hcures, le VJsage lourné vers la muraille el
c~oses a vous d,re ... mais je ne pe111 pas comme endormi en apparence, il expira dou- du cimetiere, lesquelles s'étaicnt enfuies a
d,re.... Bcaucoup de rcconnaissance (luí teo- 1:l'menl, e~ rendí~ l_'ame en un long et pro- son approche.
Ces íaits furent non seulement démenti~
daot la main) pour vos ... e1cellentes leeons ... food soup1r de res1gnation, peut-elre de reorp1·i1·ll_emenl
!e lendemain par le fossoyeur
el conseils. Je nr. puis... dire ... combien je grel.
\Vorrlern, ma1s la police lit suneiller le
vous suis ... redevable.
L~ pl_upart des jnurnau1 allemands qui
Visiblem ..nt, le mourant s'épuisail de plus para1ssa11·nl le lendemain conlenaient l'eotre- cimetiere peudant plusieurs nuits el s'assura
ai~,¡ que la tcntative d'exbumation apparteen plus. 11 reprit apres une courte pause :
Jilet suivant :
na1t au domame de la fable.
- Il y a beaucoup ... de gens ... qui se
Les journau1 cept&gt;ndanl ne larissaienl plu
Nolice nécrologique.
l~issent _Piulo~--:, ~ller ... au mal~.. qu'au
sur les particularilés fantasliques de la mort
b1e?. Mm auss,, J a1 été entrainé par le mal;
Kaspar Hauser,' mon 1her pupille, n'est
ma1s ..; revenu sur le ?roit cbemin. 11 y a plus. 11 esl morl a Ansbacb bier soir a de Hauser.
Une fPuille théatrale, entre autres, publia
de mechan tes gens qUt ... vous conduisent
..
1.
llauser
semble
n•a;,oir
pa
pardonner
au
comle
le
lendemain de sa morl une lonn-ue lettre
sur la roule du 111al; moi aussi ... de méd ,·tre sur la fin Jcvenu sceplique i son endroit.
signée d'un certaio docteur llarlmaon el

""'

d:

"" 220 ""

t

•

L'E MYSTE'T{'E D'E NUJ{EMB'E'T{G

011 ce dt·rnit&gt;r commuuiquait au public d'élranges conlidences ucucillie, de la bouche
du morihond lui-meme.
L'enqucle démontra malbeurrusement que
le soi-disanl Ilarlmann n 'étail autre que le
dramalurge Adolpbe llauerle, dt\ \'icnne, qui,
pour iotéresser s,·s h·cleurs, al'ail rru devoir
résumer dans w murceau de haute litlérature les no111l1rt&gt;u1 canards que le m1stcre
faisait journellement éclore daos la presse.
Le comte StauhopP, d~ lon¡;temps rerenu
,le ses illu~ions sur Gaspard Uauser, était
alors en .\ngleterre. Convoqué par les soins
du minislcre de la justice, il dut ,e rendre
plusieurs fois a Municb alin de dépo~er sur
ses relations a,·ec llau~1·r, et comme ses
témoignage, n'étaient pas toul il íait conformes au m~ the ra,·ori du naif populaire, ll·s
parlisans du martyr llauser finircnl par rrpandre le Lruit absurde que le comte s'étail
défail lui-mcme de son fils adoplií pour mcltre fin aux dépc·nses occasionnécs par son
entretirn.
Cela n'empe, ha pas que lord Stanbope,
s'inspirant d1i l'opinion de la minorilé inlelligente qui préférail s'ab~Lenir de se prononcer sur la mort de llau~er, fit ériger sur sa
tombe une slele porlant cette inscription :

me

JACET
G-ASPARLS 11.\CSER
.il\lGIIA.
SUI TEIIPORIS
IG:'iOT\ :\A1 IVIT.\S
OC:ClLH IIORS 1 •

MllCt:CXXXI 11.

u.'s hour¡;eois d'.\nsbacl,, parmi lesquels
la légende hausérienne comptail le plus de
parlit,ans, tromi·rent lout ensemble le monument et l'épilaphe insuífis:mts.
Aussi érigercnt-ils, plus tard, au jardín
royal, un monument íunéraire dédié a la
mémoire de la victim~ de l'allenlat du U décembre.
Ce monument (qui existe encore, a la
place ou llau~er aurait été assa,siné) est de
st1le gothique, en gres.
11 porte l'inscription suivante :
lllC
OCCULTl'S
OCCll 10
OCC1'lS hf

XIY.DEC.
\lOCCC\XXIII
Sur ce.., entrefaites, la justice, qui conti-

nuait fort activemenl a rechercber J'assas~in
introuv.11,le, ne tardail pas a se trouver en
présence d'uoe foule d'iunocents, ,·ictimes de
déooncialions anooymes ou que des coincideoc~ fortuihis signalaient au zi:le exagéré
de la poli,·e. Ce 11ui devail arrirnr en France
aprcs J'atlentat de Fiesthi, ce qui se passe
toules les fois qu'un crime m}·stérieu1 passionne vivement les esprit,, se passa alors m
Allernagne. La justice perdit la tete; on fit
perquisilioos sur perquisilioos, arrestations
sur arrt·~talions, pour n'ahoulir, comme de
justt•, ;1 aucun rbullal.
Au dire des journaux du temps, les soupcons s'égarerent succcssil'ement sur un commercaot de Bohcme, sur un acleur de Wurzbourg, sur un soldat de Stullgard, sur un
lithographe d'Asherg, etc ....
Le Figaro, lui-meme, prolita de l'occasion
pour lancer son petit canard, se coott-ntanl,
luí, de dévoiler le secret de la naissance de
llauser :
a On ,ient cnlln de découvrir en Allt&gt;magoe la haute naissance de l'infortuné Gaspard llauser. 11 est fils naturel recc,11,m du
c;arét-itch Co1uta11tin, mort du cboléra en
1831. Un paqut•l cacbeté, déposé chez le notaire Weslhausen a llamberg, a révélé ce secret si loogtem¡,s el si bien gardé. On ne i:ait
a quoi attribuer l'assassinal dont i1 vient
d'elre victime. j
(Numéro du :;o janl"ier 1854.)
Ce qui ne contribua pas peu a élargir le
rercle des faus5es pi~tes 011 s'égarait J'enquete, c'est une pro..lamation du roi Louis
de Ba,iere, datée du 5 janvier 1834, promellant une prime de dit mille gulden (une
vingtaine de mi lle francs, ) a celui qui fournfrait a la justire un re11sei911emenl de
nalure a /aire dérou1•rir el punir fas~assi11 ou 1111 des a~sa.~si11s de llauser.
L'appal d1·s fa mille gulden piqua non
seulement le zele des dénonciateurs, mais
aussi celui des déchiffreurs de rébus r¡ui continuaient ?t décounir pour le compte de íeu
llamer des peres illustres, el qui afficbaient,
eux aussi (leurs lellrl's en font foi), des prélentions a la réc·ompe11se rople.
Une des hyputhi!,.cs les plus curieuses qui
~e donnerent carriere en ce temps, est celle
que nous lrouvons exposée daos une lellre
d'un nommé Louis Dikme1er, adressée au
comtc Stanbope. Selon J'auleur de celle lcltre, Ga,pard Hauser serait l'enfanl qu'on
1. ki ft'po,r. Ga•par,I llau,er, r,:ni~mc dr "&lt;&gt;n
ll•m¡&gt;&lt;. morl J'une morl inrnnnur. commr. sa nai~
sanee.

- -....

donna pour le .fils de Napoléon !••, celui qui
íut haptisé roi de Rome et qui de\'::Üt hérit, r
du lrone de France. Voici commenl l'autcur
de la lellre explir¡ue la possibilill~ du cas.
On sait, dit-il, qne le Yreu de :Xapolron
élail que le premier-né de Marie-Loui,e í1it
un enfaot mule el qu'il ful proclamé roi de
Home et héritier du trone. Or il se pourrait
que l'impératricc tul mis au monde un eníant du sexe féminin, auquel elle aurait fait
rnbstiluer dans ce cas un eníant male. Mai,
l'abdication de l'emptreur, la séparation des
deux épout, le dl1part de l'impératrice pour
Parme ou Schonhrunn, 011 elle allait füer sa
ré!;idence, lous les événements enfin qui rendaient la subslitution désormais inutile l'l
allaient, au conlraire, a l'encontrc des pn~
férences intimes de l'lmpératrirc, impos1•r
au duché de Parme un prince de race írancaise, pouvnient aYoir poussé e&lt;•lle-ci a modifiPr !'ncore une fois ses plan,, a éloignl•r
d'clle l'enfnnt qu'elle avail fait reconnaitre
pour son fils rl qui avait trois . aos a peine
(l\ige que dcvait avoir llauser a celle époque) el a lui subslituer un prince de sang
italien, celui qui devait mourir plus tard 11
Scbonbrunn.
Cet exemple, choi5i entre ·cent, doit suffirc
a donner au ll•rteur une idée des ll1gende,;
que cbaquc jour faisait pousscr autour du
m1stcrc eníoui dans la tom be d'Ambach.
légendcs tenaces que les ouvrages drs critiques modernes allemands les plus consciencieux (car il y a aujourd'hui en Allemagne
toute une école de critiques anti-hausériens)
sonl a peine parvenus a dérariner.
Aussi la seule morale de l'hisloire de llauser est-elle peut-etre contenue dan- l'opinion
indulgente du profcsseur Daumer.
A quarante ans de di,tance, le célebrr
Daumer, le meme que nous a\'oos vu droguer llauser avec une feneur exlra-humaine,
prend une pose d'aruspice el, jetant un coup
d'o.'il rélrospeclif sur les deroiers momenb
de llauser, tran,met a la postérité ce jugemeot supreme, nébuleuse lleur de rhétorique
dt:posée ~ur la lombe d".\nsbacb :
« U mourut avec un mensonge, mais te
ful le mensonge d'un ange! »
Eh bien soit! Mais quand on songe que la
vie d'un bomme, dut-il dépasser ,a cenlicme
anoée, ne suffirail pas ¡,our lire les seules
erreurs imprimées t¡u'a erigendrées en Europe ce lle singuliere faeon de trépasser,
on resle confondu devant le,; proporlions
effraiantes que peut prendre le mensonge
d'un ange égaré parmi le troupcau des simples morlels.
jULES

HOCIIE.

•

�__ _____________________

,,

La courtisane de la Grande Armée

On vlcnt de rii&lt;Ltcr, en les 1llógcant de tout vcrbl1gc et en en el1gu1n1 tout inutilc Í•ITls, Ju .Mimoir,i
j1dis si f1mcux de lt bcllc ldt Sllint-Elmc, a qui ses
rcJation1 avcc nombre de chds miJitajrc:s, sous Ja R&lt;volutiond sous l'Empirc, entre. autru le. ,té.nér-.J More.a-u
et le marich,l Ncy, ont nlu le surnom justifii de CouaTIIANI! oe LA G1tANor. A ■Mi■•
11 • scmbli intirunnt de npprochtr ici, en cxtr1its,
les pasngu de ce volume ou 11 tris scduisante 1vcntuT1trc.

racontc, de fa~on alerte u ve:rvc.111&lt; Ju cnttcvuu

qu'cllu cut, adilférentsmomentsde 11 vic, •~•e N1poléon.

A Milan.

Beaucoup de personnes de ma connaissancc
se rendaient a Milan pour les fetes du 2ü mai.
J'avais toujours été en correspondance avec le
comte
italien fort
.
• Strozzi, grand sei!!lleur
o
mstru1t. Un de mes parents faisait parlie de
la députation qui avait été envoyée pour oll'rir
la couronn~ d'[talie au vainqueur de ~!arengo.
Je fus vo1r ce parent. II me facilita mon
vorage. II me donna une lettre qui, daos la
smte, me valut la faveur de la princesse Él isa,
grande-ducbesse de Toscane.

naissais d~ja. J'en re9us l'accueil le plus aimable _et 11 me demanda si je voulais de sa
protecllon pres de l'Empereur ....
Je lui répondis que je rnulais aller a Milan
pour le couronnement.
- Tres hicn, s 'écria-t-i l. Mais je veux
absolument vous présen1er a Xapoléon.
- Non, non, lui dis-je. J'ai toujours eu
~e~r de ,·otre nouvelle Majes té.... Je ne
1a1mc que dans ses bulletins de vicloirc.
Duroc ne manquail pas d'une cerlaine amahilité. Nous dimes cent folies. 11 me demanda
si j 'a vais beaucoup de connaissances aMilan ...
puis il s'offrit a me recommander aquelqu'un
qui étail fort in Ouen t.
Les gens au pouvoir ,e lrompent généraleI?enl sur les puissants elJets de leur protecllon.
Elle ne vaut jamais la recommandation
tres simple d'un nom honorable.
J'en fis a }filan la peu llatteuse expérience.
On m'y re9ut avcc politcsse, meme avcc
une politesse empresséc, mais défiante cependant.

;'l;°APOLÉOS C BEZ LA VIEILLE.

ú '.:,pris unt lilhogr.zph~ Ju C.itlntt d~s Estamfts.

Daos le lemps, j'eus l'occasion de voir le
grand marécbal du palais Duroc, que je con-

Vivant a,ec les arlistes, j'assistais a toutes
leurs fctes et ils m'eogagerent facilement a
... 222 ,..

parailre daos le prologue d'une picce de circonstance ou, sous le costume de la Reno~mée, je débitai une soi"t.antaine de mauva1s vers italiens en déposant une couronne
de laurier sur le husle de Napoléon.
En rentrant chez moi, mon étonnement ne
fut pas médiocre de lrouver un mot d'un des
pl?s intim_es, confidents de l'Empercur qui
m eag~geait a ~e rendre au palais impérial.
., Quo1que lOUJOUrs élrangrre a J'amhition,
J avoue que ce soir-la le soin de ma toilette
ne fut point saos calcul.
Arrivée au palais, je trourni un confident
de l'Empe~~ur qu\ apres quelques compliments, m_rntrodu1S1l daos un cabinel ou je
me trouva1 en présence de Napoléon.
II n'y cut d'ahord ni salut, ni compliments. ~n_fin Napoléon se leva, puis, ,·enant
vcrs moi, 11 me dit :
- Savez-vous que vous avez l'air ici d'etre
plus jcune qu'au théalre? ...
- J'cn suis heureusc, répondis-je.
- Vous é1iez tres liée avcc Jloreau ?...
- Tres lire ....
- El il a fait pour vous bien des folies.
Je ne répondis rien.
L'Empereur se rapprocha de moi C'l nous
causames avcc plus d'abandon encore il se
faisait aimable.... Toutefois, il arnit pius de
hrusquerie que de tendresse ....
11. ne fallait qu'un peu de tact pour s'apercevo1r (JUP. les femmes ne pouvaient guere
e~ercer d'empire su~ lui, qu'il était capable
d un moment de fa1blcsse, mais nullemeat
de ce~ a_uachements aveugles qui peuvcnt
devemr s1 funesles. 11 n'y eut jamais a craiadre avec lui que les trésors publics fusseot
sacrifiés a apaiser les vapeurs et a désarmer
la colere d'une favorile.
Il n'ignorait rien de ma singuliere existcnce et me demanda si j'étais atlacbée au
théatre de &amp;filan el si je comptais y rester.
Je lui répondis que mon projet était, aussitot apres_ les fetes, de voyager dans le Tyrol.
Il me Jeta un regard dont rien ne pourrail
exprimer la pénélration, en ajoutant :
- Vous eles done Allemande?
- Non, Sire, je suis née Iralieone, el j'ai
le creur francais.
_Il me ~egar?a de_ nouvea_u, resta quelques
mmutes 10déc1s, pu1s me d1t avec amabilité :
- Je m'occuperai de vous ....
Puis il disparut.
Je fus reconduite par mon introducleur el
je rentrai chez moi.
J'étais fiere et humiliée tout a la fois.
Deux jours se passcrtnl et je n'entendis
plus parler de rien.

...:..,_

LA

Les bles~ures de la ,anilt1 commen9ait'nl a
se joindre aux tourmenls de l'cnnui, quand
je rec;us la ,i~ile du grand marécbal du
pal~i,.
11 m'étonna l,raucoup plus par la magnificenre du don qu'il me lit que par l'annonce
d'une secunde audience de l'Empere11r. Je
,·oulus refm,er le pré,enl. Duroc me donna
de si l,onncs rai~ons ~ur la néccs~ité d'acccpter
que je m'y résign:1i par dévouement, en lui

retira. t;n !!l'and quarl d'beure se passa sans
que l'Emp:reur parul se souvenir qu~ j'étais
la. Tout a coup, se tournant sans qu1Uer sa
plume, il me dit :
·
Vous rnus ennuyez?
- C'esl impossible, Sire, répondis-je.
- Commenl, impossible?
- Ne suis-je pas témoin des lravaux d'un
grand bomme?... N'y a-t-il pas la quelque
intéret pour l'amour-proprc?

\VATER LOO : LA FER),IE DE HouGOHONT. -

demandanl s'1\ fallail que j' en remerciasse
l'Emp&lt;&gt;reur.
- CerlE's, me dit-il; saos cela, il \'OUS en
demanderait drs nouvelles avec humear, avec
inquiétude meme, el, dans tous les cas, il
prcndrait rntre rcfus pour une ruse ou pour
une offense. L'Empereur n'esl pas un homme
comme les autres, il mérile bien de n'etre
pas traité de mcme.
Je me rendis done le soir au palais. ~Jeme
introduction, mais attente beaucoup plus
longue.
Le grand marécbal me conduisit dans une
piece assez spacieuse qui ressemblait bien
plus a un bu rea u de ministre qu 'a un boutioi r de somerain.
L'Empereur étail occupéa signer un énorme
paquet de lellres; il ne fit que jeler un rcgard de mon coté quand j'entrai.
Le maréchal me fil signe de m'asseoir et se

CoUl{TTSAN'E DE

G~ANDE Jl~MÉE

Je songeai peu a l'étiquetlc et il n'en fut
que plus aimable.
Notre causerie intime se prolongea jusqu'a
2 beures du matin.
- \'ous ne dormez done pas? lui dis-je.
- Le moins possible .... Ce qu'on prend
au sommeil est autanl d'ajouté a la véritable
existence, me répondit-il.
Lorsque l'on parle d'un bomme aussi extraordinaire que l'Empereur, les plus miau-

T.zi'lt.JII á'Euci;Nt: C11.i.rEROS.

La-dessus, je me levai .... L'Empereur en
fil autanl et il s'approcha de moi avec beaucoup plus de tendresse que la premiere
fois.
Soudain, il regarda du coté de son hureau,
traversa la piece, sonna, el, d'une porte opposée a celle par laqudle j'étais enlrée, je ,•is
un mameluck ayant derriere lui plusieurs
hommes qui resll'renl en debors.
Je fus si étourdie de cetle apparilion que
je n'enlendis rien; les yeux du mamuluck se
fixrrenl sur moi; il rtmil un paquet a J'Empereur qui se rapprocha de son bureau, puis
il sorlit et referma la porte.
Dans mon im¡uiétude, je me mis a marcber a travers la piece el je fis comme si je
n'aperce,·ais pas J'Empereur venant doucement derriere moi; ses yeux exprimaient
bien plus l'énergie italienne que la dignité
impériale.
.... 221 ...

u

tieux souvenirs ont je ne sais quel puissanl
intéret. ...
On a fait ~rand bruit de la brusquerie de
Napoléon .... C'esl une critique de la haine.
L'Empcreur n'étail pas un gcntilbomme,
mais sa galanterie, par cela meme qu'elle
étail plus brusque, m devcnait plus flatleuse; elle plaisait parce qu'elle étail sienne.
Il ne disait poinl a une ÍC'mme qu'elle était
belle, mais il savail détailler ses avantages
avec le tact d'un artiste.
- CroyeM·ous, m'arnua-t-il fort plaisamment, qu'en vous voyant au théalrej'ai soup90nné un peu de contrebande daos volre
beaúté ....
On a débité encore que sa peau avait la
teinte el le désagrément de celle des hommes
de couleur .... Ceux qui l'ont rn de pres
comme moi pourront affirmer le contraire.
Napoléon me parul mieux Empereur que

�1 f 1 S T 0 ~ 1 . l l - - - - - - - - - - - - - - -'- ' - - - - - - - - - -

"

Consul; sa physionomie avail gagné de la noblesse el n'avait point pcrdu de sa simplicitt:.
Son rc~ard élail d'une incroyable pt:nélration,
et les belles lignes de son proíil r~ ppelaient
ce caractere césarien, si,;ne de la grandeur,
sor1e de prédestinalion de l'Empire.
Ses mains, aun1uellcs on a fait une céléhrilé, ne démcntaienl point en efTct leur
haute répulation .... J'1•n rcmarquai l'étonnanle hlanclll'ur el il m'cn remercia presque
a\·ec le sourire d'une jolie íemme. Tanl il y
a loujours daos les plus grands &lt;·aracten•s
une place en réserve pour quelque puérile
\'anité!
Je puis avouPr ici un changemcnt daos mes
opinions, que lanl d'autres éprou \'crcnl comme
moi a celle époque.
A dater de cclle entrerne, :\apoléon ne
s'offril plus a ma pensée que comme le plus
~rand homme de son temps.

Aux Tuileries.

Je n'a"ais pas vu Napoléon depuis le fameux vopge de Milan. La curiosité m'en
prit. •
L'Empereur "enait de confier a la fidélité
de la garde nationale parisicnne, subilement
ressuscitée, la filie des Césars el l't•spoir de
sa dynastie, Marie-Lnuise et le íloi de ílome.
La nste cnceinte du Carrousel ,·enail de
relentir de ces acclamatio11s brupntes donl
París ne manque jama is.
Je grJvis I'escalü•r 4ui est daos le coin
reculé de la cour des Tuileries. Ma mine était
si connue de la Gardeimpérialec¡u'il ne m'arrivait jamais d'etre repoussée par lt's militaires daos mes curiosilés. J'arrivai donr,
sans exciter la moindre attention, jusqu'a la
premi~re anlichambre.
La, je m'assis sur une banq uelle et j'allendis. J'étais sure que l'Empereur allait passer.... Je savais aussi qu'a llla ,ue, il s'a"ancerait, comme cela luí arrivail a la t·ue de
toule personne étr.ingere.
S1Jel'eusseha1 autant queje l'admirai:s, rien
n'eut élé plus facile que de le poignarder.
J'étais assi~e derricre le grand vilrage qui
longe le palier d'ou I'on apercevait une espcce
de corridor Cort ol.iscur qui conduisait derriere les appartemcnts du pavillon de Flore.
J'avais écrit sur mon memento les propos
que j'avais recueillis dans la cour du Carrousel et je tenais ce billet déplolé daos ma
main. L'Empereur parut.
- Que voulcz-vous? me dit-il. ... Que
f.iites-vous ici?
~
- Sire, répondis-je ... j'ai assisté a la
reme et j'ai écrit ce que j'ai entendu dire... .
.L'Empereur regarJait moa billet.
J'ai une si détestable écriture que je craignais bien qu'il ne. put déchifl'rer mon griffonnage.
Je tendis la main pour reprendre la note.
L'Empereur souril de son fin et délicieux
sourire, mit sa ma10 sur la mienne, puis
pril le billel et le lut....

- Tres hien, dit-il.. ..
Puis il sourit cncore et disparul.

Le placet.

Aprcs le retour de I'ile d'Elbe une a¡?italion intense régnait dans Paris. Comme tout
était a la guerre, la capitale ressemblait
pour ainsi dire /¡ un ,aste camp.
L'Empereur allait tres ,ou1ent, le matin,
visiler les fortillcations de ~lontmarlre, toujour, accompagné de Rntrand et de Jlonlholon.
On pouvait alors l'approcher assez íacilement.
Oans le conflit de hainc~, d'enthou,iasmes
et d'opinion~ divcrses qui 1·emuaienl :ilor~ la
population,j':idmira1s celle sécurilé, ccueconfiance de l'Empen•ur, úxposant sans crainle
au premier coup de poignard. J'étais curieusc
de le surprendrc dans une de ces promenadcs
téméraires. Je le guett,1i un jouÍ' et le vis
:trriH•r avec trois ou 1¡uatre ofticiers a cbernl.
Avec sa redingote et son petit chapeau, l'air
tranquille. l'reil attentif, ~:ipoléon parrourait, a six heures du matin, le faubourg
Saint-Denis.
Oeux molifs ajoutaienl 1i mon désir de le
mir : je ,oulais saisir l'oct·asion de luí présenter une supplique tcndant a me f'aire
allacher déllnitiveme11t h la maison de quclqu'une des priucesses de sa famille Je tenais
mon papier prel, et des que je I'apt!r~us, je
descendis de cbeval pour l'ahorder.
fles qu'on l'approchait, l'Empereur tendait
toujours la main pour prendre ce qu'on Iui
présentait, mouvement qui n'est peul--elre
pas autorisé par I'étiquette, mais qui, pourtanl, va bien aux souverains.
Napoléon tenait déjil mon placet el je toucbais presque sa bolle ....
- Ah!. .. c'est rnus, me dit-il. ...
11 prit le placel, le mit dans sa poche et
me dit :
- :'lous verrons cela ....
Et a pres un sourire, il s'éloigna.
Je le Yis monter le Caubourg Saint-D.-nis;
Je le suivis de loin. On ne faisail entendre
aucun cri, mais le peuple sortait des boutiques et l'attendait, rhapeau has. On se parlail nec un peu d'espoir et de tristesse.
- Ah! disait-on, le voila revcnu, mais
va-t-il rester?
L'Empcreur monta les hauteurs et parcourut les lravaux; il causait assez longuemenl et en connaisscur uec les chefs. Je
crus remarquer qu'il n'était point satisfai1.
Quoiqu'il fut encortl de honne beure, il y
avail la beaucoup de monde. Des cris partaient de tous cotés :
- \'il'e I'Empereur !
- \'he Xapoléon !
On avail foi en luí; on comptait sur cet
homme qui a,ait terrifié I'Europe et l'on
élait persuadé qu'il pou,ait encore faire de
grandes choses.
La campagnc all:iit s'ounir.

Le départ de l'EmpcM1r éta1l immirn·nt.
Tous les généraux avaienl pris la posle pour
les frontieres et j'a\'ais eu bien dt&gt;s adieux
sur le creur.
Ney s'était dirigé sur Charleroi. Quelqu'tm
m'obtint un pas~eporl et je quillai París
daos la nuil. \ey al'ait, parail-il, r1-joint
l'armée, le matin.
J'arrivai hientol sur le thé:itrr de ses nou,caux exploits. ~i Ney eut été in,truit de ma
présenct•. il m'aurait, saos nul doute, signilié
J'ordre de rctourner a Paris; aussi me tenai,jc hors de ,ue.
Je ne le re, is 4u'i1 Ligny ou il avait pris
position, &lt;'l p('u ª"ªºt la bataille du 1G juin.

Waterloo.

Depuis dcux jours on se haltail; les troupps
étaienl harcclées, mais n'étaienl poinl abatlues.
L'entbousiasme circulait encore daos les
ran~s.
,Je racontai le soir au marécbal les joyeux
propo, des soldat.s qui t3cbaienl de garantir
leurs armes contre la pluie qui tombait a
torrenls. \lalgré que l'on Cut enjuin, le temps
était déplorahle.
Cette der11iere journée fut peut--etre la plus
hrillante des innombrables et immort.-Ues
journées du prince de la Moskowa.
NeI ful cbargé du centre, sur la grande
roule.
Peu aprcs l'allaque, l'enncmi fut délogé et
notre ca1alerie de ré~ene occupa ses positions.
A cet instanl, j'apercus une íemme vetue
comme moi en homme. Elle a, ail tres imprudemment mis pied a !erre; je l'aidai a se
remellre en selle.
Elle me rapporta qu'elle arril'ait du cbaleau de Hougomont que le général Rcille
avail enle,·é au commcuccment de la journée.
- Blücher n'a pas lrenle mille bommes,
me dit-etle; si Grouchy auaque, les Francais
gagnent la balaille.
Cette fcmme me déplaisait, je ne sais pourquoi. J'eus m~me envie d'essayer contre elle
ma rnleur en comba! singulier, mais pour ne
pas céder acette tentalion, je sautai aussitót
a cbe,al el me dirigeai du coté ou se trouvail
I'Empereur.
J'étais pres de ~apoléon quand il apprit
que le maré,·bal a,a1t bi,o,1aqué, pendanl
qu'il le croyait en pleine attaque rnr Waues
pour en chasser les troupes de Blücher.
On avait détaché des éclaireurs en obscrvation du coté de Sainl-Lamberl; de la, on
attendait du reníort, rt c'était l'avant-garde
d'un corps de ;i0 000 Prussiens qui arril'ait !
ll ét.1it alors deux beures.
Sur la ligne, il n'y uail d'engagés que les
lirailleurs. En ce moment, vers la gauche, un
officier de l'Empereur pas,a; il portait l'ordre
au marécbal Ney de commem·er le fea el de
prendre la ferme de la llaie-Sainte et le ,·illage de la llaie.

~ - - - - - - - - - - - - - - - - - L.A.

Ce n'titait 'pas la consternation de la terJamais ordre ne fut plus promptemcnl ni Saure-qui-peul, et lor~que, par une l~ntati"e
reur,
mais une sorle d'bébétement, de &amp;tuplus completcment exécuté. La dil'ision an- désespérée, il ordonna a ses grcnad1ers de
péfaclion.
passer un ra,·in qu'tls comblerent de leurs
glaise ful lilléralement _foud~o~ée_. .
La montre a la marn, Je sums pendan!
trois heures cette scrne de carnage dont
notre raYalerie vint acbel'er 1,·s résultats. 11
v a,ait fuite de lous ces dél.iris anglais ,-ers
Ía route de Oruxcllcs.
La vicloire parul décidé~ el rll~ l'ét~~t par
l'impélueuse alluque de i'\e). )l:11s ,olla que
Oulo" ( par le retard inrnlontaire el fatal du
marérbal Grouch,) opere uu fune~IP relour
.nec ses ;;o.000 I;ommes de troupes fraicbes.
Nous élions perdus.
.
:\ey, voyant la ,·ictoire luí érhapper, :-e Jeta,
l'épée a la main, au milieu d'un _carré d~ la
\'ieille Garde dont les cadaH~ s enlassa1enl
aulour de luí.
- La France esl perdue ! dit-il, il faut
mourir id.
1.e peu de bravcs c¡ui r••~tni('nl deb~ut.
4ui, tous, depuis si lon~lcmps, le regarda1enl
commc le plus bra\'e, l'entraincrent avec les
dél.iris de la colonne.
(.)u'on se représentc une femme t'garée sur
un ch:unp de bataille, en proie a t~ules les
¡\.\POLi.o:-; .\ ,YArERLOO, DA',S LE CARRÍ: f'OR)IÍ: PAR l..\ GARDE.
fatigues du corps, a toutcs le, ango1sses dn
creur el l'on ne s'étonnera pas que dans
D';iprts /,1 lllhograthlt d&lt;' ltAnF.T
celle 'peinture d'un etfrop lile désastre, je ne
sois pas lidele aux. rigoureux calculs des
L'ttran"er était aux portes de París.
ca&lt;laucs, la pbysionomi1• de l'Empereur élait
mouvemenlg militaires.
Je me promenais, pcnsive, au~ Champs}la lcte se perd au ~OUl'Cnir de ces ter- effra,ante de $ang-froid.
,\~tour tt devant luí, lombaienl les plus Élrées qui, en dépit de leur nom h~perboril1les péripéties de carua:;c. Je suis 11 che\'al,
hra1·es
· son front ne sourcillail pas; il mesu- lique, ressemblaienl plus au Tarlare ~u•? l_a
le llot m'emporte el je m•~gare daos la mel~.
rait
I'
ai,ime
el semhlait de son regard d'aigle demeure des bienbeureux. Celle nU1l eta1t
J'arrirni a Furnes le 17 ... tout y exalla1t
le nom si soul'eul prononcé par la vicloire. , chcrcher encore une issue; il attendail les étran"e et terrible; le ciel, qui a\'ait été nébuleu0x toute la journée, paraissait s'i~lumi.
:\cy y resta, aprcs a,uir remporté un bril_Iant troupes de Grouch1 !
nrr, a l'horizon, de lueurs fantas11ques,
Qu'on
juge
de
l'épouva~table
ce~L1tude
avantage sur les .\nglais, malgré les renlo~ls
semblahles
a celles des ª!.\rores boréales.
qu'au
licu
d'un
renfort,
lu1_
~usa
I
aspect
qui arri,aient d1• tous &lt;'.Olés aux ennemts.
· Je me mis en 'route pour la Malmaison ou
~·esl \e) qui arracha le Jrapeau du GU• r~gi- des Prus~iens en\'eloppant pu1s mondanl nos
étail l'Empereur. A onze heures, j'étais a
lignes Mja éclaircies.
.
.
.
rnent.
G'est
alors
que
les
oífic1cr5
qui
enloura1ent
cbeval. et cing minutes apres je touchais /i la
Toul /¡ conp, on eul encore une joie : le
harricre de l'Etoile.
l'Empereur
l'entraincrent.
général Pa\11I vena1t, par un miracle de braCela ne s'appelle fuir daos aucun pays du
Je m'aperrus, en arriv~nt au pont . de
voure, de· cha~ser le.~ Pru,~iens triples en
Neuilly, que le passage éta1t encore poss~bl~
nombre. Je m'adrl'ssai a un sous-oílicier de monde.
el que le cbeu,in n'était pas coupé,. ams1
la ca,al1·rie \lichaud.
qu'on
le disait partout. On commenca1t ce- Les ordres arriv1•nt, me diL-il; il y a
pendant a barricader ce pont en y roulant,
uu t•ngagenwnt ,·ers la llaie-Sainte.
.
A la Malmaison.
sur Loute son étendue, de lourdes voilures
Tout a coup, j'enlendis de no1_1veaux cris
qu'on enlevait de dessus leurs roues el qu'on
de ,1ctoire. D~nouetles venait de chasser les
renl'ersait con(usément les unes sur les
La
seconde
aLdication
fut
enfin
arrachée
a
J&gt;rus,icns du )lont Saint-Jean. A sept heures,
autres.
~apoléon.
b fran\:ais avaient triompbé trois fois, et
J'arrivai enfin au sommet du mont qui
Ce (urent les ducs d'Otraote, Decres et de
c1•pendanl le mot de défaile circulail d&lt;-ja.
domine Nanterre, puis a la MJlmaison.
.\ huil heures, la Garde étail tombée en Vicence qui la porlerenl.
Quelqu'un de la foule dit en les \'oyant
Je pénétrai dans le _chiit~au a ~me~ une
s'iw,11or1ali,anl.
fuule
observatrice et s1lenc1euse. J enlra1 saos
passer:
Ct:u\ ,1ui ont dit c¡ue ~apoléon avail fui le
- \'oici le bourreau, le confosseur el le di(ficullé ª"ec d'autres gens daos le cabinet
champ de halaille, apres y etre resté ~pecl~de' l'Empereur ou chacun pénétrait a son
leur a l'abri du péril, ceux-la ne l'ont Jama1s geolier.
• . .
... Je revis Ney ce jour-la.. .. 11 eta1t triste, aise. Je ne dirai rien du peu de mols que
vu i1 b zuerre; il y étail exposé aux boulets.
j'échange;ii avec le maitre déch? ~e l'~uMoi qutne préte;ds pas a l'immortalilé, je abaltu.
rope. lis furent quelcooques, ma1s Je rev1_ns
~ous
causa.mes
longtemps,
puis
nous
nous
1111: tenais autaot que possible aJ'abri a\'anl la
accablét, remplie d'uoe insurmontable tr1sLagarre et j'ai olisrné de pres, avec une séparames.
.
Paris était agité, et olfra1t un aspect t.esse.
e~cdlente longue-vue, le visage de l'EmpeLa france courait ,·ers d'autres deslinée~.
reur un quart d'heure avant le terrible élrange.
lo,\ S.\I:-.;T EU\E.

IV. -

... 224 ...

•

CoUR,T1S.JtN'E D'E I..A. G~ANDc A~.Mtc ~

HISTORIA, -

Fase. ·29.

... 225 ...

15

�UN .MÉNAGE ~OYAZ. - - - .

les plus déplacées, se poursuivant

Lou1s XVI

....

.

IJISTRIBUANT DES SECOURS ACI PAUVRIS (111\'ER DE

1·88)
.

· -

Gr.:wure Je

BLAN&lt;;JJARD,

d atrts le laéleau .fllr.R~E:-.T. (Musü Je Versailles.)

l .

1.

..

AMOURS D'AUTREFOJS

....

Un
o

ménage royal
Par PAUL GAULOT

le romle de Merey, au Petit J,uxemhourg. d'un grand succcs : toulefois, il jugeait de son
Joseph II étail un prince intelligent, spiriCependant le temps approchail ou le sin- luel meme. Comme Marie-Théri:se, il suivait devoir d'apporler a ces époux mal assortis
gulier ménage royal allait en.fin se lransfor- avec allention ce qui se passait a la cour de l'appui de son expérience.
Désireux de juger les choses a,·ec impartiamer, grace a I'intervenlion du frcre de Marie- France. 11 correspondait souvenl avec sa smur
Antoinette. Sept années s'étaient écoulées el ne se genait pas pour lui adresser des con~ lité, il voulut d'abord observer avant de se
prononcer. Ce qu 'il vit a Versailles ne fut
depuis le mariage : il serail di!flcile de citer
se~ to~jours sa_ges ~l des remontrances par- guere de nature a lui donner des impressions
un autre exemple J'une pareille aliente.
fo1s séveres. Ma1s 01 les uns ni les autres ne favorables. A. l'un des premiers diners auxL'empereur Joseph ll arriva a Paris le
parais~ai~nl ~voir. produi!. l'eO'et espéré. De
28 avril f777, et, comme il voyageait inco- plus, il s expliquait mal I mcroyahle conduite quels ~I se trouv_a, il assista a un speclacle
gnito, - un incognito des moins slricls, sous du roi de France. 11 résolut done de venir peu fait pour lw donner une honne idée de
le nom de comte de Falckenstein, - il ne v?ir par lui-me~e qu~ls r~mcdes étaient pos- l'é~ucation qu'avaient re~ue les princes de la
voulut accepter aucun apparlement dans le s1bles a une pareille s1tuation. Plein de finPsse ma1son royale. En eO'et, le roi, le comte de
palais de Versailles el prit logemenl chez el dépourvu d'illusions, il n'osait se flaller Prol'ence et le comle d'Arlois, sans se soucier
de sa présence, se livrerent aux gamineries

a travers

les salons, sautanl sur les meubles, déran•
geanl toul le monde. L'empereur ne dit mol,
et affecta meme de n'arnir pas l'air de s'aperrevoir d'un te! manque de lact et de dignité.
ll obsena sa sreur et son cntourage : il ne
íut séduit ni par l'une ni par l'autre des
amies favoritC's. La betisc de la princesse de
Lamballe lui déplut autant que l'aslucieuse
rouerie de la comlesse de Polignac. Cellc-ci
s'ingénia a se faire bien ,oir, mais, vis-11-vis
d'un prince plus fin que ceux auxquels elle
avail affaire a la cour de France, le moyen
qu'elle employa était trop ~ros et dépassa le
but. Voici ce 411 ºelle avait imaginé : saisissanl
un momenl ou Joseph 11 rausail familicrement
et dans l'intimité avec sa sreur, elle fil par,enir a "arie-Antoinette une lellre dans
laquclle elle avait accumulú les louanges les
plus extremes 11 l'adresse de l'cmpereur,
témoignanl pour sa personne d'une admiralion
s:rns pareille et d'un dévouement aussi pur
que profood. La reine, qui étail évidemmenl
du complot, communiqua la letlre a son
frcre; mais celui--ei, llairant le picge, ne se
laissa point prendre a cctte admiration si
opportunémenl manifcstée, el il n'en conrut
que plus de méfiance ~ l'égard de cette intrigante.
Le jeu aussi attira son atlenlion, le jeu et
les joueurs. 11 s'apercut que la plus parfaite
bonneteté ne régnait pas daos cette société,
composée cependant de personnages de haute
lignée, et il remarqua tout particulierement
la facon peu délicate de jouer de madame de
Guéménre. 11 ne cacha ni sa désapprobalion
de tcls amusemenls, ni son mécontenlemenl
de les \'Oir ainsi pratiqués.
Mais ces objets, quelque impprtants qu'ils
fussenl, n 'élaient que le bul accessoire de son
vo¡-age. On sait qu'il se préoccupail a,·anl tout
de la situation de Louis XVI a l'égard de sa
femrne .
Comprenanl ce que dénotait de timidité,
d'inintelligence, en un mol de faiblesse morale
une telle faiblcsse physique, il se montra tres
circonspect el tres prudent. Craignanl d'effaroucher a le pamre homme » en abordant ce
sujel, il altendit que lui-meme amenat la
conversation sur ce lerrain. En cela, iJ agil
s:igemt'nl.
flans un premier enlretien confidentiel, le
roi, faisanl \a;.;uement allusion a une penst:C
commune, dédara a son beau-írcre &lt;( c1n'il
espérait d'avoir bienlol des eníanls ». L'empereur se borna a lui répondre qu'il partageait
cet espoir.
Celtedouceur, celle biem·eillance toucherent
le roi, qui, s'enbardissant peu a peu, passa
des généralités aui. conGdences plus précises.
Bientol il n'eut plus de secrets pour son heaufrere • sur son étal de mariage , . ll re,·enait
sans cesse a I son grand désir d'avoir des
enfants », el il s'élendait a sur les conséquences importantes allachées ace bonheur ».
Puis, enfln, poussant a ses extremes limites
la confiance aussi bien que la naiveté, pour
sortir d'une .itualion dont il commen~it a
sentir le ridicule, il demanda des conseils a

•

l'empereur 1 ! 11 n'étail point diíflcile de lui en
donner, et ceu1 qu'il recut ne pouvaienl etre
qu'excellents.
Joseph ll ÍUl touché de celle extraordinaire
candeur, et le jugrmenl qu'il porta sur son
beau-frere s'en ressentit. ll l'avait cru d'abord
tres borné, « plus borné qu'il ne l'étail en
C'ffel », au dire de Merey. 11 parait se rangcr
:1 l'aris de ce dernier dans la lettre qu'il écril
le 9 juin a Marie-Thércse : (( Cet homme esl
un peu faible, mais poinl imbécile; il a des
notions, il a du jugemenl, mais c'est une
apathie de corps comme d'esprit. ll fait des
convC'rsations raisonnables el il n'a aucun go1H
de s'inslruire ni curiosité : enfln le fial luJ·
n'esl pas encore ,enu, la maticre csl encore
englobe. ,,
L'empereur proflta de sa présence 11 \'ersaillcs pour continuer son role de donneur de
conseils, et il usa largement aYec )farie-Antoinelle du droil de franchise que lui permellait
sa qualilé de írere ainé. ll disccrna tres bien
les torts qu'elle a,ait de son coté, il la reprit
sur nombre de points, el toujours aveca-propos
et justesse.
Malheureusement S&lt;'S conseils n'eurcnl pas
autant de succil$ auprcs de la íemme qu'aupres du mari. Lºun de,·ail les suivre; l'autre
n'en tinl pas complc. Le pli était pris, les
mauvaises habitudes anerées; Marie-Antoinelle
remit a plus tard le soin de ~e corriger de
ses défauts. A peine I'cmpereur íut-il parti,
que la rctenue imposée par sa présence fil
place au laisser-aller le plus complet. 11 semhla qu'on eut bate de raltraper le tempsperdu.
Les folies du jeu recommencerent, et, mal-

jOSEPH

Gravure

II,

EIIIPEREGR o'ALLEYAG',"l:.

iÚ CnATELIX,

d."aP,ts

DCCREUX.

gré les inconvénients qui en résultaient, la
reine s'y livrait avec une passion chaque jour
plus grande. 3Jercy le constate avec chagrin :
« Les parties de jeu sont devenues quelquefois tumultueuses et indécenles; elles ont
l. Cotrespo11dance 1ecrete, t. lll, p. 57, 66, 69
~el~.
'
2. Cellc-la m~me qui jouail d'une f,~n suspecte.

... 22Ó ..
◄

227 ...

occasionné, de la parl de ccu1 qui tiennent la
banque, des repro('hes a qurlques íemmes
de la rour sur le pcu d'exactitude dans lt•ur
ía~on de jouer. 11 y eul un soir 1•nlre le duc
de Fronsac et la comlesse de Gramont une
scene assez vi ve en ce genre. De pareils scandales, qui ne peuvent eire ignorés, ne manquen! pas de íaire naitre bien des propos. La
reine en a senli tout l'cmbarras, etelleacruen
éviter une partie en rctournant de temps en
temps joucr chez la princesse de Guéménée 1 •
ll'ailleurs, les perles au jeu au!!mentenl; les
linanccs de la reine en sont entierement épuisées, les aneicnncs dettes par conséquenl ne
~e paient pas, et il n'y a jamais de fonds
pour des acles de bieníaisance 12 septembre 1777) 3 ».
C1• n' était pas toul, el la fli:vre du plJisir allail de pair avec la fli:vre du jeu.
~·avail-on pas imaginé, sur l'instigation du
comte d'Artois, toujours le premier aimenter
el i1 proposer les amusemenls les plus déplacés, de faire venir, vers les dix heures du
soir, sur la grande terrasse des jardins de
Versailles, des groupes de musiriens pris daos
les gardcs rrarn;aises el dans les suisses !
Entrait c¡ui voulait, el une foule énorme se
pressail sur celte lerrasse. La cohue n'effrayait
ni la reine ni les princesses, qui prenaicnt un
plaisir tres grand a circuler sans suite el
cachées sous une fa~n de déguisement parmi
tous ces gens. Le roi, toujours bonasse, y vint
deu1 ou trois fois el parut s'amuser, ce qui
consacra en quel,¡ue sorte l'usage de ces fetes
nocturnes.
On comprend les dangers que faisait courir
a la majcsté royale une telle promiscuité.
Bienlol la chose fut divulguée, et les bruits
circulercnt relatant les familiarités de la reine
avec quch¡ ue bel officier ou quelc1ue galant
soldat. Les ennemis de la cour n'eurent garde
de laisser écbapper une si honne occasion de
déverser sur les personnes roples leurs
attaques ordinaircs, el bientot des pamphll't~
tels que le Le1•er de l'au1·ore parurcnt, pretant a !'imprudente 'larie-Anloinclle le désir
de chercher des aventures dans ces réunions
si melées, el le plaisir d') donner des rendczl'Ous'.
Et daos ce momenl-la, cependant, la reine
n'était plus l'épouse méconnue et délaissée
qu'elle avait été pendan! les sept premii:rcs
années de son mariagc. Les conseils de
Joseph II anienl porté lcurs íruils, et une
intenention venue de si haut et de si loin
avait eu raison des ex.traordinaires timidités
de Louis XVI.
Marie-.\ntoinelle annonce a ~a mere la
bonnenou\·elle, elles circonstánces font (fu'elle
en éprouve plus de joie encore : a On croit la
comtesse d'Artois encore grosse. C'est un
coup d'reil assez désagréahle pour moi apres
plus de sept ans de mariage; il J aurail pour- ·
tant de l'injuslice a en montrer de l'humeur.
Je ne suis pas saos espérance; mon frere
pourra dire a ma chere maman ce qui en est.
5. /bid., l. 111. p. 113.
4. AUmoiru hútoriquu de Soularie. -IUmoiru

de madame Campa11 .

,

�UN

ROYAL.

-~et~l~/Jrzr
tllJJa11,e
.... 228 ...

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(Dessiné d'aprcs nature et gravé par J.-~. lloauu

KÉN.ltG"E ~OY.lt1.

...

Toutes ces nouvelles transmises al'impéra- ne faites pas votre devoir de ,·ous ranger
Le roi a causé avec lui sur ce chapitre avec
1
trice
contre-balan~¡enl la joie qu'elle avait selon votre époux. S'il est trop bon, cela ne
sincérité et confiance (i6 juin 1777) l&gt;.
vous excuse pas et rend vos lorls plus grands,
Bienlót Merey confirme la chose, et Marie- éprouvée de savoir sa filie enfin devenue
el
vol re avenir me fail lrPmliler .... &gt;l
Thérese, pour la premiere fois, appelle sa femme. « Je suis de plus en plus confirmée
Marie-Antoinelte se déíend en niant ses
daos
le
sentiment
que
j'
a
vais
loujours
du
filie d'un nom qu'rlle a tanl désiré lui poutorts et en se plaignanl &lt;( des conles el des
voir donner : « L'empereur est enfin arrivé
exagérations qu'on a portés a Vienne sur son
de ses élernels camps en bonne sanlé, lui
jeu »: néanmoins elle profite un pru des
écrit-elle le 5 octobre, el moi, j'embrasse tensagcs avis maternels, et Merey, comme un
drement ma chere petite femrne que j'aime
surveillant sévere, mais juste, rend meilleur
bien. »
témoignage des ía~ns d'agir de la reine,
Ma lheureusement la « cMre petile femme i&gt;
11 qui continue a se conduire tres bien avec
ne souhaitait au fond qu 'aYoir un enfanl qui
le roi, qui de son coté persiste a vivre mariassural l'ordre de succession direcle a la
talement dans le sPns le plus exact et le plus
couronne, et dont la naissance en meme
réel
( 17 jamier l 77~). n
temp~ la relevat de la situation humiliante et
Enfin la nouvelle qu'on e~pfrait loujours,
facbl!use ou on la saYait depuis de si longues
mais qu'on n'altendail plns a \'ienne, y parannées. En dehors de ce désir, son cceur
vient daos le mois d'avril. La reine est enn'éprouvait aucun amour pour le roi, celui
ceinte.
&lt;1 Que Ditm en soit loué ! écrit l'impéque le prince de Ligne appelle &lt;1 le meilleur,
ratrice,
et que ma tres chere Antoinetle ~oit
mais non le plus ragou Lant de son ro}aume ll,
afTermie dans sa situa1ion brillante, en donet les embrassements de l'époux mainlenant
nant des héritiers a la France (2 mai 17 78) ! &gt;J
lui causaient un véritable déplaisir. 11 n'est
Elle espere maintenant « un Dauphin, son
pas de moyens qu 'elle n'emplo~·at pour se
peli
L-fils i&gt;.
soustraire a la communauté complete de
Sur ce point encore une déception l'atlenl' existence. Elle allongeait le plus possible les
dait: la reine accoucha le 20 décembre d'une
séances de jeu dans la nuit pour pouvoir renfilie
qui fut appelée Marie-Tbérese comme sa
lrer seule daos ses appartements, et, quand
grand'mere,
pauvre enfant destinée aux plus
Merey voulait la rappeler asesdevoirs d'épouse.
~I.ARIE·ANTOINETTE.
cruels malheurs ....
elle inventait divers prétextes, et allait jusqu'a
Cette naissance fut néanmoins accueillie
déclarer « que le roi n'a pas de goiit de couavec
des marques ostensibles de grande joie,
caractere de ma filie. Comme elle n'est gucre
cher a deux'. »
mais
l'impératrice, qui songeait avanl tout
susceptible
de
réflexion,
la
conviclion
ne
sauAussi l'ambassadeur de Marie-Thérese étaitil désolé de voir ce ménage toujours désuni, rait non plus opérer sur son esprit, quelque a cct hérilier tant désiré, n'étail pas éloignée
et l'accord des deux volontés si impossible a docile qu'elle parait elre a vos remontrances, de retomber dans les craintes anciennes.
condure. ll s'effor~ail de ramener la reine a qui sont d'abord effacées par son gout déme- A vrai dire, elle n'avail pas plus confiance
de meilleurs sentiments par des remontrances suré pour les dissipalions et frivolités. Il n'y daos son gendre que dans sa filie.
« Je ne serais gucre fialtée si le premier
aussi respectueuses que fermes : il n'obtenait a peul-etre que quelque revers sensible qui
rien ou fort peu de chose. 11 était navré, et, l'engageat a changer de conduite, mais n'est- début du roi en sa qualité de mari, apres les
dans sa lristesse, il ne prenail plus le soin de il pas a craindre que ce changement n'arrive couches de ma filie, devait nous annoncer un
cacher al'impéralrice la vérité de la situation : trop tard pour réparer les torts que ma filie délai d'une nouvelle grossesse encore pendant
« Je commencerai par observer que mes re- conlinue a se faire par sa conduite inconsé- huil ans (28 février 1779). o
c1 Ce que roa filie me mande sur son état
présentations sur la nécessité d'etre autant quenle? Saos lui faire dans ce moment de
que possible avec le roi, de l'amuser et de nouveaux reproches, je me contenterai a lui conjuga! ne saurait guere me satisfaire, et me
l'intéresser, ne produisent pas l'effet désirable faire comprendre ma tendresse malernelle, fait douter s'il ne faudrait pas attendre encore
sur la reine, parce qu'elle se forme une trop qui m'anime toujours :1 lui donner des bons une huitaine d'années de voir naitre un autre
mince idée du caraclere et des facultés mo- conseils el a l'engager a se preler aux votres enfant (5 l mars 1779). &gt;&gt;
A Marie-Antoinette, elle écrit le i •• avril
rales de son époux. Elle le croit lrop apathique et a ceux de l'abbé de Vermond.
de
cette meme année : &lt;1 Ce que vous me
et timide pour supposer qu'il puisse jamais
« L'empereur comple la sermonner, mais
se livrer aux désordres de la galanterie. La il ne me communique ni ses lettres, ni ses mandez de votre chere fille me fait grand
reine en est si persuadée qu'il lui est arrivé réponses. Je ne saurais rico assurer (5 dé- plaisir et surtout de la tendresse du roi. )lais
j'avoue, je suis insatiable; il lui faul un compade dire a quelques gens de ses entours qu'elle cembre f777)'. »
ne serail ni en peine ni bien fachée que le roi
Le meme jour, Marie-Thérese écrit a sa gnon et il ne doit pas tarder trop longtemps.
prit quelque inclination momentanée et pas- fille, mais elle ne peut se retenir comme elle Ma chere filie, ne négligez rien de ce cp1i
sagere, altendu qu'il pourrait acquérir par la l'a annoncé a Merey, et c'est avec des paroles dépend de vous, et surtout a cette heure a la
plus de ressort et d'énergie (19 novembre sévcres qu'elle lui parle et qu'elle va jusqu'a belle saison ne courez pas trop a cheval, ce
1777) 3 • ))
lui communiquer ses craintes, - crainles qui est absolument contraire a nos souhaits
Merey était scandalisé d'un tel langage, et prophétiques et si malheureusement réalisées et a tous bons Fran~is et Aulricbiens .... ,i
Au moment ou Marie-A..ntoinelte rece,·ait
il s'efforcait d'en faire comprendre l'inconve- seize années plus tard !
nance a la reine, qui ne l'écoutait que d'une
« Vienne, 5 décembre. - Madame ma cette lettre, elle n'était pas capable de monter
fa~n distraile et ne lui répondait que tres chere fille, tous les courriers j'attends des a cheval, mais elle l'était encore moins de
vaguement. L'ambassadeur parlail en poli- nouvelles consolanles, mais ellPs tardent trop. vivre avec le roí; elle avail la rougcole, el
tique, ~larie-Antoinelle agissait en femme. Je souhaile un temps abominable pour que le cetle maladie, qui se communique si facileCertes il était naturel a Mercv de conseiller roi ne chasse pas tant et se fatigue, et que la ment, explique qu'on ait voulu en présener
une intimité absolue avec le r~i, mais il était reine nejoue pas les soirs, et bien avant dans le roi, en l'écartant tout a fait de la malade.
non moins naturel a la reine d'éprouver de la la nuit. Cela est mal pour votre santé et Seulement, comme il semble qu'en loutes
répugnance pour la personne de ce gros beauté, tres mauvais vous séparant du roi et choses une fatalité se mele aux acles les plus
homme, plus habile a forger qu'a plaire.
tres mauvais pour le présent et l'avenir. Vous raisonnables, quatre gentilshommes, Lres
connus pour etre fort arnnt daos les bonnes
l. Corrupo11da11ce secreú, t. lll, p. 85.
3. lbid., p. 137-138.
graces de leur souveraine, le duc de Coigny,
4. lbid., p. 143.
2. lbid., p. 123,131.

LE JEONE•

.... 229 ....

�111STO'R1.Jl

-.....:....""---------..:..---------'-.;..;;;.;;;..--""-=-----------------------~

le duc de Guincs, le comte Esterhazy et le
baron de Besenval, curent l'incroyable idée
de se proposer comme garde-mafades, et ce

qu'ils obtiennent que les quatre garde-malades
volontaires se retireront de la chambre a onze
heures du soir et n'y renlreronl que le matin.

blesse aveugle de son gendre. Elle désespérail
presque d'apprendre jamais la ,·enue au
monde du Daupbin tant désiré. El la deslinée
lui refusa ce bonheur : le 29 no,·embre 1780
elle mourut, prh·anl sa filie du seul appui
sérieu1 el intclligent qu'elle cut dans la
ViP,

LE O.\UPIIIX u :\1.lonE ROY.\LF:.
T~Ntw dt .\!me \'1Gt1!!-LB 8Ro1. (.\fusdt .ú Vn-saillts .)

&lt;¡a'1I .Y cut de plus extraordinaire, c'est que

la reme accepta aussitól leur proposition el
1¡ue le roi donna son consentement a cet
arran~emenl.
Voila done les quatre personnarres installés
pri&gt;.:; de la reine, et preoant au sérieux •leur
oflice, si bien qu'ils maniíestent l'intention
de ,·eiller pendant la nuit. Mcrcr, informé de
ce projet, bondit, va lrouver le ·médccin Lassonn~ ~t le ~~pplie ?e s 'opposer aune pareilJe
fantawe numble a la malade. Lassonne ne
comprend pas ou ne Yeul pas comprendre,
~forcy se re;ette sur l'abbé de Vermond; enfin,
tous deux font si bien aupres de la reine

11 e3t facile de s'i rnaginer le brui L que fil
cette :t,·enture. el les commenlaires auxquels
elle donna naissance. Les plaisants demandcrenl quelles seraient les quatre dames qui
soigneraient le roí dans le cas ou il tornberait
malade. Tout se combinait par la malicc des
cboscs pour le rendre chaque jour plus ridjcule.
Marie-Anloinclle ne pouvail l'aimer; aussi
la vie continuait dans ce ménage royal aussi
décousue que par le passé. Marie-Thérese, de
plus en plus affiigée, de plus en plus découragée, voyrut avec de sombres pressentimenls
les imprudences réiléré.es de sa filie et la fai..... 23o

►

.\ partir de ce momenl, l'iníluencc de
M,·rcy, qui n'était qu'une iníluence de rellet,
si mincc qu'elle fut, diminue encore; llarieAntoinette, avide de di~tractions et de plaisirs,
continue plus que jamais a jouer el a commettre imprudences mr imprudences, el, daos
la situation ébée ou elle se trouve, aucune
ne reste ignorée et toutes sonl interprélées
contre la malbeureuse femme. Déja son impopularité commence. On remarque que. lors
d'une ,isite que les soaverains font a Paris,
apres les rele,·ailles de la reine, le peuple
montre plus de curio~ité que d'aíl'eclion, et
les cr,s de Vive le Roí! Vfoe la Reine! sont
déja forl rares. Cela ,ient de ce qu'au milieu
de la misere générale, entretenue par un gouvernemenl incapable, confié par Louis \ \ l
aux mains des ~laurepas, des Calonne et dn
Loménie de Brienne, on juge séveremenl les
dissipalions de la cour el les Mpenses considérables de ~Jaric-Antoinelle. Commenl s'étonner que de paunes artisans qui ont tant
de peine a lrouver du tra"ail el a gagner le
pain de cbaque jour ne sentenl pas en eu1 la
colere sourdre, quand ils apprennent les
sommes colossales qui dansent la sarabande
sur les tables de lansquenet ou de pharaon
pendant les nuits de Versailles, ou quand ils
voienl des favoris el des favorites gorgés d'or,
comme les Poli¡('nac et quelques autres?
Mais la ílévolution couvait seulement, et
dn. années devaicnl s'écouJer avant tiu'elle
éclalat au grand jour. Durant ce laps de
tcmps, llarie-Antoioette eul trois enfants : le
premier Daupbin, si genLiment appelé chou
1l'amn111·, mort au commencemenl des mauYais jours, en 1789; une filie qui ne vécul
pas, et le duc de Normandie, Daupbin a la
mort de son frere, roi a la morl de son perc
sous le nom de Louis XVII, mais qui ne
régna point,
llalgré ces lrois grossesses, les sentiments
de llarie-Antoinelte pour son mari reslcreul
les mcmes: pouvaient-ils cbanger, d'ailleurs.
quand C(:lui qui les inspirait ne changeail pas
et continuail a se monlrer bon ouvrier, gros
mangeur, grand cbasseur el pielre roí'!
Soulavie rapporte I a qu'en monlant dans
les pelits appartemcnts de Louis AVI, apres
le lJix \ 0tit, a \'ersailles, il ,·it six taLleaux
ou J'on lrouvait les élats de toutes ses chasses,
soit quand il était Dauphin, soil quand il fut
r.&gt;i; on y voyail le nombre, l'espece et la qualité du gibier qu 'il avait tué a cha que parlie
de chasse, a\'ec des récapituJations pour
char¡ue mois, cbaque saison et cbaque année
de son regne • .
Quand la Jlé,·olution &amp;:lata, il se conduisit
vis-a-vis d'elle comme il s'était conduit \'is-avis de sa íemme : il ne su t ni la dominer ni
la séduire, pas meme luí céder avec grace. 11
1. Mémoirea lualorique,, l. 1 p. 43

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ne compril rien a ce mouvemenl de tout un
peuple rompanl Jt,s vieux cadres usés d'une
sociélé llnie; il louvoia, mais rnalaJroitrmPnl,
comme Loul ce qu'il fai~ait. 11 n'évitait un
écueil que pour se jcter sur un aulre. Dans
celle lulle inrgale, il montra peu de íranchise,
peu de courage el mnios de di1:1nité encore.
Ce que la reine souffrit d'une telle allitude,
il est aisé de se l'imaginer pour qui connait
l'ame altiere de ceue archiduchesse d' Autriche. Elle laissa plus d'une fois échapper
l'expression de sa Lristesse humiliée. Madame
Campan raconte, avec les adoucissements
obli;::és, en usage a l'époque oi.t elle écrivait,
qu'ell.. en recut l'al"Cu : « Elle me parla du
peu d'énergie du roi, mais toujours dans des
terml's qui pt&gt;ignaient sa vénération pour ses
vertus et son allachemenl pour lui : - « Le
et roi, disait-t•lle, n estpas poltron; il a un tres
et grand courage passif, mais il est écrasé par
e, une mauvaise honte, une méfiance de lui« meme qui vient de son éducation aul:ml
« que de son caractere. 11 a peur du com« mandPment el craint plus que loute aulre
u chose de parler aux hommes réunis .... Uue
&lt;t reine qui n'est pas régente doit, dans ces
&lt;• circonstances, rester daos l'inaclion el se
« prépart&gt;r a mourir 1 • »
Louis XVI, du moins, fut-il bon, comme il
était d'usage de le répéter daos les années qui
suivirent sa mort, alors qnt&gt; les crimes de la
fié,olutioo inspiraienl une horreur 11ui rejailli~sait en adm1ration ou en sympathie sur Sl'S
victimes? Sur ce point, l'bistoire n'esl pas
d'accord a,·ec la lége:ide; l'on connait aujourd'hui des traits de son caractere qui
contrediseot la cropoce recue, el l'on est
quelque peu forcé d'adopter l'opinion de l'archeveque de Cambrai, lequel murmura, un
,iour que devant luí on affirmaiL que &lt;e le roi
avait la bonté peinte sur le visage , : « L'heureux masque'!»

sait pas, au centre d'une cour ou tout le
monde la traitait en étrangere. De la cet
amour du jeu et cet amour du plaisir qui
preterenl a tant de médisances et a plus de
calomnies encore. De la enrore ces amitiés
pour des femmes et des bommes qui o'en
étaient pas dignes, el qui fireut uailre tanl de
bruils f¡kheux et préparerenl les accusations
monstrocuscs do11L on accabla la pauvre
femme aux dernieres heures de sa vie. De la
ces noms abominables de Messaline el meme
d'Agrippine que lui doona l'indignation sincere ou jouée de ses ennemis.
Ce n'esl pas tout, et le plus triste a dire,
c'est que ce fut dans la propre famille de son
mari qu'elle renconlra l'aJversaire le plus
acbarné, le calumniateur le plus odieux.
Prince ambitieux et faux, le comte de Provence s'é1aiL réjoui de rnir le roi sans béritiers,
et, pendant les longues anoées qui précédercnt
la naissance des e11fants royaux, il se laissa
aller au reve de devenir un jour le successeur
de son frere, et il s'accoutuma a l'idée que lui
aussi monterait snr un Lróne qui ne lui semblait point de~liné.
Les évé11emcnts devaicnt salisíaire celle
amLition, mais non poiot ccux qu'il étail raisoonahle de prévoir. Cumme il ignorail !'avenir,
il fut allerré eo apprenant que l'homme
s'était réveillé daos le roi, el le chagrin qu'il
en éprouva ne saurail elre nié, puisque luimeme en a íait l'aven. 011 possede une lellre
écrite par lui, le 5 oclobre 1778, au roi de
SuMe Gustave lll, el les termes en sonl Lrop
clairs pour laisser su bsister le moiodre doule
sur ses sentimcnts : « Vous avez su le cbangement survenu dans ma fortune .. . Je me
suis rendu maitre de moi a l'extérieur fort
vite, et j'ai tonjours tenu la meme cooduite
c¡u'avant, sans témoignerdejoie,ile quiaurait
passé puur fausseté, et ce qui l'aurait élé, car
franchement, et vous pouvez aisémentle croire,
je n'en resseotais pas du tout,-oi de tristesse,
qu'on aurail pu attribuer a de la faiblesse
Ces secrets de l'alcóve royale, que d'irréfu- d'ame. L'intérieur a été plus diíficile a vaincre,
tables documents ont dévoilés, n'auraient il se soule,e encore quelquefois•. n
Le prioce se vante : « l'intérieur 1&gt; n'a pas
certes point mérité de preodre place daos
J'histoire s'ils n'avaienl eu sur les événemenls été vaiocu. ll employa toul son esprit, et il
de ceue époque et sur les person11ages qui y n'en manquait pas, a jeler sur sa belle-sreur
fureol mclés la plus décisive et la moios le discrédit, et il Lravailla 11 son impopularité
contestable influeuce. Pour qui les igoorerait, avec un zele qui ne se ralentil jamais. Partis
bien des choses resteraient obscures ou inex- de baut, les bruils qui altriboaienl a d'aulres
pliquées. C'est par eux, et par eux seuls, qu'a Louis XVI la palernité des eníants roJaux
qu'oo sait a présent pourquoi le ménage firent rapidement leur cbemin daos la foule
royal se trouva des le début daos une situa- grossiere el crédule. Et, tandis qu'il arrivait
tion critique : ils furent l'ori:;ine de tous les au roi de trouver sous sa serviette des vers,
trop libres pour etre rapporlés ici, qui le
malheurs qui accablerenl ~larie-Antoinelle.
Toul d'abord, épouse d'uo mari réfractaire_ représentaient comme un mari trompé, la
a l'amour, elle se rejeta vers les dislraclions reine comme une femme coupable, et le Dauqui pouvaieot lui faire oublier sa réelle soli- phin comme un batard, daos les rues les
tude au milieu de ce pays qu'elle ne conoais- memes insultes se rrproduisirent souvenl,
4. Récit de Pilio11, publié par ll. :llomna-Trn1. .llémoire,. t. 11, p. 221-230.
2. 1/t!moire,dugbit!ral ba1·01l Thiibaull, L.I, p. 26i.
3. Gu.tace 1// el la Cour de Frnnce, par A. GEPrnor.

~•u•, daos son lliatoire de la Terreur.

5. Donl le récil se Lrouve dans Vil ami de la Reine
(Jlarie-Antoinette et M. de Fersen).

surtoul aux mauvais jours. Peut-on imaginer
une s,·erw plus borrtl,I.,, plus ,Ju11lo11rt'U,I:' que
celle qui se passa a P&amp;111i11, au ri,1our di' Varennes'! Une bagarre Vl'11a1t de ,e pr11Ju1re, et
1·om,11e, dans l'l',p.,ir dº1111po,er ,il .. 11,·t• aux
agitaleurs par la vu1• d'un enÍJul innoecnt,
~larie-Aulutndte mo111rail so11 li ~ par la porLicre de la berline, des cri:. affreux se llrent
eolendre:
« - La b... de g... ! la p... ! crierenl des
hommes érbauffés. Elle a beau nous monlrer
sonenfant, onsaitbienqu'iln'estpasde lui. »
« Le roi entendit tres distinclement ces
propos. Le jeune prince, effraié du bruit,
du cliquetis des armes, jeta quelqurs cris
d'effroi; la rl'ine le retinl, les !armes lui roulaient dans les yeux '. »
Cerles, elle paya bien cber les imprudcnces
de ~a jeunesse, mais t'lle ful ju~qu'au l,out
surtoul la virtime des maladrt!s~es de son
mari. 11 ne sut pas défendre son exbtence, il
ne sul pas proléger sa mémoire.
Dans son testamenl, destiné a étre Ju par le
monde entier, il ne Lroure pas unecxpn·ssion
qui venge la reine des accusations répandues
contre elle. 11 sail ce que l'on a Jit contre la
mere : il écrit simplemenl: « Je recommande
mes enfanls a ma fcmme; je n'ai jamais
doulé de sa tend1·esse ¡iour eux .... 1&gt; ll sait
ce que l'on a dit conlre l'épouse : voici sa
réponse : e&lt; Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi ·
et les chagrins queje pourrais lui avoir donnés
daos le cours de notre union, comme elle peut

étre súre que je ne garile rien contre elle,
si elle croyait avoir quelque chose a se rep1·ocher. 1&gt;
Rien n'autorise a croire que ces paroles
cachenl une arriere-peosée; ce serail méconnaitre le peu d'esprit qu'avail Louis XVI que
de lui preter une iotention malicieus••. En
écrivant ces lignes, il s'imagioait remplir le
devoir du chrétien qui, au momenl de la
mort, ohéita cette sentimentalité convenue de
proclamer l'oubli des injures el le pardon des
offeoses. Ni luí, ni ses conseillers, t¡ui lureot
11 di verses reprises ce Leslament, 11e s'aper\:urent quºen parlant de pardoo, quclque vagues qu'en fussent les termes, ce mol éveillait
ou révcillait l'idée des offenses .... Malheureuse
reine, que la grandcur de sa naissance el le
malheur de sa destinée ont unie a ce « pauvre
homme » couronné ! La postérité ne saurail
étre qu'indulgente a son égard, el assurémenl,
moios eocore que le roi, elle &lt;1 ne garderait
ríen contre elle si elle cropit avoir quelque
chosc a se reprocher. »
Que se reprocherait-elle, d'ailleurs? Le touchant, le tendre et le dramalique roman qui
fut dans sa vie comme le seul coin bleu daos
un ciel chargé d'orages 5 ? En devenant reine,
elle étail restée femme : qui voudrail lui ravir
la joie d'avoir été aimée, le bonbeur d'avoir
aimé?
PAUL

GAULOT.

ERNEST DAUDET

Mademoiselle de Circé
:\ll

ctll entrepris de réformer ses habitudes, ~ne
veste verle en gros drap, une culotte de_ meme
étoffe et de méine cuuleur, dl'S has no1rs, el,
sur ses cheveux rele,és et réunis au sommet
de la tele, un [eutre gris qui en dissimulait
la mas,e lourde et en éteignait daos l'ombre
de ses larges bords ks fauves reílels. Sous ce
co~tume usé, détraichi, dont la coupe saos
élégance enfermait, comme en un fourreau
destiné a les cacher, ses formes sveltes et la
"race parfaite de ses mouvements, elle avait
ºl'air d'un jeune paysan, presque d' un pel1t.
va"abond. Que de reproches elle c1'1l cnlcndus
. arns1
. ·1·. M.
si ºsa grand'rucre l'eíll su~pr1se
a1s a
·
cclle heure matinalc, la v1e1lle marqmse dorma1t em·ore.
A pas de loup, lsabelle qu!lla sa chamLre et tran'.rsa les longs corridors du chi'ILeau encore silencieux el obscurs. Daos
la co~r, l'ahbé füucombe l'atlendait. I1 voulait assister a son déparl, lui renouveler
recommaodalions el conseils. Elle l'écoutait a
peine, pressée, souci~use, to~te bal~_tanl~ de
son émoi contenu. Fa1re sort1r de l ecur1e le
petit che\'al qu'elle montait or~inairement,
jeler uue selle s~r son dos, 1enfo~rcber,
tout cela fut l'affa1re de quelques mmutes.
La nuit n'était pas encore enlieremenl dissipée quand elle se mil en route, saos et~e
rne de personne si ce n'esl de l'abbé, qm,
tres ému, l'accompagna du regard jusqu'au
moment ou sa fine silhouelle se ful évanouie
daos les lueurs crépusculaires.
U est plus aisé de se figurer ce qu'elle
éprouvait a ce moment que de le décrire. Les
trésors d'éocrgie, de résolulion, de volonté
qui, depuis si loogtemps, se formaient et
s'amassaienl en elle, saos que se fut offerle
l'occasion de les dépenser, trouvaieot maioteoant leur cmploi. Sa course audacieuse a
travers bois, par des chemins perdus, au
mépris de périls devanl lesquels toule femme
eut reculé, S)mholisait par avance !'aventure
ou elle se jetait a la suite de son frere. La
créature décidée, ardenle, enthousiaste, dédaigneuse de la morl, qu'elJe étail en ce
matin que voilaient encore les dernieres
Allait~lle a la victoire? all.Ji/-elle au /ré~Js 7 El~
ombres de la nuit, elle devait l"etre plus tard
l"ignorait, ne songe3tt meme fas ase le dem311der....
au milieu des péripéties que, d'un cceur intré(Page 2~4.)
pide, elle bravait déJa par la pensée. En une
seule ouit, son ame s'élait virilisée comme
Le lendemain, a,·ant meme qu'il fil jour, son visage ou s'afHrmait daos l'expression
elle était debout. Pour la circonstaoce, elle plus sombre du .regard, daos ~a contrac~on
avaiL revelu un costume d'homme, aiosi 1des traits, et meme daos un 1mpercepuble
r¡u 'elle le íaisait naguere, avant que son aicule pli sillonnanl le front, une soudaine méla-

1 dessein que lui avait suggéré le désir de
rcvuir plu~ vite son élcve.
. .
.
On pt•ut cro1re que ceae so1ree et la nU1l
qui ~ui,iL parurent Mmesuréme'.1t lougues .ª
Mlle de Circé. Hans le salun ou sa grand mere venait cba•1ue soir aprc, souper pr~ndre
place devant la cb,•minée en cornpagm~ d_e
l"aLbé, elle dul se faire violence pour d1s~1muler ~on impaliencc et son Lrouble. Sa personne était la, mais son esprit était ailleurs.
Elle sonncait a ce frcre doot elle lle se rappelait m¡me plus le visage, mais c¡u'cl_lc b~ulait du dé~ir de revoir. Elle mesura1t d un
cceur confian L et forme les grandes choses
l¡u'il allail tenll'r el la nloire qu'il rel'ueillerail
o
. 1
si, par sa vaillaole audace, il re?vers_a~t e
tyran qui occupaiL la _pl~ce du r?1 lég1t1?3e,
Et ces pensées la domma1ent et I absorba1~0L
a ce point que, dix fois, elle ful sur le pomt
de se Lrahir. La veillée cnfin s'ache,a, et,
rentrée daos sa chambre, elle [ut heureuse
de s'y trouwr seu~I', libre de se_ recueillir
daos la contemplat1on de la destmée nouvelle ou elle se précipilait les )'eux fermés.

3,

llaa, la ,o,n•t• du ':! t nmemlire, l~ahelle
recut une lettrt' de ~on fri·r ... l:t'Lle lcttre
était vcuue 11011 par la p11,lc, mais par 110
piéton a qui lui-nrruw l'a"ail r .. mi~c._ E_llc
aanoncait J'arrivée de l\uliert ~ur ll' tcmtoire
hehétiquc, a pruximite de la írootit•rc. Arn1~t
d'eutrer en France, el liiPn qu'il cut le dro1L
d'} parailre el d'y résider, le marq1iis_ ,011laiL causcr avec sa sreur. Sur quel suJet? 11
ne le lui disait pas. JI l'rnvilaiL seulemenl, en
termes assei. ol,scurs, a allcr le trou ver, le
lcndemain, des le lever du jour, en un endroit qu'il lui dé,ignail el ou ils ~uraient 1~
liberté de s'entretenir sans Lémo10s. ll lm
rccommandait a cette occasion un excc.s de
prudeacc. Elle devait t'•~ilt!r d? passer de~ant
les maisons des douamers, s assurer qu elle
n'étaiL pas suivie, el si, durant sa route, el~e
découvraiL quelque figure suspecte, revemr
sur ses pas, renoncer, au be~.o!n, a son e_xcur,sion et ne pas s'exposer a trah1r la retr:ute ou
il l'atlendail.
Celle lettre lue, Mlle de Circé se crut une
héroine.
~laiutcnaot, elle en étaiL, de ce terrible
complot. Comme tous .ceu~ qui . s'I !rouvaient enaa«és,
elle y J0U:UL sa liberte, sa
0
vie. Toute fiire du role qui s"imposail a elle,
et qu'elle acceptaiL ~v~c enlb~u~ias~e: ell.e
communiqua la myster1euse m1ss1vc a l abbe.
D'abord, sous le coup de l'émotion qui s'e~parait de lui, il déclara qu'íl accompagnera1t
la jeune tille. Mais elle ne l'eutendait pas
ainsi. Appelée seule a ce rendez-vous, elle
\'Oulait y allcr seule. Elle oLjecla a l'abbé
que sa présence serait une. g~ne P?u~ ~lle.
Les bois d'Eutreportes luí etarnnt lam1hers.
Elle les avait si souvcnt parcourus depuis son
enfancc! Elle y connaissail des cbemins qui
ne senaient guere qu'aux coolrebandiers,
ou ne s'aveuturaient ni les douaoiers ni les
gendarmes, des seotiers réputés inaccessibles.
~laintes fois, courbée sur son cbeval pour ne
pas déchirer son froot aux braoches des
arbres, elle y avait passé, allanl de France en
Suisse et reveoant de Suisse en France, saos
etre vue. C'est cette route, au premier abord,
bonne tout au plus pour les écureuils, qu'elle
comptail suivre. füis elle n~ le pou~~it qu·~
la condilion d'etre seule, l ahl,é o elant m
assez bon cavalier ni assez agile pour traverser ces périlleux dé6lés. 11 se rendit sans Lrop
de peine al'évidence de ces raisons et renonca

�ltlST0-1{1.Jl
morphose. Allail-elle a la ,ictoire? allail-elle
au lrépas? Elle l'i~norait, ne songeail meme
pas a se le demander, uniquemenl dominée
par un irupéricux bcsoin d'agir, de combaltre, de contribucr, quoi qu 'il dul en ad\·enir, a une entrcprise kntée dans l'intércl &lt;lu
roi el en son nom.

dcveoanl complices des conjurés'! Par &lt;1ul'lle teur d'une lcttre de Fouché qui imitait les
route ceux-ci qui ftguraicnt tous, a l'exccp- autorités civiles et militaires du département
tion de leur chef, sur la liste des émigrés, du !loubs a lui prcter main-forte s'ils en
pouvairnt-ils fraochir la fronticre saos ris- étaient reqms el a lui obéir en toutes circonquer lcur lillt'rté ou leur ,·ic? ,\ ces ,¡ueqions, stanet&gt;s. En vertu de e.elle lcttrc, il mandait
Roberl ajoutail r¡u 'elles dernient etre résolues auprcs de lui l'officier de gendarmcrie comsur l'heure. La prudence lui commandait de mandant les brígadcs de l'arrondissement et
ne pas rester dans cetlc auber~e, oi1, duranl lui donmit ses instrucüons préparées a!'aXIII
la nuit, 1':naient rejoinl cinc¡ t·ompagnons. vance. Elles avaient pour objel l'établisscmenl
II derail les íaire rntrer en france sans rc.\u dela de la fronticre suisse, daos le ,oi- lard, et, s'il ne le pournit, les em·oyer a Lau- sur la fronlicre d'une survcillance toutc spéciale et rigoureuse, jusqu'a ce qu'un certain
sinagc d'une masure servant d'auberge pour
sanne ou a .\'cucli:itel, ou ils se ticndraienl nombre d'indil·idus prél'enus de complot emles rouliPrs, son írcre l'allendait. Éloignée de
prets a profiler d'nne occasion plus propic1•. scnt été arrelés. Elles précisaient les p&lt;•ints
luí depuis quinle ans, elle le voyait loujours
A loules t·es &lt;lcmandl.'s, lsalielle rt'pondiL qui del'aicnt ctre occupés mili1airemcnl dusous les lraits d'un cníaot, de cioq ou six
de maniere a prouvcr a son frcrc r¡u'clle pos- ranl loule cctle journér, entre la fronticre el
ans plus agé qu'elle. Cependant, des qu'ellc sé&lt;lait autant tl'l'spril de déci,ion que de clairle ch,llcau de Circé. O'autre part, le coml'apcrrut, elle le reconnut, malgré la dis- ,·o~anrc el de san¡;-froid.
mandant du forl de Joux, qui a,·ait été égaletance, a son l'isagc qui resscmblait au sien,
« .\'olre gr,m&lt;l'rncre ne &lt;loit ril·n sa,·oir,
it la couleur de ses chcveux tres noirs, ases dit-elle. Elle e~igcrail de ,·ous, mon frcre, un mcnt apprlé, recerait l'ordre de s'appreter a
yeux sombres, asa liaule laille, a ses allures renonccmcnl ah~olu a 1·0s desseins pour le rt&gt;ce,·oir dil'Prs pri,onniers et &lt;le former a,ec
d'homme robusle, a tout ce qui lui donoail présenl el pour l'arnnir..\rril'ez au chatcau, les officirrs f'l sous-offtciers plal'és mus rnn
un air de famille donl elle fut frappéc al'ant puisc¡ue mus y eles atiendo. Mais que ,os command('ment une commission militaire drmtime d'avoir entendu sa l'Oix. Quant a lui, amis n'l riennent pa,, si ce n'e l un ou dcux vanl lar1uelle Ct'S pri~onnicrs seraieul tra&lt;luits
il regardait venir de loin, a,·ec plus de curio- que l'Ous scre¿ libre de pré~cnter comme dt·s imméd,atcmcnt et qui pronoocerait sur Jt.ur
sité que d'iotéret, ce jeune cavalier &lt;¡ui ne compagnoos de route, des émigré.,; autorisés sort.
Ces procédés de justice rxpéditivc el somtrahissait son identilé ni par un cri, ni par a reulrer. lis pourronl resler nos botes a1mi
un geste, ni par un sourire. Commeot sous longtemps que ce sera nécessaire. Quanl aux maire avaienl été d'uo fré1¡uent usage sous
ses habits de paysan Robert aurait-il rleviné autrcs, qu'ils francbissent aussi la fronticre. le Directoire el le Consulat. L'aonée précécette sreur tlonl l'image tlepuis si longtemps Je connais un chemio sur qui lcur permcttra dcnle, ils avaíent été appliqués dans toute
lcur rigueur au duc d'En3hicn. Plus dºuoe
s 'élai t elfacée de son sou venir'? lfais leur
de la passer sans elrc rns. Mais qu'uue fois
fois, pendant la durée de l'Empire, ils deappareote indilférence ne dura pas. Quand
enlrés, ils se dispcrsent pour se rendre,
ils se furent rapprochés, un mom·ement chacun de son coté, au poste c1ui leur est vaient l'etre cncore a d'autres malheureux,
inoocents ou coupables. La míssion que veiosünctif les jera l'uo vers l'autre, en meme assigné. i&gt;
nait remplir en Franche-Comlé le commislemps que les levres de llobert pronoo('aicnt
Mlle de Circé compléta ces réponses si préle nom &lt;l'lsabelle et les levres d'Isabelle le cises en monlrant a son frcrc le chemin par saire géoéral de ¡:.olice Olivier Talvau, n'otfrait
nom de Robert.
done rico r¡uc de conforme a la tradition
lequel elle-memc était venue le trou,·er. Finall n'y a pas lieu de s'allarder it dépeiodre lement, il ÍUL décidé qu'elle relourncrait sur- ré\'olutionnaire recueillíe par J'Empire et al'CC
laquelle il ne rompit jamai~ entieremcnt.
les naturelles effusious de cette rencontre. Ce
le-champ au cbatcau pour annooccr a sa
sont cho,es doot lout lecteur peut se fairc grand'mcrc le relour de Robert. Celui-ci, Ce jeune fonctionnaire luí-meme, tout aussi
w1e idée en se rappclaal les émolions t¡ue a¡,res avoir donné ses dcrniers ordrcs a ses drpourvu de scrupules que son protectcur
Fouché, semlilail excellemment approprié a la
lui-mémc a ressenlies en des circonslanccs
afftliés et l'Cillé a leur passage en France,
analogues. 11 esl ordinaircment si doux de de,·ail rel'enir sur ses pas, alter prcodre sa besognc en vue de lar¡uelle il a1·ait été choisi.
Son arnbitíon lui donnait loutes les apparcnretrouver ceux qu'on aime r¡ue les heures r¡ui
chaise de poste au rclais de \'allorbe ou il ces d'uo in,trumcnt tres complaisaot, tres
vous ont réuoi a eux sonl de celles qu ·on
l'avail laissée el enlrer ensuite 0U1·ertement
n'oublie pas. En moios d'iostants qu'il n'm sur le tcrritoire fran~iis a la fal'eur du pas- souple, tres habile. fouché étail en droit de
faudrail ¡&gt;0ur lraduire ici ces émotíons, la seporl que lui avait délivré le ministre de se flatter d'aroir cu la main heureuse. 11 en
eíH élé convaincu plus encore s'il avait pu se
reroonaissance fut opérée entre le frere et la Fraoce a llambourg.
lransporler re jour-ll daos le cabinet du
sreur, el du meme coup, ful comblé le ride
En une beurc, on pcut se dire bcaucoup de sous-préíct de Ponlarlier, elre le lémoin de
qu'uoe longue absence al'ait cremé enlre choses.
eux.
la sécberessc hautainc et de la précision riDuranl cette coníércnce &lt;p1i ne dura pas
Mais ce n'était pas seulemeot pour reroír plus loaglemps, le frere el la sreur épui- goureuse arce lesquelles Talvau transmettait
lsabelle que Robert l'a,ait mandée pres de lui, sereot ce qu º1ls avaicot i1 se conftcr . .\u mo- ses ordres. Sous cettc parole froide et concise, derriere ce visage saos sourire, ce teiot
sur le lerritoire suis~e, au lieu de continuer
mcot de se séparer, leurs accords étaienl raiLs. bilieux, ces yeux saos flamme, il ne poul'ail
sa roule jusqu'au chateau de Circé, ou il eut
lis savaient qu'ils pouvaieal compter ajamais ~ avoir r¡u'insensibilité, entetemcnt, cruauté,
retroul'é a,·ec elle sa grandºmere el l'abbé
l'un sur l'autre. 11s échangcrenl un dernicr un cceur cuirassé contre toutes les séductions,
Maucombe. C'était aussi pour l'interrogcr en baiser, convaiocus qu'a quelques heures de
vue de sa propre renlrée en France. ll tcnait la, ils allaienl se rctrouver. Mais Lrompeuse incapable de s'attendrir, incapable d'aimer,
résolu a toul pour arriYer ason but, semblaa savoir comment il serait recu par la mar- était
ceue espérance. Déjale destin avait dis- ble, en un mot, a taot d'hommes de meme
quise, s'il serait possible de lui dérober les
posé d'eux el décidé de leur avenir. lis ne
lrempe qu'avait enfantés la Rérnlulioo. Et la
préparatifs de la coospiralíon el la présence devaienl plus se revoir.
ressemblance de ce jeune bomme avec les
accidenlelle, mais inévitahlc, de ,¡uelques-uns
terroristes, les traits par ou éclatait en luí
dcsconspirateurs it qui l'ordre a\'3il Pié donné
XIV
leur héritier n'avaieot jamais été plus visibles
d'arrirer au cbateau ce meme jour. 11 \'Oulail
,1u'au momeot ou, ses instructions données,
s 'informer aussi de l'état des espri Is en
Duranl cetlc meme nuit, ,·crs lrois hcures, il mootait a cheval pour se rendre, suivi
Franche-Coruté et plus particulierement ;1
PonlarliPr et aux environs. L'Empereur y Oli\'ier Tahau arrirnil en poste a la sous-pré- d'une vingtaine de soldats, au chateau de
fecture de Pontarlier, faisait réveiller le sous- Circé, saos se douter qu 'il allait s'y trou ver
élait-il aimé? l.e roi y complait-il des partipréfct el al'ait aussilol a1·ec lui un long cntre- aux prises avcc une femme plus forte que lui,
san~? Pouvait-on recruter parmi eux des
tien. Désigné comme commissaire général de par la seule puissance de son charme et de
hommes d'aclion, prilts ¡, jouer leur vie en
police en mission extraordioaire, il était por- sa beauté.

.M.J1.DE.Mo1s-znc

DE

Cmct

~

\V
Chaque matin, depuis son retour, l'abbé
'1aucombe di~ail sa me,se a buit he~res,
daos la chapelle du chaleau. La marq~1se Y
assbtait toujours, Isabelle soul'~ot, dé~1~euse
de plaire a sa grand'mcre qut. attac~a~l un
nrand prix a l'exercice des de,·01rs rehg1eu,.
Aprcs a\oir ,u partir la jeunc fill~: 1'.abbé;
ayant con~laté que le _momeo~ n cla1t P?:
, enu &lt;le célébrcr le saml ~acrificc et q u 11
:t\'3il plusieurs beures de,·ant lui, reotra dans
,a chambrc el, pour utiliser ce lemps,_ c?mmenca la )prture de son bré1iaire. ~la1_s 11 l_c
récitail machinalemcnl. saos fcrveur, dblra1~
de sa pieu~e tache par_ le, yréoccu~alions q~1
pesaienl sur son espri_t. _(;ne ~ngo!sse serr?1t
~on creur. ll ne se d1ss11nula1l m la gran té
de l't·nlreprise tentée par lloberl, ni 1~ respofüabilité qn'il a1ail as~~~1é~ en_r Jeta~l
\lile de Cirn:. Si elle y par11c1pa1l, e_ esl q_u !'
l'a\'ail ,·oulu. Par ses rl!Cils. il l'al'att e1c1ke
el déchainée. Jamais ses torls ne lui a,aieot
paru plus grands qu'au mome~~ 011 s'e~gageait cclle périlleuse al'entu_rc. S~, contra1rcmenl it son e.,poir, die se denoua1t par qudque catastrophe, la mar1¡ui:,c n'aurai~-elle p:i~
le droil de lui adrc:-ser de~ reproches ! Elle lu1
reprochait déja d'~,·oir _faitde, flo~ert un ~oy~:
liste ardenl, pas,1onne, de 1~,·01r _n~um dc:s
préjunés des émiorés, de lu1 a101r inculqué
leurs ~essentimear~. Que serail-cc done quand
elle ~aurait a la fois quel. fruits a1ail portés
celle éducation, el qu'l~abclle elle-mcme en
a,ail suhi les effets'! L'abbé mainlenant en
restail morlellemenl inquict, en proie aux
plus ,ives appréhem\ons._ Ju~qu'a ce momcnt,
il avait eu foi daos I hab1letc de Robcrt, dan:,
le succcs de leur cau~e communc. 11 en doutait mainlenant. 11 se demandait si c·é1ait sagesse de sa parl de n'a,vir pas comballu le
1.cle t•nflammé donl les roméquences menaraient de dc,·cnir lragiques.
11 en étail a ce poinl &lt;le ses douloureuses
réllcxions lor~qu'on l'rappa a la po, te de sa
cbaml,re. 11 alla ou, rir et ,it cntrer Chasseral,
donl il n'eut aucuoe peine 1l dc,;ner l'émotion.
.
.
, ., •
« Que se passe+1l, mons1eur I abbe 1. l~a
demanda ce dcrnicr. Je ,íens de m'apercc,01r
11ue le che,al de mademoi,elle n'est p_as a
l'écurie. Je J'ai en \'ain cherchée ellc-mcme.
llu est-dle? Le sa,ez-rnus? »
L'abbé n'osa mentir. ll avoua qu'lsabellc
étaiL partic de bonne heurc pour aller a la
rencontre de .son frere. Et comme Chasseral
s'étoonaiL que le marc¡uis eiil fait myslere d_c
son retour a sa grand'mere, le paune abbé,
pous~é dans ses dcrnit!r:i retranchemenls.'
contraint de parler, prononea des paroles a
tral'ers lesquelles Chasse~al ~nlr~,il la ,é~ilé.
1 Je m·en &lt;loutais ! s écrta-t-11, mons1eur
le marquis conspire.
- Eh bien! oui, répondit l'abbé, il conspire... nous conspirons. C'e?l un sccrcl d'oi.t
dépend ootrc vie a tous. M1eux l'~ul \'Ous 1~
confier toul de suite, Cbasseral, puisque ams1
bien il aurait fallu lous le confier plus lard.
M. le marquis e~L sur la frontiere a deux

licues d'icí, pret 11 la franchir avec une poi!!Ilé1• dºltommes di! creur. Ces bral'es gens
~onl ~oulcwr le Pªl'· ~ous ,oulons que le
molllcmenl éclate parloul a la foís.
- )Jais sºil échoue, malheureux, qu'JJ' iendra+il &lt;le nous?
- 11 n\:chouera pas, répli,¡ua l'abhé, qui
se rcdressail ftcremcnt. ~ous a10ns l'appui
des .\nglais.
- Ce u'est pas le ¡.,lu~ heau de rnlre
afl'aire.
• - On ,oil bien que 1ous eles resté en
France.
- Et ,ous, on 1oil bien que ,011s en eles
sorli. C'esl folie de ,ouloir tenler de n·mcrser l'Empcreur, poursuí, it Chasscral. 11 a
pour lui l'armée, les lois, la majorité des
Franrais. Vous screz écrasé.s, et du mcme
coup \'Ous nous aurez perdus. lime la marquise sait-clle ?...
- Elle ne sait ríen; elle nous eiil Llamés.
- Et mademoisellc? inlerrogea Cbasscral.
- Son frere ne pournit lui laisscr ignortr
ses projets. 11 m'a chargé de les lui ré,éler.
Elle nous seconde.
- C'est done pour cela qu'elle est sorlie ce
malio?... 11 est alfrcux de peoser que ,ous
l'a,ez associée a ,os extravagances.... '11 luí
arril'e malbeur, je ne \'OUs le pardonncrai jamais. »
L'ablié allail protesler. lfais il en ful t'mpeché.
La man¡uise cnlrail. JI jeta sur Chasseral un regard supplianl ou cclui-ci d!l,ina
une instante prit•re de ne rien réréler de ce
qu'il ,enait d'appren&lt;lre. Elle n'étail pas nécessaire pour le décider a garder encore le
silence. Surpris par les événcmcots, n'a)ant
pas cu le temps de rechercher s'ils pomaicnt

clre conjurés, il 1oulail se donne~ le Ler_nps
dºy rétléchir, bien loin de penser qu'tl~ alla1ent
se· précipiler. 11 affocla d~nc ~e .~e monlrer
rassuré. Saluant la marquise, 11 s mforma de
sa santé, ain~i qu'il avail coulume de le faíre
t'har¡ue matin . .\Jme de C1rcé lui répondil
a,ec son ordinaire bienveillance. Puis, elle
demanda :-a petilc-fille. lle noul'cau, l'ahbé
re..ardail Chas~eral, comme pour J'engager a
ne° pas lrabir lrs conftdcnces qu'il venait d_c
recevoir, quand, du d~hors, monta un bru1t
d'armes et &lt;le chcrnux. Chasseral courul 1ers
une croisée, rcgarda el palil. OeYant le cb,ilcau, ,enait·nl de s'arr1lter des soldats. l'u
personnagc qui semblai_t !es com~~n~cr,
qu~ic¡u'il ne porl,il pas I umforme m1hta1re,
desceodait de che\.11. Sans dire un mol, Chasseral sorlit pour alter a leur rencontre. 11
mesurail daos toute sa graYilé le péril 1111i
éclataít ainsi t¡u'il l'avait pré1 u. lJans l'escalier, il apercut uu domestique qu'il savait
s1)r et &lt;lél'oué.
« Érbappez-,ous coule que coiHe, lui souffla-1-il en passanl. Allez du colé d'Enlreportcs. \'ous del'ez renconlrer mademoiscllc.
Empechez-la de rentrer au chateau. »
Le domestique avait compris. 11 se b,ita de
di~paraitre dans fos longs corridors a l'extrémité desquels se trouvaiL une sortíe qui de,ait
etre encore libre. Au meme momeot, se monlrait au has de l'escalier, s'appretant a en
gra1ir les de~rés, l'homme que Chasseral
al'ait déja vu par la croisrc. Des soldats le
suiraient. Chasseral s'appretait a l'interroger.
~Jais il fut préveou par un ordre d'arrestation
qui le concernait el qui ful e:xécuté avanl
quºil eut recouvré son :;ang-froid. Les soldats
l'eotraincrent avec eux, a la suite de leur
chef qui montait en loute bate. 11 se rctrou1e

�fflSTO'Jt1.ll

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ainsi daos le salon ou il avait laissé la mare&lt; Vous voyez bien que je ne me trompe
« Mais e'esta notre demoiselle, ces livres, »
quise et l'abhé.
pas. Les renseignements parvenus au minis- dit-il a l'abbé.
ce Que signifient ces violences? demandait
tere de la police gilnérale sont positifs. Si
Celui-ci poussa un soupir. lsabelle prisonla marquise avec hauteur.
vous n'etes la complil'e du marquis de Circé niere I Décidément, Dieu lui-meme abandon- Vous eles bien la marquise de Circé?
et de l'abbé Maucombe, vous eles leur dupe. nait les serviteurs de la bonne cause.
- Oui, monsieur.
Tafrau feuilletait curieusement !'un des
- J'ai l'ordre de vous arreter, ainsi que
volumes,
exprimant tout haut sa surprise.
l'abbé füucombe, comme aussi tous les habi11-o:= - -..« Un tome dépareillé de la Nouvelle
tants de cette maison. Quand je vous aurai
llilo'ise! »
interrogés, les innocents seront remis en
L'ahbé eut un geste indigné.
liberté et les coupables conduits au Fort de
« Comment ! Chasseral, vous lui laissiez
Joux, pour y etre traduits devant une cour
Jire
ce gueux de ,Jean-Jacques? &gt;l
martiale. C'est la volonté de l'Empereur. Je
Mais Chasseral n'entendait pas. Il écoutait
dois en assurer l'exécution. Je suis le comTalvau, qui continuait :
missaire général de police, Olivier Talvau.
« Un signet a cette page ! » Et le commis- )fais quel est notre crime? reprit la
saire général de police lisait : « Viens done,
mar,¡uise.
ume de mon creur, vie de ma vie; viens le
- Vous avez conspiré. Vous vouliez atréunir a toi-meme; viens, sous les auspices
tenter a la sureté de l'État et aux jours de
du lendre amour, recevoir le prix de ton
Sa Majesté. »
obéissance
et de les sacri{i.ces; viens avouer,
La marquise tombait des nues. Son regard
meme
au
sein des plaisil's, que e' est de
exprimait un tel étonnement que Talvau,
l'union des creurs qu'ils ti1·ent leurs plus
des cet instant, demeura convaincu de son
grands cliarrnes. Un passionné, ce jeune
innocence. Elle se tourna vers l'abbé et, tres
homme, observait Talvau. Et bien avancé
dédaigneuse, lui dit :
pour son age et sa coadition. 11 11 prit l'autre
«Y comprenez-vous quelque chose, l'abbé?
volume
et regarda le tilre : l'lmilalion de
- Cette accusation est saos fondement,
Jésus-Christ. « Étrange assemblage ! » 11 en
répliqua le malheureux pretre qui tentait de
tournait les feuillets : « Encore un passage
tenir tete a l'orage.
marqué
: La paix viendra en ce jom· qui
- Parhleu ! ce n'est pas de monsieur que
est
connu
du Seigneur. Et ce ne sem plus
j'attends des aveux, objecta Talvau d'un
Avec ttne sécheresse hautaine et une Précision rigou•
le
jow·
et
la nttit de ce monde, mais une
accent de raillerie. C'est un conspirateur
reuse, Talvau tra11smettail ses ordres. (Page il¡.)
lumiere perpétuelle, une cla,·li infinie, une
endurci. II conspirait déja en 92.
paix solide, un repos assu1·i.... » 11 s'arreta
- Qu'cn savez-vous? Yous deviez elre un
et, regardant I'ahbé, dit ironiquement :
enfant ea ce temps-la. »
Du reste, vous vous expliquerez devant la « N'est-ce pas une fine allusion au retour de
Le visage de Talvau se rembrunit.
commission militaire, si je juge, apres vous votre roi? »
&lt;&lt; En ce temps-la, fil-il, je déíendais la
avoir interrogée, que vous devez y compa11 y eut un silence dont Chasseral profita
patrie contre les armées étrangeres a qui raitre. »
pour faire observer a l'abbé qu'lsabelle ne
vous en avíez ouvert les portes, vous et vos
ll s'installait a une table, étalait devant lisait pas seulement de mauvais livres. Talvau
pareils. »
luí des papiers, s'apprelait afaire subir a ses s'était recueilli, se consultait avant de décider
L'accent de cette réponse n'en imposait prisonniers l'interrogatoire de rigueur. Chasce qu'il allait faire, regardant tour /¡ tour la
pas al'abbé.
seral se pencha vers l'abbé.
marquise hautaine et muelle, Cbasseral qui
Il leva les épaules en disant:
e&lt; Vous nous
avez mis daos de beaux
« Vous avez été soldat ... on ne s'en doute- draps. La voila découverte, votre conspira- cherchait par quels moyens il sauverait l'enfant, et l'abbé qui ne cherchait plus a dissirait guere a voir quel méprisable métier vous tion.
muler son accablement.
faites aujourd'hui.
- Résignons-nous, Cbasseral. Mourir pour
« Emmenez-les, dit-il tout a coup aux
- Vous voulez done nous perdre, » lui son roi, c'est bien quelque cbose.
soldats. Vous les garderez jusqu'a ce que je
dit a voix hasse Chasseral, aupres duque! il
- Quand on est royaliste, possible; mais les aie interrogés, et vous les empecherez de
se trouvait, entre les soldats.
quand on ne l'est pas .... Et puis, qui veillera communiquer entre eux. »
Quant a Talvau, il parut insensible a cette sur mademoiselle? 1&gt;
L'ordre fut exécuté.
injure. Tres calme, il répondit :
Leur enlloque fut interrompu. Un sous« En quelque condition que l'on serve son ofllcier de gendarmerie entrait en bate, et, _se
XV.
pays, il est plus noble de le servir que de le rapprochant de Talvau, lui racontait que ses
trahir. »
hommes venaient d'arreter aux portes du
Une fois seul avec le sous-officier, Talvau
Toute stupéfaite de l'événement auquel chateau un jeune paysan qui tentait d'y pénéelle étai t melée, la marquise assistait indilfé- trer au mépris des consignes. En se défen- lui ordonna d'aller chercher le prisonnier. Le
rente a ce duel de mots agressifs. Elle reprit dant, le petit drole s'était emparé du pistolet sous-officier disparut et rentra bientot, poussant devant lui un jeune homme, presque un
en s'adressant a Talvau :
dºun gendarme sur qui il avait tiré. On était enfant, dont il élait impossihle de voir le
&lt;&lt; Il vous suffira de nous interroger pour
·parvenu cependant a se rendre maitre de
vous convaincre que vous vous trompez. lui. füis on ne savait qui il était. 11 avait visage sous les larges ailes de son chapeau.
« C'est bien, laissez-nous », lui dit Talvau.
L'Empereur vient de me rouvrir mon pays refusé de dire son nom.
Et s'adressant au nouveau venu, il contiet de me rendre mes biens. A que) litre
En entendant ce récit, l'abbé sentait son nua : &lt;e Avance, petit enragé. Tu voulais done
aurais-je conspiré?
sang se glacer. Quant a Chasseral, ignorant tuer mes gendarmes? Tu en as blessé un.
- Si ce n'est vous, madame, c'est votre qu 'en vue de son expédition, Jsahelle avait
- Pourquoi m'a-t-il barré la route? répetit-fils.
pris des vetements masculins, il ne compre- pliqua l'enfant révolté et farouche.
- Mon petit-fils est hors de France !
nait pas encore. Soudain, il comprit en voyant
- Pour m'obéir.
- Pourquoi n'y est-il pas rentré avec le sous-officier tendre au commissaire général
vous?))
- C'est done vous qui auriez du recevoir
deux petits volumes tres usés, trouvés daos le coup, et non ce pauvre diable. »
Et comme elle se taisait :
les poches de l'enfant. 11 les reconnut.
Si dédaigneuse était cette réponse, que

,

___________________

Talvau en resta confondu. Tanl d'audacieu~e
hravade chez cet adolescent l II n'en revenait
pas.
« De quel air il dit cel_a !... E~ de quelle
douce ,·oix! Une voix de Jeune v1erge. Quel
ao-e
as-tu?
o
.
.
.
_ L'fige que Je para1s avo1r.
- • Que font tes parents?
- lis sont morts.
_ Oü est ta demeure? Lorsqu'on t'a arrelé, d'ou venais-tu;'I l)
•
L'enfant persistait a si' taire. Talvau aJouta,
en désignant les dcux volumes posés sur la
table:
« C'est a toi, ces livres?
- Vos sicaires me les ont volés.
- Sais-tu que ce sont la des lectures audessus de ton état?
.
- Que vous importe! N'ai-je pas le Jro1t
Je lire ce qui me plait? »
,,
.
Dans ces réponses breves, -~ ener?1e ~u
paisan s'acceotuait. Talvau s 1mpallenta1~.
M,1is il tenla un deraier effurt pour a1·01r
raison de cette résistance sans l.i hriser :
« Tu es brave, petit; ton courage excite
mon intéret. Regarde-moi : ai-je l'air mé:
chant? Non, n'est-ce pas? Alors, pourquo1
celte ré~istance a mes questions?
- )f'avez-vous dit qui vous etes, vous?
Sais-je seulement d'ou vous venez, daos ~uel
but vous etes ici, pourquoi vos solJats m ont
traité comme un brigand? »
A retle réplique prononcée avec impétuosité, Talvau, qu'avait d'abo,J amus\la sau:
vagerie de sou prisonnier, seotit isa ermete
s'amollir.
Daos ces fonrrueux accents, passaient des
notes caressaut;s et tendres qui allaieot a
son creur.
,\11 lieu d1~ s'emporter, n; reprit du meme
ton hiem·tillant :
&lt;&lt; Ob l je veu:t bien te répondr~,. ne s~r.aitce que pour t'engager a user de rec1proc1t?.b»
~t il déclinait son nom, ses foncllons, 1o jet de sa ,·isite, révél~ot ~i'.1si a so~ interl.oculeur que la police 1mper1ale te~a1t les .fils
du ,·omplot, et que ses auteurs étaieut arretés
ou a la 1-eille de J"etre.
11 Vous avez arreté la marquise, l'abhé,
s'écria le pdit pa)San. Le beau ~érite ! U~e
femme, un pretre l lis ne pnuva1en t vous resistcr ! 11 ne vous sera pas aussi facilc de
vous emparer du marquis. 11 cst jeune, lui,
il est vaiUant, il est fort. ...
- Que) entbousiasme ! Ce serait a te croire
:imoureme de lui, si tu étais une fomme.
Yoyons, tit Tah-au en prenant un air sévere
et en grossissant sa ,·oix, ta résistancc a assez
duré. Yeux-tu me dire ton nom?
- Découvrez-le, si vous pouvez.
- Sais-tu que j'ai plus d'un moyen de
d :rier les tangues récalcitrantes? »
.\ celte wenace, la prem1ere quºil se fut
déc1dé a proférer, l'enfanl releva la tete dans
un mom-ement de défl, et cette Iois, monlraot en pleine lumiere soo pile visage et ses
yeux noirs, il dit :
« Essayez-en, de ros moyens. »
Talvau tressaillit. L'éclat de ces yeux qu'en-

.íf(Jf.D'E.M01S'EI.1..'E D'E C11(C"É - ~

Et, d'un geste brusque, il fil saulcr. le
Oammait la colere, la purcté de ce visage ~u,
sous le hale, apparaissait une rare períe~tion cbapeau, détruisant du meme coup le íragile
de lirrnes. rendaienl tout a coup plus 1•1f ~e édifice des cheveux. lis se déroulerent sur
mystérieux émoi qui, Jes l'appa_ritio~ du_ pr1- les t'paules.
&lt;( Uné femmel s'écria-1-il.. .. J°en étais
sonnier, l'ava1t saisi. Une pen~ee na1ssait en
son esprit, puissante, dominatricc, t~ouLlante sur. 11 nespectueusement, il b'inclinait, desurtout et toute une ardeur de Jeunessc, mandant en trois mots ce qu ºil avait hale de
longte~ps contenue ~ans ,1~ disci~li_rn~ ~·u,ne saroir :
vie de privations et d austerité, prec1p1la1t ,es
ce ~t1dame ou mademoiselle? J&gt;
batlcments de son creur.
Furieuse, elle rele,·ait ses cheveux . Tout
11 se rapprocba, comme poussé par la en les renouant, elle répondi t :
t&lt; Je me nomme Isahelle de Circé; je suis
~Lié:
.
la sreur du marquis de Circé.
ce Pauvre cnfanl ! murmura-t-1!. .Je pour- Et vous conspiriez, vous aussi?
rais, si je voulais, le contraindre .~. parle~.
- Pour venger nos paren Is!
füen quº11 touchcr ~es mc_mbres ~clicat~, _Je
- Conlre l'Empereur ! ll.tis ce nºcst pas
les briserais. » ll lu1 prena1t la marn : « \01111.
des mains bien hlanches pour un vagahond, luí qui les a enroyés a la mort.
une peau bien fine ....
- 11 protege leurs bourreaux. Les fils des
- Laissez-moi, monsieur.
plus infames d'entre eux sont a sa cour, daos
- Ab ! pardieu, j'en aurai le creur net. » les emplois, dans l'armée ....

Devanl ~ ch.iteau, vtnaient de s'arréler des soldats. ¿·n ptrsonnage ,ui semblalt les commander, quoiquºil ne
portát p:zs /'uniforme mitílaire, dt:zit d.esctnd.11,de cheval. (Page ~-)

�1t1ST0~1A------------------------•
L'Empereur csl un grand politique, est voué 11 la mort. Rappelez-rous le duc
Celle fois, c'en était trop. Depuis quelques
obserra gravemenl Tahau, c¡ui lentait de se d'Engbien.
inslanls,
il s'exaltait par degrés, s'affolail,
rcmellre de son lrouble et de re\enir a son
- Et vous servez un lel mailre! objecta perdait pied. H éclata, confessant sa détresse
role un moment oublié. 11 reul la pacífication lsabelle.
el ses désirs.
de la France, l'oubli d u passé.... &gt;J
- 11 récompense les sm·ices qu "on luí
• Sous quelle forme? s'écria-t-il. Ne le
D"un rire de raillerie, Isabelle coupa la rend.
de\inez-,ous pas? Je suis jeune, et vous eles
phrase en disanl :
- Si vous vous éliez dé,·oué ll la cause du belle . •\ mon age, le cceur est sensible; il
ce La réconciliation des \Íctimes avcc les
roí, il rnus eul récompensé, lui aussi. »
cherche le bonheur daos l'amour. La ,ie des
assassins !
JI sourit amcrement.
camps,
arec ses souffrances, l'horreur dPs
- Des juge~ ne sonl pas des assassin~,
« Je n'ai pas de sang hleu daos les \'eincs .... hatailles, les déceplions saos nombre, une
mademoisellc de Circé. »
Je sors du peuple.
existenre de misere et d·obscurilé n'ont pu
Elle bondit comme s'il l'eul outragée.
- Fn mot du roi pourait vous lirer de
« Vous auriez done condamné mes pa- votre obscurité, vous créer l'égal du plus endurcir le mien. »
11 s'arrela, comme s'il cherchait ses mots;
renls?
grand de ses sujet.s.
puis,
montrant le volumc de la Nouvelle
- Oui, si, comme volre roi, ils pactisaient
- Quoique 61s de rt.:gicide! ~fon pcre élait lfeloise, il reprit :
arce les cnnemis de la patrie.
comcntionnel. 11 a rnté la mort de Capet.
« Puisque vous are1. Ju re livrr, puisque
- Et c'cst a moi que rous osez le dire !
- Le pardon et\t élé le prix de \Olre dL:..
Tenez, monsieur, au lieu d'insulter a ma \OUl'menl •• répondit ~lile de Circé, en dissi- ,ous en aYez marqué la pate la plus brulante,
doulcur, il serait plus humain de m"envoyer mulant l'horreur qut• lui inspirait l'bomme vous savez commenl s'exprime la passion et
ce qu'elle foil de nous, quand elle nous dorejoindre les iníorlunés que vous avrz arre- de qui dépendail son sort.
mine .. .. On n'échappe pas a sa destinée. En
lés. Je suis leur complice, je dois partager
11 conlinuait il sourire, irooique en appa- me cooduisant ici, la mienne m'a livréa Yous.
leur sorl. »
rence, mais craintif en réalité, lroublé, déL'énergie de ces accenls s'évanouit daos \'Oyé, perdu daos la contemplation des yeux Je le vois, je le seos .... Quand vous eles endes !armes. Et ce fut alors, H comient de le fixés sur lui el qui drja lui versaienl leur lrée, tout a l'heure, j'ai eu le pressentimenl
que j'allais cesscr de m'apparlenir. Yous avei
préciser, qu'au speclacle des pleurs qu'il fai- poison.
parlé, et votre voix m'a remué; vous m'arez
bait couler, devant ce désespoir de jeune fillt.&gt;,
a lic ferait-il assez grand pour m'éle\'er
Olivicr Talvau re\:ut le coup de Ioudre qui le jusqu'a vous, \·otre roi? » 6t-il soudain. Et regardé, et dannotre regardj'ai bu l'ivresse ....
transforma. L'bomme insensible qu 'il se comme Isabelle le regardait étoooée, saos le Pour sentir vos levres sous les miennes, je
ílattait d'etre, ambitieux, sans entrailles, comprendre, il formula ~a pensée saos dé- donnerais ma vie. Oui, si volre amour doil
résolu jusqu'a ce jour A n'écouter que son tour : « Oui, si, grisé par votre beauté, par etre ma récompense, j'arracherai a la morl
ambition, devenait un homme faihle, docile, vos paroles, je trahissais l'Empereur, si je tous ceux qui vous sont chers. »
Isabelle avait écouté cette ardente déclaradésormais a la merci de la femme dont la me consacrais a la cause dont \'0us soubaitez
beauté venait pour la premiere fois d'éveiller le triomphe, ces beaux yeux, en récompense tion, un sourire de mépris ala bouche.
« Savez-vous que vous eles un misérable!
ses sens et son cceur daos un désir impé- de moa dévouement, daigner-.iient-ils me soutueux, un de ces désirs auxquels rien ne ré- rire? .. Oublieriez-rous mon origine?» 11 se dit•elle.
- Un misérable! parce que votre beauté
siste et qui désarment les ames les mieux pencbail sur elle, alliré par ce corps frais et
trempées. IsabelJe, en!ermée daos sa chasteté charmant, dont il devinait, sous les ,etemenls m'a rendu fou 1
- Vous me lrouvez belle, assez helle pour
native comme un diamant daos sa gangue, qui le recouvraienl, les formes délicates.
vous
servir de jouet. Vous vous eles dit que
ne pourait s'apercevoir de cette métamorEt tout enivré, il ajouta plus has :
votre présence et la mienne daos celte maison
pbose. Ce qu'elle savait de I'amour, des pas« Si je ,·ous aimais, m'aimeriez-vous? » vous offraient l'occasion d'une galante a,·ensions qu'il décbaine en nous, elle ne le savait
ture, qu'il fallait en profiler. l\'etes-vous pas
que par des livres, dont la leclure, meme
XVII
en
pays conquis ! Et saos respect pour mon
celle de Jean-Jacques, eflleurant a peine son
malheur!. .. Tenez, il n'y a qu'une ame lache
innocence, ne lui avait révélé que des formulsabelle, soudaio, comprenait ce qu 'elle
les. L'amour seul, ressenti, subí, pratic¡ué, n'avait pas encore compris, la séduction et vile pour concevoir un calcul aussi abominous apprend ce que peut l'amour. Elle l'i- qu'elle exer~it, le pouvoir de sa gr,1ce de nable .... »
Ce langage de colere rendit a 'falvau un
gnorait, et daos le personnage debout .levant femme, les résultaL. qu'elle pouYail en obpeu
de sang-froid en lui rappelant qu'il tenait
elle, dévoré du désir de lui plaire, mendiant leoir sur l"heure. Et, tout aussitót, !'esprit
humblement son sourire, pret a tout pour la de ruse, naturel a son scxe, se manifestail, daos ses mains la vie de ~lile de Circé. Il releconquérir, elle ne discernail encore que ce lui dictanl sa conduile, lui tracant la voie il vait la tele et redevint mena~nt :
« Vous le prenez de bien haut avec celui
qui le rendait redoutable, et non ce qui fai- suirre.
de
qui dépend, en celle minute, votre salut
sait de luí, des ce moment, un esclave em« Si je vous aimerais? répondit-elle avec ou votre perle. Que! est moa crime 7
pressé a luí prom·er sa soumission.
décision .... Cela dépendrait de ce que vous
- Le marché honteux que vous osez me
Lui-meme, d'ailleurs, ne se sentait pas feriez pour etre aimé. »
proposer. Une filie comme moi, la femme
encore réduit a ce role. 11 ne raisonnait pas
Elle avait tendu son piege, soudainement
ce qu'il éprouvait. 11 y arail de l'in~nscience inspirée par les circonstances. Olivier Talvau d'un homme comme vous 1
- Je ne prélendais pas si haut, avouadaos la docilité aYec laquelle il se livrail a ses y lomba, brulé par le feu a,ec Jeque) iljouait.
t-il.
sensatioos. Ce qui le dominait n"étail encore
• Suffirait-il de vous saurer?
- Yotre mailresse! La propositioo n'en
que de la pitié, une pitié dont il s'effor~,
- Je ne dois pas séparer mon sort du sort est que plus infame .... Encore faudrait-il que
daos un dernier effort, de secouer le joug de ma famille, de mes amis.
naissant.
je vous aime.... Je ne \OUS aime pas .... Je ne
- Et si je les sauvais aussi?
peux rous aimer.
En eolendant MIJe de Circé s'accuser, il
- Vous détourneriez de leur tete le coup
- C'est alors que vous avez un amant. &gt;J
ne pul relenir un geste pour lui imposer qui les menace?
silence.
Elle ne bondissait plus. L'exces de l'injure
- Oui, au risque de me perdre et saos
« Plus has, mademoiselJe, fit-il, plus has. regrets, si je savais qu 'an hout de mes elTorls, ne poumit l'atteiodre.
a J'ai loujours vécu seule, fit-elle, mélanUne jolie fille comme vous lraioée en justice, je trouverais volre reconnaissance.
colique et douce; sauf les habitanls de ce
est-ce possible? Ignorez-vous que ni la jeu- Veuillez au moios m'apprendre sous
nesse ni la heaulé ne trouvent gr-lee devant queUe forme elle devrait se traduire. Peut- chdteau et les braves gens qui m'ont vue
grandir, je ne coonais personne.
fEmpereur? Quiconqqe se déclare son ennemi
etre pourrons-nous nous eotendre. •
- Je peux done espérer vous cooquérir .
.. 238_...

.JJ(.ADE.M01SEI.l.E DE C1~C'É

Promettez d'etre a moi, Isabelle, et je ,·ous
sauve.
_ Pour me sam-er, il íaudrait que je fusse
en pér1I. Vous n'avez pas de preuves.
•
- En scra-t-il de meme quand volre frere
et ses amis St'ront lomb.is en mcn pouvoir?
- Vous ne les tenez pas eucore. »
.
Et, comme lout a J"l1eure, elle le brav~1l
J'un oeste de défi, droile et Ierme, la mam
appU\·ée au dossier d'un fauteuil, loute lr~mblan~ de cctte indignalioo et de cclle samte
fureur ,¡ui font les martyrs, prct~ a dé_fendrc
son bonneur menacé, résolue a lu1 sacr1fier sa
vie. Tahau allail el venait par la chaml,re, la
tele en ft:u, n'a)aDt plus d'un m~~re qu,e l~s
appareuU!s, élrcint par ~o~ ~~•~ q~ ava1t
e1c1té cctte résistance dout 1) s eta1t d abord
llatté d 'aroir facileUJenl raison.
La porte b uuvr1t. ,
..
« IJui se ¡,ermet d enlrt!r 1c1 saos ,elr~ appclé '! &gt; s"écria-t-il l,rut.ilement. 11 s éta1t rt!Lourué el :,'apaisa en reconna1ssanl un des
oeudarmes qui l'avaicnl accompagné.
~ Que rue \eut-on '! • r1•prit-il.
Au ltl'U de répondre, le gendarme lui pr~sentail une en1cloppe rnlumineuse et sorl1t
aprc, la lui a\·oir remise. Tahau fiéueuseruent la déchira, et ses mains tremblanles en
relircrcnl dirnrs papiers qu 'il parcourut des
0

yeu,.
·
· ·t d" un
Mainteoanl, son v1sage
s''eclaira1
sourire de triomphe.
• Écoukz ce qu'on m"écrit, » dit-il. Et il
lut : a llonsicur le commissaire ¡;énéral de
police, je m·emprc,se de \0US a,erlir qu~ le
marquis de Circé et deux de ses complices
,ieunent dºetre arretés au momeo! ou ils passaienl la frl)otiere. Suhant \OS ordres, je les
conduis au Iorl de Joux, ou ils scronl écroués.
Je vous envoie les papiers qu 'on a saisis sur
eux. » 11 s'arrcta pour regarder lsabelle doot
Je ,·isarre exprimait l'effroi. 11 reprit ensuite :
« Vou; ,oyez que je les liens et que j'ai des
preU\es. D ll parcourait les papiers. - Une
leltre du prélendant! « Louis, par la gr.lee
de Dieu roi de France et de Na\·arre, a notre
amé et féal servileur, Roberl, marquis de
Circ.é .... 1 Est-ce assez clair? Et tout joyeux
de sa décoU\erte, emporlé par la joie jusqu'a
oublier qu'il o'avait plus en Cace de lui qu'une
p:mue filie désarmée et vaincue, il l'apostrophait.
« Vous ne me bravez plus, mademoiselle
l'arrogante. ,
Non, elle ne le bravait plus. Se faisant violencc, elle paraissai t se résigner, redeleoai t
tllluslralions dt CoNRAn.)

• - Eh Ntn, soll. alltz txüultr 110s promessts ... puls rt11tner.... J.f:Jls Jt vous hals pour 14 l'iolt11et que vous
mt falles. Cttlt halnt sun,ivra a mo11 sacrlflct. Ellt durtra Jusqrl'.i ma tnorl ;¡11t vous aurtz halét. • •
(Page 23?.)

peu a peu calme, froide, impassible, a~ec,
dans les yeux, a travers des éclairs de haine,
une expre~sion résolue.
« Qu'allez-\OUS faire d'eux? » demandat-elle.
JI ne répondit pas sur-le-champ, liraillé
enlr~ les instincls généreux qu'a\ait éreillés
l'amour daos son cceur et les ardents désirs
que ce meme amour déchainait daos ses seos
La brutalité des désirs l'emporta :
« Les livrer a la jusi ice, fit-il.... Elle suiHa son cours. »
11 fnisait mine de sortir.
, Arrctez ! s'écria lsabelle. Je veux les sauver. » ll re\ int wrs elle, les bras 0U\erls.
Mais elle l'élila, laissant échapper en un cri
de détresse la proteslation de sa pudeur révollée. « Eh bien, non, non, plutot la mort
que celle dégradation, oui, la morl. .. pour
moi, pour ces malheureux. D
11 n'en était plus a se décourager. Loin de
s'irriter, il grima~it un sourire d'incrédulité, car il savait qu"il tenait sa proie, et que
mainteoaot, elle ne pou,ait plus luí échapper.

« Eux seuls seront frappés, objecta-l-il. A
vous, il sera Iait grace.... Vous \·ivrez avec le
remords d'arnir causé leur perle. »
C'était le coup de grace. Elle ccssa de
résister.
&lt;1 Eh bien, soit, allez exécutPr vos promesses ... puis re venez .... Mais je vous hais
pour la violence que \0US me faites. Cetle
baioe suni\ra a mon sacrifice. Elle durera
jusqu'a ma mort que vous aurez hatée. Vous
pourrez posséder mon corps; mon cceur jama is; et quand , ous me liendrei daos vos
bras, vous saurez que je ne resseos pour ,ous
qu'horreur et mépris. »
Peu t-elre espérait-elle I' attendrir, car elle
l'emeloppa une fois encore d'un regard suppliant. Mais cette explosioo de douleur qui
dramatisait sa ,·oix et sa beauté ne pouvait
rien sur un homme affolé par le désir.
« Je vais les saurer, » dit-il simplement.
Elle le regarda sortir. Puis, se redressanl,
elle passa ses maios sur son froot comme
pour s'assurer de la réalité de son infortuoe
et murmura:
« J'ai promis, je tiendrai. )fais il mourra. &gt;J
(A

suivre.)

ERNEST

DAUDET

�111STOR,.1A

)J me de Vieux-11aisons esl une des plus
grandes suivantes de Cupidon, el, ce qui pis
est, une des plus mécbantes femmes qu'on
puisse voir.
Ell,! est la sreur de )lme de Vaurray, tres
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui ressemble
guere.
11 s'était fait passer pour maitre de musique et luí a donné des le~ons. Un heau
jour, a Saint-fioch, elle voit son maitre de
musique en habit superbe, suivi de valcts !
On pensc que c•e~t puur se divertir plutcit
que par grand sentiment qu'il a joué ce role.
)l111r de \'ieux-~lai,ons n'avait pas de plus
grande amie que la présidente Portail. Un
amant, qu'elles se disputcrt'nt, jeta un froid
entre elles. Elles se rencontrerenl chez Mme
de *** et se qurrellcrenl. La présidt·ntc reprocbait /¡ l'autre dé courir aprcs les hommes.

- c·est bien it ,·ous, riposta Mme de
Vieux-ltni~ons, qui art&gt;z couru aprcs le Roi,
au bal de la V1lle, a \'ersaillcs, el qui avez
été attrapée par un de ses domesti,1ues, qui
a fait de mus lout ce qu'il a voulu ! »
Et aussitól, salis qu'on pul l'interrompre,
elle commenra l'histoire. La présidcnte Porlail s'en alla furieuse, saos entendre le re,te,
qu'on décida saos peine füne de \'ieux-llaisons a raconter. Elle dit :
« .\u bal, pour le mariage du Dauphin
(25 février 17 i5), plusieurs femmes cherchaient a faire la conquéte du Roi. Et Ja présidente Portail n'était pas la moins empressée.
Le Roi et quelques courtisans de sa société
intime parurent dégui~és en iís, taillés dans
le go1it de ceux des jardius du chfücau .
« 11 s'amusa quelque lcmps au bal. Et,
ensuite, fatigué de la gene et du poids de son
déguisement, il rcntra chrz lui par une porte
de derriere. On porta sa mascarade chez son
premier valet de cbambre qui a un pt'lit appartemenl dans l'anlichambre de Sa Majesté.
« 11. de Briges, écu)tr du floi, était l'ami
du premier valet de cbambre. 11 le pria de
luí préter le déguisement, ainsi que la clef

de son appartemenl. 11 s·hahilla en ií rl parul
dans la salle. La foule des prétendantes était
infini,•; toutcs crurent rc,·oir le íloi; la présidente se cbargea de l'agaccr plus que toutes
les autres.
&lt;I II ne íut pas cruel et proposa a la Portail de le suirre dJns lt• peiit appartcrncnt de
son prt!mier Yalet de chamlirc. La pré,idcnte
ne ~e le lit pas répélt'r el ~e h:Ha de rysui \'re.
• 11 11 n'y aYaiL point de lumiere parce que
~l. de Briges arnit cu, aupararnnt que de
rentrcr au bal, la précautio11 de l'étcindre.
« L'érnyer prodigna les plus belles promes~cs a ~!me Portail, la pressa ,ivement ...
et ellr crut aYoir rendu le floi heureux.
&lt;1 ~l:lÍ$, en sortant du petit appartement,
le retement en désordre, sa coilfore défaite,
les ycux rayonnants d'orgueil, elle vil tout a
coup Sa \lajesté qui traversait le salon de
l'(Eil-de-Breuí, \'élu a l'ordinaire et suivi de
ses courtisans habituels. Aussitól l'ií, qui lui
donnait le bras, la quilla et s'évada. Elle vil
qu'elle avait été trompée el devint furieusc.
Longtemps apres, par quelques indiscrétions,
elle sut, ainsi que moi, le nom de celui qui
avait si bien joué le role du Hoi. »
~lADAME

e.u IL\CSSET.

f. bcbt lrlr&amp;PolO.OD

LA

VIE ET LES l4lE.UR~ AU

xvu·

SIECLE. -

L.llffER. -

Gravur~ J ' AtiRAHAll Bosse. (Cabinet aes Estam~s

MADAME ARNAULT
Tableau de j.-B. REGX.\UL T. (~1usée de \'ersailles.

Clichc Glraud o~

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Gailly de Taurines</name>
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        <name>Henry Roujon</name>
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        <name>Ida Saint-Elme</name>
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        <name>Jules Hoche</name>
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                    <text>'lt1ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - , - - - - - - - - - - - - - roup, l. 'Ihiers, il corrigeait trop, il avait la
fàcbeu e habitude de récrire ses di cours et
de remplacer par de grandes el longu
phrases les petites phrases, heurtées et incorrectes, qui avaient été saisies au vol, tout s
,chaudes et toutes ,·ibran1~ , par les sténol(rapbe . Cela n'e l Jlas français, di ait
M. Thier .. . oil, mais c'était vivant.... Et,
après que Thier a,ait re\U el rt'manié es
~preuves, c'élait bien moins vivant, et cc
n'était pas toujour plus français .... C' ;lait
même &lt;1nel4uefoi t·ucure moins {mnçais.
Celte nuit-là, je m'approchai re pectueusement de M. Thiers .... i'\ous avions grand'peur de lui .... li était d'une exlrêmc vivacité
et regimbait à la moindre ob er,•alion. Je me
permi de lui faire ob cm:r que, dans la
reYision des 1lpreuve , il avait écrit deux
phrase qui, l'une à la uite de l'autre, en
Jes termes pre ljUe identique , di aient exact1:menl la même cho e :
- Je le sai bien, répondit M. Thiers de
.a petite voix aigrelelle, je le ~ais bien, el
c'est exprè., entendez-vous, c'est exprès ....
La première foi c'e t pour lts gens intelligents, poar ceux qui saisissent tout de
~mite .... Mais il faut parler à Loul le monde,
il faut se faire comprendre de tout Je monde ....

Et la seconde fois, c'e t pour les imbécile ,
qui sont la majorité, en dehor de la Chambre.
Et comme je m'en allai , piteu~ement,
apr' mon échec, j'entendi M. Thier qui
mdchonoail entre ses lèvre
Et mème en dedans.
Un de mes amis dinait, il a quinze jours
fmai 1 7 l], chez M. Thiers, à Versailles ....
Et '10ilà IJUe mon ami, après le dîner, se
lrouvant dans un coin du salon avec deux
ou troi personnes, eut l'imprudence de dire,
à voix ba sf', très basse :
- Mon ·entimentest que, depui un moi ,
on aurait pu entrer à Paris par ~urprise.
M. Thiers était à vingt pa de là, à l'autre
bout du alon, mais il a l'oreiUe fine, surtout
4uand on parle des fortifications de Pari . li
bondit ur mon malheureux ami a,•ec un véritable emportement :
- Ah! vous êtes, mon cher monsieur, de
ceux. qui croient qu'on peut entrer dans Paris
par surprise. C'est une erreur, sache~le
Lien .... Par surprise! Voilà qui est bientôt
dit I Prenez le commandement de l'armée, et
entrez dans Paris par surprise !.. . par urprisel Je suis peut-être compéte11t dans la

question. Les furtifica.Liorn de Pari sont un
ouvrage immen e, un ouvrage de premier
ordre .... Elles ool arrêté 1c Prussiens pendant cinq moi . Elles ]es auraient arrêlés
pendant cinq an , pendant cinquante an , i
Paris n'avait pas manqué de vines. Et la
Commune ne manque pas de vivres; elle se
mitaille tout à on ai.e, à traver les ligo ·
prus~ienne . Croyez-moi, ce n't· t pas une petite all'aire que d'avoir rai ·on de forlifü·ation de Pari . C'esl une enlrt&gt;prise &lt;:910. alf',
gigante. que· ou ne peut en Yenir à boul que
par une grande opération d'en.cmble, par
un immense effort militaire, longuemi:nl, a,,amment comùiné .... Ah! le fortifications Je
Pari !. .. Je les &lt;·onnais, moi, mieux que ptronne, les forLifica1ion dê Paris!
f. Thiers là-de u s'en alla. Mon ami
avait reçu celle semonce, la tête ha se, doc1lement. respectueu ement. Mais, li:: lend,·main, il se vengeait en me disant :
- Oui, M. Thiers veut entrer dans Pari ,
el il y entrera, mais il lui déplairait de voir
es fortifications tomber trop vite et trop facilement. Jl faut qu'il oit bien démontré que
M. Tbier seul était capable de prendre cttte
ville rendue imprenable par 1. Thiers. Amourpropre d'auteur!
Lrnov1c H.\LÈYY.

EN 18o7. -

LE JOUR

DE

L'AN. -

Estampe de DEBOCOORT.

CLAUDE DE SlMlA E, ENFANT.

�LIBitAIR.IB ItLusTitÉB. -

J ULES

TALLANDIBR, ÉDITBUl&lt;. - ..1_5, rue Dareau,

Soinmaire du

:20 J a11vier 19 1r• .

totu. . . . Les soldats de l'ancienne France: L'armée
du R.oi-Soleil . . . . . . . . . . . . . ..
PAUi.. G.-u :t.oT. . . . . A~OU!'S d'autrefois : Un ménage royal
GtNtRAL DE M.\.RBOr. . .Memoires . . . . . . . . . . . . . .
V1cToR lluGo. . . . . Madame de .Montléar. . . . . . . .
T. G. . . . . . . . . Cœurs de rois . . . . . . . . . . . .
J\soii DE Cuoi r . . . Henri JV . . . . . . . . • • • • • • •
jEA.'&lt; RI IIEPTN. . . . Grandes amoureuses : La Périoe .

s\lJ\'T- 1\10.

P110L DE

D• :\&gt;fa x

•-1&lt;.i

Ji:u: · liOCllE . .

156

162
163

.w

1·
16

6$

L'abbé de Vatteville . . . . . .
Un petit Gaulois de Lutèce .
Le mystère de uremberg . .
Louis XIV et Mazarin . . . . .
L'Exode des Girondins . . ..
Mademoiselle de Circé . . . .
Le colonel prussien Collignon

. .

14

l:ltt.LAJW

P. LIE L\ PORlt.

Lo

VET . . . . .

ERNE T U .\.UIJJ:.I.

P.

DE PARDTEI-L,\'i . .

. . . . . . . .

1-

.
.
.
.
. . . . . . . .

de L'Acalém1ef1·a11ç::1ise.

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS IIT ESTA MPES DE :
TIRÊE SN CAMA ÏEO :

Ar.AUX BERTA "LT CALLET . CARPACCIO, CnoFFARD, CONRAD Co DER, DESFO ÉS,
D1E:s A.-J. Duc1.o , DUPLES r-BERTEA -;, J.-M. FONTJ.1 E LI E:i1&lt;rcu Go1.Tz1c ,
GUD IN,

J.-lf. K ER. OT ,

C L A DE DE

CHARLES LAN l. 1,;, MAU RI CE L ELOl R, L LA.'i:TA, P AOI..O
JEUNE, ARC:EOT P RUDHOmtE, ANTOJXE R OBERT, ll IIIF11RE.
WEB CH·DE FO:iTAIJ\'F. , L E T1Tl&amp;N,
ORXEILLE AN DAt.EX.

LORE"~1· 1lOREAU LE
KF.I..TO. ,

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partout

le IO et le 25

SOMMAIRE du NUMÉRO 130 du 25 janvier 19 1 l

--

LE P R INCE D'AUREC
Comédie en trois actes, par Henri LAVEDAN, de 1' Académie fraaiaise.
Lll"•N ne T I N' E,\ l'. La belle Mrs Kennedy, de Baltimore . - Guy U,\);TEPLE l'RE. ~m es féminines .
Co,,1T~S E .\l.,THTP.U DE :.\OAILLE.. Emotio n.
CATa1.1.e ,\Ili;. DÈS. Touffe de myosoti s. - ANA1C)I P. FM~ 'E, de l'Académie
françai ·ç.
jarà ln d' Epicure. - AtPIIONsF. DAUIJET . U7:1- mé nage de cba nt eu:r ·.
.
Ri: Rl\'01 RE. Plus tard. - HE'-R• BOllDEAVX. La robe de laine .
- T11l°':ONIIL. G.\ TIER. Bai s er ro se, boise r bl eu. - Re:;-É MAI ZEll Y. En
Provence. - J. l.\R NI. Sortie de fav eur. - Jr.,N RI Cll EP IN, de l'Ac:id~mie
aise, Une fa ntùi ie. - lll•R,.f:L l'H l~\'O T . d~ l'Acnd~mic
hon cb ette. - ,\hCilEL PR ) \ T \"'. L'é prouvette. - . \ tHF.RT .\I ER.\ T. F igurine .

fr ,nçaisc.'

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Pr&lt;bc : 6 0 Ce n times

J.

TA L LANÔÎ-ER~5.

Tue

Gares

HISTORIA
offre
gracieusement aux abonnés de sa deuxième année
(1er Décembre 1910 - fin Novembre 1911), une surprime
exceptionnelle absolument gratuite et qui constituera
pour eux et pour les leurs un souvenir artistique. C'eJt
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Le Couché de la.Mariée

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2o

BULLETIN D'ABONNEMENT
A remplir, détacher et envoyer affranchi à l'éditeur d'HISTORIA
JULES TALLANDlER, 75, rue Dareau, PARIS, :uv-.
Veuillez m.'abonncr pour un an à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

de _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Prinoms _ _ _ _ _ _ _ __ _
Ru-e

à HISTORIA (List:z•/Jfoi histori(/ut) .

À----------- -

Depark=rtt, _ _ _ _ _ _ _ __

Jc choisis comme pnmc - - - - - Bureau tk Posie
Ci-joio t __ _ po ur l'envol de ,ctte prime
SIGl&lt;.AT II RE

ETRANGER.

Rayer 1~ chiffres inutiks.

60 -.,our l'envoi des gr3:vures, 0 fr. 26 pour le stylographe et pour
Jes livres O

les personnes contractant un abonnement
à HISTORIA jusqu'à la fin de sa deuxième
année (2 0 Novembre 191 l), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d' abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en· se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
OUTES

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Sous ce pli mandat postal de :
22 rr. P ..1Us. - 24 fr. PROVINCE.- 28 rr.

Afin d'éviter des er-reurs,prière d'écrire très lisiblement toutes les indications
Ajouter O fr.

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fr. 25 (Pans) et O fr.85 CDépartement ).

J.· 11

KrnSOT, d.'apr~s

le t-4 /:!lea11 Je Coo DER. (Musée d~ v~sai/les .)

P1fOTOG]t.JlPH1ES

de grand format carte-album, tirées
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sur grand carton Whatman avec
fonds chine et montées sur cuvelage,
sont deux épreuves de grand luxe
dont la présentation artistique et la
valeur sont incomparables.

lfadame de Pompadour

,mure Je

L'armée du Roi-Soleil

Ces

L'embarquement pour Cythère.

G~

LES SO LDATS DE L'ANC IENNE FRANCE

G. SŒTAERT

~

.

PRI E DF: L ÉRIDA ( 13 OCTOilRf.• 170 • )
'
• · -

deux poses photographiques différentes (mais de la même personne)
dans les ateliers d ·une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
du portrait :

~"~::~:OI" HISTORIA Ma:::~~:tré
WATTEAU~

(ill u. cle d"Ah).

Paraissant

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

fran

TAHLEAU o"ArL~ULPBY

li\lL\ XC

SU'R_PR._1.ME MER._YElLLEUSE

Parmi les riche e d'art, trop peu connu~,_que garde précieusement en son musée
la vieille et noble viJle d'Aix-en-Provence il
~L ~ne toile, peinte ,·ers f 715 par le mai~re
a_• 01 Aroulpby, qui appelle el retient l"atten-

feU.J. d'artillerie, croire que l'arfi te 'est
~mplu, en exécution d'une commande royale,
a représenter d le ha. àge un Dauphin
da~ l':ipp:U:eil ?'1errier que, par préde tinaL1on devait lm réserver l'avenir. Ce n'est
lion .
po_urtant
~as de l'héritier présomptif d'un
On_ y voit, en pied, un petit personnage
roi
_qu;
l
~uvre d'Arnulpby nou a conde di à onze an dont l'ajustement imserve
l
effigie,
mai simplement du cadet
préni e5 L mi-p_arti de robe el d'épée, la robe
d:~E'
mai
on
de
Provence, Claude- ecret de
a_mple pli soyeux étant celle d'un joli
•~iane,
~
I
·_
de
Jo
eph de La Cépède, marmbrn que ses gouvernante- n'ont pas encore abanJu~né .an retour aux oin plus &lt;tlll- de H1:uane-lès-Ai1. el de Marguerite de
~udes _du preceplt'ur; la cuira se, étoilée de \ ~lhelle-Me1ra_rgues de Rian . EL Claude, bien
r C~OII d l'ordre, étam ceUe d'un haut lorn de deverur, par la uite, Je roudre de
0 ficie_r; .• l'ilpée dti commandement qu'il guerre _dont le pinceau d'un bon peintre avait
compla15:1mment et prématurément présagé
~rand1t herement au bou l de son petit lira
les e~plo1t , n"eù_t lai é d'autre trace qu'une
ta~DI t ~ne d un héro , d'un gagneur de bitmenLJ_oo de oo titre el de on nom dao le
e..
On po urra,t.
· en face de ce tableau. dont le re~ut-Il ' de «éaé.alo!!ie, nobiliaires, si l'eiqui e
10nd
tuwultueru s't•claire et s'enfume de ~o,le _du mu ée d'Ah, aprè deu sièc!Ps
ccoules, ne le !ai ait re,ivrc ous no ·e11.1.

:x

I\". - H1

TORI A. _

Fasc. 28 _

En ,d~pit_ du peu de place qu'il occupe
dans_l ~t lo1re de son lemp , le fils de Joseph
d~ im1ane-~ Cépède, inon par es haut
~a•t~, du .mo~ par son portrait, olTre un
~nterêt b~stor1que spécial. La belliqueuse
11~age qu on ·nou a gardée de lui montre
bien, en effet, quel était le principal souci
des parents, quant à l'éducation de leur
enfant mâles, dans la nobles e de l'ancienne
France. On ne voyait en eux que de futur
oldats, et, _dès leurs premiers an , c'était
v~:s _le ervice du roi qu'on les dirigeait,
~ eta1t_ ~ur ~e ~ 'lier des armes qu 'on le
mstrui_-ait, _c éta1L à devenir des chef qu'on
le~ prepara1t. Aus i, lorsqu'on leur faisait,
a,~nt l ân-e,. pa_rler en si n-raod apparat la
~•ra _e et l epee, on ne songeait nullement à
n_ y voir, com~e aujourd'hui pour le petit
ctt_oyen français, fil de bourgeois ou de travailleur ' pendant les journées de caroanl,
10

�111S T O'J{1.Jl

L'AR_.MÉ'E DU '/{01-SOL'ElL

qu'un travestissement et qu'un jPu. On
de\'ançait tout bonnement une réalité très

grand'mère d'aujourd'hui, serait près assurément de paraitre monstrueux: - l'impa-

Cliché Glraudon.
UNE REVUE DE MOUSQUETAIRES. -

Tab/.ea.11 J'AsTOlNE ROBERT. {!tf11sée tte Versailles.)

prochaine, qui, chez le fils de noblesse, verrait avant la fin de l'adolescence son plein
accompHssement.
A l'appui de cette explication qu'il est permis de donner pour commentaire au singulier portrait de Claude de Simiane, rien ne
serait plus aisé que de mulliplier les exemples, mais un seul suffira, tant il est concluant,
!!l'àce aux considérations et réflexions qu'il
sut inspirer à une femme en qui l'on saluera
toujours un de nos grands écrivains français.
11 s'agit du marquis de Grignan, petit-fils
de la marquise de Sévigné, jeune gentilhomme-soldat dont un savant critique, M. Ernest Bertin, a étudié el résumé naguère la vie,
d'après la belle étude, puissamment savoureuse et copieusement documentée, du maitre
historien Frédéric Masson.
Lorsque, encore tout enfant, le fils du
gouverneur de Provence semble être et devoir
re ter d'un naturel timide, disposition fâcheuse
dont s'inquiète sa mère, en raison des projets
d'avenir qu'elle forme pour lui, la bonue
marquise écrit bien ,·ile à cette dernière, pour
la tranquilliser là-dessus: cc Ils sont des filles
&lt;&lt; tant qu'ils sont en robe. En croissant, au
« lieu de craindre les loups-garous, ils crai« gnent le blâme el de ne pas être estimés
&lt;t autant que les autres, et c'est assez pour
&lt;&lt; les rendre hraves et pour les faire tuer
(t mille fois : ne vous impalientez dong
l( pas .... J)
« L'impatience, dit M. Ernest Bertin, en
reprenant et expHquant le mot de madame
de Sévigné, - uu mot qui, se retrouvant,
appliqué au même cas, fût-ce même sous la
forme ironique, au bout de la plume d'une

tience, voilà le trait oaraetéristi,rue de l'affection maternelle dans ce temps et dans
cetle classe. Le souci de l'avenir gâte ou détruit la joie du présent. Il faut mûrir ses fils

Sévigné finit elle-mèmn par se laisser rragner
aux pensées arnbitieu es de sa fille; elle
parle, sans sourire, de la figure considérable
du marquis; elle le voit déjà gouverneur de
Provence, à tout le moins colonel, et il a
six an . Elle rencontre, en allant à Vich1, un
l,ambin du mèrne âge un fils d'officier, façonné aux màles exercices, délibéré, adroit,
ous i vigoureux qu'agile à manier le mousquet et la pique, et die le cite avec admir.,tion pour ainuillonner son dauphin de Provence .... &gt;&gt;
Quelyues années s'écoulent. 16 8 arrive.
Au début de l'automne, Mon eigneur, fils du
roi, quille Versailles pour aller commander
en chef l'armée qui doit assiéger Philippsbourg. Toute la jeune nobles e s'élance sur
ses pas, impatienle de se signaler sous les
yeux de son futur souverain. Le pelit marquis de Grignan, dont la sPizième année est
révolue depuis peu, avait, trois ans plus tôt,
été admis d'emblée à faire ses débuts à Versailles, en dansant dans un bal de cour. Il va
maintenant faire sur le Rhi~ ses premières
armes. et Void un autre genre de précocité
qui ne prête pas à rire, et qui a son prix
dans tous les Lemps et sous tous les régimes.
C'est encore la même grâce, mais intrépide,
mais héroïque, sous le feu du canon, ou bien
c'e t la passion, la soif du péril et des élan
d'indomptable audace ... A. Philippsbourg, il
faut que le maréchal de Duras, sur un ordre
formel de Louvois, défende aux Yolontaires
de donner à tous les assauts, les attache à
un régiment spécial, leur assigne leur tour

Jolre marquis, attaché au o-lorieux régiment
de Champa!!Ile, y fait bonne et martiale figure; il ptor-te allègrement les fa ~cine , rit
aux boulet qui passent, enrerristre les incident du ièrre avec le sang-froid ù'un vieil
officier.... Tout marche ;1 ouhai t pour le
mou quclaire, et néanmoins madame de Grignan, il faut le dire à sa louange, en 'prouve
moin de ravissement que d'angoisse . -

bombe sur l'épée et la hanche du mou~quetaire. L'beureu-e contu,ion, qui a si bien
choi i sa place, dan~ de bonne chairs, el
·e t arrêtée à point! ... » Nous retr0t1vons,
peu après, le marquis, capitaine de chevaulégers ùans le régiment de son oncle. « li
mène une fringante compa&lt;snie qui a été
levée et équipée par maJame de Grignan
en personne. Il enlre en campagne dans

BATAILLE DE YILLAVJCIOSA (10 OÉCEllBRE J"IO)
1

PRISE DE SEPT VAISSEAUX ANGLAIS, HOLLANDAIS ET CATALA."1S PAR J\,l. DE L'AIGLE (2 MARS

Gravure de Stir.'t.TON, J.'après le tableau de

. en toute hâte pour la cour ou pour le champ
de bataille, et les ~• envoyer grossir le renom
et les honneurs de leur maison. Madame de
.... q 6 ...

Gi;oJN.

1711).

(,}fusée de Versailles.)

de se faire tuer. Vauban, si avare de l'humble sang des soldats, ne peut empècher ct.-s
généreux étourdis de prodiguer le leur ....

C'est le moment, ajoute M. Erne!tl BP.rtin, où
madame de Sévigné rtdouble de confiance
d'entrain, d'humeur guerrière, exalte Ja for~
lune el les exploits du marquis, pour jeter
~~elque baume sur la plaie qui saigne. Elle
lait bravement campagne avec son petit-fils
pour ~e protéger, le célébrer, pour le ramener tr10mpl1ant et entier. «J'ai Philipp bourg
à prendre, &gt;&gt; répond-elle aux invitations qui
pourraient la détourner de cette rude be 0 •
~ne. Elle prend Philipp bourg, et après Phihp.p bourg, il lui faut prendre encore Manhe1m, et à Manheim elle reçoiL un édat de

•

-

.

G, avure Je

P1wouom1E,

-

forcer un cbà[eau, - et enlerer onze ou
c&lt; douze cents hommes! Hepré entez-vous un
11 peu cel enfant devenu un homme, un
t&lt; homme de guerre, un brûleur de maisons l 1&gt;
cc Un lei foudre de guerre ne pouvait rester
longtemps capitaine.... Le chevalier de Grignan, , on oncle, lui offrit en cadeau son propre régiment. Mais qudque chose encore
1c

,t"af'rês le tableau -l'Auux. (.!fusée de l ·ersail/es.)

le corps du mar4uis de Boufllers. De sa
k~r~ de Bretagne, madame de Sévigné suit et
decr1t Jes événements qui s'accompli sent Sllr
les hmds de la ~loselle, et di tribue la oloire
arec une charmante partialité. Dan le"brillant assaut donné au chàleau de Kocheirn
elle ne distingue à travers la fumée du corn:
bat q.u'un seul ~éros, le sien : elle se plait à
le pnndre hou1llant, furieux, et même un
peu féroce, d'autant plus féroce qu'il est plus
imberbe, et elle onne en son honneur une
triomphante fanfare:
&lt;&lt; Ce marmot I entrer l'épée à la main, el

m~nqua!t au nouveau colonel, quelque chose
qm ne s emprunte pas, l'expérience, l'autorité
el le tact nécessaires pour mener un rérriment
de douze compagnies et s'imposer aux ~ieilles
moustaches. Il est plus facile de bâter les
grades que la raison; l'enfant reparaissait
da_ns le col?oe_l,, av~it Je~ caprice qui blessa1e_nt la d1gnue d autrui, compromettaient
la, sienne et l'exposaient à d'amers déboires. A
defaut de maturité, le marquis paya de bravuure et ce ne fut pas sa faute s'il n'eut point
de part aux actions brillantes de Fleurus H
de Staffarde. Des marches et des contre-mar-

�H1STO'J{1.Jl
ches, sans gloire, sinon sans fatigue, tel fut
le lot de son régiment. Avec la meillenre volonté do monde, madame de Sé,,igné n'y peul
trouver matière à louange .... füis son admiration se ranime à l'occasion du irgedeNice,
où le jeune colonel, affamé d'honneur, est
-accouru en wlontaire. Elle trace de ses travaux et de son altitude un portrait où la
-martiale élégance du gentilhomme esl comme
encadrée dans la beauté de la nature méridionale .... Ce n'est plus le brûleur de maions de Kocbeim, c'est l'orticier correct de
YersailJes, portant fascines à petits pas (ain i
le veut le bel air) sous la mitraille de la place,
c&lt; el quelles fascines! toute~ d'orangers, de
&lt;1 lauriers .roses, de grenadiers; ils ne crai« gnent que d'être trop parfumés. 1)
La mort de la marquise de Sévigné, qui
survint, comme on sa:it, au mois d'avril 1696,
fit perdre au brillant colonel, en même temps
crue la plus adorable des grand'mères, le plus
brillant et le plus vibrant historiographe que
jamais il eùt pu rêver. Aussi, depuis ce m()ment-là, on ,·ague brouillard rccouvre-t-il
la courte vie du marquis de Grignan. « Son
histoire lient en quelques Lignes : une promotion de brigadier, une mission d'étiquetle
à la cour de Lorraine, une vaillante attitude
à la bataille d'Hochsledl, puis la maladie, la
petite vérole, qui le prend et le tue à Thionville, au seuil des grandeurs rêvées par lt·s
siens. Tant d'application, de soins, de démarche , d'efforts généreux et hâtifs, et pour
unique récompeuse une mort obscure à
l'écart des champs de bataille, une lombe
ignorée, un nom éteint l Son épitaphe, du
moifü, nous reste, écrite par Saint-Simon,
un juge dont la louange vaut double:
c1 C'était un galant homme, et qui promettait fort. o
Telle fut, brièvement résumée, la vie d'un
de ces jeunes gentilshommes destinés dès le
berceau à devenir des soldats, et qui recevaient, avant même la fin de leur adoles. cence, ainsi qu'un dernier jouet do1l.t ils savaient d'ailleurs apprécier le prix, leu.rs pre.miers galons d'officier. Et, de même qu'elle
montre avec un relief particulier, grâce aux
lettres de l'immortelle marquise, comment
les aïeules et les mères prenaient en ce
temps-là leur parti des risques courus à la
guerre par leurs fils et leu.rs petits-fils, cette
biographie sommaire du dernier des Grignan
pourrait, dans ses grandes lignes, servir de
prototype à celle de nombre d'autres héritiers
d'un beau nom.

TI y eut Jà, pC'ndant toute la durée d'un
très long règne, uoe floraison incomparable
de jolie Lravoure, de ouriante inlrépitlité,
d'béroï~me sans pose ni apprêt. La jeune
noblesse de France prodigua, sous le grand
roi, avec le meilleur de son sang, les plus
brillants faits d'armes. De ses exploits fut
faite en partie l'auréole dont ~e nimlia l'orgueille'ux sou,·erain. Aussi, lor que arriva le
déclin dn Iloi-Soleil, dont l'éclat aveuglant
avai.L si longtemps éLloui le monde, Lous ces
noLles porteurs d'épée, quOÎ'fue toujours
aussi résolus en Iaee du pilril et vaillants en
face de la mort, s'effacèrent dans le demijour crépusculaire où s'estompait maintenant
celui devant qui l'Europe allait se déshabituer
de trembler.
Le années funestes avaient succédé aux
années glorieuses. On avait C'DCOre des troupes
ad.mirai.iles, aussi patientes que courageuses,
résistant aux plus dures fatigues comme aux
plus cruelles prirntions, et réunissant des
hommes qui, comme à Malplaquet, pour
courir plus vite à l'ennemi, s'aJJégeaient en
le jetant du pain qu'on yenait de leur distribuer et dont ils manquaient depuis la veille.
On avait, pour les commander, des officit&gt;rs
tels que le marquis de Grignan et ses pareils.
El si, malheureusement, pour mener ces soldats et ces ofûciers, on avait des chefs comme
les Chamillard et les Villeroi, on en avait
aus i comme les Villar;; et les Vendôme.
Mais, depuis la défaite d'Hochsledt surtout,
en août 1704, où tout un corps d'armée
français - vingt-sept bataillons de vieille infanterie, douze escadrons de dragons: de dix
à onze mille hommes - avait capitulé, le
prestÎ!:e de la France s'était de plus en plus
affaibli. Le malheur s'acharnait sur le vieux
roi et son royaume. « Tout révélait la profonde décadence des choses et des personnes
dans ce gouvernement 4ui avait été l'exemple
et l'effroi de tous les autres. Le présent était
s,inislre; l'avenir, tel que la pensée n'osait
plus en sonder les abimes : on n'entrevoyait
pas seulement l'abai~sement, mais la ruine
de la France l 1 »
De toutes parts, les échecs succédaient aux
échecs, les défaites aux défaites. Mais, pendant que Louis XIV, vieilli et déprimé, pouvait dire lri~tement à l'incapable Villeroi, le
vaincu de Ramillies : « Mon ieur le maréchal, on n'est plus heureux à notre âge, »
l'armée, où bouillonnait toujours un sang
jeune et ardent, ne connaissait ni le découra1. Deori Martin, tome XIV, page 506.

gement, ni la résignation . .Faisant face aux
diverses coalitions formées contre la France,
elle continuaithravement, sur tous les points,
à combattre - pour l'honneur. Et la fortune
devait enfin répond-re à tant d'efforts par des
sourires qui, pour un temps, allaient sinon
faire oublier Lanl de désastres successifs, du
moins en atténuer le souvenir.
C'est en Espagne, où le I oi de Fran"e, par
la force des armes, tentait de consen-er le
trône à Philippe V, son petit-fil~, que les
alliés devaient, à leur tour, essuyer de nouveaux revers.
De ce côté la marine française se montra
la digne auxiliaire de notre armée de terre.
Dès i 707, - alors que le duc d'Orléans et
Berwick s'emparaient de Valence, puis de
Lérida, cette fameuse place, réputée imprenable, contre laquelle le grand Condé luimême avait échoué soixante ans plus tôt, Forbin et Dugua1-Trouin capturaient ou coulaient des convois anglais portant en Espagne
troupes et munitions. Et celle guerre maritime se poursuivait presque continument pendant toute la durée de la campagne dans la
péninsule, jusq u•au déùu t de frl1 , où M. de
l'Aig]e prenait brillamment, après un combat
de quelques heures, sept vais~eaux anglais,
hollandais et catalans, qu'il conduisait ensuite partie à Malte et partie à Toulon.
Entre temps, le roi de France envoyait au
secours du roi d'Espagne le duc de Vendàme, dont le nom, à lui seul, &lt;C valait upe
armée ». Vendôme, qui possédait au suprême
degré l'art de fanatiser les troupes qu'on lui
donnait à diriger, jouissait d'uu prestige tel,
qu'une foule de volontaires, dont un grand
nombre appartenaient à la noblesse, le suiYirent en Espagne, et infusèrent à l'a.rinée
franco-uspagnole comme un sang nouveau.
Aussi vil-on à Villaviciosa, où Philippe V
commandait à côté de Vendôme, une des
plus vigoureuses et des plus frappantes manifestations des qualités spéciales qu'une éducation avant tout militaire, un cc enlraÎDt'ment » app.roprié, ainsi qu'on dirait aujourd'hui, donnait aux gentilshommes de ce
temps-là.
EL la bravoure de ces'jeunes officiers, menant si crânement leurs hommes au Ieu, ne
con tri boa pas peu à cette brillante victoire,
- l'un des suprêmes rayons dont s'éclairèrent les dernières années d'un vieux roi, qui,
à sa mort, laissa la France plongée dans u
si terrible misère, en un désarroi si profond,
après l'avoir comblée de 1ant de gloire.
PAUL DE

.\lORA.

L&amp;

REl:.E A. NONÇANT A M~IE DE BELLFGARl&gt;P., DES JUGES ET LA LtnERTÉ DE SON MARI, EN MAI

17~7. •

Gravure tie A .-J. DuvLoS, j'aprés le faste/ .:te LEsFOssü.

AMOURS

D'AUTREFOIS
♦

Un

ménage royal
Par PAUL GAULOT

[1

pareilles d'autre désaYantage que de n'avoir
point un mari à tromper ou à désespérer,
Louis XV meurt le iO mai 1774.
comme le Montespan, les Châteauroux et les
Le premier acte de son successeur est une Pompadour?
insulte à la mémoire du roi défunt : il
Le seul reproche politique qu'on pût
cc envoie la c-réature au couvent 1 » ; en
adresser à madame du Barry ··tait d'avoir
d'autres termes, on expédie à madame du poussé au renvoi de Choiseul. Si Louis XVI
Barry une lettre de eachet. La mesure était considérait la disl-!ràce de ce ministre comme
pour le moins inutile, car la favorite, privée une faute, le meilleur moyen, pour réparer
de son protecteur, se serait retirée d'elle- cette iuj ustice, était non d'exiler la maitresse
même dans quelqu'une de ses propriétés. A royale, mais de rappeler Choiseul. Il n'en fit
quoi bon attirer davantage encore l'attention rien cependant, et ce n'est pas fauted'enavoir
sur une liaison que la mort venait de rompre, été sollicité. On verra plus tard ce que raconte
el surtout traiter aussi durement une femme à ce sujet llarie-Anloinette; qu'on sache seulégère, mais bonne, el qui n'eut sur ses lement que, par les soins de la reine, une
1. Lettre de Marie-AnloineHe à :Uarie-Tbérêse entrevue eut lieu entre le nouveau roi et
14 mai 1774).
l'ancien ministre, lequel entendit, sans trop

d'étonnement, ces étranges paroles sortir avec
peine de la bouche royale :
- Monsieur de Choiseul, vous avez bien
engraissé .... Vous a,·ez perdu vos cheYeux,
YOus devenez chauve.
Ce fot là tout ce qu'il put trouver à dire.
L'impression que produisait le pauvre
prince élevé ainsi à la toute-puissance était
?éné_rale, el_ceux-là seuls conservaient quelque
1llu~1~n qm ne le connaissaient point et se
flattaient que le successeur de Louis XV
vaudrait mieux que &amp;on prédécesseur. Lacho e
s~mb!~t facile, car o~ ne pensait guère qu ïl
f~l aise de t,rouver pue. On ne trouva point
pire, en eflet, mais on trouva autrement
mauvais. Louis XV ne manquait pas d'inlelligenre, mais de caractère et de moralité.

�, ___________________________

111S TORJ.ll
Louis Xîl a, ait moins d'intelligence, pas écrit : assurémeuL, elle n'avait pas lieu ù'en "ucces. ion en ligne directe, tous s'imaginaieul
davantage de caractère : par contre, il avait èlre c1 on ne ;:aurait plu coatente u. La for- découvrir dans les moindres SJ'mptàmes la
de la moralité à rcrendre, i l'on peul appeler mule banale de sou mari lui causa quelque réalisation de ces espérances. Marie-Antoinette
de œ nom une apaÙlie extraordinaire, qui dr.crption, el elle ne s'en eacha pa . Elle rapporte un mince incident urrnnu à ce
ést un défaut ans i bien chez un roi que reprit la plume, priaot sa mère d'excu er le sujet : cc En revenant de Compiègne, j'ai eu
chez un homme.
1·oi à cau,e de sa &lt;&lt; timidité et embarras une petite indisposition fort dé agréable en
Mèrcy-Aruenteau sentait lti danger, et ne naturel. " Et elle ajouta : « Yous vo ·ez, ma ,,01age : la grande chaleur et le mouvement
"oyait de ren.ècle à cet éLaL de choses que chère mamaa, par la fin de on comphmenl, de la voiture où j'étais montée en sortant de
dan l'action polilic1ue de la reine. Il regrettait que, quoiqu'il ail beaucoup de tendre e pour la table m'ont porté au cœur, ce qui m'a fai t
qu'elle cùt toujours été ,1 un peu
beaucoup vomir, te qui m'a
trop éloignée de aifa ires séfait grand honneur dan le purieuses n, el, elon lui, il fallait
blic; mais, malheureu ement,
&lt;&lt; que, pour la sûreté de son
ma chère maman voit bien que
IJonheur, elle commen~·ùt à
j 'étais loin de grosse se•. &gt;&gt;
'emparer de l'autorité 4ue le
En d'autres circonstances,
roi n'exercera jamais que d'une
elle Y mettait moins de bonne
façon préca ir ', et, rn la tourhum~ur, et il arriva un jour
nure des gens qui composent
que, pressée par une de ses
cette cour, ru l'e pri Lqui le
femmes de ne plus monter à
anime et qui les guide, il crait
cheval, elle s'écria dans un
du dernier danger eL pouT l'État
moment d'impatience trop exet pour le sy tème général
plicahle :
que qui que ce . oit s'emparàt
- Au nom de Dieu! laisdu roi, et qu'il fùt conduit par
sez-moi en paix, et sachez que
un autre que par la reine 1 &gt;l.
je ne compromets aucun hériAin ile malheur de sa destitier4?
née \'OUlait que ses ami~, ses
Bientôt la joie d'autrui vint
con eillers la poussassent eux .
ajouler à ses propres tristesses .
mèmes dans la \'Oie funeste oit
Le comte d'Artois, de trois ans
la malheureuse princesse dt:!vaÜ
plus jeune que Louis XVI, el
rencontrer lant d'obstacles et
marié trois ans plus tard,
soulever tant de colères ... .
n'avait point imité la réserve
Mais les Lemps terrililes
de ses frères : la nouvelle que
éLaienL encore éloignés , er, pour
la comtesse d'Artois était en1.: momeut, elle éprouvait l'éceiute se répandit à la cour
Llouissement que lui donnait
avec une rapidité prodigieuse,
ce beau titre de (1 reine de
et, dès le deuxième mois, les
France &gt;&gt;. Son orgueil s'en
uns s'en réjouissaient, tandis
i·éjouissait, et, naïvement, elle
que d'autres s'en attristaiènt.
ne pouvait s'empècher, écrivaitCe fut une cruelle piqûre d'aelle, &lt;&lt; d'admirer l'arrangement
mour-propre pour la reine.
de la Providence, qui l'avait
Elle 'elforça d'atlénuer son
choisie pour le plus beau royaucb.agrin en écrivant la cho e à
IDIJ de l'Europe. Jl
ca mère: (( J'avoue ... que je
EUe était heureuse de monsuis fàchée qu'elle devienne
trer sa joie à sa mère. Dans celte
mère avant moi, mais je ne
heure d'expan,ion, elle voulut
m'en crois pas moins obligée à
y associer sun mal'i, et elle Iui ·
avoir pour elle plus d'auention
demanda d'écrire 4ueh1ues mols
que personne. » Mais Mercy
auss i. Afin de lui rendre la
LOUIS xvr.
pouvait être plus franc: « Debesogne plu facile, elle lui dicta
puis les apparences très probaGra,•ure de NARGEOT, cf Jf&gt;rès le tableau de CALLET . (.lfusée de 1·c,-sailles. )
deu'( phl'ases qu'il écrivit doLles de la grossesse de macilement : c1 .fe uis fort ai e
dame la comtesse d'Artois, il
de Lrouver une occasion, ma ch?1rc maman, moi, il ne me gâte pa par ses fadeurs!. &gt;&gt; est arrivé ce que j'avais toujours prévu et
de vous prournr ma tendres e et mon atlaCependant il y avait un progri!s dans la craint : c'est que la reine, frappée de cette
chement. Je désirerai bien avoir de vos conduite conjugale : depuis quelque temps circonstance el réiléchissan t sur les siennes
conseils dans ces moment~-ci, qui sont si em- déjà, il avait ce sé de se reLÎrt'r le soir dan
propres, y trouve avec rai on un sujet très
barra~ anis .... &gt;&gt;
se appartements el ne souhaitait plus le grave de peine, el je rnis avec un extrême
Il était. lancé; e1le espéra qu'il allait conti- bonsoir à sa femme, comme il avait fait le chagrin que Sa Majesté en est intérieurement
nuer, mais elle eùl voulu qu'il le fit de lui- jour de se noces et pendant si longlemp de- affectée d'une façon Lrès douloureuse 5 . »
mème. Le roi continua en elîet : &lt;C Je serai
puis, mais il dormait simplement plus près;
Bien qu'elle cherche à conserver son embien enchanté de pouvoir vous contenter et c'était le seul changement survenu, car il pire sur elle-mème, la vérité finit par lui
de vou marquer par là tout mon attachement n'empêchait point la reine de dormir.
échapper, et alors les imprudences commene~ la reconn~issance que j'ai que vou avez
La nouvelle u t'D avait pas moia été ébruitée, cent. L'exaspération qu'elle éprouve d'être
bien voulu m accorder votre .Olle, dont je suis et tous alors, partageant ce désir universel, associée à ce mari ridicule lui fait oublier ses
on ne saurait plus content. »
qu'il e t d'usage de manifester sous les monar- résolutions anciennes; elle ne se relient plu ,
Marie-Antoinette Yint lire ce qu'il avait chie , de voir un héritier assurer rordre de
0

1

J. Correspv,ulaure secrète, 1. lI. 11. l;:ii.

•

2. ibid., L 11, 11. H0-141.

- r5o ...

3. Ibid .. L li, p. 230.
'•· Mémofres de 111adame Campan .
b. Corresp. sea., 1. li, p. 268 et 214.

el c'est sur uu Lon de plaisante raillerie trop heureu e encore i, eu se perdanl, elle
qu'elle parle de lui maintenant. fü c'était conserve les vertus dues à son rang! »
L"empereur Joseph li, son frère, fut aussi
encore à Mt-rcy ou à a mère, il n ·y aurait
attristé
tiue Marie-Thérèse. et. dans le preque demi-mal; mais elle prend pou.r confident
mier
in
tant de la surprise el du mécontenun ancien diplomate, qui fut l'homme de
confiance de l'impératrice en diverses circon- lemenl, il adressa à sa sœur une lettre
s.Lances, le comte de Rosenberg. Elle lui écrit. contenant le reproche, les plus durs, el où,
le 17 avril l 7ï5 : (&lt; Le plaisir que j'ai eu à arec uue Yéritahle perspical'ité, il lui énuméeau eravec vou , monsieur, doit bien mu ré- rait es fautes, celle que plu tard on devait
pondre de celui que m'a fait votre lettre. Je transformer en crimes. Faisant allu~ion à la
ne serai jamais infjuiète des conte" qui iront nominal ion de M. de Sartines au ministère de
à Yienne taot qu'on ,,ou en parlera; vous la marine, au remoi du duc d'Aiguillon, à
connaissez Pari et Versaille , vous avez vu l'affaire as ez louc-he du duc de Guines, et à
et jugé. 'i j'avai besoin d'apologie, je me la charge de surintendante donnée it la princonfier11is bien à l'0us. De bonne foi j'en cesse de Lamballe, il disait : « De quoi vous
avouerai plu que vous n'en dites : par mèlez-,·ous, ma chère sœnr. de déplacer des
e:xemple, mes goùts ne sont pas les mèmes ministres, d'en faire envoyer un autre snr es
que ceu'&lt; du roi, qui u'a que ceux de la chasse terres, de faire donner tel département à
celui-ci ou à C'elui-là, de faire gagner un proel des ouvrages mécaniques. YousconTiendrez
que j'aurai~ ass·cz mauvaisfl 11,râce auprès cès à l'un, de créer une nouvelle charge disd'une forge; je n'y ,erais pas Vulcain, et le pendieu e à votre cour, enfin de parler
rôle de Vénus pourrait lui déplaire beaucoup d'affair~s, de vous servir même de termes
plu que me goûts qu'il ne désapprouve très peu convenables à volre situation?
pas. \) Cette lellre nous fait connaitre une
« Peut-on éi.;rire quelque chose de plus imMarie-Antoinette qu'on n oupçonnerail pas prudent, de plus irraisonnahlP, de plu~ incond'après .a correspondance hahitu.elle. Elle venant que ce que vous marquez au comte de
n'a pas lieu d'aillt&gt;urs de beaucoup étonner, Rosenberg touchant la manière avec la'luelle
la p.rincesse ayant de tout temp monlré une vous arr·angt&lt;âtes une conversation à l\eims
tendance à la malignité et une grande apti- avec le dur. de Choi eul '! Si jamais une lettre
tude à ai ir les ridicules des gens. On devine comme celle-là s'rgarail, si jamais, comme je
les bruits auxquels le comte de rio enberg n'en doute presque point, il Yous échappe des
avait faiL alla.ion dans sa Jeure. La .réponse propos et pbra es pareilJe vis-à-vis de vos
est très uelle et marque la très petite place irn imes confidents, je ne puis qu'entrevoir le
que tenait &lt;( Vul(·ain &gt;) dans l'e prit de sa malheur de votre vie, et j'avoue que, par
femme. Un pas~age d'une lettre, adres ée le l'attachement que je vous ai voué, cela me
15 juilld, au mème de tinataire, accentue fait une peine infinie 1 •..• »
enrore les chose .
Ces crainles prophétif]ues ne parvinrent pas
rt s'agiL de l'entrevue préparée à son in. ti- à Marie-1ntoinette. L'impératrice jugea trop
gation entre le roi et Choiseul, entrevue dont vifs les reproches de Joseph II _à sa sœur, et
on sait le piteux résultat.
t&lt; Vous aurez peut-ètre appris l'audience
que j'ai donnée au duc de Choiseul à Reims.
On en a tant parlé que je ne répondrai pas
que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se
reposer chez lui. Vous croirez ai émenL que
je ae l'ai point vu &amp;ails en parler au roi, mais •
mus ne devinerez pa l'adi·esse que j'ai mi e
pour ne pas avoir l'air de demander permision. Je lui ai dit que ,j'avais cnvie de ,·oir
M. de Choiseul el que je a'étais embarrassée
que du jour. J'ai 't bitn fait que le pauvre
homme m'a arrangé lui-mèmc l'heure la plus
commode où je pouvais le voir. Je crois que
j'ai assez usé du droit de femme dans ce moweut 1. ))
Le comte de Rosenberg ne se crut pa tenu
à un secret qu'on ne lui demandait pas, et il
montra les lettres. Elles étaient d'un st;ile à
ne point pas er inaperçues, et elles de1•inrent
promptement le sujet des conversation . Le
BARON DE BESE~VAL.
bruit en parvint jusqu"à l'impératrire, qui
demanda à voir l'ori"inal. Avec quelle stupeur elle lut les confidences de sa fille!&lt;&lt; J'en elle obtint qu'une lettre de formes plus douces
sui· pénétrée jusqu'au fond du cœur, écrit- seraiL substituée à celle-là. Peut-ètre aussi se
elle à Mercy. Quel S!Jle, quelle façon de pen- ~ouvenait-elle qu'elle avait partarré l'avis de
ser! Cela ne ron firme que trop mes in4uié- Mercy, conseillant à la reine de prendre autotudes; elle court à grands pas à sa ruù1e, rité sur son époux, et de s'.occuper des affaires
1. Correspon.lance tecrèle, L. Il, p. 561 et 562.

2. ibid.,

L.

Il. p. 36:5.
... 151 ...

UN

JKÉNAG'E ~OYAL ~

de l'État, ce dont le roi ne leur semblait
guère capable.
~lercy apprit avec peine l'incident causé parces lellres; il essaya tout d'abord d'atténuer
le mécontentement qu'on en avait ressenti à
Vienne.
(C Je vois avec un grand chagrin combien
celte lettre de la reine au comte de Rosenberg
a causé de peine à Votre Majesté; cependant
je la supplie de daigner me permettre d'observer que le sens et la tournure de celle .
lettre ne partent absolument que du point de
la petite vanité de vouloir paraitre en position
de gouverner le roi, et que dans le fond la
reine n'a pas eu l'intention de donner aux
termes dont elle se sert, nommément à celui
de cc bonhomme n, l'acception de plaisanterie
d011t ce terme pourrait paraître susceptible.
Votre Majesté apercevra celle vérité si elle
daigne jeter un coup d'œil sur l"article de
mon très humble rapport du 17 juillet, où il
s'agit de la façon où le roi indiqua lui-même
le moment de l'audience à donner au duc de
Choiseul. Lorsque la reine me confia cette
circonstance, elle m'en parla comme d'une
chose arrivée de hasard el à laquelle elle
n'avait point mis de détour ni de projet. Ce
n'est donc qu'après coup que Sa Majesté a
imaginé, en écrivant au comte de Rosenberg,
de donner une tournure de plaisanterie à une
chose qui était arrivée tout naturèllement. J'ai
toujours insisté sur ce que, à l'extérieur, la
reine manquait quelquefois à de petites démonstrations d'égards et d'attention envers le
roi : mais, cruant à l'essentiel, il est certain
qu'elle estime son auguste époux, qu'elle est
mème jalouse de sa gloire, et qu'il n'y a que
de petits mouvements de vivacité et de légèreté
qui puissent quelquefois masquer en elle
celle façon de penser el de sen tir• .... &gt;&gt;
C'étaient là les efforts d'un vieux courtisan,
désirt!ux de plaire à tout le monde; malheureusement, l'impératrice ne pouvait accepter
tous les beaux raisonnements du diplomate,
non plus que la pelite entorse qu'il donnait à
la ,·érité. c&lt; Ce n'est pas l'épithète de cc bon &gt;&gt;,
mais de c&lt; pauvre homme )), dont elle a régalé son époux. )l Toutefois, comprenant
qu'une trop grande sévérité produirait mauvais e[et, el sentant le besoin de ménager ~a
fille au moment où celle-ci vient d'apprendre,
- avec quelle jalousie, avec quelle amertume,
on le devine, - que la comtesse d'Artois est
accouchée d'un fils, Marie-Tbérèse se borne
à quelques maternelles remontrances, gardant
pour Mercy la confidence de ses chagrins et
de ses craintes.
ll semble que chaque jour les augmentât;
en effet, la reine en était arrivée à une sorte
d'exaspération contre son mari, et, comme si
elle eût.redouté qu'on atlribuàt à elle, et non
point à lui, cette absence d.héritier qui faisait
gloser tout Versailles et tout Paris, elle ne se
retenait plus et confiait les secrets de l'alcôve
à ceux qui, pour une raison quelconque, lui
paraissaient mériter de telles confidences.
C'est ainsi qu'elle donna sur la constitution
5. ibid. , 1. li, p. 570.

�SACRE DE

Louts XVI,

ROI DE FRANCE: ET DE NAVARRE, A

REws.

LE 11 JUIN

17~5-

Dtssi!1é d'atres irature el gravé par J,-1\l.

MoRua LE JEUNB,

desSinale:ur el graveur du cabinet du roi.

�1f1STORJJI - - - - - - -----------------------------------pb)'sique du roi certains dJtails trop préci
au baron de BeseOYal.
Ce personnage, Sui ~e d'origine, avait servi
avec distinction dans la guerre de ept an ,
et s'était par là acqui une bonne situation à
la cour. « li avait une belle taille, une firure
agréable, de l'esprit, de 'l'audace : que faut-il
de plus pour réussir? Au si avait-il eu beaucoup de succès auprès des femmes .... Il parvint bientôt à ~e faire admettre dans la ociélé
intime de la reine; mêlant alors la flatlerie à
des maximes pernicieu es qu'il débitait avec
une as urance faite pour en impo er à une
princes e sans expérience, il ac•1uit or elle
un ascendant foneste, et que je regarde même,
ainsi que plusieurs per-onne à portée d'en
juger, comme une d~s principales causes de
sa perte. En effet, la reine, avec un 1rès bon
cœur, avait un malheurrux penchant pour la
moquerie. ll applaudi t à ce défaut que l'on
pourrait presque appeler vice dans un tel
rang 1.... »
On juge de ce que devenaient les confidenl'es
faites par la reine à un tel homme, qui se
fiaLLait cc de lui fa.ire jouer le rôle et de lui
donner la con istanr.e la plus convenable à sa
gloire el à assurer son bonheur' 1&gt; . ll n'eut
rien de plus pressé que de les divulguer : il
était si heureux d'exciter la jalousie en se
vantant des bontés qu'on lui témoignait!
Le bruit en Yintjusqu'aux oreilles deMarieThérèse; ce lui fut un chagrin de plus : &lt;( La
confidence qu'elle a faite au Laron de Besenval sur ce qui est personnel au roi est une
nouvelle preuve de son peu de réflexion, »
écrit-elle à Mercy le 5 octobre 1775.
Le fait est qu'il étaiL sin~lier, pour ne pas
dire plus, que Marie-Antoinette parlàl à qui
que ce fùt, sauf à sa mère el à Mercy, d'une
légère opération qu'il était alors question de
faire au roi, opération plu utile d'ailleurs
pour l'aider à vaincre son excessive timidité
que pour lui en facililer les mol'ens physiques.
L'excuse qu'elle peut invoquer, c'est qu'au
milieu des curieux malreillants qui l'environnaient, les secrets les plus intimes cessaient
promptement. par l'indiscrétion de la domesticité, d'ètre des secrets. Puis ne doit-on pas
pardonner beaucoup à une ft&gt;rnme placée
comme elle dans une situation si anormale?
Elle n'avait pas un caractère assez fortement
trempé pour dévorer son chagrin en silence
el s'armer en public d'impassibilité. Quelle
patience, d'ailleurs, il lui eùl fallu! Les années
passaient; à l'époque où nous sommes parvenus, il y avait plus de cinq ans qu'elle était
mariée, et elle était toujours obligée de répéter à sa mère ses aveux mélancoliques sur
l'inditlërence du roi à son égard. li y avait
certes là de quoi dépiler une femme même
moins jeune, moins jolie el moins aimable
que la reine.
(&lt; Le roi parait redoubler d'amitié et de
confiance pour moi, écrit-elle le 12 novembre 1775, et je n'ai rien à désirer de ce
côté-là. Pour l'olijet important qui inquiète la
tendresse de ma cbère maman, je suis bien
1. Souvenirs el Porlraiü, par 11. le duc
2. Mémoù-es du. ba1·011 de lJe8enval.

DE

Uvis.

fùchée de ne pouvoir rien lui apprendre de
nouveau; la nonchalance n'est ùremenl pas
dti mon côté. Je sen plus que jamais combien cet arLiclc esl intéressant pour mon sorl;

Duc

DE CH01sEt.;L ,

G•avure de

J ,-',[. F'ONTAINF.

d'après un taNeau ;tu /lf11sèe de Versailles.

mais ma chère maman doit juger que ma
situation est embarras~ante et que je n'ai
f?Uère d'autres moyens que la patience et la
douceur 3 • )&gt;
Parfois, comme si elle eût voulu racheter
auprès de sa mère le tort de certaines confidences imprudentes ou inntiles, elle se montrait plus résirrnée à on .ort,et cherchait à
dire de Loui Hl le plu de bien qu'elle
pouvait. La chose n'était pas facile en ellemême; elle ne le devenait un peu que par
comparaison. Quand elle reportait son allention sur ses beaux-frères, qu 'el!e,voyai.t l'un,
le comte de Provence, (( gros comme un tonneau, bien paresseux et bien gras 1J , et sous
le rapport de la virilité plus nul encore que
on mari, el l'autre, le comte d'Artois, sot et
\'anileux incapable d'un acte de courage ou
d'une action raisonnable, elle en arrivait à
trouver sa part moins mau,·aise : « Je sui
convaincue que, si j'.n-ais à choisir un mari
entre les trois, je préférerais encore celui que
le ciel m'a donné. Son caractère est vrai, et,
quoiqu'il est gauche, il a toutes les a Ltentions
el complaisances possibles pour moi 4 • ))
Le vague el relatif sentiment de préférence
que Marit!-Antoinelle croyait 011 disait éprouver
pour son mari ne suffi ail point à sa nature
alfectucuse. Instinctivement, elle chercha autour d'elle qui pourrait en combler le vide, et
tout d'abord se raballit sur l'amitié. Sa bonté
la guida mal en l'occurrence, et ses choix ne
furent pas heureux.
Elle commença par distinguer une femme,
un peu plus âgée qu'elle, dont la beauté et les
malheur avaient atL.iré l'attention de tous.
5. Cm·respo11da11ce secrëte, 1. Il, p. ;;94,
4. ibid., t. li, p. 40/4 .

füdemoiselle de avoie-Carignan. veuve à dixneuf ans du prince de Lamballr, avait eu
pour ce mari déhanché une a[..,ction vive. et
elle avait éprouvé à sa mort, suite d'excè de
toutes sortes, une douleur profonde. Elle
avait songé un instant à s'ensevelir dans la
retraite. a situation de famille l'avait ramen,:e à la cour, et il avait éLé même qu estion
prndant quelque temps de lui faire épouser
Loni XY, ennuyé et désœuvré, veuf à la foi
de. a femme et de l'a maitres e, la marquise
de Pompadour. Les con olations que prodi,,.ua
au vieux roi madame du Barr~ firent tomber
ce projet.
Marie-AnLoinetle, O,rnphine, ·entil un p;oùt
très vif pour cette jeune Î&lt;!mme, et, lorsqu'elle
devint reine, elle n'eut d'autre désir que de
placer son amie dans une haute position près
d'elle. Par malheur, la princesse de LamLalle
était aussi peu iutellig:enle c1ue dévouée, el
elle ne larda pas à las er l'afJeclion de sa protrctrice.
Déçue de ce côté, celle-ci reporta toutes les
ardeurs de son cœur aimant ur une l"ernme
séduisante, habile au suprèrne degré, d'une
in. atiable cupidité, et qui devait, au rebours
de la princesse de Lamballe, montrer plus
d'intelligence que de dévouement, en se mettant à l'ahri par la fuite dès que viendraient
les mau 1rais jours.
La comtesse Jules de Polignac, dont le
vil'af(e d'une pureté angélique dissimulait
admirablement une âme aux: pires instincts.
1·oroprit au. sitôt le parti qu'elle pouvait tirer
d'une amitié si haute pour ~orlir de la position précaire, misérable mème, dans laquelle
elle se trouvait. Mettant à profit l'extrême faveur dont elle jouit promptement auprès de
la reine aveuglée, elle amena avec elle toute
s~ famille, y compris le comte de Vaudreuil,
qui, publiquement, était son amant. Ilicntôl
elle forma, avec la princes e de Guéménée,
une joueuse suspecte, le baron de Be emal,
un intrigant sans moralité, et quelques autres
personnages dignes de ceux-ci, une coterie
de tinée à se protéger mutuellement et à mettre
en coupes réglées la bienveillance et la généra ité de la reine. Ils ne réus irent que trop
bien : il n'est pas d'honneurs 11ue la Polignac
ne réclamàt pour elle et pour les siens, pas
de cadeaux qu'elle ne ollicit àt, an"menlanl
ses prétentions à mesure qu'augmentaient les
l,ienfails. Elle sut, au bout de peu d'année ,
faire altriliuer à sa famille près de cinq cent
mille livres de revenus annuels; ous un vain
préteite, elle obtint pour Vaudreuil une pension de trenle mille livres, et, quand sa fille
fut en âge d'êLre mariée, elle reçut pour elle
une dot de huit œnt mille livres.
Mercy était candalisé, et ne s'en cachait
point : « Toutes les familles les plus méritantes se récrit'nt ,conlre le tort qu'elles
éprouvent par une telle dispensai ion de grâces,
et, si l'on en voit encore ajouter une qui
serait sans exemple, œs clameurs el le dégoùl
seront portés an dernier point 5 • n
li était, en elfot, que·stiou de donner à

a.

UN
madame de Polignac un domaine du roi de
cent mille livre de rente, le comté de Bitche.
Toutefoi. . l'imprudente reine ne se bornait
pa à ce amitié· féminine., rt bientôt elle
di.lini!Ua un g-rand seigneur, flcnri de Franquelot, dur de Coigny, preruicr écuyer du
roi. li acquit auprè d'elle un crédit tel
i1u'il sufllsait qu'il ollicitàt quelque grâce
pour qu'elle fùt accordée immédiatement. U
était bien de sa personne: il n'en fallut pas
davantage pour faire naitre de bruits qui,
une foi . emés dans le puLlic, prirent tant de
consistance que la répu la lion de la reine en fu l
irrémédiablement atteinte 1 •
Ce n'e.l pa tout: la politique tente l'épouse
délais ée, et on in°érence dans des matitlres
-i gra,,e n'étant guidée ni par le. conseils
d'homme autorisés, ni par une expérience
réritaLle, porte le fruits le plus déte table .
Son hostilité valut 11 Malesherbe. et à Turgot
leur disgràce, et même, « sans les repré entalion les plu fortes et les plus instantes 1&gt;,
qui firent fléchir sa volonté, c'est à la Bastille
qu'elle eût voulu que le contrôleur général hit
conduit. El ce qu'il y a de plus tri Le dans cet
incident, c'est qu'on l'yYoit manquer de franchise : elle écrit à Marie-Thérè e &lt;I qu'elle
n'e t pas fâchée de ces départs, mais qu'elle
ne s'en est pas mèlée )&gt;, ce que, pour rester
fidèle à la vérité, Mercy est obligé de démentir.
En dehors de la politique, qui ne pouvait
point donner de bien grandes jouissance à
une femme comme Marie-Anloinelle, la grande
dislrac1ion de Lou les moments que lais aient
libre · l'étiquette et les devoirs de représentation était le jeu, non point le jeu pris comme
amusement, mais le jeu pousséjusq11'àl'ahus.
Et, comme il arrive toujours eu pareille circonstance, cette passion s'augmentait d'autant
plus q11'on s'y laissait davantage aller. Mercy
disait, en parlant de la reine : « on jen e~l
devenu l'ort cher; elle ne joue plus au jeu d&lt;-l
commerce, dont la perte esl néce sairement
bornée. Le lansquenet est devenu son jeu
ordinaire, et parfois le pharaon, lorsque on
jeu n'est pas entièrement public. Les dames
et le courtisans ont effrayés et affiicré des
perle auxquelles ils s'expo ent pour !aire
leur cour à la reine. [I est de même vrai que
le gro" jeu déplait au roi, el qu'on se cache
de lui autanl qu'il est possible. 1&gt;
·I . .lft&gt;moirea dit cnmte de Tilly.
i . Con·espo11do11,·e seai:lr, l. Il. p. 40i el a2t

.MÉJ\J.JWE ~OYAl. - -...

plus enracrés; mais, portant en cela la mesquinerie et le manque de dignité qu'il avait
en toutes choses, il &lt;( tourmentait toot Ir
monde el formait une espèce de quête dans
Versailles pour ra~sembler cinll à six cent
louis dont on formait une banque, et contre
laquelle on joua il tr~s gros jeu:; )) . Il n'était
même pas beau joueur, « se désolant quand
il perdait, et se livrant à des joies pilopbles
quand il gagnait ».
Quant à la reine, elle ne ju~tilîait guère
l'adage qui veut que les faveurs de la fortune
compensenl les déplaisirs de l'amour : elle
perdait constamment, et, comme sa cassette
particulière n'était point inépuisable, elle
devait des sommes con idérables. Mercy l'aida
à en faire le calcul au mois de janvier l 777 :
le total fut de lfUatre cent quatre~vingt- epl
mille deux cent soixante el douze livres.
Les dettes contractées par la rerne n'étaient
peut-ètre pas le plus. grand inconvénient de
ce jeu effréné; les séances s'en perpétuaient
sc,uvent fort avant dans la nuit, et le roi
vivait de plus en plus séparé de son épouse.
Cette situation fit naitre dans l'esprit de quelques courtisans l'idée de reprendre pour l1mr
compte le rôle joué ous les règnes précédents
par quelques grands seigneurs dépourvus de
prPjugés. Pourquoi ne donnerait-on pas une
maitresse au roi? Si la chose réu si~sait,
quelle infiuence ce $erail pour eux! Et ils
al'aienl même quelques bonnes raisons de
croire qu'en plaisant ainsi au roi ils ne
déplairaient point à la reine.
ll y avait alors à la Comédie-Française une
jeune artiste de dix-sept ans, mademoiselle
Contai, laquelle possédait « la taille la plu
svelte, la plus élégante, une physionomie
étincelante de vivacité et d'enjouement; qu'on
se figure enfin une femme qui, aussi spirituelle que jolie, est aussi jolie qu'il est possible de l'ètre ». Avec cela « un talent au
niveau de sa beauté : profondeur et finesse,
gaielé et sen, ibililé, donnant l'accent le plus
juste à tous les sentiments qu'elle exprimait
al'ec 1a Yoix la plus mélodieuse 'i&gt;.
Ce fnt sur cette sédui ante comédienne que
quelques personnes bien intentionnées jetèrent
les yeux; daw leur pensée, elles la destinèrent
à déniai er le roi.
Mais la tentative échoua dès le début : on
:i. Ibid .. t. lll, p. :;.J,
voudrait pouvoir n'en faire honneur qu'à. la
4. Les S01we11irs el les Regrets du L•ieil amaütll'
tlramotiquP.
vertu du. pri ncê.

Mai sur ce point comme .ur tant d'autre ,
le roi ne .avait témoigner qu'un déplaisir platonique, et sa bona serie, imprudente et maladroite en l'espèce, ne trouvait rien ponr
enrayer le mal. ans énergie, ans autorité, il
se laissait en quelque sorte bafouer par les
joueurs acharnés qui ne t~naient aucun compte
de ses remontrances. Mercy rapporte un incident bien caractéristique à cet égard : c&lt; li
prit envie à. la reine de jouer au pharaon; elle
demanda au roi qu'il permit que l'on fit venir
des banquier -joueurs de Paris. Le monarque
observa qu'après les défenses portées contre
le jeux de hasard, mème chez les princes clu
.ang, il était de mauvai~ exemple de les
admettre à la cour; mais le roi, avec sa douceur ordinaire, ajouta que cela ne tirerait pas
à conséquence, pourm que l'on ne jouàt
qu'nne seule soirée. Le banquiers arrivèrent
le :iO octobre ( 1776) et taillèrent toute la nuit
et la maliuée du :'ll chez la princesse de L~mballe, oit la reine re ta jusqu'à cinq heures
du matin, après quoi Sa Majesté fit encore
tailler le soir et bien avant dans la matinée
du j rr novembre, jour de la Tou saint. La
reine jona elle-même jusqu'à troi heures du
matin. Le grand mal de cela était qu'une
pareille veillée tombait dans la matinée d'une
l'ète solennelle, et il en est résulté des propos
dan le public. La reine se tira de là par une
plai anterie, en disant au roi qu'il avait permis une séance de jeu sans en déterminer la
durée, qu'ain i on arnil été en droit de la
prolonger pendant trente- ix heures. Le roi
e mil à rire et répondit gaiement : &lt;&lt; Allez,
vous ne valez rien, Lous tant que vous
êtes!! »
La ituaüon qui était ainsi faite à ce mari
débonnaire n'était _pourtant rien moins que
plai ante. A Paris, en elJet, la fureur du jeu,
un moment contenue par les ordonnances de
police, s'autorisait d'un aussi haut exemple
pour reprendre de plus belle, el le pauvre roi
édictait de nouvelles défenses très sévères,
qu'il 11°o ail même pa a,·ou.er à la reine, el
que l'on critiquait d'autant plus qu'au palais
de Ver ailles régnait une plu grande tolérance.
Le comte d'Artois, qui partageait sut· cc
point les goùt de sa belle-sœur, était un des

(A

Ibid. , 1. JH, p. 382.

.,. t5.'i...,.

suivre.)

PAUL

Gr\.ULOT.

�,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITJ{E XL

placés autour de la chapelle. Enfin, pour
comble Je malheur, le désordre iut jeté parmi
Bataille de Fuentes d'Oi'ioro. - Fatale méprise. nos troupes par un déplorable événement que
Beau mouvement de Masséna. - Insuccés dù it
l'on
aurait dù prévoir.
l'abstention de Bessières.
Il y avait. dans la division Fcrey, un baLorsque nous rencontrâmes l'armée anglo- laillon de la légion hanovrienne au service de
porlugaise à l'extrême frontière de l'Espagne la France. L'habit d'uniforme de ce corp
et du Portugal, elle était postée en avant de était rouge comme celui des Anglais, mais il
la forleresse d'Alméida, dont elle faisait le portail des capotes grises comme toute
bloclls; les troupes occupaient un très vaste l'armée française; au si le commandant des
plateau, ilué enlre le ruisseau de Turones et Hanovriens, qui avait eu plusieurs hommes
celui qui coule dans le profond raviu nommé tués par nos gens au camp de Busaco, avait-il
Dos Casas. Lord Wellington avait sa gauche demandé, avant d'entrer à Oùoro, l'autorisaauprès du fort détruit de la Conception, le tion de faire garder les capotes à sa troupe,
centre vers le village d'Alameda, et sa droite, au lieu de les rouler sur les sacs, ainsi que
placée à Fuentès d'Oiioro, se prolongeait vers cela venait d'être prescrit. Mais le général
le marais de Na,·e de Ave!, d'où sort le cours Loison lui .répondit qu'il devait se conformer
d'eau que les uns nomment Dos Casas et les à l'ordre donné pour tout le corps d'armée. li
autres Oi1oro; ce ruisseau couvrait son front. en résulta une méprise bien cruelle; car le
Les Français arrivèrent sur cette ligne en 66• régiment français, ayant été envoyé au
trois colonnes, par la route de Ciudad-Rodrigo. .outien des Hanovriens qui combattaient en
Les 6• el 9e corps, réunis sous les ordres du première ligne, les prit au milieu de la fumée
général Loison, formaient l'aile gauche placée pour un bataillon anglais et Lira sur eux,
en face de Fuentès d'Oiioro. Le Se corps, sous pendant que nolre artillerie, induire aussi en
.Junot, et la cavalerie de Montbrun, étaient au erreur par les habits rouges, les couvrait de
centre, au bas du monticule de la .Briba. Le mitraille.
général Re)'nier, avec le 2ecorps, prit position
Je dois à ces braves Uanovriens la ju tice de
à la droite, observant Alameda et la Concep- dire.que, bien que placés ainsienlredeux feux,
tion.
ils les supporlèrent longtemps sans reculer
Plusieurs bataillons d'élite, les lanciers d'un seul pas; mais enfin, ayant un grand
de la garde et quelque!' batteries composaient nombre de blessés et 100 hommes. tués, le
la réserve, aux ordres du général Lepic, bataillon se trouva dans l'obligation de se
célèbre par sa valeur et la brillante conduite retirer en longeant un des côtés du village.
qu'il avait tenue à la bataille d'Eylau.
Les soldats d'un régiment français qui y
A peine nos troupes étaient-elles à leurs entraient en ce moment, voyant des habits
postes respeclifs, que le général Loison, sans rouges sur leur flanc, se crurent tournés par
allendre les ordres de Masséna pour un mou- une colonne anglaise, et il en résulta quelque
vement simultané, foncüt sur Je village désordre, dont les ennemis profitèrent habiled'Oiio.ro, occupé par les Éco,sais et la dh·ision ment pour reprendre Fuentès d'Oùoro, ce qui
d'élite de l'armée des alliés. L'attaque fut si ne serait pas arri\'é si les généraux. eussent
brusque et si vive que Jes ennemi , bien que garni les fenêtres de fantassins, ainsi que
retranchés dans des maisons en pierres sèches l'avait prescrit Masséna. La nuit vint mettre
très solides, furent obligés d'abandonner lem· un terme à ce premier engagement, dans
poste; mais ils se retirèrent dans une vieille lequel nous eûmes 600 hommes mis hors de
chapelle située au sommet des énormes combat.
rochers qui dominent Oùoro, et il devint
Les perles des ennemis furent à peu près
impossible de les déloger de celle importante les mêmes, et portèrent principalement sur
posilion. ~lasséna prescrivit donc de s'en tenir leurs meilleures troupes, les Écossais. Le
pour le moment à l'occupation du village, et colonel Williams fut Lué.
de garnir toutes les maisons de troupes; mais .
Je n'ai jamais compris comment Welcet ordre fut mal exécuté, car la divisionFerey, lington avait pu se résoudre à attendre les
qui en était chargée, se laissant emporter par Français dans une position aussi défarnrable
l'ardeur d'un premier succès, alla se former que celle dans laquelle l'inhabile général
tout entière en dehors d'Onoro et s'exposa Spencer avait placé les troupes avant son
ainsi au canon et à la fusillade des Anglais arrivée. En effet, les alliés avaient à dos non

- 156 -

culement la forteresse d'Alméida qui ,leur
barrait le seul bon passage de retraitl', mai
encore la Coa, ril'ière très encaissée, dont les
accès sont in6niment di[liciles, ce qui pouvait
amener la perle de l'arm~e anglo-porturaise,
si les événements l'eu~sent contrainte à se
retirer. li est vrai que la gorge escarpée el très
profonde du Do Casas protégeait le front des
Anglais, depuis les ruines du fort de la Conception jusqu'à Nave de Avel; mais, au delà
de ce point, les berges de ce grand ravin
s'affaissent, füparaissent même et font place
à un marais très facile à traverser. Wellington
aurait pu néanmoins s'en servir pour courrir
la pointe de son extrême droite, en le faisant
défendre par un bon régiment appuyé par du
canon; mais le généralissime ennemi, oubliant
le tort qu'il avait eu à Busaco en ~e reposant
sur le partisan Trent du soin d'empêcher les
Français de tourner son armée par le défilé de
Bofalva, .retomba dans la même faute; il se
borna à confier la garde du marais de Nave
de Avel aux bandes du partisan don Julian,
incapables de résister à des troupes de ligne.
Masséna, informé de cette néglig-ence par
une patrouille de la cavalerie de Montbrun,
ordonna de tout préparer pour que ses divisions
pussent franchir le marais le lendemain au
point du jour, afin de prendre l'aile droi.tedes
ennemis à rever . On fit dol)c confectionner
pendant la nuit bon nombre de fascines, et en
même temps le ge corps et une parlie du 9•,
marchant en silence, se dirigèrent ,·ers 'ave
de Avel. La division Ferey resta devant Oiioro,
que l'ennemi occupait toujours.
Le 5 mai, au point du jour, une compagnie
de voltigeurs se glissa parmi 11::s saules et les
roseaux, franchit sans bruit le marais, et, se
passant des fascines de main en main, combla
les mauvais pas, do"nt le nombre élaiL infininimenl moins considérable qu'on ne l'avait
présumé.
Don JuLian et ses guérillas, se croyant à
l'abri de toute attaque derrière le marais, se
gardaient si mal que nos gens les trouvèrent
endormis et en tuèrent une trentaine · tout le
resle de la bande, au lieu de tirer vivement,
ne fût-ce quepouravertir lesAnglais,se sauva
à Loutes jambes jllsqu'à Freneda, au delà du
1'urones, et don Julian, quoique fort brave,
ne put retenir ses soldats indisciplinés. os
troupes, profitant de la négligence de Wellington, s'empressèrent de traverser le marais,
et déjà nous avions de l'autre côté quatre divisions d'infanterie, Loule la cavalerie de

________________________

Montbrun, plusieurs batteries, et nous étions
maîtres de 'ave de Ave!, sans que les Anglais
e fussent aperçus de notre mom-ement, un
des plus beaux que Ma séna ait jamai
conçus.... C'était le dernier éclair d'uue
lampe qui s'éteint. ...
Par le fait de notre passage au lraYers
des marais , l'aile droite de ennemis était
complètement débordée, et la situation de
Wellington devenait eHrêmemenl difficile,
car non eolement il devait opérer un immen~e
changement de front pour s'opposer à celle

-,

sur Pozzo Velho la première brio-ade d'infan- les seules qui fussent encore arrivées à se
terie qui lui Lomba sous la main. ·otre cava- ranger devant nous!. ..
Cependant, par ordre de Masséna, le général
lerie, dirigée par llonL~run, culbuta el sabra
celle arnnt-gard e l... Le général ~Iaucuae. Montbrun, cachant son artillerie derrière
suivant alor ce mo•l\'ement en avant, se pré- quelques escadrons de housards, s'avance de
cipita dans les bois de Pozo Velho, d'où il nouveau et, démasquant tout à coup ses
chassa les Écossais, auxquels il prit deux cent bouches à feu, foudroie la division llouston,
cinquante hommes et en tua une centaine. et, lorsqu'elle est ébranlée, il la fait charger
Toul faisait donc présager aux Français une par les brigades Wathier et Fouroier, qui
victoire éclatante, lorsque, par suite d'une sabrèrent presque entièrement le 5i 0 régiment
discussion élevée enLre les généran.x Loison et anglais et mirent dans la plu complète
llontbrun, celui-ci ~u pendit la marche de la déroule le surplus de la division Houston. Les

C A\IPAGN"E D' ESPAGNE : CœlUAT DE CASTALLA. -

de nos divisions qui occupaient déjà ave de
Ave] el Pozo Velho, ainsi que le bois situé
enlre ce village et Fuenlès d'Oiïoro, mais le
général anglais était forcé de laisser une pa.rLie
de es troupes devant Fuenlès d'Oùoro et Alameda pour contenir les corps du comle d'Erlon
et du général Reynier, qui se préparaient à
passer le Dos Casas, afin d'allaquer les ennemis
pendant leur mouvement. Lord Wellington
avait i Lien cru l'extrémitéde son aile droite
à l'abri de Loule atkinte par le marais de Na,·e
de Ave), qu'il n'avait lai sé sur ce point que
quelques cavaliers éclaireurs. Mais en VO}ant
celle aile tournée, il s'empressa de diriger

,Mi:..M0 11(ES DU GÉNÉR,.llL BAR.ON DE ;Jf .Jl'Jt_BOT -

Gn1 v1111~ Je DrEN, ,i 'af'rès le lal'lea11 d4 C nARLES LAN GL OIS. (Musée de Versa illes.)

réserve de cavalerie, sous prétexte que les
batteries de la garde qu'on lui avait promises
n'étaient pas encore arrhées! En effet, le
maréchal Bessières les avait retenues sans en
prévenir Masséna, qui, averti trop tard de
celle difficulté, envoya sur-le-champ plusieurs
pièces à Montbrun; mais le temps d'arrêt de
celui-ci nous fut doublement funeste: d'abord
parce que l'infanterie de Loison, ne se voyant
plus secondée par la cavalerie de )Iontbrun,
hésita à s'engager dans la plaine; et en second
lieu, cette halte fatale permit à Wellington
d'appeler tonie sa cavalerie au secours des
divisions anglaises de Ilouslon et de Crawfurd,

fuyards ga~ècent Villa-Formosa, la rive
gauche du Turones, et ne durent leur salut
qu'au régiment des chasseurs britanniques
qui, posté derrièreunelongue et forte muraille,
arrêta l'élan de nos cavaliers par des feux aussi
nourris que bien dirigés.
Wellington n'avait plus sur cette partie du
champ de bataille que la division Crawfurd et
celle de cavalerie, le surplus de son armée,
pris à revers, n'ayant pas encore terminé
l'immense changement de front qui deva.it
l'amener en ligne devant les Français. Comme
le terrain sur lequel on combattait en ce
moment était, avant nolre passage du marais,

�,
1f1S T0'/{1.Jl
le lieu le moin expo é à no· coup , le "en
attaché à l'intendance de l armée anglai e,
le ble .és, le dame tique le bagaJ?e., les
chevaux de main, le soldats éloignés de leur
ré iments .• étaient acmlomér ·s, el cette \'aste
plain était couverte jusqu'au Turone d'une
mulli1ude en désordre, au milieu de laquelle
le Lroi carrés que venait de former l 'in footerie de Crawfnrd ne parai aient que comme
des points! ... Et nous avion là à portée de
canon, et prèt à fondre ur le nnemi , le
corps du général Loi.on, celui de Junot, cinq
mille homme. de cavalerie, dont mille de la
garde, et de pln riuatre batteries de camparoe ! ... IPjil Je " corp a,·ail dépassé le
boi· dP. Pozo Velho; le \:l• atlaquait vivement
le village de Fucntès d 'Oîioro par la ri,•e
droite du Do Ca as, el le général Reynier
avait ordre de déboucher par Alameda, afin
de prendre les An lais par derrière; il n'
avait doue plu qu'à marcher en avant. ...
us i l'hi torien Napier, qui a i tait à celte
bataille, convient-il que dan lout le cours de
la guerre il n'y a point eu de moment au. i
dangereux pour le armre hrilannique ! ...
~lais l'aveurrle fortune en décida aulrementl. ..
Le rrénéral Loison, au Jieu d'aller par la rive
oauche el le Loi prendre à rever le village
de Fuentè d'Oiioro, allaqué de front par le
général Drouet d'Erlon, perdit beaucoup de
Lemp. et fit de faux mouvements qui permirent à Wellin,..,.lon de renforcer ce poste
important devenu la clef de la po ilion. De son
ôté, le général Re)'oier n'exécuta pa les
ordre· de iasséna, car sous préteito qu'il
avaiL des force trop con idéra bles devant lui,
il no dépa sa pas .\.lameda el ne prit presque
aucune part à l'action.
lal«ré tous ces contretemps, nou pou\'i.ons
encore garrner la bataille, lant no avanlages
étaient grands I En effet, la cavalerie de
~Iontbrun, ayant battu celle des ennemis, ne
tarda pas à ,e trouver en présence de l'infanterie de Crawfurd. Elle chargea et enfonça
deux carré , dont un f utlitléralemcnLbacbé! ...
Le oldat du second jetèrent leur armes et
'enfuirent dans la plaine. Le colonel llill rend
on épée à l'adjudant-major Dulimbern, du
15ede cha seurs, et nou faisons quinzecents
prisonnier . Le troisième carré anglai Lient
toujours ferme; Montbrun le fait attaquer
par les brigade Fournier et \\'athier, qui
pénétraient déjà par l'une de îaœs, lor que
ces deux t't'énéraux ayant eu leurs chevaux
Lué ou eux et les colonel étant Lou
ble és dao la mêlée, personne ne se troun
là pour diriger 1•s ré 0 imenls vainqueurs.
,1onLurun accourut, mai le carré ennemi
s'était remi en ordre; il dut, pour l'attaquer,

reformer no escadrons.
Pendant qu'il 'en occupe, \tas éna, voulant a.chever la victoire, envoie un aide de
camp porter au général Lepic, qui se trouvait
en réserve avec la caYalerie de la garde, l'ordre de charger lais le brave Lepic, mordant de dé,espoir la lame de son !:al.ire, répond a,·ec douleur que le maréchal Be· ières,
son che[ direct, lui a formellement défendu
d'engager le ll'oupe~ de la 0 arde sans son

nrdrc! ... Dix aide de camp parlent alor,
dans tout le direclions à la recherche de
Bes ièr ; mai celui-ci, qui depui plusieurs
jour marchaü con Lam ment au prè de Ma éna, a,·ail di paru, non par manque de valeur, car il était fort brare, mai par calcul
ou jalousie contre on ramarade. li ne voulut
pa enrayer un eul de homme confié à
son commandement pour a urer un uccidont Loule la "loire rejaillirait ur fa éaa,
~an . f&gt;0!Ier aux intérêt upérieur de la
France! ... Enfin, au bout d'un quart d'heure,
on trouva 1o maréchal Drssièrr loin du champ
de liataille, errant au delà du marai , où il
examinait de quelle manière étaient fait le
fascines employée le malin pour é!ablir le
pas age 1... JI arcourl d'un air empressé,
mais le momenL décisif, manqué par sa faute,
ne e retrouve plu . car le ..\n°lai • 'étant
remis du dé ordre dan lequel la cavalerie de
Montbrun le avait jelé • venaient de faire
approcher une artillerie formidable qui couvrait nos escadrons de mitraille, pendant que
les leur délivraient le quinze cent prisonniers que nous avions faits. Enfin, lord ,Wellington, aprè avoir terminé son chanj!"emenl
de front, avail rétabli son armée ur le plateau, ]a droite au Turones, la gauche appuyée à Faentès d Onoro.
A la vue de celte nouvelle ligne rnlidement
constituée, Ma séna su pendiL la marche de
es troupes el fit commencer une forte canonnade, qui eau a de grands ravages dans
le rang- épais de ennemis, qu'l\lle charge
générale de toute notre cavalerie pouvruL enfoncer.
Masséna espérait donc que Be sières consentirait enfin à faire participer le régiments de Ja 'garde à ce coup de collier, qui
nous eût infailliblement donné la victoire;
mai Bessières s'y reîu a, en disant qu ïl
était re~ponsable enver !'Empereur des
perte que pourraient éprouver les troupes
de a garde! ... Comme si toute l'armée ne
servait -pas !'Empereur, pour qui l'~ entiel
était de Eavoir le Anglais battus et cha sé
de la Péninsule!. .. Tous les militaires, et
principalement ceux de la garde, furent indignés de la détermination de Bessières, et
se demandaient ce que ce maréchal étail venu
faire devant Alméida, puisque, pour sauver
cette place, il ne voulait pas que se troupes
pri sent part au combat. Ce contretemps si
inattendu changeait tout à coup la face de
affaires, car à cbaque in tant le An°lais recevaient de nombreux renforts, et 11ne de
leurs plu fortes divi::.îons, anivant du blocu
d'Alméida, ,·enait de pa er le Turone pour
se former dans la plaine!. .. La po ilion r~ pective de deux armée .e !ramant ain i
chan«ée, les combinaisons faite la veille par
Mas éna deraienL l'être de même. Il ré olut
- donc de porter ses principales forces sur
Alaméda, de s'y réunir au corp de Reynier.
pour tomber tau ensemble sur la droite et
les derrières des ennemi . C'était la contrepartie du mouvement opéré la nuit précédente par Nave de A,·el.
){ai un nouvel oh tacle imprérn arrêta

tout à coup l'elfet de ce di:-po ition . Le
général Eblé, chef de l'artillerie, accourt préYenir quïl n'y a plus au parc d'artillerie que
quatre cartouche par homme, ce qui, aYec
celle lais ée dan le giberne , donnait à
peu près une vin.,.laine de cartouches par îa:11la in.
r, c'était in-urfi ant pour recommenr.er le combat aYec un ennemi qui oppoerail une résislance dé I' pérée ! ... ~la éna
ordonne donc d'envo er à l'instant même tau
les fourcron à Ciudad-Rodrigo pour prendre
des muni Lion de guerre· mai l'intendant
déclare qu'il en a disposé pour aller chercher
dans la mème ville le pain qui doit être di lribué le lendemain aux troupes! Il fallait
cependant des cartouches. Ma éna, n'a ·anl
plu aucun moyen de Lran port, invite le maréchal Bes ières à lui prèter pour quelque
heure les caisson de la garde; mai celui-ci
répond froidement que es alLelage , déjà
îatieués dans celte journée, seront p· rdu
s'il font une marche de nuit par de mauvais
chemins, et qu'il ne les prêtera que le lendemain!... fa éna 'emporte, el 'écrie qu'on
lui enlève une seconde l'ois Ja victoire, qui
vaut bien le prix de quelques chevaux; mais
Bessières rcf u e encore, et une cène des plus
violenles a lieu entre les deux maréchaux 1
Le 6, au point du jour, ]es caissons de
Bessières partaient pour llodrigo ; mais leur
marche fut si lente que les cartouches n·arrivèrent que dans l'aprè -midi, et WelJington a,•ait employé ces vin°t-qualre heures !t
retrancher a nourelle position, surtout la
par1ie haute du village de Fuentès d'Oi1oro,
qu'on ne pouvait enlever désormais sans répandre des torrents de sang français! L'occasion de la victoire fut donc perdue pour nous
ans retour!. ..

CHAPITRE XLI
Dèvoue.menl de trois soldats. - Deslruclion d·Atméida et é,·a ion tic la garni on. - L'armée" se cal\•
tonne à Ciudad-Rodrigo. - Marmont rempl3ce
Ma éna. - fautes de ce dernier.

Masséna comprenant qu'il ne pouvait plus
ètre que tioo. de livrer bataille, ni de ravitailler Alméida, dut e borner à tàcher de
sauver la garni on de cette place, après en
avoir détruit le fortifications. lai pour arri'"er à ce but, il fallait pouvoir prévenir le
gouverneur de la ville, qu'entouraient de
nombreu es Lroupes anglaise,, et les communication étaient, sinon impos ibles, du
moins fort difficiles. Trois braves, dont les
nom doivent ètre conserr · dans nos annales, e présentèrent volontairement pour
remplir la périlleu e mi ion de Lraver ·er le
camp ennemis el de porter au général Brénier des in tmctions sur ce qu'il dernit fair~
en ortanl de la place.
Ces troi intrépides militaires étaient :
Pierre Zanihoni, caporal au 7Ge: Jean-Xoël
Lami, cantinier de la division Ferey, et André
TilJet, cba seur au Ge léger. Comme il·
avaient tou as Lté l'année précédente au
sièn-e d'Alméida fait par le Français, ils
cannai saient parfaitement le contrée rni-

___________________

MtM011{ES DU G"ÉN"É'R/tl BA~ON DE JJfA1fBOT - ~

e guidant sur la lune et sur le cour de
incs el devaient prendre des chemin dilfé- mai - ce îut tout le contraire dan le villa:ze, rui eaux. Déjà il n· était plu qu'à une peren1 •. On remit à chacun d'cui: une petite où le ennemis amieot combattu à l'abri de. tite distan e de la divi ion française du génémai ons et de murs de jardin . On releYa
lettre en chiffre, pour 1 gounirneur, et il
ral Ileu&lt;lel t, envoyée au-devant de lui par
beaucoup de bJes.és des d~u~ parts. At~ no!°partirent le 6 au uir, nla nuit clo e.
lia .éna lor.que, a)aot renconlré une bribre
des
nôtre
étail
le
cap1tatn
cpteml,
aide
Zaniboni. dé••ui é en marchaml espagnol
n-ade porlu aise, il Loml.,a ur ell , la dis(il parl:iit fort bien la langue d~ pap), _'i1!- de camp du prince Berthier, qui aw1it, comme ~er a el continua rapidement sa retraite. Mais
:;.inua dan· le lii\'Ouacs an!!laJs sou. pre- Canouville, reçu l'ordre de quiller Pari pour le .,énéral Pack, a\'erti par la fusillade, ac,enir auprè. de Ma séna. Le malheur de ce
1cxle de ,. ndre du tabac el d'acheter le hacourut de l(alpartida, uivit 110s colonnes en
bit. de bummes tué·. Lami, ,·ètu en paysan jeune homme fut eo~ore plu ~-rand, car un tiraillant, el bientôt la earalerie anglai e du
boulet
lui
bri,
a
une
Jambe
qu
11
fallut
amportugai., joua 1t peu prè~ le m~me rùle sur
o-énéral Cotto, attaquant vivement l'arrièreun autre point de la lig-nc annlai~e, cl ce pe- puter ur le champ de bataille! 11 up~orl_a iarde de la garnison, lui fit éprourcr ciueltit commerce étant en usage dans toutes lL'S celle terrible opération avec courage. el il Y1t que perte . Enfin, no aeo. , apercevant le
encore.
armée~. le~ deux Françai · ;uaienl d'une lirrn
[n rovant rarmée rrançaise re ter immo- pont de Barba del Puerco par lequel s'a,·an;1 l'autre an· éveiller aucun oup~·on, cl
çail la divi-ion TieudeleL Ytnant à leur ren:ipprochaienl déjà de portes ~'.\lméida, ~or.- bile dev;nt lui pendant plu ieur jour , Wel- coot re, e crurent sauvés et manifestèrent
qu • des circon, tances re tée inconnue· hrenl lionton, dont les alve faite par le canon leur joie; mai. il était écril &lt;1ue le ,ol portud'Alméida ,·enaienl .ans doute d'aLtirPr l'aldécounir Jeur ru,,e. Fouillés cl trahi par le
«ais de,•ait ètre encore arro é de sang franlctlrei; accu.atrices, ces deux malheureux fu- teolion, comprit que Ma,séna aYait l'intençai !
tion
de
favori
er
l'éra
ion
de
la
garni2on
de
rent fu.ilP comme e pion , J'aprè· le. loi·
La dernière de no colonnes a·,ait à lracette
place.
(1
renforça
donc
la
di"ision
de la «ucrre, qui rangent d,1ns c&lt;·lle catéver
er un défilé abouti ant à une carrière
gorie ef puni enl de mort tant militaire qu'., l'bargée du b1ocu et donna au général Ca.mpituée
entre des rocher en pointe d'aiguille.
pour remplir une mi ·:ion, quille ,on uu1- hell, qui la commandait, de ordre· telle- Les ennemi accouraient de tous côtés, el
ment bien comuinés que 'il eu ent été
forme.
quelque peloton de notre arrière-,,.arde r1!Quant à. Till •t, mieux impiré el urLouL ponct_ucllement exécuté., le énéral Brénier
rent ooupés &lt;le la colonne par la cavalerie
plus hauil que es di!UX _infortunés_ cama- el ses troupe n'auraient pu édlapper aux aot't'lai e. 1 celle vue, les oldats f raoçai
• 1
rade • il parlit pour Almé1da Pn umîormc. ennemi. ....
Ce fut le 10, à minuit, qu'une e-xplo- gravissant avec légèreté les "ersanl escarpés
armé de ou .al,re, et prenanl d'abord pour
îon
ourde el prolongée appriL à l'arméè de la gorge, évitèrent la cavalerie anglai e,
chemin le Lit profondément encai il du rui ruai ce fut pour tomber dan un autre daneau de Do Ca.a . où il aYail de l' au ju.- françai e qu'enfin A.lméida n'existait plu , du
ger : l'infanterie portugaise les suivit s~r les
qu'à la ceinture, il ·'avança leulemenl de ro- moins comme place forte. Le général Bréhauteur", dirigeant . ur eux une fusillade
cher en rocher, e blottis ant derrière :rn oier, pour donner le chan"e aux An°lo-Porvive et meurtrière! Enân, lorsque nos vollimoindre Lruil, jusqu'auprès des ruines du
creur , près d'ètre secourus par la division
fort de la Conception, ou, quillanl le Do
lleudelet, espéraient toucher au port, la
Casa , dont les haute berges J'a\·aieut . i
terre manquant tout à coup sous leur pa
bien caché, même ur le~ points qui touen enrt}outit une parûe dan un précipice
chaient au camp ennemi, il rampa ur
béant, au pied d'un immen e rocher. La tète
genoux au milieu des mois~ons déj1\ hautes
de la colonne portugai e qui pour uivait viel parvint enfin à l'avancée d'Alméida, où il
vement nos gen éprouva le même sort, et
fut reçu le 7, au poinl do jour, par le po te:
roula pêle-mêle avec eux dans ]e gouffre. La
de la garnison françai e !... La lettre tran,division Heudelt:l, qui accourut, étant parmi$e au général Brénier par cel intrépide
venue à repousser les troupes anglo-porluoldat contenaiL l'ordre de faire auler les
gai
es bien au dela du point où venait d'a,oir
rempart et de e retirer au ,ilôt ur Barba
lieu
celle cala trophe, on fouilla le fond du
del Paerco, 01J les troupes dn général lle~·précipice,
qui pré entai L un pectacle aiîreux !
nier iraient au-Je1·anl de lui. Plu ieur alve
Là gi aient trois cent oldals français ou
d'artillerie du plu gw cahure, tirées à des
portugais, morts ou horriblement mutilé !
heures indiquées, devaient annoncer à MasCependant
une oixanLaine de Françai et
éna qu'un d,. .e. émi· aire èLa.it arrivé.
trente
Portugai
urvécureoL à celle horrible
Le canon d',\lméida ayant fait entendre ces
chute.
. alves, Ma séna fit le préparatif nécessaire
Tel fut le dernier incident de la pénipour opérer sa retraite sur Ciudad-Rodrigo.
ble
et malbeureu·e campa 0 ne que les Frandè qu'il aurait acqui' la cerlilude de la desçai
venaient de faire en Portugal, où ils ne
truction des remparts d'Alméida. Le. opérarentrèrent µlu. !
tion de ce 1renre exi.,ent beaucoup de temp.,
L'armée de lias éaa, abanùonnanl le champ
car il faut miner le remparts, char-"cr le
de
bataille de Fuentès d'Oiioro, se replia ver
fouroeaux, détruire le munition , l'artilforie,
Ciudad-flodrirro,
où elle prit es cantonneuri er le affùts, etc., etc.
ments.
ll fallut donc altendré que le Lru.il du caLe .\nrrlai ne la ui I irent pas. 'ous
)\~RÉ.CHAI. )1oCTOX, COMTE: DC LOBAU.
non nou avertit que Brénier éi;-acuait la
ùme
plu Lard que "'elliogton,
exa. péré
plac-e; le deux armé · re tèrent donc en pré- r ,r.1r1ff" Je RomtRRE, J':ifn!s 1111 t:icl/le,111 lu ,\frt~,•e
v
contre
le
..,énéral
Campbell,
qu'il
accu ait
ence toutes 1e journées des 7, 8, 9 el 1()
d'avoir
voulu
lai
ser
évader
la
o-arni
on
d'.\lsan rien entreprendre l'une contre l'autre.
méida, faute d'avoir exécuté ses ordres, avait
Pendant ce temp , le Anrrlai demand~rcnl
traduit ce général devant un con e-il de
une su. pension d'arme pour enterrer les
"Uerre,
et que Campbell 'était brûlé la certurrai
,
les
avaiL
harcel
·
dans
les
journée·
mort . Ctt hommane rendu à de ùrav " "Uervelle
de
désespoir.
précédentes
du
côté
oppo
é
1t
celui
par
lequel
rier devrait loujour· êlre pratiqué chez les
.i peine l'armée [raoçai e fut-elle rendue
la garni on d Yait etlectner .a ortie, qui eut
nation· civili·ée . Le noml.ire des cadavre
anglais Lrouvè dao La plaine fut infinimtnl lieu san malencontre. n en fut d'abord de dan ses quarùer. de rafraichis ement, que
plu con.idé.a.ble que celw de Françai. ; même de la retraite que Brénier diri 0 eait, en Ma_ éna on,,.ea à la réor"ani er dans l'e pair
.... 1.)(,) ....

... 1.58 -

�JJf"ÉMOTR,ES

1f1S T O'f(1.Jl
de faire une nouvelle campagne; mais on
travail était à peine commencé, lorsque nou
vimes arriver de Pari le maréchal Marmont.
Ce maréchal, qui apportait sa nominaiion de
générali ime, se pré-enta d'abord comme le
successeur du maré bal Ney au commandement du 6e corp ; pui , quelques jours aprè ,
lorsqu'il ut suffisamment cannai, aoce de
l'étal dus choses, il produi il ses lettres de
service et remit à Ma séna l'ordre impérial
qui le rappelait à Pari !
Mas~éna fut atterré par c lle disgrâce imprévue el par la manière dont elle lui était
annoncée, ce qui présageait que l'Empereur
n'approm·ait pa la façon dont il avaü dirigé
les opérations; mai contraint de céder le
command ment à Marmont. il fil es adieux à
l'armée el se rendit d'abord à • alamanque,
après avoir eu une très vive explication avec
Je général Foy, qu'il accu ait d'avoir fait
cause commune avec Ney pour le des ervir
auprè de !'Empereur.
En apprenant la vigueur avec laquelle le
général Urénier avait dirigé la retraite de la
garni.on d"Alméidn, !'Empereur le nomma
général de divLion. Il récompensa aussi le
dévouement et le courage de l'intrépide Tillet,
en lui douoant la croix de la Légion d'honneur et une pen ion de 600 rranc . Cette
seconde faveur fut plus tard l'objet d'une discussion à la ChamLre de député . Tillet,
devenu sergent, avait obtenu, sou la Re Lauration, une pen ion de retraite, quand on
propo a de la lui retrancher par application
de la loi ur le cumul. Le rrénéral Fo~' plaida
éloquemment la eau e de l'héroïque oldat,
qui con erva e deu pen ion .
Ma éna fit un trè court éjour à alamanque et e dirirrea sur Paris, où, dès son
arrivée, il e présenta chez !'Empereur, qui,
prétextant des alfaires importante ·, refusa
pendant un mois de le recevoir!. .. La di grâce était complète! ... Il est vrai que !asséna
avait commi de bien grande faute et mal
répondu à la confiance de !'Empereur, principalement dans sa marche ur Lisbonne; mais
il faut convenir au i que le gouvernement
eut le torl bien grave d'abandonner son armée
dans un pays aus i dénué de re sources que
Je Portu al, et de ne pas a surer e communication par des troupe échelonnées enlr~
on armée et la frontière d'E pagne. Quoi
qu'il en soit, Masséna se releva dan l'esprit
de ses troupes p&lt;'ndant l'e pédition entreprise
pour ecourir Alméida; non eulemenl il .fit
de très beaux mouvements stratégiques, mais
il e montra fort actif, ne s'inquiétant plus
de tme . . . . qu'il lai a sur les derrières de
l'armée, et donnant tous e soins aux opérations de la guerre. Cependant, je me p rmettrai de sümaler plu iears faute commi e par
(asséna pendant on expédilion contre A.1méida.
La première fol de l'enlreprendreavec des
moyens de trao port io uffi ants pour les
vivre el pour les munition de guerre. On a
dit qu'il manquait de chevaux de trait : c'est
vrai, mais il exHait dans la contrée une
grande quantité de mulets qu'il aurait d11

mettre en réquisition pour quelque jours,
ainsi que cela se pratiqu en pareil ca .
~econdement, la fatale mépri e occa ionnée
par le habit rouges de llanovrien ayant
déjà eu 1ieu à Bu aco, Ma. éna aurait d11
faire prendre le capotes !!l'i es à ce bataillon,
avant de le lancer dao Oiioro pour combattre
les Anglai , dont l'habit rou 0 e était pareil 11.
celui des Uanovrien . Par celte préYoyance, le
0 énérali sime eùl con ervé lout le ,·iUage, dont
nou perdùnes la partie élevée, qu'il nou fut
impossible de reprendre.
Troi ièmement, Ma. séna étant maître d'une
grande partie de la plaine el du cour du Dos
Casa , moins le point où ce ruis eau traverse
Fuentè d'Oi'loro, il eut tort, selon moi, de
perdre un temp· précieux et beaucoup
d'homme , en cherchant à repou er entièrement le nglai de ce village fortement retranché par eux. Je pen e qu'il eùl mieux
valu, imitant la conduite de Marlborough à
Malplaquet, dépasser Oiïoro, en laissant hor
de la portée de on feu llile brirrade en oh ervalion, afin de maintenir la arni on qui, se
croyant prèle à être cernée, eût éré obligée
d'abandonner le poo:te pour rejoindre Wellington; inon, elle 'eipo. ail à mettre bas le
armes après 1a défaite de l'armée anglaise.
L'essentiel était donc pour nous de battre le
gros de troupe ennemies qui était en rase
campagne. Mais le Fraoçai ont malheureusement pour principe de ne lais er. un jour
de bataille, aucun poste retranché derrière
eux. Cette habitude nou a élé souvent bien
fatale, surtout à Fuentès d'Oiioro et à Waterloo,
où nous nous ob tinfüne à attaquer le fermes
de la Raie- ainte el de flou 0 omool, au lieu
de les masquer par une divi ion el de marcher
sur les lignes anglaises déjà fortexnenL ébranlées. ou aurion eu le lemp de les détruire
avant l'arrivée de Prussien , ce qui uou
aurait assuré la victoire; après quoi, les défen eur des fermes auraient mi bas le
armes en e voyant abandonné , ain i que
cela eut lieu pour no troupes à Malplaquet.
La quatrième faute que l"on peul reprocher
à Masséna lur de la bataille de Fuenlè
d'Oûoro fut de ne 'ètre pa assuré avant
l'action qu'il exi tait dan ses cai on un
nombre utfisant de carlouclies, et, dan le
ca contraire, il devait en faire prendre dan
l'arsenal de Ciudad-Rodrigo, qui n'était qu'à
trois petites lieue du point où nous allions
combattre. Ce manque de précautions fut une
des principales causes de notre in uccès.
Cinquièmement, i Ma séna eût eu eorore la
fermeté dont il a\·aiL donné tant de preuves à
Rivoli, à Gène et à Zurich il aurait envoyé
arrêter le général Reynier lorsque celui-ci
refusa d'obéir à l'ordrt! qui lui prescrivait de
déboucher d'Alaméda pour prendre le ennemis à revers, le commandement du 28 corps
fût alor pa~ é au hra\re général HeudeJet, qui
eùt promptement pous~é les Anglais. Mais
~fasséna n'osa prendre sur lui cet acte de
vigueur; le vainqueur de ouwarolf, n'ayant
plus d'énergie, se voyait Lravé impunément,
et le sang des soldat coulait sans qu ïl en
résultàt ni bénéfice ni gloire.

CHAPITRE XLII
Ca~cs prtncipales cle n , re,·crs dan. lt P,111in ulc. Dèsunion des muéchn1u. - ruihl c ,c de Joseph.
- De crtion de! ullié . - Ju lrs e du lir de• An•
glais. - Ju,,.,mcnt sur la rnll'Hr rl' 1wc1il·c t.fe
&amp;pognols cl des Porlu.,.:ü-. - Retour en France

Il n·entre pas dans le plan que j me uis
tracé, en écrivant ces )Iémoires, de relatn les
pba. e dil'er~e de la iroerre faite pour l'indépendance de la Plin.insalc; mai· avant de
quiller ce pays, je croi- de, oir indiquer le
causes principale · de revers que Je Françai
y éprouvèrent, bien qu'à aucune époque ni en
aucun lieu no troupes n'aient fait prem·e de
plus de 2ùle, de patience el ·urrout de r11leur.
Vou devez vou rappeler qu'en 1 0 l'abdication du roi Charle l V et l'arre talion de
on fils Ferdinand VII. que l'Emp rear délrôna pour placer la couronne d'E•pa"ne sur
la tête de on rrère Joseph, a anl i11Ji«né la
nation espagnole, elle prit lt' arm pour
reconquérir sa liberté, et quoique le in. urgés
aient étê battus dans les rues &lt;le Madrid,
l'impéritie du 0 énéral Dupont leur dunna la
victoire à Ba len, où il prirPnt entièrement
l'un de no corps d'armée. Ce succè inespéré
non seulement accrut le courarre d ,. Espagnols, mai enllamma au :i celui de leur
voi in le Portugai , dont la Reine, de crainte
d'être arrêtée par le Français, s'était 1&gt;mbarquée avec sa famille paar le Bré·il. ~ sujeb,
aidés par une armée ancrlai e, se ré\ollèrent
alors contre les troupes de l apoléon, rt fil"ent
prisonnier le énéral Junol et toute on
armée. Dè ce moment, la Pénin ule enlière
élanl révollée conlre l'li:mpereur, il comprît
que sa pré ence élait néœ..~ aire pour comprimer les révoltés, el pn anl les Pyrénées à
la tèle de plus de iO0.U00 vieux ~oldal , couverts de_ laurier d'Au tcrlitz, d'léna et de
Friedland, il fond il ur I' E pagne, "arrna pluieur bataillt' el ramena triomphalement le
roi Joseph à ~ladrid. Aprè· ce éclatants succès, apoléon, se mettant à la pour uite d'une
armée an laise qui avait o.é s'aventurer
ju. qu·au centre de ce royaume, la r foula sur
le port de l.i. Corogoe, où Je maréchal uult
acheva ~a victoire, en forçanL les A.nulai à
'embarqurr à la bâLe aYec perle de plu~ieurs
millier d'hommes, au nomLre de quel e
trouvait leur géuéral, sir John loore.
Il esl hors de doute que i J'Empereur eût
pu continuer adiriger lui-mème les opéralioos,
la Pénin. ule aurait promptement succombé
ou e coups; mai le cabinet de Loodre
lui avait habilement su cité un nouvel et
puLsant ennemi : l'Autriche venait de déclarer la guerre à Napoléon, qui fut contraint
de courir en Allemagne, en lai aot à. ses
lieutenants la difficile tâche de comprimer
l'insurrection. Il aurait:nt pu néanmoin
alteindre ce bat, l'll arri anl awc ensemble
et bon accord; mai le mai 1re une fois parti,
et le faible roi Jo epb n' aJant ni l cannai aoces militaire- ni la fermeté néce·saires
pour le remplacer, il n'y eut plu de centre
de commandement. L'anarchie 1a plus corn-

piète régna parmi les maréchaux et chef de
d.iver corps de l'arm 'e françai e. Chacun, se
considérant comme .indépendant, e bornait
à dëfendre la prorince occupée par es propres troupes, el ne voulait prèler cco1:1r , ni
en homme ni en ub islances, à ceu de es
camarade qui gouvernaient Jes contrées \·oiine .
En vain le major gém\ral el !'Empereur
lui-même adre aient-iL les ordre les plus
péremptoire pour prescrire au commandant upérieurs de s'entr'aider clon les cir•
con~1.anœ , l'éloirrnemcnl le rendait indi ciplinés i aucun n'obéissait, et chacun prétendait
avoir besoin des re ources dont il pouvait
disposer. Ainsi, le général aint-Cyr fut ur
le point d'être écrasé en Catalogne an que
le maréchal Suchet, gouverneur de rO)'anmes
d'Ara on el de Valence, con entîL à lui envoyer un eul bataillon! Vou a.,·ez vu le
maréchal oult abandonné seul dan Oporto,
ans que le maréchal Victor exécutât l'ordr
qu'il avait reçu d'aller le rejoindre. oull, 11
son tour, refu,a plus tard de venir au ccour
de Ma séna, lorsque celui-ci éta it aux porte
de Li bonne, où il l 'altendit vainement pen•
danl six mois!... Enfin, lia éna ne pul
obtenir que Bessiores l'aidàl à battre le Anglai Jevant Alméida 1
Je pourrai citer une foule &lt;l'exemple
d'égoï me et de désobéissance qui perdirent
l'arm~e française dans la Pénin ule; mais il
faut avouer au i que le tort principal appartint au gouvernement. En effet, on comprend
qu'en 1809 !'Empereur, se voyanl attaqué en
Allemagne par l'Autriche, se soit éloigné de
l'Espagne pour courir au-devant du danger le
plus pressant; mais on ne peut 'expliquer
comment après la victoire de Wagram, la
paix conclue dans le ord, el on mariage
fait, apoléon n'ait pa enti combien il importait à se intérêts de retourner dans la
Pénin ule, afin d'y terminer la guerre en
cba ant, les Anglais 1. .. fais ce qui étonne le
pin , c'est que ce grand génie ait cru à la
p:&gt;. ibilité de diriger, de Paris, les mouvement des diverses armées qui occupaient à
cinq cents lieues de lui l'Espagne et le Porturral, couverts d'an nombre immense d'inurgés, arrêtant le officiers porteur de
dépêches et condamnant ainsi souvent le
chef d'armée français à rester an nouvelles
el .ans ordres pendant plusieur mois!
Était-il po ible que la guerre ain i dirigée
produisit de bons résultats? ... Pui que !'Empereur ne pouvait ou ne voulait venir luimême, il aurait dù im tir l'un de es meilleur maréchaux du commandement supérieur
de toutes ses armées dans la Pénin ule, el
punir Lrès évèremenl ceux qui ne lui obéiraient pas 1... apoléon avait bien donné le
titre de son lieutenant au roi Jo epb; mai
celui-ci, homme d'un caractère fort doux
piriluel, instruit, mai tolalemenl étranger
l'art militaire, était deyenu le jouet des maréchau,:, qui n'exécutaient pas es ordres et
considéraient même a présence à l'armée
comme un embarras. H e l certain que
l'exce ive bonté de ce roi lui fiL commettre

à

IV. -

HISTORIA. -

Fas.:. 28.

DU G"ÉN'ÉR.JU.. BJU(ON DE

hfon des faute , dont la plus crra\C ful de e
mettre en oppo ilion arec la volonté de l"Empereur relativement à la conduite qu'il fallait
tenir vi -à-n des militai r e pa0 nol- que
les troupes françai es prenaient sur le champs
de bataille. 'apoléon ordonnait de les envo)·er

GÊl'-1!.RAL LEPIC.

D'après ta lllhograp/iîe de

L~ANTA,

en France comme prisonniers de guerre, afin
de diminner le nombre de nos ennemi dan
la Pénin ule, tandis que Joseph, auquel il
répugnait de combattre contre des hommes
qu'il appelail e ujets, se fai ail contre nous
le déien eur des E pagnols. Ceux-ci, ahu ant
de a crédulité, s'empressaienl, dès qu'ils
étaient pris, de crier : « Vive notre bon roi
Jo eph 1 » et demandaient à prendre da rvice parmi e troupes. Joseph, malgré le
observations des maréchaux et généraux français, avait une telle eoofianœ dans la loyauté
castillane, qu'il créa une garde et une armée
nombreu e, uniquement eomposée.s de pri:;onniers fait par nou ! ... Ce oldal , bien
payé , bien nourris el bien équipés, étaient
fidèles à Jo cph tant que les affaires pro pé.raienl; mais, au premier rever , ils désertaient
par millier , el, allant rejoindre leurs compa.trioles insurgé , ils e servaient contre nou
de armes que le Roi leur avait donnée ; cela
n'empêchait pa' Joseph de croire de nouveau
à la sincérité de leurs protestations, lorsque,
faits prisonniers derechef, ils demandaient
encore à s'enrôler dans les régiment jo éphin . Plus de -1.50 000 hommes pa sèrent
ain i d'un parti dan l'autre, et comme Jo epb
les fai ait promptement ha.biller quand ils lui
revenaient en guenilles, le E pagnols l'avaient
surnommé le gmnd capitaine d'habillement.
Les troupes française étaient très mécontent.es de ce stème, sorte de tonneau des Danaïdes, qui éternilt3.it la guerre, en rendant aux
ennemis le soldats que nous leur avions pri ,
el &lt;lont il e ervaicnl c-0n lammenl contre

.MJU(BOT

--~

nous! L'Emperenr exprima ouvent le méco1!Lentemenl que lui causait cet abus; il ne put
pan-enir à le détruire! De on côté, 'apoléon
contribuait au i beaucoup au re rutem nl
perpétuel des ennemi qu'il combattait en
Espagne et en Portun-al, car, ne voulant pa
trop affaiblir l'armée française d'outre-Rhio,
il a-vait sommé les alliés de ]ni fournir une
partie de con lingent Lipulé dan les traités,
el dirioé ce troupes w•r la Péninsule, afin
d'éparrrner le ang françai . Le motif était
san doute fort louable; mais les circonstance
rendaient l'application d ce y tèmenon eulementimpraticable,mais nui ible à noire eau e.
En effet, ~i l'emploi de étrangers peul êlrc
utile dao- une campagne régulière de courre
dorée il n'en e t pa de même lorsqu'il
s'agit de comballre plusieurs année d
ennemis tel que les Espagnol el les Portugai , qui, you harcelant an cc se, nepeu\'ent
êlre join Ls nulle part. Or, pour upporter le
faûgues ince ante de ce genre de guerre, il
faul être limulé par un déjr de nincre
el une ardeur qu'on n trouve jamai chez
de troupes auxiliaire ; aussi, non ,eulement
celle que l'Empereur obtenait de es alliés
servirent-elle fort mal dans no rang , mais
one foule de leurs soldats, séduits par la
haute paye que les ennemis accordaient à
ceux qui ,•enaient prendre dn enice cbl'.'1.
eux, désertaient journellement. Ain i les (Lalicn , uisse , axon , Bavaroi , We tpbalien, ,
Ile soi , "\\ urteoobergeoi , etc , formèrent-ils
bientôt de nombreux régiment chez no;
ennemis; cl les Polonais, ces Polonais qui
depui · ont fait onner si haut leur dé,·ouement
à la France, pas èrent en si rrrand nombre
dan les rang de l'armée anrrlai e, toujours
bien payée el nourrie, que Wellington en
forma une forte lécion, qui .e battait san
façon contre les Françai .
La défection des soldats étranger dont
l'Empereru inondait la Péninsule, ajoutée à
celle de pri onniers espagnols i imprudemment réarm · par Joseph, nous de1•inl infiniment préjudiciable.
lai , à mon avis, la eau e principale de no
rernrs, bien qu'elle n'ait été indiquée par
aucun des militaire qui ont écrit ur les
guerres d'E pa 0 ne el de Portugal, fat l'immen e supériorité de Ja juste se du tir de
l'infanterie anglaise, upériorité qui provient
du très fréquent exercice à la cible, et beaucoup au si de sa formation sur deux rang . Je
sais qu'un grand nombre d'oftlcier françai
nient la vérilé de celle dernière eau e; mai
l'expérience n'en a pas moin démontré que
les oldats pres és entre le premier et Je troisième ranrr tirent presque lou en l'air et que
le troisième ne peut aju Ler l'ennemi, dont
les deux premiers lui dérobent la vue. On prétend que deux rano-s ne présentent pas a ez
de résistance contre la cavalerie; mais l'infanterie anglai e, doublan L ses rang en un clin
d'œil, se trouve sur quatre homme de profondeur pour recevoir la charge, et jamai ·
no escadron n'ont pu la surprendre sur deux
rangs, disposition qu'elle reprend lesLement
dè r1u 'il fau l tirer!
TI

�_

1f1STOR..lll

OtLoi qu'il en soit., j'ai la co1mclwn que
Napol 'on aurait fini par triompher cl par
élablir on frère rnr le trône d'E. paanc, s'il
se rùt horn' à terminer celle guerre avanL
d'aller en Ru ie. La Péninsule ne recevail en
effet d'appui que de L\.ngletcrre, et cell ci,
malgré le rée nts ucœ de ses armée était
i accablée par les envois in.cessant d'hommes
el d'arll'enl qu'engloutissait la Pénin ulc, que
la Chambre des communes élail su1· 1 point
de refu cr le subside nécc saires pour une
nou,-elle campagne, lor_qu'à nolre retour de
Portugal, une rumeu-r sourde ayanl fait prc...~
sentir le des cin formé par Napoléon d'aller
allaquer la Russie chez elle, le Parlement
anglais autorisa la continuation de la guerre
en Espagne. Elle ne fut pas heureuse pour
nou ; car la mé intelligence que ,j'ai signalée
continua à régner entre les chefs de no ·
3rm :c . Le maréchal Marmont se fit battre
par Wellinglon à la bataille des Arapiles, et le
roi Joseph perdit celle de Vitoria, où nous
éprouvâmes de tels revers que, ver la fin de
1815, nos armées durent repasser les Pyrénées et abandonner totalement l'Espagne qui
lenr avait coûté tant de sang l
J'e ti.me que dans les six années crui se onl
é('oulées depuis le commencement de 1 08
ju qu'à la fin del 15, le Français ont perdu
dans la péninsule Ibérique -00.000 homme
tué", ou mort dans les hùpilaux, auxquels il
faut ajouler les 60.000 perdus par nos alli6s
de di,·er es nations.
Les Anglais et les Portugais éprourèt·dlt
aussi des pertes considérables, mais celles des
Espagnols dépa sèrent toules le autre , à
cause de l'obstination qu'ils mirenl à outenir
le siège de plusieurs villes, dont les populations périrent presque enlièrcment. La
vigueur de ces défenses célèbre , particulièrement celle de Saragosse, a jeté un tel éclat
sur les Espagnols qu'on attribue généralement
/, leur courage la délivrance de la Péninsule;
mais c'est une erreur. Ils y ont cerlainemen L
beaucoup contribué; cependant, san l'appui

des tr011pes anglaises les E. pagnols n'auraient nirs de la campagne que nous venions de
jamais pu rl!si ter aux. troupes françai~c · faire. Ce notes me oui aujourd'hui trè '
devant lesquelles ils n'o. aient tenir en ligne. utiles pour écrire celle par lie de mes Mémoires.
Le ministre de la guerre, prenant en consiMais ils onl Ull méril immen c, c'e•t que
bien que battus, il ne se décou-rall'ent jamais. dération la blessure que j'avais re .ue à M.iranda
Ils fuient, ,·ont e réunir au loin et reviennent de Corvo, m'envoya enfin un congé pour me
quelques jours après, avec une nouvelle con- rendre en France. Quelques autres officier
1iance, qw, toujours déçue, ne peut èlre de l'état-major de Masséna ayant aussi reçu
détruite!... o oldats comp:iraient les Espa- l'autorisation de quiller la Péninsule, nou
gnols à des bandes de pigeons, qui s'ahattent nous joignîmes à un détachement de cinq
sur un champ el s'envolent au moindre bruit, cent grenadiers &lt;JU 'on venait de choisir dan
pour revenir l'instant d'aprè . Qu:rnl aux Por- toute l'.armée pour aller à Paris renforcer la
tugai·, on ne leur a pa r ndu justice pour la garde impériale. Avec une escorte pareille, on
part qu'ils ont prise aux guerres de la Pénin- pouvait braver toutes les guérillas d'Espagneule. Moins cruels, beaucoup plus di cipliné· aussi le général Junot et la dnchesse sa
que le Espagnol et d'un courage plus calme, femme résolurent-ils d'en profiter.
ils formaient dans l'armée de Wellington pluou voyagions à cheval à petites journées
sieurs brigades el division qui, dirigées par et par un temps charmant. Pendant le trajet
de officiers anglais, ne ie cédaient en rien de Salamanque à Ba1•onne, .Junot ne manqua
aux troupe. britanniques; mais, moins van- pas de faire quelques excentricités qui m'intards que les Espagnols, ils ont peu parlé quiétèrent pour l'avenir. Nous arrivâmes
d'eux et de leurs exploit , et la renommée le
enfin à la frontière, où je ne pus m'empêcher
a moin c{&gt;léhrés.
de sourire, en pensant au îàch.eux. pronosti
Mais revenon pour un moment au mois de que j'avais tiré de ma rencontre avec l'âne
juin 1 l l, époque 1t laquelle Ma éna quitta noir sur le pont de la Bidassoa, à ma derle commandement. La guerre que les Fran- nière entrée en E pagne!... La campagne de
çais faisaient dans la Péninsule élait si désa- Portugal arnil failü me devenir fatale, mais
gréable et si pénible que chacun aspirait à enfin j'étais en France!. .. J'allais revoir ma
renlrer en France. L'Empereur, qui ne lïgno- mère, ain i qu'une aulre personne qui m'était
rait pa el voulait maintenir son armée au déjà bien chère!. .. J'oubliai donc les maux
complet, arnit décidé qu'aucun officier ne passés et m'empressai de me rendre à Paris,
s'éloignerait d'E pagne sans autorisation; cl où j'arrivai vers la mi-juillet 1811, après une
l'ordre de rappel adressé à Mass~na lui enjoi- absence de quinze mois bien péniblement
gnit de n'emmener que deux aides de camp remplis ! Contrairement à mon attente, lP .
et de lai::-ser tous les autres à la disposition maréchal me rcçul on ne peut mieux, el je
us qu'il avait parlé de moi en terme · très
de ~on succes eur, le maréchal Marmont.
Celui-ci, ayant son état-major au complet, et bjenveillants à !'Empereur. Aussi, la première
ne connaissant aucun de nous, n'aYa.it pas fois que je me présentai aux. Tuileries, l'Emplus envie de nous garder que nous ne dési- pereur voulul bien m'exprimer sa saûsfaction,
rion rester auprè de lui. TI ne nous assi- me parler avec intérêt de mon combat de
gna donc aucune fonction, et nous pas àmes Miranda de Corvo, ainsi &lt;rue de mes nouvelles
assez tristement une vingtaine de jours à blessures, et me demander à quel nombre
Salamanque. Ils me parurent cependant moins elle s'élevaient. c1 A huit, Sire, 1&gt; lui réponlongs qu'à mes camarades, parce que je les dis-je. « Eh bien, œla vous fait huit bons
employai à consirrn~r sur le papier mes souve- rpiartiers de noblesse! » reparlil !'Empereur.
(A sui~re.)

Madame de Mont léar
·1844.

.

lf me de Montléar est une fort grande da.me.
Elle est petite-fille du feu roi de Saxe et mère
&lt;lu roi actuel de ardai 0 ne, l'anci n prince de
Carignan. Je ne ai plu ce qu'elle e· t il la
vice-reine d'[talie, ~lme Eurrène de Beauharnai •.
Elle a épou é un petit gentilhomme du
Béarn. M. de lontléar, qu'on a fait prince,

et elle s'appelle la princes e de Montléar. Du
reste, elle ne va pa à la cour de Sardaigne,
car elle n' aurait pa de rang, ou du moins
elle cule aurait un raug, on mari !non, encore moins c enfants. Elle reste à Paris.
C'est une femme étrange comme la po ilion qu'elle a. Elle réalise d'une façon frappante l'idée qu'on ~e fait de ces ancienne
électrices qui figurent dans les Mémoires.
J'imarrine que ~!me la Mar,.,.rave de Bareith
dHait être quelque cho c d'approchant.
La princes e de Montléar est une rrrande
femme fort laide avec de beaux eux
d·homme, une coiffure frisée qui lui cache
le front, parlant beaucoup, vite et haut,

GÉNÉRAL DE

l\lARBOT.

fière, bizarre, rude, familière, pa méchante,
spirituelle, négligée, mal faite en tout, des
bonnet ridicules, des jupes qui lui viennent
à mi-jambe, et avec tout cela le plus grand
air du monde.
Le roi on fils lui a fait don de son portrait, petite miniature entourée de perles
dont la ingularilé est d'être couverte d'une
rrlace faite d'un gro. diamant aminci ju qu'à
l'épai seur du verre. Celle glace de diamant
fait un étrange effet. La princes c de Monlléar
porte la cho c en bracelet. Elle en fait arandement montre el en tire vanité. Du re te.
elle paraît tenir beaucoup plu" à la glace qu'au
portrait.
VICTOR

..,. 102 ►

HUGO.

•
rots
Cœurs de

M. P •tit-Cuenol, commi saire-pri eur; il vil
passer aux enchère treize plaques de cuivre
qui, d'oprès les in criptions quis'· trouvaienl
gravée , prornnaienl des urne où jadis
avaient été con crvés les cœurs de quelques
princes el prince ses de la famille royale. If n
amateur, pour le compte du duc d'Orléans,
acheta douze de ces in eriptions : Schunck
poima la treizième cl s't~n rendit acquéreur
pour U Cranes, C'élait ceHe mentionnant le
Mpiil du cœur de Loui XIY.
Très sati fait de se trouver en posse sion
de ce p-récieux bibelot, Schunck en voulut
reconstituer l'histoire, et c'est ain i que, ou
tliaire des &lt;'lier- le prétexle d'acheter un tableau , il se fil préenter au peintre Sainl-fürlin , dont Petitcheto·.~ el c111'ie11.r.
Il e l certain qu'on Badel avait été l'ami.
Saint-~fartin, d'abord, u a de réticences;
y con-erre un coffret de métal tiui, enfin, Limul I par chunck, il raconta que, à
s'il fauL en croire l'époque de la Révolution, lors de la destrucUR~E DU CŒUR DE
non seulement la tion de monument funéraire qui peuplaient
FRANÇOIS J••, A L ABHAYE
lr ad Ilion, mais
les ca-veauxde Saint-Deui el du Val-de-Grâce,
DE SAINT-DEN! .
ans i nne in . crip- Petit-fladel, en qualité d'architecte, ayait été
1Clkht Ncurdcin ,
tion très explicite, chargé de urveiller l'opération. Notons ici
contiendrait le que chunck, en rapportanl le récit de Sainlcœurdu grand roi. Mais M. l'abbé Dnperron, Martin, ne fait mention, comme on le voit,
procédant à une enquète, n'a trouvé là qu'une que de l'abbaye du Val-de-Grâce et de la La iboîte rondo rece1ant quelque fragments qui
parai sent être desimples débri d'os emwt.s.
La que Lion posée par l'Jntermerliaire a
en pour premier rèsultat de faire ju lice
d'une légende d'après laquelle le royal viscère
aurait élé mangé, - oui, mangé - par un
certain docteur Bukland, doyen de Westminster. Quelque piuore que que soit celle verion, il faut décidément y renoncer; mais
j'en vais pré enter une autre qui ne lui cède
en rien, sinon en macabre, du moins en inatlendu. Celle-ci m'e t ré\·élée par une lias e de
trè authentiques dossiers: j'ai tout lieu dela
croire inédite. Elle mérile, en tout cas, examen, el bien qu'elle soit d'une déplorable
invraisemblance, il me paraît difficile de la
mettre en doute. ans plus de préambule,
voici l'anecdote. Je n'ai, pour la conter, qu'à
résumer deux pièces conservées parmi le
papiers provenant de l'administration de la
maison de Loui XVlll et qu'on trouve aux

L'armoire 011 ·ont "ardé· le ci ur tle
plu ieur rois de France et rru'on voit dans
la crypte de Saint-Deni , ou, pour mieux dire,
qu'on ne voit pas, car elle occupe le fond de
cet ob cur cl lugubre caveau où sont
déposé· le cercueils des Bourbon , renfermet-elle, comme on
l'a dit, le cœur dt&gt;
Louis XIV"! Telle
e Lia question qu'a
posée l' lntel'mi-

0

Saint-Antoine; ils étaient contenus en deux
man olées se faisant vis-à-vis, de cbaclue côté
du sanctuaire, et que supportaient de anges,
de grandeur (( qaasi-naturc », en argenl doré.
L'un de ces monuments était de Coustou;
l'autre avait été modelé par Sarra in. chunck
derait donc, pour t\tre erncl, citer, en même
Lemps &lt;1ue lü Val-de- ,ràce cl Sainl-Denis,
l'église des Jé uites, puisque la plaque cru'il
po, édait ,·enait de là. Peut-être se liait-il aux
ouvenir incomplets de ainl-)fartin. Peutêtre aussi rapportait-il simplement le indications sommaires du catalogue de la vente
Petit-Badel. Quoi qu'il en soit, la suite de
l'bistoirc établira qu'il n'y a là, de sa part,
qu'une omi sion résnllant d'ignorance ou
d'oubli.
Petit-Rade!, chargé de surveiJler le « démcublement » de églises, convia donc à y
as ·i Ler le dit aint-Martin et un autre pcintro
de es amis, fürlin Drolling. Tous deux l'accompagnèrent, désireux de e procurer, si
possible, de la momie dout ils a\·aienl be oin.
La momie est, comme chacun sait, une couleur brune séchant lrès lentement, cL qui se
compose d'aromates provenant des corps
embaumés. Au dix-huitième siècle, on disait

ArchiYe ~alionales sou la cote 03629.
On honnête bourgeois de Paris, PhilippeHenry chunck, habitant 26, rue d'Artoi ,
chaussée d'Anlin, avisa, dan les premiers
jours de février 1819, une affiche annonçant
la vente du mobilier el des collection· de
M. Pelit-Radel, ancien architecte, décédé
rue Castex, le 7 novembre de l'année précédente. chunch. était curieux de bibelot · il
se rendit à la vente, faite par le oins' de

L'ABBAYE DE , AI:-iT 0EXI ·

li que de ainL-Deni ; or, le cœurde Louis Xl\' ,
ain i que celui de Louis Xlll, arnienl été
dépo és à l'égli e des Grands Jé uitrs, rue

LA

CRYPTE .

mummze; à &lt;:e lle époque, celle matière était
d'autant plus recherchée par k artistes
ryn •elle fournissait, assurait-on, d s rrlaci:

�("" -

-

msTO'J{l.ll

111crveill'ux. Cdle11ue \Cndai1:11t alor~ le. dro:,:u, te du L '\a.Dl pro,t•nait d cadaue que
le~ juif'· d' rient con_ervaicnt it l'aide d'aromate~ ré~ioru:t el de bitume dt•J udtie; mai on
la pa)ail cbt rel on 'en procuraitdillicilcmenl.
L'ocea.ion était donc lrntantc el le deux

.\DB.\ YE DE

.\IST·DE. IS : LE TOlffif. \U DE

Lours XIV.

vaiL ' tromper, puisqu'il gardait pour oi la
pl:ique indicatrice cell 'e ur l'urne. ainllartio pa a cc qu'on lui demandait; il acheta
éaalemenl le cœur de Loui · XIII et parliL
ain i pourvu. La cène, c'esL évident, eut
pour théàtre l'énli_e des Jé uite , et 'e l bien
pour cela que, vingt-cinq ans plu tard,
int- farlin prudemment, lais a dan le
1•a1rue la dé ignation du lieu où elle 'était
pa. ·ée, de crainte qu'on loi reprochât celle
profanation; en r ,·anch • il parla du Val-deGr-.lce, d'où il n' vail rien mporlé. C' t là
que Urollinrr fit a provi ion; comme il peignait ordinairem nl de int 'rieur dan la
manièr • flamande et qu'il se péciali ait dao
le claii·-nb:,'m·, il lui fallait beaucoup de
momie : il acheta onze cœur ; à eo juger
par le épitaphe qui e relrou\'èrent en i 10
à la ,ente Petil-Iladel el que le duc d'Orléan
fil acheter c'étaient ceux d' nne d' ulriche,
de ~larie-Thérè e, du duc cl de la doches e de
Bour oane, de Mme Henriette - l'héroïne
de Bo uet - ceu. du Ré 7 ent, de la Palatine, du Ga ton d'( rléan., de la du bes c de
Jontpen ier, etc. Drollincr les emporta à on
atelier et le mil en tubes .... Le tout pa· a
ur sa palelle, car chunck, pour uivant on
enquête, acquit la certitude quo Martin Drolling, mort d'ailleur depuis t 17, avait employé la totalité de la momi recueillie p1r
lui aux caveaux. du Yal-de-Gràce.
aiot-~lartin avait eu plu· de crupult' .
Apr • a\'oir lon!rtemp hé·it , il e dé id,1
pourtant et entama le cœur de Louis • I\';
celui de Loui XIII re la intact; même le
peintre ne déroula pa la bandclello qui l'enserrait, à laquelle était u pendue une petite
médaille. Afalheureu ement, quand chunc.k
se p, enta chez lui, aint-~artio ne avait
plu où il avait fourré cette relique royal ; il
étail certain de ne l'avoir ni jetée, ni donnée,
ni vendue; elle devait e lrouv r dan quelque
0

,Clichi • 'eur~in ,

peintre a i tèrent à l'ouverture des urne
où repo_aient 1 cœur princier·. Petit-lladel,
en aH. ant un, le propo a à 'ainl-Yarlin,
di ant : a Tien , prend ceJui-là, c'e l le plu
gro ; c·e t celui de Loui XI . » Il ne pou-

coin de son atelier. et il pro mil que dè qu'il
aurait le temps, il ln rhcrcltuait dans dr:
ffJui/11 · !

En attendant, il fallait a urer la con::- rvation de la parcelle ul&gt;si tante du cœur de
Loui Xl . 'aint-.lartin con entait bien à
'en défaire, mai « à condition qu'on lui
rembourserait ce qu'il avail payé à Pelilfladel ». chunck e chargea de né 11ocier
l'alTair aYec l'intendant de la mai on du roi.
Lui-m 1 me offrit à Loui , \'(li la plaque grante qu'il posséd it ·
int-M rtin, de on
côté, r litua le reliquat du cœur du grand
roi et reçul en édnn 'le une tabatière d'or,
promettant d'apporter Lou e oin à retrouver le cœur de Loui XllL n an plu
Lard, se entant sur le poinl de mourir, il fil
appeler ch unck et le lui remit en ...tfèl, encore entouré de .a banddette el muni de a
petite méd ille. cbunck porta le tout à l'intendant de la mai on du roi, en même temp·
qu'une relation de on enquête que ignèrenl
le duc d'Aumont et le ,icomte d'A.,oult, pr~mier écuyer de Mme I duches e d'Angoulême, atle Lanl Lou· le deux qu'il avaient
connu chunck bien avaot la Hévolution, qu'il
était in1:apable d'unpo Lure el trop bon roya]j te pour qu'on o·àt mettre en doute a
parole ur de i re pectable; objets.
Voilà comment il se p)urrail bien que la
parcelle aujourd'hui coo,ervée à aiot-l.leoi ·
el 11ui, d'aprè· ~I. l'abbé Duperron, ne re embleen ri'!n à un cœur, Fùl tout implemenl le fra •ment échappé aux pinceau de
'ainl-Martin. Quant aux. autre· c ur , ceux
de fürie-Tbér~ ·e, de la doche e de ilourgo Tne, du Rl•Tenl, d~ füdarue Henrielle quel 11.Jt d'éloquence pour Bo"uet! -quant
à ceux-là, il- ne ont pa p!rdu:; tout à fait;
m1i , dame! il faut en chercher la trace dans
l'Intérieur de cuhne, tableau de Drolling,
qui est au Loune.

l'f.n:

O.\'i

UN l'ALAI ' A VESI E, AU XVI"

IÈCLl.. -

,-;rJ)•ttr~ .fllF..~RICC. GOLTZl~S.

(Cabinet dtS Est.imtes.)

GRANDES AMOUREUSES

+

La Périne
Par J E

~ICHEPI , de t'Ac:.idémie fr.inçai ·c

T. ,.

Henri IV
~

llenri l\' était le plus grand roi el le
m illcur homme du monde. 'n jour )L du
füinc I vint _e plaindre à lui de l'insolence
de JI. de Bala!!'ll ·', qui a1ail fait appel •r en
duel le duc J' iauillon ·on fiL II Balanny
e t Lien heureux, di :iit li. du Maine, qu je
n'aie point ét I chez moi; je l'aurais fait
pendre à la grille. 1&gt; Le roi ne fit que e rel. r.tiarl •. de Lorrain . duc de 3h;enn~, lieuh•nanl
gén ·•rai de l'Llal el s-ouronnc de France pour la Ltg11c
aprè le duc do., Gui. son rr~rc.
2. Je~n dt• Baia 1y. Mimi ,I,• \Jontlnc, llllri-,·hal
11, f'raucc &lt;'Il I Mit

tourner ver ceux qui étaient dan la chambre,
et leur dit: « Le bonhomme e nt encore
de la Ligue. li

Ti ch, lui dit-il en l'embra ant, j'ai tort à
votr • étrard, et je \'OU fai tou le réparation.
- Ab! ire, lui répondit le vieu colonel,
vo bonté me vont coûter la vie,
o ùonoa
la ha taille el il ful Lué.

~ Ce grand prince était prompt, mai
bientôt la rai on I • foi ail revenir. Le colonel
Ti ch, qui commandait le ui ses dan on ~ Cc grand roi avail e faibles c. comme
armée, lui vint demander le m:&gt;nlrc 3 de· un autre homme. JI était amour •ux de la
ui_ e la veille de la Lataill • de Dreux, Le ducbe- e de Beaufort 4 et roulait ab olumcnt
roi, qui n'avait p:i d'argent, e mit dan une l'épou er. Il nomma ~anc • on amba adeur
furieu e colère. 1 traita C-1rt mal, el • 'm- à Rome pour faire C.'l cr on mariage a\'CC
porla à de parole fort injurieu c . Le len- la reine llar"uerite, ou prétexte de a maudemain, en ran(feant
troupe en bataille, ni e conduite; mai
ncy ne voulut point
il e souvint de ce qu ïl avait fail, et quand il
e charger de la commi ion. « ir , lui ditfut devant le bataillon ui
: 1 Colonel il arnc une rranchi e de vieux Gauloi , courtisane pour courtisane, encore vaut-il mieu.x
;;, lfo11il'e1, Ide, On appdait ,11011frt la rcrne où
la wlile : t.li lribuail au soldats,
que rnu "ardiez ce!Je que \'OUS ayez; au
'•· Gabrielle d'E lrécs.
moin. e t-elle de bonne maù on. »
ADÉ DE

.,.

IÛ-! ,..

'J 101 Y.

Le lorieux le grand, I • divin .Arétin,
celui 11ui de,ail ètre l• roi de l'Italie lill''rnire, el l'emperrur de la satire l'n Europe,
o·eut pa dl' nom en nais aol. li 'appdait
impll'menl Picrr , Pi tro, fil de n'importe
qui, •nrant de courfüane, , nu au jour :1
l'hôpital d'.\rezzo en I i02. dl mère Tita
fai ait métier de modèle et de pro~litufr, et
l' \rélin fut le bâtard d' Loulle lllondl!.
:on rnrance fut Ct·lle de fil de "Ul'Ul''
celle qui .e pa ·.c . ou le table du c.iharet,
ur le de cente de lit d mau,ai' l1eu:r,
dan le rai eau, dan l':ipprenti a"e de
vice précoce rl du ,agaLonda"c mal~ain,
celle d'où l'on ort rnurien, filou, outentur.
A ln iLe an • il file ÎI. Pérouse pour cherchcr forlunr, el r:u. il à y vi1re, comml' apprenti rdieur, "ràce à la Liemcillance de·
b Ile fille . Mai cela n lui .uflit point; car
ce n't· t pa. là un &lt;&gt;r•din \'Uh:airc. \'opnl
que l'a, •ntar e:-l la loi de l'Italie, que tout
e~t ouvert aux audacieux. et .e _ nlant tailJ:
our l'audace et l'arenture, il piaule là un

Leau jour le belle fille de l'érou e; el .an
le do· et il a des gràce naturelle en e met•
ou ni maille, avec un seule chcmi e u,- l,· . lanl à plat rentre. Le Lout e l d'entrer dan
derrière, rouchanL à la belle étoilr, mcn- une maison où on pui •·e exercer ces talents,
dianl, \·olant, ,·hant de raccroc, le ,·oilà en
rne foi valet d Léon X, quoi&lt;1ue perdu
route pour Home. Le tcmp d'être nlcl cl de dan la foule des Lai eurs de parquet, rn ez
e _au ver de cht•z on maîtr en emportant comme il sait e faire valoir. Eu moin de
un• la_ c de ,·crmcil, et il e l gro Jean rien, ràce à Juil' de Médici habilement
comme de"ant. Il rclour11e rn pro1ince, pui. 0aué, l'Arélin e t orti de l'ornière. Il a derentre en rvice, chez un &lt;·udin:il, pui re- habit à lui, de maître e à lui, el deYienl
devient porl '-be.arc, puis e îa1t c.1pucin, quelqu'un,
pur jelle I rroc aux ortie , pui finakmenl
.\lais décidément il a trop de concurmit&gt;nt à Rome, où 11 rnil hicn qu'il faut re·- rence Rome. Tùton la proYinr ! Bon11e
trr pour faire fortune. Toul cela en moin de idée en effet. Iilan Bulo 17ne el Pi.e le rencinq an , C'était un joli début d'aventurier. voient riche et presque pui ant. C'e l le
Etre parasite, ,oilà l'art qu'il faut ap- c-0mmencemenl d'un bon établi ement de
prendre pour réu •• ir alor:. Pietro n'a pa
para ile.
be.oin de l'apprendre. La 0allerie, la basE t-ce as ez·? Oui pour un autre. Non pour
.e e, la eomplai.ancc doul use, la pro titu- !'Arétin. li allend enœre le coup dëclaL qui
tion focile, il a toute cc belles qualité3 dan
doit le mellrc au-de u de Lou ,es ri1,au:..
le :30". Qu'un .utre ·c\'.ténue ;1 les aet1ué- Que faire? Il revient à Rome. Léon · e l
rir, el arrive par de nombreux eflbrts à plier mort et a été remplac: par dricn nr, Ull
comenablemenl l'échine! Lui n'a que faire Flamand ri 11ide. Mauvai-e affaire. Bah! lè.l
de 'efforcer. Ou premi r coup il ait courber trop bon papes durent peu. Quinze jour de
.,. 10.'i"'

�________________________________________
1f1STO']tl.Jl
~évérité, el Adrien \'Il est mort. Clément ''ll
lui succède, un lédicis cc]u i-là. A la bonne
heure; c'e t le champ ouYert aux courtisan .
L'1rétin accroche une pen ion par-ci, de·
cadeaux par-là . • 'importe! il n'est pas salisrail enrore.
ur ces cnlrt·failes, en 15~4, Jules Romain dessine eizc compo itions obsci!ne . On
le condamne, il prend la fuite. L'occajon
depuis i longtemp gueltée par l'Arélin, la
voilù enfin trourée. A la me de ces oh cénités, le ais de Tita a senti qu'il aYait du génie. Que fai ail-il ,ju.qu"alor , à user
emelle dan le antichambre comme Lou
le autre '! Pourquoi n'était-il qu'un para ile
!'Ont me Lout le monde, à Lrenlc et un aus?
Ah! maladroit cl avi é gredin! Happelle-Loi
donc t.lc qui tu c né, cl commente ce qu'a
fait La mère. Écris cc que tu as dans les
veine , de luxure l'urieu e el de raffinements
ingénieux. El l'.iréli.n joint aux eize compoitions de Jules fiomain eize .onn l explic:ati(s c1ui ,ont re Lé le modèles du genre.
a réputation était faite du coup. ~laintcnnnl
l'Arélin était un nom. Peu importait qu'il
fùL cba é de lloroc. lla1ai Lun refurre a uré
partout où on aimait la dJhauchc, c't t-h-dire
dan l'llalie tout enli. 'rc.
·
&lt;1 Vi,,e le Grand-Diable! i&gt; Tel c:.L le cri
que pou saient le troupes d Jean de Médici
en célébrant leur capitaine· Lei e l au si celui
que pou sa l'krélin, appelé à la cour de ce
eigneur. Quelle cour, el qu I e.igncur. ·n
camp et un chef de bandit . C'était bien un
rand diable en elfot, que cc tbef des Ba11tles
noi1·es, joueur, ivrogne, débauché halai lieur, grand capitaine au demeurant et adoré
de se oldat , car eux aussi étaient comme
lui, ivrogne , débauché el
joueur~. Le camp amit plutôt
l'air d'èlre au pillagêq_ue d'être
crardé. La ripaille y régoaiL.
Ici on assommait un bœuf qui
beuglait en s'aliai saut. là de
moutons entiers rôtis aient.
On buvait à même les tonneaux défoncés. l&gt;es filles écrasaient leurs chair blanches
ur l'acier des armures. De
tambours crvaienl de table·
;1 jouer. On criait, on riait, on
e di pulail. Des ,oix enrouées
hurlaient des chansons à boire,
et le baiser vineux claquaient
fortement sur les µeaux. Dans
un coin, on pa ait par le
armes des paysan qui ne
voulaient pa se lais er rançonner. Sur tout cela planait
une odeur forte où e mèlaient
la cui ine, la sueur, le cuir de
buffleteries, le Yin, le sang. Quel
paradi pour un aventurier!
Au si !'Arétin fut-il ,ile le
meilleur ami du Grand-Diable. C'e t lui qui
a ai,onnait d'esprit et d'obscéni Lés les festins
pantaarnéliques du soudard, cl qui lui tenait
le mieux tête dan le orgies. ki, il n'était
plus be oin de délicates louanges, de onnels

quintessencié,, &lt;l 'cxq uises courti,ane ric,,
comme il en fallait :'i Home pour charmer une
société de rafanés litléraires. ki la gro c
rraîté était la bonne, le el n'avait rien d'attique, la farce épai se était la bieol'enue, l'esprit était comme ln cuisine, el emblait divin
pou nu qu'il fût crou tillant, aignant, épicé,
arro é de vin l'umem qui ebaulfait l'estomac
et pou sait au larcre rire.
Cependant on oc pouvait rire loujour . li
fallait e Ùallre au · i. Pour le Grand-Diable
et pour ses ribaud , ce n'était que chan cr
de fêle. liai pour l' rétin, poltron comme
un être intelligent ttui tient it _a peau, c'était
le re,er de la médaille. u i quan:l ,·int le
moment où la bataille fut le de sert allcudu
de chaque repa Pierre jugea-L-il prndenl
d'aller faire un tour 11 llome.
Mal lui en priL. .\u si, que diantre avait-il
besoin de courtiser la cuisinière de monseigneur Ghiberti? Car voilil où il cherchait es
amours. Malheur u ement il n'était pa le
cul, et, qui plu c,t, un gcn1ilbomme ne
ÙQdaignail pas de lui faire concurrence.
C'était un Bolonai Achille de.lia Volta. Pour
l'éloigner, l'Arélin euL recours à son arme
ordinaire, la calomnie, el lança contre lui et
la sédui ante maritorne un sonnet plein dïnjures. Le cordon bleu e fàchc, le gentilhomme encore plus, et un beau oir, notre
amoureux transi et médisant reçoit de on
rival cinq coups de poignard qui lui !rouent
la poitrine et lui taillad ent les main . A
rrrand peine peut-il se sam•er, estropié et
aignant.
Décidément il valait encore mieux retourner auprès du Grand-Diable. Mais;ohéla ! le
Grand-Diable allait régi r son compte. Quel-

_,,

chenapans l'adoraient, cl perdaient en
lui un nai père.
Que faire maintenanl '/ Plu de protecteur!
Borne (ermée l L'ltalie en fou gràce à la
guerre t Pui , l'habitude perdue de faire le.
pied plat dan un alon. Au camp du GrandDiable, !'Arétin avait pris le CTO"Ût de la "ie
large, san crêne, des orgies facile , des dépenses san calcul. Faudrait-il donc rentrer
dan quelque cour de petil eiaoeur, et refaire le valet'! Faudrait-il recommencer les
petit sonnets à éloges fin , le petite épilr it délicate" allu ions? Faudrait-il e remettre
au c.rn·an Je telle ,·ie . an lendemain, où le
plu b au laient de parasite est à la merci
d'u.n m3Îlrc, où votre sort dépend de on
ourire, de , on humeur, de sa honoe ou
de sa mauvai e di 0 estion '? ~on! non'. l'Arétin ne voudrait pa s'abai rnr jusque-là. Car
pour lui, voilà le Yéritable ahais ment :
c'est de deveni r moindre. Mieux vaut 'enfoncer dans l'ianominie, mai grandi.r eu
riche ,e et en influence. Allon I l°J\.rétin,
l'homme ingénieul, l'aventurier sans scrupule et .an préjuaé, que va -lu faire? Yoici
l'embranchement de ta ,·ie. Tu vas re ter un
t'Ourti an ordinaire, ou devenir un grand
homme. Pou1· devenir cela, il faut trouver
du nouveau. Le trom·era -lu ?
L'Arétin le trouva, el c'est là qu'est proprnment on génie.
Il inventa la presse.
Certes, avant lui, on avait l'art de battre
monnaie a,·ec l'éloge ou la satire. C'est un
art au i vieux que celui de □ alteur, c'est-i1dire au si vieux que le monde. Mais on llaltait celui-ci ou celui-là, on s'allachail à quelqu'un. On était le panégyri Le d'un maitre,
el on attaquait abrité ous
sa protection. Puis, on ne faisait pas le métier en grand.
L'originalité de l'Arélin, a
force, fut de fonder en quelque
sorte une entreprise d'éloge
et de blàmc. li se mil à tenir
Lontique de calomnie. e retrancher da.n un fort inacce sible aux vengeance~, et met Ire
de lit lout le monde i1 contributiun, telle fut son idée. Poltron corume il l'était, il sut
en mèn:e temp se préserver
des danger que pouvait offrir
le métier. Fanfaron, mordant,
cruel a,,ec ceux dool il n'ara.il
rien à craindre, il trou,·a
moyen de faire croire qu'il
était prêt à dire Loule vérité,
el qu'il ne reculerait devanl
rien. Ain i il pouvail Jaire
Clkh~ GirauJon.
acheter son silence. Quant à
se" éloges, a réputation de
1 N PALA[S SUR 1.E GR.\:SO ' ANAL .~ \ ' ENISE·
satirique de,·aiL leur donner
un prix siogulierque n'avaient
que ·temps après, en l:i26, il recevait un pas ceux des flalleurs de profession. Joignez
eoup de fauconneau dans la jambe, ubissail :'1 cela .on audace d'a,cnturier, son cynisme
l'amputation ans e plaindre cl mourait d 'S d'é rh•ain, ses di positions ntiturelles à faire
suites de l'opération. li laissait e bandes le charlatan, et vous aurez le secret de la
noire désolée , et l'A.rélin au J6sespoir. Tous terrible pui ance qu'il inaugura el qui c~t
cc

,

_______________________________

ci elées, Labl aux, bronzes, tenture . Un
devenue la maitresse du monde. Ll [ul le jusqu'au maitri:. Beaucoup ont app ·lé , mais
homme du peuple crui frotte se aro ier»
,,éritable créateur du chantage en grand, qui peu eronl élu , dan celle troupe de quémanvt!lemeot à Loul cc lu e, pou ~c elTronLémcnt
L resté le plu olide fondement de l'in- deu r l)Ui ,ientas aillir le pui saulpropri6Laire
du pal.ai . Toul le monde peul entrer le tout le monde pour arri l"er le premi r. Il
0u nce en matière de pre:; e.
porte dan une corbeille un poi on d 1mesu\'coi e e t la seule ville libre en llalie. Là, demander: mai pour le voir, pour lui parler,
rémenL aro. · et le secrétaire
tranquillement, à couver t ou.s
du maitre, un !!rand fland.rin
l'égide de la Républit1uc neutout de noir ,·rlu Lorenzo
tre, pourvu 11u'il n'ait pas
Ycniero, lui fait faire plaœ.
maille à partir avec elle, il
Les autre ont beau bai er la
pourra travailler 11 a gui e
main cl n·rais.'er la patte du
dans sa nom·eUc manière. Le
jeune drolc, in oleoL rommc
27 mar- 1527 il
fait on
un chirn de riche, il îai L pa enlrêe el pail' a bienvenue
~er le pre111icr cc porl 'Ur de
en plalitude par une épilre au
pois on · car il ait que le
doge. Maintenan L il est as ur:
maill'C avanl toul e t un fin
contre l'extérieur, cl il ,a e
gourmand
.
mettre à l'œuue.
Ce mattre, qui se lai c ,oir
'froi an· aprè , e11 1550, il
~i difficiletll ni en per onnc,
esL le maitre de la littérature
on p ut adJllirer on portrait à
italienne, le ,éritabl' roi de
loUr. Ue-treproduit partout
1'1Li1lie et même de l'Europe.
'Il marbr , en bronze, ur la
Il écrit en protecteur au Ta~se,
1
oile, ur dl· médaille . couil corr pond a rct le potenronné d' laurier, , coiffé de
tat , il Lient tête au pap , il
rayon:. Le Titien lui-m 1me l'a
e L redoul;, tout-puis anl, et
pris pour modèle. Oui voil:1
1.'c t lc di,·in ArJLin.
bien
le portrtiil du !!rand
\'oulcz-You a,oir comnirnt
hom Ult'. nassa. icz \'O yeux
,·il l'ancien appreuti relieur,
de ·a me diYine. La tète,
l'aneien valet, le capudn déénorme 1iar del'rièrc, éLrniLe
fro4ué, le ouleneur mi épar deYant, porle impudemrable, l'amant des ·uisioièrcs
mcn L la face bestiale qu i
le fil de la prostituée·~ C'est
s'a,ance. Le front est dégarni,
à n' pas croire.
ridé, plissé, bosrné 1 urplomur I Canale Grande 'élèrc
banl. Le sourcil épais forme
un palai comparable aux plus
carcrne l'n dessous et dan.
beaux de Yeni.e, un palais
celle caverne e cache l'œil,
tout de marbre, ave des copetit el fauve. Le nez, écra é
lonne , des ogi,,e , de talue ,
à l:l. racinl', ,e dilate large,1ui parait, dè l'enlrée, fa
m •nt aux narines. Les lèrrcs
demeure d'un prince.
lippue el entr'ouverles, déL'intérieur L plu sompcou, renl de dents qui ont
lu ux encore. Ce n'e t pas eul'air de croC-. C'e l une fi.,urc
lcmcnl le palais d'un prince,
L'.\R1':m1.
sen udlc, hrnlalc, ru ·ée, et
c·e t le mnga in d'un ricbis/'remi~•· Jt• ses fOI INltl' f'ei11t&lt; f.ir LE TITIEX ·
la gramk harh qui la t •rime commerçant, encombré
mi n lui donue l'aspect, non
(Gravure Je CORNEILLE \ J1.N O1.1.EN LE JH~E./
de produits de l'Europt· et
d'un apôtre il c·oup . ÛJ•, mais
de l'A ie. On marl'hc de luxe
en luxe, de plendeur en ' plt-ndL•t11•i,. pour obtenir quelqu, cho. 1· du grand homme, bien plutùt ù'un b uc lu urieux.
'aluez ! c'e t le divin Arétin.
L'escalier qui mène à la première salle est il faut venir l main pleine . Donnant , donRiche, heureux, adu1é à 'Oil tour,jouis ant
monumental. L murs ont peints à rresque. nant. Et l'on voil là se pres er de. gen av
IJos Lapis de myrne su ienl les pieds de' des cadeaux arri,·és de Lon_ les coin du de toutes le · voluptés, ourmand, débauché,
ainsi vi\'3it-il à Vcni e, honoré de tou el
visiteur dont on ue demande mèmc pas l
monde connu. De amha adeur ont mèl'
nom. Ham l'antichambre où on arrive sont aux: arli les, le un tenant de sacs d'écus el a ·aot le Titien pour ami intime. Gràce à son
uspendu d~s tableaLL~ du Giorrrionc et du le autres de taLlcau...:, d ~talues, des &lt;rra- commerce de calomnie el de pané rique ·,
Ti lien, donné par c grand maitre·.
il avait fait du monde enlier on tributaire.
rnre , des bijoux. Des prètre cachent 011
Et cc n·c t pa · U, une farcur d'un in ·tant.
Quelle este Lie salle qui uit, où ii; femme · leur robe quelque pré enl payé avec l'aracnl
tra.aillcnt, causent, chiffonnent d ,, ruban:-, de fidèle , et coudoient des ·ourtisanes qui Non, l'œuvre e L trop bien organisée pour èlre
jouent de la !IUÎ.tarc et mangent de fruit
r .gard ill d'un œil d'crnie les helles .\rétines. passagère. Celle fortune, celte pui ·sancc,
dao de as iette d or? C'e L la alle de · Les Allemand , lourds el 1ètus de cuir, le
!'Arétin en jouira tout sa vie, et il vi1Ta
Atélinc•. et les Arélint'. sont le no,au d'un
nalaj raides dan leur a coutrcment de loncrtemps, trtlS longtemp·, dans l'opulence et
~frail. fai nul n'o e Loucher à cc Jfcmmes, ltrocarl, les Arméniens an long bonnel de 1• honneurs, plu admiré qu'un sao-e, plus
Lien qu'elles rirent ou l'œil de la foule qui fourrure, alteudenl patiemment qu'on les glorifié qu'un grand honune.
monte toujour le grand e calier. Et pourtant introdui. e, el se demandent a\'CC anxiété si
llire es amours, cc erait entreprendre
clic n'ont pour "ardien que Je nom de leur leurs dons cront les hienveous. Car autour une litauie san fin. Avan! mt\me d'arriver à
amant et sei!meur. Loin de le mépriser, car d'eux, ur les mur , sur le tables, charg,•anl la forlunc, il avait déjà épuisé toute la li te
œ soul d courtisane , chacun 1 adult&gt;, 1 meubles, il c:ontcmplenL de Lou · côtés
de_ liai ·oos voluplueu es depui celles qui
leur parle avec re pect el tùche d'obtenir 1·nr mille men-cille dont le palai:. regorge et &lt;[UÎ nai enL dan · le 1·uisscau, ju qu'à celle &lt;JUi
protection.
'épanouis enl dans l'alcôre d'un pa.Lai . li
onl été données au maitre, étoffes précieu ·e ,
Car il en faut ne fùl-ce que pour arriver manteaux. brodé , loques d'honneur, épées avait eu des doche se étant valet, et de
0

1

"" 107 ...
◄

lbù ..,_

�111S TOI{ 1.Jl
servantes étanl le commen al de du . 11
avait beau être un para ile, un bouffon, il
avait beau \tre laid sa venc, on esprit, ·on
cyni me, . a réputation obscène, on audace,
lui avaienL ,·:ilu pla d onqaètc· qu'il n'eût
pu n compter. Le temp qu'il avait
pa é avec le Grand-Diable avait été
une atllfnal, perpétuelle, pendant
lar1ueUe le femme se succéd:iient
an qu'il pùt seulement se rappeler
leur noms. C'était pire encore depui
qu'il était à Venise. Outre Je , Arétines, qui formaient n quelque orle
·on méaarre, il an:1il haque jour des
occa ions nouvelle d' ~Ire aim ', oit
JJOur lui, oit pour a rrnommée,
soit pour on or. Plu · d'une grande
dame ne dJdaionait pa de payrr en
nature une parrc de lui. Ile maris
menacé,; de .a plurn e rachetaient
en lui enrn,·ant leur femme. Le courtis:mt le • plu . belle Yenaienl loi
demander I ur célébrité. El cerlrs,
la liste de Oon Joan pouYait e comJ&gt;ar r à ceUe de ce faune liberLin.
De tout ce peuple de maitresse il
en e L une cependant qui ne peut
ètre ouliliée · il en e t une qui rendit
malheureux ce débauché toujours
heureux; il en est une qui fut
adorée par lui et qui ne 1 aima pa ;
oui, il exi. Le une femme, une enfant
Lien plutôt, que !'Arétin fut réduit à
aimer an espoir, el qu'il aima, lui
l'Arélin, platoniquement.
L'Arétin était dan tout l'épanoui cment de a grandeur, el il avait
quarante-cinq an , quand i! rencontra
ccl amour. La jeune fille se nommait
Perina Ri cia et avait quinze ans à
peine. On venait de la marier, quoique
paurre, à un homme riche appelé Polo. Elle
élail belle, mai d'une beauté étrange et Lien
rare à Veni e. Dan ce pays, célèbre par e
courtisanes planlurcu e dont le Titien a
con ervé le type opulent el ma11nifique, la
Périne fai ail l'effet d'une étranrrère, pre que
d'une apparilion. Grande el sYelle, elle n'avait
rien de., forme sculpturales si admirée
alor . Mai , en re\'anche, elle sédui ait sin ulièrement par une élégance maladive, par une
délicate se prc que an 11élique, par un air de
Yicr•'e tri te. Elle avait cet allraiL exqui el
pénétrant de la mélancolie, celte profondeur
de Leaulé morbide, qui est le charme de
poitrinaire . Par un contra.Le qu'on peul
·ouvent con taler dans Je amours, la nature
chaude et Loule &lt;&gt;n uelle de !'Arétin fut
, uLjuguée par celle pàleur. Il sentit là
quelque chose de niluYeau, d'inconnu. Lui qui
emblail avoir vu et savouré la femme ous
Loul e forme , il trouvait un mystère dans
celle frêle enfant, dont il avait oif, et qu'il
n'o ail pas même efllcurer du re..,ard de peur
de la fatiguer tant elle était faible. Celte faible e faisait précisément sa force.
ttre aimé de la Périne devint son vœu le
plu ardent, on eul ,·œu même, à lui qui se
croyait incapable d'P.n former encore. Et ce

vœu suprême, il ne put venir à boat de
l'accomplir. Grâce à on influence et à son or,
il put hi '.l aplanir tous le ob tacles; mai là
s'arrêta son pouvoir. Par de l'ar enl ou d
menace., on ne ait, il parvint à éloigner le

exige une éparation. Il viendra la voir, ce L
bien assez.
Et l'hiver commence, l'hi,·cr terrible aux
poitrinaires. La maladie entre dan · la période
pre que repou sanle, celle qui défigure, 11ui
d"un corps fait un pectre, qui amène
rnr de lèvres aimée des crachats répu!!Da ols. I 'importe I il bai e ces
lènes. Il ne voit pas l'horreur du mal,
ou il ne la voit fJU pour chérir
davanLa..,e la malade. li passerait s
jours el ses nuit à la soigner i elle
voulait. .Mai clic c,;t cruelle, elle ne
,·eut pa , elle le renvoi · chez lui.
El quand il a oif de la voir, ce
o·esl pa seulement cdle défen e qui
l'arrête. Souvent la mer e l mauvai e,
l'ora ce t menaçant, l pa un Larrarol ne veut le conduire, quelque
prix qu'il y mette. Eh birn I il ira
seul, il bra\'era tout, il a besoin d'aller pa.ser quelques in tants auprè '
ll'elle, il a be oin de la soigner, de
la consoler. El lui, l'homme riche
l'épicurien, le jouisseur, le poltron, il
'expo e aux intempéries et aux
danrrers plutôt que de rester sans
nouvelle de la bien-aimée. li oublie
tout en la voyant.
« ouvent, raconte-l-il, par le plus
« .cruel décembre, le plu affreux
« jan"ier, le plu tri Le Ié,·rîer quel 'on
« ait subis, je ne pouvais trouver de
,, barque di ponible. Alor , ous la
Cli&lt;ht! Oiraudoo,
(( plaie qui m'inondait, ous la neige
PAGES ET VALETS ATTENDAXT LEURS MAITRES
c, r1ui me glaça.il, sous le vent qui me
A LA PORTE D'UN PALA!~.
,, mordait, je me mellais en route,
De/ail 1fun tableau du fnnlre -,it!ntli1m CARP~ccro.
" et j'arrivai près du lit de la Périna,
(A cadtmie des Beaux-Arls, l'e,iise.)
« eul et dé e péré; el les gouttes
,, d'eau froide, et le flocon de
mari. Il obtint de la mère et de l'oncle &lt;le &lt;( neige, et les morsures de la hi e me
Périne tout ce qu'il voulut. La jeune femme « emblaienl encens, parfum et nuages de
,·int ho.biter chez lui. ,rai, ce fut tout. Elle ne « neurs. ))
l'aimait pas.
Tant de soins devaient avoir leur récomli n'en priL point d'ombra"'e, lui, habitué pens ', et le rétablis ement de la Périne en
au~ triomphes le plus rapide . (l e dit que fut le fruit. Après treize moi de cruelles
cela tenait à la maladie, aux soufl'rances de sa
ou[rances, elle se reprit à l'ivre. Quelle joie
chère maitre e, et qu'il entrerait dans ce au cœur d'Arélin, cl comme il se remit à
cœur fermé en prodiguant à l'enfant ses l'entourer de luxe, à la combler de faveurs,
soin les plus tendre .
pour hâler a convalescence! Ah I maintenant
Elle était au plu mal, en effet, la pauvre du moins Ile ne pourrait 'empêcher de
Périne. La phti ie minait ce frêle corp . On l'aimer. C'est lui qui l'avait arrachée à la
suit pa à pa ce douloureux_ progrè. dan les mort. C'est à lui qu'elle devait de voir encore
lellres de l'Arélin. On y lit combien il ou1frc la lumière du oleil. Et œtte foL, le pauvre
d \'Oir ou[rir la Périoe, combien il esl bon amant toujours rebuté espérait bien qu'ell e
pour elle, combien il l'adore. Rien ne lui lai erait toucher par une si vive tendresse.
emLlè a.us i beau qu'elle. Il n'a jamais rien Uélas t espoir trompé. Certes la Périne était
connu d'~u i accompli.C'est un angemalade. pénétrée de reconnai ance, et témoignait à
Pour lui faire oublier son mal, il n'est rien son bienfaiteur toutes le grâces qu'elle pouqu'il ne fa e. Toul ce qu'elle désire, il le lui vait. Elle lui disait avec un sourire qui le
donne. Le belle robe , le bijoux l'or, ont fai ait pâmer :
le hochets de celle enfant capricieuse. Qu'elle
ous ètes mon père et ma mère.
prenne tout, qu'eJle ca se tout si elle veut,
Mais de ce sentiment à l'amour il y avait
pourvu qu'elle solll'Îe el qu'elle semble un peu encore un abîme; et œt abime, quelque
. oula..,ée.
eJfort que fil l' Arétin pour arriver à le
Mais le mal augmente loujour . ur l'avis comliler, la Périne semblait de moins en
des médecins, il la conduit à la campagne. moin décidée à le franchir.
Va-+il donc se éparer d'elle? Il ne veut pa .
Le a iduités du pauvre homme eurent
lais elle, que tant de prévenance fatiguent, même un résultat auquel il était bin de
"" 168 .....

HISTORlA

CLAUDE DE SIMIANE, ENFANT.
Tableau d' R, 1ULPHY. (:;\lu ée d'Aix. )

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Ut

'PÉ1{1N'E - - ,

s'attendre. Un beau matin, il apprit que la une làchcté. On se rappelle seulement une idées vaporeuses cl douœmenl mélancoliques,
Périne s'était enfuie, et le lendemain il chose, c'est qu'on les aime, et du coup on les l'ai;onie de la fin est horrible et répugnante.
Il faut un amour hicn trempé pour résistc1
savait qu'elle n'était pas partie seule. Sans aime davantage.
doute elle était lasse de la situation où il la
Et la Périne est de nouveau installée chez à ce spectacle. Celui de l'Arétin, qui avait
mettait par ses protestations d'amour, et elle l'Arétin. Pauvre entant! Comme elle est ma- déjà résisté à tant de choses, résista encore
y avait coupé court par un coup bien cruel, lade! Voilà trois ans qu'elle était partie! à celle-l'i .
(( C'est une passion folle, écrit-il, mais je
en se faisant enlever par un jeune homme Qu'a-t-elle fait pendant ces trois ans? Elle a
qu'elle aimait.
aimé un autre homme. Mais ne craignez rien : « ne puis m'empêcher d'aimer celle jeune
Oo juge quelle fot la colère de l'Arélin, et le grossier et obscène compagnon du Grand- « femme qui m'a si cruefüment traité, qui
comment il prit un tel acte, avec sa nature Diable a trop de délicatesse de cœur pour &lt;1 n'a pas vingt ans, qui a perdu la voix, le
violente. Autant il avait aimé l'ingrate, autant parler de tels souvenirs à celle femme qui c&lt; pouls,l'odorat, qui ne conserve quele scnil la détestait, ou du moins croyait la détes- souffre. li u'a pas un rrprochc pour elle, pas &lt;c liment de son martyre, cl qui, morte et
ter. Il s'emporte en invectives contre elle, une parole amère. Comme un père dévoué, &lt;( vil'ante à la fois, est gisante dans son lit
dans ses Jeures, et la maudit mille fois, et comme un amant fi&lt;l1:lè, il la veille, il la (&lt; comme un cadavre dans le sépulcre. l&gt;
E:te mourut dans ses bras, et il la pleura
nonobstant ne peut s'en détacher, quoiqu'il soigne, il lui adoucit les derniers moments.
prétende ne l'aimer rius.
Car ce sont bien ses derniers moments celle de toutes ses larmes. Pendant de longues
« Oui, écrit-il, la voilà dissipée, celle illu- füis. Le peu de vie qui restait dans celle journées, de longs mois, cet homme si gai,
&lt;l sion qui, pend~nt cinq a1,nées, m'a conlampe fragile, ce peu do vie que \'Arétin avait si plein de verve, si cynique, fut triste,
« lrainl à l'adorer! Est-il possible que je l'aie rallumé jadis pendant lreize mois de soins, morne, silencieux, respectueux de son sou« aimée, et qu'elle n'ait pas cessé d'accroître ce peu de vie vient de s'user à la flamme de venir. Les plaisirs, aussi bien 11ue les affaires,
« sa haine quand augmentait ma bienveil- l'amour pendant trois ans. Si elle rn plus 10 laissaient froid. li pensa mourir de don&lt;l lance? Je royais bien qu'elle était !romm~I, si elle est plus bas qu'elle 11'a jamais lcur.
Un an après, il écrit ceci :
« pense; mais je savais 11u'en essayant &lt;l'étouî- été, c'est à son ingratitude, à rn lr:ihison, à
&lt;t La mort n'a pu me l'arracher du cœur.
&lt;l fer mon penchant, je ne réussirais pas
elle-même enfin 11u'elle le doit. Mais l'amant
« mieux que ceux dont les mains impru- trahi, le bienfaiteur méconnu ne ,·eul pas « Je me crois fou. Je 1;émis sans cesse. Je
(( denles essaient de courber les branches savoir cela. Elle a bernin d'ètrc so· gnée, l1 sais qu'elle était ingrate el que je devrais
(( des jeunes arbre~, toujours prèles à se voilà tout ce qu'il sait, el il la soigne. Et il (( l'auhorrer. Je me reproche ma faiLlcsse.
(( ~fais je ne peux me persuader qu'elle est
&lt;( redresser ver, leur cime. Peul-on aimer
l'aime de plus en plus.
(( ou désaimcr comme on veut? Aujourd'hui
Quelle mort hideuse, que celle des poitri- &lt;( morte. Je la cherche toujours. 11
c mème je le sens, mon àme, privée de la naires! Si quelque chose semble fait pour inA la longue, cet abattement se dissipa.
(1 chose aimée, est comme une terr-1 livrée
spirer le dégoût de la femme aimée, n'est-ce Entrainé par le tourbillon de sa vie, voué
&lt;1 à la licence et à la cruauté des ennemis,
pas ce cortège des maladies de poitrine, cet par état aux agitations perpétuelles, pris dans
l'engrenage de l'argent à gagner, des
(( toute couverte de ruines, et où ne
relation; à entretenir, des comman(&lt; vivent plus que les larmes. 11
des à satisfaire, des plaisirs à parLe coup était rude, et quelque fatager, il fallait bien qu'il se reploncile que lui fussent les remèdes, grâce
geât dans la lutte et dans l'orgie. Son
àson opulence, aux plaisirs, aux Arétempérament d'ailleurs n'était pas
lines, à ses amis, l'amant trompé ne
fait pour une prostration éternelle.
put se guérir. Jamais il n'a'Vail aimé
Au contraire, il se fentait poussé,
aiusi; jamais non plus il n'avait autant
pour oublier, à se jeter plus que
souJTert. Du seul amour sérieux et
jamais à corps perdu dans les jouisprofond qu'il eût dans sa vie, il n'avait
sances, et il s'y rejeta. Mais en dépit
goûté aucune des joies, aucune des
de tout, malgré le succès croissant
satisfactions, et il lmvait à longs traits
de ses pamphlets, malgré ses cométoutes les amertumes.
dies, malgré ses livres, malgré sa
li était dit qu'il souffrirait plus
encore, qu'il passerait p1r toutes les
renommée de plus en plus grandissante, au milieu des voluptés ou des
torlures réservées aux amants malpérils, parmi le bruit d'une maison
heureux, et qu'il riderait le calice
jusqu'à la lie. Après la fuite de la
sans cesse pleine et encombrée, dans
Périne, sachant qu'elle s'était donnée
l'opulence, dans la satisfaction, dans
à un autre, s'étant refusée à lui, après
les débauches, toujours il fut pourtant de cruelle ingratitude, il ne semsuivi par le îantorne de la Périne.
blait pas possiLle qu'elle pût le faire
Rien ne put eJTacer dans son cœur
souffrir encore. Malgré la force de son
le nom de cette enfant malade qui
amour, il devait la délester, la méloi avait fait connaitre les douleurs de
priser même, et sans doute, avec l'aide
l'amour trompé, el aussi, à son insu,
do temps, il était en garde contre une
les splendeurs d'une passion vraie. De
nouvelle rechute. Que la Périne osât
Lous lef souvenirs brnreux ou mal-

revenir, et il la chasserait, à tout le
moins il refuserait de la voir. Eh bien!
non. Elle revint, et il la reçut, el il fut
trop heureux de la revoir.
Les malades ont un moyen si sûr
.de se faire pardonner : _ils n'ont qu'à être
plus malades. La pitié vous prend en face de
leur figure amaigrie. En les royanl souffrir, on
oublie qu'ils vous 1,nt fait souffrir, eux aussi.
Le plus petit désir de vengeance semblerait

heureux, vulgaîres ou bizarres, de ~a
vie qui en fourmillait, celui-là fut le
] EAN DE )[É DICIS, DIT C JEAN DES B.-1.NUES N OIRES ».
plus doux à la fois el le plus cruel,
TaNtall d11 TtTIE~, gravé par PAOLO L ORENZ!.
et en tout cas le plus tenace.
On sait à quelle infamie arrirn cc
amaigrissement qui alterne avec la tuméfac- maître de la littérature ordurilire, ce profestion, ces poumons crachés pu lambeaux. seur de calomnie. Par ses pamphlets odieux
infects, ces SJmptômes de mort qui envahis- et par ses dialogues immoraux, il fut tout
sent l'être encore vivant? Si fa lente agonie ensemble la honte et la gloire de l'Italie. li
des phtisiques a pu donner aux poètes des récut jusqu'à soixante-cinq ans dans cette

�111ST0~1.Jl

--------------------------·-------------~

"loir • el dans cetl • hunl , courli.é Jt• print · ·, clto)é dt roi., craiuL d tout le moodc,
el faillit dntoir cardinal. Rien ne Je rorri ca
jamais, et il .1· mlih:i au ·onlraire 'èlre faiL
plu· immonde à me ure qu'il ,idlfü,ail. L s
Arétin . finir •ol par êlre uo hmm, ·l pir
ocore. L •· fr tio. du troinfrc .e chan,.,èrrnL
n bacchanale . L · vi illard fut . urnommé le
a Roi de la D hau he .
La lérrC'nJe raconte qu'un jour, comme on
0

lui raiontail une ordure im·cnté par une de
« Jp ne sai i Je anué • "Uériront jamai.
·c ,o:u r., courthar;,• à Arcuo, il fut pri. 11 le mal :ilfreur que m'a lai. é dan le cU'u r
1l'un r u rir • cl en mourut. C\·.t une fin cc l'aff ction que je portai à la Périne, j ·
digne d lui à coup ùr.
« croi · qui· je ui mort du jour où clic e t
Eh Lil'n l m~mc au Jéclin dt• 1.: ·lie ,ic im- " murie, ou plutôt je croi~ que ell p te
pure, même dan tout l'éclatd e déLauch s 11 d'amour ne me quillt&gt;ra pn mème quand
1ni1e,, l'Arét in ,&lt;' .our nait toujour, d • la
je mout rai. Le mal c t au fond d me
P1rin , et voil'i ce qu'il écri1·i1, quelque - a entraiUe , et mille .iècl ne J'en arracheannée a,anl t-a mort au profo. eur de phi- « raient pas, llocl •ur c 'lèbr n philo. opbir,
lo opLie llarbaro :
&lt;t i vou pou,iez m'enseirrner l'oubli! »
JEAN RICHEPI .
de l'Aca.fémie françalu.

L'abbé de Vatteville
n cad ' l de VatLeviUe e flL cbartrcu.x de
bonne heure, el après sa profe sioa fut ordonné prêtre. Il avait Lcaucoup d'e. pril,
mai un e prit lfüre, impélueu , qui 'impatienta bientôt du jourr qu'il a,·ail pri . Incapable de d m urer plu longt1mp soumi à
de . i gènante oh ·mmces, il oanra à ·' n
affranchir. Il trouva moic-n d'a\'Oir de habit
écolier , de l'argent, d pi toi t , cl un
cheval à p u de a· lance. Toul cela peul-être
n'uait pu e pratiquer an donner quelque
oupçon. on prieur en ut, et, avec un
pa e-partout, ,·n ouvrir a cellule el le trouve
en bahiL -écuJi r ur une échelle, qui allait
~auler le mur . \'oilà le prieur à crier :
l'autre, sans s'émouvoir, Je Lue d'un coup de
pi tolet el e aure. A deux ou lroi journée
de là, il 'arrête pour dù1er à un méchant
cabaret cul dan 1. campag11 , parce qu'il
:1•ilail lanl qu'il pouvait de 'arrêler dan des
lieux b:ibiLé , met pied à terre, demande c •
qu'il I a au logi . L'hôte lui répond : « L:n
•igol et uo chapon. - Bon, répond mon défroqué, mettez-le· à la broche. » L'hôlc lui
veut r•montr r c1ue c·e t trop d deux pour
lui .eut, el qu'il n'a que ceJa pour loul chez
lui. Le moine e fàche, cl lui dit qu'en payant
c'e Lbien le moin · d :l\oir ce qu'on reul, el
qu'il a a ez bon appétit pour tout man t1er.
L'bùte n'o.e répliquer et emLrocbc. Comme
ce rôti 'en allait cuit, arrive un autre homme
à cbenl, ul au i, pour diner dan ce cabaret. Il en d mande, il Lrourc qu'il n'y a
quoi que ce oit que ce qu'il voit prêt à irrc
lité de la broche. Il demande combien il
·onl 1 -d u , et e Lrou,·c bien étonné que
ce oil pour un eul homme. li propo e, en
p, yant, d'en manrrer a part et est encore
plu urpri de la répon e de l'hôte, qui l'a ure qu'il en doute à l'air de c lui qui a commandé le diner. Là-de su le rnrarreur monte,
parle civilement à Valleville, ~l le prie de
0

lrou\'er bon 11ue, puL11u 'il u' a rien dao 1 ru t Li •n; cl, plein •ment a ~uré, il 'en revint
lo1ri 11uc cc 11u'il a rel •nu, il pui .e, en en 1'rancbl'-Cumlé Jans sa !amillc, cl c plaipayant, diner arrc lui. Vatlcl'ill n'y veut sait ;1 mor ucr l ·hartre11x.
pa con entir; di pute, ell '1chauffc; br f,
1) érénement i ing11liers I fir nt conle moine n u c comme arec on pri or, et naitre à la première 1-onquête Je la Franche-tue on homm d'un coup de pi Lolel. Il de-- Comté. On le jurrca homme de main el d'incend aprè tranquillement, et, au mili1.11 de lrrnue : il en lia direclcmrnl arC'c la reine
l'dl'roi de l'bôt et de J'hiit Uerie, .e fait er- m\re, puh, avec le mini.Ire~, qui ' n .&lt; r,·ir le irrol el le chapon, les mange l'un el
virml utilement à la .rronde conqnète de la
l'autre ju.qu'aux o., paye, remonll' à chcrnl même pro1incr. li y .crvit forl utifoment,
cl tire pays.
mai ce ne fut pas pour rien. JI a1aiL stipulé
,e a hant que•de,·enir, il • · n va •n Tur- l'arch 1ècl1é de Be an on· el rn elle! aprè
quie, t, pour 1' faire court, , e foit circon- la • cond conquête il y fut nommé. Le pape
cirr, prend le turban el 'enga"e dan la mi- ne put se ré oudre à lui donn r de , l111lle :
lice. on reniement J"avance, on c prit et a il e récria au mcurtr ll l'apo tasie, à la
rnleur le di. tingucnt, il del'ien t ba ha cl circonci ion. Le roi entra dan le~ raison dn
l'homme de confiance en )foré , oi1 1 Tur
pape, el il capitula arec l'abbé de Valleville,
fai aien l la !!lierre aux \' éni tien . JI Jeu r prit qui e contenta de J'abba ·e de Baume, la
de place , et e condui il si bien av c le
den ièmc de Franche-Comté, d'une autre
Turc , qu'il e crut en élal de tirer parti de boone en Picardie, et de diver autre avan,a ituation, dan laquell il ne poul'ait .c larr . Il 1·écut depui dan on nbbnyc de
trouver à on ni c.11 eut de moyen de faire Baume, partie dan .e terre~, quclquefoi 11
parler au gouvernement d ' la république, et Bc·ançon, rarement à Pari l'i • la cour, où
de faire on march: a\' lui. Il promit Yer- il étail loujour' reçu a1cc di tinclion.
bal 1menl d • livrer plusi ur place ' et force
Il avait partout beauc·oup d'équiparrc,
ecr L de Tur , mo ·ennanl qu'on lui rap- grande chrrc, une belle m ute, grand laLI •
porlàt, en Loule les meilleure. formr , l'ahl bonne compagnie. li ne .e conlrairrnait
~olution du pape de tou ll's méfaits de :,a point ur le· dcmoLeUe ,el ,•ivait non .eulcvie, de se meurtn•s, de on npo. lasic, . li- ment en grand eirrneur el fort craint el rc r Lé entière contre le cltnrlrcu , el d n
pecté, mai à l'ancienne mode, lJranoisant
pou,oir t:lrc rcmi dan aucun autre ordre, fort .e. terre. , cell de · • abbaye , et quelr • litu: plénièrement au . iè ·le avec le droit.
qul'foi
roi. in , urtout chez lui tr'. al;de c ux qui n'en ont jnmai orti , et plei- :-olu. I.e intendant· pliaient le épaule , et
n ment à l'exercice de on ordre de pr ltri. ,
par ordre e. pr de la cour, tant qu'il récut,
el pouYoir de po Jder tou bénéfice qucl- Je lai aient faire el n'osai ut le choquer en
con•1ue . Le \'énitien
trouvèrent trop rien ni ·ur les impo ilion qu'il réglait à
bien leur cornple pour 'y épar!!Iler et le peu pr comme bon lui ·erublail dan toute
pape crut l'intérêt de n ~gli c ~i rrrand à favo- se dépendance , ni ur
enlrepri e as. ez
riser le chr :Lien. coolr le Turcs qu'il acouvent ,iolenle . Avec cc mœur el ce
corda d • bonne ràce toute le demande du maintien qui e fai ail craindre el re ,peeter,
hacha. Quand il rut bien a ur; que toute
il e plai ait à aller q uelqu foi voir le charlé· expédition en étaient arrivée· au 1rouver- treux, pour e audir d'avoir quillé leur
oem nt en la meilleure forme, il prit i bien !roc. Il jouait fort Lien à l'hombre, cl
ae. me ure , qu'il exécuta parfaitement loul gnait i ouvent codille, que le nom d'abh:
ce à quoi il 'était engarré emers le Véni- CodilJe lui en r ta. Il ,écul de la orle, et
tien . Au •.ill apr, , il .e jeu dan leur ar- toujour dans la même licence el dan la
mée, pui ur un de leur vai seaux qui le même con idération, ju qu'à pr\ de qualreporta en Italie. li Cul à Rome, le pape le re- vingt-dix an .
Al "T- 1.\10 •

Un pet.il Gaulois de Lutèce
Par le Doèll:ur MAX BILLARD

.\u lemp &lt;le Gauloi P.~ri. n'éLail_q~·.uoe
hourt1ad' r nferm 'e dan I il de la Cite . o~
la nommait Lutetia, Lutèce (de Loutouh i1,
habitation au milieu de. eaux). Cep•ndant,
ui1a11t ccrtnio~ anti11uaires, le nom d • la
;.apiLale de Pari ien ,i ndrail d'un l~mpl ·
qui cr, il plu tard de forle~_e. ·e el o_u I on
adorail la dées e Leu ·olhoe, . ln ~ ?Jp~c
marine, une de plu haute el vic1lle dmnrte
océanienne .
.
Toujour· c t-il qu le a le e p~ce ma1~lcnanl cou1·ert de palai , de marrnifique prdin de pla ·e publique·, de monument
. upe~be , était alor,- o~upé p1r de · hu:l en boi de· mara, fanrrcux el une
~ombre fo;èl. w pul prévoir alor
i1ue cell bourgade, avec. e l~'.L de
ch.aume de,·iendrail, qunu:e .ic le
plu ta;d, la métropole d'un e~pir dont llome ~ me ne ~tirntl
elre qu'un ch f-h •u de prcfectur ?
},'hi Loire nou apprend, en
loul ca , que la parti de la rirn
gauche était occupé par d~ a~li an et urtout de poLter .
En J 7..,7,à l'endruil où s'élère
l'éJ1lke aux forme sé,èrcs el
•randio e du Panthéon, qui rappelle le temple de l'anli~uilé
romaine, il fut décou,·erl plu ieur
pui • sans re,·ètemcut, creusés dan
l'unique but d' · trouver de te~r ~
propres à la rabricaLioo de. pot~r•e · ,Qu~lque -un de ces puit a,a1ent JU cp1 à l'1ngLcinq pied· de profondeur• n trou"~ de
âtr . de four con truil pour la cu1 on
de potcri s, de f ragmcnlS de v c • de pot
entier et imparfait .
.
Ou laure nou dit tiu'on ~- emplo ·art.« d_cu_
orle de terre : l'une, d'un blnnc ri • clall
recouverte d'un ,·ernis noir el fort égal, et
l'autre. rou"e, dont le icroi avait un éclat
briUant ».
.
Le mu ée Carnavalet, ce chd-d'œnnc &lt;l ~rthilC'elure de la Rcnai ance, dont le gal~r,
content de façon i ai i ante la chr~nrque
rél'olutionoaire, e l rempli de ouvenrr de
la plu lointaine origine de 1~ ville : de po~,
de Yas de fiole de hou le1lle tou falm11u •, par'
antique artisan , qui ~i a!ent
érralemenl le chanvre el l • lin et fabr1qua1enl
m~me l'orfèvrerie; et, parmi
' témoin
mat.érieb du pa ·é, le plu intére.' ut!', sans
1. • On peul aninn, r •1ue la t"•.l••ric ~nloi,' .. poleriP il l'ac rab11len,,• 1 â p,11,• i::ross1è~c&gt;. !l'une c111 "OIi
1 i, nt encor' i ,li ircr, i·tail f, l,nq11,·c ru Gaule.
t,ieu a, anl l'arri, é • M, llomain,. · .\ • 'I• HlA\U. l.&lt;1
l 11Jtcr1earn11t l'/ii. toirc. llulleti11 de la
1t'lt- • l.e11
Ami, du ' cie11«s et frt, de lloc/1eclwuai·t ». 11107 •

.,. liO

1\1&gt;

cool, te, ont le objeL pro\'enanl de· cimetière pai •n de 'aint-Uarccl • cl du fauL urg
ainl-Jacque·.
L tombe se compo aient, pour la plu pari,
d impie· fos es reu. :c en terre, dans
le quell ,
lrouçai •nl, a, . 1' ~quelellc du
morl, d • monnaie pour le tribut Je la ~arrru:
à Caron, le ri iJc t•L 3\'nrc nauto11111er qu 1

;\1A QUE

o'c:,; PETll

\ULOI

(,\lrtsee Carnaulcl,
S.Jlle. tto-1ue 1;a//o,romatne.)

jadispa· ·1 le ombre_ ic:tril .tà remarquer
que peu à p u le Part , o a,·a1enl adopté le
mœur:--, le lob, la religion cl la lan"U' de
leur- ,·ainqueur. •.
. .
Dan le épulture d'enf?nls on a ~ecueilh
Je coUier , de d: , de J0uel curieux des jouets d'enfants vieux Je .eize cent a!1s
_ entre aulrc une fi urine en terre cmle
blanche représcnlo.nl une nourrice l nanL on
nourri on (la tête de la femme manque) i ?n
petit canard llollant, au i en terre mie
blanche, po é ur une nacelle lui perm liant

de ,orru r .ur I' 'au, et percé de petit trou
aux extrémité pour ' attacher un fil, el
pre IJUe Loujour un bib ron.
,.
,
Ce biberon , a\'ee aii es t Letm , d un
conl nanccd' miron cent ~ingL-cinq nrammc ,
•n , rr tr-. iri. é par l'o. rdation, dat~nl ~
111• d "' iè le , d'aprè · le tile de m crrpLion~ cl le monnaies de aaularrc.
Lor que l'admini !ration municipale JiL
•on truire, en l ' 73, le lari:hé duPort-lloyal,
au coin de la rue ~icole et du boulernrd dont
le nom rappelle une aLba1e riche en om·cnirs, on déèounit, en foi ·ant le fondation de ce marché, de nombr u e·
épullure romaine '· pui , cinq a_n
aprè , lL Landau relrourn la u1tc
de ce cimctit·re dan a propri :1é
itué, rue Xicole, ouverte à Lra,·er. C( jardin · de Carmélite.,
où MademoisclJe de La altière,
accoutumée à tant ' de Joire, de
mofü·.. , de plai ir , ~ • dépouillant de on lilr de duche se pour
pr ndre c lui de ... œur de la ~Jiéricorde, fit un con,crs1on
au i célèbre que a tendre
n ,oit au mu~éc C..,rnavalct.
dau la . eplième lra,,éc, pron:nant du cimetière romain de la
rue I ïcol ', un petit arcophage
,fenfant de 0,90de Ion ueur, ur
o,;,3 dl' lart1eur, creu é dan un bloc
"ro ièrement é&lt;1uarri, aJanl comme
co~nrr le une gro. ière pierre plate.
ou,enir plu intérc·,ant encore que h•
bil, ron c. t le ma que d'un pelil GauJoi de
Lut ère, - un contemporain de Julien l ',\ po ta.t,
_ pou,anl avoir huit à di. moi , lrou\ 1 dan
cc arcopharr du 1'' iècle. Le lrait ~nt
con cné avec toulc les apparence- d la \lC,
malrrr · lanl de tcmp éroul '.
La tèl de ce petit mort c trou,ail en parlie
cou'" te par une couche de mortier a ei
épaL.e. Lor du . cellemcnt du COU\'~rclc, ce
mortier 'élanl r 'panda sur le n a«e de
l'enfant c.n arnil pri l"empreinte rt, par ~a
nature même, a pu tra,·er·er cize ~ièck et
nou con ener aiwi intacte l'image de ce
petit aulo1 de Lu~ècc, ~ort il y .a ~lu de
~ ize cent an , qu une ~•mplc opcral!on d
moula"e, faite ·ur place, a pu reproduire
exaclcm •nt. 'n ruuu lromé anprè de
l'entant, po 1dail une e pèce de tube de1·anl
remplir le fonctions Ju ein.
On peul du r :te roir, au musée arna\'a.lct,
1. l.a pnnl'iji3IC og~lun1fral111n. ,li· ,,~p11ltu.r, '. · _,.
Jrnnuil , LL l'1UI,&gt;lacm1cnl d,• 1_cnclo,; ,le } ~~u, u
wuveol t1 Carméhti- cle ln rue d Euf~r. 11u1 elcnJail cle ourd. )Juct ju•'}u'à la llaterrull!,

�111STO"Jtl.ll _ _

----------------------------------=---,#

un lrè, inl 're · anl e cmplaire de c moufoi:-c'
dao· le compartiment iHféricur de 1a vitrine
centrale de la deuxième aU • de l'époque
rrallo-romaioc, auprc d'un :mir• moula!!e
non moin curieux, celui de. débri du crànc
de I' nfant, que recouvrait le masque d rnorlicr. Ce déLri .ont con-ené· au ~ru l!Um •

°'"

1. ,
eu ,lo11nmh
j1l'l:,·{,1le11k.

la r,·prutlud1on

it la 1111:;c

Ilien de plu· curicn que c lie envelo;&gt;pe
de plàtrc qui reproduit ce que le temp t le
ourd travail du ver du -épulcr auraient
délruit, ce que I ciment humide a ardé, la
chair, nou dirion pre que la rie.
Le momi~ ég ptienne -ont noir ,
hidru e , défl&lt;&gt;urée ·; cil• n'ont plu rien d ·
2. fo1r le 1;,,,,1,. ,Ji, mu. ü Cama miel. Jl.lr '"'·. t:L-

l.1Ln I flonun. l1ari,, l!IO;;.

commun arec 0011-. ·ou avon là au contraire, aprè cizc iè.-cl :cou]· , un portrait
viv110L d'un petit conlempor11in du C· ar
proclamé empereu r par e oldat dan c
palai de Th •rme dont il r t rncore aujourd'hui deu rn te Yoùtc- cncadr~c de fleur. ,
de rcrdure et de débri de vieux àrre , réuni. l.'1 pour peupler cette demeure qu'on pourrait, h ju le Litre, appeler le palai de ruioct-.
ÜOCHLR

'.\I AX BILL \RD.

Le mystère de Nuremberg
Par JULES HOCHE

YI
u moi · de janvier 1'30, le bour1rmcsl re
de .'ürcmbern- r connut, de concert avec le
tuteur de Gaspard llau~er de baron de Tuch r) tJUC l'état maladif du profe eur Daumer ne permettait plu à ce dernier de 'occuper de on jeune élrrc. En con ~quenc •
IJau r fut au lori é 11 accept r l'oJl're én 1rcu e du con ciller füh rach, qui meuait à . a
di. po ilion la table l le lo eruent.
lai ce chan •m nt de domicile, de milieu
urlout, ne parait pa avoir été du "OÙL du
jeune Hau er, 'il C ut en croire le iocid nl
f,icbeux qui 'datèrent peu aprè on entrée
dan la mai on Diberach et détermino\renL
_on départ au moi de mai de ,la même
année.
Le 2 avril t 30, nou appr nd un de -C
hi toriographe , Ga pard llau cr rentra plu
tard que d'habitude. Comme on le que lionnait à c ujet, il répondit qu'il ,· nait de
chez Je profe eur llaümler, el montra même
du pain d'épice que le pr îe cur, disait-il,
lui avait donné.
Le lendemain, le con ciller füberach intcrrorrca Rai1mler à ce ujet, en pré.eoce de
Uau-cr lui-même, cl le profe cur affirma
qu'il n'a1•ail point vu le jeune homme la
veille. Là-de . us Uau.er entra dao une ,•iolcnte colèrt', mai an rien avouer d'ailleurs
relati,·emenl à on e capadc, dont on ne ut
le lin mot que plu tard 1• Et comme le con, eiller Biberach le prenait à part pour l'admone:;ter év'•rement, llau er frappa, de e
deu poio1r fermés, la table placée entre
eu , et 'é ·ria d'un Ion furieul'. : cr Je ne
mu plu î"ivr • ici !
1. Il parait 'JU • llnu.er :11ait uiri cc jour-lit unt•
Jan,(•u Je cord , .orle 1f'E mer. Ida l.iararoi .!ont

Pour le punir de a conduite, le con-eilkr
lemme nt arraché de , a place H Je coup
lui intrrdit de quiller sa chambre ju qu'à partit.
nouYcl ordr , et lui défendit c·n même tcmp
On retrou\'a à l'endroit dé~inné de la mud'aller diner ce .oir-là chez le hourgmc Ire
raille deu lrace de feu et dao la direction
Dinder, omme il en avait !"habitude Lou Ir
oppo. :c le trou où 'était lon-éc la hall,
dimanche .
mai nucunc eD!JUêtc n' Cut ouverte à ce ullau cr était ,cul dan ~a chambr depui
jet, el l'étranrre ac ident d~ 11:tu rr e l re té
quelque, minute à pcin , lor·qu'une déto- d 'linitir ment enveloppé de my Lère.
nation relt'nlit dan la pièœ.
deu arEn ) réllé hi ~anL bien, on erait prc. que
dien accouru ur-le-champ le lrouvi'renl
lenlé de ré, oudre le probl me 11 bau. éritm
ét ndu .an counai ance, av c une ble. ure
(c "rmani,me vient loutnaturellement ,ou
Ugèr au-de. u de l'oreill droite.
ma plume) n con idéraot en réalité lem . n de "ardit'u~ pré\'int au itôl la directéril'u Il w,u comme 110 fou hy lériquc, ou
tion de polie que (;a 'pard Uau r Ycnait de
au moin comme un 01:rropalbc dont le d :_
se nicider en e tirant un coup de pistolet,
ran emcut céré~ral e traduit de lcmp en
à Lout portant, - a erlion bien ratuite, ou
lemp par la monomanie du uicide. Celle
pour le moins co11-idérablement e'&lt;:agérée.
olution d'ailleur· expliquerait tout au i
Quand le dir cleu r de police Rod r arriva·
ai ·ém nl h: prétl'lldu allenlat du l 7 octobre
ur Il'· lieux, le docteur Prcu t le chiru rgien
1 29 que celui du I i d :ccmbre 1 35, l~&lt;Jucl
challer • 'occupaie11t déjà à pan er la ble - de,·ail lui coùter la , ie.
ure reconnue tout à fait in. innifiante.
Mai. nou aurion mau,·a;se ràcc à tran!lamer a,·ait-il réellement attenté à .c
cL r d'autorité un ID)~t··re que n·onl pu prrjour , et 'était-il manqué? Jlan tou le
ccr le propres contemporain, de Jltu cr.
ca. , lui-mêm ne fit jamai aucun aveu dan
ceux même qui l'ont approché le plu prè
cc .en .. Rer nu à lui, il donna de a bic po _:ililc; au, i c, t-ce une opinion toute plaure re&gt;.plication uh·ante, a cz plau. ible.
ton111uc que nou formulon ici, 11ou conliHe étaient raorré ur un raîon tr\
tentant, quant au r le, de mettre en œurre
éleré fixé contre la muraille el im~édiale1 documenl authentique où le my ·tère
ruenl au-de ,u duquel étaient accroché
bai•arois est re lé en rcli.
drux pi. tolet chargtL, pour • a sûreté perI.es dimcn ion de ce r !Cil ne ooa permt:t.onnclle.
tent pas malhcureu emcnt d'in i ter .ur 1
Or pour atteindre un de ces fore , il
aî"ait placé une chai e contre le mur. li était nombreux aralar que l'opinion puLliquc.
à peine ll'Oole ~ur celte chaLe qu'il perdit loujour à la recherche d origine du jeune
I' :quilibre. La chaLe ha cula et tomba, Lan- ~?mme, fai ait ubir à la mème Ppoquc à
1infortuné llau,er, .e, prétendue filiation
di que lui, pour se retenir, .ai i ail au
ro alèS, impériale-, ' atwch hon«roise. ,
hasard un de pi. tolet accrochés à la mu- polooai es, 11utrichicnr1e , clc ....
raille; mai le clou céda, le pi tolet fut vioJu le à c momcnt-1.i, un pcr3onoa1re entre
1:i junhe maigre a,·ait e1crcé :ur lu, une allr~ction en cène qui "éprend pour Ga pard llau cr
r1ne Daumer rul pourrait c,pliquer.
d'un• affection que r, p 'rieocc de plu ieur
0

.... 171 ...

1;E MYSTÈ'JfE DE 'NUR.EMBE'R.G - - ~
année· de,·ait seul• ébranler, el dont l rr:né- lieux p:tr dcu. a1renls de polin• qui le nrrosité allait permellre de donner ~n~ tour- rcillcnl comme un pri.onnicr.
Il se plaignit 1;galemcnl que se· rapport
nure plus érieu. et plu. ~ctirn ~ma! infructucu e quand mlmc ) au mve twallon dont arec on père nourricier le barùn de 1 uchcr
dc,enaient de plu &lt;n plu tendu~, t &lt;1u
le jeune homme onlinuait d" 'Lrc l'ohjet.
Lord tanhope rencontra pour la pr 111ièrc di, rs . autre circon tance du même rrcnre
fois Hau r chez le bourgme· tre de ·ürem- le portaient à considérer :omme pénible ~l
berg 1 2 · mai l -1 et tout ~e- uilr 'i?t '•- inopportun un plu Ion~ .éJOUr dan. la ma,on de ce dernier.
r a à lui au point que le ~ JUID de 1~ ~em_e
année, c·e l-à-dir quatr jour· apr~ , 11111 Illlau cr, bien entendu, oblinl gain de eau
tuait par a te dùmcnt léœali é uue prirne d~ Par acte dùm nt 1'•gali é, lord tanhopc ~e
;-;oo florin à attribuer à celui ou à ceux qu_, , ub tilua à la ,ille de 1 uremb r pour le·
aid rai nt d'une fa on effica('C el directe tl frai d'entretien l d'éducation de Ga pard
d • ounir le auteur du crime commi · contre !Jau er, dont le -.ort fut a . uré mème en ca
la pcr.,,onne cl le· d tinée de G, pard llau- de décc du bienfaiteur. li fut arrêté n
_er. Ce dt&gt;rnier derail, en :lllendanl, toucucr même temp que Je bourn-mc Ire Uiodcr rcucillerail la tutelle de main du l1aron de
le intérêt· de cette . ommc, laqu lie lui
erail attribuée tout nlière .i le m ··tèrc Tucht'r el que ,a~pard quiller~it 1' uremn'a1•ait r.. ~·u au une &gt;lotion dJ1H le troi~ berrr pour être n,·oyé en pen ,on cht'z le
année qui 'écouleraient dater du jour de profc ·~ ur Geor"e 11 ycr, à .\n. bach. .
h donati1111.
En même tt'mp llau r obllnl, en r 1. on
de ce chann ment de r •, idcncc, comme o', n'était pa tout. Le_:; du mème moi
une ordonnance du roi Louis de Barièr d 'la- rateur péciaux, deux notabilit I d'An hach,
ch:iit en mi ion extraordinai re le lieulen:111t le li utenanl de gendarmerie Jl1kel l le préde l'ndarmcri l11kt'I à l'effet de faire avec ,jdcnt Feuerbach, ce dernier pour veiller
llawer le va •anc de Il nrrrie, et la exclu -ï- exclu i\'ement au bi n-être pby ique et moral
,·cmcnt aux. !rai du omle • tanbope. Le but du jeune abandonné.
on tran Cert à An hach accompli, lord
de cette e pédiLion - une Yéri~aLle lour~ée
d'exploration à tra,·er. l' .\ utr1c~c-llonrrr1~, • tanhope repartit oula1ré, ~our l'An_gle~erre,
a,·e • mi·. ion de recher ber le pt le po. 1- d'où il rnvo a pendant plu 1eur moi , a on
fil d'adoption, de longue~ 1 tir !ou h~nle.,
hle de la nou,· Il oricine austro-honrrroi
de llau:er ( a deroïre incarnation) - dc,ait alli•clucu r~, auxquelle JJau ·er emLlc n avoir
re ter ecrclju.qu'à on retour.
pa · été aus i ~ n ible qu'on.. eOf ai~é à le
Le 4 juiUcl, le lieutenant Hikel alla cb~r- croire. Dh:u ait pourtant qu 11 n a\':ut plu à
e plaindre de rien, le malheureu . aba?cher Ga ·pard llau er ch z on nou_\·eau _pcrc
donné et que le implc r pect humam eut
nourricier le baron de Tucber, qui ,cna1t d
dù le porter à épargner au comte la cruelle
uccédcr à Diberach, cl le baron lui-mêm
e mit en roule a\'ec eux.
Di.ans-le en pa ant, c tte curi u ·e e pédition e L peul-être bien pour quelqu cho
dan l'in piration humori tique à 1.aq~el(e
ob il l'auleur an•,lai - ar all quand li ·crtvait on joli roman : « Japhet in mn·cli of
hi.- father, " - u Japhet li la rechl'rche de
son père. »
_
,
Inutile d'ajout r que on i.. u • fol n •gativ à Lou le point de me, i ce n'e l
qu'elle fournil au lieutenant llikel l'occa ion
de livrer à la publicité de enqnèle ullérieures quelque' impres ion de rnyarre mi&gt;diocre .
l~a·pard llau er, 1 ci-devant magnat
au lro-honrrroi , rc,·int donc à ·uremLerg
r1•prendrc le jou" de a rrrandcur inconnue,
m:ii ce jou" parait dè · lor· lui de"enir de
plu en plu dirficile à upporter.
Au i quand le comte taohop' propo c (le
2 t no\'embre) de prendre à ou compte lous
le frai de lutclle du jeune homme et de le
confier à la tutelle du bourgme Ire Bind r,
llau ·er, oîficiellem ut con ulté à. ce ujet
1 IJF.RÈSE, REll 'F. llE BA VIÈRE.
:l\'OUC a,·ec de lorren de larme qu'il c l
D'atris untlilho rafhre u C.Jtintl Jts Eslamf&gt;e:.
tout di posé à aimer le comte tanbope
comme un père, d'autant qu'il ouffre cruellt'ment à l'idée d'être d pui i lon temp à désillusion qui l'allendait au bout de tant de
la I bar e de 1:i '";ne de l 'üremb rg. Il lui généreux · crifice .
p'- e. d·am •ur , de ne pou mir faire un pa·
Celle d 'rillu~ion, ur laquelle nou ne
au dehors san e dire que sa vie e'.!_ peul- nou élendron. pas aulremcnl pui 11u'elle e t
être en d:1Drrer, et de e voir corté rn Lou
en omme étran Pre à notre hi. Loire, emhl

a\'oir trou\'é s premièr~ racinr dan. la
di'•claration découra••cantc d' ll ikel 11ui, d •
retour d'une .econdc expédition en llonrrrit',
ne di • imula pa au comte qu • la pr 'tendue
orioin au tro-hongroi~c de llau er ne lui
parai •. ail plu qu'une lég~nde. _ans c?nsi •
tance (notez que Hau r lu1-meme a,a1t accrédit; celle légende à l'aide de oi-di~ant
re ou venir de 1110/ · hongrai et de c/10 e.
honrrroi e ) el que l'allitudc mèmc d 11:iu cr
dans cet! qne lion lui emblaît de plu. c.n
plu u.p cte. « /,e jeune hom111e, écma1l
llikel en rrançaü,, e11 ·ait plu lo,1ç1 que ·eu,·
qui e'ri-ii•tml des lil•res . 111· _lui, nwi: tl ne
veut parle1•. Toute la que lt011 r t '?· »
EL elfcctire1.0 nt Jlau r en .a,·a1t plu:
lonrr · il ne poumil mtlme en èlre autr ment,
car ,;on ,eulemcnt il a,·ait .ur le bout de
doi111 a propre hi loirt' - naie ou Cau :e
- telle qu'il l'avait i ouvent racontée à e
prolecleur mai il ·~_tait _a -!milé , an·
doute au i lout ce que 111uag1uat1on de
hi torio rapb ordinaire , Oaum~_r _en lêl~
avait brod; autour du m · tèrc qu il 111cnrna1t
t qui formait déjà. alor· une. bio raphie mooumen1ale, jouis ant du r •hef de la cho .
imprimée et rrndue puhlique.

vu
1 'ou . utons à présent deux annre
durant I quelle l'bi Loire d_c Jlau ~r o'o~r
rien de particulièrement milan~, ~ cc ne. l
l'in_istance de e proll'Cleur a c1r onveoir
le eomle tanhope dont le ·ceptici me de
plu en plus marq.u 1, en dépit_ de ·a lcndr~ e
per i tante pour l abando1111e, ne_ leur a pa
échappé. Tou le moyens ont m1 e~ œu.r~
par eux pour amener le lord angla1 à 1~1
a urer une pen ion viagère, et le comte 601t
pa.r s' •xécuter comme il a1·~il au re te toujour u lïnt nlion de J, faire.
· ur ce entrer: ite · (i:nai 1 73) le président
Feuerbacb, un des plu zélé d 1~ o eur. de
llau er vint à mourir, et pour la. première
foi · peul-ètre ( 'il faut ('O croire de . témoin
diones de Coi ) le jeune homme térno1 na uni'
douleur Haimenl ind•re.
Pour Je di traire on le fit voyager n
" ui .e.
li en revint à peu prè con olé, pour a i ter à 1 ·ür rober r à la grande fête national
du i O août 1' :5:i.
L'étoile de llau r était alors arrivée au
zénilh de .a cour. c el brillait d'un éclat
incomparable. De tèt · couronné demandèr nt l1 le ,oir ce qui était le summum de
honneur qui pomaient attendre une carrière eml,laLle à la i one.
La prin e de Lie nih: (comte c Augu la
de llarrach, depui 1 2i épou c morganatique du roi Frédérîc-Guill~u~e ur de
Pru se), était alors de pa a eu uremh, r .
Elle e fit pré crter le jeune _llau er et . entretint familièremenl avec lut.
D mèmt• le roi Loui l•r de Jla,ièr et la
reine Tbér~ , arri\'és :t •'ürt:mber.-. pour 1~
fête , youlurcnl avoir une nt~01-ue a\"ec lm.
La pré entation eut lieu au paY1llon de la 1. r-

�1flSTOJ{1Jl

L'E

--------------------------------------~

mes ,.• dans la .allt' de. ima:.:c:-. llau cr I ndil uracieu cmcnl J la reine 'fhérè'-C cl ;\
füth.ild · un pa~ a"e d'Uriilllt, cl tandi 11u1'
le roi 'était éloi:.:ué un in tant, il pria la
rein de u Youloir bien foir • porter 11 la connaL ancc publique tftt'il ne fcrail rail aucun
mal :1 celui lJllÎ l'aYait . équc tré :rntrcfoi
celle me,urc lui parai ant, dLait-il, le cul
moyen d'as ur r a Yi ontrc l • attentat ;1
venir. 1,
.\. ln même :pu,1ue au · i ·e place l'bi Loire a cz inallcndue d'une liai. on qne noua
Ga. pnrd Hau cr avec une femm' mariée dt•
trente-quatre :in·, parente de madame la
hour.,me. tre de i'iiirembcrg, el avec laquelle
on le fit trè .ouvenl .e promener hra de u lira des.ou dans le rue de 'ürcmher0.
La dame 'appelait Caroline l\anne'\\"urf,
et elle avait pour mari le comptable de la
mai on de banc1ue Wcrlbeimer de Vienne.
Cetll' liai on re ta-t-elle innoc nie alor
mt\me que. le exe avail fini par 'éveiller
chez llau er? :ous ne avon rien de préci ·
à cc ·ujel. L'hi Loire rapporte implemenl
que madame Kannewurf fil cadeau i\ Ga pard
llau er de a tabatière, un joyau en papiercarton noir (papier mâché. di enl le document allemand ) orné d'un couvercle d
verre lai sant Iran paraitre un bouquet de
Oeur en l,roderie .
Mal un témoignage plu important dt•
celle liaison, c'r t la lettre que Ga. pard llaurr écrivit 11 a Oulân :c du t~ au i6 • plembre el dont une copie Jérrali.ée e l encore
actuellement con.ervée dan les archives de
la cour d'appel d'An baeh.
\'oici le lext littéral de celle épître qui
jelte un jour urieux ,rr l'~tal p ychologiqu de nolr héro .
n ~l.t trè chère cl inouhliahle amie,
Je vous ac ompagne en e prit ju qu'à
Xïir mherg. )laintenant adieu, ma lrè chi::re,
me voilà maintenant fore·, aus i en e prit,
de me séparer d votre bon cœur, car je ui
obli,. I d'aller avec le Lour,.,nestre au natban
afin d meure no affaires au net. .\h ! quelle
douleur n'éprouve pa mou cœur aujourd'hui de avoir loin de moi un cœur au si
hon, air i !&gt;incèrc• 11ue l'e t le vôtre .• an
pou\'Oir l'accompagner à natLbonne, (où
nou avons été dt1jà une foi ) alin de m'a urer d'une façon certaine que ce bon cœur
arrivera aio et heureux avec on second
petit creur I à llati bonne. Pourtant une conolation rend mon cœur un peu plus lé 0 er,
c·est le doux e. poir que mu me donnerez de
vos chères nouvelle. el que TOU m'apprendrez i .ou êtes arrivt1e aine el heureuse à
füli ùonnc.
(Bien allemanJe, n'est-ce pa , cette salade
de cœurs?)
» Oem:iin m1lin à ix heur , i c'e t la
volonlé du Trè Oaut, je 'fl_lilterai "üremùerg, cl quand je serai arrivé à Ansbach,
mon premier oin .era de vow enw er la
1&gt;

[ •.\Jiu ion à 1'1•11fant deJ!m1• Kannc11urf.
'.!. 1:a,pnrtl llnu•cr s'nmu•ail ~lors i, foire oies ou-

petite boit &lt;·onfcr·Lionn 1c p:ir moi-mt1me 1 , I •
livre a,ec le purtrail et l •s objet de la f~te
populaire de Niircmbcr,.,.
» )lai Dieu! que ui -je forcé d'entendre
au Rathau ! On m'a dit que j'aurai à comparaitre encore une fois le 14, à onze heure .
Juoez de ma po~ition, l pen cz 'il m'e l
a!!réable de re. ter deu jour de plu à •'ii remberg an vou .
11
amedi, l'Cr onze heure ·, je uis allt:
au natbau pour mellre ordre à la cbo e: à
midi tout était terminé : je rentrai chez moi
faire mes paquets ju c1u'au moment rlu d 'jeuner. Apr~ le déjeuner, je commandai une
hai.e de po. te, et parti ain.i à troi· heure
pour arriver à An bach ver ept heure~.
1&gt; Dimanche, Je la, j'ai faiL mes vi ile
d'arrivée dan la matin6e, et l';iprè -midi j'ai
été in,•ité chez M. le commis aire général.
» Mais j' 1tai tr~s contra.rit: de n'aYoir pu
apprêter vos objet de façon à le mettre encore à la po le le même jour. 11
Ansbach, lundi le Hi
•&lt;

plembrc.

Bonjour, ma lrè- chère amie,

» li c t ix h ure et demie du malin, je
vais aller chercher le lil're, afin de pouvoir
mu· l'envol·er par la po te celle aprè -midi.
» 0 joie! qu'est-ce qne je trouve en rcnlraol à la mai.on avec le livre? votre chère
lettre. Elle m'e. l une nouvelle preuve de
votre con. tante amitié. car je voi par là que
wu. pcn.ez, même dan l'éloi«nement, à
votre ami Bau er. nec ,·cz-cn mes remerciements les plus cordialernenl incères, cl
croyez Lien que je sai e limer le prix d'une
amie au i belle que vous.
J&gt;
i Dieu m'a corde la vie ('l la ,anté, je
vou le prom-erai per.onnellemenl à Vienne
le printemps proehain. Je roi au i par
votre lellre que vous arrz ramené ros ami
en bonne santé à llalisbonne, e dont je me
rl'joui fort.
» ,oyez persuadée qu'il m'a emùlé bien
plus dur d'avoir à retenir mes larmes pour
ne pa · vou rendre nolre .éparation plu
cruelle.
» \'otre ami envoie à on cher p Lit Fritz
nombre de bai er , et .ouhaite de le voir
bientôt complètement rétabli. li faut que je
cc·~e d'écrire, car le cours m'attend dao
une demi-heure. Pour finir rntre ami envoie
encvre ~péeialcment pour ,·ou lroi a baiser .
Et maintepant, lais ez-moi seulement vous
a ·surl'.'r encore que je ne ces erai jamais de
rc Ler votre véritable cl pins cher ...
ami Dau er. D
c [,a peinture cl l'aul re porlrail. rnu le·
recc,·rez quelque juurs plus lard, je n'ai plus le
temps aujourd'liu1 tic le cmpaquclercon1ena.~•emcnl.
U1i bonjour à Pépi!

Au ver_o de la feuille c l écrit : &lt;t Je ,·ou
prie, chère amie, de lir• celte Jeure pour
vous seule. »
Il e là rcmar 1uer que le lirre dont llaude carlonn,1-(e ,lan
"randc atlresst:'.
n-3"t'S

le 11ucls il tl11ployail u11c

s r pari :1 plu ·ieu r · rl!pri.e. dans sa lctt rr
n'est autre chose que la fameu brochure
publ' ·e par Feuerbach sur le my l~r de Nuremb r••. (Dép(lsition de madame Konnewurf
à la cour d'
1, le Hl fé,'l'icr 1 :ii-. ) Ilauer était don , ctlte époque déjà au courant
de ce qu'on avai
·t t publi \ _ur son
compte, el ne négli 0 ·l aucune o ca ion
d'entretenir sa propre cél ùrité.

YIII
L'hi toire i commentée de Ga pard lia
er marche à pré ent à grands pa ver un
dénouemenl tragique. L'homme à la barbe
el à la mou tache noires va reparaitre el portera crlle foi à Tiau ·er un coup infiniment
plu fane le que celui du 17 octobre 1 29.
De tous temp les opinions ont été tr .
parta«ées au sujet de la morl du malht&gt;ureux,
le un ,·oulant y mir une impie réédition
de l'allental du i 7 octobre, con idéré d1lj:1
comme une sorte de comédie mi e n œuvre
par liau er tout eu! dan le but de donner
un nouvel appoinl it la curio ité publique, les
au Ire 'allachanl aveuglément à la version
recueillie de la bouche même de llau.er ur
on lit de mort et suivant laquelle il aurait
ét; victime d'un guet-apen analogue à celui
où périt Kléber, poignardé par un inconnu
qui lui avait fait lire une lettre pour distraire on attention.
En étudiant de prè. el minutieusement
l'hi toire de dernier jour de Uauser, nou
serions plnlùt tentés de rejeter l'une et l'autre
de ces versions, et de nou prononcer définitivement pour la monomanie du uicide, qui,
à celle époque précisément, fait apparaître
chez lui ses ymplômes le plu caractéri tiques.
Dans lou les cas nous ne aurion adopter
le vues tout à faiL dénuées de en commun
d'aprè !~quelle certain critique allemand
moderne e aie de démontrer que Hau r
avait implem 11t voulu réveiller autour de
lui le courant des sympalhies romanesques,
et ouvrir de nouveaux dél1ouché à es appétit d'ambitieu , de pare eux, d'impo L ur
el de propre à rien.
Certes, on peul soupçonner llau cr d'arnir
mi le particularité romane que de on
enfance au service de sa folie, et d'a,·oir atliré
sur lui l'attention de son iècle par des artifire plu ou moins légitime , toul en entrclenanl la crédulité de on entourage par
toutes sorte de ru es el de upercberies dont
il était souvent l'auteur incon cicnt (comme
il arrirn quotidiennement à certain hy tériqu dans nos hôpitam.), mais il c t purement ab urde d'imaginer qu'un homme ain
de corp et d'esprit (ç'a toujour été la conlictioo de notre critique allemand) va e
percer le cœur d'un coup de poignard a,·ec
l'idée qu'il fai Là es connai aoce une impl .
farce ans con équence aucune pour luimême.
u re lr, no lecteurs cronl juges eux;;. llnns l'or,ginnl ce chiffre tient le milieu 11'un
cœur des inè il ('Clle place pnr lhuser.

mêm · de• la qu . lion; il nous nfl:ra d'expos •r dan l'ordre cl la lumit'·re ·onvcnahl,·~
le, cène finalt• du ro111a11 Lau.éri u, tdlc
qu'on a pu le recuo Lituer d'apr' le ourcc·
authentique · el 1, d{•po ilion de· témoin .
Dè· le premier jour du mois de décemLre, Ga, pard llau er commençait t1 perdre
l'appétit, i bien que madame )lcyer lui n
fil l'ob enalion, disant :
- liai vou ne manocz plu rien du
tout!
A quoi llau r répondit :
- C'e t vrai, je n'ai plu le moindre appétit depui quelque t mp ; 11 peine at-Je
commencé à manrrer que je sui repu ... el
pourtant, ajoutait-il, il ne me manque rien.
En même tcmp· les di traction , le abence d'esprit de l:lau.er devenaient de plu
en plus fréquentes. ( oton en pa anl que
ce .onl là précisément les premier:- )IDPlôme par le-quel c manife le l'a 0 gravaLion de monomanies en «énéral, et en particulier de celle du uicid . )
on profo eur raconte à ce ujet : « Rien
q_uc je fu e habitué dt•puis qucl11ue lemp
aux façon indillërenle l di traites de llau.er, je de,ai néanmoin · ~tre frappé dans la
suite de l'apa1bie totale que je con latai chez
lui le 15 décembre ait oir, à la lt•çon d'arithméti11uc. Jamai je ne l'avais vu ain i .• 'on
e11lem nl il interprétait loul de lraver le.
donnée les plu impl , mais même dan
de impie addilioo et 011straction , il enta sait faute ur faute, _i bien que je du
lui dire à la fin : « i vou continuez 1, montrer aw; i ptu de érieux el d'aplitud au
lra,·ail, nou allons être fore: de u. pendre
la leçon. fü•,•fillez-,·tJu. donc, c'e l un peu
trop rort à la fin! 1)
Dan ce dernière semaines, lia.user avait,

JHYSTÈ'R,E D'E NUJ(EMBER,G - - ~

d'autr • pari, · nlracl ~ d'étran"e. h, bitudt'
d'i$olemcnt. Comme tou~ l •s ecncaux fail,b
rongé par mw idé , Jhe, il II arri,ail à n:ch rcber ardcm111enl 1, calml' la olitud '·
voire l'ub,c nrité. ilôl qu'il était libre, il c

LO UIS

l .

ROI

o~; B,\\ 1i,;RE.

D'iJfrès 1111e lllllogr.-ipllie J11 c '.1N11e1 Jts Est.-im('es.

barri!'adait dan a chambre, el fermait hermétiquement le per ienne' , bien que le ·
jour fussent ombres en général, comme
loujour à la fin de l'automne.
Il r; ulte encore de l'enquèle judiciaire,
que llawer détrui it à ce momenl plusieur
lettre el papier &lt;1u'il con ervait depuis a s z
lonotemps, tou indice parfaitement d'ac-

orù a,·c l'h poth' e d'un , ufride lon°uem ·11t prémédité.

Le .amcdi, l '1- décembre, Ga pal'd !lamer
e pré. ntail à huit heure~ un quart du matin chez le pa leur Fubrmann, pour prendre
comme d'habitude a leçon de religion. A
neuf heure un qu:i.rt la leçon était terminée,
et comme le pa leur priait son élè,·e de lui
aider à parfaire c1uelques ouvrage de cartonnarre ntrepri aux heure de loi ir celuici promit de revenir à une heure de l'aprè midi.
Il reYinl effoctivemenl, mai sans son
manlean, en dépit du froid as.ez ,it qu'il
îai ail alor (une pluie fine mèlée de neige
tombait depui le matin).
A deux heure el demie, le pa:.teu r dut
e r ndre au templ pour le be oins de on
mini tère, et Jlau er déclara au itôl rtu'il
avait de on cillé une ,i ite pre ée à faire à
mademoi elle Lilia de tic:haner, pour laquelle,
di ait-il, il était en train d confCl'lionner un
aliat-jou r.
11 Je reviendrai demain, dit-il au pa.teur,
et j, laLse mrs affaire · chrz yous.... i&gt;
Fuhrmann el on él ,e ·ortirenl en e111ble
bras d :,u bra de .. ou , et de, i ·anl gaiement. .\u moment de e é_parer, Hauser ecoua trè cordialpmenl la main de ·on pa teur, cl rien dan on altitude ne dêcelail à
cc moment qu'il fûl troublé par l'approch
de quoi que ce f ûl.
Pourtant, a ,·i ite à mademoi ·elle d Stichan r était un simpl prétexte, car au lieu
de e rendre chez elle, il ~e diri«ea tout droit
ver le jardin ro ·al oi1, aYait-il dit l'a,·antveille à madame Hikel, il avait rendez-vou~
avec le jardinier eo chef qui devail lui faire
vi iler le puit arlé ien. Que 'y pa sa-t-il '?
{ci commence le mystère.

JrLE 11

(A suivre.)

Louis X1V et Mazarin
Quoique le cardinal [Mazarin] eùl ,.,rand
o~n qu'on ne dit rien au roi [Loui XlYJ qui
IU1 pill nuire auprès d • lui, je ne lai sai
pa , le plus adroitemenl que je pouvai , d'entrel nir on e. prit dans le di po ilions oi.t jl!
le vo,ais à l'é,.,ard de 'oo Éminence · cl
J
"
'
rruoique je ne fusse plu bien aYcc lui, il me
oull'rait néanmoins, ne crai"nant pa que je
~ui pu e faire tort, parc que le roi étai l forl
JeWltl; cl par celle même rai ou il ne prenait
aucun oin de contenkr ~a Maje té en quoi
que ce fût, et le lai ait manquer non eulcwent de chose qu.i regardaient on diverti. sement, mai encore des néce aire .

La coutume c l que l'on donne au roi Lou
le~ an douze paires de draps et deux robes
de chambre, une d'été el l'autre d'biYer :
néanmoin je lui ai vu .enir ix paire de
drap troi ao, entier , et une robe de
chambre de ,elours vert, doublée de p tilari , ervir hiver el été pendant le même
temp , en orle que la dernière ann ·e elle ne
lui venait qu'i, la moitié de jambe ; el pour
le drap , il étaient i u és que je l'ai trouvé
plu ieur foi le jambe pas é au traver ,
à cru ur le malela : et tout le autres
cbo e allaient de la même sorte, peodanl
que I parti ans étaient dan la plu rrrande
opulence et dan une aliondance étonnante.
Un jour, le roi voulant s'aller baigner à
Connan , je donnai le ordre accoutumé
pour cela. n fit venir un carro . e pour nous
conduire avec le hardes de la chambre el de
la garde-robe; el, comme j'y vol!lu monter,

IIE.

je m'aperçu que tout le cuir de portière
qui couvraient le jambl' étail emporté, el
tout le reste du carros e tellement u é 'IU 'il
eut bien de la peine t1 faire le vopge: .fe
montai chez le roi, qui étudiait dan on
cabinet; je lui dis l'état de ses carrosse , et
que l'on e moquerait de nous si on nou J
-Yo ·ail aller : il le voulut mir el en rou it de
colère. Le soir, il se plaignail à la reine, à
._on Éminence et à t. de lai on , alor urinLendant des finances, en orle qu'il eut cini[
carros es neuI .
Je ne finirai point si je voulais rapporter
toute le me quinerie qui e pratiquaient
dao:- le cho e qui regardaient son ervice;
car l s esprits de ceux qui de,·aient avoir oin
de '-a ~lajesté étaient si occupé à leur plaiir ou à leur affaire , qu'il se trouvai nt
importunés lor qu'on le averti,sait de leur
devoir.
P.

DE LA

p RTE.

�L'EXODE DES GTl{ONDTNS

REPRISE DE TùULON PAR LES TROUPES FRANÇAISES, LE 18 DÉCEMBRE

1793. - Gravure de BERTHAULT, d'après

SWEBACK-DESFONTAINES.

L'Exode des Girondins
V

.,

Pendant les deux premiers jours, tout alla
bien; personne ne s'inquiéta de nous. Au milieu du troisième, la mésaventure d'Aix se
renouvela. C'était à Bois-Belmont, je crois :
un misérable petit hameau, composé de cinq
à six chaumières. Le moyen de soupçonner
qu'une sentinelle était là. li avait gelé, il
faisait très froid; pour me réchauffer, j'avais
mis pied à terre, je marchais avec le cavalier.
Tout à coup un factionnaire nous apparall;
je vais à lui :
- Que fais-tu là, camarade? il me paraît
que lu ne brûles pas?
Lui se met à rire.
- Si tu veux que j'aie plus chaud, me
répondit-il, tu n'as qu'à m'apporter un verre
de vin.
- De tout mon cœur ! je le vais chercher.
Je ne le lui portai pas, je le lui envoyai. Cependant il regardait les passeports des autres;
il oublia le mien.

- Pourquoi donc une sentinelle dans ce
hameau? disais-je au maître du poste, qui
tenait un bouchon qu'il appelait auberge.
Il nous apprit que la Vendée, qui grossissait beaucoup et s'avançait de c.e côté, forçait
à cette surveillance.
Sur une route de trente lieues nous trouverions des corps de garde dans tous les endroits où nous passerions.
A ces mots, notre voiturier fronça le sourcil.
Après Limoges, il avait cru ne devoir être
visité qu'une fois à Châteauroux; puis d'Orléans à Paris, :très mauvais passage, quatre
ou cinq fois. Sa contrebande devenait bien
plus difficile à sou(fl,er 1C'est dans cette occasion que j'eus lieu de reconnaître qu'avec un
grand courage cet homme avait plus d'adresse
et de pénétration qu'on ne devait l'allendre
dans son état.
- Vous -vous conduisez très bien avec ces
gens-là, me dit-il tout bas, en me montrant
la carrossée; continuez, ne craignez pas que
je vous manque. Fussiez-vous le diable,

ajouta-t-il, en me serrant la main, je vous
passerai!
Je répondis :
- Fort bien l mais puisque les obstacles
sont doublés, je doublerai la récompense.
- A la bonne heure! répliqua-t-il : vous
êtes un homme juste, et cela me fait plaisir.
Cependant ne vous gênez pas ; on se retrouve
dans le monde, et alors comme alors.
Le soir du lendemain, nous fûmes arrêtés
à l'entrée d'Argeoton; mais on ne fouilla
point la voilure, on se contenta de regarder
les papiers que chacun produisit. .Moi, pour
n'en pas produire, j'étais, comme je l'ai annoncé, tapi sous un las de hardes et de jupes.
Je ne m'en dépêtrai que pour descendre à
l'auberge. Tous les esprits y étaient occupés
de l'événement de l'après-dinée. Sans se faire
presser on nous le conta. Deux volontaires
avaient été rencontrés hier, aux environs de
Dufay, vers minuit, dans la traverse, et
n'ayant pour tout passeport qu'une permission qui n'avait pas paru fort en règle. Au-

jourd'hui douze gardes nationaux les amenaient à Ârtienton, pour qu'on les examinât
de plus près. A quelques portées de fusil de
la ville, un des deux suspects aYait prétexté
un besoin. On lui amit permis de s'écarter.
Arrird sur les bords de la riYière, il en avai l
d'un coup d'œil sondé la profondeur; il avait
jeté un couteau à son camarade, en lui
criant :
- Tàche de t'en servir!
Et il s'était précipité.
On s'était vainement efforcé de le secourir;
d_epuis deux heures on le cherchait sous l'eau.
Son compagnon venait d'être jeté dans les
prisons de la ville.
Ce récit me fit frémir. Je savais que Guadet et Salles nourrissaient depuis longtemps
le téméraire projet de traverser toute la
France, avec une permission qu'ils se seraient
fabriquée, comme étant des soldats qui allaient
rejoindre l'armée du Nord. Parvenus aux frontières, ils auraient traversé les Pals-Bas, pour
aller chercher, à Amsterdam, quelque vaisseau qui les eût portés en Amérique. Tremblant pour mes amis, je demandai le signalement de ces volontaires; on me les dépeignit
tels à peu près que je les connaissais.
Hélas! était-il bien vrai que ce fùt Salles
qui, non loin de moi, gémit dans les cachots,
et que mon cher Guadet eût trouvé son tombeau dans les eaux de la Creuse; je n'ai pu,
depuis ce temps-là, rien apprendre de ce qui
les touche 1 •
Tourmenté de celle inquiétude nourelle, il
me fallait cependant affecter quelque joie.
L'heure du souper était venue. Acharnés sur
le premier plat, les convives ne s'apercevaient
pas que je ne pouvais manger; mais le cavalier se fut bien vite aperçu que je ne pouvais
boire. Entre lui et moi le choc des verres avait
dt&gt;jà commencé. Jugez de ce que je souffrais.
Cl y eut péril à Châteauroux dans la journée suivante. C'était uo chef-lieu de département : les passeports furent longtemps
c~amim1s. Puis un des Jacobins de garde se
hissa, je ne dois pas dire à la portière, je dois
dire à l'ouverture de notre voiture. li voulait
s'assurer s'il n'y avait en effet que six voyageurs, cmignanl toujours que quelque Gi1·ondir, n'e'chappdt. (C'était ainsi qu'en cc moment il le disait lui-même.)
lleureusement nos précautions avaient été
prises. Habits, manteaux, jupons, paille, cartons, paquets, hommes, femmes, enfants,
tout me cachait, me couvrait, m'étouffait; je
ne bougeais pas, je ne soufflais point; mais
mon cœur ballait fort. Enfin l'inquisiteur
nou~ abandonna d'un air assez mécontent; et
il devait l'être, car malgré toute sa surveillance, il laissait échapper un fier Girondin.
Il était écrit que ce serait dans celle ülle
de Châteauroux que commenceraient pour
moi des épreuves d'une autre espèce. Dans la
Gironde nous avions su l'événement du 10 brumaire, je veux dire l'assassinat juridique de
nos vingt et un malheureux amis, la plupart
fondateurs de la répuLlique. D'autres res-

laient, qui pouvaient échapper; du moins
nous voulions l'espérer Pncore. Ce soir, à Châteauroux, un homme qui venait de Paris vint
se mellre à notre table. On lui demanda des
nouvelles.
- Madame Roland vient d'être guillotinée, nous dit-il.
Quel coup pour moi 1 j'y résistai le moins
mal que je pus. Les Parisiens avaient donc
souffert aussi qu'elle tombât sur l'échafaud,
celte femme courageuse qui, seule, aux premiers jours de septembre, osait encore prendre leur défense, el, dans ses écrits immortels, tonner contre les assassins. Au moin~,
on avait recueilli ses dernières paroks. Après
avoir entendu .son arrêt, elle a,·ail dit aux
brigands du tribunal révoluiionnaire : « Vous
me jugez digne de partager le sort des grands
hommes que vous avez assassinés. Je tâcherai
de porter à l'éC'bafaud le courage qu'ils y ont
montré. » Comme on la trainait sur un indigne tombereau, la foule, émue de pitié, ou
saisie d'admiration, mais glacée de terreur,
la foule se taisait; seulement, de loin en loin,
quelques scélérats apostés criaient : « A la
guillotine 1 1&gt; Elle, avec sa douceur mêlée de
fierté, leur répondait : &lt;( J'y v·ais, tout à
l'heure j'y serai; mais ceux qui m'y envoient
ne tarderont pas à m'r suivre.' J'y vais innocente, et ils y viendront criminels; el vous,
qui applaudissez aujourd'hui, vous applaudirez alors! » On lui avait donné pour compagnon d'infortune, ou plutôt de gloire, un
citoyen Lamarche, homme faible. Auprès de
cette femme, qui souriait aux approches de
la mort, il était dans l'accablement. Elle le
soutenait, elle le consolait; et jusqu'au pied
de l'échafaud, par un dernier égard, digne
de celle grande àme : « Allez le premier, lui
dit-elle, que je vous épargne au moins la
douleur de ,·oir couler mon ~ang. &gt;J
Elle n'était plus, cependant, cette femme,
dont le moindre mérite avait été de réunir en
sa personne toutes les grâces, tous les cba rmes, toutes les vertus de son sexe; celle
femme dont les rares talents et les mâles \"erIus auraient honoré les plus grands hommes,
elle n'était plus I Ma Lodoïska venait de perdre l'amie de son choix, son intime et digne
amie. Elle n'avait, un moment, embelli sa
patrie et travaillé à l'affranchir, que pour
attester encore, par un grand exemple, l'ingratitude ou l'aveuglement des hommes 1. ..
Elle n'était plus! ... et lorsque j'en recevais
l'affreuse nouvelle, je devais garder un front
calme. Que dis-je? il aurait fallu que je partageasse la cruelle joie de mes compagnons
égarés! Je pe me sentis pas ce courage atroœ.
A son nom révéré, ma bouche murmura
quelques mots d'éloge et de plainte. C'était
assez de retenir mes larmes. Quel tourment,
grands dieux!
Plus nous nous rapprochions de Paris, plus
nous rencontrions de gens qui en arri1,aienl.
fü position en devenait plus périlleuse; elle
en devenait surtout plus cruelle. Des visites
à essuyer deux ou trois fois par jour, le dan-

ger toujours plus pressant d'être reconnu
tout œla n'était que mon moindre mal. Les
nouvelles, les nouvelles qu'on nous débitait,
portaient le désespoir dans mon cœur.
Deux jours après; à Vierzon, c'éiait de
Cussy que j'apprenais la fin; on l'avait immolé dans la Gironde. Le lendemain, à Salbris, c'était de Manuel et de Kersaint : on les
avait assassinés à Paris. Deux jours après,
non loin de la Ferté-Lovendal. c'était Roland.
A la nournlle du trépas de sa femme, il n'a,·ait pu supporter plus longtemps le fardeau
de la vie. Pour ne pas compromettre l'ami
(Jlli lui donnait asile, il avait été se frapper
sur la grande route de Rouen. On avait trouvé
sur lui, parmi d'autres écrits, celte ligne :
&lt;t Passants, respectez les restes d'un homme
\'ertueux. ! &gt;&gt;
La fin tragique de Lidon mérite aussi quelquPs détails à part. Il s'éclrnppait de la Gironde,
et arrivait vers Brive, lieu de sa naissance.
Bientôt, ne pouvant plus marcher, il écrit i1
un ami de lui envoyer un cheval. Ce misérable était deYenu maratiste, et certes il se
montra digne de ne jamais cesser de l'ètre.
Le monstre! il porte au comité de surYeillance de sa commune, dont il était chef, la
lettre d.u trop confiant Lidon; et au lieu d'un
cheval, il lui envoie deux brigades de gendarmerie. Lidon se défendit jusqu'à la dernière extrémité : après avoir tué trois malheureux, il se tua.
Tt'ls étaient les récits journaliers qu'il me
fallait ent, ndre, sans changer de visage. Quiconque n'éprouva point un pareil supplice,
ne saurait en amir une juste idée. 0 Lodoïska !
sans le souvenir de ton amour, qui donc aurait pu m'empêcher de terminer mes peines? ...

1. Je ne le sais que trop maintenant. Cc n'est pas
sous les eam de la Creuse qu'ils ont péri; mais dans

Bor_dca~x même, dan, cette ville q~e leur courage
avait def~nduc, que leurs talents av:ucnt illustrée! 0

cité malheureuse! quand meltr3s-tu leurs statues o,·,
lu a~ ,·u lcm-s échafauds?

I\'. -

IIISTORI.I. -

Fa.c. :?8.

.... t77 ...,..

Je l'enais d'entrer dans le département où
tout un peuple, libre de son choix, m'avait
élu; j'avais, avec quelque courage, peul-être,
rempli les devoirs difficiles qu'il m'avait unposés; cPpcndant j'arrivais· au milieu de lui,
fugi1ir, dégoisé, proscrit, trop hrnreux s'il
me laissait passer. Orléans, son chef-lieu, renfermait depuis longtemps mes plus iµiplacables ennemis. C'étaient plusieurs brigands
vendus à la faction de l'étranger, longtemps
sans pain et sans ressource, maintenant investis du pouvoir, couverts de richesses, el
toujours chargés de mépris, de haines et de
crimes. lis me connaissaient bien, car ils
avaiefrt entendu, quelques jours avant le
51 mai, ma dernière opinion dans une assemblée qui avait encore une ombre de liberté. Ils m'avaient vu, dans la tribune nationale, tonner contre eux et leurs forfaits.
Si l'on d'èux pouvait m'entrevoir, j'étais
reconnu; si j'étais reconnu, je ne vivais pas
vingt-quatre heures.
Les portes de la ville étaient fermées, par
mesure de sûreté générale. A la suite des
visites domiciliaires faites dans la nuit précédente, on avait donné quarante nouveaux
compagnons de malheur aux cinq cents infortunés déjà mis en réserrn pour l'échafaud.

12

�_

1llST01(1.Jl

C'éraîrnt encnrrdrs cc LouYetins 11, jugés dignes
de ,,lu, pronrpl Lrépa . . Ain~i. dan~ ce pa~sage
diffi,·ile 'l'''i! ml' fallaiL îra, clrir, nrou nom
s1·ul r.ila11 la muri à quiror11111., élaiL soupçouutl de lui garder l(Ueltjue alladu:rut:nl.
Après qne nous Pùmrs essu)é l'rxamen
ord111aire, au da111a\er duq11d je m'a,·, 011lumais, on nous pt•rnrit d"e11trer dans Odt1an ..
Je Lrftlai:- d't·n ,urrir; mais le mallreureux
voiturier ava,L d1·s p;1quels à M1·harg1·r rl des
paqt1t•I. à pM1dre. Nuus restàmes impu11éme11l 1p1alre h.. ur, s dans cer le villt?, 011 je ne
potn•ai~, sa11 thuérilé, re~lcr dix mi11u1es.
Enfin 111111s parlon~; uous all11ns fraucliir
la grill,: du p1111I : 011 nous y arrèLtt.
- No:.. pa~sepor1 out é1é vus, dit mon cavalit'r.
- li n'ei-t pas question de cela, rilpond
l'offi,·i,·r de garde; yue tuul le monde de ceud... l
- Pourquoi donc? s'écrie la marchande.
- Que tout le ruonde descende! rt•pète-Lil d"un Ion plus imp..:rieux.
Il fout ol,..:ir. te~ h,1111mes commencent.
- Cela ne suflit pas, crie l'uflirier, les
femmes au~,i doivi ut Je~ce11Jre: œrlains
hornrn.,, prenne11L Lil'O Jes haLi1s de Ît'mmes.
- Jll vou, rép1111Js 'l'•e lt&gt;Urs pasi.,-porls
onl été 1•us pa rluul el soul Lien eu règle,
disaiL le voillrri,·r.
Mais le 1·ht'r homme avaiL d..:jà la l'OÏX toute
changée. Que j ... le plai~n:ii, ! 11utl je m~ reprod,ais de l'avoir emLar4.ué dans celle
affai rt&gt; !
L'orG,·ier venait de répliquer :
- ()ui vous parle de passeporl s? Je ne
demande pa~ les passt'porls; ce snut les
fiyu1·es qu'il f&lt;iul voir : nous savons ce que
vous ne savez. pas.
KL pour la troisième fois, mais d'an Lon
très llll'llllçanl :
- (Jue loul le monde de~cende! qu'il ne
reste pei-sonne là: lwul ! ajon la-t-il. a prè~ un
mo1111·11l de rc Ot·~ion; j'y nmarJnai, je vous
eu pr1hien;:, L••~ Ît'nrme.,, doue! les fc·mmes!
Pour celle fuis, je crus rues travaux LienLôt
finis.
Appar,•mmenl j'avais été reronnu quelq1ll' p;1r1; 011 nr·al'ail Jtl11011cé;j'é1ais alhmdu
sans d,,ure. A c;iu,c dt! l11us Ct'S brave.~ g.1•11s
du moin~, ne Îerai!--Je pa!l Lil'n Je par:1ilr1:?
CPllt' id,•e ne li 1 ,,ue pas, er Jans 111a tèle; car
à qnoi le11rt•ùr.,l ~...rvi 11ue j.. me Jécouvris~e?
P,111r n'avoir pu me co11J11ir" JU~qu'à Pdris,
aurairnl-ils été moins eoupal,les au,i: yeux de
me per ·éruleurs? L'a,,eutureuse eu1r1•prise
était trop a~arwée: pour rux-ruèwcs je devais
patie111111e11t m all1•11Jre la lia.
Ln.-; fo1111ne$ 11ui venait'nt de dP-"cendre,
emporla11l 1,·ur:.. jupes i-e1:011rablPs, lais,ait'nt
Ullt: L,11111e m11i1ié Je mou rorps altsolu111t'nl
dé,·uuŒrle. Sa11s l1rui1. mais pr11111p1 ... n1cul,
j'éte111l1s ~ur lltt'l- Ja11,L"s Pl s.ur mon e...;Joruac
u11 peu d... paille, l'l le gra11J manteau que
ruo11 i;a\·alier av,11L lai,:-.é la. Eu,uite Je rawenai de muu mieux, sur iua pui1riue el ~ur
ma tête, lt:s hardes el les cartons sous lesquels on les avait d'abord ensevelis

Cela fait, Je tirai dour.ement de mon sein
1'Pspi11i11le rp1P j'y lt•nais Lonjnur~. je l'armai,
je la mi da11s ma liout·be. Je Junne nn s11upir
à ma p~ rrie t,111jo11 rs ~i chr.rP, à ma fenr me
adnré,· une larmP, u•,e pensée f'rtMre à la
Provi,IP11ce rPm1111fra1ric... Pt j'alleudis l'insta111, l'î11..;l:111l s11prè111P . Oh! •JUt' i-on appruclre
était lenre! oh! qu'.1lors un momenL parait
long!
On demi-quart d'heure, un demi-siècle pénibl ... rnenl se 1rai11a, pendant lequel ce crud
visileur examiua crupuleusemeut Loules les
ftg-urPs; puis eulin:
- N'y a-1-il plus personne dans la voilure'?
s'é,·ria•t-il.
Du n,ème Lemps il y sauta. Je l'entendis,
jP le s,·nlis e11lrrr! L"c~trémiLé J'un de ses
pi, ds ve11ait dt' s' Appuy,•r conl re ma cuisse.
Ses 111ai11s 1111J;1it'nl le~ gros Lallols enta,sés
drrrit:re le sirgl'l Ju f,,11d; il du11na plusil'urs
coup, rnr les lia11t:s au pred J":-cl'1ds j'é1ais
gi-aul pèlt!-mèle avec un tas de pdits paq1w1~.
Dieu tutélaire, ses pieds ne surent point
me se111ir, ses mains ne purent me toul'h...r,
ses yeux, qui me cht'rchaienl, se prome11èrPnt
sur nroi sa11s d11ule, et 11e me vir1•ul puirrl !
se fùt tarit suil peu ha,ssé, s'il I ùl de
bas en haut jeté seuleme11L uu coup J'œil,
s'il eùl déra111,;é 'lu"lqut'S Lrins de paille, ou
soul,·vé le coin de ce manteau, daus l'in:-tant
mème c'en éwit fait,je &lt;lécbarµ-eais mou arme,
je ttuitLais mon pa}S el Loduï,ka, je lombais
dans les abîmes de l'éleruilé.

s·,1

-- Parbleu, nous l'avons éch;ippé belle!
me dit le vuilurier, tout pâle e11c11re el tout
défait, quoi4ue nous fus ions dt:hurs ,depuis
plus d'un 1p1arl d'heure.
Le cavalier, dont la voi:x tremblait aussi,
me demanda pourquoi, pui. que ce n'était pas
les passeporls 11u'o11 voulait tlxami11er, je ne
m'étais pas fait voir. Je lui rrp 111dis 411'un
bruit vague avait bien frappé IDl'S orcillt'S,
mais qu'a}anlla tètHn veloppée el surchargée
de paquets, je n'avais pas eutendu ce qui se
disait.
Oa sent que ce mensonge était néce8saire. Il eût paru fort singulier que j'eui-se
scierumPul refusé de me 111unlrer. Je ne pouvais avoir l'air de croire que ruon ~ig11aleu1ent,
à moi siml'le &lt;l~serku r, eùt élé e11Vo)é, el que
ce fùl à la rech..mbe d'un pauvre 1liaule •1u·on
mil celle importance. Ou se sou,·ient qu'il me
fallait par-dessus tout éviter de me rendre
su~pecL à la c1rrossée.
Je [us bien près de l'abandonnn à Toury.
Je b,1lançai loaglemp · si je ne me jellerais pas
sur la droite, pour aller, par Pithivit&gt;rs,
gagner ernuurs, où Lodubka pouvail s'èlre
relirée, 011 je croyais trouver encore nomure
d"amis. Mou Lon génie 111·.,11 détourna. J'ai su,
depui~, 'Iue, dt: mes i11fortu11és amis, une
partie élail en arr~lation, cl l'autre en fuite.
L"affreux marali~me avait fini par conquerir,
à sa manièl'e, q11inze à vrngL mauvai, sujets
de celte petite ville, où j'a\ais vu longlt'mps
régner le meillt:ur espriL. Là, comrne ailleurs,
celle bande dominait par la terreur. Comme
1

j'avais fait jadis quelque séjour dans œ joli
endroit, plusieurs de ses nouveaux trrans
connaissait&gt;nl très l,if'n ma figure : si j'y
avais parn, j'étais arrêlé.
_ De combien peu je manquai l'èlre à
Erampt's! D'abord la 1·isite y fut chaude,
moins terrible 4ue cdle d'Orléa11s, mais a~sez
seru.blable à celle de Chàleauroux, el plus
sévÎ&gt;re.
Comme à Châteauroux., un trop curieux
Jacobin se hissa sur le marchPpied et mit
la tète dans noire voiture! Ce fut dans celle
altitude qu'il lut les passeports, après quoi,
promenant ses regards el comptant sur ses
doigt , il s'assura longuement s'il y a1•ail
autant de passes que de voyag.. urs . Encore,
aprùs lecakul deu1 ou trois fuis recommPncé,
demandait-il &amp;'il u'y a,ait pe1's01111e aulrc'l
011 n'avait garde de lui dire qu'un mince
indiviJ u. qui aurai L beaucoup donné pour
être plu.-. mince enl'ore, était presque élouffé
sous les in~ividus qu'il nomJJrait, que deux
femmes pilaient ses jambes l'l ses cuisses,
qu'une petitdille écra$ait sa poitrine, el qu"un
, ac de solda t pesail ~ur sa lèle. Oa ne le lui
di~ail pas, mais il aurait pu s'en apercevoir,
car plu~1eurs fois, pour retrouver son équilibre, il posa la main sur le sac.
Nous pasloàmes cepe11dant, mais nous trouvâmes dans la ville un moul'ement considéraLle. Sa. rue princivale était obslruée de soldais; les 1aruLours battaient aux champs :
un cavalier, qui v... nait de recel'oir les hommages de la municipalité, passait dans les
rangs, et l, s troupes lui porlaient les armes.
Pour comble de dr~gràt:e, on venait de faire
signe à aolre voirurier d'arrèler jusqu'à ce
que la cérémonit: fùL fiuie; el 1a f tmme du
cavalier, curieuse à l'e.icès, s'oLstinait à tenir
nos rideaux ouverts. Je me rem·oignais de mon
mieux, pour échapper aux regar&lt;ls de celle
multitude, au miliPu de laque-Ile il suffisait
d'un seul homme ponr me perdre.
Cependant le voilurier Yenait lie s'informer
pourL(UOl tout ce Lruit1 c·e,ail qu'après quelque ~éjour dans ce cbef-litlu de dis1rict, un
cowruissaire de la Moutagne le quallail, pour
se m1dre dans Arpajon, ce soir, et demain à
Paris. La commune u'a,ail pas voulu le IaisSt'r JJartir sans lui Jonner les mar4ues de son
allai:heme11l. Ou espérait Lien le ga,der
e11core 4uel,1ues heures, pat·ce qu'apparemmenl il ue refu,erait pas de vider 4ud4 ues
der11ières uoulerlles avec les Jacobius de la
ville. Etre JacoLin c'était. .. , un e:xterminateur, et l'un des vtus làches, des plus cruels,
des plus forcenés qu'il y eût sur J'LorriLle
Montagne, par conséquent l'un de me mor•
tels eunerni ....
Tous deux, après six mois, nous nou
retrouvions dans une niême cité, sur la
mêw.ll place, pour aiusi dire, encore en face
l'uu Je l'autre. Quel corurasle Ct'peudanl !
Moi, pour avoir \'Oulu sacrilier quel4.ues talents
peul-èlre, tous mes goùLs si sm1ph!s, toutes
mes occupations chéries, 4ue dis-jt&gt;? Lous mes
attacbemeuts les plus saints : mes parents,
mes amis, mon amaule aussi, ma Lodoïska ;
oui, pour a,•oir tout voulu sacrifier au bonheur

�. _________________________________
,

'HIST0~1A
de homme", je me trouvai. foy~nl -~~ _les que j'1•nt ndrai monter a\"~C rr~';-3"'.' ou _prélhTéc de la mL ère, réJuil à I h11nul1allon lcltl' d'on L1• oio pr . a111 Je m eJ01gnera1 de
de. d1•rnier t•11,édi,.11t.. meua •p d' la mort la compa!!ni1•, je me li1·n_Jrai qnelqu~
de crimim·l-. El lui, vil, i;.!flor.int. corrompu, minuit•. à l"érarl. l'&lt;'lle f\"ai.1on shLtle a,a1t
làclll'mt'11L amlti1ieux nm1me !ou: Ct-ux d • ~a J.. ~rands dangn., die én•illt•rail le ?upnié11ri~.1 hie rac11011, il •e rn~:iit ('n\ iro1111é çnn .• je 1· .r111:,i,; mai au. ion pouvait nt'
d'honneur , dr rt&gt;~p I"!., de 1011lP lt•. app:i- pa \11 ap,·n•p,•oir. E11lin.', q?el a~lrt&gt; moy1•n1
Celle fui 11core cc n l'larl qu une fau . c
reuœ de l'amour de H' 1·omrudtat1t:,,I Peuple
alerte. ·11 duml'~lique, que le rcpr~:cul:ml
in en,é! mJlh1•ur1•ux peuplt'!
El . i ce Lrirrand, pou ~ · par le "· oie de la fai~il courir e11 a,ant, avait été pri. pour lui.
t i · i le 1·ourrier pa .. ail déjà, le maitre n_l!
maln:illanre, tùl approt~é culeml'nl, ~c~x
pa plu prè de cc c~ariol ou1•erl, d oo JP tard .. rait doue pa:? .\u moins on le. croyait
pouYai e11lr•nclre le bruit de~~ mar~·hc: &lt;piellc fermcn1cnt dan l'auLer••e. A chaque m. tant,
J°cutenJ:ii~ :
proie pour lui! quPl dou prc t'nl a ra,re au
- Le rnilà ! le rni111 !
roi. du dt·hor el au. roi. de la lloutarrne !
Yous jul!l'Z da11 quellP tran,e j'achevai,
Ce Iul eu rellc occa.ion 1111" j.. ret:onnu
que OH)ll t·ondUl'leur av~il :irdé de ra1•t·t1l u~e on plu1ô1 Je 11'orh1•,•ai pa· le diner, do11L lou
d' rléan~ uue im1,re. 1011 rnrte, et 411r, li le. m,•t.,. pr11I- ~Lre trè~ J.on , me parur nt
ne s'en l'r•,,ait ~or, du moi11. il ~oupc,:mmait dr, lurs d 111- 11,!Jli-•• ,\ mon •ITao1I oularr ·ment.
,•iolt'mnwnt·1111e ji- d1•,·~i · è1r1· un pt'r~111111;i •e 011, wit fiu pt,urlanl. Qud4uc heur ·s aprè ,
de 4ul"l,1ue importance. Quaud 1out eut oo,:. cn1 rà ml' dau Arp:ijon.
L'auh.. rori-le, quoique ordinairemenl il
défilé :
- \'oilà un LerriLle remuc-mén:in-c, di1-il log âL notre conducteur, ri:fu. de nou receen fiunt t' reuard· , ur moi d'un air tr \
voir.
..
'ou avion •I : prér nu par d ux d1l1j nificaLif: i nou:- pou ion pin loin?
J'all~ctai d , l'ind1lli:M1ce, à eau c d • m
irenre. ; d'ailleurs le repré entant du pruple et
toul son corlege di:vaieut \enir coucher L
compa11non ;j1• r'ponJi· nontb.olammenl:
- Il e. 1 ccr tai11 qu'il)' a 1, Lien du mo.nd ';
oupcr.
.
- Pa po .ibl que je poas e plu _loin,
1oul rcla ruan •e dan I• :iuL r•e auJourd"hui · nou, 111: lromerion peul-être puinl à me dit tout bn mon ,·oilurie.r d'un air lml
diner 'dan, la ,·ô1re.
il est nuit· d'ici à Lo11n-jurncau il y a Lroi.
- C'e Lc •la! :.'écria-l-il, ,•ous av z raison. lieues, el l'o II de mt· cbevaux l bic é · j'
Du rnPme I mps. mal •ré Il• murmure de rai voir Ir anlre~ aulierge .
Tout ~lait.'nt pldnt' .
la Ît'OlffiC du .olJat, qui n'aurail pa élr
- Je vai. ius1 ter ici, me dit-il; il faut
fàd1ét! de ~I' produirt&gt; dau celle cohue, le coup
biPn qu'on me loge, on y ~ L obligé; mais
de f11uct d11 d,·parL fut d 1111 •
•
1011
allà111t' dt!u l1t&gt;uc plu loin, à c t' l ou qui m • dounez de la l~L!aturt.
Il rue lix.a lwaucuup el pour u1,1t :
Étréch~, ptlil 11U.i"e, uù né.inmoiu dix _,uya- Ce mon. ieur dépulé vous connait peutgeu~ viurcul e m, lire à noire laLI: d l101e.
Ceux-ci ,enait•ul de Tour , ceux-là d Orléam. êlre?
.
. .
.
- Peut-èlre bien : du mom JC u1 ùr
plu,i1:mr' de Tuuluu •, uu ca1101111i~r p~ris_ien,
d ,. P)ré111•e Ori 111:,ll's, où 11 a,a,l lai ~' un qu'il m'a ouvent p é en rerne dan mon
hra,. Tu11
rendaient à Pari . A me ure bataillon.
ui, oui, reprit-il en secouant la IIH ,
que nuu opprod1io11 de celle _,illt&gt;, le rt·~conl re de Cètle e p \ct.J der na1enl plu.s fre- j'cnlend · liien. .
.
li rtlllé, bit uo m 1:ml, pu, :
11ueul, L plu 11omL1 eu e . E t-il l,ien • ûr
- Ît'nez, ou- fait aujourd'hui bien de
que plu it•~r · ne n~'ai~11l pa.. r~coanu? ~~­
menl n'ai-Jepa. t1tedcuouœ? \ou ne la,e~ cbo c que \'OU n'avez jaurai:- faitl'.,)c croi
pa roulu, l1ruv1Jc11ce impéuétraLle· à quo, Eh Lieu, . i v0u alliez pa~.er la nu1L ur la
doue me ré ·er1 cz-vou~ '?
pJille, dan récurie?
.
_.
_ Bien trou'"é !. .. Cependanl n l aurai l-11
Comiue j'a,ai co1uml'nl'é d'a,sez bon appt'.pa de l"alf,c1a1i110L. Qu'en p n!-eraiL la carLÜ, 011 ~e mil à cril"r dan, la rue:
- \',1e le repré,;eulanl du peuple! \·i,·e .... ! ro é '?... '011. llt·z eull'meul à l"aulicrgi le.
'ou élion ' dau- une rhamLrt: haute, p.irce olJtt,nt'z ,1u·,t ooui- ll'ardt•, et lai l'Z-moi faire.
(l fallut u~n qu'il con entil à nou. arder,
que le r1 z-de-tbau ~ée e trou.,ail vtl'i_n. li
:1.1ail 1~ Loule la au culouer1e du \'tlla"e; mai ce ne fut pa. n' nou a,·oir pr 1,·enu
cinquante à oix.aole Juroo qui, le ,·erre en que ùr ment nou erioo t!\'rillé avanl
main attendaient au pa ~age leur repré en- minuit, el qu'alur il faudrait l'éder no 1,ts;
pour le souper, nou l'allion faire ince .amtant.
ment, à taLli: d'btite, a,·ec Lou les ropg ur .
Habile à ai ir l'occasion des séduction
C'étaienl encore dt!S Orléanai el dl Toules vlu ,ile , et:lui-ci ne man11u~rail p de
pa11·r, en pa ant, qut!lque, ceutames de bou- ran ealll. mai reufurcé d' nge'"in .• de Poitevm el de troi l'ari it:n . C'etail bt:aucoup
tc1llt! •l de 'arrèlcr quelque kmp pour en
pr •ud~e a part. l'cut-ètre ~u~. i, ~o~mc Lrup de ruoude.
Je pri au ~ilôt rand ~al .de têie; mal r~
liucl411e--un d~ icu , pou e ~ un •~-_tmcl
d'c.,pio,ma re l'lll:ure plu· qu_e _d un d:~,r de le mau1·ais r1·pa de m1d1, Je me coute.mat
populari1é, peut-èlre rnuùra1l-LI pa_rélllre un d'une rôlie Lie11IÔL apprèlét'. pui j'allai choiir dan le coml,le~ uu taudi ·, et parrui tous
womc:nl à La taLI de Vo)a"cur . ~o ce ca ,
moo plan étaiL foit. Je prêtai l'orc:ille. Dè
le plu mau,ai lits le plu mau"ai~, bien ùr

récompeu er aulant que je le roudrai. !
Je lui donnai Ir cent franc d'a~. irrnal
11ui me re laient, et que j'a,·ai promi ; j'y
ajoutai une montre d'or qui valait . ii. foi
autant.
- Et au revoir encore. m'é..:riai-jc,
jamai la cbo e e. l po. !&lt;iLlc !
- C'e I pour vou que je le roudrais en
,érilé, me répondit-il· quant à moi, cela ne
, rait pa , l même rnu oc m ·auriez rien
lai.,·,, que je . erai toujours lrt' ('ontenl !
Il me errait la mai a, il allait m'embra ~cr. D'un -il,!n , je lui fi comprendre que
,;'était une imprudence que ,ie ne permellai ·
pa. ; je m' :Joirrnai.
~on loin de là, élaiL un ,·aLarel. oi1 je me
réfugie, landi que le cav:i!Jcr ,·a me clwrcher
un fiacr •; il l'amène bi1•ntùt, je m'y jeue.
~le rnilà .eut, rn plein jour, b dcu. beur
de l'apr~.-diuée, le ix déc mlire, Ira ver.. anl
d't:n ex1rén1ilé à l'autr cell11 l"ille in raie,
0(1 farai. tanl d parti an failile t't tant de
·ru •1 cnnPmi .
liai je pui e. pérer d'y retroU1· r ma Lodoi ka. ''y fùL-elle point, je aurai du moin
en quel lieux elle vil quel dernier hasard
me re tenl à courir pour l'aller rf'joindre ..Je
,·ais lrou,·er es ami· l le mi •n,, no ami
1·1r , dévou~ , no ami. de ~in"l nn . li me
c1·oi nl à jamai perdu, ,an doute; il vont
pleurer d pla.i ir en me ren1yanl.. .. Pourriuoi
donc mou cœor ne peul-il ·'t,u1rir à la joie?
Qu l e t cc douloureux pre entimenl qui
m'accable•~
1011

qu'à .on arrirl'c, le repré enlanl du peuple el
son cortèo-e décou, bcraient tout le monde
avant de me découcher.
- Fali"Ut', malad ·qucf 'tai , di:.ai -jr. à_ la
.j,ervanle, (airue mi1•u me reposn lan.t ~1en
que mal ur c,• rrrabat, que d'èlre uLh"e de
me le,er dan d •u heures el de pa er le
re l de la nuit ur pied.
La ~cn·ante lrouv:iil que j'avai raison: l
mon in'-luiet ,·oilnrier, 11ui me vopil faire,
me errait la main el di ·ail :
- Quand on 1ra1aille a\'ec un homme
d re ourcc romme ,ous, la besogne fait
plai ir.
Excédé de a&lt;&gt;ilalion de celle journée, jt&gt;
fi , à part moi l mon lral"er. in qu..J11u~
bon r.,i onnenwnu . ur le pPine de la 1·1e
el I douceur de la mort; clll' ne pou ,•aient
mi' fuir: j1 ,·enai de m'a , urcr qu~ l'?pi~11~1
el l'e~pin!!ole étai11111 eo l,on étal. Am 1 re 1goé, je m'endurmi · profond 1menl._
.
A mon ré,·cil, je ne m'iuformat pa ~ le
rt'prbcntaot du peuple t't on corlè••e •tarent
venu . Il ne foi. ail pa jour quand uou parlime · mon ennemi ne 011geait point . an·
doule à se lever.
Long1umeau, perdu de brigandage, nou:
fit . uLir un P.\aru n plu. menaçant que celur
d'Étampc . . , 'ranmoius l"énincmen_l en ful
, emLlaLle. 'foujours m me mahe,Uance et
mème maladrc c d'un tôlé; même audace
tl mPme Lonheur de l'aulr . 10Lre diner à la
Croix-de-llt"rn m'oll'riLencoredeju. lt' uj1•t·
d'inquiétude. 'ou rtion un grand no~Lr,
à taLle. Je ne sai plu. à propo de quoi un
de. con11,·e , 411i m'avait bcaut'oup r g~rdé,
je le ro ai du mui11 .' dil el répé_la plu~1enr
foi · à l'aub •rrri te, d un ton 4u1 me parut
affect 1 :
• '&gt; •
_ ~[e prenez-,ou. pour un romancier. Je
oe Cai pa ' de roman. , moi.
Étail-t un appel à J&lt;'ntthlas qu'il prétendait foire?
Quoi tJU'il en oit, il chud10L_a q~clque
mol à l'oreille d"un ami, qu,, l m~tanl
d"aprè , . mil 11 fredonner le r.. frain d_'une
do me rom ,n,-e tri·~ connu : Est-rc cramle,
Pst-cl' i11tliffereuce '1 jl' 11n111frais bien le de1

1•111er.

Toul ceci n'était-il donc qu'un jeu du
ha ard?
Au rc te, i ce deux homme· n 'in-noraicnt
point qui j'étai , je ne devai pa m'en ala~mer beaucoup . Cc n'eùl pa él: par d ' plais nkric qu'un ennemi m'eût fait comprendre
qu'il me recon~ai.s_aït. Ain _i, ra . u~é par
me réOcx.ion , JC m a\'eolura.J ur Pari:. .
La vi 'Île aux barrière· nou épouYaola1t;
nou prime conlr elle nombre de précaution·
tr inutile - : on nous lai sa pa ser an oou ·
dire un mot. Hue d'l'.:nfer, je remerciai mille
foi me compagnon de voyage, ~l .ou, I~·
murs de Chartreux, lieu peu frequenle, JC
mi , pied à lt:rre.
- llrave homme, di -je à mon conducteur ,ou avez couru de ha ard , mai entrr
Die; et nous, je vou jure q~e ,·~u avez_ fait
une bonne action .• uc n me Hl pcrm1. dc

'L 'EXODE DES G I'l(ON D1N S - - ,

~Ion plus grand dan;œr m'attendait à l'endroit mème où j'allai cher ·her un a ile. Mon
intim ami n'y demeurait plu . ~fui 11ui ne
nùn don lai pa ,, je reni·oie mon fiacre au
coin de la rue voi ine, el vai frappt&gt;r à la
porte &lt;JUe je connai. i,i bil'n ; un 11fonl de
:-cpl à huit ans me I" oune ; je reconoai le
fil d'un d1:pu1é, qui l'amenait ouvcnl à l'a semblée. ,le m'écrie :
- Qu'e l- .e la? n·c.l-cc pa ici le logement du ciln eo Brémont'? (Qu'on me p rmelle de d,:gui er aio i le oom de l'ami que
je dcmaudais.)
L'enfant répond :
~011.
-- Qui don· l demeure? lui di. -je.
- C"e.t mon papa, le voilà qui ,·ieot.
Eu eifol, quelqu·un vcnail de la pi~cc vuiine.
,le n"1m demande pa da\antarre; je me précipite ur l'e caJier, dan la cour, au milieu
de la rue.
ependanl une ervanle allail rentrer dan
la mai ·on; je lui demande oii loge actuellement le citoyen Brémont; lie me lïndique.
le voilà réduit à m'y rend 'à pied à \"Î.age
découvert; heuri-u~ement il n'y a pas loin, el
j1· n'y vai pa , j' · cour .
Je uis dan la maLon el à la porte de
l'app r((-m.. nt ind,qu 1 . La pr mière ,·oi , la
"Cule qui me frappe. c l Ile de Lotloï ka;
ïentri:, je me prilcipite: eJle pou e un cri,
.e j •tte à mes genoux qu'elle emLra se, se
relhe me pre e ur son cœur, pleure el

lomLe dan m bra . Je ne crain ric·n : ce c lui 11ui l'a 1•u na1Lre, c' l notre ami de
ont le larm , c'est Je di'Jirc de la joie; tou les lemp qui r•fu e d le recueillir,
c'c l celt joi, qui 111':i~ile, qui me rrmplit qui crainl de t'cnlrcvo1r, qui non envuic ur
comme elle q111 confond déjà no nnpir, et la pla1·e de la füfruluùou ! fü , emLle lrs
no , an°lut . . 0 [fo-u, "oilà de to11 ' rue maux fore !
I' nlier dédommag mPot! rnilà de Lou. me
t&gt; p ut-i1 que je oi révrillé? n'e l-ce pa,
Ira vaux la di 0 ne récompen c !
un aflr.,ux , ongtl qui me lourm nle · jr 1:icuc
La maitre
dn !11 i , 1 neveux, la nièce à reru.,illir m1&lt; e. prit, , Ioule mi&gt;. facullé .
onl accouru . Tou. il. 'écrient, lou il
Je ne pui en cro1r le premier trmoil,!D3~1:l
m'embra enl, tou il pleurent comme nou~. de me oreille et de me. ·eux: di. foi, je
Celle .r ne, i douce à mon cœur, . e pro- l:ile el rrn-:irde aulour de moi. Enfin, il e l
longe; cuGn nou, nous aperce,·on qu'il me trop certain que je n"ai pa le Lonbeur de
faut du lin 11e, de habit , du rcpo. ; que de
ré,er; c't' t Lien ma rl"mlllc qui e:,L 1.), l
be oin de tonte pcce me pre.. e11t. On me
erl 1ioemenL elle a dit 1.. cru"II" &lt;ho~ :,,
onduil à la ch:rmLr la plu n·culce de l'ap- que je vien. d'enlendre, car je l:i roi d1 Jwul,
pariement · c·c l œlle de Lo,loù,ka; ell el
imntoLile de douleur, le rt&gt;~ard Jiw. trop
moi nou y en Iron .. Peronne ne nou )'. uil; aflerlée pour ver. rr une larme, t.'l fai. aut
c·e l apparl'mm1•nl une alknlinn dt&gt;licatc de eflort alin d,• r&lt;'leair
11émi · l'Olcal A m
l"amitié 4ui nuu ' lh·re à l'amour · ô mon
urpri e indiciLlt! ·ucréda pmque 011.,-ilôl
èpou, c, mon épou.e adorre I qui pt&gt;indr::i me
une inJi.mation \ive, qui Lrùlail d'éclater.
lran~port et lc: 1·harme de l car• e.? c'e l )la Lod11Ha le r1Jmar,1uaiL l.,it&gt;n.
aux amant qui eront ra,ori. é pour brûler
- J' n'ai plu Pn ce momrnt d'l'i:pérance
de IOU ' 1 s feux du ,érilaLlc amour, que j'en
11ue
dan lon courage, me di ail-elle de ~a
lè ue le oin.
roix i tendre· au mom. quelque con.olation
'rpl'ndant lant de marche.!!, tant Je ralime re le. Tu n'e plu dan. la G.ronde, ah. o~
ll'U , de ha. ard ·. el mdme cl'llc douce joie, lumeul abanchmné, tout à fait r11I. Tu 11'éce ,,ir bonheur qui lru.r uccèdcnl, ont épuL:
prou\·era pa le tourment de li11ir loin d
un corp trop fait.le contre tant d'agitation .
moi; je n'aurai p;i. ctlui de le unin·c; c·e t
ln lit, mai 1p1el lit I celui de mon épnus Ya en •·mLle que nou allon. mourir.
me r Ce\'Oir. c·e t là 11u't·nfin j ,·ai. avec
• doux ac ni •. se roura~Pu e parole·
dt11ire r.. poser ·ett tète arra1 héc à lanl de
c:ilmaient mP agilalion dt1snrdonnée .
p ·ril . lia fommc un in. laot m'a quilté, pour
&lt;I ~:h oui, pensais-je déjli, 11uel1p1
êlre:
me fair~ apport,•r plu \"Île le· cbo le · plu
privil~ié e i Lent encore, fidèfo , généreux,
néw ·aire ; elle renlr • un moment apr\ , magna ni me . »
d'un air a ci tri ·te.
Déjà je nourr~ ai plu tranq11illemenl
- Nou ommes pre·que eul dao la
l'indigna1ion que m'ill'pirail la làLhcté de
mai:,on, me diL-ell ; le jeune "CO , ont homml".
.orti. , la ni~ce au~.i · ell a pri on manl let
Pour e pénélrer de toute la barbariP quïl
devant moi, et ne m'a point dit adieu. ~au
y avait 1.l.m ccl ordre de ~orlir .nu demiJoute, elle n'e t allée &lt;tu'à deux p11.; elle va
hem·e, il raut a,·oir qu'après la r&lt;'trailc hatrevenir; mai ne pouvait-elle pa différer un
tuc, l ·urtout quand di heure: ont ,onné,
momeut'!
11ul ne e monlre dan le rues de Pari.-.
Et moi, ans déiiance, je répète arec ma
qu'au silot on ne l,!fa~ e enlrer dan un corp:
femme:
de garde pour cp,'il y produi.e sa carte tir
an doute elle va rel-'enir.
~'Ûrcté, ·ur Jaqu lie. lrou11eol, awc on nom
'on, non ! nou nou Lrom pions Lou dcu x;
cl le nom dt: la i;ection, a d1•meure cl
die ne re,·iendrait pa , celle jf'une per ·onne
on ignalement. fon ancienne carte, arec
.i i111 'res.ante, qui m'était i cbère, 411i avait
mon n,,m, ne pou,~ait me .C'r\'ir;j.? n'en arai
n-ra11di ous me. yeu-x, pour la4uclle ma
pa d'aulre qui pût m'allcr, oo le .a,·ail Lien.
lemme a mit pri J'auacbementlc plu tendre,
Me ren,·o,er ai1l'i, c'élaiL donc, romme le
el qu'en Jes leo1p plu pro,-pt!re uou parl10n d'ad,1plcr. La làcbé peur commençait à disait ma Îl!mme, me pou r . ur l'écbafoud.
- !Ion ami, 11ucl parti prendre actudlc"lacer, autour de nou , toutes I àme . Elle
menl? pour ni"ail Lod11ï~ka.
11ou abandonnait déjà celle que oou · avions
Je lui di· d'un ton cru.me et déterminé :
\"Oulu faire notre li lie; elle ne re,iendrail
- Tlépond -lui de ma parl qu'il méritepas!. .. Ma femme ne l'a rerne qu'une foi :
rait qu'à lïn tant même je me tra1'na . e au
je ne l'ai jamais revue, moi! et quoi 11u 'il
euil de a porte, pour m'y brûler la cerYelle.
arri,·e, je ue doi' jamai la rernir !
Quïl . c ra. sure pourtant; il aura le bonheur
d'apprendre que j'ai fui, an le comproIl était dix beure et demie, ie dormais
meure. Mai je crois avoir, au prix du péril
profondément.
que f ai courus pour ,enir me rejetn dan
- 0 mon ami! ra cmlile Ioules lei force ,
.c l,ra , aci1ui~ 11:l droit d' ·xi er 1p1eJque
me dit ma femme, lu n'en eu jamai uo i
lwure · de répit, el de pr.. nJn•, a,ant de tergrand Le oin; je IJ1111ooce, dt: tou les malminer mon lr1 te ort, le lcmp. de me r conheur , le plu,; cruel peul't!lre el le muin
naiL1·e. Déclare-lui dime po iltvement qu'aualleudu. Ilrémout, qui rient de rentrer, te
rune pui san,·e ne 01';1rraclll'ra, vi,ant, de
donne une demi-heu1·e pou,· sortir de cite;
chez lui, à l'heur qu'il c~t, de mème que
lui; je ne chao 11e pa es paroles. C'est le
rien ne pourra m'cmpb.·bpr d'en ortir, avec
compagnoo de l'enfance de ton père, c'est
le précaution convenabl , demain à epl
0

0

�111STO'RJJI
heurrs du soir. Que si la -iirnr lui tourne enlÎPrPm1•nl la fêle, q11 'il M,·011rhr; rpwl1p1e
ami Je trf'nle ;ms pourra le. r&lt;'rernirponr une
nuiL : il Il f'~t pa, proscrit. fi va S:111S doule
insistrr, cri,•r, llli-'nacer. Aj11n1e alors que
pour1a111 il lui re~le un moyen, m:iis un moyen
u11i11ue, Je me mir sortir d'ici, a\'ant le
temps t111e je fixe; et ri11'après la leçon 11u'il
me Junne. j' alle11d · encore une anlr1· lt•çon :
c'est que tout à l'heure il m'aille d,:noncl'r;
c'est 4ue lui-m,:me, au lieu de m'envoyer à
mes assassins, il me les amène.
0

])u moins il n'ip:nnrail pas que je savais
gard,•r me,; résolu1io11s : en lps a11prcn.1111 de
la b,1111·he Je ma f.,mme, il pàlil; il s11rliL
sur IÏll'ure, 11 Ili-' rt&gt;11tra que le surlcnJ,·main.
Ct•ppn,l.111t Lo,loï~ka ne rPvenaiL pas seule
vers mon lil. )laJame Br1:mor1l a1·cou,·ai1 me
cousoler, elle accu,ait J'i11hum.1uilé de son
mari. La nfo·ssité de m"al,anJnnnn, pour
lui 111,{,ir, l..1 d.:se~pé1·ai1. tju'allais-je dev1:nir?
elle me couvrait de ses larmes.
Je m'éL011nais de voir 1p1e Lodoï~ka dPmeuràl l11ut à fait insrnsiule aux pr111estalions
d'allac!Jcmt&gt;nl qui m'étaient prtldiguées. Oès
que 11011s rù/Iles St'uls, ma malheureust' épouse
dul m'folaircir cet autre mys tère de douleur.
Des i11Jiœs' lrup ~ûrs la forçaient à penser
que c'était la cito)enne Brémont, dont nous
counai:,.sion~ d'ailleur, l'empire sur l'esprit de
son mari, plus aC(•es$ible enrore à ses conseils, q11a11d il avait peur, que c'était elle qui
avaiL &lt;l~lcrrniné cet bumme failile, en tout, à
montrer du moins quel4ue force pour me
mettre dehors. Pourtant ce n'était'nl 1.1ue de
fortes présomption~; depuis nous en avons
eu la pri·uve. Quel aLomi~ahle as~emhlagc
de IJarltarie, de fausseté, de lâches trahisons!
- 0 liuaJet, m'écriai-je, mon pauvre
Guadet, tu Le plaignais de les amis! si Lu
voyais h~s miens!
Au milieu de tant d'horreurs, cependant,
l'hymen d11nhait à l'amour une uuit. Oui,
l'hymen. Eh! t..jUel plus saint contrat que
celui que nous avions écrit et juré de\'ant nos
malheur1:ux amis ! dt'vanl quelle autorité
civile aurai -je pu, malheureux proscrit, me
présrnter el faire recounaitre mon épouse
légi1ime. 0,111s quel Lemps die avait uui ses
de~tinét's aux mienne~! Au .cin de notre
cruelle paL ie IIOUs ne pouvious plus a1oir
d'autres aulrls 4ue les échafauds.
Uelas ! serail-elJe du moins suivie de plu-

mur qui séparait les deux logements était s
mince, qu'il n'y avaü point de mouvemPnt
qu'on ne pùl mutuellement entendre. Une
amie de ma femme me reçut alors, mais elle
prit peur dès le second jour. Ma femme se
vil obligée de me venir chercher, quoique la
cache r1u'elle me préparait dans son nou"eau
logement ne fùt pas achevée.
Les jolies mains de ma Lodoïska, ses délicates mains, n'avaient jamais, comme vous
le pensez bien, manié le rabot, ni les clous,
ni le plâtre; pourtant, en cinq jours encore,
elle acheva seule, sans mon secours, car mon
myopisme me rendait ab~olument inhabile à
crt apprentissage; elle aùbe"a un ouvrage en
menuiserie ma~onnée, d'un plan si parfaitement conçu el si artistement imaginé, qu'un
tel coup d'essai eùt passé pour le cht!f-d'umvre d'un maitre.
A moins 4u'on ne sût qu'il y avait quelqu'un dans cette uoite, qui p~raissait un
mur, et un mur où l'on n'apercevait pas une
fente1 à moins qu'on ne le sùt, je défiais
le plus haliile de me lrou\'&lt;:&gt;r là.
Désormais nous étions parfaitement assurés
contre ces visites générales dont les sections
s'avisaient de temps en temps, chacune dans
son arrondissement. Celles-là se faisaient de
jour, elles n'avaient point pour objet telle
personne en parlicu lier; elles se bornaient à
queh1ues coups d'œil d'inquisition dans chaque logement.
Ma cacb.e était, en ce cas, un rempart certain ; j'y volais, au premier coup de sifilet du
portier.
·
Si l'on venait à frapper chez nous, sans
que le sifOet nous eùL avertis, ma femme,
lente et lourde dans sa marche, n'ouvrait jamai la première de nos trois portes,
qu'après m'avoir donné le temps d'aller,
au fond de la quatrième pièce, me laisser doucement tomber dans mon asile, où
j'entrais fort vite, et beaucoup plus commodément que je n'en pou\'ais sortir; elle avait
calculé 4uc, pour cette dernière opération,
j'aurais toujours assez de temp .
Si c'était quelque importun, m~s dans
notre adversité nous n't'n avions guère, quelAvant sept heures du soir le lendPmai11, que l,avarJ, on en rencontre en tout temps,
ce brave jeuue homme qui m'avait déjà rt:- - un.e voisiue, par exemple, et souvent la
cueitli t1ud11ue temps a\'a11t mon déparl pour portière qui, soiL désœuvrement, soit curio•
Caen, vint me preuJre encore; il ne put me sité, restait là 4udl1uefois deux ht.:ures, garder que trois jours. Des maratistes de- alors je m'arrangeais pour une espèce d'étameuraient actuellement sur son carré; le blissement.

sieurs nuits scmblahles, cette nuit si fortuné!:' 1Ne nous. touchait-il poinl, le jour, le jo□ r
fat;;] où nos doux liens, à f)eine f.. rmé:;, serai t'nl rompus, de la seule manière qui pût
les rompre?
- É1·0111e. me disait mon amante, il nous
rei;te du moins une consolation qu· on ne prut
nous ravir, relle de mourir en.t'mule. \'oici
mon plan : dès demain, je cherche dans ce
quartier perdu un logPment; je le prends
sous mon nom de fille. et je t'y reçois . Je sais
qu'on ira liienlôt s'informant quelle est CPtle
nou,·ellt! venue; je sais riu'on ne peul larder
à me décourrir, el &lt;p1'alors, à snpposer même
qu'on ne me sonpçonoàl point de le donner
a~ile, il kur sulfüa de retronrer en moi Lon
amie, Lon am:intc, la compa~ne de tes travaux, pour qu'au sitôt mou supplice soit préparé. Il, ne n1'y lraincronl pourtaut pas; avec
toi, eummc loi, je saurai me déroL,,r à leur
é.chafoud. 11emar&lt;Jue œpenda11t qu'aiosi nous
allons ga~ner linit jours, quime jours. peulêl re un mois. 0 mon ami! combwn, daus ce
court espace de temps, pourrons-nous vivre
davantage que lei qui ne tombe que de vieillesse. Cumme Saint-Preux, tu me puurrali
dire : Nous n'aurons pas quillé la \lie, sans
avoir connu le bon beur.
Je la serrais dans mes bras, sur mon
cœur; je la couvrais de baisers; mes Jeux
versaient des pleurs délicieux.
- Si pourlaut, lni dis-je, il n'était pas
impossil,Je qu'un jour, sans moi, la vie le
fùt moins à charge, 411'avec le temps ....
- Pour11uoi cet outragu? interrompit-elle.
Par où l'ai-je mérité?
Elle m'échappa, joignit les mains, leva le
yeux au ciel :
1on, je jure que sans toi la Yie m'est
un tourment, un insupportal,le tourment.
Seule, je périrais bienlôt, je périrais désespérée. Ah! permets, permets que nous mourions enseml,Je.
Je n'ai pu me résoudre à passer ces détails.
On les trouvera. Jongs, peuL-èLre; qu'on me
le parduune : ces moments furent à la fois
les plus doux el les plus cruels de ma vie.

(A suivre.)

..., 182 ,,.,.

LOUVET.

ERNEST DAUDET
+

Mademoiselle de Circé
VI
Je ne crois pas qu'il existe en France une
conlrre plus pillore~CJllf~ que celle ou est située
la petite ville de Pontarlier. Les voyall'PUrs
attiré~ en c:-s lil'UX se rappellt&gt;ront peu~-Plre
des sites d_aspecl ~!us grandio e, les Al~s
ave~ l:urs c1meq allter1·s el leurs ,:?laciPr~, Jps
Pyrenees avec leurs g-or~es profondes. Mais
nulle part ils ne ressenriront au même derrré
que dans le coin de Francbe-r.omlé où les
né~essilés de cette hisroire m'ol,ligent à conduire le lect~ur, l'admiralion qu'é\·eille en
nous la profu~1on des beautés de nature cette
sen atio11 d'apaisement infini et d'inallért1Lle
sfrénité que la grâce d'un paysaae où rè"ne
0
la solitude procure à noire âme. b
Cela est vr~i surtout du pays qu'on traversP!, au so~f•r dti P~ntarlier, pour gagner la
front1ere sm ~e. Qu on aille la Iran1;hir à
Verrières, au défilé d'Entreportes, aux llôpit~ux-Jougne, ou sur quel11ue autre point, ce
n est de toutes parts que 101·hps et forrenls
bois de sapins grimpan t aux flancs dt'S rolli~
nes, vastes prairit&gt;s - des (( combes 1), pour
employer l'exprei::sion locale - au fond de quelles s'élève parfois une Ît'rme à tuiles rouges, et que paissent des vaches, dans le bruit
argentin et mélancolique des sonnelles qu'elles
portent au cou.
Au fur el à mPsure qu'on avance, le paysage se 1ran~formc au gré des accidents de la
route. Tantôt, il ouvrn devant vos pas un
défilé tortueux, ass11rubri par les murailll'
humides que forment à droite età ~aul'he dt's
rochers crevassés, d'où coule ,11:outrt à goutte
une eau venue de sources cachét' ; tanlôl, il
vous oblige à loa~er, sur un s1mtier sillonné
d'ornières, un torrent qui promène ses onde
écumeuses au fond d'un hl rocailleux· tantôt
enfin, il vous drcouvre hrusquem~nt u11
horizo~ m_agique qui appelle le régardjusqu 'à
d_es lo.wtarns dont les extrémités se perdent,
s'._ le ciel est cl~ir, dans une poussière d'or et,
sil est obscurci par des nuages ou par l'approche de la nuit, sous un voile de brumtl
grise. Dti tous côtés, la couleur foncée des
sapins répand sur les cbosPs son reOet verdàtre, el, dans la mélancolie de son uniformité, contribue à vous donner l'illusion d'un
bout de monde, où les hommes ne viennent
pas, illusion accrue encore par la rareté des
ctnlres populeux et par la distance qui, dans
ce pays, les s.épare les uns des aulres.
Pour éprou\'er ces impressions, il faut le

par~ourir ?nrant la hPlle saison, alors qne le
soll•1l éda1re de se.~ feux les fnrrls, l1•s cnmhPs, lrs monts, IPs e:rnx. L'hiver V&lt;'ntJ, le
mervPillenx écrin s',·n~evdil sous la nf'irrr et
?'est 1i pPine s'il laissP devinn S&lt;'S ril'he;i;Ps
Jnsqu'nu jom 011 le printemps commence à
en ranimer l'éclat.
C'&lt;'sl dans ce cadre, sur un platran mamelonné, du hanl du1p1el on apPrçoit distin::temcnt les con,truclions massh·rs du Fort de
Joux, placres en senlinelle ur la frontière,
au-d,•ssns de Pontarlin, qn'existail enrore
en ·I 820, IOUl·bant au hameau des F.tra,·hes
le chàteau de Cirr.é. Mis en vente à ceu~
épo11ue par des h,:ritiers rollatrrau,c il drvint
la proie de la han.:le noire. Elle le dhruisit,
morcela les ferres, les venJit par lots à des
pny~ans qui eurent bientôt îait d'en cuuv~ir de sapinirres le vaste empla1:emenL. Il
n l'n rrsle plus !race aujo11rd hui. Ce n'est
&lt;f?'après de longues rt&gt;chL•r1·hrs que, lors d'un
r~e~t voyage !D Franche-Comté, j'ai pu,
gmde par un v1Pux garde dès furêls retiré
depuis sa mise à la relraite, dans Je Yillaore d;
la Cluse, Mc·ou vrir l'endroit où se dress;il le
châtea u, théâtre des événements que je raconte.

Mon vénéral,le iznidr SP. rappelait C'nrore la
physionnmir archi1Prf11ralP d,, l'a11tiq11r niaison dt&gt;s Cir,·é. r,·rasé~ drjt l11rsq11ïl la vit
P.~nr la prrmi1\_re rois,. sous le poicl~ de quatre
swcles, son Lml PU p1µ-non, f11r111é dl' tuiles
plalPs, ro11µ-rs à l'uridn,•, m~is noircirs pru
a . peu par le tt&gt;mps. sa foça,le f'n pi, rr, s de
faille, ron~r&lt;'s par l'hnniidiré. sr d1tr1111lnnt
avec ses croisél's élroites à pr1i1s c·nrreirnx
d1·vant un parterre que clmqne tl té 1ro111·ait
tout ncuri et au delà duq111·I s'élr11Jaic11l les
bois immt&gt;nsrs d'où les Circé tiraicut leurs
opulents revenm.
Il se rapp1•lait aussi la chapPJle en ruine,
avec ses a1J1cls en huis scu lplt•, srs innomlir?b_les slatnPs pou,siPrcusrs rt f'lus 011 moins
br1spe;:, \'end11es depui:- aux dirnws éorlises
da voisin11ge. C'l'St izrà1•p ;nu suun•11irs Je ce
b~ave homme qu'il rn'.t Pfé po,-,iule &lt;l1• rei·onsutu~r _rar la pr.u~ée la dt-lllPllrl' que la dénon1·taL1on de Fleurirr Vf'nail de lil'r1 ·r à la
police imp1:ri.le, Pt d'1·n don111•r à mes lt·cteurs une idée '(lie 1·h.icnn d'eux, J'aill, ·ur
a~1ra _la lilJPrlé de modifi,·r au gré de son ima~
grnaL1on, sans que l'intérèt dt: ce récit en soit
amoindri.

L'hh•er venu, le merveilleux écrin .s·e11sevelit s011s
la n,iJ!e, ,t c'est a Peine s'il lai.si,e deviner us
richesses jusq11'.iu jour oü le prinlem('s co,nm~rce à en ranimer l' · l l ,
ma,mewnné, qu'existait encore en 1820 le château de Circé. (Page ~~~ · C eSI J.~ns ce cad.re, sur

... 18.1 ...

1111

platea11

�~----------------------------- ..MADE.MOTSEI.L'E DE C11{CÉ

111S T0-1{1.Jl
On a vu par les nolt'S extrailcs du dossier
de la famille de Circé, 11 qui:lles cruelles
épreuves la llé1•olution l'avait soumise : le
vieux mar,1uis, dé igné aux. terroristes par
ses anrieus cl glorieux services, obligé de
s'enfuir avec sa femme el son petit-fùs, Robert de Circé; le père el la mère de celui-ci
cnroyés li l'échafaud, laissant derrière eux,
auandonnée aux hasards de la vie de Paris, si
féconde alors en périls de toutes sortes, leur
fille l :ibelle, encore enfant; celle orpheline
arrachée par miracle au plus misérable sort
et ramenée par un ami de ~es parents en cc
château de Circé où elle était née et que li!
dévouement d'un serviteur de sa maison, celui
que le fioles de police signalaient sous le
nom de ·chasserai, disputait intrépidement
aux agents ré1olu1ionnaires.
On ne comptera jamais le nombre des
drames privés qui se passèrent à celte éporp.1c,
on n'en connaitra jamais Loule l'horreur. li
faut remonter à la révûcatîon del'édil de l an les
ou aux tragiques épisodes de la Jacquerie
pour retrouver une égale accumulation de
catas trophes d'un caractère aussi somure.
L'histoire n'a pu le~ énumérer toutes ni nou
en transmettre tous les détails. Mai~, par
ceux qu'elle nou a légués, nous pouvons mt!·urer l'étendue de ces calamités privées q11i
vinrent a&amp;graver les calamités publiques.
Dans le district de Pontarlier, la Terreur
avait eu, à ses déuuls, le caractère d'une persécution religieuse cl non d'une pePsécution
politique. Elle s'en prenait au.x pr.ètres bien
plus qu'aux nobles. Ce fut à partir de 1792
que le club de Pontarlier étant deYenu !o.utpui sant, on enveloppa dans les mêmes meures les uns èL les _a,ulres. Ne se sentant plus
protégés par- le sou,·enir de leurs bienfaits,
menacés d'arrestation, le marquis et la marquise de Circé se décidèrent alors à émigrer,
poussés à ce parti, non eulcmcnt par la nécessité de se mettre à l'auri des violences,
mais encore par les pressantes ~ollicilalions
d'un certain abbé Maucombe, qu'on va voir
reparaitre dans la suite de cc l'écil. li vivait
auprès -d'eux. comme précepteur de leur pelittll-. Son active jeunesse, l'ardeur de es convictions, surexcitée par les coups portés au
clergé, n'avaient eu aucune peine à dominer
l'esprit d'un vieiUard et d'une femme. A force
de leur parler du péril qu'ils couraient en
restant en France, il les décida à partir avec
l'enfant, el les suivit dans leur fuite.
Cbasseral, constitué gardien du château el
de.s biens de Circé dont il suneillail depui
longtemps l'exploitation, ne songea plus qu'à
les conserver à ses maîtres. Jouant dans cc
lmt une comédie à laquelle c trompèrent les
plus enragés Jacobins du pays, il se jel:i dans
le parti terroriste, uniquement appliqué à
gagner leur confiance. !Jan les clubs, &lt;lans
les manifestation publiques, on le vit au
premier rang des orateurs qui annonçaient au
monde l'aurore de temps nouveaux et en ,,antaient les réformes. Mai , s'il parlait dans un
-ens, il agissait dans un autre. Beaucoup de
malheurtmx, dejà marqués pour la mort, lui
dnrent la vie. En même temp , il employait

son in llttence à défendre les Liens de Circé contre la cupidité des puii;sants du jour. Il n'avait
pu empêcher que ces biens fus ·ent équeslré, .
Mai il fut assez influent ou as ez habile d'aùor&lt;l pour se faire nommer gardien du séquestre, ensuite pour éloigner les acquéreurs allirés par la perspective d'une bonne opération.
Deux fois, il y eut tentative de vente aux enchères, et deux fois, elle échoua. Peut-ètre eùl1·lle réu~si un' troisième foi . Mais, après 'fhermidor, les érénements, en se précipitant,
écartèrent le danger. Sous le Directoire, les
propriété de la fa.mille de Circé étaient toujour - jntactcs. Elles le restèrent jusqu'au
jour où ~apoléon, devenu empereur, les restitua à leurs propriétaires.
Quant à Chassera}, il n'avait eu aucune
peine, lors&lt;iue commença la réaction, à faire
peau neuve, et, fort des erviccs rendus par
lui. pendant la Terreur, aux citoyens uspects
et poursuivis, à prom-cr qu'en s'affublant d'un
masque de Jacobin, il n'avait eu en vue que
de porter secours aux victime . Du reste, dans
l'intervalle, un fait d'ordre tout intime était
venu lui cré~r d'autres devoirs qu'il avait
remplis avec un égal dévouement.

VII
Durant l'hiver de i 794, alors que, sans
nouvelles de ses maîlres émigrés, il apprenait le supplice de leur !ils et de leur bru
exécutés par ordre du tribunal rèvolulionnaire, il avait vu arriver sous la conduile
d'un habitanl de Pontarlier qui rentrait d'un
VGJage à Pms, une -fillette de srpl ans Loule
chétire el toute pâle. C'étaitlabelle de Circé, la
sœur cadelle de Robert de Circé. Au moment
&lt;l'être condamnés, son père et sa mère avaient
eu la pensée de la confier à Chasserai el le
bonheur de trouyer une personne sûre qui
s'était chargée de la lui conduire.
Chasserai demeuré veuf à trente ans, peu
de temps avant la Ré\'olution, vivait, depuis
le départ de ses maitre -, dans une dépendance du château a\'ec un ménage de paysans,
qui l'aidait en son travail de surveillance et
d'entretien. Il y rerut l'orpheline comme un
dépôt non moins sacré que celui des richesses
confiées à sa proLité. Dans l'obscurité redoutaLle donl la Terreur enveloppait alors la
France, nul ne pomait préciser la durée de
ce régime odieux. Tout portait à croire qu'il
ne finirait pas de sitôt. La tâche qui s'impo·ail maintenant à Chas eral ne semblait donc
pas dernit- être la tàcbe d'un jour. ll l'emisagea dès le premier moment comme si désormais rllc devait remplir a vie. 11 avait
souhaiU passionnément d'avoir des enfant~.
Mais, par suile de Ill mort prématurée de
. a femme, cc souhait ne s'était pas réalisé.
];abelle en Sl'mbolisa pour lui la réalisation,
sous une forme assurément imprévue, mais
qui offrait au si charme et douceur.
Il aima la petite dès qu'il la vit. Elle
devint son rayon de soleil, la joie de son existcnt:e de préoccupations, de tristesses el d'an"oisses. li se découvrit des trésors de ollici~de quasi maternelle pour cette enfance en

fleur à laquelle il fallait faire oublier, dan
une atmosphère de tendresse et de sérénit•\
ses malheurs précoces. Us a,,aient ébranlé 1a
santé d'Isabelle. Réparer ce dommage, rendre
la confiance et la sécurité à cet le âme qui,
battue par la lempêle, se repliait déjà sur ellcmême, préparer l'héritière des Circé aux
dm·oirs de la vie en sti-mulanl son intelligence
el en rendant à son corps Ja santé, tel est le
programme qu'il se proposa. Dans ce prorrrammet l'édLtcation intellectuelle tenait peu
de place. Cbasseral n'était pas un savant.
Peul-être l'élève eût-elle en à souffrir de l'ignorance relative du professeur, si, mise en goùt
par le peu qu'il lui avait appri , elle ne se f1H
avisée de s'instruire elle-même dans la bibliothèque du château ouvcrleà ses curiosités. Cc
que contenait celle bibliothèque, Chas cral
ne s'en était jamais enquis, n'ayant ni le goût
des livres, ni le temps de les ouvrir. Il n'en
prit pas da1·antage souci, lorsque Isabelle
parut se passionner pour la lecture el n'avoir
pas de plaisir plus grand que celui de feuilleter les innomLrabks rnlumes conservés au
château, d'en admirer les gravures et d'en
parcourir au ha arJ les pages. EUe put doue
lire tout cc qui lui tombait sous la main, el
quoique sans ordre, sans méthode, souvent
même sans comprendre, elle lut tout. Trois
ans après son arrivée, elle en savait beaucoup
plus long que la plupart des enfants de son
ùge, à peine protégée contre le danger de
tant de libres lecture par son innocence
naturelle, ses honnêtes instincts et par le
leçons de morale qu'à toute heure el en toute
circonstance Chasserai opposait aux ardeurs
de sa jeune imagination.
Ces leçons, il en puisait les éléments en loimême, dans son cœur si généreux, dans .sa
conscience si droite, dans sa raison si sù.re. JI
rappelait à l'enfant l'histoire de sa famille,
célébrait les vertus de ses aïeux, pleurait avec
elle les morts, l'accoutumait à prier pour les
absents. Il l'entretenait de Dieu, de la religion, des cultes proscrits, des pieuses coutumes que la Terreur avait interrompues el
auxquelles il était défendu d'être fidèle sous
peine de mort. Par malheur, ces ages
enseignements, dont la rigueur des lois révolutionnaires entraYait sans cesse la pratique,
étaient dépourvus de sanction. Us ne ponv:iienl constituer un frein suffisant pour contenir dans les règles d'une discipline salutaire
celte orpheline déjà démoralisée par l'excès
de ses infortunes et qu'elles ne disposaient
que trop à douter d'une justice divine qui
l'avait jusqu'à ce jour si peu protégée, à n'y
plus compter et à ne pas la craindre. 'ayanl
jamais connu ni subi le joug des conventions
sociales momentanément suspendues, et bien
qu'elle ne fût encore qu'une enfant, elle
n'écoutait qu'avec impatience ce que lui en
di ait l'honnête Chasserai. Elle n'en voulait
accepter que ce qui flallait ses Mréditaires
préjugés de race et l'orgueil qu'elle tirait de
on nom, malgré les maux que ce nom a\'ait
allirés sur sa tète.
La vie qu'elle menait maintenant, au grand
air des montagnes el des bois, celte vie soli-

,

laire! presque sauvage, la métamorphosait
physiquement, faisait peu à peu de la fillette
frêle et timide qu'elle Jtait nao-uère une créa0
ture audacieuse et robu, te, dont un rare
mé_pris de tout danger inspirait les actes.
~tais elle n'était pas pour assouplir ni dérider
son cœur, ce cœur raidi et glacé, figé en
quelque sorte dans les affreux souvenir du
pas é. Trop d'implacables ressentiments v
grondaient, trop de haine pour les persé:
cute~rs et les bourreaux, un trop ardent
espoir de vengeance qu'exprimait, à certaines
heures, la dureté du regard farouche et hautain.
Chasseral s'inquiétait sou rent d'un étal
d'âme aus i exceptionnellement violent. li
~ss~ya:il d'y remédier par la persuasion, car
il n eût osé employer d'autres mo)'ens envers
la fille de ses maîlres. Vains étaient ses
etrorts. For_te de la déférence que tout naturellement 11 lui témoignait, elle s'entêtait
dans ses idées, s'y retranchait comme en une
fortere se, n'atténuant les effets de son iné~ranla~le volonté_ d'indépendance que par
1 affechon reconnamante qu'elle témoignait au
lirave homme devenu, par suite des événements, son unique protecteur.
Lorsque, après l'élévation de Bonaparte au
Consulat, parut s'ouvrir une ère réparatrice,
Chasserai conçut l'espoir de réformer le
caractère d'Isabelle. Elle venait d'atteindre sa
c1uinzjème année. Il appela à son aide Je curé
des Etraches, paroisse rnisine du château
rentré depuis peu dans son égfüe Iongtemp~
ferml!e. Sous l'influence de la ferveur religieu~e dans laquelle la jeta sa première commu?10n:. et p~ut-êlre aussi parce qu'elle touchait à l age ou dans toute jeune fille la femme
s'éveille, elle devint plus docile aux bons conseils, plus accessiule à d'heureuses transformations. Les aspérités de sa nature 'émoussèrent.
Elle cessa de considérer la vie comme un
théâtre où le triomphe du mal est assuré.
Elle prit co~fiance dans l'avenir. Elle apporta
dans ses actions plus de raisonnement et de
logiq~e. En ~n mot, les belJes qualités qu'elle
gardait en soi commencèrent à fleurir sur un
terrain retourné de fond en comble. Elle n'en
cons~rv~ fa,s moins son esprit d'indépendance,
sa temerite, ses allures garçonnières, cette
ph~sionomie d,e ~eune adolescent qu'accentuaient son dedam des parures, sa passion
pour les exercices virils, l'habitude de monter
à cheval sous un costume d'homme, sa disposition aùx aventures. Il ne pouvait en être
autrement, puisque, privée de tout contact
avec le monde, elle continuait à viYre dan la
solitude, au milieu de gens incapables de lui
apprendre ce qu'elle ignorait. Mais ces inconvénients d'une éducation sans contrôle trouYèrent un .contre-poids dans sa 0(l'énérosité
natu~eUe mieux exercée, dans son goût pour
les livres mieux dirigé, et surtout dans son
instinctif amour de tout ce qui était beau,
hon et droit.
Cha,.sseral fut alors rassuré. Sous une
l'orme encore un peu rude, la vi!!ueur morale
d~ Mlle de Circé se manifestait l'égal de sa
ngueur corporelle. A seize ans, c'était uno
superbe fille, grande el mince, coulée dans le

à

--~

Une c/Jaise Je poste, 1•e1111e e11 droite lig 11e du /011J de la Russk, s'arrêta, au village des l16pitaux-Joug11e
devant u11e cabane occupee par 1111 poste des douanes , .:ommis à la garJe de la frontière. (Page 186.)
'

moule d'une structure parfaite. Sous ses cbe~
veux châtains, tirant sur le roux, qu'elle
portait un peu embroussaillés, le visage offrait
les pures lignes d'une statue grecque. L'expression en était aristocratique el fière. Les
yeux larges, profonds et très noirs, révélaient,
en leur éclat sombre, la franchise et l'énergie,
une hérédité d'aspirations hautaines poussées
dans le sang. Toutes les impressions de
l'àme s'y reflétaient avec une spontanéité qui
faisait de celle âme un lirre toujours ouvert.

VIII
On était alors en 1805. De toutes parts, en
France, renais;;aient l'ordre et la sécurité.
""' r85 ..,.

Cbasseral, depui dix ans, n'avait eu que de
rares el indirectes nouvelles de ses mailres
11 en attendail de plus précises avec une
impatience fiévreuse. Ignorant en quel lieu il
résidaient, il n'avait pu leur apprendre que

leur petite-fille était ,·ivanle et digne d'eux.
Enfin, arriva une première lettre. Elle
Yenait d'Ode.:,sa d'où l'avait écrite et expédiée,
à l'adresse de (;basseral, la marqui e de Circé.
La noble douairière ne savait si l'ancien régi, seur de ses domaines était encore de ce
monde, ni si le cl1àteau de Circé était toujours
debout. Elle éc::-ivait donc au hasard, racontait à mots discrets les douloureux épisode
de son émigration, son séjour en Allemagne,
la morl de son mari, son départ pour la

�HlSTOJ(l.JI
l\us ie et enfin on récent pu age en Crimée,
ollicit~e de lui. ou vent au s ce pétition ·
ba 0 a es, la marqui e entraina lsabeJle dan "
o~. gràce à la prolcctioe1 du duc de Richdieu,
'égaraient dan les bureaux de la police; on
la
caliane. Elle avait Mte de la voir à la lugouverneur de cette province, elle a vair pu ·'in - le y Duliliait. Les iulért&gt;, é , e vo1·ait&gt;nl alor
taller auprès de on pctil-61 , nommé, comme contrainrs de les renouveler, quelc1uefois mière. D'un regard, elle enl'e)oppa celle été.beaucoup de enlil homme Crançais, olfi ·ier m~me à plu ieur repri es, ou de recourir à gante il!Jouette de jeune fille, ce 60 visage,
dans l'armée ru se. Elle parlait au ·ide l'aLW de inOuences a ·ez puis anle pour IPs tirer c~ beau cheveu où la failile lueur de lroi
chan~dle fichée dans des bouteilles mettait
Jaucombe IJUi n'avail ce sé de partager on dt! rarton où ell
'accumulaient. C'p t ain i
des rellcts cuirré , celle taille velte, le
e. il, a cwié à e douleurs el à e mi èrt' .
que la mm1ui~e de Circé :illend,L peudant
pures ligne de ce corp aux forme parfaite. ,
EUe rappelait le lra!!Ïque trépas de _on fil
deu1 an . a radiation de la li te des éroi ré ,
el toute boule ver. ée par le émol100 de cell
et de a bru, et, tout angoi sée, demandait à
alors qu'elle espérait de jour en jour en receCha eral ce qu'était devenue I abelle.
heure i douce, après la11uelle elle avait tant
,oir la nou,elle.
de foi oupiré: • Ah! chère mi!.!Tlonne, murC'est celle-ci cp1i répondit à cette lettre,
Enfin, peu de temp après la prorJamation mura-t-elle, je reconnais mon aao. Vou.
narrant à on tour le événement amquel
de !"Empire, un entilhomme dont la famille
elle avait été mèlée, et par uite de quelle
êre bien une Circé. » Comme l'ahlié entrait,
élait alliée à la ienne, el que le nouveau
circon lance elle re ·tait , aine el sauve, aprè
uivi de Cha sPral, elle lui dit: a Xe trou,·ezr 10 ime amit rait cbamb.. llan de !'Empereur'
vous pa~ l'ai.il, l, qu'elle re- emble à on
de• .i tt&gt;rriltlt' tourmt&gt;nlt&gt;'. Elle traçait de
o a plaider aupr de ce dt'rnier la c·au e de !!rand-père'?
l'héroïque dérnuement Je Cha . eral un ral,lrau
a parenle. Le , urcrs couronna a témérité.
où e 1r11u1ai nt énumérés tou les liienfaits
- t:'est 1·rai, madame la marqui e. ~fadeEn ,epli•mbre 1 05, la mar11ui e de Circé et
moi,elle ne aur11il di, imuler on illu Lre
que la rodi on de Circé devait à ce lo, al rron pelit-fil furent aulori:,é. à re111rer en
viteur : « Il vou a con ené votre pelitt&gt;-fille
origine. a re emblance al'ec feu on aïeul
France et à rt&lt;pre11dre po. . :,Ïoo de ll'ur
e Lsai,i ante.
et Lou vo LiPn , écrivait I abelle à a grand"bien re,tés ou éc1uc tre. L 'al,Lé ltaucombe
mere. li attend pour vou le ~ndre que YOUs
- Oui, ai,i - ante, répéta la marqui e.
était compri dans ~Lle me ure de clémence.
veniez le lui réclamer. à muin que vous ne
Paun·e petite Ûllur pou ~ée ur dP tombe ,
je n·e~phai pas \'OU retrou,·er i belle ni i
lui ordonniez de me conduire aupr de vou .
IX
lJécid,...z ce t{ uïl duit faire, Madame ma
robu le! Merci, mon brave homme, oonlirand'mère. Mai , quoi que vou décidiez,
nua-t-elle en 'adre . ant celle foi à Cha ela fin du moi ' d'octobre de celle année ral, merci pour me l'avoir con crvée et pour
on°ez qu'il y a ici une orpheline privée
i
05
à la tombée du jour, une cbai,e de me la rendre ainsi.
dt•pui donze ans de care e maternelle , qui
po
te,
charl,!ée de bag:ige , venue en droite
brûle du d~ ir de ,·ou revoir et de vou pro- J'ai fait cc que j'ai pu, madame la
ligne du fond de la Ru ie, 'arrêlaiL, apr
marqui e.
diguer les ienne . »
un vo1age de vingt jours, au villa~e de llôl'iCelle 1.-ttre partie, 1 ahelle et Cha eral en
- Je ai tout ce que je le doi ·, et par
taux-Jougne,
à l'entrée de France, non loin quel traits ta as mérité m reconnai..ance.
espér~renr une nouvelle el prochaine. Mai le
de Pont.arlit!r, devanL uue cabane moirié
corn rnunication é1aient diHic1les. On e l,a1tajt
- Que parlez-vou de reconnai .ance !
pierres, mui1ié planl·hes, occupée par un
encore aux rro11tib'e .. Leur alien te dura lroi
'écria Cha cral. J' 'lai · déjà pa é par l'afTecpo te des douane , commi à la arde dt! la
moi . La répon e qui leur paniol alors lt&gt;ur
tion de mademoi elle. Que je r te aupr'.
fronlière. Alor comme aujourd'hui, celle
cau~a une amère déception. Aux trrmes de
d'elle, aupr de vous, je ne demande pa
urveillance 'exerçaiL rirroureu,ernenl. L'au- autre cbo - .
10· contre 1• émia ré·, la marquise n pouvait
dace de contrel,3ndier , favori,-ée en ce
son11er 11 rentrer en france an une auturi a- Il e t bi •n entendu que nou ne nou.
lemp. par le lon° dé arroi des er\'ic admition. Pour l'obtenir il fallait du temp , de
quilleron plu. , répondit la marqui e. Par
ni lrall~, la r ndail plu partfrulièremenl
protection , des circon tance favoralile . néce saire.
exemple, r.on1inua-L-clle, en ouriant, je conD'autre part, elle ne croyait pa prudent de
Late que Lu ne lui a pa eo, eiané l'art de
Isalielle de Cirœ et Cha eral, l'enu au'babiller. Quelle Lenue, grand Dieu! »
lais er I belle venir la retrouver. Co vo1a 0 e
de,·ant de celle voilure, en ,irent d cendre
en pal étranger olTrait trop de péril pour
Il e l certain que la toileLte de Mlle de
d'abord un petit homme, dont le visage rubiune jeune fille, en nu · ie urtout, où nul ne
Circé lai ait un peu à désirer. on cor :irre
cond, ou d che eux noir , crépu • le teint
pénétrait et ne circulait an le con. entemenl
en drap verl, taillé par une couluri'•re de
Oeuri, le reoJ'ard pénétrant el ru é rél'élait&gt;nl
du T:ar. La marqui e exhortait donc a petilePontarlier, 'échancrait ur Je bau• de la
une maturité ri.,oureu e, bien qu'il fùL un
lille à la patience el lui promettait de multipoitrine quïl lai il à nu et permt•LtaiL de
peu lourd d'allures ur ses jambe trop
plier e démarche afin d'oLtenirl'aatori.ation
voir un col de toile étalé tout de travers ur
courte pour on gro corps larg et bedonde rentrer. Elle e Limait que ce erail l'affaire
nant lr étroitement erré dan une douil- une cral'ale en mou cline Llanche, à l'extréde ix moi • Elle ~e trompait. Ce devait être
mité de laq,1 Ile pendaicnL des denldl
ler te puce, doublée de fourrure; pui , une
l'aff,ire de plu,ieur années.
froi:- ét&gt; el déchirée . La jupe, donl la couvit&gt;ille dame, miuce et lonruc, à l'air hauPeul-être aur.iit-on quelque pPine à le
leur claire Lranchail trop cr1imcul ur celle
tain, enveloppée au i d'un manteau fourré
comprendre, i l'on en j1weait d'aprè le.s
du corsage, était au i froi ée que le denà pélerine et coi/T~e d'une capeline en oie
facilités a suréti aujourd'hui aux rapport
telle . Le extrémité lacérét- par l'usure
nuire, qui lai ail voir denx épais bandeaux
ioternationau . lai il n'v :rrail aJor ni chedécouvraient de botte montante· en gro
de cheveux blan. encadrant un vi age
min de for, ni Lél~tTJ"aph;. Lenle éraient IP
cuir jaune, qui n donnaienl qu'une idée
allongé, dont le ride ne par1·enaient pa. à
1·ommunicalion ·. Entra\·é à toute heure par
bien fau e du pied modelé qu'elle enferdi imuler des trace.! d'ancienne beauté.
1 intempérie dt! ai on , par la rigueur
maient. Eofin, un feutre noir à larn aile ,
Cette vieille dame élail la marqui ·e douai,le urveillance eiercée ur 1 • fronti rc .
ur lequd treml.Jlait un bou,1uet de plumes
rière de 'ircé; le pclÎL homme était l'abbé
par l'état de auerre où vivait l'lforope, par le
de corbeau dont les tige al'a1ent lai · é au\
Maucombe. « 'êtes-,ous pas ma graod'm re, branches des arbr · la plupart de leurs
mesures arbitraires de la poliœ qui arrêrait
madame? » demanda d'une voix émue I abarbes, donnait à la charmau1 figure qu'il
au pa age toute le•tre su pecle et ouvent la
belle. EL san atlendre la r lpon e, elle ajoura:
confi,quail, le ervice de po. tes n'anit
abriL il une e1pr ion faroucp el .am·a e,
a Permeuez à votre pcli te-fi lie de vous ouhaiaucune garantie. D'autre part, le 11ouverne- ter la bienvenue el dti vou embra ser.
où se révélaieoL de habitude de vie irrégu1
lière, menée au gré des plus soudains camenl con ulaire, a ·ailli par le demandes des
_Ce n~ _rut p~odant q_uelt1ues minutes que price , an di cipline et au grand air.
émigrés, les oumettait à de mioutieu e
cris dti J01e, l,aisers, presentatîon , toute le
enquêtes qu'il fai ait trainer en longueur
• C'est mon costume de cheval, dit timideefTusioos d'une rencontre ardemment attenlor ·que, hésitant devanL la cruauté d'un refu •
ment I abelle d~contenancée par l'ob ervaLioo
due. Pui·, taodi que les douanier , ur les de grand'mère.
11 ne e d cidait pas à accorder l'autorisalion
indication d'un dome tique, inspectaient 1
- Il faudra en commander un autre .
... 186 ...

M A.D'E.Mo1scu1;
Celui-ci ne convient pas à une lille de grande maîtres », répliqua l'abbé qui s'exaltait faciruai.on. lai mus êle dnnc venue à cheval,
lement.
ma mi 11 nonne? A celle bt&gt;ure et par ces cheCt'He foi , la marqui e le prit de plus haut.
mins déserts! (.!uelle imprudt&gt;nœ !
&lt;t Je connai vo idér , l'alilw, et j'ai eu
- Cha. Pral m'accompa..-nait. Et pui , j'ai le rrsrel de con. taler qu'en dépit de mei
l'habitude d"aller -eule.
elfort , vous le avez inculquée à votre
- Une haltitude à lariuPJle \'OU derrez élève.
renoncer, comme à ce co tume, ma chère
le idée sont celles de tout bon ertinfant, comme tout ce qui ne ied pa à \·i teur du roi. Renoncer à comLallre pour no·
,·otre condition. » En di ant ces mot. dont la prinoo, pa. er dan le · ran de ·élérats
douceur de l'accent tempérait la évérité, la qui
ont déclarés conrre eu , c'e t une démarquise crut voir ur la figure de Cha eral
erlion el ·i M. le marquis m'avait écouté ....
une expres ion de trbte e el comme le
- Joo pelcl-fil me doit olwi _anœ, interregrer d'avoir mérité une critique qui 'adre - rompit avec dignité Mme de Circé. Que ce
ail à lui tout autant qu'à t~abelle.
soit à on corp défendant qu'il ait obéi, peu
a Cc n'e ·t pa un reproche, Cha . cral, imporle, puh1u'il a ohéi. Je n'ai rien de plu
ùmpres a-t-elle d'ajouter. Je rempli mon à lui demander, i ce n'esl de ·rvir ·a patrie
devoir en préparant ma pPLiLe-fille à réformer . ou ce Napoléon, en 11ui ~olre int Père
e· allure et e oùlr, en !'averti, ant lui-même a alué l'élu de Dieu el que la
qu'ell • dena ~e façonner aux couru mes de la France acclame, comme il 1\ ûl ervie sou
·ociélé dans laquelle elle e Lappelée à vivre. le Uourlion . 11
)1.ii il n'en ré.,ulte pa 4ue toi, Lu n'aies
L'abbé, entrainé par on oùt pa iouné
remrm le Lien. Telle qu'elle e L, 1 abelle le pour la contrO\er e, allait répondre.
fait bonneur.
Ce fut li:al.Jclle qui l'en empècba.
- Uui, oui, appu}a l'abbé. ;n diamam
a \'ou êt en train de manquer de respect
non encor dé ro::. i n'en e-t pa moin un à ma graod 'mère, mon~ieur, » dit-elle a,ec
diamant. li uffit d'un bon ouvrier pour lui douceur.
donner tout on éclat. C'est cho e à laqueJl
Quoique d 'concerté par celle oh cr,alioo
lme la mar11ui e 'entend à merveille. »
En lançant celle belle phra e, l'alilié Maucomb e ren "orrreait comme un p on qw
fait la roue. 1 belle, é ayée par le compliment, le rt&gt;"ardaiL en errant ei lèl'r pour
élou/Ter le rire ironique qu'elle y enlaiL
monter. Pl.li , pr ·sée de secoutir la ène où
la jetail un eDLretil!n dool ell était l'objet,
Ile inlerrogca la marqui~e.
« fioberL n 'e t-il pas arec ,·ou , rrrand' m'&gt;re? demandn-t-elle.
- J'ai lai é votre frère à llamboorrr, où
il était venu me aluer nu pa sa e.
ù il était ,·enu '! 1 e \'Ous accompagnait-il donc pa· durant volre route?
- Quand j'ai quitté la nu ie, il en était
parti depui · quelques emaioe pour faire un
vo ·aœ en Anrrleterrc et ullli er am i un con é
c1u 'il a"aiL ouleno. Il ne connai, ail pa encore la déci ion de l'Empereur à notre égard.
Je la lui ai appri e quand oou . nou omme
rn~ .. ·aturellement, elle a modifié se projet . Contraint d'al.Jandonner l'.irméc ru e, il
a enrnJé ,a démi~ ion à 'aint-l'éter bour, el
écrit à on protecteur le duc de l.lic.helieu. li
viendra ou p•u pa -er qudqu jours auprl'
de nou pour renouer connai, ance avrc .a
:-œur, avant d'aller à Pari e mettre am.
ordre du mini tre de la guerre 1111i doiL le
placer dao un rérriment.
- Le mar'Juis de Circé dans l'armée de
l'u urpaLcur, » ob erva l'abbé d'une \"OÎX
ironique.
l:11 Jtulrt n oir .i l.:zrges ailts .1onnatl a y charm.Jnù
En entendant ces mots, la marqui~e bru figure iu'il abri/;iit une e.,fressfo11 faro11cM tl sauvage._ .. 1Page 186 . )
quemenl 'était retournée.
a e
vez-vous pa , l'abbé, que celle
condition a été tîpulée formellement par l'abbé protesta cependant du ge te et de la
1 'apoléou? Fallait-il, pour ne la pas uLir.
parole.
renoncer à revoir ma mai on, mon pay ?
a )Jadame la marqui e _ait bien que mon
- C'eùt été p ut-êLre plu di ne que re pecl égale mon dévouement, balbutîa-t-il.
d'implorer les bienfaits de l'ennemi de nos
- Oui, je sais cela, l'abbé· mais je sai

DE

CmŒ - -...

aus i que ,·on ête insupportable lorsque,
comme aujourd'hui, vou \'OU improvi. ez
l'avor.al de pri,1res el pPrdez le ouvenir dr
sacrifice que j'ai faits à leur eau e. Pour
eux, j'ai vécu dans l'i,xil, . ODtfl'rl la mi i•re,
travaillé comme une ervanle. Je lt&gt;ur a1
donné le sanrr le plu pur de mn mai on, mon
mari, mon fils, ma bru .... Ma delle est payée
oiiante-dix ans, j'ai droil au repo . Je
demande qu'on me lai se mourir en paix. »
El comme l'abbé lenlail encore de placer
une parole, qui, celle foi , eùl été peut-êLre
une e1cu e, elle l'en empêcha :
« fiompons sur ce ojet. »
li e le tint pour dit et ce
de discuter.
Ce débat, dan leq,wl l abelle n'était intervenue que pour en auénut·r la ravité, l'avait
troulilée. noyalh,re d'in 1i11ct el Je se111 iments,
pror~ ant u11e bainl' ardl!nle pour le. homme
et les doctrine e11fantét- par ci-tu- llévolutlon
qu'l'lle rendait respon aLle des infortunes de
a tàmille, elle rom liait de on haut en découvrant cht-z a grand'mère des opinion si di1Téren1e de ienne , de celle qu'elle lui cro ·ail.
.leotalemenL, t'lle donnait rai on à l'aLbé, et,
quoique n'ayant o é soutenir la même th e
'Jue lui, elle ne ongeait plus à le railler,
lli:po ée plutôt à l'admirer pour la fermeté
avec laquelle il venait de déft.i1dre de idée
qu'l'lle parla eait. Elle panint cependant à
di imuler son émotion à .a grand'mère
comme à lui. Cba eral, qui avait ce qu'elle
pen ait sur ce cho e,, fut cul à la de1ioer.
D'un ib'lle, il l'encourag-ea à per évérer dan ·
·on impa ibili1é. L'incident n'eut d'autre
suit que l'embarra momentané qui ré ulte
d'une querelle urvenue à l'impro\·i te entre
0 en
accoutumés, en vue d'allclnuer leur,
dis entiments à n'en parler jamais, l'i qui
ont oublié qu'il e doivl!nt le ilence ur Ir
·ujet qui les dhi , ou tout au moin d s
conces ion récipro,1ue .
Tandi que 'échangeaient ce propo , le~
douanier avaient accompli leur Lâche, ,•érifié
le conrenu de malle , dre é la li te de~
objet soumi.., aux droit de douane et donn:
quiuance du montant de cc droits, payé
entre leurs main . Le domestique de la
mar4ui.' vint la préveuir qu'elle poU\ait
rcmonLH en voilure, ce qu'elle fit en cumpagnie d'I abelle el de l'al.JLé, ouLlieu c déjl.
d'un dtlLat dont la joie qui gonflait son cœur
au moment de revoir un paJ di ipait 1
~ouvenir. Cha_ l'ral, enthantl de ce dénouement saula ur on cheval. Tenant en main
celui de a jeune maitres e, il prit le dennt .
n ,·oulait arriver le premier au chàteau où
devait être fêté le retour de lme de Cir :.

Tant que le domaine était re té sou
séque tre Ch eral, bien qu'à tirre de gardien il en fùt devenu le maitre de fait, n'avait
eu garde d'en continuer l'e1ploi1atioo. Uniquement préoccupé d'empècher les bâtiment
et le mur d'enceinte de e d~tériorer, il 'en
était tenu aux réparations indi pensables.
Quanl aux terres, il le avait lai ée tefle

�IDSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _--,-_ _ _ _ _ _ __
qu'elle se trouvaient au momenl du décrel sière et fa pluie, avec, dan le angles, des
de Gonfiscation. Les sapinière étaient re rées toiles d'araignée ; sPs pelouses dévastées, ses achevées, étaient as ·ez avancées pour qu'en
.aw èlre coupées, les prairies ans être fau- prairies où l'bPrbe en pourris ant élait devenue rentrant chez elle, elle ne fût pas trnp cruelchée~ ni pâturées, de telle sorte que la pro- fumier, St' avenues emahie par les ronces, lemenl frappile drs ch~nrrrments survenu en
priété e couvrant peu à peu de brou sailles, se sapinièr_e sou lesquelle la broussaille son absence. C'était déjà, de la part de Chaseral, un témoignage de sollicitude et de
de bois mort, d'herbes géantes, avait revêtu obstruant le sentiers arrêtait la circulaLion.
dévouement.
Mai ce n'était pa aQsez. 11 avait
arec le temps une phy iooomie de désordre Autour des commun silencieux, se manifesencore voulu que Mme de Circé fùt reçue
cl d'abandon, accenluée par une ab ence
tait encore un peu de vie. Un carré de
pre que complèle d"habitants, qui en rendail lérrumes, d s fleurs en pJate-bande, des avec honneur au seuil de sa demeure, etc'esl
afin de jeter un dernier coup d'œil sur les
silencieu ·e el morne 1a oliLude. La maintenir arbre f ruiticr , une vache laiLière dan
apprèls
de celle réception, organi ée par lui,
en cet étal, c'était, pen ait Chasserai, le l'élable, deux chevaux à l'écurie, une douzaine
que
maintenant
el tandis que la noble dame
meilleur moyen de décourager les acquéreur. de poule dans la ba e-cour, rérélaient que
.
e
dirigeait
vers
le château, il la devançait,
Dan l'intérieur du château, il avait usé de le hauitanls du domaine 'étaie11t appliqués
pou
sanl
on
cheral,
pre sé de juger par luiprocédés analogues. es maitre partis, il tant bien que mal à en tirer la presriue totalil{,
même
si
es
ordre
araicnl
été inlelligemment
s'était empres é, avec l'aide d'homme ûr~, ùe lenrs moyensd'cxi IC'nce afindefaire durer
exécutés.
ùe foire di paraitre toul ce qui aurait pu plus longtemps leur mince pécule. Et de fait,
Les choses 'accomplirent ain i qu'il les
tenter la cupidité des bandes noire qui c depuis treize ans, sauf la riande et le pain,
avait
ordonnées. A l'entrée du parc, la mar•
formaient de Ioules part pour ache ter à ,il achetés au 1-illage, ils n'a raient pas eu d'aulres
quise
pa!lsa sous un arc de triomphe, formé
pri:. la dépouille des émirrrés. Les vieilles re nurces.
de
fleur
el de feuilla~es, tout autour duquel
tapi erie qui courraient les murailles, les
Mais .i, pendant ce Lemps Chas eral ne &lt;les pay ans, portaut des torche pous èrenl,
porlrails de famille, la massÎ\•e ar g-enlcricl
'était pa départi de sa prudence, il y renonça
étalée sur les dre soir , les meuble précieux, aus~itùL qu'il eul été averti du prochain retour en la Yoyant, des acclamaliuu . Elle en
retrou,a un second dan le parc, un troisième
les sièges couverts d'étoffes brochées, Lou
de la marqui e. La première nou11 elle lui en enfin rnr le perron qui accédait à la porte
ces objets, soigneusement emuallés, avaient fut donnée par un memlire du énat impérial,
été, le un cachés dan les caves, les autres originaire de Pontarlier, un ancien conven- prinripale, et toul autour de celui-lù, le curé
enterré en divers endroils du parc, enfouis tionnel, avec lequ~l il entretenait d'amicales des .ÉLrache , le m.1ire, le conseil municipal,
au fond d'un puil de ;éché, cl lout cela en relations et qui, sur sa demande, 'était des gendarmes, de douaniers, la plupart des
si peu de Lemps que lori:que, la confi~calion cnlremi' en faveur de la famille de Circé. habitants du village. Elle dut éuouter de
prononcée, les agent de la municipalité de , an attendre que la marqui e lui apprit elle- pompeuse barangnes où, comme au temps
Pontarlier 'étaient présentés au châleau pour même C'llte nouvelle, il rn bâta de mellre le jadis, la populatfon, par l'organe de son pa prendre po se sion des richesses qu'on y domaine e:1 état de recevoir ses maitres. Il leur et des membres de la muniripalih\
aluait en elle sa protectrice et manifestait la
di ait accumulées, ils n'avaient trouvé que recruta des ouvriers qu'on vit, sous sa direcjoie
qu'elle éprouvait à la reroir saine cl
des salle vides, dénudées, dans lesquelles tion, travailler pari out à la fois. Le domaine,
saure,
malgré tant d'épreuves.
quelques pauvres meubles semblaient porter rapidement mélamorpho é, recouvra sa belle
Après
avoir, d'une voix bri ée, remercié
le deuil de Lout ce qu'on avait enlevé. Et mine avec es gra ses prairie fauchées. netcomme les agents exprimaient leur déception toyées, ensemencées à nouveau el peuplées de ces braves gens, elle pénétra dans sa maison.
Mai là, ou· ce~ voûtes séculaire , auri inouet leur étonnement, Chasserai, affectant une
hlié de a ,•ie heureuse de jeune femme,
mine irrilée et déconfite, de répoudre que
derant
ce murs dont la clarté des bougies et
« ce coquin de marquis l'ayant éloigné sous
des
lampes
éclairait la nudité non encore
un prétexte, durant quelques jours, avail
voilée, tant de souvenirs .e dre .èrent devant
profité de son ab ence pour Iran porter son
elle, et i douloureux, si poirrnanl , qu'elle
Iré or de l'autre côlé de la frontière ».
perdit connai sance. Par Louheur, ce u'était
Jusqu'au 18 brumaire, les chose reslèren l
qu'une
faiulesse pa agère. Bientôt ses yeux
en cet état. Les hommes qui se succédaient au
se rouHirent, elle e redressa, et debout, la
pouvoir n'inspiraient pas confiarn·e à Cha tète haute, en grande dame et en femme
serai. Il croyait à un retour de la Terreur. li
énergique
qu'elle était, elle emhrassa d'un
n'avait visité es cachette qu'à l'époque où
regard
assuré
ces lieux béni qu'elle avaitcru
I abeUe était arrivée, et seulement pour y
ne jamais rel'oir et où elle allait vivre désorprendre de quoi décorer la cbamure où il
mais en pleurant ses chers morts el en
l'in talla dans les commun du clJâteau. Il
demandant
aux être adorés qui leur sunin'eut foi dans un avenir réparateur que
vaiPnt,
son
petit-fils et sa petite-fille, un peu
lor,que le général Bonaparte de,·int premier
de
bo11heur
pour se derniers jours.
Consul. Alor~, il reûra des lieux où il les
Jusqu'à une heure avancée de la oirée, elle
avait cachées le richesses de la famille de
COD erva sa fermeté maintenant recouvrée.
Circé, mais sans o er le remetlre en place,
Durant le diner, auquel é1aient invités le curé
redoutant d'être contr.ùnt de les faire de
et
les notables de la commune, elle eut pour
nouveau disparaitre, si Je Trésor public, dont
ses comive le mêmes grâce!l et les mêmes
les caisse étaient vides, s'avisait d'ordonner
prévenances qu'autrdois. Ceux d'entre eux
la vente des biens d'émigrés qu'il po sédail
qui
l'avaient connue en ces jours lointains, la
encore.
retr01:vaient
toujours bienveillante, toujour
Pour la même raison, il ne loucha ni aux Ses maitres parlls. Chasserai s't!t:lil empresse ,ù Jaire
enjouée
et
fine
d'esprit. C'était à ne pas croire
prairies ni aux boi . Le château, devenu pour
disparailre to,tt ce qut aurait pu tenter la cupiJi/e
que depuis tanl d'années elle mangeait le
des tan.tes noires. (Page 188 .)
les habitants de la commune des Étracbcs,
pain amer de l'exil. Elle-mème semblait
sur la4uelle il était situé, une retraite my tél'avoir
oublié, lran,.figurée subitement par
rieuse, où nul ne tentait de pénétrer, con erva vaches, ses bois débarrassés des véoétaLion
l'air
réparateur
du foyer familial.
ses apparences de chàleau de la Belle au bois parasites qui entravaient la croissance des
Elle avait 1'oulu que Cha sera! prît place it
dormant, ses murailles sillonnées de Lrace
arbres, ses bàliments relevés, les mur du
d'humidité, ses petites vitres couvertes d'une chà.Leau recrépi , Au jour fixé pour l'arrivée table et à sa droite, inaLlenti1•e à la mine
couche de boue qu'y avaient formée la pou . de la marqui c, ces réparation , quoique non scandalisée de l'abbé dont les inrorri!ribles
préjugés s'effarouchaient de cet homma~e. A
l)

M A.D'E..MOTS'ELL'E
tout instant, elle e penchait vers un fidèle
serviteur. E le lui dé i11nait sa petite-Olle
aRsise en face d'elle et murmurait :
&lt;C Elle est adoraltle, cette enfant, et le era
plus encore quand elle aura appris les manières du moude, quand elle saura 'habiller
urtout, oui, aduraule, » répétait-elle toute
viuranLe d'émotion, cumme en un rércil de
maternité.
Le urave Cha.serai Luvait ccl élo11e sans
admeLLre d'ailleur~ que le contact du monde
el des parure de meilleur goùl du. enL avoir
pour effet de rendre )Ille de Circé plus belle
de corps el plus parfaite de cœur.
,1 Attendez de la connailre pour vous prononcer, madame la marquise, ll répondait-il.
EL dans le bruil des Yoix el des rires qui
de tous côté montaient eu fusée , il rat·onLait à la marqui e, pour elle eule, en quel
lamenlable état il avait r1·çu lsauelle, à son
retour de Paris, el de 11uelles angoi ses, depuis ce jour, avait rempli sa vie la re pon abiliLé qui pc ait sur lui, mais aus i de quelles
joie . Les accident de a croi ·ance, es
maladies d'Pnfant, le travers de on caractère, lt-s effort entrepri pour le corriger,
le développement de ses forces intellectuelles
el physi4ue , le trait par où se ma11Üestaienl sa nobles e d'àme, la hauteur de ses
sentiments, a droiture, il rappelait tout cela
tt l'aïeule avide dt! l'entendre, dont les yeux
s'empli, aient de !arroi' , au cours de celle
marche en arrière qui ré1·élait combien était
digne d'elle l'hérilière de son sang el de son
nom. Cha~seral ne ce~sa de parler. elle-m~me
ne ce a d'écouler qu'au moment où le repas
prit fin.
Alor , en .e le1•anl, l'aimable femme, pour
honorer Ct-lui à qui elle devait de retrouver
sa petile-fille vivante el telle qu'elle la voyait
et la devinai!, po a sur le ura de Cbas. eral
a fine main blanche, el, Youlant lui rendrP
un Lémoicroagc érlalant, elle impo a d'un
gc le le silence anlour d'elle el dit :
&lt;&lt; Ce n'est pas
eul~ment P.n me conserranL, au péril de sa vie, mes hiens el 1, s riche ses cnfl'rmées dans ce cb:Ueau que Chasserai a mérilé l'éternelle reconnai · aoce de la
maison de Circé; c'est encore et surtout en
me con ervanl ce Lrt!Sor-là, le plus prédeux
de tous. » Et du doigt, elle désignait isabelle, en ajoulant : « Quiconque l'ouulierait
serait ,tir de me déplaire.
- Et à moi encore plus qu'à vous, grand'mère, l&gt; 'é&lt;;ria \Ille de Circé, en sautant au
cou de Chasserai.
Telle fu Lla récompense accordée à l'héroïque
dévouement de ce dernier. C'était peu; mais,
en ce temp -là, cc peu étail jugé urfi anL.

XI
La marqui e de Circé con acra le journée
qui suivirent son retour à reprendre po session de sa demeure et de es biens. Elle eut
aYec Cha eral de longues conférence!. Tout
étail à réorganiser dans le domaine, à réintaller dans le château. li fallait dre er un
invenlaire du mobilier, des bijoux, de l'ar-

genlerie, orùonner des coupe dan les bois,
contracter des baux avec le fermier , rendre
au~ appartement lt'ur ancit:'nne physionomie,
remellre en place Je Lapis.cries, les tentures,
les portraits de famille. Du matin au oir, ces

DE CrR,C'É - - ~

aprè avoir été le précepteur de Rol1erL de
Circé, était resté son ami, plus que son ami,
on confident. lsabdle le sa,ait, grâce aux
Jeures que, depui deux an , lui écriYait son
frère. Ausj, lursqu 'elle araiL voulu connaître
pour quels motifs fü,hert n'était pas rentré
en France, en mème Lemp que a grand'mère, c'e t à l'aubé qu'elle 'était adres ée.
li avait feint d'auord d'être empèché de
répondre. li donnait à entendre qu'il n'ayait
pas le droit de trahir les secret d'aulrui, que
la divulgation de celui qu'on lui demandait
de révéler aLLireraü des mam. sans nombre
sur la tète de Robert. Mai ce réponses él'aive ne pouvaient apaiser la curiosil~ d'une
fille voloutaire, entêtée en ses idées. Plus il
s'ousLinaiL dans se réticences, plus lts question d'Isabelle e faisaient pressa111Ps et impérieuses, si bien qu'un jour, . ou le Oot de·
dema11de qui se succédaient, il fut coritraint
de s'expli4uer. Aprè avoir e:xigé de Mlle dt!
Circé le erment de ne répéll'r à personne ce
qu'elle allait apprendre, il lui avoua que Robert con~pirail contre 1 Empereur.
1&lt; J'en étai
ùre, s'écria-t-elle, électrisi'.e
par celte confidence. Quelques phrases de sa
dernière lellre m'a,·aienL éclairée. \fais le roi
le lui a-l-il permi '!
- Le roi n'en est plus .'t permet lre ~ e
f.'hasseral u h.ila de me/1,-e l es domaines en elal Je
serviteurs
d'agir, ni à le leur défendre, rérecevoi,- ~es ma, rres . Il recruta Jes !'m•,-iers qu'o11
pondit tri tement l'abbé. Exilé au fo11d de la
vil. sous sa dlrec/1011, tr.ivailter pa,·to11/ r l;i fois
\Page rlltl.)
fius ie, abandonné par l'Europe, mal informé
de ce qui se pa se en France, il ne peut alsoins indi pensable~ absorbaient )1 me de Circé. tendre sa couronne que de l'iniriathc des plu
Ce n'c t guère qu ·aux heures de ri&gt;pas ou à intr&amp;pides d'entre eux. Votre frère a été reçu
la nuit venue qu'elle reYoyail sa pelitc-fille et à ~li tau. Sa füjesté n'a voulu ni l'encourager
pou1-ait s'entr,•teoir avec elle. Elle se pro· ni le décourager. Elle l'a lai~sé libre sous . n
mettait d'ailleurs dl:l se dédommager dès que seule responsabilité .... Tou le foi , comme térrait terminée sa tâche.
moi~nagè de a confiance, elle lui a donné
Tandis que, désireu e d'en finir, elle s'y de leltres patentes qui l'accréditent auprès
donuait fout entière. habelle pa ,ait son des chefs ro ·alisles. »
Lemps avec l'abbé ~laucombe. Au premier
)file de Circé fut mise ainsi au courant Je
moment, elle avait conçu pour lui plus de l'entreprise tentée par son l'rère. Sans tenir
défiance que d'atlrait. )lai , en peu de compte de transformations ~urvenues dfpuis
temps, ses préventions étaient tombée . i la chute du Directoire, ni de la puis. ante
les lraver de l'aLué apparaissaient d'abord organi. ation de la police impériale, cc jeun&lt;'
en lni, on découvrait nte en le f ré,fuenlant imprudent avait rêvé de provoquer sur le
qu'il po. édait les plus rares qualités de territoire français une prise d'armes, quell'e. pril et du cœur. a bontJ naturelle atté- que cho c d'anal/\gue à ce qui s'était passé
nuait le caraclère intransigeant de es idées. autrdois en Vendée, des soulèrements dont
Lor~qu'il parlait d~ · malheurs de la famille l'au ence de !'Empereur retenu alors en Allero-yale, de amertumes de l'exil, de crime
magne, aux pri es arec la coalition, semblait
de la Rél'OluLion, ses parol~s respiraient la devoir assurer la réussite. Jls éclateraient
violence, trahis aient d'implacaulcs re senti- parlout à la fois, favorisés par la crise finanments. Mai , s'il abordait d'autres sujets, sa cière, la détre,se publique, le mécontentemodération apparai·sail. Bien qu'il eùl sans ment général et surtout par les appréhcn ion
ce e à la bouche des menaces et des récri- qu'e,cilait dan Loule le clas e sociales la
minations contre le nom·eau régime, il em- guerre commencée. Le marquis de Circé deblait n'ètre ardent qu'en ~on langarre.
vait pénétrer en France avec ses complice ,
Isabelle se lia vite avec lui. Elle e plai ail par la ui se, du côté de Pontarlier. Il avait
à lui faire raconter li&gt;s plu émom·ants t:lpi- choisi celte po5itioo non seulement parce
sode de on émigration. Elle l'admirait pour qu'il la connaissait, mais encore parce que
sa Gdélité à la (au c du roi. Celle fidélité, il c'était la seule sur laquelle il n '1 eût pas, ;'t
la gardait inébranlable, encore quïl ne fût celle heure, de mouvement de troupe . Elle
pas san danger de la confesser. Isabelle présentait encore l'arantage d'ètre proche du
n'eût-elle eu que ce motif pour considérer château de Circé. Enfouie dans les bois,
l'alibé comme un homme &amp;.limable entre l'antique demeure offrait aux conjuré un
tous, qu'elle s'en fûl contentée. Mais elle en lieu de rendez-vous commode et ~ûr. Il leur
arait encore un autre. L'abl&gt;é Maucombe, serait ai é de 'y cachPr, d'y carher le armes
.... 1~ ...

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1flST0'/{1Jl ----------------------------------------'""
et les munitions qu'il étaient obligés d'introduire en contrebande.
Ces plans laborieu ement échafaudé alaient enlrt&gt;r dans la période d't&gt;iécution,
quand une circ11n ·tance imprévue était venue,
à l'improviste, les déconcerler. flohert de
Circé avait appris tout à coup que a mère et
lui-même étaient rayé de la li te de émigré
et remi en po ses ion de leurs biens. Cette
nouvelle, qu'en d'autres temps. il eût accueillie avec joie, constituait maintenant une
1éritable cala trophe. Elle l'obligeait à tout
recommencer. La marqui, c ignorait les projet de son pl'tit-flls. Il ne fallait pa songer
it les lui révél1•r. Par nature, elle rilpugnait
aux m01ens ,iolents ; elle en avait toujours
M. approuré l'emploi; à plus forte raison,
l'eût-clic M approu\'é au moment où sa famille béuéliciail de la clémenre de !'Empereur. a pré. ence au chàtl'au de Circé re1,dait
donc impo s;ble la réunion d...s conspirateurs
en cet e11droil. Hoberl s'était hâté d'en avertir
ceux d'entre eux qui se trouvaient encore à
sa portée. Quant aux autres, il e. pérail le
rencontrer sur la frontière avant qu'il • l'eu enl franchie, se concerter avec eux el modifier les instructions qu'il lt:'ur avait dunoées.
Instruite de ces graves desseins par le
confidences de l'aubé Maucombe, habelle,
dè ce m11ment, se con idéra comme destinée
à y participer, entraînée à agir elle aul-si non
eulemeol par la per pecti1•e des danger
qu'allait courir ce frère qu'elle adorait, bien

qu'elle le connùt à peine, et par l'ardent
Msir de les parlager, mais encore par un impérieux besoin de se dévouer à la eau. e du
roi. enir Cl'tle cau,e, lravailll'r à la chute
de l'u, urpaltmr, à la rPslauration du roi lilgitime, n'était-ce pa .e prrparer à vengPr es
parents , à a ~urer le châ1imenl de leurs
bourreaux, cc b0urrt•aux amni I iés et ab. ou ,
à qui l'Empire nai. ant avait fait une si large
part dan .es faveur ? Elle vécut alor· vibrante
et fié1reuse, dans J'attente de l'événement
qu'elle espérait et redoutait, excitée par le
langage de l'abbé qui se réjoui sait d'a,oir
trouvé à qui e conlîer.
C'était à tout in tant entre eux de my térieux colloques où il agitaient le diver~es
é1·eo1uali1é de la partie qu'avait o é en,wrer
Robert el c,,mmeutaii&gt;nt pas ionnémenl les
bruit du d~hor. , qu., 1...ur appor1aiPnt les
papi"r publics. La défaite de Traralgar, dont
la nouvelle était arrivée au ch:i.teau peu de
jours aprè la marqui e de Circé, les avait
comlilé de joie. Ils ignoraient enrore la prhe
de Vienne. Il e llallaient de l'e! poir que
apoléoo, écra é par les armées alliée. , ne
pourrait rentrer dans sa capitale, el qu'alors
le peuple françai , enfin délil'ré d'un deipotisme odiPux, rappellerait on roi. Ils apprirent bientôt la marche victorieuse de Napoléon
en Aulriche. Mais leurs espéranCPs ne furPnt
pa ébranlé . Cdle suite de faits d'armes
glorieux el victorieux ne leur apparai sait que
comme un accident de guerre sao impor-

flllustralions de CONRAD.)

tance et an lendemain. Que pouvait !'Empereur contre le empereur el l.. s roi coalLils?
De ce quP peo aient et se di aient ~a petitefille et l'abbé, la mar'luise ne e doutait
guère. Convai,,ru,; qu't•llt' le désapprouverait,
il, évitairnt d'y faire allusion en ~a pré.,ence.
'étonnail-t!lle de l'ab eoce prolooi:ée de on
petit-fils et d'ètrr. san nouvelle de lui, ils
s'en étonoaier.L avec elJe. Prononçait-elJe avec
reconnai ance le nom de 'apoléon, il a sociaient aux hommages qu'elle lui rendait.
Il a[ectaientau i, quand elle étaiL là, de ne
parler jamais des Bourbon . A tout instant et
sous toutes le forme , ils 'appliqnaienl à la
tromper. Elle était d'aillrur si loin de la
vérité qu'elle n'aurait pu la oupçonner, de
ttlle ~orle qu'elle continuait à vivre hi&gt;ureu e
et confiante, dans J'i&lt;rnorance de péril qui
grandis:,.aient autour d'elle.
vec Cha eral, la jPune fille el le vieux
prètre se montraient moins cirron~pect . Il
c,lt été trop difficile d'égarer a clai,royance.
Ils prévoyaienl aussi que le jour vit'odrait 011
on concour leur serait néces aire. lis e
lai saieot aller devant lui à des allusions discrètes, mai significative . Ils croyaient le
préparer ain i à de aveux ultérieur plus
compli&gt;ts. Mai déjà il en avait aussi long
qu'eux-mêmes. Ce qu'ils lui cachaient. il
l'avait deviné. 'il ne le leur déclarait pas,
c'e t qu'il voulaill'onc;errer Il' droit d'affirmer
à la marqui ·e qu'il n'avait jamai connu les
projets de l\obert.
(A

Le colonel
Sa Majesté prussienne se trouvait, au dire
de hi torien , en a ,.z ràcheu e po Lure ver
la fin de l'année 1757. Le 22 novembre,
chweidnil:t avait ouvert es porte aux Autrichil'n ; le corp du duc de Bevern a,•ait
été anéanti, en quelque sorte, sous les murs
Je Breslau, puis, pour comble d&lt;! malheur.
celle forteres. e avait dù capituler. Oe la sorte,
rrédéric-le-Grand - qui allait, d'ailleur ,
rétablir ses alfaires, grâce à uoe brillante
victoire (Leuthen) - avait tout au plu une
quarantaine de mille homml's à mettre en
ligne contre ses nombreux adversaires.
L'argent ne lui faisait pas défaut, car,
aussitôt maitre d'une région, il lui impo·ait
une contribution de guerre, sans préjudice
des coupes qu'il pratiquait dans les bois, des
équestres dont il frappait certains biens

suivre.)

ER"ŒST

•

prussien Collignon

•

(

L E COLONEL 'P~USS1E'N COLUG'NO'N

centaine de francs en moyenne; quant aux
Colli!mon était pa sé maitre en l'art de e
frais dP tran. port, varialtles suivant la di - •rrimer, el se honorable arol le po. sédaient
tanCt', il dép:i ,aient généralement de beau- vrai t&gt;mLlablement ce talent au même degré
coup la pré1·1:d,·nl.... omme.
que lui.
Par q11ellc savante combinaison, gràcc à
Bientôt on les vil opérer sur une vaste
qnel (01ubi, ce colonrl vi1rait-il et surtout écb..-lle dan tous les coin el recoin de
ferait-il vil're le nombreux auxiliaire dont l'Allemag-ne. parfoi au heau milieu dt&gt; lila coopéra lion lui serait infüpeosulilc ?
!!De ennemies, où la pré ence de racoleurs
Frédéric, tel que nou le connai . on au - parlant français ne pouvait, d'ailleurs, étonjourd'hui, n'était Haiment pa- homme it ner per onne.
s'embarra ser de que lions aus.i banales. Au
Que ce fût en ouahl', en Franconie, dan
surplu · , en admettant qu'il eOt appris le: le pay rhénans on dans le nord de l'Alleagis~t'ments de Collit1non, lui auraient-il· in- magne, ces me sieur employaient des pro·pirédc scrupules, à lui qui ne del'ail pa lar- cédé uniforme et 'adre ,aient invarialtl ,_
der à inonder I' Allema 0rne de , a fou .se monnaie'? ment à la même catégorie de gen , c'e, l-à·n fait est pa1e11L: le colo11el avait 0LL1•nu
dire à de jt&gt;unp· él udianl ~, de petits eml'lo) é.. ,
toute · le a11101 isatiou d1•mandéc el le
des courtaud ' de boutique. de ôl de famille
pale11r des différentes pro\'Îlll'e::. dti la mo- dé œmré, el autre badauds imbécile, qu'il
narchie pru ·ienne avaient été avi~és d'avnir reoronlrai eol .ur leur chemin.
à sold,·r, an~ autre formalité, les mandats
L'entrée en matière avec leurs victimes
que lui ou ses lieutenant~ ltmr pré:1cnteraieut n'avait rien qui pùl emharra, er Collignon et
au litre des prime d'en agemenl et de
es ru é mand:ilairc. . Cërail, en règle généfrais de transport.
rale, un appèl à la vanité de ce jeunes niais,
une érie plus ou moin longue de variations
ur l'air du Oenard et du Corbeau, puis l'olJre
Un mois 'était à peine écoulé depuis l'en- directe, brutale, d'un grade dan l'armée
Lrerne de Culliguon avec le roi - on était pru .. ienne.
aux premier jour · de l'année 1758 - que
- Voulez-vous une place de lieutenant ou
les recru · al'Ou,ienl déjà daus 1~ dépôt, de capitaine? dan l'infanl1 rit&gt;, dan les cuitout particu lièrt"menl à Ma 6debourg.
la rassiers, dans les hu sard ? \'uus n'a,·ez qu'à
place de - lameo1able et rares convois de dire un mol rt, séance tenante, je vou la
cinq ou six homme licelés, bàillonnés, ame- donoerai. a Maje té me permet de conférer
né par de voiture de rJqui ilion el sur- ces grades et la preuYe, tenez .... (En disant
veillés étroitement par Ji:s ous-oflh-ier ar- ces mol , il exbiliait une liasse de brevets en
més jusqu'aux dents, on voyait arriver main- blanc.) Je n'ai qu'à y in crire voire nom .
tenant, sans corte aucune, des Landes de Muni de celle lellre de service, vous vous
gaillards heureux de vivre, chaulant, riant et rendrez à Magdebourg, où vous serez remanimé uuifurmément d'un vif désir d'èlre boursé de vo frais de route el mis en posemployés au plus tôt. Loin d'être empruntés
ession de votre Pmploi.
comme le sonL habitucllemeot les soldats noPre que toujour, les malheureux s'y lai. viœs, ce jeunes gens e présentaient arec
aient prendre. Comme il leur fallait de l'arun aplomb uperbc chez le' secrél..Jires des gent pour leur voyage, ils n'hé itaient pas à
colonel· el remettaient d1acuo, d'un air \'Dler leur père, leur patron ou l'admimi.lratriomphant, un papier de rormal impo aot, tion qui les employait, n'ayant plus d'autre
artistement calligraphié, revètu de parales .ouci que de joindre au plu \'Île la gloritiuse
extraordiuaires; eu aile, dame eo. uite .... armée prussienne el de revètir l'uniforme de
Mais n'anlicipou pa .
. es officier . Les pauvres inconscieuls ne larCe Cullignon - 11u'il ft'it de l\'ancy ou de daient pas à dtkùauter. L'hi Loire nous apMetz - eo1111ai sait admiraLll'menl la na1ure prend, en eJTet, que, dès leur arrivée à laghumaine. li 'était reudu un compte exact dehour", on le incorporait en qualité de
de la bèti,e de ses coulemporaiu ·, el avait
impie ::.-olJat . « Tuule rési lance élail inudécou~erl un moJeO étuunawmeut simple de tile; ou les rouait de coup de balun, ju 11u'à
l'exploiler au plus graud profit de si:s inté- ce qu'il · se déclarasseut contents de leur
rêts propres, , au nuire à ceux du roi qui le sort. »
patrouuail.
Une fois autorisé par Frédéric~le-Grand, il
avait mis en campa"ue un aomhre incalcuCollignon avait un e prit fertile en re laLle d'agents, Cra11,;ai pour la plupart ources. Lor que, J'a\·en1ure, il traversait une
avouou -11:l à notre hunle - el dont le plus réi,rion peu éluignée de lignes pru iennes, il
ootaLles ét.aieut ll's ieurs de la BaJie. Fon- joi,,nait aux vulonlaires des espèces énuméLarne, Merlrn et Ei.taguolle.
rées plu haut tout ce qu'il rencontrait sur

•

DA DET

communaux ou particulier , et de· ferma"e
de lui fournir des recrue 1'11 nombre au i
qu'il prélevait par avance, notamment en grand qu'il le désirerait. Détail caracl 'risaxe.
tique, mais qui ne pouvait manquer d'inléEn revaochP, il ne trouvait plus d'hommes, re er au plu haut point un .ouveraio aus i
car la nouvelle de ses revers, propagée ra- économe, Colli&lt;rnoo ne dt'mandait pas d'appidement, avait fait tarir les principales poiotemenls. li 'en~ageait, moyennant la
ources qui aliment.-iient le recrutement de conce· ion du titre purement honorifi4ue de
on armée.
colonel pru ien et le paiement de la prime
La iluation était vraiment inquiétante. habituelle et des frai de route, à lui proAu si le plu sceptique de monarques, un curer des hommes « sains de corp et animés
certain jour de dé,·embre i 757, accueillit-il de bnns entimenls militaire D.
as,ez favorablement le ouverlures d'un avenPas d'appoi111emenls !
turier fraoçai , répondant au nom de ColLa raison était convaincante, bien que le
lignon.
roi - pourtant si méfiant - eût dù s'expliCet individu, sur l'étal civil duquel tous quer difficilement le mobiles auxquels cet
renseignemeots font diifaut, mais qui, d'après homme obéi ait.
certains indices, devail être ori!!inaire de la
Soit dit en passant, les arrhes (Hand9eld)
région compri e entre ancy et )felz, offrait donnée à chaque recrue 'élevaient à une

_____________________________

son chemin, plus particulièrement des ber&lt;rers. Des centaines de ce pauvres diobles.
surpris au milit&gt;u de la nuit, couchil dans
ll'urs rouloues. Iurenl enle,·é- ain. i. Par meure de précaution, leur~ ra"isseur clonaient
ou ficelaient le coul'Prcles de re \'éhicules.
l'n de ces berger , uo gaillard d'une force
prodigieu e, qui al'ait déjà mi à mal pluieur auxiliaires de Collignon, ne put échapper à . a de tinée. Lui au i fut victime de
sa vanité.
n jour, à l'auberge, en présence de yens
qu'il ne connaissait aurunement, il eut l'imprudence de vanter la pui ance de ses mu des el d'ex11cu1er quelques prom· . es. L'un
de· étrangers - on a rt&gt;connu Collignon,
n'est-ce pas? - lui proposa aus. ilùl un pari,
t. .qut'I, cela va sans dire, fut accepté an
plus de réilexion.
L'épreuve consistait en ceci : le ber&lt;rer deYail étendre les l,ra horizontalement , de
façon que l'on pût faire passer a houlelle
dans les manches de son habit, après quoi,
pour tenir la gageure, il fallait qu'en ramenant les bras devant on corps, il brisàt le
manche de celle houlette. Mieux eùl rnlu
pour lui s'engager ?i prendre la lune avec les
dents. Au.sitôt le bâton injnué dan les manche. , le gaillard ,se vit réduit à l'impuissance
la plu absolue. Deux racoleurs l'empoignant
par les bra. l'emmenèrent an qu'il pill
même e. quis er une lentitive de résistance.
La légt•nde ajoute qu 'en s'en allant avec son
escorte, « ce crucifié ambulant avait l'air
conîu' et très bète 1&gt; . Cela parait tout à fait
vrai emblable.
Par ces moyens, par d'autres eocore dont
la connaissance n'e l pas venue ju 4u'à nous,
« Collignon procura au roi, pendant la guerre
de t&gt;pl ao , 60 000 homme ». (Archenholz,
Gttene ile Sept ans, p. 155. )

•

II aurait été intéresi:ant d'apprendre comment et où ce fameux colonel tt&gt;rmina on
aventureuse carrii&gt;re, mais l'hh,Loire est
muette à ce sujet. En re"anche, elle nou eneigne que plusieurs de es collHhoraleurs,
notamment les capitaines Fon1aine el Merlin,
ain~i que le lieutenaut Estagnolle, finirent
mal.
Impliqués, à la fin de f76I, dan la mutinerie de · élra11ge1·s prw, iens (un régiment
d'infa11ll'rie, en majeure partie compo.é de
Fraoçai ), il îureul coudamués à mort et
pendus ... e~ eîügie, à Leiplig. Trop malins
pour e lais. er preudre, il , avaient ma sacré
leur colonel, un Pru ien, el emmenant leurs
canon • avaient gagné AILenbour", pui, la
Franconie, où il avaient pris, elon toute
apparence, du er1ice chez les alliés.
P.

DE

PARDIELLAN.

�, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 28, Enero 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>���'LisEz-Moi" u,sroR

MADEMOISELLE DE CLERMONT AUX EAUX DE CHANTILLY
Tableau de "':\ATTIER. (:\luséc ConJé, Chan Lilly. l

�L1e~AIR.IB .ILLUSTRÉE. -

JULES

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TALLANDIBR, én1T~. -

27e fascicule ,~ 1.111v1er 19rr •.

Sommaire du

r

BELLES DU VJEUX TEMPS
et=&gt;

Belles du vieux temps : ~hdemoiselle d ..
Clermont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Q7
P .11'1, G tl LO • , • • • Amou rs d'autrefois : Un ménage roy t . . . 10 1
Ill. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . IUti
'l'ALI.E I El'l'TDE Rfa'J.'::. Loui
: Les demoiselles de Fernig. 10:e llLE CÈRE, . • • Femmes-Soldats
11 0
OMTE O uvA R0rF.
. Le prince d e Ligne. . . . . . . . . . . . . .
lndi crétions del Histoi re . - Les artifkes de""
D oc rEUR
.\BA •j;;~ ••
la toi lette : La poudre à poudrer . . . . . .- 11 t
ICO.IITE OE llruS&amp;T- •

Rl 1'.11 • • • • ,

••

(.l~.. ÈR.\L DE M.IRBn r.
8A(' IT.1.C.MO. T , . . .
1t 1.F. ll uc11~. . . .
'.\L1DA\lf: !IF:
\VI e•.
f.R:-IE~r 0 ,\UD T, • •

ILLUSTR.ATIO S

TIR EE EN C.UIIAll!U :

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Lrc-Ourn,R t &amp;ttso~, 'TRO0RA ·r CARL Vr.1t:-.E T H oRACE VER.'IET-

'' LISEZ=MOI ''

partout

.\1.\II E.\I

ELLE DE
TARLP.\

-

AU TÉLEPHONE...

Pîèct tn deux actes, par Chartes FOLEY et André de LORDE
II F.J&lt;R I l~A \'UU, N. de l Academie rran,;abc. ortie. de b l . LAL'l&gt;E .\, ET. Note
sur l"am,.ur
E1•'!0lo'll HUST,\ . U. de l'Acadtmie françai c. Ballade de la Nouvelle année . - .\l.,RcE:1. PR . \' ST. de l'.\ ·:1dem1 e rr~nça, e. bonchette. l1 1&lt;NRY 1:31, Ql"!,. onnet mélancolique.
l'ArL Cl V1c1on M.\R(,l'E RITTE.
Le ac de bonbon 11. - Auc;~STE UOR '.11. \1~- l..'habitud de carc es. - ~lt .111.1..
·on.1&gt;,\\'. L' âge .te l'amour. - .\11,cA1 E DON ',\Y , de t"A(adcmie frnnçai e.
Le Jour de l'An . , Ill'
Il N f!J.PLE RE. Ame · fém inines IIARL&amp;
f·OLF.\'. La fève. - PA 1. AHENB. La maison aux chat . - GU\' DE :\IA ·
PA "1\ ' l . C..arÇ-un, un bock! ... - Pu L B {'[(GE1', d~ l'Acndfmt.: lrançal e.
Feroro.e malade. - H e,RY BORDE.\l"X. La robe de Jajnc. - F°RA:-&lt;ÇO IS DE :'1:10:- .
1 L'amour et l'amitié. - Tnloooat:: ••~ B.\ ' \' ILLE. Camées : La JocooJe ; La
Vfou~ de lltilo. - Eo)IO:&lt;D ll,\K L"CO lt r. Hiver.
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ra_Je, qui :'éltM prr &lt;le Ëclu"e et plus
rnde ert de début au. am ors de Mlle de naJbe pur el gracieu de e jamb rr('rveuse
lom,
ce parlerre, cc miroir, ce bo quet ,
Clermont el du duc ~ Mel110, un s.ei oeur el de · hras arrondis.
ont
toute
le men· illc- qui nlow·ent 1
d,7hnute lignée cl une prince e de ann- royal.
.\rec on mentou à [o etl
a Louche bassin d'Hcr~ulc! Tout cela c'eH Clmnlilly,
, 1 le cadre a r,· te, ni le é banrre de er,·ermldlle aux Jèvr
ntr'ouverte , on nez a1·t'C es pala1 rempli de chcl -d'œuue es
ru ut.!, ni mêm Ir ' rendez-1·ous cliez la fai- lé·•cremcnt retrous.é, .es yeux ndmir, Littière n u1anqnrnl à celle id ile cntimcntale qui éclairent on Yi age ébloui-saol d frai- jardin peuplés de latue , el e caoaUJ:, e
résenoir eL e eaux jailli sanie qui pour
et loucb nte ! Et, pour compl~lcr I res emheur, Ue jeune dée .e d eaux el de
emprunter
le lan••age de Bo uet, ne o taiblance avec c aim ble r,..:Cits do H111t ~i cle fontaine~ .emb!e l'érncalion m ~me d la jeu.ent
JJÎ jour ni nuil.
qui plai ai ni tant à no ptir ·, c'est dan un n s e et de la tmlce, de l'êlé,.ance el de la
dramnlique accidl-'llt que le btiro lroU\·e la ,olupté ! Ja~ai ~allier n'a mieux rendu qu,
~orl ·ou les yeux de on amante éploréè et
ur celle toile le charme particulier de- celle
La divinité de ce lieu enchanté c' 1 la
rnc n.olable.
épo,rue nchantere ' e ù il a \·écu; ou~ la petite-fille du "rand Condé, 'e t la sœur du
Brillant. J.éger,. frivole, empres é près de
poudre lé ....re qui roil .e chev ux châtain , duc de Bourbon, pr mier miui~lre d Louî .
lt Ue dont il savail comme
Je Uien-A.i.mé : Marie- nne de
pcr onne d 1.armer le riBourbon, plu connue da-n ,
gueur , le duc &lt;le felun avait
l'hi loir • us le nom de ~Ille
été lon,,.temp inconstanl et ,•ode Clermont.
Ian-c; l'amour le Iran forma
cl le libertin d'antreioi d 'ée à Pari , le 16 octol1re
1697, dans ce Ld hôtPl de
v~ol uhilement fidèle le jour
ou one de Bourbon lui enl
C~ndé, donl nou. pou,·on addonné son cœur. Le portrait
mirer encore lo upi·rùe or&lt;l11 la prince · ooru;ervé à
donnance au coin de la rue de
C.hanlilly dan la grand raieBal'.ylone, la j une prince. 0
rie du chàteau uîfit à e. pliava1l pour père Loui Ill de
11aer celle fidélité qui étonna
Bourbon, pour mère Mlle de
la ville et la cour ei à faire en
Nantes, ?Ile lég itimée de
mème Lemp comprendre sa
France, 1 ue de Loufa \IV el
mélamorpho,e.
de .llme d Monte. pan. Il ,em'e L un tableau de •n-ande
bl • que l'altière nrnr,1ui C', irui
?-Ïm n ion qu.i repr ente une
ut pendant 1ant d'anné . enJeune femme en co tome mych:iiner lecœurvolagè dn arand
thologique dan~ tout l'~clat de
Iloi, eûL lran mis à. e ù~ riinla jeun~-e et de fa beauté. A
danl l'ardeur pa • ionnéc de
demi couchée ur un lcrlre
sa n?Lur: ~n mèm Lemp • que
razonné, tlle se repo_ dan~ un
la r1vacue de ,es entiml'nt ,
mol ,abandon, l.i bra droit :ipDeux de se fill "Ont re L~es
pnse • nr une urne d'où 'écéli•bres : l"u11e, Mlle de Chachappe une au abo11da111e,
rolais, par l'étran rreté el l'éclat
t:uclte J.c&lt;y,
Laadi que sa main gauclie _e
~e
e· Cantai.ic ' , l'autre par
.MADEWOISELLE DE CLEIUIO.ST A YLVIE,
tend ver une coupe que Jui
1av~ulure amoureu e qui allait
Ti1l"le11u .te Luc LrîTct :.'llau,oN. (.liaison Jt S,-lrie, C/rmlillr.)
présente une naiadc. A peine
arnir un dénouem nt i Lrarè1ue d'une tunique qui J'bag}quc èl qu~ devai t remplir sa
,·1e toul nhère.
h~. n la dé habillant, elle nou ' apparait son joli ,isage emble sortir comme d'un
dmnemenl hdlc, dan · la vapeur d'un rualin
La
première,
avide de plai ir, ennemie de
de prinlemp , drapée dan 110 mauti au 1.,) •u.\- ~uage; on sourire ·&lt;!claire, sa ph) ionom.ie toute contrainte, 'a.baudonna aux caprices de
anime,
ye1U dtiviennent plu Lmpide et
tre dont le pli~ flottant nou dérobt:0t à plu
es .en el de on e, prit; la ~econdc, de naprofond .
ture lrop tendre pour r i ter aux l'Ulraioc~• • l dan le cadre même où 'e t écoulée
OCIICES, L monlt&gt;) : lli lo1re dtJ la }Uge11rë,
ment. . de on cœur, Ul du moin rc. ter ftd1He
t. Il . - Jnu1·11al t!l m~11101rf# dd l1"tl11e" .lfamî
' J ~nes.e que le peintre a voulu placer soo
~
celui qu'elle avait choi i et n'ou~lia jamais
ayocat 1u Pa ~l~m~11l de Pari,, ,ur 14 r~11enre et 1~
~dui a.11,l modèle. C rand boi. d\rn ,·erl
?~j!llll 1e Louli X\ ( 111 ~-11:m publi .. par M. de Lesl
amant
pale_qu on aperçoit l'horizon, œ ont les ronne. au'luel elle a,·ail acrilit une coueure. _1an·, F1hll1. l11DOT, 1 i3. i 1·01. in- • . - .Ua,le1,w1ulle rle Cü-r111011/ uuu~cUe bhlori,1ue 1•ar îutai
du and parc; cc ·omplueux hàtiYm&lt;' ,le. Gc"li,. Pari , 'I ~ 1t.\ • 1 1:i.
'
mt&gt;nl, c'e 1 1 pa,illon d, la fontaine Jiné- . M~e ~c G~nJi dan un romao ouhUé au1011rJ b111, nou a couté ·elle 1011 ·hante hi ,_
1V. - llœtoRU, - !'asc. :;.

SIGK~TUIU!

60 pour l'envoi de&amp; gravurt5.1. 0 fr. 25 pour le stylographe et pour
les llwres O Ir. 26 (P-ari&amp;) et u lr. 86 (Dêparteme ots).

SlfR.P'R.lME ME/(VElLLF:USE

7

�1flST0~1.ll - - ~ ~_ _____.,__ ___...;;__ _
coi en l'accomnmdant 1111 lqu peu à 1
mod • de on lemp .
Pour l'mploJcr le mol 1.k ,'oJier, r:p:lt:

11.\1 .AU D&amp;

11,\.iTII.LY, -

:\\ 1

o:,;

amener à un m ria::? cl 11lite-li li de lant d • Uoi •• re":•rlus bcll•~ 11rincr. c de l'Enropi•.

Dl :,;yt. li-. :

par • ~iult lk•mc, dl• . o roman_c
h· h~
•
p;1renle, la mar,1u1 · J.- Pu1.im d11onn,•ur cl cnnliJc•nli'
·
uvmt. , ~ndnnl, tll. nou · a
t
t,l:romc un ~ :Ju' onl 1•ortr11i1
11ui . ml,lc 1tJ\l •, ,i !'ou • \•n r::trpe1r1e nm
111,{uu,irl J,, l'i•t!OffUI! : ii \Ill • dt! Cl,·rmonl
r,•çut J • l.1 11.1lurc l'l Je la fortune
l,j •11 • -:t IOU • le Jun 1111 'i:111 • n·i :
' 11 c ruY, le, une ·· :
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lm, dtllit;.,t, Ulll' •
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et i rar~ ch ,
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l' l'in lérèl à ' moind ri'
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C•lni 11u· ·Il• :illail pr,:fér~r u princ •, I•
plu illu Ire l'i m~m,· à l"L,:rilll r pn1"1mpli[
du tronc d'un rrrauù tU):lUIUC ~l.lÎl l1! duc J •
)f !lun.
En 17~:!. Lo11i ,J Jdun, dt•u,it·mr. Ju
nom, princ d'tpiuu1. duc de Jo1 eu~c. pa.ir
et ronnétaule h iréJilair' Ù • rr fi('(', ..:1 il l~é
de 1fo,.L-IJUil an·. C"t:111it un ::r •utilbomm·i Je
••t ndc n:ii~ ,in , fnir d I pran
d1•

bruit d
lanterj • a1 it r mpli la ,ille
l la cour: l'eol lèm nt •. u
~ir dl' . d U1.
~œur tnnargn lui l\l'ait Jonné lt'.' renom d'un
h mme à boooc lori un ; m · con 1uèll' 1
plu brill:anlc u:ait él~ i:efü
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une pas-'ion 1,rûlanle et l' arai
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T •li• êuiL Ill!! J 1-rmonl lorsqu'cll,· d~huta à r.ba111ill an commrncemcnL du prinlemp J , 1i Iï ux_ 1eu.t ébloui d. 1~ r
11 lui nl'ail urn 1.k p raitrl' pour rcumr 1011.
le ·ulTra"t·~ el pon
l
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plu i&lt;Jui nll! J,1ns
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clic :i,ail 1rioru1lh,t fll'ndanl quatre nn
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li mbouiJl ,1, la prcm ière par l:i
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1. lieauté. \foi~ on l'.11!Ur t1.llail
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l' · ·ion en !-c dé\",_

ur.

0

n. n:.w OF. Ct1A'.\'Tll,t.,. -

.\1A1 , . DE · n.\'TE ; LA F\1.1 L STLTit.

oulili , qui. depuis un nu J.ljà, était ,euf
d'Mmandc de Lo Tour.
oc
I' rai nt rendu cél'·Lr · et 1

,ur le, qu:iliLti~ de ou b.é.ro en no lllonlr4J1l le duc de ldun .e faisant 1foli&gt;nce 1wur
c,1chcr : )flic de Cl ·rm nl b n:ilnr d •

MADEJH01S'E1.l.'E DE CLEJ{i'KO 't

permi. pourlanl Ù' ·ur,ll)un (' • ' J &lt;lC::licak~ e
qui l'emp
r 'pondre aux a1·an1· ... d la
j •une pri
UlÎ: 11u'il ,il ul-~lrc J:111.
c~llc rr er
ulê • un mon•u de e l'n1tach1·r d:na
l pour loujo~r.·.
r~,r r
inl don Juan cr:llc foi 11ui
commrnço l'a11a,p1
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l,i n .oin, tout ln
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Ll:aL!ement id r a.u SUC(i-,- d, .
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~I nl: rèild M·ou , pni 1. c.b:mu,i~r' h léc
J'uue j •u111!1aitih • dé1011Jt,à_ Ill de Cl,•rmonl
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·\•nga"cr m r:: lui 1fu •
11111 ,
·Ile nait rnulo r,:péler c
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t lui r.-ni lire ce 1, m,
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dirh• nt in,orm
l,lt• •
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duc,
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loi e · enl l'onrniurro.
·tnp,
1 ·
• ion
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oj •I
, 1 1. d.1.1u
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1,•ur, ·rm •u
Oo r c1111lc 1111'311 mom •nt uù, aprè· nroir
r1uill danJ . ti111.:ml'ul _on a11p:m ·m ·111 : 11
mili •o dt&gt; b nuit. clic tran:r.a.it l:i cour du
cb ,Leau de l.b n1ill 31.'('0mpa;;në • d'um• rnote ◄10 '011 u·aiL mi.i. d n" 1 ecr ,, clle ~
cntit tout coup 1 •tenue bru. quement par
a roh , Mmm ~i q11 l11u'un dcrriere lie e,i

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wolé d' rrêlér

Un cri d'1!pouvante.

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la plu. l,dlt' prince . e de

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uu,t!nut po111 avai( nt r1·gagné lt&gt; cbl1l1•11~
qu aul pl'll oupço11uer l' .\~Dl'mi:nt
lrrit'u •1uj wna,l de · ccomplir.
juur d1• bu11heur de,.ut tre . an l •oderna111.
ne ~cm iu plu lard, C an Lill p,l ·n
moml'ml'nl ur 1'11rril·ée du roi Loui • \',
qui virnt \'Ï]!ÏIC'r st:. hou cou. iu de Bo11d.1on
d.u1 lt:nr incomparable domain •. Le r~jouis-

orp,.

a

e

rlim
n., dit He
j r
ue uou urV!'iJle el
urd.c me lruhir . .Alh•z rejoindre
mon frèr , c oir je vou dirai pourquui. 11
)
• t-mamle pas dm:rn
il
a
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t1n'il
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in lnnr la I le •I r•·"•rde
. ~Ille Je 'h·rmont, 11ui le
pu i il Ji. parait dan l'all~e
·
i {e po.r on n m.... l n ·ri
per,;anl
û, 111 la prin1· s •• pttle t-l
Lremltl:mte, 8flprenJ de la houc·be mème Ju
pÎl{UCIJr 11ui n,·courl à IOUl lirid ' ra.trreu è
\l!rlltl : 11 momr nt ruèm où I_ duc ,c
r 1ourn~it n.'.r- cil pou
· adr •-~er un
d,,ruier adieu, un errf a
hui~, en fr n.
. uliilc111enl I' llt
·a MIH't~é l
en lui nfouçan
l,oi · dan Ja
fut la 1~ mtm, de Il de lerroonl
qui Iran. por1:i au ch Ml.li h duc ruoribù11J.
UAfaillantc el lacée de ai I cmcut cl de

douJ ·ur, elle
1111'Plll' 1011lail
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ur ·il're à
::.-e 11Jfreu1- , LI~ ur •~; Jan
mêm il
r •udi1 le dcrui r ~oupir. 0
r1u'n . nt
d mourir il ,·ul k1 tor,~
11u"
li~t' d'une m" in d,•faillanle pour ad
un d"'rni.. r aJi u cdll! qui r~,· il I nt
el d lui fnire r in I Ire I billt't conh
• n 1•rmmt, oi1 elle nîl écril : a Pour
tOUJOII~ Il ,

a J' dépo e en Ire n maiu", J1 :ii1-il. ce
ur je po i'd.1i dl! plu ther; :lliicu. n'ouhliC.L
point ceJui qui \DU$ ai rue • JU" qu':iu tom-

b,,nu .
flan un \"r11vn e mélancolique.lïufnrlun~e
prinr ·e arda \tcr11rll1•m ·
foi 11 rdui
auqu •l t•II · 'ér il d11n11 '•·
arlao,•. lie
éloil d relit' qui n • .:r11·,
•r f.ju'une
• ule r,,i,, l'l ci·llt- enla~ll'OJ
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i, hri•é ~on 1·i.eur silo al i-1 .i lt-nJr •.
si ~Jt: "olu('lutux cl frivul .. , .a
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l 1-nei,re dè lil'u Je pèlcriuage à Luu
amants,

Vico

TE DE

REJ ET

AMOURS

D'AUTREFOIS
~

Un ménage royal
Par PA L GAULOT

lin raronlf• que 1. d . :iint-Germ:iin, mi•
nisln· d · la unrr, .e lmnHnl, un d~ prr-mi,·r jnnr d.. j:1111-j r
• au dln •r Ju roi,
•
r 'ln jeta il d
IP de p:iin • n
t'pnm D
prin e Jil eu rinnt
au ruin
: &lt;1 nue ferier.011 ·, LrJ ·e mili1alrc, ~i on li·
rait t•omme c; la ur on ? .'ire, j', n !ou rai J, pièce. 1
toile sailli&gt;', heoreu:c ~ plu•
i1·U r. ri,1 r
' p foit
ri 11 r in
ni et
m ~m\ li- roi'.
l. • mol, a
iI d'ailleurs,
du omt1•
lnt-Gcrmaiu
1'lail r ·ndu p • 1ut1nL •ncore
par 1 ·
'rin do mé11:1"
Luation onnue
I menl Je
LOl.:LS • '\' 1

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Fùchcr? Il d1m1i1, du re_li. füc b, liilu~
, llu ions t1: o · nie ; boa nomhre dr.
pl l~ m:tlin
::ie~, el qur.lriurFnis l'un
•·~ l'autrr., cir
,·ni, qui a,· · •nl dt1 p:irve•
mr
cou
anre. on a èuerneo an
lr1ine l'l I c
ci ïl a,ail fait alhr J'un
,ic1ll;1rd d
le-m
pour lui r.onfier la dirt'Clio11 du m
, ,n icnl d L
cl13iné 1 ,
ch
ier~, el oici.
cotre :iutr
. qui montrent
bi n ,î\èc (t
n p:irl ÎL alor. du nouau roi. L
ch nt,1it ur l'air :
I"/,, r'qu r·~ 1 q,i'tf11tl,,• 1111 ho, .
lbur ·~ r ienl triomphJnl,
\'
• ')U" • 1 qu· d'êtr mp11i
te roi lui dil fil l'rml,ra,, aat :
0

• Q•
li ra,
f,4., m
\"J' c:·,,

L

1.

·mhle,

re.

r ~ rréS&lt;'nl,
tt impui ni. :a

rond n' · t pa plu re. peçlueus :

! . AntcdMt, trrH..-" d .\ 1"111· ittt,, par r .J.11.- • (. ot'lô •klCTJ, l. f, p. 1 2

ur r ir ; ,l1111tf/r d ftJgr dt 'llfÎIIU an .

im1111i--anl,
roi l'a rrrulu plu pui
l.o mini tr rr ,nnlL&lt;llnl
Oil : • Pour vous, irc.-,
(l,1e j~ dl~ir
D', n f■ire nullnl l •
•Urt'f'H l·l1Îl

1.

Ce pl. i. an ter, nllaitnl trop loin : si le
f il ur le-1u I on daubait :ir enlr:iin 11 it
Yra.i, la au ét.1it autre que .lie qu'on lui
nllribuail. D'11ii pouvait d(lnc )or proYetlir
l'exl,rnordinairc froideur d'un prince j une el
roba. le pour une épou. e j une et joH ? La
f ute en
L a· u_rément à l'édnca•iun 11uïl
reçut l..- p rii de Loui· X\'I était U11 bomme
d'un mie.Ili •enc · d • plu · boru , ndonné
au prali11u mtlti ·ulen. e, d'une dt=rntion
étfoilt , t IJUÎ \ait cru r ifl.! ffl •r1cille ·n
confiant on il " in I aux . oin du duc de la
ei,.neur, ot L rnnilew, étai!
par, nu
r.ctle itu tioo emiiie p r une
m n U\'I'\'.' qui n rêt · it d'ailleurs qo pnrce
qu'cll l!t il diri~ée cor1lre un plus . ot que
lui. li ::n~il agné an d ,·111 ·l:- de chambre
du prince. • enill'ur lui fai it pa r
cbaqu Jour I • Litre du für, qu on maitre
'" miil de li . us~11dt, 11 il
le pro .urait,
le dr.,·•·rail, Pn r ·l •n.iil œ 4u'i] nait être
dan" la 1Uredion moral , poli1i1111e el r •ligie11se de l'aagu·te per,onna•"· Il berchniL
3H • atl
f ire lomher Jn :.on er ÛOD
ur I m Li ru traitée dans ce Jhr•, el fa.i ail
crnire
,·a Le •l sa.in érudition. Le prin
le re rJ Licnll1t comm le plu, c:tp:ùill•
1• »
d' !l ·t1r on
~, in!!Ulier pr • 'l'l ur dirigea -Î l,ien J'étfor.ahon de on éJ' 1·c que ci:)uj-ci épri d
ul
I rcices ph-: iques, n'aima ~ue la
cba.
u l • lra ,u mnnueJ , el le r ultal
fui on · rruricr de talcol, quand il aurait
fallu un rri
de mérire. Ce ne rut pa
loul, c:ar, prince ou · ·rrurier, un homme
peut faire un l1'l ri : 1 jeune D upbio n'était
pa c.1p lil • di: I' 1re.
rour qu'un !'Ï m uvai.c éducation elll
produit un tel r 11lta1, il fallait :i urém ni
que la nalal'e du priu 1•qui s'I' lrouva ~oumi
flil inclio ( • d'elle-mêwe
l'efüei nem nl
d?on ~- ·, e·t'&gt;l ici qu. l'on r Ul ,oir oom~•en fol r lal pour la li né d roi de
1 rance ce préju. é qui I lùrçoü Lou: A 11~,
~h1m·h. r des r•mme _p~rmi les prin. es
·tran r "· Qu r' l31L-il de ang fran ai

m~

~ JUmoir • rcJ'rt, du romtr d ',tfl1mrillf!.
.., 1111

►

dan le veine de. prlits-fil de (,ooi X ',
alor· q111•, J,·pu·· ll•nri I\', ûL, d'un Françai·e relui-là, lou le llour n nvoi •ut il pou :
d llruicnaes, d11 E p:i"'nul :. de .lulrichieno ou des l1 olonai e 'f Leur raell al"ail
petit à pelil perdu se qualité· nali ;
,·L. eur, la • D :ro il.é, la lmnourc nai1 nl
di~p:iru de bez ce princ . dont qu l,1uesnn. , mroe le omle de ,.,,·ence el le comt
d' rtoi , oc den1i Dl m me p · montrer du
courage. Au ;i Loui X\ 1, l'l'j l n d'une
branche ur laqui-11 on a\·ait re ë tanl de
nm aux étranger, l il luin d I si,eml,lt•r à
Ilenri I\'; il n'avait h 'rilé d'aucun de 11011lit · dl! 1• pr •déce.. eu r , •l l'on n , •, ur iL
di œrner duquel d'rnlrr. e( ' ~.1llr p,.:uH!lre
d Loni XUI. il tenait I' Ile pror·n ion c ec .ive li la ·ha~telé, donl on lui fil un m rile,
f1 ule de pouvoir lui n lromer un autre. Car
c o·e t i1ue par une ort d~ Il ll,·rie 11u'oo
ql.l lifie d v rlu •11 la couduil1• d'un prince
qui sut ré.i. l r urloul u pa~ ion. qu'il
n'avait p:J.J,.
1

Loui. X. \'enail d • perdre ·on fiL l,oui. ,
en t 7ti{l. •in petit-fil , I • due de Be.rn,
dernnu üauphin, avait 11ua1orze an . D. ~-l'r. pérance d'a ur r la u 1• ion ro,ale on
~on
le mari r et Choi. •ul oblin( d
.lnrie-Tbérè.e, impér.ilriœ d'.\11 ·m· ne el
reine de Hon rie. . fille :irie-.\n oinl!I
pour le futur roi dt1 France.
Le mariage fut célèbré le {O mai 1770 à
Versaill .
Le oir, ao oup•r, le nou,d :poux qui
ne .emLlnil point rmu, man.,ra d'un ~.llld
app 1Lil comme
n ordioairr. Le rol
Loui_ • V le r 'W~rqua t ne put 'empêcher
de dire son pellL-61 , av c un , urire :
- l'e YOUS char 1: p trop I' tomac
pour celle nuit.
lai lé Dauphin répondit LranquiUemcnt :
- Pourquoi donc'? Je dor toujour mieu
quand j'ai bien soupé.
Et de fail, Le r p terminé, l'él ve du
dac de la \'augoyon prit
jeune épo
par la main, la condui il ju.qu 'à la porte de
ch:imbre, el là, le plu . imfilern nt du
monde, il lui oob.ail une bonn nujt et
'en fol coucher.
'
~e matin, ~ p~în
d Guéménée. qui
~vau alurs la d1recllon da palai • cnlra d'
z
boone heure d n. l'appartement d f rie-

�- - fflSTO"J{T.Jl
Aatoinellc. PoioL de Dauphin : la Daapbim.! Dauphin, t. ~'il a affaire, je revjem chn
'tait ~ule
moi : je fü. j'écri Oil jll travaille, rnr jt fais
- [)iPu me pardonne! $'écria-t-cllt', il une n' le- pour le roi, qui n':l\anre cruèré;
'c L le,: J'amsi han matin que de coutume. mai j' 11~rc. qu'arcc la grci ·e ù • Dieu el!e
- Qne 1·oultM1&gt;us dire? fit .fari -.latoiera finie dan, r1uc1qu(' aan 1 . .\. trol ·
nelle. On m'a L~auroup \':mlé la polil~sa benre, je \'ais encore cbt'z tn"' tanle.:', où le
françaLe, mai je croi \'raiml!fll que j'ai .
épow.é Je plu poli de fa lllllion.
- Comment. il c·t leni! rL1p,b. la prince e, 'lllÎ ne comprenait pa .
!Xun, non, 'ocrfa alor · la IJJuphinr. !l
n'a pu e lever, ici du moim. car il n'y 11:1
cou rhé. Il m·a Jai.: ·ée à la p rtc de ma cli.amLre, ~,n chapeau à la rua.in, el m'a quitlée
Lieu rite, comme ïl c1il c!té embarras.,: Je
nu p r onne.
Elle ne le revit qu'au. dJjeuner.
- J'e. père que vou · nl"ez Lien dormi?
dit-il.
- Trrs 1ien I car je n'a,•ai . pel'.&gt;cOOne
pour m'en empêcher, répli,r-1J•l-elle 1 •
Ce qui pouvrut explitj'1er la conduite du
Dau~hin, (''esl ,p1'1t ce moment sa Ît!mmo et
lui élaicnt euoorc trè! jeune· : i I n'arniL pas
eiic aru, elfo o'en avait pa. quioze; rnai.,
1 cbo es Ju maria•re mi e ô. part, la jeune
épou ée e1if pu oubailcr t!U&lt;' soo mari, s'il
ue e condu.i. ail pa · encore en homme, ne c
condni -i'l pa comme un enfant. Et &lt;11iel
enf:111tl • 011jo11rs occup~ à manger, eL lrop
·ouvent avec uo Lel exci•s qu'il e Jonnail de
indil'I' lions. 11 prend soin de le nolcr lui- roi ,·ienl à celle heurc-1 ; à r1ualrc heur~s
même dao on Jour11a/t. Le :iJ mai, quinze vii&gt;nt l'ahLé chez moi; 11. cio&lt;1 heurt , (ou
ioor · apr on maria 0 ,•, il écrit : a J'ai eu les jour·, le maitre d.i clarccin ou à chnnter
nne inJige Lion. • Cela lui arrfre fréqucm- ju rr.u'à si1 heure . A . ix licnre et demie,
m(•nt; l.'lrie-:\ntoi11elle eu informe parfoi sa je. ,•ais prc. 1p1e toujours 1·hc-.: me tante ,
mère · il Mon mari a eu une inJ.ig Lion. •1uarul je ne ,ais point promener; il faut
mais cela ne l'a p~ •mpt.lché d'aller à la
a1·oir &lt;1ue mou mari n pre,fjrie toujours
lfo.s e (!I juillet 17i0p . » D'ailleur·, sauf ce
an!l· moi che;: me tante . A epl heures
minu cules incident , 11n'on ne rapporterait on joue ju •1u'à nPuf heur ; m3i , ,prnnd il
pa si b inléres t!s eux-mêmes n'ayaicnt. pas fait beau. je m'eo ,·ai · promener, et a'ors il
pri:. .oio da les mcutionncr, I'ciislence n'r a poiol Je jeu chei moi, mai· chez mes
~·Ù'.oufoil f11rL monotone pour Ja jeune D.iu• t.1nle . •\ J)e11f heur
nou · soupon , et,
pLine, Voici le récit de l'emploi de.la journér, 11uaml le roi n're,t point, me làntc· ,·iennrnt
tel ')ll·•lle l'a lrac 1 pour sn mère: « Je me .ouper cbe1.: nou. i mai , quand I roi l' eH 1
lè e à dix heures, ou à n of l1eurc., ou ù non :ùlon après ouper chez dies, nous
neuf beures et demie, et. m'ayanl haliil- altendon le roi, 11ui ,ieol orJinaircmcnt à
liie. Je dis me. prièr du malin: cnsuÎI&lt;', dix henres. lroi. 11uarls i mai - moi, en ulleoje déjeune, et. de là, je \1Ü ·ùez me tanle.s', dant, je me place ur on grand canapé et
où je tronrn ordinairement le roi. Ccln dure dol" jusqu'à l'arri1ée du roi: mai . quand il
juStlu'à dix heures et demie; emuite à on,e n'y t pa·, nou allons nou couclicr à onze
heures je ,·ai ' me coiOer. A mi&lt;li, on appelle heures. \'oil!,, toul1: noir..: JOumJc 0• 11
13 cbamLre, "l là loul le monde peul entrer,
Cependant la petite princtS. t'. Lien qu'elle
ce 'lui n' "l poinl des commuoes ea . Je s'1mdormiL ain -i sur un c:rnapé en allC!lldanl
mels mon rouge •t 1:i,·e cne mains devant le roi el &lt;1n'ell ne ,·oul1'tl pa parler dt•
tout le monde, en uite fos homme· ~orteal el 11 OOl'p· de baleine n comm,, une fcnuJW, la
1 dames re Lent, et je m'hal&gt;ille de,·anl el~. petite prjncesse avait une autre idée de sa
.\ midi t la mes e, i le roi est î1 \'er aille ,
i1u:ltion l}Ue on Lon !!TOS mari, cl elle comj~ ,ai. avec lui el mon mari et mes tante · à men~'.3.il à trou,cr quelque peu é~e la
la messe; "il n'y e. t 11a , je ,·ai seule avoo froideur avec laquelle il . omblail la con idé~l. le l.laupbio, IDaÏ toujours à la mème rer. Elle n'é.tail poinl naïve, ol on a,ail pris
btnre. Apm la m .c, nous dinons à nous • oin de ne la pas laim·r ignoranle. es reil.eux dc,·aoL IOtll le monde; ruai· cela asl fiai commandation dt' s mère, r1ui, comme
à une hcnre et demie, ca.r nou man eon fort tous le SOU\"erains, mya.iL urtout la oécc 1·itc tou le &lt;leu lJe là je vai ch('z M. le
ité d'a ·orer une po JériLé, lui restaient
1. 1/imohe ,·elatif• à la famillf' t-0111.1/c de

Frum;l', t. 1, I'· 6 --1:!J.

:!. L"arigî,ul se lrum·e am rd.ù,·es national~.
,'i. Carru1,011d,111c,. ~en-èlt" nltrt ,llur1r- TJi,.rttt
ri Ir nim/r ,J~ Jfucy-.Jrg,mll'IJU , nrtt.: lt Ül/rfJJ ilt:

f"r

,1/arie-Tl,h'fu ~l de Jlarit:-.A11tui11"1/e. 1,1ulilié.
M. le chevalier A. d'An&amp;"tn el Il. A. GLrrnut, l. !.p. i.
..f. Me.'llames, llllc, ,le Loui§ \Y.

5. L'abbé de \'e.rmuad, FnnoJJ auquel avait flJ
eoulièc l'édocalion ile arie-Antoin~ll . •
.,.

dan~ fa Lête, el elle n'entendait point n'y pa •
oLéir. ,·ec .a fine.s.sc fémi11i11e, ellr :nait
compris ,111e le prcmil.'r oLsln :le wnait du
duc de la. V1rnnuyo11: nu. ~i s'était-elle efforrée
de lui nuir · d:m l\•:;1 ril du Dauphin. file
n-e lai$ ail é IJappcr aurune occa i1m. Efl
raconte elle-même it ·a mère un incident oi1
le pamre d11c nr:di;rura nuère à ~011 avanla"c:
(! J'é13.i .eulc nn!é mou mari, lor que M. de
Ja \ an..-11 ·on ap11rocl.i • d'un pa · précipité 11
la porto pour écouter. Cn 1nlt'L tll! cham1re,
1111i e l ot ou Ir~ honnête homme, oun-c
la porte, et M Je due \· LTonrc planté
rom me un piquet ·am, pou, oir n·cuh•r. Alor~
je G rem:1r411rr à mon mari J'jncom·énicnt
tio 'il a de lai.:- er éronll r aux porleJ , el il
l'a trè l,ien pri ~. 11
c·e~t prubablrmcnl à la , nile d'une awnlure de c..- rnre 11u'dle nhorda la 11u1;slion
r1ui lui ll•n~it au f ur. L'e:.pfü•:1tion fut
a Ir&amp;. é1llr"iljue», d'aprèslecomh!dc M,•rcyAr"PDlt'au, quicnin. rmi1.111 itùtMarîc-Thce. 1 il ajoute, d'apr~ les confidcn1•l' de
la llauphine. 1p1e « Je ré)ultat a ét l 1111e li. le
Haapl1in a dit 1t ma.dame l"ardiiducLes,e
qu'il n'ignorail rien de Cil qui concerne J\:la.L
do marill"P, que dès le commencc•mrnt il
:' 1tnil rormé 111-dc•• a un plan dnnl il n'arnil
pns \'pulu ·Ltcarter, que ruainlcnaat Je ll'rme
é1nit ,miré, et qu·~ Compil'·.gne il vim1il aree
madame la Dauphin dans Loule l'étendue de
l'ih_timj11: que comporte leur union ».
Etrange résolution chez tm jeune Liomme,
plus él.nlogo relarJ; mais le Dauphin se JlalLail appar ,mmenl en :umonçanl un cbanrwerncnl. Le rayage à Compii'•goe eut lieu t
aucun changement uc e proJui,it. Le prù1ce
teoait à e · habitude., cl il en donna une
nou\"cllc preuve. JI l' eol une granJt.1 d1asse,
il fa courut am.i iolemme111 que de coutume. Le soir, il rentra ,1\'('c on formwahl
appétit; rnaia comme, IIUCJ.•fUC. jour 3U)llraranl, il 'étuit donné 1me indi e·tion en
mangea.nt lrop dn pillisscrir,, fa JJau pbiue.,
au onper, eut oin da faire cnlcn•r k plats
de cell' espè~ qul se trour, ieot sur la table,
cl de d~fcn&lt;lrc 110·011 en scnit ju 1ju'a nou,·el ordr . Il parall que lti prince sourit
quand il s'ap&amp;rçut de la précaulion pri c, el
que mème iJ la con. iJé1·a comme une marque d'al1enlion 1 •
llai- au fond œla Je touchait peu et ne
modifiait l'fl rien sa conduite. C't·~t en rnin
que la Dauphine l'exhorlnil à ne pa rentrer
$Î t:ird de 1a cba se: il oc s:i,'ait pas ré Lier
à celle p.'1 _ion-là, et, mal«re ·e prome seB,
il e faisait somcal lon,.lemp auendrc.
tn jour, tlle 'impalil!nla ùe Toir ainsi se
exhortations méconnue , et elle lui en adre. a
de. reproche éner11ique . Elle lui re~r~ enla
11 lous les inconréoic.nL do h vie sauva
qu ïl menait. Elle lui fit ''Oit que personne
de sa ,-uite u1: pouvait r 1 ·ister à ce genre de
,·ie, J'aula.nl moin que .on air et ses mnnièrc" rude ne onnaient aucun dédommn-

r.,

0

0

6. Corl'upo11da11ct sccrèfr,
î,. Ibid., l . J, p. 1-ï.
. lbid.. p. 25-26.
9, lbid., t. 1, p. j&lt;_!. ·:;,_

1.

1. I'· 19-2(1

102 ..,_

•

..

�1flST0~1.ll

--------------------------------------~

em 'nt à ceux gui lui étn.ienl attaché , et
qu\•n uh:int celle méthode il finirait pn dJLruirc sa _3nlé I par • • fair&lt;? Jétr Ier•. "
LP Dauphin r :(lOndait par 'lll •lqnri. phra. • qu'on ·~n~r1uail ~ lrourer 11im:ill -, el
rcrommcnçail lri m,1mti e1i lencc rrui amenait
ll!li mëml':- incident., c'l la patine) ari •-. nloin •ttc était obll · de r, onler à a mère
luujnur lr. mêm •&lt; cho ( : « fon cher mari
a pri · ru (d ~in• 11ujourdl10i, nyan •u un.indi P lion, îl · a deux nuit. Il a l1C:1ocoup
rnmi, et n mon1:ml lt, m;itin rn z lui il ·e,l
Lrou~é forl mal Jeux foi . »
faric-TL lrC:&gt;&lt;: • en rrcernnl ees étran"'c· 011wlle. d\m endrc que pour l'honneur du caractèr françai li prn~ait lout
aulro a~ urém 'ni , ne pou,ait 'empèchcr
de t&amp;moign r a . urpri e : " Je ne comprends
rien à s:i conduite ,·is-à-,i de sa fomme,
· ·ri · it-eUc le 1:; mar · 1771
Ier J- rgeolt'au; e t-ce peut-étre h • uile de" mnm-nL
-princip · qu'on lm a im piré dan . on éduca.Lion. ~
Le -0 juin, eUe re-.·en:iil • ur cc ujel : a Plu
la froideur du fürnphin e L xlraordinairt•,
plu· wu fille a I&gt; oin de tenir une eoudu.itc
hi •n wc,urée. L coll· ils &lt;1uc 1·ou con1inur1. :1 lui donner ~nnt eiœlhml. , el rou n ~
aurit•z le: lui lrup ri!p :Ler. Au re:.I •, îao
wî •Len• '. t dn rolinwnt qu . i un jeun
lllla rt d1• la l1!!11re de b ():mphine ne pent
édiaulfor le Dauphin, loul remède erail im[fira :c. qu'il \·a uL don mieu y renoncer et
11t1t•mlre du lemp le cb:in emcol d'une conduit ~i élr:rngu '· D
Cummc ùirn on peme. le r&lt;ii 1. ui XY
él, 1l enror plu ~tonné, el, étant douné · e
mœur. tonlt' dilf',1r ntr , il
dem:1nd11it
comm nl un grru1J-pi'rc comme lui \ail un
p til-lil · corumc le Dauphin. Il le demandait
égah·mmt crlui-1·1, 1 lui Faisait d . T&lt;'proch sur :i rroi1kur incoo e\'nLle, el l'on
ju,ze de 4.:C 'JUÏI n po111nit pêfl er lor~que I •
prinrp lui rrpondail qu'il Lronv:iit «.a rl!mm
charm:mle, qu'il l'aimail, mais qu'il lui fallait en •c)re quelque temps pour ~aincre .a
ûmidilé • 11.
L comle de Provence c lroo\'anl dans hi
m me ·ituaüoo que on fri-r 11iné, l roi en
était réJ.uil o·e.-pérer dt! po-térilé que du
·omle d'!rloi ·. C'élail à la 'l'érihhme tri te
per ·pecri ·c pour u11 ourerain dont I amour
innombrable , b défaut d'autre mérites, ra~
nient
du' moin · rendu le père de phdeur
dc, ·es llJct
.
l)u re le, 1&lt;' dem fr,'&gt;re ét 1ent au :-i mal
éh.:Yé l'un qu l'aulrr, et ils en rl1innaienl
~ouyent de prem·e ou les ·etn: nièmes de
1. jeune archîduch !! e. Un jour, ce fut dans
ÙI ch:3.m.Lr mèmc du comte de Pron•nce. e
prinœ arnit ·ur sa ·heminéc une pi cc de
por daine !rt'$ arli t•menl lra\'aillée; le D uphin aHÏ l la manie de la toucher toule les
l'oL~ qu'il l:i \'O ait, el comme apparemment
_ . manière Lm. &lt;pie el a "auch rie n'in •
piraienl pa !!1'3.0de conlianco il ~on frèr .
1 Con·upmulm1u 1ei-~le, p. ili,

~- Jbid .. p. l71.

:i.

L• 1 l.rc m

,t c1n ati.

t,cl il 11 ramille 1mpërialr.

inLimilé trop étroite a\ec ce pri11ce ~ui loi
celui-ci m:irqirnît nmrrtemenl s crainte
pour a polie.be. 11 .irriva qu'une Foi • aumo- 11 parai1 être d"un aractèr ·faux 11 . ellP ajoute·
m nl m ·me oû fürie-Antoineue plai. antait a Comme il e.l mieu d Ugu que le D uson 1, 311-rr1 re ur .on iaquirlude à re 1mjet, pbin rl autant Oatleur que l'antre t ru lr ,
le Dauphiu L1Lsa lomhcr la pi cc en que lion. 1a comparaison 11uc ma fille pomaitfaire enlre
qui .c hri.a en cent morceaux. Le comte de le deux frère ne ~crniL pcuL-èlr pa à
Provence. mporté par la colî-re,
pr' ·ipitc \'llllla!re de . on épou
alors sur le Da11phin, rl rnilà les d u rrè.r .
L péril était chimPrique; ~forer put faciqui e o,llellcnt l . e !Jatlent à coup de l •mi!nt ra .. rrrer l'impératrice en lui enrnyanl
poinf! La Dauphin', l
emha1'ra ée, ~e
ur ce prince ùe ren.cil!llemcnl qui comdécide enfin l mettre le holà, et elle ne par- pll'lcnt le lri-1c tal,leou ue pré ntail ~lor
vient à séparer l • c.omhaLtanlS rru'apr~~ aroir l:i :imillc ,nie :
reçu une égrali aure à I main~.
, La . an16 d L le comte Je Prorence esl
l'ne utre toi", Ile jouait au piquet ,nee toujour forl chancda11tc. Ce Jeune prince c l
n Leau-frère. Le Darrphin, qui était présent, d'une fniLIC!&gt;.C qui n'admet pat; J'u~age d
teoail un baguellc; l'idée lui ril1t &lt;l'en don•:iprriœs qui seraient propres à fm'liher son
n r des conp ur le bra du comte tle Pro- tt:inpéram nl. Le mtld ·cin onL pri · la. r6vence; celui-ci, impati nt~. prin on frl&gt;re d
. olution de luj fermer un c3utère qu'on a,·ail
cr~.er un badina e qui n'était poinl de .on dil former dan on enfonce. Il en e.i r' ult ~
oùl, mai l'autre n'en \'Oulut rien taire. Le que M. le éom te de ro,•encc comme11ce à
comte de PrO\enre se lèl"e saute .ur l ha- r ·enlir d1: incorumodil: Qc ·asio1mre p:ir
elle et ,;eut l'nrrach r d ruai a· du Dau- le humeur •1ui r&lt;'Ilucnt dan le :111 • Il lui
phin. L pugilat o.llail recommencer· lari ·l 1·enn Ùl'. d, rlr au main et 11 a p rdu
~\ntoiuertc fut n 1re 0Lh ée ,l'1nter"c11ir et .e ehe,·eu1 • 1.
d'enlewr la bagur•lll.'. eau e de œll.e sriine
D'aillcur • lout
bornait, entre le beaugroh: que t péuibJt'.
fr re el I helle- œur. à de ha,ardnges, à
Ceci r pa ait au uJQi. d'ao1)L J
li ) de 1111ecdote ur lt&gt;s p r onne di! la famille
avait plu~ de Jeu1 an que Je marin"c ,nait TO} le, ur le "CD di! l:t cour; Marie-.\ntoiélé céléLrê. Marîe-Antoindte, tp1i ::tv:iil bien n Ue, pr ~'l'rnuc par ,,Ici\· dl· d,1,-ir de a
pr·· de dit~sepl an aJor que on mari en mi•re 1 témnigna moio d'empr emenl, cona,nit dix-huit, commeuçail à ·1re profond·
oailr• cc m nui hi lorieltc., el le r1Jmle dt?
ment hlr. le dans on orgueil de [emruc cl Pron·nc alla portt•r aillcur· c médi noces.
dan :.a di,.nilé d'épou_c de la po Ilion ridicul r1ue lui fai ail ~on mari de nom, car le
m:ilb1·11r ile ro ménar&gt;e ro~:il élait d'ètrc trop
i.a "r:rnd" dirOrullé politi1111e Je la ituation
rn , uc pour qu'on ignorât 1 . erre!. de l'.1.l- pour I Dauphin el la Dauphine ve1111it de b
célve. e r•Ls &lt;1ui se ré~umaienL luujuar par Jlré cnce li l:t cour de la comre·se du Barry.
le mot rii:n.
La r.norit&lt;&gt;, qui •• il u le nv i de faire
Un vieux diplom:ilc comme forcl-Argc n- tli."r:icier Choiseul, tenait d':iulanl plu au.
Leau étai! un l~moin trop perspicace pour que
" r,1' ·l &amp;Ul. bouneur~ que le débuts de
cet état d·:hne de la Jeune archiduche e luî
,on e~i ·t •o emhlaienl d voir le lui inter-.
écbapp:ll, et, bien que celle-ci fr·-à-vi de lui dir daran1age. foi. Loui X , follement
·• ·ffurçùt de cacher.
,ntimenl. à l'érmrd du :imnureux Je a nou,;dle IIlllÎtr s c, Jonl 1
Dauphin ou les formules oliJigêes, el v:mt;il beauré cl J gr.lcc J.ll!llifia.icnl d" illilul'b I' no on cararlère bonnète, douceur a com- Lhou.sia.m do rop.t amanl n'entendait point
plaisance ll, et .e lùl sur le rf!.te il ,·oyait qu'on impromàl on choix et qu'on fit gri e
l,icn • que ·on e prit était peiné par d'aulr
mioe à ccll • qu'il rait élevée jusqu'à lui.
réllexion , Sllr t..squdlc elle ne pouvait 'ex\!arie--Tb.ér e, qui _;1,ait combien il faut
pliquer 7 u. larie-Tbér e en reccvaol l' _ a,·ec la morale de, arcommnd,:ments quand
confid n ~e ·enta.il prise d'inquiétud pour on ,it d o une cour, a,·ail rt!commar1dé à Fil
,1 fille : dans de tell · coudilion serait-il
Dilo de ne rie11 faire qui ptll déplaire an roi
po. iule que la jeune femme arritàt jamai~, manière 1léwurnl!c d l'en!!atT r à se conduire
inon à aimer, du moins à ei;timcr un pareil vis-li-vi' de madame du Bar11 _an impolim. ri? 1. comme l'on di. ail lo comte de ProIr~ ni mal eillan e.
,·enœ intelli!!Cllt, pirilurl mème, comme on
Ja1° œ conbèils n'élaieol p toujour
le repr ::;entait lr1 a idu aupr~ de hl'llc- suhi ·, t le Dauphin, à qui l'ou ne pomaiL
reur. ch chant à l'intt!r ~er à l'amu.er p:ir guère conte ter le droit de 1,1:\mcr le faible •
de:s hi lori lies, des pJai anlerie· el le rêcil s amourcu~es de son aieul, témoignait prn
des scandales de la cour, eUe craignit qu'il de défér nce pour la tamrile. Par malheur,
ne prit sur eJle one influence marquée. Elle ce rclléilé. d'au têrité pudique Yariaient
n eul d':mtant ,,lus peur qu·etœ n'i noraiL :nec les di ·p ·itioru du mom nt, el le Daup3 que I q qualités morale de ce prince o'é- phin eL b Dauphine agi saie.nt en l'es~o
taicut point à la hauteur de e qualité in- comme ù s cnfnnls, engérant la ri !mmr ou
terh:cluelle , et qu'il ne ·erait arri!lé par l'amabilil • sm J'lliOJL Mere) rapporle un
aucun scrupule. Elle 'en OllTTÎt à son fidèle e1roiplB cnrieut de celle \'er ·atilite. D'apr
.amba::~adeur. Ri~doutant pour sa fiJle un
5
con. il~, Jlarie- otoinelle entra ea ar c

ra-

0

n~.

...

i. û.ir-reapm,dmvr rrrl'lt!. t. l, p. t3fl- lliï.

!"l. Ibid., p. ii,..
li. JM,I • l'· :'il"i.

_,.,

Il

,..

i. lbûl. p. :ï.1,.
• lbirl,, p. 30 •.
Il , Ibid., r• ;153,

'------------------------------------ UN .MÉNAGE
force .on m:iri 11 à lrailer la favorite d'une
façon qui nr dr:ph)L poinl aa roi, el qui fü
resser les plainte.&lt; el le Lrnca suri · d nl la
r. mille ro ale :1ail , ns cc.. c tourmentée•. Ce.
lnngage fil t •llemenl imprc . ion à M. fo Dau1bia ,1u'au jour d,i l'au ( 177:i , la r orite
'élanl pré-c11lée ch •z lui, il la lraila forl
Lien el lui ndres.a la parole, au r:rand étoum•m nt de toul le mnnd.c lai,, p:rr mi contra le auquel je 1w Ù1!f'JÎ' pa m'aLtc-ndre. il
nrri\'a que la coml se du Barn fut Lrè mal
rf•\'UC chez 111:idame 1. lJauphioe 1 1.
Toul était iocohfomce, on le ·oil, chuz le
mari cl chez l · femme. Eo d'autr circon,tanccs, c't, l lt.: IIJuphin qui se monlr fort
gro:si r . l'n jour même il ':iyÎsa de dir .
alor •1uïl él il cru tion de la pré.cnLalion
d'uo parent de m:idame du llarry. que 'il le
rc·nc.onlrait. îl lui donnerail d la boite dans
1 G"ure.
li· p. reiL; incidents ac ontribnaienl pa
p ·u à mécont nlcr la fa\'orile, qni 8C ,·~n •eail
s mnuièrc. el sur t, point que l"on .ai.t cil
n,'lllt beau jeu. Elle ne tarL~ ait pa en plai. :inlerie nr la prétendue impui:.sana de
·elui qu'elle appel.ail I un gro
rçon mal
élevé!l. Qu. nl /1 l· Dauphine, dl• parlaiL
rl'cfi avec un Inn ge .an . i lihr &lt;ru'inconvenant:
- Pr nez trarde que tte rou e ne e
r . e trou.- r dan ,ru~fque oin', di 11-ellc
à Loujs XV, cl cl'lui-ci. oubli:ml toute dignité
dc- roi et d·afoul, é outail cr propo , .ai, le
relc1er, inc.1pable d'au urt llort, n\'t1dii.
héhl.•t ~. On jug ce que de telle. pnrol rapporl 1e , cou1rucntéc, par rcutour· ge, tl ·ui 'nl
prodnirti de froi,,em oh et emer de •rme
de discorde dans l:i ramille rople.
Tout 'uni. ail donc pour rendre plus
difficile de JOUr eu jour la situation de l'arcbtduche s:e jetée œulc au milieu de la ronr d,,
fran e. cour ho tile et dan ereu · , où ·llc
n'a ail d'aulr appui· qu .\1 ·rt)' el le eo11eil de a mère. Eocure rrs ron c-il donDl;
par lelll'e n prud ui icot-ils p • Loujour·
l'ellet. que l'nmonr vi!!il:inl de l'imp •1•01rice
Il ail t'~p•~ro. ~aric-.\utomdlc,' pirnfo el \7\C,
in oucianle et dJ,iriu. c de 'e di~tr;iire, ne
comprcuait pa ln née . itê d'une conduite
plu· poliliqut, plu habile. La jeu.n e aime
peu Il' con. 1·iJ, d ,·il'ill, rd . u, $1 lrom'ait11 mille IUO)'P.11' tic biai cr, d'arran er le
cho, e. à ' l r. çon, el fin l •mcnt J' D Cl1 raire
qu'à on idée, tout n 1Jmoigna11t pour
mère •l e Si"e:i 11rL la plu profonde défé-

milà no jeune

ens extédi! , en 'imaginant

Al'èlrc grond :~, cl, cvmtne il _uppo col
pr ;qu • Loujour , tort Je \'OÎ que ma nlJe
_t dan le mthnl' ra ; je n'en lai serai pas

moio dr lui donucr de lernp en tcmp Jes
a crfü~cmcuts tanl que ,ou le croir t .:Ire
de 1p1clque utilité, et j lui érrirai mt'm par
c courrier dans le en de .irlitl qne ,·ou
m":11•ez m:m1uér. u y entremèlnal qu ·lt1ue
11.1 , ir, qu 1,1ue peu que j'aime J'ailleur ce
t 1, • mai., j~ l'Ou réJltlle, tant 11ue m, fille
m· qniltera pa celle légèrl'td el celle moll s e
1111, j lui connai
c donn r dl•s !Tort
pour exécuter no conseil , je ne compte
gu ro _ur e.~ soccès. Je ,·ous communique :sa
dernihe letlrl', qui mn Fonmirn une nomell'
prem· du peu ùc!ranchi e dont dl· s'e~plique
eawr moi. ur ce point. j' vou- avoue, JC n
s1fr p:i tr:m11uille i je la troU\·e trop 011\"enl
en dé( ul, et elle ne .ail s'en tirvr qu• lrop
fini•m nt, c•l donner d _ 1ouro11rè mèm au
dépen de ln véiilé, el continue, nonoh.lant
!'eS promes.! ~. . :iveuz d'aYoir manqu, de
1 rcl'Onnailre, à suiu e m1outé · •. 11
Le babilP.té d ,rarie- nLQin lie, dan _
corre~pnndanrc, i!taic.nl forl rxplicablr ; la
jrune prince-. , irritfo au Ioud du cœur du
la ituation fau
où cil• ~e trour:iil, SC
lais~ail allr•r am: \"Î1·:ititil rle on .l::m rl d1ercb.aiL .iu dehor des con o'3lion .. Elle cùl pu
loul a\'ouer à ~a mère, ,.. faut• n'élnnt pa
bien nm· . \l,1i · l',mpéralrice :mut iu piré ;
i;e· 1!a11ls une alîl'clion r ,pt&gt;l·tnen. e qui
n'était pas • empt, de rai.nt . \larie-Autoinell en Tai~:ut l:i conlldcnce à ~I •rc

0

rea .
L'impératrice o' ~t:ùt p:i du
J
lte
apparente oumi ioo, el elle ·en afarmail.
fal!rré Lou le . oins ue ,·ou employ z
apc autant de ûlc que de disternl'ment pour
diri er le d :ma rcbe d ma fille ;cri raileile idforcy lc 1" lérrier lïï3, je ne remarque
que trop combien il luicoùle d 'faire quelque
effort 11our ·e prêter à YO a..-i el aux 1niens.
Dan: ce ircle ou n'aime que le ton h1din el
Oa1te11r, cl d~ 1ue d ns le meilleur · u• ,
on fait quelryuc remontrance un pe.u sérieu
l . r.f&gt;m,1 11,l1111cr 1rcrlk, l. l, p. ID!.
~. Lr, {11 Ica de /,ou1i ,\ r. t. li. l'· iOI .

- J'aime l'impér.ilriœ, mais je la cr:iin
quoi~ue d foin; même en écrh·ant, j •ne soi
jamais à moo ai_ fr -à-,·is d'elle'·
Ce que ~larie-Tbér ·e prenait (!(lm une
aL:-cnce de franchi oe prorennit que do désir
bi n naturel d'é,·iter des remonlraoces, et en
:i. CQrrt1pm11la11cr .•urt"fr. 1. 1.

. //,id .. ~' - \M.

r• lO .•

~O'YJtL

.

--

fait, les 6acs.es de la Dauphin eu ent
mcnéfor• ·ultat oubaité, 1M cyn'eûlpa.,
ur lous 1 points, fait connaitre I' :icfc
vJ.riLé à l'impérarrice. Ce q11'il y &lt;:ut de plus
curieux, c· • L que llaric-Anroinclle n, ,!
doula jamài à quelle ource . a mère pui5ait
ren. iao ment , el qu'eUe s'im:i"ina 1011jour· que c'étail par le el'pion que les ·ouveraia, élrao"ers, notamm nt le roi de Pru~,e
.Frédéric, entretenaient ~ la cour de France,
qu e moindres actions él:iient dimlguies.
[n grand chagrin lui ful hicoldl donné par
la nou,·ell • du mada 11e du c.-omte d'Arloi .
n amour-propre en éproll\·a one cruelle
Llessurc, car elle "enta.il men, - el comment
ne l'aurait-elle p:t. cnti, on le di ail ourerlernent partoul, - qu'on ne OO"E'ail à marier
i ,·ite Je jeune prince que p:irce que d lui
eul maintenant la famille ro ale pouvait
e pér,•r unr po térité.
fürie-Anloinenc ne upportail cen.e pen ~
qu':m-c peine: uclle ·en a.Lion produirail /\
la cour et dan I paLlic l'armunce que 1.
comll'-sc d"Artoi serait enceinle alor r1u'on
u·en pourrait pa dire autant de la Dauphine?
Elle -'efforça de dégeler son ~pou en 1ui
montrant ·et êvénemenl comme prub:ible.
Celle idée donna, en e[el, matière à r 'fi{,chir
au l}auphin .
- Mai m'aimc;z-vou bi1m? demanda+îl
à Marie-Antoinette.
ui, répondit-elle, et ·ou ne pouY&lt;'Z
pa en driuler; je vou aime inc •remcnl, l
je vous ' ûmc encore damnl:ige.
Elle crut une ré oluLion ,·irile de a part.
Il p.1r11t louché; uo in. tant .eul •mcnl. car il
repril on c.1!m habituel el e cont •nla de
lui dire qu'au r tour il YLr.aiU ••, il e remettrait 11 ré••ime, cl qn ïl « pérail 11uc toal
irrnl bien 1).
Ce fut l tout le r~ ultat de c. réUex.inns.
Enlre temps, 11 co11tinua1t iuoo le r'•!!im"
par l11qud il ~ p&lt;!r:iil rai ocre .sa 1imidité. celui
du moin c1ui con,·enait à s:i nalnre, et qui lui
\'alail .es continuelle indi,,eslfon . En dehor
de 1:i, Cil n'étail plus •ulcmenlla cba ·,e q_ui
aù ·orbail son lemp. , moi le tr,naux manu 1s
les plu
ro ier , a comme marortncrie.
menuiserie, et autr s de ce "eorc ». " li
travaillait lui-même a\'eC le ou ricr ii remuer
d malériaux, d' poulr , de pa,·['1-, cl e
lirnrnlde liL·ure· rntière à c ~nil,I ezcrcire, il en Tevenail quclt1ue/'oi. plus foûgué
que nele • rail un manœune olJligéà remplir
cc 1ramil. ll
« J'ai ,·a, écrit Mere~ , madame laD:rnphinc
e1c irnment impalienléc cl cboariaéc de
celle conduire; je p11 n juger pa.r la ,ivacilé
des plainte. qu'elle m'en fil, el par le coméquence qn'cile en liraü ·ur le effet qu'un
lra111il si outré penl produire .ur le phy~i4u15
du prince son époux. J'ai t~i:bé de calmer
madame l'archiduch se à cet érrartJS ... . o
Celle Ioi., c'eu esl trop : le IC'mp· nr
le,1ui:l on complait, l1)in d'arranac.r les cbo c.,
1 'angra\'e plutôt. L'impératrice conuneul'f' ~
perdre touL poir.
Par la situation d' ma fille \'Î -à-Yi du
:;, /Md,, (, Il . p. 10.

�..-- 1f1STOR..1A
Uauphin, je ,·ois arnc rl'gret le relard de
l'accompli _emenl d mes TŒUJ".... Je n•
compte plus d11 louL (l"' d 1c!'mbre t 71:'i). 11
« La !roid ur ùu Dauphin, jeune époux de
"tinnt an , vi -/Hi d'une jolie femm , m'c l
inconccrahle. Malgré Loutes les as rrlions de
la faculté, me soupç,on augmentent or la
conslitulion rorporr:lle de cc prince, rl je ne

compte pre que plu que ur l'entremise de
l"empereur qui, à on arrivée à ·ver-aille '
trouvera peut- ~Ire le moyen d'en agcr cet
indolent mnri à 'acquitter mieux de son
devoir (5 janvier i 77 4) '. »
El œpcndanl le Lemps approcbnit où la
ituation politi(JUe du Dauphin all:iit chan"'er.
1. r.o,-rnpo111lo11rl' UCl'èlt, l. Il. P·

;n Ill

RR.

C lui qui ne ;wait pa èlre un mari allait
de,enir un roi, cl la loi d"héré&lt;lilé, par une
cruelle uonil', allait mellre un sceplrc dans
ces main habiles à manier le marteau et la
truelle. Que ·erait ce roi? On pouvait le
deviner. Que serait ce rè!!Tle? On pouvait tout
craindre, car jamai la France n'u·ait eu plus
besoin d'un homme.
PAUL

GAlï. T .

(A suivre.)

Louis
Le feu Roi ne manquait pa d"e priL; mai
on esprit tournait du côte de la médisance·
il avail de b dif6cullé à parler, et, étnnt timide, cela faisait qu'il a~ .ail encore moin
par lui-même. Il était bien fait, dansait as ez
Lien en ballet, mai il oc fo.i ait jamai que
des pcr. onrrage rid icu Il . Il étai I bien à chc-.
val, cùL enduré la faligue en un lie oin el
mettait bieo une armée en bataille.
ll était un peu cruel, comme ont la plupart des sournois el de en tJUÎ n'ont guère
de cœur, car le bon ~ire n'était pa vaillant,
11uoiqu'il ,01111\t pa r pour tel. A.u sirge de
tontauban, il ,·il san pi Li ( plu ·ieur huguenots, de ceux que Beautor! a,•nit YOulu jeter
dans la ville, la plupart a,·ec de gr:mdtJs LI ·
\ll'e , dans les fo·sés du cbàteau où il él1tit
logé. Ces fo ,é étaient sec.,; on les mit là
comme en lieu sùr, el il ne daigna jamais
leur faire donner de l'eau. Les mouches mangeaienl ces pa.U\'res gen . Il s'e I diverti longLe.mp à eonlrelaire le grimaces des mourant Le comte de La RoclieguJon étant à
l'e lr~milé, le Roi lui envoya un gentilhomme
pour savoir comment il se portail : « Dile
fl :io Roi, dit le comte, que, dans peu, il en
,c aura le divertis ement. \'ous n'arnz guère
11 à. allendre, je commencerai hienlùl me
(1 grimaces. Je lui ai aidé bien de
fois à con« lrefaire le anlre 1 j'aurai mon tour à
c1 celle heure. l&gt;
Ouand 1. le Grand (Cinq- far ) Cui condamné, il dil: 1c Je voudrai bien voir la gria mace tJu"il füil à cette heure ur cet écha4 faud. ij
Eo je ne sais qnel voya e, le floi aUa à un
bal d n une petite nlle; une fille, nommée
Catin Gau, à la fin du bal, monta ur un iè0 e
pour prendre, non un bout de homrie, mai
un bouL de chandelle de ui[ dan un chandelier de Loi .
Uoi dil q11·eue 1il cela de .'i
17

XIII

I►

bonne gràce t1a'il en de.,·inl amoureux. En
JI pciguail un peu. Enfin, rom me dit . 011
partanl, il lui 1l donner dix mille écus pour épit.apbe :
U Ml ce11l Tertu.s de valet.
~a \'Crin.
El I'~ une .-crlu ile mntlre.
Le soin qu'on a,ail eu d'amIDJer le Hoi à la
cl10 e enil fort à le rendre auva"e. liai
Son dernier méûer rut de faire de cl1âs i
cela ne l'occupa pas si fort qu'il n'&lt;'lll tout le a,·e ~I. de 'oyer • On lui a lrvuvé pourtant
loisir de s'ennu5·er. Il prenait qnclqudois une ver111 de roi, i ln di imulalion en 1
quelqu'un el lui dirnil : c&lt; Metlons-nous 11 une. La \'eillc qu'on a-rrl1La Mll. de Vendcimr,
celle fenêlrc, puis cnnuyons-nou ; » el il il leur fit mille cares e ; cl le lendemain,
e mellait à r~ver. On ne saurait quaj comp- éomme il di ail à ~- de Liancourt : rc u ter ton les beaux métier qu'il apprit, oulre « icz-vou. jamai cru cela 1 - Nun, Sire,
tou ccu qui concernent la chasse; car il a- « dit M. de Liancourt, car ,ous avez trop
,·ail faire des canom de cuir, de focet de
« bien joué vo1re personnage. » Il lémoigna
filel • de arqueba e.~ do la monnaie, el que celle rupon e ne lui avait pa.s élé lrop
M. d' ngoulème lui disait plaisamment : :igréaùle; œpend:ml, il emhlait qu'il \'OulaiL
« ire, vous portez voire ~liolilion avec ous. » qu'on le lou.\L d'avoir i Lien di imule.
Il élail bon con6lurier bon jardioirr i il fil
Il lit une foi unecbo eque on !rère n'eth
\'enir des poi verls, qu'il en1oya vendre au pas faite. Pics · -Besançon lui allait rendre
marcLé. On dit que Montauron le acheta de certain oomples; el comme c'est un
hien eller, car c'étaient le premiers ,·enui:;. homme assez appliqué à ce qu' il roit, il étale
fontauron acheta au i, pour Caire ~a cour, ses regi Ires sur la table du cabinet du Roi,
tout le vin de Ruel du cardinal de fücltelieu
après aroir mi , ao y pen er, son chapeau
qui était ravi de dire : « J'ai vendu mon vin
ur Fa tète. Le noi ne lui dit rien. Qua.ad il
a cent liue le muids. 11
eut fait, il cherche on chapeau p:trtout ; Le
Le Roi se mil à apprendre à larder. Oo fioi lui dit : « 11 l a longtemps qu'il est or
,·oyait venir l'écurer Georges avec de belhi · ,·otre lète. n
lardoire cl de ,,.rand longes de ,•eau. El une
Il n'était pa humain. En Pic:inlie il it
fois, je M sai qui vint dire que a .llajeslé des arnin_es toutes fauchée , quoiqu'elll
ln.r1lail. Voyez e-0mme cela 'accorde bien, fo enl encore loolcs verlr , el plu ieurs
Mujeslé cl fardel'f
p;iy :m a mblés autour de ce dégâl mai·
J'ai peur d'oublier quelqu'un de s mé- 11ui au lieu de se plaindre de s' cbevaulia . Tl rasait Lien· el an jour il ooupo. la ll• ~ers &lt;plÎ ve1,aienl de faire ce 11!1 cxploil, c
barbe à tou ses ofùticrs, et ne leur lais a pro terna.ienl devant lui et le béni: aient :
qu'un pelil toupet au meulon.
« Je sui bien r.lcbri, leur dit-il, du dommage
li compo ail en mu iqoe, et ne 'y eonnai
« qu'on vous a Iaii 111. - Cela n'est rien,
ait pa m.al.
o ire, lui dirent-il , tout e l .à ,•ou· ; pourrn
Il miL un riir à ce rondeau ur la morl du « que vou vous portiez bien, c'est assez. cardinal :
u Voilà un bon peuple, ,i dit-il à ceux qui
l'aecompagnaienl.
Mais il ne leur fil rien
n8 pnssé, il O11li6 bag111:?C. etr.
donner, ni ne oogca à 1 faire soulager des
Miron, mailr" des comptes, l'avait Fail.
!.ailles.
TALLEMANT DES REAUX .

FEMMES-SOLDATS

Les demoiselles de Fernig
Par ÉMILE CÈRE

lt • toute:- b fommes-,ol&lt;lat de la flr10luLion, le œur · ùe Fernig sont certainement
le plu connues. Leur nom c:l de suite prononeé •]llnnd il s' a;ii t ùc fournir un exempl
d't!oer"ie d de p3Lriotisme féminin . Aran!
Jerumapc , o:ï clk: :ie d' lini.;ui:rc11l parliculi~emcul, Je fo11ile11r a\'a.ÎL Mjh pari ', et à
plu ieur rt·pri. ·, de ces de.Ill charmant
j unci- Hiles. Le 1 juill •t l 7lL, une correspondance ùe Lillc flu'il in..~rait, di. ail: « Oaa
la derni&amp;c att.aqu du camp de laulde p:uun détachcmenl de llollandai , on n rn deux
femmes. !(' demoLelles Fcmig, courir à l'ennemi, el à la tète des volonlair l!I de troupe
de Ligne, comLaure ,n- •c eu , 1' encourager
et faire •Ile -mèm le coup d main. LP patrioLisme de ce ÙClll Mroille a produit un
enthonsia.me que de p.atriolc seuls prurcnl
imaŒincr. 11
D~s 1• rapport que les corn rnissaires à
l"arméc du ord envoyaient le 1 a,.i-ùl l 7H2
, l' semhlée légi l tive, , e trouve le pl: age
uhanl, qui, lor qu'il ful lu par le prêsident,
fut couvert d'applaudis ·emenls : « Nou ne
pouvon passer ou ilt:ncc l •· demoiselle
Félicité et Théophil ·ernig, 11ui e ont distinguées. dans pln~ieurs aeliooi; milil.3.ire · et
qui joi•menl au courage le plus aimable.

\'Crin de I ur e'te lJ douceur ctla modestie.
l. • même commi saircs : C:irra. ilien·,
Prieur écri,ent le 2 ortohre de la mèa"ie
:innée : « 'ous tcrminon Célle lettre en vou parlanl d deux jolies héroïne qui onl ici :
les cito "t&gt;nnes Femin. Ces d ux j une" entant. ,
aw;j modeste qu couragea es, . onl •.m
ce. e aux avanL-garde cl dan le poste. le
plus périllemt. ,\u milieu &lt;le l"armée, composée de jeunes citoyen , ell l onL respectée
et honorée . c·l.'-l loujour le t riompbe de 1a
\'ertu. Le .\.u lrichiens onL eu la basse vengeance de ra er la. mai on de ce jeune, rnfanLs, itui:e à llurtagne i il ne four r te plu
rien qu leur coul"a"e · el! ne rnnt point
inquiètes de leur sorL, eJlé sa,·eut que la
nation françai e ~tau _j géoéreus • qu.e l,ra1·e,
et nou réclamerons ,·oLre ju~tiœ à notre rcLour. 11 igné : 1 •·itoJ en , commi ·. aire de
la onl"ention nationale : Carra, il1ery. Prieur.
Lamarline, hi lorirn, a écrit l'b~toire de.
d •moi l'ile· d Ferni 0 , !JUl se lai er rmporler 1r.ir l'imagination &lt;lll poèLe, san llltlnqucr
à la tricll' érilé 1 ; on 1·écit l)U C voici c L
:1h olumt'nl eucl :
« Oumonriez, le malin de la bataille Je

Jemmape.~. parcotlrail le front de c lignes
uivi df' son étal-major p:irl iculier. [\an 1111
~onpe à che1·al de quatre officiers de difftrenls àges, on remar411ail deux figures féminine . Leur mode lie, leur rougeur cl leur
«r,1ce contra laienl, ou· l'h,tLil d"officier
d'ordono:rnce, a,·e les figure· màlc des
gnerrier qui les entorrraiimt. C'tlairnl le
c.,pit..-ûne d •. guide de Humouriez, M. Je
Fcrnig, habiLaol de la Flandre frauçai e; on
fil , liculcnant dan:s le régiment d'Au'l:erroi ,
et es d~ux. filles, que leur Lemlrn~5C pour
leur père e~ leur paidon pour ln patrie
a\·aieot :.macLée à l'abri de leur se. e et de
leur àg et jetées dons les camp . L'amour
ûlial ne leur a,•ait pas laissé d'aulre a~ile.
Elles élaienl née au ,·illaac de .Mortarne,
ur l'exlrème frontière de la Frauce, touch11n1
à la Belgique. Yoici comment leur vocation
leur fut révélée :
Dan
pr~mier
départe men fronti re ·o levai al d'euxmème: pour couvrir le pa . LaFraneen'était
qu·un c81Dp donl ils se lOn_idéraienl comme
le avan1-po le la.dépcndammenl des bataillon qu'ili envoyaient à Dumouriez, des compagnies de \Olontà.ires, formées d'homme·
marié . de ,·ieillard el d"adolesccnts, sans

�..,

ru

Cep ndmt D~urnon"ille, ui command:iil
le camp de aint-Amnnd, à peu de di ·lance
de r ~lr~me frmHi~rc, n!anl ·ntendu parler
de l'h ·roi ,ne des l'Olont:ùr · de lorhgne,
monta à chiwal à la tête tl'on fort detnchemenL d' caralcrie et int 1,ala.yPl" le par~ de
ce fourra eur de Cl irfoyt. Eu approi;hanl
de .1ortngoe, au poiaL du j ur, il rentolllra
la colonn de \1. d Fernin-. Cell lronpe rcnLrail an villa e apr' nua nuit de folinae cl
de combat, où le coup de feu o·a\'ateul pa.s
ce si! de rell'DIÎr ur loul la lirrneet où .Je
ernîrr av:IÎ! rlé défüré lai-m~me par es
611 · d main · d'un roupe dl.' hu ·a.rJ 11ui
l'enlrai111il pri onnii&gt;r. L~ colonne. h, ra· '
1 ramrnanL pln,ieur-1 1.11' sés cl cio I prirnnn.iers, cbautnil la .lfar ·cillai e, au oo d'au
eul 1nmbo11r dé ·hir · di: ballei;. •urnonîille
nrrêla ,1. do erniu, le remercia au nom de
la France, eL pour -honorer le co11r;1ge 'l le
p.ilrio1i me dll se p ·~ans, ,·oulut 1' ' pa ·cr
en renie :t\'CC ton le honneur· de b :,l'llcrr .
le jour Ctimmençait à peine à poindre. C ·
bra~e eo 'ali•'nèrt-nl ou · 1 arbr , fier
d'être Lraîlé en solJ 1. p r le g~n~ral rr Il--'
çai . his de r.endo de 1:heval e.l pa an( devant le rtonl du celle pclile lro,ipe, Beurnoncrut a,peroe,,oir•1ue deu de plu. jeun~
volontairt! • i-. hé dt:rrière lt' rnn .Fu ·aient
es regard;; cl p:issaii&gt;nl fnrlivcimeot d'un
«roupe à I' ulre pour &lt;i,·il •r J"ètr uborJ1:
par lui .. e compr,manl rien à f'eltc timidité
dans d • homme crni portaient le fu il, il
pria L de Fcrnja dt.1 fair :ipprorhttr re
l&gt;l'&lt;1\'c nfan ' . L~ rau.,- 'ou1'riteul el laisèrent à rlticouverl I deiu jeu Ol!S fill :
m:ii" leur. h lut d'bomm••, leur vi arr "
voilûs par ]a fumée tle la poudre de . coup, de
f.:u Liré. puml· nl le coml.,at. leur Jè,r ·
noirrie, par le rarlna'"he qu'ell , 3\'nienl
dét:bir e avec I denls lt•s rendai,ml méconnai(. Me aux •eux n1ême Je lt&gt;ur propre
pè . lJ. de Ferai" fui . urpri de ne pa.
connailre. ces dc111. r:-0mb:il1:ml de n pefüc
armée.
a Qui ètes-vou 1 ~ leur demantln-l•il d'un
ton 1kèrc.
ce· mols, un chucholement
our1I, accompagné de onrirc unir r.eL.
courut dan le ran,,,. Th ~phile et FJlidlt1.
voyant leur ecrcl d !couvert, lomlhcnl .
genoux. rougiri&gt;nl, pleurèrcul. sanglot' rent,
e dénoncèrent el implnrèr ut, en enlouranL
de leur hr:i le jambes dt! lt&gt;ur p~rc, lti
pardon de leur picurn upcrr:heric. f. d
eroi•T emhrassa :::e fille· en pleuronL luimème. n le pré.~enr:i à BenrnonvilJe. qui
décrivit celle cène dans a Mpêcbe à La
Convt:n tioo.
La onl"l?ntion l!Îla les nom de
deux
jeun fille à la France et leur en\'O ·a de
ch \'3Ut el d armes d'bono ur u nom dti
la p3Lrie .. ·uu I rctromon. à Jemmapes,
combaUanl, triomphant, ,auvanl ICJ bl é
après. Ir~ a.,oir vaincu • Le Î3 ~e n'a p3 inrnnlu dJn Clorinde plu!; d'béroïsmt', pins de
mervcill.:iu et plus d'amour que lu HJpobli•1ue n'en Gt admirer dan ce tr:11 li. emenl fi.lia], hn le ~. p?oit et dan l d liuée de ce deux héroïne de la liberté .
0

,·m,

.... 1o8 ...

Dumouriez, h l' i:&lt;po TUC de . on prcmirr communde.menl eo Flandr1'. Ir .i"nnla à l'adrniratiuo de
old·,t du c:imr de )f nid . A
no· premier re\'t•r , leur mai~on, d: 1i,i '
à b Pn:;!Pance d•· , ulrirhiem,. Cul inc,•nJi · .
. de t·rnig u'arail plu d' utre p:itrie 11ue
l'armée. Oumoari • cmmi•na le père, (I! lil
et I d!!ux llll a,·c1· lui d:in. la camparrnc
ile I' rgonne. ri donna au père et au fil des
rades dan l'état-major. L jeun filles,
louiour entre leur père l leur frcre, portaient l'bahit, I• , rmP el fai~nirnl 1 · fouction d"offidl'rs d'ordonmmet•. Elit· vnicnl
cowl&gt;allu à hlm ·, t&gt;II,· ~rùhit&gt;Ot dt&gt; com~
Lotlre J\lmm:ip . l.':iin,~. ,llicit.S dt• ernii, uiY:iil à ,·h •val lt! duc de h;irlr..s.
c1u'ell oe ~ 11lail pa •[UÎlll'r fk•Jtd.1111 la l,ata1II . la econJe, Th •nphll,•, . rr~par:iil à
porter :au ,·i, u1 j!Pnéral F,•rr:md 1, ordre~
du &gt;u ~rai PU cht&gt;f toi à 111or• b,·r a,,-c lui il
l'a ,aul des red11u1.. de l'nilc l!,u11·h•·· l ►n­
m11un1•z monlrail ce d1-u~ rh:irm:11111',: h~roines à
oldnt ,·ommc nn m11Ji•lc de
patrioti me et comm • u•• 1111u11r1· d • la \'ir~
toire. vur hcamé I'! leur J,•1111,,,. P r:ipprlaie.ol r.,p_ a11p:mlions m rw·1ll11u- . d1•. J!PlltC
prolt\clcur dt•:- pP11pl1• • à 1 1~11• d •S Artlll 1Cc ,
le Jour des l1aln1II . La lilwrt~, comme lo
reli •ion, éta1l di 011e d"aroir ::111 i . es miraclt'S. »
Ain i p:irle Lttm rlin,,: lo ,·itatinn c l un
peu lo11g111• 1 mai ceu~ qui 01' l.i cun11:1i•N1ient
pas enr.ore 'il y Pn a - n noie la reprocheront pa . QuanL à ceux 11ui 8HÎPnL
coo crvé le . ou,·i:uir de 1· 111n:ainili11ur mor·ceao, il ne er,mt pa~ moins . ti,f. i1 - a ·anl
eu l'occa ion J'rnlcodre nne f,.j di• pins rrt
admirable lnngn,.,e. [,'hi t11rie11 &lt;lt' Giro111lin,
ajoute que ~ le· deux in1r,:pi1lcs l1èroincs
Ferni furent en1r,1in11Ps :m crime dan
lIDfl dtl urLinn qui r ·.i:.rml,lail rour l'ile, à la
lidûlil: Il. Eli ' acr~1rur~"111lrent Il tdli·l [h1muuri t dan :i. fotLP et cc n'i&gt;. t p:i. 11· m11indr d~ péril. qu'elles ait'nlrouru. LR. ba!aillon rraaç4i de~inanl ,,ue I UI' ,:11éral I •
:ib:indonuait, qu'il pa. it h l' •norm1. le mirent rn jonc fi mcnar'rent de tirrr ïl continu.ait ·a coari;e. IJumouriez ~uh; de n pelile
corle, dao la 11uelle él ient le demoi ·Ile
d,.. fl}rnig. pril le galop. Lr cri de colère,
fo injures, le balle. ounaienl à es orPille:.
Dcut bu_ ard soul tuiis à ~ Cl)I · . Dumnuri z t d~monté; on chcl'a[ rcv:ent seul
dan le camp frnoçni où on le rr ·oil en
triomphe. Théophile d,· erni" e, t é•• lem en L
démontée. :i srcur, ~licité, desrrnd de son
cbenl et le donne au éor1a1. On ante un
peût canal el de l'autre côté :on lrOu\'e d'aulr montures. La Fuite au gal p recommence
el toujour ou une grêle de balles; cioq
homrn - onl tués. ou I papier' de Dumouriez sont perdu . Eofin m-ùœ nui deu.s:
jeune. filles qui oonnai.s nl ln mute, on
arrhe à l'Es1•aul. lJumouricz était saoré.
Aprè: une cnlremc avec le ,!n&amp;al autrichit'n
)lack, il rr ,gne con camp de Mnulde; il
e..c:père encore entrainer se troupes. maiE se
effort sont inulil . Il doil reprendre, t
celte foi Pour toujour , Je chemin de l'eril.

];Es DE.MOJS'EllES DE FE'R.NlG -----

cumplon p rlir. 11us~itôt le np~l, qne La moitié de fa r.1m1lle; el, now remlaot II l'\1rls pour J
termine!' ce ljUÏ puurr-JÎI re!\lu
foire, ntoo
il n'id pa• en mou pomu r. _11100 cl1 t•~ cou i_n. frère premli-:i p&lt;N ,,.,,ioo tle l"etn11l11i ,11ic I '. mi11 • ,ou Li•11111igner, cuunue JI' le! tll!strt·r-11•,
ni,trr lui d Linr•. Lo~11e nou, auruui. 111·1, un
•u1111.Jien je uis 1•ru;ihlc i1 l'em11re,;~mcul quo
gite.
papa. Loui, .. 1 A.im 11' "i_endronl o~. rernu, mellt.!I à m'uhli;l •r. '1ab paur m1ru1 1·uu,
JOiud1·e.
, ou de ·11n oou~ croire n.-.,u_ 1I d
rch1irnr, je nî \'UUS f;tir 1111 tableau l"ll11Îllc et
morl
·
;
alor
nolrc po ilion sera vue dans nn.
cu111:i · ,le notre :.ilui1tion adu,•IIP. Jug~z par là d •
Hai jour. ... IJui•I u1owenl pour woi 11ue c: •lui
1111111 t'nlièn• confi:mcc,
r n llullamle, il1·1m1, ,leai :m. , nou~ y ,on1u1cs ouje. r ,errai no· u111i~! 1h! n&lt;' ,011,, li.lui . ur:,;
pl'Oh\"r · p3r nu gouvern nwul el autori i: p;n• 1m • 1llu,i,Ja encl1;1t1l re,.e. '. Qu vo · pre ·1tg1• ,
nolr llépuhlii11.t". Î.l'S lt'tlUl1le~ nr~cuu~ dan, ~i loo.,ku11-s lrllllll' u1 . , hoi.-ent enfin un d1.:i.mp
ltht à la ri•alitr !
nolr p:11r1e à l'ël'o,pte Je 110lra arr11 1:e 1la~1 cc
fo a11i hien 1111e le lion ft':lnç."li • nou Ioienl
pJ~ ·•ci, fur,ml citlM du tijnur que nou, l funes.

adressée à on cou in, Théophile de Fernig'
fait allu.sïon à • démard1c :

c.irrière mililaire e l lerminée. On croit
ouvenl ,1u'1I fut plus diplnmale el pl~ p1~litici,•n ,1ue ::..oldal; on fai~ 1orl à sa m.4•mo1re
Jéj:: si cla. r.:éè par le fait de ~a trab1!'on. Il
a,ait pour éta de a ice:
.1

msTo'f{,1.Jl
autr loi que lt! sa.lut public, uns autre orgaois:ition irue le patrîoli me, s:m :mires chef·
que les plu' brave~, ·orlai ot de· péÛle.ï
,·ill ·~. d 1.·i!l,1,.e.. dt"i. forme. , urpr('naient
le déta hi&gt;menls ennrmis, repou aient l'inî'asion dt• arnuL-gard cl comballni •nt conLre
1 uhlan (~,, r~ Je Clairfa t. • r mm
mèml! nccomp:i.trnaient 1 ur' mnri dan ces
up&lt;!dil ions r:ipides; des filles leur;; p • ;
lou 1, Ô."es et tou I sexe vouloicnt pa ·er
leur tribul d'l'ntholl iasme l de sanrr à la
patrii&gt; c t 1i la liherlé. L plu pieu P et le
pin. dé,•ou~e . de œ h&amp;oincs. furent ces
deu j,·uoes filles, célèbr depu.i dan 1
f, ~~ d no- premier comb ts; l'un. 'app laiL Tbéophilt•, l'autre Félicité.
\I. de Ferriig. ancien orlici r retiré dan
le ,·illa"P de ,\lorlaiTnP, élait p~re d'une nnmhreu c famille. ei fih er111.icnl, l'un à l'o.rtné • dt• Pyrén~,-s, l'autre à l'armée du nbin.
'e qu.alre fille., à qt1i la mort avajl Pnle"é
leur m~r , ,1iYnientaupr~. d lui. U 11 d'cnlre
ell é1aienL en ure eufaot.s, le deux ain • toucl,aicut à ptiine à l'adolc,cenœ . Leur père,
qui romma.nd:iit la garde national de Muri.a ne. avait animé de on :irdeur militair,
le. pay~ans de on canton. Il avait rait on
camv de tonl le pa ... 11 iwierri- :til I habitant. p r de e, · rmouches cootioul!ll ~ contre
1 hu~.ards noemi r1ui Franchi aieul ouv,:nl 1. li!!Tle d 1, rronti re rour venir in u.1lcr, pilli:r, incendier là contr •,. Il se passail
peu dt! 11ui~ p ·ndanL 1, IJU ·Il• il ne difr•eait
en per~onne ce· p trou.ille~ rhiqu · l œ
e1péditio11 . . Jill tremltl:iit.!nl pour
jour . Les d!.!Ul aîuéc~, Théophile et Félicité,
plu. émues encor• de· dan,.er que uraiL
leur p r qu • de dnnner_ dé la pairie, se
confièreul ruulm:lhmacnl leu~ inquiétudes el
entirenl oailre à fa f i dan- leur cœur la
même pan"· . EII r ~olnrenl de ·'armer
am:. i, de :.e mêler à rio 11 de J. de Fer11i~
dan le rang d cultirati:ur· donl il avaiL Liit
des oldals, de combatlre :wec em, de ,·eillcr
"nrloUL ur Leur p\rc, t de e jcLer entre [A
mort cl lui. 'il Yeoail , être menacé de Lrop
près por l cal"aliers ennemi .
Elle cou · renl leur ré.-mluûon d, n leur
âme cl ne la rt!1•élèr •nl qu'à quelque habitants du villn"e, dont la complicité leur était
n ~ire pour les d.érober am: re!!ard de
Jeur {l\'te. Elles rerêtirenl de.~ b bit d"hommcs
que leurs M.•r s auieol 1. issés à la mai on
en p:irtllllt pour l'armée; eJlc . 'arm renl de
Jeurs
it de cba se et. ui\'ROt plu. ieurs
nuit ln petite colonne nidée par JI. de
feroig, cil firent lè coup ùe feu ar c le
maraudeur- autrichien , s'aguerrirent à la
marche au combat, à la mort, et 'lectrisèrent pnr leur e emplc l - brave pa)· nn du
hameau.
Leur
l fol lon,.temp. el fid:-.Jemenl
c Fernig. en rénlranl le mntiu.
da
re e
racontant table lt
a,·
pér
les xploil de la nuit
à
, ne
:onn:iil pa que e.
pr
nai
omliattu au premier
nn
t1railleur t qu lquefois pré~rY~
a propre ,ie.

____________________

(i cmnpa"'n s ~n . 11 •ma!!tle,
2 campagnes fill f.orse;
1 mpa:,in • en Pulogne i
_;2 bll! ur · · la !!li rre.

L d •moi elle. de F'erui le .,;niviren.1 jusqu'à Tournai; il n'a\'ail pas d'arœ~•nl; clJe
coti· rr.nt a,·ec k quelqnru of!iC1Crs q111 la-

:e

Ll:5 DE.llOlSELLES DE Fl:RNIC.. -

raient ac.compagm:, lui foummnl le mnJen
de nue. en alkndant qu'il fùl pen iona • de
l'é1.rangcr, pui le quilû:reul cl reprirent
leur,, b, liits el le occupa.lion de leur . e:rn.
Elle- r~ idèr nl ucccs 1vemenl avec leur famille à Amsterd:im, Bréda, Brll'Iclles, lfarlem., LrechL et ddeU,ourg.
n 'i.i1di!?na,
en Franœ, de leur conduite;
0
.
11 11't!1aienL lai sé entrainer par Dumouriez
et le re!!l'elta.ient
déjt mais llt!S .étaient déo
clarée « émiart! ll et ne poU\'luent ongcr
à rentrer. u cCon1·er11ion re,inl ur 13 décision qu'elle a,ait pri Je fair rebâtir, O.lll
Irais de la ruition, leur mai on incendiée.
Ell!!S ne purent venir à Pari qu'en i ï9i
pour olliciter !~tir gràce. Dans une Jeure
datée 1L\mst rdam le 2:-1 frimaire an Yl et

Tablt.JU de .\.·F . LE

D111l .

·~ é11011 tr~ lilir • d • r airer Jan no · fo1crA
alol'i&gt;, mai:, nous ne le TOuhlmes point ~u1 c1,101liLion~ ,,1r où il nous fallait p~s~r. ~o. à1ne~ 1·cipublk.1m ne lraoj rnl point gwc la fJil1l11~•ll,
..'ou préfêr-lmes alle11dre u1· nou son aclton
bienrlli aulc. Ce jour t(I hicDlol 111111~ tuir.. ; bifD•
l(•l rendu au .e10 de la Fr,tncc, nons •· jouirons
d'une lil •rté que uos " cnlices et no soullrance
nous onl m~l'Îll!4!. Alors, mon clicr cousin, 1100
rons v~l'il~ ble1neol lieur,rni.
Je cro1 on.-. a1·oir dit Jans ma dermrre que
noire aff.nr~ doil se dtlt·iJ11r apr~, Le c:o,wr •·, ile
lla-L1dl. 1\11w afon, l:t parole du Directoire 11u'il
pl'ononcer:a ur noire sort :1 relie ~poque. J ,·ou
n tuamlc.rai le réi.ullal Ji:, que nous 1•11 Ct\lll
in:.Lruits.
lon no~ cnl.:ul · aclueb, nous ne
1. CQrre,p1md1111çc fotdilc J,, ~lie ~&lt; _fmti!!,
public.o pu II0111tro llo,m,nr., J ► an , f1nnm-lt1(t~1.

I 75.

,., tur, .,,,.

oon œil. L' dé ou ment lfUt' 11111 . a•ùll
prouY: pour la c:iu e · crée dt.' la liberhi o'e 1

d'on

pas equ.i,·oqul': l'l ceu.1 11ui nou ont

11.1.

au mi •

liru J roml,ats, :.._,renl que des cœon r i,uLli•
cain · ne cl1ange111 jamnb •
Bt!la~ ! l'illusion s•~,·nnouil à inoitiJ. Mlle
de Fernig ,·inl Pari., mais elle n r ;u- il
pa dans ses démarches. Elle écrit, le U Lh.ermidor ao YI:
les projels d'ëtaLli menl futur &amp;oil! eue.ore
une foi ren1cr. é ·. I.e Directoire, inùi\·iduellemcnl pol'lé pour nm , n'ose prendre uu u~l
puhhc 11ui noœ. fa e renlrer dan no· 1.11-011n,;1é •
~ous a1ons trop m. r&lt;[llé d.,ns les :mn,lc de J.1
1\évolut1on pour qu'il œe oivre soo de,·oir. La
pohtittu est ~eule écoutée dan. r moment et
1ous ..avei qllC dans tous l gomerocme.nl~. la
ju 1ice c. l:lil de\;int elle.

�111S T 0'1{1.ll
Le Dire Loire oOril au1 béroïn :s un ronce~~ion importante rlsns le. colonie ; clic
refu ercnL : 11 ~ou" avon. préféré. dil Tbfopbile, retourner en lloll:rnd&lt;&gt; el r attendre la
p3i générale, tlpoque que le Direrloire m Là
1 ju,lice qu'il nou rendra. , Mai leur·
failile re .ource étaient épui 1 • elle·
entreprireul un petit romm1:tce J 1.JiruL loteri , continuant à être proté" 'ic par le
ouverncroenL français l I our ruem Dl
hollandai-. n ne I confondait plu- (1 n c
la la e prrfide de émi.,.ré~. D'aillcur nou
ne ommes pa 'Dt celle fatale li-te. Nou ne
omme que compromi dan une faction
(la faction Dumouriez) dont on ,ail bien que
nou n':nou pa parta,,.é le pri11cipc . ,
Enfin, en 1 02, toute la fomille de Fernig
peul rentrer en France. Tbéophîlr, accompa"nte de on p·re el &lt;le .a plu j une œur,
\'ODl b:\Litcr Pari , 11 celle capitale de
icei-,
criL-elle, el que je hais du fond de l'ame. J'y
\ÏHai au:si retirée que i j'étai à Ver!!lle·.
Ion caractère répunne aux grandes (füsipalioo el, pour ma con olation. ma œur
imée "
loger dan, la rue de èvres, à
l'cxlr'•mité de la ,-me. »
Oa \'oil, par · ttuelque e1trail , que
'l'h 1ophil d • Fernig n'étaiL nullrmeol une
Yirago apnl gardé de 1 , ie des camp
un lan"a"e .oldatesque. « JJe ét11it, dit
Lamartine, mu icienne el poi!le comme Vittoria Colonna. Elle a lai é d poé ies empreinte. d'un mâle héroïsme, d'une . en·ibililé
féminine •t di••m• d'accompa!?ller son 110m
à l'immortalité. • ·1te mourut :m- aYoir lité
marié\', eu 1 'l , à Orunlle où eUe e trourail pr~ de . a œur Félicité.
Celle-ci, l'autre aid • &lt;le camp de Dumouri i, anit, racoute l' lltsto1re de, Giro11tl111 ,
• fait, ur le champ de hutai1l , la conquête de
on futur mari :
« Han une de renconlr 0 s enlre l'a~anl•rarde franç:u c el l'arrièr -garde autrichienne, un de jeune· amazones ferni 11 ,
0

· Fi:Jirit l, qni portail 1 : ordr de Dumouri z
à l.i tèle des t olonne~. l llt rnîr.ée por on
;,rd t!r, e troma ('Dîelopp{e anc une poi"née de bu .. ards l'rar:i;ai. par un dHad1ement de uhlan con rui . Dé,.anéc ar c peine
d(', ~lire qui l'cmeloppairol, elle tournait
bride OWl' un °roupe d bu .ard Jl(lUr
ri joindre la olonnc. 11uand , l'e aper~oit un
Jeune officier Je ,olontairC'~ Lel 0 e de . on
parti, rt·m-er:;é de cheml d'un coup de teu
cl se défen&lt;l:ml :nec ,on ~al,re rontre le.
uhlan qui chl•rcb:ii nl à l'acbe,a. llien qnc
CCL officier lui fl1l inconnu, à ft-t a. cl frlic,té '{lanr au .ccour du bb!P, lue, de
deux coup. de pi~tolcL, deux dr uhlan~, met
le autre en fuite, de.c nd de cb •,•al, rel',e
le mouranl, le con6c à t hu:,ard , le fait
partir J'accompagnl', le rH&lt;1mroand ellrmème à l'ambulance, cl re,icnl rejoindre son
f-néral. Ce jeune oflicirr belge . '.ipp l:iil Yo.ndt!rwalen. Lai. l:, apr~ · le déparl de J'arm{
françaiH•, d:10 le· hopila.ux de Uru,ellt., il
onblia .e Lile:; ur~ · : m:ii il n pomailjamai
oul,li ·r la ensuelle apparition qu'il axait
eue sur le champ de carn:ill'e: cc ,i~o e de
tcmme ous lt!s habit d'un compagno11
d'arme , e précipitant dan la mêlée pour
!':mach r à la morl rt peocbé • en uilc, il
l'ambulance, ur son lit angfont, oh édail
s:m •~ a .on sourmir; quand Dumonrirz
eul fui à l'étranrrer el 11ue l'armée eut perdu
la trace dC' deux femmes guerrit'.•re qu'il
:nait enlrainée dan e inforlun cl dan
son exil, Vandrrwalen quitta le .cr\'ice militaire et ,·ornnca, en lkm;icrn , à la r chcrch
dr ~ lihé~alrire. If parcourut longtemp &lt;'n
,ain le principale· vifüs du \ord, ans pou•
1•oir obtenir aucun rcnsei nem nl ur la

r1

1. Ili foire 9t'11éraft du r111i9rl, . par l'ornrrou,
l1ari5, l'l,m, Ill i.
~. fnc foi,, dou~ 1111 ruml,nt. ,•Il • l\'aÎI 11fü•nè ,1
l}umollriN un ~111 Ali mamt l'i lui di•ail: • Mon li ·.•
1wral. toilà 1111 pri(l(1111llcr. , l.t•llc rois de 1w1i1 • lillc
lil 1re~,-aillir 1'.\lt.·n nn I qui 110 ~o ,"011&gt;11lu point d •

l 'a!Tairc.

famille de F~rni". Il la JécouHil enfin, réfunire au fond do Danemark. a rcconnai .ance •e rhan"1'a en amnur Jl')Ur la jeune
fille qui a,ail r pri le baLit .• li'. /!rfttL•~. la
mode ûe de .on ~cxc. li l'épou.a el la ramena
dan .. a palrit!! 11
Ik~ d.ux aorre ,œur d~ fi:rnin, qu kur
à11c aYait empêch 1e d'êlrc .oldal comme
leur den ainée., l'une e marie à un fabricant de Lijoux. l'aulre tlpome le nL:néral
Gnillrmiuol.
Le pt•re Jes dcu héroïn s monrnt d'apoplexie en 1 l(L Leur frire, de,·cnu gén(,r, l
el comte de l'Empire, mourul •n I fi au
cours d'un ,·oyanc qu'il avai l cntr •pri. eu
:'grpte a l'âge de oitanle-quatorze an .
Ces dt'UX femm&lt;':- oldal é1aien1-dlr
jolie '? Eli _ étaienL charma.nit . Les l'rançai e émirrré1 ool r marq11~ u la figure
mode le, Ir mnin. pelll • hl:m1:hc., déliClll
de la charmante Tb 1ophilc el unl admiré 411e jamai on n'ait pu dire mi mol de
Jtlfa\'oraLle sur leur· mœur · 1 • »
La j!alerie de I ooiété d'agricull ur' de
\' ,tlencicnne po -~de . on porlrai l: à olé c t
placée une e~qui '"C qui repré ent • a le c.1pitaine de Fcrni • rcCQnnai~ ont • deux filles
cnrlil • • à n'Îr dan la eompa!!Die dti ln
"'nrdc nalionale 'luÏI commandait ». llan le
talill'au d' \ry rhelîl'r, rl'pr ent:mL la bataille de Jcmruape' (mu ée &lt;le \er_aillesl, on
,·oit Thkphihi de Fernig d.111 · on co.!ume
militaire. Il ne faut pa · oul,lirr, ('n l'!îel,
qu'elle .e tom rit de .. foire à celle ba1.c,illt-.
Chor ..eant le, grcnad1rrs l1on~roi • a l'CC un
ùêlllchement d • ch:i, ·rnr' à chrval, lit rrn,er a de &lt;lcux C"UP de pibLolcL d •ux . oldal. nn mis et lit de .,a main pri onni r le
cher de bataillon q11'elle conduhit d 1..::irmé
au gênfral Ferrand'. Le courJge do œll,•
jeune fille de . izc ans, rPprocbanl ou.
fu ·ard- leur làche co11d11ilr, fuL pour beaucoup dan la ,ictoire, il aida à arrêter la clérool , un moment mcnacanle.
EmLE 'ÈRE.

li • , wu!'Ol~rl. p,.•ut-i'trr,
.\1cc le lill

tl'l,nN

L e prince de Ligne

f. lill d'I•ra•l ét ienl dcu · juivl' fort
l,ellc que le prince de Ligne vopit a. sidûmenl, mai qu'il q11it1a_ brusquement 1111 jour
en leur ndrt&gt; :ml le billcL sui1·ant : « fou.;;
.\ l:i mort de l'empereur Joseph e termina ~,ei. ~I' Jarne , que j'ai loujour. 1té l'un
la carrière pnlitic1uc tlu priocc de Ligne: de- de vo admirai ur le! plu cmprl'· é ; ,·ou
puis. il ne fut plu· employé, ruai. il gard:1 n'a,·ez ni e11fanl5 ni chien~. ce qui m'a donné
tout de uile un gr rule iJée de ,·01re mérite;
avec ~n. ha.ulc position .ociale
lilre· el .e
di$lilé~. A \ï nne, loul le monde, peupl · •l mais me jambe tt'frucnl à rimpcr \'O
grand., J, aluait .:me plai ir. Derrière .ou c caliers. , dieu, ,ou' êlc décidément l •
c;irro. était monlé un Ture &lt;1u le prince dt:rnièrcs que j'aie atlorêc~ au (toi ièmc. D
On a rel'utilli du prince de Li,me une foule
Potemkin lui a\·ait donné à l'a aat d'l,.maël,
el qui par celte rai~on porlail le nom de la de mot~, dont un ••raud nombre ne lui apparYüle. Lorsque le Turc mourul, le mar11uis de Lienn nt pa., cl on a ouLliJ le plu pi,cuant ,
qui 11'é1nienl connu que d · intimes.
Donnay lni fü l'iSpilaphe 'UÎl'3.llte :
Lor que, dan la. n1volution de Pay. -Bas.
l\cpo e en p~1s, 1,,m lmaël.
le
in.urgé lui eorn ·èrenL une députation
lu ras rlcurè l"r ton m1itre;

pour lui 1Tri1· fo romtnanJ,·nienl &lt;le ('t' quïl ·
appelaient l'armœ 111tion:1le , le prince tle
Ligne le remercia :ll'e • efiu ion, et en le
cong-é&lt;liant dil au député' : cc \'euillrz,
lcs~i ur , Iran ·mellre à vo commettanls
,ru je -ui incapable de me ré"oller en
hiver. »
L'Empercur f'raoroi~ f.ù.ail creu.cr an
canal, mai l'eau manquait; on répanJit le
bruiL c1u·un homme · · était noy,r.
- « Flalteur ! )1 'éai,1 le prinre d • Li.,.ne.
Lor~q11e le duc Albert d•
-1'e chien,
après avoir perdu la Latairle de Jemrnape
cl fait une maladie ttra\'e, re,·inl li VirnnP, il
d•manda au princ d' Li·me comment il 1
trouvai 11 (1 ~I I fui • li n ci .. n Il r ' rèpJ irrua
celui-ci, je YOUS trou l'e l'air pa sahlemenl
défait. t
COMTE

O iV.\ROFF.

Doc:tel.ll' CABANÈS

...,.

Les artifices de la toilette
.7i.mon Barbe ( t ,•ol . in- 12). e trouî.C IJ la
Les Romain auachaienl un pri:t extrême à
manière de parfum r la poud~e de C~yp~
l'éclat et it la netteté de la che,elare, c~ la
commil 11 ontpellier • Celle qu oo faLnqu~tl
c!"
ouiller par de la cendre ou. de la pous .1 re i, ~ontpelli r pa .ail, eu elTcl pour la merln conte qnc de reli.,ieu c , rcmplaçao~, était, pour eux le grand 1 •ne d ' deuil el leurc.
.
ornme la manife talion du plu profonJ dtun jour, ur leur tète , le cendre de~. p ·Au 1,"' el au
siècle, cc parfum était
opposer qu'ù n'auraient
nilence par de l· poudre blanche cl · ~ta.~l scspoir. 11 est
à fa mode .
pa.
emplo~·é
la
11oudre
dan uo bul de co- lr • ous
1
wonlrécs de la orle en puLlic , turent am 1,
llenri IY, la mode de la poudre 'lai 1
qut&gt;lterie 1 •
•
et comme : leur in u le. initiatrice d'un
J,ljà
i
répandue 11uc les femm de bas e
\'ou Yoilà, ,an Joui , peu ren c1nné sur
condiLion n'osant montrer leurs che" u dan
mode nou\clle '·
l'bi Loir, de la poudre à poudrer chez l_c
D'autre , toolraricur· de ll1 endt~, nou
l ur élal ~aturel, , le saupoudraient de )l ul'Oudraien~ persuader qu'originaire d'Italie, ancien cl ct•la faute de dorument préci . dre de boi pourri, 'l"'on trouve parm le
la poudre fut apportée en Franœ par un_e lleureu: mcnl nous ommcs mieux informés vieux ba timent . li
Lroupe de comJdien , el qu'au ne 'en erv:11l pour J •poques plu: rappro bée de la notre.
On cite encore d . filles de village 11ui, depa chez nons avant l'a1rncmeot d'Henri IV.
vançant leur iècle,
poudrai nt de farine,
A I&lt;' eotendrt&gt;, 110 a'ieux n'auraient connu
mai an entrain r la ville à leur e1cmple.
A la Cour de France, 13 poudre l'ail on
ni l' xi. lence ni l'u ngc de la poudre à pouC'e L sou le mècnc r gne qu'on a comapparition
ou le r~!!lle de barlcs VIII'; au
drer.
mencé 11 r~pandre ur les ch veu une poudre
P:1 plus le· Pères de l'Égli ~ l!Ue le r~- moin alon -nous lieu de le upro.er, rar cc parfumée qu'on appel:lit 9ri,~crie.
.
man ·icr-, qui onl parlé, ceu -c, a -e~ admi- roi avait déj:i un p~rîumeur eu Litre. . .
La poudre, en ce temp -là, n'é1;11t . ra.
u tcmp de ·rançoi \·•, on connaua1l la
ration, de la parure, ceux-là avec col •re, de
mise à ec sur le cheveux : on la fa1 31 l
la coriucllrrie de ft•mme., n'auraient fail poudr J • , iolelle et ln poudre de Chypr~, el tC!Dir au moJen d'un mélange· on imagine
pour le ~oins de l~ toi) lie, on ? 'èrrnrl &lt;le comLien de la,,ages il tallait pour rcmellr~ au
mention de la poudre.
a.100 mu.cal cl d un poudre dite d' fieu/'
Enfin. aprème argumenl, on n'en "' rrail
de
/'et•e, 11ui a,;ail !J réputnlion de raf1aichir net c têle3 empoi é .
point tra ·e dan le , ieux portrait , hie~ que
c!"
le peintre d'alor· r pr · enta eot IOllJOUr le teint.
Henri Ill fol proooulcm nl le pr1~mier à .e
le fomm • Lo:llcs qu'cll étaient roilfë,. 1 •
l.oui X(Il ne porta.il pa · &lt;li! poudr •, m:ilou Hir l.: · che1·eu. de poudre de üolctte
Outre que Cl' dernier argum ut n' •,l pa
gré
ou peut-èlrc à cause de chmruJ Lianes
· Cl le mi.,.r.ond'imiter au itût
p,:remploire, lei a· ·ertiun l]Ui prc:rèdcul oul 111 u,'lltéc
1·
0
•
4
11'il rnl de l,nnne heure.
l •ur maim•. • l'n Ynll'I, :ipnl en .es m3in
coulreJitc p:tr J'hi ·loir 1 •
_
l'Jpo4ue dl! Richelieu. le· gentil hom~cs
11 eH au moins uo Père de n.: ..li • qui a une boi ·Le plt?ine de poudre . emLlable ~ elle a,·aienl de portion de perruqu , ou corn. ,
fu.lminé contre la poudr . T •rtullien 'csl de C' 1iprc, aYec une "r sse houppe ~e . O)' , 1p1i c li :lient dan le clte_v ux ~our prolaquelle il plonge:til dan' celle bo1 'te en
élevé a,·ec '"ebém nœ conlre Jt,,. chreti one
duire J ,, d1ules plu fourme , et il fut un
.au poudrait la têle Jo patient 1 • Il
i1ui ne craigoaienl pas de se char_ cr de per}e
l.a powfre tle Clry111·e ét~l un y1rfum_ l'orL moment ùÙ on ~ mit à poudrrr ces bu
el de liijou de se mettre du notr pour faire
l'Ue\"U' avec d la fine fleur de farine; mai
paraitre 1 · l'C'Ul plu grand , d' ·e poudrer rechrrcbé. Elle se compo ail, ui1-anl l\t, hr- 1 pourpoinls el le m,mleaux 'en trouvèles cliet•eu.c tle sn{ran, afin dé r - mlikr let, de racine dïri , de civelle cl de mus • renL i mal; il plut tant de Lr l\rds contre
La recette exacte de cette poudre nou. e L,
au 611 des G:iul et de la ,ermanie.
au
urplu·. donnét! par le par(11meur F,·a,1- le meu11iers el le enfm·ine', que ln mode
C'e t un faiL bien connu 11ue l dame ro&lt;'0is, qui enseigne toutes les .wm~ière · de. ne tint pa . Plu lard on devait. e ~ontrerplu
maine5 se poudraieol I cheveux. On cite,
préc.1uliooncu, : quand on e remit à poudrer
l' ppui, les reproches que leur adrc sait Caton tirer cle odeurs de /le1m el a faire toute· Il' perruques, pour que l'~hi~ n'en fùl pa
dfl e rendre la Lèle rutilante « à l'aide d'un sorte· de Par{ums.
ali, on p&lt; u.dra également I habit.
Dans ce curieu traité, publié en 169::i par
mélanrre puhérulent. »
La poudre à poud rer.

"e

11

...,.

1

c·

1.
L I d1roni,J1teur L'E toile qui • rapporli le
rail dans son curie~ j?ur!1al. Un y • r■ it M!~,· ol
allusion, mai:, ~n JIIDILS citer le lexie que •01c1 :
• I.e mcrucdi Il de ce moi
li.écembrc t~Oj),
Cvmrnolct pr ha le religieu es que le gentil lio!DDI s proumcuoi ul par d 0111 h:s br tuu le
jnuN à l'ar~. Como&gt;P i 11 ,érilé ~n ne •o. ail aut~e
cho. a Paru cl partout que ~nhl,bommcs cl rehgierucs 1CCOOplé•, qui e r,,_ icnL. l'1m11~ . cl se
li, h&lt;lil!llt le mor,-nu, portant leJ dtl rcl1gtcll§C.S,
sou:i Le ,·oile qui ulemenl Ica rfülinguoit, n•i ha•
l1ils d f•~ n clo ctJutlÏJaones, cdanl far,lée , mus-

qué et ponldrh·•• au. i vilaine et dêbordc
n
parolr wmme en tout le r • l •. •
'!,t'1:L11.tt:TD C
R · ,l'.a1ueriraâ1111 cw·i.-ur,t.11.
:;_ B •ai 11ir I.e
L. li. l'aris, 111:!-i.
i. 1,11· 1orien Jiisi-phe npporte que lor&lt;T111e le mi
Lomon rlail eu grande Ct'r · mome, iJ était 1UXOml'&amp;gné de •(Ulln cCJII. jeunes g Il de ramil_l _s ooli_lc.'
ilont les cheveu,:, semc- de pouJni 1hr, clrncelllelll
au olcil.

,,,,.J~,.

j_ Toilrlle d',mc Romm'11r a11 /t'mp, d'A11g11 le,
par le D• C. J ,~,~.
6. La pondre de ri:i êl11l J~ji rer:ommand~, ,dè lé
1,.. •ièd,•, par liu, li. Chauhac cl le laie rsl cite var
Porta, vers I ■ lin du H i'de, cumme d'ou 11 ~c
couranl. (Cf. fferut tlr~ Dctu-.1Io11drs, 15 mar 100•• )
li l!!ll A pré uult'r que le
uvera.iu f11.isaient usage
ile la pnuJrc dùs cette •poqut&gt;, car_ ~n lroll\,~ ,lans
l'lnt-e,lloirr ,le Chal'IN f, au ltv• ;1cele:

, \pc lioislc. d'or a ra,;ou de poiré pour me lr
110uldrc, au-de •us est ung pclil 1,. ?U Iruitelet.
a l'ne boi1le de cri lai ::aroyc d ugcol, dorcc d
grentléc, i 11'1lJS pin de lrD}S ly?fi~ cl lroys oiscaul,,
d,· u I • cou,erclc. • J11rr11tn1r~ de Uiarie.i 1,
13 O: c:i ,lans cl'lw ,le lhrguerili&gt; d'A.1.1lrid1c:
c rnc l,oîl ,l'ar ut 10111&lt;. blandw, gowlcr11nuée
a,.-l. 5a com rl eu llll1uelle, •C IDCI la p&lt;J~t,lre CO!·
aille qu Maclamr. preu,I i I J ru• de . , d111ue _,.uc)
l
upp;,l, • l111·Y11t. tl~ .'1111r911entr ,d ,l11tn(hr,
l5'H.
Dltll lel&gt; 1lo:u1 ca. 1•redtès, on peul ,c dcm~nder
..., 111 ,..

◄

110 ►

'il ne ,• 1:it pa3 plutol d'wae poudrt r · ·onforlaulc
que d poudre i pouilrer.
.
1. Drsrriptirm dt' r/,lc de• {Jumop~l'ix/1I , . .
. li. Huard a rele,·è, dan I J11te11ta1rc du pn'!c,:
rlr_ Cm1dr 1158 ) : , une pl'tite lioi•lc aie rrrr~, pleine
,I • pvulJr•• de Chippre. - /le111. qualre pchl. "'
,111 Ierre •n lroi, dcsquel il )' a de la puulrlrc ,le
thippre. èlc. •
. .
t))
llan I fove11lt&lt;Îrr de Catherine d Jléd,cr&amp; 1 •
li~rcnl : • deu pèlih: rtse' d • ,·rrre peint, de llonlpcllier, • \tPls il y • de la ~uldtc.,
• .
ll f:tUl croi~ qu'au XVII' ,!ilècle ecttc poudre, wt!
i uut~c, 1n1l CC-- de plaire; car, dan une toméd1e
J: Upnc·ur1, l'Eté du rnq11rll1'A 1,1600, nnu: voyons
un abbé giilant t'hn i: p,rce qu'il ~ur 1111 de c,•
1,arf11111 (t:f. J)idi11niwire de f.~me11hle11m,1, par

11. Ibn u, t. l,

r•

OJ.

,

•

,

1

,\nJ:"éliquc s'adre , en ces t_ermc , ~ 1aboo P&lt;1u;,rc
- c Elui,..nu-,ou tle m,11, mOllil ur, \'OUS an•z
11 ~ odeur,. · El le fi lil alibê de r \pomlre : - • Co
n'csl que rJ • la p&lt;1u1ln· de Ch31,re, ma,lame- •

�111ST0]{1.lf - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Il e t plu ieurs fois question de la poudre
dans I.e ~fémoires du 1"1.\!!lle de Louis XIII.
Toutcfoi la mode ne priL quel1rue consHance
que sou lti règne d'.A.nne d'. uLriche. Parmi
ceux qui la lancèrenl oo cile . nrtoul le marqui. de Jauzey, un des nombreux amis de 1 inon.
Le journal de DubuissonAubernay aou · le montre-, se
pré entant au Pabi -Roial,
le 26 décembre 16,Ul, a peign t, potulré el ,·êln ~ l'avan-

tage. u
ne Lampe, san date, qui
parait e rapporter aux environ de 16~0, d'après le co Lume des personn:ige , esl
comme l'illustralion d'une
mode donL on .se moquai!, mai
qui a,,:iiL cours tout de même:
nu milieu d'une foule de peuple qui les raille, dP.ux courLians, a i el en elopp • de
pei noir , ~ont « accommodé
à la farine &amp;, l'un par Jodelel
(qui jouait le rôle de notre
Pierrol moderne), l'autre par
un meunier 1 •
Louis XI ne favorisa guère
cet en ouement : tout ce qui
lui rappelait qu'il prenait de
l'âge lui était odieux et le frima. artificiel ressemblait trop
à l'image de la ,,ieilless pour
qu'il comenlit à 'en parer.
A peine l'n supporta-t-il uo
léger nuage, ur la fin de a
vie.
« Le plu grand des mon:irquc qui aientjamai élé .sude
trône, li ons..:nous dans an livre
contemporain du Grand noi,
s'est plu à voir ou1•ent le
ieur Martial (un parlumeur
connu de ce temp ) composer
dao on cabinet le odeur qu'il portait sur
a acrée personne. ~
A celte même époque la maréchale d'Aumool e diverli ait à faire elle-même o poudre à poudrer ! d'où le nom de poudl't à la
maréchale, qui lui L resté.
Uo œil de poudre blonde relevait parfoi
le perruques des jeunes courtisans el, comme
le dil carron,
llainl poudru 4lllÎ n'a I

d'argctll

se donnait de airs de cour el de conquètc,
L L"!!stampe porte poUI' litre :
l:,11f11rin.1,.

Pins b . sur
di:1.4.t:henl ·

llllC

u:I.Jlderole, c

Ce

Copi/aine der

lroi,, quatrain·

,0~&amp;1.tT

Je ,-Qlls rt!ndni si blanc que tou le.s Pourtisan~,
Voy al ur ,·otre 1:h,·I' l:llll rfo (arÎ.lli: épunc,

Au li!!U de l'Gll&gt; IIOllllll r la lleur de courtisans,
Vous prenJro1Jt comme moi pour nlel de J. luce.
UI llll.c;,&lt;!Dl

\'oos en ■unlz, muguet, el Je la plu suhtilc.
l.cs enfouis, mu voyaul, riront comme ,les fou~.

se

onr la poudre était. portée surtout par les pe- des personnes de condition; œ n"était ~ncnl'l:
liLs-maiLre à hon11e fortune.
qu'un usage accidentel et de caprice. C'es1
La. [ureur de dé•ruiser la couleur de s seulement sou le règne u.ivanl qu'il devinl
cherelll introduisit par degré cet 1uae, et général.
, ers la fin du rème de Loui XJ \", le duc ~c
n On y avait longtemp· l'l!pogné comme à
l"émétiquc di_t le sexagénai1·e
Arnaud dans se
oui•enfrs:
on ayail repous é r.rlle invention frivole avec autant d'opiuiâlrelé que si c'eùl été une
déeou,·erle utile.» Et ilajoule:
11 Quoique Loni XIV ne l',aiL
pa adoptée dan · a vieille. e,
j' gagerais que l'adoption de
Ct!ltc mode qui blanchi saiL
tonte I lèt, fut 1avofrée
par plu d'un ci-dcvanl jeune
homme'. » Cela es Lpos ·ihle (Il
cependanl le uccè n'en Iut
a uré que mus la Rég,ence,
par l'exemple Ju jeune 1.&lt;'ron. :i qui donnait alor le Lon ;,
La chronique rapporte l{Ue
le duc de Fronsac, le f ulur
maréchal Je nicbeli~u, tout
jeune encore, et déjà le point
de mire dt! Loule le beautés
de la cour, parut à l'Opéra
clan · un co Lume de pin l'il'ganl , el le" chc,·eu, entièrement poudr' • Ccla uriil pour
remellre la poudre à. la mode.
n Lrailé de civilité da xvme
:iècle' pre cril de ne jamais
(1 orlir du logis qn'aprèsa,·oir
peigné el arrange proprement
e chereux. OuJ' peul mettre
de la pommade et de la poudre
en Ire· pttite quantité. »
Le 21 eplembre LHO, un
arrèL du Parlement de Paridéi1mdil aux amidonniers de
fabriquer de l'amidon, tant
LA TOILE.T'IE D'r:N CLERC DE PROCUREUR.
était grande Ja di elle de céD'.JfY~S l'eslamft .te ARLE. \"i,JUŒT.
réales.
Comme fa po11cfre â J)Otlcfrer e faisait avec de 'amillourgogne, l'au Lère élère de Fénelon e don, elle oe mlait a,·anL l'augmentation du
mettait de la poudre.
prix du blé el de la farine, que 5 sous la
li ne; elle augment.a alors j u qu'à
sous ;
lme de 1\•igné, décrivant I de visu, nou
fail a i Ler à l'amu anL pectacle de la toi- mai aussitôt que l'arrê-L qui faisait déf11nsc
lette de la du be se de Bourbon. li lie se de fabriquer de l'amidon eut été publié, en
rrise et se poudre elle-même, écrit-elle à sn deux jour:1 de lc.mp la poudre monta à ~4
fille, elle man"c en même temps ; les mesmes sous la füre.
doirrl, tiennent allernalilement la houppe &lt;!t
Cc fut pre que une révolution dan le
le pain au pot; elle mange sa poudre el grai· e monde des marqui es et de petits-maitres.
~e cheveux; le loul en cm.Lie fait un fort bon
déjeuner el une ch rmanle coëffure .... »
Jusqu'alors la poudre élail re tée l'apanage
Le femme n'a\'ai.ent pas - le croiraiton 1 - adopté la mode de e poudrer avec
El je mi; OS•llf.:; que, par loul.u la ville,
aulanl d'entJ10usia me que les hommes.
Chacun nous !tisse.ra pour eollfir après \'Qu-:;.
La première Lêle poudrée qui apparait don
n.A1TTtl 1&gt;, 5 n;ncs
l'hl ·toire e t celle de Mlle Cécile de Llsori ,
Que 111 ser11s bluté, be.au mira.de d'~mour !
Polll' mhellir ta hur., il faul lant de f1111ne
en 1704.
Qn"■vec juste rnt!IOD l'on doîl crnurdre qtL'un jonr
Ce ·ne fut que beaucoup plus lard que la
_ Î J fèle dan Paris ne cau..e la fmninc.
mode s'en répand.il. Lady Monlague, vi.sitanl
2. Lt!ttrea, L. 11. p. 375.
3 Caiuerit1 ,1'1111 curieur, par F t.lllLLllr na Co~- la France \'ers la fin du xvmc siècle, écrit de
uu:s, l. Il.
4. Règlu dt la Me111f.011u el 1/e ltt civiliU cl1ri- rem.me dµ gr~d monde, que &lt;t leurs çhe.veu.x rc semblenl à. dt! la laine blanche, cl
/ ie1111t:, (Ill' n~ LA .ALU..
0

...,

Les
a1·el\ lenr vi a·,e couJcur de feu, elllJ!; n'ont
pas mème figur• lmruainc , ou les prendrait
pour de~ mouton ééan:L: . »
L'nrmœ fut a ervie à l, mode de la poudr", lnuL comme le:. femme du monde: nos
oI6cicr' cl même no ,aidai portaient la
per rnqu poudrée.
lln poudrail l s ·he\'eux de oldat (1 a la
colle ou à l'eau. 11 L'annlao-e de cc ml'thoJ~ . dLenl les aul ur d'in lructîon conecrnau I le· 1roopc , e. l a qu'un régimenl,
faisant Je. e erci e pt'miLles par un Len1p:
chaud, 1 moins tlélaLré d:1n!- .::i fri. urè que
'il élttit pou&lt;lr 1 tout uniment'· »
Le:. dra~ons devaient a,oir da11S leur bci;ace un ~ac
poudre. une houppe et dl's
peign , an compter l fer à fri er.
Le mini lre d1~ la guerre MonleynarJ eut
Leau défendre I' usag • de la cofü•, comme
t.langcreux pour la. aulé et à incompatible
nec l"allenlion que le ~olùat doit a\'OÎr de e
peigner ». il ne réu it p:u plu que le mar11n.i de Boutller en portanl
clreveu
courts, et le comte de aint-Germain, en dérrût..rnt la uppre ion &lt;le la perruque poudrée,
fair• di paraitrl' la manie du pou-

dra,.,e.

-n,

'ou Loni
le bonlil1uc , où le plus
grand nom.bru allaient e faire poudr , r semblaient à l'intérieur des moulin
et
comme le indu Lnels qui distribuaient i
génfoiusemenl la farine l, leur pralique en
pren:i.ient leur bonne part pour eu -mêmes,
ils ju ti1ièrent le nom de merlans qw leur
fut doonP par le peuple. lJan l'ei:ercice de
leur fonction, ils re~ emblaient elfectiremenl
à de merlan- qu'on va mettre à 1.a pœle•.
Des Yilles, Ja poudre pas a dans les vilbne. ,_ ln poète s'en plaint amèrement dans
une t!rrlogue qui fol mentionntie honorablement par L\cadémif' française :
lie II jou un éta~•. on pl~ es hc,·eu ,
l11r lu ciel d,· linl'l i de. m,•illeur5 11 " ;
l 11~ pous.,ière 11lil.e affailil 1 ,•isag-s:
Cumme de oos hr ins I va11ité
rit!
La f1r111c vou pou•I re cl le. son vou,. nourrit.

A la veille de la Révolution, on faisnit une
consommation prodi 11 ieu e de po~drc et de
farine pour la toiJelle. A\'ee la poudre cmploiée dans un jour, on eûl, dit un écrivain
de !\:poque cc nourri dix. mille iofortunü,, »
Il n'eût pa ~lé bien porté, pour une jeuJle
fille, de paraiLre dan le monde san poudr,•.
A. cet effet, elle mettait le ~OU' un bonneL de
lall'et1.s blanc, qui pro té eait el conservait la
poudre des cheveux. Quand celle-&lt;:i êta.il tombée, le coilleur rccommençail l'naammodage;
la 1Uette tenait ur son visage un g.rand cornet de carlon pour n' tre pas aveuolée, et
l'opérateur. Frion. llagé Lars neur 011 l,cgro , saupoudrait la tête d'un nuage blanc
dont il t11ail bieotùL tout couverl lui-même.
u Que Je femmes, écrit 'éba tien I r-

besoin~. »

n.
. ervait, en i;é.néral, de &lt;1 farine de
froment bien s.i sée » mais on ophi ti11uait
Mj la poudre a1·ec de l'amidon, de la craie
ou du sulrale de chaux.
,1 'ur la fin du bi~clc pa.s"é, - c'est du
n11' si~cle dont entend parler )lercier, - il
n' avait qne les comédiens qui s'en serraient
110ur parailre sur le théalre. Il avaienl soin
de se peigner et de c dépoudrer 11uand le
pectade était ôni. Actuelhlmenl Ioule le
tête ont poudri!e ; on pommade déjà celle
des che,·au ; leur loil lie e ·l aussi longue
&lt;1ue œlle d'une peûle-maître se; l je ne
~erais pas étonné d' l s voir hientùl poudré :
on propo~e bien de- prix, on fait de lielle.
décom-erl , mais on ne 'est p:i encor occupé de moien de faire de la poudre pollr
l s chevelU an y employer de farine. 11

.....
Peu a.ant la RJ,·olution, les hommes porLnient leur che,·enx tressés, houcl · , mis eo
queue ou nall 1 i1 la f&gt;an11rge, el orchargés
de poudre et de pommade.
C'était, du reste, 11 qui .e poudrera.il le
plu : le moindre clerc de proCllreur, le dom tique , le cuisiniers, les marmitons étag aient leur· h ude. , dre.:,saienl en pyramide
leur toupet poudré, œ qui fai ail dire i1 un
:mteur du temps. approuvant pleinement la
nouvelle mode : « r:usa.gc de la poudre dan
la cbm·elur t.i ni aulant la bic-nséancc qu'à

17

,,,wr

L \, /,a ri~ mil,lttirr
l"1111cm, rt'rJiml', p~r
A. llinu.11, 1. ,. p. ttl~ el ~V-~- le J&gt;ur{rmwur (rn111:qù1, (Am Ier 1am, s. ,l.,
m~s ~aru ,ellt l

tl.J

.

,,. '. La.::"' rio_-afe da11• COf!Cltm,, F, ri.nrt, par
\ . lhnr.ur, - êd1l1on, 11, 31-R (111\enlure J un mn-

dum,I).
.., J IJ w-

CÏ"r. l'inimilalile peintre di mœus parijennes, coru.ommenl à colorer J'édifice de
lenr~ chewo,, .\ brill:lnter leur Leinl, a donner .à leur, mains lout l'éclat de la. blanch"nr,
con ommcnt, dis-je, à. orner leur corps um.1
mati \re propre 11 le· nourrir, c•e,t une de
ces erreur- do Ja1e &lt;1u·on né peul guère détruire, parce que le luxe lui-même, hélas,
est de,enu i puLsanl ,1uïl e t presque un

~- 1:0l1sl'rn1/1m,- ,Je

t•n, i1r

I\'. - l:ltllTOka. - F:toc. ,-.

ri

J,1 "'!/''1J11,,-

1111

Roirr.

A t&gt;Ol'llR:E llE TOII.F:TIE.

n;

IVOIRE

lH'm• 1œu:).
la co.m.modit~, el il a élé reaardé comme de
Mb11.u1rt • hisloriq"e' et poiiliq11r, , !)llr '""''"·
5. Cab~11et det Jodt,, .Pj,Lemhre 1'19:l.
Il. Plusururs ,;ecllom fie proposent de fnire une Jlt'IÎlioo o. la Con• 11Liou oaliooal.i, uot3mm.c11l ~Ile de I•
~ nlagoe, Len laril il obwnir ,.l'elle:
Jl•Qut lespli1imende I'aris o,. JJUÏ "4!111 plus raire
de piteau oil il empb,ienL he111,~•u11 tlo heurre ~l
.l"u•urs tanl qui' ,lurerA l:i n:ret';

Jl'1?,T1F1 ES DE LJl T011ETTE ----.

p1•e1111itre 111:ct' .. itf chez ton

les peupl polie.: . i&gt;
En li!)-:'!, peu ou poinl de poudre, tel e l
le mot d'ordre. a La will'ure la plu Fraiche
el Je meilleur goùl, imenl.ée par de · femme
d':ibord el qui vient d'être adoptée par nos
joli · homme , e l formée par de boucles
111a1·r011 ,iife • toutes érrale ; poiul tic poudr,,
sur le che\'C'll l ". »
'était un symptrjme.
:Bientôt UJ1 c.ri de r~prohation 'el.ève crmtrt'
la poudre. N'c l-il pas ab.or1le, odieux m~me,
qu 'u1w partie de l'alimenlalion du peuple
aille se p rdrc sur l:i lèle des hommes et de
femmes, sans profil pour la beauté et au préjudice d~ la propreté?
Le district de aint-Eu tache renonce en
ma. e à ce olhique usage. Bris ot, le publici te populaire, non seuJemenl cci; e de o
faire poudrer, mais cucore abat ses che~·eox.
pour res eml)lcr aux ancienne Lêtés ronde
de la f\6rolution d'Angleterre.
De jeW1e gen d'opinion avancée commencent à · parer de leur chevelure. ~an r
rien inellre pour en modifier la couleur·
d'autres e conlentenl de la pn111lr111·e à (rima&gt;', quj ne dépo e ur la Lête qu'une couche de Liane transparente.
Les parti~an de l'ancien ré.,.ime tiennent
pour la perruque à calo an poudrée; c'esl
leur si 0 ne distinctif.
Cependant il en e t 11ui, an;; avoir das
opinion alâcbcles, la portent en souvenir de
la tradition : Lcls le gardes nationaux, lout
fier de r emblcr aux soldats Je l'ancienne
armée.
Parmi les révolutionnaires &lt;ln marque, il
n'r a u&lt;'ire que f\obe.spierre qui ne craint
pas de e montrer à ses coUègues fraichement poudré, en cravate blanche, frac et eulou.e de la dernière coupe.
Qui e douterait qu'après la ·bute du dictateur il y eut encore nombre de coa ommalenrs de poudr~? n rapporl de police de
l 711i G l des plu. concluant à cel 'uard.
A dater de ce moment, la poudré dispar.iit
1t peu près complètemeol.
On la -oit reparaitre un moment pendanl
l'expédiLion d'Égypte, au cour de laquelle
le Yéléran se mirent à reporter la queue
et les cadcnelle , comme sou le rèroe de
o
Lom. . "f, l'egèrement poudrées.
~onaparte pendant la campaime &lt;l'Italie,
av:nt eu la qneue l les cadenette accommodée d'un œil de poudre, mnis il en avait
fait bientôt le sacrifice et s'était fait gloire,
seul de tous les généraux, d'avpir le cr.îae
tondu.
Ce trait de physionomie, qui Je di Linguait
cot~e ton' A compagnons d'armes, marquait on désir de n'être plus qu'un soldat à
la retraite, oucielll désormais de con.."tlcrer
es loisirs à l'étude des science .
2 Lt'S parf~meuNa ~mploif'ql hi!1114'nu11 Il~ pommei
de lem! pour fa!rc de la poudre i poudrer, il seroil lrès
• propo · de f1ure ce . er ce com1neroo · il eroit hou
1Jut le Comitu de salut rruliliquc (rie s'~ccupe ile rc,
obJets, _el Lie pr 1verur le! d ,irs de tous les citoyens
■ Cl! SUJeL !I Cil 'tl. •rueiati011 Je
jtlor ,fo la. dé,
cade 1•AA-.!11.111c. • llatrB" , l'11ri1 fll 1j{l.{ ,d 17!!5

~o.

Plun,

ètlÎ!i!U1·).

•

�fflST0~1.Jl

--------=-------------------

JI c t possible au si que l'idée d'une res.emhlance avec Titus ail éveillé dan l'âme
de Bonaparte de pre~senlimenls flatteur
pour son ambition. Ponr tp1j connaîl son
e. prit upcr. litieu.x 1, l'h)POLh e n'a rien
d'im•raLem1,lahle.

+
A l'heure acluellc, après des ·clip e· pa arrères la poudre a repris Lou! on empire.
Les lati Lici('n ont renoncé à énl □&lt;'r la
quaalilé qui 'en coa.omme : c'e l par quintau , c'esl par totme qu'il faudrait compter.
Dien qu'on appelle communément la poudre
à poudrer, 11ourfre dr. riz, c'e L encore le riz
qui entre pour ln plu · îailile part, quand elle
rn conLienl, dan · a campo itjon.
Ce poudre. ont gén raie.ment pour ha e
de fécul exll'llite du froment, des p-0mme
111' lerr , de différentes amandes, mêlées en
pl'oportion plus ou moins graa_de a \lt'C du
Laie en poudre ou stéalltè (pierre de sa on)
de la ma1,mé ie (. ilica le de magnésie) de 1a
craie de Briançon, de l'o,yde de bi muth, de
1'011d de zin('., etc. 1 •
On ub tilue auvent la pondre d'amidon
il la fécule de riz : la fleur d'amidon a, en
effet, un brillant plu prononcé et plus vi[
que la poudre de riz. Elle donne à di tance
certain re~cts azurés, fort agréables à l'œil
que ne produit pas la poudre de riz; enlin
cite adhère mieux à la peau.
On ajoute parfois du ous-nilrate de hi muth et de l'oiyde de zinr. à l'amidon· ces
deux o.neol métalliqu pré enlenl l'avantage
1.
arré

cr.
~11;1:

dnn noire Cabinet ur,·tl, fo chapitre conupt'rMif /0111 dt .Yllpnlt'o11.

d'être Ir~. blwcs, opaque et n. tTingenl.s.
n parfume le mélange avec de la poudre
d'irL, qui a une senteur lr~ fino et très
délicate, rappelant celle de la -rioleue. mais
nllénnée.
L hi. math a le gra.Ye incon'iénient de
communiquer à la peau une teinte noire,
pour peu qu'il , ail dans l"almo~phère ambiante d émana.lions ~ulfnreu,e.. C'e t
pourquoi on doit e 0 -ardcr d'aller prendre
un bain sulfureux. le visane com·crt d'une
poudre donl on ignor ln composition.

+
il rail souhaitable que chacun préparal
lui-même sn pondre· on évi1er:1it au moins
de la sorte qu'dle i-oit adult~rée el le ca
esl loin d'être rare.
Comhicn de poudres qui contiennent de la
céru.e. la4uelle donne beaucoup de hrillmt,
mai. po e au salurni me; de l'alhûtre, ingrédient inoffen if pcul~tre, mai beaucoup
plu · p ant que la farine de riz 011 d'amidon,
ce qw onstilue une tromperie Ill' la qualité
et la quantité tout à la foi l
a ,hoir un teint d'alliâlre o n'e t pa ' ,
comme on le mit, une expression pure.ment
métaphorique.
L'alMtre a le défaot d'être imperméable,
Landi que la poudre d'amidon ou de riz e t
une sub tance éminemment poreuse et, par
suite, absorbe l'humidité de la peaa.
Une poudre à ba e végétale est, au dire de
notre conCrhe tonin, fort expert en la maLi~re, précieuse pour prot.éger Ja peau contre
les températures extrêmes et conlre le varia'.!. 1'11 •i:, llialoi,-,. dt, parf11mi.

lion bru que. da thermomètre, tr ut.il•
pour calmer le 11\,n-èr irritation et refoul •r
le efOor scence du tégument eileme; indispen able dan le arnnde réunions nocturn '
(soirées, bàls, t.b 'àtre ) , où le ~a e, la
gorge et le épaule de invités sonl plongés
chas une atmosphère ardente el viciée éminemment .oui ible au teint.
n ne devrait cmploy r mêm I poudre
d'iris qu'en minimes proportion$, cnr ellr r 1
lrè irritante pour la peau.
Les poudres de tiuée, au ,,i agi· ne doiveot
pa , tl'a.illeurs, i1re trop parfum~e) , inon,
ell eau ent de maux de tête et d . accidents nermu, surlont quand elle onl nddîtionnPt?S d'une de ces e enœ artificielle
qui, rtvec I progrès de la chimi , tendent à
se sub 1itoc1· de jour en jour aux produit
tir · de fleurs naturelles.
Â ·ez soin, Je dames, d'étendre ln poudre
de riz sur le visa"e a,•ec une patte de lihr •
pr.;parée el emmanchée à cet elîeL
On recommandait autrefoi de e enir
de la patte d'une ha.e (femelle du lièue) et
plus pécialemenl de la patte de de,·:mt; c'est
une tradition qui remonte loin, pui que Pline
a urait déjà que la chair de lihre embellil
lllS femmes.
•'e croyait-on pa , du re te, au temp jadi ,
que •i une Iemroe ab or bail, à certains jours,
neuf... crotte de lièvres, sa gorge con erverait loujonr la même fermeté 7
Le remède ,·ous emble quelque peu r~punant, et pourtant quel rnaJ'Lyrè ne con entiraieol à ubir beaucoup de coqnell d oolr
conoaissance, pour paraître ou pour rester
b li !. ..
DocTEUR

Un rendez-1Jous
La mai. oa de 31. de La Reyni 're conlinue
d'être l'auberge la plu di tin uée de aen.
de qualité.
31.le cbe\'alier de .... avait dé,iré d'y ètre
reçu i il engage quelquP.S femm de
amie.
à demander au maître de la maison la p rmü ion de lui ~l.re présenté. elui-ci commènœ par refuser fort èchemenl, c'est on
usage· on in iste, il 'ou tine. « Non. ze ne
veu pas, 1 zevalicr de .... fait des épi!!l'amm t des zan on ; z'en fai bien aussi,
mais elle ne ont pa pi11uant.e,s. Ze ne \'CUI

pas ....

~

Le lendemain il reçoit un billet de li. d
1' ... ,,,w lui demande un reudez-vous d'un

manière asse;: imple à Ta ,·érité, mai trop
pressante pour ne pas l'intri!!Uer beaucoup.
« urait-on eu l'iodi.crétion de lui rapp rter
ce que z'ai dit hier? » [l se con.olte tl\'ec es
ami . L"a!Taire esl délicate; on décide qu 'il
s.t impo sible de refu er le reodez-,,ou ;
mais, pour ras urer noire amphitryon, on
lui promet de ne pa l"abandonner dao nne
circonstance j emL3rra" ante. L'heure est
donnée, el ~I. de la Reynière a rrrand oio Clil
se faire- entourer de e meilleur amis. Il t
dan' J'atlcnlc la plu pénible, lorSC[UÏl voit
•ntrer dan ,a cour une chai e de po te a,ec
beaucoup de bru.il el de f raca ; c'e,L le chevalier qui en orl qui arrive dans le salon.
tout poudreux, en trac n-ris le beveux défait • un grand chapeau à la main, one énorme
brelle au cùté; cet pect n'était pa propre à
ra urer. fi 'approch d .~. de L..&lt;t lleyoi~re,
devenu plas pàle que la mort : « fou ieur,
f'al'àis demandé à ,·ou parler en particulier;

CABA Ë

je ne m'atleodai pa à trouver ici ce ru ieu rs; voulez-vous bien que nous pas ion
dan votre cabinet?... » L cruel moment!
on c.ède, et c'e t l'excè même du trouble
qui fait faire œ dernier effort de coura~e.
Entré dans le caLiuel les porte bien fermées, li. le chevalier de ... . tire ... a.n grand
papier de sa poche, et lm dit: 11 foosieur,
c'est le mémoire d'un homme pour qui je
m'intére se infiniment; il oUidte un emploi
au bure.au de postes; on ,orl dépend de
rous .. .. » l\a,·i d'en êrre quille à i bon
marché, Al. de La lleynière l'ti. sure que,
quelque faible que soit on crédit. il n
né ligera rien po1.II' faire réussir l' ailhl.re :
6 le · ze,':lux ont mi_, ze cour m'en occuper. »
.Aio i finit elle aclioD i chaude. e1 la
m illeure chanson n'e1il pa couru plu
promptement el la vilJe el la cour que cette
eruclk facéti .
URI \L\I.

L'Exode des Girondins
I\'
Je mè rele,·ai: à peine, r1u · J'autr s id6e
foi aient bouillonner mon .an ; je les écou.
taï ,•l!ntretenanl ensemhfo i;ur lrs mo1en.
Ile re an-ner leur grotte: e mn tête Lramillail
uu projet d Loule autre e~pèce. foi, me cacher ncorl' d vanl des étre au i vil ?
riompber d'eu ou mourir, plu de milieu!
Cependant nou 3che\:ion - le qn3rt de lieue
11u'il J amit à faire pour re"'a mu- la grande
roule. \rrh·é l~ je leur dis :
- Me amis, comment fcrez..,·ous pour re''a. Der ,otre ~ri te retraite ~vant I jour ? J
SUIS désespére de vou
la.1 er dan celte
peine, mai je n',, pu· rien, et qu,mt à moi
mon parti esl pri . Je 1·ous l'ai dit cent foi :
j • pen e qu'il y a de extrémité au delà desquelles on ne doit pa trainer la Yie. Cent foi
i •YO~ ai pré,enu que quand j'en crai à
ce poml. de dét.re e e:xlr~me où je croi. qu'un
brave homme p •ut finir, au lieu de me lirer
un coup de pi tolet. je me m lirai ur la
~ou~e d~ Pa~i .. lil.lc il parier contre un que
JC n arrrœrm pas, Je le ai ; mni mon de\'Oir e tdele tenter. Ce n' L qu';iio i qu'il
m'e l permi. de me don_ner la mo:rl · ma famille, de. am· de ,ingl ans, ont encore ur
~oi cet e~pire. Yous avez surtout quelle
lemme m attend! Il fonl rp.ie m ami sat·?e.nl 11u'a.bandonné du monde entier, j leur
ai don~é c _t.émoigu3,,e d'estime d oe pa
dés perer d eu\ el de lenlcr un dernier
effort pour m'aller reposer dan leur hra .
li :rnt_9ue _ma L()doi ka \'oie Lien •1u'en lomliant, J a,•a1 encore le , isa , tourné \e elle•
~1.u : i, au ton traire., à lr:i.rcr mille ha ard~:
J ~rrive,. G~-.ade~, dis à te t1che ami que
de orma1 JI! sm on ù.reté, parce qu 11 r te
•·ncore ur la terre quelque amj fidèle et
Llévooés.
U m retiennent. il me con. eillcnt il
me prient· je ne les l-:Coule .eule.menl ~ris.
A l.a b.11e, je me dépouille de tout ce qui
pourrail me t;êner dan ma lon!?1.le route.
Des Las, des mouchoir~. un bahit re Lent
~1r le c~e~in j j
rde nrn. r1.-dingote nallon3le: JC. Jett~ sur me c~e tu: une p tile
perruque pcoh1le, arec . om nardé e11 r'
sen--e, •I qui me dé.,ui e a·sei bien. Je pre ,e
Guad~t ~l, all~ sur mon cœur, j"ouvr&gt; mon
por le~e, .et Je parlaire &lt;1uelque a innats
avec c hn-&lt;:1, plu, ~:iu re qu~ moi; fembra e ~ncore une ,fo• me ~mtS. et je par·.
Jama1 Je ue m él:ns enll une résolution
plu forte, un courage plu e alté. A quel'fUCS _pa. cependant je ni'arrèle, je tourne la
t le. J Jl'llc un regard inquir-t . ur l gen

de hieo 'Ille je quitte. Eu au.si s'élaicnl r lourn :_ , eux au i me rcn-ardnient, et landi
qu je tremLJais pour ctu, il tr mhlaie.nl
pour moi. J11 les vois prèts lt 'rlancer pour
•~e retrnir encore; je leur Fais un dernier
.1gne de ]o main, je r prend mou chemin.
je m'éloigne; je plonfre • ur celle immense
route de Paris un r11gnrd d'espérance. mêlée
de quelque étonn •men 1.
. Je par ; vous aJJez jouir d'nn .pectacle
digne de quelque attention; 'Vous allc:r: contempler un homme, un homme u.l aux
pri
avec la Iorrune, el d vant un mond
d'eDnemi . Non, je me trompe, je n'étais pas
eul, fa haine des Lyran , le mépris des
e claves, le rnépri de la morl marchaient
awr moi ....
Mont-Pont, cbef-licu de di Lricl à. deux
lieue de là, était un pa sa,n-e dang~reu.x; la
prudence conseillait de le franchir avaot le
iour. Cepend:mt mes membres, toujour engourdi , refusaient d'aller \'ite. Bientôt l'l!l'ercice repo~ta dan toute les parties du corp
cc feu qm naguère n'enflammait que ma tête
el mon œur. Mon ann- réchauffé circula
ans oil. tacle: la transpiration e rétablit·
j'allai vite, j'allai longtemp , je ne senlai;
plu me fali!!Ue . Ile t probable qu'en nou
repou ant avec tant de barbarie, celle femme
vena.it de m'épari,ier une maladie. Le soleil
, e le,·ait, quand je ,is Mont-Pont. • e~ ha.hi.
tants, pour s"as urer que rien ne sortirait de
la ironde an, avoir clé bien examfo~
a,•aienl plar · une enlinefü• à l 'enlrée de 1~
\·il!c, d.e ce ~Lé-1:i. Je voyai bien le factiouna,re; 11 était appu,·é contre le mur, ou une
pè· d'auvent; ctlà, tout à.fait 1mruohile il
av~il l'air de me regarder ,·enir cl de al"e;a.
m10er allenLiYêmenl. Pour ne pa me rendre
u p Cl, je diminuai la ,•ite e de ma cour ·c
je m'a,;ançai avec précaution, tenant tou~
pr~l ~on rnéc~ant ~a. ~porl, que je comptai
lui pr •.en~er_d nn air detaché, e pérnnt qu'apr · arntr J •I; un coup d'œil, il me dirait:
PasJ;e ! II ne mediL pas un mol, car il dormait;
le houl de. o~ fu, il reposa.il ~Ur on estomac.
la cro e etan par terre et barrait mon chemin; je pa ai par-de ·u . Pour ne pas trou•
~Ier l'h_eur~u ommeil de cc jeune honmw,
1 ~utmu.a1 de marcher à pc-Lit pa , à ha •
bruit. ,\u boat de la rue, je repris Ill.a marche: alor il ·'évciDa, il dr,mandli :
- Qlli vive 1
, Il ~e cria de~n fo_i • Il l'aurait crié dii c1ue
1 enne ne Dl aurait pas pri de retourner
pour lui répondre.

Je vo!!l_.fr l'nous_er beaucoup p1't u~_ 1 ,·n • maŒ
·

.,. 114""

.,. 115 ...

à demi-lieue je enti , au em•irons d, la cltc-\'ille du pied gauche, une vive douleur qni
me aisit comme un coup de fooùre. Je
comptai que ce oe erait rien, je la l·oulu
urmonter; elle devint plu ,içe, et
lixa,
ùesceudant ju que ou la plonte du pi d.
'était apparemment le r te du dépi1I de la
lran piration arrêlée, une hum •ur inJlammatoire qui se jetait ur la poitrine, au moment
0!1 je perdi connni a.ace ~ la porte d cette
fomme, et que m detniers ITorl ,·enaient
de déterminer à _e porler aux l.'\.tré.milé .
Quoi qu'il en .oit, je ne fi pa ~ans peine
une autre demi-li ue. Ce fut d, u 11ne auberge de village que j'obtin une chambre,
un rand feu el un déjeuner dinatoire dont
j nvais grand besoin.
.l'y trouvai mème une écritoire et une
bonne plume qui ne m'étaient pa moin
nécessaire . Mon pas eport élnit de Henne .
Dans la Gironde, un ami de nolro rur' un
érrivain non moin officieux qu'Labile, y a,·aü
fait, d~ la mê~e main el pourLant de quat~e écritures d11Térentes quatre vi a dive.rs :
1 un du bureau des clas es de la marine d
Lorient, l'autre de ['un dê ses municipaux, le
troi iè.me de la marine de Uordtl.lux-, le dernier, du nouveau maire de cetlP ,ille. Tous
cerû.liaienl qu'ils avaient vu pœ se-r le citoyen
~arc_her (c'était mon nouveau nom), et que
J é1a1s un .bra...-o ~an -culotlè. Fort ien l Mais.
d;puis Bordea~x, il m fallait au.s i c1uelc1uc.
,., as. ,Je savat le nom du président du comité ~r U:''eil_lanee de l,ihou:rne; je me hasar~a• de ~ y aJouler de ma main, beaucoup
mom habile à e déguiser; j'y r~u si néanmoins p ablemenl, et je fis bien; à dix
!(eue de là, f étais arrèlé ans œlle précautwn.
Vous aurez que ce pa eporl, ainsi h:mlé
de ignatures, pouvait aller dan les vill.ioo
mai que pour le ,illes il ne ,•alail l'ien.
y ~oq~ail e?core a ez de boi;e pour que
!e c1to.dm, ~ en f~ sent pas Loujour dupe ,
11 m.angwut le visa du di tricl et son cachet; el pui tool ce qui avait pru;sé à Bordeaux était Ir' uspe.cl dans les ebeI ·-lieiu
de district et de département · cl ur mon
1
~a a,.e il y en avait peut-être de ce chef~~
lieux; et dan chacun quelques commi ~airr
du poaroir exécutif, Lou- émi sair d,·~ Jacobin de Pari . à. qui ma fi 0 ure était hien
. .
"
onnue, o_u, ~ui pis.est, de Monta!mard qui
me conoa1 ~aient mieux! Je devai donc m'arr:inger ~e manière à .ne jamais pa er les
v1Ue qu au I ver du oleil ou à l'entrée de
1~ nuit; il ~allait ne couc:hnr que dans le
v11la es. Ceci même a"-:iit lïncom·rnient de

Il

11

�L'EXODE DES GlJ{ONDTNS - -...

HlSTO'J{lJt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~ - - - - me rendre quelquefoi suspect mai ce phi]
était moindre que celui auquel je m'e:xpoerais i je m'arrêtais, mème dans un hour".
Cette après-dlo!!e je dei-ai donc faite trois
Heue pour lraYetser Mu sjdan à la brune rl
m'allt•r J:Îkr une lieue plu Join. Je partis à
troi beur , , un p u reposé, Lien éché, mnis
non moins lra'irullé de mon rhumati~m~.
Bientôt les douleur deYinrenl si vive , qu'à
chaque pa · mon corp · e pliait à moitié et oc
e relc,ait point sans un ••rand effort. La
ja.mlie maJadc enJlait, dem1ail brlilanle, et
prenait uu poids accablant. Pour urcroil de
peiue je me 1r:iinai_ ur un chemin lllnlôt
coupé par de profond monceaux de houe,
tantôt rt:cou,·crl de caillou1 pointu , sur leiquel je ne m',nenturai que comme ur de
charbon. ardent . Le lra"ail de ceUe marche
était si pélliLle qu'nu bout de cinq minute · je
rue trOUYai iuond6 de sueur, cl qu'alor ·
fore était de m'arrèkr au moin autant de
lerup , cl de re ter pen if, ioquiet, ~ooffr:int,
une jambe en l'air, l'autre bien Ja· e, et le
corp 3ppulé sur an 1Jàlon. L:i nuit commcnç;iit, l d'ailleur mes force étai nl ,-raiment
épui ées, quand ju ine trouvai dans uu village à demi-lieue :m-de sou · de Mu sidan. Je
v-i un bouchon où je m'orrrlai.
Les bonnes gen. qru l'habitaicnL:
- Ab ! monsieur ! vous parais ez. bien
maladel
li euminèrcnl ma jambe, il me prépar reul avec zèle le bain 1l'e11u li~de que je
dé!tirai . Ils coururent chercher la fleur de
sureau que je demandai, il vonlurenl que je
.oupa se 1.laos une ~lile chaml,re séparée.
parc qtl11 · préparai•nt à oupl!r pour uue
l,ande de réyolulionnaire tr~ furieux, très

compa!!nie. Enlin l'hlite e découcha pour me
donner on lil. Il erait meilleur, et d'ailleurs je serais eul dan ' UDe chambre. J'etais
j las, j'a\•ais tant ooll'ert, j'avais pa~sé deux
nnit.s i fârheu ~es, ma jambe parai.~ait exiger
i imp~ri1::u emrnL fo plu long repo po. ible, me bote :naienl tant d'attention et de
si bonne ligure , el je rnu ai MF• dit que
je crois aus: figure au · ; quclquefoi jl
romple un peu ~ur les belle , el toujours
beaucoup _ur le. bonnes. nfin, ces brave.
ren prenaient lanl de soin d'écarter de moi
toul sujet dïnquiéludP, cl loul re!!aJ'd cnrieu I Je cru. ne pomoir micu faire que de
me repo~er rhez eu jusqu ·au urlcndemain.
Leor sorns 11 0 se démentirent pas un&lt;' minute; . urloul ils ne m'alarmèrent point de
celle foui,.. de que. lions dont le auhergi les
vous ;iual,1,,nt loujour . cukmenl il . me
di aient quclqu fois :
- Vou ,e.nez de Bordeau'i sûrement,
monsieur'?
Et :ms attendre ma réponse, ~an en demander da'iantage, sans rien njouler. il
lcw1icnl nu ciel le l·cux. et le. main d'un air
très ignific.:itif.
ne loi pourtant fa femme, en regardant
m \'èlcmenl., (tue mes dernières cour· ·s
u·:waienl pa embellis, me dü :
- Ah! mon ieur, \'OU avez beau faire :
on voit bieu qu \'OUS êtes fait pour porter
de · habit.s plu propre que ceux-là!
Le eomplim nl ne me fit pa autrement
plai ir; cc m'était un avertis emenl que je
ne me doanais pa encore Lieu toute l'en~ohm:i d'un 'ale jacobin, cl je me promi de ue
rien négli..,er pour l'-:illrapcr. ~ ne fut donc
11u'h la fln du ccond jour que je pri congé
1

plaisir secret du trop bon mard1é qu ïls me
firent!
le m'achemine ,,,ur Mus iJan, f} entre à
la lirune; un corp de ~rde e t au milieu de
la rue principale ur la droite, je me gli, e à
gauche, pendant 11ue des rouliers pa nL
arec leurs charrette~, entre deux. Me voilà,
san - accident hors de la nlle. Mais le moyeu
d' ml! tramer plu loin! J'ai vainement ~oign11 ruon rhumatisme, le mal a ernpi ré; le
peu d'exercice que je ,icns de prendre a beaucoup nu"menlé l'enflure, elle monte 11 mipmbo; les douleur sont extrêmes. Qo!'l!e
fatalité I Moi qui naguère encore marchais ~i
Lien, me roîlà prh·é de me jQ.mbes, au morncnl où je comptni princ.ipalemenl ur eUes
pour mon alut. ~ je ne fai que de.ut lieues
pnr jour, quelle c pérance pui -je consen·er1
li· se trouvent quinluplés, 1 périls de mon
entrepri c déjà si audacieuse. )l'arrêt.er dans
plu ' de oix.aule auberges I rester deux grand ·
mois en roule! comment n'èlre pas décou,·err? Au ruoin ïl m'eùt ét I donné de presser encore un • foi Lodoiska sur mon cœur !
mais il e t Lrop "rai qu'enfin le cruel Je 1in
nou 'pare!. ..
Je vous as ure quo j'eus Lo oin d'llll n-ai
courarre pendant le mortelle deux heure
'lue je rois à faire lroi petits 4.110 rt.s do lieue.
Enfin, parvenu au prcmi.er village. j'y rbeillai de pa1sans,, les priant de m'en eigner
l'auber"e. L'un d'eux me conduisit à uni!
m;ii on de mauvaise apparence i an ri' le trop
semblable à on maitre, qui vinl en !tfOmmelnnt m'eu ouvrir la porte. Il me toi ·a d'un
air déliant, puis, dans on pa.loi , que j'eu ·
le bonheur de comprendre, il dit à mon
guide:
Ù I' ,:t -lu. lrOU\" • 7
- Ma foi, sur le ·hemin, répondit celui-ci.
A quoi le brutal répliqua :
- llon, bon! on le reloUJ'ncra.
Hl.ais entré. L'homme avait dtSjà repri ~a
pipe, la fumait sans ricu dire, me crachait
presque sur les pieds, •était campé tout au
beau milieu du fou qu'il ma cachait, el ~emhloil arnir complètement ou.lJlié &lt;tu'il I avait
]à quelqu'un. a petite femme, au contraire,
,·enait de prendre :i.vec moi le ton le plu cnressanl. Mai il y avait dans ses di cour je
ne ais quoi de contraint, d:m
regards
quelque chose de fau.x, el sur toute _a mine
hypocrite ttn air de malice méchante qui ne
me !lCrmil pas d'ètre un inst:lol a dupe. Je
ne pouvais guère èlre plu· mal lmnhé, mais
je ne pou,•ai · pa non plu êll mieux averti;
or-le-champ j'arrangeai mon vi age, me
,.e tes, mes parol~ elon le per onnan-e que
ïotai appelé i malheureusement à repr1;,
!.iCOLer.

Toul eu brùlanl mon omeleLlc, la haY:irdc
:.empiternelle m'assa s.inail de s" que ûons,
qu'elle enlremêlaiL de réfiexion iosidieu.e .
n u,:,h..:. Il l, uilHcr !Jt\oumc
' .ll!l,T- C\t1LIOX. - CO .\IIBRE nu IIEFT ~ F. ET PUIT. [If GrM:-111., ;s .
Comme elle 1~ pl;iiguait, te Lou sei ueur ,
ces pauvres prètres, tou ces braves marchands
qu'on guillotinait par douzainli · l Cela.
ha\'ard·, el qu'un malade éLait bien aise d'être Je me L,iles ! Qu'avec peine je les quittai. les
ne
prit
pas. Elle se rebatlil ur Corday dont
rxcellenle
gens
i
el
qu'cu
!&gt;Oldanl
le
pclit
lranquiUe. ,Il' ne sais 'il devinaient qnc
elle
fil
l'élone, ur ~forat, donl elle dit pi
oompte
de
ma
Mpemr,
je
ressenti
ua
dt!j' uvais quelques raisons de ne pa aimc-r cette
....., 110 .,._

1p1c pt!11dre. ,1 tntrai dan u11e "ro.sc fureur,
fo le -produi ·i. d'un air i1:iilifüil. A la ma- lègue. ' or œlui-là un second fut ,•nté. et .;ur
el ne la mt!flai·ai pa~ moin quti de la nuillo- nière dont il le lu.l, je reconnu prc que ans- le _s~cond un troisième, que plu ieurs autr
. 1
e
tm~, e tout en nai sti le de prrn lluchr 11c : ·itôL 11n'il ne .a,·ail pn lire.. l,i il demanda
um_renl encore. le toul aernmpagné du clienfmJe me rendi· un .locoltiu, l1iden de res- Je cachet; il ) a,·ait un timbre queje lui mon- quet, des verres et du fracas de éclat de
semblance. Elle ne , 'étonna point;
rire que me ,illa coi poussaient
elle ne ,1• rendit point; elle conà pl ine gorge.
t}u_ua son \ilain rôle avec une per~o~r eux prodigue, a,·:irc pour
hd1 con tante, cl JC demeurai dao·
mot, Je rempli sai à tous moments
le mien avec onû ,ipo111antahle rnleur verres, et ne vidais le mien
tn:pidité.
tjue le moin pos ible. Peu li peu
Pourlanl fallut-il 'aller cnucher.
néanmoin ,jem'élaii llch:wll'é moiPar pr1:Cautinn je me mi - nu lit
n~ême, j'en avais uno poinle, el
a\c~ mon pant:,lon. 011 je lenai,
u en ,·alai IJUC mieu:x. Jes récit ,
lnoJour~ mes deux hons pistolllts
toujour plu di,-ertis a.11ts les f a.id · poche. Ma chère espingolt&gt;. Je
aicnt pfimerde joie. lis o:ibliaienl
13 braquai sou. mon cbevet. \11
le pas. pùtl, qu'au Te te j'amis
r •ste, quelque formidahle crue rùt
grand oin de leur rappeler ans
celle arme, t'[oi, de a large crncesse. La femme, qui 11e Lm-ail
hou~bu~c. commed' nn 1·,111011 ch:i:rgé
pa~, grillait de J'impatienco de le
à muraille, romis ail qrml re balles
,·01r reparaître; il reparai sait en
et quinze cheTI"Otines /J la fois el
effet, niais pour di paraître au, silai. s.aiL ensuite échapper une pui~
tôt. Le Jei•oir, le re:pecl po11r fe.i
s:inte baio~nette, ce n-~lait pas ur
mayixlrnts du peuple me le m ldie que Je comptais le plus. ,c
L.1ie.nt à chaque iuslanl à la main·
qui me donna.il surtout l'audace
mais le vertus de Jo.rnt à pu~
d1• rr"artlrr aYet calme les renai blier, les "rande proucs~cs rie l:i
san pcrils d1 chaque jour, et de
llonlague à peindre, tant de récits
lr:l\·ener, tète le,ée, ln fonle enin_t.éres aots ou gais IJUC j'a,ais à
n~mic, c'ét.a.ient. plu ieurs pilulr.
f?1re;. ne me perm Uaient pa de
d uu exceUent oprnm, don précieux
1 ouvrir; an que j') fi ela moinde mon lWÏr'ers,•I du Fini lère. Je
dre allention, il .retomhaît dao
1 tenai enw~loppée3 d'un mormon portefeuille. fo ne tardrus pas
ceau de nt, cachées ur ma peau
à l'en retirer, mai pour l'y loi scr
même, d'nillctir- ~i Lien el dan
r~lombcr en?Ore. DaDS l'e pace
un endroiL si ecrel, qu'à moins de
&lt;l une heur , 1I fil lren te fois lo
me mellrc nu de la lèle aux. pieù. ,
myage; trente foi il l'eutrevirent
el de me palper le plus inMcemils ne le -virent pas une foi . A;
ment du monde, il érail impo sirc. te il n'en était plu besoin. Plu
ble de rien trouver. Au ca d'une
~e )~'lrl.o.i , plu je criai , plus je
aUaq11e impré,·ue, de &lt;prelrpie
~~~rai , plus je guillotinais, plu
bru que urpri e, qui ne m'eût
.1 in ulta1s à la morale à ln J. ustice
perm_i. ni de me foire jour, ni de
' moin ils'
, l 'h
. Olll1èlclé paLliqul',
lcrmrncr mon sort 11,ec me pi toa,,uent en ·ie de ]ire mes papiers;
lets, une res ourœ dernière, IIllli
r Uchè JI , Owlllcr 1.i t-oume..
nul doute désormai que je no
a~surée. me r lait encore. Du
' AINT-tMJLlà N. - LE CLOCIIEII (Xlr Sil:.CLE) F.T A.'iC!L'ISE FIJXTAIXL.
fu se un des hons patriote de la
fond de l'a.ll'reux cachot où ils ne
France.
manqueraient pa.s de me jeter d'aL'hôte e en enra eait, elle alla
~urd' au _moyen de won invi. iblc aa.rootitJUC Irai, ajoutant qu'on ne cachetait pas d'un1·
ch~rcbcr un municipal pour renfort. Je le Jl
J écbap~i~ à leur e~ecrnble écbtifaud. Je me autre 1;11anière dans mon paJ ·; cl du. même
compla1srus. dans Celle p~sée que , JU.qu
•
·~u temps Je commenÇJi, ur celte e pècc de c.a- h01r~ et rfrc_, rire el boire, mais pour li: passeport 11 ne lm fut permis, comme aux nutres de
d
~on . ernier oupir, délit nt leur fureur je ~het, une longue et belle histoire, sou,·eut
l'?percevoi~ que_ de loin. Pou.riant la mijau'rée
1auratS trompée.
'
t~lerrompue p~r le r~ades du petit vin n en voul:"~ poml dé~ordrc; ne fût-œ que
a%1'clct donl Je venai de Jaire apporte.r pou.r Le deb1t de soli nn, elle irait chercher
~e leTidemain je Cu un peu surpris d'n. pmle. pour 11uc le ciLoyeu maire me fit l'honvoir p(IS é toute une bonne et lonrrue nuit n~ur d~ boire_ un coup avec moi. J'avais trè· toute _sa municipalité, pièce à pièce! · e m·adans le m~e lieu. C'étail à plu.~ de neuf bic? fait, et Je m'aperçus, dans le cours du m~na1t-elle pa encore deux recrues, m:iis j
heures que _l ~cîlessc me réveillait, pour me r~t de mon_ hi Loire, que Je episodes l'ai- pois amment robu tes, qu'eux seuls auraient
demander -1 Je ne partrus pa • Je l'assurai sa1en t mer,·e1lleusemeent ,·aloir le fond. La vtdé _la cave. On eût fini par m'y enterrer. Dès
que Je les ~perçu.s, je me leni pom· pa~er ma
11~e, ';Ile lr~U\'1ml forl bien chez elle, j'y dinemécha~le hôtesse s'en aperçut au i: le maire d~_Peuse, L hounète femme, qui pourtant s'é•
rais i. il n~ llot pas à elle que ce ne fùt mon trou l'ait mes pa11ier trop bous; ce n'était Pal!
ta1t. œntentée de. regarder hoire, ,·oyait doudernier diner.
son comple.
ble, el~e ~mpta~t quelques pintes de plu ;
• Comme jel~fi.uissa.i~, elle sorLil,me disanl,
- Je vai , dit-elle, chercher Je cilo en moi qtu n .avais rien à craindre, je l'envoyai à
d un ton patelin, que Je la pal•crais à on re- procureur- yndic · e'e I celui-là rJUÎ d:chilfre
tous le d1abJe5', et lui offris pour Je Yo~·age
tuur · ~u'el!e allait rentrer dans l'in. tant. Tl l11ut couramment dan les écriture .
mon pa ·e, dont je ne cessais de parler el
' ~ rai LjU elle ne Larda pa ·, mai elle aweIl entra 111-c!i&lt;ju aussilùl, ÎUL reçu comme
na~t un gro; pa ·san, encore plus cmbarras-t: u_n holD;'D-e dont je conoaissai l'éclatant mê- avec leqnel j'as urai aux nouwaux ,;au
q~·oo_iraiL jusqu'au fond de l'enfer. Celle
rtn enorgueilli de a magistrature.
rHe, prit un lroi:-ii!me \'erre, el d'abord en- ass?'lton ne fut contre.dite par aucun des
t le citoyen notre maire, me djt- len~it l'un de mes dernier coule , tfUO !c
anc1~ns'. ~c maire, qui_ ne_ l'a,·ait pa lu, quoielle, il 11ent \'OÙ' ,·olre passe.
maire me pria de recommencer pour on col- que Je lm en eusse laisse le pouvoir, jurait
1

1

-. c·~

�,

ms T 0'1{1.J!
qu'il 11· y avait l'ien à y 1·ep,-e11dl'e, mai il
1 jurail moin" fort c1ue es deux ac l le ,
au:rqut!L je n'avfr pa permi. de le lire. Ce
rut au milieu de 1 ur compliments que je
-pa1ai, av c la dépen. e déjà faite, un aulre
pinte riue je fi apporter: et dè que j'en eus
01ité à la anlé de_ deux der ni r auxiliaire ,
je pri con é, ao regret de la compa..,.nie,
fàcbée de perdre un i bon comparrnon; urtout au gr, nd re •t de la mécb nte femme.
iutérienremenl dése p 1rée d'i:tre enfm réduite
à ne plu e~pérer celle foi lc&gt; • cent franc
de •ratification dont on réconlpe.n ail tou
1, délateur...
Le lendemain, rien de nonvean; ce ne tut
• quel jour d'apr~·que je ,is Péri!!Ueux, danCMU pa ·!-age atll ell\iron duquel rami de
Valady 'était fait arr 'ter. Heureusement la
route de Limo"e tourn la \illc, par un fau1.,our" oil personne ne m'inq11i 11.a; mai il
était nuit pleine lor que, excédé de fatigue,
j 'arrfrai dan un hameau, di,tant d'un li ue,
app le les 'ra1·ernes · l'auher•ri Le 'allait coucher. A peine je Jui demandai un lit, qu'il
me demanda mon pa eporl. D qu'il eut
reconnu ciu'il n'était point vi é du chef-lieu,
il se récria :
- Je YOi bien, disait-il, qu'il est de Libourne, suni quoi je t•ou;; {era.i a1•1·ètf!'I• tout
ù /'heu l'e; mai vou · pas ei Périgueu .an
,ou présenlc&gt;r aux autorité ! D•· demain,
pardieu, on vou ' fera reconduire!
Le mo)·en de ne
frémir; je n'ignorai.
pa que deux ou troi ~Ioutagnard étaient
dans r►érin-ueu1, où d'a.illeur tou les corps
admini lratil a,•aienl été, dan le style d'lléherl, l'rgénérés, je fi néanmoins boune contenaaœ annonçant que je ne Toyai à ce
retour d'autre incoménienl qui! celui d'aJlonger ma route, à moi paune diaùle déjl1 i
malade; je croyai d':illleu inutile el même
impo· iLlc de rairP. vi er me papier partout
où j, pa. ais; àquod'hote répondit, toujours
trop la oniqneml'!1l :
- Ah pardieu, ,ous} serez r'conduil!
Enfin une c pèce de ,·oil'urier, qui avait l'air
de la rranchi e, de la douceur et de la Lonhomie, prit parti pour moi contre J'auher•i te, auquel il remontra, d'un ton amical
.mais ftrme, qu'en ~[d ce paune homme
n'était pa t nu de e faire vi r dans toute
le Yille : 4u'ù y aurait de la cruauté à le
faire rl'tourn~r ,ur ~ pa- dan l'état où il e
trom:ut: qu'à force de chicauer l voyageur
on les dégoùtait; et que c'était ain i qu'on
acliè-rerait de ruiner les aubergÜite , le commerce, la France et les voiturier . A ce discour:s, notre hôte un peu calmé ne répéta
plu a terrible phrase; mai , IJllOique je
pusse es a~er, il ne diL pa non pJa un eul
mol 11ui rùt propre à me ra.~urer; je troU\ai
m tme que tout!!
manière étaient de mau\lÙ' augure. Il ne me donnait pour ou_per
qu'un morceau de pain noir eL de la piquette:
mon bra,e partner pril encore pitié de ma
peiue: il m'olfril t me força d'accepter le
dernier morceau d'une l'Olaille •1u'tl dé1·orait quand J' étai entré. Pui on causn.
Je ne 'ai comment on parla de dh-ore-0;

ras

mon bonhomme alor e mil en colère, prol tant ctu'on ne le réduirait jamai 1i e éparer de sa femme et de ,e enfün . Je vi ·
qu'il le adorait; et quelques mots .uffirent
pour m'apprendre que cet homme, mal élevé,
mai bie.n né eulement aidé de e ,impie
lumière:-. el de sa probité naturelle, détestait
le excè du jour; je n'appri· pa sans quel,
que joie qu'il allait à Limo e , a,·ec nnu
p lite charrette hargée de marchandi e : et
je me promi bien de me lev r d'a cz honni!
heure pour raire route ayec lui, pourYU t[Ue
l'auli · te n'eùl pa en ore le .ecr l de ein
de me faire r prendre le chemin de Périgueux.
'a femme, comme j'allai daus un rrrenie.r
Yer le ~raba.t qu'elle m'indiquait, me déclara
qu ïl fallait payer ·ur l'heure mon méchant
repa, el moo plu méchant lit. Qu'un pbilooplu: mêm e l qudqueloi faible et bi..:arre !
Cette circon Lan e, qui d'ai1leur me prourail
,1u 'enfm j jouai ;1 merveille le an -(.'Illotte,
et 11ue le repré entant du peuple étaÎL bien
c.1 h {, c ue circon tance ni'nJli cta beaucoup
plu vivement que J'approcbl' de· plu grands
p~ril . J'avai en vérité le larm aux yeu
lorsque je tendis à cette Iemme le piètre as. iguat de qu.inz ou sur lequel elleme rendit
·.mcore 11n mo,mero,i de cinq; el d qu'elle
s fut éloj n · :
- Que de peine ,m'écri:ii-je, 11ue de peine~~
outrrir, ,,ue d'hwniliations à dé,·orer ! Iléla~
tt pour finir pcut-èLre ur on écbafaud !
Jugl'z pourtant de l'impruù 11ce que Je
"enais de commellre et de l':lngois e qni la
sui'l'il, lor que pre que aus.itôt le bruit causé
par quel&lt;1ue~ mouvement.s partis d'une autre
manière de lit 11ue je n'a\lnis pa aperçu à
l'autre e, trémité de mon taudi • me fil comprendre qu'nn pauvre hère était là, 110.i, 'il
ne 'était pa troun! profondément endormi,
dl:\'ail m'a,oir ntendu, dè !or ,c'en fulfait
de ma nuit· J'inquiPtude amena l'insomnie:
àJapoinle da jour e11lement,la fièvre m'ayant
lai é, je LOmhai dan un a oupis emenl
Lrop long. Quand je rou-vri les yeu il ·
avait une bonne heure que le charretier lutélaire était parti ; el mon opium. qui, 'élant
détacM dans les mom-emenl de ma veille
était apparemment perdu! Dan quelleanxiété
me jeta la recherche de ce ecour plu lJIIC
jamai indis~n abl'; qu~I to1,1rmenl jn.,111'11
ce que je l'eus ·e retrou,·é. Peu t-èlre aucun
d cruels accident de ce tri Le ,·oyage ne
m'a,ait fait aut:inl ouflii.r !
Jedesœndai. pour me Lrainer dehor quand,
du euil de la porte, l'aubergiste déjà à cheval me crja:
- Bon voiase ! Je ,·ais à Périgucm.
n in tant apr , réfléchissant sur l'élran"e
oin qu.'il a1ait pri de me dire oi1 il allait, à
moi qui ne le lui demandai pa , je m'inquiétaj d aYOir ,'iJ a,-ait biéll pri cette roule,
cl, r !!3.Tdant de LOU~ cotés. je ne l'is rien ·ur
celle de Périrrueux. mais au contraire un cavalier qui galopait du côté de hfriers. '.s
lors je ui en proie aux plus ,inis alarme :
sans doute il prend l't1Yance pour me dénon..:er el m raire arrêter dan le premier bourn;
pourtant je me met en chemin, bi~n résolu
... 118 ....

d'interroger le' pas~ nts. Le premier à lfUi
je demande si le ca,·alier qui e t en a,•anl n'a
pa u.o ch val noir, un maoleau ri à peu
près cinquante an , cinq pied ·i ponces, les
cb~veux brun·, me répond : Oui. iulant m'en
dit le e nd. Le troi ièm , c'était mon charrelier de la veille: iJ a,·ail été l nteruenl,
parce qu'il y a,·ait toujour à monter. J'affoc , un air riant et je lui di · :
- Bonjour .•·otre au r!!:i te t donc en
arant?
li me répond simplement que non.
Préoccupé de me crainte • je n'ajoute
rien, je pa, e, ol demi-quart de lieu plu~
loin j que lionne un quatrième voyaireur.
- C'e~t bien l'homme que vou me dé)l 'Î nez, dit-il; mai- ,-ou ne pou"cz manl{Uer de le rattraper : il vient de s'ar~ter au
ha de là. mont:wn . dan le !?TO villa c que
von- pon\lez apercevoir d'ici.
Ce mot - ne me permellent plu de douter
du malheur qu'un traitre me prépar . Pour
r:\iter, 'il u t po ·.ible, je fer-ai bien, quoi
qu'il m'en coûte et quelqrn• ru soit le risque,
de r ,,,enir ur- me pns, de retourner à P'rigucu et de m'y faire , 1. er. Sans doute il
vaul encore miclll. aller de moi-meme me
pré enter dan œlle redoutable l'ille, oi1 du
moins ma démarche, en apparence Tolontaire, in pircra quelque confiance, que d'~
êlre r~conduit dès c' .oir- par les Jacobin· dt•
œ boura, où un JéaonéÎateur m'attend.
Quelle alternative néanmoin ! Que I clwi
e L cruel! el quelle noir méchancet • m')
rJdui1! Enfin je m décide et me rnilà, hieu
Lri le, reprenant le chemin de la Yille. Je
retrouve le cbarrl.!tier qui me demandl! si
j'ai perdu quelque cho e'?
- Héla , oui I mes fatigue · el montemp : je
rdourne à Péri!!Uem.. la.i- vou. qui m'aviez
in piré tanl de confiance, vou aa i, pnur~uoi me tromp r m inlenant, pourquoi vous
réunir à cet homm qui me trahit1
ui'! me dit-il.
- L'auber i L • C'e l lui qui ,ient d
pa. er ur ce cb1ival noir, avec un manteau
gri . . li vow, a prié de ne m'en rien dire~ il
e t al!é me dénoncer à Pali' oux.
- Pa un mol de vrai! 'écrie mon cbarretitir; je l'ai bien ,·u, ce ·oyageur; ce n•e~l
pa J'auber · Le; 'il n éLail capahl •, je ne
retournerai jarnai lo"er chez lui.
CL de ce ton que le men nrre n'imite pas,
de cet air en ible que le méchant n'aura
jamai', il ajoute :
- Tenez, mon pauvre a.mi, vous ml! fa.iles
compasi-ion: dan· l'étal où vou êles, ave
11ne jambe enJlée ju qu'au n-enou, ous retourner iez à Périgueux? Croyez-moi, montel
·ur ma charrette, faite -You un trou daoi,
m · marcbaadi es; renez diner à Palis oux;
je ,·ou promets que dan ma comp rrni ,
per onne ne rnus_ )' dira mot. .\près tout, je
m'en tien. à mon premier dire : vou n'avez
pa l'air d'un voleur.
Quel heureux. chanacmenl dan ma . itualion ! Celle charrette me ecoue à Caire trembler! el dan chaque cabot je doj me cramponner fortement i je ne vcu.î pas êL1·e pré-

________________________________

L'ExonE DES Grl(oNDms _

"

cipité du haut en ha ! \lai· ma jambe ~e va. r-equéri, comme il di ent; il ont telle- snr la charrette, la jambe env loppée dn • arrepose. Les . ueur· :ibond:mles, les fatigue~ ment chargé la pamrre bête IJU'il en e t rau de mon nuide, l'air fati.,ué, oufîrant.
cruelJ • , le doulcuh ai uë · me soul ép r- de1enu maladt! et 11,ort; je l'avni · pal·: ,·in l mai pourta.nl ll!!r el déterminê. Qui, dan.
2née .... Et pui:, j le bon charretier me beaux Joui . El ce dirorce I c'e l an i pour rel équipa"' et ou ce n1ainlien, eût .ouprequérir ma femme qu'il ont in,·eul~ ça: çonne l'un de ces pro crit Ir-op Î3IUeu,,
continue -a prolt lion!... li faut encor
·· t-œ qu'on peul m'ôter nta femme, Yo on '! pour ui\'i dan toute la Franc 7 Je re , emm'a~ urcr .... li faut roir.
'\ou wuttm ensemble; le repa. fol lrop 'acrebleu! que j'ai Lien fait de ,•ous avoir blai tout à fait à un pau\'Te volontaire, tout
court. Plu· je lu1 parh1i , plu il mïn pirail défendu! Et ,·ous viendrez av c moi, dà ! à l'heure orli de bôpüanx el s'en retourde confianre; t plus il . ':i: urai1 de on côté Je ais onuu ur toute cette route. Avec nant au pa · avec un C-Ongé d me tr .
moi on ne vou dira rien. creLlcu ! je le
Cett.e re ernblance et ma pr • ence d'es'Ille je 11·11rai /Ut l'llu· d'u11 t·olcu,·.
Cet t:lrange compliment, auquel il bornait Yoyai Lien, qa vou n'aviez pa l'air d'on 11ril me tirèrE:nl, à la fin de la lroi ième journée, d'un très mauvais pa .
~ • éloge.,, ne pou\'ait que me frapper beauvoleur.
Pour qu'il en fût plus ùr. je pa}ai l011l le
coup.
C'était à Aix, petite ,·ille 11 dcu.\ lieue · de
fricot, el le priaul de -e char"er dorfoa1·anl Limoge .
J . l'avai · d'abord c pliqué dan · ce en
Ion conducteur m'arait dit qu'on n')
•1ue le Lon charretier, tout plein de son étal, J • ma dépen ·e, je le rorçai der ce,,oir un a .i,a.it le bonheut" de Ill! connaitre que c ttc 'ignat d inqu..,nie livre , qu'il ne mit poinL montait point la garde: ain i je ne m'étai
e pt•ce d'ennemis: apparemment ~on e prit dans ~on port feuille an rue parler de on p:i mi ou la toile; tout d'un coup, nu dénaïf el irnple n' •11 imaginait aucune aulr : ..:heYau, de a femme, de ·oo Dieu, et ~ans tour d'une rue, non tombon dan un po te
touL nouvellement établi. Pour celle l'ui , il
ruai: l,icntôl j'appri tjue l'hùle de· Ta1wn
:noir répété quaLre ou cinq foi que je n'élai
ne m'ar;1it craint ni comme :iri~tocr te, ni pa · un ,·oleur.
faisait beau, il fai it jour, le ractionn:ur u •
comme giron dis te: il ne c mêlait que de e,
li eut pour moi l'allention &lt;le ne poiul dormail pa et, qui 1,i e t, ,·in t de es callair • , et tout bonnement il m'avait prL oller couclier à Thi"ier . Ce fut dè: le rand marade , a .i :iu debor-s à côté de lui, me
pour un ,•oleur. De là vi:nail que a Iemnw Il! tin que nou pa :,;1m · ce cheJ'.-lieu d di - regardaient curicu ement.
m'avait fait paier d'a1•ance: et pendanl qu' lrict: ét.endu dan la charrette H couché à
- Cito-yen, Ion J)a eport ! me dit la ellj m • roucbai:, mon charretier avait, par plat ~entre .ou la toile qui cou irait 1 , 11i.ar- Linelle.
in li net, ùh uade l'auhPr!!Î le qui. an~ cela, chandi e , j' :tai imi~iLle. Dan· Ioule· les
. loi, sans hHter, je lui cric, eu oulevanl
m' ùt peut-être fait arr~ter-. le· marcu ~ a11ber&lt;Te , mon condu leur élail connu. L
ma jamh avec eUort :
douloureu e., par de mau,ai hcmin cl que tion curieu_e n ·adrc aient qu'à lui;
- Allends, petit lt... (c'était un enfant de
de- lcmp. aJir ux, m'araienL d!Sjà i fort il me donnait pour un j une Libournai- d • eize an ), ..-a-t'en à ma place, t raire mellre
chnntré! D'ailleurs j'élai, arrhé dans œtle
' ami , el ne manquait pru d'affirm •r que ;t terre par le bri•rand de la \'ci1dée; pui •
auLer"e à une beure indue; quoi quïl w j'étai bien en rcglc. Dam I villa"es ùa.n · en re,enanl, pa e b:irdimenl partout, ta
soit, mon bra,e homme n e
jambe à moitié ca ée le er\lira
rep11nlait pa. de m'11voir diftndu.
Je pa cport.
il rt:pétait ~an ce -e f(UC je n'a,ai,
, cc. mot , la an -culottcrie,
pa l'air d'un ,oleur.
charmée, partit d'un éclat tiné- C'est ou contraire, lui di ral; tou , en b11lla11t des ru:iins,
•écriaient :
je. je ui. leur ennemi.
'ou entdmi&gt;. en plic.'ltiou;
- fücn, bien, t:lmarad&amp;!
je rontinuai :
lais le pauvre pelit oldat, tou
- Le vol u , ce ont le mahonteux, prit aus i le parti de rire.
rali tes, ce nl les gen qui guiluant à mon guide, pressé d'allotinent 1 n rrociants, pour 'emler plu loin, il rPmuait lerrihJeparer de leur~ march:uHfü et qui
meot ~on rouet. 'é1ailla prtmière
d 'Lrui ent le commerce p r celle
fok que j le Yoyai Lattre (' rbeloi du maximum é••alernent ruirnUJ; c'était aus i la plu ~ande
ucu e, inexé ulaLJe, el qui n'e l
prl'u,·e d'allacbemenL qu'il pùl me
l(U 'une p •rmi ion donné.e à Lous Jes
donner.
Lrigand. d piller ton 1 wa in .
Cc ftJl dans la même oiré tJUe
- Dra1·0 ! 'écria-t-il, en m'apnou arrivàm à Limorre ; mon
pli11uant , ur la poitrine un rude
conducteur sa\ait que je ne poucoup du plat de a main.
vai y de.cendre à l'auhcr •e, il
J' repris :
me r1 çul cb1•z lui. Je n• demeu- Eh bien, moi, je snis du
rai pa an quelque péril; a maicommerce de fiord ·aux; je m ui
son était ouv rte à lout \'enant;
pronone·~ ontre le ml ur ; je lt! ·
j'occupai , dans uoe chambr du
ai tout haut apvclê par leur nom,
fond un bon lil, d'où je ne ortais
j'ai décidé nombre de me camaguère que pour tremper ma jambe
rades à leur faire ln guerre; je fa
dans le ea11 plein d'eau ti de
four ai laite Jonguc el mortelle;
qu'on m'apportait dix foi par
enliu, il· ont le plu Tort , il
jour; deux Journées 'écoulèrtnl
,·eulcnl ma lète, et je me saul'e.
ain i, au milieu des oio qu la
- .\. ta santé ! 'écria-L-il en
ftmme • donnait pour rétablir
pou sanl. on Terr ur 1• mien.
ma santé, el d recherches que
11 Il' bu,·ail pa , il arn]ail, j]
fai ail le mari pour trouver 4ucl~.\!, ·t•E.1.IIUO'\, - f'uRTf DE LA CADh.NE (CûTf, LXIUUEl..'R).
lrl!pi nait d'aise.
que bon ya,·ço,1 qui me conduLil
- De.,. c quin. ! d s coquin·!
plu loin; el qu'alor· je remer~e dil:il: un la_ dL• drûl qui n·ont jamai
le pclits bourg , je ne prenai pa l'inutile ciai la Providence, qui ne emblait m'a,·oir
rien f3.1t et !JIU mangent le Lien d celui peine de me cacher sous la loilc; je pa ai
lié les jambes qu'aiin de me forœr à lomher
qui lrarniJle! )Ion L au cl1ewu, ne l'ont-il
~ ,i age décournrt, ~euleruent à demi coucbê
dan les bra de cet C.'1:cellcnl protecteur!
.,. Ill},._

�_

msTO']t1A - - - - - - - - - - - - - -· - - -- - - - - -

Nou · étions à la fin de la lroi ièm • journée, l'heure étaiL pa · à làqnelle mon conducteur ordinairemén l rcnfrait; .a femme
vint tout à coup, d'un ton my térieu , me
conter que , on m ri l'naiL chargée de me
conduire ur l'heure à l'auber e du faubourg, 011 j'allai trouver de voüurier qui
m'emmèneraient à rleans.
- Non, non! vou von trompez, lui
di je; ce n'e l point à l'heure qu'il l que
de voilurier partent; ee n'est point à l'auberge du faubourg que je doi aller. u
debor de cc faubourg je trouverai un corp:
d • garde c1u'il me faul é,iter. lion brave ami
m'en a pré enu · c·e L lui, lui seul qui me
·eut guider dan ce pa acre difficile; il m'en
a donné a parole, j') compte, el je uis bien
ùr qu'il ne m'abandonne pas.
.\lor: lie e mil à pleurer, m'avoua qu'elle
prenait peur, et me conjura de ne point 11rlliger on mari par le réât de la pelife l'llSe
qn'elle a\·aiL inventée pour me rléloger pendant OJl .ab ence.
Pcûte ru e, . oil. pau ~•re r mme I mai si je
von avai cru, Je faisai naur raire dans le port.
ll renlrtt pre·que au iLùt, -On mari. es
)CUX étaient étincelant.s; jamais on maintien ne m'a\'ait paru i a11imé; il oulait parler et ne pou,·ait pa . Enfin, il campa es
d~u poiug- ur me épaule et a rude barl,e
dans mon ,·isage; poi , m'éera anl la main
qu'il croyait seulement errer :
acrebleu ! 'ticria-L-il, c' e Llini i ,·ous
parlez demain; un hou oari;on unu · roule
jusqu'à Pari ; il esl prévenu que ,ou ète
marchandise de conll"cbande, que toul le
IOJJ" de la roule il (aul souffler. acreblt:u ! que je suis content.
Le bra\'e bommel qu'il l'aurait été davantage, 'il eût u tout ce que j'étai ! \rai le
lui confier c"était en mème lemp le dire à
sa femme, a,,ec laquelle il ne ~avait pa garder un ecret. El jugez, dan a mortel!
Jr:i ·eur, quelles nou,·elles pelileii rwie elle
1lt peut-ètre inventées! A urément la tète
lui eùl tourné, el dès Je lendemain, sans
doule, a,•ant que j' eu e fait dix lieues, son
mari, moi, le bou gal'j·011, nous étions tous
perdus. Je me i , à regret, forcé de cacher
quelque chose à ce digne ami.
ll me réveilla avanl deux heures do malin; c'est qu'il Caltait a ·oir le lemp de ider
chacun a bouteille, d'entamer l'aodouillc et
de mettre ·ur le loul quelques bonnes goulle.1
de café. Le mo ·en de rue refuser à cc très
matinal r pa ! il 111'y conriail de i bon
· •ur ! il av·ait Lanl de plaHr ~ trinquer a,·cc
moi I PourtaDL J'ap rce1•a· sa joie mllée de
c1uclquc lrLles e. Ce ne pou ait être seulement le chagrin de me quiller, puisqu'à cc
pr' il ét.rul mon libérateur. Enfin je us que
t-a femme, loujour plus effrayée, n'avait pu

jam:ii · e décider à r Ler cette uuiL dan ·a
maison.
- a me l'ait bien de. la peine, disait-il
car au ilot que je vous aurai conduit à votre
occasion, moi aus i je partirai. Je ,ai à Périgueu" ; c'e l un vo ane de plusieurs jour·;
on est alor Lien ai c de causer avec sa femme.
Je le croi il l'adorait comme au premier
jour de e noces.
- Eh hien, pour uivil-il, c'c l p:irtie rami e; je relroul'erai ma femm , el je n ':mrais pa reLrou\'J l'occasion de aover un
honnllle homme.
ou qui me li ez, je ne sais si vou ête
ému autant que je le fu : je l'écoulais. j'admirai . n ilence el mes yeux se mouillaient
de larme~.
Quand nou eùmes bi n 1 u, hien mangé,
uou parlimcs; mais il faUut auparavant
ouffrir tiu'il farcit me poche de pain, de
,·îande ·, de frui ls, de châtaign ; il m·offrit
encore une paire de gant de. laine el un bonnet de coton, que j'acceptai de grand cœur et
que je con ene.
ux premier rayon. du crépuscule nou
fime un as ez long détour, au rooyen duquel
le corp de garde. el tous le po les e1térieur
fur nl 1,·ité.. A demi-lieue ur la grande
roule, nous entràm dan un bouchon où le
nouveau guide m'attendait. prè qu'il m'eut
remi dans e main et répété cent foi es
recommandation , mon brave ami me erra,
m'embrasa, pleur:i même. loi au si, je pleurai ; mais qu'elle ont douces le larmes de
la recoonai ·ance !. .. En.fin nous nou dime
ndieu ....
Mon nouveau conducieur était ce que
m'avail dit l'ancien : un bon t1-arçon, da.a le
en q1iïl avail da courage el me montrait
le meilleur di posiûon . Mai un premier
coup d'œil jeté ur sa voilure, fort diiTérente
de œlle demon charretier, me lit comprendre
que j'y erai dans une situation ouvent Lr
périlleuse et pre que toujours très délicate.
U'abord elle était lourde, celte voilure, et très
pesamment chargl-e; nou· n'irions donc qu'à
petit journées. Ensuite, j'avai~ cpt compamons de voyage, et. quel compagnon ! Tous
ept d'humeur lrè discordante, ne 'entendaîent que sur un point : Lou ept, il
'honor:lieat d'être Jacobins, et n'étaient pa
médiocrement jacobinisés.
Tel étaient les voyageurs appelés, d':iùord
p:ll" le eul inlt!rêt de faire quelque cho e
d'agréahle au oonducleur, oppelés, di -je à
garder mon ecret dans tout le cour dn
rnyan-e, Lmême à payer pour moi de leur
per onnes en maintes occa ion . A l'cnLrée
d'une ,·ille, 11 chaque corp de garde, à chaque
po le, à tout endroit où !'oa demanderait de
pa eport., il [audrail que je me lin-se couché tout de mon long dan$ la voilure, une

moitié de mon corp come1·te de babil , des
manteau. , del- corp mêmés de Lou ce·
fran llootarr11ards, et l'autre moilié oach ·
ou le jupon de leurs femmr waratistes.
C'était ain. i qu'on prétendait me pas er p:irtoul · on n'avait pas d'autre moyen!
i vous prenez- llJI instaut ma pince, \'Ou concencz tout les dif6cullés de ma po ilion. Premi~rcment, il y a ml des circonstance· e:xtrèmement péri1J u es où je dcvai
pourtant prendre, a1·ec mes camarade , l'air
d'un homme qui ne redoute rien. Par exemple. dè que le pa eporl a1•aicnt été vu
quelque part, on m'r croyait hor d'affaire;
l'aube.rac où l'on 'arrêtait pour diner, pour
coucher surtout, éta.il ordinairement la meilleure du lieu, par conséquent la plus fréquentée des voya"eurs. ,'ét.1il la que j" avais à
craindre la rencontre d'un d putê d'un commis.aire, de ces coureur en chaise de poste,
dont la plupart, mployé· par le nouvernement, me connai aient. C'était là néanmoin
que je deYai conserver un Iront tout à fait
tranquille, que i j'eus e lais é trtl.llSpircr
quelqu -un . de m mille inquit!tudes, on
c fùt dit à l'oreille : ~ Cet homme est donc
Lrè.s CQnnu! ' rail-ce un émin-r61 eraiL-cc
un personna,..e de quelque ÎII1porlance'! 11 et
bientôt on ne e f'ût pas rrêné de le dire tout
haut. Je ne devai donc jamais prendre d'a11Lre précautions ni témoigner d·n.utr craintes
que celle qui convenaient à un obscur déserteur; per onne oe me croyait autre cho e.
. lalheur à moi i mes compagnons avaient pu
deviner qui j'éta.ÎJ;; les un eu • enL pàli d' r{roi, le autr' eu ·cnt voulu m'arracher l~s
yeux; je ne ai pas même i le conducteur,
malgré l'appât de Ja récompense que j Jui
avais promise, malgré les recommandation
de mon bon ami, qui était aussi le sien, malaré sa haine pour le - t)Tan du jour, je ne
~ais pas 'il eill o é tenir ferme.
Il me fallait en se ond lieu, an milieu de
peliles facliDn qui di,,i aient la carro éu,
constamment éYi:Ler de prendre parti ; je ne
devais en méeool.enter ni en épou er aucune,
mai au contraire les ména .,er toutes et doucement me !aire jour entre elles. Que dis-je!
if fallait, par 11n art plu profond que cclu_i
de la coquette la plu exercée, m'attacher 1t
m'attirer tou le oins, à me ga er toutes
les ùienveilla.nces, à me conquérir tous le
cœurs. Ce n'ét::tit pas seulement Uù ennemi
que j'avai à craindre: il uffisaiL d'un iodîffcrenl pour me perdre. Ion .nlut exigeait
11ue, dao celle coterie compo éc de tant
d'originaux discordant , il o' ' eût personne
11ui ne ·accordt\t à raffoler de moi.
Pardon de lou ce détails; mai c'e t
r1u'aus i jama1s homme ne se trouva dans
une itualion embl. ble, et mainlenanL le
ri:cit des faits va suivre avec rapidité.
(A sui1vre.)

HI TORIA

LOU\.ET.

MADEMOI ELLE DE CLERMO T AUX EA
Tableau de :-l.\TTIER. \ lu. ée ConJé, banlill,· .)

DE CHA TILL

�PETIT l•OSTE VE 1,11A.'\D't.ARD1i). -

T.il'li:.JII j~ ~I ts ~ONlf.JI. (Co llt&lt;'IIU/t Clra11.:h.1rJ, illu.,u ,lu Lourre.t

Mémoire!

du général baron de Marbot
CHAPIT~E XXXVll (mite).
C pendant, le temp ,'éeou1ail an, apporter aucUD changement à notr po ition; ar,
hico qu l'Empereur eût prescrit trois Foi
au mar •chai oull d'aller promplement a"ec
une nartie de l'année d' ndalousi reuforc~r
l, éna, ult, imitant en cela l'allitudc dt1
maréchal iclor 11 sou ê0 nrd. lors•Jll'co I 0!I
il ·'a · ail d'aller le joindre à Oporto, 'était
arrêté n chemin ,·er la lin de jamier. pour
faire 1 .ièg • de Badajoz, dont nou entendions Lr·· distinclem ni le canon. ~I éna
rt: •relt.ail \Ï\' m nt que
n eoUègue perdit
un trmp préciell.1 à faire un iège au lien de
marcher ver lui, quand le défaut d~ vin
allait bicnlot nous contraindre à abandonner

le Portugal!. .. L'Empereur même apr' 1a
pri e de Badajoz blâma la dé obéi ance du
maréchal ,ouJt en dbant : a ri m'a rendu
ruaîlr d'une \ille et m'a tait perdre u.n
rovaume! ~
·c.e 5 février, Fo) rejoignil l'armée, à laquelle il condni it un r nfort de deux mille
homme lai sé à Ciudad-flodrigo. Ce g "n&amp;al
rerena.it de Pari ~ il a ait lonatemp conféré
avec l'Emper ur :ur la fàcbea.e po ilion de
lroup ' de fa éna, cl portail la. uou,·elle
annonce que le maréchal ' ult ,,icmlrail
bientôt
joindre à nou . lai toul le mois
de féuier '!.!tant écoulé . an •tn'il pariit le
uénéral comte d'Erloo, que par une faute
ine, plicahle l'Empereur n'avait pa mis ou
le ordre de Mas ·éna, déclara que es troupe
"" 121 •

ne pou. ·anL ,·i.ne plus lonatemp !i Le ·ria, il
alla.il retrograder sur l'E pa&lt;&gt;ne. Le maréchal
1 ey et 1 général Reynier a ant sai i celle
ocoasion pour c1po er de nouveau la IJl.i ère
de leurs orp d'armée dans 11.n pay omplètement ruiné, force fut au générali ·ime
de se résirrner enfin, aprè plusieurs moid'une ré istaoce opiniâtre à battre en retraite ers la Crontière, où il espérait trouver
le moyens de nourrir son armée, san abandonner entière.ment le Portu,,.al, qu il complait em1aliir dè l'arrivée des renforts promi .
La relraile commença 1 6 mar . Le aénflral Eblé avail à rand re;,.ret employé 1 '
jour précédent ' à détruire I barques contruites av c tanL de peine à Punbet ; mai ,
dans l'espoir qu'une parlie ~e ces immen es

�1t1ST0~1Jt
prcpara
urrail llD jour être utile à une
arro e
ise, il 111 enle
ecri\Lernenl
toute
rrur , en p
de donz
orn ·ie
rtilleri • el d-re
n proc wrbal qui doit être au mini Lère d
" erre,
1 inJi,
·
ù
uv
ieu
dt!pôl,
en
ra
ment
in innu
n
è !
1.. p
r
çai:f! furcn
lrnru si
éc
r, ant d'orme.
pendant la nuit du :, au U ma qu
in11lai. dont l ~ po. l a 'étaient .-é
d~
nôtre deunt Santar m que p:1r la
ri,·ièrr de Hio-fülor, n'cur nl conn:1.·
d,
notrl.' momem nl que le ),·ud main malin,
lor
· tro · ,, :nér I n , nier étaien
ÙJ
q li
1. Lord \, dlinnton
dau · lïnct•rlit
,oir . i notre mouv( owuL ·n il pour bul d'aller pa
l • ra e ~,
Punll'!e, QU bien de nous r
,cr 1El;parrne, perdit douze heure· en
ilnliun ·, el
l'armée [rau ·
vait a.'llé une marche ·ur
l ·
lo
ïl prit enlin la ré olut1on d,
1
;
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mollement d d fort
l
1111
,
néral Jun
· '
imprudemmenl
er de~ant
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• r
Dt
le Jan. 1
1,1
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rupccha p de
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du
corp· peu
de 1 · c~
e.
L'arm
dir· a e
lonn dh
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Pomb
a
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· formait
ti'
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d :rendit ,..:iillamo pil'd à
. Quaul à • I , :na,
•
~ lorpeur, il 31'ail, du ;; au
!l mar· .
ltoi jours
I' con mi
plèleme
Irait', un
péralion
J 1 "Ile
U i éla
,
•
btLude, d'uue •m.i ,té qui nous ;tonnait lous.
1; rmée fra.11 •ài • cooti
'te
d"une moni~r régulière el
loinuail de Pombal, lor:;qu
de
fut ,..i,emcnl auar1uée p
mi . Le maréchal 'e l
leur Lar r cmnplèteme
l'
:-en 1' no équipai' donl
fort
1•ntc, il Ill mrtlre le feu à la
· torieu~ annfai. ~e :eonl n.:Cri; c
acl ·
qu'il c1uar · l d auaulé, comme S1 lu premier d vo
n én rai n'ét ·
lut
d
I ar
.. Or, omLru
oos
~
un é
lonn défilé q
nn mi.
t.l
•n I
r, le meilleur mown de le
arnlter ét.ail dïncen · la ville. è"était uue
e tremilé
e,
quelJ sont réduile
1'n 11nrcil
ati
es plu rivili ée , l
le ~\n bi
êm
nt om·enl agi de la
orle.
11 eut, l • t :! ruar ·, un comb t assei if
1•11 amnl dt1 lledinh:1, où le m '
·
aianl Lrou,•é une po ilion u ep
bonne d ·r n. e, crut d ·oir . '31'
Wellinnton, prenanl a, •c raison
pour une pro,..ocation. 1t a.ancer
· érahl . Un · actio11 très ehaudt\
: le mar •chal
epoo · le· eu
relira en uit
leml.llll, mai ,
avoir tm deux ou
cents bomp:ii:~

J:fÉM01'1f,ES Dtl GiJVÉJl(.ill BAl(OJV DE MAJ(ll01

1 r, d combat. L'eunemi en p rùiL plu ile
m·
· i ayant lon lerup. foud
tandis qu'il n'amil que
d
en ballerie. C
m
l inutile pour l
co
·n eflel, pu i~q u
•
ordrn de .e retir r, pourquoi \\ellioglon, qui
• ,a.i fort bien 11ue la n&gt;traite d françai
étant proooucée, le corp· de e1 .e rerocllr ·
marche apr nn halte de qu lqu '
b
lai 'a-t-il emporter à l'attaquer
p
ul plaisir d • le conlraindr à p rlir
t1
lu lol1 ... 'é1a· pr• 1 •ol a cette
a
d•plorai 11uc 1• faux umour-prop •
générallI ·ù fa1l Vt!rir t nt de
b
n. os • ucun ré ullal pour , ucun
ù
arLL·.
'arm~e fram;aLe priL po ilion
e
el • rd :-;o. Le U1omcnl critique de
retr:iilc était arrÏ\ '· Ma .én. ,
n • uulan
11uitter le Porl11!rnl n,ait rélu Je p
r, t
d'allt&gt;r c.,ntonne
l'rtilc
1&gt;3) s • itué entre
I
n d'
tl ndre le ord
, pa~
!'Empereur· m
ent a mit
coupé le pont
bre
"'0,
· par J,
tail
,l' "énéral'
r n ·
ut, reuou
r Ponte d
I' Aha, torrent d
i
ti r éu 1rnl prit donc, le
et dc,ail ller 1
Cor1·0; .u~anmoi
r1u'on pû
naîlr
motif, 1· •éuérali. im ail
à Fu
ul,erta, et c croy:inL
par
ivi«ion qu'il nait
réch
cy de plac r à rda
il u·a, il auprè de lui llu·un
nadier et 2~, dragon . ~lai·
réte.xle qu'il all:iit ê
· upéri
a
do
ce.
p
a
dq
i"l·
q
u ie
ur
du ruome
1, c
i e
..
_ime cl tout on
!-major à être ente,.;,
par I cnndll1.
En c.fiet, d, n l:i per,oasion qu'il était :!a•
ranti par plu,ieur di,·i ion Irançai - s, Ia~éna, Lrou,·aul le ile J · fuente-Cubfrla fort
"ré3Lle et le t mp Ufl'lrb •, o.rnit orJonn ·
de • rl'Îr le diner n pl1:1io air. • ou étion
Jon fort lr n11ui1Jem nt à t.ahle . ou. de.
arbre à l'entrée du , illa •e, lor que, lout à
r-0up, on aperçut un piqu l de : 1) hou-ard,
aogl.ti · à moins ù œnt pa de nous! t !grenadiers de la g-ardc prirent au, itùt 1~
arm • et enlourèreul a éna, pendanl que
tous e aide· de camp l les dra on , moula.Dl prowplcmeol à cbe,,11, ·a, nœrent ,·er
1 nnemi ..
UI-ci a)3Ill pris la fuite an uruler
amorce, nou peru àm 1Jue c'él:ii ni
d s bommes égare· chèrchant à l'CJOindrc
l'arm :e annl:ti:e; mai: nou a
ume_ bienLot un ré1rimenl entier, cl ,i
le coteau1
voi ios cou,,erl de nomhreu
troupe an.. t2

..

i?lai ·e. q_u1 cernaient prc que enlièremenl
FmmJe-Culierla!
Le dan"èr imminent dan lequel se trouv:iit J cruartier nën rai pr renait d'unt!
erreur de 'e), qui, croyant J
'rai' ·
informé par • 1 llre, ,· il
à
. ' di,; ·io
·
" · u
de
Crd:1 o.
e
nL
.
découvert.
e
ienl appro.-b •. en
du ,
de 1 'na : au ~i
eà
quel élonnemenl fut 1 nùrt b
emcnl, l3 nuit approchant,
·a u.11 épais brouillard, cl les ,\o •lai .
ne p01mrnl
que le ~nérali. im••
t
· · Ir
i coupé de .on armé,
qu
é p:.ir notr, ~ta lit
·' laquelle
i
nl
·er1;
ile
r
mmi 11ui paru
•
rla,
au moment n
I
mpl le · :eurilê, e
1.
ît'C
r :_ olutiou, il et ail Mas~n:i n\cc lou.t c1
qui él, il a, lu
1, dè, que 1
opprire.nl le dao
'a\l it cour
il' 1' firent . o
n !
1
ri n 'api r pr
que
én
françai - n'écha
leur
a
arrachant I pa
,
d'autant plu a
ut•
aré
e
portaient p~. de
rh · !
di1 heure· du .oir, le Traod quarlil1 r
"· éral quilla Fort Lranquillement Fueuterta, m
· e vo· in e de plu.it•ur ré·nls en
dont 110
trou ail pJa
e ém
tra1·erséc pa
emin qu ·
ui\•i
ur l'en élo
l mar-5er
n lral.l èm
ln)é hi n
l pa
neuù con
Fr.1nçai1-,
1 mrue leur ét.iit ra
11,-..
e, sacb:ml qu mon f
arltüt lr'
u· l'o. · , lui dormo des inslruclions, rl
b
·aoçant Ju.11u 'au ba. d la colli
•t
ant d:m l'ornhr,•, crit1 au cher
d
1
1ue le du · de W Uin on lni •nrnpal I
d appuJ r Yer
droite, cl
d'al
er un poiot l)D'il indi~uail, mai
cp1i
\'llil hor d • 1 dir ·li 11 uhie par
nou
olonel ennemi, n · J&gt;Ou,·ant di'lin~uer au milieu J la nuil el dan· l brouillard l'uniforme de mon frère, le prit pour u11
aide de camp :m.. lai ; il oWil doue ar-lc•champ, ':)oign , l nou pa :i'1111 le'L •m ol, heurelll. d'avoir échappé? oe nou,ean
don cr. la. sém et son ét L-maj
· · ,ircnt a1·:inl Il' jour
lrou~
Pendant ce Ion
pfuibll"
nn
· 'tait ivemcnl
ccupé de
quc.J,. lime \ ..• était constn
e.
on cb.eTill 'abatlit plu.ien
e
quarûer5 de roche &lt;Ju'on ne
,_
,·oir .' é3.U cd l'ob:cu · ·: celle femme courageu:.e
rel ,·ail,
rJ ue cruellemcol
meurlric: mai· enfin
,·hutr del'inrcnt i
nomLrcu
qu'il lui rut irupo. _iLle de repr~·ndre on
1, oi dP m3rch r ·, pied 1•1
l'un fut ol,li
la r ire porter par dé !!r nadier . Qu
il-elle Je enu i on nou
e1iL allaqu' .
us î le "émlral' simc, toul

d'un vigoureu coup de rov r t et I traucbant de ma lame Cr:ipp:ml ur 1 d nt d
cet homme el pa ·saol •nt re es màl·boir :,,
au moment où il cri il pour 'aoinier, lui
fendit la bouche el l JOU ju qu'au
oreille.!. .. Le "i ux hou arc.l •~loi"n:J prom11Lemenl ' ma ,,ve ali faction,
c'était le
plus bra\'C el le plus eotrcprcnaut des deu .
Quand le jeune .e ,it ul en face J, moi, il
hé. il.a un moment, parc que, 1 tM de no ·
chenu.x :e touchant, il omprenail qu · Dl
tourner le do pour eolr r dan le boi . 'ét. il
', po er à être frappé. n · d :termina pourLao L en , o 'nn t plu · u r ol Li CDJ'l, 1rançai
venir à mon .ecour ; mai il n'é ·it, p l:i
bl ~ure qu'il r ·doutait. car, pou . · par l3
col'-re, je le pour .uhi quelqu pa I lui
lion•• i un coup d point da1 l'épaule 1111i
Je Ill ourir encor• plu ,ile ...
J' •ndanl ce combat. qui dura moin tle
lemp · qu ïl n'en faul pour le ra nta, no
éclaireu.r~ 'ét.ienl rapidement élancé· pour
,·euir m déga er, t&gt;I, de l'aulr ôl'. 1
cira. ~cnr an lai· apnl marché ur lé inl
où ,·cnait de lomlmr leur offi ier, ce. deux
roup ennem· tiraill'·rcnl 1• nn coolr ·
autre , et je ru ur I• point de me Lrou'r c.tpo a01. b:ille de d u partis. \l ai_
mon fr'-rc cl Lignnill , qui, du baul de 1:,
po~ition occup par rarmé', m'av:i.it:nt ap r\'U
au pri e. a,·cc l'officier el le i.leox hou ard~
an lais .'étaient cmprrs.é. de reuir me
joindre; j' o grand bc. oin de leur ide car
je prrdais une ·i grand quantité de ·an par
m bl ure au dlé, (Jlle JC m, · ntni.g dLL
faillir, l il m' i'tl été impo ·iLI de r • L r à
du:wal, ïl ne ru'eu nt , oui nu.
l):\~ que j' n. rt&gt;j11inl l rand d, t-major,
la.. éna me prrnanl la m in, me dit. oc· t
• Lieu, ··e l trt,p bien m m,•, car un oflid •r
« npérieur ne doit pas ù1110 ·er en fai_anl
a 1• t·oup de :n!Jr aux a, ant-po~lc ·. 11 Il
avnil rai.son! M, i. quand je lui eu. fait onnaitr • le· motif c1ui m'a,11i nt entr:iiné, la,iu, ne me blàma plus aut nt, cl le maréchal 'e , plus bouill:1111, rappelant r~poque
où iJ était hou ard, . 'écria : • a foi, à J,
« place de lnrbot, j'aurai· a"Î comm,
« lui!... Tou le "énérau el 111e
r d \'lntcnl me donner d mar11u
rèt, pendant que le bon docteur Dri · t me
pansait.
La ble . ure de ma Joue n':i,·ail aucune grü,·ité; ellP fut c:ica.Lri · au Loul d'un mo· • ,,
l'on n oit à p ine la trace le long du favori
au be; mo.b le ·oup J pointe il •1b.re qui
a,·, il pén :1r· dans mon 11:in droit ét 't dangcreu , urtoul au milieu d'une lonnuc r
lr:iitc, qui me forçait royao- r à cb ,111, ~ans
pouroir jouir Ju r po dont un blessé ·
\\'u.LJro;Gro . .
hc~oin.
lir.H ur~ Jt .\. l:4llro. (C3N11(1 Jt~ Efl.J ft. ,
Tel fut, m chers nfanl , le r: ·ultat de
mou omù:il. u, i l'on ,-eut, de mon é1uimon shako, ru ib rn cl ma peli
rurenl JIÙ de liraada ù • ono. Vou :1,·ei co11(enil
crit,
1moinli qu je r
hk
le hako 11ue je portai: al r,, el 1 uoru•
coup·: mai e
le p
br ·u · ntaill · &lt;loot le _al r' an ..fai l'onl
1.
.anis, .old I à
u~ta
d~cor: prou,cnl 11ue le den hollS3rd ne
on
e pla.s d'un pou · ta pointe me ména renl pas! J'a,·ai~ .iu i rapport:
de ,o
e dan le llanc droit! Je ripo. lai ma giberne, d.onl la banderole avait reçu trois

• ,·eux faire un peu Lata.me aYec ,·ou ! Je
ne ru· pa de,oir répondre à œue fanfaronnade t tournai brid t~r no arant-po~tes,
placé à cinq cent pa en arrière .... L' \nglai · ru· uhit en m'accabliint d'injure !...
Je I méprisai d'abord, ma· :ilor l'oîllci r
ennemi • 'écria : · Je rei:c,nnai bien à ,otre
11 uniforme qae ,ous !!les all ch , un maCH PlT~E XX VIII
t&lt; r chal de France, el je Cer.i meure dan
J
• i i111ml1
• - \1Tair1 ,le l o,
« le journau.t de L ndre que ma pr _en
,
'ou~e
els .i.. :il «:na. uifi polll' m ttre en fuite un lric/1 ·, un
1 J ututi
!·
a pollr1&gt;n d'aid • d cawp de . las,éna ou d
nd main
•
aprt• · 0: p ! »
.ra,oue ma faute· j'eus le lorl hien !rra, l'
.-.
pou, é 01
\"
entr•·p
1lrc l&gt;OII.
de remil le !rro· d ne pouroir upportcr froidement celle imd,
u
an u
o ilion n perti111:11lc prowcalion. el mdtanl le ::ihre à
a,
lir
J Co
Jonu 'r · 1 rnnin, je m'élançai a,·cc fur ur conlr • mon
l'arli
et
ét1uip
r trn- ad~ersaire· mai·, sur I point Je le joindre,
v r ·l:'r
éf'
cé CU
Ollr". j'rnknds un "r;111d rrulement dan 1• boi ,
Lorù Wdlin.,1011, apcr
fran- d'où 'orteul l'in, t nl m~me &lt;lelll hou arrl ·
an •I, i qui, ·arançant au alop, m coupent
in i rr ,t,• , Il
forlt!
la r Lr:iil •!.. . J' rais donn: J· n un clÎl}ul annmu;ait
rn nt
, l r:,11u
, \'OU!anl Jonncr de~ apen ! Je oompri · qu'nn d '•fen.. d plu
·ner riqul ponv:iit eul m' \it r la boat
in truclion. ;,
na
fil ·on,o&lt;I uer auprc de lui. ·'
r1:n&lt;lire111 d'ètr roil pri ·onnier, par ma faute, à ln ,11e
proruptcm •nt. L ma
1 .e fai- de toute I', rmé françai. e. ·pect:ilr1œ de ce
combat disproporûoun; ! ... Je me pr 1cipitai
nt all ndre. le !!élit!
:crh-i
donc ~ur l' oHicicr an loi ... nou · nou, joicomm ml ut (1 1 l el 1
Ïn\it
i;non ... il m porte à la li ur un oup d •
~l'nir au pin lùt. Cet
11ui p.i
tranchant de on :pt!e; je lui pion
mon
:ail Ir~ Facile :1 r·mplir, faillit ei.:~ntlan
001 le
.
..
.al,re dan la or e... on san rej il lit abondammer1t ur moi, et le mi ·&amp;raùle, tombant
L'a
c
étail rau •ée n plusieur
IÎ"II .
·
furm,. d'ampbi- d · rb ~:il, ,a roukr Jan la pou i r qu'il
lh ',ilr
II
l'
e do
011
mordail av c r e ! C p nd:inl le d •u hour
q
deux
col- _ard~ me frappai ut de Loule part , princi- somm
prali
i •11 palt.:lllfilll ur lètc. Eu quelque c ·onde~.

eu nou conjurant de n p : abandonner
lm _- ... , nou &lt;lit-il • plu.~icur tl!pri.:es :
a Oueil"' f ute j'ai comLULc en emmenant
UII r mmc à la '!UC!U. ! ·u Drcr, uou . or1im1- de la ituation aiùqu dan. 1 uelle
• C\ IIOU: a,ail jeté .

i

n

i
1

e quel
uque
ob,
chemin
u
Il ~
momcn t où fl l ,t •L moi par, pour e écu
·
le tiraill~ur
. rrbanl ù.
:i;
11Ôlrt: c
:_
plu, c r
er
m n cam
• nous
l'ekt prit le chemin de
celui de droite, •n ~1nl
e dairi'1re ou
trountieo nos
1

le

I maré · 1 1 ·c, venait
pui. main d'un quart d'heure,
je
mou Jernir de
rir
coolre.
· '
·r de I indr
j' enteodi
u a,·
hall . i
o
...
: •,, é
n
IC
qui
c
• Bien que j1•
le
Ney orlé par un Jort
d :t,acJiemeul. jll ne lais m p:u; d'ètro inquiet
ur n cowpk, c:ir je aignai~ que 1 · ,\niai ne r
ent
orque je '
t:nfin :iu
d
nr la rh·
Pel · ·
el ton
e
tnin J
r' · qu

•

or

ce

ait.nt

•tour
de lui, •tnand un
licier
• à pi d annlais
. ·1l\aoce au lrol d
peût che, l el m
crie : 1 .\.llend 'Z, moll:iieur ,.., r~nçai I je

j'al
j ·uue

---.

�1f1STD'J(1Jl

_________________________________________

coufl: d,· tr, och, ni i mai elle a él ·. i: .. ré4.·.
J' i dit tpr'an momC'nl ou j'étai emoyé
l:i recherche du maréchal 1 rv, l'armée Crauçaise, rénni • llJ' 1 f'O~Îlion cjui domin liritnda de .ono . . • llcndail ~ êtr alla,111b&gt;.
Ce co liat n'eut pa. lièn. Wl'l!innton, intimidé an douli par ses perk · d · j ,ur. Im:céden , rr la la war L de · troup , c
11ue \O_anl. Mn ·s tna rr~olut d &gt; pro 1ler de la
nuit, riui :ipprochait, punr raire lm\ •rser (ltl .
Ît•nm· 1a liU ·I le Jou .. d{-liP de lirnnd:i
ile .ono. la itualion ful alors l1im pénîhl .
J'avni. mar'hé 1,,:, den j011r. cl la nuit prétid nt , el à pré ent, l?ri1nmenl hie • •• et
affaibli p, r la pr!rlu d'une raude t]Uanlif: de
. ng, il me f Uail pa ~ ,·ncort la nuit il
b al, par de· rh min aUr u , •1u·e11comlir ienl 1· hariol. d,:. 'c1uipa 11 1• , ceux de
l'arlillPri1 cl d,· ni,inbrc . colonn • de
1ro11pc. , contre le,11udl j~ me b url i. :1
rha11uP. in. 1ant, l'nh,curit éro_nL de plu~
profond . Enfin, pour coml.tlc de malheur,
11ous (1\m assailfu p.1r un ora 0 • :1ITr u • La
pluie trarnr~a m,· ,·ètemenl5, j fu hi nlol
trami de froid cl
louais ur mon che al
dont je n'osai· J euJre l'our me r 'chaulfi r,
car c n'aurais pa eu la force d' ,remonlcr.
.\joutez c la 1 ,ive?. doul ur que me c.1u~ il ma bl
u au nane, 1 -vou aur z une
faible iM de ao1rois.c auxqu Ile je fus
·oumi pendant c:elle cruelle nuit.
I.e 1:i nu malin, l'armée franÇlli c parvinl
ur 1 bord de la e ra, en face de Foz Je
Arunce. Celle petite ,·ille est i;ituic ur une
colline 11ui ilominc la th·i~re ain i que la
plaine Je la rive :1Ucb par laquelle nou
arri1ioo ... Je lr, \ r i I pont, l ün · m'ëtablir momentanhnt:nt Jan uu • mai on, où je
compt.,i · enfiu prendre •1nelque repo. ; mai
j'en ru crnp ~ché par 11ne scùne afl'r u c qui
se 11. ~ a on~ rnc · y u . lléj' le corp de
He nier cl de Junot étaient dans fqz de
runre celui de :c\ · lrom-ail tnrore sur
l'aulr· rive: mai 1; 'néralL iw, inlorm:
que l'enn mi nou ~uivail de pr• , ne ,oulut
pa rxpo r :;on :irrii!r
rde
comhaltT
:mllll )· Ceu J.,rrî r' . ·Ile. Il pr cri, il Jonc
a~ marérbil .:-;e de faire pa ·er la rhière à
toult· . &lt;!' lroupt' , qui, :iprè :t\'oir coupé le
pool el pl c, d forl . :irdc en fart- d'un
u 1 1111i l'a ·oi. ine, pourraient pai iWemcnl e
repo •r d:ifü •Ile lionne po ilion. Le m ft'chal , ·c,. atLrilm, nl aux f. tigue. d Jeu
derui -., • journ c la lenteur de t•unemi:, le
•rol il encore furl loin, ~t il crul q11'il rait
pu, illauime d' odonnl.'r compl~lt:nwnl l:i.
ri\'e gaucl1v. En toaséquence, il laissa deux
divi ic,11. dïnfonU~Ti ., l. Lri ade de caH1l ri
L: molle, quelqu : pit•œs Je l'allOll, el ne Ut
pa oup r le pool. ·· ttc nouvell désobéisune faillit aou, coùlt•r hien cher. En effet,
pe.ntl, ni que J, -.-.éoa ·' 'loign:iil pour 11.llvr
ut\1•iller a Jlonle-lluràtllia le rétablL.cm •nt
ù\111 autre pont qui dc,nit n ·urer le leoJtmain ~e, lroU{l\: l'impnrwnl va- :\ 178 th• la
rhir d' \ h. , cl •JUC I • mar :ch l è). rempli
de confiance, venait Je· perm llr • au ·•J11ér;1(
L.1molle de traver, r le gué de l:i ejr pour
aller pr\llldr
fourrages ~ur la rive droite, .

;

lord i.·ernn ton p:irail u. l'impro\i,le el ll,qne imm dia lem nt Ir.. dirL ion . j imprndemmcnl la.is t1c sur la rive auche de la
Cc ra! ... L · ma.r1.i;bal :e~, e plaçanL alor.
cour, eu. ment à I lt~le du 39", repou. se i,
b bn1onn tt.e une bar c de 1lrogon anglais.
.fais le brave colonel L:lmour, du ,.!I , étant
1ornli: mor1. fr.ippt: J 'un coup d· feu, on
rt!gimenl, dont il 1:!1:1it fort e limé, 'émeut
perd on aplomb,
jclle ~ur le à el l'entraine .. . En c · mom nl. uoe l.i uerie a :ml
p:ir m;garde envov1: un lioulet dan
li • dir~ction, no · oldal · e crol·ant tourné , el
. . isi d'une 11.:rr ur p:rnique, court'lll n lnmulle ,ers le pont!. .. Le général Lamollc,
qui d' 13 i e oppos ·e perçoit c •lie relr ite
1i •, ordonnée, reut çonduire . e · ,a lier, au
ecour~ de fanla in:; moi· , :m Jipu dr re-pa ('r le ué d.Hficile par lt•r1uel il ~Lait ,cuu.
il pr ·nJ le ch .min le pl court el 1:.ncomLr
a,·ec a brigade le ponl étroit de 1. C r:i,
pendant que la ma. d fn~:ird~ • pré. otail en os contraire I Il rf uha de ce p lem le que pcr~oc ne pouva.al p er, hon
nomhre de fauta in:;, arrimnt à la uilt• de
leur mnrad et voyant I ponl cmbarr . sé,
. c diri ent H'rs l • l?Ué et ~' pré ·ipitenl !.. .
La urand majorit · parl'in ii I franchir,
mai:. plusi 'Uts,
lrllmpanl, lom rent 1lan
de t:l\ité. où il
no reol 1
P nùan1 cett c:'.o dëplorable, le m3r • hal
, 'c ·, qui con umait n elTorl pour réparer
a foute, parvienL enfin réunir un bataillon
du 2i•, fait Lattre la char e et péuètre ju.s11u':un: dili.ion ,rennet el 'er .·, qui 'Llieol
re ·téc lcrme Îl leur po t • et cowb Uirent
,·aill mmcnt. Le aî:m.lcbal :\c)·, • m llanl
leur li1le, r prend l'ulTrnsin,, el rcpou · · 1•·
ennemi jusqu da,is leur c..UDp princi 1.
Le
nglai , étonné p:ir celle '"i' oureu
au que, :iin.i 11ue p:ir 1 · rri de c ·u de no
oldnt, qui e d~Lau.aienl tl u I · eaux de la
~ra. crurent que toute l arm~ franr;n.Le
'1Hançah contre em; il sonl à leur tour
frappés de terreur, ~lteut leur :irw • l i &lt;cnt leur noon · cl s'ahandonncnl nn • fuite
pr~ ipitt'. !... Le Lroup d "dlér:m J\e}nier el Junot, plam ur la ri,e droite, rurent
alo , iru;i qur moi. t woin d'un . tacle
hi a rare la &lt;'tre, celui de plœ ietm diviioni1 de parti différents e for,rnt mutncll meut da~ le plu rand dl; orw !... Enfin
la pnuiq11e é1D11l lm &lt;e de p 1 •l d'turtrc,
Annlais cl J'ran\•ais revirmml peu li peu ur
le terrain abandonné, pour rama r lrurs
ru il ; mai on était i bonteu de 11.t:u
eût: , que l,ien 1ru 1 . old:1
nnerui · fu~enl INh pr , il ne fut pas Liré un seul roup
de fu.il, ni : lllll" ( aucune pro\"O alion; chacun re n!?TI
ilencieusemenl son poste ....
Wellin"ton même o'o,a. 'oppo er. la retrait
do mlll'échal 1'e ·, qui fü rcpa_ er la rhièr
•L couper li: pont. Hans c biurre t!n ll('mcnl, 1 \n lab •ur nl ".? 0 bomm bor.
dt! et&gt;mhat et nou l'D tuèrent un,• cin11uaut...iine; m i no1L e11mt' 1Oil no~~ , el, mallieur •usemenl, Ill :i!I perdit ·on :ii l • rtut•
J, · meilleur pion ·eur ne purent alor: rt.'lrou\'er; elle le rut l'éttl uha.111 p,1;r l ,~ pa1-

porluaai:, 1 r rtuc le,:, t rl cl1, ltllr:
eur1mt mi, '. .ec une uli d~ la rîTii-re.
I.e maréchal ·e~, furieux de l'échec qu'il
, nait d'éprou llr, 'eu priL au én' al 1..amoll el lui r&gt;tira sa brinade. Lamolle était
r p ·ndanl un li n et br,1\'e officier, a1111uel
!"Empereur r ndil ju Lice plu lard.. uanl
, ·c. , il était i Jé.,ireu de prendr · une r •
v ncbe de ,;1 mé ,enlur~ que, d..,n l'e poir
d'au q11er "Pllinnton lor qu'il \'OUJrait son
tour pas, •r la eyr:i., il resta immol,ile un
p rtie d • 1 jour11:, du rn ur 1· Lord. de
elle ri,.,i . l la • rn fut obli ~ de lui
cxpMier r1uatre ou cinq aide de c. mp pour
le forcc&gt;r 11 le\'et on hh·ouuc Pl :1 ~ain,· le
mou,cm uL de relrailc. l.'arm1: • rr II il
l'Ab• le li, :,ur le pool reconstruit~ 1'11 lt!,1ur lb,, et conlioun ptnd;tnl cinri jour ~:i
r traite ur Cclorico :rn i!tre i111p1iélêe.
La \' 11,1 1111 uou. ,en.ioru. d
rc urir
culr le MonJ go et la cL:iinc J'l-.m 11. C-"-l
lrj: pralk bl , de plu, ferûle . el l'arm~ .
vi!cut dan l'abondance; au, i en nuw r trou v nt aCeloriro, où, à uolre cnlr · • en PorlugaJ. 1 hw a1a.it eu la mnlenconlriw. '
idée de quiller ell•• l Ile ,,ill :e, pour •
jeter dan· le monta o •s dt! ï u et de llnaco, J'a.rmte li- blâm -l-ell • Je ,.. ,me.au, car
c lle faute anil coùté la vie pluj ur millier.; d'hommes el fait manc1u r notre umpagnc. Au i l maréchal, n pou,an1 . e ré i"ner r olrer •o E.! pa"n , rê~olut-il d e
m inl nir en Jlorlug11l à tout pru.! ... Son
projel éLail Je r '-"3!:llt!l' le Ta"e p;ar uarda cl
Alfa lat s, ,le prcndr po. ilion à Corin el Plac~ncia. ùc ré1.aLlir le pont d' 1 antara, d .'~
joindr au troupe. fr nçai
commandé
par 1 m:iréchal nit dr,·aol Bad jo~. de: pr1uélret lous enscmblu d ru, l'Al,•utejo, et Je
ma.rch r eu uitc or LH,onn . la. 1011 pérait forcer ain i Wellington à rélm..!r der
promptem nt [lOUr clierrhe.r à déf ·ndre cdte
capil3le, ql.Ù, L qu
rc'-•1r· par I' lenhdo,
n'aurait eu que fort peu de mo; n~ de r{ i
L:ince, • l' Ile n' tt.a.il pa · forlitii.:U sur la ri,•c
n ucbe du Tane.
Pour rcndr · 1 mar h d
l'lu.
facile, le maréchal P.n O!:t •n ~~ p:iguc tou:
1 hies, :,el m1bde.i.Je refu~d·l• ·uhre,
et, ruai ré 111
u[rancc., j prërér i ·cst1:r
nu milieu de l'arru :c, nupr . de mon (r, re el
de me cam:mid ". l'rmlant la mar•·h • d.c
de.ni jours faite à Cclorico. a éna a~tnl
communiqu: ou plnn fi ·es lieutenant , 1
mar&amp;b l . c,, ui ùr,ll i do d · ir d r fOII·
Her on indépendance, ·'oppu à l'enlr risc
d'un nom Uc cnmpa n ·I ùéclara 11u'1l
al.lait ram 1 •r · • trou
•n E pa••nc, par·
qu't•Ue· u Lrounli•nl plu. eu Portugal d·
quoi fair . du p:i.in. 'ètail ,raii m is l'armt.le
:ivail d'imm n lroupea11% et élait b ituide uis .i moL
,h·re .an pain, chaque
.oldnl r('( e1:ull plusit:ur lirres J,, vi:rnrl cl
Ju 1in n 11nantilé.
l.a uomelic Il :_ ol '.i ~ • n,e de , \. encor ·
plu J itiht què le. rl'l.® nie!-&gt;, e -cita l'indi~nalion de lo~ én . li ) r :[IOndit I ar 011
or l'll du jour 11ui ùl~il au wa '.-cbal • y le
commandcme11t du G' corp . et cte d • 1i11

�1nSTO'ft1A

---~..a----,__.;._______________

~Ul'Ur, ju te et indi pen able. ~fai trop tarJir; il aurait r lla. le faire l1 Ill première
rébellion de . e . Celui--d refu • d'aliorJ d
'€loi n... , en dLanl que l'EmpPr •ur lui :1~301
donn : le command m ni du ti corp ·, il ne
le quilte.rnil t(UC par son ordre 1 . fai I ém"._
rali. iine a anl reitt:ré on injC;nrlion, le mar,:cbal . ·c~ partit pour lméida et rentra en
E pagne, d'oi1 il se rendit aupr\ de l'Empt·•
reur à Pari!\. t 6· cor11 fui nli,; au fu ·
rai Loi ·on. que . on ran" d' nci •m1 1• appelnil nc,: commnnd1!Jr1 ·ni.•
I.e remoi du m:in:cb 1 :'\e1 prOlliû.il ur
l'arm,1. une · •n ·aliou d', utanl plu prornode
1Jn'on en connai nil le principal motif, cl
1111'il avait ,. primé l vœu génL:ral d Lroup ·• n insi ·tanl pour rentrer !!Il E pa~ne.
l.,c 2\, l'al'méc, comruençaot le mou\e.menl 11ui ,levait la ramener ur le 'fage, occupa IHmonl • el ,narda. C ue d rni're vill
esl J. pl1t élr,· •. d la Péninsule. li f; · ail
un rroid de plus piquant , qui fit mourir
pin. i,?nr homme •t rendit mii Lle ur au
c11li- infiniment doulour ·11~.
· tna rc ·ut à
Guartla plu. ieur dép 1 be du major g~nél"c1l,
prt&gt;~11u' loul • a)ant deut moi. de date! Cel
démontre dan tJuelle err ur était •'apoléon
n pensant •1ue de Par· il pom-a.it dirio-el' le
mouvement d'une armtl fai ant la uerre de
Portunal! ... Ce dép1~cbc par~inrenl au é-néro.li ime d'une manière inusitée ju.qu'alor.
dan. l'armée rran · i e. Le princ Berthier le
av it l'onfiées à [. de Cano11ville, on aide d
cnmp; ma· ce jeun orlici r, un de hca11.1·
dé I' rmée wyant la difficulté de joindr •
l'armée de Ma éna,
contenta de dépoi,er
-c.5 dép•kh · à Ci11dad-flodri 17o,
L reprit 1
che io de Pari , d'où l'on cherchait préci. é•
ment à l'éloi '.ner à la .uite d'une brupnlc
équip1:e. oici l'anecdote, dont le tait principal
rem nte à l'èpo ue où 1• néo 'ral llonapartc
comma.odail n hef l'armée d'Italie.
Plu ieur d mes d a fomiUe ~l nt venue.
le joindre à "ilan l'une d'elle. L:pou.a nn d
·e générau le- plu. dévoué , el comme,
• lon la mode d11 lem p., elle mon lait ~ cite\. l. "ynn l uue p li te pclis~ la hou · rde
par..J u. s ,·êtemerH lëminin ·, Bonaparte
lui en a,,ail donné une remnrr1unblemenl
h Il par a fourrur et urtout parc• que
1 lt00ton ét i 'nt en diamant. Quel•Jue. année. apr' • lle dam , de,enuc
,eu l'e, ·• ;tait remariée à un prince élr:tn!!er,
lor~qu'au printemps de 1 11 I' mpen1r,
pa~. ont 1111 Cnrrou el la rerne de la "aroe,
ap n·oit au milieu de l'étal-major du prince
Berlhi r l'aide de camp Canou,·ITle portnnl
tièr •menl la pt!li · ·c donnée par lui j d' à a
parent ! L fourrure •l le diamant. coo·tataiènl l'identité! •ap léon le reconnut t
· n montra fort eourroucé, la. d W' fut, diton, ·é,·èrem nt rtprimandéc, el i"iwprudenl
piuine rcçul une heure pr l'ordre de
porter des dépè(hes à Ja séna, auquel il était
prescrit de tenir cet officier indélinimrml
aupr' de lui. Canou.Yill 'en douta, el je
-vieru de dir • comment il profila dn h ard
qui l'empêcha de pén 'trer en Porlu2tl · mai
à peine était-il de retour l, Pari • 11u'on le
0

ré ,pédia pour ln. Pénin ule, oi1 il arrif tout
honteux. de, a déconvenue! Ln conver·atfon de
ce moderne La02un oou a.rum,a, en no1J,
mettant au cou.rant d. ce !JUi 'ét.ait rn$ é
dans les alon de Pari·· depui ue oou en
11ioo ab enl ' cl noue rime L aucoup de la
r cherche de a toilette, qui contra tait
ndement an~c le dé!ahremenl de no uniforme
u. is par une nno: de campagne, de . i; , ,
Je marc-h el J.e comhar ! Canou\'ille, d'ahord
fort êtonnf d, la prompt tr,m ilion qui, d •s
cliar111ant · houdoir pari.i m, l':n·ait jclé au
mili n d'un Livou , parmi I rocher ,Ju
Porlu.,al. . • r: ·igna ' cc changentml. C'était
un homme d' prit cl d cour:, c; iJ e ltL
bravement tuer l'ann · ·uirante la bataille
de la • losko,\a.

pay. ciroon\·oL in ~l ienl plac sou l'autorité tlu mari!cbril nes~1ère , aurtuel l'Emp r •111 aV'llit confié le commandement d'une
nouvelle armée dite du Yor,l, enti ir •ment
compo·ée d troupes de la jeune !!llrde. Il
n r~ ulta un confli d pom·oirs enlr le.~
Jeu maréchaux. I ,i1\re&lt; Ymilant con. ner
tou. le appro,·i. ionaem nts pour , es troup •.,
el . hi érro :oulenant ave' rai ·on que l'arm~
r1u'il ramenait de l'orLmral, ot, elle ,·enait
d' !prouv r tant dt• prir. lions, avait au moin
aul int de droit à la di lri1ution de ,hrcs.
L' .111pereur, ordinrurem nt i prévor·1nt.
n'a,·JiL donné aucun ordr pour le
"il
l'armée de \l,Ména ,er:iit forcre Je rrn1rrr
en E p:i n .
Il ré,,.nait donc une aode inr.ertitude . ur
cette fronû re, princip11lemenl pour la défen,e
CHAPITRE XX
d iudad-Rodrirro et d' - lm1Hda. Ces dem
îorter es l'un e pa nole. l'autre porlullo•traile 1h\fi11i1h •. - r.onful!IOD tl'nrtlr . - llct11ur
ai e, ont! •li ment voi ioe que l'une d' Il
011'«·11 il 5Hr Atméid1. - ,rau,~i,c 11loor.6 t.lf' 11,,,.
Je\· nnil inutil . L'F:mpereur 3\'llil donc orît·w~.
donné de r tirer la arni on ain i que l'artil1~ dép ·h de !'Empereur qu
. de Ca- lerie de celle dernîère place, t d' n d ·molir
nou1 ill a,ait lai ée · Ciudad-Rodri o, lor- 1 rempar , déjà i fortement 'branl par
d on premier ,o. ll"e, étant parvenu à l'eq&gt;lo ion qui, l'année précédente, nous en
. la. 'on pend Ol qu'il était à Guarda, en d'
llYail rendus maitres. Mais au moment oi1 le
po ilion de arder les ri\·P, du Ta ·npérieur. ":oéral Brenier, gomerneur, allnit opérer la
le énérali ime, au lien d'exécuter on mou- de lrucûon d'.\lméida, iJ avait r çu contr ._
"emenl ur-Ie--cbamp, p rdit plusieurs jonr, ordr do mini lre de la guerre, de rte IJUe
à répondre à œ lettre d tées de deux moi . ~la .énn, arrivant de Portugal ur r.e entr Ce relard oou fut nui ible. Le ennemi en fait n'osa prendr au une décUon. CepenproOtàrent pou.r réunir leur· troupes et ·in- dant, comme .e&lt; l upc. ne poufaienl ubrent nou attaquer dan Guarda même. ous
i ter dan I environs rocailleux el térile
les repou lime et il en fut ain i dans plu~ d'Alméida, il fot contraint de los éloigner et
sieur combat partiels que M:i ·na soutint, d'abandonner celle plac
· propr r
pour tlendre d • ofOei•r eoYo · · par lu, v r
. onrces, qm consi laient en une tr faible
.!.leanlara. Leur rapporl ayant con talé l'irn- garni on, ayant seulement pour 11in«t-cü1q
po sihilité de nou.rrir l'arm 1e d ns une con- jours de ,irre . i ron eût eu d ordr
tré sa.n re ource , la volonté de fa 'na positif· d l'Eruper ur, l pré 11ce de l'armée
dut 1lé bir enfin dc1ant une accumulation de Pôrlu,,al eût permi de détruire n une
d'ob. la les qu'a gra,·aicnt encore la r 1pu- . . emaine les fortifications d'Alméida, que le
mance d
~nérmn el le dénuement de
.\n,,.lais ·empr èrent d'eDYironncr d r1ue
trou~. li fut dune r · olu qu'on reotr rait l'.irrn • e fu l éloi"n
et il fallu L entreen E pagne. ~lai au li de le fair promp• prendre le mois :,,ihant une 'an !ante pétement, le générali • ime. retardail s: . orti
dition pour aurnr cette place, ce a qnni l'on
du Portu,.al, et lord Wellin ton, .aie i_ ~ant ne put mèm · pa p 1'·coir.
l'occasion que lui offrit on Fau moure.mcnt
L'ordre qui plaçait le comte d·Erlon •l le
du aénéral Rciuier, J'allaqua li ... abu al. 1,r,.
corp. on le comm:indement du én :ra$UC
Iur1ml IJalancê ; néanmoiil. nou. er)me. 1L s,me Yennit euCin d'arriver : c'était trois
en ore deux à lroL· eenls homme bor de moi. Lr p Lard!... Le maréchal Ja éna,
comh L Jans è t en a emeat "lorieu , mni. :tpr' arnir mi .on armé en cantonn m nt
ioutilt•.
colt Ciudad-nodri o, Zamora t alair..anquc.
L•3rmée rranç.ii. e pa . a la fronti' re le le11- alla le 9 avril établir ·on quarlier général
dem:1in, 1•·• o,·ril, el campa ur I terr&gt;
daru; celle dernière \'Îlle. Pendnnl que nou
d'l~sparne. Elle pré·rntail encore un cOi ctif nou • rendion., ~ . pa
:ou I yeux du
d plus d' quaranl mille homme • et :na.il g'ni-ra.11· une un fa.il peu honorable pour
envo é · iudad-Rodri o ~t alamanque plu- l'année annlni . îr Water , Cûlonel attaché
ieur t•.onvoL de malade· el bl . • , 'éle,aol à l'état-major de \ ellington. 3.\'llÎt été fait
~ pin. de dix mille. ou 'tion
nlr
n pri-onnier par no troupe. ,el comme il donna
Porlm.ral .:i,·ec oÎ:lante mille comballan .
parole de ne point ë,·ader, ,fil, éna presan' compter la divi ·ioo du 9 corp: qui I inl crivit de lui 1. i. ~er e arme , on cbe,-al, cl
noru rejoindre .• 'olr perte a\'ail donc 1.:.té de le Io"er !ou~ les _oil'h dan· une mai on
pe.nd:111l celle lonme mpa!!lle d'emiron di
particulière. C·t ofricier vos ae;iil donc lihremil! hommes tué , pri ou morts de maladie! meol à Ja aile de no colonn , lor,,qu'en
L' rmée prit po itioa utour d' lméida, de p nl da.n le boi de atilla, où elles faiCfodad-Rodri o et de Zamora. fa séna se saient une balte, il i ·t le moment où
trou,·a alor. dans une situation de plu~ ch cuo e repo ail, et mettant . on excellente
pénihl ; nr l"e deux: pl.ac . forte el 1 • monture au galop, il di. parut! Troi :ours
... ,~6 ...

,

_______________________

Mi.iK01'1(ES DU G'ÉN'IfR,.AL 'BA~ON DE .MA~BOT - - ,

:ipr' , il r&lt;'Jmgmt WellinntoH, &lt;JllÎ parnl pour le retenir : Li ~nh-ille, homme Ir:--. calme,
Ir u,· r le tour fort -plai. ant !..• Ce Ill 'me mai tr ferme, resta inébranlable. Il fixa
\\'cllinglon r :pondit â ta. 'na, qui t-e pl. i- Jonc le jour de on. départ. Le commandanl
Pelet étant en mi~.ion, Je rcmpli.$3Î le
•nait d ce 'lue l,· m1liric11s porlU' ai" ma
sarraicul Ir. prhonnier · rrançai • ci :11·aienl fonctions de premi r aid de camp, et en
11:i!!U r fait uLir l m~me . rt à un de no. celte l[ualit.é je r 1uni. lou le offici r. de
,;olond d'ét. t-maJor : , Qu
trouvant l'rtat-major d \lu-éna, et leur propo ai de
donn r nne marque d'e.,time et de regret à
1 dan l'ohli~ation J'emplo1erlou le mo ru.
notre nncien el bon camarade, en l'accompa(1 pour reppu,. •r une cruerre dïnH1. ion, il
"ll nl à rhc1·al à une li u dL' la ,;11 . Celle
11 poufail répondre de· c ce, au quel. ,r.
propo ilion fut acceptée; mai.. afin qu ·
11 port ient 1•. pa snn· ! u
l,n repos, joint nu bon in que j reçu: Pro·per ,1a éna ne par1H pa lilàmcr .on
11
:ilarnan11u . m ri:tahlit ,,romptem nt · p' re, nou eûmei oin Je I désiµ-oer pour
mai: 1 li nhem que j'en épro111ai fut Lrouhli: re ter au .a1on de cr\Îce. pendant r1ue nou '
ondu.ision Ligni,·ill • auquel nous tîme
p r un fàch u1 incident. qui me lit nn peine
1•,;trèm~. Ion e\ccllenl ami Limiville nou~ l'adieu le plu~ cordial, car il ét.ail aim~ dt•
ndant
11uill:i à la oitc d'une trè grav J" ·eus.ion tou ·. ,fo:.én .." :mut de cet acl ,
trè honorable, Pt m'accu d' n avoir été le
•1u'il ut a,·ec fo 1na. Yoir:i à quel uj l.
\ln 1n. anit nfié à Li!!Dhil le. diJfi. promot ur; il reprit d lor . rancune 11
dl fonction de r nd écuyer. que celui-ci mon é!•ard. bicu que ma mduitc dan celle
mp.,.,.n m· •1)l rendu sa cr1nflaocc t?l on
n·accompli: ait, du r . te, qui! ,·olonlair ment
,·t par obli"eance. Amateur de cb.. ,·aux, Ligni- inlér 1.
pend nt la rni,on d'. Imada, œrn,: •
ville, 11ui avait urveill · 11 du maréchal
pendant la camp ne d'. llt!magn , eut I plu~ par le. .\.n~lai et pr' de manquer de ,i.\T ·,
grande p ine à le nourrir eu E pagne el en allait ètr réduite à r,apitul r, el l'Empcreur,
Porlll", l Il ·y ~- iaoa cepemlant. On avait a6n d', rr:icber au 1n"I is ce triomphe,
r connu que. pour tran:,porlt!r la cui ·ine et
enait d'orùonn rà . la. sé.na de ramener toutes
lrou~ u.r lméid.a el d'en faire sauter
le La e · d11 rand •1uartier "énér:tl, il
fallait u moin tr ale mul t , et Li!!UÎ\·ille, 1 rtlmp:ir ·. lais ccll!! opéralion, quïl eill
, vant nolri: entrt1 en
mpagne, .u avait été i facile d" xécuter qu lqu
emaine
I ropo I l'aclJlli illon; m. i lia ·éna, oe vou- avant, lor IJUC l'arm,le, 3 ·a sorli.e de PC1rt11gal,
lant pas faire per onnellemeol eett dépense,
e lroU\· it r.1uni aulour de la place el en
ar
l'intendlllll de l' rmée de 1 loi pro- t.ena.iL le nnl i · éloinnél , était de1·enu trè
curer ia.s éna con .. er a conJammen
déli te, pré·enL qu'il, LI uaienl lmJida
bêtes d somme, 11u'il avoit encore à notre tnec de fore con idéra hie i il f llah livrer
arrivée
alam. nque. L F, pagoul ont la hat.ailli!. A celle diffieult 1 ·en joi!!Tlail uue
bonne babiludç d ra. r l do de mulet, autre non moin gr11ve : r rm • de \h sêna,
afin d'empêch r que
le poil mouillé par
l ·ueur, pelotonnant oœ. le hll,
lile se ces animtio .
.et te o ration ne
p ut eLr faite que
p:i r des hommes spéi 111 &lt;'l co1\te
ez
h,•r. 'fo. -éna propo!!a donca mon ami
LÎ!!oÎ\ ille d'ordonner
: l'air dé de : lnmanque Je payer
eelte d~ en.se ·ur l ~
fondli d la ..-ille :
mai Lignhill ll)aDl
refu. de :,e pr lt r à
une ro ure qu'il
con~idllr il omm e
une exaction, il ·eo.uhil uuc .cm , à
la uit de l quelle.
mon aml déclara au•
GRE. ADlfR 1 E LA GARDF. UIPtRJ.AI.
maréchal tJUe pui,..
qu ïl r •conn · it i
peu b conde:; · ndancc 11u'il av il ue de r~pa.rtic dans la pro\'inc d Salam nque, ne
r~mplir les fonction. de grand écu ·er. non fi,·ait pa- dan' l'abood:mce; mai enfin,
· •uleruenl il J rtnooçait, mai" qu'il lui don- cb. qu • otonn ment nourri il tant hi n
nait
démb iou el Uail r ~oindr. le 1~
11u m l
peùte araisnn, tandis que, pour
de drarron :iuquel il appart ·nait.
e port r sur Je An..-lai · il fallait réunir no
31:i . éua l!lllplo~ \'ainemenl tous I moyen
troupe , p unoir J lor à leur Le oins, et

nnu. n'~n inm ni maga. in. ni mnie11 d,1
Iran p rl urJiao ,
Le mor · al
·:ière , "om·erneur de l:1
pro,·ince, dÎl!posait de tout l re onrœs.
qu'il r; erv~il pour !t: réf?iment Ùc la garde.
li ava.il une nombr1•u ·e lalerie, ain. i qu'une
formid ble artillerie, tandis qu fü. ·én:i,
dont l'infanterie JtaiL encore r doutnlile, manquait d d1evau. , ceu · Je on nrmée • ,.
trouv nt en !?ral1dc parti bor d'étal de faire
un Lon &lt;"rvice. Le g;nérali.- ime a,·ail donc
invité R•s ·irr à lui en prt1ler, et L11ul.è.s le.
leltre· d celui-ci 't.ai nl rcmplie-d · prote ln•
lions le plus ras ·uranie ; mais comm · ell ;;
r taient .an elTet, et qu'no O.\'ait Alml1ida
nux aLoi:, , la M:na. ne se contenlant plus
d'1'·erire à on collè,,.ue, dont le '1U:1rtier gémira! étniL Vallad11lid, r 'Olut de lui dépè·ber un iiide de camp qni p\il lui expliquer
la •ra,·ilé de la po ilion el le pr r d' nmy r de ccours en cavalerie, "in· . munition., etc. etc.
rat ur moi que le 0 r!nérali im jeta 1 )'elll pour remplir œu
m.iss.ion. Fortement ble ·ê le l mar:, je oe
pou1ai~ "U~re clrc en bonne santé le l!I aHil
p ,ur courir la p le à Crane élrî r et m' xpo el' aux llaqnes d
; illn · dont 1
roules t!taient couvertes. llan toute antJ•
irom. tance, j'en urais rail l'oh enation au
maréch 1; mai c-0mme il m boudai! et ue
j avail, pare. e' • de zèle, dcm ndé à reprendre
mon senice, ne m'attendant pa à a,·oir
quelque jours npr one au i rude con-éc,
j ne w1ulus rien dewir à la commi ·ration
de I én:i. Je parti donc, malgré le intance d me camarad el d mon Irèro,
qui 'olTrail ro11r me remplace.r.
Pour remplir fa
mi :ion qni m'ét.-.il
c.onllée, je du , en
. orlant dr , ahiman11ue, prendre le •:a111~ ur des ch ,·au
tle po ·te. Ma hie. ure
nu rôté ~ rouvrit et
me usad Ir' ,ive:
J uleur~; je par,111.
c pendant à alfodolid. 1, • mar · bal
11 i/&gt;re • pour nchever d me prouver
qu'il n'avail eo en
ueuoe rancune conIre moi, au ujet de
la discu ion rurvcnuc enL le man:l·hal Lanne. el lui ur
1 champ de ba1aill •
tl' '.- lion. di CU ion
où je fus ~i innoc 'mmcnt impliqué, Il!
maréchal Jlessi r ·,
dis-je me reçut parfaitement, et 0l1l mp•franl aux demande que
Y~ .~na 01'availcbar éd~!uir'it'rer.ilprorml d en orer plu 1eurs re!!'lments et lroi!. h tLene d'artillerie Jé..ère pour renforcer l'armé1.~
de rortu 1, .iîn. i qu de virre en ahondanœ.

�, - 111ST07{1A
J'h·ai. nn tel empr · •ment d • rnpporlr•r
honn
11,,11 ellt• à ~la ·én;1, qt1':ipr~· ·
quelqu, heures de repo je r ·pri Ir. chemin
d · :al:i.maoque. Je crus un moment que
î'allais lrt' !laqué; ruai la me de Jlamme.
c1ui 1rmonl:lient I fon
d c1n-aliPrs de
notre e. c11rh:', les guérillero , dool œlle arru •
•Lait la tcrr ur. 'enfuir nt à loul j rob .•
t J • rrh·ai n •11 o br • aoprè du t:1:n&amp;:1IL. ime. la. Jn~, hi n rynr. trè. ,atÎl ail du
rtlsull:it d • mll wis ion. iw w·aJ
a nucu111•
p :roi, liwnvl'illtlnlt• ur I z~le donl j'av i
lail preu\·e. li fout :n-ou r que Ir.. i;rnod .
ronlrari 'té dunl il ét it entouré contribua.ienl
inliuimenl à ai rir son C.ll'3CI re d~jll \indicatif. li n éprouva une oou elle, qui mil 1
comble à .a perpl · ité.
L mmre qu nou rai ion dan · la. Péniuul • 111101 dirigée de Pari., il n ré ultail d
anomnli ,;r iment 1ncomprêh n il,le ; aio. i.
au mom nl 11ù lt- maJor g11aernl p rhait à
1 . 1:na au nom d • n:mper ur de r · unir
Ioule le. troupes de on armée pour \'Oler
au . L'COu.t d' \lroéido., il ordonnait au comle
d'Erlon, cbe[ du !1~ curp., fai. anl parhe d
celle même arm~ , d e r ndre 11r-le-champ
rn Andalousi
ur
joindre le maréchal
'oult. Le romt.c J'Erl n, a.in i pla ~ entr
deu de t.in:iti o contr ir , l comprenant
que
troupe raient mi •u1 dn.o le boJl ·
contré de I' ndalousie que dnns 1 - aride
provin
do Portu , l, prép:irail partir
pour · \'ille , mai romme son éloi..-uemenl,
en prÎl'Dnt \la éo de IL ra hcllc divi ion
dïnfanh rie, l'aurait mi dans lïmpo 'bilil'
tle • ·ourir Alwéida. aiu · 11u l' ·m rcur
l'a, il pr ril, 1 m récbnl 'op
au dt'-p;m
Ju coml 1l'Erlon. CPlui-ri in i 1 , cl nou
,im . ,e r nou~cler I déplorabl
lion Jonl uuu · a,1011. dfj élé 1Jm in.
rbh •r prtlcédent an ujt:&gt;I du \ corpi . Enfin

·ur 1 · in l.301' . de \la s,:na, le 01111e d'Erl1111 all.é•TrCN' ful "I" uil lor 1ue, le~ nu malin,
r.onsenlil à r ,1er ju,-qu'apr'• le dt'hlrwn~ ils nr nt pnaitre une f:tilil~ c:olonn, J
d'.\hnêidn. Cc ùlli ·it.aliun d'im én :rali . troupe. Ju
·
ière. , qu'ils 11 •
im en~er on infi:rieur tOn. lit uai ·n l un pour 1'11\anl· d
rd.
r1!nforl, ·
a
·1
\ilritabh: cnntre" ru, el n. pon\-ai1•nt •1u'alll:_
r r b di. ri11line mi lit. ir1•.
lon••l mp, :illc
J
"
pendant, les renfort prowi p r le rua- de c \'alrri h
d'ar1ilréc.b, l B, i'-r n'él.inl pas nœre arrh· a lerie el trente bon, :ittela
'·
n'anw. lam:ini1u le '21, \la. ,i!n. , ne comptant nail ni inunilion de ~uerre. ni prori ion J,,
pin. qn sur : propre r • sour c: pour lio11rh •L. C'ét,,il une -l:rilitble dé •ption!
forctr Almcfida, ~· re.11di1 /1 Cmd d-rto&lt;lrigo,
r.'L! s •na rr la tupél' it, n1 ·
r mil liieul t
où , n Drm~e fut concentrée l 10. foi nur l'll col'•re en :tp rce~ ni 1
,-, qw ·011nourrir :i&gt;Jle ac umnfolion d • fom:., il fallut dui,ait lui-mènt 1111 ,i rnihl • ;t•
! I.~
1
entamer l'approvi ioonem ot de f\odrigo el prtl enœ de
• en
bl1•t,romprom Ur• ai11 i le ~orl rutur de celle . anll' pour ~
P
1, 1•n
plar import ni&lt;'.
rentra.nt en
t, i
,·r i,
1 u n'étioo~ qu'à tro· lit:u • de .\n••lai .
dan les pr
e
nd •
Il nlouraienl 1 ,i!Jr• d'.\Jméid11, a,· 1 - meut ll'rrilo
ai
ét. it
'-1 u •lie nou 11e (Hlu,·ion communiqo r, t néanm · i • dnnle de lui, uni11uent •111
au.
d
{,
mar·
11011 Î!!Tlorion 1•ur fore·- mai. on .arail
llU
Wellin lon ~•é il tran port~ d1.&gt;rri~re chat
e
il
celui[lad11JOZ an,,c un ar&lt;J. déracbem nl d • plu- ci, ce n'était
u
il ,int
i ur dhi i•m , ('l las tlna. e ptlraol u'il 1'11 per· nnl! oon1rôlcr en l!Uelque .orle la
ne pourr.1il ~Ire de retour a~aul huit ou Ji1. conJnite de
ue.
Ir. compril.
jour~, rouhil prnfil r il ,on nbsenc el d
·t uou diL
t n1
1 irr : :
re.11~ d'une partie d rarm' nu mie, pour « il aurait
U
ic
O\'O)" r
ùf)&lt;!r r 1 raritaill m nt d'Alméida. lai \ d- a qudc)li milli
'ho
r , ain i
lin••lon, informé du mou,· 1me111 de Fraoçai. • « 11ue dt·- mu
. e
\'r
ri Ji•
r vint promptem nl . ur
pa el
tr.:&gt;uv
r . l r au rentre de .
n !:', plut1îl
de\llflt oou le t ··• mai C fui un •rond mal11ue d'eumfo r el de riti,1uer ce 1111 je
heur; car il e L probable qur ir ,·pencer. n ais faire 1... 11
char"; par inlérim du commandement de
llt•
Fut on reçu tr'-s fr11idc•111e111
l'armée an IJ.i t:, ce tiui ét it au-d u de œ 'lui ne l'empêclia 11a~ th• .uivrc con t.'UDc forces, n· urail pa o é prendre , ur lui l,1 menl
·s 113 pe11daol e.elle courte camr . pon. ::ibililt• d'em!11ACr une hataille a,· r un p nne I J • donner on a, i • t:11rmèc ~c
odvers:iire tel que \I · 11111, l celui-ci aurnil mil en mou ·enw
r,.'•
• • du
pu an peine milaiJfor Almêida.
2 mai, cl le 5. 1 s
m
nt.
Le · ltla fr; n i , liien 11i'ils ne r ·u · dJroule u
rie
c~.
.-cnl d pui · plu. mir- jour qu'un demini du m:1
in ration d m311,·ai pain el un ,1uarl d ,·i:mde,
,. •nr ..
~i 1uc Je la
dem:md.ii1•11l o,•,rnmoin~ I · comli-1, el leur mt-,intt.'lli"t'Ot'I! 1111
cntr 1·~ autre,.

,ra

(A .suivre.)

li court un bLloir11 ur 1. ll.irlur, po ·t •
provençal, auteur de Fati ~u ln/idl'/ife"·. el
plu · propn, • •e qu'il p:ir il, à mani r l:i
plumr. que I' :pé •, \)anl eu une qucrell Ül'rnir • dan uuc mai ou a· •c li. le warqub
d \ïllctl\•, 1 di cr tion il û1; 11énéré •n
inj1ms, au poinl que le d roier a déli • l"aulr1•
au 1:ombat, el lui a clit 11u'il irail le rhercher
1 1•ndemuin malin à . cpl ueurc~. elui-i-i.
Mllré chez lui èl li ·r. Ul. r n ions a ir ~
d • la nu.il •l dl' l:i litud , o· pu terur a
~ • crain
·l à toute· le uorreur 11u'il
emi~,,,, il pour lule11~•01.1in.ll •Id•· ndu
·h ~ un nommé ollil-'r, méd • in. homme
d' . prit etfar.élt o,,iJ~IIh'Ur:rnLdan l:i mi'ou~

m:ii-011, rue [\ichclicu, cl ·(ni . r~po · e.
f't'rple1i1 i et dem ndü - • · co1 ·cil .... a ·•c 1ce que &lt;·~11 '! Jp ton,, tirerai tle cc l113u\·ai
pa . l ail, s ul!!m HL loul l'.è quu je , ou
J1rai. li •nrnin m.:iliu, 1111auJ 1. de \'ille.lle
monlt'ra. clil!l \'OU , don net orJr1: à ,olr ·
la,1u:ii Je dir• que ,·on le ch~1 inoi, de
111 • !'amen r. f&gt; ndanl œ temp , ca ·b z-,on:&lt;
ous ,·01r • lil. • tLbe eul r 1pli u r . '•
rai~nez ri n, ,•nrore un roup, et lak cz-,ou
conduirl'.
Le lt•nd main, 011 introduit f. dr \'iUdlv.
chez ' '- :ollirr. sou préli· le d' ' \ellir
Ji •rel, •r ,1. B:irlb .... ~ Il o·). c I point;
m · ljUP. lui wul mon. ienr le man1ui · •
li cunlc 1•· raison d • SA ,·isill: .... te \ nu.
o :m~z doDt' pa , mon Ït·ur le marc1ui~,
11uc M. lbrtl, l fou. C' ,t oi qui le
rraili&gt;, cl ~ou. allez co n ·oir la prco\ .... •
• mêdccin :tfait f:iil tenir prèls des cr ·bet.eur:s. Ou monte· on ne lrom·e pcr"'!nne

Gtl ÉRAL DE

1\

RBOT.

d:in le lit; ou cll'rtu Jan tout l'app.1rtemcnl. Enfin, \1 ·,111ier, C'()nlffi p hb:trd,
r&lt;· ni· sou I,~ lit; i I J •c.ou, • on m. I de .... 1t Qud a.cie Je d :m nœ plu. d !cid '! /}
On l'en lir • plu inorl 1111.c ,ir · le. croC'h ·leur •e meU nl à •e,, trou -.c et fo lit 1i:; nt
Jïruporl.ancP, par ordre de l'F·cul:ip . lrllw.
étonné di: • •110 Ul)'- Lilicaliou, n a.il 'il doiL
crier 011
Laire. L:i douleur l',•tnporle, il
ra.i1 dt' uurlemenl alfreu . On npp rlc en·ml J " .•tu1 d'c 11 . Junl on arro 1t!
plaie. ûu pauvre tli11Lle. l'ui, 011 l' , ni , no
lt• reconche; cl ou advct"aire émer,(&gt;il11I •
froue l · )CUJ:, a Jlt'Îm~ i1 croire œ &lt;Juil Ioil,
m. · n J)!!llt pa. di· com nir qn le poète ne
oil vrnirn&lt;•ot rou : il 'en \"a en pl i na.nt h·
sort Je ce malh ur,•ut. Da re k, , I. ll.irLbe
n ruuvé le reru' de \'Ïol nt, ·urloul ,1 la pa.rt
ù'un nmi, èl ne prcuùr· ,,r i •·mbla11enll'nl
plu· . : ullif.'r pour le •uérir de es ac• de
folie.

Le mystere de Nuremberg
Par J LES HOCHE

lll

J', 1 d t~mp · apr '.. c , 1,t!nr'tl1 ·ni • 1
IJOur"lll ln' J1• . 'uremher, pulilia un nnuwl
nri i
·on
,~., rd
r , i ·nl J' Ire ruufi
·
• pr
r ·l111rg,: d rl'Fni
ph,
l't mnrah•. En
, el afin de prér •ni r t
l! ui pou.rrnicol cnlra"er 1 · p
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l 1 • · . 1. • p11IJ\i1•
• ·t
nt
,.
r u,, di:po.
l0111 t'eltkutio .
, n ca d
l ,-0111, • urée par 1 r ic d I polkc
municipal,•. •
1. • pr{ pl •ur 1·11 que~t·
· I,• proîes-ur llaurul.'r 'I' ·
·
une noti
forl urieu~ • :
npn .i nll• bililé runl
ccoulnrufs
, u impr, .,i
1, impm·
~ioonal · · :
r. ,,.mltl,
p
·
c nùru11
•. rait un
11
d'h~p111r
1
l
nu~ JC1ors •
\11
o~ ,·nr ,,. qu
Daunu·r lt'nla ~ur lui, llau~rr ,e moulro. cri
dTcl. •
11ilil: mr1cu 1• c . 1raonliair,
u pi an, d'une roix :1 laul •
lilc~siit·
n ouïe; Ioule
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, Il .sr I n il aulr •rui · ur 1 pp1
pit-.J~ •n Ji-d;ins. titait toujour· ur le f11i
d • J ,r,lr • l'i:quilih e, et mi (111"'-ail pa fair·
11\ moindre .aut. n. tomher ~ :1ujourd'lmi . 11
f:1ço11 de ,e lmir d marcher n diffère plu
guèr · clt, · ·lie d ;mir · en . .
• Lïon,,~lion d'un,· 1iaode 11uekonq11e
prmoc1ue rb z lui de. arcid nt Purill':: 1
u · de plante lui eau cnl 11 •all•mcnl de~
xcilalion. dih r:-e~ · tout e qui uuc veur
doue,• lui rJpll ne • lt· é11ice el J, $pirilucu. Jl:1.1.-rmin nl de ri iun t d caul'bemar.
• To

co~ ~ont d'une acuité el J'1111e

,

in ·

•
con id :r l,l . il l
. qui, même de prè. ,

isl

Fr
i

r

·

ionnernienl à pein

un or one ordi-

n .

lw,uillon i nt-elle ~ tom•
h
. oupc :1 l'eau, .on palais 1:11 e.,t
in1média1emc-nt 8\t!rti .
u \ c1 nl pas, e ycu1 di lingu,·nl elllrl'
ellt' Il' li i1, d, pclites m1)re, d h:ù · .
',· or , n,· ,ml, (I' 11tr1• parl, •i hahilnl'
ux t,,ui•lir • 1u'i\ ,oil Lr'· Lien dam unl'
oh. r:urilé •1ui cmpê ·h •r il un œil ordin:iirtl
Je Ji ·tin 11 •r ju,11n'?1 L filrmt! et l. couleur
ù ·~ ohj t •
La plu~ romplè · ol,~curit I ne l'cwpèche
pa. ae Jbtin ucr lè hrun Ionc,l du rou ,
r,,n 1, .,r. rt Inoc du noir, .le .... J':ijout r. i mêlO · qu'il 1oil mieu Jan. la péuomur •
qu':,u r:inù jour, la lrop :inde Jurnièr ·
aprnl pour lit•! Je l'éLlonir d JI! l'a\C 1 1er.
lai &lt;·e 11u'il a de plu · r man1uol1le
d::in i,on rail. Cl' S ni ·~ yj,ion I qu'il raul
po ilÏl'lilllt' nl cl:u,.cr dan · le d m3Înc du rna"" :1i~Ul!· cmimal cl d lïllumini me. »
Le profo!:'~11 llauwer 11e ·ro. ail p •ut-èlre
pa dir _ i ,rai, cr I u de t~mp aprt• , en
·!Tet. le pro~· -~·ur 1l1•rm11nn décom rail en
11:iu. r un 11je1 m:i~cuitico-h léri11uc. - Jiri 11 -uou · :iujomJlmi, - dt pr mier ord •.
l,e_ ir1:uûè1 ·~ con,1 Lalion dn pruf,. , ur
lerm:rnn rt•latiw~ lïwpre. . ionn Lilil{ma;;o ;lique Ùt' G p.ird llau,er rui:ritcut d' ètre
rapp&lt;&gt;rt ·
•
1 li m,• . eulail loUJour , dit-il, riuand je
p~nétrai, Jans _-;i chamlire · n, 11u'il l'enll'nd1L. Certain· hjel l'allirai 'Ill, tl'a11lr, au
·ontr ir I r •pou. sai •111. • pdle 111agt1i•
IÎtJrie nord e l'rçail . ur lui une ouraction
plu~ forte 'lue l'or.
~·,1 m·arrhail de prendre en m. in un
aimant el ù'en dir'.., ·r le pôle (nord} ro11ln
lui, il port il. rnaiu au cr u de l'e.lolllilc,
.l'ai i,~il l'étolfo 1l~ a re. le 1 1 li il dons
0,

-

,~ j

..

1 • en. m1 j'étni. plnL't!. Il (•ompar3Îl m1
we ll'mp I' lfr•l l't! : nû a lïrupul ·ion

LU

J'un courant d'air.

011 ·

I', cl.i n du 11t1lc

,11J,

il r ,cntail un couram onlnurc, mai de
moindre ellet .
l.a découverlc Ju prore.. ..eur llcr1uann
in,pir :m profe~. l'Ur llaumrr l'idre d'unc~
pre111ièri· 1 périenr d ru n %,al ion il dis1 nec.

jour 11uP Uau cr élait
op I à u: •r
plu:i urs per oooc • il ·e gli . :i derrièr,·
lui s:m &lt;•Ieillt'r s n au ,otion, rl Ul le
te
de lui pa:,er la main le long du do., à un .
cc-rl:iinc di taoe • 11 • ilôt elui-&lt;:i . " relourna, comme ~aisi d fra,cur, et dem:mda.
. 011 prof ~rur ce 'fll'il .lui Fai ail, pour11uui il lui car ~ · il le do • el il n • 1uulut
po rroirt&lt; 1111 llaumcr n l'an,it même pa~
toucù{-.
Aulre~ an Oil' du m me 1•or , :Ofüi•
,né . dnn · la notice de Uaum('r :
11 jour qu 1• pror~ eur el . on l'h V!.' faisai&lt;'nl une protn 11:idt&gt; ~n comp !;l)Îe du prl}l'c~. rur Wurru·, Uauowr pria llau,1•r ÙI?
prt&gt;ndrt· l •· d,-,anL, l'a,erli anl qu'il rcrait.
dan. !-a Ji •fliuu, un "~ I(' d 1 111ai11 d •
ho.ut t'CI lith, Cl Il· priant Je noll'r 1 ,en: .•
lion tiu 'il épronwr. it.
1 l ·Îtlc Uaum1•r CD t-il ra il le :? . le t'II
qn • lion (1• ~cul: 1 ·. rapi~ern1•11L) •1u 'on rcmarlJua I,• long du corp. du jewlP burnm 1111
Tri sou Ir:,,, acccnlué. 11 e retourn:i en m ml'
lemp -, di . anL c1uc le ge te :n-, il dîJ élrc r,,i L
lïn tant.
Daumcr a,ail, pMalt-il. ur 011 ëlère, une
in!lucnc · plus con. id 'r:ihl(• 11u'llerm.11111, c.ir
un jour •1uc ruu. d ·u:i: t icnl cnl ré. Jnn la
rlinmhre de 11.mwr, :i 1111e c foi-d le.., cù l
~ ·ma.rqu~ ' , occupé 1p1' il Jtail à u11c be O"lh!
de rtonna"' quel onque (r enr Je lrarnil le. pa, ·ionnnil b u ·oup r.L I r ndail p:tr
lui-mème rffr. clairti au pa. .. · 1m11.mélirp1, )
11 rmann e,.au cle l'inlluen cr en cl nJ nl
lïnd 1 "l!r. lui.
Hau .cr, •111i four tournait le do • ne boug1•a pa .• n'a anl ri n l't! ~1:nù. • · d que
IJanmt•r ·ut uL. lilu~ on doi!!t celui J'Uerru:ion, llau. ·r Ir ..,~ i!Jil et
d1ercb •r fa C311:'e de 1
d'éprouver.
llau . t't ·ubha.iL égal1•men1, ~ dt• degrés
div •r-;, l'action d, pt ·rr pr ·i u,e: . Wll
l'i! ~orl d11 moin dm nnmbr u.ei l· périenœ,lenl ·~. ur lui par flaumcr. Nous aJlo en
ré ·unwr 11ud11u s-uoe •
Le pro!e ~eur a" rn.1,lail pare emple pluT ur ohJ 'ls en métal, tels 11 u 'un baga en
or, un campa en ·ier. un
ri -plum, ' Il
Il

3VE'C

0

9

�IDSTO]t1.ll
ar-zent. el le rP.C-Ou1-raiL d"une feuille &lt;le
paJJÎer.
llau.er :,lor appr11cbai1, promemil es
doi t · ur le papier et dhtioguail cbacua de.
m~taux d'aprrs le ù~gn1 d'intcn.iLé plu uu
moins grar1&lt;l arnc l ·11uel ils ani"aient ur
lui.
"
Pour le rne!Lre à l'épreuve, on lui prél'Ola un jour une m11nn:11e é1ran"1:ire en or,
nrni &lt;fui seru.Llail douteuse. Il amrma immédintemcnt que la pi1·cc était Lien en or,
tl'aprèl. la ·eu ation qu't,lle lui eau ait.
uc uulrc loi , on ouvrait en sa présence
un tiroir où e trourait un par1uel renfermant pin ieurs pierres prrcieu.es. A J){'Îne
était-il oUH!rL que Hauser d,angea de C-Oolenance, déclarant t[llC le tiroir devail certaim1meut renrl:l'mer fjUdc1ue dto C qui l'altirail.
Li1--des~u . comme on lui prit eutait un
diam ni cnl'l•loppé dé papil'r, en lui demandant d'indi,1u11r la nalure ùe l'objet qui H'
trou1·ait dans le papier, il répondit que cet
objc1 exerçoil 5ur lui un action emblablo à
celle du diamant J'une de se propres
Lagurs.
Ici J;jà, fai.on Ill remarqurr eu pa saut,
l'impressionnabilité ma!méli4uc commence à
s'écarter du domaine du maanéti me proprement dit, pour gli er dan- le pirili me, les
pbénomènl! desecoode rne et autres prouesses
occallcs, qui (inironl par conduire le jeune
lli\u er ur un terrain où, en dépil de lmialile elforl de e professeur el Larnur:ns.
notre ceptici me pari ieo ne nou permettra
plus de le uivre.
r 'oublion pa Lontèfoi que e·e l aux hi •
loriographes seul du jeune homme qu'il faul
'en prcnrlrc&gt;, Ioules les foi que on histoire
tourne au faotaslique, au chimérique, à l'invrai emlJlablt:, - el cela arrive fréquemment dan, l'espace des quatre années qui
. éparent l'époque de son apparition à ' üremberg Je celle de a morl. Mention non•
encore quelque fait concerna.nt lt&gt; aptitudes magnétique d'llaa~er :
La table de la salle à manrrer de Daumer
était recou,·erle d'une toile cirée. o jour, le
professeur a,·isa une feuille de papier étendue par lla.ard sur cetltl taLle, el, en présence de plu ieurs lémoin.s. pria Il.iu er qui
venait d'entrer dans I pièce de -s'as urer,
par le toucher, i la fouille de papic.r ne ret.:ouirait poinl tJuelqur olijet en méUJI.
Hauser pa sa un doigL ur Ja ft:uille, et
d(. ignanl uo eodroil déterminé, tlit qu'il
~entait cJudque cbo~e là.
- Celle foi , lu l'es trompé, s'écria 0Jurnrr.
Mai aprè une recher.:be allenLi,e on dérouvril à l'endroit désigné une ain-uille dont
llauser avail perçu la présence à lraver IC'
papier et la tuile cirée.
(On -voit que le doirrt d'Ilao er ne le cédait
en rien à la fameuse l,a,.,.ueue de madame
Cailhava. )
C' t géuéralcment par l'intermédiaire
d'un doigt unique riue Daumer oruuellail
on élève à l'action de métaux el des pierres,

Le
pêcialt'm".nl dt&gt; l'index uc la m:i.in druile,
car la main " url1•! Plait trop eni;ible à ces
sorte d'impre'jon , - à tl'i point 11ue Ga pnrd évitait en toute circon. lance de placer
a main gauche dnn une main étrnwr~re, la

PORTRAIT OE GASPARD l!.ic;SER, EN 1819.

en~alioa r ·ullant d'un pareil contact lui
eau ant une réelle oulfrance.
Dan la série des mélaUI da és d'aprèl'inlen ilé de leur action sur Hauser, l'or
figure en tète. Viennent en uile l'argent,
l'acier, l'itain, le zine, le µlonib.
Lor,qu'il moatait à cheval, il entait une
orle de traction s'exerœr ur lui par tou
les pùints de on corps qui éLaicnl en eon1acl avec le garni Lu res de fer dé la elle, les
étrfors, etc... . llème le éperon agi sa-îenl
sur lui et lui foi aient le même cdiet que si
sr pied· élai1mt tirés en arrière par 1~
talons.
n jour qu'il ét3it as is au piano, un
hommeentra, porleard'un sac d'argent quïl
déposa un instant nr une table 1100 loin de
lui. llau er se tourna vers l'arrivant, li!
traits boulever,è- le Iront perlant de sueur,
pui· e retira dans une pièce voi ine, attendant que l'homme rùl reparli a ·ec son ne.
Quand il mancreail avec une cuill~r en arrrenl, sa main tremblait au point qu'il avait
1011tes les peines du mo!lde à porœr la cuilli!r il .es lèvre.. 11.si son profes eur dut-il
nmoncer à Te taire rnan!!el' .ainsi et lui procurer une cuiUer cm boi· .
GependanL celte action de l'or et de l'argent n'était rien en comparaison d • celle du
platine, du mncnre, du .ouire, de l'aimant.
Ce dernier cependant n'avait d'action eflicace qne lor.que es deu.i. pliles éLaient dirigé· Yer lui.
Il r s enlail à lroi · pa- de di tance l'allraclion a·un minet&gt; anneau de platine.
L'ellt-t du mercure itail pa!'licaliilremenl
proùigieur. La mface po lérieure d"un petit
miroir qu'on lui pr' enlaiLà neuf pa · de di ·... 1Jo ...

La11ce, produis.ail une impre.• iou . ur lui.
Le .aufre avait ég J,.ment u-ne acli n a sez
intense, et produisaiL un fri· on rios prononr · que l'or.
Le diamant a~.aiL ù deat pa • el &amp;on
effet. e foi ail cnlir loul le 1011&lt;&gt; du Lras.
Lorsque Uauser placé. :1 relte di. tance lai. ail
on doi!rt pendant plu ieur minute orienté
dan la direction du diam,mt, le cour:int ner\'eu~ se portail du Lra ver~ h: crPux de l' tomac, où il ne tardait p:1 · à re enûr uoc
pres ·ion douloureuse.
Le verre égal •ment :iJ!'Î. s_ait . ur 1 bra.
Loul entier, rnndi que l'aclion de métaux
en génhnl ne e Iran mellait {JUC ju ·qu'au
coude.
Chaque fnis qu~ llau.er huvait dans un
verre, il ~prou,·ail immédiatement aulour de
la !.,ouche une en alion de frigidité douloureuse qui d~ccndait le Ion" du menton ·don
Irai · li"ne' parL,nl l'unti du milieu de la
lèvre inférieurr, le deux au Ire · d &gt; chaque
cùin d commis ures. rl se rtuni saat audessou du meulon au moment de pénltrer
dans le pharyn~. Lorsque, par la uile, cellc
sen :ilion c a d'être douloureuse, le c.ourant fri!!ide per:-i,la néaomoin ,ur lei; lroi.s
ligne•• li faut ajouter que l'action d"un verre
plein d'eau étaiL moins interuc tp1e ct!lle d'uu
verre ,·ide.
lême. remar1rue pour le ri td el le
pierr prec:1 use .
L ja.s71e agi sait comme l'étain; l'améthyste comme le fer-blanc, le corJil comme
le plomb, le lapfa laiuli comme le ,·erre
impie. (C'e t J'apr' les comparai ou que
llau ·cr avait l'habitude de faire lui-mêmè,
que on profe . eur a pu dl'esser ce tableau).
l'renait-il un crayon, il éprouvait aus1,itôl
une trat:tion dan · la maio, dont l'effet croisa.il lorsqu'il le taillait.
Quelque antre ob ervation forent faite
quand on impre siounabililé allait Mjà diminuant.
Ainsi le !!Tanit agi .ait comme le zinc, le
coke, comme le plomb; un coc1uillage, comme
l'étain; l'alun, plus for~ que le plomb, tilc ....
Au commenc.-menl de noYembre, l'arg nL
cessa d'agir sur lui el l'acl.ioo du vern! diminua considérablemenl. ,elle du mercure, all
contraire, ltaiL rncore i pui sanle, que lor.squïl posait l'index ur la .urfaœ postérieure
d'un miroir m 'me recollî'f!L'l de Lois, uo
lris un le secouait de pied:; il la tL:te.
A la fio de décembre, l'or cc sa d'anir, et
le ,erre n'eul plu &lt;l'aclion qm: .ur b main
gauche.
En mars 1 2û, !"action du platfoe 'l'tei"Dit égalcmenl, el qut-lque muis plus lard,
Cf'lle du mf'rcare des m.1ruir lu.i-même ne e
faisait pJu, que îaihlemeol ent1r.
n juin llau e-r dewnait définitivemenl
in ensilile, même aui contact!' humains, à
I' cxtl'ptiun d celui t.le on profes ·eur.
Pr.ons à prc enlaux ~ongrH-L am. vi ion
de Ilau 'er, qui ne sonL pa la parlie la moim;
inlére same des phénomèn 11ui .1cœmpa"llèrcnl (toujour ao dire de se· bi5lorio0ral'he I on retour 1i la vie ci.ili ét&gt;.

eu de f çon à permettre ùe fair • Jr, tour de
la place.
llaus la galerie des taule:1111, œrlains portraits dtJ chevaliers lui rappelai nL encore une
tatue arm-'e d'une épêe, et 11ui ·c tenait au
hnul de l'escalier.
L'épée iltait orni&lt;e d'nne lèle de lion, el
IJauser, à ce ou venir, était pri · d'une émotion 1•iolentc. d1 anl qu'il lui .eu1blait tout à
coup a\!oir eu jadi une mai-on pareille, el
qu'il ne .avait 11,ùrn pm:er.
Plus tard, il doumùt encore, sur l'améoascment Îllléricur du dt~tcau, le· détail · ~uiranls :
La fonLainc re emLlail à œlle du palnis
de Siirembrr;;.
Lt-, porle~ qui donnaient acc~s dans l'intérieur du chàl( au pouvaient êlre au nombre
de ,1uatr ou de cinq, toutes en 11lein cintre.
lln "'rand e. calier •. pacie1n. conJui ait ù.
1111 étage upérieur 11ui répélnil à peu près
le di positions des pièci: d'en ba .

LV

.\11 J~Lut, (lar,ùt-il. Uauser uc ~e rendait
même pà compte de ln differcm;e qu'il pnn\ait l' moir enlre lt~ f. ils imnginaire d'un
rère. et b f.iit$ rccl · d la "ie acti~e.
G'e~l ainsi qu'il rèv une nuit qne la
remm11 du 1imrrgme ·trc, pour laqm•lltJ il
prof~:ait une lrô rande e.,tirne, a~prochail
de ·011 lit el lui J1:ruandail d • nou\elle de
a sanlti. Il lui répondit qu'il ,onllrait toujour ~ucoup de la IPle, sur quoi fa femme
du bourgw • Lr • lui as uraiL 411e ou 1m1l
allai! . e pa · er, el se rel.irait apru · lui a\!oir
tcudu la main.
Cinq 01i11utcs ttprl&gt;s, uu travail illl shfrii:u.x
se faisait dan,, son corp~. et :a tète e trou\llil dt!~a~ée.
Le lènden1ain, comme il rendilil compte à
on prCJfl!: ·eur de Ct.:lle cure étonnante, celui-ci e -~a)tl en vain de lui f. ire comprendre
qu'il avait été le juu l d'uu rthe. Ain~i il
p~r.isla a dérlart:r &lt;r1'il :t\'3it
r~u 1 ,i~ite de la fomm11 du
buorgrn&amp; Lre, e.t diL mime à
l-elle dernière, lor. qu'll c
Lroma en pri~cn d'l•lle, qn'il
ne manquerait pn de lui rendre a polite se le plus ttll posiblc.
Ct.-cÎ se pa ~ail .au moi Je
juillet 1 2 .
Le 1 i .eptemhre de la
même ann~e. 11.m: ·r l son
prore.,eur e rendaient au
_chlo d . ilrerulit&gt;r", pour
~Ï:iitcr une cxpo ilion d, peiotur • .
A l'entrée d11 hàliuwnl un
portail
dr · ait, dont l'a~
ped produisit oudain une 1éritalil co1nmolion ,1r llau-rr.
Celui-ci déclara à on profe seur qu'il n'avaltjam3i vu
de portti M:mblahle à 1'iir m1.lerg, mai. •1uec1:lle-t:i T't!!. ew.1,foiL à · m 'prl'ndre aux irorL' d'un cl.iât.eau (une yra,ule
111ai.1·011 seloo .on upr ssion),
qu'il arniL ,·isité e.n onge dans
la nniL du :ïO :m .51 aoiil.
.\rrh • ilal) l'esc;1li •r, il prê1.emliL ~ lemeo.t avoir gravi
ua
liel' ·emlilol,le. Dan la
aile, il 'arrèla, an. con i&lt;lér,,;r 1•· 1.nl,l1:au. , et porul
rélléchir profundément. Les
pli - de sun \'Ï:,a.:re :uienl agité de lres.•aiUemcnts con, ulrn • rumme en prol'Oquai ut
d1e2 lui le "ranJes émotions.
LA COUR O.E L'nûTEL DE VILU:: bE N'CREM.!l.ERG.. - /Hsshl .fe
li sou enait ul,itement,
i1isaiL-il plu tard, d'une "rande
place ornée d'une fooLaine au ctnlre et ·ur
Tonle· ces pièces renferauicol en général
1~ ~ur10~1r Je laquelle 'uuHttÎenL les prin- douze chaisCl&gt;, troi~ commodes el deux table·
cipale; p1oce" de la mai~n. Oua,od on ou- l'une au mur, l'antre au milieu de la aU/
Hail une porte, on ,oyall de ~~on en enü- L mur étaieoL ornê~ de grandes ,.laces à
lad ; et tou~ e:. ~alons con.rmunic1u3.\rnt ealre cadre d'or, el la ro ace du pla rond° lai •sail
1

Jll"YST'n'JfE D'E J\JUifEJffB~G

--,

Jèc:icendrt? un lu Lr • au centre de la ~lie.
L'ameublement :i1lpi'lrlcnait t, un si le à
part; ain i I commrnles a,\·ait•nt des ro desho ~es don l'art frani;ai., ,t cba,llle tiroir
était orué de deu~ tête. de lion · eo wi e de
poignée. Le~ m1w étaient en outre couvert
de tnLlcc1ux, de portraits, t·lc.
Il y ,Wail aus:-i une salle f péciale rrpréenlant la illliolM11ue et une at1trc salle
renfermant l'ar!!enterie rangée ur des ra1on.s

,•itré ·.
llau er e re,·oyait l'Oucbé d,1111. u" lit placé
dan. la pièce principale, quaud une f.,mmc:
enlraîl, toilTée d'un chapeau jaune orné de
plnme blanches.
Derrière elle ·a,·ançaiL un homme ,•ètu
d'buhiLs noirs, 11 n uhilpca11 IJieorne en tète,
une rptle au tolé, et une t1cb:1rpe bleue en
.auLoir 11ui ·11. prnJait une croit ur sa poitrine.
La femme . 'approcha du lit el e tînl immolrile, t:mdi 1p1e l'homme 'arrêtait égalt•menl à 11uell{Ue di tance derrièr elle.
llao er dcmand. àla femme
ce qu'elle ,oulait, mais elle ne
réponilit pas; il rènouvel:t a
question sao pins de uœès.
11 remarqua alur 11u'elle avait
l'air de lui pré.!eoler un mouchoir Liane qu'elle lenail à la
main. Là.-des u" L'homme el
la lemme C reLir'·rent aw
arnir prononc \ un rarole.
Rêre, vision, ou res ou,·enir d'un pa ·s~ é"anoui, celle
étrange narration Ûl plus tard
une profonde impre~ ion ur
les m:igi trals chargés des diver e enquèlesjudiciaires dont
Hau.er rut le préle:tl(', t doit
t~lre con idérée comme le poiut
de déparl de toulf:s les version qui onL conrn ur la b:aule
illlissance du se'q11estri.
Âu reste, il n'esL pns sans
intérêt de la rapprocher d'une
autre vi:ioa qu'il eul le 2 avril
l 29, el qu'il a racontée luimême en ces termes :
, Un homme m'apparut, le
corps dropé dan une toile
blanche, le m:iins el I s pied
nus. 11 étail d'une beauté surhumainl'.
« .Alor il me tendit arec m
main un objet r1ui re ·emhlait
Il une uirlande. El il me diL
de le prendrP.
« El comme je voulai le
prendre, il me répondit que
ù~o • qnatorzc ·our- je mourTROOBA-.'&lt;T.
ra1S.
a Alors je lui répondis qne
je ne LPnai pas à mourir si lot, u'ëtanl qae
depui Ir~ peu Je lemp· ·ur la terre. )lai
il me répo11Jit : cela 11 'e11 l!0111 'Jlle 111ie11.x,
et je re[u ai de prendre la gu.irlande.
« Alors l'homme olla. à reculons ,·er la.

�'HIST0~1J!

- - ----- -------------------·-------- ~

taùlc. y d '•1t0ï1 la · uirlonJ' el d1~parnt.
« Oè qu·il I' ut dépo. ée ur 1, taM , je
me le,11i, 1, m':ipprnchanl je m'np rru que
la uirlanJ prenait un éclal re. plendi. 11nl.
l rs je 1. pri., cl m'en retourn:ti n•r.
le lit, là mesure qu j'nppro&lt;'bai · du lit, la
•uirland, r pl ·ndi .oil de plu Lellt',
u Alors je di:, : je vcu mourir, L la uir1 ode di. paru!.
u Alur ja rnulus me rcm1•llre nu lit, t'l je
me rén,ill3i.
Cell · foi , on le mit, 1 r ve de au. r
rr - mLlr bien plus à nnl' vi.ioo d' • 1 tique
qu'à c • li nit e de. urnnir. oonfu que lt&gt;.
c.ellule: m, ,t 'rieus"s du ccrl"e:m non rnvoi nt pr1rfoi- du fond d'un pa~ \ d' · lon"lem11s ouLlié.
lais nou. n· o a,on p.. fini li\' •c le,
expérience ha 1c. sur la •n,ihilité !ler\'l'IJ e
da : :,l'w. tr . Ce tlrm minemmt·nl ratai dau ·
l'e p cc 311 il foire J lui une de première ·
cl de 1,tu, céli-1,rc \icLiwr de 1h •ora .
liomreop 1hiqae. que le profo ur 11.1lmeman11 était , lor. :1 et-li t:puqno en tr:iin de
tél'andrc par le monde.
r~nd:mt d(•U ou Lr11is 11n , alors 1U ~me
qu llauser .'.l\';,ÎI ~ :.é ètr1: le rcn ionm,iM
de llaumer, le m:ilheur tTI Iul pcr ·ét.ul ~ par
1 eJ péri "nœ Liomo·opatlii1111l' d ce d1 rni r, a i. l~ du doelrur Prcu, ou oulrc di ·cipl r.,ncnt de llahni•m.inn .
.. exp!.'rienœ , comm n
n d~cml,re
1 t' sou forme de lrailt!Ill nl t•ur:itîf d'une
m.,ladie J • peau conlr· cl par IJau,,L'r à
celle ép0tp1e, i&gt;l' renou,·e]èr('nt il chaquf' mnlai. • dont • Jll:ii!!IlaÎI lcj ·1111r homme, wê111e
11 propo d1i l'a llt•nlal du 17 ocwhrc t
•
d toujour - ,-.1•1011 Uauml•r - 11,·ec pleiu
stm·b. de tt1Uc ort qu'cllt• po1n•aienl •l
d1:ui •Jtl ~tr • 011. 1d 1ré • mme l· l'lu é ·lalanl cou é •r,1Lion d la nou,clle thé rie m~dic.ih•. \'uid oomru1•0L on prut·édail;
Un fla ·on, contcuanl un do e inlinil t~j~
mal• Ju 1•rineipc 'JUÎ de\ail iigir. or llau$1 r,
était mis en contact 11,e.: 1110 Je
duigt,,
el I' Oet e d ;.-Lara il prc. qa :m. IIÔL 'j l'.
c-0nlarl n .um · il p , on Jébouchait 11$ lltlcon &lt;·l 011 le. lui foi ail . en tir de 1n' sou de
loin èlon la ,·iolem:e du r mède.
Jamai il n·,•ul lJe in d'arnir reoours à
l'io" stion de c1• m :JicamcnL. ['Ulion ou
1ilule • r•onr héuélici •r de I u.r · ve.rlu CL
~ropriétê . TouJour l'odeur et ou,· •nt le
·ont, cl .. ,mls sufti. nient. C'e.t . nu. ccllt•
forme t.JU'on lui admioi lr:i tour à tour a,·ec
suc \ : l'al'ouiL, le chlorure tle caltium, l'ar•
nica, ri1• :eacuanha, la (·pia, la ooi 1·omi111i.e,
la ci•ruë, I'· r:, nie, ln coloquinte, etc .. ·t .,
tou~ m~dicaoll'nt • do~é, . •Ion l:i fornrnl •
H;ihnemanu t-1 dont le effl'l ur llau~r
fournirenl à l•aumer la .mnaière dt pr' d'un
,·olurne d't1h:;t.'1·1·;iûu11~.
1 lllldi 11ue l'infortuné IJ n. •r nlJi . ail
· tl de potique iniliaûon au1 my lèr de
rhomœopalhie, la ju Lie• cha.r ée d'é.l 1cider
le m!J tim• in rné en sa p1•rsn1111e J1iètin:1it
s:ur pla : la cour d'arpe.l d'. n.hadJ r-puisait
aupr'&gt; dn lriliunol de 'ür n.iberg el tles autoril _ d1· b ·illc d que tionoaires inulalt: ,

.r

0

el un mon lrucm: do .. irr 'enla .. ail, formé
dtl ' inlcrroi.;aloir dilTu , contradictoire el
intcrminahle de tous ceux ui av ienlaP'flrocbé llaa ·er Îl un Litre quelconqur, dol' irr
monumental qui n dcrnil qu'épai~ ir dan
la ,uite J,, ti!oèhres où l'on palanl?eait.
En même trmp • lïut ~ ê-L unh r~el u·a\':JÎL excil I ll1i:,loir • du . 11r1u lré omm n•
~1il a . 't-1111i,t•r r ute d', liment. , &gt;l il n fallni ri n moin. q11 l'altenlal du 17 o 'lobre
pour donnl.'r un 1111U\ ·l cl \ i our ·u e or â
la curio~ilé put.li 1ue.

y
G:i--rard Jlau cr 3vail à celle rp 11uc quinze
moi t'n\Îron de ~jour
·urt&gt;mhet", i,l e
tro11vnil d pui plnts d un an imx main, d
on préceplenr, l • proft!S t&gt;ur lli!Umer. Il
omm n ·ail à ·c primer focilt&gt;mt•nt, a\ail
ltoun•• naine el ~·., imilait an fi ine I haLi1ud ci,•,U éc. dti . on •nloura •c.
a fi rnrc, ceprndanl, ne p ra1il uofr olTerL
rien tic p:irticulièr ou•nl yemnr'lualile, i ce
n' • L l'e prei;siun dï1111w n e •t de lionlé
uahc ~pan1lu dan l'l'n. ml,1 dr
tr:iiL,
el 11u1 1 rrndaiL monirt• lemeul ·~mpalhique
g IOU ('f'U qui l'nLurdaienl. c·c. l du 1111 iu.
le ju •cu1 •ol q-ue 11nrtl' . ur lui . un ,.rnnd 1i,
le c·riminali le f1 •11 ri ail1.
· ph}, iunomic m · cortr' 1iondait
n
hi,·n :un: horo. ropr que • U!Flérieu origine n1·:iil . urér' a ,es hi,tnriogr:iphe ,
ju 11u'/1 -snr1 air vieillot l'L prrcoce qui rinhlait en l'lli!l le fruiL &lt;l'un· lonuu · ·l:iu:lralion.
trait a. i-,•t ré11 \llic~ rr,.1,iraieul
l'mtelli&lt;-,enœ et I' aer •!Îe. li avn.il l l,~rc;
.en u ·Ue., 1 nei hil'n Fait. Llr"e au,: aile•, ,
trè. lin il la racm&lt;· , I · fronl t.léf!ané, léi;t•rt~
ruent )){lrul,é, un front Je mu iri •n alhi1uand
1p1i lui donnait un fom air de Ri: •Lho, ·n
ji:unt•.
n joli "'3r~'Oll Cil . ommc et '1 ui por lait
:L. z cràn ment sou l°.crasanlc 'lt;hril , i
cr:111 tu ni même qu'il a fallu &lt;'erl ' loulr
on i11dul,î1aLlc inuue 11 ·e d'une 11art toule
la purelé d ,, OJ ur · de Ilarnroi e;;. de l'autrC', et :rns~i la . urri:ill.,nr continuel! do11l
il élait l'ohjet, po11r l't•mpècber de faire le
plus terril,le. r:nage · parmi I • e\t&gt; fail,le de
Nür mber•• t d·An l,;ll'b, s dt?ux ré~id •nce .
Il pou\·ait arnir di -huit a.n · c.miron quand
il fol victime de la tenla.tiw d'a~sa;.sinal dont
non ail w duom•r ici un r · il délaill '.
L 17 ur.tolm·, d 11 Ir nvir, 1n d miJi
PL demi, Ga p:ml llau er Fut lrouié LluLLi
dan un coin dll la c:i1· de la mai.on l)aumer, ' dt&gt;mi d ;eulollt!. Il avail le fronl couYerl dl! ·anrr, et pruf'rait Je!&gt;. e damaLJOn
·an .uit : a llummc - bn-Llu - r conter
au pro[r · cnr - dam lr5 11 •u d':iisaoct homme noir - comme ramonrur - pa
trou · • ma cham1re - réfu ié d u
Ye.
u dom• tique et une boun de la m:iison
le lrarupur1èr-i1I . ur on lit où il :'éî nooil.
Un lui lil flair r de l"3conil et il r vint il lui
prt 11ue aus ·itot a\·e · de couru::; lternali\"e
d d llir pend nt lc:cql1elle il rccmnmençail
eiclall.làli n: dét.-ou 1 ou il était 11ue,.-

Lion d"nn homme noir qui asail tenh1de l'a ~a ~iner pend ani qn ïl était ur I lieu d 'ai:mce.
Le docte-ur Pr u, appelé en tout hâl fil
on prrmier pan m nt ù 111 len•e gflli$t ( ! )
La lil •~ nr était une orle de coopur ltarranl l fr nt boriwnt~ •ment. or une longueur d 1&gt;r~ d'un pouc .
[lan un a ., _ de fi ne cbat1de, Han.~r
arr:iclta on banifo,,.e l même jour, cc qui
relardu cofüidPraolement a guéri~on au dire
du docteur Pr n lui-même à qui la ble sure
a,·aiL tout d suite ru ~an ~a\il . [fou~ r
n effet rnil pr' . d'un moi · ;1 .e rélalilir.
C p nd,nt le parqu t . e lran~porla. ur h
li u ( ··e l ici I • mot rtopre), c qui 11'e111
d'autre elli t que J'amen · la con t t, Liou
11 Lr;ic:; tle .ail" l.i . é par llan .er dau,
le rli,·er odruit oil il a\'aÏI clœrc.hé à . l'
r{:ÎU ier.
La ,·i lim n'en oblint p:i.. moin. • : dater
de ce jour, un g:ir&lt;l personnellù de d •u.
.er n1 de ,ill ayanl pour co~i m de I' ccompa&lt;&gt;ner en !ou li •uJC san jam i le quill d'n11 pa.. (Cette l!· rd ni' fol réduite à
un, ul humme 1p1'au moi, d rn r 1831.)
1. _7 oclulirl', la cour d'app1·l d',\nsb,1d1
imita le p rqnet ùe i\urembcr~ , 011Hir une
ereqn \te .,,:ut!ral embr. ~~:ml Ioule l'hi:tuire
de G:i-.pard llauser, t&gt;l le lrndrmain llau · r
l11i-mèm1• comparaill ·ail Jcnrnl 1, commi sion judiciair ·. Il a~ il ol r· r ·COOVT la
plein• Po . ion dl' 1 oie . 1•. facnllé . el
fi 1, d.m I s IHDll' · lr · plus dai . •1 le: plu.
préci · une lon;?Ue d-rosition r la1onl lt·.
princîpao'I. fail dt? . , ,•i , • compri. l'atlcntal du 17 .
\ oici commcut il a 1:, po.é ce drrnicr éïênemclll:
Ge malin-1 je m't:lai 1 ,é comme J 'hahitud~ à . epl h nr~. prè. a,·oir fait rua
toil•lle L mou lil je me r ·ndi. auprès de la
mère de ~J. Ill prof• ~ur Uaumcr. pour
preudre le ·afé au lail.
&lt;• llenlr l dan 111a chamLre, j m'ocCl1pai
à lir la méditation l1i!il1qull du jour ju ·qu'au
mom •ul 011 la 5amr de M. lo profe .eur Daum r, mad mo· die Calhi. \Înl me demander
~i je d~,-irai l'accompaan ·r au marché
comme jP l'açais fail pl i u foi:, dfjà.
Comme il f Ln1l be:iu emp . j' acœpaai on
oJJr, el, ur l . 11 ur heu · rnoin. on qunrl,
uou. nou r ndim e.n em.lile au marché
:iu1 ltl .. um .
11 Là, made.moi elle Jlaumer ·arreta à
t·amrr a .ez looguem •ul av w1 • m:iralchèr
dl.' t&lt;a connais.auc . L'irupalicnce me ga"na,
mêl à je ne,: i. quel .euliwent ·ouJ in de
crniote iut ;r1eurc, . i Lien q1 e jti pri:ii mademoi •lie l).iuml'r d foire dili"l'IIL'8 our rCJJlrc

en quiLLaot la maison, rcnPreu, qm m'a~ il pri · de
l dix lteurll· ch z lui où
lrun 11 cr qui désirait me
~oce, je pri, . impl ment le
tt,
·bez moi un
ùlc d' ril..b•
mélique,
orli imm 1d1.:1.temcnl pour
mll rl!nùr chl'Z le docteur Pr u.

roa
me c
m·
vo

Ü
u lui-d n'él H pa. N'nlré 1•nr.orr, m:ii'
il arri\a qu l11ucs winult: après; I' étrall"l'f,
~u t·o11lr11in:, ni: parut pa . Je l'allendi. ju
1111' di heure · un 11u ri, pui · r1•!!:i!!Jlai mou
ilomicilt&gt;, m. . utaul • uuitcIDt'IIL indi pu,é
p· r Ullt! d,· I' b orption d11 1p1nrt c•wirvn
J'un 1111!dica111 nt que m' ail dunn Il! duc•
l ·ur.
a C lui-ci,
qui J a~ai Fait part Ju ru:tlai,e qu,· J' :prou ai·. ,n· 1ail d'ttil1 ur · r ·
ro111m;1ndé d ne pa. me r ntlrl' ce j1mr-la à
ma leçon d. rithmt11i11u ',,ur JC dt&gt;,ai · pttndr •
d · 0111. h ut1:~ à midi, et de {1.ardcr la cbn111•
l,rc. Jtl ~ui,i .on con.cil. J'él:ii o cu1•ê 11
1 h. ngn· de 1 1 1111-111 lur:,qn'on nmm :1 IJ
p•1tlc de la Ill i,ou. Cdl -l'i ruL ou,,·rle par
1U:idam • Uaumcr cl jl.l pu m·ru;,urrr 1111('.
·'élait ln honne dt• l'éla~e .DJJl!rit·ur lfllÎ r 111Lrail d • cours comUle J'bal.iitud • à œll •
h •ure. et qui, ('omm • 11'11.ihitutlc 11-~i. lai~it lr11lili! pt,1rt ntr'ou,·erl,i au lirn Je la
r~rmer •orupl"•l Ill Ill.
, me di:po , i: loul jusl
comnwn t•r
un tra\ il 11uelt-011qu lor. r1u'n11Lt1 ht•ur1•
moin Ull 4uarl bOllll '.r 'Il • cl ('U mi:me ll'IIII'~
tm 1, •~oin l'rt·"· nt me for dt: me n·ndrc
aux lieu . J1•, n i. d'y nlrer lors,pw j'1•n•
Li•udi. uliilt·mcnl un bruit d n le i: ·llil!r
ilué ·n li~. us, ·I il me raruL 1p1e la porte
de ce 1lt•rnit•r wnaiL J'èlr UU\' rie. Je cru
,1 lenwul nl ·ndrl'.! 1 ·on de la ·luche de lo
port d'entrée, mai un ·ou qui u'indit1unil
1111 q111~ quelqu'un rtll .onnr et qui parais~;til plutôt 1•rurnnir cl'uu frôlemt•nl acridenLJ
1JP. la ·locht: dl m1\m •
1h rine, m\1criai-j , pour attir r l'attrnli n de quelqu'un ur ce fail, wudriei,011 pa omrir l:i porte, je croi qu·on a
onn •
u · i: 1. lionn , qui • trou vaiL d1a:111
rlarrc~ plu~ haut, ne &lt;lut pas m'entendre. c.1r
t-lle ne rtipondil pa •• Cr Jaarole éL:iicut
I' ·ine iirononr: r1uc j'tnlendi un p • l~ •er
t'O ha dan I corridor, el, alaut collé un
roil h 1101 leu le de la cloi. 011, j'aperçu un
1111mm •1ui se ~li il J:in~ l't&gt;~t•~lit&gt;r; je re~
111ar&lt;1u.1i mè01e la /è/1• 1111ire (. i1·) de cet
hommti.
« Je pens:ii qne c'é1ail 1,· ramoneur, cl
r t i :ui
ur L ·
Ju cabinet afin de
11'èlr · p rt!ma.rqué. ,\11 moment oi1 j'all i ·
111 • 1•v r. j reçu· un coup .. ur l rrool qui
m fil tomh r i-n :l\'Rnt, la Lèle l:i première.
Et comme j.i me r ·1 ,. i pour rl,r j • ,·is
Lrb- di,1inclrment un homme colle c nlre la
lrll1?'3Îlfo d • Ill . ~lier, 'Il ra,•1•, l'l qui. de là,
m' wit ;,:, :né ec coup . .'a laille éloil eutre
.._.lie J 1. le oour m Ire E:l cell de li. le
profr~ eur Daum r, el il :J'Vllil la t 'te enti rcment rccou\"erle d'w1 voile d soie noire.
" li portail un pard . ·u: neu(, dl' pantalons d • coul,mr fnnc ·e, d• l10t1ine · fine t
d1: ' :m1 jaune·. Au moment où je tombai ,
j'entendis 1li.linctl'ment l'homme prot 1rer
0

·, mob:

- li faudra liien que ln ml'nrc_ nvanl de
11uiltcr • ür •mh rn.
1. lri le jc1m1· llau- P,1 ,l'un profond,•nr eJlr
dinarr ; ' r•'1114f1UC u,1hropolog1•111", Il'\' jo*.

or•11

u El, Lien que oo mol. ne fu .ènl prononcé 11u'à voi ha . e. je r onnu néanm in.
h \'Oi de l'homme 11ui m':l\•3Îl conduit it·i
an Ir •foi el donl cëlail J'ai Il ur I ton hal1ilu 1. ...

JlfYSTE'l(E DE 'N111{EKB'ET&lt;,G

- -"°"

11u l'auu•ur de c.et auentaL ·t pr&amp;i-~menl
le mêm homme donl j'ai été ~i iun~temp
1 prLunnier t qui m'a amené ~ 1 ï1re011, ri,r. »
Qui&gt;~tion posée ['llr la rimu11 i.~~ion 1/'euqw:te. - Puuwt-\oU d :erirè el dt"s~mer :u.1
t, oin l"imlrum •nl doni il · L
ni p ur
,ou frapper'/
IL - ll pouvait mesurer
pou1:e tl"
longueur en iroo. èompris
manche 11
lioi .. 1. • fer w·a paru aroir prè. d'un pautc
de lar •t:. el je n me "unvien. p:i, J a,oir
jamai \U an in Lruruenl pareil.
Là-de.. u~, .11:Ju r sai 'lune lame et de . ina une ' Orle de coupt·t l de bon, hLr, '!!leu anl d'ailleur de ue pau oir mieux réu"ir, car ~r J!.'UX lui fai~oi1mt mal.
Q. - fou. :1v .: dit, parait-il. que ou,
rrcunnailriez facilcmeul l 1na.-urtrier 11 l't!:i.a111~0 de a ru in'!
R. - Lorsquefai foil mon rnlrre \'éritaLI
d:10 fa ,·:i te humanité, j'ai ~hf.'rcb~ à dislinmwr le. gen · 1 un dt. autre ~ l'aide de
œrtaine · parlirularil • orart~ri. tiqu . . ro
JOUr, ilr c ••m~lc, en pré euce &lt;le M. le
bourgm '. I lliudl'r, j'ai rt&gt;t.,,nnu une dame
Bi. au coUier de 1·urail qu 'i:11 Jmrle d'baLiludc n co,1. 1. le hour m . lrl!, louldoi~,
me déwurua d c• ·} 1 me, el m ll1'prit a
r,·connailre la per une eUe-mêm ,au m'app • autir ur le niiu d 11, 11 · di• . a mi~e.
«1 J'ai , ui,&lt;i .on com il d&lt;'pui., t•l j'ai foil
l'uli r\'alion •11iv:1ate: à .:avoir qu'uo main
humaine a r s~ mLle jamai · e1atlc-mcnl h
un aulrr main. tr onele., le phalan"t- ,
la lar "'Ur de la paume foomi nl touJour.s
11uclque rt-Dlllntue . péciolc d'une nature pin
con tante t plu ernc.,ce pour l'idcntiiicalion
d'un èlre qu o'en Fournit le n. e luimi!me. soumi à Loule lts illléralions pouv nl ré:;uhrr du emp , de la .ID31adie, el
d'une foule d'aalr cauSP .
n J'ai ,·u loule · rl · d'élran rs, de Uonrie, de ~'ran e, du Danemark, je ne les reconnaitrai pa probahleruenl l'e arnru di:
leur trait , mai e les reconnailrai sùremenl à relui de leurs mains· je ne pui en
douter .ije m'en rapporte à la for·· deme
impr" sions l'n c!nt1ral el à la pui nce de
ma mémoire 1•
Q. ou awz dit que lt ooup ,ou nvai
étendu par terre· le lueurtrit•r avait donc
lieu de CToire que l · uL néfa te qu'il poor5Uhait ét:iil al teint. Dan ces circon. lance.,
il n 'esl pas pn ihl Je croire 'lu 'il ait :ijoo lé
la phr, e que vou lui prètez : n li faudra
bieo que lu meures a,·a:ul de quitter , ' ür •mb~rg. •
R. - L'bumme a di'1 compr adrc qu·ilu
lim et place où il se tenail il n'avaiL pu.
bu Le d'espnce, me porl r un coup m rl 1. •·t
c'esl pour œla que, n'osant prendr le temp
de me porter 011 ccond coup, il aura prononcé l paroi qn j'ai entendu
L qu,
m'onl permi. Je reconnailre n \·oi.x.
'inlerro,.atoirc de Ga. pa.rd Hauser ne ful
pas pou .é plu luin, el l'in:truction fut
lri•iur• ,1u1 ron •li&lt;,nn · 1, pro:fcc1urc ,, pofüc Je
0

SA,11.1::.L. llAIL 'EllANS.

D""f'r,S lis /lthf)grarhk

r

;fp \lo\llJtllf.

J,i m'él11u; é,·auoui.

~

uand JC r pri · co1111ni ~:mec, je enli
r1ue mon ri.a11e lt:uL inondé J'un liquide
·haud, el porLanl m · dl'ut muiu au front,
..-li e t Ï"nircnl de ~am!. ai~i d frareur,
je vouln courir cbez ma.J.,m • Uaumer, ·mais
j'élai~ i l,oul î!'r I que je me trouni toul à
coup, .. n :avoir omm 111, dc,am l'armoirP
au holi1L, loul prt• de l'entri! de ma provr11 chnmhre. Là. une noavrllc défuillam•c
me prit •l j 1n'a11puyai dtl la main à l'arrnoir~ rour n pa tomlmr; - de 111 le lm.cc
de an qu· na pu r I ver ur le hoi d • ce
m uLle.
« Revenu à moi, rami i complNPmenl
pt'rdu la tête, qu je di:J-cendi nrnd1ioalemeul l'escalier au lieu de 1,, monter. et me
cachai dan. la i:a.ve, Comment j'ai 11u lrou,e.r la force d'accomplir ce trajet et de onlewr le I quel de la can•, œla e t rc 1é une
éni me pour moi.
•pendant le ol de la rave él.ail 111ouillé;
1 l'roid Ill l'humidité me rendirent mes esprit. , je me lai_ ' ai t.omb r
I rr , pen. anl
en moi-même: « Te voil bien dêfiniliYrn1e11L
abandonuè; personne n · te lroUI' ra tci •l lu
y 111ourra ', 11 pt!r~pecti~c qui remplil me
uI de larrn · . Midi ~onna1l à ce moment.
Toul à C up, je ru pri de ,·omisllemcnu;,
l, rour I lrobi' me foi~. je perdi conuais, ance.
• u:ind je rouHis I s 3eux,j't!lai étendu
. ur mon hl, dan ma cbambre.... Voilà le
rocil esarl Je ~ 11ui m'.,rrh·a le 17 uctoLre,
el j'ajoute que je uis furwemrnt convaitlru
r n,I. lm j ·r ••Urau 1•r [111' d,• ,'altrit.o,•r l11o11ucur ,l'nrntt I'°"' • 1~ base. ,l11 ! lèmu •nll,mpomé-

Pari.,,.

�_

111STOR..1.ll

close peu de temp après san. aYoir abouti à
aucun ré ultal. La cour d\1ppel d'An!ibach
adres. a au minb.tère de la ju:.li ·e une demande à l'efü!I d''tre autori t!e à publier un
t!Jit offir.iel mslilu,mt une récompen ç de
1UO ducats affectée à la Mcouverle de !"auteur de l'aUenrat du 17 octobre « en rahon,
dit le r:ipport de la cour, de la ~écu.rjté compromi e, et de l'intér 1 t universel quïnspire
le orl de llau!&lt;{&gt;r, mèmc hor de Davière. ))
En ~uite de quoi, parai sait le j,r nol1!.lllbre 1 2\l un rescrit igoit Ju roi T.oui ter et
conçu dan cc Lerme :
11 "ou décrétons que, m l'article
7
litre TT du codt! pénal, el le paragraphe addiLionrwl Ju 2l a, ril i t , une récompeus.e de
;100 Ilorin est promi e par rescril officiel 1i
i-clui qui pourra fournir ur ln ten111Lhc de
meurlrn commi~e ur l.i per~onne de Ga ·pard
llanser, de ' ürc.mlierg, des indices ou révélation de nature 11 amener la décou,·erte el
permellre le r.hàtimPnl dn coupable .... D.tu
l'avenir Lous lt's moyen. devront èlrc rui en
œll\'re pour Ult:lll'c le nommé G. llau ·rr à
l'abri de toute teatati\'e analo!TI.le. n
I.e 6 no,·cmhre i 29, nouvcl avis orlkiel
in.éré dan Lou· les journ:mx de Ila, ière,
maL émanant celle foi~ de la co11r d'appd tl
. igné dn président de Fe11Prhach.
a Le _Q mai t ~ • l:1 ville de Nürcmherg
rceacilJai1 un jeune homme ioconnu qui, par
la bizarrerie. de on allitud\l et de se façon
d'a~ir, atlira . ur lui l'attl'lllion de la ju lice
locale.
~ ll fut établi qu'il n'y avait ni imbé.:illitô
ni im110 turc ehl'.t cet inconnu - qui s'appela.il Ga.pard llauser et parais ait àrr{ de
seize il dix-huit an· - mai que le mal heu~
-reu êlail dénué de Ioule culture intellectuelle, et pouvait 1tre comparé à un enfant
abandonné i1ui n'aurait jamni eu aucun\l notiou du moudt?.

« on dtal l'h} ique el moral, ain i que
le récits qu'on pul lui arracher pe1it à pelil
or quelque -un s des particularit · de son
pwé. donn~rcat à peru:er phi ta.rd qn'il
avait éLé Yictime, dè · l'à.»e le plu tendre.,
d'une équc tralion illérralc, entourée des
circon tances les plos odieuse, , el abandonné en. uile, an défen e, à la merci du
monde:
« n événement qui e rrodu-isit le 17 octobre &lt;le celte année, t qui parail être étroiLrment lié a1fc les atl nlat.s antérieurement
rommis sur sa per ·onne, vint corroborer
c.elte bypothè c a~se;: ,,rai~rmblal,lc.
ir Ce jour-là. 1aspard Hau er fut all:iqué
à l'improri te, dan sa dl'll'enre à 'Cirrmherg, pa.r un homme au vi~age voil11, 11ui 1~
Lie. ·a grii·,·ement li fa lèlc. Tandis qu'il
lomhaît à 1a ren\erse .an 'onnais.a.nce, le
meurlrier prenait la forte, el, mnl.,.ré le·
recherches les plu a idues de la justice, s ·
trace. n'ont pu être r •rrou\ée dcpui .
« \"u la µm·it I de œ él' ·•n ment , a
foje lé impériale, cédant au sollic1talion
de la cou.r d'appel, n ia lit.né, p;ir re1,crit
officiel ~i~né de a mnin, une récornpcnse de
500 Ilorin de~tinée à celui qui pourrai L fournir Îl la ju Lice dt!s indication de nature :1
faire rctrourer el punir l'aultur de l'allenlat
commi · ltl I i octobre • ur ln p r .onnc de
Ga~pard llaus'r. ou porlon ce fait officiell!!meuL li la cou.nai sanct' du public., etc .... »
La puLlication de cel a ·i ful suil'i de
quelques dénonciatÏQn généralement anonymes qui ache\"èrent d'rg-arer la JUslÎcc. Le
do sier officiel de l'affaire de Ga pard Hau er
·e compli ua da .récit minutieux t&gt;l détail!;
de ruille enquêtes partielles (Lou les raruoncurt1 d\l 'üremberg for al soumis au1 ion tigaLion de la polioe à eau c de leur vètemcnts noirs), en suile de quoi huit à neuf
\'olnmes de proc· -wrbatn judîci:iire$ vinrenl

• 'ajouter à la prorédure du grand my.~Lère
bm,aroi.~. parmi lesquels nous trouvon cc
récit ~sscz singulier placé dans la ho11che de
flauser 1ui-m 3me :
« ix ernaines en iron a,•anl l'aUentat.
deux étranrrers me rendirent ,·i ·ih:. L'un
d'eux aYail uae phy.iooomie remarqualüemenl mtll·hante, a orubrie par une barLe el
une moustaclle noires. Cdui-ci m'ayant demandé ce que j' l:ii en train d·écrire, jr loi
répondis que c'était l'hi.;toire de ma . é11u lralion dan~ la rage (, ic) et la façon doul
l'J1omme m'a,·ail am né i1 ,'üremhcra. Làdessu_s l'un d'eux prit mon manuscrit et ttl
l111 emiron deu parrcs, taodi q11e celui à la
harbe noire me po. ait toute orle de que lion , me df!maodanl, entre aulre. chose • .i
je me promenai om-ent. Jt! répondi que
non, puisque mes pieds me fai~riient m:il. Il
me demanda encore si je uivai. des cour~,
el q11e j'apprenais, cl je lui di tout. Ensuite il pril mon manuscril et le lui dqmi.
la première ligne ju qn'?i I drrnière. Pui
il e re1ir~renl, cl je le" rccondui i , ~elon
mon haliitudc, jusqu'à la po.rte d'entrée de
la 111:,bon.
- Mais corn me nou, arrivîon · au b,, de
l'escalie.r en question, il· me queslionnèrenl
au .ujcl de la pelilc porte qui ·oun-ail là.
J · leur di 11ue c'était la porte du cdlicr, el
je l'oavrî, pour leur permellre d'y jeter uu
coup d'œil. Pui , quand je h•ur eu lnul
mon Iré, je les qu 'L1onnai ruon tour, leur
d,maodantd"oil il· veuaie.nL li me rfpo11direnl qu'il,; \'enaienl de fort lo,n d'ici, d'un
endroit que je ne p!iuvais ronnailr~ 1p1and
mème il m'en diraient h: nom. EL ils 'en
aUi!1'{'D L Ià-des u . »
En lia de; celle ddpo ilion écrite de la
proprt! main de Ga pard llau·l:'r e lrouvenL
ces ligne :
• Écril le lu juin dans la mai ·ou de monieur le président de Fcuerli:1cb. - 1 :'il. »
(A suivre.)

,erluem:: madame dè Montespan, par sa
oai 'ance el 1m a eb.arge, doil y être: elle
1
peul
~ivre au.si cbréli•·nnemenl qu'ail Les suites d unjubilé
ltur . 1&gt; )1. l'«hêque de lean fut de cd
avi . li .re-tail cependant une Jiflkolté :
" Madamll de ~JonLe·pan, ajout.oil-on, paraiA l'époque do jubilé, le roi el madame de tra-t-eUe devant le Bai an prépara lion? Il
Mtlotespan, pre .é · par lm1r conscience, se faudrait qu'ils se ,·i senl 11.\' aot que de e renéparlrcnL de bonne Ioi. ou du moin ils le contrer eu pubtic, pour t!vit-er les inconvécturent. lladame de lonte~pan vint à Pari , uie.nl de la urpri. è. » ur oe principe, il
fisÎla le églises, jet\na, p.ria, et plem-a ses rul con du que le Roi viendrait ~ madaw
péché-; lt&gt;c lloi, de son ccil~, fil Lont cc qu'un de !tonte pan ; mai pour ne pas donner à la
médisance le moind.rtl ujeL de mordre, ou
hon chrélico doiL faire.
Le jubilé fini, g:t&lt;rné ou non ga'!llé, il ful convint que le dame rPspcetahle el les plu
question de sa\Oir si madame de Montespan graves de la cour eraient présentes à celle
reviendrail à la cour. « Pourquoi non? di- ealreme, el que le Roi ne ,-errait madame
de Moal('~pau qu'en leur compa uie.
s:lienl ses paunts el ~e~ ami même les plu

j OLES [1(1 lll·..

Le noi 1ial donc cbt-2 madame ,le ~fonte. pan, comme il a\ait été i.lécidti : ruais in cnsiblemenl il 1, tira dans une frnêtre; ils e
parlèrent ha a l'Z longtemp , pleur rent el
c direnL ce qu'on a. accoutumé de dire en
pareil cas; ils firent en ·u1te un, profonde
révtfrence à ces véné.rahle· mnlrorui , pa Sllrenl dans nne nulre chambre; cl il en advint
madame la duchesse d'Orléans el cru.uite
)[. le comte de Toulou e.
Je ne pllis me refui,er de dire ici une
pensée qui me Yl.l!nt dao l'esprit.
[l me semble qu'on voit enœre dans le
caractère, dans la ph sionoro.ie, et dan loure
la per. onue de madame la ducbe. e d' rléan , des traces de ce comliat de l' mour el
du jubilé.
M11DA.31E »E

.n Lr .

ERNEST

DA U DET

Mademoiselle de Circé
La FiéYolulit1n fran•·ai r et le prcwiPr Fmpire nous ont 1.:&lt;&gt;11é t. nl ,l' ilpisodru draruali1111r que ni le romnn ni ]'hi toire. bien qur
de1mi · ')Uatrc- in• 1, an ils lioi\ ut h l'i''
.source , n· ni pu Ill, épni er. I.onglrmp
encorr, ce' lemp · épique~ d'où llati&gt; lé
mondl' mudern • in pirl'ront le ;cril';lin el
p:i sionneront les l1•cteur . lu. on fouille.ra
no dépôt~ documentaires, plui; on .e convainm1 11uc leurs ni,ements, bien &lt;1u'r ploré
drj:i, n'ont pas livré Loule )purs rich •:,: e .
Pour ma p· rt, aprè,i n a\·oir liré les lé111i,uld'11ne œmrc historique C(ln·id,tr:ilile, f ni ru
la lionne Iorluur J'y lromer l'idée première
du récit •1n'on 1a lire.
Le sujet ne lest pa prJscnl~ 1J moi toul
d'une pièce. \ pcinr indiqués duns de ri.lrl' ·
not
ommair('s, le, Jétai6 en élaienl incor11pleB et où t.'llr.. pr• lf'll a\oir reton ·titurs
ù mon mi 'UJ. foret' m'a été d,, 1.-. l'OJD(lléter
en appelom 11 mon aide, i1 défaut dt: prcuw ·
po. iün1 , d, pr uve h}polhéti,p1e , de up-l'osiLions fondée. sur les circon ·1a11res dans
le 1uelles 'étai1•nl pro&lt;lui~- ,1 •· fait imilair , !!Dr le enr.aeti\re Je per:-onn.ige , ~ur
1,,. mœur~ du lemp où ils ont 1•i ·n. el de
faire, eomme on wl, une cote mal tnill~ • 01'1
la uai. erublanre n'a pas moins Je part 11ue la
réalité.
Jr deYni~ cet aH•u ceux de meq lecLcur
qui r-Jirnt tenté- de on idérer les P~"l!S qui
uÎI .Ill onime one relation rigoureu cmc11t
h1 1oricp1r. )lais je me doi à moi-même de
proteslcr par av, nec contre l'opinion J, · 11
11m n'i ,·oudrnienL voir qu'un roman. lsalielle
de Circé a 1 '1:11. Oan des circon tance
·rnournntes. elle a n.imé un homme qui m'e l
apparu à trawr~ des note de police tel que
je le dépein . Elle l'a envoyé à la mort: elle-mêmè 1..--sl morte de son amour.
Qu'import que le 110m sou lequel je lo.
d '_igoe u'niL p:1- Jté 1~ ienl Qu'fo1porle
qu'e11 l'econ 'Lituanl les péripéties du drame
11m1uel elle fui mêlée. j'en aie reculé d.,
11uclque année! l:i date el dépla ·é le Lhé;l\re l
Ce sont Jà choses ùe com·enanœ el d'appréciation, qui n'alfaibli ~enl en rien la réalité
de l'a lioo principale. EUe:; nJ Jais ent I •
droil d'artirmer, iuon qu'elle 'e l accomplie
en lou point · tel 11ue je la racunte, mais
qu'efü a dù 'accomplir ainsi. et qu't:n con.éqn 1r.e, la ,-er_ion que j'en donne l au
1

plu. haut degré, dan sa partie inventée,
comme dan sa partie bi ·toric1111J, une œune
de ,·érité.
Je p ·ux d'aulant mieux l'affirmer que . i
1011 l . foil 11uc je retrace ne se ~ont pa ·
rroduil ••n r11ison d~ celle arlion cl liés
à clic . il St! :;onl produit. 1-r, · la mème
époque dans Je r-011dition analogue . Les
ellbrt ile ei p~r,; dt&gt; 1:migrtls e prolonn1•anl
ja qu't&gt;n I o:-i l'l " LraduisanL l'Il t.eutntivc
de cnit~pi.ration contre l'empire oai . an!: le
inquiétud&lt;' · de~ Fraaçai~ non eni·orc di sip1.le et .e m:rnirestant plu· ,·ive , d:ins l'ari
. urloul. durant la c.-tmpa!!llc que termina la
liat:111le d'.\u lt'rlitz; la riguPur el l'arLilr;iire
d ln ju-ti1·&lt; imptlrialo. le Msorrlrc ocial el
matrri I qui :,urri\·ait li 1 R~volnlion, li'
ténéhreu.e · inrrirrue: de l;i P&lt;1l11:e, Ill$ a,·cnturr~ r~tr:iordinaires rp1i r. di&lt;rnnlèrrnl alor~
dan l'ordre public el dans l'ordre privé. le
dé~arroi de con~ciences debililif par le
malheur de lenlf' , l'in.ooci:mlc éner11ie d&lt;1.
c.araclt!re lrempé. nux épreuve de la Terr1•ur
donl l acteur el 1 . !émoins re taieat n-

coru oombreu.t, c'c. t Lien là de l'histoire,
de l'hi. loira inconte table el 1100 conte tée.
Voilà de quel enE-einlJle de fails vrai je me
ni~ in~pir; pou.r écrire ce récit. S'il e t exceptionnellement violent L 1ragi1Jt1P, c'c l 'Lu'il
1'étaienl au i, tou le document· et tow
le. historien. en fonl foi.

li
.\u moi de novembre l 0\ :apoléun
chassant devant lui les armée de la coalition
rtait arri1·é à cbrenLruun. aui:: portes de
Virnne, ou,•erte à s,, t&gt;nlreprisi•" par la
valeur de . solilals. Oan. ce ,•illage. se
lronvo le palai d'été d,t la rnaisou impériale
d'.Aut.rirhc. C'e. l là. rru 'aprè avoir im•e li du
gouvememc11l de la c.1pit.alr eonquisl', ClarJ..e.
un de se~ lieut1::nanls, il a rail étal1li ~011 1111arLier génfral. « li traraillc r!an Ull ca1'inel
décoré de la :l:1L11edi: faric-Thérèse 11, disait
le :llo,1ite111· 0/liciel, en rl'ncfanl co111rte de
celle c.1mp:1g1h! victorien 'e. Ce cabinet était
en rll'et celui d la grande impératrice. Pi:ul-

�)JfADEJK01S'Ell'E Dë C~CÉ -

_ _ H1ST0"/{1.JI
Ire e.,1-œ
I' vait clioi~î
pa

1ue ·apol on
r.il,le
1111Ln· pi' · .
ur
ir. ) r~1eYoir
ill
ilit:iir
-.ils, \ donn r
s.!~ nudicnrc
1 , 1llait daru, la m;timte du
1:, nowmhre, 1·0~1îéranl a ·t&gt;e M&gt;ll ·c 1taire
d tta l . l:1r ·I, le CuLur du· d11 B:uano, 11ui ne
1· quit 1. il j, m,11~. et ,on mini
!foire.
élr-.tn;.;' r , Talle}'ri.lnJ, mand
bourg,
où, dur;ml un .emaiuc, il tn.
t •ndr •
ordre,.
T:illi&gt;n ud
n ',i · l u '"·
\foret ' h. i · · il
ml; T Il
d méipri. il .arel. \J
ant Lo
dl·U , le
premi1-r par le i:réJil doul il jo
l dfjà •n
Europe el pa
· c:Uplornali11m'.• l
~l'conJ p:ir I
ue lui L:m · il
l'Ernp rcur,
111 en .a pr
1·ur ri, lit·
um111cl1,m
r1
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,\ le
- :1, atlt-ntif,, et ema1,pl
r ire hon ,i a , on
erait
lt: ù leur anim ile
récipr04111 .
L., .iL011li11n i1 I' umen dt~ la1pwllc !'Empereur procéùail n,·ec 1.:u1 él ·
• :111!
e i~ il
L'so •
pron
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prudenr,,
n La
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m:IÎl!IIL p
\ïeno"• i · ec
tuai nl 1
•p~rn1 ,nt
11tli n if.
h Îl :IU
o
e
l'Autrirhe.
. leur eo,oy:iiL dt!.
uh.id · -n
olte, ,lan. un coml!al
méniora
tri · ' r, fal:,::tr le
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c11rv . pr l'a"oir ju. 1ifi •• l'Emper •ur ré\itlait li all,•yrand commPnl il eu comprenait
I' eiéru tion.
.\11 ôdJOr . dans 1., mur d'lmnnc11r oit
arrî, icnt d 'i nn à loul i1Hanl des C!ilafclltl:o, da.ru 1. •alon 1Ji,s nid•~ d camp où e
ll'naienL le. " 1n ·rau •t le.,
•ri,tairès, dan,
1 anticb, mhr qu rem11li. :ul la livré••·
tout était mom·em,•nt. tu mu lie, ail •t1L r ·,i!rO
uu impaLi~ot : . ~J .. i.; · li hrul:1111e
:1•!Ît: lion -.cll:lit
pirt.:r a11 srnil du abio«'l
imp;lrial.
\' •r dix b1•ares uo hrnil d'arml' f'L de
eht!,·au d,111 l:t cour du pat.1i. aononça l'.irri\
d'un pcr 11nunlT11 impnrl:ml. C'iltt1il
Clarkt&gt;. 1 "nuvrrneur de Viennl'. Il desr1·11daiL ù rh ,,·al, \'Cnanl. aiu i qu'il 11· r i :11l
·
rendre compte d I' ·10.t d la
011 cnmmond 111 ·11l •1 pr ·ndr
n ~ouierai11. l. 1·()(1. i•m qui
prolP eail re dernier rontrc lrs importun"
n',:1ait pa pour lui. En l'apercevant, uo aide
de ·~rup r1ui e tenait d n· 1 aJou d'alleute
,mira rh •d'Empcr ur, el Lou l au il6t ClarJ.,,,
du111 îl loi vail ppri I pr •,•n , fut inlroùuil.
« Quoi Je nou, .111 dan \'il•nne, Clarkll'I
mandJ 'apoli:\ou, n ··a .in :tut lu m~in
lél1Jup 11 la rencontre du g~n 'nl.
- !lien de nou\'eau, .'iro. llael11ue mi1111lt.- me urfiront pour npprendrl! Votre
füj •. té c • r1ui e t dt: nature l'iotér · r. 1
L'cntr tien
pour. ui~it i1 ,oi ba ·,e, n
pr: roc d • Tall rand cl de lar 1, qui

r

hn. ,,·nr de :,tl !-'.U'Je, lf\l e difj il aniL
dopt · •. - donoail moin rpw lt· :mir•.,
tnnl il ruLliiil m,iùe. le roté l'l'ut, l'iJi'1•
de 1.i pu~· uce OU\'craiol' l.'borume tep ·ndanl 11 • , ') m prit pa • i 1111",mtérieurernent il t'H \'li • ·npolPon, ,oil 11u·11 l d ·in 1.
,.-e. t à lni 11u'il marcha ans hériter eu u,:,,~•eanl de répondre li Jarel (jUÏl l'ioterro eail.
u ire, s'tkria-t-il, le enncm· · d \"olrll
Maje l~ 'agit nt t coo pir nl.
- flui êlr ,ou 1 int rro 0 a froidement
!'Empereur.
n bon fr, nçai , &lt;1uoit1u · i!Jninré. Je
me nomw
•nri •r, natif d DiJoo. : u l
111 natl·hi •, f ai
r i dnn 1' gard ~ fr.wçai. . .\pr
renne,;, je me ui en~3"1!
d ru l'nrm le de Cund1l, lkpui sort liccnriemcnl, j'.a.i , •eu omme j'ai pu. En d rnier

n

n nt

·,oir
qui dur;ul dr.pu'
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r olijet cc,- p ubl
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L'Empi:reur l'
pro.• ·
nd 1, . . 111. il
ol d •pourvu Je
atr •i:11 d •raut
it dti\iné la furt traité e
.
t, p; rllli
,
di,cu si
ncU , pr
,
t médittte.s el diifiuiti,em •nt arrè011 '· prit,
• ait tour un pro111
pa
ÎllCl.lS' l'J['O il
indi11 uail
ltal , 1raçail 1 ·
1 à JH?ll
te pro rammc pren.lit

- Lint! rho. Po 'JUÎ o·. p. , trait à ruoo
,i1· •. :ire. cl qur, cepe111Wll, je ni! nrai
taire à \ otr UajP l~. liien riue ce .:oit peulëtrl' .an. imporl.ancc ....
uoi dooc7
- 1 out à l'b ur • rn orrh·anl 11u fi 1. is.
j'ai !té aùurM par un h1 1mmr 11ui prétend
a \'OÎr une conluJenc • à r:ur à ol re fojt' 1:.
li conn il, l, l'(•n ruin&gt;, h,., d :131! d'un romplol qui 'ourdit nlr die. Le - •olin 11"
I' mpèchant de p.t Pr, il •'c t adn·,,1r ;1 moi,
PO m upplianl d le conduire~ l'E111pcr ur.
fo l'.ii aulorii&gt;é à me . uine. LI attend de
l' ulr ,·olé de et&gt;Llc porl .
- \ uye1. c • 11ue 'e t, ~lorl'l. ordonna
'apoléon. F:iit •:- !mirer "l brJwm • et Îlll •rro;.tez-le. o
li auiratt 1':ill •yr, 11d •l Ck1rke pr ·~ de l:1
chemin: el · u il n,
•ut, lanJi. que
~I r l 'empr _ · il d'uliêir. ~·ur un i;::11c de
, , d ·rnier, parut un irufüi,lu dl· pdile taille,
jL•uoc enror , malnré
clt • · u1 i. on11 Ill
t 1• ride. qui ~illonnaienl . 011 ri &amp;!:!l' fortement colnrP.. Il éwil \' 3lu d'um luni&lt;1uc 1·11
tlrap ,·crl ~ bran&lt;l hour,. , chau. ,i· Je hotte
montant il mi-pmh1! et err:ml coolri&gt; •
mollets ,·i •ourt'U I tLr :mil· J'unè l'llloll
µri·• Il hrna1l !i la rn. in une ,:a ~u He pblt&gt;,
d.11 m me étoffe el J~ mt'Hll! couleur que fo
t u11i11oe.
n all1luJ,,, ~a démarche, ft'.·dal
de ·- ~· 1u :i~ oml,ri p· r uu xpr ,:-iou de
tri te e l'i dïm1ui'-lud , nhc!laicnl feu •r,,tic.
l' udaci&gt;. uu rnr · fore d';imr.
\. uo arrîvée dan· 1 hiuet impériul, il
.alua, eu jetant un rrgarù rapiJ!.'el t·h rdieu.ur l• 11er.0011ag1•. 11ui ·y lrouvairnl. Il
portai •nt tou, d ltrtll nb uniformes, parmi
lc.,qud · Cl'lut Ùl' l'Ewpcreur, - ln tenue de.

,•a

Fl~i;rltr ~llll/.J lt c.1tl11rl lmflrl:d, t,corlt

f.Jr'

su

Je11:i: fJdùns. (l'a.gc 1.3;-.1

li u. j li Litai· llamhour •
- i::~t-ce là 1111 ,·ou • ,. z connu l' Ul qui
wn:.pin nt'/ Qui ,out-il 'l
1)
r11i-ali
•d
mi" d )lon~ieur.
-

· 1uai •nt di rt!lelll •nl écart··. li dura p u.
Qu od il . termina, l'Empert•ur re, inl à pas
knl! ,er:. le grou~ 11ue formaiml le mütistr •
·t le ~t·cré1a1r' d'Et.i t.
1 is Clar t&gt;, au li&lt;'u du • rl!Lirer. pnrni sa.il all udre.
a ,hez-,·011.- oulrL· choi- • me Jirc, gt1n •
rai? reprit J'Eruper ur.

roU\:1!2-\0U.

le. nommer'!

c·

- J peux nommer l 'Ur ckr.
·t le
m rqiw de ïrct! 1l a re,;u du prince l'orJr·
J, péu 5trPr l'n Frilntt&gt;. d' prèch r la gn rre
civil el d'y pr1Jv04ucr J •
ul \'l'luenL H
est porteur d,•: 11911\'0Îr' de 'Ion ieur, à I' ide
J 1l'1cl il a JtlJi, rl!cruli! une poignée d"émigr: , tous ~iuh·nt:-, 1011 ré:iolu l linrum .
ile coup J • main. Le cliàl u de l.:i ·t!, itué

·ur

ronti~re 11i:,e, prt , 11
é rnmme lÎPll de 1 ur
,paï
r,~
ou
lerri
011
,i,
1JUÎ lt
CUTI

-

\'OU

d

!l'u

'il1

,

l'ont rlit•r,
nJ,•,-vou.,
f,.~ Jh·cr,
•ir.
·ur l~m-

1lice.
- Po1m1u11i 1 lrahi · ·ei•,·uu. '!
- Pour m , , . I.e marqui ,1, f-in·;
ru'. f il 1. pl
_:mh.: injnr•. , •. !l n~1,our", il a ,'.d
PUlfü lill •tilt' J auoa1
et •111 • j,: J,.,ai

r.

Celle r:pilu ·
. udl,, éd:ilail le J :sinl
,.nt du Jélal u
· 1p1i, \fon un·
r.
m ,nr • ju tilin
tr,1hi"ll11, r~ndil
1
•11r fK'll ... jf. Il
ù il ..ilrm·'ic~ ._
m 111 FI •uri,•r •111i
l
d urnl lui ~an
hu111iliLA ui j ,.,.tanœ. 1·0 ht•mm itui e 1:m'
un rlroit ou . i:i·oruplil un Jernir.
a Lt· 1mplol -t-il
un comm ·ncemclll J écution·1 lil-il
d in.
- P l'lll'M • , irr.
1·nn pirateur 11
·
e r.!unir :iu rhâ u ù Cir ,t •1u•• le
mui , J:111~ Ji~ jour ...
- han. di jour-,• rJjlfta I' ,mpercur.
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mots S;JPIS

dntrlwte, Toul .&lt;011 r11tr,dn d;21I lamtc.
ur..1.lt I llll' StS lart.r .... (hi:-e 13•.)

$1&lt;Îk

Talle ·rand Ill' hroncha pa ~ou, r Il inlèr •
pcllaûou à lm1u 11 · il ·au nd it.. L'Emper ur, tout · 1 ( i. qu'il , ~a.il à • plai11J.r,,
d la nohl •. e, e f. 1 ail un m~lin plai,ir d
lui rnppcler 11uïl eu était, flu'il complait
d . pa rcnl •,
mhi l de I prroJr : témoin de . ,.dt'f .
1 J pen. e. ~ ir , rJpondit-il m~c l rai mu
qui nll l'aharn.looiuil jauu1.is, riu'a anl d\ c. plt'r comme l'expr ion de la 'éri1é 1
diioonci Lion, ,1ni TI nn ni d' Ire faile .. \'oLrè \laj Lé, ~lit! doil ordonner une enqu le,
s' urer que l~ dénoo ·iat •ur n'a pa · alom-

�1ll5T01{1.JI
nié le~ p ·r onn

_ _.....:..._

_:__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __,;:;....:;............._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,1

Jonl il reconnaiL 1ouluir

é

l't:JJ!!er,

- .le m'en a.surnai, oy z-en ~ùr; u1le
,en JTiète er:1 foile. Mai~ je parierai· 1p1'elle
conflrmero ce 11ue nou venons d"apprendre.
C 1 1•ur r ·s ·emhle ·i bi1m, à ces en. -là!. ..
L' · utiou du du d'Eughien ne b:o.r a donc
urn .... lls rculenl d' ulr . Jl'\:OOS, ' •• Ils
a.uront, el non moin. terrihl • ! •
li ~·exaltait en parlant. n proie i, l'um• de
c · 1·olèr • , féinl · ou r Ile . dont le rel oti. :int. klaL
nt in~itparable di&gt; ér,i. od,.
1•· plu · timou ,. anl• de . on hi Ioire eneore
&lt;1u'il n'ait jamais cessé d'en èlr le maitre.
Î&lt;.1ll1•n:md. san. . lai· r découccrler,
tint 111 ·,, 't&gt;tle foi · encor , à l'ora"è.
«C• . ra sa,.c,. e etju Li e, Sire Quiconi111
~e rend coupahle l'mers \'otr . laje l ~ dait
'Lre puni. J 111 • permet eulement J'okerl'Or 1111 le!&lt; p r unne-. !i 11ui
olre l:ijC! 1:
conlier11 l'in lrucLinn de celle affairi; dl!vront
y apporter beaucoup de circ.on~pection. Je ne
&lt;: nn;it ' p:i~ 1a marquise tlouairièr• d
ireé
au nom Jr la 111clle ont élé a c·ordJws 1 . fov urs 1111c ~I. .foret ,,i nt d rapp1•ler. Mai,, œ
que je . ai d'elle m donne à pt.fü r qu'elle
n'a pris nu une pnrl au a ·I · r •pr chét- à
on pclil-lil, à .uppruer qu'il .oieut ,·rni·;
prohalil •nwnl Plie le. Î!!TIOrc.
Ce~ p. rolc dite d'une v-0ix Jont l'.il'c nl
empr inl de dé ~.renr.e tempérnit la formel~,
il atlendiL
i J , ne ..-ou rdi n · pa • réplit1ua ·, ·hrmcol I' . mp~r 11r. Yon me pr6~enter I cc
. oir '" ~rojd de I oui i1 la Pru , • dont nou
avoo parlé. D
Le m111i lr• 'inl'liua et .orlil en trainant
~a jaml,c i.nfirm •• ui~i d Clark• c1u •. d'un
g Le, ',apoléon venait nu .. i de con&lt;rédier.
llaiatcn3.11l, fo somcrain était cul ;nec
larel.
1
·ey1•M·ou el écril'cz, » lui ordom1:11-il.
Il lui tlicltl c • &lt;1ui sui l :
c f}uarlil'r

,,~oi-rnl ,le : ·lun1l,ru1111,

rn n•m•m.hru 1 Oà.
1 . un icnr le twnislre de la police
"nl~r le, j ui avPrli 11ue )l!l; émi!!ré · recommencent à 'a!!'il ·r ·l îomenlenl de DOU\'i&gt;a.ux
• mplots. L'homme que je \·on. o,,-oie ou.
1, one corl , en mêro I mp, 11ue celle letIr , on, répéter 1 • dJtaik •[li ïl m'a donn t
au SUJet d'un :illental qui e pr 'par ;on1 re
la sùrcté de 1'8tnt et contre ma pe.r: one.
Vou jugerez Ju d "l'é de confürnce que mérilenl e. anirmalion . i, comm je oi ·
parlé 11. 1 croire, ell
ont fondée~, vous
en,·errez au chiih·au d Circé, snr la rronlière
~oi e, pr' dti Pontarlier. un ronctionnaire
J • votr • ruimini lra1ion à I' ITel de tirer au
clair c llt' affaire. ]l r im ti de pou\'(/it
ufû,anl · pour eon tiLuer, san retard el ur
k lieu , une our martiale à laquelle il d&amp;r rera •1uicon1ue lui p:mùtra cuupabl ou
complice Je· acte. d ·uoncé . J'enttmd 4uc
prompte l'l exemplaire ju Lice oit faite. \'ous
me renJr •1; comple Je I' :téculion d m
ordre .

~ nr ce. lion. i nr lt mini sir de I police
gtin :raie, je prie llil'u qaïl vou ail en ~:i
inte Pt di,,ne "arde. ij
Qoelljues in t:111Ls plw t:JJ'd, celle lettre
mise au net par àraret lui-mèm , ~u son l':lr et.ère co11HJ1:nti l. ·t i né• p r Napoléo11.
1t&lt;1Îl l! p di ·e à 1oucht'•, L'orticier de enù rmerie n •JUÎ Il M'a.il élé conli e était, Pn
même l mp., ·bar~é d co.nduir à Pari 1.:
dJnonciat ur fleurier.

l\
On ne peul rcn:irJer ;101 archin• d première , nn~es Je re si~ ·le, do _ier ' d émii;rés el do ·ien- de pohrc. an· y retrom·er
le. vesti~ • d~ drame c!mo,mm 1 • li y en a
d mémornble , Mrr le. 11uel l&lt;lul a 'lJ dit :

l'exécution du dltc in:nahi n, ln ,·nnspiralion
de Gl.'Orgl' , la mort de Pirh •iru, 1 pr •tendu
uiciJe de l'.\.o foi· "rl bl, le . upplice d'..\rmanJ Je Ch:1tea11Lria11d, l'ai ~a, inal du corole
ù'Acht t combien d'autre •pi. des tr:wi•111e ! Il y en a d'ob cor , d'oubli: , d'i&lt;rnor,1s, quo r ;"/lie ou rappelle, lout à coup, un
rnpporl si"CTCI, 1111e noie mrir innl1, uoe lHme
m~ Lérieu e, unl! nllu ion plu. ou moin êninmaliqnc ou mèm , tout . impl rnenl, une
menti n, colt• d'un nr 111 inconnu in cril or
1 rl'gUrt!l d'i1crou d . forll'rf''SC' l'i de·
pri nn . l.nr·riu'à la rhute de ;";, polfun, 'n
1 14, 1 ca1·bot · rcnJireoL à la lumière lt.1
dêlenus poli1i11ue qu'il· J:!ardnicnl, le noruhr
de rc m:irtns d'un dPspnti m c a pilr~ fut
1111 • uji:L de lupéfaction. Des gt•n~ rel'arurent
que d!'pui, lon11-Lt&gt;mp. on cropil murt ·. En1•n~ par la pulic , il :waienl ·i, illi à capti"iLit, Il. foiqit:nl de traitement. qu'il vaienl
. ubis de 1 1 t:ilileaui q11t&gt; la po li!rité refutraiL de le tenir pour véridique , i ce
dires, a priucipe u. p cl d"e agéralion,
n"a,·aient 'LJ peu à peu coufirmé pnr 1
a1•eu:1,. m"'m•! d,•s personna,..,· cbarg~, d'e t.!culer Jl'~ ordres de • a poléun, cl qui, t opo1son lomùé. c nt lîorœ , rn ile!! mémoire
plus 011 main . incèr ~ de e ju tilier de lui
nl'Oir olM:i. Ce re,·élation rétrospectives ont
jeté ur I police lDll' 1riale un jour . ini Lre,
1p1e n·nd plu ini 'Ir 1•11core la lecture de
documen cont mporn111 .
Quand on p:irle de a la pr,lice o de ce
temp·, on se ·erl d·une e1pres ion impropr .
l , 1 polires » qaïl faudrait dire. ll y
en a ail plujeurs en eflH : celle du mini Ire
Fou hé, Ue du préfet Dubois, œUe du coneiller d'Etat RéiÛ. cell de l'agent
mare~. oeil du ~fjnéral Ouro,:, 1·htr,.é de veiller
ur l'Emr reur; celle Ju général Monœy,
chef uprtlme de la rr nd r.merie. , r1i par
dl"' hommes prêl. à roule' les Lesogn~. par
de.~ e pious re.-rutés dan loules ll!S clas es
ocial , ce~ polie
d :te laient, ~e jalouaient, e urveillai •nt, .e déni&lt;rrruent. lai
Ue arri ·~îenl dan le même pri.L de ~errilité cn1· ·r le maitre, ell opéraient dan· le
même but, 1:1n1ôt contre les rmigré , tantôt
contre le pr~trc., tantol ~mire 1~ jacoLin~.
C'ei,t nr 1~ d de leu victiwe qu·ell
rapprochaient el fei.gnaienl ile
réconcilier.

c·e

Part et la France, r1l'ada11t plu d ,inat
ont été la proie du cette or ani lion
puis ·note qu'am1l tlbanl'hée 111 1'crr1:ur, dont
le .Dirt luire am tJiura lè mé ·aoismti. 1ur
l'Empir, régulari. a en la cotuplotant el 411i
l'appeUc li&gt; pr 'dt!, de just1r.e e.xpédrli\'e,
lm ·ée ·ur la Mlation, u il•., 1t Yeni e, à l'é1 10que 1,rill:rnt 1:l ombre de dog et du oneil de IJix.
Il n' :1ail pa nél· air pour ,10 les a eu• ru.•enl Irapp: qu'il~ eu~ Pnl été r •counu, rnnp:rlile . S'iL t! 1plai~ai ol au m itre,
ela ufli.ail. Pour les cond:unncr, on or ani ail de. Lrjbooau1 d'e Cl'ption, d . cour.
martial . Au lie, oin, on ,e pa: ait d ju~emenl. Empri 011n,•r, déporl••r. pro crirc, Fu.iller ont alor. cbo· eouriinle.;;. On ru illail
encore en 1 00, an omhre d1· lé olilé. Qun
~i ù'a,· rllure 11• jug command•1 pour la
cir&lt;;0n rance ·,11i~aienl d Lr-OU\'•'r in110t·enl
l • infortuné tr duit d vanl eux. il éL'licnt
dé•avou~ el queli1u•foi· d tituh. 'arrèt
qu'il· arnient rendu était annulè, et le proce , 9\t&gt;C, celle toi~ son dènoucmcnt lra '
d'a,·ance, recommençait pour l.1 forme d vanl d llltl·ristral improvi é , plu com plai..,ants quo le premier . ud,é, tant qu'il
r Ln it la tète de 1 . poli·.- ":nitrul , fut l'inLJ'umcnl de ce• forfait . C'! 11'i;lait pourtant
pa un mau,· i homme. Le. h.i lorieu •1ai
c .ool occupé;, de lui le rcpré·entent ;irer.
rai on comme plu nlnntier r connai. anl
11ue ,,indicatif. 'oit q1ùn rfl\.t il iuclim\t par
lémpt:ramenl ou par haLilcM ,·er la modé•
utiou. toute lt• foi que son ambition n'élnil pa en j n; oil que. pr '1oy3nt déjà la
chute de S polèoa, i! 1•oulùl ~e cn~cr dti.
Litres à la r•connais ance de st: ucce .eur~,
on cit de ca- oi1 il tenta d'atténuer la rigueur de ordr · qu'il avail rrçn .. lai
ca. onl l'ex◄•epùon. En fair, il prè la main
à Ja plupart &lt;les iniqui11!, de ce Lcmp".
Ou rc. te, ni on vt.a"e ni s:i iiersonnc ne
trahi · aient li! m· ion. confiée à on 1èl
el le re!poo bilité • qu'il a umait a rai.on m~me de se fonclion~. Bieu rn .a pli)ionomi •, pa plu qu· 'fl
mœur~. n'étail
pour effrn!•er ou repou t't. Quo111ue •nn pa . é
de terrori te implacable el farouche rot trempé d an.,. ionocenl. il le portail an. faible. se et le pr ent pln. allé!!l'eme.nt t&gt;ncore,
r.omme s'il n'eiH pa · t•u con ci(•nce de crim qu'il u· iL a.ct'Omp.li • aulrl·Fois el du caracl~re mépri,.alile des acte qu'il accompli sait mninl naot.
D'on abord fa ile, lril'ial, mais
son · :-epLici.nue, on inditférence
c1ui n'était pas lui éclataient dao
propo , dao c:a tenue négli 1.fo, dan uue
'Ortt:1 de d; in1·01Lure qui umLlnit r ulter
d'une; me san lrouhle et an remord,. Don
t.ipou t!t bon p'•re. dépourvu d'orgu il el de
morgue, aimn111 le mond.e, 'y g\i sant peu it
peu. I Nerut nl e :pions, y reuilant dv services \ faisant d · ami , il était, ·au moin,
en npp;ir uce, en dépiL du 1.:Uie J'intrigue
4ui im,pirail LOUie ~::. dtimarche , un mini~tre comme un autre, ordonnant une arrestation qui devait ètre uirie dti mol't, :m:c au:111 ,

....

______________________ M

JtDE.M01S'ELr:E DE C11~C:E -

~

d:1it l'un tl'eux . l'bùtPI où il éla.it dc~cenàu
tant Je érénité ~UP .'il e fùL ag1 d'une C'tmlre l"Empirr. Quand il lai··. il à l'Emp - en trowr'anl B: le. Celle leUr1', il l'av il déreur I plakir de •e~ :ittri~111er 1~ dt!~Uf ~le,
imµI · n1 ''-tir' admini 1r:11i..-e.
. ,.
truite aprt$ }';noir lue. Or, c'e L_ à ~lilau que
Pt'r,onfk: n'a pou.~ plu l in 1111e hu 110- c n' Lpa 11 lllUJ0llf'- 11 I •· 11rnoral; c 1 n: idail nlors le préleudanl Loui. :X\ Ill.
ron.ci •ncP, 1':ili ·rnl'P. Je tout •l'rnpule l de qu'il ·ait an intérêt 11uekom1ue à e donner indi,·idu , Fouché comrnençaiL il le croire.
tout ,ens mor 1. lais pt'r onn • au~. i Tlt'. l'a l'air de h arnir iQnor
1
Cepeml.:ml, quand il w;ut la I ttre qn, n'étaient aulre quel marqui: deCir 1 et
é alé da11. l'.ll"t de dé\·tlopf'l'r I re'~oum·
complin
,
ou
tonl
au
moio
une
partie
d la
, apoléon lui • ,oil :cril1• ~t: thœnLr~nn, a
d I police I d'en u er pour la ~_ûrcl:
bande.
l'État 1•11 un ruum•·nl ois cellr Hir lé poin·:111 1 date ùu l:i non:mLr •, 1\ fut contrallll tl
c· t l Iendrmaio du jon.r où lui a~ail ~I ~
'a"ou r (Ju'il n avait rien J fo11 qu'elle
1re me1111cée ou con,promi . If, ne lai:~3il
remi
e la leLlre de n..:n1pr.reor qu , Feul d'.i.pa de courir 11uelCfUl' ri. que. duranl rau- ri: ·,Ha.il. li en onclut d'abord que I' mpl-'rt-11r 1 matin dans .son cabinet il ·'ocl·u11ail de
. 't!lail lni ,;k romper par !l'S dénonciation de
tnmn ti I
La rupture d · rel:ihon
celle aO'aire; si 'ri iblement ah orLe qu
com1u •l'(iialc· avec l'.\ngletcrrc a1·ait èn ~p- fi urier. L police iropérrnle compt.ail · l'bui sÎcr Je enice à .a porte, l'ayant ,mtr'primant le
xporlalion ·, jeté le :11Ta1re· Hambonr!! des a11ent lrè: -ou pie·, lr1.1 • r
OUl'ert à den:t r prise pour lui annoncer de.
dan" un dé. arroi qu'a •p.r:ivait t•ncore la r - tor:-, aï• nt fait leurs prem· ·. Elle a,·:ii! ?n ,·i ileor munis ùe lettres d'audience, n'osa
retl de rar ni. 1ue ;11Tre11s1: mi.rrr. r'gnaiL char é d':rrfairc~. Rourrieune, dont l'actmté le di traire de . on Ira ·ail. 'èrs onze hcmes,
un pt·u parloul l'D Irance, el à Pari plu. r · li,ail de. prodi&lt;rc.. Les un el I_ au Lr~
eulement, l'aOlueuce d sollkiteu ' qui
qu•a1llt·ur . L Ir or p11Llic ·1ail à ec:. 1 ·'tHaient eréé rl,, iotdl1 nu~ p:irm1 1 " émi- rempli!,saienl le .alon le détermina à prégré
li
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•.
1.
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~Ha!~nt
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de.i
lmtl~ •I o déficit. l,P.:- l,nnqurroule r. ·uc,;entcr an mini.Ire ln lon ..ue li te d •. nom~
œda1n1t. u·~ indu tri ' élai,•nt par,11 t •• parol◄&gt;;; imprudente.. a de! mdb •lion ,oucril ·ou leur dicté•. au fur el à m or
Ilien 1101• le rr uverm·menl . ·rtrur :àl d per- lu&lt;!.: ou non Lrinl 11'11til indicaliuo · la
qu'ils
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trahi:011,
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p
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dan.
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royaler r •1m:•Jc à ln délre,;~l~ fü13ni:i r ré~ullnnl
a n 11\'oyez tout le monde dil l·oucbé bru liste.
leur
av
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livré
ln.nt
de
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qu'il
ile l' ltat d, "Ucrre où il'ail l'Europe. 11 •
fût quemenl; je ne rc!'enai pa . » El ~omme
tendait à 'accroître Je j1 Dl' en j11nr. , c li • · ml,lait inadmi~ ible rp1'un complot
l'huhh•r ollail ortir, il le rt•tiul en oJoulanl
ca11. d1 m,·. ·011I 'nlnn ·ul l'l d"inqui~1uile, la lraml1 leur 1n. u.
un ordrn à elui qu'il veuail de lui douoer:
Tel
l'ut
d'abord
l
·
enlimeot
de
luuch
.
l ·\· • • a111i1·ip, 1n 1fo 111 dn~,1.· d,• 1 Oli t&gt;l ù'un~
d Uernettrz c ci à l. Tnh-:iu. o
.lai~,
apr',
afoir
proa!dé
lui-m'm
à
l'i11lerparlie J1• c Ili tle 1 'll7 t'II ajnntail une allln•.
« f.l!ci )t :rail une fcuill de papi1.•t qn'il
ro", toirt: d1 I· lPuricr. cotblaté la \r i mle· raruillc do11l Ji,.,; l'orant. l'laient appel,:
venait
Je plier en quatre, prè · y aw,ir tracé
, ou 1,,, drape.;111 i 1·0 o1it!ul nec ,10goi H' "\:i- Ll;n1. el 1:i préci ion J ~e · dire-, acqni · 1
ces
d~ux
li"llC! · : 11 Ch •rcbl:'r parmi le: do •
pol1.\m 1:ll'ndrc :-an ce ~ • fo lerr:ùn J . un pr u,·r. de on M intéres "ffiPnl, il ce:. il de
ier
·
d
•
émi
ré celui Je la famille de Cir é
meLlre
eu
doute
.
honn
îoi.
L'
même
jour,
.icliou militairl'. ·on ••oill immodéré pour la
et
me
l'apporter.
»
dan.
1,
corr
•~ponJancc
d
ui,se
qui
lui
fut
luire appar:ii: ail d ;j cnmmc u.o • :;.ourœ Je
Le Franç(lis qni, durant la 1'é\·olution,
communi11uilc, diwr!l détails lui parurent ,
&lt;'nlamilrs.
1
L.., m · 1111l•·nt,- , 1plnit:ii Ill œ1 élat de rapport •r tH11 1'1ln. i n m •ni. fuunii par . 'élaient réfuirÏl:' · I' lran"er se cornptait·nt
par
millier
.
On
ltait
r Lé lon~temp :;.au~
t
lcurier.
Llle
!li:!nalail
I
pa:.
a
•e
i,
B.
1,
d'incbo,c • Il J :cmaiem n 1 •ro~si ~. 111 Il·:.
pouvoir
en
préciser
le
nombre
el n connaître
dh•idu
:iui
:illurP
étran~e
l
my
térieu
,
peril. au quel· nne 5eule dt!faile des arm · s
imp.lri, lt·~ e1po,erait la Fr.Ill •. C rtain, qui, 11:tn~ 1 lieo1 puLli ·. :naienL alft!ctJ le nom . Pui., quand il y ovail eu lieu d'apJ'cnlr • t•u, profitant de l'éloignement tle d'être ·1ran"cr les un aux autres et ,,u·on pliquer le. lerrihles loi édict.éc contre eut,
l'EruJ)e eur, c11111mcnç.1imt à dir~ tout haut arnt •urpri en uit Ctlo.anl ensemlile fami- le municipalité l le département. lll'aienl
de lil:rn 11llen- ét • imité ù fournir de indic.11iofü à l'aide
1
,ptr. ch. cnn , • di ;1it tout 1 ,. L émi- lièr menl. 'oe leUr• da
ré entré.. e h· ·ardaicol ~ aunon · .r la lin
ùu r :,,ime. fa11r • nm1 qui souhnitairnt ·,
·b11te, le,- plu - ard &gt;nt ne wanqunÎt•nt p~
d'oli er\l'l' 11u" là 1·irtnire de allié l'lllraiuerait t\:croulcmenl du lrôo im~rial, el dt!
p ir. cell ,irt oirl:, riu 'ilt. appd~i nl d
leur rniu
ncrilè e,, eonvainru qu'eille
aurait r nr t'IÎt!L dt! rouvrir la r ne Ut
1ourhun .. Cba11ue jour, on parlail de eon pir.11ion. On ·n prophi!1i.ail la r~us·it .
IL ne f:ilbil rien moin que l'éner ·e
FoucM, Mm lia.Lil •l •• s-on nng--froid, pour
ont nir les pa .ion. qu'enfanlaienl th z le
un la peur, eha le~ utn J . spér nce
coupa hl "• pour k- !'Ill h r de d :,, mk •r
e11 un de c
t·-0up: di! mnin an quel. ll'
'eu( 1 bt rmiJor. le Oix.-hu il Fruclidor. le
Uo.-huil Drum3ire ,wnienl depui douze an·
11ecoutum h• rauçai .• et pour étau~ r dans
l'œu! 1~ cumplol qn'oo -pouvait d'autant
plu redouter qui, le élémeul en él~i!nl ù
Vt'llU plu nomLreux l'L plu appart!l'llt: le.
rai. us prop à J lt!••il imer.
li · cquillail de celle tûche ave un rare
bonb ur. dh·er~ repris , l'E.mpenur lui
a il •pr · 1 l maladres s de
poliœ.
1 i 11; repro · n'élail pa. méril :. 'oudié,
lrè inl •lli erumenl 'Yi par 1' espi .a, qu'il
11 ,.. 1.:1il ,-as nües :ilrt r&lt;&gt;ur qut ie, .icr:Mtü ]11$Stnt /r.Jffts &lt;111'/1$ tUUi?nl elt reconnu~ cf)uf:st-~, S'Iis :.1tentretc.nait de loul part., vait en main 1 ·
ff;ilsaft',it .iu III ritre, cel.J suffiu"·--· Em('rt.10,s~r. kforltr, troyerlre, /u~illa '1'0"1 alors ch/J)t t0urg11tt.
011 J11si1L.JI tK(Ot't ( 18&lt;,r;, SHS ombre(/( IJgJlllt. il'~e 1:!8.1
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d Circ;:, lieutcnan • ~nàal de ;
t;r- ·e à rt&gt;ll1 pro! rtinn, rilh i~r 1ah:rn, qui ro,:,11.'~, mort l!rl 17 \ dan~ lt Ü
cumpl il d' illeur d' ,. 1. ltr1ll3n1: -er1i , l';u e 11i1 il · 't•nt rl'lir 1. Ion d,•
p,m.r o rien dvvoir 1a ln f.1.vcnr. devint rupi- «(IIÏltarll la I·
n 17!H.
J..,mml O ICÎt•r. En 1 ·oo. il l:lail capiwin~. Il
mom ot dt&gt; on lmi rr ti11n, •lie , i
.e,ulil:til don a ,uri: du mPme :in-uir qu
1 mari an ch. leau d Cirr.é. ' OUlm
r u _ de :-e. · m rad ~ 1J11'il 11, il vus ap~lt1s
3che , , rro · ffil'lll dr l'ontarlier.
dt11ui au t.!rad · upérit-ur,. ai , .far n •ri,
•Il d :part, 1
'"- Je .ire ~ ont ri:
un lialle enm•mif'. arr,'la 10111 court :a rur• 1~ · ou pruli
lo n.1li1111. l.1• i ·ur
ri\re. li 1•111 1• p11i~n..-l Jroil liri ;_ Le ,uin
Ch
1, inltnrl:1111 du m r,111i,. joui ·~anL
•1'1'il r ~ni !!Uérin•nl a hie ~ur •, mai~ lui 11'1
rrpulalion de ri i. mt el tl'honndir nt l'u ·.1 •e du m ml,r1. alll'ml d'un . nè
cm. lilné gard1r11 ,tu ~t: 111 ,,t r
manière lrop imparfaiti&gt; pour qu'il lui filt cl
r r l'D ci•H,. 1111.ililè a
po sil t · d.- r1• h:r ,ohJal
1io!!t- imt ans, il
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ttuillait l'armée, inlirme pour Ioule -, ,·it&gt;, :i
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l11•ur •u en ort', d Il nn 1n11lb1•ur, d pou1·oir Cirrë n'ont pas. t.n,u,·é d'nrqmlreur. C1•t1
di imul r ·on intirruilé en contra ·1 ni l'h.1hi- drconq;im e a rlP attrilmt:tt :IU . bon ;;ou,elude de .
que eulu,h •m ni J • nir 1111' · i ·nl ·
clan · le pa ·, 1!S dhrr
. 011 Lr
m mlir ~ d cell
ill,. Pt•r~onM n'a mulu
ou~
·hé :e donnt!r l'air
di pnsé à hmr nuirr..
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l'f.tat.
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· ce:,,a d'êtr rui: !]U'il t&gt; l diL CÎ-(
, ~1 :as
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il I rl'dc,·int, u aprè la mort d1
ari . Elle
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llll'IIUl!UL, Tahau
1•nL'1'menl Je celle :u
,\
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rou , de ceu
l'pri c:-, lc:1 rapporb de · a,,,,nt'atlminblralin
la rondation d,•
l ~iµ.na1i• . a pr , nce. Eli«: ,,~nil,lc
n:mpire wn it de tfonnn UII impo1 Lan
• . y léin, tir1m•1Til'nt à l'Ll(-arl Je
plu t,"and ncor • f1ue dan: le • ~-Il.
11 ri n11 ~ ro ali~h:, .
nouveaux 1'mploi a\'aienl :té n~. el ni
•ur dl'parl pour 1'élrAn r.r, 1 .
au
nu~. ari:ib ên 1 rou'I dP police
--ail!llt t •
n fil uniqn ,
dan
!l'm ni.. Fouch,: n promit uo
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, Jont l'aw1:,
· .
do11t il appr '•ci it l qualit,~
n hn
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l'i 1
. ~lai , au Loul d'une ann 1e,
pareub r1uand il 1'.mi
1,
cetl
o
u'av ït pa 'lé tenue. lin r
cund, une fill •, 1~ bel
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Talvau co
nçai t 11 ~e croire oubli~, 1p111nd
ovt&gt;&lt;: nn 1&gt;4,.r et ~a mrre. enLout coup, durant lie m lim · d no, ml1r ,
ur, ce i - i apnl été décnltr.
j,!rÎ e et tri~te comm on ~me d,:Cour:v•é&lt;-,011
lraJuil d~,·
·
1&lt;\'oic:tail ,. m1 lui apporter le bill l mina I rid latio11n:iir1•, t'.untla
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fille
•tui · rouvaiL 11ue ~on bieufaikur sou,·e'•té r:ime11 • au
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- Le voi i, m n-i •ur 1.. mini. Ir•. r;- rt1
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double feuillu d m,. papil'r joune, 11ui leur 1\:1rangt-.r. Il a pri, du
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·nait J • r.011, rtur . Pui , dt'hout, dans uuc comm. nJ . nn ._,,. .,dl'(l
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alliluJ • rc~pe ·I uem- ', il ajouta: • Doi,-je ine a\'UÎr parl.i ip1:, quoiq
nt,
~llr1 'I
all'I tcnt:1Lin•si1u'on1 f
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1Là
Fouc·h\ f[UÎ d;j r..uilldait le do i••r. 1 Oil, l11 pri11
én1i.
le cr le
r,·1
l t li!, eonlowa d'un • rd l1iemeil- ropul lio1 coulre Ill ,
ft-aar i, .
l3nl I j,•unl! hrm1m , el, lui ù; i:maui 1111 On 1,· d_it l'lllr••pren~ol,
'J11e el r ~olu.
l:tul ·ml c lié 1fo son bur.-. 11, il dit :
Le rapporl d~ p lir,, ,
r 1·entent sou
A L-Z-, Ob et allendl'z. 11
c t peel Jéfa111ralile
i:
fait
1;ihau 1.1L ït. 11 h bituclle pâleur s' ·•1.ait pour c,,rrobor"r cetl · apprêt·,
dit
• •ulm'.-e, d ·, l:iit li trouble •JU d• h:1.1011.il cPptmdaul 11ue, depui· pin. ir
jI a
1•n lui celle ir11itatio11 dont I' maLilité r:mi- cJUill ~ lempllr· ircmenl { llu
uné
mait."
pilra11 .., - ~br:uM ••. Fou ·hr -' '.t,1i1
uluri. Li Ddu r~r. Il a t{ té l
U 311
replonn · dan, 1 lectur Ju Jo. i •r. Il en muî. J'anil d ·ruier: la L 11Jr ·,
plu
1

.;m

,

________________________

.MADc.MOTSEl.Œ DE Cmc.t -

~me,

lal'li. l an
llC'
nll a perdu 'C. trac('~.•
'fohaa :wail lu d'un• h.al inc cc. note.
pli Li ~ • nuand il 'arri~ta. louchi· dit :
(1 Eh luut'!
- Il~ a enrnre qut•l11ut' linm~. monsieur
l · minLlrt•. mai J'un utrc 'criture.
- '0111.inu ·,. alo • •

r '&gt;compen • de voir· 'll•I ·I dt&gt; rnlre hali1le11.
- Oue \'otr Esc llrnce m perml!lle d
lui e priml r ma !!Talitu&lt;le ....
- \'ou m l'e l'rim rl'I: 11 \'olr • r lonr,

Il r,·pri1 :
J, Cir,-1: a a111,u
tlalê Ju ·eph•whr• 1 O:ï, :1dre, l' à rcmper or, •n on 111in1 1•! , u nom de son pdirtil,, une r •,p1d à l'rlf..-1 d'uht1•11ir pnur Il•
t:l pour lui l,•ur rilJi- liuu J • 13 lî,I 1it-: émil!l'C ,
M· je té, aprh ~•etr, lait rcnilr,i
wmpr • d«•. reo- i n m •nl r11 l,; d-J . n~.
a orJ11n111\ 1"ll1• raJialion.
u ·nnmm ·,,
oul, ar
, ut11ri~,: j r •nlr ·r 1·11
fr:uu·,·.
(( C,•ue m ~11r • Je ,-l~menœ enlr, io à
1 ur prolil la re.,tituliou J~ 1 llh Li,•n. 11,,11
, ·n,lns. l'rr~enîr h• pr •rd du lloul,~ d lt!
·ommh,· ir • u,:11 :rai J · pt•li~,
• dt'•p&lt;1rll'mt&gt;11I, r, \l•rrir u. i 1111•·
d1
inl ·nli«
l'Emp..•reur ,
:tr
in: t.d
rdour, IÎl
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du rui.11
e I l!tlerr ,
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J311s u
~.,.• · - t• r.a,ul
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1p1'il a
l'. Ll' mioi,IT •du la
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Jo, ~ier; pui, e
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lt• hrl'l0&lt;111c.s de ~a
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a11j11urd'lmi. L.1 111. rqni c ,I,•
l-hl unl
• u de ron;;pi.mp.·r ·ur.
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1 • l'Otivu u·a J'aulre
lltJ la d1•oon1:i. lion J'un 111di iJu •1ui
·11·,111ar ~Ire
le rnmpli ·• J,: t·,:u qu'il
. ·l individu
11 mnn po111uir; ·
·. lut rrort•I . J • rnu ,·onlie
.1:1udi1•tlo·. làdit.·L de ,ou,
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rnlpaJ.ihi.', ITllÎ 1111 f
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\OU• r~cu~.L Je n1t1i J ·
ou:, J'apr··
1 ,11uell1•- ,,u ,1111~ l!uidl
n qu ,·ou
m.'l lrou,I! là-L'. d,·
li' ou de.
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lnÏ,
,· ·
p:irliro' · • ·maadn
1 hau 1111i 'rou1.iit r pt: ·lt1t·U
,·c.
- \'mu, rrt , . r,;J11l: upri·. J . ulorÎlc
d · I' rr uJi •Clli ·ut Ju l1u111arli ·r ·omme
[mnmi aire •&lt;lnr•rnl Je J&gt;l•lic.: n •r1 i · •
elllruurJinair •• J, 1"·gu . par I miui~tr,• pour
in truhc · ·Lie alTair,· d nillcr l'CJé nlion
dr , ordre, de l' '111pc:r ur•• ifüi que \·nu •
(kiU\'d. 1un. en runr:1iutre. je ne ,ou mard1 Il • pa ,rui mfinn e. 'd1l'2 d • ,ou 1·n
montrt-r di"11 ·. ~-n po h: iwporlanl · a !Ji
11 l.:t nrnrqui~t•dou îri:•r,

pl:i. , hé. il nl à · r •tirer comm

ra~ to11L d11.

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1wnrc1 demanda Fouché d'un
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- Que Yotre 'lci.•llenœ me pardonne, répliqo, Tah·1rn. foi, •·n m · nranl l'ét,odu
d • pou\Olr. donL elle ,·ient J • nie r v~tir, j •
n'ai pu me d :f,·nJre de pcn r tp1 'il ,~t qu ·Iqu'un qu mêcnnt •ntera r lfo11,i 11n.1 •e de
c nfian · accordé à un j •une homm et 1111i
n doul • e ~ayera d' •olravcr we déruardi .
ui Jonc''
- ,1, lè 001nmi~ aire 11oéral 1fo puliee du
léparh·menl du llouh , à 11u1 d \'.til r '\ •nir
m\lur llcmi&gt;nl la m1 · . 10n pour l:iqucllc \'olré
E cdl ·nl nw Ji! i•me.
LP caraclère domifl[llcur de Fom·h 1 apparut dan. le mmJY menl par lt•1pll'I 11 ~rot, ·ta
run1re l'(-renlualilé qu • . ruLl3il r ·doul(•r
'I'ahau.
~ Je connaj: 1 ron tionnaire donl ,ou.
parlt'I, fit-il. Il J&gt;O • ~d um• trnp rand,• eipt!ri ne• Jr . , ùnuir (lflllt . n r , ·011Lrl'tarn&gt;r me. wlont • l'll interreuanl J,1n une
an aire laqu •Ile j d 1!'ir • 110 ïl r11. l1• :,rang r, d n l'iulérèl m ·me d l'aulorill qn"il
e. rcc. Vou. \·ez bi n rail ('P ndant d, me
comrumûquer ,u. cr;iinle . J'en tiendrai
comple t!n r Jil-!• :rnl 1, irutruclion que je
,ou d •. tine. 9
L':iudi nr, 1 rril fin sur re mot.:;.
lli1 ier Tai1J11 ,,rtil du c.il1111 •I de Fouch 1,
l'im •inalion eu r u. 1 joit.' au i'I ' lit. t.:ummi -~ir •·éuéral ù • poli·
Lrcnlc an . c\ilail
plu qu'il n't"n fallait pour 11.l faire 11as. •r d
1.ilv.J11, un Jt 11•1t /1 ,,n r, •r-.rn.l, "'.ii,r~
ni ,.,,('
11n an r flL:ConrJ:?l!!ll .. 111 u plu brillante
ltvUt ll r&gt;lrt
ss 1,u1I b I.JI lt ,,. r11.c-. t ltlr.J ;/.JII J
l'~péranrt-s
! . laintl'nanl , il ro ail i, on
l t i:.iH nd. 1'114rC 1 , )
étoile: d,• nou '!au, il \'rul foi dan~ l', nir.
Mai~ dt• sa honne forlun • , des réOr1io11.
tprnnd loU. Uft'l r il C •JU . j'alll! nd, de 11u't,ll · 1111 'Il'" ' :r, il, il tw ,,ml:tit rairt• l.i
conlide111 e à ~r:;unnc. u.and 1I reulril d,111 ·
'\QU~.
- Oh! j • r ·u. irai! . 'êèrfa ah u 1•11 , • 1:1 pi' qu'il oœup.iit a c Lroi.· Jt ~ coll"-1,,;iul pour pr nJre le d ,. i •r prn lui 1'Il· 11111• , il ,•i;1.aiL corupo. 1 nn 1•i. a/{e imp :r111tr· l1l1• •• ucun J' u ne J ri.na de 11u llt• émudoil ~ouché. oni. je r,;u ' Ïrni. •
t,.1111
rd
rimait la11tJ'iineruîe ld • lioru il élail anit . Pour e:o1pli4uer l'ah,en ·~
lulio
C
ini~lr' !radui~it r r UII . l.aqw•lle mi. sion l'ohli t•ail, il lais~a cro1r •
ire l
n
ment ,111 'il tlprou\ail à 11u'il lenail «l'obhmir u.n con"é d,• 11udt.1ue,er, 1
ieu
jenne chien sur jnurs. IIL:jà, ,on mnhilion r:111.iméc lui dicta il
pi~te -ùrl',
1 pru1l Oct!, le l u _ail au meo:on""• à la
h! il n't1Lait pa bt, oin dcl'c1dlcr, ·dui- ruse, pr11,·01111ait lt• rév 1) dé qualiliki d11ou1rue
J polie, u'il d 'l'ait il la natur de _, four1 1 r. ll.1il plutôt le r.. t1mir.
t lie ardeur e.~L de 10Lre à!.(i:.
lion , non •1uc I' oooisiou lui eût été olforlo•
1 ,M ·
prude
anl. d l m llr n pra1i1pie mai· J · rce 11ue 1
vir,
Il
illl l lticlur• quotidi m1 • d • rapports ·ccrd, 11u'il
ét; il ch, r Lt Je r~ om •r 1 • a,·ail J l1•elupptie· .
. ~
lll
ppt!t
1
' . !:Il\,
li ~n:.:..- J'aiiord , ·'entretenir :mie Fleuon
er de ordr, · ri r. If,, son rrhée à. l'ari , rel lwmm arnt
pour1pul 1
i
·ul1e · ·
éLé t'Ontlu.il à \ïn1 nue • oû il de • il r 1er à
\OU :oil C
i
111111r q
la di po~ition de Foa,·hé ju~11uï1 ce qu'on •t
f Îl droil
li
i 1nu
hil com in uda: 1· ,éracitédé · aile.ml.ion ..
hcsoin tle
r armé.:
lthj11t, d, n~ Cl.:llc prj,011, d'nn ln1iltml'llL dtJ
Lieu wtcndn 11u ,orn ne corre,;pomln.z fa ca.r, il 11' r11 étuit sorti que pour :; remln·.
1iu',wœ moi 'l 11ue
d · · z compte a~omp3"U: d'unn"cnl, .'1 I' pp I du mioi ·tr •.
qu' m i d.. re qu
aur 'I. f it. ta .lpr
\ ir uhi un pMnu•r inl rmroloir ,
ré ponsaLilit I comr
è, ne l'onblit•z
OIi l',mtit ramen slaru. la fort Îl', 5e. c· 1 la
p •1
que 1 ahau all:i lt! trou,· ·r. l'ne lornmi: con[)' un " 1 • Fouch • COllHédiait on ubur- ' rsalÎ&lt;lll • ·Dgt''t!a enlr •ux. Quand •lie
dunmt bi celui-ri d m ur il immul,ile ~ur
· ch a, li.: délê oê d • Fou1.:hé en ,·, il nu◄

1 1 .,_

�MON SŒUJ{

1f1STO'J{111
;ml r1uc le drnvnciall:ur el put arrèt~r e
pbns. llentrè chez lui, dan le ruod 1sle appartement qu'il occupait a1IX cmiron Ju l.o &lt;•mbour •, il rl)n~cra toute J;i oiré • à c ·Ile
élude. Elit! eut pour ellet de! lui d :montrer
rru':m chûteau de Circé :eulemcul, là el uon
aifüur , il lrour11ra1t la clef da Ill)Stcre qu'il
1.ltnait édaircir.
Le doss.ier rtmi· entre ·c main l':i,,·ait
/J1/Ju/rallans J~

nus. il IallaiL arriver à l'impro,•isle au chaleau:
d • Circé, procéder à l'arrc• taûon de Lou œu
qui fbaLitaienl el, ce coup de !ilet une foi
opéré, profiter de lco.r effarement pour discerner dan le là les innocent de coupabl
C'éLait un t.lcbti périlleu e pour llO jeun
homme dépourrn d'expérience profe,1-,ionnelle. ~1:li elle n'elfray:ul pa Tahau. li e
sentait de taille à se ru ur~r a"ec elle.

édifié ur Ill la, t J · 1füer pmonn.in-e dénoncé . OuïJ cu :ent con piré, il n'en était
p11 surpris. lai il ne ufli • it pa · 1p1'il en
ftit convainro. U fallait réuntr d preu,e. de
leur culpaLilité, plu ~clatantc que telles
•1ui ré. ultaicnt des dires in!éres ~ de Fleurier. Ce preme. ne pouvaient ré ulter 11uc de
pièces écrite ou d'a,·eux. Pour nrprend1e.
le une~. pour atrach1.r les autre. aux pr1h·e(A

CONRAD.)

s1mre.)

ER:-iEST

D.\UDET.

LUDOVIC HALÉVY

+

Monsieur Thiers
J'ai garùé lrè net le ouvenir Je la éance
du Corps lé•rislatiI. où M. Thiers fit a rentrée au l1alais-Bourbon. C'élait le 6 no,·embre l8G5, le jour de l'ou,·erl11re de Jase. ·ion.
\1. de &amp;forny pré idait la ChambrP. M. Thiers
ail. ~e placer à aucbc, dan le ban up~
rieur., ,1U-de . ou de M. Jule , imon, à côté
d • U. Lanjuinais. Tou l regard éta.ient
braqu
ur Jui, et au, i . ur f. Berryer,
l'autre grand 1'Ctitrunl de ce jour-là. J. Tbier
élait Ires ~ai, Lrès remuant, Lrès alerte. li
retrou,ait là un certain nomLre d'anciens
coili! nes de la Con Liluante et de la U •islalÏ\·e; on l'entourait a,·ec force salutation el
poi née. de main . J'étai a1or ecrétaire
r 'dact ur du Corps légi laûf. lnstaUé à une
petile lablP. au-de: sous de ln tribune, entre
m amis faurel-Ouperré el natole Cla\·eau,
j'écrivai ll!S compte rendu dl! ln Chambre,
J'a1•ais près de moi, assis sur un peût tabouret, le doyen de huissier- de la Chambre, la
chaine d'argent an cou et l'i:pée au côlé. Je
fai ai· lr volontiers la eau eue avec lui. Il
avait ,•u bien de cbo ·e , et, ce jour-là, il me

dit :
- Regardez ~I. Thier • A-1-il l'air content!
On dirait un poi son fJ11i re11tre dan l'eau.
J'étais d1:jà buLsie.r la Chambre, quand il a
été nomwé député, après l 50. U m'a reconnu tout à l'heure, il m'a dit : « Tién ,
rous êtes encore ici l • Ça ava.il l'air de
l'étonner. Pourquoi n'l' erais-je pa , pui 11u'il y ~t'!
li. de Morny, dan on di cour d'ouverture, Gl, a1·ec beaucoup de bonne grke •t de
courloi-i , a\lu. ion à la rentrée polili&lt;111e de
nnde notabilité parlementaire·, déclara
,1uïl .e réjo1m ait de retromer d'nnci n
collègue el qu'il ne doulait pa de la lo ·auté
de lPnrs inll'ntion , elc., etc.
~I. de Mor111·, Je lendemain, olla :un Tuileries 1:oir rEdipru-eur. Celui--ci lui fil compliment Je on di oour •
- Cep1•11d,t11l. ajoula-t-il il
a une
pbras•un pru ,irn sur l'élection de ll. Thier..
Vou· a,·ez dil : Pour 111a po,·t je me .·uia

l'e}o1ti. • lLeti.ucoup: réjoui; c'est beaucoup.
f. de Morny répondit qu'il ·agis ait de
collè •ucs a,•ec lesqaels -il avait eu mitrefoid'cxccllentes relations, etc., elc.
- Allons, allons répliqua !'Empereur
lre" gaiement, il faut 11ue j'en prenne mon
parti, je sui.~ entouré d'ennemi . Vous êtes
orlitani te. décidément vous êw orléaoi te.
L 1'hicrs et l. de orny éta ic.mt, en effol,
ltè lié 11vant le couµ d'État i mai ces bon
rnppor furent bru quement interrompu , le
2 Déœmhre. M. Thiers ful un de premîPrs
députés arr1Hé pnr Les ordres de li. de Morn .
Au i, depui celte époque, la brouille a,·aitelle élti complète: on ne e alunit même pas.
~[ais., quand M. Thiers ful élu député et dut
r11otrer dao celle Chambre présidée par
M. de lnroy, un raccommodement parut nécei; aire de part et d'autr .
Le vendredi 7 novembre 1 05 - le lendemain de l'ouverture de la e ion - l. Thiers
vint, par hasard, à une heure el demie, voir
l ' tableaux de la "ruerie de L de ~lorny.
Cinq minutes aprè., le président du Corps lé~slaLif passa p:i.r là éaalemenl pm· ha arr/.
On
rencontra devanl le fameu:x portrait
de flembrandt, on se donna des poignée de
main., il y ul un p til boui de conver ation,
Rembrandt en fit le Irai , el tout fut dit.
~[. Thiers 1·t&gt;parla., pour la première fois,
le f~ novembre l G3. li outinl contre
l'élection d'un candidat officiel, f. oubel,
la prok talion de .on ami ~- Baze, le farouche qa teur.
La curiosité était très grande; le désappointement ne fuL pa moin grand. 1. Thiers
fil tout sirnpl lll('l]t un peût discour d'affaire Ir· , obre et lrè, bref. 11 ne parla pas
pin d'une dizaine ile nu.nul• . li commençait
à peînr, el déjà il avait fini; on nu rail dit
qu'il avait ,·oulu cVil.Jer a rnix, reprt"ndr
le diapa oo de la salle.
lais i ce premit!f' discour eut peu d'eff&gt;l
et de reteotî,Aemeol, M. Thier , œ jour-là,
e rattrapa par 1m mot charmant. L'Empereur ,·enail d'ètre repri de celle rage de
.... 1..p ,..

con rès, qui le tourmenta toute a vie. Dan.
le di cours d'ouverture de ln e sion, il avait
parlé de la néce ité d'un congr appelé à
m llre lin au malai,e de l'Europe, l comme,
apr la.· ce, on parlait de Cè projet, d:ins
b. .aile d Conféren
- .l'ai vu ,1uel11m:ft1i des con uliatlon de
médecjns, dit 1. Thicr . ruai de cou ultalion de malade , jomai~ !
L.i. véritable rentrt!e parlementaire de
)1. Thiers èut Heu, le i 1 janvier I t.i4, don
la di eu ion ùe l'adresse. Je ,·oi encore
monter à fa tribu.ne ce p tit honhomme i
ou ·enL cra ·onné par mon ami Cham. De ce
petit corp , j' ntend orlir une pelil~ voix
grêle el pointue, la plu sèche el la plus
Jésa. réabl de. voi1 i ur la figure d'un certain nombre de déput' lp1i n'a~aienl jamai,
entendu M. Thiers, on li.ail cla.iremenl celle
pen ée : « uoi, c'est cela, M. Thiers , ce
n'e l que cela! mn.L M. f\oub&lt;-r n'en fera
qu'une bouchée. i&gt; Ueux ou lroi: membre
de la droite crièrent: Plu,\ haut! Plu.$ ha.ut!
oyez Lranquille.• répondit M. Thiers,
voù" m'entendrez toul à l'beo.re.
EL le taiL esl que toul d'un coup, on l'entendit, la petite ,·oit. Elle prit de l'accent,
du corp , de l'autorité. n rrrand silence ·e
fil, llil silence lei f[UC je n'en ai jamais entendu, car le iJence 'entend trè bien. Je
dirai même que la \·uleur el la pui. sance d'un
oratelll' pe11\'eDL se mesurer au silence 11u'il
impo à une a s mblée.
Ce même vieil hui 'cr, dont jP. parlai
1out à l'heure, était granù admirateur de
1. hi rs. Les hui . ie.rs sont char!Iés, à la
ChomLre, d'assurer le jJeace. D-.s qu'un
murmur~ 'élève, menaçanl de ouvrir la
oi.t de l'orateur, les deu hui$si &gt;.rs, as is à
droite el à au~he de la tri Lune, jellenl lruis
ou quatre: ,'ilen,:e! ,'ifr-nccl Or. un jour.
Cd ,·ieil hui ier di ait, en voy, nl M. Tbier
mouler à la lrÎl.lllne :
- Ah l c' l M. Tbier. · il n'y a plus rien
à fai.re pour non.. On ne bronche pil · quanJ
JI. tbiers t à la triLune. Le mnucbes

11'1,-rmt

pa

,·oler pendant le di:cou.rs de

t. 1 hîer ..
li fut me.neilleux,
jour-là, lL Thiers,
el, i, pnrlir d • ce jour, ju,qn', la chu1e d
l'Empire, la petite ,·ou C-OUÛUUJ de ~e birt!
entewlr •. dt? plu. en plus haute, cl de plus
en plu éloquente.
Pciu el parole~ perdues ; l"EmpereuJ' . •·
hom:bait le, or •illcs ef courait 11u. ahùm• ·,
mal::rré l dure:. !eÇon du I ique el d'
'ndowa.
En I ü7, il · eut, arnnt l'ouv •rture di, la
-~.-,ion. une réunion préparatoire des dL:rnté
de l'opposition. M. 1'bier: pria ~nt. Fa,·re,
Picard. elc., de s'a.s. ocicr à i:a dt·mandc J'iolerpellation ur le affaire,; d'.AJI ·magne. J1 e
hèurta à un refüs l11gori11ue.
Ce m , ieur. parlaHeaienL l'opinion de
\I. Tlairl'b , ur le rcdouLaLl · dan er ·, au
poinl de vue rran,;ais, de la politicrue du
,1. de lfü.marrk; mais il étaient obligé de
s'incliner r 111?ct11eu rwent de,11-nt le principn d oaliunalilt: ï il dc,·aienl e r ~ i •ner
à l"unité allemande.
Je dinni:;, le oit mèm , 31·ec Ern L Picard. Il non raconta l]III' ~[. Thier~. lr~
irrilé d lt'ur ré:!Ltam:e, l ·ur a,·ail adr · t! Ill
frcours crue ,oici :
- You. êlr de homme de Lafont, von
èle d· · homme· ri'esprit, wais, vou - rne
permellr,•z de ,·ous le dire, tva n'êtes pa
de· homme d'Btal. \1. ui2ot étail un homme
,.l'Élul .... li u pt·rùu la monarchie d • JuHlrt. .. mai~ c'était un homme d'ÊLat.... 1. de
Ili marck csl un homm1i d'É1aL ... ·, procédés eu .\llcma11ne ~ont abominalil~, mai,
peu import , 'e l un borume d'État. ... Le
cardinal nlonelli maintient à Rome un d~teslabl gou,·ernlllllenl. il rot•ne la pnpauté
aux abime$, mai. c'e t uu homme d'Él.al.
\"oilà, j vou le r 1pè1e, de.s uomme d'État.
El moi j ui wt homn1e dl=:t:il J'ai pu faire
des faute dans ma vie, qui u'en rail pa !
mai je le fai:.ai. en homme d'Élal, taodi.
11ue ou autres, me chers collègues, ~ou
n'èle el ne rez jamai des homme d'État.
Ju 11u'r1u moi de mai 1870, [. Th1er
n'eut pa · une minute d lassitude et de &lt;léfaillanœ, moi il l' ~cotit pri. d dti.ooura"emeul ap · le pltlliiscile. C'e l à ·elle épo11ue l(Ue j'ai eu l'll.oIUmur d'a ~i ter uu jour à
une conver.a1ion de '1. Thier ·. J'emploie à
de ein l'elle e:rpre1do11 assfater; on prerlail
gén •ralemc:ut peu de part à un entrelÎt'U
11,· •e 1. 'l'b1er,. Le conrnr~, ûon Haient n-énéralemenl Je· monologu . 1.1 u'avail, d'ailleu.r,, aucune emie de les interrompre, ces
monolo::,i ; il~ élaienl délicitmx.
M. 1'bier-, ce juur-1.lt, parlait de a la ~ilude. li ·calait ~e. effur irratiles, impuissanls. li
dJclarail profvudémcnl dégoùté
J la polilique. Tout d"un coup. un tr\· ancien ·ou venir lui revint en m 'moire. et fo
~til réciL qu'il nou lit me parut i curieut
que, le soir même, J' pri en noie Ires exaotcmcnl les parole de M. Thiers.
~ Ab! aou cfuait-il, comme il avait raion, ,t. de :~. en 1 3.l. J'ét.ai min~tre
pour la premii!re foi . J'arriYe je w 'installe,

Je trou.ve ){1, parmi le, empfo)i- imp :rieur.,
un ,·ieu chef de di, i ion, et! ,1. r""9&lt;, homme
de beaucoup d mérite el de h aucoup d'e pril. r mpu au affair~., excelk!•~ eollab~
rat ur. mai· rerenu de L&lt;mfe aml11hon, e111edi, ni lé;:ii·r ment a be O(?De, pui. allant_ à
l'Opéra lisant ! •, roman libres du nm~ 1ccl,•, el courant l s petite. tilles. C'élail la
rrrande affaire &lt;le , a î"ie. U eut tout de uite
son franc parfor a,cc moi, et se mil
me
f:urt&gt; de la morale. tt Je ,·ou admire, me diait-il, d'a ·oir I courage el la foli • de 1·ous
mêler de alfair1;.:. tic volre pa et de vou
écbaulfer pour toute œs ltnlivernes : pro"f' , 1,jen 1mLlic, grandt!ur de la France
etc .• ele, r\· perdez donc pa rntre temps.
,ou qui ête jeune, vous qui avez de l'tr prit
el d11 laient. Occupez-vous d'histoire, d littérature, de Lhé;\Lre, mai pa de politiqul'.
Ce pa] ci c~l nhominaùle. Il n'y a rien, ri n,
rien à foire pour lui. T~uez, moi. j'él.lli petit
emplo1é de · mp~ililé b la maison Ju Roi
an1n1 17 O. \'oiei 1, Révolution. Je ru Iain
1 lemenl gagner p:u le· idée· t'L le' pa •. ion·
du Lemp . Je w: d · ce. mi érable qui ont
cooru ur la roule de Yarenne' et qui onl
ram né Loui
VI à Pari . Pui., en uit ,
comme on di.ail partout : u li o·y aura de
vraie République que quand on aura conpé
la t te au floi, u j'ai dit a,e tout Je monde :
11 [I faut l'OU pt·r la Lèle au Ooi. ; EL on l
lui a coupée. Oui. j'ai été témoiu de ce choe · el je l s ai appro1m!e , el en:auüe j'ai \U
la France se fü-rer à un rroujal d'armée 4 ui
l':i menée à faballoir. Voilà comment on n
.remplacé celle Til'ille maison de France!
Croyez-moi, mon ieur Thiers, n faite pas
de politique . o 1. '!'hier ~ garda bil!D de
suiqe ce cou eil.
li était rail pour la poli.uque el fait pour
la Lrilaune. J l'ai ou1·eal entendu; il n'y eut
jama.i de plus grand arli:,le en parole. ll
aw,it toute. le5 11ualilé maitre se. de l'orateur : l'ordre, la clarté, la ,·ie, le ruouvt!llleol.
(~a omlmi d'empba.l! ni de déclamBÛou.
Etnil-cc un d~cour ? Était-ce une eau erie?
JI! ne ai· trop, mais JC tsai bien que c'était
admirable. Quel na.Lu rel! Quelle i,Împlicilé !
Quelle ouple e ! Quelle focilitt!! Et 11ue d'eff ts obtenus $30: jamai · avoir l'air de cherher un effi•ll [I parais-ail impo·sible qu'un
homme parlant i bien pût tromper.
C'étnil le comLle dti la . implicité, mai en
mlime lemps le comble de l'art, ans qu'il y
parùl, el pr.;ci•ément parce qu'il n'i parai ail pa::. Le talent de M. Thier a, d'ailleur ,
été ù 'fini rul!neilleusemenl par 1. Thiers
lai-m \me, dnnr une lettre qu'il écrinil à
'ainte-&amp;ui,·e :
« Il a e111re ce m ieurs le écri,1ain
à effet t moi, '·riîail M. Thier, un m.ilenlêodu irréparable. Je oe croi Ô(IJl les arls
4u'à ce 11ui esl simple, el je Ûén que tout
ellel cherché e ua lîel manqué. Je regarde
à \'hi toir dru Hu r turc , €:l J'y 1101 que les
chercheur d'etl'et onL en la 1lurée, non pa
d'une génération, mai d"une mode; et vraiment, ce n' l pas la peine de iie tourmenter
pour une t Ile immortalilé. C'est une im1

""' q3 ,...

T lfTEJ( s

•

men. e impertinence de prétendre occuper • i
lon1rterops le. autre de .oi. c'est-à-dire de
rnn ti k li n'y a que le cho. e· humaine
cipo ée dans leur ,·érilé, c'est-à-dire a,·t•c
leur grandeur, leur rariélé, leur iHépui aLle
l'écondilé, tiui aient le droit de relt&gt;nir le Ject,•ur el qui le retierml'nt n Ilet. .J'ai ,·écu
dans le. as emlMes el j'ai étii fr:ippé d'unecho.e : t:'e L (JUl', dè 11u'un oruleur fai~ai 1
c, qu'on appelle une 11l11·ase, l'auditoire souriajl a,·ec un inexprimahle dédain el c11 ait
d'écouler. Ne pa.s se propo er la forme impie, c'est n'en t0rupri;udre ni la beauté rJi la
rrraodeur. n
EL li, granJ a1·antage de la forme impie~
c'e L que lor.4u'on parle ou que loniu'on.
écrit, an parle et ou écrit pour tout le monde.
Ou l'a dit : Il y a q11elr111' ,rn qui O plus

,l'e.prit que J'oltah·e, l'·esl tout le monde.
Eh Lien! il ne faut ni l..t.iïr ni mé11riscr cc
4ue:qu·uu~là.
Un jour, Je m'en uuvien , je reçus u.ne
im·ilalion à une petile soirée liuéraire. L'initaûon e LermioaiL par ce post- cripturu :
011 mant1era ,lit bourgeoi . Je .llÎ:, restéchez moi. Cell or rie ue me lt'Ulail pas.
11 ne faut pa écrin: · •ufomenl pnur les
raffinés, le· bla~~ • et les délicats. li fauL
écrire p ur c.e mon ieur tJui pas ·e, là, sur le
trottoir, le ne1. dani: ou journal et . on parapluie sous le IJrn.• li faut écrire pour celle
gro se damo e sourot1e, que je vois, de mes
l'c:nêlres, monter péuiLlemeul dans l'omni.bu
de I' déon. U faut courageu ·erucot écrire
pou.r le. bourgeois, quand ce ne .erail 11ue
pour t.lcber de le dégro ir, lie lc débourgeoiser. Et, i je l'o ai , je dirai· 4u'il lauL
écrire même pour les i inL · ·ile·.
n ~oir en 186\.ll au GJm1,a e, nn :icte
venait de finir et ou rappela1L li grands cri!
cette admirable Desclée. Ellti reparut. 1'emp1'Le d'applaudii;semeaL. Le rideau b:û~·é, on
entoure De.sciée, on la fél ici le.
Quel accès ! Qa.el t:lfcl !
- :'fou, dit-elle.
- Commfnl cela'!
- ll y a là, au pl'emier rani; de l'orche 1re, deux imL 'cile qui n'ont pa lrronthé
depui le commencement de la soirée et qui
tout à l'heure n'ont pa · applaudi.
- i ce sont des iml,édl~ , que YOU importe?
- Ah ! mai c'est qu'il faut faire de l'effet
ur les imbédle . Que deüendra.iL-on san
ccla1 li y en a tant!
EL Desclée, raYie, orlait de -Cène, à l'acte
·uimnl, en ballanl d '· maint •t en 'écriant=
- M deux imbécile ont ri! Me dcu-x
imbéciles out applaudi!
bose singu!Lilrc cc mol dit par mademoiselle De.clée m':waiL élé dit, quelque ann :es
auparaYant, p:ir lJUj'/ par li. Thier:;. nJour .•.
ou plutôt une nuit. .. il étaiL deu1 ou trois
heures du mntiu .... M. Thiers, as i entre
deux lamp , devant la grande lahh: Tèrle de
la .alte des Conr~ren
du Corp Je.. blaliI,
corrigeait le épreu\'e d'un admiraLle di cour quïl a,·ait prononcé dan la juürnée ,ur
le affaires du lexique. li cor.rigcait Leau-

�1l1ST0'/{1.Jl

- - - - - - - -- - ---=--- -- - - - - - - - --

toup. . Thier ·, il corriueail Lrop, il a,·ail )11
f:'lcbeu. baLitu.dc de récrire . · di~cuur · el
de remplac r par de "rande et longui.'
phta.s les peli · phr:i e , bt!llrtée l inoorrecle qui avaient ét I ais.i au vol, toul
&lt;"haudc · cl tout ,·ibranh•~, par 11.' s Léno1,rr.iphe . Cela n'est 1uis /'r&lt;111 rai , di. nit
M. 'fhi rs... soit, mni c'étaiL vivant.... El,
apr , que Thi •rs a mil re\u el n•ruanié s
ipr,:ure• . c'élail bi •n moin ,·hant, 1 ce
n'Jt:iit
toujour plu · (rnnrai .... ' tait
mème 11ueJ11ut-foi. c-ncorn 111oi11. f1-m1rui·.
Ile nuit-là, je m'al'f•r0t·Lai r1:~pcctueu mt&lt;lll d . Tlu •r .... Xoo · arion
antl'p •ur d lui.. .. li était d'unu e lrvm vivadt'
el r "'imhnit la moindre oh r atinn. Je me
pcrwi~ de lui foire olm•rwr que, dans la
re,;i~rnn d' ,:pr&lt;•u,;t•s, il Il it ë&lt;:riL d u
phrn
qui, l'une à la uite de l':iutre, en
-des terml! prei-,1ue id tique:.. di aienl e~ncll:mt:nl la mè.m • cho~ :
- J le . ai birn, rrpondi1 f. '!'hier de
.. petile 'l"Oi aigre! lie, je le ~ai hi •n, et
1-·e t exprèi, 111ende1.-rnu , c'e l près ....
L pr mi~re ri-, c'e I pour le: , n int Ili" •nt.s, pour oonx qui sai i ul tout de
,mile .. ,. ,bis il faut p:irl r loul 1 monde,
il fout c faire comprendre de tout le monde ....

rru

la onde loi , c'e t pour les imbécil ·,
qui _out Jamajarit ',end horde la Chambre.
l comme je m'en allais, pit.eu_emenl,
aprè mon éclJ , f ntt:nJi li. Thfors quj
mkhonnait entre e, lèHe
Et mtime en dedan .
l'n de mes amis dinait, il a quinze jours
mai i '7 l], ch1&gt;z f. hiers. à Ver. aille ...
Et ,·oil ljlle moa :uni, pre le diner, e
t rouvanl dan un coin du aIon avec deux
ou troi personn , eut l'impmden de dire,
à ,aix ho. r, Ir~ ha
- lion ~entimenl e t que. depui un moi~,
on aurail pu entrer à aris par ~urpri •
1. Thier était à yingt p:i · d \, à l'autre
Loul du :ilon, mais il :i l'oreille Jinc surtout
1p1and on parle de îortifrcatious de Pari.. Il
li ndit . ur mon m:ilhenreu nnù :i,· un t~rilable emporte-ment :
- Ah! vou \tes, mon cher mon.ieur, de
01 qui croient qu'on peul entrer dan Pari
par urpri e. C'e l une erreur, .ach z-le
Lien .... Par urprisel Voilà qui e t bieotôl
dit I Prenez l commandement de l'armée, el
entrez dan aris par urpri e !... p3? urpri.se! Je ui peul-être compéte11t dao la

qu lion. Le forlificatiou,;, de Pari onl un
ouvra imm me, un ou,·rage de premier
ordre ...• EII s onl arr ' té le Pru iens p·ndJnt cinq woi . Elle k auraient arrètûs
pendant cinq an , pendant cim1uaate an • .i
Paris n'a,-ait pa m nqué d \'lrre . EL la
Commune. ne maoquu pas de vivr ; e-11 .c
r,11 iLaill toul à oa ai,e, à tr:i r le lione·
pru.s:,ieunes. Croyezpmoi, ee n't• t p:is une pet.ile affaire 1111e d'a,oir raison d fortifkaLi n de ari.. 'est 1me enl.rt'11ri~e 0l01~all'
lli "'anl ~que; ou rre pPnl en Tenir à bout •1ne
p:ir un nrandc opération d'ememhle, par
un immen e ellort militai r •, \11o"uCmt'11l, a\ainm •11l comhiné.... \11 ! le fortification Je
Parj !... Je 1 · rnnnai moi, mien JUe pt·ronne, 1· forLificaliou · de Paris !
1. Tliiur là-de ~u ·en alfa. ,\Ion ami
avait reçu cell , emonce, l:i t~le b· · l', doc1 lement. re pec!ueu rment. dai , lti I nd1·m:1in1 il .e Yt!.ll"Ca.il en me dLanl :
- Oui, 1. Thier ,cul entrer dan Pari.,
el il y entrera, mai il lui déplairail de voir
forùlication. tomber trnp nle t trop facilement. Il faut qu'il lillil bien démontré que
1. Thier seul était capabl • ù.e preud re Ct'tlo
ille ren.daeimprenahlepar . Thi r . ,\mour•
propre d'auteur!
0

,

Lrnov1 c 1[ \ Lf:\ •.

E.

18o7. -

LE JOUR D&amp; L'k . -

Ef/amµ :I~ DuocoURT.

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>;e:::-:::-=---==-..:,_-_=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=--=-==-:::-:::-.::~..-::- ..;:::==========::::::;~::==,:
_

111ST0~1.ll.- - - - - , . - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - pu se résoudre a le faire évcque. Je me sou- Mainlenon au plus haut point de sa faveur; Lel de Richelieu, qui ne donnat égalemenl
viens qu'un jour madame d'lleudicourt parla
en sa faveur; el, sur ce que le l\oi luí di l
qu'il n'étail pas assez homme de bien pour
conduire les aulres, elle répondit : « Sire, il
allcnd, pour le devenir, que Votre Majeslé
l'ai fait éveque. ))
Madame de Coulaoges, fcmme de celui qui
a tant fait de chansons, augmentail la bonne
compagnie de !'hotel de Richelieu. Elle aYail
une figure el un esprit agréables, une conversalion remplie de traits vifs el brillanls;
et ce style luí étail si nalurel, que l'abbé
Gobclin dit, apres une confession générale
qu'elle lui avait faite : « Chaque péché de
cclle dame est une épigramme. » Personne
en clfet, apres madame Cornuel, n'a plus dit
de bons mots que maclame de Coulanges.
M. de Barillon, amoureux de madame de
Mainlenon, mais mahraité comme amant et
forl estimé comme ami, n'était pas ce qu'il y
avail de moins bon daos celle société. Je ne
l'ai ni r¡u'au relour de son ambassade d'Angleterrc, aprcs laquelle il lrouva madame de

el, comme il vil un jour le Roi el toute la
cour empressés aulour d'elle, il ne put s'empccher de dire tout haul: « Avais-je grand
torl? » )fais, piqué de ne la pouvoir aborder,
il dit aussi un aulre jour, sur le rire immodéré et le bruil que faisaienl les dames qui
étaient avec elle : « Comment une personne
d'autant d'espril et de gout peut-elle s'accommoder du rire et de la bavarderie d'une
r~création de couvent, telle que me parait la
conversation de ces dames~ » Ce discours,
rapporlé a madame de Mainlenon, ne lui déplut pas: rlle en sentit la véritr.
Le cardinal d'Estrées n'était pas moins
amoureux dans ce temps donl je parle; el il
a fait pour madame de ~Jaiolenon beaucoup
de choses galantes, qui, sans loucher son
creur, plaisaient ason espri l.
M. de Guilleragues, par la constance de
son amour, son esprit, et ses chansoos, doit
aussi lrouver place daos le catalogue des
adoraleurs de madame de Maintenon : enfin
ie n'ai rien vu, ni rien cntcndu dire de l"ho-

une haute opinion de sa verlu et de ses agrémenls.
füdemoiselle de Pons, depuis madame
d'Heudicourr, el mademoiselle d'Aumale,
depuis madame la maréchale de Schomberg,
avaient aussi leurs amants déclarés, sans que
la réputation de celle derniere en ail recu la
moindre alleinte; el si l'on a parlé dilféremment de madame d'Heudicourt, c'esl qu'on
ne regardait pas alors un amour déclaré, qui
ne produisail que des galanleries publiques,
comme des affaires dont on se cache, el dans
lesquelles on apporle du mystere.
Madame de Schomberg étail précieuse;
mademoiselle de Pons, bizarre, nalurelle,
saos jugement, pleine d'imaginalion, toujours nouvelle el divertissanle, lelle cnfin que
madame de Maiotenon m'a dit plus d'une
fois: « Madame d'lleudicourt n'oune pas la
bouche sans me faire rire; cependant je ne
me souviens pas, depuis que nous nous connaissons, de lui a voir enlendu dire une chose
que j'eusse voulu avoir dite. »
i\1AOAME DE

LA VIE DE

p ARIS

sous L' EIIPIRE, -

LE TRÁINEAU o ' RIVER (18 1o) . -

"LisEz-Moi" tt1sroR1Que

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DE SAINTE-HÉLEN E AUX INVALIDES

CAYLUS.

D EBUCOURT.

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(xtv• arrond'.)

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TALLANDIBR, émTEUR.. -

JULES

Sommaire du

75, rue Dareau,

26~ fascicule

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(20

Décem/Jre 19 10

A

MAJTRESSES DE ROJ S
Maitresses de Rois : Oabrielle d'Estrées.
La. du&lt;:hesse d'Orléaos. . . . . . . . . . .
Memo1res .. . . . . . . .
L'Exode des üirondins . .
Le régiment des Ouides . .
Le mystere de Nuremberg.
Sauvé de la potence . .

P.11·1, lle SA1,;r- Y 1cro~.
.\l•• OU IIA L"SSET • . • .
liÉNÉRA L DE i\lARBOT ·
L ouvrn • • . • . . .
.\IARQt·rs DE i\lASS L
J rLES IIOCIIE.
SAINT· F OIX . .

49
.So
51
58
61

6U

YICTOR

lleco ... .

G_ LEXOTHE

... .
F11A:--&lt;.:1SQt;E SAt&lt;l;EY
EDllOND PJLON • . .

ILLUSTR.ATIONS
D'APRts LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES Dh ;

Par Paul de SAINT-VICTOR.

DE S,\IXTE-HÉL l~~E AUX I ~Y.\LIDES

v_.

LE RETOL'R E:,¡- FHANC8
D ESSJ,&lt; DE LE:,1¡;DE (18.¡o)

Copyright by Tallandier 1910.

partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant
le 10 et le 25

7

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
-- SOMMAIRE du NUMÉR.0 128 du 25 décembre 1010 --

HISTORIA

LA ROBE DE LAINE

Roman, par Henry BORDEAU~
.
..
Le moriat' de Xaiotrailles. - Jos,·-\IARIA l'E II ERbDIA ..Le Lit: - J\NOJ?~
TIÍEl'Rl8T. n réveillon pendant la Guerre .. - P\ERRI¡ 1.~01 I, ~e 1¿~~11/{.11':
fran~aise. Messe de Minuit. - Rose"º"º" HOSTA~D. ~oeiRY ·JA\ , Beth'VOST, de l',\cadém1c rr,;rncajsc. Cho~chette. ;/~"~~~RIC~IARÓ o~t1oªNROY.
léem.
- G;.u\ -DEJULES
III AU IVALL
.\$SAN!.
Nu,t ~• et·UY GIIANTFPLFUllE
Ames
Le
réveillon
S. Souvenirs. •
•
, •
· . \
féminines ..:. JnEs 1tE:,,;ARD. L'enfant de nei~•· - JEA;" RICHEI 1:-,;, de. 1, rndemie fran~aisc. Ballode de Noiil. - RE:w BA,ZI~., de, 1Academ1~ fran~a,s7. Le
diner de 1. Saint-~lvestre. - ALPIIONsE DA1; DE r. Nouveou-nés. - .\IAGRICE
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qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier a la Maison SCETAERT.

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Le voyage et l'échange de Madame Royale .
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Madame de Bréze . .

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Vue de pres, et en pleine histoire, la Belle
Gabrielle ressemble peu a une héro"ine épurée
et romanesque. C'est une femme positive,
sensuelle, nullement passionnée, bonasse plulol que bonne, et s'arrondissant de toutes les
faeons. Voyez son portrait, dans la colleclion
des crayons de la Bibliotheque : une face
épanouie, des joues jonchées de roses, un embonpoint a peine contenu par la raidcur du
corsage, des ycux sccs et indilfúents que
n'éclaire pas une lueur de tendresse. On croit
voir la déesse prosa"ique de la Fécondité ou
de la Santé. Elle représente le type, pour
ainsi dire officiel, de la maitresse royale du
vieux lemps, gorgée, comblée, repue, se
pavananl magnifiquemcnt dans l'ostentation
du concubinage.
Ses domaines auraient formé un pelil
royaume. En 1594, elle achete la $eigneurie
de Vendeuil ; les années sui van tes, celles de
Crécy, de Monceaux, de Joigny ; puis le comté
de Beaufort, en Champagne, les fiefs de Jaucourt et de Loizicourt, les terres de Montrelout et Saint-Jean-lPs-Deux-Jumeaux, saos
compler le duché d'Étampes, dont Henri IV
dépouilla sa femme légitime pour en alfubler
sa mailresse. L'inventaire de ses biens-mcubles, conservé aux Archi.ves, donne des éblouissements. On dirail le mobilier de la Belle aux
cheveux d'or. Le vieux L'Estoile, toul bon
royaliste qu'il e~t, se scandalise, dans son
Journal, du luxe elfréné de la favorite :
« Le samedi 12 novembre (159i),- écrit-il,
- on me fist voir un mouchoir qu'un brodeur
de Paris venait d'achever pour madame de
Liaacourt, laquelle le devoit porter, le leademaia, a un ballet, et en avoit arresté le prix
avec lui a dix-nt&gt;uf cents écus, qu'elle lui
devoil paier comptaat. »
·
Ailleurs, il la montre faisant, auprcs du
roi, son enlrée solenaelle a Paris, al'ec un
train de reine présomplive : « ll estoil huit
hcures du soir, quand Sa Uajes té passa sur
le pont Notre-Dame, accompagnéc d'un grand
nombre de cavallerie et entourée d'une magnifique noblesse . Lui, avec un visage forl riant,
et content de voir tout ce peuple crier si allegrement: Vive le Roi! avail presque toujours
son chapeau au poing, principalemenl pour
saluer les da mes el damoiselles qui esloien t
aux fenestres . .. . ~fadame de Liancourt marchoil un peu devant fui , dans une litiere
magnifique, toute découverle, chargée de lant
de perles et de pierreries si rcluisantes,
n ·. -

HISTORIA -

Fase.

;6

qu'elles olfusquoient la lueur des Oambeaux,
el avoit une robe de satin noir toute houppée
de blanc. »
Étre reine fut le but unique de Gabrielle.
llenri IV, le plus grand prometteur d'épousailles qui soit dans l'histoire, lui avail juré
le mariage. Ses trois fils semblaient luí assurer la couronne. Comme dans le tablean de
Rubens, des enfanls la conduisaienl au tróne,
en semant des lleurs. La Uorl vint la saisir,
au moment ou elle en montait le premier
degré.
C'est celte morl, ou plutot ce meurtre, qui
réhabilite surloul Gabrielle; il eut, on peut
le dire, la publicité d'une exécutíon. L'hisloire
des monarchies absolues de l'ancien temps
est plcine de ces crimcs, commis daos les
maisons royales, s'attaquant souvent a leurs

Clkhé GirauJon.
GABRIELLE D'ESTREES, Dl:CIIESSE DE B EAt;FORT,
EN 15gO.

l'ortl'ait par FRANt;O!S Q CllSNEL. (Dessfo de la BI/JliotM:¡11e natlonale.)

membres, el défiant le souverain de sévir. La
r-aison d'État frappe souvent un favori, un
prince, une princPsse, jusque dans le palais,
avec l'audace el l'impunité de l'inquisilion
vénitiennc. La victime désignée Lombe subite"" 49""'

ment ; une odeur de poison s'exbale, l'assassinat esl évident et presque flagranl, mais
une lcrreur mystérieuse paralyse le cltatiment
el défend l'enquete. Les yeux se fermcnt, les
bouchcs se taisent, on passe sans se retourner, on ne sait ríen, on ne vcut rien savoir.
Que! sílence autour des lits de mort de madame llenrielle, de la reine d'Espagne, femme
de Charles II, du duc et de la duebesse de
Bourgogne! 11 semble qu'on ait peur de découvrir une tete inviolable, en soulevant le
rnile qui la couvre !
La morl de Gabrielle est un frappant
exemple de celte 1Sainte-Vrehme occulte de
l'ancienne bistoire. Son mariage paraissait
cerlain; les négociations de l' alliance projetée
avec Marie de Médícis trainaient et tombaient.
Par cette mésalliance hardie, le roi échappait
aux inlluences italiennes et aux intrigues
espagnoles; il redevenait lé roi, toléranl el
impartía!, de l'Édit de ~antes. Gabrielle ful
jugée el fut condamnée. L'arret, prononcé a
Madrid ou a Florence, trouva, en France, une
complicité mystérieuse. Les oracles ne mai:iquerent pas a la catastrophe. Elle fut annoncée par des aslrologues. Sully, devenu l'ennemi de la favorite, écrivait, quclques jours
auparavant, a sa femme c1 que la corde élait
bien tendue et que le jeu serait beau, si elle
ne rompait ». Non qu'1l ful dans le secrel de
la tragédie préparée, mais peut-elre voyait-il
a travers le rid~u qui la recouvrait. Gabrielle
surtout eut le presseotíment de sa mort prochaine. Comme la victime, ceínte de lleurs et
amenée dans le temple, qui recule, effarée,
en voyant luire l'acier du couleau, sous les
festom d,i l'autel, elle entrevit la Morl sur le
seuil du lróne.
Quand elle dut, par convenance d'étíquette,
quílter Foalaínebleau pour venir passer la
semaine sainte a París, on eul dil une condamnée partant pour le supplice. Elle dicta
son testamen t et fi t au roi des adicux de
mourante. Le roi, ému el gagné lui-mcme
par les présages qui lloltaient dans l'air, I'accompagna jusqu'a Melun, avec toute sa cour,
marchant, a cheval, pres de sa litiere. I1 la
remit ason confident La Varennc et /¡ Montbazon, son capitaine des gardes. C'élait la
conlier ason ombre. Que pouvail-clle craindre,
sous la garde de cette épée qui couvraít sa
tete?
A París, Gabrielle descendit dans la maison
de Zamet, un financier lucquois, ,1 seigneur
4

,

�1-i1STO'ft1A
de dii:-huit cent mille écus », comme il se
qualifiait lui-meme, devant un notaire qui lui
demandait ses qualitéE et ses tilrcs. Ce Zamet,
agent du grand-duc, était de l'espece tragicomique des entremetteurs italiens, importés
en France par les Médicis. Chaque priocesse
ílorentine a un de ces sioges dans son équipage. Catherine apporte Ruggicri, Marie a mene
Concini. Mazarin représente, plus tard, le
type agrandi de ces ruffiaos politiques. Zamct
avait réussi par !'argent et par la souplesse;
il s'était bati, dans le faubourg Saint-Antoine,
une charmanle villa italienne, dont le roi
avait fait son pied-a-tcrre parisien. On y jouaít
gros jeu, on y faisait une chcre délicieuse;
les femmes galantes y aílluaient, comme a un
Casino de plaisance. C'étaít un coín de Venise
enchassé daos le faubourg Saint-Antoine.
Arrivée le mercredi, G1brielle fait ses dévotion-. le jeudi; puis elle dine chez Zamet, qui,
en gastrooome renommS, lui scrt un repa,
exquis. Apr~, le diner, G1briclle retourne a
l'église, accompa3née de m1demoiselle de
Guise; des éblouissements la surpreoneot,
peodant l'oftice d~s Téneure;. Reveoue daos
la m1iso11 de Zunet, elle tombe foudroyée;
des convulsions atroces la bouleversent et b
défi_gurcnt.
D~s qu'elle reprit co:rn.1issance, elle cría
qu'on la tirat hors de cetle m1ison de m1lheur. On la porta au lo6is desatan te absente,
madame de SourJis. L1 tragédie étant jouée,
la sceoe se vida, comme a un sigaal. Zamet
avait disp1ru, le c1pitaine des gardes avait
dé,erté; m1demoiselle de Guise s'était échappée; la moriboode resta scule entre les bras
de La Varenne, qui surveillail · froidement
l'agonie. A la fin, íl se décid1 a appeler un
médecin qui, intimidé peut-étre par son
regard, se rejeta sur la grossesse pour ne
rieo prcscrire. Ce visage charmant était devenu
un masque elfroyable, la bouchc, hideusemeot retournée, allait rejoindre la nuque.

Oans les intervalles de ses crises, Gabrielle et en prose, aussi bien qu'a plusieurs propos,
écrivit lrois leltres au roí. Mais tout étai t daos les conversations de la cour et de la
réglé dans la mise en scene du sinistre drame; ville, attríbuant celle mort, les uns, a la
ses comparses, comme ses acteurs, rempli- crainte de n'étre jamais la femme légitime
rcn t bien leurs roles : les messagers mar- du roy, les a utres, a des potions suspectes. l&gt;
C( C'est une mervcille, dit d·Aubigné,
cherent, au lieu de courir. Le roi re9oit en fin
la premiere missive; il accourt au galop, - comment celte femme, de la'luelle la
éperdu, hors d'haleine .... A Villejuif, un bi\let beauté ne sentoit rien de lascif, a pu vivre
de La Varenne lui apprend que tout est fini. plutót en reyne qu'en concubine tanl d'anSa douleur fut terrible. U entra dans un nées et avec si peu d'enncmis. Les nécessités
couvent voisin et s'y jeta, en sanglotant, sur de l'Étal furent ses ennemies; c'est de quoi
un lit; mais, revcnu a Fontainebleau, il y je Laisse, comme en chose douleuse, a chalrouva un air de joie et de délivrance. Au lieu cun son explication. l&gt;
Pierre fütthieu, l'bistoriographe officiel,
de d iplorer une catastrophe, on semblait y
célébrer un miracle. M. de Fervacque attacha dit plus, en semblanl moins dire. ll envisage
le grelot du carillon rempla9ant le glas. 11 h mort de Gabrielle a lravers un télescope
s'écria: « Vous voila bien débarrassé ! l&gt; M. de d'aslrologue : il accuse Nostradamus d'avoir
Gondy dit (( que Dien avait fait au roi une f.tit le coup : (( Un devineur me dit et me
grande gr:lce )). Sully, qui, en apprenant la montra ce qu'il avail supputé de sa nativité,
nouvelle, avait écrit a sa femme : (( La corde adjoustant qu'elle estoit ínfailliblc, que Dieu
a rompu; m1inlenant que la voila morte, toutes fois esloit par dcssus. Je le croyois
Dieu lui donne bon ne et longue Yie ! » Sully mieux que luy; maís, voyant que les éphéméprit s1 voix de prédicant pour exalter &lt;( les rides parloient de la mort d'unc grande dame
reuvres émerveillables de Dieu, qui, dit le et qu'elles avoient rencontré la vérité en plups1um3, fait bien mieux en sa sagesse que sieurs aulres prédictions, je rcmettois ces
nous ne voulons ».
doutes dms le sein de sa provídence éterAinsi cerné par ce complot d'approbations nelle. 1¡
Plus lom, une ironie cruelle se mele aux
tacites et mal contenues, le roi comprit el se
résigna. ll eut peur des visages qu'il décou- fleurs de rhétorique qu·il répand cérémovrirait en démasquant les coupables; il laissa nieusement sur sa tombe. L'oraison funebre
le crime disparailre, comme un serpcnt qui sourit m1lignemcn!, sous ses d,aperics pomregagne son trou, apres sa piqure. Aucune peuses et sous ses pleurs d'apparat : « La
recherche, nulle enquete. La Varenne resta morl la prit au temps que celles qui vculent
en [avcur. Zam~t continua a hlíberger le roi, eslre réputées belles, apres leur mort, doivent
dans sa villa meurtriere. Les chroniqueurs désirer de mourir, avaat le flJLrissemcnt de
contemporains baissent la voix, lorsqu'u, leur beaulé. Car, quand elles meurent vieilles
arrivent la. Tou t au plus se permettent-ils et qu'il n'y a plus en bouteille que la lie, on
des conjectures el des réticences. On croit ne se soul'ient plus de ce qu'elles ont esté, et
entendre le harbier de la fable, creusant un ne s'cn parle que comme d'un ílambeau qui
lrou dans la terre, el y chuchotant son se- tombe en cendres, ou comme des íleurs qui,
d'autant qu'elles étoienL agréables, vives et
cret.
&lt;( La mort da la duchesse, dit l'Estoile, droites sur la plante, desplaisent et puent,
- a donné occasion a plusieurs écrits en rnrs quand elles sont cueillies et décolorées. »
PAUL DE

. . . JI arriva en ce temps une aventure dont
le licutenant de police rendit compte au Roi.
La duchesse d'Orléans s'était amusée un jour
a agacer au Palais-Royal, a huit heures du
soir, un jeune Hollandais qu'elle avait trouvé
joli. Le jeune homme voulut aller vite en
Le duc d 'Orléans était le plus assidu cour- besogne, la prenant pour une filie, et elle en
tisan de Madame [de Pompadour] ; pour la fut tres choq uée. Elle appela un suisse et se fit
duchesse, sa femme [Louise-Henriette de connaitre. On arreta l'étranger qui s'excusa,
Dourbon-Contil , elle la détestait. 11 peut se en disant qu'elle l'avait attaqué de propos
faire qu'on lui pretal des mots auxquels la tres libres. ll fut relaché et le duc d'Ol'léans
duchesse d'Orléans n'avait jamais songé; fit une sévere réprimande a sa femme.
Le Roí dit un jour a Ma.dame devant moi
souvent, elle en disait qui étaíent sanglants.
Le Roi l'aurait exilée, s'il avait suiví ce que (car il ne se genait pas pour parlcr d'elle, lant
lui dictait son ressenliment. Mais il craignait il la ha'issai t) :
- Sa mere la connaissait bien; car, avant
l'éclat, et elle n'en serait devenue que plus
insolente.
i-on mariage, elle ne permettait pas qu'elle dit

SAINT-VICTOR .

aulre chose que oui el non. Savez-vous la
plaísanterie qu'elle a faite sur la nomination
de Moras [nommé ministre de la marine, le
1í féHicr 1757]? EUe lui a envoyé faire son
compliment, et deux minutes aprcs, elle a
rappelé celui qu'elle envoyait, en disant,
devant tout le monde : « Avant de lui parler,
dcmandez au suisse s'il est encore en place. »
Madame n'était pas haineuse, et malgré les
propos de ~lme la duchesse d'Orléans, elle
cherchait a excuser ses torts en conduite, et
disait :
&lt;( Le plus grand nombre des femmes ont
des amanls; et elle n'a pas tous ceux qu'on
lui prete. l\Iais ses manieres libres et ses discours, qui n'ont point de mesure, la décrient
daos toule la France. ll
~lADAME DU

HAUSSET.

C ,L\JPAGKE o'EsPA';NE. PRISE DE TARRAGO:-;E, -

Gr.:iVlll'e J'OUTIIWAITE, d'aprcs le lable.211 de RbroND. (.lfosée d e 1·ersail/es.)

Mémoires

du général baron de Marbot
tait de gagner sans encJmbre Alméida, dont
le commandant fran9ais lui donnerait le
moyen de se rendre a París. l\Iais MascareMasséna ayanl écrit al'Empereur pendant guas, appartcnant a la premiere noblesse de
que nous étions a Co"imbre, la difficulté con- Porlugal, cut beau dissimuler sa taille élésistait a faire passer cette dépe,he au milieu ganle, ses manieres distinguées et son landes populalions insurgées, réunies sur nos gage d'homme de cour, les paysans ne s'y
derrieres et nos flanes. Un Fran9ais aurait trompcrcnt pas. 11 fut arreté, conduít a Liséchoué dans cetle mission; il fallait quel- honne, condall!né a morl, et, bien qu'il réqu'un qui connut le pays et en parlat la clamat les immunités de la noblesse, c'est-alangue. M. de Mascareguas, un des officins dire la farnur d'avoir la tele tranchée, il fut
portugais qui avaient suil'i le général d'Alorna considéré comme cspion et pendu en place
en_Fr~nce:t y avaíentpris du senice ainsí que publique.
lm, s ofl'r1 t pour por ter la lel tre de Masséna.
Les tro:s jours que les Fran9ais venaient
J'assistai au départ de Mascareauas, qui, encore de perdre a Co'imbre ayant permis
s'étant dég~isé ~n berger montag~ard, por- aux Anglais de s'éloigner, il nous en fallut
tant un pet1t th1en dan$ son panier, se Oat- trois autres pour joindre leur arriere-garde a

CHAPITR.E XXXV (suite) .

Pombal, jolie petite ville, chcf-lieu de l'apanage du c~lebrc ma~quis de ce oom. Le corps
du marqms reposa1t, avant notre arrivée
daos un magnifique lombeau, construit sou~
un immense mausolée, donl l'architeclure est
fort remarquable. Le monumcnt aYait été
saccag~ par les trainards de I'armée anglaíse.
Jls ava1ent ou vert le cercueil, jeté les osscments sous les pieds de leurs chevaux lof)'és
dans l'intérieur du vaste mausolée dont "¡¡s
avaíent fait une écurie. O ,•anité des choses
hurnaines ! c·est la que gi,aient dans la boue
quclr¡ues rarcs débris du grand ministre destrucleur des J¿suites, lorsque le m1réchil
Masséna et son état-major visiterent sa tombe
désormais vide.
De Pombal, l'armée francaisc gagna Ley-

�"----------------

111ST0'/{1.Jl
ria, et le 9 octobre, notre avant-garde parvint enfin sur les rives du Tage et oeeupa
Santarem, vil le importante par son commerce. Nous y trouvames d'immenses approvisionnements de Lous grnrcs; mais cet avanlagc fut désagréablement compensé. Apres
avoir joui jusque-la d'un lemps magnifique,
nous fu.mes assaillis par des pluies d'automne
tellcs qu'on n'en voit que sous les Lropiques
et sur les cotes du midi de la Péninsule. Cela
fatigua beaucoup les troupes des dcux armées; néanmoins, les notres alleignirenl
Alenquer, gros bourg situé au has des petites
montagnes, ou plutot des collines de Cintra,
qui forment une ceinture autour de Lisbonne, dont nous n'étions plus qu'a quelques
lieues. Les Francais s'allendaient bien a
livrer bataille avant d'entrer a Lisbonne;
mais, sachant que celte villc était ouverle du
coté de terre, personne ne doutait du succes.
Cependant, lous les environs de Lisbonne
. étaient comerts de fortifications, auxquelles
les Anglais faisaienl lravailler depuis un an
et demi, sans que ni le maréchal Ney, qui
veuail de passer une année a Salamanque, ni
Masséna, qui depuis six mois se préparait a
emahir le Portugal, eussent eu la moindre
notion sur ces tra vaux gigantesques l Les généraux Reynier et Junot étaient dans la meme
ignorance; mais, chose plus surprenante encore, et vraiment incroi able, si les faits
n'étaient aujourd'hui incontestables, le gouvernement francais ne savait pas lui-meme
que les montagnes de Cintra fussent fortifiées ! On ne concoit pas comment l'Empcreur, dont les agents pénétraient dans toutcs
les contrées, n'en avail pas dirigé quelqucsuns sur Lisbonne, ce qui était d'autant plus
facile qu'a celle époque des milliers de navires anglais, allema nds, américains et suédois portaient journellement sur les rives du
Tage les provisions immenses destinées a
l'armée de Wellington. ll eut done été pos~ible de glisser quelques espions parmi les
tres nombreux matelots et commis employés
sur ces vaisseaux : avec de !'argent, on parvient a tout savoir ! C'était par ce moyen que
l'Empereur se tenait au courant de ce qui se
faisait en Angleterre, ainsi que chez les principales puissanccs de J'Europe. Néanmoins,
il ne donna jamais a Masséna aucun renscignement sur les défenses de Lisbonne, et ce
ne fut qu'en arrivant a Alenquer, au pied
des coteaux de Cintra, que le général francais apprit qu'ils étaieut fort1fiés et unís
entre eux par des ligues dont la gauche toucbait a la mer derriere Torres-Védras; le
centre occupait Sobral, et la draite s'appuyait au Tage vers Alhandra.
La veille du jour ou no, troupes parurent
sur ce point, l'armée anglaise poussant devanl elle la population des contrées voisines,
c'est-a-dire plus de trois cent mille ames,
venait d'entrer dans les lignes ou le désordre
était au comble ! Cem: des officiers francais
qui devinaient ce qui se pa~sait chez les ennemis éprouverent de nouveaux et bien vifs
regrets de la résolution prise par Masséna,
quinze jours avant, d'attaquer de front la

posit1on de Busaco, au pied de laquelle il
avait inutilement perdu tant de monde. Si
cette posilion eut été tournée, les ennemis
pris en flanc se seraient retirés vers Lisbonne, et nolre armée intacte et pleine d'ardeur eut, des son arrivée, immédiatemcnt
attaqué les ligues de Cintra, dont il est ccrtain qu'elle se fút emparée. La capitale
prise, les Anglais se seraient retirés avec
préeipitation, aprrs amir essuyé d'irréparables revers .... Mais les perles considéraLles que les Francais avaient faites dernnt
llusaco ayant refroidi l'ardeur des lieutcnants
de Masséna et scmé la discorde entre cux et
lui, tous chcrchaicnt a paralyscr les opérations du généralfssime et représentaicnl les
plus petits mamelons comme de nou1·ellcs
montagnes de llusaco, dont la prise devait
cou ter des torren Is de rnng !. .. Cependant,
malgré ce mauvais vouloir, Masséna dirigra
vers le centre des ennemis le 8• corps, dont
une division, celle de Clausel, enleva le bourg
de Sobra!, point des plus importants pour
nous, et l'on s'allendait a une allaque simullanée sur toute la ligne, lorsque le général
Saintc-Croix, qui l'aYait conseillée, fut tué
d'un coup de c:mon en avant de Villa-Franca!
Cct excellent officier faisait avec le général
Montbrun une reconnaissance sur Alhandra,
et longeail le fleuve du Tage, sur lcquel croisaienl en ce moment plusieurs chaloupes portugaises dirigeant leurs feux conlre nos
avant-posles, lor~qu'un boulet ramé vint couper en deux l'infortuné Sainte-Croix ! Ce ful
une perle immense pour l'armée, pour ~fasséna, et surtoul pour moi qui l'aimais comme
un frere! ...
Apres la mort du seul homme qui pul don-

GÉNÉRAL ÉoLÉ.

ner de bons conseils au généralissime, celuici retomba daos ses perpéluelles hésitations,
se laissant ébrunler par les clameurs de ses
lieutenanls pris mainlenant de timidité, el

présentant toutes les collines de Cintra comme
hérissées de canons prets a nous puh ériser.
Pour savoir a quoi s'en tenir, Masséna, qui,
depuis !'avis que Li¡.rniv1lle et moi aviom, ouverl a la bataille de Ilusaco, nous Lémoignait
quelr¡ue bienveillance, nous chargea de parcourir le front des lignes ennemies. 11 est
incontestable qu'elles étaient d'une force imposante, mais cependant pas telle, a beaucoup pres, qu'on voulait bien le dire.
En elfet, les retranchements des Anglais
formaient autour de Lisbonne un are immense, dont le développement était de quinze
lieues portugaises, qui foot au moins vingt
licues de France. Or, que! est l'officier au
fait des choses de la guerre auquel on persuadera qu'une position de vingt lieues d'étendue présentc partoul lt&gt;s mcmes diffi ·ultés et
n'est pas faible sur quelques points? Nous en
reconnümes plusieurs, en voyant des ofOciers
ennemis, et meme des piquets de cavalerie,
y rnonter tres facilemcnt avec leurs chevaux .
Nous acquimes aussi la conviction que nos
géograpbes et officiers chargés de lever le
plan des collines avaient figuré des redoutes
armées partout ou ils apercevaient un peu de
terre fraichcment remuée!. .. Or, les Anglais,
pour nous induire en erreur, avaient tracé
sur les moindres monticules des ouvrages
dont la plupart étaient encore a l'état de projet; mais, eussent-ils été achevés, il nous
semblait que les accidents de terrain permettant aux Fran~ais de cacher les mouvements
d'uue partie de leur armée composée de trois
corps, il scrait possible d'en employer un a
simuler des enlreprises sur le front des ennemis, pendant que les d1mx autres allaqueraient réellement les poinls les plus faibles de
cclle immense _ligne, derriere laquelle les
troupes anglaises, si elles voulaient tout couvrir, devaient nécessairement etrc Lrop disséminées, 011 bien avoir leurs réserves fort
éloignées des points d'attaque qui ne leur
seraient pas connus d'avance.
L'histoire desguerres dusiecle de Louis XIV,
époque ou l'on faisait grand usagc des lignes,
prouve que la plupart de celles qui furent
attaquées furent enlevées parce que les défenseurs ne pouvaient se soulenir mutuellemenl. Nous pensions done qu'il serait facile
de pcrcer les lignes anglaises sur quelque
point de lcur immense développement. La
trouée une fois faite, les troupes ennemies,
placées a plusieurs lieues et memc a une
journée de cette trouée, par laquelle pénétrerail en masse un de nos corps d'arrnée, reconnaitraient qu'elles n'auraient pas le temps
tl'accourir, si ce n'est en forces tres inférieures, et se retireraient, non pas a Lis·bonne, d'ou les vaisseaux ne pcuvent sortir
par tous les vents, mais sur Cascaes, ou leur
Oolle militaire et les transporls se trou vaient
réunis. La retraite des ennemis cut été bien
difticile, et se fut peut-etre changée en déroute; mai,, dans tous les cas, l'embarquement de l'armée anglaise en notre présence
lui cut couté bien cher : e'elll été la seconde
édition de celui de sir Jobn Moore a la Corogne l Nous avons vu dcpuis des officiers an-

glais, entre autres le général IIill convenir
que ~i les F~anc~is eussent altar¡u~ pendant
les d1x prem1ers JOurs de leur arrivée devant
Lisbonne, ils y auraient facilcment pénétré
pe_l~-mP!e avec la multitude des paJsans, au
m'.hcu desquels les troupes anglaises n'aura1ent pu se débrouiller, ni prendre aucune
di,;position réguliere de défense.
Lorsque mon camarade et moi fimes notre
r~pport en ce sens a Masséna, les yeux de ce
v1eux guerrier étincelerent d'une noble ardeur, et il dicta sur-le-champ des ordres de
marche_, a~n de_ préparer l'attaque qu'il
compta1t_ faire le JOUr suivant. Cependant, a
la recept1on de ces ordres, les quatre licutcnants du généralissime accoururent chez Jui
et la réunion fu t des plus orageuscs !... L;
g~nfral Jun?t,. qui c_onnaissait pa~faitement
L1shonne, ou il ava1l commande, assurait
qu'il ne lui semblait pas possible de défendre
u_ne ville aussi, immense, et se prononcait
VlVllment pour I attaque. Le général Montbrun
partag~ai t cet a~is; !°ªis le ~aréchal Ney et
le géneral Reymer s y opposerent avec cbaleur, ajoutant que les perles éprouvées a Ilusaco, jointes a celles des blessi!s abandonnés
/i C?Imbre_, et les nombreux malades que les
plu1es ava1ent momentanément mis hors de
service, ayant infiniment diminué le chilfre
des combauanls, il n'était pas possible d'attar¡ner les fortcs positions de Cintra; qu'au
surplus, leurs soldals étaient démoralisés
assertion inexacte, car les troupes mon~
traient au contraire
une tres oo-rande ardeur
.
et demanda1e11t a marcher sur Lisbonne.
Masséna, impatienté par celte discmsion,
ayant répété de vive voix les ordres de marche déja donnés par écrit, le maréchal Ney
dédara formellement qu'il ne les exécuterait
pas !. .. Le généralissime eut alors la pensée
de retirer au maréchal Ney le commandemcnt du 6° corps, ainsi qu'il ful daos l'obligati~n _de le faire quelques mois apres; mais
cons1derant que Ney commandait depuis sept
ans les memes troupes dont il était aimé,
c1ue son éloignement impliquerait celui de
Reynier, ce qui aebeverait de jeter la discorde dans l'armée, au moment ou elle se
trouvait a cinq cents Iieues de France, environnée d'ennemis, et ou elle avait un si
grand besoin d'union, Masséna, que les énergiques conseils de Sainte-Croh eussent soutenu, faiblit devant la désobéissance ·de ses
deux principaux lieutenants. Ces derniers,
ne pouvant toutefois le déterminer a quitter
le Portugal, lui arracherent du moins la promesse de s'éloigner des ligues ennemies et
de se retirer a dix lieues derriere Santarem
et le Rio-Major, afin d'y attendre de nouveau
les ordres de l'Empereur !... Je vis avec douleur cette petite retraite qui en pronostiquait, sclon moi, une générale et déllniti ve.
~~es pressentimenls ne me tromperent point,
amsi que vous le verrez bientót.
Je m'éloignai done a regret des collines de
Cintra, tant j'étais persuadé qu'on aurait pu
forcer les lignes encore inachevées, en profit:m_t de la confusion jetée dans le camp anglats par les fuyards. Mais ce qui était alors

.M'É.JK011('ES DU G'É1Y'É](_Al BA1(_01Y D'E .MA](_B01 - ,

facilc ne le fut plu, q:uinze jour¡¡ apres!. ..
En elfot, Wellinglgn, obligé de nourrir de
nombreuses populations qu'il avait fait reflucr sur Lisbonne, utilisa les bras de

ont l'habitude d'envoyer des o!ficiers isolts,
montés sur des chevaux de course, observer
les mouvements de l'armée qu'ils ont 1J. combattre. Ces officiers pénetrent daos les can-

CAMPAGNE D'ESPAGNE. REDDITION DE TORTOSE.

Gravrtre de

CHAVANE,

rfapres le tableau de

40,000 paysans valides, en les faisant travailler a l'achevement des fortifications dont
il voulait couvrir Lisbonne; cette ville aequit
des lors une tres grande force.

REMOND.

(llfrtsee de Versailles.¡

tonnements de l'ennemi, traversent sa ligne
de marche, se tiennent sur les flanes de ses
?ºloanes pendant des jours entiers, et tout
JU~~e h?rs de 1~ portée du fusil, jusqu'a ce
qu ils a1ent une 1dée précise de son nombre et
CHAPITR.E XXXVI
de la direction qu'il suit.
Des notre entrée en Portugal, nous vimes
Coureurs anglJ1is. - Nous nousétablissonsa Santarem.
plusieurs observateurs de ce genre voltiger
- Organisation de la ma raude. - Le maréchal
autour de nous. En vain on essaJ'ª de leur
Chaudron. - Triste si tuation et perplexilé de I'armée.
donner la chasse, en lancant apres eux les
- Arrivée des 1·enforts du comte d'El'lon.
cavaliers les mieux montés. Des que l'officier
Pendant le séjour que nous fimes aSobra!, anglais les voyait approcher, il meltait son
je fus de nouveau témoin d'une ruse de guerre excellent coursier au galop, et, franchissant
employée par les Anglais; elle est d'une telle lestement les fossés, les haies et meme les
imporlance que je crois devoir la signaler ici. ruisseaux, il s'éloignait avec une telle rapidité
On a dit bien souvent que les chevaux de pur que les notres, ne pouvant le suivre, le persang sont inutiles a la guerre, parce qu'ils daient de vue et l'apercevaient peu de temps
sont si rares, si couteux, el qu'ils demandent apres a une lieue de la sur le haut de quelque
lant de soins, qu'il est a peu pres impossible mamelon d'ou, Je carnet a la main, il contid'en former un régiment, ni meme un esca- nuait a noter ses observalions. Cet usage, que
dron. Ce n'est pas ainsi non plus que les je n'a! jamais vu si bien employé que par les
Anglais s'en servent en campagne; mais ils Angla1s, et que je lachai d'imiter pendant la

.., 53 "'

�r-

1f1STO'J{1A

----·-------------------------------------""'

campagne de Russie, aurait peut-etre sauvé
Napoléon a Waterloo, car il eul été prévenu
par ce moyen de l'arrir6e des Prussiens !. ..
Quoi qu'il en soil, les coureurs anglais, qui
depuis notrc départ des fronlieres d'Espagne
faisaicnt le désespoir des généraux francais,
avaient redoublé d'audacc el de suLLilité depuis que nous étions dc1·ant Sobra\. On les
vopit, sortant des lignes, courir avecla vélocilé du cerf 11 travers le, vignes et les rochcrs,
pour examincr les emplacemenls occupés par
nos troupes! ...
Mais, certain jour qu'il venait d'y arnir
entre les tirailleurs des deux partis une légere
cica ·mouchc, dans laquclle nous étions restés
mailres du lerrain, un voltigeur qui guettail
dcpuis longtemps le mioux monté et le plus
cntrcprcnanl drs coureurs ennemis, donl il
a1•ail remarqué les habitudes, contrefil le
mort, certain que des que sa compagoie serait
éloignée, l'Anglais vieodrail ,·isiter le pctit
champ de bataille. 11 y vial en efTct, et ful
tres désagréablement surpris de voir le prétendu mort se re!evcr a l'improviste, tuer son
cheval d'un coup de fusil, et, couranl sur lui
la La'ionnelle en avant, luí prescrire de se
rendre, ce qu'il ful conlraint de faire l. .. Ce
prisonnicr, présenté a Masséna par le voltigcur vainqueur, se trouva etre un des plus
grands seigncurs d'Angleterre, un Percy,
descendant d'un des plus illustrcs chefs normands, auxquels Guillaume le Conquérant
donna le duché de Northumberland, que ses
descendants possedcnt encorc.
M. Percy, rc~u avec distinclion par legénéralissimc francais, ful conduit a Sobra!, ou il
eu t la curiosilé de montcr sur le clocber pour
voir comrnenl notre armée étaitétaLlie. L'autorisation lui en ful accordéc, el de ce point
élevé, la longue-vue en main, il fut lémoin
d'unc sccne plaisanle, donl il ne pul s'empecber de rirc, malgré sa mésaventure; ce fut
la prise d'un autrc officier anglais. Celui-ci,
revcnu des grandes Indes aprcs vingt ans
d'abscnce, ayant appris en arrivanl a Londres
que son frcre servait en Portugal sous le duc
de \\'ellington, s'étaitembarquépour Lisbonne,
et de la s'étail empressé de gagner a pied
les avant-postes pour embrasscr son frerc,
donl le régiment se tromait de service. Le
temps élait ce jour-la magnifique; aussi le
nouveau débarqué rn complut a admirer les
belles campagnes el a considércr les fortificaio ns et les troupes anglo-porlugaiscs qui les
occupaient, si bien qu'en se promenant, et
distrail de la rnrtc, il dépassa les avant-posles
sans les apercernir. 11 se trouvait entre les
dcux armées, lorsr¡ue, avisant des figucs superbcs, et n'ayant depuis longtemps mangé
des fruils d'Europc, il luí pril fantaisie de
monler sur le figuicr. 11 y faisait Lranquillcment sa collation, lorsque les soldals d'un
poste franyais situé non loin de la, étonnés
de voir un habit rouge sur un arbrc, s'en
approcberent, reconnurenl la vérité et arretcrent l'oflicier anglais, ca qui fit beaucoup
rire tous ceux qui de loin furent Lémoins de
celle capture. Mais cet Anglais, micux avisé
que ~l. .Pcrcy, supplia ses capteurs de le re-

lcnir a la lisierc de l'armée frarcaise, dont il
ne voulait pas voir l'inlérieur, dans l'espoir
d'etre échangé. Celte préroyance eut un bon
résultat, car Masséna, ne craignant pas que
ccl officier pul donner des renseignements
sur l'cmplacrment de nos troupes, le renrop
sur parole, en demandan! a lord \\'ellington
de l ui rendrc en échangc le capitaine Lclermillicr, pris a Coimbre, el qui devint plus
tard un de nos bons colonels. M. Percy, qui
avail bcaucoup ri de son camarade, apprenant
l'échangc dont il avait été l'objet, demanda a
jouir de la memc faveur; mais elle lui fut
refusée, parce que, ayant pénélré daos l'intérieur de nos postes et vu la force de plusicurs
corps, il pouvait en rendre compte aux généraux cnnemis. Ce malheureux jeune homme
resta done prisonnier a la suite de l'armée
francaise, donl il partagea les souffrances
pendaot six mois, et anolre rentrée en Espagne, oo le transporta en Francc, ou il passa
plusicurs années.
Masséna, n'ayant pu obtenir de ses lieulcnanls qu'ils le sccondassent dans l'attaque des
lignes de Cintra, íut obligé, faule de vivres,
de s'éloigner le 14 novembre de ces coteaux,
ou l'on ne rencontrait que des vigncs dépouillées de lcurs fruits, el de conduire son armée
a dix lieues en arriere, dans une contrée productive en céréales el oflrant en meme temps
des posi tions susceptibles de dé[ense. 11 choisi t
a cet eflet l'espace compris entre le Rio-}lajor,
le Tage, le Zezere, les villes de Santarem,
Ourem et Leyria. Le 2• corps fut établi a
Santarrm, forle position donl la gauche est
défenJue par le Tage et le fronl par le RioMajor. Le 8• corps occupa Torres-Novas,
Perncs et le bas du Monlc-J unto. Le 6° corps
fut placé a Tbomar, le grand pare d'artillerie
aJancos, el l'on cantonna la cavaleriea Ourem,
poussant des avant-postes jusqu'a Leyria. Le
marécbal ~lasséna fixa son quartier général a
Torres-Norns, point central de son armée.
En rn1an t les Franca.is s' éloigner des coteaux
qui avoisinent Lisbonne, les Anglais crurenl
leur retrai te prononcée vers les frontieres
d'Espagne, et ils les suivirent, mais d~ loin et
ame hésilation, tant ils craignaient que ce ne
fut une ruse pour les altirer hors de leurs
ligncs, aun de lescomballre en rase campagnc.
Crpendanl, en nous voyanl arretés derricre le
Rio-Major, ils cssayerent d'y lroubler nolrc
établissemenl; mais recu5 vigoureusemenl,
l'l romptant IJien que le défaut de subsistanccs
nous forcerait biénlot a abandonner cetle
contrée favorable a la défcnsil'e, ils se horncrenl a nous observer. Lo;·d Wellinglon mit
son quartier genéral a Cartaxo, en face dll
Sm1ar1:m, et les deux armées, séparées seulement par le P.io-1\fajor, rcsterenl en présence
depuis la mi-novembre 1.810 jusqu'au
5 mars t81 l.
Peodant ce long _séj our, les Anglais vécurcnt largement, grace aux provisions que le
'fage leur apporlail d~ Lisbonne. Quant a
nolre armée, son exist •1:c_ fut un probleme
des plus incompréhensibl¿s, car elle n'avait
aucun magasin et occupait un terrain fort
resserré, eu égard au grand nombre d'hom-

mes et de chevaux qu'il fallait nourrir. La
pénuric élait immense; mais aussi jamais la
patienec et I'industrieuse activité de nos troupes ne furent aussi admirables!... De meme
que dans une ruche d'abeilles, chacun contribua, sclon ses facul tés et son grade, au
bien-etre commun. On vit Lientot, par les
soins des colonels et de leurs officiers, se former daos tous les bataillons et compagnics
des aleliers d' ouvriers de gen res divers. Chaque régiment, organisant la maraude sur
une large échclle, envoyait au loin de nombreux délachemenls armés et bien commandés
qui, poussant devanl eux des milliers de baudets, revenaient chargés de provisions de toule
cspecc et ramenaicnt, adéfaut ele breufs, tres
rares en Portugal, d'immenses lroupeaux de
moutons, Je porcs et de chevrcs. Au rctour,
le bulin étail partagé entre les compagnies
sclon leur force respective, et une nouvcllc
maraude allait en expédition. )tais les contrées
voisines de nos canlonnements élant peu a
peu épuisécs, les maraudeurs s'éloignerent
davantage. II y en eut qui pousserenl leurs
excursions jusqu'aux portes d'Abrantes el de
Co'imore; plusieurs meme franchirent le Tage.
Ces détachemeuts, souvent attaqués par des
paysans exaspérés de se vo:r enlever leurs
provisions, les repousserent toujours, mais
perdireot quelques hommes. lis se lrouvercnl
meme en présence d'cnncmis d'un nouveau
genre, dont l'organisalion, jusque-la sans
exemple daos les annales des gucrres modernes,
rappelait celle des routiers et ma/andrins du
moyenage.
Un scrgenl du 4i•de ligne francais, fatigué
de la miscre dans laquellc se trouvait l'armée,
résolut de s'y souslraire pour vivre dans l'abondance. Pour cela, il débnucba une centaine tic
soldats des plus mauvais sujets, a la tele
desquels il alla s'étaLlir au loin, sur les derricres, dans un vastc couvent abandonné par
les moincs, mais encore bien pourrn de meubles el surtout de provisions de boucbc, qu'il
augmenta infinimenl, en s'emparant de toul
ce qui était asa convcnance dans les cnvirons.
Dans sa cuisine, les broches et les marmiles
bien garnies élaient constamment devant le
feu; chacun y prenait a volonlé; aussi, tant
par dérision que pour exprimer d'un seul
mot le genre de vie qu'on menait cbez luí,
il se foisait nommer le maréchal Chaudron ! ...
Ce misérable ayanl fait cnlever une grande
quanlilé de femmes et de filies, l'aurail de
la débauchc, de la paresse el de l'ivrogncrie
conduisant bienlot vers lui les déserleurs anglais, portugais et francais, il par1•inta formcr
de l'écume des trois armées une bande de
pres de 500 hommes, qui, oubliant leurs
anciennes rancunes, vivaient tous en tres
bonne harmonie, au milieu d'orgies perpétuelles. Ce brigandage duraitdepuis quelques
mois, lorsqu'un détachcment de nos troupes,
chargé de réunir des vivres devenus plus rarcs
chaquejour, s'étanl égaré ala poursuite d'un
troupeau jusqu'au couvent qui servail de r~paire au prélendu ma1·échal Chaudron, nos
soldats furenl tres étonnés de voir celui-

.M'é.MOT1('ES DU GÉNÉ'l(.Jll BA](ON DE ,M.Jl1(B01 _ _,_

Cliché Giraudon
L'rnrfa:.ITRICE l\l.\RIE-LOUISE ET LE ROi DE

ci venir a leur rencon tre a la tele de ses bandits et leur prescrirc de respecter ses te1·res
et de rendrc le troupeau qu'ils venaient d'y
prcndre! ... Sur le rcfus de nosofficiersd'oblcmpércr a cet ordre, le maréclwl Clwudron

Ro~tF.
, - Tableau de

FRANQUE
.
,
,. ('{
,. usee

ordonna de faire feu sur le détachement. La
plupart des déserteur, fran~ais n'oserent tirer
sur leurs compatriotes et anciens freres d'armes; ma,!s les bandits anglais et portugais
ayant obe1, nos gens eurent plusieurs bommes
""'55 ..-

d e I'ersa il/es.)
.

Lués oublessés, et n'étant pas assez nombreux
pour r~s~stcr, ils furenl contraints de se retirer: ~U1~1s pa~ lous les déserteurs francais qui
sc.Jo1gmrenl a eux et vinrent faire leur soumJSSion. Masséna Ieur pardonna, a condition

�111STORJJl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
qu'ils marcheraient en tete des trois bataillons
destinés a aller altaquer le courent. Ce repaire
ayant élé enlevé apres une assez vive résistance, Masséna fil fusiller le mnréchal Chaudron, ainsi que le pelit nombre de Fram;ais
restés aupres de lui. Beaucoup d'Anglais et
de Portugais eurrnt le meme sort, les autres
furent envoyés a Wellington, qui en fit bonne
et prompte justice.
Des les premiers jours du mois de novembre,
Masséna avait fait connaitre sa position a
l'Empereur, en envoyant aupres de luí le
général &lt;le brigade Foy, auquel il avail fallu
donner tl'ois bataillons pour l'escorter jusqu'en Espagne, d'ou il se rendit a París. Cependant, le générali,sime franc;:ais, incertain
de l'arrivée des reníorts atlendus, craignait
que l'armée anglaise réunie sur la rive droite
du füo-Major, franchissant cetle peliteriviere,
ne vlnl attaquer a l'improviste nos divisions,
dont cbaque régiment avait au moins le tiers
de ses hommes détacbé a la recherche des
vines, et éloigné de plusieurs jours de marche dans toules les directions. L'arrivée de
l'ennemi au milieu de nos cantonnements,
lorsqu'un aussi grand nombredesoldatsétaient
absents, eút ccrlainemcnt amené une grande
catastrophe, et les troupes fran~ses dispersées étaient exposées a etre battues en détail,
avant de pouroir se réunir; mais heureusement pour nous, lord Wellington attendait
tout du temps et n'osa ricn entreprendre.
Cependant, l'Empereur, qui n'avaitd'autres
nouvelles de l'armée de Masséna que celles
publiées par les journaux de Londres, ayant
en6n re9u les dépeches apportées par le général Foy, ordonna au général comte d'Erlon,
chef du 9• corps d'armée, cantonné pres de
Salamanque, de se rapprocher du Portugal et
d'y faire entrer sur-le-champ la brigade Gardanne, dont la mission devail etre de chercher
l'armée frangaise et de luí amener des munitions de guerre et des chevaux de trait, don t
on présumait qu'elle avait grand besoin.
De Paris, ou l'Empereur se trouvait alors,
il ne pouvail, malgré sa perspicacité, apprécier les nombreuses diificullés qui entraveraient l'accomplissement des ordres donnés
au général Gardanne, car Napoléon ne put
jamais croire que la fuite des propriétaircs.
portugais, a l'approche d'un corps francais,
füt si générale qu'il devint totalement impossible de rencontrer un habitan!, pour savoir
ou l'on se trouvait et avoir le moindre renseignement l Ce ful néanmoins ce qui advint a
Gardanne. Cet officier, ancien page de
Louis XVI, que l'Empereur avait fait gouYerneur de ses pages, pensant qu'il dirigerait
cette inslitulion mieux que toul autre, avait
peu d'initiative, et ne servait bien que dirigé
par un général habile. Il se trouva doncahsolument désorienté. Ne sachant ou trouver
l'armée de Masséna, il erra daos toutes les
directions, el parvenu enfin aCardigos, a une
journée du Zezere, ainsi que ses cartes le luí
indiquaienl, il ne comprit pas qu'a la guerre,
un partisan a la recherche d'un corps ami doit
toujours aller pour ainsi dire touche,· barre
aux fieuves, forets, grandes villes ou chaines

de montagnes; car, si les troupes qu'i\ a mission de joindre sont dans les environs, elles
ont infa1lliblement des postes sur ces points
importants. On a peine a s'e.xpliquer l'oubli
de ces regles du métier de la part de Gardannc. Cct officier général perdit meme beaucoup d'hommes en rétrogradant précipitamment et sans avoir vu l'ennemi. S'il eut poussé
jusqu'au Zezere, dont il n'était plus qu'a trois
lieues, il eul aperen nos a,·ant-postes. Gardanne retourna en Espagne, ou il reconduisit
les renforts, les munitions et les chevaux que
l'armée de Portugal attendait avec impatience.
Le maréchal Masséna, craignant de manquer de vivres sur la rive droile du Tage,
résolut de s' ouvrir une nouvelle carriere en
portant une pnrlie de son armée sur la rive
gauche de ce 0euve, daos la fertile provincc
de l'Alentejo. A cet eíl'et, le généralissime
fran9ais fit passer le Zezere par une division
qui s'empara de Punhete, petite ville située a
l'embouchure de cette riviere daos le Tage.
Ce lieu paraissait tres favorable a I'établissement d'un pont, qui nous mettrait en communication avec l'Alentejo; mais on manquait
de matériaux. Le zele et l'activité du général
Éblé, secondé par les officiers d'artillerie dont
il était le digne chef, suppléerent a tout. On
édifia des forges et des scieries, on confectionna des outils et des ferrures, des planches,
des madriers, des ancres, des cordages; on
construisit enfln de nombreuses barques, et
ces traraux divers avanc;:ant comme par enchantemenl, on pul bientot se ílallcr de l'espoir de jeter un pont solide sur le Tage.
Le duc de Wellington voulait s'opposer au
passage de ce lleuve et tira des troupes dti
Lisbonne pour former un camp sur la rive
gauche en face de Punhete, ce qui faisait présarrer que nous aurions lt soutenir un combat
sa~glant avant de nous établir sur la rive
opposée du grand lleuve. L'armée fran93isc
occupait toujours les posilions qu'elle avait
prises au mois de novembre en s'éloignant de
Cintra. Plusieurs divisions anglaises campaient
sur la rive droite du Rio-Major. Le duc de
Wellington avait son quartier général au milieu d'elles a Cartaxo. ll y manda le célebre
général marquis La Romana, qui mourut chez
lui.
Le temps était affreux, et les chemins
changés en torrents, ce qui augmentait la
difficulté d'aller chercher au loin des vivres
etsurtout des fourrages. Néanmoins, la gaieté
franc;:aise ne nous abandonna pas. On avait
formé daos chaque cantonnement des réunions pour jouer la comédie, et les déguisements ne nous manquaient pas, car les maisons abandonnées par les habitants étaient
amplement fournies de garde-robes laissées
par les clames portugaises. Nous y trouvamcs
aussi beaucoup de livres franc;ais, et nous
étions tres bien logés.
L'hiver se pasrn done assez bien. Cependant, nous faisions quelquefois de bien tristes
réllt:xions, tant sur la facheuse siluation de
l'armée que sur la nótre. Nous n'avions depuis
plus de trois mois aucune nouvelle de nos
"'56""

familles, de la Francc et mcme de l'Espagne !...
L'Empereur nous enverra-t-il des renforts
pour nous mettre a meme de prendre Lisbonne, ou bien serons-nous contraints defaire
retraile devant les Anglais ?... Tclles étaient
nos préoccupations, lorsque, le 27 décembre,
le bruit se répandit tout a coup que le général Drouet, comte d'Erlon, venait de joindre
l'armée a la tete du 9e corps, fort de 25 a
50,000 hommes l... Mais celle satisfaction
ful grandement diminuée lorsqu'on apprit
que l'armée du comte d'Erlon n'avait jamais
été de plus de 12,000 hommes, dont il avait
laissé la moitié a la frontiere d'Espagne, sous
les ordres du général Claparcde, en se bornant a prendre avec luí la division Conroux,
forte seulement de 6,000 combattants, renfort insuffisant pour baltre les Anglais et
prendre Lisbonne.
Le général comte d'Erlon, au lieu de se
rendre sur-le-champ a Torres-Novas, aupres
du généralissime, s'était arrelé a dix lieues
de la, a Thomar, quartier général du maréchal Ney. Cela choqua infiniment Masséna,
qui m'envoya aupres du chef du 9• corps,
afio d'avoir l'explication d'un procédé aussi
contraire aux convenanccs qu'aux reglemenls
militaires. En me chargeant de cette mission
le généralissime ne mettait point en doute que
le comte d'Erlon n'eíU été placé sous ses
ordres par l'Empereur ; mais il était dans
I'erreur. Les instructions données par le
majar général au chef du 9° corps le chargeaient seulement de pénétrer eu Portl)gal,
d'y chercher l'armée de Masséna, de luí remettre quelques centaines de chevaux de
trait, aimi que des munitions de guerre, et
de retourner ensuite en Espagne avec les
troupes qui l'accompagnaient. On ne comprend
pas qu'apres les rapports que le général Foy
el le colonel Casabianca avaient faits a l'Empereur sur la triste situation de l'armée du
Portugal, il se fút borné 11 lui envoyer d'aussi
faib\es secours.
Je trouvai lti général comle d'Erlon logé
depuis vingt-quatre heures cbez le marécbal
Ne)'· Désireux de quitter le Portugal, lemaréchal avait retPnu son bote, en évitant ainsi
que le comte d'Erlon, influencé par le généralissime, ne mil ses 6,000 hommes a sa
disposition, ce qui eut encouragé Masséna a
repousser les projets de retraile. Le chef du
9• corps se préparait done a partir le lendemain, sans meme faire une visite a~fasséna,
aupres duquel il me priait de l'excuser, sous
prétexte que des affaires importantes le rappelaient vers les frontieres, et qu'il lui était
impossible d'aller aTorres-Xovas, celte course
devant lui faire perdre trois journées.
Les fonctions d'aide de camp sont bien
difficiles, parce qu'elles mettent tres souvent
l'oflicier qui les remplit en contacl avec des
supérieurs dont l'amour-propre est froissé
par les instructions qu'il leur porte. Quelquefois, cependant, le bien du service force
l'aide de camp a prendre sous sa responsabilité d 'interpréter les intentions de son général, en donnant au nom de celui-ci des ordres
qu'il n'a pas dictés l ... Cela est fort grave,

"----------------------m8me dangereux; mais c'est au bon sens de
l'aide decampa apprécicr les circonstances !...
Celle daos la'luelle je me trouvais était on ne
peut plus délirate, car Masséna, n'ayant pas
prévu que le chef du 9• corps ,·oulul s'éloigner du ·Portugal, n'ayait pu écrirc a ce sujet, et cependant, si ce dernier partait avec
ses troupes, les opérations de l'armée seraient
paralysées, et le généralissime blamerait la
circonspection qui m'aurait empeché de parler en son nom. Je pris done une résolution
des plus hardies, car, bien que je me trouvasse pour la premiere fois devant le comte
d'Erlon, et que le maréchal Ney, présent a
notre entretien, appu).l.t les raisons qu'il
opposait a mes observations, je me permis de
lui dire qu'il de,,ait au moins donner au maréchal Masséna le temps nécessaire pour
prendre connaissance des ordres que le major
général I'avait cbargé d'apporter, aussi bien
que le temps d'y répondre .... Mais le comte
d'Erlon ayant répélé qu'il ne pouvait attendre,
je frappai le grand coup et jelui dis : « Puis&lt;&lt; que Votre Excellence me force a remplir
&lt;( ma mission daos toute sa rigueur, je vous
&lt;( ~éc!are que le marécbal Masséna, généra&lt;&lt; hss1me des armées franc;aises en Portugal,
&lt;&lt; m'a chargé de vous transmettre, tant en
&lt;&lt; son nom qu'en celui de l'Empereur, l'ordte
&lt;&lt; fotmel de ne faire faire aucun mouvement
ce a vos troupes et de vous rendre aujourd'hui
&lt;&lt; meme aupres de lui a Torres-Novas ! l&gt;
Le comte d'Erlon ne répondit rien et demanda ses chevaux. Pendant qu'on les préparait, j'écrivis au maréchal Masséna pour
l'instruire de ce que j'avais été dans la nécessité de faire en son nom. Je sus plus tard
qu'il approura ma conduite. (On trouve a la
page 286 du tome VII[ des Mémoires de Masséna, par le général Koch, un passage relatif
a la mission que je dus remplir aupres du
comted'Erlon,etdonl Masséna aura sansdonte
pris note; mais la scene dont je fais ici mention est imparfaitement racontée.)
Le comle d'Erlon était un homme fort
doux et raisonnable; aussi, des qu'il eut
quitté le camp de Ncy, avoua- t-il qn'il n'eut
pas été convenable a lui de s'éloigner de l'armée de Portugal saos aller saluer le généralissime, et pendant tout le trajet de Thomar
a Torres-Xovas il me traita avec beaucoup de
bienveillance, malgré la véhémence que
j 'avais été obligé de mettre daos les observations que j'avais cru devoir lui adresser. Son
entrelien avec Masséna acheva sans doute de
le convaincre, car il consentit a rester en
Portugal avecses troupes, qni furent envoyées
en cantonnement a Leyria. ~fasséna me sut
d'autant plus de gré de la fermeté et de la
présence d'esprit dont j 'avais fait preuve daos
cette affaire, qu'il fut informé, peu de jours
apres, que le duc de Wellinglon, ayant formé

MiM01'J(ES DU GÉJVÉ1f_.Jl1. BAJ(OJV DE MA'l(.BOT --.,..

le projet de venir nous attaquer daos nos
canlonnements, en avait élé empeché par
l'arrivée de la division du général comte
d'Erlon; mais que si ce reníort se ful éloigné,
les Anglais auraient marché sur nous, et
profité de la dispersion de nos troupes pour
nous accabler par le nombre des leurs.

CHAPITRE XXXVII
1811. - Avcnlnres d'un espion a,nglais. - Mauvais
vouloir des chefs de corps. - Rctraite. - Incidcnls el combats divcrs.

Nous commencames a Torres-Noras l'année i8t 1, dont les prem.iers jours furent
marqués par un facheux événement qui affecta
vil'ement tout l'étal-major. Notre camarade
d'Aguesseau, aide de camp de Masséna, mourut !... Cct excellent jeune homme, portant
un nom illustre, possesseur d'une grande
fortune, adoré de sa famille, ne pouvant résister au désir d'acquérir de la gloire, avait
pris la carriere des armes, que la faiblesse de
sa constitution semblail lui interdire. Il avait
néanmoins assez bien supporlé les fatigues
de la campagne d'Autriche, mais celles de la
campagne de 181 O en Portugal furent audessus de ses forces, et il quilla la vie a la
lleur de l'age, loin de ses parents et de sa
patrie! Xous lui fimes élever un toml,eau
dans la principale église de Torres-Novas.
Le majar Casabianca, que Masséna avait
dépeché aupres de l'Empereur, était revenu
a la suite du comte d'Erlon, en portant au
généralissime l'assurance que le maréchal
Soult, commandant une nombreuse arméc en
Andalousie, avait re9u l'ordre d'entrer en
Portugal pour se joindre a lui.
Les préparatifs que nous faisions inquiélant Wellinglon, dont les espions subalternes
ne pouvaient pénétrer daos l'espace occupé
par nos troupes, il voulut savoir ou en étaient
nos travaux et employa pour cela un moyen
extreme, qui lui avait réussi daos d'aulres
campagnes. Par une nuit fort obscure, un
Anglais revetu de !'uniforme d'officier sejette
daos une petite nacelle placée a la rive gauche, un peu au-dessus de Punhete. 11 aborde
en silence, passe entre les postes fran93is, et
des les premieres lueurs de l'aurore, s'avance
résolument vers nos chanliers de construction, examine tout a loisir, comme s'il avait
fail partie de l'état-major de notre armée, en
se promenant tranquillement l. .. Nos arlilleurs et sapeurs, en arrivant pour les travaux
du matin, apercoivent cet inconnu, l'arretent
et le conduisent au général Éblé, auquel le
misérable déclare effrontément qu'il est officier anglais; que, indigné d'un passe-droit
fait au détriment de son avancement, il a déserté pour venir se ranger sous les drapeaux
de la légion irlandaise au service de France.

Emoyé devant le généralissime, non seulement le prélendu déserteur reproduit le meme
conte, mais il oITre de donner les renseignements les plus détaillés sur la position des
troupes anglaises et d'indiquer les points les
plus favorables pour faire trarerser le Tage a
notre armée ! ... Le croiriez-vous? ... Masséna
et Pelet, tout en méprisant ce misérable,
ajouterent foi a son récit, et, voulant profiter
des avis qu'il donnait, passerent des joumées
entieres ayee lui, coucbés sur des caries el
prenant note des di res du déserleur ! La cré&lt;lulité du général Fririon et des nutres officiers de l'ét~t-major ne fu t pas aussi grande,
car on ne put nous persuader qu'un officier
anglais eut désetté, et nous déclarames hautement que, a notre avis, ce prétendu capitaine n'était autre qu'un habile espion envoyé
par Wellington. Mais tout ce que nous dimes
ne put ébranler la conviction de Masséna, ni
celle de Pelet ! Cependant nos conjectures
étaient bien fondées , ainsi qu 'on en eu t
bientot la preuve !
En eüet, le général Junot étant venu au
grand quartier général, ses aides de camp
reconnurent leprétenduofficier anglais comme
ayantjoué le meme role de désetteul' en 1808,
lorsqu'une armée franc;:aise occupait Lisbonne. Le général Junot se rappela aussi parfaitement l'espion, bien que celui-ci eut pris
l'uniforme de fantassin anglais au lieu de
celui de housard qu'il portait a Lisbonne, et
il conseilla a Masséna de le faire fusiller. Muis
l'étranger protesta n'aroir jamais servi dans
la cavalerie, et, pour constater son identité,
il montra un brevet de capitaine, dont Wellington l'avait probablement muni pour le
mettre a meme de passer pour ce qu'il disait
clre. Masséna ne voulut done pas ordonner
l'arrestation de cet homme; mais ses soupcons étant éveillés, il prescrivit au chef de la
gcndarmerie de le faire surveiller de pres.
L'eópion s'en douta; aussi, la nuit suivante,
descendit-il fort adroitement par la fenetre
d'un troisieme étage, se jeta dans la campagne
et gagna les environs de Tancos, ou il passa
probablement le Tage a la nage, car on trouva
sur la rive une partie de ses vetements. ll
fut ainsi démontré que c'était un agent du
généralissime anglais qui s'était joué de ~fasséna !. .. Celui-ci s'en prit a Pelet, et sacolere monta au paroxysme lorsqu'il s'aper9ut
que le faux déserteur, si imprudemment
admis dans son bureau, y avait escamoté un
petit carnet sur lequel on inscrivait l'état du
nombre des combattants de chaque régiment !. .. On sut plus tard que l'adroit fripon
n'était point officier daos l'armée britannique, mais un chef de contrebandiers de Douvres, rempli de moyens, d'audace, parlant
plusieurs langues, et habitué aprendre toutes
sortes de déguisements l

(A suivre.)

ÜÉNÉRAL DE

MARBOT.

�'------------------------------

MORT DE B.\ILLY, EX-MAIRE DE PARIS, LE 12 NOVEllBRE

¡~c¡3. - Gr;ii•u,·e de

DtrLESSl-8ERTE.\l'X,

L'Exode _des Girondins
11 l
En ce moment on emprisonnait a Bordeaux
tout ce qu'il y avait de patriotes les plus purs,
les plus éclairés, les plus courageux. La tcrreur était si générale, qu'a neuf heures du
soir Guadet et Pétion, loin de tromer un
homme qui osat les héberger pour la nuit, n'avaient qu'a peine rencontré quelqu'un qui eut
le courage de marcher devant eux, pour les
guider jusqu'i1 ce qu'ils fusscnt ho~ de la
ville.
ll fallait done cncore ne songer qu'a notre
su.reté per,onnelle. Guadet parlit pour SaintÉmilion, licu de sa naissance. 11 y avait, avec
quelques parents, plusieurs amis, de ces amis
de l'enfance, dont on se· croit sur, tant que
nos adversités ne les ont point éprouvés. Il nr
manquerait pas de nous trouver i1 cbacun un
asile, mais il ne nous en verrait prendre que
lorsque tout serait pret; car il convenait que
nous arrivassions le plus secretement possible.

11 partil. Xous resta.mes cnfercnés dJns la
maison de son parent. L'aubcrgiste voisin,
mauvais sujet, dont on ne se défiait pas encore
assez, s'enquelait curieuscment de ce que
nous étions devenus. On lui dit que nous
vcnions de nous recnbarquer; mais, des le
meme soir,il vint roder autour de la maison,
dont nous avions heureusement fermé lous
les volets. Pourtant il ne fut pas longtemps
notre dupe; et, des le secood jour, nous
eitmes avis qu'un bruit sourd se répandait
que nous étions cachés aux environs du Becd'A.mbez.
C'était le soir de cetle seconde journée que
Guadet devait reYenir. Nous ne le ,·lmes pas,
et nous n'en fumes que plus inquiets. Cbaque
inslant rendait notre séjour actuel plus dangereux. Nous étions avcrlis que le maitrc de
l'auberge, maratisle soldé, venait de-faire un
voyage a Bordeaux; qu'il en revenait a
l'heure meme al'ec quelques visages nouveaux, et qu'aussilot on avait remarqué chez
..., 58 .....

lui du mouvcment, des chuchotcments, des
conciliabules. Il était prudent de faire quelques préparatiís de défcnse : nous nous IJarricadames : on se dislribua les armes, qui
consistaient en quatorze pistolels, cinq sabres
et un seul fusil. Nous étions six hommes ;
car j'aurais du_direplus tol qu'en monlanl sur
le l'aisseau, nous y avions lrouvé Yalady, et
un de ses amis, non député.... Six homrues
seulement, mal armés, mais bien ré,olus de
mourir daos la place, la composaient done,
cette garnison lcrriLlc, pour l'allar¡ue de
laquelle vous verrc:z qu'on ne préparait au
dehors rien moins que du canon. De cetle
garnison, les dcux tiers se coucherenl tout
habillés; l'aulre tiers, c'est-a.-dire, Barbaroux
et moi, fit sentinelle toule la nuit. Mais l'ennemi, qui ne voulait marcher sur nous qu'cn
force, n'avait pas encore rassemhlé assez de
troupes. S'il se ful contenté des cent cinquante fusiliers qu'une simple réquisition
aux gardes nationales environnantes lui met-

s'amusaient a la.ter nos lits , nous, avec
moins de bruit, nous faisions de meillcurc
besogne. Nous arrivions a Saint-Émilion,
apres al'oir encore tra,·ersé une seconde riviere, la Dordogne, devant Libourne, ou tres
heureusement la sentinelle fut encore plus
diíficile a éveiller qne le batelier, 11ui se fit
appeler pendant trois quarts d'heurr.
Au milieu du jour suivant, on areourut
nous dire de combien peu nous l'avions
échappé la veille au Bec-d'Ambez; el comme
r¡uoi B... , furieux d'une aussi helle oceasion
perdue, et sans doute averti par le batelier
qui nous avait passé sur la Dordogne, venait
de requérir un de ces batail!ons révolutionnaires, et, en allendanl, s'avancail sur nous
a la tele de cinquante cavaliers. ]l fallut s'esquiver encore. Nous aUames, a quelques portées de fu~il, nous jeter daos une carricre ou,
par bonheur, il n'y avait point d'ouvriers ce
jour-la, parce que e'était un dimanche. Nous
y ft'1mes bienlotjoints par Guadet et par notre
ami Salles, qui nous avaient précédés dans la
Gironde, el se trouvaient pourtant sans asile.
Nous allendions un IJrav~ homme qui, depuis le matin, courait les environs, lachant
de nous lrouvcr quelque relraite. II vint a la
nuit nous apprendre que pas un individu
n'avait le courage de nous recueillir. Mon
pauvre Guadet en fut conCondu ! Que de fois
il nous avait protesté que lous les sentiments
honnétes et généreux, s'ils élaient lout a fait
bannis de la France, se réíugieraient dans le
département de la Gironde ! Que d'indignes
parenls, que de faux amis l'avaient cruellement trompé! Que nous étions a plaindre,
mais combien il l'était plus que nous !
Que faire cepcndant? Puisqu'on suivait
nos traces, et que nous élions si bien signalés,
il ne convenait plus de marcher tous ensemble. Encore, si nous avions eu, comme dans
le Finistere, douze compagnons de plus, et
vingt bons (usils ! Mais seulement buit hommes, et rien que des pistolets : nous ne devions plus rien attendre de la force; c'était
uniquement sur l'adresse qu'il était permis
de compler; et de toutes les précautions, la
premiere sem blait etre de nous séparer. Ma
Loduiska deYait etrc a Paris; ce fut done vers
Paris que je parlai de m'acheminer. Si j'avais
l'incroiable bonheur d'y panenir, j'y pourrais
donner asile a dcux ou trois des no tres! Infortuné, je le croyais ! Moi aussi, malgré
l'e'&lt;emple des amis de Guadet, je comptais
sur mes amis! Alon chcr Barbaroux déclara
qu'il suivrail mon sort; Valady et son ami se
joigoirent a lui. Nous ,·oila quatre; Pétion et
Buzot s'en allaient crrer, je ne sais plus ou ;
Salles et Guadet dcvaient tirer du coté des
Landes. Eh! quoi faire? Gagner du temps.
Les affreux triomphes de la Montagne étaient
si inconcevahles qu'ils ne paraissaient pas
deYoir se soulenir quinze jours 1
Nous nous embrassames, le creur bien
serré; nous parlicnes. Barbaroux passerail
pour un professeur de minéralogie, science
qu'il possédait bien; et nous, pour des négoPendant que ces messieurs, sabre a la ciants, voyageant avec lui, dans l'intention de
main, drapcaux llottants et meches allumées, faire exploiter les mines qu'il pourrait décou-

tait en moins de deux heures sous la main,
la supériorité du nombre et des armes nous
accablait : nous n'étions pas pris, mais nous
étions morts. lleureufement on voulait nous
altaquer avec une armée qui pul faire un
siége en r.cgle : rien ne parut cette nuit-la.
A l'entrée de la nuit suivanle, vint un envoyé de Guadet. Celui-ci n'ai-ait troul'é, dans
sa famille et parmi ses amis, qu'une seule
personne, qui ne pouvait donner asile qu'a
deux d'entre nous. 11 espérait le jour suivant
en placer deux autres qu'il enverrait chercher
a leur tour, et ainsi de suite, jusqu'au dernier. Nous n'avions plus qu'a décider quels
seraient les deux élus appelés a suivre actucllcment celui qui vrnait les sauver. Nous nous
regardions en si len ce. Barbaroux, toujours
digne de lui-memc, ful le prcmier qui prit la
parule.
- ~ous ne doulons pas, s'écria-t-il, qu'ici le
péril ne soit imcninrnt. Lequel d'entre nous
pourrait songer a n'y dérol,cr que lui, et ne
serait pas arrcté par celle pensée que, demain
prut-etre, ceux r¡u'il "ª laisser ici ne seront
plus? Quanl a moi, je n'abandonne point les
compagnons de mes travaux et de roa gloire !
N'y a-t-il asile que pour deux? Restons tous;
mourons ensemble! Mais Guadet, s'il connaissait notre position, n'en cnverrait-il cher1:her que deux? Ne sentirail-il poinl que le
plus pressant est de nous tirer d'ici? Quelqu'un oO're asile pour deux d'enlrc nous, ch
bien! pour quatre ou cinq jours, s'il le faut,
ne ticndrons-nous pas six daos la chambre ou
deux sont allendus? Partons tous.
l1 parlait encore, lorsqu 'on vint nous prévenir qu'il y avait grand monde et grand
hruit dans l'aubergc voisine. Une trentaine
d'offtciers venaient d'y arrivcr. L'h6te avait
dit que ces messieurs étaient les chefs d'un
bataillon de l"armée révolutionnaire, qui devait passer par ici, allanl a Bordeaux. Ccpendant on apercevait déja daos les environs
plusieurs détachements de garde nationale,
et meme quelques brigades de gendarmerie.
Ceci trancha toule délihération. Notre guide
descendit; nous le suivimes en silence. Nous
fimes quelques délours pour aller chercher,
a un quart de licue de la, une barque qui
nous attendait sur la Garonne; et il paralt
que nous n' étions pas encore sur l'eau, lorsqu 'a la faveur des ombres de la nuit, qualre
cents bravcs, armés de pied en cap, vinrent
brar¡uer deux pieces de canon sur une maison
de campagne ou ils cspéraient trouver huil a
dix victimes.
'J'elle fut celle glorieuse expédition du Becd'Ambez, ou les ré,·olutionnaires ne signalerent pas moins leur courage que leur
adresse, &lt;·l dont B•·• (je crois) fit grand honneur a ses dignes satellites, daos celle magnifique relation qu'il en adressa ala Convention, et ou il dit, en propres termes, que,
grace a l'activité des sans-culottes, on avait
entouré la maison, et qu'on y avait trouvé...
nos lits encore chauds.

,.. 59 ....

1..''EXOD'E DES Gz~O'ND1'NS - - - .

vrir. Mais, des négociants a picd, courant la
nuit ! Mais cent cinquante lieues de pays a
traverser, a l'aide de cette mauvaise fablc !
Mais Barbaroux si connu et si reconnaissal.,lc !
Le projet était désespéré ! Un ciel protecteur
nous barra la route. Apres qualre heures de
marche, nous trouvames que nous nous étions
égarés. Un presb1tere était a quelques pas.
- 11 faut y frapper, dit Barbaroux.
- Oui, pour y demander le chemin, répondis-je, moi qui ne voyais que Paris !
- Eh! si nous pouvons obtenir quelque
cho~e de plus? répliqua-t-il.
Un digne curé vint nous ouvrir. Nous ne
nous donnarues d'abord que pour des ,·oyageurs égarés.
- Vous eles, nous dit-il, des gens de bien
persécu tés ; comenez-en ! et a ce litre acccptez chez moi l'hospitalité pour vingt-quatre
heures. Que ne puis-je recueillir plus souvent
et plus longtemps quelques-unes des innocentes victimes qu'on poursuit !
Comment dire combien cet accueil nous
loucha ! ll commandait une entiere confiance ·
il l'obtint. Au nom de Barbaroux et au mien:
le brave homme courut dans nos bras, et
versa sur nous des pleurs de joie ! i1 nous en
fil verscr d'atlendrissement! La Providence
nous aYait conduits comme par la main chez
un de ces hommes rares dont Guadet avait
cru tout rnn département rempli !
Le lendemain il nous dit que nous pouvions, saos nous exposer, rester deux ou
trois jours encore, et qu'il emploierait ce
temps a nous chercher quelque asile. Ce
lerme expiré, il ne laissa partir que !'ami de
Valady, qui croyait pouYoir aisémenl ga,,.ner
les environs de Périgueux , ou il aYait un
parent qui ne pouvait manquer de le recevoir, et qui, saos doute, enverrait chercher
Valad_y. Je ne "ºIais loujours que Paris; je
voula1s accompagner celui qui allait faire
vingt licues sur cette route. Le curé m'en
dissuada; Barbaroux lomba a mes &lt;&gt;enoux
º leur
pour m.en empccher. O Lodo'iska ! tu
dois ton époux; car nous apprimes bientot
a pres que celui que j 'avais voulu suivre venait
d'elre arreté !
Notre généreux bote nous garda deux jours
cncore, quoique l'on commenrat a murmurer
dans le villa ge que M. le curé cachait quclqu'un. Enfin il nous conduisit cbez un demipaysan qui nous recut fort bien, mais sa
femme prit peur, du moins c'est ce qu'il nous
allégualelendemain, en nous annon~ant r¡u'il
fallait partir. Xotre bon curé 1int nous prendre, et, faute de mieux, il nous fit grimper
daos une grange pratiquéc nu-dessus d'une
étable attenant a une métairie qui al'ait seize
habitants : deux ~culement étaient dans notre
secret; les aulres allaient et Yenaicnt continuellement dans celle étalJle, ouverle toute la
journée, et r¡uelquefois monlaient l'échelle
pour jeter un coup d'reil sur le foin, ou nous
nous étions creusé chacun notre trou, dans
lcqucl il fallait nous tcnir enseveli~, au point
qu'on ne Iit pas meme passer notre tete. Ce
foin était nouveau, par conséquent brulant •
la grange en étail si pldne, qu'il restait h

�111STO'l(1.ll ----------------------------------------.1
peine un inlervalle de deut pieds a l'air, qui
ne pouvait pénélrer que par une lucarne fort
étroile. Pour comble de soufTrance, le lemps,
quoique nous fussions en oclobre, était sec
et cbaud; et nos deux confidents furent tout
a coup, sans avoir pu nous voir et nous prévenir, cnroyés pour une commission lointaine
et imprévue. Leur voyage dura trois jours.
Pendant quarante-huit heures, les grossiers
alimenls et .la pic¡uelle qu'ils avaient coutume
de ,nous apporter a la dérobée nous manquerent absolument. On ne peut décrire !'extreme lassitude, l' affreux mal de tete, les
fréquenles défaillances, la soif dévorante, l'angoisse générale que nous éprouvions. Un moment je sentís s'affaiblir ma constance, et le
courage de mon cher Barbaroux l'abandonna.
J'avais pris un de mes pistolets, et le regardais avec une complaisance funeste. Barbaroux, vaincu, suivait ce mouvement; il s'était
aussi saisi de son arme : tous deux nous
gardions le silence; nos yeux seuls se reportaient mutuellement de sinistres conseils;
une de mes mains lomba dans la sienne; il
la serrait avec une espece de fureur, lrop
semblable a celle dont j'étais tourmPnté.
L'inslant du désespoir était venu; le signal de
la mort allait étre donné. Attentif a nos mouvemenls, Valady s'écria :
- Barbaroux, il te reste cncore une mere!
Et toi, Louvet, Lodo1ska l'atlend.
On ne peut se figurer combien fut prompte
la révolution qne ces paroles produisirent.
L'attcndrissement prit aussitot la place de la
f ureur; nos armes écha pperen t de nos mains;
nos corps afTaissés relomberent; nos pleurs
se confondirent.
Mais ce ch1ngement subit en produisit un
autre.
- Elle m'altend, m'écriai-je ! eh bien,
que fais-je ici? Pour qui done y supporté-jtl
tant d'humilialions, tant de peines, tant de
dangers? S'il est vrai que ce soit pour elle,
ce n'est pa, en demeurant la que j'en trouverai la fin; c'est sur la route de Paris queje
dois aller m'exposer et souITrir; des ce soir
je m'y mets.
Des ce soir, insemé ! Daos !'une de nos
dernieres courses nocturnes, je m'étais laissé
tomber au fond d'un fossé trop tard aperen;
quelques cartilages du jarret avaient beaucoup souffert de cette chute. Depuis cette
réclusion de six jours, l'inaction absolue ou
nous étions réduits, la chaleur de ce foin ou
il fallait restcr gisanls, l'inquiétude, l'ennui,
tout avait empiré le mal; je voulus soulever
ma jambe, elle me fil d'atroces douleurs;
mon jarret, tout afait raidi, ne pouvait plier.
Graces te soient rendues, o Providence ! tu
me forcais a res ter.
Le lendemain, il était dix heures de nuit,
et tout semblait dormir daos la métairie,
excepté le chien trop fidele dont les aboiements ne nous laissaient point de repos; nous
crumes entendre autour de la grange un bruit
semblable a celui que produiraient plusieurs
hommes qui marcheraient doucement et parleraient has; quelqu~s minutes apres, nous
vimes une grande clat·té daos l'étable, ou la

lumiere n'entraitjamais; quelques-uns y parlaient d'abord, mais avec précaution; puis il
se fit un profond silence; un peu de bruit
recommenca au dehors; en fin, nous entendimes qu'on montait a notre échelle. Étionsnous découverts, la gr:mge était-elle entourée?
Nous primes nos armes.
Un homme, sans quiller l'échelle, saos
s'approcher de nous, cria :
- Messieurs, descendez !
C'était bien un de nos confidents de la
métairie; mais ce n'était pas son ton ordinaire; il avait la voix altérée, dure et brusque.
Cette circonstance nous alarma plus que tout
le reste.
- Comment, descendre, lui dis-je?
- Oui, descendez !
- Et pourquoi?
- Parce qu'il le faut.
- Mais encore?
- Quelqu'un vous demande.
Qui?
- Le parent de M. le curé.
- Si c'est le parent de M. le curé, que ne
parait-il'!
Ici notre homme balbutia je ne sais quelle
mauvaise raison, puis il ajouta d'un ton brutal
et meoacaot :
- En fin, f .... , il faut descendre l
Ceci deveoait du plus mauvais augure.
L'imagination travaille vite. A l'instant je me
persuadai que quelqu'un nous avait découverts et dénoncés, qu'on était venu cerner la
maison,et qu'on avait meoacé ce pauvre malheureux de mellre le feu a sa grange, s'il ne
nous en faisait sortir. Barbaroux était sans
doute travaillé de la meme pensée, car il me
dit tout has :
- lis ne m'auront pa~ vivanl !
Et Valady, dont la fatigue et une maladie
naissante avaient tellement abattu le courage
qu'il nous avait avoué, vingt fois dans la
journée, qu'il se sentait a chaque instant des
peurs paniques, que l'idée de sa destruction
lui causait de mortelles frayeurs, surtout
qu'il n'aurait jamais la force de se tuer luimeme; Valady, croyant aussi I'heure fatale
arrivée, nous disait languissamment :
- Uélas ! il faut done mourir !
Et remarquant nos apprets, il ajoutait eu
joignant les mains :
- O mes amis! vous allez done m'abandonner?
Quant a moi, jamais dans aucune des crises
les plus périlleuses de ma proscription,
jamais, si ce n'est depuis, aux portes d'Orléans, je ne crus ma mort si procbaine.
- Citoyen, dis-je a notre homme du ton
le plus ferme, loin de nous la pensée de vous
compromettre ! mais aussi gardez-vous de
l'espérance de nous attirer dans un piege;
nous ne descendrons certainement pas que le
parent du curé n'ait paru, ou que vous ne
nous ayez franchement déclaré de quoi il est
question.
11 parut enfin, le parent du curé. C'était
de peur d'etre apercu par quelqu'un de la
métairie qu'il n'avait pas voulu entrer. Au
reste, l'un des camarades du métayer, ayant
... 6o ,.,

•

le matin entendu quelque bruit daos la gran ge,
aTait montré des soupcons. Des le lendemain
nous pou,ions clre découwrts par un homme
qui n'était ríen moins que sur. En conséquence, nos deux confidents effrayés venaient
d'aller dire au curé qu'il fallait nous retirer
tout a l'heure. Celui-ci, trop tard prévenu,
ne savait ou nous metlre. Impossible que
nous fussions quelque part aussi exposés que
chez lui, qui venait d'etre dénoncé comme
ayant quelqu'un. ll courait a I'heure meme
pour tacber de nous déterrer quelque coin.
En altendant il fallait, pour ne pas tourner la
tete de ce paysan tout a fait épouvant~, sorlir
de la grange et passer eelte nuit comme nous
pourrions ....
Nous quittions la grange au moment 1,u
son séjour devenait un peu supportable el
son abri nécessaire. Le temps avail cban~é
dans cette soirée. La force de l'orage était
un peu diminuée; on n'entendait plus le
tonnerre, mais la pluie lombait aboudamment, et un vent froid souflhit du midi.
Pour surcroit de peine, je ne pouvais me
trainer, daos les tcrres grassPS, que sur une
jambe et sur un balon. Le parent 11ous conduisit daos un peti t bois, ou 11ous ru mPs tout le
temps de transir et de nnus mouiller.
Ce mauvais temps n'arretait pas notre généreux curé. Un pcu avant le jour il vint luimeme nous apprendre qu'il avai1 fait d'inutiles recherches, et comme il voyait bien
qu'il était impossible qu'on ne nous découvrit point la dans la journée, il voulut a lout
risque nous ramener chez lui. Nous n'a~cepU\mes qu'apres que nous sumes 4ue de son
grenier, ou nous allions nous enfouir, nous
pourrions aisément, au moycn d'une corde
füée a la lucarne, nous glisser d u hau t en
has dans une arriere-cour, et, par-dessus un
petit mur, gagner les champs_ au premier
ohjet meaacant que l'un de nous, ttJujours
en sentinelle, verrait s'approcher de sa maison. Le brave homme! il parut si content de
nous y recueillir encore !
A traYers tant de courses, de fatigues
cruelles, de périls renaissants, je m'applaudissais néanmoins du contretemps qui m'avait forcé de ne point emmener mon épouse.
Si moi-meme je me trouvais d'une constilution trop faible conlre de pareils travaux, coniment n'y aurait-elle pas suceombé?
Avanl de périr, j'aurais eu le tourment de la
voir expirer dans mes bras. Et pourtant nous
avions accusé le ciel, lorsqu'il nous avait
séparés.
Cependant nons avions appris qu'aprcs
avoir inutilemenl frappé aux portes de trente
amis, Guadet et Salles avaient trouvé toute
espece de secours et de surelé chez une
femme compatissante, généreuse, intrépide,
aulant que s'étaient montrés inbumains,
égo"istes et luches tous ces etres qui portaient
néanmoins le nom d'hommes. D'apres le touchant portrait qu'on nous avait fait d~ cet
auge du ciel, il n'était pas besoin de lui
demander asile, s 'il n'était pas impossible
qu'elle le donnat. II suffisait de l'averlir de
notre situation .

�1flSTO'R.}.JI

----------------------------------------~

Quelqu'un y courut,· et rapporta quelques
heures apres la réponse.
- Qu'ils viennent tous trois ! avait-elle dit.
Seulement elle nous recommandait de n'arriver qu'a minuiL et de ne négliger aucune
précaution pour n'etre apercus de qui que
ce fut. Notre surelé chez elle dépendait principalement de notre exactitude a remplir ces
conditions préliminaires.
Chemin faisant, nous nous arretames chez
un curé, allié du notre. 11 nous aLtendait a
souper. Que l'on excuse ces détails; il y avait
si longtemps que nous n'avions soupél et
puis le repas ici n'était rien, aupres des touchantes attenlions qui le précéderent : c'était
de l'eau tiede pour la1•cr nos pieds, un grand
feu pour nous sécher, tou t l' altirail d' une
toilette pour couper nos longues barbes et
rafraichir nos chevelures; du linge blanc pour
nous changer, enfin des viandes légeres, et du
Yin restaurant que nous Yersait une jolie
niece ! C'était une nicce váritable; et l' on
comprend qu'ici je n'y saurais entendre
matice. J'en parle pour qu'on se représenle
que! elfet produisaient sur nous ces passages
fréquents et subits d'une position lentement
douloureuse aune situation rapidement douce,
et le contraste de celte personne bonne et
charmante qui nous prodiguait ses soins,
avec ces visages insensibles, sombres ou menacants qui nous préparaient des pieges, ou qui
nous y voyaient froidement tomber. Chez cel
ami de notre curé, nous trouvions notre sort
semblable a celui de ces fiers paladios qui,
venant de combattre des monstres, rencontrent tout a coup, dans quelque pavillon enchanté, des fées pour les servir.
C'était bien une autre fée, celle chez qui
nous arrivames a minuit. Nous devions y
trouver, avec mille soins non moins attendrissants, une constance, un courage, un dévouement saos bornes. Elle logeait nos deux amis
a trente pieds sous tcrre, et l'entrée de leur
souterraia, d'ailleurs fort dangereuse, était
eocore si bien masquée qu'on ne pouvait la
découvrir. Quelque spacieux: que fut le cavea u,
le séjour continuel de cioq hommes pouvait y
corrompre l'air, qui ne s'y reoouvelait que
difficilement. Nous nous pratiquames, dans
une autre partie de la maison, une seconde
forleresse, plus saine, presque aussi sure,
presque aussi difficile a découvrir. A quclques jours de la, Iluzot et Pétion nous
manderent qu'ayant de¡1uis quime jotLrs
changé sept fois d'asile, ils étaient enfin
réduits aux dernieres cxtrémité~.
- Qu'ils ,·iennent tous deux ! s'écria
l'étonnaote fcmme.
Et remarquE&gt;z qu'il ne se passait pas un jour
qu'elle ne f1H rnenacée d'une ,i~ite domiciIiaire; elle était mfüne assez soupyonnéc de
vertu, pour qu'il ful souvent question de
l'arreter. Observez encore que chaque jour la
guillotine abattait quelque tete, et que les
brigands commettaient des horreur3. On les
entendait jurer chaque jour qu'ils feraient
bruler vifs avec nous, dans leurs propres
maisons, les gens chez lesquels nous serioos

trouvés. 0n parlait méme d'incendier les
villes.
- Mon Dieu ! qu'ils viennent, les inquisiteurs, nous disait-elle avec calme et gaieté.
Je suis lranquille, pourrn que ce ne soit pas
vous qui vous chargiez de les recevoir : seulement je craindrais qu'ils ne m'arrelassent;
et que deviendriez-vous?
~os deux amis vinreot done et s'en allerent
au caveau. Aiosi nous étions sept. Le moyen
de nous nourrir? Les denrées étaient rares
daos le départemeol; on ne lui fournissait
pour sa part qu'une livre de pain par jour,
mais il y avait des pommes de terre et des
haricots au grenier. Pour ne pas déjeuner, on
ne se levait qu'a midi. Une soupe aux légumes
faisait tout le dioer. A l'entrée de la nuit,
nous quittions doucement nos demeures, nous
nous rassemblions auprcs d'dle. Tantót un
morceau de bceuf a graod'peiae obteou a la
boucherie, tantót une piece de la basse-cour
bientót épuisée, quelqucs reufs, quelques
légumes, un peu de lait composaieot le souper
dont elle s'obstinait a ne prendre qu'un peu,
pour nous en laisser davantage. Elle élait au
milieu de nous comme une mere environnée
de ses enfants pour les~ucls elle se sacrifie.
Nous restames ainsi pendant un mois Lout
entier, mal~ré les persécutioos d'un intime
ami de Guadet, qui, nous y sachaot, n'oublia
rien pour nous en chasser, et a qui sa lache
peur finit par troubler tellement !'esprit, que,
de crainte de mourir, il voulait se bruler la
cervelle. Je ne puis, sans risquer de compromeltre notre étonoante amie, faire le récit,
au reste trop dégoutaot, des mensonges, des
intrigues, des meoaces, des laches manceuvres
de toute espece, par lesquels il parvint enfin
a son but.
U est eocorc temps d'avertir qu'en arrivant
daos la Gironde, j 'avais mandé a ma Lodoiska,
tout ea lui déguisant ce que ma po$ilion avait
de trop alarmant, qu·au lieu de l'alleodre,
j'allais tout essayer pour revenir vers elle.
Depuis, chl'z le bon curé, quand tout acces
vers ma ville oatale m'était fermé,j'avais fait
pour ma femme une seconde lellre ou je l'invitais avenir former un élablissement a Bordeaux; quelqu'un s'était chargé de transcrire
cette lettre et de la metlre ala poste; mais
six semaines s'étant écoulées saos que j'en
revusse aucunes nouvelles, il était clair qu'on
ne l'avait pas envoyée, ou qu'elle n'était point
pan'eoue. Mon désir d'aITronter tous les
hasards pour rne faire jour jusqu'a Paris
n'en élait devenu que plus vif.
Nous touchions cependant a l'époque critique. Il venait de luire, le jour fatal, le jour
d'une séparation longue et peul-elreéteroelle
entre des hommes a jamais étroitement füs
par tou l ce que I'amí Lié tcndre, la ver tu purc
et une infortunc uaiment sainte ont de plus
respectal.ile. l\ous sortions de notre asile si~ ur
et si cher; nous oous séparioos en deux parts,
qui se subdiviseraient bienio!. Ilarbaroux qui,
depuis Caen, avait couru presc¡ue toutes les
memes aventures ciue moi, Barbaroux, désolé
de me quiller, autant que je l'étais de le
perdre, passait du cote de Buzot et de Pélioo.

Tous trois ils allaieot, a quelques licues de
la, vers la roer, chercher un asile incert.ain;
avee quelle douleur nous nous fimes nos
adieux ! Pauvre Buzot, il emportait au fond
du cceur des chagrins bien amers, que je
connaissais seul, et que je ne dois jamais
révéler. Mais Pétioo, le tranquille Pétion,
comme il était déja changé ! Combien le calme
de son ame et la sénérité de sa figure s'étaient
allérés depuis que l'esclavage de sa patrie
n'élait plus douleux, depuis que la nouvelle
de l'emprisonnement des soixanle-quinze et
du supplice de nos amis nous était parvenuE&gt;.
Et mon cher Barbaroux, comme il soulfrait 1
je n'oublierai point ses deroieres paroles:
- En quelques lieux que tu trouves ma
mere, táche de lui tenir lieu de son Ws; je
te promels de n'avoir point une ressource
que je ne partage avec La femme, si le
hasard veul que je la rencontl'e jarnais.
Au milieu de nous quelqu'un voulait en
vain dissimuler son désespoir, c'était notre
généreuse prolectrice ; elle pleurait, elle
gémissait de la oécessité qui la forcait a ne
plus s'exposcr pour nous.
- Les cruels ! s'écriai t-elle, en parlan t de
ses parents, quelle violence ils me foot ! ,Je
ne la leur pardoonerai jamais, s'il faut que
quelqu'un d'entre vous ....
Elle o'acheva point; mais ses presseoliment.s étaient trop fondés : oui, un d'entre
nous devait bieolót périr.
A une heure du matin nous parllmes,
Guadet, Salles, moi el Valady, que nous
devions quitter presque aussitot. Nous le
conduisimes a quelques cents pas, sur le
chemin d'une maison ou il avait un parcnt,
sur l'humanité dur¡uel il faisait quelque
fonds. De quel air il nous regarda quand nous
le c¡uittames I Je n'en puis écarter le triste
souvenir; il avait la mort daos les yeux.
Nous ne restions done que Salles, Guadet
et moi. Ce qui m'avait délerminé a suivre leur
rnrt de préférence, c'est que l'endroit vus
lequel ils devaient s'acheminer le lendemain
était a six licues de la, du coté de Périgueux,
etje sentais un plaisir sccret de me rapprocher
un peu de Paris; mais, pour gagner cct
endroit, il nous fallait, par un chemin de
traverse assez difficile, tourner Libourne, ou
nous aurions couru trop de risques. Un confident sur devait nous ameoer, a l'enlrée de
la ouit suivante, un ami de Guadet, qui nous
guiderait jusqu'au bout de celle traYerse. 11
fallait cepeodant passer quel!lue part la fin
de cette nuit et tou t le jour qui la sui vait.
Nous avani;ames vers un bourg assez éloigué,
dont les enviroos étaient criblés de grolles;
Guadet les conoaissait loutes; la plus súre
d. entre elles, a cause de son étendue, il 1' aYait
désignée a ootre confident, comme le lieu de
notre refuge et de son rendez-vous. En y
arrivant, nous Lrouvames que l'entrée en était
murée ·, l'acces de soixaole\ autres reslait
libre, mais comment notre confidenl lromcrait-il le leodemain celle que nous aurions
choisie? 11 fallait bien l'aller prévenir. Guadet
et moi oous y allames, non sans risque. Nous
avioos un viUage a traverser, et puis des gen-

~-------------------------- L'Exov1;
darmes logeaient chez notre confldent · il
fallait le réveiller sans réveiller ces espio;1s ;
nous y parvinmes.
flevenus daos notre grolle, nous y allendimes vainemen t le sommeil ; le froid et
l'humidité -le cl1assaient : a dix heurrs du
matin seulement, les épaisses téncbres qui
nous emironnaient s'éclaircirent un peu;
reculés a l'exlrémité la plus sombre, nous
pouvions, sans etre aper~us, distinguer tou t
ce qui se présentait a l'entrée de la grolle.
11 y viot quelques animaux, ils oou5 senlircnt
et se relirerent; mais de Lous les animaux,
les plus barbares y viorent aussi : heureusement ceux-la ne nous sentirent pas, c'étaient
~es hommes. lis ne s'arretaient que pour un
mstant, et Lout a l'entrée, afin de satisfoire
des besoins, dont la perspcctive aulaot que
l'odeur nous devenaient fort incommodes.
Malheur a nous si l'un de ces paysans, plus
délicat ou plus pudibond que les autres, se
fut avisé de Youloir ne se mettre a son aise
qu'a l'aulre bout de lagrotte! Je dis malheur
a nous, car nous n'aurions jamais pu nous
décider a répandre, pour notre plus grande
sureté, le sang d'un homme de qui nous
n'aurions pas été surs qu'il nous vouhlt du
mal. Nous avions résolu, le eas échéant, de
montrer nos pislolets au pauvre diable, et de
le retenir prisonnier, jusqu·a ce que nous
sortissions de notre retraile; mais alors
mcme, il pouvait courir nous déooocer, et
causer nolre perle. Nous le coruprenions bien;
mais nous avions résolu d'eo courir le risque;
i¡uoique nous pussions encore éprouver de
l'ingratitude des hommes, nos mains ne se
souilleraient pas d'un saog innocent.
Au reste, il faut aYoir élé proscrit pour
savoir comme il est difficile et genaut d'avoir,
achaque instant du jour, ses pas amesurer,
son haleine a ne pousser que doucement, un
éternuement a étouffer, un rire, un cri, le
moindre bruit a réprimer. A moins que de
l'avoir éprouvé, on ne se figure pas combien
cette gene, si petite en apparence, devient
douleur, péril et tourment par sa contiouité.
C'était, dans notre position, un mal nécessaire,
et meme avaot d'avoir !até de la Giroode, je
m'y étais particulierement exercé, avec ma
Lodo1ska, chez notre brave original du Finistere, qui, pour notre divertissement et le sien,
nous tenait cachés dans une armoire, a coté
d'un clubiste et au-de,sous d'un gendarme.
Une malheureuse femme vint dans la grolle
mettre a cet égard nos talents a J'épreuve;
d'abord, ayant plus de pudcur, elle entra plus
avant; ensuite, par l'elfet d'un ténesme
apparemment
opiniatre, elle Jv fit de loncrs
.
o
ellorts, elle y mit un temps considérable;
en/in, comme elle allait sorlir, le pied lui
manqua tres aisémenl sur un terrain humide,
glissant et chargé d'immondices. Une fois
étendue sur cette terre trop grasse, la pauvre
vieille ne pul jamais se relever. Longtemps
elle s'aida d'un petit monologue qui, dans
toute autre circonstance, aurait pu nous

paraitre divertissant; mais rien n'y faisait;
elle linit par pousser des cris. Leur éclat ne
manqua pas d'attirer plusieurs hommes, qui
ricancrent assez de temps et d'assez pres pour
nous inquiétcr. Comme tout doil finir cepend:mt, ils releverent la vicillc, et tout s'en alla.
Comme le jour finissait, notre confident
vint nous apprendre que l'ami de Guadet ne
pouvait pas, c'esl-a-dire n'osait pas faire
route ayee nous l' espace de deux Licues. ll
fallait done que Guadet tarhat de s'oricnler,
el de troul'er celte traverse qu'autrefois il
avait connue, mais jall!ais bien; c'était deja
un facheux travail a entreprendre; il faisait
d'ailleurs un temps alfreux, la pluie lombait
a_vcrse, et nous promettait, apres la mauvaise
nuit que nous venions de passer, une nuit
plus mauvaise; mais la nécessilé, l'inexorable
nécessité l'ordonnait. Pour moi, je me sen tais
tres résolu; un cxercice fréquent et modéré
dans notre derniere maison avait guéri ma
jambe; mon jarret reprenait Loute sa souplesse. D'ailleurs, c'était du coté de Paris
que nous allions marcher ; je me s~otais ma
premicre vigueur, et meme quelque contentement.
Nous partimes; c'élait la nuit du qualorze
au quinze novembre 1795 : o Dieu ! tu l'as
marquée par d'assez tristes éprcuves pour que
je ne l'oublie pas.
Ou allions-no.us crpcnJant? A sit licues de
la, je l'ai dit. Six lieues; nous étions done
ccrlains d'etre bien rc~us : au moins Guadet
n'en doutait pas; et moi-meme, pour celte
fois, je trouvais qu'il avait raison. La personne
ch~z laquelle il allait :nous présenter arnit
une famille depuis longlemps amie de la
s:enne; et lui pcrrnnnellcment a,·ait sam-é
celte fcmme : oui, je dois· l'avouer, c'était
une femme; il l'avait saÚvée ·d'un proces crimine], ou son honneur et celui de ses parenls
étaient gravement compromis. Depuis cette
époc¡uc, longtemps meme avan! !a révolution,
elle l'avait cent fois assuré de sa reconnaissance, et lui a'vait fait mille offres de service.
Au reste, nous ne lui ·demanderioos asile que
pour c¡uatre ou cinq jours, époque apres laquelle notre généreuse amie enlendait, quoi
qu'on pul lui dire, nous recueillir encare.
D'abord ce que nous aviaos craiot oous
arriva. Nous nous égarames, et si malheureusement que, partís a sept heures, nous o'eurnes achevé qu'a minuit les deux licues de
cette Ira verse; nous étions passés par des
chemins si détestaLles que, sans cxagération,
les boues nous montaieot a mi-jambes. Je
regrettais une forte canne asabre, sur laquelle
il avait fallu m'appuyer si souYeot, et quelquefois &amp;i violemment, qu'enlln elle s'était
rompue. 0n peut se figurer notre fatigue :
pourtaat il y a vait encore quatre licues afaire.
Nous les fimes, nous arrivames a qualre heures du matin, chargés de boue, trempés jusaux os, tout a fait épuisés.
Guadet fut frapper a la porte; au bout
d'uae demi-heure on l'entr'ouvrit. Un domes-

tique, qui l'avait vu cent fois, ne le rnulut
pas reconnaitre; il déclina son nom · alors
on dit qu'on allait réveiller Madam~. Une
autre demi-heure se passa, apres laquelle
Madame fil dire que ce qu'on lui demandait
était impossiLle, parce qu'il y avait dans son
village un comité de survcillance · elle in-no.
'
o
r,ut, apparemment, qu'il y en arait partout.
Guadet insista, il demanda a elre introduit
seul d'abord, si Madame l'aimaiL mieux; qu'a~
moins il pul lui parkr un momeot. ~fadame
fit répoodre &lt;¡ue cela aussi étail impossiblc,
et la porte se reforma.
11 y avait une heure que nous nous tenions
sous des arbres tellemeat chargés d'l'au, que
peut-étre ils nous en donnaient plus qu'ils ne
nous en épargnaient. Quand j'y étais arril'é,
les
. goutles de sueur se confondaient , sur mon
,•1sage et sur !out mon corps, avec des Lorrents de pluie. Depuis que nou5 éLi&lt;,ns immoLiles, un rent du midi, r1ui nous srrnl.ila rafraichissant d'abord et hienlót Ir-es froid
soufílait
habits, impré"né,
d'eau',
, . •surnous.Nos
1
o
ela1ent a a glace : moi, surtout, je ¡;dais :
on enleodait claquer mes denls.
Guadet, désespéré, vrnait cu fin nous remire
compte de l'inconcevaLle issue de ses démarches; je ne l'entendais qu'a peine. Une rél"olution terrible se faisait en moi; la transpiration s'était enlierement arrelél', le frisson
m'al'ait tout a fait saisi, je pcrdais coonaissancc. Mes amis rnulurent m'appuyer del.iout
c,intre un arbre; ma faib1e,se était si n-raode
.
'
o
que Je ne pus m y lenir : il fallut me laisser
m'étcndre par !erre, c'est-a-dire dans l'eau
Guadet couru t refrapper a la porte ; on ne
l'omrit point; on lui permit de parler a travrrs le trou de la scrrure.
-Une chambre et du feu, dit-il, sculement
pour deux hcures ! un de mes amis se trouve
mal!
0n alla en instruire Madame, qui fil réponse que cela était impossible.
-Au moins un peu de vinaigre et un verre
d'eau ! s'écria mon malheureux ami.
Un moment apres Madame fil répondre
encare que cela était impossible !
~isérabl~, elle s'appelait. .. je le devra1s . JC devra1s la nommer ! je devrais la
produire a l'enthousiasme des scélérats qui
souillent aujourd'hui la France. Je l'abandonoe a ses remords, et puisse la j us tice vengrresse ne pas lui garderun autre chatimenl !
Puisse-t-elle, au milieu despremieres anaois0
ses qui. l'alteodent, ne pas rencontrer quelfJUC monstre d'inhumanité qui lui refuse l'eau
et le feu.
., Je n~ pouvais parler, mais j'entendais ;
J entend1s Guadet accuser la nalure hum?ine, et déplorer son SE-rt; ceci me valut
~neux, pour rappe~er mes forces, que les
liqueurs les plus 1mtantes".'- Je repris hienlót
tous mes sens; la plus vire indignation m'eollammait.
- Marchaos, leur dis-je, fuyons, fu1ons les
hommes, fuyons dans le tombeau !

(A suivrc.)

.,. 63 ...

DES G1'1f.OJYD7JYS - - ,

~ª,

LOUVET.

•

�'---------------------------------

LE RÉGlllE~T DES GUIDES (18:&gt;8). -

Aqua,·elle ,ü JULES RouFFET.

Marquis PHILIPPE DE MASSA
cfr:&gt;

Le régiment des Cuides
Peu de temps avant sa mort, Marcelin, le
fondateur de la Vie pa1·isien11e, m'avait demandé pour son journal quelques notes sur
le régiment des guidos.
Ma collaboration se burna a deux articles
ou je ne puiserai ci-apres que peu de lignes.
D'autre part, parmi quelqucs brouillons
inachevés, je retrouve ces vers :
TI\ENTE A:XS A PRES ....

Ah! cerle, il élait bcau le rc2iment des guides
A cheval, sabre en mlin, quand le solcil levanl
Éclairait, déploy~s sur dcux lignes splendides,
Nos plumels blancs et noirs carcssés par le vent !
S:ms doute on y menait la vie il grandes guidcs ;
Sans doulc. notre mess n'étail pas un couvcnt.
Pourtant la discipline était des plus rigidcs,
El !'esprit militaire on ne peut plus fervcnl ....
D'autrcs tcmp, sont venus, couvranl d'an voilc sombre
Ce brillanl météore cofoui dans lcur ombrc,
Mais donl survit l'image en mon creur atlcndri,
Avcc le souvenir des morls que l'on reg,·elle
Et cclui des bcaur jours ou nous suivions l'aigrelte
Qui pointait au colback du coloncl Fleury.

Que ce sonnet, en attendanl le boute-sclle
général de la vallée de Josaphat, serve done
d'en-tete a la ré:mrrection mom.:mtanée de
ce corps d'éltte ou j'ai servi deux ans comme
sous-officier, onze ans comme sous-lieutenant et lieutenant.

Un décret du Gouvernement provisoire, en
date du 4 avril 1848, prescrivit, pour le service de la correspondance et des états-maj ors,
la création de huit escadrons de guides, dont
cinq seulement furent jamais formés, savoir : deux a Saumur, trois a Lunéville. En
1851, on les réduisit a deux : le premier a
Metz, le second a París, ou l'un et I'autre
furent bientót réunis sous le commandement
du chef d'escadron d'état-major André Reille.
Nos contemporains doivent se rappeler ces
hatifs porteurs de dépeches, brulant le pavé
dans leur tenue sévere a peu pres semblable
a celle des anciens artilleurs, sauf le shako
et les épaulettes de laine qui, pour les guides
d'état-major, étaient de couleur cramoisie.
Au printemps de t852, ces deux escadrons
recurent le pantalon garance, le dolman vert
a tresses jaune d'or et, pour coiffure, le colback en peau d'ours noir avec flamme écarlate.
Tel fut, a tres peu de chose pres, !'uniforme adopté pour le régiment qu'ils contribuerent a former l'automne suivant, avec les
cadres et une partie de la troupe du 15• cbasseurs, sous les auspices du lieutenant-colonel
Fleury, promu colonel des guides le 22 décembre de la meme année.
La dénomination de guides d'état-major
fut du meme coup supprimée et le nouveau
régiment se trouva appelé a faire aupres de

Napoléon III le meme service que firent auprcs de Napoléon I•r les anciens guides du
général Bonaparte, devenus chasseurs a cheval de la garde en 1804.
Pendant un séJour a Londres ou il fit, en
1836, la connaissance du prince Louis, Émile
Fleury s'était vite assimilé ce qu'il -y avait de
bon a prendre dans les coutumes anglaises
pour l'élégance de la mise, pour l'amélioration
.de la race chevaline, pour la perfection des
attelages. Capitaine de spahis, il passait pour
avoir l'escadron de cette arme le mieux tenu
et le mieux monté. Aide de camp et plus
tard grand-écuyer de Napoléon 111, on a pu
voir avec quelle entente il a organisé le service des écuries impériales, exercé son influence sur celui des haras.
A ccux qui pcrsisteraient a ne voir en lui
qu'un des courtisans les plus favorisés du
rcgne, il suffirait d'opposer ses états de services sur lesquels on releve de 1857 a 1848 :
deux blessures, deux chevaux tués sous luí,
deux mises a l'ordre de l'armée et onze citations dans divers rapports de Son Allesse
Royale le duc d 'Aumale et du maréchal Bugeaud, notamrnent a la prise de la Smalah
et a la bataille de l'lsly.
Au physique, aucune silhouette, mieux que
celle du colonel Fleury, ne donnait l'idée du
véritable chic militaire, correct et distingué.
Voulant, autant que possible, que son régi-

ment fút fait it son iroage, il ne négligea
ríen pour alleindre ce but. Ayant d'ailleurs
ses coudées franches, il compléta son efleclif
a six escadrons par l'adjonction de vingt cavaliers de choix bien montés, pris dans chacun des régiments de lanciers et de dragons.
Un nombre égal de cavaliers non montés fut
pris dans le; régimertts de chasseurs d'Afrique, et leurs figures martialcs constituercn l
ce que, dans nos pelotous, nous appelions
les gueules du premier rang. Ce prélevement
ne laissa pas de contrarier les chefs de corps,
peu enclins a se séparer de ce qu'ils ont de
meilleur en hommes et en chevaux. Mais
comme, en cas de non-acceptation, le renvoi
avait lieu a leurs frais, ils durcnt se résigncr
a cxécuter a la leltre les prescriptions minisLérielles concernant la dime douloureuse qui
leur était imposée.
Le régiment, ainsi composé d'hommes chevronnés ou ne comptant pas moins de trois
ans de service, n'avait done qu'a perfectionner
son instruclion au point de vue des évolutions, et pouvait, débarrassé du travail des
classes, consacrer le temps nécessaire aux
soins les plus minutieux du pansage et de
l'astic. L'uniformité absolue était de rigueur
dans la coupe et dans les moindres dótails de
I'habillement. Le pantalon a la hussarde et le
pantalon collant, également proscrits, étaien t
amendés par le pantalon dit a la Flenl'y,
tombant droit sur la botte, couvrant le coude-pied et sans poches sur le cóté, aussi bien
pour les officiers que pour la troupe. Une
sévérité exccssive rendait ceux-Ia slriclement
responsables de la plus légere imperfection
dans la tenue des hommes sous leurs ordres.
Mais aussi quelle satisfaction pour nous, quellc
fierté meme, de rencontrcr en ville el de
roontrer a nos amis ces cavaliers bien tournés, bien gantés, marchant d'un pas dégourdi,
tete haute, le fourreau de sabre dans la main
gauche, la sabretache ballant cranement le
mollet.
Loin de ma pensée d'établir ici un parallelc
entre les prétoriens que nous étions alors et
l'armée nouvellc dans laquelle j 'ai eu l'honncur de servir aussi. Quelles que soient la
différence des temps, la forme du régiroe, la
durée de présencc au corps, c'est toujours le
meme amour de la patrie qui domine dans le
creur de ses soldats.
Sur soixante-deux officiers appelés a former ou a compléter les cadres a!'origine, dix:
provenaient des anciens guides d'état-major
et neuf du 15• chasseurs licencié. Dix sortaient des chasseurs d'Afrique ou des ~pahis,
et parmi eux tous les officiers supérieurs, savoir :
Fleury, colonel, ultérieurement général de
division;
Legrand, lieutenant-colonel, ullérieurcmcn t
généml de division, tué a Gravclotte;
Des Ondes, chef d'escadrons, tué licutenant-colonel a Solferino;
Montaigu, ídem, ultérieurement génfral de
division;
Nansouty, ídem, ultérieurement général de
brigade.
IV. -

HISTORIA, -

Fase. 26.

Les trente-trois autres, provenant de diYers
régiments de France, avaicnt été admis, sur
leur demande, par propositions spéciales, la
plupart ayant de la fortune et nombre d'entrc
cux appartenant a des familles légitimistes.
Puisqu'au dire d'Henri IV Paris valait bien
une messe, les agrérnents de sa garnison et
le port d'un élégant uniforme valaient Líen le
serment exigé d'eux pour entrer dans un
corps privilégié, jusqu'a nou1·el ordre seul
de son espece, ou le colonel ne demandail pas
mieux que de les aceueillir. L'F.mpire, plus
ouvert que le régimc qui luí a succédé, ne
faisait pas faire antichambre a ses ralliés.
Notre mess, postérieurement transféré a
l' ~cole militaire ot1 il a scrvi de modele a
ceux des autres régiments de la garde, mais
qui occupa tout d'abord un hotel ruede Grcnelle, élait un vérilable cercle dans Jeque!, en
dehors du service, les grades se confondaie11t
dans une égale camaraderie entre ceux qui
avaient quelque fortune et ceux qui n'cn
avaienl pas. L'Empereur avait pourvu aux
premiers frais d'installation et ni le mobilier, ni l'argenterie, ni la vaisselle n'avaient
ríen d'inférieur aux objets de meme naturc
dont est doté l'hótel des horse-guards a Londres.
La table, t.lisposée en fer 11 cheval, é1ait
présidée par le plus ancien officier supérieur
présent. Les autres places étaient tirées au
sort chaque dimanche et obligatoires pendanl
la semaine suivante, afin d'éviter des groupements par coteries. Chaque mercredi, un
diner de gala, pendant Jeque! jouait la musigue du régiment, nous permettait soit de
faire des politesses individuelles, soit d 'adresser des invitations collectives aux généraux
étrangers, aux attacbés militaires nouvellement accrédités, aux officiers anglais de passage a París a l'époque des courses, etc. A
ces diners hebdomadaires, tout le monde était
en habit et en cravate Llanche, cxcepté les
officicrs de scmaine, en tenue jonrnalicre
avcc la giberne, signe distinctif de leur serYice.
Tous les trois mois, une Comrnission composée d'un capitaine, d'un lieutenant et d'un
sous-lieulcnant était nommée a l'élection pour
administrcr le mess. Quand le commissaire
de table était un gastronomc, le trime~tre sc
soldait en déficit. On en était quittc pour
confier l'cxercice suivant aux soins d'un anachorete, et la balance se trouvait rélablie.
)lais si l'exaclitude la plus scrupul~use
nous était imposée aux heures du tableau de
travail, elle était moins observée daos la vie
babituelle aux heures des repas. Le retardataire, qu 'il se glissat dans la salle a manger
par une porte dérobée ou qu'il se présental
de front aux quolibcts de ses camarades, devait se contenter du menu au point ou il en
étuit, ou bien, pour etre servi in extenso,
payer une amende sérieusc au profit de tous
les convives .
Je vois encore mon carnarade le lieutenant
Gibert faisant son entrée au moment du dessert el, accucilli par un charivari formidable.
gagner tranquillement sa place ou, debout
..., 65 ..,..

LE 'JfÉGT.MENT DES GUTDES - - ,

,a

sur
chaise, il allcndait que le 5ilcnrc lui
permit de pfrorer. De la le dialogue suivant,
rigourcusrmrnt authcn1iq11e :
rous, en chCElff, sur l'airdes «Lampions)),
avec accompagnemenl de fourchelles el de
couteau:i:. - A l'amcnde ! a l'amende !
GIBLHT. Mon colonel, je demande la
parolc.
tE Lil:.UTE.'I 1:v1-&lt;.:01.0.'lt::L. -- Vous J'ave1,, mais
soyez bref.
LÉ c11mLn. A l'amende! a l'amcnde !
TALLE\:RAND-SAGA.'1, COlllre{aisa11l la voi.c
de l'/111issie1·. - Silencc, messieurs.
1;iu1mr. Mes chers camarades, l'oYation
ílalteuse par laqueJle vous venez de salucr
mon entrée m'honore au dela de toute expression. J'en suis profondément toucbé et ému.
s.1I\T-l'rt::nRE. Tu n'en as pas i'air ....
GIDEnr. Je ne peux pourtant pas me
mcttre it pleurer pour vous attcndrir ....
w c11CEUH. -Non, non ... assez ! A l'amende !
a l'ameode !
u: LtEUTE:X.li\T-COLO!'iEL. Laissez done
l'accusé se défendrr.
GIBEI\T. Je reprcnds. Mes tres c:her,, camarades ....
1/.1ssml. - Plus haut !
GIBEnT. Yous voulcz r¡ue je monte sur
la table? Soit. Maintenant, rassurez-vous, je
ne serai pas long. Certaincment je pourrais
plaider les circonstances atltínuanlcs. Je pourrais alléguer que c'était aujourd'hui le jonr
de ma blancbisseuse. ... ~Iais je ne le dirai
pas, parce qu'il ne faut jamais comprometlrc
une femme ....
ll1T11ilno~. Meme quand elle a des batloirs ! (Ri1·es JJl'Olongés.)
LE 1.1i-:urn:,.1:;r-co1.o:, EL. - Jera ppelle les inlcrrupteurs al'ordre et l'oralcur a la queslion.
GIBEHT. J'y reviens. Messieurs, il ne
m'en coiile rien d'avouer r¡uc j'ai mérité l'amende. Sommelier, des verres pour tout le
monde et du moi_;t a discrélion.
J'ai nommé d'Assier et llathéron, deux capitaincs du régiment bien disscmblables par
la preslance et le caractcre :
D'Assier, magnifique soldat, vrai Lype de
mousquetaire, calme, réservé, portant aus~i
dignement le dolmlll que nagucre la cuirasse,
aussi bon qu'il élait bcau, aussi adoré des
guides de son escadron qu'il l'était autrcfois
lorsque, ainsi qu'il aimait a le rapprlcr, il
commandait a des hommes bal'rlés de fe1· ! ...
Mathéron, au conlraire, lrapu, replet, ventripotent meme, faubourien d'esprit et de
manieres, tutoyant volontiers ses inférieurs,
mais tres bon officier et aussi cocardier dans
le service que bon vivanl a table. Nommé
sous-lieutenant aux guides d'état-major par
récompense nationale en 18 'f8, cet ancien
héros de Février, sans aulre fortune que sa
solde, n'en était pas moins le comive rec:berché de nos parties fines ou il payait Iargement
son écot par sa bonne humeur et par les saillics rabelaisiennes dont il les égayait. L'anecdote suivante n'en donnera qu'une faible idéc,
mais prouvera a quel point il sa vait, en toutc
occasion, se tirer d'affaire par un bon mot.
A la suite d'un diner au café Anglais ou

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�r-

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1HSTO'J{1.Jl

ses reparties avaient fait la joie des femmes
galantes les plus en renom qui s'y trouvaient
réunies, il fut admis a l'honneur de reconduire chez elle une de celles qui ne passait
pas précisément pour etre la moins intéressée.
- Que! dommage, dit-il en la déposant a
sa porte, que! dommage de rester sur la voie,
parce que mes mo)·ens ne me permetlent pas
de monter avec vous dans le train !
- Qu'a cela ne tienne, répondit la jolie
femme. Est-ce que les militaires ne jouissent
pas d'un Larif a quart de place? ...
- Oui, mais pas dans les coupés-lils, malheureusement !
- Admellons que pour une fois on ne
,·ous fasse pas payer de supplément. ...
- Oh! alors, c'est di[érent.
Et il s 'empressa de renvoyer le cocher du
fiacre qui les J vait a menés.
Quelques jours apres, au moment ou le régiment se préparail a rompre pour une marche militaire, un commissionnaire se présenta
a la porte du quartier avec une lettre pressée
a remettre au capitaine Mathéron.
Un homme de garde le conduisil au destinataire, a cheval face a son escadron. La lettre
était ainsi concue :

« llon cher capi lai ne,
u Si rous avez gardé bon souvenir de notre
trajel en compartiment réservé, remettez
done au porleur les dix louis qui me manquenl pour acquitter mon lerme. Vous obligerez par la volre a[eclionnée compagne de
voyage.
(( :IIARIA X ..•. ))

- C'est bien, dit Mathéron en pla~ant la
leure daos une de ses fon tes; nous causerons
de ~ une aulre fois.
Et il se bata de mellre le sabre a la main.
- ~Ion capilaine, il ne manque personnc,
vi nt luí rendre com ple l' officier de semaiue.
- Don. Garde a vous!
- Mais, monchiew·, insista l'Amergnat,
chelle dame attcnd la réponche. &lt;1 11 te remettra dix louis », qu'elle a dit comme cita.
- Dix louis? Eh bien! dis-/oui que j' étais
sor ti .... Daos chaque peloton et dans chaque
rang comptez-vous quatre I
Celte numération criée acheva de couvrir
les réclamations d u messager.
Jusqu'a la création de la garde impériale
dans laquelle il représenta l'arme des hussards, le régiment des guides fut seul chargé
du service d'escorte. Chaquc matin, un ,eelolon en grande tenue se rendait de l'Ecole
militaire aux Tuileries et, apres y avoir défilé
la parade, séjournait pendant vingt-quatre
heures au quartier d'Orsay, a proximité du
chatean. Ce service fut doublé apres la naissance du Prince impérial, dont la voiture
élait toujours accompagnée d'une escorie a
cheval pendant la promenade quotidienne
t¡u'on lui ·faisait faire au bois de Boulogne
sous la direction de son écuyer Bachon.
Quant a l'Empcreur, il ne se scrvait de

son escorie que le soir, pour aller au théatre.
Un brigadier et huit guides précédaient sa
berline; l'officier, suivi de son Lrompetle, se
lenait 1l la portiere de: droite; le sous-officier, a
la porlicre de gauche; le reste du pelo ton suivait la voiture en colonne par quatre. Au retour, l'aide de camp de service disait a l'officicr :
- Lieulenant, Sa Majesté vous invite a
venir diner demain aux 'l'uileries.
Le lendemain, avant qu'on passal a table,
!'invité était officiellement présenté et gracieusement aceucilli, non sans éprouver quelque émotion. En e[et, l'Jmpéralrice étai t
alors daos tout l'éclat de sa jeunesse et de sa
beauté, et la plupart se trouvaient tellement
intimidés en sa présence que leur trouble les
empcchait souvent de répondre un seul mol.
Muis, pour etre impératriee on n'cn est pas
moins femme, et le sentiment de respectueuse admiration qui se traduisait par ce
mulisme n'étail pas fait pour déplaire a celle
qui en était l'objet.
La premiere fois que je fus invité daos ces
conditions, c'était en hiver, apres une escorle
au thétltre de l'Odéon. Mais l'épreuve du diner
élait peul-etre un peu moins solennelle pour
moi, qui avais déja eu l'honneur d'etre présenté daos d'aulres circonstances. A table,
la conversation roula sur la picce de Louis
Bouilhet, qu'on avait vu jouer la veille, et sur
son interprélalion, !'une et l'autre fort appréciées.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi les
habitants de la rirn droile ne vont pas plus
souvent a l'Odéon, lit observer l'Empereur.
- A cause de la distance, répondit un des
conrirns.
Et il réédita quelques-unes des plaisanleries
en eours sur la longueur du trajet, ele.
- C'est tres exagéré, dit l'Empereur, qui
s'adressant a moi, me demanda combien de
lemps nous avions mis pour faire ce soi-disant
voyage.
- Un quart d'heure, Sire.
- Vous entendez, messieurs, un quart
d'heure etcependant le pavé était tres glissanl.
- En effet, me diL l'Impératrice, je suis
meme étonnée que vous n'ayez laissé personne
en route....
- P~rsonne, madame, répondis-je en m'inclinant. Quelque lemps qu'il fasse, les guides
suivraient Votre ~tajesté jusqu'au bout du
monde!
- Au bout du monde, répéta l'Empereur
en souriant. Diable ! c'est encore plus loin
1.p1e l'Odéon ....
Je cite ce souvenir personnel, pour montrcr
le ton d 'améni té qui régnait daos l'intérieur
de e, Napoléon III et sa Cour »•
Done, excepté pour se rendre au spectaclc,
l'Empereur ne se faisait jamais escorler dans
la journée, soit qu'il montat a cheval, soit
qu'il sortit en pbaéton avec son aide de camp
de service. Quand e'étaii le tour du colonel
Fleury, celui-ci proposait quelquefois de terminer la promcnade par une visite, a l'irnproviste, au quarlier de son régimen! prévenu a
.., 66 ..,..

l'avance de cette éventualité par l'envoi d'une
estafette des écuries. De cette facon, le chef
d'escadrons de semaine avait eu le temps de
passer daos les cbambres pour s'assurer de la
rectitude des charges; l'adjudant, de faire
disparaitre sous la chaux les inscriptions plus
ou moins spirituelles que les lroupiers s'amuscnt a crayonner sur les murs; l'adjudantmajor, de faire faire un pansage prolongé
jusqu'a l'arrivée du visiteur annoncé.
Des que son phaéton était signalé du coté
de l'avenue de La Bourdonnais, la garde Je
police sortait en armes, la sonnerie de la
soupe appdail les hommes pele-mele aux
gamelles, et quand l'Empereur descendail de
voiture daos la cour, a quclques pas des officiers de semaine rendant comple au capitainc
qu'il n'y avait rien de nouveau, c'était bien,
en effet, l'aspect habituel du quartier, sans
préparalion apparenle.
- Mise en scene quand meme ! dira-l-on
peul-etre?
Pour le moindre inspecteur général on en
fait bien d'aulre.
Guidé par Fleury, Napoléon IlI passait alors
daos les écuries, dans les euisines, a l'infirmerie, daos les chambres, interrogeant partout nos cavaliers avec eette sollicitude constante du sort des humbles, dont le souvenir
restera 1.;gendaire malgré les malheurs donl
ce prince, si profondémenl bon et bien inlenLionné, a été accablé.
Apres avoir aecordé une ration de vin et
levé toules les punilions, il remontait sur son
siege, rendai t la rnain a ses trotteurs et franchissait la grille au rnilieu d'acclamations qui
n'étaient certes pas de commande.
Au général Flcury succéda le colonel de
Mirando!, parvenu fort jeune a ce grade élevé,
légitimemenl acquis au prix de ses glorieuses
blessures et d'une dé1ention de- six m ois au
pouvoir des Ara bes, détention pendant laquellc
son éncrgie contribua puissamment a maintenir le moral de ses compagnons d'infortunc
au milieu des cruels trailements qu'ils eurent
a subir en commun. Sa démarehe pénible et
son apparence chétive en accusaient les traces,
bien qu'une fois hissé a cheYal il ful encore
en état de satisfaire a toutes les exigences du
commandement, ainsi qu'il l'a prouvé daos la
campagne d'ltalie, et au Mexique ou il gagna
ses étoiles de général de division.
Néanmoins, on peut bien dire, sans olfonser
sa mémoire, qu'il était aussi étranger a l'élégance militaire que son prédécesseur en était
naturellement doué.
Habitué au prestige qui en Lourait l' appar ilion de son ancien chef, le régiment ne vil
pas saos élonnemenl les facons plus familieres
a l'aide desquelles son nouveau cclonel recherchait la popularité. Le malin, au sortir du
rapport, il venait quelquefois, appuyé sur sa
canne, vetu d'une longue pelisse plus semblable a une robe de chambre qu'a un vetcment d'ordonnance, s'asseoir au soleil, sur un
banc, devant le poste, invilant les hommes de
garde, tenus a distance par le respect, a
prendre place it ses cótés et a fumer, meme
en sa présence.

'---------------------------------Donne-moi ta pipe, &lt;lisait-il al'un d'cux.
Apres a,·oir tiré quelques bou[ées, il la lui
rendait en ajoulant :
- 'l'u ,·oís, ton colonel n'est pas fier . ll ne
craint pas de fumer daos la pipe, luí! Tu
di ras ca a tes· camarades ....
Le procédé était cerlainemen Ldémocra tique,
mais le tu diras ra a tes camaracles en
dévoilait un peu na'ivement le colé intéressé.
Moins doucereux a l'égard des ofíiciers,
maÍ.l!i ayant rarement l'occasion de sévir, vu
leur ponclualilé daos le ser vice, e' est a leur
Yie extérieure qu'il essaya de s'en prendre.
Quelr¡ues-uns d'entre nous avaient de jolies
voitures, de ces voitures de jeunes gens qu'on
conduit soi-meme. Galliffet, par exemple,
venait souvent au quartier daos son tilbury a
Lélégraphe tres soigné, attelé d'un stepper
bien connu a Paris, et la vue de ce jeune
sous-lieutenant décoré, médaillé de Crimée, si
militaire d'aspect, menanl un si beau ehcval,
ne laissait pas d'étonner les passanls de
l'avenue de La ~lolle-Piquet.
Ce luxe de bon aloi, encouragé par Fleury
cbez ceux a qui leur fortune le permettait,
trouva tout a coup un adversaire déclaré daos
son successeur, et c'esl a moi qu'il étail
réservé d'essuyer ~on premier feu.
La mode, a celte époque, était encore aux
eabriolets. Un jour que je rernnais du pansage
dans le míen, menant une jument grise qui
avait aussi de hautes actions, suivi d'un petil
Anglais en bolles arevers, bien ficelé, je croisai,
sur l'esplanade des Invalides, le eolonel qui
rentrait chez lui a cheval, en bourgeois, en
chapean baut de forme, avec sa pelisse de
petite tenue en guise de pardessus. Je passai
rnon fouet daos la main gauche pour faire, de
la droite, le salut réglementaire auquel il
répondit a peine en me jetanL un regard menacant, et le soir, a l'appel, je recus l'ordre de
venir lui parler le leodemain au rapport.
- Je vous :ii fait venir, me dit-il, pour
rnus i11 lerd,re de ,·ous donncr dJsormais en
spectacle quand vous a vez l'honneur de porler
volre uniformr.
- Comment, en spectacle, mon colonel!
Esl-ce que mon cabriolet a l'air d'une voilurc
de place'! Il est tout ncuf et sort de chez
Ehrler ....
- Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. 11 s'agit
de ne pas compromettre la dignitédu régiment
en vous donnant les allures d'un cocher.
- On n'a pas l'air d'un cocher daos une
voi lure de maitre faite expres pour mener soimeme !
- Eh bien! ayez-en une aulrc, ou failesvous conduire par votre domestique.
- Alors c'csl luí qui sera &lt;lans l'inté-

rieur et moi qui monterai debout derriere?
- Pas derriere, a coté de lui qui tiendra
les guides.
- Mais c'estcontraire a l'usage. Voyez, aux
Champs-Élysées .. . les membres du Club ....
- Ah! oui, le Jockey-Club, l'anglomanie !
C'cst juslemenl la lendance qu'il me convient
de réprimer.
Heureusement pour moi, l'admonestation
en resta la, car au meme moment passa,
devant l'École militaire, le général Regnaud
de Saint-Jean-d'Angely, commandant en chef
la garde impériale, en tenue du matin, conduisant, du siege de son phaéton a huit ressorls, une paire de grands chevaux anglais
qu'il était en Lrain d'essayei:.
- Regardez, mon colonel, dis-je a celui-ci
avec empressement. Vous voyez queje ne suis
pas le seul el que l'exemple vient de haut ... .
-C'estvrai, murmura-t-il un peu confus .. . .
Puisqu'il en est ainsi, allez, je n'ai plus droit
de rien vous dire ....
Et se retournant vers son lieutenant-colonel, le comte de Montaigu :
- Décidément,il n'y a plus que des anglomanes!
Je dois ajouler que l'excellent homme ne
me garda nulle rancune de sa petite déconvenue.
'frop brave soldal pour etre mécbant, il
n'était qu'un peu provincial. Mais d'Artagnan
l'était aussi, en arrivant du Béarn sur son
chel'al jaune.
Depuis la création des cinq autres reg1ments de cavalerie de la garde, nous avions
perdu le monopole du service d'escorte et de
la garnison de Paris. Embrigadés d'abord
avec les cuirassiers, entre Saint-Germain et
Paris, nous le fumes ensuite en Scine-etllarne avec les chasseurs, eux a Fontainebleau,
nous a Melun. La plus franche cordialité n'a
jamais cessé d'exisler entre les corps d 'officiers des deux régiments.
De Melun, l'éloignement n'élanl pas tres
~rand, on pouvait facilement aller diner a
Paris, a la condition de revenir par le dernier train. Pour tromper l'ennui du trajet,
nous avions fait confectionner une table a
jeu porlativc avec un tiroir contenant des
eartes, des crayons et des cartons a l'usage
du piquet a écrire. En arrivant a Paris, on
déposait la table daos le bureau des souschefs de la gare, ou l'excellent M. Regnoul,
actuellemenl inspecteur général de l'exploiLation, occupait déja un poste importa□ t. Le
soir, on la reprenait, on y vissait deux bougeoirs, et la partie conlinuait jusqu'a destination, 1t l'ébahissement des aulres voyageurs

Le ·1rtGVJfENT Des GmDes - -...
du comparlimenl qui, a la rigueur, auraienl
pu nous prendre pour des joueurs de bonneteau.
C'est a Melun que Galliffet fil et gagna le
pari- dont l'enjeu était de cinq cents eigares
- de sauter a cheval dans la Seine. Comme
on exagere tout, on a raconté qu'il s'y précipitl du haul du pont du chemin de fer!
Yoici la vérilé : il y avait en saillie le lon3
de la berge, pour la baignade des hommes
du régiment pendant l'élé, un ponton assez
élevé d'ou ceux qui savaient nager piquaient
des tetes dans 1'eau assez profonde en cet
endroit. C'est de ce ponlon que le héros du
pari, en tenue du jour, avec sabre et shako,
enlevant vigoureusement Lmwa, sa jumenl
de steeple-chase, plongea avec elle dans le
courant et la ramena a la nage sur le bord,
lui Loujours en selle.
Au point de vue de l'instruction, le général
Cassaignoles, commandanl la brigade, réuni,sait une fois par semaine ses deux régiments
pour les faire manreuvrer ensemble daos la
vallée de la Sole, pres de Fontainebleau, ou
la Cour séjournait souvent a la fin du printemps. L'Impératrice, passanl de ce colé au
cours d'une de ses promenadcs, s'arreta un
jour pour nous voir évoluer, suivie, avec ou
sans préméditation, d'un fourgon contenant
un somplueux gouter. Pendant le repos, Je
général fit sonner aux officiers, qui furent
invités a metlre pied a Lerre et a prendre
part, sur l'herbe, a ce lunch improvisé.
Quelques toasts chaleurcux portés a la
santé de la souveraine par le général el ses
deux eolonels eurent bienlól fait de délicr
les langues et, pour donner l'exemple :
- Yous voyez, me,sieurs, dit l'Impératrice,
c'est une partie de campagne. En pareil eas,
il y a toujours un promeneur qui chante une
1:hanson, et les aulres qui reprennentenchreur.
Lequel d'entre vous veut bien se dél'Ouer pour
égayer la réunion?
- Batsalle, Baballe ! désigna le chreur.
1\1. de Batsalle était un lieulenant des chasseurs de la garde qui passait pour avoir un
répertoire tres varié.
- Comment, vous hésitez?
- Beaucoup, Madame, parce que les chansons que je uonnais ne sont guere faites pour
elre chantées en présence de Votre Majesté.
- Ilah ! ad mel Lons que les mots un pc•u
trop vifs vous les remplacerez par turlutulu ....
- C'est que ....
- Quoi encore ·¡
- C'est qu'alors, l\ladame, il n'y aura
presque que des lurlu tulus !....
La sonnerie &lt;1 a chevall » mil forl heureusemenl fin a !'embarras du chanlcur.
MARQUIS l-'IIILJl'PE DE

MASSA.

�..,

Le mystere de Nuremberg
Par JULES HOCHE

L'hi,toire 1mstéricu,e de Gaspard llauscr
a 1100 seulcm~ut excité en son temps la
t'uriosité el J'émolion de l'Allcmagne, mais
encore eelle de l'forope Lout cntiere.
Toule une moitiédu dernier siecle, a partirdr
18':lH, rctentit du nom de ce célebre inco111111.
Le prestige romanesque, légcndaire, de Gaspard Jlauser finit par éclipser cel?i du Jla~51w·
11&lt;' fei- lui-mcme. Des généraL10ns enllerc:-,
se passionncnt pour lui. La diplomatie entre
en Lranlc; des rois, des princes, des empcrcurs s'iotéressent a son bisloire. L'opinion
puLlique entasse h1potheses sur hypothe,&lt;'~,
invraisemblanccs sur invraisemblauces. En'
Allemao-nc toute une littérature surgit ou
"
..
Caspard llauser, sa téné~reuse or1g1_ne c_t
l'histoire de sa courte carnerc sont m1,es a
toules les sauces.
Seulc entre toutes les nalions, la France
"arde au milieu de celte fierre une attitude
indifférenleet sccpliquc, trop sceptique meme,
d'un scepticisme confinant a la plus piteuse
i 6norancc.
En France, il faut Lien le dire, nous n'al'ons
jamais élé au courant des grands moul'emenls
lit téraircs ou sociaux qui se produisaient dans
le reste de l'Europe. IJepuis quelque temps
sculement une réaction se fait; nous commerwons a nous inquiéter de nos voisins, de
ce q~'ils font et de ce qu'ils pensent. Une
crnellc expériencc nous a appris que, sous
peine de déchoir, il faut conoaitre les autres
aussi bien qu'ils nous connaissent.
Mais il n'en était pas ainsi il y a soixanle
ans. Le monde s'arrctait pour nous au:drontieres, el avec lui nolrc connaissance des faits
conlemporains, nolre érudition memc.
A Paris surlout on pou1·ail dirc en retournant J'adage latín que « rien de ce &lt;1ui était
étran"er ne nous paraissai l humain l&gt;. C' esl
si vrdi, que Théophile Gautier, qui se piquail
d'érudition, a pu douler de l'existence réelle
de Gaspard Jlauser peu d'années apres les
proces relcnlisrnnls auxquels elle a Yait donné
licu, el alors qu'une g1·ande parlic de l'Europe étail cncore sous le coup de J'émotion
causéc par sa morl mystérieuse.
IJans son Jfotoil'e de l'A1·t dramalique en
Fmnce, Th. Gautier a, en elTct, laissé imprimer le non-sens~suivanl: « Gaspard llauscr,
dont la dcslinéc mystéricusc a tanl intércssé
les ames sensibles, n'est autre chosc qu'un
canard de M. )léry..lamais canard n'eul un
tclsucces .... ,, (lljuin 1838.)
Ce qu'il y a de plus invraisemhlable t•ncorc, c'esl que. uans J"Jnter111édi11ire tics
clte1·c/1eurs el des curieu.r, un ccrlain Alexi-;
l\lartin, se référanl 1, l'affirmation de Gautier,

L'll IXXli, &lt;&lt; r¡w• la cliMe soil dile
,,¡ ¡11·ouoé&lt;• une foi~ 710111· /011/es, n - l'xi-

dema11da,

¡.:cnre qui lui allira d'un collahoraleur pi. Le
\'alentinois) la réponsc suivanlr :
« 'fb. Gautier a confondu G. llau•cr aYec
.Juliacb, la jeunc tille saurnge qui habitait les
forcts du département du Yar. )léry avail
imenté cctle histoirc aprcs que celle de
G. Ilauscr fut conoue. Cellc-ci est absolu rncnt
vraie. Ce malbeureux a été enlevé, isolé, séquestré, mis en liberté et assassiné. G. llau~cr, né en 1812, aurait aujourd'hui soixanlt•&lt;111alorle ans. Sa samr, apparentée a plus
d'une famille souveraine, vil cncorc et esl
actuellemeot a Paris. II y a quarantl' ans on

Ci.lSPARD
Gra¡,un• .:te (i.

S c HERr1.1..

11\¡;sr.R.
(r,1N11el :fes 1-:sI.111,pe.&lt;. )

m'a monlré l'homme qui, Jisait-011, aYait tm1
cet inforluné. l&gt;
011 )l. Le Yalentinoi~prenait-il cetle sceur'!
C'csl resté un secret entre lui et l'fnle!'l11écliaire des chercheurs el de$ c111·ie11..t'.
..., 68 ....

Pour r(:laulir les faits dans toulc leur 1i·rilé, - ou du moins dans toutc lcur vraiscmblance, puisque G. llauscr est resté jusqu'i1 la fin de ses jours une vil'anle énigmt•,
- nous allons suiYrc le célebre inconnu pas
a pas, depuis son apparition a Nüremberg
jusqu'a l'épor¡ue de sa mort, m écarlanl toutcíois les é1·énrmcnts par trop dénués d'in1,:ret, et en él'itant autant c¡ue possiblc de porter
dans le débat un jugemenl persoonel, car
c'cst l'bisloire strictemenl arri\'ée de GasparJ
llauser &lt;¡ue nous ,·oulons raconter, lcllc
qu'elle a été rcconstruitc al'CC les nombreuscs
picces et documents aulhenli&lt;¡ues consené.s
en ,\llemagnc.
Le lectcur prononccra.

Le lundi de Pcntecolc de l'année l 8':l8,
entre qualre et cinq heures de l'apres-miJi,
le cordonnier \\ eikmann fdisait un tour de
promenadc hors la Porte i'\ouYelle de l'iiirembcrg. 11 ne tarda pas 11 rcncontrer un de ses
amis, le cordonnier llck, et lous dcux s'arrelcrcnt quelques instanls pour bavarder.
.\ ce momcnt un jeune homme de 1G a
18 aos, qui descendait le seolier raide el mal
pavé du &lt;&lt; Bii1·lei11/w/e1· n, les interpella par
ces mots :
- lleh nue ! \\"o Neutborstras? (lié gareons ! ou (est) la ~cu thorstrass? (faubourg
de la Porte Nouvelle).
Le noul'eau Yenu avait une altilude visihlcment genée et paraissait tres fatigué. 11
portait un chapeau de fculre noir, une ja&lt;1uetle
gris foncé, tailléc dans une anciennc livrée
de domestique, des pantalons de chcval de la
meme étolfe, rapiécés en:maint endroit, et des
dcmi-bottes ferrécs aux taloos selon la mode
liavaroise. Si bien que les dcux cordonniers
le prirenl d'abord pour un apprenti cocher
ou un compagnon tailleur.
Commc Weikmann se proposait lui-memc
de rentrer en ville par la Porte ~ouvellc, il
olfrit au jeune bomme de l'accompagner lJOUr
lui montrer le chemin.
lis wnaient de se meltre en route quand
l'inconnu s'arrcta et tira de sa poche une
grande enveloppe cachetéc qu'il tendit a son
guide. Elle portail la suscriplion suivanle:
« ,\u tres honoré com111andant du c¡ualriemc cscadron du sixieme rl:gim1'nl de chl'vau-légers a Ni·,rembcrg. »
\\'eikmann qui ne connaissait pas le dc:-tinatairc de la lcttrc proposa au jeu11c hom111c
de se renseigner au corps de gardc de la
Porte Xom·elle.

_____________________________

Chemin íaisanl, le cordonnicr essaia a
plusieurs reprises de lier com-ersation aYCC
l'inconnu, mais celui-ci ne n;pondait guere
i¡nc par monM)llabcs, et dan~
un pato is tres défectueux.
Au corps de garde, ils apprirent que le chef d'cscadron
Fr,:déric de Wessenig, auquel
1:1~il adressé1• la lettre, dcmeurait préci~ément dans 11•
foubourg de la Porte \ou,cllc.
Alors l'inconnu prit congé de
son guide rt se dirigea tont
seul vers l'endroit qu'on luí
al'ait indiqué.
Ayan t sonné a la porte, il
ful rcou par un garoon d'écurie
auquel il dit a brf1le-pourpoint ce 1¡11'011 /'amit arlressé
á rellr mai.,nn, Pf qu ·il 1•011/a il
étl'r 1111 ral'lllir,· co111111e so11
]Jete. ))

Le gareon d'écurie lui ayant
demandé dºoii il venait, il rrpondit qu'i/ ne savait pas.
La-dessus, commr le cbe1
d'escadron étail absent, et que
l'inconnu désignait ses bolles
poussiéreuses comme pour indiquer qu'il n'en pouvait plus,
le domestique l'emmena avec
lui a l'écurie et lui o!Trit de la
hiere et du Yin qu'il repoussa
avec un geste de dégout. Par
contre, il accepta de l'cau et
du pain qu'il avala avec une
bate et un contentement significatifs .
Apres quoi il se roula dans
la paille et s'endormil proíondément, les membres pelotonnés a la faeon de certains animaux.
Vers huit hcures, il fut réU'\F. VUE
veillé par le chef d'escadron
qui, rentré de promenade, pénétrait dans l'écuric avec dcux
ou trois de ses amis, tous eurieux de voir le
e&lt; sauvage l&gt; dont le palefrenicr venai t de leur
faire un porlrait préliminaire. Sit,ll que l'inconnu eut apercu l'officier, il s'approcha de
lui en saluant, et caressant d'une main la
poignéc de son sabre, il dil :
- C'rn esl un pal'eil que je 1•011drais
rtre.
L'officier lui ayant fail remarquer qu'il
(ttait trop petit pour entrer daos la ¡;avalerie
el qu'il ne pouvait faire qu'un fantassin, il
répliqua : « Non, non, pas fantassin, je veux
rtre un comme ca,. &gt;l
El comme on lui demandait son nom, il
cut une réponse plus Lizarre encore :
- Mon Luleur m'a recommandé de toujours dire-: je ne le sais pas, J'otre Grare.
En meme tcmps il otait son chapeau et
ajoutait :
- .Mon tuteur m'a recommandé de touJOurs oter mon chapeau et dire: Votre Gracc.
L'officier maintenant rompail le cachet de

meme pa, le dirc. Je lui ai d1:ja appris a lire
et 11 écrirc, et il sait aussi écrire mon écriture comme J écris, et quand nous lui dl'mandons ce qu'il ,,cut dcl'cnir
il a répondu : il 1·eul aussi dc1·enir un cheYau-légcr, ce que
son pere a í•t(\ il veul aussi 11•
devenir.
ll S'il avait cu des parenls
au licu du contrairc il serail
devenu un gaillard tres instruil.
vous n'avez qu'a lui montrcr
quelque chosc, il le sait toul
de suite.
» Je ne l'ai conduit que jusqu'au cbemin de :'\eumark,
d'ou il a été obligé de se rcndre cbcz vous tout seul, je lui
ai &lt;lit que quand il sera une
fois soldat, je viens le chercher tout de suite sans quoi
je ne me l'aurais jamais débarrassé de mon cou; honoré chef
d'escadron, vous n'avez pas du
Lout i1 l'cntreprendre, il ne
sait pas J'eodroit ou je suis, je
l'ai emmeoé au milieu de la
nuit, il ne retrouvcra plus le
chemin de la maison.
&gt;l Agréc1, mes scnliments
obéissants. Je ne fais pas connaitre mon nom car je ponrrais etre puni.
» Et il n'a pas un kreutzer
de monnaie sur lui, car moimeme je n'ai rien; si mus ne
le gardez pas il faudra qu'on
le fasse aballre (sic) ou qu'on
le pende dans la cheminée. »
A celle lettre était joinl un
IJillet, prol'enant c1•nsémenl de
la mere de Gaspard et daté de
seizeansauparavanl, maisécril
aYec la meme encre et, discnl
DF LA VILLE DE '\URDIBF.RG, DA'\S LA PREl!IÍ:RE MOITI~; DU
quelqucs-uns, dela meme main
Dix-,r-:unbff SIECI.E. - Des.&lt;ilt de STROOB.\NT.
et sur le mfme papier. Du reste,
pour déguiser sans doute celte
nous allons donner une lraduction aussi similitude des deux écriturcs. le billet était
fidelc que possible :
écrit a1·ec des lettres latines, c'cst-a-dire fran1:aises (el non en latin commc le dit le dictionnaire Larousse).
« L'enfanl est déji, baptisé, il s'appelle
Tres honoré chef d'escadron,
Kaspar; pour ce qui est de I'aulrt• nom, i1
« Je vous emoie un garcon qui ne dr- faudra lui en donner un rnus-mcme, élel'f'Z
mande qu'a servir fidelement son roi. Quel- I' enfant; son pere éta it un cbevau-léger,
qu'un m'a remis cet enfant, le 7 oclobrc quand il aura dix-scpt ans, vous l'enverréz i,
1812. Je ne suis qu'un pauvre journalier et :'\üremberg au quatricme régiment de cbej'ai moi-merne dix enfanls a nourrir; sa vau-légers, la aussi a été son perc; je vous
mere me l'a confié pour l'élcl'er, mais je n'ai supplie de l'élcver jusqu'a dix-sept ans, il est
rien pu savoir d'elle el je n'ai ricn dit non né le :iO avril 1812, ,je suis une pauyre filie,
plus ala justice qu'on me l'avait confié. Je je ne peux pas nourrir l' cnfant, son pere est
me suis dit qu'il fallait le lrailer comme morl. ))
mon propre fils,je l'ai élevé chrétiennemenl,
lci ou1-rons une parenthcse pour faire reet je ne l'ai pas laissé faire un pas bors de la marquer au lecleur que ce billet ne pouvait
maison depuis J812, pour que personne ne etre qu'un artífice inventé par le mystérieux
sache ou il a été élevé, et lui-meme ne sait auteur de la leltre pour dépister les recberrien commenl ma maison s'appe!Je, el le vil- cbes. Car non seulement le fait de la simililagc ne le coonait pas non plus, vous pouvez tude des deux écritures le prouve, mais un~
déja lui demander, il ne pourra Lout de des plus spirituels commentateurs allemand
l'cmcloppc &lt;Jui portait son adresse, et sa surprisc allait croissant. Elle rcnfermail d'abord
une ldtrc écritc en mauvais allemand et dont

0

�r-

1f1STO'J{1.Jl

-----------------------------------------~

de l'histoire de Gaspard Uauscr fait avec
beaucoup d'a-propos le raisonnement suivant : - 11 n'y a rien d'impossible, en ef.fet,
a ce qu'une pauvre jeune filie se soit laissée
séduire en J 811 par un soldat de la cavalerie
légere, mais il ne parait pas probable qu' elle
ait pu deviner (a l'époque 011 le billet aurait
élé écrit) que le quatrieme régiment de chevau-légers alors en garnison a Bamberg marcherait sur la France en 1815 et reviendrait
se fixer 11 Xüremberg en 1815.
L'énigme que lui posaient la lettrc et son
porleur laissait M. de \\'essenig trl!S perplexe. Que faire du petit &lt;! sauvagc? ... )&gt;
11 finit par se décider a l'envoyer, loujours
muni de sa leUre, au commissaire de police
en permanence au Rathaus.
Celui-ci recommenra a l'interroger, et finalement, le tenant pour un vagahond, Iui demanda sur quoi il couchait d'habitude?
- Plumes de .Jacob, reparlit l'inconnu,
se servant d'une métaphore poJ!ulaire en
Allemagne pour désigner ironiquement la
paille.
- Gredin ! s'écria le commissaire de poiice, tu es un imposteur.
Mais l'autre se contenta de répondre :
- Je ne sais pas, je veux rentrer a la
maison (hoam 1¡,ill i gelm).
On lui demanda alors de Jire quelques versets pieux daos le livre de prieres qu'il portait sur lui. Il se preta d'assez mauvaise
grace a réciter un Pater noste1· et une autre
priere couranle, en demi-patois toujours.
Puis, l'un des assistants lui tendit un morceau de papier en le priant d'y tracer son
nom et le nom du lieu d'ou il arrivait. Sans
hésiter, l'inconnu écrivit tres lisiblement son
nom : Kaspar Hauser, rnais s'en Lint la. Et
comrne on le pressait d'achever d'obéir a
l'injonction qui luí avait été faite, il dit :
- &lt;;a, je ne peux pas (ott je ne dais pa.~)
le dire.
- Pourquoi ne dois-tu pas le dire?
- Parce que je ne le sais pas.
Les menaces memes ne réussirent pas a
Jui en faire dire plus long. Aussi le commissaire n'eut-il d'autre recours que de le faire
conduire a la prison de la ville, avec la recommandation loutefois de ne point le mcler
a la foufo commune des mendiants et des vagahonds, mais de l'enfermer au contraire
avec un détenu isolé qui parviendrait peutctre a le faire parler, car c'était alors !'avis
des chefs de police présents au court interrogatoire de Gaspard Jlauser, que celui-ci aurait pu en dire davantage s'il avait voulu.
Comme on lui ouvrait la porte du cachot,
Gaspard llauser s'écriait : C( J'en ai eu un
comme \)a! ))
Le compagnon qu'on lui donna était un
gari;on Loucher condamné a quarante-huit
heures d'emprisonnement pour ivrognerie et
qui déclara le lendemain que (le jeune gars
était un&lt;! bamf ,&gt; d'oi1 il n'y avait rien atirer.
Cependant le gardien de la prison essayait
des le lendemain de nouer une conversation
avec le mystérieux détenu.
- Comment t'appelles-tu '!

- Gaspard Hauser.
- D'ou es-tu?
- Ca, je ne le sais pas.
- De chez qui viens-tu?
- De chez celui oh j'ai loujours été et
qui m'a mis sur la route du grand village
(Nüremberg).
Afin de l'occuper, le gardien lui apporla
de grandes feuilJes de papier sur lesquelles
Gaspard Ilauser, armé d'un crayon, se livra
aussitol a toutes sortes d'exercices calligraphiques. 11 remplit une page entiere de son
nom, et parmi le petit nombre de mots qu'il
répéla sur les autres pages, revenail souvent
celui de cavalier.
Un nouvel interrogatoire eut lieu dans
l'apres-midi, mais sans amener aucun éclaircissement. Gaspard llauser déclina son nom,
son age (seize ou dix-sept ans), sa religion
(catholique), rnais quant ~u reste il se contenta de formuler a nouveau les deux ou
trois phrases de mauvais palois auxquelles il
paraissait résolu a vouloir borner a tout
jamais sa conrersation : « je ne sai.~ pas,
- j e veu.-r e/re un cavalier comme mon
7&gt;he, - je 111'11.-r renh'er 11 la mnison. )&gt;

II
Cependanl la singulicre histoire de Gaspard
Hauser ou du moins le peu qu'on en savait,
était parvenu aux oreilles du bourgmestre de
la ville, en meme temps que le bruit se répandait comme une trainée de poudre dans
tout Nüremberg qu'un jeune homme mystérieux était détenu a la tour de Festner, qui
ne savait pas d'ou il venait.
U faut se rappeler ici que nous sommes
en 1828, a une époque ou les journaux
n 'étaient guere répandus en Allemagne, el
oh l'événement le plus insignifiant en apparence et qui passerait peut-etre inaperi;u aujourd'hui, remuail les villes et les campagnes
pour peu qu'il fut enlouré de circonstances
mystérieuses ou simplemeot romanesques et
inintelligibles.
De telle sorte qu'en peu de jours Gaspard
Hauser fut devenu une great allmction,
comme on dirait actuellement, une curiosité
e:xceptionnelle, un phénomene, un monstre,
selon quelques-uns, href, la fable du pays
toul entier.
De grands persoonages mernes accouraient
de tous les poinls de la Baviere pour voir le
ieune inconnu et s'entretenir avec lui.
Le bourgmeslre d'ailleurs l'avait pris sous
sa prolection et, en atlendanl de lancer a
travers l'Allemagoe le fameux Avü officiel,
dont nous citerons les passages essentiels
tout a l'heure, il ne négligeait rien pour
meltre le mystérieux llauser en contact avec
le plus de monde possible, dans l'espoir que
quelqu'un le reconnaitrait.
Tous les jours son garde du corps, - car
un sergent de ville était spécialement attaché
a sa personne, - le promenait !t travers les
rues et les places les plus fréquentées de
Nüremberg, voire dans les tavernes, les
brasseries et autres établissemenls peu re.., 70 ...

commandables 011 la palience du jeunc
homme, en bulle sans cesse a des curiosités
inimaginables, a des obsessions féroces, étai l
souvent mise a une rude épreuve.
Sur la demande du bourgmestre, Gaspar
Ilauser fut soumis a !'examen du médecin
légiste Karl Preu, Jeque! résuma son avis
dans les termes suivants :
« Cet homme n·est ni un fou ni un imbécile (cornme les aulorités l'avaient supposé
un instant), mais il parait évident qu 'il a du
etre soustrait par la force a toule éducation
humaine et sociale. C'est a peine s'il sait Jire
et écrire. 11 a été élevé dans des forets,
comme un demi-sauvage; aussi, dédaignant
une nourriture confortable, ne vit-il que de
pain noir et d'eau.
« Il a toutefois été vacciné, car son bras
droit en porte encore les traces, et ce détail
sera peut-etre de quelque importance dans
les recherches a venir. J'ai aussi réussi, non
sans beaucoup de peine, a lui faire dirc qu'il
avait nom·ri che::; ltti un rheval blanc.... 1&gt;
Le bruit fait autour du jeune phénomenti
allait lui allirer les visites du célebre criminaliste Feuerbach, d'A nsbach, du non moins
fameux homéopathe Hahnemann, de lord
Stanhope, qui s'occuperont successivement de
corriger les injustices du sort ou de la nature a son égard. Mais avant d'entreprendre
le récit de cette longue et curieuse odyssée du
jeune héros, il nous faut mcltre sous les
yeux du lecll'ur une piece authentique du
plus haut intéret et ou se trouvent minutieusement retracées les mystérieuses circonstances qui ont précédé et accornpagné l'arrivée de Gaspard Hauser a Nüremberg.
C'est l'étonnant avis ou proces-verbal publié par le bourgrnestre de Nüremherg le
7 juillet de la roeme année, et dressé it l'aide
des renseignements arrachés a Gaspard flauser lui-meme et des observalions faites sur
lui par les nombreuses personnes qui l'avaien t
approché.
La lecture de ce document est a peu pres
indispensable pour voir clair dans une aussi
ténébreuse bis toire.
Encore devons-nous avertir le lecleur que
la publication du fameux proces-verbal fut en
son lemps taxée d'imprudente et de prémalurée par quelques légistes, comaincus
qu'une telle publicité ne pouvait que nuire a
J'enquete commencée sur llauser et épaissir
autour de luí le rnile du fantastique en pretant le flanc aux racontars les plus invraisemblables.
C'était au reste !'avis meme du tribunal
supérieur d'Ansbach a qui le bourgmestre
avail fait soumeltre son manuscrit, et qui
répondit par un rescrit adressé au commissaire de Nüremberg, ainsi conru : « La description que nous aYous sous les yeux renferme tant de détails fanlastiqucs ou pour le
moins invraisemblables, qu'on peut a peine
se défendre du soup9on de quelque grossiere
méprise, lors meme qu'elle ne serait pas provoquée par le jeune inwnnu lui-meme; en
conséquence le magistral fera bien d'etre tres
ci rconspect dans la rédaction de son proces-

'--------------------------verbal, et de ne pas s'exposer !1 etre compromis par la suite. 1&gt;
Le bourgmestre, malheureusemcnt, n'avait
pas attendu cette réponse pour publier son
manifeste qui parut le 7 juillet et souleva
dans toute. l'Allemagne une émotion indicible.
En voici quelqucs exlraits :
AVIS PUBLIC

Conrenianl ttn je1111e lwmme élevé dans
une séquestration illégale, lotalemenl abandonné et liv1'é il lui-meme.

Lr.

M.\GISTnAT

Le

cctte opération s'cffectuait égalemC&gt;nt pendanl
son sommeil.
« r ne pe lite porte basse, \'Crrouillée en
dehors, fermait le ca rea u qui se chauJfait au
moyen d'un l'ourneau blanc, rond, de petitc
taille, ayant la forme d'une ruche d'abeilles.
ce Ilauser est resté longtcmps, tres long1emps, dans eelle prison, sans pouvoir
rien préciser quant a la durée exacte de sa
détention, - car il n'a pas la notion du
lemps. II n'y a jamais vu per~onne; il n'y a
connu ni la lumiere rayonnante du soleil, ni
l'éclat doux de la lune, ni aucune autrc
lumiere; et aucune voix humaine ou anímale
ne s·y est jamais fait entendre.
« Puis en fin, un beau jour, la porte du
caveau s'eotr'ouvrit, et un homme entra, nupieds, mal vetu et courbé comme lui (a cause
du peu d'élération du plafond de la grotte).
Cet homme se fit connaitre pour celui qui lui
:ipportait lnus les jours sa nourriture et qui
lui amit fait cadeau des joujoux servanl a le
distraire.
« Il lui remit quelques livres pieux, en
lui disant que le moment était venu d'apprendre a Jire et a écrire, et qu'il serait ensuite conduit chcz son pcre, lequel élait un
cavalier, et que lni-meme en deviendrail 1m
pa1·eil.
« Le pauvre séquestré se mil done :1 apprendre les éléments essentiels de la lecture
et de l'écriture, saos toutefois faire de grands
progres, car l'homme qui l'instruisait ne se
montrait que tous les quatre ou cinq jours.
c1 Ce dernier se comportait, parait-il, avec

MYSTE]('E DE Nu~cMB'E'J{.G ~

le ch.ttiant ensuite 11 coups de baton, quand
il avait cru pouvoir se permeltre cette récréation. Ces mauvais trailements ont d'ailleurs
laissé une trace visible au coude droit du
malheureux.
« SouYent l'homme fi:xait sur son élcve un
regard pénétrant, lui disant de ne jamais'
che1·cher il (l'anchir le seuil de la porte.
pai·ce qu·une voúle célesle .~'étendait n11dessus rle lui, ai•ec un Dieu au fond qui l&lt;'
ballrnil s'il tentait de sortfr.
ce Quelques semaines ou quelques mois
s'écoulerent ainsi; puis, une nuit, Ilauser fut
réveillé en sursaut. L'homme se tenait devant
lui, non pas pieds ous et en bras de chemise
selon sa coutume, mais vetu d'une redingote,
un chapeau noir sur la tete et des bolles aux
pieds.
&lt;! II dit au jeune homme qu'il allait l'emmener maintenant, et, joignanl le geste a la
parole, il le chargca sur son dos, et le transporta s~ns s'arretor, alravers les ténebres de
la campagnc, sur une montagne assez élevée
011 ils atlendirent le jour.
&lt;! llauser s'était endormi daos J'intervallc
et ne se réveilla que lorsqu'il se seotit déposer a terre. L'étranger alors lui apprit a marcher, ce qui lui paru t tres pénible, car la
plante de ses pieds nus souffrait du contacl
des moindres aspérilés du sol.
« 11 était encore vetu. comme toujours
dans le caveau, d'une chemise et d'uo pantalon, mais il portait en plus un cbapeau de
paysan rond et d'assez grande dimension.
&lt;! La nuit les ayant de nouveau surpri~,

De la 11i/le bavaroise et royale de Nifrem~
bP1·9, porte ci-dessous a la connaissance universelle un cas si extraordinaire dans son
genre, si inou'i, qu'il s'impose de lui-meme
non sculement a l 'attention de toutes les autorilés judiciaires, civiles et militaires, mais
aussi a la pitié de tous les creurs sensibles de
notre patrie.
(Suit le récit que nous avons fait plus haut
de l'arrivée de Hauser a Nüremberg et des
interrogatoires sommaires qu'on lui fit subir
bien inutilement.)
« Gaspard Hauser, poursuit le bourgmestre, - ainsi s'appelle la victime de ces
lraitemenls inhumains - fut séquestré isolément et ne vit aucun etre humain, si ce
n'est le monstre qui lui apportait sa nourriture quotidienne : du pain et de l'eau. Le
lieu ou il était enfermé figurait une grotte
étroite, au sol boueux, mais couverte, parait-il, d'un toit de planches habilement ajustées de fai;on a intercepter le jour. Deux
petites fenetres rectangulaires, tout juste suffisantes pour laisser passer une faible et
vacillante clarté, étaien t pratiquées dans les
parois de la grolte et se fermaient au moyen
de clavettes en bois. Jamais le prisonnier ne
vi t le soleil.
« 11 se teoait accroupi par terre, vctu seulement d'une chemise de couleur et d'un
pantalon, et jouait hahituellement avec deux
petits chevaux en bois blanc et un chien en
bois également, dont il ornait le cou de toutes
sortes d'objets, leur parlant antanl que la
langue rudimentaire qu'on lui avait apprisé
le lui permettait ....
&lt;e Pour tous meubles, un poele de fa'ience,
un tonneau muni d'un couvercle et affecté
aux hesoins naturels du prisonnier, el une
paillasse qu'il appelait son lit.
&lt;! Comme il ne pouvait se tenir debout el
marcher qu'avec peine faute d'cxercice, il se
contentait de se trainer par terre a la fai;on
des culs-de-jalle, soit pour jouer, soit pour
prendre sa .nourriture, soit pour gagner son
graba!.
« A l'aube, quand il 's'éveillait, il trourait
Clicbé Lévy.
pres de son lit le pain noir et l'cau représenLA PLACE: D t: :l!ARCHÉ, A :\"UREMBE:RG.
tant sa ralion quotidienne; quelquefois meme
il s'apercevait qu'on lui avait coupé les ongles
et les cheveux. On ne lui changeait que tres la mauvaise foi la plus insigne, promettant
ils s'étendirent sur le mi ou ils resterent
rarement sa chemise; il ignore d'ailleurs par exemp\e a l'enfant de le laisser s'amuser
exposés 11 la pluie battante qui tombait sans
comment cela se praliquait, et il pense que avec ses chevaux s'il apprenait ses le9ons, et discontinuer.
.., 71

1M

�111ST0'/{1.A
&lt;! A l'aube ils se remirent en roule et
marcherent jusqu'a la troisieme nuit qu'ils
passerent comme l' au lre a la belle étoile.
&lt;, Enfin, le jour suivant, on fil halte a un
endroit qui parait devoir se lronrer a une
distance assez considérable de notrc ville.
&lt;! La, l'étranger tira d'une besace les vctemenls qui ont été décrits plus haut et les fit
endosser au jeune Gaspard, )' compris les
Las bleus qu'il ola de ses prnprcs pieds ponr
les passer aux siens.
&lt;! lis échangcrent cnsuite leurs chapea u\,
et, ainsi transformés tous dem:, ils poursuivirent leur cbemin.
&lt;! Leur nourrilure, pendant lout ce traje!,
était la meme qu'on senait a Gaspard dans
sa prison, c'est-11-dire dn pain et de l'eau.
!! En ronte, l'étrangcr s'occupa principalement d'apprendre au jeune bomme le l'alei· 11osle1· en allemand, et une autre pricre
qu'il n'avail jamais entenduc auparavanl.
(llauser les récile encore fort bien aujourd'hui.)
&lt;1 Entre lemps il revenait 11 son llieme
favori : J'étal de cavaliel' de son pcre et son
désir (a lui) de voir l'enfant en devenir un
pareil.
!( Quand par basard on passail pres d'endroils habités, ou qu'on croisait des piétons
sur la route, l'étranger recommandait a llauser de rcgarder par terrc, sous le prétexle
qu'on marcbait plus facilement ainsi, rnais
en réalité pour l'empecbcr de remarquer les
hommes et les choses qu'on rencontrait el de
se les rappeler dans la suile.
!( Arrivés a proximilé de l\üremlierg que
I'étrangcr désignait par ces mots (! le grand
village i&gt; , il tira de sa pocbc la !ettrc cacbetée
et la remit it llauser en lui disant de l.t montrer au premier passant venu, qui lui indiquerait son cbemin. On sait le reste.
« )Iaintenant, il faut afílrmer hautement
ici que si nous nous lrourons en présencc:
d'un cas tout a fait exccptionnel et tel que

l'hisloire de la liarbarie humaine n'en olfrirait peut-etre point d'autre e:x.emple, il n'en
est pas moins nai que nous avons en main
les preuvcs les plus concluantes de son authenticité absolue.
« En elfet la cbair molle et tendre de la
main du jeune bomme, son dégout pour la
majorité des aliments qui composent la nourrilure ordinaire de I'homme, I'imprcssionnabilité excessire de son odorat et de son palais
en présence d'éléments aussi simples que des
ílcurs, des fraises, du lait, ele ... lesquels ne
produisent aucune impression sur une personne ordinaire, ses forces pbysiques, qui,
en dépil des apparences, sont a peine comparables a celles d'un enfant de huit ans, sa
démarche péniblc et embarrassée, également
pareille a celle d'un enfant, sa faiblesse nervcuse révélée au moiodre effort par un tremblement des mains el un tiraillemenl des
musclcs du visage, son regard, clair il est
vrai, mais peu vi~oureux, sa tendance a le
tcnir abaissé vers la !erre, son amour de la
solitude; enfin sa slupeur en présence d11
grand ropume libre de la création, son allilude embarrassée au scin des foules, son
borrcur du bruit et du momement, son élocution difficile, lout cet ensemble de fails
émincmment insolites prouvent suffisamment
que le malheureux a été séqueslré contre
toute justice pendant de longues, de tres longu~s années, el privé de toute société humamc. ¡¡
lci nous nous royons oLligés de saulcr un
grand paragraphe du proces-verbal, et pour
cause. Le paragraphe m question est une
phrase unique, rnais quelle phrase ! Trentequatrc lignes de soixantc lellres cbacune environ, ce qui revieot a dire que ladite phrase
se Lraine sur rleu.r mil/e r¡uarnnle lelll'es, et
l'on frémil en pensanl que le verbe unique
qui commandc, encbaine et explique tous les
membres de cette phrasedont il est en quelque

sorte la clef de voule, ne se renconlre qu'/1 la
trente et unieme ligne.
Le paragraphe d'ailleurs n'est d'aucune
importance dans le récit. Le bourgmestre y
constate simplement que la nature semble
avoir voulu compenser cbez le jeune Gaspard
les cruautés de la destinée, en le dotant des
dons les plus précieux de J'intelligence el du
creur.
Par une série d'bypothescs basécs sur ces
dernit•res reruarciues, le magistral en arrive
a conclure que Jlauser devait ctre d'origine
noble, et que le crime commis sur sa personne avait pour but, soit de l'évincer d'unc
succession importante, soit de le frustrer
des prérogati ves attacbées a sa haute naissance.
Nous devons ajouter que cette derniere
fa~on d'interpréler le mystere de f.aspard
llauser a Lrouvé un crédit universel en Allemagne, et que peodant fort longtemps, meme
aprcs la mort du séqu~sll'é, tous les elforts
des autorités des divers Etats allemands, ainsi
que les recherches individudlcs et privées,
onl été dirigés dans ce sens, sans d 'ailleurs
aboulir, comme nous l'avons déja dit, a nucun résultat.
Le bourgmestre termine en adjurant dans
les termes les plus patbétiques tous ses concitoyens et tous les gens de creur du monde
enticr, de faire part 11 qui de droit des moindres indices qu'ils pourraient recueillir concernant le personnage que la Providence a
confié a la tutelle de sa commune, et de ne
rien négliger de ce qui parailrait susceptible
de contribuer a éclaircir le mystere de sa
naissance el du monstrueux atten tat donl il
fut l'innocente victime.
0n verra par la suite comment la publication elJectivemen t prérna turée de cet appcl :1
l'humanité lrouva un écbo immense en ,\lh·magne et fut peut-etre une des plus puissaoles causes qui devaicnt concourir a rendrc
le probleme insoluble.
JULES

HISTORIA

DE SAINTE-HÉLENE AUX INVALIDES

IIOCHE.

(A suivre.)

.
[~

'~

-

de la potence

Sam,é

úl
.

-

".-

...

-· -~

~
~

Au mois de jamicr 1474, les médecins et
chirurgiens de Paris représenterent a Louis X[
que plusieurs personnes de considéralion
!! étaient trav,iillées de la pierre, colique,
pression et mal de colé; qu'il serait tres utile
d'examioer l'cndroit ou s'engendraient ces
maladics: qu'on ne pourait mieux s'éclaircir
c¡u'cn opérant sur un homme vivant; el
qu'ainsi ils demandaient qu'on leur livrat un

franc-archcr qni venait d'etre condamné a
etre pcndu pour vol, et qui avait été souYent
fort molesté desdits maux. l&gt; 0n leur accorda
leur demande; et cetle opéralion, qui est, je
crois, la prcmiere qu'on ail faite pour la
pierre, se fit publiquement dans le cimetierc
de l'église Saint-Sél'crin.
« Aprcs qu'on eut examiné et travaillé,
ajoule la chronique, on remit les entrailles
dedans le corps dudit franc-archer, qui ful
recousu, et par ordonnance du Roí, tres bien
pansé, el tellement qu'cn quinze jours, il
ful guéri, et eut rémission de ses crimes
saos dépens; et il lui fut meme donné de
!'argent. l&gt;

Le eours des é,·énements de la vie est quelquefois bien singulier : il fallail que ce misérable, pour etre guéri de la pierre, fút condamné 1t etre pendu ! Mais croira-t-on que,
dans ce temps-la, s'il l'avait été, son cadavre
serait devenu comme un dépot précieux de la
mort, auquel les chirurgiens n'auraient pas
osé toucher?
La dissection du corps bumain passai l
pour un sacrilege au commencement du regoe de Fraurois J•r ; et l'empereur CharlcsQuinl fit consulter les tbéologiens de Salamanque, pour saroir si l'on pouvait en
coosciencc disséqucr un corps afio d'en connaitre la slrnelure ... .
SAJNT-F()IX.

Oc Lemutle. dcss. ttS.10).

LE

RETOUR

EN FRANCE

�OrtERTURE DU CERCUEIL DE NAPOÜ:ON, LE 15 OCTOBRE 18.10, -

Dessi11 ,fe:-- :'ILWRll(,

De Sainte-Hélene aux Invalides
En I S+o, Ju Chambru ayant voté la translation a
Paris des rc.stcs de NapoJéon, inhumis, dcpuis dixn&lt;uf ans, a l'ile de Sainte-Hélcne, le roí Louis-Philippe
con.fia ason fils, le princc. dc Joinvillc, alors capit:únf.
de. vaissuu., Ja mission d'aller cherche.r la pré.cie.usc dépouillc et de la nmcner en Francc. Nous donnons ici
Je ricit que Je princc a traci lui-mCme de cctte é.mouvantc expé.dition, ré.cit quc. nous complétons au moye.n
des note, pruu 111r place par Victor Hugo, témoin de
l'arrivic du cercucil dcl'cmpercur aux 1nvalidc.s, le. 15 dé ..

cembre 1 8+º·

Dcux de mes freres parlirent pour !'.A.frique. Charlres (comme nous appelions toujours
notrc ainé le duc d'Orléans) prenait le commandemenl d'une division daos la colonne
qui, sous les ordres du maréchal Vallée, devait arreter pour toujours, au col de Mouza'ia,
la marche ascendanle du prestige d'Abd-elKader; mon jeune frere Aumale allait trouver
dans cette expédi tion l' occasion de fai re brill~mment se~ premieres ~rmes . .Je les Yis partir avec cm1e, et pour aJouter amon ennui, je

ne Lardai pas a lomber maladed'une violente
rougeole. En proie a une forte fiel'l'e, je vis
un jour apparailre mon pere, suivi de M. de
Rémusal, alors ministre de l'inlérieur, visite
insolite qui me remplit d'étonnemenl; ma
surprise augmenta encore quand mon pcrc
me dit : g Joioville, tu vas partir pour SaioleHélene, et en rapporter le rercueil de Napoléon. &gt;&gt; Si je n'avais été au lit, je serais Lombé
de mon haut et au premier moment je ne fus
nullement ílatté de la comparaison que ie fis
entre la campagne de guerre entreprise par
mes freres en Algérie et le roéticr de croquemort que l'on m'envoyail exercer dans l'autrc
hémisphere. Mais j'étais un soldat et je n'aYais pas a discuter un ordre. La queslion se
préseolait d'ailleurs sous deux faces : audessus du Napoléon, ennemi de ma race, assassin du duc d'Enghieo, qui, en Lombanl,
avait légué a la France ruinée, démembrée,
ce redoutablc jru de hasard 011 les fou les

naives sont si souvent dupcs du croupier politiquc, le suffrage uni verse!, il y avait l'homme
de guerre incomparable, donl le génie avail
jeté, meme dans la défaite, un éclat immortel
sur nos armées. En allant chercher ses cendres
a l'étranger, c'était comme le drapcau de la
France vaincue que nous relevions, du moins
nous l'espérions, et a ce point de , ue je me
réconciliai avec ma mission.
Sitot remis sur mes jambes, je parlis done
pour Toulon, muni de tous les ordres, de
toutes les instructions ministérielles et royales,
et je repris le commandement de la BellePoule, commandement que j'allais exercer
dans bien des parages, pendant Lrois années
conséculives. Je quittai Paris un peu aregrel,
mais la joie de me retrouver au milieu des
braves gens si dévoués qui formaient mon
équipage, ma seconde famille, me fi t vite
oublier ce que je laissais derricre moi. Un
cerlain nombre de passagers s'embarqurrenl

�111S TORJ.ll

a leur tour.

------------------------------------

lis composaienl ce qu'on appela
la mission de Sainte-Hélene. Presque tous

en tres petit de la maxime chere 1t M. Thiers :
le Roi regne et ne gouverne pas. Plus étrange

LA TOMBE DE NAPOLÉON, A SAINTE-HÉLÉNE.

Dessin de JI.

\'A:-; DER BuRCH,

avaient été les compagnons des grandeurs et
des malheurs de Napoléon : c'étaient les gé-néraux Bertrand, Gourgaud, .M. de Las Cazes, etc. Pendant les longues lraversées du
voyage, la conversation de ces hommes qui
avaient assisté a tant d'événements, suivi
l'Empereur dans tant d'aventures, fut particulieremeot intéressante. C'était tous lesjours
un feu roulant d'anecdotes, de traits, se rapprochant saos doute beaucoup plus de la vérité que bien des récits faits a loisir. Souvenl
j'ai regretlé que nous n'eussions pas emmené
avec nous un sténographe.
... A notre sortie de Cadix se pla~ un petit
incident caractéristique. On m'avait adjoint,
pour le cas de négociations délicates avec le~
autorités anglaises de Sainte-Hélene, et auss1
pour rédiger le protocole de la remis_e_ du
corps, un jeune d1plomale., le comte Ph1hppe
de Rohan-Chabot. A peine hors des passes de
Cadix, quand les dernieres communicalions
avec la France étaient coupées, je le vis venir
a moi tres embarrassé. Il me tendit un papier en me disant de le lire et en ajoutanl
que s'il ne me J'avait pas communiqué plus
tót, c'était par ordre. Je jetai les yeux sur la
signature, au has du papier, et j'y vis le nom
de M. Thiers, présiden l d u Conseil. Par ces
instruclions secretes, et qui ne devaient m'etrc
communiquées qu'une fois en mer. M. Thiers
déclarait a M. de Chabot, qu'il était, lui,
Chabot, son agent direct et qu'il l'investissait d'une autorité supérieure a la miennc
pendant la durée de la missio?..
. . .
Tellc étail cette étrange m1ss1ve qm visa1t
non seulement le capitaine de vaisseau commandant, mais, avec une inteotion évidemmenl blessanle, le fils du Roí, - application

d'apres un croquis sur 11atttre.

encore le soin pris par lui d'en faire mystere
jusqu'au moment ou, séparé de la France, je
ne pouvais plus faire aucune observation sur
la contradiction entre ces nouvelles instructions et les ordres précis que j'avais antérieurement recus. Amis d'enfance comme nous

de mon haut le procédé de M. Thiers avec
moi, mais de ce jour prirent fin les relations
sympatbiques et presque afTectueuses _que
j'avais eues jusqu'alors avec cethomme d'Elat.
Une défiance profonde et peu d'estime pour
son caractere les remplacerent.
. . . Apres TénériiTer traversée assez lente :
calmes, orao-es, gros temps meme, puis nouvelle relacb~ a Bahia, Brésil. 11 m'avait été
recommandé a mon rlépart de Paris de combiner la marche de la mission de facon a faire
cofacider le retour des cendres en Europe
avec la fin de décembre, époque de l'ouverture des Chambres. Je crois meme que, dans
la pensée de M. Thiers, toute l'importance
du retour en France des restes de Napoléon
résidait dans cette co'incidence. C'était le
coup de tam-tam a l'aide duque! il se ílaltait
d'étouffer tous les bruils, toutes les Yelléilés
de chano-ements ministériels qui levenl tou.
jours, aºces époques, du sol parlementaire.
... De Babia nous dumes descendre tres
loin dans l'Atlantique austral, escortés de
nombreux albatros, avant de trouver des veots
favorables. Nous atteignimes enfin Saintellélene, un gros rocher noir, une _Ile volcanique déchiquetée, comme la Martinique,
mais sans sa superbe végétation, un morceau
de l'Écosse planté au milieu de l'Océan et
toujours balayé par l'alizé qui soufOe avec une
fatigante continuité et le couvre en permanence d'un chapeau de nuages épais.
Sombre la vue du large, sombre l'impression
a l'arrivée. James-Town, la capitale, n'est
qu'un misérable village qui s'allonge dans une
étroite vallée, encaissée par de tristes rochers,
couronnés de forteresses ou l'on grimpe par

"---------------------------- De S.JfTNre-1t'ÉLEJVE Aux 1NvAtm-es - -...
lui-meme avec ses saules légendaires, Longwood, la prison, tout est également lugubrc
et bien fait pour tuer a petit feu le grand
génie qu'on y avait relégué.
L'affaire qui m'amen~it fut vite réglée entre
moi et_ le gouverneur, géoéral Middlemore .
Les ordres du gouvernement anglais étaient
nets, précis, et, les aulorités locales mirent
beaucoup de bonne volonté a les exécuter.
Elles ~f' chargerent exclusivement de l'exhumalion, de la translation sur territoirr anglais
et l'accomplir('Dt avec beaucoup de convenance. Je demandai seulement et obtins qu'avant de nous etre remis, le cercueil fut ouvert,
afin de nous assurer que nous n'embarquions
ni un ÍOJer d'infection, ni une dépouille imaginaire. Le gouverneur étant malade, j'eus
peu de rapports avec lui. JI se faisait remplacer par le commandant des troupes, le colonel d'artillerie Trelawney, homme aimable,
mais passablcment original.
Sa grande passion étail l'étude des généalogies, et il ne maoquaitjamais de m'expliquer,
quand nous nous rencontrions, comment il
était mon cousin et comment nous étions parents tous les deux de feu le sultan Mahmoud
par les femmes !
Quand tout fut pret, l'exbumation se fit el
l'ut imposante. L'émotion commeni;a a gagner
tout le monde lorsqu'on vit le cercueil descendre leotement la montagne au bruit du
canon, escorté par l'infanterie anglaise, les
armes renversées, la musique jouant, avec
accompagnement du roulement sourd des
lambours, celte belle marche funebre que les
Anglais appellent The deod .lfai-ch in Saul,
et qui n'est aulre que le vieux cbant Adeste
fideles de la religion catholique. Le général
lltiddlemore, tombant de fatigue , me fit la re-

élait tres beau. A un magnifique coueher de
soleil succédait un crépuscule d'un calme

lenteur majestueuse, esco~ -par los canois
des états-majors. C'était tres émounnt et il

TRA:'&lt;SBORDE)lENT Dt; CERCUEIL DE 'sAPOLl':o:; A CHERBOURG, LE

profond. Les autorités et les troupes anglaises
se tenaient immobiles, rangées sur la plage
pendanl que le canon de nos vaisseaux faisait
le salut royal. J'étais a l'arriere de ma chaloupe, sur laquelle flottait un superbe pavillon tricolore, brodé par les dames de SainteHélene. A mes cótés se trouvaient les généraux,
les officiers supérieurs, lltM. de Chabot, de
Las Cazes; mes meilleurs gabiers, tout en

8

DÉCE)IBRE 1840.

planait sur toute la scene un grand sentiment
national.
Dcux jours apres nous mettions a la voile
pour la France ou nous arrivions apres quarante et un jours de mer.
PRINCE DE

JOINVILLE.

c9c&gt;

Funérailles de Napoléon.

L E CORPS DE XAPOLÉO:sl EST RENDU AUX FRANy AIS. -

l'élions Pbilippe el moi, toute pensée de conflil était ioadmissible entre nous. Je ne me
plaignis a personne de cet incident et regardai
- 74 ,..

Dessin de LAFOSSE.

des escaliers de six cents marches. La campagoe, la résidence du gouverneur, Plautation-House, la vallée du tombeau, le tombeau

C11APELLE ARDE:'&lt;TE A AORD DE LA FR~:GATE •

mise du corps, et le cercueil fut descendu dans
la chaloupe de la Belle-Poule, qui se mit
alors en marche vers le bord. Le moment

LA

BELLE-POt:LE •.

blanc, le crepe au bras, nu-tete comme nous,
nageaient avec un silence et une précision
admirables. Nous nous avancions avec une

J'ai entendu hattre le rappel dans les rues
depuis six heurcs et demie di(matin . .Je sors a
onze heures. Les rues sont déserles, les boutiques fermées; a peine voit-on passer une
vieille femme ca et lit. On senl que París Loul
cnlicr s'est versé d'un seul coté dr la villr
romme un liquide dans un vasc qui prnchc.
- 11 fait tres l'roid; un beau solcil, de légeres
brumes au ciel. - Les ruisseaux sont gelés.
- Comme j'arrivc au pontLonis-Philippr, une
nufr s'ahaissc et quelqnes ílocons de neigc
poussés par la bist' vie1~nen1 me fonetter IP
Yisage. - En passant preg de .Notrr-Dame jr
remarque q11r le bourdon ne tinte pas.
Rue Saint-.\ndré-des-Arcs, fo mo11veme11l
ébrile de la Jete commrnce a se fairc sentir.
- Oui, c·est une fete; la fete d'un cercueil
cxilé qni rrYicnt en triomphe. - Trois hommes du peuple, de ces pauvres ouvriers en
h~illon~. qui ont froid et faim tonl l'hivcr.
marc·hcnl dera11t moi Loul joyc m. L'nn d'em
sautc, danse et fait mille folies en criant :
Vire l' emperenr ! De jolies griset tes parfrs
passent, menécs par leurs étudiants. Drs
fiacres se hatrnt vers les Invalides. Ruc du
}'our, la neige s'épaissit. Le ciel devient noir.
Les 0ocons dr neige le srnwnt de larmrs

�,,

1flSTO'R._1.ll

_____________________

'DE SA1NTE-1ii.LÉNE AUX 1NvAtrbES ___,,.

lilarl&lt;'hl'~. llir11 ~('lllhl" 1n11loir IPn1l1•p ;rns~i.
Cepcnuant le tonrbillon dure pcu. Ln palc
rayon blanchit l'angle de la ruc de Grenelle
el de la rue du Ilac, et la, les gardes municipaux arrelent les 1oiturcs. Je passe oulrc.
Dcux grands chariots ,ides menés par des
soldats du !rain viennent a grand bruit derrit'·re moi el rcntrent dans lcur quartier au
l1out de la rnc de Grcnclle au momC'nt ou je
d,:bouche sur la place des In,•alides. La, je
crains un momcnt que tout ne soit fini el
que !'C'mpercur ne soit passé, lant il vient dtl
passants de mon colé, lesquels scmblent s'rn
relourner. C'est lout simplement la foule qui
reílue, rE'foulée par un cordon de garde, mnnicipaux a pied. Je montrc ruon billet pour la
premicre estrado a gauchc, et je francuis la
haie.
C('S cstradl'~ ~ont d'immcnsrs frhafa11d:1gcs
qni 1·011rrc•nt, d11 quai it la g-1·ill(• dn ddmc,
1011s h•s gazon~ d(' l'P;:;planndP. 11 ~ &lt;'11 n lrois
dP 1·hnq11t' c·t\ll1.
.\11 momrnl oii j'arriw, 11' mur drs &lt;'slradl'S
di' droitr nw l'adw l'ncorc la plac·t' ..l'rnlends
un hruit formidahlt' et l11guhrr. On dirait
d'innomhrahlrs martraux frappanl Pn cat!Pncc
sur des planehcs. Ct&gt; sonl les crnt millc spt'Ctal&lt;'urs rnlassés sur ll's échafauds, qui, glacés
par la- hisC', piétinC'nl pour Sl' réchauffer en
allPndanl 1¡ue I¡• eorlege passc. Je monte sm
l'1'sirade. Le sprclarlc n'cst pas moins t•lrangr.
LPs frmmes, prrsqne toutrs bollécs de gros
('ha11ssons et Yoilécs, disparaissmt sous dt•s
amas rle fourr11rrs t'I dP manlcaux; lrs hommrs prornc•nrnl drs cad1c-ncz rxtra1·aganls.
La décoralion dr la place, l1irn rl mal. Le
tn('sq11in hahillant le ~randio,t'. llPs tlr11x

lllarlm• lila11l'. \fais ('(' rnarhrr esl d11 pl:,lrc•.
.\11 foml, , is-iH is 11• dtilllc. la sfal1H• di' l'cm-

11 parail qu ·0111ú1 pas ru l(• le111p~ d'aclrcrPr
l'orn,·nwntalion n1' la ;.:rancl(• 1·nll'l'(' dl' l'h6tPl.

OÜI.\RQUEllENT DES CE:IDRF.S DE NAPOLEON A l,0URBEV0IE. LE l.' Di':CEllílRE

Dessiu de CcvrLLIER et

prrrnr, Pn lironzr. Cr hronzr a11ssi PSI d u
plMrr. '])ans d1a1¡nc t'tll1'1'-dt'ux dPs staltH's,
1111 pilil'r rn toi lt' prinlr l'I dorfr d'a;:;srz maurnis go11t snrmonlt' d'nn pnl-i1-ft•11- plPin tlt•
ncige pour le monwnl. Denicre lrs slalm•s,
les rslraclrs rl la l'oulP: rntrr lrs slal11t's. la

18..¡o.

f.E11NERr.

On a 1•hatkhr n11-dl's~u~ cl1, la grillr nnr Ía('on
d'a1·1· de• lriornpht' 1'11111•hrt' ('11 toill' Jll'inlt• rl
t'n crepP. a1·ec ll'1¡11Pl IP wnl jmu• ('0111111l'
al'ec les Yirux ling-&lt;'s prndus /1 la l11l'nr1w
d'unr rnasure. LllP rangfr ilP 111,'tls 10111 1111s
l'l tout secs se drrssmt a11-dpss11s dPs canons
('l, it dislancr. rrsscmhlrnl it t('S all11mellt•s
qiw h•s pl'lils cnf'ants ·pir¡urnt dan, dn sahlt'.
lles nippt'S rl dt'S haillons qui 0111 la prétrnlion d'etre dPs lcnl11res noirt'S ti1oil1\•s d'argenl, l'rissonncnl C'I dapolcnt pamTt'llH'nl
entre &lt;'('S 1mlts . .\ 11 fond, le d6mc, an'r son
pavillon et son ercpt', glaré de rl'flcts mlitalliqucs, estompé par la brume sur le riPI
lumincn..-:, fait unp 11g11rr somhrr el splmdiclL•.
II csl midi.
Lr canon de l'htitel lirc de quarl d'heurr
rn (¡uart d'hrurr. La fou lP piétinc ('t hal la
senwllP. Des grndarmrs déguisés t'n hourp;eois,
mais trnhis pa1· lPurs éperons N IPm~ cols
d'uniformc, se promenent rA el la. En farc d&lt;'
moi, un rayon éclaire Yivemmt une asscz maurnisc !\latuc dr ,kannc d'.\rc, qui lirnl nnr
painw i1 la main donl clic scmblr se fairc un
frran commr si lt• sokil lui faisail mal am:
Yl'UX.

LE BATEAU ·CATAFALQUE DE

NAPOLÉOX. -

cótrs de l'avenur drux rangéc•s de figurrs
hfro"iqnrs, coloss:ilrs, pt1lrs a cr troid solril.
qui fonl Ull~!ISS('Z lirl ,,m,1. Ell1'S paraisSl'lll d1•

Dessiné d 'ap1·es 11ature par , \mmn,

o-arde nationalr épar,;c; a11-dessus Lles estmdrs,
dC's rnals it ln poinlc&gt; drsqurls ílollrnl magnifiq111•111p11I soi,anll' longrn'~ llnmmrs lrirolorPs.

• A quclqucs pas de la slatue, un fon, 0-11
des ga1·dcs nationaux. se cbauffcnt les piC'ds,
cst allumé dans un tas de sable.
De tcmps en lemps drs musiciens militairt's
enrnhissent un orchestre dressé entre les dcux
estrados du coté opposé, y cxécutent une fanfa1·e funebre, puis redescendent en bate et
disparaissent dans la foule, sauf a rnparailrc
le moment d'apres. 11s quittcnt la fanfare pour
le cabaret.
·
Un crieur erre dans l'cslradc, Ycndant des
complaintcs it un son et drs rclations di' la

cérémonic. J'achcte dcux de ces papicr$.
Tous les ~t•11x ,0111 fhés s111· l'a11¡.dt• clu

rél'ham. ¡•si d'un atln,irahle aspee!. Le solcil,
l'rapp:1nl lt•s c11irasst•s des ¡·arahi11irrs, leur

E:-.TRÉE Dt; CO'i\'OJ l)E NAPOLÉO~ A PARIS.

LI:: 1.5 DÉCE~IBRE 1B ¡o.

-

qnai d'Or,ay par oh doit déboudwr le rorlL'f!t'. Le froid ang-mt•nl(• l'impaliem·&lt;·. Des
lu111ét•s lilanch,•s Pl nuirl's 111011le11l eit et lit it
1!':tll'rs le 11,a,sif lJl'lllll('IJ'I. dL•s ·champ:,El~sl'Cs, l'l 1'011 t•11le11d des dí-tonalions loi111ai11es.

sous

L·.\1tc DE TRIO~IPHE DE 1.'ÉTOILE,

Dessill d'Anxon et Y.

ADA&gt;!,

allnme i1 1011s sur la puitrim• 1111e rloile
éhlouissanl('. Lc·s trnis écoles militaircs passt•nt a\'('t une fü•rt• el gran' conlcna11tl'. Pui,
l'arlilleri(• l'[ l'iníantrrie, co111111e si t•ll,•:;
allaicnl a11 rornhat: l¡•s raissons 0111 i1 lp11r
arrii•1'&lt;'-Lrain la rouc de J'&lt;•('hang1•. les soldais
onl Ir sa(' su,· le do" ..\ qnPlr¡uc dislarH'l'. nm•

La garcle 11a1 ionalr 11 rhrral parall. llro11lwha dans la fon lr. Elle cst t•n assez ho11
ordrl' pourta11l: mais c·cst une troupe saus
gloirc, et tela fail un lrou dans un parcil
t·ortegc. 011 ril. .J'eutends ce dialogue : 'ficus! c:e gros eolonl'i ! comme il tit'11t clrokment s011 sabre!
Qu'cst-ce 1¡uc c't'sl 1¡11t•
~-a'! - c·rst )lo111alirP1.
lfinterminahles lt1gions de garde natiortall'
it pic&lt;l &lt;léfilenl maintcnaul, fusils remcrst:,
romme la lignc. dans rombrc de ce ciel ¡.\l'is.
l'n gardc na1ionnl 11 dwl'al, ,¡ui laissc lomht·r
son chapska et galope aiw,i c¡uelq11e_ tcn1ps u11lcle malg,·é qu'il l'l1 ail, a muse forl la galerie.
c'est-it-dire cent mille per,011nes.
. De lemps en ll'111ps I(' l'Ol'leg-c S 'arretc, ¡,11i,
11 reprcnd sa niarehe. 011 arhc1e d'allunH•r
les pols-it-fcu 1¡ui fumeul entre les ~lalUL'&gt;
1.:ommc de gros bols ele pnneh.
J,'attcntion rcdouhlc. \'oici la voilun• Jlilin·
it fris(' d·arg-cnl de l'aumonier de la IJel/ePoule, au fond de laqucllc un cntrcYoil ll'
pretrc en dcuil: ¡mis le grand carrossP dl'
Yclours noir it panncau:.-glaccs de la 1·om111i,sio11 de Sai11tc-lléle1w, qualrc che1·aux 11 ehacun de C'CS dcux carrosscs.
Tout 11 co11p le cano11 frlale it la fois ;'1
1rois poi11ts différc11ts de I'horizo11. Ce lripll'
hrnil simultané enlermc l'orcille da11s 1111L'
sorle de trianglc formidable rl s11perhe. lJcs
lambours éloignés ballcnt aux chan1ps.
Lt• char de l't'mpereur apparail.
Le soleil, l'Oilé jusqu '1t ce momc11t, rcpara/t
en meme lrmps. L'Pffct Psi prodigieux.
On 1oit au loin, dans ln ,·npcur ('l da11s le
suleil, sur le foncl gris et roux des arbres dl's
Champs-JII! sées. it lrarrrs de grandes slalucs
hlanehr~ (1ui rcssr111hlt•111 i1 des íantómcs, se

Tout it co11p h•:, gardPs naliona11x toUJ'l'III
anx a1·111t•s. Cn o!fiC'iPr t1·ordo1111a11cc lrarcr·sc
l'an•nuc au µalop. La bai&lt;• se formr. ll&lt;"s
ouHi(•rs appliquc11t cll's frlwll&lt;-s aux pilaslrl's
el c·o111mencc111 it allu111rr lt'S pots-it-fru. 1;11l'
sahc de grossc artillerie édalc hrurnrnmenl it
l'auglc e;t des lnralides; une épaissc fnmée
jaunt•, eonpéc d'éclairs d'or, rcmplit lout ce
coin. Jl'ou je sui1;, on rnil SL•rrir les pii•e¡•s.
C(• so11t dt•11x beaux Yit'IIX canon:; ,tulplt;s du
Hu' sii·de dans le bruil desqucls 011 se11l le
hro11w. - Le corti:gc approthe.
11 ('SI inidi el demi.
A l'cxtrémité de l'Psplanade.l'l'rs la 1·i1ien•.
une double rangée de• grenadirrs it eheval, ü
h11ffletcricsjanncs, déboutlw grawmcnl. C'cst
la gcndarnwrie tic la SPinc. C'C'sl la tete du
corlege. En ¡·e moment le soleil lail s011 deYoir
et apparnil magnifiq urmcnl. .\'ous sommcs
dans le muis d'.\ustcrlitz.
.\pres les bonncts i1 poi Is de la gc11darmcril'
de la Seinc, lrs ¡•asqurs de cuine de la gardt'
munitipalc dr París, puis les flammes tricolores drs lancirrs sccouérs par le rcnt d'unr
/aron d1arma11lt'. Fa11l;11·¡•s t'I 1:1111b1111rs.
Un hommc en blousc bl(•ue grimpc par ks
d1arpe11tcs e\léricures, au risque de st• 1·0111,,IARCIIE n1• co1nii&lt;;E DANS LES CIIAllPS-ELYSÉES. - Dessi11 de l, AF0SS[,
pre le co11. dans l'rstradP qui 111c l'ait f'acC'.
Pe1·son11c 11r l'aidc. Un :-pcctateur en ganl~
Llancs le regarde l'airc et ne lui tcnd pas la gra11Je ·~1al11e dl' Louis Xl \", larg('tul'nt &lt;-tofle,•,
mournir lenlenwnl une rspeec dt• montannc
main. L'h~mmc ~r,rirn p~m:tant.
l't ú'un assez bon styll', doréc par le solcil, d'or. On n·cn disti11guc cnco1·c• ricn t¡u'~nc
Le co1'lt•ge, mele de geucraux el de rna- sc111blc regarclcr ccllc pompc :11cc stupcur.
so1·Lc de sci11tillcme11l l11mi11cux qui fait étin-

.., 77 ...-

�'-·-----------------

1f1STOR._1.JI
celer sur loule la surface du char tantót des
étoiles, tanlot des éclairs. Une immensc
rumeur enveloppe celte apparilion. On dirail ·
que ce char lraine apres tui l'acclamalion de
toult• la ville comme une torche lraine sa
lu111é(•.
\u momcnl de tourncr daus J'arcnuc dt•
rnsplanade, il reste quelques inst:mts arrelé
par qm·lque hasard du chcmin devant une
slalue qui l'ail l'angle de l'a,euue et d11 quai.
J'ai Yérifié &lt;lt·puis que celtc stalue était cclle
du 111aréchal ?\ei.
.\u momenl ou le thar-{'a[afalquc a paru, il
élail 1111e heure et Jemie.

ce qui me parait conlraire aux rcglements de
la marine militaire. II porttl pour la premiere
fois le grand cordon de la Légion d'honneur.
Jusqu'ici il ne figurail sur le livre ele la Légion
que comme simple chevalier.
.\rrivé précisément eu face de moi, je ne
sais quel obstacle momcntané se préseulc,
le char s'arrete. 11 fait une slation de quel'lucs minutes entre la slatuc de Jcannc dº.\r&lt;·
&lt;'I la slal uc de Charles , ..
.Je puis le regar&lt;ler i1 mon aisr. L'l'nse111hle
a de la grandcur. C'csl uuc énorme massc,
:\SSl'Z IISél'.
,\pres le chernl , ieunenl t'II lig1ws ~éri·n·s dorfr cnlicremenl, donl les étages vonl pyral'l pressées lrs cinq ccnts marins de la Be/le- midant au-dessus des q11alrc grosses roue~

le croyaient fortemenl. Pour peu que le thc,al eul serri deux ansa l'empereur, il aurail
Lrenle ans, ce qui esl un bel age de cheYal.
Le fait esl que ce palef'roi est un bon vieux
cheval comparse qui remplil depuis unl'
dizai11e d'années l'emploi Je cheval de balaillt•
dans lous les enterrements militaires auxqucl~
préside l'adminislration des pompcs f'unebres.
Ce coursier de paillc porle sur son dos la
YJ'aie selle de 13onaparte 11 Marengo. Cne selle
de 1·elo11rs cramoisi 11 double galon d'or, -

DE S.ll1NTE-1f'ÉLEJV'E .llUX 1JVV.llL1D'ES -

la clorure déji1 i1 demi écaillée, les ligncs de Napoléon est devanl la grille des Jnvalides. fl
C'esL fini pour les speclateurs clu dehors.
s,uture ~es planches de sapin. Autre défaul. est deux heures moins dix minutes.
Ils descendent a grand bruit et en toule bate
C~t or n est qu'en apparence. Sapin el cartonOerriere le corbillard viennent en coslumes des estrades. Des groupes s'arretcnt de disp1erre, roila la réalité. J'aurais l'Oulu
Lance en distance devant des affiches
Pº?~· le char de l'empereur une macollées sur les planches et ainsi congmficence qui f1il sincere.
~:ues : LERov, u.uoNADJER, 1·ue de la
. _Du reste, la masse de celle com1ioSerpe, pres des Invalides. - Vins
s1t1011 sculplurale n'cst pas sans slylP
fins et palisseries chaudes.
l'l s~ns fiertr, (l uoi¡¡1tc le par ti pris d u
Je puis mainlenanl examiner la dl;_
dessm el de I' orncmcntalion hésilc
coration de 1'avenue. Presquc to utes
entre la renaissancc el le rococo.
ces statues de pl,Hre sont mauvaiDeux immenses faisceaux de drases. Quelques-unes sont ridicules. Le
peaux pris sur Loutes les nalions de
Louis XIV, qui, a dislance, avail de la
l"Eu1·opc se balancent avec une cmmasse, est grolesquc de pres. Macdopitase magnifique a l'al'ant et a l'arrit•re d u char.
naJd est ressemblant. Mortier aussi.
Ncy le serait, si l'on ne Jui avait lrop
Le thar, [Out chargé, pese l'inot-six
~auss_é le front, Ou reste, le sculpleur
mi lle livres. Le cercueil seul peseº cirn¡
millc liYl'cs.
l a fa1 t exagéré et risible á force de
rnuloir etrc mé)ancolique. La tete esL
Bien de plus surprenant el de plus
__ .,
trop grosse._ ~ ce sujet on raconle que,
superhe que l'allclage de scize chedans la rap1dité de cette improvisatio11
rau\ qui lraincnl lechar. Ce sont d'eJ:.
de slalues, les mesu1·es ont élé lllal
fra}"antcs betc~, cmpanachées de plu- • LE CHEV.\L DE BAT.\JLLE DE ::-Í.\POLÉON • . - Dessi11 de\' .
_\DAlt.
donnécs. Lejour de la liYraison vcnue
mcs blauches Jt1squ'aux reins, et coule slatuaire a fourni un maréchal Ne~
,.'.'rlcs de la tele aux picds d'un splenlrop grand d'un pied. Qu'ont fait le~
d1~e caparacon de &lt;lrap d'or, lcquel ne laisse c!rils tous les survivanls parmi les ancien ser1~11· _
q~e leurs ~eux, ~e qui leur donue je v1teu1:s de l'empercur, puis tous les surri vants gens des Beaux-arts? lls onl scié a la slaluc
une lran~he de ventre de douze pouces de
ne sa1s quC'l a1r lrrr1ble de cheraux-fanpar~1 les soldats de la gardc, vetus ele leurs large, el 1ls ont rccollé tant bien que mal les
lumes.
glorieux uniformes déja étranges pour nous.
deux morceaux.
Oes_ valcts de picd á la linée impériale
Le reste du cortege, composé des ré"iments
Le platre badigeonné en brome de la slalue
rnndwscnt cclle cavalcade formidable.
el? l'armée et de la garde naliona1e, ~ccupc, de _l"empereur est embu el courert de tacl1cs
En rernncbe, les dignes et vénérables &lt;rénéd1l-011, le quai d'Orsay, le pont Louis XVI,
ra~•x qui p~rtent les cordons du poéle o~t la l;1 place de la Concorde el l'avenue des Champs- q_u~ font rcssembler la robe impériale a de l~
v1e1lle scrge verle rapiécée.
mme la m0111s fantastic¡ue qui soit. En tele Elysées jusqu'a l'Arc de l'Éloilc.
deux maréchaux, le duc de Hc""Ío, petit el . Le char n'entre pas dans la cour des Inva- _ ~eci me rappelle, - car la génération des
. a gauche, le cornle
"º Molitor·
borgne, a. dro1le;
1de~s est, ~~ étr~~gc my~tere, - \Jue cel été,
lides, la grille 1:oséc par Louis XVI scrait lrop
en arriero, a droile, un amiral, le baron Du~ bass_e. ll se detourne a droile ; on roit les chez M. Ih1ers, J enlen-01s Marchand, Je ralct
pcrré, gros el jovial marin · a "aucbe un manos entrer dans le soubassement et res- d1e c~amb~e ~e l'en_ipereur, _raronlcr que
. tenant général, le
'
""
'
11cu
~apoleon a11na1l les v1eux hab1ls el les vicux
comtc Berlrand, caschapeaux. Je comsé, ,·ieilli, épuisé ;
prends et je parl:ige
noble et illustre figuce goút.. Ponr un cerre. Tous les quatre
reau qui travaille, la
sont rel'élus du corpression d'un chadon roug&amp;.
i;eau neuf est insupportable.
Le char, soil dit
en passant, n'aurait
-L'ernpereur, didt\ avoir ciue huil
sait Marchand. avail
chevaux. lluil checmporlé de F'rancc
vaux, c·est un nomtrois habits, deux rebre symbolique qui
dingotes et dcux chaa un sens dans le
peaux; il a fait avec
térémonial.Septcbecetlc garde-robe ses
six ans de Sainte-!lé"ªux, neuf chel"aux
e· est un roulier; seiz;
lene ; il ne porlaiL
pas d'uniforme.
cbevaux, c'esl un fardier ; huit cl1eraux,
Marchand ajontail
d'autrcs détails cuc'est un empereur.
rieux. L'empereur,
Les spectalcurs eles
aux Tuileries, scmeslrades n'onl eessó
Llai_t souvcntcbaugcr
de battre la semcllc
rap1dement de cosc¡u'au momcnL ou le
lume. En réalilé, il
char calafalquea pasn'enétaitrien. L'emsé devant eux. Alors
. \HHIVÉE D L COR1 i::r ,E Al'\ hl'ALIDES . /Jessill de \º • 1, EPRANC.
percnr élait hahilurlseulement les pieds
lement en coslume
lont silencc. On senl
ci,·il,c'esl-a-dire une
11u·11nc grande pensél' lr~n•rst' ccllt• foull' . sorlir.,arcc le cercueil, pu.is &lt;lispara1'Lr¡• sous
Le char s'est remis en marche, les tam- le porche éleré a r enlrée du pala is. lis sout culo~lc de ~asimir blanc, has de soie blanes
souhcrs a b~ucles. _l\~ais il y avail toujours lit:
bours haltcnl aux champs, le canon redouble. dans la cour.
dans le cabrnet vo1s111, une paire de bottes a

1------------------------------------

LE CR.\R Ft;:iÍ:.BRE TRAl"ERSE LA PLACJ; llE L.\ CONCORDE. -

Le corlcge se l'('mrt en marclll'. Le char
ara11cc lcntt•mrnl. On commcncc a en dis1ingurr la form(•.
\"oiri l!'s chcYanx dl' srllr drs maréchall\
!'I dl', gélll;raux q 11i t icnnenl le cordon du
p0&lt;\k impfrial. Yoiei les qualrr-,ingl-six sousolfi('i(•rs légionnaires portanl les banni&lt;'.•rcs Ut',
q11alrc-vi11gt-six déparlcrncnls. Rie11 de plus
bcau que ce carré, au-dessus dur1ucl frissonJll'lll une forel &lt;lu drapeaux. On croirait voir
111archer un champ de da.hlias ~igantesques.
\" oit:i un chernl b1auc ,·011 rcrl de la lelr a11 \
¡iicds d"un crept' violet. aceompagn1: dºu11
r·hambellan bleu ciPl bl'odé d':11·gt&gt;nL l'I ronduil
p~1· deux Yalcts &lt;le pied vetu~ de wrl l'I
"alonnés d'or. Cesl la fürée de l'C'n1pl'l'\' 111'.
1/rémisscm('lll dans la loulc : - C'est le cheval de batail/e de Jfopoléon! - La pluparl

TaNeau .te GuJA~O- (lllusée de Versailles.)

Poule, jcunes Yisages pour la plupart, C'll
tenue de comba!. en wslr ronde, le chapeau
rond wrni sur la tele. les pistolets a la cein1ure, la hachr d',ibordage a la main el Ir
sabre au &lt;·&lt;lll\ 1111 sahrc &lt;·ourl i1 largc poignfr
1ll' fer poli.
Les salrcs continuenl. En ce moment 011
raconte dans la f'oule que ce malin le premier
coup de canon tiré aux Invalides a coupé les
deux cuisses &lt;l'un garde municipal. 011 avait
oublié de déboucher la piece. On ajoutec¡u'un
homme a glissé, place Louis XV, sons les
rouPs du char el a été écrasí·.
Le char esl maintenant tres pres. 11 Psl
précédé prcsque immédiatement de l'étalmajor de la Be/Le-Paule, commandé par M. le
prince de Joinville a cheval. Al. le prince de
Join,·ille a le ,·isa ge couvert de barbe (blonde),

do1ú•s 1111i la porlenl. Sous le crep&lt;' riolcl
semé d'abcillcs, &lt;tui le recoun-c du haut ('ll
has, on distingue d'asscz lieaux détails : les
aiglcs rffarés du soubassrmcnl, le~ qualorzt'
\'icloires du couronnemcnt porlanl sur un1•
1ablc d'or un simulacrc de cercueil. Le nai
ccl'curil e~t inYisible. On Lt déposé dans la
care du sonhassemenl, cr qui diminnr l'émotion. C'esl la le graYe défaut de ce char. 11
cache ce qu·on Youdrait voir, ce que la Frante
a réclamé, ce que le pcuple altend, ce c¡ul'
lous les ~cux cherchcnt, le cercueil de :\'apolL;Oll.

Sur le laux sarcophage on a déposé le:insigne~ de l'empereur, la comonnr, l'épée,
le scrptre et Ir manleau. llans la gorge dorfr
qui sépare lrs Yicloircs du faite des aigles du
souhassemenl, ·on Yoit distinclemcnl, malgré

...

�1l1ST0'1{1.ll
l'écu,ere doublérs en soi(• blanche j11squ'au&lt;less;s eles gcuoux. Quand un inci&lt;lent su'.·rc,uail et qu'il fallail que l'cmpcrc11r monlal a
chc,al, il ólait ses soulicrs, rncllailses bolles,
endossail s011 uniforme,
et k \'Oila mililaire.
Pui, il rcnlrail, 11uillail
ses bolles, rcprenai t
ses souliers el rede,·cnail l'ivi\. La culoltc
blanchc, les has et les
sou\iers ne scrvaienl
jamais qu'un jour. Le
lcndl'main cclle défroque impériale appartenail• au va\et de chamhrc.
11 esl lrois heures.
l'ne salve &lt;l'arlilleric
annonce c¡ue la cérémonic ,icnL de s'ache\'cr
aux !n,alidc~. Je rencontre B... . ll en sorl.
La ,ue du ccrcueil a
}Jrod ui t une émotion
ine,primable.
Les paroles diles ont
élé simples el grandes.
)1. le prince de Join,ille a dil au roi : Sire,
je vous ¡n·ésente le

de haut au\ c¡ualre coins &lt;lu calal'alt(UC. ~lais,
apr~s les a\'oir posées, on a ,·u c¡u'cfü•s faisaienl
un 1111'.•diocre effet. On les a utéc&gt;s '.

corps de l'empereur
,Yapoléon. Le roi ~ répondu: Je le re901s au
11 am de la France. L'uis il a dila llcrlrand:
Gér1él'al, 1lépose.: s111'
le cercueil la 9lorieme
ép(:ede l'empereur. Et
¡1 Gourgaud : Général,
cléposez sur le cercueil
le chapean de l' empere1L1".
Le Requiem, de Mozarl, a fait pcu d'c!fcl.
J.Hle mu,i1¡11c, dé,ji1 rihTÉRll::CR llC
&lt;léc. llélas ! la music¡ i:c
se ri&lt;le !
Le calafalque n'a élé
terminé qu'une heurc
.
. .
.
amnl l'arri,ée du ccrcue1l. ~l ... _cla1l .~an_,.
\' -.alise a huit hcures du rnat111. 1,llc n ela1l
e1\~ore qu'i1 moi tié lcnduc et les_échellrs_, les
outils et les ouHicrs l'encombra1ent. La l~ulc
arri,ait ¡icndanl ce lcm1Js-la._ Un a c~sal~ de
"randcs 1ialmcs dorécs de c11111 ou s1x pwds

"

l. ~:; ,kcl•mhr,·. _ lkpu" la tr.11"l~liou ,du ccr~
·u1•1I \'é.,.lisc ,le, l11rnli1l1•s csl ou,cl'l,·_a la loulc r¡u1
)¡, ,i~ilc. º11 y pa,sc, cbatl'"' ,iour, c,•11l ,rullc ¡icr,on11~s,
de tlix hcurc, ,lu ,oalin á ,¡u:itrc hcurc, tlu ,t,tr.

l'cndaul el' ll'mps-111 les archP,c(lucs, les
curés &lt;'l les prelrcs chanlaienl le Uequiescat in pace autour du cercueil de Xapuléon.

O. LENOT~E

+

L'LC;LISE DES buuDES l'ENO.\:'d 1..1 ci:1ü:\10:-1E
Dessín de FEROGIO et Gm.\RD,

M. le pri1ll'e de. Jo!1I\ illr! qui n'a:ail _pas
sa famille deptus six mo1s, cst alle ba1scr
la main de la reine el serrer joyeusemcnt
cclles de Sl'S frercs el sreurs. La rrine \'a rccn
gra1emcnl, sans clfosion, en reine plutüt
c¡u'cn mere.

, 11

t. ,·d~irag,· ele ta d,ap,•llc _rn_ittc a rt\~al :;:·,o frauc~
par jour. )l. llud1al_rl, m1111s11·,· ,_le 1_tnkl'lcur ,11u1
passc pour lils de t rinp,·n:ur, so,( tltl en passanl}.
g1•111il haulcmcnl tic cctlt• tl,·pcnsl'.

Le col'Lcge a élé
beau, mais lrop exclnsivement militaire, suffisanl pour Bonaparlc,
non pour :\apolJ_on.
Tous les corps de l'l~Lal
l'u,sent d,1 y figurcr,
au muins par dépulations. llu rcsle, l'incurie du goU1crnemcnl a
élé extreme. ll élail
pressé d' en finir. Phili ppe de Ségur, qui a
sui I i le char eomme
ancien aide de camp de
l'empercur, m'a conté
qu'a C:ourbevoie, au
bordde la riviere, par
un froid 1lc c¡ualorzc
dcgrés, ce matin, ahuil
heures, il n'y arait
p.1s mcme une ~allc
&lt;l'altcnte chauffée. Ces
deux: cenls "icillards de
l'ancienne maison de
J'empercur ont d1'1 allendre une heure el
demie sous une espere
de lempll· grcc OU\ crl
aux llualrc venb.
Mcme négligenrc
pour les baleaux 11 , apeur l(Ui onl fait a\'cc
le corps le Lrajet du
llavre it Par is; lrajcl
admirable, d'ailleur~,
par l'allitude recueillie el gra,·c des po¡, u la ti o ns ri,erainPs.
Aucun de l'es balca11\
n'élail co111enahlcmenl
:unénagé. Les ,.¡, res
RELIL;!Et.:SEmanquaienl. Poinl &lt;le
1its. Ordrc de ne pas
dcscendre il terrc. M. le
¡,rincc de Join, ille étail obligé ele coueher,
lui vinglicme, dans une chambrc communc,
sur une table. D'aulres couchaicnl &lt;lcssous.
On dormail 11 lerrc, el les plus hcureU\ sur
des banc¡ucllcs ou de::. cbaise~. 11 scmblail
que le pomoir c11l l'U de J'humcur .. Le
prince s'rn csl plainl lout h~111~ el a d1l :
&lt;&lt; Uans cctle affaire, loul ce 11u1 ,1cnl du pcnplc est grand, loul ce t¡ui ,icnl du gomcrncment_esl pclit. »
VICTOR

HUGO.

Le voyage et l'échange de Madame Royale

II

Un peu avant six heures, de Bacher était
arrivé a Huningue; les deux voilures qui
avaient amené de Paris la princesse el sa
suite, stalionnaient attelées t devant la porte
du Corbeau; un détachement de dragons se
tenait pret a les accompagner. Mme Schultz

quelque dix ans el les lerrains absorbés par les construclions des noul'eaux faubourgs de Bale.
2. • Pour les chenux de poste qui onl conduil les

ployés Jcpuis lrois heures de l'aprcs-midi, le 5 nivtise, jus~u·a huit heures du soir, 72 francs. • Archives nahonales. F1 2315.

Marie-Théresc clle-meme a\'ait les yeux rouges. Elle monta avec de Ilacher el ~léchain
La villa Reber était précédée d'une espladaos sa ,·oilure qui, suivant la courte rue de
nade plantée d'arbres que fcrmait une belle
France et lournant aulour de la place d'Armes carrée qui forme le centre d'llunin~ue,
grille de fer ouvragé : elle se composaiL d'un
pavillon a un étage, sur rcz-de-chaussée, assorlil de l'enceinle par le chcmin courbe longeant le Rhin. En moins
sez exigu, ílanqué de. dcux
ailes formant avant-corps.
de dix minutes on avail
t:n beau jardin, dcrrierc la
alleint la borne marquanl
maison, s'élendail jusqu'au
J'enlrée du Lerriloire suisse.
Rhin et se lerminait au
Les dragons franrais s'arbord du lleu,·e par un pelit
réterenl; devant le front de
temple pittores11uc dont le
lenr détacbe~ent, passa
slyle gracieuxévoquail Trialentemcnt la ,oiture qui
non 1 •
emmenait \'ers l'r,il la filie
~. Reber consenlit oblide Louis X\'l. L'orpheline
geamment a ounir sa mairegarda la plaine d'Alsace,
son; de llacher, ra,suré
noyée déja dans la nuit, se
sur ce point, quilla Bale a
pencha a la litre, essup
c¡uatre heures de l'apresses 1eux pitios de )armes:
midi; il avait été enlendu,
un tour de rouc cncore,
avec le bourgmeslre Bourelle était hors de la France
carl, que les portes de 1a
qu'a, ant vingt ans elle ne
devait plus re,·oir.
ville seraien t fermées de
Des incidcnts qui rnivibonne heure, afin d'évitcr
renl j 'ai rerneilli troi~ rcl'affluence des curieux. A
lalions inéditcs qu 'on ,a
cinq heures, elles s'ouJire dans leur tcxt e intégral.
nirent pour laisser lepassage au prince de Gane,
On y rctrou,cra, touchant
le ~éjour a l'hól( 1 du Corenvo1é s¡,écial de Sa Mabeau, quclqucs t1ai1s utijesté J'Empereur, qui s'alisés dans la nanaticn qui
chemina vers la maison Repréccde; je les maintiens
her avec un cortege de six
ceprndant pour ne pas oler
rnitures; le baron de Deleur caractere a ces récits
gelmann, ministre d'Aulrides t{moins de l'éthangc.
che en Suisse, s'y rendit de
Le pn mier rsl la note
son coté. Le commissaire
de police Zasling el quclqu'inscrivit sur son Jom·nal le 26 déumLre 1í95
ques-uns de ses hommes
au soir, M. le bourfmcstre
rtaient déja poslés devanl
Bourcart. Ce texle m'a été
la grille du pavillon Reber
communiqué par M. C.-D.
ou allendail également l'aiBpurrart, mini~ln· plénipode-major Kolb chargé d'actentiaire, qui me permetcompagner a cheval la \'Oilure de la princesse duranl
tra de lui exprimcr toute
la lravcrsée du terriloirc
ma reconnaissaoce pour l' obligr ante érudition avec la.&lt;1,;¡.1i,.;; /;;(111¡1,:,11 .lu¡,,,¡.uu¡&lt; ,Ir rdl,. ½1mrr¡.;,: ;, • ~Oa.1/({:. ,i{, Vea111t,v- 1¡q ,
balois. Une ccntaine de
/'•" ( I,, ,¡,,- /¡,J,,/ 1/r,i1•m1·
quelle il a guidé mes rccurieux étaienl parvenus a
chen·bcs a Bale, et mis a
se glisser hors de la ville
ma di~position les docuet s·é taient massés sur la
route, en face de la grille de U. Rebcr. était en !armes; Gomin retenait ses sanglots, menls recueillis par lui sur le passage de la
1. Toute la propriélé Rcber a élé délruilc il y a deu-.: voilures de lluninguc il Bale el onl élé em- filie de Louis XVI.

JV. -

HtSTORIA, -

FASC.

26.

... 81 ....

&lt;&lt;

Le samcdi 26 décembre,

a six heures du
6

�1f1STO'l{1.ll
soir, la princesse frao~ai~e bfa1"ie-Thér1l.~eCharlotte tle Bow·bon, ,'ille d1 /,01ii~ XI'!, a
été chcrchée a lluningue par M. Bac·her qni
s'étail rendu d"ahord a la maison hailli,ale
de lliehen pour voir si les députés a échanger, Simonville (.~ic), Bournon\'illc (sic),
llrouet, 1110U re de poste de JII rennes, etc.,
se trournienl la-has. Le princc de Gabre (úc)
el JI. llc0clrnann la m:urcnl i.t la mai,on de
campagnc ílehcr, hors la porte Sainl-Jean 011
elle ful e ·hangéc : ceci se pas,ail a sepl heures .
.\pres qu'elle se ful arretéc en cet endroitjusr¡u'aprti.; neuf hcurcs el qu'clle se fut
rafraichic, elle pas,a par notrc ville accompJgn11c des agents impériaux et par le pont
du llhin, sortil par la porte de Bichen el se
rcndil par ílhciuíclden a Lauíenbourg; le
cortege se composait de diverses bcrlincs 11
6 chera11.c et une grande l'Oilure chargée
de ses t'flets.
Du rt'ste lout se passa dans le calme el on
ne sul que dans la soirée que l"écbange avail
cu lieu a la maison de campagne ílcher.
Le Pclil-lfüe el Je pont du Hhin se distingucrent par lcurs cris de Vive la ¡wincesse.
Les démocrales se firent aussi entcndrc ararriYée des députés.
Les prisonniers fran~ais ~imoovillc•(sic),etc.,
sont arrivés en mcme temps de fl.iehen et
onl été logés aux. Trois Rois.
11 esl curicux de noter que la prince,se
dut etre échani:ée contre le mai1re de poste
Drouet qui avait livré son pi're el l'avait awcné
a l'échafaud.
Le dimanche 27 décembre ces dépulés qui,
avec les sccrétaires, étaient au nombre de 20,
dinerent a mid1 chcz M. Barthélcmy.
J'ai rn le mai1re de poste Drouet el je lui
ai parlé, chez M. Wocker, pcintrc el miniaturistc lúlois ; il est de taille movenoe, ;h\
de trcnte-quatre :1 lrente-six ans, 'marqué de
la variole el boite un peu a la suite de la
chute qu'il ti l en voulanl se sau,·er •. •

En li~anl le rapport suivaot, qui est le
comptc rendu orticiel de l'écbange, adressé
au citoyen Delacroix, ministre des Hclalions
extérieures, par ~I. de Bacher, il íaut fairc la
part de la situation délicatc 011 se trouvait ce
diplomate. L"amhasrnd,ur de Franre, Barthélemy, était obligé, \"U l'état de guerre
existant entre la flépublique et l'Autrichc, a
ne poinl parai1 re se melcr de la négociation :
toute la chargc en incombait ;\ de Bacher,
dont les sJmpathies manibtes allaienl a la
jeune princesse, mais qui, en ~a qualité de
sccrétaiM de l'ambassade fran~aise, de,ait
dissimuler ses sen timcots el alTccler une íroiJcur démocratir1ue... surtout en s"adressant
au ministre, fougueux jacohin, dont dépenJait sa ,ituation.
Ce rapporl cst conservé dans les .\rchi\'es
du Départemenl des Affaires étrangeres:
Bite, le i '"º'e, l"an i ,le la íltipuhliquc une
et indivisible '28 décernhre l 7!J:i .

Le premier sccrétaire interprete de la liépublique Franraise en Suisse.

Au llinistrc des Hclations exlérieur&lt;?s.
Citolen Ministre,
Sur ravis que vous a,ez l1ien voulu me
do1m1•r par votre lcllre du 25 Frimaire du
prochain départ de la filie du dcrnirr roi des
Fran(·ais, je dcmandai une entrevuc a ll. le
baron de l)pgelmann chez M. le Bourgmaitre
Bourcard, 011 íurcnt arrclée~ définitivement
toulcs les íormalités a rcmplir pour accomplir l"échan.;c dont la négociation nous avait
été confiée . .1"1·n;;agcai ce ministre a faire
toutcs lrs di,positions néces~aircs pour la
mise en marche des prisonniers d'Étal f'ranpis, détcnus a Fribourg en llrisgau; ce quºil
ell'l•clua sur-le-champ.
~I . de Dcgelmann ayanl appris le jour sui,·anl qu 'il } a vait de l'incertilude sur les pcrsonnes qui accompagnaient la prisonnicre du
Temple, il chercha a ohtcnir de moi dc:s renseigncments a ce sujet, et commc il vil que
je n'avais rt~u aucune assurance que la citoycnnc de 'füurzel accompagnerail la '"ºYªgeuse, il rommenca i1 manií&lt;'sler de l'inquiétude el a me Jéclarer que cet incidcnt cntraverail ou retarJerait au moins l"échange dont
il élail question; je parvins non sans peine a
calmer un prn les appréhensions de ~l. le
haron de Degelmann, el 11 le familiariser avcc
J"idée de mir arriver, a la place d,da cito)"cnnc
de Tourzel, la citolcnne Soucy, ce c¡ui était
annoncé par une lcllre de la ciloyenne Sémomille 1•
Je rccus le 5 ~ivose, dans la nuit, une lcttre
du capitaine ~lécbain qui me pré1int qu'il
,cnail d'arri\'er a lluninguc avcc le dépol qui
lui arnil été confié¡ je me rendis le lcnd1•main rnalin dans celle villc pour m'cntretenir
a1·ec cct officier et la cito,enne SoucI, des
arrangemenls a prenJre au sujcl de la vopgeuse qu"ils dernient me rcrnettre a 8.ile.
Je ,is la prisonnitire du Temple, ainsi que
je vous l'ai annoncé le 1. du niois, peu fatiguéc, elle manifestait le rc¡;i-et lc• plus ,if de
quitter la France : les hon11e11rs qui l"attcndcnt a la cour de Yicnnc ont paru avoir peu
d"attrait pour elle.
La cilolenne Soucy, avec laquelle j' cus un
entrelicn particulier. me díl que sa pup,llc
t'l elle avaienl été oLligées de partir ayee tanl
de préeipitation, qu'il ne lcur avait pas été
possible de se procurer des ajustemenb, dont
clics avaient un prcssanl bcsoin, el que ne
voulant pas déíairc lcurs malles clics me
priaicnt de \'Ouloir Lien lcur emolcr une
marcbandc de mode:;, ce que je ne crus pournir lcur rcfuscr. La citoycnne Sou&lt;) a ajouté
que sa pupille ,aurait heaucoup de gré au
baron de Degelmann a Bale, s'1l pournil lui
é\'iter le dt"·plai~ir de rencontrer dPs émigrés ¡
le ministre s'esl cmpressé de remplir ~on vrou.
La voyageusc ªl anl demandé a la ci toyenne
Soucy qucl élail le sorl qui l'attcnda1l a
\"ienne, elle lui dit qu'ellc épouserait peuletre un arcbiduc; elle lui répondit a,·cc ingénuité : - « \'ous n'y penscz pas; ne sawz-

vous done pas que nous sommrs en guerre?
Je n\tpouserai jamais un ennemí de la Francr. J)
La clto,enne ·ouc, lui dil : - « ~lais ,·ous
sere1. pcut-etre un· ange de paix. - A cctte
condition, répliqua-t-elle, je ícrai ce sacrifice
ponr ma patrie. »
L"csprit républicain s•c~t tellem('Jlt nationalisé e11 France que le passage de la filie du
dernier roi des Fran~is el son séjour i1 lluningue n'onl pas íait d"aulre sensation que
eclle d'une curiosité pl!u incommode. Les mili1aires et les gens du pa}S l"ont vue passer
a,·cc une froide iud,llérenre.
Je suis retourné a lluninguc le 5 au matin
pour disposer loul ce qui était nécessaire
pour le d,:part, qui devait avoir licu sur l.i
soir. Je me suis rcndu a deux heurcs de
l'apres-midi a lfüht'n 011 je de.•cendis de voiture au momcnt 011 les représmlants du pcuplc, lt•s amba•sadeurs, le géuéral Bcurnon,·ille el ll•ur suite arrirnient ~ur le territoirc
Laluis: je fus rec;:u a1·ec autant de politesse
r¡ue d"empressemcnt par M. le Grand llailli
de íliehen, forl atlaché a la ílévolution francaise, qui s·esl fait une douce jouissance de
fralerniser avec ces marll rs de la liberté.
Aprtis les avoir rcconnus, coníormémenl a la
liste dont j'étais porteur, et aprcs les avoir
féfü;ités sur leur hcun•ux rctour, je rclournai
a Bale et a Huningue pour J chercher la filie
du dernicr roi des Fran~is, que j'accompagnai daos une \'Oiturc séparée et qui ful cscortée jusqu'a la íronlicre par un délacbcment de cavalerie, qui íormait une escorie
de sureté. Tous les militaires, et· un tres petil
nombre de spectaleurs que nous renconlrames sur 1:1 route, étaicnl dans l'attitude du
stotci~me répuLlicain.
Les mc&lt;urcs de p11lire aYaient é1é si bien
prises a fül.le pou r y fermcr les portes a
l'cntréc de la nuit, que nous ne rcnconlramcs
pcrsonnc jusqu'it la rnaison de campaizne de
~l. Heber, situét' pres de la ,ille de llalc, oü
il n'y a,·ail que quelqnt&gt;s indi,idus daos la
cour.
Nous troul'amcs ;1 l'entrée de la maison le
princc de Gane, qui nous sui~it dans la salle
011 nous procédr\mcs d'ahord :1. l'actc de la
remistl. Le prin&lt;·c de Gane dit l'll~uile a la
v,,yagcusc « qu'il élail cbargé de l'a~surer au
nom de l'cmpl'reur des senliments de la
maison d'.\utril'heet de l"cmpresscmentqu'on
aurai t a Id recernir a \'ienne ». II me rcmit la
reconnaissance de réception en meme temps
que le baron de Dege_lmann, minislre plénipotentiaire, me donaa la note par laquelle il
déclarait, au 110111 de son SOU\Crain, r¡ue les
représcntants du peuple, les amhas,adeurs,
le général lkurnorrville et leur suite, dc1j11
pro\'Í~oiremenl rcndus dans le tcr1 iloire balois,
étaic11l des ce momt'nt en pleine el cnticre
liberté.
Aprcs quelques moments d"cntretien, la
vo¡agcu•e remcrcia le capitainc )lrchain et le
ci1oy&lt;•n Gornin, commi•saire préposé a la garde
du Temple, des soins et des éiards quºils

1. 01! la prison ,te Ilrímn, •n :Vora,,e. d'oú ,t anil
lenlé de s·ccltappcr au moycn cl'un parachute d,• sa
fabricalion.

2. ,ime ~,:monrilte, fcmrnr d"un des prisonnic•rs
rc11d11s par l'Aulriche, se disposait it venir chcrd,cr
mu mar, a U:ile.

�"·- ------------------

111S TO']{1.Jl

•

avaienl eus pour elle pendant la route jusqu'a
Bale.
Je renlrai cnsuitc ame ces dt:ux citoyens en
ville et je me rendís en bate a Richen, pour
y annonccr aux représentants du peuple, aux
ambassadeurs el au général Beurnonville qu'ils
élaient maintenant dégagés de leur parole el
a la veille de rentrer dans leur patrie, ou ils
étaie11l atlendus a bras ouverls. Le corlege s'e
mit aussilot en marche el arriva a l'Uólel des
Trois AJages a Bale, ou il ful recu par une
aflluence de citoiens rangés sur dcux. hayes
au rri de : Vúie la Ré¡iublir¡ue !
Le lendemain il y cut un grand diner chez
rambas~adeur, oi1 l'on célébra avec aulanl de
cordialité que de gaieté un jour qui a été une
,·éritable fcte pour tous les amis de la France.
Les •voyageurs ont ensuite fail leurs di~posilions de Yoyage: les uns sont partís aujourd 'bui el les au tres parliront demain.
M. le baron de Degelmann a protesté verbalcment, au nom de sa cour, contre l'inexécution d11s condilions de l'échangt&gt;, qui élait
la permission qui avait été a&lt;·cordée a la
citoyenne Tonrzel d'accompagner la filie du
dcrnier roi des Franr;ais a \'ienne.
Je vous ad resse, citoyen Ministre, ci-joint le
recueil dt's pieces relalives a la négociation de
l'échange des représentants du peuple, etc. 0
contre la filie du dernier roi des Francais. Le
recueil servira de supplément a ma lellre,
puisqu'il renferme le précis hislorique de la
négociation et toules l~s pieces jointes qui y
ont rapport.
Salul et fralernité.
füCIIER.

A ce rapporl étaient joints deux récépissés :
le premier émanait de l'envoyé de l'empereur
d'Autriche: il est ainsi formulé :
Le soussigné, en verlu des ordres de sa
Majesté l'empereur, déclare avoir recu de
M. Bacher, commissaire francais délégué a
cet effet, la Princesse Marie-Thérese, filie de
Louis XVI, 1t Bale, le 26 décembre '1795.
Signé : le Prince de Ga vre 1 •
L'aulre piece est la décbarge remise au
capitaine MéchaiD i.
Le ciloyen Bacber, premier secrétaire interprete de la République Franr;aise en Suisse,
certifie que, coníormément au décret de la
Conv~nlion Nalionale, la filie du derniér roi
des Francais a étti remise aujourd'hui a dix
heures du soir, en sa prtisence, entre les
1. Archires du déparlcmcnl des Affaires étranger~s.
2. )léchain re~uL du gouvernemenl, _« pour l_e zele
el la prudence avec lcsqucls il a rcm_pli_celle m1ss1_on,
une somme de 10 000 fraocs en numera1re ». Arcln.-es
nationales F1 2315.
Méchain, au cours de son voyage a Bale, a l'al_ler. et
au relour, dépcnsa.15856 francs,} ~ols en num~ra1re
el 20 3-.!•I francs en ass,gnats Si I on a 1oule a ces
r.omptes les 10000 francs remis en 01: a lléchain el les
20 000 francs papier soldés au coumcr t:has:iut _pom·
le renou ,,ellcmeul ele sa garde-robe, on arrive a un
total de -.!5 856 francs en numeraire el de 40 320 írancs
en assignals. Archives nationales F' 2315.
11 csl assez singulie~ que dans le _comp(e rmdu par
Pierre J/éllt!zech, nnmslre de l Jntérieur, de son
admi111slrt1tion depuis l~ 1_3 bru!11aire _a11 IV fusqu'au premie,· ve11dém1aire suiva11t, 1mpr1me en

mains du prince de Gavre, comm· s8air11 fondé
de pouvoir du Gouverncmenl aulrid1ien pour
la recevoir a Bale. Cet acle étanl tonsomrué,
le ciloyen Mécbain, capilaine de gendarmerie,
rouni de la reconnaissancc el réception du
prince de Gavre, se lrouve des aujourd'hui
dégagé de toute rcsponsahililé relativemenl au
Mpot qui lui a été confié par le ~Jinistre de
l'lntérieur. Le citoyen Bacher Jéclare en onlre
que cet officier a rcmpli la cornmission donl
il élait chargé, ayee toute J'intelligence désirable, aver. lous les égards qui lui étaienl
recommandés.
A Bale, le 5 Nirose, l'an 4 de la Republic¡uc
l'ran~aisc, une el indivisible.
Il.\CIIER 3 •

+
La plus complete relalion de l'écban6e, la
mieux informée, la plus piltoresque aussi, esl
due a un Anglais, William Wickham, qui, en
1795, élail accrédilé, en qualité de minislre
pl~nipotentiaire « pres le lonableCorps hehéLique ».
Comme ces fonclions lui laissaicnt des
loisirs, Wirkbam s'occupait bcaucoup moins
des rcbtions anglo-suis8es, que de I'organisation de la contre-révolulion en France. A crt
effet il avait organisé un cordon d'agences
toul le long de la frontiere : l'agcnce d,i ílf1le
était, com.me on le comprcnd, la plus importante : elle se composait au moius de t.rois
informaleurs secrels. Quoique Witkbam ne
les désigne jamais que par des iDiliales conrnnlionnelles ou par des pseudonymes, il a élé
possible d'étaLLir l'idenlilé de deux d'enlre
eux: Ernmanuel Wallher Mérian et Fenouillol;
le troisieme, E, n'élait pas d'origine suisse;
mais c'est tout ce que J'on sail de lui.
Mtirian, lui, étail de BAie: il y te11ail, dans
la Freisl1·asse, rhotel du Sau?Jaye, tres fréquenlé par les officiers de l'armée de Condé,
quand celle-ci se lrouvail dans les em·irons
de Bale, et aussi par les offit:iers républicaiDs
venant de Huningue ou de Mulhouse. Le Sauvage élait done uD J,on poste d'observation.
Cornme presque tous les membres de sa
famille, Mérian apparlenait au parli conservateur el toutes ses slmpathies allaient aux
roplistes : il était dur pour ceux de ses
compalriotes dont il connaissail les tendances
révolutionnaires, et ses rapports a WicJ..ham
s'en ressentaicnl. Quand, trois ans plus t11rd,
les Francais péné1rerent en Suisse, Mérian,
dénoncé cornme suspect, ami des priores et
de l'Anglelerre, parvint a s'enínir el gagna

l'armée de Condé ou il ohtint le rang de
major et resta jusqu'pn 180 1. !lenicé a Bale,
il fut ad111is au Conseil de régence, dont il fil
parlie jusqu'en 1823: le gouvernem~nl de
la Restauration lui servil une prns1on de
2 000 francs, pour services rendus a la
famille royale.
~enouillot, le seeond e~pion de Wickham,
élait UD émicrré, ancien conseiller ou avocat
au Parlemen~ de Besancon. 11 était spécialemenl charrré des rapporls a,·e~ Pichegru : son
nom revie~t souvenl dans les ,1/émuires de
Fauche-Borel.
C'esl a ces personna¡?cs que sonl dues le_s
relations qu'on va Jire: Wit:kham transmella1t
a son gouvernemenl les rapports de ses agenls
et c'csl au Public-Reco1·d-O(fi.ce, a Londres,
parmi la correspondance de Mérian a lord
Gramillc, qu'ils sont conservés; la seule
modificalion que j'apporte a ces picces esl de
grouper les faits dans leur ordre c·hrono~orriqur, afin d'en rendre la leclurc plu, fac1lc
~t sans changer un mot au texte original 1 •

« lladame Roy11le arriva a lluningue le
24 décembre au soir; des lors les portes de
la forleresse ont été fermées. La princcsse
élail accomplgnée par Mme de Soucy, filie de
la gouvernante de Louis X\'II (sic) el par le
s' llue, valet de chambre du roi.
Nous leDons de quelqu'un qui a passé
samcdi une heure et demie avec elle qu'elle a
dit que, depuis sa sortie du Temple, el~e
n'avail vu que des personnes dont le souve1m
demeurerait gra\'é daos son creur.-. Un vilain
pelit chien élait 11t, on lui dit : - ~[adame,
cct animal est laid ; il serait facile d'en a1·oir
un plus agréable.
- Je l'aime, dit-elle en versant un torrenl
de larmes, c·est lout ce qui me rP,ste de mon
frcre.
Elle mrnquait de tout ,el Bicher mena
Mlle Serini, marchande de modes établie ici,
pour porter des marchandises a la princesse a
lluningue, oi1 elle passa une hcurc ame elle.
Mlle Serini qui a beaucoup cansé avec clic en
a élé parfaitement contente. On ne parle de
cPlte illuslre prisonniere qu'avec rintérct le
plus vif et avec attendrisseme~t. Aucune
plainte n'est sortie de sa bouche, nen que tles
cboses honnetes et obligeantcs.
Madame Royalc est enlin sortie de France;
Bacher retourna la chercher a lluningue.
Quand elle quilla l'auberge du Cor"beau, ell~
n'avail pas un écu a donner au garc,on qui
l'avail servie et, voulant lui téruoigncr sa
satisfaction, ellelui donna son mouchoir.
l'an VI, le voyage de la filie de Louis X.VI ne soil
- VoiHt tout ce que je peux vous donncr,
compté, au total. que pour '12 86{ fr. 50, avcc une
dit-elle, je n'ai point d'argent.
dill'érence en moins de 15000 francs (sans compler les
sommes en assignats) avec les comples conservés aux
Elle a souO'~rt pendanl la roule de n'avoir
Ard1ivcs.
pas
seulemenl vingt-quatre sois a donner aux
3. Archives clu déparlemcnl des Affaircs étrangcres.
4-. Je suis redevable de ces précieux rcnsPignemenls
pauvres.
aux rccherches de M. 0. -C. Bourcarl, de Ilalc, auquel
Bacher la conduisil a une maison de camj'ai eu plus haul 1·occasio11 - _qui pourrait rn. prépao-ne de M.-Reber qui esta une portée de
senlcr a chnque page de cel arl1cle - de témmgner
ma vive gralilude.
fu;¡! de la porte de Bale du colé d'lluningu~.
On trouvcraqu•lques passagt•s relalif; al'échangede Pour dérouler la curiosi1é indiscrete, on ava1t
1ladame l\oyale dans la parlie de la correspondancP.
de W1ckham, publiée sous ce litre : Tite Correspo11assuré positivementque la cérémonie seferail
da11ce o( tite /light. Jlon. William Jl'icklta111.
de nuil et qu'on ne lraverserait point notre
Londres. B•ntley, 1870. Voir, uolammcut, vol. I,
ville. Samedi a si1 hcures du soir des voitures
p. 244-299-330.

de voyage suivant la route d'Iluningue 1t Bale
se sont arretées dcvanl la campagne de
M. Rebcr; un détachement de cavalerie baloise
elai_l lit; ca!', malgré l,·s précautions, quelques
curieux memeen assez 0 rand nombre s'étaient
lai~sé enfermer. M. Bacher llt done arre ter les
~oiturcs; ·le chcmin élant mauvais, il pria la
Jeune princesse d'allendre un fauleuil pour
la por)er Jusqu ·¡, }ª ma_ison; mais elle di t que
cela n éta1l pas nccessa1re et san La lé••crement
'
~
a terreen
s appuyant
sur l'épaule d'un baarcon
•
•
perruqu1er qm se lrom-a it la. M. Bathl'r don na
le bras a la Princesse pour traverscr la cour
el laconduisitjusqu'au salon ou elle ful recue
par deux Autrichiens el DOS chefs haluis. Une
légere collation fu t servie.
A.pres avoir vérifié en présenre du prinrc de
Gavr~ et de ll. d'E~elmann (sic), que c'füit
la princesse Marie-Thércsc-Charlolle, Bacher
leur dit :
&lt;C Je suis chargé de vous remellre Jfadame
de france. l&gt;
A ces paroles, la princesse r.ípondil :
.- Monsi_eur, je n'oublierai jamais que je
su1s franca1se.
Et ~es !armes lomberent alors de ses yeux.
Le prmce de Gavre cxtremement touché luí
dit :
- Je suis chargé ele recevoir VotreAllesse
~oyal~ et ~e _la conduire a Sa Majesté Irnpér1ale a qui 1l tarde de vous voir, de vous
embrasser et de vous donner, ~!adame, des
marq ucs de sa tend resse et de ,a bienveillance.
- Je suis sensible, répondit la princesse,
aux bon tés de Sa ~[ajes té fmpériale. Sans dou te
que le sang qui cou!e daos nos veine, lui a
inspiré ces scntiml'nts. Je 1fu hcrai par ma
conduite et ma reconnaissancc de me renclre
digne de ses Lonlés el de lui prouver que
jamais l'ingralitudc n 'enlre dans mon creur.
Un silence assc•z l.rng suivil ces parolcs.
La ré,.eplion signée, M. d'Egelmann p1rtit
avcc Bachcr pour un ,illage de l'autre coté
du Rhio, en dec.\ dur¡uel, dans une aulre
campagui, on gardait les dépnlés carmagaols.
Pendant ce temp,-li1, la priDcesse accepla
quelques rafraithissements. AyaDl enlendu
une servanle parler francais la princesse lui
demanda si elle était franr;aise?
- Non, Madame, lui répontlit celle filie,
je suis du pays de Vaud, dans le ca11lo11 de
Berne, ou 1'011 parle fran~dis. »
- Ah! que vous eles hcureuse, lui répliqua la Princesse, d'et.re de ce pays-la 1
La princcsse avail un chien fort laid pour
lequel elle avail beauroup d'allentions; voyant
qu'on étail étonné qu'elle prit lanl de soius
d'un animal aussi laid :
- Je sais liien, dit la princesse, que cet
animal n'est pas Leau, mais mon frcre lui
était fort allacbé.
Et alors elle se mil a plcurer.
On dit que la princesse a amené de Paris
une vieille femme et un cuisinicr du roi. En
les présmtant au comle (sic) de Gavre, elle
lui dit : &lt;&lt; Vous ne trouvertZ pas mamais
que ces personnes me suiveul ; cet homme
a ser vi mon pcre, celle femme m'a rendu

.

LE YOYAGE ET L.ÉC1fA'NGE DE JJfADJl.ME J{OYALE - - - . .

plusieurs sen ices au T&lt;'mple; ils onl dé,iré
me suivre et ne me quitleronl jamais. Monsieur, dit alors la vieille femme, elle est
aussi bonne que bt'lle. »
Au retour de ~l. d'Egclmann, elle pril
congé de son monde, remrrcia chacun Pn
particulier et monta en voiture a huil heurcs
lrois quarts du soir. A neuf brnres on ouvrit
les portes de la villc pour qu'elle put continucr sa route. Plu~ieurs pcrsonnes, lorsqu 'elle monta en YOilure, crierenl : l'iue la
princesse!
La voiture allait fort lentemenl ! ~fadame
rn retournait de temps en temps du coté ele
la France en observant le plus grand silence.
On croit avoir observé qu'elle a icrnoré l'ob. d
o
Jet e son voyage jusqu'a rnn entrée a la
maison de M. Reber et qu'elle paraissait y
entrer avec répugnance comme dans une
nourelle prison. Lorsqu 'elle entra a Bale on
ne cessa de crier : Vi\'C la Princesse Rople
de France ! Vire i\farie-Thérese-Cbarlolle de
France !
Un ofllcier de Condé, se trourant ala porte
Saint-Jean quand le carrosse passa, monta
sur le marchepied et traversa la ville en s'enlreleuanl avec elle. 11 y avail beaucoup de
monde sur le pont du Rbin, il faisait clair de
)une; elle baissa les glaccs et saina.
Elle fut surtout émue en passant sur ce
ponl qui était jonché (sic) de personnes de
tous les états avec de grosses lanlernes éle,·ées en l'air, ce qui furmait un jour assez
considérable pour la distin guf'r a souhai r. Les
cris de : &lt;C Yil'e ~!adame Royale )J redoublerent et elle y p:irut extremement sensible.
C'est ainsi qu'elle traversa Bale.
Le mauvais temps ayant fait grossir les
rivicrcs, il n'était pas risqnable de suivre le
premier projet de lourner la ville. Mais, si
bien des voix firent entendre les cris de
« Vi1•e Madame ! J&gt; on enleDdait aussi chanter
« ~a ira ! » Le peuple de Ilale s'est montré a
cette ot:casion tres populace.
Ce sont les B:Hois qui onl accompagné
~!adame dPpuis les frontieres de Francc
jusque sur cclles d'Autriche. Di manche 27 décemLre elle arriva a Laullenbourg et une
messe solennelle y fu t célébrée.
La princcsse c~t d'une taille tres éléganle,
son port, sans annoncer de la lierté, indique
la dignilé et beaucoup de grace; elle a les
cbeveux blonds, un brau Leint frais et tres
vermeil, des yeux Lleus et en général une
physionomie qui dit heaucoup. Lorsque les
cinq JacohiDs échangés sont arrivés a Iluningue, le peuple criait : « Nous perdons un
aDge et on 11ous donne a sa place cinq
monstres ! i&gt; lln officier palriole a tenu des
propos si viulenls a cel égarJ, qu'il a él~ mis
en prison.
Je vis hier le portrait de la princesse.
M. Ilro'i Nadel, actuellement a Bale, l'a achelé
d'un peinlre qui, depuis París, l'a suivie en
saisissanl a toulcs les slalions le momeut de
donner q11el1¡ues cuups de pinccau sans elre
aper~u. Les persoDnes qui l'ont vue l'ont
d'abo1d reconnue, mais ne l'unl ¡,as tronvée
ílaltée. Tuus out dit : &lt;1 Elle cst liien plus
...,. 85 -

jolie. ll La premiere copie a été envoiée an
prince de Condé. ~l. Bro1 porte l'aulre a Madamr. Clotilde, princesse de PiémoDI.
Les 12 citoyens francais avaient élé reconnus le malin par M Bacher et conduils au
chateau du Baillif de niehen, village balo:s
sur la frontiere, a cinq heures aprcs-midi; a
onze hcures du soir ils sont entr¿s a Bale
avec six ofllciers autrichiens et sont descendus aux Trois Roü. - Ilier a trois heures
je les ai vus passer sous ma feDelre allant
diner chcz ~l. Bar1hélemy. Personne ne les
suivait.
Les dépu tés séjournent a Bale et sont tres
fetés pir les Jacobins de la ville; ils vont
err,! étonnés de voir nos Bitlois plus jacobins
qu'ils le sont eux-memes, qui, en général,
ne montrent pas un profond respect pour la
République. ,,
~

JI faisait nuit depuis longterups quand, le
26 décembre 1795, le corlege de la filie de
fürie-Anloinetle traversa Lorracb, prcmiere
bourgade de l'Empire; lit, Madame Royale
rtail définitiYemenl libre; elle se trou,,ait sur
les terres de son cousin germain l'empereur
Fran1,ois U. Dans ces vastes États que rnn
illustre grand'mere, l'impératricc Marie-T11érese, avait si fortement constilués; que sa
mere, pelite archiduchesse de quinze ans,
promise au plus bcau tróne du monde, avait
quiltés jadis, parmi lanl de regrels et de
bénédictions, l'orpheline du Temple pensait
qu'elle allait trouver enfio, dans l'accueil de
sa famille, une reYanche de la destinée. 11
esl manifeste que si, a cette pauvre filie de
roi, que le malheur devait poursuivre avcc
obstination, un peu d'illusion fut permis,
c'esl lorsque, quitlant ses geóliers, elle alJordail le pays ou sa naissance et ses irrfurtunes
lui donnaient &lt;lroit d'attendre tant de syrnpatbics el de compensalions.
Les premiers jours de celle vie nouvelle
ne furen t pas promelleu r&lt;. 11 y a neuf lieues
de Bale a Laufenbourg oi1 J'on derait s'arretPr pour la nuit, nen f lieues de pays accidenté et de mauvais chemins; ce n'est cerlainement pas avant deux heures de la nuil
qu'on parrint a la couchée 1 •
On élait an 27 déct&gt;mbre, un dimanche,
une messc solennelle fut célébrée a l'écrlis;
du bourg. Depuis le 5 aoúl li92, jour°ou,
pour la derrnere fuis, dle avait as~isté a
l'offire_da~s la tribuue rolale de la chapelle
des Tu1leries, arec le roi son pere, la reine
sa mere, son frcre et sa tante, Madame
Rople n'avail pas frdnchi la porte d'une
église.
On_séjourna ~ Laufeubourg jusqu'au lendema.rn : le prmce de Gavre, grand-maltre
de la maisou que l'Empereur avait furmée
a_la princesse, avait décidé qu'on gagnerait
V1enne, sans emprunter d'aulres routes 4.ne
&lt;..elles des terres de l'Empire, ce qui oblige... it
l. D'aprés ecrl~ine_s relalions, la prcmirre étape
ful Rhe111f~l&lt;lcn. a m1-chcmin de Ualc el &lt;le Lauf-,ub_ourg; mai&lt;, comm_c on l'a rn, l\'ickhacn, lrés prt!c1s. 11ote que, le ~11~anche t7 d~cemhre au matu,,
i\la&lt;lame lluy•le cla1t a Laufcnliuurg.

�111STO'J{1A

"'---------·------------

a de lon&lt;rs détours. Le ::iO, le rorlrge parn'nait a Fiissen, ou l'on fil séjour dans un
aotique cMteau féodal, singulicremcnl dél.tbré, qu'babitaient un grand-oncle ~t ~ne
o-rande-lanle de Marie-Antoinelte, 1anc1en
électeur de 'freves I et la princesse Cunégonde2.
C'était Je début de la jeune Marie-Thérese
dans sa famille allemande; comment se passa
cclte premiere enlrevue? On ne I'a pas dit;

donnG une mai,on cl,1nl le prince de Gavre
est le Grand-)laitn: 3 • l&gt;
La prince,se Cunégond .. témoigna pourl~nt_
&lt;( heaucoup d·aniilié )) a sa niece et celle-c1 la
pria de vouloir bien faire parvenir u? bille~
d'elle a Louis XVIII, alors retenu, - tnlerne
serait le mot Hai, - a Vérone par la politique de ses allies. &lt;( .le me méfie, écri,·ait
encore la filie de Louis XVI, de toules les pC'rsonnes qui sont pres de moi i. &gt;&gt;

sera pas admis a lui présrnter ses hommages.
.
. .
Ces appréhens1ons Jusltfient le_ mot que
Bacher prele a Mme de Soucy mamfcst~nt au
baron de Oerrelmann &lt;( le désir qu'avait sa
o
. . '0
Pu pille de ne renconfl•er aucun enugre l&gt;;
c'étai1 bien ctrtainement un ordre re~u el
lramformP en vreu pour sauvegarder rapparente indépendJnce de la prisonniere. Bue
raconte, en e(fot, qu'un jour, &lt;( par un heu-

les em1grés qu 'une aversion de commande.
Ou l'entrelenail, sans nul doute, avec soin.
A ln~pruck ou Madame parvint le 2 janvier,
elle fut rPcue par sa !ante, J'archiduchesseabbesse Marie-Élisahelh' , dans ce vaste et
sévcre palais, ou son grand-pcre, l'empereur Fran~ois Ier, était mort d'apoplexie, en
sortant d'une représentation théatrale. f't ou
sa mere, en roule pour la France, avait tanl
pleuré a la veille de quitter pour loujours la
terre autrichienne,
Madame Royale passa la les journées du 2 et
du 5 janvier : l'arcrJduchesse Élisabeth, &lt;( la
plus rébarbative, la plus terrorisa11te et la
¡.,los spirituelle l&gt; des princesses 1 , chercha a
sonder !'esprit et les projets de sa niecc. De
celte fillctte sans e:xpérience, sans méfiancc
et saos diplomatie, dont il était si facile d'exciter la rancune contre les l1ourreaux de ses
parents, elle réussit a obteuir un aveu. un
mol seulemeut, peul-elre, qui, perfidcmcnt
répété et exploité, permellrait de représenter
la filie de Marie-Antoinetle comme étant résolue a renier la France et aépouser un prince
autrichien, racontar saos imporlance, en
réalité, mais dont l'écho devait avoir sur !'avenir de la jeune princesse une influence décisive.
D'Inspruck a Salzbourg la route r1ue devait suivre le cortrge, s'enfonce dans les
montagnes, rude et pénible traJel, par ces
jours sombres du corumencement de janvier,
,urdes chemins boueux, a trarers d'élroites
vallées, parmi la neige et les brumes; le 5,
entre Waidring et Reichenall, on passa la
Strub-Ache, défilé forlifié qui marque les
limites du Tyrol : c'est le seul point du parc-ours ou l'on fut obligé d'emprunter, pendant
deux lieues, le territoire bavarois; le soir
meme 0D était a Salzbourg, le (l on s'arretait
a Wclz, dans le vieux ch:1teau, presque ruiné,
qui a YU mourir l'empereur Maximilien l".
La, déjouant les surveillances, le fidcle
Cléry, accouru de Yienne a la rencontre de la

.

1. N¿e en 1743, morle en 1808.
2. Souvenfrs tic la baro11ne du Monlel.
3. L'archiduc Charles, cclui des frércs de Fran~ois 11
que l'on désignait comme clerant épouscr Madame
Royale.

L'E YOY.llGE ET L''ÉCH.llNGE D'E MAD.ll.Mr. R._OY.lll.'E - - - . .

filie de son mailre, parvint a pénétrcr pres
d'elle; inquiete de ce qui s' est passé a [nspru, k, r&lt;'grellanl l'aveu que lui a arraché
l"archiduchme Élisabeth, froissée pcut-etre
de la rigrn ur avec laquelle le prince de Gavre
exécule les consignes impériales, 1-lle pro61e
de la pré5ence de ce serviteur dont elle connait le dévouement, de ce Fran9ais, - le
dernier qu'elle verra, sans doute, de bien
longtemps, - pour confier a son oncle le
soin de fixer sa destinée, et elle remeta Cléry
une lettre ou se révele tout Je &lt;lésarroi de son
esprit E-t de son creur : « ... Quelque désir
que j'aie d'apprendre des nouvelles de Yotre
Majesté, je crains de ne pou voir lui écrire
souvent, parce que je serai suremcnl bien
observé!'. Déji!, dans mon voyage on m'a emped1ée de vnir des Francais, rEmpereur YOUlanl me mir le premier et craignant que je
n'apprisse ses projets. Je les sais depuis longlemps, el je déclare a mon onde r¡ue je lui
resterai toujours fidelement allac:hée, ai11si
qu'aux volontés de mon pere et de ma mere
pour mon mariage, el que je rPjellerai toutcs
les proposilions del' empereur pour son frere'.
Je n'en veux pas ... . ~la position esl bien difficile et dfücale; mais j'ai roofiance en Dieu
qui déja m'a secourue et fait sortir de tant
de périls. II ne me fera jamais démentir le
sang illustre dont je sors. J'aime mieux etre
malbeureuse avec mes parenls, tout le temps
qu'ils le seront, que d'etre a la cour d'un
prince ennemi de ma famille et de ma patrie' .... l&gt;
L'illusion n 'a pas été longue : l'orpheline,
·apres dix jours de roule, avant meme d'etre
arrivée a Vienne, comprcnd qu'elle est prisonniere de la politique, et que c·est un nouveau cachot, - un cachot maje~tueux et doré,
- qui l'attend au bout du voyage.
A Linz, d'aspect mort, avec sa large rue
déserte oi.t s'éleve, entre un Neplune et un
Jupiter, une colonne dédiéea la SainteTrinilr,
~tadame fut logée au cbateau impérial, sur la
colline dominant le Danube, vaste el triste
4. La lcllrc est longue et helle. Elle a é1,; publi~e
enticremcnt par M. E. Oaudct. /listni,·e de l'Emigralion, 11, 147.

dcmeure devenue, depuis lors, caserne et prison. Le 8 janvier, elle était a Mrelk, dont la
colossale aLbaye pul lui rappeler les li¡rnes
somptueuses de Versailles : c'était la derniere
élape. Le lendemaia, des les premicres heures,
l'approche de Vienne se fil sentir; la routP,
en som'1•nir de Marie-Anloinette qui l'a,·ait
sui,·ie, s'appelait, - et s'appelle encore route de la Dauphine. Apres avoir passé les
derniers contreforts du W1enerwald, on traversa Purkersdorf, gros ,·illage sur la Wien,
et Mariabrünn au dela desquels on laissa, a
droile, le Thiergarlen, réservé aux chasses de
la famille impériale. Pui~, ce fut llülleldorf,
composé de restaurants et de villas, Penzing,
S1hlllnbrunn dont on apercuI, a droite, la
grille ouvragée, entre deux m~igres pyramides, l'im'mense cour nue et !'interminable
fa9acle, bourgeoise avec ses volcts verts.
Alors les berlines roulerent, dans la nuit
qui tombait, a travers le populeux faubourg
de Mariahilf : une large rue mal alignfr, bordée de maisons basscs, d'aspect proYincial :
on passa la Linie, la vieille enceinte, formée
de barrieres, au dela de laquelle le faubourg,
sans constructions luxueuses, ~ans raonumenls, se continuail, tout en boutiques et en
brasscries. Sans doute, du fond de sa voiture,
derriere la buée des vitres, la fi lle de MarieAnt()inette regardait défiler sous ses yeux les
aspects nom·eaux de celle ville dont si souvent, au Temple, la reine lui avait vanté le
cbarme et la gaieté. C'élait done la ce Vienne
ou sa mere avait été si heureuse? Que de fois
elle a1·ait du suivre cette rue de Mariahilf qui
conduit de la Hofburg a Scbrenbrünn ! C'élaient ces choses •qu 'avaienl vues, de leurs
premiers regards, ces yeux destinés a tant
pleurer....
Brusquement les maisons, des deux cotés
de la rue, cessent : la voil ure roule entre des
glacis ott les soldals au;richiens font senlinelle : un rempart, une enceinte fortifiée,
une lourde porte, - la Burgthor, - puis
l'entrée dans les cours profondes de la Uofburg, le cbateau impérial, dont les grille~,
les voil ures passées, retombenl : la filie de
Louis XVI esl entrée dans sa nouvelle prison.

ARRIYÉE DES PRISOI\NIERS DE L'.\.UTRICIIE A LA MAISON BAILLIYALE DE RtEHEN.

G. LENOTRE.
de ce jour la vie de Madamc Iloyale devient
plus formée, plus mystérieuse qu'elle ne ~e
fut jam~is aux jours d'isolement de la pr1son du Temple; sa stupeur dut etre doulourcuse c¡uand elle s'aper~ut, bien vite, que le
Gmnd-JJaitre de sa maison n'était autre
t¡u'un geólier, un geolier sans les memes
prévenaoces, sans les attendrissements que,
jadis, a la dérobée, manife~taient Lasne ou
Gomin. &lt;( J'ai aulour de mm de bonnes personnes, écri t-clle a son· oncle, mais j 'en ai
aussi d&lt;J mét:bantes, car J'empereur m'a

A Fü,sen sa porle. 11troitcme11t survt'iil(fo
parles policiers aulrichiens, « se fern1c a tout
ce qui est Fran~ais 5 )) • DPja 1~ C0?3,tP. u',\ va~a~ '.
!'ami et le confidenl de Lou1s X\lll, expedte
par celui-ci aux e11virons de 13:l.le, pou r saluer, a son passagP, la prisonnicrc do Tt'mple, s'est vu sechement é\'in:é et a _&lt;ln ,retou~ner a Yérone pour ne poml avo1r a subn·
l'alfronl d'etre lenu a l'écart de la princesse.
Sur l' ordre de son mailre, il retourne a lnspruck uuettaut le passage de Marie-Thércse;
'"
la, encure,
on lui fait comprendre qu ··1
1 ne

reux hasard, la \'O¡lure de la prince§se;'étant
arretée sur la o-rande roule, i1 aper9ul de loin
un officier a"e l'armée de Condé. C'était
M. Ilerlin, l'un des aides de camp de S. A. S.
(le priuce de Condé). J_e µrévins ~!adame, q1~i
le fit avancer. Elle lu1 demanda a,ec un v1f
inlérel des nou velles du prinl'e et le chargea
de lui exprimer, ainsi qu'a ses braves compagnons d'armes, les sentimenls donl elle
élait pénétrée ».
. , , .
Ce1te seule exception sufüra1t a elaLltr r1ue
la filie de Louis XVI ne professail pour

l. Clément Vinccslas, prince de Saxe, né le 28 scptcmbrc 17j9.
.
. , ·. F' l
2. Marie-Cunegonde-Hcdw1ie-Fran~o1&lt;e-Xancre- orence, princessc e.le Saxc, née le 10 11ov,·mbre 17 40.

L'clecleur ele Trc,·es el la princP~se Cun_égon,lc
étaicnl frcrc el sreur de la tlauph111c, mere de
Louis XH.
·
.
'8
3. E. llaudct. Jlistoi1·e de /'Emigra/ton, U, 1, .

4. Jdem. p. 141.
5. ldem. p. 140.
.
.
.
6. Arcl11ves du départemrnt des Affa1resclrangcrcs.
Vicnnc, 361.

Souvenirs du Siege
Tout ce mois de décembre [ 1870] fut terriblement dur a trarnrser. Les privations
allaienl croissant, a mesure que diminuait le
stock de nos approvisionn'c!ments.
Toutes les denrées qui accompagnent Je
pain el la viande étaient montées a des prix
exorbitants, qui s'élevaient lous les jours. La
livre d'buile coutait couramment de six a
sept francs ! le beurre, il n'en fallait point

parler; c'étaient des prix de fantaisie, 40 ou
50 francs Je kilo; le gruyere ne se rnndait
pas; il cut couté trop cher; il se donnait en
cadeau. Je mis ltlle jolie femme qui, au Jour
de l'An, a recu, au líen des Lonbons accoulumés, un sac de pommes de terre, ou un
morceau de fromage. Un morceau de fromage
était un présent royal; les pommes de terre
valaicnt 25 francs le boisseau; elles revenaient
bien plus cber aux pelits ménages qui les
achctairnt au litre ou bien au tas. Un chou
était coté six francs; il se débitait feuille a
feuille, et telle, qu'on eut a peine jadis osé
ofTrir a ses lapins, figurait noblement daos le
pol-au-íeu de cheval.

L'oignon, le poireau et la caroue étaient
inlrouvaLles. ll n'y avail pas de mercuriale
pources articles,et la fantaisie seulede I'acheteur en déterminait le prix. Les graisses les
plus immondes étaienl mises en vente et lrouvaient acbeteurs a des taux iusensés. Les
journaux donnaien t tous les jours des recettes
merveilleuses pour les purifier et leur enlever
toute mauvaise odeur. ll v avait encore aParis
des quan1ités énormes deÍapins et de volailles,
mais lout cela était hors de prix. J'ai vu, aux
environs du Jour de l'An, la foule des ba&lt;lauds
allroupés autour d'une &lt;linde, commeautrefois
devant les grands jo:iilliers de la ruede la Paix.
On s·étonnait qu'un morceau aussi tentant

�msro~1J1 _______________________
afTronl.H. derricre le simple rempart d'une
vilrine, la voracilé des regards allécbés.
íleaucoup avaient achclé des lapins, qu'ils
nourrissaient d'épluchures. en allcndant que
la famine les forcat a en faire des patés en
terrinc. Le !'alé {ait plus de ))l'Ofi,l que la
gibelolle. Au mommt ou j'écris ces lignes.j'ai
pres de moi, dans mon cahiaet, dcux frer~s
lapias, tapis daos un aogle de la chambre, et
qui me rrgardeat de lcur gros air effaré. 1a
méoagere me les a apporlés, préteodant qu'ils
s'ennupient tout seuls dans leur niche, qu'ils
y avaieut froid et ne voulaient plus mangcr.
Celle dernierc consid~ration m'a décidé; je les
ai rccus, et je l:\che de les dislraire. Je me
garderai bien de leur Jire ce chapilre, ou leur
sentcncc est prononcéc; ils n'auraient qu'a
maigrir de ch,1grin.
Fune~te présage ! je possede égalemeat deux
poulcls, que j'entoure de prévl'nances. lis
o'aimeot pas le millel. Je suis aíl'reusement
pcrplc,e sur la nourriture donl il faut les
gavcr. J'ai eu sur ce poiot important plusieurs
conféreuces avec la cuisiniere. Si je présente
aiusi mes botes au lecteur, ce n'est point du
tout par fatuité, pour (aire montre de la bonne
compagnie que je re~is ala maisoo; c'est par
amour du renseignemcnl exact. Ces petils
détails en diront bien plus que de grandes
pbrascs sur la vie intérieure du Parisien a
cetlc époque du sicge, et sur la honne humeur
spirilut'Jle awc laquelle s'en amusaient ceux
qui avaient cncore asscz d'argcnt pour rirc
quel11uefois.
Le nombre s' en faisait de jour en jour plus
rare. La bourgeoisie commencait a voir la fin
de ses réserves. J'avais suivi avec un intéret
curieux les progres de cet épuiscment. Je
faisais partie d'une petite société ou J'on se
réunis~aiL pour jouer, soit le whisl, soit la
bouillolle. Le taux des mises et la facon de
pousser lejeu ne changerent passensihlemenl
le premier mois; des le second, la fiche lomba
de moi1ir, puis des trois quarls, el cofia, vers
la fin de; d1•rnicrs joursdu h,locus, il fut convenu qu'on ne jouerait plus d'argent.
Nous é1ions tous a sec, et n'avions plus a
peine que de &lt;1uoi allendre des jours meilleurs.
Que dire de c·cux qui ne possédaient point
d'avanc\!s? C'était J'immense majorité des
Parisien~, iJ faut bien l'arnuer. Non, je ne
saurais trop rrpéler a nos frercs de province
avec qutl iadomplable courage, avcc quelle
touchanle r;signation, avec que:l ill\iucihle
sentimentde palrioti,mc loute cetle populalion
supporla les rigueurs de celle longue miserc.
Les femmes surtout furent admirables. fo ne
plains pas lrop les hommes; la plupart avaicnt
leurs trente sous par jour, que beaucoup
d'enlre eux buvaient sans vergogne. Mais les
ícmmes! les pauvres femmes! par ces abominables froids de décembre, dles faisailnl la

qurue, toule la journée, rhrz le bonlangrr,
chez le boucher, chez J'épiciH, chez le marchand de bois, a la mairie. Aucune ne murmurait; jamais je n'ai enlendu sorlir d'une
seulc de ces bouches, accoutumées aux dures
paroles, un mot impie contre la France;
c'étaient t-lles les plus enragées pour 'lue l'un
tint jusqu'au dernier morceau de pain.

Nous atleignimes les dcrniers jours de décembre. Qu'ils furent tristes, ces jours, qui
sonl d'ordinaire consacrés lt la joic ! 11 est
nai que nous eumes une pale c9nsola1ion de
vengeance satisfai1e en songeant que les Allemands, retenus sous París, ne feteraient
point leur Noel en famillc, et que l'arbre tradilionnel de la Christmas ne verrait autour
de lui que des visages mélancoliques et des
Jeux en pleurs. Mais, nous-meme~, que celte
nuit de Noé! ful différente pour nous de ces
nuits de bombances solcnnclles qui jadis
éclataient gaiement dans tout París en l'bonneur de cet annil'ersaire ! La pluparl des
églises avaient fermé leurs portes; par les
rues éclairées au pétrolc et plongécs dans
une demi-obscurilé, rnnnait le pas rare de
quelque passant tardif. Un pelit nombre de
restaurants élaieut reslés ouverts, soit au
centre ordinairc des plaisirs parisieos, du
bouleYard des ltaliens au boulevard Monlmarlrc, soit daos les quartiers populeux, a
.Mootmartre, a Méoilmontaot el a Belleville.
lci, on bm·ait du ~in blcu. La, on s'était,
par dildlanlismc, réuni pour souper autour
de menus exlral'agants et bizarrcs. Les colclettes de loup cbasseur y figuraicot a ccité de
la trompe d'élrphaot rotie el du kanguroo en
capilotade, le lout arrosé du cbampagne classique. C'était se chatouillcr pour se faire
rire. Personne n'avait le cceur a s'amuscr.
AYec quelle mélaacolique amerlume on se
rappclai t la pbysionomie toute pélillante de
Paris, de ootre Paris, en ces jours qui précédaicnt le premicr jan,icr ! Quellc animation
sur nos boulcvards el daos nos rucs ! Comme
les voitures ronlaient joyeu,ement par milliers sur le macadam! Quelle gaicl é de lumieres
aux ,·itrines de~ grands magasins t¡ui s'étaient
parés pour cdte fete ! On ne renconlrait que
gens qui couraient toul effarés, les poches de
leurs paletots gonOées, des paquels, des
poupécs ou des hoitcs de bonbons sur les
bras et daos les mains.
Et celle longut•, celle inlerminaLle file de
pelitcs baraques qui imprimaienl a lous nos
boulevards un caracli-re si charmant de joie
populaire ! Uélas ! bélas ! que tout cela élait
loin ! Un ciel gris, tout chargé de neige, pcsant sur une ville morne! des magasias a
demi plongés dans l' ombre; el, sur le seuil,
aes boutiquiers interrogeant l'horizon avcc

ennui; ']UCl,¡ues rares omnibus qui accomplis~aicnl, presque a vide, leur trajet réglemcntaire; un peti t nombre de voitures ílilnant inoccnpées sur la chaussée a p~ pres
désrrle. Le 31 déccmbre seulemenl, quelGucs
quarliers pri,·ilégiés semblerent \'Ouloir sccouC'r cctle torpcur; la foule se prcssait aulour de dt&gt;ux ou lrois confiseurs en renom;
ils dél,itaient des marrons glacés comme a
l'ordinaire. Des marrons de l'an dcrnier ! car
J'biYer ne oous a,·ait pas ramené celle fois
ces honnelcs cnl'ants de l'Amergne qui s'installenl au coin de nos rues l'l tracassent sur
la poele en plein vent les marrons qui s' entr'ouneot et se dorenl.
Et le matio du preruier jamier ! Non, je
n'oubliC'rai jamais ce premier matio de l'année l 8iJ; quand la domestique m'apporla
sur un guéritlon le déjeuner, et qu'en ce jour
de fcle, ou toulc la famille réunie se comhle
joyeuscment de soubaits et de !&gt;lisers, je me
, is tou l seul, au coio de mon fcu, vis-a-vis
d'un morceau de cheval, qui fumaiL dans
l'assielle, je sentis tout mon elre défaillir el
fondis en !armes! Ab ! ces !armes, que d'autres les ont versées rn celle h~ure cruellc!
Songez que tous ou presque tous nous avions
envoyé au loin nos meres, nos femmes, nos
eofants, et que dcpuis trois mois nous vivions
sans noul'ellcs d'aucune sorte ! 11 était aisé,
en lcmps ordinaire, de s'étourdir sur ceue
solitudc; les affaires, les comcrsalions, les
gardes a montcr, le lrJin accoutumé de la
vie, et puis aussi cette insouciante philosophie, qui est le fond de nolre caract,~re nalional, tout conlribuait a écarler de la mémoire ces imagcs si cheres; les bruits du
dchors nous détournaienl de leur pensée.
La solennité de ce jour nous les ramena
loutcs, et comme elles nous regardaienl, avrc
des yeux tristes, el, nous tcndaul les bras,
semblaieol oous dire : ílappellc-nous ! celte
maudi le guerre ne st ra-t-elle pas b¡eotót
finiel ... :'\on,jc ne puis songer a !out cela
sans q11e mon cCl'ur ne se soulcve de ragc.
Miséral.les ! fils des Huns ! barbares! vous
oous a\'ez tout pris, nous sommes ruinés par
Yous, affamés par vous, et toul a l'heure
nous allons elr\! bombardés par vous, et nous
arnns ccrles le droit de ,ou~ ha'ird'une baine
cordiale. Eh b¡en ! oui, toules ces miscres, et
vos rapines, el \'OS meurlres, el le saccagemcnl de nos vifüs, et vos lrahisons inf:imes,
tt vos lourdes plaisanterirs, nous YOU'l les
aurions pardonnés pcul-etre un jour. Elle c,t
si bon ne enfanl, ce lle race fraucaise, et d' humcur si fac1lc, qu'elle eut peut-elre un jour
oublié de si justes sujets de ressentiment. Ce
qui ne sorlira jamais de nolre souvenir, c'est
le Jour de J'An, passé saos famillc. et sans
noUYelles, ce jour désolé, ce jour a qui manqua le baiser de la fomme et le rire du bébé
a la tete blonde !
FIL\)/CISQUE

SARCEY.

Madame de Brézé
Par Edmond PILON

Ylll
Ce qu'il advint apres que le roi eut
pris Arras.

riet Cousin son adroit successeur, en faisaien t
vingt et un. ans, a. son. fils, le petit d:rnphin
aussilot jnsticc par le fer. Ainsi ordonnait Charles, qm en a\'a1t hmt. Alors il étail monté
Louis; acc_la n'y ~vait pas de réplique qui lint. ~ers le Xor~, pointan~ du nez &lt;-1 pous,ant de
. Pour !u,, 1_1 alla1t_ toujours besognanl, tou- 1 avant sa ~urnent; 11 a1·ait reconr¡uis PéJOurs chafoum, LOUJOUrs rusé, entouré d'ar- ronnc, repris Boulo!!'Ile aux ,\ogl,1is · mais
mécs, avec lrois eapitaines: Dammartin la n'a\'ait-il pas dit q~e e&lt; si le plu~ bea~
Trémouille et messirc du Lude, mang;ant
r~yaume c~t France, la plus bdle duché
peu, bll\'ant sec, méditant a ~atiété, et tel, Milan, la plus belle comté est la Fl~odre » '!
c~tre c?s troi~ reitres moolrés en épouran- Acionques ~Iessire visait &lt;l'atteindre a la Flanta1l, qu un ma1gre Pantarrruel entre Brinrruedre, puis, apres la Flandre le llainaut • et
na~illes, Riílandouille et°Taillcboudin; ~ais la, il prendrait pour ~on fils,' comrue oi~eieur
pomt ne se conlentait Messire d'a"aler des prend oiselle au nid, ~lile de Bourgogne.
moulins a ,·eoL, de bailler aux mouches ou .
~n altenda?L, Messire avait conquis Arras,
de ferrer des cigales. De honnes bomhardes
et •! se tena1t, en la maison de ville, fort
feu grégeois, arbaleles de passc, lancts e~
dou1llettement empaletoqué en sa cape fourrée
ll~chcs allaient ú présent en nombre a colé
de peaux de rcnards, gclé, lousseux et frides images, en avanL Je !'escorie · 'des arleux, dodeli_naot du chef, el, par-devant un
cht•rs, cranequiniers, coulevrinicrs,' des geus
grand r~u, JOuant avcc ses cbiens et arec ses
de chevaux el des gens d'armes marchaient
si~ges, jasant avec ses perroquets et ses conprécédant le roi de ville en ville · mais
sc11lers. Et la se lrouvaieol, hor,mis M. le
par-dessus lo_ul, .\lessirc avaitca\'aliers ' suis~es'
gran~
~ai'tre Da_mmarlin i.¡ui était en gucrre
el gardcs d'Ecossc.
et Olmer le Da1m qui se lrouvait d'ambasDe _la sorte, L~uis, allant de pays l1 pa)s, sad_e daos l~s Flandrc•, quelc1ue&amp;-uns des
~eo~1t guerre opini:Hrc; et, ce qu'on ne lui amis_ les meil_le~rs de Mcssire: Philippe de
lnra1t pas a gré, il le prenait a force.
Commes, cap1tarne de Cbinon et sénéchal
Cela fut a(nsi dans le lemps qu'il avait ré- d'Anjou, maitre Jea_n Doyat, procureur pres
solu de mar1er Mllc de Bourgogne, qui avait
le Parlemcnt d~ Paris; Jacqucs Coicticr, mé-

!I

Vcrs ce lemps-la, M. Louis de France a la
suite des guerres et traiLés, conr1uetes lépée
el conquetes d'adrcsse, étail del'enu tres rcdouté entre les rois.
Cel an 1477 lui avait été, des le début, Je
plus favorable de tous ceux qu'il ait connus
en sa vie. Le plus puissant, le plus haulain
de ses adversaircs, son conemi le plus farou?hc,_ Charles, duc de Bourgogoe, au mois de
poner de cct an meme, avait été défait et
tu~ a Nancy par les Lorrains et par les
Su1sses; un page, comrne J'on sait, cberchant parmi les blessés et les morls du coml,at, avait relrouvé, gclé el san&lt;&gt;lant sous la
.
1
e
ne1ge, e corps du Témérairc. lnronlint'nt
)l. de Lorraine l'avait fait porter en la maison de Georges )farqueiz, ~aocéien ; la,
M. de 13ourgo~ne, bien em·cloppé « dedaos
de hlancs drap; n, avail été di~posé conlre
« un~ oreillie de sove » comme il conricnt a
un tr~s grand duc; ~t dcssus sa tete » on mit
« une estourgue rouge » ; et, il avait a les
mains joinctes 1&gt;, la « croix et I' eau benoiste
au pres ».
Des l'in,larit de celle mort, le honhomme
en vi.eille cape de laine, chapel d'images,
ganls de cbassc et mau,·ais houseaux avail
terriblemenl cbaogé d'apparcncc. Sans doute
il allait loujours chargé de projrll', ourdissant
de:; trames el fort afJ'airé; sans doule il élait
toujours la , ieille « araigne » que Caslellain
a monlrée tissanl, a échcveaux serrés, sa
toile sur le monde; mais, cette toile aux
maillcs nombreuscs, aux rets fins et suhtils,
par proccs, batailles, lraités, surprises et
ruses, il arnit su l'élendre, province a provinct•, comté a comté, haronnie a baronnie et
cité a cité, a tout le royaume de Francc. Et,
c'était la une chose au moins singulierc de
mir c¡ue ce prince chélif de mine et pauvre
d'habits, mal mené et mal víltu, al'3it orandi
dans le monde au poinL que le pape, J';mpcreur et le roi d'A.ngleterre o'étaient plus que
petits cousins a ses cótés.
e&lt; Oncques des lors, dit Comincs, ne Lrouva
le roí de France homme qui o~al lcver la
tete conlre lui ni contredire a son rnuloir » ;
ql1e si le conlraire ad\'cnait, ainsi que cela se
passa pour M. de Saint-Poi el pour lant d'auSef.o~~~~t~osfi~{..1
trcs, maitre Petit-Jcan le bourreau, ou Ilenchien!• (Page 9; .)

,r'fci:r:.s
.l!rlf!aie11! lafne_ dt sa cate, et, .fagrippanl asa patenólre, a son /:&gt;ear, coltie,· de
' Y mfon~aien1' sy incrustaienl arte ragl'. • - Ah! chien, áisail il. Ah , chien! Ah.'
t.i

�mSTO~l.ll------------------------4
decin; le LombarJ Boffalo; les seigneurs du
Lude et de Saint-Pierre. Et, comme tous
étaient liants, sublils, de bonne rusc el
cruels, il y avait apparence pour qu'ils plussent au roi. Le plus souvent ce dernier, fort
informé de lout el sur lout, entrelenail Coictier de poudres el d'ellébores mirifiques, du
Lude de la guerre, Doyat dejuslice et finance,
puis, avec Comines, il faisail des contes; el
c'est cela qui plaisail a l'un et a l'aulre!
Mais, il y avail des fois que Louis parlait aux
Frians, ses nou veaux lévriers ou des singes
d'outre-mer que Jehan Douault, l'écuyer, lui
amenait dans sa cbambre; puis, quand il
était las de parler a des hommes, a des singes
et a des chiens, le roi parlail a ses oiseaux.
Depuis longlemps déja il s'était épris de ces
bétes; il apparall qu'1l en avait de toutes les
sorles: linots, verdiers, colombe~, pinsons,
charJonnerets gardés captit's dans des volieres; pour les plus savanls, comme oiseaux
de Tunisie a aigreltes, choueltes, papegauts
qui sont perroquets, coraeilles et pies, ils se
tenaiE-nl, au moyen de migaonnes chainelles,
dressés sur des perchoirs. Louis parlait a
chacun en particulier ou a lous a la fois; et il
fallait entendre a que! elfropble vacarme se
livraient ce roi et ces oiseaux se causant et se
répoadant, le roi a mols aigres el les pies, les
corneilles, les papegauts et les geais par cris,
paroles, piaillements et sifílements assourdissants. Mais, quand le roi avait assez de parler
a des hommes, a des chiens, ades singes et a
des oiseau~ il otait son bonnet, mettait le
genou en lerre, et, fermaat les yeux et joignant les mains, il parlait a la Vierge et aux
saints; car Messire, boa croyant et confiant en
Dieu, faisait alliance du ciel et, daos la grande
guerre qu'il baillait aux uns et aux aulres,
l'appelait dans ses armées et a son conseil.
Ce jour-la, done, comme il avail accoutumé et r¡uand il était las de joyeux devis,
rudes sentences rt conversations avec ses
gens et avec ses beles, M. Louis le Oozieme
avait placé lui-meme, au-dessus du prie-Dieu
de vieux bois qui recevait ses genoux osseux,
une fort bellc image loule d'azur et or que
M. de Lombais, al,bé Je Sain t-Deui~ en Fraoce,
lenant pour mi1·aculeuse, lui avait purtée en
la guerre.
Me~sire, tres gra vement, en veloppé en sa
cape, abimé de ferveur, commenya de tracer
sur son front, sur son creur el vers son épaule
gauchP, un signe de la croix; en méme temps,
il marmonnait les mots pieux et pileux pardessus les autres: ce Au nom du Pcrc, du Fils
et du Benoit Esprit. » Et fort dévotieuseml'nl,
ce grand geste achevé, il faisait oraison . lJa1s
il en était des sainls et des saintes du ciel
comme des conseillers, des cbiens, des singes
et des perroquets; Messire en connaissait un
grand nombre, el il était.redevaLle a peu pres
a lous. Aussi, de !l. Sai11l Sauveur de füdun
a M. Saint Marlin de Tours, de ~l. Saint
Fiacre a ~L Saint Ilubert en Luxembourg,
n'en avait-il pas fiai de les nommer. Ceux et
celles qu'il nommait encare, c'étaient les
saints et les sainlcs qui a vaicnl ai&lt;lé a son
pere et a la Pucdle: .\lme Sainle Catheriae

de Fierbois parce qu'elle aYail donné l'épée
qui avait bouté l'Anglais bors de France,
Mme Sainte Marguerite parce qu'elle avait
porté l'étendard, Mgr Saint ~fiche! archange
lequel avait mené les armées a la vicloire.
Mais, au-dessus des uns et des aulres, audessus des sainls, des martyrs et des bienheureux, M. Louis de France honorait la
Vierge. 11 ne l'honorait pas que de bannieres
d'étolfe et de chandelles de cire, mais encore
de creurs d'argent et de pierreries, de lis de
vermeil, de vitraux peiots par Gilles Jourdain
son verricr, de labernacles cloisonnés auxquPls
m1ilre Jehan Villain, doreur de fin or, avait
travaillé, de triptyq•1es et volets peints et
enluminés du pinceau gracieux de docte et
inspiré peintre Jehan Bourdichon. Et quand
Messire n'honorait pas Notre-Dame de dons
et offrandes benoite~, il l'honorait en pclerinages 1. Aia~i il était alié a peu pres parlou t
ou elle a des sanclnaires : a Notre-Dame de
llal, a Notre-Dame d'Embrun, a Xotrc-Damc
de Ilon-Confort pres de Compiegne, et a Nolre-Dame de Liesse aupres de Laoo; a XotreDame-des-Vertus a Auliervilliers et a ~olreDame de la Délivrande pres de Ilayeux, a
Notre-Dame de Celles en Poitou el a NotreDame de Rocamadour. Et, partout il avait
offert beaux et grands reliquaires étincelaals,
ch1lsses ouvragé~ et ealumiaées, creurs de
pierreries, lis d'argent et de vermeil. Mais, a
Notre-Dame du Puy-en-Velay, a Notre-Dame
de Cléri, a Notre-Dame de Paris, il avait
o[ert plus riches dons encare, élevé de plus
beaux autels, chanté de plus fervents : &lt;&lt; Je
vous salue Marie »1•
Étant a Boulogne-sur-Mer, MessirP, par
grande contrition et intcrcessiun, avait fait
Notrc-OJme comlesse de cetle vi lle; mais, a
présenl, Mcssire était a Arras. Il était l'hóte
de Xotre-Dame-des-Ardcnts; et, iI fallait voir,
si Notre-Damc-des-Ardenls donnait sanlé a
son corps et paix a son royaume, tou t ce qu'il
lui promettait de cadeaux agréables comme
de lui bailler grands ducals d'or, beaux et
nombrcux deniers et tournois parisis, lampadaires du poids de tant et de tant de mares
d'argent, cierges et llamheaux odoriféranls,
sertissures aux trónes etaux tabernacles, dalles
de marhre aux chapelles et parures aux autels.
Pour Louis, autant que pour \'ilion, NotreDame était reine el elle était patronae.
Dame rlcs cieux, régcnlc lerrieontl
Empericr~ de:, iufornaux palus,

elle était ma&lt;lone, tlle était la prolectrice el la
défenderesse; elle élait maitresse et elle étai t
l'amie : « Sancta Jfaria, J1aler Domini! »
Notre-Dame-des-Ardénts, en son beau fond
de tapis de fil d'Arras, éclatait rayonnanle
au-dessus du roi agenouillé au has de sa
robe de feu. Et il fallait voir, a mesure que
Uessire la. nommait, toute la contrition qu'il
appor1ait a la prier, l'humilité qu'il mettait a
s' auimer, a se ployer, a se rapetisser, a se
réduire et se ralatiner en sa cape, et en ses
houseaux; et, comme a ce moment-la, sa
l. M,nrnt XAVARRE, Louis XI en pe/eriuage.
(Par,s. 1908).
2. ll.lnc EL SAvAllRE. Ibid.

voix de vieil homme avait de jeunes accents,
comme elle était chantante et mielleuse,
comme elle savait de beaux mots, comme elle
était chaude, a vet: quels cris et supplications
celte voix appelait Notre-Dame, la priant de paraitre en avant de l'armée et acóté du trone !
Et Messire, ainsi, était abimé en prieres.
11 marmonnail et marmonnait des répons et
des lilanies; il ployait son front nu, il joignait ses mains seclies et il usail lrs os pointus de ~es genoux. Autour de lui, dans la
haute salle a ogives, loule lendue de draps
béraldiques aux armes el aux pennons d'ArLois, sous le plafond peint a verdure el allorée
fines, il y avait paix d¡;s gens, rccueillement
des chiens, silence des oiseaux et meme silence
dt?s singes.
Seuls le mouvement des pas étouffés, l'eatrée el sortie discretes d'écuyers, fourriers el
varlets, lroublaient a peine le calme émouvant de la priere; Messire était familier a ces
bruils et les déJaignait; seule, l'advenue de
messagers avec des messages avait de quoi le
distraire; aucun roi, plus 11ue Louis, lant il
avait d'affaires eutreprises el menées par le
monde, n'envoyail et ne recevait de letlres;
des que quelque enveloppe, scellée a la cire,
lui parvenait en sa retraile, Louis - fut-il
abimé au plus profond de sa priere avec Dieu
et les saints - quittait l'oratoire, les reli,¡ues
el l'autel, recoiffait s:in bonnet de drap tout
cousu d'images el venait aux aouvelles.
11 íit, cette fois-la , comme les aulres;
mais, ceux qui étaieat demeurés a ses cótés
ne furent pas que peu stupéfaits de voir que,
de ce fervent anéanti, courbé, humilié, le
moment d'avant au prie-Dieu, avait surgi un
homme plus grand que mesure, alerte et
bautain, dont le regard - clair et rayonnant
_- pétillait dans le vieux visage.
D'ua pas assuré, rapidtl et que l'impatience
d'apprendre arcélérait encare, Louis alla audevant des messages c¡ue lui apportait maitre
Jean Doyat.
On entendit l'ongle du roi, comme une
grilfe de chal, enlrer dans ltl papier des lettres, ouvrir l'enveloppe et l,riser les cires.
Cela fait, Louis s'assura en son fauteuil, bien
en lumiere, son chapean en tete, rn palenolre au cou et il commen~ de Jire. La premiere des trois leltres, fermée aux armes de
la comté de Meulan, était de mailre Olivier
el venait des Flandres. Les nouvelles apparemment en étaient heureuses.
&lt;&lt; BLln cela! » dit le roi, el il rendi t le
message a maitre Jean Doyat.
Le second papier avait muins de quoi
plaire; M. le duc de Nemours, pour l'instant
cncagé comme une pie en voliere en la l,onne
llastille de París, écrivail- signant: Pauvre
Jacqiles - supplianl a son roi et maitre ....
- « Bon cela I dit encare le roi, se plaignait-il quand il nous vendait, moi et mon
royaume, a ses aílldés? Pour M. de Beaujeu:
qu' oa I' enea ge plus fort el le juge bientot !... l&gt;
U jeta la lettre, rit d'un rire aigre el coupant, d'accent un peu cruel, puis, éleva a ses
yeux le troisicm'\ et dernier messagc que
maitre Jean Doyat :ui avait teadu. Messire,

M .JtD.JtJlre
tout de suite, en rrcon11ut l'écriture tres üne,
tres haute el tres belle.
- De nolre cher et airué beau-fils, Mcssire
Pierre de Beaujeu, dit-il avec un certain conLentemeat visible.
S'assujettissant aux bras du fauteuil ele
beau cuir, Messire, tenant le mesrnge, commen~a d'en déchillrer la teneur céans; mais,
a peine en était-il a la seconde ou Lroisieme
ligue que ceux qui étaient la et messire du
Lude, maitres Jacques Coiclier et Doyat des
premiers, reculerenl elfrayPs de voir la contraction subite et l'e~pece d'expre~sion épouvaulée dont le rellet allérail le visage du roi.
Louis, visil,lement en proie a un grand tourment, se lera d'un C')up; sa figure ravagée
était de la paleur de la morl; tuut son etre,
&lt;lepuis son ceinturon jusqu'a son chapel, et
de sa c.ipe de laine a ses vieux houseaux,
commencail de s'agiler de colere el d'emportemeat. Enfin il jeta un ce Paque-Dil·u ! &gt;&gt;
rauque, éteint, lerrifié, a moitié élranglé par
le dése~pc•ir, se porta de deux ou Lrois pas en
avanl, froissa la lettre et la jeta aux mains de
mallre ,lean Dopt; un mument il resta ainsi,
aLimé daos le chagrín et la réllexion. PcnJant ce temps maitre Jean Ooyat lisail; mes;ire du Lude, Philippe de Camines, maitre
.lacques Coiclier amsi lisaient par-dessus lui;
et, roici que, par la lettre du sire de Beaujeu,
ils apprenaient en meme temps que la mort
de « la tres chcre et tres amée sreur naturelle ll Ju roi, l'exécrable meurlre que M. de
Brézé avait acc11mpli de sa femme ! Si le lexte
n'eut été de la main du gendre meme de
)fossire, de U. de J3ourbon et Ileaujeu, nul,
et le roi moins que lout aulre, n'd1t cru a
furfait si luche et a si grand meurlrc; mais,
ala teneur n,eme du mcssage, a ses termes
et asa signature il n'y avait point doule.
La douleur de Mes-ire, toule contt-nue,
élait elfrayanle; Louis se mainli11t un momenl de fa clamer; mais, malg ré lui , elle
éclata; el c'élaient par menaces sourdes, imprócations, cris de vengcancc et de haine. A
présent il allait par la piece, a grandes cnjambées; et il poussait les gens, il puussait
les chie11s, il poussait les sin ges; en meme
temps ses doigts longs et maigres griffaicnt
la laine de sa cape, et, s'agrippant a sa palcuotre, a s011 brau collier de l'ordrc de SainlMichel, .'y cnfoucaient, ,y incrustaient avec
rage. ll fallait "Oir q~e leb sainlb et les saintes,
a courir aulour de sa tete, ent reprenaient
une r11nJe endiaLlée; pour lui, sa voix, tant
son émotion était fortP, amoitié étouffée, sorlait avec peine de sa gorge, comme par plaintes
et par sifllements :
- Ali !chien, disail-il.Ah !chil'll ! Ah! chien!
Et, comme si M. de llrézé eti.t élé la, a
chaque fois, il frappait du pied et tapait du
poing par-deYant lui. Eufin, quand il fut las
d'aller el de venir ainsi, lout palpitant de
douleur et de courroux, il revint a sun fauteuil, courba un peu son fronl et son chapel
d'images par-devanl sa poitrine, écouta un
instant comme s'il se ftlt parlé a lui-meme;
puis, brusquement, a pres que les saints el
Nolre-Dame lui eurent diclé conseil, ayanl,

DE

B~izi - -...

avec ses esprils, repris son froid maintien, il
leva la main et appela ses gens.
Cuurbés dans la crainte et redoutant
l'orage, mailre Jean Dopt, messires du Lude
et de Camines, Jacques Coictier, médecin, de

Cependant messire du Lude atlendait Loujours, et, Louis ordonna a Coictier d'exprimcr
jusqu'au fond sa pPnsée.
- Messire, dit a voix doucereuse aussilót
l'Esculape, M. le grand Sénéchal n•e~t-il pas
possesseur de grands biens '?
Ce mot frappa le roi; il commenca de
s'apaiser et de préter oreille. Puis ce fut le
sire de Comines, capitaine de Chinan, qui
parla a pres Coictier; et, il dit quels étaient
ces biens : « en Normandie : la comlé de
Maulcvrier, les haronnies de lfauny el BecCrespin; ilem, en pays charlrain : Nogeat-leRoi, Anet, Bréval el le fief de Moat-Chauvet;
ilem des terres en Anjou : la Varenne, Brethossac, Clayes; ilem, en Périgord : le 1&gt;ays
de Moalfort, Carlus, puis Aillac dépendant
de la vicomté de Turenne; ilem, ea Quercy :
Crcuse el la moitié de la ville de Marte!' .... n
A l'énumération de tant de seigneuries,
chMellenies, baronnies, liefs et vicomtés, Messire, un doigt levé au front, commenca de
rélléchir; et, tout rélléchissant, enveloppé en
sa cape el fourré en sa laine, vieux, frileux,
apre et tbésaurisant, il apparaissait, sous son
bonnet de drap, tel que ces peseurs d'or que
les mc1.itres Oamands ont peints par-devant de
grands livres de ehiffres, complant les ducals
el comptant les doublons; car, en dedans de
lui, il semblait que Messire comptat.
- Paques-Dieu ! dit-il, quand il eut pensé
un moment, cela fait une bonne part de mon
Tout cl.:lquant de froi.t et de fiévre, affail-li par les
roya ume de France....
fers, l'ancien senéc/1.:z/ /111 ¡ete en ,m dur cac/Jot.
( Page 91.)
Et aussirot il donna l'ordre : Jacques de
llrézé scrait j ugé en Parlement; aiasi ses
Saint-Pierre el Bolfalo, rl'ilres, se porterent biens reviendraient a son roi et mailre.
de l'avant. Messire parlait par ordres brefs. A
Du Lude s'inclina.
maitre Jean Ooyat il dicl ait ordonnance :
- Mais au moins, dit le roi, comme déJa
« Loys, par la· grace de Dieu ... » et, par il avait dit pour ll. de Nemours, d'un accent
ce, ordonnait r¡ue Jean Illosset, sieur de qui ne souffrait, celle fois, aucun retard, géSaint-Pierre de Carrouges, qui aYait été bailli hennez-le bim élroit; faites-le parltr dair...
de Caux, fut élevé, a la place de Jacr¡ucs de faites-lc-moi 1,irn parler ....
Brézé, a la dignilé de grand sénéchal de NorCela dit, )ltls~ire s 'en reYi nt a son priemandie 1.
Dieu; le cb~pelai11, maitre Pasquier EscorA messire du Lude, il commandait que rhe-Vel, entra avcc ~es lleures , et, pour
justice fut faite a )f. de Brézé : d'abord l"in- Mme Cbarlotte, par-devnnt Notre-Dame-d1space en la pislole la plus dure du Chatelet, Ardrnts, commen~ la ,igile des morts.
les fers, la q ues tion, la cage et - par-dessus
Tous ceux qui étaient la - et le roi plus
toul - qu ·on le cral'atat de cbanne et le que les autres - écoutaitnt avec recueillebrancbat aux arbres !
menl; mais, quand maitre Pasquicr EscorMessire du Lude, armé de l'ordre du roi, tbe-Vel en f11L arrivé a ces mots : E:i:aiuli
avait pris congé et, ses adieux fails, il allait orutione111 meam, ad te omnis caro vepartir; mais, déja Jacques Coictier et Phi- niet .... ([xaucez ma prierr, Loule cha ir viealippe de Comines se rapprochaient de Messire, dra a vous... ) on pul YOir que Mcssire, le
demandant qu'on différat le supplicP, qu'.au fronl al,imé en ses mains, plcurait ameremoins le Sénéchal fut jugé en Parlement. ment; car, de chair si rare, modclée de
Louis, a ces mots, entra en grande colere :
beauté et d'amour a la perfocLion, oncques
- Ah! ah! mes comperes ! Ah! ah! en plus il ne serait en la maison dt! Fra111;e!
Par!ementl Un assassin, un misérable!. ..
Apres la vigile, en mémoire de sa ce tres
Puis, baussant le ton de sa voix qu'il fit amée el regretlée sreur &gt;&gt;, le roi or&lt;lonna
parlicul,erement ilpre et dure, et, de nouveau qu'il y eut encore « deux messes basses de
agité, frappant du poing et le regard tout Jlequiem ce jour-la; et, les jours suivanls,
chargé d'éclairs :
doubles vigiles, ,onO( rics et liminaires &gt;&gt; .
- Paques-Dieu ! fit-il tout véhémrnt, suisCela fai t, Louis commanda que les gens,
je le roi ou poin l?
les chiens, l~s sin ges el les perroquels sorMais, les aulres, s'inclinant:
tissent de la salle; el, sous le jnur tamisé des
- fous etes ltl rui, l\fessire....
verrieres, par-devant les hautes lapisseries de
fil d'Arra!', aux pieds de Notre-Oamc-des1. C '· º" BE,OREJ•.ITRE. L,, Sénéchaussée de .Yor111andie. \1\oucn, 1883. )

.,,. 91 ..,.

2.

BieuOTHF.QU~ llE t'fCOLE DES c11.1n1 E,

(ibid ).

�r-

fiST0'/{1.Jl

Ardenls, son collier de Saint-)fichel au col et
son chapel d'images en tete, il resta la, en rn
toute pui~sancc, plus méditatif, plus quintcux, plus vieux el plus seul que jamais il
:1vait été.

IX
Le roi Louis de France
et son prisonnier.
Saisi au premier jour et aroené a París,
Mcssire Jacques de lirézé, dépossédé de son
litre de grand Sénéchal avail été enfermé,
dans l'une des hautes tours de la Conciergerie, en un cachol grillé donnanl sur le
fleuve. De la, le miséralile - par l'étroite
ouverlure - apercevail la ,·ille, du Pont-auxMeuniers au Loune : les toits aigus du Cbatelel, les comliles de la Grande Bouchcrie et
le For l'Éveque; il cntrevoyait les fins el longs
dochers de Saint-Jacques, de Saint-Jossc, de
Saint-)forri, de Sainte-Catbcrine et de SainleOpportune; mais, tandis que nombre de palais princicrs el abbatiaux , des grappes
d'obeses maisons a solil'es, des lignes de tourelles couvertes d'ardoises azurées lui fermaient la vue du coté des llalles, du roté de la
\laison de Ville, la Grande Boucheric, le Grand
Chatelel, Saint-Leufroy, le Pont au Change
aux maisons a pignons loutes surélevécs, les
aiguilles et íleches des chapC'ill's et moutiers
limitaient son regard : ainsi ~l. de Brézé ne
,·oyail ni le Pilori jouxle le chevet de SaintEustache ou les criminels sont exposés et
fouettés, ni la place de Grhe ou le bourreau,
.ipres ce premicr temps, les occit du fer.
Le bruil des roucs des moulins sous les
arches de bois du Ponl-aux-)leuniers, le murmure des oiseaux daos le proche .lardin du
I\oi, le momcmenl de la batellerie el celui
du quai, sur la rive en face, avaicul seuls de
quoi distrairc un peu le prisonnier ; et c'étaient
le chant des lavandierrs frappanl du batloir
dans l'eau, les clameurs des polissons du
Porl-au-Foin venus en se bousculanl jusque111, l'appel des mariniers et des meuniers,
l'éclat que les fusdicrs C&gt;t les filassicres faisaienl.de la voix aulanl que du fmeau, eofin
les cris aigus et disparates que poussaient, en
se pipan!, rn qurrellanl el se pourchassant
jusqu'au bord des berges, les ménélriers ambulanls, les marcbands de lard, fouaces et
chataignes, les wndeurs d'oignons et de
harengs, les forts du Porl-au-Blé. Les hennissemenls et Lraiemrnts des chcYaux et des
mules, les abois des chiens ajoutaienl a ce
brouhaha qu'atigmentaient encorc tonles les
sortes d'apptls, ddispules et coups qu'échangeaient, sous l'ceil narquois du guet, de pitcux
mendianls, de mauvais droles, des clercs
bataillcurs, les gens de basoche et les gens de
-coquille. Toute cette rnurde et lointaine émolion de populaire, me!ée au momement du
Palais YOisin de la Concicrgcrie, augmentée
encore, en alternéc cadence, des appels de
cloches de Saint-Landry. de Saint-Barthélemy
-et de Sainl-Pierre-aux-Ilreufs, parveoait en
,rumeur jusqu'a l'étroit rclrail du captif de

~r. Louis de France. Mais,

cornme si tous lr.s
moulins de la Ilutle Saint-Roch eussent Lattu
lcur crécellc en sa tete, le prisonnier, languissant, aballu et fiévreux, de ces bruits, ne
percevait qu'un lointain murmure.
De tout ce speclacle olferl a sa me, il n\
anit qu'un ohjet qui pul le maintenir, front
penché, regard anxicux, au grillag" du cachot:
ce speclacle, apparrmment était semblable a
celui que messire Philippe de Cominrs, enfermé plus tard au memc lit•u, goíitera 1i contempler « la riviere de Seine du costé de ~ormandie ». A voir ces e~ux lentes, sillonnécs
d'embarcalions de loules les sorles, Jacques
de Brézé rnngeait au parcours du íleuve; et il
pensait que ces eanx-la allaimt vers Mantes
el Meulan, vers \'ernon el flouen; :ilors il
voyail des ri,·es inclinées, il entendait des
moulins au ~ic tac sonore, il a¡xrcel'ail de
grands et bcaux pal urages, il dominaitdu souvenir les bois giboyeux de son pays : des pnmmiers couverts de fruits se dressaient dans
son reve; et, comme de lourds chalands,
vcnant du coté du Llluvre, arrivaient sous srs
yeux, chargés, sous lcurs haches bleues, de
toutes les dépouilles du verger normand el
voguaienl sur le íleuve, mcssire Jacques de
Brézé se pencbail avidemc nl a l'élroite ouvcrture et par les barreaux rrspirail, qni montaient de ces cbalands a lui, l'.lcre odeur du
cidre et le relent des pommes.
Ainsi en était-il depuis ~ix mois. La raplivitéde l'ancien Sé11échal avait commencé avec
les jours torrides de juin; l'on était aux jours
presque glacés d'hiver et ríen, sinon le morne
ennui, le remords torlurant, l'appréhcnsion
des supplices les plus rigoureux, n'était venu
visiler, en dehors des groliers, le captif de
M. Louis de Francc.
Un jour, vers le déLul du mois tl'aoul de
cctte premiere année de son emprisonnemcnl,
messire Jacqucs de Brézé aYail entcndu une
rumeur prodigieuse monter de la ville, gagncr le fleuw, emabir la cité et gronder autour du Palais; un momenl le meurtrier avait
cru que c'était le signa! de son heure derniere; et, il commencait a trembler de l'idée
de marcher a la mort au milieu du peuple !
)lais, cette rumeur s'était éloignée, avail
repassé la Seine; et ,·oila que, de sa chambre
de pierre de la Conciergerie, Jacqucs avait
aperen, sur le ~uai a droi le de la Seine, un
moul'ement de la íoule entre le Chf1telet et le
colé des Halles ; et loul a coup les archers
étaienl apparus prérédés des crieurs du Chfltelet; au milicu des archcrs avanpil un
cheval drapé de noir; sur le cheval un homme
était lié, mainlcnu debout par l'aide du bourreau; et, a colé du cheval, allanl a pas lents,
un frere génovéíain élevait, vers le cavalier
lugubre, la croix de rémis~ion ; et des bommes cbanlaicnt, des femmes a moitié ines
damaienl, les cloches tintaient pour la mort;
puis brusquement, un peu aprcs le Ponl-auxMeuniers, le hideux cortcge avait quitté le
quai, pris la rue des Lal'andieres et tourné
par devanl la Chapelle aux Oríevres; seulement le lro t des cava\iers, les pas des soldats,
la rumeur du peuple avail persisté long-

~

lemps ... . Quand le gcolier, 1crs le soir de ce
jour-la, était entré dans le cachot apporlant
le froid r&lt;'pas, Jacques rnppliant, ,·oulant
savoir, l'avail adjuré de lui tlire quel était ce
condamné que l'on menail a l.i mort sur un
cheval drapé de noir. Il avait ~u de cet lrnmme
que c'6tait Jacqucs d'Armagnac, duc de Nemours. Nemours, comme tant d·autres, s'était
levé conlre le roí, les armes a la main. Alors
)l. de Beaujeu l'avait capturé en son chateau
de Carlat; de la, on l'avait amené au fort de
Saint-l'ierre-Encise et jeté, dit Mid1elcl, en
une prison si dure « que ses chc\'C'ux lilanchirenl en quelqucs jours ». De Sain1-P1crre
enfin, il avait été conduil a la Bastille de
París; et la, la cage, les fillelles, la qu&lt;'slion,
il avait tout rn; le Lombard Boffalo ~vait
mené le proccs, au nom du roi; rnfin le corps
du duc n'élant plus qu'unc !oque, malgré
ses os rompus, sa chair mrnrlrie, on l'avait
conduit , lié sur un cheYal drapé de noir, a
l'cndroil des Halles oi.t esl le Pilori, puis,
Henriet Cunsin « mailre exécuteur dc8 hautes
reuvres de la juslirc de París » lui al'ail posé
la tele sur un billot et la, d'un grand coup de
fer, luí avait coupé le col.
)lt·ssire Jact1u1 s de Brézé avail conservé
virnnte ¡, ses yeux la terrifianle mémoire de
cct excnsple de la justice du roi Louis, son
redoulé lll'au-frere. A daler de cet instant les
heurcs d'inaclion et les heures de sommeil
avaicnl, pour le prisonnier, élé toules hantérs
de ce souvenir. A chaque moment de la nuil
el du jour le caplif craignait de voir la porte
de son cachot s'ounir, Boffalo paraitre et les
archers le saisir; el, ainsi depuis des semaines, ainsi depuis des mois, le misérable attcndait que Louis décidat de son sort comme il
avait décidé fle celui deNemours, de celui de
La Balue, de celui de Melun, de celui de
Saint-Poi, de celui du comle du Perche.
Enfin il arrirn qu'un jour, &lt;&lt; la wille de
Sainte-Katherine dudit an MILCCCCLXXYII ,
environ vcrs ciuq ou six heures du soir 1 »,
quelqucs soldats des Onzc-Yingts, sergcnts a
Yerge f:t archers de l'ordonnance entrcrenl
dans le cachot oi1 était l'ancicn sénfrhal de
Normandie. Et ctlui-ci, encore qu'il s'allcndit
depuis longtemps a celle visite, commenca
par pal ir el lremblcr. En fin, l'un d'cux, qui
élail has officier, s' a Yancan t vers le prisonn ier, íeigoant de ne plu~ l'appeltr de son
litre de sénéchal mais seulement de celui de
comte de Maulevricr, lui ordonna duremenl
« de par le roy son mailrc 11 d'arnir a les
suiYre. Incontioenl rhote de la cellule alla audeYant de cet homme; ils commenrcrent de
descendre, et pcu aprrs, ainsi que l'a relaté
ravocat ~[ichon, le prisonnier c1 ful mené en
une nasselle sur la rivierc de Seine u. A ce
moment la ouil commencait d'emeloppcr les
contours de la l'ille; l'un de ceux 4ui étaient
entrés dans la barque avcc le prisonnier
alluma une laolerne a l'aranl; les rameurs
battircnl l'eau de l'aYirou et, de la sorte, le
bareau s'éloigna de la Conciergerie par l'aval
du íleuve. En un momcnl la silhouclte du
1. Pl11idoirie de l'avocat Micho11. D,m.wrn,;QtE DE
t'ícou: DES CHARTES (/bid.)

-------------------------------------

1.ouvre, le )foulin de la Monnaic, la Tour de chal! Le bon chien Smillart était de la partie
Neslr, la Tour de Bois curenl tul íait de se et liondissail, Londissait en avant en lcvant
fond re dans la brume; el, bií:nlol, l'on fut les lievres; el le cicl élait doux, l'herbe étail
hors les murs.
verle el haute! Quand Mme Charlolle cnlevait
La nuil s'épaississail de plus en plus; le le capuce a son autour il fallail voir l'oiseau
froid qui s'rlcvait al'cc la brume du ílt•uve s'élever d'un seul trait dans l'air, plancr un
enYeloppait le prisonnier mal \'elu et le péné- moment puis vivrment descendre, piquanl ~ur
trail au point que ses silencieux gardirns ld gibier. Que de fois ils avaienl chassé ainsi,
l'entendairnt grelollcr auprcs d'eux. A !'un jeunes, audacieux, conlenls, grisr.s de grand
des coud&lt;.'s de Seine rt ¡irohablt menl un peu air et de soleil, bardis, enthousiasles, l,raux
nprt•s Boulogne il adYint que la barque heurta tous les deux. Depuis ! Ah! depuis ! 11 i a1·ait
un gros arbre qni allait a vau-l'eau; J¡icqurs eu celle nuit de Rouvres, celle nuil épou1·ande Bréz6 se dressa comme une ombre dans table; et sa femme a,·ce l'écuyer l Luí avait
la nuit: pu is, en proie a la plus grande terreur, levé l'épéc; d'abord il avait navré l'écuyer;
il se lourna a tlt•mi vers le chef des arrhers : pour elle, il I'avait abattue a ses pieds d'un
- Mcssirr, dit-il d'une voix anxieuse et coup de dague. «El puis, dit le vieux chronihasse, mes si re, m·allez-,ous nol'cr 1 ?
queur, renrnya enterrcr en l'alibaye de Cou- )lonsieur, répondit le co~mandant de
l'c•srortf', te] n'est pas l'ordre du roi ...
lis allcrenl de la sorte, sans échaoger d'autre paro!,·, au dela de Iloulogne et Scvres. A
Saiot-Cloud l'on aborda un inslant; sur la
rivc allcndaienlquelques hommes armés, avec
des lanlernes; et, au milieu d'cux, était me~sire flobert d'Estouleville, pré1·cit de la pré1cité de Paris, run des ennemis personntls du
,énécLal. A la me de cet homme implacable,
Jacques de Brézé ne douta pas que le moment
de son rh.Himenl ne f'lil arrivé; mais cela ne
se produisit pas ainsi qu'il pensail; les archers
ne le íirenl pas desccodre de la bar1¡ue; au
contraire messire flobert d'Estouteville y prit
place a st'~ cotés; et, le falot eo avant, dans
la nuil noire, par« la grande íroidure ,, aiosi
11ue )lichon l'a écrit, le prévot, son escorte et
son prisoonier continuerenl a descendre la
riviere de Seine. Ainsi passcrent-ils de,•aot
~leulan, devanl )!antes dont ~f. de Brézé était
le capitaine, el ne s'arreterent-ils qu'a Vernon,
au pied du Chateau c¡ui ful a ~lme de lkauté.
La, toul claquant de froid et de lieHe, affaihli
par les ícrs, l'ancien sénéchal fut jeté en un
dur cachot. Et sa couche n'étail que couche
de paille, son pain c1ue pain de lristesse, son
eau qu'eau de douleur ! L'aulie douce, pale,
brumeusc de novembre, une aube de Normandie entra au petit jour, par l'étroite lucarne, en son réduit. Et messire Jacques de
Ilrézé commcnca de voir le lleuve - toujours
le meme - onduler au-dessous de lui; et
,oila qu'il ,oyait aussi les toits des maisons
de la citcl, les champs, lls ,illages ; il IO)ail,
par devant lui, se mouvoir les cimes déja
rousses de la foret de Vernon. 11 pensail alors
qu'eo arriere du donjon ou il était caplif, la
foret de Bizi, celle foret 011 il avait lant de
fois, avcc Mme Charlolle, couru la bete
rousse, étendait ses cimes el ses froodaisons.
.\h ! dans ce temps-la, dans ce lemps des
chasses beureuses, awc sa jeune femme,
comme il faisait hf'au suivre M. legrand Séné1. « 11 crul d'abonl qu'on rnulail le no}Cr, crainlc
qui n·e1ait pas déraisonnal,lc avcc Louis XI. » (DocET
n'AncQ.)
2. JEAN DE Tno,Es . Ch1011tque uandaleu.,,,. 11
s·agil d., l'abLaye bl)nédictine de Coulombs, a upres de
/lugcnl-le-Hoi, dans le diocé,e de Chnrtres. Jnl,uméc
d'abord dans l"é~lisc de llouvrcs, Mme de Hrézé ne
ful transporléc a CoulomLs qu'en 1530. C'csl lit que
Jacqucs de Bré,e, beaucoup plus taril, ful inhumé i,
son tour ; amsi le mari el la fcmmc se rclrouvcrcnt
daos la mor!.

)J(ADAME DE

'B~tzt - - ,

lons et y fisl faire son service, et Jcdit Pierre
de la Vergne fi,t enlcrrc-r en ung j:irdin au
joignant de rostel ou il avoit ainsi esté occis »'.
Maintenaut le cbalimenl, le chatimenl terrilile avait commencé. L'beurc désormais
était a M. Louis de France. Me~sirr, dil le
vicux Matl1ieu de Coucy, en son slj le bref,
ce avoit ccuc matierc bien a creur ». e( L'arharnement qu'il mil a poursuivre le mcurtrier »
(Bouel d'Am1) ne connut jamais ni trhe ni
adoucissement. Les fers, le froid, la faim et
le remords eurent lcil fait de réduire la rude
nature de ll. le Sén61bal. lt voila que,
romme M. de Saint-Poi, )l. de la Balue ou
M. de ~emours, M. de Bréié, au boul d'un
ou dcux ans de son séjour i1 Yernon-surScin&lt;', eut l'atroce douleur de mir son sang

Par ,m de cts catricts dont il a,•3it coutumt, a11 boul de deux ans et stPt mois de captivllé a Vemon, l\fesslre le fil Urer de son cachot, jtler lié et garrotli! en une ch:irrette ti, dt cette /afon, m.ilgré ses souffrances
et u,i long voyage, amener par-deva11t lui a Nemours. (Page 94.)

�111STO'J{1.Jl
se figer en ses veines, ~es jambes et ses pieds
enller, sa barbe blanchir au-devant de sa poi•
trine. Ainsi torturé, le misérable appelait la
mort de tous ses vreux. Mais M. Louis Onzti
élaiL rudc homme; sa rancune tenacti était
invincible; il avait, ainsi que les chats font
al'CC les souris, de cruelles fac;ons de jouer
avec ses captifs. L'on sait le chant sinistre
qui avait couru a propos de la Balue, le cardinal lrailre détenu depuis si longlemps en
cage: « On en {era du ch-et au.r ¡ioissuns ! ¡¡
Et ce que Louis, par les mains de Philippe
Luillier, avaitfait subir a d'Armagnac, c·ommt!
de la langue crevée et des dents arrachées;
ce qu'il avait ordonné du comte du Perche, a
qui les geóJiers passaient a manger - en sa
cage - avec une fourche; et ce qu'il avait
voulu qu'on fit aussi d 'un autre trailre, Jean
le Don, a qui le bourreau c1 esteignit et pocba
les yeux 11 par deux fois !
Messire, fort crucllement, accommodait ses
prisonniers; et il n'y avait pas de moment
que l'ancien sén&amp;chal de i\'ormandie n'ap•
préhcodat de se voir supplicié ainsi ; mais,
pour son 11 amé beau-frcre 1&gt;, Messire a vait
ses idées. Et, d'aborJ, par un de ces caprices
dont il avait coutume, au bout de c1 deux ans
et sept mois 1 11 de captivité a \'ernon, il le fit
tirer de son cachot, jeter lié el garrotté en une
charrette et, de cette fa~on, malgré ses souífrance~ el un long 1·oyage, amener par-devaot
lui 1t Nemours ou il était pour lors.
Nemours, situé en Gatinais, dans le val du
Loing, pa}s, ainsi que dit ~lathieu, c1 tout
boccageux el plein de sauvagiue 1&gt;, avait de
quoi plaire au roi qui y faisait ses chasses .
C'est la, au chüteau du sire de Graville, seigneur de l\lontagu, dont Louis pour l'instant
était l'hóte, que M. d'Estouteville conduisit
le pri,onmer.
Le roi, au moment que la charretle qui
portait ll. de l3rézé arriva a Nemours, entouré de gentilshommcs de son hotel, d'archers et prévóts de sa maison, était fort
occupé de ces beles singulieres, chevaux napolitains, chicos espagnols, mules de Sicile,
lions de Barbarie, zebres de la Tunisic, élans,
ccrfs et aussi buflles du Nord, dont, au dire
de Comines, il s'approvisionnait alors a grands
frais. Accompagné, comme toujours, du médecin Coictier, du seigneur du Lude, du maréchal de Gié, de l'oblique comte de Meulan et
de maitre Jean Doyat, il allait de bete a
bete ; chacune étai t en sa cage et des valcts
autour armés de fouets et de lanieres ; et, a
toutes Messire adressait la parole; a l'une il
disait qu'elle avait de Lelles et longues dents,
a d'autres l'oreille fine, a d'aulres des robes
toutes fourrées : mais, surtoul, c'était aux
lions qu'il parlait; de ses gants de louveteau
il leur faisail signe; les fauyes, mainlenus en
leurs barrcaux, levaient jusqu'a Alessire un
reil étonné, agrandi de colere; mais, llessire
ne sourcillait pas; il restait un moment penché au-dessus de ces grands et heaux ) eux
d'émeraude qui le considéraieat comme du
fond du désert; puis, il avait ce mauvais rire
qui faisait frissonner jusqu'aux plus rudes
l. Dc&gt;oET o'A11cQ. !bid.

M ADA.ME
de ses amis, plaisantant sur Saint-Poi, sur
Nemours, sur Dalue, disant que de lion a
homme enfermé il y a celle différence, c'est
que le lion est plus beau et l'homme plus
misérable. Et il fallaiL voir que McssirP, ce
jour-la, füit magnifique. Son chapel de velours était courcrl d'images d'argent et non
de plomb; Cominrs ajoute qu'alors (! il portait
robbe de satin cramoisy, fourrée de bonne
martre » avec des passements; une ceiature
orfévrée le serrait a la taille; I'on peu t ajouter que Messire, ayant répudié sa cape de
drap gris, sa patenotre et ses mauvais houseaux, était - en vieillissant - devenu une
maniere de vieux et coquet chafouin portant
beau le velours, le satín, la soie et le collier
de Saint-fücbel. Au fait Grandson, Moral,
Nancy et tous les autres succcs qu'il avait eus
dans la politique, plus que toutes les poudres
et les drogues de Coictier, avaient rendu a
Messire sa vigueur. De frileux, craintif, gelé
et tousseux comme Jobelin, il semblait que,
depuis ces grandes journPes, il eut repris
avec J'age une maniere de force. A M. le
grand maitre Dammartin n'avait-il pas, un
jour, été jnsqu 'a écrire, apres la mort du duc
Téméraire : « Nous aulres jeunes ! )&gt; Et cette
jeunesse, Messire la portait en ses petits yeux
vifs et pétillants, en ses mains alerte~, en son
pas allegre, en tout ce rcmuement qu'il faisait par le monde. Ainsi, le reg1rll malin, la
parole prompte et le ton jovial allail-il, en
faisant leplaisant comme devantqu'il íút roi.
- Paques-Dieu, mes compercs, disait-il,
soyez attentifs a m'enlendre.
Et c'étaienl de singuliers contes encore
qu'il faisait comme de ces deux m1rchandes,
la Gigonne et la Pa~~c-Filon, qu 'apres le coup
di:1 Moral, dans I'exccs de sa joie, il avait
prises daos L)'on a leurs dcux maris pour en
faire son plaisir '; puis, fatigué de ces femmes, quoiqu'elles fussent grasses et belles, il
les avait rendues a d'autres qu'a leurs époux.
Et lous, le médecin, le maréchal, les seigneurs et comperes de rire complaisamment
a cette saillie de Messire; le sire de Moutagu,
a qui le roi avai t donné ces t erres confisquées
de Nemours, faisait wnir alors une coupe de
bon vin pour le roi qui avait soif. Et il fallait
voir comme Louis, flallé de son elTet, lampait, par-dessus son conte, un petit coup de
son cru royal de Chaillot.
Mais, il y avait, rangées dans la eour du
chatean, loutes sorles d'aulres députations
envoyées pour les beles, et, au premier rang,
Jehan bel Serviteur dit Crafford, Anglais, qui
apportait des leltl'cs du grand roi son maitre
et, en me me temps, de beatix lévriers
d'Écosse, comme présents; Paul de Bale, serviteur de maitre Nicolas Frater, de la ville de
Canye en Lombardie ,qui amenait, comme cadeau, a Messire, huit petits oiscaux italiens
appelés sacres; et aussi Bertran du Lac avec
toutes sortes d'aulres petits oiseaux ¡ Jehan
.Fou rche, liévreteux, avec douze lievres vi fs,
et Jehan Lorin avec une nichée de pelits hérissons dont les piquanls ébaudirent fort le
roí et ses compagnons. Louis les vil tour a
2. Je ,x o&amp; TnovEs : c1i,.011igue scamlaleuse.

- 94,..

tour ; a tous il fit donner li vres, sois et Jeniers tournois; a chacun il disJit un mol ou
deux comme de « Par¡ucs-Dieu ! Notre-Dame !
Le beau fils ! Le mignon ! 11 et tant d'autres
dont il accommodait aussi bien les gens que
les animaux. Et, il est inimaginable de pcnser
a toutes les cages et a toutes les volicres que
lantde présenls, venus d'un peu partoul, tant
de France que d'Écosse, Ilarbarie, Lombardie et Danemark, faisaient dans la cour. Messire donna des ordres pour que toute &lt;:clic
ménagerie, tant pépianle que rugissante, allat
a son Plessis du Pare; mais, il ne s'était pas
aperi;u encore qu'il y avait aussi dans la cour
une haute charrette avec des arcbers et
M. d'E~touteville par devant. Il demanda
quelle sorte de bete on luí amenait dans
celle paille. Messire du Lude el maitre Jean
Doyal lui apprirent alors qne c'était le prisonnier qu'il avait mandé.
- Messire Jacques de Brézé, ajouta a ton
has et sournois le comle de MeulJn.
Louis, a ces mots, se maintint en sa place;
et, de gai, de plaisant qu'il était, il devint, en
un momcnt, rudeel dur; il éclata bienlot en
inveclives, en mots Lref$, qui lui sortaient
avee le soufllc :
- Brézé, racc de chiens I criait-il, race de
chiens ! Par Notre-Dame (et ici Messire soulevait son chapel) le pere m'a 1rabi a Mont-leHéry !. .. Et pour le fil s.... Ah! pourle fils ...
Et d'un pas qui é-tait plus vif quecelui d'un
jeune homme, Louis allait, comme d'un bond,
vers M. d'Estouleville.
- P,lques-Dieu ! monsieur le prél'0l, voyons
un peu vos betes.
Mais déjale sire de Montagu, le maré~hal
de Gié, messire du LuJe, maitre Jean Doyat,
Coictier et le comte de Meulan étaient dever.s
le roi et M. le prél'ót. Le rang des archers
s'ouvrit; alors ils virent cethomme, cenoble,
run d'enlre eux, au-dessus d'eux meme, qui
a l'ait été comte, baron et capitaine, que le
roi avait fait grand Sénéchal de Normandie.
Et, maintenant c'était un hideux prisonnier,
au poil et a harbe hirsutes, au front noir, en
haillons, enchainé et virilli. A la vue de tous
ces risages qu'il avait conous amicaux jadis,
mais surtou t a I' apparition de M. Lou is le
Onzieme, le captif, malgré ses liens, eut un
geste de recul, et, comme un licvre traqué
au gite, entra un peu plus dans la paille. Mais
la, les archers, brutalement le tirerent; et il
fallut bien qu'il souliot le regard d'implacable
courroux et de reproche muet et cruel que le
roi appu)ait sur lui.
Louis ne disait mot; tous se taisaient; et
seul, le prisonnier, en pleurant et se plaignant,
implorait Messire :
- Par la Croix-Cbrist, )lessire, par NotreDame YOLre patronne, et par M. Saint Jacques,
entendez-moi, Msssire! Voyez mon élat, Messire; ayPZ pardon et pilié, remettrz-moi mes
meschefs.
Le roi demeura un moment a considérer le
miséra!Jle, a ~nlendre ses plaintes; pui~,
comme si le dégout l'eut pris du spectacle de
cet homme, il tourna bmsquement les lalons
et sans mol dire, avec ses chieas et avec ses

seigncurs, il quitta la cour et revint au chateau. A cet instant, des méne,trcls, ma~11ués
par des feuillages et par des lleurs, préludcren! sur le luth au somptueux banquet c¡11c
le _Slre de Montagu avait fait dresser pour le
ro1_ et_ sa suite; ainsi joucrenl-ils un moment;
pm~ les feuillages et les fleurs s'ouvrirenl; el
~e Jeunes musieiens-pages tous parés de belles
ccharpes a devises s'inelinercnt devanl Lnuis
en continuant de joucr :
- Alques-Dieu, dit Messirc, a,ecune "racc
que tous admirercnt, voila de gentils fil~, ils
font un joli bruit. ...
En meme temps il but un pid.1ct de vin,
claqua denx fuis de la langue et commenca
de por ter un morceau a sa bouchc ....

de petites sccnes de piété édifiante. Ainsi le
meurtrier expiait son forfoit; el, il était completement séparé de l'univcrs.
Le croasscmcnt des corLcaux, le grignolement des rats étaient, avec la voix des archers

X

De M. le Sénéchal en divers chateaux
_De ce_ voyage a Ne¡nours ddlerent, pour le
pr1sonmer, de nouvelles rigueurs. De Gatinais, M. d'Estouleville, aidé de ses arehers,
!'amena, toujours garrotté et lié sur sa charrette de paille, au chatean de Vincennes. &lt;1 JI
y resta, dit M. Douet d'Arcq, jusqu'au jour
des Rois suivant, puis, il fut ramcné au cht\·
teau de Vernon. ,, La, on le géhenna a nou•
vea u dans lagrosse tour qui a vue sur la Seine.
C'est vers ce temps-la qu'un homme appelé
Henry Poullarl, ancien serviteur des Brézé, Louis, de g:i.i, de ('lai&lt;ant qu'it élait, devint, en un
arriva de Louviers a \'ernon et fut Iogé, aux
mome11t, rude et dur; il éclata bientOI en inveclives,
en mo/s b,·efs, qui l!li so,·taient avec le soufjle.
Trois .llarleau:c, chPz Guillemrn Fournier. Le
(Page 9-1.)
but poursuivi par ce Poullart était apparemment d'essayer de corrompre les archers de la
garde, afin de parvenir a faire évader, de la P:éposés a sa gardc, les seuls Lruits qui
tour ou il était captif, I'ancien sénéchal son Hnssent dudehors jusqu'a lui. De ces arcbers,
maitre. II y a lieu de penser que cette tenla- il en était qui passaient le temps ajoucr aux
tive éehoua completement. Henry Poullart fu t dés ou a croix-pile; d'autres, commelefranc
de Bagnolet, a jaser et monolorruer ·
appréhendé dans le temps qu'il commen~ait archer
. I' d
o
l
a meure a exécution son projet. 11 futjeté en mais un 'eux su rlout, de son ehan t persisprison lui-meme, et c'est par lui que ceux qui tant et aigre, lerrifiait le prisonnier :
écrivirent ces choses apprirent que M. le S,;_
Le roy 1.oys cst sur son pool
Tcnanl sa filie en son giron ...
néchal, daos le temps le plus dur de sa caplivité, &lt;I eust toujours bonne pascience et fiance
Le roy Loys ! A ce nom que répétai t la
en Dieu et a l'aide de Mgr Saint Jacques 1 ».
monotone complainte militaire, M. le SénéCeuc palience, a ce moment, fut mise a chal le voyait - jusque dans son cachot une rude épreuve; en elfot Messire Jaer¡ues appara1tre ainsi qu'il avait accoutumé a ses
d'Eslouleville, qui avait - depuis 1479 esprits, )'infernal vieillard au rire sardoniquc,
succédé a son pere Hobert dans la pré,·oté de
aux yrnx lumincux et au c·hapel d'images; il
Paris, avertit le roi que « I'homme qui est
le l'OJ'ait, commc s'il fut sorti tout a coup du
audit Vcrnon » avait, avec la complicilé d'un
mur, marchant sur les dalles et venant a lui.
sien serriteur, essa)"é de s'enfuir de la tour
Le vil-illard avait autour du eou patenotre de
ou il élait détenu. )fessirel'apprit, eutgrande
Jlamme et collicr éclatant ; et les lis de sa
colere et, par ses ordres, la garde des arehcrs
robe étincelaient dans l'ombre ! :\Iais était-cc
fut rcnforcée. M. le Sénéchal ful mis aux
bien sa fille, Umc dcBeaujeu et Bourbon, que
doubles fers et, pour éviter qu'il communile roi Loys serrait ainsi en son giron? Non,
quat désormais au dehors, 11 oa luy estouppa
non, ce 11'était pas sa filie, Mmc de Beaujcu
les vcues, tellement qu'il n'avait veue que de
et Bourbon l Celle que Messire pressait avec
l'uyz de la cheminée t 1&gt;. Seul un faible rayon
douleur conlre son collicr de fcu, ses lis
de jour tombait du ciel par cette voie; le
éloilés et sa patenolre de llamme étaiL plus
captif en suivait, du regard, le jeu tournant
blonde, plus belle et plus alanguie; et elle
sur les murs du cachot; mais comme il était
était comme morte, mi-nue et ensanglantée;
aux fers, Jacques ne pouvait, a l'exemple du
ses bras et ses chevcux lrainaient sur la paille fameux prisonnier de Gisor~, s'aidcr de ses
du cacho!; el le rire du vieillard était infernal:
mains pour graver avec un clou sur le mur
et celle que le roí tenail ainsi en son giron
0

1.

CHARLES DE

BE, UREP.\IRE. lettres d, ,·t1111ission

pour llem·y Poulla1't, se1·v1leu1· de J11cgues de fl1•é~é.

2. L'avorat ~l1c11ox. Plaidoirie po111· Jacq11es de
Bré~é (1 ISi).

DE

BR,tzt __ ~

c'était sa tres chcrc et tres &lt;1 amée 1&gt; sreur
naturelll', lime Charl11t1e de Fl'ancc. Le prisonnicr criait alol's romme ~¡ on l'cut lorturJ,
corume si les lis de fcu, la patenotre de llammc
et le collier éti11l'elanl l'eussent brul&lt;- au vií;
mais ce cri meme, au regard du Jémcut,
dissipait cctte vision qui 11c vivait que par
J'dl'et de son trouLle.
Ainsi était le prisonnier &lt;'n son cachot noir.
II adl'int que .M. le prél'ol jugra luimemc des progres du mal a rincohérence
des propos que luí tenait rnn captif. C'est
alors que Louis, dument averli, elll'oya a
Vernon son capitaine aux gardes, mcssire
llené de Chahannay, avcc mission de conduire l'aocirn sénéchal de Normandie au
cbateau de Dreux d'aLord et - de la - au
chatt'au de Lavardi11 auprcs de \'endóme. Ce
ne fut pa•, pour messire Jacques de Drézé,
mené ainsi enchafné en charrette au milieu
des soldats, le moins pénible des voyagrs
que celui qu 'il accomplit ainsi de Dreux a
Chartres, de Chartres a Chaleaudun et de la
a Vendome en un pays ou. tout, depuis le
bord des eaux jusqu'aux frais villages, lui
rappelait sa force el sa jeunesse. O Loir !
gmtil Loir ! Ifües heurcuses, voila qu'il les
re,o~ait, les carnpagms! Voila qu'il les entendait, comme au jour nuptial, les cloches :
clochts d'Orléans, de Deaugency, de NotreDame de Cléry et celles qui font, en un
grand bruit de bro112e : Vendome! Vendome ! Et cela, dans son creur éteint, dans
son cerveau faible, au fond de ses tremhlants soul'enirs, était ainsi qu 'a Chinon !
Mais, a Lavardin, il fallut bien qu'il parl:'it
d~vant ses juges. Et tous étaient la, groupés
Pn la haute salle du ch.\teau, en des togehures pourpres ou noires, sous l'embleme de
la croix. L'ordre du roí les énumérait :
&lt;1 Nos arnés et feaultz conseillers et c:hambellants Navarrot d'AngladP, seigneurs de
Colombiers, Hervé de Chahanoay, notre bailli
et cappitaine de Charlres et des deux cents
archiers de noslre garde fran~oise, maistre
Pierre Loubat, lieutenant d'Angoulmois, Cirard Bureau, lieulenant de nostre bailly de
Caen, maistres Pierre de la Dt·hors et Pierre
Durand, maislre Jeban de la Vallée, nostre
procurcur généraP. »Les conseillers, officiers
l'l chambellans, ajoutait Louis en son ordre
marqué au sed royal, avaient a juger Jacques
de Brézé pour ce qu'il &lt;I avoit, par de faux
et sinistres rapports, meurtri et orcist inhumainement nolre feue sreur naturelle ¡¡.
. Sur ce, on introduisit messire Jacques de
Brézé, comte de UauleHier et Mauny. On
l'avait libéré de ses fers; mais a cause des
traitements qu'il avail soulferls, de son mal,
de sa barbe Llanrhic et de ses haillons, il
étail effrayant a ,•oir. Le greffil'r, suivant 11 s
formes, lut l'acte d'accusation; le miséral,le
l'écouta a genoux devant le tribunal; et,
comme il protestail au passage des c1 faux et
sinistres rapports 11 sur lesquels il avait du
d 'occir sa femme, Mme Charlo ti e, on vit se
lever maitre Navarrot d'Anglade. ll dit que,
si l'accusé ne reconnaissait pas l'acte, on
3. DotET o'AncQ. }bid.

�H1STO'J{1JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
allait procéder a la question comme d'usage.
.\ ces mots les archers et so]Jats amenerent,
par devant Jacques de Brété, Je peti t, le
grand tréteau, les brodequins, l'eslrapade el
tout ce •1u'il faut pour b:1ilkr la question a
un bomme. L1t-dessus le meurtrier commen~a de t rcmbler; sa chair, meurtrie el
la.che, Je trahit; il pleura, conjura, se traina
aux pieds de ses juges, et, par-dessus tout
en appela a Dieu et a Messire. Attendri de
lant de douleur et repenlir, l'un des juges,
maitre Pierre de la Dehors, demanda qu'on
s·en tint aux formes régulieres; mal lui en
prit; nnilre Navarrot d'Anglade a,·ait des
oMes en ras qu'nn juge serait faible; el la,
aidé de tous les aulres, il fil, par les arcbers,
enlever, au nom du roi, rnnilre Pierre de la
IJehors du banc des consrillers 1 ; apres qnoi
les sergents entrerent, saisirent cet honnete
homme et l'emmenerent 1t grands coup·s de
poings et d'épées. Un tel acte, autant que la
vue des t~¿lcaux: et de toul ce qu'on préparait
pour l'accommoder, terrifia le prisonnier. Et
la, le front et les genoux en terre, au-devant
de maltee Navarrot d'Anglade et de maitre
Jehan de la Yallée, d'llené de Chahannay et
de Girard Bureau, il avoua, il confessa tout.
C'était plus que n'en voulaient les juges.
Incontinent ils se concerterent et ils rédigerent entre eux la sentence comme quoi
Jacques de Ilrézé « avait forfait envers le
l. OooET o'.\ncQ. lbid.
(ltlustralions de CONRAD.)

roi de corps &lt;'t de biens, commis crimes de
mcurtre et de lese-majesté 2 l&gt; •
le prisonnicr, a ces mots, jeta un cri terrible et il pensa que c'était sa mort que l'on
rnulait; mais Louis était plus fin et meilleur
économe que cela. Que lui imporl~it une vie
désormais flétrie et douloureuse? Ce qu'il
voulait c'était la bonne part du royaume de
France a quoi correspondaient les biens que
les Brézé avaient en ~ormandie, pays cbartrain, Anjou, Quercy et Périgord. (( En foi de
qnoi Louis, par grande indulgence et bonté,
consentait a convertir le crimine! en civil• l&gt;,
condamnait Brézé a cent mi lle écus d'or, et,
fa u Le de paiement a lui fait, sé•1ues1 rait ses
fids, prenait ses comtés et baronnies. Le
regard éteint, la tete loule penchée en avant
de lui-meme, secoué de sanglots convulsifs,
tonjours agcnoux et en terre, sous la menace
des tréte1ux, celui qui fut grand sénéchal de
Normandie accepta, consentit, signa tout. Un
instant il leva la main, porta la plume audessous de celles des juges, traca son nom
qui avait été des plm grands du monde;
quand ful fait ce grand effort, la vie sauve
mais ruiné, dépouillé et plus pauvre que le
plu,1; pauvre des serfs auachés a la glebe,
Jacques de Brézé éleva ses mains nues vers
Dieu et vers Nolrc-Dame, puis, d'un seul coup,
comme une masse, le front en avanl, bras et
2.

DouET n'ARCQ. / bid.

3. DooET n'.\RCQ. [bid.
FIN

jambes en croix, il retomba lourd et inanimé .... Un moment aprcs une petile porte s'ouvrit en arricre desjuges.Ceux-ci,mus comme
aun signa!, se levercnt courbés dans le respect et l'effroi; et, l'on vil qu'entre maitres
Doyat et du Lude, en son manteau de marlre
et ~on chapel d'images, apparut Messire. ll
étail devenu, 1t cause du grand a.ge et de tous
les remuements qu'il imposait a son corps,
d'unc maigreur extreme: et, il sernblait,
tant i1 était sec el long el courbé, que sa
patenótre et son beau collier de coquilles
d'or sonnassenl sur ses os; mais, daos le
fond de ses yeux, plus profonds et plus creux
que l'ab1me, ardaient deux lumieres. 11 avancait, muel et speclral, le regard par derant
lui. Tout d'abord il vit le condamné, inanimé
aterre; il le considéra et dit, mais lout bas:
« Paques-Dieu ! »et&lt;( ma sreur Charlotte .... ll
De sa main seche au vieux gant de louveteau
il saisit le contrat, le porta a ses yeux, le
lut et ajouta : « Au moins cela est bon! l&gt;
Puis, de son autre main, il enleva son bonnet
et la, un moment, il considéra les saintes et
les saints rayonnants, les porta tour a tour a
ses lcvres, el dans le grand silence et la
crainte de tous, auprcs du corps éranoui de
son beau-frere, il nomma le Pere, Je Fils et
le Benoit Esprit; apres quoi, Messire du Lude
et maitre Jean Doyat l'ayant placé en un
prie-Dieu, il ploya le genou, inclina la tete,
et, par-devant tous, il fit oraison.
ED,IIOND

PILO~.

•

•

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 26, Diciembre 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>t

111ST0'/{1.J!

Secret d'État
Jamais secret n'a étr. mieux gardé que celui
qui &lt;leva t co .. duire ~ladame en Ang\.. tr.rre.
Queltfllt'S ~rmaines avant le départ de Madame, le secret t&gt;n fut révélé a Monsit&gt;ur,
lequel en parla au roi comme un humme
instruit. Sa \fojesté fil des reproches a Madame d" 11'avo1r pu gard,·r le secret. Madame
assurait. avec dt•s st•rmenls et des circonstances
dont on nH pouvait p,1s douter, qu'elle n'en
avait jamais ríen révélé. Le roi est impénétr.,ble, et s,,vait tfUe qui que t;e soit en
Franre ne p1111vaiL etre informé de ses desseins, h,1rmis U. de Louvois el ll. de Turenne.
Que! ,umt'n y ava1t-il de soup~onner M. de
Tur.,nn,·? c. . prl1tdant, si ce n'était ni le roi ni
~fadam", il l'allait bien que ce f,U l'un dtls
deux ,p1i till PUL parlé. Le roi prit le seul bon
parti qu'il y avait pour approl'omlir cet embarras, ,·t ,J1;t;o11vrit a lluns1eur ce qu'il n'a-

vait pu lui cacher : il lui dit, sans approfondir
son grand projet sur la Hollande, que depuis
quel,¡ue temps il avait jeté les yeux sur lladame pour l'engager de passer en A.ngleterre,
et cimenter, sur les instructioas qu'il lui préparait, une union des couronnes entre le roi
d'.Angleterre f't lui, pour l'agraadi,semenl du
commerce; qu'1I avait expressément défendu
a Madame d'en parler a qui que ce soit. En fin,
le roi tour na ~lunsieur. son frere, de tant de
manieres, qu'il découvrit que cet avis du
voyage de lladame en Ang\.,terre lui était ven u
par le chevalier de Lorraine. Mais par ou le
chevalier de Lorraine, qui n'était pas a la
cour. en était-il informé? Le roi eavoya chercher M. de Turenne. « Parlez-moi comme a
votre coníesseur, lui dit le roi : avez-vous dit
a quelqu'un ce que je vous ai conlié de mes
dtlsseins sur la Hollaade et sur le voyage de
Madame ea Angleterre? 1&gt; En vérité, si le
creur de ce grand homm~ fut jamais combattu entre la vérité el la honte d'avouer sa
faiblesse, ce fut en celle occasion. Cependant
la vérité l'emporla, et ce fut un des grands
combats et des plus embarrassanls ou ce

LE

grand capitaiae se soit jamais trouvé. « Comment, sire, répliqua M. de Turenne en bégayant, quelqu'un connait-il le seeret de
Votre afajesté? - 11 n'est pas question de
CPla, reprit le roi pressamment : en avez-vous
dit quelque chose? - Je n'ai poinl parlé de
vos desseins sur la Hollande, cerlaintJmeat,
répondil M. dti Turenne; mais je vais tout
dire a Votre Majesté. J'avais peur que \tme de
C,1asquin, qui voulait faire !ti voyage de la
cour, n'en fut pas; el, pour qu'dle prit ses
mii,ures de bonne heure, je lui en &lt;lis &lt;¡u... lque
chose, et que Madame passerait en A.ngleterre
pour aller vo, r le roi son frere. ~lais je n'ai
dit que cela, et j'en demande pardo o a Votre
Majesté, a qui je l'avoue. &gt;&gt; Le roi se prit a
rire, el lui dit : &lt;1 \fonsi.,ur, vous ai\JleZ done
Mme de Coas,ruin? - Non pas, sire, tout a
fait, reprit U de Tureane; m&lt;lis elle esl fort
de mes amies. - Oh bien! dit le roi, ce qui
est lait est fait; mais ne lui en di tes pas davantage : car, si vous l'aicnez, je suis faché
de vous dire qu'elle aime le chevalier de Lorraine, auquel elle rtJdit tout, et le ch,walier
de Lorraiae en rend compte a mon frere .... 1&gt;
L'ABBÉ DE

"Li~Ez-Moi" n1sroR1Que

CHOISY.

Cllcbe li:1raudo11

LA VIE ET LES ldCEURS AU

xvu• SIECLE. -

JEUX o'ENFANTS. -

Gravure d'ABRAHA~I BossE. (Cabinet des Estampes.)

J. TALLANDIER
LIBRAIRtE ILLUSTRl::E

MADAME DE MAINTENON ET MADEMOISELLE D 'AUBIGNÉ.
Tableau de FER DJN AN D ELLE. (i\lusée de Versailles. )

75, Rrn DAREAu, 75
PARI~

uv• arron¡I'.)

�LIBAAIRIE lLLUSTRÉB. -

JuLES

TALLANDIBR, ÉDITEUR. -

l""e f
• 1e (5 Décembre 1910 .
2 :)
clSClCU

Sommaire du
Duc OE XO.\lLLES.
L OUVET . . . • . .
FRÉDSRIC LOLIEE.
ll1Z:-!RY R ouJ 0:-1, de ffoslitut .

G Rl)f)l. . . . . . .
IY ;\[AX 8ILLARD ..

.

PA lJL PELTIER . . .

.

.

Madame de Maintenon . . . . . . . . . . . .
L'Exode des Oirondins . .. .
Les Femmes du second Empire : La Princesse Mathilde et ses amis .
Helvétius . . . . . . . .
.
..
Apothéose d ' • étoile •. . . . . . . . . . . .
Les Réfractaires sous le Consulat et l'Empire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le premier attentat contre Louis-Philippe.

D'APRÉS LES

75, rue Dareau, PARIS (XIV• arr).

11

16
1~

18
21

La Cour de Versailles intime : Étiquette et
usages divers .. .. . . . . . . . . . . . .
Une aventure de poli ce en 1808 . . .
Prisons d'Etat . . . . . . . . . . . . . . . .
¡_:/cºro~~~ .e~ l_'é.cha.nge. d.e M.a~a~.e ~~ya~e:
Memo,res .. . . . . . . . . . . . . . . .
Madame de Brézé . . . . . . . . . . . .
Le salon de la duchesse de Richelieu .

CO)fTE DE FRANCE n' Jl1(ZECQUES. .
.
A. jAL . . . . . , . .
CO)ITE DE SEGUR . . •
G. L EN()Tl{E . . . . . .
CIIA)IFORT . • . . . .
GÉNÉRAL DE MARBOT .
ED)IOND PILON . . .
i\1'"• OIZ C AYLUS. . .

PLANCHES HORS TEXTB

ILLUSTRATIONS
TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES DE :

TIPAGE EN CAMAi'EU :

J.-13.

.\UflERT FfLS,
A UTRIQUE, HIPPOLYTE BELLA;&lt;;GE, BERTIIAULT, GEORGES CoNRAn,
CouCJJÉ T-ILS, AJJRIEN l)AUZATS, D EBUCOUR.T, L UCl EN D ouCET, FORESTIER, GAV,\ RN f, Juu:s GrnAROET. J ULIEN, E ~llLE LE~Y, :111GNARD, ;\[11• DE
OIRETlillRE,
R E~fOND, R oBlDA, Aur.usTrN IJE SAINT-AUBJi'J, SwrnAC 1-DESFONTAINES, A--.TOINE
TROUVAtN, ;\l[CIIEL VAN Loo.

i\1ADAME DE MAINTENON

ET

,

J\1ADE:110ISELLE D'AUBIGN E,

TABLEAU DE FERDINAND ELLE (MUSÉE DE VI!RSAILLES.) '
TU&lt;AGE EN C0l1 LEUR$ :

LA PRINCESSE ;\lARIE-THÉRES E-CIIARLOTTE, F ILLE
DU ROi LOUJS XVI, PA.RT DE PARIS POUR SE R ENDRE EN SUISSE
-

EsTA'1PE o'ANTOINE D E1F.

8:a::::e '' LISEZ=MOJ '' lep;:::::;s
MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRB du NUMÉR.O 127 du 1O décembre 191 O

=

AMES FÉMININES

Roman, par Guy CHANTEPLEURE
\'1cTOR.\l,\RGL.ERITTE. La rose du baiser. - MAURICE BARRES, de l'Academic
fran~aise Ravcn3c -A,;oRi' TIIEURlET Conte d'hiver -SuLLYPR UDHO1'I.\IE
Métam·o;phosc. ·-·REN;, ,\[ÁJZERO\. L'Ínoubliable. ~ AL.BERT J\I ERAT. L'hive;
au jardín. - j EAN RICHEPIN, de I'Académie franr;aise. lltadame André. GEOR.CE:; CO URTELl?-IE. Comment je connus Richepin. - CIIARL•S FO LEY.
L'ente-rrement. - ANDRf: Rl\'OIRE. Ápproche. - ,\IARCF!. PRE\"OST, d · l'Académie francaise. Chonchette. - PAUL ,\IARGUERITTE. Madame Mere. J ..\\,\RC'll. Plaisir d·Amour. - ]EAN AICARD, de l"Academie franr;aise. Le cher
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CAD'EAU---'
G. SCETA ERT

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W A.TTEAU

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1

~

Un Stylographe

1

Le Coucbé de la Mariée

1--------,

La .Musique
en Famille

U:-i

CONCERT DANS LA CINQCIEME CIIAMBRE DES APPARTEMENTS, AU CIIATEAU DE VERSAILJ.[S. -

M adame de Pompadour
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rcmplir, détacher et envoyer affranchi a l'éditeur d'HISTORIA
JULES TALLANDJER, 75, rue Dareau, PARIS, XIV'.
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faisant photographier a la Maison SCETAERT.

Tnouv,1rn. (Cabi11tl des

Estampes )

Madame de Maintenon
Un passage de Saint-Simon, ou il raconle
le relour de monseigneur le duc de Ilourgogne de l'armée, en 1708, fixe d'une maniere
certainc l'emplaceroent qu'occupait l'apparlement de madame de Maintenon. c1 Le jeune
prince, dit-il, arriva le lundi 11 décembre, un
peu apres sept heures du soir, comme Monscigneur venait d'entrer a la comédie, ou
madame la duchesse de Bourgogne n' était pas
allée, pour l'atlendre. Je ne sais pourquoi il
vint descendre daos la cour des Princes au
lieu de la grande. J'étais en ce moment-la
chez la comtesse de Roucy, dont les fenetres
IV. -

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HISTO RIA

HISTORIA

HISTORIA, - Fase. 25.

donnaient dessus. Je sorlis aussilót, et amvant au haut du &lt;legré du bout de la galerie,
j 'aperi;:us le prince qui le montait; je lui fis
ma rérérence au bord des marches. 11 traversa la grande salle des gardes, au lieu d'en•
trer chez madame de Mainlenon par son
. aotichambre de jour, et par les derrieres,
bien que son plus court, et alla par le palier
du grand degré entrer par la grande porte
de l'apparlcment de madame de Maintenon.
« Cet appartement était de plain-pied et
faisait face a la salle des gardes du roi. L'antichambre était plutót un passagc long en

Ira vers, étroit, jusqu'a une autre anlicbambrc
toule pareille de forme, daos laquelle les seuls
capitaines des gardes cnlraient, puis a une
grande chambre tres profonde. Entre la porte
par ou on entrait, de cettc seconde antichambre, el la cheminée, élait le fauteuil du
roi adossé ala muraille, une table devant lui,
et un ployant autour pour le ministre qui travaillait. De l'autre coté, une niche de damas
rouge el un fauleuil ou se lenaiL madame de
Maintenon avec une petite table devaot elle.
Plus loin, son lit dans un enfoncement; vis-avis les pieds du lit, une porte et cinq marches

�r

111ST0'/{1Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _,.

a monter, puis un fort grand cabinel qui donnait daos la premiere antichambre de l'appartemenl de jour de monseigncur le duc de
llourgogne, que cclle porte enfilait, et qui est
aujourd'hui l'appartement du cardinal de
Fleury. Celle premierc antirhambre ayant a
droite cet appartement, et a gauclie ce grand
cabinet de madame de Maintenon, descendait,
comme cncore aujourd'hui, par cinq marches,
dans le salon de marbre contigu au palier du
grand degré, du hout des dcux galeries haute
el basse, dites de madame la duchesse d'Orléans et des princes. Tous les soirs, madame
la duchesse de llourgognejouail dans le grand
cabinct de madame de Maintenon, avec les
&lt;lames a qui on en avait donné l'entr&amp;&gt;, et de
Ji, cntrait tant et si souvent qu'elle voulait
dans la picce joignante, qui était la chambre
de madame de Maintenon, ou elle était avec
lc roi, la cheminée entre deux. Monseigneur,
apres la comédie, montait dans ce cabinet ou
le roi n'cntrait poinl, el madame de Maintenon presque jamais. »
c·cst daos ce petit appartcment que madame de llaintenon pa,sa la plus grande
partie de sa vi", a Versailles, ne plraissant que
de temps a autre, ou pour quel411e
circonstance particulicre, daos les
grands appartcments ou les réceptions avaient lieu. Le roí passait
chdz elle toul le tcmps qu'il ne
ullnnai t pas au public, a ses
conseils ou a ses promenades ; il y
travaillait avec ses ministres; et
quand rnadame la Dauphine fut
mor te, el que la cour, sans cesser
d'ctrc nombreuse et h1·illante, devint, comme le roí lui-memea mernre quºil avan~ait en age, moin~
,i1·e et plus sérieuse, 11 s'y renferma plus cncore qu'auparavanl.
Mais a l'époriuc dont nous parlons, la cour était encorc jeunc et
animée. 'foule la génération de la
premiere parlie du regne ,·ivait. rt
ame elle, les goiils, les habitudlls,
011 dumoins les soul'enirs de la jculll'Sse.
On pcut dirc que les dix ar.nécs qui s'écoulcrent entre la paix
de l'iimegue et la gucrre de 1G88,
el mcme les premicrcs années de
celleguerrc, íurcnt le plusbeau moment de re long regnc. Louis XIV
élait alors daos le plus grand prc~tige de sa puissancc, et dans unl!
activilé ambilieuse qui, chat¡ue
jour, en augmenlait l'éclat.
Pendant l'été, le roi, suivi d'une
cour moins nombreuse, faisait dll
petits voyages a Chambord; mais
apres l'achevement deMarly, Chambord cessa d 'elre visité. Le roi a ni t
construit ~larly pour s'y faire une
retraite, et s'y reposerdclafoule de
Versailles. II y allait souvent diner ou souper,
avec Mme de Maintenon et quelques damcs.
11 y passa d'abord de temps en tcmps un ou
deux jours de la semaine, puis trois ou qua-

Monseioneur, ~lme de Maintcnon, Mme de
Noaille~, la comtesse de Guiche, Mme de
Montchevreuil, Mme de Saint-Géran et Mme de
Mailly. » Le roi y donnait de fréquen~es co~Iations aux courlisans el aux dames; 1l alla1 t
de temps en temps y diner avec elles, et_ y
donnait quclqucfois des comédics ou de pehts
bals.
'felle était la vie brillante, animée, variée
meme dans sa réJUlarité et son étiquette, que
l'on continuait de mener a la cour, laquelle
n'était autre chose que l'élite de la société du
temps, se rclrouvant la saos cesse, commc
dan.s son centre, et jouissant d'elle-meme autour du monarque. L'inOuence de )lme de
Maintenon, qu'on s'imagine avoir tout étouffé
sous une dévotion triste et sévere, ne porta
point d'atteinte a ces divertissemenls, et elle
contribua meme personnellemcnt al'écla_t de
cette époque, en rendant a la cour les nobles
plaisirs de !'esprit qu'on y avait goiilés autrefois, par les belles représentations d'Esthe1·
et d'Athalie, qu'elle fit donner a Saint-Cyr.
En tout ce qu'on pourrait appelcr le pelit comité, c'est-a-dire dans les promenades, daos
les diners et fos soupers parliculicrs, a Trianon, a Marly, a Fontainebleau,
e:Je itait loujours présente; quant
aux fetcs, aux bals, aux mascarades du carnaval el a l'apparlement, elle s'y montrail de loin en
loin; mais quand elle y paraissait,
clic y tenait fort bien sa place par
ses agréments. « Toujours tres
bien mise, dit Saint-Simon, noblement et de bon goút, quoique
modcstemcnt et meme plus vieillement que son age, rendant a chacun selon rnn rang, se reculan t
partout p~ur les fcmmes litrées,
et pour relles de qualité ordinairc,
al"ec un air de peine et de civililé
citreme, polie, affaLle, parlante
comme une personne qui ne prélent.1 ríen, 11ui ne montre r:en,
mais qui impo~ait fort a ne considérer que ce qui était aulour
d'clle. 1&gt; Sa journée é!ait réglée
rnr celle du roi. On lit daos les
fümoires de madcmoisclle d'Aumale : &lt;I F,lle se levait ordinairement entre six el sept heures, et
allait aussilót a la messe, ou elle
communiait lrois ou qualre fois
par srmaine. Pendant qu'elle s'bal.Jillait die se faisait Jire quelqucs
passages du i'iouveau Testamcnt
ou de l'lmitalion, et disait : « Je
profite du peu de temps que j'ai
pour ces lectures, car on ne m'en
laisse gucre d'autre. » Le reste de
Cliché Braun et Cie
la journée était emploJé selon ses
fRA.'iyOISE D' AUBIG.'IÉ, MARQUISE DE ;\lAJNTENON.
alTaires, ou sclon ce que faisait le
Tableau de ~ÚGNARD. (Musée du Louvre.)
roi, qu'elle accompagnait souvcnt.
Quand elle était lil.Jre, elle passait
moyen de varier les journécs. On lit daos le plus possible ses matinées a Sai nt-Cyr;
Dangeau, 22 janvier IG88 : « Le roi alla le roi venail régulicrement cbez elle tous
pour la premiere fois diner a sa nouvclle mai- les jours vers cinq ou six hrures, quclson de Trianon. II y avait _dan( son carrosse quefois plus tót, quelquefois plus tard, selon
tre, el a la fin,' des semaines enlieres. Dans
les commencements il y conduisit peu de
monde, puis davantage; c'était une favcur
que d'y aller, et il voul:lit qu'on la luí dr,mandat. A Marly, on vivait comme a Versailles, mais arce moins d'étiquette. Le roi
voulait qu'on y ful /1 l'aisc, qu'on y menat la
vie de chateau, et qu 'on s'y trouv:it bien;
toul le monde avait toute liberté de le suiue
dans les jardins, de l'y joindre, de le quitter,
et aussi d'y etre comcrt devant luí a la promenade, ce qui ne se faisait point a Yersailles. On y dinait avcc lui, a plusieurs tables,
qui étaient daos la meme piece. Le roi en
tcnait une, ayant Mme de Maintenon en face
de lui, Monseigneur une autre. Le soir, on
jouait, ou bien il y avait musique, dansc, des
pas de ballets, des comédies, ou de petits
jeux pour la jcunesse. A ~farly comme a Fontainebleau, et meme a Choisy et a Meudon
chez )lonseigneur, a Saint-Cloud chez Monsicur, ou a CbantillI chez le prince de Condé,
le roí passai t toujours une par ti e de la soirée
chcz Mmc de Maintenon, qui élait loujours
logée pres de lui le plus possible.
Trianon, ache,·é en 1G88, offrait aussi un

,

_________________________________

que sa promcilade ou ses conscils fin;s,aicnt;
il y demeurait jusqu'a dix heures, qui étail
l'beure de son souper. Mme de Maintenon n'allail cbei le roí que lorsqu'il était souffrant.
« Quand on élait a \'crsailles, le roi ne
, enait pas ·habituellement le matin chez elle,
afio de ne pas interrompre sa journér, et
qu't:llc púl allcr a Saint-Cl r les jour;; qn 'elle
voulait. Mais a Marly et a Trianon, ou il 11'y
arnit pas de conseils, le roi venait chcz elle,

..íJ{ADA.ME DE ..íJ{Jl1NTENON -

un portier, une servan le, un marmiton. Elle
n'était jamais suivie en carrosse que par ~n
laquais et un hommc a cheval; cette smlc
était plus simple que cclle des grandes dames
du temps. A Versailles, a Marly, et dans
toutes les maisons du roi, elle étail meublée
par lui; elle avait seulcmcnt a sa maison de
la ville des meublcs a elle, mais qui n'étaienl
que pour ses domestiques. Sa mai;on rlc
ville, a Fontainebleau, était de mcmc; clic

elll! n'élait pas daos la voiturc du roi, elle
parlait arce quelqu'une de ses favoriles,
comme madame d'lleudicourt, madame de
lfontchevreuil, madamc de Dangcau, et s'arran;;eait pour que ll! roí la trom:it tout établie quand il passait chez elle. « Un carrosse
du roi la menail, toujours alTeclé pour elle,
&lt;lit Saint-Simon, meme pnur aller de Ycrsailles a Saint-Cyr, et des l~pinays, écuyer de
la pelite écurie, la metlait dans le carrosse,

LA PARTIE DE BILLARD DI., ROi, DA..'iS LE TROISIÍ:.ME Al'PARTEMENT, AU CHATJ:;AI.,

oe

\'1:.RSAILLES. -

-~

Gravure

Pcrsoanage!t (Je gauche a Jroitc) : Duc d'Orl~ios, - Ouc de \"endUmc, - &lt;.: orate Je T ouloui;e, - )l. e.Je (.hamillart (vu de do:,) -

aprc;; sa messe, jusqu'a son diner, et souvent et la suirnit a cheYal : c'était sa tache de lous
se promenait avec elle. A Fontainebleau, il l les jours. J&gt; AVersailles et aFontainebleau elle
vcnait aussi presque tous les matins apres rn avail une maison de ville ou elle se retiraitquelmcsse, avant dtl se mettre au conseil, et il y 'l uefois daos la journéc pour ctre plus tranquille. Sa maison, selon madcmoisdlc d'Aurevenait souvent ap1cs le dincr. »
Madame de Maintcnon a\'ait sa maison a male, élait ainsi composée: «Un érnicr, trois
part, et mangcait d'ordinaire daos son appar- valds de chambrc(eUe n'enavaitqu'un avant
tcment; ses gens é!aicnt pcu nombrcux, res- que madame la duchessc de Bourgogne ,int
pecl ueux et modestes; elle garda loujours a en France, mais comme elle était souvent
son ~crvice Nanon, celle anciennc servanle du chez elle, elle en prit deux de plus pour le
lemps de sa mi~ere. Sa société, autant qu'elle serl'ice de cctte princes~e) ; un mailre d'hótel,
pouvait en avoir, composée de quelques da- un officier et un aide d'office, un cui,inier et
mes de la cour, était rcstrcinte et choi,ic; un aidc de cuisine, un cochcr, un postillon
elle rl'cevait pcu de visites et n'en rcndail et un palefrenier, lrois laquais et deux porprcst¡uc aucune. Daos les ropgcs, quand tcurs Je chaise, trois femmes de chambre,

.:l'.\NTOl:&lt;E TROUVAIN.

Louis Xl\\ - · ~'l. d".\rmagna,, -

(Caéinet

/ÚS

Estampes.)

X ... , - Duc de Chartrcs.

avait a ~lainlenon quatre ou cinq appartcmenls meublés assez propremenl pour quand
la cour y allait. Elle y arnit tout laissé, mais
il n'y avait aucune bcllc lapisseric; les mcul.Jles éLaient de damJs.
« Elle avait de rnisscllc d'argent enviran
pour quinzc mille li1Tes. \'om, connaissrz le
meuble qu'elle aYait a Saint-Cir él qui lui
servail dl'puis la funda!ion de la maison, et
un autre pe lit meuble cramoisi qu'elle portail
avec elle daos le temps qu'ellc é!ait obligél!
de suivre le roi en Flandre. Je ne lui ai jamais connu aulrc chose.
« Le roi lui donnait lous les trois mo:s
ouzc mille li1res, ce qui faisait 11uarantc-lu-

�1f!ST0']{1.ll ~ - ~ - - - millc livrcs paran, et en outrc do\1ze mille tions, il nous a fai l voir un visa ge et une pbylil'res pour ses étrennes. Elle jouissait encore sionomie au-dcssu, de tout ce que l'on peut
de deux anciennes pcnsions probablement dire: des ycux animés, une gr:\ce parfaitc,
ccllc de gouvcrnante des enfants. et cclle de poinl dºatours; el arce cela aucun porlrait ne
dame d'atour de la Daupbine), qui s'éle- tient devanl cclui-la. Mignard en a fait un
,aient a quinze mille livres, ce qui, réuni a. aussi forl bcau du roi . .le vous envo:e un
la tcrre de Maintenon, dont elle abandonna madrigal que mademoisclle Bcrnard fit imla plus grande partic it sa niecc.&gt;, en la ma- promptu en voyanl ces deux porlrails; il a
riant, formait un revenu total de qualre- cu bcaucoup de succcs ici. »
Quant a nous, nous préférons la physiol'ingt-dix mille lirres cnviron, dont elle donno~ie d'un aulre porlrait, quoique moins
nail la plus grande parlie aux pauvres. »
Elle cut sur le roi cet ascendant inévitalile bcau, pcinl par F~rdinand Elle, et a pcu pres
d'une pcrsonne qui est toujours la, el a la- du mcmc ~ge, qui était it SainL-CF, et 011 maquclle on ne cache rien. Son avis avait du dame de Maintennn est rrpréscntée tout en
poids, sa proteetion était puissante, quoiqu'on noir, assise, ayant mademoi,ellc d'Auliigné,
la crul plus puissante cncore qu'elle n'était. sa nicce, a genoux de1·ant elJe; bcllc encore,
Tout le monde a la cour, les ministres, la gra,·e, d'un embonpoint modéré, d'un front
famille royale clle-mcme, la comptaient infi- élel'é et mnjestueux sous le voile qui l'omniment en toutes choses, el n'osaient souYent hrage; a wc des JCUx cu amande, grands et
arriver au roi que par elle; et le travail d,•s longs, animé, el doux: le ll'inl cncorc frais
ministre~, qui se faisail le soir chez elle, ne et !'exprcssion sereinc; rrprésenlant assc z
lui lais~ait rien ignorer. Pendant ce travail, bien une dcmi-rcinc imposante el contenuc.
La plumc des damrs dcSainl-Louis a comelle se l&lt;::nait ordinairement a l'écarl, occupée
aJire ou a écrire, ou bien elle lravaillait a un plété ce porlrait par des détails qui s'accorméticr de tapisserie, ne disant son mot que dcnt a1·cc ce que rapporlent les conlcmporaremen 1, et lonjours avec de grandes me- rains. &lt;( Elle al'ait (a l'agc de cinr¡uante a
sures. U arril'ait parfois, quand la matiere soixantc ans), discnt-ell&lt;'s, le son de voix le
étail embarrassanlc, que le roi disait: (( Con- plus agréable, un loo affcctueux, un fronl
sultons h raison; » ¡rnis il ajoutait en se ouverl et riant, le geste naturel de la plus
tournant vers elle : (( Qu'cn pense Votre Soli- helle main, des yeux de fcu, les mou,·ements
dité1 » C'esl le nom c¡u'il lui donnait pour d"une Laillc libre si affcctueusc et si régulicre,
rcndre hommage a l'exccllcnce de son esprit. qu'elle elfacait les plus bellcs de la cour ....
11 lui avait dit un jour : (( On appelle les Le prcruier coup d'reil était impo~ant l'l
papes, Votre Sainleté; les rois, Volre Ma- comme voilé de sévérité; le sourire et la
jeslé; vous, madame, il faut vous appelcr voix ouvraienl le nuage .... »
~fais elle conserYa Licn plus cncorc, el
Votre Solidité. » Mais il y a loin de la a tout
diriger, a fairc et 11 défairc les ministres, a jusque daos !':,ge le plus avancé, l'agrémenl
choisir les généraux et a ne pousser que ses de son esprit, dont ses lellres memes ne donprotégés, au grand détrimcnt de l'Élat, cornme ncnt qu'une imparfaite iJée. Dans ces letlrcs
clic c,l discrcl&lt;', réserréc, précise, asscz srnoa l'en a pi usieurs fois accusée.
Parl'cnue a celle époque de la vic ou l'on kncieuse, quoic¡ue aimaLJt,, et toujours un
n'a plus qu'a en dcscendrc les degrés, Mme de pcu pressée; le coté vif el gai du caracli:re
Maintcnon les desceadit avec lenteur; l'age nous écbappe. ll faul y ~joutcr un certain
n'effacait point en elle les agréments de la cnjouemenl de raison, une cerlainc grace vipcrsonne ni les graces de !'esprit. Saint-Si- qnle qu'elle cut jusqu'il la fin, meme dans
mon, qui la connut a celle époque, et qui ne l'austérité, el qui Lcnait asa pcrsonnc, a son
l'Oulait pas la 0aller, nous en a laissé lui- &lt;lésir nalurel de plairc, a la présence des
meme une imagc plcine d'agrément et de gens, au mouvemcnl de la conversation, mais
séduction. En 1694, lorsqu'elle avail pres de qui n'allail pas, commc dans madamc de Sésoixante ans, Mignard fit d'elle un porlrait vigné, jusc¡u'a se fixer par écrit. Oo ne pouen costumc de sainle Francoi~e, dame ro- vail jnindrc plus d'agrément a la solidité;
mainr, porlant un mantean douhlé d'ber- c'était, comme disait Fénclon, la I\aison parminr, qui dissimulait habilemcnt J'age sous lant par la boucbe des Graces. &lt;( Nous n'aune allégorit! gra,·e et 0allcuse, el indiquail von~, &lt;lit M. Sainte-Beme, qu'une partie de
le ra~1g mysLéricux sans en révéler le secre~. ,on esprit dans ses leures, le gout, le bon
A.u d1re de madame de Coulanges, ce portra1t ton, la raison parfaite el le tour parfois piexcita un enthousiasme général. (( J'ai vu, quant; mais ce qui animait la société, cct
écril-elle a madame de Sél'igné, la plus bellc cnjouement qu'elle melait discrelement a ses
chose qu'on puisse jamais irnaginer: c'est un récits, a ses histoires, et que tout le monde
porlrait de madamc de Maintenon fait par Jui reconnaissait, ce qui pétillait de brillant
Mignard. Elle est babillée en sainte Francoise el de fin sur son visage quand elle parlait
romaine. ~lignard l'a embellie, mais c'est d'action , comme dit l'abbé de ChoisJ, tout
sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans cela a disparu el ne s'esl point noté. On n'a
l 'air de la jeunesse; et sans Loutes ces perfec- en quelque sorle que le dessin et la gravure

de !'esprit de madame de Maintenon, on n'en
a pas le coloris. l&gt;
C'étail la le cbarme, inappréciable pour
nous, qu'elle avait a Versailles, et qu'elle répandait autour d'elle daos la mission qu'ellc
s'était donnée d'amuser ou de déscnnuyer le
cercle rcstreint 011 Louis XIV aimait a vi1re.
Son caraclere cbangea encore moins que
son esprit. Parvenue a ce dcgré inou'i de fortune, la tete ne lui tourna point, elle resta ce
qu'elle était; ses gouts, ses manieres, son
jugcment sur toulcs choscs demeurerent les
memes. On en trouve mille témoignages daos
ses lettrcs. Elle écrivait le 27 juillet 1686, au
début meme de ceLLe merveilleuse cxistence,
a l'abbesse de Fontevrault, sreur de madame
de Montespan : « Je suis toujours ravie, madame, quand je recois des marques de vos
bontés pour moi; mais je voudrais bien que
l'0us ne me fissic:i poinl de rcmerclmenls,
quelque ehose que je pusse faire .... Je n'ai
jamais cbangé de senliments pour vous; ,·ous
avez touché mon goul et rempli mon estime;
j'ai cru ne vous pas déplaire, et tout. cela,
madame, a subsisLé dans Lous. les temps, el
subsislera Loujours. Mais je vous demande en
grace de me lrailer comme vous me trailiez,
et de m'estimer assez pour croire que ce que
la forlune fait en ma faveur ne m'a point
gatée. Je souffre fort volonLiers tout ce qu'elle
m'attire de la part de gens qui ne me connaissent point, et dont l'opinion m'esl assez
indifférente; il n'cn est pas de meme de vous,
madame, dont I'estime et l'approbation m'ont
été précieuses, el je serais an désespoir que
vous me crussiez assez folle pour avoir oublié
combien votre amitié m'honore.... ~
A.u reste, les hasards de sa vie l'araicn t
admirablement préparée a ce role imprévu.
Sa jeunesse, passée au milieu des écueils qui
l'entourcrent, soit cbez Scarron, soit pendant
son veuvagc, ou au milieu des sociétés qu'elle
fréquentait, l'arl précoce el la vigilance dont
elle cut besoin pour s'y faire considérer ~t
rcspecter, sans cesser d'y plaire, n'a vaient été
qu'un long apprentissage de prudence et de
circnnspection qui la servil infiniment dans
ses rapports avec le roi et madame de MonLespan, et qu'clle eul encore a mellre en
reuvre d'une maniere dilférente sur son nouveau théa.Lre. D'un aulre coté, celte activité
obligeante .et serviable, ce Lempérament infatigable, cette complaisance industrieuse et
insinuante, cet empressement a entrer daos
les peines et les embarras de ses amis,
elle les porta a Versailles quand elle y fut
devenue la personne indispensable de l'intérieur, la compagne du roi, la ressource des
princes, leur intermédiaire et leur confidente,
celle dont nul ne pouvait se passer, toule au
roi et a la famille royale pour laquelle elle se
genait saos cesse, et lenail bon avec sourire
et bonne grace conlre cet esclavage de tous
les instants.
Duc

DE

NOAILLES.

ATTAQUE DE NANTES PAR LES VENDÉENS (29 JUIN 1793). -

Gravure de

BE RTHAULT,

d',:,pres SWEBACH-DESFONTAINES.

L'Exode des Girondins
Il n'était guere moins de huit heures, il y
en avait trente et une que, depuis la demicouchée et le sursaut de Rostrenen, nous
nous trainions de piege en piege, de faux pas
en faux pas. Nous tombions de fatigue, de
sommeil et de faim. Mais quoi manger? de
l'herbe? Et puis, commenl se reposer? Ou
dormir? Nous étions couchés dans l'eau; car
l'orage était si forl que, malgré ces grands
arbres, il tombait sur nous des torrenls; et
nous devions passcr quatre heures au moins
daos celte situation ! 11 paraissait impossible
que le plus robuste y résistat.
Je l'avoue, l'heure du découragement était
venue. Rioufl'e et Girey-Dupré, dont l'inépuisable gaicté s'élait soutenue jusqu'alors, ne
nous donnaient plus que des sourires. Le
bouillanl Cussy accusait la nalure: Salles se
dépitait conlre elle; Buzot paraissait accablé ; Barbaroux meme sentait sa grande ame
alfaiblie; moi, je voyais dans mon espingole
notre derniere ressource, mais j'y voyais aussi
le Lourmcnt de me sí-parLr de Lodoi~ka ! O

dieux!. .. Pétion seul, et c'est ainsi que je
l'ai vu daos toule celle route, Pétion, inaltérable, bravait tous les besoins, gardait un
front calme au milieu de ses nouveaux périls,
et souriait aux intempéries d'un ciel ennemi. Ennemi ! Qu'ai-je écrit? Quelle ingratitude! ll n'y avait plus, dans nos détresses,
qu'un sccours de la Provideoce qui pul nous
sau ver; et ce ,.c;ewurs ne se fit pas allendre
un demi-quart d'heure !
Oui, quelques minutes étaient a peine
écoulées, depuis que notre guide était parti,
lorsqu'il fit rencontre d'un cavalier. Celui-ci
!'examina curieusement ason passage, tourna
la tete pour l'examiner encorc, puis revinl
sur lui pour lui demander s'il se Lrompail,
s'il n'était pas un fédéré du Finislere? Nolre
guide hésile, et pourtant dit : Oui. Alors
nouvelles questions basardées avec myslere:
nouveUes réponses risquées avec précaulion.
On s'avance, on recule, on s'observe, on se
tate réciproquement. Enfin la confiance s'fül
éLablie; on s'explique. L'iaconnu était un
de nos amis, un ami de Kervelegan. Personne encore n 'a,·ait vu nos deux euvo¡-és de

Rostrenen. Je ne sais quel instincl l'avait
poussé amonler a cheval a la pointe du jour,
et a s'avanccr sur cette route pour savoir s'il
n'y rcnconlrerait personne qui cut entcndu
parl~r de nous. Un momenl plus lard, nolre
guide ne le rencontrait pas, car, surpris par
l'orage, il cberchait un abri.
Des que cet ange libéraleur nous fut annoncé, je ne me souvins plus que j'avais
besoin d'un lit, dºun repas, d'un asile conlre
la pluie qui ro'inondait. Je ne songeai qu'il
m'informer de Lodohka. Elle éLait parvcnuc
a Quimper; mais ce n'avai t pas été sans péril.
A.pres lá rencontre de ... elle avail poursuiYi
sa route. Arrivée a Saint-Bricuc, elle avait
ll'Ouvé qu'une dénonciation verÍait de l'v
devancer. Arretée par un gendarme, elle n~
s'était Ül'ée des mains de la municipalité que
par l'adrcsse et la fermeté de ses réponses. O
ma Lodo"iska ! ton courage et ton esprit m'avaient done arracbé aux plus grands des dangers que j'eusse courus! Eh! si tu étais
tombée aux mains de nos persécuteurs, a
quoi m'efll serví de m'elre dérobé aux embuches qu'ils avaient semécs sur mes pas?

�111ST0'1{1.l!
NoLre nom·eau conducleur nous mena
d'abord chez un Pª)'San, ou, sur nolre mine,
nous n'aurions jamais oblenu le pclit verre
d'eau-de-vie el le peu de pain noir qui nous
furent donnés. Une liqueur des iles et de la
hrioche ne nous avaienl jamais paru si bonnes.
On nous introduisit ensuite, a pelit bruit,
chez un curé constitulioonel, a qui on nous
donna pour des soldats qui venaient de faire
la chasse a des réfraclaires. Le bonhomme
nous chauffa, nous sécha, nous traita, nous
coucha, nous cacha jusqu'a la fin du jour. La
nuiL Ycnue, nous nous rendimes dans un
pctit bois oú d'autres amis nous attendaient.
lis amenaient des chevaux pour les blcssé~.
Apres dcu i bcures de marche, il fallul se
séparer. 11 nous en co11ta, sans doute. Les
communs dangers de ce vopge avaient resserré entre nous les doux liens d'une amitié
sainte. J'embrassai Salles; j'embrassai Cussy
et Girey-Dupré. Ilélas ! il était écrit que je
ne devais jamais rcvoir ces deux-la. Tous
cinq, ils allaicnt chez Kervelegan. On parlail
de me mettrc avec eux; mais Quimper enfermait un dépót trop précieux pour que
j'allasse ailleurs. Buzot fut conduit chez un
brave homme, a deux portérs de fusil de
cclte ville. Pétion se rcndit dans une campagne Yoisine, ou Cua&lt;let l'attendait déja.
lliou[c, Il:lrbaroux et moi, nous allames
cbez un cxcellcnt citoyen, dont je n'ouLlierai
¡¡as les boas procédés.
.
Le lcndemain j' y rc~us la visite de ma
chcre Lodo1ska. Ma femme avait fait la faule
d'aller loger a l'auberge, au licu de descendre
cbcz une ancicnnc amie r¡u'elle arait daos la
ville, et ou elle citt été moins en évidence.
~ous n'en poursuivimes qu'avec plus d'ardeur
nolre prcmier projct, qui avait été qu'ellc
louerait, pour un mois ou deux, une maison
de campagne voisine, ou j'irais me réfugier,
el ou nous allendrions ensemLlc le moment
de nous cm barquer.
Ce momcnl ne paraisrnit pas pret a venir. Sur la riviere qui pas~e a Quimper, &lt;t
va se jetcr dans la roer, était une petilc
barriue pontée, mais qui avait déj1 tant
rnyagé qn'ellc avait été mise hors de servicr.
l&gt;uchiltel, qui Yint nous rnir a,·ec Bois-Guyon ,
nous dit qu'il avait fait e:xaminer cette barque,
d qu'au moyen d'unc douzaine de cents
livres de frais de réparation on la ferail
presque neme. La difliculté était de rn procurer des ouvriers; le lravail allait tres lcntement. Des qu'il serait fini, nous nous embarr¡uerions tous, et trois jours de beau temps
suffisaient pour nous por ter a Bordeaux. Je
lui dcmandai quclles mesures avaient été ou
devaieut etre priscs pour que les commis,
chargés de la visite et de l'examcn des passcporls, dans tous les balimenls qui descendaient la rivicre, nous laissassent passer ; et
quelle espérance un peu raisonnable nous
pouvions avoir d'échapper aux corsaires anglais, qui couvraient alors l'Océan. Ouchatel
répondait vaguement que toul cela était facilc;
('~pendant il n'indiquait aucun mo1en. C'était
un jeunc homme intrépide que Duchátd;
mais sa légerelé, son imprudencc allaic11 t

"------------------ ------------------jusqu'a la lémérité. En ce moment, par
cxemple, il logeait a l'auberge et sous son
nom; il se promenait par loute la villc, ne
cachait a personne qu'il élait dépulé et proscrit; enfin, il faisait publiquement fréler
celle barque; et nous étions trop heureux
c¡u'il eúl bien rnulu consentir de ne pas dire
rru'clle dcvait servir encare a d'autrcs qu'a
lui.
Ma Lodo'iska cependant venait de trouver
a la campagne une jolie petite maison avec un
assez grand jardín. Elle m'y attendait; j'y
volai ; je te laissai, mon chcr Barbaroux,
mais tu me le pardonnes : tu sais quelle
passion j'avais pour elle, et comme elle en
était digne! .Je t'ai vu au milieu des plaisirs
variés dont t'enivraient tour a tour mille enchanteresses allirées par La beautó, mais
aussitót délaissées par ton inconstance; je t'ai
vu cent fois envier les dél ices de ccl amour,
a la fois vif et tcndre, respecturux et fortuné,
toujours fidele et toujours nouveau, de ce
véritable amour que m'inspirait, que me rendait mon épouse.
D'abord, en cas d'attaque, elle me construisi t une retraite impénétrable aux assassins.
Nos précautions ainsi prises, nous nous abandol\Jlames a la douceur présente de notre
position. Nous reprimes cettc vie simple et
solitaire qui a, ait pour nous tant de cbarmes
et qu'il nous avait été si pénible de quitter.
Peu de personnes venaient troublcr notre
délicieuse retraite, et ce n'était jama is que le
soir. Tout le jour nous jouissions du bonheur
d'elre ensemble. Eh! pourquoi le jour n'av.tit-il que vingt-quatre heures ! Qu'ellcs étaient
belles ces journées, obtcnues apres tant
d'orages, hélas I et que tant d'orages enoore
allaient suivre ! O Penhars ! lieux a jamais présents l.t mon souvenir, devenez chers aux
vrais amants ! Vous m'avez rendu tous les
délices d'Évry 1 •
Aussi ne voulus-je point quiller Penhars
pour aller daos la barque. J'attendais d'ailleurs l'embarcalion plus sure que Pétion et
Guadet faisaient préparer dans Brest. La
harque partil emportant neuf vopgeurs.
C'étaienl Cussy, Duchatel , Bois-Guyon, GireyOupré, Salles, ~frillant, Bergoin ', un Espagnol, nomme Marchena, digne et malheureux
ami de Brissot; et HioulTe, bien désolé de ne
pas partir avcc nous. Les deux derniers
étaient venus comballre avec nous pour la
liberté daos Caen, et depuis ils avaient voulu
partagcr tous nos périls.
Au moment du départ seulemenl, Guadel,
Iluzot et Pétion avaient fait dire qu'ils se
r ~ndraient incessamment h Bordcaux par une
autre 1 oie. J'ayais, depuislongtemps, annoncé
que je suivrais leur destinée; et, tres heureusement pour lui, Barbaroux venait de prendre
la petile vérole. Je dis heureusement, car
Lous ceux qui ont mis le pieJ drns ce malheureux baleau ont été bienlót pris.
Au reste, voici l'instant de rapporter que
13'.. était venu, comme je l'avais prévu, nous
1

1

l. Louvet el Lodoiska ¡,as;ércnt a·Pcnhars
miare quinzainc de septembrc 1}93.

2. Bergoeing, dépulé de la G1ronilc.

la pre-

chercher a Quimper. 11 n'eut pas de peine a
lrouver Ducha.te!. Cclui-ci, ne voulant plus
confier nos sccrrls a personne, lui dit que
nous étions dans les environs de Loricnt.
Jleurcusement les commissaires monlagnards n'osaient cncore entrer dans le Finistcre, ou l'opinion publique les réprouvait
toujours. lis s'y faisaienl prc'céder par des
émissair11s chargés de préparer les jacobins a
coups d'assignats. Un partí maratiste commencait a levcr la tele dans le club d~ Quimper. On y molionoait de faire des visites domiciliaire, dans les maisons voisines de la
ville, ou le bruit courait que des trai.tres ii
la patrie étaient recélés. Le bonheur de Penhars était lrop grand; il ful court; a peine
il commen~ait, quand il y fallut renoncer.
J'allai me jeter, a quclques licues de la,
· dans une maison isolée, ot1 d'excellcntes gens
me prirenl en pension . Séparé de mes amis,
séparé de Lodo'iska, j'éprouvais un ennui
morlel. C'est la que je fis mon hymne 11(,
morl. Je voulais, si je Lombais aux mains de
mes ennemis, le chantcr en allant a l'échafaud.
AIR :

Vei/1011s

1111 .rnfot

&lt;le l'empire!

Des vils oppresseurs de la France,
J'ai Mnonce les attentats :
lis sont vainqueurs. et leur vengeanre
Ordonne au~~itól mon trépas.
Liberté! liberté! rerois done mon Mrnier liommage !
Tnanli, f1-a¡lpez ! l'h~mme libre e11Yicra mon rtestin
·
Plutñt la mort que l'esclavagc,
c·est le ,reu d'un répuhlicain !

Si j'a\·ais sen·i leur fnrie,
lis m'auraient prodigué de ror !
J'aimai micux servir ma patrie,
J'aimai mieux reccvoir 1a mort.
l,iherté! libet·tél quelle ame, 1t Ion feu ne s·anime!
1\rans, frappez I l'homme libre en viera 111011 destin :
Plutót le trépas que le crime,
C'est le vreu d'uo républicain !
Que mon &lt;''temple vous in~pire,

Amis, armez-,·011s pour vos lois;
.lvec les 1·ois Collot conspire,
Éc,·asez Collot et les rois !
J&gt;agne !
Hobcspicrre, el vous tous, rnus tous que le meurtre accomTyrans, lremblez I vous de,·ez cxpier YOS forfaits :
Plutót la mort que la Montagne,
Est le ct·i du fier Lyonnais !
El toi, qu·:, rcgret je dé!ai:;se.,
Amante, si chere a mon cCCUl !
Banois teute indigne faiblessc,
Sois plus forte que ta douleur !
Liberté t liberté I ranime el soullens ,ou courage !
Poui· toi, pour moi, &lt;1u'ellc porle le poid-; de '-CS jou,....,:
Son sein, peut•Ctrc, enf,•rme un gag-e,
L'unique frnit de no-; amours !

Oig-ne éponsc. sois digne mere,
Prcn,1s ton éle,·c en son berc&lt;::au !
Hcdi:i-lui souvt:nl que:son pere
Mourul du trépas le plus heau !
Liberté! liberté! r¡u'il foffre :;0,1 plus pur ltomma:;,• !
Tr,·ans, tremblez 1 rcdoutez un t-nr ,nl généreux !
Pluttlt la mort que J'escl"'ªge,!
Scr·:t le premicr de ses vreux !
Que si d'uu nouveau Rolie,pierre
Ton pays était tounneoté,
Mon lils, ne venge potnl ton pl•rc,
Mon lils, ,enge In hberlé !
Liberte I liberté I qu·un sur.ces 111eilleur l'accompJg11e
·ryraus, fnyez 1cmportez ,•os enfans odieux !
Plutól la mort que la Monlagnr,
Sera le cri de nos ncveui 1
Oui, de• bourreaux ele l'Abbaye
Les succés ;,lfreux seront court" 1
Un monstre effrai·ait sa patrie,
t:ne filie a tranché ses jours !
Liberte! liberte! que ton hras sur eux se promCue !
Tremblez, tyrans I vos forfaits appellent nos Yertu,:
llarat est mort cha1:g~ Je haine,
Corday vit aupres de Brutus!

}!nis la foule se prcsse et crie;
Peuple infortuné, je t'entends!
Adicu, ma íamille chérie,
Adieu, mes amis de vingl ans !
Liberté! liberté! pardonne a la foule al,usée !
llai,, vous, tyrans ! le Midi pcut encor ,ous punir:
Moi, je m'en vais dans l'Élysée,
Avec &amp;ydney m·entrctenir!

.J'étais depuis plus de quinze jours dans
cette relraite ou le temps me semblait bien
long, quand un garde national vint m'y rlemander. C'était un inconnu, qui m'avait
rcndu Je plus important service. Au moment
ou ma Lodo'iska, dénoncée au club par un
homme qui avait dit, en propres termes, que
puisque la femme de Guadet avait été mise
en état d'arrestation, on pouvait bien y meltre la sreur de Louvet; en ce moment il avait
,:1é l'avertir, et l'avait recueillie chez lui.
~laintenant il venait m'inviter a partager son
asile. Jugez de ma joie !
En attendant que la nuit ful venue, le hienÍJisant cnroyé de Lodo1ska prit quelque repos.
ll en avait besoin; car j'aurais du rccevoir la veille une lettre de ma femme, lar¡uelle ne m'était parvenue que le matin
meme de ce jour. Lui cepeodant comptant
que je me rendrais, la nuit derniere, a un
rndroit désigné, m'y avait allendu jusqu'a
l'aurore et par un affreux temps; inquiet de
ne m'avoir pas vu, il avait fait plusieurs licues
pour m'apporter un nouveau billet de roa
femme, et pour m'ollrir tout ce qui me conriendrait chrz luí. Tant dt! zcle me paraissait
plus étonnant de la part d'un homme qui ne
me connaissait quede réputation; maisj 'avais
affaire a!'un des mortcls les plus généreux et
lés plus extraordinaircs dont cette terre puisse
se glorificr. füen ne lui coutail lorsqu'il s'agissait de rendre service a ceux qu'il cr,1yait
mériter son estime.
11 nous cacha tous deux dans une ehambre au-dessus de laquelle logeait un gendarme
r¡ue ses camarades visilaient toute la journée;
et ceux-ci frappaient souvent a nolre porte,
croyant que c'était ccllc de lcur ami. Y araitil quelque dangereux message a faire, il s'en
chargeait. Un vil coquin, digne commissaire
du pouvoir exécutif, venait d'arrirer, apportant des ordres secrets : il allait l'aborder,
hoire avcc lui, tacher de sarnir ce qui l'amcnait. Barbaroux était sur le point de manqucr
d'asilc; il oíl'rait de faire mellre dans notre
petite chambrc un troisiemc lit. o·es visites
domiciliaires étaient orJo::mées : n'imporle,
il ne sou!Trirait pas r1uc nous r¡nitlassions sa
maison; lui-meme il nous fai,ait, avcc une
prompLitudc el une adressc sans égalcs, une
cache en bois, difficile a décou,·rir. A l'époque critique ou presque toutes les maisons
étaient fouillées, ma Ít:!mme et moi nous pafsames un jour, un jour tout enlier dans cettc
niche; lui cependant attendait lranquillement
dans la chambre, et si les inquisiteurs rcnaient a nous découvrir, il les combattrait
av~c moi jusqu'au dernier soupir. L'embarcation toujours attendue était bien diO'éréc :
il irait a tout risque prendre des informations
et presser l'instant du départ. Nous aurioos
pcut-elrc bcsoin de passeports : s'il ne pou-

vait nous en procurer, il nous en fabriquerait. En attendant l'embarquement, qui pourrait tarder bcaucoup encore, ma femme parlait de ten Ler vers Paris une incursion bien
nécessairc au salut des débris de nolre mince
fortune : afin de pouvoir aider ou défendre
ma femmc au besoio, il irait el vendrait arce
elle.
Enfin, j'étais inquiet de Pétion, de Guadet, de Buzot; il avait, depuis si longtcmps,
un si grand désir de les voir ! si _je ne craignais pas de lui confier le lieu de leur retraite, il irait les embrasser de ma part. Au
reste, il ne céderait a personne l'avantagc de
nous accompagner avec ehevaux, armes et
provisions, jusqu'au bord de lamer, le jour
que nous parlirions.
Au reste, c'était un homme universel que
nolre ami; bon marin, bon militaire, bon
médecin, menuisier adroit, serruricr habile,
grand marcheur daos l'occasion, au besoin
maitre d'escrime; propre encare a une comptabilité, a une administration, fort bien dans
un bureau, dans un cabinet, daos une manufacture, dans un comptoir. Mais ce qui contribua bcaucoup a lui concilier toute mon
estime, ce fut le goíit que je lui reconnus
pour les sciences douces, pour ces beaux-arls
qui annoncent les penchanls tranquilles ou
vertueux de ceux qui les cultiven!; il était
peintre, dessinateur, archi tecle et botanistc ;
et daos son intérieur, que de qualités aimables et solides! économe a la fois et libéral,
laborieux et désintéressé, attcntif et doux a,·ec
ses domc,liques : si bon al'CC son enfant ! si
tendre avcc sa femme ! Oh! quand je l'eus
vu dans sa vie privée, cambien je m'cnorgueillis d'avoir conquis son ami lié!. ..
~

Cependant il y avait trois srmaines que
nous étions chez notre généreux ami, et nous
commcncions a déscspérer de i'l'mbarcalion
tant promise, lorsque, le 20 seplembre, on
rint me chercher. Hélas ! oui, on ne wnait
chcrcher que moi ! Jusqu'alors on m'avait
assuré que rien n'empecherait que ma femmc
ft!L recue a bord du batiment; on vint, dans
cctte triste soirée, nous apprcndre que l1•s
circonstances étaienl telles qu 'il était impossible qu'une femme cutral dans le vaisseau
saos nous comprometlre lous, et que le capitaine se voyait, a regret, obligé de déclarer
qu'il n'en recevrait aucune. Que! coup de
foudre pour ma Lodo1ska ! Je ne voulais pas
partir, puisqu'ellc ne partait pas. Elle sentit
qu'une telle résolution oc pourrait que nous
perdre, elle exigea que je m'éloignasse. Quant
a elle, aidée de notre ami, elle parlirait incessammcnt pour Paris, et, apres y avoir ramassé les débris de notre fortune, elle viendrait me rejoindre a Bordeaux , ou nous
reslerions ensemble, si l'insurrection s'y soutenait, et d'ou nous partirions pour l'Amérique, si les tyrans l'avaient emporté .... Que
de vains projets, grand Dieu ! A quels nouveaux périls je courais ! Que de peines, que
de fatigues j'allais chercher I En quels lieux
te retrouverais-je, o ma Lodo'iska !

L'EXODE DES G~01YD17VS -

Je partis, je la laissai. .. j'eus !'horrible
courage de la laisser encore !. .. 11 était cinq
heurcs du soir, c'est-a-dire qu'il fairnit encore plein jour quand je sortis de la ville a la
vue de tout le monde. A deux cenls pas un
chevaf m'attendait, un ami sur était mon
guide, nous avions ncuf grandes lieues de
pays, a peu pres quinze fümes de poste, a
faire. 11 fallait etre dans la chaloupe, qui dcvait nous conduire au batiment, a onzc heures
au plus tard, car le coup de canon qui ordonnait le départ du convoi et de !'escorie serait
tiré a minuit précis. A deux licues d'ici, j'allais Lrouver mes chers cofü:3ues qui m'attendaient, En effet j'cmbrassai Guadet, Buzot et
Pétion, mais Barbaroux vinl longtemps apres;
il nous fil perdre une grande heure. Pourtant
il n'était pas minuit quand nous arrivames
au bord de lamer. Les armateurs nous avaient
joints sur la routc. Non contents de ne vouloir rien accepter pour nolre transport a Bordeaux, qui leur faisait cepeudanl courir de
grands risques, ils nous offraient leurs bourses; nous refusames. Arrivés a l'auberge ou
ils nous avaient fait préparer a souper, nous
y apprimes que la chaloupe que le capitaine
devait emoyer pour nous prendre n'avait pas
encore paru. Nous attendimes pres d'une
demi-heure, mais en vain; et ce qui redouLlait nos alarmes, c'est qu'a coté de la ehambre ou nous soupiom, se trouvait une autre
chambre ou deux hommes buvaieot ensemble;
!'un desquels n'était rien moins que le commrndant du petil fort qui domioait la plage
ot1 nous comptions nous cmbarquer, et qui
avait cinqt::ante hommrs de garnison. Que de
contretemps ! que de sujets de crainle pour
nos armateurs qui araient calculé que nous
lrouverions la chaloupe prete, et le commandant endormi ! L'un d'eux courut réreiller des
p&lt;lcheurs qui, mo1ennmt triple salaire, consentircnt a nous rcccvoir dans leur barque;
mais il fallait attcndre que la maréc montante vintla mcllre a flot. C'était encorc tro·s
quar!s d'heurea pcrdre. Pourcomble d'cmbarras, c'étaittroisquarts d'heure 1t passerdans le
voisinage du commandant. Ileureuscment il
avait déja bu si raisonnablement qu'il ne songeait gucre a s'inquiéter quels gens s'imp:iLienlaient acoté de lui. La barque nou, recut
sans accident; mais n'était-il pas trop tard?
ll élait plus d'une heure, nous aurions dú
nous embarquer bien avant minuit.
11 fallait ramer une licue pour doubler une
pointe ou le raisscau, qui devait rcster un
peu en arricre des conrnis, arnit ordre de
nous attendre. Nous ne l'y trouvames point.
Ne l'avions-nous pas fait attendre trop longlemps ! Si le convoi était parti a minuit précis, n'arait-il pas été forcé de retirer les
ancres en fin, el de suivre ! Nous nous mimes
a courir des bordées daos celte rade de Brest,
si vaste que le vaisseau désiré n'y était plus
qu'un petit point difficile a découvrir, surtout pendan! la nuit. Elle fut longuc, la nuit ;
je n'en avais pas encore passé dans les agitations d'une impatience aussi cruelle; l'aurore
ne se montra pas moins défavorable; elle
nous décomrit une immense nappc d'eau sur

�1f1STO'J{1.Jl
faquelle nous ne vimes floller rien. Nos mon- calomnie ne manquerait pas de nous y pourlres, a chaque instanl consullées, marquent suivre; elle serait crue, en affirmant que nous
six heures, sepl heures, sepl heures et demie ! y avions passé volontairement. .Nous y laisseloule espérance nous abandonne. Qu'allons- rions, avec la ,·ie, un bien plus précieux,
nons devenir? La terre el la mcr sont en ce l'honneur. Aussi, devant un corsaire de cellc
moment également dangereuscs pour nous. nation , ne nous restait-il qu'une ressource,
JI était aisé de voir sur les figures de nos el la résolution en était prise: c'était de nous
armateurs que les memes pensées les affli- jeter a la roer pour ne pas tomber daos ses
geaient. que le meme découragement lrs mains.
al'ail saisis. Depuis un bon quart d'heure,
Mais qui garanlissail que les b:.Himents en
couchés pres de nous dans la barque, ils ne \'Ue fussent eonemis? D'ailleurs étaient-ils
prenaien t plus la peine de rPgarder la mer. armés? Enfin, ou nolre pau\'fe capitaiue,
Un d'eux pourtant se releve nonchalammenl, mainlenant embarrassé de nous, allait-il ehertourne la tete arec lenleur, el de l'air d'un cher un asile? En quelque port de France
homme bien sur de ne rien découvrir. Toul a qu'il cnlral, n'y lrouverait-il pas des ennemis
coup son maintien s'anime, il pousse sa voix . acharnés a sa perle prcsque autant qu'il ,la
Lotre?
- Tel batimenl? demande-t-il.
On répond oui.
Nous nous gardions bien de lui commu- Te! capitaine?
niquer ces réllexions qui n'auraient fait
Cn otti nous vint encore.
qu'augmenter sa peine; mais on Yoyail assez
11 se relourne vers nous les bras ouverls, daos tous ses molll'cments qu'aucun des danil nous embrasse transporté de joie :
gers de sa bizarre position ne lui écbappait.
- Vite, vite, au vaisseau, dit-il.
Depuis deux heures naviguant en sens conAvec quelle légereté le plus pesant d'entre traire, nous étions sur le poiut de rentrer
nous s'y grimpa !
dans la radc; le capilaine, alors, jugeant que
- Voila votre pclil logcment, nous dirent la tele de son second devait elre p!us tranles armateurs qui venaient de nous amcner quille, et que les fumées de l'eau-de-vie,
dans la chambre du capilaine.
qu'il se reprochait d'avoir fait distribuer a
Puis ils s'informerent si le convoi était fort trop forte .:losP, avaient eu le temps de s'aen avant.
battre, monta sur le pont.
Le brave Écossais qui commandait le bali- Ah ca, dit-il, qu'on m'écoule en siment leur dit qu'il a,ait défilé a minuit lence ! Je suis le maitre ici: personne n"a le
précis.
droit de commenter mes ordres. )lalheur a
- Pour ne pas me rendre suspect, j'ai quiconque s'en aviserail ! Yos crainles sont
enfin démarré, poursuivit-il. Bienlol je suis ridicules, mon parti est pris; j'entends aller
resté en arriere malgré mes matelots, mé- en avant; qu'on se taise et qu'on obéisse' I
Il ordonna la manceuvre en conséquence ;
contents de mes manreuvres; j'ai perdu mon
tcmps. Je parlais eofin quand j'ai cru voir et le second, n'osant plus dire un mol, l'orquclque chose. J'ai fait voile de ce colé; dre ful exécuté.
Ainsi nous échappions au prcssanl péril
mais une minule plus tard, lout élait dit.
Quoique bon roilier, ajoula-t-il, je ne puis de la rentrée dans un porl de France; mais
guere espérer d 'alleiodrc le conYOi q u'ii la a présent pomions-nous raisonnablemenl eslin du jour. Ainsi privé d'cscorle je crains pérer d'échapper a l'étranger 7 Il nous faudrait peut-elre naviguer sans escorle jusqu'au
l'Anglais.
- Au risque de perdre le batiment, s'é- lendemain soir, car le convoi avait actuellecricrenl nos généreux armaleurs, allez, cs- ment douzc heures d'avance sur nous. ll est
sayons a toul prix de sauYer ces braves gens! vrai que nolre grande flolle, récemment sorfü nous embrasserent, renlrerent dans la tie de Brest, forcait les corsaires anglais a se
tenir plus éloignés; pourtant peu de jours se
barque, et s'en allerenl aIlrest.
Nous suivions la route opposée, nous la passaient sans qu'on en signal:.H quelquessuivions depuis deux heures, lorsque cinq uns sur la cole. On sent que nous n'étions
batiments apparurenl, rangés dcvant nous, rien moins que tranquilles.
en cercle a l'horizon.
Notre navigation de ce jour fut heureuse;
la nuit nous donnail peu d'inquiétude, elle se
- Corsaire anglais ! cria l'équipage.
En Yain le capitaine leur dit qu'il fallait passa bien; mais le lendemain, d'assez bonne
avancer, qu'on ne poul"ait distinguer encore. heure, les batiments s'apf;rcurent al'horizon,
Les matelots murmurerent, et le second, jetés devant nous a peu pres comme ceux de
r¡ui avail bu, portanl la parole pour eux, la veille:; seule~ent, au lieu de cinq, ils
déclara qu'on ne prétendait pas, pour des étaient huit. L'Ecossais se fil apporter ses
passagers inconnus, courir le risque d'etre lunelles d'observalion, il les Lint braquées
wnduit en Angleterre. Notre brave Écossais plusieurs minutes; apres quoi il affirma qu'il
vit la révolte prele a éclatcr; il revira.
reconnaissait des Fram;ais. Le fait esl qu'il
Assurément nulle renconlre ne pouvail ne pouvait encore distinguer. Un autre fait,
nous etre plus facheuse que celle de l'An- c'est qu'il avail pourtant raison et lrop raiglais. La Grande-Bretagne devait elre pour son. Quand il fut moins loin, il le vil bien,
nous la terre maudite. Quelle que pul aYOir que c'étaient des Franyais. Nous n'ignorions
été la violence qui nous y aurait conduils, la pas plus que luí que nos signalements avaient

élé enYoyés a tous les capitaines de vaisseau
de la république, avec injonction formclle de
l'isiler tous batiments en mer, et surloul d'y
examiner les passagers. Eh bien! nous lombions daos la grande llolle de Brcst. Vingldeux vaisseaux de ligne el douze a quinzc
frégates étaient devant nous. Jugez de nos
transes a ce magnifique speclacle ! 11 nous
fallut longer, sur tout son front, celle formidable ligue. Quoique enfermés dans la chambre du capilaine, nous dumes encore nous
jeter venlre a terrc; quelque sans-culotte de
bas-bord, s'il avait apercu quelque pasrnger,
eu t pu motionncr de voir un peu qui e'était;
et je doute qu'alors nos passeporls nous eussent sauvés; n'avions-nous pas d'ailleurs avec
nous ce Pétion, dont la figure était si généralement connuc, et qui, de peur d'etre Lrop
méconnaissable, s'avisait d'al'oir, a moins de
c¡uarante ans, la barbe et les cheveux blancs:
notre brave capitaine cependant se tenail sur
le pont, d'un air assuré, prél a mentir au
premier porte-voix qui l~ queslionn&lt;!rait. Aueun ne lui dit mol, nous en f11mes quillcs
pour la pcur.
Au moins nous étions délivrés pour quclques heures de la crainle des corsaires anglais. Tout alla bien dans la journée, mais
vers le soir, comme la grande llolle était
rcstée daos sa croisiere, fort loin en arriere,
et absolument hors de vue, nous apercumes
des batiments en avant. Le capitaine recommenca ses eomplaisantes observal!ons, dont
nous savions d'avance le résultat; en effet, il
ne manqua pas de dire:
- Ce sont des marchands fraocais.
Ponrtant il ne tarda pas a reconnaitre
qu'un de ces prélendus marchands se rapprochait beaucoup de nous, et portail du canon; il continua, comme il pul, d'affecter
devant son é,¡uipage un air lranquillc; mais
il nous dil tout bas :
- Je joue gros jeu; si ce n'esl pas notre
convoi, je suis demain en Angleterre.
C'était le con\'oi, mais le danger, pour etre
un peu moins grand, ne cessait pas d'etre
mortel. Le batimcnt dont nous étions actut-1lcment tres pres, était une des deux frégales
de l'escorte: elle s'était mise en panne pour
nous attendre et nous héler. Des que nous
fumes a portée du porte-voix, nous cntcndimes ce premier inlerrogat assez inquiélant :
- D'ou venez-vous?
- De Brest, répliqua nolre capitaine, d'un
air tres ferme.
Alors on ,lui fit cctle obscrvation de mauvai s augure :
- Vous étiez bien arriéré.
A quoi il répliqua :
- J' ai été anssi Yi le que je l'ai pu.
- 11 faut que Yous soyez bien mauvais
voilicr, lui dit-on, peu obligeammenl.
A cela poinl de réponse.
Enfin la question menapnle arrira :
- Avez-vous_des passage1·s it bol'd?
Notre franc Ecossais fit aussildl relcntir

crits. Le nnvir,: l' Jndusll'ie ap,&gt;arlenail aux frcres Poulic¡uc11, dr 13rcst, 1p1i 1'ollflt1i,i,·1'11l cux- rncmcs lrs (, iru11-

dins i, lrnrd. \'. l°ATE1.. Charlo/le CnrJay et /es (,irourl i11s. passirn.

1. Ce capilainc s'appclail Grauger. 11 ful cor,damné il
mort, le 8 frimairc an ti, ponr a ,•oir rcc11c11li les pl'(1S-

�1

111ST0'1{1.Jl
l'air du non le plus vigoureux: sur quoi le
gucrrier mil sa chaloupc en mer.
Pour cctlc foi~, il était clair que notre
malheurcux capitaine allait etre Yisité; nous
tremblames pour lui. Quanl a nous, résignés
1t toul événement, nous jeta mes a l'eau tous
les papiers qui auraient pu compromellre qurlques ami~, et nous bandames nos pistolets.
Cette chaloupe ne méritait pas des apprets
si lugubres; elle venail nous remorquer a wn
vaisseau, qui ne l'envoyait que pour cela. On
nous conduisit ainsi jusqu'a ce que nous eussions atteint le r.onvoi, et ce ne fut pas a nos
yeux une des moindres bizarreries de ce
voyage, que de nous voir ainsi protégés par
l'un des ba.Liments essentiellement préposés a
nous perdre.
La nuit suivante nous eumes gros temps;
a la poinle du jour, c'était presque une tempete : notre équipage voulait imiter quelques
marchands qui relachaient a la Rochelle ;
déja ses réclamations prenaient le ton de la
révolte; la fermeté de notre Écossais, aidé de
qualre ccnts livres d'assignats que nous dislribuames entre les malelols, nous déroba 1t
ce nouveau péril. 11 est uai que l'Ocfan
cnLr'ouvrait quelquefuis ses profonds abimes;
mais tous ses Oots soulevés élai~nt moins
redoutables que les Oots de cette multitude
insensée, qui, sur une terre ingratc, nous
appelait slupidement a l'échafaud.
Le beau temps revinl a midi. Notre capiLaine araiL beau faire, il march:iit toujours
mieux qu'aucun des batiments de la flolle.
Le signa! de diminuer les voiles fui fut fait
plusieurs fois par le vaisseau commandant-;
il les diminuait loujours, et toujours il allait
trop vite. Cetle circon~tance l'inr¡uiétait; et il
y avait a craindre que le commandant ne pril
des soup~ons s'il venait a remarquer que ce
batiment, qu 'on voyait aujourd'hui toujours
en avant du convoi, était celui qu'on avait
trouvé la veille si fort en arriere. Au reste,
si ces erain tes étaient fondées, nou ~ aurions
trop lieu d'en elre surs a l'eatrée de la riliere
de llorJcaux. C'étaiL la qu'une rcconaai~sance
1:énéralc JL•vait clre faite par lt&gt;s batiments
,·onrnycurs. Nous y arriYamcs a cinq bcures
du soir; le Yaisscau commanJJnl laissait
Jéíil,·r dcv.,111 l11i 1foq11c ba1im1 ni, et le hélait
1t snn p.1ss~g,1. N,nc cap:taine fllaiL l'un Jl's
preruicrs; la terriLle qnc.;l 0:1 lui fut renou,·eléc :
- Avc:;-1'011s des passagers it boril?
11 r~punJit commc la vt:ille, el d'un loa
non moins ferme, et le sucte, ne fut p:is
moins bcurcux.

Cependant la marée, qui en montant nous
avait déja fait faire pres de dix lieues, commen~it a descendre, il fallut s'arreter. Notre
capitaine eut l'attenlion de jeter l'ancre a
quel(_Jlle distance des au tres batiments; et,
des que la marée cessa de descendre, il fil
mettre a la riviere ce qu'il appelait son canot.
C'était un des plus petits, un des plus freles
batelets qu 'un Parisien eu t pu voi r sur la
Seine. Nous y descendimes douze personaes,
doat le capitaine, et quatre matelots pour
Tamer. Je n'ai pas besoin de dire que le caaol
était plein; il l'était au point de n'y pouvoir
faire, sans témérité, beaucoup de mouvcments. Notez que cette riviere était la eacore
une espece de mer. Elle avaiL dcux lieues de
large. Plus loia, ce fut pis. La meme masse
d'eau se trouvait resserrée daos un canal
moitié plus pelit. Son cours, excessivement
plus rapide, était en quelques cndroils embarrassé de bancs de sable mal connus de nolre
Écossais. Quant au batelet, il lui restait a
peine deux pouce;i de bord. De temps en
temps, la moindre oscillation nous mena~it
de chavirer, et tres souvent la vague entrait
dedans. C'étaient la pourtant nos moindres
daagers !
Nous partions ainsi pour éviler la deraiere
reconnaissance des comoyeurs, et surtout la
,i,ite du fort de Blaye. Malheureusement il
était déja jour. L'homme de quart sur le
Yaisseau commandant nous Yit passer; il 1,e
nous héla que pour nous ordonner &lt;le ne pas
trop approcher de son bord. Apparemment il
crut, comme nous l'avions espéré, qu'1111
misérablé peLit batelet ne méritait pas d'aut1·c
attention. Au fort de Blaye, ce fut encore
mieux : on ne nous dit pas un seul mol.
Arril'és au Bec-d'Ambez nous descendimeF.
Nous y élioas enfin, daos ce déparlemeat de
la Gironde; et la, nous croyant non seulemeal en sftrelé, mais en mesure Je combattre les ennemis de notre patrie, il ne tint
a rien r¡ue nous ne baisassions cetLe terre
délivrée ! O malheureux humains ! vos joies
sont quelquefois aussi follement placées que
vos tris tesses' !
Le capilaiae se rendait a Bordeaux. Nous
nous coLisames pour lui faire une somme de
dcux mille livres, qu'il accepla. Nolre intcnLion était d'y joindre roille écus, que no1:s
comptions trouver aisémenl a emprunter da11s
toute la villc, ou il ne nous précéderait apparemment qne de vingt-quatre heures. Je
ne sais pas s'il reslait deux cents francs
1. [,e débarquemrnt m Bcc-d'Ambcz s'cffcclua le
2~ scplcmbrc 17!l3.

dans la boursc du plus riche d'entre nous.
La maison 011 nous vrnions de descendre
apparteaait a un parenl de Guadet. Personne
n'y était pour nous recevoir; nous allo.mes a
une auberge voisine, ou Guadet, avec sa confiance ordinaire, ne fit nulle difficulté de dire
son nom. Des lors il devint facile de devincr
qui nous étions Lous. Cette imprudence fut la
cause principale de tous lrs dangers c¡ni
vinrent presque aussitot nous assaillir. De l1t
vint qu'on fut d'abord sur nos traces a lous,
et que bientot nous n'eumes plus un instanl
de repos.
Les clefs de la maison étant arrivées, nous
nous y retirames pour y causer 11 notre aise
de nolre siLuation. On avait dit 11 l'aubergc
des choses bien surprenantes, et que Guadet
affirmait impossibles; qu'a Bordeaux, les
maratistes venaient de l'emporttlr; que la
municipalilé et le déparlement étaient en
fuile; que les représentanls du peuple y
enLraient ea force. Quoi qu'il pul etre de ces
bruits, nous pensames qu'il ne convenait pas
de aous eafourner tom dans celte ville, avant
de les avoir vérifiés. Guadet, qui connaissait
toutes les isme,, offrit de s'y rendre, et
voulut emmener Pétion.
Ils revinrent Je lendemain, trop heureux
d'avoir pu eatrer saos etre vus, et d'en etre
sortis sans avoir été arretés. Tout ce qu'on
nous avait &lt;lit était vrai. La, comme ailleur:a,
les honneles gens périssaient par leur fa:Llesse. U n'y avait pas cinr¡ jours que la
bonne et brave jeuaesse de Bordeaux, asserublée en armes, avait été demander au département la permission de désarmer la seclion
Franklin, ou les brigands lenaicnt leur pla('e
d'armes. Au lieu de profiter de ce mouvcmeat, les administrateurs avaient répond,1
qu'il fallail attendre, palien ter, n'employrr
que la douceur, etc.; et le lendemain, la
seclion Franklin a1·ait culbuté Bordeaux. A11
reste, les administratcurs y avaieal fait faules
sur fautes. 11s avaicnt pu souffrir tranquillcment, au jour de leur Loute-puissance, que
les commissaires monlagnards, postés a dix
lieues de fü, s'emparassent Ju chtl.Leau Trompelte, et de tout ce qn 'il conlenait de provisions de guerre et de bouchc. De meme, il
les avait l'US tranquillement prendre posscs•
sion du fort de Blaye, d'ou les roontagnards
avaieat, saos éprouver la moiudre résistancl',
éconduit deux bataillons borJelais, auxqucls
ils avaient substiLué deux bataillons rivolutionnaires: ce qui cst toul dire.
Avcc tant dr, moll1·sse il follait nécessaircment succomi,'r.
LOC\ºET.
(A suivre.)

LES FEMMES DU SECOND EMPI RE

La princesse Matbilde el ses amis
Par Fréderic LOLIÉE.

TI 1

Caro, étaient des coutumiers encore. EL il y
En politique,
en toutes choses , elle
. comme
.
avait des allants el des vcnants saos cesse le se prononcait
par
1mpulsion,
par sentiment.
, 9ue no~s sommes loin d'avoir épuisé Ja moi~s possible d'bommes politiques, ~ais
Elle était femme et bien Ít'll,lme sous ce rapserie d~s v1sages de connaissanee daos le cerclc
d~s mtellecluels par sfrit·s, des peintres, le
en contmuelle transformation de la princcsse d1manche, entre le c,mchcr du samedi et du port. C'est ainsi qu'au moment de la ouerre
d'Orient, ses sympathies, ses relations de faMathilde!
lundi, des hommes de letlres, le mercrcdi. mille, ses altacbes personnelles l'inclinant
Flaubert eut son couvert mis a la table des
On réservait le jeudi a la famille, que rrpré- vers la Russie, elle ne pouvait pardonner a
graads hommes. II s'y montrait, fidele a sa
sentaicnt, d'ordinaire, le comle et la comtesse l'~m~ereur l'alliance anglaise; tout ce qui se
6
nalure exub rante. Une ápres-midi il aYait cu
~ri_m~li; et 1~ reste du tcmps appartenait aux fa1_sa1t en Anglelerre ou venait d'Angleterre
la pensée c?rdiale d_'amencr avec l11i, pour le mllmtlés cho:sies.
lm paraissait a ¡wiori détestable. Elle avait
pres_eater a la prmcesse , son ami Louis
O~ parlait de toules choses asa tab1~, de aussi cette particularité qu'elle détestait l'Au~o~ilbet. 9uelle facbeuse inspiration avaiL
poht1que, par a~cid~nl, et lorsqu'un événev1S1té, ce JOur-la, a son déjeuner, le poete ment ~c_Luel y reJeta1t forcémeat les esprils, Lriche et n'aimait pas davantage Rome et les
normand? ll ne s'était surement pas nourri de rehg1on quelquefois, préférablement de papistes. En réalité, les vues de la princesse
.Mathilde ne s'étendirent jamais tres loin dans
des pétales de la rose. Tout un
la zone poli tique. On peu t le
omni?us du Midi, remarquaiL
remarquer sans faire tort a sa
un ra11Ieur, avait du passer dans
mémoire : l'intelligence de son
le ,·oisinage. Et Nieuwerkerke
frere Jérome lui était en cela
était remonté, épouvanté, disant
de beaucoup supérieure.
aux gens d'en haut,: « 11 y a
Avait-elle, d'autre part, un
en has un poete qui sent l'ail ! »
corps de_ doctrines pbilosophiQuand Flaubert allait a Saintques sohdement établi? 11 sc~ratiea, c'était pour buit a dix
rait
aventureux de s'en porter
1ou~s_. Méry y faisait des apgarant. Elle se préoccupait peu
par1llons, tres spirituel en ses
des questions religieuses. Mais
hisLoires, tres curieux a suivre
personne
ne prenait m o in s
en ses imaginations, moins atqu'elle la peine de cacher sa
trayant a .voir, avec la vulcrarité
o
parfaite absence de sympathie
de ses lra1l~, sa barbe inculte,
pour le clergé. Devant ses bo&lt;t ses yeux glaireux d'aveugle »,
tes ou ses gens de scrvicc,
comme le dépeignirent cruelleportes om·ertes ou portes ferment les Goncourt. 11 connaismées,
elle dauLait, comme elle
sait, d'anciennedate, « la bonne
l'entendai
t, sur les prelres en
hotesse » et se plaisai t a regénéral, le pape et le Sacré-Colfai~e, d'enthousiasme, le porlege. En príncipe elle repoussail
Lra1t de la filie de Jérome adotoule espece de superstition,
lescente, la beauté divineroenL
toute forme d'esclavage inteli'.1gé~ue de Mathilde, lorsqu·¡¡
Iectuel. Ernest Renan, SainteI arn1L aper~ue, pour la pr~Ileuve et les causeurs a idées
micre fois, chevauchant enamadu
café Magnv• auraienl cu t&gt;rrrand
zone, a Florence, et n 'ayanl qul'
tort de se gener; elle é-Lai Larce
quatorze ans !
eux consenlaute lorsqu'ils lnPar échappécs, c'était le tour
chaientla bridea leur Ycrve raid'Alfred Arago de ramasser l'alsonneuse
et sceptique.
tenLion, par sa verve un peu
. Ma!s, artiste en personnc,
grosse, forcant a se taire 1,·s
il lm agréait avant tout de
délic~ls, les incisifs. ll pldiramener les discours sur sou
santall, bouffonnait, poussail
terrain de prédilection. Elle
EDMOND
ET
JULES
DE
GONCOURT.
tout a la charge. Les causeurs étaient réduits a se taire. D'aprés •me lithographiede GAVARNI exécutée dans les Premieres années dttseco,ut Empire. découvrait _la encore plus d'élan que de vraie connaissance
Ces soirs-la Mériméc oardaiL
·1
t)
plus de ferveur d'ame qu~
un s1 ence boudeur et rentrait ses poin- , littérature et d'art. Elle ne se contentail pas
de gout éprouvé. On s'en aperc~t a la
tes.
de doaner le ton et d'imprimer le mouve- vente de sa galerie de tablcaux, incompaOctave l&lt;'euillet en pleine molle, Alphonse ment; courageusement elle réclamail sa part
rable pour les reuvres anciennes, de vaDaudet en sa belle et productive jeunesse, du feu dans la baLaille des mots.
leur tres mélangée, quant aux moder-

�111STO'J{1A
du devoir conjuga!. Les avocats étaient connes 1. Elle admirait l'art italien du xne S:C- cela aussi le sens du ton, de la nuance, et
voqués pour plaider la-dessus, le vendredi
cle, parce qu'elle fut élen1c dans celle a&lt;l- que c'était son go1H d'avoir des robes de cosuivant. Dans la société de la princesse un
miration, en ltalie; sur d'aulres points, son loriste.
chacun voulait prendre !'avance sur les arguLe
nalurel,
la
sponlanéité
dans
le
geste
et
horizon paraissait borné. Il y avait des cótés
d'art, comme la gravure, qu'elle ignorait lo- la parole, on ne saurait trop le redire, étaient menls a fournir pour et contre.
Ces discours menacaient d'aller loin. Quoitalement. De grands talents lui demeurerent l'expression meme de son caractere. Elle y
qu'elle n'eut point l'oreille prude, il lui seyait,
cueillait
en
causant
d'heureuses
fortunes
sans
incompris. Elle affeclait d'accabler Eugene
d'ordinaire, de marquer par un mot, un signe
Delacroix de son complet dédain. C'était, sui- les chercher. Les saillies de la princesse, a,·ec
indicateur, la limite a garder. On me raconvant elle, un mauvais homme, un fou, qu'il les hasards de brusquerie, le mélange de fertait qu 'une fois elle s'étai t rérnltée positil'emeté
,•irile
et
de
délicatcsse
féminine,
qui
aurait fallu interdire. U ne lui restait aucunc
ment d'une image lrop vive et trop parlante,
n'appartenaient
qu'a
elle,
faisaient
la
joie
de
excuse de mérite devant ses yeux prévcnus.
qu'avait osée Edmond About. Il avait dépassé
son
cercle.
Elle
ne
s'y
laissait
pas
toujours
Pourtant, elle avait la passion sincere de
la mesure des libertés pcrmiscs. S'y croyait-il
l'art et des artistes. Les peintres les plus cé- conduired'unégal abandon. Se sacbant écoulée
autorisé par une affeclion plus tendre, que
par
des
gens
d'esprit,
elle
n'échappait
pas
lebres faisaient cercle autour d'elle. Elle avait
lui aurait témoignée, autrefois, la princesse
a
la
tentation
de
Youloir
elrc
trop
fine,
comme
mis comme une chaleur de propagande a faire
Matbilde? Elle en fut d'autant plus irritée.
partager son zele esthétique a l'empereur, qui une apres-midi ou, conversant des femmes du
s'effor~a d'y acquérir un vernis de compé- monde, elle glissait celle remarque subtile Elle sonna.
« Failes avancer la voiture de M. Edmond
tence, a l'impératricr, qui maniait les pin- que beaucoup d'enlre elles ont des voix selon
About,
» commanda-t-elle.
l'élolfe
de
leurs
robes,
leur
voix
de
soie,
lcur
ceaux et aquarellisait un peu. La mode de la
11
se
débilait la, comme ailleurs, toute
peinture avait pris, sous sa cbaude impulsion, voix de velours .... Ce qui avait paru naturcl- sorte de betises sentimentales et de folies. Les
lement
fort
bien
observé.
De
meme,
comme
un air de mondanité des mieux rns.
Goncourt ont raconté, dans leur journal, l'un
« Chacun a son arlisle, mainteoant, écri- elle se savait regardée autant qu'écoutée, elle de ces propos de table. lis étaient allés, quel,·ait-ellc. :Mon avoué a sm peinlrc, lui aussi, posait au naturel d'une maniere qui cessait ques-uns, déjeuner a Triauon avec la prinde l'elrc.
et c'est Coro t. »
Légeres absences a peine sensiLles chez la cesse. Sur la fin du repas, en humeur de
El c'était devenu, de par elle, un genre
provoquer des confidences, elle demanda a
d'imilation des plus suivis. Cbacune de crs personne la moins affectée du monde, chez la son voisin, puis a un autre, ce qu'il aimait
grandes dames faisait montre de ses passe- mailresse de maison la moins occupée de soi, le mieux ar0ir d'unc femme comme souvenir.
temps artistiques, comme a présent elles se la plus allentionnée a ceux qu'elle recevait Et tous de préciser leur fétiche. L'un dit une
piquenl de littérature, contant, versifiant, comme la plus accessible qui pul elre aux. lettre, l'autre une boucle de cheveux; un plus
rimaillanl. Au dehors, loutes les llohenzollern francbises de la comersalion.
Partoul ot1 il y a des femmes, ou seule- ingénu dit une íleu.r; Jules de Goncourt, plus
dessinaient(j'en vis un album enlicr, silhouetment
préside une femme, les conversations positif, un enfant. On allait se récrier conlre
les, croquis, paysages). La princesse de Metl'audacieux, lorsque AmaurJ-Duval, « avec
ternich, l'universelle ambassadrice, se dis- dérivent aisément du colé du sentiment el de le petit reil souriant el battanl la chamade l&gt;
trayait a cela, quand elle en avait le loisir; et l'amour. On théorisait d'abondance sur ces qui lui était pnrticulier en parlant d'amour,
la marquisc de Contades, el, nou~ venons dé sujcls-la chez la princcsse Matl1ilde. Elle avail, revinl au séricux de la queslion. Ce qu'il avait
en ces matierc s, la morale farile el conde,le dire, l'impératriLe.
toujours aimé et désiré d'une fcmme, c'élait
L'i&lt;lée que s'était formée Mathilde de s, s cendan Le, seIon les cas ou les pcrsonne~. le gaut, l'empreinte et le moule de sa main,
propres aptitudes lui tenail fortement au creur. Qudqu 'une de s s amies, que nous connai,la chose qui dessine ses doigts :
Ou n'y touchait poinl devanl elle a conlre-sens, sons bien, élait a la veille de s'engager a
C( Vous ne savez pas, ajoutait-il, ce que
nouvcau
daos
lts
liens
d'hyménée;
c'était,
en
l'ªr maladresse ou par ouuli, sans qu'elle ne
c'est
que de demander, en dinant, son gant
111ontat aussitót sur ses grauds chevaux. l'espece, une imprudence notoire; elle y a une femme, qui vous le refuse .... Puis,
i\ieuwerkerke, tout le premier, en eut la arenlurait l'éclat de rnn nom, sa situalion une heure apres vous la Yoyez au piano; elle
preuve. U luí reprochait des·e1re compromise mondainc, sa fortuoe.
« Vous l'aimez, lui écrivait Mathilde; i/ ote ses gants pour jouer quelque chose, vous
L'll exposant deux aquarelles. Allait-el1t•, a
reslez l'reil fixé sur ses gants. Alors, elle se
¡,résent, elle Lrois fois princessc, ris11uer d'etre est beau, il vous plait; gardez-le, mais r,e leve et les laisse tous les deux .... Vous ne
coufondue avec la vague corporation des ar- l'épousez pas. »
Oa accordait a celle maniere de mir, chcz rnulcz pas les prendre ... el puis uoe paire de
lislcs? La-des,us, elle s'emporla :
ganls n'est pas un ganl. ... On rn s'en alll'r .. .
« Sachez, répondit-elle úvement, que je les auonnés de sa table. ll y avait la trop de la femme revient et n' en prend. qu'un .. .
ne suis pas de ces gens qui sont plus gloricux romanciers, &lt;le poeles, de dilellantes de la Alors, a ce signe qu'elle vous le donne, vous
&lt;l'une clef de chambellan cousue a leur dL"r- vie agréab\e el facilc pour qu'on n'y revint
etes heureu x, heureux I n
riere que d'une _dislinction accordée a un mé- pas souvent sur l'éLernel féminin. Mérimée et
11 larmoyait un peu, disanl cela, le nez
Sainte-Beme brillaicnt dans cet exercice, surrile réel ! »
dans
son assielle, ému d'une pointe de vin et
La riposte était direcle, car son cher ami tout l' épicurien Sainle-Beme, qui parlait de d'idéale tendresse, pendanl que les audíteurs
l'amour
en
érudit
et
le
pratiquait
en
bouri\ieuwerkerke venait d'étrenner l'bal,it rouge
souriaient a ses efTusions, d 'un pétrarq uisme
de chambellan; il é1ait oommé de la veille. geois sensuel.
Quand on était entrainé sur celle pisle, les inallendu !
Ses inclinalions picturales iníluaicnt sur
On ne nageait pas Loujours dans ce bleu.
anecdo1es
légeres se meuaient bientót del 1
SüD langage, parce que volonliers elle preDes questions se posaient, plus rapprochées
partie.
Une
historiette
du
jour,
autaot
que
uait le ton artiste, sur sa maniere de penser
du réel. Encare en déjeunant, celle fois a
et &lt;l'écrire, part:e qu'elle tendait a y recber- possible, une galante aventure facbeuseme1,t Saint-Gratien, un pronon~it qu'a un cerlain
cher la note vive et tolorée, el jusque ~ur sa ébruitée, ce qu'on disait et supposait. Vid- a.ge il fallait bien se résoudre a abdiq uer et
maniere de s'bauiller, pJrce qu'clle avait _cu Castel avdit toujours provi,ioo en poche de faire son deuil des plaisirs réservés a la jeuces friandises. Un soir de janvier 1852, il
1. 11 y eut, dans celle Yente, donl le total excéda
étai t écouté, divulguant les véri tables causes nesse. Et ceux qui ne se sentaient pas arrivés
un million, de grmdes surprises. Un porlrail d'homme
dti la séparation de M. et de Mme de Chapo- au ter me fatal d'approu,er. Mais les anciens,
ele ~erronneau que la prince~se Malhilele n'avai\ pas
paye plus de 120 lrancs, en 18ü5, quand le X\111 ' s1i:cle
nay, - un proces, qui venait de se lever. Les comme Giraud ,et Sainte-Beuve, les vétérans
était beaueoup moim en vogue, ful adju¡:é au comle
oreilles s'égayaient au motif de cette singu- de la table, protestaient. 11 y avait la une
de Camondo pour la somme de 110,000 francs. [les
liere requete en justice. Mme de Chaponay erreur de jugemenl manifeste. Et le critique
Porbus, des Rcynolds, des Van-Dyck, provoqucrent
eles enchl'rcs dignes de leur gloire. En revancl1e, des
se plaignait de la brutalité de son mari, qui s'était mis ii. développer, de sa voix onctueuse
laLleaux moelernes qu'elle arait granderoent aimés
exigeait trop fréquemmerit l'accomplissement et zézayante, son theme favori :
tombércnt a une l.Jas,esse el&lt;' prix inrroyabh•.

I

LA

'

P~lNC'ESS'E

.M.llTH11.D'E

'ET SES JI.MIS

-

(( On ne dcvail point demander l'amour Lilas, au Cbateau des Fleurs ou en autres pour ces dames, quand c'csl gratis, mais, du
d'unc femme jeune, mais la charité d'un tel lieux de rendez-vous équivoqu~s.
moment qu'il y a de !'argent!. .. »
~mour, et faire en sorte, n'élaut ni beau ni
(( llier, consignaient les auteurs de Ge1'_Et, chercbant quelqu'un qui fut de son
1eune _(c'était son cas), qu'elle vous tolere, rni'.úe Lace1'leu_x dans leurs mémoires jour- avis :
a~ mm.ns, e~ ne _vous prenne point en hainc. nahers, nous é110ns dans le salon de la prin' . Est-ce que rnus ne penscz pas comme
C cst la, ou,, helas ! tout ce qu'on peut dem01? demanda-l• eUe a Sou lié.
mandcr.
-_ Mais non, pas du lout. Je souticns que
(( - Mais, avez-vous jamais aimé réellele ye10lre des madones, que le divin ílaphacl,
mcnt, monsieur Sainte-BeU\·e?
lm comme les autres~ aurait lravaillé pour
\ - ~Ioi, princesse, écoutez-moi, j'ai dans
n'imporle quelle fernme de son l(:mps. l)'ail~? _tele, _Je ne sais Oll, la ou la, une case que
1\lurs, il ne fout pas me consulter la-dessus.
,] a1 l0UJours peur de laisser trop ouvrir. Et
~!oi, je n'ai pas de priocipes. 1&gt;
mes lrav~ux f!t lout ce que je fais, c'est pour
_Cette répli_que a jeté la princesse hors Je
la compr1mer. Je l'ai bouchée, écra,ée arec
s?'· Elle _qmlle le salon, a¡ant a sortir en
drs füres'. de focon a n'avoir pas le besoin
,·1lle, et d1t en s'en allant :
de :éllécb1r, de n'elre pas libre d'allrr et de
(( - Vraiment, mcssieurs, avrc vos indul,cm: .... :ous ne sarez pas ce que c'est de
~C'nces, si je revenais au monde, Yous me
s~nlir_ qu on_ ne sera pas aimé, parce que
f~riez désirer d'elre une fei'nme a lempérae cst 1mposs1ble, inarouable comme on le
rncnt, une gueusc! 1&gt;
1l'sait tout a l'heure, parce 'qu'on esl vicux
. C'~1ai! un de ses regrets les plus vifs
t'l qu'on serait ridiculc ... parce qu'on csl
d
aY01r a parlagcr aYec des créalures i11l'L:_
laid 1!
rieures la _sociélé d'bommrs tels que Tainr,
&lt;( Et vous, Giraud?
ílrnan, Samte-Bem·e, et qu'tlles lui dérobas(! Oh! moi, princcsse, répond celui-ci,
~ent a elle de leur temps, de kur espril, de
1111 ,·id! i11corrigible au verue rabclaisien, que
leur pcrsonnelle rnleur.
le s..:11l1ment ne_ lourmenle gucre, jamais un
s~ul amour, tou,1ours deux. ou trois, au moins;
Mathildc s'allad1a par sa bonlé enjuuée el
e est le moyen d'etre traoquille et de ne pas
pnr le charmc famili,·r de son esprit braulrembler sur la perle de l'un d'eux.
C'0up d'amis i11tellcctnds. ll lui en ful allri(&lt; Mais alors, quellcs femmes 1
bué de plus chers : M. de Pienne, le comtc
(( - Des femmes possibles. 1&gt;
d 'Ayguesvi,·es, Nieuwrrkrrke, Cliaplin, ou d';,uSaiote-Beme inlerrient; il se porte a l'ai&lt;lc
lres, qui reslercnl uans le vague, quant au
de son compagnon d'age :
&lt;legré de favcur ou les haussa c1 la bonne
c1 - Vous ne savcz pas cela, princesse,
PlWSPER .\lÉlU.IIEE.
Princesse ».
den:ian&lt;lez a ces messieurs de Goncourt; il l'
Nieuwerkerke était de tous ceux-la l'ami
~vatl, au xnn• siechi, des sociélés particude creur le plus aulhcntique. ll desccndait ('n
heres, qui fournissaient ces femmes-la, des cesse Mathilde; a présenl, nous sommes d.111s ligne direcle de la race Juan. Dans les ames
sociétés du momenl.
un bal du peuple, a l'Ély,ée des Arls, boul,·- féminiaes, on le "it cxercer bien des rava"es.
&lt;( Oui, répond Giraud, qu'a réconforlé vard Bourdon. Nous aimons ces contrastes. 11 se laissait plaindre doucement d'etre ~ la
dans son dire le secours du critique; oui, C'est la société vue a tous ~es élages. »
proie des femmes 1&gt;. L'alfection vive de la
supposez des femmes qui dcscendraienl ele
lis trouvaient a cela de bonne; raisons. L&lt;' princesse avail grandcmeot aidé a sa fortune
ces sociétés-la et qui, a premiere vue, dans plaisir ét.1it différcnl, mo· 11s raf1i!ié, saos exceptionnelle. Une haute situation adminisle monde, se reconnailraient en s'abordant doulr, mais n'avait-il poi11t ,es comprnsations trative, de larges émolumenls et les rentes
et se comprendraient d'un coup d'reil.
artisliques? N'était-ce pa, la uaie rue, le de plaisir que lui procurait le caprice épars
&lt;( Tenez, s'écrie la princesse, vous me brouhaba joycux, la Par;sicnne Cavarni? lls des plus belles et des plus enviées, c'était son
s'expliquaient, se défendaienl. La princesse lot daos la vic.
dégou.tez. Ah! le saligaud ! l&gt;
Et, pour la remercier du compliment, notre contestait ce point de vuc. Il lui répn"nait
Av~c l_a natur~ tres en dehors qu'on Iui
courtisan s'agenouille, baise la main de Ma- d'admellre que l'élile de ses amis allassc~l se conna1ssa_1t, la pr10cesse Malhilde voilait pcu
thilde, qui la retire, et trouve en soi, l'cxa- galrnudcr, comme elle le disait, avec c¿s fem- les témmgnages de ses préfércnces ou les
mt•s. Et elle compreuail dans la me1111 caté- éla~s ,de ses sentimenls passionnés. On feiminant, la galanterie peu souhailable.
En ces choses, elle avait des susceptibilités gorie les arcnturicres de l'amour, les parre- g_na1t, daos so~ ~ntourage, des airs de mysd'f1me particulieres. Elle se plaignait des dé- nues de la galanterie, les palriciennrs du tere sur une liaison qui n'en élait un pour
ceptions, que 1ui causaien t cerlains de ses plaisir larif¿_ Le pcinlrc llébcrt, qu'un des pcrsonne. Des deux parts se trahissait une
amis. Elle soufl'rail en son ame comme d'un rai!lcurs de sa maison a rai l surnommé &lt;! le imprudente sérénité, prelant forcément aux
froissemeul personnel de leurs faiblesses fumisle de l'idéal 1&gt;, faisait le portrait de co~nme~taires. C'est dire qu'on ne s'en prid'bommes, des imperfections malériellcs de !'une d'enlre elles, et demandait a la prin- v~1t pomt. 11 y eut des parties de voyage a
leur naturc. Elle admirait en eux le talent cesse son opinion. Mais elle était indi"née Uieppe, sous des apparenccs de double incoreconnu, les belles conceptions d'art, les lar- qu'un artiste de sa valeur lravaillat pour°une gnito mal ~~rdé, ~ui firent courir les propos
ges visées intellectuelles. ll lui élait péoilJle impure:
des g:ns _o~s1fs. Le~pereur en avait marqué
C! Une drólesse comme ~a proté,,er du deplais1r; cerlam, espéraient y voir déja
de songer que, lorsqu'ils avaient enlevé l'babit
de cérémonie donl ils se revelaient dans leurs l'arl ! Mais vous ne pon vez pas seulcm~nt les symptómes d'une prochaine dis!!Tace pou·r
füres, ils se Lrahissaienl dénués de príncipes, meoer chez elle votre mere voir CilS pcin- Nieuwerkerke et la chance d'une s;ccession a
sans idéal, livrés a toutes sorles de petites lures.
la surinlendance des beaux-arls. Lui, confianl
« - Voyom, princesse, ne failcs pas vos en ~a ch_ance co~tumi~re, _sur du présent et
passions médiocres, sans distinction de cboix,
·
vulgaires. ll n'était pas rare qu'en sortaot de yeux j aunes!
del avernr, ne sen alleclalt pas le moins du
(C C'est que pour moi c'est bien sim- monde. ll vinl habiter ostensiblement le pasa demeure aristocratique, tels de ses invités
allassent user lcurs gants a la Closerie des ple, res questions-la. Vous poovez faire tout villon de Breteuil, a vec son valet de chambre
'
la forme; mais il sentait, pensait de la sorte le célinait sans cesse, au milieu des plus scrieux travaux,
l. J. de Goncourl, qui ~st le translaleur de ceue
confession, en a peul~trc bien altéré des détails dans

balairc endurci, le lhéoricien impénilent, qu'imporlu-

l'odor di fcmi&gt;la.

�r-

LI

111S70'1{1.Jl

et en y installant, en outre, ses chcvaux et domestique. &lt;&lt; Priez, lui dit-il quand il ful chement sans bornes. Elle devail ressentir de
ses gens d'écurie. De nouvcau s'étaient ravi- venu, M. Moissenet d'écrire a Mlle Mignerol 1 sa perle une vraie douleur.
Pour tous ses amis de creur .ou de pure
vées les médisanccs. Le fer juillet 1855, la que je l'attends a midi. l&gt; Le serviteur s'étail
iulclleetualité,
elle avait la vibration chaleuretiré
avee
un
sourire
entendu.
Le
sccrétaire
princesse lui avait fait tenir ce billet, le presreuse
et
l'entrainement
dérnué. Cette amitié
écrivit
la
letlre.
On
la
porta,
en
grande
ursant d'accourir :
« Vous avez votre appartement daos mon gcncc, a sa dcstinalaire; el la jeune bcauté llcxible s'accommodait aux gouts et aux mapavillon; venez-y le plus souvent possible. l&gt; n'avait pas lardé a se mellre en roule pour nies memcs des poelcs, des artistes, des re11 n'avait fait que souscrire a l'invitation, rejoindre, a midi moins quclques minutes, veurs, tous gens de complcxion variable et
sans se soucier de ce qu'en pourraient dire daos la chambre close et les rideaux fcrmés, difficile, qu'avait adoptés son affcclion. Elle
les bavards, les envieux, les jaloux. Les ob- ~l. le direcleur général des ~Iusécs de France, avait des indulgenccs particulicres, qu'ellc
servations des uns et les malignités des au- intendanl des llcaux-Arls, de la maison de sa,,Jit exprimer de h maniere la plus avctres allaient leur train. Nieuwerkerke se con- l'emperwr, membrc de l'Institut. Laissons- nantc. Un jour, en d1nanl, Jules de Goncourl,
duisait, prétendait-on, avec une imprudencc lcs reposcr; dans deux ou lrois heures, il au milieu d'une discussion sonlevée par la
rarc. JI en usait en maitre daos la maison; il aura bien le Lemps de répondre a la pri1~- personnalité de Franck, pltilosophe libéral de
bravait toul. Ne l'avait-on pas vu se promener cesse. « Pauvrc princessc ! » so upire ce bon doctrines, israélite de race, s'était exalté rageusemenl dans la cri1i,1ue. La princesse avait
a Saint-Cloud, jusque sous les yeux de l'em- arolre de Vid-Castel.
Nieuwcrkcrkc élait trop galé p:ir le l,on- levé IPs épaules, en ~joutanl qu'il ne fallail
pereur, avec la princesse, négligcmment, en
,·este de toile? 11 entrait el venait dans le sa- hcur rour se uo:re coupaL!e d'une in¡,rat:- p:i.s y fairll allc11tion, q11'il n'cn élait p:i.s reslon, en possesseur, en mari, saos son cba- tudc, meme légere. N'aurait-il pas du, ce ponsaL!e, et qu'il fallait en imputer la faule
peau. N'était-ce pas assez de preuves dll ce jour-la, se trouver a Compiegne 011 l'atten- a s:i maladie de fuie. Il s' en était suscepliL:lisé, naturellemen t, et, le lendcqui existait et que la princesse ne
main, comme l'é!oge de Franck était
dissimulait en aucune occasion? On
'
encore
sur sa bouche, dans un de
en paraissai t tres offusqué en haut
ces acccs d'irritation fébrile dont il
lieu, et ceux du rez-de-cbaussée s'en
u'était pas le mailre, il lui répliréjouissaient. L'empereur et l'impé'luait,
devant les convirns ~tupéfiés:
ratrice a vaient manifesté leur mécon&lt;&lt; [h L:en, princesse, vous n'avez
ten temen t. Les officiers de la maiplus maintcnant qu'a ,·ous faire
son impérialeet les dames del'impéjuive.
l&gt; La parolc arail a peine jailli
r.1trice recurent le conseil de ne pas
qu'il
cut
voulu la reprendre, et le
se présenler aux soirées de la prinneneux, l'impulsif qu'il était pascesse. Eugénie n'y était vcnue qu'une
sait a une autre extrémitá : un exces
fois cette annéc-la. La ducbesse
d'attend r:ssement. Les !aunes tomc.l'Albe n'a,•ait pas rucme emoyé une
}Jerent
de fes ycux sur les mains
carte. 11 n'y avait poi11t a en duuter.
de llalhilde, qui, gagnée par son
• L'orage s'amassait et grondait. 11
émolion, l'rntoura de ses bras el
n'éclala pas, cependant. Nicu11erl'embrassa
sur les deux joues en dikerke continuait de sourire a son
sant : « Mais comment done! Oui,
éloile, d'aimer distraitemrnl la fille
je vous pardonne, vous savez bien
du roi Jéróme et de répondre du
que je vous aime. Moi aussi, depuis
bout de la plume aux billels parquelque temps, avec les choses qui
fumés qu'il rccern it, d'iulcrvalle. 11
se passent en politique, je me seos
n'en pouvait mais, il ne pouvaitéchapdans un état d'agitation et de ficper vraiment a l'occa~ión qui s'ofvre. l&gt; Elle semLlait épouser les nerl'rait a luí si frJq ucnte de lrumper
vosités aigues de celui-ci. Aupres de
la princesse.
Gautier, dont c'étail le mal, elle
Un matin, en son apparlcment du
adoptait « le sens exotique », parce
Louvre, il tcnait d'elle une leltre,
qu'il fallait l'avoir avee cet hommc,
qui n'était point passée par le seen conlinuelle nostalgic des pays 011
crétaire des commandements de Son
il n'était pas et des temps qu'il n'aAltesse, une lettre intime el duuce;
vait point vécus.
et na1 vcment, il se mit a en Jire des
Elle déploiait une ardcur comLapassagcs a V:cl-Castel, le plus inti1'e,
unecbaleur élonnanle 11 défendrc
Cllcht Uvy.
discret des confidenls. Dans ces lila
cause
de ceux qui al'aient su trouLA PRl.'óiCESSE MATIIILDE (1894).
gnes afTedueuscs, elle luí exprivcr le chcmin de son cceur, tres arremait avcc une touchantc sin, érité
Tableau de LuctEN DoucET. (/1/ust!e du Luxemtourg.)
tée la-dessus, 11'admet1ant aucune
les rcgrcls d'une longue séparation,
raison, écartant loutemanicrc de voir
l'ennui de celle solilude de cceur
qui
pul
les
diminuer dans ~on opinion, mais
dait
la
Ldle
Mme
Agut,
donl,
l'année
précédaos laquelle elle se trouvait, au ruilicu
de la Cour, le désir de relromer le plus lot dente, il a vait exposé le médaillon? Quelle bataillant pour cux obslinément. &lt;t Tout pour
possiLlc son chcr inlérieur, ses habitudes, sorte de constance pouvait-on allendre d'un ceux que l'on aime, rien pour ceux qui ne
vous aiment pas », elle conformait ses acles
ses aliections, et meme les mécbancelés de homme si demandé?
a celte devise, qui n'était pas la supreme cxMathilde
éprouva,
au
cours
de
sa
\ie,
une
quelques-uns, ajoutail·elle en pcnsanl a
Viel-Castel et divers. Toul a coup, comme aulre grande affeclion. Ce fut pour Chaplin, prcssion de l'équité ni du détachemcnt philopar un brusque rappel de mémoire, Nieuwer- le grarnur, une ame tendre et délicale, qui sophique, mais qui la caractérisait en plein.
Elle y dénoncait des parlis pris touchants.
kerkc interrompait sa lecture el, sonnant son lui voua une gralitude profonde et un atta1. Ctlle Mlle Mignerol él,il une bclle pcrsQnne, qui
, cneit pcinrlre, ayee bcaucoup de ponclunlité, dans les
galcries du Louvrc, oú chacun s·arrclaiL pour admirr r,
non ses toilcs, maisdle-mcme. Par moments elle c;¡uillail
son chevalet, parce qu'clle arnil des _conscils á querir au-

prés de füeuwcrkNkc, clans le scul ase ul de son caLinct.
C'c;L dans ses appartcruenls du Lourre que füeuwcrkcrke donnait des soirécs forl goulécs, uú se rclrouvaienl en parlie les babitués du rnlon de la prinres!e.
Le carlre 1i'élait pas ordinaire. On dfpoiail les J alcluls

dans la galcrie des !linialurcs. On foisa1l de la mu•
siquc daos le salon des Pastcls .... Soirccs d'a,·t, soirécs
séricuses, ou qm corumcn~aic11l, au moins, sous des
aspccls séricux, quille a linir sur des conrersalions
d'bommcs sculs, ríen moins r¡u'cdifiantcs.

~:ins les dernicres année~ de l'Empire, on
JOua une picce douteuse d'Emile de Girardin :
les Deux Sreurs, dont le succes fut court et
malheureux; ·on en causa chez elle. Mathildc

ÜUSTAVE FLAUBERT,

n_c ,·?ulut j_amais admellre que le puLlic J'ei,t
s1f0ee, ma1s soulenait mordicus que son cber
Girardin venait d'cmportcr un bcau succcs.
Et ce fut une bien autrc alTairc ame l'Henrielte Maréclzal des Goncourt. Elle avait imposé le drame a la Comédie-Fran!;aise et mis
Lout en mouvement pour &lt;¡u'on Iui fit un
accueil de triomphc, ce qui ne J'cmpccba pas
Je lo'.11_hcr par !erre avec un bruit cffroya1lc.
La cnllquc ne fut pas lendre. On avait tcmpeté lcrriblcmcnt a la prcmicre el aux suivantes. Elle avait rc~u, au sujct de celle piccc
ourertement placée sous son palronage, des
lcttres loutcs chargées de menaccs. N'importe,
fo 5 décembre 1865, elle étaiL rcntn:e chcz
elle, les gan ts déchirés C'l les mains hrulan Les
a force d'avoir applaudi.
'
Cependant, les réunions brillantes el si suivies, qui entrelenaient le prestirre mondain de
la cousine de l'emperrnr, se su~édaient saos
que rien fit prérnir qu'ellcs dussent cesser.
Brusquemcnt elles s'interrompircnt. L'intermitlence était fatale. Le souffle d'un violent
orage avait éleinl les Oambeaux et dispersé
les aimables comirns.
~orsque éclata la bourrasque de 1870, les
amis de ~fathilde , quclques-uns de ceux
c1u'cllc avait, aux heures calmes et propiccs,
co~Llés de ses prévenances délicates, purcnt
lm attestcr la preuve que lcur cc:rur ne s'était
point délacbé d'elle, daos ce moment critique. A.insi Alexandre Dumas fils, donl elle
av~it galé les filies, des leur enfance, et qui
l~~ ~arda loujours un profond altachement,
s eta1t donné une peine infinie pour réunir les
tableaux, les meubles d'art de la princesse

1''1(1NC'ESS'E

JKJf.TH11..D'E

'ET S'ES A.MJS _

._

et tenir hors des alleintes de la Co·.:1mune avcrli. Elle avait envoyé sacarte al'adresse du
incendiaire ces objets de prix.
célebre écrivain avcc ces iniliales au has :
Dans le mouvemcnt de réaction violente P. P. C., indiquant qu'a partir de ce jour
qui suivit la catastrophe et décbaina tant de 1.-ur amitié prenait un congé indéfini. Et la
coleres contre le régime déchu, Mathilde fut perle en_ ful regr_ettable beaucoup moins pour
de tout le personnel impérial la plus épargnée. un esprit supér1eur de la lrempe de Taine
Elle n'y écbappa pas enticrement. Des écla- que pour la princesse Jilellante. On eitait ce
boussures en rejaillirent sur elle, forcémenl . fait encorc. Le fils d'un personnage connu
En 1870, on publiai ta Bruxelles un pamphh l ~ous le second Empire avait écrit, dans un
des_ plus inj urieux contre cclle qu'on surnom- Journal de ~aris, une série d'articlcs, qui
ma1t &lt;&lt; la Poppée » du dernier regne. Toutes firent sen,at10n, ou l'on pré~cnlait sous des
sortes d'imputations y salissaient sa vie intime coulcurs facheuscs les arentures de Napo~l ses mreurs. Il n'en résonna que de faibles léon 111, a Londres, et les secrets de son
etilos. Anc son ame généreusc, sa nature existencc de prétenJant. MathilJe lui fit rcfrancbc et libre, Mathilde n'était justiciable me'lre par une personne amie un paquet de
d'aucune haine. Comment aurait-elle laissé lettres. Cclui qui avait composé ces articles
de longucs inimitiés daos ce Paris ou elle put Jire, au has de la correspondancc, le nom
avait toujours exercé un role d'intclÍectualité de son pere. En d0s pages débordantcs de rcliienfaisante?
c~nnaissance et rem plics de proteslations de
Elle put rouvrir sa maison aux botes accou- d~voueme~t, ce!ui:ci remerciait Louis-Napot11més. Laissée libre par I'amitié de Tbiers de lcon, passc de I ex1I sur le trone de l'avoir
résider en France, elle avait abandonné la ruc ~~e fois, sau vé de la prison, et, ~ne second;
de Courcelles pour la rue de Berri. Dans cettc !01s, ~u suicide!... Elle était napoléonienne
nom-elle demeurc, ou tout était resté &lt;&lt; se- Jusqu au hout des ongles et s'en rnntait. Par
cond Empirc l&gt;, daos le grand salon de dJmas bonheur elle était aulre el di verse. L:i lérrcnde
rouge, ou les marbres de Canova r:ippelaient de l'Aigle, et les abeilles et les violetL~s ne
aux Jeux, fidckmcnt, les effigit'S napoléo- ten_aienl point bypnotisée d'une passion étroitc
niennes, s'cmpressaicnt, commc en cellc d'an- et Jalousc son ame d'artiste libérale. Sauf des
trefois, dl'S hommes de tous les partís. El le c~s d'hostilité ouvertc, ou des crises passan'avait pas cbangé, ma:s conservé inlé"rak- gcr7s'. des facheries soudaines et plus tard
ment l'espril de lar;;c compréhension ~t tic apa1secs, comme elle en eul avec Saintetolérancc, qui a été le mcillcur mérite de rn•1 Beure, elle ne demandait compte a personnc
c_aractcre et fai;ait le charmc de ses récep- de ses lcndanccs.
t10ns. A1·cc la fougue de ses sentiments, elle
11 en fut, a la rue 1fa Ilcrri, comme il en
n'avait pas aLdiqué son profond allachement avait été dans les salons de fa ruc Ull Courpour la tradition de famille. On le savait, cellrs. On y vopit se fonJre, sous une déLcbez elle. Nul ne J'interrompait, quand clic cate, i!tíluence, lrs. éléments les plus divers.
rcrenait sur ses souYcnirs lointains, et c'était A. cole du corps d1plomatique, des étrangl'rs
une imprcssion inoubliable, pour ceux qui
l'enlcndircnt parlcr de la mere de l'empereur,
du roi..lo,eph, de Lucicn Ilonaparte, de la
reine Uortensc, du roí Louis de Hollande,
dont clic s'enlretcnail tout aussi suremenl
que !-Í elle les eut c¡uillés de la veille. Simple
sur le reste, elle porlait haut cette fierté de
descendancc. Je n'en veux citer qu'un trait,
au eourant de la plume. Le roi Osear de
Suede, a 1:occasion d'un de ses passages a
Paris, était vcnu luí rendrc Yisite, en l'hótd
de la rue de Berri. 11 s'inclina devant elle, et
galamment:
- Je n'ai pas voulu, lui dit-il, travcrs, r
Paris sans rous apporler mon hommage.
- Je l'accepte commc une réparation, répondit Mathilde, songeant a la défeclion de
Bernadotte.
Elle entendait bien ne pas mentir al'héritage do sang. Elle le disait. Elle en avait
donné des prcuves qu'on n'avait pa, oubliées.
Lorsque Taine, d'unc plume trop sincere,
écrivit ses pages lerriblemenl documentées
Cliché Girau&lt;1on,
sur le premier des Bonaparte, les dures
BARDEY o'AUREV!LLY,
pages qui mircnt daos un te! émoi ses dcsTableatt &lt;t'EMlLE Lf:VY. (,\f11sée au Lttxembourg.)
cendants, elle n'essaya point d'cn rétorquer
les argumenls, a l'in$lar de son frcre Napoléon; mais elle rompit toute relalion arec d&lt;! marque, des altesses européennes en dél'auleur des Origines, et cette gloire lilléraire placement, voisinaient les grands noms d
fut enlevée a· son salon. On sait de quellc l'empire défunt et les titulaires des plus vie e
.
maniere sobre tt tranchante Taine en ful l .,gnages de !'anc1enne
monarchie ,· puis , dux
es

�111ST0'/{1A
députés du centre el de la gauthe, d~s royalistes, des répulilicains et de jolies fcmmes
sans cocarde. Aux Yieux amis, aux fiJcles
dont le nombre, hélas ! diminuait avcc le
temps, s'adjoignaienl de nouveaux Yenus non
moins distingués par les mfrilcs et par l'éducation.
Elle en élail le lien et le ceulre, J'i'tme el la
,ie. Assise dans son vaste salon, somplueusement Yetue, le cou paré de -son collier de

perles Lislorique, on la reroil en pcnsée, dis1rihuant les bonnes gr/ices de son aménilé et

laissanl a la vcrve animée de ses botes la plus
franche circulation. PenJanl un demi-siec'c la
priocésse Matliilde consena cetle sou1·eraincté
c:l1armanle.
Dans ses dernieres annécs, elle ne quiuait
gucre plus son allrayanle demeure de SaintGratien, qui ful, de toul temp~, sa ré~idcnrc
préférée el son rt-fuge pendan! la lielle saison.

Elle y donna des fetes exquises aulant par la
qualité de celle qui les organisait que par les
aLtraits ou les mériles de celles el de ceux
qui répondaient a son appel.
Qnelques faiblesses et quelques étrangelés
mises a part, d'inoubliaLles souvenirs resteron t atlachés a la mémoire de celle in tell igente princesse, qui sut maintenir, aUlour
d'elle, jusqu 'a son dernier soupir, les plus
hellcs lradi lions de l' esprit de société.
FRÉDÉRIC

HISTORIA

LOLIÉE.

Q

Helvétius
et !aire des vers. )llle Caussin le dérnrail Jes
lldvétius a-t-il eu raison d'écrirc le liHe blaLlcs. Hicn ne l'oLligcait a JOUer sur la
-yeux;
loutes les Muses n'avaient pour lui que
scene
du
monde
le
personnage
dangereux
du
De !'Esprit? Son dernier biographe, le tres
des sourires. 11 rimait des dróleries yoluppbilosopbe
deslructcur;
toul
l'invitail
a
aeérudit et tres lettré M. Albert Keim, n 'hésite pas a répondre affirmativement a celle cepter l'unircrs comme tel et a rn désinlé- tueuses et M. de Voltaire daignait lui envol'Cr
de Cirey des conseils sur l'art poélique. Le
queslion, d'ailleurs frivole. Nos jeunes his- resser de l' avenir.
jeune financier-poete se laissait aller aux
Le
présent
le
comblait
de
fayeurs.
C'était
toriens psychologues excellent a ressusciter
hardiesses de son age; par exemple, il
les morls illustres el a nous les rendre
osait, en vers, nommer l'araignée. Volfamiliers. M. Keim métamorphose en
taire le gourmandait palernellement :
ami intime d'Ilelvétius cbacun des lec« On peut peindre l'araignée, mais il
teurs du saYant livre qu'il consacre a
ne faut pas la nommer. Rien n'cst si
ce philosophe si mal jugé. Désormais,
beau que de ne pas appeler les choses
nous connaissons l'auteur de De l'Espar leur nom. &gt;J Que n'a-t-il suivi ce
pril comme si nous avions été des disage conseil?
ners de la rue Sainte-Anne et des chasDes petits vers a la philosophie il n'y
ses du domaine de Voré. M. Keim peose
avait
alors qu'un pas a franchir. llelet démonlre qu'flelvétius fut un noble
vétius s'avisa de se faire penseur. On
et géoéreux manieur d'idées et l'un des
le, vit renoncer en unjour aux trois cent
précurseurs de la sociologie moderne.
mille Ji vres de revenus de la forme, il
Quelques-uns d'entre nous en étaient
l'Opéra, aux soupers coquins, aux soirestés a l'opinion de nolre profosseur
rées du Caveau, et comme il disait, a
de philosophie de 1870; cet excellent
cueillir les fleurs du plaisir, pour culmaitre, d'un spiritualisme fougueux,
tiver les fruits de la raison. 11 se mapcrdai t toule mansuétude le jour ou
ria, d'ailleurs, le plus poéliquement du
les exigen ·es du programme l'amcmonde,
avec une délicieuse je.une filie
naient a commenter llelvétius. 11 nous
qui
n'avait
pour biens que sa beauté de
élait donné, pendant deux heures, de
corps
et
d'ame.
C'était vraimen_t le plus
voir le plus inoilensif des hommes s'acharmant des bons ménages ! Qu'il debandonner, sans aucunc mesure, au
vait elre amusant di! diner cbcz ce~
délire sacré de la réfu tation.
gens-la! Les réunioos de l'hólel de la
C'était un beau spectaclc, mais c'est
rue Sainte-Anne fireot fureur dans le
aussi un rare plaisir que de sui1Te, arParis littéraire. La cuisine était incomgument par argument, le saYant plaiparable; le prince de Bruns,Yick, a qui
doyer de défense développé par M. Alil fut accordé d'y gouter, déclara qu'i 1
bert Keim. L'arncat est si documenté,
n'avait jamais fait un repas pareil. Ausi chaleureux, si persuasif q u'on s'en
tour d'uoe maitressc de maison ravisrapporte a lui rolonlicrs . Oui, il desante, des convives qui s'appelaient Marmcure étahli c¡u'au poinl de ,ne des
Gravure d'Augustin de Saint Aubin, d'apres le tableau de L.·ll. Yan Loo.
monlel, Saurio, Saint-Lambert, Gri rum,
progrcs de la slgcsse liumaine, il auDuelos, quelquefois Diderot! On préparait été déploralile que le lilTe De
l'Espril n'l'ul. pas été écril. 11 fautsurlout ad- vraiment un enfant chéri du sort que ce rait des petits plats spéciaux au bonbomme
mirer llchétius d'a,·oir sacril!é son honheur jeune ferrnier général, riche, beau, galanl, Fontenelle. Le doux patriarche s'épanouissail
parliculier a la félici llÍ ful ure de ses sern- curieux, aimé des dames, qui savait danser dans ce milieu de jolie gourmandise et de fines

Cliché Braun et C1•

MADAME DE MAINTENON ET MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.
Tablean de FERDI ANO ELLE. (Musée de \'ersailles.'

�causeries. 11 payait son écot en aphorismes
et en madrigaux; il dansait avec la fillette de
la maison, agée de dix-huit mois; il disait a
la charmante mere : ce Ah! si je n'avais que
quatre-vingts ans ! i&gt; ; 11 était adorablement
gateux.
Joignez 11 ce salon d'élégance achevée deux
chateaux, un dans la Brie, l'autre dans le
Perche, un peuple de vassaux contents de
leur sort, des forets, des chasses, loute une
domesticité, avec un chapelain sinécuriste
qui se reposait de son ministere spirituel en
chassant des canards. Et dites s'il n'a pas
fallo qu'Helvétius fut un héros pour troquer
cette vie inimitable contre les dangers de
l'apostolat l
Imprudent héros s'il en fut jamais. Son
tol't ne fut pas de publier un systeme do
monde : avoir une philosophie n'était, en
somme, pour un millionnaire, qu'un sport
de plus. Mais, indocile aux avis de Voltaire,
l'auteur de De l'Esp,·it, téméraire comme un
homme trop heureux, oublia que &lt;I rien n'est
si beau que de ne pas nommer les choses par
leur nom ». 11 cassa les vitres. Ce fut un
scandale inouL Le moment était mal choisi
pour payer d'audace. Apres Rosbach et l'attentat de Damiens, le roi de France senlait
le besoin d'une petite crise de dévotion. La
reine, dont Helvétius étai t maitre d 'hotel ordinaire, se voila la face; la Sorbonne s'émut,
le Parlement se facha, les jansénistes et les

molinistes faillirent se réconcilier sur le dos
de la philosophie. Cependant le gros in-quarto
broché en hleu allait son dangereux chemin
des bureaux de la police aux boudoirs des
darnes. La Harpe, alors éleve de philosophic,
se souvenait d'avoir vu l'abomioable livre, au
milieu de la poudre et des llacons, sur les
toilettes de jolies personnes ce qui en étaient
d'autant plus enchantées qu'il n'y ava:t pet:Letre pas un seul mot de tout ce fatras métaphysique qu'elles fussent a port~e d', ntendre, excepté celui de sensibiliLé physi&lt;]ue qui
faisait passcr tout le reste ».
Pendant quelques mois, l'existence du
pauvre Helvétius fut un enfer. 11 lui fallut
quitter ses terres, venir a Paris solliciter, se
justifier, consolP.r sa mere, supplier la reine,
voir les parlementaires, intriguer, s'aplatir.
On lui fit signer une lamentable rétractation : « Je n'ai voulu attaquer aucune des
vérités du christianism&lt;', que je professe sincerement dans toute la rigueur de ses dogmes et de sa morale, et auqucl je me fais
gloire de soumettre toutes mes pensée~. » JI
en fut 11uiLte pour donner sa démission de
ma11rr. d'ho1el et pour voir brulcr son livre.
M. lüim, en rendant ce récit tres vivant,
nous fait aimer plus cncore l'excellent et
charmant homme, si cruellement humilié.
Les amis paraissent avoir élé ticdes. Les Jettres d"lleh·étius a sa femme sont les confidences d'un ahandonné. « Ah! s'écrie-t-il,

que j'ai vu d'amis me tourner le dos! » Les
dlneurs de la rue Sainte-Anne conserverent
toute l'indépendance de leur jugement.
Grimm déclara la rétractation ce si humiliante q11'on ne serait point étonné de voir un
homme se sauver plutot chez les Hottentols
que de souscrire a de pareils aveux ». Collé
s'indigoa. Les philosophes houdaient le compromettant amateur. l&gt;ans ce concert d'ingratitudes et de désaveux, une note juste,
une note humaine; elle vient de Rousseau :
« U est vrai que M. Helvélius a fait un livre
dangereux et des rétractations humiliantes.
Mais il a guillé la place de fermirr général;
il a fait la fortune d'une honnete tille; il s'attache a la rendre heureuse; il a dans plus
d'une occasion soulagé les malheureux. Ses
actions \'alent mieux que ses éerits. T:ichons
d'en faire dire autant de nous. l&gt; L'orage
passé, les diners reprirent.
Si le livre De l' Esprit est un chef-d' OJU\'re,
ce n'est que .i ustice. 11 est temps de faire rrparation a l'ouvrage et a son auteur. Trop
lon;itemps on a souscrit a ce jugement sur
Jlelvétius : « l~•prit faux et superficie) qui
po,e d'ahord un systeme absolu qu'il appuic
ensuile de trails d'histoirc tissus de sophismes, ornés avec soin d'un vain étalage d'érudition. 1&gt; De quel pere jésuite émane ce verdict? - De Jean-Paul Maratl. .. DonneM·ous
done la peine, étant l'iche, amoureux et propriétaire, de créer la sociologie moderne 1•••
HENRY

ROUJON,

d• /7nlt/1Mt.

Apothéose d' « étoile »
Voici une anecdote qui pourra consoler les
Américains des extravagances 1¡u'ils ont faites
pour Jenny Lind. Ellt• est extraite d'une lettrc
de M. Campion, de Marseille.
ce • •• • Mme Saint-Huberty a donné ici vingttrois représentatioos; je n'en ai pas manqué
une. Toutes les chambres étaient autant de
bains de vapem·. Cette femme est étonnante.
On lui a prodigué les vers, les fetes, les couronnes; elle en a emporté sur l'im périale de
sa voiture plus de cent, parmi lesquelles il
s'en trouvait plusieurs d'un tres grand prix.
La fete qu'on lui a doonée sur mer était digne
d'une souveraine. J'y fus invité, jel'ai vue dans
loussesdétails, et je vais vous en rendrecompte.
e&lt; Mme Saint-lluberly, vetue ce jour-111 a La
grecque, est arri vée par mer sur une tres belle
gondole portant pavillon de Marseille, armée
de huit rameurs, vetus de meme ala grecque;
elle était suivie de deux cents chaloupes char-

gées de ceux qui voulaient voir la fete, et
encore plus cellc qui en élail l'objel.
&lt;&lt; Elle a débarqué sur le rivage, au bruit
d'une décharge de bolles et des acclamations
du peuplc. Un moment apri:s elle a remis en
mer pour jouir du ~pcctaclc d'une joule. Le
vainqueur lui a apporté la couronne, et I'a
rc!,:ue de nouveau de ses mains avec le prix
de son triomphe. On a voulu ensuite procurer
a Mme Saint-Hubrrty le plaisir de la peche;
mais l'aííluence des balraux était si grande
qu'on n'a pu retirer un immense flirt, et l'on
s'est décidé a repreodre !erre. A la sorlie de
sa gondole, Mme Saint-lluberty a été saluée
d'une seconde salve. Le peuple a dansé autour
d'elle au rnn des tambourins et des galoubets,
tandis que, couchéea la tur~ue sur une es pece
de divao, elle recevait en ~011vrraine les hommages des spectateurs des deux sexes. On l'a
conduite ensuite, a travers une haie de pavillons illuminés, dans une maison de plaisance
voisine; elle s'esl reposée ur. instanl daos une
salle de verdure, éclairée par des feux de
di verses couleurs. lfüe est entrée ensuite sous
une espece de tente, ou I'on avait élevé un
petit théatre champetre, sur Jeque! on a re-

présenté une petile piece allégorique. Euterpe,
~[elpomene, , Thalie et Polymnie y vantent
leurs talents, et chacune prétend a la prééminence. Apollon termine lcurs déhats en leur
présentant Mme Saint-Huberlyqui réunit tous
leurs talents et les fait valoir les uns par Ir~
autres. On veul la couronner; mais ou trouver
une couronne? Elle a déja épuisé tous les lauriers. Apollon détache la sienne et la place sur
la tete de la dixieme muse, au bruit de l'artillerie et des applaudissements. Peodanl le
bal qui a suivi, l'héro1ne était placée sur une
estrade, entre Mclpomene et Polymnie. On a
servi ensuite un souper splendide sur une
table de soixante couverts, dressée dans une
salle fermée, mivant l'usage du pays, par une
grille de bois; précaution Lien nécessaire, car
le pcuple s'y pressait au point que la dixieme
muse et ses comives eussent risque d'etre
étoufTés. Le souper a été des plus gais; on a
chanté sur la fin, le peuple a fait cborus et a
fait répéter plusieursairs. Mme Saint-lluberty
a couronoé sa complaisance en chantantquelques couplets en patois proveo~!. On a porté
sa santé au bruit des vivats, et une salve généralc a terminé la fete. l&gt;
GRIMM.

IV. -

HISTORIA. -

Fase. 25.

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BATAILLE DE LEIPZIG.

Docteur MAX BILLARD

+

Les Réfractaires sous le Consulat el l'Empire
Le lrain du jour, écrit Chaleaubriand
daos ses .llémoins d'oulre-lombe, e~t de
magnifter les ,·ictoires de Ilonaparte : les
patients ont disparu; on n'enlen&lt;l plus ks
imprécations, les cris de douleur el de d~lresse des victimes, on ne voit plus les parenls arrétés en plcige de leur fils, les habilants des villages frappés solidairement des
peines appliquées a un réfractaire; on ne
voit plus ces aflicbes de conscription collées
au coin des rucs, les passanls attroupés dcvant ces immensc&gt;s arréts de mor t.... On
oublie r¡ue touL le monde se lamcntait des
lriompbes. »
Le guerrier ambitieux, pour reofermer
loute l'Europe dans son Empire, exigeait une
conlinuelle eITusion du sang frani;ais. Qu'on
en juge par les acles rendus sous le gouvernemeot impérial, rclalifs a la conscriplion.
Napoléon faisait un déscrt de son rolaume.
Les levées de troupes du 17 janvier 1805 au 15 novembrc 1815 s'élcverent
a 2.115 .000 hommcs 1• C'était la lleur de
la population qu'on enlevait, c'était la ruine
des villes, la dépopulation des campagnes;
les neuf dixiemes périssaient sur une lerre
élrangere ou ne rapporlaicnt dans leurs
foyers ou dans les cbamps que des corps
aLaltus par les fatigues ou privés d'une partic d'eux-memes. Aussi, les malhcureux
conscrils usaient-ils de tous les moyens possibles pour se souslraire a l\ tfrayant enrcilernent: ils se mulil¡iienl, s'ampulaient l'index,
se couvraient d'ulccrcs, s'arrachaient les
et

1. Dans ce chilfrc ne figurenl pas, par consequenl,
ni les le,·ées d'hommcs failcs sous le Consulal, ni la
lcréc de 400.000 honuncs en t:H5.

den ts 1 • Cou verts de baillons, ay:mt dit adieu
a la famille, au ÍOJCr, se déclarant libres
envers toule magislrature, en dépit de toutc
puissance, ils couraient les bois, les montagnes, se cach:lient dans des enlroits horribles ou l'on ne pouvait supposer qu'un
homme pul vivrc.
On cite avcc allcmlrissemcnt ce tragique
épisode. Un jeunc paysan, soulicn unique de
ses vieux parenls, vcnait de tomber au sort.
11 refuse d'abandonncr sa famille, son villagc,
et se cache pour échapper aux gendarmes
qui venaicnt le saisir. On le découvre et on
s'empare de lui. Alors le pere du réfraclaire
charge un pistolel, et críe aux gendarmes :
ce ALtendez, vous n' arnz pas le droi t de le
prendre. 11 est fils de Yeuve ! l&gt; et aussitót il
se brf.lle la cervellc.
Alphonse Karr et apres lui l'al,bé Cochet,
curé d'Étrelat, ont raconté l'histoire émonvante du réfractaire Romain Ilisson. Quand
vint l'époque de la conscriptioo, quilter son
perc, sa mere&gt;, son village, ses rochers, fut
pour Romain un'! pensée épouvanlable. Ses
parents, qui p:irtageaient son angoisse, convinrcnt de cacher leur fils dans un lrou de
falaise, appelé depuis lrou a Ronutin. La
nuit, du haut des rocbers, ils descendaient
au mayen d'une corde la nourriture nécessaire pour la vie de leur enfant. Ceci se passait en 1815.
ce Les choses resterent ainsi pendant un
an. Mais, un soir, des marins, revenanl de la
peche, aper~urent une llamme qui sorlait de
la falaisc. lis parlerenL de ce qu'ils arnirnt
2. Comme 1mpropres

a décltircr la carlouche.

vu; d' autres pecbeurs se rappelerent avoir vu
la meme chose; on en causa.
ce La falaise fut observée, et bientót on
découvrit que c'était Romain r¡ui allumait le
feu dans la grotte ou il s'était caché apres le
départ des jeunes conscrits.
ce On fil, avec des porle-voix, plusieurs
sommations a Romain de descendre : il
répondit qu'il ne voulait pas etre soldat. On
lui dit que s'il ne voulait pas descendre, on
le prendrait et on le fusillerait, il répliqua
qu'il aimait rnicux mourir que d'etre soldat.
On lenta l'escalarle, mais il n 'y avait pas
moyen d'arriver par des échelles a une hauteur de deux cents pieds; quelques soldats
tenterent de descendre avec des cordes du
haut de la falaise; mais Romain secouaiL les
cordes et les exposait a se rompre les os. On
fit avec la bache quelques degrés dans la
falaise pour la pouvoir gravir; mais Romain
faisait tomber sur les travailleurs une grele
de picrres qui les décourageait. On en référa
encore au sous-préfetqui réponditqu'ilfallait,
pour éviter qu'un si dangereux exemple eut
des imitateurs, s'emparer de Romain mort
ou vif. On fit encore des sommations a Romain, puis on lui tira des coups de fusil.
Romain, acbaque décbarge, s'enfon~it dans
sa caverne, puis ripostait par des pierres et
des morceaux de roche. 11 soutint le siege
pendant quatre jours.
ce Au bout de qualre jours, il manquail
Loul a fait d'eau; une fievre arden le l'épuisait;
il songea qu'il fallait profiter de ce qui luí
rcslait encore de forces pour aviser aux
moyens de s'échapper. On était a la pleine
lune, la roer, basse vcrs qualre heurcs, était

J· Alfho,)se Kal'l·, Fra(1ce Maritime.

l'Í;- i
_q

l_,vccul c'.1 ~ore d,x ans ap~és l'époque de sa

e J appelle1a1 glor1cuse; lm-mcmc a terminé

sc~ J urs e~, s~ précipitanl d u haul ele ce lle falaise
qui es avail. 5( longlemps protégés. Le motif de sa
mort e5L reJete mconnu • · L'abbé C.:ochet, F:tretat, son

1

passé, so111?1·ése11l,sonavenir. Dieppe, 1857 , . 127
5. Les _decrets sur les réfrartaires furent fbr ,65·
par les Io,s _du 10 _mars 1818 et 21 mars 1852 og
4. Cap1lau,e Pa1mblanl du Rouil la d' • :
·
tvis 1011 D11. vauze lle 189G
.. : P· 21. Durulle
s'était
enrolé
eo 1792 dans le lro1S1eme bataillon du Nord; il ful
1·utte La

""1

19 '"'

nommé lieulenant, puis capitaine en 1795 en récomense de .sa_ conduile_it l'assaul du forl d~ Klundet·L.
l passa general de br1gade aprcs la hatai lle de Jlcrfihe,m. A \Yatcrloo, il re~ut u n coup de sabre qui lui
,t u~e longue cicalricc a la face, el un autre &lt;¡ui tui
aball1l le poignet. ll csl mort en 1827.

f

�111S TORJ.Jl
Les réfraclaires, reslés seuls contre l'armée
suédoise el le corps de WinLiingerode, éLaient
pan·enus a déposler les Suédois du village de
Kohlgarten; mais, assaillis par trente mille
hommes, ils ne purent soutenir Je choc plus
longlemps, et l'eunemi poursuivit sa marche
sur Leipzig.
Toujuurs est-il qu'on les vit comballant
courageusement jusqu'au mois d'aout 1814,
inlligeant avec une ardeur héro1que de rudes
coups a leurs adversaires et méritant a
.lalfoitz d'ctre cités a l'ordre du jour pour
lcur conduile remarc¡uablc.
En 1814, i.t l'heure 011 le génie et !'infatigable aclivilé de Xapoléon c.nfantaient tant de
ressources comme par e11chanlement, l'élan
national n'allait pas scconder partout l'empercur.
Les lerées de conscrils renconlrcrent plus
que jamais une résistance extreme. Personne
uc voulail plus partir.
Le t •r jamier 181 ~. les conscrits rebclles
se réunissent « au nombre de 200 cnviron a
Lisbourg, pres Fruges, et déliberent sur le
projet de se porter a Saint-Poi pour en délivrer trois qui y sont détenus ».
Dans le canlon de Fauquembergues, pres
de Saint-Omcr, « les conscrils appelés pour
la levée de 500.000 hommcs sout presque
tous ren trés ehez eux.
« lis vonl en nombre, chez les gardes
champelres, et leur disenl qu'ils sont en
mesure de se défendre, si on les inquiete ».
On enregistre le nombre de 150 réfraclaires
dans la Vendée.
A Mugron et a Aire, arrondissement de
Saint-Se,er, les conscrits déchirent les listes
de conscription. A Baigts, 200 paysans menacent de tuer les membres du conseil et de
bruler la mairie. Oans le canlon de Gas,
arrondissement d'Arras, &lt;e les conscrits, sous
les ordres de plusieurs brigands, se disenl
menacés de leur vengeance, s'ils se séparent
d'eux ».
A Terra-Nuova, arrondissemenl d'Arezzo,
une bande de 50 conscrits réfractaires force
le receveur municipal de la commune a lcur
donner 10 íO francs.
Dans la Loire-Iníérieure, il y a des campagncs « ou tous les hommes désignés pour
la garde nationale refusent de partir ».
Dans la Somme, ;1 la porte d'une église,
pres de Doullens, on affiche un placard inli1. l8U, Perrin 190i. pp. 23 el 24.
2. Souucmrs d'u11 médeci" de Par is, par le Dr Jloumics de la Siboulie. La ltet•ue hebdomadaire, n• du
4 septcmhre 1009, p. 115.
3. lloycn de la Faculté depuis 1811, morl a l'itgc
tl&lt;J 83 ans du choléra en avril 1832.
i. llix éturlinnts en médecine et emiron soixantedix éludianls en droil adressaienl les 6 el 7 fi:vricr
au comlc de Lcspinasse, une lettre ou, ponr se souslraire au scrvirc militairc, ils nlléguaienl des vices de
santé ou tics infirmités. Toutcs ces lctlres sont aux
A1·cl1ives 11atio11ales, F 7 ü6U3.
A signaler sculemenl la lettre du pcrc de Dubois,
éludianl en médecinc, qui écrit que son fils lui esl
1udispe11sa.ble_pour sa pr~fess_ion : « Je suis seul a m3:
liouuque oil 1! faul que Je sois conlrnuellement, el qm

tulé : Vivent les Bom·bo11s ! Défense m1x calme le plus parfail avait régné dans l'a~~emconscrits de pw·t ir.
blée. Mais le général, se voyant joué fit sentir
Le sous-préfet d'Apl écrit qu'il y a cu daos sa mauvaise hurneur el menaca de punilions
un Yillage de l'arrondissement, le 50 janvier, séveres ceux qui se permettraient encore
« un rassemblement de cinq a six cenls d'aussi mauvaises plaisanteries. Alors ce fut
conscrils, el qu'ils élaient convenus de ne pas une explosion de cris, d'injures, de provocase rendre, et de résister aux forces qu'on tions1. On peut juger de la Lempele par cette
pourrait employer contre eux et leurs pa- lettre que le doyen de la Faculté de médecine,
renls ll.
le proíesseur Le Roux •, adressait au ministre
Partoul les appelés murmuren[, vociferent, de la Guerre :
menacent. « A Toulouse, écrit lL Henry
MONSEIG~EUB,
lloussaye, ce placard fut al'llché : Le premier
qui se présenlera pour lirer au sorl sera
Une séance aclieuse et ]Jllnissable, si
peodu. l&gt; Le préíel de Maine-et-Loire écri- l'on en connaissait les auteu1·s, vient de se
vait : &lt;e L'insurrection de tout le département passer dans les éco/es de la Faculté de méest a craindre. ll Le préfet du Calrados : « A decine de París.
Caen, lout esl prét pour une révolulion. ,,
bf. le généml se11ate111· comte de l' Es¡liMalgré les gendarmes, las janis,aires, les 11asse (sic), commamla11t .en chef de l'arcolonnes mobiles, désertcurs, réfractaires, tillerie de la ga1·de nationale de l'a1·is,
insoumis se rnullipliaient. l'n déLachement de m'avait annoncé qu'il passerail a11jo1ml'/111i
conscrils de la Seine-Iníérieure complant 7, au.1· écoles de medecine, la re1•11e des
177 préscnls au départ, n'en avail plus que ele1•e.~ de la Faculté de droit et de la Fa;;;, a l'arri,ée. Si les soldats manquaicnt culté de médecine désignés pa1· S. E. le
d'armes, les réfraclaircs saraient en lrouver. grand nwitre de /'Universilé pour compoDes bandes de :,O, de ~00, de 1000 et meme ser ltois compagnies d' artil/erie.
J'avais écl'it (lUJ,' 150 éleves de in Faculté
de 1500 hommes parcouraient l'Artois, le
Maine et l'Anjou, comme au lemps de la de médecine désignés pom· qu' ils e11ssent
chouannerie, fusillant avec les troupes, arre- ii se 1·endre ce matin a 11 h. 1/ 2 a l'École ....
lant les diligences, envahissanl il's ,·illages JI s'est fait un tunmlte si considéi-able que
pour forcer les conscrils il les suiHe et piller le généml de l'Espinasse n'a 7,u acheve1·
les caisses des perccpteurs. D'autres bandes l'appel de ceux qui étaient portés s111· les
de 1O a 20 réfraclaires dévalisaient les voi- listes de Mgr le grand mailre.
Le général, sorti de l'amphithéátre, ne
tures el les malles-postes sur les roules de
Lyon, de Marseille, de Toulouse, de ~fonl- pouvait gagner sa voiture. Je l'y ai conduit. La foule s'esl .p1·essée asa suite.
pellier1 ».
Les éleves de I'ltcole de Médecine et de
Je viens d'apprendre que le général avait
l'École de Droit donnaient eux-memes it Paris élé insulté /out le long de la rue et qtt'on
l'exemple de l'insoumission.
luí avail fait to1ites sortes d'outrages.
Peu de temps avant le siege, on avait eu la
penséc de préparer des mo)ens de résistance
On le voit, la jcunesse des Écoles n'était
daos la population parisienne. Les Ecoles de plus ensorcelée par les miracles des armes
droit et de médecine durenl etre organisées du conquérant. Le Lalisman était brisé : elle
en compagnies d'artillerie et tous les étu- osait meme, ce jour-la, mépriser la l'ictoire
diants élaient invités par lellre du doyen a se et prolester contre la tyrannie'.
rendre daos la cour de l'écolc de rnédecine le
c·est que la France élait lassc des conlundi 7 février a onze heures et demie pour quetei;. Apres dix ou douze années de déelre passés en rel'Ue par le commandant en menee guerriere, la population virile renonchef de l'artillerie de la garde nationale.
{:ait a répandre son sang qui ne coulait plus
Tout le monde fut exact a celle comoca- pour ses libertés.
tion. On comme'lca l'appel : « M. un te!! L'empereur allait succomber, parce que la
Mort, répond l'appelé lui-meme. -Tant pis! France, rassasiée de malheurs et de gloire,
dit le sénaleur Lespinasse. - ~1. un tel '. n'en voulait plus.
Par ti pour son pays. ,, -A chaque nom était
En prcnant congé de ses vieux soldats dans
faite une semblable réponse. Jusque-la le la cour de Fontaioebleau, celui qui naguere
étail maitre du conlioent, le distributeur de
esl gardéc par mon fils, lorsque je suis forcé de sortir »; celle de (laudeL. eludiant en médecine qui se
couronnes et le souverain des rois, allait luirefusc au servicc en di~anl : « J'esp~rc bicnlol ctre
méme le confesser haulement : « La France
plus utile á mon pays comme médecin »; ctlle d'un
a voulu d'aulres deslinées ll.
ami ele l'étudianl en droil Douin, qui allegue que • le
j~une homme, incapablede servir, esl al'insLanl d'acheCela dit, en effet, Napoléon, jeté has du
ter une étude dans laquelle il se distinguerail , ; el
haut de sa gloire, s'écbappait de France au
ccllc aussi de l'ctudianl Audibcrl, qui rcfusc de partir,
parce qu'il o'a que quinzc ans el deux muis.»
milieu des malédictions, et gagnait l'ile
llentionnons cncorc, en raison de son nom, l'étud'Elbe. Mais l'inépuisable France devait l'Oir
dianl en médccine Vulpian, rue du illarai1 nº lü, qui
inrnque • des 111fii·mités qui ne lui permeLLenl pas de
sorlir de son sang de nouveaux soldats, pour
fairtl le servicc ele l'arlillcrie. La ,·érit.é en esl allestéc
marcher encore a un sacrifice qui ne del'ait
par un cerlifical de ll. Boyer, premier chirurgicn de
ni sauver l'Empire, ni conquérir la liberté.
l'Empcreur ».

r

DoCTEUR J\lAX

BILLARD.

PAUL PEL TIE~

•
Le premier atlentat conlre Louis-Philippe

. En novembre 1832, l'opinion publique élait
Cependant, au milieu de la foule une
v10lemment sur~xcitéc. D~puis plusieurs mois, femme jeune et élé0 ante s'évanouissa¡'t · on I'acc~ble d~ questio_ns, et elle racontc, épou.
o
,
vantce, qu elle ava1t vu, soudain, un jeunr.
en effet, elle ava1l eu comme alimenls, presque s ' empressa1t,
et, pres d'elle, sur le lrottoir, hom~e piaré pres d't,lle hraqucr rapidement
coup sur coup : les funérailles ~anglanles du
on troul'ait un pislolet déchargé, landis qu 'a un p1stolet da?~ la direclion du roi, qu'elle
général Lamarque et la terrible affaire du
qu~lques, pas, sur la chaussée que venait de ava1l voulu sa1s1r le bras dujcune homme et
C!oitre Sainl-~lerry qui en fut la suite; Je proqml ter 1 escorte royale, on ramassait un sequ'alo:s le coup était partí.
'
Cl'S et la condamnation des saint-simoniens
cond pistolet encore chargé.
La
Jeune
fille
est
immédiaternent
entrainée
11ui réclamaient ce la sanctifü:alion de la 8eaulé
L~ suppositions les plus vraisemblables se
el la réhabilitation de la Chair l&gt;; la con- font .1our : esl-ce cette jeune lille qui vient de aux Tuileries 011 on la félicilc cbaudement et
ou l'on s'enquiert de sa position. Made~oidamnation des conspiraleurs de la rue des
tirer? S'a~it-il_ d'un allenLat légitimisle, épiProuvaircs; le proces des cbouans aux assises logue de I affaire des Prouvaires ¡ d'un allen- selle_ Adele tlourf est originai rc du Pas-deCala1s, et elle 11enl a Paris pour chercher
de Blois; le proccs de Berryer;
la mort du duc de Reichstadt
&lt;e une siluation » dit aussitót
la presse gouvernementale en
qui atterrait et irritait les bona~
partistes; I'arrestation de la
la couvrant de lleurs « des
duchesse de Berry, qui remsilualions » indiquaien~ ironiplissait d'indignation et de sluq_u_ement les journaux de l'oppopeur les légitimistes.
s1t1on, en l'appelant Ja « nouvelle Pucelle d'Urléans » et la
Enfin, les esprits étaient
an:xieux, en se demandant ce que
« Vierge des Trois-Coule~rs ».
Ajoutons que Mademoiselle
ser_a!t ce Ministere que Lo~isB_ou,ry était délicicusemenl jolic
Ph1hppe venait de former, Je
11 octobre, avec, pour ministre
s! 1 ~n en_ croit une estampe
s1gnee Julien, fort répandue ¡1
de l'intérieur, M. Thiers, que
l'époque.
Louis Blanc appelle, acelte occaLe soir, aux Tuileries, le roi
sion, et d'une maniere au
dit a Dupin: « Ehl him, ils
moins imprévue, un ce Danlon
ont done tiré sur moi '? ,, _
en miniature. JJ
&lt;e ;\on, Sire,_ répondit l&gt;upín
II y avail dans l'air : du
malaise, du mécontentement et
~vee so~ ~our1re énigmatic¡ue :
ils onl tire sur eux ! ¡¡
de la haine, et des bruils d'auQui cela, ce ils »? C'est ce
tant plus sinistres qu'ils étaient
que la police cherchait a sa"oir.
plus vagues circulaien t, quand,
le 19 novembre, s'ouvril la sesElle se rappela quecinq jours
avant l'atlentat elle a\'ait été
sion de la Chambre des Dépulés.
vaguement avertie d'un comLe Roi devait se rendre
plot dont aurait fait parlie un
solennellemen t des Tuileries au
Jeune mailre d'éludes nommé
Palais-Bourbon; il avait alors
cinquanle-neuf ans.
Be:g_eron, connu pour ses
opmwns avancées. En mcme
Le cortege suivait le Pontlemps, une dénon&lt;!iation, émaRoyal, le Roi en tete, a cheval;
nant, parait-il, d'un confrere
dans deux carrosses, se troujaJ.,ux, signalait un médecin de
vaient la Reine et ses filies et
Chauny (Aisne), le doctcur Beles . °!inistres. Louis-Philippe
avait a peu pres traversé Je
noist, ~omm_e venu précipilamment a Par1s le 19 novembre.
po_nt, quand soudain, pres de
lui, une détonation retentit.
Or, Bergeron el llenoist
étaient deux amis intimes, et
On crut que c'était le fusil
l'on apprit qu'ils avaient passé
d'un soldat qui partait par hae~semble une parlie de Jajoursa~d. M~s 1~
ne s'y trompa
point; mstmcllvement il se
nec du 19. On arreta aussitot
Bergeron, et quelques jours
courbe sur sa selle puis ¡¡ salue
/Yapr¿s la lilhographie de J ULIEN.
rapidement la foul~ de son chaplus tard, on amenait aParis a
pied, meoottesauxmains, led~cpeau, se replie sur son escorte
.
teur Benoist, arrelé /¡ Chauuy.
et, ~pres quelques instants d~ désarroi, on tal républicain, organisé par la « Société des
A pa_rlir de ce mument, l'opinioa publique
co~Lmue vers 1~ Pal-ais-Bourbon : le roi éehap- amis du Peuple l&gt; ; par cxemple d'un comse ~~sswnna pour !'affaire ; la prcsse de l'op~3.1 t
ce premier allenlat, comme il devait plot policier?
P,os1~1on _donne claircment a cnlc11Jre qu'il
t!ebapper aux six autres dirigés sur lui.
Cependant la jeune fille revienl a clic. On s ag1t d un complot policicr, et crible Jes

ro!

ª

�111ST0'1{1.Jl

---------------------------------------.#

incomparable maladresse, et leurs agissemagistrats de ses !léchelles aigues. Le Cha- la caserne du Foin, a l'École Mililaire, ele.
ments ne contribucrent pas p.eu a accréditer
Les
débats,
tres
orageux,
durerent
huit
rivari parait le 1•• décembre 1832, et, daos
l'opinion d'un attentat policier,
ce premier numéro douze échos
hypothese qui fut, de tres bonne
sur vingt-buil furcnt consacrés
foi, lancée par la presse de
a l' &lt;( attenlat risible ». En
l'opposilion et s'est mainlenuc
voici un a litre d'indication :
jusqu'a présent.
&lt;( L'héro\ne du Pont-Royal s'est
Soixante-dix-huit ans se
présenlée voilée cbez le j uge
sont écoulés depuis !'affaire du
d'instruction : faits et pcr19 novembre '1832 : on peut
sonoes, tout est voilé dans cclte
etl'on doil maintenant déclarer
affaire! »
la vérilé.
L'instruction se traioait péL'affaire du coup de pistolel
niblement dans les racontars,
fut-elle le résultal d'une initiaquand un ancien camarade de
tive individuelle ou d'une
college de Bergeron, Janety,
initiative collectire? C'est ce
signalé a la justice par une
qu'il est importanl de savoir
fcmme de mceurs équivor¡ues,
aujourd'hui.
vint déclarer que Benoist lui
Mais ce qui esl Lien certain,
avait affirmé, le 19 nornmbre,
c'est que l'allental du 19 noque Bergeron venait de tirer
vembre ne fut point imaginé
sur le roi.
de toutes pieces par la police :
Benoist protesta avec indiil fut sérieux, et un coup de
gnation, le frere de Janety
pistolet ful bien réellement tiré
déclara nettement que celui-ci
sur Louis-Philippe. Les déclaavait la manie du mensonge :
ralions qui nous ont été faites
LA CllATTE MER\'EILLEUSE •.
llergcron et Benoist n'en furent
récemment par la famille d'un
pas moins traduits devant la Caricature publiéc au lendcmain de l'attcntat. Adl!lc Boury (la ◄&lt; Chattc mcn·cillcuse "• des accusés ne laissent aucun
ou Jeanne di, Dac, la Vierge des r,·ois co11le11rs), y cst représentée • sauYant, a
cour d'assises.
doute a cet égard, et nous
l'instar de Jcanne d'Arc, le Tróne et la Francc avec son éYcntail •·
Cent trente témoins furent
devons a l'Uistoire cette mocilés, et les débats s'ouvrirent
desle contribution.
le 11 mars 1855 sous la préL'entourage du roi ful trop mécontent tic
jours.
On
remarquait
avec
élonnrrnent
comsidence du conseiller Duboys, que l'opposition
surnommait c1 Duboys dont on fait les !lutes ». bien on avait changé d'attitude a l'égard de l'acquittement de Bergeron el de Benoist pour
l\llle Boury depuis le jour ou elle avail dé- ne pas maniíester sa mauvaise humeur :
ciaré q u' elle ne reconnaissait formellement comme d'babitude, ce fut la Presse qui rerut
aucun des deux accusés; on écouta aYec slu- le rontre-coup.
Trois journaux, en effet, furent traduils
peur la déposition du colonel d'état-major
Rafé : « Nous étions instruils d'avance aux
Tuileries qu'on devait a son passage Lirer sur
le roi ! »
Enfin la parole fut donnée au procureur
général Persil, qui abandonna l'accusalion a
l'égard du docleur Benoist, mais la soutint
avec une véritable férocilé contre Bergeron.
Celui-ci fut tres habilement défendu par
111" Joly. L'avocat d'Hippolyte Benoist,M• Moulin, protesta énergiquement conlre rarrestation arbitraire el la détention de son client,
et fit une profonde impression sur l'auditoire en évoquanl le souvenir des qualre Sercrents de la Rochelle, et de la conspira Lion du
général Bcrthon : t&lt; Messieurs, parmi les rec1 proches trop mérités adressés a la Restau&lt;! ration, un des plus graves est l'abus des
&lt;! proces politique;:, des complots et des con&lt;! spirations : l'exil de la branche ainée a
&lt;I payé le sang de Bories et de Berthon 1 »
Apres une dcmi-heure de délibération, le
jury acquittai t les deux accusés, comme
Les mesures de police qui furenl prises quelque lemps auparavant, il avait acc¡uitté
pour la durée des débals montrent toute les membres de la Sociélé des amis du Peul'importance r¡ue l'on altachait a ceux-ci. On ple, entre autres Ca~aignac et flaspail.
La jeunesse des Ecoles porta Bergeron et
en va juger : les postes du palais de juslice
.I •
Benoist
en Lriomphe, pendant que le présiet du pool d 'Arcole étaien t doublés; deux
ceols hommes du 20• léger el du 2• de ligue dent et le procureur général, allerrés, couse tenaient prets a l' Hotel de Ville, cent dra- raient au ministere de la Justice.
Et maintenant, c¡uelle est la vérité sur devant les assises pour avoir publié des
gons étaient postés au Carrousel, deux cents
comptes rendus jugés infideles dans l'affaire
l'
«
affaire du coup de pistolet? i&gt;
hommcs devaient se tenir prets _a marcher au
La police et lajustice firent preuve d'une du coup de pistolet.
premier signa! a la caserne de Lourcine, a

L'E P'J('EJH1E'J( ATTENTAT CONT'l(E Lou1s-Prt1L1PPE - - ~

C'étaient le Temps , le Nalional, et le Ch11-

rivari.
En ce qui euncerne le Temps, la cour se
déclara incompétente par le motif que l'article incriminé ne pouvail etre considéré
comme compte rendu.
Le National, a. l'audience du 20 mars, fut
condamné a 5000 francs d'amendr, son gérant a un mois de prison, et défense fut faile
au journal de rendre comple des débats judiciaires pendant tleux ans.
l\feme décision pour le Charivari, mais
l'interdiction de comptes rendus était d'un
an.
Le grave Conslitutionnel lui-meme protesta, en rappelant que sous la Restauration,
le meme lraitement luí avait élé inllirré
a
0
propos de son compte rendu de l'alTaire des
quatre Sergenls de la flochelle.

Les condamnations conlre le National et
le Chai·iva1·i étaient par défaul; mais sur
opposition, elles furent purement et simplement confirmées huitjours plus tard.
Le Charivari se vengea en publiant une
caricature terrible du président Duboys, avec
celle légende :
&lt;1 A cel air épais, partiripant a la fois du
&lt;( ventrigoulu et du Béotien de maaistra•
•
0
&lt;1 ture, qm na reconnu ce monsicur dont on
&lt;1 fait les ílutes ! ii
Que firent les deux acquillés de !'affaire du
coup de pistolet?
. Louis Bergeron se lan¡;a dans le journahsme el entra au Siecle. Iluit ans aprcs son
pro~es, il lut un jour daos la Presse, sous
la s1gnature de Girardin, une allusion a celle
affaire. C'est alors qu'il soufílela Girardin en
plein Opéra, et ful, pour ce fait, condamné a

trois ans de prison, maximum de la peine.
Lors de la Révolution de 1848, Rergeron
et le docleur Benoist furent nommés commissaires du Gouvernement daos la Somme
et dans l'Ai,me, et le second rci;;ut la croix de
la Légion d'honneur.
Le doctrur Ilrnoisl, tres lié avec les artistcs
et les lillérateurs de la_fin de l'Empire, entre
autres Paul de l\ock, EJouard Plouvier, Mélingue, Litolff, mourut, en 1867, laissant
deux fils acluellemenl vivants.
Quant a Ilcrgeron, il abandonna le journalisme pour s'occuper des queslions d'assuranccs; il est mort en 1890 a Croissy (Seinret-Oise), et en voyant passer ce vieillard
mélancolique, les babitants du petit vil!age
étaicnt loin de soupi;;onner qu'ils avaienl devant les ycux le dernirr acteur d'une cause
célebre.
PAUL PELTIER.

La cour de Versailles intime

On ne doit pas s'attendre a ce que je fasse
ici un cérémonial complet, en donnant le code
du service de chaque offieier; ce serait un
lravail immense et faslidieux. Je rappellerai
Les princes eux-mémes ne doivent-ils
seulement
quel,rucs-uns des usages qui m'ont
pas elre élonnés de suivre aYec Lanl
ele ponctualité les ordrcs d'un elre le plus frappé.
fantastique?...
11 en est un dont j'ignore completement
MERCIER, Tableau de Par,s.
l'origine. JI consistait a apporter, tous les
soirs, sous le chevet du lit du roi, un petit
C'était une étude pour celui qui arrivait a paquet du lingc nécessaire pour changer, atla eour, et n'y avait point été élevé, que de tacbé a une petile épée de deux pieds de long.
se meltre au fait des nombreuses lois de Les cabi nets 011 étaient déposées les bardes
l'étiquette, celte espece d'égide des souverains du roi étaient éloignés, a la vérité; mais
contre la familiarité et le mépris. Quoique ces pourquoi ne pas avoir une certaine quantité
usages, enfants des siecles, diminuassent tous de linge en réserve dans un coffre, comme le
les jours, ils étaient encore bien nombreux. valet de chambre barbier avait, daos une
Et s'il n'y avait plus que les anciens de la malle de velours cramoisi, une certaine quancour, le duc de Penthievre, le prince de Sou- tité de bonnels, de coiffes, etc.? Pourquoi
bise, le maréchal de Biron, qui saluassent en- d'ailleurs cette épée, si courte qu'elle ne
core le lit de parade du roi quand il n'était pouvait etre d'aucune utilité?
L'usagc d'apporter, tous les soirs, dans la
pas présen t, les courtisans plus modernes
rcculaient toujours jusqu'a la muraille quand chambre du roi, un pain, deux bouteilles de
le roi s'avancait vers eux, et aeculés contre vio et un ílacon d'eau a la glace, se comprend
le mur, ils piétioaient encore, dans l'espoir plus facilement. Les offices se trouvaient, en
d'etre assez heureux pour obtenir une parole effel, tres éloignés, et ces · nliments, qui se
du souverain. C'est qu'il fallait etre tres fami- nommaient des en cas, étaient tenus en réserve
lier a~·ec le roi pour lui adresser la parole; encasque le prince éprouvat quelques besoins .
ce qu on ne faisait jamaii: qu'a la troisieme On lit que Louis XIV, ayant su que ses valets
personne : « Le roi a-t-il fait une chasse heu- de cbambre refusaicnt de manger avec Moreuse? Le roi n'est-il plus enrhnmé? &gt;J Le liere, parce qu'il était comédien, se fil un
dernier maréchal de Duras est un de ceux jour, a son le ver, apporler son en cas, 011 se
que j'ai vus les plus libres avec le roi; il trouvait un poulet, et en senit une portion a
l'était meme plus que ceux qui avaient été ce célebre comique. L'empcreur Buonaparte
élevés avee le monarque.
avait conser\'é cet usage; car son ,·alet de

Étiquette et usages divers

chambre, Constant, raconte, dans ses Mémoires, son embarras pour dissimuler a Napoléon, qui, un jour, eut faim daos la nuit
et demanda l'en cas, la gourmandise du mameluck Nistau, qui aYait dévoré la moitié de
la volaille a laquelle l'empereur ne Louchai L
jamais.
Louis XVI n'y louchait point davantage.
Lorsqu'il avait besoin de prcndre quelque
chose entre ses repas, les gari;;ons du chateau
avaient Loujours en réserve des sirops, des
confitures et autres aliments. Tou les ces
liqueurs et ces aliments destinés aux princes
étaicnt toujours essayés, c'est-11-dire goutés
par un officier du gobelel. Si c'était du lic¡uidr,
il en buvait un peu; si c'était de la viandc, il
trempait daos la sauce ou passait léghemcnl
sur le morceau présenté une petite tranche
de pain, afin de préserrer le sourerain du
1JOison. Mais un roi destiné 1t périr aifüi n'rn
aurait point été préservé par loutes ces précautions.
Dans l'enceintc formée par la balustrade
qui enlourait le lit du roi, se trouvaient le
fauteuil et quelques tabourets pour les valets
de chambre de garde; car on ne s'asseyait
pas dans la chambre du roi. On s'y promenait cncore moins. Et quand la mode eut
amené, sous Louis XIV, l'invention des énormes perruques que l'on connait, s'il élait de
bon lon tic les oler et de les peigner jusqne
daos rantichambre du roi, on s'abstenait de
le faire daos la chambre du lit, re"ardée
comme la r ésid rnce du souverain. De ;eme

'

�111STO']t1.Jl - - - ~ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . 1
pour y entrer ou en sortir, on n'ouvrait point
la porte, mais on en demandait l'ouvcrture
l'huissier; et au lieu de frapper a cetle porte,
on y grattait légerement. Sortir le premier
était de la plus grande politesse, le dernier
devant jouir plus longtemps de la vuc du roi.
On sortait toujours a reculons.
Je ne finirais pas, si je rapportais toutes
lrs petites choses qu'il fallait savoir, non
pour etre un courtisan parl'ait, mais pour ne
pas faire de gaucheries. Sans doute, dans les
premiers temps de la monarcbie, il existait
d'aulres usages qui nous feraient bien rire si
on avait pris soin de nous en conserver le
souvenir. Peut-etre ceux que nous observons
aujourd'hui feront-ils aussi un jour le divertissement dti nos arriere-ncveux ! ...
On avait le tort alors, en France, d'éloigner de la cour tout ce qui paraissait militaire. Sauf les officiers des gardes, nn n'y
voyait jamais un uniforme, si ce n'est le jour
de la revue des gardes franyaiscs, dans la
plaine des Sablons, et celui ou
le colonel prenait .congé pour
rejoindre son régiment; alors,
il paraissaitavecson babit d'ordonnance.
Autrefois nos bons afoux,
moins douillets que nous, se
contentaient d'un vaste foyer
ou toule la famille réunie se
préservait des rigueurs de l'hiver. Le jour de Nuel. personnc
ne manquait a l'oflice de la
11uit; et le feu restant auandonné pour plusieurs heures,
on y déposait une Lúche
énorme, la ~ouche de Noel,
pour que tou te la famille grelottante vint au retour de
l'église, pres d'un immense
urasier, faire cbaudement le
joyeux réveillon. Cet ancien
usage subsistait encore a la
cour. Chaque cbeminée, la
veille de Noel, était chaul'fée par une grosse buche,
bien peinte, ornée de devises
CHATEAU
et de lleurs de lis, et qui
rappelait les mreurs anliques.
C'est un des plus beaux attributs de la
souverainelé que celui de donncr la grace aux
criminels; et l'usage voulait que cette grace

a

ne fut point refusée a ceux que le roi rencontrait sur sa route. J'en vis un jour un exemple.
Louis XVI, revenant de la chasse, rencontra,
sur le chemin de Saint-Cyr, un pauvre déserteur qu'on reconduisait a son régiment pour
y subir sa punilion. Le soldat, instruit on non
de ce que cette rencontre avait d'heureux
pour lui, se jeta a genoux et, les bras lendus
vers le roi, implora la clémence du souverain.
Le rnonarque envoya sur-le-charnp l'otficier
des gardes avec l'ordre de faire expédier les
letlres de grace. La gaielé du monarque pendant le reste de la journée montra avec quelle
satisfaction son creur avait exercé cette touchante prérogative de la royauté. Mais, comme
elle aurait pu devenir abusive, on avait soin
de faire faire un détour la chalne des galériens qui passaient Versailles pour rejoindre
le bagne de Brest. On croyait, en France, que
le creur du roi ne pouvait mir le malheur
saos commisération : c'était vrai; mais il y
avait 11 craindre que sa clémenoo ne devint

parailre a la cour en soutane violette; le curé
et le confesseur en soutanes noires. Les prélats et les ecclésiasliques qui a vaient des
charges a la chapelle, les jours de grandes
ftltes et quand le roi entendait la rnesse en
bas, avaient leurs soutanes recouvertes d'un
rochet; le reste du temps, ils étaient en habi l
noir avec un petit manteau. La croix épiscopale désignait les éveques, comme la calotte
et les bas rouges, les cardinaux.
Jamais le roi ne montait sur son tróne que
daos les lits de justice et autres assemblées
JUdrciaires; mais il n'y prenait point les ornements de la royauté, qu'il ne portait qu'a son
sacre. Dans les autres circonstances, il avait
un babit el un manteau violets, garnis &lt;l'une
large broderie, et, sur la tete, un chapeau a
plumets.
Cbaque maison de campagne 011 le roi
faisait de petits voyages exigeait un hahit
particulier. Trianon voulait un habit rouge,
brodé d'or; Cornpiegne, un habit verl; Chois1·,
un bleu. L'habit de cbasse
était gros-bleu, galonné en
or; et la dispositiou du galon
indiquait le genre d'animal
que l'on devait cbasser. L'habit vert uni étail pour la
chasse au fusil, et tout ce qui
ai;compagnait le roi était vélu
comme lui.
C'est assez w'éten&lt;lre sur
un sujet dont les détails pourraient devenir ennuyeux. Je
remarquerai seuleme.nl que
les femmes onl toujours été
plus ditficiles que les hommes
sur l'étiquelte, soil que leur
existence, déja remplie de tant
de détails, ne leur parüt pas
encore assez génée sans tous
ces usages souvent bizarres,
soit qu'elles aimassent d'instinct ces marques de respect.
La reine, femme de Louis Xl V,
ful une des princesses qui
contriliuerent le plus a les
établir en France, en se monDE VERSAILLES : LA CIIA)IBRE A COUCHER DIJ. ROi (APRES 1700).
trant extremement jalouse des
honneurs qu'on lui devait.
une calamité pour la société, et voila pour- Élevée en Espagne, cette fiere prince~se ne
voulut jamais déroger un instant 1t la sévérité
quoi on luí en dérobait les occasions.
L'éveque diocésain avait seul le droit de &lt;le l'éti,1ucllc cspagnole.

a

a

Co.11TE DE

FRANCE D'HÉZECQUES.

- Une a,,enlure de police en 1808
a

a

la mort, pendant la terreur de 1795, le
11 y avait Lyon, en 1808, un négociant
nommé Gérard, et qu'on désignait sous le logea au premier étage, sur la rue, daos une
laquelle attcnait un cabinet. U
nom de Gérard-Culotte, surnom qu'il devait chambre
l'habitude qu'il avait gardée de porter des était huit heures quand il arriva; il était tres
culottes quand tous les hommes jeunes ou de fatigué, demanda a soupcr, et se coucha
moyen age portaienl le pantalon révolutionnaire. Ce négocianl s'avisa de faire une banqueroule d'un million. Une banqueroute d'un
million sur la place de Lyon, on ne se rappelait pas une cataslropbe de cette importance!
Un million était une somme prodigieuse a
cette époque 011 l'on ne comptait pas encore
par milliards !
La banqueroute était frauduleuse, tout le
monde le croyait et le disait. On savait que
Gérard était solvable et l'on apprenait qu'il
avait quitté la ville, soit pour passcr en pays
étranger, soit pour se cacher daos Paris, ou
lant de coquins, qui cbangeaient de nom,
d'babit et pour ainsi dire de visage, trouvaient
un asile dans les faubourgs peu fréquentés
par la police municipale.
Le commerce de Lyon s'émut, comme on
peut croire, de la disparition de Gérard, et
l'on résolut d'envoyer a sa poursuite. U fallait
une personne qui eut a Paris des relations
propres a l'aider dans sa mission. On jeta les
FoucHli, DUC D'ÜTRANTE,
yeux sur mon pere. Courtier de commerce
Grav11re de Coucm\ FILS,
depuis longtemps, il était estimé, et l'on savait qu'il pom·ait se faire recom:.nander au
ministre de la police, M. Fouché, par M. Nompere de Champagny, ministre de l'intérieur.
bien vite. 11 était dans son premier sommeil
Mon pere avait alors trente-buil ans environ; - et quel sommeil, que celui d'un voyageur
c'était un homme rassis, qu'on supposait ca- qui, d'une traite, vient de faire cent vingt
paule de mener a bien une affaire assez déli- licues en poste! - lorsqu'on frappa a sa
cate exigeanl aulant de prudence que d'acti- porte, sans l'éveiller d'abord, mais enfin si
vité; on pensait, en effet, que le banquerou- fort qu'il sauta bas de son lit, ouvrit et vit
tier, muni d'argent et supposant bien qu'on entrer mystérieusement un monsieur qui recourrait apres lui, ne manquerait pas de ferma la porte derriere lui, déposa sur une
ruses pour déjouer les habiletés de quiconque table qui occupait le milieu de la chambre la
viendrait le chercher daos le dédale de Paris, bougie avec laquelle l'avait éclairé le maitre
d'hótel, et dit a mon pere : « Habillez-vous,
ou l'on peut avoir dix logis a la fois et ou,
d'ailleurs, avec de !'argent, ou trouve toutes monsieur, j 'ai ordre de vous conduire chez
sorles de complicités pour le mal. Mon pere Monseigneur; un fiacre est en has qui nous
accepta la mission qu'on lui proposa et en attend. - Monsieur, je ne comprends pas;
avertit ma mere en !ni recommandant de dire monseigneur qui? - Monseigneur le duc
qu'il était a Roanne, pour se reposer pendant d'Otrante. - Ah! eh bien, monsieur, je
quelque temps. A Lyon on n'ébruita pas l'af- comprends moins encore. Mais tenez, je suis
l'aire, et notre cher voyageur partit une nuit, excédé de fatigue, si vous le permettez, nous
dans une chaise de poste qui l'amenait aParís remetlrons a demain ma visite a Son Excelau bout du troisieme jour. C'était bien aller, lence. D'ailleurs, je n'ai pas encore ouvert
dans ce temps ou il fallait cinq jours et trois ma malle et je n'ai pas d'hauit décent pour
nuits pour aller de Lyon a Paris en diligence. me présenter devant un ministre. - L'habit
Ce fut l'hótel de la Jussienne-, rue de la de voyage est excellent; batez-vous, MonseiJussienne, que le dernier postillon descendit gneur n'aime pas a attendre et d'ailleurs il
mon pere. Le maitre de l'hótel, qu'il avait m'a dit que la chose pressait. - Allons done,
connu lorsqu'il avait été obligé de fuir notre puisque Monseigneur le commande. »
Mon pere fut bien tót habillé; il descendit,
ville pour échapper a la prison ·et sans doute

a

a

a

a

►

suivant le monsieur noir, et quand il passa
devant le maitre d'hótel, cclui-ci lui dit a
l'oreille : &lt;( Tachez de me faire savoir demain
ou vous serez. n Cetle recommandation ne
ra~sura pas mon ¡.,ere, qui reva tout de suite de
pr1son pour un crime dont il se savait tout
fait innocent; mais quel crime? Si has qu'et'1t
parlé le maitre d'hotel, le monsieur noir
l'avait entendu et était parti d'un éclat de
rire, bientót comprimé. Le maitre d'hótel
~~nai~sait l'homme qui emmenait mon pere;
il 1 ava1t v°: s~uvent dans sa maison remplissa~~ des m1s,s!o~s dont le secret, si bien gardé
qu il, f?t, _n eta1t pas sans avoir été pénétré
par I hoteher. Plus d'une fois il avait ,,u em~ener nuitammenl par le messager du duc
d O_trante des personnes dont ¡¡ n'avait jama1s eu de nouvelles depuis leur enlevement.
Mo_n pere était, a n'en pas douter, un criminel
d'Eta~, u~ homme compromis dans quelque
consp1rat10n , dans quelque intrigue politique,
un agent des Bourbons ou un membre d'une
société républicaine.
Le voyage de la rue de la Jussienne l'hótel
du ministre de la police parut long a mon
pere qui se creusait la tete, comme on di t
vulgairement, pour deviner le rnot de l'énigme
obscure q~e 1~ monsieur noir avait proposée
a sa persp1cac1té. 11 faisait sérieusement son
examen de conscience pour savoir commen t
lui, citoyen paisible et tres dévoué al' Em pere~r, pouvail avoir affaire a la police de Sa
~laJeslé. Enfin il arriva et fut introduit dans
le ~abi?et de l'ancien oratorien de Juilly. U
éta1t du beures. Le duc d'Otranle, lui montrant un siege, lui dit :
C( Vous arrivez de Lyon, monsieur Jal, et
vous_ venez Paris pour chercher un banquerout1er frauduleux. Je sais cela, le télégraphe
me l'a appris.
- Le lélégraphe a dit vrai; je me nomme
Jal, j'arrive de Lyon, et je poursuis un certaiu Gérard qui fait tort d'uu million au commerce lyonnais.
- Si je sais cela, je sais encore autre
chose. On doit vous assassiner cette nuit et je
voulais vous en prévenir. »
~fon pere se leva, pale, balbutiaot, et retomba sur son fauteuil.
« Remettez-vous, monsicur, j'ai pourvu a
tout.
- Mais, monseigneur, je vais changer
d'hotel. •
- Et passcr la nuit peut-etre daos le
mien, dit en riant le ministre. Mais non·
vous allez retourner rue de la Jussienne e~
vous mettre dans votre cbambre. Comme votre prétendue arrestation a mis tout le monde

a

a

a

�111STO'l{1.ll
en éveil, pour des motifs différents, en rentrant diles tout baut au maHre de l'botel :
ce Révcillez-moi demaiQ matin de bonne heure;

U:--E

)Ion pere sa\ua et rentra a l'hotel de la
Jussienne, fort peu satisfait de ce qu'il venait
u'apprendre, a dcmi rassuré par la promesse

ANCIENNE AUBERGE PARISJE.,¡NE : LE

e COMPAS o'OR ., RUE :'&gt;IoNTORGUEIL.

Dessi11 de RoemA.

une affaire importante m'appelle chez le ministre de l'intérieur. &gt;&gt; Puis couchez-vous, et
ne dormez pas.
- Recommandation bien inutile, monseigneur; je n'ai plus sommeil, je vous assure.
- Ah! j'oubliais. Ne changez ríen a l'état
présent de votre chambre; vous m'entendez
bien?
- Oui, monseigneur, j'entends et je ne
comprends pas.
- Vous comprendrez plus tard. Lorsque
minuit moins un quart sonnera a l'horloge
de Saint-Eustache, allez tout doucement ouvrir la porte du cabinet qui est a gauche
contre la fenetre et rentrez dans votre lit
sans bruit. A minuit ou peu aprcs, vous enLendrez frapper au mur sur h~quel est appuJé
votre lit. On démolira le mur a la hauteur
du plancher; ne bougéz pas, ne soufílez pas
et laissez-nous faire. Allons, adieu, rnonsieur
Jal. Demain, ,·enez déjeuner avec moi a onze
heures. Rentrez vite. Pardon si je ne ,·ous
dis pas : Bon ne nuit ! ,\ demain, a demain.
- Aux ordres de Votre Excellence. Mais,
pardon, Volre Excellence est-ellc bien sure ....
- Soyez tranquille, tout ira bien. Mes gens
ne passent point pour maladroits, vous le
savez. »
Le duc d'Otrante sonna alors; I'homme
noir entra.
« Reconduisez monsieur a son hotel et assurez-vous ... vous m'entendez?
- Parfaitement, monseigneur. &gt;&gt;

du ministre, car si ses agents n'avaient pas ce
jour-la, par basard, leur habileté ordinaíre ....
L'homme noir avait laissé a la porte de !'hotel
son compagnon venu en /lacre avec lui jusqu'au coin de la rue, et mon pere remarqua,
pendant qu'il sonnait a la porte, que l'agent
du ministre s'approchail ue deux bommes qui
passaient devanl la maison; il rentra saos
en voir davantage, et n'oublia pas de dire a
son hote : &lt;1 Éveillez-moi demain de bonne
heure, ele. 1&gt;
Les choses se passercnt comme l'avait annoncé M. le duc d'Otrante. A onze heures
trois quarts, mon pere alla ouvrir la porte du
cabinet, se remit au lit et allendit plus mort
que vif le premier coup de marlcau donné a
la muraille. Peu de bruit d'abord, puis des
coups plus forts, enfln une ou deux hriques
tombant, un lrou se praliquant et grandissant
jusqu'a ce qu'un homme pul y passer. Ce fut
le moment terrible. ~Ion pere entendait ramper sous le lit l'assassin qu'il supposait armé
d'un poignard; il al'ancait lentemeot el avanc,iit toujours; un autre le suivait. Mon pere
cntendait cela et rien autre. Tout a coup la
lu miere se íait; deux Jan ternes sourdes éclairent la sccnc, démasquées a la fois, et ceux
qui les portenl meltent le pied sur les deux
assassins couchés a terre. Un coup de sifflet
part, et deux agents cachés jusqu'alors dans
le cabinet viennent preter main-forte aux
premiers. Mon pere regarde sans voir ; il se
sent plus pale que jamais, il tremble et ne

commence a se rassurer que lorsque le monsieur noir, renlrant dans sa cbambre un ílambcau a la main, luí dit : &lt;( llonseignrur rous
attend a déjeuner demain, n'I manquez poinl.
Dormez maintenant. Adieu, monsieur. 1&gt;
11 ne dormit guere; le trou béant ne luí
plaisait pas. (&lt; Si un troisieme voleur venait? &gt;&gt;
II repoussail cette pensée, laissail allumée sa
bougie et se demandait pourquoi on avait eu
la pensée de l'assassiner. Élaicnt-ce des gens
de Gérard-Culolle qui l'avaient suivi depuis
Lyon? :Xon, il n'avait vu aucune chaise de
poste derriere lui. Mais quoi? Et puis comment le ministre avait-il deviné, appris le
complot fait cootre sa vie? La nuit se passa,
ces doutes en remplirent les longues beures;
enfin le jour parut.
C'élait en été, quand lejour vient vers quatre
heures du matin. Mon pere, un peu remis de
ses émotions, pul s'endormir quand il se fut
bien assuré que le lrou pratiqué sous son lit
avait été bouché avec des planches qui allendaient le macon. A sept heures, le mailre de
l'h&lt;ilel, qui avait pris au sérieux la prierc que
luí avait faite son voyageur de l'éveiller de
bonne heurc, vint frapper a la porte de la
cbambre pour avertir mon pere qu'il était
temps de se lever. Le dormeur réveillé remercia et reprit son somme. A onze beures moins
un quart, une voilure de place le dépornit a
l'hotel de la police. L'ancien proconsul de
Lyonqui avait mérité d'en etre rappclécomme
trop modéré, était un bon homme, quand il
n'avait pas d'intéret 11 mal faire. - Il rrcut
done son invité avéc une politesse toutaimable,
mais en le voyant enlrer dans son cabinet, il
ne pul retenir un bruyant éclat de rirc.
« Eh bien, monsieur, vous voila vivant et
disposé, j'espere, afaire honneur au Mjeuner.
Vous voyez que quand nous veillons, on n'arrive pas jusqu'au corps d'un homme pour le
percer d'un poignard. Avez-vous cu peur?
- Mais, monseigncur, quoique Votre
Excellence m'ait affirmé que.je n'avais rieu it
craindrc, je n'ai pas été sans une vive appréhension.
- Je comprends cela; mais une autre
fois ... ajouta le duc d'Otrante en sourianl.
- Comment! uneautrefois, monseigneur'!
Est-ce que je cours encore quelque risque de
celle es pece?
- )lais cela pourrait etre si vous conlinuez a etre aussi imprudent que vous l'avez
été celte fois.
- Aussi imprudent ! Je ne me rappelle
pas ....
- Oui, si vous laissez prendre par des
valets d'hotcl, daos les pc;ches de volre chairn
de posle, les sacs d' or et d'argent qui y seront,
el si, au lieu de les confier au maitre du logis
que vous allez halJiter, vous les laissez sur la
table de rotre chambre a la vue de tout le
monde.
- C'est vrai, monseigneur, j'ai fait cela,
mais me voila corrigé, et désormais ... .
- Je vous crois, monsieur. Voyez-vous,
une autre fois il se pourrait que je ne pussc
pas arriver a temps pour vous préserver.
- Mais, permettez-moi, monseigneur, de

U'IY'E AVE:NTU1fE D'E POI.1C'E 'EN 1808 - - ,

demander a Votre Excellence comment vous
avez pu arri ver a temps cette fois.
- Rien de plus simple. II y a, ou plutot
il y avait a l'hcitel de la Jussienne trois domestiques; quand le Iouet de votre postillon
!es a avertis de l'arrivée d'une voiture de poste,
ils se sont hatés de courir a la voiture, de
prendre les par¡uets que vous leur tendiez
les sacs que vous tiriez des poches de l~
chaise, tous vos elfets, en un mot, et meme
une paire de pistolets chargés que vous lem·
a,•ez recommandé de ne pas loucher saos
précaulion. Le mailre de l'hotcl vous a précédé daos une cbambre ou vous avez déposé
sur une table ronde placée au centre \'OS pistolets et vos sacs assez lourds.
- Tout cela, monseigneur, est de la plus
parfaite exactitude.
- Quand vous avez été installé1 les domestiques et leur maitre vous ont quilté et
bientcit ils on t comploté le vol de votre ar11~n t
.
o
'
el au _besom votre mort pour le prendre. La
quesl10n du partage a fait nailre une discussion ; un de, valets a été écarté, et aussitcit,
pour se venger de se, camarades, il est accouru chez moi et m'a tout révt!lé. Je n'ai pas
perdu un instant; un de mes agents - vous

le connaissez maintenant - a pris ses mesures pour faire avorler le complot et saisir
les assassins au moment ou ils ne pourraient
se défendre d'avouer la tentative de vol et de
meurtre. Vous vo1ez que ce n'cst pas difficile. Deux des voleurs son t arrétés et ils
expieront leur crime; quant au troisieme, qui
n'a été honnele que par la faule de ses camarades, nous aurons \'ceil sur lui. ,,
Mon pere remercia fort le duc d'Otrante.
Cette affaire vidée, le ministre s'intéressa a
celle qui l'amenait aParís. 11 donna des conseils et mieux que cela : un agent d'une
intelligence éprouvée ne quilla pas mon pere
pendant une chasse de plusieurs jours donnée
a Gérard qui échappait toujours aux deux
cbasseurs. Gérard avait une police a lui, bien
payée, l'avertissant 11 temps de l'approche du
danger; il avait aussi plusieurs domiciles,
couchant tantot dans l'un, tantot dans l'autre.
Enfin, il quittait París et gagnait Saint-Denis,
lorsc¡ue mon pere le rejoignit et le fil arre ter.
La police le ramena a Lyon, ou il euta rendre
ses comptes devant le j ury crimine!.
A son retour, mon pcre mit en scene pour
nous les é,·énements de re petit drame, dont
le succes, tres llalteur pour l'administration

du duc d'Otrante, ne fut peut-étre pas inulile
i1 celle de M. le due de Rovigo. Ce dernier,
qui avait su se refaire des agents, malgré le
soin que Fouché avait mis a luí cacher tous
ses moyens d'action, sul sans doute aussi
s'inspirer de leur expérience, et l'une des
premieres mesures que prit le successeur du
duc d'Otrante fut de veiller sur « une classe
de gens qui demande une confiance de tonte
sorte et n'en mérite souvent aucune. &gt;&gt; 11 vil
dans le choix des domestiques un danger dont
il crut devoir prémunir ceux qui s'en scrvaicnt, et a cet effet il imposa a tout servitcur
un livret et défendit a qui que ce ft1t de
prendre des domestiques qui ne rempliraicnt
pas cette cond iLion.
Cette mesure, renom·elée d'un arrct du
parlement de Rouen en dale du 20 mars 1720,
devait elre aussi utile que le ful plus lard
l'ordonnance du 19 novembre 1851, par
laquelle M. Gisquet enjoignait it tous les babitants de Paris indistinclement, de !aire dans les
vingt-quatre heures, au commissaire de police
de leur quartier, la déclaration des personnes
qu'elles logeaient, mtlme a litre gratuit, sous
peine d'encourir les amendes et condamnations
définies par la loi du 27 ventóse an IV.
A. JAL.

Prisons d'Étal
Tous les étrangers, dans leurs récits, ont
peint avec de vives couleurs les tristes elfets
du gouvernement despolique des Russes, et
cependant il est juste d'avouer qu'a cette époque nous n'avions pas complétement le droit
de déclamer ainsi contre le pouvoir arbitraire
qui pesait sur la ~foscovie. Ne voyait-on pas
encore chez nous, daos ce temps, Vincennes,
la Bastille, Pierre-en-Scize et les leltres de
cachet? Sous Louis XVT on faisaitpeud'usage
de ces lettres, mais pendant le regnede Louis
XV, chez son ministre le comte de Saint-Florentin, on les prodiguait et meme on les vendait.
Voltaire s 'était vu renfermé a la Bastille;
~l. de Maurepas avait subi un exil de vinglcinq ans. Le moindre caprice d'un commis
envoyait sans formes a Cayenne les citoyens
qui lui déplaisaient. Je me rappelle, ace propos, que dans mon enfance on m'a raconté la
triste aventure d'une jeune bouquetiere, remarquable par sa beauté; elles'appelaitJeannelon.

Un jour M. le chevalier de Coigny la rencontre, éblouissante de íraicheur et brillante
de gaieté ; il l'interroge sur la cause de cette
vive satisfaclion. « Je suis bien beureuse, dit&lt;• elle; mon mari est un grondeur, un brutal;
(( il m'obsédait; fai été chez M. le comte de
&lt;( Saint-Florcntin; madameS ... , qui jouit de
&lt;( ses bonnes graces, m'a fort bien accueillie,
(( et, pour dix louis, je viens d'obtenir une
ce lettre de cachet qui me délivre de mon
(( jaloux. 1&gt;
Deux ans apres, ~l. de Coigny rencontre la
meme Jeanneton, mais triste, maigre, pale,
jaune, les yeux battus. « Eh! ma pauvreJean« neton,lui dit-il, qu'etes-vous done devenue?
« On ne vous rencontre nulle part, et, roa
ce foi ! j'ai eu peine a vous reconnaitre.
ce Qu'avez-vous fait de cette fraicheur et de
(1 cette joie qui me charmaient la derniere
(1 fois que je vous ai vue?
« -Hélas ! Monsieur, répondit-elle,j'étais
« bien sotte de me réjouir. ~fon vilain mari,
&lt;( ayant eu la meme idée que moi, était alié

« &lt;.le son coté chez le ministre, et le meme

« jour, par la meme entremise, avait acheté
un ordre pour m'enfermer, de sorte qu'il
en a coíllé vingt louis a notre pauvre mé« nage pour nous faire réciproquement jeter
&lt;( en prison. »
La morale de ceci est qu'un voyageur, avant
de critiquer a\'ec trop d'amertume les abus
qu_i le frappent dans les lieux qu'il parcourt,
do1t se retourner prudemment et reo-arder en
arriere, pour voir s'il n'a pas laissé,"dans son
prop~~ pa}S, des abus tout aussi déplorables
ou r1d1cules que ceux qui le choquentailleurs.
~n frondant les autres, songez, vous, Pruss1ens, a S~anda w; Autrichiens, au Mongatscb
(en Jlonr1e) et aOlmutz; Romains, au chateau Sa1?t-Ange; Espagnols, a l'Inquisition;
Hollan~ais, aBatavia; Francais a Cayenne, a
la Bastille; vous-memes, Angla is, a la tyrannique presse des matelots; vous tous, enfin
a cctte traite des negres qu 'apres tant de révo~
lutions, a la honte de l 'bumani té, i1 est encore
si difficile d'abolir completement.
&lt;(
&lt;(

COMTE DE

SÉGUR.

�LE VO'YJlGE 'ET L''ÉC11.JfNGE DE .MADJtME J{O'YJlLE ~

G. LENOTR.E

+

Le voyage et l'échange de Madame Royale

puissiez-vous bientot etre rendue a la patrie,
vous
el tous ceux qui peuvent faire son
obtint cnfin sa liberté, Je Dircctoire ayant rúo)u de
bonheur~.
l'échangc:r contTc Ju ci-dcvant conve.ntionnrls et Ju
La portiere se referme, la berline s'ébranle,
diplomatu franfais qu• I' Auttichc gardait prisonnicrs.
Le ministre. de J'Jntéricur,Biné.zcch, avait me.ni i. bien la
s'éloigne sur le houlevard dans la direction de
nigociation, en dipit du zclc maladroit de l'ambassadcur
la Bastille. Bénezech a ce moment tire sa
!osean, M. Carl&lt;tti, rappcli par son souvcrain.
montre: il est minuit 5 • En ce jour qui finisMadame Royal• quitta sa prison dans la nuit du 1 8 disait, 1~ décembre 1795, Madame Royale,
cembrc 1795. EII• y laissait Lasn&lt;, l'un d• ••• gcoli•rs, et
Mm• d• Chantcr•nne, - sa chore ~••et, - qui, d•puis
née le f8 décembre 1778, terminait préciséqudquu mois, était sa compagnc volontairc de captivité.
ment sa dix-septieme année.
La Allc d• Louis XVI allait voyager, incognito, jusqu'a
La voiture qui l'emportait vers la liberté
Bal•, liw Axi pour J'échang•, en compagnie de Mm•
sortait de Paris, une demi-heure plus tard,
de Soucy, une ancicnne. :amjc de Maric-Antoinettc, du
capitainc de gcndat'mcric Méchain, c.t de Gomin, le
par la barriere de Reuilly el s'engageait sur
plus ancien de ••• gardiens, dont clic avait appréció
la grande route de Bale. A une heure du male dé.voucme:nt. Une aultc voiturc dcvait suivrc, portant
tin elle s'arretait devant la maison de poslc
le nis de Mmc de Soucy, le Ad&lt;lc Huc, ancicn servide Charenton, premier relai~. Le courrier qui
tcur d• Louis XVI, le cuisinicr du Temple Meunicr, le
portc-clef Baron et une. fcmmc de confiancc, M me. de
précédait les voyageurs avait, d'avance, comVarcnncs. Le ministre Bénúcch avait présidi a tous
mandé les chevaux nécessaires; mais les poslc.s pi-éparatjfs d c·est lui qui vint ouvrir a l'orphclinc
tillons refuserenl les assignats : il fallul payer
le.s portes de sa pl'ison.
en numéraire. Ce fut le seul incident de la
Dans la rue du Temple, obscure et silen- nuit: la berline roulait sur le pavé, a l'allurc
cieuse, ~[adame Royale marchait au bras de tres modérée d'une lieue et demie a l'heure;
Bénezech. Gomin et le secrétaire- du ministre elle traversa Boissy-Saint-Léger, relaya pour
suivaient, portant un paquet el un sac de nuit. la seconde fois au tourne-bride de Gros-llois,
Le grand portail franchi, on a _tourné a puis, au petit jour, a Brie-Comte-Rohert. A
droite, passé devant l'église Sainte-Elisabetb, Guignes. ou l',m arriva vers neuf heures, on
et longé la rue du Temple jusqu'a la rencon- mil pied a !erre et J'on entra a la poste pour
tre de la rue Meslay; c'est le trajet du roi se déJeuner. Nul ne parut se douler de la qualilé
rendant a la place de l'échafaud. En chemin, des voyageu$es.
Apres une heure de repos, on se remit en
le ministre cause avec sa compagne, lui donne
des eonseils, tui parle « du role qu'elle doit roule : deux lieues j usqu'a Mormant; trois
jouer l&gt;, lui recommande C( de regarder le ca- autres licues jusqu'a Nangis; vers quatre
heures apparut, a gauche de la roule, la
pitaine Méchain comme son pere 1 ».
Rue Meslay, la voiture du ministre sta- grosse tour César, de Provins. La berline
tionne; il y fait monter la princesse: Gomin entra dans la ville, suivit le dédalc des rues
également y prend place. Le carrosse, ce apres et s'arreta devant la Poste; des curieux s'aquelques tours dans les rues », arrive sur le masserent autour de la voiture : la princesse
boulevard, en face de l'Opéra 2 ; ou attend, pul se croire reconnue. Quand on partil, le
lanternes allumées •, la berline de voyage : relais payé, Méchain s'aper\'ut qu'un officier
déja Mme de Soucy et le capitaine Méchain y de dragons suivait la berline : re cavalier
sont installés: un courrier a cheval surveille l'accompagna durant quatre licues, jusqu'a
Nogent-sur-Seine, ou l'on parvint a la nui t
la chaussée déserte.
~[adame change de voiture, remercie le mi- close. L'officier, que rien n'ob\igeait a la discrétion, avait annoncé le passage de la filie
nistre qui se découvre et s'incline.
de Louis XVI; quand celle-ci descendit de
- Adieu, Monsieur, dit l'orpheline.
- Allez, ~!adame, répond le ministre, et voiture, pour C( se rafraichir » a la Poste, les
4. Pasloret. Notice su,· Marie-Thérese de Fnmce.
1. Lell, e ,le Madame Roya le il Mmc de Chanterenne cilée par M. le marquis Costa de Beauregard. Paris 1851.
5.
Ce détail esl relaté par Dcaucbcsnc.
2. Beauchesue écril: • Dans la rue de IJondy, de1'6. Nous suivons, pour le réril de ce voyage. deux
11it,-e l'u¡.,cra. » Cependanl, Madan:11: Royal•_, dans ~a
lettre il Mme de Chanterenne, precISe: • ~ous arr1- narrations qu'rn a laissées ~!adame Ro,rale: l'u_ne dans
v:imes sur les boulcvards, en face de l'Opéra. » une lellre á illme de Chauterenne qua publiee M. le
L'Opéra était situé a l'emplacemenl actuel du Lhéiilre marquis Costa dP. Beauregard, l'autre qu"~lle_donna a
Gomm el dont Beaucbesne a cu commun1cal1on. Aux
de la porte Saint -Marli n.
3. • Au citoycn Bergcr, pour deux livres ele bougie détails q_u'elle donne ~ous. ajoutuns ceux que, nous
pour les lantPrnes, 1000 ltvres (en assignals). » Dé- avons pu1sés chei les h1slor1ens des local,tés qu elle a
traversées.
¡,ense pour le voy age de la fi lle du demie1· mi a
7. Histoire de Nogent-sw·-Scine, par A. Aufaurc.
Bale. Archives nalionales F' 2315.
Apru plus d• ttois ans d• captiviti dans la Tour
du T&lt;mpl•, la Alle d• Louis XVI, .Mt1d11m• ~•y11I,,

curieux s'attrouperent pour la voir: la cour
en était remplie; d'autres stationnaient dans
la rue, malgré l'obscurité et le temps pluvieux. L'hoteliere s'empressa, respectueuse;
les Nogentais, lorsque la princesse remonta
en voiture, « la comblerenl de bénédictions
et lui souhaiterenl mille félicités 6 »
La grand'rne, la nrn dll l'Étape-au-Vin,
puis la porte Je Troyes 7, et voici df' nouveau
la berline roulant, daos la nuit, sur la grand'route, au trol régulier de ses six chevaux
frais. Trois lieues apres Nogent, elle lraversai t la longue plaine ou se trouve le relais
des Granges; enfin, trois licues plus loin
encorc, on fil halle, vers onze heures du soir,
au hameau des Grez, ou les voyageurs passercnt le reste de la nuit : ils se trou,·aienl a
trente-quatre lieues de Paris et éiaient en
rou le depuis vingt-trois heures.
Tandis qu'on soupail, la mailressc d'auherge raconta que l'ambas•adeur dr Toscane,
M. Carlelti, - qui, ayant re{'.u du DirecLoire
ses passeports, regagnait les États de son
souverain, - avait relayé la quelques beures
auparavant, et annoncé le prochain passage
de la pri11cesse.
On dormil, aux Grez, six lwures. Bien
avant l'aube, on était en chemin; le jour
pointait a peine derriere les vignes de Vermoise, quand on passa :, l"aubcrge de la Malmaison : vers neuf heures la berlioe atteignait les premieres maisons Je Troyes.
Méchain avait organisé le voyage de l'.i~on
a ne pas faire arret dans les grandes villes :
aTroyes,on nedevait, d'apres son programme,
que relayer et reparli r aussitot. Mais, a la
Poste, rue de la Montée Saint-Pierre 8 , le relais manquait: ~t. Carlelli avail pris tous les
chevaux disponibles; il fallut attendr-0. Vers
onze heures seulcmenl, la !Jerlioe sortait de
la ville par la porte Saint-Ja~ues. A Montieramey, 4uatre lieues et demie plus loin, nouveau retard: le courrier Chasaut 9, C( un bien
bon homme », dit ~[adame Iloyalc, et qui
prenait beaucoup de peine a faire marcher les
postillons et a préparer les relais, Cbasaut
Troycs, 1859: la rluchessc d'Angoult,mc passa par Nogent, le 10 aoul 1816, mais ne s'y arreta pas.
8. les rues de Troyes a11cie1111es et modenies,
par Corrard de Bréban. Troyes, 1857.
,

9. Madame Royale, dans le récil publié par M. Co~ta
de Beaureg~rd, appelle cet homme C!1arra. Je réta~lis
son nom daprés un rapporl adressc par ce courr1er
lui-méme au ministre de l'lnlérirur (Archives nalie&gt;nales F• 2315). Cbasanl, au com·s du voyagc, usa
complclement une culolle de eeau de daim, une redingote de drap blcu et une paire de hol tes: il re~ul,
pour indemnilé, 20000 francs en assignals.

déclare que le maudit marchand de toile
vienl la encore d'accaparer tous les chevaux:
c'est ainsi qu'il désignait le comte Carletti,
dont la voiture étonnamment chargée de ballots, rcssemblait, disait-il, a celle d'un forain.
La poste suivante était Vendeuvre: on n'y fut
qu'a huit heures du soir, n'ayant parcouru,
en onze heures, C[UC sepl licues. Le capitaine
Méchain, excédé du retard, se présenta a la
municipalité du lieu, et y exhiba son passeporl, l'autorisanl a passer, par ordre du gouvernemenl, lous autres voyageurs. Carlelli
qu'on avait rejoint, tempeta, mais il dut s'incliner : madamc Royale et sa
suite souperent a la poste el
quitlerent Vendeuvre a onze
heures du soir. On traversa
Bar-sur-Aube en pleine nuit ;
au point du jour la herline
montait la rude cote des bois
de ~forillon, du haut de laquelle on découvre, par les
temps clairs, un immense amphithéatre de collines oi1 se jalonnent, a huit licues !'une de
l'autre, les villes de Chaumont
et de Langres.
On arrivait alors aChaumont
par la vieille porte de l'Eau et
par le carrefour Dame-Aillotte.
Sans allcr jusqu'a la place, on
entrait dans la rue de l' Homme-Sauvage ou se trouvait !'hotel de la Poste, anciennement
nornmé de la Fleur-de-Lyst,
désignation que lui avail conservée, meme au temps de la
Révolutio)l, la routine locale 2 ;
l'hóteliere, la citoyen ne Royer,
étail agée, en 1795, d'une cinquantaine d'années. C'est devant sa maison que, le lundi 21
décembre, a neuf heures du
matin, s'arrela la voiture de
Madame Royale. Comme il faisait beau, celle-ci était descendue de la herline avant d'enlrer
en ville et, en compagnic de
Mmc de Soucy, avait monté a
pied la cote de la Voie-de-1 'Ean.
Comment l'incognito de la
fille de Louis XVI fut-il dévoilé?
Lombard, de Langres, prétend
&lt;( qu'un individu, chargé de
I'accompagner, au lieu de taire,
comme il le devait, le nom de
la princesse, semblait prendre a tache de
le faire deviner l&gt; •. Cela ne ressembJe guere
La rue. s'appclait dans !'origine, rue Gil/es d'en
des etrangers étanl venus au xv• siecle s'inslaller ~ans une auberge de celle rue, pour y montrer
lll! pretcndu sauvage, cet établisscmcnt puis la me
p1:1reul le nom de l'Homme sa11va9e. Histofre de la
vil/e de Chaumont, par E. Jolibo1s.
1.

J/aut i

2. Quelques lteures á Chau111011t en septembre
1828.
5. illémoi,-es a11ecdotiques pour servil' a l'ltistoil-e
de la 1/évulution fi·anfaise, par Lumbard de La11gres, ancien ambassadeur en Jlolla11d~, I, 13-1.
4. London. Public Record Office. Switzerland . .llliscellmieous papen, n• 13 (F. O.) .111. lllerian to lurd
Gra11ville. L:ommunication deM.C.-IJ. Bourcart, de Bale.

aux précautions du craintif Méchain; je
croirais plutót que l'indiscrétion vint d'un
peintre qui, depuis París, suivait Marie-Thérese et parvint a faire son portrait, &lt;( en saisissant, a toutes les stations, le moment de
donner quelques coups de pinceau sans etre
aper\'u' ».
De quelque fa\'on que ce soit, le bruit se
répandit aussitot dans la ville que l'orpheline
du Temple était a la Fleur-de-Lys, el la population, tres émue, s'amassait autour de
l'hotellerie 6 • Le conseil municipal s'assembla; deux de ses membres, envoyés par le

LES TOURS DU TEMPLE.

D apres une gravure d1' Cabinet des Estampes.

maire, les citoyens Abraham et Picard, se
présentcrent a la princesse, ce offrant de la
5. Quelques heu1·es a Chaumont e11 1828.
6. ld.
7. 11/émoires ele Lombard de Langres.

8. La duchesse d'Angoulerue passa par Chaumont
en 1818. Aprils les réccptions ofITcielles de la préfe,·Lure, réceptiom au cour, d~;quelles elle se montra
severe el pcu accueillante, a son ordinaire, elle voulut
revoir !'hotel ou clic avait séjourné pendnnt deux
hcurcs, lrenle-trois ans auparavanl. Mme Royer vivail
cncore: veuve et oclogénaire, elle lenait toujours la
Plew·-de-Lys, aidée de ses deux fils. Elle l/ensa mourir d'émot,on en recevant l'augusle vis,teuse : « C'e•t bien vous, lui dil la ducbesse d' Angouleme,

conduire a l'hotel de ville ou de demeurer
aupres de sa 'personne, pendan! le temps de
la halte, pour rendre hommage a son rang et
a ses infortunes 6 ». Elle préféra rester a
!'hotel. )léchain, qu'on prenait pour un of{tcier autrichien, tres embarrassé de son personnage, protestait de ~on mieux, exhibant
son passeport, affirmant que l'une des voyageuses (Mme de Soucy) était sa femme, et
que l'aulre (Madame Royale) était sa filie ;
meme, pour plus de vraisemblance, il afTectait d'appeler celle-ci Sophie, familierement;
mais ces dénégations ne refroidissaien t pas
l'entbousiasme des curieux;
ils réclamaient la bonne dame,
la bonne princesse, ils pleuraient de joie, ils s'afíligeaient
de son départ, ils faisaient des
,•reux pour son bonheur. L'un
des municipaux qui ne la quittercnt pas, lui dit:
- Cetlc afíluence, )!adame,
n'a ricn que de satisfaisant
pour Votre Altesse Rople ;
c'est ici a qui pourra voir ce
qui nous reste de Louis XVI'.
Marie-'fhérese déjeuna d'une
tasse de lait et de fruils;
Mme Royer, qui les lui présenta, voulut la servir ellememe el quand le repas fut
terminé, elle mit a I' écart,
comme des religues, le bol,
l'assiette et les couverts don l
la princcsse avait fait usage,
et les conserva pieusement jusqu'a la fin de sa vie 8•
Le départ eut lieu parmi les
acclamations el les )armes.
Longtemps aprcs que la berlióe eut passé la porte SainLMichel el disparu sur la roule
de Langres, Chaumont fut en
rumeur.
Les voyageurs n'étaient pas
moins émus. L'orpbeline proscrite avait le cccur gros de
quitte.r cette France qui lui
Lémoignait tant d'attachement
et d'hornmages. ce Que! changement des départements a
Paris, écrit-elle 9 •••• Ah! que
cela me fait de mal el de bien!
On murmure tout haut contre
le gouvernement. On regrette
ses anciens maitres et meme
moi, malheureuse ! Coro.me je suig attendrie 1
Que! dommage qu'un pareilchangement n'ait
je vous reconnais; c'est vous qui m'avez autrefois fait
si bon accueil, je ne l'ai pas uublié 1 » Elle tendil la
maiu a la bonnll femme qui étoulfail de sanglots. La
de _Chaun,ont, jusque-la lrés attristée de
f,aopula!ion
fro1deur deda1gneusc de llladame, l'ut électt-isée
de celte visite: ou en plcurait d'altendrissemcnt. Le
soir, au gala de la Prefeclure, trois feu,mcs seulemenl furent admises : la duchesse de Cres, la marquise de 0almatie et... la ,,euve Royer, qui se soutena1t a peine el pour qui Madame fut tres alfable. • Je
crois que voila la bonne mere, dit-elle. • Quelques
hew·es

a Chaumo11t

e11

1828.

9. Lettre d'lluuingue a Mme de Chanterenne, cil,1e
par M. le marquis Costa de Beauregard.

�,

, - ·Jl1STO'l{1.ll
pas eu lieu plus tot ! Je n'aurais pas vu périr
toute ma famille et lant de milliers d'innocents. »
&amp;fadame Royale semlile, malgré la familiere
promiscuité du voyage, tenir a dislance
Mme de Soucr; Pile regrette Mme de Chanterenne. Pourr¡uoi l'avoir privée de la compagnie de Rene/e, et lui imposer &lt;1 celle femmela, a qui on a permis d'emmener son fi Is et
sa femme de chambre, landis qu'on lui refuse, a elle, une servante ». - « J'ai besoin
de donner roa con/lance, ajoule-t-elle, et
d'épancher mon crnur daos le sein d'une personne que j'aime, ce que n'est pas celle qui
me suit, car je ne la connais pas assez pour
luí dire tout ce que je seos 1 • »
A l'égard de l'humble Gomin, elle se
montre plus indulgente : « Ce pauvre homme
la sel'l avec un soin extreme; il se donne
beaucoup de mal et ne prend le lemps ni de
manger ni de dormir. )) Quant au capitaine
Méchain, il esl bon, mais tres &lt;1 peureux » ;
il craint sans cesse que les émigrés ne viennent enlever sa princesse ou que les terroristes ne la tuent: en outre &lt;&lt; il veul faire un
peu le ma.ltre; mais Marie-Tbérese y mel bon
ordre » : dans les auberges, il l'appelle : ma
fille, ou Sophie; elle lui répond toujours
monsieur cérémonieusemenl; et quoiqu'il
,·oie que cette farniliarité Mplait a la voyageusc, il s'ohstine, a cause de sa responsaliilité, dans cette comédie bien inutile, car toul le
monde, aux relais, en s'adressant a la proscrite, dit: Jl!adame ou ma P1·incesse.
Méchain, bonncte officier, sorli du rang,
toucbait a la cinquantaine, étanl né a Laon en
1748, d'un maitre platrier. Engagé il seize
ans au rJgimenl de Conti-Cavalerie, il élait
passé, apres douze ans de services, dans la
maréchaussée, en qualité de brigadier; la Révolution l'avait trouvé - et laissé - capitaine; il servait, daos ce grade, a Versailles
quand Bénezech le choisit, on ne sait pour
que\ motif, comme garde du corps de la fille
de Louis XVI, chargé de l'accompagner jusqu'a la frontiere et d'y recevoir les prisonniers de l'Autrichet.
Sans incidents, que des retards occasionnés
par les chemi ns détrempés et le manque de
chcvaux, la berline de Madarne Royal e parcourut en douze heures, dans la journée du
, 2 l décembre, les quaLOrze lie11es qui séparent
Chaumont du bourg de Fayl-Ilillot. Elle s'arreta la a onze heures d u soir et l'on fut
obligé d'y coucber. La princesse passa la nuit
dans une maison de la grande rue, faisant
face au chemin de Paris.
Le lendemain, on se remit en roule a six
beures du matin pour étre le soir a Vesoul :
douze lieues. A cbaque poste on allendait
pendant deux beures que le relais fut prcl ;
l. Letlre écrile d'Huningue i1 Mme de Chanlerenne,

citée par M. le marquis Costa de Ileaurcgard.
2. Archives du minislére de la Guerre. Tableau
eles services de l,ouis-Fl'anrois Jl/écltai11. Méchain
serril jusqu'en 1804; il se retira a Prémonlré, dans
l'Aisnc, ou 11 v1va1t encorc en 1806 : 11 étail veuf,
pére de deux enfanls.
3. Ge•chichte der stadt u11d eltemaligen Feslung
Hfwingen, par Karl Tschamher. Saint-Louis, 1894.
4. Archives nalionales, F• 2315. • Dépense génJ-

meme lenteur le mercredi, 25 décembre, ou,
par des chemins que les pluies avaient transformés en fondrieres, on atteignit Belfort ou
l'on fit halle pour la nuit. Enfin, le jour suivant, on gagna par Dannemarie et Altkirch le
bourg de Saint-Louis, d'ou, quittant le pavé,
la berline s'engagca daos la longue avenue
r¡ui conduit a IJ11ningue, pctite ville forte, au
bord du 11hin, a \'écart de la grande route;
c'esl la que &amp;fadame devait allendre •1ue les
formalités de sa libération fussent lel'minées.
~

Au crépuscnle, le 5 nivose (21 déccmbre)
la berline, au pas de ses six chevaux, s'engagea daos le chemin coul'erl qui serpentait
a travers la formidable enceinte d'IIuningue;
l'orpheline pul apercevoir, daos la nuit tombante, les esplanades ou frissonnai¡mt, au
vent du Rhin tout proche, des squelettes de
grands ormes, les avancées, les glacis; au
passage des ponts dormants jetés sur les
fossés, on distinguait dans la brume les
lignes géométriques des hautes courtines, des
bastions, des douves profondes ; puis le chemin s'élranglait entre deux murs percés de
meurtrieres; sous les arcades d'un corps de
garde parurent des om bres de soldats; des
fossés encore, un pont-\evis. la longue voute
de la porle de France 3 • Quelques tours de
roucs daos une rue assez large, puis, loul de
suite, l'arret devant une maison. a droite,
portant l'enseigne d'Ilótel clu Corbeau. Des
le passage de la voiture, on avait fermé les
portes de la ville et relevé les ponls.
Quelques roilitaires et plusieurs curieux
s'étaient attroupés devant l'auberge; mais il
n'y eut ni cris ni manifestalions d'aucune
sorte : la princesse entra dans la maison,
suivie de Mme de Soucy, de Gomin et de
Méchain, et l'on répartit entre les qaalre
voyageurs les chambres du premier étage. Le
courrier Cbasaut, arrivé deux heures a l'avance, a vait présidé aux préparalifs et apporté
l'ordre de faire évacuer les pensionnaires de
passage que l'hotel pouvait abriter et de n'y
plus recevoir aucun étranger tant que durerait le séjour de la filie de Louis XVI'·
Le Corbeau est une maison de confortable
apparence, comportant un rcz-de-chaussée et
dcux étages, surmontés d'un de ces toils
mansardés a l'alsacienne dont la solide corniche de poutrelles surplombe largement la
fa~ade. A cbacun des étages, six fenetres
presque carrécs, garnies de petites vitres et
de contrevents pleins; au-dessus de la porte
d'entrée, étroile et basse, une brancbe de fer
forgé porte un corbeau en tole découpée.
La maison n'a pas changé depuis cent
douze ans : en bas sonl les salles a manger
et les cuisines : un escalier a rampe de bois
rale a l'aubergc de Huningue, indemnilé accordée a
l'aubergiste auquel il avail été défendu de recevoir
aucun étranger pendaut notre séjour, el lt pourboire
des domestiques : 655 livres. »
5. Celle pelite piilce est eclairée par la dernicre
fe1!elre du pre,:ni~r éta~e, i, gauchc de la facade, p~ur
qu, regarde I hotel du dehors : les deux cro1sees
sui van tes sonl celles de la chambrc oü coucha
Madame Royale.
O. Quelqucs gral'ures encadrées el pendues aux

..., 3o

1M

conduit au prcmier étage: la cbambre qu'occupa la princesse porte, comme aulrefois, le
nº 10. C'est une grande piece, assez basse,
éclairée par deux fenétres donnant sur la rue;
la chamhre voisine, plus petite, n'ayanl qu'une
croisée, el communiquanl avec la précédente,
forma arce ce\le-ci, tout l'appartement de
Marie-Tbérese 5 • La grande piece élait tapissée
d'un papier a palmes verles donl on a, dans
les réparations successives, respecté tout un
panneau 6•
L'hotelier du Corbeau était Fran~ois-Joseph
Schultz; c'était un hommede trente-cinc¡ ans,
marié depuis douze anoées avec Anna-Marie
Bienlz, plus jeune que lui de quatre ans. De
celle union était née une filie, nommée AnnaMarie, comme sa mere, et qui comptait dix
ans passés en décembre 1795. Le ménage
Schultz attendait, pour un terme tres prochain, un second enfant. Cette patriarcale
maison abrilait encore un jeune orphelin,
Conrad UaITner, que Joseph Schultz avait
adopté 7 •
Le soir de l'arrivée, Madame Royale n'avait
pas son service; la voiture conduisant le valet
de pied Baron, l'aocien porte-clef, le cuisinier Meunier, ainsi que Tlue, le llls de Mme de
Soucy et Mme Varennes, la femme de confiance, ayaal quilté Paris dix heures apres
celle de Mudame noyale, n'était pas e!lcore
arril'ée a IIuningue. Mme Scbultz s'occupa
done elle-meme de servir la princcsse et de
préparer le repas. Dans le grand bou\eversement que l'événement apportait a ses habitudes, landis qu'elle mettait toutes ses casseroles au feu et tirait de ses armoires son plus
beau linge, elle se faisait aider par sa fillette
Anna-Marie, et par Conrad, qui eurent ainsi
l'occasion de pénélrer dans la chambre de
Madame. Celle-ci regarda longuement le petit
gar~on et demanda son age; iI avait dix ans,
l'age du daupbin. Ses cheveux étaient d'un
blond clair,comme ceux des enfants d'Alsace
- comme étaient aussi ceux de l'orphelin du
Temple; il avait les traits fins, les yeux bleus
et de bonnes joues fraiches dont l'aspecl de
santé fil monter les larmes aux yeux de MarieThérese. En présence de ce gamin joufílu, de
ce petit paysan éveillé et saín, elle pensait au
llls des rois que le régime de l'affreuse tour
avait éliolé, au point qu'elle-meme avait pu
écrire : &lt;1 S'il eul vécu, il y aurait eu a craindre
qu'il ne devint imbécile. »
Quoiqu'e\le ne parut nullement fa(iguée par
le long trajet qu 'elle venait d'accomplir, Marie-Thérese, ce soir-la, se coucha de bonne
heure. Des son arrivée a l'hotel du Corbeau,
le capitaine Méchain avait dépecbé a M. de
Bacher, premier secrétaire de l'ambassade de
France en Suisse, un expres porteur d'unc
dépeche luí annoncanl l'arrivée de la prinmurs de celle pillee rappellenl le séjom· de ~!adame,
entre autrcs 50n portrait, l'arrivéc des prisonniers de
l' Autriche a f\iehen, etc.
7. Élat civil d'lluningue. Renseignemenls obligeammenl communiqués par M. l(arl 'l'schamber, instilulcur-chef a lluningue, a qui ,i'adressc l'expression de
ma tres vive reconnaissance pour la complaisance a,·ec
laquclle i I a bien voulu, lors de mon séJour a lluningue. me faire proliter de sa grande érudilion et de sa
pafaite connaissance des archil'es locales.

______________________

LE 'VOYAGE ET L''É.C1IANGE DE JJf AD.AME 'J{OYAl.E

cesse a Huningue. Ce courrier cut vile franchi vue ce matin, de memc que les personnes soulevait son rideau de vitrage et jetait un
la demi-lieue de route qui sépare Huningue qui composenl sa suite. Le voyage ne l'a point regard aux curieux qui stationnaient devant
de Bale ou résidait de Bacher; et, des le soir fatiguée; elle manifeste le plus vif regret de l'hotel; sur le seuil deux soldats étaient posmeme, celui-ci put expédier au citoyen Dela- se voir au moment de quitter la France; les tés, pour maintenir l'ordre au besoin, et emcroix, ministre des Relations extérieures, honneurs qui l'attendent a la cour de Vienne pécher l'entrée des indiscrets: on dit pourl'al'is de l'heureux voyage de la princessc. ont paru avoir tres peu d'attrait pour elle. tant qu'une bourgeoise de la ville réussit a
Le lendemain, de Bacher se
déjouer les surveillances et,
faisait conduire a Iluninguc et
déguisée en servanle, sous le
aononcer chez Madame: il dut
prétexte de porter un broc
allendre avant d'étre recu. On
d'eau, parvint a pénétrer chcz
élait au 4 nivóse (23 décemla princesse.
bre) jour qui, jadis, élait
Celle-ci ne voyait ríen de
celui de la fete de ~ &gt;el, et,
changé daos sa vie : elle était
daos ces pays d'Alsace
cette
pri•onniere a !'hotel du Corfele est de piense et séculaire
beau, comme elle avait été
lradition, on n'avait cerlaineprisonniere au Temple; elle
men t pas cessé de la célébrer,
avait pour cachot une chamclandeslinement, tout le lell'ps
bre d'auberge, pour gardiens
qu'avaient duré les mauvais
lrs hommes de la garnison,
jours. Ce matin-la, done, Mme
pour clolure l'enceinte de la
Schuilz entra dans la chambre
forteresse dont les portes resde Madame, poussant devant
teren t fermées, sauf pour les
r.lle Anna-llarieet Conrad dont
personnes munies de laisserles petites mains tendues prépasser spéciaux. C'était, il esl
sentaient a l'orpbeline du
vrai, - du moins le croyaitTemple deux bouquels de pauelle, - son dernier jour de
nes ileurs d'hil'cr. Marie-'fhécaptivité : au dela de ce íleuve,
rcse remercia les enfants, quesqu'elle ne pouvait, de ses fenetionna la fillette, puis se tourtres, apercevoir, mais que, la
nant vers Mme Schullz:
nuit, elle entendait rouler avec
- Si je vous priais, di t-elle,
un bruit semblable a celui de
de me laisser emmcner celte
la roer, l'atlendaient la liberté,
enfant?
les honneurs royaux; elle allai t
Devinant l'émoi que cctte
retrouver la les hommages qui
proposition causait a l'hoteavaient entouré son enfance,
licre, elle ajouta aussilót :
des palais semblahles a ceux
- C'est un Yreu que je ne
donl elle gardait un souvenir
dois pas former : il est trop
lointain : avec une satisfaction
cruel d'etre séparé de ses papresque enfantine, elle grilfonrents; mais, si vous avez enne, a l'adresse de Mme de
core une filie, je vous demande
Chanterenne :
qu'elle porte mon nom 1 •
&lt;( On vient de m'apprenQuarante jours plus tard,
dre que ma maison est formée
alors que la tille de Louis XVI
MADA:.JE ROYALE AU TEMPLE.
et qu'elle m'attend aBale pour
étail depuis longtemps a Dcs~iné d'aprés naturc, en octobre 1795, par un artiste place á la fcnétre d'une des
me conduire aVienne. Jugez,
Vienne, .Mme · Schultz don na
ma chere Renete !. .. )&gt; Et plus
maisons voisines de la prison.
le jour a une enfant, qui,
loin : « On parle beaucoup de
suivant le vreu de Madame
mon mariage, on le dit proRoyale, fu t baptisée Marie-Thérese-Charlolle '. Son séjour aHuningue ne fait pas la moindre chain. J'espere que non. Enfin je ne sais ce
Sur la visite de J3acher qui suivit cette sensation; on ne voit en elle qu'une vo}·ageuse que je dis.... On fait courir le bruit que l'on
scene touchanle, on n'est renseigné que par qui n'inspire que faiblement le sentiment de va me marier dans huit jours 3 .... )l
celle letlre adressée le jour meme, au ministre la curiosilé. Elle se Lienlretirée dans sa chamPour occuper les heures de ce jour de
bre. L'échange auralieu danslajournéede de- Noel, elle écrit deux narrations, tres somDelacroix :
main; jem'empresserai de vous rendre comple maires, de son voyage : elle enverra l'une a
llale, le 4 ~ivé'ise, l'an 4 (25 décembre 1795).
de tous les détails dont il aura été accompagné. Renete 1 et doanera l'autre a Gomin, au moCitoyen Ministre,
ment de la séparation 5•
Salu t et fra ternité.
BACltER.
Vers lrois beures, grand émoi a l'llótel clu
La fille du dernier roi des Francais cst
~!adame se tint, en effet, durant tout le Garbean : devant la porte de l'auberge vient
arrivée a Jluningue sans le moindre accident,
ainsi que je vous en ai prévenu bier. Je l'ai jour, r etirée daos sa cbamhre; parfois elle de s'arreter la seconde rniture 6, amenant Bue,

ou

l. Ilcauchesne, Louis Xl '/l. ll, 440.
'!. Elle épousa le 24 janvicr 18~1 J .-B. Michel Sar-

tory, clirectcur de l'hospicc civil de Jlunin~ue : elle
mourut le 10 décembre 1874. Sa sreur ainee, AnnaMarie, épousa fo 50 frimaire an XIII (2 1 décemure 1801) Céleslin-J,'ran~ois Prévost Saint-Cyr, chef
de balaillon au 27• régimenl de li;,ne, en garnison i1
lluningue; cel oflicier, qui é ta,l né á Castel-Sarrazin,
le 18 juin 1773, ful assassiné sous les yeux de ~a
femme, alors qu'il élail colonel á Perpignan. le 27 sepLembre 1820, par un ofr.cier de son régimenl qu il
avait J&gt;uni. Elal civil d 'Huni11gue et renseigncments
partwuliers .

5. Lettre ciu\e par Y. le marquis Costa de Ileauregard.
4. JI. le marquis Costa de Ileauregard a publié ce
1·,lcit dans sa préface du jJémoire éc1·it par MarieThérl:se-Charlolle de fra11ce.
5. Gomin fe commuoiqua a Beauchesne qui l'a reproduit. Louis Xl'/1, 11. 450. lleaucbcsne fait erreur
~n avan~ant que la f'ameuse lettre á Louis XV!ll ou
lladame demande pour les fra11~ais grttce et paix
est dalée d'tluoingue : elle ue ful écrite que quelqucs
jours. plus tare!, a Wels, dans la_ llau_te-Autriche, el
le ro, la re~ul il Vérone le 11 Janv1er, V. Daudet,
f/istoire de l'Emig1·atio11.

. . ., 31

LN-

6. La seconde voiture ne partil pas une heure
et peutctre asscz tard, - le 19 décembre. Yoici en ell'et le
billct que llénczech, ce jonr-lá, adressait a Delacroix:
• Je vous prie, mon che,· collcgue, de vouloil' bien
m'cavoyer pa1· le portcur de celle lettre cinq passcports pour llasle pour les personnes de la suite ele
Marie-'fberése-Charlottc. Ces personnes sont : Pie1T~t•hilippe Soucy, scize ans et demi; Fran~ois llue; Daron, homme de confiance; 1lcunier, c uisinier; Calherine Varenne, femmc de confiancc.
• Elle est partie cette nuit, la suite n'allend que

aprés celle de Madame, mais seulemcnl, -

�111ST01{1.Jl
le jeune de Soucy, Barnn, Meunier, Mme Varennes et Coco, le petit chien du Temple.
llue, on se le rappelle, n'avait jamais obtenu
J'autorisation d'entrer au Temple depuis qu'un
ordre de la Commune de Paris !'en avait fait
sortir le 2 septembre 1792. 11 n'avait done
pas revu Madame Royale depuis cette époque
el son émotion était grande en montant l' escalier de bois qui conduit a la chambre de la
princcsse. Avant qu'il se filt fait annoncer,
Coco, que l'étiquelle ne retenait pas, profitanl
d'uo enlre-baillement de la porte, s'élan{)a vers
sa maitresse, manifestant une telle joie de la
retrouver q11'on le crut sur le point de mourir
sulfoqué 1. Quelqu'un ayant remarqué qne ce
chien était bien laid, Madame, les yeux en
pleurs, murmura :
- Je l'aime. C'est tout ce qui me reste
de mon frere '.
Aupres de Baron el de Meunier, elle s'informa de Mme de Chanterenne : daos quel
état l'avaient-ils laissée? qu'avait-elle d1t
apres les adieux? Elle apprit ainsi que la
dcmleur de Renete avait été efTrayante; qu'ils
avaient peur qu'elle en tombat malade el, latlessus, la bonne princesse reprcnd la lettre a
son amie, pour lenler de la consoler. La
soirée se passe a cetle occupation : &lt;I C'est
bien mal écrit; mais je suis sur une table
avec M. Méchin (sic) qui écrit aussi. Mme de
Soucy el son üls écrivent aussi. ~r. Gomin et
M. llue parlent aupres de la porte. Telle cst
la position de ce momenl, et Coco. mon cher
Coco, est daos le coin du poele a dormir•. l&gt;
A la cuisine, Meunier a revendiqué les
fourneaux; c'esl lui qui prépare le souper;
dans celle calme auberge d'Alsace, ces choses
ses passeporls pour se mcltre en roule. 28 frimairc
an l V. Bénézech. ,
C'était Jlue qui nvait le gouvernemenl de celte
seconde voilure : il luí avait élé recommandé de se
présenter a la poste aux chevaux, a dix hew·es du
matin: ce n'esl done pas avant cclle heure qu'il put
se mellre en roule. Hue avail re~u pour les dépenscs
clu voyage 1 200 francs en or el 60 000 francs en assignals, sur lesquels, arriv~ a Hun_ingue, il rem1t á Méchain 54 000 l'rancs. Archives nat10aales P 2315.
l. Souve11frs du baron l/ue , publiés par le baron
do :\laricourl, son arriere-pelit-fits. 2117, note.
2. London Public l\ecord Office. M iscellaneous papers, n• '13. Switzerland. Jlf. _Meri0:11 to lord Granvitle. Bale, 26 décembre 179:&gt;. V. rnfra.
3. Lettre cilée par ~(. le marquis Costa de Beauregard.

Anecdotes
~ La comtesse d'Egrnont, asant trouYé un
homme du premier mérite a mettre a la letc
de l'éducation de M. de Chinon, son neveu,
n'osa pas le présenter en son nom. Elle était
pour M. de Fronsac, son [rere, un personnage
trop grave. Elle pria le poete Bernard de passer chez elle. 11 y alla; elle le mit au fait.
Bernard lui dit: &lt;e Madame, l'auteur del'Art
rl'aime1· n'est pas un personnage bien imposant; mais je le suis encore un peu trop pour
cette occasion ; je pourrais vous dire que Mlle

prennent les proportions d'un grand événement : le séjour de la filie de Louis XVI,
l'installalioo des neuf personnes de sa suite,
les allécs et venues du courrier Chasaul, continuellement sur la route de Bale, les visites
du diplomate de Bacher, les deux. soldats en
sen ti oelle a la porte, les berline« cha rgées de
bagages , inléressenl maintenánt toute la
ville : dans la soirée, le Corbeau est devenu
le but de promenade des habitanls, - bien
peu nombreux d'ailleurs, l'enceinle de Huningue rcofermant pres'}ue exclusivement des
batiments militaires.
La voiture de Ilue est chargée des deux
caisses conlenanl le trousseau offert a Madame
par le Directoire; mais celle-ci donoe J'ordre
de ne les point ouvrir : le 26, des le matin,
elle fit prier M. de Bacber de lui envoyer une
ouvriere afio de compléter sa toilette et celle
de Mme de Soucy. Bacher expédia immédiatement a Huningue Mlle Serioi, marehandc
de modes a Balé, qui resta pendant une heure
avec la princesse : la princesse fit choix d'un
grand mantelet, de bonnets, chapeaux, fichus,
chale!-, etc. pour elle el ses compagnes : elle
chargea Mme de Soucy de distribuer quelques
objets aux personnes de sa suite : puis elle
fit prévenir de Bacher qu'elle ne payait rien,
parce qu'elle n'avait pas d'argent 4 •
De Bacher se multipliait : infatig~ble, il
allait de Bale a lluningue, revenait a Bale,
courait a Riehen, village situé a une pelite
licue de la ville, sur le territoire suisse, a
!'extreme frontiere, ou les prisonniers rendus
par l'Autriche , internés depuis pres d'un
mois a Fribourg-en-Brisgau , devaient elre
amenés, pour recevoir leur liberté, au moment
4. « Pour ne ríen déranger aux malles, qu'on m'a
assuré avoir été plombées el chargées chez le ministre
de l'lnlérieur, la citoyenne Soucy m'a invité a luí
envoyer a lluningue une marchande de mudes a Dale,
a laquelle elle a demandé, pour elle el sa pupitle,
un grand manlelet, des bonnets, chapeaux, !ichus,
chales, ele., qni ne sonl pas payés parce que ces voyageuses n'avaient pas d'argent. Ces njustements élaienl
renfermés daos une boite el un carlon La ciloyenne
Soucy a distribué quelques chapeaux, honncts, et bas,
aux personnes qni ont accompagné sa pupille au momenl du départ pour Bale, comme une marque de souveoir el de satisf'aclion des soinsqu'on avail d'elle pendant la route. La boite et carton onl élé places dans la
voiture des voya¡¡euses. » Letire de H11cher au ministre des Relatwns exUriew·es. Archives du cléparlement des Alfaires étrangéres. Vienne, 564.

Araould scrait un passe-port beaucoup meilleur aupres de monsieur volre frere .... -Eh
bien! dit Mme d'Egmont en riant, arrangez
le rnuper chez )!lle Arnould. » Le souper
s'arrangea. Bernard y proposa l'abbé Lapdant
pour précepleur : il fut agréé. C'est celui qui
a depuis achevé l'éducation du duc d'Eaghien.
~ Le jour de la mort de madame de Cha-

teauroux, Louis XV paraissait accalilé de cltagrin; mais ce qui est exlraordinaire, c'est le
mot par Jeque! il le témoigna : &lt;! Etre malheureux pendant quatre-vingt-dix ans ! car
je suis ~úr que je vivrai jusque-la. &gt;&gt; Je l'ai
ou¡ raconler par madame de Luxembourg,
qui l'entendit elle-meme, et qui ajoutait: &lt;I Je
n'ai raconté ce trait que depuis la mort de

précis oü la filie de Louis XVI serait remirn
aux mains des commissaires de l'empereur.
Mais il fallait apporter a C('S formalités une
extreme précision de mouvements; il fallait
ne froisser aucune susceptibilité : ni celle des
J.acobins rendus a la France qui se proclamaient bien hautdes martyrs de la tyrann-ie,
ni celle de l'orpheline aqui on laissait igoorer
qu'au nombre des Francais, prix de sa libération, était l'ho1'rible Drouet, l'homme de
Vareones, celui, en somme, sur qui pesait la
responsabilité premiere de toutes les tragédies
révolutionnaircs. 11 fallait f'ncorc apaiser Je
ministre plénipolentiaire d::- la cour impérialc,
M. de Drgelmann, méconlent de ce que la
llépublique avait manqué a sa parolc, en interdisant a Mme de Tourzel l'autorisalion
d'accompagner sa pupille : il fallait aussi ne
pas se comprome~lre personnellemenl en ne
montrant pas trop d'égards a Afadame de
Frunce et en montranl assez aux patriotes
qui san~ doute allaient reprendre dans la République des places éminentes. De Bacher,
aidé par le bourgmcslre Bourcart qui s'employa obligcamment a réduire les difficultés,
sufflt a cette tache efTrayante et s'en tira
adroitement.
L'un des points les plus délicats était d'éviter la renconlre des Jacobins avec la prinr,esse: on avait projeté.d'abord de faire passer
celle-ci, en territoire d'Empire, par le pont
d'Huningue, el de lui épargner ainsi la traversée de Bale : mais les ruisseaux descendant
de la Foret-Noire, grossis par les pluies de
l'automne, rendaient les chemins impraticables et il fallut bien adopter le passage a travers la ville.
Sur le conseil du bourgmestre Bourcart,
de Bacher pria un tres honorable négociant
balois, M. Heber, de mellre asa dispo~ition,
pour quclr¡ues heures, une maison de campagne, située sur le territoire suisse, a peu
de distance de la frontiere fran{)aise, a quelque cent pas des portes de Bale, en bordure
du cbemin qui vient d'Iluningue. C'est la
qu'aurait lieu la remise de Madame aux Autrichiens.
G. LENOTRE.
(A suivre.)

Louis XV. » Ce trait méritail pourlant d'etrc
su, pour le singulier mélangc qu'il contient
d'amour et d'égo1sme.
~ On avait dit a un roi de Sardaigne que
la nolilesse de Savoie était tres pauvre. Un
jour, plusieurs gen1ilshommes, apprenant que
le roi passait par je ne sais quelle ville, vinrent lui faire leur cour en habits de gala magnifiques. Le roi lcur fil entendre qu'ils n'étaient pas aussi pauvres qu'on le disait. « Sire,
répond1rent-ils, nous avons appris l'arrivée
de Vol re Majes té; nous avons fait tout ce que
nous devions, mais nous devons tout ce que
nous avons fai t. »

CHAMFORT.

~

et:

o

¡....
(/)

:r

�CA.l!PAGXE o'ESPAGN.;. -

SIEGE DE LÉRIDA ( 14 MAi 1810). -

Gravure d'AUBERT FILS, tf~pres le (at,/eau de Rl, MOND. (Musée de Ve,·sail/es.)

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITgE XXXIII
Siluation de nos armécs en Espagnc. - L'armce di!
Portugal. - Notre pare d'arlillcric esl menacé. l\éunion de \'iscu. - Causes d'insucces de la campagnc. - L'arméc dcvanl !'Alcoba.

Vers la fin de 1809, I'Empereur Youlant
O~lenir plus d'unité dans les opérations des
d1vers corps d'armée qn'1I avait en Espagne,
les placa sous les ordres du roi Jo,eph, son
frere; mais celui-ci n'étant nullement mililai~e, Napoléon ne lui accorda qu'une autorité
ficllve et créa le marécbal Soult major général, afio de lui donner le commandement
1·éel de toutes les troupes francaisrs du midi
de I'Espagne, qui, bien dirigées, gagnerent
les hatailles d'Ocana, d'Alba de 'formes, for1\'. - lhsToRJA. - F ase. 25.

cerent les défilés de la sierra Morena, envahirent I'Andalousie, s'emparcrent de Sévillc,
de Cordoue, et investirent Cadix, ou s'était
réfugiée la Junte gouvernementale. Pendant
ce temps, le général S □chet dominait et administrait habilement l'Aragon et le royaume
de Valence, dont il avait assiégé et pris plusieurs villes fortifiées. Les maréchaux SaiotCyr et Augercau avaient fait une guerre actil'e
en Catalogne, donl la population, la plus bclliqucuse de l'Espagne, se défendit arec une
grande éncrgie. La Navarre t t les provinces
du Nord étaienl inft'stées par de nombreuscs
guérillas, auxquelles les troupes de la jeune
garde de l'Empereur faisaieot une pelite
guerre incessante. Les généraux Boanct et
Drouet occupaient la Biscaye et les Asturies,

Ney tenait la provir¡ce de Salamanque, et
Junot celle de Valladolid. Les Francais venaienl d'évacuer la Galice, pays trop pauvre
pour nourrir nos troupes. Telle était, en rérnmé, la situation de nos armées en Espagne,
lorsque, apres al'Oir pris Ciudad-Rodrigo et
Alméida, le maréchal Aiasséna penétra en
Portugal.
Les lrouprs sous les ordrcs de .l\fasséna
se composaient: du 2° corps, entierement
formé de vieux soldats d'Austerlitz ayant été
l'année précédente a Oporto avec le marécbal
Soult, que le géoéral Reynier veoait de remplacer (ses di visionnaires étaient Merle et
Heudelet); du 6• corps, commandé par le
maréchal Ney et ayaot fait avec lui les campagnes d'Austerlitz, d'léna et de Friedland

.,, 33 ,...
3

�________________________________________,.
msTO'R.1A
puissamment aux défailcs que nous éprou\'cnnemi, profitant de la supériorilé de ses
(ses divi~ionnaires étaientfürchand, Loison el
vames
les années sui"anlcs.
forces, eul enveloppé le convoi et auaqué avec
'foute l'armée savail que ~lasséna avail
Mermet); du 8• corp~, commandé par le gérésolution, toule l'artillerie, les munitions el
néral en chef Junol el cornposé de troupes
amené lime X... en Portugal; mais celle
les vivres de l'armée étaient enlcvés ou dérnédiocres il avait pour généraux de division
dame, qui avait traversé en voiture toutc
truits. Mais le colonel Trent, ainsi qu'il \'a
Solignac et Clausel, qui de,int plus tard mal'Espagne el était restée a Salamanque pendil dcpuis, ne pouvail supposer qu'un maréréchal); d'un corps de deux diYisions de cadant les sieges de Rodrigo et d'Alméida,
chal aussi expérimenlé que ,tasséna e1H laissé
,·alerie sous les ordres du général ~lontbrun,
voulul suivrc )lasséna a cheval, quand il ~e
sans soutien un comoi de la conscrvation duet d'une nombreuse artillerie de campagne
mil en marche daos ce pays impl'aticaLle aux
que\ dépendail le salut de son armée; pensant
dirigée par le général Eblé. Le général l.avoiturcs, ce qui produisil un forl mau,·ais
qu'une puissante escorle, masquée par les effel. Le maréchal;qui mangeait généralement
~ouski commandait le génie.
Apres a,oir déíalqué les ~arnisons laissées plis du tcrrain, se Lrouvait dans le voisinage, seula,ec Mme X... , a1·ail íaitce jour-la placer
il n'osa a,ancer qu'avec circonspection. ll ~e
i1 Hodrigo, Alméida et S:i.lamanque, ainsi 11ue
son pelil couvert sous un bosc¡uet de citronles maladl!!;, le nombre des combattants de borna done a attaquer la compagnie de gre- niers. La table des aides de camp était dans
nadiers francais qui était en tele; celle-ci le meme jardin, a cent pas de la sienne. On
toules armes s'élevait a cinquanle mille,
ayant soixante houche, a feu et une granJe répondit par un feu terrible qui lua une cin- allait servir, lorsque le généralissime, ,oulanl
quant.,ine d'hommes !... Les miliciens effra1és
1¡uanlilé de caissons de munitions. Ce train
probahlement acbever de cimenter le bon acreculerenl, el Trenl, faisanl ce qu'il aurail dil. cord qui ,enail d'elre rétabli entre ses qualre
était beaucoup trop considérable, car, en Porfaire d'abord, enveloppa une partie du convoi.
tugal, pays tres accidenté, il n'exisle presque
lieutenants, fil obser1·er que chacun d'eux
Cependant, a mesure qu'il s'avan~il, il s'aapnl plusieurs lieues a [aire pour regagner
pas de grandes roules. Les voies de comruunicalion sont presque toujours des sentiers pervul de la faiblessc de l'escorle, et envop son quartier général, le roieux serait r¡u'avanL
un parlementaire au commandant pour le de partir, ils dlnassent a\'Cc lui. ~ey,Reynier,
étroils, rocailleux et souvent escarpés ; aussi
sommer de se rendre, sinon il allail l'altales transporls s'y íonl a dos de mulet. ll est
Junot et )lontbrun acceptcnt, et Masséna, pour
quer sur tous les poinls. L'officier fran~is prévenir le relour de ré0exions sur l'incidenl
meme des PªIs ou les roules sont compleleconsentit adroitcment aentrcr en pourparlers,
du com·oi, ordonna, par ellraordinaire, d1•
ment inconnues. Enfin, a \'exception de quelafin de donner aux Irlandais, qu'il avait fail
ques \'a\lées, le sol, généralcment aride,
joindre la table de ses aides de can1p a la
pré\'enir, le temps d'arriver de la queue a la
n'offrc que des re.,source~ insuffisanles pour
tele du coovoi. lis parurent enfin, rnnanl hra- sienne.
la nourriturc d'une armée. Toul faisait done
Jus11ue-la toul allait bien; mais quel1¡ues
un deYoir au maréchal )[agséna de passer par vement au pas de course!. .. Des que J'officier instants a,ant de s'asseoir, ~lasséna fait apfran~is les apervul, il rompil la conférenee
peler Mme :e .. , qui recule en se \'oyant en
le PªIs le moins difficile et le plus fécond. 11
en disanl al'Anglais : u Je ne puis plus traiter, présence des lieutenanls de )lasséna. )lais
fil ccpendanl le contraire !. ..
« car \'Oici mon géoéral qui ,ient a mon se- celui-ci dit Loul haut a Ney : 11 Mon cber
En effet, l'armée ayanl quillé les environs
&lt;1 cours avec huiL mille bommcs !... »Chacun
d'Alméida le 11 seplembre 1810, et se trou« maréchal, vcuillez donner la main a mareprit done sa position, mais Trcnl s' empressa « dame. » Le marécbal Ney p:ilit el fut sur
\'ant réunie le lendcmain a Celorico, Yopit
de quiller la sienne et de s'éloigner, croyant
le point d'éclater .... Ccpendanl, il se contint,
s'ouvrir de,anl elle la ricbc ,·allée du ,100avoir affaire a\'avant-garded'une forlecolonne. el conduisil du boul du doigl )[me \ ... vers
dcio et pouvail, par Sa.mpap et Ponte de
Le pare ful done sauvé; mais h• daoger
)lurcelha, se diriger sur Co'imbre par des
la table, oi1, sur l'indicalion de Masséna, elle
qu'il Yenail de courir, bienlol connu de toule
prit place a sa droile. Mais, pendanl toul le
chemins sinon bons. du moins pas~ables. Cel'armée, y causa la plus vive émotion. ~eI,
repas, le marécbal ~ey ne lui adressa pas une
p1'ndant, le marécbal, iníluencé par le comJunot, Reynier, Mootbrun se rendirent sur-lemandanl Pclel, son conseil, abandonna la
seule parole, et s'entrelinl avec Montbrun,
champ a Yiseu, pour adresser de vií5 reproson voisin de gauche. ~(me X... , qui avait
contrée praticable, 01.1 ses troupes auraient
ches au général Fririon, chef d'élal-major,
"écu largemenl, pour aller, ,·ers sa droile,
trop d'esprit pour ne pas sentir combien fa
qui dédara que, malgré ses vives rédamase jeter daos les montagnes de \ iscu, dont
situalion étai t íausse, fut prise tout a coup
tions, on ne lui avail meme pas donné cond'uoe violente allaque de ncrfs el lomba évales chemins sonl les plus affreux du Portunaissance de la marche des coloones, loul se
nouie. Alors :"íey, Rei·nier, Montbrun et Junol
gal. ll suffil d'ailleurs d'examiner la carie
décidan t entre füsséna el Pele l. En apprenaol
quitlenl le jardin, non sans que Ney témoipour reconJljÜlre combien il élail déraisonun Le\ étal de cboses, les chefs des qualre gnal a haute voix el tres ,ivement ses impresuable de venir passer ¡, Viseu pour se rendrc
corps d'armée, saisis de stupeur et d'indignade Celorico a Coimbre !. .. foule d'autant plus
tion, enlrerenl cbez Masséna pour lui faire de sions.
Les généraux ílcynier et )lontbrun exprigrande, que Viseu se trouvc séparé de la
justes observalions. ~ey portait la parole, el mcrent aussi hautcment leurs sentimenls.
,icrra d'Alcoba par de hautes monlagnes que
du salon &lt;le serl'ice nous \'entendions proJunol ful moins acerbe; cependanl, comme il
l'armée aurait é, itées en se dirigeanl de Celotesler; mais ~lasséna, prévoiant que la con- blamait aussi füsséna, je pris la liberté de
rico sur cetle villc par la vallée du Mondego.
versalion allait s'animer, entraina les généraux
Les emirons de \'iseu ne produisent ni célui rappeler la sccne de \a\ladolid el l'accucil
dans une piece éloignée de celle c¡u'occupaienl q u'il avail fail a Mme '\ ... ; mais il me réponréales, ni légumes, ni fourrage,. Les troupes
ses aides de camp. J'ignore ce qui ful résolu;
d il en rianl: ~ Parce qu'un vieux housard tcl
n 'y trou,crent que des &lt;'itrons et des raisins,
m:i.is il parail que le générafüsimc promit
« que moi foil quelquefois des farce.~, ce
nonrriture fort peu sub5Laotielle.
11 s'en fallut de bien peu qur l'expédition d'cn agir autremenl, car, au boul d'un quart &lt;1 n' esl pas une raison pour que Masséna les
d'hcure, nous apervumes füsséna se prome- « imite; d'ailleurs, je ne puis me séparer
Ul' Masséna se terminal a Yiseu, par le mannanl paisiblement daos le jardín, en donnant
11 de mes camarades ! » A compter de ce
qur de prévo!ance du maréchal, qui fit martour a tour le bras ases liculenanls. L'union
cher son pare d'artillerie a l'extrrme droile
jour, ~e)', Reinier, Montbrun et Junot furenl
paraissail rétablie, mais ce ne [ut pas pour
de la co\onne, c'esl-a-dire e11 dehors des
au plus mal avec Masséna, qui, de son c«1Lé,
1
masscs d'infanlerie, en ne lui donnant pour longlemps.
,\_insi que je l'ai déja dit, dcs molifs puérils leur en voulut beaucoup •
escorie qu'un bataillon, irlandais au service
La discorde établie entre les chefs de l'ar·
produisent quelquefois de grands el [acheux
dr Fraace et une compagnie degrenadiers franmée ne pou,·ail qu'aggraver les causes qui dl'vais. Cr pare marchantsur uncseulefile, ayanl résullals. En voici un exemple frappaol, car vaienl nuire au succcs d'une campagne entre·
une longucur de plus d'une lieue, avanvait il inílua sur le résultat d'une campagne qui prise /1 cinc¡ cenls licues de France. Ces causes
devait cbasscr les Anglais du Portugal, taodis
lcntemcnt el péoiblement par des chemins
t. Crs déla,b et i-ctn qui ,·ool ,ui1r,• confirmen!
tres dirliciles, lorsc¡ue tout a coup parul sur que son a,ortcment accrul au contraire la malhcurcU'cmeol
ll's appri:cintio11, ,lonnécs p•r
confiance
des
\.nglais
dans
\\
clliogtoo,
tou
l
::,on ílanc droil le colonel :rnglais Trent, avec
lt. lhicrs ,ur les cau,es dc no, n •1cr, en Portugal.
en
agucrris,anl
des
troupes
qui
conlribucrenl
qualre a cinq mille miliciens porlugais !. .. Si

"-------

.Mi!M011(ES DU GÉJYÉI(AI. BAI(OJY DE

M Jt:l(BOT

__ ,

étaient d'abord le manque absolu de con .
cevoir r·
.
sanee de la lopographie des contrées ~:~; resté p mdacuon dans laquelle Masséna étail
l.ow1ue lfasséna arrira J, &lt;&gt;o
b
en
ant
pres d' une semame
. a Viseu. au soir au . d
• e - sep Icm re
. l'é
lesquelles nous Iaisions la guerr .
.
ét
bl'
'
pie
de
la
position'
son
armée
roa
· du marérhal pul conslalcr•
par précautions- de'fensnes,
. . sorl
. par
e' car, h'
so1L
u ts 1 lal-ma
. ,Jor
ét:il i:i~;i so¡" ;bs~nlce par. le maréchal Ney
q
e
_es
Iatrgues
éprouvécs par lfm X
le gouvcrnement portugais n'a J·am;¡ªt
,
P ac e · a dro1te Iormée par le
contribuerent b
e •••
lever de bonnes caries d
s a1t et a le t . eaucoup a retarder llasséna 6 corps au Yilla,,.e de !11 . • 1
fa
d
º
. u1ra • e centre en
re ~n.1r en cet endroil; car dans ce
c¡ui existal alors était on :e ;:~~~~e.. La scule
~c,e
u couvent de Busaco; la gaucbe, ;omil eut, été impossible ue
., la 1a1sser
.
de sor te que nous marchions u:s !ne~ac!e' epays souleve
·,
p ,ée _du corps de Reynier (le 2•) ' Sa
,1l arr1t:re saos
, .t .. n
a
talons, quoiqu'il y e·'t dpo 1·arns1. d1re
. I exposer .t• e·1 re en1e1ée. En Antonio de eantaro; le 8• corps command.
,1 ,
u
ans armec de ou re, quand il prit la déterm· 1· d
parJunol
en
ma
h
·
•
'
. asscna un tres grand nombre d' ffl .
mellre en r
,
ma ion e se
.'
re e, ams1 que le grand paree
francais a,·ant d ,., r . d
o 1c1ers
oute, Massena ne fil que de tres d•ar1·11
I
tr,e
pour
. •
I
J
eJa a1t eux campag
derrierc I '
,emr se pacer en résene
, d'abord a Tondella
Portugal ª"ec Soultel J
.
nes en courtes étapes ' 5•arr.,ta
d
e
centre.
La
ea"alerie,
aux ordre.
n'éta'
.
unol; mats les offiriers et 1e 1endemain '&gt;~0
. • - septembre, apres avoir'
e ,rontbrun,
se trou,·ait a n·ien fa1·ta.
,
rent po1_nt venus dans les provinces que , b .
,
c!a 1~ so_n quart1er général a lfortagoa sur la
nous travers1ons, el ne pou,aient •1 d'
' 1,orsc¡u une armée a éprouni un écbec il
cune t'l't'
t: re
u ' t e pour diri11er
les I
Nau- r1ve . ro1tc d'un ruis~eau nommé le 'criz il n est 9ue trop ordinaire de voir les génér~ux
avions au
d é O
co onnes. ous perd,tdun lemps précteux a assurer le lo:c
en reJete~ la fau te les uns sur les aulres et
,
.
gran
tat-major une lrentaine ment e Mme ,
.
o . ·' .. ·, el ne parltl u'a deu:1. comme e. est ce qui· advmt
• au combal •de
d1 officters
portu11ais
au
nomb
d
l
•
1 º '
re csque s se hfures du soir . arce son état-maJor
. q pour les Busaco I1 es l n :
·
. conna·1tre
rouva1col es généraux marquis d'Alorna et
.. I' !
ccessa1re de fa1re
~vant-p~stes, s1tués a cinq grandes lieues de 1c1
avis exprtme
· · avant l'rngagement par les
comte Pamp!ona, wnus de France en f808
I'
t
~, au pted de l'.\!coba.
·
a,cc le ~ntmgent fourni a l\apoléon par,;
tcu e~a.nts de llasséna qui, apres l'avoir
Celle
montacrne
d'
·
.
.
p~usse a• la
c~ur e L1s~nne. Ces militaires, bien qu'ils 1 ,,. b . º ' ennron lro1s heues de m
• plus grande Iaute qu ··¡
1 ait. coma uuht .sur la droite au Mondeao el se
n e~ssenl Iait qu 'obéir aux ordres de leur
1sel,, c~1t1querent sa conduite a la suite de ce
rata e1 Pnement.
•
anc1en
été proscr1ls
. par .re ' ga~che ¡,' des mamelons lri•s cs"carpés
la
J lgouvernemenl
.
' a,ant
J
m~ccess1bles _a la marche des colonnes. ti
J'ai d!t que les corps du maréchal Ne,· et
' u? e, ava1ent suivi nolre armée afin de
:n1s_Le au pornt culminant un couvenl de
r~vemr dans leur patrie et rentrer en osses
:tl ~eymer ~e lrou vaient l'avant-veille d~ la
' rmmes nommé Sako. Au centre le sommel
a~arlle au p1ed de la monlagne d' :\.1 b
s1on ~e leurs biens confisqués. Massén~ avai~
dl! la montagne forme une espece' de I l
espére &lt;1ue ces. banois pourraienl lui donner sur Jeque! étail placée l'artillerie ancrl~s: eau'. presence de l'ennemi. Ces deux . iié;~u~n
attendant arec
_g ¡·1ss1mC'
. .•
q~ebol&lt;fUt's rense1gnemenls utiles; mais exceplé
• .impatience le ge·nera
po~v~it agir lihremenl sur loul f;oni deq~~ ~e
Lt~ nne
et
ses
emirons
aucun
d''e
•.
commum~uarent
par
écrit
lcurs
obserrn~
• .
•
ux ne pos1tton, el donl les boulets
. .
.
arr1va1ent
en troos respecllves sur la positioo de l'
é
co:na~ssa1t son propre PJJS, tan dis que les d a d
ce
~
Crrz.
Un
chemio
qui
ri•gne
autour anglo-porl · O .
arm e
..\nºla1s,
.
d
26
uga1se.
r'
il
existe
une
lellre
datée
¡ d le parcourant en to us seos depms
d? la_cn•te ~e Busaco fouroissait une commuu . scplembre au malin, dans la uelle 1
p ~sd e deux aos, étaient paríaitement au
~1cal!on
fac1le ~ntre les différentes parties de marcchal Ney disait au gé é R _q
Ia1 l e sa
configura
ti
.
é
.
.
on ml r1eure, ce qui leur
.' .
n ra1 ei mer . ic S1~
armée
Le versant
de 1a montarne
• ,. . enncmre.
.
0
« J ava1s le
commandement
. .
procurarl un immeose avantage sur nous'
•
• 1·•a1taquerats
qm 1a1sa1t •face au &lt;'olé par le&lt;¡uel amva1enl
. .
Une cause non moins importante ·:: · l , F
• sans hés1ter un instant' n lis e . .
eocore
,
nm,1l l s rancars est tr~s estarpé et propre ti la l'un et l'aulre le •
· .
xpr1ma1ent
au SUCCt:S de nolre campaan s·
meme seol1mcnt dans leur
défe~se.
Les
ennen11s
avaicnt
leur
&lt;&gt;auche
s
Arlhur Wellington ' auquel Ia Junte
º e.vena1l~r fes pres · d •
.
o
ur cor~espondance avcc llasséoa : &lt;&lt; Cett
d'
qui ommcnt Barria, le centre
el les
accorder des pouvoirs illimités, s'en senil
n ~wn es~ loio d'elrc aussi formidable
pour ordonner atoutes les populations d' b
« de pa~a1!, el si je n'eusse été aussi suborc
ce onne' Je I'aura1s
· enlevée sans altendre v -.
donner
leurs habitations , de délrutre
. lesaproao.•
ce. ordres. &gt;J Les géoéraux Re nier et Ju os
v1s1ons, les moulios, el de se retirer sur Lisa~ant a~suré que rien n'était ilus facile Mnot
~onne _avec l~urs lroupeaux a l'approche des
sen~, sen rapportanl a eux, ne fit as Ía asran~ts, qur se trouvaient ainsi privés de
pcllte reconnaissance des lieux qupo1·q , pl~s
rens~1gnem~nts et réduits a la nécessité de
dep ·
é
·,
u on a1l
uis assur 1e contraire et s b
rur1r au lorn pour se procurer des vivrcs'
répondre : ~ Eh 1•
• • • e ornant a
es_ Espagnols, chez lesquels les Ao,,.j~¡~
« point d .
nen, Je sera1 dernain ici au
.
u _iour, el nous attaquerons
~menl ;s~ªY? cette terrible mesure de résisnce, s y ela1ent conslamment refusés.
.
~º~~urna br1de, et repril le chemin dtl -~f~~t:~
les Porl ,., · 1 d .
, mats
uºais, p us oc1les, s'y conformerenl
Au moment de ce brusque dé
I
:~.ec une telle exaclitude que nous parcourions
péfaction fut , ,
•parl, a stugcnera1e, car chacuo a,•ait cnsé
1.1:menses contrées saos renconlrer un seul
1
en voyant Jlasséna revcni r aupri•s
v1t~ llant !r..·· De mémoirc d'hom me, on ne
toupes
_cam~ées. a une portée de tan:n s;~
.. une ~lle aussi générale !. .. La cité dtl
.
ennem1,
&lt;fu apres avoir em lo.: 1
~~:cu. étail totalemenl déserte lorsque nous
J0ur qui rcstait a étudicr li ¡e . ? peu ~l_e
} trames; cependanl ~las~éoa y ar reta I'a
voulait cnlever il d
. pos1t1on qu rl
~ée pendant six jours consécutifs e
r:
,
,
cmeurcra1t au milieu d
lul' une b'_ien grande iaule
,.
qur
arm~e. ~e généralissime, en s'éloi«nan:
ajoulée' ae celle
,ans avorr rten vu par lui-m: '
º .
~~ ~; a~a1! _commis~ en quiltant la vallée
une grande faute. mais ses r eme, comm1t
. · _on eºo • car s1, le lendemain de ~on
l'arnient poussé a'rattaq
J&lt;•utdcnanls, qui
arr1vce, a Viseu
· ¡·1ss1me
· franv:iis -eút
. , le géncra
vi!!il n h 1.,·
uc, en en ormant ~a
Gü,ÉRAI. REl:\11.R.
o a _ce a ituelle, dernier,t-ils bl11
farche rap,dement et attaqué !'Alcoba ~
conf mte, ainsi qu'ils le firent plus ~a~~~
equ~ sir Wellesley n'avait encore que'¡;~~
Gravure Je FoRP.STIER. C,1Nnel des Estampes )
ne e peme pas. lis eurent
. . e
~u e troupes, le maréchal pouvait encore
reproches a ~ f'. .
au contra1re des
.
,e
arre,
car,
restés
deux
·our
~eparer sa _faute; ruais notre halle de six réserves au cou,·e11l de Busaco la d ·1
ro1 e sur pred de l'Alcoba, ils conseillerent de l'~lt s au
i:u;i5 1;rm1t aux .\.nglais de traverser a gué 1~s hauteurs, un peu en arricre, de San
Anlo- de front, mal«ré son escar
aquer
el .d oo ;go_ au-dessus de Ponle de Murcelha 010 de Cantaro. Cette position d ·r d
de t
pemcnt, saos cher,
, e en ue par cher le mov;o
•
ourncr cctte montarrn .
l' e reumr leur armée sur les creles d' une armec n~mbreuse, élail ~¡ formidabl
¡
': e'
.\lco_hl, yrit~cipalemcnt a Busaco.
e q_ue les Angla1s crJignaienl &lt;¡ue le ne' , '1· e cependant la chorn était d
ainsi que 'ous le r"rrez
°-: p us facrles,
0 nera rs·
,
, , 1.,·1cntot
Les mthtaires d'aucun pays n'onl pu con- .s1me f rancars
n osat les allaqurr.
Ce fut un grand malheur pou; l'armée que

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�111ST0~1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
que moi. Eofin, l'heure du départ sonna, et
le général Sainte-Croix ne se trouvat pas alors la montagne de front, mais qu'il allait donner nous arriv:lmes aux avanl-postes des les precontre-ordre,
et
que
si
on
trouvait
un
passage
aupres de Masséna, parce que son instinct de
mieres lueurs de l'aurore du 27 septembre,
la guerre l'aurait certainement porté a user pour touroer la position, il laisserait rcposer jour néfasle qui devait éclairer l'un des plus
de la confiance que le maréchal avail en lui, son armée le lendemain, et la réunissant la terribles échecs r¡u'aicnt éprouvés les armées
pour le faire renoncer a une attaque de front nuit suivaote, a l'insu de ses ennemis, en
fran~ises !
contre une posilion aussi formidable, avant face du point vulnérable, alors il attaquerait;
qu'a
la
vérité
ce
serait
un
retard
de
vingld'ctre certain qu'on ne pouvait la tourner;
CHAPITR.E XXXIV
mais Sainle-Croix était avec sa brigade a plu- qualre heures, mais a,·cc plus de chances de
sieurs lieues en arriere, escortanl un convoi succcs et une moindre perle d'hommes.
La détermination du marécbal paraissail tchec de Busaco, - ~;pisoM. - Nous lournons la
confié a sa garde.
position rl gagnons la routc ,le Coimbrr.
tellement
positive, qu'en arril'ánt a Mortagoa
A peine le généralissime et son état-major
En se retrouvant en face de la position qu'il
eurent-ils quitté l'armée, que la ouit nous il cbargca Ligni vi lle et moi de tacber de
surprit. Masséna n'avail qu'un reil el n'était lrouver quelque babitaot du hourg qui pi'.1l a,·ait lt peine examinée la veille, Masséna papas bon écuyer. De grosses pierres et des nous indiquer un cbemin qui conduisil a rut hésiter, el, se rapprochant &lt;lu lieu 011 je
causais ayee le général Fririon, il nous dit
quarLiers de rochers couvraienl le chemin que 13ofalva, en évitant de passer par 13usaco.
La chose était fort difficile, car loute la tristement : « ll y arnil du bon dans votre
nous parcourions; il fallut done marchcr pendant plus de deux heures au pas, dans l'obs- populalion avail fui a l'approche des Francais, proposition d'hicr .... » Ce peu de mols ranicurité, pour faire les cinq lieues qui nous sé- et une nuit des plus oliscures s'opposait 11 mant l'espoir que nous avions eu la veille,
paraicnt de Morlagoa, ou le maréchal avait l'efficacité de nos recherches ; mais enfin, nous redoublames nos cfTorls pour détermincr
dépeché le commandant PelcL pour annoncer nous parvinmes a décounir dans un monas- le généralissime a Lourner la montagne vers
son retour. Pendant ce lrajet, je fis de bien tere un vieux jardinicr, resté pour soigncr un son extreme gauche par Ilo'iaha, et déja nous
tristes rétlexions sur les suites que devai t moine gravement maladc, aupres duc1uel il l'al'ions ramené a notre al'is, lorsque le maavoir la balaille qu'on allait engager le lende- nous conduisil. Ce moine répoodit al'ec can- réchalNey, le général Re~nier el Pelet vinrent
main &lt;lans des conditions aussi désavanlageuses deur a toules nos questions. 11 avail été fort interrompre notre entretien, en disant que
pour l'armée fran~ise! ... J'eo fis parta voix souvent de Mortagoa a Bo'ialva par une bonne tout était pret pour l'allaque. Masséna fil
basse a mon ami Ligniville, aim,i qu'au route dont l'cmbranchement élait aune petite Lien encore r¡uelques observations; mais engéoéral Fririon. Nous désirions tous bien vi- licue du couvent ou nous étions, et il s'éton- fin, subjugué par ses lieutenants, el craignant
vemenl que Masséna changeal ses disposilions; oait d'autant plus que oous ne connussions sans doute qu'on ne lui rf prochat d'avoir
mais comme Pelet était le seul officier auquel pas cet embranchement, qu'uoe partie de laissé éehapper une victoire qu'il déclarait
il [lit donoé de lui soumettre des observations nolre armée avait passé dcvant en allant de certaine, il ordonna vers ~epl beures du matin
rlii'ectes, nous résohimes, tanl le cas oous Viseu a Mortagoa. Conduits par le vieux jar- de commencer le feu.
Le 2• corps,• sous lleynier, allaquail la
paraissait grave, de lui faire indireclement dinier, nous fumes alors ,·érificr le dire dn
entendre la vérité, en employant un ~trata- moine, et reconnumes, en efTet, qu'une excel- droite des cnoemis, et Ney leur gaucbe et lem
geme qui oous avail quelquefois réussi. Pour lente .roule se prolongeait au loin dans la di- centre. Les troupes fran~ises étaienl rangécs
cela, apres nous etre concertés, nous nous rection des montagnes doot elle paraissait sur un terrain pierreux, descendant en pente
approchames du marécbal en feignant de ne contouroer la gauche; cependant, le marécbal fort raide vers une immense gorge qui nous
pas le reconnaitre daos l'ohscurilé; nous par- Ney avait séjourné quaraote-huil heures a séparait de la montagne d'Alcoba, haute, tres
la.mes de la bataille résolue pour le jour sui- Mortagoa saos amir rcchercbé cetle route, escarpée et occupée par les cnnemis. Ceux-ci,
vant, el j'exprimai le regret de voir le géné- dont la connaissancc nous cut évité bien des dominant entieremeol notre camp, aperceralissime allaquer de front la mootagne d'Al- désastres.
vaienl tous nos mouvements, Landis que nous
Ligni,ille et moi, heureux de la découverle oc voyions que leurs avant-postes, placés a
coba avanl d'avoir la cerlitude qu'elle ne
pouvail etre tournée. Le général Fririon, que oous venions de faire, courumes en rendre mi-cote, entre le couvcnt de Busaco et la
jouant alors le role convenu entre nous, ré- comple au maréchal ; mais notre absence gorge, tellement profonde sur ce point que
pondil que le marécbal Ney et le général avail duré plus d'une heurc, el nous le trou- l'reil nu pouvait a peine y distinguer le mouReynier avaient assuré qu'il élait impossiLle Yames avec le comp.andant Pelet, au milieu vement &lt;les troupes qui y défilaient, el cette
de passer ailleurs; mais Ligniville et moi de plans et de caries. Ce dernier dit avoir sorte d'aLime étail si resserré que les halles
répliquames que cela nous paraissait d'autaol examiné de jour avec un télescope les monta- des carabiniers anglais portaient d'un colé a
plus difficile a croire, qu'il n'était pas pos- gnes, dont la configuration n'indiqua:t aucun l'autre. On pouvait done considérer ce ravin
sible que les habitanls de Mortagoa fusseot passagc vers nolre droite. U ne pouvait croire, commc un immense fossé creusé par la nalure,
restés plusieurs siecles saos communication d'ailleurs, que pendant son séjour a Mortagoa pour servir de premiere défense aux forlificadirecte avec Bo'ialva, et obligés d'aller fran- le maréchal Ney n'tut pas fait explorer ks tions nalurcllcs, consistan! en d'immenses
chir la montagne a Busaco, le point le plus environs, el puisqu'il n'avail pas reconnu de rochers taillés presque parlout a pie en forme
escarpé, afin de gagoer la grande roule d'O- passage, c'étail une prcuve qu'il n'en existait de muraille. Ajoutons a cela que nolre artilporto ou leurs alfaires les appelaienl journel- point. Nous ne pumes le comaincre du con- }erie, engagée dans de tres maurais chemins
lement. J'ajoutai qu'ayanl fait cctte observa- lraire. En vain proposames-nous, Ligniville el obligée de tirer de ha! en haut, ne pouvait
tion aux aides de camp du marécbal Ney et et moi, de tourner et de gral'ir la montagne rcndre q11e forl peu de services, el que l'indu général l\eynier, en demandant lequcl que le moine assurait etre moins escarpée fanterie avait a lutter non seulement contre
d'entre eux avait reconnu !'extreme gauc:he que celle de Busaco; en rain ofi'rimes-nous une foule d'obstacles et une montée des plus
ennemie, aucun ne m'avail répondu. J'en d 'aller jusqu'a Bo'ialva , si on voulait nous rudes, mais encore contre les meilleurs tireur s
concluais que ce point n'avait été visité par donner l'un des trois bataillons de garde au de l'Europe, car, jusqu'a cette époque, les
quarlier géaéral ; en vain le général Fririon troupes anglaises étaienl les seules qui fuspersonne! ...
Si la vue de Masséna était mauvaise, il supplia le marécbal d'accepler cette ofi're, senl parfaitement excrcées au tir des armes
avait en revanche l'ou1e d'une finesse extreme, Lout ful inutile! Masséna, tres fatigur, répon- portatives; aussi leur tir était-il infiniment
et, selon nos désirs, il n' a vai t pas perdu un dit qu'il était pres de minuit, qu'il fallait supérieur a celui des fantassins des au tres
seul mot de ce qui venait d'elre dit. 11 en ful partir a quatre heures du malin pour etre nations.
tellement frappé que, se rapprocbant de notre rendus au camp au point du jour; cela dit, il
Bien qu' il semble que les regles de la guerre
groupe, el prenant part a la conversation, il alla se coucher.
doivent elre semblables cbez toutes les naJamais je ne passai une plus terrible nuit, tions civilisées, elles varienl cependant a l'inconvint, lui ordinairement si circonspect,
el
tous mes camarades étaient aussi allristés
qu'il s'était trop légerement engagéa atlaquer

�r-

111ST0'/{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J I

fini, lors meme qu'on se trouve en des
circonstances identiques. Ainsi, quand les
Francais ont une position a défendre, apres
avoir garni le front et les flanes de tirailleurs,
ils couronnent ostensiblement les bauteurs
avcc le gros de leurs troupes et les réserve~,
ce qui a le grave ·inconvénient de faire connaitre aux ennemis le point vulnérable de
nolre ligne. La méthode employée par les Anglais en pareil cas me parait infiniment préférable, ainsi que l'cxpérience l'a si souvent
promé dans les guerres de la Péninsule. En
elfct, apres avoir, ainsi que nous, garni le
front de la position de tirailleurs chargés d'en
dispuler les approches, ils placent leurs principales forces de maniere a les dérober a la
vue, tout en les tenant assez proches du point
capital de la position pour qu'elles puissent
fondre rapidement sur les ennemis s'ils venaient a l'aborder; cette attaque, faite a l'imprévu sur des assailJanls qui, apres avoir
éprouvé de nombreuses pertes, se croient déja
vainqueurs, réussit presque toujours. Nous
en fimes la triste expérience a la bataille de
Bu saco; car, malgré les nombreux obstacles
qui ajoutaient a la défense de la monlague
d'Alcoba, nos braves soldats du 2• corps venaient de l'escabder apres une heure d'elforls
inou1s, exécutés avec un courage et une ardeur vraiment héroiques, lorsque, arrivés
haletants au sommet de la crete, ils se trouverent tout a coup en face d'une ligne d'infan Lerie anglaise qu' ils n'avaien t point aper~ur.
Cette ligne aprcs les avoir accueillis a quinze
pas par un feu des plus justes et des mieux
nourris, qui coucha par terre plus de 500
hommes, s'élan~a sur les survivants, la
baionnette en avant. Cette attaque imprévue,
accompagnée d'une grele de mitraille qui les
prenait en flanc, ébranla quelques-uns de nos
bataillons; mais ils se remirent promplement,
et, malgré les perles que nous avions faites
en gravissant la position, et celles infiniment
plus considérables que nous venions d'éprouver, nos troupes étonnées, mais nún déconcertées, coururent sur la ligue anglaise, l'enfoncerent sur plusieurs points a coup de
baionnette et luí enleverent six canons !
Mais Wellington ayant fait avancer une
forle réserve, tandis que les notres étaient au
has de la montagne, les Francais, pressés de
toutes parts et forcés de céder l'espace tres
étroit qu'ils occupaient sur le plateau, se
tromerent, apres une longue et vive résistance, acculés en masse a la descente rapide
par laquelle ils étaient montés. Les lignes
anglaises les suivirent jusqu'a mi-cote, en
leur tirant souvent des bordées de mousqueterie auxquelles nous ne pouvions riposter,
lant nous étions dominés; aussi furent-elles
bien meurlrieres ! Toule résistance devenanl
inulile dans une position aussi défavorable
pour les Francais, les officiers leur prescrivirent de se disperser en tirailleurs dans les
anfractuosités du terrain, et l'on regagna,
sous une grele de halles, le pied de la montagne. Nous perdimes sur ce point le général
Graindorge, deux colonels, 80 officiers et 700
ou 800 soldats.

Apres un tel échec, la prudence ordonnait,
ce nous semble, de ne plus envoyer des troupes aíl'aiblies par de nombreuses per tes contre
des ennemis fiers de leur succes el occupant
toujours les memes positions; néanmoins, le
général Reynier ordonna aux brigades Foy
et Sarrut de retourner a la charge, et Masséna, témoin de cetle folie, permit cette seconde attaque, qui eul le meme sort que la
premiere.
Pendant que cela se passait a nolre gauche,
le sort ne nous était pas plus favorable a la
droite formée par le 6• corps, car, bien qu'on
fut convenu de faire une attaque simultanée
sur tous les points et que Masséna en eut
renouvelé l'ordre vers les scpt heures, au
moment d'engager l'actioo, le maréchal Ney
n'ébranla ses troupes qu'a huit heures et
demie. Il prétendit dcpuis avoir été retardé
par les obslacles que présentait la position sur
ce point. 11 est certain qu'1ls étaienl encore
plus grands que sur la gaucbe. Les Fran~ais
venaient de commellre une tres grande faute
en envopnt le 2• corps au comliat avant que
le 6• fut en mesure d'agir. Le maréchal Xey
en fit une pareille en engageant saos ensemble
les divisions Loison, Marchand et Mermet. Ces
troupes altaquerent vigoureusement, et malgré
la canonnade et la fusillade qui enlevaient des
files entieres, les brigades Ferey et Simon et
le 26• de ligne, gravissant des rochers escarpés, se jeterent sur l'artillerie ennemie, donl
ils prirenl trois pieces. Les Anglais, ayant
recu de nouveaux renforts, reprennent l'offcnsive. Le général Simon, la machoire briséc, tombe et est fait prisonoier sur un des
canons qu'il venait d'enlever. Presque tous
les officiers supérieurs sont tués ou blessés, et
lrois décharges, faites a brule-pourpoint,
acbevent de porter la confusion et la mort
dans les masses francaises, qui regagneot en
désordre le point de départ. Ainsi se termina
le combat principal.
Les perles des 2e et 6• corps étaient immenses; elles s'élevaient a pres de 5,000 hommes, dont 250 officiers tués, hlessés ou pris.
Le général Graindorge, les colonels Monoier,
Amy et Berlier tués, deux autres hlesiés, le
général Simon hlessé, tomlié au pouvoir de
l'ennemi, les généraux l\lerlc, Maucune et Fo)·
grievement hlessés; deux coloncls et lreize
chefs de bataillon le furenl aussi. Les ennemis,
protégés par leur position dominante, éprouverenl de moins grandes perles : cependanl,
ils conviorent amir eu 2,500 hommes hors
de combat. 11n sut dcpuis que, si nous eussions attaqué la veille, les Anglais se rnraient
retirés sans combattre, parce que 25,000
hommes de leurs meilleures troupes se trouvaient encore au dela du Mondego, a uneforte
marche de Busaco, ou ils n'arrivcrent que
dans la nuit qui précéda la bataille.
Tel fut le résultat des six jours que Masséna avait perdus a Viseu et de l'empressement qu'il mit le 26 a retourner a Mortagoa,
au lieu de reconnaitre la position qu 'il devait
atlaquer le lendemain.
Quoi qu'il en soit, les efforts que les Fran~ais venaient de faire ayanl échoué devant des

moutagnes si escarpées qu'uu homme isolé
et saos fardeau avait beaucoup de peine a les
gravir, tout faisait un devoir aux chefs des
armées fran~ises de faire cesser un feu désormais inutile. Néanmoins, un vif tiraillement s'était engagé sur laligne, au has de la
position que nos soldats, exaltés au dernier
&lt;legré, demandaient a escalader de nouveao.
Ces petits combats partiels, soutenus contre
des ennemis cachés derriere des rochers tres
élevés, nous coutant beaucoup de monde,
cbacun sentait la nécessité d'y mettre un
ter me, et personne n' en donnai t l'ordre forme!.
Les deux armées furent alors témoins d'un
incident fort touchanl et bien en contraste
avec les sccnes de carnage qui nous environnaient. Le valet de chambre du général Simon, apnt appris que son maitre, grievement blessé, avait élé laissé au sommet de
!'Alcoba, essaya de se rendre aupres de lui;
mais, repousié par los rnnemis, qui, ne pouvant comprendre le sujet de sa venue dans
leurs lignes, tirerent plu~ieurs fois sur lui,
ce serviteur dévoué, contraint de regagner les
postes fran~is, se lamentait de ne pouvoir
aller secourir son mailre, lorsqu'une paune
cantiniere du 26• de ligne, attachée a la brigade Simon, qui te conna.issait le général
que de vue, prend ses effels des mains du
valet de cbambr,', les eharge sur son ane
qu'dle pousse en avant, en disaot: &lt;&lt; Nous
verrons si les Anglais oseront tuer une
femme !. . . )&gt; Et n'écoutant au&lt;;uoe observation, elle gravit la montée, en passant tranquillement au milieu des tirailleurs des deux
partís. Ceux-ci, malgré leur acharnement, lui
ouvrent un passage et suspendent leurs feux
jusqu'a ce qu'elle soit hors de porlée. Notre
héroine aper9oit un colonel anglais et luí fait
connaitre le motif r¡ui l'amcne. Elle est bien
recue; on la conduil aupres du général Simon;
elle le soigne de son mieux, reste aupres de lui
plusieurs jours, ne le r¡uitte qu'apres l'arrivée
du valel de chambre, refuse toute espece de
récompensc, et, rrmonlant sur son baudet,
traverse de nouveau l'armée enuemie en retraite sur Lisbonne et rejoint son régimenl
saos avoir été l'objet de la plus légere insulte,
bien qu'elle fut jeune et tres jolie. Les Anglais a[ecterent, au contraire, de la traiter
avec les plus grands égards. Mais revenons a
Busaco.
Les deux armées conserverent leurs positions respectives. La nuit qui suivit fut des
plus tristes pour nous, car on pouvait calculer
nos perles, et !'avenir paraissail bien sombre!. •. Le 28, au point du jour, les échos de
l'Alcoba se renvoient tout a coup d'immenses
cris de joie et le son des musiques de l'armée
anglaise rangée sur les hauleurs. Wellington
passait une revue de ses troupes qui le saluaient de leurs hourras, ... tandis qu'au has
de la montagne les Francais étaient mornes et
silendeux. Masséna aurait du monter alors a
cheval, passer son armée en revue, haranguer
les soldats, dont l'ardeur ainsi ranimée eut
répondu par des cris, présages defutures vicloires, a l'enthousiasme provocateur que l'en-

'------------------nemi faisait éclater. L'Empereur et le maréchal Lannes l'eussent fait certainement.
Masséna se tint a l'écart, se promenant tout
seul, l'reil incertain et sans prendre aucune
dispositioo, tandis que ses lieutenanls, surtout
Xey et Reynjcr, l'accusaient haulement d'imprudence dans l'allaque d'une position aussi
fo~le que Busaco, &lt;'UX qui la veilre le poussa1enl au combat, en lui répondant de la victoi~e !_. •• Enfio, ils vinrcnt joindre le gé11éraliss1me, et ce fut pwr lui proposer de
conslater notre insucces aux Jeux de l'armée
et du monde, m ahandonnant le Portugal rt
en ramenant l'armée derricre Ciudad-Rodrigo
et en Espagne ! Le vieux l\lasséna, relrouvant
alors une parlie d:~ l'énergie qui l'avait illuslré
a Rivoli, a Zurich et a Genes, et dans une
foule d'occasions mémorables, repoussa celle
proposition comme indigne de l'armée et de
lui-mémc.
Les Anglais ont donné a la mémoraLle
affaire de Busaco le nom de ba taille polilique,
parce que le Parlement brilannique, effral é
dl's dépenses immenses de la guerre, paraissai t rúolu a rctirer ses troupes de la Péninsule, en se bornant désormais a fournir dt·s
armes et des munitions aux guérillas espagnoles et portugaises. Ce projet tendant a
détruire
J'inOuence de Wellinrrton,
celui-ci
.
o
ava1t résolu d'en empecher ,.l'exécution, en
répondant par une vit toire aux alarmes &lt;lLi
Parlement anglais. Ce fut ce qui le décida a
alll'ndre les Francais b. Busaco. Ce moyen lui
réussit, car le Parlement accorda de nouveaux
subsides pour celte guerre, qui dcvail nous
clre si funcstc !
Pendant que le maréchal disculait arce ses
lieutenants, survint le général Sainte-Croix,
qui s'était momenlanément séparé de sa hrigade. En le royant, chacun exprimait le rcgret qu'il ne se fut pas trouvé la vcille aupres du maréchal, dont il était le bon génie.
Informé de l'élat dl'S cboses par Masséna luime~e, qui_ comprenait eofin la faute qu'il
ava1t comm1se en ne tournant pas la position
des enncmis par la droite, ainsi que nous le
lui avions conseillé,
a
. Sainte-Croix l'cno-arrea
o o
repren dre ce proJet, et, d'apres le consentement du g~néralis~i~e, il partil au galop,
accompagne de Lrgomlle et de moi, pour
Mortagoa, ou il fit venir sa brigade de dragons, campée non loin de la. En passant dans
ce bourg, nous primes le jardinier du couvent! qui, a la vue d'un quadruple d'or, consent1t a nous servir de guide et se mit a rire
lorsqu'on lui demanda s'il existait vraiment
un chemin pour gagner Bofalva !. ..
Pendaot que la brigade Sainte-Croix et un
régiment d'infanterie ou vra.ient la marche
dans cette. nomelle direction , le 8° corps et
la cavalene de Montbrun les suiYaient de
pres,_ et le surplus de l'armée se préparait a
en ~arre a~taut. Masséna, stimulé par Sainte~ro11, ava1t enfin parlé en géne'ralissime, et
1~posé silence a ses lieulenants qui persista1eot a nier l'existence d 'un passarre sur la
droite. Afin de cacher aux Anglais 1~ momemeot de celles de nos troupes qui se trouYaient au pied de l'Alcoba, on ne le coro-

.Mi.M011('ES DU G'É.1Y"É'Tf...Jll B.Jl'Tf..01Y DE .M.Jl1(BOT _ _.,..

~enea qu'a la nuit clorn et &lt;lans le plus grand
s1lmce. lis ne tarderent cependant pas a en
~tre_ informés par les cris de désespoir que
Jefa1ent les Llessés francais, qu'on était dans
la triste nécessiré d'abandonner ! ... Ceux r¡l1i

GÉNÉRAL ;\lONTBRUN.

D':ipres le dessi,1 ,te M!Jc

DE :\:Q!RETERRE.

(C:ibinet des Estampes.)

n'étaient que légerement atteiots smv,rent
l'armée. On employa un grand nombre de
cbm·aux et loutes les Létes de somme au
transport des hommes susceptililrs de! guéri~on; mais crux dont on avait amputé les
1ambes, ou qui étaient grievement atteints
au_ corps, furent laissés gisants sur les Lruyercs
arides, et les malheureux s'attendaien t a etre
égorgés par les paysans, des que les dcux
armées s'éloigneraic11t : aussi leur désespoir
étai t-il a lfreux !. ..
L'armtic francaise avait a craindre que
,Yellinglon, en la vo1ant exéculcr aussi pres
de lui une marche de ílanc, ne la fil viYcment attaquer, ce qui pouvait amener la défaite et memela prise complete du corps du
général Reynier, qui devait quitter sa position le dernier, et allait se trouver seu I pendant plusieurs heures en présence de l'ennemi; mais le général anglais ne pouvait
songer a tourner l'arriere-garde franc.aise,
car il venait d 'apprendre qu'il était en ce
momenl tourné lui-meme par le passage dont
le généralissime fran~is avait si longtemps
nié l'existence.
Voici, en elfet, ce qui s'était passé. Apr~s
avoir marché toute la nuit du 28 au 29, le
jardinier des Capucins dti Alortagoa, placé en
tele de la colon ne du général Sainte-Croix,
nous avait conduils par un cbemin praticahle
a I'artillcrie jusqu'a Ilo:ialva, c'est-a-dire jusqu'a l'extreme Oauc gaucbe de l'armée anglaise, de sorle que toutes les positions de
!'Alcoba se trouvaient débordées saos coup
férir, et Wcllington, sous peine d'exposer

son arméc a etre prise a r~vers, devait s'err:presser d'abandonner Ilusaco et !'Alcoba
pour regagner Co1mbre, y passcr le Mondego, et se proposait de batlre en retraite
sur Lisbonne, ce qu'il fit a la hale. L'avantgarde, commandée par Sainte-Cro:x, n'avait
rencontré qu'un pelit poste de housards hanovriens placés a Boiaha, charmante hourgade située au débouché méridional des montagnes. La fertilité du pays permettait d'espérer que l'armée y lrouverait de quoi subsister dans l'abondance; aussi un cri de joie
~ 'éleva dans lous nos r.mgs, et les soldats
oublierent
bien vite les fatigues, les danrrers
.
o
des JOurs précédents et peut-ctre aussi leurs
malbcureux camarades abandonnés mouranls
devant IJusaco !
Pour complétcr la réussite du mouvcmcnt
l]Ue nous exécutions, une bonne route joignait Bofalva au village de Avelans de Camino, ou passe le chemin d'Oporto a Coimbre. Le général Sainte-Croix fil occupcr Avelans, et, pour comble de 1.ionheur, nous découvrimes un nouveau chemin reliant13.,falva
a Sardao, villagc situé aussi sur la grande
route, ce qui procurait un nomcan débouché
par ou les troupes, au sortir du défilé,
allaicnt ,'étaLlir daos la plaine. Nous avions
done enfin la preuve de I'existence de cepassage, si obstinément nié par le maréchal Ney,
le général Reynier et le commandant Pclet !:..
Qne de rrprochcs dut alors se faire Masséna,
qui avait négligé de reconnaitre une position
des plus fortes, devant laquclle il Yenait de
perdre plusieurs millicrs d'hommes et que
rnn armée tournait maiolenaut saos éprouvcr
la mo:odre résistance ! Mais \\'ellington ful
encore bien plus coupable que le généralissime de n'avoir pas fait garder ce point et
éclaircr le cbemin qui y conduit au sortir de
Morlagoa. Vainement il a dit depuis qu'il ne
cropit pas que ce passage fut praticable
pour l'artilleric, et que, d'ailleurs, il avait
ordonné au brigadier Trcnt de couvrir Bo'ialva
aYec deux mille hommes de milice! Une telle
excuse n'est pas admissihle pour les hommes
de guerre expérimentés. Ils peuwnl en elfot
répondre que, pour ce qui loucl,e l"élat du
chemin, le généralissime anglais aurait dú le
faire rcconnailre avant la bataille, et, en sccond lieu, qu'il ne suffit pas au chef d'une
armée de donner des o:·drcs, rnais qu ·¡¡ &lt;loit
s'assurer s'ils sont exécutés!. .. Bofalva n'est
qu'a quelques lieues de Busaeo, et cependant
\\'1::llinglon, ni la veille, ni le jour de la hataille, ne fait vérifier si ce passage imporlant, d'oi1 dépend le salut de son armét•, est
gardé ainsi qu' il l 'a prescri t; de sorte que si
Masséna, mieux inspiré, cut, daos la nuit du
26 au 27, dirigé un des corps de son armée
sur Boialva, pour allaquer en flanc la gaucbe
des enneruis, landis qu'avec le reste de ses
troupes il mena~it leur front, les Anglais
eussent certaincmenl éprouvé une défaite
sanglante l... Concluous de tou t cela que,
dans cette circonstance, Wellingt"n et Masséna ne se montr crcnt ni l'un ni l'autre a la
hauteur de lcur renommée, et méritcrent
lds reproches qui leur furent adressés par

�111STORJA

------------------------------------------ -~

l!·urs contemporains el que l'histoirc confirmera.
CHAPITR.E XXXV
Les Porlugais quillenl p,·écipitammcnl Coimbre. Marche su,· Lishonnc. - )Jassacrc de nos blcssés
dans Cotmbre. - I.ignes de Cintra el de Torrcs\'édras. - ~lésintelligence entre Masséna el ses
licutcnants. - Relraile sur Sanlarem.

L'armée franyaise étant cnlieremcnt sorlic
du défilé de Bofah-a et réunie daos la plaine
aux environs d'Avelans, le maréchal Masséna
la dirigea sur Coi:mbre, par Pedreira,
Mealhadu, Carquejo et Fornos. 11 y eut sur
ce dernier point un combat de cavaleric dans
lequel Sainte-Croix culbula l'arriere-garde
anglaise qu'il rejeta dans Co1mbre, ou les
Francais entrerent le i cr octobre.
Les malheureux habitants de celle grande
et belle ville, trompés par le premier résultal du combal de Busaco, et l'assurance donnée par les officiers anglais que l'armée francaise se retirait en Espagnc, s'étaient livrés
aux plus grandes démonslrations de joie. ll y
avait eu illuminations, bals nombreux, l'l
les fetes duraient cncorc, lorsqu'on appril
tout a coup que les Francais, apres al'oir
lourné les montagnes de !'Alcoba, élaienl
descendus dans les plaines et marcbaient sur
Co'imbrc, dont ils n'étaient plus qu'a une
journée !... On ne saurait peindrc la slupcur
de cctte populalion de cent vingt mille ames
qui, longtemps entrelenue daos la plus
grande sécurité par les Anglais, recevait
inslantanément l'avis de l'arrivée des ennemis et l'ordre d"abandonner ses foyers sur-lechamp !. .. De l'awu memc des officiers anglais, ce départ fut un spectacle des plus
affreux, dont je m'abstiendrai de raconler
les épisodes déchirants.
L'armée de Wellington, embarrasséc daos
sa marche par ceHe énorme masse de fuyards,
daos laquelle hommes, femmes, enfants,
vieillards, moines, religieuscs, bourgeois et
soldats étaient entassés pele-mcle avec des
milliers de beles de somme, l'armée de Wellington, dis-je, se retira dans le plus granel
désordre vers Condtixa el Pombal. Il périt
heaucoup de monde au passage du Mondego,
bien que le tleuve ful guéable en plusieurs
endroits.
L'occasion élait bonne pour Masséna. Il
aurait du lanccr 1t la poursuite des ennemis
le 8• corps, celui de Junol, qui, n'ayant pas
comhattu a Busaco, était parfaitcment disponilJle et pouvait, par une brusquc allaque,
faire éprou\'cr de grandes perles a I' armée
anglaise. Plusicurs de nos soldats pris a Bu-

saco, et récemment échappés de ses mains,
nous la disaienl daos une confusion inexprimable. Mais, a notre grand étonnemenl, le
généralissime francais, comme s'il eut voulu
donner aux ennemis le temps de se remettre
de leur désordre et de s'éloigner, prescrivit
de suspendre la poursuite, et cantonnant son
armée dans Co1mbre et les viUages voisins, il
y séjourna trois jours pleins !. ..
Pour cxpliquer cclle déplorable perle de
temps, on disait qu'il était indispensable de
réorganiser les 2• et 6• corps, qui avaicnt
tanl soufferl a Busaco; qu'il fallait élablir
des bópitaux a Co1mbre et laisser reposer les
allelages de l'artillerie, ce qu'on aurait pu
faire, tout en meltant le 8• corps a la poursuite des Anglo-Portugais, car, jetés dans un
désordre affreux et eogagés daos une série
de défilés, ccux-ri n'auraicnl ni osé ni pu
tenir tele nulle par!. ~fois les véritables motifs du séjour que l'ori fil a Co1mbre furent,
d'une part, l'accroissement de la mésintelligence qui régnait déja entre ~fasséna et ses
lieutenants, et surtout !'embarras daos lequel
se trouvai t le généralissime de savoir s'il
laisserait une division a Cn1mbre, afio d'assurer fCS derriercs et de veiller a la sureté
des nombreux mala&lt;les ou blessés qu'on y
laisserait, ou bien si on abandonnerait ces
malheureux -a leur fatale dcslinée, en emmcnant toutes les troupes pour ne point alTaiblir le nombre des combattanls, car on s'attendait a une nouvelle bataille devant Lisbonne. Chacune de ces deux résolutionsoíl'rait
fes arnntages et ses incoménients; mais il
ne fallait cependant pas trois jours pour
prendre un parli.
Masséna finit par décid, r qu'on ne laisserait /¡ Co1mbre qu'une demi-compagnie, dont
la mis~ion serait de garder l'immense couvcnt de Santa-Clara, dans lequel on avait
réuni les blessés pour les garantir de la fureur
des premiers miliciens qui pénétrcraient en
villc, et de capituler des que les officiers
ennemis parailraicnl. Si cctle résolution eut
été communiquée aux chefs de corps la Yeille
du départ, elle pouvait avoir son bon coté;
on n'eut laissé a Co1mbre que les hommes
vraiment incapables d'aller plus loin, tandis
que, faute d'ordrcs positifs, el d'apres les
bruits répandus dans l'armée, qu'une forle
division devait rester daos la place, les coloneis avaicnt déposé tous leurs éclopés, malades el blessés daos le monaslcre destiné a
servir d'hópital. Cependant, l'immcnse majorité d'entre eux pourait marchcr, puisqu'ils
élaien t venus de Ilusaco 1t Co1mbre et ne demandaient pas micux que de suine leurs

régiments. Le nombre de ces infortunés s'élevait a plus de trois mille, auxquels on laissa
pour défenseurs deux lieutenants et qualrevingts soldats du bataillon de marine allaché
a l'arméc.
Je m'étonnais que Masséna, prél a joindre
les rives du Tage, ou il allait avoir besoin de
malelots, sacrifiat une demi-compagnie de
ces hommes précieux et si difficiles 1t remplacer, au licu de laisser a Co'imbre de moins
bons fantassins, car il était facile de prévoir
qu'il ne se passerait pas vingt-qualre heures
avant que les partisans ennemis revinssent
occuper la ville. En elfet, l'armée francaise
s'étant éloignée de co·imbre le 5 au matin,
les miliciens porlugais y pénétrerent le soir
meme et se porterent en foule vers le couvent, ou nos malhcureux blessés s'étant barricadés, apres amir acquis la triste cerlitude
que Masséna les avait abandonnés, se préparaient a vendre cherement leur vie contre les
paysans miliciens qui menacaient de les égorger.
Dans cette pénible situation, les lieutenanls de marine tinrent une conduite vrai•
ment admirable; aidés par les officiers d'infanlerie qui se trouvaient isolémenl 1mmi
les blessés, ils réunircnt ceux d'enlre eux
qui, ayant encore des fusils, ponvaient s'en
servir, el organiserent si bien leurs mo1ens
de défcnse qu'ils combatlirent toute la nuit
sans que les Portugais parvinssent a s'emparer de l'hópital. Enfin, le 6 au matin, parul
le brigadier Trent, chef des miliciens de la
province, avec lequel nos officiers de marine
conclurent une capitulalion écrite. Mais a
peine les blessés francais eurent-ils rcndu le
pelit nombre d'armes donl ils venaient de se
servir, que les paysans miliciens, se précipitant sur ces malheureux qui se soulenaient a
peine pour la plupart, en égorgerent plus
d'un millier !. .. Le surplus, impitoyablement
mis en route vers Oporto, périt dans le lrajet: des qu'un d'entre eux, tombant de fatigue
et de besoin, ne pouvait suiue la colonne,
les miliciens porlugais le massacraient....
Ces miliciens étaicnt cependant organisés et
conduils par des officiers anglais, ayant a
leur tele un général anglais, Trcnt, qui, en
ne réprimant pas ces alrocilés, dé,hJnora
son pa1s et son uniforme .... En vaia, pour
excuser Tren!, !'historien anglais Napier prétend qu'il n'y cut que dix prisonniers francais sacrifiés; le fait est qu'ils périrenl presque tous assassinés, soit daos l'hópital dti
Coimbrr, soit sur la route d"0porlo; aussi le
nom de Trenl esl-il devenu infame, meme
en Angletcrrc.

(A sui1•re. )

ÜÉNÉRAL DE

1\lARI3OT.

Madame de Brézé
Par Edmond PILON

VI
La partie de chasse de M. le Sénéchal
M. le Sénéchal - ainsi que quelques-uns
des meilleurs gentilshommes de son temps n'était pas que bon et adcxlre aux armes; a
porter la rouillarde au poing ou l'espadon au
coté il advienl que les meilleurs eles guerriers, les plus braves des chasseurs se lassent;
il faut d'aulres loisirs 1t !'esprit et d'autres
jeux aux mains qui onl jeté le gant et laissé
l'épée. Alors on prend la plume aigui:i ou le
pinceau carminé; sur de beaux vélins, on
rcnd louange aux &lt;lames et, d'un tour habile,
en de gracieux caprices, l'on rime et l'on
poétise. Ainsi, aux courts inslants que lui
laissaient ses chasses et son gouvernement,
faisait M. le Sénéchal. Sans porter le rondeau,
le chant royal et la villanelle au meme degré
d'art qu'un autre prince du siecle (feu le duc
Charles d'0rléans), Messire Jacques de Brézé
se montrait du moins au rang des seigneurs
ses rivau.x, parmi les plus plaisants et les
plus doeles.
Les Lcenges de Madame Anne de France,
duchesse de Bou1·bon, fille du roi Louis, que
le baron Jérome Pichon retrouva dans les
manuscrils inédits de Robertet et publia a
parl 1 , témoignent du soin heureux avec le-que! M. le Sénéchal tournait le complimenl :

Cctte lice (c'est la le nom de chiennc de
chasse comme l'on sail) était une maniere de
bete élégante, a fines palles, belles oreilles el
ncz long; sa robe, ainsi qu 'il conYicnt it une
!ice royale, était admirable, d'un pclage
tique té, soyeux et fa uve; un jabot de poils
blancs l'entourait, de son dos jusqu'a son
poitrail et formait, autour de sa tete, un
large et beau col; ses flanes nerveux étaient
tachetés de blanc aussi; elle élait de bonne
taille, et, sur ses longues palles, avait fort
grand air. Des que le chien Souillart vit paraitre celle lice il en fut éperdu; el, c"est la
qu'il poussa des cris comme jamais il n'avait
fait! 11 était a peu pres comme un chien fou,
allant, venanl, sautant, eourant; et la !ice
nommée Baude était folle aussi ! Alors, au
son des trompes et des cors des ,·eneurs, par
devant l'envoyé de ~!adame de Bourbon, il y
eut un grand et beau mariage de chiens. Ce
fut la une noce rus tique et assez nouvelle.
Jamais saint Hubert ne fut honoré de tanl
de jappements el de tant d'aboiemenls; jusqu'au soir les chenils de Nogent-le-Roi retentirent de clameurs d'animaux; et, comme
M. le Sénéchal aYail fait donner a ses do-

guins, roquets, matins, ~riffons, braqucs,
talbots, chicos couranls d' Artois et chiens
courants des Flandres, pi\Lées, soupes, lard
et fort bonnes saucisscs, tous, de crier et de
manger sans arret, en avaient le lendemain,
comme Rabelais dira plus tard d'aulrcs gens,
les &lt;e croes enfoncés en la gueule ,, .
C'était lit chose unique et dont M. de
Brézé tirait orgueil que d'avoir, en ses meutes,
chienne et chien royaux. C'est Yers ce lemps
famcux, en raison de la vcnue de la !ice
nommée Baude, que M. le Sénéchal composa
les Dit~ du bon chien Souilla1·t qui ful (lll
roy Loys de Fl'(tnce. Et, cclle fois, la
« lrenge » n'était plus de princesse mais de
bete 1
Je suis Souillart, le lilanc et te beau chien couranl,
De mon lcmps le mcillcur el le micux pourcl13ssant;
Du bon chien Saint-lluberl qui Souillart a,•ait nom,
Suis fils el l1ériticr, qui eusl si grand rcnom,
Car, aprés son lrespas, me laissa sa bonté 3 ••••

Et ces ditz, composés en l'honneur de
Sou.illart, M. le grand Sénéchal les consigna
en un manuscrit orné de belles el hautes
lellres gothiques, caracteres bien tracés et
bien peints, décoré de miniatures el ou se

Qui vouldra veoir la fonlaioc el la source
De 1oz, de pris, de bcaulté, de facoode,
Qui vouldra vcoir le reslor et ressourcc
D"urbaoit&amp; et de grace f¿condc
Qui jamais n'cusl parcille oc secondc
Tourne ses yculx dcvers Anne de France•...

füantome, bon galant, nous apprcnd, de
Madame Anne dn France, qu'clle était c1 fi11e
femme et eléliée s'il en fut oncques ». Et,
comme au momenl que nous iadi,¡uons, elle
était daos le temps d'épouser le sire de Beaujeu, rien ne lui fut plu, agréable a 1·ccevoir,
des mains du secrétaire du roi, Robertet,
que ces Lrenges rimées par M. le Sénéchal.
N'est-ce pas en écbange de ces adroites
Lomges, que la grande princesse qui en était
l'objet, &lt;t laquelle, écrit Jacqucs du Fouilloux,
aimait fort la vénerie ,, , adressa a Nogenlle-Roi, par un écuyer, la « lice nommée
Baude

,,?

-J. IlARON Jllno»E P1c11011 : Le livre de la cltasse du
grand Senescltal de !Sormandye et les dit; du bo11
chien S011illart qui (rut _au roy Loys de fra11ce,
o,1ziesme de ce Mm. Paris, 1858.)
2. /bid.
3. lbid.

De tou tes les chasses celle que /lfada(lle Charlotte préfé rait a11x a11tres, etail chasse d'o iseaux de toi11g; a ucrrne
ne permet plus niig 11onne allure a ,me amazone; et, it est t-eau J'atler e11 ha~uenee, te fau con encapuchon 11 ¿
/mu en la maitt fort gentiment cepend:znt que les chiens, gardes a dislance, a/lmdent le sig na!. (Page 42 .¡

�111STO'f{1.ll
pouvaient voir, en petits médaillons, les portrails de Munsieur Louis de France, de
~ladame Anne de Bourbon sa filie et de Monsieur Saint-Iluberl. Et la lice nommée Baude,
en ces dit; louangeurs, en collier de poils
blancs, l'reil malin et le museau pointu, elle
aussi, avait son portrait !
Deux ou trois ans passerent encore; Baude
et Souillart, ainsi que les princes et princesses des contes, eurent beaucoup d'eníants.
Ces cnfants étaient tous, comme lcur pere et
mere, de bon flair et de bonne gueule; leurs
palles étaient hautes el longues, leurs reins
souplcs et forts; des collerettes soyeuses
entouraient leurs tetes; leurs oreilles se
dressaient au bruit cornme des pavillons. Il
fallait voir encore que leur nez pointu, qui
allait dcvant eux, averli et subtil, rappelait
pour le moins celui que leur royal parrain,
Monsieur Louis de France, portait par le
monde. Leurs noms étaient : Cléraut, JomLard, Miraud, Meigret, Marleau et Hoyse 1 •
De ces enfants-la, il en nactuit d'autres; si
Líen que cela devint une cbiennerie étendue,
une espece de meute qui était de merne
famille, ou tous les animaux étaicnt freres et
sreurs, enfanls el parents; et de toutes ces
)ices et de tous ces chiens, Messire Jacques
de Brézé, dans sa Chasse du Seneschal de
Jlrormandye, a pu recueillir les noms singuliers. Ces noms canins les voici, arrangés par
M. le Sénéchal, comme ceux des saints et des
saintes, en mots de litanie :
... Ilautde el Oyse,
Souillarl el Jombard el Clairault,
Cleremont, le Goussaull el Noyse.
Fnlloisc, Fouillaulde el llyraull,
Vollanl, llorralle el )lnrpault,
Souillart, Legierc el Fricaulde,
Brilfaull, Moricaull et Clairaulde,
Tous fcrmes el hons rachasseurs,
Ramcau, Rigaull, la jeunc Baulde
Qui Lous tro¡ s sonl frercs et sreurs •....

Ces chiens-la étaient tous d'admirables
chiens, actiís, intelligenls, nerveux, souples
et forts; nuls, mieux qu'eux, ne s'entendaient
a boutcr le marcassin hors du bois, a effrayer
Jaims et bichos, a surprendre le chevreuil i1
ses régalis; et, il en était de si vaillants
qu 'ils pouvaient, sans se las,er, tcnir le cerf
qnatre ou cinq heures.
Aussi nul dans le royaurne plus que Mcssire Jacques de llrézé, n'avait-il meules plus
bellcs et mieux entrainées, piqueurs plus fins,
vencurs plus avisés el chiens plus adroits que
les piqueurs, veneurs, rabatteurs, varlets et
chiens des chenils de Nogent-le-Roi.
Monsieur le Grand Sénéchal, qui, comme
son pcre Pierre et son afoul Jean, portait, pardessus tout, intéret a ces choses et pour qui
la chasse était grande passion, décida, des le
printemps de l'an 1477, qu'une grande battue
aux beles serait donuéc sur ses tcrres, entre
Anet et Nogent, par ses équipages. De fait,
cette région est tres bien fournie de forets,
hallicrs, bois et boq?eteaux, et le pays, qui
1. DA1ION
'.!. lbid.

Jfno~E P1c110N,

ibid.

FoutLLoux : Livre de Vénrrie.
4. Le Roman du Reiiard.

:\. JAcQUES nu

M JtDJtJK'E
s'étend entre la Vesgre et l'Eur(', est tres suivant a leve-cut les cailles; il ajoutait, tougiboyenx. En maintes places, mais surloul jours docte en celte science de guerre, que
entre Dreux et lvry, et d'Ivry (au nord de cailles et pcrdrix il n 'est de bonnes qu ·en
d'Anet) a lloudan, il n'esl bocage qui n'ait juillet; et que, pour les faisans, faisandeaux,
son terrier, il n'est pelit val qui n'ait sa ga- outardes, pintades, geais, tarins et bécasses,
renne, el, tan t d'oiseaux que de lievres et il faut allendre l'aout.
lievreteaux, lapins et lapereaux il e~t abonOr, on n'élait qu'1, !'extreme de mai de cct
dance ; mais, il faut dire que, du coté de an-la; il fallait done que la chasse fut a courre,
Rouvres, entre lloudan et Anet, sur les bords « avecqucs ares et sajettes &gt;l 4 , et de cerfs,
de Vesgre, il est gibier de poils plus beau biches et faons, daims, chevreuils, sangliers
qu'oncques ne chasserent vcneurs. gn effet, et laies. Pour les plus petites betes, tant de
des forets d'Ivry et Dreux se répandent a pro- poils comme lievres et levrals, que de plumes
(usion jusque sur ces bords les chevreuils, comme perdrix et cailles, il ferait beau, de
cerfs, biches et daims; mai~, par-dessus tout l'été a l'automne, y conduire les éperviers et
et au-dessus de ces animaux, il est, au regard les autours.
Une semaine au moins, du dirnanche de
de M. le Sénéchal, des beles plus fauves et
plus belles eneore, des beles avec qui le Pentecóte, il y eut branle-bas, a Nogenl, des
combat est plus rude et l'assaut terrible : les chevaux, des hommes et des mcules. Les
laies et les sangliers; et les laies surlout, chevaux piaffaient, impatients d'ardeur, dans
quand les pelits marcassins les suivent, sont les écuries, les hommes s'essayaient a tirer
des plus forouches; mais les sangliers ont tant d'armcs que de fleches; et, il fallait enbou toir de fer, ouvrent en passan t le ven Lrc lendre que les vale ts de fourriere exci taien l
et le dos des chiens et répandenl parlout, les chicos du cor et de la voix; pour les
tant de meutes que de chasseurs, un carnage écuyer~, piquenrs et veneurs ils frottaienl les
selles et les Luffletcrics. Cbaussés de cuir et
affreux.
De loutes les chasses du temps celle que gantés de peau, messire Pierre de Lavcrgne
Madame Charlolle préférait aux autres, était et Pierre l'Apotbicaire, rivaux toujours comme
chasse d'oiseaux de poing; aucunc ne permet France et Bourgogne n'avaient cessé d'etre,
plus mignonne allure a une' amazone; et, il mais réconciliés au moins apparemment, aiest beau d'aller en haqucnée, le faucon cnca- daient aces soins.
Pour le chien Souillart et la !ice nommée
puchonné tenu en la main fort gentiment
cependant que les chiens, gardés a distancc, Baude, assis noblement au seuil de leur cheattendenl le signa!; et, en plus du faucon, nil, ils contemplaient, entourés de Vollant et
MadameCbarlotte ne dédaignait pas, al'exem- Marpault, Iloyse, Falloise et autres, ces préple du roi son frere, la chasse a l'autour ou paratifs du combat des beles.
Ainsi, du dimanche de Pentecóte au vendredi, saint jour de jeune qui suivit, s'essayerent les uns et les autres; et les chiens aussi
jeunerent comme les hommcs, car la faim,
comme on sait, les excite a courir et a chasser
mieux.
Puis, ,·int le grand jour altendu si impatiemment de M. le Sénéchal. Le chroniqueur
Jean de Troyes dit que ce fut c1 le samedi du
Xlll• jourdu moysdejuing MILCCCCLXXVI5 »,
mais, on a su, dcpuis, que c'élait une année
plus tard, le 51 mai 1477, cc ungjour de samedi, vigillc de la fes te de la Saincte-Trinitéº ».
A peine, au rnatin de ce jour, le coq eut-il
chanté sur les toits, que les écu1crs des chevaux et les valets des meutes criaient dans la
cour; les fouets claquaient, les fers des coursiers et haquenées frappaient sur les dalles,
les valets - affairés - animaienl de la voix
les bardes des chiens et des chiennes.
Le cbateau s'éveilla ¡, ces bruits.
En~n Messire Pierre de Lavergne, de son
pctil cor d'ivoire don na le signal allendu; et,
a peine le cor cut-il cessé de retentir aux levres de l'écuyer que Monsicur le Sénéchal el
Les chev,wx de la sé111!challe el de l'ecuyer allaient
c6te a cóte; le cavalier, aoucement, s011te11ail ta ca- Madame de Brézé apparurent ensemble. M. lc
valiere; sa main /rémiss.:inle enla¡:ait la chátelaine
Sénécbal était tout uniment revetu de pieces
a la taille. 1Pagc44.)
de cuir et de beau drap; il avait bolles longues, éperons a molleltes d'or; un estramaa l'épcrvier, cc seuls oiseaux de poing a Yec con était harnaché en sa gaine a son colé, et,
lesquels on courul les perdrix 3 ». ~Iais, a cela,
5. Ju~ DE T11ovEs : La Clu·omque sca11daleuse.
Monsieur le grand Séuéchal avait bien ré6. Leltres de ,·é111issio11 pou1· Jacqttes de IJ1'ézé,
ponse : il lui répugoait, disaiL-il, d'aller, publiées
par ~r. Douet d'Arcq (Bibliotheque de l'Ecote
ainsi que fcmmelette, l'oiseau sur le gant. eles charles, lome X. Paris, IM48-18l0.)

une petitc daguc, du genre de celles qu'en ce
temps-la l'on nommait misériconle, pendait
a son ceinturon. Madame de Brézé n'était pas
moins bien que son époux revetue pour la
chasse; el, il fallait voir avec quelle grace
mignonne et c¡uel gentil air, sur son corselel
tout blasonné a ses armes le voile du mollequin tombait négligemment en formant deux
ailes : sa colle de cheval était toute légere et,
relevée assez au-dessus du pied, monlrait
deux jambes de Diane, effilées, charmantes
et toules serrées de bas-de-chausses du memc
ton que les gants; une plume de faisan plantée au-dessus de son mince escoffion, une
eravache en mains et une dague légcre appendue asa taille achevaient de lui donner un
petit air cavalier admirable.
Descendue en la cour, a coté de son seigneur, elle vint a sa monlure, s'élanca hartliment et - saos que M. de Brézé et M. de
Lavergne aient eu le temps de l'aider - elle
sauta au dos de la haquenée et fila a !'amble.
M. le Sénécbal suivait sur son cheval robin,
puis Pierre l'Apothicaire au dos de son grisoo, enfin Messire Pierre de Lavergne et, sur
dés juments et des chevaux de toutes les sortes, harnachés et piaffanl comme onagres, les
aulres écuyers et gentilsbommes des chasses.
Cela faisait une belle file, d'autant qu'a
Sénantes, a Boutigny, a Faverolles et a Champagne il vint bien d'autres dames et seigneurs
invités par le Sénécbal. Les dames, des qu'elles avaient sainé, se placaient a droite et a
gauche de Madame Charlolle, les seigneurs 1i
gauche et a droite de Moosieur de Brézé.
M. de Lavergne sonnait et sonnait du cor; la
bande des chiens blancs, la bande des chiens
gris et la bande des chiens noirs allaient en
arriere en un aboi formidable, tandis que les
fouets claquaient et que les trompes de cuivre, en relentissant, éveillaient les bois. Et
tout en avant, a distance des autres écuyers
et des aulres chiens, semblant couper l'air
de son nez, marchait eomme limier le chien
Souillart; la !ice nommée Baude suivait a ses
cótés; Cléraut, Jombard, Miraut, Meigret,
Marteau et Hoyse allaient allegrement courant
dans leur ombre.
L'on peut voir, dans les belles tentures de
haute lisse, tissées, dans ce temps-la, « de
fil d'Arras, faictes a or », de pareilles processions guerrir.res de dames et de gentilshommes tous richement étoffés, trottant a la
carnlcade, en un beau fond de bois ou rnr
tapis de lleurs.
Ce c1 samedy, vigille de la fes te de la Sainete
Trinilé », il faisait bon aller ainsi, dans le
matin heureux, sur la terre parée; les champs,
plus on approchait du val de la Vesgre, apparaissaient distribués en compartiments; ces
champs, herbages et prés, de toutes parts,
étaient piqués de 1leurs; mais, a l'extrémité
de ces terres si fertiles, entre les Vignes et la
Saboterie, a l'endroit des Hautes et des Basses
Lisieres, une étendue de bois encore plus
profonde apparaissait, au dela de Ilouvres,
sur l'autre versant de la riviere, entre lvry,
Tilly et Oulins, du coté du Haut-Arbre et des
Gatines rouges.

D'E B1fÉZ'É -

.Maáame de Brézé poussa un die af]reu,t a geler le sang da11s les velnes áu plus éprouvé homme .te g11e1-re ti
tamba sur le dos . Alors le meurtritr, comme si tout ce carnage l'eút excité plus meare, /:&gt;randit l'espado1t audessus de MaJamc Charlo/le et lllt en bailla á nouveau trols ou qua/re grands coups. {Pagc 47.)

C'est dans cette direction que M. le Sénéchal, accouru de !'a vant, orienta aussitót la
battue. 11 marchait le premier, avec le chien
Souillart et Baude, attentifs tous deux a la
trace dtls betes; tout en éperonnant doucement son robin, et, tout en la chassant, il
rimait sa chasse :
La \'eilte d'une sainete croix
De may, au malin me le"ªY,
. . . . . . pour au boys
,\ ller en queste oil je pourray,
Pour vcoir si je r,mconlreray
n·un cerf qui me plaise a chasser
Et si j'en puis d'un rcnconlrcr
Qui me plaisc, cerf de dix-cors '·· ..

t. BARO:&lt; JtRo»E P1c 110:. : La Ghassr du Senescltal
de Nonnandye (ibid.).

Le cerf, au moment qu'il achevait, fut levé
par 81Ude el Souillart; c'élait un des animaux les plus magnifiques que M. le Sénéchal ait vus depuis longtemps, beau, trapu,
de haute taille, avec un bois aux fortes ramures; des qu 'il fut dépisté, il fila a toule
allure par des chemins a lui; et, sur son
passage, a mesure qu'il fuyait, accouraient
de belles biches qui avaient ventre roux couleur de feuilles, les daguets qui sont comme
l'on sait jeunes cerfs, et des faons plaintiís
qui bramaient de doulenr en suivant leurs
meres.
II s'agissait de relever le chemin du cerf et
de prévoir par ou il allait passer; irait-il vers
Tilly ou vers lvry? Passerait-il la \'esgre?

�111ST0'/{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.
Pierre l'Apothicaire étudia la voie; le cerf,
forcé, apres maints détours, piquait droit sur
Rouvres, devers le fief de n~tendard. Déja
l'on étail au Mesnil-Simon, face au Moulin-aYent; il fallail que les chasseurs et les chiens
rcvinssenl sur leurs pas. C'est ce qu'ordonna
M. le Sénéchal; el, landis qu'avec l'Apolhicaire, Baude, Souillart, nombre d'autres limiers, écuyers, invités el varlets il s'enrrageait a travers bois, daos le sens du lla~tArbre, Messire Pierre de Lavergne, les dames
el la suite des chasses allaient du coté des
Hautes-Bornes. Le poinl de rencontre était a
la Bergerie, une ferme a coté de Rouvres; la
existe un élang entre les arbres; le cnf s'y
réfugirrait; il y aurait bat-J'eau; et puis, au
chateau de Rouvres, qui était a lui, ~J. Je
Sénéchal olft-irait le festín, une fete entre les
botes, les chiens et les invilés étant de rigueur aprcs tcl carnage.
~f. le Sénéchal éperonna hardiment son
robin. A mesure qu'il allait de l'avant et disparaissait sous les bois, suivi de ses varlets,
de ses limiers, de ses braques et de ses chiens
courant~, sa voix, portée par le vent, arri1'3il
encore a l'autre parti des &lt;lames el drs cavaliers chargé de lenir le cerf du coté des Bornes; el celle voix, chaude, impérieuse, excilail hardiment les chiens :
- Ha Baul&lt;lc )" va! Appellc ! Appellc !
- Uaulde, ma mye, lá ira!
- Par ici ,·a le ccrf fuynnl 1
- lla lloy-c y va! ha lloysc y va !
- E•coulcl ha! !llyraull le voy!
- Ah! Ah! Fricaultlc, ma bello)! ...

Puis le cor sonnait; Baude, Souillart, Myrault el Fricaulde aboyaient; l'on enlendait
encore M. le Sénécbal :
- lla Souillarl ! lla Jombartl I lla Dnul1le !
Oullrc va, ma m)e Fricaulde... .

Puis la voix se calmait, le cor s'apaisail el
c'était du coté des damcs que U. de Lavergne
embouchait a son tour le cor, excitait les
chiens et piquait des deux.
Soudain, comme il allait un pcu plus de
l'arnnl, loujours le cor en main indiquanl la
marche, il advint que le cerf, leré par M. le
Sénécbal, dépistt!, éperdu, revint tout a coup
sur ses pas, ouvrit le bois de ses cors et fon~a
du colé c,i1 Mme dll Brézé el lI. de La,·ergne
étaienl, a,ec d'autres dames el seigneurs. La,
le grand cerf donna de l'andouiller en avant;
un chien roula, hurlant, le Oanc ou,·erl; il y
eut un cheval Llessé, qui se cabra; les aulces
montures prirenl peur, et, comme on était a
un carrcfour du bois, s'enfuirent avec lcurs
cavaliers, dans diYcrs chemins.
Messirti Pierre de La,•ergne, emporlé par
l'ardeur ou il étail de comballre, s'était jeté
a la suite du cerf et le poursuivait, s'effor~nl de le lourner et de le ramener a Rouvres; mais, voici qu'égaré, pcrdu a son tour
I'écuyer s'embarrassa sur la roule a suivre'.
ll croyait avancer sur Rouvres, mais c'était
sur T1lly qu'il allait. Bientot il s'aper~ut de sa
méprisc, arrela son cheval, inquiet, allentif,
s'effor~nl de surprendre un rappel des chas1. Brno;_. JtaclJIE P1cuos, ibid.,

seurs. Mais, au lieu de l'aboi des meute~, du
déchirement des cuirres, voici que M. de La,·ergne entendil, qui venail il lui, sur la route
íleurie el dans le bois beurcux, au pctil trol
de sa haquenfo a !'amble, Mme de Ilrézé.
Tout, dans les arbres, a ce momcnt, était
pépiant d'oiseau,; la forcl retentissait du
concert
obscur de ses boles; M. de Laverrrne
.,
o
s ecarla un peu, de fa~on a voir sans clre vu
lui-meme; et la haquenée allail dl! son pas
r)lhmé; ses sabots eníoncaienl dans les
mouss('s el dans le, fougcres .... La haqucnée
allail, et, la dame &lt;:hantait :
G1•n1ils g:ilnnts de Franl'c
Qui, en In gucrre, allcz,
Je vous pric qu"il 1·0115 pluirn
Mon ami ~alucr.
Commenl le salucrais
Quand poinl ne le conn,is "!
11 csl bon iJ. co11nailrc :
11 c,t de blanc armé ....

Un, moment aprcs, Pierre l'Apothicaire,
enrnye par M. le Sénéchal, sur la trace du
cerf, au pas étouffé de son grison, arriva daos
la voie de la bcte. Et, de loin, il vil la sénéchalle avcc l'écuyer : lcurs chevaux allaienl
cote a cote; le cavalier, douccment, soulenait
la cavaliere; sa main frémissante enlacait la
chatelaine i1 la Laille; mais il n'y avait pas
que leurs mains el que leurs tailles unies; il
y avait lcurs lcl'res. L'Apothicaire, inquiel,
sournois, l' reil vif, ar reta un peu sa monture;
il observa que ce baiser qu'ils se donnaient
l"un l'autre - l'écuyer avec la sénéchalle avail une durée infinie. Mme de Drézé était
lournéc en sa selle; elle lerai t la t¿Le, renversail la gorge a la faeon que font les colombes; ainsi l'on voyait son beau cou qui
était d'un blanc admir&amp;ble, on voyail sa nuque
1.,londe et chaude, son front empou·rpré de
honte el de plaisir; el, comme M. de Lavergne
était un peu plus grand de taille, il inclinait
la tele, el, il baisait les c:heveux fauves sous
l'escoflion de chasse, il baisait les joues, il
baisait l'arc des yeux el baisait l"arc des lc-vres; mais, la, il s'attarda1t el il scmblait,
de loin, dressé sur sa monture, quelque h. rJi
cbasseur entré dans un wrger qui, de sa
bouche ardente, eul cucilli un fruit pourpre
puis l'eul longtemps E,Ou!é et longt('mps saYouré ...
Leurs ehevaux, avanl que ce baiser cess:il,
les avaient ramcnés sur la Iigne de I\ouvre~ ;
en un moment, Mme la Sénéchalle et son
écuyer íurenl al'ec les autres; mais, comme
ils arrivaient, a cause du lemps perdu, a
galop forcé, ils ~nlcndirent, entre la l.lergerie
el le fief de l'Etendard, un grand bruit de
carnage; ils donncrent de l'éperon en bate et
bienlol il~ vircnl l'élang ou le cerf bauait
l'eau. Toutes les meules étaient la; et les
piqueurs, les varlels, les Yeneurs et chasseurs
aussi étaienl assemblés.
-

Oultrc chiens ! Oullrc, oullre a luy !

criait de loute sa voix M. le Sénécbal. En
meme tcmps l'on put voir que Jacques de
Ilrézé poussait son cheval a l'eau; ainsi il
entra dans l'étang, se porta au-devant du

"-----------------------------------grand cerf forcé; el, landis que Souillarl,
Baude, Jombarl et Fricaulde allaquaienl !'animal en arriere el le mordaient en croupe
cruellement, M. le Sénéchal élevait sa pelite
dague appelée misérico1·de, la plongcait par
deux fois daos la gorge du dix-cors el la rctirail fumante.
A ce momenl meme les trompes sonnerenl
bien haul l'hallali, la forcl relenlit des abois
des chiens, il y cut un long et bcau cri de
joie des chasseurs. Mme Charlolle, dcpuis son
enfance, aux colés de son pere et de son
frcre, les rois Charles et Louis, a,ail assisté
a bien des cbasses; mais, a voir ainsi son
maitre et seigneur qui, dans le beau soleil,
au-dessus de l'étang argenté , élcvait une
dague rougie el, pres de sa victime, entonnait
le triomphe, elle éprouva une horreur sccretr,
un dégoüt instinctif; c'était comme si la
dague, au poing du tha;seur, a,·ant de gliss('r
en sa gaine, ful cntrée en sa gorge a elle el
l'eut írappée aussi; ainsi son sang coulait
comme celui du cerf, il tomhait sur l'étanrr,
·1
C'
1 y formiit des llcurs ardcntes el merveilleuses. En meme tcmps la vie sorlait d'elle ....
Mais, cela n"étail qu'un songe et elle voila
ses yeux.

\'ll
Suite a In partie de chasse
de M. le Sénéchal.
Le tanlol de ce meme jour, l'on chassa aux
marcass~ins el aux sangliers. Cette chassc ful
moins heureuse que celle du matin; la lice
n ,mmée Baudc, qui était tres brave, avait
poursuivi une laie jusque daos sa bauge; die
en recut un co,1p de bouloir si profond que
son flanc, i1 moitié ouvert, saignait abondamment; les varlets la rapporlcrent a Pierre
l'Apotbicaire qui lui mit un baume d'herbes.
Ilaude, comme l'on sait, était lii:e ro)•ale; il
y allait de sa vic; el, cela mil M. le Sénéchal
de méchante humcur.
11 s'ensuivil, en maniere de vengeance, un
grand pillage des bo:s aulour de llouvrcs el,
au son du cor el daos l'aboi des meules, il
ful accompli J'un des plus copieux et des plus
grands massacres qu'onques aienl vus encore
les bords de la Ve~gre. Ainsi que d('S hulins
en hesogne de mcurlre, chicos et chasseurs
fouillcreut lous les fourrés el lous les arbres;
il y cut nombre de betes déconfites a coups
de fleches, arbaleles, dagues, épées et lances;
et, le nombre de celles que Je fer avail nawées et qui se trainrrenl au loin pour mourir était aussi élendu que celui des animaux
aballus en la place. Une curée immense eul
lieu, le soir, aux Oambeaux, daos la cour de
Rouvres; mais, nombre des cbiens des meutes
étaienl sanglants de coups de croes, d'andouillers et de boutoirs; maints chasseurs
avaient recu balafres el blessures; l'aspecl
était sauvage et grandiose de ces hommes en
armes pcnchés, a la lueur des lord1es, audessu, des dépouille, giboieuses; la fumée
du sang et l'odeur fauve des cerfs, des daims
el des sangliers morls réveillercnt l'ardeur

cynégétique. A nouveau l'on percul que M. le
Sénéchal, Loul debout en ses bufíl.3l('rics et
ses bolles de cuir, disait los

en fondant, lui brulait les doigls; son sein,
ballant a toul rompre, montait et descendail
av('c inquiétude et bate sous le m:mlcl de gris
qu'elle avail passé pour venir; mais, on aperDu bcnu mc,ticr M Yenncryc.
cevait l'épaule hlonde el charnue, le bras déPuis, coinme tous étaient altérés, affamé, couverl et ce col de cygne, aussi sl'elte, aussi
et las, il y cut grand et bcau fcstin; le vin hlanc, aussi pur que celui que Mme de Beauté
coula daos les coupes; les varlels ser\'irent avait pu montrer autrefois aux peinlres; son
les ,iandes el les patés; il y cut boussacs de visage altentif contemplait le dormeur avcc
lievres, cuissol, et civets de chenels, ,·enai- une expression de crainle el de Lourment qui
sons de cerís comme il convicnl a des chas- faisait, a la lueur du ílambeau, son regard et
seurs. Apres quoi, quand les hommes el lt•s son visage encore plus magnifiques el plus encbiens se furcnt bien repus, qu'on cut donné ílammés. Mme Charlotte, en &lt;"elle pose
aux chevaux leurs sextiers d'avoine, on s'alla d'anxiélé el de contemplation, daos le désorcoucher.
dre de la nuit, toule coillée des belles bouCe chatcau de Rouvres-sur-\'esgre étail cles dl! sa chevelure répandne autour d'ellr,
J'un de, plus spacieux et des mieux pourrns apparaissail, dans le silence et daos la paix
de tous ceux de la maison de Brézé; chaque de la nuit, encore plus ensor.celanle el encorc
im·ité, écuyer ou bote, )' avail une picce plus belle. Un instanl elle tourna la tele el
ponr dormir, les chevaux y avaient écuries el regarda du coté 011 le miroir lui reOéta son
les chiens les chenils. Mais, le chien Souillart, apparition; il parul que, forte de ce témoile plus vieux, le préféré el le mcilleur des gnage, elle pril alors une résolution décisivc&gt;;
chicns, couchail sur le carrcau en la chambre elle enjamba lestemenl le corps étendu du
des maitres 1 • M. et Mme de BrJzé, précédés bon chien Souillarl, poussa l'h uis el, nou s
de Pierre l'Apolhicaire, mailre h01nme d'botel, dit le vieux cbroniqueur Jean de Troyes, se
armé de Oambeaux allumés, monterent lous re:ira « en une autre chambre ,, 1•
deux en leur cbambre 011 le chien les suivit.
Cette cbambre, « qui estoil [située] auAussilot le chien se coucha; M. le Sénéchal, dessus de celle 011 esloit cousché 1&gt; le Sénéharassé de la grande fatigue de ce jour, s'é- chal 5 eüt pu tres bien s'appeler la chambre
Lendit sur le lit de repos, en armes el loul de Pyrame el Thisbé. Une belle lapisserie de
harnaché; Mme la Sénéchallc avait un second fil des Flandres en couvrait les parois de Las
lit en une chambre voisine; et la, devanl un en haul el, on y pouvait voir, a la lueur du
miroir, elle enlem son mollequiR el son cs- llambeau que Lenait Mme de Brézé, tous les
coffion, sa collerclle el sa gorgerelle; mais, épisodes de ce conle touchant, tissés de haute
elle éLait loujours en lias-de-cbausses et en lisse et de belles couleurs : d'abord Pyrame
colle. Le chien Souillart, élendu a lerre en la el Thisbé vus ensemble; puis Pyrame habillé
premiere chambre, commencait de sommeilJer, son muscau poinlanl sur ses palles étendues; M. le Sénéchal, rompu de tous ~es
membres a cause de cette chasse forcenée a
laquelle il s'étail livré depuis l'aube, allait
dormir a son tour; mais, il ne le fi t point avant
que d 'avoir parlé a Mme Cbarlotle; de rn
cbambre, il s'écria vers la picce 011 était sa
femme qu 'elle eí'i l a venir « couscher aiosi
qu'il esl accouslumé faire en mariage ll.
&lt;i Icelle ll l'entendit, nous disent les Lellres
de 1·émission rédigées plus tard de par le roi,
et, elle « lui vinl dire, qu'elle ne pouvait encore couscher avec lui jusques a ce qu'elle se
ful nectoyé et lavé ses cheveulx 2 ». Dans le
moment qu'elle dit cela elle Yint. vers le lit
daos la chambre ou étail M. le Sénécbal;
mais lui, en chasseur fatigué, avait le front
tourné en la ruelle, du colé du mur, et il ne
put conlempler a quel poinl cellc femme qui
étail sienne, mi-nue, ses beaux cbeveux défaits répandus sur son dos, ses épaules et
jusque sur son sein, étail fascinatrice el merveilleuse. Toul ce qu'il pul trouver a dire, ce
grJti.í. el JJ11/Jsti.;11t chitn justicitr to11Jil a·,111
fut : « Bien• ,, Apres quoi ses poings s'al- Lttrai/,
rtnverSJ lt miserJble et l11i e11/ 011,J /ts
longilrt·nl devanllui, sa tete s'inclina, ses yeux
c.-ocs á:ins la gorgt. (Pa¡rc •~ .)
se fermerent el il lomba en sommeil subit.
Mme la Sénécballe r esta un instant ainsi a
contempler mcssire Jacqucs de Brézé. Sa en cbasseur el Thisbé en pelerine, allanl en
main Lenait loujours le ílambeau, dont la cire, al'anl d'cux, chacun de son coté; l'arril'ée de
1. Coucher tlc,lans sa chamhre p1·i•, du fcu chnu 1lcment. ...
Les Dit; c/11 bou chim S011il/a1·l.'

2. /,elll'ts tlt rémission ¡1ot1r Jacques de llré:.é,
conile de Jlaultn·ier (publii!cs par ~l. Doucl J'Arq :
Bibliothequc de l"Ecolc rlcs Charles, tome X. ¡

M JlDJl.ME

DI; BJ{ÉZÉ - - ~

Thisbé par-de,·anl la lionne du déscrl, sa fui te
et sa crainle; en fin l'advenue, le désespoir el
la morl de P)Tame; et puis, en un panneau
de tissu encore plus beau et plus arachnéen,
étaienl figurés, sous un mürier des mieux
faits et des plus feuillus, Pyrame et Thisbé
confondus dans la morl. l[me de Ilrézé tiul
son Oambeau de résine élel'é un momenl devant elle; puis, elle demeura la a considérrr
ces héros de l'amour enlacés dans le sommeil
funebre et voluplueux. Et, comme elle en
était, les ycux agrandis d'allenle et d'admiration, a les conlemplcr, il lui sembla que le
pJnneau ou Pyrame élail tissé de haute lisse
s'ouvrait par le milieu el que la figure pcinle
entrait en mouvemenl, marchait dan, la piece
et n-nait a elle. Cette figure étail pale et elle
élait belle; elle était vclue en éculer, avait
toque de velours, pclil justaucorps, bolles et
ceinlure de &lt;:hasse; et il apparaissait que
c'étail un damoiseau agréablc, éperdu de passion et de respect, qui ouvrail les bras en
adoralion et qui suppliait, en joignanl les
mains el lendanl les levrcs.
Un peu plus haul encore Mme de Ilrézé
éleva son flambeau vacillanl; puis elle eut un
recul et faillit tomber, prete a crier de bonheur et d'exaltalion. Le Pyrame qui était dcvanl elle étail ll. de Lavergne. Ocpuis un bon
momcnl il était la a l'atlcndre, el, comme
tout d'u11 coup elle était apparuc, mi-nue
sous sa rc,bc el fo llambeau a la main, il
avail jailli de l'ombre el s'était monlré.
D'un g~sle prompl et hardi il vint au-dcvanl d'elle, enleva le ílamLeau qu 'elle tenail,
le posa de fa~on a ce que la llammc inondat
le lit de rn lumicre; cela fait, M. de Lavergne
attira lime de Ilrézé a fui. A demi pamée, se
pouvanl tenir a peine, elle lomba entre Sl s
bras; el, la seulement, il vit l'exaltation de
la face de celle íemme, il vit son front animé
d'ardeur, ses yeux qui brillaienl d'une Oamme
sourde, celle boucbe qui allait jelcr un cri
éperdu. Encore qu'il fút homme brave et
bien atrempé il redoutait tout de la nuit; Je
moindre bruit pouvait lrahir sa présence dans
cette cbambre a une pareille heure; aussi, se
penchanl sur Mme Charlollt&gt;, il posa sa bouche sur sa Louche; ainsi il sembla qu'il
étoullal de ses baisers et qu 'il bíit de ses
levres ce cri qui \'enait d'elle et montail de
son creur.
Sous la chaleur des levres el la domination
du regard supplianl de l'écuyer, il parut que
Mme Cbarlolle entendit l'avertissement que
son amanl lui avait donné; lentement ses
bras se détendirent, sa face el ses yeux
s'apaiserent; sa voix ne fut pas plus éleYée
qu'un soufíle; elle disait, d'un accent qui
étail un murmure enlendu a peine :
- Dieu donne le bonsoir a mon tres doux
ami. ...
Alors il commenca de lui baiser les mains ;
apr~s les mains il baisai l les bras; apres les
bras il baisait l'épaule :
- Ah! Charlolle, disait-il ardemment.
3. l bid.
TRon.s : Cluouique sca11tlale11se.
5. Lett1·es de rt!111üsio11 (ibid. 1.

.i, JEAS nE

�111STOR._1.Jf.

----·-----------------------------------~

Ah! Cbarlotte m'amour.... Cbarlotle m'amif' .... Cbarlotte m'aimez-vous?
Elle répondai t :
- Je vous aime, mon doux sire ....
U commenya de jouer avec ses cheveux
dispersés autour d'elle el qui formaient, aulour de sa gorge et de ses bras, un collier et
des anneaux d'or; et ces cbeveux si beaux, si
longs, si fins et si parfumés il n'en eut pas
fi ni de les toucher, de les sccouer el de les
respirer.
... Ce qu'en secret faisons
Quand entre nous deulx nous jouons,

ainsi que Mme Diane de Poitiers le dira plus
tard au roi Henri II, Messire Pierre de Lavergne et Mme de Br~zé l'allaient bienlot entrepreodre; c'est dire assez qu'ils allaienl
jouer et folatrer encore plus fort. C'est ce qui
advint dans l'instanl que M. de Lavergne,
allirant l\lme de Brézé, la courba a moitié
sous ses levres. - « M'amie eles-vous
mienne? » disait en meme temps l'écuyer
d'nne voix qui était la plus douce du monde.
- &lt;! Je suis votre, mon doux sire, prenezmoi, » répondait, toute pale de crainte et de
plaisir, Mme de Brézé.
Mme de Brézé et M. Pierre de Lal'ergne en
étaient ainsi a deviser d'amour, quand, dans
le pesant silence de ce chateau endormi, ils
percurent, tout contre la porte, comme un
frólement d'etre. II parut que Mme de Brézé,
la premiere, l'entendit; d'un bond, elle fut
hors des bras de ~f. de Lavergne, courut
toute folle au-devant de !'huis; et la, comme
elle vit un verrouil, d'un coup elle le poussa;
mais en vain tendit-elle l'oreille, en vai n
M. de Lavergne écouta-t-il a son tour! La
nuit étai t plus lourde, les ténebres plus
épaisses; aucun mouvement, aucun souffie
ne venaient, jusqu'a eux, des chasseurs, des
chevaux et des chiens endormis dont le chatean était peuplé. Longtemps, longtemps ils
écouterent; et il n'y avait d'autre bruit autour d'eux que celui de leurs cceurs ardents
qui battaient d'un meme et d'un seul amour.
La &lt;( mye-nuyt » vint qui s'annonca, audessus de Rouvres, par douze coups bien
timbrés et sonores.
C'e,t le moment que choisit l'etre dont
Mme de Ilrézé et ~f. de Lavergne avaient
percu le frólement contre !'huis de la petite
chambre de Pyrame C't Tbisbé. Cet etre qui était le gf'ul avec les amants qui ne dormit poinl a Rouvres cette nuit-la - se coula
tóut doucement du coté de l'élage ou éLait le
Sénéchal; la, il souffla un peu et se recueillit
comme un homme que le poids de la veoge:mce et de la haine oppressc au point de
l'étouffer. Enfin il se remit et il commenca
contre l'huis a graller prudemment av~c ses
ongles. Le chien Souillart faisait, comme
chaque nuit, bonne garde autour du Sénéchal; il se dressa au bruit et gronda assez
haut pour que ~l. de Brézé, tiré en sursaut
de son sommeil, entendit. Dflja M. le Sénéchal, qui était Lout babillé el vétu en chasse,
avail le poing sur sa dague; il était deboul a
moilié et disait, le ton assez menacant : -

&lt;( Qui va la? » &lt;! Messire, c'est moi, »
répondait l'homme a travers la porte.
Messire Jacques de Brézé, a ces mots,
reconnul que c'était Pierre l'Apothicaire. 11
en concut aussilot une crainte alfreuse, car
il savait bien, le connaissant assez, que l'Apothicaire ne pouvait se présenter a lui, de
telle sortc et a la &lt;! mye-nuyt », que pour has
message et male nouvellc.
&lt;! Entre! lui dit-il durement, entre!
Et que me veux-tu? » L'autre entra avec précaution portant une petile lanterne sous sa
cape; et la maigre lueur que cette llamme
jelait était si tremblante que le visage de
l'Apolhicaire en était encore plus blafard et
encore plus laid. Le chien Souillart, r¡ui flairail le drole depuis Ionglemps et ne l'aimait
pas, bondit de son coté; mais Messire Jacques
de Brézé, de la voix, apaisa son chien. Alorg
l'Apothicaire s'avanya un peu, glissa un reil
obligue du cóté de l'autre chambre oü Mme de
Ilrézé eut du etre et dit seulement a M. le
Sénéchal : - « Mme Charlotte, Messire, estdle point en son lit? »
M. le Sénécbal arracba la lanterne que son
serviteur tenait au-devant Iui, l'éleva a hauteur de ses yeux, mais, dans le pelit cabinet
de sommeil ou il regarda, il vit que le lit
était vide; seul le miroir ironique reíléta son
visage. Alors, ce fut comme s'il commencait
de mourir ; un nuage passa sur ses yeux, sa
main glacée se crispa au pommeau de son
arme; il faillit tomber; mais il était homme
rude et non couard; un moment passé, il se
maintint, se redressa, saisit a le briser le
bras de l'Apothicaire : - !( Allons, parle!
parle! Dis-moi, ou est-elle? i&gt; L'autre blemit
sous l'étreinle forcenée; mais il parut que la
joie de lenir son ennemi l'emporLat encore
sur sa doulcur; il sourit de l'air cauteleux
des fourbes, et, de la voix la plus basse qu'il
put, il prononca ces seuls mots : - « Messire, elle esl avec l'écuyer; ils sont couchcz
ensemble en ung lit; ils font adultaire '. Jl
M. le Sénéchal, a ces mots, poussa un cri
rauque et sourd, un cri dti bete blessée en
la chasse, lacha le bras du valet, demeura
appu¡-é un moment au mur, comme fou el
comme assommé; ses traits, horriblemeut
convulsés, rcndaient sa face elTrayante; son
regard, tel qu \m regard de démenl, regardait fixement a terre, étonné de tant de
cboses et, dans tant de ténebres, des iuille
vacillanles petitcs lucurs de la nuit. Ainsi
M. le Sénéchal pensa un momentaranl d'agir;
puis, d'un coup vil' et rnccadé, il frappa du
poing son ceinturon de cuir; les lames de la
daguc et de l'espadon rendirent un son clair
de méla[, jeterent comme un aigre et froid
appel au meurtre et a la vengeance. Et ce
son qui percait la nuit, ce signa! de l'acier
qui bat en sa gaine, acbeverent de porler
completement Messire Jacques de BrézJ a
grande ire et a grand douloir. D'un coup plus
prompt que l"éclair il tira du fourreau son
haut espadon de bataille, puis mu de furie et
gonLlé de male rage autant que s'il eu.t cherché a bouler du bois un cerf, il se jeta hors

l. Lettres de i·émissw1l {ibid. ).

de sa chambre et monta l'étage. Le chien
Souillart suivit en courant, l'oreille dressée,
grondant, l'ceil allumé, les croes hors de la
gueule; et l'Apothicaire suivait en toute bate
le chien et le Sénéchal; et sa petite lanterne
ardait en sa main !
Cela causa un grand et terrible fracas; le
chatean, comme pris d'assaut par un ennemi
nocturne, résonna dºun lumulte de pas et
d'épées; les écuyers, botes, varlels et veneurs
tirés du sommeil profond ou ils étaient, sortirent des portes mi-vetus, qui portant dt'S
armes et qui des Ilambeaux ....
Mais, déja M. le Sénécbal, monté a l'étage,
était parvenu a la chambre de Pyrame et de
'fhisbé; d'un rude coup d'épaule il bouta
(t l'uys de ladite chambre qui était fermé au
dedans i&gt;'; et la il vit Mme Cbarlotte et M.
de Lavergne. Craintive, alfolée, toute secouée
par la bonte et par l'épouvante, Mme de Ilrézé
s'é1ail coulée, mi-nue et tremblante, entre le
lit et le mur de haute lisse; pour M. de
Lavergne, l'habit en désordre, mais calme et
en grande bravoure, il s'était jeté, pour défendre sa maitresse menacée, au-devant meme
de l'assaillant. Mais, a peine eut-il le temps
de lever un bras pour parer; M. ,le Sénécbal,
qui pour lors n'était plus homme mais bete
fauve et sauvage hurlant a grands cris, se
rua l'espadon au poing; il en élcva la lame
au-dessus de M. de Lavergne el la, disent les
Lettres de 1·émission, il lui en &lt;, bailla plusieurs coups tant d'estoc que de taille J&gt;.
M. de Lavergne lomba le front en avant el
le sang coulait de lui comme la pluie coule
du ciel en l'orage; et il fallait voir que M. le
Sénéchal besognait du fer avec lanl de fracas
que la tete de l'écuyer resta a peine appendue
a son col. A cette vue, la plus épouvantable
de toutes celles qui puissent etre olfertes a
une amante, un cri déchirant jaillit de la
poitrine de ~lme Charlot te. Dressée, blanche
et nue, entre la couche et la tenturn, elle joignait ses beaux bras en avaot et elle suppliail
son bourreau a mains jointes. - &lt;! Par saint
Jean ! )) disait-elle; (( par saint Jean ! »
C'était le mot dolent, le mot pieux, l'appel
des cieux, l'appel des anges, le mot que
son pere Charles VII poussait en avant des
Anglais quand il allait les jetant hors du
royaume, entre M. Dunois et Mme Jeanne
d'Arc. - « Par saint Jcan ! J) Mais ce mol,
cet a ppel, ce cri ven u de tout un passó de
gloire et de grandeur, ne parvint que comme
un sarcasme au front du meurlrier. &lt;( - Ah!
batardc! criait-il ! füHarde ! Ilalarde 1 )) Et ce
mot de batarde, il le jetait duremcnt, aprement, ainsi qu'un outrage. U avanyait en
meme temps; il élait fou, il était ivre et il
levait toujours son fer. Alors, elle joignit a
nouveau les mains et tomba a geooux entre
la haute couche et le tapis des F!andres. Elle
s'était, écrit dans son vieux style rude et poignaot, le cbroniqueur Jean de Troyes, &lt;! mucée
dessoubz la couste d'un lit )). Mais rien ne
pouvait plus apaiser M. le Sénéchal. En vain
~lme Charlotte pleurait-elle et gémissait-elle;
en vain disait-elle des mots si beaux, si
2. Le/tres de rémission (ibill.).

MJtDJt.ME DE

'

bumbles et si dolents que c'était grand'pitié
de l'entendre; Messire Jacques de Brézé était
sourd aux !armes, sourd aux plaintes et aux
prieres. Tout armé, il se je_ta au t_ravers ~u
lit et, dil Jean de Troyes, « 11 la prrnl et lira
par le brás a terre, et en la tirant a has, lui
bailla de !adiete espée au lravers d'entre les
deux épaules, et puis, elle descendue a terre,
elle tomba a deux genou!zt J). Tout autre,
daos ce moment, a la voir si belle et douce,
nue en ses cheveu'{ d'or et toute blanche a
caus~ de la vie qui commencait de la quittcr,
en eut eu pitié et respect; mais, M. de Brézé
non pas; il.ne voyait plus, n'entendait plus
que sa vengeance; en vain, en un dcrnier
appel de tout son ctre b~mb_Ie et conv_ul~é,
cria-t-elle ce seul mol: Miséncorde 1Lm tira
sa petite dague qui avait ce nom aussi e~,
comme il eut fait a une biche en la chasse, il
lui en donna daos la gorge.
Mme de Brézé poussa un rale alfreux a
geler le sang dans les veines du plus éprouvé
homme de guerre et lomba sur le dos. Alors
le meurtrier, comme si tout ce carnage l'ef1t
excité plus encore, mécontenl de sa dague,
brandit l'espadon au-dessus de Mme CharloUe
et lui en bailla a nou1eau lrois ou quatre
grands coups dont l'un, fort brutal_, fendit
l'un des seins encore chaud des ba1sers de
l'amour.
l. JE,~

nE

Tnores : Chro11ique sca11dale11se.

Ceux qui avaient vu cela, jetés a !'extreme
de l'horreur, avaient ,·ite fait de s'enfuir; et,
quand ~[. de Brézé, pour la derniere fois, eut
relevé son épée et commencé de tourner les
yeux daos la chambre, ne voyant et n'entendant plus personne autour de lui, il se sentit
pret de trembler et de défaillir. Le ílam~ea~,
a demi consumé, qui brulait encore, Jeta1t
sur les bauls murs les sursauts mourants de
sa lueur; le tapis de fil des Flandres prenait,
aux yeux troublés du misérable, un aspect
élrancre; il y avait comme un etre fatal et
singulier qui sorlait du mur, qui passait pres
des corps et qui venait a lui ainsi que du fond
d'un palais ou du fond &lt;l'un sépulcre. Et ce
vieillard élrancre
avail chapel d'images,
patee
•
•
nótre de boí, dur, cape de lame et mauva1s
houseaux; le lis royal de France brillait sur
son babi L· mais ce lis fanlasti,1ue et comme
'
.
.
aurandi était moins percant, m01ns a1gu el
:oins vif que le regard du vi !illard. Ce
regard, jailli comme du feu, Messire Jacques
de Ilrézé le sentait, le percant de sa lueur,
comme un fer de bourreau. A cet aspect nouveau de l'homme infernal, M. le Sénéchal
recula; ses jambes commencerent a fiéchir,
sa main lremblante s'ouvrit; son espadon
glissa · lui-meme allait tomber; mais, a ce
mome~t la vision du vieillard s'él'anouit; et,
au lieu du vieillard, M. le Sénéchal, a qui la
fureur et le meurtre avaient tourné la tete el
1

B~iZÉ --~

brouillé les esprits, apercut un grand et beau
chien hérissé, l'orcille droite, la patte haul~,
la gucule tout ouverte et de qui les yeux lu1saient comme les yeux des loups. - &lt;! Ah!
Souillart ! Ah ! Souillarl ! Oullre chien! )l
criait, en paroles démentes, comme s'il c~t
reconnu son chien et compagnon, M. le Sénechal. Mais le chien bondit, passa sans le loucher &amp;t fut hors de la piece. M. de Urézé le
suivil, éperdu, balbutiant, les bras joinls devant lui le re()'ard détourné des cadavres. El
la dan; le co;ridor, les valets terrifü:s attend¡ient le ílambeau au poing; parmi eax il y
en av;it un, qui était mallre d'botcl et dis~imulait en de,sous son mantean, une pellle
lanter;e. C'étail Pierre l'Apolhicaire. Le grand
et fanta~tiq ue chien justicier, comme _s'il l'eut
reconnu a son ombre, ainsi qu'il avátt accoutumé de faire en avant des beles, cut un
mornent d'arrel; puis, sa gueule '.crrible
s'ouvrit encore plus grande, son dos s arqua,
ses flanes se creuserent, ,es palles rn tendirent; enfin, il bondit d'un Lrait, renversa
le misérahle, le maintint rudcment de son
étreinte; et, comme l'aulre bauait I'air de
ses bras, le chien lui enfonca les croes en la
gorge.
.
L'Apothicaire poussa une courte p!amte;
ses bras écartés relomberenl d'un brmt sec;
le chien releva la Lete et rien ne bougea
plus ....
ED)IOXD

(lllustrations de CONRAD.)

PILO~.

(A suivra.)

Le salon de la duchesse de Richelieu

Madame de Richelieu 1 , saos bieos, sans prendre garde a sa lég~reté _nalurelle; car il
et se dégouta1t facilement. ~!adame
bcauté, sans jeunesse, et meme sans bca_u- s'en.,ouait
e
•
'
coup d'esprit, avait épousé par son savo1r- de Maintenon m'a dil que se~. amis _s apercefaire, au grand étonnement de toute. la &lt;:º_ur Yaieot méme de la place qu lis ava1enl dans
et de la reine mere, qui s'y opposa, 1hér1t1er son creur par celle que leurs porlraits occudu cardinal de Richelieu, un hommc revetu paieot dans sa chaml..ire; Au _co,mm,enc~~e~t
des plus crrandes dio-nités de l'Étal, parfaile- d'une connaissance et d une idee d amJ11e, 11
"
o
.
ment bien fait, et qui, par son age, anra1t pu faisail aussitot peindre ceul( qu'i( croyail
etre son fils; mais il élait aisé de s'emparer aimer les mettait au chevet de son ht, et peu
'
1 ' d'
de !'esprit de M. de füchelieu : avec de la a peu ils cédaient lcur pace_ a ?ulr_es, reculaientjusqu'a
la
porte,
gagna1~nl
ant1c~ambre
douceur et des louanges sur sa figure, son
el
puis
le
grenier,
et
en
fin
1I
nen
éta1t plus
esprit et son caractere,_ il _n'y av~it ríen qu'on
question.
ne put oblenir de hu; 11 falla1l seulemenl
l\fadame de Richelieu continua, apres son
mariao-e a ménager les faiblesses et a sup1. Ann~-,rarguerile d'Acig,!é, filie de Jcan-Lcon~rJ
d '.\cigné, comlc de Grand-~o,s, ~orlc_cn 1~08 .. (-~?,t.e
porte/&gt; I~s capriccs de M. son mari_; elle le
de l'oltaire. ) Suirnnl plu~1curs,_luslor1cns, .'! s agn ~•l
voyait se ruiner a ses yeu~ par s?u Jeu e_t sa
de Annc Poussard d e l•'ors de 1 ~gcan, ~1ar1ce en pi C·
miércs noces au frérc du marcc!1al d Al~rcl, et en dépense sans j amais en fai re para1Lre un rnssecr,ndcs noccs au duc de llichchcu, pcl1l-neYcu du
tanl de maul'aise bumeur. L'un et l'autre
cardinal.

!

avaient du gout pour les gens d'esprit, et ils
rassemblaient chez eux, comme le maréchal
d' Albret, ce qu'il y avait de meilleur a Paris
en hommcs et en femmes; et c'était a peu
pres les memes gens, cxceplé que l'abbé
Testu, intime ami de madame de l.1ichelieu,
dominait a l'hótcl de Richelieu, et s'en croyait
le Voiture. C'était un homme plein de son
propre mérite, d'un savoir médiocre, et d'un
caraclere a ne pas aimer la contradiction :
aussi ne gou.tait-il pas le commerce des hommes; il aimait mieux briller seul au milieu
d'un cercle de dames, aux.:¡uclles il imposait,
ou qu'il llaltait plus ou moins, selon qu'ellcs
lui plaisaient. U faisait des vers médiocres,
et son stile était plein d'aolitbeses et de
pointes.
Le commerce de l'abbé Testu aYec les femmes a nui a sa forlune, el le Roi n'a jamais

�;e:::-:::-=---==-..:,_-_=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=--=-==-:::-:::-.::~..-::- ..;:::==========::::::;~::==,:
_

111ST0~1.ll.- - - - - , . - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - pu se résoudre a le faire évcque. Je me sou- Mainlenon au plus haut point de sa faveur; Lel de Richelieu, qui ne donnat égalemenl
viens qu'un jour madame d'lleudicourt parla
en sa faveur; el, sur ce que le l\oi luí di l
qu'il n'étail pas assez homme de bien pour
conduire les aulres, elle répondit : « Sire, il
allcnd, pour le devenir, que Votre Majeslé
l'ai fait éveque. ))
Madame de Coulaoges, fcmme de celui qui
a tant fait de chansons, augmentail la bonne
compagnie de !'hotel de Richelieu. Elle aYail
une figure el un esprit agréables, une conversalion remplie de traits vifs el brillanls;
et ce style luí étail si nalurel, que l'abbé
Gobclin dit, apres une confession générale
qu'elle lui avait faite : « Chaque péché de
cclle dame est une épigramme. » Personne
en clfet, apres madame Cornuel, n'a plus dit
de bons mots que maclame de Coulanges.
M. de Barillon, amoureux de madame de
Mainlenon, mais mahraité comme amant et
forl estimé comme ami, n'était pas ce qu'il y
avail de moins bon daos celle société. Je ne
l'ai ni r¡u'au relour de son ambassade d'Angleterrc, aprcs laquelle il lrouva madame de

el, comme il vil un jour le Roi el toute la
cour empressés aulour d'elle, il ne put s'empccher de dire tout haul: « Avais-je grand
torl? » )fais, piqué de ne la pouvoir aborder,
il dit aussi un aulre jour, sur le rire immodéré et le bruil que faisaienl les dames qui
étaient avec elle : « Comment une personne
d'autant d'espril et de gout peut-elle s'accommoder du rire et de la bavarderie d'une
r~création de couvent, telle que me parait la
conversation de ces dames~ » Ce discours,
rapporlé a madame de Mainlenon, ne lui déplut pas: rlle en sentit la véritr.
Le cardinal d'Estrées n'était pas moins
amoureux dans ce temps donl je parle; el il
a fait pour madame de ~Jaiolenon beaucoup
de choses galantes, qui, sans loucher son
creur, plaisaient ason espri l.
M. de Guilleragues, par la constance de
son amour, son esprit, et ses chansoos, doit
aussi lrouver place daos le catalogue des
adoraleurs de madame de Maintenon : enfin
ie n'ai rien vu, ni rien cntcndu dire de l"ho-

une haute opinion de sa verlu et de ses agrémenls.
füdemoiselle de Pons, depuis madame
d'Heudicourr, el mademoiselle d'Aumale,
depuis madame la maréchale de Schomberg,
avaient aussi leurs amants déclarés, sans que
la réputation de celle derniere en ail recu la
moindre alleinte; el si l'on a parlé dilféremment de madame d'Heudicourt, c'esl qu'on
ne regardait pas alors un amour déclaré, qui
ne produisail que des galanleries publiques,
comme des affaires dont on se cache, el dans
lesquelles on apporle du mystere.
Madame de Schomberg étail précieuse;
mademoiselle de Pons, bizarre, nalurelle,
saos jugement, pleine d'imaginalion, toujours nouvelle el divertissanle, lelle cnfin que
madame de Maiotenon m'a dit plus d'une
fois: « Madame d'lleudicourt n'oune pas la
bouche sans me faire rire; cependant je ne
me souviens pas, depuis que nous nous connaissons, de lui a voir enlendu dire une chose
que j'eusse voulu avoir dite. »
i\1AOAME DE

LA VIE DE

p ARIS

sous L' EIIPIRE, -

LE TRÁINEAU o ' RIVER (18 1o) . -

"LisEz-Moi" tt1sroR1Que

.,

Est~mpt de

DE SAINTE-HÉLEN E AUX INVALIDES

CAYLUS.

D EBUCOURT.

J· TALLAN OIER
LIBIWRu:

lLLUSTRÉE

LE

RETO UR

EN

FRANCE

7.5, R ui;; DAREAU, 75
PARIS

(xtv• arrond'.)

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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ur le rb 1mp dé erté, le Cilpilainc Numa
i]ll'on dit là'! ... E,t-cc Htli que 1•cl homme n p~l •-mèlc cOroyahlo au-de~sus dl'. &lt;lou:t
Me Ire el le lieute1l11nL Beaupoil, écra és par
11111rls.
~fadame
de
Jo
·enne
el
Claudine
frril, nous :1 füré ?
le même pan de 111hr, lr:ir;aicnl, C1He à côte,
- C'e t ,·ro.i, ri:pomliL Jérùmc. li ongenit étoi.,11L tombées ur les genoUI anpr' du
le
même geste ép rdu. C\ll( , nuprè du
tout Lns : « Qu'il 'nrrangent cnlrt? eu-x ! D leur; toute deux pnrais. aient expirer arne
cada\'re de Bcrnardlo, a mère, Clriudine el
lui.
n
nnl
Ùtl
fol:c
fil
o.
ciller
la
foule;
- Cilo~cn commi s:iir1•, jeta d'une voix
pui · éia, dem('lll'nienl agenouill~l' . Peull'hnrrcur h:i111tit 1 - cime·.
t:1·lalante ,!o cnne, ordunnc ~ l'un de le
èlre,
abimées dans ll!ur deuil, n'avaienL-ellc.
Or, à telle minute, une paroi latérale de
soldnl de me prêter un .11brc ... foi -en jelrr
p3! uuteodu celle îtiudre, n'a1·airnl-dle. pru1e, cre,·:is.éc, céda ous
r,:·•lise,
M,i\
lézarJ
un à rc mnu,lil cl lni c-11011~ tou deux r~ Ier
senti lreml➔ !ur la ll!rre? O'aillcur ·, que leur
cc compte. Trailrc ,1u1 Chou:in~. il doit mou- 1111 a saul d • 111rumc~. livra pa .age à l'inrir pnr h mnin d'un Cbomm ! .\.lions, rt&lt;pu- •·1•nd,c; rt tout d'un coup, couvrant lrs ,·oix importait?
l1umainc · , Jém1 uranl le drame, r.omme
lili,•ain, f,1is cda pour ma J ·ruièro ural'.e !
George·vinl trop lard. li troU\aun b:mll'all
Numa \kstrc lir.t son , nhrc el lr tentlil au 111il1c oLu iors éclatant lou ensewl,le une
détruit, une cgli C bilondréC', une populalion
t'\p!o.ion
trrrillanlc,
assourdis.anlo,
retentit;
rh •\'alier. ll(lrès un alut. D'un ge L rapid
"ro
le, rnnrs do la vieille 6n\ise 'écartèrent lentc- r~duite 11 Lrois falliiUe', Il lt:iu a
juJCUJ: prt .11u", U•rnardin 'en empara.
lira Yers le ciel, allcstanl [füm. , u milieu de
md11t,
comme
à
regret,
de
leur
antique
ba
c,
- ~ter,·i, e~pitain !
r·e faceli morue , il e compril inopportun.
l.a g:trJc ila~s il allendait que Turpin , ~ 1·illi!rc11l. pui 'ahaui.rcnt. Le clocher, souLa ruine du ,;Ua,re était une uitc, une oonfù1 armé 11 .on tour: mais tous ~u~ présent, lL·hi par une force incalculable, s'rle,·a dao
•11uenoe de la gtlElrre. C'était lui qui l'avait
h·
:iirs..
Saint-Yanu-Vadl•zouret
Oil
coq
'nà c~ défi s'Jcarlaicnl. so détournaient d~
décidée, dan ce li&lt;!u même.
rnl:iienl
au
ciel,
emportant
avec
eux
le
recteur
r.dui-ci, lui rcfu aient leur lames.
A la forme
•&amp;a le reçut ·omhrement.
Turpin 11ui, ju (Jll'alor., ronrn:ncu de Allano, s"· chantre el ses vieilles fei;nm .
Dans
sa
maison
ail
toit à jour, elle n'avait
Ce fut nnc ooous e volcanique, un trem~•m imp11issancl', de sa. Mîaitc suprèm&lt;', dü
plus, à présent, o.lJtour d'elle, que 'fioa 11ui
hlemerll
Ùtl
terre,
une
commotion
profonde;
, a morl imminente, étail resté les Lras
r lait pùle, une stupeur au front, et Maze,
cr,,i és, muet, plnlôl méprisant on lu mé- le ponl, rompu p 1r le milieu, isola la pre traînant un brn ca. é.
pris pubfü·, Turpin, bru. riuemeul s'irril11, qnïle; l,•s ma,ures ébranlées, ~ous leur
Le jour mème, ur un mamai~ l.iateau de
luit~
treu5~,
pliaieot,
oudain
bombées,
a,-ec
, il rou e. C't-n élail lr11p. h la fin; il en :H·ail .
pêcb.e, l'ancien hJro di, irusé do I.ocoaJ 'eo
des
ventre·
énorm•·
.
Ln
mille
livres
de
a,srz de tontes ces in ·ult , de loutcs ers
poudre, la ré.cfl'e Je G.:or"es l'ai ·aient leur l'ut au lar11c, au-dl?\"ant du naüre a11 ..1tiis qui
rt• 'l'U alîons. li açail perdu, était prêl à pa)Cr,
l • devait Tenir prl'ndr •. Il c ré[un-iniL à
m;ii d'un coup. nou. p1r ocomple ·. Tous C()!; œuvre el fourni . aient l:i conclu. ion.
Londres, aupri\ du roi. li avaiL dit adi •u à
ou
les
ddcomlire~.
les
pi
•rr~
,
à
dtu
·
~rucux l'eaoupient qui se pcnn"llaicnl de le
éza avi:c une tri IC:.~e douloureuse, comprcnl
mètres,
des
corps
isaient,
brillés,
écrajn"er, de le blâmer ouvertement. C'ttL:ût nroa:inl
trop, au ilc:nce d» la vieille pa1 aone,
és. masse informe ; de hle , : , ense elis,
lt!s11ue. Enfin Jo ·enne rornùlnil la mesure.
ce qu'eUc lui garda.il do rancune inn,·ouéc&gt;.
l'nfoui
,
criaient,
appcluient
au
,
ecours;
sol('j'étail lni, ce pelit .al. la cau:c de tout ; n
Pendant di1. ans, le ,·illagc [ul 1ide de
ùernièrc o.rrogonce, celte parade. ·oi-di n_nt dol , pour la plupart, abattus sur leur armes.
jeunes
gen ; pendant dit am 1 ' fille.~ r Le urvi\"aJtL , répuùlicain · cl paysan ,
d1 P\·alere qne, devant la mort exaspér~re.nt
Lèreot
filles. li n'y avait plus, omlirc. on ancien fr~rè d'arme .. Pcnlanl paûcoce, mèlés, réconciliés par lu dé astrr. fuyaient,
crrante. , que d ,·eu,·!!! cl ,les mèr saule5
main
tendue
,
dans
toute
les
direction.,
il 'écriti. reÙ('l"Cl'IU rud~ l'l in.olcnl :
ou la col re dd Dieu. UivoL fut di! prem'ers enfant . Lt.: Glo~nic mort, Kerret mort, 1 - ,\h ! çà, a ,·cz-vou ûni ,·os Loni men ts
i:,péC$ &lt;le {el' étaient bl'isée ·. Pourtant l'hcrùe
de !'aire. tous, tanl que ,·ou Mo , Bleu ou c1n i lentèrenl leur salut dans la course .... 11
'élanta . ur fo pont, chprchanl l'is ue Uu de l'oubli finit par croitre.
Ill ncs1 lourir, c'est bien mAlin de mourir.
ou la Roslauralion . yiogl an. plu tard,
trou
béanL lui barra la roule. 11 revint, alfolé,
~on mourroo tous. On fittiL toujom·s p;ir
par
IP ·oins de fa duch c d'Angoult!me,
11,·oil' le mèmc âge que le morts. Ce qui d,. cendil ou l piles, crut à la terre ferml',
l'énlise
fnL rééd11iét! au milieu dij CA ruiimporte. c'c. t de s1voir r~rlir à Lemp , vengé i.'enganea sur les sables.
n
.
Par
quelle
démence
Ro;e
l'avait-elle
aiü
ùc cem: qu'on hait . .levai ,ou donner une
Claudroe ,écnl tr· ,icille, :1bdiqu:ml a
l~çon, un rxempli:, wus montrer commenL rl r&lt;'joint.:? ~ly tèrc. Peul-être s'nLLacba.iL-elle
beauté;
,·ètue en pa1sa1me, die visitait le
on foil, tas d'imbécile el de faiseurs de à lui p:m:e que, l'heure aupararnnL, il repréchaumes,
é&lt;'outait les lamenlation , no parcutail ln force, cl q• sn 11\chc nalurd la
phrases L ..
lail pa de Dieu, mai secourait !es mi ~m.
pous
ail
au
plus
fort.
Uuoi
qu'il
en
hlL,
à
C-:! di ·aot, Je dernier ù Le Glohanic plon!rois pa d'elle, elle le \"il ubilement perdre dan la mesure de ~a pamrelé. Elle él:iit
~ea vh menl les deux main dan se poche
rentrée, de droil, dans llar coôl i les ur,'iJe côlti. nose ,·it , le mou\'ement, porla ses pied, s'enfoncer lentement d,ns la n e;
,ants en deuil 1'y a,ai nt escortée. Mai longioslinctivement,
ou
,·onlanl
racheter
le
pa
é
mains a111. tempes, ferma l •s Jeux. Elle
mériter a rrr:ice, elle lui tendit la main; il temp~, elle hahit:.1 principalement le l\epo 'eJ,
pr~\'O)'IÜt.
'en sai il, avec une telle 1·ioleoce dan a où elle avait plu· dl! ou venir. , prè de
Alors, Turpin, un pisLolcL dan chaffue
madame de Joyenne. qui ·éteim1il dout-emelll
main, mnr&lt;:ha de Lroi pas ur le cl1e,·a1ier terreur d '-Jlért¼, qu'elle trébucha, fil un
démente, apr quelque am1!lo?$.
pas
de
trop;
elle
vuulut
reculerj
il
n"en
était
nt:rnardin d&lt;J- Joyenne. cl, avant qu·on pùl
A. la ferme, • êza snb~islait. Ln jour, Mnze,
plu
t
mps;
à
son
tour
elle
'enliz3ÎL.
Par
un
1':i.rrclter, à lioul portnot, de la main droi Le,
implemcnt,
lui d •mandt&gt;. Tina poor épou r.
l1.1i lira on _coup de feu en pleine poitrine; nouvelle déri ion d~ la destinée, la morl,
comme il a,Jit él~ promi , autr.il'oi-, par le
une
mort
affreuse,
combattue,
rcpou
sée,
pui:5, de lt main gauche. s'enfonçanl l'autre
pi.loi et dans la bouche. il se fit . au Ler le pui. ·nl.tic, réunit ce· époux si d.istanb d:ms père. Elle le regarda dan les ) ux :
- Tu ~ai , Pourtant? ... molgrc cc qui
nànc. 'fout cela n'av:iil p::i tluréune econde. la ,ie. F.n emblc, il disparurent, hurlants,
'est
pa é'?
, Jo)cnnc roula, la poil ri no, rouge le cœur dévorés pnr le vide.
Il
ecoua la tête, résolu, ~ûr dl! on cœur.
Dcrri~rc
eu~,
aulour
J't:u
,
comme
eu-,;,
lrll"crsé. li gis::iil ~ur la lande, selon les pré- Oui, malgré cc qui 'est pas é.
diction : mai c\ît:iit la lulle d'nn Chouan cent autre· mi ;rahl ~, olontaire du ~lnincQuand Claudine apprit ce rnaringe, par un
et-Loil'e, gardes naLionnuxdc V(lnnes, - ~vec
•111i l'arnil couché 1~.
,
retour
or elle-même, elle pleurB.
Cn cri jaillit de cinq cc:-ot bouches ... uu des cri affreux - se noyaient dans les houes.
:mustratfons ae

!11AuR1cE MONTÉGUT.
CONRAD,)

,FIN

llehê lirnuo et C''

MARIE-A TOINETTE , DAUPHI E DE FRANCE
Tableau de DRO .\J,' . c;\lusèe C nué, Chanti lly. )

E

HÉBE,

�.

LIBWIUB lLt.t:Jst~ÉB. -

JULES

'l'ALLANDIER,

,

_,._

24e fascicule (20 :\',mmbre

Sommaire du
J

75, rue Dareau,

t!DITBU~. -

lES

l)E CrrnmRtr-R ••

• ,UN';· BIO~

•

• •

·

1&gt;e l\LIRllO't . •
L m;vn . . . . . · . .
~.-'.\1. BER~ \ROIN.
GENAAAL

D LOLOS • . , • •
J\I .. llL' H \LS~ET ,

...

/ '}tri'.

..,.

'

Le voyage de Mar-ie-Antoinette : VicnneSt.i-asbourg-Châlons-Ver!&gt;ailles (mai 1770).
Une maladresse de courtisan . .
J\\émoires. . . . . . . . .
L'Exode des tiirondios . . . . .
tamamouchi. . . . . . . . . . . . .
Une erreur de jeunesse . . . . . . . . . . .
Mémoires de la Femme: Madame de Pompadour. . . . . . . . . . . . . .

33~
340

rxi::nbuc Lou.i:E .

311

\'J CTOll ll i;c.o . .
L '·COLON F.L !tut:

348
3,:-1
3~!1

ER;,;FST L\\'15 E • . •
.ft l'Aca.:lr!:ml,;: /r:,nça,s•

359

,\IIBE: D•:

ET •

EDMONll PILON • . •

CJIOIS\" .

-----------

ILLUSTR.ATJONS

Les Femmes du econd Empire : La Princesse .'\\athilde et ses ami . . . . . . .
Aux Tuileries. • . . . . . . . . . . . . . . .
La guerre ranco-alfemande : 811taille de
Champigny. . . . . . . . • . . . . . . . .
Une journée de Frédér ic-Guillaume. le
Roi Sergent . . . . . . . . . . . . .
Mad ame àe Brézé . . . . . .
Secret d'Etat . . . . . . . . . . . . . . .

' •

Le voyage de Marie-Antoinette

361
~oB

31'9

VIENNE-STRASBOURG - CHALONS-VERSAJLLES

~~:

.

•38 1

PLANCHES HO~S TEXTE

o'APRès LllS TA.IILBAIIX, DESSINS ET ~TAllPl!S DE :

TIP A&lt;:ll'. EN CAMAIi,'. ~ :

ABRAUAM Bosse, Emtr: Rot:TmN\',
AR~r:.Ai:x, Co:-.-ruu. lle•tARE,
D.ETAlLV-, U . 1 ·• l)f.!JARl&gt;IN•6E.\LMKT7.. ( ,1.R,\RDf.T, h &lt;, RF. ,
, LA.'IIGLOIS . L\
Toun-;·J.·F'. MARiAGE, MAt.lnUIS ON, ~L\RTIN IIF. .,IE\'Tl:N., Pt:. SIO, ROl1LI.ARh,

noxx&amp;v1tn:,

VA:!i Loo.

i'llARI \::;-.\NT Il\E1'TE, Dauphin e de Frnnce, en ll éb~.
TA~lEAIJ DE D llOU.AIS f) \r,i·r. L'œmt, Cl!ASTII 1 \".)
TIRAGF. R.'i .::on ru~ . BAT i\ l
Lie: OE H.\1'IP1 GX \' La l&gt;l:\tricre).
'l'hBLt:AV l)',\11•11u,~F! nE )'IFUVILI.F 1.,1, ·si:E DE \ 'n1

AILl.th,)

Copyright by Tallaudier 1910.

Bn ventD
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant

le 10 et le 25

SOMM~~;;~~b;;;;;mb,o I

MAGAZINE LITTÉRAIRE Il.LUSTRÉ BI-MENSUEL

,~

AVIS IMPORTANT

---=:

à nos abonnés, à nos lecteurs

7

IPIO

Roman, par Marcel PRÉVOST, de 1' Académie fTa.nçaise .
MHlll EL PR Vl'&gt;:S L' lnconsolnble. TIN A.YllE ' J., ;o;.;bre de l'amour. -

Ltos VALADE.Double rêve. • ,\L,n c cLLF!
LE 'UNTE Dt:: LI 'LE. La mort &lt;lu s. oie il.
l'.\T-\'ICTQl-t. Le
bat ·.-_lh~~ BAZll\ ,de l'Acndcm1c!rançaise Le v(il Jn. - H F..NRl l)E R.EG'ilER. Hh1gnatlon -: P-AD~ l:lOU RGE1 , de
~mie française. Musique. - Gu\ llK .\IAU PA~ _.\:ST. La pe~r.-:- JEA'&lt;
RICIIEPl.K. de l',\c:id~mie franç:ti -~- l\lada,:rie Andr_c. - L,!~lb LEGE!' DIH:.
Pré'u é. -Ar&lt;AîO~e 1-'RA."CE, ctc l.\cadè1111e franç!"se. La Ignora h1aro .-;Jlf)Ri'l"L/\\fEl)A:-i,dt l'Academie fran,aisc_. Leurs _b.:tcs, . A LB~RT GLATJG'i, .
1tfaig,-e ,·ertu. - M.AVR1c~ DUJ\l'I.\ , dt! 1Académie frw1s_a1~. L autre dang!!:.,__

_ 'pAUI.

61.i:~

Nous tenons a la disposition des lecteurs d'Historia 1a
Table des Matières du troisi~me volume {du fascicule 17 au fascicule 24). On peut se pro:::u.rer encore
les tables des deux premiers volumes (fascicule. j à 8
et fasdcufes 9 à f6 ).
Chaque table est envoyée franco contre.

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A remplir, d.é tacber et envoyer s.lfrancbi à l'éditeur d'lllSTORL\
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JuLÏls TALLANDIER, 75, rue Dareau., P1JUs, 1JV,
Veuill°ët .m·~ nner pour un ao à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

du _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

t HISTORlA (Use.:-Moi histortqllc).
d

Prtnoms _ _ _ _ _ _ _ _ __
Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

• L'Hisfoirt ri non ltJ llgmdr. •
On ne trou,·cra. pas dans .:c1 ouua~c ln Josilphin~ de I lcgc111fo Mpoleomcnne. On la tr uvera telle qu'elle fut. i NaJl()l~on ne pc.rd que peu
dc èhosc n être montre cc qu"il n èlè, c'est-à-dire un homme, a,,c.: ses
faible,~es et ave.: e. grand~ cl non pas un ëtre surnaturel. lei que le
faisait la !c!;!cnde. La \•érité sur Joséphine contribue a raire connaitre la
erlte sur :"fapoléon. La Jo éphine de cet ou,•rngc n'est pns telle
que. l'on , ~,nn:\it. "est la Joséphine telle qu'elle fut, remm~ et :imanlc.

36 lliitUSTnATIOfiS l{O~S TEXTE, eo ton

Stljl

fonds Chine.

A-----------

Dtparkmcnl _ _ _ _ _ _ _ __

La Prime grttulte me sera envoyée e Bureau tù P o s " ' - - - - - - - sulte par postt recomtna.ndte.
Jt _ _ _ _ _ _ __ &amp;IGl!AT~
Sous ce pU mandai postal de :
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p,.IllS, -

ETRANGER.

Magnifique IJOlume imprimé
sur vergé anglais .

Envoi franco cantre
mandar-po te de

,,

cher dans a chamllre, con ultail . ur on
a~enir là science divinatrice de Ge ·sner.
L docl ut ne ~•en "en guère et répondiL
loconiquem ol qn'il était d croa pour toute
les ~paules.
L'lmpéralrice, en 'allristanl d celles qui
attcmb.ienL son enfant, 1J°ea soupçonnail ni
la dnrée ni le poids.
L'avertis ant de exigences d'une position

pbin.

=====

BIBLIOTHÈQUE

dOT1l

fr.

l.,a clem:uufo oiunnoll • de la mai11 ,Jt&gt; l'ï1r'élail f i le
10 avril -1770 par le marqui de UurFort. La
\·ille de Yirnne cul de réjoui sancc , la cour
llcs h:inquets el de pectacle . L'impératrice
,larie-Thér~ • m~r· Je l"archiduche e, O\'ail
réglé le 15 fos arr:mgement définitif , remi
le dcrniiires notes lt 1. d, Kaunitz. annoncé le 14 à es ministre une union r1ui
comblait · ..--œu ..
l.".Archiduch &lt;', p r&amp;:l du
portraitdu Dauphin, .ignail le
17 sa renonciation à l'hérilage
de a famille el e mariait le
10 par procuration : l'archiduc
Jlaximilien repré.enlail le l),md1iduches,e laric-.\.nloinellc

6fr.

a0 e in~er11ui meldan
la bouche d'un tier d ermrnl qui ne le lient point,
1111i Cll'mgc la foi d'une prinres Il à un être qu'elle ne enl
point :iupr' d'elle cl qui lui
rcslc citranger !
La ignalare au regi»Lre imP 1rial eut Heu avec éclat au
pala' de la Burn. L:i famille
impériale, la cour, lanohlcssc.
de nombreuse' déput ûon.
rcmp~ssai nl l
alles el enlouraient Je lriinc.
L'impératrice, lri:s émue,
:1pparul tl\'eC a fille el rut ac-çucillie par un profond ilence.
Le · ,,i ·a"e étaient érieu1.
la pen ée d'un départ obsorh:iit celle d'uumaria.,.e. Quand
larie-Tbérc e prit la plume. a
main tremLla.
a fllle •a,·ança mode lr,
recueillie, el signa on nvcnir
a,·cc simplicité.
'on rœur se Lroul.,lail pour1, nt à la "pensée de quiller
Vienne; d'indéfini able re" r et commençaient à a . oll)hrir le e pérance qu'éveillaient en elle le prcmiors parfums du printcmp.
11ui •'ouvrail.
~larie-Thér , qui ne pomail re110.rder ·a
fille ans se sentir émue, la retenait :mprt!
J'elle, voulait en jouir comme d'un bien
qu'elle alJail perdr , la prenait sur es genoux, la couvra.iL de baiser , b fai.ait cou-

l'appellerait à , ivre pour les nu lr , à e
vaincre, à veiller sur elle-mème, elle l'entret,maiL de es prochaine de tinée , lui rappelait que I' adouci · ement des pei n et 1
lîOulagemenL d p uvr
ont le dc1'0Îr du

-fasc. ~.

.,, 337.,.,

lille.

l{Ui

24, fr. PI\OvtMCI!. - 28 fr.
RtJYt:T' ltS chi[Jra ~1111tf/ls.

11,fin d'évfll!rd.es erreurs, pritrt tlb::rirt. tr~s lislblem.t.nt toutes les i11dicatio,u.
AJ01Lter O fr. 50 pout l'uvol 4.e la prl..me,

L_!=rairie JJh.istrée,

J1.1le::. TAL.L.i!H~D!E:~,

PAR.IS, 1 - , rue Doreau, 75 ( 14" arr.) -

E,diteul'

PA~IS

Jll,-Rl!lîORU,

lrooe, qu'elle ne di'vail · Ver ailles o confier
qu'au Dauphin l non aux courti ans qui
. auraien 1 vile cb,i.n 11er eu défaut sa douce
ingénuité, c1u"il fomlrait faire ab lraclion
d' ellc-mêmo ou le rè uc de Loui XV et ne
p. oublier l' utrîcb en :.e donnnnt à fo
France.
c« Quel bonb.eur j'aurai eu, lui di il-&lt;'lle,
à mus établir près de moi; mai je m'clface del'anl les in1érè1 de
1".Autricbe et devant \'ulre
bonb~ur qui me parait a uré. I~criw.i-moi sou1ent, j' arro erai ,·o lettre de larm ;
je n'écris point comme madame de :riirné, mai l"OUS
êtes plus parfaite que a cbèr •
lille cl je ,•ous aime aulant
1u'elle l'aimait. »
Marie- ntoinelle quilln
\'ienne le -1 avril. Elle ne
rnulail plu parLir : l'Jmpératrice ne rnulai t plu la quiller.
ne grande di tan , lui disait-elle en la lenan l em brasste, ra vou épar r de moi ;
faitos tant de bien aux Fra11ç.1i qu'il · puis ent croire que
jll leur ai envoyé un ange.
Le ann lots étouffaient ·a
voix. ,\farie-, aLoioettr dut 'arracher clc es ùrns, fuir 011
palais, ses ervitcur·, ses amis
cl jeta dan l.i voiture qui
eut peine se fra cr passage
au travers des rue encornhrét• , !!Jules plèine de regret
el de bénédicûon .
Vienne restait atlristie.
L· lrnpératrice ne trotivnit de
con:ola~ion qu ïi parler de a
&lt;&lt; folrc !!pou c, mou cher
llaaphiri, écrirait-elle à Versailles, vien l de se éparer de
moi, j'e.~pi!re qu'elle fera votre
bonheur. Je l'ai élevée dan
ce dessein, parce que je prévoyai depuis longtemp qu'elle
devait p:irtaner vos de linées.
« Je lui ai in.piré l'amour de ses deYoir
envers vou , un Lendre allachemenl e1nrer
,·olre peronne, l'aucot.ion à imaginer et pratiquer ce qui peul vou plaire. Je lui ni rc-

�r-

" - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Lë

1l1ST01{1..ll

rommandé avec beaucoup de oin une t~o- je n'oublierai plus que je suis Française. » Bacchus, parut au théâtre, et traversa, pour
e. larme e séchèreol, e lèvres relrou- aller au bal, Jes rues illuminée .
dre dévotion envers le maitre des rois, perC'était le 1 mai.
suadée ctu'oo tail mal le bien des peuples Yèrent leur ou.rire. 'a nouvelle cour ful
Le 8 au matin, la Dauphine fut reçue el
qui nous onl confiés quand on manque à enchantée, on la proclama adorable.
haranguée
à la cathédrale par le prince Lo11i
Le
cortège
prit
la.
route
de
trasboura
au
c l11i qui bri e les sceptres el renverse les
de
Rohan,
coadjuteur
de on oncle le cardinal
bruit
Ju
canon
et
au
son
des
cloches.
Partout
Lrone comme il lui plait.
é1'êque
de
trasbourg,
nom qui devait s'asso« Aimei: donc ,;o devoirs enver Dieu, je des acclamations, des fleurs, des arcs de
cier
au
.
ien
d'une
manière
bien funeste.
triomphe
dont
le
in
cription
annonçaient
1t
,,ou le dis, mon cher Dauphin, je le di à
Elle
n'oublia
pas
de
,•isite.
r, à ·ancy, les
la
France
une
éternelle
r
~licité,
à
la
Dauphine
ma lille, aimez à faire le bien de peuples su r
lesquels ,ou réro re-.1 toujours trop tôt. ... l'empire qu'avaient pris sur les cœurs son sépultures des prince de Lorraine.
A Dar, à Lunéville, à Commercy, à ChâIl est impos iblc qu'en voa · oondui ant ain~i, âme et a figure.
lon
, ce ne furenl qu'ovations el banquets.
Lrasbour
l'ar.cueillit
aux
vivats
d'un
,,ou n'ayel pas le bonheur en partage. )la
Prè
de Châlons , un vieux prêtre s'a\·ança,
peuple
immense.
Reçue
à
l'entrée
de
la
ville
fille vous aimera, f en suis sûre, parce que
muni
d'un di cour à grand effet, et débuta
je la connais; mais plus je -vou répond de par le maréchal de Contade , elle lroQva le,s
par
ce~
mots de alomou à la reine de aba :
rues jouchée de verdure, les maison' ornées
son amour et de ses oin à YOU plaire, plu
&lt;( P11lchra rs et {ormo ·a.» lalbeurcusement
de
tapi
,
des
jeu.nes
filles
pour
lui
pré
enter
je ,011s recommande de lui vouer le plus ill·
de bouquet , des bergers el des bergère . l'éclair un peu malicieux du regard de la
cire allachement.
« !dieu, mon cher Dauphin, soyez heu- pour Jui offrir des fruits. Les pauvres eurent Dauphine le jela dao une redoutable complides aumônes; le peuple de diverûs~ements, cation de phrases, et il cherchait inutilement
reux ; je suis baignée de larmes. 11
Celle de a fille coulaient encore à ln - de di tribuüon de vivres et des fontaines de dans le bouquet qu'il devait offrir le mo1en
,,in. Le pnysan , accouru de Loutes parts, &lt;le 'en tirer quand la Dauphine lui adressa
pruck.
A 1'.ebl, elle quilla le .ol allemand. Un pa• cherchaient une princes e magnifique et des remercirnents qui rendil'enl 11 l'orateur
'étonnaient de ne trouver .ous l'éclat de on ·on allégorique éloquence e.l le mirent i1
,·ilion com posé d'une grande .alle el de deux
même de mieux finir qu'il 11'ayait commencé.
pièces lalérales avait été élel'é au milieu du cortège qu'une fille au dou- vi age.
Reims ln reçut avec des huis oos de IJeur
(1 Qu'elleestbelle! disaieotle. un·. Qu'elle
pont qui traverse le Rhin, et orné de tapi son
des areea.u.x de verdure.
e t bonne! l&gt; criaient les autre .
eries d"aprè le car ton de Raphaël.
~oissons
a,,ait orné de rubans el de E;Uir«
Les
Françai·,
répondait
la
Dauphine,
«· Ces tableaux, diL Gœthe. étudiant à
'trasbourg, pré enlaient l'histoire de Jason, ont pour moi te~ yeux de l'indu)o-ence. J'es- bndes une belle avenue d'arbres fruitiers et
comié la papulation à de jo-yeux repa . &lt;c Je
de Jlédée et de Creü e, par conséquent l 'exem- tière que ces louanges ne me suivront pa
contracte, di ail la Daupmne, une delle que
toujours
:
je
n'ai
encore
rien
fait
pour
les
ple de l'union la plus infortunée cptl l'nt jaje
ne pourrai acqu.iuer; on me tiendra compte
mériter.
»
mai. »
du
désir que j'en ai. ,&gt;
L'aulorité, pour éloign r ce qui pouvait
« Je n'ai pas ·besoin de dire, ajoute-t-il
n nuage a,•ait à averne assombri e
sous l'impre ion de la cataslrophe du 50 mai, allri ter les regard · de la Dauphine, avait
impression
; sa. suite autrichienne s'était
interdit
la
voie
publique
aux
estropiés
et
aus.
que dan cette occasion 1 , horribles tableau de la grande salle se représentèr nt mendiants atteint de maladies repoussante·. séparée d'elle; il ne lui re la que M. de Laravec •Yivacité à mon esprit; ca.r personne Gœthe, -versifiant cet arrêt, opposa l'exemple nenber", porteur d'une lettre de sa ml!re.
&lt;c ••• Du Dauphin je ne vous di rien,
n'ignore combien sont puissantes certaines du SauYcur appelant les paralytique , à la
écriYait Marie-'J'hérè e,
impre ions morales
"ous
connai sez rua déquand elles 'incorpolicatesse
sur ce point.
rent en quelque sorte
La
femme
est en tout
à des irnpr ions maoumi e à sou mari et
térielles. »
doit faire e volontés.
Condmte au pu ilion
Le seul vrai bonheur
qui repré entait l' Auen
ce monde e-t un
triche, la Dauphine dut
beureu:
mariage, j'en
changerju qu'à ~bas,
peux
parler;
tout dérevêtit une toilelte ,·epend
de
la
femme,
si
nue de France et s'aeUe est complaisante,
vança dans la grande
douce et amusante ... »
salle oi1 l'attendaient
(luestionoée par une
J' personnes de on
de
es dame sur le
service ea,•oyées deVerdésir
qu'elle de vail
sailles. Hie yreçutlenrs
éprouver
de voir .son
hommages, demanda
époux,
la
Dauphine
à madame de Noailles
trom·a qu'on e pressait
ses conseils et son apun peu de le lui depui.
mander.
Madame de Noaille ,
(( Je \'OUs répondrai,
excellente, mais alîadit-elle,
le lendemain
AII.RlYtE A STRASOOURG DE !.'ARCHIOUCIIESSE )l,1RŒ;-k',TOJNE1'TE o'At;TRICUE 1 LE 7 MAI 1770.
mée d'étiquette, ne ut
de
mou
arrivée
à VerD'après
111u
g
ra1•11,-e
,l!i
tem[&gt;s,
{CJbi11el
des
Esl.1111pes.i
trop que faire du trousailles.
»
ble de ce jeune cœur ;
Près de 'ois on ,
se troi ré,érences préq11.elques
écoliers
ima&lt;&gt;inèrent
de la comvenue
de
la
Dauphine
qui
les
faisait
fuir.
part:es de long cours se trouvèrent uspenplimenter
en
latin
et
ne
furent
pa
peu surVingt-cinq
des
plus
belles
jeunes
filles
de
dues, elle chercha 1t les reprendre.
Quelques larmes avaient mouillé les yeux la ville composaient le ervice de la Dauphine, pris de a réponse aussi classique que lem·
qui reçut au palais jusqu'à une députation discours; elle ne leur cacha pa cependant
de la Oaupl1ine.
« Pardonnez-moi, dit-elle, c'est pour la du canton de :Bâle, as·ista au banquet sui\'i que la larnrue de leur pays serait plus arrréad'une danse de tonneliers et d'une fète à ble 11 on cœur devenu françai .
famille el la pairie que je cruitte; dé ormai
0

.... 138""'

_ta cour attendait à Compiègne; la Dauphrne ~n approchait avec joie el souci.
Louis_ X~, très impatient, e préocc.upail
de savoir J elle avait de jolies mains, de
•~~aux bras: un peti t eied, des épaules éléantes, la taille hrnn vri.se; e question allèrent plus loiir et mirent dan l'embarra le sieui- Hourcl, arri ,·é de. tra bourg avec le prince do Poi,: pour
pré enter le contrat d"~chan&lt;&gt;e.
Le Roi demandait ceci,0 cela, et
~~me 1~ ccrélaire s'excusait de n'y
:i,oir pri ·• ~~rde, Louis XV, le prenant en pille, le déclara inhabile à
regarder les femme .
Ce fut au pont de Berne, dans la
f?rêl,que la Dauphinea11erçul Louis X\.
EUe~ourutsejeterà e pied ,cLparul
un. m tant comme embarrassée ou
son _re~ar&lt;l plu curjeux que paterne].
Lou,~ XV la rele,a, l'emhras.a tendrcm~I, fa trouva mienx que on por~rait, ~a pr~ enta au Dauphin qni, plu
~ntcrd1t q11 eUe, la rega.rJaiL pte que
;1 la dérolitle, el, pour parler te langan-e olllcid, u la salua i1 la joue. »
Qu~. pen a la llauphine de celle
prCID.Iere entrevue'/ IJu •lie lut on impres ion à ce Tegard échangé?
. Elle ne paralt pa avoir été particulièrement saisi sante.
Lui-même. an.i. parailre autre.ment
troublé p:u I"appariLion de son bonheur, ~esta da~s les limite de ta plus
tranqu,1 le admiration .
Louis ·v, donL l'attente était fort
dépa ée, ne se aèna pa de le dir~
avec un enchantement parta oé par la
cour. Il présenta sa. farnfüe, les prinœ ' ou
nntoura"e. la Uauph111e eut pour Lou un de
c;s. l'e;prd (1ui demandent et promettent
1aflecL1on.
. La route de Compi.,"111! à aint-Jleni véritable Uem-e de gens et de ,•oiture , cobu~ im~en~e el entho1:15ia. te, frappa la llauphine; elle
ioulut que Lou, XV trùl lui-même apphiudi
daus 1~ acclamation dont elle était l'objet.
et C e t, clit-elle adroitement, le bonheur
qu'on a de voir le roi. i&gt;
A Saint-Denis, une vi ite à madame Louise
fille de Loui ' V, retirée au cou1•eut de.s Car~
mélilcs fut bien accueillie par les reli,,ieu tJs.
L'a~stère prince e n'était pa favo~aùle à
l'alliance autrichienne, mai par de doux reproche ur sa retraite la Dauphine gngna
on cœur.

VOYAGB DE MA'R,,175-.Jl:JVT01N'EirE ~

Elle trouva à la )luelle les deux rrè.res du
D~uphin, Mesdames Clotilde el Élisabeth, les
d1am:mt • de la feue dauphine, le fameux collier do perle apporlé par Anne d'Autriche, el
aus i, chose moins ai'réahle, les écueil de la
pré ·entation de madame du Ilarry.

Elle dut souper avec madame du Darry.
Aprè _cr. ouper ~ille1u, la famille ro~•~le
~cparlJl pour era,Jle ; la Daupbine rl'sta
a la lueue .
« C'e t le. eul momeol, dit-elle, où j'ai pu
pen cr à mm-même. »
Le 16 mai, à dix heure~ du malin,
elle entrait dans la cour de mnrllre;
le Dauphin l'y reçut, le Roi vint audevant d'elle.
JleYètue de a toilette de mariée introduite dan les appal'tements o~ la
cour l'attendait, elle y fut entourée de
on cortège el prit a\·ec recueillemru1l
le chemin de la chapelle.
Agenouillé • vivement émn., ks
~eux époux e jurèrent au pird tle
1autel une foi réciproque, 'uni. sa:nt
au. yeux des homme pour jouir enemble de ce que la terre offre d'heureux et de brillant, ·'ena-:1 eant devant Dieu pour _'entr'aidèr dan- la
o~O"rance, pour arri\·er par 1 s m~me
p('mes à 1a même rlé,,ation.
Le félicitations, le~ présents uivirent 1~ cérémonie, et ce fut pour la
Dauphme un beau . peclacle que celui
de ces cours cncombré1-s, dtH"l'sjaruins
animé far lafoule,dece alle d glares et d or dan lesquclJes ·e pw ait·nt
toute les illuslra1ions dP la France.
Pend~nt_que_ lf' jeux, Je spec-tacle
el _le d1.str1but1on de vivres se prtlpaCfüht! Glro udon.
ra1en1 dan le parc, le chiiteau n'avait
Loi;1s XV.
d'yeux que pour la noU1·clle étoile qui
e Jevait ur Ver ailles.
l'asll"i Jé I.A TODR. (M11st!eJ11 [,a,11•n.•.J
La Yél-ité pâli sait sous l"cxarréraLion.
&lt;&lt; Comment lrou\·ez-vous la comte se'! lui
Un l'appela un ange consolateur, un Oamdit-ou.
beau d'espérance, la Vénus de ~fédicis, l'Ala- Charmante, » r~p11ndit-elle; et comme la~te de Marly, Flore ellc-mème. Elle a, dicc~ é,loge ne. faisait pa le comptt! de la mali- smt-on, la démarche d'une déesse sur le
gn_1te, on aJ0tlla que madame du Barry n'a- nues, le Olll·ire d'flélll!, le regard de Junon.
vail à 1a c.onr que la mission d'amu er le
Bac~aumo~l se félicita de l'incarnat riui
roi.
col~r:ul 'C' Joues el la di ·pensait du rouira
« Dans ce ca ·, reprü--elle gaiement, je me r1u'1l ne pou,•ait souffrir.
déclare sa rivale. o
(&lt; On cr~ya!L avoir sou ]es yeux un objet
Marie-'l'bérèse et M. de Yermoiu n'avaient céleste, )l d1l I enth?usiaste lonljoye.
pu èLre san lui dire un mol de accointance
« Elle parut m1eu1 que belle, » ajoulo
é~uivoti:nes el de alfoction malsaines qui se madame Campan.
d1spt1taienl à er ailles, san lui recommanMais le ciel refusa se sourire . Un ,·iolent
der le ména~ements néce aires à une situation orage éclata sur er ailles ; le tonnerrii troubla
qui l obligeait d'accepter un pouvoir incontes- toutes _les réjouis ance , la pluie cha- 3 1a
tabl~ et d_e fermer le yeux:sur un bit accompli. foule, monda le parc, noya les illuminations.
L espratoLservaleur de la Dauphi,1c dirirrea
Ce fut.un désarroi général, un lamentable
0
sa conduite.
sauve-qlll-peut.
j

,l.\fü~

DE

CJI.\MBRIER

�Une maladresse de courtisan

Peu de Lemp~ après qu'on fut à FonLaincbleau, il arriva à CourLenvaux une aventure
terrible. li étaiL fil a1oé de M. de Louvois,
qui lui a1·ait fait donner pui ôter la sur1·ivance de sa cbarge dont il le trouva Loul à
fait incapable. 11 ,wail lait passer àilarbezieu
son Lroisil!me .fil , et il avait consolé J' ainé
prir la urvi1•ancc de son cousin Tilladet à fini
il avait acheté les CenL- oisses, qui, après k
grandes charges de la mai on &lt;lu roi, en esl
san contredit la première et la plus belle.
Courie.maux était 11n fort peltt homme oh cur.iment déhanché, avec une voix ridicule, qui
:rvail peu el mal servi, méprisé et compté
pour rien dans .1 famille, el à la e-0ur où il
ue fréq11enlail per onne j avare el taquin, cl
11uoique modeste et respectueux, Iort colère,
cl pe.u mailre de soi quand il e capriçaiL: en
tout un fort sol homme. cl traité comme tel,
ju que chez la duches e de -Villeroy et la mar&amp;hale de Cœuvres, sasœur cl sa bellc-sœnr;
on ne l'y rencontrait jamai .
Le roi plus aiidc de savoir tout ce qui se
passail, el plus curieux. de rapports qu'on ne
le pouvait croire (quoiqu'on le crût beaucoup),
avail :mlorisé Bontems, puis Bloin, gouverneur de Vers:iilles, à prendre quantité . de
uisscs outre ccui;. aès portes, des parcs et
Jt!s jardins, el ceux de la galerie du grand
appartement de ersaille et des salons de
Marly et de Trianon, qui, avec une livrée du
roi, ne dépendaient que d'e11x.. Ce· derniers
étaienl sccrètemenl chargé de rôder, le"
·oirs, le nuils et les malins dans tous le
tlcgrés, le e-0rridor., les pa ages, les privé~.
el quand il fai ail hca.11, dans les cours et les
j:ird ins, ùe patro11iller se cacher, 'ernbos'luer, remarquer le gens, le suÎ\•re, les voir
enlrer cl orlir des lieux où ils allaient, de
.aroir qui y était, d'écouler tout ce qu'ils
pouvaient entendre, de n'oublier pas combien
de temps les gens étaient restés où il étlient
entrés. et de rendre compte de leurs découvertes. Ce manège donL d'autres subalterne
el quel11ues valets se mêlaient au i, se îai ail

il, ~idùment

11 Yer aille

à M:ul~, à Trianon,

1i Fonlai11cbleau cl dans Lou. le lieux où le
roi ctait. Ce. 'ui e· déplai aient îorL à Courten\'aux, p:me quïl ne le rcconn:i.is aieni en

rien, et qu'ils enle1·,üenl à ses Cent-Sui es
des poste· el de; rëcompen es qu'il leur aurait
Lion vendus, tellement qu'il le lraca ait
011Vent. Entre la grande pièce Ms ui ·ses el
la aile des gardes du roi 11 Fontainebleau, il
y a un passage étroit entre le degré el le logcmenl occupé lor · par lime de Maintenon,
puis Ulle pii:ce carrée où e-t la porte de cc
lo0emenl, qui, en la traversant droit, donne
dans la salle des gardes. el qui a une autre
porte sur le I.Jalcon qui environne la coar ra
01 ale, lequel commùnique aux degrés et en
ueauconp d'endroit . Cette pièce (:arrée est
un pa $:lge public de communication indispcmsable à tout le chàteau, pour qui ne \':l.
point par les cours, el par conséquent fort
propre à observer le allants et venants, el
par elle-même et par c· communication .
.Ju qu'à celle année, il y avait toujours eo4chés quelques gardes dn corps, et quelques
Gent- uisses, qui, lorque le roi entrait cl
sortait de chez Mroe de Maintenon, s'y metLaient mêlé· sous les arme , de sorte que
ceue pièce passait pour une extension de salle
des gardes el des Cent- u.isses. Le roi s'avi a
ce.ttc année d'y fa.ire coucher des uisses de
Blain an lieu de Cent- uisses et de gardes.
Co11rtenvaux, ans en parler au cap1Lame
des gardes en quartier, puisqu'on en avaiL
ôté 1 gardes au si bien que les u.isse , eul
le sottise de prendre ce changement pour une
nouvelle entreprise de œ uisses sur l,•
iens, el s'en mil en telle colère qu'il TL'y eut
menaces qu'il ne leu.r fil, ni pQ11iJles qu'il ne
leur cbantdt. ils le laissèrent aboyer san
s•émouvoir ; ils a vait.ol leurs ordres el fur en L
as ez sages pour ne tien répondre. Le roi,
qui n'en rut a1·erti que sur le soir, au sortir
de son souper, entré à son ordinaire dans son
grand cabinet ovale avec ce qui avait accou-

tumé de I'} sui1•re, d • sa famille, et des dames
de· princesse. , qui, à Fontainebleau. fouit•
d'autres cabinets, e tenaient toutes dans
celui-là autour du roi. envoya chercher Courlenvaui.. Dè qu'il parut dans ce ca.binel, le
roi lui parla d'un bout à l'autre an lui
donner loi ir d'approcber, mais dans une
colère i Lerrihl , et pour lui si nouvelle et ·i
extraordinaire qu'H fil trembler non seulement Courtenvaux, mais princes, princesse ,
dames. cl tout cc qui était dans le cabinet.
On l'entendait de a chambre. Le· menaces
de lui dter s.a charge, le termes les plus durs
et les plus inu ilés dans sa bouche plurent
ur Courlcnvaux, qui pâmé d'effroi el prêt à
tomber par lel're, n'eut ni le temps 11i le
moyen de proférer un mot. l,a réprimandr
finit par l11i dire avec impétuosité : &lt;( orLez
d'ici! » A peine en eut-il la force el de e
traîner chez Iui.
Quelque pell. de cas que sa famille ril de
lui, elle fut étrangement alarmée; chacun eut
recours à quelque protection. Mme la duch~ ·
de Ilourgogne, qui aimait forL la duche e de
Villeroy et la maréchale de Cœuvres, parla de
on mieux à Mme de Maintenon el même au
roi. A. la fin, il 'apni a, mais avec avis qu'il
chasserait Courtenvau;- à la première de es
sottises et lni ô1erai.t • a charge. Après cela, il
osa en reprendre les fonction . Lo.eau e d'nne
scène si éLrange était que Courtemaux avait
mis le doigt sur la lellre à toute la cour, par
le vacarme quïl avait fait d'un changement
dont le molif saul.a.ÎL aux i·eux dès qu"on y
prenait garde; et le roi, qui cachail avec le
plus g1·and soin ses espionna«e , auiL complé
que ce chaagemenl ne s'apercevrait pa , et
élail outré de colère du bruit &lt;1uïl aYaiL fail
el qui l'avait appri cl Fait entir à tout le
monde.
Quoique déjà san con idératioa , sans
agrément, ans familiarité la moindre, il
en demeura plus mal avec le roi et ne 'en
rclem de "a ill : ao a famille, il étail
cbassé cl .a charge perdue.
SAI T-Sl!I\O .

C.UIPAGNE o'ESPAGN1,:. -

BATAILU: DE , · 1c11. -

D'apres le desSill /Je C•

t

•

.Lol\NCI.Olli,

Mémo ires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXX (suite).

ment, el dès lor mon e1altation se calma.
U~ momcnt lucides n'en étaienr pas moiu
,Je _me !rou1•ais lj, ré aux soins de mon do- ~rem:_. ,le _contemplais avec douleur ma pémest1q ne, et, malgré son zèle, j] ne pou ,·ai l nible !luallon et l'abandon dan leqael je me
me procurer ce dont j'a\'ais besoin· ma ma- lrou~ais: La mort des champ de La1oille me
lad'ie .•ag!!l"a,·a, et le délire s·empara
' bientôt
pa~:11 a~t douce aupl'ês de celle qui m'attenJe moi. Je me souviens qu'il existait dans ma dait, cl Je retrreU.ai de n'y être po tombé ca
chamlire de. grands tableau.x repré entant les soldai! ... Tandi que mourir de la fièvre
q~~tre partie . du m_onde. L' trique, placée dan.s un lit, ~or _qu'on comLoltail auprès de
~fl\:tnt mon ht, ava1l à ~c pied ua lion mm, me pai·a1ssai1 une chosr horrible et pre _
1!DOrme, doal les yeux me semblaient filés
que bonlcusc !...
fi~Jr moi, e~ je n~ le pcrdai · pas dl' ,,uc ! ...
J_'~Lais depuis un mois dans cette lerriLlc
Enfin, un Jour, JC cru le l'Oir remuer et
po .ilmn, lo_r que, le 26 aollt, à. l'entrée de 1a
roulant prévenir on attaque, je me lev~i ~ - nmt, une ~pouvantahlc détonation se fit en~ncelant, pri_s m?n s~bre , et, frappant lendre Lout à ~up .... L? l~rre trembla; je
d estoc et de la1~le, .3e mi le lion en pièces. crus que la maison allait s écrouler I C'était
,\pr~s. cet exp~ml digne de don Quichotte, je la forl_ere se d'Alméida qui Tenait de sauter
lomLa1 à demi évanoui sur le c.,treau, où le p_ar _suite de l'erpl~sion d'un immense magadocteu r Dlancheton me trouva. U lit enle,·er
sin ~ paudr?, el h1en que Rodrigo soit à une
Inn les tableaux qui garnis aient l'appartedem1-;ourace de reUe place, la commotion

s'y ét?il fait vivcmei1~ senLirt. .. On peutju,rer

par 1~ de ~lîets qo elle avait produits dan .
Alméida ~cme r... Gelle rnalhcurcu e place
fut d~trwl~ de fond en comble : il n'y re ·ta
que six: maison debout. La garni on eut six
cents hommes frappes à mort et un très "rand
nombr d: hie és. Enfin. une cinquant.aiuc
de França1 , occupés aux: tra"aux du sii\gr
furent frappés par des ~clats de pierre. Lord
Wellesley, conformément au:t instructions de
son gou,·crncmenl., voulaaL m :na"er le sang
de l'arm~~ Lrita?nique aux dépens de celui
d? ses aWes, apres avoir conÎt • la défense dl}
C1ud?d-Rodrirro aux troupe espagnoles qui
"~oa1cn.t de uccomLer, avaiL abandonné celle
d A.l.mé1da aux Portugais, en ne lai a.nt dans
cette pJ_ace qu."un eul Anglais, le géoérnl
Cox, qui en était gomerneur.
Ce brav,c otficier, ne se lai sanl pa intimider par I affreux désastre qui 1•enait de &lt;lr-

�MiJM01]tES DU GÉJY'É]t.lll. 'BA1(01Y DE .MA]t'BOT

1f1S T0-1{1.Jl
de Portugais apportait ent~e les é_lat de siru.ire presqne tous les IDO)'CUS de rési tance,
tuation de troupe tr:10ça1ses CJUI se troupropn h à la garni on de se dé~endre e_ncore
vaient dans la Pi!oinsulc el le nombre i•éel de
dl!I"rièrc le décombres de ln cité; mal. les
combattant qu'elles pOU\'aicni .opposer à
troupe porlu~ai es, e_lfr~Jél! el eplraîm1cs
l'ennemi. Ain i, la force dn denxi me ~orp~
par lt!ur orficmr , principalement par Ber(celui de oult) était porlée sur le papier a
nard1, Co. ta. le gouverneur. et Jose Bareiro ,
47,000 hommes; mai en déîalquanl les garchPf des artilleurs, 'C révoltèrent, et le génénisons laissées à ... antnnder, à la Coro&lt;1ne el
ral Cox, abandonné de tous, rut contraint de
au Ferrol, les 000 homme emplo~·és pour
capituler a,·cc Ma. :oa. . .
.
.
le erviœ des communications, el 12,000 maUn a dit que le nénérahs 11ue Ira~Ç!US a~:ut
lades le nombre des pré ·ent ou les armes
.éduit les cher portugai , et que l esplos10n
n'excédait pas 25,000, qui' al•anl comlJalln
fut le rr·ultat de leur trahison : c'est une
tout l'hiver dans un pays montag11cux el .couerreur. Personne n'arnit mb le feu; il 11' ut
,•ert de neige, étaient excéJés de fa~tru '
pour cause que la négligence d ar_Lificicrs
manquaient de cha.11 sure • souvent de nvre.'
de la arni on qui. au lieu d'ex.tr:nre d~
el n'avaient que des chevaux ~ara sés pour
c.1.ve le Looneaux dll poudre les uns :ipr 'S
trainer l'artillerie dans des cbemms all"rcu~ l ...
le autre· en refermant les portes, aprè
Ce
fut avec d'au si faible moyens que, 1 Em'
chaque sortie,
avai,·nl eu l'imprudence d' en
pereur pre crivit au maréchal oolt d entrer
rollier uue Yin°laine à la fois dan la cour du
1.&gt;n Portugal.
.
château. Il p:rail qu'une Lombe française'.
LI comptait, il esl vrai, ur la \'a.leu~ d
tombant sm 11n de baril ·, y mil le feu, qui
troupes du deuxième corps, presque enll~r_e•
.e cornmw1iqua de proche en proche à tous
ment
composé de vieux oldats _d'.Auslerl~11.
CHAPITR_E XXX 1
les autre.s, formant une trainée jusqu'au centre
et de Friedland, el avait le proJe~ de I.nre
du grand magasin, et fit aoler cet _établi eattaquer fa Portugal d'on aut~e col~, par le
de outL en Portugal. - Pti e ù.i Chavè,;
rneul, doul l't:xplo"loion rcn,;er a la ville et en- Cnmpa•'fül
et.lc0 Ilr:iga. _ Siëg el pri~ ù'Opor!o. - Le trom• corps du maréchal Victor, ~m deva_1t à Cel
dommagea ses remp:irls. Quoi qu'il eo oil,
de Porl\1gal c~l ulferl ii Soult.
elîet s'a,•ancer de l'Andalousie \'er- Lisbonne,
le ;\nglais mfrent en jugement 1~ deux chef:
el 'J réunir à oult; mai la fortune ne
Pendant
que
le
marécbal
Ney
conteoait
1~
porlll!rois. l!crnardo Co~La fut pr1 • condamne
.anclionna pa ce calcul.
et ru ~lié!... Clarciro pa.ninl à s'évader. Ces royaumes de ~ turie el _de Léon, le marcCe ful le Ier lévrier i 09 que le maréchal
deux officiers n'étaient certainement pa cou- cha1 Soult qui venait d'ajouter à la conquête
oull,
après nvoir prévenu le mar~al e-y
pables da crime de trahison : on ne pouvait de la Co;ognc œlle dn port militaire du r1u 'il abandonnait la Galice ~ sa surve.ill ance'
leur reprocher de n'avoir pa continué une
se mil en marche rnrs le Minho, neuve condéfense dé e pérée, dont tou.t le ré ultat eùl
sidérabJe qui, de Mclgaco à on embouchure,
été de conserver quelques jour les décombres
. re L'Espagne du Portugal. Le. maréchal
_epa
d l
d'Alméida, tnndis que l'armée :mg~ e restait
Soult essaya de le passer _aux environs e a
tranquillement crunpée à demi lieues de La
ville fortifiée de Tu)·; m:us la for_ce du couplace, sans faire aucun mo1miment pour 1
rant el le feu des milices portugaises po tées
secourir.
sur la rive oppo ée ayant fait avort~r. cette
Après s'être ain·i emparé d'.!lméida, le
eX Pédition ' le µiaréchal, avec• une act1v1té liet
maré,·bal las éna, ne pouvant s'établir dans
une i!!Ueur admirables, pr1l ~e nouve _e
lt-s ruines de celle \'ille, transporta on qaarl"!!'De d'opérations, el voyant qu il ne pou,·ait
Licr général au fort de la Conception, situé
~averser le fleuve sur ce point, illc remonta,
sur L'extrême frontière d'E pagne. Les Franle franchit à Rihada-Via occupa Oren e,
çais avaient détruit une pa~tie, ~es for_t~capuis, redescendant le Minho, attaqua T~~:•
tion • mai les bâtiments mt.èr1eurs 'latent
'en empara el en fit sa pla~ d'~rmes, ou il
conservés et pas ablement l_ogeali~e~- Ce . r?_L
lais a une partie de son arttller1e, se gros
là. que Masséoa prép.1ra l e1~éd1t1on qu tl
bagages, les malade et les bles~és, à. l_a
devail entreprendre pour condmre son armée
arde d'une forte garnison, ce qm rédu1 il
à Lisbonne.
f.armée expéditioon(lire à , 20 000 co~bal•
Moa frère et plusienr de mes camarade
tants, a,•ec lesquels ~oult s iwan~.a hardiment
profilèr11nt de cet~ ~ns~nsion des _hostilités
ur Oporto.
.
pour venir me ,·01r à C1udad-Rodr1~0. Leur
L'anarchie réaoait dans celle grande ville,
présenoo accrut le calme que la pr1 ·~ d Al"
la econde du royaume;
l'évêque, 'étant em·
méida avaiL apporté dan~ me espr~~s. L~
paré du comDlandement, avail réuni un Ll"t\S
fièl'fe disparut, el peu de ~ou~s aprè J entrai
grand nombre ?'~abitanl~ de~ ~mpagnes
en pleine convalescence. J avai ~àle de chanvoisines qu'il fai ·2.1t travailler a d 1DU11en es
ger d'air et der join~r l,c quart1e~ 11éné~al à.
fortification tracées par lui-même. Le pe~ple
la Conception. On cra1rrruu~ tout.ef?1 .~u~ Je ne
vivait dans la licence, les troupes dans 1. rnpu e faire à cheval le traJel, qm net.ail que
ÎIÎARÉCIIA.L OULT, ot·i; .DE DAU!. m.
subordinaLion, les généraux ne pouvarnnt
Je queltjues heures. Je parti cependant, . t, Gnvure de DEMABE • .taprès le 1.1bleJ11 ;le Roc1u..i1r.. s'entendre, tous voulaient être ind 1pendants;
a1•ec l'aide de mon frère et de quelque: amis,
(M11sc!e de l'a-som&lt;!.~.)
.. ,La
enfiIl, le d ordre était à on comble!.
.
.
j'arrivai au îort, J'étais heureUI de me r_eréoence el l'évêque étaient e~emi .JW:'"~;
trouver au milieu de mes camarades; 11
cbacun ava.it ses adhérents qm assassrna1ent
arnienl craint de ne plu me revoir el me Ferrol, avait réuni se _troupes en_ Galice, à les hommes marq 11ants du parti oppos~.
reçmenl trè alîectucusement. Le maréchal, Santiago, et se préparatt à envahir le Por- Telles étaient les dispositions que _l'on ava~t
donL j'étai séparé depui le jour où je L'avais tucral.
. I . d .
Par suite d'une illusion qw w evmt pri e '(X&gt;Or rê ister à l'armée. Mais eelle-m_,
porté dans mes bras, pour l'éloigner des cabien que faliguée par de marches cont1:
non de Rodrigo, ne me clit pn un mot de funeste, apoléon ne comprit jamais énorme ru:clle el par Ja multitude des in urgé qui
dil:Prence que l'insurrection des E pagnols. e l
ma maladie.
En quittant mon logement, je l'avais cédé
au colonel du 1:i• de cha. eur , M. de Monle quiou, frère aîné du ..éfiéral de _co_ no~,
jeune homme qui avail faiL a~·ec d1 ~ncllon
plusieurs campagne . C'est lm que l Empereur en"oya. en parlémentaire au roi àe P~os e
la \'eillc de la bataille dïêm1. Le fat1~es
i.nccs ante et le c1imat de la Péni.n ale ava1!nt
ohéré s:i santé; il s'arrêta à Ciudad-Rodrigo
et y mourut : cc fut une grande perte pour
l'a1:mée!
Aprè- quinze jour pas és au fort de ~a
onœption, en bon air el dan le repos. Je
r('trOU\'ai la anié, lit plénitude de me · force .
el me préparai à faire la ca°:P~"ne de Portuœ11I. Avant de raconter les evenements remarquables de cett.c célèbre et mafüeure~se
campagne, il c t indispensable _de, ~o?s f:mc
connaitre uccinclement ce qui elait pa é
dan la Péninsule depws f(Ue !'Empereur
l'avait quillée, en I m1.

1

l'environnaient, attaqua à Verin le corps
espagnol commandé par La Romana, ain i
que les Portugais aux ordres de ylveira. Le
premier fut complètement défoit, le second
se relira derrière Cbavès, place forte portugaise dont ... oult s'empara.
L'un des plus grands inconvénient attachés aux expéditions faites par le Français
&lt;fans la Péoin ule, étaH lu rrardc des prisonniers. Ceux que oult :n•ait faits à Charè.
étaient nombteux; il ne saYait où les dépo er
et nccepta la propo ilion qu ïl firent de pa, •
ser au service de 1a. France, bien que la plupart d'entre eux, ayant agi de même lor de
l'expédition de Junot, eussent fini par déserter.
Apr~ l'occupation de Chavès, le corps
e.."tpéditionnaire e dirigea sur Braga, où .e
trouvait une nouvelle el nombreuse armée
portugaise commandée par le général Freira.
Ce malheureux officier, voyant son avanlnarde battue par le Français se préparait à.
effectuer sa retraite, lor que es troupes,
presque entièrement composées de pay ans
levés en masse, crièrent à la trahi on et le
massacrèrent! En ce momenl, l'avant-garde
française, commandée par le géaéral Franceschi, ayant parn aux. porte de Braga, la
population se porta vers les prison 011 l'on
avait enfermé les individus so-up(·onné: de
faire des ,·œux. pour les Français, et tous
furcn t é11orgés !
Le maréchal oult ayant fait attaquer l'armée ennemie, celle-ci, après une courte et
vi,·e rés1slanœ, fut mise dans une déroule
complète, et perdit plus de 4,000 hommes,
ainsi que toute on artillerje. Les fuyards,
en traversant Ilraga, tuèrent le corregidor el
commençaient tt mettre la ville à Ieu et à
sang lors!fle, poursuivis par les troupe. fran~
çai es, ils se sauvèrent par 1a roule d'Oporlo.
Les avantages que le maréchal oult ,enail
d'obtenir à Braga fu.rent bien affaibli par la
perle qu'il fil à la même époque; car le
g'néral portugais ylveira, qui s'était jeté sur
le llanc gauche de l'armée française, pendant
qu'elle marchait ur Braga, avait investi et
nlcvé la ville de Cbavès, où il nous prit
00 comball.anls et 1,200 malades. Soult,
ignorant cc fàchcnx événement, lai a dan
Braga la division Ileudelet, et continua sa
marche ur Oporto. Le ennemis disputèrent
vaillamment le pa age de la ri\--Ïère de !'Ave,
mai il fut néanmoins forcé. Le général français Jardon y fut tué. Furieux de leur défaitr,
le Porlogais massacrèrent leur chef, le ,.,.énéral allongo. Les divisions françai es de
gtfoéranx Mermet, Merle et Franceschi se
trouvaient alors réunie ur la rive gauche de
!'Ave, el le chemin d'Oporto leur ~tait ou\'Crt. Elles se concentrèrent sur le front des
retraacbements qai couvraient la ville eL le
camp, contenant au moins 40,000 hommes,
dont la moitié de lroupe.s réglées, commandées par les généraux Lima et Pereiras; mais
l'autorité réelle était entre le main de
l'é~èque, homme 'Violent. qui dirigea.il la multitude à on gré; aussi les historiens anglai
et portugais l'ont-ils rendu responsable du

ma acre de quinze individus de hauL rang

le\'er du soleil leur permît d'all.aquer le
corp de la place.
.
dn peuple, lorsque celui-ci fut exaspéré par
Le ~9 mars, jour néfaste pour la ville
la vue des colonnes françaises.
d'Oporto, le temp étant redevenu serein,
Oporto, b:lli sur_ 13 rive droite du Dour~, no troupes se portèrent avec ardeur au
est dominé par d'immen es rochers garnis combal, que, elon e projets de la ,•eille, le
alors de deux cents pièce de canon. On pont maréchal en°arrea
d'abord sur les ailr pou!'
0
•
de bateaux, long de delll: cent cinquante tromper le ennemi . Ce tratatTèJne rées 11
Loi es, unissait la ville au faubourg de Villa- complètement; cor I s nénéram: portn«ais
Nova. Avant d'attnquer Oporlo, le m:iréchal all'aiblircnl dé,nesurément leur centre pour
Soult écrivit au prélat pour l'engarrer à épnr- renforcer leurs flanc . 1,e maréchal on 1t.
gner à celte 1?rande ville les horreur· d'un fai.anL alor battre la charoe, lance Tes
siège. Le prisonnier portugai qu'on chargea colonne française
ur ce poinl. L'attaque
de ce message fut sur le poinl d'èLre pendu! fut impétueuse· nos oldats enlèvent braveL'évêque entra néanmoins en pourparlers, ment les retranchements, pénètrent au delà,
mai sans faire ces er le feu des rempnrts;
'emparent de deu-x forts principau '-, où il
puis il finit par refu er de se rendre. ll pua il entrent par les embrasures, tuanL ou di.pcrqu'il craignit d'èlre victime de la populace
sant tout ce qui ve11t résister.
dont il a...-ail lui-mème exalté la fureur par
Après ce glorieux uccès, plusieurs batailde îaus es espérances de succès. Le 2 mnr.
lon vont prendre en queue le aile. portule maréchal, voulant détourner l'attention rraiscs, pendant que oult ordonne à une
de ennemis du centre des retrancbemenls, auu·e colonne de marcher droit sur la Yille,
par où il comptait pénétrer dans la ville, fiL en se diri!?eanl vers le pont. Ain i chassée de
attaquer leur aiJes. La dhi ion Merle enle,a ses retranchements, et coupée en plusieur
sur la gauche plusieurs clo fortifiés, pen- partie , l'armée portugaise perdit tout espoir;
dant que les généraux Delaborde et Fran- sa déroule à tra-vers la ville fut affreuse.
ceschi menar,aicnt vers la droite d'autres Une partie des fuyards gagna le fort de an10ouvratres extérieurs. ur ces entrefaites, quel- Joào, sur la rive du Douro, et là, [rappé de
ques bataillon · ennemis ayant crié qu'il
terreur, ils cherch~renl à lraverser le lleu\'C
!Voulaient se 1·endre, le général Foy s'avanra à la nage ou dans des barques. Eu ,,ainLima,
imprudemment, sui1•i de on aide de camp. leur général, lendit remarquer combien oellr
C"elui-ci fut tué, le général fait prisonnler, tentative était périlleuse . lis l mas acrèrcnt
mis complètement uu et t.raîné à l'instant el, voyant Je Français a'l"anœr toujour , il
dans l'intérieur de la ville. Les Porlurrais essayèrent de nomeau le passage du Douro;
exécraient le général Loison, qui les avait mai presque tous e noyèrent! Cependant,
baitus. Ce général ayant depui longtemps le combat continuait encore dans Oporto; la
perdu un bras, les ennemi l'avaient sur- colonne que le maréchal avait Fait marcher
nommé fai1eta (le manchot). En vo ·ant Je sui· la ville, aprè. avoir bri é les barricade
général Foy prisonnier, la population d'Oporlo, qui déreodaient l'entrée des rne , était arrivée
croyant que c'était Loison, se mit à. crier : aux approches do pont, où les horreurs de la
« 'ruez, tuez Maîieta ! &gt;&gt; lai, Foy eut la pré- "uerre s'accrurent encore. Plu de 4,000 persence d'esprit de lever es deux mains et de
onnes de Lont àge et de tout sexe eâcom~
les montrer à 111 foule. Ce1le-ci reconnut on braient c pont, qu'elles 'e1Torçaie11t de
&lt;'rrenr et le laissa conduire en prison. L'éyê- pa er, lorsque I baueries portugaises de la
que, bien qu'il eùt seul amené les cho es à rive opposée, apercevant le Français qu'elles
cet état de crise, n'eul pas le courage de voulaient empêcher de franchir le fleure.
braver le danger, el, laissant aux généraux ouvrirent un feu terrible sur celte masse
Lima et Pereira le soin de défendre Ill ville tumultueu e, dans laquelle les boulets flr~nt
comme ils pourraient, il 'enfuit avec une un aiireux ravage sans alleindre no~ troupes,
honne e corte du CÔlé opposé à celui de et, au même in tant, un détachement de
l'attaque, traversa la rivière et ne 'arrèta cavalerie portugai e, embarrassé p:ir les
qu'an couvent de la erra, bàti au ommct fuyards, traversa au galop cette foule époude la montagne escarpée qui, sur la rive vantée, en e frayant un chemin sanglnnt l
11uuobe, domine le faubonr"' de \'illa-Xova; Chacun cherchant alors on salut dans les
de là le prélat pouvait, en toute ilrelé, être barques qui formaient le pont, elles furent
spectateur des b.orreur du combat du len- l1ientôt encombrées, el, n pouvant soutenir
demain.
le poids de tant d'individus, plusieur s' nLa nuit fut affreuse pour le babitants foncèrent. Le pont fut ainsi romp □ sur
d'Oporto. o orage ,·~oient ayant éclatê, les quelques points; et comme la foule se port.ait
soldats et les paysans porlugai prirent le toujours en avant, dè millier· d'hommes
siUlemenL du vent pour le bruit des balles arrivés alll. coupures du pont, étaient préciennemie ; alors, malgré les officiers, la fu il- pités dans le fleuve, qui fut bientôt cou\'erl
lade et la canonnade partirent sur Loule l:i de cadanes, sur lesquels venait i•chouer el
ligne, et le bruit de deux cents pièces d'ar• périr tout ce qui tentait encore le passage.
tillerie se cônfondit avec celui de la foudre el
La premier Français qui arrivèrent, oudes cloches qu'on ne cessait de sonner .... bliant le combat, ne virent plus que des
Pendant cet affreux tintamarre, les Françai , inalheureut qu'il fallait secourir, et en arraabrités dans les bas-fonds contre les balles et chèrent un bon nombre à La mo,·t; plu
les boulets, allendaient avec calme (Ille ·Je humains en cela que le artilleur portugais
qu'il ne voulut ou. ne put au ver de la fureur

0,

�111STO']tl.R _ __ _ _ _ __ __ _ __ __ _ _ _ _ _ _ _,_.,p
qui, dans l'espoir d'alleindrt• quelques Français, tiraient sur leurs propres concitoJens !
Nos·soldats, à l'aide de planches, franchirènl
les coupures du pont, arrivèrent sur fa rive
droite,. emportèr1ml les bat~eries ennemies
et s'cll(parèrent du faubourg de Villa• Nova.
Le passage du Douro se trouva di&gt;s lors assuré.
Les malheurs de la ville semblaient toucher
à leur fln, lorsqu'on apprit que 200 hommes,
formant h garJe de l'évêque, s'étaimt enfermés dans son palais, d'où ils fai~aient feu
par les fenêtres. Les Français y coul'urent,
el leurs sommations étant restées inutilt!s,
il, bris~rent les portes et passèrent tous ces
séides au fil de l'épée.
Jusque-là nos troupes u'a\'aient agi que
d'après les lois de b guerre; la ville et les
habitants a\'aicnt été respectés; mais en revenant de l'a~saul de l'évèché, où ils s'étaient
fortement animés, nos soldats apc-rcurcnl sur
la grande pfoce une trcnt:iine de leurs camarades, que les Portugais avaient pris la veille,
et am.quels ils \'enaient d'arracher les Jeux,
la langue, et qu'ils avaient mutilés avec un
rarflnement de barbarie digne de cannibales!.., La plupart de ces malheureux Français respiraient encore!. .. A la YUe de ces
atrocités, les soldais exaspérés ne respirèrent
plus que ,·engeance et se porlèrenl à de terribles représailles, que le maréchal Soult, les
généraux, les officiers, el même un grand
nombre de soldats plus calmes, eurent Loule
sorte de peine à faire casser. On porte à dix
mille le nombre de Portugais qui périrent
dans celte journée, tant à l'avant des retranchements qu'au pont el dans la ville. La perle
des Français u'excéJa pas cinq cents bommes.
Le général Foy fut délivré, à la grande satisfaclion de l'armée. Quant à l'é\'è11ue d'Oporlo,
après arnir vu du haut du com·cni Je 1a Serrn
lo ruine de ses projets ambitieu1 sur les provinces du Nord, qu'il YOulaîL, dit-on, séparer
du royaume à sou profit, il s'enfuit vers Lisbonne. Là, il se réconcilia avec la régence
gouvernementale, qui non seulement l'admit
dans sQn sein, mais le nomma bientôt patriarche de PortugaJ.
La chute d'Oporto permit au maréchal
Soult d'étaLlir une base solide d'opérations.
Le frui t immédiat do la vitloire fut la prise
d'immenses magasins remplis ùe munitions
de guerre et de vivres. 'l'renle vaissl!aux anglais, reLenus par les vents contraires, tombèrent aussi entre nos mains. Adoplaul une
conduite toute conciliatrice, ainsi qu'il l'arail
l'ail à Ilraga, SoulL s'efforça de remédier aux
mau1 de la guerre, et rappela les habitants
c1ui a1,aient fui de )a viHe. L'habileté de celle
administration produisit un excellent résultat
cl donna lieu à uri fait fort inattendu, que les
hi~toriens oul mnl expliqué et dont les journaux de l'ilpo11ue n'osèrent faire mention.
Les Portugais ne pouvaienl pardonner au
prince régent, chef de la maison de Bragance,
de les stoir abandonné, pour tran~porler le
siège du gouvernement en Amérique. Ils prévo}'aient que le résultat de la guerre actuelle
serait de faire du Portugal une dépendance
du Ilrésil ou de l'Espagne, ou bien une colo-

nie nngh1isc, tout.es choses 11ui leur répugnaient également, et, pour conserver leur
nationalité, ils songèrent à se donner un roi.
La comparaison qu'ils firent entre le gouvernement de Soult et l'horrilile anarchie qui
l'avait précédé, étant tout à l'aYantage du ma-

récbal, le parti de l'ordre se réveilla, ses
chefs se rendirent auprès du maréchal Soult
et lui proposèrent de se mettre"à leur Lèle
pour former un gou\'ernement indépendant.
Se croyant justifié par les circonstances, Soult
ne découragea pns cc parti, nomma aux emplois ci\ils, Jera une légion portugaise de
cinq mille hommes, el se conduisit avec tant
d'habileté, qu'en moins de quinze jours les
villes d·Oporto, de Braga, ainsi que toutes
celles des provinces conquises par lui, envoy~rent des adresses signées par plus de tren Ie
mille iodi1•idus de la noblesse, du clergé el
du tiers état, exprimant leur adhésion à ce
nouvel ordre de choses. Le duc de Rovigo,
ancien ministre de l'Empereur, assure, dans
les mémoires qu'il publia sous 1a flestauration, que Soult refusa ces propositions; cependant, un très grand nombre d'officiers français qui se trouvaient alors à Oporto, notamment l,is généraux Delaborde, ttlermel, Thorni1:res, ~forle, Loison et Foy, m'ont afïil-mé
a\'oir assisté à des réceptions dans lesquelles
les Portugais donnaient au maréchal Soult le
litre de Roi el de Mnjeslé, que celui-ci acceptait avec beaucoup de dignité. Eufio, un jour
que je questionnais à ce sujet le lieutenant
général Pierre Soult, !rère du maréchal, qui
avait été mon colonel, el avec lequeJ j'étais
fort lié, il me répondit avec franchise :
(t Comme, en emoyant mon trère èn Portu&lt;&lt; gal, !'Empereur ravait aut,orisé à cmplo1·er
t( tous lei; moyens pour arracher ce pays à
« l'.llliance dt! l'Angleterre et l'attacher à celle
« de la France, le maréchal voyant la nation
« lui offrir la couronne, pensa que t;e_ moyen
«' n'avait pas été excepté par Napoléon, étant
« non seulement le meilleur, mais le seul qui

(( pùt unir les i11térêls du Portugal i1 ccu, de
(( l'Empire; il devait donc l'employer, sauf
« ratification de !'Empereur. &gt;&gt; Ce &lt;1ui prou\'Crait que Pierre Soult avait raison, c'est que
Napoléon, au lieu d'exprimer le moindre mécontentement de ce que le maréchal eût accepté d'ètre roi de Portugal, lui donna des
pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux qnïl
avait en entrant dans ce pnys.
J,'Empereur ne fit en cela que céder aux
exigences de la situation qui lui rendaient 11·
maréchal Soult inùispensaLfo, et est-il 1·rai
que Napoléon lui écrivit : (( Je ne me sou« ,iens que de votre belle conduite à Austrr« lilz ! »... C'est un point qui n'a jamais étr.
éclairci; car le maréchal lw.rtrand m'a dit
que, dans les longs entretiens qu'il avait eus
à Sainte-Hélène avec Napoléon, il voulut plusieurs fois amener la conversation sur la
royauté éphémère du maréchal Soult, mais
que l'F.mpereur garda toujours le silence 11 cc
sujet. Bertrand en concluait que r Empereur
n'avait ni encouragé ni bldmé cc que Soult
avait fait pour obtenir la couronne de {}or tugal, el qne le succès de cette entreprise t'll
eût fait absoudre l'audace.
L'Empereur avait d'aborJ eu la pens~c de
réunir toute la Péninsule eo un seul État,
dont son frère Joseph aurait été le roi; mais,
ayant reconnu que la haine réciproque des
Espagnols el des Portugais rendait et: projet
impraticable, et désirant cependant arracher
à lout prix le Portugal à la domiTiation deg
Anglais, il aurait COl1.8enti à donner la couronne de ce pays à l'un de ses lieutenants,
dont les intérêts eussent été ceux de la France.
Puisque le maréchal Soult a,,ail obtenu le
suffrage d'une grande partie de la nation,
Bertrand pensait que NapoMon se serait dét:erminé à ratifier ce choix. L'Empereur aurail
ainsi assuré l'alîermissement du roi Joseph
sur son trône et l'expulsion des Anglais de
l'Espagne eL du Portugal, dont la guerre
commencaiL à le fatiguer, en l'empêchant de
porter ses vues sur le nord de l'Europe.
Quoi qu'il en soit, dès qoe l'offre faite au
maréchal Soult par les Portugais fut connue
de son armée, elle produisit une grande agitation eo sens divers, car la troupe el les officiers subalternes, dont le maréchal était fort
aimé, ne blàmaienl ce projet que parce qu'il~
le croyaient contraire aux intentions de !'Empereur. Cependant. le l1ruit s'él:mt répandu
que 1~ maréchal n'agissait qu'avec son agrément, l'immense majorité de l'armée, séduite
par la gloire que devait lui procurer la conquète du Portugal, se rangea dès lors du côté
de Soult el se tint prille il le soutenir dans des
projets qu'on lui rrprésentait comme utiles à
la France ainsi qu'à !'Empereur. Toutefois,
un grand nombre d'officiers supérieurs et
quelques généraux craignaient que ravènement de Soult au trône de Portugal n'engageât l'Empereur à l'y soutenir, en laissant
indé6nimont le 2e corps dans ce pays, pour y
colonisrr à l'exemple des Romains; ils s'écrièrent qu'on allait les engager daus une
guerre sans fin, et cherchant à faire trè1·e
aYec les A_nglais, qui occupaient Lisbonne, ils

�msTO'l(1ll
résolurent d'élire un chef, do fairn appel aux
troupes françaises revenues en E pagne, el de
retou.rner tous eruemhle en France pour forcer l'Empcreur :, conclure la paix.
C projet, inspiré par le gouvernement anglais, et do re le plus facile à former qu'à
exécuter, aurait-il eu l'a entiment de toute
le armées e1 de la ma e de la nation françai. c'? C'est ce dont ile L permi de douter.
li reçut cep ndanl un commencement d'exécution. Le lieutenant général anglais Bere ·ford, servant dans l'armée portugaise en qnaLité de murécbal, était l'ùme du complot, et,
par l'entremise d'un marchand d'Oporlo
nommé îiana il entretint une corrC$pondance a\·ec les mécontents français, qui eurent l'indignité de propo er l'arre talion du
maréchal . ., oult, qu'ils remettraient aux a"anlpo tes.
On conçoit dan 'fUelle perplexité la dl:icouYerle de cette con piration d11t jeter Je
maréchal Sot1lt, d'autant plus qu'il n'en connais ait pas les complices. Un ahîme était ouvert devant lui; néanmoins, sa fermeté ne
l'abandonna pa .

CHAPIT~E XXXII
S11q1ri.,c 1l'Oporto, - Relraite de Soult par Je, montagnes. - M11uvois w,uloir du marèchal Victor. .llorl ,de F rancesehi.

Pendant que S011lt était absorbé par Je·
soin qu'il ne cessait de donner à l'adminislration do pay conqui , les nombreuses
troupe nnglo-portugaises que sir Arthur
Welle ley et Lord Bere ford amenaient de Li bonne et de Colmbre 'approchaient chaque
j ur du Douro, et e.n atleigoirenl bientôt les
1·ive . Le général portugai Sylveira, aprè
u·oir repri Chavè sur les Français, descendit la Tamega jusqu'à Amaranthe et 'empara
de cette ville ainsi que de son pont, ce qui
plaçail le corp portugais sur les derrière de
Soult. Cel11.i-ci 'empressa de dîri,.er sur ce
poinL les généraux lleudelet et Loison, qui
cbassèrenl S,·Iveira d'Amaranthe; mais ir
Arthm Wellesley, a ·ant le projet de tourner
l'aile gauche des França.i , fü passer le Douro
en avant de Lame"O à un nombreux corps
anglo,porLugni t11u se dirigea ,,ers Amaranthe. Le général Loi on, malgré les ordres qu'il
avait recu de défendre cette ville à ot1trance,
ab:mdo~na le ,eul passage qui restât à l'armée françaî e pour orlir de b. iluation périlleuse où elle se trouvait. Le maréchal
oult, vosanl qu'une partie des force ennemie cherchaient à rra¾lncr es derrières, pendant qt1e le surplus, marchant ur Oporlo
menaçait de !'attaquer de front, résolut d':1bandonner cette ville et de Faire retraite sur
le trontières d'E pagne. on mouvement, fué
pour le 12, ayant élé retardé de 1'1Ilgt-quatre
heures, par la nooessité de réunir l'artillerie
el de mettre les convois en route, ce retard
lui devint fatal. Les con pirateurs étaient îorL
occupés ; le ord.res du )llaréchal étaient né,.ügés ou mal compris, et on lui lran mettait
faux rapports ur leur exécution. Les choses allaient donc au plus mal lor que, le 12
0

de

,

au malin, les colonne anglaises arrivèrent 11
Villa-~ova.
Soull avait dès la ,·eille retiré e troupes
de ce faubourg, déLruît le pont qui l'unissait
à la ville el fait enlever toutes les embarcations de la rive gau.cbe. Le maréchal, ainsi
rassuré sur ]es tentatives de passage du
Uouro de1•anl Oporto, mai craignant que la
llotle an.,.lai e ne débarquât des troupes sur
la droite de l'embouchure du fleuve, en faisait exactement obsener les rires au-tle •
sou.~ de la rille. llu haut du mont ~erra, ir
Arthur Welles! y planant comme un aigle
sur Oporto, sur le Douro el le pa s environnant, reconnut de cc point élevé qu'au-dessus de ]a ville les po tes français étaient en
Lrès petit nombre, éloignés les uns des autres, et négligeaient le senice des palrouilles,
tant ils secro aient protégé par l'immensité
du fleuve.
li peut arriver à la guerre qu'un liataillon, un régiment et même une brigade isoient
surpri : mai l'histoireoifre bien peu d'exemple d'une armée attaquée à. l'improviste, en
plein jour, sans avoir été prévenue par ses
avant-postes.
C'est néanmoins ce qui adYint aux Françai dan Oporto, et voici comment.
Le Douro fait au-de sus de cette ville un
crochet qui baigne le pied du monl erra. On
conçoit que les Français eussent négligé cette
partie du fleuve lonyu'elle était co11verte par
le lroupes qu'ils avaient à Villa- ova et sur
le erra; mais, au moment oi1 ils ahandonnèrent ces po ilions pour se concentrer sur
1a rive droite, ils a11raient d1i placer des po te en avant de la ville· cependant, oil néglirrcnce, soit Lrahison, non seulement on
avait omi cette précaution, mai on aYaiL
laissé ans garde, en dehors de 1a place, un
rrrand nombre de barques, aupr s d'un édifice non terminé appelé le 11011reau s(!minafre, dont l'enclos, s'abaissant de chaque
côlé ju qu'au rivage pouvait conteuir quatre
hatnillon .
En ,·oyanl un poste aus i important abandonné, sir Arthur \ ellesley conçut le hardi
projet d'en faire le point d'appui de son altaque el, s'il pouvait se procurer une embarcation, d'effectuer Le pas age du fleuve
ou les yeux d'une armée aguerrie et d'un
de ses pins célèbres généraux!
11 pauwe barbier s'était enfui de la ville
la nuit précédente, au moyen d'une petite
nacelle, san èlre aperçu par les patrouilles
françaises. Un colonel an°lais, suivi de quel11ues homme , Lral'erse le lleU1'e sur cet e quif et ra.mène à .la rive aanche trois grandes
barques sur lesquelles on place un bataillon
anglab qui Yienl 'emparer du séminaire et
de là renvoie une grande qua.ntitt!&gt; de bateaux, . i bien qu'en moins d"une heure et
demie, 6,000 Ana-lais se froment au milieu
de l'armée française, et maitre d'un poste
dont il était d'autant plus difficile de les
chasser qu'ils étaient protégé par une nombreuse artillerie placée à la riTe opposée, sur
le mont erra.
Le po te franç-ais n'avaient rien rn, et
"'' 346 ...,

l'armée était tranquille dans Oporto, lorsque
lot1t à coup la ville retenlil dn bruit confus
des tambours et de l'appel ; « Aux arml's !

au 1: armes! l'oilà les ennemi.,!

1►

011 put

alors juger mieux que jamais de la solidité
el de la valeur de troupes françai e , qui,
loin d'être découragées p3r cette surpri e, se
précipitèrent avec fureur vers le .éminaire.
Déjà elles avaient arraché sa principale grille
el lué un trè grand nombre d'Anglais, lorsque, foudroyées par les canons de la ri1·e
gauche et menacées sur leurs derrière par
un corps anglai qui venait de débarquer
dan la ville, elles reç,mmt du maréchal
l'ordre d'abandonner la place et de se replier
Ill' allonga, bourgade située à deux lieue
d'Oporlo, dans la direction d'Amarantbe. Les
Anglais n'osèrent pas ce jonr-Ià suivre notre
armée plt1 loin; ils perdirent beaucoup àe
monde dans cette affaire. Lord Pagct, un do
leurs meilleurs &lt;rénéraux, rut crrièvemeJJ L
bles é, et, de notre coté, le général f'oy le fut
aussi. otre perte ne fol pa considérable.
1 o vieille
bandes étaient si expérimentées, si endurcies à la guerre, qu'elles se remettaient plus facilement d'une urpri e
qu'aucune autre; aussi les historiens anglai
conviennent qu'ayant qu'elles eu sent atteint
\"allonga, l'ordre était rétabli dan I s colonnes françai es.
Le maréchal eul certainement d bien
grands reproches à se faire pour 'èlre foi .é
surprendre en plein jour dans Oporlo et à
l'abri d'un flem·e; mais on doit llli rendre la
justice de dire que. dans on malheur, il fil
preuve d'un COUl'age personnel el d'upe fermeté d'âme qui ne e démenLirent jamai.!l
dans les circonstances les plus dir.Gcile .
~n q11it1ant Oporlo, le maréchal faisait
reposer tout son espoir de alut ur le pont
d'Amaranthe qu'il croyait encore occupé par
Loison; mai il apprit le 1:'i au matin, 11. Pefü11iel, que ce général 1•enail d'abandonner
Amaranthe pour se retirer à Guimarai-'ns 1.••
Celte îàcheuse nou,•elle n'affaiblit pa l'énergie de • oult, et voyant que le chemin de la
retraite lm était courJé, il ré, oJut de .e retirer à travers champs, malgré les diFficulté
que présentait le pay . Aussitôt. imposant
silence à toute observation timide, commP
aux murmures de quelques con pirateurs, il
détruisit son artillerin et ses bagarres, .fit
mellre ur d chevau de trait es maladeaiu i que des munition pour l'infanterie, el,
sou une pluie ball.ante, il gravil Ja ierra ou
montagne de Cathalina par un entier rocail1eux. de plus étroit Pt e rendit à Guimaraëns où il trouva les divi ions Loison el
Lorge qui s'y étaient transportée.~ par la
route qui vient d'Amaranthe.
Les force principales de l'armée françai. e
s'étant rêunies à Guimarn 1 ns, san avoir été
attaquées par les Angl:ii , le maréchal Soult
en conclut avec sagacité que ceax-ci avaient
pris la route directe pour aller à Braga et y
couper to11te retraite aux Français, privé
désormais de tout chemin praticable pour
l'artillerie. Déjà les mécontents, au nombre
desquels se trouvait Loison, di aient qu'il

"----------------------fallait faire une capitulation comme celle de
intra; mai aloi , et par une fermeté digne
d'admiration, Soult fit détruire toute l'artillerie de division. Loi on et Lol'ge, el la.issant
a gauche la route de Ilragu, il prit encore les
entiers des montagnes. li gagna ainsi une
journée ur les ennemi et atteignit en dem
marche
alamonde. Li1, coupant 11 an{l'le
ùroitla roule de Cbavès à Draga, par laque1Jl!
il élu.il entré en Portugal lroi mois avant, il
résolut d'é.iter encore les chemins fraJés et
de e rendre à Iontalegre toujours par le,;
montagnes. Aprè une longue marche, les
éclairenrs vinrent l'informer que le pont de
fluente-Novo, ur le Cavado, était rompu, et
qne f,200 paJsans portugais, avec du canon,
'opposaient ù son rétablissement!... i cet
ob tacle n'était pas urmonté, toute retraite
devenait impo sible! ...
La pluie n'avait pas cessé depuis plus~eurs
jour . Le troup , haras ée , manquaient de
vivres, de chaussures, el la plus grande partie des cartouche étaient mouillée . L'armée
angbise devait, sans nul doute, arriver sur
rarrière-garde le lendemain malin. L'heure
de mettre bas le armes était donc venue! ...
Dans celte fàcheu e extrémité, onlt ne
faiblit point. Il Fait venir le major Dulong,
réputé, à juste litre, pour un de plus intrépide officier de l'armée Û'anr;aise, lui donne
100 grenadiers de choix. et le charge de surprendre pendant la nu.il les ennemis qui gardent le -passage. Une e pècc d'assise en pierre
n'ayant que six pouces de large était la cule
partie du pont qu.i ne ftit point détruite. DuJonu, suivi de J2 grenadier , s'y glisse à
plat ventre et s'avance en rampant ver le
poste ennemi. Le Ca-vado débordé coulait avec
impétuosité .... En se Yoyant ainsi u pendu
au-Jessa du torrent, un grenadier perdit
l'équilibre el tomba dans le lîOuO'rc; mais
ses cri furent étouffüs par le bruit de l'orage
et de Ilots. Dulong et es onze nommes atteignirent enfin la riYe opposée, et tombant a
l'improvil;te sur les premiers po tes des paysan endormi , les L11.èrcnt Oil le dispersèrent Lous. J,e soldats portugais, campés à
peu de di Lance, croyant que l'armée françai e venait de traYerser le Ca11ado, 'enfuirent aussi. Le maréchal oult fit sur-le-champ
rlparer le ponl. Ainsi la ,·aleur dul,ravc Dulong saun l'armœ.
Cet officier fut tr~s grièl-ement blessé le
lendemain, en attaquant un retranchement
éle,·é par les Portu.,ais dans un défilé d'un
accès très diîficile, où Jes Français e uyèrent
11uelque pertes j mais ce fut le dernier combat r1u'ils eurent à so11tenir dan eue p~nihle retraite. Il· atteirrnircnt le 17 fonta1 °l'c, où, repassanl la frontière, il renlrèrenl
en Espagne, el se réunirent à Orense : là ils
e mire11L en &lt;'omrnunic.-tlion a,·ec les troupes

MËM011t,'ES DU GÉ1YÉ1tAl. BA~ON D'E MA~BOT - - .

du marêchal Ney. L'intrépide Dulong tut
nommé colonel. (li est mort lieutenant général en 1828.)
Ain.;î e termina la seconde invasion des
Françai en Portugal. Le fer de l'ennemi, les
maladies el le as assinals avairnt fait perdre

de la Cuesta de réunir une nombreuse arm~c
dans les monla!!Des de Guadalupe.
Victor, sortant alors de son apathie. maL·cha contre lui, le battit en plu ieur rencontres, notaJDinent à Médellin, sur les ril'C'
de la Guadiana, el occupa enfin le 19 mars fa
ville de Mérida un mois après l'époque fixér
par l'Empereur. Le roi .lo epb, qui ven:1it
d'elll·ahir l'E tramadme, rappela au mnrécbal Yictor l"ordre de Xapoléon, &lt;pti lui rnjoignail d'l!lltrer en 'Portugal pour c joindre
au maréchal .: oull; mai ' comme celui-ri é1ait
le plus ancien, ''iclor, craiguar1l de se Lro11Ycr en ou -ordre. non seulement ne 1·oulnt
pas se réunir à lt1i mai suspendit fo marche
de la di,•ision Lapisse, qa.i, se lroUl'anl déjà
maitres e du pont d'Alcantara sur le Tage,
pom:iiL opérer une heurcu e diver!:ion en fovem· de • oull, avant que le A.nglai. fu sent
l'attaquer dans Oporlo. Apr a,·oir hésité
pendant plu d'un moi , Viel.or, apprenant
que oult venait de quitter le Portugal, e
hâta de ballre en retraite, et fit sauter le
pont d'Alca.otara, Je plus beau monument du
,,.énie de Trajan 1...
Dès son retour en Espagne, le maréchal
oult, après s'être muni d'artillerie dans le
:irsenaux de la Corogne, eut à Luao une entre\llle arec le maréchal Ney, auquel ü proposa de réunir les force di ponib1es de leurs
deux corps d'arm~e, pour faire ensemble
une nouvelle inva ion en Portugal. Mais ces
deu. maréchaux n'ayant pu s'entendre,
oult, pour refaire se troupes, le conduisit
GÊNÉ.R""L Fov.
à Zamora.
Gravure Je i'l.wa1nssoN, .t'.Jf,ris k labltau de
En terminant, je doi vous faire connaîlre
G i'.RA RllE T. (.Vusèe IÙ Versailles.)
le 'sort de officiers compromis dans La conspiration dont fa:i parlé. Le capitaine adjuau maréchal Soult 6,000 .bon oldal . Il avait dant-major du 1 • de dragon., rgenlon,
emmené cinquantr.-huît pièces d'artillerie; il qui avait été l'âme du complot, fut tradui l
revenait a,·ec Wl -~eul canon; et pourtant, sa devanl un con eil de guerre et condamné à
réputation de vailJa.nl soldat el de général ha- mort; mais il réussit à s'él'ader. , oa colobile n'en f11l point ébranlée, car l'opinion nel, M. Lafitte fut mi en retrait d'emploi.
publique lui tint compte, d'une part, de la Qua.nl au général Loison el au colonel Do11fermeté quïl avait déployée, et, d'autre pnrt, nadie11, qu'on accu ail sans preuves, il n'endes grandes difficulté qu'il avait éprou1·ées, coururent aucune punition. Toutefois, le
tant par les intrigues des conspiraleur.s que mainûeu du général dan l'armée de Porpar l'abandon dam lequel l'Empereur l'a,ait tugal ne pouYait que produire un ellet fà'
lais é, en ne le faisant pas outcnir par le cheux.
maréchal Victor, ainsi qu'il l'a,·a.it promis.
Afin de .mieux faire comprendre au roi JoNapoléon, que les campagnP. d'Italie, seph quelles étroent e vue , ~oull envoya le
d'Égypte el d'Allemagne avaient habitué à général France chi à Madrid . Ce brave et
1 oir es lieutenants obéir avec exactitude eut
Ciccllent officier, étant Lo.mhé dans une emle tort de penser qu'il en serait de même bt1scade de la guérilla du Capuci,w, îut condans la péninsule Ibérique; mais l'éloigne- duit à é\'Îlle. puis à Grenade, 011 la Juule
ment el le Litre de nwrécltttl les a,·aient ren- centrale, le traitant en criminel et non en
du moin. oumis. Ainsi, le maréchal Victor, brave oldal. le jeta dans la pri on de l'.Alhamqui de Madl'id devail marcher sur Lisbonne, bra. l1 fut eo uite trao porté à Carlha0 ène,
par la ,·allée du Tage, et e trouver à Mérida où il mourut de la _fi',re jauuc. Cc fut un~
le 1, Février pour menacer le Portugal de ce perte immense pour l'armée, car Franceschi
c(ité, restn si longtemps à Ta.la,•era-la-Reyna, réunissait lo11les les quali1é d'un général
que son inertie permit au aénéral espagnol con "ommé.
1

(A suivre.)

GENéRA.L

DE

MARBOT.

�"-- ------- ---- - -- -- ----------------

L'Exode des Girondins
l• plttorc.squ• rüh dt Pitlon, public. ptr Jf.,loria,
montrait Je. qM&lt;llc ra~.:&gt;n l'un du plu, populalro de.pute.• Clrond;,u, tnqu• I"'' lu •~nll de.la Conwc.ntlon,
..volt riu1&gt;i
gagn•r la Normandie.. Pluliturs de. su
collcguit, riuMirut il
rtjolndrt. l:n &gt;e réuni0&gt;ant à
Caen lu rcpro&gt;entanu proscrlu upinlcnr lOuln&lt;.r la
provin.or, y formc.r un, aTmi" d• volontalru pal?iotu
ri fflUl'htt i, la aonqu•t• de Parb. Ltun Illusions
Ment courks. L.. pays, prf• de peur, H. d.-lntèrus.ajt
dt lrur quonlk; la ConV&lt;ntion l•nça contn tint un
dicru de min hor, lo /01 : c'italt lëchafaud imminmt.
Le.&lt; fugiufs ré&lt;olurcnt de g•gnu un port de la cote.
bruonn• cr do&lt; s'cm.bar11u&lt;r pour Borduur., ail, p,.n..;,.nt-ib, ils sc.nlcnr acclamé.i. Escortés d'un bataillon
compo,i de volantal,., dt 1'lllt-d-Vllalnc, de la
M•y&lt;nn• u du Flnl1th"c, uuJ, troup, qui leur fin rot« ~del&lt;, Ils •• mirmt tn route, ~qulpé• u nmù
comme d,.s soldats, Lount, l'un d'cu~. • mit, de cc11c
ntraordlnalrt. odyu«, un ,tell sinj!uliircmtnt o!mounnl qwt. pour falro •uit• i. «hli de Pillon, nOtü tntamon1 i, l'époque où, fnippu par lc dicrc.1 de mise
Iton 11 loi, lu proscriu .se voie.ni forcé.&gt; d.c qulncr
Cun &lt;I, paUT alldndr• Qulmiar, vont tranrscr tout le
p&gt;,y• ,oulcvê contn eux,

ry

.'ou nou dhi àmes en trob troupes, qui
chacune alla se réunir à l'un de lroi ha.Laillons. t ous marchions comme simpl soldats,
r.t cem qui non amicnl reçus parai ai nl
content et fiers d'a,·oir ponr camm·a,frs cell
vin taine de représentant, pour qui la France
pre ·que toute cnlière venail de 'insur!,ler;
car le déparlcmeats coalli~ · n'étaient pa~
n1oin de oi. anle-neur.
Nolre .ituation eut d'abord quelque cbos
ira ez dom et de !rè.s pi11uant. Je trouvai .
po:1r moi, fort a!!l'éable de faire a,·ec CtJ'
brave gen ma journée à pied, d · boire cl
mani.: ·r .i:vec eux. sur ln roule, il' ,•erre de
cidrè, le petit morceau Je beurre el le p~in
d munition; pui , à lo. coucb~, d'aller aYec
un billet prendre modestement mon loaement chez uu paTLicu lirr qui, me cro ·aul un
,·ol11ntairc, ne ·e gènail n11llemenl avec moi,
l'l me di. pem:ail par U1 de tou k l! pèce de c,:..
r~moni '· Celte manière de rair1 charmail no
llre1011s: il c, 1 \l'ai que l'Jlle-PI- Jïlaùzc, 13
Jl&lt;L11em1e el urlo\ll le ~'inisli-re, n'é~it!J~t
point lomb.Sg dno l'énorme faute qu a1mt
faite le Midi, de n·armer que des mercenaires. La plupart Je ce "olonlaircs élnicnt
de j unt's "CD - bien (,)ol'é , ltès in ·truilJ
de la qucn Il quïls ail, ient outenir, cl c1u'il
C'Ùt été difficile d'a.chelrr. Mai · lluelrJlle pr~caulion que l'on eûl pri e, on n'a,·nit pu
empècl1cr d brouillon , des hommes ardents ou faihle., el c1uelque anarcbi L Jl;..
gui ë: de se glisse?' dan le compagni' ·, el
quoique en Lr~ petil nombre, aidés de leur
,•ile t:iclique el de Ioules leur inlrÎ"Ut' , il
.finis aient soment par donner ln loi.
~ous l'avion vu diljà dan Lisieux; OCIU ,
eùmc' bienlôl occa,ion d" n fair!' une e1iwrie1ire plu tri~te.
1

Amériiprn. J\• lui mo11!rr11 Lion. OorJ~am.
,1.ir cille, fai a11l pour la répuhlilfut• u11 dcruil'r elforl, 11uc mon d,:voir .!tait d'aller aider.
- oit, me dit-elle, mai· 11011-, n•· 11011, -éparurons plu .
Je le jnrai. Que de rois je del'(1i , malgrJ
moi, ,·ioler mon ermenl !
A Fougère', le Lalaillo11. e épnrèrent.
Jfo.ye1111e, pour rega"ner La"nl : 11/e:-e!- Vilafoe. pour renlr r dan flennes; le Fut1.~/1•1·e
1·nnlin113iL , a route ·ur Brc.l. Cha ·un de·
trois désirait nous garder et non promettait
IJÙ:loire rie l'CJ'IIOU 1'1'111porléc. Ill' /1'$ l'IJ!J""
Listes rlu Cnfrado~. que. pre. enl:int le rc,te s1ireté chez lni. ùrelti ne um ait pa •• ou
de no. d i~as!re • elle ·c:lail hàtée d11 "en 1re :i"ion. di:lpècM de1·anl noru à l\enne . • un
rp1i nou mandait qu • nou. deloul ce qn'elle a,ail de bijoux. Elle \'CnaiL ml' ami,
déclarer 'JUC, désormois attachée !1 mon ort, ,·ion nou rendre dan cette ville, ou 11ou~
elle accourait l'hercbt•r auprès Je moi \'exil, trou\"erions des moyens de gagacr la rnel', t•l
la mi. •re pcul-èlre, cl certainement une là, 11uelque chas~e-marëe qui nou conduirrtil
foule de danirers. C'est alor- 11uc, pénêlré de à Bordeaux. HarLaroux comk1Llil V1Veme111
sa g. ·11 rositi:, bien comaiocu 1p1e ma mau- cette me ure. li fil ~tintir qu'il valaiL l1caucoup mieux non rendre du côtl; de Quimper,
vaise fortune ne ponrniL rien ·banger ~ ,.,t!
di po. ilion~, j'usni la pr cr de former des où h.er"elegau, notre collè 17 uc, par1i rl1:p11is
lien 1p1e je dé, irai depui · • i longlemp el plu,ieurs jour., nou · aurait inlàillililement
que ~nn di"orc , prononcé d 'puis dix moi" préparé une r lroile momentaoée et de,
moyen d'embarquement. Cette opinion prévalut, el je croi que ce fol lré. heur l1
mcnl pour nou~.
ou prime donc, m·ec le rul bataillon
du Fini tère, le chemin de Fougè're à Dol.
Noo allàmo. coucher à Antrain. je croi : je
di- je croL, parce que ma mt!moil'e 'étnnl
fort altérée, j'ai bien retenu le. fait.. mai.
tantôt les lieUI, tantôl l'époque précu;e de
l'é,fn ment m'échappe; et dans la ca,·emc.
oi1 j'écris. je suis dénué de tout ecours. Je
n"ai pas même une curie de Franre. Au reste,
que le Lourg d' .\.ntraio , oil en deçà ou au
delà de Fou"ère , loujour. est-il certain 11ue
nou y courOme quclq11e p 1riL • Ce lieu
était fort jacohini:!'.~. A peu prè. deux c.enl.
coquin a,11i nt formt: Ir dom: projl'l dr désarmer, pendant 1.a nuit, le bataillon di pcr$é
cb~z les pàrliculier , puis de tomher ur le
dëpulé • pour I covo ·er ~ la Montn~ne.
s'il' e lai •:,airnt prendre, ou l •s ma acrer,
s'il tentaienl quelque résistance. La partie
rut décom-cr!e comme on ache,ait de la lil~r:
pour
ln rompre, now ftme doubler les po les.
LOUVET,
et promener de lionnes palro1ûll ': les :gor/'t)r/ra/1 dt, .sl11e d l(t'J&gt;i par llôNNEVtU. E.
"Cllr s'allère11l coucher.
{C.itinet .k s E,la111fes.J
~[ni un peu a,anl Dol, l'alerle de,·iot plus
chaude; nous reçûmc la nouvelle certaine
eulcment, ne m'avail pa. permi d'obtenir que la municipalité de celte ,•ille ,en.ail de
,·olontaire sou le arm , de
encore. Ilélas. ou quelle· au ·pice ce con- metlre
l1raquer
se
canons
à la ronnicipnlité, el d" ntrat rut juré! P lion, Buzot, 'alles et Guadet
voyer à Saint-~lalo demander les ecour de
furent nos témoin .
fo [emme me ptcs. nil de c-0urir au port la sarde nationale el de la "arnison de cette
le plu. "oi in. et de nou~ 1 jeter dans le pre- place, qui pouvaient, .elon ml¾ -ieurs de Ool.
mi&lt;'r bt11iment qui \'OUlùt non' porter en arrh·n chez eux dan là soirée, c•l par rons ;_

\pri'·~ plu leur, mard1r, 11011-. étiou- llrri,·és à \ïrc. J'y a,ais appris 11nc la \lontagnl'.
enl1ardic par nos rc,·cr . foi . lit dan Paris
des arr talions mullipliél' ; je lrcmhla"
pour ma femme. Un peu fatigué, je m'étai ·
couch1: à ix heure : il tait minuit, je n·avai:
pu f•rmcr l'rcil; on ,·icnt me tlire qu'une
Jam• me ùcni:t11de: c\Hoil clic! Qu'on juµc
ùcs lr,in pnrL de ma joie!
Di~nc ami•! Ù p ,jne le ahO)('Ur. des jo11r11au ,le Pari:. ai-:iie.nt-il lieu.,lé ln 9ra11tle

w···,

r1ucol a ·sez ttil, puisque non~ comptions y
èlre avant midi, mais ijéjouroer ju qu'au ltmdemain. or cet avi , nos braves Fini lllrien.
. e prépatèrcnl; les arille et lei. non furc:nl
cho.rgé·; nou. doublâmes l pa ; nou arri,àmes à Dol deu:t heureQ plu~ tôt; nous y ent rnme a.11 pas de char,..e, la bafonn, ttc au
l,ouL du fus_il: nous allàme nou · mettre en
hnluille tle1·ant l'hôtel de \i118 : les canon
r'-laicnl cllectivement braqués, mais il se turent: Je:; volontaire allèrent en députation
~ommcr le rnairc de 'e pllquer ur les mnu"ais bruüs 11ui courai1ml. li avoua ses démarche , prot&amp;.lnnt qu'elle: n'avoienl point pour
Lut d'arrêl.er le retour du bataillon. mai de
:;ai. ir le 1lépulés ll'ail,·es à la 1mtri1•, qu'il
rcrélnil dans e rail",. Celle répon e rapportée auï Breton , 1 · indigna. i le comrna11danl cl 11ou!I ne nou é1ions réunis ponr
les calmer, la guerre chile r.ommençail dans
Dol. Enfin, il con nlireol à Il pa coucher
Jan: celte ville; mai il y fallait diner du
moin .. 11s ne voulurent point nous r111ilter;
nou man°eàmes prc que Lou ensemble ur
lu place.
- i vous avez tnnt emic de le prendre,
triaient-il nux pa sanr , ballez donc ln crémirale, et 1·ene..:.
Tout ceci ne nou • préparait guère il. ce
qui devait arri,·e.r le lendemain.
A lroi lieues au-de us de llol, ur la
nrande roule de Dinan, où nous devion 1:oucl1C1•, e trouvait un pa sage dangereux;
c'était un défilé sur une bauleur, à l'entnle
d'un boî . Les troi ' mille hommes de 3intfalo. qu'on disait en marche, pouvaient se
porlcr là, el allendre a'i'cc un immense avantage oo - hujt cent llrestoi ·: il le avaient,
n'en fai aient pa moitr bonne contemmcc:
pres1ue lou juraient de périr, plutôt que de
nou abandonner. . oœ éLion:.. nou , dan
lt'ur rang~. hien deddé de oc pas tomber
,ivanl dans les mains des atellite de la
~lootagne. lo. Lodo1ska et quelques femmes
uivaienl dans une voiture. On peul ~e reprécnler leurs alarme . Enfio, parvenu au lieu
redouté, nou n'y rcncontrlmc personne'. A
JJinan, nou. fùmes parfaitement reço i c"était
à 11ui nou olTrirail des lits.
A la poiule du jour un grnnd bruit nou
rérnilla; c'étaient no Fini têriens qui .l' Ji putaienl ur la place ; le molionneur Je Lisieux a, aient pas é la nui l 1t travailler Je
faihl : les faible ' étaient cnlraînés; encmlile, il- aYaient pro"oqué celle assemhlée
•rnéralo; en cmblc ils criaient que la Convention él.anl rccounue, pui ·qu'on venait ù'acceplcr la con Lilotioo, protéger encore le~ dépuhl· qu'elle ,wail de mettre ltor· de la loi,
c'était se con tituer faction. Les honnête
cns, pénélr de douleur, répondaien I que
la majorilt! des département ne reconnaissait
pa. encore les dominateurs de la Comenlion ·
que d'ailleurs liner ou seulement abandonner de ,ertueux repré eolants qui prenanl
eonfiance enliè.re aux prome;;ses du bataillon

~un~

1. On tlOU a -~urJ' depuii, que le . lroÎs
houn'DOS du ainl-llalo nu1ent au contrme. dêlibèru
JI! 11e (IQÎnt 111archer contre leur frère! ilu rini l~re.

l'a\'ai nl préféré aux autre- [1•d..!r · bretons,
c'était Jé honorer le Fini. \ère. Cl'llr pen ·é&lt;:.
urloul, donnait à uos amis, encore les plu '
nomLreu , une vigueur 11oi ne leur ~lait pn,
ordinaire. \'ninement un courrier ,enail d'arri,·er, apportant l'élrongc nomelle que le
troi mille homme de :tint- Ialo venaient
·ur llinan, et que de l'autre etM aint-Brieuc
fai ait marcher de troupes; de orl.e 11ue 10
bataillon allait 'e lrou\'er entre deux feu :
les nôlre di·ait!nt que rien de tmu cela u'élait
vrai emblablc; mai que. toul cela fùt-il ùr,
011 ne de,oit pa, compo er a.rcc f'~ Jcvoirs,
et que la rnorl était prtHérable à la honte. Eullu, le parti 'échauffaient; il ;tait podhle
qu'on en 1•inl aux main ; noui- r; olùme de
prévenir ce malheur, cl de n·e pérer M·ormai · notre alul que de oou •mèm . Quand
le hTaves gens apprirent notre résolution de
quiller le iJatamon, el de nou aventurer ,•er"
(luimper, par Je.~ chemin de lra,·erse, il n'y
a orte d'effort qtùl n'es aya. enl pour nou
retenir. Le parti étnit pri , ils le virent bientôt; et 3.lor. , dn moins, ils nou. prodiguèrenl
les moyens qui no11 - manquaient; nou · ne
Youlûmes rien accepter de louL l'ar enl qui
nous fut oil' ri, mais nous oull'rimes 4u'on
nous complét..il notre ajui,tcmcnL d "olontaîr ~i c'etaiL en celle qunlité tJUC nou alUon~
nou· mellM co roule: il fallait, pour notre
sùrcté, que rien na nou manqu1it. tin alla
nou cboi ir les meilleurs fu il , de lions
sabre , une giherne bien aarnie de cartouche ,
el nous cou,rime encore nos uniforme d'un
de ce sarraux blnnc , bordé· de rouge, 11ue
les soldats en route onl coutume d'a,oir · oo
nous donna pour escorte hl hommes éprouvé~, arm; comme nou ; enfin, un officier
que je ne nommerai pn , nou igna de con,..é qui portaient que oou étion · des volontaires du Fini 1ère, qui retournaient, par le
chemin le plu. cou.ri, à Quimper,lieu de leur
domicile. Nous aYions t1uarante grandes_ lieue
i1 f.,ire à pied par des chemin difficiles; el
la prudence ordonoait que nous ~· mi ion
tout au plu trois jours; il n'y avail donc pa
m01en d'emmener m:i Loùoï k:\ : au moin~
l'alrencc ·erait courte; ell allail, m·ec un
passeporl bien en règle, suivre la grande
roule, el m'atlendrait nQuimper. t\ot.rc • éparati.on nou co1îla pourtant bien de. larme .
\ous parlion c pendaol, el Yoici le moll ll'UL de savoir 'I uel~ l.'L combien nou étions ;
Pélion. llarliaroux, · lie·, Buzot, Cu. y, Le~l"C (d'Eure-et-Loir), llergom" de la Gironde) ,iro1u, Meillant el moi; pni GireyDuprey, el un digne j~une homme, nommé
füouffe, qui était ,eau ooo · trouver à Caen;
entîo, nos -ix guides : Buzot a-vait eneorc on
domestiq1Le, tou au i bien armés que nous;
en loul dix-neuf.
:'\ous suivimes encore. la grande route jusqu 'll Jugon. L1l nous prime la tra1·er e, où
oou füne quelques lieu~, et ,Ùlme à l'entrée de la nu.il frapper ail.X porte d"une
ferme, donL on ne nous ouvrit que la cui ·ne
cl la grange. Dan la prcrniL·re des d ux
pièces nous ne trouvO.mes paur ouper qu'un
seul petit li/J\'re, du pain noir cl du mamais

l'ExoD"E

DES Gr7f.OJVDJJVS - -...

dair..:; el dan ln SPconde. pour couchtir. 11ue
cle la paille ; pourlnnl nou:. mangeàmes forl
\Jien, el nou • dormi me - mîeux. l,e lendemain
à la pointe du jour. il fallut .e. melll'e en
route.
Nou avion déjà évité Lamholle: nou: n~
tl lion trouver dan la Lrarnrse que quelques. mi éraLle~ ,·illages, où dix-neuf :-olda1
n'avaient rien à craindre et drux ou Lrois
bourg· un peu fort , que, par précaution, il
fundrait tourner. lluc erreur de no· "uides
nou · fil lomlier à l'enlréo d'une \Ïlle, c'{,(aÎL
)lonconlour; wm en 6tioo ~i pr··~, 11u'il
lilail 1mpo.-ililc de 'rn écarter nns c rendre ,·u.specls et san - ri. quer d'culendre so1111er le tocsin. J 'ou } entrâmes donc: •'ê1ai L
ju.slcment un jour de marché; plus de ,1uini1·
cents paJ an. étnienl, arccforc-.e gendarmerie,
sur la place, que nous lravcrs:)mr~ avec une
confiance r1ui n"éLait qu'apparente; fliouffe,
mauvais marcheur, était l'e'lé en o.rrièrc, uu
ge11d:1rme l'arrêta, lut on congé, et pal'Lll
tenté de le conduire à la municipnlil~: il
montra de loin ses camarades.
- Et 011 les ratlra perai-je, di L-i l ·l
!Jn le lai a aller.
Ma~ comme nous sortions de celle ,·itle
dannereu e, nou · nme ttne rencontre importante; B'·· vint uou' joindre avec des
démonstration d'amitié, peut-èlre déplacées
dans le lieu où il nnu les prodi •uait. l~ton.oJ
dû ne non pas 1oir arrirer à llennes, il on
était orù à noll'e rencontre: il arai t trou\"é à
Lamhalle ma srear (cëlllit soa ce nom que
Je produi ais ma femme en public; on _aura
pourquoi), Elle lui avait appris quo nous
étions ur celle roule, nous 3\Îons tort de
nous y ha order : Henne:· valait beaucoup
mieux . Il nvail au reste mille chose à
oou dire; il non' priait d'aller l'nllendre
dan de cbanmière qu'il nou montrait
dans l'éJoigneme.nL; il allait nous y appor ter
quelques provision , dont nous avions en effet
grnnd besoin : nou marchions depuis cinq
heures, il en était dix, et nou n'ayions rien
pri . B·.. iwait élé de l'a semblée cons1ituan1e, où. il 'étnit bien comluil; il était, en
décembre ·17 1 2, prt! iùeol de ce club des
~farseillais, qui eùt samé les Pnrisien , iles
Parisiens usent voulu l'entendre; enfin, il
~tait Yenu à Caen. off1cier dan un dt" battùJlon de b Force dépa.rlemeotale : tnut
emhlait ùooc se réunir pour lui r,oncilier
noire conûance. Malheureu~cment il nou fil
perdre une heure d.ms ces ehmmièrc : il
,ioL enlin : le peu de denrée ttu'il nous
apportait «füparut aussitôt. Il ,ommença par
nou prérnoir que qoclque -uns de nous
a ·aient été reconnu à loncontour; lui-même
.ivait entendu dire : - Voili1 Buzot voilà
Pélion. 11 Ensuite il revint I1 son pi-ojct de
Henne • qui fut repous é; alors H nou dit
que nous de,ions être fatigués; c'était l'instant de lach:ùeur du jour; nou· avions déj(1
fait quatre 011 cinq lieues; que n us en fissions encore autant le soir, ce serait assez; il
allait nous conduire à une demi-lieue de li,,
dao un ~pai lailli où nous rc lerioos jusqu'à quatre heures, qu'un de t-es neveux

�111S T0"/{1.lf.

---------------'-..:.---------------- ---------.#

nous apporte1·ail des rafr:ùchisscments; ce ,'~ou déjeunion-; il rc,·i11t encore sur te projet de Rennes. IIllli toujours inutilement.
~eune homm~ nous conduirait ens~te à Lroi
heue plus lolo, chez un parent, ou nous le Alors il nou pre sa de rester dans le paJ où
tro11verions, el rp1i nou aurait préparé quel- nous étions. L'esprit en était e:&lt;Céllent,
ques res1.aurants et de bons lits; nous au- di :ut-il. Lui e charoeait de nous trou"er
rions l'avantage de pas er la nuit dan une plus d'asiles que nou n'étions de monde.
maison s,)rc : celle con idéralion, en efîet l.luzot, quoique dan Ja force de l'à 11e et
[lllissanle, détermina la presque unanimité; vigoureux, élail peu foil à la marche. Celle
e dis 11rei;quc, car moi, j'aurais mieux aimé pligue de la roule J'élonnait. Il appu a.il le
propositions de B.. '; quelLfOe aulres étaient
continuer tout bonnement notre route, avec
aus·i de on avis, mai· Pétion me re ardail
nos guides.
Le voilà parti. Noru; voil11 ton , ventre à en ecouant la tête d'un air méeontent. Je
terre, ilan ce taillis, antollr duqnel de comballi les oll're· awic beaucoup de chamalheureux enfants nou inquiétèrent long- leur. Dl'ux de no amis re· tèrent, quoique
temp de leurs jeux. Ils lirenl retraite ~nfin, j' eu e pu leu1· dire .•.. Je ne soi cc qu'est
mai c'étaiL la ploie &lt;JUi le ' îorçint. Le devenu l'un d'eux : Lesage (d'Eure-et-Loir 1).
mince feuillage de ces pclits arbres plia hien- Quant à Gironst, il a été pris queh1uc moi
lôt ous le faix, dont il e décbargeaiL sur aprè, et il n'e·t plus. Quand 8""" 1·it toute·
nous. Le malaise que nou · éprouvion esl ses oll're rejelée , il nous donna un dernier
difficile à décrire. Le neveu ne donna le signal con il.
- Vous allez, non dit-il lra\'erser un
comenu r1u'à cinq heures. Encore a1•a.il-H
affaire pour un quart d'heure dan le Yill~ge pays où tout rassemblement excite les soupvoi in; il 1' rcsla prè d'une heure el der:ru.e. çons. Une vingtaine de soldats, marchant enemb1e, set•nfont partout u pect ; divisezLa nuit s'approchait quand nous nous revous par trois ou qualr , el rendez-vou , par
mime en route.
Di,mtôl elle tut noire; nous marchions des chemins divor , à. un lieu convenu.
. ·ou ne crûmes pa i[UÏI eùt raison. otre
depui longtemps, el nou o'arrivion pa . li
étail dix heures. Nos guide , e fianl sur le llilÎon faisait alors notre sùreté. 'fou ensemble
"Uide nouvean, n'avaient pas examiné quelle uous parlime·, et l'on verra que nous fitnes
~oule on nous avait fait prendre. Enfin ils bien.
Dans toul le cour· de la journée, rien de
reconnurent qu'on allait nous Iaire lra,erser
un bour" a ez fort, dont je suis bien filché remarquable, si ce n'est qu'à l'entrée de la
de ne p~ me rappeler le nom. Nou décla- uuil nou nou trou1•àme dans un mi érable
ràme que nous n'y pas crions pa • i'os yillage, a une Jieue au-dessus de Roternheim,
"aide avertirent qu'il y avait un autre chc- petite ,ille chef-lieu de district qui se trou~
.
l
min, nous le prîmes : nous tourmons e vait sur notre roule, t qu'il fallait tourner.
bourg. à quelque rustance, lor que nou ~- On conçoit que nous n'étion pa plu L·nté·
d"aller cou ber il Rolernheim que de le traenLcndimes le bruit. de tambours.
ver cr. foule la question était de sa\'oir i
- C'esl la r •MtiLe, dit le neYeu.
- On n'a jamais batlu la retraite à celle nous proCitcriou de la nuil pour dépa e1· Ir
poinlda11gereux; ce qui avait le grand inconhenre dan cette saison, répliquai-je.
j'écoutai, je fu écouter : c étail fa géné- vénient de notlS obli&lt;rer i, coucher dans CJUC'l1 ale.
'ous la reconnûmes tous, excepté le qaes chaumières à une lieue a11 delà, et par
jeune homme, qui prétendit que c'était la con équent d~ nous rendre suspect'; car le
manière de battre la retraite dans on pays. moyen d'imaciner &lt;rue des voyageur , lorsComme nou avions tourné le bourg, dont qu'il e I déjà Lard, prennent la peine de
nous étions déjà a sei éloignés nous vîmes dépasser unn ville où ils auraient trouve de
bons logcmeo L , pour aller chercher de mauarriver B'".
Il nous conduisit chez le parent qui devait ,,ai gites dans quelques bouchon . 'arrêter
en drçà de la ,,ille, éLait plus naturel; la fatinous attendre. U fut ch:ll'mé mai urpri
de nou voir. B'.. avait oublié de lui dire gue de quelques-uns d'enlre nous offrait un
que nous du sions venir; el ce n'était po~ni prétexte a ei pJau ible. ,ou · nou arrêune défaite qu'il eût imaginée pour se dis- tâm donc une lieac en deçà: au reste, deux
penser de quelque dépeo e, car il nous lieues plus loin, ç' eùt élé t-0ut de m~me. L~
donna le lendemain un déjeuner splendide. péril que nous icrnorions n'en devenait que
Pour le soir nous eüme l'omelette et le mor- plus inévitable: où que nou fnssion endorceau de pàlé. Quanl atu bons lils annoncé. mis, il nous vi ndraiL réveiller.
A une heure du malin il arriva.
pour tous, ils n'étaient que deux. ll fallut
- Au. nom de la loi, criait-on, oules défoire, el jeter dans une e~pèce de salon
cinq matelas, sur lesquels nou dùme nous vrez!
'ous élion , Dieu merci, tous dix-sept dans
arranger le moins mal po sible,
qui nou avait enfermés dans sa une nsle grange, où la paille ne nous manchambre, ne vint nous dé empri onner qu'à. '{Uait pas. olre unique chandelle é1ai1
huit heures du matin. ll nou reprocha d'a- éteinte. L'un de nou entr'ouvrit doucement
l'Oir Lrop fait de bruit. " Dn administrateur la porte et la referma sur-le-champ.
- La mai on est entourée, nous dit-il.
d'un district Yoisin » avait couché dans la
chambre au-de us de la nôtre. C'était no
1. J'apprends qu'il csl ~innl, 1 l'on ,n' as,ure
m:mv,JÏs sujet, et s'il nous avait entendus, même
que Gil'oust, doul 011 ;\lontagn~nl avniluaooncé.
nous devions craindre d'èlre pour uMs. la mort li 111. Couvcnli"n csl $au1·é .

B·•-,

.., 35o

w,

n voix menaçante et plu forte répéta
du dehors :
- 1u nom de )a loi, ourrez !
Au itdt, au profond ilence qu'un premier mourement de surprise a,·ait causé
parm1 nou , succéda un eul cri, un cri nnanirnc et vra.imenl terrible :
- Aux arme t
Chacun le cherchait, chacun 'habillait à
tâtons. Cela ne pouyait être fort prompt. Le
« nom de la loi » e faisait de t mp en
emps entendre; mais d'un ton moiu a ur&lt;:.
- ~ous ne orlirons que qnand nou
terons prêts, lui répondait-on.
Je Ill' ·ou,iens tiue mon Cu il e fit IonsLemps chercher; je l'appelai· à "rand cri~,
et j'arone que, rn·accommodant, comme Lou.
les autre d'ailleurs, au role que la situation
commandait, je ne criais ni plus ni moin,
qu'un cordelier. Enfin nous ouvrîmes. l'n
pcr onnage à ruban tricolore barrait la porte.
Un peu derrière lui était un. groupe a, ·e-i
fort de garde nationales. De UamLcaux
éclairaient la scène.
- Qae raisiez-vou là, demanda brmquement l'administrateur de dislrict1
Barbaroux répondit :
- Nous dormions.
- Pourquoi dans une grange'! pour uivit
l'auLre.
ou aurions préféré votre lit, réplicluai-je.
- Qui êles-von , mon ieur le rieur1
Rioulîe lui dit en rianl :
- Comme tous ses camarades, un volontaire hi n las, qui ne 'attendait pas a èlrc
éveillé si matin; mais, d'ailleurs, pas tan
mon..~ieur que vous le croyez bien.
- Yous ! des soldat ! c'e t ce quo .nou ·
allon voir.
L'un de no guide , crue noa a,ions fait
notre commandant, parce qu'il avait scr1•i el
ùien servi cria d'une voix plus que g:tiUardc:
- Certes, vous le Yerrcz.
- Montrez-moi vo papiers, reprit l'admîni trateur.
Pétion dit:
ur la place, cito)'en, si vous voulez
Lien.
ui, oui, crièrent plusieurs ce n'est
pas dans cette grange qu'il faut s'expliquer.
otre commandant nous comprit.
n peu de place, je vous prie, dit-il
au questiom1eur qu'il lit doucement reculer.
Pui en ortant, il cria :
- A moi, Finistère .
Le Finistère accourut toul entier, se ran"ea ur une ligne, el en un clin d'œil, au
;remier mot du commandall.t 1 chaque _fusil
ùlla coller sur chaque épaule; le magistrat
daraissail t.I· étonné; la uitc nous fit voir
qu'il avait crn trouver dans notre compagnie
dix à douze élégants en petite robe de chambre
et le bâton blanc à la main, et seulement
cinq ou s.ix hommes armés. Dans cette hypothèse il avait bien pris se me ures pour
qu·ed cas de résistao~ l'avantage h1i ~cstâ~.
on content de es cmquante îanta sm~, 1l
amenait de la ca1•aleriè. Une brigade de rreu-

L'EXODE DBS Grn.0ND1NS - - ~

'

darmerie caracolait à quelques pas de nous.
fal1Jré !a grande inlërtorilé de nombre, de
homme qui savaienl bien qu'il' ne pou,·aienl
iichapper à l'échafaud que par la ,ictoirc.
pou1•aienL e flatter d'écraser, si on les y
réduisait, cctl~ bande d'agres eurs; mais il
ne uifisail pa que nous
l'ossion fermement résolus, il était bon awsi que le~ assaillauts le u ent : ans i n'épargnions-nous
aucun propos pour le leur apprendre.
- Ils sont armés jusqu'aux dent , rourmuraienl quelques-un de la garde.
En cfftlt, nous arions tous, outre no fusils,
&lt;le fort pistolets. J'arni , pour ma part, un
don que Lodoïsl.a m'avait fait contre le
groupes da duc rl'Orléa.ns, el dont la monh·e
au moins m·a,·ait été pllls d'une fois utile :
c'éla.it une e pingole qui pouvait vomir "ingt
balle· à la fois.
- Pourquoi donc avez-vous lanl d'armes?
demanda enfin l'un des plu hardi .
Je crois 4ue ce rut Buzot qui répondit :
- C'esl que nous n'ignoron pas qu'il y
a dans ce di lrict qur,lques brigands qui se
plaisent à vexer la force départementale; et
nous \'oulons que quiconque ne l'aim pas,
apprenne du_ moin à la re pecter.
- C gens-lb. ne dorment pas apparemme.nl! disais-je, en les toi ant avec in olencc.
- ,\h ! mais ou les cm•erru bien coucher,
111c répondait Barbaroux, à qui sa taille haute
et a. forte corpulence donnaient un ail' plus
impo aaL.
Il y avait dan notre petite i.roupe sept
ueaux grenadiers comme lui; et, parmi le
ix autre , le plu petit portait, comme moi,
cinq pieds quatre pouces.
Oh er,·ez que tout le colloque, &lt;loul je n'ai
rapporté q_ue 1a moindre partie, ai·ait lieu
pend:int C[UC l'admini tralcur , lougeanL te
front de nolre lirrne, enminail nos congés que
nou, produisions successirc.ment. Il Ji nit par
faire arec bumeu r cette remarque qu'ils éla ient
tous d'une même écriture; lt quoi il lui rut
répondu que cela "enait de ce que notre officier se servait toujour de la mème main
pour les signer; et que si chacun de nous eù.L
fabriqué le ·ien, ils seraient lou d'une écriture différente.
- Jlé bien, me sieurs, qu'allez-i-ous faire
~ctuellement? nous demand:H-il d'un air
conlraiot; moi je ,·ou ronscille do rnns recoucher.
Le piège était grossier. Nous répondîmes
que, puisque nou asion été réveillés .i tôt,
nou profiterions de la mésm·enture pour
a,•ancer noire ronte.
11 tira à récart quelques officier , avec lesquels il délibéra un moment, puis rcvenanL à
nous:
- A la bonne heure, dit-il; aussi bien
faudrail-il loujoms quo \'OU.s alla iez au dis•
u·ict où l'on vous attend.
A l'in tant nous l'entendim
ordoimer
ainsi la marche : deux gendarmes ell tête
dix fusilier pour l'avant-garde; me sieurs da
Finistère ensuite, puis quarante tu Hiers et
&lt;leu:x gcudarmes à la queue.
0

An bruit lie ces disposition menaç.1nte ,
notre commandanl cria. :
- Finistère, chargez YO armes.
- Elle · le ·ont.
- La baionnetle au bout!
.\ l'io tant les baïonnettes furenl mi es.

BARBAROUX.

D'après tt,r p,mrail ltll Cabinet des .b'stamteS.

11 se fit parmi no adversaires une rumeur
fa,·orablc : ce n'était pa celle d'un couriirrc
enllammé. L'administrateur accourut tout
effrayé, et d'une voix lremhlante nous demanda si nous voudrions opposer quelque résistance.

- A l"oppre sion ! dit Cuss' (du Cahiados).
n'en doutez pas! omme -nous ùe hommes
libres, oui ou non?
- i nous voulion vou traiter en pri 011niers nous vous ôterion vo armes.
- li raudrait aupara\'ant Tiou ôter la vie.
dit Pélion.

Et no . ix brares de l'escorte, qui tou
avaient fait la guerre dans la Vendée, criaient :
- Yuu ! nous désarmer! ah I vous êtes
beaucoup, mais vous n'êtes pas encore assez!
- liais, citoyens refu ez-vous de venir
avec nou ju qu'à I\oteroheim.
- Nous ne le refu ons pas, car c'est noire
chemin. Seulement nous nou mettrons sur
nos gardes.
- ·ous prenez-\'OUS pour des 01:ùniillanl ·?
- Yous faites des dispositions hostiles! Eh!
que avons-nous qui vous ètcs? après tout,
pouron -nous ,•ou connaître?
- Vou, nous connaîtrez à Roternheim.
- Eh bien, oit; marchon .
En marchant nous chantions à plein gosier
le bel hymne des Mar eillais, très applicable
à la circonstance. !fois si nos langues se démenaient en roule, notre imagination nous
portait ailleurs. Elle nous demandait ce qu"on
nou gardai! el quelle conduile nous allion
tenir à Rolernbeim. La même idée nous
1omba dans la Lête ù presque Lous en même
temps. Si l'on voulait nous arrêter, nou de....., 351 ....

manderions à parler au peuple a semLlé.
L'accordail-oo, notre tr:omphe était Hai ·emblable. tlions-nous refusé , nou en appellions à nos armes, et non combattioa~ ju qu'au dernier soupir.
Cependant, quelque curieu , aulori é
ans donle à quitter leurs rangs, venaient interrompre no chant et no · réllexion • poar
nous faire des qucslion souvent captieuse ..
- Avez-vous vu Cbarlolle Corday . ù Caua?
me demanda l'un d'eux.
- 'otre·batailloo n'y était pas encore, lui
répondis-je, lorsque le meurtre se fit.
- C"était bien un assassinat, répliquà-t-il.
- Oui, au comparai on de Marat à Cé.ar,
comme celui que commit Brutu .
Le questionneur méconlenL continuait néanmoins, el comme je craignai que quelque
collèrme, interrogé de on côté, ne fil quelque répon e contradictoire, je repou sai mon
homme par un : Dansons la c&lt;1rma9nole, si
fort el j con tamment crié, qu'il ne me Fut
plus possible d'entendre qui que ce fl)t.
Dans le nombre, néanmoins, il -y avait
au i des bienveillant ; el quelques-uns nou
avaient reconnus. Un vint me frapper ur
l'épaul · :
- Br:iro ! bravo! oou orome· Irères : on
nou avait dit que vous étiez des prètres réfractaire .
- Il esl vrai emblable que ceux qui l'ont
dit n'en croient rien.
- Je le parierai , me répondit-il.
n autre vint prendre la main de Pélion,
et en la lui errant lu:i dit :
- Tenez lion, mus trou.ercz des amis t
Enfin nous entrâmes dan la ville redontée;
cl quoique plusieurs maisons y fu sent éclairée..:;, tout y dormait dan une pai profonde.
. 'ul renfort pour nos ennemis; il parait que
lout ce que la ville avai L de garde nationales
avait été détaché contre nous ; elI · furent
rangées en demi-cercle, sur la place, la brigade de gendarmerie un peu sur la droite:
on nous dit de monter au premier éLaae d'une
mai on qu'on nou montra : non' non y
rendimes en bon ordre ; ton les admini trateur étaient ra sembléii; ils revirent no
congés, mais d'un air beaucoup moins malhonnête; en uit.e il se relirèren t dans un
coin : le président revint et oou dit :
- 'ous allon vou donner séjour.
Nous répétâmes notre intention formelle
de presser notre lllarche, el d'arriver chez
nous le jour même; il nou objecta qu'il y
a\'ai t treize grandes lieues; nou rêpliquàmc.
qu'il n'était pas troi heures du matin; nou
per istàmcs : nouvelle délibération ; clic fut
plu longue· un officier fut appelé; il a.lia
viul et revint plusieurs îoi ; enfin on nous
dit :
- Citoyen , YOU aceeplerez du moins un
verre de cidre.
Nous craignîmes qu'il I eûl trop d' aJI'ectalion à refuser. Ou nous fit descendre au rezde-chaussée dans une grande aile. Un quart
d'héure s'était écoulé., point de cidre.
- Que faisons-nous là1 di.ais-je, parton .
El puis de obanter à tue-tête, toujours no.

�--

H1STO'J(1A

fil.il· en main. De~ curieux étaient là: je
m'interronipi pour dire à l'un d'eu:x, d'un
air di trait :
- Quoi, vraiment, on vous avait dit que
nous élions de&amp; prêtres?
- Ob bien! oui, s'écria-1-il, pis &lt;1ue ça.
JI ajouta tout ha , d'un air my térieux :
- D . fameu.i: traître à la patrie, mon
camarade.
Je partis d'un éclat de rire, et puis je ret-ommençai mon Dcmsan. la carmagnole!
- Quoi ! non· perdron une heure pour
1111 verre de cidre? criai-je enfin ; partons!
•~ou a,•ion fait un mouvement, le cidre
arriva. Pendant que nou l.iuvion , un admiui lratcur (je lais e à plia 'trer on motil'
1•'était de non ob cr\·er pcut-èlre), vint nous
dire:
- Citoyens, ,·ou allei voir que non étion
fondé à 1·ou uspecter; voici Ja dénonciation
que nou avion reçue : il plia le haut et le
bas de la lettre, n doute afin que nous ne
,·is ion ni la date, ni Ja signalure; il lut le
milieu : ~ Pélion, BarharoUI, Buzot, Louvet ,
&lt;&lt; alles, teillant et plusîeur
de leurs col11 lègues, doh·eut pa. er,
t probablement
&lt;&lt; ·'arrêter dan
les environs de votre vilJe;
n ils ant cinq hommes d'e_corte. » Le magi Irat ce sa de lire; et nou , pour la plupart, nous ne œ âmes de chanter ou de
crier, n'ayant pa mème l'air de prêter l'oreille, quoique pa un de nou n'en et'lt perdu
le moindre mot . Pour le moment. nou conclùmes de cette lecture que 1ordre de oou
arrêter était donné · et, comme après que
nous eùme vidé nos wrres et pri co11gé
l'on ne non signifiait pa qu'il fallait re ler,
nou~ nous avançâme en ma se et les baïonnelles ha e , ver la porte, où. nou pension
qu'on allait nou attaquer; quand nous \lOUdrion déboucher. Quelle fut notre surprise
de ne plus apercevoir une Il.me sur la place!
·ou, al'on su depuis que, dè .notre entrée
dans la mai on 1 lou les bien intentionnés
ou le indifférents s'étaient retiré ; les maratistes, réduit à la trentaine, calculant qu e
non étions du-sept bien déterminés, que par
con équent ils ne devaient pa e pérer de
nous a a iner, mai qu'ilfandrait combaltre,
el tlgoureu ement, les maralistes avaient à
leur tour quitté la partie : de là le longues
dêlibératioo de me sieurs du di tricL, les
allées el venue de l'officier, l'insidieuse propo ilion da séjour, par lequel on nons eût,
après aYoir ras emblé des forces, divi é el
dé armés, enfin, l'offre du cidre pour gagner
du lemp . Quoi qu'il en oit, nou l'a,rion
échappé belle; nous parlimes le cœur plein
de joie, et remerciant un Dieu p1·ot . Leur;
mai.s nous n'en élions pa quille .
La matinée füt bien pénible. Dès buit
heures il fil chaud; la bonne moitié de nolre
troupe ~tait bara sée ; il nous fallait, à cause
de ces traineurs, alter ton! doucement, et
cependant nous nous trouvions dans un paJ
de landes où, dans l'espace de hui( à neuf
grandes lieues, nous ne LrouYion que des
rui seaux pour nous désaltérer. Cu y, Lourmentéd'un accès de goutte, gémis ait à chaque

pas qu'il fallait faire; DuzoL, débarra ' .; de
toutes ses arme , était encore lrop pe ant;
non moins lourd, mais toujour plus courageux, Barllarou , à vingt•huit ans, gros el
gras comme un homme de quarante, et, pour
comble de mal, ayant attrapé une entor e, e
trainait avec effort, appuyé tantôt sur mon
bra , tantôt sur celui de Pétion ou de alles,
é0 a1em nt infotigable.s: enfin, Bionne, npnt
été forcé de quiller de houes trop étroites
qni l'avaient Lie é, e voyait obligé de autiller ur ln pointe de ~c · pied nu , dont Jcs
talon étaient écorch 1• • Ain i toujou en
mouvem ent depui une heure du matin, non
avion pourtant fait cinq Jieue, toul au plu ,
quand noire bonne fortune oou fit lrOU\'Cr
avant midi, dans un hameau, une e pèce
d'auberge, une e pèce de diner et une heure
de repo . En vain le, bics é avaient déjà
motionné de 'arrêter là jusqu·au oir : sur
l'a"is que nous donna l'hote, force fut de e
retrainer. Cet homme nou e runinait c11rieucmcn1, et CQmmc, tout on dé,·oranl on
omelette au lard, nous chantions , tue-tète
nos chansons patriotic1ue. , il parai sait étonné:
on air me frappa· je l'invitai à accepter un
verre de notre cidre· il e .fil pre er, pui
un coup ay3nt déterminê l'autre, il finit par
nou dire :
- Parbleu, citoyens, je sui enchanté,
,•ous me parai sez Lous de bons patriotes.
- As u rément.
- Comme on a des ennemis cependant ! Je
crois bien, d'après ]a peinture qu'on m·a
faite, que c'est apr\ rou que l'on courl ·

:laient en ang, el (JUi était, de dix pa en dix
pa , forcé au repos. C'est ain i que nous
mimes près de dix heures d'horloge pour
faire cinq lieues. J1 était nuit, quand nou
now trouvâmes à quelque distance de Carhaix .
Aprè quelques ten~ti,·e. , nos guides dédarèrent qu'il l!!ur était irnpossible d'avancer
actuellement, parce qu'il faisait lrop sombre.
ponr quïl pussent reconnaître le eu! petit
entier par lequel il fût po ihle de toumer
le bourg; et que, pour peu qu'ils s"égara sent,
il · nous jetteraient infailliblement dans de
maI'ai , où nous re terion embourbis jusqu'au jour; il ajoutaient quelque cbo e de
lrè Câchenx-1 c'est qn&lt;i même pendant le jour,
11ou ne tournerions Carhaix qu'à une distance
a sez petite pour qu'il fut très facile Je nons
découvrir : ils ne oonn:iissaient pa d'autre
chemin. Au reste, en uivant tout implement
la grande route, nous n'avion qu'une ruelle
du bourg à traverser.
- Eh bien! me ami , leur di3-je, vous
entendez sonner dix heures· tout dor! dans le
bourg, et peut-être la gendarmerie m~mc,
qui ail trè hien qu'un hon sommeil vaut
mien que des coup de fn il . erron -nou ,
bandons nos arme , marchons pre é , marchons .ans bruit , enfilons doucement la
ruelle, et pa son .
Cette opinion fit jeter de cris à quelque uns: plu ieur des malades, étendu par
terre, ajmaient mieux dormir que de prendre
part à la discu sion.
- Pui qu'il faut mourir, di .ut Cussy,
j'aime mieux mourir là que quatre ]ieucs
plus loin.
Mais B.1rbaroux 1 toujours plus fort que l
mal qm le fat4,"1.lait, appuya,it mon opinion.
- En suppo an t crue les gendarme eu
entineUe nou atteodenl encore, disait-il,
nou aurons passé la rue1Je arant qu'ils
·oient à. cheval : o eront-ils nous pour uivrc
an milieu de la nuil? Il n'y a pas de huis on
dcrri~re lequ I, retraticbés, nous ne pui sion
les cribler de halle , avant qu'il- aient reconnu d'où les coup parlent. Ce soir ils ne
ont que dix; à la pointe du_ jour il peuvent
être vingt; s'ils font ouner, à l'heure qu'il
est, le locsin sur nou , ils n'auront presque
per onne, et oou aurons fait du chemin
avant que la troupe soit ra semblée i dan le
jour au contraire, le nombre est contre nou. .
En tout cas, nous sommes forcé au bivouac
pour cette nuit; emploi·on -la mieux i faison -la tourner à nol-re salut; allons, mes
amis! dit-il aux malades, je vous plains, je
doi êlre sen ible à vos maux, car je le
éprouve ; mais du courage! encore que1qucs
B t:ZOT.
efforts; marchons celle nuit ur no genoux,
'il le faut; à la poinLe du jour nous pourCrnl'ure ie L.-ll. MARIA&amp;&amp;, J'ap,•;s B OMŒ,'ILLE,
rons être à Quimper; que si ce gendarme
(Ol~i ,rel des F:sta,nptS.)
courent sur nous maintenant, ils ne nous
Ycrront pa , nous les entendrons, el leurs
chevaux nou
erviront pour fmir notre
vou devez passer pa.r Carhaix· deux brigade
route.
de gendarmerie vous y aLtendent.
Ceci forlina toul le monde. Personne ne
ous reparlime ; il com-enait de faire dilient plus ses hies ures; on se relève, on
fTe ncc, mai les traineurs trainaient plu que s'emliras e, on rit, on avance.
jamais, et surtout Rioulfe, dont les pied
ous avion à petit bruit, et dan un pro-

""" 35l.,..

HISTORIA

MARJE-ANTOINETTE, DAUPHINE DE FRANCE , E
Tableau de DROU IS. (.\îusée Condê Chanti ll y.)

HÉBÉ.

�'-,---------------------------------fond sileni.:c, pa~sé le. Lroi · quarts d la
ruelle, charmés du calme qui parai ait régner autour de nou , !or qu'une petite lille,
cachée dans un enîoncemenL ombre en ortil
loul à coup, pon,sa la porle d'une mai on où
nous vimcs de la lumière, et prononça di. •
linctemenl ce mot · :
- Les voilà qui pa, ent.
Ainsi découvert , nous douM:ime l!! pas ;
nou· non , jetâmes sur la gauche, dans un
chemin creux, et i ob cur qu'il était impo sible d'y rien distin!!Ucr. Quelqu'un dit alor :
- J'entends de· chevaux.
li faut le dire : en ce moment le plus déterminé d'entre nous n'étaiL pas fort tranquille. Le mal le plus pre; ant donna de
!"agilité aux plus fatigués. La fin de ce chemin creux fut plu légèrement atteinte· el
nous time en moins d'une heure, une lieue
dans un autre chemin, si uni, si agréable,
11u'il aYail l'air de l'allée d'un parc, plutôt
que d'une grande route. Là, nous vime de.
baies, derrière le quelle. nou pouvion attendre en S1lreté toute la gendarmerie du département. Était-il bien vrai qu'elle Eût à
notre poursuite? ons fimes halte, nou prêtâmes l'oreille, nous n'enlendîme rien; mais,
en nous groupant, nous trouvâmes qu'il nous
manquait deux homme ; c'étaient no deux
principaux guides; nous les a\'Îons vu à l'en•
t.rée du bourg marchant à notre tête; peutêtre s'étaient-il Llcarlé depuis pour quelques besoins. Nous nou jeLâme sur l'herbe,
nous le attendîmes une heure. alles, je
crois, s'avisa de pen er alor , el de nous
dire, que peut-être, étant un peu en avant,
il avaient pris, dans le chemin creux, uuc
routé, ans que l'ob curité nous permit d
les ,•oir, et qu'apparemmenl nous nous étion
égarés. ur cela mille conjectures se rorment;
les guides qui nou restent ne connaissent
pa celle partie de la route· il faut tilcher de
regagner le chemin qu'ont pri les deux autres; pour cela, il ne faut point précisément
revenir ur es pas; il doit utfüe de e porter dans les terre , et de tirer un peu sur la
droite. Le parti en e t pris ; o □ e Lrai'ne dan
un terrain peu commode; puis voilà un fo é
à au ter, nne haie à franchir, plu ieurs prairies à lraver er; on e l engagé dans un marais, il fauL e hâter d'en ortir; on tombe
dan un bourbier plus profond; nous e.u e,·,mes 11ne foi jusqu'au-dessus des genoux; je
vis l'instanl où, ayant fait un faux pa , j'allais y nager. Pour nous dép' Lrcr, nous , oilà
sautant de nouveaux fo és pas anl à travers
de bui on qui nous déchirent. Enlin, ~pr~s
Lieux heures de peine inouîes, épuisés, rompu , meurtri , nous sommes dehor . Jugez
de noire cbanrin : nous avion , "an nous en
:iperrevoir, tourné snr nou -mèmrs; nous

vcnioo préci ément retomber sur la roule
que nous voulions quiller, avec celle différl!nce désespéranlc, que, nous étant beaucoup
rapprochés du hour", il n' · avail plu , enlre
le ÜJ.Lal chemin creu. el nou , que deux porlfo de ru il.
Que faire? Devion$-DOll:; retourner Jans ce
•·bemin creux1 Fallait-il rentrer jusque dans
Carhaix. el le traver,;;er dans un autre en ?
Mai , i par ha ard celle roule que non
nous ob tinion à vouloir c1uitler, était la
bonne.
Avant tout il était prudent de chercher
à vérHier le fait. Ilergoing, et je ne sais
lp1el autre brave, oO'rireut de s'engager à la
découverte. Ils revinrent au bout d'un quart
d'heur . n ne voyail dans le chemin creu
aucune antre roule que celle que nou avions
suivie. Ils étaient rentrés dans le bourg, en
a"aient reconnu toutes les issues, el n'araienl
trouvé à l'une de ses extrémité sur la droite,
qu'un sentier trop petit pour qu'il fùt rai onnable d'imaginer que ce ptll être le chemin
de Quimper. Il était donc ,,raisernblahle que
celui-ci était le seul bon. ou le reprîmes,
mais à contre-cœur et tristement; nous étions
plu ou moin excédés; et puis rien n'était
au fond, plus incertain 4ue le lieu où celte
route nous jetterait.
Après une demi•heure je ne peu, pa dire
de marche, mais d'e1îol'ts pour marcher, il
fallut reprendre haleine. Jamais plume ne
nou parût aussi douce que l'herbe haute qo i
nous reç11t; el jamais heure de sommeil,
mieux employée, ne porta plus de profit. Les
plus épuisés y avaient repris tiuelque forces.
On marcha assez allégrement pendant une
autre heure, mai comme le jonr pointait,
nou flme denx fàchcu e décou1•crl(' . L,1
première, que l'un de nos ~ides, ét11nl resté
endormi h la dernièr lià.lte, nou l'y avion
laissé- an nous en apercevoir. Le moin las
d'eolre nous n'était pa· en étal de revenir ur
ses pas pour l'aller llhercher: et le plus clairvoyant n'aurait pas reconnu la place où nous
nous étions arrêtés. Ain i donc, de no ix
guides, il nous en re Lait un seul; car j'ai
oublié de dire qu'11 nolre ortie de fiofern•
heim, nou avîon jugé convenable d'envoyer
en av;m~ deux de ces braves gen prévenir
Kervelegan t1ue nous comptions arriver le
lendemain dans les environ ' de Quimper, el
qu'il eùt à dépècher quelqu·un à notre renconlre. On n'a pu oublier que deux autres
avaient di paru. 1ou avon u. depuis, qu'ex.lénué · de fatigue, ils avaient été, san nou
\'Ouloir prévenir juge.an l bien que nous les
retiendrions, prendre, à une autre i ue de
Carhaix, le petit s nti r qu'avait rer,0nnu
Dergoing; que, demi-lieue plu, loin, il , 'é•
taienl jetés sur l'herh,,, oit il avaif'nl dormi

L'EXODE D'ES GTR,OND1NS
toute la nuit, et que, de là, il· à'r1lient gagné
Quimper par des détours h eux connus. Enfin, on doil c rappelet que deux de nos collèµu nous a aient laissés pour 'attacher à
w··; a.in i notre peti te troupe e trouvait ré•
&lt;luile à donze.
L'aulr découverte c1ui nou a[llirrea c'e L
11u no traîneur n'avaient retrom·é, dans
leur .ommeil, qu'une Yirneur bien éphémère.
•rantôt c lui-ci, tanllit celui.là s'abauait. et
ne voulait plu;, se lever. La perle du Lemps
J&gt;ouvait devenir irréparable.
Peu à. peu cependant le olcil 'élevait, et
nous avancions sur celle route inconnue;
mai une ennemie, non moins incommodP
que la fatigue; la îaim, nou voursuivait.
·ous découvrirues bicn1ot une mai on et
quelque. obaumière.s: mai,, Liu plus loin
qu'on nou aperçut. porle el fenêtres se fermèrent de tou les côté . Le ru,tlh ureux
n'eurent pas même le ourage de répondrP
aux que Lion que nous leur adre sion~ par
la thali~re; il nous prenaient pour de vfritable jacobins.
Enfin, nou rencontrâmes un voyageur de
qui nous apprîmes que la route que nou tenions était bien celle de Quimper, pui que
nous n'étion plus qu'à deux lieues de cette
ville. Ce nou rut un grand ujet d joie;
malheur u ement J'inquiôtude y ucCC:da bientùt. 11 ne fallait poirrl on"er à entrer de jour
dans Quimper; nou ne pouvion mèmc, au
imprudence, 0011s avancer davantage; il ne
conrenail pas plu d"attendre sur la route,
o(l tous les pas ant nou remarqueraient. Si
nons la quiuion cependant, èommcot Kerw••
l,igan ou ses envoyés nous trouveraient-ils?
Les deux rnides que non a~îons dépêchés de
!:oternheim avaient dû lui désirrn r _pour r 11dez-vou · un endroit ccarté du ~oi. que nou
traver-ion ; mai cet endroit, connu culemenl des deu autres "'uides qui uou avaient
échappé cette nuit, comment poU11ions-nou
le trouver? li est clair qu'il n'y a'\'ait d'autre
re source que d'emoyer notre dernier guide
à Qu.imper, t d'attendre qu'il revînt, avec
riuelqaes ami , nous prendre dan tel coin du
boi où il allait nou laisser. Ce parti, loul
age qu'il parai ait, était encore extrême. 11
était impossible qu'on fûl à nous avant midi,
i mpo· ible que, dans ce lonrr e pac de Lemps,
quclc1ue paysan ne découvri sent une douzaine d'bomm. armé , tapis dan. 1111 l,ois,
e;.po é à une pluie. abondante, el qui vainemenL c donnerai nt pour des habi tant de
Quimper, puisqu'il ne e trouverait plus.
parmi eu , per.onne qui pût r lpondre au
1,a -breton dan lequel on l~s c1ue tionnerait.
LI fallait oéanmoin en l'Ou rir J, risque· notrn
"llide nou cacha derrière des buissons. sons
quelque "r:ind ;1Thres, et partit.

LOUVET.
(A suivre.)

Ill. -

n rsroa,~ -

Fasc. 1-1.

�M AJH.JlMoucm __ ~
tous les pauvre qui venaient le consulter et

Les

A\[8\SS.\DEURS

nu

RO1 DE SIAU VISITAlU 1..'ARSF.NAL DE PARIS (1684). -

l)'apr;s

Tine gr:11'11re d11 temfs. (Cal-ind drs

Esla111pes.)

Mamamouchi
Par N .-M. BER ARDI

Portez respect à Monsieur le mamamouchi. 11
Et là-dessus les critiques à l'envi da crier
à l'iavrai erublance. de regretter C[ll 'une wandè
comédie de caractère finis e en farce liouffo(lne, et que Molière ait changé en carieillurc
grotesque le portrait magi lralement ébaucbr.
Il ont à la foi tort et raison ; rai on, parl'c
qll'nn auteur comique ne doit jamais oublièr
que

•concourt à les rapprocher J'un de l'auLre, l'abbé ~richel de Saint-Martin étnit fils rl'un
riche marchand de drap. D~ quïl "était
trouvé en âge d'apprendre, es parents a,,aicnt
appelé à aint-Lô, pour lui ervir de précepteur un gentilbo.mme ruiné, le ieur J ullin;
et, 'OUS sa direction, il avaient envoié l'enfant étudier d'abord à Caen (c'ét.ait le pai de
« llamamouchi, vous dis-je! Je uis maa mère), puis à Paris, afin qu'il perrut l'acmamouchi! » répèle à lme JourdJin, tout
cent normand, enfin au collège ro al de Ln
ébaubie, le bourgeois gentilhomme de Molière,
Le -rrni peul queJqu~rois n '!Ure pas rra iscml,la ble;
Flèche, où le jésuites, sou Louis :Xlll, fühabillé à la tnrqne et coiffé d'un immense
turban. Da1t sa olle vanité, il s'e t laissé mais tort, parce que, . i M. Jourdain, par "aient loute la noble se riche du royaume.
&amp;es études terminé.es, Michel de aint-Marpersuader san peine que le Cil &lt;lu Grand J'excès prodîgieut de son orgueil, demenre
Turc, désirant devenir son gendre, l'avait w1e exceplioo dans la nature, il ne ort pas Lin était parti pour l'Italie, où il s'était fait
d'abord voulu élever à la djgnité de mama- du moins de la natu.re. C'est cc qu'en 1687, recevoir docteur en théologie à l'université de
mouchi; et rien da.os la cérémonie burlesque, dix-sepl an aprè la première représentation Rome el avait obtenu du pape le titre de proni les quatre rangs de bougies allumées qu'il du Bourgeo-is gentilhomme, a clairement tonotaire du saint-siège apo tolique, Après
a vus ur le turban du mafli, ni l'Alcoran prouvé la my tification vraiment extraordi- avoir vi!ité la Hollande, la Flandre, l'Anglegarni de clou dont le poids a endolori son naire que le écoliers de l'Université de Caen, terre, l'Ecosse, 11rlande, et écrit de copieu es
propre dos transformé en pupitre, ni les avec la complicité de toute la ville, ont pu relations de ses -premiers voyages, il était recoups de bâton et de plat de sabre que lui faire subir à leur ancien recteur, l'abbé Mi- venu à Caen, où il s'était fait agréger à l'Uoiont adm.inHrés en cadence de soi-disant chel de Saint-Martin, le plus honnête et le v-ersité, el, bientôt, ilen avait été élu recteur.
orli de charge, il ne voulut pas quitter celle
'l'arcs dansant autour de lui,_rie:n n'a pu dé- plus généreux, mais an: si le plu:1 vaniteux el
ville à laquelle il '&amp;ait attaché, et il l'a
sabuser M. Joprdain, rien n'a pu même éveil- le plus crédule de tou les homme 1•
comblée de es bienfaits.
ler un oupçon Jans cette orgueilleuse ccrCar l'abbé de arnt-ilartin faisait de sa forl'Clle. A st1 îemme, qui gémit : « Hélas !
tune le plu noble emploi : il ne se contentai!
mon Dieu ! mon mari e t devenu fou ! 1&gt;
De mème que M. Jourdain, - car tout pas de disll'ibuer des médicaments gratuit à
il r'pond supcrhemenl : « PaL'&lt;, insolente l
ûires de l"11bbè Porê" p3r los ouvrages de l'abbé d,1
1. Nicolas-Jnscph Fou,:aull , i111enda111 rl1' la gtlnê- josu ile, ~• 11 Form,1 Lr-ois volumrs, mol ordounès el

La tris véridique {1udt. qu'on va lirt. fait partie du
c,harmanlouvr•g•. CoNltl ., C,n,11i&lt;1, publié pat l'eclitc,cr Ch. Ddagran (un volumr. in-r8 à 3 fr. So), où
M. N.-M. B•mardin, •n taûtant tour à tour les oujitt,
lu pliu d'un, ■ 1u monh'u Yéruditîon la plus aimable. Ce rkh du •~cnhrru du mam1moudu bas-normand ne saurait rn~l\qu"" d.1ntn..su et dr. dlnrtir lu
lc&lt;:Kur&gt; d 1fülorta.

ralit&gt;i lie Onen, qui pr,:poraiJ uu S11111111orli11ia11u, a,·aiL
n•1111i rle nurnbrcu .loeutncnt sur le héro de oolle
aYrnlurc mgulii;rc. 1: ~l,l&gt;è l'orilc. fr~re du œlH,re

û'u11e leclur diflicile , 11ui ont cté publiés en l 7Jl!
el 1739 à lo. lfoye, WU! le titre de fo M1ucd11rinade.
. uus en avons liré ce cuurl arlichi, rn conlJ,C,Jrnl les

~ainl-llartin lui-1no!mc et pnr le lomoignage ,le îign~ul-)larville (.ll~l1111ge1 d 'lliklflire el &lt;le 1,/llrnlzrre, t. I"', µp. ;If, cl sui•·anle ).

qu'il aclmlail tonie la draperie de foires de
Caen et de Cuibray. et, -~n •1uiller lui~m~rnc
on château forlifié de Cavigny, tout couvert
&lt;le la plu belle ardoise d'Angleterre, il envoyait vendre celle draperie en Allemagne, en
Sj'rie et dans tout le Levant, occupant ainsi cl
faisant vivre près de vingt-cim1 mille peronnes. Comment ca 1ormand, qui se co11nai sait en drap, aYait-il contribué à cha. er
de la NoU\1l'lle-France le, pirales et les cor. aires? C'c Lce&lt;iuc on fil n'e:x11liquoilpoint;
mais il assurait que Louis XIU, en récompense, lui a\·ail donné le marqnisat de li kon
au Canada; el voilà pourquoi l'abbé i"nail :
o Mkhel de Sainl-~fo.rtin, écuyer, seigneur dl'
la 1are du D(!serl, marquis de Miskou. » Il
avait fa.it apposer ses arme : trois glands
ù' or en champ de inople, à lous le monuments dont il avait dolé la ville. « Que ne
~ommes-nou en Pologne, où il e·L pHmis dr.
couper le pied à un pa;'"an ;wec un s.1bre,
quand il ·S!st moqué d'un gentilhomme'? »
c!criv:iit-il un jour au recteur de l'Onh•er.ité,
pour e plaindre 1rue le portier du collège ei1L
été si impertinent qnc d'oser lui demander
un de ses on1'rages. Et l'on assure qu'un
autre jour, dans on dédain pour ceux qui
n'étaient po ~ nés », iJ refu a un cly Lère de
la main d'nn apothicaire qui n'1Hail pa gentilhomme. Pendant son re torat, il a,·ait clél'endu
que les écolier approcha enl de sa per onne
&lt;t da plus de cinq à six. pieds de roi » ; ce qui
fit que l'un d'eux 'avisa de lui présenter eér~moaieu c.ment sa Lliè e de philo ophie au
bout d'une perche.
QuanJ on e t marqui de Mi kou, on ne

dilionneUc chez le gens &lt;l'égli e. Aus~i l':ibl.,r\
\'a-t-il répétant 11u'il a cm outre cintt domesdifier l'école de théologie qui tomb11it en ruine
tiques mà.lcs : un laquai., un scribe, un muet do îondt.lr à perpétuité une chair(' de théosicien· el dcm porte-chai es, tous de belle
logie morale dan le collège de jésuilo·; il
t:iilhi: car il n··sl pa· de ceux 1p1i « pl"enDC!DI
embelli ~ail la ville de statues et de moou~
de petil nains pour les ser1•ir, afin &lt;l't!mployL•r
menls coûteux : c'était, devant les Croisier ,
moins d'étoile à le î'tilir, et pour cpargncr la
un puit rna!Tai6qae, dil « dc&gt; quatre év:ùldépense de Louche ». San doute sa maison
géli le »; o.r la place aint- auveur, ua
de Cam n·o_l pas, romme relie de [0u son
Chri t présentait sa croix aru re!Tard de·
père it aint-L,i, assez va-1.c pour contenir un
condamné que l'on menait au supplice; à la
couvent &lt;le rclirriem. el trois écnries de chc·porte de Bayeux., se dressait un ainL ~l:rrtin
rau,,;: &lt;l'Espagne et J'Anglelerrc, denx rcmi~ti.
mitré; ur la place Saint-Pierre, an autre
ti c.arros~c , une cave à cidre el un cave :1
Chri t béni sait les passants, et un . aint Mi,·in; mai elle renrerme un l'a te jeu d,·
chel terrassait le démon i ailleurs, l'abbé de
paume couvert, et l'abbé décrit avec complaiaint-}lartin relevait une eroh fort Lellc,
sance es belle cheminée. dorée. , on cahinl'l
qu·a"aient jttdi abattue le huguenots. 1•ar
rempli de curio ité;;, tapis eries, tal.ileau~.
une heurruse innovation I il fai. ail apposer
rueuLles à !"antique, cl .a grande . aile, orné•~
aux carrefours Ill 11. tous les coins d11 rue dei
de ept l'iole d"Anrrletcrrc, où il donne des
écritcam pour indiquer les directions. Enfin,
conccrl.s Pl cùantc - Iau.x, prétendent lrs
comme a générosiléét.ail inépui aJ,lc, il o[raiL
mau\1ai es 1:tn"llt!S - devant los iiersonnes
de contribuer pour une somm' de di miUc
de di tinction. Sur sa porte il arait fait !!l"avc1·
liues à l'érection de foOLaine publique , êl
celle fière de1'.Îse: on nob;~, setl ,.,,;p11blic:I'
pour une somme non moin con idéralile à la
,uiti ~11mu .. « Ncm. somme né. , non pour
création d'une bibliothèque à l' ni1•ersité.
now, mai.- pour la république. )&gt; Un oir,
li emblcrait que la ville de Caen dùl :prouun maul'ais plaisant - tel Gennaro dans Lu\'er pour on vénérable bienfaiteur la plus
c,·ère Borgia - remplaça par un o l'a de
profonde reconnaissance. li en était la risée.
1tali, modifiant ainsi, ou à peu près, le ens
dt: la pbra. e : «Connu de Lou t le monde, ?1
cf:&gt;
moi-mèmC&gt;inconnu. » Grande colère de l'al,bé,
on éducation aristocratique cl les belles
que rien n'indignail romme un manque d
alliances qu·avaienl contractées se cadets;
respœl.
son érudition, r1ui, po être mal digérée et
Pour un mot, un geste, un sourire, il ensans c.riLique\ n'en était pa moin réelle;
voyait une a ignation; et, plu proces if 11
es nombreux \'oyages .faits à. une époque on
lui eul que toute la Ba se ormandie. il.&lt;'
l'on na \'oyageait guè~ ; a fortw1c, qui lui
plaint ans cc. . e an tribunal, donL il fait
permettait d'avoir un
l'amusement : tantùt,
train de maison que
ce soul les sieurs d'Enl'on n·a point accougramillc d d'Avcini•
tum I de voir chez un
qui se ont moqué de
bomme d'égli e : tout
'a perruque, pendant
cela réuni avait dévequ ïl di aiL la me se•
loppé en l'abbéde..-aintaux Cordelier ; tant,ît
Marlin une hypertro~
c'est 1. de Las.on q1ü
pbie du moi tellement
l'a. rail!~ dan un pn excessive qu'elle a1•ail
11uiu ~ous li! nom de
« l'ahL: malotru 11 :
fini pat faire de ce
1~nrô1 e11Gn c·e t .Jean
\·ieillard, i re. pectablc
Inachcl, écolier e11
par es mœurs et par
sa bonté, un véritable
droit, c1ui a troublé uiw
messe Cil music1ue r1uc
grolesquc.
Élan! fil d'une mère
le bonhomme fai. oit
célébrer à l' ocf'asinn
(&lt; demoiselle », il se
tlt es oixante-dix ans,
montrait entêté de no« pnur remercier llic,1
1,1 se. A tout propos,
Je l'avoir pré m·é de
1,l même hors de promille péril· tant par mer
pos, dan les innombrar1ue par terre, 'étant
Lle opu.cule qu'il faj.
trouvé cenl foir sm· l'Osait imprimer et di céan et ur la ~léditertri.huait aux noble de,:
Al'IUENCE DONNIIB P&gt;.R Louis XlY, LE '.l;' DÊCEMJJRE 1l8.1, AU:t AM1\.15s.lDECRS nu R0l DE lAll,
ranée l1 deux &lt;loirrts de
la "ille, il niait, touD'aprè~ rrne gravure d11 lcmfs. (CaH1ieJ des Est;nrpes. l
la ruorl, el dans d s
jours comme M. Jourforêts affreu c~, 011
dain, que on père eût
jamais tenu boutique : la ,·érilé es! disait-il, saurait se eonlenter de la vieille servante lra- coulaient des rui scam:de sano-d'bomrue qui
rnnaient a·~tre égor és par des voleur ».
Ûè multiplier les fondations pieu es 1, de ré,\-

0

1. Un di11 r pour douie pauvres confessés cl toinmuni ·•$ le jour dol Sninl-l'ierrc, en ~ou vcnir 11'one
londalim1 nonlugne du pape Gl'èiwire I Gruml; ôO line ans Pères de l'Or•Loire, oliu 11u'fü f'ussrnl ile

prières pour les morls; un Oamhcnu d'u11cnt pour 1
mf'illeur _motel r11 l'l1Mnrur ile s:1inl c Ci•rilc; u11

pl!que ~·argent ~( no nnnenu ~•or pour les meilleures
ode lai in en slrophe5 ek~1q11es Eur lo t(•ncepticm
l)e ln Yiergr; 100 liHes I' ur rl,;u11cr plus d',·•~t.l ù I•
grondn processiru1 qui se cèli'·bre Ions les trois nns n
ainl-Lô eu l'hoonenr d~ l;1 Yierge, el JlOllr enlrel1&gt;11ir
~no bmpc dP1' anl fOll nulrl. clc.

2. ',e r~contc-t-ll pa~, de ln m,•illeure foi rlu n1onJ,,,
~u~ le roi de .'\racuso, 1lid1•u~. pour gnl'drr l'incognilo c-1 pos; er parlout iuape1·çu. voya,,eu pln sieur,
années monte ur une vnrhc cl se nourr,ssanl n1 ec J,.
lail de ~a monlu1•è'/
0

�msTO'Jt l.Jl

______ _________________________________

Vers la fin de ses jours, l'aLhé d~ Saint~larlin, ruenard de paralysie, fil aux eaux de
Honrhon un vol·age qui 11ch \'R d lui tourner
}a tè"te.11 ·c prit d'admiration pour le fameux
médecin Charles de l'Orme, aus i bizarre qu'il
l'était lui-même 1 : il e Gt con truire un fü
de brique scml.J]abl au ien pour s'y enfourner la nuit; il 'enfonça ju 11u':m cou dnn le
pantalon de ratine imaginé par lui pour c
préserver de vents conli ; comme lui cnün,
tant pour 'e garantir du. froid que pour conserver sn mémoire et ,on bon ens, - toul
Je monde en croi~avoir, -il mit à t' jamLe
huit pairei de chau ses el un b;i · fourré, s11r
a tête neuf caloue, el un capuchon par-desus. Lor quïl revint à Caon ain.i accoutr 1 et
Lra.iné dan Ja uinaiyrettc 411.'avaiL imentée
Charles de. l'01·mc, il oblint, naturellement,
un ,,i[ 11ccè de curioliÎté. De Loule pari~ on
,int \ • Yoir, le con ulter, lui demander de.
J&gt;rescription bygiéniqu -. Il se rrut un grànd
médecin, et lit tant el i l.11en qu'il falUit êli-c
poursuÏ\'Î pour exercice illégal cle la m dccinc,
et que le duc de Montau~icr crut devoi r engager le doux maniaque à ne plu. donner
d'ordonnances par écrit.
On comprend maintenanl que l'abbé t( SainLMartin de la calotte 1), comme on l'avait surnommé, soit devenu la gaieté el la joie de la
ville de Caen. Lorsqu'il e rendait à l'église
dans a chai c, - car il arail àti bîenlùt renoncer à a 1 inaigrelle, « qui lui émouvait
trop les humeurs ». - 1 s écoliers el la canaille hü faj aient cort' ge en criant : « Vivat!
\'Î,•aL ! » Et Je vaniteux Yieillârd penchaiL à la
portière sa ventripotente personne, enveloppée
&lt;l'une robe de damas violet à ramage , et il
saluait à droite cl à gauche, murmurant :
«)!erci Dieu! Comme ce bon peuple m'aime! »
Cc bon peuple le devait bientôt my lifier
comme jamai , je croi , n'a dté rny tifié peronne.
1

En 168/4., Je roi de iam arait envoy~ à
Louis XI\' une amhas ade solennelle pour lui
foire savoir que le bruit de a gloire étail
venu jusqn'en Orient, el qu'il ne voulait condure de 1raité de commerce cpi'avec luî. L~
roi de France, e-0mprenanl aus.itôt le parti
r1uc a politique coloniaJe pouvait tirer d'une
par~lle démarche, reçut les m:mdarin siamois du haut de son trone el entt,uré de
toute a cour, el décida &lt;l'emoser à son tour
en amLa sadc auprè~ de leur roi Je chevalier
de Chaumont, al'ec l'abbé de Choisy pour
eoadjnteur.
Comme cc événements faisaient l'entretien
de tout le-pa · , un con ·eiller au Parlement
de Normandie, ~I. du Tot Ferrare, an prévoir Je moin du monde le_ oonséquencei
qu·allail a,•oir cette plaisanterie, imagina
d'écrire, sou le nom du chevalier de Chaumont, une lettre à Michel de Saint-Martin : il
priait l'abbé, qnî avait appris dans sesvo)1a11e
1t connaître le cérémonial de toutes les cours
1. Vnir nolre livre : Jfo11m1t.• rt ,'1te11r., au (f,";r"f/JIÜm l' si/!clr, , Ol'.iél&lt;' ftnn ·ai~,• ,l'impri111~ri,, l't ,I~

lil,rairi,• . 1!lO' .

..;;:..

de l'Europe, de vouloir bien l'instruire comment il c dc\ait comporter en ~i "l"'JYe circonstanr.e, et dn trnin qu'il lui convenait
d'eIDIDener, équipages, livrée , mu, iciens,
gens de 1•ttre • etc. Il le i:onjuràit d · lui répondre au ' larder« à Paris, rue de la Vieille}fonnai , à l'adr e de M. Bigot, Indien,
proche du Tabouret t'erf ,,.
I&gt;evan t une dcmaud ans i urprenante et
une adres e au i bizarre, l'orgueilleux et
naïf personnage n'eol pas u.ne minute d'étounement, pa. p1us qu'il n'en aura lor que,
dans une lettre datée pourtant du 1" avril,
l'abbé Iloh•iaet, ne,·cn &lt;le lloilea.11, lui demandera de note, sur a ,ie, . ou cou.leur que
l'hi loriographe du roi désire in érer son
éloge parmi ceux des grands homme du
siècle. L'abbé de 'ainl-~fartin fit, elon ~a
coutume, tirer à cinq cents exemplaires la
prétendue lettre, si llaueusc pour lui, &lt;ln
chcvalil:'r de Chaumont, el pnl.Jlia bientôt une
répon c de cinttuante pages, parfaitement incohérente, c1ui e t la chose la plu ridicule
du monde : il prie l'ambas :idem d'offrir au
roi de iam deux de es livre de médecine,
lui donne pour son voJage les conseils d'hl'giène le plu inLimes et I plus augrenu ,
el dl'esse une liste interminable de - présents
dont il doit se munir; j'y relève nolammcnt
(( trois douzaines de ptlignes d'écaille de tortue, d'i,•oire et de huis pour le sérail des
remmes ,,.
La plaisattlel'Ïe ovail trop hien réus i : on
la con1i11ua. Quelque moi après, de fau se
lettre de iam arrivaient i1 l'abbé rle aintMartin. Le chevalier de Chaumont et l'ahLé
de Choi y le remerciaient de ~es précieux
a,,is, et lai .ipprenaient deux trrandc. nournllcs : plein d'admiration pour se. onvra,,cs
mrdicaux, le roi de 'iam avait voulu placer
d&lt;1ns la pa.,.ode ro ale le buste de ,'aintlfartin sculpté par aint-fony, el il exprimait
le désir d'avoir auprùs de lui l'abbé lui-même
pour en faire le cbef de son con eil de médecine, le urintendant de es étuves et l'inspecteur général de se. fourrure . A la lecture de
re leure~, le cœur du .braye abbé e gonOa
de joie à en éclater sous son justaucorps de
drap noir doublé de peaux de lievr~ : sans
doute Benoil, à eau c de la relation de son
vop"'e en Flandre el de son füre ur h~ Go11rrrneme11 t de Rome. l'a,ait déjà voulu Lirer
en circ pour le faire fi!?Urer dans a cour de
Brnxelle , el, dan a cour de l\ome, parmi
le~ cardinaux du sacré Collège; mai$ que le
roi de ia.m plaçat son Luste dans sa propre
pagode. parmi se ,·ingt dicu1!. .. EL l'ahbé
arrèlait dans la rue le· pa, ants pour les
illformer de l'bonneur qui Jui était fait au
delà des mers.
La mine a-yanl été ainsi longuement prépar~e, il ne resta.il plos qu'à allumer la mèi:he, lorsque se présenterait l'occasion favorable. Ce îut un cousin germain de l\Iichel de
aint-Martin, ll. Gonfrey, docteur en droit,
qui s'en chargea. Quand le roi de iam eut
envoyé en France une seconde ambassade,
U. Gonf rey persuada l'abbé de aint-1\lnrlin
rru'cl1e était char!!ée de l'emmener comme

~

premier médecin de , a Majc té "iamoise,
avec de gros appoioiernents et la dignité ùc
mandarin du premier ordre. Troi semaines
après, pendant le carnaval de l'an Hi 7, il
lui annonçait que l'amlias adeur et huit auIres mandarins, avec une !ll"ande suite et un
nombreux cortège ;d'éléphants, de chameaux
el de dromadaire , ,•enaieot d'arriver à Caen
el de 'insLaller au Cygne de la Crni.r'.
Voilà l'expo ition terminée; le second acte
,le la comédie va commencer.
et,

Le prétendus ambassadeurs étaient de~
Jcoliers de l'Univer ité, dont le plus àgé n'avait pas vingt ans· parmi eux se trouvaient le
lils de 1. Gonirey el deux autres parents de
l'altbé de aint- lartin; c'était même l'un de
cem-ci, le chevalier de Saint-Jean de Bai.::an , qui faisait l'ambassadrice ou mandarine. Pour déguj er leurs traits et pour se
,ieillir, ils s'étaient barbouill6 le ,i·a~e &lt;le
Lliverse couleurs « à la mode du paJs de
iam &gt;&gt;. ur de habits de thé:ilre à la romaine, qu'il~ avaient loués, ils avaient passé
des robes de chambre dont les manche
litaient retroussées jusqu'au haut; ce qu'on
,,oyail des bms el des jamlies était peint
comme le Yisage; des bonnets en forme de
pain de sucra couvraient entièrement les cheveux. Le soir, aux Oamheaux, celle amba sade de carême-l'renant se rendit chez l'ablié
de aint-Marlin, qui avait roulu, pour la recevoir, revêtir son habit de protonotaire, et
qui l'attendait debout, appuyé u.r le bras de
M. Gonîre} el entouré d'une nombreuse assistance.
Après de salamalecs profonds el longs,
l'ambassadeur prononça une baranrrue en siamois, qu'un interprète traduisit: frappJ de
la re se.m.Llnnce de l"abbé. de Saint-Martin
avec un célèbre talapoin de 'iam, qu'il se
souvenait fort ùien d"avoir vu deux mille ans
aupara"ant, le monarque a.ialique dêsirait
'attacher a scientifique personne en qualité
do premier médecin, et loi conférait la dignité suréminenle de mandarin du premier
ordre, avec une pension de six mille pistole ..
(cent mille livres en monnaie de France),
dont le premier quarlier lui serait versé avant
qu'il 'embarquât à Ilresl. rrne lettre du roi,
traduite en latin, confirmait les paroles de
son ambas a&lt;leur. Pour faire es prépaTatif
de qéparl, trois jour seulement étaient laissés
au nouveau mandarin, que l'amhassadeur
dovail ramener de gré ou de force : il en répondait or a tète.

....

Toute 1a nuit l'a.1,bé de Saiot-llartin ,c
tourna et e retourna da.os son lit de. brique,
ans pouvoir y troU\ler le sommeil. Certes,
ce honneurs sans précédents en Frauce chatouillaient délicieusement son orgueil. Mais
comment, à son àge (il a,,ait soixante-treize
1. L'ens&lt;IÎgne de cetleaubergeètail 11n cygne ayant
une croix d'or nu cou. Ces jeu,: de mols ~laient f'rè1111cnls dBDs le ancienne enseignes. (\'oir Ct~HllT 111:
11,-, ln E11sei~11.c.• de /&gt;1I1·i• . 1877 .)

_,_

_________________________________

ans) et a1•ec es infirmité , entreprendre un
&lt;c Pour volli- e.'tcuser du moin le mieu\.
si long voyage? Comment abttndonner on que vous pourrez, doclara+il à sa dnpe, il
beau cnhinet de cUJ•îo ités, et cette chère , ille faut que vous en,...agiez l'amba sade à souper,
de Caen où il ét.iil i fort admiré? D'autre lorslJU'eUe ,·fondra en grande pompe vow
part, il avait une rleJle peur de.s mandarins, apporter le bonnet de mandarin. - )forci
dont le visnge Larbouille ne lui disait rien de Ilien! Je le forai \'Olontiers, ·'écria l'abbé.
Lon .
·
Il c leva profondément trou1.ilé et se fil porter chez l'intendant
de la. ,ille, M. Gourgue , qu'avaieot
in lruit déjà de cette plaisante aventure le poète egrai , alors premier
échevin, et M. Dumnuslier, lieutenant général du baiUia"e. Le vieillard leur ra on Le les 11,·énemen I réccn ts, qui le remplissent en même
lemps d'une juste üerLé el de
cra.inles lé,1itimes. Que doiL-il faire
en•celle conjoncture? Ou tieul coneil, et, malgré les révoltes de sa
1anité ble sée, l"abLé de Saint-fürlin, Lout Lremhla11t, se ré i"nc à
la plus humiliante des démarcbe :
il demandera au doyen ûe la Faculté de Médecine, afin de le remettre à l'ambassade iamoise, un
certi!icat, muni du sceau de la Faculté, alle tant qu'il n'a jamais
éLudié la médecine et quïl ne saurait donc passer ponr médecin:
aus itôl après il écrira à LonisXJV
pour l'avertir que des étrangers
\'eulenL enJe,er par la force une de
gloires de son royaume. Afin de
calmer ses im1uiétudes, M. de
Montchevreuil, colonel du r~giment du roi, consent à détacher
nuit ou. dix de es plus brave
grenadiers, •J ui garderont en armes
la maison de l'abbé et le défendront contre les violences dont le
menacent de fanatiques admirateurs.
ft'l'llr.- , il.P-qt
l'oute la ville ,·inl féliciter Je
Ynd ,11"1.1,1/ n,~r'IIÎr V.1.
premier médecin du roi do iam ;
I r:.._.;,JJ,lill4 'm1111t..
IIWt/,P.d AYl',".I"
mais ses Lrau c cm pêchaient l ·orr,? N,b'"l'lltc .,u,ht,r
bucilleux. vieillard da goôLer une
joie saris mélangP.. Daos l'attente
de la réponse de Versailles, H ne
vivait pas; clic arri1'a, lanL le roi avail, dit- J'ai ,bien traite jadis Loule la compagnie ùm,
011, donné au courrie1· l'ordre de se hâter, pèlerins du lllont-Saint-)lichel, et l'alfaire est
,•ingt-qualrc heures à peine après que l'abbé aujourd'bui d'une toute autre im11ortauce,
a,·ait écrit sa supplique.
puisque jamais ,encore un français n'a élé
Par WJe Jeure de cachet, Louis XIY - un mandarin de Siam ! n
1·oit que les mauvais plaisant ne reculère.ul
devauL aucune audace - dé!endaiL formellement à M. l'abbé de aint-Martin de sortir de
Il commanda, en \on ~11uenc.e, uu ma"ni·on royaume san sa permission, attendu fique souper à l'auLerore de la Croi.(,· de fe1·,
fJU'il s'estimait trop heureux « d'arnir dans la meilleure de Caen, el accepta l'offre de
·es États un homme d'une si ,•asle érudition Al. de aint-Simon Meautis, qui, afin de faire
el qui avait rendu de i grands services à se, honneur à es Hlustres hôle8, se vint propeuples ».
poser à lui pour gentilhomp:te ervanl.
On se figure les transports el l'allégresse
Sur les sept heures du soir, u.n grand Ji1·ui1
du honhomme à la lecture de cette lettre à dans la rue cl 1a lueur de nombreux Hamla fois si glorieu e N si résurredive pour beaux annoncèrent l'arrhée de l'ambas ade.
lui. Yais M. Goofre} hochait la tète, crai- De gens de livrée portaient comme en triomrrnant bien, murmurait-il, que l'ahhl: ne de- phe !"énorme bonnet destiné à se dre ser ma' inl la cause d'une sanglante guerre entre ln jestueusement sur les oeuf caloLtcs et le caFrance et le iam.
purhon du récipiendaire.

JK.Jl)J(Jf,Jfl0 UCH1

- -,

A peine informés que le roi de Fr11nce se
reîwait à lai cr partir le 11ouveau médecin
de leur roi, les Siamoi manife tèrcnt par
leurs cris cl par leur hurlement le p-Jus violent dé espoir; il Jallut pour le.• apaiser,
leur remettre une copie collationnée de la
lettre de cachet, Clui ·eulc pourrait, di,aienl-il,, les protéger conIre la colère de leur maître.
1\ lors commença la l'aile cérémonie. Difficilement et pesawmen t l'abbé s'a rrcnouilla , ar('o
l'aide de e ami ; un der mar1darins t:e ,·int placer en face di.:
Jrn, tenant ur un cou sin, ain.i
qu'un diadèm royal, le glorieux
ho1.1nct fourré de peaux d lapin·.
entouré de trois cercles d'or, un
peu ou,·crt par le haut comme une
mitre, et, de même que ceux d :-.
1naudarins etde la mandari11c, urmonté d'uneho11ppeéclatan te, Au ,_
~itùt l'amba sade entière se mil à
danser autour de cel autre M. Jourdain, lui appliquant par inlervalle:dc petits coup de , aLre sur l.1
Lêle. Enfiu l'on couvrit le· calottes,
qui counaicnl son chef ùu large
bonnet, non sans quo Mme la. mandarine I' •ût élar:;i encore en le
fendan t avec des ciseaux; mai· coquettement elle ma qua l'om•erturc
a,·cc un ruban noué en fontange.
La cél'émonie e termina par des
~alamaleca réciproques.
En uite ou pas a à table. Tous
les as istants, ) compris les dames, restaient Llcbout, par ùéférem: , (!errière les chaises des mandarins, qui mangeaient a,ec lenr
doigts et prenaient à deux main
,,,,.t,,,,,w les perdri:.. pour mordre à même.
;/.•}t,:u
De temp en Lcm11s, la mandarine
donnait
de petits coups avec la
Jt,.,.,_.
pointe de ·on propre bonnet dao
M·
le vÏliage de l'abbé, qui, iwerti par
l'interprète 1111e c'étail Là une marque de l'énération, prenait la houppe el la
Lnisail respectueu ement. Chaque fois que
l'on portait la ~auté du roi de !'rance ou ce□e
du roi de iam, M. dc Moulchevrcuil prévenait par la fenêtre les grenadiers : ils fai~aîent :ilors une décharge de lllOU queterie à
la(lucUc se mêlaient le son de haulhois et le
bruit de· tambours.
Toul à coup l'un des faux mandarin ·,
M. de aint-Fremonl, &lt;pli était le petit-ne,·eu
de l'al&gt;Lé de 'aint-~arlin, s'aperçut que son
oncle le re«ardait attentivement. Dans la
crainte d'être reconnu, il fit une grimace
hor.rible au marquis de r.fükou scandalisé.
L'interprète 'empres a de déclarer que c'était
là un témoigna e de profonde estime dans le
ro~•a11rne de ..,iam, et dès lor l'ambassade
entière ne cessa plus de grimacer eu l'honneur de l'abbé, qui, par poliles e, se croyait
obligé de faire en réponse les grimaces les

.

-

0

�- - · H1STO'J{lll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
pins lùùcuses. Ilri é par tant d'émotions, il
tinil par s'endormir à 1al)Ie. Ou l'emporLa
Jans :,.on liL de brique.
Au itül la mandarine inrila en excellent
français les as i tanls et les soldats à prendre four part du festin, el l'on but deux cent
bouteille de Lourgogne au nouveau mandarin.
I.e lendemain, à on rél'eil, fo premier soin
de l'alihé de aint-.\larûn fut de faire peindre un bonnet de mandarin ur a rouronno
de marquis aux p:mueaux de sa chaise à porteurs, a1•ec celle d1Hi e: lï1·tuti 1lebil&lt;L mei·c·e~ l _ Pui il reçut 1.lt·rccLeT te, îc1icitation
ùcs ltaliilanl de. la ,-ille. qui vinrent lui donner du Mon cigneur cl de I',\ !tes e érénissin1 ·. Sur le onze heur~, il c rendit aux
Corddiers, p:mr entendre la mes~, dan 1~
d1ap,,He à la romaine qu ïl a, ail L1len\c à sainl
)fichd, son p~lron : un jc1tne &lt;ifllci 1• le con1. fo,!~ r{-cumpcn c 1Ju mér1l~.

dui ait par la main, comme une prince 'e;
il a,•aiL une c corlc de grenadiers, et une
foule énorme le suiynit. F.nirré de l'encen
qui lui était ain i proJi6ué, le bonhomme
Je,·cnail tout à fait fou.
Aussi reçul-il forl mal r héritiers quand,
inquiet de lui voir faire lanl de déperu;es,
il 1·inrenl l'a,·erlir qu'il était tout simplement joué par le. écolier . li le traita d'en1·icu , d'ingrats, J'em1emis de a 11loire.
u 1"ar,,iL-il poioL ouï le am Las aùeurs paricr sinmoi '! Et comment des écolier· auraicnli!;; appris en si peu &lt;le lcmp une lnDgne Jcs
plu tlirficilcs de l'tlrienl? » Et, . ur ce lJC!au
r.,i u11nem1:nt, il fit jeter ses parents à la
porle.
ll c fàcba tou l rouge ' Ollll'C le prêfot uu
collège dl's jê uile., r1ui prétendait de mdmr,
par charité pure, le désabuser; el Yarlet,

on barbier, ayant cru également devoir lui
ounir le" reux : c, Cmiaylia, s'écria l'iras-

cible abbé, tu es donc au i du complot! »
et. ai i sant le toqu.emar plein d'eau chaude
ttui était sur la table, il le lança da loutes ses
forces i:1 la lêle de l'in[orlnné barbier qui,
pour avoir \'Oulu bien faire, reçut une ble sure et perdit une pratique.
'ul ne réu sil jamai à détromper \'al;lnl
de ninl-Martin de la chimère qui rendnil si
heureux on immen e orgueil, et il expira,
1..: 1i- novembre 1G 7, pllr uadé qu'il remel•
lait entre les mains de l)ieu [';'ime d'un mandarin de iam.
On l'enterra dans a belle chapelle des
Cordcl.ier., devant un lahleau de ln saiute
Ct'lne, 011 il ·~La.il fail rcpr :,enter parmi les
douze apôtre . on corps y tut porlé clande Liuement, deux ou lroi" heures ava11L le jour,
pom- que toute la ülle ne ,·int pa rire au
funérailles du pauue niamamouchi.

Une erreur de jeunesse

IJuand le Jép:trtemenl Je la uoeue l'ut
lonnc à Ilreteuil, inlendanl de Limoges, on
fut étunné de ,•oir un ministre coll ommé,
actif. plein d'expérience, aimé de troupe:,
e Limé du puLlic, ferme sans hauteur, remplacé par le moindre inlendanl du royauml',
et, ju·qu'à ce momcnt, plus occupé de plaisir que d'affaire·. On ignorait que cc choix
était un effet de la rcconoai ance du cardi~
nal Duboi ~t un' prix de la di crétion d
Br-eteuil.
Dubois 'étail marié tr,· jeune, dans on
1illage du Li.mousio, avec Ulle jolie paJsanue. La misi!re le obligeant de se éparer
:1 l'amiable, ils comiarent que la femme, en
cbanueant de nom, "agnerait sa vie comme
elle pourrait, et 11uc le mari ir:iit Lcntedorlnnc à Pari . Leur ohscucilé facilita leur
,1rrangerncnl. Dès que Uubois commen(a à
~c faire jour, il cn.vop it sa femme de quoi
sr procurer de l'aisance, et leur intérêt
commun consena le ecret. Dubois, p~rvenu
11 l'épiscopat, craignil plu· que jamai la
r~,·él-ation d\!n enga"'emenl qui p~ssi.lit les
libertés de l'Errlise g:lllicane. li fit sa confidence à Bi·etcu.il, ttUi e chargea. vol on tic:ir:::
de tirer de 1ieine an i puissaut mioislrc
partit pour Limo&lt;tc •, l bientôt e mil à faire
d~s tournées, suivi de d ux ·euJs 'VaJC't • Il

prit si bien e;; mesures qu'il arriva à une
heure de nuil dans le villa~e ou 'était îait le
mariage el alla de cend;e chez le curé, à
qui il d manda l'hospitalité. Le curé, lranspotlé de joie de recevoir ~Igr l'intendant, lui
aurail acri6é Ioule la basse-cour du presbytère et le rin des mas.ses. La errn.nle, a,·ec
lr va Ids, apprêla le ouper, que Breteuil
alfocta de trouver cxceUeul; et, ll':iitant le
curé avec une faroiliarilé qui le ravi. ·:rit, il
envoya au de sc.rl les valets souper avec ln
errante. Resté en tête-à-tête avec le curé, il
lui dit, par manière de comersalion, quïl
ne doutait pa crue les re gislre · de la paroisse
ne l'ussenl en bon ordre. Le curé l'en assura,
CL, pour le con~aincl'e, les lira &lt;l'une armoire
11L le, mil sur la table. BreleuiJ les parcourut
ué,•ligemment, el, quand _il Îut à l'année
inlércssante, il le referma a,·ec une indifférence ,tpparenle, les jeta sur uue table à côl6
dtl lui, el continua d 'entretenir gaiement
avec son hôte, à qui il c chargeait souŒnl
de verser pour faire meilleure mesure el se
ménager lni-mèmc; outre que Dreleuil, a ,ec
qujj'aj ouventsoupé, oulenaü très bien le vin.
Tanl fut procédé que la tète du bon eut·~
e brouilla, et hieolol il 'as oupiL. IJreleuil,
profitant du ommeil, détacha proprement le
feuillet nécessaire, et, to11l remis en place,

:;orlil de la chambre. C'étaiL dans l'été, el le
jour commençait à poindre. Dreleuil donna
quelques louis à la ervanLe, la chargea de
remerrimeuts pour lo curé, awm qui il voulait, di ait-il, se retrouver quelque jour, èl
parût.
Peu de temps aprè , le curé YiuL remercier Mgr l'iolcndanL de l'honneur qu'il
loi avait fait, el celui-ci ne s'aperçut pas
qu'il eùt le moindre onpçon sur J'altération
de registres.
Toul n'était 1&gt;as fait. li y avait w1 contrat
de mariage. Le tahellion c1 ui l'avait passé
etait mort depni plu de vingt ans. Breteuil
panint à découvrir le successeur, Je fil venir,
et lni laissa l'option d'une somme as ei considérable on d'un C.'lchot, pour la remise ou
le refus du conlral. Le notaire n'hésita -110
sm: le choix. Le conlrat et l'acte de céléLralion furent envo)'és à Duboi , qui les anéantit.
Ilrcteuil, pour consommer l'all'aire, emoi·a
chercher la remme lui parla sm le secret du
mari:ige avec celle éloquence qui :11•ait perrnadé le notaire. Elle n'eut pas de peine 11
promclLre la di crétion qu'elle avait toujours
eue.
Après la mort de ou mari, elle Ünl à
Paris, où, dans une vie opulente et ob cw-e
elle lui a survécu près de 1•ingl-cinq an .

DUCLOS.

DE LA FEMME

+

Madame de Pompadour
d'après le journ:iJ

Mme de Pompadour était morte de- ·ecret de la poste, c'est-à- ùire l'ex.trait &lt;les Lei point que l'écume lui venait à ln bouchf. .
puis bien des années, quand M. Senac leUres qu'on ouvrait; ce que n'avait pa. eu
&lt;t Je ne dinerais pas plu "olonticrs a1·ec
de Meilhan, faisant visite au &lt;&lt; frérot &gt;&gt; ~[. d'Argen,on malgré Loule a fa1•eur. J'ai l'inlendanl des pO ' les q1ùt1•~ le bourreau, »
de 1~ ~arquise, le gros Marigny, rrouva entendu dire que M. de Cboi eut en alm ail, &lt;li ait le docteur.
cehu-c1 devant la cheminée où il brC!lait et racontait à es amis le hi toire plaiIl îaut com·enir que, dan l'appartemrnt
de vieux papiers.!
de la maitre se du Hoi. il e~t éton« Ceci, clit Marigny en monnant d'entenùre do parl'il' propo ; el
trant un assez gros caMer, c'est
cela a Juré vingt a.ns ruis 11u·on eu
un journal d'une femme de
ail parlé.
chambre de ma sœur qui était
•tait la probité qui parlait al't'C
~ort,estimahle; mais après tout,
vivacité, disait ~I. de Marigny, et non
1I n y a que du rabâchage : au
l'humeur ou la malveillance &lt;JUi
feu 1 »
-'exhalail. »
M . de Meilhan écrivait des
romans médiocres, mais il était
homme d'esprit. 11 demanda
grâce pour le cahier de la femme
L'argot de Sa 1\lajesté.
de chambre - à cause des anecdotes. M. de Marigny se prit à
Le Roi se plaisait f1 aYoir de perire :
tites corrC!!pond.ancci1 particulières
« Ne trouvez-vous pas, dit-il,
que ladarne trè ouvent Ï"norail ·
que je suis ici comme le curé et
mais elle sa,·aiL qu'il en ll\'aÎt, car
le barbier de Don Quichotte qui
il pas ait une partie de sa matinée à
brûlent les romans de chevaleécrire à sa tamilJe, au roi d'E pagne,
rie? ... Eh bien, je vous donne Je
quelqu.efoi au e,1-rdinal de Tencin,
cahier. »
à l'abbé de Broglie, et au j à de
Ainsi furent sauvés les mégens obscurs.
mohes de la femme de chambre,
&lt;t C'est :ivec des personne
omme
qui était une certaine Mme du
cela, me dit-elle un jour, que le Roi
Hausset, veuve d'un pauvre gensans doute apprend des termes donl
tilhomme normand, et qui n'avait
je uis toute surprise. Par exemple,
rien, Dieu merci, d'une dame de
il m'a diL hier, en vo ant pn. ser un
lettres 1 - car une dame de lethomme qui avait un vieil habit : 11 Jl
tres, à sa place, eût peut-être
a là 1w lwbit bie11 e.:r:aminé. &gt;)
falt un roman, ou un récit roma&lt;&lt; li. m'a dit, une aulre fois, pour
LA SULTA)&lt;E.
nesque, tandis que Ja bonne du
dire qu'une &lt;:hose était uuisemlilaPortrait le plus rcsscmb!:ml de Madame de Pompadour. d~ l':i.Yi) uc son
Hausset, fort peu imaginative,
Me : « Il y a gl'O • ,, C'est un dicton
frère, le Marquis de Mnrlgny.
se contenta d'êtTe sincère, dans
du
peuple, à ce c1ueJ'on m'a dit, qui
Tableau de VAN Loo.
un écrit sans ordre, sans plan,
est comme : «11 y t1 gros n parier. 11
sans dates sans méthode et presJe pris la liberté de dire à Madame :
&lt;( Mais ne seraient-ce pas plutôt des deque sans style - agréable à lire, pour- saules, les intriérues atnot1reuses 11ue conlctant, et qui rend le son cJajr de la vie 1 • naienl souvent les leLLres qu'on décachetail. moiselles 11ui lni apprennent ces b1;lles choLa méthode, à ce que j'ai entendu dire, ses? »
MARCELLE TINAYRE.
Elle me dit en riant :
éLaiL fort imple. îx ou sept commi de
l'hôtel des postes triaient les lettres qu'il leur
(( fous avez raison il !/ a g l'Oi-. 11
était pro cril de déc.'lcbeter, et prenaient
Le Roi, au resle, se sl!rvail de ce e"\presl'empreint&lt;! du cachcl avec uuc boule Je mer- sions avec intention, el en riant.
Le secret de la poste.
cure; en uile, on mettait la Mtre, du côté
Le Hoi a1•aît ns ez d'anecdote·, et il se
du cachet, ·ur un gobelet d'eau chaude qui troul'ait assez de gens pour lui en dire de
Il l' avait deux perrnnnes, le lieutenant de fai ail fondre la cire sans rien gâter; 011 morLifianle pour l'arnour-propro d'autrui.
police el l'intendant des postes, qui avaient l'ouvrait, on en faisait l'c:l'.lrail, et ensuite on
n jonr, Choisy-Je-Roi, il entra dans une
grande parl à la eonfiance de Madame [la mar- la recachetait a11 moyen de l'empreinte. Voilà pièce où l'on tral'aillait à un meuble brodé,
qui ·e de Pompadour] ; mnis ce dernier était cornrueol j'ai entendu raconter la cho'e.
pour voir où l'on en était. y:mt regardé à
ùerenu moins nécessaire, parce que le Roi
L.'iotendanl de postes apportait les exlrail
une fenètre il vil, au bout d'une grande
avait fait commnniquer à M. de Cboisrul le au Roi, le dimanche . On le Yoyait entrer et nUée, deu. homme. en habit de ChoLy
. 1. txtroit Je !a préface t'crile par Jtmr ~lar ·clJ,, pa$ er comme les ministres, pour ce redou- (c'était le costume imposé par le Roi aux
Tmnsrn pour I • prcmi r volume de La 1;-,•anraisc ,atable Lravail. Le Dr Quesnay, plu ieur fois courtisans im·iLés à ce thâleau : justaucorp
co11lée JJ/11' clle•111é11,e {Mé11t0irea de la Fem111,· ) ·
füu ,:11 ~ o~ l1OJ1PAooun. d'après le journal de sa Femme devant moi, s'est mis en fureur, ur cet gri pour les hommes, robe de chambre noire
in/iîme ministère, comme il l'appebiL, el à pour les dame ) :
d~ Chambre.

(( c·

a

�,,
•

111STO'l{1.J!
« Qui ont ces deux. seigneurs?

11

Madame prit la lor nellc et dit :
(&lt; C'est le duc d'Aumonl et •··.
- Ab! fit le !loi, le grand-père du duc
&lt;l' \umont erait l&gt;ien étonné, 'il pollVait voir
sun petil-fils bras dessus, bras dessous avec
le petit-fils de son valet de chambre L... , en
habit qu'on peul dire à brevel. »
Là-dessus, il raconta tme grande hi Loire it
)ladamc,qui prom•aitla vérité de ce qu'il di ail.
Le Roi sorlil en uitll pour aller à la figuerie a&gt;'cC Madame.

de ce qui était arrh·é .•le dis seulement à la
fille de garrle-1·obe de toul remettre en éLat,
el elle c1•11t que ~fadame avait été malade. Le
lendemain, le Roi remit secrètement à Quesnay
un petil billet pour Madame, où il disait :
a .lla r/1ère amie doît ai•oir eu grantl'peiir; mais qu'elle e franquilli:w: je me
porte bien, el le ,locteur vous le certifîe,·,i. J)
Le Roi, depui ce moment, ·'habitua à
moi; el, tour-hé de l'atLachement q11e je lui
avais Lé.mo1gnr, il me foi ait souvent des mine gracieu es, à a mani~rc, et de peti.ls
présents. Et Loujour , au jour de l'an, il me
donnait pour \lin"l louis environ de porcelaine. Il me voyait dans l'apparLillllCOI, disaitil à ladame, comme on y ,•oit un tableau ou
une L1tuc muette, cl ne se gènait pas pour
mm.
Com!Jicn dl· foi· uous arou dit, .\ladamr•
cl moi:
(&lt; Mai , . 'il ft'lt mol'l, quel embarras!
Q11el ·caudale! 1&gt;
Non nou étion , all re le mise l'll rè"lc,
à tout érénement, en avertissant Quesnay :

el son silence, et. la promes.e d'une place
pour son ûl . Le Roi me donna un acquilpatc.nl, ur le trésor royal, de quatre m_ille
francs, et 'Madame eut une très belle pendule
et on portrait dans une tabati re.

Aventure manquée.

Outre . e.s petites maitresses du Parc-auxCerfs, le Roi avait quelquefois des açenLures
avec des dame~ de Paris ou de la Gour, qui
lui écrivaient li y eut WlC lm.e de M... elle,
qui avait un mari jeune et aimable et deux.
cenL mille livre~ de rente, et qui voulut ab riUne alerte.
lument ètre a maitres e. Elle parvint à le
voir et Louis XV, qui :m1il a fortune, ét.air
n ;\'éncmcnl 11ui me lit LremLler, aiu.si
itersuadé qu'elle étaiL incèremenL amoureu~&lt;·
que ~ladamc, m procura la familiarité du
lollt:: de lui. n ne sait pas ce qui erait arHoi. Au beau milieu de la nuit, ~la.dame cnlr:i
rivé, si elle ne fùt morte. )fadame en était
dan · ma chambre, toul prè- de la sienne, NI
fort embarras éc cl ·e trouva, par sa mort,
chemise, el se dé c pérant :
délîvrée
de ses craintes.
« Venez, me dit-elle, le Roi se meurt! &gt;&gt;
ne
circonstance
me valul un rodouhlt'On peut juger de mon effroi. Je mi un jupon
menl d'amitié de fadame. rn
eLje trouYai le Uoi, dans son lil, habommc riche, qui était dans les
letant. Comment faire? C'était une
ous-fermes, me viut Lrvuver, un
indi,.,estion. Nous lm jetàmes de
jour,
en grand secret, et me dit
l'eau; il rc,•inL. Je lui fi avaler
qu'il avait quelque cho e à comde· gouttes d'llolfman et il me dit :
muniquer à Mme la Marquî e de
&lt;1
e faisan pas de bruit ; allez
lrès important: mai l]UÏl erail
seulement chez Quesnay. lui dire
fort eml&gt;arrassé de . 'en expliquer
que c'est ,•olre maitresse qui se
avec elle; quïl pré[érail m'en insLrouve mal; et dites à ses gens de
truire. Je l'a su rai de ma discrétion.
ne pas parler. J&gt;
« Je n'en doute pas, me dit-il,
QuesnaJ étaiL logé tout à côté:
et c'est ce qui m'a fait m'adres er
il Yint aussitôt l'l fut fort étonné
à VOU·. ))
de voir le Hoi ainsi. Il lui !;\to. le
En uitc il m'apprit, ce que j •
pouls cl dit :
savai
, quï1 n,·ait une Lrès belle
~ La cri e esl 11nic: mais i le
femme dont il était passionn&lt;'P.oi avaiL sob.aotc: ans, cela aurait
mcnl amoureux. L'ayant aper~·u ,
l'u èlre édeux. »
un jour. baisant un petit porh:n alla chercher chéZ lui &lt;1uelquc
fouille, il avnil cherché à s'en emdrogue; il r •vint bientôt aprè,, cl
parer, s'imaginant bien qu'il l'
~c mit 11 inonder le I\oi d'eau de
avait
r1uelque mystère. ll l'avait
enLcu r .... J'ai oubli t le remède
donc
gueUée, el, un jour qu'elle
11 ue lui fil prend rc le docteur Quesétait ortie précipitamment pour
llil )'; mais l'effet en fut merveilaller chez sa ·œur, qui venait d'acleu~ : il me sembla que c'était des
coucher dans un appartement au9011Ues rl11 ge"nfral la J!fol/e.
des.us du icn, il avait eu lo
Je rél'eiJlai une fille de garde-temp de Lrouver le .ecrel du porrobe, pour faire du thé comme
teîeuille. Après l'a,·oir ou,·ert, il
pour moi. Le Roi en prit trois
avail
été bien étonné d'y trom·er un
tasses, mit sa robe de chambre,
portrait de a Majesté, et dans
ses bas, el gagna on appartement,
l'autre partie ùu portefeuille un ·
appuJd sur le docteur.
lettre très tendre de sa main. Il eu
Qucl peclacle &lt;rue de nous '&gt;Oir
avait
pris copie, ainsi que d'une
tous les trois à moitié nus!
Madame pa sa le plus tôt possi- CnArEAU DE .ERSA1LLI:, • - BALCÔ~ IJU • C.UJINET rnTu,tJ;. • 1/ou Loms XV Lettre commencée d'elle, par laquelle sa femme demandait au [\oi
ble une robe. ainsi que moi, et le
VIT, U :S WIUŒS AUX YEUX,
in
tammenl de lui procurer le plais
'ÊLOIG.."",ER
LE
CO!fVOl
FUXEBRE
DE
LA
IllARQUI
E,
Roi e changea dan se rideaux,
formés Lrès décemment. 11 causa A dtoite, au rez-dc-,bnussée, à l'angle même du billimcnl, se trou vent le lroi, sir de le voir. Cel homme ajoutait
qu'elle en avait lrom•é le moyen,
marches que Louis X\' descendait, quand il rut !rappè par Damiens.
sur sa courte maladie el témoiqui était de se rendre à Versailles,
~na beaucoup de sensibilité pour
où elle irait masquée à un bal do
les soin qu'on lui a\'ait rendus.
Ja Ville, el que le Roi pouvait ,·enir ma qu é.
&lt;&lt; Cai-, dit Madame, il n'e t pas eu.lemeoL
Plus d'une heure après, j'épromais encore
J'assurai .M. de ~.-. que je me chargeais do
la plus grande terreur, ea songeant que le mon médecin, il est enr.ore premier médecin
faire
part de celle alfaire à Madame, qui serait
ordinaire du Roi . c·~t la econde place de la
Roi pouvaiL mourir au milieu de nous.
t·econnai sanb~ de sa. confidence. li s'empres::m
Heureusement il rel'int tout de suite à Jui, Faculté. l&gt;
d'ajouter :
ll out mille écu. de pension, pour ses oin
et personne ne s'aperçut. dan le domeslirrue
... 36o

W'

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MAD.li.ME DE Po.MP.ADOUT(

cc Dite· à ~Im• la ~Iarquise que ma îemme !JUi finis aiLdes'habiller. J'étais seule avec elle.
11 J'ai sonné· 1Guimard est entré et a été
Leauc()up d'e prit et qu'elle et très intri[ort surpris de mon tète-à-tête avec un homme
&lt;&lt; Croîriez-1•ous qu'en rentrant dans ma
gante! Je l'adore, et je erais au désespoir chambre à coucher, sortant de ma rrarde- en chemi ·e. Il a prié Guimard de pa,ser avec
qu'elle me fùl enlevée. &gt;l
robe, je me suis Lrom·é face à face avec un ltù dans une autre pièce et ùe le touiller dans
fo ne perdis p:u; un instant à instruire monsieur?
les endroits les plus secrets.
Madame et à lui remettre la let« Enfin le pauYTe diable cstrentre, etje la prévin do rendez-,·ons
lré et a remis son babil.
demandé. Elle parut fort sérieuse
1&lt; Guimard me dit :
et pensire. J'ai su depuis qu'elle
- C' e t c..1rtaincmen Lun homme
al'ait consulté M. Berryel', lieutequi dit la Yérité et dont on peul,
nant de police, qui trou\'a un
au reste, s'informer. u
moyen bien simple, mais très ha&lt;• Un autre de mes garçons du
ùilement conçu, pour éc:!1'ler la
Château est entré et 'est l.ronvé le
dame.
e-0nnail re :
_Il demanda à parler au Roi le
- Je réponds, m'a-L-il dit, de
soir même; c'était un dimanche,
e brave homme, qui fait d'ailjour où le lieotenanl de police veleurs mieu que per 01mc le bomf'
nait à Versailles. li lui dit qu'il
à l'écarlate. )/
croyait devoir le prévenir r1u'il y
11 Voyanl cet homme si Ùllcr11w1it une dame qui le comprometdit qo'il no sa1·aiL trouver la porte.
tait dans Paris; qu'on lui avaiL
ni se tenir enJ place, j'ai tiré de
remis copie d'une lettre tin 'on supmon bureau cinquante louis :
po~ait écrite par aM:i.je té. llremil
- Voilà, Monsieur, pour calcelte copie au floi, qui la lut en
ruer vos alarme .
rougi .an!, et la déchira en fureur.
(C Il e l orti, après s'être pro J. Oerr ·er ajouta IJUe l'on répanlerné. 11
dait que œue dame devait a\·oir
Madame e récria sur cc qu'on
une en trm•ue avec lui au bal Je
pouvait ainsi entrer dao la chamVersailles; el, dao lo moment
bre du lloi. Il parla d'uno manière
même, le hasard fü qu'on remit
très &lt;;alme de celte étrange appariau Roi la lettre de la dame qui
Lion ; mais on voyait qu'il se concontenait celle demande.
traignait et que, comme de raison,
M. llcrryer en jugea ainsi, parce
il avait été efl'raJé,
11ne Louis ; V parut surpris en la
La Marquise approuva beaucoup
li ant, et dit :
la gratification · et elle avait d'an« Il faut avouer que M. le liealanl plus de raison, que cela n'ércnant de police est bien inslroit.
t.ait 1mlleme11L la coutume du
- Je croi , ajouta Berryer, dcIloi.
vr,ir dire à Votre Maje lé que celle
M. de .Marigny, me parlant de
dame pa e pour fort intrigante. ll1::pcn,fa11cc Je la prupr1èlé actuelle de Madame la l:larunnc d'Arlha.;, 1, ru,; cette aventure que je lui avais
Sai111-l\1êdtric, à Versailles. - L'nncicnnc habitation ne compren:tll que h:
- Je crois, fil le lloi, ciue cc
racontée, me dit qu'il aurait papctil pa,·illon d'aile :i1·ce les deux {coètres encadrée:~ de lierre.
n'e t pa sans rai ·on. )&gt;
rié mille loui contre le don de
Cette aventure fut ainsi coupée
cinquantll louis, i tout autre que
dans a racine, sans que Madame partit~ :l\'oir
- Ab ! Bieu ! Sire, s'écria Madame el'- moi Iui eù.t raconté ce trait :
part. Le !loi ne redouta.il rien tant que le · ba- fray~e.
,c C'est une chose singulière, ajout;J.-t-il ,
vardag~s; el il crut que sa lettre courait tout
- t:e n'est rien, reprit-il i mais j 1aYO1tc que toute la race des ,•alois ait été libérale à
Paris. M. llerryer fil épier la dame, qui que j'ni eu une grande surprise : cet u.ommc l'excès; et il n·en est pas tout à fait de m11me
n'alla point à \'er aille . Madame me lit part a parn tout interdit.
Je celle des _Bourbons, accusée d'être un reu
de cc qui s'était pas é; le mari fut fait
(r Que faites-vous ici? &gt;&gt; lui ai-je dit, d'w1 avare. Ilenr1 1 a passé pour être avare . li
fermier général deux ou trois ans après. La Lon asseL poli.
donnait à es maitresses, parce qu'il élail
1arq11ise me fit donner "Îx mille francs sm
« fi s'est mis à genou:.~ en disant :
faible avec eUcs, et jl jouait avec l'âpreté d'u11
~a p~ace, à condition que je ne la quitterais
- Pardonnez-moi, Sire, et, ava.nt Lont
homme aonl la fortune dépend du jeu,
J31Da.tS.
faites-moi fouiller. »
Louîs . IV donnait par faste.
(( Il s'est hâté lui-même de vider ses poches;
11 C'e l une chose bien étonnante que celle
il a ôté on bahiL, toul troublé, égaré; eniin il qui aurait pu malheureusement arri,•er. Le
m'a dil qu'il était cuisinier de... el ami de Uoi pouvaiL être a assiné dans sa cb~mbre
Un roi mal gardé.
Beccari qu'il était ,·enu voir. Il s'était trompé sans que personne en eût connaissance, el
d 'esca.lier. et ton les les portes s'étant trottvées sans qu'on pù.t savoir par qui. 11
« Il 1•icnt de m'arril'Cr une sin"'nlière ouvertes, il élait arrive jusqu'à ma chambre,
Madame fut plus de quinze jours a.ll'ectéc
cho ·c, f) dit le Roi en entrant cbez- M:dame, dont il allait hien vile sortir.
ùc ce pelit •h'énement.
Il.

11AnAM.E

DU

llAUSSET.

�""·------'-----------------'------- 1..Jt
LES FEMMES DU SECOND EMPJ RE
~

La_princesse Mathilde et ses amis
Par Frédéric LOUÉE.

l. Gfra11J làcbail la bride au~ mêmes fan laisic · hu-

cnnœs tout l'éLé. C'était pour elle le plaisir
d dieux de le recevoir el de les retenir.
Quand on venait, pour la première Iois, ur
ou imitation, jouir d'une emaine ou deux
Je présence, à Saint-Gratien, elle commençait
par Iaire Je honneur de on chez oi avec
une riante implicilé, ouvrant e appartements el, en pa.rliculier, on cabinet ori 1•ina.lement encombré de 'petil mcuulcs et d'air
c.essoire qu 'expliquaienl ses menue occupations, es personnelles haLiLude ; pui clic
montrait ses chambres d'amis, r~pétanl qu'elle
n'avait pas de meilteur coulenlement que
d'a\'oir du moade, de -vi\Te au milieu de gi&gt;n
sympathiques, et se rejouis a11l que son ort
lui permit d\ ,•aqller tout à. son ai e. Elle
aurait pu, di.ait-elle. avec ses revenu , on
esprit de curio ito, a naturelle fantaisie,
'assigner de buts extraordinaires . a. complir de rares des ein , élever des monumeols,
se dresser à. elle-mème un palai · de financier; mais - et c'était là son mol îréquemmenl de retour nr -Cs lèl'res, - elle préférait à tout œla mille fois u sa perse a-,ce de
\'ieux amis a si de .us ».
fJuu les grand .iour d'in\'itations, comme
aux série de Compi~gne, on arrivaiL en plusieur voilures à ,aiat-Grâlien. à l'beure de
prendre pla ·e à taule I Après le déJcuner on
pa. ait dan la véraoda. La priuce se, qui
déte tait l'odeur du tabac, a\'cc uu bl!au courage allumait le ciuarcs de quclt(UC fumeurs
impénitent ·et le eau erles ·e proloagea.icnl.
L'une d~ di tractions liabituellc:ï de cet in •
tant psycholorri.c[UC était « d'alt.clcr », selon
le mot d'un des familiers du lieu, le pciulrc
aUiLré de .•\ . .llatbildc N:Apoléon à l'allmrn
des caricatu1·e . Giraud y excellait. 'appuyant
an bras du canapé, où l'arti le était a is, la
11rinces es' ·«ayait loulo la premicrecn voyant
ortir peu à peu le ujct, son· l'empreinte du
crayon alerte. w· une page, c'était Mathilde
elle-même posant pour son buste de Carpeaux
en déposa.nt un haiser sur le museau de son
chien Chine; ur une autre .e dé,'.eloppail en
Ulie rondeur énorme la partie po léricure de
l'ahbé Coquereau, ballonnant dan un pantalon Je bêh 1• C'érait ncorc la charge d'Arago
écrasé ous une L1\gion d'honneur gigantesque, ou celles de .Jaréchal el de a face épanouie, ou la doul.ile ilhouetlc des Goncourt
r liée par une seule plume. Ce gailés du
que i;epl à lrnît_ intimes, ln m~io et l'esJ!ri~ toujours

moristiques, chei füeuwl'rkerl.e, à l'issue de chacune
,le 3CS soirers du Lou\'re, Le ,·endredi, lorsque 11
ruule des iu,itûs s·élail i:l'Ouh\e, qu'il ne rcs~t là

laicnt le salon du suri11t.c11dan1 des 8ea11X•Arl8. !:n

li

ous l'Empire, les réception· de la princes e étaicnl les plus recherchées du monde
pari ien; el c'est aloi' que, gardant le dimanche au imitalions courantes, elle avail
dû résener le mardi pour li! 1)ersonnage
officiel·, el le ruercœdi les intimes, des arLi tes presque cxclu-ivement. Un aimait, on
vantait celle petite cour de beau1 esprit , fa.
çoonéc sur le modèle des cour italiennes du
xne siècfo. Elle y :l\·ait imprimé un cnchot
tout per onnel. l[Ui faisait dire de ceux qu'elle
accueillait qu'en Yûrité ils n'élaient point des
bonaparlisle . mais des mathiidiens.
L'hospitalité large, continuelle, était un
besoin de sa na.Lure; elle le pouvait contenter
surtout dans sa belle ré idence d'été, à ainlGratien. Cc chàLeau n'était pa , comme on
l'avança par erreur, le manoir hi torique de
Catinat. li datait eulement du premier Empire, où. il fut bâti pal' le comte deLucay préfol du palais. Il n'aYaiL pas l'aspect impo ant
d'une œuvre d'architecture; 'élail 11ne Jemi:ure pacieu e, meublée a,,ec goût, san
caractérisliqu.e saillflnte. li fut sou\'ent Mcrit.
.tu rez-de-chau·sée étaient le \'eslibule, le
grand salon tendu de per e à fond verl et à
ra.mage , le plaîood tendu de la même étoffé
en forme dù tente, une jolie 1'éranda, tonl
amhra,.,ée de "igne vierge, donnant sur le
parc, 1111e Libliolltèc1ue, un salon de musil1ue,
un Jiillard, et, dans les annc e·, con truites
ur le indicalions de la princesse, d'un colé
la salle à manrrer el de l'autre l'atelier. Un
second atelier fut ôtabli Jan$ le parc, fait
d'une ancienne chapelle, qui a1•aü con ·ené,
chose curieuse, son nu tel, et où se réunissait,
par occ~~ion, tout e la maisonnée du mome.nt.
Un bel escalier t1 double ré1•olution menait
aux étages du padllon Catinat. Au premier
palier se dressait une n-r:i.nde glnce ur lat{UClle &lt;&lt; le peinlre ordinaire ~ &lt;le lla.lbilde,
El1gène Giraud, m•aiL enLrelacé de sujeL
Louis XV et Directoire, devant fig\uer, en
des s ·rubolcs discrels les sept péchés capilam. A. cet èlage étaient le appartements de
la princes e. Le second était ré ervé anx in,1.té , hnil chambres au lot.al, dont la plus
belle était destinée, par une attention Loule
gnl:mte, am nouveaux marié ,
Elle avai t, à Saint- ratien, des omis en \'a-

1füpos, uolre pmntrc se mella.Lt à fo u-c o ! aquarelle
la charge ù'un de homme! ma.rquantl, qm frequlln-

cra ·on amusaient heaucoup le b(lLitué . Ils
'y retrouvaient entre eux. De~ cartons pleins,
de l'Olumi:ncux alLnms regorgeaient de~ ,roquaJe de Giraud 1• L'un de ceux-là le appelait l'histoire intime et lmrles1rm: de la
mai on. On Lournait, on feuille1,1i!. On H'
pa sait la cho e de main eu main. 011 riait.
Plli , de s'éd1apper afio d'aller en Lroupc au
bord de l'eau, dans le chalet, narni de rame:..,
d'avirons. étageanl sa notlille de c:mols,
d'yole , de paüus, bien proche de l'embarcadère. C'était pour le luur du lac aocoutomé.
Suu,enl, après le ùéjllttner, MatbildeaimaiL
a faire de courtes promenade en campagne,
jetant ,es pensée. à. l'air libre, comme elles
lui venaient, ur l'idée du moment, l'impression du jour. Promenades charmantes et qui
l'eussent été da,anta"'e si la 11rinces c- gliserons-nous cette rcms1rque en pas anl? n' ût eu de compagnie que c:; intimes . Mai.
c.:lle avail am,si c· chien . Elle en était lrè
oi:cupée, trop au gré &lt;le ccu:t qui cheminaient
,rrec elle el qui He s'c11 plaignaient pas à
haute ~·oix, 1:,,idemmcnt, mais qui épronvaicnl
de l'agacemenl de ce que fa comcr ation ~•
marche était, à el.tftt1ue 111it111le, dépassée par
le retournement dc la princesse, pal' se
cris d'appel: Clrine ou Toni, chaque fois q_ue
l'un ou l'autre de se intéressants quadrupèdes s'était égaré dans un détour ou enfoncé
dans quelque mas if.
A ceile heure du jour, elle a,•ait, d'autres
foi , sa crise de trnvail. D'un pa pre sé, elle
. e rendait à son atelier. Là, paisible daTIS le
vaste hall aux porlière somptueuses, aux
mur garnis d'immenses palmes entrecroiséœ, la princcss · reprenait un portrait commencé. Ilébert, as is derrière elle, présidait
au tra,·ail. 11 bien Giraud, debout, peignait
un sujet doooralif pour le cbàleau. Parmi les
personnes présentes. celle-ci li ait. celle-là
lapis ait. L'un 1 comme le prince Gabrielli,
brunis ail les ton d'une eau-forte. D'autres
feuilletaient des album ou devi aienL à mivoi:.. L'aprè ·-nùdl c passait dans ce calme;
et l'on aUail eodo cr l'baLit pour le diner.
~ais ne nous arrêterons-nous pa.s à 11oucr
plus étroilc cannai san e avec plu i~urs de
ceux-là, qui composaient le noJau de cette
colonie salonière?
'îeuw~rkerle tiendrait la tète de la li le
par le degré d'int.imité et la durée des séjuin 1855, la collection se composail ù'une soixautaina
de dessins eofer111és dans un portefeuille, qu'on e$1ÏmaiL Mjâ tle:s plus curic1.1.1, eL qui 5'eoll.a, pa.r l.a
suite.

joors. Nous le retrouverons tout à l'heure,
au chapitre des alîcotions J&gt;ri"éc .
Un agace chercheur, connu de tou les
moliuristes par ses révélations sur les origiues et sur le parenlage de l'auteur du Afi:ant/11•ope, l!:udore oulié, conservateur adjoint du palais· de Versaille , était aussi, de
fondation, l'un &lt;le hôte accr~dités du lorris,
où l'avait introduit la bienveillance de Nieuwerkerke. Il 'était constitué là, par h:wi1udc, un peu comme l'introducteur des visites.
ll a1:ait, dans ce rdle, des indécision , des
maruères de scrupules presque excessives.
'l'héorhile Gautier se présentait, une aprèsmidi, à l'improli le. Eudore, oulié crut de\·oir
s'informer : la prince se pouvail-clle recernir
Théophile Gautier? « Comment I répondilc!le, avec un cri du cœur, comment! si je
veux recevoir mon poète! Il Un parlait de
Soulié comme d'un comi1·e aimable et d'un
h~mme de .sens. Les anecdotes du crû ajonL:uent au $tgna1ement d'en cmble de, tl'aits
particulier . One grande hi Loire s'étaiL dél'Oulée dans sa vie, à ce qu'on en disait,
émouvante et cocasse. De nature scmûmcntale, à , inrrt ans, il avail eu son désespoir
J'amour el faillit 'asphyxier a\'ec des cbarl&gt;on . L'originalité de l':iventure fut qu'il
avait choisi pour r&lt;!ceptacle de cet élément
nocif de amoureux en pcine, quoi ? Le bain
de i~g_e paternel! Chanceuse in piralion :
le plomb ~'èt.ait de·soudé, et c&lt; Eudore-Wer1her » avait pu rouvrir les eux à la vie.
Je m'en voudrais d'oublier le Tallemant
ùes Héaux de la ruelle malhildienne, un
homme de lieaut:oup d'esprit et de méchancelu, et si 1I1.0l disant el .i vindicatir, tout de
môme ·i curieux à questionner, que chacun
ap1iéLa.it tl'enlr'ouvrir ·es livres uoirs: le
cowle Horace de Viel-Castel. Il est en ce
lieux constamment aux aguct , fouilla.nt de
·e yeux aigu expre. ion des visa_ge ·, écontno Ld' une oreille avide les ana qui circulrull,
!!l les racontars, les histoires salées, qoj feront si Men sur ses tablettes, lorsqu'il les )'
couchera, le oir, aggr:ivées de ·es réfl ion ·
aigre ·-douce,, et de ses insinualions perfides!
li avait été jeune, aimant, sensilile, léger,
fri"ole aus i comme on l'est alor , m:ii. r:ip.iLle aussi d'nffections profondes, et qui le
lircnt Leaucoup souffrir eu sc Lri,,ant. Même,
à J'en croire. il était né a,·ec la faculté de
sentir plu ,ri"emenl que q1ti que i.;e fût :
joie', passions, douleurs. lai , comme il dut
changer en prenant de l'âge et de l'e1périence ! Viel-Castel a la critique amère. Prcsr1 ue aucune apprt!cfation ne passe sous ·a
plume qui ne s'achè\-e en c.oup de griffe.
11 J'appartien à celle race d'hommes, préLc:nùait-il, que le monde o peut connaitrc et
qu'il jugera toujours à faux. Je n'aime pas et
ne peux pas aimer à demi; je m'enfonce dans

P]f,11VC15SSE JKJS.T11TLDl; 'ET SES .11M1S - - - .

mon amour et ne Liens à être connu que de
lui. » C'est pour cela, an doute, qu'il ne
parle que de ses colère. , de ses jalousies, de
ses haines. A.us i, 1ruclle abondance de ,·cinn
sur ce chapitre !
Il paraîL vouer à la princesse une affection
sincère. ouvent il s'entretien t de sa bout~,
de se allentiom cbarmanLes à l'égard do
ses ami , des présents qu'il reçoit d'elle, de
sa gracieuse ho piLalité et du plai ir qu'il
éprom•e, graod collectionneur d'objel.S d'arlt,
à faire passer ent.l'e ses mains de bibelots
précieu . qu'il a ré ervés, avec l'imention de
los lui offrir 1 ~ !foi·, pour oela, ne cro1ei pas
qu'il c gène ;de dauber sur se faible ses,
ses erreurs, ses partis pri , ses créduliL&amp; [
(( La princesse, IJUÏ osl bien la personne
la plu faible du monde », c·e ·t une antienne
i1 l11qui::Uc reloornenl, à chaque in tant, c.i
pfaintcs. u Le .alon de la. rue de Courcelles
est vraiment déplorable », c'est encore une
dti se formules. ll y a, ohcz elle, rraiment
trop de gens qui lui déplai enl. Cette ·ociété
fait le plus grand torl à celle &lt;(Lti la reçoil.
Pauvre el aveugl&lt;l princesse! Que ne luj est-il
permi. à lui de chasser loin ces coteries inléressécs el fausse qui mellcnt a. confianrc
au pillage;! JI en convient, t1int-Gralien c l
, es ombrage lui conviennent mieu). que l'atmosphère néfa le qu'on re pire daos le s:ilons de la rue de Courcelles :

r

1. \'iel-Caslel donna, n l 8(H, au lruS.:e ilu Loavril
une collectiou J e peintures provcmnt d'enciens manuseri Ls italiens, espag-nols, llamands el françaù; des
XII', lll\1 , ,;v• et 1-v1• 11ècll'S.
Il y ajoul3, en plusieurs occa.io11s, paur le muaéc
etJmo"'rapl,iq_uc, mniots objets rares ou euriew, el
de~ f11.ïc11ces, tles crù;laux.
~. u A la prince e :Mathilde, j'ai olfcrl taul de
pclits et précieUI olijcl..!, qui g!l'nmcn l ses étagi:rcs,

~bene uuaudon.

PRINCESSE M.i.Tmt.oc.

« J'arri"e de Sainl-GraLien, la campa~e
achetée par la princesse Mathilde. C'est joli
que je ue snurais les nommer •. (Yicl-Castel, ,!Um.,

!l oel. 185.i.]

3. t Panvrc princes e lfalhildel Vous ôtes bien mal
cutourée, et personne ne 1•ous donne de bons cc;ineils. Peu il. peu, vous vau laissez aller nul complai•Qnts ; la nanerie vous mord, elle vous sédoil;
ce,n qui vous baisonl les mains ypus reniera ienl si la
fortune cessai.L rle •ous l'avori~r. You:1 êtes Lrnhi par
lllll personne_ llll!mes Je votre inté .. icur; chacun dll

el bien arrangé. Mon petit appartement y est
ll'ès conÎOl'lahle'. »
Oni, aint-Gratien lui plairait extrême~
ment, si un malheur obstiné ne voalait pa
qu'il )' rencontrât au i les Giraud et la Jlesprez, el l'abbé Coquereau, la queue du corlègel Fould au si est sa bête noire. Le corole
de Laborde lni inspire de véritables accès du
rage urlout depuis &lt;1ue ce concurrent heureux a été nommé direclellr général ùes
archive . n a des colè.re· bleues contre le
prince .lérome-r apoléon, et s'étonne ensuite
de n'ètre pa des mieux reçus au Palai ·Royal. Coqucreau, dé,jà nommé, le roel an
supplice. Et encore lme Desprez leclrice de
Son Alte'se Impériale ; c'est une peste qu'i 1
no peul soull'rir".
TraiLe-,t-il d'une plus indulgente sort les
écri\'ains, Je arlistcs? Que 11ou pa ·. Alexandre Dumas, qui se donne pour 1m grand
historien, n\sl, à ses yeux, 11u'un grand
histrion .... Alexandre l&gt;uruas fil., un jeune
vaurien, auquel a manc111é Loule éducat ion de
famille ... Thoophile Gautier .... J'arrête ici
la aomenclalarc. (Ju:mt aux journali Les
n'en parlons pas; il le exécute d'un Lrait :
a Peut-ètrc serait-ce un grand bienfait ùc
supprimer les journaux comme tribune politique; ce rnrait pour la France un grand
apai emenl et le gouvernement ôterait u.rtoul par là un IDOJen de parvenir aux. intrigants~. 11
Rien de plus impudique el d'immodeste
autant que ses anecdote graveleuses sur les
personnes de la Cour. A l'en croire, toute la
haute société parisienne ne coruprendrait
pa une cule femme honnête; toutes impudemment prennent leurs é.bats o-ou le courtines de l'adultère ou s'eutraincnL à pratiqur1·
les mœur de. Lesbos. Et il les nomme, il
précise, il avance des choses inouîe , avec
une crudité de termes qu'auraient enviée le
romaociers naturalistes N'importe, la morale,
ociale ou liUéraire, n'a pa de plus ardent
défenseur. H e»t plaisan l de lire les prote tnLions indignées de cet homme sage contre le
scandaleux succès de la Dame (llU Camélias:
&lt;&lt; La Dame aux Camélia~, le drame
d'Alexandre Du.mas fils, est une insulte à
tout ce que la censure devrait faire respecter.
Celle pièce e l une honte pour l'époque, pour
le gouvernem.ent qlli la tolère, pour le public
itui l'applaudit. »
Ses cmporlements ne ont pas moins épique conlre George and et autres propagateurs de gales modernes, co.lllllle l'eùt dit
Barbey d'Aurevilly. e rclâche-t-il de ses
rigueurs habituelle , il a des façons de dire
atténuées, des genûllesses à a manière, du
genre de celle-ci :
~ Mme de X... est une aimable el spiri1os propos e~t npporlè envellimé; ,·os ,lépit son
ra ton t&amp;, vos in1prll,lcnee11 enregistrée . • (18 j11il
let J&amp;f,~.)
~- 5l jllillel m,4.
5. ~ ~me Oesprez, l'orl en faveur, ch!'rd,e à nw
nuire dans l'esprit ùe la priucc.sse ; elle aurait voulu
q11'00 s'assur!L de mon livre noir, c·e.sl un e hoTite
que i:Nle remmcl -o
(1. 8 juin t852.

�1..Jl

. - - H1STO'J{1.Jl
br.a nu , une autre fois, el lrt1nchaiL u'unc
façon i aYantageu.e sur uno enveloppe de
dentelle noire, qui jetait le fili«ranc sombre
de es ramages sur le rosé de la peau .... li
parlait d'elle en litlératèur, en romancier et
s'échauffait, au réel, d'un sentiment plus
complet que l'amitié. ,\ cc point que par lti
ton même de ou cuthousiasmc, p.'lr Ja chaleur de son zèle el l'indi rétion presque de
e propo, Jule.:· &lt;le Concourl compromellaiL
légèrement la prince se. Ues amis empressés
en :n,aienL in inné la remarque. Quel&lt;1u'un
fol chnraé, mais pourt1uoi n le nommerai~-jc
pa ? illrc&lt;l Sleven eut :1 J'en Lenir averti .
à mots con,·crt ·, prud •mmcnt, d 'licatemeot.
Le vi ux Giraud, de l'ln~rilut., le pcintr de
la pri11ccSse, L son fil', habile au si dan ' cel
art, avaient leurs coudées franches à :1i11LGratien. Eu ène Giran&lt;l pa ,ail pour w1
courtisan. Cc qui ne l'empêchait point de
garder, en ses propo , Ioules les libertés de
la discus ion. JI c tcna1L aYec la &lt;lame du
lieu sur le pied d'une honne familiarité, 4ui
n'allait pa san lui auirer des mots un peu
gro·, lor que l'artiste, enclin aux gaillardises, dépas ail la mesure &lt;!l
fai ail .rarpeler à l'ordre. Il .e rallrapail, du reste,
entre les quatre mur- de a chambre, où le
causeur nimaienl à c réunir, afin de jaser
plus à l'aise et de 'olfrir un supplément
d'histoire alée , qui l'étaient trop pour Ja
table de la prince se.
Aus i bien Giraucl a1•ail l'estime d'un beau
talent, d'une m-andtl francb1se de caractère,
d'une servialii]ité cou.tante a,·ec de la bizarrerie dan le manières, dans le habitudes
cl le sau -fac;o11 de . a \'ic. On a rapporté.
d'amu aut - ùétail" ~ur l'arranrremenl patriarcal de son exi lcnce intime, 1hayét1 Je &lt;1uelciucs Îl¾,"11 s boule,·arcfürcs.
À anl maison de, ille et mai on Je champ ,,
n'habilaol pre que jamais œlle-ci el n'occupant de celle-là que le minimum de ]a plac •
néocs ai1·e, il formait avec a femme un
ménage il'artistes bien original. le peintre
Eugène Giraud. La mh&lt;', le p'•re, lè Gl. ,
tous Lrlli' gitaient dans la même chambre.
Giraud cnior s'accommodant d'nu lal'ae rauLeuil Giraud junior 'étendanL sur un 1it de
.an11lc, au pied du lit Je a mèl'e, à la traverse. Les hommes ·orlaient et rentraient
tard. La t mme était ca anière cl "3"oait a
couche, huit heures onnanl. A deux heure ·
du matin les noctambules réintégraient la
maison. Le fils prenait un livre ramas·é an
hasard - Ja chambre en était pleine - et
le li ait à haute voix. De réflexio11 étaient
échangées; el, Yer le troi ou l[Ualre heur
&lt;lu matin, le calme e faisait : chacun aYail
repris ou commençait son sommeil. Comme
on a lieu de le croire, d'après ce qu'on vicnl
d'cxpo er, Giraud et on fils 11'avaienL pas le
réveil m:i.linal. Au contraire de la maitre e
de Ja mai on, 11ui traca sait, dès l'aube; dle
préparait le caré au lail pour l'a11porler, au
bon moment, à on mari eL à on rn ; les
i. Cc qui 11e l'empêchera po onruîte, dans un ,le
un ploce, de log,s Lom\ c11 togu prètrs ! » t • r 1m, • moments ,l'h11Dl 'llr noi re. ile jr.lcr crlle ptawte :
veml,re 186n).
« 61re mnlaJe, ('l n'a,oir pa la fatullè û',}ll'e rn~latl
'1. A la ~ •nie tlu 18 moi l!ltli, le jllus graml Jes
cliei soi, lraincr 1a souffrance el :,a l'a.iblc 5e tlo place
Giraud : le Cha.ssew· tic pigcom par \ 1ctor, une toile

luellc femme, un peu calin .... fais qui ne
l'e L pa - aujourd'hui! .... »
La princes e parlait en riant, pnrfoi , de
mécba11cctés de Viel-Ca tel. Il lui fallait un
doigté .pécial pour manier cette humeur
difficile. Viel-Ca tel aimait. à prendre la parole .ur l'étnt de cho c du momenl. Le
pa y veut ceci .... Le pajB réc.l:tme cela ...
araoçait-il. En érilé, que pouvait-il entendre
par 1., ceL ennemi juré d'ua p u tout le
monde? De· classes qui compo ent le corps
de la nation, il en rejclail une i "rosse part
qu • le reste après cela devait paraître bien
exigu. L'aristocratie lui emblaiL iniplement
rongél· d vices. Les bourgeoi , il les appelait
le - puce~ du c:orp · social. luanL au menu
p1't1ple, quelles poU\'llÏent èlr es symp, Ibie
po~r u11 rama sis de pauvre - hères'?
Etrangt! nature qui; cet esprit de malice,
tout h 1ris ·onné de pointe el tonL : clahons é
&lt;le 1·cum l
Il faut so ••n rder des sal issurcs. Eucorc
e. L-il permi de prendre son bien où il c
trou,·u . Yicl-Ca lei avança trop d'allérraLion
calomnieu e : mais il rele\'a aussi, sur son
chelilln, nombre d1• fait révélateurs, nombre
de détail. ob ervés el de paroles entendues,
an lesquel on ne collllailrail qu'imparfaitement la société i bi 0 arrée des premiers
lemp du ·econd Empire. En soulerant 1
porli rc du salon de la prinœs.e Mathilde,
1l nous a découvert de coin ignoré , que
n'auraienL pas reproduit- les photographie
de plein jour officieusement arranrrées.
1'111 arliste el non moin · &lt;&lt; débineur »,
les Goncourt avaient sons la main de l'étoffe
· utunt qu'ils en pouvaient ùésircr dan . cet
intérc ,ant m.ilie11. Il ne se pri\·i•rent point
d\ laillcr. Llo en juge à l'al,ondancc de leurs
glo ·es ur le sujet de llaùûlde et de sou
c~nacle. Jules de Goncourt prolougeail es
arrèl à aint-Gratien ju qu'. Lroi ·emaine ·,
en celle délicil!ll e résidence, dont les omliragc et la ,,fo ordo11née calmaient sa. su.rexcilalion fébrile. Cherchanl partout l'impression
r •posantc et le suprème refuge du silence, cl
ne le. obtenant nulle part, ni à la campagne,
ni à la ville, il goùtait citez elle, tout au
moin , l'heureuse d,fünte, l'apnï-ement.
« Le prince n'aimcntpa Le rrensmaladcs ,,,
lul disait-il, dans une heure de tri te se
mau ~ :ide oi1 il
enta il f.tchcux pour autrui
comme pour oi. En réponse, elle s·emplo ·ait à le retenir par e paroles le plus
sédui8ante . Il devait s'i1Ualler à Catinat cl
prendre twe · lu.i .a f'ld'.[e Pélagie 1. Les
deux. frère avaient une «rande dL:rntion pour
)fathildc, le cadet urtoul, qui n'en contenait
pa - l' c prcs ion. De celle tendre e particuli re, il prodiguait les marques, non seulement !or qa.'il pensail à la louer de ses qualité de cœur et d'esprit, mai · encore lor"quc
sa plume tremblait de sati.faction en sous
' main, à décrire la toilelte charmante qu'elle
a-.;ail arborée, un soir, le joli décolletage d
soie ccri e ri.ui lui laissait le épaule el le-

cher arti le dégu laient le chaud lireuvarrc,
couché , el pares aient, après, les yeux clo~.
1 n avait 3 . ez iiu re te de la journée pour
lixer de impre ion ~w· la toile.
Cos allures du genre bohème n'empêchaient
point Euglme Giraud, membre de l'Académie
des Beau -Art ' el pensionnaire de la prince ~c
Mathilde, d e faire une bourse rondclollc;
de Pari el de Saint-G ra lien trnvaillèrcn t a le rendre rich sans qnïl y eût
ongti; et de façon moins into[l'cieute sut-il
placer en bon lieu le produit de la palette
familiale. Dau l'bi Loire de la 1,rinc · c,
comme amateur cl':irt, la dyna:tie de Giraud
occupa une laro-e place. ne quaranuiine df'
leur. toiles et aq uar ·lies élaieut lll\n·enucs b
. e :-lisser chez elle, qui ne relrou1·èrc11L plu ·,
apr1i· la di~pcrsion de la alcrie de MalhilJc,
la faveur fflli 1 y a.,·ait inlrO\luite· jadis'.
L'ahhé Cot1uereau, dianoine dl' .. ainl-fülli~
aumônier général de lo ll ollc, ledit al,h I lanl
maltraité tout à l'heur • par \ïel-Ca ·LCI, était
en honnc po Lure chez cette incroyaulL', t[ll'il
pérail pcut-Mre comerlir. Du r • Le, 'i
prenant fort 11alan11uenl pour cela et ne
manquant aucune de di lracûon- qu'il pouvait prcnJrc ans · compromettre a outa.n •.
li ne dét slaiL pa le jeu de mots profan ni
1 , sou -entendu. C'était affaire à lui de lire à
haute Yoix, ous la présidence de la princes e et en petit comité, des Œrs amoureux
d'un poète Ju jour, a\ c des inlonalion cl
d - rurs C(.,mplicc: que l'habit du personnage
r •ndait pins . inguli rs. li fallait qu'en a
pré. ence les cho
ru enl un peu bien loin
pou ées pour qu'il fil mine de ·e11 offusquer, comme dan · un aprè·-soup •r de janvier 1 55, où Xadauù chantait quelrrucs-uue
&lt;le es chan 011 un peu grasses. 11 ·1, ptudifia, :111 poinl dL' 11uiUcr la place el de se
retirer dans un .alon voi in, cc qui lui ait ira
11• plais,111leries d'un marqui d Custine.
Cclui-&lt;:i joui sait d'une réputation équivoque
pour un côté d · se,; 1lh.cur , donl la 'alnre
ellc-mèm,' 1:tail cbo11uéc. n Jr m'étow1c,
r •marqua-t-il. rru'uu ~ilèn.e chréûcn s'l-ffarouchc pour ·i peu de cho c. » EL l'nbbc,
tri:. haut, \'ÎJ]O't personnes ayant le oreilles
ouverte , al'a.it renvoyé au marqui une
réponse telle que nous ne pouvon la reproduire; mais il eût mieux valu, pour le con,,enanc , qu'il écoulât, tranquille, dan
l'autre salon, vinrrt chan ons de 2\adaud
•ncore pln gra se et qu'il n'eût pa fait
cette répon e-lii. Très lion cnfanl à l'ordinaire, très tolérant autour de soi, il n'étail
pa homme à gêner le ton des conversation
particulière ; le voi.inagc de a robe n'en
détournait point l'objet. On en prenait plutôt
à l'aise arnc lui. Il ne parais ail pas assez
qu'on s'adressàt à un prince de l'Église, certaine [ois, à la manière dont lui parlaient
certains interlocuteur•. Ln soir, il jouait en
amateur émérite la poule au billard, avec les
Paterson, c'est-à-dire le deux Bonaparte
américain,, fjU'on ommençniL à traiter de
,le gramles ,tirncu.s.inus, lut n':"{11~ pot1r 475 frmc~.
Le meilleur de la liêl'ie , la {'11tmce drs cygnes au
foc d'Engliie.11, pur Eugène, u'dla ~ au-desst1s do

420 rran .

rrinees, lorsque la leclrice de Mathilde,
lfmc De ·prez, qui se donnait dn.ns la rnairnn
d air important s'appuya sur le billard,
et, an c préoccuper des pou seurs de bille ,
étala ur le Lapi une• irravuro qu'elle monIrait el expliqu:iit i'i ,rui vouhtil l'entendre.
Coquereau, pressé &lt;le poursuivre ·c avantages, lui fil remnrlJller, à plu icur reprises,
r1u'elle empêchait le jeu· d'abord inatlentiv&lt;' à drssein, clic
·c rl'lourne tout i, coup ver
lui, el d'uo Lon sec :
a Vous êtes incom·ennnl,
l"abbé ~ vo. observation ·onL
de la dernière inconvenance! 1,
De compagnie facile dan" Ilmonde, il ét.'lil moin indulgent
il e confr~res du leraé, gli .ant 110 doute sur celui-ci, jugeant . ouhaitable le remplacem nl d'
lui-là, dénonçant à
mi-mols les tendances romni11('
de lei é,·êque, s'tile •:ml
contre le- prétention du uainlièrre et montrant bien qu'il
pérait être récompen ~ sous
peu de es opinions ultra-gallicane par l'octroi d'un évêché.
La prince . e Ialhilde, qui ne
l'appelait autrement que ce bo11
11bbé, a 'éla.il pas, avec a fines·e, san voir clair dans ce j u
d'bommed'Érrli ·e. Une foi quïl
dinait ch z elle a,·ec le ministre de Culte
elle l'avait \'ll
ri rconvenir, plusieurs heure~
durant, l'E rcllence, de qui dépendait le succès de a candidatur . Lrprenant à pari. dan
la soirée, elle lui dit à l'o-

P'l(1NCESSE .MJff1flLDE 'ET S'ES AM1S

élincelapt. S'il n'était pa. :m. ~i près de son
œurque l1, furent le comte de. ieuwerkerke,
le poèle émailleur Claudiu · Popelin"' Oll le
l'rémi sanl ab ervaleur « mode.rai Le » .Iules
de Goncourt, il ten:iit chez elle le haut boui
d~ la table. Il éLail le charme de ses réuuions.
Duma a racon Lé qu'il · a.l'ait de" maison ,
où il se enlait en ve!'Ve dè qu'il y était entré.
Jamai Gautier ne e enlit en meilleure disposiliou d'être soi, dan lOlll le relief de e
qualité , qu'en cette maison où il se sentail
attendu, - que œ fùt à Pnris ou dans le paYillon Catinat, -où iJ était beureux, où l'admiraLiou et la sympathie le réchauffaient de
toutes parts. Chacun paraissait allenlit à
amie irremplaçable, el Joni elle écriv it Je portrait ;
pour dam d'bonneur, die cul lot1r à tour Pinfortuuée Mme de , a.int-Marsault, qui fut Lrùléo vive, nu
m~me11I ou elle s'apprt?lllit a partir pour un bal, Jé
Reiscl, Ninelle 'iimereati el rie S~rloy. uéc Rovigo.
Enfm elle s'élniL ndjoinl m, ro11p de profc ur.,
d1~rg&lt;l d'enlrctenir sa culture pcrsonnèlle, Gimwl
pour 1~ 1•rin11tl'f', i-auz 1, 11ui lui rnseignail ln mu~,-

que. Jules Zeller, qu'elle teoaiL de Sainte-neuve, Pl
qui luifais~itquotidiefinemenl_ un cou'.s.d dcu. heures,
,lonl le prmc1pa.l obJet roulait ur l t,1stmre irénéral@
c•mtemporame.
a. Dan ln prHaca d'u n liHe, mallieuren f'tncnl 11()11
mi tian Ji; commerce, Claudius l'opelin a Lrac6 une llJèlcpeinCt11·t1 des so!nie. Je ·ai1\I-G1·a.lfon et un,porlrail
r,•~ em hlnnt tlP 'ft,roplule Cnul1,•r clic&gt;. la prinrf'ft"'·

reilJe:
" AYou~z. mon cher abbé,
que si tout autre se conduisait
comme vous le faites depuis
quatre heures, vous le traiteriez
d'intrigant! i&gt;
Mai elle était bonne et lui
voulait d11 bien; elle pous. ait fortement à sa
promotion .
Théophile Gautier. Lien autrement que
l'abbé Coquereau ou le mémorîali te VielCa tel. joui~sait de l::t rrrande amitié de ~faLhiJde. n matin, elle lui faisait part d'une
promotion très délicate à laquelle elle avait
songé pour lni, dans la hiérarchie de a mai.$On. Comme lie avait un chcrnlier d'honneur 1 • une leclricet cl d'autre sinécnristes
attaché. à a cour, elle vouJut avoir un bihlioLhéc:frre, et l'avait nommé à ces fonctions
pt'U absorbante .
&lt;&lt; . fais, a.11 fail, dem:mdait Théophile Gaulier à l'un de ses amis de lettres de cendant
L C'était le gén;,rat Bougenct1 auquel. apr sa

fil&lt;!rl, &lt;'lie délivrait ce bon cert1hcal dom stique, en
l'Ulll&lt;l d'oraison funèbre : • I.e général n1·ait toutes
les '}uatitës, é lant toujou.rs à on pole et sachant à
merveille se t('nir à sa 1il11ee. Ain i, du.ra11t des anuée.~
qu'il m'a sùi,,ie enqi,ahlé. de chevali~r tl'houneur,c&lt;'I

elct•llenl homme
:!.

E11

n'a Jl\mai. mart:h~ sru· ma •JPeue ! ,
pr,•miPr lieu, 1l•llP ,le Fly. qn'rllt• d1sBit unr

---

cueillir les parole!: ur es lti\TO! . D femmf'•
ôlé 0 m1t1'S ('l bt&gt;lles t... naienl sm· le· ~ic11, leurileux alla.thé . Alor , il linail en poole prodigue ton le tré:or. de son imagination.
Que lui cot)La ien l ce perle ? 11 1•s sema il,
an~ compter, avec le fo ·te ù'un nabab.
JI devisait . ur I s propo. infini. de l'art ou se conre~. ni1
ur les bizarreries ùe st's goùt
, îeC de !!ràC de 1.?allé l'nfanline ou de éclats de bonn lrnmcur, &lt;1ui chauUaient l'almo phère de gaz hilarant. C'était
encore un de. e · thèm1-s farnris
qae de recommencer son lamento de journali. le, .c plaignant d'a,,oir ù lourn r la meuli•
quotidiennement quand il n'aurait eu d'aulre rai on d'cxi lenœ que de modeler en pro ('
ou en ,·er' des formes plastique· ou d'tigr •ner .ous le cil'!
n fête de_ imags' pillore. qnes.
El na,turellement quand il était
sur on Lerrain, bien allumé,
Jlamb::int de ver,~e, iJ n'oubliait
point de fnlmin r, el de toute
on éloriuence, contre la civilisation, le ch min de fer, les
ingénillur lJUÎ houlever,eal la
J1aturc, défoncent et gâtent les
p3y a es, avec Leurs rails, aYec
t.ontes leur im-enlion utilitaires! Que leur faisait cela anx
autre·, 11 la ma, e de. i1·ifü1:s.
à la multitude de ceux 11ui n'étaient point, romm lui et troi ·
ou quatrequ'ilconnais ·ait bi,m,
de ensiti fs, el, qui plus ~~l.
dtls exotique !
Mathilde e fùl grandement
réjouie de ,·oir le poèlr' de.
E11w1u: el Came'ei.• siéger à la
place qui tlui était due parmi
le. Quarante. Pour le "uccès
Je n candidature acad~mique.
elle s'était entremi. e avec Leaucoup d'ndre e el de p r érérance, slimu.lant de es rappel alfeclueux
les « habits ,·erls », qui fréquP11L1.ient en
son salon et s·as se:raicnL t( ur a perse u,
e mell:tol en frais po11r les autre de prévenances eL d'amabilités. Un diner fut organisé chez Sainte-1.leurn, où l'on a\ait iuvité, ur 8on désir, le traducteur de Luc1·èce,
l'au tèrc Pon°cnille. Elle 'y trouvait. en
même Lemp que Yiollet-Leduc et son peintre
Giraud. Toute ln oirée -e pas a à chercher
le moyen de faire raconter à l'honorable
académicien les deux eules hi toirc de ~:i
vie : une entrevue a\'eC Loui
el ùnc
entrevue a,·ec Millevoyè. On ne s'en souciait ·
gnère plu que d'une fi,,.ue èche; mais il

nvec lui l'escalier, l'Sl-ce IJUe ln princesse a
llllP, biLliolbr11ue'/
11 n l'Onscil, mon rbc•r Gautier. faite
comme ~i elle n'en avait pas. )1
Elle avait vo\Jé une alîerûou tr?•s réelle au
poi'•tr· ('(Jlnrislc, ci rlrur &lt;le mot~ el r:mseur

Co111n; DE NnmWERKEIH,'E.

Dess/11 d'INCRES.

.,. 365

l"-

xvm

�msTO'Jt1.ll

__________________________________________ .

fallait séduire, il fallait s'annexer le vieux
Po11 rren·ille. de manit&gt;re à 0 agner sa voix pour
Gan lier. 1 ne du plu, ! L • suce~ en dépendait, peut-être. Tant d'habile diplornalie rc~La
san, erncace. Théopbile Gautier ne tlel'ait pa.;
avoir on fauteuil au paln.i }Jazarin.
1ne fi rrurc encore, qui ne pas ail pa inaperçue Jan ce cadrc ètceptiomml, c'élail
~fériméc. Il venait as ei souvent, ur lo Lard
Je sa vie, e Joutant L,ion qu'il rencontrerait
là de antipathies marquée , mai achanL
aussi quïl y trouverait son ami Viollet-Leduc.
Un moment, il a"ail entre u J'e pérance d":imemr là prinœ se à faire élection d'une rillégi:üurc hh1crnalc ur cette Côte d'azur, où
le forçait de . e rendre, chaque an, le manvai
\tal de !'a Fanté. Pour ry ré oudre, il lui
avait apporté hs des-ins d'une villa, qu'il
aurait aimé lui voir ncheter, de gouaches
tracées dti sa mai11 et qui ne donnèrent nn·
do1lle pa une idée a ei ertvialile de fo heauté
du ile; car ce image la,,ée de couleur
criarde ne ln décidèrent poinL. Jl dut renoncer à laper pecli\'e de son agréable voisinage.
Uu moins arait-il qu'il ne perdait pa on
temp à renouveler e visites, rue de Courcelles. Il y dislillnitl.le l'esprit goutte à goulle.
On l'écoutai!: on dégustait cet élixir. Mieux
sevail de l'ouïr que de le regarder. Il u ·11il la
phy iooomie san gràce, des ll'aits gro , des
ourcil broussailleux et l'encolure épaisse.
Mais 11ui songeait 1t ces di gril.ces, quantl il
causait? 'fout le monde ne goûtait pas e
airs arcaslique , ni a façon de ponoluer les
trait et les fine e qu'il -voulait bien détacl1er. Il était réfrigérant pour les pontané .
les en it.irs. Et son cynisme aflccté, son dénigrement y lémaûque de toute espèce d'illusion , par l'amertume san doute d'avoir
\'li périr platement celles qu'il avait cachées
au profond de son âme, ne lu.i conciliaienl
pa non plus ceux ni celles qui allendaicnl
encore beaucoup de la vie. Mai · il ~tait Mérimiw; on n'échappait pa à l'artifice de cet
esprit fol'l.
Ile tous le cnmmen aux de ln prince. se,
le plu curieu emenl sui-vi des yeux et de
l"orcille était aint -Bouve. Ce rnt!deci11 des
esprit , rru'on aurait eu 0 rand tort de prendre
pour directeur de con cicncc , malgré le billel
d'indultrenoo que lui décerne Jule Troubat,
avait inauguré -t'S rapporls avec le • membre
de la famille impériale en fréquentant la
mai. on de la prince se Julie. Ou plutôt il allait
du salon de celle-ci dans le salon de la princes e Mathilde, quand il n'était pas en visite,
au Palai -Royal, chez le prince Jérôme, autant, du ruoin., que le permeuaieut ses recueillement d'auteur occupé. Il llli étail re l~
de se relations spirituelle avec la fille de
Luci n un piquaJlt ressouvenir.
quelque pas du Corp l~gislatif, tous
les vendredis soirs, rue de Grenelle- aintGermain , en son hôtel, Julie Bonaparlc 1 marquise Roccagiovini, groupait autour d'elle
l'élite de la société étrangère et du monde
parisien. Il y v1:nait des écrivains, de artiste·
en renom qu'on retrouvait, rue de Courcelles,
:mx soirées de fatbilde. Elle ne se bornait

point à receroir des penseur comme Renan,
de fautai i ·tes comme Barbe , d'Aurevilly.
Elle-mème ne dédaignait pa de confier au
papier les échos de on âme. Des réflexion
morales, de ' pensées, de houtad , 'étaient
fixées sous ~a plume, qu'elle a\'ail fait par\'COir à ainle-Beuve, eu exprimant le d~sir
que l"éminenl crilique voulùL bien en juger
et lui M dire son avis. Mais, di traite par e
préoccupations d'auteur à sa toiloue, l"aimaLle princes e a\'8.Ïl oommi une gros e faute,
celle de ne pas rclire . on album avant de
l'cO\'O)er. Et comme avec le ouci de , 'acquitter de sa rni sion conseillère, ainlcBeuve en tournait le feuillets, il arriYa que
es yeux Lomlièrenl ur une appréciation plu ,
princiere qu'académique de son discours
visant le Diocè e de la libre-pen ée.
« Je m'étonne, di~ail à peu près Julie Bonapartl', que la prince ,t• ~lillbiltle reçoive
un homme 11ui n si peu de religion. »
Elle ne di ait pa ' que cela, mai y ajoutait
de gentille e dc cet acabit :
« Mme de B... née de C... reçoit tous les
jours de quatre à si lteure. Elie a toute
orte de no1weUe , qu'elle débite. ans nommer le per onne. de qui elle les tient ''oici
ce qu'elle m'a raconté sur Sainte-Deu,•e : « 11
mène, malgré on ;ige, une \'Îe crapuleu e:
il vil avec trois femmes à la foi qui sont
à demeure chez lui. &gt;J
ainte-Deuve m'a
lais é des carlos, m'a écrit, mais il n'c,t
jamai entré dans mon alon. Tl e t admiré
comme écri,,ain, r. Limé comme critique:
quand il a parlé d'un livre, son jugement e. t
acr.epté; mai-, comme considération personnelle, il n'en a pas. n a fait de · pied et des
maio pour entrer au éuat, duquel, pourtant, il e moquait. - Il a écrit du mal dt!.
personnes qui lui avaient faiL beaucoup d '
ùien, LI pas e pour très gourm,nd; et, comme
,je rai dit plu haut, a rie pri1·éc esl lrè.
immorale. - M. Sainte-Beuve n'a c1u·un Dieu,
le plai ir ; il n'a aucune conviction religion e;
et, un jour, en parlant de l'homme du peupl~,
il disait: &lt;( L"bomme .an éducation e tune
lleur de •bamp , tandis que je uis une !leur
de serre. Jl
nien moin qu':imusédela urprise, ainteBeuve 11e voulut ·pas rester ur r..elle impres. ion. afineplumeétailàportéede a mniu.
Il gri.ll'onna uae maligne répon e qu'il r, ,_
l.Ourna, en même Lemps que le carnet, à la
marqui e Roccagiovini.
Mais voici le texte de celle réponse. Il vaut
d'ètre lu :
t

Ce .16 jnin ll!tl •

« Princesse,
« J'ai l'honneur de ,·ou renvoyerles cahiers
manuscrits, que vous m'avez !ail l'honneur
de me communiquer. Le hasard est, quelquefois, malin el spirituel. Il l'a tté, celle foi .
vous en conviendrez vous-même, en me donnant l'occa ion de lire, et par vos soins mêmes,
prince. e, certaine note me concernant et qui
n'est pas due ioule à Mme de 8 .... Je serai
tenté de vous en remercier. Cette circonstance
me permet, en effet, de vou faire observer,
... 366 ...

prince se, que, si je ne suis jamais entré dau
Yotre salon, ce n'e l pas Taule, assurémrnl,
J'y avoir été -conl'ié- par vous. Ce n'est donr
point à mon peu de cot1sitleration, comme
vou dite , que j'ni pu devoir do 11 'y être pa-.
admi , mai à une discrétion de ma part el 1t
un éloignement instinclif dont j'ai à mè féliciter, aujourd'hui.
« Quont aux aulfes inculpations graves
dont ,,on n'a,·cz pas craint de salir vutrc
plume, il en est qui e réfutent d'elles-même ..
Comment se pourrait-il que j" eu se tout fail
des piedli el des mains pour entrer au Anal,
quand je n'ai jamai fait d'article , nr l"/Iii;loire rle César, n"imitanl point &lt;&gt;11 cela ~I . d'
M... (Mérimée)?
(&lt; Quanl anx convictions relirrieuse , vousmêmc, priucc. e, m'avez plns d'une foi mis
sur ce ujet, lors1ruej'ai eu l'honneur de vou.
rencontrer. Et je pui · dire qu'à la rrudité
avec laquelle vous vou exprimiez, il n'eùl
tenu. qu'à moi de 1·01ts juger ùoauconp plu
irreligieuse que je ne demanderai~ jamais à
une femme de le paraitre.
« Ma vie privée a un a1•antage i elle a se.
faible ses, elle est naturelle et an grand jour.
Or, l'histoire des trois femme à domicile est
une légende vraiment herculéenne cL dont je
n'ai pas à me vanter. De tout temp , ç'a été
faux el archi-faux, comme le a,•enl Lous les
ami·, qui m'ont visité, même en me beau~
jour~.
&lt;&lt; Ce qui me choque peut-être le plus dao.
ce pas age si indigne de votre plume, c'est le
mot que vous me prêtez. Qu.oi ! j'aurais dit
qn'un bomme ans éducation est nnc fl.eur
ries champs, tandi que m i, je ~ui~ mu:
/leu I' de serl'e ! , on, non, croyez-le bien,
princes e, je n'ai jamai pu dire ni penser
11u'un homme fùl une lleur . .le réserve ce.
images pour un sexe dilîérent.
« Veuillez agréer, princesse, l'hommage
définitif d"un r . pecl rrui n'aura plus lieu de
'exprimer.
Cl

.Al TE-BEl'VK. I&gt;

Matllilde n'avait point de tels .crupulc. à
l'égard d'un ceplique, étant elle-même l1ardimenl lihre-penseuse. L'esprit de ainltllcuve lui i!Lait néce aire comme le pain quotidien, et son immen.e mémoire, el a parole
expressive, el on int~Uigence unique de
toutes les onccpüons de l'e· pril, de Lous lts
détours de l'imaginalion et du cœur.
Il 1' afait bien dan on salon des ironi 1es
comme ~férimée, de malintentionnés comme
le Goncourt, qui ne pardonnaient pru au
lundi te du ilfonilew· de n'avoir jamais t'.-cril
sur eux l'article tant espéro ' de· railleurs
J. lis écrivaient, Îl ln date du 'H mars 1 69 ,
« Continuellement nous allons chei, aintc-Ileure,
q11i,' en dépit de son peu ,le go1ît P911r notre rumnn,
est di,po é il lui ronsi1crc1• 1m articlo critique. Et,
penolaol une heure, il nous tient sous une e,pêce do
·ermuo rabâcheur et ai!l'll tourmnt, p;ir moment,, il
Je ftCCûs t1·u_oc colè1•e en enfance. •
Ailleurs, li propos de leur portrait du même aintcBem·e, qu'ils a,•aienl en tous sens piq1111, d11rdé, &lt;l 'ooe
pointe eo1·enim~e, ils se défendent &lt;l 'a,oir ob~1 a
·uucnn petit et misêralilc sentiment, en le l'ai anl si
noir, s1 d~s11.vaot.o eu1:, euJ •1ui avaient plutùl li se
l1ml"r qu 'à se plt11nclre du yritiquc.-: muis ('nnfos e11l

1-.JI

P~1NC'ESS'E

enfin passant le temps à éplucher le physique cesse· elle le comblait d'attention , de préveel le moral du grand é ri vain, critiquant nances; et. pour se rappeler à es l'eux, reml'homme, se rnibfossr , ~es manie , les a[ec- pli ail a petite mai ·on de ll.lenus souYenir
lation Ye timenlales, qui lui faisaieaL re- et de présC'nts aus i utiles qu'agr~ahles '.
chercher les couleur claire , j unctte , prin~i rréquenle rLait la communion de leurs
lanière , sl!S sensualilés cachée , el le per- pen'ées ! Quand il n"était pas à a Labl·•, là,
fide haùilelé' de a plume, tout enfin. Car eau. ant, anecrlotant, il tournait à on intenon s'orcupai'l conlinucllement de aintc-Be111·e, tion, de loin, 11uelque·. unes de ce délicieuse
akenl ou présent.
Lettres i, la /&gt;l'inces,:e eFOeurant d'!s actua« ainte-Beuve est malade, venait dire lités b1 ùlantes, procurant à Mathilde un enJérimée; il a autour de lui, comme ïl était
ible plai ir en lui di ant nn peu do mal de
valide. une grande quanLité de remrne . ll
l1mpéralricl', ou tenant en perfection son rôle
a Quand j'entend - ainle-Beuve, remarde co:iseiller littérnire, dirigeant se lecture ,
quait, dan un autre instant encore Jules de l'e:xcitanl à écrire et rectifiant, à l'occa ion,
Goncourt avec es petites phra ·es courtes les enlol'rns de on . tile. Et, mainte~ fois,
loucher à un mort, il me em1&gt;le voir des elle allait continuer la conversation, écrite ou
fourmi- envahir un cadaHe; il ,·ous nettoie parlée, chez lui, dans ,on abhaye de Théune gloir en dix minute . n
lème, implement, en amie.
ff Sainte-Dcuve, fai ail ob erver un troiC'r L dans no de ce bons moment d'elfü~ième, est Loujour occupé de rai onner sur sion • pirituelle que ain le-Beuve peig 1îL le
l'amour. Au fond, CJn'aime-t-il? fiien si ce portrait·de ~lathilde a,·ec se touches lllS pl11~
n'est le livres de sa Libliothèque et la vie raffinée et de. tlélic.1tc ,es de paslrllislc. Vn
commode.»
éditeur anirlais Gleaser projeLanl de publier
Et c'était la tour d'un quatrième. Eudorc un volume sur la Famille Impériale, al'ait
oulié, donnant à savourer aux écoutants manife~lé le dé ir d'en aYoir de page . ous
celle aimable présentation :
i, Oui, ju tement, il y II deux ::linte-Oeme:
le aintc-Beu1·e de sa c.hnmbre d'en haut du
cabinet de travail, de l'étude, Je la pensée,
de l'ei:pril ; et un tout aulre ainte-Beuve, lt!
Sainte-Beuve du rez-de-chaus ée, le ainleBenve dans a salle à manger, ~a famille, au
milieu Je la manchote, .a maitresse, do
~la.rie, sa Cui inière et de .e deux bonnes,
dan ce milieu bas~ ainte-Bcuve dernnu un
p lÎL liourgcoj fermé à Lon IP_ grands côt i
de la vie d'en haut, une e pèce de boutiquier
en goguette, !'intellectuel rapeû é par les ragots, le rabâchages d'une bande cle femme . . »
Et l'on brodait ur le po.négyrique; et l'on
pa sait uu bon moment, à Saint-Gralien, am:
Irai et dépetl du critique, retenu dan on
erruila 0 e de la rue Montparnas e par le feuilleton du lundi. La princcs,e écou tait, souriait, el n'en appréciait pas moins à son mérite
l Montai.,.ne du siècle et de son alon. g11c
:ms i • e disait à part .oi que i !'écrivain
mettait le somerain hien à savourer les joui'•
an e&lt;: . piriluelle , il é1ail de chair cl da sang
comme « les pelils saint~)&gt; qui le dénirrroient
&lt;levant elle, el elle pas ait condamnation sur
tUcht Braua. et C1• .
le re te. Elle ne l'en avait pa avec moins
PRtl\:CE: jÉRÔllE, EX·IIOI Dl: \\'ESTl"IIALIE,
d'a surance rangé parmi les sage de la Grèce,
PCRE DE LA PR!SCESSE l\l.ATIOL.DE.
dan la peinture !1 la plume qu'elle avait
essajé de faire à sa ressemLlance1.
Elle songeait à lui gracieusement et sans la signature de l'illustre écrivain. ainteBeuve tardait à lui donner satisfaction. Mai
que c tout IJonnemeol 1 (quel adverbe, en la cir&lt;•oost3nce l), ils nvaient été mordus par I ur désir
•l'annlysles, leur !Jesoiu de pousser i,, fon,1 la p ycbologie il'nue in1lilidu•lil11 très compte. e, elc. Qu'eflt-r~
••lo donc s'ils ar•ienl eu, en outre, contre un hmnmP
,1u,si 111nlm1&gt;nti, de gril!f p"1' ounef.o! ~t tle motifs ile
raneune ! El . ninto-lleu ve, 911 i pourtant ne pa a jam.ai,
pour 11n pril èr1•J t1le cl ing~nu, 11inlc-Jfauve, dn11q
ses Lettre à ln prillces..t, n'orriltail tias ,te rliri•
lOul lo bien ima"inable tl nmis Goncourt, de. chers,
de&lt; t'xcellcnls Uoncourl !
l. \'oir en lillc de i,1di1crélio11s Pl Som·miN,
publi~s p~r J. Trou bd.
~- • Je ne jmis me rcloumrir. don~ ru~ ah~mhreLl~
d'&lt;:tude, lui èl"ri rnil-il le ::il dt!N•rnhrc IR62 srn~ l"
vo11· u,1 . 0111rc 111111, une imoge, ni l,·np m~rchcr dans
mon ,~lit hc~ 11101, ni mème m'y ossooi,· 1111 pen do111·1•mcn l, sa.us (n'nprN·n~ir rpie' j'ni affaire ,le 11111s

côtés à des objets, - sou,•eoirs de bonn grâce el
d'ingénieu c indulgence. • l,e Lellre.~ à u, prinatHe
sont criLl'·es ,le remerciement.! eiprim~s .:n détail,
pour le· urpri e ennuell,• ou occnsionnolles, •1u"aim~il à prodiguer la ll(Jnne 11rinre so. C'Nsil 111Jur une
écr110ir('-[1CDdutl• (\XII ), une ~lie et chrncle C()UferLur • nrlislcmenl ouvragé• (XXlll), une grnmltl aqu11relle d'elle-même d'itprès un tahle.iu Je ChtlJ'llin (1.IX ),
llDO lo.mpo somplu use, qui, m~me san ~Lre ollumél".
,•c lairait te 5~lon sombre , une pclilc taùlc 11·1111 merveilleux dc.,jn Ittre ou pers3n. des ho11tons ,1'01· pour
ltl 111~Hre el le scn·ante$ (X.C\11 ), 1111 cxccllcnl fauleuil (CXL), un métlaillon p@r 13 retilo cui.inière
Marie, un e Loguè pn11r la gouvemnnlc dn togi , um•
llrneDul'1111r (CLIU 1 ; - u11 mngniliqur lo{li~ (C l,txXIV ),
cl le rc,le lion! Mu!! n'~voas p,s eonnnisincr.

..., 367 ....

JK.JlTHTLD'E

'ET SES AMIS

la princesse était venue daos sa campagne parisienne. Elle était allée poser chez SaintcDeu\'C, comme l'eùL fait une grande dame du
xrnr• iècle devant La Tour; il prenait des
note en la regardant, eu l"excilant à eau cr;
il fixait une à une les nuances de on être
moral a1•ec la sûreté de vi ion, q11i n'était
qu'à cet anatomi le littéraire. Et, par repréaille d'amitié, ~Iatbilde avait, de mémoire
et Ll'âme, e qui sé le portrait d11 peintre.
De temps en temps, elle acccplail do dîner
chez lui. On entendait dans la rue paisible,
encore an trottoir ' , tout en villas et en jardin , le roulement d'une voiture : c'était
celle du prince Jérôme ou de a œur Mathilde
qu'on attendait, en compagnie de plusieur.
invités. Le nombre en était re treinl comme
l'e pace. Oo n'y avait jamais été plus de cin11
à ix, an crainte d'étouffement. Mai Socrate eùt trouvé sa mai on a sez grande, pour
t·ecevoir ceux-là! l)'or&lt;linaire, 'ainte-lkmc
leur faisait, à l'un ou à l'autre, la politc se de·
les prier de désianer le cboi des convives, 1,
leur convenance ~. C'est ainsi q11'à l'occa ion
du fameux diner du 10 a l'ril 1 68, dil dn
Vendredi saint, qui avait été dèlllandé par
le prince apoléon, à la veille de son départ
pour Prangins, furent inscrits sur la li,Le:
FlaulJert, Taiue, Reuan, Charles Robin,
About, tous o.mis de Jérôme. En ces grand
circon tances on mettait tout en mouvement
dans la petite mai on. Et Sainte-Bi:uve, rar
une coquetterie qui lui était particulière, prenait le _oin de répandre sur le parqucL de sa
charnhre de travail de l'eau de Cologne, pour
&lt;"ha.ser l'odeur d'encre, disait-il. La petite
cuisinière Marie faisait entrer ces hôte;; illu Ires dans la salle à manger ot1 sè dre sait
«comme le diner monté &lt;l"un curé rece,·ant
son évêque ». El la conversation commençait
au potage. ,le lai.se à penser 11ueUe elle poumit être, avec des pnrlenaire Lels que ceuxlà, et 'ieu\\erkerke, le docteur Ye ne, le rhirurgien Pbillips - le ca.seur de pierre comme e gratifiait lui-mème ce grnnd opérateur de vessies malades, iraud, llme E pinasse, les Goncourt, dont l'esprit pin que fos
denls s'apprêtait à mordiller. Jérôme-Napoléon, qui témoignait 11. ainte-lleuvc une
wande amitié, n'aimait nulle pari, commt'
lhez lui, 11 lai er déborder le trop plein de
son iotelli 0 ·cnre. Quant à Mathilde elle arri~
vai t toujour îorl "aie, et comme si ell • e
rat promi · de bien s'égayer dans une partie
de garçons.
Tels avaient été les rapports de vive ympalhie el de parfaite amitié entre l'écrivain
Au tvuc• ~wde. Mme de Tencia, qui, par plaisanterie, en,•oyail li J1~cun de ses habilu s ge11s de lt-1tre , comme élrenucs Jn nou,·l•I an, deux aunes ri,,
velo11l'l! pour . foil'e une eulollr, n'y meu~il pas !nul
tir hormr Rrâcc et de ,•nriélé.
5. Témoin toll.e li,llrtl d'in\ildtion , da.téo du %

mri 1860 :
Prince~se.
C'est .Jonc à mt•rcrctli 1&gt;rochain mil r~te..l' ~¼:tis un
mol à l\l . de Nie11\,erkcrke ..le 11r1hiens nu .i 11. de
Gira~in_, mais c'est à v~u.s, P:incc~~e. r1u'il appnrtÎl!lfl
,le I uw,tcr en rorrnr. J ~•. Iller, d,r nn mul i li. U1ra11d. Le nombre 5.ix c t atleù:11, le pl'lil solon, lieuroux et c111n1Jlil, me crie : C'est asse: 1
J 11i h ,·aus, princes.P, ~'' l'C hidn du r~Rl'&lt;'CL ,•t
ile l'n.llactl\'mrol.
S\I ·rn-fü,t,r..

�r--

msT01{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~

Charte ainte-Beuve et la prince _e Mathilde.
~lais, un jour, el tout 1t coup, celte belle uLentc s'éta:it hri ée à "'rand tapage. Le cans
de la brorulh• forent exclu ivement politique-.
Depuis quelque temp , la princes e ,•oJaitla,·ec
humeur 'aintc-neuve rece\•oir dnn l'intimilé
del ennemi' inéconciliables de l'empire, tel
11ue cherer, NefflZer, n1brai-d. a contenance
au Sunat ses di cour , ses lendaoce libérale
de plu en plu déclarées, .a conversion à
gauche, .a rupture en un mot :ivec le fond
des idées napoléonienn avaient révolté l'impérialiste de race C[n'elle était. 'n article
publié dans le Temps précipita la crise. Il y
eut une cène violente dans le cabinet de

ainte-Beuve, ou elle était accourue, 'Il un
1tal de surcxcitalion et ùe colère indc-criptiblc; des paroles turent prononcées là et
chez elle, des paroles tombant de a bouche.
très dures, sans l'èlre autant que voulurenl
liien les rapporter les Goncourt en leur récit
fantaisisle.
Tl y eut de éclat indignés, et des récrimination d'inrrralilude, et des mots d·amerlume regrettables. Cel accès de fureur
d'une amitié, qui c cmyait trahie, eut on
Lerme. falhilde 'efforça de u'y plu :onger.
ainte-Beuve demanda des con olalioo à la
philosophie or l'incon tance humaine.
Cepend:int, il oulirait dan son ètre phJ-

sique cL approcli::iit de .a ft.n. La rnème année
·aggral'a cruellement la maladie qui le minait depui de mois. Elle le ut, et e ras ouvint de l'ami dll pas é •)U 'elle a!lait perdr ·
irrél'ocablc!meat. 0ublieu e de 't! grief , fond' ou non, elle fil d~mander des nouvelle.
au dévoué ecrétaire, confident et :uni d •
'ainte-Benve, Jule Troubat. ur .a répon e
toute médicale, inspirée et tran mi e par le
docteur eyne, clle écrivit. On vinl apvorler
à , aiot~Beuve celte lettre où perçait un enLiment inquiet, ému. [I répondit. ur on lil
de mort, il dicta pour elle à Jul Zellcr l'es
dernières ligne . Il mourut, réconcilié a,·ec la
princesse, le 15 octobre i 69.

(A SUÎl'rit,)

F'Rfo~~ruc LOLJEE.

Aux Tuileries
IR.U.

1.e roi me contait qnc Talleyrand lui avait
Jit un jour : - Vous ne ferez jam1i 1·ien de
Thiers, qui erail pourtant nn excclleiu
insLrumenl_ Mais c·e. t un de ce· homme~
dont on ne peul e ervir qu'à la condition de
lr~'- ~alisfaire. r, il ne era jamai saû fait.
Le malheur, pour lui comme pt111r rou , c'e t
tfUC de notre Lemp, il ne pui . plu 'tre
cardinal.

""'

A propo des fortification de Pafr, le roi
me contait comment L'empereur Napoléon
apprit la nouvelle de la pri e de Pari par les
al1ié .
L'Empereur marchait sur Pari à la têt de
:\ garde. Près de Juvi · ·, lt mt endrojL de
la forêt de Fon tainebleau où il y a un obcllisque (que je ne vois jamai sans un errement de cœur, me disait le roi), un courrier
rrui venait au-devant de Napoléon lui apporta
la nouvelle de ln capitulalioo de Paris. Paris
Hailpri. L·ennemi y était entré. L'Ernpere11r
devint plie. Tl cacha on visage dans ses den
mains, el resta ainsi un quart d'heure immobile. Puis, sans dire une parole, il tourna la
bride de son che,•al, et reprit la route de
l~onta.inebleau. - Le gén •rai Athalin as-

si tait à celte chose el l'a contée au roi.

TI y a quelque jours, le roi disait an mnr ·•chal oult (devanl témoin~) :
- ~faréchal, 1-'0u som·imt-il du iè!"e dt!
Cadiz?
- Pardieu, sire, je le crois bien t ,l'ai
as ez pe·té de\'anl ce maudit Caù.iz . .l'ai invesli la place et ,l'ai été forcé de m'en aller
comme j'étais venu.
- ~faréchal. pendant que von étiez de\'ant, j'étais dedan-.
- Je le sai , sire.
- Les eortès el le cabinet anglais m"offraientlecommandementde l'armée e~pagnole.
- Je me le rappelle.
- L'offre était grave . .J'bé-itai beaucoup.
"[ll)rter les armes contre la France! pour ma
famille, c·e L pos ibl ; mais contre mon pa 3s !
J'étai fort perplexe. or ce entrefaite·, vous
me files demander par un affidé une entrevue
eorète, entre la place el ,,otre camp, dans
une petite mai. on située sur b Cortadura.
\'ou cnsouvenez-vou mon ieur le maréchal?
- Parfaitement, ire; le jour même ÎllL
fixé el le rendez-vous pris.
- Etje n'y vins pa
'est vrai

a'l'ez-vou pourquoi '!
- Je ne l'ai jamais u.
- Jo vais vou· lo di re. Comme je m di po ais 11 vou aller trou.cr, le commandant
de l'e cadre ang1ai. , avrrli de la cbo e je ne
ai comment, tomba hru ·quemcnl chez moi
cl me pré\·int que j'étais sur le point de
tomber dans un piè"e; que, Cadiz étant imprenable. on dé e pérail de m'y ai ir, mai
qu'à la Cortadut'a je erais arr· té par vou ;
'lue l' Empereur mu lait faire du duc d'0rlJan le econd tome du duc &lt;l'Engbiea, el
que ,,ou· me feriet.: immédiatement fu iller.
Là, vraiment, ajouta le roi avec un sourire,
la main sur la con cience, est-ce que vous
l'Ouliez me faire f u.iller?
Le maréchal est resté un moment ilendeux, puis a répondu, nvec un autre sourire,
non main inexprimable que le sourire du roi :
- Non, sire. je roulai· vou compromettre.
La conYersation a chmgé d'objet. Quelque,
in tants a.prè , le maréchal a pri con°é du
roi, el le roi, en le regardant s'éloigner, o
dit en sourionl à. la p1moune r1ui entendait
celle conversation : - Comprometlte ! compromettre! cela 'appelle aujourd'hui compromettre. En réalüé, c'e t qu'il m'aurai!
fait fu .illrr l
VICTOR

.

IIUGO .

:r:

�Reproduction autorlslo par Manz..i. Joyont et c~
CHMIPIGNY. -

Tabltall d'ÉDOUARD.0ETAILLE,

Lieutenant-Colonel ROUSSET

LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE (1870-1871)

Bataille de ChampignJ)
Le 2 décembre, avant les premières luPurs
du jour, les troupes allemandes se IDt'l1ait'11l
en mouvemf'nl el altaquaitJnt sur toute la
ligne à la fois, depuis Champigny jusqu ·à

Bry.
A tla1J11e des position.~ du 1u co111s. Devant notre droite, 10 compaguies wurlt&gt;mbergeoises 1 , fractionné.es f'n t roi~ p,·tite, colonnes, descendaieul de CCPuillv el. gtâc.. à
l'obscurilé, au brouillard el f an profond
silence, s'appro('hairnl de Cbanipiµny ~ans
éveiller l'altl'lllioo. Tandis qne la colonne Je
gauche (5 compagni~ de cha"seur,) 111.,it le
long de la Marne pour aliorder la li,ière sud,
les deux autres venaienl se ma~sE&gt;r dt's d.-ux
côtés du Pal'c-en-Pointe, dans le.~ b,11p1e111ux
que nous aviom ntl~li:!P d'occuper, et prenaient _là lt&gt;urs di~positions, co111pl/&gt;lemen1 à
l'abri de nos vues 1 . A ~epl heures, co111me
1. Le 2• balaillo11 de chasseul'1! el 6 compagnies ,lu
7• régiment. Ces troupes apparlennieriL à la 1" bri-

g1~·
l,es senl inetles avaient bien entendu ,lu Lruil rl
constaté uu mouve111enl in$01Île dans les petits bois.
11). -

HlsTORlA,-

Fasc. 24.

pr1lcisérnent nn achevait de relever les grand'gardi&gt;s d" la division Faron, deux balleries
enn"mies. établies à cheval sur rancienne
roule dn Chennevières, faisaient pleuvoir sur
Champigny une grèle d·obus, el les trois col11n11es se précipi1aieot à la fois sur le Parctm-Pointe el le plateau du Signal.
Effarés par celle brusrrue attaque, nos
ava11t-11ostes lâchent pit:d; les compagnies de
pr, mière lign,-,, se repliant en désordre, enlraine11l dans leur panique celles qui vienllt'III d,•rri,·re, et la majeure partie de la diYisi11n Faron r"cule pêle--mèle vers la Marne.
:--euli·s, d,·s fraclions éparses des 35•, 42",
113• el 114e de li;,{»e, \fU-8 leurs ornciers
réussisst'nl à mainwnir, opposent aux assnilla 111s une vire ré~istancc dans les maisons et
clerrii!re les barricades; mais les progrès des
co111pngnies eouemies, qui se sont avancées

par la Marne, les obligent bientôt à reculer,
en sorte que, vers huit heures et demie, les
Wurtembergeois se trouvent maîtres de toute
la partie du village siluée à l'est de la rue de
Bry.
Cependant, gr:lce à la fermeté de ces braves
gens, généraux et officiers avaient pu rétablir
un peu d'ordre dans les bataillons afiolés de
la division Faron. De son côté, l'artillerie
était accourue et entrait en action ; 8 balleries venaient de s'établir à l'ouest du village,
en avant de la Fourche, eL de là canonnaient
les hauteurs•. Leur intervention permit à
l'infanleriè de se ressaisir; le général de la
Mariousc ramena d'abord dans Champigny
quelques compagnies, bientôt suivies de la
diYision tout entière, el les progrès de l'ennemi se trouvèrent momentanément arrêtés'.
Pendant ce temps, des compagnies du

Mais, croyontqu'il él.\il ,·ansé iJ'.r l'arrivée de sapeurs
••e11nnl organi,er la &lt;L:fense, elles ne s'eu étaient pas
au•remenl préoccupées.
:'i. 5 de la division Faro11 CL 5 de la réserve du corps
d'armée.

4. L'offensive des Wurlembergeois aurait été bien
plu~ complèl~m1mt rompue. si, comme on. étoil en
droit de I esperer, les batteries d.e la presqu'ile Saint~lanr avaient pris &lt;l'écharpe leurs colonnes. MalheurcusemenL, aux premiers coups de fusil, le général

�.--

1f1STO'l{1.JI

• ur la voiti ferrér,, en avanL 1)11 p:i agr de la d',hroo. Ccpend ni, la itu· Lio? d la hri!!:id
Courty commcn il 1°1 Jcvcnir critique: car,
roule J1! Dry; deu L:iUeric de la r~~·r. .
la Platricre, où, imme on , i,·nl d • le mir, ell •
d'un• part, le l,ataillon ·axon entré d:in, Ilr ·
po
ti•r
•nl
ur
le
pente
du
r
vin
del
Lande,
·'étaient !!li· ·ée, par . urpri · , avo.i nl abord•
imJ1:iift1nit snn Il, ne gnucbc p:ir . feux 1'',
~
auche
Je
ccll
•
déjà
en
po·ition,
cl
le
f1
Il
Ill pl, teo.u dn i• nal. Hrfoulanl d'aliord I •
d·autre
pnrl le· ball parlant de illi r
rand' rdl de la hri dt! lartenol (dhi:ion intcn. e qui 'alluma aw ~ilôt donna la brilabour:iienl
sou flanc droit. Eli· v nail à
.le lalroy), con lilu par un Latailll)n de la gade Jarl •not. fort éLranlée par le cboe p ined'èlri&gt;déb:irra 't~de on pr&lt; mier onci,
qu'
11~
vail
ubi,
le
rc'pit
néces
aire
pour
se
C..ite-J'Or, dl avai ul prornqué de ce côL'
quand l'ordr de ballr en r ·traite, o~o~~
une panique analo!Ztlc à celle de Cb mpil!ny r cou liluer.
par l • giln lral llucrol, arri,·a &amp; J, hrig:idt!
Alta11ue iles 1'° ilion. du 2· rorps. - l&amp;
l!t rejeté p11 I •-mêlt• -Yer Ir p0nl dr Join\·illl',
Uaud 1. C'en ét it fait d troupe du nén&amp;nl
•rand'gardc
d,
la
fo·i..ion
B
•rlhaut
1.
qui
pre 11ue an~ coup ftlrir, no malheuren. olCourt i «: l ordre .' •xécutait, ~ r. ssail.111·~
dat· transi. de [raid, mourant de faim cl l,·naicnt l'e pa compri. cntr • la litm de 1fr front. de llaoc el à r ·~er , r.lJ.- eu ·,cnl
d 1·oricnlé pnr la oudain •té d'une alla11uc à ~lulhouse et le chemin cr1•u courant au . ud t11ê mises 11:in. l'impo ·. ibilité de c défcndr .
laqut·lle il~ ne 'all('ndai nt p.1. • llicntôt, heu- J Br • a,uient ra,·anla"'C d'être proténée
p r J Lr,nché _ nombr•use·. fort l.iabile- Fort heur usenJ1·nt le r~nl d la hri ade
reu.emenl, 1 r rmelé des ofiic:ier de molJil ·
llauJcl fut amH: • t 'mp., 11ar . uile de ciravait triomphé de c·cl in tant d • lroubl , l'l 111 nt réparti ·. Grâce • ce condition. avan- conl-t, nccs 1(11 voici. \' r huit beul't! du
l'entr :c en lign de Lalleric dl' la dl\i ·ion t geu • , 1 ll • ne fuM1l pa urpri · , el matin, 1 général en clwt, ,·oy nl le dtl arroi
de Malroy, accourue en av nl de Four à r çurent · ans faihlir l'attaque oud in du J Champign · el J · Four~
u1, ·t rr:iicb u1. :ou\ail, iri comme à hampi"D)', une 1" r gimcul d WnrlemL flT. 0 reu bien irnanl qu ·• i le 2 corp était furcé hientôt
.ilua1ion a~ t gr vemcnt cvmpromi. e. ou · diri il et à court di tance refoul celui-ci n d' ·,-acuer
pa~itioo , la hri!!:l.d 11:iuùel 11
1 ur prol lion, 1~ lil'utenant-colonel d · Gran- d ordr . or Vilfar , ,l'où il éuit rti. Pro- ~e troudl ·ern • entre l attaques \r.oant de
filant
,le
ce
~ucct
l
•:.
;
Lnll
rie
cfüi.ionnaic •i, commandant le régim •nt d I Côte-d' r,
r el cell • de la r • er\e du :. corp vinrent i 'oL -lt:-Grand et celles déhoucll3nl dl! \'illicr ,
r, Hia la majeure parti d • .on monde el.
3 ,·ail foil pr •,cr ire
CP.lie d •rnièr de
précipita au-dc,•ant d • a aillant . A a au- immédiatement s'installer 1111 nord du hemin repli r ur la rir droile d b Marne. M, 1
de ter ur lu p nle et même ur la cr le du
cbe, l lieutenanl-&lt;!olond de Vi nrral, ù1•
quand arriva ou général llau1lel l'officier
mobile:. d'llle-rt-Vilaine, •otraina é"alemeul plaleau d • \ïlli r ; la canonnade éclat a,·ec d' 'l l-major port ur de !"ordre, 1 iluation
,iolcn el l'on ,·il enfin l' rtill rie jouer on
n ré,.im nl ur I plateau du 'ienal. pr •,
rôle véritaLle, IJUi l de préparer I • Yoie à t&lt;t.ait d{jà •nsibkment m ill •ure, et la brilun• lutte a(·harné '• don lnqudle ces hra~e
lante otîen. h·e du •rnéral Paturel, ain i que
mobile lai èr •nt ur le lt'rrain "O orfich•r' l'infant rie t d~• lui ouvrir les clrnmin .
1 remi ,: en mains d 1 divi ion Faron, éloiepend:m1
à
l'citr·me
"àU
·he
de
notre
1
cl 600 bomm 1 , l
urt m rgeo· duNnl
gn. ient l' · craint qu'on avait pu concc,·oir
é,acu r le plat.eau du Si,,oal el · e réfuui r, ligne, le afTair · n'allaient pa au . i bien.
ur I orl de notre aile uch . Le én~ral
parti dans la Plâtrière, p rtie dan le boqu - 'froi Lataillon . axon •, ,enu, de (oi. ·-1 - flaudel commen il néanmoins, « à r1• rel,
Grand,
avai
nt
warch\
d
•pl
h
u
··
du
taux ou le· ,·i'r••er · voisin de la .l/ai:io,1
èl p;1r ~uite lr • lentement" , , son moure/lo11ge'. Là, rOce aux abri • il pur DL ré- m, tin, conlre le villa• de Brv. L'un d'eux, m~nl rétronrade, quaod, par on ha rd donl
prcoant p r le nord, , ·eu .,; Jan le parc
. 1stcr à tout nouvel a saut.
1
0 winck, qui. on le :ùl. n'alail poinL :lé il fou L • réli ilt!r, le én tal 1 rocbu en pt! r!Jan. l même Lemp~. la g uch du i"' corp.
sonn
,
arri
an~
à
Br·
en
mom nt, lui
n,ait él n illi par d ux compagnie wur- oc:upé, cl put arrh r ju qu'à l'entrée du pre ri\·i l de l'arrêt •r el de r 'prendre e-.
temLer eoi ~ ", qui. Ion"· nt le chcmiu de villa e, 1 ndis que Ir deux autre . parvi:- po. ition·. Le général ourty était snU\é.
( r, s'i•taicnt portér ur le !toi de la l,:111dc. naienl en longe nt la li ièr • orientale du parc.
Déploiemenl de l'arlilleri.P ennemie. l orl heurt&gt;uscmenl, l1r troi compa ni · J • Le troupe françai, ,, qui occupaient les pre- Cependmt les Allemand , ,·oyant que la ·urmii\r · mni~,ins •t la barricnd · ool ~urpri ·c ,
grancl'gnrde 1 , bi n qu urpri.e comme 1
capturéè
, el le pr mier bal ilion ooemi pri e aHÎL partout · houé, on ient mninautre • n , • l:li r ni pa démonter par la
':1vance par la grande rue. L •~n 1ral Oaud 1 tennnl à emplo ·er le· moien ordinair
panique; ell - ré i tt'-rent au contraire ,·igouse
port au
onr d • s0n aile ••auchc avec d'attaque. Leur· ba.tteri · e d~plo)·aienl ur
reu em~nl 1 , cl permir·nl ain iau én ral Pal pl:itl'ilU, cl comm nçaient à couvrir d'o!JU,
c bataillon de r · ne, et l'nga,.,e d:rn. l ·
ture) de r 1unir ropidement quelque com1 ,; po,ition~ françai · • .
pagnie &lt;le a hri ade avec 1 1u Il il ru 110 com~I vi lent qui coùt de pcrl
Ou plateau de Creuill~ ux bord d • Bel10 • en même
.
n
lanl
au1
de111
adrnr
aire
·c jeta n avant, dé •Kea
avanl-po~le
ir
et de J/011-ltléc, '2 baUeri wurtemLcrain i quc 1 1.Jallcric fixe in lalh!e d n la car- Lemp., le~ troupt•s de la !.,ri de Court·, "OOÎ
cl t I J11 Il• eorp tir Ill ur
nccut1rant ~t· plnc•·r en croch l d :f,m if fat:t•
rière 11ui e t au ud &lt;lu r tiL boi , t reîoul
Champi
•n~.
onLe heur
du matin,
1, a:-~ill nts ver \illicr., el Cœuill •. Le au nord ur le pt'nk · du plat.:011 1 prenn •nl
.\
pièfc
de
i:anon
r;arni
·
enl
le
cr te à
général Paturcl aurait voulu compléter ·on :i parti• le,; dcu"&lt; h3taillons Hmm tp1i ch,_ l' l de ce vill a , con tre-b llen t notre artilsucc1• et pour~uhre l'épée dan 1 · r1•io l' n- wineul le long du P3rc llewiud. cl entam nl lerie, prt!lln nl en roua ' l ' pièc de la
d pi •d ll'rm , 8\'l'C t'U , une lullc 1ui I · ·
oewi en retrait · il en fut empèch , aprl'I
dhi ·on d Malro el de la dhi ion Bcrthaul,
11
•.me tenlath· • ~nergic1uem1•nl men 1e dan 1• empè•he de prtt'rt··.er .1Jan llr, ~ur 1 • el obligent plu ieur de n batterie pr ·qu,•
charnée, el
pourr,l\in, par le feu1 de llan • parti: du parc de pentes, la h taille d
HÙl
a,ec
J
ripètie
foers
,
tandi
qu~ compl'•lcm1•nl d' ·mparées, à e r•tircr ou 11
V1lhers. Touteîoi' ·on action vigourrwc amiL
rllCul I' ju.qu· hauteur du boi5 du Pl nt.
permi: au troupe. en rrière dt! prend1" l' rtillerie dn 5• rurp. , po léc • ur la rirn C.• batterie , déjà i épromées par ln lulle
leur di po'ilion· du combat; deu:t mitrail- droite de la ~larne 11 , joint on action à celle du ~O no\°embre, n'a,•aient qu·un nombr
leu e· de la diri ion Ber1b.iut vinr•nt 'étaLlir de forts de no~n). d • .oi V et du pl. Leau

1 , urLt-muer eoi , déhouchant Ju petit boi 1ie

1

0

1

1véc u1i1 nu de\'olr faire re11li r ur .'1iol-ll1ur 1
quatre btotleri, .le t-ampague (ilonl wu.: ,le grm a·
hl,rc) 11ui li(lttlaicol la lhrue; p r ui1e, c b,llcric
u • rendirent 1utun sen-ifu Ce ful li une ,li-ci ion
i111ini111 nl r •n-cllalJIC 1•1 ~ue rien n j 111i1it, 1, rivii•re 1. uranL l celle uhlh,rie une prol clion plu
qu,· suffi ute, tl.nt doon,· 11rlut1t •1u n lruu1•
o..-cupaienl encore la nve 01•1,osco.
1 L· li ul n1nt.- •lond ,le Grancey •lail fr■ pp&lt;' a
muri, 1 lieulcn nl,coloncl de \11tn.,111I grièv~1net1l
hie ·•. Cl 1(111 le ulTic:ittr ·ul'Cncur.s, .auf d u ,
bo de cumb l.
:!. Propri1itè rliculièro 1luée • Jr I

deol.al('!I '111 plaleou 11 • Cœuilly.
3. D11 1 • r •gnneul.

pent

OC(I•

u 'l• l•laillon du UI•.pilAine, "tl lm."fll tuer l,rnem nt 1)11
organi -~nl celle r :.· t ru·P..
li. rrc de 9ra11tl&lt;' 1&gt;crle• (dil 11 llelnti,,11 a.lle111C1Hde, 2- parhe, paire 5ii.
•
i. •,Il•. •t1i1•nl fuuruie,, par 11 IJriir-d,• IIO!!b •r.
. l 1
·ntioell u1ieot fait leur senice el
11r,:HnU ,fo l'irri~tic ,lo l'onoemi.
9. Ap1.arleu1nL a la~\• di~ij1m.
Il). LA! b11lailloo sa1on u1il pcrtlu pr •&lt;que t-,u
oOicicn.
11. l'ar 11110 in roliu°' com1·ideuc . le • h•taillon du
111i• frauç~i u·11t 1·11 face de l11i 1 -, bolaîllon du
lll1• . 3 llU,
\~. Il u.1 i..uerics en ■ moul ùca ponts ile ."euilly
4, t;il ·· •PJ•1rten1i •ul

:,. L •• tro1

i1 baller, 'l uoc mitr1ill •u. ur I uwn l,:;n Ju
P ·rr ui.
1;;. Li• ithl~.-.1 llau,lcl 11'1v1il 1,c lui qu'un I Il rie
&lt;le 1~ tli, ,~ino I li.al. \'oy1nl 1 ,langer que. roisai nl
i:uurir I la briga,le Co11rll I fauta, 1ns axons &lt;'mbu
qu,1 ,1111 1· ma· 11 th:I• li i r1• oricnl,le ,,,. Bry. il
onlouna à rdl • ballcri • d•• d••tcll&lt;'r u,,.. pu,;iti n pour
,111u11n r 1, p1rli11 nur.l du rilla . llèUI 1•illc .,
,e111111t au plu11 se
ter :ur 111 cri:le, à l"en,lroit 0t1
.1, l,011,h • ln chemin de \illit!n, Lin;r ni tle ln i
liOO 111 Ir.· snr llr1, el rèu ir ni • refouler tla,1 h•
llcwinck I • Îir ill •urs qui nou, g1'111i ni . [)an,
l'OUI! ■cli n. Il· la11r1111it'11/ le tlo• d l'i/lier,.
t t 1,,iit'•ral Ut · 1101, L•1 D~(mtt de Parù, tome Ill,
1111
'!Il (en 11011•) .

,,.r ·

�" -------------------- ---------------

___ 111STO"J{1A
insufllsanl de servanls et presque plu de
chevaux. Gràcc e1cpc11danl à l"éncrnie remarquable des officiers el canonniers urrivants,
elles purent emmener leur pièce , et continuèrl'Dl, sou un ouragan de projectiles
devenu d'autant plus meurtrier que le jour
perniettaiL maintenant aux .Allemand de
Ilien voir leurs objectif , à luuer de concert
:m:c les batteries du 1 cr corp établies dans
la presqu'ile de Joinville, en arri rede Cbampi&lt;rny.

Contrl! noire a.ile ranch~, les Allemand
avaient également étalili, Yer onze heures,
4 batteries (2 axonnes, l wurlembergenise
el 1 pros ienoe du Il• corp ) autour de
Yilliers. Un peu plu. tard, ils l • renforçaient
Je 4 batterie a.~orrne , au saù-e l de oi yle-Crand 1 ; toute cette ligne .outenaiL une
caaonnaJe rioll'nle contre Les batterie françai. e, du 3° corps (rive droite de la ~larn('),
du ~• corps et de la ré ene générale, ét.ahlie
sur la crèle du plateau de Yillier . Elle avail
l'a11aJ1ta e înconlestaLle de a position el de
la concentration des feus:, en sorte que, malgré l'admirable bravoure de no art~leur ,
plusieur batteries françaises, appartt"nant
prineipalemenl à la ré crvc générale, subirent
Je telle perl('S q11'elles furent obli&lt;&gt;ée de e
relirer. l..a plupart de no pièce réu~ irent
cepend.mt h garder leur po ilion el à ~outenir
ce duel "ffroyable jusqu'à ce que la balaille
ait pris fia. Aidées par les gros canons du
fort de I ogenl, d"A1·ron, des redoute et batteries fixe de la rive droite, elles parvinrent
même à élt1indrP. ver une heure, le feu de
l'ar1illerie ennemie p·&gt;~lée sur l'éperon oriental du plateau de Camilly, el obligèrenl
,:elle-ci à aller ·abriter dan un pü ùe
terrain, auprès de Mo11-Jdée', d'où elle ne
ortit pin qu'un seul in L.mt, dans une circonstance dont il sera parlé plus loin.
On voit que, dans celle journée, comme
dao celle du ~O novclllbrc. l'artillerie îrançai e, bien que dotée d'un matériel inférieur
cl rMuitP 1t de~ mo ·ens in uîfisants, déploja
une ardeur, une éoer11ie el une vigueur audessu de LouL éloge, et accomplit jusqu'au
boui on devoir, non sans succès. Cependant
le résultats obtenus n'é_taient pas ah olument
suffisanls et ils eussent été aulrement considérables san doute. si les puissantes batterie.s de la presc1u'île de aint-Maur n'avaient
été maintenu par leur cli~f, le 1ténéral Favé,
dan· une inexplicable inaction. On a 'o'U plu
haul qu , par ~uile d'nne fa.u se appréciation
de la situa1ion, le balleries mobiles s'étaient
retirées dè le délJuL de l'engagement. Malrrrê
Je in tances pre ~antes, et rnème le ordres
impératif du général en chef et ùu aouver-

L A varlir ile 1m1.e heurr. ;lu matin, la lignl.' cfo
l'arlilleric allem«ntl élail d ne conslilu~,i ~ia~i qu'il
ruil : 1«) P.111re 'ioi, ••le•Grn atl N Villfors, li h~lteries
saxonn , ; (bi enlrc Villiel's et Camilly, 5 lial~rie!
t::i ilu Il coq,s el ';! wurl~mbcrg •11i~e~J; (cl au oordest d~ Hel-Air, i lialkrie· (Il du Il• corps d 1 wurl ·ml~•rgcoi '; 1dJ 111 11,I ,le !Jfo11-ldl,e, 4 ba11e.1·i~,
(;; ,lu Il• oorp el l wurlf'mber:;euisP.). &amp;n Lou!,
'.l-2 lrnllrrÎ&lt;&gt;S,

:!. La Guerrcfra11c1rallnmii1&lt;lf', 2• pJrtic, p. 54!1.
3. Géuflral Oocnm, loc. c,t., lome Ill, pa~e 48.
4. L'vrganisalion tlu commandement élait il ce poînl
videuse que le général Fave, chngé dans la pr .qo"ile

near, ce bat1cri.e. ( auf 1roi qui ne tir renl

que qurlquPs coup de canon)• ne rurPOI pa
rarneoéeseo avaut; quant aux baltPrÎe fixes,
elle ne firent qu'un feu trop mou pour èlre
cl'licace. Le lla.1111uement sur lequel on était
en droit de compter de ce cô1r fi,, par ,uite
à peu près complètement défaut aux troupe
eng:i,..ées devant Champigny el le four à
cbau.ti.

Repl'ise de ronensfoe par les Allemands.
- Quoi qu'il en ·oit, au 1tcil - pièces en
batterie, el la canonn:ide en)!agée, le nénhal
de Fran. ecky avait ongé à rt•prendrc partoul
l'oO'ensire. La 7• hrigadè (du Ue corp ·1 élail
arrin;c à Cœuill) ,•ers neuf h,.nrc , il la lança
immédialrm~nl ronlre la droil l'rani,:ai - . Le
régiment de µ;rea3di r. n• \l .e dirig..a d'abord
,·ers le pcli l boi · de la Lflnde el Mploya es
tirailleirrs sur les pl'nlcs du plateau de
,œuilly; mai~ le général Patm:d. prt&gt;nanl
les devant~ , réunit rapidem,,nt lroi nu quaLre
cents Liomme , et, lllS ntralnaot à . a ~uite,
e jeta contre les Pornérani,,11 ◄ 1ui. s:in
allendre le choc:, su replièrèUl. l1alhour1•u t'•
ment, ils av&amp;irml en arrière de leur pr .. mière
li&lt;&gt;ne des réserv
lactiques qni, aussilôt
d.éma quéc , diri11èr&lt;"nt sur no brave.. nldat
une fu ·illade meurtrière. LI' géofral Pu111rel
tomba, grièremenl alleinl. et~a petite troupe,
désorganisée el lrè r~duile, dut reculer
presque derrière les Four- à chaux. Dtl là,
abri1ée dons ses tranchées d te· carrières,
elle OU\'ril à on tour · nr les grraadit·r. pru ien un feu de m•tu•queterie si i&gt;Îlicace, 1.p1e
œnx-ci rétrogradèrent ju qu'au.t murs dti
Villiw.
P,rndanlee temp., l'autre ré~imenldtl la
bric,ade, le 40•, s'était portéconlre Il! plateau
du Signal el le ,•illage de Clt:lmpi~?Y· nr ce
dernier point, le Wurtemherg&lt;!OI , maiirc
depui le matin de la, portion ori 11ntale, ,,ntretenaîenl av c le oldals du 5:'i• et du 113•
une luue acharnée, de mai on en mai on, d~
Larricade ea barricade, avec de péripéties
di,·erse , mai" sans pro~rès mar11ué. &lt;I D~ la
droite à La gauche, le village de Ch.ampigny
sembla il en feu .... Des meur1rière , d,is
fenêLres, du clocher, des barricades, d..
coin de rue, des h-iies , des 1·crger . la fusillade ~e croisait de toutes parls. Un homme
du 55•, e:i:cellenL lirenr, po ·té dan-i un grenier
en arrière de la rue du PonL, brûla. jus11u'à
cenl paquel de cartouchesi. 11 Cette énergique rési tance contint l'ennemi dan la.
partie orientale du villa e, mal~ré le renfort
que lui apportait le .t.9e. QuanL à la Plàtrièrè
elle fuL non moin vigoufo11Secneot d1;fendue
par les sold,Lt. du 121• cl du l22e, de la
bri!rade Patnrel &amp;, qui di pulL'renl a,•ec achar11

,le Sa111L-W11ur1l'unc mi-•ion ab&lt;ôlUmi!nt Cllnnem 3vec
les np&lt;'rations de la 1• armée. c cunsul,•ra,.L com,nc
cump],;temenl indépcmlunl, et du commmmlwl ra
cht•f, el ,h1 comman,lantdc l'8rlill,,,·illde cetll' arnoi-c.
Il e;limail il 1'11 1:crit lui-même, qne le:s iustructiuo~
,1u"il re1•P1·'.1il tl'cu.~ 01111~liluaicnt u!l empidlr,~""t ,ur
,es 11l/r{buJio1111, l}an, de pnt'rllles con•l•ttor!., on
·expli•1ue la mtluvnise c:rilce nec lnque!~e 1I . le~
a 11:(:Uetlli~s. cl lo peu d"emµr~!•p111enl q:1 il, • ~•• .11
pr lrr son co11,•onrs. Il fut ,1 ailleurs. ,fos le .! dec~rnhre ,u !'UÎr. rele•é d~ son rornm·,mh•mcol 114r
ordre du gouverneur; mais il éuoit Lrop Lard.
5. Génl:ral Occa&lt;1T. foc . cil., lomc 111 ,pa.-e 31.

nemenl le plateau du Sirrnal el réu sirenl
même à pou'ser ju qu"à la ,llai~on Ro11ge,
mai· sans parvenir à s'en emparer. Ces deux
bta\'e régiment perdirent lh plus de
tOOO hommes el virent tomber leurs c lonel
tde Vandeuil et de la Monneraye) mort llemenL atteint .
En résumé. nous Lenion bon dnns Champigny, à droite, dans Dry, .à gau,ihc, .et ces
deux poinLS d'appui de la hgmi frança1~e dé-fiaient les effort ré11été de l'ennemi. Dt:\'anl
tant d"opiniù.lrt'lé, le génilral ~e Fran eck~
'impatienlail; \'er di\ beures, ~l appela à lm
la .... division (du Il• eorp·) q111 éta11 à ucy
el à ~laroll ·, avec ciualre baltcries dl! l'arûllerlc di, corp~ 7, cl Gt prévenir le ,VIe corp , _à
Villeneuve-. aiut-Georges. d~ lcmr une briaade disponible à loltt é,•énl.'rnenl 3 • Puis,
:u il&lt;H la 6• Lrinade arrivée à Cbennevière ,
il la lança contre notre aile droite (on1.e
lti&gt;ure-.). &lt;( Contre Cbamp,gn ma.rchenl le
2e bataillon de chasi-eur poméramen&lt; el lo
r'«icnenl n° 5i (G• brig(Ul&lt;') qui unis enl
leur · cfibrls à ceux du ~• hataillon de cbaseurs wurlember.,.t"0i , du 7• ril inwnt wm·lrmber&lt;&gt;eois, du O régiment prus~ien n° 49
(7• brig,ule). des grenadiers n° 9 (fr~.)- En
même temps, le r6~t:iment n° li (li' br19mle),
dt.&gt;s•·endam de pente· nord du plateau de
Ccrmilly. 'avance conlre les Fuur à 1:baux.
Qualre bataiUoa, de la 5° brigade. formnot
ré er1·e, se t,enoenl au œnlre du deu allaque · sur le -plateau de Cœuilly; deux Lalaillon de celle bri•rade onl été dirig-~s sur le
parc de Villier , pour r •lever les Wurtemberire&lt;,i et le :t'lons fortement éprou,.-é- 9 • »
L'e11Lrée en ligne de ' importa.nt renforls amène tout naturelleme11t une recrude cence violente de la lutt.e. A Cb.ampigny,
les troupes de la division Far(rn redouble~t
d'énergie d decoura e: le~ sap•urs du "érue
creusent des cheminements de maison en
mai on, dt: maraitle en muraille, el nos soldat,, y passaal un à un, finissent par refouler
l'a saillant au nord dt! la 0 ra.nde rue. Pendant
ce temps, an ud du village, le 115• :-·usail
en effort iniructu ux contre une Lrancbée
perpendiculaire à la Marne, d'où il ne pouvait pan•enir à dé.bu quer le: \Vurtemb~rgt&gt;ois. Cinq homm résolus, sou la co11du1le
du ergent ubifo:m, Lraver enL la rivière n
harque .ous uoe grèle de balles, prennent la
tranchée à rever\ el en cha l'lll l' nnr.mi 10 •
OtJmème,unequarantaine d"bomm1• , emlm qué dan d,mx enclo· iLuPs sur le llanc nord
du village, -•y maintie11neat peniant pins de
ix hem·e t empèchenl par leur feu1 de
flanc l'a&lt;ll'er aire de pro..-rc tJr de ce côté el
de tourner les dé[en.eur de l'intérieur, C'est
Ll1 lmgaoie Palurcl avait dù ··41e11lire jusqu'a. la
Pliltierè pour ooucbcr tu trouée l"a11c .P.~• la retrwle
de la hriga,le llarlPoot p~esr1ue. lo1,.1 e,,L1r~e.
.
(i.

1. Cc sont ·e l;all•·rw qm. a,n'il. qu rl n ,!t~ &lt;i,L
plus lt•nl, alll!l'1·nl "ütahlir nu aord-e,L d • ~t'l•A•_r.
Il. f,'l Guerre fr1111ro-alln11ntd", 2• p 1r1t~. p. .i{ .
!l. G~n,•rJl lluclllll', {M. cil .• t,un·• Hf, p. 'i-,; ._
10. Ibid., pag,\ 41. - Lo i,ê". ·rai Oucrnl fa,1 .,~~le·
mcal remarqu .. r, 1l'arr·, rel mc1&lt;lrnl, cumh1cu I rnnc·
lion lie hallcri~ m1;i;ëes 1lu11~ lo boude ,te la ,1arnc
élail rcgr,•tlll.lil,•, i qn•ls ri'&lt;ull8Ls cil aura.icnl pu
olitenir, n touvr,11I &lt;lu fou\ de O~nc l,•s f~)rfl&lt;lS nlloroJtndes vcuanl de Che11ncvièr~s I de Cœu1lly.

'BATJULLT; D'E C1IJU(P1GJ\J1

seulement lor q11e, diminu~s de plus de moi- Trop expnl'é., avec dr. altclagt&gt;,, au feu r.01•1;rocha vonl cb,:,rcher d;u,s le. eais on~ :irrè1 é:,1 prè
Lié et à boul ùe mu11i1ion , il vont tHre ron- cle~ Pms iens. nos cnoo1111it'h' laisseul les ciii. llll~, da \ifül',c tlc Br) '. La lnlle e~t acllarnre, l
damués à mellr ba, les armes, que, plultit ilélèlenl Jc5 ch,wnu .. , lral,u·nl il hr,1~ rlea1 p11'cr, dtljà ln "auche allemande faiblit, quand l:i
que de soullrir une prtrl'itlc cxlrcooité, ils ju ,p1'i1 la li:tllerie. Déjà fort ltoi!llt:inl, l'ennemi se b1 iµade llaudcl, d bouchmil du I illo"e, abor,lr
r lire Jrnr •roup,•~. d'ob l.(lcl en ob. l:1rle, el 1li·le lla1a.illons ennemi· qui rou,·M,1 le~ pcnl · ,
évacuent leur po ilion sous une arèle de
par:iil dcrrii!r!' le pentes hais le•, pùlll'~nÎl'Î par
halle , et viennent, réduit à une poi!(nre, e noire mousquelhie el lfUelque~ coup~ Je 111i- au ud du cimeLiùre cl du d.mmin de ui ypo ter dans le maison en arrière oi1 ils . e Lr.1ille .... Ilien nhritils derrièr1• l'ép,11tlem1ml. ooas lc-Grand. Encore une foi le l07e et 108e
françai ortl aux pri~e avl'c le IQ7e el Hl •
remettent à Lirer.
a~ions nu 1ela-1ivcmenl peu à ~oull'rir; trealo
Du coté des Fours à chaux: le ré;.timent h11mmPS au l'lu~ étai1inl !tors tlt• cot11ha1; l»s Prns- ~axon : mais cdl11 foi , nos ~ol,lat,. qui lén° 14, entraînant avec lui les fraclions de la siens, au ronlraire, lai saienl hUI' le lar:ti11 plu~ moignent d'u1,c Lravoure a1lmirablP, onl hi n7~ bri&lt;rade qu.i luttaient là de pied forme sieurs 1!e111nines do mm·t el tl11 hie ,1~. Lu r1:gi- lôl rai on de leur adversaire ; ceux-ci, bon contre Je- trouJJCS de la bri •ade Palurel el it's me11t pru•sien a• l \ a.ail ù lui ~e:nl perdu culés eL décimés par no balles 6 , Ùlltlenl n
rt&gt;lraite en M ordre, ·ou~ la pr0Leclio1l dt•
mobile (Cole-d'Or cL Ille-et-Vilaine), ,"ét.iil Ili offlciurs el 29 J homme5 •.
porté sul' la Plàlrière, en avait cha é les
qu:itre hallerie du Il• corp . tirées en b:He
Celle a11.a4ue inrruclueuse fut la derni'•r
occupants, et menaçait la batterie de la Car- que tent/&gt;rent le Allemand· de ce côté: leur il,• l'abri où elle' :,,'étaient réfugiée prè dt:
rière.
5c brigade arrivée à Cœuilly, e borna à re- lllDfl-Idée •; le p ·u tes sont évac·uées, el lll.S
cueillir les débrii; de· corp (ri11q r :giments Saxons qni occupaient encore les premières
0 ce c61é, oLligés rie leofr un fronl Ir~ é1e11du et deu. bataillon - de cbas~curs) 3 qui étaient mai oos de Bry, oùligé · de se r tirer au plu,
a1•ec de. lroupr épuisées ol dédmtles, nous n'avenu • 11 plu ieurs reprises, e liriser coutre vite, hii ent entre nos lllain: &lt;le noruLreux
vioM '{"C Ires peu de monde; la Carrièro. notam•
les
dtifen .. s de Cba.mpi~uy el des Four' à pnsonniers.
mtiul, 1ùhail gu1·tlée qui! par quelques homme,
chaux, el nous bis a ln passe sion dé.sormais
de· 121• el 12~·- L:i comp,1 nicdu ~nie &lt;lu capi•
La brig-Jcle Daudel recueillit, s,ff ctilte pa1'litl
laine Gli · . , l'ev11nanl d~ Cb:impign , où elle avait incontestée de prc r1ue Lo11l 1t: village; k
du cbaJJJp (Ill b:ilaille 1111 cil s'éL,it J glorieuseachevé les lravaux de dél'rnsc, ait immédiatement
Wurlemliergeoi~ µarùaienl senlemenl le parc:; m!'nt conduile, l 75 prisoauiers, doul 5 unicier,.
envu)11c . ut ce point avec un détachement des du ailla.al oriental et la Platrii':rè. JI était plu ,le 00 fu. il., q11a11LÎl1i con, itl•·rablc de havre121 • l!l 122•. (;ue ceulaine d'homme., des sapeurs près dti lroi heures &lt;lu .oir. A ee moment,
~ac, 0 i1Jcrnts, Cll'([Ue~. etc. L'enne1ui ,1vait füil
pnur 1. 1tloparl, occupent fa ha.1le1·i1• 111 ~ auord•;
la di"i~ion u~Lidl , 11ue le gé11ùal Du&lt;-rol des p1•rh•~ énm mes; les pente., le arenue , lrs
150 envir;,n, formanl réserve, 1tarni~s1rnl le poura\•ail appelée à lui, arri,•ait de ln ri,·e droile rurs, [~$ m;ii on. étaient cncomhré11· tle ses morLs :
!oul' ile la Carrière. L't1nncmi, dc 'ceodanl le,
de la Marne, et l'enail relever, dans Les posi- sur le plateau d&lt;l Villitirs, on vayuil ègultlm •rtl des
peole5 en pelile' colonne. sëparécs par des intermonceau, d&amp; c~dal'res ~xoJI 111 wurt,,mf}l'l'geoii..
valles de 3 à 400 mètre • fav:mee par homl · -uc- tious de l'aile droite, le troupes i épro11v~
Les demi: r n-iraenll saxons à eux. ~eu!~ perdirenl
du
t•r
corp
;
celle··i
bi,·oua11uaienl
dans
la
co~sifs: dès quo le colonnes L1 ouv nL un obat:,c!e
prè
de 1,:'iOU hommes el 46 officie&gt;r,; }ij régi·
plaine 11 l'onliSl de Champigny.
ou lID re!&lt;".1Ul favorable au déGlcmeat, elles s'armenL n• J 08, 36 officier el (ij6 hommes; Ill
rélenl, enga.,ent une vive ru ill.ade, pui se porwnl
Tandi que lés événement donl il ,hml
t•tlgimenl n• 107, IO officiers cl OaO h111nmes. Le
de nouveau en ;l\•ant, s'étenda nl de ,,Jus en plus à d'ètre qu tion se déroulaient aux alculours
t •' rég.iment '"utemhergeoi pertlil égalernenl
di-oiLe et à b&lt;auch , de manière à envelopper la de ce -rillage désormais célèbre, l'ennemi avait
4 officiers el 200 homm , le IS• ha1a11lon de
po,ilioa et à rendre flOll coups plus incertains. Une
é&lt;ralemcul rruou1·elé .es altac1ue contre la
batterie établie sw· le hauL des penl.. oulienL gauche du 2• corp . Les bataillons non encore ch- ·,cu1 · noos, 1 oflicicr eL 5;; homme.. .
leur marche p:ir des coup ~ mitraille• .... ~os
Qua11t aux hriè\ade, Courty el ))audel qui
engagéti d~ 107• et 10 • ai:on , renforcé
sapcVJ ·, groupé' sur un e~paœ reolreiol, nll fuidepui
plus de ~pt heures lut1aie!lt bans répit,
par
le
t5•
bataillon
tle
cha.
seurs,
•~taient
.aient feu rp1e su,· l'ordre de leur officier : tant
jetés ur les lroupe6 de Ja brigade Court)', et elles colllplaieul environ L,300 homme hori:;
1rue l'r1111çm i est en tirailleurs, quelqucij ad1•oib
aidés par les LaLteries sa~oones du nord de de combat. Elles forent rdcvées vers lroi
tireurs seuls répondent, le rei;.te e Li .. ut accroupi;
heure par lè troupe de la fü•ision de Bellelo1·sque le Allemand ·c groupenl pour s"élancer Villier , a1,aie11l t·eiuulé d'abord 1·er les penlt~
en uvnnt, Lou les homme se relèvent; formés ·or de Bry nqs soldats épui é . Mai · leur ucc
mare, que le gêuéral T&gt;ucrol avait rappelée
plusie1,1r~ l'anp, ln· premiers :1 gunoux, les derniers
ur la rive ga11,;he, el allèrent se reformer, la
u'a1•aiL pu ètre pou- 'é bieu loin, car, ·ur I ur
deboul, il · exocubml de [e1t:1r ,le ~nive.
gauche, la div1 ion Berthaut, outenue par première dans le bois rlu Pla11l, · ta ecomlu
Cepend~nl, gràcc à ces moovell]ent.s successirs l'a.rtifürie quj gral'i~ ail les crêtes, déîendail
dans le ,illogc de llr ·.
el progressifs, l'ennemi, pré.,onL1n( un!l ligne forte
D'ailleur,, ici comme
l'aile &lt;lroile, la
vigourcu~emt&gt;nl
·es
tranchél'-'i
cl
maintenait
tle 1 ~Oil :1 l ,àO!I homme~. était arriv~ 11 cinlutte
d'infanteJ·ie
étnil
terminé,,
t!l seule
en
place
les
forces
e.nnt'mit•
qui
tentaient
de
qnnnte mètres ,le lu bull~rie; l'on entendait les
l'artîlleri11
continuait
il
enlrf't1•nir
le
feu a,·ec
la
tlébu
quer.
Encouragée
p:ir
la
présent-e
1lu
officiers menacer, eneouraaer leur&lt; ·oldb ls. A. cc
le baaeric altemantles 0 • Nou a,·ion~, sur
général en chef qui vient d'arriver de ce côté
mo111i,nL, d'e11.r-111émes, 1!0$ lunnme~ cl'Îe11l: « A
tout.e lu Jjgne recouquis Les po ·ition · occula baïonnetle ! a la b11io1111elte I... &gt;&gt; Le cliquuti , eulevée par se ofliciers qui payeul d'e1rmple,
Ja vue dll· armes bri1Ja.r1I au-de sn tle la crèle. la bri11ado Courty ne larde pas à se re aisir pées le 50 novcmliro au ::,uir, ruais nos
arrêtent ael les Allemand~; le ncîlre , immobiles.,
el entame ai;cc lt! axons, ur le penLcs &lt;lu troupes étaient trop désorganisée· 1our pou~ans 1irer, ·'apprélea.l à faire une décharge géoé• lllamelon &lt;le illier -, uue lutte acharnée cl
\·oir lt&gt;lllèr encore un ri•tour olltm if; de leur
raie. à e ruer en avant. l.eg offici r' prussien
meurtrière. es deu.x colonels • ont mortelle- coté, 1 All!!mand , no11 moi □ éprouvés, rees:cilcal leur hommes, les injurieul, les poussent,
les frappent; aucun ne houge. ~'mnç.iis et Alle- ment atLcinls!; &lt;le leur coté, les 'a.xon voient nonçai nl aus i à entreprendre de nouvdles
mand· reslcal ainsi 1iendnnl quelque lemps, les presque lous leurs officiers tomher .uccessi- attaque . L'approche de la nuiL wterdisaiL au
vernent el leur ranas s'éclair,·ir dan de Lersurplus d't!lllamer quoi quo ce soit. A quatre
premiers sans faire feu, les :1ulres uns avancer.
heures, le général Ducrol, d'une part, le
.li.ais il faut en Jfoir; le capitaine GLi es fait d/&gt;- ribles proportions. Le éclaireur Frantbeui
mantler de L'arlillerie; fa Lallerie allu arrive.
apportent à no homme. de ca.rlouche· qu'ils g1foéral de fran ccky, de l'autre, mus par un

a

1. Elle ful cha sée pre&amp;111e au- itôl par le feu ,te.s
grosse, pièces du forL ile ~ogcnt.
2. G·• uèml 01Jc1,Q'J, foc. cit , page 51 ,,1 suinmles.
-;- Cet épi.s.,~e. &lt;lonnû r.•r le gë.nml Ducrol m•~c
d amples Jela1l , C! l forl. tnlt\1 e rnt il plus d"un Litre.
11 mootre Loul d'altoru quello force moral,. dono,· li
ime bonne inl'aul rie la dùcipli11e du feu, el qnelle

mOuence eel le fot'l!c morale exerce s11r le u1.-i:és
pu.iS&lt;lu", dBn le cas présent, 200 homme à peine In
onL imposé à loul un régiment, el déterminé fB rl!trnile .011 la seule mcna.œ ,lu leur choc. Il moolre
ensuite que la prés,•uce d'une rëser•·e est de Ioute
oéee.ssi.Lè; si, derrière 111 Carrière, il c11 &lt;J(lt t·xi

lu

l)ne, on eùt pu e.xécut.;r nvc•c elle une ,igovreuse
co11tre-ella1111e ,lout les conséquences auraient cl•
certaiuemenl très grq\'CS ()()Ur li:~ Allemaml, 1:ugngés
à fond ; lantli '(U!:, rëduil, a leurs prvpr.•s forces, les
dem, cenl braves gcru; du ta11ilaîrui Gli
durent
·'estimer bien heur~ux rl',i,·oir r..foulè l'umiemi, rn,u
pouvoir sculemenl songer il le 1JOursuil're.
:;, Ce;i lrllupes comptaitent 1011 ollicier cl 1,800
homm~ lwrs de, rumhat.
4. Los liculcnnuls-culonels Jourdain, du 12:1•,

:'iellner, du f2(J•.

l

a. C'est en se prodiguant dans ceue mi, i~n que
lu cornmatt1lou1 fram:ilelli fui atleinl morlellement

J"un écfot 11',,l,ns, V!,J'S mi•li et demi, dao le chemin
qui va ile llrl' /1 Yillicr~.
O. , l,cs Jeux b~1aillons tlu rc'gimenl de tirailleurs
[103•) ét!ÎCn l comn\onJ~~ par des füiulcnant . n (Lo
G11crr" /1•(111c1raltl!m(111de~ r.agc 551, c.n noie. ) .
7. Elle y rl'Jllrèl·1•nl d ailleurs presqu~ ou• 1IÛL,
pnurcho lies par les gros es pièce! ùes forts. [I liid .•
page 55'.l.)
~. Gùnéral Duc.Ror, làc. cil., tome Ill, page 40.
!l. Les Lrois batteries de la ,li&lt;ision de Ucllcm,rc,
an:c une bnlleric d , 12 de la résen·e du 1" rorp,
(pri milivemeat cnroyée sur la rho droilc), élaiml
venues prendre position sur le plateau, ÎI l'est dellry.

creu1

�r

B .ATA1LLE DE C11A.MPJG1VY ~

111STO'J{1.ll

mème ~enLimenl de leur impuis ance, donn:iienL l'ordre de ce ·scr le feu.
Fin de la bataille. -En résumé, la b:i.La.ille
du 2 décembre se Lerminail par un , uccès ·
car i, dr1ns un moment d'émoLion bien excusable, no soldat · , eilénués de [ali~u.e, de
ouffrances el de privations, a,·aient cédé .à la
panique et ubi l'affront d'une surprise pre que générale, au moin n'avaient-ils pa tardé
à reprendre possession d'eux-mêmes , à obéir

éoergie lenace, ne voulait pas dé espérer. avail réduit le · plu ~-igoureux de ses 'oldau,
CtOl'anl toujour à l'arrivée prochaine de il comprit qu'une nouvelle bataille, [ùl•elle
l'armée de la Loire dan les eMiron de Fon- purement déft!n j,•e, était de,·cnuc impo sihle,
ous peine de s'cxpo,er à un désa~lre cerlaiu.
tainebleau, il e refusaiL à abandonner de~
positions d'où il croyait pouvoir plu facile- ll e ré -olut donc à r!lporter on armée ur
meoL lui lendr&lt;l la main, eL à rendre leur la rive droite de la llarnc, el donna imméliberté au.x troupe dïnv~Li ement fixées là diatement des ordres en con.équence, tandi par nolre présence ur la rive gauche de la qu'un de ses officier allait n,·i er le gomcrMarne. Ll ne mit donc pa · irnmé.tliatcment nemenl de ce grave événement 1 •
ou. la prolecLion de l'arlilleri&lt;', qui enlama
son armée en relrait.e. Au contraire, les

Otlicier Inès; 11" ; ble sé . ?i80; ,lisp~ru .. H ,
nous in&lt;Juiélcr, en sorte qu'?t huit h ures du
lfomm - tué!, 1, G2; bic.~, 7,,'\55; di..,qiaru~ ,
soir, il ne. restait ur la rive gauche que la
brigade de la Marionse laL5tle, avi&gt;c le 126•, 2,129.
Le. Allemand co1nplaienl 2:i0 oflicier.; (75 tués,
à la garde des ponts de Joinville el de , o18S bill~, J di-.paru) el 5,915 hommes (1.188
genL t. La 2• armée se massa sur le plateau tué~, 5,li7 t bles ;•, 1,0;,,t. disparu ) hors &lt;le romde Vincennes el am; abord de ogent et de bt1l; en loul, 6, 172 hommes.
Rosny. Quant aux Alle"'ands, ils gardèrent
encore deui jours, dans le secteur entre
Nous avons e1pliqué diljà 1 pour,1uoi l'effort
eine et Marne, lts lroupe &lt;1ui étaient 1•enues immense, entamé et i bravement soutenu le
)' renforcer la division wurtemhergeoise. Lor - :lÜ novembre, n'avait pas abouti. Il est donc
que le 5, ils virent que tout d:mger était dé- inutile de revenir ur ce sujet, si ce n'e t cefinitivement conjuré, il le renvo1èrent dans pendant pour coo taler encore une fois comleur: t&gt;ropla::emeats primitifs saur cependant bien la préparation d'une opération de ce
le li' corp •1ui re ta cantonné entre Bonneuil genre doit ètre complète, et quel danger il y
et la ine.
ah ne pa. e prémunir contre toute les évenAin i se lermioa, celle tentative considéra- tualités qu'il est possible de prt1voir Ai-suréble, ur laquelle on avait fondé de si grandes menl I plan t.actique du général 011crot pouespérances, et qui n'abouti ail C'n omme vait donner de ré ultats, mai il avail expres&lt;ru'à un coùleus échec. Les pertes qu'elle enémenl besoin, pour réu ir, de deux cho. es
trainait étaienl anglante , el se montaient essentielle , le lancement préalable de ponts
pour nous (en totalité el I compri les dé- el le conconrs du 5~corps en temps opportun.
monslralions autour de.Pari ) à i 2,0 J hom- Or, on 1i'était a~ uré, en entamant l'affaire,
ffi(&gt;S bors de combat t, e décomposant ainsi :
ni de l'on ni de l'autre, et il se trouva préci1. Ceux de Dry l'l de '.\:e11illy furent r plit'.!s. L,.s
m~s, donL 420 orliders. Le 1" corps, le _plu, éprou •l!,
pl't:mi~rs avai1111t ~té gardés pc11claut Loule la journèc
du 2 pn.r les marms 1lu commandant Rieunicr, qni
5'y ma111linrent !Jrll'ement au milieu d,•s bnlle el des
Obll.$, ~l y ubirent des _perles a sez sen il.le,.
2. Les pertes éprourecs ur le plalrao de \'illi~rs,
près Champigny. l'ellll nt les jrn1rnée5 des 31) no~embre, , ... 2 cl 3 deœmbre, se mont niant à 0,8\'l bom-

émcnl que, par uite d'incidents auxquel '
nn aurail pu et dû penser d'avance, ces deu:,;

Facteurs néces aires du sucrès rnanrruèrent à
la foi . En voulant trop se hâter. on avait
manqué le but. de même qu.'en montrant
une Lrop grande impatience, le général en
chPf ar.hrva de compromellre le résultat d'une
aLtaque 11u'il n·au rail jamai d1) commencer
nant de pouvoi r di po cr de la majl•ure partie, inon de la lotalité de ' On artillnie.
Il e l jn le Loutcfoi de faire la part de la
urexcitalion généreu e des e prit, el &lt;le
l'ardeur pa1ri0Lirp1e à laquelle plu - IJUe tout
autre était accc ihle un homme de la tremp •
du giln~ral Durrol. Il esl juste de tenir compte
de la pre sion exercée sur tou les chefs de
l'armée par une opinion à laquelle on n'avait
pa suffi ammenl impo é ilcnce, &lt;:t ttui ré•
gnait eu maitre · e, alor que le s;ilul pnblic
rûl exi,,.é qu'on ne la con ullitL rul!rue pa ·.
Mais La conclusion 11 tirer de tout ceci est que
la bonne el aine direction des opérations militail'e est exdu ive de loute inllucnce eslérieure, el qu'un général dont le déci ion
avaiL perdo 5,020 hommes . Certains régiments étaient
ne sont pas uniquement dictée par le, exidécimés : le 42• de li11nc, par exempfc, qui nvail
gence
tratégiques ou tactiques de la itua40 officiers eL l ,1'i5 hommes hors de cornhal; le
tion, court le ri que de n'en point prendre
4• iouaves, qui en a,•ait à6i, dool 2l officiers; lu
107•. 51 i homml's et 16 onicien. etc.
de rationnelle , et e t le plus souveal expa é
;;. ltül-,ire gf!ntralc de 1,, Guerre frm1co•alleà échouer.
n1a11de, 1870--1811 (c&lt;l,tion déf1oi1i1e), Tome I", p. 4.H.
LIEUTENA~T- CoLONEL

Erne st LA VISS E, de l' Aca:iémie f rancaise.
&lt;:f:&gt;

Une journée de Frédéric-Guillaume,
le Roi-Sergent

LE LE&gt;;UEJ,IAIN DE CHA)!PIGNV, A BRY-SUR -M.ARNF. -

à l'énergique impulsion de leurs chds, et à
ot"'aniser rapidement une rési lance vi!!oureuse. Trois allaque contre l'aile droite. d,~lll.
contre l'aile gauche, exécutée par un ennt&gt;mi
qui s'alimen1ait coaslammenL de troupes fralches, avaient été repoussées victorieusem .. nl
arnc de pert.: .anglantes, cl rrdui. aie111 à
l'épuiremeat le conlingt&gt;nt · 11ui y a,aienl pris
part. En aucun point, nos put-ilions n'étafont
entamées, et le bal poursuÎ\·i par les Allemands « rejeter les Frauçai derrière la Marne
el détruire les pools », était manqué. ~lalbeureu ement c'était encore là un urcè stérile, parce que l'armée du général llucrot,
absolument à bout de force , se troUl'aiL bor
d'ét.at de produire un nouvel effo1 l.
Le général en cLef ceprndunt, dans 011

TaNtau a 'ÉMil.lt BQllT IGNY.

troupes des 1" el 28 corp , couvertes par le
division ' 'uslJielle et de Bellemare. bivi,uaquèrent en ar1ièrc des lignes qu'elle· avaient
i vaillamment disputées à l'ennemi, et dont
elles étaient restées maiLres e~, en lai· a.nl
emriron 5,000 des leurs. Elli!s se réorgauièrent la.ni bien que mal, se réappro1·i ionnèrent et recomplétèrcnt comme elles purent
leurs auela"'es. « 'fout ÎlLl préparé pendant
la nuit en me d'une nouvelle bataille défensirn à laquelle on 'allcudail pour le l~ndcmain 1• »
Retmite ge,iémle (5 dlcemhre ). - ~lais
quand, parcouranL les bil'Ouac,; à l'aube du
5 décembre, lt! géuéral hucrol se fut convainc11 de l'élal de dépression profonde où
celle longue !;Uite d'cITorls et de suuO'ranccs

au itôt une violente canollilade pour faire
croire à une attaque imminente, l'opéraLion
commença ,an_ délai. L'évacuation des diver es positions 'effectua en bon ordre, par
échelons, et pa plu que le pa, ~age de la
rivière, elle ne donna lil!ll à aucun incident.
ule la divi ion Je 1\lalro-y faillit. en "e reliranl lrop Lol, amen1•r qu.:hp1e désordre près
des Four à cbanx. L'foLerve11Lion d'un régiment dt: la di1•ision de u hielle remit le
cbo es en ordre, cl contint les tirailleur
wurlembt:rgeois 11ui raisaient mine de . 'avancer. D'ailleur , l'ennemi ne chercha guère à
1. Gé néral Du1: ROT, for . cil., tome Hl, p;,ge a&gt;8.
2 . Le gou~crucur 110 1l011111 so, ton eot emcnl
qu'ai e une certaiue lt~silatioa, ptuduile par la
craiulc qu'il éprouvait d'une n11u,·elle sorelritallt&gt;n
de 1'11pinio11,

Frédéric-G-nillaume I••, lt: ~econd roi de
Pru.sse, le père du grand Frédéric, avait réglé
~a vie avec une précision mililaire.
li se levait de grand malin et commençait
par se lavtlr vigoureusemt!nl. Des tonnes
remplies d'eau ,suffi.aient à peine à sa loile1Le : il mettait dt: l'rmporlemeot jusque
dan a propreté. A peine sét;bé, il lisait une
prière dan un manuel de piété, puis il appelait es Conseillers de Cabinet. C'e L à sept
heures du malin, l"bn·er, et, à cinq hi-ures,
l'été, r1u'il donnait cette première audience.
Toul en bnvant on café, Fri:déric écoutait
le-s rapporl . Le plu ouvenl il donnait tout
de uite sa déci ion, ou la Iormci d'une note
écrite en marge.
Le mots narren possen élaienl de ceux.
q_ue le roi aimail à ruellre en marge de · proposition tjUi lui semblaient ridicules. H
ignifient bouffonnerie, farce, ou, comm
nou · dirions aujourd'hui, fumislcrie.
La plupart de ces notes sont à peine
li ible$.

ROU SET.

I►

p~s d'argent. Le roi exprimail celle pensée
eo pl ,1,1Purs langues : Pninl d'nryent. ou
il n'l' aYait qua i personne IJUi fùl capahle de bien encore, avec un soléci me ; ron hal,eo
&lt;léchilîrer c ordre . Un jour, après lecture Pekimia. D'autres Iois il écri1·aiL: Plait ahd'un rapport du général gouverneur de Berlin, g,schlafJtfll : l\i:-fu é nel. Il , e défendaiL de
sur une sédition de maçons 11w_ avaient refn. é taules les façons, ruè.me avec esprit, con•re
de traYailler 11 n lundi, il écrit : O,rnwsl rien toutes les demandes de remise d'impùt ou
Raetlel fiihrtr hangen fos.•en ehe ich lwmme, d'aide pécuniaire. - Le mini,tère sollici te un
c'e L-à-dire : Tu f, ras pendre le meneur de secours pour de pay an à qui l'année a été
l'émeute avanL mon arrivre. Le gflnéral ]il, forl durt' . li répond : «L'armée prochaine sera
au lieu de ;foe1lelll/Ïth1·e1·, Raeilel ftiUtel'. La bonne; pas néces·aire. &gt;&gt; La mai on du contrùphrase signifiait alors : Tu feras peudre le leur de douane,; de Francfort- ur-l"Oder a
Raedcl ... Le général ne connaissait qu'un be,oin d'ètre répnrée; le d,wi de la rép:ira•
homme de ce nom, un officier, 11uïl fil arrè- Lion c l de 31:&gt; thalers. Réponse : (( c·~t
Ler immédiaternenl. Par bonhl'llr, il monlra dono un château 1 24 Llialrrs pour la rcstaule billet à un de con eiller qui connai saienl ralion . o o·aulr.-s fui ·, il Lrouvait qn'on ne lui
mienx. l'i!cr1Lurc royale. Il relàcua l'oificier, dt!m ,ndail pa a~ ·a : « Je ferai· liicn mieux
his choses1 si Dieu m'avait donnt! le pouvoir
se rendit à la pri ·on oil 11aient détenu le
maçons , a,•i a un de ces malheureux q11i de fa ire de l'argent· o mais c'était une façon
avait les cheveux rougPs, en com·lul 'lu'il de dire qu'il ne donnerait riPn da tout.
Toul le rronvern,.,ment de cet autocrate se
était le meneur, et Jcfit pendre incontinent.
La note marginale qui rerient le plu, sou- révèle dan ce, grifTonnage~ . Il n'aimait que
venl est celle•ci : kh /zabe kei.n Ge.Id: J' n'ai l'armée el la Gna'lcc; il n'estimait que les
Quand 1.- roi avait la goullP au bras droil,

el 'lu'1I était obligé d'éc rire de la main gauche

�H1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - soldais et les administrateurs de ses revenus.
Il méprisa.il tout le re le, el, en particuli r,
les rrens de ju tice. Uo jeuue homme, Ols du
chanœlier J.u pays de Clèves, demande un
emploi. L roi commande de l'eiaminer :
11 'il a de Iïntelligence et une bonne lèle,
meltl'z-le dan 1me chambre t.les domaines.
i c'est un imbécile, faites-en un magistrat. li

ou bien oie, ou bien aucis e fomée a,ec du
tl.iou noir; uo beau pob on; an pâté on une
tourie; un ragoût ou bil'n unràli aYt'C divns
accompagnenie11l ; de la .a.Jade, du beurre

Frédérîc-Guill:rnme entendait être el'l'i à
point nommé par se chambres des domaines,
qui étaient des directoires adm.inislrnlifs. Il
leur demandait, sans sourtiiller, lïmpos ible.
IL est informé de pr-ogrès d'une épizoolie :
« Que les chambres, dit-il, prennent Loule
les mesures pour arrêter le mal : autrement,
je le tien r,our responsaLles. » - La pe le
sévit dan le Levant· il y a péril qu'elle oiL
apportée pnr des navires : n Prenez toutes
le précaution écrit le roi au directoire
général, c11r, i nous avon la pe te, je vou
en fai" re pensable. . »
La fameuse déclaration qui peut ser,ir
d'épigraphe à on règne a éLé écriLe sur un
placet présenté par le · députés de la Pru. e
orientale l(Ui réclamaicnl, en fran!,',llis, contre
un nouvel impôt, par lequel « tout le pa s
sera ruiné l&gt;. Frédéric-Guillaume répond en
quatre langue : « 'foui le pays era ruiné'!
Nihil kredo,abe}· das liredo, da s ,lie Ju11ke1"
ihre Aulorilale 'ie posvolam wird ruiniert
wenlen. Jch slabiliere die ou,•erainete vie
eine,i Rocher l'On .Bronce 11, c'est-à-dire :
ci J ne le crois pa , mai je crois que c'e l
l'autorité et le fiberum ?Jeta des Junkers qui
seront minés. .l'étah!i ma ouverainelé
comme rocher de bronze. i1
()uand il était de belle humour, il dcs~inaiL es ordre au lieu de les écrire. Faiigné
de recevoir des suppliques que des avocats lui
îaisaienl tenir par l'iaterl'llédiaire de ses
grands grenadiers, il avait demandé au juriscon ulte Coccéji de lui préparer un édit pour
la répres~iou de ceL abu . Coccéji lui adr·essa
un rapport, aYec Cl.!lte que tion : 11 De quelJe
peine a Majesté veul-e.lle que ce délit oit
puni? u Le roi de ine en marrre un gibet où
peod un avùcal en compagnie d"un chien.
L'édit conforme fut aussitôt rendu.
Après qu'il avait congédié les conseillers,
Frédéric-Guillaume rece,•aîL d • m.m1. t-res,
des officier , des ambassadeurs, des élranger . A dix heures préci e , il étaiL à la
parade.
A onze beures, de relm1r -au chàteau, il
travaillait avec des conseillers secrets jusqu'à
midi. qui était l'heure de la table. C"était un
bon moment que celui du &lt;liner, qui dura.il
environ d nx heures. Le menu éLait copieux.
D'abord, pour ouvrir l'appétit, la soupe, où
nageait soit un quar1ier de l'eau, oit un
poulet, soit un poisson; puis deux plat de
bœuf; deux aulres plats de viande : jambon

et da fromage. Pour la reine el le· enfants, il
y avail, à la place des gro · morceaux, qudques délicatesses. Au des ert, des fruits,
quand c'étnitla~aison. D conlilures n'étaient
servie que les jours où la famille recevait
des bôles prin •irr . Ce jours-là, la taule
allaitju.qu'au Ju.ie tles primrur.
Chaqn.e homme huvail a uouteille de vin
ordinaire, i-,uis une, deux et même !roi ·
dcmi-booleilles de vieux dn du Rhin, selon
l'humeur el l'appétit des con.vives. La d1foision
était prise l1 la pluralité de voix, que le roi
comptait. C'4! t la seule matière où il ait
jamai consulté ses sujet . Encore voulait-il
que l'on rotât bien, c'esL-à-dit·e pour beaucoup boire. Le lcmp passr à table n'était
point perdu. On plaLa11Lai\ gro , mais jamais
parole indécent- ne fut prononcée de,·ant la
reine et les mfant . Il ét.,ït rare, pourtant,
que les es;prüs ne fus enl point é.chau.J1ës. Le
roi ne se levait _presque jamrii de taLle sans
ètre un peu gris, et beaucoup trop sournnt,
toute la tablée, lareineet le enîantsexœptés,
était complètement ivre.
Après lé diner -veoail la promenade à
pied, à cheval on en ,·oilure, selon le t~ps
ou la aulé du roi; mais Frédéric-Guillaume
ne ~ promenait jamais pour le plaisir. 11
causait avec tout le monde, s'informait de
Loule cho.c.

La promenade lime, le roi travaillait ou
recevait des audiences. Le soir, il pré idail le

1'ubafc-Collegium, le collège du Tabac. Ce
o•e~t pa, lni qui a inventé cette façon delenir
a cour au milieu d'un mi:irre de fumée. Son
père, le magnifi']Ue et solennel Frédéric t••,
av,it i11auguré ces assemblées du ,oir, mai"
il les tenait dans un grand :ilon Louis XIV,
à la lumière de. bougie qui brillaient sur un
grand lu Ire ou dans des appliqno · à miroir.
Les corrrlis:m~ en pPrn14urs ·iéo-eaient, l
tor, e droit, dans de fauteuils. Au haut l.ioul
dt: la aile, le roi et la reine présidaient : la
reine bourràit la pipe du roi. Cetle pompe
était une i,nilntion de er ailles, mais aH•c
une pompe du cru, co.r l"ous ne vou rPpr~Pnlcz poinl M111• de llainlenon bourrant 1a
pipe de Loui, .XIV!
Fré&lt;léric-GuiUaume tenait on colli&gt;ge du
Tabac dans une salle nue où des siège en
bois, gro ièrem nt peinL, étaient rangés
autour d'une longue table de boi . A la pla.ce
de chaque fumeur, était une pipe en terre
d.1ns un .ltui en bois : l"étui du roi élail
sculpté avec quelques orn .. meols d'argent.
01:s corbeille contenaient le tabac, qui :tait
Je gros laliac. De la tourbe brùlait dans des
va e· de cuiue. Quand le roi s'était a is au
baul !Joul de la table, les habiLué.. du c.ollè"e
prenaienl place. Tou no iu.maicnt pa , mais
Lou devaient tenir une pipe. Ain i foi aieul le
prince de n~ sau et Secbndorff, l'amba:csadeur impérial. Celui-ci, !.:' bon courlisan, et
qui a dupé à la perfection l"honnête FrédéricGuillaumc, contrefaisait le fum&lt;"ur en ouIllanl dans sa pip . Cliacun avait devant soi
une cruche de bière et un verre. Aprè one
beure ou deux, on errait du paio, du beurre
et Ju fromage ur la grande table. ur une
ta.hic à côt6, du jambon et du ,·eau froid
éLaient a la di position des conri,•es. Quand il
y avait quelque invité de di tinction, le roi
régalait la compagnie d'une salade el d'un
poi son. 11 faisait la salade et servait le poi on, et, pend;ml ce. opéralions, il se lavait
les main quatre ou cinq fois. Ces jour -là, il
donnait du vin de Hongrie; à l'ordinaire, on
ne hmait que du petil ,·in on de la bière.
.\près aYOir bien mangé bî n bu, bien
crié, la lèlelourdesouvenletlesjamb sinœrtaines, Frédéric rentrait dans sa chambre. Il
lisait une prière et se faisait conler de histoires jusqu'à. ce que 1•int le sommeil. alureilement, il dormait mal, et le tambour
l'éveillait, oe tambour contre lequel pestaient
les enfon de Pru se, surloul quand ils
étaient malades; mais le roi anrail mieux
aimé les u lai er c:rever », comme disait sa
fille, la margrave de Baireuth, que de renoncer ù on lambom.
Tdle étail, en temps ordinaire, la journée
dt: Frédéric-Guillaume, Et c'est ain i que,
chaque jonr, en voyage ou chez lui, co ru.de
ouvrier travaillaiL sans désemparer à !a même
be ogne : il fabriquait la Pru e.
ERNEST

LAVISSE,

Madame de Brézé
Par Edmond Pl LON

Ill

D'un homme appelé Pierre
I' A pothica.ire.
Ain i qu'un mauvais nuage e dissipe à
l"approehe d'un beau et clair soleil, la gène
que la préd1c1ioo de maitre Arnoul avait apportée entre lt: époux se Ioudit, dès la vue
de leur domaine, au feu de leur amour.
.À vrai dire, le jeune Jacques de .Brézé était
franc. loyal. chevaleresque, et il aimait a
femme; pour li. le 'nécl.Jal il était fort
attaché au nouveau ména&lt;&gt;e el fondait sur
lui, aYec no ju le orgueil, l'espoir de Ja continuité attat·bé à son nom.
De retour dans ses terres et peu de jour
après les belie fêtes de Chinon, il en avait
ét:rit dan, ce sens au roi. &lt;&lt; Décidé à ne pas se
séparer de e enfant , à les garder el eolrelenir avec lui 1 11, il affirmait à nou,,.eau, à
Mes ire, à quel point il seotail pour lui le
prix d'une union i !.,elle et qui faisait de sa
Ulllison l'aUiée de la maison de France. t ce
ermenl nouveàu de Jidélité u Loys par la
gràce de Dieu roy de France o, avait répondu
fort afft&gt;ctoeu em nt el donné « à tous ses
justiciers ou à leurs lieutenant o a1•is pour
le mariage et paiement pour la dot '.
Peu de ·ema.iues après celle date el tandis
que les Brézé étaient encore occuptis de ces
lellres, la pauvre reine d'A.nglderre ~largue-rite, éloignée de son pays par l'émeute,
,·en::ul à Chinon 1;:t supphail Loui · de L"aider
de son pou,1 oir dans la guerre. Le roi donnait
alors ordre à ~1. le én&amp;h.al de « m1::ner en
Écosse les nobles et le marin normand· 3 »
et de porter à la reine l'appui de snn Jpée.
C'était là une rude el belle tàche; ~L le
Sénéchal, au moment de quitt,·r ses enfant ,
en ressentit tout 1e poiJ,- a on émoL1on ;
m~is n'est-il pas hit!u que UI.! jeunes époux
so1en1 un peu lai:;s&amp;; c•ul' pour s'aimer librement?
El, c'esl ce qu'il advint à Chatlolle et
Jacques.
La terre de I ogent-!e-Roi, où ils résidaient, .sise au bord de l'Eure, enh'e MaiOLenon et Dreux, est plus du pays char!rain que
du pays norn:and; le .\laine, l'ile cle France
el l'Oi-léanais s'y vien11enL joindre, coupés de

la seule Eure qui !orme un Irait bleu da.ns
les terre ; mais, dPjà, il
a d'âpres côtes,
des le.rres gra e~, de l'herbe vive, des rus
clair el de pomrniPr tel qu'en Normandie.
P1,ur le château de 'ngeal-11!-Roi, il~ t cc l.,àli
sur une bouteur 1Jni domioe la ville au couchant ». Le château de ~fobuag-. nr-Yi,He,
repré enté au même sièc.le, dans les T,•;,s
riches lumres de M. de Derr , ne s'élève pas,
vers un ciel plu bleu, avec pins de pi1mon ,
plu de Lourdle:$ et plu de tour ouvraµées.
La me de routes le fenèlres s'en étend sur
on large et fort bel b,,rizon; au bas des
peule~ toutes couvertes de verdure on aperçoit
le RouleLois, le ru de Néron et maints au ires
donL le courbes se joi!!Ilent toutes à l'Eure
et dessioenl uue ile entouré• de moulins. Et,
partout ce ne sont que hauts arbres, bois
épais, éloignés les un des aulres par de
&lt;louce vallées peu profondes : Boi -Chaud,
Boi de Villiers, Bois de Ruffin, de Vau.brun,
du llé.leau, pois, peu aproo le ·ours du joli
Jronron, le boi du ~lesnil el de antris,
enfin, au delà des communs de l'abbaye de
Coulomb et de la chapelle de ainte-Geneviève, enantes et le bois Thuilé. Tout cela
fort bien di"tribué alentour de Nogent, agrémenté de chênaies, pommeraies, hâtai"lll!0
raies et de pe1i1e coudretles.

JacrJUP. que l'alt ence de nn -père faisait
le ~ 1itre d domaines, employa ce beau
mois parfumé de la ro. e Oorai un des pêchers,
de pommiers, de~ poiriPrs et dr amandiers
à conduire, d'un des boui· à l'autre du pays,
sa fl"mme ~Jadame Charlotte. Dès q,ie, dans
la cour du château, par les beaux midi , les
varlet appelaienl Pl menaiPnl le:, meutes,
ellt: appa~ai~. ail, la bl'lle c.1,v;ilière, fort souple
el forl vi_ve, m.ont~nl sa ha 1mmée: pui. le
cor sonnait es onneries joyeu~e , le chevaux
imp;1I ienl hennissaient, el. nos autre escorte
qu, deux ou troi biens favori el un écuyer,
li. et Mme de Drézé parlaienl à Loule allure.
Ainsi, ils allaient ,jusqu'où pouvai,•nl les porter
leurs chevaux, parfoi~ en pleine forêt, comme
à Ramliouillet el Dreux, el, d'aurres foL,
ja~q11'à Uouen el la Seine; mai", ou.,,e.nl, ils
s'éloignaient plua avant encore; et iL 'arrêtaient, pour deux ou trois jour , dans Je
terres à eux.
Au bout de quelques semaines de ces sainei.
el bonnes courses à tra\'crs la campagne dan~
!e parfum des èv et lé priutemp heureux,
11s eurent al teint à lou te les l1mi1es de leur
ter~es. Mad~me Charlolle ,lppril ainsi qu'dle
é~atl suzerm:1e de maiols bourgs, ,·illes et
villages ; elle sut q ne, da me de Brézé elle
était encore comte e de Maul1::vrier, b~onue

cte l'Académie fr~nçal.se.

1. E. Lerih'Rr , Rr-e/lerc/1e11 1ur la pri11cipa11(f
d'A11et.
:!. Le 18 mai t46'l.
5. Miciw.61' : JloyM .ige.

Mo~steur L_ouis XI ara ni rt:tirè son l!onnd, l'avait placé (&gt;rès Jt lul. et, deva11t les imagt:s stultmmt ,011sut:s
4un fil 011 t laftnt 1'1sf~les M on,sieur a/111 .lfarfü, dt Torirs . MonMeur SaWI ,lllchtl, J.liidame la V!tr e t l
Madamt alnlt Calh~ tnt dt F itrbots, il faisait oraiso,1• (Page ~J.)
g

... 3i7 ...

�...

_______________

1f1ST0'/{1Jl
lon de cum •lot tout pa.s&lt;:, d ùrai&lt;' ràpre·
de faun) l de Bec-Cre~piu. d me J'.\nl· , , u..Je1aot du d1àt,•a11. Cl rien n'était 11lw
cl rnitTé d'un hicoquet a~ cz laid, &lt;·e Pil•rre
ame11e
el
plu·
plnisant
qo•·
celle
rie.
ll'aulanl
!\o:; •nt-le-1\oi, ~l1111t-Chaa1•t•t el an. i J,1 nn;val
&lt;tue de nnbl l'i bau · ,i ite, é~apient 1111- l'.\p11thicaire in-ait lori mau\·ai · genre. li
prè,; de lkinnirr•· • Et. comme I plup:1rt J,
inl,lail, 1 1, rofüid :rer un peu atlenth·e\' •nt 'osenl d leur Vl'IIII ; parf,,i 01,'m•·. il
t •rr~ , fief et r.bfi1eau1 ,ltl •llt'. •·h:lh•llenil'
mr.nt.
qll • l);m icr, 1'1•ur. falt'-Uouch , ,aavai1•nl 1't{o dnnn1;, par nn p• r1• 1,· rm Ch:irlc~. en ét il J~ i prin i/•r r1ue tout I ch:lk:rn
ric , Em·io el bien ù'anln!' pt&gt;r,unna"e. du
en
r
tcnti,
·:iil,
11ue
le
cui~in1•
n'{-taienl
p.1
à 1. le "éné b 1 Je Norm nùw, il lui t!fTIRo111.fü1 de la Rose eu nl pri · corp: en cet
a ez haut,·, pour l • hrnd\e~, li· 1icurie p;i
Llail qu· •lie [ùt dooblemcnl l!hN cil,.
être
hili u • louche et ba , ram, é on ne " il
, • . 1. i:ranJc• pour lt!~ pall'froi , lt! ·hamlir
Ain,i elle all11it contente. par Ir roUll'
où p, r J• coml • et dont l'ori:tine était au ~ i
pa.
:i,:
•z
lnrne.
pour
I
•
nombre
dt!
hôl
,.
nombr •u:,1•,, le front empo11rpr1: - ou. on
Une [oi t~ fui \I. Ill duc J Berr ·, fr'r • inq11iétan1 l{UP le \:bnge. E·pion nu er\'ÎCC
J)l!lil escoflion - ile joie •l de ·:im~. l1 vi.agc
,le \I&lt;• ieur, de Buurgngm•, on lli,nit. de lui.
fou &gt;llé Ùll \Clll ÙE'' plain ' d,m: nn
l'l du roi el l'onr.hi ,le . l:nbrue Charlott . le1p1d
qm• tou&lt;. I • métier. lui 1t ifnt bon inais
ul 1111 in. t. nl I • ouvern ment de •·ormau"· i top d'amazone. Et, parce que wn jeune
qu'il restait volonti r~ alt:ich: lidèlcmenl à
dil',
11ui
vint
vi,itt:'r
on
élll:Chal.
El,
une
1\pon,: el mailr"', toul •l,l11ui d1!1 nt lie,
t:eu rhe,, 11ui 1 mr.11, ienl e~ ma1lr · : enfin,
admirait . on auJace, a. oni,le,
l L&lt;-autt'.•, aulr foi·. c • fut encore plu ru 0 uitic1ue, t 1r
tant par n s:ivoir curieut, .. . t11lcot · di.spail ·cmblair, en ruème temp' 11uc de _, bi n · ce fut la reine ellc-m me 11ui. nou dil Ch ~- rate. qu . a mine d,élive l ~on il ru.\, il
tellain,
\'ifll
â
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rekr
·r
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cmc
till
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O~i&gt;nt•l domain · , elle pnt pos.. ~ion de lui l
lc-Ro u. El, nmmc Madame Ch:irlolll'l '.\tait nvait tout l • ton d'un équhoqu drôlt•.
ga"nâl ·011 Cll:!Ur.
\I. de b, r lais p. rli, ce Pi •rre l'.\potùiJe ,on I ôt: r le, :,.• dans re lcmpvl. '. 1l'un
Or, depui, plu de 1:enl ann ••-et à eau
cair
• emplo :i tant d ouple.• c et dl111milité
jeun fit , il
•ut, nlrn le helb-~1i'ur ,
J,•~ u~laih il n' avait p.1 t'U de (l · • 11111
au rnc de \t, d Urézi&gt;, il lui rut ~i fid-.1 ,
110
joli
émul
tioo
de
,·ad
•aux,
de
confira,·a,.é, •tilt' · coin du l\ourooi:, du \'eun.
soi,.ua i bien le. ehiens, ·'aci1uitta lcll •1fü!llt
dll 'fhimcrai • cofülamml'OL pri., perdu el deuc' , «l'amitié Ill J • temlre,:c.
1in,i loul, nuiour ,k Hréé, était propk ', à 01 •neill de:- mi,sion. l e montr. , i docl
repri par l.:s un: et 11~ aulr . )1. cl \lru, de
en tous .. ,•crcL de 1·,:11 ri· cl d • cba~ ·e ,111 ce
Br '•L ~. au oour d, leur chcvauch,ic._, avait!lll tout ourinil, tout :tait heureux 1
jeune , Î"O ur en élnil tnpéfoil el reconnaisl,1i.,
rniri
1111 • !11 ~t1r111:indit&gt; chan;.;1•:i Je
t u h ~ à plw d'un d 'S cruels te,ti" · de ce
·aol. Il
I'· U; cha par l uitc étroiLcmenl
•ucrr ~. P rlui, il fai aient de pénilile rt:n- maitre el 11u'à la uilc de· traités, le ouver- et i, parfoi ', \lndan1t' Chorlolle lui en témoicontr,,., comme de oldat · mutilé 1111i avai nt nem ·nt de la prmim·1~ pas:a à M. d Charolai .
nait Jour ment a repu nan , il r :pond ail
bappê au m. cre d
rni~oo ·l de L• jeune comle n\:tail pa · encor~. don ce
n riant et la m0t.1u:inl d'amour, llu'il n' L
temp
-1~.
le
farou1h1.
Wm
'raire
mni
,
déj',
[emmc~ •n deuil q111 pl •11raie11t d mort ;
c'était unàulr bomm q11 · \lon:ieur Loui. Xl t hon rha ,,·nr qui n'ait bon chien d". rr ·l.
une foi., il- nr nt nn ,itil ar h,·r à qui le
Or, Pierr l".\polhic..,ir• était au l'h.He:m de
homnw du duc de llt&gt;dfurt avaient cr •,·é le· Fa. tucux, \'iolcnt cl dur, il allait toujour
, '.,g.,nl en I iti~,. qui ·t l' nnr:e de lo cometc
v
111.
r.orume
pour
un
fèle,
sur
che\·ul
de
· u aP · d ~ llèrhe el •!UÎ l'l·rail en m •11•
et l'une Je pl1.1 domma;;eahl,· el de plu
want, meoi! par un chien; il en connurcnt parnJe l.ll l'épé · au poing· ·t c'ét:iit un guer- pénibl au roiaume 11ui fol 011 ru u monde.
un autre 11ui '·tait J1•\"enu fou eau qu'il rier Ire' forl l'i un lr' · hel homme, mai·, la On ail que c'e:t œllt! ann 1 •-la •111'eut liPu le
a\'ail porté uu fo,.ol au bûcher Je la Pucelle; nuit et le jnor. tourmenté d'amliirion l qui
rand comhal de Mont-l •-llér qni mit pour
il virent .3\l i un pamr• moine augmlin à ~ •mlilait loujour. m. rch ·r 11 l':i -~aol •t ii la la prcmkr • foi. nu pri 8!', en b· L.i ille rao ,.;,e,
conquèle. L'on n • . it aujnurd'hni Pocoro ~i
l{UÎ frèr' \~ambarl •l Martin l'AdvenuaYai ut
le roi Loui el I. de Ch· rol:ii.;. F:t ,t le '·n~lait tou ber un pan du manteau d • Je:inue c· l par m~' ou terr~ur 110 • on cou in cbal, rc1· •nu d~ o,;011 Éci1,.·e, prit p:irl, 1.
Loui
lui
liHa
le
••011tcrnemenl
J,i
i orm.111cf\~ el r1ui, d,)pui, re l mp .• guéri ail el
lèl• J'u11 ho l de c.1rnleri • à l'action du tÙll:
fai til de, miracle,. f'.irloul il' J1:r.()uvrai •nt di •· mais, œ 1111r. hastellain a~t-ur , dafü
du
roi. ('.(&gt;la demil lui lrè fatal cl - Jit m1 ·· ,'•p&lt;1u,·11n · lites ouv nir- de lo ••11r.rre; r~ ChrM1Î1J1-'e J,.. \I • . icur, cl• Dour O!!nl', c't· l minc5 il Lornh1 au premi •r ran • d la
que
le
ro111t1·
tle
Claarolni.,
,1l;111t
rt·ndu
uait J •. Lao ·r«K'he cl d~s paral}liqu' ·
mort de. brave. ». , Pierr' l'.\pothicaire
gr.
ceau
roi,
1•n
a
print
con°ié
el
.
1:
mi~l
nu
qui ,e train.il ·nl Lout clod1anl au porte.
etait, dit--011, a, 'C lui en celle rencontre et
d •· cil·,, t au. ,.j de:i lépreux qui m•·ndioienl r tour ver ,-on iwre, car jà l luit pr de l'anil (IOUl- é au (ronl du baL'lille. l' l lui
·o •1. '-i pa a par ·o&lt;renl-lt.--lloi, b mai·on
leur pain en ~ccou.. ul un di11u •I d · l,oi~ dur.
11ui r vint, de premiers, apporter à • onenllfadarue Charlollc ne l nait pa~ d .oil p~rc. d • \h•. ire Pierre de Brézé .... » L,, l'on k--Roi la uouvrlle de la mort du ,aen rt
ferlo. ad l'on 'pjouil ainsi 11u'il l atcouel d: sa mt·r • 1p1e charme cl heMI•;, mni
~aillant ••urrricr; Ju plu · loin 11u'il ,,il MaL,ien d'autr s ngnt.1Lle, \Crlu • Pitoyahle aux lum; enlr, Je· princes. Cria Cut d'aulnut daml! Cbarlotll', il ·ourul 1i Il ; el, de cetl
mil'u
qu"
~l.
Je
Cbarolai!&lt;
partnil
amilili
à
ciladiw l'i au rfr,,,n., ell élail au i aumom1. de l\r Izé; mai·. l'elle , mitié, aio i que voix d llatleri · el de ca.utèle à lac1uelle il
ni ire au pau vrc: el aux paran fra11pt1
mêlait comme un acccut de ecr'•te joie:
durement d" cou~. el d'impôt . u,si éL-iit- 1nu· lt•5 aulrt! ... cnliments &lt;lu lloul'!'lti••oon,
- ~1.,Jamr., lui dit-il. ,ou~ èl
·ém:cll htioie J1 , uu cl d • aulre ; el les bolw- n'allait pa ans omlira"e L'I feinte; cl, aut
rh.,llc ....
l
roi
!.oui·,
il
n'y
a"ail
pa:
dl!
.
♦'igneur
plu.
rcau •t ~lit nolile:, 11ui . îaicnl .oulîert de
1 " ce moment, ell' en eut b,,rreur !
tant d, rnau r '.péub , u ·,i 0-,péraient en mJliant •1ue le Cnarol, b. Au . i, étail-r • ·a
cllt!. li Ji nic11l : - , ,· ur d~ roi. die coutume d plai.:.. r, en ra~':On de c.1d ·au l'l
1l
p:u·lera pour uuu~ à . on fr\re d ire. » EL 1:omme Lémoigna"c Je confi nce. partout où
son ~pou1, heur u de talll Je ~impl ·~. l'l il pn ·•ait, d :ortt- d'homme. · lui comme
D'un écuyer nommé Pierre
\.1illaur&lt;', di-ail tlt! son ri\lé : - u P;ir ainl Ùt! :~nileor,. e. h rnmc e. pionnai •ni •l
de Lavergne.
Jacque. ! '1nnm,1 1. Louis il' Fr.mrc 1:.,..l le lui undaict1I comph•; cl, pourtant, ils cmblaieot
là
pour
:iid~r
11
:t
hôt
....
roi ch •z lui, l;1Jaruc Cil. rlol • ,. l la r •im:
Il Ddvint, 11 p,,u de temp. d11 l.i, qu11 )Ion~I. ùc Charolais, comurn comte hérilit•r ile
chci ,nni. 11
.
ieur
Lnui
1, échapµti un moment au1
hi - il ui-ail œl. ,an t'll\Î' ., 3.lt!t' amour. llourgo"'ne. allait c•ntouré d~ maints hommc:- ennui dt!- gu ·rrc , J~cid;1 de pou ·,,•r UII
preu
et de rbevalil'r,, maL, c1t n'.:'l J•:I un
Et les ,ionr:. qu'il ne cl1tm111cbai .nl pa ,
,·u,ite !1 l\oUt'n et d, v oir 'ébauJir cl chas u
il~ re,lai,·ul ton: Jeux
~n., ut, lui li,-ant &lt;le c•'.U. -là donl il fil homma au fil· &lt;lu un peu au miliru de .t' fé.,ux ujet.;. le. ~ordan k livre· Je vénerie c1u'il :1ail l'nclin 1t Sén 'dml. ',.fui cp1'1l ,lé! i •rui, pour ètre mauJ ·. On pèn. liie11 11uc ~on idé ··tait d ·
ooouailr,·, l'ile filaul nu lourcl Olt'C · ,, ebam- .illilrh: à :. ·0°rnl-lc-l\ui , fut ,me -pllCC pa · cr par . 'o ent-le-1\oi d'autant que lo reiue
d'homme du commua, nppelé Pil·rre )',\~
hri~r .
1hi •.iir.. , 1p1i ;lait un peu .crihc-, un p u :a fomme ) . v it fail . cou ·h . 11u'il •n
(1 y cul d'autre- Pte . jeu, J · la clw .. e
:J\'ait nardé un . ot1Hnir ol.iliAé cl IJ.Ue, paret dt• lt1 pècb.L! au fonJ J,,,_ l~•i el pr' du mt'.,Jecio cl un 1,cu n:ncur. \'èlu d'un boc111r- de . us tout, il M·:til le Je- cin dè re,·oir au
1. En 1167&gt;.
lleme, pui de p til c. rnmsels et tournoi
0

,ir

~

3;8

►

plu~ tùl, ~a &lt;&lt; trè· chèrl' d tr\· arlll:e ~œur
na tu r,,ft,, •.
•''·' . ir1• ~rri_,u ~?ne un !,eau ma Liu, c11 pelil
é1JUtp.1"e ain. 1 111111 avait coutnrn1•, baliillé an
plu rnnl, ~on ,ieul m:inlcl cl• ro ,·air pi•udaut ~ur ,t! housea1u, el en n1aa,·ai~ lmnoct
tout LorM d'ima"e .
patcruitre au cou. à
caL.fourthon ur ~a jument ri. e tout tinlru~tc d.'• oun illr,, il allnil, i.:heH111chanl dt•
UIII •oi~. l'air ren,if, l'œil r ;, 'Ur •t, ,Oil D '-Z
de renarrl. tout allon"é de,·a11L lui, flairant
alentour
cun1me en ,,u l""" d....... ch~..~.· t.
, ,,• ... a
..
· Ull " P ' aient. à l'ambfo cl ur dt: vicilk
m?lcs. d •·. coi~lid nt' &lt;lu
manière au•. j
m!uablei; d ba.ù1L • mailr. Lop Tindo, . rtéLa1i:c d_ ~ finance, • Collin Coll,., ommelier de
fru1 tcr1e••,p~i c':t:iit Ili pour la ltollrht•, et l'thêque
O.,luc. qui cta1L là pour le prièr~. Le barbier
du_ ro, • m~ilr O!ili •r le Daim, •tui commenç.,il de · •~po cr,.' _-on maître p r maints
HlCr~t cr~·IC'l•-, n •uul pas dr. moindr . ; il
~allait con tdér • nu i un médecin el uri ronh: · ur, d écu ·er et de 111lend ot 11,
vafell J chi ·11~ el I valets il'oi ~r 1
-~'citait là, a1anç; nl à pclilè ail~ , au
mil, u de la campagne, un œrt~,.,e io ulier
el a . z nouveau• d'autaul que d:u . ou Lroi.
~nl.~ Jan ~, qu ·lqu • coulenin cl un ro
J nr~el':l avec ~I. d • elun comme capitaine
d_~onn~rot un ' trnportancc uo peu plu. guerm ~ a, .u~ P tite troupe. Comme llousicur
Lom. \1 •lait forL dévot, d1attemile l confit
en croyan~, plu ·ieur. rrr.1nd. Lh :iu, moine
et d mo101Hon portaient, au milieu d
arch ·r,., d chti e, a,·ee d' o~ de ..
I . . l ,• ,
ain .
a!,• ce a n ·lait p rout; el il Faut ajouter
qn au del. ?cr. nohl' d, bnn, francs-ard1ers,
franc, -t:iup~n.' 111&gt; et autr • qui fi•rmaieol
fa mar 11 'tl y avait, m •né s P· r le pi11ueur
c~ le • " n de lomelerie, rn un "rand Lruit
d ab~1 cl de Ion •- jitpp ·men L c1 uî mon laien 1
au et 1, d , meult! • dt! m ·ulè.:i el ,ncor •
des_ meut_ ;_ car chien-., cbienau; • chi nnots
et l1'.·e . u'.va..1enl partout l'armée; el . J n,i ·ur
Lom. Xl etail le roi de. chi n .
Parmi cc mcute...-lâ, trottant entre Mugu •t, le 1:\rÎer de fc_ 'Îrc, el Mam)e el , linoone. 1 t1 il lt.ivrièr , il y a1ail, pointant du ~1u eau loul à fait;\ la façon de son
royal maitre,. uo ~innulier chien, hir.ulc Cl
,elu. le ore1ll
dre, ,: ' ·l le )'eut hrilla11t,, t~•uu, ain. i ~uc l,• trois autres, nu
nto)!•l dune belle b1.. d. cuir par un jeun
•c11t1lhomm' d cha~• ·e~. . El
, Ic ch.ien an.
ni•rc11t d ·, marque· ri • puliiii1 uo el mulu •lie
i:_rande den_l'-, atn longue,; paU, ' au ) ux t odre., c.
i'.f: . a11 _orc1ll1:s dre.. éc~ •f nu nez fouinard
En.uite, il r.ut grand fc tin , ettllation,,
apr. ·!.ut Je chien . ouillarl: on t:..·uJer ;tail pr?menad . , as.nuls d'arme,, chas , et, le
\L Ptl!rr • d • L· ,cr , 11 ••
otr de • b •au jour. une ,eillt:e dc,aot l'âlr?
l~u,., c• ,g-cn_ -là, chic•ns, moinl' • .oldat • a, · le roi ph ·é rn Lrc sa . œur el le nouvca,;
l,ar.1,,,er, Ill ·J1·c111, . uivant.' •rnnt. et roi .. 'n 'ch l. au anili,·u d · bote,, d • chien et
arr1wrcu1, lfUI à pi ·d, r1ui à l\unble, au- de· t.~·uyer . Et, comn11• la t.'hn. e, à travers
J vaut, tic .~o.. •ol el pa•. ~rPnt l'Enr ur un lC' lioi ~l fourre· :_'ll&gt;oit•ux, a,ail été a:. ez
pont decorc, Là U. de Ur&amp;,: rt fada me C.har- ch:111de, les fruyer loml,:iicnl 1i moitié Je
lollt attcndilient 'IU m:11·eu d l•·ur en:; et,
orurnt:if et h·, chien. t~illla.ienl en ounaul
i1u:111d al~ rn•tml .\fe ire ils allèr nl l'O liàle de randc u ut · el en ~Lira nt leur pal tes
7
a11-dc,·n11t &lt;l lui. Jan lïn I t •·1I
.
fnrL le l • ,
'
n qu
lltaa au Ji·u \11._ \fon.1eur Low de franr • pour
·. tmcnt clll -~ mouture el l! couhil à . o pn~t, a. L en un grand faut.iuil, :ivait posé
·
1&lt;!!. 11ra ·• le reçurent·
' et
lall'rr,•. ' 11• 0 ~\·ri!l'nt
' p1eru ur un c rrl.'au ùe laine· lt! lthri r
. ' ,1, , él re1g111rent, se 1,ai ~r n l et _e donrn••uel 01rut. appu)~ 3 lêtc . ur J, ,,. "l'noux
•

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'

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M ADAJJŒ

DE

B ,,0 izt

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....

mai!!l"c, dt! :on maitr ; \brD1e I li nnnne
'étaient nllon ée.~ auprè,; · mai~ Il) chien
u1ll.tr1. lt do à la ch ·win :•. et le poil rou i
pa~ 1, fou: au •ndilit patiemment que 1,i roi
da1g11al lui parler c.ir un roi el un ,·hi 11
ccln e c.,u~c cl 't!otrutiunl n ez d. ru.e. et
de tours de cha,. t&gt;; et. ip1:rnd le roi t Loui
l'l le cbi •n est ouillarl, lou den . se compr ·oneot par mob l !!ro•wemenls.
1. roi, qui aim:iil CP. · bêt '"• commen :iit
de grand él "·- du caractè.r de c animaux .
L &lt;!c Br~~ •. _i docte en nin •rir, lui foi,ail t~
répllq~1c; ils citèrent:. parr_ni I • ex~mple le
plu. _etonnant· de 1 111tcllttt nce J .. fhien.
cc rb1en de \fonlar.. i: qui omit \ en ,: i cour a:
"eu,emen( .on maitre el &lt;jUÏ . 'était hallu en

�fflSTO~l.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
duel avec un bommi&gt;, enfin ce chien de Niort
dont le po sesi eur a,·ail élé tué par les An•l:ù · et qui ne pul p,1~ i-ur1ine il 110 pareil
menrrre. Pour laJam Charlollt', ~ui a',,fl L
pas été de sa famille .;i elle n'eùL aimé le_
chien , elle r, pporta plusieur Ira.ils touchant· &lt;le petit rlohin 11ui ÎUL chien de sa
mère. lladamu de Beaulé. ~luauct. le ~rand
lévrier, lia mye et lignonue élaif'Ol nppar~mment fort ati fait d1•s lou:mge donné•~ à
leur e pèce; il en exprimaient par itrognements de la gorue Pl frélillement de la queue
tout leur contentement. Les discours ur
bète et gens ùe cba e eu «ent pu continuer
aimi fort a1·:mt si le chien onillarl n'y ùL
mi· fiu bru qu ment par un nrand ·oup de
gueule fort long Pl impromptu. Pierre l' ,\poLhicaire, qui a,•ail à parler à f. de Br~lé,
s'a\:lnçaiL n efiet Je L,onnel à la main et si
révérencieux que • on n z el sa tète allai~nt
en :1vant &lt;le lui en altitude humilie; mai
landii que le nez et le chef du ire incli11aient
de,·ant le ' nécbal, le ba de on dos Yenait louch r le museau du chien ouillart;
et, c'e L alor· que Je chien eut une grande
idée; il ouvrit hl gut'ule, jappa un coup onore et planla e dent dans le derrière du
drôle.
Il 'en uivit un ~rand lumulte au cour
duquel Pi1 rre l'Apotbicaire s'enfuit en hurlant el grauant se cbau.se ; ,ans M. cle
La'&gt;ergne, qui le lt&gt;nail rudement, le ehi •n
elll bondi el mordu plus cru llemenl encore
le confident de M. le énécbal; mai , mailre
Lays Tindo, ccrétaire des finauce. , CoUin
Colle, ommelin de fruiterie, Baluo qui était
évêque et Olivier barLier, enfin \1. de fp}un.
e rau · ai nl de l'aventure dont Madame
Charlotte était fort conlente. Pour .1. de
Brézé, fai ·ant conlre male fortune bon cœur,
il s'elforçait aus.i à rire. Mai· le pins plai ·ant
de tous était )lonsi.eur Loui Xl; on petit
œil pétillanl scintillail, ses joue glabr
e
plissaient, ·e. longues dent · ·e Iai.aienl voir
dao sa bouche ouver1e et un rire intérieur,
Iort sec el fort irnmlier, aritail son èlre el
secouait os l1onscau1 a cape de gro ,·air,
a mauvaise palt.'nùtre et ju 1p1'à on bonneL
où de vicille· images étaient cou ues d'un Jil.
Cela dura un bon moment, pui , quand ce
fut fini, on le vil lplÎ ·e tournait ver Jacques
de Brézé et _finement di ait, en moulrant
ouillart :
- Pàques-Dieu ! mon cousin, voilà un ùon
chien; il sent le Bourguignon partout où il
en e t.
Et, omme Monsieur dti Ilréz.é élev11it ur
on m(lilro el sire un regard lou t inquiet, il
demeura glacé de voir que le roi, qui oudain
ne riait plu , le cousidérail d'un œil crulateur el as ez mau,ai . Gar blon ·ieur Loui: XC,
&lt;[UÏ avait du rat el du renard en lui, a,·ait
au si du ch.al; sous sa palle de velours il
cachait des gri[e ; ce. griffes se moulraienl,
ou e dis imulaient, sous le gants de louveteau, à chaque foi que &amp;les~ire fai ail un
compliment ou jetait un sarca me. EL personne
n'était plu eau tiqu que )uj dan ces ca -là!
llais, voici où on ~prit, qui devenait plus
1

mordant à lui Pul que lou · le cro uni. du
bon chieu ouillart, e lit voir impfacable :
- Mon cou in, à f. quin d, Bourrro 011e, il
faut bon chien de France l Je vous donne
mon chien , ouillarL; preucz-le.
)[on ieur dr Brézé était inquiet et confu ;
mai le roi .onriait, ~laùame Charlotlt&gt; ~ouriail; il ,·enaîl de tous ceux qoi étaient là de
flatteur. murmuru ; li. le "tlnéchal n'eut
CfU 'à 'incliner.
Le chien ouillarl ahoya encore.
- Avec Mu!!llet, lfam· ·e et Mi •nonne, j'ai
a , ez, dit Pncore le roi, mai mailre 'ouillarl a un écuyer; el je ,•ou· donne aus i
l'écuyer.
Alor Madame Charlotte ll res mots de rnn
frère, leva on heau el tendre regard; cl elle
·aperçut, pour la première foi,, qn'auprè
du bon chien et la main po~ée 1.h,11,:
1ouîf de poil il y avait and ,moi~eau jeune et
gram, en habit d'archer, la loque indinée au
frout, un petit e padoo à sa ceinture et qui
bai~ ail la l~te. pampre de plai ir el de confusion. C'était ~I. de La,ergnc.
)(ai, il foll il que cbacun ftt œqu'étaient
le clüen ouillart t•l ~on écu ycr. e · t ce que
Mon. icur Lom XI e propo ait d'apprendre
à ceux qui étaient là. ll dit qoe l'écuyer, qui
était de bonne mine et fort ent ndu aux: (·ba es, lui a11ail été amt'né par M. de De ·andun,
énéc:hal de . aintonge, et qu'en m~me lemp·
œ 'néchal lui aîait apporté le cluen Souillart.
lie ire Jacques du Fouilloux, gentilhomme
poitevin qui dédia plus tard, au roi Charles IX,
w1 grand li1·re de Vènerie, n'hésite point, tant
le nom de , ouilJart prit de réputation par la
suite, à placer cc dernier, au chapitre des
meute , ent,:e Dasl(lte, le limi&amp; de Loui
l,
et llelay, le chien noir de Louis Il. « Conn:1i ant bien que le roi ne lai ait pas grand
compte de 'ouillarL, parce qu'il n'aimait que
les chiens crrL, ,1. ùe Besandun le lui redemanda pOltr raire pré·ent à la plu aue da111e
de on royaume; mais le roi, ajoute du Fouilloux. ayant demandé qui était celle &lt;lame :
c'est, dit le Sénéchal, Madame Anne de Bourhon votre fille. » &lt;&lt; Je vou reprend ·, dit 1,
roi, sur ce point de l'avoir nommée la plus
sn"e, mai dites moin folle que 1 autres,
car de femme ~age iJ n'y a poinl au monde. 11
r, dans ce temps-là. )ladame de Bourbon
n'était encore que lilleLLe et t-lle étail à Chinon
arec Madame la Reine. JI n'y a donc pa apparenre que le \Coeur du roi Charles ait dil
vrai, bien que, par la uite, Madame de
Oouruon devint comme on père 11raode cha~ser~se de,·anl Dieu et q11e la lice nommée
Ilaude fùl envoyée par elle, à Monsieur de
Brézé, ourle chien ' uillarl.
Nou verron même comme quoi cela peupla fort le chenils Je 1. ogenl-le-Roi pui 4ue
Ilaude eL ouillart eurent de quinze à rio1tl
enfants tous adroits, savaulS, de lion flair,
de beau poil et de dent lon1,,ue '.
Ces joyeux dllvi , tant de cbien ()Ue de
1. Voir: u P901u.011x, son li~re do l'é11ui~; 11,110:t

c·

Jtnô.11~ Pmuu. : le liure rle la citasse du 9ra11d Se-

11e chCll &lt;le 'om1a11Jye el le, dit; du /1011 chie,,
$1)uillarl, qui fut au J'(!Y Loy, de Franct, 01,;ieime

... 38o ..,.

per. onnc~, prolonl!,èreol forl avant la . oirét•;
lo barbier cL l'é1·è,1ue, maitres Collin Colle,
de Melun, Loys Tindo, le. l&gt;c,uyrr:. de meute
el ccu de. oi eanx, comm •11i;ai1•11L d~ d,irmir
avec irrtil'érence. Le 1•arlet ' fur1•11t donc qnérirle llambcauxell'on ·'alla touch r, qui ùn
coté de · ,·bien , qui du cù1é des ~en : mais
~ton iPur Loui XI, ayant reliré on bonnet,
l'amit placé pr~ de lui, el, deHIII les ima re
.eulemcnl cousues d'un fil oi1 etaitinl vi iLle
~lon.icur aint )lartin de î 01u"', 1011, icur
Saint Michel, )fodame la \ïerµ et l!.,dame
ainte Cal herine do Fier Loi • il fa 1. ait orai,on.
Le Larbier, le médecin el l'éH:q11e, fort hypocritement, la faisaient à ~e , 01.:,; et l'ou e1H
Jit 4ue ,1u, ucL, Mamye, ~liimonne el lt! chien
ouilla ri, a, i ur le derrière cl lrè · auentiî·, à chaque foi qur 'le ,ire tou ·hait uu
"rain de sa patenôtre, omraieul ile làr&lt;re ·
gucul · cl disaient Am •11.
L · lenJemain, dè · l'aube&gt;, il y i-ut un Lranle-lias de Loule la troupe. :1ppl'I de soldai·.
aboi:.- de meute , cri di! varh:L t: l Je ·
écuyer-; et pni: l corlège .-e forma avçc le
roi en lèle précédé de J:m~ ; i:l le barbier·
le médecin, l'érêque, le .0111mehcr de
fruiterie étaient là; il y awiil Ir moitlt'S avec
le. os de saints; enfin le. archers, cou! vrinier avec leur coull!uinrs, cranequinil'ri-,
ui ses el noble .
la droiw el à la gauche du roi, sur lt.!ur · chevaux ùe cbas~e,
avaient pri place \lonsieur cl füdame de
Brézé. Pierre l'Apothicair allait à dtslance
de ,on m.1ilre sur un gri. on de campa, ne el
~I. de Laveq;ne, fort allègtemenl, l'c,padon
au &lt;·olé, uivait en tenant le chien ouillarl
par la !ni se. Muguet, llamye l ~li.,ooune jappa.ienL autour du roi; L des hosls de vaollt&gt;aux, des régiments de caille et des petites
compagnie de perdrix ·e lernienl de champ
à me ' ur~ (Ju'a,·ançait celle uite étrange el
milit.aire; mais le · arbalétrier~ lenai ut leur
arbalètt. dan- le· carquoi ; le fauc,,n ain ·i
que I autours étaient coiffé· du clmpero 1
au poing d veneurs, et les lapereaux, ans
t:rai11te , au seuil des terrier pouvait&gt;11L, eu
coulanl un œil ou pointant du mu eau audes u de herbe , uivre, à tra1 l•rs. l genêt·
el les auhepine , le déploiem nt, en un choc
d'armure , de l'er de che,·aux, de ùolle ,
arcs et lances, de cet in otite et brulant corl \gc.
Ain -i l'on chevaucha et chemina pendt1ul
un jour 011 deux ; on fut fèté à Dnmx ; on
lut fèté à É,Tcux où l'évêque Balue re\Îl on
évêché et où lloosieur Luuis · 1 honora le~
~ainl ·; l'on vil Louvier~, Pont-de•l'Arche, on
pas a la eiue; puis il y eut une très olcnuelle el trè triomphale en•rée de .\k1:,ire 1::l
de lloo~ieur et de M:àdame de Brézé à Rouen.
Etc'e l làqucce fut beau!
Ale~ieur· le· échevin, }ndics, bailli et
con eille1s Lou en bell
ronelles neuves.
urcot ' riche,;, au musses el ltoquelou brodés.
allendait&gt;nl ous un dru aux portes de la
ville. Quand maitre Jean Troteluu el ll·an
de ce 110111 (Paris, 18:18). lAI li1•1·,- de lo cha,&amp;e cl les
Dil~ du /Jo11 chie:t1, œu•rcs origîualca el rimees de
Jal'IJU,es d~ _llrézé lui-mêm , fu~ent imprimés pour .1•
prrmulre 101 ,·ers 1491, 11ar Pierre Caron cle l'ons
1

'-----------------------------------Trompette les liérauls ropu. parurent. face
li l ïle Lacroix, à Ia porte Gui llan me, et sonnèrent !i :rro, es joues dan leur clairons de
cuivr&lt;', on ~il o ciller Je helle · bannière &lt;les
miliCf&gt;_ roaennai. oit le lion el le léopard
ODL brodé· en or; IPs bom liarde crachèrent
l1!nr dérhor~e de poudre; la cloche RouveJ,
l:i Cache Ilibaud et la Cloche d'araenl tintèrcnr dan lt• rour- et clochers, au-d u d
, aint-Ouen de , ~int-Maclou, de aint-Vhien,
tle ' airrl-Laurenl &lt;'t de la cathédrale. Pui~ l'on
\'Ît qut&gt; lt' · écbe1'Îns, syndics, maitre et
qnarteni .. r , vêtu d~ robe mi-partie rouges
et mi-parti • noir ·, a..-anç.ai at en députation;
le un, porlai1 nt 1· ~lmbolique · clef de la
ville en un beau plnt &lt;l'or et les autre , en
dive~ plats d":rr.,ent, un pot d'arrrenl plein
de vin. un g~lreau de pàte liien cuil. le pain
et le 1•1.
- l'àr1ue - ieu I mes ami -; je vou aime;
j"aime m,rn R,m.•n, ma belle el gran~e "ille !
Et en nom 01e,1 je ui vôtre! 'écria 1 1·oi
Loui • à 1·oix rlairf' et hante. En mêmi, lemp ,
il s011ri •il aux édte1in., aux . 11dic: , aux
t)U3rll'llln l'i maitre . Tou 't:iient là, rtra
et humble·, rouae• et fort bien fourri: ;
c'étaient J" marchands. Loui était bien
conlenl d,i Ir voir; car tout ce qui «!Lait
pelil, r11~é. ladre et menu comme lui avail
on amour. Ensuite, comme on lui offrait le
vin. il le rL&gt;pous a et dit, toujour • coquet el
·011rianl, aux drapiers es compère :
Pà11ue~-Oieu, me · ami , cc ,,in n'e t
point 1ù1re; c·., t votre cidre quej veux!
Il y eu a1·ait là; et, dennt le échevin
flatltl ·• il en but un pichet cl claqua de la
langue. Aprè quoi il prtl les clef. au i el.
le pré~en1.aat ù \I on ieur de Brézé, qu'il 1·enail i11 1,11lcr aux lieu et place de son père, il
les lui r,•m11 en pré ·ent, l'accola de monture
à monlur ' ; el il dit, de façon à re que Lous
ren~n.li,-sent :
- )Ion ieur le !!rand ,_éDécbal, je vou
fois ta111tai11ed.. 11ouen el capitaine d~ Munie ,
je vou · fai. capitaine de Meulan.
Le march111d~ et vilain ôlèrt:nl leur Lon•
net ; le p~uple aoclacna, et les nobles. Tous
criaient : - o Vivent le roi el Mon ieur le
~\;néchal ! 11 Kt, comme le chien
uillart
,~t~it du corLè•re ainsi que le ch ien fugue!, cl
MF,aonne rl \la mye, malgré )1. de Laver~rne. ils
pou 'èren l h,s ~yndic , happèrent la Lelle !!alellc .Je }I •!. Îlmrs de Houco et commencèrent
as ez iroulument de la croquer entrtl eux; ce
d11nl 'ébaudirent fort gait-ment le roi, 31 ·ire Ja.cttues f!t ladame Lharlotte. )lai!-, pour
celle-ci, lrs dames étaient ,·enue' à lie, offrant iles hijou1, dt- Oeur et de 1, •ll1•s iltoffe~
· 1mm1• pr6 ·,,ull;; le marchande avail•ntsuivi,
:tppor1:111l pnur la 'ént'cliàlle, en de riche.
mJ1111c ornée·, du lin"e de fin lin, uimpes,
·•orgori-tt,.,, chemise brodée pour soulas.
cotte, a ùe1·i·e , rOllennerie • ca nnctiUe Cl
1

de ville suivaient au mdi&lt;'u dr milice ; el,
des mai.on- ventrues, des façades de hoi.
peintes et à en eigne on jetait d • fleur· et
l'on acclamail. Jailre Nicoh · du Uo,c, curé
de 1a catbédralP l doyen d'icelle, en cbn utile
ma!!Tlifiq11e, allendait le roi devant ~otreDa.me 1 • Me ·ire sauta de sa jument un peu
en avant du portail el là, maitre Nicola du
Bo c, entouré dt' prèlre et des prestoleL ,
'avança avec l'eau bénite, l' nci·n el l'É1•angile en main . Me ire, du bout de s lon°
on,.les, toucha l'eau bénite, il éternua un peu
au coup d'enœn oir et retira un bonnet dernnl l'Évamrile. Apr' quoi, . uivi de fonieur, de ,radame de Brézé et de tau les autres, il ent ra dan - Noire-Dame. Et, comme il
111ait fort dévot à la Yi •rgc, il ploya le genou
inconlinenl et re la là une grande heure
abjmé en prièrf' .
u sorllr de . ·otre-D:ime le rorl "" avança
du côté où e t le Vieux-Marché; partout il y
a,ait profu.ion de décor, , haMièri- , arc et
fleur . liai , au pied du brffroi. à la Gro e
Ilorlo"c, atl ndaienl de garçon o~tunié
portant élendard~ de salin pcr hatlu de
fleurs de ly ; chacun avail on nom é1Tit en
banderole. C'étaient Conseil loïal, Ilaut ooulofr. Amour populaire, R,.fof porofr, Libéralité, Espérance, apience. Au moment 11ue
le roi arriva dt!vant •ux: ce sujet agitèrent
leurs ept étendard~ et firent un complimt'nt
dnquel Monsieur Louis X1 remrrcia en bons
termes ~le- ieur du Con eil. Enfin l'on parYint à lll mai on de \'ille; c· t là qu'étairnl
préparés un grand festin et d'autre réjoui. -

nn 1h-ique depui deu~ ou lrois jours, commrnçrut à en exprimer snn méc·onleotemrnl
au moyt'n de rnade ·. d br i,,m,·nt et de hi
han onor . La haquenée de MadlJme Cbarlolle, dan le dé ordre, se trouva un peu
pous ée à l'écart. \'oya11L l'embarras de celle
dame el que nul n'était là pour lui offrir à
de cendre, Me ire Pierre de Lavergne élail
accouru en h,lle, avait plié le gc11ou et tendu
la main; et ladame Charlolle ùn était aidée
pour sauter à Lrrre. Elle ne le fit toutefois
pa' aus i prompltiment que on re~ard ne e
fùt attaché à surprPndr.. l'écuy..r toujour" le
geuou en tPrre. qui, à l:i dilr11Lée, a\ait bai é
a robe. )ladnme Charlolle, tou1 d'ab11rd, en
eut plus de surpri e que de conrusion. ~lai·
à ce moruenl Pll'rre I' pothieaire. qui approchait. lenanl de la brid le ch••val de on
mail re, ·i:tail avancé; il a\'ail tout vu. Et
(Hdame de Urhé en avait rougi.
Apr' que I rrpa e rut ad.1err, on joua
un Mystère ctPVant le roi, Mon ieur 'le 'énéchal, MadamP f.harlolle t'L leurs gc&gt;n~, à l'llù1.t'l de Y,llc. C'était qut-lque cho e comme la
fallle d' cltlon; l'on y \'o,·ait moult parti de
cba ~e fort belle.; un cha~ eur poursuivait la
Me. se; el, à l'un Pl à l"au1re il arrivait malheur. J.11la.me Cbarlolle, qui ne Mmêlail pa
sans surpri ·e qnclque avnli ~l'menL de ce
mrtère, en éprouvail un trouble infini; el,
landi' qu ·,,Jle rr.vait de l'action fabul u e,
Pinre l'Apolbir·aire rt U. de La,·pr •ne qui,
dan du ùiver-cs p•·n-ées, oli em,ienL on
donx et gracieux vi arre, l'eu srnl po voir
rounir el pàlir tour à tour; car, daos son
cœur au ' i .e jouait un my~tère ....
Enfio, il en rut de cc fète comme de
loutPS le, aulre : il vmt l'in tant qn'eUe
ce· èrent.
u bout de peu de jour fon i1•ur l.oui XI
quitta Rouen en pPliLe cornparrnic. précédé cle
~es oldals, de c meules et de ,es o de
$aÏnls. Il allait ver le villes de la omme.
El, par une porte rgalem,.nl, s'en forent
Mon ieur et lfadamr dt' Brilzé.
Jacqur. allait rêveur, cbr aucbant auprès
de a belle et jeune femme. li y ainil un silence entre en:x.
M. de Laver.,.ne, à quel&lt;JUe dktance, uivait an parler. li y a1•ait aussi. au dos de
son grii:on, Pierre l'Apnthicairt-: mai. , landi
que celui-ci, d'un re•rard oulique, ob~er1ait
l'écuyer, il fallait voir que le cbien 'ouillart,
le poil hir:;ule, l'œil inquil't e, le dos ar11ué,
avançait en llairanl Pierre l'A.pothicaire.
V
A propos du livre des
Cent nouvelles nouvelles

lioiles.

Cela rail, le complimeul et c."\dcau off~rls el r,·çu,. on entra plu avant dans la
1•il_le. Je::in rrowlou et Jean Trompette fai.a,en1 u11 •rand hruiL de cui1-re en avanl du
roi. M•ssieur.~ des corporation· et dn con eil

.MA.DA.ME DE B~'É.ZÉ - - -

,ances. ri y eut un p •Lite ],ou culad de
monlur au-devant du perron à cause de la
mule de M. de la Balue q~, la e de porter
1. C11,

u&amp; fü:,1.C1t1J&gt;,111tt :

:Nolt;JJ .iur ~1.r 1:()yage.• de

louis XI à noum (lloueo, 1857) .

... 381 ...

i l'on en croit le grand Cou. t11mie1· de
Normaodie, il n·y al'ail pas, dan ce temp~là, que du loi ir à ètre énéchal. «1 Cbastier
et corriger ce11b: f[Ue par inrormation trouveroil esLre coulpable de malfoict ; aardcr la
paix dn pays, Yeoir et visiter de trois an en
lroi ans toute le partie et haiIJinge ùudil
pay ; enquérir très diligemment par lesdits

�•--.----------------------------------

1118 TO'J{l.Jl
bailliages, les exepts et délits que l'on y commelloit chaque jour tant de l:irrecins, ravissemens de femme., de murtres, de foulx
boutez, et de tous antre crimes et délit ,
rendre ju tice... », ainsi deYait fair' le , énéchaJ; et les « droilz de on prince de,•aîl pardessus tout garder ii. C'était certes là une
hlche rude et haute et qui ne pouvait s'accomplir qu'avec énergie et vouloir. )le sire
Jacques de Dréié 'en accommodait; nuJ, plu
que lui, n'attacha de oin à témoigner an
cesse, d·un des bouts 11 l'aulr de a énéchaossée, d'un con tant souci d'équité et
d'honneur. Mais, à l'accomplissemenl de ce
devoir de sa charge, pas èrent et passèrent
les années.
M. le &amp;lnéchal vieillis ait au ervice du
roi; et, le temps qu'il ne consacrait pas à
son commandement ~les~ire Jacques de Brézé
l'employait lt in truire le jeune genLil homme ses fils, et, d'au lres fois, à chas er ·ur
es terres de Nogent, d·Anel, de Bréval et
autre .
Mais, il advint maintes fois que, depuis le retour de Rouen, Madame Charlotte
sa femme, occupée du soin de enfants, ne
l'accompagnait pas. M. Je énéchal, devenu
fort oml.irageux, en coociwait de l'humeur et
parfois du •oupçon, Il couvienl d'indiquer
que ll. de Lavergne était toujours de la maison et toujour écuyer des cba ses. Le plus
souvent M. de Lavergne et le chien Souillart
accompagnaient f. de Brélé dan e opiniâtres chevauchées de campagne; il n'y avait
pas apparence qu'ils fu sent ennemi l'un à
l'autre; M. de Lavergne était soumi , adroit
et rendait service, ~l. de Brézé était amical;
ils allaient de compagnie avec le chien ouillart, équipés tou Lroi , qui des armes el qui
des crocs pour cha er aux LêLes; m~is, dè
qu'il y avail un gibier à surprendre ou à forcer par piècre, .l. le énécbal s'adjoignait
Pierre !'Apothicaire. Il faul dire que le ru lre
avail acquis, chez Me$ ieurs de BourgO!me et
partout 011 l'avaient conduit e aventures, une
grande force à trahir et dis imuler. Ainsi,
dans certaines chasses, qui sont plus de ruse
que de courage, il était devenu un affidé indispensable. Nul ne s'entendait avec plus
d'adres.c à Lcndre le collet ou à po er l'appeau caché llUS les feuille ou masqué par
les branches. La bète iu«énu~. an feinlise
ni crainte, allait d'on pas allr"re; ses patte
fines el nerveu es froi saient les bruyères;
elle broutait joliment, avec une gracieuse inflexion du cou 1 çà et là de; feuille : parfois
elle buvait à un frais ruis eau; pui , elle
allait flairant, courant, souple el joyeo e, et,
sa robe mouchetée était belle à voir. oudain,
an détour d'un hallier, se" patte se rmmaienl
à de liens invUble , a course s'embarrassait de fils cachés et elle était prise I Mai ,
Pierre l'A.polhicairc déjà était là! Et, tandis
que la Mle, i douce, ,-i Lremlilanle, c.ommeoçail de -.-émir. il s'approchait d'elle et,
îorl proprement, d'un coup dt! lame, il lui
coupait la gorge. En septembre, époqur. à
laquelle on commence à chas er les bêtes
noires jusqu'à la Saint-Martin d'hirnr, Pierre

!'Apothicaire avait acooulume d'aider ain i à
son maîlre.
fais Pierre !'Apothicaire n'était pa toujour · Je · chas~es Lle ~I. de llré,é el du chien
ouillarl; il re. tait ouvenL à Nogent-le--Roi :
c'6taicnL les foi que M. de Laverrrne y restait
aussi. fi e pa sait alors cette cbose singulière que parloul où ôtait l'écuyer éL1iL I' Apothicaire. L'écuyer allait-il se promener au
boi~ Tbuilé ou au lioi Me. nil? L'al'lidé de
Mon ieur le énécbal le uira'l à di tance; i
c'était au bord de rEure on le reconnai. ait
à on mira ....e dans l'eau; si c'était au chùleau
il se décelait toujours à un momcment de
porte ou un hruil de tenture. Et ainsi l'un
était comme l'ombre dt! l'nutre l }lai , il y
avait de fois où Pierre l'A polhicaire était
tellement "rimé de ruse et en1•elnppé de ihmre •1ne I. de Lavergne ne soupçonnait pas
qu'il fûl à es côtés.
Cela advint ;:iin i le jour que Madame Charlotte, las e d'être lai ,ée eule à filer au touret, avail pris une petite 1·iole et commençait
de chanter, en 'accompa!ITl1lnl, une ballade
de celte Agnè de nvnrre qui, comme elle
fut belle, comme elle fuL douce et romme elle
souffrit d'un mal inconnu :
Moitit mis de banne lu:1œe mie,
Qiland je suis si bien aimée

De mon dow~ ami,
Qu'il a lo11l mnour guerpi

Et so,1 cœur a taule vie
Pour l'amuur de mi ....

A ce momenl I. de Lavergne revenait de
rêver dans le bois 'fhuilé; il a"ait beaucoup
erré, beaucoup cheminé el heancoup pensé
dans les hoi , dan les prafrie et dan les
jardin ; aussi sa toque était-elle inclinée en
lêle, son petit 11spadon battail sur sa hanche;
on visage étaiL fort animé de l'air \'Ü; et, il
allait portant, dans a main gantée, un bouquet trè adroitement compflsé, comme Marot
eùt dit un peu plus tard, de II marguerite ,
lys et œillet~, pa. ereloui et ro e Oairante ».
Dès que Madame de Brézé l'eut aperçu, par
la baie ouverte, qui venait du bois an château, comme par pudeur elle cessa de chanter; mais à peine son chanl s'était-il lu que
le jeune écuyer, poussé par r,elle force inconnue qu'on appelle Amour mai qui peul-ètre
aussi bien e t Fatalité était arrini au château.
Et là, il avail pa é le. porte ; il avait couru;
il avait rougi ; puis gentiment, comme on
voit que font les ,lonateurs dans les Ll'iplyques, au-demnl de la madone, il s'était a~enouillé de1•anl Madame Cbarlotte. A ce moment, une ombre - à peine une omlire, un
souIOe - avait glissé an-deva11t de la baie
ouverte; et. c'est ainsi que Pierre l'Apotbicaire, le Yeilleur sournoi , avait urpri. ,\1. de
Lavergne dan .a pose d'agenouill!'ment et
d'adoration; Madame Charlotte étail demeurre
assise et ceux qui ont vu, à Anvers. li: pmneau du diptyque de Notre-Dame de Melun
où llad:une de Beauté e. t pei11te, auront quelque idée de Madame de llrézé à cet instant-là.
Un voile pre que de rtonnain lui couvrait le
front el la tète el se répandait, comme pour
l'envelopper à droite et à gauche, sur le dos
- 38z -

eL ·ur le· épaull's; un petit cor elct tenait

Afl

taille étroitement errée, mais , ommc dit
Cho. tellain a •ec humeur à propos &lt;le dame
Agnè ore!, ce corselet, selon la moJe du
l!'mp~. était fendu el ouvert : on voyait le
tétin i:ous la guimpe. Cela élaiL fort a •réable
à contempler el aus i le col exquis que la
maternité avait épais. i à peine; cl le fin m ntoo, les joues ronde • le nez miguon, l'arc
des .ourcils el l'arc de lèvres! füîs, M. Je
LaYergne, incliné à terre. e lenait lrop humilié el lrop courbé du corp pour apercevoir,
de Madame Cbarlolle, outre chose que le
fine· et longue mains toutes tremblantes
d'étonnement el de confusion. li était là,
comme un bon chevalier a-vant J'imestilure,
au moment Je la vigile, •1uand il se \OUe 1l
la Vierge. Cela étail ainsi que disent les
contes.
Bientôt il .sembla à M. de Laver"ne quïl y
;iv:ùt comme un miracle qui s'accomplissait;
il sentait des doirrts lrè · long , trè fins el
Ltè parfumés qui .e po aient ur sa tête et
touchaient son front. Et, les main de ces
doigts étaient blanches el légères, duvetée et
mignonnes; l'écuyer n'en avait jama_is contemplé de plu merveilleu es. Bientôt- mai
était-il ûr que cela rùL vrai? - ces main
élaienl descendues à ses lè\•re~; elles étaient,
elles aussi, comme de petites lèvres chaudes
qui en eussenl cherché d'autre ; et puis, ces
main elle avaient pris le bouquet odorant,
le bouquet où étaient a marguerites, lys el
œilletz, passevel ouz et rose 11airan tes ». El,
M, de La,·er!!Tle - tel le petit Jehan de a:inLré de1·ant la Dame des Belles Cou ine - se
tenait loujour un genou eo terre, ému de
moult piété et de monll amour.
Mai au même in tant, comme toul s'était
incliné au silence autour de Charlotte et autour de Pierre, l'appel lointain d'un cor, l'aboiement d'un chien, retenlirent dan le bois
Thuilé. Le cor était celui de Monsieur le ~ énéchal; l'aboiement était celui du chîen Souillart. Tous deux. il· revenaient, le maitre et le
chien, ainsi que deux vrai et bous amis qui
font partie ensemble. Cela dura un éclair;
puis le cor se lut; ouillart apaisa sa voix: el
il y eut un long moment pendant lequel M. de Lavergne enfui - l\ladame Charlolle
.e tint muette, an soufOe, pâmée el comme
mourante.
Enfin Mon ieur le Sénéchal parut entre le
chien Souillart et l'Apothicaire. Tou troi
avaient des mines dherses; le chien, gri:sé de
coure el de grand air, allait par gambades;
!'Apothicaire, cauteleux el ournois, le Front
lia~, le pa lramanl, e gli ~ail plu« qu'il
avançait; mai Monsienr hl Séni:cual était fort
agité; . es reux regardaient el t herchaient en
tous sen , a main LrernLla it, son f ronl était
rouge ; il seml.alail qu'il allât comme un d('ment au lm ar l, ou, à 1iause de on gant, de
e · armes et de . e· buffleterie , tel, dans les
Lr1is, qu'un louvetier au loup. Enfin, il c
porta au-devant de .a fcmm ·; celle-ci, e
maitrisant, tenait un livre omerl en sa main;
die imula celle qu'on a. interrompue au cour
du chapilrc le plus allrayant du récit ; elle

pas une
·eule ombre sur son fronL cl dan se· yenH
on regard était droit, sans feinte, el la liinpidité en était ans mélange.
Derant tant de candeur, lna I de calme el
une quiéludo i grande, il appamt que Ionsieur le 'énécbal l:tésirn1; mai · des ressource
de colère, accumulée depuis longtemp en
lui, oppres aient sa poitrine à un point redoutallle; il n'était plus le maître de on emportement el de ·a fureur. D'un ge le prompt,
court, rapide, il bondit sur celle femme 11ui
était la ienne; il arradia le livre qu'e.11
tenait. Cc livre élait un fort joli recueil des
Cent f,oiwelles ouuelles dont Ion ieur Loui.
dt, Fran.ce avait tait Jon à sa sœur. Mon ieur
le Sénéchal a1·ait bien ce rru'étaient ce nouvelle -là et que tout ce qu'on y lil n'est qu'impiété et que Lrahi ons des wari aux femmes
l't de femrues aux mari~. Le livre était ouvert, au seizième récit, à l'eudroit où un
pauvre chevalier picard est montré berné par
sn ch \'alière. M. de Brézé, les yeux dème urélllcnt agrandi , 'acharnait ur cette page,
comme . i, de fureur, il eût voulu en arracher
llll secret inconnu. De son doigt, ganté pour
la chasse, il suivait ligne à ligne; et sa main
tremblait, 'on r~ard hésitait. Parvenu à ce
pas a e : et Tandi$ que blonseigneur jeûne
se le1·a, douce el blanche· il u'y avait

el (ait pénitence Madame ((lit goguette
arecque-. l'e cuier ..•. i, il ~e pul mater da~antage son co~roux ; e_l, prcnan l le pelil
liv.re que lfons1eur Lows de France avait
donné à a œur il Jt, jeta à terre; cl, là., il
l'écra~a en le piétinaoL soas ses bottes de
cba e; en même terups, lel qu'un insen.é
il criait, répétant le passage du conte ~ _:_
« Arec l'écuyer! Avec récuyer ! Par aintJacques, a,ec l'écuyer! o Et il levait le poinlT
comme ïl allait frapp"r Madame Cbarlolte
au 1·i 'arre!

Mai elle, seulement un peu plu blanche
à cause ile son voile qui tombait ur son col
et sur se deux épaule , en Ilot pâle, à droite
l'l à gauche, eul un ge Le timidti; et elle dil
doucement, mais avec he.iucoup de fermeté :
t( lfo ire, gardez-vous, je suis lilll' de
Frauce ! ,,
Puis le chien ~ouillarl grogna comme ~·;1
etîl eu, lui au si, son mot li dire.
~lor M. le énéchal, Lant l'empurl~ment
a,·mt porté -ou trouble au comule, t'Ut oomme
une vi ion. Entre Madame Charlolle t-t le
cbit!n ouillart, il lui semula qn 'un être é1ait
apparu; et, c'élail un homwe à mine lornruc
et habit f 1urrés, qui portail pateoùtre0 et
mau,·ais hou eaux; d'abord on eût dit d'un

pauvre ou d'un moine errant; pui!', pl:'u à
veu, le trait de ce pauvre ou de ce mome
:.'accentuaient, le nez se fai ait plus mobile
et plus long, la bouche e qui. ait un rictu
de colère; un voyait brilll'I' d('ux )'Pm de feu

Pr~atrt lt l'etu Uvre 4r,e Mo11sU1,r /,ouls de France
avait doimt à S.J sce11r, ,1/onsltur Je Bre:I! le Jcla à
terre; tl, là, Il l 'écras.l en le pWl,rant. (Page 383.)

du food de l'ombre; autour de la tHe de ceL
homme, il y avait un cbaperon avec des images; il sembla.il que, sur ce viëUll chaperon,
tou les saints el toute les saintes du ciel
dan a senl dans le soleil el fi sent autour dn
uont un diadème élrange; et ous sa manvai e cape, ur son jullt.aucorps tout minable,
l'homme de la vi ion avait une patenôtre de
l.iois; mais c1&gt;lle patenôtre ell~mème était
.ingoli re; elle changeait, elle changeait; peu
à peu les erains en Jevenai,·ut lumin,-ux,
hri liai en L 0111 me de li étoil,l , pm se rétréci ant, formaient les coquille~ d'or du
e-0llier de ainl-llichel; bientôt ce collier diminua_it à sou tour; el, il élait aiu i qu"une
chaine de fer! llonsieur de Brélé Pll . entait
le froid à t&gt;S pieds et à se mains. Et la vision
riait d'un rire épouvantable.
Mais cula oe durait pas; M. le Sénéchal se
tenait droit, l'r,eil moins fou el moin hagard;
lentcmPul, lent;,ment, son poing /a bais~ait
sans 11u'il eùt frappé. Et Mad.me Charlotte
n'a l'ail pa · reculé; elle se tenait là, blaocbr,

MAD.AME De 1J1rtzt - -..

rigide, donlour1:use; son accent élail plaintif;
elle disait :
- Messire I Me sire ....
lJ -y avait du reprot be dan sa ,·oi:x. AJor
M. le 'énécbal, humilié, confus, e retournait
1ers l'.Apothicnirc; pour un peu il eût sai î le
drôle à la gorgù, il l'eût étranglé de ses
mains; mais l'autre, au si cou:ird qu'ovisé,
a1ait fui en bàte; et ~loosieur de Bré.:é, irrité,
di ait, à voix faro111:be et dure :
- Je le chasserai! Je le 1'11:i , Haî! ...
Mais cha. se-l-on un homme qui est à Mon~l'igoeur le duc de Bourgogne, un homme que
le t.errible duc nmrraire avait mis là en confiance? Et, il parlait aus;i de l'has t·r M. de
Lnvergne l Mais, e. l-ce que cela n'érait pa '
plu difficile encore? L'E'fi'rayanle rLion de
Monsieur Loui de Frnfü•e lai apparais ait
alor · comrue dans le moment de sn colère; sa
résolution Uéchis.ait; il entait mollir ~on ressentiment; dans . a contrition, dans 011 reçel
d'avoir été jusqu'à o.er l ver le poing ur
ladame Charlotte, il proposait un pP)erinage
à Jnmiège· , au tombeau où - ous une dalle
de mari.ire - est inhumé le cœur (cc cœur
qui avait ballu de tant d'amour!) de Madame
de Beauté.
Tous deux il parûrenl, l'épou e el l'époux;
lous d11ux il s'agenouillèrent et prièrent enl·ml.ile. Madame de Beauté qui, ans doute
aussi, e l )fada.me de bonté et Madame de
pardon, exauça leur vœu. Alors c'étaient Pentecôte el l',Uleluia ! Les clochers lintafont
dans l'air doux; il y a.vait du soleil sur la
route; ~Ion ieur et Madame de Brézé avançaiml an I ni galop de leurs montures.
Le poiug du c.11alicr au,danl la cavalière,
il passt!rent ainsi à Elbeuf el Louviers; il
pas 'rent dernnt Évreux rl devant Dreux.
Partout le concert de l'airain le aluait;
mais, il semblait - à me ure que le galop
de leur bête les portait en aYanl - que, du
food du pa é, moolas ent d'autres cloche :
cloches d'Orléan , de Beaugen y, de olreDame de Clêry el celtes qui font, avec un
bruit de bronze, en planar,t bien baut a,1de su du Loir : l'entl6me/ l'endôn,e! 81, il
y avait au .i 1~. cloch~s de Cl,iuon, les cloches
amicales de , ainl-Élienne, de aint-Maurice
el de .'.'aint-lkxme, œlles qui avait-al tinté,
au momenl des noce. , ur Charlotte et Jacqu ! )lais, la p tile clo1 be de 'ogent-le-Roi,
11ui les accueiJli I Jè I&gt;!- pays cbarlrain, élait
encore plu' onorc l"t pin · l'i,·e que It-s autres·
elle l'enait à eux comme m1 lhant de jeunesse
4ui ,·a ju qu'au cœur.
EL ils J'en1endaient aY&lt;'C un grand Ll'Ouble,

(llluslrolfons tù Co111&lt;1-n. 1

Eo~10~0

iA

... 383 ...

suivre.)

PTLO .

�'Jt1STO'J{1.Jl
vait pu lui cacher : il lui dit. sans approfondir
~

Secret d'Etat
Jamais secret n'a ét,, mieux gardé que celui
qui dc\'a Leu ,du ire ~laii'\me en ngl .. t,•rre.
Quul,1'1" ,pmaine avant le départ de füdamll, le ~l'crel l'D fut révèlé à Mc,nsit•ur,
lequel t&gt;n p~ ria :iu roi comme un h11mme
instruiL. .'a \lajeslé fit de reproch,..s à liadame d,· 11·:1v111r pu ~ard •r le secret. Madame
a· ura1L. avt·c d1:&gt;- s,·rmrnG 1•t de circon~rances
dont on n,• iiouvait p •~ douter, qu'elle n'en
avait ja111ais rien rév~lé. Le roi es! impénétr,1hli!, ,.l . aç,1il 1111P. ri11i 4ue ,·.e soit en
fr:inr.e 1w p•11Jvail Lrc i,tformé de se de ·,cm . b,,rmis \L Je l.01n•ois ~l ll. de Turenne.
Quel rnu11·n · ava,L-il dtJ '01tpç11nnor M. &lt;le
Tur,•1111,·? C.-p~11,l,,11t, i œ n'était ni le roi ni
Madam ·, il rallail 1,icn 11ue c,, fùt l'un d~s
d~ux ,pli ,·n 1·ùl parlé. Lli roi pril le eul bon
parti tjll 1l avait pour approf'oudir cet embarras, 1·t ,1.:co,1vril à ~funs1eur Ctl qu'il n'a0

son grand projet sur la Hollaadt:, qut: depuis

quel,1ue temp · il avait jeté les yeux ur Uadame pour l'engager de passer en Arlglcterre,
el cimenter, sur les inslrllclions qu'il lui préparait, nne union des couronnes entre le roi
d'A.ngleterre Pl lui, pour l'a raudi,semeot du
commerce; •ru'1l avait expres ément défendu
à faJame d'en parler à qui 11ue ce soit. EnGn
le roi tourua llun ·ieur, on [rère, de tant de
manière.,, qu'il découvrit que cel avis du
voyage de \ladame en Anglt,trrre lui était venu
par le chevalier de Lorraine. Mais par où le
clievalier de Lorraine, qui n'était p&lt;1.s ;1 la
cour, en éL::iit-il informé? Le roi envoya chercher M. de Turenne. « Parlez-moi comme à
votre conf es eur, lui dtL le roi : avez-vou. dit
à quel11u'uo ce que je von ai coalié de mrs
d,• sdn · ·ur la llollandc el sur le voyarre de
)ladame en Angleterre? » En Yérité, -Î le
cœur &lt;le ce 0 r;1Jld homm" fttl jamais comha.ttu entre la \'éril.é el la houle d'avouer a
faibles e, ce fut en celle oCl:3. ion. Cllpcudant
la vérité l'emporta, et ce fut uu de· grand
comb ts et des plus embarras ants où ce

grand capitaine se soit jamais trouvé. a Comment, sirti, répliqua ~L de Turenne en béayant, quelqu'U!I connait-il le secrcL de
Votre M •Jeslé? - Il n'esl pas question de
ci&gt;la, reprit le roi pres·ammenl : en av~-vons
dit quel11ue chose? - Je n'ai poinl parlé de
vos de~ ein • ~ur Ill Hollande, cerltunt!menl,
répnndil ~[. dtl Turenne; mai, je vais (out
dire à Votre .\l.ljesté. J'avai peur •iue \lme de
C,iast111in, f(UÎ voulait Iaire 111 rnyage dtl la
cour, n'en Cût pas: el, pour qu'cllu prll es
me,nrtJS de bonne heurt!, je loi en 1lis ,,u.. lr1ue
cho·e, et que ~faùame pa, erail en A.ngl11Lerrc
pour aller l'01r le roi son frère. ~l:i.is je n'ai
diL que cela, el j'en dem mde pardon à , 111tre
Majesté, à qui je l'avollc. 11 Le roi se prit à
rire, et lui dit : « \fonsi,.ur, vous aii;nez dune
Mme de Coas,1uio'l - ~on pas, sire, tout à
fait. reprit \[ de Turenne; mu elle 1\ t tort
de me amie . - l h bien! diL le roi, ce qui
est fait est fait: mais ne lui en dites pa~ davantage : car, si vous l'aimez, je ui,- füché
de rnus dire qu'elle aime le che11alier de Lorraine, auquel elle rtldit lOlll, el le ch.-valier
de Lorraine en rend compte à mon Irèr~ .... l&gt;
L'ABBÉ DE

CHOISY.

C1 11:M O lràu.loo

LA Vlll ET LES WŒIIRS AU

xvn·

SIECLE. -

Jeux D' ENFANTS. ... 384 ,...

Gravure

d'A1$1UJ! AM BOSSE.

(Cabt11el dts Eslamtt,s. )

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>fre</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Madame Du Hausset</name>
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C\lch~ r,1r.1uJon.

L\ LECTURE

D:ui · u11 roman, Plzilis, sous ce riant feuillage,
De deux p.:irflil am.•nils lit le fenire propos·
(ir,n11u J~ N. C. Coc1m1, &lt;hf&gt;rês lt l.rNtau de Dl! TROY,

D:rnwn en l'ecoitlcml :iff'ecle rm '\'Ji11 repos,
Hai son cœur en secrel tienl le mème lanf{:1-ge.
(CaNnd dts Es/Qmf(s,)

LE D • DE 11.A[ TRE ( Loci -PmuPr1,-Jo r-:r11 1&gt;'01tL1:• ,. !'-. Ptt.:. TMW ÉGALITÉ)
ET L.\ D CllE 1~ DE ll.\RTRE' (Lo I E-\niL,ïDE oe BoL1 nu \'&lt;-PE-.;TmbVREl.
AVE· l.ELR FILS \h:Ê {t.E FUTl R

(Gravure Je ,\. o

Lou

- Plrlt. lPPI::

1.1..r-Aus1s et 11.

l rr

tT LA PRIN( 1. SE .\D~L ÏDI: o't)RLÉANS,

□ EUIA'.\. u'aprc. le

t:ioleau Je C. LE.n:1:-.TR&amp;.)

�LIBR.AllUE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIB~,

75, rue Dareau, PARIS (XIV' arrt).

ÉDITEUR.. -

Sommaire du
(' 0.\ITE

lJt'( OS. • ,

2

Le mariage du duc de Chartres Loujs-Philippe-Joseph d'Orléans, plus tard Egalité;.
Les Femmes du second Empire: La princesse Mathilde ec ses amis. . .
Service du roi !. . . . . . . . , . .
La fin de Thérèse Levasseur. . .
La chemise de Marie de Clèves .
L'Elysée ( 1715 -1805 )

•\l,IRÉCJIAL IJE XOAILI.E
(j. LF.XOTR.E . • • . ,
,IINT·FOI.I'. . • . . . .

FRÈllÜHG MA,:;o:,i. • .
à~ f'.~caJtm,e /r,111~·a1sd

Madame de Brézé . .

EmtO:\'D PtLo:- •

2'&gt;l'H DE
JI~

L'AYl.l'.,

3 fascicule (5 .Yovembre 1910}
e

•. ,

La marquise de Thianges.
L'Exode des Girondins . .

Pt.10,;.
. .•••.
P1ERIU. Ut: 1.' Lro11.x .•

zq1

litNÊRAL DF! IliARBOT . •

21.1-

COIITP. DF: FRA 'C E o' ll 1:.ZECQ VE • . . . • . .

:ir.":
3u,l

Cn:-.t-.sT

3&lt;i1

u .....

M ,IRQl' IS o'i\RL.1:-IDFS •
l\1,1 URICE MONTÊG \rr . .

.?oo

ILLUSTRATIONS

Epouser ou mourir. . . . .
Mémoires .. . . . . . . . .

La Cour &lt;t_e Versailles intime. . . . .
33
ne herome de 1870 : Antoinette Lix,
lieuten!)nt de francs - tireurs . . . .
33
La pren;11ère ascension aérostatique .
33
Les Epees de fer ... . . . . . . . . SufplJmenl.

PLANCHB HORS TEXTE

D'APR.È5 LES TABL&amp;\trli, DESSINS ET Ei;TAMPES DE :

TlRFE EN CAMAÎEC

BERTHAULT. 8011.u, Bour..ARD, C11APl;Y . C11RtTtE:,t. Co-;R,1u, bneurr.,
LF. DUC lm ,Ç HAHTRE, 1,Lou!s-P~il!PJ'c-Juscr, h u'Orl~an~. plu tnrJ tc ... t.t-rll,
J•'t,UQUIT. FRA,'l&lt;; o1s, HARRIET, LALl..liMANo, •• l.c\NCLors, LE BE.i.U, LrnouE J 1..\ l) CllES E. DE UI..\HTH ES (L ou• e-.\dé lnidc
CUER, LE .. RAND, ;\'lAI IRI Cf. LELOIR. LL,\:s'TA, ;\lluus. SAUDET. DENIS •
de B11urt&gt;on-Penth iê HC ). ll~'CI! kLtr 1(1. ainé (le rutur Louis-Philippe !•')
\ oRBLIN, h 110 ·, R ,1tc.;11, Rurr. 1\EDACn-l&gt;Esrnxr,t1xE• . T&gt;.s AERT. Toi; SAINT.
l'i leur tille. la pnnc.: · e J\1.klalde.
\ ' AN Loo,
Ail.,
_ _ _ _G_RAVURE DF. ,\, PIC s.,1-..T-. \ 11&lt;1:,1 rT Il. I IJ'L&gt;l,I~. l&gt; Al HIS LE 'TAllJ ~A~ DE f'. Li!l'rl :STllE

.\noT,

u,

,v,,

0

0

Copyright by Tallnndler 1910.

.En vente

'' LISEZ=MOI ''

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Paraissant
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Édition définitive

1

MAGAZINE LITTÉRAJRE ILLUSTRÉ B1-lVIENSUEL
SO.MMAIRB du NUMÉR.O 125 du 10 novembre 1910 =
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L'AUTRE DANGER
Comédie en quatre actes, par Maurice DONNAY, de l'Académie française.
GYP. Revanche. - C HARLES Glù\. ' DMOUGI'\ . La chanson des Chrysanthèmes.
- JEAN IUCHEl'lN, de l'Ac::idènue lranç::iise, Madame And ré. - }EAN 1.Ull1 Jl.Ali\. (;ontc de fée. - J.-11. H S:\Y. L'exécution . - P1ER.1&gt;E' LOTI, de
l'Académie rrançai e. A.ziyadé. - J EAN LAHOR. Berceu e cruelle. - A~D11.t
THEU LUET. Le kiosque. - A,-oRt&gt; LEMO\'}Œ. Pensées d'un nvsa riste.
l\lAR&lt;;RLLF. Tl\'AYRE. L'omhre de J'a.mour. EDMO&gt;:D ll ,\il1ri:c fiRT.
L'o!veotail. - :\uu111ce ilA.RllÈS, de l'A~adè1uie frnnçai ·e. En i,; ~n~ne. PAUL MAHt;II EtUT'I E. Histoire de chasse. - T11i;m1oru; UE BA .' \ 1LLE.
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HISTOIRE GÉNÉRALE
DE l.A

Ouerre Franco=Allemande
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Lieutenant-Colonel ROUSSET
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A remplir, détacher et envoyer affranchi à i'édite11r d'HISTORIA
JuLE5 TALL.ANDIER, 75, rue Oareau, PAJUs,
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LEIIOUCIIER,

rJ'aprts Loms-MJCHEL ,,.,,..., Loo. {Musée àe l'ersaftles.)

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Le mariage du duc de Chartres

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L&amp; 01:C DE PE~TaÙ:,'RE E.T S..\. FAMlLLE, -

XI~.

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Rousset : armes, tableaux, les grands panoramas de
Neuville et de Detaille, les portraits types militaires, monuments commémoratifs, etc., etc. L'ouvrage contiendra au
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(Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, plus tard ÉGALITÉ)

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Prospectus-spécimen en distribution chez tous les Libraires
DIER, 75, rue Oareau PARIS (W)

ou chez !'Éditeur J. TALLA

Jamti, mariage n~ fut contl'llcli 1ous de. plu.s htur.ux usplœ• que: celui de: Louis-Philippc:-Josotph d 0rli1ru, d"c de Cruo-rtru, •vcc Louise-Adil:üde de Bourbon, 61111: du duc de: Pcn1hlèvn. C'itail l'unlon du
dr.ux plu, beau• noms &lt;I du dc:ux plus gi-andu loctun"".
de Pnmcc. La j•un• épou,c était un modtl• d• huutc
d dt. vt.rtu : 1~ mu·i itait almablc, ;nstruit, famt.ux aull.Î
par su proue»c.s gùllltU. 11, s'aimaient pauionnirncnt.
Tout lcUT pTOmetlait la plus paT(iû!t féllcit&lt;, A l'ipoq_uc:
ou la tharmanl~ gravure de Saint-Aubin &lt;t H. tltlman, d'apd-' k tablLllu di, Lepuntn, nous montr• le
mWgc. prindt.r dans J'lntimiti dt. :son bonheur, quJ aura.it o~ prè:clin:, .. au mai:i l'(chah.ud, - à la fvnrne la
prison, la. fuite.. la misère, - à. l'enfant qui leur sourit
la proscripûon, la rude iduc:atlon de I' uil, le rctoUT
apru , •i~gt aru d 1venturc.s, la couTonnc d• France, la
morla I ttrangn., ..
Nou.s tmpruntons au beau livre: de M . I&lt; Comte Duco1
0

0

Til -

Krsroaa. -

F'as,. 23.

L&lt;1 •ir, d11 D•,; d':E,.gblen , le: récit du 6ançaillu el
du mariage: de c:u an\011reux de vingt ans à qu.i étaient
.-....-vie, tant de c:,,.tutrophu.
5111

LA main de ln lrè riche fille du duc dll
PtJothièvre fut demandée par le duc de Chartre i1nmédi:iLemenL après ln mort du prince
de Lamballe, suf\'enue 1~ 6 mai l 7li8.
La perle de son fil unique plon eai L le duc
de P1Jnthièvre dans la déiiolation. Il s'excusa
de di □ érer a réponse. D'aillcur., il ne la
youlait poinl dono r ans avoir consulté sa
fille car il u':iuraiL jamais con cnli Il lui im.po ;r 11ne union qui ne fùl poinLdè on goùt.
1L pria donc l'abbesse de Montmartre de lui

.,., 289 ....

enroyer la jeune princesse. MIle d Penlhièvre
arri,·a chez son père navrée comme lui, mais
si ré Î"née à la volonté de Dieu et i capable
d'inlerpréler le langage de la foi (!U'clle
réu iL à récoulorter 1·1îme éplorée de ce grand
chrétien. Elle parvint au i à mettre du baume
sur les plai , peut-être plus vifes en ·ore,
dont aignail le cœur de a L&gt;eJJe- œur. C1:llc
attendri. ·anle prince e de Lamballe, nagu~re
6aocée naï.e el radicu,c, u'a,•aiL [ranchi les
Alpe que pour c heurter aux désencb:mtemenls de l'amour el aux JiruWité de la
morl; on d tin était d'être l'llU1·c en deçà. et
au dclà du tombeau, el pourtant elle ne raisail
IQ

�msTO'l{l.JI

-----------------------------------J

qu'entrer dans la voie douloureuse, arrosée
de larmes à un Lout et de ang à l'autre, qui
allait la conduire au martyre, moins comme
une hostie offerte par le dé\·oucmenl à l'amitié
que comr.ne une vîcliml! de propitiaLion pour
les faut.es de la royauté.
Un peu re,·ena à lui, le duc de Penthièvre
aborda le sujet délicat dont il avait ouci
d'entretenir a filfo. Afin de la bien meure à
l'aise, il a!fecla de ne parler du duc de Chartre qu'après les autres prétendants. Mlle de
Penthièvre s'écria qu'il fallait s'en Lenir à
celui-là, qu'il lui plaisait infiniment, qu'elle
ne souhaitait rien tant que de l'avoir pour
époux. Elle avait rencontré le duc de Chartre
ch z le prince de Conti, au cour d'un aprèsruid1 de fête, coïncidant a,·ec le jour de ortie
4ue lui accordait parfois son cou\'ent. Le _fils
du dur d'Orléans avait éLé fort aimable et Cort
empr é : il ne l'aYail point (]Hiltée d'rn1
in tant et, quand elle s'était retirée, il avait
ollicité l'honneur de lui donner la main pour
la conduire à son carro- e. Là il l'avait ainée
d'un air 11 la Cois si noble el · i soumi qu'il
a\'ait achevé de conquérir son c·œur.
Le oir, à l'alihaye de Montmartre, la confidente de fUe de Penthièvre, Mlle de Montigny,
avait eu peine à s'endormir, tant se prolongeait harmonien.semenl à cs oreille l'écho
des louanges décernées au beau cavalier, mais
. point du tout ne dormit cel1e qui le. lui avah
chantées sur on mode si doux.
L'on a dit que nous ~Lions les agents de
notre bonheur ou de notre malheur, que,
presque toujours, notre deslinée dépendait de
nou . 'il en est ains4 !Ille de Penthièvre fut
hien aveugle quand eUe détermina son père
à la donner au duc de Chartres.
insi qude princes e du sang, elle n'avait
été qu'ondoJée à sa naissance. Le temp était
venu de lui suppléer les cérétllonies du
baptême. C •lle solennité eut lieu le décembre i 76 , le lendemain du jour où .MUe de
Penthièvre fut pré entée au roi et à la famille
ro ·ale p(l)' la comtesse de la Marche, a tante.
L'archevêque de Reim , gram} aumônier de
]&lt;'rance, oHicia. Le dauphin, depuis Loui XVI,
el Mme AdéMde, fille de Looi ' XV, accompagnés du roi, de la famille ro-ynJe, des princes el
des princeswe du sang, des seigneurs et des dames de la cour, tinrent sur les foots, dans la
cnapclJc du palais de Ver ' ailles, l'exquLe el
suave pen~ionnaire de l'ahhaye de Monlmarlre. n long murmure d'admiratiot1 wurut,
quand on la vit paraitre en sa Llanche tunique
de catéchumène et comme trempée de la
lumière donl es seize ans éclairaient son
idéale beauté. J,'éléganci! de la taille; la
nobles e de la démarche; 1a Iran parence du
teint qui lais ait voir l'azur entrecroisé des
veines sous la nacre de la peau ; des )1eux
pareil au mJosotis qui e mirent dans les
sources au fond de la solitude inviolée de
forèls; des cbevem encadrant d'un nimbe
d'or la chasteté du front (les lemmes de l:i

princes e di~aient que, dénoués, il tom1.;aient ju qu'à terre); de fraiches lèvre qu'un
sourire inoénu entr'ouvrai Lsur des perle ·; une
main minuscule aux long doigts fuselés, louL
semblait 'être réuni pour faire de Mll • Pentbiè1Te un modèle de perfection. La renommée
de a grâce iucomparable franchit bientôt les
limite de l:i Gour el s'en alla de compagnie
a1·ec l'annonce d son prochain mariage.
La ,·ille se passionna pour Ille ùe Penthièvre. Paris a toujour élcré au rang de se
idoles les ferumes à qui la Leaalé e l échue
en partage el toujour , au si, Pal'is a fait de
libertin es enfant gàtés. 11. ail gra à ceux-ci
ù'èlre dépcn iers cl bruyants, d"enricbir on
commcrt:c et on indu trie par l'or qu'il
èment à pleines .lll:iins, de remplir ses lieux
de plaisir'dc la douceur de leur vie ,·oluptueu e
el de l'éclat de leur luxe, de l'étonner par
leurs audace , de l'amuser par leur caprices.
U ne fut donc point choqué d'apprendre
que la lllle trè pure du très verlueui duc de
Penthièvre allait devenir la C-Ompagne du duc
de Chartres, le meneur, le boute-en-train des
débauché , le camarade des courti anes que,
journellement, à travers le faubourg aintIlonoré el le faubour" du Roule, il promenait
en Lroupe tapageuse dans e. propres équipages, les conduLanl à ses jardins anglais de
Mouceaux; ce séjour tout rempli de magnificence el de fantaisie, où. la urprise d
périst les d'ALhène et des naumachies de
Rome, de obélisques de Thèbe el des kio ques de Pékio, e m~laiL :iu mensonge gracieux des ruines du moyen ,lge; où l'harmonie el la recherche de l'art étaient habilement
opposées à l'irrégularill! champêtre el à la
simplicité villa"eoi e; où de cabane de
chaume s·appupieot à des p11rtiques peuplés
de statue ; où des amoncellement de roch,:s
bornaient la perspective des arcs de triomphe; où, le long des seuil de marbrE',courait
J'écume des cascalelles el la mousse des sentiers.
Ah. comme la eour du Palais-Royal était
or.,.urillcuse de celle retraite enchantée. Onen
pa~lail am élrauger · . Deülle, dans son poème
sudes Jai-rlins, diait qu'elle emblait avoir
épui é les pre tige de la féerie. Etelle n'était
réellement qu'une île de lu ure aux aLorJs de
la capitale dn royaume très chrétien, u?e Gaprée à la 'ribère; le dérèglement de hab1tud ·
y surpassait fa sé.duclion des lieux eL som'en t,
sur des tapis de ro"e , à la lueur mourante
de lustres, parmi les coupes renvenle , l'ul'gie y retenait, pâmée, la nu_dité des con_\'ives,
prescrite, ordonnée par le prrnce, poW' 3JOUler
un raffiucment suprême à cet étalage de
vice.
Voilà l'homme, ménagé des grands, bien
vu des bourgeois, ympathi4ue à la canaille,
ravie de saluer eu lui ce qu'elle nomme un
heureux coquin, qui, le 5 avril 1769, conduit
à l'autel Mlle de Penthièvre.
Le couple est béni, dans la chapelle du

ne

palai de Ver ailles, par l'arebe,·èque de
Heims, grand-aumônier, en présence du roi,
du dauphin, du comte do Provence, du comte
d'Artois, de ~IcsdJmes et des princes el prince es.
Le soir, il · a appartcmrnl et ji;u, depuis
le salon d'llorculejusqu'au . alon de la guerre.
Le roi oupe en pulilic dans 1~ premier de ce
alons, 3\'CC les nomeau\ époux et la famille
royale. Vingt et un convive ' Ont réuni:; b a
table cl, parmi eux, douze prince et princesse à la !leur de l'àge. Combien de ces
jeunes e.xistenc~ ne seront-elles poiaL abattues, déracinée , tranchée par l'ora"'e tJUi,
quelques années plus tard, Jépeuplera el ruinera ce palais de mcrreilles ! Mai alors elle·
ne rèspirent que la joie el la confian!'.e. Le
prinlemp chante en leurs cœurs comme il
chante ous le omlirages du parc dont on
entre,·oil le mystère par les petits carreaux
des baul · l'enètre du royal logis.

Après les réjouissances données à Versailles,
à J'occas.ion Je leur mariage, d'autres fêles

accueillent le duc et la duchesse de Chartres
au Palais-noyai et à l'hôtel de Toulou c. Ils
e montrent au 1béà1re avec lei,r wur el j
sont acclamé . La poésie et la mucique se
mettent en frais pour 1~ céléLrer.
Dao une cantate ,·endue une liHe 16 ols
chez le ieur Dourdon, aa petit Lôlel ùe Bourgorrne; chez le sieur Jolivet, rue Fran~o· e, à
J'u°ne des entré de la Comédie italienne el
aux. adresses ordinaire d'éditeurs achalandés
du hea.u monde, le prince et la princes·e sont
comparés à Mars et à Thélis. n é~itha)ame
leur est présenté par un poète qui voit en
eux l'alliance du ' oleil el de Wnu .
On s'accorde tontefoi à reconnaitre que le
mérite Je l'origi11alité et du bien dire rerient
à Ille Cos on de la Cresso1111ièrc : celle
muse, dont le Gazettes, qui n'ont pn encore
1 u e le,•er la plâiade des èhroniqucu es mondaines, enregistrent compla.isamrncnl le Yers,
foit parler en ces terme~ le dieu d'hyménée
aux Uryade.-.; du Parc de ainl-Cloud :
O nymplt~s , Ire !!:!1llez d"une ,·ive allés"rcsso.
Vos rombrcs rnnuis vont finir l
A seconder vos ,·œu , le Lcmh-e ùymc11 s'eml'ressc,
JI vous prêjlore un bew·eul- avenir.
n dieu de cc bosquets ou ,·oos prill's nai sauce
• 'urrit en cc lieou jour Il la jeune Vesta i
l,'àmour les unissait déj~ 1

Ces jolies choses se oupirenl aux accord·
ues clavecins, au frémissement des harpes
dam Lous les alons.
fais des écho plus cluux parviennent au:
oreille du jeune couple. Le duc d'Orléans et
le duc de PenlLièvre ont répandu en son honneur d'innombrables libéralité sur le · vastes
terres lie leurs apanages, et cc ont les déIres es ecourues, les souffrances soulagées,
les espoirs relevés des humbles, qui donnent,
au seuil de leurs palais, un émouvant ooncert
de bénédiction' et de vœm.
CoMTE

DUCOS.

LES FEMMES DU SECOND EMPJRE
c;.,

La prince e Mathilde el ses
Par F·· "déric LOLIÉE.

Peu de phisionomics princièrL'S aurunL été
divcr.e · comme celle-ci et mê16es à un tel
mouvement de personne, et de cho es.
e odgines napoléoniennes, son él.at à la
Cour cl hor' de la Gour, durant la période
trionipba~le, le cireonslauccs exceplionncllcs qui firent d"elle la fille d'un roi de
We:;tpbalie, la pelite-fille d'un roi de WurLt:mberg, la nièce de deux empereurs : Napoléon Ier el 'icolas Jrr, el la cousine d'un
troisième, avec une part de !!énéalo,,ie e
provignant de maniere fort inallendue à travers la descend,mce direclc de 1a mai on
d'Angleterre; le hasard des è\'lfoemcols qui
Youlurent qu'à deux repri ·es la coul'onoe
impérial eflleurât son front ans s'y poser;
l!t ·on indépendance &lt;le caractère, ' OD esprit
original, al'eC des cotés d'ou1rance, de singularité; sa ituation qualifl le de proteclriœ
des arts, qui la montrait, à la façon des
grandes dames &lt;le la fünai ·sance italienne,
ënlourée d'une sorte de décaméron d'écri,•aia , de peintres, d'bommcs distingué· en
ton genr ; le perrnm,cl dilct1anti,me et les
inclirw.lions, de nature, cultirée par l'étude,
11ui lui mcHaieut tour à lour le pinceaa ou la
plume à la main; l'éclat intcllec1uel san égal
de ses réceptions, it I a1·is, ou à Saint-Gratien, ' 3 demeure de pr~dileetion ; d'autre
élément encore d'intérêt, de curiosité multiple, rassemblés dans une .eule e:xi,teoce :
11'~l.1i1-cc pas de quoi ju tiller l'empre: emenl
qu'on npportaiL à. se rapp1·ocher d'e]Jt,, à la
corma1lre, à la &lt;lécrire, à la racoaler1
Élel'ée par la femme admira.Lle, Catheriirn
de Wurtemberg, qui avait préféré la prison
du château &lt;l'Elvangcn aux. lri trss(' de la
• (paralion, la p.rincessc ~laLhîlde faillit être
plus que reine.
C'était au d1âleau d'ArenenLerg, dans le
canton helrétique de Thurgo,·ie, ur le lai; de
Canstance. Elle 1' recevait l'ho pitalité de ln
srntimeotaJe Hortense ; déchue de on trônt',
celle-ri régnait sur le rœur de quelque
lldèlt-s cl n ·al'ai L pas a Lan donné le rèves
ambitieux de la famille.
, L~ jeune se de ~Iathilde et sa beauté, qui
s éto.1ent él'eillécs à Florence, s'épanoui saienl
là, dans le î"Oisiuage des ardeur roncenlrécs
et Jes desseins hardis d'au prince de fortune,
.ou parent et qui c oommaiL Loui . Avec uu
fr~rc ainé, dont la muri prématurée devait
lai ser ùevanL lui la route lihre, il arail comhallu dans les l\omagoes pour l'indépendance
des populations asservie ; el, par un retour

~'i&lt;léc. conlradicLoîrcs, coutumier dû la dyna ·Bonaparte, il appelait dt: tous ·c ·
vœux, au nom de la démocratie, la diclature
impéria!.i le. Depui la mort du duc de J\eich·tadl, di paru di! l'horizon comme une ombre
lant!Îmale, quelques-un , autour de lui, partageaient la foi 'lu ïl avait su leur in pirer
dans le prestige de on étoile, affirm:mt que
celui-là ·cul re·Laurerail le nom et la pui ancc do grand Empereur.
MaLhildc, ans d, ,ute, ne croyait pas à cc.Ile
chimère; mais le jeune homme pensiI, qui
mélangeait dan' le fumées de on cerveau
tant d'idées ennemies, qui ru éditait sur l'inégalité des conditions ocialos, poursuil'ait
l'extinclion du paupérisme et, en n1tlme temps,
caressait l'espoir de la domination dans le
luxe et la pompe d·une 'our pleine de îa le,
cet énigmatique cou in intére ·ait, occupait
on imaginatioo. Des promenades s'étaient
répéléès sou les charmilles d'Ar nenherg. n
commencement d'idylle avait rapproché les
aspiraûous des jeunes exilés, el l'on croyait
lie de

ANnou;, PRINCE DEruDOFF, EN 1841.

Dessin ,te LU.NTA.

en pressentir déjà le dJuoncmcnl. Quoique&gt;,
au fond de son àme, le seulimcnt restât au si
tiède qu'était accu,ée l'opposition de 1eur
caracl.àre, elle y rêvait. 11 y peu a. La reine
Hortense en dt:sirait raccomplissement.
... 291 ...

Les folle expéditions ùc Slra Lourg cl &lt;le
Doulogue mirent en déroute ces beaux proj,•ts
d'hyménée. La di ·corde avait éclaté entre !~
Beauharnais el lèS Bonaparte. ,lércime et lt&gt;
siens avaient crié haro ~ur le rêveur, l • téméraire, l'utopiste prétendaut auxqllcl~ étaient
déniés Lous clroil de mettre en oveature, au
délrimenl de es proche , le glorim béril.'lge. Vingt fois il fut écrit et réptllé, SUI' ce
ujet, que la priuccsse Mathilde, aJant alor
douté de la sagesse et de la raison de Louisrapoléou, 'était détachée de lui complètement par le cœur. 11 n'en fut rien. Des lettres
originales de la reine Horlen e, passées entre
nos main 1, atteste11t, au contraire, qu'elle
a.rait subi la pression paternelle et que ses
sentiments à ells n'avaient pas ,·arié, ympatbique el dévoués, sinon pa, ionnés. Aortcn e
r ·vienl, à plu ·ieurs fois, dans cette fraction
de c-0rresponùance, sur le rait du mariage,
qu'elle avait enlre,•u po~si.hle el souhaitable,
et sw- le compte de la jeune prioce ·se :
cc Je n'ai reçu, 1krivait-elle ca 1857 à la
comtesse Le lion, qu'une seule lettre de celle
11ui dc1·ait «~lre ma belle-fille. Elle aura été la
·cule n'ayant pas donné signe de 1ie dan ' un
moment douloureux! Aus i bien, je ne l'accuse pas. la paulre petite. Il n'y est de sa
faute ca rien, je le suppose. on père lui aura
défenùu de bouger la main. ~faj , rnus comprendrez qu'après cela il n'J ait guère Je
rapprochement po·sible. Dans un ma1·iage, à
la suite d'un maria"'c, on s'en souvicndrail
toujour . Et c'e l elle qui en souffrira. Car,
je vous le demande, qui épousera-t-clle? on
père n·a que des dettes .... Et les ion ·ont
difficiles en pareil cas. »
Elle eût :ippelé de se vœux celle union de
Louis-Napoléon et de MaLbilde. On le sent à
des ignes dïr.rilalion qu'elle ne Ji1,simule
pa , sur ce que la chose entrevue, dé irée,
n'a pas eu lieu. Et elle retourne à l'affaire de
Lrasbourg dont elJe arait désappromé l'arenlurcm des eiu :
« J'en l'Oulais li œ cher enfant, qui a été
jouer sa tète, sru1s doute avec l'e poir de
relewr sa famill e, &lt;le l'aider à sortir de ou
bourùier. fai , quand je l'ai \'ll mall1eureux,
je n'ai plus songé à ma colère,je n'ai plus eu
de reproches contre lui, pour avoir troul,lé
~ quiétude; au contraire, j'eus e ,·oulu lui
trou,•er de· excu c , me prouver à moi-même
t. Elles aou- out rlè eoromuniquées par la priuccssc
PouiatowskB, fllfo ùe la comtesse Le Run, auiquetles
elles furent adtllS&amp;êc •

�11lST0~1A----------------------~
1p1ïl :\\'ait hicn o.rri; car je lromc mi,ér,~lilc
de placer la luuan,.e (lu le Lllàme ur la réussite ou la délàifP. »
C"est quo le nc\·eu du grand bommr, :uu:
yeux de la famille, était un ,•isionnaire nuisant
d'une manière fJlcbcu e par son obstination à
poursuivre le fait préde tin.S, au repo., au
l1ien-être, à la réputation des Ilon:ir arte.
« Jusqu'au père, qui lui . up1,ri111c sa médiocre pcn ion de jx mille fr:incs, parce qu'il
a osé entrrprendre, agir, .ans le con,ulter,
de mèmc que !"oncle (.lérôrne) rompt le mariJ.at', pour le même mnliL ... Qnaut à Ct'lle
dont vou nrez vu le portrait (la prince. se
~l.1thîldr), elle a mieux écoulé la 1•oix &lt;le son
cœur. Ct:rt,··, clic a1ail li&gt; d~sir d'é11ousl·r on
cou in, car. un jour. elfe r11pl.iquail b. sa
mère, qui lui en parlait :
« - J/ais ce je1me homme esl, dil-on,

charmant.
« Et, répondant aux apprél.en~ion de sa
cousine, elle ajourait :
« - \'raiuwnl, ei la nut
bien la peine qu'on risque,
pour l'allcindre, J ·al'oir le cou
coupé.
« Yon •O}'ez le rarntlèr,•.
Et comme oa conLinuaiL ile
.s'en !retenir de ce que ,·en ait
de faire son con. in :
« - Je l'en aime davantage, dil-ellc. ij
Per év~rance d'amour el dé
coafianèd d'aurant plus .:cnsiLle 'Ill 'elle était ~eulc à la mauifc ·tf'r.
&lt;&lt; Le pauvre cou in, conûnue
Li reinl! llorten c, est l1t)noi,
abandonné par tou , .... Il a sa
mère, au moins, el cdle-1/1 sait
qu'on a urtout be~oio d'elle
dans l'infortune. u
e voilà-l-il pas un en emllle ile déclarations précises et
qui renversent liien des uppo ilions avancées sur lïaconstanec des sentiment dr la
princesse füthilde à l'rgord
du futur empereur?
Elle était retournée d'ahord
à la rour de Wu:rlt'mlierg, pui
en To ·caue, an près de Ji!, omc,
sou père, l'ex-roi de We~lphalie, do11L les coffre Léanls appelaient Ja chance proYid~ntielle, la pluie d'or qui le remJil1rail. Grâce au sourire de e
,·ingt aos, aux ·ducliollS de
sou esp1 il et de rn personne, à
l'éolal de ·on varcntage, elle
u'cut pa à chercher des lCUX
l'épotLX fortuné aus i longtemps t[UC emLlait le craindre poul' elle la d,àtelaine
d"Arenenbcrg. à eau e de la médiocrité relati,e tle a dot. Pendant qu'elle résidail au
palais Odaoùini, elle avail tllé demandée pluieur~ foi . Un Strozû s'était présenté. Un
iguado. Le JJèrc de cdui-ci, le ricbi:.sime

mnr11ui A!~uado, a,·ait promis des millions à
la dizaine si on 61 parvenait 1t se faire ng-r~er
de la nièce de Napoléon I"'. Étran1re particularité, circonstance peu connue : le même
A11 uado, refusé par Mathilde, devait reporter
ses vue sur la blonde Eugénie Je lontijo.
Un le vit pleurer à chaude larmes, chez
Hamel, parce qu'il aYait appris qµe !"t'mpereur, pa anl ur le chemin, lu.i a-..·ait soufflé
ce rêve.
~lathilJe, qui se répandait extrêmement
dans la Ol'iété de F'lorcnce, avait jeté les yeux
sur un étran"er, dont la prestance était uperbe sou l'uniforme circ:hien. Son dé. ir
dti jeune fille a\•ait volé ver le comte Anatole
llemid 11f, prince to can de an Donato. , e
dêdarer- en a ra\'cUr élail prendre une détîion barJie. En . 'y porlanl, elle ne de,·ait p.1s
ignorer 11•1'elle contreviendrait à une ccrèle
iutenlion dt! l'empl•rcur Je
sie. Il falJait
r1u&lt;! la voix de la pa ion fùt la plus forte,
CJr elle po•11•ail envi ager &lt;l'autrrs e. poirs.

nu

PrUNCES,K

'LOTILDE.

C'est un point de a ,îc que, lonrrtemp après,
la prince se voudra rappeler, lor. 4uc, en un
petit comité dïuûmcs, elle se plaira à relrou \'er son passé et à re\"Oir ce qu 't!lle au rail
pu être cl devenir. Dien qu'il considérât 'apo-

léon Ill comme un pnnenu et qu'il alferldt,
à traver ses politesses diplomatiques. de ne
pa le traiter à l'égal des rois et des prince
de ,ieille hérédité monarchicrue, le tzar avait
cares é la fantaisie dé donner à on fil
Aleiandre la main d'une N:ipoléon. Et celle
qu'il avait honorée, privilégiée de son choix
impérial, s'y élail dérobée pour obéir à un
entraînement qu"elle aurait à ri&gt;grelter, un
jour i.
a Jamais je ne vous le pardonnerai, »
c'esL lt! m'lt par lequel il l'avait accueillie,
dan un premier mouvement d'irritaliou,
lorsqu'elle ·e présenta, à .a Cour, sous le
nom de comte e Ocmidoff,
Anatole DemidoJT, prince losc..1n de an0'loato, n'a,·ail pas 'lllC ~a haure mine et ses
ti Lrcs; il était consjJéralill'mcnl riel.te. on
père avail été ministre de llos~ie à Rome, à
Florenet•, el, ce qui 1•alait mieu:r, posRédait
dan, l'Oural des mine , qui alimeoraienl intari ablemeol on lu1e du salr~pe. La maison
d11 c·omLe IJcmidoll' ~laH lu rendez-1·011s du ton lrs ~!ranger~.
Il lui 1.lni~ait d'a~wci,·r les
"1.:11s eu l"uulc à ln vision de ses
riche se ; c'était la faibles e
de cet homme, dont la mngnificence 'étalait lourdement,
a,,ide d"élom1cr, d"éblouir.
s:ilons, surchar,.,és d'or, étaient
renipli de tab 1caux, dt: l1ro11z1•., de mafac ùiLPs. Aux grands
jours dt: réci•plion, on expo. ail
sou di: viLr,nes les bijoux les
plus précieux; el, COLl)mc on
étai l peu difficile sur le tboix
&lt;le in,ités, deux dome tiques
fe royaienl placé en suneillance pour garder de fa Leutalion les amateur indiscrets.
ll teuail à gages une troupe de
comédiens françai I qn'1l avait
arrêt,~s, dès on séjour à Rome,
quand il Cahùt jom•r, en rnn
pa lai· llu, poli, dt:s l"audc, illi:s
du G·mnasc. Maladl', ,ieilli,
perdus, il n'arrêta point de
donner des fèles; el, plus Ja
(vu.Je e pressait. curieuse el
lapageu e,dans essalons,plus
b'l"and étaiL on contentement.
Uu lt: conmüssail, de toute·
paris, rour ses siogularilés,
pour on ra te asialic.1ue, d'où
le bon gnr'ilet la ml!Sureétaienl
ab cuts. 'a Licntaisa.nce n'était pa moins notoire; on a mil
1t lui savoir gré d'actes de libéralité illÎcus compris el plus
uliles. Il cr~a, à Florence, une
pn\cieu c galerie, une école, un
a ile liliéralemenl doté. À sa
mort. l'opinion jugea que le
comte« Nitolo II avait rendu des services assez
ltLrge à la ,·illedes Médicis et ryu'on lui devait
bien uue statue, qui fut éle1·é~ ur l'une dè
places pu.bliq-ues.
1. Le roariag-e eul lieu le 1" novemlire 1840.

'--------------------------.Anatole Demidofl', à qui le grand-doc régnant avait conféré Je titre de prince de SanDonato (du nom de"ses propriété en Toscane),
continuait et amplifiait cr lle large ex.i tence
de hue, d'activité arti tique et de philanthropie. fl y découvrait plus de discernrment
et de eu.liure. Le domaine de lettres ne lui
était pas îermé : on goOta de sa plume des
impression de voyoges, puis des articles en
forme de lettres, que publièrent le De"bnts,
sur l'empire de Ru sie. li avait la réputation
ju tifiée d'un fécènc. En épurant cl en enrichis aot la collection qui lui fut lê"u~e. il
l'avait rE&gt;le,·ée d'un haut pri~. Toutefni , il
n'avait pas hérité que de goûts rl de l'opulence de l'auteur de es jour , mai de lubie
11ui les accompagnaient. li etaiL brusque en
ses geste , fantasque en son humeur et d'allures despoliqurs. Il avait, en particulier, la
jalousie traca ière el violente, quoiqu'il y eùl
moins de droils que personne avec le licenres
qu'il s'accordait à lui-même en matière ~e
fidélité conjugale. Car il était ardl·nt aux plaisirs et menait son train à folle allure. Par sr
dons natUJ'els, ses qualités de race, son élégance, on Pût pu croire qu'il cédait à l'entraî_oement de pa sions inspirées, jusque dans
les milieux folâtres où 'égaraient es fantaisies. Il n'en était rien; on rnvait, parmi s.:s
familier , qu'elles lui coûtaient très cher, les
demi-mondaines auxquelles il sacrifiait la
po session d'une des plus belles princesse de
l'Europe.
Il jugea, cependant, certain jour, qu'il
arail à se plaindre, qu'on l'avait lésé dans
ses droits exclusifs, el il en maniîesta ~on
déplaisir d'une manière toute caucasienne, qui
rendit inévitable la séparation.
On était revenu do Pari , où le com1e el la
comtesse Demidolf occupèrent uo superhe
hôtel, rue aint-Uominique. Une grande soirée
avait lit'u ce jour-là, dont les salons da château de San-Donato étaient hi théâtre étincela.nt. Le bal entremêlait le couple étourdis
de joie, de lumière el d'harmonie. Soudain,
au milieu de ces da.oses animées, en présence
de plusieur centaines de personnes, qui s'arrêtt•rent clonées ur rlace, !'aisi d'un accès
de jalou ie irraisonnée, ~auvage, il alla droit
à la jeune p-rinces e sa femme et la rouflle~
sur les deux joues. Oevaot cet outrage public
elle étail re~lée san parole;. mai , se re aisissan t bientôt, elle e retira dan son appartement, ·y enferma jusqu'au matin, et, sans
revoir son mari, elle quitta la demeure et la
ville, afin de se rendre imméditi.tement à
ai nt-Péter bourg, ne doutant pas qu'elle y
trouverait prote, lion el justice auprès de son
on clc maternel le Isar Nicolas 1°•. L'empereur
fut d'autant plu disposé à los lui accorder
qu'il avait de l'allachemenl pour elle el n'êprournit aucune orle de complaisanc , au
contraire, lt l'égard de Dcmidolf,
n 'agissait d'un ujet ru se, apnl la majeure parûe de es Li1•ns en Russie. Nicolas
pouvait parler, trancher en maitre; cnr il
avait sous la ruaiu les garaulie~ dt soo oLéissancc. Il cntendiL rnrveillt'r lui-même les
arrangement de fortune qui a ureraicnl à

17'

P~1NCESSE JJfJff11lLDE ET SES AMIS - - .

a nièce ~Jat.hilde une large indépendance,
ordonna la éparation, exigea que OemidolT
erYît à la. princesse delll cent mille lh•re
de rcntP, et défendit qu'il séjournùt aux. mèmt&gt;s

PRINCE ~ APllt."É.-Olf.

résidencesqu'elle. Le princedcSan-Dooato, si
volontaire, a.vail dù plier, celle fois, devant
une volonté plus rorte que la sienne.
Anatole Dcmidolf a porté, dans l'histoire
intime dt: Y,1.tbildc, la responsabilité exclu ive
de leur désunion. li g:Hail les dons d'une
éducation brillante par on in tinctive vioJence et par ses habitude dcdi sipation effrénée. Pourtant, fut-il le eul havoir des lort ·1
'es LransporlS jaloux. ne lurent-ils que de
pure imarrinaûon7 li serait équitable de plaider, au moia une fois, en a faveur, les circon tances atténuantes de son geste. Yathilde
étail belle, d'une beauté provocatrice d'aLLentions et d'homma!?CS,
elle fut très entourée.
0
de flirts, en cette ville de Florence, et qm
devinrent pre. ants avec le baron de Poilly,
le capitaine livien, avec 'ieuwcrke.rke. Tout
autre que Demidolf eùt senti pa~ser un vent
d'alarme sur son front. En bonne justice, on
l'aurait pu lraiter moins rigoureusement.
li subvenlioouail en gran~ seigneur !'exi tence princière de la remme quïl a'lait épousée, et qu'il lui étail interdit de revoir. eulcmenl très ta.rd, qu.and Demidvfi', osé de
' ne era plus qu'une rurne
. w·a~te,
'
plaisirs,
on n'y fera plus oh taèle : « Que vou importe, maintenant! :&gt; dir~ le tsar ~lexandre.
Il avait es ayé de s ou1rrir des voies vers la
réconciliation en Louchant le cœur de Mathilde
en ce qu'il a.vail de plu sensible : un culte
profond pour le pa. sé, en faisant parade de
,entirnenls bonapartistes chaleureux, en ach~lanl la villa de l'ile d'E.lbe, où Napol11on a\'31l
passé ses jours d'exil, en y raE en.blant des

relique ùu plus grand prir .... Vainement.
La place était restée chaude où a main avait
frappé et le ou.venir cuisant dan l':lme de
Mathilde.
Celle ilme fière el napoléonienne n'avait
pa reru é, cependant, une appréciable part
de sa fortunr '. Et la situalion mondaine de
la belle Mme DcmiduIT, que lriplt'ront pre que
les dotations impfriales, pendant les dix-huit
années que dorera le régime, était de celle
qui aident singulièrement à Lriller les femme
d'esprit dont elles sont l"heureu1 apanage.
~n 18i7, celle princes e françai e élevée à
l'étranger avail dtlJaissé les cit'ux italiens.
vec une mansuétude dont lrs Ilonapartes
r.e s'cmpres~eront poinl de ~uirre l'ext'mple,
lorsqu'il, eronl à mème de le faire à l'il1?ard
de. princes d'Orléans exilé·, Loui~-Pbilipfc
a,·ail au tori é .lérôme el a fille à rentrer en
Fra-nce. Mathilde reçut l'accueil le pins tlatleu.r à la Cour du roi. Elle était en première
ligne parmi le, h.ibiLaé!' de soirée intime'
de la reine Marie-Amélie. Elle se lia d'une
affeclion franche aYec le dnc d'Aumale, dont
l'inlellirrence, comme la sienne. é1ait noYerle
aux idées de ln plus large tol~rance. El cette
estime réciproque persista bien au di:.là de
circonstances qui l'avaienl foi t naîLre. Le
temp , qui efface tout : amiliés ou rancunes,
gloire ou défaites, fui impui ant à l"nrnoindrir. Après laol de révolutions accomplie ,
on de,·ail vo:r encore une Bonaparte fréquenter le chùteau de Chantilly, cl Je duc d'Aumale
s'asseoir à la table qu'elle pré idaiL rue de
Courcelles.
Des événements ignillcatifs se rnpprochaienl. Au moi de eptembre l i8, tandis
qu"elle étaiL aux. bains de mer rle Dieppe,
rnn cou in Loui -Napoléon, arrh·é à Pari ,
était descendu à l"hdrel du Hhin. , on exil de
trente-qnalrc an avail ces é: il Lom·hait en
homme libr~ le sol du pays qu'il a,·ait quitté 11
huit ans et où il n'ètail renlrtl que den.X foi ,
en pri onnier. li ne connaissait personne
clans celle capitale, où il brùlait de 'acquérir Loulle monde. Et le nerf de la poli1i11ue,
qui est bien le mèmc que celui dol la guer~e,
lui faisait d faut. Le avance de m, ·s
Tloward s'étaient évaporées. A œlle Lieure
critique, llathilde lui rendit un éminenl service. Loui -Napoléon lui avait d~taché un
exprès à Dieppe. Elle accourut. La sêparation
avait ét.é lon.,uc. Leur première entrevue
accorda que1t1':ies minutes aux rappel ému,
du pas e; puis, il aborda la question es entielle, ~ po ant que I" argent indi,pensable
pour mener à bien sa campagne électorale
lui manquait, et insista sur la néces ité d'un
effort, qu'il prévoyait henrelll.. Malhilùe ,·ida
on écrin; ou, pour le dire plos e actement,
elle engagea ses diamants et ses perles, qui
étaient fort beaux, el en nrsa la somme à
son cousin. Elle avait agi de confiance el
dan un élan de son cœur. Elle n'eut poinl à
le regreller. 11 oLlinL son mandat législatif,
premjer échelon; il. fut président, dem:ième
L 1c total de celle rculc annuelle, ser&lt;i.:. p:u- la
famille Dlllllidoll' duranl Ulle ~innlaine ,l'année,,
11l\l:'inolra t1nn leweul une rlouuine oie million~.

�... -

111STO'l{1.Jl

degré \"l'rs la dictature. De reparle d'alliance
entre ~fathilde et Napoléon des notations précise. nnw sont panco ucs; des :ictcurs ou
témoins dLL momenL en con irroèrcnl exactement le soul'cnir 1 • Est-il réel, comme on l'a
prétendu. 1pie le _prégident de la fü\publit1ne,
après le coup d'Etat, lui :i.il renou\·elé la demande de mariage faite :l\'anl Doulognc et
qu'elle ail rrponssé le diadème 1 Est-il l.iien
1rrni qu'à l'o[re d'une ctluronne elle ait r6pondn : « Je préfère dticid.émcnt l'indépen&lt;lanrc. qui inc permellr:i d':iimer •1ui j':iimc
et cc qnc j'oime. o li est permis J'en douter.
Lrs affirm:nion , qui &lt;:.e sont répétées san.
preuve 11. l'entour d'un détail rom:ine que,
nouslais~enl sceptique. La prinresse )Jathilde
était encore la comte . e Demidolf1 • Et les
attentions de l'empereur commençaient à se
tourner vers uTI autre objet. 3fais il e t plus
plausil.ile qu'il lui ait tenu ce langage, ou à
peu près : « Ju qu'à ce qu'il y ait une impératrice en France, vous êles la première ici
el vous prendrez toujours ma droite. n
,ra thilde, assistée de quelques dames en
ande faveur comme la marqui e de Contade , faisait le honneurs des alons de
l'Lly ée. On a dit qu'elle 'en acquittait avec
une ai. ancc et une grùce parfaite . Dans
l'iutenallc, elle recevait chez elle, et préparait la rnois_on pour le prince-pré ident. Elle
amrnait à lui toutt&gt; le · illru,tralion et tou les
le!- in011r.nce.,, q-u'l-11,· arniL réunies en . on
ccrclL•. Elle n'cul jamai. plus d"a·cendant. Elle
n'arnit pa. Sèulemenl uu alun, mais une
Cour, oi1 nal1uirent cl s'entre-heurtèrt•nl bien
des rivalités. Ceux qui la virent alor, , et qui
en ont témui crué, a urcnt d'un aœord nnani.tne r1u'clle produisait grand effet, aYeC .on
profil de médaille romaine, ~e JClll brun
cla1r, lins el expressif', .es cheveux supcrbt:is
d'un blond cendré, se ' mains ariblocratiques
cl l'ha1·monie de Lout on être.
C'e t chez elle ryue on tou~in arnit renconlril, la prrmière fois, Mlle de Montijo; ce
fut elle qui, la -prcmièro, rrçnl ln con11dence•
de re ptOJl'l J.'a01on.. qu'elle n'avait point
approuvé. Les choses allère11t
au-devanL
de leur accomplis~ement. Peu de jours aprè
l::i solenndle cérémonie, elle étai L invitée à
diner aux: Tuileril! . L'emper ur, me racontait un témoin de ce diner, la comte e Walew~ka, 01ait ~ a ,lroite et à sa gauche Jatbilùe et lady Han"lton, cnrre le. quelles
avaient Ootlé jadi~ ses v1-l1éités byménéennes.
A l'une il dit: « Mathilde, i vous l'aviez bien
voulu, vous seriez ici maintenant'. &gt;&gt; ,\
l'autre : « El vou~, llarie, il me semble que
von n'auriez pa été trop maJ non plus à
celle place-là. l&gt; liais la page était close.
Par uo effet inévitable, l'~toile de Mathilde
scintilla d'un éclot aJT:iilili. Haussée par com-

pcnsalion an titre d'~\llc,;se impl:rialc, la
princes c Mathilde continua de rccC'·oir crux
qu'elle avait distingué , auparavant, de c ·
sympathie .
On n'ignoraiL poinl qu'eJle a,·ait été l'une
des prP-miùre · offeclion Lcndrcs de t.apoléon ru; et de certains C. prits ha ardaient
le pré. a!:C que plu de bonheur el de . êcurilé
eus ent été garantis à la France, .i le sorl
eùL voulu 'Jll'il rcnouâL sur le lrùne leur
fiançaille:; :in Ire[oi rompue: . Le id 1e pcronnelles de \l:tthildc. on inclination sincère
au libéralisme, la pr,\férenœ manifeste qu'elle
montrait 11 parla:;er les opinion plus clair,·oyantcs en matière de politique extérieure
aus.i bien qu'intérieure du prince Napoléon,
auraient été le gage, uppo·aicnt-il , d'une
in □ uence plu salutaire que celle dont se
trouvail investie, par le coup le plus imprél'u
du hasard, la trop ,i\·e C'L trop imprévopote
impëratrice Eui;énie. Peut-être. liais cllemême, on doit le confe ~er, avait aussi es
algarades, se pau sées capricieuses, ses cntraincme.nts d" opinions, qui n'étaient pas Loujour du patriotisme le mieux raisonné. On
s'apercevait de re te qu'elle avait appris à
peu er et à viHe bor de France. En pl,·inc
guerre de Crimée, .ous l'impres.ion d'une
lettre, qu'elle aYail reçue Jlalleusenuml dn
tsar el qui commençait par ces mot : « En
vérité, je ne ais pa. pourquoi la France me
fait la guerre, » elle arnit affirmé haut .es
tendances slavop!ule ; on eut la surpri e de
voir la cousine de l'Empcrelll' carre.pondre
avec uu chef d'État contre lequel on paIS
était en guerre. Ce 11ui n'était point, évidemment, pour réJouir Napoléon lU.
LA princes e Mathilde aimait l'Empereur
d'une affection dynastique. L'incompaliuilité
de leurs oatures n'en était pas moins lfagrante :
(t
loi, déclarait-elle, je n'aurais jamai
fail mon chemin al'ec Louis-Napoléon, parce
que je rais droit devant moi. sans biaiser
dans mes mols ni dan me acte . 1&gt;
El, revenant de Compiègne, un oir, elle
ajouLait en pré.~ence de queltrucs anditcur ,
qui ne l'oublièrent pas :
a ~on, non, nou ne pomion. nous entendre qu'à demi. Qu'est-ce que-vous voulez?
cet homme ... il n'est ni Ou\'ert, ni impressionnable I Rieo ne l'émeut.
« Un homme qui ne se mel jama.is en
colère et dont la plus gro se parole de rureur
esl : « C'est absurde! » il n'en soorne jamais
plus .... Moi, moi, si je l'avais épou.é, il me
semble que ju lui aurais cassé la tète pour
savoir ce qu'il y avait dedans. ))
A. sa table, elle lai sait tomber des paroles
de franchi e osées jusqu'à l'imprudeJJce, des
a\·eux. dépouillé d'artifice jusqu'à l'ex.trême

étourderie, comme dans une fin de (liner oi1
elle disai!, sans prendre garde que des échos
en re,·iendraicnt aux oreilles des hôtes clc
diut-Cloud :
(&lt; .le o'ai jamais désiré la chute de Louisl'hilippe, _j'étai: plus heureuse sous .on
règue. D
Tilute détachée d'ambition qu'elle voulût
paraitre, ces mots-là trahissaient un grain
dr rancune, rour des déceptions éprouvées,
et donl l'impératrice a"ait bien sa par!. Eugénie et Mathilde, qui se rapprochèrent après
la terrible année, et, dans un deuil commun,
t, l'occa ion de la mort du prince impérial,
s'entendirent beaucoup moins en leur jeune
temps de sonverfillle triomphante el de prince e opposante.
Lorsque, le 28 janvier, au soir, dans le
cérémonial du mariage civil aux Tuilerie ,
Mathilde se vil désignée, ainsi que son frèrE',
par les droits de la. rarenté, à conduire l'auguste fiancée vers !"Empereur, quelles pensées
de com1J1raison cl de regret avaient dù visiter son esprit en e remémorant les circonitances qui l'avaient pousséè, elle, la nièce
do fond:iteur de la dynastie, à choisir l'union
sans joie, l'a sociant non pas à l'âme ni au
cœur, mai à l'immense fortune do Demidoli?
On n'en pénétra pa.s le secret. Mai ce qu'on
savait mieux:, c'est que l'harmonie lais~ait
grandement à désirer entre le deux femmes.
dont l'iiolithèse était complète el de caractère et d'1J~es. Taodi 11ue Napoléon avait
gnrdé à ·a cou. ine une. invarialile a.mitié,
l,&lt;;urrénir:1 s était éloignée d'elle graduellement,
~1• m,mtranl le moins po'-sible à es réceptilln et ·en tenant avec la nouvelle Alles e
•mp~rialr ur un lon d"~liqaetlc el de cérémonie. Dt! inter\•alle d, J-ifaveur e prononœrcnl, dont le ympl!lrnes parlaient clair
wx regards pcrspic.1rt-s. 1,11 printemps de
1 57, on ne l'ut pa, ,,ans ren1:m~11er que les
diners de la Cour se suinùcnt de près en
l'honneur du grand-dui. Con -tautin, et que
la prince~se Mathilde n'1• aYait pa encore été
imitée. Était-ce ombre de fùcber1e, d.EpiL
l~crer parce que le grand-doc, à son arrivée,
avait re11du la première ,·i ile à ~athiltle
avant les autres membre de 1a famille'!
Était-ce pour une autre raison? Le fait ·Or,
patent, était son absrncc, dans Cès lie~ es
officielles. Le 5 mai, il y a,·ait bien eu là
deux princesses, deux vieilles rabâeheu •
fort peu arnna.ntes, insinuait cette mauvai e htngue de Viel-Castel; mais elles
n'avaient pas remplacé la belle et souriante
sœur do prince r'apoléon. Dans une autre
occasion, le rrîroidi • emenl de relations
s'était aggmé par la chaleur qu'elle a,·ait
mise à soutenir la eau e sénatoriale de SainteBeuve, qui n'él.'.Jil pas en cour.

1. En pnrhctl!icr, le marechal Co.nroberl, dont le
noirs ,1111 ôLè rasi;omlMe, el (ùndues p1.1r )1. C.erlllllia

dud1c, rie Padoa.c. 1 Vous me fcnei grand pltisir,
écrivait-il, le 5 juin l83i, à son père le comte de
aint-Len, l'ex-roi de Hollande, ùc me donner ,·olre
avi . ur c,:,tle al\inucc, 11uoique je ne sois pas très
prc·se ,le me marier. • L"ann 1e sniV1)nte, on re'"inl
sur u11e idée ,Je rnarfage, au sujet du prince Louisapoléon : il nvnil alor 1in1It.-ser,1 ans l'l luihilnil la
,·illa &lt;l'.\rolneol,erg. Le l,rmt êlait répamlu san•
rand fondcmer1t quïl 1111 it épouser la rein~ Jona
faria tic Puri ugnl
.En troisiènm Ucu 1iar1ui1 le proJOI d'alliance avec

la princesse ~lnlhilde. li lu ~uite de l'affaire de
Bouloirnc. 'etanl ,had/J el 1•ê idanl en Anpfotrrr~,
il tl ta1l ,Jc,·enn amoureux 11"utHl Jt:Ullc el d,nrntanlc Anglnisc, m,ss Emmy no1Vlcs, qm dememai l
av 'C son l,cnu-1'1·/•r~, - circonstanco è tr,O)'.!"C Ill c111pr~i11le ;l'un• couleur de lat alité. ÎI Lhisll'hu1•,-t. il
Cru.n1le11-llomie. c'esl•lt•d ire ,!ans la propre maî.,1111
uù tlevait mourir, \ÎU)!l-six ~ns apn's, ~opollion Ill.
Le m1riagc allait SIJ faire; il fut rompu, lorStJU" miss
Rowles eut appm la li&lt;u,on qui cxiot111L entre le
pr iuee cl miss li owa rd.

,,te

0

n~r~•-

2. Il ne foui pas 011Llier . quo le di\,orœ "" fut
jQlllllii prouQIIN! ••nlru )latbiJd., r t le prince de an·
lJonsto, •1u"il y· av-J 1I $ep:1raliou el uon ,lh·nrcc, et
qu'elle élail restée de son nom Mme Dcmidoff.
3. l.e : janvier IIS5i.
4. A vrai ttin.•, elle n"a,,oil pas en les prémices J11
cœur tlll son coW!i n. .Au mois de juin IS31.. l.ouisi'iapJli\on a~ait jeté Sij~ uc. malrimornalcs sur la

"" 294""

Cllch4 Braun •t C".
PRINCESSE

l',lATIULDE.

-

Tabtea,, de LOIIIS· ÊDODARD DuBIIFI'!, (Musée de Versailles.)

�Ut

PR,1NCESSE

111ST01{1Jl
écll·cliq111' qui piit i'tr •. llonaparti~Lt-~, J,: •iOn préh!ndoit 1111c l'impérnLtÎl'O ~c cnlaiL chiffre, pour ~ou tenir I' élal de prince ~e d:m.
limi. lPs, r,:pul,lic;ain llll orlê;111i. tl! ronr,,nle
mondé!
"alhilde
at:iil
.cmntif
dïrriln{roi. ~1:e de la Jl'lpnbrilè d·· ~falhildc, d · . nedaicnl 111 lonlt. Ir, nuan •,, 1.&lt;·~ pron-ramni,·,
tion,
à
l'l'11ronlr
de
l'l' fri·r1•, ~i r, m'.1.r11uahl1•t•~. riu'elll• ,,Llt•n:iil ru
dunn:ml la pdne
,i1:iil'11I
IJ.1nni. th• et· nl1111i1111' 111i. tt-s, où I •·
J'è1r aimnht,._ el qu\:nfin tri· faible Hail m .nt Jvn :, J,· cd iltrnn•~t• J:t1i111c-. '•,p,Mon. opinions rarlirulièri·, n',:l\3Îi,r,l p:1: 1 ~e trnJonl l'e-pr:L pou,,Jil :'éleva ~i hml el rai~•Ill 1P ·ir clc l'n,oir pr1\ J'ellc au Tuilerie .
hir t'l ne 1l1•1ai,•11I pninl. 'arfichrr .
.\u urpln,. l1•11r m:\11Î,·re J rnir, Jc pt·n •r, . ouner ~i ju:h', 1·l qui, m,11lwnr ·ll~l'nwul,
I.e nl11n cil• l.1 pri11r1· . • "athilJe n'a 1•:1
comprom,
Ltail
11111I
un
di.,r.un
cl
lui-m1•111e
d.: rroin·, 11't:1ait.&gt;11l-l'llc~ p:i: t'll oppfüilion
L'I! d'i:•!:!I, au
I e Ît•cl1•, 111lllr 1, durél' de
par . 1· · a l •: nu ~ parole ·.
,1h,oluc '!
~on I rnpirr.. C1· rut un~ ,~ri1aùl' i11,1ito1io11.
«
C\U
un
1'.tn•
irnpo
,il,le,
déd:uai1-cll,•.
Cntholi,l'lf 1•11~~i111111fr, 1·1,:riral • , l'ci,·c~,
~in. i rp1•' m l\·~primail \![ml \t,:&amp;re . Il
l'ug,:, i,• puus,:,it Je toulo-. . ,.·. furr1 la puli- .1 • 1• &lt;ai~ lii1•11. cl nou Olllllll' LOU .• l'll
•· 11rol ,n.,.,a
au Jul.1 d'un J,•mi- ;i,d,• ,:111
•
t)
,.
lÏtjUI' impéri~h• ~ foire pr :Jnminer l.i .O\ll'C- Fr;i111·c. Jt• ct'I a,i·. u
cc,-}cr
J\•tre
l~
fn)t'r
par
rxrcll
·nrc
J,•
1•,Q11311J il fut 11u,•.,1io11 du nJ:JrÎa!! • Ju
r•i11clé h·mrordle à l\,,m,•. ,1.,1hil1I• • ~i Li n,·eilla111 •1111'dlc. c m,,1111à1, indi,·idm·llemcnt, prinrc i:'iap1Mon awr la llll1• du \'ictur-Emm:1- prill.ùpari11·il'n.annl:,., le.· plu~ ,oruptu ·u ts, le,•n f,m 1,r J"u11 ;,l,hé 1'.&lt;11p11·rc,u, n,ail horr,·ur, ntll'I, la p11t.li1(lll: t l ér~rc Clotild~ ·lit! \ 1tail
plu, rornph:tr~ de cdle :iC;JJ.lmit• m:ithilcoll1 1ivt·m·•11I, d : cardirnu , Je 11rèir, . el l'1·ri{-c pl:ii,:immcnt :
dienne,
r lèn·11t du 1-cond Empirt!, qnwJ
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Clotit.le,
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dé la d11111:1u1io11 p.1palt•. En ron--11111 ·ne•,
cil.· e tr11111·:\il dlc-m1\m • par .on noUl, on
Ji.1hl,
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l,énitiPr
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a
t::11;;1:11ic t,·1 :1ÎL
1Ji,1a111·,· la prinr . · · \ln.\ l'cmpl'rl'ur, un jour '111'011 proposait nn 1•11tnnr~••1•, &lt;:(': condiliou et ·on rail" portée
rhild.1·, 1·c 1111i rcnd;l'l un P"" fur ·: le r,:,11011d~n, le pl11, •tillld ln,rrc.
c..,nwnl Je cdk'- ·i :iu1 pompe Ju w11nil • arcro1,,cme11l de do1nti11n pour J 1, ùmc. , Il,·
!:Ile 01! , \ ro11i11:iil p3 c cl11 Î\' m, nl.
n':1rni1
pu
s'cmpèchrr
de
tlirc,
J:,11,
un
frlal
11fliri1•l
Eli" eul 1111c pl1:1,c lrt&gt;· 1•xtéricurc, où l'un
dl'
rr,
D
·hi,e
tÎl'II
moin
IJUC
fr.li
•rndle
:
Il 1;ùl fallu, pour1J1i'cll~· r cr•;)l Olll' action,
n',111rail p,, ronç-u. :in ,11ù·lhi • p:irtkipùt,
t1 \'ou. 111: .a,·cz donc pa.· 11ne 1 ·apoll:On
1p1'un l'r, 0111.ll roui au moih . \lai son b •ure
110l' Ît!lc de h:iul rnm11!3niLê. l)an , les s••ir 1e·
t·~I ,otrc l'JlllCJDÎ le plu _ acbarné : ,ou Î"IIO~l.iÏI pa,,-1'. •.
Irai •,li •.. elle llll d,:d ,i·•wtil pninl J'arrortcr
O'uuc m311irre gfoéral,·, il c l à propo. de re-,. donc ce 11ui dil cbr 1, lui! 1
~a
nolt• uriui111ll' &lt;'I li!m:. ,\u counnl de l'uifl11 le 1oil, l'e,pril d com·orde n'était pa
con. l:tt r ,1u 1· lien, d • famille, chci li'~
wr
1 61, ell • ·'était f''3Il: • d'une im:1;;i11:i1 'apnléon. ti&gt;naicnl moin
aux allach du un ·! $ apan3"C d • I, fomifü· r lwnantc.
1ion faota.quc, 11ui lui 11 ~.a p;,r la lt•h•,
,1athild11
OP
•
uhail
)t!.
ré
~•ption
dn
1:1
cœur qu' de raison dyn.1 ·tique· ou à de
cour 11u'au1ant qm• l' eiigeaicnt on rang cl pour un bal co ' turué, cl1él Moru •• [Ile ,·l
mol,il, iutér · .é .
était r.:ntluc, non pa. en marqui,e rocaille,
\lathilde ut d", bord l'occasion d se 1 circ nstanc •· on humeur prompte ju-non p:is ·n Diaue cha5 rt' , • mai en p~uqu'h
l'eilrèmr.
on
amour
de
la
n;rité,
fùl-f
•
hrouill r a1cc ..on pèr•, Jérôme, qui n' 1t.ail
, rcs c, ,ètue do l0tp1c , de~ loqu~ Je
à
•
ri.queel
péril.!,
,e
lrouraitnl
mal
n
pa. ju. lemenl un modèle dt! \'Crlu, en tant 11ue
modèle
nrran,.'· ' p.ir on p intrc ,iraud, et
purl'l: de mœur , délicate e de con. ·ieoc.e J'ai. e dans ce mîliuux de di ~imulation •l de
la
figure
couYerl d'un mlll1111 •(·11 lil dl' for du
conrli an rie. Aus,i ne lui donnait-on pa
l dé.intérc . menl. ,'' \la-t-011 pas jusqu'à
pln ,ilaio efii:l qui la rcndaitmfronnai saUc.
,·oix
au
con~eil.
Au
contraire,
on
la
tenail
en
préleodr qu'il avail fait propo~er à O ·ruidoff,
Ce lui rut Ulll' joie, cacbce OIi' wn
.on ~endre, moyennant une omme de ... , la d1•bors de toulc consult lion imp riante, el
dé"llÎ
rment, de ren,·onln·r de. homme
pr •u1·e écrite de J'inlitnilé de .'ieu,\l'rkl•rkc I,· i:en · bien iuform: :&lt;al'aicnl (l('rlinemn1enl
culin
qui
11e lni p1rl:iic11t point la bouclll' 1•11
1
nvcc la prinCl' e , lathilde '!... Le 1 • jan- qul', d n b ramillt• imp rial , 1 . memhrc
!'JEllr, qni pou1:ii ••l · • 1:ruir' p,·rmi de lui
ma
culin
c•t
féminins,
·Ion
le
mol
d'uo
bio"i r 1 ;.,5, 'apolêon Ill n'a\ail pu pr :,id r
d,tl11,'cr1t,ndre dire
gràpbc. u'nll icnl Ul'J't' d'accnrd ·ur 1, mo- déliilcr ,Je· i1111J11lite
le n•pas de f,mill, . Alor , l'ancien roi d
t•ar
dt'
frmmc.
1111·
·Il
1tt it l'ieill1· l'i hidl!.
Wc,tpbalil', p:i,_é nouvern •ur d , [nvalidl!., oi'•rc de dirir•Pr le ,ol de J'aiµlc; qu'en ,011Cc 1JU dli• :,n,ait Ilien ne pa i'.•trc.
l:111L
plaire
à
un
cou
·in
on
ri
t)ltnÎL
fort
Je
.i1·ail rrçu, an l'alai -Ro al. 1,•s i111ilë de
Gallé d1• jeune,, i el l'ri\nl,· di. ipatiun Je
l'Empcr •ur; 1t, à la f.iYPur de cette rir- dép), ir • 11 l'au Ir , t·l qu'il •o N:lournail J'nn
oi
don! t·tl•~ lendit 11 , · dé~habilucr Je plu,
con tance. il 'était réconcilié ure ,1a1hild •, jeu p1rcil du rôté dt~ t-ou:in ,,
en
plu , aimant l, •.iul·oup mi 11 1rnir l:i
tJ11oi~11· ell' en cùL au fond de l'àmi:, nou.
, l 1111·1lc il :t\'Jil fait Ioule· 1,., a1311cc:;
porte OU\&lt;'rlc . •s ami «JUC d'arnir tuer
le
rtlpiltnm,
un
rancœur
.ecrèll.!.
pari:•
pnll rndl ·~. I.e ll'OÙL•mnin, il •'i!Lail rendu
li-. hrur • , hor ,1 • dwz clic. dans le ,ide ,·t
rl1••z .:i Jilh:, )ni npporl:inl du l1ell~• ,;Lrcnn ' 1111'die ~tait, comme ~on fr re, le prioc,
tïoulil •, füll' . • ,entait naimmt au upplicc,
•l lui di~nt. pour c1prim r la li. faclion J :r1im1•, J'um&gt; n:itur • forl agis-anlt'. elle
lur que le• e,i~ent·r d'un• n~cplion ou d
'aL·ten~il
d'
n
murmurer
a
pl
inte
à
l'{-cho.
1ru'il nrail 1tprourti du ré"..il JI! lenr~ L'lJJS
rai. on do'. mouJe l'ohli"l':\Îent a e ·rucifü•r
Elle.
McloraiL
sati.faite
dl'
sa
p
rt,
l:ldiail,
. enlim,·nl: : ' Tu m·n~ rait
~l'r ln llll'ildan h ,·omp~!,Çnic Je !?l'cr, d1:, cl d • di en c·
du
moiu~.
d'en
n,oir
1.1
certitude
el
de
l'in.},nre nuit dont j'ai,: jnui cll'pni~ 11111 .. kmp .• ,
J rien . Eli.: l'II 1l ·n-11;1it jaun d\•rmni,
Entre ~ne el ;.Oil rri-rc le, 1111~" :, l't,,il·Ol pir·r à s ami :
'luan,1 1111 Ill ll1l•llr 'Il\ ha :irJ l'nrail cr&amp;rmée
1
Les
T1ülc&gt;ries....
:ainL-Clnud....
(.'I!.!
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îrtl11u,1 nl~; clic rt-nd.,it jn,ticc à ,, upLL
ibn un rrr h· r.,,litliru l ,Jonl die ne pou,·ail
riorilé dïnt ·Ili" •nr •; cll · 11· . tî1n, il 1p1e peu lri,1e, œ cliàL~au do • aint-Lloud. C\,,1 , iu- plu. e dil, ,•ud1n•r, alnr, lpJ.C, non lo'. 11 pcut'ulit!r comme je .uis coulenle dé m'en aller
.on l'arai-ti•r1~. LUI j,1lou l i ! t.. , av:rntnge Je
11tre, à lcnr :1i,e, Jt'1i,aicnt 1k, "l'II' d'r,pr:t.
lathilJc, le~ d '.darait ex , 1r~. di,propor- Je tnu. C cn,lroit.::-là .... J. Il ui. r à
LI.'
tidèlt• eonn~i. it•nt ~on l'\ tirt- ,ion Je
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cour.
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,
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tionué,, in lquit:il,I '"· C't-sl •111·,.n réalil' la
1i ·a e d \olt'-e l'll de pareil, 111umc11ts L:11 c
lnnmc
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dilféreut.s...
Je
ne
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•ux
pa
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itnatiun d' f;i prince. ·c t:lail li111ncï rem •ni
tournait ter· k , t-au:;eur•, l·uri1•11 ·t•, \J"ucmc11l
•n,i;ihlc. En i 00, elle ~,:iil ,11 on refenu, m'expfo1ucr cela. \lai~ je m' · n un nuire inuire éc : cil• 1· ,·o,ail, cro,aiL le:. l'Olcnper
oune,
el
je
.
ui
pru
·ée
de
rl!venir
à
moi
Mjil c,,n~icléraLI , c o . ir J'une nllOC.'.lûon
Jre; elle aurait ,·oulu· prcndr·• part it 1 •ur
l à mon chez moi. »
,uppl11menlairc el :muuelle d • troi~ c •nt
couwr
atio11, cl dL ,:1,1it 1 •nue d' '. cout,r,
Elle e con,olait &lt;lé on in3 ·lion politique
mil!• franc 1, qui, .'njoulanl :m dtux (cnl
quoïl
D
·, nini cri1·. , de lad seri .. Une
mit le de •. Jot r' litnile l'l à la rente lquiva- en . 'entourant d'un œrchi étendu d'amis el
apr • -midi IJUl' la 1i ile de d•ux femme
d'in,·i1'
,
dont
le
lai
nt
éroit
la
meilleure
J
1,mt • ,ru'dle Lir:,il lou · le · douze moi Je ln
lég rl'mcnt oue· l'n,ail forrrc de prêter
îortnno d l)cmidoll', porl:i.Îl ou Ludg1•l préro "3liw., cl [lrofitnit de •lie orle d'exclul'oreille à des hnLilln!!CS in~outcnahl , ell •
ion officielle pour rendre oo alon le plu
d'alor à pl cient miUe fran • n b au
'était écn' ' quand cfie'
Ill parti
1. l;c ,t,,ulÎon exlrtorilin•ires ,li panir.,nl l\ rc qu'rJI • dl}J1&lt;'115aÏI a,ec lil,êralil p&lt;,ur soulN1ir on
11 Vraiment ce. cr il a:.:el Je
ahauder
rang,
~,i,11ire
,,
go,U
ho
pitalitr
el
ulag~r
tlt•
l'Empire, •Jlli le lui crvai1. La forlnnc 1h1 11 prin11omlorro
inforlunt
•
l!n
J•bllN
d
•
,
1
·olkc11,,ru
dan.
le
monde
jusqu'à
trente
a.ru,
mai , à
ce• lfall,,hl d 1u le dnni,• . lcmp s• colllpOMiL
,J'arl , bijO\IJ Cl obJi•I¼ 11r« Îl'UI, die ne lai
(M d~
prC5qU,, OIIÎ')Ul'ffl"HI ,le ,. n·nl, tic Jlemi,I IJ, r •1110
cet
,ige-1
,
on
devrait
a,·oir
.
a
retraite
et
capiuil rroprcrucul tlil,
1 iag,·rc J •iQll,lltO franc el non tOH,00\l ruul,tc ,

n'être plu, lionne au, ('onée as omm:mle.
de la ociélé 1 11
ne autre foi-, rom me efü• s plnignaiL d
la peine qu'on a,ait 11 rt&gt;111·onlrer de remm,~
: ïntér,·s'illut au C'hu ·r~ d'orl, aux nouveau 1;
de la lillérature, ou muntranl des cnrio~ité
. inon , iril • du moin. ,:Je\'t 011 rar • :
11 Parmi la plupart Je femme qu'on \'Oit,
1111'1 u n·t,;oit. Ji --,it-cll,•, il l·n L i peu v
qui l'on pui ·. t• ·:111,cr l Tcnl't., 1111ïl enlr1' une
f mme ici, je ,l'r3i ohli"l'e dl! chan!! •r imnut.
J1u1t-me11l la ro111· ·r,alion. \'ou -allt.'z voir
tout , l'hlorc ....
F.t l'e pfril'II&lt;'&lt;' lui donu, il an ·siltil raison.
Lil,r · d s,•:- ju u,ent · ul de,,. opinion ,
J1•llc q1i'ou l' drpcinlr, 1 lle ~•i11n1l ildifü!
t· 111ml' utl • chapeUti à part dans la ociété
imp(rialc, l'l Junl l,is drhot _'appt•lait•nL, 'i •11werkl'rl.t•, , ainlt·-fl,•1111·, .fui . Je l:on ourl,
~Urimé,·. 1· peintre, lli'.[,..rt. l;ir:iud, Oaudrv
• ruuu·ulin. Ar) ',·l, ·fi ·r. l'i J'autr é ·ri,· û'..'
pa ,,:, maitr • . lbfophile Gau lit r, D11m:i ,
.'arJuu, ,:111!" compter k 1/ii miuore , que
11ou. onhli,111 .. Gr.111d. _ •inntur. . piritud:.
Jilet1an1 •. de la \te, lhr:uricicn. ù'idral ou
filt-ur~ J\·,1héti11u , d1a('UI1 î c-0ntrihua·l d •
a 111111 ori,i11all·, ou de ln , rncérilé d'un
•••ÙI, J'un ,,•n1i111 ·nl.
1

La mn.ique 31'ail r .oir de faveur. Par
conde•ct.'ndanœ plutôt 11ue par oùt 'y prc1:iit-dlc, car elle av:iit le tem;)érameul antimu~iral. On ir11 itail alor uo 1il11 Brand
nombre d fl'mm1· .. Cdles~i. ran ée~ n oo~
b ·illl·, dan. leur co,111e~ atour , faisaif'lll
partie du tl ~ r. Elle: écoutaient, I' ~nrhant
n·gnrdt&lt;c~, tl\'l'C de~ c,pre.. ions de ph :sionomie. det Jan II urs dan· l1~
eu • dl',
mouvc111cnl1&lt; pâmé, J\iventail , 1111i 111nient
une de. di.lractions offerte, par b prince,,c
au r«'"ard J1• hommes. 11 Cc 1111c /aimP urlout JJn h mu ·111ue, r •marqu, il jolimcul
un d • Gont:ourl, ce . nnL I&lt;&gt;· femrncs qui
l'écou t •ni. ,
()m•l11uc, Jal ron~acrée \taienl r,1: ntt ,
il,,nt 1• ttlr moni I lranrbait . ur 1
,euue~ de ln mai. on. L,· ~,() mai, p, r I' l'mplt
apparten,1it à la ci.li :brarion de la foie onon li •1u'cllc donnait à l'Pmpcrt'ur. Lar11em"nl ,·y d1:plopil l'apparat de romnrnnJ •.
I,~ lumière él ·Lriqu~ cour it à trnver le,
frondaison du par . .\ l'inll:rieur, l · ku dr.
111. lreJi alluruail ln pompe de tenlu1 et
fai~ail étin •Ier h· pla11ues diamnnlées sur
k r •1·cr · de_ habit Accoté au bra. dt?
leur raulcuil, noncbnlammenl ·c l, i. aient
b rcer d'barmonie Lt:urs Exc \lenc.c , 1
0

1,

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JK J{.T1fl1.DE

ëT SES

.,uns _,.

ministre cl les diplomnlr.', El l'homme
qu ·on féta.it, c soir-1, , tra"er ait I aIon d
. on pa trainant, un on rire va!rue au lhrl' ..
l1ui., la d Lie pnyéc ~ c obligation J'Alt , e impériale, ·ile elle re,enait ~ se imitation coulumil•rr:. D'inlerralle, •lie ' pl:,i~ail à ,•i,iLer qu lqu .-un. de ' e plu. cher t•t
pllll; illn_ tr • hôlt• . Dumn fils cl 'ardou l'rurrnl EOllVt'RI à ~farly. f.lle ~rln~r:iit entre u
on .éjour, . 'intércs. :ml particulièrrmenl au
m, uhl . , au r.olli clion., au mill · . 011venir
de l'auteur de / 111trfr, ,·ivilié~ pnr a conwr:3tion. Elle connut jtunc. tille· lm 1 rdon
et ,e reur ; le. relalimh .-••i:iicnl remlul·~
!ri·. ·nivir_,, depui · quo· li• té1'11r • écrinin
dramatique 11\'ail épomé l:i 1il11• d'Eudorc
• oulit1, l'un de· liili•l •, de la princ•·-~e. I.on ll•mp. •nsnilc et bien dt· foi , Snrdou del'aÎL
lui [air• fairi le tour du parc dé M ri , 111
'attachant
lui donner un iJ,1e de eu
qu'était le domaine n la plendl'urdc:, fa Il
ro)an t impfriaux. El c'r.l lb. ,cr la lin
d a vie, romrne elll' ne CR ,ait d'admirër I:i
l,e~1nlé de 1 rly.
horitofü, on piLLore~que,
1• pa ité d' 1êgan et de hu qu'il rappelle,
qu'elle dira a, un l •er oupir de re 0 r l:
« J'aurai. dù planter ma tente en ces lieu ,
·l non pas à aint-Gratien. D

suivre.)

FRtDÉRIC

LOLIÈE.

Ser1'ice du roi!

0

ra

\l.ldam, d - r,in· t
péÎ"n:iit. san
pi·n ·1 r, dans. ·e · )1&gt;1tre · pleine. d trait. inlérc~,;1nt . En voici une a cz in ulière, 1 rite
à 1. m r 1 ·hale de • ·oaille~, où Je. rien îourni. sent mat i~r • de r 1Jlexion. :
ci ll:in· qucl emploi. bon 11:cn, m' n:1.vuu mi.c ! Je n'ai p35 l • moindre rcpo , el
j ne lrou~e v même I lemp de p:irl r à
mon .ecrétaire. li n'e t plu question d me
r ·po- r près lc diner, ni de manrnr quand
j'ai rairu : je ui trop heureu c de faire un
ma111ai rep en courant, 1 en rc ' t-il
bien rnre qu'on ne m'appelle dan le moment
que je m mets à ta.bic. En \~rit', madntne
de ~fainlenon rirait bien, .i elle av, il Lou:
le dét.nils de ma charge. Dites-lui, je vou supplie, que c'esL m i qui ai l'hmm~11r de
1

1. Anr~'.llari•• d La Trt\mouille, Pur du carJiu 1
J • l.a Tremouitl, cl ,tu du, tin • ·o,rmnnlÎer, ,1'ahorJ
f ·mme d • T1Ue1nind (;halai , 11111, du ,lue de llrac-

ca. r le nez cuntr l muraillr, d nou
f1)mc , 1 roi d'E,pa:me el moi. prr J'un
quarl d'heure 1' nnm:; heurter en 1. ch 11cl1ant. .1 laje.tl s'uccommode . i ùien Je
moi, qu'!'l\t a r1uel11utfois la hcmt~ de m'npp•lcr J.1:ux heur~ pin. tôt qu j . ne ,·oudrai·
me lever. Lli reine 1·ntr dnns se plai a11IPrif•,; mai· cependant jè n'ai point 1•urorc
11ttr:ip1! la contianc.:e 11u'ellc , vail au1 f1·mnll'
de. chnmbr 11iémo11tai,e ·. J'en ,-ai :1onn • •,
car je la er, mien t qn 'elle ; t!l j • ui ~ûre
qu'elle. ne la 11: •hau: eraicnl point aussi 1,roprfment qu • jo l fai .. »
C' ,,1 un• fcmm lr'. haute 11ui 'a,- •r\il
à ~•' poiul, qui se c rnpl:til dan un • •r,i · •
si propr • à I r ~buter! Elk a . on Lut, 11 · )
paniendra. Elle dé ·ir, à 111 v11rit', tlu oulnem ni: mai en aLlenJ:mt elle fail 1011 .
effort · pour tir~r avanlanc de se. fali~oir fi i.t11rù1. ra,..- . Hl'. ~Ill•

prendre la rohe de chamlire du roi J't: pa!!ne
(Philippe V} 1 r-.lJu'il :e met nu lit. l de la
lui JonnPr a,·ec . e~ pantoun •. quand il
lè • Ju ·11ue-là. je prendr i pati nce; mai
que tous les oir , quand 1• r i entre ch z la
rein pour ~&lt;I rou h •r. le toml de S,·na1rnte
mu chnrge Ùt' l't.lpée de , a "aje té, d'un pot
dl' d1 ml,re Pl d'une lampe •Ille je reO\ •r,;.e
ordiunir •mcnl . ur me· ha bit~. cla c~L Lrop
•rot· qu . Jamai. le r i ne ' lherail i je
n'allai tirer . on rideau; el ce . erait 11n ~acrilt•"ê si uoe ulre 11ue 1noi entrait clnn · 1
cb:imlirc de la r inc quand il. . ont au lit.
llerni~remenl la lamp - 'était éteinte, parœ
qu • j'en a,·ai répandu ln moitié. Je ne savai ·
oi1 étaient les fenêtr' , p.tr · que uou.s étion.
arrhé d• nuil dm ce lieu-là ; je pens.,i mt•
riano, prin,-e J,· l'r!i!'

1

c-t .:élèhr po11r
rcino ni .favorÎlt•.

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1ro1r

n en

rur

•pt~1e, sa1

,.f r&lt;\

i\hRtCllAL 01:

.... 2'/1 ....

1

'OAILLES

�.,
G.

la fin de Thérèse LelJasseur
Le cabarl'l d'Anloine Mauriee étail à l'en- b111al MLut il'ane liai ·on enlre "eue ftlle, 1p1i jour 011 il connnl Thh~s&lt;', ce garron errant
trée du village d'~rmcnon,ille, ur la rouir dcpui · lon .. lemps n'avait plus rien à pcrJre 1 fut fixé el ·on avcTilurcuse hu 111cur 'alourdit.
Les premier moi ne se pas~èrent pa
de 'euli . Chaqne malin de beau Lemp , 1t la el cd étudiant a liardé à lrnnte-troi • ans ans
lin du printemps de 177 , Antoine voyait, du po. ilion, rp1i avait été 11cce i1•emcnl :i pprenti, :;:in a:m5menl, rncorc qu'dlc r,H , an llcauté,
seuil de sa porte, passer sur le chemin, d,·s greffier, graveur, l:iqnai , séminarLLe, nilcl lui an. argent, Lou deux :in am•&gt;Ur. ll;1i
le petit jour, Jcan-Jn.C11ucs Uous ·eau allant de chambre, i11tcrpr·tc tl'un archimanJrit •, celle lillr, à vin.,t-Lrois ans, - t•llc était née
à Orléans le 21 cptembre
herboriser vers le ahl ières
172 l ', - avait été par les
du Dé! ert ou au hord du rrrand
ien!l tanl l.iallue et e1ploiétang. Le cabaretier saluait
Lée, qu'elle goûtait fort cet
re. pectueusemcnt : il a,·aiL lu
nm~ndemeul ine,pérû do sa
!mile et profe sait une adcondition.
miraLion r 'fléchie pour le phiRousseau l'a prise à ,on
lo opbe, qui lui rendait son
serl'ÏCe et lui allrih111• ll&lt;'s gabonjour avec affabHité1.
ges, 12 )ivres 15 sous par
• 11r la prière in ·tante du
moi·, que d'aillt&gt;ars il ne lui
marquis de Girardin. propriépaye pa 3 • Voyant leur Thétaire du cbàteau el eigueur
r'se en puisfance d'u,, prod'Ermenooville, Jea.n-,Jacqu
tecteur, Lou le~ Le,·a•. eur
était arrivé seul, le 20 mai,
débarquent bez &lt;'Il ; le père.
ravi de fuir le lmnulte d~ la
officier congédié de ln monrue Pliilrière el de a ,·oir dt's
naie d'Orléans; la mèrt', arbres ll. a femme, retenue
füric Hcnom, de son nom de
à Paris par le Lraen,.; du défille, - préll'Hlieuse Il raménagemen l, avait débarqué
pace; le fils q1ii mie à J.. anune cmaino plu tard avec les
J,1cq11e. toull's ses cltrn,br •,
meuble . En attendant IJlle
le . œur oisive . lei.- p1•1i1c
fùt prête la pelile mai on que
1,ièœs d,1j/1 rusée . C'&lt;'ùl cttê
ll. de GîrarJin foi ait conle moment de rompre; mai·
struire pour eu. à l'extrémité
Hou. eau, d'aborJ h1111tenx de
du parc el qu'on arrrtail Mjà
11 sa conrp1èle l), s'r,t alladul
la Chaumière de Jean-Jacà elle par hnrreur &lt;l11 la ,olique:;, Rous eau cl a fpmmc
Lude : il e.•t inbaLilc, il e·t
étaienl lo"é pro,i,oiremrnt
malade, il a besoin &lt;le soin.
dan - un paùllon s.éparé d11
.~ciaux el il n'o e lr-s rtlcl.1chàlcau par un bon&lt;JUPL tl'armer r1ue de sa 9om•erna11/e.
hr ·; leur cha.ml,rc à coucher
CcllL'-Ci ai L à pt·u près lire et
c trouva.il au premier étage.
écrire; mai t Ile e.~t bornée
[I y avait à celte êpo4.ue
au point qu'elle ne connait
trente-quatre ans qu'ils vipa un chiffre : le mol q11i
,,a ienl en emlilt•.
lui 1ienl, lor qu'elle parle,
fi venant de rcni~e, en
e. t toujonr l'opposé dè celui
t 7H, Housse:111 a\•ai t pri
qu'elle "t'Ul dire; elle sait à
JICn!:'ion, . ur les hauteur du
peine ompter l'nrgent et n'a
c1uarLicr laLin, à l'hôtel de
jnmai p11 retenir le nom dt•s
aint-Quentin, qui formait
mois, ni ,·oir l'heure 1t un
l'angle de la rue de Cluni ('I
c.id, an. Ll1e e-t stupide. il a
de la rue de Cordier _ A b
du gfoie : c'1•~t elle qui dotable d'hôte mangeait la rnmine; rllc le ionduit à son
Tattdeu-e de la maison, emraprice; où tllc ~·ennuir, liarrassée el rougi sante aux
dit! ·l'nnuie p~rlo11t - die
gaillarde plaisanteriP de haGravure de BouuRD PILS, d'après li dessin :Je \IA UIUÇE Llil.OlR
in. inue qu'on rit dù lui ou
Li1 u(, : c'était Thérèse L.,:va ip ,•jt rou r l un danpcr ... l'l il
scu r; elle était (, la payse 1&gt;
pari; •an, rt:j'il, 1l!e le tr:1de l'hôte e. JPan-Jac,pies
pril sa défe113e; elle l'en remercia le plus em11loyé Ju caJa_tre, 11111Lre de mu~iq11e, cas e l'élourdil, lll harcèle, \"m,a,1&gt;è rc; p•r
gentiment qu'il lui fut po·sible. Cc tul le précepteur tlt ~ccrétaire il'un amba ideur. DJ mnat. se re,~onooît rcde,•ohte envers Tlrèrè~P • d'nuc
s1m1ne de 19ZitJ li1rl'' puur treize unué,·s de ,~s
1. Smœrnir d u11 110 1m1Am1irr, m ,' moil'è5 de
nai•cnr, cl ,le lhric llenoux, 11ui 11 ~Lê uom:nèe \l~rie•
!( •gc rli'1mis qn'c\le ùrmcure aie,: lui en celle ,p,nl".-Y. B u&amp;rd, publiés par Cèlc~tin Por{.
Thcrô ~. eL • 1'U p(Jur 11ar,•iu I ran~&gt;ois Servant et
2: Le 2~ scptcn,lwe 17! 1, a lit.; b,pLisè,• pir m i.
1l1Jur mar1•i11e lhb"lclrinf' Lovo~ qui oui i"11ê. , tl ,·. li1é (ria dorne.;IÎ'!U.C) jusqu'au 1 •mar, tkrnicr. • \'oir
cur_c_ BOUb61g1_ie, une fille née du jùur i,récèdeut, ,lu
Chro11ig11t mtd,calc, t·• &lt;1Jccml1rll 11107.
chw,:s de ruai ûvild'Orl!am.
lég11Jo,e

mariage

lie Fra,.çois ùivJS ~ur, on1eicr mo-

3. Eu nu.rs l 75~, J.-J. llou,5eau, éeri,·ant sonlest3-

__________________________ lJl

ses commérage elle le Lrouillc avec toute
la terre, lui crée des p,:rils imagin:i.ires, le
lroulJle, l'inquil'te, l'amène à un 11tal 111:iladif
de létliargi1111c accalilmncnl, d'angoi. se inc, sanl(', d'égarimicnt.
Lui n·:1 foi 11 u'en elle; elle seule, à l'en
croire déjoue les ru es &lt;le e ennemis; quel
rœur I quel dévouemr.nl ! Pourtant, à ses
moments lncidcs, il disrcrnc que celle femme
st la plaie de ~a "ie. (1 Je décounirai,
avoue+il. le déchirure dunl elle a nal'ré
mon cœur dans fo fort de m misèr . ·, . ans
que jusrtt1'au moment ot1 j'écri ceci, il me
.oit jarnai échappé un eul mot de plainte à
personne. D Puis il retombe, il a peur, il
l'appelle au secours : « Il e t ·ùr que si tu
me manques, je , ui un homme mort 1 ! »
Elle a ur lui l'empire « d'une nourrice sur
un enfant 11.
En aoùl J 768, à Ilourrroin, où il vivait
sous le nom de Renou ·, - le nom de la m~re
Levas eur - Rous eau épousa Thérèse deMnt la 11alure. l'auberge de la Fonlained'Or, dan la peûte rue! euve où il lograi1 1
il com•ia à diner deux ami , Champagneux el
de flo.ières, ofiiciers d'artillerie; il était,
cc jour-là, plus priré qu'à l'ordillairt!; il conduisit es invités dnns une chambre reculée
et les pria d'èlre témoin de l'acte fo pin
important de a ,•ie. li prit la main &lt;le Thérè:e, prononça un discours sur l'amitié r1ui
l'uoissaiL à cette fille depuis vin.,t-rruatre
ans et sur la ré~olution qu'il formait de
rendre ce lien indholuble. Il fut uLlime;
on pleura beaucoup; on 'embrassa tendrement, pui on se mit à Lalile et le marie·
chanta au des ri 1 •
Dtlpui~ ce temps-l~ il nommait Thérèse
.lladlllne TfouS!ienu. Quaud ils forent rentrés
à Pari~, liicn de gens '3cc utumèrenl à la
dtt.ig:ner .ous ce nom, durant les huit année
qtt'fü pa ::, rcnl dans le petit lo&lt;&gt;tlJUenl, au
quatrième étage, rue Plâtrière. C'est aussi
.ffadame llou,;se"u que l'appdaienl, au printemp;.. de li7 ', le mar~ui· etla marqui.e de
Girardin. 'fh ~rè,e était à celle époque une
femme de cinquante- ept ans, ao · re ·t de
heaulé, mai encore alerte; clic ~lait habituellement ,êtue à la façon de ces mudl'sle
bourgeoises qu'a peintes Chardin et portail
des coille- comme les ménagères. Elle èmlllait se plaire beaucoup chet Ir Girardin.
Rous.eau, apr'• · trois ou quatre maine ,
·y montrait moins sali fait et parlait de
rentrer à Pari·. M. de Girardin, trè glorieu ·
de son htile illustre, redoutait ce départ;
plu ieurs lois il se proslerna am pied· de
Thérèse - elle le dit du moin - pour la
c,onjurer de retenir Jean-Jacques; ce qu'elle
lil : le déménagement avaiL co11lé gro et
~Ile ne voulait pa le recornmcncer.
1. f.nrre.~p1111da11u , 15 aoOl 176!..
'2. I.e 1'"111ps, rnicle de François Pon~r&lt;l,
15 ,!113~ 100~: Mh11oins tle Cham1~gneux.
,,, .'fo11re111r cl 1111 nUfut!]hurire.
i. lcle111.
5. Journal t!t sourc11irs tic S. de Girardin.
~- ll_el11tio11 Je. Coraneei. ~u el-l'alhay, t. 1, 269.
1 • t,i•sl la ter,rnn JÙoplée 1iar ~[me ,Je 'tsëJ, p.ir

Cornnccz et p3r ,1us,;~L-Pu1hay. Ou a suppo:lé pis f'ncor\': • kau-Jac1u · , qui au dire Je ,llmc Je 'taël.
avait appr1 , te ma Lm ruèmc, les rehtions de sa femmu

F1Jfl

DE THËifÈSE LZ:YASSl:11~ -

C'était lù son prétute à rester; mais la ~farie-Antoinctle el Gustave Ill. Antoine ~lnutlome licïltî du château glo ail sur tl'autre, ricc avait jugé bon &lt;le prendre le nom d
motifs qu'nvait, as urait-on. lime Ronsscau füiu~ eau comme en.eignc de son caharet.
rlejurrer parlicnlii!rrment allra)anl le .éjour Anx l'oyogeur qui déjeunaient thez lui, il
montrait les rdique · du philo,ophe: ,·es ·ad'Ermenomille.
Le 2 juillet le caLarelicr Allloine Ma1trice bot. et a tabaLière. Les ge11 s'en retouraperçut le philosophe se promenant, dès cinq naient très émus. L'un de. pèler{m, mêmr,
benres du matin, malgré la ro.éc; il lo vit éprou1·a de tcllcs sensations i1u'il n'y pot surrentrer "ers epi heure.s, mpporlant du mou- ,ine: il e tua d'une halle de pi tolel à quelque pn. du tombeau de Jean-Jacques. On
ron cueilli pour ses oiseau ..
[)eux heure. plu tard. \ ntoine entendit pr :tcndail 11ue cel exalté ~lait l'uu des cioq
1k cris provenant du pa1illon qu'haùitaienL enfanl de 1'hfrè. e Levasseur, d(&gt;posés jadi:
les Rousseau; il
courut. lme Hou•seau par llousseau aux Enfant -Trouvés: mais ('Ct
appelait au ecours; son mari étoit tombé on-dit pitlore que fut nettement déml'nli. Le
uicidé - un \lkmand , croyail-oo - ÎUL
ur le plancher, dao la pièce du premier
éta"e, et s'étoil ble sé à la lempe 3 • Presque inhumé ur plate, cc qui dota d'une allraceu même tPmps que le cal&gt;arelier, \f. et tion upplémentaire - tombe du jeune inMme de Girardin arrivèrent suivis Je quel- ror1111t - le parc du marquis de Girardin M.
Dien que cclni-ci eùl peu ,·u Thérè e, il
que domestique CL d'un chirurgien; celuici essaya d'une sai!!Ilée; mais Jean-Jacques, l'avait vile jugée: le· bruits de l'of6ce n'étaient point calomnieux ; lime How: eau e
déjà, oe donnait plus signe dP ,·ie.
On déposa son corps sur le lil, el comme laissait courtiser par un de valets du châAntoine M:iurice restait près de lui, .eul nnic teau. Par surcroit, on la voyait so11venl ine.
Madame Ilousseau, il vit celle-ci fouiller les Le marquis crul de son devoir de nu pa lai poches du mort, en relircr les cle[ , ounir ser chez celle femme le manuscril · et les
un secrétaire où elle prit un la d'écus notes de Je,m-Jacqaes parmi los(1u l · étaicn t
qu'elle afüma ·ur la lai.ile, e savant de un certain nombre de romances et une copie
comptrr : 14,fi0O Jilre •. Quand pàrai sait de Con/essior1s; il réunit pieusement ces
quel11u 'un de la famille Girardin. elle e jet.ait précieu~ papiers, k fit porter au eh1lleau,
ur le corps de on muri el &lt;1 ne ces ait de et se m1L en rapport avec du Peyron, de Ncuch;itel. et loultou, de Geni&gt;ve, qui préparaienL
l'emhra.ser, comme s'il rùt été vi,--ant • 1,.
De Nvc=ncment, dans le dllage cl aux en- une édition complète des œuYres de Rou ~e.iu.
Puis il a ura à Tbérè e, moyennant le
viron , les version· les pin · diverse circulai Dol. M. Ro,r L!..'lu. :iflirmai1•11t les un., 1·ersem~ut entre les mains du notaire Cordier
s' 1tait luu d'o11 coup de pistolet; rarcn, le des 14.000 liHes qu'elle détenait. une renie
maître de la po. le de Lotl\-res, servait la nou- perpétuelle de 700 füres 11 • Thérèse, hébétée,
velle aux voyageurs c1ui rclaynient ehez lui'. coo~entil à Loul; elle avait d'au Ire rè1e en
tète. A peine débarras é(' de . on henèl de
Ll'aulrc assuraient rptc le pauvre Jean-Jacque s'étant avisé, -ilien aprè tous le. au- philosophe, délivrée du joug impatiemmeo t
lrtl..~, - dtJ n•lalions de ~[me 11ou ·eau avec porté durant trent~11uatre an , se voy::.nt
un domc!'I ique du ch,'ileau, voulait r1uitter ri1·he, elle dépensait ans compter pour
Enncnou1ille; elle 'était r •fméc à le rni1·re: éulouir les paysans el « faire la daine ,, . Elle
alors il avail rherché dan· lu forêt de mau- · rPjetait 1,... modest.es aJustement aux1p1els
vnises plank, cru'il 1·onnaiss3il et il le aYail l'arnil obligée Roussenu et montrait pnur les
infu~ée dan on café du malin;. Qa.10t an robe et la paT □ re une a,·icl11é de filltlllt: 1v. es
ruarqui: de Girardin, il niait h.rnlemenl lu relalion avec u11 dorne~1ir1u~ du mar'luis
n'étoienl plu pour pcr.onne un mp-tère; tll~uicidc: il manda deux chirur iens de Pari
qui dan la journée du ~ procédèrent à l'au- même comenait 1•olonlit&gt;r &lt;]D'elle a\'ait un
lop ·ic cl conclurent 11ue la mort était due à amoureux, el le prochain mariage de cette
un épanchement au cerveau. Le corp., em- femme de cinqnanle-sepl an avec ce gaillard
liaumé, placé dans une double cai e de avisé étail la faule t.l' Ermenonville.
11. de Girardin i111erl'iul. IL commença,
plomb, fut à minuit. le 4 juillet, ù la lueur
emule-t-il, par reléb'ller 'Tliér~se au bout du
&lt;le: flamlieanx, porlé dans une barque ju qu'à une pelile ile plantée de peupliers, ~ parc, dnns la chaumiè.rc en fin terminée 11, à
l'écart de l'attendrissement des pi}lerins et de
I'exlrémilé de l'étang qui s'enfùnce dan le
boi , vtir, le sud, en face du cbàteau . Le la maliguité des habitant ; puis il sermonna
monument très impie, élevé sur la tombe, le 11alant, il lui lit considérer combien éL1ir
fut bientôt un lieu de pèlerinage. Le visi- choquante cette liai.sou avec une femme npteur. aflluaient. li en vint de nus ie et procbant de la oi:i:antaine, que le sou\'cnir
même, dit-on, de Perse. Le souverains au si de Rousseau devait rendre ,énérable et quasi
acrée. Le domestique répondit : 11 Madame
fai aient le voyage. On ,1il à Ermenonville
avec un homme de ta. domcsticilé de ll. dei Giror·
din , Jean-Jaeques, ,li,;-je, s'est-il suicidé dt• d~ses~ir,
a-t-il êlé assas.mè par sa femme, ou csl-il mort d uue
apoplexie séreuSll comni~ l'allirme le pro ·i· -rnrbal
d'autopsie?.... • .1.-J. Rmw1cau, Mmmage 11atim1al,
11ar ,\ , Castolla,nL. .
.
8. ·ur ce lait, ,01r J,.J. lfoum:au J11gli pa,· le,
fronçais J·a//jourd'/uci, recllllil publié par J. GrandGartertl.
\.1. Arcbil·es ûe l'étude de :Il• Jlugucno(, notaii-c il
Pnds, 23 mars 1779.

i-. Co11(11ssio1ts, passim,

... 299 ...

JO. Souve11ir d'un 11onagb1aire.
loin tic là se trou~cul les ruines de la maisonnolte donL )1 Rcn~ de Girardin a,ail rail com~1•ncer _la ~onslruct1on pour Rousseau, co11,Lrucfion
h1cnlù1 mlcrromp,1e par la mort du philosophe. mais
11. • ~on

• •,.z. achevée, cc~nd•nt, pour ètre logeable. Peulêtre Thcrése l'oœnpa-1-ello avant dt! !l: l'elircr au
l'Ll•s&gt;1s Ut·ltclillc. »
(J. Grnn&lt;I-Carkret, J.-J RmJRSt!/1.U jll!J,! ['ar fea
Fr1wrm1 d'a11Jm1rd'l111i. Elti/ ,1duel d'Frme11on1•illc.)

�'-·------------------------------ LA

fflST0'1{1.Jl
Rousseau rnulanl ilien pa.rta !&lt;-'r s forlun'
avec moi, jl' croirai_ m nquer à moi-même
:;i j1• m '1 r fu. ab 1, Il
. nr •1uoi Girnnlin le mil à 1. porte.
Ile c• ,·alcl. ju.rp1'à pr 1 nt, on ne .n,·ail
ri n, inon qu'il éla1l lrlandai el 11u'il , 'applait John - ou John. on'. l)'autr1•· I&lt;• dé~ignaienl sou le nom d ."icola lontretout.
F.n rénlilé il . e nommait Je n-llenry Ball · et
nHtil lrente-&lt;111atr an en 1770. \ son :i.1cul, Je Lén.élire qu'il pouvait :()l!r •r d' J'nmoureu • rdeur de la veu, Jlou seau :1ait
apprkialile; oulr la r ote perpèttwlle d
100 livre 11ue rnrv&amp;Îl 1. de Girardin. 111111
lllllre dt&gt; :;oo 1hr · pa1 par le lihr:iir l\ey,
,anl'l troi.ième encor' de ':WO fürcs pro1enanL
dr. milord ar' ·hal, Thlri&gt;. avail n·çu, apr~la morl de Hou.: nu, 6.000 lin1 · de I· part
du roi d' n·•leterre,; -Ile étail rul111, par
lroité ilVrc le libraire·. u511fmitifre J'une
.omm&lt;· ùc 2 \.000 livr . Il fallait au · i portl•r en rompte I' llploit lion po·jhh: de celle
orle Je loir dont la hadauderi unÎH'r ell •
la grntifiait, l'avnntaaeux Lralic de .on nom,
d • ,a rél"•hrilé, de 011 i,moranc cl de n
. olti.e.

du

En appr nanl que le cbât •laio, pour éviter
J'c,clandre, con"éùiai(. n amour ux, Thérè!;r,
frappé au cœur el oucieo.e d"éclatante r pr
déclara solennell ment qu'elle au ·i
quilterait le domain · du marqoi ; elle mil
à cette prote talion tout
a dignité cl tout ·
• on éloquence :
Genore, pa 11anre q11e mon ieur deu f1itaili11 o,-es di fnme la fameudeu grm ynf/Ut! •••. Pnitteu moi /a11ulie.: tleu nieu rn11clre11 toue le.- pa,,ier~ la 11111 iq11e eler qum1
(e ion ineu nn pan t'Olu ••.• Je111J11ille t•nttre
ml':! sm, yrwwporteue · i·iena i•om ....
El cil'. ~ignt' : fnmeu ,leu ga119ai111e.
son exode, le marquL de Girardin pr ·
nnil
·ment on parti; il , ré.,i••nait
moin rarilement à rélroc.éd r l • papier, el
parliculi'&gt;r ment la copie d quo,1 (e ion,
encore que I manu" rit ori!!inal d' l'omroge
fùl entre le main Je clu Peyrou; il tempori,:1, dut r ld r; il r ndit eafin le, préà •ux
ahier à lbéresP, &lt;1ui 1• glis,a parmi sr.
barcl ; puis, ccomp3"1l!le d lla.11). •li 'c:xil:i
d'Ermer1onvill•.
li, n· ll~r ·nt pa loin. une fortP. lieue d
l , trouve le .. mage de Pies i -lllllle,'ill ·; de
gro. e · ferme
sl', t q11d4ue · mai. oa:
l1ourl,leoi: s ag.,lom rée le long du pavé Je
l'ari · Laon, dan 1m immen e plaine J'opulenl •&lt; culture • Le prince de Conti av ail là un
chàtcau dan les écuri dU11ucl Ball amil
· ni en qualité de palefr aier '·
Thér
prit à bail, moyennant 7,&gt; livres,
cl ' livr pour 1• imposition , la mai on

am ,

ne

an·

\in·i pourrn, il fil d&lt;!s Mpen e.. A 11uoi
l'mplol r l'ar •ent Jans C(' hameau de Pl . Llkll ,,·ill •, dont les il •u c nL habitant , too
cuhirnteurs, tltaient alwch: au ervicc du
rhateau? PourLant [hll ·endetla. f.n 11 1,
il ·~t pour.uivi par un ·réancier, Charl
0111al, 1:picirr-m ,rcier: il faul 11ue Thérè
'r.nga c à 1lonn r, chac1ne année. -\00 livr ;;
de :on ,·iancr. L'ana~ uivanle, la delle ile
llall) alant ,gro ~i, 011 prend un autre :irran" mcnl; par .ici .i••né lle\anl M• Gibert, 1,
notaire ,le l'lt· i -11,•lh!,ille, b Ieu~èl\ou. sc.111
cMe 11 (lurnl Il' deux tier.. de a r nt or
,irardin l fi tll}· trJIISpurle :\ 011 t'rt:au ·ir.r I,\
part corre. pondant• de sa nu• propriété 7• l.
fortune J Thér,': e . ·en ,·a ainsi par lamh •aul:
au déliut 1l~ la B:yolution. mal,:rr sr~ re\cnu iuafü1nnl,I , loujour.; ab.nrh :. hieu
a,anl r,:ch I nce. 1:1 11auHc ,·ieille e'-l au
nùoi, l'i n,i:,• lui C l sourtlt'ie ,l,· 11:tltr• monn;iie ur .on tilrc d~ a 1cmedl'lran-JacquC!&gt; li
et de olliciler, aupr de l'.\ '&gt;emùlre o3tion le. 11n erouf!: qui ne era pa · rel usé.
Il fnit, rn arprrnant que la compa e de
I' ukur J' l!wile, c~lte Th~rtse Leva .eur
donl lll nom e Lf':imeu dan l'Europe enûèr •
dcpui. la puhlic:ition de ln ~ oondc partie de
Cni1{es ion • en appr nanl que Th 'rc e
m31111ue d • pain, l Mpulé · . 'indi ncnt.
Elle r1~ amc liOO livre: de pelliion : Eymar
prop ,c de doubler ln omme. Qu.elr1ue rcpr ·enlant , 3 ant 001 parler de la oonduile
Grnurt d~ .lllU.IU
de Thérè,tl cl de on in1?ratilude em·er · le
d.'apris le dtSSIII d~ IAntl B Lt1.011 .
marquh, de Girardin, 1:melt.e:nl certaine rt1ervt•s ~ur l • bien-fondé d cclt.o rrénéroslté;
donnant sur le pot: ger, un bao!!&amp;r, et, au
p mier ta, , deut pi, e. sou un toit cle in i: ll r\r • coope court au h :,itation .
Ceth: femme, dit-il, a c;té accu :e d'a,·oir
chaume.
a\ili
le nom céli-1,re de !\ou seau dan. le bra
Pour 1 . bal1i1ant du p:t ·.• rbér , était
la I·rw1e tle ,Jrw1-Jricq11e /1011 ·N111: elle d'un -, ond mari ...• , 11n .... Eli' ne \ouùrail
i 1 n. il :iim-i, dan. 1 nctcs, de ~on rcrilure I"' ch:imrer le titro de ,,, ,
nppliqnéP el maladroite. Ball· n'était '{lie ·on cour une. Ce ool 1 • propr
lto111111t tle ronfi,wc,· · "pourlonl on 1., di :lit . ,1 en,ibilill\ •1uc j'ai re ueillir ; j'en lien· dan
, ·rl'tem nt mari 's ·t le:; gau•Lier nv:iicnt les mni11- le. témoi••na"c · auth nti11ue de
1,1. le, rnr{, d'F.rmeuonville el Je Pies. i ruêm aonon : le maria~e 11 l:t dat•• du 2ï oolll'U1:,
ille .. ur le, paroi. ses d 11uds elle
wmbre \ 719. 'fb ;r ". peut-être. aurait
ubaité ench:iin •r par le . acr mrnl le jrune dcmeur1•, en , Jonnanl ton~ 1 jour, l' • cmcompa~ooo 11u"elle 'éta.il choi i; mai , en pl • d . honne · mœur~ et d ln birnfoi~an '· 1
Ce ruoài&gt;I • d'cl011u nec et de ,éridicilé parprrdanl 1' nom d {\ou.· ·eau, li icille fc·mme
lementaire
docide du \Ote : il c l d • rél 1• le
:1urail énnrmém nt diminué tic ;,leur; Hall
21 déc••mbre t?UO, que Th,:ri!se
va . ur
re ·ta donc ~arç•m, hien rtl~olu d'oiUeur à
mcllre nu pilla!!e . . ix moi. à I inc apri• 1•ur 1 s ·ra 11ourrie au dépens de l'ttnl »; ~ cel
in~t.,llalion à l'i• ,i. -lJ('lle,ill . le l'i juin 17 0, rffl'l, elle recevra, annutlltm1•11t, des foutl' du
il ramenait 11 Pari~. afin ,111'elle s~ 1l,1pouill:1l Tr: or national, la t-0mme de 1.- 0 lilr •.
1, •on profit, par-1lev:1nt le noraire Truberl, du
IA? m nage n'en dcvinl pas plu riche; di plu clair d, s:i fortune. le f i.000 liuc ~ur
huit
moi, plu tard, il Hait de non,cau obfré.
l . q uell était coo ' titu • la rtnte . errie p, r
M. de Girardin. Elle 'en ré. ena I · arri•r:I" . , it qu la itualion eùl lmé Y. ,te Gîrardin,
!'a vie durant; mai le capil 1 pa :i n :iodil ~oil que B Il , pr :voyant la d 1h, clt&gt;, eùt exi é
Hall y, pour lui, .. hfritil'rs et a1ants-rau ·e le reml,ourst•menl de . 011 argt!nl, le marqui ,
d ·terminé à rompre toutes relations awc 'fbéen di~po er en pleine propriété• 11.
r. . .\rdû• de \l• Oaudoa, no~r.-à Pl ·•it-Bt•llrrith•.
wru,·e., (Eu,,rr• de J.-J. Jl~iu11au , E,lition turne,

icur Bl's~al 1 , la derni&lt;·re du "ill~"e,
à main purhe, ur la venell~ qui m~•ne
au 1·imeli~r • : au ro-de-chau hi, unt• cnbin ,
une _randc challlhre, une autre plu pc:til •

\ . Joumal rt ,011t·e11ir, de , . de (?irardia .
2. • Il. Ilullcnoir a dunu~ le v:ntablc 0&lt;1m d
1'■ m1nl ,le TJ,~rè el rde,1• sur ks regi1lre ,J. lï:lal
ci•il d 8clle,itlc rartc de d cc ,le la r•&gt;lllJlll(ne ,1,
J.-J . Uo •eau , Voir
Clarcll", J•.J. /toi~ tau rl
,es 11111ir1, p. 'l9. J. 1Ju1f•noir 1veit ri,,•11è1ll1 Ir 11')1!·
,, nin JI! U.. Viet..- oll'roi ,lonl li• graud-pl-r . a,111
U:nu l fümmartio rauoor~c d('. d~,u·. Clll!Jr:I 0~ ..rr •
quentail 1111.rfoi Jean-JlCf\U" . /.111u_tr1r• fnnul,rr~
,ur J.-J. Ro.u ~1111 , ~IJ:r li. l:lulfe1101r.
:;, • Apr; 1 muri ,le Rou •111 el par ordn tin
roi ,l'A.nglcLerre, oleu mille écu furent compl à ,1\

la

in-i•, llliO. , lppendic~ au~ t:o11(t ,i1111 •
. Il. llulle1&gt;nir ,lil &amp; lllf'hlJ•· ,t,n, 11 f'ITP! Ju
rh.i11'a11 -.. LcQ ClarclÎ•!, J, .J. 111111 •eau ri rit 11111ir1 .
l.t mol 11ue 1 •mn-,.11ir• 1f'u11 ni111agb1nirc 1•rùlc11l
priorc ,,~ (,onli. - fa 1·1·11tt. tl 1111 dr, /11111111,rlf Ir
,:,/c/117 dr l'l11rol'e1Ul1'ardira,t J&gt;dl 1111 p11i11I
,rt'pou-•r•· u11 Je 11u1 nncir111 prrle[r,·111er1:, fait t•cn•
..-rque. dan I r,$&lt;&gt;n ,1"t:;rrnn1&lt;""·itl~. à l'fpoque ou
ln· llt nardl•nlteprols&lt;1n l'i•lc1i111 • (hllyl"'- ••} pour
arnir ·rvi da11. h! écunc ,tu th leau ,Il! l'l••

111

11 tua

,,..ncJ-

lcvillc.

... 3oo ...

Il. An:h,,e! de li l.ahoorel, notaire à Paci . Tran1fH1rl ,Ir, rente pllf lar,e- ·to,1r ic I.e Va .. •ur ru-dinairemcut ,1 nwuranl •n l'lc ,, -"4!11 ,illc lanl ro . jour
logœ ,·Ion Ymc Beccari ('!/ ru" l\onli•. 11t1cu Lou' X\,
I' rni se ile la Madch·inc,« _Jean ftr~r) nait;, dcm •11•
ranl onlinairfm •ni 111 Pic ,,,...Ikllenll~, étant l:ll JOllr
à Pari .. lo é ~u ,til!! rue •I paroi
li juin t ;su.
7. Arrbi,•c,, le • B 11&lt;¼ ,n, notairel Pl , i llell,••ill~.
Il. l.a lettre 11nr laqu&lt;,llc Tl, ·r.,,e r,·m,•r(ÎA 1'1- m•
Llë
lr.JUTc au ,1/~r't dH Arcltfru ,wtiunak1,
\ . E. 11, l'!OI.

Fl7Y D:ë THÉ"/{ÈSë

LEVASS'Etl1(

- - ..

rè 11, dépi: ·ha ;1 Pl ~is-Uellevillc lkrtin, -rin linon, n denh•l11•, •~n toile, ·n m,111 ..tinc, mainten ni à l',;:ial ,lu plu· illu,tr d . ltéro ;
homm• d'aOaire , pour " hb6rer définiti\c• a,·ec ou . an. ruhan , mni: Lou~ d couleur se écriL, ur lesq11el Plie l'avait ,·u peiner
rou •e, un peu de lin·• è.D lllfJU • J , ieux tant cl 1, nt J"b1·un•s jadi , d:in la pt'tite
ffil'rti n,·er. elle. l,c 6 anil I i9~. l'étud
chambre Je la rue de GrPnelle- aml-llonoré,
di:
c;ilwrt, &lt;·n pré •nec de la ,·cu,c l\ou - soulier. de ronr0c1ni11, 1111 parasol, d'autre
~eau, dl! fi; Il). de l'épirier lluYal, U rtin tira nippes.... Qud,pte: 1 1\Jle:1111 Jan leu" an dJùul du mén l"i', t:1 plru tard 3 rErmiJe ,a a~&gt;che 11,000 cl •1'1elcp1e ct•nts 1hr • cadre· tl pendaient au mur t•l, dan~ la pirce, l3"e et h ~lo11Lmo1·e11cy, •;; t'-cril · ,111c, pour
en :i Ï•!ll, l a~anl cour : il en compl.1 .0110 li ï a":iit encore Je111: faut.cuit. el d1•u1 lhai, • , • mij. u~c de comte: , il rceopiail J11
à IJuval, en rt•mit li.000 à Bath; 1'hc•rbc ne de paille, une petite. table du nuit, un buffet matin :iu oir . ur des f1•11illct, doré~,
nou,.:" de nonpar •ille hlt·ue, •t qu'il lui lbait
d, chêne à 11u.ilr • ha1t.,nl .
fl'.\'UI rirn : de eclle ~omme. ••a;nt. · ,u ~oo
le oir ~:10 qu'dl1• l cumpril j:unai· rien,
Cert.
in,
olijct
·
de,-ai~•nl
particuli~re1nent
par Jl!an-Jar,111e et qu'il a,ait tlrnuomi-tie
ponr dit•, b \11é,·olcmeu1 lie . · ~tait dépo11illt!e. an ·rer a . on •,·rie : le· rideau ile . iamoisc, - lt: 1w111de m.1intena11l en l'lait r.:1oluHall·, titnlair • Ju (, pital, ,uldnit 011 erran- le haromètrc, la c;,ne, ,ide maintt-11:1111, 1p1c lionm! : il· ((aient l',:,·an ·tr de lcmp
jadi · i/ m,i,. ait Je motm/11 frai , 1·lia11ue nou~eau ; 11 leur auteur 011 1lr ,,,~it d,•.· ander l'i rmpocltait I rrli,lual.
te(;; on effi ·e, partout, (! it . uh,litu • à
L'àr"t nt . 'é,·apor,1il d, u,; lt•5 11nin_ tl1· c • llh IÎU 1•
Qui l'nurait pré.~n "! C~l homm. 1p1'1:llu ~e celle de roi. , cl ·on nnrn tl!mplut; iil cdui d·•
:.,'fngeur, toujour,; en rout,., 'i IJ.immarlin, i1
l&gt;ieu . ur le, lrHe, J1:.1,: .. i,laCntp ·. à 1·all\. - li l'ari.
lt-ur ! t.:'l' t l,ien r,•1 hommeu ~i, !rien . ùr, - et dont l.i
là
pourtant qu'elle ri:voyail
tinur r LeindL:Ci : .on nom
en
sou,·coir, revenant de
ne parait que dan 1 . a,sichamp
, ar'c,:i lourde nn ,
naliou , r ploil:, Iran. porb.
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ouli"r . son halJit
inn:nt: ire . pièi:e de thicanc
m 1rron,
petik p, rr11,1u •
de tout orl ',' cha ·um• d ror1tll·,
~on
ir hona,se t
1111ell • · ·amoindrit la petite
craintif,
toujoor
emliarr:t , :
forlun · de Tl11lr ,1'. Cdt,~j
d'une gcrhe de plantes Joni
, il J.1ns la 'ppnllmnsion d •sexiil encomhrait la talilt: en atncc p · ·uni ir d • c wa1lc11danl qu'il Il• colUt ur de.
lr11 11u'ellc 'est Jonn11, iu·1hic~; - ou hien a sidu
con.cicnt • rC\'llDl'h1'dupauçr •
b.
on pelil bureau, copiant de
[\ou seau tlonl elle a limé la
la
mu~ique
pour ga tner qu1Jlman~uétudc et t•sa,péré la
ques
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r111illam on tra1
. ensibilitt • Di -huit m ·
,ail qnaud ..lie l'ordonnait,
lard, 1oul &lt;1u'cll • po
d , cmlaol à la cal'e, dr ,;étail dis~ipé; il Ut! lui
~ant le couwrt pour lui en
11ue 1~
•ntc, ,mi ,
é,itcr la pt•i11 ·, et toujour
librai
l 1 • 1.200
.ouwi , docile, pr,h naut, au
, io••èrc n~suréc · par le 1·ote
int cp1 Li •n IJU\clll die
de l'.\ ••• ml,lé • on lion le ;
l',nail cru bêt •. ï pourl nt
I'. ·1H t'.·lé l'opul11nl·e à PIL'"· Îl elle a,ait prém le~ chose ! 1
1.lellc ill ; mai ,id mment,
clic a,ail éle\'é Ml· eufants ...
de cc r ,·cnus, elle ue ,oyait
EU~ ~rail la m,·rc vénl!rée
pa · un écu .
drs
fils de Jean-faci1ue l\ou ·Elle avait, au d&lt;'rni rs
,r.i u : d
qu ·li rich ,c ,
moi .. de 1i!l:i 1 plu de ·oi ,anh..'de 'lue! honneur· la nation
dou.tc arL; conuul•uloet:upailne t'aunut-ellc pa oomW i '!
ell e· heur•,, J,.- nir Ji:
)lai· mt-dlc jaru us l'inc t lther de !'311 li. lôrs1111r
l1u1:;ncc Ju
on défont » i.-ur
:.on 110111 ,w! de co11f,a11ct· t\l;iÎI
et• •1ui ~ pa.~ail Je limniJ.aah. nl'! La hi'·. Lflli _oufllt:
1.ile'? Balli la supputait, "an
fort ur œtlc u11Jc plat011,
doute, •nc.:tt.anl la nouvdl
~ccouait la tuiturc J clt:111111
occa.ion d • bal trc monuait.!. li
et allait, à 1111 • lieut• Je lô,
1:,tiu1a , •llc occa ivu n-nuc
rid •r l'étans ~Iitain oùlm,quaml lnv,mc11tioneuld•ddé
tre dorruail, dan un il1·, ~ou·
•JU • I •. l'\:l&gt;ll&gt;:i de rault•ur du
1,
peu1,lier fri .;onoant .
Co11tm1 uJcial st!rai1:nt por'1111.:r·, htit eul~, rcfrogn te,
t.t.l uu l1anlh1:on · b nhuluat1•c le: ve ti • de wn r~ .é.
tion ,lu Il thcriniùor retard,
Uan. la chau1Lre 1oi iue Je
la lt?r •munie ; mai d ·• le
la cui5in1: était ·ou h t, coucallllè rc1· •nu, profila.nt dl··
,crt d'une ruurle-pointe rouA Tlll Jlf.'-E.
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1•0,111011.
•p•~ mage, et n;irni de gr-.inJ: ri- RoL 1_u, ,l K 11. 1-01. ·T 111· f'ARTIR 1-01 R L
111fc,tnicul
les
r1•pr1b •ntaol~,
deau en iamoL, llamLéc
ûoJ,•u" J.: llrn, ,J'.itrls le .J,mn J,· :11~c1&lt;1,,1,. Luou,.
1ltért·~e .ol11ciu uu up11l~•1ui avaient orn' le petit li1g1.'111c11t de pen ivn u ntmeut de ln rue l'làtrirrl'. oc
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2. l't·oc ~ .. ,·tt haut
fi frucli !vr an Il.

11~ la Cuu \ 1!111 i1111 naliu113I,•.

�1t1ST01{1.Jl

---------------------------------------.#

En soumettant au comité des secour la
requête de la veuve R-ou. eau, « accablée
sous le poids de l'âge et de infirmités 1 », le
rapporteur, noger-Ducos, proposait d'accorder 300 ürres de supplément. à daLcr rélroacth·emenl du jour où la pen ion avait étâ
votée, motion que, le 9 septemLre 17tl \, ratifia
la Comcnlion. Thérè e reruL doJlc donc de la
'l'ré ore rie n:i.lionale plu d'un millier de livres
compLant, vile d.i·parues, comme le re le,
tlans le gouO're où s'engloutissait Lout on
avoir. Le pis fut que la démarche ayant attiré sur elle l'attention, les curieux s'informèrenl: par une sorte de pudeur respectueuse
envers la mémoire de llou seau, on eul soin
que rien de ce qu'on apprit ne 'ébruitilL·
pourLant, le jour où fut soumis à I' As ·emblée
le prograrnme de la oorémonie du PanLbéon,
sur la proposition que la veu,·e du philosophe figurât dan le cortège, le rigide La1&lt;ana1.
parlant au nom du comité d'instruction publique, eul le courage d'inLervenir : « D'après
les renseignements pri à Ermenonville, il
eslirne que la Conveotion a assez fail pour
Thérèse Lerasseur e11 lui accordant une pension 1 . » l.làlivemenl, des voix réclamèrent
l'ordre du jour, et la discus ion fut détournée.
En vain, quelques jours plus tard, le 26 eptemhre, Thérè. e, comme si on lui eùl fait
comprendre qu'il était urgent de rallier le
sympalhies défaillantes, ~e présenta eu peronne ~ la Convention pour olfrir aux élu.s du
peuple la copie des Confe3sions, sa suprême
réserve. On l'applauditj le président-c'était
André Dumonl - lui accorda les platoniques
honneur de la éancc el Ja bo.rre s'ouvrit devant
l'auciennera\Taudcusedel'hôtcl de aint-QucnLin ; elle pénéLra dans le soleOIJel prétoire eL
prit place parmi les repré entants de la nation. fais nul n'in ista pour qu'elle figuràL
aux. triomplules f110éraille qui e prépal'aient.
an elle, le octobre, vers le ·oir, on
ou nit le tombeau de l'ile des Peupliers; le
cercueil de métal fut placé sur un char, qui
le jour suivant prit la route de Paris, accompagné d'un groupe d'habitants d'ErmenonYille. a passa la nuit à Émile, - c'est le
nom riu'avail adopté la commune de MonLmorency, - el le 10, à la tombée du jour,
le cortège cntraiL dans Je jardin des Tuileries.
Au rentre du bas in, devaaL le palais, éLait
figuré un îlot planté de peupliers; la bière y
fut déposée comerle &lt;l'un voile couleur d'azur,
étoilé d'argent. Le lendemain, chantant de·
airs du Devin du village, défilèrent par les
Tues les groupes d'arti ans, d'berborisLes, ~e
Genevois, de jeunes mères, de vieillards qui,
selon la naïve esthétique révolutionnaire, précédaient la Convention condui anL Jean-Jacques au Temple de Mémoire; la foule, parmi
ces symboles, cherchait des yeux Tbérè e, la
fru.ste mais fidèle Thérèse, déjà personnage
de légende, et si populaire qu'à quelques
jours de là, on la représentait, au LhéàLre de
1. A1•rhi,,.1s ,1alÏ&lt;:male..,, A. 1. li.
~- Mo11ileur, Au Il , p. 1480.
5. Aulard, La réaction tl1ermidorie1111e.
4. Mu,set-l'atbay, lliatoire de la vie tt de&gt;J ouvrage, de J.-J. Rouueau, ~. I, 274.

l'ÉgaliLé, dans une comédie intitulée le Mariage de Jean-Jacques Rousseau, où elle
était la meilleure el la plu douce des compa:rnc 3 •
Mai on ne la vit pa dans le cortège; de
r1uelle mine eiîr-ellc e corté ces mères allaitant leurs nfants? ans discerner les raison ,
elle a\'ait compris qu'on ne voulait pas d'elle
e.l elle rentra dans son viUa••e, pérsnadéè qu'à
on tour elle utait la Yictime dl' l'univcr elle
méchanceté.
Dan une letLre, la dernière qu'on a d'elle,
daLée du 15 juiu l iU8, elle accu c le marquis
de Girardin d'être la cau·e de sa détres c : il
lui a pris l'argent, le manuscrits, les herbicr3; a ,aus lui donner le temps de , e reconnaîlre », il a vendu Lou e effeLs; il Juj a
rcmùoursé en a. ignats la omme qu'cl\c lui
avait remise en écu , pour qu'il pril soiu
d'elle sa vie durant )) . Mème à Corancez, à
qui la le1tre csl adressée, même à cet ami
d'autrefois, familier du logement de la rue
Plâtrière, elle ment. Elle ne dit mol de la
véritable eau e de a mi ère. Elle ne cite
pas le nom de l'homme auquel elle s'est,
pour son malheur, acoquinée. Elle e-saye
encore de hâbler : &lt;&lt; Pre que octogénilire,
écrit~lle, Ja veuve de .Jean-Jacque:; Rous eau
ba bite une chaumière où elle manpue ùe
tout' . ll
Elle manquait de tout en eITct mal•rrê sr,
1.500 liYres de pcn~ion, augmentées do
1. ~oo livres de rente que lui assunûenL • s
contrats a1•ec le libraire Rey et la wuvc de
Mooltou. l.,es pa ·emenl'~ bien cert~inrmcnt,
n'éLaicnl pas Lrès ré,,ultcrs; les caisses de ln
f\épuLlique urtout lanternaient lu;; cré:mcicrs

Grnvurt de E. ABOT, ;t'ciprts NAooET.

dn l'État; mais Lous les rentiers souffraient
du même mal et le prenaient en patience.
Telle n'étail point la cause de la mi ère de
5. , Si 1'011 en croil d'Bscl1~rny, cUc nul'llil 1nan;u
œl homme rlus de 100.000 rranc,, que llll
Peyrou lui auroiL fait assc.r SUCCl!S ivemeut. • Œui•re&amp;
de J.-l. Ro~1eau, Édition Furnc, 1846, in-4•. •4 JI·
pe11dice aux Confeuio111.

Ol'OC

Thérèse. Ball continuaiL à vine chez elle et
à \'Ïvre d'elle : la malheuren e, qu'il e ploit.ail1 D'eut jilmais le courage de se débarrasser de lui. Il dépen a.il bien au delà de ce
qu'elle recevait, ne LraYaillait pa., s'endetLait,
la forçait à pa1•er ou 1i s'engager •; et l'on
peul e-xpliqner ai11 ·i qu'on ait vu fa femme
de Jean-Jacques Rou seau, alors qu'elle :n•ail
soixaute-tli\-huil aus, tendre la main aux:
pas .anls sou les péri tyles du ThéàLre-Françai ... 1111 jour peut-èLrc que venue à Paris
pom· loucher ses renles el n'ayant pas obtenu
d'arrr1•111, elle n'osait, près de ·on homme,
rentrer le mains vidt!~.
Le t 2 j uillel l OL, un dimanche, elle
mouru.t, ver quatre heures de l'aprè -midi.
Dally prévint le notaire GiLcrL. Tls s'aùjoi011irenl le boulanger Dcsporte , el lOUll trois
&lt;léclarèrcnL à la mairie le décè · de )tarie-Thérèse Leva seur, veuve dt&gt; Jean-Jncquelj Jlomseau, auLheotiquanL ainsi, par acte officiel, le
Litre usurpé donL elle a,·ait i longtemps trafiqué. ne Yoisine, la femme Desclos, ,·eilla
la morte, qu'on inhuma le lendem:i.in, et
Ilally obtint de rester dans la mai on en qualité de gardien de cellés, po és après l'enterrement. li 1' séjourna ainsi durant cinq
moi , au bout de quel eut lieo l'inventaire.
La mai on fut trouvée presque vide de meubles, et la prisée do lout ce qu'elle conlenait
oe monta qu'à 555 francs. En revanche,
llally déclara qu'à a connaissance, la succesjon était grevée de nombreu es deLtes. En,er lui-même d'abord, elle était débitrice
d'une année des gage que, par conve:1tion
verbale, Mme Rousseau 'éLait engagée à lui
payer, oit 250 livre ; il réclamaiL en outre
les [rai tle garJ.e des cellés depuis le lendemain du dt..:cès, airn,i qu'un lit, garni de coucha(res, qu'il r.erLifia lui appartenir. Le cercueil de ~lmc Rousseau el les frais Cunéraires
n'avaient pas été payés, ci : W francs sou .
Il était dù UG frao au l1oulange:r, 4~ francs
au bom:her i Bes.at, le propriétaire de la
mai ·on, réclamaiL 11uaLre Lerme du loyer;
nn cultivateur Dri .el, présentait un compte
de 14..i livres pour fourniture de héurre el
d'œuî . Surgirenl bien d'autre créancier ,
parmi le quels des étran,,.er' an YÎllage, des
gens de Cla}e, de Dammartin, d'Aulnay, donl
l'un, Dardel, s'inscrivait pour 9!J francs,
restant d'uno plu forte créance• .
L'éLonnernenl fuL grand quand on découYril dans les papiers de la dérunte ses deux
liLre de rente viagère, l'un de 700, l'autre
de 1.200 francs. On ·araiL d'ailleurs qu'elle
élail, pour 1.500 francs, pensionnaire de la
l\épuLJique. Eh quoi I elle était riche? Pourquoi donc emùlail-elle être i paune ~ Pauvre, au point que, trois jours a\-a.nl sa
mort, elle avait emprunté 6 francs au pèro
Drujoo, le jardinier 7. Il est vrai qu'on Lrouva
bien d'auLrès liasses de billets, de mémoires,
de quitlances, &lt;1 données à différentes personnes pour dilîérents objels que la défunte

"'------ -------------- - --------- LA nN DE T 1rÉ·1rÈsE l.ErA ss1;im, leur dti\·ait 11. Dans l'inventaire rien ne rappelle Jean-Jacques : pas un ,1olume de es
OU\'rage , pas une pa&lt;Te de 1Uu ·ique, pas un
renillet d'berLicr, pas une lcLLre, pa· un portraiL; le clarccin el tout ce dont on poU\'ait
faire argent arnit Ut'puis longtemps disparu.
A l'encan d II moLilier, lrois jours plus tard,
le baromèlre fut adju•'~ 5 [rao •' 25; la "rande
armoire de no)'er moula à a3 Iran ; la d:une
'froüclle paya 20 francs un casaquin rayé

blanc e! ja-unc et un jupon de jamoi$e; le
mantelet de salin noir garoi de denlelles
trouva aeq11 1rem à 6 francs cl un habitant
du \i llage acheta GO centimes les deux livre
de piéte dont . 'était mie Thérèse. La \·eu'tc
produisit 55 7 rrancs : l'ensemble des deLL
monlaiL à une somme trois fois plus ,forte .
Bally ne quitta pas Ple · i -Belleville. Il r
vécut misérablement durant quatre aw, el
c'est là qu'il mourut, à oixanLe ans, totale-

- ~

ment dénué de ressources, le 5 octobre 1 05 .
[,'arpe11trur Rieul Leduc et le boulanger Desporte~ . qui le connais aient depui longtemps,
déclara.ni à b mairie son décè , spécifièrent
que Jean-llenr1 Ball·, tmc,en 1lo111ntiq1te de
.Il me Jea,1-Jat~q ues Ro11s.~eQ u, éLail décédé
garçon, comme s'ils eussent ,·ouln t6moigncr
ttue, oontrairemenl 1t la croyance commune,
cel homme n'avail jamais été le mari de Th&lt;-rè e Leva seu.r.
G. LE OTRE.

La chemise de Marie de Clè1'es

Le mariage du roi de NaYarre (depuis
Ilenri IV) avec Marguerile de Valois, el celui
du prince de Condé avec larie de Clèves,
furent célébrés le i8 aoiH 1572. Le fe tin se
ût au Louvre. Marie de Clèves, âgét&gt; de seize
ans, de la figure la plus charmante, après
avoir dansé assez lon"lemps, et se trouvant
un peu incommodée de la chaleur du bal,
passa dans une garde-robe, où une des
femmes de la reine-mère, royant sa chemi
touLe trempée, lui en JiL prendre une autre.
Il n'y avait qu'un moment qu'elle était ortie
de celte garde-ro Le, ci uand le duo d'A ajou
(depuis llenTj Ill), qui avaiL aussi beaucoup
da n,é, yeulra pour raccommoder sa chernlurn,
cl s'essuya le visage avec le premier linge
qu'il trou,,a: c'était la chemise qu'elle venaiL
de quiller.
En renlraol dans le bal, il jeta les 1eu.x
sur elle, la regnrda, diL-on, avec aulanl de
surpri·e que s'il ne l'eût jamais rne; son
émotion, son trouble, es lransp-0rl c~ Lous
le ewpressements qu'il commença de lui
marquer, étaient d'autant plus élounants,
que depuis ix_ jours qu'elle était à la cou.r,
il avai t paru as ez indiJféreut pour ces mèmes
charmes qui, dans ce moment, faisaient ur
son âme une imprc~sion si vive el qui dura

si lougtemps. Il devinL insensible, diseoL
tous les Mûmoires de ce Lemps-là, à louL ce
qui n'aYait pas de rapporl à sa pa ·sion; . on
éle&lt;;tion à la couronne de Polorrne, loin de le
Oauer, lui parut un exil; quand il fut dans
ce royaume, l'absence, loin de diminuer on
amour, semhlaiL l'augmenter; il ·e piquait un
doigt Ioules les fois qu'il écrivaiL à celte princesse, ctne lui écri ,·aitjamah1uedeson sanoT.
Le jour m~me 'lu'il apprit la nouvelle Je la
morL de Charles LX., il lui dépêcha un courrier,
pour l'assurer tiu'elle serait bientô t reine de
France ; et lor qu'il } fol dtl retour, il lui
confirma celle promesse, et ne pensa plus
q~'à l'exécuter; mais celte résolulion fut bien
rnlale à celle princes~e: car, peu de temp.
aprl!S, elle fut attaquée d'un mal si violent,
qu'il l'empor ta lita Ueur de soo âge; le un
en accusent celle-Il,, les aulr~ cclu.i--ci. Le
désespoir dll Henri Ilf ne e peul exprimer i
il passa plu ieurs jours dan les pleur el les
gémissements ; el lorsqu'il fut obligé de se
monlrer eu public, il parut dans lu plus
grand deuil, cl tout couvcrL d'enseignes el
petites têtes de morL: il eu avait ur les
rubans de ses a.igwUelles; cl il comwanda à
Souvrai de lui faire fa.ire des parements de
cette sorte pour i.t mille écus .

U y avait plusde quatre moîs que la princesse de Condé était morte, et enLerrlle à
l'abbaye de Saint-Germain-~s-Prés, lorsque
ce prince, en entrant dans celle abbaye, où
le cardinal de Bourbon l 'avait convié à un
grand souJlCr, se sentit des sai issemonts de
cœur i violents, qu'il YOulait s'en retourner;
ils ne ce èrent c1u'aprè qu'ou eut ôlé de
on tombeau et transporté ailleurs, pour ce
jour-là, lecorp decetle princesse.
Catherine de Médicis, en l'engageanL à
épouser Louise de Vaudemont, une des plus
belle per onnes de l'Europe, avaiL espéré
qu'elle Juj Ier-ait oublier celle que ln mort
lui avait enlevée ; peul-être l'espéra-L-il
lui-même; mais en vain, ajoulenL quelques
Mémoires de cc tcmp -là; l'imafTe de la princesse de Condé se retrouvait toujour au fond
de son cœur, el le remplissait de lri tesse et
d'amertume; il ne cessa jamais de l'aimer,
quelques eflorLs qu'il fil, et quelques moyens
qu'il cmployàt pour lâcher d'étouffer celle
malheureuse. passion, et pour di iper une
noire mélancolie qui le plongeait quel11uefois
dans les accès du dé espoir, tantôt il se
livrait à des exercices ou trés de dévotion, et
tantôt à tous les désordres d'une vie voluptueuse.

SA11 T-F'OLX.

O. Arthi Vei de U• Baudon,
7. In~entaire de meubler cl efleu aprà le dtl!Ü
de M.-T. Leras,eu1·. A.rchives de I(• B111doa.

""3o3"""

�cette belle maison. Ile
tail t:ipie nux Petit. raLin b riu'il , fTcdionnait, dan: ce tranlran de ,·it? pareille.. oil l'on ne orL.1il de
l'e.•cla"a e de l'éû 1udle c1u pour tomlJ r ,
l'r, la,-agc de~ manies. ~lt!aw l0~11u~. par
tant d'cflorl rt do hriiruc.•. ~ne eut, en 1;:.,u,
ol,tenu on· hd ppart menl u r 1-Je1·bau .f.c• de \ er aillt· , ne fallait-il pa:, prc. 11110 cba1111c mainc, 1p1'ellc le quillàl pour
~1~i\fe, r~ot·lc ou viw, en ~on ,·a •nhnnJagc
c1c·œu\'r•, c.l &lt;hAl au en ehât au, d,.. r.b ~c
1•n clrn,r. l'i11am11 ·ahlc roi 11ui. en prom 11a11t .ou e11nui. cro1·ail le ,li tr ire. el, en
d1:in!!e:111l dl' lit&gt;u •. m• pom·ait ch:inl!'~r
d','1me,
~
_ï p•u 1JCP pa·, 1 111~r4ui,1• b. hit l'hotcl
J't:Vreu~. 111:i' 1°11 n fait a folie .. :m
œ:~e elll· pen,t• à l'ncerflitre l'i l't·111l11:llir. n
meuble:, en un 1.'Ulç nm: , cil· n mel
pour &lt;1:1 OUI! livr ~ el tl~ · m~ . .\npr,••. un
tnrain lui a,.r{e : il est loUll \:111 liH ; 11,i
en oflr IOH.0110. ur 1· Ch mp,-Éll": . '1
moindr 1 · frai,, ellt• èrupiètc ans r1!:Sc : le
17 mar,; li :,11, t-11 érhan"e J, ~i IIL i,ons ~
Com1iii"•ne, l · lloi lui donne - outré Jïmmcn
ll)J'rnin ,·ntr 1,udo11 1 1 lie ·u rill'f arpenl. lrent ., pl pcri·bc, de tl'rrain
conti 0 u 11 011 jnrdin; l1• ter 001· •mhrc 17 G;j,
'e l un :luire lt&gt;rrain de 1.200 toi·e, (un
J,.mi-h:!Ctare) pour arrondir .on pu ~er;
d'aulre, tlncorc i;..1m doult!; rar, à pr11s •nt,
c'e,t un pare 1 :rital,le: l ~ potagrr ,·en ,·ont
&lt;l:in h., ChMnp~I:I) I, , pr • 1111e eu l,orduri:
J b nnu cil a,·cnu11; à clroilc. il, 'étend nt
ju:.qu'au nuod-Point; à ga111·h1•, l'II c.1rn:,
au-&lt;l •1anl Je~ jardin~ d . h,itd. du Fau1,our •, 11r unt ,uperlid t:,.:i) •. l) ., inti \ b
tran -:ii~c, anc de. parlcrr,-s droit. ri11c cou1 nt d •s b:Lin cl. . ur le: cülé , Je, granrl~
·,,u,crl., des l.t~)rinth el de, ·harmille·,

qui, dan~ la promen:i.de puLli,1ue, r•mhl ni
eia
e. ,ein, la me tra
Ch3mp. El~Grnnd rri:, 'ét
d la de
la
ur les mni~on c
rdin. du
,r,
uu.
l n an après celle amw ion ùe I ili;j 1p1i
lc!rmÎ!lt. on œun •, h m.1rqui,, rot urt. 11:la
~011 tc,lamerll, d~ 1j j i. elll' a écrit : u Je
111,plie 1 !loi cl' 1:c plcr le don que je lui
fai~ de mou luitel clP Pori,, étnnt II teptihle
dt! fair le pal. is d'un le ,;,, rwtit.-fil . J
dé~irc tJIIC c,• ·oit pour ~1 r J, comte de
(•rOICII

1 oin 11 l'hôtPl, tl rertainemrnl 11,•aujnn a
li· oin du Roi. L :?6 oùl I i 6, le ban11ui r rc"cnd donc ; Luui. \VI, mo) •nn nl
1.1 Ull.11011 li\"re,, plu 100.11110 punr le.

• 1

L• l\oi arceple, nrni! cc n'c ·1 qu'en Jt;sintér aul I fri\rc de a mailr 'e, le rnar.1ni
de "ari ny. 'l'oulefoi cnrorc. il r 1 «•r,·c l'attriliution. Il d1~tine J'hùt au .\mb:i .ad,·ur c traordinnire ; pui , l' •u ~i t:t.,nl
ratt .• il l'emploie pour le Gard ·-,leuLlc, en
att udanl l'a, h;-,em1•111 1lu La1ime11l 11ue Gabrit·l ci,11,1 ru it â la place Loui, Y. Cttt1·
place oü, ju lem ni rn 1iti'."1, l'un a mis · u
jour ln . talm: qu•' l,1 Vrllt! 1 dédi,: • au Hoi
apr'•, ,a rnafadie J, ,tl'l1, doit noir JJ(lllr
co111p)1:111,•nt ravcOlh! d~· l,hantp~-ù .,11•. qui
l' al1-0uti1. \ l efft:I. ou r piaule l':"·enue •a
entier, tic IitH à tïiO, el l'on 1°om111,•nc •
\ rerrcr d,· allée tra~nr ait•,. lléjà Cll
1ï~:i. depuis le Conr,-l.1-lleini•, 11! Jnl' d'\.nlin
plant: l' ,·enue qui port• on nom.
mnis •'1l1ail pour Jounn une i sue au Cour,.
En I ïOi &lt; ·uk111e11.t e,-t per . sur I j:irc.lins &lt;l1• lï1iHcl d'I:, ri&gt;u ·, l'n\'l!IIUC )lal'i 'RI,
1, lrt)i~ an, plu. tard, l'all: • dt:, Y u, •
(awnu · \fonlai:,ne Je la • 1·ine au l\un.JPvinl: ,·enu ~foti non du 1,onJ-Poinl i1 la
ru1: Jati 1111111.
c n\:. l pa" a.. ez, c-ctlu brt·che dt• pr-.,
d"un hcc-tare 1111 l'aw:nu • \11ri:,.'lly lait dan~
le jnrdiu de !'hùtd &lt;l'l:Hcllx; le fini rl' tilu'
• u Ch mp.-tly,-' . qui ,ont d • •on d ,main .
l &gt; r11t:1gers ù1• la m,ir&lt;ruise, cl, . ~uf la demilune 1!11 ran,I l.,,i-:-in, qu'il lai · en •1ci·,,
il remcl pr •~1111c 1 jardin 11 r~ li·•nemenl d •~
autre jardin qui doun nt . ur h:' Champ l~IKée~ et auirnncnt à des lullcl. a1arll hrr
•n°lrtSe ·ur le C ubour" du !Ioule. : 1corc. le
1:, juill •t I ïti!I, il clélathc, ,ur la •anche,
11nc hanù d' Inule I lon~ueur Joni il ratifie le formier !!énéral tlouret p&lt;iur qu'il y
a~se um. lruir • un ùôt •l.
A la fin uu ri•,.ne, comme J.ouil .\\' 1·sl
lurl lit l ar" .ulti, corumt' l'at,t,: Tcrrav, ('Olt•
lr ilcrnr "én 1ral de· Finance!'. l'.iil ar:,'l!nt de
tout 1•t que Llea11jo11, l1an,1uitr d,• la Cour, a
d gro,,-c., néan c~, le 1- juin 17 i i, on lui
,end pour n11 million c •\ bôt,·1 J'Évr ·u, t]IIÏI
dé.irt:. Il• lait, l''e•l li: t&lt;-rrain qu ïl achèk.
Inbal,ité •, mal entrer ·nue cli-p11i di, au,, la
mai. 1rn a Lcnu ·oup ,oulfort. Toul d,· décoralirm, a vieilli l'l n'c·~l pa plu~ au gm'1l du
jour 11ne. au teiup. d .lme ù l'ompaJorrr.
b &lt;lc:coraliuns d1• la fü•tr1•ur1!. Encore ltne
Iran. formatior1 r Jicale pour la,1u •li il fr ut
,,1 \Rff•i\SSlt CROZAT, COlltl:'..S'-&amp; 'DÏ; \'JIEl;
lloullée, l'aprllrc d •: rnod,•s nouvcllt•s, 11ui
Qiti11el 1~s E~J~'11fU.)
, nr,inJit l'h il ·l lui Jnnn • un tout ,,ntr air.
lll'aujon c t l,ieu rirht•; il t proJi~ne
rntanl 1jUc ,·a.nilt•u\: mai, le alli! parc~• !Prmine, ·m 1 · pnt~" •r , I' r une pr •
dcu,i-luu · inwr. éc. Ile là, par le: :tH!uuc, fair •s ni h· nffairr • Loui. . \'! croit arnir
0

F~ DÉRIC MASSO
J(

r

pJtmll! /ranfJI~

+

L'Élysée
(r7rS-1 o5)

+
En I î 15, lor ·r1ue, dll I' rgent du bonhomme
CroZJl, on be:iu-pèrc, 'frè~ haut •l Trt·, j&gt;UÎ. s.1nt i neur tlt:nri de l:l Tour d'Aurnrgne,
comte d't:,rçU , nrheta, de lllc 1; 01:, iè,·
llu. ucl, entre la Ville-l'É,êquc d ln porte
S:1int-llooore, tr •ule arpenll en jardin el
marai où il ,·oulait que I,'.\ urance lui I,: lit
un hôtel, on 'étonnn. Pa e pour une mlisou de campagn , mai· vine 1 \'bher !
C'cll.llil b,,r· P.iris, n pldn champ , i loin
sur la ch:m~séc dn Houle! au doute, en c
'l uarli..:r, cp1el.11u "" nuda it:u avai nl M_j' jet:
ll'11r dérnlu :ur cliver j.irdin.. mai proeh .
d~ la ..-ille, l atlenanl prl' ·1ue, tandi que le
comte d' ~:vreux allait au plus loin, el hormi
la Chau . i.-e, .i médiocre d'cnlrelicn, cp1 ·li.:
roule mènerait à cc fameux bolel'?
'Toul dl! roeme, on ·'cmpr ·s·e, d'. que
M11l1 •1, ,pti a remplacé L'.\ ~urant·e, ~• a wis
la d roiere main. Ct:I,, e:,t uaiment un palais, el le jardin, quoi4u~ tout oouwlleni •nt
pl nlé, ·t, p r . c parlcrr_es en ,hrOlltlr~e cl
1':1 •réro&lt;&gt;nt dl' l' •aux, digne d un _prince.
N' st-œ pa' co 11uïl Faut au comle J'bwiut,
p.·lll-nc,eu de ~l. d Turenne, lit:uten nl ,.,.;.
uér 1 de. aruu! • du l\oi, colonel ~1ntiral de
l'infant •rie 1 •ère. cl "11uvern ur de l'ile de
France'! De plu·, n'a-t-il pas touL l'nr 11 ent

rcnn çcnd la propritltl telle qu'rlle e com11u 'il ,·eul; car, outr · le· ar,cs, Jroit
émolument.: - c·t. J · füc, rien que le ou- porte à llrne la m~rcprne 1I• l'ompadour, Jù,ermmenl Je l'lle-Je-rrance ,aut li0.0110 Ji- menl aul ri:ée de $Oil mnri, uillaume Le. orue. - il a le coffre du pèr · Crot, t, 11ui, manl. I.e prix no1Uinalc'I Je 0011.IJOO {ran ,
pnrti de Toulou,c le. m3in · ,idè • e l à pré- m~b ils mLle bien qm•, tant n tpi1Pl · quo
.enl l'homme t~ plu rich de Irance. tr1h&gt;- pour pri. de· nlae1' l de~ l.ll lt•au,. le Roi
rier de Élal de L1n••uedoc, r ·ni · ur g né- en paya ï:iO.f!tHI ..\.u ,urplu , était-ce ch r'!
rai du 'I r;:é, fondateur de la Compagnie de Le comt d'l::n,·u n'n~ il ,ans doute pa
Loui~iaocl t qui - all .nlion délicate pour accru sa propriété eul •mrnl de 710 toi. e
un lcl g ndr - . • t pa~:-é lui-m ;me au du l rrain oLll•nuc "ratuilcmcnt du Jlé... e.nt,
bleu l'O ach,:ln11t la lbarsl~ de rand Ir'sorier lo :, m~r. l 7:? 1, pour 1·· en laver dan ),•
jardin d • l'botd. on jardin . '11tendail ur
de. Ordr . du Roi.
Comn1c il a été Il' premier de on monde prt'• · de 7 .1100 loi. • ·, pr • d, Ji hecl, r • , t,
•111·ait attiré ce ,cinlill m •al d'ù:u .. le corute hor de ,on enctiot •. n'l u1·ait-il pa. t.&gt;ncorc,
·ounnc il mlilc ù'aprî· le plan-, dher~
d'Ê1r u ·c~l fait la bonne p.1rl. Plm lard,
lcrr.1in
en marai et pota• cr 1
il eiH lruu,é à t(UÎ parll'r · à ln ,econd :aé'itiil
propriétaire, IA marqu·
appell
ration. le d moisrllcs Crozat Ile e contentèr nt qu'awc de duc,, •L ce furent ,ont:mt, I.' \. uranœ fils, on archilecle ordinaire, d
commen&lt;:l! de l,:'11ir el dl' 'ch:intrer. Peut-ellt?
Choi~cul, fltltlmne el llrw•lie.
e :upporlcr •n un bôld de la n:,.enc1 , cl
ï Ll'au (jUl' oit un hôt•l._ on y meurt puis,
au premier i!ta"'e, n • fout-il pa:. ùiset dl•- 17-!I. la coml •. d'~:ucux l'tiprou'""·
po,cr à ouhail le 1.iell • lapi~serie~ des Goon mari - con,olé - lui sunil pri•. d
lrcnl an. , •1, à . n mrirt, en l ;:l:;, 131 , e belin,, don de :a ~hjl'~té '? • o don le,
l'b!il ·l .on nc,cu, le princ • d,· l'ur on . ~lrn~ Je Pompadour o· gui•re loi ir J'h1c·e:-t un more ·au Jïmportancc m i~, ju t • l,iter c • pala1 · qu 'cll • a r , é. ," a rrrandcur
il .e lr"u,·e 1111'uue Jarne, à 11u.i l'argent Jclpeuc.l d1° ·a , nitude: elle n 'eùl o,: quiller
le l\oi un eul jour, crainte do le dé habituer
coùle peu, en a grande cn,·ic. Par acle de
22 cl 24 dfo·mùre 17' '\ le prin c de Tu- d'elltl cl, plutot ljUI! de prc11dre ~e · ai~ ' è0
0

0

,,uc

Ill. -

lfmo ■ IA, -

Fate, :il.

... 3o5 ....

llr.:-;111-L.. u1s cm LA Tol'R i,'.\rn.Rf:;.rF,
C JHE o•t,Vl El: , '
lli!S l11&lt;'el):r.J1'r f',11' Lt:IIF.,\C,l('Jthc~l.:luESIJlllf'tS.\

glaœ r·I le,c Wlilt&gt;au • t n • r l erv~nl
rn~utrnil jwqu';\ ~a rnorl, ce qu'iln ,1rhrlt; un
milli,m il Loui~ \ \' do1u anm:e aup:ira1 anl.
San: nllenJre rpv Be:mjon ·oil mort - et•
,pri, du r le, n'e,U fJil un r lard tJII Je
c1urlquc~ moi - Loui :\ \'I reverni loul d,
·uih'. pour i11n0.1 10 line~, la ll11rhc e dl'
Bourbon, 111' • d'llrléan.. 1·e qu'il vi1·nt dc!
p;i ·er l .:i00.0011 11 on 1,ancpû r. Pour,1uoi
un t1·l don cl un1° tcllr fovl'ur'! On n ,ait:
on t·U trourn l,ien J':mlrc•. Jans le l.iuc
ron;ze, mai. rarem 111 au~ i m I juslilié..
l1ijit, pour e mellr à la moJe l!l . 'accommoc.l r ÎI la M ·houorant folie cle" j:mlin_
:in •lai., Bt•aujon n g1it · en nll: • lurtm•u~e ·
le. l lt'I. l'ouvert·. a •11, • nu foc ,inu u n
plare 1k ha~,;i1L 11 jcl. d'pau. éle,é de. mo111i ul,• t · ,li d , r l,ri,1uc., mai~ •.·.,,1 birn
autre d1ost• nv c la ducb,•ssu ,111i ;1 en tête! le
/10111nw 11ue le prinr,• d,1 Cnn&lt;ltt a fait l1
r.bantill~ cL cp1i pnrudi1i, en ,on jardin Je
1, ri,, • •tni peul dr , ni ment a;ri 1,1~ n
la plus !telle l1:rre Ju ropunw.
\ pl':n :i-t-ell' f111i cli! 1~11ir. 1. Il :,olution
,\l-131~. l.a 1luehes:tJ •-t, t·omme on l'ri•re,
tonte populaire, qu11i11u 'd!l' ~ni l marli 11i,tt•
- un' :1mour ·u .. e (1ui offr • au 1'~11111 &lt;'l à
Ilien 1 lai:·i!,-pour-co111pl • 11,· homme~.
Eli \':l t nhil 1oul,1ir ,e 0111111111 r b 1·itov nnc
Vérilc\ }, l'ciemplc du duc d'Orh:,ms, Îe ri1oye_!1 Ezalité. rt, pour prouwr ronun cil,·
s'inh:rc~·e au cfoerfüsc,m1•11b Je la n:1li11n ,
11 • lune .on liol, I, 11u'cll • a :1ppelé l'C:h éellottrbon. :, un cilo~ •n llu1-yn, 1·nlr('prP111·ur
d fètc; ·t de pbi,ir,; pulili,· . Qu·en dir 'amt~larlin. lt• 11lii/osn11llt' i11,·r11llllt, ,,u·eue :t 'li
pour COOlllh'll• 1 l'l dlll1L dit! :i r. il un prt&gt;phèlc ù dotnicilc '!
0

zn

�HlST0~1.l1-----------------------Elle 'p t réser\·u un :q1part~meu1 dans la
mai,·on, ma,~. le !'este, lfov~ a le loue à &lt;les
parLiculier ·; dans le jardin, qui se Lrouve

Aw i, la Juche se :iyanl prodigu~. dans le
jeu\ Je son jardin. Loule la fonta.i ic qu'elle
avait dans l'imagination, cel:i parail lout

V UE 1&gt;E L'ÈLYSÉE DAXS U:S PREMJtRES ASJ\"1:ES DU XI~~ SIÈCLE,
GY,nure de Cu.,l'IIY, d.'Jf&gt;rts le :icssin de Tot:S»JJ,.,,.. (Ca.Nnc/ ,tes Estamfcs.)

e perdre en plcine nature et e liner ton l
entier. cc au sentiment ». Et louL de meme,

ne trouvent-il _pas, eu même Lemp que d ·
filles, 1ou. Je di,erti~semenLS coulumiers l
r[lli .:emhlent nécess:iires à l ur bonheur,
glaces, limonade, hière, do cscarpoletLcs el
de la friture 7
Malgré la Terreur et le resle, la duchesse
a, jus'lu·au Hirecloire, gardé e biens, mai ,
au f • rructidor, on la fait émigrer, on la
J.éporlc eu E pagne et on prenù ce qu':lle a.
Le l!) \'Cnlô c an Vl t9 mars l 7!1 ), l'Ely éeBourhon e t vendu comme propriété de la
nation el acheté par mie sorte de société de
spécuÙIL&lt;mrs dont llo'1n est un J.tJS actionnaires, pour la omme de 10.5 0.000 livre ;
lieau chilTre - malheureu emenl, 1G8. 7;:.0
îroncs seulemeut ont stipulé pa}ables en
nwnéraire ou en lier com;olidé. (On prtL
fércra le tiers con ·olidé dont on a tant qu'on
,·eut /1 13 fr:incs: on rn aura à li francs
avant la fin de l'année, et à 7 rrancs en
l'an VU.) Le re · le, 10.151.%0 francs, peut
être payé en Lons des deux lier , et ces bonslà, à peine ~mi , ont dégringolé JJlus \'ile
encore que les a5signals, tant et i bien llUe
le prix total ne rrprésentepa ceotmille t1cu ·.
L'affaire n'e l ans doute pas mauvaise
ponr Uovyn, qui garde l'exploit.alion du jardin de plaisir car peu à peu il rembourse
es associés, Donaûde, Laroche el lfcn,.fo,
ac,tuénmrs avec lui &lt;le l'u ·ufruit, même Mengin, qui, eu! à la nue propriété. Comme
uperficic, le jardin est resté Lei qu'au lemp
de la ducliesse, sauf l'emprise sur les Champs.Élysée , dalanl pourtant du premier étalilisscmenl du comte d'Evreul.; la dcnù-lune sortante a élé ra.ée, le Lerrain récupéré par la
promenade publique, el, déjà, de rangée
d·arbr
y sont plantées se raccordant aux
quinconces. Un grand mur a été c.le,·é ~ur

dispo é toul i, ouhail, il donne à danser et. à oeuf de c fürer chez elle à clos plaisir.s
rire, de 1'1~xprès con.enlemcnl de la proprié- au si vieux 11uc l'humanité.
Les granJ ·oirs, l'entrée doublée, ce ont
taire. E:1-c,-. volooté 1ru'elle a dïmil ·r son
f'rl•re j11s11ne dan le· rraleries de on Palais- u.s feux d'artifice et, dans le jardin illuminé,
Roval. dé~ir de ~e faire un re,·enu, goûL dl• les Par;sicns s'cnla.s~cnt ravi . Il a d'abord
pJruler, ucsoin d'argc.-nl? Croit-elle se mieu~ l'agrément d'ètrè chez oi po11~ ses trente
ainsi 1Mgagcr de son hc.'lu-père de on mari sol dan lïnabordJùlc demeure d'une printes e du :ing; pui ·, la c11riosilé pa~sc!l',
Pl de son fils, Lou~ lrois émigr · el menanl
l'armée d&lt;' Cundé à l'assaut de la RéYolution '/ 11'e:;t-ce p.1 qu'ils 'imarrinml, les Parisiens,
A r1uni bon des rai ·ons '/ U a pas é par cette à ces mol magi(pcs de hameau Chantilly,
Lètc l'olle qua cc erait aiwi el cola tuL :
.Pule re scmL\ance &lt;p1' ,\le ait arec le Créateur.
Toul de suite, l'i=Ly ée, qu'on appelle le
« llamcau de Ch:intill)' », a la vogue. li sem•
Llc que le jardin ait été dessiné Loul e près;
chaque fabrique, cbaumière, kio que, lempic tenle car il en est de toute forme,
Lro:1ve pre~enr à baut prix: en Yoici pour le
"la ·ier, pour un restaurateur, pour un tcllclll' de billard pour les montreur de figures de cire, de bêle m~veilleu·~s el de
prodiges naturel ·. Pour plru.re à la citoyenne
Vérité, il afllue des omnambulcs extralucide et cll&amp;-mèmc. ilu be. oin, donnerait des
con ,~!talions, car elle ex.celle à celle folie
comme aux aulres. lücn à chan,,et· am escarpolelles, bascules, jeux &lt;le bJgue et jeux. ~e
quille:i: c'esl la mi ère de l'esprit b.umam
que le nombre infime de divertis ement
qu'il a imattin s, depuis l'origine dr · :'lrre , et
rcs outils avec qui l'on prétend faire de
J'amu cmcnt sont tout pareils pour rrraods
seiaueur cl vilains: l'ornementation en fait
~cule la différence mai elle suffit au bonheur de certains el il leur parall bien plu.
rrai de tourner en carrou el ur de grues à
Vue: DE L 1JÔTEL DE MAOMIE DE BRUNO\', DU CÔTÉ DES CLl.nlPS-ELYSÉES.
Î.1 chinoise q110 sur des chevaux de bois.
Gra1,ure de Ùl!NIS Xi:&amp;, ;f.Jprts le dessin Je L,.LLl!MAND, (C.ibl11e/ des E. t,1mfl!S .)
0

... 3o6,..

'----------------------------------------l'alignement Je la l'l,ilurc: des autres jardius,
d•! îaçou que cet alignement c l ciaclement
Jroil, de la rue de Champs-Élysées (llclucllemcnl IJoissy-ù'.\nglas) 11 l'avenue • lari~nl.
(Un sait que l'avenue CaLriel n'c1islruL pa.
alors; elle ne fut Lracée qu'cu 1 18.
1lalcrré l'amputation subir. le de.sin du
jarJin n'a point élé modifié; cela lui donne
u11 air pauvre cl lri le, le mur d'al,orJ, pui.
l'allr:c droite 'JUÎ le , uil et. fJUÏ \Ït•lll • 'enter
sur une allée tournante. n" .:ai on en :~son,
la Lais_e cle la mode se l'ail sentir. L~ la mort

ile mn père, ~Jlle Uown ~ mèmc rrnoncé à
t&gt;,ploiLer ell•-mèm,?le:agrémenls11u·d1t.i prornro el l'!le a p:1, é contrat avec f:aülan \'clloni,
l1J 1:élM1re glaciL'l' ùe la rue de Grammont, le
rival Ùt•s Garchi, des Zoppi, de;; Tortoui, cc"
llali!'l1s, anirés à 111 suite de no armé~, qui,
d·au ddà. d' monl , eoanm• un trophée li
coup stir inall~nd u de. vicloir11s de llooaparle,
0 nl ap11orté à Paris l'art el la
cienn· drs
glnces parfumées.
Vdloni se charge dt' Lout : droil des pau1rcs, al'ûchc.-, frais d'anoonœ, hillet d'cn~ée. _Les dimanche cl ra ,-, daw le jardin
111 urmné de -H.10 hee.~ à l'huile, il pa ~ era pour
la dan ·e un orl'he Ire d Jouie musiciens et
deux r{,pélitcurs . Les jeudis, il n'y aura que

l..''EL"YSiE -

,

250 hecs, 1;,() J, lundis nn•t' huit musici,•n.,
el les au1r1•s jour., 100 a1·c1· cin'I mn.icien .
Charrue soir, quatre soldats frront la police
el, li?. dimanche , on l'n aurn au lanl qu'il
faudra. Mlle Ho,·1·n consrrve l:i direction et le
produit du l1illl;J, cl elle partag • avec Vclloni le loyer du reslaurateul', 'il 'en lrOuYe
un. ll'aillcurs, Yclloni ne lui pa)'C rien de
fiie : le pri à l' atr6e ét.ant, par ca1alicr, de
25 sol-&gt;, sans t'()O ommalion, et pour LtlS dames
de 12 sol' : le· dimanches seu lemenl . die
perçoil IO sols po.r ca\·alier (i ol · par dame,

con onnnniioa; t'I dl:l{JUU Jan. &lt;', comme drn(JUC jeu, aYoit ·on larif, mais, à présent que
la ronde a dtllais"c! le. Cabriques en ruines
de Mme de Bourboo. comment o.utymooter les
liillel '! lèmc aux jours de ~randc fète, on a
oin d'annoacer que, pour les ~:1 ois, on
aura le bal et Lou - le jeux grali .
Pour ramener les Parisiennes aux jardins
charn1Jètre , il fa11l les inventions et le curiosités qu'on lrourc h Tivoli et à Frascati. Partout ailleur. c·c. L le Jé erl. ldalie est fermée;
la Chaumière est pour les étudiants, Paphos

cl. crai11Le d'èlrc volée, c'c:.t elle &lt;Jui appoinle
le rccc11Jur,;. Encore, h• oirs de
e Iraordinaire oà il ~ a feu d'artifice et ~u iqucs
de upp1Jmcnt, Joil-elle participer aux frais
pour un cinquil'mc, el lé prix des uillcl" n'c. t
pas augm&lt;'ri Lé.
.\.u moin , cc ·oir -là, rnus lè Consulat,
riuanJ la quoliJi,mne f'ère clwmJièlre dereuail la CR.l.: 'JJ.li rt'.:n; c11mT1r~nn: et &lt;(UC 1'011
comiai L le peuple· à aclnùrcr le « feu d'arûGce ur l'eau accompagné Je la. multiplication
aquatii[UC ,&gt;, qu · le bal était tlirigé par ~I. Julien, l'illustre mulàlre, le chef J'orchestre,
comme on dirait à présent, des bals de la
11almaison et des Tuilerie , li! prix Ju bilid
était porlt1 à I fr. O. donl 75 ccnLimc~ en

oe voit r1uc des prlÎL&lt;: hourgeois, et personne
ne se risque au Coli éè de la rue , amsou. li
faudr:iil à la pamre llt11-y11, pour allirer le
monde, de l'argent 11 metlrc au jeu, el ell~
ne sait ni en trouver ni &lt;'D dépenser.
fleslent, il e"l vrai, les loyers qu'elle Lil'e
de la mai on, el Dieu s.1il si elle s'e t ing :niée
à multiplier les hou tiques cl à dhiser le
appa.:tcmen!s. ur le faubourl! aint-llonoré.
du côté de l'al'cnue Yari6'lll'• un Loucher a
·ou éc:liaudoir et son étal; plu loin, un marchand de l'În, un épil'icr, m1 rôû: seur, une
mercière: sur l'arenuc, au long des murs du
jardin, des échoppes oal poussé en verrues :
une date de. 1uatre-vingls an , de la con truclion même dl' l11!ilel. ll!'puis quatre-vingts

me

�msTO'J{IJI

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - • T!J

iun llix. Alfred csl venu là, il , a Yéc11, et hàlio et habitée par des impures, il a fait des
flov~'l) ' 'c.st tenue à ,10 .000
on ombre d'enfant a pa. é sur ce mur , el offres, mais
francs,
plu
7,0
.UO
Cranes d'épinnles, r.l, h1ul
,·oilh un honneur auquel l'f:l)·,re ne de,·ail
prince
qu'il
e
t,
et
conn
ttablc, l,Qui ne .'.'c~L
11as -'allcndro : il Yit un poète!
1 en 111c ure de la &lt;.afüfaire. Encore
pa
trom1
ll. 11!~Yi 11\. ropli ·te inlrao~iglant. a pour
voi:i11, en un modeslr loizemcnl d • llOO franc ·, eût-il accepté le prix, 111:1is à condition 11ue,
i. de llonne..Cnrri•rc. Celui-là, l'on s:iil :nez pour un parlie, l'on rrçi'1l en contre-échange
de SC!' awnlurc pour qu'elll$ inlércs ent. l'hùld de la rue &lt;le la Yicloirr, et que rerait
.'ou la monardiic, orlicicr, vo ·ngeur t cor- ln p:iu ...re Ho, -n de h prlilc mairnn de la
r•~poml:ml des ,\ !farre. étrangl·r • , coureur flarvieu. et &lt;le file Lanne? Loui!&gt; s·c l Jonr
1
de lripoL~ et batteur de maU1ai~ fü:u • là l ail- r:iliallu ;ur l'hôtel de la r11e C rulli, ou il a
trouvé
des
v
endl'l.lrs
pin
accommodant,
, cl
leur, pnr l'Europe, aynnL connu \lirabl'I\U el
. 'étant lié a,,cc lui. Ala Révolution, Miralmau, l'écriteau pend toujour à l'El}• :e .
[urAI, l.iien qt1'il ail 11 lui l'hôtel lhélu par }lontmorin, l'n r il nomuwr minh,lr · ~
on,
ln tolie Tb6lusson, la meneille Tlu1lu •
Liége. il 11'} a pas élê reçu i il a été élu 1•cré1aire des Jacoltin. , c c.lu pour :woir Ill nac: son, eu plein cœur ù Paris, liien riu'il nil
Camille d • cent ooup- tic Là Ion ; Oumo11riez, jeté l'ar,•cnl 11 belle main et qu'il · uiL enautre intime.
mi. en une grande pl:we au tassé le mobilier le plus 0111ptuem, ne se
mini tère, a m:J pour lui la direction géné- trouve pas sali fait d'un Lei 11unrlier. Fst--ce
rale M · Allain:,$ éLrangrres; à ,on départ, il 11u'un prince de l'Empire , &lt;&gt;rand-amiral .
l'a fait mini. lrc à Philailclphie; le 10 ao0t maré hal, gouverneur de Paris. épou:c d'une
arri,é, on le révotpJe; el tout do même, en- Ail e Impériale, peot bahiW à \'ol~e-llame
suite, on l'emploie en Belgique; on l'nrrèle de Lorette 1!.a mode ru;t aux Champ- -1 l1sée :
riuand llumourie1 ra e a l' ·m1emi · l\obe. • Joseph y a l'bôt 1 ~larl1c11[, Panletle l'htilel
pierre le au\'e; le llirectnire l'en mi• t&gt;n lJa- Cbaro l; à la lionne heure! \[ni~, pour Mural,
ncm:irk, en Ru. ie, en ;\llemnqne: i1 vo ·age e He a . ez u·uo hàtel'! c·c~t un pafais qu'il
patlouL el n'attrape nulle parl la fortunr. Et, faul. L'avoir gratb .erait bien et l'on insinue
c:m atlendant une place qu'il d ,mao&lt;lc i1 loul au préfet de la , einc que •. i le Con.eil 1?énéle monde, il csl échoué là, Jan Ci! quatre ral du dt\parlrmenl l'offrnil comme ré,itlencc
pièces qu'empli~ent jn que ur le palier les au nouTemeur, Son Alle e ~érénis. ime daignerait l'accepter. )Ialbeureu emenl. !'Empebu tes el le portraits d~ '1iralieau.
Douze autre localair à nom inN111uu • reur ne l'enlend pa. ain i. i. pour un sabre
lorrent Jans ce carayan érail ci-devant prin- d'honneur qur la \'ille offrait h .luool, il ·-'e'I
fùchJ, que era-ce pour un palai à \IuraL1
cier, où Candide n'e1H pa t:tt! déplnetl. Tou
ont droit au jardin, et ducho:-se , jacobin ·, Mural se r1Hl(11e donc à payer, mais il marhande. A pré, en l, \! Ile llcn ·o demant.le
émigr :.. , géu !rau. de.-Litné•• ~(Il •t de chamtlUU
.Olltl franr el 20.1100 rrau,· d'(.pingle~.
bre du ci-devant roi, ·uisinières retiré-~, filles
Depui.
la négociati011 ,net Loui , elle a, dilentretenue ll!lr. d'àf;e, y promènent le uns
prè de autre· leurs rhe , leurs désillusion - elle, dépen_ ti en gro, e réraration. 80.000
leur . om·cnirs el ltmr ruinc&gt;s. Pour , · ayer franc., don Lmoitié au moio pour le- Loilnre"
dl} l ). 'atisfoire, dan l'bùtcl, ~lie llm-yn ~lurat . e débaL · il prend parlout de · inforremue sa.os ces e le cloi ons, a0 ranJiL el malioos, . on à achcler de,. créances coutre
rapeti se les lorau ·• Laille ile. cuiûncs, dis- les nov-in ponr lCl! eJ(&gt;lÙ!.'-rr jndiciairemenl.
èqu • lt! remi~e, distrilnm l·- env~. · que ne Ile ce procüdé, le prrr&lt;'l de police îl11hoi::- le
ferait-elle pour ai.:rroilro son maigre ren:nu détourne, lui allr tant 11uïl ne lui en cmltrra
guèr(' moin et que, à 800.000 francs, r.arde I i.liûll fr:in" l
li ne uf!Jt pa.! à paH'r l'intért~l de . i(II .noo îairc ~ rail 111lmira1ile. 1n 01; p rLera pa::. nu
rranc &lt;l h)·po1hèq11e dont c~l gre1·~ lïm- conlrol la omme ronde qui ferait ja~er ; un
meuhle. _\u~si l • proùuil" du jnrdio hai'sanl n'y mellra qu fiîU.11( 0 franc · , le montant
tou,joun, ,mi '-t--dlc érieu "Cfilenl à vendre. peu près de t'réance hypothécaire . lin
hi rui, ~Il l' h• r 1111Îl'I' haul•lll Jn s••111ill10lllme
rn ' r1lu11w li~ fl•r 1111 i u"e .. t ,,a ... ~Il hcnut{1,,
\fai à qui? Les gro. fourni. eur~ .on1 n:in1i· même toup, nn rabattra les Jroils d'cnrtgisJ'Ai liltl Ulu•IIC 1111 11Qrn •1n'nn 111 ';1 lr.11;1111• -.w ~ l111f~.
clic princ~ ù'à présent ont-ils assci ridlè ? trement. A la lin, c· t marché conclu ho
Qu'il ,soit 11.ncieu, r1ul rupo.1rtP. 1 Il n~nut d,• mt..•mvirc
IJu P ,lu jn11r --c11ll'llien1 ,-ù m o n rrom I':, 1iorl è.
Lor. l(Ue le prince Loui a rnulu 11uillcr son l,l aerminal :rn ~Ill (:\ :ntil 1 0~1 et, au
prix qu'a e1i ,d Mlle 1111\JD, l' Ely ée ,·i-de\"anl
Et c'est a~,;ez, cc L lon-J'ierrc de Vig11y c•I joli bùtcl de la rue de la \ ic1oir~ pour une Bourbon deYil'Bl le palai du prince Jua1·him.
le p.\rt• d'_\lfm.l: el, a"anL d\11trcr à la pen- m:iison p1u. respectal,le. 1p11 u'eûl pa :1é

ans, ans qu'on ait jamais pen,é 11 leur demander lin loier, de père en fihi, 1
eroux
vendrmL lit de la noutte et du tabac, et c'esl
rumme une proltanle marque d • la famifütriLé et de la Lonhomi' du lemp · pa$,é, 11u'un
sil~·lc durauL, contre I ur mur cp1c Mparail
t·tltc bar::tl{ue, 1m priuœ, uni· maîlrl'~~e &lt;le
roi, dcnx rois, une prinrc. se J11 _::i.n;: l"l un
fl'rmier "énéml :iit•nl toléré ciuo de petite
f!eus \'l'CU" . enl, •1uitt à ce c1uc la foçade en
rtîl moins ne!Le.
Dt;:; l1uinze app1rtemenLs taillés dam, l'hôld,
trois senlenPnt pa sent J.000 rran . Le
r 'le va cJc :iOO à !IO!l. Pour l.200 francs
par ,lll, la i-cmc dn maréchal de flicl1elieu,
,learmr-Calhcrine-Jo~eph de La\aulx, c•i-de\·ant )lmc de 1\othe, occupe ur 1, cour, dans
le &lt;&gt;r&lt;111d eorp, de hàtim ·ut au premier étal!C,
qualro hell '· pièces, que douhlenl quai re
pil&gt;ces en entresol; elle a Je plus cui ine au
·econd, chamLre de domestique et cave, el
r•Ue jouit de fa promenade dans le jardin pour
elle. H~ enfant et le gens de a mai on. En
face. au même étag . avec trois pièces au
preruit~r et quatre en cnlresol, habite l.ouisPicrre Quentin Champccnelz, œlui-là crui, en
nais a.nt, cmLlail ai; ur: du "OUVt'l'RCment
des bourgs cl ch1Heau · &lt;le lc11Jon, llcllerae
el Cba1·ille, de la capilriin1•ric des cba-sC'
ùesùit.s lieux, du conuuandcmenl de l'équipage du daim - Lien mieux, d'une des
quatre char:7e de premier valet de chambre
du Hoi. Depuis cioq gé_nérations, le Quentin
tenaient el se r pas aient cet office, 11ui appelai! toute le aulr fa'"eurs; c.'lr si, pour un
vah de chambre, un mailr• n'a point de
ecr 1·, qu'esl-œ d'un roi? El de Versailles,
d &gt;s Tuilerif", du Lo111 re et de Meudon. le
voiei tombé en trois chambre:; à l'Élj"ée.
Pour ~e con.oler, pen e-L-il au moins &lt;100
c'est cneorc nue mai ·on rople?
Au même éla"e. à gaucbc ur la our, 11.
loicr 1I • 700 frnnc. , un citoyen Vi 0 n ·, inconnu. n'e::.t-il pas vrai? car ce n'C&gt;sl pas
même l'.C Vigny qui joue les finantiers au
'l'bi!tllr de l'lmpcratricc; c'e:l un jt•11r L~on
de igny. Oui, el cc wr tout de uile chanlent dans la mémoire :
•

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PnfaÉRJC MASSON 1
dt' l'A c~jimte français~.

Madame de Brézé
Par Edmond PlLO

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,I' ;aUh •. ,

m11.,i .. 1JU1 lUP ul

la ,b111c et le· . ~J"\·iteur 1,1111 Nt·
~c111hl1•.

Ui •" ' o)lr, 1'rrmtr,· d t,cn11r11
.1.r,r Jri Darm:i.

Du gentil mariage de
Madame Charlotte.

L · anci1\n chroni11u('urs et poèles du u •
et ùu xn " ·illdc, depui · m:iitre E tienne Che,·alier jusqu'à H.iir et llr:mtôine, vantèrenl
tous à 1:em·i le doux el pnis·anl pouvoir 1111e
la demo1sdlc de Fromenteau, dc'&gt;enuc Â""Dè
11rd, t 1m:a lD .a ,-ie ur le bon roi Charle .
lamai, plu· lëndre· amour ne donn~renL
fruit pins Lcau1 que cru:r riui na11uirent
d'une liahon si cou tante entre une dnme
Ir~, jrune el 011 ,,.1illanl roi. Les amaut, cela ·e connait - unl pireils à tel arbres
divers; si l'arLro est chéti[, la pou se sera
mihre cl. . '11 e t dru el fort, la p us e sera
haute cl \ive. Airu i en :iJvint-il a\ec le roi
f.b:irles , li, a J'emmr.: Marie d'Anjou el ~lndame .\ !!Il . Le. enfant~ de la reine laric
td~ Yoland de f rance rt le dauphin Loui :
é_ta1ent de taille mai re el de peu Je maintrcu ; ,eux dé ~fadarue ,.,.o ~ , encore qu'il.
fussent b:1tard ', étaient au contraire d'expressio11 aimable, de gr;ice tendre et de
uaYc.a ... prcl; el commec'étaieulde fill~
il Fallait o&lt;lmirer à quel point la beauté
de leur mère antit donné d'anr(!fflent à
four. ·orp: et communiqué à kur vi age
un edat cl un rayonnement incomparable~.
Quand fodame A~nè, accoucha de ilarie. qu'on appelait a~~~i Mar uerile, le roi
donna à on onùe le cl1àten11 de lleaulé.su~-llarnc, l'un des plus plai anl de ceux
q.~1 fussonl en lle-de-1 rance, auprès d
\ mcenne· · quand c~ fut Jeanne qui na1l11~l, !I donna a ,\gors le chàteau de
llo1:.-1!~u~ eau non loin tf e Bou r~e : mais,
en li.)J, 11uand Charlolle 1inl au ruonde.
a le roi lit présent, à celle occa.ion, à
)ladame de Beauté, du château d'I ·oudun' ll.
I.(• roi Cbarles était lrèshonet Lrès amoureux; c'JtaiL sou bonheur de doter ainsi le
~nfant' ~•' on a~e, el, i! ne lémoigoait au
cœur 1Ju un souci : celui de voir cc troi ·
I ., !1&lt;10,11,- lk~•~· •1,: ..! 911&lt;'" ~o, el, la Dam,·
de Briwlt,' {Pans, HJ09}.

fille :l\•anr. •r eo :'tge el en éduction cl former, autour ~c Madame Agnès, ce corLèt,
?eur~u el IOUJOUrscharmant qu'Euphrosync,
rhalie el Aglaï. C(IOJposaient - dan les
l mp païrn. - auprè ùe Vénu leur m .re
.l(adame ~bar loue . urton 1, la pîu acromplic de lro,~ œor, p11r l'aurait Je ~a pnde_ur; sr~. façons. de sourire et son air de gràce
!tu. ail 1 ·mcr,·e1llemenl de ccu1 qui étai nl
admi 11 la contempler. A quinze an,, qui e:.l
à peu près l'àge où le filles , e forinenl, elle
était déjà une manière J per onne admirable; ol, comme elle :illnit, sui \ie de :e
colomlics cl de ses lévrier , à ciité de sa mère,
dan le parcs royaux, on dis:iit, en le comparanl ain i l'une proche de l'auLre, que ~ladame Agn ' n périrait pa. pui c1u'elle rC\'Î·
\'rail un jour, lraiL pour Irait el ngarJ pour
re•rard, en lladamc Charlotte.
Or, il ad\'inL que la mort, comme pour
donner plu de vérité à cc. parolet-, rappela
Madame ,\g11è· 11 elle d{ln le terop· que celle
dame, a)anl rruitLé son chnteau de Vernon,
't•n éLait aUéc à l'aLbaie de Jumiène~. EL lb.,
comme dit \lonstrelet dan son Y1eux t:1le
onïf, « après rin't lie en. L rait un h:iult Cf)' rn
réclam:ml Vieu et la benoiste \'ierge llarie,

.lf.ulr e Jean D:11wel. trt infttr f r esi:lt nl a u P.J rlt m t nl dt T,, uUm s~. tl 1Jt.&lt;sirt Jt"-11 iJt ne~1t1•~ u shit· h;J.l
.f.411Jo u, t ,ilrt r~1ll J.:rn s f.a frkon, El 1.i, 11$ /lr ml 111"-rcM au rrom du r, ,i Jwr r11:if/rt. (l'ng~ 3~o .J •

.... 3o ....

... 3o8

I'&gt;

e épara son rune rd'aec1Jue le corp 1&gt;. on
amant, le r i Chorle nlleodit encore Jouze
an11ées arnnt de l'aller joindre au tomLeau .
mai . ponr le ,i.age de \fadamc de Beauté
es 3eux si d?UX et i hl •U!;, • e. li-m•. pour:
pres et humide , ws chrl'cu d'un meneilleux blond nn pr.u cendré, iL continui·renl
d'él'.louir encore ~u moyen du mutin visage,
Je l heureux our,re. de la bouche mignonne,
de· fin chcYeui et de Lou le. traits de la&lt;la me Gbarlolle. El comme cellc--ci, en plus
de tanl de ·éduction. naturrlle ·, était tille de
roi cl ldcpuis l'élévation du dauphin Louis a11
lrùne) aus-i sœurderoi, il y avait, dans Loule
la cour. énmlnlion de jrn~e neutil hommes
autour de a healllé.
Déjà les deux autres Làtnrde· du roi
Chari~. l':ilnée )I:irgucrile cl la cadtlle
.leaone, avaient rpousé, la première 1c !lis
de Pré8"enl de o~ti ·• amiral de hance, et
la econde le comte de Sancerre, \.ntoine de
fütcil. Ce dernier mariage nvnil été célé!Jré à
Tour· à la fin de l'an I iG J ; le 11ouveau roi
a~ail prt idé :1 son ncromplis~cmenl: et
c~cnme i.1 a.dvint q_uc c'était un prince ha~
hile. lou1ou r · en grand remuement d'idées
et le plu fin politique 11ue jamais on ,·it au

�-

1t7STORJ.Jl

inonde, il pcma dtJ conclure, nu mo,~n cfo
Cbarlolle l'ainée de :es œur nnturclle., un
troi ièime mariage avantageux Il es proje1 ..
Uan~ œ d "°l'in le roi Louj· fit extraire d'un
,les c.ncbol !lu château tlo Loche , où il
l'a,,ail fait mellrc sou lionne g:irdc, mes.ire
Pierr · de flr 1z6, grand sénérb:il Je la provin&lt;·~ de Xormandie, fidèle à b au c et au
ou,·cuir de Chnrle le cpli~me et l'un de
plu rud' adHr:tircs tJUC le nou,·ea u roi ail
,·u , à son nvt!nement, se mêler à s,e enn •ru.is.
Uranlrirnn, :lu l i1wc de. Capitoi,1es, "
nowm: ~I. de Br6té à côté de Dunois, \ninLraillcs, La Hire cl le_ autre· bomm d'arme ·
rruj en ircnt Chari•· Il après la Pucelle ; el,
il lituL corHcnir que c' 11aiL un lwau olda.t à
,·oir que M. Je llrézé quand il ;i ·1111çail en
tète de e. c.walierc', le morion nu i:hc- r, le
poing - ur sa romllarde de
•rre el en
criant : « ~us! » 11 \le ieur le· Anglai .
.\mené au ch·.iteau de Loches pour - e pier
une pri e d'arme contre ~Ion ieur 1.ouis
IJnzc, il .m1i1 été pou é au rachol au .euil
duqud ees mol c li eol encore: , Entré·,
m '· ·ieun, r•lté.~ f,, I'0!J no.~lre mai:lrc! ~
El, commu )fn,irc J1irrrc de llrélé étail
·•rallll, trê · male cl trè~ fit'r, pour (.'nlrer il
avàil tlù Lai~~cr le front!
·vultifoi ·, comm' il en l:lait, un l,rau maLiu, à médilcr dan~ a rude pri on sur le orL
des gu?~res l'l J_c jeu dr · roi , il advint que
le capltl enlcnil11 approcher les geôlier,, armé· de leur~ r:lé Je for, 11ui tirèrent le ,-crrouil et portaient de$ Lorthe . A peine la
porte rut-elle enlrc-Là.ilJ :e IJUe nraître Jean
llamel, pl'cmicr Pré idl·nt au Parlement de
Tuulou. e, et le ir'! Jt'an de Ileauutu, ~é11éc!111~ d':l.ojou, cal 'renl d:in la prion. El
la il iirent marché, u nom du rol leur maitre. • (lue M. le éntkhol, nu lieu de comlmllru Mes ire, lui jurât ument cl fidélité!
En échange le ire renJrnil à ~1. de Urhé
Lou es comrn:int.l,•ment. '· 11 Pour &lt;ccllcr
l'alliance, le roi offrn.il au jeum• Jacques de
Drl;i ·, l'aine des 111s du :oéchal, la main de
11 tri.· chère el tr'• - ai1néc sœ1ir natui-cllc,
Ma1faruo Charlolle de Franee ».
~(e, ire Pit•rrc de Urézé était trop habitué
nnx camps et aux che1'aucbées po\lr c complaire t•n un tel cbàtenu c1ue celui d Loches:
et, il ~ a'"aiL honneur it n 1gocicr, !!Il plu du
re. k. un mariugc aussi beau puur on fil
ainé. « ~ tm1t bon brornrdcur &gt;&gt;, ain j 1J11c
llranlùme nous l'appr nd, il eut l'e ·prit d"cn
\·cnir, 11\'CC rnailre Jean füm ·l cl me sire
,lcan de Ueau ,·:m à tou le accomrnudcu1culs
que le rui lui fai,ail propo~rr. a [I n c •lu1là ! » dil Uraulùmc rm l'appl'OU\,llll Jo tanl
de a"u se cl prutlcncc. Et, au mol •r1 Je c •l
accord, il orLiL de la lour de Loche~. rentra
d:ins se dig11il&lt;is el rede"int au ~i grand caJJÏL1in que Jcrnnt ]'our en rcmerl'icr JJiru
i.:l 31adame ~ mtre il vinl, de ~on cachot,
'agt.?nouillcr à 'aint-0ur derant la cb:is ·e
oi, le comte d'Anjou, Geo[roy•Gri -Gonelle,
avait rait èllÎcnncr la vraie ceiulure ù~ lu benuil.é Vierge; en uitc, il fut J10t1orcr le mau1. L,• Jout'r11,·d, JJ~r J1..1~ 1JS Uu11,, iulm 1. l111&gt;gl'll•
11hi11u • ~~ (;~mill,• hure (Paris, l&amp;!i •

•ol: d mn r~rc noir où la.dame ùc U1•au Ir, "!tant de lmlrrm!- ('l de fcnvlre~ el la rnix du
étcmJnc de tout son corp charmant, rn-t prupl ,, arJcnle cl m~lœ, riant: 'nël! Yoël!
veillée par dc.1u. an"es o la lètc et thl\ au pas O"C dt-~ (rin ..anL .oldal .
llrTOI illl , au pied . U1, plein de ruulrilion,
Mai , ceux r1ui 11tai ·nt 11r ln Tnur do fouliu
de d1'•\·r1tion Pl J" poir. rl dans l • ,::r:u11I or- ou la Tour "'ainl• farlin pouvaient èncor
gueil de füÎr allier i, ..on fil. la fille de ln 1uic11x \Oir que les autres.
tnortl', il pria llicu •t lrs aiot pour l'iwc
Et ,·oilà œ c1u'apcrecmi,•11l cenx 1p:ii ,:lairut
d'elle.
juché li,. au-dt!S -u~ du damit't dr~ mni3foi , on en convi1•ndra, c'élail l:'i un mnon ·. pai- les trèfle - ajourés de picrr ,
ringP , i11gulicr 1111c ,. ·lui qui ,-'éloil 111:,.oc;,1 entre le· 11oin1 d'azur d,s lourell •· &lt;l'arain~i. en dl'1111rs Jl·. lilin,•,: c11,-wèm1•~, en Jois 'S N Ir_ do.ch •Lon: ainu d' aint-)lartin
11n \ ieu carhol. par d ·mut le. "Côlit&gt;r,., au
tL de- •. aint-\11•xmc.
IJruil dei; H!rrouil et nu feu dl.!ll lllrchc - !
Depuis L! baul Chinon, Je l'e11Jroj1 011 se
,·oit J,. Grand Lo:.:is de radame Jeanne d'.\re,
Il
,Ill lon" de peliles rue· lt•nJuc~ pour kt circon lance ,J,, drap,: gri, dr. drap per-.. et de
uite au gentil mariage de
drap r.earlnLe , orn :c., ·ommc à la FèteMadame Charlotte.
llieu, de "Crues Je Jlenr el clc rameatH,
a1an\'.aÎl an cort~c i11lrni, Loul 1liapré de
11 faut prn5cr 1p1e c'c:;l i1 Cliinlln rp1 'eut couleur - et as~ez ~crnblalilt•, en ·on daqueJiCll la h Ile ft!tc de cc grnnd m:iriJgt•. JJ mcnl tll3 Lannièree, sou mou,·emenl tl'arél:11l un pca avant P,HJUcs llories: et, comme mure · l'l , on l'roisscmcul dl! soi(·. i, cdui &lt;JUC
cc lemp·-là •L Lout prinlanier. 011 po1Hait Fouqui l prignil, Jaa. ~on ,ltlo1't1lio11 ,le,;
aJmircr, nu llanc des coll'aux 11ui Jomincnl ,llr1gt!li, au hcau J.ir•1·r d'/fc11rr·- d'E Li -nu•
1a Vienne, une profu~ion de lieau\ a1·Lrc , 1 Che,·:tli r.
tic d1nmps piqué: d • tonie.· Ici; e p,-cc• · dl,
Ce &lt;:orlègl' inrli11ail mvnnl la pente de la
fleurs. L'air en a,ril csl d'une t[U lité pure; ,ille •t , c ponrsuirnit, d •1)uis le Grand Logi ,
mai ·, en Touraine, il e. 1 u1corc plu~ ·uave t•n pa~,:lllt ou ln arcs lleuris l'i ·u11.· le.
cl plu fin rp1':1ille11rs; et. du plu, loin 11u'on
banderole ; ,;il cl là se dre ~nient, à l' 'lldroit
al'cèdc Jans h) val de Vienne, en n·nant Je la &lt;lP c:meîom·s, de pctir. :wafauds hien_
Loire, par le côté de 311m11r ou celui de lapi .é~ a rnc cl•,; l'ioloncu: cl Je ménétrier.
I lessis, on aperçoit, s'élc\ant :ltkdcs.o del.a jou,1nt tics airs de 1111ce.
ri ière, arnc un bois en haut, dl!. moulin cl
EL il falfait ,·oir 11uc, tout en a\1llll tic la
tic îlc en li~ , la prlitc cit: 11ui se montre, cavalcatle, mnrchaient d •11- héraut3 donl
i1 une c urlte iles eaux, Jomin~e de cloche- l'un portait un pennon ulanc uattu de li·
tons ,le piznons el ùc tour'llrs aigucs conm:c d'or qui élail pour . ladame l:barloltc, et le
un fronl dL· belle dame l\•sl de pcndelo11uc
'l!cond un pennon ti&lt;Tal •m nl hlan..: ·t,mé
et d fermail ou,'rt1 par Je arû ns. Amd'arme d'azur à huit croi.ell
11ui sont
bois , au conlh1cuL de l'Ama c cl de la Loire celle de. Ilr&amp;6. 1) rrii:re eu eL ur le t·ùll; ·,
avec Hm ile . ainl-Jt:an, ou Loche.•, toute de archer à pied et à d1cval de l'or&lt;lonbaignét: de fa Licite Indre, ulTrenL moins de mrncc du roi rcpou .aient un peu rudcmeul
Illaisaucecl dû richrs e eu •b;\lcau .• chapelle
le menu peuple qui gruail la marelle; les
et maisons que ce (hiuon I frais rt $-Ï pim- crane,ruinirrs et arbalélrier suirnient c11
paal que Panlagrnd, ùe Ioules les ,-iUe du •leu. lignt! cncadran I les prince · el L::- d1emonde, élit la première ....
valiers précédé de leurs gonfanon. , moule Ce jour-là, des clochers de Sainl-É1 i •nne. ·ur sdll déma, quinée- l'l chin,mx de l,n.de .,ai11L-Maurice cl de dÎnl-\le,n1l', il ùlle- laille. Toutes rnrle• de damoi eaux et de
\'ait un chant de bronze admirable, un Lhant jeun •s eigneurs .se pre~saicat ·ur leurs pas,
tle cloche qui lrcmlilail ur la ,ille et domi- l~s uns porlanL hNm le ca~que au\: pennes
naiL la camparrne. [I' \njou en Poitou, de J'oiseaui: e1 plu:;ieur en ch3pcron de
alonLsoreau à 1'Islu Houchard el de LouJuu 1t lours cramoi -i. lung, manleam Je alin
Tour , celle roix rrravc moulait au-tlc~ us de Liane tuurré d'hermine, Lordé · d'or cl pala \ïcnne et, Je ville en ,illag~. plannil ur ré~, en 1,roderie, d' aiguillell •s, &lt;le CùtJuill ·.s
le llilJ, entier. fais, cc IDCt~eilleu.x 1•,mœl'I 1t cl de lacs tl'awours . .lu rang des princes cl
Lou les hol'izun éfdlJrut tanL d'écho~ 11uïl ilt' rhe\•aher-,- ·e 1opicnt 1 , rcprès ·nlan
cmblait 11ue l •,' doches de luuraine ne on- du duc Je Dr 1l.1°nc el de 1. de Charolais, le
nas cul pa .euh. ; du fond de l.1 :ologne
Hni füaé J'.\njou. qui n'élail ra •1uc Lnn
de lo 13 •aucc cl du Bl.1isoi!', celle J'Orlt1rtn. , roi mai gcutiJ arli l•; L, au ra11;; &lt;les cidu 1li!,1Ugency, de NoLrc-Dame-dc-CJiiry cl gotur cl de Jam i)iea1u, le comte Je OuC1:llcl) égalcmeu~ r[Ui 1.h1nlcnl, de leur roh: de 11oi , le ire de Lob ~ac maréchal de l'ran\;e
ruétal, au-d~-·u du Loir : 1&lt;n1r!1J111e! l e11lcssires Adolplic de 'lè,·c', Jacque de llourtlù111e! leur r~pondaicaten 11cho ourrL:-.
Loo, Je- ·ei"lleur de au•n rt dr ~forcul, le
A cc cba11L dt-s cloche·, d'un accord si comLe do Brienne cl maint aulrcs ,enu de
joyeux el d'un accon! ~i nuptial, s co11fo11- 1 urs dtiilcllcn:l! · a,cc le Brézé. lie ire
daienl, au-des us do la ,·illc, h: déchJreruenl Jc:111 Uureau grand mailrè de fnl'lilleric du
de ·lairou Leu us par les hù, uls d'armes, le rùi cl maitre Philijl[)e Pol, plus llourguig11on
pa de - genel ·, rons ins cl alezan caracolant 1p1e hançais mai · loul de mèmc de la ~1l •
au ruilicu des plat'e , 1~ ballemenls &lt;le se prc saienl sur !t:s pas Jcs seigneurs 'l lies
mains di:-s Lelle Jarne jel~nl de lieur Ju canliur -.

,·e-

""310 ...

~-----------::-------------------------- M

)fl))VIŒ DE B~ÉZÉ - - - -

\1 sire Pierre de Rrcizé, la tèLe nue et le
fronL « hou u comme le Téméraire av:i.n!,aÎt
ur son cheval de Mte, le ca que dan uni•
main cl on :f' :c !t l'aulre. D'être orti dt.?
on caclrnl dt.? Lo hes, de g ûtcr à l'air libre
. ou~ le libre ci 1, J e voir lëto en un pareil
jour, il étai t loul tler et guilleret; l, comme
il était « r.ou, lumi r tle beau parler micu
qu11omme rie France• 11, il follaitf'entendrc
de\Ï.!,er à 1oix haute el joyeu e. Pour Me· ire
J:ietp1cs de Brélé, on fil , l'épousé du jour,
il t•hevauclrnit UDe manière &lt;le bfonc et beau
cheval à housc;ure d'azur, selle armoriée el
pa cq uille · de ·oie; , on man tel était n
façon cle chape tout , emé de croi Ue , ,on
pourpoint de Yelour :uu crevés: de atin le
· •rrait Lien Jtr lm l Pl mellnit en saillie
tout le corp droit el fier; pour on hnperon
il titaît &lt;l'hermine et l'ai!!TClle, raite d'une
plnmc large et l,lanchc, nvaîl façon de pa-

na,·he.
Toutefois:, entre le , ~néchal et ~fonsieur
on fil ::i magnifiqaès tous deux d'armes el
J, parurr el parmi l'C seigneurs lHalanb
d'acier. d oie et de velours, chevauchnil,
qu'on di tingtuiL mal ncaru:e d .e, pauvre.
babils, un ca1•alier étrange el de pcLile mine.
Une cape de drap noir fourrée de petit gri ·,
d ·~ houseaux de futaine comme à un arli.,au,
Jes ganls de lou\'Cileau, de petite. hollel&gt; et
un mauvais Lonoet compo·a.it:nl toute Ia
lenuu do cc cavalier. [,';iir soulÎretcu:t, cbétir
d' habit Lde corps, il rnbl:iit peu
er au
do de sa monture; cl c'était une singulière
fi"ure que la sienne
ne peau glabre, un
front maigre, d jou creuse , de eux
d'uoe ,i,•ncilt! el d'un feu exlraordinair's,
une Louche mince, un 111cnlo11 o 'Ill et un
nez Lrès long comp saient son vi age. Au
prm1ier a pect rien de plu triste el de plus
morne, une fürure de pauue homme; mai ,
au demeurant, rien de plus pas ioooé et
Je plu inlen e : un regard ai!!ll, perçant,
Lrabi ant. prudence cl cautèle, un nez.
comme de fouine, averti, mobile et !lairant
le dao•,er, des l~vres silche et froides, usé
d'oraison , décelant une énergie et une paLi,·nc' de fer; el puis, dans la voix un peu
lrcmbfantc, au. inflexion
hnnlantes el
molles, un ace nt àpr el dur montait par
inst:rnt d'une ,·olonlé el d'une autorité inconcm11blcs; enfin, a\'CC se ge.~te patelin~, enveloppés de futaine, se, vilains ganL de
chas ·e el on bonnet de drap, l'air d'un
11 , ieux r:it ro ortie fort suspect 1 1&gt; et qui
rc!pandail, sur celle fêle el parmi tant de
nohles et pui sants seigneurs, une orle de
:.-ourd malai c el de sccrèle cr11in1e.
Car lie ire Louis Xl était prudhomme cl
pin· maill,, ménager de e hahits et rude
'l finaud aux gra11d ·. G'tllail lui et nul aulre
qui allait ainsi entre Jes Br !zé, pou.sant son
cbeYal à pe1i ( pa el un peu pous if. J sire
Je.in naisiu, on c ·rélaire el &lt;·rîbe, l
rnailre Jeau Sanglier, on maître de cuisines,
trottaient ur :e.s talons; car c'étaient de
'Cil comme cela, loul humble et tout gris
l

r.uA Tl:!

u,~ : r.l,rn11 iq11cdt·s Ducs tle lli11J.1•9og11tJ

:! 'hu111u: J/ogm Jye

JJtJ&gt;uls le haut Chliron avJnÇIJil tm corltge Infini, /oui Ji11('rd d.: co11leur! tl JS~c:: $t•1.1tl.rl!le. tt1 51)I~ c/.1.Juemeiu
J.- bJn11Ures, so11111oulft!me11t d'armures el $On /roi sem.:nl Jesole, a celltf -111t fo11Jue/ rl!ig,111, J:rns son
Adoratio11 dC!&gt; Mages. (PJgc 310.)

comme lui, qu'il aimait à mcn('r ~ a ·uitc.
Mai , d'ètrc vètu en pauuc homme avec au
oou « celle patenôtre de bois gro.si'•remenl
taillée ,, r1ue Ch:t tellain lai a me, cola ne
I' mpêchait pa d'être fin cl di cri. ~I. le
Sénéchal, qui sorlrul de sa pri.on de Lo("hés
et 'eu trouvai! heureux, il disait, nvcc un
cU.,nemt.?nL d'yeux qui c11 signifiail long : (l Don air, auj urd'hui, beau cou in, hon
air et clou vcnl; il fuit bon nller. » El à
lion ieur sou {li , r1ui était miment liu cl
Liel damoiseau 'D llnl tant a monlurc à
pe1i1s coups de ·es "t1nls el 1•11 Î1J,•entori:mt
tant d'habits superbes : &lt;c Pâques-Dieu, rnilà
""'311 ...

un m1gnon fils I Oui dh ! 11 c l plu~ joli t[U8
moi! 11
C:ir po11r lui. omlllc a écril Corniuc:, il
« e haLiUail d~jà i mal que pouvait cL
portail un m1u,•3i cbopeau diff~rl!Ul de:;
aulLres

».

Ain i le. den Brézé 11l)ajcnt au t·ott!s t.111
roi qui en faisait a garde.
Mai . au delà de maître Jean Rni~in el de
maitre Jc:'111 anglier, il v mail un déploi,,.
mcnl Lies plus l,elfo. li Lièrc el de plu
riches baquen t (1 11u ·on ·q11c on ail me
au monde 11 . E1 Loule.- :laient ruoull bien
peinte el Lien ùéeorées. Dans la pn•mi'•re

�msT0'1{1.JI
itière, entourée de daorni•elle cl de beaux
en!ant:;-pagcs, était ~ladamc la Heine; ~ladarne Yolande, la .&lt;:eur mèmc du roi, 1t:iit
dan· une antr •· t, d.ins le suivantes,
étaient lmc do Bueil, \lme de Coëth •l
mumlc~ jcuucs el LcUe dames, en vclour:
,·clouté, drap brodé brocM en or et en menu
vair, toul · arMranL de huque• et de enlils
hennin a\c'C de long et fin "oilc d'un li u
.'i mince ·L si lran~par •ut 11u'on IH dit que
c·'étaieul le: pan mèmc · de l':vur du ci 1.
+'l •'était i1 laquelle aurait pell t •rie plus
chères, plus riche· rloITe. , plu fins diadùm 'S
penddoquc el bagues!
lla.is c qu'il y avait Je plu' éblouis ant et
de plu charmant b :oott•mph!r. Jan~ le long
corlèg", par-de·. u. lt dam ~, les damoiell et l seigneur • c' 'tai t la mariée.
Mes ire· Oliricr Je Coiîliry et Antoine de
Bueil, e. deu. bea.UI-frère , ,·êtus de ~es
arille· av c nigl •lies, merlette et gueulel&gt; à
SI;'. cnnlenr., lui onnaienl le cbrmin comme
à uue prince ·e; et l'on pomail la rnir,
e·cortée de e page. el de es damoi ·elle ,
lfodame Ch:irlotteclle-m~ml·, montée à l':irunzone avançant au pa cadern:é de a monture.
lai , il laudrai t l ·air en main 1o pinceau de
maitre Jchan Fouquet pour e:-:primcr à quel
point ell êtait bell ;etle~ ange· eui-m'mc·,
dan1- le· miniatures ou ur fin véJin. n'ont
pas plo · de gentille: c.
D'abord il faut dire qu'dle avait une collcb. rdie fort mi nonne; le ,·oilc do on ht•nnin
n'étnit pas de li . u de Chàtell raulL comme
leu d aulr' dame , mais de dentelle de.
Flandr toute em(,c d"oi~eam. dt· pfanlc·,
cl &lt;le gr ndcs gerb av •c &lt;l li ; une mine·
crépine d'or retenait c cheveux d'un 1,loud
2,j ra,-is ·,ml de l'iin et de l'autre cùté des
t •mpe ; une bb •tl •, de la lnunc 1a plu
fluide qu'on pui .e con el'Oir, eD,clopp:iil e.
manche· ju.qu'au main~; le ba dtJ snjup&lt;:
oruée (l'écu ·on étru de dan1a · blanc fourré
de marLre · el, pour le poulaine· qui cnfcrmaicnl stJ pieds, elle étaient blanclw · et
menues, Lrès mine s et très effilées et si pe·
lilc tJU 'on eût pu tollle deux le· tenir en
une main. Mais ce ttui, plu •tue la parure,
enchantait la ,uc, c'était ce joli visag tout
pétri de Jeunessr de lladarno Charlotte : d'abord ce front si blanc 11u':1 peine lui de ladame de Oeauh1 l'a.ait pu être da\·anlaae, ce·
ourcil arqués comm d'une lJiaue ch:\ ~cres e, cc~ yeux qui é.muncillaienl par leur
profondeur, œs ro es pudi,1ues J • joue. el
· trait d,,,, lhrc· plu cuplis et plus carminé
11ue loul ce que pourrnienl imagit1er l pcinlr ·. Madame Ch~rlotle auuçait aia i tout
mignonncm nt: dt.! e mains 0 :mlées ('Ue
tcuaiL jolimcnL les rêne·. Elle iulprimait, du
ffi(.lll\'CnléDl de son clou œrp.' une molle
, denc à on ch1ml. EL ain i. elle él11it i
bclle, elle était i hardie à la foi et i modeste que, ~Ill' tout le parconr , l dame· el
lU rchanùe criaient : Noël! 'oël ! en fr3ppan L&lt;les main • et to1..1t le Lou peuple; .11011/joie! J/011tjoie ! en .aluant le roi Ill Madame
a œur. lai p ur e.Ue, clle .:e monlri\ÎL
ra.Jicu c; elle rougis.ail d1• jofoà cl1llque fùis

que lessire Jacqu · de Brézé, on jt!une
époux el i.t•i!mcur. se détournait PD la ron1•mplant. iu i elle était charmanlc; le fermail de ruLi de ou dota fronl cinlillait; a
ceinture cle ,ermeil doré l1rillai1 . ur a cotte-

l 'air souffrtU11x, ch~tlj d'bl:ils et de cm·ts. u c-11•.:ilia sernNau p,u ftser ,1.u tfos dt s:2 111,,nturt; el
c'èla.it 11ne t!tran![e figure cque la .simrnl! / {PaJrl:' 311 .J

hardie; son collier orféué . 'agilait doucement ur on cou, el, par-dt: sou . guimpe
de liue loil • de lleims, montant e1 'aliaL. ant
comme gor &lt;: de olombc, .on pëtiL tétin OY:til
forme de ,oupe.
Le lon" cortège opulent st dt!roulait &lt;le la
orle dan Chinon; et, }Jicntot, il arri1a à
:iiut-lle me; là le· ·loch battawnt ù Loule
1·olée au-d · us ù, · toit: &lt;le la ville · le mén Lrel· Jouaient de.leur mn i11uc: le· enfant p g' emni'old•Oeur I degré· ùel'é li e;
et, ce ne fut pas le moin étonnant des ~pectaclcs que du voir )ladamc Charlotte, nus i
éLlouis nnle elau si hrillanle qu'une princesse
orienlale. avancer ,·er l'autel. entre le roi l1
dextre, le énécbnl à sen ·tre et un grn.nde
uite de dames rt de seigneur· Lourangc;mx.
~ladamc Charlotte, .a.imi, était foute belle
et lumineu. e; M. le énéchal amil façon de
prioce: mai· M. J.oui · de France, en s
\ilain hou~u, sous on brmnel gri · t
ou· sa cape II couleur J'araigne ,f arniL fort
pileux air- el il fallait le voir hurucr l'encens
a ·ec .ou lon" ne,, bai&lt;:cr bypocriLemenL :-;a
patenôtre et, au lieu de prier, faire tout Ln
le plai,anl nvec ~ · compères : maitre Jean
an lier cL maitre J an fini in.
L . oir, il ~ eut un lr \ beau Jlner au ch:'iteau; tl, si le bou p:i.lis.icr cbinonai Innocent étai I du service pour ~oufOer le- pet el
l croquembouche , il ea dut, bien plu
ard, d~crir la .plendeur au pctiL écolier Rabelais. Car oncfp1cs ne ~c I ircnt repue pareilles à la cour du roi Loui : d'ordinaire
[ ire élait plu ménan-er de tournoi , denier el t • tons, illllassé ou- on père par
Monsieur Jac11ue Cœur; rnai~. pour Ma.dame
0

Charl0Lt11. sa ,1 . ur tr' amo5c l&gt;, il n'y avoil
rien rrne Louis xr D m.
Ajoulon: qu' ce repa~ tout pan La rruéli11ue
le convÎ\1•. étaient forl Il propos dislriLué ;
Madame la Reine avait lié placée aupr" du
roi René d'Anjou on avait mi . le énéchal
prè d princes; le roi Loui ',5tait aménagt
un fort Loo fautcu.il entre les ép ux ; pour
le. petile. •en de la uite mallre Jean fuisin maître Jean Sanolier cl aussi mailre Arnoul, J':12,t.rologie11 aux hiibit · d'tlt.oil •! au
chopeau ]'ninlu, il e tenaient proche de là
am! les ,·aleL · de meutes.
Parlout, . ur toul , · le- Ion •ue table dr ·séc~ sous le~ hauts lambris, brillaient le'
coupes el le. cri tam; il y avait profusion de
g•rb · eL de ycnàbous dao· l •· pl L- d'étain;
el ceux 11ui e Jre'saienL de Loule leur taille.
mu de eurio,itti ou de nourmandi. u, aperccY3ienl au milieu d la t.abl • royale, au-devant
des mari~ , des p:ltés de Touraine arrangé
1 n petites nef
a,·ec des voil -· r.L de pa,·illon , ùe jolie aiguières oi1 Fumaient le ,in ,
puis - domimml le coop et le r~mpotier
- un très adroit c rI eu confilur' , brama.ut
el mu ,1holi-, et ùc forl joli chien , copié
sur œux de la meute du roi, aussi en confilure:, lui mordant le jaml1es. Et Lou ceux
1111i étaient Ju enice de cui. incs av ient
que c'étaient le ruallr ù'bùtel Je.in "anglier,
Ymhert llœ elier, ,·erdier de la forêt Je Chinon, et Guillaw:ne Chalour:y, le ,·arl t de fourrière, 11ui avaient compo é ce chcf-d'œuvrc.
liais Lientôl, il y eut un granù hrouhaba
de cou rires; et, cc fut quand on vit que tou.
le· écùnn ·onnier·, li ut iller , paonctier ,
écu ·ers Je Louche, varleb 11u1:1U el ma.itr
entraient à la fois par 1· portes en portant
les plat . cu);-ci ~•11le,·aicnt pour la plupart
fort bien travaillé el ornementés; il ) c11
a\'ail de toutes les \'aritté · cl de toul' le ·
forme~ imaginable .
La forêt de Chinon ètail peuplée alor.- Je
très plai ':in tes bête· et de Lou t le gibier po jble : cerf • bich~ , Ja.im , sangli , lihrc1i,
connins, qui sont faperc;m comm l'on nit
1 au si de !a.i ans, paon~, perdrix et bé-

nI TORIA

ca.s~e ·•

L · cba ·seur' rt le fauconniers en aYaienl
fait un rarnago ét ·ndu; . i bi n qo ïl · en
n,·ail une tr'· !!rande al,ondancc, le tout
roü avec des herbes ou cuit selon les "'O\\ls .
D'abord b pi ··l:C, toutr. fumantes et ; :pan•
danl partout une chaleur gourmande, étaient
11menées d vanl le !'OÎ el la reine; lù, l'écuyer
tranchant lrauchait: en. uitc Je nrlets distri)}uai nL les pari.$ et pui· les .aucicr le
sauçaient.
Les pnnueùers lai aient ervice &lt;lo pa.iu, les
échanson· et houtcillcr~ enic'-'l de tout ce
•tui e·L à boire, et, dans cetlc intention,
nvaientm· · en perce un l•on douzain de q_ueue ·
de l'in de Beaune ; ma.is, pour .llon ·ieur Loui
. I. il pr lféraiL son pelil pineau de Chinon el,
il élail pmi ant d }(. \'Oir n Lu\'ânl à p Lites
lampée. comme le renard qui ucorail a la
treille; ensuite il claquait de la langue rorL
puu royalement, el, lel qu'un ,ieux rat en carème, au lieu de toucher aux ,·iande comme

LE U
ET
AVE

Lo ·1:,-P,11L1r1&gt;E-Jo·Eru n'OR.LEAN, PL • T,\.RD ÉG LITÉ)
DE Cll1\ RTH.E
LA DUCHES 8 DE ' HART E ' (Lout E-ADÉLAÏDE DE Bo HBON-1· E:'\Trnè,,1rnJ,
LEUR F'IL .\Î •' É (LE FUT R L ·,s-PmLIPPE l") l!T J..A PRI.: E E .\DÉLAl'r&gt;E o'O!iL!l:AN'.
( rnv-urc Lie

• DE

•

.U.\'T-AUBIN

cl Il. I.IEUIAN, û'aprè le !llble;iu de C.

LE:PEINTRE,)

�'·---------------------------------h,s au Ire·, il mordait J,. fè,· el grignotait
aprè le châtai nes.
Toni ce!. dura ÎOrl lonrrtemp:, d'aut:uit
qu'après ces plats-là il en avait d'aut.res;
cJ'abord des ci~et.s de lieue, poi · coulis el
rùt.s, de oiseaux en dodine, tourte lombarde.s, ptil de géline et chapons; en uite nomure de poi ons : hareng blanc , brème.,
turnuous, perches au persil, tanche rilIécs, merlaus el pimperneaux comme en èar~m ; l't pui · d bourrées, de el · cl des
. almi , enfin dé boudin sauci· · • cn:pes,
pipcfarces et autre . \lai , cela n· :1ait pa
tout; et il fallait compler le, Je·. ert· : dragées, pommes cuite , g teau , crèmes, figues
de Provence, oublies el pllts d'E pa le,
il l' avail tant el tant à manger et à boire
,,ue, san le mu 'icieo ,1ui jouaient des motels et de ber cretLe el :.an· les plai ants
qui provoquaient
rire~ par rnoult J~\·i el
,ioyeu clli ·, jamai· les conrivc n'eussent pu
aller au bout ~Il fustiu.
Y:ù ·, là où l'ou riait le plu était encore a
la lal,lc du roi Louis.
U imporle de avoir que ce prince, avant
d'être roi de France, IJrouillé a, •c on père,
avait quillé le ·ien et 'était retiré à Genappe auprès cJe ,r. de Rour••onue. La petite
cour de Genappe a"\"ail é1t\ pour LL1i la plu ·
douce en plai anc el la plus docte en propos.
Ue ceux-ci il a,ail rel nu un rand nombre
dont il faisait des cont avec un tour à lui el
toute sortes d e te·. 1,rorard · el •rrimacc ;
car, il fanl dire que 'il était chich1,; d'habits
el bon économe, \les ire était prolixe &lt;le verve
'l sa\·ait e mmdir as z vertem nl. Le 111, toi
;tait finaud mai aus·i il ëtail JO}CU , et rien
ne lui agitait plu la bngue cl n • lui farci sait plu la parole d':int'CÛO eL ailfü, tiuc
quand il avait touché a111 mets t pi du vio
·lair. 'a ~usticité, plu 1pl'cn nul aulre endroit, ·· erçait table; el, c·e l 1à qu'il a,niL p 1·cer de c~ traits es ami cl es
0

et farce· galoi · . C'él,cil M. d' La nle qui
loi avait nppri. 1p1'il y a quinze joies 'n marÎ3"': il ajoutait qu'il 'Cs y·u cela fohit
peu car il ) a bien d'autre· prines _ur le
joie . Là-dfs ·u il pinçait le menton de \ladame a œur qui était à ·a droite et c hù de
\lonsieur on L ,nu-frère qui était , ·a ,,:111che;
et, il leur di ait : - (1 P qoc:-Uicu. me mignon , je YOus duunerai ce petit lin•; ,ou
lirez la quint• joie; et, ,·mis apprendrez
qu_'un mari doit èlre bon
l'aiguillon el
accoutumance . inon il ) 11 coq· .t damoi eau,;
qw ,,iennent dan sou lit et 1111i prennent on
Ilien! ~
Madame Charloue était pourpn' d honlc
l Jncqu de Urt!zé, 11ui l'rnlentlail mal, US'-l'Z
p1ile de colère; mai Loui était I roi cl pouva.il tout dir •: el, comme le , in pin •au aJoUt
à l'e ccll nec d'un hardi langage, iJ allait.
allait cl narr:til des conl0$. L1• · Ce111 • ·0111•ellr. no11ve/LP.· lui ét.1icnt w1 rccu •il nJmirable pour c la: il les nmit loulll cl telles
rrue \1. de La • alo 1 lui a"ait dit ·· à Genappe; a ven gras e l raîJl ,u e excelJnil à
les répéter; mai·, comm1: il n·~ a jawai de
meiUtiur&gt; raLon.s qu'épousaill · pour c la,
il -'r tomplaisail, à ce rand diner, do tout
son e.prit. li fout Jir 11ue lL le , iiul:chal
qui tiJ.ail ·orm:1ud, c'e·t-à-dirc Lon parlant,
en ~avait d g:iillnrde, rL le lui retournait;
mais le roi en avait, sur loul, de ·upérieure .
El, comme Undame Charlotte tait la mariée el qu'il l'aimait bien: - e&lt; Pàqucdlieu,
disait-il. Pàqu · -Uieu, ma ·œur lle, c't~l au
vcrl qu'on prenù le linudd; garJci-vou. toujour genle el b •11 1 rntre rnnri , era Loujour · flÎlre. » Et, lion ·ieur on lpou : -

0

enn mi·!
Ce &lt;rue les ire goûtait par-d •s u tout, en
un hou repas et plu qnu le lion. plat , c'étnicnt les bon mots; il ne reculait dcva11I
au un des plu. _alacc d, c'éLtit on plai.ir,
à ce· moment -là, do ,oir .\ladaroe la fl eine,
Charlotte de a,·oi , dolente comme compote
tic ·nt-.! •an, cacher •n rou11i,saOL on front
ous on esmoucbail. Car &lt;les dames il .avait
loul r-0 qu 'ou peol 'al'Oir · Éli nnelle de
hà.lon cl Péreltc de BesMçon l'a,•aienl en_ei•mé atl mieu , cl cela lui était j pfoi ant que
«celn · 11w luy fai.oiL le meilleur et plus la cif conte du.s daine c.le jo e, H es1oi1 - dü
Brantôme - le mieu ,· nu cl re. toyé et luimèmc nc ·'êparmaitàcn faire».
'e t bi n au i ce 11u'il fit cc jour-là, el,
n'était-cc pa piquant de voir ce Yieux rat
royal, placéentr · deu. jeunes épou , montrer à tout prop s co1Juct el mu 'qu •7 Il dit
d'abord pour natter Philippe Pot el 1'CJwoyé
Je 1. de Cha.roi,~. 1lue, de .on .éjoor eu
Brabant chez • (. de Bourgo!!ll , il avait ,ardé
le sou,· nir l meilleur ùe docte et honorable
homme An.tome de La 'ale; que nul, plus
c111e celui-là, n arait de joli vcté , doue ur

&lt;.; 1um.,r tl m;,flJ·t's t'1t/r.i1en/ ~11 fort 1nl lo flJts. Ctuxtf s't!ln·.:i~nt t,)ttr Ili r1up,1r1 for/ rien frav.il/lt$ I'/
o7'n,m,cnUs; il.l' t11 a1•Jit d( 1,.m/o'$ /é'S •·.:iri.'h1s tl .:le

/Qu tes,~. formt.~ !m~{!lnab/ls I P~c 31=.)

ï vou. ,-oulrz :irnir ,crlju. 11r la lrcilf P à
'oi!l, ruou 011 in, fait . me ·un:-, faite wcure ! ~ Il voulait dire pal' là que l'an,our a
on économie et 11u'il n'e. t dural1I qu'aulanl
qu'il , l sage. a Sinon disait le conteur, ll
&lt;&lt;

... 313 ...

MADJUŒ DE 'B'JfÉZÉ - - - .

'animant encore, le mari a 'anoncbnlli t 1'1
.s'abc·list II cl le moindre pclit page 1, Jui
~u Îl'rait mir. 11
L prince_c~ et dame· ·t da moi elle
auf la Heine ans doule - trouvaient el,
plai. ant el ,'ébaudLai •nt à qui mielll mieux.
d' ntenclre si hardiment un pui · anl roi de,·î rr de l'amour el d c ru,e. : el comm
Jan ·e hameaux, sou a c..1pe fourré1• el
son vieux Lionncl il 1Lait louL gris, Lou! frilen · d raraliné cl qu_e tous le autres autour
1:laienl IJlanc et poudr 1• et jolis, on eùl dit
J'un \Îeux ral tli ert en eign:rnl à des ouriceao.1 et à de, . ouri .
liai-, le roi s'i!1an1 t II el le· , iolons :m.si,
on parln des cadeaux. Mes ire al'P la 011 secrétaire, maitre Jean llai ·in; 1'011 l1t nu. itôl
confral Je iO 000 !'.'eu d'or pour la dot 1 •
apr. quoi il~· cul Je meneill•u~ pré,-enl·
qu'on apporta ;1u épo111:, tant du roi cl dl.l ln
reine IJUC de~ princes; li: cou cil de la ,rn,
nrnya , douze ta ·e ù'arg nt da poid d
,·in"t--cinq marc,-;, un drn!!Cuir d'or d'au muin
,·ingl- ·ix livre JJ pour ,Uadame Cbarlolle el,
pour le jeune Brézé ~ si hn.nnp l'i une ai,.ui1':rc d'argent •. Loui. en rc1111ircia hautement fü: ~ieur· le échevill': il Je.,; pria à enlr •r et à boin1 • cc qui fol fait; et Mcrsicur
le: éche\În admirèrent qu'un roi, qui :i tant
tle princes cl rigueur autour do $.1 1ablo, y
l'ait ,enir Lie:- marchand de la ,·iJle el que,
d'un duc li. eu , ne fait point di t.1nce.
Cependant on arr au qeait la :-aile pour la
Jan .; le. wunélrier a,e le, 1iolone11\ reprirent le conc rl; I •~ cb:mfr, le motels cl
les her.,erellc r •Lenlirmt a1· i: plu · de mesure. El Madame Charlotte, 11ui anil Ji,, pins
petits pieds el le · plus firie3 jambe- l]tli
.oient. dansa ;1 merwilll', d'al,or&lt;l Je pa · d •
la Heine J ' ir·ile, pui I pa d · Bou rLou el
le pas Je )fada me de Ciclahrc; apr ·, l{Uoi elle
i,int, ruugi .. atilcl, au-de\'nnl du roi, de la
reine et de li. 1 ,_.:nécbal ; là elle ïndinn:
elle fît quatre pas dou_LIL" et deux Joul,le ·
double , puis troi , pa · mcuus recul:,, de11x
leYé , quatre impl et Lroi · auls.
T u. appla,1dircnl cl le roi di ait, réjoui
de celle jeunes·•: - ~ P-'l1ues-Dicu ! 1111 • cela
esl hcau 1 » Et, à }1. le ~néchal, lui montrant une belle-fùle si rare : - « Mon cou.in, 1·raiment, e t-elle pa joUe? \ a-t-il pl'rlc
plu_ b Ile à ma ctiuMnne J • France'/ » Et
M. le 'énéchal était forL content.
foi , JU. que-là, il y avait uu Lomme 11ni
n'n,•ait rien dit. C'était maitre Arnoul, a trulogicn du roi. « ~laitr Aruoul, écrit ,Jt,:u1 de
Tro es le chroni11ueur, Mail fort horume de
bien, a.g, cl pl&lt;1i ant. &gt;&gt; Tl füaj t au cicl r.omme
p, un td3.J1'h• mainsausietrieotl'1'n11,
ptililes liinc · 11u'o11 a cuir' le· Joigl il di.ail
l'ayenir.
,u i marchait-il, à la uile de sou
lllllitre, mtm1ré J e rc~pecl, port.ml babil
étoilé et chapeau pointu. Et 1/Jule.. les dn1ues
cl damoiH·lle c foi.aient jeu d l'enlen&lt;lre.
Le roi, railleur, &lt;li ail ; - , Mon a. lrologi •n !
elles J'ailllt!IIL plus que llloi ! » Ma1'1rc Arnoul
1 [lolelinn i;onlir111êc 11111· 1•ttre ,lu r11i J111,:c ,Je
JJ,mlèaU (1

m11.i I U:!.)

�1115T0~1A-----------------------~
assujettis ail ses grand s luncllcs sur Eon nez
parce qu'il était l'Îeil homme et y vnyait mal.
; l'une, qui a\'aiL le poignet rond cl une jolie
main : - (( l3cl ;:imy vot1 aurez, ma mie,
!,el amy ,&gt;; el à l'autre, qui a,ail le doirrt
effilés : - « C'est fortune, ma belle »; et
puis it d'autre , c'élaient de enfanls; et il
d'autres le lrùnc ; et à loulcs amour et délfoe ·.
Le dames el damnisclles étaient Ioules
conlenl ; mais Madame Cltarlolle arriva la
dcrnièr tant elle ,ll'ait dan é ai·cc son époux
Jacques; et olle fil voir sa main! L'a:;lrologien
demeura longternp , h~te iorliuée, à con idércr
cette liclle et ûne main de princes e; l'on •ùl
dil alor· qu'il était clan la crainte de parler;
et une espè-ce de gêne opprcs ail Madame
Charlolle.
Lt• roi, la reine, le· prince rt princes. ri: cl le · deux Brézé, 1011 ~Laie11t rnnu.
entendre. Eurln, après avoii- longucmcnl médité . ur le li"ne., 1oici re C[UC l'astrologi1' n
du roi dit à la princo c : - et Frn11ce tu e'!,
C/u,l'{(JlfC .·uil, Bl'rl::é le mi'fi.,,s!

»

El, cc rut comme :.i uo vent d • deuil t' ùl
fané la fète. li y eut uaI co,ul t f'roid sikncc.
(/I/J1 $/r.1/fo11s

.te CONll.l.11 ./

Tou étaient -aisi d'étonnement ctde crainl.e; ma Lonnr terre; allèz, cl en nom Dieu,
et le roi plus que touL autre car il avait foi en faites-y garde !
~on a'Lrologico. Le ,·ù-age de Loui. était tout
Puis, se tournaul 11 demi, vers Uadamc
changé avec e e. prits; cl. au lien du plai- Charlolle sa sœm· :
sant conteur, qui :11ait tout à l'heure émer- Allez! et que celle-ci oil votre fille et
\'Cillé les dames cl . eigneur , il y avait là un femme!
homme dur, âpre el tout blême de colère; a
Après ,moi Mon ieur Loui Je France vint
main maigre aocrochée à a ieille pateoôlrc de lui-même au-dernnt de l'épousée; il la
il pa.rul c1u'il en comptù.l le. grains et on baisa au Iront, entre la. ferronnière l le
regard aigu, po.é sur les Brézé, semblait lt!
arcs des Jeux; puis, aprè lui, la reine, les
fouiller ju f1u'a11 fond du cœur.
princes cl les princesse 'approchèrent et ln
Enlln il vint ver eux (]ni se tenaient morne
bai èrcut Je même; mai ·. quand Madame
el l'll re peol :
Cbarlollo vil \'enir à elle es deux œurs,
- P:\ques-Di u, mes. ire , que diL maitre Jeanne el M;:irgucrile a 1•ec leurs deux mari ·,
Arnoul? 'êtes-vous pas à moi?
mes·ire · de Oueil cl de Coëth1, loul son cœûr
- .Ife sire, nous sommes à \'ous, répon- cre,·a et elle pleura fort. Et, landi. c1ue le roi
ù:rent le Brézé.
1,oui , sombre el rénécbi, uivi de se · comEL en même temp~. il !,ais èrcnl la tête, père~, moJLre .Arnoul, maitres Jean aaisin et
s'in linèrent de toute la taille et bai ~rent Jean anglîcr, quiuaiL le festin, l · dan e et
humblement le \·iew: gant du roi. Mai
la noce, on pouvait entendre encore ,tadamc
Loui' restait à le. considérer. En.lin, il parnl Charlolle, dolente et plain tfre, gémir et pleuque on courroux 'apaisât. Et il dit oicu rer tout bas comme font les pauvre biche·
h:i.ut, d'une manière très solennelle, qui était lorsque les chas eurs. à la cha' e à courre,
peu d'habitude et parut pui aole :
les épient, les suivent, les tournent et enfin
- 11l~i, mes~irr , allez en Normandie•, les prenocnl.
(A suil•re. )

LllllONO

PILO"J.

La marquise de Thianges
Madame de Thianges, folle sur deux chapitre , celui de sa. p r onne cl celui de ·a
nai anœ, d'aillcur dénigrante el moqucu e,
avait pourLanL 11M orle d'e prit, beaucoup
d'éloquence, el rien de mam·ais dan le
cœur: elle condamnaiL même ·ouYent le.
injustice et la dureté de madame sa sœur
(madame de Iontcspao) cl j'ai ouï dire à
madame de laintenon qu'clfo avail trouvé
eo elle de la con.olation dan· leurs démêlés.
11 y aurait &lt;les conl à [airl.l à l'infini ur
les deu poinls de sa folia ; mais il surfil de
dire, pour celle de sa maison, f1u·e11c n'en
admellait 11ue det1x en France, la sicnuc el
celle de La flochefoucauld ; et 11ue, si elle ne
disputait pas au liai l'illu.sLraLion, elle lui
disputait queli1uefois l'an ·iennété, parlant à
lui-mème. ijuant à sa personne, elle se regardait comme un cba[-d'œuvre de la nature,
non tant pour la hcaulé extérieure que pour
la délicate c des organe q11i composaient a
machine; et, pour rûunir les dcm: objets de
sa folie, elle s'imaginait que 1,a beauté et la
perfection de son lcmpéramenl procédaienl
de la dilft5rence que la nais ance avait mise

cotre elle el le commun des hommes.
Madame de Tl1ianges était l'aioée de plu ·
de dii: ans de madame de llontespao, el je
ne ais comment il se pouvait faire qu'aJanl
une mère aussi Yerlucuse elle éÛl élé éltlYéc
avec autanL de liberté. Je n'en serais pas
étoun~e de la part de M. le duc de ..\Iorlemart, leur père, qui, je crois, n'était pa
fort scrupul m:, et ùonl j'ai entendu raconkr plosieur bons mot , qui sonl autanl de
preuvei de la maul'aise humeur de la femme.
et du libertinage du mari, tels que celui-ci:
M. de Mortemart élanl rentré fort tard. à son
ordinaire, sa femme, qui l'allendaiL, lui dit :
&lt;1 U'où venez-vous? pas~ercz-1·ou ainsi votre
vie avec des diables'/ » A quoi ~r. de l\Iortemart répondit: « Je ne sais d'où. je viens;
mais je sais que mes dial,les sont de meilleure humeur qtte voll'e bon ange. &gt;&gt;
J'ai ow dire au fct1 roi fille madame de
Thianges s·échappail sou1enl de chez elle pour
le ,·enir trouver, lorsqu'il déjeunait avec des
gen de on ;ige. Elle se mellail avec eux à
taLle, en personriepersuadéequ'on n'l 1·ieillit
point. Celle éducation ne devait point coulribuer ,\ la faire Lien marier ; cependant elle

épou ·a lf. le marquis de Thianges, de la maison de Dama , el elle lui apporta en dot Je
Jfoigremcnt qu'elle arait pour tout ee qui
n'é.tai l pa de on san,., ni daru son allia.nec;
et comme les terre. de la maison de Thiange.
sont en Bourgogne, où elle fit quel11ue séjour,
l'ennui r1n'elle J eut lui iuspira une aversion
pour tous les Bourguignon qu' lie conserva
ju ·qu'à la fin de es jours; en orle que la
plu. grande injure qu'elle pouvait dire à quelqu'un était de l'appeler llourguignon. Elle eut
de ce mariage un lils el dcnx fülc ; mais cJle
ne vil dan cc fils que cette province qu'elle
dé tes lait, el dan , a fille ainé.: que sa propre
personne qu'elle adorait. Elle la maria au duc
de Ne,•er · ; la cadel!e épou ·a le duc de force,
et parlil aus ilôt aprè · son mariage pour
l'Italie, dont elle ne rc1iul ltu'après la décad nœ de la faveur de madame de Montespan.
Je l'ai rne à son retour encore a ez jeune
pour juger de a beauté; mais elle n'avait
que de la bla ncb.eur, d'assez hcau.x yeux, et
un nez tombant dan une bouche fort yermeilJ ,, qui fü dire à ~I. de Vendôme qu'elle
ressemblait à un perroquet r11li mange une

cerise.
l\fooA.ME DE

CAYLUS.

L'Exode des Girondins
S ou&gt; la prcs,io11 de l'imc.lfl&lt;, I• 1 jul11 1 793, le p,uti
avlUlci de la. Convv,tion, - la M011tag11c, comme on
disaJ1 al,;,r,, - prono11ç,i l 'txclu,ion de.s dipu1is modiris, gTOU pu sous l'itiqu&lt;tte de Giro1di1t1 . C&lt;u"
qu'on p ro,CTivait éraient, la veille Encore, le$ idole. de
PQ.rh; grands par l"c:n1hou,iasmc, I• courage, l'ëloqucn«, ih avaient déchainé 11 rivol udon, n croyant de
foRc ÎI la condwr&lt; et fait i ltUT t'Jlusc: des iiCtificu
conchmnablu. A,n,i que l' a icrit Louis Bl11Bc1 • cet
homblc glaive de la proscription, cux-m,mu l'avaient
tiri du Fourreau.. c1 malnt,nant qu'ils n'en avalent plus
la poignée dan, la main, on leur Ut portail la pointe à
la gorge ,.
l e. récit qu'on w. lire est ~dui dr. fours mi.ères, succédant, ••ns 1ramition, i. une. popularité triomphs.lc .
Pé.tion, l'c&gt;&lt;-mtire de Pari,, dont, du&gt;&lt; ans atrpnuant,
tou te la l'ranu itait 11mo11ro1111 u qu.'cllc rôvinh à
l'ig1I d'unot dlvinili, Pétion hait au nombre du pro,•riti. Nous prenons H narration, publiée: intégr•l"mon.t,
&lt;-n 1866, p,u DaublUl (1..ibrtiric Pion "1 Ç••) i 1,. roir« du Jo mai, alors que lot déc rd n 'ul pas encore
rendu; m•h l'cmtu1,r; mcno.ça.ntc dwgnc: &lt;I rt'damc dcjà
du vlctimu,

,lu qu '1t cc jour, 710 mai 17!)::i, je n'arni
pa voulu coucher ailleurs que chez moi,
malaré les vives insl.1uccs. de ma femm1; et
de 1~e, ami . Je cédai enfin à lem-- oUicilaLion , el je pa sai la nuit du 30 au ;; L &lt;la11s
une maison rne de la Chaus ée d"Antin.
J' étai~ chez des "ic.illards tr -.s re pectaLlc. ;
mai · il e,t impossible de peindre [a Erayu1r
qn 'ih avaient. Lis cro~·aicnt à ch~r1ue instant
Yoir la garde entrer chez eux, _f.ure des perquisitions de la _ca-ve au,_grenic_r, le peuple
en lourer leur ma, on et 1 1ncend1er.
Le malin, de très bonne heure, le mari et
la fonmo enlrèrcmt dan· ma cbnmhrc Lou~
éplorés, me di anl qu'ils otaien Lre ~us éveill~s
Ioule la ouil que la générale ballait. Je crois
que j'en e 'été ùr J 'ètre pr1. en orlanl,
que j • n'aurais pn balaucé à w'cu aller, _la~l
la situation de ces bonnes geu me fatsa1L

""315 ...

pc-ine el lanl jtl craignai · qu'il ne leur arri~ât
ri.uehrue cho·c p~r rapport i1 moi.
Je pris cong: dti m~s hôtes, 11ui me "ircnl
partir aYct regret. Je traversai tout le bonlel'ard 11ui conduit j11s1p1 "à la rue Hop1e. Jl:
rencoulrai de forte patrouilles, tJui ne me
dir~nl mot, cl je me rcfugi:ù clicz le c:ilo~·en ..•.

J"~· fus bien reçu; j'y Lrouvai Brissot: nous
y passâme um partie de la matinée, croyant
à chaque in l.aol qu'a1ant ,:té \'li ' µar le porlÏ.t'r cl par plusieur. per.onnes de la maison
nous alliom ètre Yendus el que le peuple ~e
porlernil 1i l'appartement 011 uous étiofü..
Nous in ion déjà bien cxarni11t! ll· local cl
préparé notre relraitu. fol accident pen -a
nou Mcelcr et aweula LGuL Ha.lmcllemcnl le
peuple autoUJ &lt;l e l'cndrcil oil 11ous é1io11 :
un petit morceau de j.l,tpicr jeté dan s la che-

�•

111STO'R..1.Jl _,_ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.

minfr r mit le feu arec la plu· grnnde rapidité, la rumé, orlail par gro llorons; tléj!l
les loc,11nirC'~ cl le \:OLÎn,; 'as t'mLlnit&gt;nl;
11011 fcrmâme le~ port , et non paninruc
Îl •1t-indrc Ir [eu avec la même prompûludc
qu'il iwait pris.
Jë m rendi:s rnsuite à I' s ·emblée. en lrn\·ersnnt le. nroupc le. plu menaçanlli. Lor que j'en sorti , je m'aperçus 11ue loin d'avoir
renonc: à leur. projet., ils le uil'aient 3\'CC
la pl us «ranJe acûYit ~.
.le ÎLt pri-nt.lre un ,Jt,, dan. un Mlcl garni,
rue Ji,au-Jac(p1es-lton seau. Le m~ri, hon patriote cl i:apitainc de la garde nationale, était
pcr é1•uté par les farafrle . li {&gt;tail mi!me,
dans le mumrnt. à subir un inlcrrorratoire,
el --n femme 1·rni•1 nail L ncoup qu'on ne le
m11 &lt;'Il étal d'arr talion.
Le I"' juin ·c passa d:tn lcs mouYem1ml
les plu · com ulsiL Je ru arrêté au milieu
1J"un nrnupe. D· femme· furi,•u.- et ,1uelqnc. hnrnmi-. tri\ t!d1~11fiik me mrnacèrenl.
Je leur parlai avec lieaucnup &lt;l san"-troi&lt;l.
Qm•ltp1es Lou, cilO)Cll me fir 'Ill jour . .le
tra, enü, cl l'on ernpt·chn nvcc beaucoup de
peine que je fus e ui,i d covironu: Je uou\'eau.
Je rw diner cbe.e 1 ..... , où plu ·ieur Je
m col~gues et moi nou nou- t!tiou donné
r ndt-i-vou.s. t\ou arr'l, mes d'y pa~ cr toute
la nuit étendu &lt;:ur dPs cbai~cs, t de ne p:i
0011 quiller. :\ou cominmc de réunir le
lendemain, d.i&gt; le malin, le lrentP-deux prt,1 crit" et l Jouzc mem!Jr · de fa rommi ~ion
c lraordinair , afo1 de prendre une me ure
commuu ..
l,n énéralc halÛl, le Locsin ·onna une
partie de la nuit. )lal nré toute~ no . démarchr11, nou · ne pilmes ras. embler qu'une ,ingL1i11c Je membres. Le principaux étaicul
Bri. ul. Yer'miaud, r.cn onné, Guadet. Duzol.
La di,cu :;ion 'engageaiL, cl on pa.rai~~aït
inclin ·r pour. e r('ndre à I\Leml.,lé ·.
~ous élion rn mèmc temp. _i comaincus
tJllC le péril était imminent, qn no11:, choiimc tleUJ. d' nlrc nou · pour rédiger une
déclnraLion au peuple îrançai , 1!,po itive de
no, prinrip • . 11ui mit aolre m :moire à couvert, édairàl la nalion ur le malheur 11ui
la menaçaient, el récuauffut en elle l'amom·
ac-ré de la lihatil.
Au momcnl mème où le · c-0mmis,airc,
'occupaient de celle rédaclion, le hère d1:
flaLaul ainl-Éli ·nn entra L nous dit avec
l'acrcnt d'un homm · hors de lni : &lt;&lt; Il n\ a
plu - Je Con,·cntion on fait irrup1iou dan; la
sall11 , on 'emparn des députés . .'Ju,c r1ui
peul! aU\'e 1111i peut! 11
.'ou n' ·iun,, · que le tlllDp · dti non , dire :
Clmrf'hlla ' \"Île Je rclrnir •· , •I dtnl'Un d • nous
c retira. J'étai tmc Gnad •l; nou nous ache•
min~me v r? uni: barr1~re r111i crmduit à la
mai.~on de .... ,\ous tou1·hions à celle ~arri~r ,
lorsque nous rime rime ion que la ,en Linclle
pouvait nous rccoonaitro I nou arrêt r.
1 'otL co up,l n11:. .bru IJUrunenl Jau · un rue
Ùl' lraver ·c, el nou march;imc eu nitc ow
sarnir 011 nous allions. i\ou , fim c. beaucoup
l. Chc1. 1foillau pr~lilll1fowc111.

de cliemin: le Lruit du tambour retentis~ail
à no oreill Je tou · c11té , et nous ne fai ion.
pa. un pas an la crainte d'être yrri ·. Apri:&gt;,
bien des tour· et de dNour , nou~ 11ardnmrà un• barrit~rc ~ ez isolée où nou n'apuccvions pas de ,~rdes. lais comme nous l'ahordioo , nou ,üne un \'oilurier b. qui on demanJ11il l'exhihiûon de on p se-port. IJ lçu
de no eule c péraoec. , ne acbaot de quel
côt,I tourner nos pa , n'osanl entrer dans
aucune m~i. 011, oou erron encore dan d •
rne éc.,rt(-es · nous arrima dan le· champ .
1100 apercevons un sui •le assez élevé, non
nou jelOns Jedan., nou · nou. y couchon - à
plaL \CDlrc, el nou - nou meUom; à rai r,nner
.m· notre po ilion.
U élait alor deux henr - Pl demie: de
mai 011. donnai~t ur c champ,-, quelque.!
per:.;onnes se promen3iPnl lor ·1rue nous élions
entrés dan le ,ci le, de sorlt1 tptc nou étion ·
dan ' la crudlc inr.ertilud, de sa,·oir -i oui ou
non nous a,·ion~ él: aperi·u·.
,\ p •ine une heure s\'.1ai1-elle ê,·.ouléc que
11011 · wlle11&lt;l1mc · qucl1111e
p r. onnc~ rôdrr
m1lour du ·ci::11'; oou ne doutànw,· pa: alor
que nou. !!Lions décou \·cris: no11. sor11111es
ou pt tolet · de no poche •t nous r.om·inmi.:s
d • oou - ùrti let fa cer1 ·lit'.
Les JlC'r·onnc 'éloigni•rr?11l I non rll ·pidmes. 'olre Càlme ne Fut pns de longue
durt:C . ll'autre." per nne. urvinr nl, cl Il la
quantité de. gens qui p:i èrcnl suce ,,irC'-menl autour du .ei .. le, nous juge:lme Farilcmenl 11ue ! champ~ où non· étions ser,·nicnt
de 11romè.lladc. C'élailjuslcment un dim311..J1c,
nou
nlendion: très di ûnclcmcnt tuul le
monde, les îcmme , lé · cmfanl, 1p1i jonaicul.
Le .eigle était trc.s l'lroil, nous u'éliou. pn
cnionc~ Ju plu, de dix pieds. et pas un moL
de ce IJUi se disail ne ,,ous rrhap11rut. Cc que
nou: re&lt;loulions le plu ·. c'était r1ue qudque
· üco ne nou sr.lllÎL, ne \Ïnl à oou el ne a
miL:t aboyer. 1\ous ft'inll' pcndanl epl heure'
d'borloie &lt;lan - celle affreuse po ilion, sans
boire ni man"er, u'o.:anl parler, nrlicul:ml
quelqu mot · ù'unc 1·oix 1Loum:e Lrc pir, nl
à pci11e.
Parmi Lou l . propo 11ue nous •nlenJlm •
il n L un 11ui rue liL ano trop forle impre ion pour que je le passe sou· ilencc. ne
lemme, dan:, un IBll"ase gros ièremml éucrgiqn : a Je r11udrai- hi ·n a,oir le. porlefcuill •.
de f\oland, de Bri ot cl de Pétion . " Elli: ne
crorail pa - a snrémenl que j'élai ' aussi prrs
d'elle; mai. moi je n'él.31 p.- nus"i ù1·
11u'elle ne connais ail pa notre relraitc.
~ur lrs neuf heuro, 1101.IB commcnç.:uncs à
aroir moin, dïnquiéludc cl à cum:eroir Jc·s
cspêrance. ; la. nuit 'approchait, il toml,:ii l
qneh1ue· gnulles d'éau , ül nou désîrion 11u'il
en lomb,H Ucn &lt;lavant11ge, au risque d'èlrc.
traver é , afin que le tcmp filt Lien omLr .
'otre projet était de franchir le murs, de
faire en uile r1uelqucs lieues ù travers champs
cl d'attendre le point du jour Jnns un blé ou
Jnn un ei 1 .
Lo Lruil &lt;le tambour · retenti --ail an interruption, t nou f'lltr ndtmc~ de~ cri s d
joie qui nous perçai nl l'~1mc. l'endant Jeux

b,•ures de 'Uite, œ refrain guerrier jadi~ ·i
beau, qui ritieillait dan 1 , cœur~ de. coliments i lier· : (}11'1111 .~&lt;111g Î//lpu,· ribteul't
llôl 1llom, nou faisait ver er de~ larrn!.'s
bien , rot•re! . \h I no malheurcu ami. ;or1t
égor"~ , nou disions-nous. Qae notre inccrlilude était d :sespëranlc 1 que nos coojccturc ·
étaient ·ombr . !
., ur les dix heure. el demie uous nou:
levilm , nou ·ortime &lt;lu eigle, non. tra•
\·er,,lmo Je champ., nou pa · àmes pard' ~u~ de. décombres, nous tenant par l:1
mnin. A.u milieu du calme de la rmil, nous
cnte11dion à chaqu in taut J · ,enlin •li•
crier : Qui l'll'e! lfai • C(' cri · ne _'aJre aient pa à nou,. Nou arrhànll' enfin :m
pied de la ruurnille.
\ow; avion. projetJ de nou. foirt.&gt; cc qu'un
appdlP rnlgain•111ent la courlc 11"11ell •. En uilc
le prl'mit-r 1p1i aurait l:lé monté sur le 1uur
devait délair on h:tl1il el le tendre àl'aulrc•,
afin de le .oule" •r. l,!Ul•l fui nolr,• J ·.espoir,
lon1uc. con 1J 1ranl ce mur, nous ,·itne.,
l'impu~ ibilitê&lt;IP lefram:hfr, allcndusn °rande
êlùrntion. \'ou, a,·iun dcu cannes; uon
e, J} ~ me· d le enfonl'er clan~ le mur, pour
voir si, en les plaç.,nt crraduelhmwnt J'échclon en é be.Ion, nou ' pourr:om p:incnir
ju 1ru·en haut. \l.iis la nrm: cur, la ùnrelé Je·
pierres et le pt&gt;n dïJJten:ùle. 1p1'il y nntil
entre eUcs, rendit encore ce mo ·en imprnlitablc.
" us voilà donc réùuils n retourner dans
le. champs. pour pa. _cr le rt'~I • de 1a nuit,
ne s.'.ltbanl ce 11ue nou deviendrions. le lc11d1,'mnm.

·xou ne retrouv: mr plu· t, même chemin . .\près a,;oir renconlré des fo ·és dan·
1t-~1p1cb nou~ lomb1lml'~, franchi d hai · ·,
n u: nrriv,1me à un aulre i!!le, oi1 11uu,
nou. 1uimts en allendant le r'ctil jour. Je
a 'ai pa · br o,in df' dire 11uc nou: oc prime&gt;~
aucun repos. _·uns romplâmes toute~ le·
heure . Lor 11ue trois heur s cl Je111ie
fr.,ppèrl!nt, nous nou. rnim~ en marcb dan
le de cin d'arri,cr d",1Lord à ccll l,3rriùre
isolé où nous a,·ions \U Ill veille un voiturier
pré~enlcr on pas e-rorl. (ous a,ionc dnm
l'iJJc qu nou paurriou pas ·cr !1 coté de
celte barrière. , ·ou aüon rt•m:1rqué uuc
partie du ruur qui n'amil pa été achevée
ou ttui était tornhée.
, • u n étions ;, 11cu Je distnncû, lor-i1uc
nou 1·[mt cinq ou ~ix hommes cfeboul daus
le chemin. B \·iure11l ru1~me ver · nou,, d
nous I rù mes que notre Jémarch • leur 'lait
u 'llccte, qu'il venaient lt notre uitC', cl nuu ·
re\·inm • - ' llr nos pa..
1111 - ,-om1, .in now en dout r, cnlilês
dan· une rue; nous la ,iirnns tout droit, et
11ou enLron · ain-Ï dnn. Pari , . ans 11u 'il ,ions
fl\l po ·ible de rdourner en arrière. 1 ow
prenons la résolution de nous rendre dan, 1
fanb{mrg 'aint-fürecau, chez un de wcs
parents 11ui ~ c I é11ici •r.
\rrin!s .·ur le bo11lcvard 11ui conduit à la
port ,~ain1-.\111oinc, uou ·ommes incertain
, i nou~ r3sserons p~r lt•s rue· ou ..:i nou uinon: celle promenade : uou ·1ùmo~. 11
1•

'---------------- --- ------- -~----pouvait être alor · qualre heure~, cl cette
hrure él: il . uspccle. ou renconlron un
forl pÎ•llll'l Je cavnl rie qui nou · luîs:-e passer,
·ous faisons pin. d'un l'JUML de lieue ,ans
•1111, prr ·onn~ nous di "un mol. ·otre ~cnrité nurrmcntai t srnsi hlernc11f, 1•t cil' ,:1ail
d,•,•p1111c 1cllc, r1uu onu n'avion· plus de
doute qat nnu arrin•rion. !1 notre J • linalion.
fl1•rnnt I corps de garde dr 1~ barrièr1• du
T rupfo, nou. -ommc, reconnus par un
homme 1p1i a\'crtil la ,rntiul'lle. '-ton. enlendon~ (lir1• lrès distinctement: 11 c'csL Pélion,
c· 1 Gnaucl. » •'ous .en Ume. bien riue nou."
allion: 1ltr,· sui~i . 'iou hlàmi: , ~an: ct&gt;f•Rdanl prél'ipitcr noire pas, ~;111~ nous tléfourucr pour r "arder; mais au boui tl'nn
instant, des ru ilicr. nous aLordcrenl cl nou
dcrnamlt:r,•nt si nous n'étion pa · le~ cilo ·en
1:undet el Pétion. ' ous rtipoudimc a ec
1':1 •. urnn~e 11ui nou~ conwnail: nous dime
11ue oui. Le, fu.ilil'rs nou direol J · le
~uh•re · nous Ill.li accompn«nàme au corps. du
prdc.
\ou in-n11rion alor loul cc 11ni ,'était
p;t~~é la \Cille, si nn~ cullègl11! a,•aienL,h~ ou
non ma . acre,·, cl .i le mème sort non attcnJai1 .
Cu ru1 moi qni :idre . ai la parole à l'olllcicr . .1 lui montrai ma carlc de député, je
lui di~ mon nom, et je lui dewandai 'il
arnit ordre d'arr~tcr les d :puté · en ef-néra.1
ou nous en particnlier.
Je \'Ï ou Lrouhlc, on t•mharra ·. ,lercmarqnai Ir~ di~Linclcmcnt que le omenir de
mon anci •n pouvoii tian. la place de maire
lui en imposait encore. Il me répondit avec
polite. ·c cl limidilo que non, qu'il n'a mi~
point reçu celle con.ignc. 11 [11 œ ca., lm
répliquni-,ie, non· a.lloo continue~ noir·
mardi , cl nous rendre ilan la m:u~on où
now; nou proposi-00 d'aller. »
Ancnn des "ardes rrui étaicnl prêl enL·
n'éleva ln 1·oix. ous prim cnn••é d'eux, cl
11011 ,·oilà de non\cau or I • boui ,·arù.
\ous mJU, ftllicilions déjà d'a,oir é happé à
ce daorrer, lors1p1e 0011, :iperçt'lmes, en
d 11011rnau1 une ru&lt;', 1p1e no11 L1lioo · ui-

Lance derrière .. 'ou pûmes nou dire à voix
ha. se rpte nou ne p:irlerion point de l't&gt;ndroit
oi1 nou avions pas~,1 la nuit, 1•ummenL nou,
l'nion~ pa sée; que nou •. po erion . 1•nlenwnt qn, nous rentrions Jan~ P.iris ;m lieu
d'c11 sorlir, l'l 1111r. notre inlcnlion elail 11'nlll'r
(la.n la mai,on d'un ami.
J'entre Jonc cornm,· un pr :,•cnu dan. celle
moi ·on oi, 1a11l &lt;l foi:; j'tit..,i · monté aux
:1ccl:i11111tion_ ùu peupll!. Je ne ~. i · pou,rquoi
r,•11C111!;t11 l œ eootrn:te Gt !'l'll ilïmpn,,~ion
.ur moi.
:\ou nmm · introJuit=.- . ur le cinq heure.
Jan. la ~aile app lé11 autrefoi. la ,:illc de la
l\ein ·. L'ê1ni1 la où I • comil ! r:rnlutiounaire
L•nait . f' , ·éance ·.
Je ne croi~ pas 11u'il soit possible do 1·oir
nu spectacle plu hiJ1,•ux et pins Jé(:oùtant.
L memhr, Je cc cornit11 d'in,1ui ilion
ronfia.ient, le. un 'Len&lt;lu nr h banc~. les
autre~ le coud . appuyés ur b t:ible: le
un. éL3ient nu-pieds, les a.ulres a,·aienL leur
. onliers en pantoufle · : pre ·r1ue ton· mal
vêtu , m31propre , tonl deliontonnés, le~ chc-,eux h1'ri~,..:s, de! fi_gurc.- affre11~1'.• Je pî·lolct, à l •ur ccioh1tcs. dr. sabre. l'i de.
écharpe· en liandoulièrc. Iles boutPillcs
(.Laient jelé • çl cl 1~ de.- more aux de pain,
des débri de Yiandr, cles o. joncll' ieul l
plnncbcr: l'odeur était in( 'Cie. C'ill:iit là
qu'on rendait la ju ·tkc, ou, pour ruie1a dire,
qu'on foultùt aux pi..:ds (OULC-' la~ id~c Je
morale et d'humanité.
Le président, d'un pelit ton trè pl in de
suffLance, nom, parle du d,:cr,•l rendu dan·
la journ :e d'tùer. le fait apport.er pour nou ·
eu donner l clure.
Nous déelaràioe., ce qui était la \l;rilé,
que non, n':i,·ion, nncune con11a6·anlc de cc
dt:Crct. (, ~ eircon~lnnc s qui arnienl contraint
de le rtndre nou étaient é,,.alemenl incounuc:.

îL'.

C'iitaiL un canonnier qui. mfronlenl de ce
qu'on nou~ avail rdâché , avnit ameuté ~e
c;imarml, cl Je · a\'nÎI por11:s /t ('elledém:irch
, OU$ ouunes donc aliorJtl... pnr huit ou &lt;li,
fu.ilicrs, qui, tout rn nous fai anl de.'
ex,·n c d nous arrèler, nou · di •nl (]U 'il
font 11uc mm nuu e pliquioos, soit d •100I
h· comit : de ln section, oil :1 la municipalilé,
11u'il e. t urprennnl que nou oyon dau ~ ·
ru •s &lt;l',m,,i 1,onn, heure, 1p1'ils croknl lneo
411e non~ uc cberchon: pn. à uir, mai
qu'enfin leur 1lcvoir le. ohlige à c •Lle urveil1ance: , La municipalité t à J 'U pa ,
:ijoutt-nl-il ; ain.i, itoyen.s, . i nm vonl ·,,
uom, ,·on l' accompa ,neron . i&gt;
Ce .(i 1•ou · 10 1li1' .. étaiL un Yérilahle ordre,
au11uel nou défér;îm de lr~ lionne gr-lce.
Nous mard1ous Jo1Jc,er la mai. on communej
les fu,il11•1" al'aic11l eu l'é arJ de nou lais er
t•n a,:ml, et de . r tenir 1t 11110 cerl:unc di,;1

1

1'ou crùme~. aprè l' ~pècc dïuterro1Ta1oire 1o'on nous avaiL fail uhir, qu · I • huil
di1 uandits qm composa.ienl alors C&lt;&gt;l ,:tra.nge
tribun,,l :i.ll,ï.icnt prononcè1' d nous faire
conduire dan n domicik,, pour l' dPm1•u-

a

L' E XODE Dl!S G ffl,01'W11YS -

- -.

rer en él3t d'arrestation . lis prétendirrnl
,1u'ils n'étilicnt pa a" cz nombrcu pour
j11g •r, qu'il allendaicnl plusieurs d1! lenr:,
coll~"'ues, cl partirulirremcol lt• rorure.
Parhl', ,•n 11ffet, arriva. Au~ 1hil riu'il nou
rit. il prit un :tir !tien ompo~,\, il afT,•cl dè
parnitrc e~trêmem nl f:\ch ' de ce 1p1i Mus
,:1ai L arrin\ cl il était sur Jt, - point du IIQLI'
faire Je excu. es.
;\ou· re1·ùmes 3s et rroidl'mrnt t,1111 ce
paLelinaae. -Ou nou. pria 1h· pu ·.er ù:in~ la
salle voi:ine pour ) !tendre ). drc•i. inn, el
nu bout d'w1e heure 011 \·inl 11011: av rlir •rur
non. allions èLrn rer,0nduit. ·ltarun r.b z nous.
Le procur1mr de la comwun mil de. forme. polies à l'cxt;,.urion de ct•I arrêt: il nou~
fil 11asser pnr p)ui;ieur · détour, ponr ne pa,èln• expos,1~ :t.llt re•rard· corieu &lt;lu pnhlir.
D•111 rnitur"~ non: nllendaiclll. Guadet monh!
dnns l'une, aecompag11 1d'un jn"e de 11aix. Je
mont3i dan. l'autre éœalemc11l ace-0mpagné.
Le: deu~ ardes qu'on a\"llil 1lo11né, à d1,1run
de nou
rendir ni . épar lment dam no~
domiciles.
I.e ju...d de paix 11uî m'accompa!mait l1lail
trh li3\·,irrl el ne di~11it pa. 110 mol dt' lrançai .. li 111c routa qu'il n, ait ét,: !;1illcur dt:
pÎl·rre a,,rnt d'èlr • jurre de paix, mni.· que
son patrinli~me l'a nit porté b. celtr pla . Je
ne lui rt:pondi, pa~ un mol, el il contn 11111jmw.
Eu!in j'arrÎ\'31 chez moi el j'eus le plaisir
d'cmbt·as. cr ma femme, r1ui, nw cri1 ·ant
éclinppr, ful saisie de douleur en me vnyant
cl ~cr:c-a quelques larme .. fo IÎ' ~t'lllLl:1111 d •
ne pas m'en aperl' •,oir il ·vant r• 1,:moin
incommndc, el je p,1rlai anir. calme, ce qui
me parul la lra.m1uillis~r.
\Ion t1illcur di.: pierres \Oulul drc~~ •r un
pclil procè-·-Ycrll:11 p11ur me tonficr à la
•JrJe des dr.ux g nùarimi ; il 11e ~ul comment
. . prendre.
lui ùictai, Pl il pons a ma
patienrll i1 l.loul par la lenlc11r incropLlc
nvec laq11cl1(' il ~crivail.
Les dcu~ S'CJ&gt;di1rmcs qu'on m';1mit donnlt:
~taienL dt: Lra,·c ' en 11ui parai. ~ait•nl \1'3im nl fou hé· Je ma pu ·ition. Il de$C ·ndirenL
clans l'apparteror.nl du b:t r.l me lai: ,~rcn t
$eul aycc m~ femme .
En cherehant a1ec attention lou:.; lx~ lieux
de retrait • ,ie n' n lrou,,ai riu'un as.c1. ·ùr,
le 11rcni~r. Un nunlle dan r.ct endmit en
:r,ull~,·aut une Lrap11e. Une toi· cnlr 1• la
Lrapp c ba.i se, rlle peul 'ass11jcllir Pnsu.itc
Je manit•rc f(ll 'il ·oil impos.ilile de l'ouvrir,
i cc n'e Len enfonçant touL rl en Lri. anl 1('
plancher. Je m'introduis par cell Lrar•p .
j'examine bien fo manièro de me Lenir en
pl3ce, j' · porlll 11uclque.s l.louteilles Je 1in,
du pain. J\ porte au .i une •'spio olr, deux
pistolets, un abrc afin de me Jéfendr • u1
ca d'alLaque. J'ajuste ensuit,· de morceau
de Loi an pla.ndir.r, po aol à une drs extrémité sur la trappe t à l'au lre c1lr 1mité aux
pannes du comble. Je vois tiuc ce p •lil fort
' l tenaLlc. L'attitude que je dt!\aÎ · avoir
1\tait un peu gènante. attendu riuc je ne pouvais pa tenir debout ni même a is au. me

J;

C,lllrLer.

�Jf1STOR..1A
l'l d ll('r ·frulrur . , ·ou Ji11oll'; 011 de11m11
l n nulrr nva111ag1• de c:c lor·1l, 1:'e ·t 11u'unc pcr~onn' 111111,·ai1•11I m • 1·l•conua1lrr. d:m, l
ordre d l,i111 faire 1hn,·r I garde, t urlout
trajcl,
t1t:ndu
tJU'
1
,
lace
~laient
11
i,,•J,.,.
lucarni du :;r nier donnait -nr une millier ,
J':ippuiai. Lirn ma Me dan- lt' fond d • la Je ne p:t lui épar"ner le ,·in.
,pw r •lit&gt; "oulli' r :ibnuli ~nit à b ·hamhr
On aurait dil 11ue la cni ini'•r&gt; était dan la
·oit ure, je rl'rmai · d ltmps en t ·mp le
ile la Jomt,.1i,p11• du ,oi,in. rl 11ue j · pou\ai.
ronlidcnce, t.1111 elle avait . oin du garde, l,mL
·eu.,
comme
un
liomroe
qui
dort,
·t
j'n1·par c lie i,,uc Jc:r nt.1re dan_ a mai,nn.
die lui ,er~ • boin•. et t:lnl ellt lui 1l d,·
Je pr:\'ÎD• rdl dome tique, qui •ut l'ntl'.OOl ~ paur filer Je lcmp • Parroi ' e Lon
lt-nlinn 1J.: tenir -.a f,•11 1tr ouverte. J' .~pérai:
Pros i •n témoirrnail d l'impatieuœ, d ·man, ln fo ·1.·ur de 1 nuil p. ~s r ain. î dans la
dail -j j". liai Lientdl venir. 1,a réporr e ét. il
mni~on I rruJ '• par M. 11::iimond, du jardin
J,. \'Cr. er à boire et de parler d'autre rho~c.
de• rt•lle mabon me rr.ndrc d:rn I jur1li11 db
Je croi 'JUe le Prn fon conçut de inquiéTuilerh· · en franchi anl un p· li :ide, ~auLuùes qi1 nJ il Yil . l'pl, huit ln·urc. du ,oir
tt&gt;r n. uilc par-«h· 11 le mur Je la terra.
arril·er.
11ui horde la ri~ièn'. 'l "agn 'r la rltf d •
J' avai. c •rtninemcnt plu. d'impatience 11uc
l'h:tmp·.
lui,
m i · ·":tait ù \oir 1. nuit arriH·r.
J·a, ais ain. i odoun,1 1 plan dt! mnn Mp:irt,
Enfin neuf heure. onnc\r nt. fin ru'ov:1il nrrl mon q1riL él:1it tram1uille. En ) r :11écbi. porl : le lioll , l'b liit. la pt"rruqu• donl j'. i
s. 111 davantanc, Je.~ uhslade.'
pré, ntèr •nt
1arll1, je 1~ mi l me di pos3i à sortir. li
t·n foui·. Le 1110) •n de 1)(•11 cr 1111c d1• loutr. la
\Ïnl au ruoin vin •l de me~ coll'-!rue. dru
jnurm' • ma r1•lraitc erail inconnue! Il• plu. ,
~lnLU\er, où ils 'étaient Jonmi rendez-vous,
111a nui on et œll du ,·oi in ét, i nl si farilcs
non p3: datiwm 111 11 moi, el il me vir •11l
. cerner, «Jl1'il m'était impo.silile d'~chapp r
dan. ce lra,·c. li . emenl. Je pri, con é d'eu •
aux r1 ,.,arJ d · :t·nli11clle•~. En me . uppo, nt
je I emlira .ai, tje dc,crndi !'1!31.:.alier 3\l'C
mJme dans li jarJiu d • Tuil1•ri · , d'autres
, l:irn)'l'r, an. 1•lr aperçu Je mon ~3rd&lt;'.
llRtSSOI.
Ar~us oh, rn1icnl me p:i ..
l\ou: oou. rendîmr5 à pied cbe.: k maro.,ra1111rt e Cmu Ttr:i', d'~ftrés I O!Ql'BT (1,9:),
« \lion • me di:-jP, il r ul renoncer à
h:111dc:· lin .. ~·r . Je me r.ipp ·ll que dan la
cell· id: l'l .ortir &lt;l• ma mai.on, ou dan·
ru a1nle-.\nne, "', e f Ucnt patriot• 'lui
um: bcnre je •rai infaillil1lc111cnl liloqué. »
ri\'ai à la mai 011 J(\ l:tzu~l•r , an. au nne Vtnail m rnir Ir-.· ou,cnl, qui le malin
\h f('ntllU.', p, ndanl ce 'lemp , élail Jau· d •
rn1·mc mr prc, ~Ide m'en aller, nou. aborda.
rra ï?Urs mortcllrs: c'c.: l même la ,; •ul foi, nulencontr'.
tira \l:11:u~cr par h1 bra l lui dit : il Eh
1tail d'un a ~cz lion auC,~
commenr:
·menl
t1t1 je l'ai• 111c ne pl, conserwr la l~lt!.
l,icn, 11i1 t·· l Pélion? t&gt;L-il en ùret11 '! D
\ln rni Îllt'. un,• exc. 11 •ok femm •, unr •!lire, m~i JI! ne co11n:li,&lt;.1i: null •mcnl l'appar- l'end,inl
temp je tirai» M zu~cr tl3r le
fcmmll J'u1w .im• ~,trÎ:IDl'ffiClll rn_ililt•, h:mwt dl.' ,r:1.111s r..IÏ"nor:ti . 'il l:lail 1·om- lir, s I our h:ilrr a 111ard1e, cl •· • ne nie re1U0tle
p11ur
e\.chappl'r
à
1
:urn·illance
de
mon
hoinr nmi , une fp1um à ,p,i j' i lanl d'uhliconnut pa•. J,• p ~.ni à tra r. dl', "îOllt•~.
g:11ion~. était pr'·cnlè· d!L• appronrn que je !!arJ . Jo fois Jemand •r ii Yazn cr c. 1 chez lui, c111i ne mu rce11nnurrnl p:i drl\'nnlan '· li était
·orLi:-. an perdr,· nnc 111inul11 · l'avaucc, la p(lrlièrc r«'pond 1111 n 11. Ju r1•prenJ .1Îl'(!- tard à la ,érilt', 111:ii, il fai,:iit un tr'&gt; l,e.iu
•llt• 111'a1a.il och ·Lé un• r, din .. ut' de g rdt• 111ent : « C'e,t {, .1, il ,·irudr:i ,an. doul, dair Je lune.
dil'l'r », - et :in. :1Ucndre h rt:porn-c. je.
mtio11il, J , OOIIC!'. u11 1wrruqu j:u:ohilc
oa :irrh:lm•• à la port' de I' lié-, Je
monh•
. . l-1n • rd we rnil : 11011 -omme, à la
:itin dl\ me di-·•uh r lor~r1ue la cirlllll 1:u1c,·
ma1bmc
'", lingère. 1 ou~ montoo l'e.c:iliPr
porle de l:i cbamLrr, 11ui él:til :m Iroi ième.
d,•1-i nJrail [a1orabl • el 1'1· Î" 'rnil.
:-an rien dire.
1poncl. ~c ,·oular,l pa. r1:t.lt1sI'
r~ou11e
ne
r
Elle rne donn~ l'nJrc,~e dt: ···, •1ui IraLa. .11•11r de m:iJ3mo (,ou: ·:ird 1 ,e troma
\'aillail ch L une li11~i·t • rne Croix-Je. -P lil~- ccndr •, je monte à l'ol;1ge plu~ haut, je
ur
no 1ia 1•t nou c-onduisit dan: ,a cham:ounc, une Joml: ti,1ue m'ouui;. Je d manJc
1.h:imp~. "Ji. je 11 • pomai: m~ r ·rnlrc Jan
hr('.
J'e111liras l' )l.,zuier, j 'lui r :commande de
i lon,ieur ou lfaJ3m •) est, c3r j1• n a1ni~
n•l a ile 11uc J,: nuit: il (allait 11ur1oir n~
n • dire à pt'r~onne le li1:n de ma relr:iilt•, et
pa:
h-ur
uont:
ou
m'iulroduil,
je;,
htP une
dëlai au m•Jmcnl arluel cl rc ter 11:111 une
j';ippnmd~ le lend~·main, p;ir d~s cris, qu'on
:111Lr~ mai.on 1111e la mi, nnc p,•oJaul I • jour. dame 11u • je tcco11n:1i d,~ ft·•ure, qui me rc- a eu l'indi •nité Je. m lire Iain ·1•r en :tal
J • ril.·oln Ju m1\ rcndr1• ur-le-cl1.1mp dtN rnnnttîl d • 011·.ne; je loi dèm:inJe i li, zul r d'arre l:tlion pour av11ir rendu un : nie
~l~zu1°r 1, un de nos colle"'°'' , d1·meuranl re,icnJra. Uh· me dit '1'1c oni. jP lui de- 11u'on ne r&lt;.fu_crail p:i: à un crirniud, cl
ru :Üul-llou r~. ~I Dll arJ :1ail un rru. - m:in,lc nsuite la pcrmi ion Ùll l'allenJrl! lor. ,pie ru 1 mc les LandiL-. 11ui pronon~ai1•nt
irn. l,011 homme, mai: Lr~ - . tricl dan ;M cbt•l etlr.. Elle me répuoJ: • \,·cc "rnnd pl::ii- celle condarunalion n'a,aicnl t'l ne pou\aienl
srr\'Îee. 'ollé per oune n'enlrait t:l ne ·ortail ·ir. 1) Ju foi :t coir mon rr:irJ Jan' r nli- :i,·oir ucun connaissan t: Je
11u1• ~JaZll}l'r
f!U'il ne ,e pr'•senlàl pom ,·uir 1111i elle élail, lhamhrr, je lui di qu'il Jin •ra id. il ne pa- arnil îait pour moi. Toul ce 11u'il _a1·aicnl,
rai-,
il
pas
~\·n
oucicr
beaucoup:
il
n'u.
·
L pc1rl t;,it un po-.tc 11u'il ne 11uiltail pa,,
pa, C(•penJmt m r~pondrc non. J r•\'i ·n · à c't&gt; t qu' j ·a,ai~ ét • din r l:ht't. lui, el rien 11,
l'l il rallail l'4!pend:i11l 1111c je pa. ~a, ,C par
Ira J:iuw, 1111i me ùit 1rès ohli t ammeul : lui fai"a.il la loi ùc me rt·ÎU er ce diner. Mai.
· lle porlt&gt;.
·n, uil fazuy •r n'ét:iil pas char é d,: m;
lleurcu ·ment mon !'ru si1·n avait ,u Je • Mazu3·er dioc:r nœ nous, ,ou. y d1ntrez.
nardc, l je n'ayai pa à lui rendre comple,
M
Jarne,
lui
dis-je,
jt:
,ous
l'aurai
dcm •s rnllè_
1·1nir ch, 7 moi wc leur a,J,.
ni loi ;1 rendre compl • dt• ma conduite. ll,·11(:un.del ) a,ail mèm • 1li111.1• Je lni di qm• m~nd,:. Je uc ,ou dis imull'r:ti 11n ce tjlli
rtiu_t?ment, il échappa à ll•Ur · arilîe , 1 je
(all i · ,:.,a.lem ·ni Jiner 1.bi::i uu J • m,; ('lll- m'amène. •
fo lui fi. r~rl d, 01011 de sein. li ~ l im- n'en~ pa la Joui m de mir , digne roll "lie
lègu,,,, 1•l 11u je 11• priai Je m':iccompagnrr.
po;
iùlè J • /~ pr ndrc de meilleur gràce ,ictirue. du zt.le quïl m·~,ait témoim ·.
J • 111• l11i lai. -.ai pa. le h•mpr d · la n:\'ne autr• dcmois.eJle ùa.Lil:iit celle rhamlll! it111 · mon dom1•.-.1iquc rut d1 ·n·bcr un fü\- qu'elle ne), fit, et de. me tl•moi;;nc&gt;r un lir •· Il } :mil den lit :;an. rideau , d u
trc, !,1 Jlm ,i ·n 11ril on chap 'au, . on a.lm-. inlérl'l plu. u:ii. 'on mari nrriw ; je lui pctib c.1hi1wl tr:\: ol&gt;scur · scnant d.- "ardt•mit :; s .oulier~. r t nou mont.hue~ eu ,·oi- rapporte comme quoi j'ét.a' ,urti :ive mon robe, une croi t:C donu, ul ·ur la ru~, une
L11rl'. ùnl ·r 1,nnc•· p 11,ail'III me voir, ceoL gnrde, cl je lui cxprim tombicn je dé ire petite rlieminée el deu ou lroi rb:ii:r~.
é happer à a ur ·cill:mce. li me fiûL mill •
1. 113111 r1 lait ,!, 1"11t'· ,l'r,ute•d•l.oir i, la t'.on1. . hi! m1• 1:uu,,nrd ëln1t li lc-mmc ,lu ,hrt•d,•ur
nmilié,, me fait sentir qu'il att.,cll' le pin
,r111Ïu11, 1 .l/111111111,/1 11nfirmctl ,le 1i!J;:i I,• foit t,11,j.
,1,• 11 CowvtRl,ilité 11,men-Îllle, l',rnîc ,l 111n,l11111• l'i·rand
prix
.
~
1
m'obliger
.
.\l:izu1er
arrhc,
dt!ul
h:r, a l:i l,n clt li!r!, •1uai J, l'l.tnl 1;,, Il ful Jr....
ltoD. ,I,• m;1,h111e lnuHt, ch 111"!.111,· 110111111, •111î eu
n• l: 1l'11rcu,111io11 lo• ;-, 1K·lol,r,· lï\!•. w1.,la1m, à auorl
autre per onnes 1ienncnl, lou gen fidl'lt· - 1•arlc II plmicur, rrp1i•1•. clc,n, ~.- ,Il, ,,,,,;n 11 ,fo,·!1•nr 11• lnl unnl r:O,vluti• mrnu,•. , 1 ,,,: ruh~ t,, ~~ ,r11,. ldlrt. à li1uot,
à la l,onne ca.u · cnn mi. de pcr,;,:c111ion
1, • n l l.
0

1

1

�1!1S T0'/{1.Jl
insi m voilà ,cul dan_ une chambre avec
deux jcnnt! pt r onnes d'une ph..-ionomie
inLfres anle, m'hahillant, mu couchnnl dernnt
cl 111 ; elle. , s'habillnnl, ~è conchaol devant
moi.
J'éprou,·(li, je l'nvoue, w · cmliarr:h de
d :ceucc, 1p1c san doulc ctl q éprou,èi·rnl
rm·ore plu que moi. liais il étai! Facile de
,·oir couihien l'action g~n,1rcuse •pt'rllcs Iai:aii•nl ~loi:,iniL de 1•ur.s :ime . ces idée, qui
auraient ru I,·_ tr,, 1hkr. [llt', 11e firent m,tme
:Ilienne de cc~ rt:llc~ioru qui foot rem r 1uer
ln i!elil·ntr·:-$ • de la ·ircon. laure. Je n"ai p, l11•~oin d,, dire qou je ne m,· p('rmi aucun de
,·e propos, aurnnl' de res plnisanlrri~, qui
pussent fforoncher la pudeur la plu- .érère.
J'a"oue m,tine 11ue je n'éprouvai aucune de
r~ scruaLion., aucun de ces dé~ir' ·i nalurd •1u'ils ::.onl iO\olonlairc~ dan l'borume
11nc la nature n l'ail véritnbleruenl homme.
Jl' me fu "e fait honte Il moi-mi'mc si j'&lt;'u- e
ét,.: tenté d'aliu~cr 1lt· cette \ou1·han1,.. hospi• talilé. J'élai un frère arec de .œur .
Un ne. ail pa. jusqu'à 11ur.l point la délic:ile- cc t ingénicu 0 e. 1p1cll s rc -ber ·l1r elle
met dan fos plus pelil dl:t:1ih. pour faire
di. par, 11re tout Ct&gt; rjlli peul Lie cr.
J'ai pa-.,é Lroi_ uuils dlllS l"etle d11mhre,
·ans tiuc, j°tin ~ui ~ùr, œs Jcmoi dlL·, t·
smcnL apcrçues ou· moment 011je me levai· et
je m'h,tLilh1is, ·l am, qne je me ·oi operçu
d,· même Je cet in l..'rnl 11u le femm~ décente m tLcnl LanL Jesoi11 à c.1cl1er.
Ces d •moi elle· me montoit•nt à boire el il
man"'cr, et , rnairnl dllJl 1,.. con r. de la joul'née p~•scr 11ueli1uc, minutes avec moi. Elles
nc pou,·aicnl pas me sacrilicr &lt;le· heure ,
parce 11u'il ne fallait pa · •!Il•) leur absen, · de
la l1outi11ue rheill."it de~ 0U['\'0II ·.
Je pa.-s:1i prtl. 1111r. loul mon lemp ~ur mon
lit nn à lire. Je marchais 4uelt1ucfois pour
prendre dt! l'ext'rcice; mais alor · j'étendais
ma cou,crlUre ur le pianLher, et j~ tuord1ais
nu-pied·, ap1mp.11l le plus ttlnèremenLpos ibli•,
afin de ne pa fairt• dt! broil.
Plu.i1•nrs fois on vint Irappu à la porte ;
mai· ce: dcruoi elles m'cnforrnaient, prenaient
l:i clef; je uc rJpondai p~;;, cl le prrsonaes
Je cendni,mt.
li avail une porte au 'lll~lrièmc qui m'a
hien ouvcnt ocr3sionoé de~ souhre:;aut~: elle
frappml a,·ec ,iol1·nce, cl je noyai· lrluJunrs
•1u'on m11nLaiL iî 1~ ·hamhre. Jl j avait :m si
1111 pclil chien donl les almiemt:nls cnulinuels
m'impalicolaicnl beaucoup.
J':,i au plu· d'u11l' foi: 1111 • jt• ·crai: urpri dan. ma r •traite. Alur · les pcn él'~ J,
plu :oruhre. 'en1para.ienl Je moi. Je me
familiari ni, il nie lïdée Je me [,ri:,ler fa œrvrlle . .l'ai pfo.cé ecnl fois IDl'S deux phtolels
l'un à ma.tempe. l'aulredansmabouchc, afin
de m·a~~ur~r que je ne me maur1uerai. pas.
,ra résulu.tiou a\ail mfann:ioin. de· ir11·ertilude . ,"il était de momeu\$ où i me cnl.'li~
c.11mLle d'nbaodonner fa ,i(' ans Lalance-r il
eu étail J'aulr où je Ill• entai_ moins de
t'OUfW'C, mais je ue pou\'ai~ pas up porter
l'idée dl' lomLcl' , i1,ml enlrc le. mains de.
~c!!léru lllli me p r•é ·u1aicnl. Cctte idl'C &lt;''l
1

1.'C.XOD'E
c lie trui m'a fait 1 plus oufl'rir. Je ne crainai~ rien tant que d'être ::tisi à l'iropro"i. le
s.rns pouvoir faire u,age do rocs liras. Ce
,upplic1. J., l'ima.,in:ition m'a crui·llement
lourmPnlt:.
Pendant 11ue j"étni· :iin5Î •a caplivît1\, mnJame Gon:-~nrd . e Jonnait Ion. Je:; soiu ima.!i:mLlcs pour me Taire ,ortir ùe Pari . la
femme ne pou""ail fair aucune dt:marchu, cllt.:
;taiL cllc-mL~me r11nfcrm1:e rhei une amie.
LP, memLre. Ù&lt;! la compa!?nic.
:i. ieul l' 'U'- ,1u i •cmployaiL•n l avec le zèle le
rlu: "iintlrt'U.l à r:worLer ma fuît,•. ~!.,dame
t:ou~sard :wail rn plu. ieur entr •,'Ue avec .... ,
l'uu J'ru:c qui aY:tÎI promi: Je m • rendre à
Caen. Il y n,~it d1:_j couduil ···, l'un de mes
coU\gite .
Le jour élait pri~. Je de1ai orlir ~ neuf
h~urc Ju i,oir titi mn cl1aml1re et m,· rendre
l'II voilure à la U.1au~. ée-d'Autin, 011 demeurait · ". Je m"hal1ill:tis cl j'nllendai a,PC
!!l'ilTide impalicll('(' 111adamc Cou .. ard. ·~ur
heures t!L dt·mie. dix heures arrivèrent; elle
ne Yinl point. Jamais momenL ne m'ont paru
pln lon~ . k ni' l,•nai pa, en plaet', ,t mon
·ang liouillnnnait; enfin on ouvre JU(l porte
el j ' me croÎ.!i lihrl.'.
a Je 1Ùli point de 1oilurc, nw diL \lmet,oi:~. ard, rl 1ou" ne poun, pa~ p~rlir. ···
m·a oh,!'rvé qu'il ,erail Ir~ imprudent qu ïl
1·ou, ondnisît nujonrd'hui à 'aint-Cloml,
ruai. on ùe .&lt;on a,,ocié, el Ir 11remier erldroit
Oll il dniL 1·011 dl1po.er, allt'ndu qnè des
Montagnards, ciuc [lroueL eulrt&gt; aulrc&gt; · avai1
pas&lt;é la jour11éc cl devait y coucher. 1
Ce coup fut pour moi celui de la foudre!
fl,~:,,ter ,in •l•qunlre Leure' Ul' plu dan' de
alarme· con11nu•lle~! ' ,·iw•t-qualrehcurcs
furent un -,~de. k re-lai le t•lu longtemps
au lit l(U•-'· ji• pu~ pour ne P"~ rnir 1,: jour, et
f]Uan,I jl!
bai ·s,!r ce jour qui me semblait
,i Ion•• à ~·écouler, je ne puL dire lu c.'llm.e
qui entro Jan m11n rime. .Je nl' suis pas
Jé&lt;·ou,·crl, m disais-je, je. ,aL !tien lût pnr!ir.
)fa,lam!! Gon ard entra. l'n fiacre ~(ail à la
porte •JUi m'allcnùail. ;\ou.- d1••cen,Hr11e- l'escalier. l.':1lléc, contre l'ordiuaire, e Lrom·rlit
oh ·truée, j1• ni!. ai, p:ir qu ·! h3 :ml, de cinq
:, di" pt&gt;t onue . JI! pa_ ai J(ln ce "roupe, fis
q11clq11e· pn dan, la rue el montai 1~n ,oilure
n1·ec 111:111:im Gou~~ard.
~ou· flîme rne de ~lir.ihe.1u. Cbau .. éed',\ntin ••· 111':1tkndai1; il pr1:p;iraiL es
pi:tolc.ts. Il fil upprocber la voiture cl nous
pttrtimc pour aint·Clnud. , fada me {,ou. sard
nous (lt1illaa11 délonr du boule1anl Je la rue
•'ninL-fü111oré.
Je craignai · be.'\tH'onp ,j,, rcneonlrf'r de·
patrouilles on d'être arrèl~. en rnrtanL, à
t[llclt]UC corp de garde. J'avais un pa. se-porl
11cu en règle, et j1( me rappelai dan la voilure
r1u'il o't:lail pn Jaté ilu jour Je la dtl!ilrance.
'iou ~orlimes, an r[HC qui que ·c oil
nous ilil un mol. Cependant il étaiL di~ heures
~onnél•:, •1 non étions iu truil!; (1u'i1 cette
heurr ou arrèlail les ,lliLurcs cl qu'ou
demandait l'exhibition de· ~rte · eivi1111e ·.
Qu1•lle joie j'tiprouvai 11uan&lt;l j'eus franchi
la lmrrière ùc L, Co11fère11ri· ! ,re Yoilà auré i

,·i,

.., 3:20""

me disai -je en moi-même, et jll crorais a~oir
f:lil le plu rlifiicile de tout le vop"e.
... arnil une •c:ci1rité propre à ·outenir la
mienne. Le pas age de aint-Cloml n',1lnil pas
1·epcnùan1 le moins pé.rill1m1, cl j'étai · pclUr
ainl-Cloud ·an aucun pa ·Stc!-porl, allendu que
celui que j'avais ~taiL de cel endroit sou le
nom tlu 1•ito,en llodille ... ile la compaf111ie
de lnrnlî,le.s· r•· idanl 1t .aint- loud, ,•l que
je ne pouvai pas montrer té pa: ·e-port 111 où
Hodille étail ~i parfaitement r onnu.
A uneœrtaine di Lance du pont, uou lime-.
nrrrler la roitnrc; nous JllllllC ried à terre
ri nous dlm '. au cocher de no venir que longLemps aprÏ!, nous. \ou lra\·eulmr.. le ponl
nou, tenant pnr ln hras, chanlonnanl, allant
doucement, comme J.~ h:ibilanl de l'endroil
q11i renln•nt chez eux.
A l'ettrt!lllité du pont qui touche 3U ltourg,
une entinelle nous cria : Qui 11iN1 I , ou
~~poudiwc, : C:iloir.ns I La entinclle nou.
lai~~a pas~r sarL venir ,1 n Lre rencontre.
l•~11core un danger d'é\iLé !
'ou arrivàmes donc dw:t M."·, as.ocié
dl! ·•·. J' litai nllc11J11, et 110 DH' fit hnn
ntcncil. \"ous oomîume , ... 111 moi. Je partir
le lendcma.iu !&gt;Ur les cim1 heures dt1 maûu. •
.le charncai le douie tique de me re\'cillcr.
... qui a,ait une affaire d'intérêt de la
plu gr,mde i mportanee à L·rminer, 11ui Jevait
de jour en jour toucher des fond~ con. idérables,
erendil~Paris 1-J ndant la nui!. Lei nd main,
cinq, i , ept heurh fr:ippent; ... n'arrivant
poi11l, je commence h a\·oir ile l'impatience.
)1. •• · me prépare de· drpt~che 11our ml!
, crçir tfo nouveau li Ires de cn:ance . ur la.
roule.
étaul de Sainl-Cloud, :ivaiL un
passe-port de :ainl .lnml . ou. le nom du citoi·en : ... , il me le donn:1. De sorte q uc
j'avais 1111c multituclè de pièce 11ui favori~ient
mon pnnge. li fall:1il alisolumenl me connaitre de fümre pour on~er h m·arr~tcr. lle~t
irai que c'était le ,ignalcmrolqui m\•mlia.rrassait le plu., pam• 11ue j'étais axtr,''nmmenl
connu. l"n rrrand nombre de personrn• m'avaient 1·11, lor~11ucj'i;1ai moire, et mon porlrnil
c trou\"aÎl pa.rloul, même sur le taLatières.
On me forer tic Mjt&gt;uner; j'~vai r,eu
J'apl'étil; j'étai~ 'Otièremenl ah orbé par
l'idée J.o mon d~11ar1. Ili.\ heure~ .on,wnl, cl
j n'é111i~ pas •nrore parti! ,le di /1 l\J. ":
- J'aime mien m'en aller ~1•111 el 11 pied que
de re,lcr plus lonatemp . •· • nere,·icndra pa .
li me dit qu'il allait foire mettre un licval 11
,on caLriole1, et c1u'un de ,es 1,:en m'acco111pagner(lil. ,!!I hu11une était un ,\kacil,n appelé
X... parai.:- ·nnt lrè dévoué~ m'obliger; mais
je ,i~ qu'il avait pel.ll' de e cornrromellre. li
propo~a 11ualre à cÎntl déf:i.i.tc. dont je ne fo"
pa dupe, et je le pri:li moi-mèm d . ne p:1:v~nir.
... finit par me faire accompagner p:irsou
tlome ti11ue jusqu'à la première po~tc, cc 11ue
j'-acœfllai a\'ec grand plaLir.
Lorsque je pre,sais ain i l'heure de mon
départ, le dome~lique enlru el dit Lou t haul :
«lloidcur, on annonce qu'il va 'Ire fait tout
à l'heure des ,·ULeb domil'iliair&lt;!s à .. ainlCloud, cl qu'on 1·a venir ici. »

,r. ·· ·,

Jr. ne p~ru, pas f,tirc la plu 16gère allcntion à ce propo~, mai~ on 1wul croire comliicn il angmrnla m1111 Împalieuce. Ce qui la
pu11 ·.ail an 1lt·r11it•r 1h•gré, c·c.~t la _lè?le•~r
im•~primahlc :ne· fo,1ucll tout ,e Ja1.B1l; Jl!
n'aijamai. o.ulanl pe ·1é conLro le llegmC' nllcmand . J'apercevais la meilleure envie de m'oLli.
gl'r, mais en même Lcmp;; ]es i.rcns étairol
comme immolnlcs d:rn · le grave, mou, ·•
nu•nts rru 'ib c d,mnnient.
Onze beu ' frappent, cl la "oilnre n'tHnit
pas encore ù n. le chemin. J'é1ai :iux alioi$,
j • ne tenais plu co place. Enr1n 11 onz
h,•ur cl dl'mic elle parut. J'emhras.ai me.
hôle , el je ,autai da.ns la rniture.
Le domestique me condui il le long de
J"rnu, cl nous détournàme devanL le pont de
ainl-Cloud. Mon intention était de pr&lt;-ndre
dr' chenmx à la. premicre po,te, m:iis lorsl(llC nou.s f1)mes à qucli1ue distance de cette
p1)sle, j'apt'rçus beaucoup ùc monde réuni et
je di· au domcslique de pou~sc-r ju qu'à
. aint-Cermain.
Je me u. bon gr11 dt• r.el acte dl? prn&lt;lcnce.
li me seml,l:ùL que la roule éla.il couverte Je
monde, Lanl je dé irai ne pas en rencontrer.
Ce qL1i me donna beaucoup d'inquiétude, ce
fui une voiture cpii depuis la première posle
me suivit ctmslammcnt. Ceux 4ui étaienl dedans o.llon"CilÎen l la l~Lc pour m · regarder.
Tantôt celle voilure dépas~l la mienne, LantiiL elle était derrière. Je cru que j'él3is
suhi.
J'a.ll'ectai d'avoir le yeux fermé , de lnfrr aller ma Lèle au mouvements de l:i voilure, comme un homme qui orumeille. ·fa
pt_·rruqne me cachait une partie du vi age, et
j'a1·ai un l'hapeau rond Lien rahnlla.
forriv:ii à :ainl-Germain. Là le domcs•
IÎJ'\Ue me quilla, et on mit des che\'aux de
po Le 11 la ,·oilnre. ~'w la lenL ur des po. til11111' à nlh•lcr me lrouUaiL! Pendant re lemp·,
de. pn11wes ·:i semblai ni, d curieux regardaient; un col'p de garde litait auprè ,
une trentaine J militaires étaient en groupe
au.tour; on liaUait la t--:ii ~e. J'imorc rommcot il ne vint à aucun l'idée d me dcma11d,•r 1111.!S 1•:1. · r-port . J'étai. pcr uad11 t(llll
j':illai êtrn recomrn.
tl qu'on se fa. e une juslc id :c de ma pu.sition; mon intention n'éti1i1 pas de me inbser
.1rrê1rr. fo (l&lt;'r évJrai· dan la r,1 olution de
me brùler la cendlc, plu Lôl que de m' lai ser conduir• Jc"anl me bourreaux.
Enfin le -po ·1illnn monl.e, il p3rl. P11ur
coml,le de terreur, je reconn:iis tr\ bien la
ügnn' de ~cl homme, ans poul'Oir dire ,on
nom, cl je suis cerlain que .i je le reconnaiss.ais, à plu - forte raison il dc,·ait me recoonallre. Moo dégui.rment poul"ait ~eu! lui donner le cllange.
Je lra,er. e. :aint-C(•rroain el je me LrOuîe
sur un roule . upcrbe. Il fni,aiL kan, !"air
était pur, la nature ritrnte ..fo 1•oti un ravi t&gt;mcol que rin1 ac peul esprimer. Depuis
i-1 longtcmp je n';n·ai vu un arbrr, de
l'herlie ; depuis i lon••tcm p. je Te. pi rai
~ peine, que mon corp el mon ;ime scm lilaienl renaitre à h vie. Que ln na1urc me
l 1! -

IIŒTORI A, -

f°ASC . 2J.

p:irnt IJdlc 1 •. i j't•ti-. A pu de l'.Cndr, de ln rniture, jl' me wai pro~tcrné demnl la ,·01île
d •· rirux. J1! fns plu: d'uue Lieure hors de co
monde, :iinnl perdu d · \'Ue toul ce qui ten:til
11 ma ro ilion. dan cel étal C(llll!!Illplalif qui
mu i oie en quclrp1e _orle de la terre el ,·ou.
plonge d.nn J • rèl'eri~· délicieuse .
• Je ne sortis de mon ivresse qn·~ 1'11.. pccl
de, maÎ'On~. rl en cnlranl dan. l'endroit oi1
je changeai dt! chevaux. Je m'acr,0ulum:ii insen. il,lemenl à me montrer, ~ parlr•r a11
po, t1llons, cl je sui_ ùr 1111e ma rontt,nancc
Ut' (lOUVail plu iospir •r de dél1:tn e.
Je ne vouln. cependant pas m'arrêlrr pour
prèndre nn l'f'Jl:l , quoique j'en eu:se bernin.
J • cropi toujours n'~Lre pas a,~cz éloigné
de Pari , et nia. oonflance e fortifiait en a l'ançan L.
J"éprouvais un petit Mard nu11uel on ne
prendrnil pa garde dan toute autre circon.tance, mais ffl1i m tut forL désa!!TéaLle. Je
renoontr:ii un Mbriolet :illelt! comme le mien
do deux che\'aux; il revenait, fallaîs. Le
dent po tillons s'arrêLorenl pour chang r de
chcv;i1u. Cc pcûl désagrément dura ~ix à .epl
minutes; 1 s de-u-x "oiture se fai.-aicnl face,
Jo particulier 11ui ainsi que moi élaiL arrèlé
me fixa beaucoup, je ne pu. m'empêcher de
le rc•rarder &lt;111oir111e cherchant à délo1trner 1~
1ou1. Je me figurais 1o connaitre el dès lors
qu'il me connaissait, mai je me di ais /i moimême : C'est mon imaginaliou 'Lui me fait
illusion. La vériLé c ·t qu'en nous qoiltan!.
j'avais la joui sance d'un homme qu.i vient
d'échapper à uo dang1•r.
En approch:mL de Mantes, je ne 'ais 1pwl
sentiment dèlicieux j'éprouvai. C'était lt· lieu
où mon grand-père maternel était né oi, il
avait été pré,enté par li! cardinal de Fleury
pour Iïmprrs ion lfuÏI foi~ail du la (;11 ~e//r
r1·desimdiq11t&gt;. ij'nl';'li·o é,j'nnrais demande!
où iit.'.lil ln m:1i ·on 11aïl haLiL;iil, j'au!"UÎS pnrrouru rdigicu fment cette dl•menrL•; mais

G1tADF.T.

(;r,1rur~ ;Jt Cnni'..Tœ:&lt;, d"-Jfrés Pon1cn (t~•ll).

j'élni forcé d'tlrhapprr à IOllS I rC":ll'd$, Cl
je tra,·er ai " éjour de me pères a\'Ct le
r "reL de n'avoir pu le visiter, de n'avoir pu
rPpo ·er mus le même toi t-&lt;J ui lc•nr o.vai t S('n·i
d'asile.

DES GrR.OND71'JS

.

J':ii ~u depui,- l}Ue j'n1•a.is 1t1é r connu en
pa. s:rnl à ,tante..s: ou l'annom;a à 1;11rsas par
nn11 lettre 11u'il reçut d • celle l'itle. .
.
Je n'r11roul'a.i en uilt· 1111elc1ue mata, c 11u à
un endroit prè- de tlou .. CI 1 011 les ,:oche
d'eau 'arrèlent. (1 . ortiL de cc. coche un
monde prodigieux riui se trouva sur le pa age de ma ,·oilure et l'empêcha d'aller nu:si
1 iti-. Je -ri~ mème le moment où le p1Uillon
;illail prendre querelle ll.l'Ct: un homme 1111i
lui di ... nît nrnc humeur : « Plu· doucement.
pr •nd garde a loi. ,, Ce qui, dan_ le_ m~m1
moment, augmcnln rnrore mon ag1lal1011,
c'est que troi. trendarmes nationaux mo11taienl en mème temp. que moi ln colline el
jeLaienl a ·cz ou\'cnl uu coup 11'œil ur m:i
-voilure.
li étail de ix à sepl heures dn soir; je
n'l\\3Ï.' pas d monlre, el je dcmaudai l'heure
au poslillon. oil qu'il se lromp,it, oil qu'il
,·ouh'11 me tromper, il me diL qu'il élail huit
heure·. Je me mis alor. 11 rtll1~1·hir pour :;avoir i je passerais a.u delà de Bou scy 1111 ~i
je m'arri\Lerai dan. ceL endroit .
J'avais le plus ,if dé.ir de me rr.ndrr. dan
le jour mtm" à É r ux. quoique je fn:~r
pnrli Lrè lard, moi d"un autre cùlè je ,·01aî
un tr'&gt; - grand incou,·11nicnl à le tenter. Pacl··
sur-Eure e l à quatre lieue.~ ùc Uous. 'I, et
on m'avait dit 11ue l&gt;ary étail tr mauvai . Je
me di ai : il c ·t huit heure , il sera au moin·
di heures, di:s: heures et demie i1u 11J je
serai rendu dan cet endroit; colle heur peul
erl'ir à mt~ rendre suspecl, ou ciaminera d •
plu près mes papier · il est po .ible que la
curio. iré aHire !Jcau ·oup de moude el qu'on
me rcconnni ~e · il vaut mi m. arriver à Pacy
en plein jour; il est plu sM de coucher /1
Bou ·ey et de traverser racy à i. ou . pl
heures du malin.
Je me fix::ii l, cc dernier parti, Je desccu,fo
de voilure-, montai dans une chambre &gt;an
m'arrrlt.rr en bas, jo n · sorti point de celll!
ch~111hre, où je mangeai un morceau de grnnd
appélil.
Le jour nr. tombant poin L, je, tlt•mandai la
dom tique ,1ui me scnail l'hl'ure 'lu'il étnil.
.J'a11pri· 1111e le postillon ~'était lrowpé d(• plus
d'une heure, mais il n'étniL plu ll.'mp. de ~t•
rcmullre en route, et je· m coudi.'li.
Je parti le lendemain à. cinq heures et
j'arriYAÎ à Pac . On ar m',nniL pa. trompé
lor~qu'on m' vait p~rlé de la uncillanni
trè$ ri"ourcuse qui 'eicrçaiL dans cette petill! ville. On arrèla ln l'oilare de,•ant un corp:
de {larde, on me Je m3nda mon pa.. e-porl,
c·~- L le eul endroit J:rns celle route où ,in
l'e,ineât; j le montrai :1vec LC'auroup d'a nrnnce, je dl'maudai U1èmc à l'oflicicr 'il
yonlail voir les nulrr pitices qui con 1:il:ii •ul
11rn mi - ion: il me diL 1p1e Cl'la ét:i.(t i nutî hi;
1 po !ilion ·e mil n marche pour 1':l'reu •
. la Lranquillilé alor. ful pleine el cnlihe,
le, oranes étaient dis ipés, j'apPrccvai. le
pont. it~\'rcu , on ma demanda au :i mon
pa--sc-porl, maL a,·cc de intention bien diIfér •ntc . Autanl ma poJtion était difficile à
,rf:,rt'm.
tkms.11•r1• , e.-ulr111nu·11l por ••rrt•ur.

1. Uou !l'f, b l l ~iln!ni·1n• _d\•Pftcy, i, 2{

I.e 1niuu~cril ,ht

�111ST0~1.ll-----------------------•
Pacy, si j'eusse été reconnu, autanl ell • étail
anréahle à t~·rcUI. si on eîH u mon nom,
mais je ne ,oulus pas le dire. J'l'xhiliai le
même pa -e- port, el il pnrut également en
r •le.
Je demandai la mai.on du citO)'Cn ···,
qui me r çut n,·ec celle offu ion d'âme que
l'homme sensible sait eul enlir el apprécier. Ce CÎL01·cn éclairé, ce généreux patriqtc
rprouva un plaisir d'nutonl plu vif à me voir
qu'il crnirronil &lt;1ue je 11\•11~:e (,té arr111é.
&lt;( Guadet &lt;'l Louvet, me dit-il, .ont partis
hi •r pour Caen, je l •s ni serrés dnns mes
lira . li A cell nourellc l larm me ,·inrcnt au y~lll, moi &lt;1ui lremhlais pour moi,
moi qui ne av:1i · où ils avaient porlé leurs

pas. Dieux de mou pars, m'écriai-je, grtlces
,·ous oirnl renùne I Et de nous embrasser cl
Je nous r ~ouir. Un scu l de cc momPnls
console de tous les mnlbcurs.
ou causàm~ de nos amis, car les miens
étaient le sien.. 11 • . ont tou lt Caen, m,•
dit-il. - Eh hicn, lui dis-je, j'irai les r joindre dem:iin. - J'irai aver ,1&gt;u., me réponditil, depuis lon"Lemps je dülère cc rnpge. n
Nous ne non 11uiLt~mcs plus de la journrc,
et je com·hai ch •z lui.
J mr. rendi li Caen le lendemain avec le
citoyen .... Je Oil croi - pa qu'il oit po~ füle
de ,·oir un pa -~ plus riche, mieu culth·é que
1. L~ v•lltie d'\ug(' a'1Hl'ml Je den

e&lt;\ltls 111' !1

Tn1J1f11t', au-,lr rou de Li~ieu, .

celui que nou. lraversàme . Je rc~taî en exlll c Je\'ant la uperbc \'allée d'Augc 1, elle
était cou1·crte du milliers d'onimnus:, et ou
nous dit qu'elle était déserte en compnr:ii on
dP. · année précédente..
La po l non ·erl'il Il . ez mal jnsqu'à Lisieu:r, el je n'en lu pa étonné; le moindre.~
po te .ont doulilcs, trip! s, el j'tn remarquai
une où 1 - m@nie cb1mmx fircul 'epl li('l)es.
l 1ous arrivâmes à Caen l::i nuit. J'eus le
plaisir d'embrasser no nmis 1 il Fallut raconter deuï ou troh foi· Je, circonstanc ' ùe
ma fui le cl J • ruon vo ·age; à mon tour, je
rn'illformai de l'étal de affaire . ~ais non
:t\'Ïons trop de chose~ à nou dire, nou.
ajournîtmes la couférerice.
PI~TIO'

•

_Épouser ou mourir
Le vendredi '2:i juillet {610, fut donné un

lôl pour le coo,oler et l'induire à cha.n°er

arrêt en la cbo.mbre de l'édil (M. folé y
. &amp;ml el pré idant) contre . Vi('.(Juemare,
11u ·on appelait Le ~ eigneur, conseiller en la
cour du parlement de Rouen, par lequel il
fnt dit que ledit ,Le igneur épouserait la
fille rp:i'il avait fü:incée par p:irole do. présent,
les annonce! ayant été faite.~ et le conlrat
pa é, ou qu'il aurait, hui~ ~e cc f?ir~,
incontinent la tête tranchée: enJoml à lur d y
p~nser pour tout dclai dan· lo lendemain. eL
.e résoudre ou de mourir ou de l'épouser. Cc
crue .1. 1c pré.,ident loll lui prononç.,, avec
re«rel toutefoi~. et an avoir élé de celte
dure opinion, ~o~ plus que de L;. t au,·e. o~
rapporteur, riu1 dit tout haul 11u 11 ei1t aime
mieux qu'on lui eù.l rompu l deux lm1 el
les deux jambes que d' ,noir été de l'a,i de
cc cruel ar rêt. A quoi ledit Le Seigneur r t.
pondiL 11ue. combien 11ue ce Filt un unique et
dur arrèt , toul~foi , pui qu la cour l':waiL
de celle f:lç®, qu'il lui voulail obéir,
cl
J·u,,.é
0
•
:taiL tout ré'olu à la mort et non au maraa!.!ll,
aimant mien mourir que de l'épou er. ur
laquelle résolution il fut incontinent conduiL
et mené prbonnier à la Concier crie, oi1
beaucoup de e amL . c Iran perlèrent ausJ-

d'avis et prendre pitié de oi-même. Le ministre du louJin, entre autres, lui remontra
le dan er qu'encourrait on âme, au ca. qu'il
per istâl en sa ré olution, qui était d'êlre
homicide de oi-m~me; que ce o'étail pas
mourir en état de gr:1œ, mnis tout le contraire. i que se lai. a.nt POiin aller h ces
c,horlalioos et autres inductions él per uasions de es amis, qui durèrent depui midi
ju. quo 11 pns o trois heures, el trouvant l'un
à la ,·érité plu faisable que l'autre, ÎUl marié
par ledit du Moulin, à quatre heures, au logi.. de M. du Coudray, conseiller ea la cour,
sans touteioi qu'on lui pût faire dire oui.
sinon avec cette clau e : pui i111e la cour le
voulait et 11u'il y était conlrainl; lenant
même son chapeau sur le vi~agc Ju côté où
élail , on épouse, a.Gn de ne point La oir.
Laquelle 'étant aprè jetée à ,,.enou:x de,11nt
lui, le priant de lni pardonner et -vouloir oublier tout cc qui 'était pa.sé; qu'elle lui
obéirait et servirait, non comme sa lemme,
mais com.m, une de se- pins petit f't
humbles . ervnnles, le rnpplianl au moins de
lui faire çet honneur de la recc"oi:r en œltc
derni\rc qualité (ce qu'elle disait pour lui

0

amollir le cœur); ccl homme., demeurant
comme immobile, sans s'en émouvoir davantage, lui dit seulement : « , ladcmoisellc, le\'Cz-vous. Ce n'est à moi à qui vou dc\·ez
demander pardon de ,•o faute : c'e t à Dieu
à vous les pardonner, el non pa à moi. »
Pui le oir étant venu, et la nuit pour
coucher la mariée, il lui donna pour tout
eompamie son hôtes , avec laquell elle
coucha et passa ain i à premii'lre nuit, accommodée de lit el de chambre comme tout
le re te, s'excu·anl ur le peu de commodité
qu'il y 3.\'aÎl ici de loais cl de meuble .
Le lendemaia, il la fit conduire par un ien
frère en une de es maLoos d champ-, ou
devant que 'acheminer celte pauvre mariée
le voulut encore voir el parler à lui. . quoi
ne voulant du commencement entendre, tin.alem nt vaincu d'importunité, nprè qu'elle se
fut jelé• par plusieu , fois à e~ pied_ et priè
de lui vouloir pardonner, l'éit'ranl par plusieu:r foi e protestations et oumi~. ion~
de sa lidtllité à l'n.,.enir, uLjeclion, r~vércnce,
d \·oir et obfü once qu'elle lui promit et
,oua, n'en remporta aulre réponse de lui, et
fut contrainle e retirer et s'en aller comme

elle était v nue.
Prnnnr, ne r:tT

ru::.

C.utPAGSE D'EsPAGNF.. -

8.1T.HLLE _DE '.lil.OLINO DEL

Rr::,·. -

D'aJ•r~s le ,frss i11 .1t C.

LANGLOIS•

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPIT~E

xxvm

Cn~1•n~'ll•' . ,te Portu/,!d!, - .Ion départ.-. li lrw1 ù
\1ll~,lr,hll. :-- lia,~ na el Junot. - filchcm: pro'""t 1c~ ,ur l 1,111&lt;• ,fo ln ca111pag11e.

L' 'poque oi't Je maréchal ~las éoa dcvaiL !-C
t&lt;&gt;Jldre en Portugal approchait, et déjà le
nombreuses troupes dont son armée devait
~lre composée étaient rtunic dans le ud0~111s1 d l'E p3"Jlc. Comme j'étai le . ul de
aides de camp du maréchal qui cùl été dan ·
1:, Pénin oie, il d&amp;-id:i r1uc je le devancerais
et que j'irais ét.ablir on quarli r général à
Valladolid.
Je partis de Pa.ris ]e l 5 aYril, aYec I • tri te
P1;5 PDLimenl que j'allai~ faire une campagne
de_ agréable ous tous les rappor . M premrnr pa . enililèrcn l ju tifier celle pré.,.i ion,
•"llr une d4's rou dC' 1, chai. dr po. t dans

b11udle je ,·oyn~ •ais avec moo dornc&lt;:lir1uc
Woirland e brLa à quelques lieues de l1aris.
Nou fûmes obligés de gagner à pied le relais
tic Longjumeau.C'était un jour de fêl ; non
pcrdime,:. plu' de douze b •ur , que j • voulus
rattraper en marchant nuit et jour, de sorte
que j'étni un peu fatiotué rruand j'arri1·ai à
Bayonne. A partir Je celle ville, on ne voyageait plu &lt;'D voilure; il fallut donc c-0urir fa
po te à franc étrier, et, pour comble dr contrariét ·, lo lemps, que j'nw1i lai 5é nrnsnifiqur en F'rance, se mit tout lt coup à la pluie,
el les Pi rénées se counirenl de neige. Je fu
bieDtùl mouilM et transi, mai ·, n'importe, il
faUait coritinuer !•..
,Je ne ' uÎs pas u_per'lÎÛeu ; cependant, au
mom nL où, quittant le sol franç.1is, j'allais
tr:n-er er ln lli&lt;la ·oa pour entrer en E!o-pa •ne,
je fis une rencontre que jP. con. idérai Mmme

un mau,·ai· pré. a11e. Un énorme et hideui
haudet aoir, au poil malpropre t•t tout ébouriffr, ,· tr011v;iil au milieu. du pont, donl il
semblait vouloir interJire le pa 'O"l'. Le po.tillon 11ui nom précé.rlait de queli1ues pas lui
a 'anl nppliqué un vi"OUreux coup de fouel,
pour le !orœr à nou faire plnCf' l'animal
ruricm: se jeta sur lo cheval de cet homme,
qu'il motdail cruellemenl, Landis crn'il lançait
de terribles ruade: con Ire moi cl Woirlnnd,
qui étions accourus nu ,ecour.~ du po ·Lilloo.
Le coup, que oou :idmini~trions tou le.
trois li celle maudite hête. loin de lui raire
làcher pri e, emblaient l'e citer encore plu~,
et je ne ai , raiment eom menl ce ridicule
combat se serait lcrminé, ,3ns l'-as i toni:l'
des. dounnier·, qui piquèrent la croupe du
IJaudut arec leurs li:lton. ferré·. Le fnil.·
ju. lifièrcnt me~ f, cheuse impres. ion., tar

�mST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Ier dell.X c.,mpa ne· 11u' je .fi· Jan· l:i J"dlin•
-ult', L'll l 10 et 1 11, rurenl pour moi tril
ph,il.le ;j' rcçu·Jeux hl sur, ::111 ohlc-nir la moindre récompense, ni presque nt1c1111
lt!moigna,..c de la liicnvcilkrncc Je la~séna.
Après 8\'0ir pa é lu ponl du la CiJas 03,
j'arrivai à Jrnn, premier relais espa"nol. l.h
ces•ail toul«' . ècurité; Je5 officiers porLenrs
dr. &lt;lépèches dc,·nicnl ain i 11110 les courrin~
de po~te. :o fair e carier par uu pi11uel de
la "endnrmerie dilc de Burgo· qui, formt:c
ùnns la rille de cc nom, a1•cc de l1nmmL•s
d'élitr. était spécml,•menl char,.ée d'n nr ·r
le:- mmunicalion eta~ail, à cetelfet, à lous
le· relais &lt;le poste un détachement retranché
dans un 1,locld,ans, ou maison fortifiée. Ces
endarme , dan la force de l'à
bra,·cs et
zélés, firenl pendant cinq anné un ·crl"ice
trè p~nihl , el éprnuvêrenL de ..r.mdc pertes,
car il y arait guerre à mort eolre ent et le·
io ur~· c·pagno •
Je quillai lrun par une pluie blll.:mle, el
nu bout de quelques heures d'une ruarchc
faite au milieu de b:rntcs montagnes, j'approchai J, la petite ,·ille Je Mondragon, lor qu'une \:ive [u illade c 6t entendre, one
demi-lieue en a,·anl de nou L.. Je m'nrrôL1i
pour rélléchir ur cc qoc j'avai à faire.... i
j'avançai , c'était 11enL•êtrc pour tomber cnlrc
les main · de bandits qui foo11daien1 la contnle ! ... &amp;lai·, d'un autre culé, i un orficit•r
porteur de dépèches rclournail or ses pas
ch:1que foi ~1u'il ent nd un coup de ru il, il
lui faudrait pln.ieur mois pour remplir la
plu court• mi:sion !... J'a,&lt;anç,ai donc ... et
bientôt j'aperçu 1~ cadavre d'un officier Françai:-!. .. Cel infortuné, allant de lladrid
Pari., porteur J., leLJrc du roi Jo·eph pour
l'F.mpereur, .enaiL de changer de chevaux à
Mondragon, !or qut•, à deu portée de canon
de cc relai , , on ernorle et lui r('çurenl,
prc·que 11 bout parLrnl, le feu d'un ..,roupc
de Lao dits caché derrière un des rocher de
la montagne qui dominenl ce pa -age. L'offirier • çail eu le corps traver.4! de plu ieur
Lalles, el deux gcndal'me de son e corle
ét:1ieu1 l,le · ! .. , 'i cet officier eM r tardé
d'un quarl d'heure son départ du relai de
londragon, ,er~ le~uel je me dirigeai en
sen, contraire, il t certain qae e· ùl :té moi
qui fu e tombé dan l'embu raùe préparée
par l · in.urgés!. .. Cela promettail! cl j'iwai
l·m:ore plu de cent lieu s à parcourir au
milieu de province oulevées c&lt;niti-e nons !...
!,'attaque îaiLe n1u portes do londragon
niant donc I l'éwil à la petite garnison de
œllé ,ille, elle s'élnil mi e à l: poursuite Je
brigands, qui, retardés do.ns leur marche par
le dé ir d'emporter troi de leur, bl
par nos gendarmes, Curent bienLÔl atloiot et
forcés de fuir dan· le montagne , en aban-d&lt;1nnan t leur blessés, qui furent fusillés.
L'~périenœ qué j'a,·ais acqui e dnn ma
préèédente campagne d' E pagne m'nvait appri
que le momenl lti plu fnvorable pour un orncier qui doit trarnt'ser un pa~ difficile, est
celui où les brigand viennent de faire une
attaque. parœ ffU ÎI 'ecnpre sent alors de
:;'éloi0111er, de crainlc d' 1tre pour uil•i~.Je me
17

1

,

pr~:p:irai: donc à conlinuer ma route, lorsr111e
le e mm:1nd:mt 1fo b pt11•p ·'y oppo, a, d'aLor&lt;l
pnrcc 1111'1I , •11:ilL J'apprcnJrc r1ue Ir .,tlèlm1
chef &lt;le IJ.1ndc Mina a\·:iil paru &lt;lan' le~ cn\iron~, et en . rcond lieu rarce que la nuit
approeb:ii t, et 1p1e I ordre· de l' Empereur
pre~rrh·aienl de ne hir1• partir le. c.cort(',
IJn'cn pldn jour.
L Côntm:ind, nt Ill' \1011tlrngon était un
c.1pitain, pi1!monlai~, . rr\'aul Jcpui. tri-.·
lon kt0ps ù.m · l'armée frnnçai ·e, 11ii il ét:iit
con11u pour sa rare iulelligcnrc et pour s011
intr.;r,iJilf dl!, plus remarquaulc ·. Les in~ur él\
le rcduulaicnl au dernier poi11!, et, à l'excrption ile •111rlquc eml,u~c."Jci:. .t cr1He·, 11n'il
était impo.. 1ble dll prél'oir il dominait en
maitre lou l le district, en employant lonr !t,
tour l'adr s._c rl l'énrr!rlc. Je citerai u11
c1crnple ,Je l"une rt de l':mlrr, qui scr,1ront
à \'OU • donner une idt!e de la gll(•rrc que oou
arions à ouleair en Espagne, bien que cou
y eu ions heaucoup d parlisan dan la
classe des homme éclair .
[,&lt;J cur~ do loodr:igun él!lil un des plus
fou!!lleux ennemi_ J Françru • Xéanmoin~.
lorsque 'apoléon pa. a 1lans celle ville pour
retourner li P.iri , en jami •r Hl09, el ct•tléia lÎtflJe, pou &lt;1\ par la curiosité, · '•tonL
rendu dcvanl la maison de po te, ainsi que
Ioule ln population, pour \'Oir !'Empereur,
fuL aperçu pa.r le commandant de p1aco. c1ni
marebanl droit lui, le pril par ln maia cl,
le conduisant nrs l'Empcreur, diL de manière
à èlrl! entendu par toute la foule : C( J':\i
1 l'honneur de prcsenler b \'olrc ~fojesté le
« curé de celte ville, comme un uc plu,
&lt;◄ d~rnués senileurs du roi Joseph, votre
« rrère!. .. » i'apoléon, preoaol pour ar•rent
romptanl cc que di ail le ma1lrl! Piémonto.i ,
Ûl le meilleur accueil à l'eccll·iasti&lt;1ue, tJUi
.c trouva ain i corupromb,, malgré lui, vis-àvis rie Loule la population!. .• Aussi, dès l
soir même, le curtl reçut en rentrant chez lui
un coup dtl fusil ciui le blessa nu bra !. .. 11
connahaiL trop bien e compatriotes pour
ne pa comprendre que a perle était jurée,
i le Français n restaienL ,·it·Lorieux dan
cette terrible lutte, el, dè.s ce moment, il se
déclo.ra ourcrtement pour eu , se mit à l:\
lête de parti ·an tlu roi Jo epb, de ign · par
le nom de Joséphin , et nou rendit le plu·
grand er icc·.
PPu cle Lemps 11vanL mon pa sage à Hondragoo, œ 1nème eomm:indanl de place fil
preuve d'uu bien s-rnnd coura"e. Oblirré J'en\'OJcr la majeur~ parlic de sa garni on tian
le monla"n , p ur prot~gcr l'arrivée d'un
coomi de vivres, et contraint, quelt[ne heures
apr , de fournir de e-corle à de officier·
porteurs d dépêche , il ne lui re tait plu
qu'une vinglaine de old:tls. C'étaiL on jour
de marché. De nombreux campagan.r&lt;ls étaient
réunis sur la place. Le maitre da poste, un
de no· plu grand enn mi , le harannue eL
les engage h. profrt~r de la faihlesse tle la
garni on fr:1nçai e pour l'tigorgerl ... La foule
e porte aus itôt ,·er la maison où le corn•
mandant 3\'aÎI réuni sa faible ré·erve. L'alL·u1uc c t impétueuse, la défen c pleine de
11

1

\'Ï~ucur; cepen,bnt, le nôtre aurai nt rli11i
p:ir succQmher, lur. !JIIC le hravc •ommamlilnl
de plarc, tabant omrir la porte, ~· 'lance nvrc
s:i. petite trtmpr, l'.L tlrnil au maitre rie po. lc,
le lne d'nu coup cl',;pét! rlam le cœur, te l'ail
trainer dnns la mai on, cl orclnnne Je placer
. on corp imtnimé sur le balcon! ... A la rne
de cel acle de I i,:11eur, accomp:igm: d'une
lerril,le fusillade, la foui , J.ldnu1e par lt·
halles .. 'enfuit (•pomnnltlc! La q:iruison étant
renlr,lc le ,oir111è111e, lt•t·ommnmlanl ,lcplao•
lit pendre le caJovre du nrnitru ùe po. te au
gilid pulilit-, afin tic SCi'\'Ïr J'exrn1ple. l'l hirn
1111c cN homme eùl h&lt;'auruup Je parent t•l
d'ami. dan ectle ville. pcr.onnc n bongcal
Aprl&gt; avoir pas.c la nuit /t Muntlr,1rroo,j'cn
parti' au poinl du jonr. cl ru. indi,.né en
,·oyant le po tillon c.p:i;ool 'lui nou JirigeaiL
·arrêter sou · la polen · ,t cril,lcr de co11p~
de foucl un cada1•r' qui 'y trouîail II pemlu.
J'adressai de ,ir· reproche. /t ce mi érable.
qui me répondit 1.11 riant: (1 C'e Lmon maître
u &lt;lr• poste, 1rui m ':i, do rnn îirnnt, donnt'·
&lt;t tanl de coup ile fouet, que je ui bien
« ai -c ile lui en rendre rruelqu -un. ! ~ Cc
troil c:.cul :uffirnil pour faire c&lt;inoaitre I
c:iractère 1·iodica1if de E~pagnol clc ln b,'L e
clas e.
J'arri, ai à Viloria I rcmpé jusqu'aux os.
'ne flène ardente me conlrniaoit de m\
arrèta cbi•z le nénéral , éra., pour l quel
j'arai des ù •pèche . C'était, i vou \OU le
rappelez, ce m1me n,!nfral qui m'nvail nomm1'.
oo -oftlcier dix. an aupnranrnl à an-Giacomo, à la uitc rlu p,lil eomh~L li r·~ au
hou, ards Je Uarco par les cinqmmle c."l.,·aliers
de Drrcb.en · IJUe je ·ornmanilai . li me reçut
parfaitement, et 1oulniL que je me repo
c
quel11ue tomp auprès dtl lui; mai· la mi ion
dont j'étai rLargt: ne pouvant être relard~e
je t'rpris le ll'ndcmain la po te li franc rlrier,
ma)!!f~ la fièvre,1u 'a aramit un tcmp affreux.
Je pa~sai l'Rbrc, cc jour-là, à Miranda. C'e. t
à œ lleuve r111c se terminent le contrefort
de l')Téo6? . C'éloil an. i la limite de la
pui ance ,le duux célèbre p3tlisan Mina.
Le premier de ce guerilleros, né dnn l $
e1urirous de Mondragon, /.Lait fils d'un ricbe
fermier; il i'•Ludinil pour &lt;'trc prêtre, !or ,,ue
l'Clatn, eo 180 , la. !!llerre de l'indépendance.
On ignore gt1néralemcmt qu'à celle époryuc un
Lrè !!n.llÙ nombre dï!;~pannol·, en tète des•
quels se plaçait une partie du clergé séculier,
voubn l :irrach&lt;:r leur patrie au joll!! de l'lnquŒilion el rle moines, non seulement faisaient des vœux pour l'Dlfcrmi emenl du roi
Jo rph .ur le lrônc, mai· c joinoaieoll1 no
1roupes pour repou or le in urgés, 1rui ~c
dédarèrenL conlrt! non . Le jeune ~lina fuL du
nombre de nos alliés; il leva une compaanie
des ami de l'ordre el fit la guerre aux bandils, liais, par un revirement bizarre, Mina,
épris de l:1 ,•ic d'a,·ealures, devint lui-même
in urgé et nous fi L une rruerrc acharnée, en
Uiscayc cl en Na\'arre, à la t0te de bande ,1ui
'èlcrèrenL un moment au chilfre de près de
di:x mille homme . Le commamlaul de fondra on réu sil enfm à l'enlever, dan une
maison oi1 se célébrait la noœ d'une tle .l's
1

•---------------------- .MtJKOlR,ES DU GbJ:ÉJ(.AL 'BA'lf,ON D:E MA'R_1JOT
parente,;. apoléon Je fit transporter en
France el enfermer au doujc10 dt! 'iincennei;.
füua fai~nit la guerre Je partisan a\'ee Lai ni
et loyauté. Retourné dans ~ patrie l'n 1),! 1i,
il de,·inl l'ad,crsairc de 1\•rdinand \'Il, pour
lc1p1cl il a\'ail .i bien combauu. Sur le point
d\•trc arrêlt1, il s'é\'ada. •agna l'Amcrique. c
mèla des révolutions du Me&gt;.i"!ue et fut fu,-illt'.,
JlendanL le Ion" séjour que le jeune Mina
lit 11 Yincrnn!'s, les montagnnrds in urgrt
placi-rcnl nleur lêlc un de .ei; oncle·, ~ro ier
forgeron, homme annuinaÎl'e, u'apnt aucuns
mo1·cns, rnai nuqu •l le nom populaire de
Miua donnait une inllaence c:i:Lraordinaire.
lie orficil·rs in traits, cnvoy(, par la Junl •
de évillc, étaienl char~c\· de diriger ce nouveau chef, qui uou fit beaucoup de mal.
J'colrai 1iam les immt&gt;uscs cl tristes plaines
J • la Yicille-Cru;tille. An premier abord, il
parait prc.r1ue impo illle &lt;l'y tendre uoe
cmhuseadc. puisque CC' plaines onl Lowlcmenl dépoun11e de Lois, el quïl n'y existe
aucune mont.agoll; mai le pay I Lellement
ondulé, ciue la écurilé qu'il pri'.• ente d'abord
est inlinimenl trompeuse. Les bas-fond~, formé par 1• · oomhreui: monticules dont il c t
cQuvert, pet'mettaienL au in urgés (!.$p;1~nol
d'y rachcr leur bandes, 'l'" fondaient à Iïmpr°''Ïslc sur les d 1tacbemenls fran~.ais, mar·bant qucli1uefois avec d'autant 1ilu de contiance r1uc, à l'œil .ou, ils nperccrnieul une
étendue dl! 11unlre à cin,1 lieue., en tou .en ,
. :im r d 1 oul"rir aucun ennemi. L"expéricnl'C
de quclt1ue rernr ayant rendu no troupe
plu circon pecl • elle uc lr:l\'er.niclll plu,
cc plaines qu'en lài anl visiLer les l,aAond
par de tirailleur • Mais cotte sa"c pré1·a11tio11
Il«' pou,ail être pri e que par de:. Jétacbemenl, assez nombreux pour &lt;'Til'O)'cr d •
éclaireur en a,·aut et sur leur; Oancs, ce que
ne pouraienl faire les c cort.es Je cinq ou ~ix.
1 cmlnrmc
qn'on dounail au:i: ofliciers porteur de dépèthe ; aussi plusieurs d'entre
eux furcnt-ib pris el assas inés dan les
ploines de la Ca tille. Quoi qu'il en oit. je
préférai voyager dan ce po.y d~coUl'erl
plutôl que dan le· montagn('s de Na1·orrc cl
de Bi CaJe, dont les roules ont continuellement dominées par des rocber;i, des forèts,
et dont les brtbitants sont beaucoup plus
braves et enlreprenanl que Ie Castillan . Je
continuai donc rct~olumenl ma course, traversai sans accident le défilé de Pancorbo et
la petite ville de Ilrivi ca ; mai , enlre cc
poste el Bur •o , nous Iimes tout à oup une
vingtaine de cavaliers espagnols orlir de
derrière uo monLicole l•.•
nou tirb-ent ·ans uecès qu lqtlcs
coups de carabine. Le u gendarm ' de
mon escorte mirent le abrc à la main; j'ea
fi autant'. ainsi que mon domestique, et
n.ou conlinuàme notre route sans daigner
ri1~1ster aux. ennemi , qui, jugeant pnr notre
a~lllude que nou étioa gens à nou défendre
v~oureusemenl, 'éloign renl dans une aulrc
dircclion.
Je couc~i, à Burgo , chez le général llorsennc, qui y commandait um Lri«ade de la
garde, car, dan ce pa1s, soulevé co~lre uou ·,

ns

les lroup~. francaïse-occupaicnt presque lou•
te~ les v,llcs, les bourw et 1,. rilla"e~. Lr ·
roules cules n'Jtaier'll pa_ . ùre ; aussi les
plus gran~ · danger etaicot-ils pour ceux qui,
co111mc moi, étaient ohli.,.és de les parcourir
31 c de foiules rsrorle . J'en fls une noll\·ellc
épre~,·e le !end main, lon1ul!, ayant ,·oulu
~o.nlrnuer mon vopge, ma1gré mon extrêrnu
la,Mc _·c eL la Gèrre 11ui me dévorait, je roncoalrai, entre Palencia cl Daeiïa , ur1 officier
et vm"t-cinq oldats de la jeune garde condui ant un caisson chargé d'argent, destin~ à
la olde de la garnison françai e de \'allada.
lid. L'escorte de re convoi était évidemment
insurlisante, car les guerillero des environ ,
prérnau de son pas age, s"élaicnt réunis :111
nombre de cent cinquante cu, lier· pour l't•nlcver, cl iL allaquaient déjà le délachcmcnl
de la gardu, quand, apcrcenlllt au loin le
groupe 11ue formaient autour de moi les gcn•
darmes do mon escorte, nrrh•anl au galop, hi
insurgés nou prirent pour l'aVll.uL-garde d'un
corp de ca:v:ùerie et suspendircnl four entre·
pri·c. Mai~ un tic leur· gra\'issanl un monticule, d'où il découvrait au loin, 1·ur cria
c1u'il o"aperccvail aucune troupe françai.c;
alors les bandit , ·Limulé par rapp:11 du pil•
lage du lr: or, s'avancèrent as ez eourogcucm11nl vers le fourgon.
J'a\ ai pris naturellcrncnt le c11mmanllcmenl des detU petit ~~tacheml'nls réuni·. Je
pr crivi doue à l'officier Je la garde de ne
faire lin·r ,1ue ur mon ordr&lt;!. L. plupart des
,,a,·aliers ennemi. a\'3.ienl mi pied à terrl',
pfür êtr..: plu- ~ même de . 'emparer ùe ac
d'nrgcnt. et ib comh:itl.1Îanl fort mal a1·ec
leurs fusils; Lc.1ucoup même n'av:iicnl que
de pÎlitolels. J'avais placé mes fonlll~ins dt·rri '.rc le fourgon : je les fis sortir de cel lè
po ilion, des que les Espagnol ne fur( ni plus
qu'à une \'Ïngtaine de pas, cl je conuu.mi.l,1i
le feu .... Il fut i juste et s.i lerriblo 11uc le
cher de· rnoenfr t une douzain2 d~ siens
Lurnbl}rcnl ! . .. Le resle de L-t bande, épouranlé, 'enfuit 11 toutes jambe ·rer le· chc,•nux gal'Ji.S r. cleux cents pas Je là par quclquèS-uns des leur j mais p udatll qu'il
cberchaienl à o mellre en scile, jo Je~ fi.
charger par les fantassins el ]es sit: gendarme., nu &lt;J,uel s.e joignit mon domo Liquc
Woirland. Ce pclil oombr~ ùe brarns, surprenant les bandit espagnols en d,.:ordre, en
tua une Crentaine t pril une cinquantaine de
cbevaux, qu'ils vendir nt Je soir ruème à
Ducii11s, ou je conduisis ma petite troupe,
aprè aroir rail pan. or mes bles és: four
nombre ne 'él1'.1ail qu'à deu1, encore n'a,ai •nl-ils éLé que légèrement atteints.
L'officier cl le soldats do ln jeune garde
avaicnl, comme loujour , fait preuve de
beaucoup de eoura(Jc dans cc combat, quj,
ru la disproportion du nomlirc, auraiL pu
nous devenir funeste, i je n'eusse eu qoe
&lt;les conscrits, d'autant plu· que j' :Lài ·i
!aiL!e, qu'il ne m'a,·ait pas été possible de
prendre part à la oharg . L'émotion que je
venais ù'êprouver arait augmenté ma fiène ;
je Cus obligé de passer la nuit à. Iluci~a : Le
lendemain, le commaodaol de celle_ ville,
1

.., 3:iS ...

--,

a,•crû de ce qui 'étail passé, fil arrompagntr
le trésor par une compagnie entière jusqu'à
VaUadoUd, où je me rendi nH• · celle e COt'I, ;
je marchai au pas, car, pou,·anl à pl'in · me
outenir nchenil, il m'cùt 1•té irnpo siule de
support •r le mouvem •ol du galop.
Je suis eutré dan quelques détails sur ce
vop o, afin de vou mettre de nou1'eau i1
mêrn · d'appr 'cier le danger· UUXlJUel étai ni
c~posé· le. offici ,r obligé·. pnr leur ~crviw,
de courir la po Le dan· les provinces d'E ·pa"ne in!:urgée conlr&gt; nou~.
Apnl alleint le hui de ma mission, j' espérai 01\1 r qul;ll,1ue repos à \'alladolid, mili ·
des tribulalitm· d'un nouveau genre m'1 altendaient '·
Jnnol, duc d'Abrautès, J:ll'llé.ral eu chcI
d'n n dP corps qui Je vaient foire partie c.lc
l'armée Je . las éna, 'était établi dcpui · lluelctues mois â Valladolid, où il occupait lï111mcn.e palais construit p3t Charles-Quint. 'c
hàlimcnl, malgré 011 a.nti11uiLé, se trouvait
dan un étal de parfaite cooscrvaûon, cl hi
mouilier en éta.il fort conrnnablc. Je n'amis
pa mis çn doute qu'eu apprenant l'arril'ée
prochaine dn maréchal, 11ui ùenmait yé11irafi.x11imc, le duc d' Lraut~ ne 'emprc -àt ùe
lui céJcr l'ancien palais des roi d'E.pagne cl
tl"aUcr ·c loger dau un des booux bot l qui
c.\i laient en ville; mais, à mon graud élonnem'!nl, Jnnol, 11ui avait fait venir la. duclps ·e, .a fomme 1 à \'alladolid, oil elle t.enail
une petite cour fort éli;ganle, Jwl!II m'annonça quïl ne comptait cedcr à )la ~éna c1ue
la muilié Je son pnlaîs. li étail, di~ait-il, ccr•
tain qne le marL:clao.l · rail trop galant pour
déplaLèt "me lu duche so, d'autant 1ilu que
le palais éL:ùt a-~•z. ,•aslc pour loger faci.lc•
mcnl le deux étal -major .
Pour comprendre l'l'mbarras dans lcqud
cette répon e me jeta, il filul ·arnir que lia •
éna a1•ait l'hal.titudl! Je mener tonjour avec
lui, même à IJ guel're, ane dame X... , ù laquelle il était i nltaché &lt;1u'il o·a,..nit ncccpté
le commandemeut dt: l'u.rméc de Purlugal
qu'à condition quel'Empcreur lui permellrait
Lie s'en faire aecompa(Juer. Mû ~na, d'un Cll·
rnclère ombre et i:nisaalhropi,1ue, virant cul
par s-oût, relirJ dan .a cha.ml,re el Htparë Je
on élat-mnjor, a,·ait liesoin, dans la olitude,
de di traire parfoi · ·eS sombre peruée.s par
la conversation d'une persoune vh•o et spirituelle. ous ce double rapport, Yme X... lui
couvemùt parfaitement, car c'était une femme
de beaucoup de morens, bonne et aimaLle, et
qui comprenait du reste tou les désagréments
de sa iluntion- Il était impo siblc que celle
dame Jo,.eà.t sou le mème toil que la duchesse d'Abrantè , c1ui, sortie de lu fomilfo
des Comnène, élait une fcmm d'une nra.nde
fierté. D'lill autre côté, il n'eill pas été convenable que le maréchal fût loge dans J'M1cl
J·un simple particulier, laadi que le palais
serait OC('Ui'~ par u.n de es ul,ordonnés I Je
me vis dou Ior&lt;:4! d"avouer à Junot l'étal des
choses. Afois le général ne fit (tue rire de mes
1. li esl inL!r sial de Npprocher les ri•.:ii, •111i
vo11l ~uivro 1l0 la partie ,les \l!•m1ires dt! h ducl,es,;e
J'.\brantès concernanl

le Porluga.l,

�IDST0'1{1A

___________________________.

obscrvutious, di anl lJUO Mass 1na 1:t lui a,aienL 1p1elquefoi de rrrandcs calamité · 1. •• Le géouvent logé dan la mème cas ine en llalie, néral hcllerman~, commandant à \'alladolid,
el que le dames 'arrangeraient enl.re elles. rendit compte à fasséna des démarcb~s que
En d tsespoir de cause, je parlai à la du- j'avais faite pour lui éviter une parlae des
chesse clle-mêmo; c'était uuc femme d'espril; désagréments, dont il me gard a cependant
elle prit alors la résolution d'aller s'étah~r rancune.
en ville, mai Junot s'y opposa aYec ob t1CHAPIT'R_E XXIX
nation. Ce parti pris me contraria fort; mai.
que pom•ais-je contre un général en chef? ....
cbo'cS e trouvaient encore dan cel étal
Étal-lllajoi· 11! M.!b i:oa. - , 1.'jnlloem·o ~c l'c,tc\ su,·•
IJ ""
""
cMe à celle ,lt• S3mlc-Cro1 , 110mm • gén •rai. lorsque, au bout de quelques Jours pas és
ca~abianta.
dan mon lit, accablé de fiihre, Je reçus une
Les aides tle cnmp et orficiers J'ordonnance
estafolle, por laquelle le maréchal me faLait
pl'él'enir qu'il arriverait dan ~u d'heures. du maréchal arrivaient successh·ement à V:ilJ'avai , à Lout ha ard, Cah lomir eu ville un ladolid. Leur nombre était con. itléral;le, parce
hôtel pour le recel'Dir, el malgré mon ex- &lt;lue, fa paL'\ parai .anL réla~li~ pour, ~ongtrême faiblesse, j'allais monter à cheval pour lemp en Allemagne, les officier de.meux
me rendre au-de,,ant de lui et le prûrenir de d'avancemenl avaient ollicité la faveur de
ce qui ·'était pa sé; ~ais les mu!cs _qui 1.rai• ,·enir taire la guerre en Portugal, et ~~e ~e
naient sa 1•oilure avatent marche I rapide- mieux nppuyé à la .Cour ou. aud IIlUlli Lere
,
ment 11ue je trouvai au ba de l'escalier ~!. Je avaient été placé à l état-maJOf u gcueramarécltal donnanl la main à Mme 1 .... Je li sime fasséna, qui, asant un commandecommençais à Lw e-xpliquer le
dirllcullés que j'a\'ais éprou1·ées pour prendre possession
de la totalité du palais, quand
Junot, entrainant la duchesse,
accourt, e précipite dans les
hra de Mas éna: puis, devant
un noml&gt;rcux état-major, il
baise la main de (me X..·• et
lui présente ensuite sa femme.
Jugez de l'élonnemcnl de cc
deux. dame ! Elles rest-èrenl
comme pétrifiées et ne se dirent pas un seul mol 1•Le maréchal cul le bon esprit de se
contraindre; mais il Îul vil'Cment affecté de voir Mme la
duchesse d'Abrant1's prétexter
d'une indi position pour s'éloigner de la · alle à manger: a_u
moment où Junot y entrmnatl
'ilme , ....
· Au premier aspect, ces d~
tail parai en~ oiseux; ma.is
je ne ltJS raconte c1uc pa~cc
que celle scène eut de lHen
graves ré' ulla.ls: le mnrecl1al
ne pardonna jamai~ à, JuooL
d'avoir rtîusé de lm ccder la
1otalilé du palais, el de l'a,·oi_r
mis par là dan nne fausse s1Luation vis-à-,i d'un grand
nombre d'ofl1ciers généraux.
Jnnol fit, de son coté, can
commune avec le maréchal
C)' el le général Reynier,
chefs de deux autre corp~
J o~EPII BONA.l'ARTE, ROI n'ESPAl,NE.
qui [or1naient, avec le sien, la
grande armée de P~r~_gal. Cela
Tablea" .te J.-B.•J \VtCAR, (Mim!e Je l'ersaJ/les ,)
donna lieu à des dlVI ions très
f..l.cbeu es, qui conlri~uèrent
jnlinimenl au mauvai rêSulml'ul immense dans un par éloign~ de
LaL des campairnes de i 810 el 1 11, .reFrance,
avait bc~oin d'èlre en~ouré de_he~usultat dont l'inlluence malheureuse ÎUL d un
poids immense dans les destinées de l'Empire coup d'officiers. on étaL-maJo~ parllcnher
français!. .. Tanl il est vrai que des causes en se composait donc de quatorze atdes de camp
apparence futiles ou même ridicules amènent el de quatre officiers d'ordonnance.
1

""326 ...

L'tHévation de 'ainte-Croix au grade de
général avait été un malheur pour le m::iréchal Ma éna, car il perdait en lui un ~age ?.t
ex.cellenl conseiller, an moment où , déJa
Yieilli cl lirré à lui-même, il allait aYoir à
combattre un ennemi tel que lt1 duc de "cllington, et se faire obéir pnr des lie~lenanls
dont UD, étant maréch.al comme lm, et les
deux aulre , ayant le titre de général en
chef étaicn t habitués dès longlemp' à n'
'
.
reetwoir
d'ordres c1ue de !'Empereur. Quo1q11e
Sainte-Croix fit partie de l'armée de Portu...,al, duos laquelle il commandait une bri.,a&lt;lc
dragons, ses nouveaux devoirs ne lui pe.rmeltaient plus d'êLrc constamment auprè de
Masséna. Le caractère du maréchal, jadi i
ferme, était devenu d'une !?l'ande irré·olulion,
et on s·apcrçul bientôt de l'ah ence de l'homme
capable qui, pèndanl la campagne d~ Wa:ram, avait été l'àme de son état-DlaJor. Le
maréchal n'ayant plus de colonel coruml· premier aide de camp, les fonctions en furen1
remplies par fo plus ancien
chef tl'c cadron Je notre étalmajor, c'étail Pelet, ùon c.1.marade, homme courogcu ,
mathématicien instruit, mai
n'ayant jamais commandé aucune troupe, car, à • a . ortie
de l'École poJytecbnique, il
avait été placé, elon ses goûts,
dans le corps de' ingénieurs
géographe .
Ce corp , tout en uiYanl
les armées, ne comhaLtait jamru et taisait, à vrai dire,
double emploi avec le génie .
Il esl dan la nature humaine
!l'admirer ce IJl1'on sait le
moins faire, au si Ma ·séna, ~ui
n'avait reçu qu'une instruction très imparl'ail.e, tenait-il
en "rande considération les
io ..énieur- géo•Trapbes, capables de lui présenter de beau
plan , et en avait-il pris plusieurs à on état-major.
Pelet e trouva dan celle
situation à l'armée de Naplc.,
en '1806, et suivi.L llasséna cn
Pologne en 1 07. De,·enu capitaine, il lit auprès du mart'chal la campagne de 1 09, en
Autriche, e comporta YaillammenL et tut hie ·~é sur le
pont d'ÉhersLerg, ce qui lui
valot le o-raùe de chd d"escadron. 11 assi La aux batailles
d'Es Jing, de Wagram~ et ~•exposa som•enl pom· le,cr le plan
de l'ile de Lobau et du cours
du Danube.
On ne peut nier que ce ne
fussl"nl là de lion service ,
ruais ils n'avaient pu donner à Pelet la p,·atique de l'art de la guerre, urtout q_nand
il s'a"issait de commander une armec de
70,000 hommes, destinée à combattre le
célèbre Wcllinglon dans un pais de plus

de

,,

______________________

.iJfÉJIIOTJf.ES DU GÊNÊ1(A'l. BA~ON DE .iJfA1(BOT - - ~

difficiles. Cependant, Pelet dc,·enait de f:til
!'in piratcur de ~fassénn; il était le ·cul
con ulté, alors que ni le maréchal 1ey ni
le · aénéraux Dcynier, Junot, les divLionnaires el même le chd d'état-major général
fririon, ne le furent pre que jamais! Masséna
avait éhi éduit par los talent extraordinaire
donL aiutc,..Croix avait donné lanl de preuve.
dans la. campagne de Wagram; mais ce génie
hor ligne a,·ail deviné la grande guerre, .ans
a,·oir auparavant exercé un commandement
important : les miracles de ce genre sont fort
rares. las.éna, en 'abandonnant par habitude aux inspiration de on premier aide dt?
camp. indi posa .es lieutenant el engendra
la désobéi sance qui nou cooduil&gt;it à des
revers. Ces revers auraient été bieu plu
grand encore, si l'ancienne gloire el le nom
Je ~fo. séna n"élaient re lé comme un épournnlail pour le chef de l'armée anglais.e, cor
\ ellington n'agis ail qu'avec la plus grande
circoo peclion, tant il craignait de commettre
quelque faute en pré ence du fameux vainqueur de Zurich l •.• Le prestige attaché à 011
nom avait inJl uencé !'Empereur lui-même.
N:ipoléon ne e rendait pas assez compte
qu'il avait été le premier auteur des succès
remportés à"\· 'agram; il se per uadait trop
que ~fa · éna avail conservé Ioule sa vigueur
d'esprit el de corps, en lui donnant la diHicile mi· ion d'aller à cinq cents lieues Je
France conquérir Je Portugal.
Sans doute, le jugement que je porle ici
vous parailra sévî•re, mais il era bientôt
confirmé par le récit des év~nements des
deux campagnes de Portugal.
Pelet, qui ne pouvait alors être à même de
répondre à ce qu'en altendait Ma. énp, gagna
cependant beaucoup dans la pratique de la
ç:uerre, surtout pendant la camragne de
Russie, où il commandait comme colonel un
résiment d'infanterie., à la lèle duquel il fut
blessé. li serrnit alors ous les ordres du
maréchal 'er, el Lien que celui-ci 1ui eût
voué unegrandt?anLipatlJiedepuis les affaires de
Portugal, Peld sut conquérir son e Lime, et
lorsque I ey, éparé par les Ilusses du reste
de l'armée française, se trouva pendant la
retraite de loscou dans une po ilion de plus
dangereu es, cc fut Pelet qui proposa de
passer ur le Ilor1sthêne à denù gel~, entreprise périlleu e, et qui, exLtcutée avec résolution, a :mra le salut du corps du mar~chal
.Ney. Ce bon conseil fit la fortune militaire de
Pelet, qui, nommé par !'Empereur généralmajor de grenadiers de a vieille garde, fü
vaiJlamment à leur tète les campagne de
1813 en Saxe et de 1 U rn France, ilinsi
que celle de Waterloo. Pelet dllîiut cnsu: la
directeur du dépùl de la rruerre; mais, en
'anachanl engérément à l'instruction scientifique des officiers d'étal-major plaré sous
ses ordres, il en rit trop soment de levcur
de plan , étrangers aux manœuvre des
troupes. Le général Pelet a écrit plusieurou~rage e limés, notamment une relaLion de
la eampa!!Ile de -1809 en Autriche, malheureusement oh curcic par ses observations
Lhéoriqucs

J'étais le .econd aide de camp de Mas éna.
Le troisième aide de camp était le chef
d'escadron Ca abianca, d'origine corse, et
parent de la mère de l'Ernpcreur. ln lruit,
capable, d'une bra,·oure excessive, se sentant
fait pour alle.r , ite et bien, cet orllcier, qui
ne manquait pa d'ambition, aYail été mis
aux côtés de Masséna par Napoléon lui-même:
aus·i ~Jass~na le comblait-il de prévenanc3s,
tout en le tenant ·ouvent écarlé de l'armée
sous des prélextes honoraLles. Ainsi, d1•s le
début de la campagne, il lu chargea d'aller
porter à !'Empereur la nou\'ellc de la capitulation de Ciudad-Rodrigo. A son retour, l)l.lÎ
n'eut lieu qu'un moi après, le maréchal le
réexpédia pour Paris, afin d') annoncer la
pri e d'Alméida. Casabianca nous ayanl
rejoint au moment où l'armée e.nlrail en
Portugal, Ma séna lui donna la mission d'aller rendre comrtc au ministre &lt;le la po~ilion
des armues. Arr~té à son retour par lïn.urrcclion du Porlu al, il nous rejoigni L enfin
ur le 'l'age; mais il dut repartir encore, lral'ersa le Porlugal sous l'e corle de deux
bataillons et ne put en6n nous retrouver qu'à
la fin de la campagne. Âllaqué bien ·ou,·ent
dan ses longs et fréquents vo ·ages, il en ful
grandement récompensé par sa nomination
aux grade de lieutenant-colonel el de colonel.
Casabianca était, en 18i2, colonel du
f le d'infanterie de ligne pendant la campagne
de Ru sie, el fil partie du mèmc corp d'armée que mon régiment, Je 25• de cha.seurs
à cheval. Il tut Lué dans un combat inutile
où il al'ait été e~agé bien IILll à propos.
Le quatrième aide de camp de Mas éna
était Le chef d'escadron comte de Lignil'ille.
li appartenait à l'une de es qua.Lre famille
di linguées qui, sorties de la mùme maison
que les souverains actuels de l'Aulriche,
portaient le tilre des Quatre 91·ands chevau.'1: de Lorraine. Aus i, après la bataille
de Wa~am, l'empereur François U envoyai-il 11.n parlementaire pour s'informer s'il
n'était rien arrivé de fàcbeu:x à son cou,in
le comle de ~ignivillc. Celui-ci était un
homme superhe, trè hra"e el d'un caractère
charmant. li avait une telle passion pour
l'é1at militaire qu'à l'ùge de quinze ans il
s'échappa pour s'enrôler dans le !""n de dragons. GrilJyement hies 5 à Marengo, il fut
nommé officier sur le champ de bataille et
sefl'il d'une manière brillante pendant les
campagnes d'Auslerlilz, d'Iéna, de Friedland;
il se trouvait en f 00 chef d'escadron aide
de camp du général Becker, quand il pas a
dans l'état-m:ijor de Masséna. J'ai dit quïJ se
l'était indispo é en soutenant avec moi les
inLérèl des courageux -1!:-,ilcurs qui a1·aient
oonduil Je maréchal sur les ~:....,mps de bal.aille
de Wanraro el de Znaim.
Celle animo ité n'ayant fait ~ue s'accroître
pendant la campagne de Portugal, ~igni1•i_lle
alla rejoindre le 1::i" dragons, dont il dcvml
IJienLùt colonel. Jlevena .,. 1néral sou la Ile tau.ration, il lit un très ùon mariage et vi1'aÎI
très heureux, quand il [uL entrainé dans de
fausses spéculation., qui le ruinèrent à peu
près complètement. Cel estimable officier en
... 327 ...

fat vivement alfeclé et ne Larda pas à mourir:
je le rc.,.rellai beaucoup.
Le cinquième aide de camp élail le chef
d'e cadron Barin, qui, ampul: d'un bra à la
ualaille de Wagram, persistai! à ,ouloir ser•
YÎr comme aiJc de camp; il ne pou1'ail c pend;mt faire presque aucun ,ervice actif. C'était
un bon camarade, quoique fort taciturne.
aron rrère était le sixième aide de camp
chef d'escadron.
Les capilaiue aide de i·amp étaient :
f. Porcher de fiicbeLo1ng, lils d'un énateur, com1e de l'Empire. Cet orficier, dure te
très capable, n'avait pa gr:ind goût pour
l'état miULaire, qu'il quitta quand on p~rc
mourut, eL il prit sa place 11 la Chambre des
pair .
Le capitainu de llarral, ne1·eu de l'arch vèque de Tour , ancien page de l'Empereur,
était un charmant jeuuc homme, doué de
Ioules les qualité 1p1i f'onl nn bon militaire;
mais une extrême limidilé paraly. ail une
partie de ses granùes qualités. lL se relira
comme capi Laine; l'un de ·es m épou a une
Brésilienne forL aim:iL]e l{Ui d11vint dame
&lt;l'honneur de la princesse de Joinville.
Le capitaine Cal'alicr sortait du cor1r des
iugénieurs géographe ; ami de l'elct, il lui
i.ervait de secrétaire, et fa.Lait peo de serl'ite
militaire actif. Il ful nommé colonel d'élatmajor quand, sous la Ile lauratioo, on fonùil
les ingénieurs géograpb..es dans ce nouveau
corps.
Le capitaine Dcspcnoux app:lflenail à untl
famille ·de macistrats el en avait gardé un
tempérament t'.\.lrèmement calme, qui ne
s'animait qu'en marchant à l'ennemi. Il supporta avec pcine le fatinues de la campagne
de Portugal el ne pul résister au cümat de
.Russie. On le trouva dans un bivouac, 011 fo
froid avait pour ainsi dire pétrifié on corps.
Le capilaiJl{) Rcniquc a1•ai1 la faveur toute
spéciale de lins éna; mais bon cl cxcelleut
camarade, il sul ne pas trop ·en prévaloir.
Je le pris dans mon régiment lorsque je fo
nommé colonel du 2;:;, de cba cur . Il &lt;ruiua
l'armée apri&gt;s la relJ'aite de Moscou.
Le capitaiue d'Aguesseau, de œndanl de
l'illustre chancelier de ce nom, était un de •
ces jeunes gens riches qui pou sés par l'fi:mpcreur, avaient pris l'étal militaire san~ couulter asse'k leurs forces phy, ic1ue . Celui-ci,
homme grave el très courageux, était fort délicat. Les pluies inre sanles que nous eûmes en
Porlugal, dan l'hiver Je 1810 à L 11, lui
furent i nuisibles quïl finiL par succomber
sur les rives du Tane, à cinq cents lieues de
a palrie el de a famille!
Le capitaiu Prosper ]las éna, fils du maréchal, était un brarn et excellent jeune homme,
donl je vou ai déjà fait collilailrc la belle
conduite à Wagram. li me témoignait la plus
grande amitié. Le maréchal me l"adjoignait
ou,·ent dans le· mis iou difliriles. Aprè ·
arnir quelque temps hésité 11 l'envoyer 'Il
Hu ie, son père, gui n'y avait pas de commandement, finit par le retenir, el Prosper
passa plusieurs année éloigné de la guerre
el occupé J'étude.s. Quand le mmiehal mou-

�_ _ 1tlST0'1{1.11 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
rul. eu 1 17, l1ro1-per Ma. 1111., forl nll'ccl l
de cet év ;nemcnl. (ut pri de Ir., ,·iol ·nie
crise . J'étai · alor. t•xil 1• A mon retour, je
\ÎO pré~rnlrr illl't&gt; homrua e à la ,·cnni du
mar{.chal, qui IÎI au~silôl nppelcr ou filli. Ce
bon jeune homme nl'courul cl ful Lellemenl
ému du me rèvoir qu'il en Lomba de 110U1eau
lr •. gran~mrnt malade. on étal dé anlé
r I i laul i, Lou J, :oins, il 11uilla bientôt la
,ie ù lar1urllc le rattachaient 1111 nom illustre
•I une forllme irumcr1sc, en 1. issant à Yiclor,
,on frère cadl'l, son lilrc el une partie de sa
for!unc.
LI' plu· jeUJJe et le moin: élevé n nradc
t.le tou 1 s aides de camp du maréchal était
\ï1·tor Oudinot, lils du maréchàl de cc nom.
Il a,·ail lltu premier page de rnmpcreur et
l'accompa"11a1t eu relie quai il: à la bataille
de Wagram; il H:nait d'entrer comme licult-nanl dan· l'éLll-rnajor de ~fo ·énn et o'êtail
·• •é que de Yiugt un . li c.,t aujourd'hui
liPuten:ml général . .'ous le relrouveron,- a.o
cours 11':! cc récil ; je me bornerai a dire,
pour le moment, quïl s'c t ae&lt;1uis la r~pulalio11 d'rlre l'un de.; meilleur écuyer de
.on lcmp·.
Uulre •·e quatoue aides de camp, lu maréc.:h.al a,·ail quatre officier· d'ordonnance,
•JUÎ él:tient · le capitaine du génie l3c.'J.uforl
d'Hautpoul, ofJkicr du plu· !!l'and rmirÎle,
•1ui mourut jeune.
Le lieutenant Perron, Pi.érnonlais d"une
fomille di Lin •uée, laid, mai trè spirituel
et J'u11 cara.cl'-rll jm·ial; cc jeune officier
charma no, ennuis pendant l'hi,·er dè l 10,
11ue uou · pa st1mc. dans ln puliLc ,ille de
1'orrù.s-Nov3. , où d' pluie:. torrl!uLiclk
llllllS relenaienl. Le mruéchal cl le "énéram:
,eHa.icnl quclrp1efois 'égayer au Lhéùlre d •·
marionncllc · ttuïl an1il . li orrra ni cr . Urave
ju.s11u'à la Lém(-rité, il p~riL · la halaillc de
lontmirail, au morncnl 011, démonté, il
'éla11çail à l'alifour boa sur un canon ru se,
donL il l!tniL ~11r le poinl de .e rendre maîlre
nvec l'aide &lt;le s ùra"ons.
Le li ulenan I de Brique1-illc se i •nalait
1mrticufürcmcnt pa-r une ll1·a1oure aUant jusr1u 'à l'imprmlencc, ain i Llu'il le prou1a en
l 1:, en co111hallant, à la lêtc de son r •gimenl, entre , 1er ailles el Hocquencourl.
Engagé enlre dcu murs de parc, il ! perdit
Leaucoup de monde et rcf,'ul troi coup de
saLre sur la tèlc. La ville de Caen l'enroya à
la Chambre. oit iJ c mil dan l'opposition la
11lus violenl!l; il mi,urul dans uu cllal de
•rand!! exaltation.
Le r1unl rièmc ofûcier d'ordonnance de
Ma:;sénaétaiL clave de égur, fi~ du pirituel comlc de oc 110m, and chambellan de
!'Empereur. luslruil, d'uncpoliLe·se e Lluisc,
d'un caracl~re affable el d'une bravoure
calin , {kla\c de 1:gur était aimé de tout
l'étal-major, donl il était l'officier le moins
clcml en !!rad , 1,iell qu'il approch.M de la
lrcnlaine.
rti de l'Ecole poll·tccbniquc à
l'époque du Directoire, il accepta le poste de
sous-préfet de oisson , so us le Con ulal;
mai' indi ,.,oé de l'as as.inatjoriJi11ae Ju d11c
J'Engbièo, il Jono3 sn démi ion, et prit le
0

t11:lll1 rt•Juilc iiu silence, une pnrlie dtl la
ville en Unmmc·, un ma ,a in à poudre
a):rnl auté, b ronlrcRcarpe él:ml renver~ée
:ur une lon~urur d1.s1 lrentr- ' ÎX pieds, le fossé
rempli Je dJcombrc. •t la br~che lar cmenl
ouverte, \l,Léna résolut de faire donner le
si goal de l'as aut. A cel effet, le marécbol ey
forma. dan sou corps une colo11ne &lt;le l ,üOU
hommes de bonne volonté, d lim=s 1l. monter
le p,·emirr · à la brèche. Ces bra1·e , r(,unis
au pied do rempart, allendni •ut le signal de
l'altac1uc, )or-qu'un officier aynnl e primé la
crainte que le passasc 11e f,)t pas uffi.ammenl praticable, trois de no~ soldat ·s'élanœal, montent nu ommel de la J,rècbe; r , rdenl dan la ville, examinen! toul ce qu'il
pouvait êlre ulite:dc savoir, décbar,.,ent le!lfs
CHAPITRE XXX
arme., et, bien que cet acte de courngL' cf1l èt-é
c t-cuté en pldn jour, cc lroi l,rav • , p:1r
All,u1111! d pri • dt Ciu1!~1t- Ro.lr1;:o.- faÏL,, ,l'mn~s
,le 1r.1.rl 1•1 ,l'autre. - ~e lomlll· gra11•111t•11l Dllll~dc.
un bonh ,ur égal 1l. leur dévouement, rejoi•
- lncioleut, di,·.:i-s. - Prise ,l'Alméido.
•ncnl leurs camarad · .an avoir été hie •és !
Au
sitôt, Jp colonne qui doh·ent ail ·r 1t
Bien qoe le ministre de la guerre ciîl
donné au maréchal l'assurance que tout avait l'a saul, animée par cet e. cmple cl par la
pt·é cnce du maréchal 'ey, s'avancent au pas
été prtpnré pour l'entrée de soo nrméù en
camp.1nne, il n'en était rien, et le géuéra- d • chargu cl \'Onl se précipiter da.ns la \;JJc,
lis~i,me fol oblirré de pas er l)Uinze jour à lorscJllC le vieux nénural llcrra ·ti demande à
Valladolid, nlin d'y surveiller le dJp3rt des capituler.
La déf n e de la garnison de Ilodrigo anit
troupes et l'en oi de! viue et des muuilion
été
Iort belle; mai I Lroupes e pngnol •
de guerre. Le quarti r g:m:ral îutrnfin porté
dont elle se composait e 11bignaient a,·cc
à :-;a(ama.nque. Mon frère el moi ÎÙlllt'S lo••ê
dan l' Ile ville ·él :ure, ch z le coml, de raison de l'abandon de, Anglais, qni s'étaient
Monlézuma, descendant en li nc directe du bornés à enrayer de ·imple rcconnai ances
dernier rmpereur Ùll )lexique, doul Fernand ,·cr notre camp, ans tenter du éril!u e
orlès axait emoié la famill • en Espa•ine, où divedon. Ces reconnahancc donnaient Lieu
à des escarmouch dool lll ré ·ulla.L lourelle s'dl:Ül rcrpélnéo CU 'alliant à plu,ieut
famille de J1autc noble ·c. Le maréchal naicnl pr que toujou r · à noire avan ta...e.
perdit encore lroi semaines à alnma11q 11c, à L'une d'elles fui i honorable pour notl'e
:illcndr&lt;! le corps du 11én,:r l He •nier. Ces infa.nl~rie. que l'bislorica anglai 'apicr n·a
retard·:, fort prL1judiciable pour nous, pu 'cmp~cber de rendre hommage au couélaienl tout à l'a\•Onlage des .~nglai cbar:;és rage des homme qui prirent p:irl. Voici lu
lait.
Je défendre le Porlu.,.al.
Le J I juillet, lé ,.ênéral anslais ir CrawLa dernière ville d'E•pJ,.ne ·ur cetle îronlière e l Ciudad-fiod,igo, place forLi; de furd, qui parcourait le pai cnlre CiudaJtroisième ordre, i l'on ne con idûre que la llodrigo ~t Villa dtil Pucrco, à la tète dt: six
valeur de es ouHagcs, m.li qui acquier1 une c~cadron., ayant aperçu au poinl du jour une
grande importance par a po ilion entre l'E • compagnie de grcnad:cr· fran~ais 1 lbrle de
pa 0ne cl l1.s1 Portugal, dans ,we contrée pri- ~nt vingt homme en"iron, alla.nt à la décou,·ée de route., eLd'un accè· fort di!(icilc ponr v rle, ordonna tle k faire allaqucr avec dcox
le lra nsporl de' bouches à li!u du gros cali~rc, e cadran·. "3j - 1~ fraofai3 urt•nl lu Lemps
des muniLion cl dr lïmmcn o allirail indis- de former un petit carré, el mauœuvrèreot
pcnsabl, pour u.n .iège. li êtail cepcndaoL àe avec lanl de ca.lme que les officiers ennemis
toute néce ité que l Françai e rendi sent entendirent le capitaine Gouache el on ermaitre de Ciudnd-nodrigo. l\ésolu de s'en Jtenl e..ùorlcr leur monde à bien ajuster. L
•mparcr, Mas éna q uilta 'alàmanquc vers la cavalier ennemis chargèrcn L avec ardeur,
mi-jnio el filcerucr Rodrino par le corp du mais r~'.u.rent une •i terrible déch:u-se qu'ils
rnarécùal NeI, landi. que celui dll Junot cou- lai sèrenl le lerrata jonché de morts el durent
'6loi ncr. En wyanl deux c cadrons anglais
u:i.il le opération ·ontre les attaque d'une
armée aunlo--porlugai · qui, sous les ordres repoussés par une poignée de Français, le
&lt;lu duc de Wellington, était campée à11ueh111&amp; colonel nnemi Talbot s'nvan~ en rureur avec
lieu · du nous. pr 's dt! la. forlerc se d'.M- quatre escadron. du J4• dr3 ons, el ati.aqua
IDéida, prcmi rc ville de J1ortugal. Ciudad • le capitaine Gouache. Mai , celui-ci, l'allenI\odri •• étai! dét~•ndu par un vieu et ùra~e clanl d11 pied ferme, flL faire 11ne décharge à
houl portant qui Lua le colon l Talbol eL une
gJnéral e.~pagnol d'origine irlandaise, Andréa
trentaine ùes iens ! Après quoi, le I.Jm•e
llcrrai.li.
Gouo.che se relira en bon ordre vers k camp
Les Françai , ne pouranl croire que le
Angfai · c ru ea l tellement approchés de la Irançai , Eans que lo .,.énéral an,.lai o âl
placo afin de la ,c.:1 1&gt;r..:adre ous leurs yeux, l'altup,cr de nou ... cau. Celle brilbotc affaire
~•aLLcndaienL à. une Lataille; il n'en [ut rien, cul un •rrand retentis ement dans le deux
cl, le 10 juillet, l'artillerie des Espa 0nol · arroêe .

parli de 'cnna 0 cr au (i 0 de hou, arJs, aYcc
lequel il fil oL c1m1mcn L plu ieurs campagne .
Dl!!Ssé cL fai L prisoru,ier à Hanb en llongric.
en l 00, il fu L 1chan••,:. cl une fois gu~ri, il
demand11. à prrmlre pari corumc ous-lieutcnanl à la rnmpagn, de PorLuaal, où il se
montra lr\ - llrillamment. llevenu capitaine
cla . • de hou:ards, il [ut [ait prisoauicr en
nu sie, el tntouré de 1=gard · ,rue lui méritait
sa qualité de fils do nolre ancien amba. aJcur
aupr··· Je Catherine IL Aprè un jour de
deux ans à • alaroO, sur le Volga, il reYinL en
Js'rance en 1 14 cl entra dan· l'étal-major de
la garde de Loui · XVUI. Il momut, Lien
jeune encore, en l 1 .

"-------------------

.JH'BMOUf.ES DU GÉJYÊ7t.AL BA]f_OJY DE

.MA~BOT

Ili·: 1111e !'Empereur en lut informé, il
éleva le c:ipilaine (jouacbe -:Ill nrade de chrr
de Lataillon, donua de l'arnocemcnl :tux
aulrc oflicit•rs et b.uil décorations à la comp:i••11ic de 1,:rcnadiér ·.
.\prè avoir mentionné un fait ail· i gloricu~ pour le · mili1aires françai , je crois
devmr &lt;·n rapporler un aulre qui u'honore pas
main~ le.~ K r,agnols.
Le guérillrro don ,luli:m ~am:h~, s'étant

maladie c111e j' , conlraclai dan· les circonslanccs suivante .
l.1!' cn1-iron. de celle \ille étant peu fertile ,
les habitation y sont fort rares, el l'on avait
iCprou_,·é ht•aucoup de difficulté. pour établir le
quartier du maréchal à proxiuulé du lieu où
de1·aicnt MJ faire nos tranchées; on le plaça
clan· un btitimcnt i·olé, itué ur un point
:1 ,~ d'o11 J'oo tlominail la ,•illit el· les faubourgs. Comme le siège pouvait être forl long,

un préle.tlc 11uclconr1uc, et ·'i'.1Cria en cnl ranl:
t,
h ! mes !!tlillard · ! comme ,·ou, êle bien
n ici I Je vous J,·mandt!l'ai une pelitc place
&lt;1 pour mon lil el mon bureau 1 » Nous comprimes que c' 1ta1l le partage du 11011. •t nou
empressàme d'éyacuer notre exceUenlt• hal,ilalion. pour aller 1100s élalilir dans lo. ,icille
,iu,_Lle à moutons. Elle était pa.,.i.:c de p •tits
c.11,:ou.r, dont I~· inter lice· recélaient &lt;.: débris de fomil!l', el doot le~ a:périld nous

,olootaircmool en[ermé da.ns Ciudad-f\o.Jrioo
C,

et 11u'auprè du_ logement du maréchal il n'y
ava1L aucun abri pour es nombreux of6cicrs,
oou louàme à no frais de plnnches cl des
madriers, avC(· \~quel onconslruisil un• alfo
immense, où nou · étions à l'abri du sol •il l'L
de l:i pluie, l'l couché sur un plancher qui,
:bien que grossier, nou présenait des exb.alai. oa.s el de l'humiJilé du sol. Yai le maréchal s'étant Lromé incommodu par une odeur
in 11pporl3h11?, dès la première nuit qu'il pa a
dans le grand bâlimeol cn pierrl), on en
rccb rclm la causC", cl il Îul reconnu que ce
b!tlimcnl étaie une aucicnne berrtcrie. Mas éna,
ayant alor · jelé son d1hola ·ur notre mai on
improvisée, mais ne ,·oulant ccpcadaul fJOS
uoo expulser &lt;l'autorité, vint nous voir sou

g~naieot inOnimenl, lors,1u nou · 1·oulions
nom, coucher, car en Espa"nc mi ne trouve
rias de paille lon•roe. Fore~ nou, fut Jonc de
oou étendre 'Ur le pa,·é no cl iniccl. dont
nous respirions les min mes putride : am: i,
au boui de quelque: jour • LomLàrue -uou
I011$ plu ou moins malades. Je le ru. plu
ra vemen l que me~ camarade., car, duns les
[13.\S chaud , la fièvre éprouve plus ,·i\'emcnt
le. pcrsoun~ fJUÎ en I nt déjà ul,i les alleinles.
elle 11ui w'avait _nccabltl, ~ mon arrivée à
Valladolid, rcvarut avec iotcn il:. X1anmoins,
je résolu;; ile p.rendre part au uan°crs du
~iège, et je coulinuai mon scnice. b
Cc crvicc étaiL ·ou\·e1Jt bien pénible, surloul for-qu'il fallait pendant la nuit, porter

0

avec le:, 200 cavalier· de sa troupe, y roodiL
dt: "rand~ services, en faisant de lréquenlc

all:11111es ur le points opposé de no Lrancb 1c ·• Pais, lorsque le manq uc de four1'3"t · rendit la pr~cnce de 200 cht!vau.x
cmbari:assnnle p&lt;&gt;ur la garni on, Julian, par
Unl~ nwt obscure, sortit silencimsemenl de la
vilfo a,·ec es lanci rs, cl, lr:n·ersanl le ponl
de l'.\g11eda, dont les troupes du maréchal
'. e1· avaient négligé de barricader le a~mues,
il Lombasurno po Le, , tun plu itiurs bommc,,
perça notre li«oe el alla rejoindre l'armée
anglaise.
fuillit me cotHer
1 Le, siège Ùt! Ciuda&lt;l-Hodrino
e
a ,·,e, nou par l • [eu, mais par suite de la

.._ 3-:z9 ...

�H1ST0~1A----------------------des ordres à celle de nos di\'isions qui cernait
la I ille ,;ur la rire "aaclte de l' Agueda et
fai ail le tra1·aux: néces aires pour s'emparer
du couvent de an-Franci co, tranforméen lia~Lion par 1 ennemis. Pour se rendre de
noire quarlicr général à ce point, en élit:1nl
1c feu de la place, il fallait faire un très graud
détour, et gagner un pont con truit par nos
troupes à moin' de raccourcir, en lraver anL
la rivi~rc à gué. Or, un oir que tous les préparatifs élaienls rait pour enlever an-Francisco, le maréchal 'ey n attendant plus que
l'autorisation de !asséna pour donner le signal,
c'étail à moi de marcher; je fus donc forcé de
111)rter cet ordre. La nuit était sombre, la
chaleur étouffante; une fièvre ardente me
dévorait, el j'étais en pleine transpiration
lorsque j'arri"ai au gué. Je ne l'avais jamais
tra\'er é qu'une cule fois en plein jour, mais
le dragon d'ordonnance qui m'accompagna.il,
l'ayant passé plusieurs foi , m'offrit de me
guider.
U me condui il forL bien jusqu'au milieu
de la rivière, qui n'avait alor que deux ou
trois pied de profondelll' ; mai·, arrivé là,
cet homme s'égare dans les lénèbre , et no
chevaw:, se lrouvaut loul à coup ur de lrès
larges pierres fo.rl glis ante , s'abattent el
nous Yoilà dans l'eau 1 li n'y avait aucun
danger de se noyer; au si nous relevâmesnous facilement et gagoàmes-nous la ri\'e
gaucbè; mais nous étions complètement
mouillés. Dans toute autre circonstance, je
u'eus c fait que rire de ce bain forcé; mais
hien que peu froide, l'eau arrèta la transpira Lion dont j'étais couvert, et je (us pris d'un
horrible fri on. Il fallait ccpcndanl accomplir ma. mission, et me rendre à, an-Franci co,
où je passai la nuit en plein air, auprès du
maréchal Ney, qui fit attaquer el prendre le
coment par une colonne ayant à .a têle un
cht'f de bataillon nommé Lefran~ois. J'étais
lié avec ce brave officier qui m'avait montté
fa ,·cille une lellre par laquelle une jeune
per~onne qu'il aimait lui annonçait que son
pi-re con entait à lernnir dès qu'il erait m~jor
(lieulenant-colond). C'éLait pour obtenir ce
grade que Lcfrançoi avait sollic;té la farnur
de conduire ll'S troupes à l'a aul. L'allaquc
fut trl! vil'e, la défen e opiniâ tre; enfin, aprè~
lro: hC'urcs &lt;le comLal, nos troupe· restèrent

en po session du oouvent, mais le malheureux
Lefra.nçois avail été tué!... La perle de crt
officier rut \Ïl'cmc.nl sentie par l'armée •1
m'affecta beaucoup.
Dan ]es pay chaud , le le\'cr de l'anrorc
c l presque toajour précédé par un froid
piquant. J'y fus d'autant plus sen ilile cejourlà que je \"enais de pas er la nuil dan des
vêlement imprégnés d'eau ; au i étafa-je fortement indi posiS, lor que je rentrai au quartier général: cependant, avant de prendre de.s
hahits secs, il me fallut aller rendre compte
à ~Ia sfoa du ré nltat de l'attaque de uFra.ncisco.
Le maréchal faisait en ce moment à pied
a promenade du malin, en compagnie du
général l•'ririon, chcl d'état-major. Préoccupés
par mon récit ou pou é par le dé ir d'observer de plus près, ils e rapprochèrent
insensiblement de la ville, et nous n'élion
plus qu'à uoe portée de canon, lorsque le
maréchal me permit d'aller me repo er. Mais
à peine étai -je éloi6né d'une cinquant:1ine de
pa , qu 'one bombe mon trueuse, lancée du
r.?lllparl de Ciudad•Rodri110, tombe auprès de
Mas éna et de Fririon !... Au bruit affreux:
qu'elle fü en éclatant, je me relonrnai, et
u'apl'rcevant plu le maréchal ni le général,
qu'un nuage de fumée et de pou sière cachait
ù me regarùs, je le cros morts cl courus, ur
le point où je les a1·ai Jnissés. Je tus étonné
de les trouver ,ivant et n·a1·anl pour toul
mal que des conLosions faites par des cailloux
que la. bombe avo.it lancé autour d'elle, au
moment de l'explo ion. Du resle, il étaient
l'un et l'aulrecournrl' de terre; Ma ênasortoul, i1ui avait depui 'lnclc1ucs années perdu
un œil ~ la cha se, avait l'œil qnilui re tait tel.
lemenl rempli de able qu'il n'y voyait plus
pour c conduire, el les meurtri ures faites
par le pierres le mellaienl hors d'étal de marcher. IL devenait cependant urgent de l'éloigner du [eu de la place. lia éna était maigre
cl de peLitc l..1ille; il me fut donc possil.llt•,
malgré mon indispo5iliou de le charger sur
mes épaules et dt le porter sur un point où
les projeclîle. ennemi ne pomaienl l'alleindrc.
Mes c.amarade,, que j'allai prévenir, vinrent
prendre le maréclial, ruin que le oldatsigoorassent le dangE'r qu'nvtlil cou.ru le 11énérali·sime.
Le fatigues cl l'agitation morale qucj'aui

éprouvée depui vingl-quatre heures augmenLèrenl beaucoup ma Oè•,·re; néanmoins je me
raidi saj contre le mal, el je panins à l
urmonler jnsqu'à la reddition de CiudadRodrigo, qu1 1 airui que je l'ai déjà dit. eul
lieu le 9 juillet. Mais, à comp ter de ce jour,
la ·urexcilalion qui m·a..,a.it soutenu n'a ·ar1l
plu d'aliment, puisque l'armée était en repos, je îus 1·nincn par la fihre. Elle prit 1111
caractère si alarmaol que l'on fut obligé c.lc
me transporter dan l'uni&lt;[ue maison de la
,•ille que le liombcs rrançai e cu,scnl lais,1'.e
int.acle. C'c~l la cule fois que j'aie lité éricu~cmonl malade sans avoir éW bl é, mais
je le fu si gravement qu'on désc péra d.e ma
vie. Aussi me lai a-t-oo à Ciudad-Hodrign,
lor que l'arm6c, aprè avoir pa é la Con,
marcha ,ur la îtirlere .e portugaise d'A.lméida.
Celle place n'étant à vol d'oiseau qu'à quatre
lieue de Ciudad-Hodi-igo, j'entendais de mon
lit de douleur le bruit contînuel du Cà.non,
dont chaque détonation me faisait bondir de
ra~e!. ..
Plujeurs fois je "ou lus me Ici er, t'l ces
essai inîrucluenx, me prouvant mon impui sante faiLlesse, augmentaient encore mon
d ; espoir. J'étais éloigné de mon l'rèro et d
mes camarade , que le devoir retenait auprè
du maréchal au siège d'Alméîda; ma triste
solitude n' élaiL interrompue que par les courte
vbites du docteur 81:mchelon, qui, malgré
es talents, ae potll'aÎL me soigner que Lri!s
imparfaitement, faute de médicamc-nts, l'arméfl ayant emmené ses amhufam:es, et loulcs
le pharmacie de Ciudad-Rodrigo étant épuisées ou détruites. L'air de celle ,·ille était
,,icié -par la grande quantité de bles;é des
dl·ux partis qu'on y a,·ail lai sés1 el urtout
pnr l'odeur jrucclc s'e:i:halaot de plusieur ·
milliers de cadaues qu'on n':Hail pu enlerrcr,
parce qu'il~ étaient à demi enfouis .ous ll'
décombres de mai on, écra é&lt;'s par le· 1ombes.
Une chaleur dl! plus de lrcnlc degré$,
ajoutant encore à cc causes dïn aluhrité,
amena Lien tôt le typhu . li rit de grands ravages dan la garnison, et urtout parmi les
habitant qui, a :inl éthappê aux horreurs
du il-ge, 'é(ail.'nl ob tiné· à re Ier dans la
place, afin de con ·ern,ir les dêhris de. leur
fortune.

(A stûvre.}

ÜBNÉRAL IJE

~1ARl30T.

COMTE DE F~ANCE O'ttÉZECQUE;S
~

cour de Versailles intime
)lt1h1 Hn•~ :·1 11d1J(I co11uu-;. fout IJ
fnnle, ;tll lr,t•1·. pow- Mrc ,·11, ,lu

u'f\u ~11l't1ÎI \OiL' mil.lt»
:-:il lin \Oil auj1HUt1'hui
,1ue ceU\ 11u'il ,il hier N 1111 ,1 H•rtit
Jcmai", ,,ue th~ ni.aJl1~url'u, t
tirÎlh.' t' lflh
:i. fa foi..,; t•I

L, D11vrinr, Cararlttn.

Le cérémonial du Ic,•cr du roi pourra pa•
raitrc d'autant plus curieux qu'il
t déjit
plus loin de nou', el que hieo de· aens demanderaient \'Olontier ·i ce lever éLai Lréellement l'inslant oit le roi quittait son lit.
li esl à croire r1oe, dans des temp3 plus
reculés,_ le courtisan moins pnrc eux que
Je no· Jours se lrouvaicul au réreil du prince.
Aman, à la porte d'Assuéru , devançait le
jour. liai·, uccessivement, l'heure se sera.
Lroul'ée reculée, et le le\'er étniL devenu la
loi~etl: du roi; car, sou Louis XVI, qui
iJU1lla1t son Jit à !ôCpt ou hoil heure du matin, le lever était à onze heures el demie à
moins que des cha «es ou des cérémonies
n'en a 1anças~ent lïnstanL; el je l'ai vu, dan
que~ques circon Lance , à. cinq heure du
matm.
C'était à l'heure du lè1er que $C rendait
nu chàteau la /oule de. courlians, oil de Ver.aille , hOÎI
de Paris. Le uns venaient c
faire r emarquer, ceux-ci cher•
cher un regard du prince, d'auIre se répandaient en uite dll.Jls
les ùureaux, chez les mini~tres, pour; y solliciter &lt;les fa1·curs, souvent demander de
l'avancemen t, et n'y ohtenir
t1ue de refus ou de la hauteur; car, de tout Lemps, les
s?ballerncs cropicnl ~·acr1uér1r d!! la considération par Leur
lierlé, prenant presque 1oujours la morgue pour le talent.
Tout cc monde attendait le
moment d11 lever dans l'antichambre ou lagalcrie; et ceux
que leur service appeklit, ou
qui nvaical ce qu'on nommait
les entrées de la chamlire
étaient reçus dans l'Œtl-de~
fiœuf, va lu salon qui préœdait
lacbambre duroî, aîmi appelé
LE
d'une croisée ovale placée dans
la YOùte. C'était le vrai temple de l'aml&gt;ition, des inlrig~c:, de la f~usscté. Qucl11uefois, de,- pronaciaux i!blouis, des gen distraits ou 11100r~ts, attirés par l'énorme [eu de la ~hcmrn~e ou par la curiosité de voir de plus
près celle quantité de cordons Lleus rourres
'

.... 33o

i,-

0

o~ vert '. qui Caisaienl groupe près du Îoler,
a1·anra1ent malgré les averti~ eanenl, multipliés du uisse, et les cris de : 11 Passez,
lonsicur, pa.sez dan la aalerie! &gt;&gt; ~fais, ô
prodj,.e de l'11rhanité française passée dans
l'àme d'un llelvétien ! le boa uissr. saisis ait
un prétexte, el, faisant semblant de ranimer
le feu, de fermer un rideau, il louvoyait autour de Yous et, linalemenL, vous instruisait
à l'oreilJe de votre mépfre et vous épargua it
la honte d'un renvoi public. L'honnète provincial rougîssai l, liais ait la. tête et ou ven l
remerciait, tandis 11ue le pelÜ-IIlllitre qui,
ma~gré son bel habit, n'en était pas moins
un 10trus dan celle lirillante réunion, rele,·ail la tète el fuyait comme de ~on gré.
Ce gros ~ uissc végétait derrière un énorme
poèle placé au Jiout de l'Œil-de-BœuI· il ,
mangeait el digérait à la barbe des prin~e, e·L
des ducs. Le soir, il lcndait son petit lit dans
la graade "alerie, el pouvait se dire l'hommr.
le plus magnifüp1emenl lo"é de France. li
dormait au milieu des glaces, el, au point
du jour, son œil enlr'ourerl pouvait contempler les chef -d'œuHe de Lebrun, moins pré-

quel11ue;; loui . Un de ce uissc , au i:ornmencement du règne de Louis XYJ, se nommait Buch ; ou coru;ervail encore le !$OU1eiiir
de sa malice, de a franchise el de on orir&gt;i0
nalité.
Quoique Je salon de l'Œil-de-Bœul' fùt lrè
vaste, ~l y avait Jes jours où il avait peine à
conlenu· la rou]e de coarti ans. Qaclq 11e~
lianqueue , trois ou quatre ta!Jleaux de Paui
Véronèse en faisaient tout l'ornement.
L~ foule enfin rassemblée, onze heures et
demie sounei~l. ;~o de minutes après, le roi
or~ de on mterieur eu babil du mnlin et
arrive dans la chambre de parade. ln garçon
de la cha~re se présente à la porte et crie
à haule voix_: rr La garde-robe, Ales ieur, ! 11
Alors se gl! col les princes dn sang, les
grands officiers de la couronne, les offîriPr .
de la garde--robe, el Les eigneurs qui onL ohtc.nu les_ grandes ~nlrécs. De ce nombre ont
ceux IJU.' ont prhdé à l'éùuca1ion du roi.
La Lotlelle ~ommence; Je roi se cliaussc et
pas.e a chtmise . .Alol:'s, la mèrnc voix rouvre
la porle sur l'ordre du premier genLilhomme
de la chambre, el demande .• (', La prem,'è rc
cutrec ! » A cet appel, ,1rrhent
la Faculté, les valets ùegarderohc hors de ervice et le
porte-chaise d'all::tire .
Aussilrlt que le roi n'a l'lus
11ue
on hahit à pas •cr, on
appelle : « La chambre! »
Alors enlrenl tous los o[lkicr ·
de la chamhrc, le , pa.,.es, leur
gouverneur,
les écuvcrs
"' .
...
, les
aumomcr , enfin les C'Ourtians admis aux entrées de la
chambre, c'est-11-dire de l'Œilde-Bœur.
Le roi étant tout habillé, on
oune le deux ballants el on
lais e entrer le reste des officiC'rs, les étrangers, les curieux.
mi tlécernmcnt, d sdon le
co lame, le modeste auteur
qui vient humblement olTrir
une dédicace, etc.... Le rai
pa~se alor dans la balustrad ,
qui entoure le lit, se met à
Cllch6 Oiraudoq.
genoux sur un cou. sin, et,
SALON DE L'ŒJL-DE•DfJWF, .10 CUATEAO Dl: \"ERSAlLl.ES.
entouré de. aumôniers el du
clergé, récite uaecourteprière;
après quoi il écoute toutesJcs
rieux pour loi a ·urémenl que Je ,in de son pré eutatiou·, el entre dark le cal,inet du
pnys èl les étrenne qu'il recevait le jour do conseil, oi1 ce11.1 &lt;[Hi ont les entrées de la
l'an. Ce jour-là son attention redoublait pour chambre lo suivent. Le res te de la foule va
ou vril' la porte el tenir la portière am. grands dans la galerie, atlendre le moment où le
seigneurs qui récompensaient cc cn-ice de roi ortira pour aller à la mes e.
.... 331 ...

�1l1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - l'ar un usarrc trè., ~in.,ulier. C'I '(UÎ N'JnOn•
lail, je crvi , :iu lcmp~ oi1 l'on portilil dt-.
perrm1ncs imrn •o c , Loui • '\'l 11 :c I isail
coim!r qu'étant Loot b:1hilltl. Il pa s.1i1, .iprè·
;on le'l!r, Jan un c.iLin ·l où il enveloppait
d'un irnm n ii t"i·•noir ou habit lirodé, l
le \'a let J,~ chamhre harhier 1p1i nvaiL prépart~
1 · cbc,·rw: au lever, linh._ait la fri·ur• cl
mcllniL la poudre.
.'ipr arnir a~ i lé au l 0\l'f du roi. vo on.
• qui r prati1111ail à n couch r. C lui-ci
l:lail l,icn le 1érilal1l ; mai. 11111' occupation,
.~0U1rnt un lég r somme, rdcruil le roi plus
lon tcmp~\ onze h ur , arri,·ai ·nt le . nie• el le.
courti. :m .. Tuut était prép r~ : une m3gnilÏl(llC LOilclle de Lrocard d'or cl d,: d ot•ll •;
,ur 1111 Fauteuil de maroriuio rou c, la robe
d1: chamlirc t•n éluifo de ·oie l,lanche brod!' ·
à l,1011 ; la cbrmi" , enveloppée dans un mor•
t au dr talîel,1'; nr la ùalu lrade, un doulM
c01L in ùe drap d'ur appi•l · 'UIL1n, ur h•quel
on po;;ait b 0i1Tt• de nuit eL le)\ mouchoir..
.\ cù1,:, le p:mlouOc , d · 1 m me élu[c que
la roli •. étai nt plac~: pr '- · d •s pa e de 1.
d1:unbrc qui c tenaient contre la b.ilu •
lr,J Ji•.
I.e mouar11uc arri1ail; 1 premier genlill.i,1mm • de la cb:imbr rcœl'ait ·on cbap :iu
cl . ou épée, 'lu'il r,·mcll, il uo ous-ordrc.
Le roi commcuç:ii t, u·ec le courti- n , une
com ·r~tion plu. ou moin longue, uirnnt le
pl,1i ir qu'il Lromait, et 1111i, ou\'eot, ~e
prol1111" il lrC!p au gré d • notr' ommcil el
J1• n.,. j:imLc ••\prè. a,oir cau~é le roi pa il Jans la bolœ.tradl•, se mrll.lit h "t!Doux
a1 •c l'auuuinicr de 11unrli •r ~t•ul, 1J11i tenait
un lon» liou"èOir de ,. •rml'il t, deux hoogic~,
l 111di ,,m~ 1' prinœ · n'm ponvah,nl voir
qu'une. L'aumùni r récitnit l'orai on : Qme·'" 11111s, 1111t11 ipot1• 11. /)eu~ ; el, lJ prière terminée, le hourrro:r t1ait r mi nu premier
valt!l Lie chaml,rc qui, ur l'ordr du roi, le
domuit b un ùe:; ,ei 0 11eur3 cp1'il ,oulail distin.,ucr. Cel honn ur était J fort apprtkié en
f'r, nec, 111rn beaucoup dé œn. q-ui préknùnienl ne pou ·afont d,t,..ui .. cr lt•ur Mpit 1111:rnd
il l'll étnienl pri11) . Le ruaré ·bal de Uro li!!.
lt• \aini1ncur de Ilcr "n, cordon \,leu el mar,,cbal de 17ranœ. à 11uar;1nle ao , comblé de
gloir •, étnil plo. 1111 • pcrs.onno ,en.iblc ~,
lie pri\'aliun. :i r1111"l'Ur, ,on emh:ii-ra,,
dt't:1:lait•nl le crud cL:i••rin 11u'il éprou,·ail,

tnnl l • rœur J • l'homme l in ompr·•t.ien:ible, cl rcnferm de petite, fa\hl . ,, à cillé
de! plu. graud~ riunlité~!
Ct&gt; buu!!Nir me r3Jll' •lit~ un ll·ail ,,-~l'Z
pl:iic;anl dont j'ai él: témoin. Le marqu· d
Coollan., tri• aimé du roi, oupaiL chez la
Ju.ch se d Poligna ·, n•nde1.,-1·ous d'une
p. rtie de la cour. L'aLbé d lontazet, aumùnier do cr~ice, ,· · tromuit. , iu i riuc le
marqui. de Oebuocc. Ln comer. ûon amena
un pari : •ttù, d • c ·, deu courûsans, ézal ...
ment eo ra,·eur, aurait le bou oir au couch r du roi? ,1. de Conflan , tri" accoutumé
à · l honneur, outenail que .r. de Belsunce
l'aurait plutôt qu loi. ln • rend au coucher.
,l. l'abbé de ~Jontn l. intérl• .sé Jan. le pari,
d'aillcur au~si •ai 11u'aimnltl•, c propo~a
bien de faire ga!!ller ·on parti, c'e. t -dire
M. Je ~bunce. En eŒ't, aprL la prièr , le
roi cnrnic le Lou coir à M. de Connan , Lrè
étonn: de ·e ,·oir découvtirt dan· un coin 011
il (àrb:ul de cnch •r. Le m lin aliLé, au li u
de rl:ritcr à deroi-,oi l'orai on, a,·ail pré1· nu
le roi de c,! qui 'était p:1. ~é chez m:idJme Je
Poli •nac.
c m:lrqni de Conlla , ûl du maréchal
d'.\rmculi~r , était un Je· plu. licau homme de France, et le meill nr offi ier de
troup llHirc d l'armé,. ne tr:m. piration
aLond.intc à L1 trtc l'ol1li" it à ne point
porlcr du poudre, cl à [air u~:i ..c d'une coiffure au i &lt;:1tr:1.ordinairc alors 11u'cllc e l
ommune de n Jour. oi c llu iropLicilé
demandait à 1. de Conflau~ beaucoup d1• temp'
el de ,oins, pnr l':'lrl 11uïl 1 i!pportait. Très
c Lim: du roi, eu fm!ur clwz l:i r in , il
mourut ~11ùitemei1l, eu • lavant h:s m:iin.
pour u mettr 11 taule, dans un :ln,: encore
{lt'lt a\anc'.
f\erenon au coucher. La prièr linie, le
roi ôtait .on haùil, dont 1a manch droite
é.tail tirée pnr le grand-mailr d • la garderobc, le duc de Liancourt, et la auche, pnr
un premirr-111aîlte, . de Boi &lt;&gt;el.in ou de
Ch3mclio, cl toujours en d~·cendanl, i le
prèIDi\r· officier ne··: lrOU\ ieot pa .. Le roi
nm:iil en uitc. :i chemise; ell' lui jJt.ail donn~e
par le premier gcntill1omme de la cbnmbre.
lai ~i l'un de' prince· du :;aog étail pré. nl, 1;· était lui qui a,:iit le droit de pa . er
la ch •mil&lt;', .- qu'on rrrY:irJait comme un
•ran,J honneur. Le premier gl·lltilbommo de
b ·harnùr' pnhentait alor la r11l, • de cham-

br u roi, ,lui 1)lail de ~ poch · _:1 Lour-.c,
un énorme trou ·eau de cluk a lunt'llc et
. on couteau; il lni . ail lomb •r on haul-dechau., sur ~e t.ilons, ·l dan, c 't état causait encore a ~ez lon~lcmp · Enfin. il 1·rnait
si, placer dan· uo fauteuil; un •ari:011 Je la
l'hambre, à droilc. un de la • rdc-r&lt;ilie, •
au ·he, e mettaie,11 " noui et pren:,i ·uL
cbilrun uo pied ùu roi pour le d&amp;·hau~ er,
Alors le. deux pag~· de la hambre 'nv:111\·:ti nt el m Uai ut I •· pantonll · : c' ,:u it 1
fanal cl,· la retraite. L'hui ·.icr le dronn il. en
di. anl : « Pa · •1., fo . ieut' ! o Il n,· r tait
plu· que le prince~, le ~ 'tl it·P. parliculi r L
t •11 qui avaient le l •til • entré.:: . lk 'nlr •tenaient le monarquepcndnnt 11u'on 1• coiflnil de
nuit. c·ét it lïnslanl dl'S jol •u propo .• des
pelil an1(cdole.; t ou,·cnt le rir' (r:1111· et
hru~·anl du hou Louis ·yt \'cnait frapper nus
oreille dan l'Œil-dc-Dœuf, où nou allcndion. l'ordre pour le lcnJ main.
,hnnl 11uc Louis ·n I n , fùt ab orùP par
se pcin~, le c-0uchcr Hait le 1'1)on1cnl Je H!.
d~ln:. rmcnt · t de • j ux. li y faisait ÙC!&gt;
nicbl! aur I'
. ll"~ç.,it l · capitain l ..1rod1c,
ou f:ii it cb:ilouiUer ,w 1icux "1\ut d tl1.imLrc i en il1lc que ln peur ·unie lu fai. ~il
enfuir.
Qu nd le roi n·otrail dll la th . e, il ,.
:wail rc 4fu'on nppel:iil le dél,oll!1• C'était 1;
Loilt:lle 4uc 1, r,&gt;i fai. nit alor ; et le u a • •:.
t1ait•nt à peu prè 1~. m~m , qu'au l •çcr.
L.a g:irde-roLe dn rni ét..1il dan. un J&gt;l'lÎl
appart m~ot, sur une p1&gt;lite cour, d•rrii·rc
l',,,t-:ili r de marbre. c·ét.ait la qu'on con~1·rv:i.it J, · haliit , lé lin!!ll cl le· vèlemcnL du
monarque. Tou lC!· jour~, on apporlail, dan.:
dr. 11raod.~ L3pb de yc)our ·, ce qui '.tait n :_
· s ·aire p ur la loilellê du oir cl Ju m tin.
Apr~ on lever, le roi rec1.m1it -.ou,·cnL d
dl:putation , .oit du Parlement, soit d · É'.tal
proi iociau .
C' • 1 d ns un de œ · circon. tanr,• 11uc
jl· le vi rem lire lui-mèmc à l'avocat- ém:ral
:é!!llier un exemplaire d l'ouvrn"e de ~iraJ,eau ... ur la cour Je llerlin, pou.r Jonn r plu
d • .olennHé à l'arrêt 11ui le onùainoail à Nrc
brùlé par la main du bo11rrcau. c·c I alors
que I prinœ llenr1 de Pru s , trè maltraité
d ru; 1-e libelle, dit à t. '"é .. uier : c You
lcoe:t là de la boue. ui, moo oign ur,
répondll le pirituel ma.. i lral. mai dl• n
1 ch,,

1~·. •

Cu~n, 01:. FR.\.,

·cr:

o'JILZLl

J

ES.

U

E

IIÉROÏ E

DE

1870

•
.4ntoinelle Lix, lieutenant de francs-tireurs

llea11r,(111p Je
· J 'vout·rent. en
iO, 3ux ui1~ J , 1,le ·. é . füi, plu. r.irr
sont cclks q111 por1j\r nl k :irnl&lt;' contr,
l'c~nemi. li en c l 11nl'l1p1es-11nu·, pourtaot,
11111 firl'nl le coup Je fru vaill tnmrnl et 60
&lt;'AlOdui ir.·nl l'n .oldal . \1 is leur OQrn . ont
pre·que "énéralemenl i,.norés. L'une d'ell ·
même porla l't'&gt;paulelle.
1; lie émufo de. J •mo: cll Fer11i" cl de
h_ ca~itain~ , nul3:1inc s'appelait ,\.ntninetle
L1x. Fille d un anclt'll orficitr de Loui xvm
ri de Cli:irl · X, Ile ét:iit n !e à Colmar en
IX:i!I. rphi:lin • de mi!rr, lie uaiL él élen:C
en garçon p:ir son p'•re 11ui lui lit porter le
ro turne m:i.culin just1u'à nge de huit an .
A duu,e aos, elle mon Lait parfaitement à clical et rai,.ail de l'escrime comme un maître
d'arm . Pos édanl une forte in 'lruclion
~arlanl el t.&lt;cri\':llll ~ourammenl l'angla.i e~
1 allemand, ell • p:irllL, à dix-. pt nns, pour ln
~ulœnc, où on l';ippclait pour foire l'éducallon d enfant. dan une famille nohle.
.' o c:irnct re énergique cl ·a 113t11re ch._
vnl ·rr 1111 • nllaic•nl lrouvl'r 1 1,i •nllll l'occ.a'io_r1 ~e : • m:rnir l('r, 1,'in·urre lion polr,n:u-e r btè en I n:;, nloinelle l.ix pr1:11LI Je
p:i:li ile - operimé . A la l 1te d'une ompagmc de p rll:an ·, elle court fa cam1&gt;:1rrne
O
'
att;,que de. :mml-po,l ru~ e el les met en
déroul '· J,'jo,-titutricc t de,·enu • le lieutenant 'I ony. Ble é dans un engagcmcnl r~r
la lance J'uu co·:ique. ell • e,-L r.im~ .ée plr
une relinieu_e, -~Ur Ft!licicnn , qu'cll, a,·3it
cr,nnuc à Yarsovie :ivaul son entré,• en reli"\on cl qui _n'était aulrc qu'une jrune fille
J nneJ,•~ me1l1 ure Camill • du p:i ·., llli: Wolo~ -~:i., nmrFélicir.nne la soi:!ll, a; !C u11 grand
dt!,·oue1ucn l rl la arJ3 près Je dcu mois
dans ·a cdlulc, ju. 1n'à ce que ·a Lie,. ure
(il l fi:rml-e.
P_'inc gu rie, .\ nloimtte Li r&lt; prit . on
épée. Elle accepta la mi ion diCli ile de porLe~ une i_mportant,• dépêche à un cher polona, ·, lllllLS ell,• Lomhn en tr• 1 m in: d,
l\u. es el ne dut, l vi • qu'à un pa c-port,
au nom ~u . on fr •r1•, i1u'clle porlait ur clic.
flcr..ooJmte ~ la froutii'·re, cllti fil d'Jbord un
a ~ez long rjour T&gt;n Ùl', Jmi elle! rentra
en Fnnet\.
C'était en 1~tifi. Le. choléra . é"i i I alor
a\'1/c une terrible i11t.ensi1é ur nos r,t:!ion·
• _plenlrion:ilcs. nloinelle Lis: part pour
Lille
, . , s··m. lail. en plein quartier ~3inl• aucu~, le •ttrnrllcr p:1.Ul'rc, v~riLable (u ·cr dïnfét!hon où le Oé.,u fait d'Jpouva.nlabl . ra~.tfle.' •l elle ·oigne 1 • cholérÎtfU n~ c un
111,13 -. alilt! dél'ouement jns11u', la trn 11', l'épid
,·1111P.

~n r~ompcnsc de sa li lie conrluit , ell,?
ol,tml J ~Ir~ nommée rcc ,. u c tlu lmr •au
de po. lc Je L:imarche, dnn · les \'o,ge". c·c~t
ln 11ue la !!Uerr • d • 1 iO Je,ail la trom •r
1~,·~ l)~ll l~ pa). rut envahi, la petite fonc:
laonnn1re d1~parul pour faire place an lieut'-'nnnl 'I'onv.
Le ;- s;plembre 1 70, Ille l.ix s'cnga"eail
dnns la compa1rnic d • lr:incs-Lirl!ur de Lamm:br. EII avail choi i inteulionn Il •ment
pour ! prendre du . erricc la compa!mi, de l:i
vill~ qu'ell h3bit:iit, parce qu'elle élaiL n •
urce du rc pecl des .oldals tp1'dle de nil
commaodP.r. Tou c · frao _-Lireur, tiaient
des enra~t. du p:iy , C'l rlle était particulièrement héc avec le mi•re el le: œurs de
plu.icur d'entre l'UY.
D fa.il, c: old:11 !ni ~t.ticnl profondément dé\'OU~'. on coura"e lrs entrainait l't
i ell • l'et'JL voulu, il· l'cu~sent cboi-ie conun'
c:ipitainc.
pre. une i:éric d'opéra lion. dnr11nl lt•. qu Il !a compagni1! rampait eu plt·in oir,
san alm, en cc paF .ilué à plu· J, 00 mi.~
tr' au~de~su~ do nireau de la mer, le.
îra.ue -t1r('urs Je l3m3rcbc furent ver,-és
dnn. rarm_J du ,;én •rai Dupré et 11rirrnl p1rt
à la hn1111llo de La Bur •onc1-~utnpal1•li1.r.
Mlle Lis 'y condui,i L de l:i façon la plu
vnillaule.
rr:inl!•lir,mr a raconté, d:tn IIIIC
lellre, commrnL oc lie11Lcn:1nt fùninio r.,lli:iit
te~ mol,ilcs ,1ui e déh:ind ,icnt ou .e jet:ii1•11t
à ll'rre pour èilrr le projt"ctil,. :
- .\!Ions, me.:. ieur . de boui, l1•11r criaitelle, ··•·· l l.1 têl~ haute qu~ ks franç 1i doivent ,alucr le~ halle' pru ienn !...
Ilien que f11rlcmenl co11tu,ho111.c par un
éclJL J'ol,u ·• lie "ardJ ~on C'~1mm:rnilcment
Jurant toute 1., journée, cl, le c.nnb.,1 fini.
elle se con :trr.i aut ·oin · Je l,le. é..
.\pri•, omrJtelite, la rompagni,• a :inl :1J
fondue d:in, le lrou[W, de Garil,a!Ji, ml, l.ix
rc1int à I.:un:irch~ et · organi a ramlmlaucc.
Le· l'ru . ien avaient eoreodu parler d'cll •;
les journaux d~ la région 1• il ,·aient ren &lt;·igué · . nr 1• ne les de celle Lonae Français&lt;'.
I.e jour où ils entri·renl à t:unarch •, il· manik tèrcnt l'inlenlioo de la pa~. •r p:ir lt•~
armes, parce qu'elle a,·nil nagui•re porlt\
l'uniforme de frauc-Lireur.
T::indi qur, accompa 11 oée d1l cur~ de Lamnrch , clic • rend3il rur 1~ ·hamp de hotaille 011 1 garibald irn · luttaient oontr l'env.ihi ~rur, le Ali m:1nili l'arrtH~rent el lil
gardèrent comme olag&lt;'.
- ~i un ru! roup de ru il rsl rirê contri•
nous à Lam:m:he, lui dit l'offki .. r, ,ous crcz
fusill,:e.

rn

... 333 ,..

Ille Lit n • nurcill:i pa . Eli,· J,•111:uul:1
et~lcm,·n: ,,u·on lui muJit I liherttl pour
1p11•1!,• put rde\· •r lt• 1,lc,s.1, l'l lrs soi!!nrr
J.111 on anihuhncc. Et, 11enJant 11u'rllt• ~e
d_évouait ain. i, q_n!nzc olJ.1t:· pru ·1en et un ofhcier C'm·ahi: oirut
:a mai.on et 1:t rnrllni or
à s:ic.
T&gt;~ ce mom.,nl.
Ille Lix reprit Il' l,:i1,it' de son l'.t•el ne
s'occup3 rlu: 'lu'à rrourir 1• mn lad1•s rt
1• l,le , t,. Plu~ lard,
dan. de. circoml~ncc:;
non moin · périllcu:t·:,
cllc[ul,•nl ,a ~une
d . :imi , à o. r
soig1wr la populali,111 décimée
p~r la 1·ariole . .\.u:;,i n'él.tilœ pa sPulemenl d1· I' ,time
rruc I •. linbit.nol de L:imnrchc
nrnicnl pour Il : c'était ·une
orte de cul11•.
Elle ,e monlr,1, d'uilt,·urs,
nu ·si dé.sintére . é 1111e rou rn' •u e. Bi n que :an. [orlune,
elle 'était équip !t• à r· frai~ t•I
clic ' r •fu~a Lonjmm à 1011ch r ,. a. .d'o!Je d'officier l'l lïu- 0'110, . t·'.lR
dcmmtc cnlr'oe en &lt;· mp:i)!:nc.
o'.\, 01,... n~
C1•pendaot, elle nl,anùonnait la
plus lnrg' pnrl de , on t.r:u•
Li •
tement à la pcr onne (111'elle
:ivait prise paur g :rer sou b11rean dt• postl'.
li11 jour, à 1'(opo1p1e où die i•tait lie1111,nnnt
d • la comp~"nie d · fr3oc·-tirl'nrs de 1.am~rch , tille uc put ronlcnir un moun•m,.:nt de
dl~goùl en vo~ anl un jcu1w hu111u1l', !ils d'un
ricbe l,an,1niL·r, aller toucher :n ~olJ,·. Ce
jeune bomml! et)l pu ctpe11Ja11t. • pau-.rr fort
bien do \ine nux Jilpcn · 11-: la pat ri•.
11 ll urprit mon r •aard, dit-elle dans .l•,
note·, et il rougit.
• - Eh lticn, lieu tenant, el mu. ~ fil-il
nl'cc cmh:1rrns.
0 lfoi, je rai~ fa i!ll rrc à m : rrai .
1 Comn1rot'! '1 ri:H-il d'un air Je
profonde . tup 1fo.ction, Vou~ t'l • dvoc l1k11
rit·he ·? •••
D J' ni mon lrailcmcnl d • rc cv, use de.·

postr~.
» - Mai· ,·ou · pai •t l'aide 11ui mu ri:mplnl'c '!
•ui, 1 Cl.' ')UÏ m rc Il! uff11 à me'
L •,oin,;.
li ~lou inltrloruleor, ajoute-1-cllc, m,
11ui11.1 a, c une mi1w 11ui . l'ml,lait

�~ - 1!1STO'J{1Jl

LI

• folle à lier.
dir1• cl ir ment que J.,,.,.
c ..,,s
melle 1•.onclul:
.
« i l'ar11ciit. 1iu'il_vient ùe,_tou_chcr ne lui
l&gt;rùfo pa" le. dm.,ts, il faul qu tl ail an portemonnaie à la place du cu·ur •. n • .
e senlimcnl:; d'abnégallon el:uenl à la
h.,uteur de sa vaillnni·e. l'o oir que ses oldal n'avaient f}UC du pain, le capil:unc d, la
rompagnie du.J~ra: qui ca_mpaiL à !-► 00 mi•tr,,: d. là, }a hl 111v1IC'r à diner.
fille rdusa ·
.
. .
_ Merci, capittiinc, Jil-elk AuJonrd hui
mes ulda~ n'ont quo du pain : je le pnrl.'l-

gerai avec eux. Le jour où il ne maoqueronl de rlcrl et oi1 vous n'aurez, vous, 11uc
du pain, invitez-moi, je vous assure quo
j'accr•plerai.
~

Ceuc héroînc qui e battit pour la France
el se dévoua poul' oigner le llles és n'eut
d'antre distinction orncielle que ln médaille
d'or de prumière cln~ e el fa c.roh: de bronze
des ambulances.
Les femmes d'Alsace lui offri-rent. aprè
la rrnerre, no sup •rue épée ~'l!onnenr Jo~t
1a poirrné.e, en argenL mas 1f, rcprcscnL:111

l'A1 ce couronnée de~ créneaux de Stra ltourg
et brisant ses chaîne , :n·ec cette inscription :
1i Les Alsacienne·, à leu.r vaillanle, compatriol Mlle Antoinette Lil, en ,ouvemr de la
guerre de 18î0-1 l. ,
.
,
Celle éJJée vienl d'ètre remise au mnsee de
l' \rruée. Elle y perpétuera la mémoire d'une
Mrt1ine qui. s'élllol sacrifiée pour son P3 IS,
ne demanda rien, ne ·ollicita aucune récompense, et 11ui, l'heure du danger pass~, se
contenta ÙI! ,iHc ignortic, a,•ec la consC1e0&lt;·e
du devoir - du plus grand el du plus hc:rn
tles dcv11ir · - accompli.

La première ascenszon aérostatique

A l'heure oû

"°'

audacltUX ulatcun i1vtnrunnt
les .iu, cmmo,ant ..-olontlcn u11 a&gt;mf"gnon de
routc usez hardi lui-mime pouT •ffrontu lu dangers
de J'uccll.!ion, 11 (.5t usuri-nt l111ér,c..anl de 1,avok
qu:ùlcs men,, il y a ccJII vingt-pi tUU, le, lmpYCS:
dons de n,ommc qui, ctmmc • pau■glLr •, accom)ll•gn
le premier navigateur aérien,
Le 11 oc101'rc ,7U, dwx fran~s, Pi!hrc. d~
Ro~ttS d lc major d'infanterie d'.Arland&lt;-1, l ilcvrruil
dans imc mongolllb-c llbn 'I'" panir des i•:dln, de. la
Muette. Quelques mol1 à ~n• ••é~o.nl ccoulét d~pui, la !licounrtc du 1éro1n.r,, d Montgo!Au '"".·
même •vait h.é.llté à lai&gt;KT 1cntcr ccl1c prcml•n. ~ rlcnco, d'uccrulon
à billon perdu •· Mai• Il tino.ci,é de Pilltr• nah eu ralton de toutes lu Tui1tan&lt;c.&gt;,
et cc fut en prbcncc d'une foule &lt;nthou•iHIC qu'il
monta duu l'upa-c,c av~ son • PMSl.8CT •·
De « pnml•r .-oyagc. 1tccompll • l'aid.c d' un appareil
rudlmcnral~, au-dusou1 duquel un ré~h•ud dt RI d,.
fc.r supportiùt la ,,-Ill• enflammée dollt la cht.lcur raréfüll l'Jir à l'inm:icUT dt la •phë.rc de talfc1a5, le marq&lt;ril d'Arlandu ,imvit là rclaûon qv'on va lire.

cltn!

'ous ommcs partis du jardin de_ ln Muette
à une heure cirn1oante-quatre mrnute ·. ~a
~ituntion de ln macb_ine é,rail tell , q~ &gt;M; ~•~
lùtre del' [lotier ~tall à l onesl el 11101 ,l l e t,
l'aire du Yenl éta.il à pea pri! nord-ouc t. La
machine, dit le public, ··c l élevée avel· maj , lé; mais il me •cm ble que peu ~e pcr onn~
onl aperçues qu'au moment ou elle _a drpas é l •· charmilles, elle a Fa1l un de1111-lour
11 r elle-même: par cc cbanrrt:menL, M. Pilâtre
s'est trou,é en avant de nolr direction, et
moi, par conséquenl, en arrière.
,
Je crois qu'il t ù remru-quer que, de ~e
moment jusqu'à celui où nous sommes :11:r1véB, nous a,1on con ené la même po.illon
par rapport à la ligne C(UC ~ous a-von parcourue. ntais surpri du silence et _du pen
de mom-ement q_ue notre dépar_L ava1L ~asionné. p:irmi le . pectateur· ; Je cru qu élomi~s, ~, peut-êtr effrayés de ce nouyeau

~pcclacle, ils avtticnl be_oin d'èlre rassurés.
.le aluni du bras avec assez p,u de sur~ ;
mais ayanL tir6 mon mouchoir, je l'alTit,u et
ie m'apt!rçus alors d'un grand mouve~enl
dans le jardin de la lu lle. 0 m'a scu1ble (JUB
les pecLaleurs, qui étaient épar daos cette
enceinte, se réuni aient en une seule masse,

(' ,1,.

I'

•

et que, par un mouvement involoutair clic
se portait. pour nous U.Ï\T , ,·cr~ le mur,
,1u· 11 . emblait regarder comme le. eul

... 334 ....

obs1ncle qui now ·éparail. C'esl dans ce mom •nt que M. Pilàlre me diL :
- Vous ne faite Tien, et nou ne moulons
guère.
.
..
- Pardon, lui repondis-Je. .
.
Je mis une botte de paille; Je remuai u_n
peu le feu, et je me retournai bien ,~1~, ~3.l~
je ne pus retrouver Ja Mueue. et?~e, JC ~elal
un re!!llJ'd sur le cours de la r1V1ère : Je la
uis de l'œil; enfin, j'aperçois le confluent de
l'Oise. Voilà doue C.ooOans i et ~o~ant le.
autres principaux coudes d~ la ~IVlè_re p~r le
nom de lieux les plu voisms, JC dis Po1S.~••
ai rJt-Germain, ainl-Denis, vres, donc ~e
suL encore à Pas ou 1l. Chaillot; en e~et, JC
reirard:ii par l'intérieur de la machin~, el
j'aperçu. sou moi b Visitation de Ch.:ullot.
Pilâtre me dit en ce mome1ll :
· ·_ Voilà l:t rivi~re, et nous hais on. •
- Eb hienl mon cber ami, du feu.
Et nou Lravaillâmcs. Mai au_ lie~ d. Iraver er la n..-ièrc, comme sem'.ilaü 1 md1qucr
notre direction, qui nous portait Ill' le · lova~
lides. nous longe~mes l'ile _de. Cygn_e~: nou
tràmcs ur le principal lit de la l'lVtere, et
~::s la reruonl!\m s ja qu·a~-des u de la
barrière de la Conîérence. Je d1 ~ mon brnve
compa!!Don :
.
·r ·1 b
_ Voilà. une rivière qui est bien d1 (let e
Lraver.C1'.
d' .
- Je le croL bien, me r~poo il-! 1' vous
ne fait.es rien.
.
.
. •
- C'est qoejencrnt pa s1 forl que1ou,,
cl que nous sommei bien.
1 e.mu:ü le r~cbaud, je . aisis nvec uni·
•e r
'
·
doute
fourche une botte de paille, qui, ~os
.
trop serr~c, preoail difficilèmCnl; JC 1~ 1 va1,
b .ccouai nu milieu de la nomme. L instant

d'après, je me senti enlcrcr comme pard -~ous les ai· elles, et j • di$ à mon cher compngnon:
- Pour cette foi ·, nous montons.
- Oui, nou monton • me répondit-il
. orli de l'intérieur, sans doute pour faire
11uelque obsen·ation .
Dans rel instant, j'cntendi ·, ,er le haut de
ln machine, un liruit qui m lit naindrc
,,u· lie n'eût crev, 1• Je regardai, Pl j~ ne tis
rien. Comme j'a,·ai · les yeux fixé en h:ml dr
la machine, j'éprou\·ai une secousse, el c't' tail
alors la seul" iJlle feu.se ressentie.
La dirccti011 du mou,·ement l[ail de bauL
en ha_.
Je dis alor · :
- Que fn.ites-vou~? E l-ce 'lue vous dansez?
- Je ne bouge pa ..
- Tant mieu., &lt;li~-je; c'est enfin un nouve:tu conrant 11ui, j'e père, oou sortira de la
rhière.
En elîet, je me tourne pour roir où non~
!:lions, et je me trou"ru entre l'École niilitairtl
cl li· lm·alides, que nou avion· (Vià dt:passé~
d'e11viron 400 Loise.. M. Pilalre m.e dit eu
même Lemps:
- Nous sommes ca plaine.
· - Oui, lui dis-je, nous cheminons.
- Travaillons, me di t-il, travaillons.
J'entendb un nouvrau bruit dan ln machine, que je crus produit par la rupture
d'u.ne corde.
Ce nouvel a"ertLement me fit exn.miner
avec allention l'inLéricur de notre habitation.
Je ,•is que la partie qui êta.il tournée ,.llJ'îi le
ud ~Lait remplie de trous ronds, dont plusieurs
étaient considérables. Je dis alors :
- Il faut descendre.
- Pourquoi?
- Regardez, dis-je.
En même temps je pris mon épon"e;
j'étei ois ai ·Jmenl le peu de feu qui minait
IJUelque '~uns de lrous •1ue je pu atteindre;
mai m'étant aperçu qu'en appuyant ponr
n.ayer si le .bas de la toile lennit bien au
cercle qui l'en lourait, elle 'en. détachait fr:1.s
facilement, je répétni à mon cornpagooa :
- U Inut descendre.
Il regarda ou.s lui, Cl m.e dit :
- Nous .ommes sur Paris.
'importe, lui dis-je.
- Mais rn1ons, n'y a-t-il aucun danger
pour l"Ous? ~Le -vou bien tenu?
-Oui.
J'examin, ide mon cùlé, el j'np&lt;:rçu. qu'il
~·] 3Yait rien à craindre. Je li· plu , je
lrappai de mon éponge les cort.le~ principales
q11i étaienL à ma porLée · Loule résistèren1
il. n'y eut que deux- ficciles q1ti partirent. ,;
dis alors : - Nous pomons tra,•erser Paris.

P1(E.MJÈ7(E JISCENStON AÉ~OST.JtT1QUE

--...

Pendant cette op11ration, nous oous élion.s
sensiblement approdtés des toili. i nous fa.ions du J1,11, el nuu: nous t&lt;•lcrnns avec la
plu~ "rando racilité. Je reg:.ir&lt;le .sous moi, el
je dé.couvre parfailcmenl Je. "is ion. Jttran-

1 ou . nou . omm
po ·é_s ·ur ln hutte au
Caille·. nntrc le moulin de .ft•neilles ·l le
moulin \'fo11x, environ /1 :JO toi e:' l'un d,•
l'autre.
Au moment 011 nous étion prè d1J terre.
je me . oulevaj ur la galerie en y appuyant me! deo mains, Je . entL k bnut d&lt;'
la machine pres~er l.1ililcmenl 111a tète; je la
repou ·sai t't !laulaî bors de ln galerie. ErJ m"
retournant ver: la m:whinc, j11 ,•rus la lri101er
pll'iru•. fai: quel fut mon t11unocmcnl, elle
1:tait parfaitl'mrnt tidc et totall!mcnt aplatie
.le ne vois poinl ~l. PiliHre, j • cour de son
côté pour l'aider à . e débarra . er ilt? l':imas
de toile qui le couuail; mai. :l\ïtnL J'aYoi.r
louroé la machine, je l'apnçus sortant de
de ou- en chemise, attendu qu·a\'aot de &lt;lc.t,cendre il avait &lt;101tt11 sa reJin"ale el l'a,ait
wist&gt; dans .on panier.
Nous étions seul. , et pa a, ez forl pour
renverser la galerie el retirer la paille '}UÎ
11tail t'nllammée. Il
:''ngissait d'empècher
qu'dle ne mil le !ea à la machine. Nous r1·iim' nlor que le seul mo ·on d'~viter ceL inconréoient ét.1it de déchirer ln toile. M. Pilâtrr
ghe . li me emhlait que 11ou nous dirigion. pril u11 côté, moi l'autre, el en tirant ,·iolem,·crll le tour· de Saint-Sulpice, que je pouvais mcnt. nou · dvoouvr1mcs le foJw. Du momcol
aperœYOir par l'étendue du diamèlre de notre qu'elle fol délirn!e dé la toile qui empèchait
ouverture. En notts relera.nt, un couraot d'air la communication de l'air, la paille 'ennous fit qu.itler cette direction pour nous flamma avec force. En secou:ml un de pa~
porter vers le sud. Je ~is, sur ma g:i.uche, une nier , nou jetons le Icn sur c -lui qui an1ît
espèœ de I.Joi que je crus ètre le Luxem- Iran porlé mon compagnon, la paille qui y
bourg.
restait prend feu i le peuple accourt, se ~a.isit
Nous lraver limes le boule,·arJ 1 , el je m'é- de ln redingote de M. PilàLre et e la partage.
crie :
L.1 garde sur,icnt; aiec son nide, en dix mi- Pour le coup, pied à terre.
nutes, notre machine fut en sùreté, et une
Nous cessons le feu; l'intrépide Pilàtrc, heure après elle était chez M. Réveillot1, où
qui ne perd point la tête, et qui rtail en avaul
J. lontgol.ûer l'a,ail fait con traire.
dl! notre directirm, jugeant que nom, donoion
La première pcr onnc de ma.r,Jlle 11ue J'aie
dans les moulins qui . oul entre le pelil Gen- \'Ue à notre arrivée esl .M. le comte de Laval.
tilly et le boulevard, m'averlil. Je jeU.e nne Bic.otôl après, les courriers de M. le duc el
hotte de paille en la ·ecouant pour l'rnllammcr de madame la duchesse de Polignac vinrent
11lu. 1ivemcnt; nou nou · relrrnos, et u11 pour s'informer de nos nouvelles. Je souffrais
nouveau courant nous porte un peu :iur la de \'Oir M. des Rozier erJ chemi c, el, craigauche.
~anl qne :i aat~ n'en fût altfo1e, car nou.
Le lira...-o de Roziers me crie ncore :
nous étion · très éch:mlfl1s rn plinnt fa ma- Gare les moulins!
chine, j'exjge:ti de lui qu'il se r!'tirât dn,is ln
liai~ mon coup d'œil fi~é pnr le diamî-lre première maison; le ser•nnt de garde l'y
de l'umerture me faisant juger plus ·ûrenicot escorta pour lui donner la facilité de percer
de notre direction, Je vis que nous ne pou- la roule. Il rN1coatra ur on chemin mon1·ion- pas les rencontrer, el je loi dis :
scirncnr le duc de Chartres, qui nou · nvail
- .\.rrirolb.
suivi , comme l'on \OÏi, de li · iir~s i c.ir
l,'insLanl d'3près, je m'aperçu que je pa - J'a,·ais eu l'honneur de causer o,·ec lui un
sais ·ur l'eau ..le crus que c.'élail encore la monu•nt avanl nolrc dclpart. Enfin, il nous
ri i~re; mais nrrhé 11 terre, j'ai reconnu que arrivn des ,·oitures.
c'1HaiL l'étang &lt;Jlli fait aller ltlS marhines de la
Il se faisait Lard. M. Pil:ttre n'avait qu'une
mauufaclUtl' d.i toiles pcinlru de .\l&amp;I. Ilrenier mam·aise redingole qu'on lui avait prê1ée. li
el compagnie.
ne ,·oulu Lpas r&lt;-,·enir lt la Muette.
Je pa.r1is ~enl, qooi'Iue ,nec le plu~ nranJ
regr .l de 11uitter mon bra\'e compagnon.

lAnqu1s u'ARL \ , ' OES

�MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de f er
UVRE DE
V
rn~ ...-in, lorge,.,11 lri~n,
,ùu.t fait s,hn: et pi•1ue
l'ro11r ~lltr ~r:\1111 Inam .. ..

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,le 11 IV1111Lli•1n,•,

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n Ci Lo~ 1'ns !

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!

Lei répubtir.uins • 'rlaicnl remis :\ Lrailler.
lb a,·aiPnL à rc·u pr~ ~t:cM leur-: gourcles,
panaché leur inc se. .\hrulÎS ou di:lirilnb.
il m rcbail'nl à l.1 déuandade, train;tnl leur ·
ru ,il~ par l · canon. ch)J r.au ou l,onne.ls •n
arrière, litubanl, drpemü11 , boueux, plu~

\"ou. n'i,,norcz pa~ it &lt;111cl· c•nnemi ·
rnu, a,1'1, nlfoirt'. \'ou J1•\'cl ~-n dcfüarra . cr
1,: ,ni d1· la Hé1!ulifüp1e. Le pournir exécutif
\CIi rappor_lc lo-Jcsrns I, \Oire dit.crêlion.
\ 1~11~ ronna! cz lu rt!Îrain p:-ipnlairc: « l.1•
\':llnt'lb . rernmnent
ncore. l •~ mflrl · ;Pui.ne rericnncllt ('lw ! » G'e l voire mol d'ordr1•, .·i îOII' nmlrz. li ftlul, apr'.~ n11w, dcrri,'•re no11~. hi:. r.r dan. œ p.l.l'S lerrili,:
l'e. rmpl cl b M,ola.lion .... fi fa;,t 11uc lt•
med1:rnl. lrcmblcuL el e oumellenL cnlin
dl•,·anl l'impo,nnlc ri•mcur rJc~ inrr;10·•illlc·
Io:~ !. . .
~

Jan. la haiue que ~olJ, ~ dao,- le

fur!f3I

r:nq; el tou., profl~raienl de va !!ltc · me11ac1•s
li lïneonnu, s't• citaient l'Dlrc eux au :itroces
,.. ploil . Ilru quemcnl, .ur un ~i~netlcDirnl,
~uma Mc Lrt.! commanda:
- ll.1llc !
llt•rri(',rt• le~ vallormeml'nl , it lrincrs Ir
~cnèt,. li! clo,•b,.r di! . :tinL-f nn-\'adeiour
Jre. ait a llèchc par-dc.,su les ch:iumr.s de
Locoal. ,\ droite, 1(• · toit· pointu~. le chemin,,:,! el les giruuettes de.~ l1rpo · · dépa ~aienl
k [ronda1. on~ des ch ne.,. On arrivait en pa1·
d • connai ·::111ce.
- l'nrmez le ('erdt&gt; ! crin • 'uma.
~ FormeL le œrcle ! r,: :1a Be.,upoil ;
l':irme au pied ... cl lai,1' z-,ou !•••
Cc, h mme. 1• d,i,,01ilait•11l.
li 11·,:1aît pa loin de midi. Le pctiL iuttrm~dt• clu Cranic an1il rct.:1rd~ ln wl1:in11e; ruab
L't' n'était p11: à regretter: on n~ail bien ri.
fin hau L d, ~on cheval pacifique, J irc,ruc
ll_irn1, cmpbatiq111:, grandiloquent, fa loix.
aigu•, le se·te :1ruplc, espo.,, le plan de
opêralious. dn11D11 ,c dernier.; ordre·,~• hortn
le oœur,.

u S Ida !. ..
C-:i ch,itcau, ,ur la droite, dont vou.
rn11•1. k tour , app:irticnl au ri-dernnt thL',·alit•r de Jt1}cnne, c~-d1rf tic l1:11:1illon dans
la \énion 11".\ura ·. Il
~il 3:10, émoi, i,c
rropnl ;1 l'auri d' nulrt• fr.. iJ:utcl'.
» l.i1mlenn11L Br:111poil. a,·cc ,·in"l homme·,
\·ous irez rueillir oo 0111 cadin ct ln famille
qui l'c11lourc.
» Pour nou. , a,ec rnn~. CJl'i~ine Mc~lr ,
110:1. marchon ·nr l.ocnal; l,i pont occupé,
D

le ,illarrc l'. 1 J.in notre m~in. J,. 111 ïn,tallerni i1 la municipalité nn au prc..,h1ti-.rc; en
tout cas ~ur la place de l"'glbo; 111, m• .cronL amrnl!: Jus pri:onnicr' ..-.. 1,
Pour la pérorai on. llivot aùllpla lo mode

familtrr:
1/. \u l10111 do ln pre,1111'ilc, e. t un
aulro ch:ilcau. lfar~co·:1, dam, lequel vil un

curtain comte Turpin LI' Glol1anir, nn ~le
J.,onhomrue, 1· -rher 1•!1011110 enum·. Capilnin,•
. hi-tre, , \'C ·inrrt ho:nm s rn11s irez I'
cl1i:r.-her, ain,i 1111' 1111e ·r r onnc, une jcurw
ft:mmc. jlllir, ,,uc w,u· trouvcrt:'1. ;iurrl' d •
!:1i : mai. , pour 1, Jeu -1', je rlirlame t!I
J '.' ..,.,c 1~ · plu ' gm11J, ilttard,. Vu11 r.:pond,•z
tJ l)Ul.; JC J~5 \'CU\: ~auf~. ·an 1111r. r~ralÎ•
!!fllltr, 'oyei lrJnquille • ils 11 • p •rdronl rit•n
pour atk1.1i.lre. Mai~ l'. Cl;t une nif.tire per ·onDl·lle, dunl mon bonlt ur dép !111I.
» Et m:1iokn:111t, m ~ ami . cml,r:is.cz
,·o· "llurd~~ à l:i ,anlé de la l\épuhli1p1c el
:iccorJez les 1iolon . ! »
0

l'n,.. rnm •ur ard,~nte, danc: un i rnmcn. r:
·nufne d't:au•d1..'-1·îe, sa!n:i le, ronclu ion du

« Camriradcs l
n D:ins un cp:irl d'heure, nou,; toud111ron
:\li !J111; nv:1111 de H1u · indi11uer cc que j'a.1ll:~1d; &lt;le ,·ou par la te hni11ue dl'i- armes,
b, ,e1.-mui tout d'nliord vou. faire part Je.
intention du @Ull:rnemcnl. La l\~publiquc
ll étL· l011.,temp l'lat.:til .ur Ici rral rc d'un
\'O) o. :011 l'3\·ou; çomhl ~ :nec des cadaH •i ou :t\'C&lt;; Je clJ:11nC'. Jonl nou n,·oo
d1:1r,,,: d'indi;,11CS br:t ·• L~ &lt;·onlre-réwlulion
,•.~L ant;anlie à Pnri . C'est à vou. qu'il npparllent de l'êtoulTt!r en Brcw.,nc .... La loi c t
lionne pour les lemp d, calme; mn.h, p,·n1laut l'orage, le f'Ïlulc ail e mettre au.Jes u
cle la con i;M cl l'11ulre-p:is cr -,j lu.! ·oin c ·t.
"' · -

IIU.TORIA , -

Fas:. :z,J. ( Supf'l,mcnl) ,

Du h .wl .1~ son

,11.-,· :l r.1rlfl~wt. Jlr{1me llhol , tmf'/r.&gt;ll,1111, .f lrilnJilo qum t , I.J

\ '01.\: ai u l, ,~ ~tsle J'11/le, txf v :sJ
le f.::11 Jes oftr;l /10115, do"nil ~i ,ttrr11er$ orJrrs, e.~ho,10 /es c,,•ur., . (l•aa-c 1.1

•

�ms TORJ.ll

_________________________________________.

Dirnl, tntionnnire ;, l'aulr l,ouL du pont, noir: la ,·itille cl noble dame enlr ,on fil ,
rornmkair . Au . it1i1, Ileaupoil foi ail orlir
hautnin, el Ghuùiue, inlr 'pid : Ion le~ lroi,,
Ju ran" le. \in"l prt'miers volontaire 11ui a,ec trente \'~ll:rtu .. dout il f i•. Îl ,3 rdr,
enlourJ d,· "Oujah , qui ri1•a11ai nt.
ju
a
I
I'
:ril
chimériqu
;
Gcuree
11
'était
tomhai nl ,ou. ·n main; et, le, pr 1céJant,
fi' I.J sorlt! il: trarer~èr 111 Je~ ,, rner
pa
là:
il
uiril
:1
,on
tour,
dmmanl
de
la
roi
.
~ou~ l • cou\·crl dé lmi~son , m1,nlait v•r
champ,, um· lande; s'il cùl rté cul, Ji
le llcpo~c •
Un heur• plu tard, B •aupuil L e ,ingt lt: clw,alirr auntil pu 'édt.app,·r: a,·c
~ltr rh ri1.on, pa Ull ~Ir". c·c1ail l11eur1•
homml'~
fai. ienl irruption Jan b. cour Jr. j:imli ,, de ,fo .. l an~ il cÎll vile distan
Je r •p;1. ; l'l.uliilanl :tait clu, lui .
llepo
e,;
ll·Ur :ipparilion fut ~i oUtJnin" que ·oldaL · fati u~ de l'élapo, alourdi d,: boi. •
, 'uma \l • Ire, Je on col~, remdl, il n
son ; 011 ctil tir i ur lui
ute ; bah'.
troupe •n marche; m, i • ,an:; rien Jire, il Joyennc, qui était . _is à l.1l1le •nl rc a m re
l1•ur œil ét;1il trouhl · cl leu
,adllauts.
l
Claudio~.
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· réponcul drhl '· llirnt I re;inrdail fair . :1011n i. I.e 11uant ou une pou. t:c ,·ioleok d dix fu. ildni
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1oil de loin. 1.1 pui • 111i. ion ne lui l'bi ail plu 11u·, moitié. llu
1 mi-ch ·min. il. cntcndir •nt d rm1l1·qui snil si nou u'allun pas donner du llt'Z pr,•mi&lt;'r coup d'wil, -il r•connut 1• cln•,·alii:r tn"nl. d tamhour du cèt i du villag , pui
d. n , ~r•" • attablé d. n qnel1p1e auli ,,,. .. , pour l'arnir rtlllt'Onlr 1 t rn à l'œuvrc ~ur le
champ de h:11.ailli:. C'i&gt;la.i l un l,raw qui m1L une rusilbd, cl J cris alfr ·m:. 11 "· Tl'au CQÏn de c1• [IOlll-là '!
~arÙlrcnt; mm,.nl doukr~ llcaupoil, en
ril il Je., é:?ard : le li ·utrnanl ·allU :
Jlirnl Lkmit; il l,alhutioit :
• ••rr&lt;~lile, J~t(lurn3it
•
T\enJr.z-,·ou
,
moa•i
•ur,
toute
r:
i~tan1
- 'n1iitninc.. . oui, cnpilainc... com·e rôl de polil'ier
· • li érnquait,
c
L
rninr.
....
l::pa
ac,-nou,
l'ennui
d'emm ·nt'! vou~ crolcz à une ré ·i t nv'!... '
pour
'en
:oura"
·r,
uc ·: Gi.lb •ri
hrinomls o~craient? ... Il · ont don, ·m·orc J • plo} r l forfc.
ure, Are i~. lan.i
encor., Lou.
-1&gt;
1p1cl
druit?
P.u
r1n
I
ordrc?Lérra
ail
armt!:., de la poudre? ... Et Geor"C. '/, .. ,·ou.
Je., tués du buL ,on:
ail pa~ muins
Bernardin,
tr'
·
pàle,
m:ii
f:iisanl
l~!
•
·omcro·e:t! ... ltais ïlell~? ... nou n omm
an enlrain, alîadi ù
'·
m -llous Il J&gt;ai , oui OU non?
p a~•rl., alor '!
Quelque
cho:.1.•
•n
· on d oùl.
.\ ~ - cùl~ ·, ma.Jam' d • Joienne et Clau- Uli! 'il c l tout cul. peut-être. Tl:_
M J:11111!
enne commen~l à I irer
dine,
pl
ltpouvantél':
pour
lui
que
pour
11liqua nt:glh:mmcnl le c.:ipitaim•; nfin, pour
lam•nt,bl
E
•. ,·ieillc. d~Lik.
plu de ùr'li:, n'app:irai, a qu·a,·ee l'arrÎl!re- 1•llt&gt;.'--1ucm1· , ri! Laient mul'lt1:· cl lrcm- alfai ·
,.
inso · ,
rardc. Pour moi, je tiln 1:n l~le, c· l ma pin · ! hlanle.. Beau11oil répondit, awc Ulll! omlir, jt&gt;ùn
lo
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au
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El ."um. le. lre, r 1•vanl I fuurrt&gt;au dr de tri ·tes • .ur la face :
des
1h1r
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d'in11
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Ionsieur,
j'~,
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son ~ahrt•, se mil à courir el rcjoi 0uil h•,de
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n'ai pn: à. l'e pliqu r. Yvu- de" z me uhrc.
tam.lKJur••
de
foi
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ju.
li
.
J)
l' rùté, llcrnardin
l,oconl, le commi ·. aire du po11\oir ·1écutif
Divol rc Lait llmt .eul, dégrisé, plein d'n·
·
la utenaicnl, un l)ras I. "· ·
larmc. 11 y 3.1 iL don du dan" ·r? [l a,·ait VOU écoukr:t, \'OU' ju" ra.
; mim aiu:,i, le traj 'L Jevcn.,il
h
!
ob
!
repartit
1
•
cbe
lier
a,·
•c
1111
rêvé 1•nlrer à cheval, Jan ln rue du ,·illag •,
une torture. Jow•nnc ."irril.:l.
ca.ra.coler u milieu du re.·p l cl de radmi- rira a.mer, on 1. connait c~ ju~ •menl -1:t.
oi, ~on enfant, lui 11uf0a~l JI".
ration d •· foule: , répandant 3utour de lui Tuez-moi loul Je ~uite, c 1 nou - 1Mtcra de.
on
nu
ar1ir:iil pi)Ul~lrc.
one impression d • lcrr •ur et de majesté; d :r:1n,.,1·menL.
ll
la ll:l •:
fi cille
Le
li
·Ull'03nl
lil
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nom
eau
aluL,
'adr
··.a
J.rillrr au pr ·mi r ran", lui, le l'ber de ce~
fcmnw,
trui.
foi
de.
i •rr ·
homme. ; èlre le llicu dan· l'a, nlur1!: pro- au. d •u fo111m :- :
roulantes, d'un m
il la
1
tbme
,
cmmun11u
,.,,
,·otre
fil.,
rnlr
di•!Ut:r
colèr, du haut d • fonction; usai ·it, l\•nlenl da
ux . cl
épou
....
,
ui
·a-nou
Loo san r: htanc1· :
prrbe, inacce., ihle, omnipoll'nl.
l'emporl.1. Oii'! \'cr
.
Et oici 11u·ou 1 pl çait en 11ocu , L11ue, car j'ai l • devoir de ou nrrèl r, ,·011: :m !-Î.
Ileaupoil
s'arr
c
•,
Y i , pour ma p rl, je ferai de mon mieu,
d1:cl111 de on rè\O, il ne prol tait pa •
A
ni · n
. rohm-l'
l' ur empê er I mal; je ous recou11aL,
- Oialtl •.. . Georg ~ !
jcull\
rn:ird
i
.
oufJler.
Pu ·
li co11nni.-...,i1 non sculem,ml l'alhl~tiqn · 111011 j1;ur de Jo ·cnnc; j'ai eu. u "tJl'r •, char
.
sa,
conduite
par
un
flil!':m:
1
,i u•ur et b fnll · bra,·our• dn rand cb r l'honneur de cha r contr • ,ou·: j n pui
li
ut
~
ré•p1Îl.itiooon,
)
fil
monter
roir 11ue -.ous ayez pri part aux crime 11ui
111:mc, m, i: nu ,i .1 calme cru uté dans l ·
madame de Jo l'.1111, . 1 Claudine. Beru din
r pr il , . li . ,·ail fort bien 11u , ïl lom- moûv oL not.n? p ·: • ·t ue rép .ion .... ,-oiîil J rrièr . Il ouril aut dcu ,ic imes el
• in:i parla Beaupoil. dont l';lro • an dcrh:JL jam h. entre I •. mains J C.1doudal, sou
'é . \U :
1ü
·r
in La.nt. pi,ouit m, lgré elle ; rra nchi 1·
orl 1:lait r1\;l: d' î:lnt'..: ; (er ou plomL, c3U
-• fü ! hl1 ! ,-oiri qui rc :eml,lc à P:iri..
nénéttuse
r
p
nait
l
de.
1.. :e
homm
•.
ou llanune, cord' ou hàlon, il lui lais r:iil
:\ous
r1•rait-on la urpri. d'une guilloti m· t
pt ul-ètro l cboi de
n genre d1i m rl; al nd · •nt, l'arme prMc; certains gro·•naient,
LoCllill
'!
leu leur . . . . Bit n J · cér :.
c'était l'unique i:r. c,.. 11u'il en pounil alleu- •olTustJU • d •
'
m'•re
l1• r "ardail anic d · ~eu\ imm ni 110ur un eut de Chouan. L'otlici ·r
drc; dl n l' 111 · ,-ia~mail pa .
men•
·;
elle
murlllura:
Il r relta pr • que J'a\oir pri I" mm:m- hl . • rapprocha de Bern:1rdin, Cl, à \'OÎ:t
Qu
'importe
'. Tou· •'Il •mhlc !
ha , il fo C O. illait:
dem ot de celle c.t~tion.
n
clic-même.
cil ue pouvait pa
Fait' ,·i , roon:-i ur. ,ndc1:-,ou ,
î il 11'étail plw lemp d · réOi'•chir.
h
nheur
4ui
dJmcalaiL
vi_ion~.
uivez-nous ... ou j ne répo11J [lln,, d me
, ·um l lrc a,ail len~ on sahr1•~ l l.'lmJt?
l . orle, le con,·oi :n-ao ail plu
lOUS
pcrdl':t
bours ballai nl 1.,. : éral l, l ioun lte :111 bomm · ; vous ou perde% cl
U, "i J VÔltts.
· non, les lUeu 'élan icnl ur le pont,
- • oil! lil Joyenne, je u • . uh,. ,\lion,.
4u'1l · empli . ai nt d tumull , d :oouch.aicnt
Cependaul, au villnge, on ·o ·cup:iit. W.
dan l1! ,·ilbg • désert: uiut de uite il liraiMt ma mère, allon., Cl udine ... allon~ mourir l l'cnlrtic, :. 'nm ~ trcc·L . homml' !;'i\tai•nt
.
lion
mourir,
r
:pt:li•r'nt
:,
la
foi$
le.
aux f ·nêtr · , nu. port··, rcj 'lanl l'baliitanl
j l' sur L, ferm de 1:ynou H!Z, 1 plu. prodL'Ull r•mm , ....
urpri, :m fond de n chaumii•re.
h du pont. lai Rok, p3r un alioi furieu. •
Eli ,, acœplài nl la d1•~tiné •.
Gonf,~ion fofü·, p:uu,1ue hurlante, dcranl
nvnit
110nm: l'alarme cl e rooil nu Jebors.
L'~lran~' cortè"e sortil de l' ntiqu mact•tle in\a ion d'a ,a -~in:;.
l

1~ poil héri s,:. AlaniJ.. ·ounai, ·ail. : yinptomc : 1, Lruil d • tamhour ne l'étonna
plu . U a,ait crié :
- Le BI u,d
Chas.&lt; nl d'un "l'S!e les lemme , Tion,
~.,.11, au rond de- billimcnll, pui~. la h 1 , au
fl&lt;ll'.l",: ou tenu par llano. \li,el l'i le 1wtil .'ico
enhu hliredc. ballre, il avait hnrr; ln porte.
lfazc tl:til an moulin. lh-r t à lui-mèrn1:.
. La. r~•·mi re dtichar · d républi · in
Il att.Nnn1t prrsonm•; cllf&gt; était rlutût défflllllStratir qu'efii rthe; le capit.oin •. uma
\'O)'anl, an ·uil J'une tn~ur , un , ieillard,
~cnind: J • d ux homm~ &lt;'ulcmrnt 11'11u
l'!lfanl et d'un hi n. IH! jurr
poi~L C.
nJH:r-air • digm•s de loi et pou sa plu. loin.
Mais un scrgt·nl, : la tete d'une_ ·rlion dt•
rnlontai
du \laine-et-Loire, ne fut pa du
mèmc ~,i.s et ,ou lut force œtt port" dH ndue. rt(fll . cl haioun Ile· en a,:ml. il· ron-

Dirnl, PO • urH•uant, 1,, r,•mar,Jlla 1oul de
~ile, ~u,-h:i. "l'S lui : 1 u clwup J'e 1 11llon, ofü~rl por ln unture ri-puhlicain •!
lai 1'1:~li. · ,·Jli... mêm '! l·.lle él il foTil!,

l'é

lisl!'.

l'irruption ù , Ilien. , le r1!Ct ur .\Il no,

œr nl.
l.1• premier'&lt; ·,. liallirent, tNe fr.,c.i . ,: ,,

c·ràn · omcrb, ...,m, la hnche de G110u,ei;
le fourch dt 'füel el Dano r ureut l ~
-. c.u1J:, l:indi qu'un lrui~it-mt• était bapr,:
p:ir Rok, 1!tra11!?I; net, n-. un ~oupir. ~ico.
1111.i n'avait l[U'un huton, • n oourr-Jil t frapput ra,,,eu_·emcnt. La cc ion r •cula: li: . ~~ ·nt ,:tait mwt. [I,, •• rdes nationau dl'
\':mue 1inrenl r nforcer four. 1: marades. lb
~lai?n~ br:n· de\, nt cc petit grou ; et pub
11, t'la.u•nt aouls conunc I Or •1,,~ eati' r~.
Alanik, la hache 1&gt;:i c:e, ,on chiên •nlr le
pied , lui :uui eu arr't. !!Ut'Ule oun·rlr, les
,·roc rou«c , .\lnnik oufllail, t;lll'ltanl l'al1.tqu .
- Alk11tion, 1 . gar ! ndon. M' p ux !
pou. St;_. roulil d • nom u, 10111 d • uilt!
furieuse, t•l la mèM1• : d · ••éanl, · urairnl
,0t·t'i1IDl :.

~nr un la:; de morl,. Al nik ùffondra.
Ji11,-m1·nl :ihr,:, rnincu p~r un L:1lle tir{
it huul pnrtaul; llok, ~rdé de 1.,. 1onncu~ •
'nllongrait. · pir:tnt, Ct l · Je un mt11tre;
', r e11lrt'-c de la .nlle, lia no ::i ait. u poitrine
r11 u"e. ,\lor fücl \t«·happa sur la droite,
utrainanl .:ica.
li fuI, Îl·nl tou · J, 1)(•ux, lé,. •rs, ut..~nl
le mur:,. d•• pi •rrc i• 1e; m,1i· la cl ·mi,,•
Llancb• dl' ,\livcl 1 trahit, st•f\·it d · cil,le. un
plomb le rejoi!!nit et lt. culbuta n t . .'i&lt;-11
hl. il loujour , uu or •ill · enln: .
A ;auch , 011 ntendail derrièl' la mai-on
1,· · cri,- de d :se. r ir d • Tina lim: am d!'rnin ,iol n , . '1:i, 1 main li'• . i,tait par ordre. \u mo11liu, \l:lw, · c rnt:,
uln par une fi:n lrc. tomba cnt Il!. main ...
J s fll1•11s. li n':I\ il pa. J'armt , re 11ui le
~u, ; il ful fait pri onnie.r. enlr int! , ·r 1
place Je l'i'·gli,e. l'entre. Je rallicmcut. La
plupart d hahit, nl. , . urpri :111 milieu d,•
lo:nr rl'pa ', 11rrachés dr leur · dcmcur' , . ·
trouvai nt d,tj;i ra .. mbl ~ , homm •s, femme. ,
enfant, \'icillard : co tout '1ualrc-,·in°
•nt pPut~trc. P,tr p •lolon~ de di , Jpa;é :
trié.,, il,; 1tai •ni •1llour: d'un nombre é~al
de gard1•s nalion:nn, l'arme prêt•.
li avait, d'un seul lrn ut n ·cc la pla '('
d1• l\\ •lise, un morcl!,111 d,· lande incult ;
1

L, lieutenant ol lit, li!~ tamlmurs rm&amp;rent,
la mw:ition fot f·1it •. Perd t d n· h•nr
do ·h,•r, l'i tout à li&gt;ur concert, Alla110 el . es
1h:r11i,·rs hdèle n I' nlèndir nt mcm [~1 L1• lrwsin &lt;·ontinuait nn appel eflh5n . On dr.nit reut mire de 1r\ loin ,or la nu•r, trc.
loin sur 1,·, plaine~ (le wnl ·oufOait J'ou ,t,)
du côté d'.\oral'·
- fl ml, z-moi c~, i:-uru -1 ! cria llhol,
lii J'~(rl! J,:b I; 1• ri•u fondra I ur clocb ; et
' . ra toujour · un :,,li.~• de moins l
L,· •nfant ,le la Ilépubliqne appromi•r1•11l
lr~s haut et ',mpr"~àrenl jo o rnnl:
mai,, parmi ,~, pfr,nnnh•r~. 'l'wl,ru'un rrJrnit .l't'.pou\'JOtc : 'fait·, 'l'IÏ •Oil!! ait, t llll
lin , 11ue la chapelle. dt• .'nint-\nnn-\'adezuur
ronll•nai1 •·ncor,•. :iu moin,, n •ut 1 111 li re.
rie po11dr1• racl11l s ous :l'. hoi,rrie,. li rnulul 'élancl!r, a,crtir; uu coup J ao,. 1•
rl'foula ,!an le ta ..... li l' croi~a lt·, hr s l'i
l:ii" ~:i faire.

1-:i. trJvl,~ sous le l:-r1Js, ks J.irntes .Jrcru«s dan,

ses h&gt;Jks mJlit.Jfrts, le cluftau sur foreJlk, Jtr ,m
/llv l ;a s 1 1.J rt'lue des flJ'S:JlfS tar.:,uts ur la
/.Jn te.

11'•111

~-1

m: un b1:tl u, qu lr dianln'. • ·t _ix
,·i •illc· f .to ml''-, :ivai •nt oppo,t: t'n h:\tt.&gt; Je
port•· do. t • Lt'!i r uêtr étai nt 1&gt;rot :':_ée
par ri• barre.au· de f,•r; .'aint-\'onn-\'adt•zour
êtail l1i n !!ardl'. .n plu,,. J rhai. , de.
Lane~ .• ur l'ordre du pr Ire, n1-;1ienl,:Lé amouccl11. an 11un•rlnr,:•· _où. tru.1nl rnror, l'ncci."'.
\lor . ù'un lwnJ • .\llanu ~•était jctr. dan
I • cl, h r: pendu à I ctmie, il dé hninait
ur lés camp g1w· l'appt•I in 't!! sanl J'un
tocsin fr 111éti11m•, , oubo pnr le hraul,
'norme Je I cloch,·, il 11uittait lcrre de~
d,·u pied,,, s'i•mol, il. lui :IIL~ i, rctombail,
rtpren il on él. o. ,onuiit toujours: prelrc
r.rnali1p1e, mué en gitnic Je l'niraîn, en démon
des temp.!le .
Autour d lui, son hedeau. ~c chantres,
_ e; \'Îeille fomm , fai i Lpleu\oir k arJois , I •. tuiles. IP: pif'rres ,ur le: n 1pulili1 in arec d,· oulr3&lt;TP el de
mnléJiction .
- lin ne ·'t.'nl(•nd pas, fil llivot, . e llouch nt l • · o il11• o~ 1 ,acarin du do1·hl r; et pui · crue mu.-ique-là pourra il nou
auir -•r Je· d a•~r,lmen ... faite,-1 · taire!
- llé ! dil uu c.aporal, il ~• a Ji: minut .
qu'on lire d ·• u san · rien atteindre. Ils .I'
moquent de nou , J rri'· leu~ gar"ouilJ .
Di, Il n'admet!: il p;is 11u'un J, - ordr •,
111' f,ll flOÎOl e: éculé. Il appela un officin de
volontai r, :
- - Lieut oant, prene1 dcu
faite ~omm:ition :1 ·!!.. 0 1ll'l
r
leur 1,ruit et de : renJr ,
lmilée.
0

... 3,...

- \prè 10111, po11rquui pa: !
La c:1ta troph' lin, Ir, à la suite dr. nuire .
,· t:rail h J,:li,r:mr •
Pourtant. au fon,1 J • ,a ... tupt•ur et Je . on
41tt..t·•1 ir. il cOll" ail •ncim ani· amrrlum,,
')11 • l11s prnpbdtie
liaient s'atcomplir · Jili,
10 c.1det in,pirJ, l'avait :mnoncé liicn ~ou,tmt. : la Républilp1e dl•,ail miner• le jour
011 le coq ~·t•mol rail du docl1~r .... Cejour
,:t.,il n:mu ... qul'll, terreur!
D· armé. inru. il attendit lt• · =vénemcnt •
lb ~1• prédpitaienl. Tandi: 1111'11ne liand de
,ol1bls in-c~, gouaill ur:-, ft1r
, pillaimt
le crllie.r:., lo~ ~nnc.,, en Liraient, p •le~
mtJ , 1 •' ajon , ,cc.-- ou ,cri .. , 1 , r in • et
k, Liés 111~me. ti ~:icril',.cl qu'il le, cnlas,~icnl, d ,anl l'é;!li e, en rnonc au formiJ.iblr~. en lnklu:r. i~anh• que.~. - d':rnlr
pcr--onu:i"c :ur\Cnu, auiraicot l' 1lltt1tion.
·um.i ~le ln• .t\ait. !1 mi-d1emin dll ncoi:1, renconLr' lé comte Turpin Le ,lohanie
tl madame l\o. e [)i ·ot. lkpui le ma.tin,
[ll'n ht;s 3\ll f1•11ètr' du cbaleau, il , \'3i nl
ttcndu. JI ~lai nl pr 1 t , manteaux au
t'.·paules, chapeau ~ur 1.t td1•, 1 ur i(: r lin~:i·" di•(Ml : loul pr'.. d'cu . \ r rlir de dix
b :ure., h1r hnpatienn tourn:iit ù l'an"ois~c,
Jcwnail tloulour u. I'.'. Il u1 beur' . pr -;1111
&gt;l.! Lram~r&lt;'nl encore, p~nibl ·m •nt dép,m ée.
n oi eu~ 1:onj tur · . en alerl · d lçu,.; ,i
un groupe de pa~san, p:t ail :IU ddn du
pont, n ' criait :
- Lr ,11il, !
- , ·on , non, corri,.cail Turpin. bêl II n !
C! n' sl pa l.llL !
li ,mm nçai, nl :, &lt;l 1,, ·pér r, ·:1ait•n1
retiré.· J ,, fcn Ire , quand l" roulement d
1:1ruoour,; l ) rnpp,•1 • 1rio111phant,. • mu~i11 u(l d,:)ici•u • pour œ oreillc·-111.
- l'Jrloll ! fit Turpin, :ilion· • u..J,·Y~nt
d' •ut. c· 1 la tll •ilkure raeon dl· !iC foir1•
rt.'C(}!lna1ll' 1 l d ' 1i:moi:m •r notre ·b:tn"Cm nt J Cronl •.. 1101r, vott~--r œ.. ..
li ch,·rch:tit . e' mot . l\o,t.l l'interrompit :
- 1'1 t.inl i.l'hi:.toir · , di~ ; notre pirouelt . &gt;n foit c • qu'un peut.
lis ·orûrenl du .:Mie u ,· n~ 011" r , r •0.irJer e1\ arrière. Turpin 1:r.:1il trop an,icut,
11

C

�,
-

_______________________

111ST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
t.hique; pui , prè. de lui, à la ,u de celle Lou trois, se retrouver face à face , après i,
soldate ~ue en proie au délire de la. destruc- aunée et taol d'érénements ! Il joui sait par
:n·:mce de u1 revanche facile, &lt;le son triomphe
tion, Rosa trembfoil Ju bauL en bas l'l s
prm:iit à cbquer des dent , œ qui n"füüt ohligatoire. En gourmand de sensation , il
pa fait pour le réco11îorter? Il craigno.il tout ; le reculait, s'amusait aux bagatelles; entenregrcllnit pre.c1ue. De loin, . a ,, pirouell » Jait ne rien brusquer; parcourir gro.duelle·
ment, au contraire, toute la gamme d lragiqucs in&lt;·idences; so complaire aux mt&gt;n11s
détail ; ne rien perdre surtout des mulliph .
angois:,c·, de folle épouvante qui, .sul' 'l)~i,·emenl, s'allaienl peindre clan ces fi;,'UrL!S
d~compo. ée•. U loucbail à 1a scèuc upr~mc;
c'était ponr eux seuls qu'il était ici.
ANuma lie tre,•enuau:x.orilre: ,il réponùait:
- Failrs-le r,mge-r là-ha., contro la ltorrière, à gauche. Je los appellerai tout ;1
l'heure. IL fanl conslitucr le tribunal.
or .es injonctions, an bonL d\l champ, Je plus loin possible de l'é.,lise. où le toc. in
as ourdi .• ant s"obstinait au vacarme, de
- füt ·œur.
ré"li.e, ffU 'une épaisse famée noire cnve~op- [;;ncore mienx ! J'ai ordre de m'as. un·r
pait déjà, - one table, des chais Inri-r1L
de ,•os pcrsouncs. Qu'c. t-ce 11ue vous purapportée . M. lt commissaire s.'intallait !lfl
tez là? ...
plein air, par méfiance des habitation . On
- Quel,1uc bagages; de ,•èl ment., &lt;lu
ne sait jamais. 11 vaut mieux garder H',
linge .... ::'\ous complon· partir avec ,ous.
moU\·emcnts libres; el, en cas de be.oin, fa
ui, (\\' C ,·ou ' rrpéla no.c, en r.oubul
retraite as-urée.
une œillade à , um:.i Mc lre.
D'nilleur , un gai oleil ral·onna il, séchait.
Celui-ri la rrçul sans broncher; il rép1ithaufi"ail le sol; ce jour d':mlonme était pl~in
1p1aiL brus,1urmenl:
Je doucellr.
- .l'ai peur tpi-.,n vous épa.rrrae celle peine t
Dirnt 'n it, élafant ùernnt lu.i de papeDivol éclal12; dre.ssr!, re11virs;,11t ta cllillSe dans .,011
Ro, e deviuL ,cric.
l!IJII n-11sq11~, S'.idrtSSJIII â I OUS les oid~u,s ,ill
ra se riu'il arnit apporl 1es; le tribunal était
dfa.mt. ln lèmOîn$ ((~ la. sclnt, Il f11lmi11ait .. .
Le Breton tr,naillil; pui il se calma ous
con lilué. Le tribunal c'était lui: lui seul ;
(Pnge ~-1
un r 'llcxion : &lt;( Cc militaire ne pou,·:iil pas
Jug-e ans app.el, mailrc omnipol-enl dtl cc La
a\'oir .... » li tïn1errngN1.
d' xislcnces.
- E~l•cc 11uu Blat.! vous accomp:igne'!
Pourtant, il s'entoura, à titre d'a e urs,
lui
sembfaiL
facile;
le
rnoment
v
nu,
il
e
hl non ... il ne se dérange pas pour
&lt;le dix. banJit armés de sal,r el de pique:,:,
enl.ail
Les
jambe
raide:-:.
i peu. ~ai nous arnns arec 110m un c mremarqaahles, dans cetl, foule grimaç.1.nt"
Ans itùt f(lle i'\urna 11e lr apparut, nwc:
mi..airc ùu pouvoir exécutif; ... un esprit
par leur hideur et leur férocité; de pars,
se.
homme
encadrant
on
pris.onnier,
a
priLien dis1inguc .... Vous m'en donncrei de
sur Iesquel il pouvait •'appuyer n conGnnce.
_onnière,
Jérôme
Ili\'Ol,
m:i,,nétiquemcnl
uouvclles.
,\11 milieu d'eux, voyant, dcvaat lai, le pros
En parhu'll, J'cscorlt", avac es prii;onnicrs, a\erli, araiL tourné la lêle de l UT côté. })1 de ses soldats mas~és sur la place, il e en. 'étail 1•cœise en marche vers le village où le cet instant, la cravache ou le bra , le•
jambes arquées dans .es bottes militaire~, le tait fort· un faibl~. un làche qui e sent fort
comlial ce sait, faute de ré.si tance.
c lune hète mon. tmeu e. Tel étail Divot.
Les derniers coup &lt;le feu retentissaient, cltapC'nu sur l'oreille, il pas.sait ln r,mw dtJ
Uao~ , a félicité, il se contenait mal; a rait
isoll!!\, éloicrn :,, 11unntl Numa Mestre, Ro c pay ans parqués sur l. lande. Il ) lrou..-ait
peille
i1 ne 1&gt;a· éclater; ses main . cri.péc
el Turpin débouch~e11t sur la place, ue,anl un certain vlaisir; tou lui présentafrol le
SU[ la tal,lc, '3g'LLaicnl mal~é lui d'un L1·1•mmème
-visage
morne,
la
mrme
tète
has~e.
l'église fflle d forcenés en folie s'efforçaient
blement fébrile: a gorg étail sèche, 11 s~
d'incendier, où. le toosin tonnait toujours, Seule, Séza, folle, - i,.nor:mL si son homme
fil a11porter ~ boire; attendit encore qael,1u
'abnllaot du docter sur terre pour rebon- était ble-.é 011 mort. igaoranl où était Tina,
minul pour èlre sùr d oi, en pleine po lous
le
aulrc
,
s:iuf
Mair,
captif
comme
dir au loin, ramassé par l'écho.
ession de es rares faculté d"ém1h·ite tourelle,
dan~
un
autre
groupe,
plus
loin,
Dans cc mouvement, cc tumulte. devant
menteur.
Enfin, npaisé, il consulta e, nolcl',
eule, éza, rcdre-sée devant ce commisl'imminence du péril. Turpin regarda rnachitou~sa,
pui
se remersa en arrière, jotmnt
nalemeo1 ce oldal alfair' , lraùiaol, en- saire, l'occablait il'inYeClÎl"I!. .
avec
on
jaboL.
~ion
nom,
pois
on
pourri.
que
t'imtas ant d~•- Lotte de. paille, de fagots, des
De loin, blême d'effroi, Ro.e le con idérnit,
branchages; il vit leur manœune cl ne 1a porte? Tu &gt;-moi, c'e l ce qne Lu veux , bourTurpin
an i. Dan c.c maje.slueux fon tioncomprit point. ras une seeonde, l'idée de reau, boucbcr. canaille! Eh bien. va -y, ne
naire à mou tache. , au rb_apeau empanaché
te
gène
pas
t
~fais
ton
lou.r
,iendr:i,
îmni"r
!
celle pm1Jre, dormant entre cc mur léchb:
el, cc jour-là, Sato.a te tirera les jambes! ... enfoncé ur les· yeu , ù la cramlc de satin
de flan11ni:s, n'cînenra sa mémoire.
noh· noynnL le menton, ni elle, ni lui no oupJI était trop préoccup~ de a défense de pas e Lon chemin, e1.coromunié !
çonna l'identité, l'une, de on légitime épou-x,
Mais,
quand
il
nperçuL
Le
Gloh:mic
et
sa
celle de Ilos~ et des ùangcrs qu'elles présenl'aut-re, de cet liumble merlan 1 fJu'il ,wait
compagne,
l"cx-perrnquicr
du
avon
d'Or
t.aient, au si bien du coLé royali te que du
mi à mal; saos quoi le dernier espoir aucôté républic.1 in . Il avait élé l'ennemi des abandonna. celle ,·icille furie ans intér1it. Il
quel
s'accrochaienl le:ur deux runes eût soruuns, ùcrnnaiL l'ennemi des autres. Le camp remonta a mrvate, fil demi-tour, puis, à pàs
hré dans un !lot de suprême détres c, un
leols,
compté.,
"appl'oclia
des~
victim
•
.
&lt;1 uïl abandonnait allait se dresser contre lui
Le cœur lu.i ballait fort, sou un aînnx de pilOJable elîond.rement. Mais non, Divol êta.il
toul entier, tandis que dans celui qu'adoptait
joie,
d'orgueil, de haine satisfaite. ll les bien d~guisé.
a lrahi~on, per onne, sans aucun doute, ne
tenait
enfin l lui, l' (l insolent r:iYisseur 1&gt;, elle,
forait un pas pour l'accueillir et lui tendre fa
1. Les conlcmpo-ruines de 1fo(lam ,le Genlis n~îcnl
l'
«
tipou.
e coupable, la fomroe adultère! )) au,;,i, je 11e ~i pnw-iiuoi, Ir, =nie ll u du igncr leur~
main.
Jl Ùn'ouait intérieurement peu sympa- C'é.Laicnl ses Cl pression ·. lis allaient donc, coiffeu rs sou, le n11m ,le mc-rlmu;. (t:aawn Dm;cliamp .)

lloso trop con lente; i\ s'exilail; elle 'él'hnppail. Mais, a\'ant l'e il, mai avant la fuilP
il y avail Pn(;(lrn l'immédiate a.rnnlure. Quelle
er:'lit-elle? Il e le demandait m·ec terreur;
elle n"} ,·o nlait [llt sonrrcr.
Au somml!l d'une monté , cc piéton s11specls donnèrent da nez contre li lre el , a
troupe. Le capitainocou~idéra les dcuxoiseatL .
Pas Je &lt;lmllel La f mmc étaiL jcuneetjolir ....
llli! hé!. .. Qu:ml au particulil'r ... un ~ale
bouhomml!, commll avait diL Jéromc Di,•ot. ll
pcuso. qu'en \c?s &lt;'llÎermanl tou le~ deux da11.
la même cage, Ç;) ferait deux Yi laine. hèle~ .
D'un g-c~Lc, il burra ln l'0nte, ordonna le
crrcle.
- llnJtc-là! \"o nom"1
Le comte ouLlia on tilr
- Turpin Le Glohanic.
- Parfoil !. .. ~laJame?

_ Il le.s délaillniL, lui I La gueuse étail tou~our~ bulle; « l'infâme éducteur » était tou~ou'.s laid. Une mioulc, il soogea qu'il avait
Jad1·, pendant bien de matin de uite barbouillé ee visage de mousse pa1 fumé;; oi~ncusemeot grallé, de on rasoir, ce nobles
Joues; 'empre ant alors aux ordres de mon•
ieu~ le comte, et avec quelle obséquiosité?
a bile s'en aigrit encore.
. Il ordonn~, la voh brùve. que ces deux
c1-&lt;~e,,:rn_l lui fu sent amenés. 'l'urpin, le.
mams hbres. collées au corps, s':ivanç.1 roidement, d'une allure militaire: mais Rose
foiblis aü déjà. Elle étendit les bras, vacill~ote; deux. voloataircs la ouliorenl aux
:u~se~es,_ tout de uiLe empressés à se oins,
lm temo1gnanl, de prè , leur admiration.
. De~an~ ~a taLle du commissaire, auquel
,·1'.1l s adjoindre, au dernier moment, le c.1pila1ne r uma ~fo Lre, les deux hôtes d'ffar coëL
co~pararenL. A cinquante pas, le paysaos,
mumtenus_par un cordon ùe troupe, voyaient
et ente~daient. 1.iza criait déjà :
- Ecoulez-le mentir l Voici le loup a,·ee
la louve!
. ~l. sans sal'Oir :iu ju le pourquoi, prise de
dmn:i.tion, elle ajoataiL :
- C"est eux qul nou · ont perdu~!
Pui..;; elle gémit.
- Mon hommel ma ll1le!
Ap~è , elle penchait la lêle, contemphit
ses pied , restait mucltc, lointninC', absente
ou désinLétesséc.
Cependant, Uo o el Turpin . e LenaienL
debo.uL. devant le repré.~eolant du pouvoir.
Celu1-c1, ta sé, riplati sur sa cha ise la face
bai· ée, enfouie Jans · 011 collet d'h;bit et sa
haute cra,•ate, couvert jusqu'au,1 ~·eux de sou
1~rge chapeau, n'offrait aux regard qu'un hl,..
r1ssemcnl de mou tache . L'air iodillërent, il
prononça, comme 'il. 'aequiuai Ld'une corvée:
- Vos nom , prénoms, 11ualilés? Faites vite.
~urpin, a urant 011 organe, répondit
cla1rom nt, mai tr s Las :
- J't:Là_i le comte Cba.rles-Loui Turpin
~e Glohamc,_ de Locoal-llar coët; je suis le
citoyen Turpm, répnùlic.'\În sincère. Voici Jl.la
œur,
)farie-Annc-Cl:iudine 1 ralliée comme
•
moi aux idée nom•ellc ... .
D'al10rd l'étonnement empêcha.il n;\"Ot de
prononcer une pal'Ole. Ah! vraiment? flo e
'f~rpin, ~emme Hivot, par la grâce d'un
miracle Lien breton, s'était muée en fille
noble et cMtelnine? ... c~la le divertit un
moment. Mai', tomme le comte renégat,
pe~cbé vers lui, insinuait quelque chose d'une
VOIX loul il !ail élou1fée, il J'emil ,il gaieté à
plus tarti, courrouç:l .e altitudes cl 'exclama:
-:-- Pa.rlei haut! Ce o'e.t pas une conversal100 .... 1 ous ne sommes pas ici dans ,·os
palai , dans 1•0 alons, ous vos plafonds
&lt;lorés; nous sommes dans la nature ou le
del, devant le peuple. EL le peuple a le droit
de ,·ous entendre, le droi L eL le devoir car
c·o, t lui qui vous juge. Vous avouez dond èlre
noble homme et noble fille. Vous êtes le
comte Turpin Le Glohanic; j'ajoute : thef
choua.n, commanda.nt le 4è bataillon de la
légion d'Auray, sous Cadoudal; vous êtes

particulièrement signalé pour la part quo \"OUS
avez prise dans l'insu1·reclion. Celle femme
e L rotre sa'lur? Me complimenls. Elle au .i .
je le sai~, c est prouvé, elle au si a fait acle
de royaliste, s'est répandue en di cours Tanatiqncs .... Elle mus seconda. Nous ne s.épa.rerons pas une aussi bonne sœnr d"un aus i
bon rrère ... elle parla,.era voire sort jusqu'au
bout.
llo•e, suant I peur, ou,·rit !a bouche
g_ra.nde pour crier, supplier, re1·endi1pwr;
rien n'en orLil, elle ul1011uai1. San r1u'dle
s'expliquât pourquoi, la \'O:x de cet homme
sa 1•oit seulu, l'avcrti ail que tout e~p&lt;&gt;i::
était futile el lui .onn:iit le rrla •.
)fais Turpin, san e Mcontenanc;,r, es-

co~ptanl à son pri la réî~latîon rini allait
u1vrc, se penchait de nouvenu ver. le commi saire el détaillait lentement, èn scandant.
les dernier mols :
- Yous vous trompez, moo icur, nous
so.111ru r~l!i~;,je le répète: r.i.llié à. la f\épuh!t,1ue. ous avon !'il.me bleue. Je rou ~n
donne la pi·envr. Jo uis l'Arni des Lois. Vous
ente11J!',, '! /',lm i des loi· .
Jérôm e IJirnt écarquilla des fBLLt 6normrs.
pourra de rire. Cel~ JeYCJ1ait Lrop force. Hun
une perruquière, il trounit 1me grande dame;
dan un chef t:houan, un traitre à on Dieu,
à on roi, à son p.11·ti. C'était le carnaval de·
êtres et de cho es. EL lui--mème 7 Il 'é•ayait :

~ fui wie sec011$$t volcanl.;ue,_"" lre111Memt11I de lern, 11 ,e C:ll1&gt;1 P11 Ql/c,11 proflm df

Le, ,,,Ille l frres de pou;I
a ré:se;]'e de G ~orges. /J/~a1rnt ltur œu~•re .... l.:s Slll'viv.rnr,, nipuqlii:,./rs ri p.1;-s.1ns lll ~'les r~coiicil~:;

Par 1e ~austre. 111.Ya/ent .t11is tout~s les Jirt:t1a1:s .... (P.1ge

.., 5 ...

B.1

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�mST0"/(1.Jl
-

Alors vous ûles.... C'est Ton_ l'Ami

,lei; loi. ·i
- Oui.
- C'est vous qui avez écrit... la lettre?
-Oui.
Divo! se tourna ver Numa Mestre el es
dix a es eurs :
- Vou arnz entendu?
Une rumeur d'a entiment courut le long
de la table. Dirnt éclata; dressé, renversant
a chaise dans son èlan bru que, s'adressant
auss.i bien au,: pay ans captifs qu'aux troupes
di séminée•, à Lou les acteurs du drame, les
témoins de la cène, à lou te crœture pré ente
dan la sombre aventure, il fulminail :
oldals, paysans! regardez cet homme;
apprenez comment e l faite une face de
traitre! Cel homme a écrit b. délation (!Ill
m'amène i i. C'e l lui, paysans! qui YOu a
signalés, au comité de Vanne , comme brigand~ irréductibl · vo capit:1ines, Joyenne,
t:rnou\·ez, comme des assa ins de route;
v~lre YiJlage, comme un centre d' ·•ternelle
révolte eL de ra, semblements. C'est lui!. ..
renégat, trailro, le comte Chari -Louis-Turpin
Le GlohlUlic de Locoal-Uar:;coot, votre seigneur. Yoici quels sont le clie[s de Tolre
cause .... EL \"ous combattez la République!
Une hure sottrde, une huée d'hommes
blessés, garroW:L, de îe:mmcs, de fille à
drmi mortes ou de peur ou de désespoir, une
triste huée de nincus mont.a, presque une
plainte. éza, les mains Lombées, les )'CU-X au
ol,au nom de Gynouvez avait dre_së l'oreille ;
pui , san plu dïntérèt• • 'était replongée
dans son goull"re. D nouveau, elle n'entenilait plus ; clle complait toul bas se morts.
La huée de œs pauvres Jumches, lasses de
sanglots, soufflée jusqu'à Turpin. lui fit
bai . er la tète, mahrré sou parti p · et on
dernier es ai de suprème lira.vade. Autour de
lui, autour Je Bo:re, les volool.aires, le gardes
nationaux s':n-ançaient, 'approc'baienl, resserraient lèur cercle, _e poussant des coudes,
curieux de considérel' de prè l'homme e:x.écrable, l'infect ar,ïst.ocratc; plus curieux encore de reluquer sou le nez la beil demoiselle. Elle ,·aJail le rnyage.
lor:;, le cilDJen Di\·ot, in piré, grandi p,i.r
les cirœn tanœs, sous un soufilc d'en haul,
conçut des mols sp1cnwdc . or le front de
Turpin acc,i.blê, de Rose moriLondc, il balan!ifili la tondre:
acbez, sachez bi n, ci-d•rant ~ans
honneur el ans foi, sachez donc que la fiépublique, égalitairement généreuse, profite des
délations. mais puait les délateurs! Qu'il en
soit fait ainsi. !lace maudite, di paraissez de
la terre; délh-rez la patrie. Que la sœur ui,e
son foire et partage a mort. Ceux-là sont
jugés, il. d'anlre !
fais Bo c, tombée sur l&lt;' genoux dans la
le.rre cras:e, le cna1ns tendues ,&gt;er Divot, la
bouch~ noire de cris, de anglots, l"éeusail fa
enlence, ne ,onlail pas mourir. \oluplueu e
el sen uelle, n'a anl vécu que pour sa chair,
dans la con stanle adoration de a Leauté elle
ne pouvait concevoir celte fin bru que et sanglante; . a ch:iir e révoltait sa beauté refu-

- PaU\·re r mme! yoyez où mène le menson"e ! ous choisissez, au hasard, un nom
che; à la République; celui du ciloyrn Divot
que le écho du monde vou. ont . an doute
appris et répété. Vous 11rélendez être la lé!ritimeépouse de ce pur citoyen; et, pour ;r:1!!Der
du iemps, vous soutenez celle fable . .le répète : paune femm !. Re!!ardez-moi ! C'est
moi, Jérdme Oi,·ot. ancien barbier, que son
génie et l'amour de la patrie onl pous é aux
grandeurs. Oui c'est moi, Jérôme Divol, qui
ne , ou conna.is pas ... , qui n'ai jamais été
marié ... que je sache! Votre cruelle erreur
éclate en son plein jour et les Dieux lulélaires
de la République YOu ont à des ·ein abusée
el coufundae. Eh bien, à moi, Divol riu·avezvou :'l répondre~
Alors, hébétés, anéanlis, enlant trop
q1i'aulour d'eux s·agitaienl des volontés upérieures, irrési lihlemcnt néfn tes et conlra.ir , no e, Turpin, en écoulant parler cet
homme plu. redontablc encore dans a métamorphose, fi ·aïeul sur lui de prunelles de
folle, d prunelles de fou, dilatées et vides,
sombrées dans le délire.
11 avait jeté on chapeau sur la table, déga,.eait son menton des plis de sa cra ,·ate; e
yeux clignotant • bordés de rou•~c vif, apparurent, ainsi que on front tuyant vers sou
crâne pointu, on menton i,aloché.
Toos deux le reronnu:rent au sitôt. C'était
le coup de foudre. Turpin recula, renonçant
à toute défense.
- Ah! fil-il, je comprend .
Divol se ,•engeail; c'était tout simple. Il
n'y avait qu'à se soumettre et qu'à ubir sa
volonté. Pourtant, il ne renonçai! pas à ·auver
Ro e. Il le tenta. 11 l'aima ju.que--là. Elle,
roulée à terre, mi érable et méprisai.ile, se
tordait les bras, criait su.r Lou, les ton:1 :
- Jérôme, pardon! pitié[ gràcel C'est
toi ... oui ... jo te vois .... fieprcnd:i-moi ! pardon ... ma Yie entière ... .
Turpin la ~oulint, vint à ron secours.
- )lonsieur, ,ou arezde griers légitimes,
il e l vrai; mai je îu eul coupable. Votre
remme, que vou ,oo plai ez cruellement à
renîer encore, volre lem.me était bien jeune,
sans expérience l Prenez ma ,;e; elle PSL à
,ou ; mais pardonnez à llose el sauvez-la!
Divot ne broncha. pa- ; la voix lente, po~,
il répliquait :
- J'ai vu bien des démences devant mon
tribunal; celle-ci dép:i. se Ioule le aull"es;
d'aul.a.nt plus qu'elle est double. Bizarre, ce
lrure qui, pour uver sa œu.r, Jui fabrique un
étal dvil in e.xlremis .... Et celle-ci qui, même
coanincuc do menso11ge, persi le dan a
mse .... Fini sons-en. J'ai dit.
Mais, bru quemenl, la scèn' changea,
grandit d'inlcnsité d'acuité encore. De nouveaux personnages inlen"enaienl. Depaj quelques minutes, san que nul n'y prît garde,
pas.
tous élanl absorbés dans les dêbals da drame
- Et elle se dit sa femme !
la charrette amenant madame de Jo enne et
Amusés comme au Lhédlre des bouffon
tous e tournèrent vers leur commissaire; il Claudine, suivie de .Bernardia, du lieuteo.ant
exnltail. Ue nouveau, il s'était leî"é, majes- Ileaupoil et de ses vingt soldat. , avait pas é
tueux, dédaigneux, ironique au si dans sa le pont et s'était rangée sur la droite, à IJUelques pas du lrib1oml.
uperbe empha e.

. ail de 'é!ciudre, Rose se cramponnait frén ·._
tiquement à l'existence . .Madame Dubarry.
ur l'échafaud, avait offert, déjà les même ·
défaillances. Ro e hurlait :
- Arrêtez, ciloyen, c'est fau:d Ça n'est
pa vra.i ! Je ne sais pa noble ... je ne suis
pa sa œur ! Je suis du peuple, comme ,,ous !
ldats, vous m'entendez'! Je suis llle pam'l'e
fille ... oui, une enfant de Pari , enlevée par
ce mi érable, forcée par lui, contrainte de
jouer celle comédie pour d raisons qu'il a!
Jfois je vous di que c'e t faui: 1 je le jure!
, tlendez! ...
Entre les poings de quatre hommes, elle se
dêbattait, se convulsait sous les Jetu froid
de Divot impas ihle. Il jouis ait de sa vengeance. Il élail heureux. ~fais elle, renvcr ée,
les ein jaillis de son corsage arraché, accentuait, préci ait sa plainte, entant bien que,
seule, Ja preuve de son indignité pouvait
encore la auve:r.
- . .. Attendez! Écoutez! ( Elle haletait.)
Je vais vous dire .... Il a jeté sa œur dans un
couvent... à Montpellier ... \"Ous Yoyez bien
qne c'est vrai.-. on n'invente pa ces chosesla ..•• Mais elle e.st soetie ... elle est ici ... aux
Repo es .... Il faut la.retrouver .... l1 m·a mise
à sa place pour voler tout.. .. Est-œ qne je
samis '!
Dans son incohérence, elle commençait à
intéresser ce cercle de goujats, donl les regards
'allumaient de\"anl sa lra!!Ïque indécence.
Divol la laissait dire; acb.ant bien qu'il aurait
toujour le dernier mot, il se plaisait à prolonger la scène.
Turpin, les poings serr' , ob tiné dans son
amour jusqu'à la tombe, comprenait aussi
que, plébéienne, Ro e gardait une chance
d'échappement; l'approuvait, à pr · ent, sans
ré! er\Te, au milieu de œs déclarations qui
l'éclahoussaicnt lui-même. Par interralles, il
lai sait tom be:r :
- C'est vrai. Eile dit vrai.
Ro e, un instant, put ·e croire sauvée; par
malheur, à force d'être sincère, elle parut
mentir. dépassa le but el compromit sa eau e.
- Est-ce que je savais? J'avms vingt ans ...
pas même, dix..n uL .. Et puis, pour tout
vous dire, j'étais mM'iée. Voilà. Je suis Rose
Taupier, femme Jérôme Divot, le perruquier
du Savon d'Or, dans la rue ....
Une clameur railleuse, de gro rires éLonnés
convrirrot la dernière phrase de son plaidoyer.
lnterdite, elle s'arrêtait court. Qu·avaient-ils
tous à se tenir les côtes'/ Mais eux, leii Dleu ,
ils s'esclaffaient, par groupes, le main au
\'Cntre, un genou levé. C'était crevant.
- Voyez celle impudente! clic se réclame
de Jérôme Divol. .. qui est devant elle.
- De l'ancien perroquier; donc pas de
doulel
- Elle l'a sous les yeux et ne le reconnait

-------------------------------e derniers arrivés durent entendre les
crii:, les supplication uprèmes de la condamnée el cette fin pathétique d'un jugement
précoo~u.
Or voici que la ,'l'aie Claudine, à peine ~
ter~e, s'élançait librement, échappait aux
mams de se~ 0 ardes, criait : 1, Place I place! 1,
d'une voix volontaire; el, dan l'intérèt stupide de la foule étonnée, e îra 'ail un passagll
1usque devanl Divol C[Ui "impre ionna.
Là, droite, impérieuse, ell.: écra ail ùe son
ge~le Turpin et no e; elle parlait à son tour,
sans peur, prodiguant son mépri , j splendide au soleil que l'autre en parut' laide, et
llu'une rumeur d"émerreillement, partfo de
toutes ces poitrine_ fau"e , salua sa royal!!
beauté.
Joyerme et a mère, œllc-ci galvani ée p,1r
un coup de p:is. ion, se rangeaient derrière
elle; à eux troi , groupe pur, ils r1lhabiliLaient, rien qu'à paraitre cette aristocralie
Mtrie par les Turpin. La mtlme fï•m: les secouait la même Iolie de mort. Devant cette
égli e, enveloppée de fumée, léchée de
flamm , del"anl ce village dé ·ert. où gisait·nl
des oorps r...uges, devaut ce p.iysans captiI~,
que le fu il d~ Dleus allaient abattre encore, devant œ triomphe du mal, celle parodie de juslice, le cœur soule\·é, l'àmc indignée, il jugeaient que leur noblesse n'a aiL
plus qti"à mourir. li accvuraiellt.
Et Claudine avait vu, dans un éclair, ~a
reconna.issance, sa consécration imposée à
tous, par l'aventure mème. Exaltée, orgueilleu&amp;ey dans le fris on Lrarrique des ma ses,
elle barangua ce peuple d~ laquais.
- llalle-làl qu'on m'écoute. Cette femme
a raison. C'est moi, Marie-An.ne-Claudine L
Glohanic de Locoal-Harscoêt, .fille de race
noble depuis mille ans. C'e t moi! Voici mon
frère, mon bourreau I Épargnez celle créature, sans nom, sans gloire, rotre sœur, gen
du people ... il n'y a qu'à la voir .... Il n'y a
qu'à la voir pour juger d'où elle sort, quel
sang coule dans ses ,cines. li:lle e t ltop lâche
pour èlre de chei nous. Vou figurez-wu
donc que cela piris e me plaire de la voir,
ous mon nom, hurler sa peur, pleurer son
infamie? Je vais ,1ous montrer. moi, comment meurt une Le GJohaaic d11:trscoët ;
comment les filles de mon rang e tiennent
devant des drôles qu'un hasard ou qu'un
crime a rendus les plus fort ....
Joyennc, à son coté, vint con11rmer son
dire:
- Moi, le chevalier Je Joyenne, chef
chouan, je vou déclare à Lous que celte jeune
tille seule a droit au nom qu 'elle revendique,
ceci dûment prouvé par mille Fait établi ...
que celte antre femme n'est qu'une aventurière, plus folle que coupable et de ha se
nai sance ....
Claudine reprenait :
- Citoyen commi aire, prrisque çom.mi sair~ tu e , je te somme de tenir cette fille
pour plébéienne, selon son propre aveu, et
d'ordocner ma mort sous mon nom Jérritime!
Elle e tourna ,·ers les prisonniers.

LES ÉP'É"ES D"E

'F.c~ - - ,

··· Un har,1uu ..télruil, u11e tglife effr;ndrêe : IJ rttin~ Ju villag? t!l..iU 11.11e suite, trne conse:l'imce de 111 guerr~ •...
Pencfattl di" an$, le village /11/ vl.k de Jeunes gens ; pe11d411l JI.&gt;: ans, les filles re$/trent fille~ .... Pour/:1t1f
/"herbe lie l'oubli _fi nit par ,:roilre.... (Page 8.)

- Pa san , mes vassaux, j'aurais préféré
me présenter à wus en d'autres occa ioo!l.
Cependant, quand le villarre brûle, quand
tout le monde expire, il c L urgent, comme il
esL naturel, qu vos seigneurs se mettent à
votre lèle en réclamant leur JroiL de passer
les premiers. Me voici! aluez-moi, je sui
seule; cet autre ne compte pa , il est déchu l
Superbe, elle élcndaiL le bras et désignait
son frère qui reculait, éperJu. C'était la première foi ·qu'ils se fllYO}'UÏcnl, se retrouvaient
face à face depui le seuil du Cloitre, à Montpellier. Elle l'éblouit. 11 l'écœura. DevanL
Claudine, Ro e, à genoux, sentaoJ renaitre
l'espoir. élevait e mains jointes, en balb11Liant de prière et des bénédiction ....
11 Oui. .• oui, elle cil.ait ùn peuple, oui, oui,
elle était infâme, mais la vie, la vie 1 ~
Alors, des rang pre é de ces "Olda1
accouru de tonte part, une noul"ellc rumeur
'éleva, celle-là violente, :ipprobative, glorifiant l'orgueil de cette brrandè Bretonne. Les
mas es ont ain i. Au milieu d'un accè de
cruauté lâche, un beau cri généreux les bouleverse et le retourne.
El les paysans, stupéfaits de cette suite inioter1·ompue dt! révélations, pour em, les
impies, quasi-miraculeuse , 1 paysans
acclamaient, convaincus, la noble fille, leur
chàtelaine retroo,·ée, qui prou,·a:it ses origines
par la hauteur de ses verl11s.
Son inlerrention, - pl'esque surnaturelle,
- cxhau sail les ames. Cc que, naguère, un
mormmait tout ba~. à présent, 011 le criait
tout haut. Ver elle, le bn se lendirent ; la
foi e précipita. Séza, 'anachant au groupe
de captifs, rompu par l'enlhousia me, éza,
enfin tirée de son rève à la rnix de celteaulre
~nfaal l:mt chérie, 'était jetée ·ur elle, l'en-

tottrail de es bras, prête a combattre encore
pour sa Glodina, légitimée enfin de·rnnl l:i.
mort universelle.
Et, quelle que lussent les opinion , Lons
les cœur durent battre; dans ce milieu d'angoisses, il était impossible de rester indillcrenL Divol lai-même, perplexe, arrachait sa
mou tache. Pros de lui, Oraupoil, de plus en
plus ébranlé dans es com·iction • 8t!aupnil
murmurait à 11 oma Mestre, dont l'âme était
emblable:
- N'importe, ci ce sont des erreur~,
,·oilà de bell.es erreurs. Quand il -y a des
femmes comme cela dan un parti, il a le
droit d'e.spércr encore ....
Le capitaine, pensif, secouait la tète; approuvail SOll ami :
- Quelle énergie! Quel orgueil! C'e tune
hurn1nilé parlicu.liè:re, appuyée ur di:t siècles
de consécra1ion.
Jérùme Di"ot, irrésolu, ne aclmnt pas
comment conclnr (car il s 'awuait lui-m •me
n'èlre pas, tout à fait, à la hauteur d'une
pareille tâol1 ) Jérome s"en lira. innocemment
on perftdemenl, par une petite phrase :
- Je comprend à présent pourquoi cèl
homme vous 3 vendus!
Joycnne bondit :
- Citoyen commissaire, explique-toi ....
~lais voici qu'alenlour du jeune homm e,
les paysans, oublié par leur garde ·, les
soldats indigné , gagnés sourdement à la
cause des ,•aincus par la gr.lce de leur
héroïne, tous, dans un tumulte de paroles,
de vociférations, de menac . dénonçaient,
répétaient la lellre de Turpin au comité de
Vanne . Le chevalier compriL confusément,
mais comprit.
- Cilo)'en commissaire, e L-co .rai ce

�, - fflST0'/{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •1
ur le rb 1mp dé erté, le Cilpilainc Numa
i]ll'on dit là'! ... E,t-cc Htli que 1•cl homme n p~l •-mèlc cOroyahlo au-de~sus dl'. &lt;lou:t
Me Ire el le lieute1l11nL Beaupoil, écra és par
11111rls.
~fadame
de
Jo
·enne
el
Claudine
frril, nous :1 füré ?
le même pan de 111hr, lr:ir;aicnl, C1He à côte,
- C'e t ,·ro.i, ri:pomliL Jérùmc. li ongenit étoi.,11L tombées ur les genoUI anpr' du
le
même geste ép rdu. C\ll( , nuprè du
tout Lns : « Qu'il 'nrrangent cnlrt? eu-x ! D leur; toute deux pnrais. aient expirer arne
cada\'re de Bcrnardlo, a mère, Clriudine el
lui.
n
nnl
Ùtl
fol:c
fil
o.
ciller
la
foule;
- Cilo~cn commi s:iir1•, jeta d'une voix
pui · éia, dem('lll'nienl agenouill~l' . Peull'hnrrcur h:i111tit 1 - cime·.
t:1·lalante ,!o cnne, ordunnc ~ l'un de le
èlre,
abimées dans ll!ur deuil, n'avaienL-ellc.
Or, à telle minute, une paroi latérale de
soldnl de me prêter un .11brc ... foi -en jelrr
p3! uuteodu celle îtiudre, n'a1·airnl-dle. pru1e, cre,·:is.éc, céda ous
r,:·•lise,
M,i\
lézarJ
un à rc mnu,lil cl lni c-11011~ tou deux r~ Ier
senti lreml➔ !ur la ll!rre? O'aillcur ·, que leur
cc compte. Trailrc ,1u1 Chou:in~. il doit mou- 1111 a saul d • 111rumc~. livra pa .age à l'inrir pnr h mnin d'un Cbomm ! .\.lions, rt&lt;pu- •·1•nd,c; rt tout d'un coup, couvrant lrs ,·oix importait?
l1umainc · , Jém1 uranl le drame, r.omme
lili,•ain, f,1is cda pour ma J ·ruièro ural'.e !
George·vinl trop lard. li troU\aun b:mll'all
Numa \kstrc lir.t son , nhrc el lr tentlil au 111il1c oLu iors éclatant lou ensewl,le une
détruit, une cgli C bilondréC', une populalion
t'\p!o.ion
trrrillanlc,
assourdis.anlo,
retentit;
rh •\'alier. ll(lrès un alut. D'un ge L rapid
"ro
le, rnnrs do la vieille 6n\ise 'écartèrent lentc- r~duite 11 Lrois falliiUe', Il lt:iu a
juJCUJ: prt .11u", U•rnardin 'en empara.
lira Yers le ciel, allcstanl [füm. , u milieu de
md11t,
comme
à
regret,
de
leur
antique
ba
c,
- ~ter,·i, e~pitain !
r·e faceli morue , il e compril inopportun.
l.a g:trJc ila~s il allendait que Turpin , ~ 1·illi!rc11l. pui 'ahaui.rcnt. Le clocher, souLa ruine du ,;Ua,re était une uitc, une oonfù1 armé 11 .on tour: mais tous ~u~ présent, lL·hi par une force incalculable, s'rle,·a dao
•11uenoe de la gtlElrre. C'était lui qui l'avait
h·
:iirs..
Saint-Yanu-Vadl•zouret
Oil
coq
'nà c~ défi s'Jcarlaicnl. so détournaient d~
décidée, dan ce li&lt;!u même.
rnl:iienl
au
ciel,
emportant
avec
eux
le
recteur
r.dui-ci, lui rcfu aient leur lames.
A la forme
•&amp;a le reçut ·omhrement.
Turpin 11ui, ju (Jll'alor., ronrn:ncu de Allano, s"· chantre el ses vieilles fei;nm .
Dans
sa
maison
ail
toit à jour, elle n'avait
Ce fut nnc ooous e volcanique, un trem~•m imp11issancl', de sa. Mîaitc suprèm&lt;', dü
plus, à présent, o.lJtour d'elle, que 'fioa 11ui
hlemerll
Ùtl
terre,
une
commotion
profonde;
, a morl imminente, étail resté les Lras
r lait pùle, une stupeur au front, et Maze,
cr,,i és, muet, plnlôl méprisant on lu mé- le ponl, rompu p 1r le milieu, isola la pre traînant un brn ca. é.
pris pubfü·, Turpin, bru. riuemeul s'irril11, qnïle; l,•s ma,ures ébranlées, ~ous leur
Le jour mème, ur un mamai~ l.iateau de
luit~
treu5~,
pliaieot,
oudain
bombées,
a,-ec
, il rou e. C't-n élail lr11p. h la fin; il en :H·ail .
pêcb.e, l'ancien hJro di, irusé do I.ocoaJ 'eo
des
ventre·
énorm•·
.
Ln
mille
livres
de
a,srz de tontes ces in ·ult , de loutcs ers
poudre, la ré.cfl'e Je G.:or"es l'ai ·aient leur l'ut au lar11c, au-dl?\"ant du naüre a11 ..1tiis qui
rt• 'l'U alîons. li açail perdu, était prêl à pa)Cr,
l • devait Tenir prl'ndr •. Il c ré[un-iniL à
m;ii d'un coup. nou. p1r ocomple ·. Tous C()!; œuvre el fourni . aient l:i conclu. ion.
Londres, aupri\ du roi. li avaiL dit adi •u à
ou
les
ddcomlire~.
les
pi
•rr~
,
à
dtu
·
~rucux l'eaoupient qui se pcnn"llaicnl de le
éza avi:c une tri IC:.~e douloureuse, comprcnl
mètres,
des
corps
isaient,
brillés,
écrajn"er, de le blâmer ouvertement. C'ttL:ût nroa:inl
trop, au ilc:nce d» la vieille pa1 aone,
és. masse informe ; de hle , : , ense elis,
lt!s11ue. Enfin Jo ·enne rornùlnil la mesure.
ce qu'eUc lui garda.il do rancune inn,·ouéc&gt;.
l'nfoui
,
criaient,
appcluient
au
,
ecours;
sol('j'étail lni, ce pelit .al. la cau:c de tout ; n
Pendant di1. ans, le ,·illagc [ul 1ide de
ùernièrc o.rrogonce, celte parade. ·oi-di n_nt dol , pour la plupart, abattus sur leur armes.
jeunes
gen ; pendant dit am 1 ' fille.~ r Le urvi\"aJtL , répuùlicain · cl paysan ,
d1 P\·alere qne, devant la mort exaspér~re.nt
Lèreot
filles. li n'y avait plus, omlirc. on ancien fr~rè d'arme .. Pcnlanl paûcoce, mèlés, réconciliés par lu dé astrr. fuyaient,
crrante. , que d ,·eu,·!!! cl ,les mèr saule5
main
tendue
,
dans
toute
les
direction.,
il 'écriti. reÙ('l"Cl'IU rud~ l'l in.olcnl :
ou la col re dd Dieu. UivoL fut di! prem'ers enfant . Lt.: Glo~nic mort, Kerret mort, 1 - ,\h ! çà, a ,·cz-vou ûni ,·os Loni men ts
i:,péC$ &lt;le {el' étaient bl'isée ·. Pourtant l'hcrùe
de !'aire. tous, tanl que ,·ou Mo , Bleu ou c1n i lentèrenl leur salut dans la course .... 11
'élanta . ur fo pont, chprchanl l'is ue Uu de l'oubli finit par croitre.
Ill ncs1 lourir, c'est bien mAlin de mourir.
ou la Roslauralion . yiogl an. plu tard,
trou
béanL lui barra la roule. 11 revint, alfolé,
~on mourroo tous. On fittiL toujom·s p;ir
par
IP ·oins de fa duch c d'Angoult!me,
11,·oil' le mèmc âge que le morts. Ce qui d,. cendil ou l piles, crut à la terre ferml',
l'énlise
fnL rééd11iét! au milieu dij CA ruiimporte. c'c. t de s1voir r~rlir à Lemp , vengé i.'enganea sur les sables.
n
.
Par
quelle
démence
Ro;e
l'avait-elle
aiü
ùc cem: qu'on hait . .levai ,ou donner une
Claudroe ,écnl tr· ,icille, :1bdiqu:ml a
l~çon, un rxempli:, wus montrer commenL rl r&lt;'joint.:? ~ly tèrc. Peul-être s'nLLacba.iL-elle
beauté;
,·ètue en pa1sa1me, die visitait le
on foil, tas d'imbécile el de faiseurs de à lui p:m:e que, l'heure aupararnnL, il repréchaumes,
é&lt;'outait les lamenlation , no parcutail ln force, cl q• sn 11\chc nalurd la
phrases L ..
lail pa de Dieu, mai secourait !es mi ~m.
pous
ail
au
plus
fort.
Uuoi
qu'il
en
hlL,
à
C-:! di ·aot, Je dernier ù Le Glohanic plon!rois pa d'elle, elle le \"il ubilement perdre dan la mesure de ~a pamrelé. Elle él:iit
~ea vh menl les deux main dan se poche
rentrée, de droil, dans llar coôl i les ur,'iJe côlti. nose ,·it , le mou\'ement, porla ses pied, s'enfoncer lentement d,ns la n e;
,ants en deuil 1'y a,ai nt escortée. Mai longioslinctivement,
ou
,·onlanl
racheter
le
pa
é
mains a111. tempes, ferma l •s Jeux. Elle
mériter a rrr:ice, elle lui tendit la main; il temp~, elle hahit:.1 principalement le l\epo 'eJ,
pr~\'O)'IÜt.
'en sai il, avec une telle 1·ioleoce dan a où elle avait plu· dl! ou venir. , prè de
Alors, Turpin, un pisLolcL dan chaffue
madame de Joyenne. qui ·éteim1il dout-emelll
main, mnr&lt;:ha de Lroi pas ur le cl1e,·a1ier terreur d '-Jlért¼, qu'elle trébucha, fil un
démente, apr quelque am1!lo?$.
pas
de
trop;
elle
vuulut
reculerj
il
n"en
était
nt:rnardin d&lt;J- Joyenne. cl, avant qu·on pùl
A. la ferme, • êza snb~islait. Ln jour, Mnze,
plu
t
mps;
à
son
tour
elle
'enliz3ÎL.
Par
un
1':i.rrclter, à lioul portnot, de la main droi Le,
implemcnt,
lui d •mandt&gt;. Tina poor épou r.
l1.1i lira on _coup de feu en pleine poitrine; nouvelle déri ion d~ la destinée, la morl,
comme il a,Jit él~ promi , autr.il'oi-, par le
une
mort
affreuse,
combattue,
rcpou
sée,
pui:5, de lt main gauche. s'enfonçanl l'autre
pi.loi et dans la bouche. il se fit . au Ler le pui. ·nl.tic, réunit ce· époux si d.istanb d:ms père. Elle le regarda dan les ) ux :
- Tu ~ai , Pourtant? ... molgrc cc qui
nànc. 'fout cela n'av:iil p::i tluréune econde. la ,ie. F.n emblc, il disparurent, hurlants,
'est
pa é'?
, Jo)cnnc roula, la poil ri no, rouge le cœur dévorés pnr le vide.
Il
ecoua la tête, résolu, ~ûr dl! on cœur.
Dcrri~rc
eu~,
aulour
J't:u
,
comme
eu-,;,
lrll"crsé. li gis::iil ~ur la lande, selon les pré- Oui, malgré cc qui 'est pas é.
diction : mai c\ît:iit la lulle d'nn Chouan cent autre· mi ;rahl ~, olontaire du ~lnincQuand Claudine apprit ce rnaringe, par un
et-Loil'e, gardes naLionnuxdc V(lnnes, - ~vec
•111i l'arnil couché 1~.
,
retour
or elle-même, elle pleurB.
Cn cri jaillit de cinq cc:-ot bouches ... uu des cri affreux - se noyaient dans les houes.
:mustratfons ae

!11AuR1cE MONTÉGUT.
CONRAD,)

,FIN

llehê lirnuo et C''

MARIE-A TOINETTE , DAUPHI E DE FRANCE
Tableau de DRO .\J,' . c;\lusèe C nué, Chanti lly. )

E

HÉBE,

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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----------------------------------------~

contré Bourg-la-Reine et ses occupants1 •

Col.Qnne clu cenlte. Attaque de CM.tillon.
- Cet arrêt dans w1c offem;ivc qui avait si
bien débuté, était dù uniquement à la conservation de Châtillon par l'ennemi . Là, en efl'et,
nous avions subi un échec, el, par suite, nos
Lroupes de Bagneux se trouvaient soumises 11
tles feux de Oanc qui leur interdisaient tout
mouvement en avant. Voyons donc ce qui s'y
était passé.
Le général de Susbielle, chargé d'opérer
de ce coté, avait di"isé ses troupes en deux
oolollnes. L'une, destinée à l'attaque de front
et placée sous son commandement direcl,
4;0ruprenaH une compagnie de chasseurs, deux
bataillons de march11 (un du 15e, un du U •) ,
une batterie d'artillerie et une section du
génie. L'autre, chargée de procéder ~ une
alla4ue de flanc contre la lisière est du village, était constituée par les deux bataillons
rcstadts du 14°, sous les ordres du lieutenantcolonel Yanche. Le village de Chàtilloo était à
cc moment occupé par cinc.1 compagnies ha,·aroises •1ui en garo.illsaienL les lisières el tenaient le réduit, formé par l'église, une grande
maison ,·oisine et les barricades adjacentes.
A neuf heures précises, le géuéral de Sushielle fait ouvrir le fou conlre les premières
maisous de Chàtillon par deux pièces d'artillerie postées au sud du fort de Vanves. Les
chasseurs à pied, s()ulcnus par le bataillon
du 13°, s'emparent de ces maisons et pénèlrcnt dans ln grande rue; mais ils trouvent
toul à coup devant eux une barricade élevée à
eo\'iroll 200 mètres de l'entrée nord du village et sont obligés de s'arrèter. Aussitôt le
général Je Sushiclle, donnant l'ordre à ~es
deux pièces d'a"ancer, f.1it ouvrir contre celle
barricade un violent feu à mitraille; les llavarois, décimés, l'évacuent, et nos soldats en
prennent possession, tandis que l'adversaire
se replie dans la partie sud où débouchent ses
renforts. Une autre ùarrioadè, située dans une
rue perpendiculaire, tomlie également enLrc
nos mains•.
t:ependanl nos progrès étaient lents; de
toutes les maisons, des barricades encore
au pouroir Je l'eIUJPrni, partaienl des feux
croisés qui arrêtaicnl les assaillants et les
empêchaient d'accéder à la rue de la Fontaine,
tnenanL à l'église et barricadée elle-mèmè à
son extrémité. D'autre part, la préparation de
l'allaquc par l'artillerie avait été à peu prè.s
nulle, puisque seulement deux pièces -y avaient
coopére et que les gros canons des fort~
n'avaient pu tirer que quelques coups avant
quu notre infanterie ahordàt le village. Dans
ces conditions, le genéral de Susbielle songea
à faire appel al.il'. sapew·s du génie, et demauda
à leur chef, le capitaine de la 'faille, de lui
ouvrir un passage à travers les maisons.
Aussitôt les sapeurs se metlenl à l'œm·re.
A._ coups de hache el de pioche, ils pratiquent
1. La Guerre fra11w-allema1ule, page 17:t.

des brèches dans les murs de clôture, daus
les haies des jardins, cl arri\·ent ainsi, venant
tlu nord-est, jusqu'à la rue de la Fontaine;
mais ils s'aperçoh·enl qu'il n'y a pas possibilité de la tra,·erser.

2. En dirigeant celte. attaque, legéoérlil de Susbielle
1•eçul un coup de feu à la jrunlJc giiuçhe. c Celle blcsstll'e, heurPusemenL sws gravité, dit le général Ducrol,
ne l'empêche p3s de diriger nos jeunes soldats qui, a
la vue Je Leur ~néral ble!Sé, redoubleitl d'ardeur. &gt;
Loc. cit., page 333.\

Les défoui;e:, do l'église l'tlnfileol ,tans Loule
son ét11ndue, une grêle de balles la ~illonne de
Lou les parts.... Alors le capitaine de 1~ Taille el
los sapeurs poursuivent leur mnrcllo d'habilalion
en habitation, Lrouenl les murs, brisent les cloisons el se prolongent sur Je côté gauche de la rue
dtl la Fontaine en se taifünl à coups de pioche
une sorl.e do galel'ic. Trois compagnies du 42• de
ligae, sous les ordre~ du commandant Charpentier.
marcheal pas ù pas derrière les sapew·s; trois
comvagnies de 14• ile mi,rchc, senanl do réserve,
les ri!mplacent 11 mesure qu'ils avancent. Toul en
gugna11l du Lerrain, on rail le ÇOup de feu par lrs
portes, les fenêtre~, avec les Allerrurnds, qui. de
l'aulre côlé de la rue, nous suivent 1mrallèlen1enl
de mai~on en maison. ()ans celle lul le pied (1 pied,
l'ennemi, qui occupail au~si les habitations à traver~ letiqueUes nous cheminion,, perd &lt;l.u monde;
nombr1t de ses tués el de se, blessés encombrent
les drnmhres, •1ue nous enl~voru; une à une; plusieurs Bavarois, cachés dans les caves, se rendent
uu lomheul sons nos i:oupss.

Tandis que, grilce à cet heureux expédient,
nous progressions un peu dans Chàlilloo, la

colonne du lieutenant-colonel Vanche a,·ail
p,is comme axe &lt;l!! sa marche le chemin qui,
parlant de Montrouge, passe elltre ce village
et Bagneux el pénèlre dans Châtillon par le
nord-est. Mais elle avait, dans cette attaque,
subi des pertes :-ensibles el perdu son chE'f,
grièvement blessé. En outre, en arrivant dans
le 1-illage, elle était arrêtée nel par les foux
du réduit et la grêle de ~alles qui partaicnl
des maisons siLuécs dans la pal'lie haute du
pays. « A gauche, comme au ceulrc, nous
étions arrèlés au milieu du village, par des
obstacles qui se multipliaient à mesure que
nous a\'ancions'. »

Fin &lt;le l'action et ord1·e de retrr,ite. Cependanl la lutte continuait à tra,·ers les
maisons. Des fractions importantes du it2•,
qui formait la réserve, étaient venues appuyer les assaillants; deux pièces installées
presque dans le village tiraient contre le réduit. Mais, de leur côté, les Bavarois recevaient des renforts sérieux; cinq compagnies
nouvelles, accourues de Sceaux, prenaient
position dans la partie sud et dans le réduit,
s'y établissaient solidement et tentaient même
quelques retours oJfenills, grâce auxquels
elles nous reprenaient plusieurs maisonq.
L'artillerie ennemie couronnail le plateau et
entamait une lutte fort vive avec les rorts,
qui ne prenaient le dessus qu'avec peine~Une dernière lentati,·e, faite par le ue de
marche pour s'emparer du réduit de Chàûlloll, sans la possession duquel il fallait renoncer à pousser plus loin , venait d'échouer,
et nos pièces de campagne, dont un caisson
3. Gt\néral Docn01·, foc. etl., pagii 5:U.
4. Ibid., page 336.
5. Cependant, ii gauche de C:hâtillon, une batterie
bavaroise qui chercbail à étaulir ses piéces de ral'Oll il
lil'er sur Bagneux Cul hew·eusemenl couleuue par une
seule pièce de~, placèe au 1aillant sud-ouest au fort
de Montrouge, el chaque fois qu'elle se mellah en

avait sauté, blcssanl et 1t,1anl autnur de lui
des hommes et des chevaux, étaient oùligécs
d'abandonner la position avancée qu'elles occupaienL aux ahortls du village.
Ce:, allllques réitérée~, én~l'giques, mai~ :;;lns
sucet\s, l':iccrois.~emcnl perp11luel des ma,,,c,, énnemie~, l'épuisement des lrou1i.:s, tout ,lit qu'il
faut l'eooncer à enlever d'a~aul celle po.ition
inexpugnable.... Le général de Susbielle veut cependant encore lenler de l'arl':lcher à l'enm'rn.i
par Je feu; il s'enlrelenait de:; moyens incendiaires ;) prendre avec le capitaine du génie, dan~
noe maison siluèo à 1p1el4ues mètres ~eulrment
de la place ùc l'êglise, riuand l'ordre ,le ces,:er le
combal hii fut apporté, à !roi~ b.eures Ju soir, pa1·
le capitaine Del Cambre 6 •

Ce n'est pas c1ue le général Vinoy n'ei1t été
Lrès Msireux de conserver Basrneux, que nous
tenions solidement avec IJUalrc bataillons de
mobiles 7 et trois d'infanterie. li jugeait Lrès
utile la pos~ession Je ce village, fort pt-u distant du îort dtl Montrouge, el comptait eu
faire le point d'appui d'une reprise ultérieure
de l'olfensive, soit le limdemain, soit plus
tard. ll l'a,•ait même, dans celle pensée, fait
organiser duîcnsi\'ement, aussilôL tomhé enlre
nos mains. Mais il ignorait les iulenlions dn
gouverneur à cel égard, car l'ordre de mouvement n'en soufllait mol, et, à uue dépêche
emoyée au général Trochu un peu après onzu
heures et ainsi conçue :

« l\ous sommes 111al1r~ de Bagneux, je pruntb
ries mesures pour nous y maintenir; voulci-vous
lti conserver'!

J&gt;

Il n'avaiL reçu, à une heure cinquanle-liuit
minutes, que celte réponse assez confuse :
« Blanchard tiendra Jans le has Chàtillon, aaiM
dép1U1,er la l'Oule de Clamart; je lui annoncu
que vous le soutiendrez de Bagneux par volru
cauou, qui devra tirer euLre lo 1tilcgr:1pbe et 1~
hanl Chàlillou. Sous cette rroteclion, Ulanchu,I
féra sa retraite 11ua111l il le juyern ù 71ropos ou
quand vous le direz. Il

Ce n'était point là répoudre à la question:
c'était tout au plus laisser entendre que l'on
&lt;&lt; ne tenait pas à conlirmer la lulle 1usquï1
l'enlèvement de la bau Leur de Cbâtillon ~. »
L'embarras du commandant du rn~ corps
était donc le même, quand, vers deux heures
et demie, le général Blanchard, usant de la
lal.ilttde à lui laissée, rendit compte qu'cu
présence de l'accroissemenl et des progrès de
l'artillP.rie ennemie, il prenait ses premières
dispositions p8ur se retirer. Il n'y avait plus
qu'une chose à Jaire, le suivre, el c'est l,
quoi se décida, une demi-heure plus lard, le
général en chef.
La retraite s'opère en Lon orJre. Dans CLàtillon, nos troupes se retirenl lentement en
suivant le cheminement pratiqué par les sapeurs; pour ralentir le mouvement de l'ennemi, elles établissenl des barricades avec
des tonneaux, du_ bois de chauOage, el reculent progressivement de l'une à l'autre, teba.tterie, la précision du tir du fort la forçoil ~ussiltil
(Général VIMY, /oc. cit, page 215.)
6. Gênéral Dijc1101 Jtx;. cit., ~e 339.
7. Trois de la Côte-d Or, un de I Aulie.
S. Général v1~11Y, !oc. cil. , p11,ge 21 i .

à rétrograder.

.... 256 ...

CATHERINE II, IMPÉRATRICE DE RUSSIE
Tableau de ROSLTX.

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JULES

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Sommaire du
Profils de souveraines: CatherinedeR,ussie .
L'éd ucation d'un prince .. . . . . . . .
La!m~s de reine. . . . . . . . .
. . .
Memoires. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La guerre fram;o-allemande : Combat de
Bagneux-Chiitillon . .
. . . . . . . . .
La mai on du tisseur . . . . . .
. . . . .

PAUL OF. 'Ar:.'T-\ ICTOR ••

T. ri . . . . . . . . .
.,1,., r&gt; • Mo,1e~n.u.. .
litNÊRAL DE ~lARllOT •
L'-COI. ONEL Rot• SF'r .
JUI.P.~ C'LŒETU-: , . , • ,

.te l'Ar.,,tbll /4

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2~5
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rii·ro, le t2 de li!!lle prot' :&lt;C le ntOU\' m1·n 1,
et la bnuerio qui l'accompagne n'a même po. ·
à faire ,eaLir ·un action. Le~ Bararois réocrup nt la li Ît-r • nord du village, :m .. it1Jl que
no oldats l'ont quill :.c, mai ans cherrher
à eu dtiliouchcr.
nu côté de Fleury cl Cl3.lllatl, l'opération
'c:&lt;{,cutc de mème.

•

l'éteindre par le: gro canon de forts, cl il
firent demi-tour, el. par des feux de mous.
reprenaient l'ofleosir · :iu for et i1 mesure que quelcric el d'artillerie, le, rcj •li•r nt en dés.0011:s leur abaudoanion · le L
errain; en même ordre dan · Uagneu~ '· A quatre heur cl
Lemps, la j• divi ' ion bavaroise 'appro bail d mie, tout le monde ltail à l'abri; cul le
de Clamart. fort heu reu. cmenl, 1• obru· d, c..rnon de. forts tonnait t!ncore, lançant
l'ennemi ne Furent pos très meurtrier~, et rrro · projectile. sur 11' parli~ euncmis Ill!· on
·011 iafantcrÎI', "ênée par les barricades que
apercevait çà et là .
nos -oldats arnient con. !ruiles, ne progr a
P,•1·1,•.~ et co111·/11~ir,,1. - Les p&lt;'rlc · élaicnl
que trè lcnlem nl Jans la partie nord du à peu prr. éciui,·alentcs de deu., côté-. Elle

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TIR ~E EN (;AMAÎEU

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MAGAZINE LITTÉRAIRE Il.LUSTRÉ BI-MENSUEL
__ SOMM.AlRB do NUMÉR.O 12' du

25 octobre 1910 - -

,\1 .,Rç&amp;L PHÉ\'OST, de l' .\ cnd ~mi&lt;" fr:in~ai. e L'onrie. - C.H{)LLE )\E'ïUÈ • D us
la forGt d'octobre .
luc~1.1.1l T L'i,\ YRE, L'ombre de l'nmour.
G 111·

de la GUERRE FRANCO=ALLEMANDE
1870-71

' llA"'TEPL El'RE. Ouvrière en ro e .
Il. TAISE. Opinion , - ALPIION.'6
ecre1 de moître Co mille .
E 1• niv,ü1 Mlt,;ITAEl... Paysaj!e .
JEAN RI CIIEl'f"I, ~el' \ .:nl~mi~ rran~J~e, l\ladame A.n _
d ré. -;-- J .-;\I. nr IIl~IŒ1)1 \. S,iir de bata.,lle. - J. MAR 1. 1rettc . - . \&gt;&lt;DRE ltl\ l!H;. Attente. p 1~Ri, LO'll d~ l'Acud~mic fran çai~e. Azly11dé. - .\L\R1 ~; \ 'ALY~RE. Heures
gn es , - ER. •~•T D'lll~ll \'ILL\', Un homme peu curieux. - Gvv l&gt;f ~\AIII',\:,.
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Afin d'tlliùrdes erreurs, prière d'ecrire très lisiblement toutes le.s i11dicaliu11s.

L'OMBRE MYSTÉRIEU E
(Roman adapté de l'anglais)

ARNOULD GALOPIN

A--- - - - - - - - - -

La Prime gratulte me sera envoyée d.e Dipa.rtemeni - - - - - - - - suite par poste rcçOlillllaod~e.
Bureau de Post,,.__ _ _ _ _ __

LE ROCHER DU MORT
/Roman adapté de l'.inglals)

PARIS, I.IV".

LA TÉNÉBREUSE AFFAIRE
DE GREE

H.-R. WOESTYN

1\ Bagneux il avail élé néce aire de prendre quelques précaution·, en rai.on de l'exÏ-•
Lcnc d'un gr:md parc, i;ilué au nord du Yi llage, très l!n . o.illie par rapport à celui-ci et
clo de mur d'oi1 l'ennemi aurail pu ·ingulièrement ruol • ter notre retraite. Le qénérnl
Viuo avait fait orlir 401) marius du for t dt'
Moutrou"e, ons les ordre. du rn.pitainc de
rrégatc d'.\ndré, :m.&gt;c mis ion ù'ahattro
mur danrrereux. La précaution n'était po
inutile, c.1r le. füwaroi--, ,·o ·nnL notre monvcm ut r 1trograde a~ai!!nl amené sur le
plateau toute l'artillerie de leur li• corp , qui
Lol1t ·oit la plnine malgré les elîorls fait pour
1. T.11Cuun:(rm1co-flllm11md", 2 pirlie.pag.-,170

Slfi,rATtlRE

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une gravure extrememeot rare, introuvable dans le comi:zierce, reproduisaot
un cbef-d'œuvre d'un des plus gr~ods maltres du irvm• siècle :

dont 1I n'existe pas, .malheureusemcn1 pour le publî c, de copies gravées facilement

Chaque

sous

POLlCICR

EN YENTE CHEZ TOUS LES LlBR/llRES

Ill . -

Hl&amp;TORIA . -

Fasc.

:i,2.

Yillnrre , &lt;( toujours opin.iàtremenl défendue
par l'adYer aire 1 ».
0$ Lroup
pnrent donc e retirer .a.n
encomhre; la brigade 1Jumouli11 rentra au:x
llnu te ·-Bruyèr . en pn anl derrière le fort
Je "onlrouge; la bri,rndc de la ,harrihe sP
maintint à la maisou .llillaud, ripostant énergiquement au feu de l'artillerie ennemie par
celui de e. l;,'illeri . Qwnt aux oc upanl
de Bagneux, il quittèrenl le ,·illage au mo•
ment ruêmr 011 le marins fini . aient de jeter
hn les murs du parcj ces marins fermèrent
la marche cl couvrirent la retraite. Le Bavaroi ayant voulu sortir du village et se lancer
!i nolr pour. uile, no colonnes . 'arrêtèrent,

altei 0 nnienl, pour nous, 5 oîlicier et.~ bommes tués, 9 officier et 7'20 hommt' hle sé
u Ili paru ; au total, Wi homme · hor de
combat. [,es lhvaroi avaient .\ officier et
!JH oldats llll' , 6 oHiciers el 109 oldat~
hl ·és enfin 61 pri onnit:.r : en Loul,
JG6 hommes hor de combnt. Ici, comm à
Chc\'ill ·, les lr011pes dn l:i•· corp· amical u
à allaquer direct meol des localilés fortifléei;,
que l'artillerie n'avait pt! , au préalable, ·uf6 ammeut ntamé'. Mai ces lornlités ne
con,tiluaient qn'nne a,·ant-1igoe· par uire,
elles étaient moins fortement retranchée, el
au i plu faiblement gardée 11u les posi•
2. 1,~né.r~I füc11or. /nr. ,·il., page li1.

17

�H1S T O'J{1.J!
Lions principtùcs de l'Htt), Cht&gt;vill) •L Thiai •
En outre, chM1ne atL.111ur a,•ait comhin,; dein
opérai ion ~irnullant de front el de Jlanc;
et si fnil,le qu·ail étc son action, l'ol'litlrrie
avait laul :oil peu conpéré. Enfin, Ir~ Lrnupc,
du génie a,•a1!'111 été pour l'infanterie de précieux auxili;iirc , •l c·e·t à l1!urs cl1t•mincmenl à trol'(•r, le~ m::ii on., autant 110•~
)Purs Lrav;;iux de fortificatton rapide. qu'on
devait d'avoir pu prendre pil'd dans Chàtillm1. c.. s cfo·t!rscs coosidêralion · e. pl1qurnt le
ucc ·~ relatif r1ui avait couronné une ::u:Lio11
cx~culi'.·c ~:ins 1m l lhlfini. ~an ohj1•tlil' d~ti•r-

miné, el entachée ,Ji,~ mêmes erreur. lactiques 1p1e le maJbeareux combat de Chevilly.
Quant aux lroupt•~ clic&lt;: avaient montré
de: 1pinli1és dt! vi!!ueur el J'e11train a. urémenl fort remnrquabf.-. Toul· , au%i bien
celle, de la ligne que celle · de la mol1ile,
riralU•rl'nt tl'ardeur èl de courage; Loule; .c
comportèrent é1:,':lleinu11L hic11. Cependant, si
l'on prul dire avec 1• géuéral Ducrot «tu !':'lf1':iire du 1:i ortohre a ~ttt \i"otirr•usem1•nl
•xêcultle, il. l'mLlc diffirile d'admellr1•,rommll
il le foi 1, 1p1'dl ail clé bit:n coneuc .... Peut-

1, ■ l,t&gt; .1,:011&gt;1-r111•11r ,1,· Pnris, 11rri1•r (i /11 (,11 ,t,. /11
Îlll//'llr',• ~11,· Ir 1/li'lllt, /)1• (fi /11//1•, fol li~mnin 11,•
uulr~ r,•lraih• t'I ,111 rt'luur ,1lr,•11,if ,j ,iguur,·11\ q111•

no11, :,vion; np,•r,:. Il ~,lrr,,a rt~ dt~h•nr,.11••·• Ci·lwilutiun, n11 moltilr q11i ·.:l3Îijfll lr.'· lir:1wu1r•11I l,~1 lu • 1 1:i,,11:ral \'1~10. for. , il., pngu ':!IX,

ètrc qur i le gouverneur s'était tromr ~ur le
rhamp d lin taille 1, il aurait mieux compri.
Ioule l'imporlanre 'lut&gt; pomail a,oir. pour
l •· opérnlioll.' ultéricu rc , la ,·onserr:i lion d
&amp; 1wu,, et il aurai! olor · profit· d • l',n·an1.a"c acqui: sur re point pour l!S. O)'Cr, le lendemoin. de rrprendrr. pied l&gt;Ur le plnteau de
Cbàlillon. La tcntati,e faite li 15 au rail, cl'
ce fait, élé lo~ique, fécomJP nième, ut l'on
n'aurait pas 'Il 11 rcgreller lt.1A rwrlf• qu'elle
aurait pu ,·oùtcr. Mai fa.ire prc.11dr1J dt" Yilfa ..es pvur le. é1·acuer rnsuitr. de son plein
gré, esl une opération qui ne ~c jus1ifie
gut•rl'. l'ûl-cù par le désir cl1! s·a ·. urtJr fJTIC
J'eniwrui n'a pa. quillé ~c~ p ~ilions Jerrirre
eux!
muTr.:&gt;..\'.'\T-Cnr.oxEL RO 'SSET.

La
CPt le maison du tis_eur t était, en réalil!.!,
la maison d,, deux li. serands . Le~ fri!n•
Fonrnai~c. •111i lrn\·aillnient lit en commun,
mari,{:: l' w1 cl 1':ml rt', loue; deux hcurt•ux,
Quand \:1poléo11 et Bi mn.rck 11renl p~u1 par
Lit, I' humltloi logis rie, int, du jour an lentlcmain, qucl11uc d..10M¼ oowmc un nwnnmcnt
Li ·lori411e. li en cst des pierres comme des
lincs : /,11/ll:'11/ ~un 1,1/a J&gt;t'ftre. Ou Iil :ilor
aflluer Jan la m31so11 les urieux, le vbileur , l · coureurs tlè champ de hal~ille, fo,
touri::;te , le· \n«bi. . Toul ce mo11de pa~ail
pour visiter la l'lwmbi•e de /'ent1·evue, el jeter un coup J'œil :tll\ cinq louis lai~.és par
l'empereur. el à 1'irn,1gc clc saint Vinrent de
Paul. Quelque amateur de i·eli'JllÎi1' hi loriqnc:; propo~icnl même 1lacboler le · ciml
pioc1• d'or •11c.-idrées l ùc le pa)er lrè ·
t b1· r. Elle. ne . ont pa ' à vènd.rri, r~pondail le ùssf'ur.
Et on se contentait de vl'Utlrc de· photographies Je la nrni on, exécutée· pur llecwr ll11~. on. lc pbotograph1• Je la plac1• d'Arm ·.
Cela 11e faisaiL lu compte 11ue d'un cul d
frère Fournai.-e, de Cl'lui thez qui Ri mard,
et l'cmp reu r t•Laieul ,•ulré~.
- La mai 'O n e L 11 nou dPux., dL,ait alor~
l'autre. C'est par hasarJ 11u'i/:; sont mootês
à gauche, c'est-a-dire cb z loi. quand i/.1
pouvaient loul :11ni bien monter à d1·oill',
c'c l-à-dirn chez moi. Part.'lgeoo donc le
proOts do l':m!ntare cl mcllon en commun
les gain noU1·eaux ~mme nous O.\'ons mis le
Ira vail p3 é !
1. \'oir, d,ur le fnsci,•u le n" 21 ,l'/liatorin., l'nr•
tklc : .lp,-è &amp;da11.

maison du lisseur
- C'cat 4uc dall~ c, · Clllll pièw d'or, pas
- Point clu loul. répondait celui d'
unu
ne c rcs~embl . Il y en a une de '\:ipofrères Fournai,c riui a,·ttit r&lt;'ru les ,i ilcur.,
c'esl chez moi qu'il· sonl wnus. C'esl pour Jéon I• , une de Loui · \ \'11 [, une de Char le,; \,
une de Lonis-Philippc, el l~ tinqllième &lt;ltJ
moi qu'e ' t l'nubaine. Chacun pour soi et 1a11
:\"a.poléon Ill. Les cin'( Jcmier. r ••ne. !
pi· pour loi l
t,•.· t'Ïnt/ 1ltr11if·r~ règ,u.~ ' Le mol Ille
Le. femmes :ms i :'en mi'laie11t. On -'irritait, on 'ai:,;rissail. Après bien dl' onni'. '. frappa. c·e L le ha ard r1ui a fait que lXapod'affection. lajalou· ie divisait ces hons cœur~, léon ITI, prcn:uü dan· a. poche cin~ pit·e ~
t.l'or, ail tendu ain i cinq pi1'.ces ùitrércnles.
t&gt;l en fin dt• complu 011 brisa le 1iCt1$ d'auCc ha anl a parl'oi · dPs rcnco11lrcs intrefui •.
Aujuurd'hui,•, un petit mut· d~ pierre :~- cropblc • ironiques, dfrnynnl · . Le· d1•11x
rh , 'élève au milieu de la m:u 011 Je t,~- mots d"ordre pour la ;arde &lt;lu palais de. Tuiseur •t èpore leur. deul logi·. lis co11l1- leriPs, mols d'orJr • fixé.-i d'avarwe. scluu
nuenl ù vivr(• rt\tc ~ cùte. - il Je l'aul bii&gt;n. l'babîLud1•, pour le ~ seplt!mhn• 1 70, 'ltlicnt
lcur toit ei.l là. ~lai· ib ne ,e parh•nt poi11L {le croira-t-on·!) . 011/1 l 'P1l1m.
Le cinq pièces d'vr données par ~upocl k Fournni 'ù ccui continu à travailler rL'1rarde ovec en1ie le Fourillli, e qw pfül, ~i lê"n Ill, el se tromnnl résumer !t la foi~
,.
.
.
,
'
com,w le I.e ·tam1ml des cirur
•oes, cela
bo11 lut ~cmlilu, fair• Je:' lTOllOIUtCS eu .c
crois.1ot le. bras ou en ne s'cu ·crvanl que slupéfill. L'tirnpercur aya.nL rt•çn de f. Jlurt!
pour rmpochcr les pièce d'argent qui tom- de fur ancien, il o' l pa, êll)nnanl que ùes
pi/\1•e · du rl:1le:· diver,' fi"uras ·,ml dans Je~
hr.nt chez lui d1•puis La guerre.
Comme jr rentre à !-cdan, dernière élnpc rouleaux. rllais Le de Lin vpulait-il cs,-a11!r d'une
a\·anl Pari de ce \oyagc à lrnrer- les rhamp: l'unèbre ironie en r,luni~ anl clans la rnènu:
de boluillc oi.t j'ai d1erché, bui. ou pur buis- main, en r:ipproch:rnl dan · fo même cadre
son, le 011\'enir ile 1lf1S mort , cl oi1 il me œs pirces de monnaie cle cinq monarchie,
. emùlail aller d'une lloque de Silli" à u11e donnce à l ...1 ferunw d'un tisserand pour loi
llaquc de ~:mg, mon cocher me clil loul tl p~y&lt;•r l'ltospitalité d'un moulent - l'l cela
qunra.nl huit he11r
eut •men l a,·au~ qne la
coup:
lléplt~lique
1
·inl
.uct·éder
ao\ !-Oureraro · donl
- .\ve~Mous .,,u le ci1111 pièce, d'or que
fo ffi•ne Lomhaieul de doi"ls du dérni1 r
~apoléon a donnée,; à la femme du Lis cu.r?
emprreur!
- Oui.
Pourquoi faire des roman , invenll:'r Ù&lt;'~
- .\ vez-,·ou~ rcmnr,tué nnc cho c '/
1rogédics,
cbercb •r l'impo siùle. l't!tonnanl
- Lnqucll ·?
et lt! llavrant, •ruand il a ca drame éL.oroel.
'.!. Ce5 ou•'l!nirs $)11! ertr11i1S ,h! ,·o!nmo .= f:ii1tJ &lt;:el incroyable roman, celle impos.ihilrlé vi11.71' apl'è8. /, Al•are el /Q 1,~r,·nme tlep111.&lt; l tm,·aut • : - l'Ui Loire '?
nr.ricm.

r,.

1

JULES

CLARET1E,

Je l'Ac,.Jrmle Jrmpfse .

... ~58 ,..

Christine de Suède
Par ARVÈDE BARINE

1\" (. uile),
La con ternation était au camp des savants.
Pour la plupart d'entre eux, un .ouci égoi te
était au fond d r •gret '. Ile gro es wmme.
d':wgenl élaierll i1 pré col dis ipées en fêtes.
Il !!Lait à présumer que la part dl!S savant en
sllr.cil diminuée. Le~ plu · désinlére és rc~enlaienl amèremmiL le d 1"0ÛL J'èlre upp!:'loté par uu houffon. Tuicbard écri,iiit à
Vos ins 11u'iJ avait tant de
d1agrin &lt;1 depuis le cban~ernent arrivé D :i la com
dti guède, qu'il avait hàle
dt! partir, de peur d'en
mourir 1• Le Lou Huet était
encore nawü oixanle :m
après 1 , au souvenir de u C4!
d,1 ·olam :ih:mdon des lettres 11. La nouvelle fil
promplemeut le tour 1k
l'Europe. 1ln se n\p lait t}ue
l'incompatablc Cbris tin e
avait quille les éludes sérieuse pour • livrer n,I
/1((/ir,·a el ina11ia sous
l'inllucnce d'un charlatan\
el qu'elle reniait la philosophie pour adopter ttuc
horrible maxime : a TI importe plus de jouir quo de
roonaitre'. ,1
Ce fut er · cc lcmp qu •
llenseradc déclina une invitation de Chri~Line. soil
tju'il e11t \'COL du gr:mJ
. cbm1rremcnt, soit pour &lt;l'autrl!.S raison ·. La répon.e
que lui li L l:'1 reine est un,
de ses meilleures lellrcs,
snn~ èlrl' liien l,pnne. L,,
plume ~ h, mni11, Chrisli11e a,ail J., 1,ndinage pe. aul et tortillé. - Elle écrivit à llrn-.erad,• : Q Louezvou · de \Olrc l11 ►11ue furlune 1111i ,·ous empèchc
d'aller c11 Suèdl!. 1n e. prit
'i cléliclll IJUC li· vùlrn . 'i•
rùt morfondu, Cl \'OU ~l'ricz retourné enrumé spir1ludleme11t en ,otre cn•ur.
011 ,ou aimerait trop !i
l'aris avec un1: barbe quarrée, une roube Lie Lapon ec 1~ chau. ure de
même, renmu du paI- de rrima. ! .Je m'irna1•iue que rel 1lquip:'lge vous l'et•ait l1·iompbcr
1. L~tlrc ,l11 'lli ~vr1l lfi:,èi,
':!, Jfi'mofrt'\ . lln..i n n:,-u 11uafr&lt;'-1În11:H► nLe ~n~.

de "ieilles. ·oo. je mus jure que ,·ou· n'n\·ez
rien ù regreller. lju'auriei-vou ~u en .:'ui'!dc1
Notre glace y t telle qu'elle rail chez
\'(ll1s, excepté qu'elle dure ici ÎI mois de
plu~. Et outre été, quand il e met n foreur,
c~l î viol•nl, 11u'il l'ail trl."mblcr le pam-rcs
11 •ur' ffUÏ e mêliint dr r ,,, mhler au jasmin. n Ben~eradc afanl l"espril poli el µalaul, que peut-il souhaiter, étant Jan· la plu~
bel.le cour du monde, auprès d'un prinœ

aJJ "1 ,l.r.r (),(li flflULI

•

•

nr;.J/,'Ja~'t ,~
.,(Jurtl Ji,1,uJ ,,/;,, l"JhL· t 1rl11l!,

,. l1,la,r
C

,

,

jeune qui donne de si hautes c pt1ranCl'. de
~a Yertu ·1 ... C11nti11uez à ,ou~ immo1t;iliscr
nu Jherlis emNtl da cet nim:1hle prince el
:;_ Ll'llr,• J,, l'lu•tor,eu lln111 •lé , nlu1s i lk1111us 11;;,~).

clonnez-vou" de •nrde de mériter cet exil. .1 ,
,·oudraih po11rtont que par 1111ch1ue criwe
vou pui 'sîez mériter 110 eml1la~le cMLimcnt, afin que 110l rè .'nède pilt voir cc 11uc
la France a de pins gala.ni el de plus .,piritucl n.... 11
Ct·pend:ml la coli•re Je fa Ctlllr clc ~uèd1'.
~:1gnaiL li! p11ys, pour qui l'inll11enr1• Je Hour1lclol e lr;1dui ·ail par un surcroiL ile mi· -.r,i.
Curisûnc étail ualurellc.m1•nl désordonné!', et
la détresse fin:rncièrc n'arail ces -é d'augm1•nll'r ~011
. on règne. Les inve11tio11 galan1c de Dourdclo~ 1111rl~eol le gaspilla •e ::111 comhle. Les rolfre · de n)n l
éLaicnl vide , on ('rédi t
~pui é. La Hotte n'était
plus c11trcl1•1lm•. lin amha :-.ideor faillit ne p~s FllrLir faute J'ar •cul. On en
flait aux delle - criardes et
au ex pédi •ni , mèm • au
palai · : les dome ·ti11uc
u·avaienl pa été paJé de
1•urs gages depui · près de
den-x ans, et la reine 11'a1·rut pu ·c proC'.urer nn •
omme de 1000 thalers,
pour un \"Oy:igc uro1enl,
qu'en mctlanl .a \'aÎS~e.lle
d'argent en gage. Cela sent.ail partout fa ruine, el l'on
n'en étai t que plus .iprc à
presser la rc11 Lréc de l'im~
pùl; mais on avail beau
tordre le pay an midois, il
n'en orlail plus 1·ien. \'oici
qui e l à la grande gloire
de ce p,mple. Qu •lque cui.anle que ftil so mibi'•rc, il
rn ~tait moins touch 1 que
ù'appr,·ndre que .sa jeune
reine déhitail à pré,cnt
m.illt&gt; iu1pictés. à l'c.,cmple
de Bour&lt;lelol. C'en itail
Lrop. 1 'lan 11ag-c de.~ grmnls
J,,\'inl mt•naç.,nl. l'l Dollrùclol fut conlra i11l de sé
foire c,corler pour sortir
dan· l1•s rmi!\. Chri. tinc
c-0mpri1 11u'il était pruJ' ·nt
de ré.der .
jleut-ètre en avait-elle
asse.zdu pt•r ·onnaf:C. Quoi r1u'Ü en oit,' il ~\•a
,tll:t dau · l'été de 105:i, chvgé de préseols cl
1·e1·ommandéàM:izarin, 11ui i:rutd1:1&lt;iirà ln pot . .ll11.r1111r. M 1:1iri tine.
Il,• ln liu 11i· 11;:,'.!.

:i.

•

l '

�C111t,1ST11V E DE SUÈDE -

'ff1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
li tique dc lui donner une abbaye. Il 'impro,i~a
abbé tomme il 'était improvi docteur, etdi,·crlit Pari du pecla ·le de son importance.
« Noll'c m;t/lre Oourdelot, écriva.il Gul' Palin à
un ami, se fait ici porter en chai$e, suh-i de
quatre !!rands estafier, Il n'en av:.lil par cidevant ,,u trois, sed e pauris tliel&gt;u.· qttarfüs accmisil. li , e vante d'avoir fait de mirad s en 'uèdc. ll Christine domeura en
corre pondancc avec lui tant qu'il vécut. li
lui donnait les noul'elles de Pari et elle le
consultait sur . a santé.
8-nlln il ctail parti, et 1• pays, débarra sé
d'un joug honteux, reprenait h:i]eine, lor qu'un nouwau ouci fondit sur lui. La reine
fai ail emLaller
meubles~ se liues, se
objets d'arl. Un ne fut pa lon••temps dans
l'incerlitudesurse projets.Let I f'évrier iGj1,
Christine réunit le sénat el lui annonça son
intention de remellr la couronne à on tou~in Cha.rie -Gu Lave. Eli 11jouta 11u'il était
inutile celle foi , d'e-sayer de la dissuader
de on d sein; " qu'elle ne e mettait point
en peine de loul ce qu'on en pou,·ait dire·
que c'était une résolution prise, dont elle ne
re départirait pas; que pour cet effet cUe ne
demandait point leur a,·is, mai" enlemènt
leur onoours r,.
a Cc di cour dit un vieil historien, jeta
un tel étonnement dans les esprits, ,rue l'on
rl, ·avait que répondre à a Majesté. 1,
'olre iècle est accoutumé à \'Oir le orl
ùe trônes remi ' au caprire d peuples el de.
rois. li ne s'étonne plu· des révolutions 1ù
dus abdication , el le discour qu'on -vient de
lire pa erait aujourd'hui pour un trait
d'e prit. li en allaiL tout autrement au
u·n• siùcl1.1, où l'idée monarchique n'était
pas encore éncr\'ée. On estimait alors qu'un
ouverain cl une nation sont lié· ensemble
par nn devoir nrnlucl, que ni l'un ui l'autre
n'ont le droit de déserter. li · a entre eux un
contrat portant la ignalure solrnneUo Je
Dieu, pui ·que Dieu a cboi i et façonné le
prince auquel il donne le peuple. Charlc Quint avail abdiqué, cl on ex-cmple fut comparé à ccfai de Chrbtine, mai leurs deux
actions forent lrou,·ée. très différentes.
Charle.-Quint était àaé et infirme. CbarlesQu.inL se relirait dan un couvenl. Il n'était
pas ùr, d'ailleurs, que Charles-Quint n'eùt
pas eu lorl; on racontait qu'il avait regretté
la couronne. Christine était jeune et robuste.
Elle ne ongeait pa à 'en evelir Jan la
retl'aite, el elle fai ail onner trop haut la
beauté d'un acte auquel l'humilité ied mieu
que Ja forfanterie. D:ins ces conditions, l'abandon du trône devenait un désordre public.
Elle 'en doutait un peu el 'attendait au
blùme. )uelqne jours après le coup de
tliéâtte du 11 Février, elle écrivait : • Je ·ai
que la scène que j'ai repré entée n'a pu êlre
compo ée elon le · lois communes du théâtre.
Il est malaisé que ce qu'il y a de fort, de
m;\le et de vigoureux puisse plaire 1 • ll Elle
di ait aussi : « Je ne m'inquiète point du
plainlile. l) Ce n'était pas Yrai. Elle abdiqua
1. Lettre dt1 28 fhri er Hl:\~ 1i Chauul. ancien am1,ossadcur de l•rance ~ lockholm

en pilrlie pour ùtr~ applaudie du parlcrrc,
Eli· avait troi autres motif : el! n'avait
plu le sou, on métier de reine l'cnnupil.
la uède cl le. uédoi l'cnnu aient.
L'opinion du p1rterre e l ré umée dans les
deux fragments . uivanl : « Dan quel Lemps
vivon -non , bon Dieu, écrivait Vo iu à son
compatriote Hein ius. Le reines dépo ent l.i
ceplre cl venlenl vivre en particulière ',
pour elle· el pour 1~ lfuse . !) fin Ut, d':iutrr
part, dans les ,11e'moire.~ du fooL&lt;&gt;lat : « Il
e pa sa dair l'Europe, celle .innée, une
cho e extraordinaire, qui fut la Jémis ion de
la reine de Suède: de on royaume. Celle prince SI" avait l'e.prit forl léger, et elle . 'élail
abllldonnéc à fo. lcr.111re des poètes el des
romans; ... el pour faire une véritable vie de
roman elle résolut de renoncer à sa couronne. &gt;&gt;
En uèdc même, les entimeu fur~nl ce
qu'il de"aieot être chez un peuple trè.l bon,
incapable d'oublier que ChrHini:&gt; était la fille
de Gu Lave-Adolphe. On fit des in tanc~s
pour la retenir el on pleura à la cérémome
de l'ahùication. On aeeueiHiL généreo ement
ses demandP.~ d'argenl, qui n'étaient pa petites; Chri line . e fa.i ail a surer Je- rercnu
de -va.te· domaines et do plu ieurs rilles,
montant en emhle à environ :iO0 000 livres.
On arma une flolle pour la tran·portcr ayec
honneur où il lui plairail. Ce. devoir rempli. , les cœur· commcntirenl à r détacher
de l'inrrrale. Elle continuait à commander :
on lui insinua q11'clle n'était pl1ts la maitres c. Elle témoign!lil une joie indécente de
quiller la 11èdc ; le peuple r mit à dire
qu'il fallait l'ohliger à dépenser ses rC1enu
daru I pay~. Chri Line apprit ce propo,, et
son impatience n'eul plu de horncs. On lui
avait préparé une sorLie Ju reine; elle s'enfuit en aventurière.
Elle s'était l'ail précéder de c.s collecliou ·
el y :n•ait joint sa vahelle d'or el d'argent,
les meubles el lès pierreries de la couronne.
On raconte que .on uccesseur u·a,ait trouvé
nu palais que d us: tapis el un 1•ieux lit. Une
fois loin de tockholru, la reine de uède
renvoya ·a ltite, se coupa les cbe\·eux. prit
un habit d'homme, de. hotte , un Fnsil, et
annouça qu'elle allait en Flandre, à l'armée JL'
Condé, a faire le coup de pistolet o. On n'eut
plu d'elle que de nom•ell . intermittente .
Tantêit on la perdnît de vue; tantôt elle irrnalait on passage par quelque exlravagance
qui la dénon~it. Arri,·ée /1 la limite de la
Nor\·è.,.e, elle franchit la fronlière d'un saut,
avec des hurrahs de joie d'èlre enfio hors de
Suède. Un peu plus loin, elle rencontra sans
le sa10ir la reine de Danemark, qui la guettait dan une hôtellerie, dégui ée en servante.
Quand les grande James, en ce 1emp -là,
daignaient mépriser l'étiquette, elle ne la
méprisaient pas à demi. (Jn snl enfin que
Christi.ne s'était embarquee dans un porl,
tandis que la Jlolle l'attendait dans an autre.
Son intention était d'aller e montrer à r Europe, afin de recueillir les applaudi · ement
'2. J,r tlre Ife Whilt• lt,ck,•, a111hi155~tfour ,le
il la rour ,!(l ui•,lu,
..,,, 2 60 ....

t "rnwr ll

qu'elle était sùrn de mériter Je lanl de manière .

•
\'

Elle tléharqua en Danemark, prit un faux
nom, monta à. cheval à la manière des
uommcs et piqua sur llambom.,., accompagnée de qualre gentil homme et de quelque alets faisant l'offk~ Je femme. de
chambre. &lt;&lt; Elle alla comme une vagabonde,
dit encore Montglnl, de province en province,
voyant tontes les cour · de l'l~1uope. 11 On
croirail a, i·ler à la tournée d"un cirque ambulant. Clu·istinc donnait çà el là une représenta lion. Elle improvi ait pour cos occasion~
une uile ro1alc, rama· éi• on ne sait où, rc"~lait un costume &lt;le nala cl faisait une entrée
solennelle J:ins une ,-ille, l'ecevanl le bonnuur du à on rang avec une fierté qui charmait la foule. I,tl populaliou accoor.iit, car •Ile
élail une dtis eu rio ités de b chrétienté. Elle réJ&gt;ondail aux harangue otlicielle · avec aisance
et à-propo ·, à chacun dans ·a langue, prê idait
en grande . ouveraine le fêtes qu'on lui offrait
et enlretenail les a,•ant- en confr~re . &lt;1 Elle
parle de toute le cho es humaines, écrirnil
un uudiLeur, non en prince se, mai en philosophe e JJorlitu•. »
Elle coupait la pièce noble d'inlermrdes
comiques de a îaçon. Tantôt elle . e meWlil
à fail'e &lt;&lt; di ver es nrimace à b mullitude qui
la suivait pour la voir;; ». Tan Lol elle changeait de costume dans le carros -e même,
a,•cc l'adrcs.c d'un clown, pour dérouler le·
L:idaud , qui ne s'y rcconnaL aient plus.
'l'anlôt elle lâchait quelque juron au moment le plu solenn l, ou qucl11ue plai anlerie graveleu·•, digne d'une jeune pers:onnc
qui savait Martial par cœur a ,·ingl-lrois ans.
Tanlùt Plie prenait ~oudaio une posture de C:l·
haret Ill érlatail Je rire au nez du gr:ind personna"e qui lui p!lrla.it. Â Brux.elles, où elle s'attarda plusicur moi,, elle mena un Lei carnaval, que La« pui ante main 1&gt; qui la retirait,
à l'un croire, de tou les précipices, eut Iurt il
faire. On n'ôta jamais de la tète de beaucoup
de contemporain qu'à Bruxelles au moins,
Dieu, occupé ailleurs, l'avaiL quelque[oi~
laissée rouler au fond de J'abime. Quoi qu'il
en soi!, la sottise faite elle reprenait C$
grand airs de reine. Le parterre riait i le·
Joges commençaient à siî1ler.
La pièc.e jouée el la toile baissée, le costume de gala renlntit dan son coffre, la uite
de renconlre s'é\'moui nit, el il restait un
jeune cavalier a ez ràpé, crui semait les
josaux de la couronne de uède chez tons les
usurier du chemin, courait les hôtellerie,
en taparreur el se di ertis ail à. dépi ter le
curieux. On l'attend ait à droite, il tournait à
gauche. On croyail le tenir, il se Jérobail
pendant la nuit. Il paraissait, di pnraissai~,
reparai ail, jusqu'au jour Oll il lui preoa~l
fantaisie de remettre des jupes, de redevemr
reine de Suètle et do donner une aulre reprécnlation.
;i

Cnlleclir&gt;11

,if tlic,

/11[1 •

loe. 1 ru!., 1.umlrcs, 17 ,2.

l'npers n( Jo/,11 Th111~

Elle en donna it Hambour'•, à Anver , à
BroxeUe~, à ln pruck, 011 elle renouvela brillamment l'affiche en abjurant le protestantisme. Elle l'avait déjà abjuré ecrètemenl à
Rruxclle , daus la nuil de oi\l Uia4. C'est à
ln pruck, le J oo,·embre llij5, qu'elle fit
profession publique de calhi;lici me.
lin a discuté à perle de vue, el non ~an
aigreur, sur le motifs do sa con\'ersion.
L'é\'énc':IlenL étail d'une extréme importance
pour l'Eglise romnine. De Lou · le· néophytes
que l'Énlise pouvait convoiter, il n'en étaiL
Jlas alors de plu e11\'ial111l que la propre fille
de Gu ta,·e-Adolphe. JI est naturel que Rome
ail pour uivi la corn·cri.,ion de Christine avec
un zèle particulier cl toute l'habileté dont
elle Jtait capahlc. li l'est également qu'ayant
réus ·i, elle ait allriLué on triomphe à la
puis~ance du la ~érilé el présenté l'abjuration
J'lnspruck comme un dlet de 13 !!t:ice divine,
11ui avait ré,,élé la naie foi tl une hérétique.
li c~t encore naturel qu'après uni' ,·icloire
dunt le lJruitavail rt?tenti d:m. tout• l'EuropP,
rempli anl d'allép:res e le cœur des fidèle~,
le saiot-sii'•ge ait jeté le manteau de Noé sur
J, faibles ·es de a néophyte et feint de croire
à la sincérité de ses convirlions. 11 se fiait
aux nnn \es, à l'habitude, à mille circonstances qu'il se chargeait de faire nalt.n:,
pour ache,·er l'œu,rc ébauchée, el il oLtiut,
eu cll'el, avœ le temp , on langage auquel on
ne pourrait reprocher que d'êlr~ hyperbolique dans ses glorifications de l'Eglise el Je
la foi catbolique 1 • Ce que Chri ûne pensait
au fond étaiL chose secondaire, PL il ~cruble
hien que lè pape l'ail compris ainsi.
• On conçoit également que les protestant.:,
irrités aient ae('ill;e Christine d'h)'pocrisie,
plulôl que d'admettre la .incérilé de sa con,·ersion. Il· pulilii•renl partout CJUC, loin
d'avoir été attirée dm; .a première jeune se
par la religion romaine, ain:i que le prélendttienl les catholiques, et d'avoir 1léposé la
couronne pour ètre libre d'aller oi1 b ~ràœ
1'11ppcfoit, Christine ne croyai L à rien el
n'avait ahjuré que pnr calcul. A les cnLendre,
la pompe d'I11:c-pruül, n'a\'aÎt d'auLrc but que
d'intéresser le pape et les roL c.1tholiques
à la reine de uèdl.l, afiu d'en tirer de l'argent am. heure de gêne.
A prl!Sent qu'on eu jarre san passion, il
faut cumcnir que les apparence donuenL
rai on aux p1·otesta1ll . Christine changea de
reügion de l'air dont ('Ile chan"eail d'habit,
pour ébahir la foule. Après l'abjuration secrète de Bruxelles, elle écri\'Îl en uè.de, où
l'on avait depui. longtemps des soupçons :
~ Mc occupations sont de bien manger et de
hi n dormir, étudier un peu, causer, rire et
mir les comédie française, italieune et ei.pagnolc, el passer le temps agrraLlemcnL Enfin, je n't;coule plus lies ~1•r1iwm .... ~ Elle
déclare ailleurs qu'elle s'e t convertie J)onr
ne plus entendre les pasteurs, qui l'cnnu-yaienl
trop. Les sermons étaienl sa gro ·se objection
théologique à la religion réformée. A ln pruck. on remar,{ua son indîfférence pendant
la ci;rémonie de 'abjuration. Le même jour,
1. .,urloul tla.w Je Jf«.1:imeç,

dans l'après-midi, on lui olfril la comédie;
on prétend qu'elle 'écria : « llcs ieurs, il
e i bien juste que ,·ous me donniez la comédie, après vous avoir donné la farce. » Le
pape îut, sans aucun doule, lr~ bien rcuseigné sur le prix de sa conquête au poinl de
vue spirituel, mai il ne s'occupait pour l'in tant que du point de vue terre lre. Au sortir
d'Lnspruck, Christine se dirigea vers Rome,
où. OD lui préparait une enlrée triomphal~.
On voulait marq11er par une réception éelataule que sa corwer io11 était un grand événemenl politique et religieux. La congnigation
de rites régla jruqu'au. derniers détnils de
la fête. Elle arrêta que les carro ·es des cardinaux, prêlat, amba adeurs, noble· romain , iraient au-devant de la reine de uède,
attelé de si, chevaux el :1ccompag11és de
.nitcs nombreuse . en riche li~rées; 11ue le
carrosse du gouverneur de Home i;erail doublé
d'or el d'argent, pour une valeur de ;;ooo écu l
et entour~ de c1uaraule per 01u1cs ruag11il:quement baLiJlée ; que chaque dame romaine aurait une uite de trente- i:t persouoes, dont les costumes coùleraient de M,O
à 600 èeu chacun. La part de dépense du
·:ûnt-p~re e monta à 1 :iOO 000 écus . A l'arrh•ée de la reîue de Suède, les tailk•ur.; de
Rome traTaillaienl depui ·ix mois à habiller
le cortège.
L.c 21 décembre l{\;,fî, Christine ful affermie à jamais dan,, la pènséc qu'elle était 1~
premier pcrsonnago de la chrétienté et la.
femme uni1111e entrt: toutes les femme . Le
canon tonnait, les lrompette· sonnaient, le
troupes faisaieul ln ha.ie, les Lo11ti11ue · étaient
fermées, Rome eu fête, l'air rempli d'acclamations. t:n cortège d'une ricbes .. t: inouïe se
déroulait Je la pol'te tli-1 l'OJIOlo à ailllPierrc, el eu tète Je et: cortège, le point Jt!
mire de tous les re •:ird., l'oLjet de Lou les
empressements, 1111r pelilc d ·mi-Los. uc en
a culotte chamarrée », montée à c:difourchon ~ur un cbc1•al Llanc el pialfant. entre
deu. c.1rdiu:mx.. Elle gagnn niu,i ~ai nt-Pierre,
oil le haut clerb'É vint la rece\'Oir à la porte el
la cornlui il nu pape. Elle remercia le ·ainlp1·re. « [l répondit que ::.-a conversion était
d'un si grunù prix que dan le ciel il se cél1.,L
brait là-des u de plu grandes l'èle: qu'elle
1ù11 1osniL sur la terre. » Le compliment
étail "ala11L; il y avait de quoi Lourner la lête
d la plu· hwnlile, el Christine n'était pa·
humble.
Home de,int dè lors ~on éjour de prédilection Elle l réunit ses collections, l' habita
de plu en plus, el sur la fin n'en bougea
guère, protégée des papes, qui étnieol résolus
à ne pa. s'en dédire et à se parer jusqu'au
bout de la fille de Gustave-Adolphe. Elle
e.xerça leur patience. Sa teuue ét,lil décillément déplora.Lie. Le pupe avait cru bien fa.ire
d'ordonner aux cardinaux de l'entourer. Le
curdinau1. ne lui en imposaient pas, et elle
entrainait les cardinaux. Il ne ~u faisait pas
de bruit dans Rome, il n'l· a,•aiL pas un • andalc, à la messe ou à la comédie d:rn la
rue ou sur la promrnade, qu'on ue fût sùr
d'aperrevoir la reine Christine et on esca-

dron de robes rou,.e·. Les fra ques se uccédaient, et au si les jeunes favoris. En même
temps, elle éLaiL insolente aYeC la noble· e
romaine, insatiable d'houncur., toujour
brouillée arnc 1cuelqu ·un et oubliant alors
qu'elle ne régnait plu . Un jour que le cardinal de ~fédici lui a\•ait déplu, elle braqua
des canons ur la porte de on palais el tira
elle-même à boulet. Les trace des Lonlel
se -voyaient encore au ièclc dernier. &lt;&lt; Ln
patience, disait-elle, esl nne vertu de ceux
qui manqucnl de courage cl de force . " Elle
·e îaisail un point d'bonneur &lt;l'èlre saus
patience.
Le ainL-siège n'avait pas pins dc sati faction du coté cle la reli!!ion. Elle criait sur les
toits cm aversion pour les entretien. pieu~ et
le livre de dél'Otion. Le pr mier qui lui
avrut parlé d1• mac~raûon avait été reçu de
façon à n'o cr jamai )' revenir. Elle allait
peu aux offices el y pa ait le lemp h rire
nu. Ltclal avec es l'ardinaux, en la présl'nce
même du pape. C'ét.ait intolérable. A lïs ue
cl'w1e cène Je r,e genre, le pape lui remit un
chapelet, en manière de doux reproche, et
l'exhorta à s'en servir Jans ses prière . Le
do. à peine tourné, elle s'écria : &lt;&lt; Je ne veux
pas être une cafarde! » Le saint-père e rahaLtit à solliciter de légère démon !rations
de piété, pour ln foule. On alla dire de sa
parl li Lhri tine : 11 Un ,lve JUoria en public
est plu mtlritoire c1u'nn ch:ipelel dan· Je
particulier. 1&gt; 11 ne la réduisit que !or 11u'clfo
n'eul plu le sol.
Les Jlna.nees de Ch.ri Linc étaient encore un
autre souci pour la cour de Rome. La nMe,
outrée de l':tl&gt;jurntion, engagée d'nilleur
dan des "'Uerre ou dans des difficultés intérieures, payait mal. CbristiHe dépen ait sans
compter, ou prétexte « qu'il y a 11111' maniëre de profusion qui est éc•onomic , . Elle
avait un train royal. Elle rc:tahlissaiL e~ collections, fort entamées au w:parl de Suède
par es m·ant étrang1•r~. La bihlioll1è11ue
av ail été bon leu ·t•menl pillée: sur plus cle
OOU manuscrits, il 11'en arriva que le quart
à Rome. ous possédons nue Jeure où Vos.ius mande à neinsius, avec une dé imolture
admirable, qu'il est en train de 'approprier
non pnucos libl'llo~ mriol'es de la hibliolhèque de ln :e1·e11issimœ 1'egi1t.e, Il fallait
de grosses sommes pour réparer ce pertes.
li en fallait d'infinies pou.r fournir à un
désordre dont rien ne peut donner l'idée. ix
moi' après son entrée à Rome, Chri tine était
barcélée par e créanciers. Elle s'adre sa au
pape, qui paya et crut l'heure venue de la
mater. il lui ollril 2 000 écus par mois, ?t
condition d'être -age. C'était trop Lot. Cl1ri tine s'emporta, tempêta, rnvoya le reste de
ses pierreries diez un prêteur ur gage, iJui
en donna 10 000 ducats, el s'embnrqua pour
Mar cille. Elle se savait attendue avec impatience en Fraacc. Chacun était curicu .· de ,oir
cette personne ingulière, urnommée jadi
la ibylle du Septentrion el la dixième Muse,
et qu'on appel:ûl ~ pré enL, louL unimeut,
la &lt;( reine ambulante ~. Le voyage de France
fut le deriùer grand succès de Christine.

�C11~1ST1NE DE SUEDE -

111S TORJ.Jl
\1

fü1.arin n. ,·ait ordonné de lui rendre de
grands liouneurs. Les maghrab lui pré~cnlaicnl les clé des ville. , le. pr ~lat.s et gouverneurs la complimentaient, le poètes la
haranguaient, lè · viUe · la traitaient marrnifiquemenl, le. habitanl.l! couraient rnir la
lu•le curicu c el "émerveillaient de on chc1Lif
tiquipagc d'étudiant en voyage. A L)on, elle

linuail : 1t .:'On corp lacé par derrii.•re, de
hiai', e.t quasi fait comme nos pourpoints;
~:1 1.:hemise sortant loul a111our au-de . u. de
·a jupe, qu'elle porte as e1. mnl atlachtle et
pa trop droite. Elle e ·t 1oujour · fort pouù rée.
avec force pommade, el ne mel qua i jamais
d•&gt; gant.s. Elle estchnu · éc comme un homme,
dont elle a la \'Oi:t et qna i toutes le' actlons.
Elle alfocte fort de faire l'amazone. Elle a
pour le moins autant de 11loire el de fierté

rencontra le duc de Guise, dépulé pour la qu\io pou,·ail arnir le grand Gu tave on p1're.
rccc,•oir au nom du roi el l'amener à Com- Elle est forl ci1•ile et fort care sanie, parle
piègne, où ;,c lrournil la cour. Le duc écri,il huit langue , el principalement la française,
à 11.u ami : &lt;&lt; Je veux, dans le temp que je comme i elle était née à Paris. Elle ail plus
m'ennuie cruellement, penser à rnusdiverûr, 1p1e toute notre Académie jointe à la ~oren vou envopnt le porLrait de la reine que honnc .... Enfin, c'e t une per ·onne loul à.
j 'ac rom pagne. fille u'c ·L pas grande, mais foit extraordinaire .... Elle porte qu(•lquefob
elle a la t:tille fournie t!l la croupe !arec, le une ép~e avec un l!Ollel de bufl1e. ~
1,ra. beau, la main blancl1e el liien faite, mai
Christine étaiL « forl civile» c1uand t&lt;lle le
plus d'bomme que de femme; une épaule roulait, mais c'était au prix d'une contrainte
Lnu te, dont clic cache i bien l défaut par la qui lui pesait. Elle ful au bout de 'a èivililé
ùiiarrerie de on baùi t, a démarche cl se
&lt;levant que d 'èlre à Compi ~11ne. La grande
actions, qu'on en terait des gageures. 11
Mademoi elle la vi ita en chemin el. fut gagnée
t;ui ·c décril'ail ici le visarre bien connu de d'abord par se llattel'ie et sa mine hautaine.
Christine, :n·cc son nez aquilin et ses heaux. Elles furent en emble à la Comédie, el la
)'el1x, a perruque &lt;1 fort bizarre », d'homme grande Mademoiselle om•rit tout à coup de
par devant, do femme par derrière, el il con- grands yeux : «Elle jurait Dieu, raconLe-l-clle,
""' z62 ...

se couchait tbns sa. chai e, jetait se jnml.Jes
d'un côté el de l'autre, les pa ail sur les
bra de a chaise; elle faisait de po tures
que je n'ai jaruai ,·u faire 11u'à Triçelin et à
Jodelet, qui sonL dem: bouffons .... Elle répétai l les vers qui lui plaLaicn l; elle pari:.,
sur beaucoup de matii&gt;res; et œ qu'elle dit.
elle le dit assez agrcablement. Il lui prenait
de rêveries profondes, elle fai ail de grands
,oupirs, pui · loul d'un c up elle revennit

comme une personne 111û 'éveîlle eo surau.t : elle e L touL à îniL extraordin:ûre. i1
Chri Line confia à Mlle de Montpensier
qu'elle mourait d'envie d'ètre à une halaille,
et « qu'elle ne serait pas contente que cela
ne fùl arrivé )) . C'était une de es marottes.
Elle envia.il le lauriers du prince de Condé et
rèîa.it aux moyen d'être général d'armée.
Le 8 -a11tembrc 10:rn, elle l1t son entrile
dans Paris par le fauhourg ainl-A.ntoine,
escortée de pin de mille carnlier . Elle portait un justaucorps d'écarlate, une jupe de
femme, un chapeau à plume., et elle ét.,il
mont.ée en homme sur un grand cheval blanc,
des pi tolets à l'arçon de sa sclle et une
canne à la main. La bourgeoisie avait pris les
armes pour la recevoir, el le peuple formait

autour d'elle une « pres e ruriemc l), qui se
rcnouH•la cha11ue foi. 11u'elle sorlil daw
Paris. 1ln la mena communit•r à Notre-llame,
où elle parla et remua tout le 1cmp de la
mes.e. Elle visita les monument.sel Je l,ibliothèques, reçut le savants cl 6t aùmirrr sa
comia.issanœ de cbo es de la France. Elle
.a1·ait le détail dei&gt; famWes el leur ,mnes,
les intrigve · et les galanterie' de la cour l'l
de la ville, les goflls, les lr.iraux, le occupations ile chacun. Elle partil enfin pnur
joindre la ruur Il Compiègnu. Anne &lt;l'Autriche
rinl au-de~ant d'elle. Mme de Motteville, rpii
accompar.t"nail la reine-mère, nous a lnissé le
récit de la rencontri:.
Christim• de. eeadil de carros:c au millen
d'une bousculade de curieux, qui obli,,ca les
deux reines à s'écarter. Louis XIV donna la
main à l'élran"èrc el la m!.'na daus une maison. Mml' d · ~folleville le~ sn i,·ni1, san~ 11011voir détacher es yeux de l'élrang-c figure
conduite par le roi de France. 1, Le cheveux
de sa perrmiuc, écrit-elle, étaient cc jom--là
dt1frisé : 1~ rnnt, t!n dc.ccndanl &lt;le carrosse,
1c.~ enlc,·a; el comme le peu de soin 11u ·elle
,waît de on teint lui en faisait perdre la
hlnucheur, elle me parut d'nbord comme une
l~gypûennc dêvergondée qui, par basa.rd, ne
serait pas trop ùrune. En re 11ardanl celle
princesse, tout ce qui dan cet instant remplit me~ 1eux me parut extraordinairement
étrange, et plu c.ipahle d'e0"ràier que de
plaire. » Mme de ~lotteülle ùépei.nl l'éLrange
attirail de la reine de uède. habillée de tra,·ers, sa nro~se épaule sortant cr tout d'un
côté », ·a jupe trop courte décounaol ses
s&lt;luliers d'homme, el elle ajoute : « Aprè.
l'a,,oir rcgrtrdée avec cette 3pplicntion que la
cnrio~ilé in~pire en de telle occasion , je
commençai i1 m·a.ccoutumer à son habit el à.
sa coilîure, à on vi ·rtge .... Enfin, je m'aperçus avec élonnem nt qu'elle me plaisait, el
d'un inst..,nl à uo aulre je me Lrom·a.i cnlièrecncnt ch:mgée pour elle. Elle me parut plo ·
grande qu'on nous l':n·ail dite , et moin
ho ue; mais ses mains, 11ui avaientélé louées
comme belle., ... étaient _i crasseuse , qu'il
était impo. silile d') apereevoi r lludque lteauté. &gt;) Ces lianes sont un Ll!moignage rrappanlde
l'ascund:ml Je cette fantasque créature. Quand
cllc voulait pl.aire, dlc plaisait, en dépit de
,es coslUllle · ridicules, de se allures ma~cnlincs l!1 de sa cras. . eulement, ce n'était
jamais pour longtemp ; les sentiments qu'elle
inspirait élaient mobiles comme ·on humeur.
A Compiègne, elle ell"raya le premier quart
d'heure, intéressa et am.usa le second. Elle
eut de l'c ·prit, des rc:parlies gracieuses : on
l'admira. Le soir n'était pa 1·enu r1u'on l::i.
redoutait à can.e de v • imperli11enr.e~. Elle
emprunta les ,•alct de chambre du roi pour
la déshabiller eL la srn i r « dans les heures
les plu, particulière· n, et cela choqua. il y
euL un retonr en ·a fa1·cur le lendemain matin, quand elle reparut frisée et débarbouillée,
vive el gaie. Elle diverti ·ait extrêmement le
jeune roi et était, malgré tout, c.n beau chemin de plaire, lorsqu'elle fuL pfre d'un de
es accès de juron~, impiété · et jambes en

l'air. li fallut s'ncc.ouluml'r à des manières
au. i nouvelles. La cour décida tinalumenl
que la reine de 'uède lui représealait le.
Mroïoes de roman· Je chevalerie aux jour,
de la mauvaise fortune, quand Marfise et
Bradamaulcont leur,-. plumets drfrisés cl pendant,. et ne ma.ng:cn t à l.eur faim que si quel11ue roi les invite à ouper. L'air affamé avec
lequel Chri tinc 'éLaiL jetée en arrivanl ur
unr collation, ajoul1: an mauvais état de ~
nippe . autorisait ces roruparaisou . Le 'Ufl'rage hésitaient encore ou, plutôt, ·e divi. aient; Chri. Line .e perilil par une malaùre se. on indiscrétion nalurdl.e la pou sa à
con eiller Louis XI\' ur une question ùiilicale.
Le roi était amoureux. de ~Jarie ~foncini, el
leur roman déplabait à la reine-mère. Christine enrragea Loui · XIV b en faire à sa Lèl&lt;',
el /1 épouser celle qu'il aima.il. ,\nue d'AuLt iche e hàta d' congédie1· la reine de uèdl·,
qui n'aîail nulle envie d prmir.
li fallut obéir. Christine s'en alla voir 'iinun
de Lenclo:;, qu'elle accabla de romplimcul..
Elle parnt faire plu. de ca. d'elle que d'aucune rerume 11u'ellc eût encore "ue, ·aus
doute à cati . de l'absence de prt&lt;ju 11é· dont
la carrière de ïuon donnnil ln preuve. hri linc ,·oulut même lui per;uadcr de l'accompagner chez le pape. Par bonheur, J'iiuoo
avait trop de monde pour ~e prêter à une
démarche incon!?Tue.
La reine reprit la roule ùïL,lie. ELie coucha
une nuit à &amp;lonlargi , où la grande füdemoiell&lt;' eu l la fa niai ie de ln rc1•oir une dernière
foi' el e fil annoncer à di1 l.ieu.res du soir ....
« On me "int dJre, r:l!!onte Mlle de Montpensier, de montlll' seu le. ,Je la trouvai couchc1e
dans un. )il oil mes femmes couchaient toute
le fois que je passais à )lontargis, une cha udelle sur la table, et elle avait une en ici te
autour de la tèle comme un honnel de nu il,
et pa;; un cheveu : elle , 'élail fait raser il n 'l'
avait pas Iongtcmp~; une chcmi e formée
-an: collel, arec un i;ros nœucl couleur de
feu; s1$ draps ne venairnl 1p1 "à la moitié de
son Lit, uvec une ,·il aine cou ver turc \'e.rle. Elle
oc me parut pa · jolie on cet état. &gt;J Le kndl-'main, Maderuoiselle ruiL Christine en ,·oiture.
La reine de Suède voyagea.il dans un carra se
de fouage, que Lol.Û~ XIV lui avait fail donner
Cil y joignant l'argent pour le pa1er.
Elle trouva la peste à Home, pa a qu •lques
mois dans le nord de 11talie et revint en
France, où on ne la désirait plu~. Ln curio ·il.é
était .aûsl'a.ite. Lo bruit courait qu'elle était
chargée prtr le pape de ménager la paix a ,·cc
l'Espagne, el Mazarin n'aimait pa, 1 donneuJ" · d'avi_. EUe nrriva en o tobre 1657 à
Fonl:iincl,leau, où fa cour tù~tail pas, logea
au cbàteau, cl fut priée de ne point pa scr
pin avant jusqul nou ,·cl ordre. Alor sun-inl
un é~éaemenl mi ·térieux, f[UÎ nou jette hrusquement, .ans aucune préparation, de la comédie dao Je drame. t:ae autre femme se
découvre à uos yeux, que rien n'avait fait
pre sentir. La joyeu e Christine, prodigue et
folle, La perle de la bohème, devient, en un
jour fatal à sa mémoire, la anglante Christine, implacable el féroce. Un ombre renom

·'allache à celte f1rrure piltorcsrrue, qui n'appelait jn:;qu 'ici que le . ourire. 'ou pou von
dire adieu à l'ancienne Christi no; nou ne la
reverron plu .
\' Il

La reine de Suède avait a.mené à Foulainehleau deux jeune· ·eîgneur:; italiens, le marr1ui, Monaldeschi, grand éCU)'er, l'arnri de la
vciUc, et le comtP 'culinelli, capitaine des
garde , fa,ori du jour. ~lomilde·cbi était sollèmenl jilloux de on succe5 ·cur. li se ,·engL•a
par dei; lellre. ur Christine, où il maltraitait
Ja femme. Il arniL ag"ra1·6 .a faute eu imita.ut
l'écrilure de ~cntinclli. C'est du moins ce qui
semble re ·~orlir du peu qui perça. Le myslère n'a jamai · été 1,icn éclairci, car l'uni'lue
confident de la reii1e a,ail été le ,alct d'
chambre Poi ·onnel, el Lien habile 1p1i eût
pénétré Poissonnet! Qnoi qu'il en soit, le
li novembre l ti57, à ncu r heures el uu 11uart
du malin, la reine d, Suède envol'a chercher
un relirricut de Fontaiuelilenu, le père I.e Bel,
prieur des Triuitaires. Elle lui fil prometlrc
le secret et lui remil un parinel cachelé, ~ans
adresse qu'elle.,, réserrnit de réclamer quand
il lui plairai 1.
Le samedi sui,·ant 10 noveml,rc, 11 un ·
heure après miùi, la l'cine envoya chercher
de nouveau le père Le Dcl. U prit à lout
hasard le pJquel cachelé el ful inlroduit dan
la galerie des Cerfs, où il trou.va la reine.
Bile étail , ers le milieu de la ••a.lcrie, eau ant
de cho es ii1différenles nYec ~lonalde,-.chi. Au.près d"eux c tcunil dl'boul ,'eutinelli, et un
peu en arrière d 11x sold.ats italiens. Le père
Le Bel avoue naï~emenl. dans la Iklatiou
quïl a écrile de celle tragédie. qu·aussitol
entré il commença d'al'oir peur, parce que le
valeL de chnmbre tJUi l'al'ait aml'né l'rappa
bruyamment la porte derri~re lui. ll s'approcha pourtant de la reine, qui changea dr Lon
et de mainlien c11 l'aperce1,1nt cl lni n:clama
son paquel d'une voix haute. Il le lui remit.
r-:lle l'ouvrit et en Lira tle. ltHtrc·s qu'elle Lendit
à .\lonalde chi. en lui demandant a1•ee violence
'il Je,; reconn:iissait. lfonaldcschi pâlit, trembla, e.. aya de nier, finit par a1•oucr c1ue les
lettres ëtaicnt de lui. cl se jcLa aux pieds de
·a maîtresse l!D implorant son pardon. Au
mème instant, enûndli et se; deux .oldats
tirèrent ll!ur · Î'péei;,
La 'cène qui sui\1lcsl clfroyaLle. Il ne fout
pas perdre de I ue c1u'elle dura dem. heure~
et demie. l ou· d!&gt;.vons celle précision de renciorncmenl au père Le Ilel, à quj, par u 11
phfoomènc assez rréc1uenl, aucun détail n' •ehappait Jan !"étal d"borreur eL dl! terreur
où il i•tait plongé.
A la vue des épées, Mo11alde chi ~c lc1a cl
pourèho ~a la rcin • dans la galerie, parlant
&lt;C ~ans rdà.che Il pour se ju tifier, et même
avec « importunité ». Chri ·Li.ne ne témoignait
ni enaui ni impalience. Le père Le Del remarqua qo'eUe 'appuyait en marchant cc ur
une carme d·ébène à pomme rondo ». Elle ~e
lais a supplier un peu plu d'une heure, s'approcha alors du père Le Del el lui dit a1œ

�111ST0~1A----------------------~
tranquillité : 11 Mon père, je vou lai ·e cet
l1omme nlrc les main ; dispo ez-le à la mort
et a1ez oin de ~on àme. »Le religieux., &lt;c au si
effrayé que i la en tence avait ~té portée
contre lui-même &gt;&gt;, ·e jeta au pieds d la
reine, demandant ràce pour l'infortuné proslern ~ à es côtés. Elle refusa froidement et
passa dans son appartement, où elle e mil à
eau cr et à rire, d'an air paLihle el d~agé.
Mona Ide chi ne pouvait croire ccu ce f Ol
fini. Il e trainait à 11enoux, pou sant des cris
et suppliant , bourr •am . nlinelli en , ut
pitié. Il . orlil, maii,; il m·inl tout tris te cl dit
n pleurant : « Marquis, pe.n e à Dieu et à
ton ;l me ; il fout mourir. 11 fonalde cLi,
« hor de lui 11, em·oya le pl!re Le Ilel. qui
anglotail el qui SI' pro tema dewml Christine
en la conjurant « pa1· l , · plaie du nuveur n
d'avoir miséricorde. ,lie, c1 le vi 3"6 ercin
et sans altération, ... l11_i témoi rna combien
cll • était fàc.hée de ne poo,·oir lui accorder
a demande. »
Ccla dura une autre heure. Pendant une
aulrc heure, le malheureux. refu a de e ré i;,_'Iler. Il commençait à e confe rr, el pa.i
l'au 11oi · élail trop forle. 11 criail, il suppliait
qu'on rctournàt encore une foi intercéder
pour lui. L'aumônier de la reine étant ur\'Cllll il se jela sur lui comme ur un auveur
et I' xpédia chez la reine. Ce fut ensuite catinelli, qui retourna implorer ceUe barbare.
Chri line .e moquait du « poltron ll qui a\'ail
peur de la mort, et elle congédia enlinalli
a,·cc
mots horribl • : ~ Afiu de l'oblirrcr
à ·e confcs cr, lilessez-le 1• » •ntinelli rentra,
" pou a 1&gt; fonald chi 1&lt; contre la muraille
du Lout de fa galerie, Otl esl la peinture
int-Germain• 11, et lm porta un premier
t·oup. fonaldc chi n'aYaiL pa. d'armes. Il
para de la main, L lroi doigt. tomb'•rent sur
le plancber. Le miséraLlc reçut tout sanglant
l'aL~olution • et une boucherie dégoût..,nte
commença. Le marqui amil une cotte de
maille que les épees ne purent percer. e.
bourreau.\. le lnrd,.rent au ~i age au col, à la
tête, où il purent. Percé de coups et n'en
pouvant plu·, Monald chi entendit ouvrir
une porte, aperçut l'aumônier el reprit espoir.
fi e traîna jusqu'à lui en s'appuyant au mur
et le renvoya encore demander a grâce. Tandi que le prêtre sortait, entinelli acheva a
victime en Lm perçant la gorge. Il était troi
heure lroi quarls.
L'effet produit ur le public fut irrémt-L
diable. Les cœurs se soulevè.renl d'horreur.
Tant de cruauté froide , pour un homme
qu'e(]e avait aimé, pa.rul une cho c auvagc.
On ne e représentait pas sans une sorte
d'épou\'anle cette jeune femme causant de
fulilités, à deux pas du lieu où son a.mi e
débattait et agoni ait, "interrompant poliment
pour refuser n grâce et repr naal son discours avec éréni.lé. Que de Cois, pendant le
reste de a vie, on lui jeta la mort de Monald chi 11 la face! Elle ne comprit jamais cc
qu·on pomait lui reprocher.
A la nouvelle du meurtre, Mazarin dépêcha
11

t. Molleville.
2. Rel1dio11 1111 père Lo !lei.

Chanal 11 Fontainebleau pour ngager la. reine
de uède à ne point paraître à Paris, de peur
du peuple. On a retroU\•é, il n'y a pas loo~Lemp 3 , ln répon e de Cbri tine au cardinal.
La lettre e t de ·a main, écrite de lraver
avec un air de furie, tachée d'encre el prc que illisible :
Mon con ·in,
cc .\1. Chanut qui est un de· meilleur ·
amis que je pense a\·oir, vou dira que tout
ce qui me vient de Yotrc parl t rern de moi
a,·ec e lime; et, s'il a mal réussi dan le
terreur paniques qu'il a voulu nsciter dan
mon âme, ce n'esl pa faute de le avoir
repré ·entée au i effroyable. que son éloquence est capable de les fiourcr. Mai , à dire
vrai, nous autres gen du ord ommes un
peu farouches et naturellement peu craintifs.
Vous e.xcu erez donc i fo communicaLion n'a
pa u touL le succè que vou auriez dé iré;
el je vou prie de croire que je ui capable
de tout l'aire pour vou plaire, hormis de
craindre. Vou avez que tout homme qui a
passé trente an · ne crainL guère les orcier ·.
Et moi, je trouve beaucoup moin de difficulté à étrangler le gens qu'à les craindre.
Pour l'action que j'ai faite aYec Uonald chi,
je ,·ou di que, i je ne l'avai faite, je ne
me coucherai pas ce soir ans la faire; et
je n'ai nulle rai on de m'en repentir. (Id,
quelques mot:; ifli ibles). oilà mes senti•
ments sur ce sujet· s'il vous plai enl, j
erai ai e · i non, je ne laisserai pa de 1 ·
a,oir et serai toute ma vie ,·olre aJfcctionuée
amie.
&lt;1 Cnn1sr1:rn. 11
(C

propos, le lendemain de la mort Je Monal~
de chi. Ton les · ux regard renl Christine,
qui rougit perdit contenance et c força à
rire, d'un rire cootTaint. Pr que aussitôt,
elle fit une révérence à la compagni et 'en
alla, reconduite avec forte salut par « mon.eigneur le chancelier » et tou ' les acadfunicien . Ce forenL les adieux de Pari à Christine. Elle se remit en roule le lendemain,
avec de l"argent donné par lazarin, el retourna à Home faire. enrager le pape.

Cet le lettre ne raccommodait rien. On la.issa
Cbri line ·e morfondre trois moi· 11 F'ontai11chlcau. l•:Uc envoya demander une irnilation
à w-omwell, que le tragédie,; eflàroucbaienl
peu d·orùinairc, cl qui « feignit Je ne pa
comprendre u. Elle ' nlêta à venir aux jour
gra à Pari (l'é\'rier 165 ), courut I lieu.
puhli~ affublée en m:tsc111e, rut traitée aycc
la dernière froiùenr par la reine-mère et
11romplemcnl écondnile. La veille de son dé-.
part, clic ·int assister à une séance de l'Académie françai e'. L'Académie, prie au dépourvu, commenea par épui cr la pro1ision
de petit ver de e poètes : de madrigaux
Je 1. l"abbé de Boi rohert; un (&lt; sonnet ur
la mort d'une dame 11. de 1. l'abbé Tallemant; une a petite ode d'amour ,, de M. Pellis on · de ver. du même « sur un saphir
qu'il ayait perd11 el qu'il retrouva depuis ».
n eut recour, ensuite au dictionnaire pour
achever de remplir la éance. On l'ouvrit au
motjeu, et« mon eigneur le chancelier 1), se
tournant ver la reine, dil d'un air aimable
que le mot « ne déplairait pas à a Majesté,
cl que ~ans doute le mol de mélancolie lui
aurait été moins agréable o. On lut ensuite
cet exemple: Jeu x de p1·ince1o; qtâ 11c plaisent &lt;J1i'i1 ce u.t qui les font. C'était un à-

C'en était Fail de la brillante Ch.ri. Linc. U
lui re tait plu · de trente a.n à viHe, el ce
long espace fut une lonmw chulr. Elle br::trdait la pa ion d' 1Lonner Je monde, el elle
a~ait 13ré J'étonnemenL. Elle s'ob lina à le
rév illar, el ·e rendit insupportable. Le
monde n'e ·t pas tendre aux vieille héroïne .
On commençait à traiter la reine de uède de
« pel 1e 11, à murmurer le nom d'a,,eolurière el d'intrigante. On e demandait a,·ec
défiance pour qud ervice Mazarin lui avait
donn 1 200 0 0 füTc . On • 'intéressait de
moins en main à celle van-abonde r1ui frappait aux portes an vergo!!lle. Elle était loujonr crainte. parce qu'elle était habile el
an crupule; elle n'était plu
Limoo, L
c'était justir.e. li son retour de France, elle
commit un :u.:tion plus criminelle encore, et
plu ba c, que le meurtre de Monaldc chi.
Elle n'eut pa. honte - elll'.! l'ancienne .onvcraine de la Suède, clic qui n'avait jamais
trouvé chez son p uplc que dévouement el
bonté, elle qui avaiL déserté son po le pour
aller courir le grandes rolltes, - elle n'eut
pas honlc d·envoyer cntinclli à l'empereur
d'.illem..,gnc a\'ec le mes age que voici ;
« Que pui que Charlc -Gustave, roi Je uède,
no lui payait pas la pension tipulce de
200 000 t1cw· par an, et la lai saiL mamJUer
de l'argent néce saire, 1le priait l'empereur
de lui Youloir prêter 20 000 bomm - sou ln
conduite du gfoéral Montecncnlli, moyennant
quoi elle pérait de r.onquêrir la Poméranie
(suédoi e), où olle a\'ait nombre de partisans.
Elle s'Jlll réservait les revenu a \'Îe durant,
et, après a morL, la Poméranie retournerait
à I' mpire. ,, .\in i, elle offrail d faire la
!!11erre à sa patrie, t&gt;I de la démembr , pour
une question d'argent, parce que la uède,
qu'elle a\'ait contribué à ruiner, oe la payait
pas enclemeal ! C'est d'une créature qui n'avait rien de royal dans l'àme. Elle appartenait à cc ryu'elle-mème appelait la « ·auaillc
de:; rois 1&gt;.
La négociation n'eut pa de suites pour le
moment, an · qu'on en ache bien la cause.
Le pape fil de son mieux pour remettre
ou peu de dignité dans celle existence d~voyée. ll donna à Cbri tine une pension de
19 000 écu , et l' joignit un intendant pour
lenir ses comptes et diriger a mai ou. Le
choix de a aintelé était Lomhé ur un jeune

3. J,a lcllre a été relrouvèc 3ui arehi••e 1111 mini t~re des ~[!'aires étrangères par M. A. Geoffroy,
qui ra publiée dans lo, nee1tEll de.s initrnctio11s

do1111écs au.t amba,.satleims el 111illidrcs de /•'ra 11r~
llll Su~de. raris, 1885.
4. iUémofre.i de Conrart,

HISTORIA

Pasc . .!.J .

CATHER]

E I 1, IMPÉRATRICE DE RUSSIE
Tableau Lie ROSLIN.

�CH1(1sn1-11; DE S tœDE - - .

c.,rdinal, llece Azzolini, «1,,,1 homme» d'une la fille dn grand Gust.ll'e y ;,!artlait, malgré
« phriooomie benreu,e •, ~piritucl cl ins- tout, un parli. Ainsi s'e:xplit111e sa seconde
truit, hahile, souple, intéres~tl, qui œ pa~siÛI tentative de 1Uli7, ,p1i aboutit à un affront
l:t plupart du temps en de~ entretiens amou- encore plus sanglant. Le sénat et la régence
reux •. Lt· succès de l'intendant fut fou- arrêtèrent : a de 11c pa!i sounrir ni permettre
drol·an1. JI fut le ,/ii•in, l'i11co111par"ble,
l'a11gt'. Chrislinc le comparait à son héros de
pr&amp;lilcction, Ale.modrc le Grand. Azzolini
paya sa faveur par de réels senices. Il réforma la maison de la rrine, arrêta le coulage
et le pillage, dégagea les pierreric.~ l'l la vais~elle. Il ne put faire cept.•ndant que 12 000 écus
fussent assez pour trnir une 1.--our et acheter
des rarelt:s. Les liraillements continuèrent
ne,· la Suèdt·, et les négoriatious avec les
finnncicrs, Pt les ai0rreurs à propos de choses
d"argenl. Les corresponJanc•~ de Christine
avec ses gens 1.1"affaires laissent une impression de haras~emcnt. TouJours des expédients,
des compromis, dtis habileté.~. Jamais le ton
de la bonne maison, dont les affaires sont
claire~ el qui n·a besoin de personne.
f.'csl un grand malheur pour une princesse
d'en être ;mx expédients. Christine avait un
autr~ chagrin, que plus d'un lui avait prfdit
1iuaod elll! abdiqua : elle regrellai l la couronne. Quand elle cul bien joui et ahusé de
C ,Ro1s.\l. U•.1,;1:; .\uous,.
sa lib1·rlé, rassa~ié les cours tl la po11ulace
r,r,nu,c J~ CLOIJWU • •fatris Vûl,T
de la ,ue de son jnslaucorp~. elle eut envie
de •1uelque chose de nom·eau. Que faire Cl..'-pendant'? Quel coup de lbé,\tre imaginer? à Sn \lajeslé la reine Christine Je rentrer en
Elle 11°avait pas renoncé a être un grand gé- cc royaume ou eo quelqu'une de ~t•s pronéral, mais il y avait peu d'app:m•ncc que ,·inccs, à l'exception de la Poméranie, de
les souverains lui conlias~nl leurs armées. Br~me et de \'l'rden, encore rnoins qu'elle
Elle songea à redevenir reine, ou roi , au vienne (1 la cour de Sa llajcslé ». On envoya
au-devant tl\•llt•, sur la roule d,! Sloc·kholm,
choix dès peuple.~.
En 1600, elle apprit la mort de sou r-0usio un courrier qui la joignit à minuit pa~sé. Il
cl successeur, Charles-Gustave. Il lai~sait un lui npport.1it des conditions si dures cl ollb1enfant de 11ualre ans, Charles XI, très débile san1es qu'elle demancla dt's ehe'"aux à lïosau dire deChrbtine, Lri'!s bien portant d'après 1.ant et sortit de Suèdt! pour n·y plus rentrer.
les élals de Suède?. La reim• p.1rtil pour Stock- D'après une lcttrc' de PiPrrc Je Grool, amholm, sous prétexte de veiller 11 ses pensions, bassadeur de Hollande en Suède. là .,u~si la
Lrawr$a rapidement l'.\llemagne, entra à mort de ~fonalJcschi pesait lourdement sur
Hambourg le i8 août (tMO) cl fut supplitle sa gloire.
Elle s'en fut passer :m retour par l1• duché
par lt• goU\erucrnenl ~uédois de ne pas venir
eu ~uMe; quels que ru~scnt ses projet~, il de llrème. où cllt&gt; 1·i~ila un c.1rup suédois
était dans sa destinée Jl• semer Je vmt cl tic co11111rnndë par Wrangel, qui :n-ail scrri sous
récolter L., tC'mpètc, el le gouvernement re- ,on père. t:brbtine vnulul leur monlrer à
doutait sa prilsent~e. Pour toute réponse, elle tou, &lt;'è qu"elle sa,nil foire. Parée d'un friobrusqua son Mbar11uûment. La régence lui ~ant unifor111e el 111011têe sur nu ùon che"al.
rendit le~ plus grand~ honneur!' cl 1:-c mil sur clle caracola à tra\crs les rang, 1•l c-0mmanda
ses gnrdr~~- F;l\c fut impérieuse. imprudente; la manœmTc. Il ,·a de soi ,ju'elle h1 comclic froissa la nation i&gt;n affichant son catho- mandait tout de tra\·ers. Le ,·ieux Wrangel
licisme. On ful dur, insolcnl, on démolit sa riait el r~par.\Ît !1 mesure :;es erreurs. Chri~
chapelle, on chas~a son aumônier et i,cs do- Line continu~il sans se lrouhler, 0.1r rien ne
rue.,tiques italiens. Le clergé su1.:Jois lui Ünl lui p11rob.;::1il plus sérieux 1101· ~a "ocation de
faire des reproches, el ses yeux cnnlemplèrenl capitaine. Elle était justl!lllNII en intrigue
l'orgu,-iH~•use Christine pleurant de ra~e. Elle pour se faire nommer roi de l'olognC', et ses
envop aux rials une l 1mtesfatiou. où elle agents arnicnl ordre Je faire valoir J'avanrést•r1ail ;es droits au trône en ca.s ,Je mort tage de ln posst:dcr à la t~t.e de~ arm,~cs. « Je
du petit Charles XI. t.es élals la lui reOIO}t."- protfslc. écrÎ\'3Ïl-&lt;·11c, tJUO la St·nle esp1lranc1'
rent une beurc après rl la :;ommèrenl de si- de cdlc satisfarlion me fait :-OIIWlitcr la cougner une renonciation formelle, ~ous peine ronne.; de Pologne. 1
J,'a,cnture de Pologne est la p)u!I liizarre
de perdre sa pension. Un assure que la colèr!!
d'une
existence tis~uc de bizarreries. Le cbeIde Chrii;Liu~ 1'l! ,·oil dans sa signature. On la
pous:sa colin hor;, de Suède à force Je tmcas- d'œu\ rc de ln carrière de Chri~tine ~,l assuirément d'a,oir peNuadé au pape d'appuyer sa
~crics.
Unti semblable r~·plion l'aurait dégo1iléc candidature an lrvnc lah-sé \"ac.,ol pnr !"abdià jamais de la Suède, si ello u'n,·ait su que cation de ,leau-Casimir. Los pièces relatilcs à

la né~oci:ition ont éti&lt; publié1•s; jamais les
aul1•11rs Je fét•ries n'ont imcnté une diplomatiu d'une fantaisie au.;si ,u~rbe. Le pape
aynnl rcoommantlé Christine à la diète polonaise par un bref où il vantait « sa piété, sa
prudence el ~on intrépidité tout 11 l'ail rnûlc
et béroï11ue ». Chri,1in1• t:Cri1·it au nonce :
" Quant au poi11l de la piété dunt le pape fait
mention dans son bref, il ,•ous plaira que je
,ous dise «JUC je Ill' pt:nse pas à l'alltt~ucr
)JOUr moi auprl·S de c·cs gens-li1, c.'\r j'c~limc
ne pas mtlriter cet tlloge, surtout auprès
d'eux. » La ,lii!te polonaise, effarre d"un priltendant aussi ioatlèndu, se hàln de préseoler
pèle-mêle les ohjectioos qui lui vinrent :1 l'esprit; Christine cul réponse à tout. On lui
oppo~ait wn .\-Cle1 Ell•! serait roi, cl 110n pas
reine, el commnodernil l'armée; on ne pouvait pai, exiger Ja,·ont.1ge. La rnurt Je Monalde.,chi '/ « Je ne suis pas d'humeur, répliqual-1!1le, à me justifier Je la mort d'un Italien a
me,-l-ieurs les l'olonais. 11 Ifailleur:c- elle lui
avait fait « donner tous les sacrements doul
il t1tait c,1pal,lc, a1·ant que de lll faire mour ir ». On craignait ses rivacili•s '! « Pour les
coups de hiiton à un ,alcl, quand jP les aurais fait donner, je ne pense pas qu,, œ f1îl
un grand chef d"exclu~ion. Mais ,j cela suffit
pour exclure les gens, je ne pense pa~ «J ue
les Polonais trournnt jamais de rois. o La
diète ne fol pas persuaMe, el la candidature
de Christine resta sur le carreau.
L'cnlrl'(lti!;c de Poloé!oe était un pas dr.
clerc à ajouter à tant d'autres. Chri,tine ne
les craignait pns, ,·on,·aincue qUt: le monde
e~l à ceux qui osent ,,t qui hasardent. a La
'l'ie est un trafic, Ji:;ait-clle; oo ne saurait !
faire de grands gains $ans s'exposer à de
grandes perles. • Elle passa le: tronti de Pologne aux profits 1-'l perles et n'y songea plus.
Ellr a,•ait bien compté 11roct.~er dt• mt!llw
pour l"alfoirc dl! foulaineblcau, mais clic ~c
hcurlail ici à un obstacle inalleodn : la consciètW? 11ubli,1ue. L"obstacle l'irritait ~:ms la
lrouliler. Elle s'étonuail de 1~ retrouH•r partout. Apr«'s la France, la :-iuèJc. \prb la
Suède, la Pologne. Qu'est-cc qu'ils nv:ùcul
donc lou,- 11 lui rcprodicr la mo-rl de Monaldc,chi '! C'était pour tant hitm simple. « Il faut,
écrÎ\·ail-ellc. purùr dans la forme Je juslir~·
quand on peul; ruais quand on or peut pas,
il fout toujours punir comme nn peut. »
Elle plaignait son siècll· d"a,·oir des sentiments assez b:1s pour s'inquiéter de la
mort d'un dome~lit111e, tué ~nr l"ordre d'une
reine. De Lemps en temps elle ,-clat.1it, pour
(aire taire le murmure importun &lt;JUi mont.1il de tou le, parts vers ullc : « Éni\-CZ :,
Heinsius dt~ ma part. .. que toutes les fariboles qu'il 1.lcril au !-Ujet de Monaldeschi
me paraissc•nt au~si ridirules ~l té1m!rai rc~
en lui qu'cllts le sont en ellet; el 11ue je
perwcts à toute la ,\estphalie de croire
~Jonaldeschi innocent, si I"on ,·eut : «Juc tout
ce qu'on en dira m"e:,I fort indifférent. ,
Cette lellre est du 2 ao1H 16H2, ,i11gt-dm1
nns après le crime. El le murmure oc se
tai~ait pa,. 11 ne ,e tut jamais.
On ,1 dit que l'ombre de Monaldeschi s'était

�1t1STO'J{1Jl
,·iril. Elle n • ·mirc,ait l'a~tronomic '}ti'ai u- l:i mai 011 1ll' Christine eu hahiL de d ·uil,
,hri IÎnt~ elle-mème ·ur ~on lit de parade.
jcuie à un• ccn~ure r ligieu c, et vo11l:11L
qu'on ·hangedt le.. pa arrc 11ue Rome décla- encore plu~ belle que dan· l'églisu : on lui
rait hJréLique~. fl'antre part, . on impulsion a\ait ajonlé un um.nle.111 ropl, \'iolel el bordé
rut peu favorahlc anx nombreu es acadé- d'hermine. Derrière le lit, une pompe êt·l3mie
fJt1' Il• fonda ou palrnnu:1. 1::t,it-il hien 1.nnte : rnnd:- :eignrur~ et cardinau1, offlLe :t•con&lt;l ,o ·age en .., uède cl rit les a,encier. el arcbevè:1ucs, écu}er · el \alcl ·, car•
ture d , Cliri!&lt;tine à traver · l'Europe. ·on utile de réunir Lie prélat . Lie~ moines el de
érudit , pour propo:el' à leur rêll •;don tk ro~ses Jor '· t ebel'au&gt;. r.aparaçonn 1 , un
point qu'elle n' ,)t encore de · dl.'mangeai1,on
ujcts tri· 11uc c,•ux-&lt;:i : a 011 n'aime qu'une rbatoicment d"étoile. cl de broderies, un
d'aventures. En 167~. elle rc,;ol ~ la cbar~e
[ois
en a vie. - L'ninonr igo dl' l'amour. ondoiement de plume'-, un fouilli~ d liué'
nuprè, J~ la cour de \'iennc, afin d'obtenir
d · troupe· pour arracher la Pomt'.•r:mie à la - J1 rend élo11uenL les ''l'n · non éloquent-. g-alonnt1e.&lt;:. d'uniforme· )m,dé · et d'ornements
Suède el la donner !t J'cm1lirc. e. honlt•uscs - Il inspire la cha. lcté el la t•mpértUll~•. d'égli e. c· :tail au·. i lieau 11uc lij jour tl
in~tan •~ , rrolon"l"rrut plu d'un aonœ. - On peut aimer n~ jalou:ic, mab jam:ii, l'entrée de Chri Lin, à llome. Le peuple
:.&lt; :loulbit d • même pour la voir, •t le co, llepousséc par l'empereur, elle : , tourna du ·an· erainœ. •
En 11, , elle enlia cl t•ut un éry ·ipèlc. l1unc &lt;le liro1•Ml faisait déèiMment lrès Liea:
c&lt; të de la francc, l'i •111i &lt;•111• . u:;"ill'à de profü1'r d • embarra de la , uèdc pour l'ohlig1•r c·i:t.,it un i:wcrli-.e1mmt. Eli,• l'entendit el ~l' il e.i.chait l:i taille énorme et l'épaule trflp
à abolir les loi contre la rcli"iou catholique. llàla de mellro le h'ml_)5 à profil pour prL- baote. c·~wil un r.nlcrrem •nt tout :1 fait
'ui-raiL Je pri auquel :a füje lé . uédoi e pnrcr sa derniè•rc n•prih•nlation. Le co tnme rt:u si : /'fn1J •lit,•, cil'rs!
Ce lut son cri ju que ùan · 1., morl, ,,t elle
estimait se, rensei.,oemenl cl ses 11ctils r- la préoccupait. Elle nmlail qu'il f11t neuf de
vic ,,. (Leltrè. et dép~ehes &lt;le JU 7i\ et I I.Î n.) forme. richt· l wg11li •r, alin d'étonner une n'en a,·riil pas eu &lt;l'autre da11s La 111.', L'.111lnN'ayant poi11L réussi non plu· arer la Franc~, 1lcruiërc loi· le ~r(•clalcnr . Elle inventa uni: l,iogra11hic r ~ 1 me dttj1t le, applaudis emenl
elle làtail de nouveau la 11èdc, ur le bri.hl ·orle 1l'hnuiL qui t •naiL &lt;le la jupe Ldu man- pour Cbri Line an maillot, qui 11c plcurail
1r:i11 et le Ill faire • d • brocart à fond Ll:wc pas au} vi.ai:e~ nou,e11ux et ne . '•ndormait
tJUC t:harl~ \ l 'i-l~il lu~ .en lomhant ~e
cheva l ( lti82), Jors11u on appr11 IJ.Ue CharlesXl l1rocbé à lieurs el ,mires ouHage d'or. !f,lrni pas aux bar,lll"ue·: l 1la1uliie, t'Ït'rs! Applnun' :laiL pa mort. rlu~ lard encore, 1i soi ante J'arrrém nt- cl de houlons à 1·amw1illes d'or, di~H!l l'écolittre de génie, fa cav:ilih incoman pa és, Chri tint! ,•oulut quiller Home açec une frange de même au ha· . EUe pamb!t•, la ;;a1·ante unir1uc au monde, le moparce qu'on , mé-conna.Lsait ses préron-ativcs l'es aya dew111t .a cour. la v illc de \01•1, narque sans ril"nl, à la foi m1Ue t•l femcll~,
ro :i.le , Elle 'ét:iiL querellée à ce propo. marchant dan la chamhrt! pour juger de gr:ar1d polifü1u . granJ Jiplomalc, "rand iréavec lnnoccnl X.I, pap• fort é,·onome, qui ne l'cfÏct. Le M lumi; allait I.Jicn; Di •u pouvait néral et grande amonreusc-. ,\pplaudis l'Z le
joyeui étudiant, houncl ur l'oreille, l'n1•cndépensail, d'nprè la Jé ..l!n&lt;le, qu"un demi- ber la toile et la tme mourir.
di\·in régis eur lui 1lonna lrui · moi ile lurit-r hardie cl atl roi le, la reine Lragi11ue
éru pnr jour pour la table el le_ r te .. '.ne
pcn ion de 12 OOU (,eu· :1 une reine 3uss1 111~ répil pour ·onnèr que la comédie axail peu~- qui t11e comme au l.icau temp· &lt;les royautés,
commode lui parut un abo : il .upprim(, la êtrc une uile dan. l'autre monde, pui · tl la huifü•me nti&gt;rl'~lle du monde, le graTid
11rodigt! de on -ièclc : i'lm11l1f1•, â1"1d
pen ion, Chri tinc resta pourtant, faULC de frappa le troi. coups. On élaiL au moi
IA pi œ marcha tri: bien ju:11u'à Sainl•
d'anil t(iX9. Chri tine ··alfaiLli,- ail rapid •
, avoir où a.lier.
Pierrc.
Là 011 mil la morte da.o une bièr ,
ment.
Q11and
elle
ftll
llor·
d'iJtal
ile
discuter,
Le tcmp~ d c11.valr:1&lt;l • étail pa.:é. La
qu'en
de
cendit da11, nn cn,,cau, cl Chri!\line
Je
c.1rdinal
Azzolini,
son
i11tenda
nl,
Jai
pré\'oilà li"tée, celle rrin n1gaho11de. la rnil1t
enta un le lamenL11 im1t-r, l':b ·ur:ml 11 1111ïl attendit ce qne dira.il la 110 térilé.
,·ieillc, 11 forL gra .e cl fort gro se », le
Le· sulfra"llS se parln"èrenl tr~ inrg;1lcétait a van L~"cu:c pour la mai on ,le , a Mam 'nlon douLlo, l •. cbc~eux. coupés court
cl héris.ës ». Elle porte to11jour· ·on ju. tau- jesté ». Chrh,tine ,i;u:i :in lir1·. Le le.la- mcnt. Quelque· uns la J ircoJircnt, éblouis
corp~, sa jupe courlC' et ·es •~n soulier:. ment inslitu:iiL Aaolini h'.·gatairc unhcrsPI. pnr tnu t de qua.lités éclatantes. L vluparl la
« l ne Cl'inture par-dcs,u~ le jnsta.uct1rp,, Le;; mrlllile d le · collcctioru valnicol Ùl! rondamni'rcnl. indi.,.no~ de s:1 rërocitê. de sr
laquelle brid • le lm du ventre el n fait am- millions. l::llc :rpira peu aprè , le 19 avril l li, !I. mœnr: indécentes cl de ·1• lâches trahi 011
i le mort~ ,·oient, elle dut ètru colltcnle: pour de l'argent. Aujourd'hui, rn rl•mmmt !:•
11lilmcnl voir la ro11deur 1• u 11 nr peul ~Lu.
l'aPolhéuse1lucimplil!mt!,tl
• fuLébluui :tOll'. pou iè1·c &lt;le vieux dutumenl: où e~I cnfowc
être 1111e ·lion de culolle · &lt;"hamarrées. \in 1
On lui mit le hcl babil de hroc:irt à camic- l'cxislenœ &lt;l la raine Cbri tim•, on ne wil
tourné et a,·coutréc, elle a l'air encore plus
petite L encore mom rerome qti'aulrcfoi·: tilll! d'or, une couronne royale • ur la tètl', plus · "em. brillanl , la joie de on ~onrire
Un ·'expliqne l'embarras de llalien , qm 11u sceptre dans . a uiain tle caJa HC el on la el sou b'l! ll' gamin. n n'entend plu, S('s
discutaient sur 011 sc-xe, ne poU\·anL se mena Jan $Oil l'a rro'sc &lt;le g:il,1 ju qu'à ripo ·L spirituelle el elfronlées. Oa 110 imbil
résoudre Il en faire ni un homme ni uni· J'éali l' ainlc-florolhée, ~::i paroi se, nù on plu l'attrait de sa rrrùce élJUi\'oquc de rarafemme. Adieu l'amazone! 1,a. SO.\'ante a re- l'éÏcndiL sur un lil de parade. Trois cents lier femme. Et 1'011 u deYanl les yeux ln lk·paru , il n•, a plu· plac-0 ttuepour e.lhl. \11 llamheam: de circ hlanch · inondaieol ln n.ef lation du p~re Le 1kt, la corre~pondancc ,nec
moment de .a l11·ouille nvec I' aint- irge, de lwnière. L'éoli~e élail Loule tendue de }fontccuculli cl l'empereur, le· propo. ition •
Chrbline a,·rul encore eu une '"clléiLé uer- deuil 1 ornée d'écu :-un !'l de La ·-teli ,( · en de lli?li-11177 à la.Franc&lt;', les; pre_ Ji.eu rière et parlé dl' desœod r' clan~ la rue à la fau 01arbre l,lauc, 11 qui fai.ail allu.,io11 à fa :-ions dïotérêl ate · L'l ui:de. i le Lalrnt
tète de se· gard&amp;i. Li&gt; pape lui épar!!lla ce vanité de la vie el à la certitude de la mort Il. de Chri tine, ni son inldligcncc ·opéri •u re,
Vers le oir, des hommes char"èrcnl Je Lit de ni .a science, ni son conranc, ne pem·en L
dernier ridicule en fei:rnaot d'ignorer se
parad ·ur leur· ,tpau]es et l'on se mil en alors la aurnr d"un juge.ment l •rrible : die
hr,:nndes.
li ! aurait beaucoup à dir ·ur la · ,·ante. rout pour Sain1-Picrrc. L a,anb cl le e l en dehor. d • l'hum:rnilé con cirntc el
responsable. Ce corp dé, i; renfermail uuu
Elle 1i1.ait de ce philo ·opbes qui croienl aux arti.ks ou,raicnl la marche. Vunaienl en
àme
contre lit ile, ne di ecrunn l pas le bfrn et le
suite
I
H
conrrëri
,
17
ordr
',
rdigieux
alm:macb". L 'o ·eu pait trop d'alchimie el
d'astrologie pour un esprit qui ,·oulait être nUI) nulrcs fr'&gt;rcs por-laal de cierµe·, les mal. a brillante Christine, qui eut prc 11ue
clergés de aintc-DoroLbée et de ainl- Pierre, du génie, élnil un monstre au moral.
1. \.li,;iin , Numra11 1•11yagr d' ltalit·, 1. Il.

a, isc au lit Je morl de Chri ·linc, comme
l'ornLrc de Bnnco au l,anquct de ,tacbcth.
C'c t pure iov&lt;•nLion d'c'pril romane que.
Elle ne pen a mèmc pas à c lie \lltilJr..

0

4

ARVÈDE BARINE.

Noies et Souvenirs
,1/nrdi, :! ' 1101·1'111[1rc le 71. - Voluire,
le. 1 ' février 1760, écrivait à madame. [)u
llelfonJ :
(1 J'ai1m: encore mieux avoir des rentes
ur l· Fraoet• que ,ur la l'ru se. , otre de,ûnée est d , Faire toujour-&lt; de . olli ·c. t d
nous relever. ou~ ne manquerons pr •:11ue
jamais une occasion cle nous rni11cr el de
11011 • faire battre, mai~. au bout Jo quelques
années. il n·, parait pa'. L'industrie de ln
n:ition répare le balourdise. de mini ·L~r .- . n
Puis e I' i111l11sll'ie de lrt uotirm justiUrr
encore nne fois la coul.iancc de \'ollaire! llan
celle Ulèm, lcllre, je lrouve celte autre
pbra r. à propos- du .uraod Frooéric :
1c Pui que vous avez. matlamc, I •. po ste·
J • ce roi tt ui a. pillé Lanl de ver, el lant de
"ille~, etc. n
l;;t, le m11rne. jour, Yoluùre éc.rivail à 'l'hi1,L
rot :
u Le philo ·ophe de ~ans-~ uci pille r1uel•1ucfois des vc • , à ce qu'on dit· je voudrai·
bien qu'il ce sàt dè piller de:; ,,iJles, ell'. n
Et, troi. jour. aupara,·anl, Voluùre é rh.tit
au comte d'.\r enlal :
rt Parlez-moi donc do, poé·ics de cet
homme qui a pillé Lanl de ver· t Lanl de
\·ille , elc. &gt;l
Et de lroi ... l Yoltair, ne e génail pa. pour
se 11illcr lui-111cm '· Quand il :l\'ail lromé
une joliu phrase, il ne lui déplaisait pas
1p1' Ile couriit lti monde, cl il la tirait à plusicur. x-emplaire avec Je lérrèrt!, variant s.
Il l aurait une piquanle 11tude à faire 1-ou
co tiln! : Vollairc el .1lérw1é1• co111·1isàm.
l&gt;ans sa corrrspondance, Vollllire gémit s:in.
CC' e .ur le/, dure obli•mlion du. métie.r de
&lt;:ourt1•a11. « Ma destinée, Ji1-il 1 était de courir de roi 1 11 rui, Litn rruc j'aima e la liltertti
avec idol.itrir. n
Et. en 110\·~1ùr' 17:52. J11 pala.i de Fonlaioe~leau, il écrit à M. de Formont :
f&lt; J'nuraL dû employer une partie de 1nou
l ·m~ 11 \"OUS écrire &lt;'l l':m lre à corri cr
Za'ini, mai. Jt'. l'ai perdu tout e11tier à Fon1:J.inel,leau à faire des iJUcrcllcs rnlra le actnces pour des pr miers !'file , t entre la
Beine •1 le· princesses pour faire jourr d
comedie i à former de grande. factions pour
des l1agatcllcs et à hrouiller toute fa cour
pour Je· rien·.
Or, j'ai sou,·cnir d'a oir 1ntenJu lérimtle,
0

1

1

,cr· 1S:i , teuir e artemenl le même lanll arrhai.1 de c: môme palai" d FonLainehleau. Il arnit dû. jouer des charade •
foire de wrs ponr l'lmpératrirc Ji11er sur
l'berLe; il a\·ait reçu Ufü grosse a\'Cr-c et
pris un gro · rhume. &lt;1 .If,! j&lt;' 11'f'°t1m flfl1&gt;
fait, nou_ di. ait-il, pour i,· métil'r dt• co11r1i.rn1t ! 1&gt;
Or, Volla1ru a ccriL oLsolumcol celte même
phr.1. • dan une lettre à ~laupcrlui : 1;·1u11!
ir la r1m1· .1111: êlrt· courti,a11. enlumcnt
Voltaire ne di.~aiL pa la vérilé, tanJi 11ue
Mérimée était parfai1.cmc-11t _incèrc. Volla.i.r •
1•tail eonrt~·:ui; il avait le "Olll et la ,·ocation,
les rail,le • e d les avidité du mélier. ~Iérim,1c, lui, ne demandait jamai rien. Il a1'ait
pour l'imp,1ratrice Eugénie un iucèr :iltachemont, t•t c'était cela seulement qui rappelait et le relen:iil à fa cour. li ·e &lt;:.\hraü
quelquefois conlrr les servitude de l'rltir1urtle, mnL il f:illa.it, ouÙlc que coûte, c
résignrr. li n'aimait ni le pape, ni le jéuitcs, ni les rrèlres, et cependant, à Compiègne et à Fontaiuel)leau, la m
était de
rigueur, le &lt;limnnche. [érimée , la m ~·e!
.Je croi, bien 110.c la cam,e principale de la
eolè-re de \lél'imt!c contre le pape était nne
colèr · d'érudiL. Ill a une Libliolb~que admirable au Valican, L celle Libliolhèque e t
impitoy:il.ilcment formée aux curieux et am:
chercheurs. Mérimée se tlisnil : « Sj le pape
1ruilt.ait Home, -'il abandonnait le \'alican,
lou · l'e livre , lou ce;. manu crit · seraient
à nous. J) Condamné au sp ct.acle de 1, cour,
\lérimée 16cli:1iL de s'en amu,l'r. Il écout.1i1,
regard.1it, ol.iser\'ait, prenait de nolc.. Tous
le papiers de \fériméc onl été brùltls, rur de
Lille, Jan les inccndi1:1 de la Commune, el
de Ltil'n curi •u. cho es 1&gt;nl été p,•rdne · pour
l'hi:;tnire de rc lemp . ~ffriuufo, à Compiègue, impro i uil de charad . , et. ~e fai~ant
comédien de s:ilon, donnait dans cc~ cbarndes
la réplique à M. Je Mornl'; il ne lui déplaiail pa·. d'ailleur, de vil'-r parmi ces "randes dame et parmi œ. Lelle p r.-onnes Fort
adinirJ •- par lui.
Voltaire n'rLaiL, I, la cour, qu'un olliciteur; il • 'cllor~'.ait do placer ses petit. 1liN•1·tissrmrnt~; il s·a •ilail pour f. ire jouer se·
tragédie·; il accabla il les princes ·es de madrigam, car, di ait-il, il n'y c1 point &lt;le
"3"C,

,le'esse &lt;lo11l le TLe: ne ·oil re;oui de l'odeur

dt l'cuccu,\; il demandait &lt;les fa,cur , Je
l'argent, de: peo.ion , il intrinuait, mrndiail.
D 'onlninebleau, le oclolire li~;&gt;, il
écrivait à la prt¼Sideu!e de Bcs. ic}re :
11 Je me ui · trou,·ti pr&lt;•~que loujvur, en
l'air. m:mùis. anl la ,,ie de eourti. an, 1,ournnl
inutilement après one pclite fortune qui . Pntbl:iit ' pr ·. éntt•r à moi cl qui ·est éufuie
hi II l'ile dès t1uej':1i cru la lcnir. ii
Mêm 1.im ·nia lion . I,· l 7 01•lobr J 725.
Il a ~tel trè bien r, \'li par la Heine. RHr :i.
pleuré à Jlnriamie: elle a ri i, lï11rlis1·1•ef.
Elle lui pari sourenl. F.lle J'appelle son paunc Voflairt•. (1 U11 ·ot, dit-il, .w: 1·011frnfl'mil
,le erlu. » ,t:ii il l'lll &lt;JUc les lou,uigcs sont
peu de cbo. c, riue le rôle d'uu poi-Lc à 1a cour
n'est pas sa:n quelque ridicule, et il ajoute :
a JI n'e t pas permis d'être de cc pay -ci ~ns
oucun établissement. On me donne lou~ les
jour~ des e ·pérance donl je ne me repais
guère. l&gt;
Le• 1:i no1emLn• 1725, ;iprè. plu de deux
mois du séJOUr à Fonlo.i11 •Lleau, Voltaire écrit
encore :
a La Heine est l!lujonr a ,:lhSinêe d'otl •s
pindarique , de sonnel5, d'épitre et d'épilhalamcs. Je m'imagine qu'clle a prrs le.
poèt pour les fous de ln cnur, et eu ceci
elle a grande raison, car c'est une gra11dc
folie à 1111 homme de Lellr . d'èlr ici. ii
C1&gt;rument, en. lisant cetle lellre ·ur les
fmu de ln cour, conimenl ne pa: pensL·r à ln
.hambre Mi:ue, celte nou1elle un peu vi1·e,
écrite pour l'Jmpéralrirt&gt;, rl signée : ,J/é,·imée, l,011/f'on tle , n. .lfoj1•,it,:? Méri.mJe lit
&lt;:CUC nou,cll à l'lmpérntricc, el, le 1~ndc~
main, reçoit la vi~ile d'un amùa sadtur cnvOJé par une grande-duche e de !lus. ie, laquelle voudrait noir, dle au~si, une lecture
Je ln Clu1111b1'1' blertf'. Rcfu de llérimlle. 11
répond r1u 'il c l bouffon de a ~fojcsté el ne
\'a pa. !ra\"ailler eu ville. n demnnde, d'ailleur , la pcrnû · ion, on la lui rtccorJe, cl la
!ITande-duch •- e a sa lecture.
11 étrrnelle rt!~tilion de la comédie humaine! Et 11 • nous avi ons pas de dire que cc
sont là choses du pa· é, qu'il n'y a plus de
cour en France cl plus de courli ans. Plu de
cour, oit; mai d, coarti:ans, il l t,n a autour de U. Thicr et autour de M. Gamh li.a.
Seulement, il ne s'nppellent plus Yollairc &lt;'l
~Iériméc, cl c'c,t grand domma"c.

Lu»ov1c HALEVY.

�LA

La Femme au XV/JJe siècle
L'amour.
l 'uite.)

C'e l dans

rPllC gucrl'l' l'l cc jl'U dl•

ra-

mour, sur cc th1J;itr1• de la pa.s ion se dunn. nl
en ~peclacl • à •IIL'-mèmc, que c · ~i~t•lc rth'èl •
rwul-être .es 11uahtes le plu,
profonde , -i.•, rr ~our&lt;·c Ir.
pln. ~l•cri'llf'_ el comme uu
rrénie dt• duplicité Lou! inallendu du c.irncti-re franç:li." .
ue de grands diplomate ·,
que de grand. politique .an~
nom, plu lia!Jiles •1ue lluboi , plu. in~inuanls 11 uc
llerni · paru1i celle pclill'
band d'hommes 11ui font de
la ~ul'lion de la r~mm1, le
bul de leurs pen~ées el la
/?rande a.Ifair • de leur rie,
l'idée cl la carrii•re au r1uellrs ils sont voué l !Ju_ll
tPlude., d'arplicillion, de . cienre.' de rl""
lle'-ion I lluc "'rand arl de comédien! quel
art de cc· dégui ement,,, de ces lravesli . . c•
ment·, dont Faubla garde le ouvenir, el
qui cachent i Lien 1. de Cu line, qu'il peut,
babillé en coifl~•use, couper, san être rc•
connu, le che,·eu.x de la femme qu'il nim1: !
Ouc de comLinaÎ!-Ons de romancier cl de lraLè~ te! Pas un n'attaque une femme san
,woir fait œ qu'ou appclll nn JJ/a11, sans
arn1r pa ·é uue nuil à -se promener l ~ rc:
tourner la po iûon comme un aul ur q111
nou, 011 intrigue Jn.n&lt; sa lèlf', Et l'alla11oe
commenctle il' sout ju. qu'au boul cc comédiCI1 étonnants, pareils :, re füre du
Lemps dan les,p•~ il ~·y n pa: u_n sc~ti~~nt
exprimé ,1ui ne ' 01t fctnl ou d1. ·un,!lc .• lou
kur ffct , lou leur · pa, .ont re"ll!S ; el
'il fanl du pn1bélit.1uc. il~ ont mnrri.ué d'n\'11.nce lt• momcnl de &lt;é"anouir. Il · sa,·enl
pnsscr, pa.r des grad:1tion de I_a plus _,in•rolière finesse, du re ped à I atlcndrMemcnl. de la m~lanoolie an d 1lire. IL excellent à ca1·hcr un ourire ~ous un ::.oupir, à
écrire ce qu'il ne scnlcul pu:, à metlrc de
~ng-Eroid le rcll. aux mols, à le~ déranger
3\'CC l'air de la passion. Ils ont U" rc!!:!rd
r1ui semblent leur échapper, de gestes, de
cri. amourcu-x qu'ils ont médités dans lt• cabinet. U parltul comme l'homme q1ù a~_c,
Ill l'on dira il que leur œur éclate dans cc qu 1l
décla.menL, tanl ili unl habile à foire tremhler l'émotion dan le11r parole comme tian
leur rnix, tant leur organe ressemble à leur
âme, tant à force d' èlre tra,,aillé iJ a acquis
de ensihilité factice. « N'omettre rien, »
1

1. M,lmoire ile Tilly, , Q[. JI

rrinc de France; el pour 110 mart~1•, pour un
Lauzun •1u'on cha se, comptez, dan. le confe$sion. du siècle, tous le lit:ro heureux de
l'a1ent11re. IJe Lriompl1e en triomphe , de
r,i(Qneml~nts de cynisme ea JélicaLe. e" d'i~pudeur, la galanterie brulai' linit _par a,?ir
&lt;les principes, une manière de phrlo oph1e,
dc.s mo cns d'npolorric. On mil en théorie sa,anle l'art de . ai ·ir le monu:,1/: el il ~e trouva
des beaux esprib pour Mcider qu un lém1L.
raire n,·ait au fond plus d\;nard.s pour l:i.
femme que le timide, cl l:i rcspectaiL plu .
effocti-.cwcal en lui épar,,n:uil le Ion" upplice dts conces. ion uccessive • el la bo~le
de rnlir Lju'clle se manque, el de ::,e le dtre
iuutilerucnL 1 •
,1ni · il , L un genre de victoire e limé sui,érieur :, Lou I aulr et ~arl_iculièrem,unt
r~cberch1I par l'homme : la "lctoirc par 1 cspri L. Les ralû.ués, les mailres de la édoction, ne trounml que là on nmu emcn~ toujours nouveau el la joui sam:c d'une. vér1_La1Jle
cODlfllêle de la femme. m~ , par I bab1tu_de
el le uccè , , ur fo · Lru quer1c et 1 • violences. ur les urpri es qui \'ont au.i; sen ,
il · fonl avec eux-mème · le pari d'arriver ju qu'au crour de la femme ans m me es ai cr
de la touchrt, et de lriompber aL.olument
d'elle an parler un momeut 11 a s1.milllilité.
C'e Lsa L11Le, ~a tête ale qu'il· remueront,
&lt;1u'iL troul,leronl qu'il rempliront de caprice CL de Leutalion, jusqu'à cc qu'ils ?ient
umené par la toute sa personne à une di poition de complaisance iinprêvuc pr que
involont.'lire. C.n tèle-à-tèle. p ur cc homme . .
e~! une Jutlc, une lutte an brutalité, ami
·a11s merci, d'où la femme doit ·orlÎ..I· humili ' C par leur intelligence, domp~c el soum!:l'
par la •upériorilé de len.r rouerie, uon pomt
aimante, ruai \·aincuc. Qu 'ils a.ient la pc.rmi sion d'une entre,110, l'occasion d'un dialogue : il e.mblequ'il allient le , ang-Iroid
du chas eur au coup d'œil du
capitaine pour alla.4uer la
lemme, la poursuivre, lti
pon &lt;'r, la ha.Ure de phra es
en phra es, de mots èn mot·,
la débusquer de défen es en
.Jéfeu , ·, rétrl,clnourdemenl
le cercle de l'attaque, ln pre:-:er, l'acculer, l· forcer cl la
Lcuir enfin, au b ut de la conversation, dans leur moin,palpitante l •cœnr batt.anl, à l,oul
de sou!Îlecommeun oiseau alLrapeà l:J. cour e!
C'cs Lun spect:tcle presque effrayant de le \·oir
s'cmpar r d'un • coquette ou d'une i~pru2. tl:.uncs rompl lilcs do rèbilwn le fil . lP Ila~ard
denle av c de l'imperlineJJce el du persilloge.
du com 1111 f eu. - L a N11it el lt Momcnl .

c'c t le préceple de l un d'cu'.l. ~t ,érita._h_lemeul il· 11'oulilienl rien de r.e qUJ p ul 1, 1re
vi~rc~ Ir. en-:ihilités de la fpmme, captiver
on intérêt, amener en elle un amolli. erutnl
ou uu 6ncr1·ement, toucher am: fibres le
plu · délicates de ,on èlrc. Ils mettent a1·ec
em: et Jnns leur calcul, dan lcnrs chance.,
la température mênrn, •t la détente qu'np1111rtcnl aux en: de la femme la doue Ul'
d'une almo ph 'or, phn·ieu e, la tri Lesse l
l'nlamrui. ement d'une soirée grise. Il nnl
crupuleu , cxncls, :ippliqu6î. Ce n'e. t pas
seulement vi -11-'; de la femme, c' ·~I vi -à1·is J'cu:t-mèm, qu'il· tiennent à hirn jouer
d•pui la premii)rC wC1. ne ju qu'à la drrnil-rl'.
•\vanl tout, ils ,·eu1enl c ali faire, 'applaudir, plu lier dr orlir de leur rôle contents
d'm1x que con1enl de la f•mmc; car, à l_a
ton ,ue cc · virtuoses clc la éJuction ont fatl
enlrer ,dan I ur jeu un amour-prùpre d' arLi Le. lis onl fait plu : il , ont apporLé la
con, cieuce de v~ritahles comédiens. EL pour
faire l'illu ion complète, pour achever de
Lroublcr cl d'ém uvoir, il en est qui ajustent
j11sc1ue ur leur visa&lt;1c le 01 •o ongc de Ioule
leur per onne, qui se griment, qui e pliilrr.nl, qui se dépouclrenl les cbe,cux, t1u1 ,
pâli sent en e pri,·ant Je 1·in. n en est même
qui, pour un rcndez-vou déci il, se n!ettcnl
du désc. poir , ur la fi nure comme oo s J met
du rouge : :me de ln gomme araLiquc déla ·ée, ils ~e funL ur les jones de lmce de
larme mal 1:::- u ·écs ' !
ll'aulr vonl droil au rait. llu jour 011
l'homme pour plaire n'eut p.1. besoin d'ètre
amolll'&lt;'tU, il pensa que dan &lt;le cas pre;;sés
on le di,pcn erait mèwe d'être aimaLle. vcc
t·elte pensé· tomba le dernier honneur de la
femme, lu re pecl ([Ui l'entourait; et l'amour
n'eut plu· houle d, lit -.iolcnce. L'in olcnce,
la surprise. cle1-inren1 d s p~océdt!s h 1,. ~od~;
leur usa."e ne marqu,1 pas 1homme d mlam1e
ni de Lasse se, leur ·uccè · lui d11n11a une
sorte do Loire. La remme même, b!'ulal~
ment iu ultée, troma comme une humiliation llatlcu dans cc vil moyen de. ·ciduc-tiou.
Que de hru,,1ues allal1ues pardonnée ·! 11ue
de liai ·on , 11ui ouvenL durent, c-0mmen -tes
,·ire.ment par fin olence, dan~ nn carrosse
Jonl le cocher est pr1:l'ic11 pour prendre par
le plus Ion~. faire le ourd, el mener le chevaux au petil pa ! « [ne o.veulure, dt!_ re
chose 1111'00 ,·oil lou!:i le' jour, une m~ t•re
enfin, » c'e t toul ce que le monde du le
lendemain de ces tours d'audace. La Yiolence
ne fait-elle pas écolo dans le meilleur monde?
Cn jour elle o e bien toucher à la robe de la
1

""'268 ,...

1

1

FEMME AU

l~coutez-le : 11ul'I manège étonnant! hmai5 mi;;l"re~, et sur I'inc,m venanl'c d\':I.i~er, on
l'in~olcnce d · idée· ne ·•e~t :-i jolirm•nl ca- point oîr ih en sont, 110 a1eu tj_u'il n'a pa~ ,:ou
ehée sou" le mérto"emenl des termes. l~nlre besoin Je l'aire pour en \ 'llir la 1• Ht•ruscr
c qu'il: 11en. eut N ,. • qu'il: di~m1, if,. n • J. 11~ l'amour, mi dan: I', p u pr•~~ li" l'amett1•nl gu~re, par éµarJ ponr leur i11tr•rlo- ttmnr, jusqu'au mot 1p1i ~l :t Jcrnit:•rt• illucntric'o, qu'un lonr d'entorlilln"1', voile. lé,.er :iou l!l -a dernière pudeur, I:1 " 1 la ,Hisfoc«pii re, emLle :i celle !lne rulte d,! cltarnhre lion ~uprêm de l'amour-propre cl ùe la rnnde l.tlfeta.s a,·ee laquelle, dans le~ château , tai~ie de l'homme du temps.
le: hommes YOnl rendre , i,ile nu dame
dnns leur cbamhri!.
C',•;t ici l]ue l'on comult'nœ i1 loucher le
• 'c:,; 11ser !out J'aburd tl'èlrc incommode, fond ile l'amour &lt;lu ùix-huilii'-1111: sittle el ~
feinilrl~ de croire 1p1'on t.ltlrange nmi pcr ·onue percc\'oir l'amertume dt! 1 f;.lbnteri1•s, le
necnpée, nier du hout drs lè,·r~ ks 1,unnes poi ·on qui s'J carh,1. i'i'y a-t-il pl déj/1 dan,
fortune qn'ou ,·ou pr~tt•. pai. en con\enir. et! rl'fu · d' •. cusf•r la femme ~ ses proprc.s
en en demandnut le sccrrl, cal' on en ,~sl 1em., 1lans l't'lle imput!iquc Loo111: foi de la
honleu ; pi,}l1er la cnrio;.ilé de la l'emm, sur .. éduclioa. lo malnai: instincl de~ dcruitir
une f•rnn1e de e· amie qu'on a eur·. •I lui plaisir:,; de la corrnplion'! Sur l:cllc p 'nie
détailler de. vieds 11 la tête comment ,..l[t e: t d'irouic el do per~ina"e, l'amour c faiL hien
t'III/J•fr ~ ètrc indiscret à plaisir comme • i
vile 1111 point d'honneur cl un(• jouissance tle
l'on aHlÏI peur, pa1· le• silence. de. 'engagt•r la méchanceté; cl la u1éd1anœlé ,lu frmps,
pour l'a,·enir h la cli. crétion; pat!C'r de l'oul.ili rel!..; mêdrnncclé i fine, ·i aigui. l:e. i cxen sage cl cil ·r le nom d'une fr•mme l{lli 11ui. r, entre j u.rpi\111 ru~ur Jcs Îiai ou.~. Il ne
dcrnii'r •men~ a éré forch ·,lc \()11 · rappel1:r suffit plus ;1 b Yanilé du p•lil-maître de
que ,·ou,; l'aviez tenùrcmt"Ut aimt:e, faite de
ftl'rdre une fommc Je riîputalion; il fout 1111ïl
protestation· de rcsp cl, d manquer au rc - pui. c rumpr1· en ,füa.111 d'un ton fos!e : 11 Ob J
pccl dans le mt1mc mome11l; .'Jtonner de· fini. et trè· Hui .... ,le l'ai forcée d'adorer nwn
nru.anl 1)111' le public a donnés /1 ln fomme mérite, j'ai pri. mille plaisirs n,·r1: die, d je
awc la11udl · un c:iu. e cl lui donne-r la la11- l'a.i quilléc en confoud:mt soo ' arnoar-prolerne magîqth' de leur ridicules; définir 111 pre ! , i&gt; La •rrande lllod.u e,l dr• /'f/l'OÎ1· 1ine
di1l'érenee qu'il y a nlrl' aimer une li:mme femme p~r c:1priec, pour la rp:iiltl!I' aullll'nliet l'a rnir; e\posrr li'. bienfaits de ln philtl- quemeuL •. lf11e . ource d'appétit. mau,·.1î;,
sophie 1110Jer11c, le IJonheur J'êlrc arrivé à la s't•st ouverte dnn· l'homme i.i femmes, qui
suppre,sion J · grimaces du Ja femme ,, d • lui I' il r clu.•rchcr, 11011 pin culcmenL le
nllect:1lious dl! pruderi,,, l'a1anlage tle l'e rrain déshonwrnr, mais les souffrnncr.s d' la fomme.
commode où 1'011 ,u prend 1111anJ on ,-c plait. C'est 1111 amu~ mcnl 1p1i )uj ,ourit, dr. pous. cr
où l'on se 11uille quand ou ·l'nnuic. où l'on h raillerie ju ']U'il la L.,le• .sure, d" lai scr 1111c
.t! reprend pom se r1uittrr encore, ·an jnplaie où il :, m.i • un bai. cr, dtl riiire :ai~'Tll'r
mai,; •• hrouilln~ montrer 11,nt ce •1u'u "3"'n.é ju qu'au Lout œ 'fUÎ re le• de remords à la
l'nmour 11 ll1! plus , 'pxa~frl'r, à perdre st'. faiLlc~~r. El sitôt qu'il a renJu une l'cmme
nrand. :tir· Jp lerlu, à èlre roui ~implèmenl folle de loi, 11u'U l'a. ~elon l'argot g;tlaru du
cel 1.:tlair, ce r.:a11ricu du moment 1111e le trmp.
lcrup·, ,,o,1lir1~,. au cflru111l'I', c'r•:l un pbiappr.llt! un go1'1t: PL par le ton JonL on dit tout . ir pour lui de hti rairc uni! scène de ialo11~i1'.
ecl:i, JMr le tour rare Pl dé 'a!!é &lt;1u'on }' met, Pl ~ur s:i défc1re dc '1importer cl de . '1:lnipar le . nurirc . upéri1111r ljU'on jellc dr lia11t gner. ,ll'u .an· pilit!, où ~c révèfout, dnus
sur loul •. res chimère , tltounlir . i for! cl j
une :orle de gr,îrf' t(tii fait peur, la crnauti:l.
11 fond l:i fomine qu'un peu d',mdarc la trou,·c tl'e-sprit de J't:pof]lrn et la profon&lt;l«'11r dt: ~on
. :rn r1.1sistanc1•, - c'est le ~and art •t le m,tlrtim1"e moral! l::t quoi de plu. piqu:mt
rand nir, une façon de ~éd~clion ,raimn1l 11uè Je parler 11 une femme de l'amant qu't,(le
llatleuse pour la l':tnitJ de l'homme 11ui n'a ,1 eu, ou rru'elle a cnéorc, au moment oil elle
eu rt't.nnr., dans toute celle oourle afüùre, ~ J'onhHe le pin~; de lui 1·app •lcr . r, d •voir ,
rien i1u'au res ource el aur on d11 moim cc qu'on est com·enu d'enlenclr
arme de l'esprit. Que l'homme pa1· là, Jor5qu'clle ae peul plu ne pa y ruoncnn enr. ju.qu'nu Lout on iro- r1uer; de ,·oir :;es ourcil se froncer, se reuie, 11ue dans la reconnail&lt;. ~nce gard. &lt;lc,·enir sérères, ses JCUx enfin se remmême il !!llrde nn peu d'imp •r- plir tic larmes, au porlrait qu'on lui trac d'
tinence; et il anrn le J&gt;laisir l'homme q,ti l'adore &lt;·l qu'r.Ue trompe'! On
d'entendre l:1 femmt• , e ré• bi n encore ~i ta femmt? ,·icnt d'enlerrt-r
reiller Cl orlir Ùt• ré"'t1r, • l'homme 1111\ille a aimé, c'e ·t un tour charment n\'ec ce l'ri di: ·a h1101e: muul, npri?~ avoir triomphé de ce cha:?rin
a Au mnim dites-moi •111e
tout chaud, d, rem~ltre le mort ur 1è tapi~.
vou m•aim1•z ! » lanl il e. t de le rc"retter, de dire d'un l&lt;m nttenùri :
resli3 pur Je Ioule allcctalion 1, Quelle prrle pour vous! n ~, d'enlou~r de '
riel •nJre·st•. EL ce mol même son ombr-e la remrnc éperdue! C'est alors
quelafllllllll. •luidemandcrour . euleruc11l, apri•s de telle. prcu" ·. . qu'on a
llxcusrr son nha..i~,erncn t, il Je droit à ce cornplim1•nl tlalleur : ff En vérit.é,
lui rcru erri. en la raillant galamment sur 1•ou èlcs sinl!llli' remenl m :chant n! &gt;&gt; - un
celte Iantai ie de c&gt;ntiment qui lui prend ·i
1. t}.um~s rompliltrs dr t:réhil Ion le fil-, pauim.
mal à propos, ~ur le ridituJe, pour une p r'.l. l.1: t,rdol atl les etc. lomlrrs. 111!1.
·ormc d'esprit, de t,1nl 1mir à de pareilles
ZI. LI!&gt; 1.:onfes ions du comte tl ·~, p r fluclo9 ,
1~

XY1Tl"

SlÈCLë

mot 11u'il serait pre,que indéceul de 11':trnir
rû rnfriœ, ni r ·1.1, qu:in&lt;l on •Juilt une
f,,ntllll' !
A mesure 1111c l • sii•clc tieillil, qn ïl a ·c11111pl1 l .on rarncl~rc, qn'il
crl'll.c . e. pa -~iou , 11u'il r.iffinr. :es apprlti1·, fJUÏl ·euJnrcil 1•t ~,, Mn,irn1c dnn la
.-échercs:e · ,11 la s n:·ualil de
lêle, il cht•rc~e. p~us ré~ol1\men t rio 1:e culé 1:is u11nssemenl Ile je ne ais 11uel: ~c.ns
Mpri\l'és Pl 1111i ne se plai .. ent
11u·au mal. L:i mfrh:mceté.
1ri1i «'•tait l':is,aisonrwrne11l, derient lc "énie de l'amr.ur, f.t, ·
,, noiroeur!, n pa seul de mode,
cl la 1, !,1·éll:r~l · e 1) éclale. Il
.e gli. ·.e ù:in le relation;;
d'homme. :1 femni •s quel,{IIC d10. e cumme
un politique impitoyable, (;(1mtn • un ·l lt!mC
rl:g1i: ile perdition. La corrnptim1 1leYi •nt un
arl é;r,11 l'U cruauté~, en 111a1111ui·s de fui, t'll
lrnhi:1111&lt;:, • l'art des 13rarmi1••. Le n:rn1l1iavt,lli me entre Jan: la gal:u11erie. il la domine
et la "OUVCtn,:. c·r l l'heun• ni1 l.:iclo~ •!trit
d':ipr~ nnlure !s!'S Lioisou.• ,la11fjl'Nll.·1•.~, cc
Jiu• ad111irid1le el e ·écr.ihle 11ui crt à b morale nmoureu$e de ln France du ùix-huiLièmc
sii'.·cle c~ 1111'e,l le Lraité du / 1ri11c,· à. la moral politique de l'Italie Ju ~eizième.
Au · heure.s Lrnuliles •1ui pr1icMc11L ln fü:_
volulion, au milieu de c(:t\' ,o i1:1é lra1t•r~1•e
'I p,~11étréè, jus,,u·au plu~ profond de l';"mw,
par 1· malai ·e d'uu ora!!c flottant l'i m1•11:i!_::tnl, on \'oil .1pp.1rnîlr1i.- puur rempl:tC('r lts
petits 111aîfrps ),émillants l'i i111p1•rlim•nls ,Je
CréLillon fil.. Je., ra111I · m:iitr •s d,~ la pern-r:ité, 1~. ro11ê, accurnplis, lo., hH,•s torks &lt;l1•
l'irtrn!oralit,: lh1!oritJ111t 1•t prati11u1•. r. lwrnrues S11Rl san · Clllrailtcs. ,an. nmurd:, "aib
faihJ,,,,c. li: onl l'amàliili1,:, lï111pu&lt;l1·nc1'.
rhypocrije, !:, f11rn:, la patience, la :-nih• de,
rrsolutiun:, la con la11c:e de la volonté, h féconùilt; d'irnai,:i11a1i,m. li t·&lt;&gt;1m:ii»P11L la pui,;. ance d,, l'1lCC3!&gt;Ïoo, le lmu Pff'l d'un acte dt•
vertu nu de l1ienrai,ance l,i1.•n pla"•'· l'n , ge
d1 s femmes d,· chambre, d, · rnlct. , Ju ,c..1ndale, Ioule: Je~ arml's délo 3alr.~. Ils ont c.i !culé da ·:mg-froid tout ce qu'on hnm111e peut
se permettre~ d'horreurs D, d ils ne r cult&gt;nt
devant rien .. 'e pou,·a11L preudr • d'a.saul,
ùnw un secr,&lt;Laire, le • cret d'un cœur de
femme. ils se prennent à regretter 1111e le talent d'un Giou n'i:-ntre p dans l',1ducalim1
d'un homme 'Jui · · mèlti d'intri!!l1c.'. f,cur
zrand principe r,t de ne j~m~i finir une
a\mlnrc JVfilll d'o"oir en main Je quoi LI,• honorer fa femme'. il~ ne sédnis,.111 qu lt01tr
perdre. il. ne tromp◄ ·nL qu · pour C-Ortomrre.
l.,enr joi ,, leur ho11hrnr, c·l'-~l de faire n expirer la vertu d'une ferun11.: dan une lenle
agonie t de la fixer ~ur ce ~pectacla »; et il,
·'nrrêl.euL à. moiti,: de leur \'ictoirr, pour lairP
nrrèll!r relie 11u 'i).- ont nttaquéc à cb~qu - J egr1:, à chaque talion ùe la honte, dn dt!~es1

.t. Œuvre. tomph1t1'S dl'
d Chcn11•r. l , 0111/,-rJ
•·llr&gt; ft'lrr11rl JM,i .Yourtt", 1'1111 dC' fo ,•iriti• 1771'
:, . ŒuHM dr 1; n .. hillnn le fol,.
'

�111S T0'1{1.ll

LA

rEJHJflE AU

poir, lui fai1·e sarnurer it loisir le sentiment d'elles dan· le sens moral, qu'elles dépa sent
de a défaite, et la conduire à la chute as. cz &lt;le l011 le la tète la ~lessaline antique. Elle·
doucement pour que le remords la suire pas créent. un effet, elles révèlent, elles jncarneot
à pas. Leur pa5.l'--lemp·, leur di tradion e11 !'lies-même une corruption supérieure à
dont ils rougissl'nl pr ·11uc. lanl elle leur a lo111e Je, autres et c1ue l'on erait tenté
peu c.oîité, est de 'ubjugucr par l"autorilé une d'appeler une corruption idéale: fo lil..,ert.io:igc
jeune fille, une rnfant, d'emporter son hu11- des pnüons méchante:, la Lu rnre du )fal!
neur en J,adin.int, de la déprnwir par désœuEt que l'on ne croie pas que ces lypes si
vrement: et c'est pour éllX cumme ü.Oe ma- complets, ·i parfait·, soic1ll imaginés. Il· ne
lice de faire rire cet te fil le des ridicules de ~orle nt pas dll la tête de Laclo ·, il ne sont
sa mi!re de a m~re. coudiée dan la cham- pa, le rtiv d'un romaocict; ils sont de iudibre à ccité et qu'une cloison épar!! de la vidunlilés Je ce monde, des pcrsonn.ige · vibon le el des ris(.cs de son san" ! - Le dix- ,·auts de celte ociét~. Lc:s autorité du Lemps
buitihnc .iècle a marqu • 111. à cc• dernier •ont là p()Ur allcsler leur res emhlance et
trait, lel dernit•re~ limites dé l'imanina.Liun pour mettre or ce porlrail, le initiale de
dans l'ordre d la ftirocilé morale.
leurs noms. Le scnl cmharra est qu'on leur
La femllle é!!ala l'homme. i elle ne le dtl- trouve lrop de modèles. Valmont ne îniL-il
pa .a, dans ce lilierliuage de la méchanceté pas nommer on homme Iarncux'l M. de Chaigalante. Elle r1~réla un L~pe nouveau. où .cul n'a•t-il pa commencé sa ~randc carrière
tnull'. les atlressl.' , tous les dons, touhis les par ce nllo ù'bomme à bonnes fortune , de
fines ·es. Loule lr sort;'· d'e;.pril de on méchant impitophle, de roué consommé,
se:e, se touruèr ·nl en une .orle de cruauté marchant à on Lut a,•ec l'air étourdi, n'a,,anr1%lchic qui donne l'épouvante. La ronerie ç-:ml ni un pas, ni unr parole sans un projet
s'éleva, dans qud11ues femmes rares et nho- contre une femme, s'imposant aux femmP.
mi11a~k, à uu degré presque atanique. ·ne par le sarc.%me, les menaçant de on esprit,
fa1rselé naturelle, une ùi · ~imulalion ac(JUbe, en triomphant par la peur'! liai que parleun regard à mlonté, une ph •·ionom.ie maî- t-on de Choi eu!? Laclos n':irail-il pa sous
trisée, un mensonge sans effort de tout l'èlre, le yeux le prototipe de a création daus la
une ohser...-ation profonde, Ull coup d'œil pé- figure effrayante du marquis de Louvoi , dans
nétrant, la domination d~ ens, une curio- la. ligure de ce comte de Frise s'amu ·ant à
·ilé, 1111 dé ir de cience, qui ne lear lai. aienl torturer Mme de Blot? - Et pour ln Iemme
voir dan l'amour que de foits à méditer et que Laclo a j&gt;llinte el à laquelle il a attribué
ù recucillîr, c'étaient à des faculté· et à de· Lanl de gr:1ces et &lt;le re•sources infernales,
ci ua.lilé si redontaLlcs que c~ femn1es avaient n'en :i.vait-il pas rencontré l'orin-inal, el nll
dù, dès leur jeunes.e, ries Laient et une pol.i- l'avait-il pas étudiée sur le vif? Le prince de
tii[ue c.lpal.iles de faire la réputation d'un Ligne el 1'illy n ·arnrmenl-il pas, d'après la
mini Ire. Elles avaient étudié dans leur cœur confidence de Laclo , qu'il n'a eu qu'à dé hale &lt;'œnr de: autre ; elle~ :mlieut vu que biller la con-cienœ d'une grande dame de
Grenoble, la marqui e L. T. I&gt;. P. JI., qu'à
chacun J porte U1J secret c~clié, et elles al'aienl
résolu ùe faire leur puissance a,•ec la détou- raconter Sll vie, pour trouver en die sa mar·\'crte de ce secret de chacun. llécidtie à rc.- quise de Merlcuil '?
pL'ctcr le· dehor et le munde, à ··cnvclopprr
A quoi cependant de"ail aboutir celle méet à se couvrir d'une bonne renommée, elfos chanceté dans l'amour, c.lonL nous aYOns
aYaicnL sérieusement cherché d3n le 111ora- essayé ile 'UÏvrc daa~ le -i ~clc. J'effrontcric,
lisles et pe é aYer elle -mt~m s ce 11u'ot1 pou- la profondeur, les appétits croissante; et in~avait faire, cc qu'on devait pcn er, cc 11u'on liahles'l llevait-elle s'nrrèlcr avant d'arnîr
de"ait paraitre. Ain i formée. , secrète el donné comme une ruesuru épournnlalile de
profonde , impénétrable et invulnerahfos, se., ext.è. cl de on extrémité? Tl est une
elles apporteot dans la 0 alanleric, dan, la logique inexorable 41ui commande au."t rnauvengeance, dans le plaisir, dans la haine, un vai e pa sions de l'humanité d'aller au bout
cumr olc .ang-l'roid, un esprit toujours pré- d 'ellcs-mème -, cl d" éclater dm· une liorreur
sent, uo Ion de liberté, un C)UÎ$me de •rande finale et absolue. Cette logique avait assigné
dame mêlé d'une haut.aine élégance, une sorte à la méchanceté l"Oiuplueu e du dix-huiti,·me
de lé,,èrelé implacable. Cc; femme perdent siècle son couronnemenL monstrueux. Il y
uu homme pour Ill perdre. Elles èrncnt la a,·ait en dans les esprit~ une lrop grande habitentation dans la candeur, la débauche dans tude de la cruauté morale, pour que cette
l'iunocenoe. Ellcsrnart~riscnLl'honnèle femme crnauté demeuràt dan la tète et ne de ·cendît
do11L la. vorLu leur déplait; et, l'ont-elles tou- pa~ jn. qu'aux sen,. On a-vail Lrop joué avec
chée à mort, elles pou.sent cc cri de vipèrc: la souffrance du cœur de la femme pour
(1 A.hl ryua.nd une femme fr:ippe dans le rœur· 11'êLre pa tenté dt' la faire oulfrir pins sûre~
d'une autre, la ùle ure est incurable.... ,&gt; ment cl. plu visiblement. Pourquoi, après
Elles l'ont éclater le dé honneur tl aos les axoir épui é les lorlures sur -on ôme, lie pas
familles comme un coup de foudre : elles les e. ·aycr ur son corps? Pourquoi ne pa ·
meltenl aux main des hommes les q ucrclles chercher tout crùment dan. son sang le
el les épées qui tuent. Firu.res éLonnanles jouls ance que donllaienl se.s larm~? C'e 1
qui fa 'CinenL et qui glacent! On pourrait dire une doctrine qui nait, qui e formule, docL.\ TOlLEl'TE !POUR LE BAL.
ür.tl•'tfr~ de BP.AOVARLE:T, d'a.pr~$ Dli TROL

rrabfn~, .ftS Estampes.)

1. c·vsl uni' curi•JW c hi loirc l[UO C'I' 1Un1111r.· tl •
Cr...t,illou ~l 11,• àlllo ,le hllliml. lAJ suc,·ès ,hiR rom~n
de Cr\lJil1011 lils à Lt1111ire t.:.!l tr·l 'lu',mr j1·11n,· An~l1ise, il'11111• 11ai,sanr1• dis1i,11:11~•~, ~11~111 lri.,· ,-.. tir,\i

•'l Jl11' ln-de,,us tri•s dchol(!. su moule ln L,1Lr pour

l"l-eril·uiu, el que, pcJur le ,•nir, Pile foil le ,o)age Je
l'm·is.
i-;111' renrontn• l'auL,·ur ,lu Soplut t•hci :lluw tlP

XV111e

SlÈCl.E

trine vers far1uelle too t le jècle est allé san"
1i, savoir, cl qui n'll L au fond que la mtttérialisalion Ùt! ses appétit ; el n·était-il pa
fatal que ce dernier mol ftil dit, que l'érélhi me de l:t térorit: ,'afnrmàL comme un
principe, comme une ré,·élntion et qu'au
liout de cette décadenœ rnffiuée et "alante,
aprè tous ces acheminements au supplice de
1a femme, u11 de ade YÎlll pour mettre, ayec
le an•~ de guillotines, la Terreur dnns
l'Amour'?
C'en est assez : ne descendons pas plus
bas, ne fouillons pas plus loin dao les cnlrailles pourries du dix.-huitième iècle, L'histoire doit 'arrêter à l'abime de l'ordure. Au
delà, il o' a plus d'humanité; il n'} :i plu
que des miasmes où l'on ne respire plus rien.
oil la lumière s'éteindrait d'elle~même aux
main 11ui ,oudraient la tenir.
Remontons \'Crs c.e quj est la,ie, ,er cc qui
est le ,jour, ,ers ce qui e ·t l'air, \'Cr, la ·atur,•,
1-er. la Pa:c: ion, 1·cr. la Vérité, la santé, la fort~e
et la grâce de aOectionshumain!'s. Ans i bien,
aprè· cel11· loagne exposition de tontes le
maladies el de toutes le hontes des plus
noble' parties du. cœur, nprès cell · démoustralion des plaies cl de· corruptions de
l'amour, on a besoin de secouer es dégnùls.
11 semble qu'au a.il bàto de sortir d'une
atmo phère mpoi onnée. L'àme demande
unè hauteur où elle reprenne baleine, un
souflle qui lui rende le ciel, un ra.l'on qui la
défü•re, une image qui la con oie, el oit elle
retrouve la con cience de ses in. lincls drc,its.
de ses pnr" attachements, rie ses élévations
tendre , de se imm.orlellcs illusions. de sa
vitalité divine. li t!Sl Lemps de chercher le
vérit.ahle amour, de le retrouver, el d.e montrer ce qu'il garda d'honneur, de incérilû,
de dé,•ouemeut, ce qn'il lmpo:)a de sar!'ifices,
cc 11uïl coûta de douleurs. ce qu'il arracha
de vertus aux. faible se de la femme dan un
siècle de caprice, d • li!Jtlrlinnge el de rou~rie.
Pour n'avoir pa. eu Ja ruèml' puhlicilé, la
même popularité que la iralanterie, vour
apparaitre au second plan des ave1llures du
lemp , hors du cadre dl!S
mœurs gi.'·oérales, de théorir
régnan1es, de$ haLitude morales et de la pratique journalière, l'amour Yéritable n't'n
n pa moins eu a place dan
le dix-huitième iècle. Uue
l'on prenne en ce temp
l'homme yui a le mieux peint
l'i mpudenre di; l'amour en
vo!!l.le, l't11égance de on cynisme, la politesse de son
lilmtinage, Il' rom:mcit:!r qui a
écrit le 011/ia, les Égarement.~
du rœu,- el de !'esprit, la uit
et le Mo111ent; que Lrouvc-l-on derrière on
œuvre el au tond de a vie? une ffij" Wriense
pas.ion, un booheur el une religion voi!éi;,
l'amour de Mlle de Stafford•. - Voilà le
:1in1e.\la11rc.eu t.o111bcsuLitei11c11l am&lt;&gt;11rr11•c, l',ipousc
secrètement cl 1·eno11cc llOnr lui à son 11um, il a
f:1111ille. à w p.~lri,•. Crèl11 Ion vif à Pari• J~u, 1~ ~lus
~rru11(e rctr:üt,- en mo'.•mp 1em11• r1uc 1la1JS l"uuion la

�. ___________ ___
,

r-IDSYO'l(,_1.Jl - ~ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . . . . . . . . 11'une ferum qm~ rel amour tle Ill d, L ·pisi1•dr : il n affiché le ,rand:il , mab il a connu la plus douce. 1 on âme, a vie c t dans
na se, il monlrt a11~~i le 111alai e et l'a piraeetlc
r
:pon
e:
rl
celle
éd
action
de
sa
perramour.
onne est le char111c de . n mémoire. Elle 1.ion de c•e temp . li nhèle la ~rcrèLe oulfrancc
Il si an commencement du ièdc une
de ce pt•lil no1nhre de per,unncs ~upèricures,
femme 4ni n•lru11n: les hrmes de l'mnour. aime, elle n'a pu r,:si Ler 11 l';1mour, et elle
Lrop ricl1eme.nl ilom:e pour cc ~i~dc, riui
1e poor la \'ertu. l'ima"c
,·cul
.
'en
arracbrr.
1
Elle rcud :, l'amour on honneur, . n poésie,
ont, prcsc111 du premier coup, tool pou sé
de
la
,·ulu
ne
llù
est
apparol'
que
dan
ln
en lui renùaul le Ù•1voncmenl N la pudeur.
jusqu':rn
bout, épui é d'un Lrail les .a,·eurs
Elle bi se an euil du dix-huitième • i ,de un pas.sion, d dle n'a connu \p devoir qu'apr-.~
du
monde,
el gmilÛ jusqu·:111 fond lout ce
de ce tendre ou,·enirs dont le 1'Il'Ur humain La faute. Elle 1~ débat, elle . nccomhe, elle
rp.te le plaHr, le honheur, l'acli"ili.\ tle la
recommence
à
·e
combattre.
Elle
craint
Loul
fait es 11gende- el ,er. lcBt1uels le· amousociété pouvaieul ll'ur donner d'occupation cl
reux de Lou les siècles vont en p leriuage. cc qui l'approchl! du chevalier, el elle se
trome malh •urcuse d'en ètre illoign: '· Coupèr leur apporter de ph'•uitnde.·Arri"ée. en •1nelElle lèrrue /1 l'nvenir un d · cc.: humhll1
f\Ues pa. a la fin de· cho,es el à. leur déioû l,
romans l1ui sun·ivent au temps, el, cachés nu vif un,• pas~ion \ iolcnle ... c'e t efl'royable; Ille ée- dans Ioule IPs partie cle lt:ur êlre
la
mort
n'est
pn·
pire
...
.
(!
.Je
doulli
,le
m'en
sur les coté' de l"bi toire," ri on ombre, loin
par l · ,ide que leur e pril n fait Je Lous l
de la politique cl de la !!Uerrc, semblent de,; tirer ln. vie au,·e, n écril•cllc à l'amie qui la côtés de la vie commune. ell •· Jécomrent,
d1ap11lle 1111 l'imagination c. repose du bruil soulienl, la console, ln con'eille cl l'c~horle;
Jan rclle atmo. pht!re tlr. ~cchere.sc •I cl'édu grand tbemin, oublie ce f(Ui passe el ce t'I die fait pour . e vaincrt• des elfort. qui la goi·me, w1 irr · ·i •tilJle L furieux. besoin d'nidtlçhirent.
'on
ctmlr
saÎ"lll'
goutle
à
"OUtle.
qui m1'urt, se recueille, 'attendrit el e raC'esl un re"tet i douloureux. une honte . i m(lr, J'.iimcr nvec folie, a,·ec lran. porl, .:1vec
fmcbit. ...
. in ·ère, si ingénue •1ue Ill remords prend dése·poir. Elles 1·eulent rouler dans l'amour
C'l'sl en plein • licence, en pleine Jl6genci',
cbez
('Ill· pai- moment un caracli•rc ang:.. comrur dans un torrent, ·1 plonger Loul enque ·elle femme aime :lin ·i. C'esl en pleine
li/:rr.·, et le ·enlir passer ile tout son poids
Il :nenl'.e qu'elle montre tn l'ile les plus nobles Jique. el que le r•penlir lui donne comme
ur leur cœur. Elle· l':noucnl, rllc:, 1· proel },- plu tond1anles vcrlus de l'amour. une econde innocence. a beauté ~.'1•n \'a, clamc'11L bien haul : il ne s'a •il pas pour elles
sans
c1u
'elle
son,,.e
à
la
regretter
j
elle
perd
t.:'e:l au milieu J •s scandales du Palâis-Lfoyal,
Je plaire. tl'êlre Lrouvé'. l1ellcs, .piriluelle ,
au LraveTS de cbanron · de roués, que s'élhe ·e. force el . a sanlé, cl le lai e aller saw d'avoir oo grand honneur du temp , l'hon('elle pl.:1i11lc, ce ,1;mis. emenl, ce cri Je sour- les retenir. La maladie l'apaise èl l'approd1
neur d'une pr(•férence, de jouir de. chalouilîrance el de tendr e, le ·ri d'une •~olombe de la gr;lce. Le s, crilice la lue; mai elle lcmeols d, la , nnité: elles ne veul('nl que des
espi.-re
en
Ill
mi
éricorde
de
Dieu
ljUÏ
voit
e:t
ble ,ée dan · un boi • pl in de alyres! c· est
ru,·('è. ùc cœur. C'tist luur orrrueil et leur
tout pr:I. de lm~ de Pat:ilière, à se ôté , l,onne rnlont . fü crpt&gt;odanl qut&gt; d'amour alîair• que d'aim •r. Toul ce qu'elle ambique
,\ïssé Fe donne tout entière au che- encor• pour cet homme aurrucl elle c.icbe . b tionnent. c'est d'être jugc&lt;'.s capable· d'aimer
valier d'A die. ,Il' écrit : « ll y a bien d('s maux, dont elle n'ose regarJ1•r les •eu~ plein. el diune de onlTrir. Elle ne font que répéeus qui irnorent la salbfa ·lion d'aimer a, c de larme de peur de trop 'aLtenJrir, et dont ter : « Vou,, ,·errez comme je .ai bien aimtJr,
a- z de délicalcs. e p&lt;&gt;ur proférer le bonheur elle !!Crit de on lit d'aganit• : « li rroil 1yu'à je ne fai- qu·aimer, je ne ai. qu'aimer .... »
de co tJUc 001111 aimons au nôtre propl'e; » el Force de lib :r:ililé,, il rach~ter:i ma ,1e; il Èlre rerou l ·, all •ndries, pa . .ioWJécs, Yôili\
loule ~a l'Îe n' ••l qu'u.n acriflce au bonheur donne , toute la mai on, jn.qu'à ma ,,.1chc à le di!:ir li c Je C•' ;)mes impatient._. cl'écbapJ.e r.c qu'dle aime. ,\iméc &lt;lu d1e,·alier, elle qui il a donn,1 Ju foin ; il donne à l'un de pe:t· au. froideurs tle leur siède. Loul 1•mpre ·s'impo e le devoir et Je courage de rcf user la quoi fair · a1&gt;pr •ndr • un méliPr à son cnfaul, ~ sécs !1 se débarms,er du monde et à foire •n
main qu'il lui olirr. : •• Non, j'aime trop ,a l'autrr pour avoir des palatine cl d ruban , ell~~-mèmes une pen ée uniqnc. Et comme
gloire, 11 1lit-elle, en d ~tournanl h•s ru\ de à loul cc qui se reuconlrn el . c pré ente à ~néralemeol · femml'!,, b l'b urr de l' ·nc • trop h1•au rèw. &lt;1 l'\endr•' la ,·ir si douœ a lui; cela ,·ise qua i à fa folie. Quand je lui lanet• ·I de la p1·Pmlère .i nnP.sse, n'ont poi11t
celui qu'elle aime t[U'il ne lrou,•o rien do ai demandé à quoi eda était Lou : à obliger eu fo nmollis~cment et les ravi~~ement~
pr.;ft\r:ihlc à celle &lt;lourcu:r l&gt;, elle ne connait Lout 1·e qui ,·ous environne à avoir oin de rdigit•u,, comm(• cll ,,. onl rési 1~ .:1ux tcn&lt;l"autre arl oi d'antre ambition. L:1 douceur, vou::- 1• ,1 l1ui· un prêtre vient; ellr e détachu dr · es et au émoûon; de la pi :lé, rllc:..
J • la terre elle .ouril au bonheur ck qui1l •r
c'est le mol qui de on creur lomlic ·an
ce
mi ·ér bic corps, elle 'élève vers l Dieu arri\ent à l'amour comme lt une foi. Elles )'
ces c sou .a plume, eL donne à toutes .c,:
que
soo cœur ,·oit toul bnn : c'est l'amour apportent l'a" nouillement, nne orle de dérnleltrc•s leur immortel atx·rnl d cal"f' e.
lion pro ·terml •. Ce àmr' de pure rniron llUÎ
Comme \lme Je 1? •rriol lui dem:mùaiL un qui meurt eo état de 0 ràL'C. Et il semble n'ont eu jusqur,-là de sens moral, de conjour i lie O\'OÎL en orceh\ le chevalier. e!IL· qu'à la fi11 du si~de, quelque chose de celle
rien el de maitre que l'intclli~ence, ce
à.Ille de f,im1ne, qui 'rnvole i:ommc une
àme ùe -vierge. reparaitra dans la robe blanche àmes ·i fière:, habituée à Lanl de caresse ,
un moment i vnincs, perdent au, itôl qu'elles
de Vir•rinie.
Apr ~ s'èlre montré chez "Ile Aïssé dans sont Louchées le entirueul de leur valeur cl
son jour LP.ndrt·, dan ·on émotion douce et de leur place dans l'opinion, cl elle- se pr;recueillie. dt.1ns nne la1rueu.r pa ·io1tnée, cipitent à d humilités de Madeleine el de
l'amour parait al'ec éclat chez une Ji:!m011.1 eourLisane amoureo c. Leur amour-propre,
ce grand res:orl de tout leur être, elles le
d'un t mpéramcnl tout contraire : )Ille de
Lespin,'l..s.e. Clwz celle-ci, l' scnlimenL c. t mettent sou les pieù de l'homme aimé; elles
une ardeur d~vora.11Le, un feu uiujuurs agil :, prennlllll plai:Jr à le lui faire fouler. Elles se
toujour· ra,ivé 11ui e retourne, c remue t'l tiennent auprl' ' de lui, comme devant le dieu,
·:vritr ans r '· e ur lui-mème. Il llit d'acti- del •ur existenc', _oumise· el e mortifiant,
\'ilé, d'énergie, de violt•nce, du lureur, de baisant la tète, ré·ign.:es à tout .ans plaitlll',
.
d~lcbnîncmenl, de toul cc que la passion avait pi- s11ue joyeuses de soulîrir .
Cette
soumi
·sion
ab
oliie,
on
la
trouve
s1
de trop ,iril el Je Lr p oragem: pour l',l me
d'nnl' Aïs é. Il dure eu 'u anL, et interro,.ez• mariJllee chez Ule de Le ·pinas e qu'elle p.:1rait, de son amour, un cm·aclèrc encore plus
lui rrpondit simplement, 11aï1•cmenl : &lt;&lt; Le le; il vous p:1lpilm1 sous la main comme 1· accu é que le transport el' la \'iolence. Com•
tharm dont je me uis servi est d'airul'r {!ln fort ballemenl de cœur Liu ,li -huitième menl reconnaitre la moitre e d'un de preièe}e. Car cc n' •. l pa~ seulement la. fièvre
malgré moi el de lui r ndre la "ie du mond •
1111. {f»rr~~po1Jd1mcc d,· Gr,mm, ,·ol. VII. Jonni~l
enfanl rut dr· lo liui,;on •hr rnmauci,•1 1·l d,•
plu pnrr~it,• tvrc 1'&lt;-ltr aéatur1), ,lour•, aimnnli•, 1'11ni1\11e
c?l h\111oires de Collé, ,·ol. 1. 1
l'i\ng
11:11·. ,,,1111 •1or le;; mnn~ni, proJ!ti1i ,le 1•ar,·111
1. L,•Ure,; 1\;.- .m • \ï, ' ;, llml' Cnl11111lt•'ni. l'tll'Ï,&lt;,
-••n&lt;f.,,, lai•l" el luucl,c. p,·11 riclrt• ,,1 111 ,ml J'un1•
,lv fa ii,•uv,i•dlr c1L•se11L fo•l ,lëclnrcr I,• ruJti.i){,,

,me

p•·11,io11 ,lr mill~ i-,•11,; ,p1i' lui ft1S11it mvlnr,I ·1a1To1·1l
•·I 'lu'il l'"YGit romm,, cl rp,aml il 1,nu1•11I. 'n !,'11~m,

mo11rai1 _en11:itl . .-t lo mi,rr l'i.ail murie n•Jnl l"•nn,•o

18\û.

Il t. - JhSTORI/. -

fa1u:.

3l,

LA F~MJK~ AU

XV111°

S1ÈCl.E - -,

�filST0'1{1A

______________________________________ ,.,.

mier salons de Paris dans cette femme qui
se fait si petite dan l'amour qui demande
si limidemenL el à rnix si basse la moindre
place dans le cœur de son amant, qui re-

'·-------------------------------

mercie si vivement du ton dïntérèt avec
luquel on -veut bien lui écrire, qui s'excuse
si doucement d'écrire trois fois la semaine?
i peu qu'on lui accorde, elJe le r~'.OÎl comme
une faveur qu'elle ne m~riLe pas; et elle se
trouve froide dans la reeonnai snnce alor'
même qu'elle y met toutes ses tendres es.
l\ien ne la sort de cette attitude courbée et
suppliante. et toutes les marque d'amour
qui lui ont données ne peuvent l'enhardir à
celle confiance qui fail qu'on exige ce qu'on
dé ire de ce qu'on aime. Elle s'abaisse sans
ces e devant Af. de Guibert; et l'abandon
qu'elle fait de sa volonté dans la sienne,
d'elle-même en lui, e t si absolu rpi'elle ne
se trouve plus à !'nuis on de la ,oci~té, à
l'accord du ton el des ~entiments du_ monde.
Le plai..ir, la dissipation, les dbtraction
qu'elle rencontre encore autoru d'elle n'onl
plu rieu à ;;oo usage; et devant cet amour
11ui la remplit, le jugemeaL public lui parait
si peu, qu'elle e t prêle à braver l'opinion
pour continuer de Yoir M. de Guibert et de
l'aimer à tou les moment de sa ,•ie. Il " a
en elle un élancement prodigieux, une élc~aLion suprème, une aspiration constante· el
de toute e pensées, de toutes les forces de
on à.me, de toutes les pai sances de son
cœur, il s'échappe ce cri de lenJr" e et de
délire: - une pri~re qu_i tend nn baiser!
o De Lou, Les instant.~ de ma vie, 1774.
llon ami, je soulfre, je vous aime et je vous
attends. »
L'ainour aLsorbé dan son objet n'a pas
dan l'humanité moderne de plu· grand
exemple que celle femme rapportant à soa
amanl tous ses sentiments et Lou ses mouvement;; intérieurs, loi donnru1t es pensée
Joni, scion sa délicate expre ion, 1c elle ne
croit s'a urer la propriété qu'en li&gt;$ lui commu_niquant », se défendant toute chose où il
n'e t pa , salisfaite de ne vivre qne de lui,
dépouillée de n per onnaliLé propre et comme
morte à elle-même, ~e refw ant à parler, fer-

mant la po.rte aux vi itcs de Diderot, à a
eau erie qu.i, dit-elle. force l'allenlion, et demeurant seule ans lines, ans lumière, silcncieu e, tout entière à jouir de celle âme
nouvelle que M. de Gui.hel't loi a créée avec
les trois mots: &lt;1 Je vous aimr, » et si profondément enfont·ée dans cette jouissance,
qu'elle en perd la faculr I de se rappeler le
passé et de prévoir l'-al'cnir. EL quand le pauvre homme qu'elle a !!l'andi de tout on
amour pas&amp;e de l'indifférence à la bru1alité,
quelles lulle , qu ·Ile souffrances, qnellllS
révoltes d'un moment, sui ries aus itôt d'al.Jai ement et de ou.missions pitopbles ! riuel
douloureux travail pour réduire un cœur qui
déharde à la mesure des arrangements, des
commodités de M. de Guibert I Il faut l'entendre solliciter de lui de confidences d'amour, el e vanter, la ma.lbeureuse! de n'avoir
pa lJ oin d'être méniJnée. Quel role quellt!
•ic. le lon" marlyre ! Lui demander de l'abandonner à elle-même, se raccrocher à sa pasion, affirmer qtùlle en e t maitre. c. retomber dan les coan1Liorr du dé-espoir,
tou les soir s'abîmer dan celle musique
d'Orphee qui la déchire, lous les oirs écouter œ: (! J'ai perdu mon Eur!dicc ! » qui
semble remuer au fond d'elle la sonrce des
larmes, du regret, de la douleur; solliciter
de cel·homme un mot, un mot de haine 'il
le veut, lui promellre d&gt; ne plu· le lrollbler,
de ne jamai exiger rieo, -'oceup r de le marier richement, de le douner à une autre
femme jeu_ne el bellt!; pour ceL homme,
marcher, courir, visiter, intriguer, malgré la
Iaihlesse el la toux ; à la pièce de cet homme,
prier le succè à deux genoux; mendier,
auprè de la charité de ceL homme qu'elle
ert de toutes façons, ,l'numûne de ce dont
elle a besoin pour ne pa.s mourir de douleur;
se rattacher encore une foi à lui, implorer
son portra.it., chercher à lui faire entendre
rru'elle meurt, ans trop atlaquer a sensibilité, le supplier de se rcncoutrer avec elle à
quelqut:i diner, lui répéter : C( Quand vou
-verrai-je? ombien vous verrai-je? o lui
écrire de œ lit qu'elle saiL èlre 011 lit de
mort: t( Ne m'aimez pa .. mai oulfrez que
je von aime et vous le di e cenL foi ; 1, c'est le long, l'etfroyable marl}Te de celle
femme si bien prédèSlinée à être lo modèle
du dévouement de l'amour, que on agonie
Pra comme une lran.s6rruratioa de fa passion. [)'une main touchant déji, au froid de la
tomùe, elle écrira : « Les haLLemcnLs Je
mon cœur, les pulsalioo de mon pou! , ma
ré piratioo. tout cela n'est plu- •1ue l'elîet de
la passion. Elle est plus ruarqnée,. plus prononcée que jamai , non c111'elle ?il plus
forle, mais c'est qu'elle va 'aoéanltr. emblable à la lumiùre qui re,·it avec plus de
force avanl de 'éteindre pour jawai 1•••• 11
La passion ! elle n lai sé · dans œ temp.
assez de grand exemples, assez de traces

i'aris, Colli'r,,
~puvelles l.ellres de Mlle de Lespinasse,

j'ai contm des fomm,•s qui aHuc11l des glande,, enftn

1. Lellres de Mlle de laespim1S.Sc,

1800. -

Pnria, Jl111·arla11, 1820.
2. Uo per,;cmuu~c ridicul~, nommé Balol, ijl connu
par ses .:omparai90ns rur,lhcureuses, disait. en IHS,
eu p41'lanl de la guilrîson du c.u,œr do Mme ·de b

~opcliuîilre :

1

Cc iruêris_om ~ont asse:c commune~;

1c

qui avaitmL le eio rumine u? ill!C
c..i•pg111&gt;ll•, D
lèlra nous appren~ 'lue lu medcau_a_ la mod' pour
les maladies du se111 des r,:mme, e1J11I t~ bourreau
de Pari ,

adorai.iles pour racheter toutes les échm:.ses
do iècle. Elle a été dan qodqu s cœurs
élus comme une vertu, comme un · aintelé;
elle a été, dans bien des àmc Iaiblei , comme
une excuse et comme un rachat. Que de
beaux mouvemeal , que de généreux élans
elle a i11 ' pirés même à celles qui ont cédé à
l'amour à la mode, el dont les fauLes ont
fait éclat au mili~u de l'éclat des mauvai e
mœurs ! Que de pages elle a dictées à l'adultère, encore toule c11auJe aujourd'hui, el
dont l'encre jau_nie emhle montrer une
trainée Je sang et de larm • 1 A.près le lettres d'une Aï ·sé à un chc1•alier d'A)die,
d'une Lcspina se à un Guibert. qu'on écoule
c • · deux lettre d'une malheureu.e femme
qui aima, avec l'impudeur de _on ~emps,
l'homme aimé par oa temp ·; qu on li e ce
leUres de madame de la Pop-elinière à flichelieu : quel ba.i ers de feu l quel retour incessant de ce mot: 111011 i:œw·, répété ton~
jours et toujours comme w1e litanie péné-tranle, oonLinnr, machinale, pareil an ge Le
d'une mourante qui e cramponne à la vie!
La flamme conrl dans ces lignes, une llamme
qui consume et purifie; et n'est-ce pas la
Passion satwaol l'Amour dan le scandale
même de l'Amour?

« Mon cher amant mon cher c.œur pour« quoy ro'écri -tu i froidemenl moy qui ne
!(

r~pire que pour toyqui t'adores mon cœur

« je sois injuste je le sens bien tu a . trop
&lt;(

d'affaires et qui oe te lai sen I pa la li ber té

« de m'escrirc qui Le tourmentent j'en ui •
ure mon cœur mais je "n'ay pas trouvé
dans ta letlre ces expres ion el ces senlici ments qui partent de l':lme cl qui font
(&lt; autant de plai ir à escrire qu'à lire je sen
« w1e émotion en t'e erivant mon cher amanl
« qui me donne presque la fièvre qni m'agite
(1 de m1rme. Je n'ay pu_ apprendre que le
u courier n·estoit pa party ans m'aban(1 donner à l'e crire encore cc periL mot cy
« pour rjlparer ma lettre froide et enragée
&lt;• que je ray t. criL hier je ens plus le mal
(1 que je te tai
que les rlus VÎI'~ douleu_rs,
,c je t'aime san pourn1r le dire oomL1en
« mon cher amant mon cœor tu ne peux
1, m'aîmer assés pour seolÎr comme je t"aime
« mon cl1er cœur
cc je me meur de
11 o'estre pa
nec
« toy, mes 0 landes
ci n; mnl pas bien
&lt;1 elles gro sissent
" du double• elj'en
1( ai de nouvelle je
&lt;( commence
c&lt; peu à m'iu(( fJUÎétèr pour
&lt;&lt; cela seu 1e« rnenL ~r le
« fonds de ma
,, santé est in« vulnérable ce ne sera œpeodanl rien à ce
&lt;1 que f e père. urtouL fiés wus eu à moy
&lt;( et ne vous inquiestés pas. Mon cht!r amant
(( Lon absence me coùlera la 1•ie je me dé cc

(1

« esp'•re. Je n·ay jamais rien aimé quP- toy

« mon cœur j,. uis la plu malheureuse
a du monde hélas, mon cher rœur m'ni.me·

,, tu de mesmes de bonne ro~• je ne le crois
11 pas vous ne scntés pa, ·i vivement je le
,, scai . Mais au moins aimes moy autant
&lt;! (1ue ru le pourras.... 11
11 Jfon cœur, 1•ous m'aimrs mieu:t que
tout ce que 1•ou a1·és aimé , ccla est-il
u \ray je crain. toujours 11ue œ ne soit la
•11 lmnté de vo tre cœur qui ,·ous
c&lt; dic1e ce cho'es la pour me conte $Oler el me raire prendre pa11 lit'nce mon cœur que tu per~ Je
c1 cares e cela esl irréparalil .
,c J'ai oublié de vou , dire hier que
« l'on foil mon porlraiL mai mon
« cœur jll ne puis ,·ou en cn,1 voyer de copie,, le peintre e t
u un nommé ~(arolle qui pratique
•&lt; dans la maison toute la jour11 née, de plu je ne eroi' pas
cc c1uïl mil res~emble, \'OUS avés
11 rai on ma. phi ionomie a trop
11 de variantes c'e l pour mon
rc frère si cependant il ,ous conu \'lent 4uand vous l'aurez rn à
11 ,o tre rètüur il ne era pa dif,c ficile que mon frère vous 111
11 donne il sera bien ai e ùe m'en
u faire le sacrifice mais vou n'en
u aur~s plu nlîaire en tenant le
11 modèle mon cœur que je vou
« désire je dounerois un bras
« pour ,•ous arnir tout à l'heure
11 ouy je Je donnerais je vou jure
r, je vous dé ire avec lïmpatieoce
u la plus vive et elle s·augmenle
" chaque jour à ne savoir com11 ment je fera - pour attraper Ja
11 nui L el la nuit le jour puis la
lin de la semaine du moi ah
11 mon cœur quel tourment ma
1 vie est afl'reUct', Vous ne pOUYé
11 l'imnuiner je ne l'aurois jamais
,1 pû croire il n\ a aucune di,, n~rsion pour moy n'en parlow
" pa darnntage cela vous afllige
" san me con ·oler et rien ne ,ous
,, ramcncra plutosl mon eœur je me llalle
11 11uclque foi· 11ue si je vou mandois ,·ené,
11 mon cœur à qudque prix •file cc fut vou ·
&lt;1 ,iendriés mai ' il Iaudroit que je fu.se !rien
malade pour vou propo cr de tout quitter
&lt;&lt; je voLLS exhorte au contraire it resti:r mais
I&lt; moo cœur le moi as que \'OU ponrr : je
« rou_ ,•n prie 1 • »
11

€sl-te là tout l'amour du lemp 1'/ ~on.
l'arrni le ' amour~ bi-loriqucs de ce iècle,
n'avom-nous pa un amour plus pns ionné
~a~s a pureté 11ue celui dt! Ume d la Popelm1èrE'. un amont plo nol.Jlemcnt dé-voué
1•ncore qu.e celui de Mlle de Le$pinas e, un

.!· Lettre

autograph~ tic ll_mc d~ la Popeliuicre

o

llitl1dieu. cQllsenées ~ t, Lihhotbêqua de Rouo n.
Cnilrclion Leher,
-~· A ces ~moura un livre tout 11oul'ellcmrnl pu-

blic: Corrrspo11d1mc~ de- la com /e:;rsc de

abran

Ut

amour ~nfin pin:; cita rc que celui de la paune Aïs.é? Et, cel amour, c'est dans l'orgueilleuse maison de Condé que nous le
lrou,ons.
La princesse de Condé, à la suite d'une
chu Le où elle •'é1aiL démi là rotule, e tro111·e
aux eau1.de Bouruon-l'Archambault, en 17 ti.
La Yie d~ eaux su pendait les ex.ig-ence- da
l'étiquelle et des pré~entalions, et la princes e, qui a rait vingkept an , cause, drjeune,
e promène avec le, baigneurs qui lu.i agréent.

FEJKJJŒ AU

XY7T7e

STÈCI.E _ _ .,.

de penser tout à son ai e à ce qu'elle ajme. »
page. elle répète à l'homme aimé :
« \"ou èles toujours a1·ec moi, ~ous ne m
quitrez pa on in lant. il Ici elle se refuse à
lire Werther qni lui prendrait de son inLérêt,
« tout on intérêt étanL ponr on ami, tout
son cœur, toute son àme. » Là, elle se ràche
preaque d'ètre lrouvée jolie, -voulant 11u·11 n' '
ait que son ami qui oime a figure.
Et toojour au rnilicu des fèLe de Chantilly el de Fontainebleau le re souvenir d'Archambault re1•ient dans ce rel ra in :
Oh! le;; petites maisons tle.~ t'Î.yncs !
Aimer à di tance; aimer 1111
homme 11u'elle n'a guère l'espérance de rencontrer plus de trois
ou quatre fois dans tout le cour
de l'année, et enrore, ou les regard d'un salon; airnC'f Je cet
amour désintéressé qui e repait
de souvenirs et de la. lec1ure de
quelques lettres, cela ufllt à. celte
nature de pur amour qui écrit :
&lt;&lt; Je $CD mon cœur qui aime,
cela fait un bonheur, je m~ livre
o. ce bonheur. » Et la femme
n'est-elle pa tout entière dan
ce portrait tracé d'eUe-mêmc au
milieu d'une autre lettre : a ,le
suis bonne et mon cœur sait bien
a.imPr, voilà tout. »
Chez ce fier ang des Condé,
c'est un phénomène que l'humilité de cette prince· e dans l'amour,
la belle et ,·olontaire immolation
qu'elle fait de son rang et de a
grandeur, étonnante ahnégaûon
avec laquelle elle remet son bonheur aux mains de ce petit officier, lui disant: ,1 ~fou ami, le bonheur de ,·otre bonne e r entre
vos main , c'est de vons qu'il
dépend à présenr; lïn tant 011
vous ne voudrez pas qu'elle en
jouisse, la précipiLera dans lln
ahimti de douleur. ll li l" a dans
ces lettres un adorable art féminin pour s'abaisser, se diminuer,
se faire pour ain i dire toute petite, pour hausser l'homme aimé ju ~u'à
la prince ·~e. l)eux mois et demi. il dore,
mouillé de larme heureu es, ce randide rah,lchage du ~ je l'OU aimo )) Oll la remmc
ne cherche à faire montre ni d'i11tellige11ce,
ni d'esprit, mai· biPn seulement de on cœur.
Elle ne lais e '-d1apper de a pensée réfléchie
que par hasard et comme 1i on in u une pa ,e
comme celle-ci: &lt;&lt; ~nu , mon ami, nous nai"sons faibles, nous ayons besoin d'appui ;
notre éducation ne tend qu'a nous faire entir
que nous sommes escla,•e · et que nous le
serons toujours. Celte idée s'imprim~ l'orlement dan no âmes de~tinées à porter le
joug; celuj qu'on impose à no. cœurs pnrail
doux; d'ailleur peu de sujets de di traction,
1'.0ulrariées perpélneJJement dans no goùl,-,
nos amusements-, par l préjugés, les bienséances et le usages do monde, nous o'arons
.\ chaqitP

r

UNE RCPTUtu:.

D':iprès

U/1

dtsSill de

Moa~'. A.U LE ,JKUNe.

Parmi le' hommes qui lai olîrént le bras el
gu.ident ·a marche mal as ·urée, à Lrawr!&gt; la
pierraille Je~ vignes, se rencontre lln jeune
homme Je 1·ing1 et un ans. Une phrase que la
princesse laisse un jour tornher sur l'eunui
des grandeur· amène l'inlimité entre ks causeur, el au uout de trois jour. l'intim11é e ·t
d~ l'amour.
La saison finie, oo e sépare. La prince -~e
écrit. Elle écrit dts lettre Ioules pleines de
oeuûlle · es de cœur presque enfantines, mêlées à des tendre ses mssLiques de t) le r1ui
semblent mellre la dévotion de l'amour clans
sa correspondance. A. chaque page elle se
plaint de ce grand monde, a qui l'empèd1e
at•ec Te comlr de 81111{//t'rs ajoul~ u11 ternir~ d pu;.
sionnanl chapitre, !1u chapilr~ &lt;j~Ç racun\e m1cu quu
toute r,arolc cet ad,eu de la lin d ~fie lettre_:~ .\tl1eu,
mon t'JIOui, 111011 ~ma11t, mou ami , mon u11n •rJ, mon
lime. mou llieu ! 11

f

�Jt1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - ' ---------------~
de Jil)re que no cntiments, encore sorumes.- un homme, son proche parenl · que, pendant
nou ol1ligée de les renfermer en nou - deux an et demi, Lou deux avaient cru tiuc
même : tout cela fail quo nons nou atta- c'él~it de l'amitié el s'étaient livré· à ce senchon , Je crois, plus fortement ou du moin
timent, mai· que, depuis ix mois, les complus constamment. » Le senlirucnl éprou,·~ bats qu'iL avaient à .oulcni1· leur prouvaient
par Mlle de Coudé 1';l 011 senliment i vrai, i
sincère, si profond, si pnr, ,i extraordin:iire
dans la rorruption du iècle, que ceux. ùe a
famille qui l'onl percé ou les lroublùs, le'
faciles rougeur., les a.b~orplions de l'amoureuse, tunl Condé qu'ils ont, en ont au fou&lt;l
d'eu:-.-rnrmc une ccrètc compas ion.
lin jour, son frère, le duc de Bourbon, . ·approchait d'elle, la. fixait 11uel&lt;JUC temps, lui
errait 1 s mains, el l'embra:sait a,·ec des
Jeux rouge. , la plaignant délkatemcut avec
son érnotiun. Le prince de Condé lui-mème,
malgré l'ailècluerue ruerre faile d'abord à
ce penchant, un momenl gagué, donnait pr&lt;&gt; 'que le. main au passage du jeune officifil
de CMabiuier~ dan Je gardes française ,
pas'a e qui de,·ail lui ou1 rir l'hôll·l de Condé
el Ch::rntillJ. Mais, au momenl où le rêve
des deux amant allait se réaliser, quelque
combien ils s'étaient aveuglé sur l'e,pèce de
allusion alarmaient la crainlive princes e. Des ,entimeot qu'il avaient l'un pour l'aulre;
elle ajoutait qu'elle adorait cet homme,
scrupul «malgré l'e.x.lrêm.c innocence de e
sentiments n pour li. de la Gcrvaisais nai - qu'elle ne e si..ntaJt pas le coura"'e de ne
saienl en elle. Elle tomLait maladr de ces plu le YOir, qu'elle comptait ~ur 'a force
comliats intérieurs. Dan cet ôtal d'Jbranle- pour ré i ter, mai ... , pui toul à coup elle
ment moral. une femme de sa ociélé ,•enail interrompait celle confidence par celte apo /1 lui raconler que depui. trois an, rlltl aimail lrophe qu'elle jetait à la prjnce. e: &lt;&lt; Vous
1

~

Madame Dalot
lia.dame Dalot esl fill'! d'un .impie bourgeois ,i'Agcn, q1li la laissa en fort ha âge
riche de cinrp1ante mille. écu'. Elle a,•,lil encore a mère qui a1 ait aus i du bien. La
chambre de l'édi l était alors à Agen. Viger,
• cou eillel' huguenot, ougea 1l épou cr la mère,
l't à faire éruuser fo fille à on fil ; mais la
fille était i jeune c111'on ne put que les accorder. Klle eut de l'aversion pour ce garçon,
el elle n'avail p:is encore douze an qu'elle
devinl aruourcu e d·un jeune ltomme de h
ville. nommé l&gt;alot, qui élait bien fait et
cntreprenanl; elle con entit qu'il l'enle,~àt ;
mais rela n'était pas ai é; ca.r maJa.me de
Vi«er, a mère, la garJait soigneu eroenl.
éa:nn1oins, il gagna une ~ervantc qui l'averLil
de loul, cl madame Je Virrer étant absente,
il l'ut inLroduit dans la maison lroi heures
avant le jour.Comme il allait à làtons, au lieu
de sa maitresse il enleva une jeune rùle qui
couchait a,,ec elle. li était déjà a ez a1·a11t
dans la rue quand il reconnut son erreur· il
fallut donc retourner. Par bonheur il était le
plu fort, el encore il avaiL eu la prévoyance
de mettre des tire-fond aux portes voisines,
de peur qu'on ne vint nu ecours. Il sorût
avec la demoiselle par un trou qu'il avait fait
faire à la muraille de la ,ille, el se retira
1

ête. bien heur,use, vou ·; ,,ou ne connais. ez
pas tout c'cla ! »
Celte apo Lrophe, le con eil que celle
femme réclamait d'elle, réveillaient la prince se de son Joux rêre. La relicion lui parlait. ,t., ,;ctorieuse d'ellc-mème, la fulurt:
upérieure d~ dames de !'Adoration P~rp_éLuelle ècrivait la lettre r1ui commeore :un l :
u Ah! riu'il m'en coûte de rompr le silence
tiue j'ai ol,•er,é i longtemps! Peul-être vai~je m'en foire haïr1 haïr! d riel, mais oui,
qu'il ce~ ·e de m'aimer, ce qnej'ai tant crainl,
je le désire li présent.. qu'il m'ouLli~ el qu'il
ne soit pas malheureux. 0 ruo11 lheul Que
-vai -je lui dire~ EL ceprndant il faut parler,
el pour la dernière fois! »
Elle lo suppliait de ne plu l'aimer, de ne
plus chercher 11 la voir cl lerminail par ce"
ligne suprêmes! &lt;1 Voilà la dernière lettre
que wus receHez de moi ; faite ·Y un mot de
réponse, pour que je ache i Je doi désirer •
de ,rivre ou de mourir. Oh! Mmme je craindrai de l'ou"rir ! Écoutez, si elle n'est pas
trop dcchirante pour un cœur scn.ible comme
l'est celni de ,,otre bonne, oyez, je t•ous en
conjure, l'alùmlio11 de met/l'e une petite
ctoù: ,11,- l'e~weloppe; n'o11bliez pas cela, je
ous le demande en gràce. »
Aioj f.ioiL, en ce dix-buitième iècle, ce
roman qui a l'ingénuité d'un roman d'amour
d'un Lout jeune siècle.
EDMOND ET JULES DE

GONCOURT.

dans un ch~leau 1l'un homme de qualité. Là, mourut bientôt aprè . Elle disait qu'elle
il fuL aS'iégé dès le lendemain, et il tint le n'avait point de pew: du Roi ni des princes
siège tant qu'il eul des ,·ivr~. ne helle nuit -iuand elle parla au Conseil, mai eu lemenl
qu'il faisait fort obscur, il se s:iu,;a avec sa du cardi ual de Il ichelieu, el qu'il la faisait
maitr se en Rouergue, aprè l'a,·oir de cen- trembler.
doe par une fenêtre; cc fut chez M. d'A.rpa11 pril une vi ion à elle el à. deux veuve
jon, qui lui donna retraite dan une de se
de qualilé ùc faire un couvent comme celui
maisons i mais le crédule Vi"er lui fai -ant des chanoine. ses de ~[iremonl, et elJos disaient
peur, il e dégui·enl en pélerin el prennent qu'elles altendaient des bulles du pape pour
le chemin de Notre-Dame-de-Cralll, En ce cela. Celte îemme avait élé fort Ldle el fort
voyage, la pauHe pclile eut bien de la peine à galante : elle eut une fille de Dalot, dont elle
s'empêcher d'ètre reconnue; elle était dé- était J'urieu emenl jalouse, car elle avait vin°t;;niséc en bornme. Enfin, ils passèrent en trois Oil \firigt-quatre ans de plus que sa fille,
a voie et -'allèrcn t jeter aux pied clc la prin- qui n'était pa moins beTie qu'elle aYaiL été à
ces e de Piérn1ml, aujourd'hui Madame de cel âge-lit. La fille de oo tùté n'étail pa
avoie.
moins galan Ie, el olle haïs ait a mère comme
Elle les prit en alfection et fil in.struire la peste. Toute deux onl peste , mais ne
la dame en sa créance, car elle était bu,.ue- manquent poiul d'esprit. Dan le· dernier.
note. Viger, qui al'ait des nmis à la cour, fit tronble , le comle d'llarcourl coucha. dit--011,
tant caver le cardinal de fücheliru, 11ue la avec la mère. Un paae de ainl-Luc, qui cherprinces e l'ut ohligée de la renvoyer à Pari , où chait le comte, ne le lronvant point dans tout
elle[utmise cbezieumadamela comte se., .. le lo is de madame Dalot (on lui avait dit
[1626]. On dit que M. le cardinal en devint qu'il y était) . ouït du bruit en passant près
amoureu1, et que Ualot ca eut bien de la d'un cabinet; il prête l oreille, il entend
jalousie. Par arrèt du Conseil, elle ÎUL mise madame Dalot qui disail : « Ah! mon prince,
dans un t:ouvenl, a6.n d'être en lilierlé de dire que lai le ·-vous? que voulez-vous faire'? »
si Dalot l'avait enlevée de gré ou de force, et Parmi cela, il y avait un bruit de chai es;
si elle le voulait toujours pour mari. Quelque peu de temp aprè oo ne dit plus mot; il n'y
lemps aprcs, étanlinLroduite au Conseil d'en avait que les chaises qui parlaient. aint-Luc
haut, elle dit que IJalot l'avait enlevée de son fit faire le con le ao pagode van t tout le monde.
consentement, que c·éwt son mari el qu'elle Le prince de Conû en conta un peu à la fille;
n'en aurait jamais d'autre. Ils retournèrent Sarrazin un peu davantage et quelques autres;
en Savoie, d'où, je ne sais par quelle aven- mais ~I. de Caodalle pouvait bien avoir mis
ture, ils s'allèreat établir en Guienne. Dalot l'aventure à ûn.
TALLEMA T DES RÉAUX.
01

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
0
LIVRE DEUXIÈME

-

Citoyens représentants, ciro1ens direc-

leurs, ce hameau pourri m'a déjà été si•rna!P.
Je ~ernaode. qne re...:pédition j11 licière ~Oil

1J1 (suite).

Le ponilleu\ \·enail d'extra.ire la lettr Je
Turpin du fond de ou sabot cas û. Le reprê~ntant ."LLffoqué_ recola d'un pa puis e décida, prit le papier du bout des doiet .
- Qui l'a chargé do m'appo;ter celle
lellre?
.- _Un inconnu, en plein champ ... je ne
sais r1co.
Blad lut et, tourné vers le comcil, p1·0nonç.1 :
- .\(essieurs, ceci von concerne comme
moi; c'est une délation.
- La c[Uinziètn aujourd'hui, fit un membre da di lricl.
~fai ,lérôme Divol s'intéressa.il déjà :
- La lecture!
ntad communiqua :
- Voici : &lt;t Citoyen tept' ent:mts, ciloyrns commi safres, re pectueu des Irailé con enlis, soumi à la pacificalion comme
Hl_'&lt;- décret_ de la République, je m'indigne à
voir ce c1u1 m'entoure cl vous ignale le hameau de Locoal comme un centre de révolte
et dïn. urrecùon per istanle. Les homme
ont gardé leur arme·, leur munitions. lb
co_u-r~nt l~s ~pa~es et massacrent le répuhhca.m 1sol&lt;•s. Leurs clmf sont le ci -devant
chevalier Dcrnardin de .Jovenne, lo fermier
Alanic_ Gynonvez; deux ra:natiques dévoué·
au.x roi comme aux rr ~Lres. l.&gt;e plus, Geor1res
Cadoudal est attendu d'ici peu. C'e t son
refuge habituel. Uue promenade militaire de
ce cllé, demain, dimanche, à l'hl!ure do la
grand·messe, devrait avoir d'bcu.rcox résultats. ~eue lettre pouvant êlre ioterceplée je
ne stgne pas de mon nom mais de cette
qualité, que je revendiquerai, près de vou ,
/1 notre heure : Un ami des lois. »
Jérôme D.ivot, à l'ouïe de ces phrase • a.e
leuail plus en place; a11 mot de Locoal il
a1·ait lres~ailli; dllpui , il parai sait aLLeint de
la dan e de ainl-Guy, trépi!mait comme un
dindon or des plaques de fer rouge.
• a v~ngeauœ, sans cc se reculée, qu'il
redoula1t parfoi de voir lui échapper, sa vengeance, il la Lenail eaJln ! Locoal, Ha.rscoël
Turpin Le Globanic, tout cela e mèlail fai~
sait partie d'un tout. ... "i Lt1 Glohanic n:élait
pas dlh.igné, H ajouta.il, Jui, JJivot. Je m1
autorité, oo nom-là aux deux autre· .... .Ah!. ..
Et il cria, au itôt que Blad e tut :

- Dirnl, cria Dlad, lu a appri à parler
dan le clubs; le idée que tu e primt!s uc
. ont plus de ce temps; on a marché depui

~éc1dée, et Je ~emande encore d'en faire par- Marat.
tie el de présider, là-bas, le tribunal qui y
- A recnlon~ ! llL Divol. Pui . f' redre.~sera établi. J'ai me· raisons.
sant : « Citoyens, je réil,'re ma dema.ndl' !
~a majorité l'appronva; on le craignait. Locoal est un centre de rl'bellion, un repaire
Mais Blad, que sa sitnation mettait an•des u · de brignnda"es, un refage de super titions et
de là~etés, Riad penchait pour la clL!mence. d'arislocralie. Il faut nettoyer rPLIP c·awroe,
- C1to ·en , songe1.-y.... quelqu'un l'a enfumer ces loup ! Je prélrn&lt;l. hariliment
dit tout à l'heure ... , c'e. t la quinzième dé- que penser anlremcnl e~, faililf':~e. ùé ·innon(.;iation de la journée. i on écoutait cPs Lért1t des rho es puliliques, si ec n'c L pas
tror zélés délaLeur , il Faudrait fu iller, par Lrailri e et pacte avrc l'ennemi. A pré"enl,
petits morceaux, la Brrt:1gne tout entière.
wlon , si vou le voulez hil'n. u
Une voix cria :
Blad était 111ou de tempéramrnl. n"3imait
- Pourquoi pa ?
pa • les \·iolences; c'e t pour 1es épargner à
Blad bau a Je épaules :
Yannes qu'il les tonsenlit à Locoal; il lai sa
- Parce que la rai 011 et l'humanité s'y faire.
opposent! Parce qu'on est la, à la fin, de
Sou la pres ion de Jérômr ni,01. fnnrtiontuer .... Je connais les intention, du Dire~ naire redoutable, le 1·ote n'élail pas douteux-.
loirc : il con ei lle la man uétude, la ooncilia- Locoal fut condamné et tous les pom·oir ·
Lion; Pari e l Î1tti 0 ué de la guillotine ....
accordés /1 JérômP. 11 exu ltail.
- C'e l pourtant, interrompit Dirnt, une
A la 6n de celle &lt;léliliératiou, il chercha Kas
belle invenlion! Comment, an- elle, aurait- .\. kourn, voulant le que tionner. Le vieillard
on Cait pour expédier Lou les ci-devant? Je avait disparu; pendant la discu sion, il s'était
me le demande. 'e dites pas de mal du faufilé, san rien dire, par la porte entr'oulfoulin-à-Sileace !
verte el s'était échappé. H devait èlre IOÙl.

1

Le poull/.e!'X, vcnaft ife~t.-~ire la le/Ire Je Turpin au /011/J. d.e so,. sabot t.1s:re. Le repr.!senlanl recula d ~n p,s
• - Qu, liJ cllargéàe m apPorlercetlt lellr~? • - Un i11connu, en pldtt ch.Jmp••• f• nt sais-rien .... ,
CP&lt;11&lt;e ~;;.)

... '-77""

�r-

111S10~1.ll

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Divot ne s'en souciait guore. li a,,ait d'autres
préoccupa Lions.
.
li e somint bru quement que deux officiers - le tapitaine Numa ~te~tre, 1~ lie?teoant de ca,•alerie Deaupoil - expr1ma1l'nl
chaque jour leur inexlinguihle haine pour ~es
Chouan qui a,·aienl massacré leurs am,~;
qu'ils diiclaraienl que, paix. ou "Ucrl'e, 11
fallait du sang aux lames de leurs sabrei;, et
n'attendaient qu'une oc~sion pour de 1,ellf•.
repr&amp;aille .
n les manda leur propo a, ou . a direction le commandem •nt ,le la colonne expédi1ion~:iire, qui fut rompo)é.e de ,olontaire du
Maine-el-Loire, soldats sans crup11le , de
gnrdes nationaux, recrutés dans le goujat d.-s
ports. bons 11 toules les besogne·.
,
.
uma Me lrc, aatrefoi de c·œur et d esprit
énéreux, accepta au hésiter; Beaupoil, a,·ec
enlhou iasme. Les événeJD nl avaieotprofondément modülé ces hommes, urtout le rremier; l'idée qu'ils pouvn.i1mt ~e ll'ouver fa&lt;:8
à face avec Georges les enchanta._ L? partie
était belle à jouer; ils ·y compla1 :uenl par
avanee.
.
Mai Divol nageail dan la félicité. Penche
sur les cartes, il avait cent fois émdié le plan
du département ; connaissait le lieu.x comme
s'il y était né; il avait où se trom•alt exactement ce manoir d'Har,coët, refuge de Rose;
qu'en barrant la presqu'ile, on en tenait déjà
les hôtes prisonniers, e1cepté par la mer;
mais le pêcheur de Locoal n'avaient que des
bateaux légers capable lout au plus de Iran-porter des pas agers de la terre à quelque
autre na\'ire, insuffisants pour un échap?ement au larn-e ... el il n· • aurait pas dena,,rc
en vue .... L'é,·asion était donc impo ible.
Il n'avait qu'à ouvrir el qu'à fermer_ la
main, il empoignait d'un coup le deux obJe~
de sr iooubliahles rancunes, celt~ fem~eq~1
avait été la sienne; cet homme qui la lw a"rul
ravie, en le jetant à la ruine. Car, sans. la
Révolution, il était bien perdu .... Son patr11;
tisme s'exaltait encore à celle pensée. .. 11
glorifiait le circon tances. .
Il .oigoa sa tenue pour la~ournée~u~endemain. Il entendail être terrible, mai, imposant. 'foute la nuit, il repn a son ràlc, prépara 'es altitude . Il comptait montrer à ces
gens-là ce que la népublique_ el l'u age ~t&gt;S
pou~oir · avaient fait de l'ancien perruquier,
t.anl méprisé par eux.
. .
.dee'
Puis, au coITT de ses reOexron ·, une 1
lui ,·int qui le fit sou.cire; ses moustache le
métamorphosaient; avee une cravate un peu
haute. il dis imulerail encore le bas de son
\ isa"e • dérruisé de la sorte, il ne se révélerait
0
0
'
•
qu.'au momenl
des confus1.ons
.up:èn~e- : C.e
serait un beau coup de thé.âtre qut srdu1 tlll
son i111agina1ion.
. , .
r ce dimanche malin ou 11 parul deYant
sa tr~upe en armes, à la vue de ce singe empanathé empètré dans se bottes, rravalé pardessus ,; bouche. le mou taches héri sét!s
ju qu'aux yeux, jusqu'aux oreifü: , un mo~"emenl de gaieté fil onduler les ran?s'. Mar
Lous savaient que si le personnag~ eta1l lal'gemenl bnrle ·que, il était non moins cruel ;

que. ou sa direction, ils allahmt marcher à
de belles tuerie , piller, vfoler, mtis:.acrer.
incendier à leur ai e; cette per$pect.ive les
contint dan leur irr •vérence · puis Oi"ot leur
fit di Lribuer de larges rations d'eau-de.,·ie,
fampées sur place; emplir jus_qu'~ll g~~lo.t le
"Ourdespour la roule. ll lessmgna1t; c cla1l un
père .... Toul compte fait, il l'accl:uuèrent.
li pou a on gro cheval pa~ihle, le s~ul
nr lequel il e p1h k'nir en équilibre, el cria :
- En avant!
La colonne mohile sortit de Vanne à l'aube
naissante; par malchance, la plu.i\! commença, fine, snr le fouJs gri.. ,
C'étaitl'aulomne, oetobreetse' Lrouillard
Jans les taillis clairsemé , les fouille , sur
les arbre plu noir , prenaient des Lons d'or
rou , ou de rouille, ou de cuivre; les routes
défoncées, coupée d'ornières pleine' de boue
ou d'eau ale, s'ébc.ulaient en terre molle el
cédaient ous le pied •
Le Bleus barbotaienL. faisant jaillir l'eau,
sous lenrs lourds soulier · à clous, sous leurs
sabots ferré · car la ri!!l.leur de· temps ne
permettait pas de tenue uniforme et rérulière;
on • 'habillait, on se cbaus ail à l'aventure,
dao l'uniqne préocrupalion de e couvrir le
corp et de ne pa rnarcher pied nu .
Tl a\:ançaient quand même, alertement,
rapidemPnl, le cœur chaud d'avoir bu, et
entant l,allotter à leur flanc, d:ins leur
gourd,, une provision de courage. .A,·ec-0ela,
comme cela, on ,·a loin.
Quand il l1L grand jour, il éprouvèrent le
besoin de chanter ; il traversaient des landes
incul!es, dé ertes, à travers lesquelles la
rQule sinuait à perle de vue, ans un chaume
en bordure , ·u11s une fum~e ur l"horizon.. n
pouvait I aller de a romance, sans cra1~le
d'avertir cen qui ne devaient pa~ètreaverhs.
Bientôt la tète entonnait la JJa,•seilltâ.~e,
tandi qu; le cenlre heuglait le ~Il im et la
queue la Crmnagiiole. Il ·. en ay~1t pour tous
les goùt . Le bataillon enLLer avait la gueule
ourerle. Nu.ma Me tre, lleaupoil, Oanquant
Di,•ot sur son bidet, Divol lui-mème, chantaient comme les autres.
L·expédition s'annonçait bien; c'était une
promenade ; certes mes idor. eûl mieux Yalu
que brumaire, un peu de s0!~11 ~ue be_aucoup
de pluie, mais malgré l~ul, 11 n ' avaü pas à
se plaindre. D'autant mieux ~ue la fin de ceL~e
tournée patriotique 'ann?nçait else présentait
comme particulièrementJoyeuse ....
Les chants mon laient; après une heure de
musi11ue, cc bra"es gt:~s e,ur~t oif;. on
décrocha les gourdes el I on s oO'rlt d~ re_ga·
lades. L'i Yressc commença sourde el 5ourn01se,
en attendant mieux; dejà de" lueur mêcl1antes
pointaient dans œs yeux striés de sang: la
brule prenait on élan.
. .
Am: abords des ,,illan-e, , les répub11carns
se tai aient. y entraient, y défilaient, muets,
farouches; regardant de droite et de gauche;
désirant, appelant tout ha l'inci~ent ou(ra"e
ou jeL de pierre, qui leur aurml perm1 la
bonne repré ·aille.
. .
.
ur leur pa · aae, la rue était vide, le maions fermée , po~tes cl volets clo ; l'habitant

.,.

• e cachait terrorisé, à l'idé~ J'une vi ite
domiciliilire, de fusils découverts ous le
fumier.
C'était de ces délits ,,ue l'on r~glait sur
l'heure el dont le condamné. ne réclamaient
jdm~j •
.Aussi. du plu loin que la lronpc en.marelle était signalée, la solitude el le 1lente
em·eloppaient les l1111ne:nn. Elle fos traversait, ·e ré ignant 11 l'inaction momentanée,
oor tous étaient pre ·.é d'arriver au l,uL
- llornmage qu·on n'ai! pas le ~l'mp~~
murmurait Divol. Ça pue le Chouan a plein
nez par ici, a ver u_n sale golll de roi ...•
· mna Me ll'c roulait drs prunelles é,·ère .
Beaupoil grondait. Tou ·les de1u, à la .u!t.e
des événements, étaient devenu . ans p1L1e.
lis mépri~aient Oh-ol, mai approuvaient ~e ·
projets, et l'encadraient san répugnance. :'\a!!lJtlre iL lui eu· enl tourné le do~.
Déjà les républicain a~aient f~a~clü_ Mériadec ' ainte-Anne , Brech·1 i6 eclirigea1enlsur
•
li
Le Cranic; il avaient couvert cinq eu sen
quatre heures, au pa rompu,l"armcà volonM,
ans grande fatigue: 11uand: brus~uement, la
Providence leur offrit une d1 traction.
Dès le début de l'insurre •Lion, Cadoudal
a,·aiL interdit les mariages, il di ait alor :
« jusqu'à la victoire; » la fatalité voulut que
cela linil par signifier: ju tJ\t'au désarmement.
De ce reLard dans la sanction de amours
pay annes, plus ~•un avai~ gémi, plus d'une
1wait pleuré; m:11 le bru1L et le mouvement
de la guerre a,·ait noyé, dan leur en emble
formidaLle, ces tri tesses personnelle . .
.
Aprè la pacificalion lous les pro:°11s qm
u_n:ivaieol recherchèrent leurs prom1, es · et,
dan chaque paroisse, on e mariai~ éper~umeut. Ala suite de grandes coan1ls10ns, c est
fa détente ordinaire; la \'ie reprend ses droit~;
l'homme a besoin d'oublier le pa é, de préparer l'avenir: quand tout a paru somlirer,
tout recommence.
Or. auhameandeLeCranie. laveille, a,aient
été célébrées six noces à la fois ; toute la population était en fète; depui vingt-quaLre heures, on avait hu, mangé, dan é sur la place
de l'égli e; le ménéLrier _n'ét.a.it ~êr~ de ccndu de .on tonneau; aYail cenl fois mclé ~c
mème air sur son violon tout chaud, tandis
que le binious larmoyaient joyeu emm~I.
Partoi , de. ·oups de fou, - pacifique~
ceux-là - des appel de trompe, augment.aient
tumulte et redouhlaient la fièvre
populaire.
.
.
.
Le cidre et le guin-ardant an1enl circult!
librement autour de tables; carlessix époux,
et les six épouses, 'éuiienLréuni pour traiter
leur amis, qui comprenaient le hameau tout
entier; el, malgré la misèrP des jo~r , tous,
heureux d'èlre encore sur terre apr •s la.nt de
périls, avaienL régalé leur monde avec libéralité.
Les pay ans étaient h1r~ , d'une ivres _c
quatre fois renouvelée, la rai on perdue, délirants de gaie lé brutale,. pour l'i~ tanL i capables, la minute suivante, des pll'es éclats ,~e
colère. 11 , faisaient un tel vacarme qu 11
n·entendirenL pas venir le Bleus.

le

Qaand ce111-d parure.nt, Je · jeuM gen ,
les .i1-un fille · , par groupe tumultueux,
as iégeaient les mail!ons de nouveaux n,arié ,
leur offrant, comme r~reil, apr la nuit de
noces, une . aubade cha.rivariq11e. C'était la
coutume. el )'on n'avait garde d"y manquer.
A l'aspect de !roi. couleur fai anl irrup-lion t.lau la rète, il l' eut une tupeur int.lirihle: le ilence e lit effrayant; pui une
explosion de ré~olte, des huée~.
Alors, quoi? Ça n'était pas fini? prt'.-~ la
paix. pendant la pait, on venait encore les
lronl,ler dans leurs pauvres joies? (lue voulaient, que cherchaient ces inlru. ? il · lomhait:&gt;nl mal. .. les cer,,eaux fumaient d'alcool:
l'heure n"était pas a.tu oumi ion pa. sh·e~ •...
De huées'! l'ne huée plutôt, la 1•oix. d'une
foule; chacun y allait. Je a note ; la haine
accordait le partie , l'en emble ré onna ju le,
affirmant quoi? la menace el la ré olution
belliqueuse.
C"étail folie; celte bourgade comptait cent
homme à peine; le bataillon hleu, formé
pour la circon_tance, en pouvait alirrner quatre fois autant; mai qui ré.lléchis aiL dans
cette mêlée d'ivrogne '/
Alors, les paysan nouls el les républicain
ines e me urèrent de ·eux.
Oivot eut peur; et ayant peur, de1int plu
fèrucc encore. Il marchait en tèt.e. ne soupçonnant aucun péril; il fol cnt-ouré; un Chouan
sui it son che1'al par la bride, un autre lui mit
le poiott 011s le nez. lJ clama.. h]êrue, éperdu:
- A moi, la llépuhlique !
En une seconde, l:leaupoil, Numa .\lestre, à
coup de plat de abre, et vingt soldats, à coups
de crosse, le dégagèrent, le protégèrent, en
l"en"eloppant.
Mai" alors, de lollle la rue ordide, des
pierres, des ordures volèrent; les sifilets, les
vorilëralion décuplées se m~lèrcnt aux hurlements; • ur la place, un gar épaula . on fu il,
chargé à blanc, 11 a Divol. Celui-ci ,11 le g~ te
et s'aplatit, embra ant l'encolure de on cheval; le coup partit, ·ans autre effet que du
bruit et dela Iuruée; mais qui donc raisonnait?
Gètte bravade imbécile fut le signal d'une
bagarre. Numa Mestre commanda : (( Baïonnette au canon! » réservant, cependant encore,
la l'u illade; mais, comme le pay ans, décidément dément·. se jetaient sur le ' fusil ,
s'efforçaient de les arracher Ulll mains de·
meu mal à l'ai e dan la place étroite, Di,•ot
n'hésita plu ; d'une voix de tête, lëlée, suraiguë, il glapit :
- Feu! Jes e1ûant ! Feu ! Ilalnyez ! Balayez! Feu!
Au iLôt, comme - on le sait. - la colonne
e compo ait de bandit , amoureux de la mort,
une mousqueterie à volonlé 'égrena, s'e paça,
prolongcfo, ·uccessh·e, et disper a les a' aillant .
Quelques-uns re, taienl pourtant, mai le
nez à terre ou tomLés ur le do , face au ciel.
J"rôme Oi,·otrespira; ce fut d'un ton redevenu calme qu'il put dicter es ordres.
- \menez-moi do11c deux de ces bougresl~, qu'on sache un peu ....
Les premiers appréhendés lui fnrea! con-

du.il ; il Je. in1enogeait, maje lueux et
~è\·ère :

de la répres ion à la r,trnndeur du délit. .l'é•
pargnerai le 1illage; mais, pour qu·h raverùr
,·ou sarhil'Z et n'ouLliiez pas quel ar..cneil e l
dù :11u trois couleur , comme exempl• ....
Jtlrùme Divol, dans l'oppression de,; poitrine.. l'épou1·anle générale, su pendit son
di cou~, ména~eant es effets. en bel arti te;
il prit un temps, pui. •"ndressant celle foi à
Deaupoil :
- Lieulenant, prenez vinnl hommes et,
là. contre l'église, fu . illez-moi ces joli
cœurs-là.!
Un cri d'horreur, de colère dé.,11 porét&gt;,
jaillit de. gorge. dan~ la foule. Les soldai .
amusé.s, c regardaicnl entre eux, ecouanl la
tète : « Étonnant, Jérôme! Pas lianal, Divol 1
Il en a de bonne , le eilo eo commis ·aire 1 »
Et, spontanément, deux cents polir vingt s'ol~
frirent
Il y eut une nouvelle bagarre, encore 110
jeu de haîonnettes; le· six. condamné~, stupides, furent pous ·és, trainés, jetés au mur
de celle église, où le prètra, la veillP, avait
béni leurs mariaaes.
Uue détonation formidAble ret1.:otit. Il roulèrent tandi que leur jeunes lèm.mf':. - si
peu femmes encore, - maitrisée dans les
bras de leurs pères, de leurs frères, hurlai.en!,
les mains en l'air, veuves après une 11uil.
Numa llestre fit un gc te; le. tambour
battirent, couvrant la réprobation, le malédiction , les oulrag s; et la troupe, reformée,
régulière, orlit du ,,illage d'uu pas égal cadencé, militaire.
Derrière eux, doutant de leur , ision, de
leur mémoire, les pny an regardaient saigner les cadavres sur la place, le cadaues
au milieu de la rue; 11'arrirai•nt pa à comprendre que de telles catastrophe. pn ·sent se
produire en au si peu di: tempi; ....
Au loin, le bruit diis tambours 'en allait,
décroi. sa.nt · la colonne des Bleus serpentait
à lraver la laode, ur la route boueuse. Il
ne pleuvait plus. n doux soleil d"automoe
cherchait à gli ser un regard à traYer les
nuées plus léarres; le vent de mer fouetta les
visage·.
.Alors, sorlie des rangs, nne voix prononç.i :
- Dans une heure, 11ou eron h Locoal.
Uivot entendit, rem!!.l'cia d'un signe l'oLJigeant inconnu qui lu rea,;ei!!Dait; pui ·, r levant es moustaches., il le· bérissait encore,
remontait soigneu. emeul on amplr cravate
de satin noir par-dr.ssus son men ton. U enLrai t en cène pour le dénouement.

« Que voulait dire cet nceueil au drapeau
de la fiépuliliq-ue? Etaient-ils soumi~. oui ou
non ') ,,
Les deux pay. an . 1111 p u dégri é , hochaient
la têle, cherchant, à p.ré, nt, à ·e lirer du
lllauvais pa ; et l'un dil :
- Voilà : on se marie, ·ii garçons, six
filles ... on se rtljouit .... ans faire de mal. \'nus
arri1t'z ... on ne sait plu •... Et pais on a. bu
ferme.
Di"ol s'intéres, a. ;
- Ah! uaimenL.. on ~e marie? ix garçon , ix fille~. Eh! bien. qu'on m'amène les
ix garçon' ... je veux les complimenler moimème.
La foule, ,•oyant qu'on parlementait, s'était
rapprochée; houleuse, mai contenue par la
peur renaissante avec la raison, elle écoutait
A cet ordre, il y eut un recul, un silence
sournoi de méfiance el de con ternation. ' u]
ne bougea. Di\'Ol devint pourpre :
- A·yez.vous entendu? Allei me chercher
le six mari~s, ou le ,'Î!lage brtHe ....
Devant celle menace qu'il avaieut sérieu e,
les paysans .e décidèrent. On le vit frapper
aux portes des mai.ons où les noul'eaux mariés avaient été retenus par le bras de leur
femmes loin de ]a bagarre, à l"abri du danger.
Dans chacune se passa la même cène, le
refus de l'époux, la résislance épouvantée de
l'épou e, accrochée à son homme et ne le cédant pas
Ce fut presqueJe force que, un par un, iJ
comparurent, trainés derant Dirol. TêLe Lasse,
il· gardaient tous la même altitude. Les hras
collés au corps, le re"ard en des ous, fué à
terre. Cerle', il avaieut de mauvaises figures,
avaient dû commettre, au cour de la campagne, des forfaits impunis; mais, cependaul,
ils ne méritaient pas, peut-ètre, le sort qu'nn
hasard leur allrihuait.
Divol le considéra du haut de son cheral
el les railla d'abord :
- Ah! c'e t \'ouslesamoureux,Jesa.imé ?
Eh bien, clics ont un fichu goùt, vos fommes! Regardez:-ruoi ce mu eaux-là?... ontils assez laids, ma parole! Vous n'auriez pas
pu vou débarhouiller pour le Jour de vos noces? ... Aht les "ilain moineau~ 1
Le soldats riaient. appla11di saient. Le
commissaire du pouroir exécutif, radieux de
son succès, continua, mais sur un autre ton.
Tourné ver la foule, par.de sus la tète de
ix "ar:. elfrqodré , il jeta :
- Paysan , je devrai vous pa -.er tous
par les armes, brûler votre repaire; car \OU
IV
ète les ennemis de la RépuLlittue en rébellion contre ses lois. La pre1IYe 1 c'est que vou
- u, ont es ayé Je fuir, dit Alanik.
avez dan le mains des fusils qui devraient
- J'en étai ùr, fil Jol·enne; heureu enous être füTés depuis de moi • Vous vous men L, Lu veillai .
en servez auj urd'bui, pour vos réjoui sances,
- Oh! répondit le fermier, je n'ai pas eu
soit! Qui nous dit que, demain, vou ne les grand mal ; de ma porte, ou voit la route et
tournerez pa conlre nou '? Oui, je de\•rais le pont.
ètre sans pitié, taire la place nette par le Ier,
- Us e ont retiré ans mot dire?
par le plomb et la flamme ; mais la Répuans un mol, et tout de uite .... Jls rm
lJlique entend, à l'occa ion, se montrer ma- voulaient pas être reconnq ; il se figurent
gnanime, proportionner justement la .évérité qu'ils ne l'ont pas été.
.... 279 ....

�~ - HlSTOR.1.Jl
- ncorges denail bien ,·cnir ! ·oupira le core quelque ou&lt;:i lntur an mailrti d'IlarchPvalier.
coët.
- Ob 1 oui I npprou\a r.~11ouvez ... lui seul
De celle animo. ité n-éoérale, Rose lli\lot rcpeul nelto •er tout cela ....
cueilfait
part. a bau leur,
mépris
Il: eau. aient. l'un d1~vant l"aulre - k
.:n11ienl dt!jà la é les paJSllns au Lemps où il ·
bras croi,ii~, k jambe. êcarl~es- ~ l'entrée
de~ Rl'po, •.. Enlr • ce deu · hommes, la confiance était profonde, absolue, has,;e sur des
éprem·e · répétées. ur une longue expLlricnce;
rui il. 111,1ienl, n plus, un point oommun
au cœur : lrur Jé,·olion à Claudine.
Gvooun:z ne avail comml!lll racbi:l r ·es
dwi111:es du prrmicr jour; ~ sa nzerain
cnliu reronuue, il prodiguait s.in ces c les
man1u d'une affection p11 · ·ionnée, toujours
•n é1eil. qui l'en rageait lui-mêtne el toute .a
rnaLon ; tlza ne parlait que par Ck1uJine.
PcnJanL la ,unrt', .ou,·cnl elle était mon1~ • aux flppo~es, Yoir ut fille, e foi1 conoler par 1•lle, dan_ sa peur pour l'homme el
les p lits.
Elle amenait Tina. déYouée die :iussi,
J'instincl el par imitation.
Alors. Ioules deux, Jroile • de1·anl l'béritièn! &lt;les nnci.cn · sei ..neur , leur Glo,lwa,
écoutaient, recudllie · c" paroles chnntante ,
'es cncouran-eme11t., se· ras ·urantc conjecture ·: el ùn alltaienL réconlort.ées.
Pui , aux jour. ~omlire , quanti lei enfants
paru/ iievanl .~a lro11te t n armes, tm~11aché,
du clocher élaienl re1· •nu· diminué de moiti:, Divol
empefrt .ta11s su en/les, crJ••.JI~ p:,r-.J.c!;s11s l:z /&gt;Ouche, les 1/IOUSl:J&amp;hes hHisskS Jusqu'.JU.t re,ix, jU$•
clamant la mort des leur~, - &lt;l'Ol1cr, de
;iu'Ju.,; oreil~s. (Page 1.; 8.)
Pa.nch, ·urtriut, - c"ét.ail Claudine 11ui, certains soir , bravant le péril &lt;les rencontres,
ét.a.il dcl&gt;ccndue i1 la forme. apporh!r telle
mère, au cœur truué Jeux foi·. de coura"eu, l:i tenaîenl pour une Le Glob,t0ic légitime,
avérée, authenli4u , mais pervertie , l'étran' " aÎs d'inutile consolation.
•cr. Uepuis que des soupçon: ,u son idenEl l'llo ;n•ail pa é des veillées lunbrue:,
parlanl dan le _1lence des Hr otcalilé : 1ité commençaient 11 circuler et prèna.ient
. ·elTorç.10 t d'inspirer celle foi dans la vie lous lus jours un peu plus rit: con istance, oo
qu'elle proies a.il si peu; sc méta morpho anl b détt.ist:iit un peu mifüx_ a\CC llC r'·scntiment d'arnir an doute, été trompé par
en prêl•beu~c d'e. poir, eUt•, la dêsolét:.
Au rmour d',\lanik, ma\ .. ré la mort de Jili, cil ; tou · l:C grieC :iccumulé - promella.icnt
la mai. on a1•ait repri une apparence acûvc; J'énergiques rc\ancbcs. On alle111lail l'ocpour son homme, "éza a\'nit ravalé ·es pleur,,, ca ion.
ne ,ouh\111 pas l'allristcr encore du repl'ocbe
u seuil de Hl'po e,, Claudine parut; il
vi1,tnt de sa face douloaren~e.
Eu lre le , Reposes cl le. moulin. le · com- .cmblail, à la füir, 1111'dlc l'ùt autre; a démunication~. mal •ré la tli tance, .c cunli- marche était plu lente, plu~ graYe; elle avait,
dan l'oxp ion du lllia"e, celle placi.dilé
1111aienl .111 · interruption; le cbâlea11 donnait
le mol d'ordre à. l:i. ferme; la dernière. oon- dt:s àml!s .alisfoitc-.
A sa vue, Bernnrdin _'(,caria.il d'A.lanik,
·iirn :tait : Empi1eher h tout pri:t Turpin Le
Gloh:.mic d'échappt•r :m jo,.cmcnl tptl l'al- s'emprc. ail ,·ers elle, tenJ,,ît le· d ·u main
1l la foi , souriait au ·i, tria · donné, tr~ intcndnit.
.\Jauil o·y avait point failli; il ét.ail, d'ail- Lime, lui ouhaitanl du liouheur a cc dé.Ilot
leurs, condé en cela pnr le ...-illa e entier. Je jou.rn le. Elle répund:iil par un sourire
emblaLle ; les mèmes vœ11x el surtout la
~an fournir d"e plicaliou. , il a\·ail obtenu dix
même adoration des yeu . révélant tant ù~
e ·pion~ volontaires, le jour où il a,•ait tlécla.rc
que Tuq1i11, déchu &lt;le ·es droits, riurail à rë• d1ose..
i Gp1omez n'arniLété pr 1 ·cnl, ile l propondre de ~a conJui le dernnt Gcor"e ; qu'on
1.,ablll
11u 'il eus ·cnt prolon°é, en la resserLle,rait le ·1in-eilll'r tllroitemenl. lui Laner
rant,
leur
clrcinl .
l ' roule ; et, cc jour-Là, le cbd illlpopulaiN
La jeune fille, ou mil!u~ ln jeun femme,
ne lronvn pa nne voix pour réclam!'r eu a
faveur, crier à l'arbilraire, el l'ai· 'rtir !i s'en vint au fermier à son tour: il ïnclinait·
elle avait grand air, repri . depui • peu, Je
propo .
Pui la présence de la Haie Claudine am tontes le· llcrl6. 'foujour~en1barra .é devant
Repo e• fini sair p:u- se ùivulgucr; san cer- elle, il ricanait, don ail d'un pied sur l'antre,
titude ur :-ia per onn , le pay an du Locoal, tortilbnt son chapeau; cc Chouan ·ans peur,
an · pitié, était timide; il di ail, pour dire
à force d'mùuction , tournaient autour d11 la
Ytlrité; if - de,inaienL qu là sü pr ·1Jarail en- quelque cho ·e;
07

- U11rs. madt'moiscllr, c' t-il hientc)L
11uc \"OU r.cnlrez dans Har~cuët 7 Vou nou»
offrirl'z u11c ~anlé, ce jour-là 1...
Elle 11: tonsidérnil le yeux mi-clu., l,ien\'eillarrte. mai loint'1ine .... Elle Yinit dan,
une atmo~pbèrc Je rêYc, entre la joie et le
Jé~e poir; ne savait plu · quelle était la
réalité, d • la morl mi,nar:inll'. de l:1 vir prodiguée. Poussée par le Ycnl. elle allait devtml
lie. ignorant où.
Enfin, ellt• rép&lt;mdail :iu fermier par Je
douce- banalités; le cliargt•:iit. pour :.a lemme
el sa fille d'a.ff Lueu~es parolr.-, le renvuyail
ra,·i. Ellr arnil "e do11 cl1• s'attirer le
cœur·.

G..-nouvrz iffia son chü·n et 'en alla. De
IQin: Joyc•nne lui criait encor• :
- Alk-nt..ion aux roul ,, ! ~unl'lllc le
pont!
EL de loin, nus i, le papa11 agirait ~a main
:m bout de son bras étendu, en t• ouant la
tête, ec qui . iguifiail :
.
,OJeZ trarn1uille ... liez-vou à 11101.
.Bernardin s'en reüut ~ laudine. Un hanc
d, pi ·rr • êtail procbc, dan une encoi·•1wre;
il prit laj,•une fille par b Laill1: et l'y entraina.
11 tombaient as ·is l'un à coté de l'antre, el
In main dt• l'amant aimé n'arail point (Jllillu
le oor.-, ge Je l'aim • airuant1.
Ch1tcun cherchniL ou imng • dan, le prunellt' d l'autre; il i.; tuirèwll •'li cuxmè1m•s, raclieu1. mêlant leur ,ouflll': pui ,
:iprès une pause, lentemcul unir •nt leurs
lèu · : oublia.nt la terri:', le dani.:er. , h°!"
frères félon 1•· roi·, le' rêpuLliq,;c,.,: bornant l'e pace au lieu oît il - iltaient, I• lt•mp~
i1 leur Tcncontre, et leur d,:sir à la proehai11c
nnit.
iulollr d'eux, il se fai.ail, dan un ::ra.ad
calme, un grand .ilenœ. Lf' malin1t1•~ tle cet
uctobrc r ·lcuaicnl d • · ùouœur d' sepleinbrc;
pa de 11i5e, des rluie. lénèr $, toil,• d'aci r
line imprégnée el traversée Je ouùain~ e. sah
de so)Pil, Celle année-là, Ll's méfaacolies de
l'aulumne n'étaient pa - mélancolique · ; par
conlrasle , u drame de homu1es, hi nature e
plaisail à de langueur oi'ÎY , à d pnr ·es
heureu · ; elle refu ail cl'a\'ancen rs l'hiver.
fü en.usaient à Yoix ba. e, de quoi 1 d"euxmèmcs. Ob! non pas de leur personnalil~
antérieure et tragiques, du ch •f des Chr,uan
ou de la noble fille découronnée d'llar,coët;
non, non, ceu -là étaient hitm ouliliés; ils
causaient d'un Brrnardin amour u,i; &lt;l'une
lnut.line; d'une Claudine amoareu e d"un
lkroardio; cl le premier racontait, en détail.
ce quïl pensait, cc r1u'il souffrait, r1uand il
n'a\·ail plu Je ·ant les yeu la chère image;
el la seconde dépeignait a tris~. ,e cl son
ù~ wunérnent, q_ua.ntl, par ha$ard, cite e
Lrouvail ule.
U· ét.aienl graves et puérils, é •oï,te à
deu., déinlércsés de tout. occup: d'un
nuage, ,ournis cl révolté , rid.ieuhi, el ·ulilime .
Il arri,•aient ju teà. C('tle éporruc où l'runour
même i.e transformait. Entre l'amour qui finil
a,'ec Louis XV al l'amour qui va noitre aprè..~
la R~l'Olution, il y a la difl'érence du rire aux

larmr. : du plai:.ir à la souffrance. On ,,a
rèver, on ,,a compli•1uer, rp1inte sencicr, dépro\•cr, par une morliide po{,sie, c~ qui n'était
Jadi~ qu'arrré:ible pa.,~temps.
L'amour va devenir le but de la n.e; il
l'emplira. A llicheliou, Lauzun, des Grieu.
nième, ,·ont suret1der 'erlher, Manfred el
Bené; un àme nom·elle ·e rt!"èl ': ~pcrdumenl, olitairP, .:i elle o'e ' l pas acs·ouplée. Il
se prépare déjà, cet :imonr roronne1 que, 4ui
de,iendn romautiqoe pour finir en pas.ion
délirante, dont s011ffrirn le di -nenvi\m · iècle
à na(lre; une tri '!esse e li se d,rns les joie
couqui.r,q; une joie_ 'éprOU\'C à. .oulTrîr d'm1e
cerlai ne foçon.
On :i des scr11p11les, on a des rernord . 1)
ces &lt;l 'fiente e , le,,; am::wl. Je la Uuhorry
n'ayaienl poiut l'embarra •. E~l-ce mieux?
Et-ce plu mal? 011 ne .ail p:1.!, C'c t aulre
chose. Le iolluence de Jeru1-Jacqu Ilou eau, ùe Ilt!rn.1rdin de aint-Pierr • ne ont
pas .!lran,.èrt!s à ces alan!!Ui · cmc11t,; on
convie la nature à ces fètes des cœur · ; il leur
faut c décor : d ' bois , de champ • la
mer ... de lae: urlo11l.
El cet r.lat nouveau n'e·l pa locali é, n'c l
point 1mrticulier aux oi iYe., aux ongeur de
Pari .... Il a péuétré partout, parce quïl e l
l'idée du jour, l'air du lemr~; il ~e propa"e
·ourd m nt, an qu'on ·ache par où, ni
comment; il narne la pro"ince, même. ou milieu de. merr • &lt;lu [rnC3Ji de arme . Ou
mieaY, peul-ètre, ce ont les guerre- qni
dispo~enl ]('s csp1·its aux alarmes. am: ·onge'
creu ; l'ébranlemclll cérébral de la oolère et
de la peur e prolonge en défaillanct•, en
mièvreries ner1•eu es; Les ames tri l~· font
l'amour triste.
Derriere leur~ londe.l, leur rocher le ch vaJ.Îl!r de Joyeuue, la demoiselle d' llarscoël
n'étaient pas à l'abri de celle angoil-se euümenlafo. an le ;avoir, il la nhi saient;
peut~tre ajoutait-cl.le encore au charme éLroiL
Je leur · crète union.
Eo debor de cause réelle ·, i éLaient,
tour à tour, fién-eu emenl ewtés ou ·ombr..menl aballllS; tantôl rôdeur di · iinulé :
tantôt radieux complices. Toul était é1JuiYoqm·
dan lt&gt;ur ·itoalion; jamai ooncour tle circonstances ne cré:i plus d'amhi.gu.ïté aul.our
de deux être . Et, dan leur ca , il , a1•ait autant de folie que de rai:.on.
•
Au Init· ptéCÏ' emèlui &gt;nt I vt ton propbéli&lt;1ue•. Elles pe aient, d'un poid· égal.
sur le · · véoements et la condu.ite d âme ·.
C'était, pour c s personnagcS exc •p1ionnels,
dans ce pays de uper tiliou, de. br uillard 1
de fanlômcs , une e lra O"anle Cllnfu ion
d'ab urdité· acceptée. et de réalité Lrop préci e . !archer droil ùan · ce cbao den:ruùt
impn il,le, I 'y lais.ai nl aller.
- Bnoardin!
- Cl utline!
li s'appefaient aiosi, r1;pétaienl ceol foi
leur nom pour le plai~ir de le prononcer, a~
l'enkndre. Nnélr l'un &lt;le l'antre, il pensaient ala foi ... , e répondaient a nnl dt!.Lre
quesLiono' ; cela o les étonnait plu .
ClauJrne accueillait les jour an \'ou.Joir
0

mis~ion qu'elle 'était prci;crite. Elle charmait, ravi- ail, en ·h:mtaiL cc re" te d'une ,·ie
qu'elle pré"oynil hrt'!ve; offrait à ce condamné,
dt;jà m:irqué par la mol'l, Inules le~ volupté·
humaine!, les terrestr délices qui fooL e11\'Ïahlcs encore le frn lei, plu 1ragi,1ues et
le' plus court· de ·tins.
Pour elle-même, si elle de\ait urvivre au
drame, , ~c, nouv(&gt;lle ou!Trances, ,,If' accumulait le 0111·enir . afin d'«m peupler c
future solitude . l'arfoi , avec llfl!! oh~ûnatiou
donlouren:c, rllc conlcmplail ou amant à
genoui devant elle; il uc 'en doulair •uhe;
·Ile l'apprenait par cœur; cll • gra"ail dan
sa méruoire lt• traits de celle jcnnc tète
qu'elle tenait dan H' moin , qu'elle baisait
aux yeu , avec l'ail'reu~i= pensée des tpnraLions ratal . d •· arrachement~ prochr .... El
la r1holl · alor loi durci· ail ltlS Lrait .
JI J'inlrrro"e.:iit :
- ,\ 11noi on e:-tu?
E\·a,ivc, die ·en tirait facilement par 1111elquc mensonge; l'évocation ~ •nie de on pa.ssé
ne surn. ait• •lie p:1 - à l'as.ombrir ainsi'! IL la
croyait: il la cro}ail en cl!la, comme en tout;
car jamais confiance ne fut plu nveu"le.
tant lui-mi!mll d'intelligence moyenne, il
lui recouna.i sail une âme supérieure, 'exta·iail à l'enteudre. alor qu'elle t'iprimait la
plu impie perde.
- Oi1 va. -Ill ·hercher ce tp1e Lu Ji
Elle ouriaiL, puis répfü1uail :
- Plus on a oulîcrl el plu on a
d1does!
Il n'in.i ·tail pa , cnr le ·ujct étail pénible.
ll •~nra eait à r. pptler - san · counnître le
pire - le. anci, 11111;,, tortures dti cdle qu'il
- aimail; sa haine pour Turpin 11'a1·ait pa.
d'autre ourœ.... lmpntit&gt;mmrnt, il al1cudail
le jour du règlement Jcs comptes, dt•cidé, .ile tribunal de· Chouan. ne raLait p::is ju ·lice ain. i rpùl l'enlenùail, - à vc-11 cr, dt :.o
main, cette anrienne dctime qu'il arnit lra\'tstie en glorieuse idole.
)lai., en r·e J0Ur, il t'hassaH les furieux.
projet· suggéré· par la haine, se plongeait
tout entier san mtihmgi:, en la mol1 • douteur ù' amour. partagée.. El Lou deux
.~'allardaicnt ur le Lanr, le main~ join1es;
riant, ia1érienrem.enl, aux sou~enir~ de la
Yeillc, aux espérlmces du soir; comidérant,
llllil la 1
·oir. la roule cp1i fui·ait cltwanL eux
du colt de la mer.
Peu /1 p u, ce1wndant, l'O?il de Bernardin
s'intéres~n : un point noir venait d'l' surgir
qui !!ra ndi sait, en :'approcb.ant, rapide. Il
marmotta :
- Qu'est-ce r1ne c'c 'Lque celui-la'/
Cbmline rC'gart!a.it à . on tour; ruais ell
T~ùt.is. ,. Ils ga1:Ull~111 tous lil m. me i1ltflI1j": lt·s
t-ras collës au corps, le nl(ar.1 c11 .Jefso us ~ries.
n'avait pa. (P" t •rébra.ntl' · prunelle tl11 chf'[
ils 11~afwt J~ m;riv.:ilscs jig11r~s, ... (J&gt;:ige 279.)
chouan. Entin, il reconnut l • per-onnnae qui

&lt;'akuler rpJellc l'Jl serait hr ~omme; ils 1:taienl
le. l1iemenu ; apr \ œu -lb, elle en souhaitait de S(!mblabll' ·, el n'allail pa. plu loin.
Eli() repou . ait l'a,•enir, 'accroi·boit au
présent.
\lais trop sourent, Uernnrdin la rappelait
aUI. lurreur: du lendemain; c'éLail lorsqu'il
lanç.,il ( lui ~uî oc sa\·ait pa ) dans de
proje1 uperl., ,, pour Je:. bonheur futun-;
11u'il prédisait la paix rewnquise, apr~. une
derni~re guerre terminée en victoire; la
royauté rétablie, lrt llrel:t~ulihre, les Chouans
honorés. Alors on serait heureux, rich ·, élevés au prl'.m.Îer rang p:ir la rl!t'onnni sam·e
d,•_ princ,:,s; cl le jour où Claudine reprendrait oo 1'l'aÏ nom ·eraiL au· i celui où la
noWesse bretonne , apr~s mille aventures,
brillerait d'un nouveau lnslre el d'un nom-eau
crédil.
lai: la jeune fille, à ce· projeetion ur
des féllciré au, i chiméri&lt;1uc que lointaine.•
r6pondalt Yaguement , sans témoigner de
fièvre ui d'enlhoIDim,me, ni mèrne de croyance.
Bernardin lui reprochait on manque de loi,
on peu ,.rauacbcin ut à I cause.
- T11 c une maumi c royali le.
Elle secouait la lèle.
- .'on ... m~is je n'ai qu'un roi ... qm
n·c l pas loin d'ici.
Et
se jetait dnns ·e hrn . \ aincu, toujours charmé, que poumit-il r~pondre'? LI
'enchantait dan œ.t amour; de c.i'lle jeune
eristence réiugi: en lui; il épi.ait ·ur ce cher
visage, qu'un grand cœur gênére1U colorait
ll'un san par, le reflet immédiat Je
pro-

~ne

0

llr\Tl!llrul.

pr senlimen~. ~i queh1ue idée ecrète lui
îai"ail fronœr les ,ourcil , touL de 11ile, ur
t~ vis:ig.-. auné -e peigoaiL une angoi se. Étaitil !!ai? elle resplendi ·ait.
.Ah! ccrte., elle acoorupli sail dnu Ioule
sa beauté, da to11le sa arandeur. cette folle
... 28! ...

.

a

- Le recteur ... annonça+il. la Hrix ennuyéc.
Claudine c 1 1·a.
- Vien plu· loin • répondit-elle; il csl
inutile de l ïodigocr encorn !
Il approuva d'un signe de tète· et tous
ùeu. •'écba~pèrent derrière la \'ieillc wu-

�1f1STO"J{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - raille, se courl,anl un peu au niveau de la
crfüe san se l:lober la main ; landi que,
&lt;lan le Loues du chemin, pataugeant h plein
pieds, la soutane troussée, le chapeau enfoncé
m· le cràne, le prêtre 'a\'ançait à contre
vent, lançant el ramenant d'un geste de fauc·heur son grand bâton noneu ; ilhouettc
énergicp1e, robuste encore malgré l'age ....
Le recteur .Allano, pr~Lre réfractaire, cnré
tle Locoal, détestait le péché; c'était on devoir assur 1ment; ·ela fai ait partie de sa
mi bÎon ur terre.
Or, non seulement il le délestait, mais il
le devinait· et certain péché, principalement
celui qui donne de l'e, prit aux fille . Aucune
ne trou1·ai1 gràce de\•a nt e yeu"t lerriLles, i
a consciPur:e n'était pas en repo . Quand il
passait dcYant les fermes, dans le rues du
village, il regardait fixement les femmes, el,
i elllls rougi saienl, baissaient la Lêle, cherchaient à fuir sous celle inquisition, j) les
arrêtait d'un geste, d'un cri :
- .lnuaïkl Dcrc'heed I Fantaou! Lu te
sauves? tu. a péché;_ tu sans le i,écbé ! Rappelle-Loi n~criture : Eve an i se au1•ai1 devanl Dieu!. ..
Au milieu d'unefouleallirée urles portP.,
il accusait de la faute, menaçait dtl l'enrcr les
filles effarouchées, humiliée , furieuses, qui,
scion leur tempérament, fini saienl par rire
ou par pleurer.
Il ne se trompait guère dans ses accu ations .... San doule, les âmes simples, qu'il
conie _ait ainsi, au YOl, se prêtaient d'elle mâmes à leur confusion; et, par le trouble
témoi né à l'a pect du recteur, e dénonçaient
les premières sous ses yeux perspicaces; malttré tout, il rèlirait crrand prestige de cette
clairvoyance, et souveut la crainte de son audacieu1 regard retint à la vertu des îemme
hésitante qui n'étaienl point bien ar&lt;lemmenl
tentée..
En debor · de ces incurion dans les
consciences, .AUano était un prêtre de foi
primitive.
11 expliquait tout par la ré1·élation; ne
suspeclaiL pas le anciens miracles, en allendait de nouYeaux; réduisait l'esprit à lalellre,
n'admettait pas la restriction, foi ·ait d'une
légende un doame et con idérail le rite
comme la discipline de Dieu. La terre'? L'antichambre du ciel, rien d'aulre. La vie humaine·? négligeable; une épreuve. La morL?
Dne délmance · heureuse, avec les acrements.
En ce temps de batailles, il exhortait: il
tHe\·ait sur sa tète le crucifu comme un drapeau i prêcbait la rési tance aux loi l(UÎ condamnaient l'Église, aux hommes qui chassaient lùs roi , Cl'S rcpréscotan[ de la di11inité.
lléfractaire, il accabla.il de ses mépri~, de
ses oulrage , les curés jureurs; les prèl re
mariés le fai. aient tomber .en conl'lllsions. La
guerre de chouans lui parais ait sainte: il
réprou11ait, pour la forme, les massacres, les
incendie , les violence.. Il ne doutait pa '
d'ailleurs que 1a cause du Cb.rist ne trioruphàt.
Ce fanatique avait une grande vénéraûon
0

pour madame de Jol·enne, l(n'il affirmait être
Il entait bien qu'il y arait du m);;lèrc
visi!ëe ifes anrre . et faisait de~ Reposes son dans cette rrravité, ce dJJain de tout. ce détarefu 11e de prédilccrio11. Bernardin, habitué à chement des ohjets rt de êlres, sans comlui depuis ~on nfance. l'accueillait, sans pm alions f' pérées dans l'au delà. On n'est
t'Jlort, tl'un alut grnciculC ; et, IJien qu '11 pas !i ce point indill'Jrenl dons la vinglï•me
n'auachàt point une toi a,,rugle à ton se
année sans de pnis ants motifs, ~ans d • eprèch~, Ioule se orai~1&gt;11 , en ,·oyant ce rous e, profondes. fi allendail des confidenYienx prêtre assis 1t cfüé de sa mère, il luj ces, à défaut de confession. Elles. ne "inrcnt
emblait qu'il complétait l'cnsemhle el Fai ait pa.,
partie de la mai on.
Il remarqua ùicntôl que Claudine ne proLe cl.it'valii•r était trop jeune pour tli cerner nonçait jamais le nom de Dieu, du Chri. t, ni
ce que pom:ail aYoir d • néfaste cette influence de la Yierge; r.acboo dans le chùtean, elle ne
cxnltée sur une âme mi·s1iqut', natnrdlemcnt pou rait se rendre à l'égli·e; impossihilit~ maencline au:x plu folle pcrsuasinn..
jeure; ruais elle n'en témoimait pa de regrets:
Réunis, ces &lt;leu: chrétiens du moyen :in-e, le recteur Iui proposa un jour de dire la me se
aux m prit.! imilaires, incomplets d'un côté, pour elle, aux fiepos&amp;;. Elle refusa doucement,
exagér4. de l'autre, se outenaient, s'exci- genrimcnl, mais refusa, all 'guanl qu'on ristaient aux pire diYagalion . Us avaient à la quait de 12 sorte d'allirer les soupçons. Ce
fois I'obtui;e crédulité de l1•11r:; p:iy an et 1 s n'était pas un argument valable; et, la prccxtati4ucs envolées de Aum lin el des }Io- miùre, en le fournissant, elle n'a"ail pas J'air
nique. Sans ce .• e préoccupés de la présence d' - croire.
de Dieu, il ne faisaient que pa ser au milieu
Allano devint sombre. li confia on cbanrin
de hommes: Lous leurs inrérèts étaient placé
à madame tic Joyenne, qui soupira, leva le
au ciel.
yeux au plafond en joignant les mains.
Peu de jour· aprè l'entrée &lt;le Claudine
- Recteur, le secrets de Claudine ne sont
aux fieposes, madame de Joyenne, qui n·a11ait pas les mien .... Je ne puis rien dire .... C'est
p:1s de secrets pour son ordinaire confident, ,•r_a.i .... Elle est, pour l'instant, détachée de
lui avait révélé cette présence; le vieillard, l'Eglise .... J'espère, je ..rois q1ùlle 1 revien,comaincu dè' le premier mots, célébra ce dra. Mais elle a beaucoup soullt&lt;rl. .. inju teretour en effusion~ religieuse .
ment. .. cela va de soi. Elle n'ei,l pas ré ignée.
Ro.c Ifüot, pas plu que Turpin, n'était Un peu de bonheur la convertirait bien vite ...
des amis de l'autel; jamai elle n'en prenait mais, hélas, le bonheur n'e t pas de notre
le chemin; et celte impiété, rare dans !"épo- monde.
que, ,candaJi ail la foule. QueJle joie à reconAllano dul se contenter de cette homélie
naitre que la femme impie de Harsroët étaiL cpi'il appromia dans la forme; mais, quant au
une Fausse Le Glohaoic, ni noble, ni même fond, il fil ane réserve :
lketonne sans doute .... Quelle facilité à l'ba- Elle a beaucoup souffert. .. ? C'ru I une
hiller en sorcière. qui , par e maléfice , rai~on de plu pour be réfugier en Dieu.
retenait, corrompait, affolait l'àtne du mal- A qui le dites-rous curé ... '/ Ce n'esl
heureux, tombê entre e rilfos, pour sa pa moi qu ïl faut prêcher. C'est elle!
damnaLion. C'était elle la seule coupable, la
- Je n'ose pa., a voua-l-il après nn si~enll"cau ede ruine Jans celle vieille maison ... lence.
el\ , l'étrangère! ~ p.i)~ dégageait sa re pon- Vou n'osez pas? Pourquoi?
sabiliré.
- Ab! "oilà !
Le rt'Cleur complait, an contraire, dan la
lJ se rrrattail la tête. dans un ge te familier;
véritaùle Claudine, dont il se rappelait l'en- il restait paysan malgré on caractère.
rance tlouce el pure, rencontrer une pieuse
- Voilà quoi'!
servante du Christ, très humblement oumise
- Eh bien, elle n'est pas corume tout le
aux \'Olont.és d'en bout.
monde•.. Elle a grand air ... elle me rappelle
Là, il eut une surpri e.
. a mère, la l'Omlesse Anna, une bien noLle
La jeune fille accepta liùrement, 'ans com- dnme, qui me donnait de sou quand j"étais
ponction feinte, le nclious de grâce du nn gamin. J'ai peut-être plus de respect pour
prêtre; die lui répondit avec reconnai, sance, elle qu"tille n'en a pour moi .... De,·ant etle,
mai comme à un homme ordinaire. Rieu je me lrouùle; j'oublie me discours préparés
dans ses parole , dan s0n auilude, ne témoi- la veille; mes conseils illftlClueux; elle a tant
cna cc re pecl attendri, œlle émotion débor- de 1·boses dans le~ Jeux ..
dante cpÙUPnda.it d'elle le mini tri-, de Dieu.
- Dïnoubliabll's rancun , monsieur AlIl en augura mal, dr l'aùurd. Encore une lano... a vie fut un martyre ...
qui, à trop '{,carter du clocher, avait perdu
- Il o'y a pas de martyre ~ans la foi,
de yeux le coq rl_e aint-Pierrr. [I se jura dl! madame.
la ramener à l'Egli:-e, y mit Lous e oins,
- ~~ !-ce bien certain, curé'!
mais y perdit sa peino.
- .le vous l'.iffirme.
li 1i'éLait pa de r,,rce a\'Cc cetli;: auditrict&gt;.
- Alors, je vous croi ..
Quand il parlait de l'enfer, efic souriaiL;
AvPc madamt&gt; do&gt; .loy,'llne, il avait toujours
qaand il parlait du ciel, elle ecouai t la. tête. el facilemcnL raison. Elle restait, elle au si,
l.!uc pensait-elle réellement derrière es re- pa} annc; ses aïeux étaient de ces noble
gard · calmes~ Il e le tlemanJaiL • ans pou- homm~ t(Ui lahouraienll,mrcbamp une épée
voir se L·épondre. Elle l'intimidait, l"eO'r:iyait au coté; li Lrés uaais pau ne , 1•ivan l de la
un peu.
tPrre avec. implkité; Lta bme la foisait ans

''---------------------------------~--orgudl; el pui les considérations d'ici-ha
n'a1·aient pas de prise urelle: enfin, d'E'$prit
peo...,onple. elle préîérait se lais,er com-aincre.
P.indant de· moi , Alla.no Técut quotidit&gt;nnemeot it coté de Claudine. Elle 'habiluaiL à
lui, mai ne se livrait pas. conscn.ut la di.tance, demeurait unP foigmc.
Quand le prêtre, le soir, aprè- quelque rérit de bataille, q,1elque nouvelle appri e de·
soldats chouan , appelait, les hra levés, la
bénédiction da ciel ·ur Jes nrme · des champions catholiques. i madame de Jo1ennP e
pro ternait. dans des altitude re&lt;'11i&gt;illie.,
mademoi Pllt• Le Glohanic ne courhait pa · la
tète, ne joi!!llait pa les main . Elle écoulait,
pensive, lointaine, mal per uad~epeul-être de
la clémeuce du ciel. de la justice de Uieu.
Et le prèlre se désolait de celle indifférence
qu'il del'inait ho'tik
Dans se· veilles, dan se· m~ditation , il
recherchaiL constamment par &lt;1oel chemin il
pourrait « ramener au bercail la brebis égarée». Il demandait au Très-liant de inspirations ,ictoriense ; improvLait d'irréfutable
plaidoyers; le apprenait par cœur, pour n'avoir pJa. qu'à les réoi Ler.
Le lendemain, de11ant Claudine, il en perdait le fil, n'en savait plu le premier mol,
el sa peine eu redoublait.
Hautaine et renfermée dans son rên~ habituel, la jeune fille ne s'aperce\'ait même pas
des an"oisses de cet inhabile prédicateur.
Ellecroyaitqu'ila,ailcompri sa l'olooté, on
écarl farouche, tiu'il renonçait.
L'anxiété du recteur redoubla au retour de
Jovenne.
"Dès les premier regard qu'échangèrent
de11ant lui ces deu. jeunes gen lrop beaux
pour ne pas tenter le diaLle, il prévit l'amour inévitahl et trembJa que, &lt;levant les
oL 1acle qui les séparaient. la nature, un
beau oir, ne les urùt sans ·acremenl. a
gros,e raison, œ jour-là, fut clairvoyante.
Il les épia an trêl'e; notant à chaque oouYeJle rencontre, dans leur ,•oix, dans leur
geste, le progrès de leur intimité. llienlôt il
consl:it.a l'évidence. Le scandale habitait la
maison.
Alor·, il n'y tint plus, il avertit à demimots madame de .Joyenue Pour son indirrnation. elle ne bondit pas sous les insinuation .
avait-elle donc? Souffrait-elle la faute? Elle
cssapil, mais mollement, de le dissuader.
- Que leur reprochez-vous 1 que Lrouyezvous à reprendre dans leur conduite'? ... Je ne
vois pas.
Il éclatait.
- Je lrom'e qu'il ont l'air de deux
époux! ... Je sens le p~ché !
Elle se refu ait à en entendre davantage.
- Laissez cela, monsieur le recteur ....
Vous sarez bien que .Bernardin ne doit vas
vivre ....
- Ceci est entre les mains de Dieu; mais
voulez-von. donc qu ïl meure damné 1
l!;t. subitement, abusant de son a cendant
sur cette ,·iciUe femme peureu e, il fulminait:
- Vous êtes aYetigle ou complice I Ces

Les slxconJa17u1és, stuplJes . /urenl rousses, trainés, fett!s

.:ih mt1r de etlte tglise . ... Une détonotu1n fonnfdal-le
retenti/. Ils ,-ouUre11t ... ,\"11ma Mestre /Il 1m gest~; les la1nb011rs b"111renl, couvrant b répro/Jal/011, ks 111.ilè•
dlcllom;, les 0111,-.iges; el la troupe re/orrnèe, regultl!re, sorm du 1·illage a·,111 pas tg;zl, c:zdtmcé, militaire.

Pn:?c :1ï9.)

TUalheureux. vont à l'enia 1 lin jour viendra
où vous pleurerez des larme de sang au sou,·enir de 1·otre complai aoce. Vous devez empêcher .... 11 le faut, Dien le veut 1
EUe e dé olait :
- Empêcher quoi 7 ,os supposition sont
pcul-1\tre gratuites .... Tiien ne prouve ...
- Oh I madame, regardez-le ·!
Il les regardait, lui ; tres aillait de colère,
a,·erti par son in Lincl; il a,·ait, une tois,
plongé se., Jeux dans les yeux de Claudine,
ainsi qu'il agissait pour les ftlles du ,,ilfage;
mais, ce jour-là, il était tombé sur deux yeux
volontaire , résolus à garder leur secret, deu:i:
yeux rebelles, dont l'expression hautaine l'avait

rite rappelé aux humilités de sa condition.
Al'CC Joyenne, il perdait son temps. A l'inqui ilion de ses prunelles actives, le che11a1ier
répliquait par un:
- Qu'est-ce qu'il y a, curé?
Et pas ail, nonchalant; trop heureux pour
,·ou loir être distrait.
Le curé, naYré de son impuissance, se rattrapaü, le dimanche, ,m prodiguant e foudres dans un ermon \'engeur, promellant la
torture éternelle aux libertins comme aux
filles mal gardée . Tant d'éloquence, en ce'
jours, était presque inutile; la guerre amit Lué
l'amour; les jeunes gens étaient rares au pays.
Madame de Jo-yeane, cependant, protitail

�"7ST0~1.ll----------------------de la hortne parole, l'emportait en elle, mais
ne la répandait pa .
Telles furent les eules ombres, si vaguement perçue·, dans l'idjlle de Bepo.e, la
balte fleurie ..•
Bernardin el Claudine fuyant l'approche du
prêtre, avaicn t di paru derrière le_ bâtiments.
JI avouai!:
- C'est horrible à dire, apres lar1t de dé. a Lr , tant de mort!, maisj" n'ai jamai · été
au' i complèt~ment heureux!
Elle le coottlmplait, pa . ionnée, farouchement d ivouée; ell pen ail (! C'e t mon œu' re ! » el loin de e repe11 tir, loin de re.,.retter,
elle était fière et jugeait qu'elle avait hicn agi.
Parfois, cependant, ur1e conjectnre la venait
. urpr ndre: iles ombre vi ioo , le· sanglante prophétie de madame de Jo}'enne 11 •~t, ienl qu'b.allucinalions el dirngation·? i
llernardi11 de\'aÏL sunii1·re au1 é,•éncmenLl et
nombre d'année' encore, que de1iendrailalor
on roJe, à elle'! Forcémcnl, fatalement, il la
réclamerait pour épou e, appellerait la sanction Pgale nr leur amour pruen, né de l'in 1incl et de la nature : ne pourrait pa comprendre, non qu'elle s'y refi.isàt, maî 11u'elle
ne lu :,;Ouhaitàt pa plus ardemment qur luimème. Que ferait- lie en ce alternalfre ?
EJJe chas ail cc· pensée..... i Beroardin
duvait vivre, qu'importait Je reste'/ E t-re que
le re le comptait'! Pour ellr, il serait toujour
lemp · de onrrer à l'échappement; avec la
mort on arrang1: tout. Et, satisfaite, elle e
reprenait à ses dou: soins d'amour.
Elle était lPndre:
- Bernardin, a·-tu r marqué rJUe, lor,,_
qu'on aime, tout semhleaimer autour de soi'?
llegarde, les mouette en criant se pour uhent
ur la mer; k lourd chevaux de labour ont
des gaieté· ,ubites; ce premier jour d'aulomue olfrenL des joie de printemp : mai ·,de
tout cela je ne m'aperœvrais guère, .i mon
cœur, lui a.ussi, n'avait sa chanson.
Il était naïf:
- Bien sù.r ... c'est bon de \'Ïne, comme
cela; le Lemps ,·a vile .... Tu ne ai· pas'! Eh
bieo,j'ai oublié la guerre, moi, qui l'aimai ;
il me semble qu'à présent elle m'ennuierait.
Tien .•. rnL-tu, la meilleure chose, le grand
bonheur, c'est le silence, ÎI deux ... s'écouler
vivre ... Quand on est vieux, on doit se somenir de ces cbo e -là ... on doil les regretter ... .
ous en sounnes au bon temp de la \'Îe .. .
plu lard c'e l déjà moin bit&gt;n.
Elle i:tait rèveusc:
- Plu Lard?... oui, peut-t\lrc .... li y a
cependant des geus qui e onl ai1oés Loule
la vie ... on le dil. .. mais c'est trop beau pour
être vrai. c·e. L mon grand rève de oir doré , Bernardin ... d'autant plus magnilit1ue
qu'il e t bien impo sible. Yoi--lu cela? Les
Reposes , llar coët, • en louré de moi sous
lourdes, du bonheur de pay ans; et nou ,
da.ns Har coël ou le Repo es, acceptant lu
jours avec érénitt1 ; ue oous enlaol pa "ieilr ,. , no &lt;·œurs re t' jeunes· toujour' beaux
l'un pour l'autre· lon11temp ' rnbustes, ~an
"Oulfrance, seulement averti que le temps

marche par le enfant grandi en nombre
comme en taille .... L'exi Lencc calme, introuLlée, san haine, ans injustice, comme elle
devrait ètre pour tous, si Dien était bon.
11 t:lait orgueilleux :
- Pour,'Jlloi pa ? qui te dit q-u'il n'en sera
pas ain i? ·e l'avow-nou pas mérité? toi,
par te· malheurs inju ·les, par lei' mille souFÛ'ance , moi par la part que j'ai pri c au1
cho es de la rruerr[' . Tu as été a sez victime
pour devenir, à ton tour, l'idole heureu e el
vénérée. Je me ni assez battu, pour m'a eoir dans la 11ai1 el raconter mes faits d'arme aux nutrcs; no mai on unie font un
domaine vaste; la terre n'est stérile que faute
de Lrarnil.. •. Toul œla, c'e l de l'e poir ... de
l'espoir rai onna bic 1. .. ~ou . erons J1eureux,
va 1
Elle était incertaine:
- Peut-être !
liais, en elle-même, elle entendait un glas;
el cependnnt, ou es ·eu:t, le jeune homme
parlait. allait, ge~Liculait, si vivant, irésolu ..•
\:Omment croire?
-Alor, continuait-elle, c'e t.11ni, la guerre,
l'a[r use guerre'? .... 'r1us n'avon pas 1·écu
tou ce jours-là ... .
Il répondait, 11 regret, presque avec un
remords, contredi anl ainsi de rée nt arûrmalion :
- Oui, je pen e que c·e.t fini .... Achaque
insurrecLion nous perdon inutilement de
hommes et iJ n·y a pa. deré·nltau ... mais le
pays tout enlier e la sera de la République,
dt: la guilloûue, de la Fu illade, de la mort,
réclamera la pai universelle, la écurilé des
citoyen , el rappellera es roi . C'e t ain,i que
ça finira; la contre-révoluti(ln se fera d'elle-même, san nom-elle lutte , san efl'u ion de
sang ... var écœuremen1, par fatigue, parce
qu'il faut bien à la loaguc que l'ordre remplace le désordre et qu'un pays ne vit pas
éternellemf'nt dans les éclairs ella tempète ....
Elle ét:1it crainli,·e:
- Oui ... lu a rai oa ... mais d'ici là... qui
·ait ?...on peut redouter encore d&amp;; violences ...
C'est l'babiLnde des Illcus, quand ils oot
igné de. traités, de le violer le 1eBdcmain.
Tu ,·oi , Georges e t inquiété, ne peut circuler lihremrnt. l'onrquoi? De quel droit l'emp!lcbe-H&gt;D '? N'est-il pas garanti par la pacification '? ... Tu no répond pa 1. .• Uéla , c'est
que, malgré tont, le dan••er uhsistc ... il est
partout..,.
· ·
Puis. étendant la main du côté d'llar'coiH:
- Là, peut-être. ajoutait-elle.
- Là I crfai t Jm,enne, bondi . anl ur se
pieds ... qu·il y 1·ieime! Mai c·esl vrai que
George e,t bie11 lonn .... Tiens, parlons d'auLre cho.c ....
Et tou deux, comme de enîanls qu ïls
é1aîe11L, se replongeaient aux d~lice" de leurs
fµ_ûlité · t'lltrCmêlaienl leur doigts, rrravement, d'un air .érieux: ·appuyaient l'un à
l'autre, péuélrés l'un de l'au!!'~; imtallé ·, on
eût dit, pour une éternité; mais le moment
d'aprè déraorrcaiL la po e poul' sen ir un
nouveau caprice.
Cumml', - par un dece phénomènes con-

nu de solitaires, - le silence redoublait
dan· un arrêt universel, cou cnti par la nnture, toute· voix uspendue ·, le,jeuue homme,
se entant, dan cc silcnc1•, plu· . enl avec la
jem,e femme, plu près d"elf ,, n'en étanl
distrait par aucun brniL du rnond&gt;, all ndri,
impré"né de molles e, - par un J;e ·oin d'adornLion, e lai sa gli er à terre devant elle:
et, Jans un abandon de Loul son èlre, po. a sa
Lète ·ur es genoux.
Eli e penchait ,ut· l11i, dan· um: µlénitude
de po e ion, proteclrice et maternelle, enveloppant son amour Je e Lra .. Il arailfermé
les yeux, c laissait bercer •...
EL elle, l'éternelle doulourcu. e, arrêta,
marqua l'heure dans on ùme, pour en faire
un éternel ,ou venir, les temp. accompli •.
)ls re-Lèrent ainsi lon«lcmp , étroilerueol
unis: groupe complel, superbement égoi te.
dan le dé intérêt des ex lériorilt•,.
Cettes, j[ ne pom-ait pas les comprendre,
ce dur recteur ~\llauo, ce rude pl'èlre qui
n'aimait que Dieu; ,i·ioonaire durnnt l'autel:
fanatique, sur la lamle, au prèchr. de! liOlda1-;
lui rrui ·oubaitait la "'Ucrre, toujo1a la guerrP.
el cachait, dan son il0 1i,.\ mille livre de
poudrn, ré.ser,·e de l'avenir, formidable Iré or
11u'ua autre eûl redout t.
Le oir de cc jour-ln, un amcdi, à la
ferme de: Gynouvez, la veillée as cmblait
celle famille sombrement diminuée. i des
hommes araie11l disparu, rien n'arail bougé
ou le cltaume éculaire.
Les habitudes \:Laient reprises, malgré Jes
deuil ; il faut bien vivre. Le père, dao on
lourd faute1riJ en bois de cbène noirci eL piqué
par le temps, frollnit durement, de :a main
,ècbe, la rude échine de .on rand chien;
é1.a. garnis ait &lt;le filasse sa quenouille; .,taze
tressait un chapeau de paille; Tina, dan u11
tricot, maniait ses Jongues aiguille , tandi
que Fano, llirelet ico, ce gamin, fahrit1uaient
de gro .e corbeille, avec des brins de feurre,
e!leerclé de ronce fendue .
Le chandtiliers de ré inc éclairaient à c.lemi
la :;aile l,a.s-e; comme il foi.ail très humide
au &lt;le&lt;lans ain ·i qu'au dehor • un grand reu
d'ajoncs sec llarnbaiL dans la bnule cheminée.
Tou étaient à I ur pl:tce coutumière·, mai
un IJanc enlier élait \·ide.
Olier, Fanch, Jili ! Un 110 aupara\'aut, il·
étaient 111, ,.i..,oureux, joyeux fails pour ,iYre.
A préscnL, Alnnik Gynouvcz n'avait plus de
fil , plu de po ·térilé · Je dernier, il porterai 1
son nom. Et Jili, qui savail de chan on ,
donl l'.ime était Yi branle 1 par Li aussi dans le
granù tout.
C'est à .onger à cela •. an Joute, que le
père, la mère occupaient leur ·ilence.1ujourd'hui, pour faire parler ce bouches, après
lanl ùe san lot ou de cri de fureur, il faut
d événements grave , I, urpri es de l'oocasion; à moins cependant 11ue quelqu'un ne
prononce oudain le nom t1·un dLpt1ru. Alor
le langnes se délient, le · omenir abondent.
Pré cnts, Olier et F'anch! pré,ent, Jili ! voici
qu on parlait d'eux. C'était la mère.
'za mai111enanl, pour le trois mort.,

---------------------------n'a l'ait qu'une ~lprehsion: (&lt; Le enrao · ! 11
fil. de . a chair. Ill d sa œur, clfo le confon&lt;laiL snrr distinction dan. sa tendre_- ·e po thurne. (&lt; Le' t•nfants ! »
Il y (l\'ait. dans un coin, derl'ihc la por_t.c,
accroché. aux mur , de · Yêtemenls qu il
a"Vaient portr~ jadis; des Làton:; .'lu 'il a,·~enl
tenn:,, de 'Vlf'U. l'hapi•aux qm le av,uenl
coillë . C';taienl des relique~. On n'y Louchait
pa• . Il eùl pnrn à S1,a qu'en les d 'plaçant
clic allait Lro111Jler ~es mort., le chas -rr Je
leut mai ou; 'luehp1e cho e d'eux habitait.
encore dan ce· objet·. ll était dou de 1~
froler à Lou Le heure; dt&gt; le. fair' pnr·ticiper à
la vie commune· c'étai nt des liens. fais,
dans un coffre, AIAnik tcuail enf'crm le les
Lroi · ceintures en anglantér &lt;les troi soldats
da roi: 'él.a.ieut &lt;les mcmeoto.
Avec cela, pa de pardon et pa d'oubli
po iblc. Le jour ,icndrait.
éza, ouilain, clamait :
- Ella rentrée des joncs, qu'c t-ce qui va
la faire? On n'esl pa a cz maintenant qu'i!s
ne ont plu IH .. .Alor qui? Il ,,a fallo~r
emha.ucher de. "'arq ... il faut pourtant du bois
J&gt;our .. e cùauO'!'r, l'hh•er .... Ah l le1m lira·!
où ont leu1·s brit ?...
- :\ul ne répliquait. Elle e Lai ail 1p1C11Jues
minute~. puis reprenait le fù, iuinlerrompu
d:ur a tête. de e même pensées; parlant
de Jili, d' lier. de Fanch, en le..• appelant : ll11,
E11.,1:, car leur- noms étaient to_ujours sou enteodu ; pour elle. c'était ains1. .
- El les emnil le ! le lemp' va ·nte .... EL
la moisson ... ·r Ah! c', L alor qu'on verra •..
qu'on enlira 11uïl · sont parLi•, eux! Us
étaient forts et conr:irrcux .... Il y a du danger
dans l'aYenir ... la terre ~ouJfrira 1
A. quatre et c:inq rcpri ·es, clle ràba~ail e
dire· complai ·ammcnt: clic u'ennuya1l pa ;
'
.
Lous pensaient
comme die; aux. mem~s
·ho~e
qu'['lle. Alanik il la fin ,oufila _ou ll'I •
,
- Femnw, lai ~aller. Le l,ol.S sera rentre,
les ·emaille· 3et·ont faite , les mois ons engrangt!C ; toul aura. on heure, mais 11' enfonls ne rerien&lt;lron l pas l
De la bouche ùu cb f, char1ue "parole étai~
graYc, portail plu- loin; à ce rerr~e~ formule
en plainte, à ce émissement du v1e1l ihomme
de !!lierre une anrroisse erra le cœnr ·. ~éza,
la quenouille droile. le contemplail, :rnxieu · ·_;
Tina, son tricot sur le~ •enont, rcçarda,L
fucmen t les llamu1es du fovcr; les tro1 · er\Îteur b.ü ·saienl le nez su~ leur· :corbeille •
Jetant loin di::. lui tm chapeau de :raille .11
dt&gt;mi Ire· ·é, Maze ·e leva bru~qucmcnL. Uepw
la mort de Jili il était sujet à de bru qu~
cri es, de accès de douleur l"urieuse. Il :\\ail
tant aimé son cadet, en était i lier, . a~s
ombre de jalou ic ... au contraire, il le pronail
partout.
. .. , .
Au milieu de la salle, il pteun:ut lourdement,
mâchanl de mot. :
.
·?
_ Qu' l-ce que je foj ici 7... Ow, mol·
'est-cc pa · boa Leux d'êtrele euJ. ur c:iuatre?.. ·
Bon llieu ! l'oncle, dites-le donc, JC ne ~e
sui~ pas pourtant caché dan la ,bata~e, .J~
ne me suis pa aplati sou l'a'l'erse, Je ~ ai
mème pas salué les balles .•.. Elles ne l"OulaienL

p:1 de moi •.. peul-ètrc ponr cela ... pas a $~Z
poli, an. doute 1....\b t malheur! quand Je
passe dan le. me on m regarde .... Je le
sens bieu; qu'e,L-cc qu'on p•nse'I Qu' t-ce
que di ent le gens? « Oi1 c L ton frère·!. mi
sont te: cousi11 qui étaient te. frère aussi?»
n a ,ilaine figure à 'en reYeair . anf _apr~ ·
lanlde rencontr 1. .. Oui, 11u·e ·1.cc que Je fais
ici?
Alanik, simplt'Olent, prononça :
- J'y . ui · J1ien, moi!
Maz• le regard11 !heme11t, ~ans ~nlcndre,
s.10 comprendre, l"c~pril ailleurs; puis, la
réflexion 11:mant et les sons lni restnnt dans
l'oreille, il di Lingua et r 'pondit:
- Yous, l'oncle, cc u·esL pas la mèmu
cho e .... Vou a"cz femme et 6lle, et la fNme
à conduire, uue 1llace dan la ,~ic .... Vou
feriez un !!rand trou ...• lloi, qui ·'en apt·rce,rait?
'l'ina cria doulourou cment, a\'et un "e te
qui protestait. Elle grm1di:.;~it, 1'ina; ses
eize an . dPpas~é ·, elle d •1c11at1 belle fille.
D.ipui · 1 retour ~e Maze, reportao~ P?ntêLre ur ce seul un1vanl toutes le ailccttoos
qu'elle a\'aÎt pour les autres, ~Ue ·e montra!t
envcr lui, - l]Lii s'y prèlait,
compla1ante el trè douce, comme i quelque Lenùres e particulière comm~nçait 1i !leurir dans
un coin de ·on cœur.
Alanik la surprit dan on émotion ; il
ecoua tri'temeut la tête. ~faze continuait:
- Oui, t{lÜ 'en aperceuail? personne! li
y a tellement de tristesse ici qu'un peu pl~s
u'y paraitrait guère ... allez! Onemliauchcr~H
u.n "llr ou deux de pins pour rentrer I l,o~_s,
t•t les blés, ·'il en pou_ e, et tout sera J1t.
La bdle allàire !
·za, monillanl ~un fil, le lilàma fortement:

- Cc que 111 di,- c~t fatu; ce 11ue lu d_i ·
est mal: a-t-on pleuré ,li.li?. mèm~ :tpre
Olier? mème aprè Fanrh ? Ai-Je d1~lm!nlé
daa Illon cœur la pa1·t de chacun il ma ,n1;Lffranrc 'I Non! Et toi! q11•e~L-cc que tu dis?
que wux-tu? Tu L'e hallu; tn a - nif rL Ion
san". Dieu 11' na pa · rnnlu. Courbe la tète
el Lais-toit Ne va pa. Le plaindre_ i;urlout,
patC' qne lll rus épar 0 rré .... Tu as ~1n 11 t ~n ..
attcntl le;; jour ... elle pou c nlr, l ht•rhe
de l'oubli!
- Jama1. ! fit ~azc.
GynoU\'Pi l'inll'rrornpil :
- Tais-toi, llaze Ge ril, notre ne,·eu; lu
ne cou nais rien 11 la vie .... Au pt·intemps prochain, tu y reprendras goOt. Un jour, ln
fi! mariera., tu îera.- des enfant ; c'est par
toi que . e conlinuern la ramille. ~:1 1pmn_d
no11 irons rclromer le.· nôtre~, ~zn cl mot,
nou • te laisseron · la ferme et le moulin.
Dans ce temp~-lù, tu trourera qu'on peut
nvre ....
- Et Tina? interrocrca Maze, inlcrloriué.
- Tina? rîpo la. G)nouvez, c'e t elle 11ui
sera ta femme 1
A celle prl;Ùicûon inallcndue, il y eut une
urpriso. La jeune fille roune du col au ~heveux s'était auvée dan la cour. )lazc. ricanait bètemcnl, l'air niai , plein il'embarra , à
voir ainsi tlécOU\'l'rL, de\anl tous, 110 repli de
~on â.me qu'il croyait bien cad1é. S1faa,_gra\·~•
• 6rieu 'e, con:;cntonlc, mai t ri'le, se hgurmt
l' a,·enir : ,, Ainsi donc... oui, la ,ie allail
reprendrt!... nn Il'· aulre. _'? 11 CPh~ l'illonnail
douloureu ement. Tina, qm re11tra1l, la rap,
pela dan. l'bmrc pré ente; doucement, la
vieille d.i t :
- 'i c'est le dé ir de Lou , ·e · l'hos -là
~eronL; mai· il ne faut 11:i t·r1 parler à pré-

•
.
la
r la ro11te toue11se. JI 11e pleu?ail plus. Un doux solei
l,atolonnedes Bltuss~rpenlall a lrave,s}aà I nd~/7,s,U11!es tlurligtres;ll w11l dt m.tr foutlla lei vlsa11es.
d'aulomnt cl1erthall a glisser ,.n reg,m,
ra,oe p

( age ~79-)

�---- 1f1STO"R._1.Jf,

_________________________________________

sent, saebez-le bien; il ne faut pas de la joie
autour de' tombes; il no faut pa J'nflliction
autour de· nid nouveaux Vivez en trl'.•re el
œur; dans un an oa ,,erra ....
âlor , sans o erse tendre la main, an se
regarder même, lt&gt;s deux jeunes gen · les
deu:: fiancés reprirent chacun leur place, l'un
loin dtl l'autre; laze ramassa son thapeau de
paille, Tina on tricot ùe laine. Le silence
retomba dans le Cl'épilemcnl des ajoncs secs
dévoré par la llammc.
Par la porte ouverte, on apercevait, après
le moulin, les mai ·on du rillane, où aussi,
m.1lgré les vides, wie reprise d'exi lence se
-manifeslttil. Le vent était mou, l'automne ti&amp;le
encore; c~ue oirée sans rigueur parai i;ait
•annonCtlr des jout· tranquilles. ,
Coin perdu de la terre bretonnr, confin du
Morl1ihan, i ·olé par les flots aux matins de
tempêt · ·• endroit olilaire. oublié fatalement,
lieu an hi toireju 1u'alors, ce hameau avait
droit à l'espoir tl • suhsi Ler encore, avec son
pauvre pcnple., mi érable toujour · dù puranl
son blé uoir à la lerre rocailleuse, pres auL
son cidre une année sur quatre, l'ann~e des
pomme·, revètu de hailions par-dessu de. la
en\ se, pouilleux, ,·er~neu,, fanatique, pillard, ivronne e.l très chrétien.
Ce homme , échappés aux. batailles, et i
surpris d'en être écltappés, au poiol que,
chaque soi 1·, ils se là Laient les· côtes pour
s'assurel' qu'ils étaient bien vivants, ces
homme se cro1aient humblement le oldals
anonyme de Dieu, à l'abri de tonte enquète,
méprisés par la délation.
lis se penclla.ienl sur leurs épouses complaisantes, dont les y(!Ul avouaient leur désir
d'ètre mère·. li fallait bien que le monde
contiauàt; que le· videsfos entcomblé· ;que
les berceaux compeo a senl le tombe ...
Ain i, tou , réinstallés dan leurs anciennes
places, leurs ancienne habiLude , oubliaTIL
déjà 1.3. nuerre, ils uni aient leur \'Olonlé,
leur fol'ce, pour [aire renaitre et reconsliluer;
l'universel instinct les poussait au travail,
dan la écurité; la. loi normale reprenait a
vigueur; la vie on cours ... Or, quelques
h ure plu tarJ, DiYot, avec e hommes
allait sorlir de Vannes.
Dan· llarscoiit, le même soi,·, la - c~ne
1:lait loul au Ire. Fiévreu emcnl, Turpin el
Rose préparaient leur ù ipart, leur bagage.
Car, ainsi que le di ail T11rpi11 lui-même :
(! Àp1'ë-~ cela. il n ·1 aurai L plu.! qu'à Gier a1·ec
les llleus. 1 ll ne fall.1il pas compter jamai. ·
repara.iLrc au paIS· De loin, il ferait vendre
chàleau et terres, ,i Claudine le lui pllrmettait. .. surtout. si, par ha a.ni, elle au · i di parai.. ail d:m l'échouJJouréc ùu lendemain ...
ce à quoi l'on pourrait aider eu douceur.
Celle perspective de fuite s3n • retour enchantait parlicul i•rcmenl fiose. Enlia. clic
.econerait ·e pied · ur le seuj( de l!e mnnoir
maudit; n'1mtendrait plus, Ja nuit, ronOcr
e hiboux, grincer es girouellcs, ne verrait
plu , tout le long du joul', ses murailles lépreuses, ses fenèlre de pri on, sa mi b-e et
sa nudité.

Ou[ 1 quel soupir à la a1·Lie 1
Où qu'on allât ensuite, en Ârl'•leterre, en
i\llt:magne. elle serait mi.eux, vivrait avec des
hommes el non avec des loups. i l'argent
manquait à Le Glohanic, elle n'en avait cure;
elle l'abandonnl'rait à son ort el se tirerait
toujours d':ilfoire a,,ec sa beauté. Elle avail
ses projets, mais hé ilait pourtant. dans ses
plan de scducLion future, entre un prince
émigre et un membre du Directoire, comme
Darra • par exemple, qu'on disait d'accès facile au::t jolies flll~s. Elle Yerrail cela pin
lard.
En aueodanl, elle vidait le tiroir a,·ec
enlrain; de lemp à antre elle interpellait le
comte. ur a demande curieu e, il loi avait
récité Il:! texte de la dénonciation qu'il savait
par cœur. La signature avait lolleme.nt réjoui
l'ex-perruquière; et maiotenanL. à tout propos, elle rriail :
- Ué ! L'ami des /oi,;/, .. Dis donc, l'ami

des lois! ...
Il répondait eo souriant jaune; la gaîelé
nerveu e de son unique idole n'arri,·ail pas à
le dérider. on pas qu'il rc!!Tettâl, pa mème;
mais il redoutait. Quoi'? Des u.rprises ou des
contre-Lemps.
Avee la fiépublique, oo n'~tait jamai sùr
de rien; il uffi ait du caprice d'un oflicier
en belle humeur pour èlre jeté contre un
mur avec Ï."t balles dans La peau, san préte1le, - ou sou prélrxte qu'on portail,
entre lus épaules, une tête qui ne lui re1•enait
pa ; ça 'était vu.
Et puis, malgré on dernier aclt&gt; de oumission, Jo comte Le Glohanic d'lfar~coët
n'était pas moins un chef chouan, servant
naguère sous Cadoudal ....
EL 1t propos de Cadoudal.... S'il prenait
fantaisie à celai-ci de tom!Jer dans Locoal
ju te au bon moment, a\·ee deux ou trois
cents compagnon 1... Le drapeau tricolore
pourra.il être obligé de rétrogrider sur \'aunes
P.n bon ou mam·ai ordre; el alors, lui Turpin, oui Turpin que deviendrait-il donc en
celte occa.ioo?
L'idée de Cadoudal, principulement, loi
était jnsupporlal,lc. Georges renseigné ur
son compte, c'!itail la mort des traitre , fus.illé dan le dos. ou pendus par les pieù ,
avec, wr la poitrine, l'écriteau: Juda , De
l'écriteau, il ne se souciait gu~re; mais le
reste l'impiiélaiL.
Pendant qu'il remuait c' s perspectirn gradeu .,, ·, Rose Dirol, endiablée ùan- sa !Je ogne emplis ail les acs de voyan-e.
- Il faut un prtit bagage, avait dit Turpin.
ois tranquille, l'ami des loi., rëp[jquait-e.lle, il ne sera ni gro ui lourd ; pour
ce que nous pos édon., il n'y a point d'emunrras. J'ai Lrois chemises el toi dc11~; toute_
les cinq soul vi illes; on yoit au traver~ .. .
pour moi, pas.e encore; mais pour toi, c'csL
incournnanl l
Elle riait, retrouvaiL son bagouL du Paris,
a verve populacière.
- Ah l La oourse, ma bour e. notre
bourse .... C'e t moi qui m'en char•re; il
nou· resle cinquante écns .... Danton les dé-

"'"a86..,.

,,..

pen ail à son d1aer ... n'importe! c'e t a sez
ju qu'à Londre~.
- JI y a des bijou~, murmura le comte.
- 'l'u crois, l'ami des lois? ... Oui, il y a
me.~ bijoux ... mais j'aime aulaut les garder .. .
en ouvenir de loi. .. je les ai hier1 gagné~ ... .
- ,Je le le rendrai djx fois. quand nou
seron auprès des prince ... ils ne laisseront
pas un Le Globaoic dans la misi:re.
- J'y compte ... cher comte! li Pàques ou
à la Trinité .... Va-t'en rnir s'ils ,,ennent ...
mai un Liens Yaut mieux que deux lu l'aura .
Tu peux vendre la montre, si Lu veux ; elle
ne marche plu depuis Ilenri IV... el les breloque ,alenl ix liHe ... n,•ec le cachet 1i
tes armes, mon gentilhomme: Lon sceau. noble sei~aenr.
- Rose, grondait 'furpin, ce n'est pat-l'heure des pl.ai anteries.
- Vaut mirux 1·ire que pleur •r, mon petit père; j'ai l'œ.il ec .... Qu'est-ce que tu mets
là. dans Les poches 1
- Rien, répliqua Turpin, contrarié d'al"oir
été vu.
- Quoi 1 répéla-l-elle voloal.aire. Je veux
savoir!
- Eh liien, deux pi lolet.s chargés.... li
faut tout prévoir.
La 6Ue ·'arr~ta de rire; a &lt;&gt;':tieté tombait.
- Alor , tu c,ain' quelque cho e.?
- 'on, répondit le comte, la ménageartl
jusqu'à la dernière minute, mai' c'est une
habitude de soldat ... ; a\'ec cela, je uis plus
tranquille.
Elle hau sa le épaul •
- Tu es irumpportal1le aYec le idée
noire$!... Nous crieron - : « Vive la RépublilJUe ! » et tout sera dit.
-Peut-èlre, fit Turpin. i:an enlbonsia me.
L'heul'e R'avnn911it. li songeait ·ioistremenL; à pré 1::nt, il concentrait ses haines ur
deux tètes: Bernardin et laudioe.
Joyenne1 les républicains l'en di:ùarra eraient; mai Claudine, a œur, uni! femme,
pourr:iit être épargnée ; celte idée le tourmeo lait. Elle était la eau e de tout. Depuis
sa naissance malencontreuse, elle avait été
pour lui li: détriment. l'où tacl1::; elle était
au. i la peur Pl le rPgret; non pas le regret
d'un cœur qui .e repent, mai le regret d'un
c pril 11ui calcule. Tl se reprochait d'avoir été
làche; na [jeu Je l'enfermer dan. un cloître,
il aurait dù, quand elle était enfoui, la. rayer
à jamais du nomùre ùe vi,ants. C'eùt été
facile; depui la Drinvilün , l'art de poisons
subtil. n'était poin! aboli. Qui e sera.il inquiété d'elle, à Pari par exemple? encore
mieux à l'élrao"er, où il aurait pu la conduire pour plus de 'écurité?
La \'OÎX de Rose l'arracliiliL à on mauvais
rèrn.

- llé ! l'ami des loi ·, lu dor 7 le bagages
sont prêts !...
Il lrcssaol.ail, approuvait de la Lêlc.
- Tu rt'as rien oublié1
- Je ne croi pa ... , ta 'œur héritera
du reste!
f\o ae était san piûé. Celle dernière dérision répondait à. ~es ecl'i!tes pensée~. l'i!n-

"-----------------------------------pres iormait e.ncore, comme un malll'ais présage.
.! l'éAli.e du villa~e. au clocher de aiutYnnn Vadezour, l11cure !IOnna très lcnlc,
d'une voi. enrouée, as ourdie par les siècles:
onze coup retentirent, di ûnc!s, dans le sommeil des campagnes; jamois le son de Ja

vieille horloge o'avait paru si tri I.e, si lugubre, au maître d'Uarscoët, dont l'u.niquc recour r ·tait un éternel e. il.
Dun son àme dépran!e un sentiment. jusqu'alors inconnu rrli sa, pour sa ,;tupeur.
Les ~ou,·ei1irs d'cnfonoo. la mémoire des ancêtres, la piété de la terre natale l'eflleurèrcnt

"É PÉES Dë FE~

- -...

une seconde. 1l e $t.'ntil mnudit, hor de.

loi , dé ormais sans refoge, voué au mépri
partout. Celle îaihle se l'irriL:iiL encore. Il la
chassa d'un effort violent; et. pour se rnlfürmir. e bien pro11ver que tout étail Jini, sans
réscr,·c. sans espoir, il prononçait:
- Dans dix heures, Ils ronl là 1

(A S11Îl're.1

(Illustra/ions Je CoNMD .)

US

MAURICE

'10 TÊGUT.

Au camp de Compiègne
-

1698 -

Un pectacle que je peindrai pendanl qua- ques mots. J'ennrioais fort les contenances :
rante an comme aujourd'hui. tant il me Loules marqnaient une surprise honteuse, tifrappa, fut celui que du hauL du rempart, le mide, dérobée~ et loul ce qui était derrière
roi donna 1t toute son armée, et à celte io- la chaise et les derru-cercles avaient plu le
nombrable foule d'assistauls de Loo étals. )'eux sur elle ,1ue ur l'armée, eL tout, dans
tant dan la plaine que de u le rempart un respect de cr:iinte el d'embarras. Le roi
mit souvent son chapeau sur le haut de
même.
Madome de lainlenon y était en îace de la la chai e, pour parler dedans, el cet exerplaine et des Lroupes, dan sa chaise à por• cice si conûnucl lui devait fort la ser le
leul',, entre ses !rois glaces el ses porteurs rein .
~ton eigncul' était à cheval dans la plaine,
retirés. ur Je hàton de devant, à gauche,
étail assi ·e madame la Duches e de Bom- avec les princes es cadets i el Mgr le auc de
gogne; du mème cùlé, en arrière et en dcmi- Bourg ,me. comme à tous les autres mouvecerde, debout madaroè la Duchesse, madame ments de l'armée, avee le maréchal de Boufln princ.e e de Conti et toutes les dames, et llen, en îouclions de général. C't\t.ait sur Jes
derrière elles de homme . A la glace droite cinq heures de l'.lprès-din~e. par le plus beau
de la chai e, le roi, debout, et un peu en ar- temps du moude, et le plus à -ouhail.
li 'j avait, vi •à-vis la chaise b porteurs, un
rière un dt!mi-cercle de ce qu'il y avaiL en
sentier Laillé en marches roides, qu'on ne
homme &lt;le plu di tingnt!.
Le roi était pre que toujours découvert, cL wyait point d'en haut, et une ouverlure au
à lou, moments e baissait dans la glace pour !Jout, qu'on a,·aiL faite dans cette vieille muparler à mad;ime de Maintenon, pour lui ex- raille pour pou,·oir aller prendre le ordres
pliquer lout cè qu'elle voiail et le rn:isons de du roi d'ea bas, 'il en était besoin. Le cas
chaque cbo·e. A. chaque fois, elle avait l'.hon- arriva : Crenan envoya Canillac, colonel de
nêtelé d'o11vrir sa glace de &lt;tuaLre ou cinq Rouergue, l(Ui était und~ régiment· _qui d~
Joigts, jamais de la moitié, car j'y pris garde, fendaient, pour prendre I ordre du r01 sur Je
et .i'avoue que je fus 1)lu · atlea.lif à ce pec- ne sa.i quoL Canillo.e e met à monter, et &lt;l •Lade lJU ·b celui dt:s troupe . Quelquefois elle pa se jusqu'LlD[IBU plw que les épaules. Jele
vois d'ici au i dislinclemeul qu'alor~. \ me-OUl'rail pour quelques r111csLions au roi, iuai
ure11ue la tète dépassait, i_l avisait ce~_le t~ais~,
pre ·'lue (oujours c'étail lui qui, san attendre
qu'elle lui parhlt, ~e baissa.il tout à fa.il pour le roi el toute cette a s1slance qu Il n avait
l'insltuirr, et 11ueiquefois qu"elle n'y prenait point vue ni imaginée, parce 11ue son poste était
pas garde, il frappait contre la "laœ pour la en ba_, a11 pied du rempart, d'où on ue pom-ail
faire ouvrir. Jamai il ne parla Llu'à t:lle, hnr· dêt:0uuir ce qui était dessus. Ce spectacle le
pour donner des ordres l!O peu de mols el ra- froppa d'un Lei étonnement qu'il d~meura
r1,Jrnent, el quelque r 'pauses à madame la courL à regarder la bouche ouverte, les yeux
duchesse de Bourgogne, qui t:\cbail de se fi es el le vil,n°e sur lequel le plus grand
faire parler, cl à qui madame de Maiutmon étoon ment était. peint, JI n') all personne
montrait el parlait par ignes de temps en qui ne le remarquât, el le roi le ~il i bi~n
temps, sa11s ouHir la glace de deYanL, à tra- qu'il lui ùit a,,ec émotion ; « Eh h1en! Ca01LYer· laquelle la jeune prince e Lw criait 11ut:il- lac, montez donc. » Canillac demeurait, le roi

reprit: « Moulez doue; qu'est-ce qu'il a? o
Il acheva donc de monter; et ,·iol au roi, à
p:ts lents, tremblants. et passant les yeux à
droite et à gnucbe, avec 110 air éperdu.
Je J'ai déjà dit : J'étais à lroi§ pas du roi,
Canillac passa de,•anL rnoi, el halholia fort
bas quelque chose. 11 Comment dites-vous?
Jit le roi; mais parlez donc. » Jamai il ne
p11L se remeure; il Lira de oi ce qu'il put. Le
roi rpri n·y corn pri L pas grand· cho e, ,; t bien
qu'il n' n tirerait rien de mieux, répondit
aussi ce qu'il put, etajoula d'un air chagrin :
&lt;f Allez, mon ieur. » Canillac ne e le liL pas
dire deux foi·, et reg:l!ma. on escalier et di parut. A peine était-il dedans, que le roi,
reuardanl aulour de lui : « Je ne ai pas ce
qu'a Cau.illac, dit-il, mais il a perdu la tramontane. et n'a plus u ce qu'il me ,·oul:.iit
dire. » Personne me répondit.
Vt•rs le moment de la capitalatioo, ma•
dame de ~laiulenon apparemmenl demanda
permission de ,'en aller. le roi cria : (! Les
porteurs de madame! » Us vinrent et l'emport~rent; moin d'un quart d'heure après,
le roi se relira, ·suivi de madnme la duchesse
de Bourgogne el de prcs1rue tout ce qui était
là. fllu~ieurs c parlèrent de yeux el du coude
en se retirant, cl puis à l'oreilltl bien bas. On
ne pouvait rc1•cuir de ce qu'on venait de voir.
Ce fut fo mème elît'L parmi tout ce qui était
dan la plaine ..Jusqu'aux -oblats, demandaient ce (lUC c'était que celle chai e à porteur ·, c t le roi à louL moment bai sé dedans;
il înJlut doucement faire taire les o!6ciers et
Je, questions des troupe .
On peut juger de ce qu'en direnl Je.:. füan•
ger , et do l'effet •1ue fil ur ·u1 un tel pectacle. U fit do bruit par Loule l'Europe, et y
ful .aussi r!lpandu lJ ue le camp même de Compiègne, arnc Loule sa pompe cl ~a prodigiem.e
splendeur.
SAI, T-SIMO, 1 •

�1l1ST0'1{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

C\lch~ r,1r.1uJon.

L\ LECTURE

D:ui · u11 roman, Plzilis, sous ce riant feuillage,
De deux p.:irflil am.•nils lit le fenire propos·
(ir,n11u J~ N. C. Coc1m1, &lt;hf&gt;rês lt l.rNtau de Dl! TROY,

D:rnwn en l'ecoitlcml :iff'ecle rm '\'Ji11 repos,
Hai son cœur en secrel tienl le mème lanf{:1-ge.
(CaNnd dts Es/Qmf(s,)

LE D • DE 11.A[ TRE ( Loci -PmuPr1,-Jo r-:r11 1&gt;'01tL1:• ,. !'-. Ptt.:. TMW ÉGALITÉ)
ET L.\ D CllE 1~ DE ll.\RTRE' (Lo I E-\niL,ïDE oe BoL1 nu \'&lt;-PE-.;TmbVREl.
AVE· l.ELR FILS \h:Ê {t.E FUTl R

(Gravure Je ,\. o

Lou

- Plrlt. lPPI::

1.1..r-Aus1s et 11.

l rr

tT LA PRIN( 1. SE .\D~L ÏDI: o't)RLÉANS,

□ EUIA'.\. u'aprc. le

t:ioleau Je C. LE.n:1:-.TR&amp;.)

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia</text>
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                <text>Memorias</text>
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                <text>Crónicas</text>
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                <text>Publicaciones periódicas</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>LE

ms T DR,.1.ll

LA

VIE

ET

LES

MCEURS

AU

XVl.ll

"LisEz-Moi"

H1sroRIQuE

SIÈCLE.

LE DÉJEUNER
Tablt!aU de Bouc111~1t. (Must!I! .:/11 Louvre.)

.... 191 ""'

L'INFANTE CATHERINE-MICHELLE, FILLE DE PHILIPPE II
Tableau i.i'ALO. '"0-.'.A. ' CHEZ

OELLO. (.\lusée du Prado, .\ladrid.)

75, Rt:E ÜAREAU, 7.1
:.utlf

'xlv• arrouJ .,

�LlB~AIR.IE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIER,

Sommaire du
p Ir?.

llr,:.._R, Rot ;u:-.
,1e l"Jn,li/11I

Etrno:rn

I r
10:\Ull RT ,

Jt 11o.s

1m

•

ARH. llE BARl:\E • . , , ,

fascicule

2 Ie

La Femme au VIII• siècle: L'amour .
Princesses et grandes dames : Christine
de Suède . . . . . . . . . . . , . . , . . .

1~,q
20~

Jll•• PE

Anecdotes . .. .

211

Après Sedan . .

215
2JI

LDOL \RD FoLRXlFR • •
i'llAURJCE :.\lo~'Tfot/T. .

Lo seconde Madame Danton (Mademoi elle
Louise Oélyl. . . . . . .
Louis Ill le Pudique .
Les Spées de fer . . . .

Gf;;,t.1 . , . ,

Gr.r-.'ÉRAL 01::

·

.,Lrnnor .. Mémoires .. . . .

'LA.RETIE, . . , .
Je l'Ac.JJémlt jri111 ,·J1. a
l:m10:-;1; P11.o:-. . . . .

Tl f,O
nr.o::;, AtmERT
J .. J, BEn'iR-OJ.. Li.. ,_coun. BE~TII ULT, Bo1L1.r,
Ann,111.\11
Bos:5E,
C ~11,10:--, C ,.,. ·ovA, H , c11F.z LOELLO,
Co'llnAD,
JI( "'" 0,1\ 1'1 1111\'AI 1,T, JACOll IIOCf':-,iAGF.L , LECUAJ10, lhPPOl,\'Tl' L!iCO~rn,

NTO.' IO llono, P1GEOT, AoOLPnR
,J.-13. DE TROY ,

L'lNFA i\'TE

\TllETII\E-MI 'IIELLE, FILLE OE PHILIPPE ri

T ABl.EAU o",\1.. oNSo •:A:-.~ REz CORI.LO (Musée du Prn,Jo, ,'1ndrid).

Copyright by TaJJand1er 1910.

En vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant

SOMMAIRE du NUMÉ~O 123 du

10 octobre 1910

Cu.,Rl 1-s-JfasnY lllJl CIi. Une faute profitable. -

PIERRE L~TI. de l"Acn9enii_c
1ran~ni ·c. Aziyadé. TtPIIEN Lll~G6AHD. Octobr~ . - l'RA&gt;&lt;ço1~ r•~ ~IO'\.
Odette. - Jut.ES RENAHD. La promenade du chien.
. LJLL\ -PRLD·
11O:\1\\E. Prière . - 1\lARcE1.u: TINAYHE. L'ombre de l'amour. - Pw,
,\l ,\RC.l ERITTE. \ ' ieille . - ~!me A1.N10:-sE IMUDET. Le, premi~r fe~. :j(&gt;SfP1ttN
OULi\ltY. Dans les vignes.
. Ji:.,;1 RIC~EPTN, de l .\.::idt'~l~e
lran,aise. Mad.ame André. - Fv.RXAXI&gt; C,HE(,11. Hnb1tude. - II EMI .1:,\\ EDA '\' de l',\cadèmrc françai e . Première récréation . - Ro t:!&lt;loxoi; R • 1A:0- O.
Auto~ne . - ALFRED ,\PUS. La bâtelninc.

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DU TERRITOIRE 1870- 71 ,,
(Brevel commémora/if)

Les survivant de ln guerre Fra.oco-Allemandc apprendront avec plai Ir que
l'on prépare actuellement un brevet dédié AuK Défenseurs du Territoire 1870-71
et destiné il perpétuer au sein des familles la port prise ou&gt;: opérations de la
guerre par le titulaire de ce brevet .
' est une œuvre d ' art composée par un arti te distingué, imprimée ur papier
Wbatman grand format , pouvant êlr! cncaddc et mls3 â la place d'honneur de
la maison
Le nom du titulaire, l'indication de sa fonction ou de son regiment eront
imprimês sur Je brevet.
Tous les lnteressé doivent envover leur nom et adresse à la Librairie
J. TALLA DIER, 15, rue Dareau, Paris (XIV·).

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PARIS - 76, Rue Dareau , f..f • urr. - PARIS

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HIST oRIA

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Mag~lne Wuatré
bt menauel

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c elte colkclion réunit les meille1irs roman5,C:Onvenant :t IOU ,
au,si bien a la jcu!'esse qu'aux grànde pcrsqn,n~ ci dont

paraissant le f&gt; et le 20 de chaque niois

l'int~rèt r&lt;:nouvelê pa sronne les lecteur · parues rc,c1t. unique:..

HlSl'OR.IA a la bonne fortm1e de pouvoir offrir gracieusement à ses abo~nés
un gravure extrèmement rare, introuvable da.os le comi_nerce, reproduisant
uq chef-d'œuvre d'un des plus grands maltres du xvm· siècle :

WATTEAU : h'Emba.tiquement pouir Cythè11e
dont 1\ n'existe pas, malheureusement pour le public, de copies gravées facilement
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A.- K. GREEN

LA MAIN ET LA BAGUE
/Rom an adapté de

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BULLETIN D'Al:SONNE.MENT - - - - -.
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QUILLER COUCH

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LE ROCHER DU MORT
!Roman adapté de l'anglais)

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ARNOULD GALOPIN

-H.-R. WOESTYN

---

LA TÉNÉBREUSE AFFAIRE
DE OREE

PARK

Victor llurro, dan l'une de ce· puL.antes
et aisis-antes vi ions d'histoire qui compoent la Lége11cle ,le' siècles, 'e t plu à nou
montrer, prè d'un ha . in de jardin de
l'E curial, une toute p Lite infaoLe d'Espagne tenant au bout de e. doi •I une belle
ro e l1trgement ouverte. Le soir vient et le
oleil dt&gt; end dan un ciel radieux oi1 ne
pa e :11,cune brise. L'enfant, oubliant la
du~ttne qui la rrarde ad.mire la lleur el lui
sourit. Acelle petite lillti, or ueilleuse comme
une petite reine, parce qu'elle n'a jamai \'ll
le hommes qu'incliné et courbé devant
die en ré,·érenc
d courli au , il emble
que celle rose fut uniquement créée ponr
rodorant régal de
narines princières, le
délice de se joliQ Jeux. Mais, tout à
coup, un grand ouflle accouru du
couchant a fait fri onner le feuillag et pa sé rudement .ur la fleur
du domaine royal. A présent, il ne
re ·te plus entre les doigls de l'infante
qu'une lige entièrement dépouillée ;
et, pareil à de petits e quifs roses,
les pétales ilollenl à 1a dérive sur
l'Atlanllque en miniature que représente le bassin soulevé et agité par la
iJru que rafale.... Pendant ce temp
derrière une fenèJre de l'énorme palais, un homme rève, un homme
noir, tout en eruble terrible el me quin, froidement féroce cil sinistrement méticuleux, qu ·oo a pu urnommer &lt;&lt; le Tibère Lure:mcrate ». Son
œil pa se par-dessus parc et jardin ·
il embra se l'étendue aride qui fait
à l'E ·curial une ceinture de rocher
el de pierraille ; il croit, au del:i,
·ur l'immensité verte de !'Océan, voir
son Armada - cent cm4uante ,·ai seau , dern mille ·ix cents canons
- anéantir la flotte ana'iaise et conquérir au roi d'Espagne la monarchie
unh:er elle.... faî , ur celle (r invincible r, escadre, fa temp&lt;'le éclatera,
rlTroyable, dtl\'a. tatrice, et a-a.lion~, galères, caravelles vont s'en aller i'i la
dérire, Ill-bas, à travers I' céan furieux, - comme ce pauvre pétales
Je 11 ur, arrachés aux. doigts d'une
enfant, qu'englouLi ·ent l~ ernhlants de r mou · &lt;l·uo « miroir d'eau».
En celle vision :m ilhétique du naufrage
de deux &lt;l armadas », où la ature, au gré de
son aveugle caprice, fait la leçon au.."&lt; vieux
0

_ _ _ __ J

,

MYSTERIEUX

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qiatorfque

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le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE Il.LUSTRÉ BI-IVIENSUEL

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Vte• amoureuse de Philippe II

TJRf.;E llN CAJIAÎRU

A

Ho1mK ,

la

PLANCHE HORS TEXTE

D'A.PRÈS LES TABLEAOX, Dl!SSINS ET El,TUIPES DE :

LE JJ:U:-.E,
WEU.1.CII-ÜE 'FO1'TAI, 'E"', Tllfüit:/1,

(5 oclobre 1910.)

jll. E~

------------

ILLUSTR_ATIONS

HomrnT Liu•ic.11rn, MoRF.Ai;

1
LES DESSOUS DE L'HJSTOJ RE

Les dessous de !'Histoire : La vie amoureuse de Philippe lJ . . . . . . .
1()3
Le mari de Madame Sans-Gêne. .
19~

Dl' .\foRA • •

75, rue Dareau, PARIS (XIVe arr').

ÉDITEUR.. -

I

T

MO SIEUR PINSON
111. - His-roru,.. - Fasc.

POLICIER.

.

EN YENrE CHEZ rovs LES LlBR.lllREJ

:i,.

roi.s et aux future· rein'·, ·ans grand profil
d'aillcnr; pour celles-ci ni œux~llt, llurro, eu
d~s ·iuant le portrait moral de Phiüppc Ir
, tixa.,énaire, a dépen é autant de \'ene viol nte rra ïl a mis de grâce exqui e et de
ebarme délicat dan· . on évocation de l'in•
filme à la ro e. Et la préi.ence de la mirrnonnl!
pri,we,~e dan cet admiral,le dipt)'que l'ail
~or,nrr que le terrible roi ne fut pa
ulcml'nt le père de don Carlo et de Philippe Ill
ma.i, •rue, de "e diffêrente uni ou • 1t:1ril11uc ou non, 11 e11t d' ,111tr' cnfanl.. de ·tiu.é d'ailleur. à ne laisser qn · une traee f1Jl'itive dans l'histoire. Cela mime, c.ir d'un Ici
Lomme rien n'est indillërent. à se préoccuper
dti a ,ie conjugale, infiniment moin con.nue

PITTLlPPE Il, ROI o'E P.\G)IE:,
T~Me.111 d'\NTO~IO MORO.'

que a vie politique, et qui mérite pourtant
d'être coutée, ne fût-ce qu'en un rés11mé relativemP.ot bref. C'est ce que nou allon
faire ici eu prenant pour guide M. fomeron,
l'un des historiens qui ont le mieux étudié.

coordonné et reviviüé les documents cl'arclihes du xv,e iècle relatif, à l' E patrne. el
donl la belle llisloil'e de l'ltilippe li, qui
fut éditée par la maison Pion, forme quatre
volumes in-oclJ.vo.
ct&lt;-

Le premier mariarre de Phiüppe Il fut célébré le i5 mai t543. Voici comment M. Il. Forneron relate e prélimiuaires, es débuts el
on dénouement :
« La fortune de Charte -Quint paraissait
décliner, quand Philippe fut associé aux oucis
de ,on père, dès J'àae de quinze ans, comme
régent de J'E palTne. La situation financière
s ml,lait · urtoul dé espérée L'empereur ,ongea à se procurer de fond · en propoant une alliance de famille au roi de
Porlug-Jl. Déjà, au plu fort de a
lulle contre la France, il avail épou.é
1 ahelle de Porlugal pour pa ·er es
lansquenets à l'aide de la dol de celle
prince~se, qui 'élevait à neuf cent
mille écusd'or; à cette seconde époque
de détrt!·se, il demanda une nouvelle
dot au Portueal, el régla le mariage
de son fil Philippe avec la lille du
roi ,lean Il[ de Portugal, qui avait
épou_é une ,œur dé Cbarle -Quint, el
ttui n·é1ait pa olJügé, comme son
beau-rrère, de di iper les richess •
tirée d'Amérique pour entretenir Je
gen de guerre dan,; l'Europe entièr .
Celle jeune .fille, .\tari~ de Portugal,
était rieuse, vin!, un peu gra, e, â ée
de sei2e an comme Philippe. l'lii~
lippe, à peine plus grand 4 u'elle, e
tenait droit el 1c ne perdait pas un
pouce de a taille 11; il avait une the,·elure jaune, le front large, l'œil l,leu
et ,if, le menton proéminent. fa!;ré
sa gravit: précoce, il témoigna une
ccrlaine impatience de connaitre sa
fiancée et galopa avec le duc d'All.i
el quel11ue fa,•ori pour rejoinJre l\·~corte qui l'amenai 1. Il se cacha dan le

,illoge d'.Aldca Nueva del Campo :
n La princes l! élait ce jour-là fort
jolie dame, Yètue de velour cramoisi, avec un manteau castillan de
même étone, cl une toque bl,rncbe orn :e de
plume » ; elle 'ta.il accompagnée de quatorze dames d'honneur et d'un nain « de taille
mon Lrueusement petite 11 . Des fêle omptueuses célébrèrent le mariage de « l'hé-

�'LJJ.

R1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ri lier du monde, l'espérance du iècle ».... l.ùt que son lils, par celle union, acrp.1îl à auprès d'elle une de ses suivnnte , lady ClaLe contraste entre oette all~~rcs,e bruyanlc et l'E pagne de nouveaux su.jets et de nouvelles rence, l'avait reçu: a Le saint Sacrement y
la triste destinée de cette union in pire de armées. Pressenti par l'empereur, Philippe étoil; la reine me déclara comm , depuis que
l'intérêt pour celle prînces~e qu'accueillait répondit : • Je n'ai ù'autre volonté que la je lui avoi présenté Je lellre de Votre Maje té, elle n'avoit dormi, mais avojt toujours
tant de joie : les ujets répandu au delà des
pleuré el prié Dieu c1u'il la voulust inspirer c~
mers, donl Marie de PorLu11aL deiaiL être la
conseiller; se mellan L à genoux, elle dit le
sourerainc, ne connaissaient pas encore tous
Ve1ii, creator SJJÎrilus; mistress Clarence et
son mariage, que déjà elle était morte .... E1le
moi fismes le semblable. Âprè que la Jilc
a traver é la jeunes e de Nülippe comme une
daOle fut relevée, se sentant con.eillée de
aimable apparition vite oubliée : elle laissa
Dieu qui lui a déjà fait tanl de miracle à on
pour souffrir après elle, pour mourir jeune,
endroict, elle me donna le mol de mariage
son fils don Carlos. u
pour on Altesse devant ledit saint acreCe premier veuvage semlile en réalil~
ment, ·entant absolument son inclinalion
n'avoir ~~ r1u'un demi-veuvage, comme le
tendre 111. Si elle avoit invoqué le Saint-E premier mariage officiellement conclu et conprit, j'avois invoqué la Trinité pour l'inspirer
sacré n'a di) prendre que Je second rang dans
à cette dé~irée réponse. »
l'ordre numérique Jes unions de Philippe 11,
lluH mois 'écoulèrent entre ces accords
car le prince d'Orange a pu dire ; «Du terop
par ambassadeur et la célébrai.ion du maqu'il feignit épouser l'infante de Portugal, il
riage. Ce ne fut qu'à la mi-juillet 15M quo
sa 1,ait ètre marié à doi1a Isabelle Osorio. de
Philippe
quitta l'&amp;spagne, a,·ec une su ile
laquelle il a eu deux ou lrois enfants, donl le
dont fai aient partie le ducs d'Albe et de
prt)mier se nomme don Pedro, el le second
ledina-Cœli, le prince d'Eboli, les comtes
don Bernardino. »
flamands de Uorn et d'Egmoul.
&lt;&lt; Quelle que soit, dit, à œ propos, l'histoLe 25 juillel, étant depui plusieurs jours
rien de Phi lippe Il, l'époque du. « brevet
à Southampton, Philippe apprend l'arrivée de
d'~pou e donné à ls1,1belle pour mettre à
la reine à Winchester. u li part à cbe,•al pour
comert ~on honneur », ltiS relaLion se proCtlcM G.ira.udon.
la rejoindre. Une pluie « cruelle» el oontinue
on"èrcnl plu ieur années an que Philippe
)lARI&amp; TUDOR.
e oit abstenu d'en nouer d'autres. Il était Ta/:,~att d'ANTUN!O .'tloRO. (.\/usé~ &lt;lu Prado, /,f;i ,trld .) rend les chemin impraliCM&gt;les. Il n'arrive
qu'à six heures du soir; il descend de cbev~I
connu comme « très emporté dans a passion
pour enlrer ii l'église, où il entend le alut.
pour les dame », et comme a extraordinairement empressé ~ :rechercher leur com- vôLre; au si je m'en remets entièrement à. Il ne se prt.! ente de,•ant .tarie qu'à dix heure
wus : ce que wus avez décidé e fera. 1) du soir. Il l'embrase« selon la coutume de
merce».
C'est, en somme, le cas ou jamai· de citer )farie ne se décida p3s aussi promptement. là-bas »; il lui parle en espagnol, elJe répond
l"adage: Lill père, tel fils, dont la justesse fut Vainement le fin diplomate Simon Renard, en françai . Le mariage e t célébré le urlendémontrée avec une force toute particulière uu Franc-Comtois que l'empereur avait chargé demain; l'érèque bénil le lit nuptial, el on
de mener celle négocial1on, représentait à la les laisse. « Ce qui suit, eux seuls le savent,
lors du premier voya"e de Philippe dans ll•
Flandres, où, pour la première foi , il pril reine &lt;l'Angleterre le prince « comme un dil un documenL conlemporain ; tout cc que
Haiment el complètement conlact avec l'em- veuf mùr el gra1•e, père d'un enîaol de huit nous prétendons, c·e t qu'ils nou donnent
pereur, de qui, pr' que toujours, il a\'ail vécu :ms ». &lt;&lt; an attendre la fin de ce propo. , un prince. » Les Anglais, au grand r.andalc
des E pagnols, soutiennent mème que Phiéparé. A Bruxelle , Charles-Quint s"enferma elle jura, nota Simon Renard, que jamai
plu ieurs heures chaque jour ayec son fil . elle n'avoit senti esguillon de ce qu'on ap- lippe n'a pas d'autre rùle dons leur pays :
Philippe l'écouta, l'interrogea, prit des note . pelle l'amour, ni entré en pensement de vo- « Nous n'avons besoin de lui que pour cela;
« L'empereur versait le trésor de son expé- lupLé; que si le prince vouloit e tre volup- que la reine ait des 6L, et il pourra s'en rerience, enseignait à concilier la fourberie el tueux, ce n'est cc qu'elle désire, pour n'estre tourner d'où il vient. »
« A peine les époux ont-ils fail leur entrée
les crupules de la conscience, indiquait les de tel aage. »
à
Londres,
que de nouveaux étonnements et
«
Elle
ne
se
faisait,
ajoute
M.
Forncron,
ressorts inconnus qui mouvaient tant d'hommes
ous sa main. Égaleroenl patients au travail aucune illusion sur les charmes qu'elle avait des ùéceplions blessante surprennent les
et charmé3 Lous deux de ce entretiens, le conservé . Elle avaiL été jolie; trop de mal- Espagnols. Ce sont les ministre qu.i e1pliheurs et d'émotions n'avaient pu pas er für quent comment, dans ce pays, le roi n'a pas
père el le fils avafonl aus i les mêmes goût
po11r Les d1verllssemenls de la galanterie : ce corp délie.al an lai ser des ravages. Pc- d'autorité : le ministres donnent les ordres
ainsi l'empereur coudui ait chez sa sœur, 1.-t Lile, frêle, ridée, couperosée, avec les che- et aouvernent. Ce ont les hommes du peuple
reine de Hongrie, son fils Philippe à un ban- ~'CIU rougt•s, les yeux gris, le nez larrre, la qui huent comme un symbole dïdolà.trie la
'tuet &lt;( où ils furent servis ùe vingl-qualre voix rude, elle était alleinte d'une maladie croix rouge en !orme de poignard dont c t
dames accousLrées en nymphe el dées es Ile cœur qui lui donnait des étouffements, décoré le manteau des chevaliers de Saintpastorales ». C'est probablement au milieu troublait les mouvements du sang, amenait .Jacques, qui déchirent ce manteau dans la
de ces fêles c1ue Philippe connut Caterina des crises de plusieurs jours. Les médecins rue, et qui, « en parlant du Pape, disent
Lainez : il la ma.l'ia plus tard, après avoir la déhilila.i.ent encore en la soumetlant à de qu'il esl un homme comme eux ». Jais, de
enfermé dans un couvent, à Tolède, la fille fréquentes purgations et saignées, el en ne toutes les vexations &lt;ru'il doit supporter avee
la laissant prendre de repas qu'à une heure patience, les importunes tendre ses de sa
qui était née de œtle liaison. t&gt;
ou delll. après midi, bien qu'eJle se levât de femme semblent encore le plus à charge à
~
grand matin. Elle patlail cinq langue~, el Philippe. 1« La reine e t très bonne perEn 1555, Philippe dut se préparer à uu jouait du lulb aussi bien que sa sœur Elisa- sonne, écrit le confident Ruy Gomcz, mais
beLb. Elle était douée de celte doucenr natu- plu vieille qu'on ne nous disait. [Marie était
nouveau. mariage:
Le roi d'Angleterre, Édouard VI, venait relle qui n'exclut ni la dureté ni la violence, de douze ans l'ainée de Philippe, qui avail
de mourir. Sa sœur Marie lui succédail. quand des passions s'agitent. » Enfin, le alor vingt-six ans]. olre-Seigneur y pourCharles-Quint, qui avait Jui-mème projeté, 51 octobre 1555, Simon Renard informait voira, lui qui jusqu'à cette heure a dirigé
trente ans plus tôt, d'épou el' la fille des son maitre de ce qui s'était passé, la veille tout ee qui se rapporte à celte union. » Ce
Tudor, alors dans sa huitième année, vous au soir, dans l'oratoireoù Marie Tudor, aianl n'est pa que Philippe manque d'égards

envers la pau\-re femme : au contrnirc, « ~a
conduite est fort correcte aYec elle, il ne lui
témoigne nul mauvai gré de ce qu'elle u'e·t
pas propre à éveiller des passions, et il
r.herl'he si J.,ien à lu. satisfaire, que l'autre
jour, comme il étaient seuls, elle lui l•.mait
des propo' d'amour, el il répondaît en
Lermes con,epablcs. 1&gt; Le souple Ruy Gomcz
devient tout à fait irrévérencieux quand il
écrit, &lt;1uelques jours après : « li me semble
que , i elle prenait le coslume el la coiffure
de femmes Je notre pay • elle semblerait
moins vieille et moins délabrée; à dire ,rai,
on a grand be oin de l'aide de Dieu pour

par Philippe, qui avait remarqué que la
chamhre de la jeune fille prenait jour sur un
corridor, à llampton-Court; il pou sa la vitre,
a,·ança un bras; la robuste Anglai e saisit un
balai et frappa cc bras d'une telle force que
le roi dut se relirer. o
Mais, depuis quelque temps déjà, une
gros es e de la reine Marie a été annoncée,
au grand enlhou ia me de' populations. EL
la future mère, à présent, e~t toute à la penéc de ses couches. « Elle choisissait le l)erceau, les nourrices, préparail ju qu"aux
lettres qui arn1ouceraien1 au ouverains de
l'Europe la naissance de l'enfanl miraculeux.

11 - - ,

trait ûrés, lès yeux hagards, « plusieur
fois le jour, demeure longtemps atd e à
terre, le genouils aus'i hauts que la teSle »;
elle use son liyre de prières aux denx page
qu'elle relil en les pressant de ses doi:;Ls
impatients. Le livre existe encore, froissé à
la place de l.t priùrc pour la délivrance dl:IS
fommes ent.eeintes el à cd.le de la prière pour
l'unit.é de rÉglise.
n mari parle de la
r1uitter pour ·e rendre dan les Pays-Bas, el
il ne e lais e retenir que par le instances de
'imon Renard. Elle a rè1•é d'être aimée : elle
se senti olée entre son mari c pagnol et C'
sujet anglais; elle ne roit 11u'ingralitude.

CUcbd b1aun tl
PIHLll'PE

1J

RECEYA.:IT l:NE DÉPUTATIOll'. -

c~.

T.1/:lleaJJ d~ SANTIAGO ,\RCOS.

porter ce calice. Heureusement le roi com- L'intervention de la Providence ~tai t trop
prend fort bien que ce mariage n'a pas ét: claire pour que cel enfant nef tit pas un fils;
contracté pour se plai irs .... » \'ainement les lctlres le Jisenl : (c L'heureuse déliuance
~tarie recourait aw artifice de la parure. d"un prince, dont nous rendons humhlemcnl
aux robes à longue traine, alll manches l'en- gr;\ce à Dieu. D Le. mois. "éc.oulent, les doudocs, aux broderies d'or et d'argent, au
leurs semblent commencer. !. celle nomelle,
bijoux Jan · les chi,·eux et ·ur la gorge, elle les cloches onnent dansLondre , les fcm\tres
ne pouvait empêcher son mari de perdre tout s'illuminenl, le navire ti.rent le canon; un
prestige aux }'eux des Aoglai pour le peu de 1'e Deume l entonné à Saint-Paul, des . ercas qu'il fai ait d'ellej il n'était pas fidèle mons tiennenl les fidèles altenLifs dans les
davantage à on épouse espagnole Isabelle églises; des prêtres assemblès à llamplonOsorio, et l'on chansonnait dans les rues ses ColII't récitent de prières perpétuelles ?t côté
aventures avec une fille de boulanger .... Il de la chambre de la reiue. Au bout de quelavait voulu adresser aussi des galanteries à 4ues nuits, ils se lassent : la crise se prola belle fadeleine Dacre : c'ét.ait une des longe; on s'étonne, on s'in'luiètP., on n'ose
fille d'honneur de sa femme, qui était vigou- dire à la reine que cette fausse grosse se
reuse, solide et si grande qu'elle dépas ait de n'est qu'une maladie rare. Les semaines
Ja Lète toutes les femmes de la cour; elle fut s'écoulent : Marie attend toujours sa délisurpri e un matin, à sa toilette, le buste nu, vrance ; elle reste oufîrante, recluse, les
... 195 ...

... 194 ...

'Y1E AMOUJ(l:USc DE P111l1PPB

Toul 1a trahit ou l'ahaadonne. Le miracle qui
lui semblait assUJ"é, le fils promis e t reûré
par Dieu. Qu 'a-l-elle fait pour être frappée?
Elle est chàtiée parce qu ·elle a cessé de per~écuter les hérétique . L'évèque de Londre ,
Bonner, le lui persuade : elle a comrni le
crime de aül qui rcrusait d"e terminer les
Amalécites; et aussitôt clJe donne l'ordre de
reprendre la persécution. Cinquant.e personnes
sont br1Hée vivantes dan Je.~ trois mois qui
suivent sa déceplion; elle e reprend alors à
l'espérance, el, durant Ci'S Lroi mois, elle
continue à attendre l'enfant. ... Philippe. qui
a renoncé de bonne heure à celle ilJu ·ion,
tourne déjà les yeux vers ses autres Étals;
apr~ aples et la Sicile, son P.Ùre lui a cédé
le Milanais, el se dispose à riUil~tlre entre ses
mnins, roynume à royaume, durant le. ~eroiers mois de l'année i555, la totalité .de se:.

�1-flST0'/{1.Îl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
po ·es ioa ; il Jui annonce .e. projet d'al1dication et l'appelle à Bru~clles. Prompt à aisir celle occa ion de fuir l'Angleterre, Philippe s'cmbariruc; la .cène des adieux à la
pauvre reine e L déchirante. lfarie pleuru en.
,oyant Philippe em bras t·r ses sui,·ante le
unes après le autres, pui de cendre l'escalier; elle . 'accoude à une fenêtre, elle uit de
se yem; troublé par les larme la barque qui
'éloigne sur la Torni e.... »
Il convient d'njoulcr que, . i Philippe, en
fuyant la rtecile conjugale, s'applique à cacher
à :,a Ièmme son empres cment à la quiller :
« il a au si la maladresse de le lais cr conrn1ltre à e ennemi : le na,ires îraoçai
ai:,is~ent quelque jours plu Lard le lettres
qu'il éc1·il en Espat1ne. '011s ne les avon
plus, mais le prol011otaire de Noailles, qui
les a lues à Fontainebleau. pré,·icnt son frèr12
((""• ~elon ce lettre , a la royrm a lànl ensomdt! ce 1,eau jeune prince .on mary que
de lui a\'oir faict croire un an entier c1u'elle
e toit gro · e pour le retenir prè d'elle, donl
il e trouve à présent si confu el fasché,
qu'il n'a plu délibéré ùe retourner, promettant à tous e. serviteur que sïl pt!ul e tre
une fois en E pagne, il u'eo orlira plu à i
ma mai e occasion .... 11
Mais les année· d':ipprenli ar1e de son
métier de souveraiu alhienl bientôt prendre
lin pour Philippe. Charles-Quint, fatigué,
aU:iibli, goulleux, vieux ~ cinquante-cinq ans,
cl résolu à se retirer au monastère de Ynstè,
ahdi11uaiL en fa\·eur de son fil . Et re Fu Lla
politique du nouwau roi c1ui r:ipprocba Philippe Il d Marie t.l' Angleterre. &lt;1 Il avait profilé, dit ~(. Forneron, des mois où to11l ce
11ue nous avion d'hommes de guerre 'éloi•
&lt;&gt;n::til :nec le duc dt.! Gui e ver le fond de
l'llalic, pom organi er contre nous une ar10ée formidable. a première pensée, en obervant qu'une guerre de France devenait
imminente, fot pour sa [emme, qu'il avait
oubliée depui le moment où il anit pu espérer que l'a1Jiance anglaise ne serait plu
utile à sa p0litique. Oès qu'il vit la nécessité
&lt;lu secours en navires et en gen de guerre
que pouvaient lui prèter les Anglais, il s'embarqua pour Londres, non an quelque appréltension de l'accueil qui J'attendait. Pendant le viugl mois qu'il venait de pas er à
OrtHelle , depuis son départ d'Angleterre
(aoùt 1555-mars J 557), il avait conservé ses
babitu&lt;les de .-.alanterie : la reine Marie ne
les irtnorait pa~, el 11 pour avoir entendu pl11sieurs petites visitalions que ledict sieur roy
fait par delà de plus jeunes dames qu'elle ll,
elle 6tail entrée dan une profonde « altération » .... Mai celle jalousie même oourri .ait sa pas ion : la reine m• avait que parler
dn mari ab cnt on ae l'enfant qui lui était
rerus •; t&gt;lle passait ~e journées seule avec
sa uivante, Jane Dormer, qui a,;ait épousé
aussi un E pagnol, IP comte de Feria, parti
également pour les Pa) s-Da,; ou !Jieu elle
s'échappait dan la campagne, entrait chez
les pa~ .ans, cherchait les enfonls, les care,·ail, demandait à être marraine de ceux qui
àllnienL uaftre. &lt;1 Elle a loujou 1· gein L, la
0

paum1 femme, dit l\uailles; les tribulation
lui furent au i ordinaire aliment, depuis le
temps de sa ieune.se, que le pain me.me. 11
1'oule cc lrislesses 'évanouirent lor qµe
Philippe eut reparu. Au ~i Morie lui fournilelle huil mille oldats et de l'arnent anl)lai •.
Il répondit à ces marques de tendres ·e par
un départ immédiat. il étaiL arriré le 20 mar ;
il e rembarqua le 5 juillet - el Marie ne
le revit plus.
« Dédaignée de son mari, dont elle déchirait le portrait avec ses ciseaux, dans de
ace&amp;· de jalou ·ie, elle dépJri.sait, triste, ridée, la oix aigre. Elle demanda une dernière entrevue à l'homme qu'elle a,•ail laol
aimé. Philippe envoya à sa place le comte de
F~ria. .. . t&lt; On m'a reçu, écrivit celui-ci,
comme un ÙOOlJlle qui apporlerail les bulltlS
d'un pape morl. ... » ept jours plus tard, le
17 uovemhre l.jj , Marie fait célébrer la
mes e p1 ., de son lil; elle se dres e au moment de l'élévation, et retombe morle .. .. Un
émiss:iire de l:i princesse Élisabeth, sa œur,
soulè,·e pendant qu'on allume le- cierges, le
drap du lit, arrache du doigl qni misait
LrcrnLler la our &lt;1uelque minute· auparavant l'aru1eau d'or à émail noir que Philippe
y avait glis é le jot1r de sou mariage, et le
porte, comme ga••e de l'all'ranchisscruent el
de la pui sance, à la princes e Élisabeth .... ~
~

À peine veuf, Philippe Il pour~ui11it, avec
la ténacité qui lui tirait propre, la politique
d'alliance hi pano-britanni11ue à laffuelle son
père s'était attaché en faisant de lui l'époux
de farie Tudor. Par l'ioterméJiaire du corole
de Feria, il demanda la main de Ja nom1elle

Cllcllt Gira.udoo.

L'isrANTE

lSA.8tLLE-CL.1.RA-EuGi.N1E,

FILLE 1o1;: PmLIPPE l r. -Tai'/e.Ju :I.~ S,Nc nf:t

Coeuo.

(M"sùd.11PraJo, .,fodrlJ.)

reine. Mais, les pourparlers C_!I/W'Js n'a ·ant
pa abouti, cc fut une autre l~lisabcth, mais
une princesse de la maison de Valois, celle-là,
qui ·uccéda conjugalcmenl à la princesse Marie
dt Portugal el à la reine Marie d'Angleterre.

Le 22 mar J559, Philippe. représenté par
le duc d' lbc, ilpoosait à Paris la fille de
llenri Il el de Catherine de Médici . u mois
Je janvier sui1ant, aprè un interminable
voyage, Élisabeth, q_ui n'avait p3.5 quinze ans,
rejoignit, à Guadalajara, le mari qu'elle ne
cono3Î.ssail pas encore, el qni l')' altendait
pour l'emmener en grand apparat à travers le
royaume. Dès son arri\"l!e à Tolède, la reine
fut attPinLe de la petite vérolt!. Par une cbance
rare, l:lisaùcth orlil de celte crise san y
lai cr la fraicheur &lt;le son teint.
« Quand l'intimité fut enfin tilaùlie entre
la couvale cenle el on mari, une lellre lais~e
voir que la jeune femme se ·outnet a\'eC ré-pugoance à des importunit · qui la blessent:
au -i notre amba sadeu1·, l'évèquc de Umoges,
ne cache pas à Catherine que &lt;&lt; le roi a a.scz
de bonnes cognoi sance· eo celle vil11•, qui
pour cela ne le font pa eslre mauvais mary. ~
Pour à demi ra ~uranie que rÙl celle dernirre
appl'éciatiou du prélat, Catherine n'en devait
pa · moins ïnquiéter fort des « cognoissances » dont, eu prernit'r lieu, il parlait,
œr ex.erçant sur ·e euîants uue t,1ute-pui sante aolorité morale, elle aYait compté user
de l'inlluence amoureu e de sa fille, pour do•
miner elle-mème . on gendre el l'as ujellir à
. a politique. li lui fut bienlÔL démoutré ,pie
Philippe ne erait ni mari fidèle, ni gendre
docile, et que toujours il é ·bapp rail à l'emprise de sa volonté. 1'euf an plu~ tard, en
octobre 1568, Élisabeth mou.rait, ans avoir
pu ervir, inconsciemment ou de propos délibéré, le plans el les combinai ·ons de sa
mère.
Elle lai sait deux filles : l'infante 1 abelle
el l'infante Catherine, dont le grand peintre
anchez Coello, en des toiles admira.hie~,
nou a conservé le traits.
Celte foi encore, le veuvage de Philippe
îot court. En 1570, il prenait pour lèmmc
une prince-, e allemande, Anne, tille de l'empereur Maximilien. Ain i que les trois première , celle-ci devait disparaitre au bout de
qul!lques années d'union, el ceux de es
enfant qui lui survivaient allaieot bientôt,
à l'exception du futur Philippe lll, la rejoindre dans la lombe. « Oon Fernando
mourut a1•ant l'àge de sept ao»; don Carlo
(den. ième du nom), ne vécut que deux ans;
don Diégo, le troisième, .ix an ; J'iuianlc
doùa Maria, lroi ao~. L'Escurial était à peine
ache\'é qu'il s'emvhssail di; cercueil . Philippe, avant d'avoir soixante ans, y fil déposer
dix-5epl cadavres. Il les rangeait en orJre
dan l'ossuaire, ne changeait rien au.i r~gles
11ui épui aieol le urvivanl , eL erigeait une
rtlsignalionofficielle. «ra d marques d'émotion, écl'iva.it-il dans Loule les villes à la
mort de son fils don •ernando; rien que de
action de gràce au Tout-Puis ·anl pour la
faveur qu'il a faite à l'infant. o
. .. Aux parole que nou veuou - de citer,
uou n'a,jouteron rien. Une teUe con igne
&lt;l'insen ·iLilité rés1tme rnute la \'Îe du roi
Philippe li - el l'explique.
PAUi. DB

MORA.

EiSTRÜ: DE L'ARMEE FRANC,IISE A 0A..'iT7.IG

,

•

· · -

Gravr,re ~•'A, OHF.RT, J •"'trés le lar/ea11 J'AooLrn~ Ram:-.. (M,mie de Vtrsailles.1

Le mari de Madame Sans-Gêne
PAR

HENR.Y ROUJON
de 1'111s/i/11/.

La popularité dont le théâtre fait briller la
marécbale Lefch,•re ne doit pas elTocer le souvenir de son mari. Le prince con orl de
l\fme San -Gène mérite d'èlre honoré pour
lui-même. Cel homme si brave était tout à
fail un brave homme et le contraire d'un
naïf. On 'imagine trop complaisamment
qu'il était d'esprit un peu oourt,; les historiens caricaturistes Jui feraient j~uer volontiers le rôle du l\aruollol de l'l!:popée. Ce
pay an alsacien était au contraire confit en
finesse. Uoche, dont il avait été serg,ml instructeur, lui écrivait de Bonn, à la date du

l 5 germinal a.n V : « Les avis que Lu peux
me donner, mon cher Lefebvre, seront touj~urs de eux que je suivrai le plus volonlier . Tu sais que ta franchise t'honore autant
~ mes yeux que la valeur el les talent ,.
Eclaire-moi donc ur les homme que tu
appelles des flatteurf'. Tu m'obligera . ~ , i
Hoche a\'ail a sez ,·écu pour de,·e1rir empereur, il n'eùl pas manqué de nommer Lefebvre membre du Sénat conservateur A.
défaut de Ilocbe, Napoléon , e chargea de ce
soin.
Lefebvre est pour la postérité un « sympa-

thiqne », ~arec: que, devenu mart!chaJ, préteur du_ enat, duc el millionnaire, il re ta
peuple Jusqu'à 1a moelle de o . Les grandeurs ne le Jirenl changer ni d'âme ni d'orlbo-gr~phe. ~-t-il prononcé la magnifique parole:
qu on lui prête : « Je uis uo aucètre ! )i '!
U'esl d'une rédacùon un peu Lieu lilloraire ·
il a dt) dire quel,1ue cho e comme cela, mai;
aulremente~ mieux. Uo vrai mot de lai, c·cst
sa d~cla_rallon a,ux ingéni~m· du siège de
~'.111tz1g ..« ,le n entends rwn à vos afiaire -.
Ficbez-mo1 un trou. et je me chnrge do passer!

»

�1t1STO'Jt1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___.
Ici, il n•y a pas trace de lillératnre. C'e t que Suchet prononça à la Chambre des pairs,
dn LefehHe pur.
dans la sMnce du J2 juin t 82t, !"éloge funè-Ceux qui aiment à déboulonner les renom- bre du maréchal Leîcbne, il donna lecture de
mées insinuent rnlontiers que l'honneur la lettre du comte de Kalckreuth à son vaind"a,·oir pris D:mlzi&lt;&gt; o'appa.rticnt pas à Le- que11r. Le « NPslor de l'armée prus ·icone »
febne, mai· à Chas$eloup-Lauliat. [l e L age, ùxprimait ainsi : ·
en ce!. délicates matières, de ·en rapporter à
1&lt; Mon ieur le m:u·ét:hal, je ne fais~er:ii
la compétence de ·apcMon. La correspon- point partir M. le sénéral Jarrl. dont j'ai
danre de l'empereur, t&gt;n rendant justice à tout lieu de me louer, sans remercier Votre
&lt;'.bar.un, lai: e au m:irrchal Lefcbue lo meil- Excellence de cet accompagnement et dt!
leure 11art. &lt;1 .Je comptl', écrivait le muitre,
que pour mon bou•p1el du t•r mai. vous
rn'enHirrez le, clef· de Dantzig. » Et l'empereur :ijontait, .achant bien à qui il parlait :
« C'est lorsc1u'on \'clJL f•Jrtement faincre qne
l'on foit pas.-er . a vigueur dan. Ioules le.
âme·. » l.debire roulait fortement ètre vainqueur. Parfoi , un peu embarras ·é parmi
la.nt de technicien , il avait c heures d'in&lt;lécbion et d'aagoi e. Le réconfort lni venait
avec le courrier impérial : « Jt: vou croyai
plu de caractère et d"opinion ... Chn ez de
ebex \'OU , à coups de pie&lt;l au c... , tous ces
petits critiquelll'S.... 'c prenez consciJ que
de Cha seloup cl de La Riboisière, el moquezvou du reste.... e doutez jamais de l'e time
que je ,·ou porte. » ilême après la victoire,
1 maréchal tremblait comme un conscrit de
la peur d'a1·oir mécontenté l'apoléon. fi avait
pourtant reçu ce salisferit d'une simplicitc
ublime : « Je vou fai mon compliment dr
la prise de Danlz.ig. ,, Mai ' vi -h-vi du
,·:tincu. le général pru. ien Kalckreulh, il
crai!!Ilait d':11oir exagéré la chevalerie. Le
oldal de ln Hén,lution •'était piqué de gentilbommerie em cr un vétéran de la guerre
:it~RECILU. LE:FEBVRE. nue D&amp; DANT7.IG.
de cpt an . Le comte dé Kalckreulh, élève
n·aprls lt taNeau .Je M- DA~1~-MIRVA ULT.
de Frédéric, jouissait d'un bon renom dan
(N11sée ,te Vtrsallles .)
l'a.rmée françai ·e. En t 7!l5, il avait permi
1au:,, Ma ençais de sortir de la place avec les
honneur de la guerre. a généro it6 avait toute le bcmtésquevous m'avez ma.aire tées.
autori ·é le défilé de ces troupe • que Gœthe Je ne les oublierai jamais, mon icur le marévil pa ser devant lui, « érieuses el mécon- chal; j'allacherai désormaJs le plus grand
lt•nles, mais non aLallues ni humiliées . Une prix à votre amitié .... Je répète aus i ce 11ue
colonne de fürseillais, petit , noirs, bariolés, j'ai dit/t M. le général Jarry, que je uis bien
détmeaifüs, s'avançait à petit pa ·; on eùtilit aise de ne pa aYoir connu Voire Excellenc
que le roi Edwin aYail ou1erl la monta!!lle el principalement aYanl le iège; il m'en aurait
lùclu: sa jo)'euse armée de nain . Tout à trop coùté Je m'occuper à vous taire du mal.
coa p. la mu~i1rue fil entendre la Marseillaise. .Joui ez, monsieur le maréchal, partout où
L'dlèt l'ut sai is ant et terrible. » Xou dti- se tourneT!lnt vo pa • de ,o succès, de,·olrc
viuos à Kalckreutb, alor q_u'il capitulait dans pfoire bien méritée, dans une félicité inaltéUanlzig, une égale oourtoi ie. Lefebvre lé rable. Quand je reverrai de Français, detraita mieux encore qu'il n'avait traité les mnuder de no11velle de Votre Excellence sera
layençai~. Le , ieux. seibrncur pru5~ien, rompu toujours une que.~Non initiatitie. C'est ainsi.
dt!pu~ l'enfance au"( façon. françaLes, prit 111ou rl'sp1•rlal,le ad\crsaire, qne je mu fais
congt- de l'ennemi 1mi. rp1e lrndremenl. Lors- uws adicm. n
1

ne.li rc cette lettre, ad ress~éP par 11 n soldat
de anciennes "Uerre à un héro, de l'armée
nouvelle, ne trouvez-,·ous pas que cela repose
dl! articles de M. ller1·é? Lefebvre, ow .a
rude écorce, se sentit atteint en pl&lt;'in c(Eur.
ToutL•fois la terreur de u'ètre poinl approuvé
par l'empereur troublait sa joie. ~apoléon
avait Lien envoyé un mol d'ordre de générosité, « voulant donner à l\akkreuth une
marqne particulièrl' d'e time, due à son ca~
ractèrc el à la conduite qu'il a toujonr tenue
av11c les Franr;ais 11. Mdis que di mit-il t&gt;n
apprenant fJUe la "arnison pru. itwne av.Jil
été 11utorisée à garder .e, fu,ils'/ Lefeb,rP
él•ri\·it 11 l'empereur pour expliquer ,a conduite. La réponse ne comporte aucun blâme;
à peine un regret s'y lai~se-t-il deviner : r&lt; ,le
n'en suis pas moins très sati fait de vos serYices. Je vou en ai déjà donné des preuve
que vous apprendrez aux premières nouvelles
de Pari et lJUi nevou lai~ eront au('llndoule
sur le c.1 - que je fai de vous. »
C'était le duché. Le man:chal el Jfme ~anr.Gène ne l'a,·aient pas ,·olé. Un imbécile quelconque complimentait le nouveau dnc de la
magnificence de on c-0stume : a M,1 roi, oui,
monsieur, lui dit Lefebvre, mon bal,il e l
uperbe. ~fois il y a ,iugt-cinq an· qu'il e:t
commencé el il n·y a pas longtemps qu'il est
fini. l) Thiéhnult raconte, dans ses lémofres,
un autre trait qui montre chez le duc de
Dantzig bien de la malice, sou la honhomie
du garde-françai,e. Un parasite, &lt;tui dinait
chrz Lefeb,•re, s'e. tasiait sur la omptuo ·i11i
du repas, ur la richesse des mcultle , ur la
vaL ·elle et ur le couvert. Le vieux .old:il
madré sentait l'envie percer à cha11ue mot.
o Vuu Youdrict bien, s'écria-L-il, avoir tout
cela I Je sui · tout prêl à vous le donner.
Allez vous mettre de l'autre côté de ma cour;
je vou tirerai dcu · cents coup de fusil; si
après r.ela YOU vivez encore, tout ce que vou admirez ici sera à vous. » L'imrilé trouva
que c'était trop cher. 11 Moi, lui dit le maréchal, j'ai gagné tout ce que \'OU vuyez au
prix de dix mille coups de r11sil, 11ui m'ont élé
tiré de plu pr,i · que je ue vuu · le tirerais. »
L'imité per~ii.la i1 rcfu er.
Le mari de Mme ans-Gène, aw&lt;' quelques
,•ertn , avait donc de l'esprit par-dessus le
marché. Quel!Ju'un di aità Rapp : « Vous ne
manquez pns de Jioe se. vou , avec \'Oire
,ti age innocent. &gt;&gt; Happ répondit : 11 ll) a
un Lomme qui en a da,,anlane. C'est le mar~cbal Lefeb,·re. - Pourquoi donc? - Parce
!JU 'il a l'air encore plus bête fflle moi! 1&gt;
ROl J 0~,
"• I•1,.,w.,.

IIEi'&gt;RY

La Femme "au XVI/Je siècle
L'amour.

+
.Jusqu'à la mort dP Loui XIV, la France
semble travailler à dhiniser l'amour. Elle fait
de l"amour une pa ion théorique, un dogme
entouréd'nne adoration qui
rei;scn1ble à un culte, Elle
lui attribue une langue sacrée qui a le raffinements
de formule de ces idiomes
qll'invt•ntent ou s'appr0prienl les dévotions
rigides, ferventes el
pleinesdepratiqne .
Elle cache la matérialité de l"amour
avec l'immatérialité
du senliment, le
corps du dieu avec
on âme. Ju. qu'au
dix-huitième siècle,
l'amour parle, il s'empresse, il se déclare,
comme s'il tenait h peine aux en et comme
'il était, dan l'homme et dans la femme,
une vertu de grandeur et de générosité, de
courage et de délicate e. li exige toutes les
épreuves et tonte, les décenœs de la galanlerie, !"application à plaire, les soin , la longue volonté, le patient effort, les respects, les
. erments, la reconnai ance, la. discrétion. Il
Yeut des pTières qui implorent el des agenouill1' ruenls qui remercient, el il entoure es
faiblesses de tant de convenances apparentes,
se plu grands c.1ndales d'un tel air de majesté', que es faute , ses hontes même, gardent une polite e et une excu e, presque un11
pudeur. l'n idéal, dans ces siècles, élève à lui
!"amour, idéal tran, mis par la chevalerie au
bel esprit de la France, idéal d'héroismc devenu un idéal de noblesse. J[ai' au dix-huitième iècle que devient ..:et idéal? L'idéal de
l'amour au lemp · de Louis XV n'est plu rien
que le dé ir, el l'amour e t la Tolupté.
Volupté I c'est le mot dt1 dix-huitième
siècle; c'e t son secret, on charme, son
âme. fi re pire la volupté, il la dégage. La
volupté e l l'air dont il se nour.ril el qui
l'anime. Elle est ·on almo pbère el on
souffle. Elle est son élément et son inspiration, sa vie el son génie. Elle circuit: daos
son cœur, dans ses veines, dao a tête. EUe
répand l'enchantement dan es goût , daw
ses habitudes, dan sei; mœurs et dans .es
œuvres. Elle orl de la bouche du temps, elle
sort de lin main, elle s'échappe de son fond
intime et de tous ses dehors. Elle Yole sur ce
monde, elle le possède, elle est sa fée, sa
muse, le caractère de toutes ses mod~, le

~tyle de tou es arts; et ritn ne demeure de
ce temps, rien ne snr,il de ce .ircle de la
femme, que la ,·olopté n'ait créé, n'ait touché. n'ait con er~é comme une relique dl'
gr~r..c immortelle, dan le parfum du pl;Ù$Ïr.
La frmme alors n'est que volupté. La voluplé l"bahille. Elle lui met au pit&gt;d ces mule
qui balancent la mnrche. Elle lui jette dan
1 che,·eux cette poudre 11w fait .orlir,
comme d'un nuage, la phy·ionomie d"un ,;_
age, l'éclair des yeux, 1a lumirre du rir1:.
Elle lui rdèrn le teint, elle lui allume lr
joues avec du rouge. Elle !ni baigne les bras
avec des dentelles. Elle montre au haut de la
robe comme une promesse de tout le corps de
la femme; elle dévoile sa gorrre, el l'on voit,
non seulement le soir dans un salon, mais
encore tout le jour dans la rue, à toute heure,
pa~ser la femme décolletée, provocante, et
promenant cette séduction de la chair nue el
de la peau bJanche qui dans une ville caressent
le~ yeux comme un ra-yon et comme une fleur.
L'habit cl le délail de l'habit de la femme,
la ,·olupt~ lïm•eute el le commande, elle en
donne le dessin el le patron, elle l'accommode
à l'amour, en rai ant de ses Yoiles mêmes
une tentation. Parures et COIJ.Uetlerie , elle
les bapti ·e de noms qui semblent attaquer le
caprice de l'homme et aller au-de\anl de ·e
sen~ .

Ainsi parée par la volupté, la femme trou,•e
la volupté partout autour d'elle. La volupté
l11i remoie de tous le· côté son image, elle
multiplie sous ses yeux le formes galnntes
romme dans un cabinet de glaces. La rnluplé
chante, elle sourit, elle invite par les choses
muettes et habituelle· de l'intérieur de la
femme, par les ornements de l'appartement,
par le demi-jonr de l'alcove, par la douceur
dn boudoir, par le moeUeux des soieries, par
les 1'e11eille11ses de alin noir dont le ciel est
un grand miroir. Elle étale or les panneaux
des aventures toujours heureu es, qui semblent bannir d"une chambre de femme les
rigueurs, mème en peinture. Et, teuant la
femme dans une odeur d'ambre, elle la fait
vivre, rêver, s'éveiller au milieu d'une clarté
tendre et voilée, sur des meuble de langueur
coavianl au:r paresses molle , sur le sopbas,
sur les lits de repo , sur les duchesses où le
corps s'abandonne i joliment aux. attitudes
lasses el co11UDe négligées, où la jupe se rele1•ant un tant soit peu lai e voir un ltout de
pied, un bas de jambe. L'imagination de la
volupté est l'imagioaLion de Lou les métier
qui travaillent pour la femme, de tous les
luxes qui veulent lui plaire. Et la femme
1, Angola, voL 1.
2. Corresp1md1nce secr~le. punm.

sort-elle de ce logi où tout e t tendre, coquet, adouci, caressant, mystérieux? la ,·olupté la suit dan une de ces YOilnres si bien
inventées contre la timidité, dan un de ces
vis-à-vis où les visage· se regardent, où le
re, pirations e mêlent, où les jambes s'entrela.cent 1 • 1
La femme se répand-elle dans le sociétés1
C~userie, propo · aimables, équivo11ues, comphwenl , anecdotes, charade. et loaogripb ·
à la ~ode•, voilant dan le plu grand ruonôe
le c}msme sous la 11atlerie, l'~-pril du tcmp
apporte snns ce.se à la femme fédlo de fa
galanterie et le fait ré onner au fond d'elle.
L"t!.i-prÎt do Lemps l'assiége, il éveille es sens
à toute heure; il jette sur sa toilette, il lui
met dan les mains les livres qu'il a dicté el
qu'il applaudit, les brocburettes de ruelles,
les op~ cules de ]écrèreté et de passe-Lemps,
le pe~1ls roman où l'allégorie joue ur un
fond libre el danse sur une gcntilJe ordure,
les con_tes de fée égar~ de licence el de polissonnerie, les tableaux de mœurs fripon,, les
fantai ies érotiques qui semblent, dans un
Orient baroque, donner le carna,·al des ,Ili/le
et wie Nuit à l'ennui d'un ·ultan du Parc
aux cerfs.
Puis, c'est autour de la femme une poé 'Ïe
qui la courtise, qui la lutine; ce sont de
petits vers qui sonnent à son oreille comme
un baiser de la mu e de Dorat ur une joue
d'opéra. C'est Philis, toujour Philis qu'on
attaque, qui combat, qui e défend ruai... des
regards, des ardeurs, des douceurs. • J'inspire là-des us en me jouant, 1&gt; Jit l'Apollon
de Marivaux.
Poésie de fadeurs qui embaume et qui
entête! R~mleaux de Marot retouchés par
!loucher, 1d ylle de Desb.oulières ranimées
par Gentil-Bernard, poème où les rimes 'accouplent avec un ruban ro e, et 011 la pen ée
n'e t plus qu'un roucou·
lernent l Il semble que
les lettres du dix-huitième siècle, ageno uill~es
devant la femme, lui tendent ces tourterelles dans
une corbeille de fleurs dont
les bouquetières offraient l'hommage aux reines de France.
La femme se met-elle au clavecin? chante-Hile, Elle chaule
celte poé~ie; eUe cbarlte : De . es
ll'ait.s le Dieu de Cythère ... , ou:
Par un baiser ur leii lèures ,flris ... , ou :
Non, non, I.e Dieu ']Ili fait aimer· 3 •• • , cban~on paTtout goùtée •,jctéc:s sur toute · le tablettes,
3. Chois ne chanson mises e.u mu iqut pnr li. de
1.alwrde. Pan·i, l)elon11d, 1iJ3.

�..,

1l1STOR..1.Jl
dédiœs à la Dauphine, el auxquelles le Lemps
tr~uve i peu dll mal q_u'il mel ur les lèvres
de Marie-Antoinette le refrain : « En Llanc
Jupon, en blaoc cor cl 1 •••• »
La volupté, celle volupté universelle, qui
se dégage des cho ·e vivante
comme des ebo es inanimée ,
qui se mêle à la parole, qui
palpite dan la musique, qui
est la voix, l'accent, la forme
de cc monde, la femme la retrouve dan l'art du Lemp
ph.: matérielle et. pour ain i
dire incarnée. La latue, le
tableau sollicitenL on rerrard
par un agrément irritant, par
la gràce amusante t piquante
du joli. ,;,OU Je ciseau du sculpteur, sous le pinceau du peintre, dans une nuée d' Amours,
loul un Olympe natt du marbre, sort de la
toile, qui n'a d'autre di"inité que la coquPllerie. C'est le siècle où la nudité prend l'air
du dé babillé, el où l'art, ôtant 1a pudeur au
beau, rappelle ce petit Amour de Fragonard
qui, dans le tableau de la Chemise en.levée,
emporte en riant la décence de la femme.
Que de petites scènes coquine , grivoises l
que d'impureté mytbologiq11es ! que de Nymphes srruptdeu..~e;, que de Balanroires mystàieuses I Que de pages spirituellement immodestes, écbappéc au arand Uaudouin et
au pelil Que,·erdo, à Freudeherg, à Lavreince,
aux mille maitre qtii a\'enl i bien décolleter
une idée de Collé dan une minialu.re du Corrége I El la gravure est la, avec son burin
le le, vif et fripon, pour répandre ces idées
en gra1•ures, en estampes vendues publiquement, entrant dans les plus honnêtes intérieur et meltantjusqu'aux murs de la chambre des jeunes filles', au-des. u de leur lit
el de leur ommeil, ces image impures, ces
coquelles impudicités, ces couples enlacés
dans des liens de tleur , ces scènes de tendresse, de tromperie, de surpri e, au ba
dP quelles ouveat le •ravcur a-ppelle dan un
titre naï( le l'lai -ir par , on nomG !
Quelle résistance pouvait opposer la femme
à celle volupté qu'elle respirait dan l.oute
rhoses et qui parlait à tous ses sen 7Le iède,
l[UÏ l'assailJait de tentations, lui laissait-il au
moin pour le repou ser, pour le combattre,
celle dernière verlu de son sexe, l'honnêlelé
de on corp : la pudeur?
li faul le dire : la pudeur de la femme du
dix-huitième siècle ignorait bien des modesLie acqoLe depuis elle par la pudeur de son
sexe. C'élaiL alors une vertu peu raffinée,
as ez peu respectée, et qui restait à l'état
brut, quand elle ne se perdait pas au milieu
de impressions, des scnsaiions, des révélations, à l'épr uve de quelles Je siècle la oumellait. Il y avait dans Jes mœurs une naïveté,
une liberté, une certaine gros ièrelé ingénue
4ui en faisait, dans toutes les classes, assez

lion marché. Comme la pudeur n'entrait point
dans le,; agrément· sociaux, on ne l'apprenait
!ruère à la femme, el c'est à peine si on lui
en lai~saiL lïn Linct. !:ne fille déjà grande
était Lo11jours regarJêc comme une enfant, el
on la lais ait badiner avec de hommes; on
tolt1rait mème SOU\'ent qu"ellc r,u lacœ par
eux, ans attacher à cela plus d'importance
qu.'à un jeu'· La jeune fille deyenue femme,
un homme que vous montrera une gravure
ile Cochin lui prenait, sur a chemise, la
me ' nre d'un corps. ~fariœ, elle recevait au
lit, à la Loiletle où elle s'habillait et ou l'ind1:ccnce éta.it une !!'l'àce, où la liberté qael'l ucfois ùégénérait en c1ni me 8 • Dans l'écho
dt• propo d'antichambre, dans la parole de
1•icux parents égrillards, une langue, encore
chaude du franc parler de Molière, une langue
expre ive, colorée, sans pruderie, apportait
à son oreille les mols vifs de ce temps sao
p:êne. e lectures n'étaient guère plus sé"ère : de main en main pa saient les recueils
polissons, le Jllaranzal,itiiana, dictés par
quelque grande dame à La plume de Grtcourt 0; la Pucelle trainait or les tables, et
les femmes qui se respectaient le plus ne se
cachaient pa de l'avoir lue et ne rougissaient
pas de la citer 1. La femme gardait-e1le, malgré lout, une Yirgiuité d'ùme? Le mari du
temps, tel que nous Je de sinenl les ~lémoires,
était peu fait pour la lu.i lai ser. ll agissait,
là-des us, fort cavalière.ment avec sa femme,
qu'il formait au:x docilité d'une maîtresse;
cl, s'il avait bien soupé, il donnait volontiers
à ses amis le spectacle du ommeil el du
ré,·eil de sa femme 8 • La femme se tournaitelle Yers l'amitié? Elle y trouvait les confidences galante , les paroles d'explfrieoœ qui
ôtent le yoÜe à l'illusion, dans la compagnie
de qaelqaefemmeaCûchéecommeMme d'Arty.
Elle allait à une repré entation de prol'erbe
gaillard sur un Lhéâtre de société, à quelque
pièce de haute gaieté pareille à la l'erité
dans le vin, ou bien à un de ces prologue,
salés des spectacles de la Guimard auxquels
les femmes honnêtes ~s istaieol en loges grillées~. Elle es oyait « les jolies horreurs » d
·oupers à la mode 10 , elle affrontait les chan~ons badines à la Bourners cou rant le monde
à la fin du siècle u. Puis, pour achever de lui
enlever le préjugé de ces mi érables délicate es, la philosophie venait : enlrainée à
qul.\lque souper de comédienne fameuse, à la
table d'une Quinault, dans la débau ·be de
paroles de Duclos el de ain t-Lamherl, au
milieu des paradoxes grisés par le champagne,
dans la helle ivresse de l'esprit et de l'éloquence, la femme entendail dire de 1a pudeur : « Belle -vertu! qu'on attache sur oi
a,·ec des épingles n ... ~
C'est ain, i que peu à peu, d'ilge en âge, la
!acililé des apprl)ches, les spectacles donnés
aux sens, l'irrespect de l'homme, les corruptions de la société et du mariage, le en eignemcnl s, les ystàmes de pure nalurc, alla~

quoieotetdéchiraienl chez la femme jusqu'aux.
derniers re tes de celte innocence qui est,
dans la jeune fille, la candeur de la chai;teté.
dans l'épouse, fa pnr11té de l'honneur. us. i
le jour où l'amour se pré cotait à sa pensée,
la femme ne troU1·ait pa pour repousser celle
pensée de force per oonelle; elle appelnit vainemeot contre la tentation de ce mol el &lt;le
ces images la défen e, lo révolle de sa pudeur
physique. Et l.iienlôl, dans cet intérieur que
dé ertail le mari, (Jllel e.lîort ne llli fallait-il
pa pour gar&lt;lei· re qu'elle croyait avoir eucnre
de pudeur rnQrall', di-vanl tant d'exemples
pnhlics d'impudeur ociale, devant tant de
ménacres auxquels l'amour ou l'babitude ·ervait de contrat, tant de liaisons reconnue ,
consacrées par l'opinion pnLlique: lime Belot
el le président de ll'inières, HénaulL et
Mme du DefTaud, d' .\lcmberl et Mlle de Le~pinasse, Mme de Marchai el M. d'.\nci,illiers, etc., - jusqu'à Mme Lecomte et
telet que personne ne 'étonnait de trouver
en emble chez la rigide Mme 1 ecker !
Facilités, séductions, mœui·s, ho bitudes,
mode , tout conspire donc contre fa femme.
Tout ce qu'elle touche, tout ce qu'elle rencontre et tout ce. 11u'elle voit apporte à a
Yolonté la faibles e, à son imagination le
trouble et I' amolli 'se ment. De Lous côtés se
l(:1•c autmIT d'eUe la tentation, ool'- eulement
la tentation gro sière et matériell&lt;', touchant
à la paix de ses sens, irritant les appétits de
sa fantaisie et les curiosités de son caprice,
mais encore la tentation redou1able même aux
plus vertue~es et aux plus délicates, la tentation qui frappe aux. endroits nobles, aux
parties sensibles de l'âme, qui touche, qui
attendrit doucement le eœur a,·ec le larme
qui montent aux yeux.
n e t un charme de l'amour, tout plein de
fraicbeur el de poésie, ~ l'épreuve duquel
le dix-hoiti~me siècle soumettra les lemmes
les plus pures, comme pour leur donner l'assaut dont elles sont dimes. Le péril ne sera
plu repré enté par un homme, mais par un
enfant. La éduction e cachera spus l'innocence de l'àgc, elle jouera presque sur le
genoux de la femme, qui croira
la combattre en la grondant, et
qui ne la repous era qu'une fois
blessée : ainsi, dans l'ode antique, ce petit enfant mouillé et
plaintif qui frappe avc.c une voi:c
de prière à la porte du poète ·
pui , a sis à son feu, le mains
réchauffée à es mains, l'enfant lend on arc, l'arc de l'amour, et touche on hôte an

1. Corre pontlo11c~ ·ecrètc, ,·ol. Il.
2. Enlretiens do Pal~i;--Royol. Pari,, Buil80JI, t 7~6.
l). Vovéz la plancl,e de Queverdo tlédièe à }f. le

5. Voy ci dnn d',1rge11 on la fo,;on donl il l'St reçu
par Mme d~ Prie à s~ tm\elle.
.
6. Mèmo1rcs Je Richelieu, \'OI. H n.
7. Correspondance inéilile de Mme ,lu Deffand.
Michtl Uvy, 1859, vol. l.

8. Mtinioires dé (me d'Épinay, ml. 1.
!l. lléionircs (le la ll épubli~u(,! des lettres, vol. V.

cumto J~ Sninl-Marc.
4. Les Contemporuiaes, par Rètif, p041im.

..,. 200.,..

,,a-

cœur.
Prières d'enfant, larmes d'enfant, blessure d'enfant, n'c L-ce
pa la jolie histoi.re de Mme de
Choiseul avec le petit musicien
Louis, si doux, si serrsihle, si intéressant et qui
joue i bien duclavecin? Elle ,'en amuse, elle
10. Correspondmce secrète, vol. VIII.

11. llémoires Je la République de!i lellres, \'ol. XXVI.
l'.l. 'lèm'lires de :ltme d'Épinay, vol. l.

_______________________________

LA

l'aime à la Folie comme un joujou; elle a pour
loi la passior111ctte qu'une lemme a pour on
chien . Pui le petiL homme ora.ndi ·ant en
grâces, en intelligence, en douceur, en . cnsibilité, un matin vienl où il faut lui défeudre
ces caresses enfantines 1J11i hientol ne ·eront
plus de .on ;)ge. Alon plus de joie, plu·
d'appétit : il ne dine pas. Le cœur oros, il
1·esleassis a11 cl:iwci.u tle Mme de Choi~eul, si
triste qu'elle laisfe tomber sur sa petite tète
t·e .mol ile cart: ~e : 11 ~on bel enfant. 11 A. ce mol l'enfant éclate;
il fond en larme., eu sanglots, en
reproches. Il dit à Mme de Choi. eul qu'elle ne l'aime pin , qu'elle
lui Jéfend de l'aimer. li pleure, il
se lait, il pleure encore et 'écrie :
(C Et comment vous prouver que
je vous aime'? 11 li veut se jeter et
pleurer sur la main de Mme de
Choiseul; mai Mme de Choiseul
'e t enfuie déjà pour dérober son
allendri emenl, ses la, mes, son
cœur, à oo doux affiigé qlli semble implorer l'amour d'une femme
comme on implore l'amour d'une
mère et d'une reine, agenouillé, et
c:iressnnt le bas de sa robe. Et
comment se défendre de pitié, d'indulgence, les jours suivant ? Il a
la fièvre; et, comme il le dit à
l'abbé Barthélemy, cc son camr
tombe ». Il rest1&gt; en contemplation, en adoration, laissant venir à
ses JCUX les pleurs qu'il Ya cachPr
dans une autre chambre, Il 'opproche de Mme de Choi cu l, il
em.bra e œ qui la louche, et
quand elle l'arrête d'un rl"gard, il
la upplie d'un mol: l\ Quoi! pa
même cela'? &gt;l Tanl de candeur,
Lnnt d'ardeur, tant d'audace ingénue, un enfantillage de pas ·ion i
naturel et qui est la passion mème
finiront par mettre sous la plum~
de Mme de Choiseul le cri du
Lemps. le cri de la femme : « Quoi
rru'on aime, c·e l loujours bien fait
d'aimer. » Kt 11eut-êlre dira-t-elle
plu- naiqu'ellene croitelle-mèmelor qu'elle
écrir:. : c&lt; Jfe · amours avec Loui sont à leur
fin; leur terme est celui de son voya"e à Paris,
el je l'y renl'oie à Pâques. Ain 1 vous voyez
!(He je vais être bien dé œu,'Téc 1 • 1&gt;
~tais on rencontre dan le dix-huüirmejècle,
à cùté du petiL Louis, de plus grands enfants
et qui menacent les maris de plus pres. Ceuxci ne ont pas encore hommes, mais ils commencent à l'èlre. Le dernier rire de l'C11fance
se mêle en eux. au premier soupir de la milité. lis ont le grùce~ du malin de la vie, la
llamme de la jennesse, l' impalicncc, la légèreté, l'étourderie. lis ont pour plaire l'âge où
l'on obtient une compagnie, l'àge où l'on
,•oudrait avoir une jolie maitre se el un excelL CorresponJaace iueditc de lme du llclliual,
Pm·i,, 1850, vol. li.
2. Contes moraux de llarmoatel. ~lerlin, 1765,
~ol. 1. lt Scrupull'.
3. La l\éunion des Amours, J'llr fürivaux, 17~1.

'Fl!JH.ME AU

xnne STÈCT..'E

-,

lcnl che1·al de bataille. Ils séduisenl par un Chérubin! le démon de la puhcrté du dixmélange de Iri,·olité et d'héroïsme, par leur bu.ilième sièclci.
pr,au h!anche comme la pl'au d'une femme,
A côté de ce dang~r, que d'autre danger
par leur uniforme de ,oldal que le fen ,·a
Lapû er. Il badinent à une toilette, et la pour la rnrtu, pour l'honnrur de la femme
pénsée Je la fomme qui les regarde le uit dans la grande rtl...-olnlioo faite par le dix-huidéjà à travers li! batteries, les escadrons tième siècle dan Ir cœur de la Fran cc : la
ennemis, sur la brèche minée où ils monle- passion remplacée po.r le désir 1
Le &lt;lix-hllitième siècle, en di. ant : Je l!Oll~
ronl avec un coura"e de grenadier. Et lorsl]u'ils partent, quelle femme ne se dît l.oul aime, ne veut point faire entendre autrt'
cbo e que : .fe 1•011s rlé.~û•,:. A110Îl'
pour les hommes, e11le1•et pour
les femme , c'est tout le jeu, cc
-ont tout s les ambition · de ce
nouvel amour, amour de caprice,
mobile, changeant, fantasque, ina.'1ouvi, que la comédie de mœurs
personnifie dan ee Cupidon
bru1·anl, in~olent el vainqueur.
qui rut à l'Amour passé : n Yos
amants n'étaienl que des benêt •
il- ne a,aient que languir, que
faire des hélas, et conter leurs
peines atL't échos d'alentour. J'ai
supprimé les échos, moi. ... Allons,
dis-je, je vous aime, voyez ce que ,
vous pouvez faire pour moi, car le
temps est cher, il faut expédier
les hommes. Mes sujets ne disent
point : Je me meurs, il n'y a rien
de si vivant qu'eux. Langueurs, ·
timidité, doux martyre, il n'en
est plu question ; fadeur, platitude du temps passé que tout
cela... Je ne les endors pas mes
sujets, je les él'eille; ils sont si
vifs, qu'ils n'ont pa le loisir d'être
tendres; leurs regards sont de
dé. irs; au lieu de soupirer, ils
attaquent; ils ne disent point :
Faites-moi grâce, il la pre1menl :
et voilà ce qu'il faut'. »
Le siècle est arrivé II nu nai
de. choses », il a rendu (1 le mouvement aux sens ». Il a suppriLA TOILETTE:.
mé, et s'en vante, le· exagération ,
GtïlYlfft de .\!ORE:AU LI! JEUN&amp;. (Cannet des Estampes.
les grimaces el les aJl'ectalions'.
Avec ce nouvel amour, plu de
mystère, plus de manteam coubas à elle-même : Il va partir, il va se battre, leur de muraille dans lesquels on se moril va mourir! comme la Bélise de Marmontd fondait! Du bruit lie ses la(Jllois frappant à
écoutant le; adieu du charmant petit offi- coups redoublés, le galant éveille le quartier
cier : u Je vous aime bien, ma belle cousine! où dort sa belle, et il laisse à la porte son
ouvene:z-rous un peu de votre petit cousin : équipage publier sa bonne [orlune. Plus de
il reviendra fidèle, il vous en donne sa parole. secret, plus de dù;crétion : les hommes
'il e;;t tué, il ne reviendra pas, mai on vous apprennent à n'en aroir plus que par ménaremettra sa bague et sa montre 1 !... »
gemenl pour eux-mêmes 5 ! Plus de grandes
Amours d'enfants, amour de jeunes gens, passions, plu de sensibilité: on serait montré
un po~te va ,·enir à la. Jin du iècle pour au doigt. Quelles railleries ferait de vous
immortaliser vos danger et vos enchanLe- l'amour libre, hardi, el, comme on dit, 9remen Ls; el faisant lomLer les larmes du petit 1wrlie,· \ s'il YOU voyait garder l'habitude
Louis sur l'uniforme de Lindor, Beaumarchais d'aimer languis amment, et celle « bigonou lai · ·era celle ügure ingénue et mutine, terie &gt;&gt; de langage avec laquelle autrefois
011 'nnissent les ensorcellements de l'enfant,
l'homme courlisait la femme! Que de mépris
de la jeune fille, du lutin et de l'homme : dans ce mot : inclinations res11ectables 1 ,
t T.a Nuit el le 3fomml, ou les Jfa(Îlrt:r ck Cyt/ttrc. Collection compl~le des œu1·rrsde CréLillon le

!Us. l.m,dru, 17i2, vol. I.
5. Bihliotluiquc des petiL, maitres pour servir lt
1'lii•loirc du "hon ton el de l'l!l:trÛmcment bonne eom-

!201 ,..

pnguic. ,fa Pn.lnÎR• Roynl, ri,,:; la Petite Lolo
111a.-clln,,dc dt ga/a11ltriru, à la FrivQ/ilt'. li4.2. '
li. Dialogue entre l'Amour et la c!rilil. ~f,'l'rnre de
Franr~, lllMf~ t720.

7. '1émuires de Besem al.

�111ST0'1{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _ _ _ __
donL on ltaptise Ct"S 11uelqocs liaisons où le
goüt succ.ède à la jouissance, et dont la durée
scandali~c la société qu'elle gêne! Le respect
pour la fl'mme? oiTcnH' pour ~es charmei-,
ridicule pour l'homme! Lui dire à première
nie qu'on l'aime, lui montrer toute l'impreiision 11u'elle rait, lancer une déclaration, quel
ris11ue à cda? N'e:.t-œ pns un principe partout répété, uu fait affirmé bien haut par les
hommes, qu'il suffit de dire trois fois à une
r,,mme qu'elle est jolie, pour qu'elle \"Ous
rem~•rcie à la prvruit•re fois, p-0ur 11u 'ellr vous
croie à la seconde, el pour 11u'à la troisième
•·lie vous récompense? Les façons ainsi supprimées, les 1,ienséances ~11irenl les façons 1 •
cl l'amour connait pour ln prt&gt;mière fois ces
arrangemenll&gt; appelé.~ si netlemeut par Chamfort~ l'échange de deux fantaisies el le contact
de dl'ux épidermes »; commerce d'un genre
nouveau, déguisé sous tous ces euphémismes,
pa.~.•ades, frmlaisies, iJ&gt;·reu1•es, liaisons oit
l'on s'engage sans grand goût, où l'on Ml
conLente du peu d'amour qu'on apporte,
nnions donl on pr1h·oit le dernier jour au
premier jour, el dont on écarte les inquiétudes, la jalousie, tout ennui, tout chagrin,
tout sérieux, Lout engagement de pensée ou
de temps. C&lt;'la commence par qucl11ues mols
dits, daus uu salon pleiu de monde, à l'oreillle
d'unu Iemmo par 11uelque joli liomme qui
prend en badinant l.o. permission de reYenir,
11u'on lui , accorde sans y all.-1cher de ton.~équence. Dès le lendemain, c'est une visite en
négligé, en polisson, à la toilette de la dame,
Honnéc el déjà flattée des complimenl.S ~ur
sa beauté du matin; puis la demande brusque
si elle a fait un choii dans sa société, el le
per~iOage sans pitié de tou~ les hommes
1111'tille \'Oit. « Cependant, vous voilà libre,
lui dit-on en revenant à elle. Que faites-,·ous
de cette lilierté? » L'on parle du besoin de
perdre à propos cette liberté : « Si ,·ous ne
do.nniez pas votre cœur, il se donnerait 1out
seul. » Et l'on appuie sur l'a,·antage de trou,·er dans un amant un conseil, un ami, un
guide, un homme formé par l'usage du
monde. L'on se désigne; puis négligemment : a Je serais asse7. votre fait, sans tout
re monde qui m'assiège. » El faisant un reLOur sur la rernme que l'on a dans le moment : « Elle m'a
engagé à lui rendre
quelques soins, à lui
marquer quelque empressem~nl; il n'ef1l
pas été honnète de lui
refuser. Je me suis
prêté à ses \'Ues ; pour
plus de célébrité à
notre aventure, elle n
voulu prendre une
petite maison: ce n'était pas la peine pour
un mois tout au plus
que j'avais à lui donner; elle l'a rail menbler à mon insu et lrès
galamment. ... » Et l'on raconte le souper
11u'on y fil avec tant de m)'stère, el oi1 l'on
·eilt été en tête à tête si l'on n'y a-vait point

amené cinq personnes, el si la dame n'en
avait amené cinq autres. cc Je fus galant, empressé, et ne me retirai qu'une demi-heure
après que tout le monde rut parti. C'est assez
pour lui attirer la vogue.... n Et l'on ajoute
11ue l'on peut prendre con~~ d'elle sans avoir
aucun reprol'be à craindre. lei l'on ne roauq ue
point de parler de ses qualités, de son snoirYÎHe, de la différence qu'il y a de soi aux
autres homm~: on ,·ante la ùélicates~e qu'on
s'est imposét• de se lais~er quiller par égarJ
pour la vanité drs lemmes, et l'on conte,
l'omme le heau trait de M vie. •1ue l'on s'est
enf&lt;'rm~ trois jours Je ~uite pour laisser à
celle dont on se détacl1ail l'honneur de fa
rupture. La fomme, qu'on étourdit ainsi d'impertiuenccs, se récrie-l-elle 1 " En honneur, lui
dit-on sans l'écouler, plus f) pense, cl plus
je voudrais pour votre intérêt même que vous
cus~iez quelqu'un comme moi. n Et comme
la femme d~dare que si elle avait l'intention
de Faire un choix, elle ne ,·oudrait qu'une
liaison solide et durable : a En vérité? dit
vivement l'aimable homme, si je 11• croyais.
je serais capable de faire une folie. d'être
sage et de m'a.Uarhcr à mus. La déclaration
est assez mal tournée, e·esl la première de
ma vie, parce queju~11u'ici on m'a,ait épargné
les avances. Mais je vois bien que je rieillis.... 1&gt; Là-dessus, un sourire de la. femme
qui pardonne, et qui avoue trou'"er àl'homme
qui lui parle des gràccs, de l'espril, un air
intéressant el noble; mais elle a besoin d'une
connaissance plus approfondie de son caractère, d'une persuasion plus intime de ses
sentiments; à quoi l'homme répond quelquefois d'un air sérieux que, bien qu'il soit
l'homme de France le plus recherché et un
peu las d'ètre à la mode, en considération
d'un objet qui peul le fixer, il veut bien
accorder à la femme le temps de la réOexion,
,ingt-quatre heures : « Je crois que cela est
bien honnête, je n'en ai jamais tant donné'· ll
- Et cet engagement, qui est à peu d'exag(ration près l'engagement du temps, cet engagement finit par ces mots de l'amant : « Ma
foi! madame, je n'ai pas cru ln chose si sérieuse entre vous et moi. Nous nous sommes
plu, il est nai; vous m'avez fait l'honneur de
votre goùt, vou~ étiez fort du mien. Je vous
ai confié mes dispositions, voni; m'ayez dit les
,ôtres, nous n'ayons jamais fait mention d'amour durable. Si ,·ous m'en aviez parlé, je
ne de.mandais pas mieux, mais j'ai regardé
\OS bontés pour moi comme les effets d'un
caprice heureux et passager; je me suis réglé
là-dessus•. o
Les femmes se prètèrenl presque sans résistance à cette révolution de l'amour. Elles
renoncèrent vite ci au métier de cruelles &gt;&gt;.
La lecture de la Calprenède, lecture ordinaire
des filles de quinze ans, ces romans de Pharamond, de Cassandre, de Cléopdtre, qui
gonflaient les poches des fillettes•, Lous les
1. Les ÉgMements ,lu cœur et de l'e.1prit. Œurrcs
!Ill Crébillon le flls, ,ut. 1.
\l. Co11lea mora_ux de Mnmont~t, l 765, vol. (.
/,' l{ru reuz Pi11Qrce.

3. Œu'1'u do )larî1·1m:. Par16, 1113(1, ,·of. IX. Le

SJHctat,ur (rirnraia.
"'" 202 ,..

..

füres qui façoonaienl le cœar et l'esprit de
la femme dès l'enfance, la femme ne tardait
ras à les oublier dès qu'elle entrait dans le
monde, dès qu'elle respirait l'air de son
temps. Le siècle (JUi l'entourait, les conseils
de l'exemplb, les moqueries de ses amies
plus avancées dans la vie, lui cnleva.ient
bientôt Je goüL et le souvenir des amour!l
héroiques; leurs lenteurs, leur~ Lremblaots
a\'euk, leurs nobles dépits, leurs transports /1
la suite &lt;l'innocentes faveur~. leurs raffinements de délicatesse, leur quintessence de
~ém:rosité el de galanterie, s'effaçaient dans
~a mémoire. Elle perdait ,itt! toutes le~ illusions du romanesque, ces tendres rèwrie~ et
cos langueurs du jour, ees insomnies el ces
fièvres de nuits, ces beaux tourments du
premier amour qui, les jours d'ahsenœ de
l'amoureux d'abord entrevu au parloir, lui
arrncruiieoL de si douloureux soupirs, après
les soupirs une apostrophe à II ce cher P)rame 1&gt;, après l'apostrophe un monologue où
elle s'appelait &lt;t fille infortunée »1 Puis
c'étaient encore de nouveaux soupirs suivi~
de nonvelles apostrophes à la nuit, an lit où
elle était couchée, à la chambre qu'elle habitait : grand roman qu'elle se jouait à ellemême jusqu ·au jour 5 • Mais comment garder
w1e imagination si enfantine et s'eofinmmer
:1 de tels jeu't, au milieu d'une société qui ne
s'attache qu'au matériel et à l'agréable des
passions, qui en rejelle la grandeur, l'effort,
l'exagération naïve el la poésie ennuyeu~e?
La femme voit autour d'elle le persiOage
poursuivre el déchirer ce qu'elle croyait être
l'excuse de l'amour, son honneur, ses \'Oilcs,
ses verlus de noblesse. Par tous ses professeurs, par ses mille voix, par ses leçons
mue lies, le monde lui apprend ou lui fait
entendre qu'il y a un gra.nd vide dans le~
grands mots et une. grande niaiserie dans les
grands sentiments. Pudeur, vertu, amour,
tout cela se dépouille à. ses yèox comme des
idées qui perdraient leur sainteté. La femme
arrive à rougir des mouvements de son cœur,
des élancements de tendresses qui avaient
transporté son âme de jeune fille dans Je
songe dt:s vieux. romans; et la honte se mêlant en elle /J la peur du ridicule. elle se dllbarrasse si bien des préjugés el &lt;les sottises
de son premier carnctère, que, re,·oyal\l, son
amoureux de cOu\'enl, l'homme dont ln pensée la lit pour la première fois si heureuse et
si confuse, elle l'accueille avec un a.ir de coqucllerie folâtre, une mine impertinente, le
rire de la femme la p,us aile; on dirait
qu'elle veut lui faire entendre par Loule son
altitude la phrase de la jeune femme de Marivaux : 1 Je vous permets de rentrer dans
mes fers; mais vous ne vous ennuierez pas
comme autrefois, et \"OUS aurez bonne compa~nie 8. 11
Quand la femme avait ainsi surmonté les
préJugés du passé el de la jeunesse, quaod

r

,. Corre!p&lt;)adance de Mme du Dl'ff•nd. - !lémoirrA
d'un royagctir qui se repose. par Outens.

à. IF.uvre~ do Marivaux. vol. )X. Pii:ces dH1chée~.

/'re111iére /,cltrr de .Il. de 1/. co11lr1u111/ 1111r tu-m-

ture.

6. Œuvres de )tari.,aux, •ol. I'\.

�111S TOR._1.JI
rlle était arrivée à cc point de coqucllerie, il
1ui r •stail hien peu de ·crupnlt&gt;s à dépouiller,
•l elle n'était pa. loin d'ètre dan celle di'&gt;po. ilion d'âme qui fai. :iit dé irer el chercher
à 1a femme du l!•mp cc que le
temp, appelai! « un a0àirc ~.
nir11lùt, auprè~ d"elle à sa toilcllr, à rn promenade, an ~r,·clacle, on ,•oyait un lu,mme thaflue jour plu. :i~~id11, cl qu",·llè
foi.ail prit•r à Lou~ le. smrP rs 011 rlle rlait i111 itét•;
rar. à u11' première affaire.
la rt&gt;mme étail ,•nrorc parmi
ces prude 1pli ne pom,tÎl'flt
prendre ur ellrs d1! . e ,1,:_
,·id,•r nu liont lle qninw
jour de oin~, et dont un
moi. tout entier n'achcYait
p:i. 1011jonrs h déCaite. Cda
flni~sail pourtant : un ,oir !:'lie se montrait
n,·ec .on c::walier en crrande lo"e à !'Opéra',
el décfarait :iin~i . a liaison. . Plnrt l'u. n~e
adoptl! par le fcmmr du monde ponr la
pré. entai ion offici,•lle tl'1111 ~mant au public.
~fais, au boui de peu de lemp--, la dé illu ion venait. la jeune ft&gt;mmc s'ét.,it trompée dan oo choix· il n'y av,1il point dan
l'engagement auquel elle ~·était Ji,•rre de~
c·on,·l•nances . urfi anlP~ pour I'} alla,:h,•r, et
la rc1nme d_onoail à l'l111mm • lt: congé que
nou a\'lln vu tout~ l'hPure l'homme donner
11 la Î1•mm1•. Elle di ail au j~une homme
qu'elle avait cru aiml'r À peu pri&gt;. ce qnc
~lme d'E:;parh:O.· rli~ail à La111.11n, d1ml J\:du,·alion 11·é1ai1 point e11core faite : 1c Crnyez1n11i, m1.10 petit cou in, il n,i r1:u:;siL plus
d'èlre romane •1ue, cela rend ridicule Pl
voilà tout. J'ai eu bien du goîll pnur vou ,
mon enfant; ce n'e t pa ma faute . i vous
\'avez pri pnur une grande pa.sion, et si
von~ vous ète, per uadé que cela ne . •r.iit
jamai fini. Que vou importe i ce goùL c t
pa . é, 4uP j'en aie pri. pour un autrP, on
r1uejc rc te sans amaut? Vou avei beaucoup
d'avanta•Tes pour plaire au· femme. proritezen pour leur plaire, el ,oyvz com·aiucn que
la perte d'une peut toujo1m, être réparée 11a1·
une autre; c'e l le moyen d'ètre heureux cl
aimaule 1 • »
On e qnillail romme on 'était pri . On
ava.it été htmreux de s'avofr. on était enchanté de ne s'al'Oir plu: l, Alor· • 'ouvrait
&lt;levant la femme la carrière de. expérience .
Elle y entrait en • ·y jetant, el eUe y roulait
dam le ch111e., demand:inl l'amour à des
caprice , à de~ goii.~, à des fantaisie,, à loul
ce 1p1i lrompP l'uruonr, l'étourdit el le las~!',
plus nauée d'in.pircr dl' dé~ir que du re pect. ranlol qnillant, 1,,nrot qnillét', et prenant un iimant cumme un ruoubl,~ il ln mode;
si hicu que l'on croit enll!ndre l'avr u de son

cœur dan la répon. • de la Gaussin à qui l'on
demandait ce t{n'elle ferait . i on amant la
qnittail : c( .J'en prendrais nn autre. 11 D'ail!curs qui sonr1erail à lui demander davanta"e
par ce lcmp. oi1 c·c. t une • i grandP cl i
1toonaole rareté 4(u'un homme amo11reux,
11 n homme « à préju~és de pro,inc • &gt;&gt;. un
homme entln « qui \'eut du enlimcnl 1 »? li
esl conl'enu qu'à !renie an~. une frmme &lt;c a
Ioule honte hue n, et qu'il ne doil plu lui
ri• ·Ier qu'une certaine éll1i,:,rnce dan lïndér,pm•e, 1111c orr;ke able dan. l:t chut , el ~pri)s
la clmte 1111 liadina:.;e tc11Jre ou du moins
hounèle r1ui la au,·• de la dégradation. ln
reste de dignité aprr l'enlier oubli J'ellrmème sera loul ce qu'elle mcllra de pudeur
dan. le liucrlina"e ~.
Bientôt, par l:1 liherté, le cbangement, la
g:ilauterie de la femme va prendre Jan et•
iccle les allurrs el le air de la débauche
de l'homme. La femme ,a \'Ouloir, ~elon
l'ex-pression d'une fonune, &lt;( jouir de lu perte
de.a n1pntnlion°. o Et des femmt! auront,
pour loger leur pl:'li ir, de. pelitP mai on
pareilles au"l prlilcs mai on· de. 1·01uf•, ùe
petites ruai!:nn · &lt;lonl dit! ft:ront ell ·-même.
le marché d'achat, dont elle· choi iront le
P•&gt;rtier, afin 1111e t1111l y soit à leur dé1•oliôn
el que rien ne I,~ gène i elle "eultml aller
tr11mP,t'r leur atrtanl mème 7 •
La morall! du lemp est indulgente à ces
mrrur .
Elle encourage la femme à la francbi ·e
d la galanlerie. à l'audace de l'inconduite,
par de prini:ipes commode el appropri'
à se. instinct. îles peo. ée· qui circulent.
&lt;le la philo opwè rl1gnnrtle, de, hal,iLndcs
et de doctrine conjurées contre le· prtlju,,.é·
de toute sorlc et de loul ordre, de ce i:rrand
cbangemcnl dan les e prit qui l;branle ou
ren11tll'Clle, dans la ociété, toute le vérités
moral • il 'élève une théorie qui chert:bc à
élargir la con~cicnce de la femme, en la orlant - de pP.titesse de on exe. c·c t Ioule
une autre règle de ·on honnêteté, cl comme
un déplacement de son honneur qu'on fait
indépcndanl de n pudeur, de ,c. m 'rites . de
se' devoirs. Modestie, bienséance, le di1-huitièm ·iècle lra.vaiUe à dispenser la femme tl
ces misères. Et pour remplacer toule les
l'erlus imposées Jusque-là à on caraclère,
demandée. à sa nature, il n'exige plu d'elle
que le· verlus &lt;l'un hoouète homme~.
En mèruc lcmp l'homme commence à
donner t1 la remmP- l'idée &lt;l'un h1mhPnl' qui
n, lai aucu11 lien à dénouer. Il lui c po e
une théorie &lt;le l'amour pn1 faikmt&gt;nl indiquée
dans une nouvelle ,pli la rémme par son
Litre : Poilll de le11demai11. A eu croire la
nourdle dol'lrine. il n\ a d'e11 11a"eme11ts
ré1,J.·, rhilos11phi11uentent 'pa rln111. C( &lt;JllC cem
ftn, l'on l0rttrac.:11' avec le puLlic ~n le lai -

1. l,1• Cou l'e ;ions do Ct&gt;mlr de •··. 11~r feu li. 1111rlo.. Àm~ler&lt;lam. liîfi, vol. 1.
:i.. ;lli·rnoires ,1 .. ,1, l" duc ,le LBuzun. p,,. i1, 1~~l!.
7,, Mél1ul{e! mililuire , litPrdires ·l s1•11lim1•11•
l~tre~ p11.r le prince ùc Ligne). Drude. lï!J:l-1811,

6. Rèfü:xions nou"clles sur le. femme., pàr uriè
&lt;la,oe rie la cour. Pari,,, 17~7.
i. AJi'le cl Théodore
lt Dialogues 1nllruui tl 'nn pl'lil mnilrc philo.ophe
,., ,l'une l'emme raiS11m1ohlc. J,r111d1r • 17H.
!). L; r.otcrît' ,le, Antifa~ounidr~. J /lr,1,u/te3, 17;;9.
- Ili toir&lt;•1lcla.FWci1~. Am11,~rd11m, 17,i I, - L'bl1•
dl' la Fèlicitl!. Â Babiole, 1746. - l'ormulairc du
cèr~monial en usage tians l'ordre de h1 félicilé, 114:i.

10I.

VIII.

4. Conte mnr11.u&gt;. par Marmonll'I. 176:ï, vol. 1.
!'ï. Lr uplta. - Œurnis corn piète tic Oorat, l 70117 9. Poi11I rie le11demai11.

ant pénétrer dans oo errets el en commellant avec lui 11nclt1ues indiscrétion ». lais,
hors de li\, point d'engagement; setùemcnt
quelque regrets donl un .ouvenir ngréable
sera Ir r!PdomUJa l'ment; et pui on fait, dn
plai~ir an ton Ir~ le J ntenrs, le traca · cl la
lJrannie dt&gt;s proci:dé J'u ·a"c.
Lr!I ophisme commod,•., les apologie de
la honte, l •s Jeçom dïmpnd •nr flottrnl dans
le ternp~, ÙPi:cendenl Jes inlclligenr·es dan
le- cœur ' f'nlr,·cnl pe11 i, P"II le l't'll!Ords 11 la
femme frlairée, ruhar&lt;lir, éLnnrdie. rnnvién
aux r,wililt1 par le. s~~lèull'~. lPs iMr. qni
tnmlwnl du pluf-l haul de cr. 111111111,•. qni
s'échappent des houc•lll', lê · plu~ 1·,:li•hr • ,
d1•s .\mes les plm; grandes. des génilll. Ir,
plu· honnêtes. Et l'amour proclamé par lr.
naturali me el le ma1,:rialism1•. prnli,prê par
fll'lv1(l in avanl ·ou maria!?"e arec \1111• &lt;le Lirroeville, glurihé par Ruffon da11s sa phra e
r.uneu e : , Il o· a de Lon dan. l"amour que
le phy,i11uc, n - l'amour ph siquc finit par
apparaître, chci la femme mèml', dan· a
brutalité.
0

An bout de relie philo nphie nouvelle de
l'amour, on enlrevoit, 111rnnJ on lève lt&gt;,;
,·oil~ dn sièclP, un d,eu 1111, volant el l,hrl'.
Fèté dans l'ombm par rlt!s adorateurs ma. qué·; el l'ort I' rçort ,a:.mrmcnt de iuilialions. dct mystère.• le lit!ll tlt! confréri . rcr~h' . dan~ de .. orles de temples où la. lnttrn
du l'Amour, e retqurna111 comme d:ins I&lt;&gt;
conte de llorat. montre 1,: dieu des Jardin .
On sai il à. demi des mols, d"s si~nes de rallit:mcnt, nne lan;rnc, des li,te, d'affiliation.
!Je ,·oteries PU cote1·ie-, des nntif11ço1mie1·.~.
ennemi de façon et de. r.érémo11i1:, ftui ~c
rt!unis ent une foi· le moi· à certain jour
préfix, on peut sui ne à t:ltoo la filière de
cet étrange franc-maçonnerie jusqu'au centre, ju &lt;JU'a11 cœur, ju qu'1t « rI:-le dP la
Félicit~ 11, c·e. t là ,p,'tisl la rolonie et le
grand ordre, rürdr • &lt;le la Félit.:ité «(oi cmprunle à la lllarine tonte. &gt;1' formes, son
cérérnooial, sou dictionnaire métaphorique.
·e chan on· de rl!ceplion, es inmc:itions à
~aiul icolas . •11ai.lre, JWll-011, chefd'escarfre.
vice-amiml onl les grade des a.. pirants,
de arliliés, qui promellent, en étant reçu ,
de porter l'ancre amarrée ur le
creur, de contribuer en tout ce
qui dépendra d'eu au bonheur,
à l'agrém nt et à l'avant.age de
Lous les chevalier· el che\'alières, de ~e laisser conduire
dans l'bl de la Félicilt' t•t
d'y conduire d'autr- matelots !)Uand ils en connaîtront
la route 9 • Plus cachés, pl us jaloux dcleurscrrond mvslère cl
Je leur grand erme·;ll qu'll
oc nlv\lenL point anx. aniliés
prntiquant , chan"etwl de lorol, et di persan! ouvcnl la
~ociélé pour l'épurer, le· Aphrnilite., qui
liaptisenL le homme :mie des noms de
l'ordre minéral et les femme avec des noms
de l'ordre végétal, disparai ent avec foru

secret pre que tout enlier. ~[ai· il resle Clair cle lune. C'c t le mailr du genre; et de déploiemenl, qui ravissent u~e [emme ~l
d'une autre socioté u de lëlicité ,&gt;, de celle il n'a qu'un rival, I. de Guines, qui afûcbc l'cnlèvrnt d'elle-même pour la. Jeter au dei baulemenl el avec de démonslralions si ,·ouem~nl Je l'amour: ce n' st qu'un cœur
société qui ,'appelait de ce nom qui la
1,Îgnific : la so ·iété du Moment, il re. te en- résenée · tout à. la fois et sj IT:Jlante on all:i- aimable, charitable, 'npiloyanl à e heure ,
aimanL ce qui le touche doucore, en manu crit, le rt&gt;glcment, la descrip- rhement spirituel à Mme &lt;le llonlc ·on•. Lion des ,i!ITles de reconnaissance. lo rogi Ire Pelile ecle, aprè · tout. el qui ne fut, ver fa cement, 1 s émotions larde affilié· et leur· nom de plaisirs, uo code. réhabilitation de l'amour, 11u'uu mou1•ement moyantes, le_ théorie senun formulaire, une ronslitulion, où l'on peut ùe mode. [,'on ne . ait même si elle euL la 1imentale ,- les mélancolies
incérité d'un enrrouement; el bien des doute• qtù le carcs cnl comme nne
voir ju,qu'à cpwl point la mode avait pou ·,é.
dan· le rangs les plus hauts &lt;le cet! oci~I~, viennent ur ,·e méritoire essai de plaloui. me mu ique tri le et un peu
l'onl,li el le débarra de Loul ce que ln galan- en plein dix-huitième iècle et ~ur la c-0nYÏl'- rloigoée. Il y a dans ce cœur
terie avait eu ju que-lll l'haliitude de meure tio11 de ses adeptes, quand on voit comment Lien plus d1m.nginalion que
clan l'amour pour lui faire garder au moins finit la derni~re &lt;le ce liai on. platoni1pws : de pas·ion, bien plu ùe
une politc' e. une eoquellerie, une bumn- Mme de !ont• on dei-inl 1a femme du dnc pensée que d'amour. Lared'Odéan:, el 1. de Guine ·, renonçant net à man1uc n'a point échappé
ni1ê !
à un ou. enateur qui ,•il de
A l'autre cx.trémilû des idées et du monde son amour, obtinl par elle une amLas·ade.
prè la femme du dh-buide la rralaulerie. en opposition à ces sociMé·
lième
.iè le : « Les femmes
Que l'on \'ruille ccpendaul e repré enter
de cynisme, il se formait. dans un coin de la
dece
temps n'airuenl pa
l'amour
du
dix-huitième
ièclc
.clon
la
plus
hante ociétt\, une secte qui trom-ait de bon
air de pro.crireju qu'au désir dan l'amour. jusle ,érité: que l'on cherche es traits con• a wc le cœur, a dit Galiaoi,
l'ar une réaction na(ul'clle, Je. •xcè de l'a- stanls, sa physionomie ordinaire el moyenne elles aiment avec la lèle. 1) EL il a dit vrai.
mour phriquc, fa brutalité du libertinage, en dehor· de l'e agération el Je l'exception, L'amour, dan· loul le iècle, porte lt&gt;s si"fü!S
rejelaient 11n petit nombre d'âmes dulicntc , du pamphlet, de la alire qui 'échappe de d'une curiosité de l'espril, d'un libertinage
el de nalure, inon éle,•tle, au moin rine, ,·ers tou les lirre du lemp et qui force toojour· de la pensée. Il parait être chez la femme la
recherche d'un bonheur ou du moin la pourl'amour platonique. Un groupe d'hommes l un peu la n:rité, ce n·e L point dans ce excè
de femmes, à demi caché· dans l'ombre di - ou &lt;lans ce alfectalion que l'on Lrouvera son suile d'un plai ir imaginé dont. le be oin ln
crèle de alon , revenait doucement aux co- caractère le plus général el ses couleurs les tourmenle, donl l'i1111Sion l'égare ..\u lieu de
quetteries du cœnr qui parle à demi \'Oix, plu propre : l'omour d'alors n'est essentiel- lui donner le ali faetfon de l'amour senaux douceur de J'e ·prit qui soupire, pre ·que lement ni dnn ces r-.;trémités &lt;1ui le linent sud et de la fixer d~n la ,·oluplé, l'amour
à la carte du Tendre. Ce petil monde mMi- au ba. ard de· rencontres, ni dan ce enga- la remplit d'inquiétudes, la pou·~e &lt;l'es ais
tail le. projet, il fai ail le plan 4'un ordre de gl'meoL qui le nourris.ent de pur sentiml•nl. en es. ai , de tentatives en lcnlalives, auitanl
l.t Pel'séverance, d'un temple qui ;1uraiL eu li con islc avaul loul duos une certaine fo1•i- dcl'ant elle, à mesure qu'elle faiL un nouveau
lroi. autels : à l'llonneur, à !'Amitié, l'Hu- hté de la fomrue désarmée, mais gardant le pa, dans la honte. la tentation des corrupmanité 1 • \iasi, au commencement do siècle, droit du choix, enlranl, ans idée de cons- tion pirituelles, un mensonge d'idéal, le
lor qu'avait édalé a première licence, la tance, dans une liai on san promesse de caprice insaisissable des rêves de la débauc.:our de ceaux a,·ait affeclé de restaurer l'As- durée, mai voulanl au moins y êlre en- che.
Aussi les plus grands scandales, les plus
trée, el jeté aux ouper du Palais-Royal la traînée par la pa ion de lïnstant, par un
grand
éclat de l'amour, sont-ils des entraiprote. talion de. e. devis d'amour el l'm:,,titu- goût. li consiste dans cette dispo ilion innement
de tête, entraînemenLS particularisés,
gulière
où
la.
vertu
&lt;le
la
femme
semble
tion rnmancs1111e de l'ordre de la Moue/te à
caractéri
és p:ir un mobile qui n'a rien de
éprouver.
comme
la
Yie
chez
Fontenelle
moumiel.
u Le entiment », c'e. t le nom du nouvel rant, une 11rande impo.• ibilité d'être; aLan- sensnel : la vanité. Le femmes rési lent as ·ez
ordre olt qnelques personnes de marque 'en- Jon n:ilurcl, IaiLle e, apathie, dont on souwnL à la jeunesse d'on lihéruhin agegagent. Il se de;;si11e ici el là, de loin en loin, trouve l'a\'eu et l'accent dans et&gt;lle confidence nouillé à leur pieds, aux anrémenls d'un
des ligures de g,ms à grands sentiments, affi- fémioine : « Que voulez-vo11s 7 11 était là, et homme dont la per-onoe leur plaît entièrechant une d61iratessc parliculière de goût, de moi aus i; nous Yivions dan une e pèce de ment.
li ~ul arriver qu'dles oicnL forte conolitude; je le voyais tous les jour·, el ne
ton, de manière•• de principes, et gardant,
tre les périls de rhal1ilude, de l'intimité.
a\'ec le~ tradition de poliles e da grand iè- voyai que lui~ .... &gt;l
L'amour du dix-huitième siàcle esl à la de la beauté, de la force, de la grâce. de
cle, c.omwe une derniiire Heur de chevalerie
l'esprit même coolre les mille séductions
me
ure et à l'imarre de la femme du temp~:
dans l'nmonr. EL pour aecepter 1 · hommage ·
de leur pnssiou porc, Yoici de femmes qui il n'est ni plu!: large, .ni plu profond, ni &lt;]Ui ont fait de toul 1cmp l'homme redoulaplus b.aol. Et qu ·est celle-ci 'I [nlerrogez-la, blo à la Cemme. ~fois il est une séduclion
11e mettent point de rouge. des femétudiez-la;
relrouyez, par la déduction, on contre laquelle elles csuyent à peine llnc déme. pâle , allonuée sur leor cbai,e
être
et
son
type en reconstiluanl . on p~t'~on- ftinse, une fascination qu'elles ne avent point
longue, la figure :enlimcntale, préJcsliu 'es pour ainsi dire au rôle nage moral et ·on or!!:lnisme physique : rnlte fuir: qu'un homme à Ja mode parais e, c'est
d'être adorél.l · de loin et cour- femme produite par la ociélé du dix-hui- à peine i oo lui lai era la faligne de se baisfü,ées rcligieu emenl. On aper- tième sitcle ne diffère guère de la femme ser pour tamas er les cœur , tant l'amour a,
çoit lime de Gourgnes donnant formée par la civilisation du dix-neuvième. dans la femme de ce temps, la bassesse de
arnc ses pose indolente el sa Elle est la Parisienoe, celle Parisienne gran- la vanité! Qu'un homme à la mode parai. e,
grâce languis ante le ton à la die dans &lt;CS milieux e1citants qui hâlent et elles ,e li\Teront à lui Lont enlit:rcs; elles
confrérit:. El près d'elle, cet homme forcent la pnlicrtr, mùri ent le corp, avant l'aiùeronl de leur amilié amoureu e, de leur
acrrén.ble, aur ycu. noirs, au teint l'àrre, et frmt ces organisation alanguie: et intrigues, de leur inlluence; elles le Porte0
p:He,
au\ cheveu nén1·rges' el sans ner1em,11. aaxquclles est défendue la forte ront dans le meilleur courant de la cou r.
roudre, se lient ce cbel'alicr de santé de ·en et tlu tempérament. Ilien donc Elles seront lii!rCS de le servir, sans qu'il 1•
Jaucourt, \' ~ri table héro · d'un de ce côté qui soit impériem. Montons au remercie, fière d'Plre renvo1tles comme elle
roman tendre. tourné pour cœur Je la Iemme : les mou\'emeots, les ont été prise . Et n'arri,·eront-ell · point it
instincts n'y ont pas plus de ,•igueur. d'élan, accepter, comme une dfolara Lion, la lettre
"tre le rê,·e de !ri. femme, Loul plein d'bi ·toires de reYena.nLs cl que le i '-cle appelle ~i d' mportemenl. Il n'y a poÎ.11.l au food de circulaire envoyée le même jour par LétoJolim ent de ce nom qui emble un porLrail . 'ui de ces irrésistibles besoins de tendresse, rière ~ toutes les &lt;lames ttu'il ne connaissait
3. illémoircs cle Tilly, vol. l.
&lt;.!. 'lêmoire., de Mrne de Genlis, vol. J.
1. 11èmoircs 1IJ ln Rilpubliq1n di, lellre , roi. \l \
◄

2o5 ...

�1t1STO'J{1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - : . . -..
poîot encore•? Nou som\Jl.eS loin de œ temps
des billets galants el raffinés 1rui fil la fortune de la mère de Mootcrif en lui emprnnLanl sa plume amonreu.e et d~cate 1 • Qu'il
e donne la peine de "l'aincrc, cel holllme irrésistible, l'homme à la mode; et l'on vi:rra
demander !l"lce aru plus pures, aux plus vertuen es, à celles-là qui avaient jusqu'à lui conservé la paix de leur
honbeur el de leur ,·crtu contre
toutes le tentatives et toutes les
oec.a ions. Qu'il "Veuille, et Mme
de Tourvel elle-même sera per-

due!
Qu'il s'appelle I\ichclieu, il traversera tout le siècle, en triomphant oomme un dieu et rien que
par son uom. 11 sera ce maître
qui devient une Idole, et devant
lequel la pudeur n'a plus que des
larmes I La femme ira chercher le
scandale aupr~s de lui : elle briguera la gloire d'être affichée par
lui. Il y aura de l'honneur d,m
la houle qu'il donnera. Tout lui '
cédera, la coquetterie comme la
vertu, la duchesse comme Ja princesse. L'adoration de la jeunes!'P,
de la beauté, de la cour du Régenl, de la cour de Louis XV, ira
au-devant de lui. comme une prostituée. Les passions des femmes
se battront pour lui comme des
colères d'hommes; eL il sera celui
pour lequel Mme de Polignac et
1a marquise de Nesle échangeront
au bois de Doulogne deux coups
de pistolet i. Il aura des maitresse
dont la complaisance étoutfera la
jalou~ie et qui serviront jusqu'!i
. es infidélité , des maîtresses dool
il ne pourra épuiser la patience, et
qu'il essayera vainement de rassaier d'humiliations. Celles qu'il insuJtera lui baiseront la main, celles
qu'il chassera reviendront. D ne
complera plus les portraits, les mèches de
·cheveux, 1~ anneaux et les bagues, il ne les
reconnaitra plus: ils seron~ pêle-mêle dans
sa mémoire comme dans ses tiroirs. Chaque
malin il s'éveillera dans l'hommage, il se
lèvera dans les prières d'un paquet de lel1. !lélaoges militaires, lill.éraires et scnlimcnlairc&amp;
pa1· le _prince de Li~eJ, vol. :XX .
~- ~lcmoire1 uo ù Argenson. Ja1111el1 101.
:;, ~lér:noires lie Richelieu, ,•ul Il .

cet homme, d'où il sort; peu lt1i importe sa
nais!lance, son rang, son étal même : que la
mod le couvre, c'esl assez pour 11u'il b.onorr·
celles •pl 'il accepte. Que cet bomme soit u11
acteur, un chanteur, qu'il ait nooro au,
joue le rouge du théàtre: ·'il e l couru. il
sera un homme, un 11aînqueur / Les plus
grandl's dames et les pins jl·unes l'im·iteront, l'appelleront,
le prieront, lui jeueron L sous
le IClll leur avances, leur humilité, leur reé011nai . ancc. Elles
l'aimeront ju:qu'à se faire enkrIQ('r, pres11ue jusqu'à en mourir,
oom~ la comtesse de , taimille
aima Clai l"\aP. Elle. se l'arrache,..
ronl comme ce deux marq11Îsps
se di putant puùliquemenl lidm
dan une loge de la Comédie-[Lalienne 6 • Elles en ,·oudront arnc
la fureur éhontée de la comte. . e
rameuse criant de,•anL tou
et Chassé 1 Chassé! » ou bien avrc
la volonté fixe, l'entêtement résolu. la fermeté douce de la bollesœur de .lme d'Épinay, Mme d~
Jully. Et quel mol échappe à ct&gt;ll,._
ci. !or que demandant à Mme d'É·
pinny d'être la complai~anle ~c
ses amours avccJélyolle, Mme d'Epinay s'exclame: « Vous n'y pensez pas, m.n œur ! un acteur de
!'Opéra un homme sur qui tout
le monde a les -yeux Jhés, et qui
ne peut décemment passer pour
votre ami! ... - Doucement, s'il
vous plait, lui répond Mme de
Juil), je vous ai dit que je l'ai..
mais, et vous me répondez comme
si je vous demandais i je ferai ·
Lien de l'aimer 1• 11
Mais ce n'élail poinl eucore
l~A 6.lESTE,
as ez que la profanation du scandale.
Grai·ure de No1tud 1.1? JEUNE. (Caélne/ des Estampe,. )
Il étaiL réservé au dix-Lnitièm(~
·iècle de meltre dans r amour, don L
cffieurerad'un rega rd, il hàillera :sur ces lignes il avail fait la luLLc de l'homme con tre la
brûlantes et suppliantes qui lui lomberooL femme, le blasphème, la déloJauté, les plaides mains comme un placet des mains d'un sir et les satisfactions sacrilèg · d'une comédie. li fallait que l'amour devînt une tacministre 1
tique,
lapa sion un art, l'attendri.ss&lt;-menl un
El si ce n'e t point Richelieu, cc sera un
autre. Car peu imporw à la femme d'où vient piège, le Jésir même un mu~que, a1iu que
ce qrri re tail de conscience dans le rœur du
lemp , de incérilé dans C$ tendre es,
i. \lémoire,. ;le Richelieu, ml. YI.
5. Mémoire. ,le la Lli!puhlilJlle des lcUres, r11I. Will.
~•étoignil ous Ja risée :oupr 1me de la paro(i, O•rre.pooù~ncc secrète, , ·ol. X.
die.
7. M~moires Je lime J'Épiua}, \'Ut. 1.

tre ; il le jctLera sa&amp; les ouvrir avec ce
mol dont il oufllcttera l'adresse: leltre que
je n'ai pa.i eu le t~1117&gt;s de lire; on retrou~
vera à sa mort, encore cachetés, cinq hilleB
de rendez-vous, implorant le même jour, au
nom de cinq granùes dames, une heure de -a
nuit 4 ! Ou Ilien, 'il daigne les ouvrir, il le·

EDMOND ET JULES DE

(A suivre .)

GONCOURT.

PH!SE UE CREUTZENACIJ PAR LES TROIJPl:'.5 SUÉDOISES (DÉGE.\UlllE 1631). -

Christine de Suède
J•AR

A R.V È D E

BA R,IN E

La reine Chrisûne de uède, fil1e du grand dans es lettre , ses pièce$ diplomatiques, ses
Gustave-Adolphe joint l'étrangeté à l'éclat, recueils de ~laximes, son autobiographie, ses
un air d'énigme à un air de roman. on siècle notes marginales jetées çà et là, nous finis..
ne sut comment la juger. Pe11 de créatures sons par la comprendre, et nous comprenons
humaines ont été plus encen ées et plus inju- en mtime temps les jugements contradictoires
riées de leur vi~ant. On remplirait plusieurs des contemporains. A mesure quecelte physiop:tgcs avec les seuls Litres des odes, harangues, nomie ambiguë nous line son secrel, elle nous
panégyriques. pièces de théàlre, où Chri tinc inspire des sentiments ambigus comme elle.
est portée aux nues eu prose el en vers, e11 Uu c t amusé el révolté 1 séduit el écœuré.
allemand, en italien, en ]atin, en suédois, en
frauça is. La liste ne serait pas moinlj longuo
des pampblets, mémoires et épigrammes, où
Christine naquit li tockholm, le 8 déelle est tr.ainée dans la houe. Aujourd'hui
encore, elle embarrasse par un mélange, cemlire 1626, deGustave,,Adolpbe etdeMariepeul-être sans exemple, de grandeur et de Éléonore, fille de l'électeur de Brandebourg.
ridicule, de noblesse el de perversité. On est On ,,oulait un prince, et les astrologue
en peine de décider si elle fut sincère, ou si l'avaient promis. Les songes avaient confirmé
ellè ·e moqua de l'Europe. On ne l'est pas l'arrèl des astres. Quand l'eo[anl viol au
moins d'expliquer pourquoi la comédie tourna
1. Jïe de /11 rewr Clffi11ti11e, faitt par elle-111è111e,
l. UI de1 Mé11ioiru w,u:emalll Christine, elc,,
soudain en drame.
publiés per Arckcohollz, biblio1hécllire do landgnive
La lumfüe se fait cependant peu à peu; en cle
Ues,e-Ca sel (Amsterdam et Leipzig, -1 vol., 175-1écouLalll Christine ellt..'-même nous parll!r 1700), La •a,,te corupilaliou d' ArcJ..eubottz contient la
... 207 ...

'""2o6 ....

D'afrls :me gra1•11re du ternf.s. (CJtlnet des F.st:impe5.

monde, il parut bien que les étoile· et les
puissances mystérieuses qui envoient les rèvcs
ne s'étaien_t trompées qu'à demi, el que la
nature avait réellement essayé de fa ire ua
garçon. Le nouveau-né était .i velu, si noir
il a~·ail la ,•ou si rude et i forte, qu'on cru~
Yoir un prince.
Ce n'était par malbeur IJU'un garçon manqué, el qui .resta lel toute sa -vie. Gu ta\'cA.dolphe .e consola vite, mais la reine ·a
femme prit cette petite taupe en horreur.
Elle ne pouvait lui pardonner d'être une fille
et un laideron par-dessus le marché. Christi.n;
insinue dans son autobiographie I que l'aversion cle sa mère contribua à multiplier les
accident aulou.r de son Lerceau, et que c'est
miracle si elle en fut quille pour une épaule
plus haute que l'autre. Dans tout ce que nous
ptuJ&gt;:llrl des cl?cumenls eu _Lout. genrr. dont se sont
i;er!l8. succes.;1vemeol los lustor1cns qui on( parlé da
Cltr1slu1e. Gr1uer1; a cependant ~oll!p!élé Artkenholti
avr 11uelqu~s tJ?llllS da.ru C/ir14t111a, Kfü1igi11 vo,i
Si:liwedt11 und 1/ir /lof, 2 -vol. Bonn, 1837 .

�111STORJ.11 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . avons de Maric-Éléoaorl!, rien n'autori e ua
pareil oupcon.
La r •ine était extravagante et plcurnicheu.e;
ce n'était pa une méchante îemmc. r.u ~tavedolpbe la défini snit uoe p rsonne « sans
con eiJ », et le mol était juste : elle n'avait
pas l'ombre de en commun. on époux en
était néanmoins très amoureux et lui pa ait
volontier . on ineptie et se éternelles cènes
de larmes, parce qu' •Ile était belle et cc d'une
humeur fort douce ». 11 l'aimait de la manière
nn peu haut.aine dont le hommes d'esprit
aiment le otles, e plni ·ant à la voir parée
et ne lui parlnot de rien. Il avait rai on,
pui. que la reine l'adorait el se trouvait parfaitement contente de son lot. Elle vivait
entourée de nain , de bouffons et de gen de
peu, occupée de recett pour con erver son
teint, à. l'éC.1tL de tout, ignorant tout. livrée,
au.x bas es intri"oes de es dome tique .•\vec
e ~uperstitions, es idé, d'an autre Lemps,
. a cour barbare de mon tres et de parasite •
elle reprérnntait le moyen àge à la cour de
Suède, au xmc ·ècle cl sou Gustave-Adolphe.
n douceur ne permet guère de croire qu'elle
ait e. say6 de tuer ou d'e lropier sa fille, 11our
la puoir de ne pas être uo fils; mai elle fut
une mère déplorahle, donl il est juste de
tenir compte à Chri tine. Celle-ci illi dut ses
plu gro défauts, c! aucune qualité. Toul ce
qu'elle eut de bon lui vint de on père.
Gu Lav -.ldolpLe a lai é un souvenir lurnine11I. C'était tout à fait le héros, tel que le
conçoit le peuple. Rien ne lui a manqué de
ce 11ui frappe les icoaginations. Il sortait d'un
Nord lointain et encore mystérieux, qu'on se
repré enlait hériss~ de glaces et perdu dans
la nuit; trente an plus tard, Huet et Naudé,
arrivant en uède, 'éloanaienL nafrement d'y
voir des fleurs, du solei I et de. crrises, I.e
roi lui-même parai~ ait une érncation de la
mytlJologie candiua,·e. L'empereur Ferdinand
l'appelait a le roi de neige », et ce surnom
lui eyait à merveille. C'était un géant Llond,
à la bnrbe d'or, au leial blanc el Oeuri, donl
le yeux gri lançaient des éclairs. Il élail
prompt à la colère. terrible dans le combat,
doux dans la paix et la posses ion de luimêmc; •'était alors le bon géant qui rit de
tout. Comme les Asc•• compagnons d'Oùin, il
aimail à Loire avec les braves el à donner de
grands coup' aux. jours de combat. Plusieur·
hi torien du temp l'ont blâmé de faire le
oldat; ce n'était plus guère l'u a1re pour le
·ouverain et Ie- chef: d'armée . Christine l'a
défendu chaudement. « La mode d'être héros
~ bon marché, dit-elle, et à force d'ètre poltron, n'avait pas encore commencé . A présent, on n'est plu héros qu'à proportion
qu'on tl t grand pollron. » Raisonnables ou
non, le charges formidables de GustaveAdolpbe ur le cliamp de bataille le paraicat
aux yeux de la foule d'une auréole ingulièrement brillante.
'es mœurs d'ancien preu.t étaient ai;sociées
au goût des letlres.11 parlait plu ieurs langues
et se faisait suivre au camp d'une bil.lliothè&lt;Juo
de choix. Il avait médité sur les cho es humaines, sur l'ambition, la pa sion de fa

"loire, le geme des batailles, le orl des
peuples, el il a1·ait conclu qu'il était un Mau
pour la, uè&lt;le, riue tous le· grands roi sont
de Iléaux pour leur peuples et tous les
Œraods hommes &lt;les n~aU\ pour 11ueli1u'un.
&lt;1 Dien, di ail-il, ne s'éloigne jamais de la
médiocrité, pour passer au. cho es extrèmes,
~ans chùlier quelqu'un. C'est nu coup d'amour
envers les peuple 11unnd il ne donne aux rois
que des :ime ordinaire . 1&gt; Il e t vrai, continuait-il, 11ue les princes médiocre attirent
par cela mèmo des maux à leurs sujets.
11 Mai ce· matu ont bien léger , il ne peuvent être en aucune considération, si on les
compare à ceux que prodni ent les humeurs
rl'on grand roi. Cette
sion extrême ,1u'il a
pour ln gloire lui faisant perdre tout repos,
l'obli"e oéce airemenl à 1'ôler à se sujet .
C'e.l un torrent cpii Ùésole les lieu1- po.r où il
pa .• e. 11 Pour lui, Dieu l'avait clll·oyé gagner
de bataille dan un moment de colère conlre
la 'oède, et il plaignait la , uède, san admettre toutefois que le ciel p1'1t e dédire : i
la victoire hésitait, il descendait de cheval, se
mettait à genoux el appelait à haute voix le
a Tlieu de· armée· &gt;l. Ce Dieu lui prouva
qu'il s'intéres ait à lui en l'enlevant dans la
splcoùeur de fa force el de fa jeunesse. au
milieu d'une L taille "agnée. IJ quiua la cène
du monde en héro , conune il y ét.ait entré
lai, ant l'Europe étourdie du bruit tle on
génie et de ses ,·erlus. a fille Christine lui
ressemblait par l'intelligence. Elle eut au.si
son amour de la gloire, mais san savoir distingm:r la vraie de la faus e.
Elle n'avait pas Lout à fait six ans lorsque
son père fut Lué à Lutzcn, le 6 novemLre 1632.
Le que Lions de régence et de tutelle avaient
été réglées &lt;l'avanœ par Gu tave-.\dolphe. li
avait ordonné premièrement, sur toutes
choses de ne laisser La reine sa femme se
mèler de rien, pas plus de I'éclucatiou de a
fille que des a.lfaire de l'État. li ne pouvnit
penser sans terreur à ce qui se pa serait si
lfarie-Jl;léonore a\"ait le droit d'exprimer de.
volonlés, et il avait recommandé à tool le
monde de l'exclure de tout. C'étnil in.cril sur
le regisll'es do énat, c'était dit dans les
in&amp;truction.s au chance.lier 01en liern. Le roi
y était revenu dans ses lettres, pendant la
campagne . .Au moment de lh•rer bataille /t
Lulzen, il en écrivait encore à son ministre.
narement époux amoureux vit aussi cJairt:•
ment Ja bêtise de a fi:mme.
Il avait placé Christine ous la tutelle du
conseil de régence. Le sénal el les étals devaient aussi s'intéresser à celle éducation, et
tou ensemLle lravaiiler à ce qu'une petite
lille très maligne devint un grand prince, car
le roi avait recommandé de l'élever en rr:i.rçon.
Lui-même y avait pourvu en lui nommant un
n-ou verocur, dont Christine vieillie persi Lait
à Ll'ou,·cr lé choix lrè heureux. &lt;&lt; ll avail
été, tlil-ell , de tous le plaisir du roi, conlident de sa.~ amours CL compagnon de toutes
ses courses el débaucLes .... Ce gentilhomme
était excellent en tous les exercices, homme
de cour, mais il élail fort ignorant; de plns,
fort colère et emporté, fort adonné aux femmes

,,a

""'zo8,..

et au ,·in dans sa jeunesse; et ses 1•iccs 1te
l'ont pas 11uitté ju~1111'à la mort, riuoiqu'il .e
l'tîl fort mt•déré. I&gt; t:e modèle de gouverneur
de pl'inces~e étail ecoadé par un sou -gouverneur égaJemenL ivrogne, et par un précepteur, docteur en théologie, !'bonnète Jeau
MaUhiœ. Le chancelier O.xcn ticrn avait la
haute main ur le palai . Par malheur pour
Chri line, il étaiL retenu en ,lllema;ne lur de
la mort de on maitre. Le autre régents
n'osèrent pa tenir téle à la veuve de GustaveAdolphc, el Marie-Éléonore eut le Lemp de
faire de ~.iennt! . Il ne dépendit pas d'elle
•1ue a fille ne devînt folle.
La pL'rle d'un époux était une Lrop belle
occasion de pleurer pour qu"elle n'en profitàl
pa· avec édal. Elle résolut de se signaler par
une douleur doat il erait parlé dans le monde.
Ce fu_reul des délu•~c et des hauts cris. le
joar el la nuit, Jlèndnnt des semaines, dl!.
mui · des ann~ . Elle avait rait t,mdre de
noir son appartem1mt. houcher les fenètres
avec des draperies noires, de manière II qu'on
n·J voyait goutte'~, et elle pleurait, pleurait,
pleurait, à la lueur de llambeau.t de cire. Une
fois le jour, elle allait &lt;&lt; vi..:,itn » une boite
en or, su pcndo.o au t·hevet d,: son lil el où
eDe avait plaetl le cœur de son épo·". el elle
pleurait sur la bo1Le. A d'autres ruv:n:'nls,
c'étaient de !!l'andes Jamentatious qui résonnaient lugubrement parmi cet appar il ruoèhrc.
i la reine n'avait eniermé avec elle que .c
nains et e boulfon., on ne . 'en seraiL pas
mis en peine: c'était leur affaire; mai elle
s'était emparée de Chri tine, qu'elle gardait
l1 vue et couchait dan son lit, afin de la faire
pleurer avec elle, cria avec elle, el de pa ser
leur vie ensemble dan le noir. Elle pou sait
de hurlement \dès qu'on faisait mine de lui
ôter sa lille. Los régent hé ilaient, ·e con ulf aien t, et cep.,ndanl le Lemps volait. Le rrtour
d'Oxensliern défüra Ch.ri tine. Le chancelier
;.e bâta d'écarter ~faria-Élé~nore, qui fa.t larmoyer dans uo de ses ehàteaux, et dont le
nom ne reparait plus désormai que de loin
en loin accompagné d'une mention de ee
aenre : « La reine pleura pl usi,mr heures ; ...
la reine pleura toute la nuit; ... la reine ne
pouvait 'arrèter de pleurer .. .. 1)
Chri tine avait subi trois au le cauchemar
de la chambre noire, Je b Loile d'or el des
cri e de sanofots à heure fixe. C'étaiL trop
pour une enfant nerveuse. Uarie--Éléooore est
responsable d'une partie de excentricités de
sa fille.
Les régents, le énal et les états purent
enfin s'appliquer librement à leur grande
œuvre et donner le rare exemple d'un monarque élevé directement par son peuple,
selon des programmes di cu tés par le peuple
et en me de gouverner un jour elon les idée
du peuple. Cltrhine eot pour précepteur la
nation en1ièrc, puisque les état de u~de
comptaient un quatrième ordre, l'ordre des
paysans. Pour achever de rendre le eus sin~lier, la uède él.ait à celte époque a ez
arriérée, el celle nation d'illelt.rés se trouva
brûlée d'une Ioi qui n'a jamais été égalée,
1.

Av.tobiograph ie de Christine.

C1ffl.1ST1NE DE Sui3D'E - - .

mème de nos jour·, dan la ,·ertu toulc-pnissanlc, myslique et marrique de l'instruction.
Pendant dix anné~, la Suède vécut dans l'allenle et l'angoi se de· progr de sa sour~
raine en thème latin et co mathématiques. Le
hrnit de se uccès d'écolière e répandait
ju qu'nu fond du rol·aume « el éveillait, a
dit un hi toricn 1, les plus joyeu,e spérances
pour le bonheur futur du pay D. La reine
apprenait le grec, c'était de l'nllGgrcsse . .Elle
li ail Thuc,dide, c· ;lait du ra,,issemcnL. Les
étrangers l~ traitaient de petite aYante, c'était
un !Joahem puLlic.
Un a conservé quelt1ues-uns de! de,·oirs de
,hrisline el on en a imprimé une rollection.
Le compo ·ilions [rançai e re. cmhlenl h
celle qu'on foit de no jours dans le. pensions de demoiselles. Il y en a une ur la
Patiente et une sur ht Com,la11ce. Uue troi. ièmc, en forme de lettre, contient des condoléance. à. une d:irue, ur la mort de on mari.
L'élèrn Christine a,,ait voulu y mettre de belles
idée! cl s'était embrouillée. « U fauL penser,
disait-elle, que, comme il e t impossihle à nn
prisonnier de ue q11ilter pas a"l"e~ profit sa
prison ici, de même le ~me rru1 soul en ce
monJe comme en prison res!ientenl par cette
é\'asion premièrement le contentement d'une ,·ie libr, de regrels
el de soupirs : el ainsi la morl e t
l'assurance d'une heureuse vie. &gt;)
Chri tiue avait seize ans quand elle
composait ces chef -d'ce1nrc, que
de. a1lmirateru· imprudents ont
transmis à la postérité. Les même
enlhou·iasles s'extasiaient sur ses
thèmes latins, qn 'ils déclaraient
remplis 1c d'i•léganres &gt;&gt; . J'ose 1
tromer du latin de cuisine, et j'o e
ajouter ipw œla étail tout ~ fait
indifférent pour la pro pérth! dn
rovaume.
"Le o..,ouverncment n'était. nullcment de cet avis. n pensait C..'t3.Clctnunt le contraire. Que de,iendra1l la SuMe i la reine fai ·ait
des suléci me. 1 On accumulait les
pr :cauûon pour éviter un ·i grand
malheur. I.e hou , lotthi:i' étai l
oblin-6 de 1enJre complo de e·
t,
•
1
lnçons. Ln rt:gence sa.~a.it que, e
';!6 févriet· 16:59, la reine aYail
commencé les Di,,/ogues f,·anrai.s
de Samuel .Bernard : que, le
;m mars, elle avait appri - par
cœur le di cour· de Catou, dans
Salluste, et, le G auil, 1e disoour.
de Catilina à se soldats; qu'elle
,:Ludiail l'aHronomia dans un auteur du rnl"siùclc. incapillile de lui
donaer de• opinions hérétique sur
les mouvements de ln terre: qu'en
histoire elle a,·ail débuté par le
Penlat:U,p,e, auquel avait s~ccM1 .
une Guerre de Thèbes, el quelle hsart très assidûment un vieux li He suédois, rooommand_é
par Gus.lave-A dol plie oùl' art de ~o~veraer ~t3.J.L
réduit un mn.,imes. Lne commn,100 de scoa'1. Graucrl.
111. -

HlsTOllLI., -

Fasc.

21,

leur s'as ur:iil avec d.ili.,.tJnce que les loç.ons
étaient hien sues el faisait passer des examens
à la reine. Les état votaient des in tructions
« sur la manière dont Sa Majesté pourrail
être Je mie~ éle"l"éc el instruite !) , et profitaient de l'oce,, ion pour im'iler le· rr 0 ents à
ne point donner à a llajesté Jes idées « prr1j udicinblcs à la liherlé et aux circonstance
des états et de· _ujt't~ du royaume ».
Jamai él~ve ne tut soumi 11 11n colraî1lemênl plus vigoureux:, el ja~ais él~ve n' •n et~L
moin- be oin. La petite reme avall une fac1liti'• remarquable cl une ardeur pa~ ionnéc.
Elle voulait tout sa\'oir el comprenait tout.
Elle •n ouhliail le Loire et le manger, se pri,ait Je ommeil pour trav:i.illel', mettait nfin
sa tète à une tcrril1le épreu,·c. Chri tiue n'eut
, raiment pas de Lo11heur en i-ducation . .lu
sortir de l'horrible rl,amhre noire de sn mère,
elle tomba "ur de fort honnête gens qui
crurent leur de\'oir intéressé à l!D faire un
phénomène et, pour comble de malheur'. y
réussirent. Per onne ne ·'a,i n qu'une pehte
fille a besoin de jouer à la poupée. Moins elle
était enfant, plus on ·e réjouissait. Jamai
une déleale, un repo.. D'un hout de l'année
à l'aulre, un lraYail Iorœné, haletant, coupé

GusT ,H'E·ADOL PIIE.

D'après u1ui gr,wure du lemps. (Gab!net des Estampes.)

par des exercices du corps violents et excessifs.
Elle ue ~randissait pas, avait l ang en feu
et manqua mourir plusieurs fois; mais elle
,~vait huit langues, en remontrait à ou professeur de grec, parlait sur la philowphie el
... 209

Ir,.

aY:i.it une opinion slll' le5 femmes. C'elail
réellement mt petite savante, et, comme
elle aYait gardé l'esprit trè vif,, pétillant ~c
malir,e, qu'elle a,·ait de. mols d u~e drtîler~e
impayahl~, on fut longtemps à ~-apcrccY01r
qu'on avait forcé le re orl, d_eJà. un peu
faussé par les alJ~tirdités de Marre-El~nore.
L:t ui·de admira sans défianc·e son aunahlc
prince!· r et se complut dan . ou œ~v1·c. . .
QuP pnuvait-011 lui souha.1te1• quelle '! eut
point'/ Elle ~arnil par cœur le caléch1.mr
luthérien et citait de ,·er!;el. comme un
évêque. Un avait rêvti d'en fair(1 _un gar~o~ :
elle avait dépa sé le bul. Elle était éhouriifor.
elle avait les mains ~ales, le- vêtement en
dé. or1L:e elle jurait et ·acrai_t c~°:'me un
mo1m1uctaire, mais elle montrut d1v1neruc~t
à d1ernl. Luail un li~ne d'une balle, couchn1L
sur la &lt;lurc et méprisait profondément le"'
femme , le~ idée de femme , les travau · clri
femmes les conversation- de femmes. Qoaod
1
elle pa sait au "alop, liLre el hardie. en.
chapeau d'homme el justaucorps, le~ ?~veux
au vent et le vi age Mlé, la. uMe u rl.111~ ,ra_s
encore sûre d'a.,·oir nn prmce, elJe n ctml
plu sûre d'avoir nne princesse. a ~~rr.:
d'adolescent aida.ii à l'illu ion. Cbrislmc
a \ait les traits accentués, le nez
fort et busqué, la l/1\-re inférieure
un peu pendante, de grands liean ·
)'CUX IJleu clair où 1)as. aient des
Oammes. Ellë avait aussi une
voix d'homme, qui s'adoucis ·ail
aux 01.·oasions. [le taille, elle était
petite et de travers. mais nvcc une
ai_sancc, des mouvement lestes
qui en fai aient le plus joli l{amin
&lt;lu momlr. Le peuple en r{IOobit.
Ni !Ps &lt;&lt; cinq grantl vieillard· »,
aim,i qu'elle appelait les régent ,
ni l'hClnnêle ~allhiœ, ni le gourerneur ivrogne, ni l'aom1\nier de
la eour, ni aoeun de tous ces
hommes de cour, d'épi-e. dtJ robe
et de scicoce, qui l'l'ntouraient du
malin au soir, ne oupçonn~ri&gt;nL
le volran caché sous la r•amincrir.
11~ nuraient l'rémi d'horreur ~'ils
avnicnl pu lire les aveux de l'.111/()/Jioy ,·r1phie.
.
.
llans ce morceau pr1k1eot, L,cn
1ru 'inachevé, Christine e dresse
à elle-m1!me 1111 autel. C'était l'uage du tcmp . Le "OÛ l était aux
portrait., et l'on disait nu pul.ilit,
a1·ec une entière c.1nde11r, le Lien
(!l le mal ctu'on 11ensa.it du ,oi.
sans craindre d'appul'er un peu
plus sur le bien que sur le mal. Il
y avait au fond moin. d'o~gueil,
il y avn.it sortoul un or 1n1c1l plus
innocent à s'c.mhellir ainsi am
,eux de la foule, cru'li lui jeter
ses ,-i.ces au "isage, elon l'e-xcmplc donné depuis par [\ousseau. On ne peut
reprocher à Chri tin~ que d:m•oir (,;gèrement
11Lusé du droit de faire valoir les beautés ùu
modèle.
Elle s'étend avec un sérieux qu'on n'o:; -

q

�r--

1flS
, T0~1.l1-----------------------

l'tlÏL plus a,•oir de nos jour sur son cœur

« grand et noble dès qu'il se sen Lit », on
ûmc &lt;&lt; de fa même trempe » el- « tant de
h aiu talents &gt;I qui la dé ignaient à l'admiration du monde. Passant ensuite aux défauts, selon la poétique du genre, elle 'en
accorde d'abord dr très royaux, convenables
à son rang el ne rabaissant point une créature supérieure. « J'étais méfiante, dit-elle,
soupçonncu c, de plu ambitieuse ju qn'à
l'e cè,:, J'étai colère el emportée, uperbe
el impatiente, méprisante et railleu e. n
Ju. qu'ici, tout va hièn; mais elle ajoute
quelques lignes plus ha's : « De plus. j'étai ·
incr '• dulc et peu dth·ote, et mon tempérament impélueu ne m'a pa donné moin de
penchant à l'amour qu' pour l'ambition. 1&gt;
Elle proteste qui? llicu, &lt;Jui ne paraît pa
'être préoccupi1 de son incrédulité, l'a toujours pré ervée des chut, . auxquelles l'avait
destinée la na Lure. « Quelque proche. que j'aie
été du précipice, s'écrie-t-elle, \'otre puissante
main m·eo a retirée. »Elle n'i 0 nore pas qne
la médisance l'a « noircie ll, et 'clle 'accuse
à ce sujet « d'arnir trop mépri ·é les bienséance de son "CX.C D ce qni l'a foil paraflro
ouvuot plus &lt;r crimindle u qu'elle ne l'tit.âil.
Elle conte e qu'elle a eu tort, 1 mais elle ne
peut 'empêcher d'ajouter que, i c'était à
refaire, eUe e moquerait ncore da,,antage
de· bien &amp;nce., : « Je uis .. : per uadée 111ie
j'aura~ mieux fait de m'en émanciper loul à
fait, et c'est L'unique fail,lessc · dont je m'accuse; car, n"t.antpa uéepourm'yas ujeuir,
je de,·ai • me mettre cntièr1·ment en li Ler té
là-dt' u. , comme ma roodjtion et mon Lmllleur l'e igeaient. »
1
,
Le· ujct tr' · luthérien. l'l Lrès religieux
de · Cbri tinr crop.ient • enrorc plu fermement qu'Ûue princesse (( incrtlJul et peu
dél'Ole ll, à la main dirinequi relire 1es jennrs
impmdcntes du précipice. Manmoin., s'il'
a\'aicnl 11 à quel point ce bras irrésistihle
'lait nécessai,c pour outenir el s:iuv r leur
petite reine, i1 auraienl été épouvantés. Leur
vin, lrur jurons, leur gro siè.rcté dr demibarbares s'alliaient à la gr:tvilé d'm·prit 11ue
donne h rcfüion proleslanlu sérieu emcnt
pratiquée. Us mettaient Dieu de part dans
Lou leurs actes, Je manière qu'ils le sentaient san ce -e à leurs côVs prêt à ecourir, prêL a.us i à anéantir, ior-c1uc Gustave-Adolphe fit ses adieux aux états avant de
s' embar11uer pour l'Allemagne, ils chan tèren L
ensemble 11: Psa1une : 11 Rassasie-nous le
malin de la ..,r,îce, ... nous serons joyeux tout
le jour. » Ces g1~n -Là prenaient la vie au
sérieux, Cbristinc n'y vit qu'une mascarade.
C't' t po1m1uoi il ne purent s'enl udr longt.emp , malrr1•él'esprit, le charml!, le courage

lement.arisme applh[llê à l'Mucation d'une
jeune filk

Les "élats a,,aient toujour recommandé.
très sagement, d'en foire avant tout une
bonne uédoi e, dre· ée aux rn..'lnières cl couLumes du pa ·;;, « tant po r l'e prit &lt;1ue
pour le corps 11. Le séna Lel la · ence étaicrrl
d'accord sur c.el article avec les états. Le Lut
qu'ils se propo aient Lous étant aussi n tement défini on demeure stupéfait . mol n.
choisis pour l'aueindr . Plus on consid're ]a
uède de Gustave- dolpbe, moin, on nçoil
que des étude· li outrance et Wle cultutt. raIlinée aient paru la voie la plus propre li en
faire aimer et adopter les mœurs.
Un grand prince l'avait comblée de gloirt•.
mai le guerr s de Gustave-Adolphe, en rendanL la uède redoutaLle, ne lui avaient pa
permis de s'adoucir. Rude il l'avait trouvée,
rude il la lais a. A son a,·l!nemenL, en 1611,
l'ignorance était épni se; il e1i tait une seule
et médiocre école, à Up al t, el peu de jeunes
gens, p r diverses raison , fréquentaient li-.
·uru\'er_ité.~ étrana res. La bour~eoisie n'était
pas as ez riche. La noLle_ c iiêpri ail l'instruction, elon une tradition à laquelle lt•s
aristocraties européenne onl infinimnnt de
pdne à. renoncer; un grand nombre de magi tral,; pouraieol à peine signer leur nom.
cl d'excellent génl:rau:x n'en savaient guère
plus long. Gu tavc-.\dolpht• fonda ùe écoles
1 fit venir un libraire d' Ile.magne, mai. il
ne put impronser des maitres, et la fac-ollé

LA

REINE M.ARŒ- U:ONORE.

el la ciPoce de celle fùle extraordinaire. Il
manquait :, la ,OU\'eraine un ·eu) don, le
seu mo1·al, el elle était tombée sur un peuple
11ui ::.c serait plutùt pas é de tous le autres.
A dix-huit a.os, les étals la déclarèrent
majeur~, et la régence lui remit le pouvoir.
On àlla.il voir à l'épreuve ce que valait le par-

Gravure.le J~cos llamu.~. (Cabinet des Esl1Jmfcs.)

i. 1:Univcr-ilé d'Up,;al a i·té fondée en Ui6. A
lèporiue doul 110~ parl1,11s, elle efoit déd.1uc au _point

ile n'~lrc p.lœ guèrn qu'une école 01•diuaire. Gust11•eAdotphe la 1·éorga11iM.
,

de m~decine d'Upsal se composa quel'(ue
temp d'un seul profes eur, ce qui suifi ait
du reste pour le nombre Ms élèves. Ln mal
général à cette époque, le pédantisme, !lori -

--i

210 ..,.

sait autant que lè permettait la r t:
savants; le dôctcur Pan race et Trî
auraient lrouv,1 à tiui pari r.
La seule théologie pro pérail dans ce d L
ert intellectuel. Un clcr : pl ~n de ~.'•le t:..
cbisail el • ·1 le peuple a,·cc uuo! orl •
de r_...... ,. __u'à le tontraindre, W, lgrt'• ,;a
---•,-....-• des plaintes puùlique contr,
mons. Le peuple ajoutait
· •nait le · mi11e superslient la po&amp;ie dan l'exispelüs. t nd J 'k petits . unt trè ·
pam·res, très igoorant!, l •111'il onl la vie
tri te et dure.
Le mrour· étaient primiti\"1'-' coaune les
idées. Les députés Je l'orJre des pay.an,
a5sislaicnl aux élaLS en haillon . Le. logi dtis
grand. t!Laienl ùadigconné de Liane et grossièrement meublés. Au mumcnl des repas,
on tendait un baldaquin au-des us de la
table, afin d'empècher les toiles d'araignées
c Lomb •r dans 11!5 plats. Le scniœ de table
é ·t en harmonie avec le mobilier; au fe Lin
de noce do Gu tave-.\dolphe, on man"'ea
dan Je fa vai • elle d ·étain, el encore elle
était
pruntée. La nourriture était gro·ière; même chez le roi, presque point dc
superlluités, telles que sucruric el pàû scries; rien 11ue dl' la viande, et l'on rcssrrvail les rc les. La m~re de Gu lnvc-Adolphe
achetait elle-même son vin et faisait allendrc
1~ payement au marchand. Le prince CharlesGustavc, qui régna après Cb.ristine, eut unt'
longue correspondance avec sa mère pour
décider s'il serait plus avantageu1 de se faire
faire un habit Je tous les jours, ou de sacrifier un de ses ha.bit du dimanche. Un voyageur (fluet) rapporte q11e la monnaie était de
cuiHe, et« au.si grosse que des luile ». i
Je détail est exact, il est caractéri tit1ue.
On n'al'ait qu'un luxe, l'ivrognerie, mai
on l'avait Lien. Au maria11c de Gu La,cAdolphe. on bul cent oix:inte-dix- cpl muid:.
de vin du Ilhin et cent quarnnle-r1aatre
charge: de bière, ans compter les autres
p~ces Je ,,in et l'eau-de~vie. Les grande,
r~jou.i sanccs con istnient à s'auabler devant
drs bouteille , à jurer son saoul, e jeter 1~
verres à la tête el rouler ou la table dan
une mêlée linalc. Il n'en allait pas autrement
à la cour que dan un cabaret. Per onne, pa;
même un évêque, n'avait le droit de refa ·cr
de rendre raison le verre à la main.
tockholm gardait une fl 11ure de capitale
de demi-sauvages. De loin, on n'apercevait
que Jes monuments et de palais, dont les
Loits étincelants, formés de !!l"andes lames de
cuivre, dominaient de petits monticule ,erts.
C'était des tours massives, des minaret tUJ'cs,
des clocher de toutes forme , des palai it
colonnade~ grecques, enfin l'as embla11e le
plus baroc1ue el le plu pillore que 1. De maisons point. On approchait, el l'on découvrait
que les petits monticule verts étaient ks
maison , construite en Loi. et recouvertes Je
prairies. ll esl bon, en pareille matière, de
citer se auteur . 1 ou lais ons la parole au
trè véridique Huet, evêque d'Avranche , qni
2. C.h. Ponsoomilbo, St!bastim lJourdon,

,

____________________________________

visita • tockholm en 1052. « Les Fenêtres,
dit-il, ont encbrtssées dnn~ le toit, qui luimême est Fait dr. 11lllnclu&gt; et d'érorccs d'une
e pèce de houleau qui ne pourrit point, el est
recouvert de gazon ; ce dernier mode de couverture était, au t~moignnge de \'irgill', appliqué en Italie aux chaumi~re · de
pay ans. On sème alor sur ce gazon de l'n\'oine ou d'autre graines
dont les racines le font adliércr
rortement au toit. inlii, le faites
des mai on. -ont d champ de
\'e.rdurc et de lleurs, et j'y ai ,11
paitre de montons et dC'-~ porcs.
Les· toits, dit-on, ont fait de cette
manii-rc, lant pour 11ue le mnions, qui ont formée· J • matière·
résincu -es, ne s'emlirasent pn au
1:ont.ict do la foudre, que pour
,tvoir, en lclllp de guerre et nu cas
,,it on eraiL ass.ién-é cl hlor1 ud par
l'ennemi, Jes piîlllrages pour nourrir le. troupeaux. 11 Stockholm
pomait se vantl•r d'ètre une capital!! uniqut: au monde 1 •
li aurait fallu à ln Suède un élan
vigourcllx pour rattraper le• Étals
de l'Occident, cl le règne de G11sLave-Adolphe lui avait interdit pour
longtemps Jcs grand clîort pacifiques. Le héro savait hien cc
qu~il disait, !or qu'il as urait e
officiers étonnés que Dieu fait
« un coup d'amour envers les peuple . 1piand il ne donne aux rois
que des Omes ordinaires ». li lai s:1
son royaumeépuisé&lt;l'argent, abimé
par des passages coutinaels de
troupes, écra~é d'impots, etsa mort
ne termina point la guerre. on
confident politique, Oxen tiern, la
continua, el Je .ort des campagnes
de,,int intolérable. Le paysan n'en
pouvait plus. Tourmenté par le _oldal, tourmenté par le noble, tourment t par le collcctcu r
d'impôls, el ne lroman1 ni appui ni pitié
chez Le tout puissant chancelier, il se révoltait,
gâtait encore plu se - 3ffi1ires et émigrait de
désespoir. ne partie de la uède était retombée en friche.
Pour gouverner cc peuple simple, on forma
une reine nourrie de fine lilléralure, épri, e
de poésie, connaisseuse en li,T!!S rare el manuscrit . Pour gouverner ce peuple pieux, on
forma une reinc imprégnée d'antiquité pa ïcnne
et de philosophie. Pour gouverner ce peuple
pauvre, on forma une reine adorant }e5 Leaox
meuble , les tableam, le totues, les médailles, lès pompes royale . Poul' habiter celle
contrée âpre, on forma uue reine q11i r~,·ait
des paysai;es du Midi el de ciels il.1liens.
Pour as urer ce calme profond des idée , on
forma une reine de l'e prit le plus curieux, le
plu inquiet, 1c plus audacieux, le plus indiscipliné, le plus agitant qui fut jamais. Pour
clore celle ère d'aventures, on rorma une
1, U11 ~~•anl i~landais IJ11Ï êcrinit au ,:,•11• 1iécle,
Jnuas Anrgrim, fait une Jc"t'ripûon toule seml,lal,le
des maisuus de SQII pays. (llt&gt;ipuf,. [1&lt;/111,d., cap. ,·1 .)

reine virilP, qui .jngeaiL le mal'ian-e dégradant
pour la femme el ne ioulait poiot :woir J'enfan !. , mai :ipprendre la 4twrtl'. El lor~q11 'il
, e J,:cotl\'ril r1ue la raillanle S11ède, 101:ile el
dé muée, mais rusûqu~ el fanatique, ennuyait
Christine, la. uède demeura 6louuéc cl seau-

C111(.1ST11YE DE SUÈDE -

nos 11ni nai~ ent prince Cl ùe · rois f[U i
nai:-~l'nl pay~an : el il y a uae canaille de roi~
comme il y en a une &lt;li' fa11uiu .. » A ·aol décomerl un Suédois de ha se naL anœ qui
avait des lalenls, elle 1~ nomma amba&amp;:ndeur
et sénateur, et l'impo a no ënat a,·ec ces
mots 11u'on dirait empruntr!l à
lleaumarchai.s : (( alviu crait
sans doute un homme capable s'il
étaiL de gr:.m1le famille. ll
Même· . urpri
ro politi')ue
étrangèr1·. On lui nvait t,mt va1!hl
~on csp1•ît upéricur, qu'l'llc h1it
r1:$nluc à n suppnrlct· nucn11 guiJc.
!Elle Toulai t la. pai~, en quoi il semlrlc qu'cile n'cùL pai; si Lort, l'l
,•lie prcs a le Irait: Jl' WcslpLali •,
mnlgrë Oxen_-tiern. Le 1·iPi1 homme
J'Élal fut oltligé Je reconnaitre
,1u'il a1·ail lrOU\'P .on mailrc. JI
avait a!Io_ire à un1- fille irnpérh,u.e
el ne craignatH pas la lutte. 11 Lt·
pas.ion., disait-clic encor•, ont
le sel ù1~ la \'Îe; on n'est bem"ux
ni , malheurc~x q1!'à proportio11
f)U on lrs :t v1olrnlce • 11

pil)'

III

dalisée. Christine a eu assez de torts de son
côté pour qu'on insi ·te sur ce qui peut l'excu~er. On l'avait élevt'e pour rb.!ncr ur Florence,
el il fallait régner ur tockholm et se· toiles
d'arai!!née . Ce ne rut pas tout à fait sa faule
si cela loi sembla dur.
Oxensliern avait été le vrai souverain de la
,__ oède pendant la minorilé. A lui reven~it
dQnc la meilleure parL de tant d'imprudence-,
el ce fut aussi lui qui en recueillit le · premiers fruits amers. Depuis huit aus, il passaiL
tous le jour trois heure à enseigner la
politique et les alîaire ~ )a reine, et, Jcpuihu.it an , il trouvait en elle une &lt;-lè\'C docile
et reconnai sante. Cbri tinc prit le pom·oir :
adieu la oumission ! Cc petit page en japons
avait ses idée sur le gournrncmenl, cl cc
n'étaient pa du tout celles qu'on lui a,•ait
profc ée~. Oxeustiern l'avait nourrie cle la
plus pure lraditioo aristocratique, cl elle avait
de opinion qui enlaforH le ruisseau. EU
outenail que le mérite est tout el que la
naissance n'est rien. c&lt; 11 y a, disait-elle. des

li étai t clair qu'elle étalili nit
son indépendance. Ce qn'd1e complait en faire fut hicntùl non moi11 ·
clair. Elle écrivait : &lt;1 Il y a des
gens anxquels tout est permis l'l
to11t , icd Lie11. » Elle st&gt; ran"l':t
parmi ces gens, cl se comporta en
1:onséquence. Elle e limait qu'au
fond, les solti.es oot moins d'im~
portance qo'on ne' le croit. Les
âmes faibles s'allardenl seules au
regret des faute· pa. ·es. LN;
àcnc fortes n'oublient jamais
(1 qu'il y a si ptu dti diOëreucc
entre la sagesse et la folie, que celle diff:_
rence 11c mérite pas d'èlre considc:rée, vu
le peu tlè Lemps que duri~ celle vi:e l&gt;.
Qu'est-œ qni c. t sage et qu'e!:iL-Ce rp1i r. l
l'ou'l Au lieu de perdre notre lemp à regarder en arrière, regardons en avant : n li
faul compter pour rien tout le pa~sé, et "ivrtl
toujour. sur noure.lux l'rai . » Précepte commode que la reine Chri 1ine a toujours pratiqué. Quel que fùt lu passé, elle liquidait
avec sa con~cience et vivait sur nouveaux
frais. Elle) mettait même un air de bravade
qui irritait la galerie et qui lui a ,a.lu d1• •
jugements sévères. On aurait voulu 11u'ellr.
parÎII quelquefois se ouvcnir de Cértaiue
cho es .
Ou loi a aussi beaucoup reproché la dynastie
de . es favoris, 1yu 'elle inaugura à peine émaacipüe. On a prononcé à c' propo~ dc très gro mots. Lu ujel est délicat, l les pamphlets
où ile l ressa éonl lai' é sub her, malœré
tout, as·ez d'incerlitudes, pour que la verlu
de Chrisline ail trouvé &lt;1udi1ues défcaSt&gt;urs s_

2. Entro a11LrP• Arckcnlrolu el Graucrl, qui conrlcun~nl ini:ërn11m•11l qu'ils out clé iullueni;é p.'.ll' le
J~sir ,le µrendre le conlrc-pictl des tlcri ,sn1.- fr~oçsis.

\rckcnholti l'llpl,or(P dtln~ une note do suu tom&lt;' 1\'
qo ·un hiolurien suëdois de ;,on L1•inp,i, l;i()~rw,,11. (11 •
a ,tJclaré qu'il éLail !'Uul i, • prt'le111lrc 11110 Cliri, 1

C11R1sT1NE ne Sdm::.

Gravure ,te

CMrPJO)I. (CJbilltl

..,. 211 ...

,

dts Esl:m1('ts.)

�~ - 111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Comment est-on jamah sf1r de rien dan de
œrt.aioe choses1 Qu'elle ail eu heaucoup d •
favori. el qu'elle les ait volontier cboi i
parmi les hommes jelllles el aimable , voilà
qui n'e_t pns niable, puisque cela se pas ail à
la face du ciel. Que la plupart des conlemporain · en aient cm le témoignage des pamphlet ou celui de leurs propi:es reu:x, voilà
qui n'e. l pas moin aet1ui . Qu'il faille prendre au sérieux le passage de l"Autobio91·aphie
sur lo pn:cipice souvent coloyé , toujours
évité, voilà qui esL d6jà infiniment moin
. ùr. Que es got'al viril · lui aient été une
protection, roilà qui ne l'e. t plus du tout.
D':mlrc patt, il est très vrai r1ac les appare(l(',es ne sifrnificnt rien avec une femmr
comme Christine, qui s'habillait en homme,
vivait avec des hommes el avait des valets
pour femmes de chambre. Au urplu , chacune l libre d'en pen er cc qu'il lui plaira.
Il c t un reproche auquel Christine ne peul
échapper dan aucun cas . Elle a dil quclque
part : &lt;1 L'amour de gen qu·on ne . aurait
aimer importune. » li faul compléter sa pensée do la façon suivante: &lt;t Uamour des gens
qu'on ne aurail tJlus ai.mer imporlune. »
Elle le leur faisait bien voir et cbamœait par
trop le temcat de fa,·ori. Au début, elle les
adorait, Je cornhlaiL de dignités, d'honneurs,
de lar esses, témoin Magnus de la Gardie.
premier de la érie, qui avait vingt-deux an»,
une jolie figure, « l:t mine ha.tlle )) , el qu'elle
fit ambassadeur, colonel, sénateur, grandmaitre de .a maison, grand trésorier. Au dC._
noùment, elle se débarrassait de ce pauvre
garçons an. aucun ménagement, témoin le
même Mngaus de la &lt;:ardie qunnd la reine le
rempla~a par Pimentrl, ambassadeur d'Espagne. Elle lui" refu a une derniure audience
et écrhit de a main, en marge d'une histoire
de son le.mp : a Le comte Magnus était un
ivrogne el un menteur. -r, Dans aucune occa- ·
sion elle n'appliquait plus rigoureusement a
maxime, de compter pour rien le passâ el de
,ivre sur nouveaux frais. « Ceux qui profitent
dè Loul, disait-elle, sont sages et heureux. »
En matière de favoris, elle profilait de tout
I'•• &lt;Jui lui Lomhait ous ln ma.in.
Lo règne de La. Gardie fol all i à Lockbolm le remo &lt;le la politique française, de
l'e Jlril fran&lt;;ai', de la littérature française,
de modes françaises. Le traité d'alliance
al'ec la France fut renouvelé ( J 651). La reine
lit la part du lion à la France dans la foule
de savant , de aens de lettres, d'artistes,
doul elle composa sa fameuse el upcrhc
cour. Naudé avait lé oin de sa bibliothèque.
Saumru e pa sa plu d'llD an auprès d'elle,
non ans "être tait prier, car il était pénétré
&lt;le son importance autant qu'écrivain du
monde. Descarl • se Jais a altirer, pour on
malheur cl celui d la cience. Christine le
faisait venir 11 cinq heures du matin, en plein
hiver, pour causer philosophie. En trois mois,
De carle ful mort. Bochard, l'orienlnlisle,

amena son ami Huet, le fulur évèrpie d'.\..nanche . ébaslicn Bourdon. anleuil, Fran~oi Pari ·e, le graveur de médaille , l'archltccle Simon de 1a Vallée, travaillaient en
uède pour Christine. on secrét.airc de·
commandements étah Chevreau, qui fut depuis précepteur do duc du Maine. es cp1atre
secrétaires ordinaires étaienl Fraoçai . Franrais le médecin t le chirurgien. Françai une
nuée d'hommes Lrès di,ers par la nais ance
et le mérite : érudiLs, philo ·ophes, grammairieus, fabricant d'odos el de di. tiques, cuistres, inlrimmts, beaux gentilshommes, charlatan. en tout genre, alel de Lout grade.
.Parmi c derniers, une mention e l due à
Clairet l'oi · ·onnel, homme de "énie s'il en
fut, premier valet de chambre de la reine cl
dépositaire de e · ecrels. Poissonnet ne sa~
vait ni lire ni écrire, et chaque foi: que sa
maitresse nvaiL quelque affaire difficile, Ue
l'en chargeait. Elle l'eO\·oya au pape, à Mazarin. Il ét.ait célèbre pour tirer le secret des
autres et ne jamais lai er ~chapper le sien,
tout çont.raint qu'il fùl de SB faire lire es
lettres et de dicter les répon es. Mazarin, qui
se connaissait en intrigants, était plein d'admiralion pour Poissonnet.
Des saYants et des I rivain. suédoi , allemand , hollandai., complétaient une cour
Térilablemenl unique, et dont Cbri line était
l'à.me. Les soins du gouvernement ne lui
avaient pas fait retrancber une minute à.
l'étude. Les heures données aux affaires
étaient remplacées par des heures prise sur
Je ommeil, la toilelle, le repa . Elle en
était arrivée, de retranchement en retranchement, à dormir trois heure , à din ,r en
oura0 au, et à ne se peigner qu'une fois la
semaine. Encore sautait-on souvent une semaine. A l'écolière tachée d'encre avait uccédé une reine tachée d'encre, les mains
sale , le linge déchiré, qui a,·ait beaucoup lu
Pétrone et Martial el tenait les propo' le plu.
salés, rouis tout à fait savante, éloquente, sachant discttler et raisonner. !1 Elle a toul vu
elle a tout lu, elle ait tout », écrivait. Naudé
:\ Ga sendi (19 octobre 1652). ~leneille des
merveille , elle n'était poinL pédaota! Elle
haï ait la pédanterie, dix fois hni sable clm
la femme, el dont son esprit la sauvait presque loujour , même en dissertant avec des
pédants sur des ujets pédant . a réputation
se répandait en Europe d'une manière à remplir son peuple d'orgueil, si on peuple n'a~
,·tÜL commencé à s'apercc,•oir que les reine
trop brillantes onl de inconvénient .
ous ne nous doutons plus de ce qu'était
la dépen e d'une cour pareille. De nos jours
on a le savants chez soi pour rien. Ils étaient
moin idéalistes il y a deux siècles el demi.
L'honneur de leur visiLe c payait à beaux
deniers comptants, el Christine était libérale.
C'était un ac d'écus, c'était une pension,
c'était une chaîne d'or, et la reine ne e contentait pas de gorger ]es avants de sa cour.

Ceux qu'elle ne pouvait 1oir, elle leur écrh·a.it
du moin , cl c'ét;\icuL encore de · p1:nsions et
de chaines d'or. L'Europe était remplie de
angsue qui suçaient ln uèdc, et un profonù
mécontente.in •nt grondait dans le 11~· . Les
.'uédoi~ ne pournicnl soan-er sao arn!!1'tume
à ce que devenait l'argenl •tn'ils avaient c;ué
a\'CC angoisse. Leur cœur e remplissait d'11ne
ju.'te colère à la vue &lt;le cc, étranger qui
. 'étai nl abattu sur le pay comme ·ur 1m
proil", et &lt;JUÎ encourageaient chez la reine tou
les goùts ruineux. Le peuple mourait Je faim,
et Christine dépen ait des Iré.ors en collections.
On lui a fait un grand mérite de ces collectious, et il est vrai qu'elle· étaicn L fort belles.
'a bibliothèque pa ail pour n·avoir point &lt;le
rivale en Europe; le manu crits, à eux: cul ,
étaient au nombre &lt;le plus de 000. Le œuvres de maitre et le pièces rare abondaien L
dans le cabinet des tableaux, dans celui des
médailles, parmi les statue • les ivoire et les
cudo'ilés. Cependant, l'amant de follrilll et
des arl' ne ûenl aucun compte de ces merveilles à Christine, parce qu'elle! avniL !orm:
.e collection en parvenue à coup d'argent,
sans patience el ans vraie tendres ·e. a bibliothèque el es mu ée faisaient un peu
partie da décor pour on rôle de iemme
extraordinaire. Elle avait payé deux manu. crits 160 000 écus 1, mais èlle laissait voler
les !rois quarts de sa bibliothèque ,an s'en
apercevoir. Elle possédait onze Corrège et
deu flaphaël, mais elle avait fait découper
'I.! plu belle. toile pour coller les têtes, le~
pieds et les mains Jan le compartiments de
~es plafonds . .A.prè, cela, un collectionneur e:-t
classé.
On retrouve au fond de se goùt les pin.
nohlc ce be oin malsain de faire parler de
soi qui l'a perduu... e admirateurs les plus
ferrents avouent ~a 'elle ,mlh une vauitô
e:rnrbiL1nte. Gelle philo ophe adorait ln flatterie et respirait a,·cc béatitude Lous les encens qu'on voulait bien lui o/Trir. Elle ne dédaigoaiL poill.l. de tenir elle-même l'encensoir,
et elle t1 lait frapper un nombre incroyable
de médailles où elle e t repré~entée en lline.rve, en niane domptant le- fauves, eu Victoire ailée ·e couronn~nt de lauriers clc.
Elle encourageait les faiseur de panégyriques
en pro e et en vers. Elle constatait à ses pi·opres yeux son importance en accablant d'avis
indiscrets el imporluns princes et politique ,
Retz el Mazarin, Condé el Louis XI\', le roi
de Pologne et le roi d'E,pagne. On la recevait mal, elle recommençaiL. a tcnl.1live
pour eulrcr ea corre pondance arec le roi
d'Éthiopie esl un amusant exemple de s:i
manie de célé!Jrité.
En 1055 errait par l'..\llemagne un malheureux noir qui cherchait ttuchiue chose cl
ne pouvait expliquer quoi, puisrpte personne
n'entendait son langage. Un sal'anl d'Erf-url,
Job Ludoll, auteur de travaux sur l'Éthiopie

line n'avaiL p,a frlncbi les bornes de Ill èlwlelè ~1. Pour I instrueliou ,les biLliopl1iles, "oici les
litres 11 ces ùeux m11cuusc:rits, aclietè pour le comptt&gt;
11,• Christine par ).;a~c 'iossius. C'(•tail l'//i.,to,re

eèr.l~•iastique de Philostorge et les Ba/Jylon.iq11,:g de

Le s1&gt;Coud pa ~il pour êLre rœuvro d'un raus•
sairc. On ne tlit pa, si le premier contllllail le
texto de Philosturire, ou l'cdrnit qu'en a J,H111i,

17

Jlllllblique.
l,e deu"C: manusui1s appertinr.,nt apros la mort
de Chrisline à la hihliolhèc1ue du 'iatican.
.,. ZIZ -

Ph~tius.

,

_____________ ------------------------

et la langui' ltbiopienne, se trouvait alors 11
tockholm. il assura i1 Christine que le noir
était Éthiopion, cl Je cherchait sans doute
pour le eoruplimenler de ses travaux ur son
pays. Il ajouta que le oyageur devait se
nommer AkalaklUs. C'était une occa ion unique de répandre a gloire en Éthiopie. La
rt'Ïne écrivit une belle lettre en latin à son
11 très cher cou in el ami » le roi d 'l~lhiopie :
(;om,lHl[JllÏJ/eO 1/M(l'O C(Ll'Ùlt.,jmo. enrJe111 {/l'tl-

tia JEO,inpum reyi, etc. Ell" lui ~ouhaitnit
toutes ·orle· de pro péril~ « à l'entrée de

et que Je mari.ige change les idées des filles;
mais il avait fallu renoncer à celle branche
de salol.
Les prétendants n'a,·aient pas ma.nqus.
il en était venu des quatre points c:irdinaux, de puissants et de modestes, de vieux
el de jeunes. Cbri tine les avait tou éconduits et se déclarait résolue à re Ler fille.
Elle ne rnulail pas avoir un mailre, el la
pensée de la maternité lui était odien c. On
a vai L trop réu. i à lui ùter ,on . cxe. Comme
le!; mini tres, le sénat et les états insi ·taient,

Coll.llAT PRts DE "'ISl::LOCll (AOUT 1636). -

leur t:ouunerce de lettres ll, el 1•ecommandait
Akalal..tu :1 a bienveillance 1• Le p,up1et Cul
expédié au noir, en llemagne. S'il le reç11l
el cc qu"il tm. fil, per onne ne l'a jamais sa.
L'hdoirc dit seulement qu'après avoir couru
l"A.llemagnc pcnd:mL plus d'un an, il partit
découragé et ne rc,'mL jamai .
La uède en étail H,, froi sée par la préférence donnée aux étrangers, pressurée pour
de dépenses qui lui parai ·saienl sottes, réduite à e consoler par la pensée que sa souveraine était forte ell grec et coID.Illenç:ùl
l'hébreu. LonglellljJS le pa)'S avait pris patience en se dis:ml que la re.ine se marierait,
'l. La mimlle de celle ldlrt: t!XÎ•laÎl IIU ,i~clll tlcrllier tian, les archifts do Suii.tle.

CH~1ST1'1Y'E DE SUÈD'E ____._

perdait la pourpre; que le sai~t-pè_re l'ava!t
nommé on métlecin el le voulait faire cardinal. li exerça dès lors la médecine. 'es confrères le traitaient d'ignorant ignorantissimc.
On serait en peine &lt;le dire à quoi ils s'en
apercevaient, dan l'état où étaiL alor la
&lt;.:ience. IlourdcloL baragouinaiL la!in tout
romme un autre. Il di.s· •riait tout comme on
autre sur lâcreté de humeurs et les agitaùon de ln bile. Il sa.ignait et purgeait tout
tomme un aulrtJ. 'ous en parloo saYamment; nous avons ·ou le ~-eux une de e

D"après 1me gravure du lemps. (Cabinet aes

Esla1ntes.)

consultations, en quatn· pnges in-,1uarto et eu
latin.
Les confrères curent beau glo er. llourdèlot fit son cheruit1: il avait le. femmes pour
lui. C'est le parfoh modèle du médecin de
dames au nue ièclc. Il était aimable el badin, fertile en bons mols et ami de divertissement . li avait de secrets admirables ))OUr
les eaux. de toilette, chanta.il la romance,
lV
iouait de la guitare et cuisinait joliment. li
l!ourde1ol, donl les uédois parlent encore était sans rival peur organiser une fète ou
al'eC colère, étail fils d'un harllicr de Sens. a inventer une mvstificalion. Du re te, un ,-rai
avait éLnùio pour être apothicaire. 'était mis Gil ma , convai~cu qu'il n'y a d'antre mo1·ale
à courir lo monde el avail passé ('ll llalie. 11 uc de se pouB er dans le monde t:l tJ ue les
Certaine petite affaire l'ayant ohligé à rentrer grand scrupule' ~ont un la.xc, malséant aux
e.n France précipitamment, il conla qu'il l petits compagnons. Plein d'c prit et de drô-

elle leur déclara 11u'elle abdiquait (% octo~re t651).
On la •upplia de rc ter. Elle n'y consc.nLil qn'à la condition r1u'on ne lui parlât plu
mariage. Trois mois après, Bourdclol en•
trait en scène, et la uède n'avait plus qu'b
se voiler la face.

... 213 ...

�111ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
krîr, malfaisanl comme un sin,.c, souple
11u:ind il le pournil, ne cro~anl ni à Dieu ni
à dinLle, heureux. de ,ivre, de rire el de mentir : \Oilà Dourdelot.
11 arail c:Lé recommandé à Chri l[ne par
;iumai e. Depuis lonrttomps, la reine se ~enLail malade. La nature s'était ré1·olléc contre
re rêo-ime harhare de dictionnaire et de !!l'Ïliouillagc. , san :iutre déla l!!Hènt que d'écouler les professeurs d'lipsal disputer en
latin. CbrisLino ,·•tait ronrrée d'abcès et min1c
p;ir la fihre. EJle ne dormait ni ne rna11rrcai1,
i."J,nnoui . ail coaLinuellement •t e cropil
perdue .• os médecin. ordinaires ne voy~ienl
goutte à on ruai. Elle manda Bourdelol,
qui fit prc11l'e de coup d"œil. li ôta Lou~ le
livres, ordonna I repos et la dislraclion,
et di.sipa le. rco-rcls de $a malade en lui asur;mt qn'à la tour de France, les Ît'mmes
~:wantes pns ·aient pour de créatures ridicules.
Cllri ·tine !âla du traitement et le troUl'a
tlè snn goùl. Elle a remellail à rne d'œil, Pl
le remède était agréable. Elle s'amu.a un
peu. bc:rncoup, pa ionnémcnt, emop1 promener ,a,·ai1L, ministre cl sé □ alcur, jet,,
~es dictionnaires par-de. 11 les moulin l'l
n1n•priL de .rall1·:iper le lemp perdu. Elle
avail ,inBl-cioq ;u1 · : c'étaiL Leaucoup dt! r, -

adolcsoent s'amu5ait éperdument arnc les
nièces de Mazarin. Cbri Linc passnit les jour
en partie de plai~ir ! Christine dan ait des
ballet- [ Cbri tine e dé!!U.Ï ait! Cbrisl.inc h •rrtaiL les saranl, ! Elle oblirreait Uocbar&lt;l à
jouer au vola111, 'a.udé à danser le danses
antiques sur lesquelles il a,,ait étril &lt;le savant mémoire , Meihom à chanter les a.irs
grecs qu'il a,ail retrouvés. cl eJI • riait aux
6clats de la ,·oix Fau e de l'un, des postures
:;rot •.·que~ on de la maladresse de !"3I.ltre.
jour, :1 Upsal, 1 ~ prol'Ps~cur voulurent
di,pulcr &lt;levant ell,, 1 clo11 l'u.age. Ch ri. lino
courut se jeter rla1r soo carro ·sc et s'e r, fuit.
Youlait--on lui p:irl&lt;'r affnire '? Point; plus
J'affair&gt; . Lui demander audience'? Impo :.-i !,Je ; elle a vai l nn pa de Ln 111:L à répéter.
Lui propo·aiL-on de pré ider le con cil'! Elle
se auvait à la campagne et fermail a porte
aut mini lres. Cha1p10 heure ,oyait croitre
·a fougue de pl.iisir, el Bourdclot l'excitait
. an· n:làrhe. Il iUl'enlait sans cesse de nuu,·cnu\ jcuJ, &lt;l • nomclle · fêles, Je aouveam:
tour à jouer am a1a11ts. Il couronna H! '
méfaiLs en admini!!lrant uue médecine 11 la
reine lt~ jmtr où Bochard &lt;ll•1·ait lui lire ou
public des fragments de sa Géographie ~acréc.
l.:t Soi:Je. cruL :la ouvcraine folle. Le bruit
lar&lt;l.
e re11.111dit que l'e.prît de Chri.tin! s'all'aiElle ne d~ ·e. péra pas cl eut raison ; pe11 hlis ' ail. Aurun Je .i! homme' d"Et:11, pa ·
ile femme· );C 001 auLauL amusér!&gt; 11uc plus Oxcnslicrn r1uc les aulr' , rùwaii prévu
la rri11c Chri.·tin1~. Le palni royal se lran - la r6aclion. Aucun ne s'était jamais dit qu'à
forma comme pur un oup de l1agucllc. moin. d'ètre dc,·rnue imbucil • à force d'excès
t.:'t:lail auparaYaut une Sorlionne; Hourddot ùe tra,·ail, il vientL-ail un morne.ni où une
eu liL un petit Lonrrc, du lcrups où Loui~ :X.Ir lillc jeuuc et arJt·ntc ,·oudr,,iL respirer cl

rn

&lt;·xisLcr, oi1 elle &lt;lécou1•rirait qu'jl · a autre
cho.e dan la ic &lt;jue d'être rat de bibliothèque, que la jeune. e nou a él!! doanétl
pour être joyeux eL le ·oleil pour en profiler.
Il arnienl cru que cola irait Loujoor aiu i;
qu' prè, l"bébreu, elle app renJrait l'oral,c,
après l'arabe l'élhiopien, et qu'elle ne demanderait jamai d'antres plni~irs. Un dénoûment
aussi facile à prévoir et au si natu rel le:·
frappa de surpri c, ulant 11ue de douleur . li
y al'11iL un mois que la reine u'amil tenu un
con~C'il ou reçu un sénateur: elle :wait ré11ondu hallcl à Ion' le discour de l'amhassadenr d'.\ nnlcterrc sur une affaire; l'université dTpllal boudait depuis l'aventure. dll carrosse.
C'était prolbndémenL aflligeanl, mnis cucorc plus incompréhl!Il iLle.
Leur étonnement était comique; leur chagri II était fondé. li n'est pas agréable pour un
pa · de tomber sous lafùule d"un Ilourdclot,
el le ûls &lt;l u harbier de en régoaiL san partage au palai . La reine ne VOJail que pa.r c
l'cux. EUe lui di ail Lout. Elle le co11SultaiL
sur loul. llourdelot étail derenu un per·on11agc politique! Il di posait de l'all iance de l.1
·uède et était en train de l'oler à la France,
pour d rai Oil' à lui connue , et de la donner à l'E pagne. Quicouqne lui portail on~hrage était écarté. On peut croire qn'il n'a\'ail
fM · Je triomphe modcslc. ' es airs Yainquc.urs
de dindon foisant la roue achcYaicnL d'cxa pérèr lt!s uédois, mai· il s'en moquait. li ~c
entait solide, el il l"était en e.Oèt, car il a.mu.ait Chril,tine, el Christine n'en demandait
pa da.,•antage pour le moment.

(A suivre.)

~

Voici un joli mot de la romlcsse Amélie
de Boutller. Quoiqu'elle ait une conduire
irréprochàlile, clic e permet quelquefois tlcs
plai •;mtcri • ur Je~ ridicules de son mari.
l'n jour &lt;tu'l'llc 'en mor1uail co présence de
sa. belle-mère : 1c \ous oubliei, lui dit celle
Jernièrr, que vous parlez de mon !il ' , - 11
L-St uai, maman, répondit fa comtesse Amélie;
jr. croyais ne parler r1ue de votre gendre. 1J
~ Quel domma~c que \I. de Lauzun ne
~acbc pas apprécier la fem.mll an,.élir1uc et
charmante 11ue le ciel lui a donnée!. .. 11 a
d'ailleur l.aut d'cxcllllcnlc· qualité cl lanl

d'esprit!... (!n lqu'un se moquait de ·oo
go11t pour mademo iselJ Laurent; il co11\·Înt
11u'cllc n'esl poiul jolie cl qu'elle joue fort
mal la comédie. &lt;t ~lai , :ijoula-l-il, si vous
saviez comme elle est Lèle el comme cela c.st
commode! On peut parler devanl ene des
chos les plu importante. a\'ec une sdrelé 1. .. »
qf&gt;,s.

M. de .. csl d'une avarice extrême.

N'a anl point tenu de mai on dan le cours
de l'~lé. cl ,a glacière ~c trouvant cucore
Loule remplie au mois de jan,·i~r son maitre
d'hiHel lui dcmauda ce 1p1'il \'Oulail que l'on
Ül de tout crne glac •. « Eh. Lien! réprmdit
ll.tlc ' '"•,qu'on la donn · au1 pannes. »C'e 1
le premier acte de charité ,1u'il ail jamai · fail.

r. de (,douchcle ·Lextrèmcmenl a.nglom::uie. Llicr, il étail à chcYal à la portière de

~

AR\'ÈDE BAR!NE.

la \'uiture du roi LLouis À\-1J, &lt;1ui allait à
C:hoi ·y. Il avail fait de la ploie, et ~f. de
Nédonchel, lrollant dans Ja houe, éclnbou sait le roi, qui, meltaat la tête à. la portière,
lui dit : « M. de édonchel, vous me crottez.
- llu.i, ire, à J'anglai e, 1&gt; répondit &lt;l'un
air lrès satisfait de lui-même L de Nédonchd, 11ui, au lieu du mol crolle~, avait entendu vous ll·ollez. Le roi, sans connaître
celle erreur, ~·est conLe.nté de 1e,·er la glace,
en disant avec une bonhomie très a.ima.Llc :
&lt;&lt; Yoilà un trait d'anglomanie qui e l un peu
fort. »
~ M. dc Bu -y esl loujour amoureux de
sa. femme. 1 n jour, aprùs lui avoir reproché
le tou froid et les manières cérémonie.us•
qu'elle a con Larnmenl avec lui, il la conjurait de le tu Loyer : « Eh bien! répomlit-ellc,
va-l'en. »

l\iADA.ltE

..

ESPION . -

DE

GE. LlS.

Tableau de

J.-J.

BBRNE•BELLECO~R.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPlTR.E XXIV
Le l(t:Lléral Losa.lie. - Incridenls de la ùnlllil le de
Wa1:1r:im et obscrvntiun.s di,·crses. - Disgrâce rie
IlPrn3dot le.

Le général La aile, tué à Wagram, ful
~ivemeul regrdlé pa,.r l'Empereur ainsi que
par l'armée. C'était l'officier de cavalerie légère
qui entendait le mieux fa guerre de avantpo tes et po sédai L le cou(l d •œil le plus sÎlr .
Il c1-plorait en un instant toute une contrée,
el se trompait rarement; aussi les rapports
qu'il Iai 'ait sur la position de l'cn11emi ét.aicnlils clairs et précis.
Lasalle était un bel homme, spirituel, mai
qui, quoique instruit et Lien élevé, avait
adopté le genre de
po er en sacripant On
le voyaiL toujours buvant, ju.ra.nl, chantant à
lue-tête, brj~anl lout, et dominé par la pasion dn jeu. Il éLaiL excellent cavalier cl d'une
lm.vourc poussée jusqu'à la témérité .

Cependant, bien qu'il eùt fait les premières
guerres de la fü11'oluüon, il était peu connu
a,·ant la célèbre campagne de i 7!l(j en Italie,
alors que simple capitaine du 7• bis de housards, il se fil remarquer du général en chef
Bonaparte, à la !intaille de Rivoli. On ait
qu'elle eut lieu sur un plnlcau lrè éle"é,
hor&lt;lt! d'llll côté p:ir une partie rocailleuse
très e·carpée, an has de lariuelle coule !'Adige, que longe la. route du Tyrol. Les Autrichien , ayant été Latlu par l'infanterie trancaîse, s'éloignèrenl du champ de bataille par
tou[es les issues. Une de leurs colonnes espérait s'écbap~ en gagna.nL la vallée li travers les rochers; mais Lasalle la suit avec
deux escadrons dans ce passage difficile. Ea
Yain on lui représente qu'il est impossible
d'engager de la t.axalerie sur un terrain au i
dangereux; il s'élance au galop dans la descente, ses housards le uivenl; l'ennemi,
étonné, précipite sa retraite, Lasalle le joint
.... .215 .....

cl lui fait plu,icur~ mil lier· de µriso tmier
sous les ·eux &lt;ln général Bonaparte el de l'armét: qui, du hauL de mont voisins, admiraient un tel courage. A compter de œ jour,
Lasalle fut en trèl; grnndo faveur auprÙl; de
Bonaparte, qui l'arança promptement et l'emmena a,ec lui en Ég)pte, où il le fit colonel.
Dans un des nombreux enga..,cmenls qui
eurent lieu contre les mameluks, le cordon
qui retenait le sabre de Lasalle à on poignet
s'étant rompu, cet officier met bravement
pied à lcrre, au plus fort de la mêlée, et,
saru s'étonner du danger, il ra.mas!ie son
arme, remonte lestement à cheval et 'élance
de nouveau ,ur les ennemi ! Il faut avoir
a sisté à un combat de cavalerie poul' apprécier cc qu'exige de conra 1c, de sang-froid o-L
de tlc. térilé l'exécution d'un tel acte, .surtout
en pré cuce de cavaliers tels que Ie mameluks.
La alle était intimement lié avec une dame

�111STO]t1A
française de haut parage, cl pendaal 110n
séjour en Egypte, leur correspondance l'ut
snisic pur l •s An.,faL, puis injurieu emcnt
irupriméc el 1ml:iliée par leur omerne.ment,
dunt l'acte fut gon6ralemenl blâmé, même
en \ngfol&lt;!rre.
L ~clat nlrainn le dil·orce
di! la dame, t Lasalll· l'épousa à son rèlour
•'n Europe. Dernnu officier général Lasalle
fol ,rus par !'Empereur à la Lè!c de l'avant~arde de la randc armée. li e dhirwua
Jam, la c.impag11e d'Au t rliu et urlout
dan· celle Je Prusse, où, avec deux ré·•imelllS
dt, housard., il eul 11'.iudace wouïe de e préenter dc\lan1 la pla · forte dt~ teltin cl tic
la omruer de "c ren&lt;lrl'! ... I.e• goU\·•rncnr,
,·ffrayé, s'timpre,:a cl,• lui apportcrlc clt•ft- 1...
,'i ce tJerni r •• •n fât cni pour fermt•r Ir.'
(lOrll· de a fortcrt·ss ·, Loule la. ca\·aleri • de
n:urop· u·aurait pu la prendr1, ruai' il n'y
~oug-. pa · ! !Juoi qu'il en soit, la rcddiliou
dL• , Mlin hl le plu· •rnnJ honneur à La ail ·
l'l acrrul ioftuimcnl l'affe •Lion que lui portail
rnmpcreur. li lr gâtait 11 an point uaimPnt
i11crontl1le, rianl d,• toutes es fn·daines cl ne.
lui l;i so.nl jamai pa ·cr t' dettes. l,nsalle
était sur le poinl d' 1pou cr la dame ùi\lorr ·,
J(lnt j :\Î 11arlé plui:; haut, cl apoléoa lui
arnil rail dunm•r deu cent mm' francs ;ur
~a ca . elle. lluit jour apri•, il 1~ rcncot1lre
.un Tuill!ric et lui dcmnTidc : &lt;t .A quand la
u 1111c •?-Ell • aura lieu. Strc. •111:i.ndj'aurai
&lt;&lt; de qaui ad1etcr fa corlJeille el le meuble .
&lt;1 Curumunt! mais je l'ai donné &lt;l •u~ cent
« will, rran · la sNuaiue Jcrni:-.re .•. qu'en
« a~-lu l'ait? - J' •n ai employé la moitié
u à pa1cr me· delles, cl j'ai perdu le re le
« au jeu! ... &gt;J n pareil :n-cu aurait brisé la
carrière tl • Loul autr nénéral; il fll ourir ·
rnmpercur, 11ui, ·e hornanl à. lir•r as ·c1. forlcm(•nt la mousta.cht• de Lnsall •, ordonna au
111:trêchal Duroc de lui cloD.Jlcr •ncor dl'U
rcnl mille frani:s.
A la fin de la halJlillc de Wagram, [,asnllc,
donl la dh-i ion n·arnit p:i encore éLé •n Ta,,. le, YioL sollicil •r JI' ~fa•• i.ina l'aulori otion
de pour uivre l'ennemi. L1• maréchal y cooti •nlit, à condition 11ue cc ,erail a1•t · pmdi:111·e. lai à peine l.asaU a+il pri' les
ùc,:ml , rl)t'il ap(?J'çoit une l1ri«ade d'intanlt·ric cnnPmie r1ni, rc• ·Lée en arrjèJ'c cl crJ"ée
de pr •, ·, ~c hiH.1it de ga,,.ncr le bouru de Léol'olJ.au, alio d'y obl 'Jill' nue capitulation en
r'•glc, tandi · qu'en plaine elle re&lt;loul il la
furie du ,·ai111tueur. Lasalle devine le projet
du génêral aulrichi n, cl craii;na11L qa 'il
u'échappr :, sa ca\alcric, il parle :, ses
hommes, 11'.ur montre le soleil prêt i1 - coucher : ,, La bataill · m. linir, •écri1:-L-il, et
1c nous sommes les
•uls qui a'ayon, pas
11 conLriLu • à la •ictoire!
\lions, :nhcz11 moi! ... Il 'élan· ,le saLn•illamaio, sui,i
Lie uomhrcux Mcadron , et pour empêcher
le bata.illous {'illlemis d'entrer daus le ho11rg,
le uéncrol o duigc dans J'espace trè r i;l!l'ré 11ui c. i tait encore ente&gt; Léopoldau el
la tète de colonne Il,· ennemi . C•u,.-ci, se
1·0 anl cou~ d ' l'asile c1u'ils
p •rnienl
ga;;ncr, 't1 rr 1lenl Cl commcncenl un feu
roul:int d · plu vifs. oc balle atteint La0

.aile 1i la t~lt•, l'L il tombe rniJ · morL! ... a
divi:iion t'rrtlit une centaine de cavalier cl
eut hcau~np de hl•~ ·és. I.es L,ltn.illons anlrir.bicn. ·ounircnt un pas ·a,;,· cl oœuJ)i'.rrnl
le ùour"; mai· à l'approche J1· no dh-ision
d'infanteri(', il· mirenl bas le armes. 11 le
ch,·f déclarl:reut 11ue telle a,aît été leur
iol •nlion, eu hl'r&lt;·hant un rc•fugc Jan
LL1opoldn.u. La char"c• e1écutéc par l,asalfo
était ùouc inutile, et il pa a l1il'n chcrlïwertion de on nom an lmlleli n !
. a morl lai :a un ,rand vide duns la ca,·alt·rie légère, Jont il :nait perf,-ctionné 1\ldution militair •; mai·. sou un autre rapport.
il lui a\'nit Lenucoup nui, ..ar lt• mas~ ◄.!
iuiitant le~ lravcr$ et le. riiliculc. de d1ef·
1111't·llc· ai111L•11l, pnrc,• qu'il · les c-0ud(ii~cnt
;1 la Yidoir ·• les e cruplcs domn~s par le gt:n :_
ral Lmmlfo forent pernicieux pour li! cnrn1 rie léghP, 011 la lr11ditiua s'en es! lonuLemp
pcrpêtu,~ •. Un n · c serait 11a. tru cha .cur,
cl ·urloul hou ard, si, prcnnnl 1• cult'l1r •
Lasalll' pour modèle, on n'eùt été. comme lui,
_aos-p~ne, jurcu r. lapa"cur el l,menr ! ... lliun
d1· officit'.rs copièrent le· dt:fant:, de cc uéoéral d'avaut-gnrtlc, mai· aurun d'eux n'acquit
le grand •1ualilr qui le lui fabienl pnrclonuer.
Lor qu'un comb:i.t a lieu 11 •n&lt;bnt l'été, il
arri, c smnent q uc les uLus el le• bourr1: de
fll!iîl metlt'nl le feu aux blé~ Mjà uuirs; wai ·
\\"n•rrnm ful, d tout · l bataille.· de l'Empir ·, celle oi1 l'on vil le plu d'incendie: de
t',e neurc. l.'nnn :e êlail précoce; il fai,:iil une
chaleur all'r,•u. e, cl 1~ terrain ur lequel
nous comLalliuns éla.ÎL mm immense plai11e
cnli rcmcnt comcrlc de oéri!ah. A la cille
ù'èlre moi ~onnéc:., le~ rli(:ollc · . \:nllammaient lr" litcüemenl; cl lon1 ue le rcu prenait ·ur un point, il s~ propageait avœ une
r:1pidilé oll'ra ante pour les d •u · ~rm · , ùoal
les momem •nts furent omcnt cntra,é: par
ln néces ité d'éviter le lléau ileslrucleur.
Malheur au lroupe ' 11ui c lai. aient attcindr ! La poudre contenue dans le~ "iberuc. cl
le uaî 011s 'enüanmiait et portait la mort
dan le r.\ngs. Un voyaiL donc de Lataillon',
cl même des r lrrimcnt enlier~. s'élancer au
pa,' Je coursu ponr é\·itcr l'incendie, et 'il"ncr
des cmplnct•lllcnt où le bl · eût déjà été
brùJi; ma~ le· Lomm·· rnliilc pouvai&gt;nt
~ •ub profil r de e' rcîuge. Oua.at au:t mililtûr • •!Tihemenl Lie ·é , un i;rantl nombre
1i-rireuL dans Je:; Jlamrues, el, parmi ceux
t!UC le feu n'attcigniL pas. beaucoup passèrent
plusieur jours sur le charup de bataille, où
l1.1 grande hauleur des moi, on cmpèd1:i.it de
les ap1m:c,oir. lls ,écurent pendant ce temps
de grain de hlé. L'tmpercur lit par ·ourir la
pl ine par de nombreux détachcrnenl · de c.'\rnlerie, suivi t1" ,·oitures qu'on avail pu
troU\'er dan YiellD ·, el les hic· ·é · furent
relevés, sans ditiocLion d'amis ni d'ennemis.
liai ceux sur lesquel lïu ndie avait pa é
·uccomb '•renl pr l}Ue I u , · • 11ui tit dire
aux -ol&lt;lat.s 11 u•J le feu de pailk :wait tué pr que aulilllt d'hommes que le fou du corulmt.
Le deux jours 11uc dura la ba.laille furent
remplis d'an iété pour l · habitants de
... 216 ...

\ïmnc, 11ni n'étant . •par· d • armd~$ 1111e
par le Danullc, non eulemeol eulcndoienl le
c.111on et la fusillade, ru:iis ,·oyaient parfaitement les m.1.nœuvre:. d
comballanb. L ·
toits, les clocher de Vienne, el surlouL le·
hauteur qui domim·nt celle \illC et la ri"o
droite, rt.ait•nt l'ouvert par la population,
qui, selon le~ pbas Je la b:it:iille, p;i::ail
de J:i. crainlc à l'e~p,rranee. Quel rare cl m(lgnir.que panorama le· pecliJ.t •ars aYaicnl
·ou. les ·eux!... Troi · cent mille homme
..:omhattanl dan une plaine immen e!
L:: célèbr cl spirituel fold-marér:ha.l prince
d • Ligne, ,1uoit1uc tléjà bien â••é, avait réuni
fa haute ociLlté de \ ienne dan sa maison de
i:ampag[ll), iluile au point lo plus élovê de,
collu1e", d'o1'1 l'œil cmln·assail tout le champ
J • hataillti. Son expérience Je la "Ul.'rrc et
ï&gt;n m,pril supérieur lui l,renl prompt m.c11t
1·nmprendre le projet Je , 'apuléon 1•L le
faut,· du prince Chari,•~. dont il pr,:dit la
&lt;léraile. Le: théncmenl de la journée tln ;,
laissilrent l'affaire imléci e; mai· lor que,
dans celle du li. les Yiennois , irenl l:i droite
&lt;le l'armeL· autrichienn13 refouler notre nilc
gauch . qui perdit licaueoup de lermiu, une
jrtie frénaliquc éclata parmi en. , l'L, l'aide
de no lofl'.'U -\'U •s, oou a11erceviou · de·
millier d'hommes et de fewmes 1tgilaot
leun chapeaux cl li!ur· mouchoir , pour
è11·itcr en1·ore le con rnne d, leurs troupe·
victoricu~1·s ur cc poin L. mai ·ur •: poiu l
se-ulemcnt. Aus i le prince de l,igne ne pnrlll"c.'lit-il p~ l:i joie d • Viennoi·, et je tiens
d'une pcr ·oonc qui e trouvait alor l'h •z cc
,·ieux guerrier, 11u'il dit à :,es invités : &lt;t .Ne
« ,·ous réjoui . ez pas em·or1!; dan moins
11 d'un quarL d'heure le prince harle .cra
« battu, car il n'n pa de l'é.~1•r1ws, rt ,on.
« rayez I masse~ de 1·elle· &lt;le npoléon en- _
&lt;1 combrcr la plaine •... &gt;) L' é\'61cmcnl j w,tina celle prédictioo
Comme il faut, avant tout, r ndrti ju~Lice
à chacun, même it es cnnl'mi., je dirai,
apr~ avoir crilÎquJ 1,. marH"Du1re. fait&lt;•:; par
le prince Charles 11 \ngra.m, 11ue
fautes
ont infiniment nll'nu.S•· par l'espoir 11u'il
devait avoir dan l'arrivée du prince Jean
u1·ec un corps de :ij à '~0 000 homme·. ,1ui
pouvait déhouch.er ~11r uoll'e ~•ile ùroil et
m 1mc ur nùs derrière . Il faul aus::.i comr..llÎr
11ue l'archiduc Cbnrle. montra heauooup de
viaueur dan l'exécution du pl:ui 11u'il a,ait
conçu, cl fil pr me d'un g1-;111tl courJ"c personnel, ainsi que de beaucoup d'aptitude 11
soutenir le moml de ses troupe:. J'en citerai
un exemple remanluahle.
n ~ail qu •, outre le colonel comm.iadaut,
•baqu• rl,!imenl n 1111 eolonelpropl'ièl11i1-c,
donL il porLe le nom; c'est baliitudlcmcul
un prin ·e ou un ot'lîcicr ênéral, à la mort
dm1uel le régiment est donné à un autre,
de sorte que cc corp. chaugcut souYent de
d :nomination el ont obli"és &lt;le quitte!' le
nom qu'il' onl illu.Lré ur ,·ingt champ. dti
LrtlaiUr, pour •n prmdrc un uonveau 1otalcmcnt inconnu. Ainsi, 1• dr~1gons de Lntour,
i célèbre dan · le prcmi' res guerre de la
Révolution, et dont la gloire •'éLeodnil da.u

HISTORIA

L'J FA TE C THERfNE-f-y11CHELLE

FILLE DE PHILIPPE II

Tablenu J'.\LO, . S \.·c11 EZ . )ELLO. i.\\u ·ée du PrnJo, \ladi·id.)

�'------------------------Loule l'Europe, durent, à la morl du général
Latour, prendre le nom du générnl Vincent,
ce qui, en détruisant une belle tradition,
blessait inûniment l'amour-propre de ce régiment, donl Je zèle fut considérablement alfaiLli par ce changement Or, il advint, à la
prenùèrejournéc de Wagram, que le prince
Charles, voyant le cenlre de son armée sur le
point d'ètre enfoncé par le corps d'Oudinol,
voulut essayer de l'arrêter en l'altaquant avec
de la cavalerie.
Les dr:igons de Vincent se trouvaient sous
sa main; il leur ordonna de charger : ils le
llrent mollement, furent repoussés, cl les
f rançais avançaient toujours! Le prince lança
de nou,·eau contre eux ce même régiment de
\ïnccot, qui recula une seconde fois devant
nos bataillons I La ligne autrichienne était
percée! ... Dans ce pressant danger, le prince
court ,·ers les dr;igons, les arrête dans leur
fuilc, et, pour les fairo rougir de leur peu de
,•igueur, il leur dit à haute voix : « Dragons
&lt;&lt; de Vincent, on voit bien que vous n'êtes
&lt;1 plus les dragons de Latour! » Le régiment,
humilié par cc reproche sanglant, mais
mérjté, ayanl répondu : &lt;c Si, si, nous le
« sommes encore! - Eh bien! s'écria le
&lt;1 prince en mettanl fièrement l'épée à la
« main, pour vous montrer encore dignes de
« rotre ancienne gloire, suivez-moi_! l&gt; Et,
&lt;1uoique :tltcinl d'une balle, il s'élance contre
les J&lt;'raoçais. Le régiment de Vincent le suil
avec tme ardeur inexprimable; la charge fol
terrible, elles grenadiers d'Oudinot reculèrent
en subissant de grandes perles. C'est ainsi
qu'un général habile et énergique sa.il tirer
parti de tout ce qui peul ranimer le courage
chancélant de ses troupes.
L'allocution du prince Charles cnlla à un
si haut degré les dragons de Viucenl, qu'après
avoir arrêté les grenadiers d'Oudinot, ils fondirent sur la division Lamarque et lui reprireot 2 000 prisonniers cl cinq drapeaux qu'elle
venait d'c:nlc\'cr aux Autrichiens! Lt! prince
Charles [tilicila les dragons en leur disant :
et A présllnt, vous porterez avec orgueil le
&lt;t nom de Vincent, &lt;JUe vous venez de rendre
« aussi glorieux que celui de Latour ! » Ce
régiment fut nn de ceux qui, le lendemain,
contriLui•rent le plus à mettre en déroute la
division d'infanterie du général Boudet.
La bataille de Wagram donna lieu à w,e
foule d'épisodes, dont le plus important n'a
été rapporté par aucun auteur, bien qu'il
produisit alors une très grande sensalioa
tians l'armêe el dans le puLlic. Je veux parler
de la disgràce du général BernadoLte, que
l'Empcreur chassa du champ b_atail~! C&lt;:5
dcu x illustres personnages n al'aJcnt pmais
eu d'atleclion l'un pour l'autre, cl depuis la
conspiration de Rennes, ourdie par !kr°:atlotle contre le gouvernement consulaire, ils
étaicnl forl mal ensemble. Malgrr cela, Nap1lléon, devenu empereur, a1·ail compris Bcrna&lt;lolle dans la première promotion de maréchaux, el le créa prince de Ponte-Corvo, à
la sollicitation de Joseph Bonaparte, dont
Ilcrnadolle avait é11ousé la helle-sœur. Mais
rien ne put calmer la haine et l'envie que ce

JKU 011f.ES DU GÉ1VÉ1(A l. ~ON DE

général avait conçues contre fütpoléon, qu'il
flaltait lorsqu'il était devant lui et dont il
lilàmait et critiquait ensuite tous les actes, cc
tille l'Empercur n'ignorait pas.
La capacité et le courage dont Bernadolle
fit preuve à Austerlitz auraient porté l'Empereur à oublier ses torts, s'il ne les ctil aggra,,és par la conduite qu'il ûnl à la. ha.taille
d'léna, où, malgré les sollicitalions des généraux de son armée, il laissa ses trois divisions
dans l'inaction la plus complète, et ne voulut
jamais porter secours au maréchal Davout,
11ui, placé à une lieue de lui, soutenait seul
de\'anl Anerstaëdt les efforts de la moitié de
l'armée prussienne, commandée par le lloi
en personne! Non seulement Da,oul, abandonné par son camarade, résista glorieusement, mais il battit ses nombreux ennemis.
L'armée cl la France s'indignèrent contre Bernadotte. L'Enipcreur so borna àlc réprimander
très fortement, ce qui réveilla un peu le zèle
de ce maréchal, qui fit a,;s~:i; bien à Jlall
ainsi qu'à Lubeck. Mais, retombant bientot
dans ses habitudes de mollesse et peut-être
même de mauvais vouloir, il n'arriva à Eylau
r1ue deux jours après la bataille, malgré les
ordres qu'il avait reçus.
Cette nonchalance ranima le mé&lt;:ontenlemcnt de !'Empereur, mécontentement qui ne
lit que s'accroitre pendant la campagne
de t809 en Autriche, oit Bernadotte, commandant un corps d'armée composé de

?c

.i.\lAR!iCIJAL OUDINOT, DUC DR llEGGm.
Gr.:ivure de Prr.EOT, d'.1prés le lable;:i11 de Ro1u,RT
LEF&amp;VRE, (il/usée da

Vernifllts.)

troupes saxonnes, arrivait toujours trop Lard,
agissait mollemenl, cl critiquait non seulement les manœuvres de !'Empereur, mois la
manière dont les maréchaux dirigl!a.ient leurs
troupes. Cette attitude acheva d'irriter Xapo-

.MAJf_BOT

-

- .,,

léon. Néanmoins, il se contenait encore, lorsque, le 5 juillet, première journée de la bataille de Wagram, le peu de 1·iguem el b
fausses dispositions de IJernadolle permirent
aux Autrichiens de reprendre le village de
Deutsch-Wagram, dont la possession était
d'une très grande importance.
D paraît qu'après cet échec Bernadotle
aurait dit à un groupe d'officiers « que le
« passage du Danul,c et l'action '!IIÎ s'en était
« suivie ce jour-là a,·aient été mal dirigés, et
" que s'il eût commandé, il aurait par une
« savante mar1œu11rc, el pres1p1e sans com11 bat, réduil le prince Cha.ries à la nécessité
1, de meure bas les armes 1&gt;. Cc propos fut
rapporté le soir même à l'Empcreur, qui en
fut justement indigné. Telle était la disposition des esprits entre Napoléon et Dcrnadollc,
lorsque le li juillet ,it recommencer elllre les
ooux armées l'engagement mémorable qui
devait décider la victoire, encore incertaine la
\"Cille.
~ous a,·ons vu qu'au plus fort de l'action,
les Saxons, commaudés par Bernadotte cl
mal dirigés par lui, furent repoussés, el que,
chargés par la cavalerie ennemie, ils se jeLèrenl en désordre ~ur le corps d'armée de
Masséna, qu'ils faillirent entrainer dans leur
fuile. Les Saxons sont braves, mais les meilleures troupes _peuvent être mi~es en déroute
et essuyer une défaite. Or, il est de principt•
qu'en pareil cas les chefs ne dohent pas chercher /1 rallier ceux de leurs soldat.li qui soul
à la portée des sabres et des hafonnettes ennemis, parce qul'- c'est une chostJ à peu près
impossilile. l,es généraux e~ colonels doivent
donc gagner promptement la tète de la masse
des fuyards, et, faisant alors demi-tour, se
présenter en face d'eux, leur en imposer par
leur présence, leurs paroles. arrêter le mouvement rétrograde, reformer les bataillons et
résister ainsi à la poursuite de l'ennemi.
Pour se conformer à cette règle, l.lernadollc,
dont le courage personnel ne peul ètre mis
en doute, cède au torrent de ses troupes en
désordre, el, suhi d'un nombreux état-rnajor,
il s'élance au grand galop dans la plaine, afin
de devancer les fuprds et de les arrêter.
liais à peine est-il sorti de celte cohue, dont
les cris Jedétresserelcnlissaicnl au loin, quïl
se trou\'e face à face avec l'Empereur, 11ui
lui dit d'an ton ironi(fue : • Est-ce par celle
« r,,w,111/e 111anœw1re 11uc rnus comptez ré&lt;&lt; &lt;luire le prince Charles à la nécessité de
« mettre bas les armes 'L. » llcrnadottc,
déjà Corlement ilnl1l de voir :;011 armée &lt;lans
la plus complète déroule, le fol encore plus
,•ivcmenl en apprenant que l'Empertiur él.all
informé des propos inconsidérés 11u'il al"~Îl
tenus la veille. 11 resta stupéfait!. .. pui:;, w
remella.nl un peu, il cherchait à balliutit•1·
quelques mols d'explication; mais l'Empere.11r,
d'un lon sévère, et la parole haute, lui dit :
« Je vous rcfüe le commandement du COr]'S
« d'armée que vous dirigez si mal, ruon1&lt; sieur!... l~loignez-vous de moi
su r-lc1• champ cl quittez la grand&amp; armée daus les
« vingt-quatre heures; jt! u·ai &lt;rue faire d'uu
c1 brouillon tel que rou~ !... u Ce.la dit, Napo

�-

111ST0~1.ll----------------------•·

poléon tourua le dos au marécb.al et prenaot
momenlancimenl le commandeinènl direct
des ·a:1:011,, il rétablit l'ordre dans leurs rangs
et les ramena contre l'ennemi !
Dan loule autre circon ·lance, Ocrnadotle
cùl été ccrtaioeruenl désolé. d'un lêl 6cfo.t;
ruais comme son e1pulsion avait été prono11CL~ au moment où il galopait , en lèle des
fuprds, ce qui pouvait, laisser pl:i ·c 1t la 'médi~ance au sujet de ·oil courage, Lien que a
retraite pr~cipitcc eût pour but ù 'ullcr arrêter
es oldats, il comprit combien . sa ' fâcheuse
itualion en était aggraYée, el on assure que,
dans sou dé espoir, il voulut se précipiter
sur les Lafonnetles ennemies pour se donner
la mort! ...
es aiùes de cmnp le .retinrent et l'e1oignè,.
renl des Lroupes s.uoimes. Il erra Joule la
journée sur le champ de bataille; enfin, ver
le soir,' il · 'arrèta derrière les ligues de 1101r
nilc "àuche,.au \'j}Jarre de Léopoldau, où e
ofliciers le détermin~rcnt à pas ·cr la . 11ni L
dans le JOli petit chàteau' qui se trouve en ce
lieu. füi à peine y éL'lit-il installé, rrue ·
Uas~éna,. dont le corps d'armée enveloppait
l.éopoldau, ,oi1 il a_vait ordonné Je 11lacer son
qunvlier général, ,1rrh·e pour occuper le chàluau. Or. , comme il est d'usage à la rruerre
que les lllnréchauI et crénéraux 'é1.&lt;1hli sent
au (•entre de leùrs troupes, et.ne vont jamais
prendre logement.dans les villatrcs où . e trou\'cnt' lus •.ré imcnts commandés par · un Ue
lcurt: éamarades,· Bernadotte roulut céder la
place à llasséna·. Celui-&lt;:i, qui ignorait eucorc
la mésa-..·enture de son collègue, le pria instammimt de r1:ster et de partan-er le 11itc
avec.lui,: ainsi qu'il l'a vaicnt i ~ou,·ent pratiquf dan ' les guerres d'Italie. Bernadotle
nc~pte; mais peod:wt qu'on arrange le logement; un officier témoin d.e la scène qui avait
eu lieu entre l'Empereur et Ilernadolle ,int
la racooter •à Jas éna, qui, en apprenant la
disgràcc éclatante do son camarade, se ra,'Ï c
cl Lro.11ve que la maison n'e t pa o.s ·ez vaste
ponr recevoir deux marécha111 et leur- état rnaj'or· . ·Voulant cependaoL simuler la généro ité, il: dit à es aides du camp : &lt;&lt; Cc logc11 I11Cnl .m'appartena.it de droit; mais puisque
u ce ,pauHe Bernadotte est dans le malheur,
« je doi le lui céder; cherchez-moi un aulrc
&lt;c gite, fùl-ce une grange ».... Puis il c fait
replacer eo calèche et 'éloigne du cbùh!au,
san revoir ui pré,•enir Uernadotte, qui l'ut
lrè' affecté de cet abar1dou.
'on exaspération lui fit commellrc une
nouvelle faute Lrès rrrave car, bien q uc le
commandement des troupes axonnes lui eùt
été retiré, il leu.r adressa un ordre du jour,
Jans lequel il exaltait au plus haut poiBl
leurs exploits, et par conséquent les sien ,
sans attendre, selon les usage milita.ire , que
le chef suprême de l:amiée eùt fait à chacun
sa part de gloire. Cette infraction aux: règlement accrut encore la colère de !'Empereur,
Cl IJernadotte fut obligé de so retirer de
l'armée. li retourn:1 en J;rance.
Parmi les incidents rcmartJualilcs auxquels
la ùatnille de Wagram donua lieu, je dois
citer lé combat de deux régiments de ca,,a1

lerie., qui, Lien que senant dans de· arm1fo ·
oppo ~es l'une à l'autre, appartenairnt au
même colonel propriétaire, le pl'mcc •Al hert
de Saxe-Teschen. Celui-ci a.mil épousé la
célèbre archiduch se Chri linè d'Autriche,
gouvernante des Pay ·-fü1s. Al·anl le titre de
prince dan les deux Êta , il po . édait un
1·égimenl de housard en axe el un de cuirassiers en Autriche. L'un et l'nulrc porlaie11l
5..on nom; el d'après le~ usages de ces deux
Etats, il nommait à tou les emploi d'oî1icier dans ce corp . C-Omnie ,depuis _de longue années l'Autriche l'l la • axe viiaiènl en
paix, lorsque le prince Albert avait un offi~ier
à placer, il le mettait iudi Linctement · dans
celui d ces deUI: ré!!iments où . e'trou1•ail une
vacance, de orle. q~·on voyait des·mcmLrc
d'uue même famille ervir;les uos dan-.lc.
hou ards a1:on du prince ,\lbërL, •.èl. Je:
autres dan le cuira.··i1•r a.utrièhÎt.fü d'Albert. Or, par une circorislance .d1:ploraùle et
fort exlraordinairc, cc · deux n:,,iment ~c
lrouv&lt;'rcnt en prclseol'c ·ur le cluimp de Ùa•
taille de \\anram. oi1, slimulés•par.Jedevoir
et le point .d'honneur, il· ·e chargèrent mutuellement. Chose remarquabfo, les cuirassier · rurent enfoncés par les bou nrds, 11ui
combattirent avec la plus grande Yigueur,
tant ils étaient désiren · de réparer soils Jes
yeux de Napoléon el de l'armée l'rançai c le
&lt;louhle . échet qu'a,,ait éprouvé l'inîanterie
saxonne I:.. ,Cell~-ci, quo_iflllc . ayant fait
preuYe de courage dans ruain4!S circoMtance ,
n'e l pas, à beaucoup près, aussi solidement
constituée, ni au i in ·truite que la ,·avaleric,
qu.i passe avec raison pour une des meilleures
de l'Europe.
CHAPITRE XXV
Ce qui U1°ad,·111l ù la baln,lte dci Wagram. - Orollille
avec ,ia •i!n!, - I•rise d'llullaL1·üm1 cl c11Lréo is
Guulersdorr.

Après awir lu le récit des épisodes donl

j'ai cru dc1·oir accompagner le récit succinct
de ln bntaillc de Wa"'ram, vous désirez probablement ·avoir ce qui in'ad,,iJH de per onncl
dans ce terrible conOit.
J'eus le bonheur de n'être pas hle!;sé, quoirp1e a ·ant été sou\'e11t trè expo é, surtout le
second jour, au momenl où l'artillerie ennemie faisait comerger presque LOU6 se' feux
sur la calèche du maréchal Mas éna. Nous
étions, à la lettre, sous une grêle de boulet~,
qui abattit bien du mon&lt;le autour de moi. Je
couru aus i de trè grands dan"ers . lorsque
la cualerie autrichienne ::\l'ant enfoncé et mis
un déroule la division Boudet, le maréchal
m'em·oya Yers ce général, perdu dans la foule
de dix mille ruya,·d· , que la cavalerie taillait
en pièces !.. . Je fus encore sou vont rois en
péril lor que, pour porter des ordre , j' étuis
obli"é de pas er auprès des incendies partiels
11ui, · ur une infinité de points, dévoraient les
moi, ·on dan la plaine. Grâce à de nombreux
détour ·, je parvenais à é,,iler les tlamme ,
mais il était presque impo iblc de ne pa
traverser les ctiamps, mr lesqacl les cendres des pailles consumées conservaient en-

core as. ez do chaleur p.our exCQricr les pieds
des cbmau,. lieu des mièn înrcnt pour
quelque Lemps mis hors de service par ,les
blessures qu'ils y reçurent, et' l'un d'eux
ouffrit tant, qu'il fut ur le point de me
roub dans ces débri de paille mal éteinte.
li:ntin, je m'en tirai aru autre accident raYe.
Mai.\; si ma per onnc échappa à l'incendie,
ain i qu'au plomb el au rer des ennemi , il
m'arrim un dé~agrémcnl dont les suites me
rurcnl Lieu l'un!l tes, car, le eCQnd jour du Ja
I.JataiUc, je me hrouillai presque complùtemCllt
a.Ycc M:;1sséna. oici à quel ujel.
Chargé par ce maréchal d'une mis ion
anpr~ de !'Empereur, q11e je n'avais pu rejoindre qn'avcc les plu grande peine , ,ie
re,·en:ù • aprè avoir , îait plu de. troi lieues
au aa]up . ur les cendre encor(! brûlante dt•· .
moi '.ous cun uméc . Mon che1·al~ exténué
de f, ti~•w cl. le jamLe. à moitié hrùlre , ne
pouvait plus marcher, lorst1u'cn arrivant auprt: · de ~[ns~éna, je le trouvai. dans un liien
"'rand embarra . Son C()rp · (armée, vivement pous é •par. la droite des ennemis, ballait eu r •lr(li Le le long du Da nuite, et le fan~
ta. ins de, la. divisi~n lloudct, chargés et
eufonc,é. par la cavalerie au trichienne qui le
sabrait ~ans, rel~chc, co_uraicut pèle-mêle dans
l'immcn ilé dé_la plaine! Ce fol le moment le
p.la ('ri.Liqu tle la bataille. •.
,
L_e_marérbal, d4 haut de ;i. calèche, royaiL
le dangtlr imminent qui n()u , mcna~:aiL, et
prcpail a\'OO ca.lpie des di position pour mainlenii: en bon ordre les trois divisions d'infanterie qui n'avaient point élé entamées. Pour
œla, il a mil été obligé d'. euvoy(lr tant d'aid~s
de camp ver ses !!énéro,ux, qu'il n'arait plus
auprès de lui que le jeune lieulenant Pro per
Ma séna, son li.L, lor qu'il s'aper!tul que les
soldat de la dhision Boudet, toujours pou ruivis par la cavalerie autrichienne, se portaient ver le troi divi ions qui combattaient
encore, el allaient, en e jetant dans leurs
ran"'s, les entrainer dan une commune déroute ! Pour prévenir celte catastrophe, le
maréchal voulut détourner le torrent des
fuyards, en faisant dire aux généraux et officiers de le diriger vers l'ile de Lobau, qui,
armée d'une nombreuse artil1erie, offrait aux
tronpcs débandées un asile as uré. La mission
était périlleuse, el il était plus que 11robable
que l'aide de camp qui irait au milieu de
cette nutltilude désordounée sera.il attaqué
par quelques-uns des cavaliers ennemis qui
la sabraient. Le maréchal ne pou\'aiL donc se
r: oudre à exposer on ms à. un danger au si
imminent; cependant, il n'arait que cet officier nuprès de lui, et il fallait bien que ccL
ordre fùt tran mis !
Je sur\'ins fort à propo pour tirer Mas éna
du cruel embarras dans lequel il se trouvait;
aussi, ans me donner le temps de re pirer,
il m'ordonna d'aller me précipiter dans les
&lt;lan qer qu'il craignait pour son fils. Mai
s'apercevant que mon cheval pouvaiL à peine
se ·oulenir, il me prêta l'un des siens, qu'une
ordo11na11ce conduisait en main. J'avai Lrop
le sentiment des devoirs militaires pour ne
pas comprendre qu'un maréchal ou général

"-----------------------ne p~ut s'a. trcindrc à suivre le règlement que
se· aidrs de camp ont fait entre eux, pour
marcher à tour de rùle, quelque p6rilleuse
que soit 1a mission; il faut que, dans certaines cirçM, tances, le chef puisse employer
l'officier qu'il juge le plu propre il fai re
exécuter ses ordres. Aussi, Lien que Pro pcr
n'eût de toute la journée fait une seule cour ·e,
et que ce fùt il lui de marcher, je ne tis aucune
observation. Je dirai mllme que mon amour-

CoMBAl' n'HoLt•.WRUNN. 1 •

propre m'empèchanl cle pénétrer le véritable
motif r1ui avai t porté le maréchal à me donner
une mi sion aussi difficile que périlleuse,
lorsqu'elle devait échoir à. un autre, j'étai
fier 'de la confiance qu'il avait en moi l Mais
Mnsséna détruisit bientôt .mon illu ion, en
me disant d'un ton pateliit: c&lt; Tu comprends,
l&lt; mon ami, pourquoi je n 'en\'oie pas· mon
&lt;1 li! , bien que ce soit à lui de marcher .. .. Je
11 cra.in · qu'on ne me le tue ... lu comprend .•.
« lu comprend,;? .. : » .l'aurais dù me taire;
mai:.. indigné d'un égoïsme aussi peu déguisé,
,ie ne pus m'empêcher de répondre, et cela
devant plusieurs généraux : « Monsieur le
&lt;! maréchàl, je part.ais croyant aller remplir
« nn devoir; je regrette qu.c vous me, tiriez
« de cette erreur, car je comprends parfait~
&lt;t me.ut, à présent, que, forcé d'envoyer l'un

11

de

\'OS

MiM011(ES DU GÉNÉ~Al BAJ(OJ\I DE M A~B01 -

aide de camp à une mort presque

&lt;&lt; certaine, vous préfériez q11c ce soit moi

plutôt que votre fils, mais je pense que
vou auriez pu m'épargner celle cruelle
u vérilé 1... » Et sans atleudre la réponse, je
m'élan~~ai au graud galop vers la division
Boudet, dont les caYaliers ennemis faisaient
un affreux ma sacre 1. ••
En m'éloignant de la c.alèche, j'avais entendu un COlllillencement de discussion entre
&lt;1

&lt;i

Grai•ure

/te LEUIARD,

~atres le t:sNeari

- ~

plut : à $a place, j'aurais agi de m1'rnc. Cepi•ndant, j'aurais dé1;iré t1u'il fùt hieo loin de
moi à. œ moment critique, car, lt moins de
l'avoir vu, on ne peut e faire une idée
exacte de ce qu 'e L une mass!! de fantassin,
dont les ran!!S ont été enfoncés par la cal'alcrie, qui le poursuit avec vi~neur. et dont
le sabres et les lances font un terril1le ra,·a•~e au milieu de cc pèle-mèlc d'hommes
époumntés, courant en déso rdre, an lif'u dt!

d'HIPPOLYTE L EC0~1n: . (Mustt

Je Y.,rsMlles.)

le maréchal cl son fi l , mais le bruit du ·e peloLonner el de e défendre !1 coup de
champ de bataille et la rapidité &lt;le ma cour c baïonnette, ce qui sorait pourtant facile et
m'avaient empèché de saisir leurs paroles, moins dangPrcux que de tourner le &lt;lo · en
dont le seus me fut bientùL expliqué; car à ÎUJant l Pro per Masséna était très hrave : le
peine avais-je joint la division Boudet, et péril ne l'étonna nullement, birn 11u'à chaque
commencé à faire tous mes efforts pour di- instant nous nou trouva sion dans ce 10/111ri,.er cette masse épouvant~e l'Crs l'ile de l&gt;ollu face à face a\·ec de~ ea"alier ennemi· .
Lobau , que j'aperçois Prosper . lasséna au- Ma position devenait alors fort critique, parce
près de moi!. .. Ce .brave garçon, indigné de que j'avais une triple lâche à remplir : d'acc, que son père m 'eft t expo é à. sa place el bord, parer les coups qu'on portait au jeune
,·oulù L le réduire. à l'inaction, s'était éclia11pé Mas éna, qui n'ayant de sa via manié un
à l'improviste pou.r me suivre. a Je veux, me sabre, s'en erv-ait très maladroitenienl; en
à dit-il, partager au moins les dangers que
second lieu, défendre ma personne: enfin,
« j'aurais dû vous é,·iter, si l'a~cugle ten- parler a nos fanta5sins cn dé!&gt;ordre pour leur
4 dresse de mon père ne l'eût rendu injuste faire comprtn&lt;lre qu'ils devaient :,;c rendre
&lt;&lt; cmer ,·ous, puisque c'était à moi h mar- ver:! l'ile Je Lobau, cl non sur le di,'isious
« cher! ... »
qui_ ::-e Lrou,vaient encore en ligne. Prosper et
La nol.Jlc simplicité de ccjcune homme me moi ne reçumes aucune .blessure. Dès 11ue les
... 219 ...

�111ST0~1.ll
ca,alier autrichiens aou vo aient décidé à tmit au contraire, celui-ci m"embm-ra a fort au ~oir · mai· il uc me ·crait pas po. ~ililc
nous Jéiendre énergi{JuemenL, ils nou quit- pa1· sa pré· ace.
d'expliquer les cause·~ du retard 1111ïl mil, le
Le deux officier d'ordonnance de ]'Em- 7 ilU matin, à suivre les traces tl1• emwmis.
taieol pour aller frapper les fantassins qui
pereur, qui ,enaient d'être témoins de la On a prét&lt;'11Ùu IJll'a ·ant dt•,anL lui la roule tic
n'opposaient aucune rési tance.
Lors(1u'une troupe et en dé ordre, le ol- scène enu-e le maréchal cl son fils, l'ayant Bohème et colle de 31ora,,e, qui loulcs dcu~
dat e jettent mout01memc11t du côté où ils racontée 1t leur lour au grand quartier gé- abo11Lis ·ent an pont dé 'pitz, près de FlovoienL courir leur" camarades; au si , dè- que néral, Napoléon en fut informé, et a Maje té, ri dorf, n;rupcreur, avanl t.le 1;'éloi"ner du
j'eus transmis l'ordre du maréchal à un cer- étanl renne le soir à LéopolJau, où e trou- cliamp de bat.aille, lOulail avoir quel ét;.ùt ?,
tain nombre d'ort-icicrs, el r1u'il · euren t crié vait l'état-major de lia séna, fit appeler peu pr.._. Je noml,re d~ troup&lt;· quel· prince
à leur~ ,.. 11 de courir vers lïle de Lobau, le Pro per et lui diL, a lo prenant amicalemeul Cbarle avaient engagée· slll' chacu11e de cc·
torrent des fuyards .e dirigèa sur ce point. par l'oreille : fl C' ·t bien, c'c t frès bien. routes. et quïl allemlait le rapport dei; 1·eL' géfll:ral Boudet, que j' avai eoftn trouvé, &lt;c mon cher enfant; voilà comment de jeune: connai~ anœ· faite. à te ~ujet. füis il e~t à
parvint à rallier
troupes, ou la protec- « ••en~ tel que toi doiYcnt ,lr1buter dan· la remarquer que les recollllai anccs ne dontion de notre artillerie, dont le feu arrêta le
&lt;c c.1.rrière 1 1&gt; Pnis, se tournant vers le ma- nent en pareil ca que des renseignements
ennem i· .
réd1al, il lui rlit à voh lm~ ·e. mai de ma- Lrè imparfaits parce qu'elles ne peuvent
~la mis ion ailliii terminée, je r111ournai 11i1•re à être c11LcnJu par le ién~ral Berl.ran1I, aperce,,oir tf' qlù se trouve au d •là de: arrit•rc•
ver· 1· maréchal atec 11ro per; mai · YOu- Je 1p1i je le lious : « J'aime mu11 lH•re Lonil' gm·dos enueruic:;, 11ui les arrêlcnl au bm,L
« autaul 11ue ,uus chérL.t'Z votre lih; mai~, d"un demi-lieue : c'c ·t ce 1p1i arriva aux.
bul prendre le chemin le plu courl, j'eus
lïmprudcncc de passer auprr d'nn bouquet « lorsqu'il él.ail mon aide de camp en Italie, nôlre . On p,·rtlit Joue inutilemcul un lt•mp,
de boi , derrière lequel ét.iient po té une &lt;&lt; il foisait on :cr1-ice comme I" autre , rL précieux; !'l puisqu 011 a,ail vu la veiUe l1·icentaine de uhlans aolrichiens. Ils •'élanœnl « j'aut·aL craint de le déconsidérer, en e~po- colonnc, enncmfos s'euga~ ·r sur les deux
à l'improviste sur nous, qui gamoos la 11 .ant l'un Je es cama-rad s l, sa place. n
route·, il auraiL fallu le pou~uiHe lt 7 au
La réponse 11uc j' avaL eu le tort di• faire 1, malin, dès l'aurore, ur l'une ou :ur ranlre ;
plame à toute· jambe·, erl nou dirigeant ver·
une li"□C de cavale.rie française qui venait )fam1na, le LJ;imc que l'Empereur lui inni- nou · a'l·ion as cz dt: troupes ùbponiLI •~ pour
dans noire direction. Il était lemp ! car l'es- geait, ne pouvaient 11oe l'aigrir emw · davan- êlrc en force ur• tou Je point . Quoi qu'il
tage contre moi; aussi. à compter de cc jour. eu soit, l'Empercur ne lit c111nmenœr la
cadron ennemi étail sur le point de nou
joindre et nous serrait de si prùs i1ue je crus il ne me lutoia plui;, el f(Uoique o lt'nsi!,l '- poursuite qu'à deux heures de l'aprè -midi el
un moment que nous lliun être tués ou faiL~ ment il me traitàt fort bien, j~ compris 11uïl ne rranchil, de ~a personne, 'tilt' troi~ pt&gt;lites
prisonnier . liais à l':ipproche ùes nôtres, les me rra rdNait Loujour · 1·auc11n&lt;' : vous verrez lieues, pour aller cou&lt;·hcr au 1·hàkau de Ynlki-rsdor[, ùu hauL dl11p1cl rempereur 1Lluuhlans firent derui-tour, 1t l'exception ù'un 1111e mes pré\i ion se vér1fièrenL
Jamai~ les Autrichiens oc r-omha.tLircnl de- triche avait, les Jeut j,mrs pré éd nt ·, obofficier, ttui, parfaitement monté, ne ,·ou.lut
pas nou quiller san. avoir déchargé ses pis- puis an'c autant dc- ,ig,wur qu'à \\ agram ; . crvé le mou,cmen t 'de'- ar mecs l,ellirréran Irs.
L'Empcreur confia au général Yandammc
LOlct sur nous. Une halle tra,ersa le cou du
le soin de gardllr la I illt: de Vienne. Le gécbe,·al de Prosper et l'animal, en balança.nt
nJral Ilé•rnicr rc.onn donc dans l'ile de Lobau ·
fortement la tête, inonda de ;mg la figure du
Ondiool prit posil ion 11 ""gram. d 1.lcjew1e Ma ·éna. Je le cru. l.&gt;I' ~. et me prédonald 1l Flori:dorL Après aw,ir aiosi assuré
parai à le déîcndre contre l'officier de uhlans,
e tlcrriè1· s, ~apolfon fit i,.uhrc 1'1•nnemi
lorsque nous fûm 0s joints par le éclaireur
.ur la route de fora1·ie par J,.s corps Je \fardu rélTiment îraoçai · qui, tirant leur mou monl el de Davout, cr sur œllc de Buhèmcf{UClons sur l'officier autricb.ien, l'étendirent
Jlar ,1a séua. Enfin, l'armé• tl'I ta lie cl la
mort sur la place, au moment où il s'éloirrardc devaient marcher en Ire c deux grandl'.
"□ait au •alop.
roule dan la direction de Laa, prèl à ~c
Pro per t:l moi tetournàme auprè · du
pur ter nù. besoin · •r~ il.
maréchal tpii jeta un cri de douleur en vo~•ant
t., plus forte partie de l'armée autrichienne
~on fü couvert de ang .... liais en apprenant
s'étall engagée SUl' la route de nohèrue, que
ttuïl n'était pas Lle é, il douna un libre
sui,•ail le corp de Masséna. llnis le prince
cours à sa colère, el en présence de plusieurs
(:harle avail trè~ bien utili ·é la uuit du 6
généraux, de ses aides de camp, et de deux
au 7 el une partie de ce jour, que "apoléou
oflicier d'ordonnancedel'Empercur, il gronda
lni aYail lai. sée, el tou. ses bagage , charfol ,
vertement son fils et termina sa mercuriale
cai sons et l'artillerie étaient déjà loin et hors
en lui disant : « Qui ,•ou · n ordomié, jeune
de notre atteinte, lor qu'en &lt;.[U_Îllanl le champ
(1 étourdi, d'aller vou
fou.rre1· dans cette
de bataille, nou rencontrâmes le· t1claircnr.
« h3t::,nrre?... » La réponse de Prosper fut
de l'arrière-lTarde ennemie, au défilé de Lanwaimenl ublime ! « Qui me l'a ordonné'? ...
gen-E112er dorf. Par :;a lon•rucur et ·on rcs« mon honneur! Jo fais ma première caruserremenl, ce pa.sagl! aurait été fatal au
1&lt; pagne; je ui ' déjà lieutenauL, membre do
prince Charles si. ln "'cille, nou~ eu ·sion pu
u la Légion d"honneur; j'ai reçu plusieurs
le pou er ju que-là. Après :n·oir traversé le
o décoration étrangères, et cependant je n'ai
défilé, oous entrâmes dans une ,a~te plaine,
1c eneore rendu aucun service. ,l'ai donc voulu
::'&gt;lARJtCIIAL
.'tl.Acoo~.u.D,
DOC
DE
'l'AllENTE.
au
ceotre de lac1uelle ,c 1rou1•e Korne,1bourg.
11 prom·er !t mes camaradu
à l'armée, à la
« Frnnce. que si je n11 suis pas de tiné à vr,wure de P1GEOT, d'aprts lrlailleau ,j~ CASANOVA, Cette petile ,'illo, n)ant un mur d'enceinte,
ltait occupée par neuf bataillon de Cl'oate '
11 avoi1· les talents mililaires qui onl illustré
(J\lu$ée de VQ'S.lilles.)
Ill de cha seur tyroliens, l l'on aperceîaiL,
11 mon père, je ·uis du moin , par ma valeur,
sur les deux. flancs, de fortes ma es de ca,·a&lt;&lt; digne de porter le nom de Uasséna!. .. »
Le marL:Chal, voyant que tou· ceux qui l'en- leur retraite même tul admirahlepar le calnw lcrie et une uombrcu earlilleric. Ainsi po tée,
et 1 • hon ortlre qui ) r' Tncrcnl. Il e L,rai celte arrière- •:trde nous allcndait avec un
louraient approuvaient le· nobles sen liment
de on li Is, ne répliqua pa '; mai sa colère 11uïls curent l'ttv·aotage &lt;le 1,ou,uir Cjllitlcr le calme imposant.
li faul, an Joute, cire cntrcprcnaul à
conccnl.rJc relomba prir1cipah•u1t:nl sur moi, t·bamp Je liataille san: être ponr uh i. · j'ai
qu'il accusait d'avoir nlraiué on lils, r1uand, donné le motif~ 11ru r •tinrent ~apol :ou l G la guerre, urlout dc1•ant un ennemi déjl1

'----------------------hattu; nranmoins, un 11c doit pas forcer IC's
ron. ,:1ruoncc' de cl'Lle r~glc ju.1111'/1 n13.11,1ucr
Je pruùence. Les généram c.l la cavalerie
franç.'lise onl souvent lrop fe"tllél'ttires : il
renouvelèrent ici la faute que ~tonthrun a\•ait
commise au moi de juin devant Raab,
lor que, ne voulant pas attendre l'infanterie,
il niena :e esi;adron trop près Je celle place.
dont le canon fil un Lrès grand ràvagc dans
leur rang . Malgré celte é1·ère leçon, le
général Bruyère, qui avait remplacé La ·aile
dans le commaudemcnt de la division de cavalerie lénèrc attachée au corps de Mas énn,
ayant pri le devants en sortant du défilé,
n'allendit pas que notre infanterie l'eOL passé
nu i et ftlt formée dans la plaine. D~ployant
ses escadrons, il s'avança \"C.rs les ennemi.,
qui restèrent impas ihles, le lais l'-renl appro•
cher ju qu'à une portée de canon, el qui,
ounanl alors un feu terrible, lui firent éprouver de grande perle ! ...
A cette 1·ue, Masséna, qui arrivait en ce
moment à. l'entrée de la plaine, se mit en
fureur et m'em·oya vers Brnyère pour lui
exprimer son extrême mécontentement. Je
trouvai cc général très bravement placé à la
tète de sa division, . ous une grêle de boulets,
mais bien peiné de s'être tellement aventuré,
cl fort embarrassé du parti qu'il devait prendre. Eu effet, s'il chargeait la cavalerie an-

Mi!MOTJt.'I;S DU GiNÉI(JU. BA7(0N DE

1ril'hiennr, deux foi~ plu~ nombrPu~e 1111e la
:;Ïcnnc, il l'ai ·ait hacher sa dhi~ion; d'un
autre côté, 'il ho.ttail en retraite pour 'éloi•
!mer du cauou el , e rapprocher de notre
infanterie, il était cerlaio que, dè que ses
régimcnls auraient fait demi-tour, la cavalerie
ennemie s'élancerait sm eux et le~ pousserait
en désordre ur nos bataillons, à leur sortie
du défilé, ce qui pouvait a\"oir le ré. ullal
les plus rrrave !. .. Re ter où l'on se trouvait
et y allendre l'infanterie, était donc ce qu'il
y avait de moin mauvai ; au i le géuér:tl
Bru ·ère m'al'aut fait l'h.onneor de me dt'mander mon a,is, ce fut celui que je me
permis de lui donner . Le maréchal, auquel
j'avais été en rendre compte, approuva ce
que j'avai fait, mai je le trouvai dan une
colère noire contre le général .Bruyère, cl il
s'écriait à chaque instant : « Est-il croyable
« qu'on fasse tuerlantde bra,·esgensaussi inu« tilemenl !... &gt;&gt; Cependant, il presse l'nrrivée de la division Legrand, el, dè, qu'elle esl
formée hor~ du défilé, il fail attaquer Korneuhourg par le 21i• lé«cr, qui 'en empare,
pendant que )a cavalerie ennemie e I repoussée par les escadrons de Bruyère, qui
c-0urenl à la chnrge avec joie, les dangers
d'une charge étant infiniment moins grands
que ceux ré ultmll de la canonnade à laquelle il étaient soumis depuis une demi-

Après Sedan

GéNÉRAL DE

apoléon à gauche. du côlô d'une seconde
fenêtre qui s·ou\Te par cottl, dans la mai-on.
Sur la cheminée de petits objets de porcelaine dorée à l'or a/le111a11d, espt'•ce de composition métallique , péciale, 1:'L nne image
r&lt;.'pré~enta.nl, 'aiut l'intent {le Paul J)l'êcJ1a11t.
Ces deu-&lt; pasteurs d'homme out pu là conLemplcr lïmagc de quelqu'un qui du moirt$
ne sut jamais ce que e'e ·t c1ue 1•crscr le sang
des autres.
La femme du logi · a fail encadrer rl a
appendu à la muraille le cinq pièces d'or
que 'apol.lon lui mit dan~ la main quanJ
I' enlrotien Îlll fini.
Cet entretien achevé, l'empereur était prisonnier. llismarcl en parlant lai "a des cavaliers de planton à la porte, et quand la
YOiLure partit pour le ch:Heau de Bellevue, oit
1 apoléon devait voir 1e roi de Prusse, &lt;ll!ux
cuira siers galopaiunl en tète el deux busards de la mort uivaient par derriiirc, sabre
au pojng, m·ec leur ossements et leur cràne
d'argent, croi és sur leur sabretache et leur
kolpack.
k

I06

illARBOT.

nastœ ,,. t:ne lai.ile ronde. rec-0uvcrtc d'une
toile cirée, séparait r.e:; deux homme ; plac6;
devant la fcnètre, les yeu\ nr ces camp:ume
où la morl a,•:ùl fait son œuvre il, ·e lcnaienl, Bismarck à droite &lt;le la chcmiaél'.

JULES

.,. 221

--

lwurttl Le général Brnyrre fil mer,·eille durant co combat de mains, ce ()Ili u'om~èrbn
pa le maréchal d~ le réprlmander Iortemeal.
Le juillel, ~[asséna, ayant qualre diriions d'infanterie, une de cavalerie légère,
une de cuiras iers cl une nombreuse artillerie, couliaua la ponrfüile de l'arrière-garde
ennemie. Il n'y eul cependant qu'un petit
engagement, et nous occupâmes la l'ille de
tockerau, dans laquelle no troupe. s'cmpari.•renl de plusieurs magasins autrichiens
coutenanl une immewe quantité de provisions de houche, surtout en vin , ce qui
excita une joie de plus vive·. Le corp d'armée de ~fas,éna conlinuanl sa marche Le 9,
sur la route de Bohême, f u.t arrèté &lt;lovant
llollabriinn par des forces nombreuses. Il
s'en uirit un comhal très vif, dans lequel le
général Bruyère, mutant faire oulilier la
faute qu'il aYait comnri e devant Korneubourg. dirigea ,a düi ion avec prudence,
mais exposa beaucoup sa peronne; au si
fut-il grièvement blessé.
La malheureuse ville d'flollabriinn, à prine
rebàtie, à la suite de l'incendie qui l'avait
déLruite en 18.05, lorsque les Russes non en
di. putaienl la po,session, fut de nouveau
réduite en cendre , et ensevelit encore un
graud nombre de blessJ· sm1s ses décombres.
Les ennemi se retirèrent avec perle.

(A suivre.)

tinrent, est celle dont la fenêtre 'ouvre à
gauche de la petite maison. 'foui d'abord, le
vainqueur et le Yaincu s'entretinrent un moment deYant la porte, assis chacun sur une
chai e, Napoléon coiffé d'un képi d'officier
général. les épaules couvertes d'un manteau
Le lieu le plus ai issant de ce coin i tris- à revers rouge, sans épét&gt;, - le général Reille
tement r.élèlirc des Ardennes, c'esL la maison l'avait portée au roi de Pru se; - Bismarck
du ti seur, sur la route de Donchery, la pe- bollé, casc(llé, sabre au côté. De officier géLile mai on où l\apoléon el Bismarck ement néraux. caosaientlout has_à qudques pas de là.
Au haut d'un moment, comme il fai ait
l'entrevue fameuse qui précéda ln capitulation et rrue le chancelier de Guillaume a ra- un peu frais peut-être, les deux interlocuooutéc dans une lettre auto~raphiée même en tt;Urs \'oulnrenl entrer dans le logis. li y a
deu entrées: l'une à droite, l'autre à gauFrance.
Pctito, à un seul étage, avec un modeste che. Ils vrircnl, derri~re la. maison, l'escalier
verger par dP.rrière, lo. maison du ti. seur a L de la partie gauche, un petit escalier de bois,
située à gauche, sur la route, lorsqu'on vient roiùc et tournant.
Au premier el unique étage ils arri,·èrent,
do cdan et quand on contemple le panorama
immeuse de ces environs de la ville oi1 Je conduits par la. femme du lo.,,is, et, ouvrant
canon de Bazaine eùl peut-être fail une trouée la porte d'une chambre a scz étroite, ,ituée à
dans Jes armées ennemies, si le commandant droite en entrant da.os l'humble appartement,
de l'armée de Metz eût tout tenté alors pf)t1r ils ·eoferml•rent là après avoir faiL "igne à la
femme de 'éloigner.
romprl' le cercle qui l'enserrait.
Elle se Lint tout pr~~ pendant qu'il parOn ne peut s'empêcher ùe se dire: et Si
llazaine était venu! » liais cc n'élaiL point Jaient. Leurs voix étaient basses. L'empereur
qazaine, c'ét:dt le prince royal qui acoourail. avait l'air écra é. C'e L dans celle conversaEternelle fatalité! c'est Grouchy qu'on attend, tion que Napoléon rejeta sur son peuple la
responsabilité de la guerre que ses familier
c'e.l Olftchcr qui arrive.
La chambre où l'empcrellr et Rismarck se déclaraient nécessaire « à l'inlt!rêt de lu dy-

M A'lt,BOT

CLARETIE,

t'Ac11d,111ie fra11ç,Hse

�,

-c

La seconde Madame Danton

1•

1

(Mademoiselle Louise Gély)
l 'ar Edmond Pll.ON

.,t JlT. G. Lc11ntre.

Jl~rmi œs femmes de la füt\'olution, tout
i ttrdcmmenl belle' cl 11ue le goût de l'amour
cl de la mort n'c[raye p:t , 1t cllfé d haut:1ine comme ~Jme l\oland, des fougu&lt;&gt;uses
comme Théroigne, de· Roioaiuf"~ comme
Charlotte Confoy, en voiri une 11u'on ne coon.ûl pa. Lrop. ·a Jeunesse cl sa grâce, !&gt;Ï
doue ·, si dèlic:tte , a line Lt!Le à la Greuze,
son refTard
mouillé dHttme ceu:t dr per0
1cncl1es à l':1t1hc loucheront l • plu rudes.
Enfin, le fatal d~ lia riui. pendoqt un nn, lia
sr_,; jours . i tendre. à ceu1. - si tourmenté
- du plus violent des homme. , la sorte dl'
m, •1he qui l'en,eloppa en. uite jusqu'à la
di~crélion pendant le loue. cours d'n~e vie
plu paisilile, au!ITT!enlent encore l'aLLr_.11L_ que
la candeur ile l'ù~e. la beauté na"hc fa1~a11ml,
chez celte jeune femme, i inlére. ,:ml.
Uans ('P milieu J'héroïnc. &lt;lu passai;e du
Comml\rcc où ,enaic11L Y.in Jlohcrl, Lucile
[) ,moulin., où finl p nl~lrc Théroi ,ue,
elle a pa é un peu l'Ommc une nfaut lrc&gt;Ulllanle. Cc, discussion· :ipres, l':iccenL rréuétiqnc des Ji:.cou1'" ré,olu~io~n:Ul'ei;, le" jo~~anxieux vécus dans une [ebr1lc attente, vorla,
pour Hie Gél)', ce 11ui ·ucœda, d~- le début
du. mariage, au cb:trmc Lranqu1llc de la
famille, aut 111œur~ pah;ibles ile ::on milieu.
Dnnton, au leudem:iin de la mort de a
premii&gt;re femme, cùt eu liesoin pri'ls_de lui,
pour soutenir son couraae, pour gmder sa
vir, pour aider se pas de colossal aveugle
iiLernelletnt'lll confianl, d'une ·econdc l}ahrielle Clurp •nlÎN, An lieu de cela, au lieu
d'une COUlpagne de sa fiè\T • et de se. lra\aux, de _a lutte el de ses espoirs. ce fut une
fillelte, pre,que un enfant, que Danton
trouva.
Délicate él jolie per onnc, ~lie Loui e
,1y éprouvu-l-elle, pr de llanton, comme
Michelet l'a Jil. de l'élonncmcul et un peu
d, peur 'Lien plus q~o de l'a~our~ Ceci 11'e_ l
pas ab olu. ~me Lom ll G~ly aima on mari;
eUe l'aima, comme ln liane, dan' la torêl
profonde, aime le _chène r?l;u te qui 1:él~ve
an ciel el qui souL1eul a vie. On a écr1l que
Danton mo11rut de cet enlacement et que le
poids franilu de cette petite main, pendant
un an de tisa \Ïe, sur sa rohusLe épaule, suffit
à l'accaulcr, à le laisser san [or i devant le$
attaque·. Ce q11i ·c.mble bien plu· ·rai ·•e 1
,1uc la mort de la paU\TC Gabrielle Charp n1. J\oun llow11n, l&gt;1111tm1.
'.!. 1i~ur.1M, 1,r,. ft:llltllel tle la Tlil1•n/11l1111r.

lier awiil urpris . Danton, J'a,·aiL Lri 11 de
chagrin et de dé iwrance. CollP premicre
ép1&gt;usc, c-..i1ail pour lo tribun une allianra
heureuse :nec la dcsti~éc. Onnion pui sanl,
llanlon nutoril:J.irc, maître des Cordelier~ •t
de la Convcnlion, • Danton n'avait jamai ·
pleur~. ,'on dfrlin date de . n dot1lenr.
111c G~I n'a pa,, f.iit lclllt le rn~I dont
Danton est mort; m11i~. derni~r ,. nue û,ms
la maison de ccl homme, Ile n, dc'i·tml
J'hi Loire, porlP tou l le poids de ses faible ·e,
cl de es &lt;léfaillan·e~·. L'hi Loire n'e t rajuste : Mlle l,ouîso Gély a été le sourire Je
cctL fin fonèbre; elle a orné dé a grâce cl
réchaufl'é de son cœur ce granù cœur qui
souffrait. Toute lit longue \'iP de paix oL de
bonheur fntùr qu'elle ,écut plus Lo.rd, aux
côP d'un nutre homme. ne ufûra jamai · à
compcn.ser pour nou. celle :umée lra!!'i11uc,
~ponr:mtnl.11 •et l!f'lle, oi1- pe11Jnr1l dix lonfTs
moi - elle fut Mme !Janton.

Il
no croire :ib·olnment le crayon lr:iineux
'I" ll.1Yiù, son ennemi, dc,·ait tracer de lui
plu tard, au procè de gcrmianl, on peul
dire de Danton qu"aH!C on rroul ru ·:ml, sn
l~vre el son nez modelé à coup de corn de
taureau ou col Jar •e el puL nnt toujour' 11
décou,•erl, il offrait le t~·pe le plu inouï de
laidcW' qu'on ait jamais YU ju 11ue-là dan la
llévolution. Grêlé comme Mira.beau, il savait,
ùnn la di cussion el lorsque sa colère emportait ·a violence, jouer plu 11ue lui encore
Je ressource de a di. gràce. Sorte de g :ant
terrible, "de &lt;c ~argantun » de hnkespeare
cr jm·ial el gr11ndiose 1 1&gt;, ri loutcnscmble lion
el homme• », il anùt, par l'audace cl le
bruit de n roiJ. le mouvemcoL de sa figure,
l'éclnir de
yeux, faire reculn ceu:1 qui
'opposaient l1 lui, l, drn de nprèmes mom nts, par l'aspect terrible 1ru'ofrrait son
\'isnge, pétrifier de crainte et d'horreur les
ennemi de la patrie. Lui-même disait 11ue sa
face était me 11 hure » cl que sa tète, clouée
comme cell • de lédu e an bouclier de la Ré,·olalion, forajt dao. 1~ romLa tremlilcr
1 s tyran!t l, par son eul aspect, reculer les
roi de l'[urope.
Le peuple, que riea n'effraye, aimait cc
mon Lrc à son imac.e. cet ètre colo al en
qni toutes ses [ureur · cL es ,L!"piralion devenaient t.iloiJUentes; mais, au1 bancs mêmes
de I'. ssemhl ( , à la Gironde, au centre et
jusqu'à la lontagnc, rctlc laideur sublime
::,. &amp;

Crllo figuT0_r-cpou1o&gt;111Le rt alr&lt;icc. P (~l1nc Ro-

u o, ,1lr11wirrt ).

""2:i2 ,..

avnil e ennemi . Le pins inquiétnnt, le plus
mortel de Lou , 1tl rrucl et benu aint-J 11- l
devait, an plu pénilile moment de sa c;1rriHre, se r:iire lem iuterprè!e el llétrir pnur
eu ce Danlon dont, dit-il dur ment, u la
li!!llrc bitleusc i&gt;ponvanlc la liberté ». Ponr
lés femmr~ - qu'il ador.iit pourtant ·t 1111'il
:t\·ai1 séduire nial 0 ré n laideur - la r{-pulion se manifestait encore plu in linctivl', ,
.fmc Roland nlleint au r.omlJle de l'injuslice,
en ne ju"canl Danlon' qu'à lra~ers le \isnge~;
~lme Je IluJfon, par qui fo duc rl'llrléa"n ·
essa ·a do le éduire, n'osa 'approcher dt•
lui qu'en r,•rmantlc. eux; qu:inl 1t la p•Lih:
Du play I plu. tord 'IIIC Le Bn 1 'llll' lmtl P:'1nis. êmmcnn un jour, chez le tribun à
elle ·'écrie rrissonnnnle : « Dieu qu'il, 'élah
laid 1... 'a fi ure me fil ldleruent peur 11~/
je priai in. tomment Mmi: Pani.' de ne p:r:.
me ramener clan celle mai on ►• o Une ~cul,·
n'éprouva pa , à on ~ ppa:rilion, celle Lcrr •u r
cra.inth-e; ce fuL ·a. première femme, Gabritille ChnrpL•ntier. Fille du limonadier du
Ca(i clu. Pctnia.· ·t, sur le quai de l'J~col,·,
non loin du l'ont-~euf, grnnde et heUe brun,:
« d'allure 1111 peu pa)SWDe 5 », die fut to11 L
de . uirc conr~ni e par ce Champenoi. à la
voii vibranle, nm. di cours ,ponlané , ùc
qui le cœur irnmen e hallail déjà d'inslincl
du rythme de la né olution. 'l'out de suite,
clic "raima. n Il t hien laidl n lui dit-on.
« Qu'importe, dit--elle, i moi je le ,oL beau 1 »
,~u. i l'épou n-t--elle. Ce fut un imple et
beau marfoge oi1 le lucre n'eut poinl de part
cl que bénit liienlùl la Tenue de deuxeufants,
« l'un com;u (ou le wit par les dates) Jn
moment .acré qui sui rit la pri e de lo. na~tille;
l'anlrc, de l'année 91, dn moment où Mirabeau mort et la Consûtuante éteinte livraient
l'avenir à Daolon°. »
Exubérant, d'appéûls impérieux, pas ionné
de la [emrne comme de la République, le
pui ·sant tribun éprou\Tait, tel Antée, après
es luttes terribles. le besoin de loucher la
terre et, dan les f~tes du cœur, de retrouver
..es for . L'n.mour otail le pain de cet
homme. , a cnsnaHté insatiable et farouche
commandai! es acte ; il se guidait sur elle,
cl c'était la faible se el le mal de Danton
que œ côté rnlnéra~lc ·par oit le pins
nu Lères de e h'1.cb
ennemis pouvaient
l'attaquer. 'l'ont, d~ cette riche nature, se
ubordonnail au grondement intérieur, nu
bouillonne1UenL secret d'un sang impétueux.
La moll e inome, la nonchalance fol.ale

'hros:·

17

PoL. C.C C,1111·1"11lfu1111el Leba.,.
ri. r.. LDornr.. Paris rt1111ll&lt;lto,wa11·c.
O. \l,cnnn. Les fnmnr:, dt• (1, llt'1••1lll/u111.

.\,

TLYA.~

______________________________ LA

SECONDE JKADAJIŒ DA1VTON ~

dont Oanlon donna les preu,·es \·er l:i fin Ùl!
sa \-i~ témoi!!'lll'nl à qut:1 point cellr. lutrllc
des sens écra~:ùt son génie . En vain s'clhirçaiL-il, par des actes Sé\'èrcs, ain. j qu'on put
en juner par le jours du Champ-,dc--Jars,
par ceux. du 20 juin el du iO ao1il 92. rar
le missions de Uelgique, de !,riser les lic&gt;ns
de cPlte domination. L'étonnante Yigucur
dont il avait faiL preuve
am: dil1iéik moments, lom,
Me avec le faits qui l'avaient fait naitre, ne le~
dépa . ail pa • Parfois le
géant, piqué par de sourd1• · ~tta11ue ·, avail de terriMe · réveil:-. Il allait.
comme Alcide armé de sa
rude mn ne, Crappan~ Je
l'un it l'autre. mai. ùl.
olîort eux-même pro,·oquaienl sa p:tresse, énervaient ou cour:tge et l'on
eùt di! alors qur. l"henmu:
somweil, dans fa paix de·
uhnrop ·, sou - de bnisers
d'amante, était l'onitiue
d •·ir 011 il •en1rourdî · ait.
Tant riue, dans son ombre immen. c, marcha, dévouJe rompa.gne de a dc,tiuée, cette bonne Gahriellc
au large, el nobles trait ,
d'une nature puis·antc

u'effra)aie.nl p:r lr,1p la mix tumultueu r.,
le ollurt!' brui.ni et les sourcil. frflncés tin
tribun ,·îolcpt. Lucile . urLoul l'aimait, ce
1·ompagnon de Camill , ce grand Cordelier
dont elle raillait la force, 11ue - par un
sobriquet tendre, ao • 'Oiré de Puis ou
d'Arl'Uuil - clic appclnit .l/nriu cl qui em•
!,lait ponr clic, dans sa mâ le st~lure, 11ucl11uc

_1. I:&amp; mm;! ,I~ Gabrielle. éwul _les Jarflliius : l.c5
Guon,Jws, Il !!'-'ri!- .Cullul d llerhm;, i 11 li 1b11ne du
Clul,, mil fa,1 p,•rn· une ciluyenue ')lie ù.. us regrd•
tons, 11110 n1111s plcuron lITTJ~. _Ah I payuU!· lui le 1ril1u1
de 005 larmes : ~lie en ~ t h1~11 Jlgn", b ~imèrcusll

femme du citoyen Danton.... Danton él.til dnus ln
Uel.i:i•fllll; ils unl fOlile d~ Sor] absenl'(\ le lklw !
Il l'onl rrpn!s1mt11 çomm, rlca1~aul, dft11.S les juw-nfos tles ~ et 3 !ieptcmhrc, les ricLime~ qu'on tlr.vail
êguriror.

chiremeol 11u'il épromnil ~ voir 011fl'rir celle
qui lui était . i chère, mahrrJ l'appréhen.ion
d'on redoutable malheur t:jui le laissait accablé d'aogois!)e, flantoo n'hésita p, entre son
dernir d'épau et celui qu'exigeait - par sa
pré!;enco aux armées du ·ord - la p3tric en
danger. Il p:trlil - mais la morl dnns J';lme
- après aYoir serré une dernière foi dans
.es bra. pui6 ·anl . cette um·
bre de sa femme, ce fantome de Gabri •lie. Et 111,
dau la maison, !me n cordin pleurail, le enfants
pleuraient l!l lni-mèml' avaiL
éclat~ l'D .aoglut:; quand ln
pauvr mnbde, , condamnant ~ans r •1:ours, av·i1
elle-mèmc choi. i, pour scrYir de mère am f'ulurs orph lins, une joli• personM
,1ui o':i.,•ait pa · ~~ize n11s,
l't!nfant délic.'lte. douce cl
cll:1rwante d'un hui. icr~
audicnder des lmreaux de
la marine qui avait connu
Danton lor de oo mini Lère.

Quoi do plu dfr3yanl
l{Ue ce..~ mortel. adieux '!

(Juoi Je plu· Joulour u
11ue cell&lt;' séparation? Danton n' 1tait pa· ,cul' et,
dt~a, il était lian(:é. 0 •j;•1 il
comme étaiL la "iellnt&gt;,
lui fallait assoder en Iuî l:i
Danton ne dél'aillil point,
Iraiclie el cfairc image de
« li aimait k femme·, il
celle jolie fül, à. cellu - j
est irai, a dit de lui dicbcfatalement pàlt, - dè Galct, néanmoin · surtout IJ
brielle mouril.nle. Frapp1~
~icnne. u Créature de leudao le doux ,e&lt;·reL de ~
d.rc ·sp cl d~ Cid :lité, Gaforœ obscure, le terril,lt!
brielle, durant loulc a \"Ï1•,
colosse, comme un Ho11
s'elforça d'ndoudr cc rndl!
blessJ, .cnlaiL en lui
caractère; elle rolllut pour
lremLlcr et rn••ir sa douOanton un foyer de bonheur:
, leur1. ·•
clic lui doona deux fils, die
Tout ce qu'on pènl dir(',
essuya sou fronL cb.:irsé de
ici, de Ille Grh, c' ·,
Ja.rm d'orage el, pour le
qu'elle ne vint à ·lui qne
rendre heureu:c, pour atLé- -r,1Nt.Jf/ .te DOltLV, gnari: t,ir TRESCA, ou le Pd11/re IJ retrcsenlé Lo11tse GdlJ" et JllllfJllle DJ.11/011, dé:.ign 1c de c('llc-là mèmc
nut•r mieux les amère ranq11i la préwla dans le cœur
cœur · des lnllt:. politiques,
de hanton. Un ne pouviliL
elle tenta de grouper, :intour dc ;;a persoone, gigant qu.e fr1•re de son nesmoulin. Toute bien conaailrel'unequ'en connaissand'aulr1\
toutes les affections d'ami sCirs el dé\·ouo ·, la nuit lerriLle du !J àu 10 :io1"tt, Lucilo
d'une famille bonnète. ccondée, dans œtte l'avail passée. à veiller et pleurtr au bruit
Ill
tâche, par Mme Recordin, mère du conven- loiol.1in de l'émeute prè.~ de Mme Da.oton.
tionnel, par l'une de ses bellcs-sœurs, la
Défendu par l'amour qn'aùritait a mai. on,
lllle Louise Gély, au moment do devenir ln
bonne Mme Dan ton 'elforçaiL d 'elfacer, dan
par celui de ses ami , pnr l'amour plu. ,·ast
.econde épouse de Danton. a'nvnit pas dixk
la mesure do -CS forces, du cœu.r d son cl pl.os dangereus am i qui mon lait du peu plu,
ept :111s. La planche que Tre.sca gra,·ad'aprt·,
mari, toul ce qo'avaiL laissé de péniLlc le il ne paraissait pa- &lt;{'Je Danton pùl faiblir. .Bailly et où elle est montrt.!e en. eignant l'uint!
diivoir écrasant où il ·e dépcosaiL. Mme Vi ·- .liai·, héla ! les honneurs forent ratais à .a
des dc11 fils du conventionnel I ré,ilatrict•
tor Charpenlier sa sœur, artiste au talent Yie. Quand Je député, appelé au mrni tère de
de on frai 1·isage, de se. bi!au. el grands
délicat, égayait de sa prés oce ces rares cl la JusLice, quilla ce dernier pour revenir au yt!œ , &lt;le sa hou be aimnhle, de ~es rmûn. podouces soirées du passage du Commerce 11ue petit apparie.ment modeste où l'allendait sa telée el douce , de toute la vive allure qui
Danton disputnil au club ou à ln tribune. femme, il trou~a œUe-&lt;:i déjà frappée à mort
éman.1il. d'elle. Vêtue d'lllle roJ1e de atio
Mme I\obert venait .:iussi; et Lucil De mou- d11 mal qui fa minait.
d'une grande élé•?anœ et dont la forme épouse
liru ! C'étaient là de cbarmantc.s femme qua
Yinl la mis ion de Belgique. Malgré le dé- son corps YoluptueUI, le front délicat .ou
• ou êfl(llll n r •çu le coup de I moN en tî~nn
tlt!IS ,~ journlll_x retle nlr1J1.· impul11tio11. Clln,;
qui ·nrnl o:oml,wn rctl fcnune auneil O3nlun
p1i1u·1•nl fi fai11iunc idce de •a sou!Trnncc. » (Da 11 t, 111 '
par ,\1.1111;0 Dlnuu.11,),
•

�msro~1.J1-----------------------J
dotn li•1ue~ et
fnul1-s. L1• knd1·main ( 1:; juin 17!.'l:i), t•n ·a- d · 1•nfan , ,nuée au
11,· m li 111.h u , li·, 1111in l 11 ro11 1111 • C'•1ui, durant dix mois, , · pour~1mr • a,·cr:
1 ·til 1,i,•1ls rh, u,s,: d' • ouli •rs J'(tollr, i·bt·ll•i. ,, 11. aucun apparnt. an" • t. a111i. ,on appar~nce pai. ihlc .• ou· l'heureux :isp1•cl
pp111é • aupr~~ d, J'in~trumenl d'opliqu1:. Ln ·roi~, Camille cl F, lm•, l'a~ Liant ain:;Î &lt;l'un bour 11roi. bonheur ••\ .\rci · surtout, t:
qu' uu r·1 chique. le mariaµ fut ~l~l,r •
Ile in truil 1';,11fa11t 11ui n'1:tai1 pa d'ell .
où llanlon • t 1 inoitr , nw bord. du doux
dan une m. n. ard , dc,ant une taLle trans\io,i prnch :~. :1u-d1 11, de la tabl d'étude,
lleuvc 11u'il défia 1'niant. Mlle ,,1l) l:ii ..~
for1u,~ en autel n1• Pa,.:i. · du 11mmcrce,
att.-nfüe 11 ,lonn r I h~on,
p rail, 1,ien
ocr son cœur ~ ln ronhanœ roba le 11uïn piùau~ la mai,on funèbr oi1, quatre moi a,·aul
plu «1u 1 m;.re 11011velle, pr~ du l lit
rail la rn; 1 {,ner· i ch- on ~ri. n 01 aui.
ce jour l,rillant d pr irial, le prrtr, de b
• ntoin , 1111 :!rand ~:ur ainée. ai. loul rn
lr:wan: c·li:impt~tr •s, 1111 oin. du er"n d &lt;l11
rlh rc pir, i111111,·en c•l charme, lont e. l p:irni .. ,. 'ainl-.\ndr1L1k-.\rl nnr,•111 chrr~ l mais n, luin du turuult" alh· u, d nl ,,irait
l'hcr le 1•orp&lt;t in:miu1t: d~ 1:abri1•1lll. tout a
P:iris. ·llc. .. •nl leotcmeol 1liminu •r en cil,! b
l~«('r, tnul •,t jnli 1•
g-.1rdi! 1'1·111preinlt, cu111m l'intinw rc r •L du
ll'c ·pr · ~ion ·iw el Pnjouér, elle illmuin
primili\'e rrainle !JU't:lle o.,ait d llanlon .•\p-!oint: in lmnh1·nr. ta p r,i.l:1111 furmll d,
de l'frlal de
H'llt tout• la \'Ïeille maison.
flll • à lui de : main~ rr.1.~ill':. •1ue pou,· i1r
lll'Î nu 1pou.
l Clll'tlrt ,·i.iLI• à l'a:pr·&lt;:l
l~ll • dc•m ·ur • ,,n· deuil de la Cour du omell •l1il'n r Joui rde l'a, nir'!Qui pourrait l'ai,L, cb:11111,r · • a 1d11i ,1,· m 1111I -~ di.po,(,
' 1•11, rcn it - par elle I' mour. &gt;t
l indre. à tra,·cr · 1· co\11-:e, dan. s • e.~péranp. r t'lle, au t3in d,· miroir·. à tonl ce 11ni
. u ri· .•\lerll. l ,émill, 11le, h II u ~ l'I
cc · d n l · r 'vc h •ur ·ux 11ui mont.ail pour &lt;'ile
r ·lléln w1 peu de• c:rll!: vi • d femme. UrncepeuJanL a,. i rr inlivc, la milà Lli II petite
J roleau mùri ch..ir" 1 d court. ~i:!HOùri,,. ulc l .olir • \'oici, ~:irdé~ p:ir ll:111ton
fille èl jolim nt · illell , un peu prO\in ~.
li• Vl.'rrn 1,ii rll1• 1ml, li• lil oî1 eJJ, "é111il hlc~, de. clmnp , de la riP cl d la petite
mnis i ,ponu1w'e et i ù«~ irabh• ! .\h ! 11ue
,·ill1• bmuhl oi, il.- é1ai ol aim~ ·t
tian~ lt!! aflrc:; dn mal; l . ar111oire abondPnt
11.,nton ùnl l'.1imer cl rpie errant cootr lui
in i pn ,heul l · moi dan~ la clair
il 1011. ce,. ouwnirs : « 1111 d~. haliil11: d'in- dan~ I •!, momenb d'an"oi .e - ctl friChnmpagn ••. Retenu par da dou · lieu: J
dicmii.&gt;. un autn~ de 111011$~1·line r:i · ~c, "nrni
,·nl • jcunc fem111e, il dut, plu d'une foi,.
Oeur· loin de l'an~ml • LJ\chc qu'il ·,11ail tr 1
1•raimlr , tian
robu l étr •inle. de bri ('f ,le III m~. un autre par il. troi. d ,hobill de 1 • •, Il nlun r.entait lli.lcliir
rbolution,.
k, lien. lé,. r J •1 s lira , · m;iin déli- tnil d . C ton, garni, de mou'. ,•liue. tlD juron .'on foer~ic fond il au fr11 d on amour. une
tk l,at.in. un 1•efu de . tin hl u garni d' molle· : im111en. • nvabi · _ait ~oo être, 1m rt•· t, • œlt poitrin fragil · où ri •n maJ~ré ~a
anarlrc d • France, un pil•rrol t1 al ·m nl de
force 01' p(lll\ il pn~ er d1! ~ou l'ruportement.
,1ùt ~ forci•. , •nlrn.vail :a rn:irch . Et il
ali11 Lil•u ... un rha1 u J,, .oie et un autr,
Toul foi·, co1nme il la d(,,ir il! (',&lt;,mm" la
êla.il . 1111,lahle à un pui salit scla,·e : ·n
dr ~slor... • 11ui ~ont, actroC'hé., là, dan.
· :nu ·lé, r.omnll' la n •rv'tt e r1ice d • celle
-oumi ion n ail qu1•lq11' b ; • ùïmmerM'
la pou Îl re el l'ombrC!, comme :rntanl d •
oul'le lilfo ~·cul, i •nt à lui, dominaient e.
d J, désc.spc:r:.
lt1nwin d'nn pa . : d'nmonr 'l dt: fidélité,
l'arfoi- le hruit de l gu, rr ou celui de
en. ! ommt: il étnil pris au ·l1arme naü d
ronime autanl d'écho du 13 form di. rm•ll ·
1l11u ùe c · !:rand. j'«·u, pur.·! .ommc cl!e
la 1ril11rne arrhait ju c1u'i1 lui; on le ,·01ait
11ui I•· h:iliitu. l&lt;.l 1P d u jt&gt;un · · nfant. de
ltail •n lui - ,lé}à . i ln. , .;i Fatigu :, i , i1.•u
al«, hondir orom • un grand fauH. \'l d1 r-~abri• Ile Charp ntier : Antoine et FranÇJ1isch••r ,•ncorc, mai dans le vain . il nrc, à
h tr •ni -&lt;1ua1r . n · - tri que le dnu l' til
(:~r" · . ne. 001-il pas là au i, 1·oi111ettcrncnt
,io d se rntcau d'.\rci. Joni l'arom gri:ai,ir l'enn mi, • le bro~er &lt;lu poid d • ~a
p:ir~ pour lt!ur no11\èll1• mèr1•?
fnrlc 1tr•inte .. lai:-, I' ·nneini :tait loin: cl
~nnl lui r\cillail lt• co·nr. i j1'une, dl 1
Banlon, le voir, n'èpro11\·enur1m rc:trrl.
il .&lt;tait plt:in de ru •; il était 11 Pari· cl d. n ·
rajeuni ... ail, i mutin• à fa foi 1p1c J n u,·
'nn rnd • oplimi,nH' n · lui vmuct P"" de de- IP · comitr ·. ll1! rase Je ne pournir l':tll1•in-,·t , i hardi•, apr1· tant 11 · jour-. fatal • lanl
muurt'r longtemps nttacM ?1 l •s plaindre. En
d, r "rel! cl tant d,· li uih,, elle ,:tait fo prin1lre. dan l'appétiL J nicide où il
11 'p n:im •nnnt Loui~ ·, 'lu'a-t-il ùunr fait J.e plus
ait, Uanton, awc uni&gt; ~ourde t•I I rrilia•1h•
t:mier l,onh ur de on déclin, la ro~ • aprii
111w d1• •r c nfonner nu I œu d,· , clic 11ui h·,
nrJeur. :1r ·i::nail I • :c:ul Ire ,1ui pùt lui
le· larrn , h· r you aprè tou lo orage .
('llfanl '? a ~lourant . Gauri Il' il\"ait pr '.pare,
fair alo~ 1•ntir (r ;:ni'il d,• ln ,h. 1.-• feu
.\us. i, conune il la convoita dt• qu'il 1'1•ut
,oulu ~ , :on,I mana"e '· 1: JI f liait bien
Ùlè tim?uiblc d .a ruùe pa.,ion lni~ait d'un
:ip!!rçue ut com111 •, p ,ur l'ohlcnir. il :icctpta
- de la parl d"nm: famille hostile -- le, c1i- 11u tout, ùan. r,,rdr- J' ,:,_ ,ie el J:111 ~3 t."'f.·hl ,om~r' à d1:1 ·une d àpr s el magniJ :p odan • ol~il la morte.
fi,111e lèl&gt; où, :,ur un ,•in d'enlànl, il ·h 'rh• plu contraire :1 ~on cœur !
u re.n ·• il ne w111lil, pa qu'au· ·eu d,· · cl13il à trouver l'ouhli d • toul . qui - jadi ·
L ~ parent. de la jeune fille, dcm ur •
cnfaulr 11• dmi h'tl UHlU\'aÎ•• Loui,c a l\•·pril - a\'ail fail .o :,:randl'ur. ,\in i 011 Ji:. r mnl•rr loul t·r, uls roynlist ,, pcnsèr ni
a l'. rr•~ter courl c11 lni présentant un o\,~taclc oroé, li!! rnuni ·re · dom·&lt;· cl finro. : c lie 1·0- poir, en la prov041no11I mi •n , aidail a vol(U'il roy:iienl im-urmonlahle i&gt; : ln néCt•,,il ·. 11uellc. •sl aus,i une ~nvanlc; ét Léupohl 1upt :. 1:1, 1u1c 11ui1 d'a,, t1!!l • oit Lrùlai1Jnl
lloill), 1•11 nou · 1, r prt: entant dans :a pl:mch
J ~ mond, qu ïl a,~il I onnn ol1,r11rd,..nit
de I' ~ou 111cllrc aux cl"ré111onic. t:llholiquP .
îamcll.1' o • u • • d'in,truire 1'1111 d · d u
p ur lui, d~ ,on ,·nilc dt• c.:11Jr ·, dan. 1.
a Tout lu momk écrit lit·hclct, a,nit «pw
li1 tlt• l&gt;:inlon, , trahi I • côlê J,:jà m:111ifc:t • tit.J, alc.iw où il ~e rl'fuginit, I,· l·icl limllanlon, le vrai ltl, d t1id1•rol, 11 • ,·u)ait ip1
J,. Lionne rnu-ur bour"eoi 5, de doct • l'l
mp r titiun dan le diristfani~mc cl n'adnrait
pide-, 1· ri ·1 ,i pur de la palri •.
haut .ou i de œt ouu,·clle mère. Tout. &lt;lan
11ue la n 1ur '· Cela, on le .ail, n'arrêta pa
ccll• jPun per onne, n·e, 1 pa &lt;1ue frirnlilé.
IV
llanLon. , nn d • ir ébit le mailr !, el il lui
:111111, ,menl et ch:irme; un p ·u d'autorité ne
oli.,.it. Il Il aurait {&gt;:\î il d n la flamme! , dit
mr ~icd point :1 la grlce. cl Hl
ély Pro:-t rê dnns l'un de, ~rauJ faul ·uil~
Mich •let. I.e fait •· 1 qu'il · pas~a cl pr '1 ra
lloilly nou 1 révi-le- sait unir l'undt l'aulr1• J'l trcc:ht d · · on . :ilon de lra1·ail 11,, h rn •
lui-m ;me - comm 011 il qu llercul • préet 111èl1•r, pour plaire, à .on enjou,,mcnl uu de. ord li r , Ir, 1,ictl au fou, l'a·· à J'; tr ·,
para n l,1\chl'r - c·dtc apotboo ·c ù . a frépeu d "ravi té. : ou. le craion frivul ', a mou~ il eml1lail, dan 1• :il ·nCl~ tl tian la p:ii do
né i '· I.e d I lin de on autorité ur ln l"\érnluoir, 1101• lhnton atkndit. ln• latnp' 1, pcin
tion, ·ur . • pa.rli~nn t ur lui-m me nu ·i reu di.: contour· ile l'a.rlÎ. l du temps •. c
montre, ,i~il,le acore. dao I tua d · r •lit• \ÎI 'dair. it, d,,vanl lui, ur 1:i t hic d • lioi,.
datt• J • rnnnwnl fatal oi1, ninut on p . .},
j un frrnru dont lurdiu i1I pu • 'in. pir r ,le. mon '.t?all · cfo papi ·r d,•. ropporl , Je,
llanlon mrba .a for· , l1111nilia on orgueil
jadis, un peu de l'altitude d • d •moi elle.
hro1-hl1rt· , Ùl'~ lt:Llr,·,, et cc I' t.11 111111111ro du
:011. la main d'un pr'tre. Y. d Kéra\'cnan,
fraoçai,•.
il'·mml
'!l.
l'i1•11x Conlrliu oit :uuilll • ~ tr ,· •r. 'foprèlre réfradair'. Jilu tard curé de Saint,\ Paru , p:uo ,,.e du Comme , , ou à Arci. - rile, 3\:ail comvaré le rt nue ùc llolte.-piPrtc n
t!erinain.Jel-•Pr: , ciblinl 1:111 - • lon l
ur-Aub , c' e l la ru ·me ,i doue occup c
rit'· - Dnnloa 'a •cnoulltH, fit l'a"eu de e
5 , 1. co11w11lio1U1cl, romlll• lolt h• cr.i11I _ luuU nar•l
fmul , ,-t~l nn uatari lr. ar,t ·nt, Ill&lt; ulfc,
li 1, c•lm J . )luu• Il ntun 1111·• srfllîl- 'Trc. •n.
t. c Llt,illY, ·••ni , 11 Ir ·. r il,lc •I grim•~•DI tU
1111i Cul 'pri ounier plu, llonl. 1vr. lui, • ' tnl •1u
~- t:. Lr "'1111., l'nrÎ• rn•u/11/iounn,rr.
l'f.mrir , l'IÏl uu m~r\Clllf'll\ • l•ir "" 9:,. ( 11 m;fJpulnu. ~n. :i. J:.. •·th .... • p!trl Il n~ n• -.1• ,1, :1rl1r1·~.
:i, llfl't'llf1tirt1 d11 '2S firrirr li 1:i ([111,l, 1I
u:r , J)i,-rct..irr,,, Il en vail eu pr~réd mm nl cl 1
1 la, ll!l'!t 11, l'l ,1., 1 n,11nrr ,.
1 Corrar,1, notair• à ParjjJ.
nulr : en I i 1111 le ,l ', lit·i •111 110rlrnll rit• l.u il•:
1. ~h JIii.ET. LI' fr111rn,. d~ /11 Il ,..,fut11in.

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0

1

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_____________________

1....A

SECONDE MAD.AME DANTON - - ..,

Pani partit, en h,ile. , in. i '111 'il ét..,it ,-,•nu·
ir sou t'C ci1•l uln~ur. 0, ·e )'CUX a\'ÏJ1•·
lui du L·ran rom3in. [ lin , , L"· el là
~1,,r,, ''.ne é. ritoir• êl tl' fllan~ de I Ud- le .,ra11J ~ord licr ch •reliait fo di,in lia.nquet le liruil tic e p3•, J' hord di llnrl. ·a ~
11u 11 anal rêré. ~lai: 1oki qm·, moin com- !-(111rJi1 pt!ll :1 peu, •a~na la nuil. m urut.
flllll nJoutmr•nl au d · orJr •. Par la porle
plet •1ue · lui dl•. irundin~. à a Lan,1u •t \fai111i•n:1nl, la lrçon nch •v&amp;-..\lm llanton,
ouverte et donn3nl ur la ail• à mnn r J
1Uiout, parlait au "arçon.-. \b ! u·est-(·e
1:1 Cour du om111crc , D:11111111 vo,aiL Loui,, IIOU\ •~u ~aucoup n pr •naicnl pa part. Qu
pas_ 11u'en jupon d'indiennll huu'lu •t.,, n
~I , p •n •h/ . ur le. fub/r., ou
1/ai on poul'a_11 ~mr Fabre pour n'~tr · point lâ. pr1•,
r11~tiq11e, f'fl,i'Ï l'r 1 ~ enl.onl : Antoiue el d, l111, :i ci· moment upr m '1 l)ue C j,:iit pl'llt manl l t d • drap, 1 m inlien ra\ •t
• ran i~-G •or ·,; deb 111 • cô~ tl'eu , on ll~ranl! l1e_rui. uiro e L ,·cnlù~e. n, pMi - 110 111, clic l'lait ain i 11u'11n nière dili cnl
ne,cu, un ;:arron de ueur n,. cnri u.x L sa1ent.1ls point ton deux Jan. d froid r,1- 11u·uue ,Mlil'ale p lite "nu, rnanl, d'en~,n ,
, E ténu'., dl' _la jo11r11 • r mplic de jeu cl
.1ll ntif, uivail t. cUruon lralion: un•
n- ch~I '1 El , mill .'! rIJ ·ita11l. ain. i qu'il émit
Jul , u-Je. us d' la chemin&amp;!, du tk-tac lm-mê1ne, nr. ·e !il-rait-il poinl au ·:i au· fai- d ~Indes, Antmnl! c·I Françoi. -G11&lt;1r••1• · . en1111al de s.on bnlanciPr n lhrnail Ir· 1·oi1. char- ble, f •mm' '1 I.e, mol· dur. de • int-Jn. L: lntt•nt 1~ sommeil venir. llicnlcit, ment:. par
o 1~ l. -~,e , b:mdon ile la cbo.1• pu bl11p1 . .. . » lrur m1·rt\ J.an la nui: d lampes, wr~ le
ma.nt es tlc relie femm • c itui e cl di:
dou . rt·pu~, 11 n r 'la plu~ d',•ux, au front
1ro1 enfant . Calhcrinc . lot.in et Marit• Fuu- allo1r.nt•1ls tro11ver leur ju,Lificatioo ailleur
ac al,!~. ,1u, le p&lt;iiJ 1· cr d •
erot, lt! .e"anles, at·be\·ai.ml tle ,le, •r\ir, 11u· n a c mluile? EL il t!lait ainsi mal"r 1 rll} 1 hunune
1. •
•
C
oo ·hand bonheur.' qu'une deu uat er, tr Ji&gt; .....
t, du S ,,te h·nt d leur 1,ra. nu., d' mpor- l'intimité d
Pui·•
fut un liruit ourJ. nou eau,
tcr le, m
1 ni_,l'llc.,, l fruits de- "ra~1lc fo~cc humaine abattue cl .Ju,·age....
(.;n brwl de coup frappé, le redr" bic-n- cuntre cette. po_rle 11i1, depui. le commenet.,._
meuré. ·ur l t. hie. JJ1n I cadre d, cdl
haute taille. u chue. l •s en- ment Ju ·01r, 11 e~hhil qu ,ifil,cnt frapporte ou~crh•, 1rarn1ui1J,, t Jan la p~nom- lôl d loul
hre, il cmblail 11ue c fût, 11 .emlilé comme [ nls, dans la ph • 1·oisine, rele,·ilre.nl la ~er Lou l ' averlls l'llll'nl m "léril'u. d '
dan un Lnhleau, loul le bo11hP1tr de .a ie tête· Calberin Jotin alla omrir. Un homme 1om~re .•'!~Lou lui-rm!me, celte foi . nlln
l'ntr~ en coup .Je _,·enl, hal tant, prc , 1 o~1r1r. C eta1l un envoyé de RoLerl l.in&lt;let.
que Danton vo ·ait ....
femme, en[, nt , alor., étilient i prè de ·oultlc court. C étatl P ni . an Joutt• il était L !tom.me, gr,111d et m:ti"rc, cnveloppti dan
on ,œur! Et d'autr'· enco 1yu'il eiil ,·oulu ,·e?t'. ~n l_ulle, l~avcr ,1 ob ·tad, ·, épié, le,_ pli - nomLreux d'un manteau, parlait à
la: \lme n~ordin t·l son air Je bonhomie um, ~ ~ tanœ; 1l :i ail couru, d puL le., ,o1 h., e el lr mblante:
- Le Comit :, di. ait-il, fora cerner lt• pa~
~omtlt' JU que-la, d'une ~r•ule traite. En
us la baul l,onneL de • prclîÎO e, e , ur
a", daru nn moment. le rue. d.. s Corde11u'il aimait tant, \lm• Victor Charrcaticr ·a wot • 1•nln.'COUpt: , rapide,, effra anb, il prélier , de l'École de an1l1 du
helle- œor, juH1u'à la vit•ille forJ rdinet n'offrirout plu t1·{ sue.
rnerilc Uuriot, une ,·raj • Ch. mPart z ! li en est l&lt;•m p. i npenoi. L' cl'!le-U1 el qui l'abrem •.
cor .
·nlanl a11ta11L Ju vin notai que dl'
- P rtir, Ji_ail Oanlon, bnkon laiL Je nourriœ '! Et d'nulrt',.
qu~m •nt, irrité Je et: mol, partir 1
J'autr · . eu re de- ami. que bcrE t -œ qu'on (•mpurlc I I tri à
·haient se,; y u : Fabre d'É lanla · mrllc d1•
ouli r, l
tiue, ce ai compar.non de on
Et, déjà, l'l'll\'O} t, prt -.; Je
pou"oir, uu ,·oluplu ux comm,• lui,
fuir, appU)t1 coolrc fa rampt' aumnis plu. rêvrur et plu, idyllique,
d ,Il ,le rc~calirr q11'édair.1il
1111 poNe ! Hérault de , écbelll•s, un
Dauton, 1p1i l'cmpli ,ait de !"éclat
ci~ de,anl ,ertc , mais i fin, i;Ï
d sa ,·oix indiml:c, regn11nail la
d·,oué, i L n, l'ari$L&lt;K·rate de
ru • 1~ ·. porl
e&lt;:r' te. l'L clo,e. ,
n parti; Philippraux, L.1croix
3U m1li .. 11 de: péril. imi-ihl . et
J fl.'llrioh'~ ! [ moulin , le cœu;
il' .on cl'ur, l'enfant terri Lie d •
m na~nts, Jevt'oail lui-mt'mc une
forme éperdue t mourante ....
50n e pril. le plu chn el le plu
L~ · h.. ures pa. aienl, p ,ante«.
oimé l_ li le l·ùl ,·uulus là. pr ~
Lou,i-: ,él ·, au bruit 1111':miit foit
d• l111, tom, •l Ioule., as.emhlé
ll:111100, rc, nait, k Jeu hl coupar . 1•s oio. , don cc oir d'ntj._. _Oe loin, l'ar la porlt• 0111,,rlt&gt;,
tenlr, anlonr de .a Jli.'D.t;e. Ccll,...
Il ni ,on a mari a . i au foyer
ci, pend nt cette nuit du tO rrminal, lui ml,lail plw lourd
de . a • bambrn Je tra\ il, le corp
1wnch • n·r. l'àlr~, al,îm~ dan c
11u'?n au&lt;"une dt•. b ure· p1'il
rc%: _iow,; de: ll'mp~ à aulr., il
avait véruP•. Ah! torp ·ur. le d1a:~&lt;'r, brandir le glah·c et ·ccourr
:~rtn1t do celle_ immolti lité pour
la Lorcb • ! füre un ol,•il d11 feu sur
'!"onn •r avec Holenc,; pui. , on
l enl!ndail p 1u •. t•r d, prufontl,
1 111ondt: en marcl1L· l lllumin1 r
soupir
l prononrrr J
paroi,
Loull Enra r.r Je on souflle et d
-onéclal 1 ,plu. rampJ.nl, reptilt&gt;
entrecoupé , '·
J I' rnhr1. ! Tc liliêrtr, Ô C.0111Pr.- Je ui. ~août d homme!-,
di.:nit-il.
1ion ! .\p1 Ier Ion r· '"• 1) dl:.
m •n I' ! faire de~ la fü:p11 l,li11 ue uo
Pui~ av amrrlnrne:
ra ·onnernent ,i b •au 1111e le moud1•
- J'ni trop .eni · 111 rie m'c l 3
l&gt;A. TO"I,
entier ,·iendrail ·y rédtnulJer le
Por1,~u g111! r.11· ~ /; Uot,iu/ 1111 Music C.-,r11J11J/tt
d1aqr ·' ....
cœur ! \'oilà le rê,·e allit·r qui \i• ait
lmlîn, allaut wr: la fenêtre. il
alori. dan- 1 grand Oanlou.
.l111bhit qr..'il I ùt la vi ion dl.'
h! ij'clai Danton! a,:iildiL oubcr- 1inl ,1ue loul étail pr l coutre l&gt;anloo à 1 oru~~ • , Cri. oun l J'1:ffroi en •n. crotanl lt:
biell un jour.
1)rch:.' 1100 I' rr ,station :l.ÛL pr l\'ue. Oan- OIF• •re. I.e JllOt .an ..lanl, 1 mol rurièllX
- [lanlon dorl; il se ré1eillera ! a oit r L lon. ,1 un g • te d fi,·rté, d · d1:dain, rra la de Camille:
pondu le colo , •.
m in de 11.1.ni ; pui- à ,oix haute:
l'auvrc rêwil - héla •1 _ ,1ui brillait cc
on, non, dit-il. fi n'o eraienl ....
11

·,a

07

0

t,.

1

Il . 111.iulin• \!lu~êl• t:am1nale1); en c pris ul, ,li,

Ill. -

Hl&amp;TOIIIA,-f-'asc.:.1.

i

�1f1STO'J{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
- Allnuls-moi, lle'bert, je
dan.~ un momrml ....

si11s

it toi

eu,seut pu c prolon6er encore - le~ chants
sourd do la nuit, rappel des voix de la rue,
l'éclat des abrcs et dl' mousquets. ,tai cela
au . i s'apaisa à me nre que le prinlemp ,
dans le soleil de l'aube. entra. par Ioule les
portes et par toute les croisées. La nuiL funèbre mourut, le, bruit' s-e di sipèrenl, cl
rien ne 1e,la plus dans la mai on muette,
que le vide immense lai ·sé par l'homme qui
n'y étajt plus!

voilà qu'il .e reprenait il Je ltallmlier oudnin, comme i, Lei w1 dt!mcnl, il eilt de la
mnin donné rendez-vous à ccux de. hi&lt;leu\
îantùme!:i qui hantaient a \'Ue.
11 lJ':,utrcs fois il se rele\'ait 1,rusquemenl,
se promenait à srands pas el, prenant dan~
se hra,,, 1 fil .. de sa œur (demeuré pr~s de
lui) il l'cmbras. ait avec 'motionl. »
ElfraJée du désordre où elle ,•oiail Danton,
Loui e accourut à lui, les Joue pâlies d'angoi e, se beau · bra. olTcrls. "oudaiu la rue
'eroplil comme d'un l1ruil d'hommes armé ,
des porte.\, grincèrent, les marches gémirent.
Toute laetfe d'effroi. 13 jeune femme tordait
se brns de désespoir ; Ue enlaçait Danton;
elle se liail à lui avec emportement; elle baignait ses mains a,'ec des larme chaudes.
Bientôt les pas obscurs qui en,·aLi;;saienL
toute la petite maison se rapprochèrent au
point qu'on eill pu les compter. JI r eut au
&lt;l~hor un arrèl Lru ·11ue sur le palier puis
comme de· poings fürieui 'ahatlanL sur la
porte, de cros e de pistofe1 ou des pommean:x. de sabres. Oo ctît dit que toutes les
forces du menrtre, déchaînées enJin, ,•enaicnt
battre :m euil en une marée d'orage. Pui
ce tu l l'éclat d'une voi brève et Iortc é1·cillanL l'écho dans la li \de nuit douce :
- Au nom du Comité de llreté r
l ces mots connus, qui tombaient . ur lui
a1·cc le froid d'un glail·c, Danton eut, comme
1100 bèle Lie . ée 1raq111fo au gite, un « ab 1 11
rauque el sourd, un gémissement breI. Pui ,
redre sant sa taille avec autorité, il délia
douce.ment les Liras qui J'cnlaçaien l, boudiL
,·er. la porte, ouvrit a,·ec fraca el vil, Jan
l'escalier, /1 la lueur des torches, d soldat
en nrmes, pui mêlés à eux, les hommes de
Robespierre .
Il moment il resta à le contempler tous.
Enfin, ~datant loul à &lt;0up d'un rire épouvantablç, il fut le t'Mne immense qui rugit
d~bout, dan le terrible orage, Mais ·on indignation - à ce moment nocturne et 11 l'm ·u
du peuple - ne trouva pas d'écho. Étonné
Cflle tant de silence accueilliL Le bruit de sa
voix et n'en fùL pas ému, Danton comprit
que c'était pour lui le ruoment inéluctable.
Le des Lin a1•ail sonné; rien ne pouvait plus,
tlès lors, cmpècber son accomplis ement. Il
avança d'un pas, au-devanl du palier, ,it
briller l'acier lreml.Jlanl de. Laïonnettcs el sous les carmagnoles - le yeux durs des
hommes ,·cnu pour l'arrêter. Alors, .ans
forfJDlerie el sans indignation, il écarta les
rangs, marcha d'un pas rapide t'l se fora aux
gardes ....
Une longue heure aprèil, quand ~Ime Danton, tomLée é\'aoouie aux bra, de Catherine
Molin el de Marie Fougerol, reprit enfin es
i;en , elle écoula longuement - comme s'ils

Deux an. ne 'é~ienl pa écoulés que, le
21 germinal an 1V, dans tout l'apparat d'une
J!OCe bourgeoise et cossue, le citoyen ClaudeEtienne Dupin ~pou ait, dernnt l'él.at civil,
cclle qui u'était plus que la veuve Danton. De
huit an plu àgé que a fiancée. ClaudeÉtienne Dupin, homme de mœurs irrépro-rhable , de goùts purs el lilléraires, avait su,
non sans adresse, se plier, pendant la Révolution, à Loule les circonstance capables de
senir, sans les comprometlre, e· de ein
ob cur . lnspecleur des commi moultrnrs de
boi . dès 17 9, il tle\'enaiL peu à peu, et grâce
à !"apparence de son ci,i. me, secrétaire du
parquet de Paris. En ·I 791. for' de nouvdle
diYision' géographiques, Claude-Étienne [lupin était not11mé chef du ccrétariaL du département dr la ,·ilf11. PJ'omu, Je i 1 norembre 179S, crélaire aénéral à la mème dircr-tion, il devait garder ce poste jusqu'en
i 791 (an V). « Ilien que lié, a-t-on dit,
.wec I principaux révoluLîonoaires, Dupin
n'était rien moin qu'eulté, et, il usa plu
d'une foi, de on crédit pour arracher des
victimes à l'échafaud. »
Caractère sérieux autant qu'esprit prudent
et timoré, Dupin, apr, germinal el thermidor, arait senti grandir on modérantisme.
Épris d'idylle champêtre, d'étude el Je la
paiA publique, ce ,avant honnête lrouva dan
les bureaux un refuge protecteur ecmtre tou
les excès. Et, il apparait l,ien qu'aprè · le
deuil cruel qui la frappa jadL, après l'épouvanle où l'a\'ail laissée le Mp:irl de Danton,
cet homme affectueux, raisc,nnable et simple
devint, pour Loui e Gély, le ~eut grand ami
capable, par le dé1·ouemenL et par l'amour
di·crcl, d'eOacer lu pcr:,ista.nl souvenir du
pas é. Le seul lorl donl Dupin ail pu se montrer coupable fut, -elon le D• Robinet, d'a,oir
mi , dès le début, «pour condition à on mariage que Louise ne prononcerait jamais le
nom du Conventionnel et que, ·i elle avait
des enfants de son nouvel époux, ceux-ci
ignoreraient loujour rnn union avec le régicide 1 • 11
Ironie d'un ccaur certe candide el bon,
mais craintif à. l'excès! Ce qui est gra,é dans
l'âme a,·ec les trails du sang ne saurait s'effacer. EùL-clle pu 11,re encore durant cent

D• Rou".r. Pr1..:u dta lJar1 roniste,.
La de: re11da11re de Da11lo11 (llc•ue
l.t1 //é o1Jlulio11 franr;a, c,l. A propos d cette dcsrendance. njOlitons qui', seuls, otoine cl f'rlUl~Oi!i-G r,orµ-1)8
lla11l11n, les fils Je !:ahri1•lle Cha.rpaulier, ln J&gt;l'rpé.luèr~ut.11 app1•rldes rcclwrcl.Jc,pourmi1ics par ~I. ·. rJin, ju110 de paix à Ard .,...~ur-.Auhc, el L-onJirmëcs ùe-

puis, que le Coovenlioimcl. lor~ dl' on arre talion en
gèrminal, ne l.issail nullcmcnl Loui·c Gilly enceinte.
3. c 0111to11, mené, traîoé aimi , l'avowul avec une
11ahelè cynique. CL doulour •u•e (!ont il faul bien ml!,lifil'r l'e1:prebsion. (ln l'accusait de conspirer : a Moi,
dil-il, e' t&gt;sl impo .i~le 1.. . Que ,·ouJei-,,ou que faioc
un bommJl qu,, el1111uc nuit, s'acharne I l'amour. »

1.

~ - I)• fü&gt;P1~ ET.

V

annlie~, 1'6pou e nom'e.lle &lt;levait - à tout
jnmnis - n-arder la lll~moire de bOU premier
deuil. Le mois l,ien ehoi i de 6es noce récente , par son nom récond de lous le e poir , de tou • les re1;rrets, ne ufû ·ail-il point,
dans la coïncidence d'un anniver aire, à ranimer en elle la pen. ~e du mort'? Le 2t germinal an IV pouvait-il èll'acer le Hi germinal
an li? Ah l douleur, se souvenir des heure·
d'angois e el de torture; écouter à nouveau
les écho· lointain · de l'init1ue proci&gt;s; enten•
drc Danton clamer, devant ves juge maudits,
l'acharnement qu'il mettait à l'a.imer •; se
rappeler les mots brûlants qu'il avait encore
et pre c1ue sur l'échafaud prononcés pour
elle : « 0 l,ien-aiméè ! .. Ma bien-aimée, je
ne le verrai donc plus !... 1&gt; Hevoir les nuits 1
Ilevoir le jow-. ! La mai on enrahie par les
assassins ! on père et sa mère, les enfants
en larmes! Pendant tout le long cours de
l'affi-eux procè , connaitre, par les témoin •
les prolestations, le· lon!.!S cris de douleur
pou sé par l'accusé I En lin se remémorer le
moment suprême! n soleil au si beau que
celui de cet an IV avait brillé alor ; le radieu1. printemps avait paré de se fleurs le
cruel 'upplice et dan le panier infàme
avait ronle celte lête elirannte et douce
qu'elle avait .ouTenl rafraichi~ de es larmes,
réchaulTée de se lèvres et que - dans le
heure· d'amour - elle av.iil vue i belle cl si
tran ·figurée!
I 1ui ·, ç·aYail été le calme, uu calme cnYa•
hi aut, tyrannique et doux; la (]Uiélude amil
succédé à l'orage; la source des larme$ 'Plait
tarie. Enfin, comme rour ello.cer lout ce qui
durait en ellu des souvenir- Ju mort, Ant.,inc
el Fra11çois- eorge •• les deux ûls de Danlon,
lui avaient été enlevé ·. Le 22 me ·.idor an Jl,
Claud11-Louis Thuillicr, juge de paix de la
ectiou Maral, dooidait, en eOi!t, &lt;1u' « à la
ui Le de la condamnation à la peiue dti morl
prononcée contre Dantou par jurreruent du
tribunal rêYo]utionnaire, le 16 rrcrminal an U,
la lu telle desdits mineur· serait déférée !i
François-Gérôme Charpentier, beau-pcre du
condamné 4 ».
Une seule fois encore, le 7 thermidor an ur
de la llépublique françai e une el indh i ·ihle,
à la foée des scellés faite 24 rue lies CordeJicr ditle de l'J,;cole de sanie, par Jourdain,
commissair , devaol llesgrancre ·, gardien, un
la présence de Charpentier el de llarc-Anloine
Gêly, tous deu1 bcau:t-pèr du décéJé, Loui e
a l'octa ion de re,·oir, lels qu·on les lai sa,
dan Je déiiordre de l'alfreux déparl, l'humble
salle à mann-er, la chambre toujours ou,,erlc
et le aloo de travail où, sur les chcnêts de
l'àtre, tombe encore la cendrti qu'a li onnée
Dnnlon dans la nuil fatale. Puis, l'inrnataire
achevé, les enfant partis, cette veu,·e de dixhuit ans enveloppe d'un dernier el doulourew:
rerrard 1a LièJe intimil~, le recueillement ému
( M1c11 nu. ) EL le Rapport de Saint-Just : c Le mol
veitu fa lsaiL rire llanlon : il n'y avait. pa! de ,!!rtu

plus solide, ùisaiL-il plaisam111e1ll, que cellr. •tuïl 1lepl11yni t, loulc1&lt; ICl! nml5 1 a,·ec Ra l'cmmc. •
l Edroil du regi tre tics ,folibèratioos du l'A,lmi•
nistraliun ccolrale ùu &lt;lèparlemenl tic l'Î 11~--ct-Oiso.
énncc puhliquc tlu 8 ni1ose an l V.

�Lf

..,. __ H1STO'R,1.Jl
des -0bjc1 aimé , des cho. es muette,; el douces
qu'elle a connues longtemp . Eli~ pas e, _à
nouveau el pour toujours celle ro1 , le seUt l
d~ la demeure oil Dinton a vécu, où Danton
l'a aimée et que es pa lremblanls ne franchiront yilu 1 •
Enfin les décades passent; et les mois, les
année I Lr printemps de l'an lV a d':ulorable fri sons· aux violettes de ventôse uccèdent l'ancoli~ et le muguet de boi . Germinal, mois divin, éclate el ras.~érène les h~mide champs d"birer. Germinal, fèlc au ciel
et mouvement dans le cœurs ! Geruûnal1
mois des noces l Germinal, mois d'ouhli I Le
jour du 2L qu'on dit èJ,re celui du gainier c'est-à-dire de corbeilles et des vans de
semeuc - Mme veure Dantou devient
Mme Dupin 1
,
. .
[e.dn d'origine, Claude-Elieone Du_pm, _a
l'esprit probe et discret de sa race, a3outa1t
d'étonnante· dispo iûons aux art et aux
•cienœs. mi des pllintrcs el des culpteurs,
l'était au si des avants. L'antiquité celtique avait pour lui l'attrait vénérable d~s
àge , et c'étaiL on bonheur, pendant es loisir , d'en di ertcr to11t haul avec quelque
fidèles, à l'ombre des healll arLr de son
jardin de Pas y._ Le avant_ philolo••u1i_Ja.~-~?es
Le Briga.nt, celllsant passionné, vtllatt ,_1 ~ter
souvenl, dan· a petilê banlieue, on pai 1ùlt!ami. C'est le bon Le Brirranl, déjà vieux el
chenu, qui amena chez Dupin son voi i~ de
Passy, l'illustre )talo-Correl de la Tourd An\'ergne. Agé déjà lui-même, u é par les co~1,ats cl les deuils de la guerre, le brave ofücier occupait a relraile à des recherches
analorues à celle de ces Messieur .
- J'ai appri' dit-il un jour à Dupin en
,-enant le visiter iio11r la première fois, que
lu étais un bon Gauloi. et je viens te voir 1 .
Liés par le.s mêmes goûts, Lou lrois de'itnre11 t amis. L assiduité de leurs cœur ,
én-alemcnt paisibles el de ~allcment éga(, _etit,
•an le. circon tance , fa1L de leur am1hé la
plus duraLle de Ioules. M:ns on s~it comment, en l'an V du Directoire, le va1llanL ta
Tour d'A.111•ergne, malgré son ân-e et ses services passés, quilla PJ.ssy, vint se pr~enle~,
en place du fils_ de Le Brit,ant, à. l_arm~e
d'Helvétie, el lrou'ia la mort, le 2 JUlfl su1vanl, d'un coup de lance emtemi, en avant
de, eulbourg.
l,a fréqueulation de ~s hommes . al'anl~.
de ces sane• au\. di.cours nrntis el qu'aucune
violence n'em?rJrtail jam 1i, c mlra-sta étra11gement, chet lime Dupi11, avec l.t fré~é·ie
e , lt :e de jad~. Un1 cendre douce eL ttède:
étonn mm,mt fine, co01m1nça tle tomber. a
me..urt! qu'elle prernît Les habituJes pti ·thlës
dti se~ uouveaut. hôte~, ur ce cœur encore
tout ,·tbranL du p,1ssé. Hais le fon caché de
ses vivants ourenîr continua de ùr1\ler .ecrèt1Jmenl en tJllei rien n ~ p,ll l'éteindre jam,is. La p.!nséc de D1nton r1'e l pa de celle.

il

t. « Le beau-pr.re 1•l la li '\lt'-mèrc de Onntnn, _M. Pt
)lm~ élv qui babila1eol cncon•, longlc,np· apre,. la
1n3ism1 1rt{m~ où llanto11 av•il v~cn. pa~"ll tht _Co m ,
rncree. rBcoulaicnL à Y.. Eugontl. lle.•po1s, leur ,1eune
parent, ,k qui je liens le d,11~1!, comm •nl Donlon
,i,·ail..., c·csl-11-.lir ~n l)\lur.ieo13 honm'.!Le, atloroul

qu'un ordre suffit à pro cri_rt'. Ce n'est p~
impunément •1ue )!me Dupm, pendant dix
mois de on adole r,enee, avait reçu les rudes
caresses d'nn pareil bomme. a chair et so_n
camr el jusqu'à on e prit, encore tout vibrant d'elle , en gardaient l'empreinte. Et
pas une occasion n'échappait pour Loui e main-ré la défense de ~[. Oupin - de re susciter Cil elle la terrible im:ige. Un jour c'é1ail
un voyage 1111'elle fai ait à Arcis sous prétexte dïnlérèts l'appelant près des enfants;
une autre fois encore c'était une visite à
Mme Charpentier, le peintre de ln famille.
11 J'ai donné deux séance
au portrait de
votre papa, é ·rit cette dernière aux deux fils
de Danton. Je l'ai habillé en gro· !.,leu ce qui
lui va bien mieux que cet habit amarante
qu'il avait. J'ai travaillé aus-i à la tète ....
Mme Dupin, qui était venue voir votre portrait et à qui j'ai montré celui-là, a lrouYé
qu'il était t.r\ res emblant 5 ~....
•
Ainsi, voilà le ecreL: Louise Gély, à ,,mgl
an , e l devenue Ume Dupin; mais, à dixhuit an , un autre a, pour la première fois,
parlé d'amour en elle. Un autre - ~ne orle
de Titau terrihle et tendre - a l)étr1 son être
de sa chaude baleine. De a rude ardeur. un
colos e effrayant, un dllr meneur d~ J&gt;l'uple ·,
l'a tenue serrée di1 moi contre lui. Et c'e t
le bouillonnement irrésistible et dou~ d~ oo
cœur immen'e qui, parfois, renait dans son
cœur à elle, animtl sa pensée, é1reil1e e ouvenir , et, sur sa petite vie terne, sur la
cendre n-rise de ses jour nouveaux. rallume
0
•
1
le grands feui de sa passion morte.

Vl
eul, l'éloignement de Pari , de la vieille
cité de la Révolution, toute onore encore des
grands fails de la veille, devait atténuer en
Loui e les regrets de Dantou.
Entre le monts de Poitou et le plaleau de
Gâtine bordé par l'.luoi ' el les bois de l'AnaoumJs, il e l un pay d'eau.x. el de plain.e ,
~ers la Rochelle el Niort, « petite Hollande
répandue en marais et canaln: ' D. terre
d'hommes opiniâtre et de rudes cultures.
Cou verte de grand labours el de guérets propices aux embuscades, la Plai,ie, à perle de
vue, s'étend, peuplée de petit vi)lages, coupée de courtes et belle ri,'ièrt!s, Jusque ver
l'Ollénu. Au-delà, e L la Yendt!e. En 1 00
celle terre est encore toute secouée des convulsion· de la gurrre civile. Au soir, daus les
chaumières à la veillée, devant l'âtre, il n'est
pas rare d~ l'ent.cndr~ encore,. entonné en
ourJine, ce Ch a,1t des blancs qm e. l comme
la .Yar ·eillaise d~ La royauLJ :
Aiu: 11 r,11~1 , l'•lilev in, I for1112, uu b4lai~I'"'·' 1
,
Jltt,.&lt;1/, •~, ""rc-lv~. les•:1,I:1 deur /Jlu1 ruJ11',1
,11,Uons

,·q,

Jadi ,, de ce Jur Poitou, Uenri de L1rocheia'luelein e t monlé ver· la vieille Bretagne.
·oe,Tanl le armée de Hoche. beaucollp de
sa fcmrn~. etc .... • (JuLK◄ Gwan1K. Ca 11till8 De1mr1uli1ur
h
2. G\ Olllf.1, Dirr1s, prè.aeJ ~\11 Œ,_,m·es
U/lle.5
de 11. le i,,u-011 GA. E. Vupm 1Pam, 18:,9 ),
:'&gt;. o• l'\omsb'T. /,l!t (13rlrrrit~ d, Da111011. (Revue
la Ri!11.il11 tio11 {ra11çnise1.

rut

... 228 ...

Chouans et de ÎPndéens, repoussés par le l'eu
meurtrier de Bleus, ont regagné pêle-mèle,
traqués comme des bêtes, la Plaine et le
Marais. De pareils ouvenir ne s'oublient pas;
el, parmi les départements du nouveau régime. il en e l pea d'ans i d\fficiles à administrer que celui de Deux- èvre . L'élément
royali. te
c l encore \'ivace; les prêtres
réfraclaire y romentenl le trouble, et le feu
de la ré1•olte, loujour· mal éteint, couve encore au cœur des paysans. Ce coin de Poitou
est un pays rude, entêté dan le passé, difficile
mai an si plein de reRsource , de riche·ses
naturelle , de •rands el beaux laheur •
C'est là que, par arrêté du 2 nivôse an VIII,
le Premier Con ul envoya comme pré[et
Claude-Étienne Du.pin.. Dupin arri1•a dan
iort le 27. « Le lendemain il se préscnla
devant Je citoyen qu'il allait remplacer et
dépo a, su.r le bureau, une lellre du mini lre
de l'Intérieur à l'admini tralion des Deuxèvres, sa commission de Préfet et un arrèté
portant que le secrétaire gêuérau des administrations centrales eraient provi oirement maintenu a, a
L'enLrée dans iort se fit sans bruit et aos
apparat. Ume Dupin a que le dépa,rl~menL
de Deux- èvre · a me si dignement et si ~racieusement orner les fêtes du pay pendant
treize années Il, accompagnait son mari.
La vue du htlîroi, des deux grosses tour
du donjon, de l'église Notre-Dame, de vieux
b.ôlel du xvie siècle en bordure des rues, des
anl ic1ues mai -ons de bois des bords de la
èvre étonnèrent une jeu.ne dame encore
habituée aux palai de Pari . Du moins l.es
vieilles pierres, les façades usées des demeure~, le calme apparent des quai . et des
places lui promirent-ils l'_ou.bli, _la pan:, définitive . .,\ coté de son peut Aret en Champagne, pourlanl, quelle di.lli!~ence ! ~à-b~
l'Aul;e iu;t rapide, les êlres actifs, le
grisant. [d l'eau est plus lenle, le peuple gra,'e
cl duu.l( la vie aime le silence. Dt Danton à
M. Dupin il -y a le même écart : l'un c'était
le feu du cœur un amant terrible, un to.rrenl
1
passionné de bruit et d'orage; Dupin, lui, _a
le îroiJ évère, la probité, le goùl au travail
des gens du Poitou.
_
Tout de suite (on le senl à se note ), 11
sera pris par les boi , par le pa1sage. Ce
rive Ile la Tboue, de la Dive, de la èvre
niortaise, moins v1Jrtes, moi.os agrestes que
cellt:' de sa ~Ioselle natale il en goùlera les
bord monoLone·. (t Las laboureurs poiteYins
qui cbautenl en pressant leurs llœ~r- de
l'aiguillon° » ne ont pas san. a1_1alog1e ~vec
es par an de Lorraine. Au ·_si atmera+ü 1I
visiter ltmr canton , à vemr tauser, avec
eux, d'agriculture eL d'élevage_, ~ 'cn9ut1rir
Je l'étal des moi ons, de celu.1 des fuir!! el
marchés aux mules cl atU bœu.fs, du nombre
des moulin . es tournées à Lraver le villeil
et village , au hasard dès hameaux, acquer•

,,n

t

N1&gt;fre F,•1mct.
. .
.
;;. Jou:!. Ro,:11,Ro, Ilistoi1·e de l'ad11111uslrat1M d~•
}hmsLEî,

perie11re t.111 dr11tn·ttme11f des Deu.i:- "V(CS, depu,11
1iOO jusq1i'à /11 H.t!rolut1011 ,ie 1830 ,"tort , 181-li),
t;. CL.-ET'. 1)01•1 • i'Umnirèll 1/e la 11ciétt rfe,
A11tiq11airt~ lie F1·a11ee / IXl1 .

ront t( uu degré de célébrité locale•. o Ce
préfet ne reslera pas dans a préfecture. Il
ira de l'un à l'autre, intére a11t les I.Jommes
de cette vieille contrre hostile aux faits récent , aux idées neuves. c·e t par l'amour
des champ • de la n.atu.rc et des fleur que
lJupiu a trouvé le chemin de ces cœurs ennemi'. Ici le ro11tcs, reboi ées, re\'erdi ·enl
par es soins ; là il promet des primes à r.eu.
qui donneront les meilleures cultures, les
fruits le- plus lieaux, qui produiront des
.emi · jusqu'alors inconnus. e· discours
agre te et poétiques 1,anteot les richesses
locales, le ouvenirs des grand noms de la
provin , CClU de la Quintinie, de Mme de
llaiutenon cl de u Jacque~ Deli le qui s'était
dérobé au lumuhe de Paris pour e livrer à
es poétirpies inspiration sur les Lord délicieux de la 'èue. »
En l'an X, lor de la tète annive.r-aire de
la fondation de la Répn hlique, ~f. el ~f me Dupin
présidèrent les fêles, les concours de chant et
de poésie. Toute la belle .ociété niortai ·e se
rendit, avec ux, a au jardin holanique pour
y planter l'arbre de \'erlu chiqur ». Pendant Loule la durée de son préfectorat, Dupin
ne aé~ligea jamais aucllJle des occasions de
s'approcher du peuple, de se mêler à lui.
de le gagner, par Ioules le martrnes de sa
ho111é simple el cordiale, au.x idée du régimP,
O~s Brumaire, Oupia est acquis aveuglément à Bonaparte. Chacune des graTides dates
de I"histoire impériale et con ulaire prend
pour Lui l'éclat solennel (une ftlle. Le plus
inouï à constater, c'e t qu'Etienne Dupin, par
son zt'le et sa tolérance, enlrainera tout un
peuple, jusque-fa réfractaire, à célébrer partout ces d,1 t~ mémorables. &lt;1 Citoren géntlral.
êcrit-il au Con ut après )farenao, j'ai l'honneur &lt;le vous présenter le actions de grâce
que je vien de recueillir pour vous. Que
n'a"ez-,..ou pu entendre ce concert Loucbanl
de béuéJictions s'élever au milieu des raines
de lanl de \•ille et de bourg désolés. Pa.rlonl
on chantait vos triomphes, partout la vicloire
de llarengo cxcitail l'allégres e; on ,·ou proclamait le sauveur des Françai , le pacificateur de !"Europe! ... Le' bon· habitants de
ces contrées m'ont fait prometlre de voug
olîrir l'hommage de leurs seotimenls .... ~ ,1
Ceux-ci, à chaque fois, ~e montraient plus
enthousiaste . Tou le faits saillanls de la
grande épopée impériale : victoires sur Jeroi de l'Europe, entrée de Napoléon dao· les
capitale , naissance du roi de Rome, union
avec fa rie-Louise auront dan les Oeux- 'èvres
leur répercussion.
nai dire une femme était la joie de ce!;
fêtes, c11 était l'âme vÏ\'ante; c'était Mme Dupin. li sembla que, pendant treize année., ce
cœur délicat, cet esprit charmant n'en enL
plus d'autre amLilion que de se plaire aux
bals et aux réjoui· ·ances. Par arrêté du
L J l\!CHABb,
2• .1. 811'.ltAh~.
:;_ 'ht lltLU .

ibid.
ibi(I.

4. Ci..-Et. Dcn5. ,lUmoires tle /11 Socit!lt d~
A111iquaim1 t.1, Fr1111ce (1821 ) .
!'), , 11arjolrl. terme ,-ïrilli, pclil bomme qn1

SECONDE .MAD.A.ME DANTON - - ~

15 août 180H, • apoléon, sur le bon rap1 ort
du mini lre de l'lnlérieur, aYait créd baron
le préfet Dupin. Celle qui jadis, dans le sombre
couloir de Cordeliers, mèla a jeunes e aux
fureurs du moment, celle qui connut Lacroix,
Desmoulins, Philippeaux, que Danton serra
sur son cœur de lion, devenue une petite
baronne impérinle, , eml,la un momenl immoler les regrets, le ou vemr des années
mortes, alll: vanités d'un litre cl d'une situation. Lors du passage dtJ Napoléon à Niort,
en j 08, l'idolâlrie publique éclata partout
tu Lransporl et en acclama lion ·. L"Empereur
re\"enaiL des Pyrénée ; llmpératrice l'accompagnait et, arnc elle, les maréchaux Ilerthier
el Duroc, les nénéraax Nansouty el B••rtrJnd.
Napoléon e monLra bielll'cillanl pour li. Dupin
el le l1L orficier de la Lé1,.rion d'honneur.
« L'impéralricc, écrit Jule Richard, reçut la
,·i ile de )!me Dupin ~ la,1uclle elle s'intéressait beaucoup. o
Une proteclioo si maniîi&gt;,te, ajoutée au
zèle el à l'hnhilclé du liarou Dupin, étendirent
encore une popularité unanime eL touehante.
Dispen alcur de grâce , le nouveau préfet
reç.ul loutes les demande en réinté!1Tati,m de
lilre et de biens de vif'ux émigrés ; c·r I lui
qui amni tia, an nom d,.. l'Empereur, .M. Au•
gu te de Larochejaquelein, frère cadet du
célèbre général, et, par celle mesure sage,
aida les vieilles haines des partis à 'éteindre.
llientôl, grâce à ~es soins, c'en fut fini de
l'opposition ourde et rancunière. LI&gt; hobereaux poite1•ins, l~ daml!s \·endéenocs, « Clorindes qui sui1•aienl, jadi , Charelle à cheval i&gt; l, se montr~reu1 moins acerbes, étalèrent
moins de morgue. EL. œ ne fut pas le moins
pir1uanl de ce cba1wemeot que l'altitude
qu'olîrirent alor certain salons légilimi les,
ouvrant devant lllme Dupin, devant l'ancienne
vcme du r,:!gicide D:rnton, leurs porte accueillantes.
Curieux. des u ages locaux, des coutumes
gardées pieusement par les âges, le haron
Dupin en lolklori le "entimental, aimail à
recueillir partout, dans son département, le
traditions acrrcslcs, les ouvenirs villageois.
Une contrée, parmi toutes celles si belles
qu'il admiiù trait, lui étaiL spécialement
chère : c' e t ce pa)'S de. Gàtioe, cmpri. onné
de monts, fertile en pàturoges, où, dit-il joliment, « chaque champ est clo par des hait&gt;
fort élevée de bo111, d'auhl1pine , de troènes,
d'épines noires. de nénier.;sauvages, dù ronces
el d'églantines entrelacées de chèvrefouiJlej. »
A certains jours, Dupin ayec Mme llupio,
enchantés de ces cité·, en messidor urtout,
tandis que 1 champ doré· ondulent ous la
taux, gagnent les Lord heureux de la Thoue,
tout Le paJs en deçà el au delà de Parthenay.
De solides chevaw. le mènent; les Lem~s
plantées de maïs et d'orge, le champs de hlé
m11ris les accueillent à mesure quïls entrent
en Gàtine. Le bon pn} au qui les reçoit aux

relai accompagnv le lroL du petit équipage
de so.n chanl local :

fait l'cnJcndu. 11.'une homme élégant. l Lrm11l.

plus de .~ix mois ~.c soulTran~Cl!. ~t il eul le coungc
d~ se ra,re cumluwe et tl ass1&gt;ter a la séance de rentr,•1&lt; de la Cour 111:s compll' (doo l il èlaiL devenu
CIIIN)iller maitr~· le mercrr,li ~ novemùre, six ,jours
U'3nLu morl .... o Ct •. -1\r. Uc1·1~. Œu111·1•111postlum1~,
nolice IJio,;. par son IJ!B.

1

6. CL.-F:T. D11r1N. Soticestir' q11eb1ue1 {1!11/f et di1•ertiueme111, p11pu/111re. drt dt'p&lt;lrlr1u«11t &lt;le, Deu.c·èt•res (Mém. de la ~•x:it!II! d11t A11tiquairr1) (18W).
7. J. Ili u.,nn. ibi1.
• R. • li. le lnrl!u Dupin csl morl à 00 on•, après
... 22.9 ...

0 l'étiiil un p'lil marjolet !
0 l'èl~I un 1i'lit marjol1&lt;t 1
Ohl ohl oh! olil
Qui onguail ,,oj,- ~• mie.
OIJ ! oh ! oh! oli !
Qui ongu~il voir su mie.
:\Inn cati~!, nrnn 1rinch l, me mt•~•unns,
Me mr.gna11s p'lit marjol.it3....

Le chant onore se mèle au trot des pelils
chevaux vifs, aux cla11uements de fouet du
postillon. Bienlôt le ·oir s'incline au-de sus
des campagne': les c1iamp épar., les monts,
le plaleaux, le chaumes, tout cela se fond à
mesure que les Icax: 'allument sur les toit
d •s fermes. « La nuit "enue, l · mois onneur e ras emblen l par troupes; une fille
cuante. plein go:il.'r; tous lui répondenl ur
le même lon, el l'on rentre ainsi au village.
Puis, les cris de fou, iou et les sons rau4ues
du cornet nononccut la îi!te de Cérès 6 o.
Une .1utrti Iois (ain i CJu'il adviul dan l'été
de l'au XH), le bruit du voyage de li. Dupin
'e l rép~ndu, dépui i'\iorl. Une e corle, formée des jeunrn rrens de Parthena1, vient audc,·ant da préfd à plu~ de trois lieue de la
ville. « A . nn entrée une troupe de mu iciens
et !es I.Jal1ita111 de Ioule les clas es l'attendaient; d~ jeunes filles, vêtues de blanc,
nlourèreul l1m, llupin et marchèrent à ses
cotés. Mme Dupin ne pouvait cacher sa joie;
sou émotion élait edrème, el elle pleura 1 • »
Et ses larmes élaicnt de douces et chaudes
larme . Sa beauté charmante qui s'augmentait d'elles ne s'était jamais fait YOÎr aussi
sen iLle à ceux qui la conoai saienl. a modestie cxqu.ise. on maintien touchant .firt'Dt
,·ivemenl impression.
n regard d'eufanl
naïve qu'a ai i llo.illy a,•ait gardé alors son
ingénuité. Rien ne survivait plus, dan ces
grand yeux purs, sous l'eau des larmes 1.Jeureuses, des sole.ils do sang qui les aveuglè.rcnl
dan les anciens jour!. ..

VH
Uai11tenant lme Dupin est uoe maman
âgée. Ils ont lointain" le jours où, conduite
au lrol de ses cbevaux poilc\·ins, elle enlrail
au hruil de. flùle! et de. mu elle., menée
par des filles en blanc dans on cher Parthenay. l,e iou iou que les gars chantaient pour
la moi ·son ne retentissent plu it e oreilles
d'aïeule. Elle a qualrc-vingts au. maintenant,
« ma.man Oupin »1fille a deux grand enfants
el ces enfant eux-mème en ont d'a11Lres à
Jeur tour. Depuis le il no1'em ~re 182 ,
1. Du pin est mort 1 . Pour elle, elle e t .i
vieille 4u'on ne sait pas trop si elle existe
encore. « Nous ne . a\'on. p:is si elle est
morte », écrivent dès 1846, dix an avant
on dernier jour, dans un mémoire cunnu,
le deux fil de Danton.
De toute. les femmes qui Tirent les grand

�1f1S T 0'1{1.JI
faits de jcldi., ~fmc Dupin es! la dernière.
Loorrtemp bcaucnup ont sumfou, mai.
pa aulant qu'elle. Ainsi Mme Dupl&lt;' i (i ouhliée, Jlencitmse, rerhcr ·hnnl l'ombre, o'cutr'ouvranl a port quï, de rares OJUÎ: 1 u;
ain~i imonne Evrard, Chorlolle RoLe~pierre;
ainsi l'une des flll · du mcnui ier lluplay, la
pamre el douce ·l'lf\'e de Philippr Le n ·.
n Je la Yis peu :n-unl • a morl, dî! )licliel 'L, l
l:t trou Ai charmante enmre de ,·i,·acilé, de
cbnleur, de cœur. » M. Yiclorien ·:mlou, q111
la rcncoolra, vers 18i5 ou 1816, « à. une
p 1i1 • sauterie ùe jeune· narçou •l fille. de
·on ûge, rue d'En!er, ch~ ~tmr de Doi ·monl 11, se sou,i •nl Ir~ hien d'avoir dansé
avec elle. C'ëtait, ajoulc-t-il, • un• dame
nH11e de noir, iigéo, mai de tournure encore
jeuue• Il, Toul~, si l'on en croit ceux_ qui les
approch1'•rcnt, étaient tlemeurt!e fiJèl , au
grtlllds noms di pal'ns, au
rand· fait. ïyano~. ,lalrrré Il'~ coup du ·ort. l'âge cl IL•
maladies, elle 'oh linaient à Yin-•. Uernic
témoins d'un lemp Jirlicil · t lointain, ellr
avaient "ardé, m:11 •ré Lou i.~s re,-ers, le 1iranl OUVl'Hir de$ homme~ élonnaul~ qu' •lie~
avaien L aim i,. Le grondement lerrihle Ol' la
Gom-cntioo, le houi!Jonncmcnl tl l'timeule,
1. lt-, t! Cw~o:rrt, C:. D1m110,i/i11.1.
2. Sn;f"-' E-11,,L. /,,. COlt('l'lllio,wcl J,e 1/,u (pri:f.
dt.,. Sar.Jou).

les rri · &lt;le. oldn , les chant de- ,ictimc~,
l'h •mne ardent de "ictoirc· gonllnienl en •ore
- aprè: 1:int &lt;le deuil et d'an11,:es - les
cœurs bri~6 de ees femmes. Ah! les hMne ·
pl'lile:- .icillc - cJUÎ a,aienl vu la mort et qui n'füient pa mort !. ..
La Jernière d~ toute , Mroe VCU\'C Oupin,
cnt, il 1•s force faiblir, les ans l'accaLler.
L lorriùc :1r: de 1 56 ,·it décliner en elle ce
1p1i resta.il •ncore Je dernit•r&lt;;l ,·igucur. IlienLol 11° joues e creusèrcul, le lhr1•~ ,'amincirent, et, dan· la face cireu e Je la ,ie1llc
a,eul ne Jl·m,.mrèrenl ,·ivant que cc· ni:anJ ·
)Cil pur~ 1p1·~Y"ait aimi! Da11ltin, qu'a1·nit
pt•ints Boilly. DIII il rol,e anCÎ('nne, son
~cha1l rumauLi11u1•. ·,JU, . e · Luucl, s !Jlancli,· .
c qniw cl ,énérablcs, elle eut, malgré Le
pt&gt;ids, la lassitude de l'à re, une ''l:pr .,, ion
de jeune raoù'm(lman ju •1l1'au1 deruit'r.
joun;. ~on Lonh,iur était, dan. sa lucidit{-, de
~, ~ouvenir, san · Je trop gL"aods efforts. des
m••r,·eilleu1 :ile de on heau Poitou, de la
clm!:ie &lt;t au li'•vrcde. Pàquc · 11, de~ jeux de la
•.,inl.Jll.:\ll, d brn~illel-~ ou rcu:r: de fouJère ile
la Toussaint. du chant d'amour tle: ,·illagt•oi~ :
l'i•l•H 1111 p'lll mnrjolel !
0 l'ôLail un p'liL marj,1let [
Uh I olil ob I nt,!

Qm

OD:j"llllil

\Uina 111ie...

Le dernier sou{l]e qui virnit encore dan

,on 1•.œur u ; allait :;'~c:hnpper J't,1\1•. C'étail
le 2 juillet 1 ;,Il. Entourée dll son fils, de
rn lille et de son gendre, l \'ieille oclog~naire
allnit s'étdndre itv c le olrll du JIJUr. ne
d •rnière foi le nom de \I. Oupi11 .'échappa
de ses 1hr •. ; mais, il apparait birn que ·e
ne [uL pa le ·eu\. En de\:à tics SOU\·enir · pré·enl à tous, d'autres ph,:;- vien encore,
d'autre plu· dornioaleur ~cmhlai nt lent ment surµir el s'imposer du rouJ de leur
p;is é lointain. llientnl . es Jeux eu -mêmt&gt;~,
·ou le voile de l3nl dïmagr:.,; qui ·'; rem:onlraient, la \·irenl ndain r •vh·rc en tin soleil
de feu. la lête doure el terrible qn' ·lie , \·nit
connue. Comme, i l'atroce couteau ùu t6 l'f·
minai ne ra.ait pa. [ranch lp, elle était lrislc
cl "ravé el la i:onsiJéra1l: les ,·i3n s ,erle
d'.\rci · en formaient ln courowm. Enfin le
jnur bais.~a. Il lui semlil.\ qu'nllnit rerommenc.Pr m,ore, 11 e, rc ..arJs drmenb, la
terrible veillr, où, rue d~s Corùclier , hlollie
conlre la poitrine géante de llanlon. elle
éc&lt;,utait monter. ùan le noir ilenc•!, le pa~
Je ·oldats. Les hruil~ ùcs :il.ire· el des
haïonnclle heurl..1nL la porte an!c un furieut.
clan, -voici que, Loul à coup, elle lt's cnteudniL · ses mains d'aïeule lremblèr•nL; .on cri
de ,ieille femme u ée n,. rut plu-: 'lu'une
plainte. Cellé fois-ci la mort ne \enail que
pour elle.
Bm10;,;:o PILO, r.

Louis X Ill le Pudique « Deury le Grond, dil le chevalier de
Méré, trou,·oit Loo tout ce qu'on lui di·nit de
facétieux, cl le feu ro~• [Louis :llll, qui e
plaisoil a. ez à dire de bon~ mo , aimoil
encore mieux que l'on se défendi l a.gréablemcnt. •

Cependant, Je

CIi

roi ami de· bonne ri-

po tes, pa un bo11 mot n'esl rc Lé. li fu~

impopulaire comme Henri Ill. et comme lui
il en porla la peine. Au a_ntres on prêta de
l'e.prit; à ceux-U1, on ne Fait m rue pas honneur de celui qu'il· onl eu.
Ce que Richelieu ~il don_s son Tt: !amcnt
politiq11e, sur le pla1SJnh:rtes de, rm pins
cruelles dans leur boucbe 4ue dans toul.e
autre, doit être :.1 l'adresse de son maitre.
Ce sonl d belles paroles, comme vous alle:i.
voir, eL c1ue iiréfise a eu grn-nd lorL d'e_nlever a.u c:irJinal pour I prêle~ au ~éarna1~,
Le Dui/J{e à qualre, qui ne uljam:11 r tenu
un bon mot contre personne, n'était pas
d'bnmeur à s.e faire à lui-mème celle gra,•e
leçon du Jlence ;
« Le coup~ Ll'épée se guéri entai émeot,

mai· il n·~n est pas de m~me d,: ceux de 1·
l:lDAUC, particuforcmcnl de elle d roi;,
donl l'autorité rend les coup pre que an
remède, ·'il ne vient d' •111-mème . Plu
une pierre e. t jetée de haut, plu· elle lait
d'impression où elle lomb . »
Loui Ill, d'apr·· ce que uous a dit )léré,
en aurail lancé Leaucoup du celle ·orle dan
le j:irdin de ses amis: mais, encore une fois,
personne ne le a rama,.ée . L seuls faits
qu'on raconte de ce princ sont presque tous
ridicule ; le cul mot.~ &lt;tu'on répète de lui
out odieu ·. Par bonheur pour sa mémoir ,
il n'est pa bien diî6cile de prou,·er que les
un· et les. aulre soul im·enté. L'avenlur
du billet quo mademoiselle de Ilauteforl ~cbe dan on sein et que la main pudique du
roi n'o e aller y prendre, ~l un conte fabri11u • par l'auteur du mauvais li He : fnt1"i911es
galante; rie fa rom·. dans lequel ü e trouve
pou.r la pr mièn fois.
'an cdole du volant qui va e nicher à la
même cb rmanle place, et que le roi n'o e
repreodre qu'avec des pincelle el en fermMl
le 1eu-r, n'est pa certainement plus \'raie :
c'e t une invention du prédicateur qui, fai,ant l'orai ·on iunèbre de Louis -w. ne crul
pouvoir trouver mieux pour exalter par un
clerople la 1·ertu la plus célèbre de ce chaste
roi. On s'en est bien moqué dan le e91·ai-

siu11a. « n prédicalenr, y est-il dit, faLoit
li? panégyri,1ue de Loui ·111, el en le louanl
de sa chn. lt!té, il en rappnrLoit cet exemple
avec une grande exagération : « C prince.
« Ji oil-il, jouant un jour au volant a\·ec une
« dame d~ sa cour, et le rotant étant tombé
« dans le ein de la dame, la dame rnulut
u ,10 'il viol I' prendre. Que fil ce cba Le
« prince pour éviLer le piège qu'on lai teno: Joil ~ li aUa prendre les pincelle au coin
u de la cheminé , etc. 11 Cela eroiL bon à
mettre dans un Asiniana, C'e.sL ·e motruer,
d'amuser un grand auditoire de ces hagatelle ; au· ·i un gentilhomme se 11•\·n el cria
hautement : « Il alll'oil ui1m mieux fait de ne
a. pas me mettr à la ln:r:e, » ce qui fit rire
Loule la grande
emblée. » Qucl étaiL ce
prédicateur? reut-èlre le P. Jo eph, peul-être
sainl Vincent de Paul. qui, slll' ce poinL-1~
surtout, servaient, par la colère de leurs sermons, la. pudeur chatouilleuse du roi. Ulol,
dans ses R,keriC$, flebus, rtc., dontLancdot
possédait le manu ·crit, apr~s avoir fait une
lrès pirituellc di serLalion sur le « beau
tétin &amp; , parle d l'horreur qu'en a"ail
Louis Xlll, et qui le regnrdoit comme damnation el lui mi.soit même des a\'anies oo 'Lui
faisoil, ajou te-t-il, que le P. J o eph el iocen L de Paul ne tarissoient pns en invectîves
ur celte pal'tie de l'ornement des belles D,
EDOUARD

.... 230 ...

FOURNŒR.

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
LIVRE DEUXIÈME

I 1 ( ·11ite).
l~yno11w1, s'approcha, riuut lrl'S luml, très
fort d(' l'esprit de ~oldats: ce qui Gl que
ceux-d le con~idéri·rcnt ur-le-champ comme
un bou républi ·nin et un ,rai c:unnradc. n
demeura près. d'eu , landi-- qu'ils con1in1taient
leur plai,;.mlerie sinistres, en chan"eant de
victimes.
C\Hnit un elforcmcnl sur tout le dmmp
du ru.ardu!· car p ut--ètrc, parmi ce: flAYSll.ll',
à l'air hénin cr. jonr-1:,, c trou,·ait-il en réalité iles con cirnce~ peu tranquilles. Groouvez
~cmlilniL 'amn,cr de plus en plus; si bien
11ue le ·oldnl~ 11 ~e ênèrcnt pils potrr p:1rler
&lt;levnnl lui.
- (a, c'e·l de la Lb 1,ue, dit l'un, mai ,
dnnaiu . oir, te ~era plus ·érieux.
- Oui. fil un aulre, il y a de chance
pour qu'on mnrchc.
- On en p11rl•.
- .\lai ()Ù fa 1
- Va le demander au 1inéral, il te le
tlira p '111-è!re, ricana un ser,rC'nl; on irn 011
il y a d1• hibou • rnilù tout ....
Alanik fil on profil du rcnsPi•Tn&lt;•menL;
une t•ronde apr' , il c perdait dnn la. foule;
un quart ù'heurc plus lard, il !!lait sorti de
la ,·ille tl arpentni l la roule. Il :illait prévenir
Kerret cl le· :mlrllS de ·o tenir en gard11
Par un opportun h, ·ard, le oir de ce
jour-là la bande presrrue enLière e trouva
récrnie au point de ralliement. o.r l'avis de
Gfnouvei, on délibéra, li y avail des chances
pour quele manoir fùt dé i"né aux de ccnti:·
militaires. n étoil mèmc urpr •na.ut que le
dHricl de Yann , n'eût pas agi pl~ Lùl. Que
fallait-il fair•'! rnen&lt;lr • el livrer Lalaille, à
Lous ri ·411es, 011 •&lt;enrnlcr :rrant quel' ennemi
parùl 1 Jierrel parla le premier. li Jit :
- Qu'est-ce que nou youJou '? démolir
des Bleu', sans ouci de notre peau. Lt' Bleus
vicnncrll. Atteudons-1 ; emlmsquou.-nou
J, ns le hoi qui nou couvre, tirons de. sus,
1iuaud ils seronl eu _plaine ... 'il sont Il mhreux. nou nous raballrons dans nos mur~ ;
la plac • e t bonne ; nnu y tiendrons oo c1ue
Dieu \·oudra; et aprè , si tel 't le de Lin,
nous Lrépasscron. de compa nie pour notrt:'
cause el no croyance". ~loi. je Lromc cela
Lrès bien.
G11illclllot étira ~ grands hrn', bâilla largemeu l ; puis lais a tomber :

- , oas les rece,·ron , non~ le~ rt•roniluiron., r.ro , e 1111 ,lcrrièrc, comrnc nous avons
t.léjà fa.il. D'abord le rlicf. tlt• districts, qni
onl tirs imhécilt!S, •onl morceler l'action,
envo~·pr l1•nr. olda.ts par pelit.s paqu LS; vous
, crrei que no, lion· IÎSÎleur r•ront Jeux
renl Il. rein . On les mall!!ern, j'ai em·orc
foim.
._
El Je Q0U\"C.1ll il 1~·1ma. Eveno. Ùrl' é à
:1Jn lour. beugla :
- l'as d'illusions! nous finiron. pnr perdre
a? jeu 11ue non;; jouou . lis ~onl trop. Eh
luen, alors, 1r11'noru;-nou à risquer Je plus
1·n re~tanl iri '1 lli&lt;'n. Si notre b ure c L veuue.
le COLUjll esl l10n, 1• arrêts d • Dien ont
irrévocaLlcs ; pour ma pari, j'aime cnicu
linir dans la bataille, face /i l'enncmj, rn soldat du Christ, que Je tirer la lnngne an Lout
d'1,1ne cordi!, c,: qui ponrrnil UOLŒ nrrÎ\'er annl
1 'oël. ;\!tendons les Bleu .
Ahuiik Gyuou,·ez, Pncore :is.ombri par La
mort de Jili Ge-ri!, approuvait à son tour;
1 autre-- ~rsonna"e important· ~e ralliaient
tous à l'avis les anciens grand. chef., quand
FcrsPn pri1 la parole :
- Parfait pour '1OUS, le ,·alides i mais

non :i,·on. ù · ùlc-- , des m:11:id ,; qu'il
nous faut rem-oyl'r au plu: vil•. , i 11011s
étions \'ainru , il· r.iiimt ru ill1: don leur·
lil.
- c·.. 1ju~lc. rl•pril l1i1Î\'Cllle11( E,·e110, un
doin-t dan la narine gauche; je 11' • m•ai pns
:onn-{,.

Alors il fui CO!ll'C'llll f}llC le, vin°t plu~
jeune hnmmc de 13. ' bande ~·mpnrlcr~ienl
:un: prclf'bain: nllage... sur Ùel1 lir.rncard ·• les
tlü soltlals couchés dan· l':imlmlancc Maze
ful de ce. jeun• geu ; malgr,: srs revenùicalion-, 11 dut partir. Alanik lui ,onfOa en tlcr11i1·r :

- Tu embrasseras la femme, lo. p1•lile;
cl. i je ne rcn•nrti p:i ·, ln leur di ra. qu •
Ioule lu famille leur dn11ne rendez-1•011s à la
droite d Dieu l Va 1
·Qnnnù le uprème. comba11ants, r':.olu
aux pire ré.~i ·tances, se trouv~renL ·culs,
eotr ~iu~, il c comptèrent. [ls liL'lieul un
peu plus ùe qualre-vin.,ts. Le plan ù'attaqne
el de défense Fut rapidement concerté; il
était · i mple · édaiter les route , pnrdcr le
bois., proleclion na lu relie; sous son abri,
liraillt·r ju. riu'/i Hn de cartouche~; :ipri·~, se

�H1STO'J{1A - - - - - - - - - - - - J ·ter dan le manoir; lenir tant qu'jl y aurail
du pain, du plomb cl de la poudre. Ensuite,
liler vers la mer par les souterrain , ou .e
l'aire Luer sur place, en Yendant cher sa vie ..•.

Cela au choix.
Tout ceci froidement arrêté, chacun 'en
rut à ses occupalion., comme si rien n'était
de nou,·ean ni d'e traordinaire; les éclaireurs
se disper.aienl déjà sur fa lande, au cas où
l'ordre de marche de-;ancerait le jour prém.
Cette nu il, peut-être la dernière pour la
plupart, cette mrit qui ÎUL tranquille,
cl
&lt;le Fer en el Sé1èrede Kerret la dépensèrent,
selon leur ruanie habituelle, à &lt;lcsérncations·
et cc fut, pour eux, la veillée des fan tome .
D tout cc que di ait le COllJle de Kerret,
res.ort.ait Jepuis quelque temp une inimen&lt;:e
la ·silud •, un ianrnense dêgoù1. Il comprenait
que la lullc erail v:iine, et, pluldl que de e
1·Podre, se oumetlre, il pr férait en firur. li
arait accomplt sa làche de .oldat copienst..'meol. Il a\'ait droit au r;,pos, à la rPtraitc; il
complait le prendre dam la tombe.
tilors, unefoisenrNe, il .011hait:iitenterulre
pro11oncer le nom de Celle dont la fugitive
rencontre a,ait désole &amp;a vie; dont ln mort
l'a\'ait rendu fou, lui a,·ail fait prodiguer la
mort; q11i, loujour , influe&gt;nce aulorjlaire et
n~ra le, avail balln la me ure au nlhmti de
. on cœur. li suppliait :
·
- As: ·l, 11arlt&gt;1.-moi de la Heine au Temple,
à la Conciergerie, d dernier, jours. C'e t de
circonstance.
Fer en répliquait :
- Je 1·ou. ai tout djt., _, C'élail irumen ément trisle: misère du corps, mi~redeJ'àme,
rien ne fut épargné; plw de Linge, plus de
vêtements, pas de remède dan la maladie,
peu de nourriture, el si !ITO. ièrc ! Oh! oui,
toules les douleurs, toutes les ~oulfrances.
toutes lei; an oisses des pauvres, la Hévolulion, de ses deux larges mains ouvertes, les
lai a tomber sur ces têtes rabais ·ées, impitoya Llcment : la Heine, Mme Ëlisahelh, le
enTanlS Je France!... les femme ' n'avaient
plus de larme ; c!ll!S c entaient perdues,
abandmwées, :eule: coutre tous; un peuple,
toute la France, tourné Yer le Temple, de sa
voix, faite de miJlion de voix, enflée, !!TO ·ie
par l'irresse du ,'Îl1 et l'ivre se de la haine,
insultaiL, bafouait, outrarrcait, c.tlomniail
celle reine, relie femme; il la martyrisa il
a\'ant de la t11cr, déclùrait Je camr aYant d'abattre la tête; héri ':til de mille affronts, de
mille douleur., son chemin de la guillotine ....
Quand le uédoi commençait ainsi, il en
avait pour longtemps avant d"épui er ses souvenir·, ses fureur et ses indignations. 'il
faibli sail parfois dans son récit farouche i
sa voix lléchi sait, ,emblnil annoncer l'arrèt
de a mémoire, d'un mot, d'un cri, d'une interrogation et d'une e. clamation, Kerrcl rallumaill'incendie, provoquait Je torreul.
ournnt Fer en tombait dans de rcdiles,
se répétait d'un jour a l'autre, el parFois au
jour même; . évèrc s'en apercevait-il? peutêtre; mai il n'en Jai sait rien paraitre. Pour
lui cette tragédie était toujour noU\·elle; elle

le faisait Loujour!) 1res·auter, palpiter, crier,
hurler, broler ses main jointes, mordre au
sang es lèvres, el e frapper le Iront de es
Jeu poings fermé . Lui, dont le calme sini tre était légenda.ire, il ne pouvait tenir en
place ii l'ouïe de ces crime et de celle agonie;
il bondis ait, l'épée au poino-, appelant lout
liaul les régicides. [le t proba1le qu'il était
en route i;our la folie; mai il n'eut pas le
tcmp· &lt;l'J arrher. Son henre sonnait ....

Apri&gt; la nuil sans troubles, la journée du
lendemain pa a . am incident~. Le rcn eignemenls rapportés par Gp10uvez .i· cunürmairnl jusque-là. Il était doue rai onnablc de
pré,oir l'alerte et la bagarre pour le oir

m~me.
Un p:i ·san, d'apparence inofi'eoshe, fut
d6pêché sur la route de Vanne ; e'étoit
un des n1eilleurs coureur parmi cc Chouan
:igilcs; il revint au crépu. cule; Jemoui:cment
e préparait. Avant troi heures, .elon toutes
prévisions, le 8leus paraitraient i;ur 1a lande.
Aus itôt, le gro des combattants occupa
le pelil Lois; et. couché dan le lai Ili., le
f~il · cbarirés, uella l'occasion.
Le cri &lt;le la chonelle ·trida sur la hauteur;
sous la lune, le parti ans perçurent une
masse confuse 4w ·'a\'ançait en ordre .•\
bonnP distance, Guillemot, qui arnil pris le
commandement, ·ria d'ouvrir le Jeu.
C'est alors que le répuhUcaîn , alués de
la orle, hésitèrent w1e seconde; puis, à la
,·ou. de Gilb rl Boure, e déployèrent eo tirailleurs, aprè avoir riposté d'en.emble par

Mau, les veines du ro11 fOnflùs, souffla Jans un
è11o n11e coquillage ; ,l en ti,-a 11n fruit stride111 de
sirène. (Page ~3.1.) •

une lu illade nourrie, dirigée ur Je taillis
perfide.
Mai les Chouans, retranchés derrière les
arbres, reslaient invisibles, tandis que les
Bleus, à déco11vert, offraient encore, bien
qu'e pacë , des ci~le trop marquées.

...
- A plat ventre! cria -uma Me Ire, YOpnl
lomLer e · homme· autour de lui.
Couchée, l'inFanlerie républicaine éprouva
moin de perles, el, de san •-froid, rectifia
on tir. A leur tour, quelque Blancs culbulèrent dans leur ombre, ou le ploruù qui
le cherchait.
Ce[lt'ndant Beaupoil el Mnrva, a,·ec leur
ca1·alier , déaivant un grand cercle, tentaient
de tourner le bouquet d'arbres. Des fenêtres
du manoir, on le · fusilla. Ils durent élargir
leur mouvement, derrière les bâtiments, l,ornanl leur action à couper ln retraite aux
fn~:trd , s'il s'en présentrul.
Bru qaement, sur un appel de trompctle,
las old..11 de ligne se rcleyaienl, cl, par ~
loton Ctiupés d'intervalles, e jetaient ur lé
ùois, dan~ un a aut furieu&gt;;. La Lataille devint 1lprrmenl tumullueu e, plus horrible
dan · celle nuit, incerlaiue ' ur la &lt;lune, p1·c&gt;fonde ou• la l'euillée.
Ce fut Je t'&gt;ur de Laïonnclles, des Fnux
emmanchée.., à t('bonrs, tir foun.:hes, d'cnlrer
en danse; les . abrt•s s •he&gt;urll•rent am had1t&gt;&gt;' .
Parfois, un lllanc, u11 Bh•a, k,; 1,1icJs prb ,.hm~
une racine, les jambe l'mpetrée dans la fougèr , butait, trébuchait et chutait lourdement,
avec nn fracas ùe ferraille. Il n'avait pas le
temp de se releYer, ai ail le' hra:, en eroi.x,
cloué au sol d'un coup de poiole au do·. Il)'
eut de pi. toletades à bout portant; d, corp~à-corp désespér: , où le couteau joua on
rôle; des méprises aussi; de· fratricides, dan
Ja 1uerie aveu.-,Je la boucherie enraoée.
Pourtant le · républicains avançaient, nettoyaient le co11vert; le" Chouan &lt;léloo-és, rejetés . ur l'autre li.ièrc, e comptèrcut du
rerrard; ils étaient diminués de m01tié.
- Au cLàteau ! cria l\erl'eL entraînant
Fersen ; tous deux élaienL comerts de sang
sans ·avoir si c'était le leur ou celui de.
autr .
La poignée de rnr11.rnnl frantbil en quelque bonds l'e paœ libre qui les .éparail de
murailles; mais ils furent fouetté au pas age
par le carabines des hu sard , el d :; cbasseu't'E avancé à leur bruit.
Jl. se jelèrenl dans le manoir, tir~rent b
lourde porte, soutenus par la monsquelerie
de lenètres enrore garnies de veilleur apo té . L'huis retomba. fi était temp . CeUI qui
re Laient au dehor n'avaient qu'à fuir Yers
le !!rèves ou étaient perdus.
De ce nombre fut Guillemot; il avail disparu. Plus lard on sut qu'il avail pu s'évader
&lt;lu péril en se frayant, grâce à sa force, un
pa age au cœur de la mêlée. Après une charge
d sanglier, Lê Le basse, il s'était tro11 vé seul,
derrière un amas de rocher .
Il sou!Oa, et comprenant, par le feu redoublé qui partait d11 manoir qu'il demeurait seul en arrière, il jugea que, tont perdu.
il n'avait plus qu'à garer sa peau, si miraculeusement préservée.
Et il étai l parti, an plus de hâte, a travers la campagne, du coté de .Bignan, on
village.
.Â.utour de Kerret mbsistaient Fersen,
faeno, Gynournz,plw lrC'nte Chouans, presque

tous éclopés; derrière Il' vieux remparts, il
pouvaient Lenir encore et faire aux emwn1i
des trouées larn-e,. La poudre ronfla dur aux
meurtrières, aux crète. Jes mur , aux Ienêlr' , ob·truécs de rwnée. füis l'aunqu
cessait. ij était évident que le~ républicains,
ralliés par leur chef, allaient attendre le jour
pour liner l'a ant. Il de.v:iicnt s'être établi
à l'em-er du boi- el cerner la position, s'il:,
étaienl encore suffisants en n-0mhrc; il tltail
it pré umer qu'au cas contraire, le commandant a\'ait dépêché des courriers réclamant du
renfort. De tonie les faç.ons la. ituation étail
désespérée - à moins de 'écliapper par le.,
outerr..ûn .. l\'uJ n'y ongeail encore.
Le feu éteint, GilLert Boure ras~ mbla ~es
honulll's ....
Les morfs Cl le hl ',és, héla:! dépa~,-aient
les pr'1·i~ioo . La ,ictoirc coùtail cher, encore
qu'l'lle ne ît1t point déci ive.
Le capitaine · uma ~[estre 'attrista.
- Et nou ommcs en paix! murmuraL-il: qu't&gt;sl-ce doue que la rruerre'!
Gilbert Boure, tirant a moustache, répliqua;
- Ça ne finira jamais .... On ne peul pourtant pas ,e fairl:l ma,sacrl'r tou ; ces brule~
e haltenl comme de diables, ils ont cela
pour eux. Quelle réception, lout 1i l'heure,
dans lo bois! ... A -lu Jamais YU cela daus la
guerre Plran èrt'?
• 011, fü le t.-apitaine; c' c I unique. Ce ·
liouarr -là croient r1ue le paradi. les au end;
c"t:,st une Iorce. c·c~L beau, la foi!
Ce &lt;lisant. le deux officier reprenaient
1ï11,-pectio11 de lrur cadres; un instanl aprè ,
fü•,01 poil lt.'s rrjoignil, puis llann.
- l'iens, Jit le premier, nous . ommt'S
encorP Lou les tiualre de ce monde ... ? Quel
sabbat!
- "oi:; lranquille, répondit larva, qui
paraissait mélancolique, cela ne durera pas.
'es camarade le regardèrent, urpri ; il
n'étail pas coutumier des proph,t1ir, Iàcheu. es.
li comprit lenrs regard. 1•1 lai,~:i tomber :
- Oui, c' ·t nai; j'ai de la boue au
cœur ... jt! Dt! ai:. quoi; t·omm • un prc !.enliment que c'est bientol mon tour.
Ileaupoil décrocha . a gourde de a c·elnlurc
el la luj tenùil :
- Boi un coup: ça ~e p:t · era.
Marnl obéit. but lrois gorgées pleine·, et
rendit la gonrJe.
- .\lions, diL GilLcrt Boure en souriant.
pour un moriliond. lu ne sifnes pa mal!
Le liC'u tenant sourit aussi; m:tis son sourire étai l pàle.
.à.u manoir, ça n'ét.ait pas plus gai; la fièyrc
tomL.îe, l coups reçu · comruenç:\il'lll à
brùler les l'bairs refroidies. Depuis un in lant,
l\crrel, retirtl à l'écart, le dos contre un
mur, ne soufllai I plus un mol; bru qucment,
~es jambe crdèrent; il s'affalait, tombait
ass.i , les pieds en avanl; sa face était devenue c.-ireusc et hlanche, es yeux se rénùsaienL Fersen se précipita au secours de son
camarade:
évère, ffU'aw•z-\'ous "t
Kerr 'l eut le temp · de murmurer :

- Vne ballr ... je crois .. je ne ~ai" où ...
J:in le cùte, ... .
Et 11 s'érnnouit.
En un tour de main. se habit-. furent
arra&lt;.'hé~. son torse ùécouverl. Le" Chouans

, - Toul se deco111•re. d nous voict /orcliS de co11clure : comte Turpin, ~•011s ries 1~ tl11s lâche et le
f&gt;l11s vil des lrornmes ! • (Page 236.)

consterné l'entouraient à &lt;li-lance; trente
exclamations .ourdes, n'en fom1ant qu'une
seule, montèrent quand la plaie l'ut à l'air.
Tous ces hommes, ayant fait la guerre, s'y
connaissaient en bles ures. Fer en le pr ·mier
ne s'illu ionna pas; son ami élail touché à
fond.
Par quelle force d'inOcxihl • volonté, par
quelle fam-e énergie était-il rc-té debout, le
coup reçu? arniL-il, aprè , caché son mal,
continué on r&lt;ile d'hôte el de rapitaine? Ceci
reste un de c~s mystères inexpliqués de l'béroLme humain.
Toute la nuit, le uédoL vtiilla, pansa on
camarade, ahrem·a a fièvre, apaisa son délire. Le pauue Kt&gt;rret dh-aguait désespérl!ment. Le dernier é,rfü•ment , où il avait eu
sa pari, se confondail•ul. dan. sa cer\'elle deux
fois malade, aw le scènes de la [\évolution
qui lui a,·aient été tanl de fois retracée. CL
dépeintes. Dans son cauchemar, il proté"eait
la reine, présente en son manoir, contre les
quatorze arméès de la Républi&lt;1ue. À un certain moment, le roi, res uscité. lui pa ~il au
cou le cordon bleu du 'aint-E prit et le re-merciaiL &lt;levant toute la cour. EL il lui répondait, san plus d'émoi :
- ~ire, ce n'est pa. pour ,ou , mai pour
elle que j'ngissai ain i 1. ..
En uite, tout se mêlait, se di lo~uait, dans
une incohérence .... Ce ne fut plus que lambeaux
de pbra es sans suite el sans s.ignificalion.
Assis près &lt;le lui, Fer'en sonrrcail. Cet
.... 233 ...

Lomme• qui gisait là allait mourir, et, en
mourant, brisait le dernier lit'II lJUi le rallacbait, lui, Fer en, /1 la terre bretonne. Pour
la ca.u e du llauphin, rien u'étail plu: à tenlPr; tout était iunlile, du moins inopportun.
Il a\'ail fait cette décou\'erte, qui l'aYait bien
·urpris, e·c t qu'en réalité le Chouan ne se
souciaient guère des roi au uoru de quels
iJ, li,•raienL leurs bataille . Le principe eul
comptait, non la personnalité· puis les prince
ne passaient que lrès loin aprô- Dieu el ·e
prêlre , iodéniaL!es causes des plus lm!riques
effets.
A.lor ·, il allait être libre; que ferait-il ?
l;ne immen e las itade, un dnule unil'er,el
lui paralysaient l'àme. Il revit en mémoire
sa patrie 1•éritablc, celle uède presque uuhliée, con idéra ce fantôme a\'ec man uélude
el fut tenté par lui. Uui, 'il échappait à celle
dernière afl'aire, si qtwlque halle rilpnLlicaine
rie e ch:rrrreait pn de cond11. ious finale • il
retournerait là-bas, vers le nord, dans les
poy nu Lère 11ue la nrigc rend ilcncicu . Il
repo'erait a deslinée trop longm·menl
11gilée el chercherait l'i11Jilférencc.
L'au Le pointait; il po11rai1 èlre six hllttrl!S;
oudain, une expia ·ion retentit au dehors; un
feu de aIve aballait sa grèlc • ur le m:rnoir:
l'attar1uc cornmcnçaiL · les hurlements des
Blanc. répliquèrent aux hurlement· des
Bleus; leurs fu ils ripo ·tèreul; et loul de
suite l'acharnement rtiprit comme la 1·eille.
dans des démonstrations de pire sau1·agcrie.
Mais Ùe\'anl la mai 17 reur de la riposte Pl Je
la fusillade, Gilherl Boure jugea sur-le-champ
que l'adver aire était rédu.it à rien et qu'un
petiL c.lfort enlèverait la po itiou. li ordonna
l"assaul ur les flancs du rempart, el char ea
le premier.
Les camlicr avaient mis pieù à terre cl
secondaienl le fantassin. ; dan, celte course
aux. murailles, Mar1 a qui donnail de toul
cœur fut cueilli, dans son élan, par un halle
cbouannc. Il la reçut d:ms la bo11cbr, fol tué
ncl el s'ahatlil à la rem·erse. le )'eux clos, la
face p3i ible.
Dei.mpoil L'avait vn Loml,er, il en pleura:
le cha · eur mérita.il le rc~r •l de tous;
c'était un oflici r d'une splendide brayoure,
odieux aux làcbes, t:ommc un ri\'ant reproche.
Beaupoil jura de le \'enger el 'élança plu
vile; mai on commenç11il à ai-oir bien du
monde à \'Cnger.
Le rempart fut enlevé sans grande rési!;tance, les Drelo, étaient fonrhu , blessé ;
cl, pour se donner du sang, du cœur, avaient
bu Loule la nuit.
Eveuo, ivre, comme lui seul savait l'être,
acculé dan un angle du mur. se défendit
longtemps a\·ec sa hache; il beuglru!, ce îaisant, on cantique ordinaire. Autour de lui,
des cadavres gi aient. One baïonnette le piqua
contre la pierre; il roula. On le rru L mort.
Gilbert Doure entrait dan· la cour a,·ec uma
Mestre; comma il pas ail &lt;levant l'ancien chef
du premier bataillon d • la légion d'Auray, le
commandant le reconnut:
- t&lt;:,·eno, dit-il, bonne affaire!
1

�- - - R1STOR..1Jl
Et il pou. ~a du pied

((U'il croiniL n'Mre

- Elle ,·ou. atknd; 1•lle ~e pL'ncbe pour
rnns rrrryoir.
Et, plongrant ·a main dan a [IOÎtrin , il
feu à huul portant, pui~ relomha awc un lira un mé1billon o,·ale 1111'1I présenta, ainsi
&lt;r ab ! .Il triomphal.
qu'un crucit1 • à re mourant. dont l'unique
Gilbert Roure, frappé en pl ine poitrim•, reli!!ion M'ait él l':imour.
gli. n ,!an~ h urn: du cnpilaine ~uma foC'était le lemp:- tle~ portrait c·ach~s, de
t.ro (1ui, les 1cu · fou,. 'l'oilél' de formes. ne
miniatur• p,,inle , rpii trompaient l'ab n · ;
pul 11uc l'y rcŒllrrlcr mourir .•\lors, apprlanl oi1 s'a.rrêtnicnt le
u1 monillés des détenu ..
B •aupoil, qui répondait à la nouvelle de la u Cr· \lc•.irur,, di1sail l'ndminLlratcnr Permort de Unurr. pnr l'nm1onee ù • la morl Je
ol dl!S hôt do • ~inl-Lazar ,, :c CllO ·olcnl,
Marva, ,11111a )l6Lre, devtJnu enra •é, impla- nv •e de&gt;· porlraib, d'ètr,• pri1·é d or1&lt;r1cal,l~, comm:mda d'no voi. ùe tonnl'rre qui naui. cL 11e s'o.po~oivcnl pin qn'il, sonL en
porta .-ur tout If' champ d'action.
pri.:on. » 1,e mar1p1i. de Bau '"ancourl corn- Lo fou! le fou! brùlrz la lmnqur ... le parni:sait Jevanl le Lriliunal rénilntionn.airc
port:,nt, ùan no m6daillo11 d'or, l'image de
feu!
On ap,•rccvait de· faaots de Loi. mort Jan. la prim· ~~e Lanhaumi~ka, pendue à ·on
u11e gran~e nn\·erl •. Le ba.ard drrnnaiL répu- cou .... C'étail h· temps ....
Ltlicnin.
Quand le \eux Je 1hi'&gt;re rencontrèrl?Ill cc
Ccpcod:int, cillllme l'.n. nul lmltait 1 · Lijou pré· nt.J, tout son corp · Lre.~~aillil; Qon
mur,, Fcl'scn arnit ~ai ·i Alnnik G 11011\·ct par bu le se redrcs:a, il Lendit les deut brn ,
un bras; il ronnai~:ail le fcrnüer mieux que onlilianl la douleur.
les auLrc., •l cel111-ci le re. pl'ctait. li lui dil
- lle.rri .... merci! balliutiail-il .... Je.rci ... ,
~irnrnenl:
à prê 1:!Dl, JC UÎ:. pa ·é.
- Ginnm·œ, il faul "lun•r Kerr'l ... il re~-·
li ltnail le mlidaillon dan. ,e · deux main:
pir • encore ... on oe penl le lm ~er tomber lr •ml,fant · &lt;l'agoui,•. I lh:ait es regard · Mjà
entre leur~ moins .... Aid~z-moi ....
tronLlcs, , 'd]'orçant d'en pcr('er I LrouillarJ
Gynomel r:poudit:
pour conlempler, une derni~re foi~, la face
- Comment'!
idolù lrée d'une reine de ce monde; mai · peu
- Par les soulerraim !
h peu es !raits perdirent leur conlracLion voGioou,·e~ c !!l'atta la tète:
lontaire, e no èr •nt dan de la nuit, .e yeux
·e.,L Jéserler ....
C1:?rroèrenl; un !arbre fris ou lui parcourut
A cc moment, La rnix du capiltüuc orJon- le corp. ; en même temps es doigts se disoaiL l'incendie .... Fer en e11 prolita.
teod.irent, •'ou"rirent, lais~a11l choir ln di\·Înc
- IL est inuLil Je griller ici ... loul e·l imngc ....
perdu!
Et le comte de Kerret. allongé urle aLt,,
'l noun•.i; c •dai 1, , u foi ,ait cnm·aincrc; lrrpa a Jan· on r '\e.
enfin, il murmura celle phrase, 1111i ne rut
e lut Alanik 11ui rama ·sa I médaillon et
p compri e par le oomle ~uédois :
le remit aFer en. Le Ierinicr raronlail plu
- Aprè lont, j'ai cral'tlle· mes 1•i11gt !
tard que, ,111s le muluir, il ) avait aperçu le
Il con.enlit.
porlrail d·unc trè jolie dame, r1ui parai sait
Eolr • &amp;c. main· tl celle de Fersen, Kerret altière el ht!llemeal parée.
fol t!mporhl ur uu matrlas de varech. lai.
Comme le dernier de Kcrrel c. pirait ·ur
41nand les dernier· partisans aperçurent C4.l la grève, les toi! de son manoir crevaient
grou[!e en roule, comprir •nL cc départ, l'ins- sous l'incendie; el, bient1Jl, les mur.. édifié.
tinet de la vie se ré\·eilln chez eu . Barrica- par son dit- epti~lllc ancêlre, nli:lieot cr.oulcr
dant l&lt;'s portes qn~ le DJ,u n'assiégeaient t1 leur tour, aholis..~~nt uI1 témoin du passé,
plu , occup«:· quïls étaient à lfomber leurs lai ant la place net le aut ronces du l'avenir.
fa cine , 1 Chouan ballir •nt en retraite, à L , fanfares répllblicaines .aluiirent &lt;l'un
la uile de leur hôte moribond, et filère11l, rl.fr.1in ai celle 11n de la picrr .
rar-d ou tel're, . •r· lt'. grè\'l' re•t; - 'l- Toul e·t con ommé. Jil Ft-rsen à ylencieuses. buigmfos d'eau calme, iudillërenlo
nouvez ... que faileS•îOU ?
atu •1oerelles de:; hommes.
- Je retourne à tocoat par le · plus cou ri
IJl'rrii•re un rocli\lr, f.}nou,·e,: cl Fem n chemin ; j'ai sas-né mon repo~. "i von· ,·ou lez
dépo \rent le corp &lt;le 'é~·èrc d' Kerret. m'y i;uivre7 ...
Yi,·ail-il em-ore 7 Il ne Lougc:1il plu . Fersen
ui, dit Fer.en. j'accepte. De là, vou
épia le soume, le surprit 1·ger. mais e .l1 - me ferez conduire 11 Kerm.lbüe. Dcu1 foi par
lanl.
mois, un bateau, parti d s iles anglai.c ,
A.lors .\lanik r&lt;•mplit son chapeau d"eau croi.e en vue d11 la cole; ce bateau m'atde mer cl la fil couler sur la Lillo livide du tend ... ce l dans Lroi jour· qa 'il doil rnnir ....
ch f breton. A celtll aspersion, il cntr'ouvril
- Bien, répondit G-l'nouvèz; tout cela esl
le I'UJ:., rtwanut Fenen, lui ouril.
[iicile ... je 0011.Jlai:· de· chemin' où le pa- A.mi, rnurmura-L-il; i \'OU a\"&amp; de
triole n'ont jam.'li pa é. En route moncommi ~ion pour elle, i.l faul me les donne.r. sieur le comte ....
Gyuou1·&lt;'z 'écarlll, se entant indiscret.
FerstJn, 11 genou\: dan 1~ sable, !t côté de cet
Trois jour· plus tard, en effet, un mo.tia,
homme qui l'a,·ait Lanl ba'i auldois 1xmr Fer en arpcnlaitla grève de Kcrvelbüe; ~foze,
uieil l'aimer apr , Fers •n lui répouù.it, my
qu.' lanik lui anit donné pour gu.ide, martique, contre son orùinaire.
chait auprè de lui; en douhlanl ua peLit
Ct'

r1Ius qu'un r11davrc. ( r, cc cadavre, soudain
r&gt;dr's~é, lira u11 pi:tol •l de sa rt·intnre. fil

"----------------------------------prnmontoir,,, il ap •rçu.renl un lé"cr n:11ir ,
louvoyant au plllS pr'-,.
liate, Ir \'einc du 1·011 i;on!lér,, sontlln
dans nn énorme co11uillagtJ; il en lira un
bruit . trident de sir/111e; cl ce hruiL [ut perçu
du l.ialeau étran•Tcl'. Un canol se détacha, Yint
au nble. Fer. en . erra la main &lt;le, Maie et
• 'embarrp11,.
En \O ·rml fuir la rive, il eut l pr • . cntirncnl, justilié pnr l'avenir, qu'1l Ji~ait pour
jamai~ adieu à la terre de France.
Ill

Turpin 1. • Globani cnlnit, autour de lui,
gran&lt;lir ln rancune el l':11limo. i[l;,
Comme Rose DiYol l':n·~il pn:\"\J, il m ait
n tout lcpa)' it dos». C!.!u qui jusqu', ce
jour étaient re t 1s inùilJ'lrenb au lourbes
hisloires du pa· l', onrtls nnt acca.ation
rifüér'e~. naguère, de '.z:1 entêtée, n parJonnaienL pas au comte d'a\·oir a l:id18 n
snn bataillon amul le Liceuci1&gt;mc111, le li"ranl,
de lo orle, à de· incertitudes qui pomaien t
eau r :i perle. Tout le inonde él il d'accor&lt;l
pour ·'écarter du maitre d'Uar~coiôl; pour
lui r ru er le alu I de rem•ontre, &lt;1uan,) la
rencontre 1:tait iné\itaLlc.
llosc, iuconune à la plupart. h:mtaine et
mt:pri ante avec Lou., parlagcait amplement
c Ile défaH!tu- unj\"IJr~elle. Le ch!llenn s'isolail dan la r ;prvl111tion; le- &lt;;Cr ·î1eurs, 11ui
n';ivaieot jamai été dé,·ouo., de,·cnaienl ournoisemcnt ricanPu r , in oient' par derri~re,
réc.alcilrarit, en face.
Le deux « monlrés att doigt D, nerveux el
en iùI , comprenaient à mer,•eille rc·Uc• ho. tilil~, mu~,uc encoré, d l' • pril pulilic. Il·
enrageaienl dans le11r olilude ,onbail:ùenl
d'impo ·iLlc vco e:mccs, Je ehiméri11ucs repré.~ailles.
Ce qui redoublait la colère de Îlll·pin,
e'i1ail la popularité de lleraardin dt! Joyenne.
Celui-ci avait toujours été aimé di.: paysans;
a conduite dans la guerre, .a folle bravoure
lui crê, i nt de nou\·e.,u.x Lilr ,, à l'affe ·tion
comme a11 respect de tous. Partout où il pas,ait, on lui faisait fète; on l'accucillaiL les
main tendues, le -visage ou"erl : il 11ait
l'eufanl de~ villag , le seigneur préféré.
Tu.rpîo n'en douta.il pas: i jamai · la querelle éclat.,il entr le. deuxch.He.,ox, il . ert1il
seul de son côté; Joyenn aurniL pour lui
Lons les hommes, toutes le femme · la lutte,
dans ce condilioo~, 'eraiL trop iné•!àle. El
llo e elle-même, en ce cas. ne craiL-elle pa
la premi-..re contr lui? Il e m,56ait d'rllc.
Pui le retour d · G~oouve1. à sa forme lui
con liluail un nou,·el ennemi, redoutable,
celui-là, par ·on inOueuce, a farouche
énergie.
De plus, _i Cadoudal reparai sait quelque
jour, il !!tait à pr1h·oir 'lu'il e montrerait
sans gril cc pour on ancien . n bordonn~; el
quand G or •e êl.1iL sans gràce, il éta.it san.
pitié. La poi-ture de,·enail mauvai _ ; d·aulre
part, faute d'argent, el dao le danger des
roules, l' · happement était improticahle. li
fallait demeurer, ubir, en allPodant....
1

Quoi? Il n . "ail pa. tr11p.
Oan llarsroël. le heure lr:iinaienl, pénible . Bose, exaspérée ù'm11ui, pcurt!U. e devant le périls qu'elle pré"O"cnit, n augmentait l'amertume. Eli• aceaolaiL 'l'orpin de reproches in~sant • &lt;le• oorpétndle,, rùcrimiualion~ .
Quelle était .:'l vie dan-. ce nid de hiboux,
Loule scnle au milieu de. campagnes, 011 hicn
en Lête à tèlij ,nec lui, t"'c •tui n't:Lait pa' plus
gai? F.l quelle ùétrc · e ;lait la. ienne l ·onrrie
romme nue pa)- anne, elle ,;eraiL bientôt
forcée d'eu aJoptèr le ·oslumc . .:e! roLc~,
apportées de Pari. . hi 11 qne noml,r ,use
aJor . ,·Jl lroi::- ~ns. fanéô, usée. , 'eu allaient
en lamht·aux... les wlunrs etaient pelél , les
satin· t&lt;raillé., Ir :,oit· déteinte , le: fourrure' ·n.n · pùil.
Et les robe légère· &lt;le l'été, enwMe 1
ul"enirs ; li i.us Iran parent . ::aze., linon,
mou ·scline, chl11 , llollanls, écharpes ,oporeuse., ceinlurc. prm·or,.intes. ,'es pil'd~. nagu~re err • dan: un salin c.1rmin pâle, allaitelle le, chau er dan· la paille des • alm1s'!
• s •r.1nds eh:ip1·a11x- noirs, ruu:-sis à pré.:enl, l1.: é'.land d'or de,·enu rnrdt1Lre ; ell
n':ivail plus Je cht m1 ·c., di: d I haùillé , de
lionncU;.; plu· de lm, plu de mou 111tir:,
plu de galaol · tablier ; la ba1i le, la denlrllc, comme la soie, Haienl cédc au lrrnps,
el plu vite mtimc.
Était-ce Loul 7 Oh! non! (lo·c. voluptueuse
el làcb~, avar cl faslncu ·e. prnd.igu d'argent h la gloire de ·a cliair, no~e (un tel nom
oblige) adorant les parfums, le !nrds, le
onguents. les pelits pot , les peli.l flel'ons,
tout cc qui jadi ne lui coùtail rien tfan la
l&gt;oatique du iwnn d' r, no c ,i,·ail à préenL, ( st-œ ,ivre?) pri,·ée de hergamole, de
poudre à la maréchale, à la mu. eade, d·amidoa de Uollande. Comment être hcllc ans
ecla? ...
.\io·i, le' p:irfum!-, le. enleur~. les :1rom ,
suc· Je !leurs, é\aporé .• é~11noui ! Rose
lfü·ot avait ép11i c ~a provi ion. il
avail
ueau.xjo11rs, de eetle eau de
qui r nd
le teint frais cl empêche de vieillir.
Qui J"cill re,·&lt;&gt;11nue à quatre no de 1792?
Elle illliil noire, brùlt1e: embrun , oleil de
gri!vc , rent du large, lonl niait con. pire!
contre .son visa e. C'é111i1 une llo,e brune, à
pré enl, el elle était dé~oléc.
Gonrmandc, elle l1tait réduite à uccr de
mémoire les • ucres d'orge, à la heroamote,
lionbou ordinaire du feu roi Lanislas fobriqué par Moutonneau, de la rue du Cor{.
Yais, plus que toul, cc qu'elle regrettait.
e'~l11il P:iri lni-mème, ·on hruit, ~on rnourcment, on Pal:.ii,;-fioyal, ~c ihéàtrc , sc11 bals.
es tripots, se. promenades; lit, elle était à
l'aise, se scnlaiL re pirer, e:i:istah dans ~Oll
mi lreu. son cadre... mais /1 pré. en L!.. . Si
l'ennui, en biiill:ml, la poussait à la fonètre
hiver comme été, ce qu'elle a,,ait de,•anl les
·eux éutil solitaire el morne : Lindes, dunes.
grè.,·c , la mer iJJ imitée I Beau pectaclt!, en
vérité, pour qui connai ail le boulevard du
Temple, Yet"ailles, i vo11S muiez!
C'est cc qu'elle sons-tJait; c'll!, l ce q11'elle

Jè,ait. c 'Ill loi· l'heure, à Turpin 11ui ne av:Ùl •1ue répo11Jr • el bni ~ail le nez, Et
qnand, uprèm,-,111cnl rél·ollée, elle lui demandait dire km ·nl quelle ccimp ·n :ilion il
complaiL lui offrir pnur ,a beauté perdue. ~a
jeune,s e camol1; • à son profil, .es années
d'ex.il t'l de sé&lt;1 □e lration, comme Ioi·t&gt;r de
Ioule sn personne? car, il S.'tYait hien, elle ne
:'éL1.il pa' do11111'e. mnis vendue, il r !-lait
coi, ·aclrnnt sa l,011r e ,·ide; n' sul1 h.l.anl
alors que du produit Je .,.3 terri\ qni n'élnil
pa géntlreu e.
Ah l cnlre ces deux ètre , liés par nn pacte
amor:iJ, riYé 1'11ll à l'nulri: par la forre des
t~énPifü•nl.:". 11m·l • entimen! · bizarre., di-

LëS 'EPEES DE FE~ - - ,

v •r.s, oppo é, m 'm ! nmonr ltain •u d'une
part; de l'autr!', haine ou,·crtc; $OUmi c,
ponrlnnl. à certaine~ minule:, 1nir hal1i!!lde
ou par tempérament. ... llaL, le rc,,tc dn
Lemps. toujours &lt;'Il arrêt l'un Jern.nt J'aulrc,
il fa surn•illait, plein de Jéliann·; elle le rnillait, pleine de mépri ; lïm·ecth-ait; 1 J.iafouail sur sa laideur. sa pau\'r•tr, .on ale
pays, (:· !!lieux d'nra· 1trei,; I.! pous~ail i1
boul, joycu:e tle le nlir sauter ~uus ses pi11ùre , pàlir snus ' oufflet .
li avait emie de la liattr1!, mais n·o ait
pas. li rêva de l'as. a~siner; moi~ comment
C\Îster !i!lllS ell ·" n li l'avait d.1n le sang D,
c,;mm,, elle dis;,it elle-même: ell&lt;' en abusait.

r.eon

.-1 /J c/,1rlf! Nanc/te Jes hmes d'e/~. Il sorla// ses louls .te !Dn cllare,111 cra.sswx, les conslJl!rail a,·u Jts &gt;'e11x
,.i~is, les rru1ni:it. lts c~rcssJI/ awc Jts dol,rtsamo,ireu.r, 11c te Lzssa11l 1&gt;.zs de la l'Jlt~I du con/.u·/, d.11 son musica.i com"'e uri ch,i:ur Je siirafhfns.. .. li y lrountl .1e:; h·resus. oies Jofes. dei 1·C1l11ptes f11 .:onm1ts jusq11'al1ms, (Po~c 2·8.)

�1f1ST0~1.ll
1ar 11n hasard ex plical,le rn , ji1urs lumu ltul•ux et lrouJ,J, , j11ruoi" le nom d
Jél'ôme Dhot n'ét;1it venu aui or •iile de
Turpin: il a, oupçonuail p. s cd c prti e11œ
à r 'lllflUr; l'eùL-il reneoatrt!, le l'.J•demnl
harLicr, qu'il 11el'P1Hpa N'oonnu; car, jacli r.1. é lui-même, au temp où il ra ait les
au trt&gt;., den~nu nn p rsonnag poJjûque et
qua~i-111i1it11ire, il porLait maintenant. à la
mole du jour, d • mou ·tach,•_ énorme; 411i
lui J•arrai1:11I la faca el le rendaionl méoonnai, ahle.
\L ! .i, par urcrnit, llo c el Turpin •~cnL connu ce p !ril tout proche, lt•ur l 'rr ur
.'en f t x~pcréc ju _qu' 1 dêmcnce. F.lle
ét:iit dt~à rande, ' pr 1.ent que. Ul:m~ et
Bleu., 1011 ceux 11ui 1, en iroun:iient, de
pr",, tomrn de loin, n'éuient que haine
:ourde ou haine tl; I rd .
Le ·oir, l\o:e , Larriendail dans sa chambre; Turpin raisail lui-mêm •un rond, allenlil ' !Out autour du chillt-au, pui fi•rmail o
port
doublt: . rrure, à lriplt&gt;. ·•rrou .
.\.Jar ., il r :pirait un peu, rcmell, it u l •n•
dcu1ai11 la r prise 1.h·s i111111it11ude •
\fai · p rfoi -, ao milieu de I nutl queltJue
Lruil insolitu dan la c.arupn!.r11e endormie li,
foi it Ire • aut"'r Jans leur alcôve, ]p lfnail
an ieu ju ·qu'à I', uLe. El nrpin, rl:m .
insomnie. , n'arrivait pa à di Lin u •r ce qu'il
redoutait 1• t&gt;lu , J la un·cnue da eor~s.
a ec 1.' - th,m n , uu d'une ·i~it ·oudaine
ù'un Ct&gt;mmi:-;.-aire rë11uLli · in, a I lète &lt;l'un
bataillon Bleu.
Il .,,j,·ait Jan, Cl! coutinueJ état de Iran ,,,
quand il plul à Joyerme dele venir redoubler.
Gcor e , trar(l1é, m, l"r: l'amnistie, de château en rh hau, J r rn1 en fürme, de ,iJJJ gc
en \'Ïlla , , rel.a rdai t for&lt;"i:m1.•n L . n ·i il· a
LOf~)al; le b . , li ·r 'impatientai!.
, opn I ouler le · jours :ms résnll.u, il
r,: oluL do hr11 qul•r les événement.:, pnr une
inlcneution dir cle. Cel il ·te brutal, dr,rmi:
lono-tcmp., il le mcditait, mai. il oompt il
na ll!\rc le foire concorder ave • l':mivée de
Caclondal. Pui~que cclui-·i, san. •· · emp\r.h 1, n, pouvait eO-cctheml'nt r ·p,.mdr • à
011 nppel, n'y Len:mt plu~. il alloü rwir eul :
dli.,nJrail qul pourrait.
1~1, dan re hnt, un matin. T11rpi11 Jc:,il
descendre Ol' cbc\'a) au milieu d,, a co,i r,
pui pénétrer délit, ·rém 111 dans llaNX&gt;él; il
Faillit en rlrnogler de roli•rr, f:inl la eeousse
ful riolentc. Ro • étnit ac onrue, curieu ,
t'mprt'. ée; il lni ordonna de rc azn •r a
('bam br ; lie hou , a le. ,:paufl,~ et n' n fil
rien.
f~,rnanlin, 1,ou cul nt une C'r\'aole, entrait cléj:1: bien qu'il , \•fforç:il au calme, à la
court.oi ie, il :laiL éndrnt quo lui au-.i
n'a il p:i lout . on sang-froid. " défiant di!
n violen ·t•. il ex:i •éraîL ln poliles. e; elle parut ironitJU .
L' Glohanic le r o-arJail ns mol dire, san
r lpondr à
sn lui d'ancien courli,-011 de
\'lll"t; ill . ; n . , u unlraire, multipliait I •
17

0

r .\' 'r

OCl'S.

- Eb bi n ! mon ch r comte, diL l'llfin
Joye11n ·, on dirail n;Ûmenl, à ,·otre min,;,,

que ,·ons n'êl ,, p enchnnh; de me rnir...
pa. , i it(' promi e 1... Ne ru 'au ndi"MOus pa. L.
Turpin ra\'ala sa ~ali c cl, d'une rnix r 11qu •, r 1pli11ua :
- Je n' \'Ou· allC'ndai pa .... Jen~ uis ni
content, ni r.l1·h: de \'OU, ,oir.... u'y a-l-il
1 "c ·t-ce

pour \olre. rnice?
1e,:mt l'éul(,tion ,i:ible do mailr • d· l' ·ndrnil, Dernardin, p:ir oppo ilion, '-l'lllil uhitcmcnl - nerfs nouil · ·e ch!lendre cl ~·a. ~r,uplir. e ful Ju Ion 1· pin naturel qu'il
pLrnsa cc 1111i nit :
- Le Globanic, nreHou donc i courte
m,:moire? l\c \ou · u,·ienl-il plu · de no.
bons entreli.cm,, quand nous éLion fr re ·
d'.1rm ? . 1! ,011 ai-je pas, alor..• c nl Jniconlié •}Ue j'aimai olrc .œur, Clautlin '! ...
I.e , i ag 1fo Ro 'C Di1ot, a lm ~o. resplendit d'or,,.udl à œ propo . Turpin ~erra lrs
poin,..,·.
Jo)· itn continuait :
- ... Que je l'aimai , (~a "oix. '.•nn ) d'un
amour immen~e, rou, san mélan"P, . :in
ré C'rvo, qui n'admet pa d'obstacle ... '! Toul
cda, l'nn z- ou donc oubli 1 comrue ba!!akll1• :-an import~nce? Quoi qu'il en oil,
aujourd'hui, je nis ici pour 1·ous le r:ippeltir,
pour l'onfüruer me: ai1•u et. je r ph&lt;',
ob •nir la répon qui hmr com-inll. A pr ·,_
senl, j' vou :coule, :i.vecmc dctuorcille~ ....
Le Gloh nie, perdant toute pr l ·enc,· d'e ·prit, en n aot con ·cien &lt;', ._e tourna Vllr Uo e
t lui li,sn :
euil11•z di r
HIii
a r,1 en ri 11.
111 la grimac· • et arda le ~ilenr.e..
\lur_, Bern:irJio, &lt;écbau0a.n1. imulanL
l'emportement d·uue p.,i;~ion onlrariée cl
Jcçue la le • rnmcr ée, l'œil 0 mhant .ou
lo. ourcil rronc :,., déclara :
orn!e Turpin, nrnlITd noire amitié
p:i . te, J,
menirs 11ui nou lient. je ui
olili é de reconnai1r- lJU' n
moment ,·ou.
,·ous jouez de moi. J,3 maunûse foi ~ l Uarant.e. Madcmoi. lie ne peut démentir ce
111J'dlem'adiLil y aqueh1ucsjour-; ce qu'elle
m r ~péterait i ,·ou n.. liez pas I' 1 Pren z
rJ •! rotr. déd~in pour moi con litue Ull
uulr, "'e, je 11'en upporll' pa ..... Que me reprochez-,·ou ·? Puurrruoi w'érnrtt·z-niu de
parti pri ?
Ln iluation était à ce point bizarre que Le
Glohonic, loul eu ne oupçonn.ant pa 1 ~-1..
ritaLI iuttnlion Je SOQ ,i. iteur, n'arrirait
pas lt c convaincre de la ffi!lilé. li murmura,
i11co1bcierum nl, maforé lui :
- Mon i,·ur, ce .cz ces plahanleries ....
Joy1::n11e lla.mba de plu belle :
- Pla,·nnteri •.• niooi..ieur'1\"ou .ave;:11ue
je n'ai 1amai menti i eh Lien, je Jéclar , d \anl Dieu, j' fai. serment d rnnt ,·ou;; 11ue
j'aime ~otrc ,œur plru 1JU1· 111•N)Ulle au
monde c1ue je snis cm 1'1r • aim I i que je
l'épou crai rnalgr,: mu ... malgré le di.ibl •
\olr ami!
!\ose . '1•od1m1lait de plus en plu . Elle fil
un r:i~ w1-. Bcrnnrdin. Turpin la saisit p:ir le
bras, la tira en arrï•rc ; pui • 1/h:hanl tonte
1

0

no •

.... 236 ...

m~ ure, n&lt;' pou,,ml l'Ollh·nir plu: Ion emp·
1a ra e lJUi l\itoulfürl, il da.ma, d ,·cnu lividc,
les ·c111 11gla11ls, hidru , il dama :
- l&lt;.:t IDQt, je ,·ou r ·pond 1rue jo ui· le
mnitre ici; tjUI' je 11 'ai de. rtlÎ'on, h fournir à
1 ·r onue ! Que jl" ll(• wux pa. de Jnyenne
dnn ma fomill •, . :'lrJ~ plu. J'cxplicnlinn , et
411c, aim:rn1, :iim I peu m'imporlc, je ,011
pri" d',·n finir •l de me rain• œlle r l'e : de
,·id •r l.1 plac·i• .... ...,inon ....
- inon?
Vou. ,&lt;'rr,•z.
- Vo1L ru cha .. ri'?
- Oui.
'rsl ln gu"rr •'!
i vo11 voulez ....
Joyenne ~ 'ét.ait calmé comn1e p;1r mirachi;
il ajout.a. ué ..Ji"cmru1ml :
- Ce devait ètr: , ini.i. i 'ous ne ommc
pis !nit pour nou: cotc-mlrl'.
nrpin s'étonna d ce oud in d,an;!emenl
de Ion el cl'atlitudc; il
C%.:ilait d1:j:1 ù .:i
belle ém~r••1t&gt;, . ft~uranl avoir iutimidé,
dompté cc Ir'· jeune bomm1•. Mais il n' ul
pa. le temps de 't!pnnouir. C•lui-ri, 'ndr •s_n11l • Bo,, a,ec uuc J1:rnièrc tl'Mr•nre
pour sa qu:tlité d femru •, prononç.,il :
- Mad moi eUc on madame, je rnu prie.
de nou - 1 i. · r ·n lêh; à tête monsieur et
moi ... , il Joil écouwr ,eul ce •1u'il me re, le
à dire .... . o · z lntn11uillc, dan, in,1 minute:;
je \-'ou le n ndrai pour ton jour· ... , . ïl pl:iît
à Dieu!
.:'ur c •Il pbra · • mr~1Jricu~e, il accomp11~nait fto •• troubMc, jw,t1u"!t la ort.i . Elle
e lai. sait faire; è rrlir.1 intriguée, in11uiiltc,
m,i n'oanl r1H ttr. Elle n'alla pa· loin ;
derrière 13 parle, elle pr' il l'or illt. d pul
sai!&lt;ir clair&lt;.&gt;mrnl le . uit' de l\·ntretieo.
De plu· en plus dé,i11111he, Bernardin re,inl à 1. Glohariic.
- Alor,-, comme ç.1. mon cher comte. c'e,1
irr ··rocal,I"; lOU - me rcfu. cz ·otr, sœ.ur?
- Joye.rml', th Turpiu, 1 dent serrée.~,
je le rr•pète, aHeM·ou. ·&lt;!n l
- Toul à l'heure. PL :111, 11 1. ir de retour.
Je ,·enx d'a l,ord mus offrir qucl1fU '· !clairci ·. ements m!ces. nire . llar rnel, à ,·rai dire.
LLte.n luin de ParL, t1' • t-ce pa 1 et il _ !
naturel d'e. p~rer quu ce qui e pali c l/1-bas
n'aura pas d'écho 1&gt;3r id ....
\. cet exorde d"un nou1· au "rnr I l',,m:int
de Ho Ire· ·aillil impcrceptiblernenl. pri~
d'in1111iét11Je i le jeun!.! homme con i1mail.
toujuur.- léger :
- A plu tort ra.Lon ehcore, quand il
'agil de }Jontpelli r ....
Turpinhlèmit au poinl 1p1e le hJ.,nc: &lt;le e
·eu parut j:iune.
- Et d'un COU\' •nt, d'un cloitre, fermé dn
côté de 11 Lerti?, toujour oumt du œtr=
ùu ciel pour y lai, cr ru ulcr le âmes déli,i-é • .... \'011 "ou figuriez que J
mur
séculaire Tarderaient leur ecrcl, le ,ôtre,
ecr •t d "infamie? non pns !. .. tou l e décom rc
un jour et nous 'l'Oici forcé de contlu.re :
Comte Turpin, l'OU · êtes le plus lâche I le
plu - il d Lonuu !
' ou relie apo lrophe 1. ncée en tcmp itc,

" - - - - - - - -- - - - - - - - - - - - - - L Glohanic rccn.w. pli· t&gt;n d •n. ; qui donc
,·ail i hi1'll ren l'igné Joyen[ll•? lai n·luiri Ir. don1in:1nt d11 lout . :i taille, l'écru anL
' la rucnaœ arJcnte de rnn gt, te, c ·,s:ut.
cou
;i)n jen, cl l'arc.11ilait :
- Has Ür1•1-vou:; ! je n'aime pa ·, j n pui.
aimer celle îcrnmr, llUÎ ,·it i i. dont j'ignor · le
nom, qui n' 1 pa· ,·otr .œur. u10~~-:i_eur.
niai l1ie11 rnlrl' mn1tre.s e I Cellu que J ,um •
la ,raie Claudine d'llarscoël, ,·olée p.1r Yous,
,lépauill ! par mu , ~acrifiée par \'OIi • l e_11
1irt~t ·, ch, :r. moi, dan mes mur_-, depm·
tantôt i moi Le (·1mve11l clu Cah·aire n
rendu \'li ,ictime .... J, la ferai reconnaitre
Jc\'aut tous; Gcor e. 1·ient dans cc but; il
:,, il. comme moi! If autre. a,·ent aus~i ; le,
: ·nouvei, hoik, l\za, cbe-t 11ui Claudine
~•en int frapper, mourante. Ah! "CÎ rou
confond, ,·ou. f"t&gt;D\·er e?... Yotrc nttilude e·t
COl'-Of Uh 3\'eU ! \'ous VOU
croyi Z ÏI jamai,
dt-1iné de ]a tri. te Cfaudin : vou compli .z
. ur l'impuuil \. •rrrurl r· serait trop l'Ommrxle, si le trim i. pouvaienL re Ler · chr·
ain i I foici le rand jour, \'Oici Ir. chàtim ni.
Vo!b ile prk ... I.e c.on cil tl\!s Chouan ,·11.
d fcid" r de wu,. o ·cz ·rtnin rtu'H er ·an
pitié, comme wm" Le I11le ,·ouii--mêrnc.. Ce
&lt;:rra ju tic ; mu tes p rdu !
•
•
L comte Le GI hani ·• , l,a,-ourJ1, atlt:rr .
~cnlanl .t,. jamhP ,e tléroù r ·ou lui, ju ca
d'un ·eul coup d'œil l'éwndue du d ·a Ire.
C'étnil la lin d tout, l'1foroulcm nt. L'hmre
onnait, l.anl redoulk. de dL'lrge :i.cca1.ilanl ,, de convicLions tragiqu ~. des xpi3lion ·11prèrn11s.
caucbeinars de mill"
nui~ devenait!ltt réalité. immédiate ..
a "acilln: ferma le· )eu ; puis. ,ouJnin,
. r idi~, ot, relronvanl un d ·rni ·r cour "C
Jan: la t'rlituJ,. de I rlt!, il ,·oulut tirer
son ép,' •, l'i.11,ëe de fer 11ui ne lcquillait pa,,
~I i Joyennr, l'rmpoi manl par llTI hl'll,. 1·
dé.arma comm un nfaot :
,
- J n'am·plc pa dedud a, c ,·ou . 011
apparlr'Ilez au Lrib~nal J •' Cho~a~~,
Et le rlunalier Jet.a, pnr b lcnelrl', 1epre
du comte Turpin, (!UÎ fon d'humiliR_tion, do
dé , poir el d'impui. :mec,
roul:111 ·~1r_ le
ol. ha"ard, :pileptirp1 . Joyenne le coru 1de-r:i1
une ~econde, 11: cœur oulevé de d :goût, pur·
orût i1 pB lent . 'a t.\che était rc1nplie. .
Héla I il uu pré,,o ·ait n:11èrc ~uelle _11\-:nl
éw :,OIi impnuleuc,• ni quïl . •rtall de ·'''ni'~
Je dcu. m~in ·ou .tl'rèl de morl et celui
de. sien,.
Il r •tiril J&lt;Ull cl11;1··1l el i,'eu all:.t, pai'iL~i•;
la.i~saul derrière lui l't:pouv1111tc a,·l•(! '." ha111e
combiucr l,·ur ,·en•• ·am: · l la ru,m du
I'~ 'S,
lln,e rentra. Turpin 'étailr&gt;lc,·é pour lolll1,er ur nn . iè c; il )' hal l:tit. Elk &amp;\'ait LouL
•nlend u, efü ét:iÎI füidu, elle aussi; e a. péréc
d'avoir t;té jom:1:, terri liée par lcl&gt; m,:naccs ~c
ra,·t·nir; 1\ pr · enL, •Ue Jél t.1it llern:trdm
llu même cœur c1ue Turpin._ El_lll c l'.lanta
&lt;lcvaul celui-ci, L, la VùÎX lur1eus ·• 1nter-

- rom,

1 ré ultnt de ,·o~ bel! - prom ,. _.! ••• Tétai. heur1·use, - tranquille, en
tout cas. - d in ma LoulifJne, :ll'ec J ;rùmc.
l) ·jeum·· ,, n'
venaient q111 mil faî ienl
la cour. J'a.urni5 pu vhre à ma gui e, •Jl douceur, an - éclat. i,ans drame. Vous ète l'enu
m·y chercher. Yom, m'in·ez offert la joit.&gt;. l_a
ri hl"~ , de l'or. Je· cbàlcaux, uo nom 01di anl glorient .... Yol,:, ilet \ra.il. .. On_Jl.'vail loujour rire. loujour~ chant,•r. ,on.
vous vantiez d · mire habile!~, ,·o. pr~cautions ,11aienl ,i Lien pri e . ... El moi, stupide je ·ou· ai UÏYÎ. pré~t•lll, •tut? \ -l-il
arri:•r1 'o Breton·, vos saul'ages (die n'étnit
pl11s royaliste), ,o Choua!1 • e' sl lOUL dir:,
. e touroPnl conlrl, non . , otrc ·œur •l ortie
de a Lombe. Vou .-crez fusillé ou pendu;
r gen ont i mp1ac.,li! •s ; •l moi ! el mni !
• '1. Jc
\'Otr
,mpli I Quel . era mon u.1 ttu
n'oe y ·ongerl entour•· de Lrign11J, .an,
secou~ po . il,le, nou pon,·on. compter no
dernier jour. l faire no h,lamcnt..
Turpin, elfomlré ur :on i~"'e, le· regard·
da.ru; l • \;dr, ne hou e:til toujonr p . , Elle
'en.ra;::e.,, le coua par l'éJ, ul '·
- Maj · r~mucz donc! r,t &gt;s,-vous 3s t~l
làch, ! Alor vou • all 'l non - la' "er :b ·a.s~incr
comme ·cla'!... \'ou èlc ' un homme, ponrlanl, un chef Je Chon on · ! \h I c' 11' ~L pa:
étonn:inl &lt;1ue le r :1111l1lic;u11s füll~ liait nl _ur
Loult! ln li ue .... Gonlre des ,aldols comme
vous, de~ enfant. 11fri rai1ml. uelle houle!
i \'Oth ,·ou té ·i •n ,z pour ,·ou • . m· ·i-mo1
tout au moin. ; vou mil l • Jc\·~z hi •Il, j •
pens •! El dir~• quu, &lt;l gai •l~ Je cœur,je ui:
ro, :
,·enue we fourrer dans • gu pi •r. dnn ce
_ ÊtPs-rnns c.onlt&gt;nl 1
pays de loups! Paris vn.lait mi~ux.' même aux
li re tait muet; elle monologun, pcul-èlr1: plu rnaurai jour ; (IU pou,a1l $ · cacher .• :.
ruoi!'I. 1.onr lui &lt;JUC pour clk:-même :
lei'! on • l ,•u d, p rtoul .... 11 1·a falloir
0

0

0

mourir l.., Oh! ,·ous, c'e 5 t t,:en rcr~ain/ oh.
moi, r.'e.:t bien probable .... Granil !lieu .. ,
Elle 'apilorail ur on ·art, . e ~1 tln_1l a
gémir, ~\:pou" aLant un peu plu. ,ma mer
l:t i111atioa. Turpin. li! \'Oyant prèle an
J:irme , . ortit de a torpeur.
.•
_ rai -toi, dit-il: ril'n n' l perdu···· .J 1
ré0édû; J'ai lrouvé.
a dtlS UIOJ!ill" ••
Ro·o Uivol ecoua la tète, mal convaincue,

ny

défi.une:
- '1'11 di ,·ela ....
- Jt! di· 1 vdrit.t!. l.l'abord, on peut [uir •
- Où'l commcnt1 le Bleu
nl partout,
le Blancs nous laiss •ronl-il allur'I
i l'on ne peul p:i f11ir, r~pon~it lcnwmenl I noble ·ei n"ur d'llar~coët, tl rc·t

l'i

an tru cho e.

- Quoi?
ll la 1hhi :igeait, hésitait , conl1er 011
. ecr t à cette àcnc incon i La.nie; pui.-, pour
la ra ,urcr, p ur é ilcr se· cri.. , pleur.,
il décida· brutalement, ile pliqnn :
- Ou p~uL tourner ca' aq,w, p1s er à la
Rép11bli,1uc, dénvn ·r tout l,; pn}'' t:omm:·
rt!bdl,: le· OI n l'Î1mdro11l, nou · ·erM J~livrJs. ~ettlewunt il fau1 e pre er.
Rn.-e Ui,·ot n'a,ail p1: uue uoble nature;
die t:l.nit cou Lumière d •' plu ,il".,, pcn éCj;
dfo n rr yait à rien; . c mo pi lit ·mt.-rn J,,
roi r1ue ùu llir cloirP, et pourl~n_l •lie ~rl!,-,:mt,,, e,itom. q111lc. Turpin . oumlll en ll1:;:111t
c la. Ellr lui répli11u.1 impl •menl :
.

- J'avai- une p1une opinion de toi. mai:
Lu Jopa:s, tonles Ill" ' idJ . . ~·e,l ,dég_outant!. .. Enfin. j c •la put nou tirer J alf,ur •,
comme ç:i. mi me re" rde p1 ·• füi 1•itc.
- J'y ·on I dit-il; ~oi· c,1lmc; 1 i~ ~-moi
ao-ir,
'ur œs bonnes paroi ·, il alla dans la cour,

�1f1ST0'/{1A

__________________________________,.

rama ser son épée. Ellt était Ùans ln houe. et
c'était . ymboliqnc.
Le soir même, Torpin, silo! la nuit tombée, poussa, loul cul. une reconoa.is ance
dan ' la campllbtne. Pour .ortir du ch:llcau,
h:ili rnlrc la mer el le village. au bout de la
prc, •4uïle, il n·y avait qu'une longue roult&gt;,
élroÎll' au délml, qui "élar,çi . ait \'ers le pont.
Ut .-e rmnai't l'ac .;-. ' de Locoal; le pont
b:trré ou occupé, on ne pa. ail plu~. C'éLail à
la foi' une Llét'en e CL un dan&lt;Tt&gt;r. nn pou,·aît
empêcher I' nnemi &lt;l'entrer. L\mnemi pou,·ai l \"OUs empêcher de sorlir. Ce pont, ur la
lerte mè,ne, était néces ·ité par de sa.hies
mou\'ant~, infllLr&amp; aux m:m!es, où qui e
risquait . 'enfü.tit an retour; endroit maudit, illustré pnr cen Llégendes; eutre :;es pile ,
il rcrnnail de à rues.
Tul'piu 'approcha du ponl: il était libre ...
per onne ne paraissait ni d'un côté ni de
l'nulre. li re pira. La Iuile otail po sible. Il
revint au château.
Il.o'e l'y atlendail, prète au dépnrl; elle
avaiL en perspeclive, i l'é1•a ion réu i~ ail,
une nuil d'errance à travers cliamp , el l'inconnu du voya e. Pér-il partout. Elle était à
h foi na\"rée el furieuse.
Elle uiviL J.e Glohanic; il •'en allait, ans
arme apparentes, pour ne pa éveillt&gt;r le
oupçoo . Mai~, outre on épée fidèle, sou
son manteau, il cachait des pistolet.•
prè une lougue marche, et dix alerle
fausse . ils arrivèrent en rne du pont à lrois
cent loi ~s du moulin de Gynou\cz. Il était
loujour déserl. Mai c1uand ils approchèrent,
il leur eml,IA, dans la uuiL claire, voir mi
mou\·emcmt d'oin.Lre ..
A tout ha ard, ils s'avançaient.
Bru ·quement, ."élevant gra1•e ddll le .silence, une "oil les avertit :
- Qui va là 7 CeUI. qui e carhenl pour
orlir du village onl de mam·ai de ·ein .
C'était Alanik qui mont~il la garde. Turpin
se rejetait en arrière; Ro·e Divol courait drjà
vers Uarsooët: il · y rentrèrent, conl'us, humiliés, désc_ pétés au i.
A.us ilot la ûlle de Paris, liicbo.nt o. bile
encore une foi , criait à son amant dét t t :
- .\lion , lini·son -en! J..ppeUe 111 Bleus,
qu'il \'1enneot, qu'ils fo,iUcnt tous ces
ruetU-là. Joyenne le premier: el 110 'il nettoient les roul.rl ·.
Appeler les nleu~, c'était ai é à dire ;
mal$ dans la . ilualiou du comte Le Glohanic,
c'était plu· ditticile à faire. Communiquer
avec Vanne~, avertir les chefs du di !riel,
oui; comment'? Turpin n'nHitpas un homme
de couf1ance ; el pu1 , en eùt-il dix, que
ceux-là, dé·ormais suspcct.s, n'auraient pàS,
eux non plus, le l11i:iir de gagner la campagne.
Alor ?
Il s'n · ombril. Rose remarqua ce nouveau
nuage au Iront de son complice; Pl, maintenant, alarmée de tout, précipitamment, elle
l'interrogeait.
- Qu'esL-ce que lu as'?- Qu'est-ce qu'il y
a encoro1 Ne me cache rien ... j'aime mieux
savoir que me faire des imaginations!. .. Toul
cela finira mal, je me tourne le sang.... Eh 1
1

0

bien, parlera ·-tu, au lieu de rrrrarJel' la
lunel.. Parle donc!
11 rnàrbonna :
- )lai non, rien dl' grave ... seulement
j'ai he oin d'un courrier, d'un courrier sûr,
el je ne ais pa trop &lt;1ui employt'r,
Au premier abord. la réponse parut, en
effet, san irnporlnrtce li Ho ..,.; elle chercha
dans s:i tête quel iudhidu pourrait faire !'office? Et alors, en cherchant, elle •'aperçut
•1u'elle ne trouvait pa et que ce marn1uc de
.erdteur~ fülèlcs était ,,.ros de con équenœ.
Elle rronça es noir sourcils, tapa du bout
du pied ln Jalle en murmurant conrnlsivement prey1ue ;
- Comrncnl faire? Comment faire 1
Uni anl leur efforts, ils s'olistiuaient,
s'acharnaient à inveulcr des cbo es, de
hommes même; rien ne les satisfaisait, car
ri n n'était satisfaisant; ils tournaient incessamment dan iin même cercle, en lomhaienL
nui redites, rabàchaieul de otlise .
l)e rrucrre la e, au milieu de la nuit, il'
regagnaient I ur chambres, rem ttanl au lendmnaîn.
L'aube pointai!, quand Turpin, qui dormait
d'un œil, fut éveillé progre irnrnenl pal' une
sorte de compl.iinle, pourtnnl plutôt berceuse,
p almodiée à voix b1 · e el monotone, ous sa
fonêtre. Dan le trouble de l'éveil, il n'y faîbail guère attention; d'autant plus 1111e la
chan~on. jadis tout au moins, lui élail coutumière? Peu à. peu, il la perçut, di tincte, y
prêta une oreille consciente; et, subitement,
bondiss:mt de on liL, il criait à Rose qui
sommeillait encore :
- Ro e I au\'i{ ! nous ·01Dme auvés 1
Elle se dre:;. a, car ~es peurs . ecouaient son
indolenC'e; el balbutia le ye.u gros de songe:
- Quoi? Qa'esl-ce que c·e t? 'auvés?
CommenL '/ Par qui?
Turpin dé igna la Ît'Oêtre; il J''1u\·rit; l'antienne se précisa, toujours rabâchée, par la
rnème rnix doh:nle; c·r.~it l'Ai•e il/al'Îri et le
[ 1aler No.jlel', récités sur un lon laroenlable.
- Koz A kouro I dit iruplement le comle.
Rose approm'a d'un sirrne de tète, elle
avail compris.
C'était le diable qui leur envoyait ce chemineau dii;paru depuis des moi , qu'on croJ·ait
ruort; ce chemineau •1ui n'avait qu'une -vénération au moode. singulièrement placée :
Turpin Le Globanic; qui n'était capable de
LlévouemPnt que pour un homme ici-La , ce
même Turpin; ce chemineau. que le paysans
de Loc-0al, des villages voisins, jusqu'à t
passé Vannes a1·aient l'habitude de voir circuler librement parmi eu1; que 1ml ne ongerait, pa mème un sergent bleu, à arrêter
en route; el &lt;]ui, de la sorte, llt pour toute
ces causes, pouvait ètre chargé d'un me age
el le porter au but ans dJfaillanee et an
accident.
Penché à sa renètre, Turpin lui cria :
- C'est bon, tais-Loi! alleods-moi, je
de cends.
1,e vagabond uspendit ses ljlanies et 'as it
ur une pierre; du bout de ses deux bàtons
il troltait, creu.ait la Lerre, Loujours quelet0

... 238 ...

Leut, dépenaillé, avec la mèml! face cmbrom!'ail!ée, jaune ou;; la cra e, où senl des yeux
vivaient.. ..
En robe de chaml,re, le cheveux emmêlé·
et dres és ur la tète, comique et laid, Turpin
le rcjoignil :
- Eh hicn. vieux garçon? voici bien longlemp· qu'on ne l'a ,·n !
Koz Askourn braula la têle; un oupir de
·oufill!L de forge ·exhala de a mai 0're poitrine; el sou air ful si naVl'é que le comte dul
s'en apercevoir.
- Tn as eu des malheur 1
Le ,·ieux répondit :

-

Oui!

En effet. A force de voler les mort , Dla.nc
ou Dieu , de butiner, grappiller, rapiner,
marauder sur le champ de balaillc, de fouiller
les décombres, voire le' cendres des manoir
incendiés, il avait, peu à peu, ama.sé un
magot, qui, pour lui, représentait la fortune.
li possédait, cachés dans on vi u, chapeau,
alourdi par les pluie , roussi, br1ilé par le
so) ,il, pelé par le Lemps, galeLU par luimème, dix loui· d'or, rama sé dans le sang;
mais qm luisaient el onnaient clair; dans
·oo bi ac, iJ po sédait, en pièces d'argent,
une somme à peu près égale; chaque pièce
oigneusemcnt emmaillotée de cbiil'ons ou de
papier, pour qu'elle ne Lintàt pa au choc, et
ne e trahit pa en route.
Avec cela, la Yie était belle; tous les oir.,
couché ur la lande, à la clarté blanche des
lunes d'Jté, il sortait ·es Joui de son chapeau
cra seux, les cou idérail avec de yeux. ravi ,
les maniait, l~ caressait avec des doigts
amoureux., ne se las ant pn de la vue et du
oonlact, du on mu.ical comme un chœur de
séraphins; il 'en saoulait, 'en dnlci6ait et
'!!n héati6ait; il y trou,ait des ivres· s, dei;
joies. des voluptés inconnue. ju ·qu'alors. Il
aima ·on or comme un jeune homme sa première maitres e; la possc ion le comblait de
délice .
Pr, ce fat celle pa sion qui le perdit. La
plu simple prudence Jui con ·eillait de ne pas
porter sur lui ce magol compromeltanl, cet
injustifiable trésor. I&gt;epnis longtemps, il avait
résoltt de le confier à la terre ou de le cacher
au creux d'un arbre mort, d'un rocher ·olitaire; dan un endroit connu de lui seul, à
l'abri de· convoiti es et de curiosités.
~lais, chaque jour, il reculait, remettait au
lendemain; TIil pouvant se décidPr à se séparer
de ces beaUI Joui d'or, où il admirait encore
le portrait de ·on roi; il lui emhlail que,
san eux, il n'y aurail plus de oleil au ciel,
plu de gaieté sur terre, plu d'e poir nulle
part; et il tarda i lon"temp qu'un beau
matin le guignon s'eo mêla.
Ce jour-là, il passaiL par Kergaël, bameau
pouilleux et dé olé, où les habitant !am~
ligues, à force d'avoir le dents lornme , ressemblaient à de loups. Les enfant , hâYeS el
décharnés, de race mauvaise, étaient cruels
d'instinct, lorturaien t les bètes et se mordaient
eotre eux. La misère, la di·clle enrageaient
ces gens-là; petits cl grand n'avaient jamais
eu, un seul jour le ,•entre plein el rebondi.

,

________________________

- rr

Le \'agaùon&lt;l, uu peu soulagé, moralement,
dm •· Hthreusc , secouaient, déd1iraieul le
llé. hérité , ib hais~ait!nl. Quoi? Tuut.
par
.es coa.fiùcncc ' l CO:P réconfor~é
Le hommes, dan. la guerre, :ous .lncque · chapeau recéleur .... Puis, ((lland il. ful ~er- un repas pour l11i s~lencl1?c, . e r~pr1l :i la
Eveno 'étaient montrbi particulièrement uin qu'il étail vile, la meule gro sie e Jeta vie et "roroa de satdact1on. As I Mtr sa
0
0
1 •
~
rêro~~ , prodinuanl
la souffrance comme une sur Koz A.kourn.
0
on I.Ji ac luî [ul pri de force, oun•rt, pierre, enlre .on écuel c nde el ~a ta~ e ,
rernnche. Les fom(l)es, derrière eux, dan les
demi pleine, il essura sa barhe d un _revers
combat· lim!s am. alentours, acheYaienl les renversé, \.'Ïdé dan la l,oue; el des chilfo11s, de manche, et leva des yeux reconna1s,anl:,;
Je boules de papier, lourde d'argent, s'uparblessés.
Il se ballaient pour le rama er, snr le comte Turpin, debout devanl lui.
c· ~tait un rama ·is de brutes obtuses, pillèrl'nt.
- Ça ,•a mieux1
d'ùmes aveugles, mue· par les pires nppélils, se prenant au. cheveux, e rrriJJanl nu visage.
- Oui, gro 0rnafo "ieillard; ça fait dn bien.
les inconscientes rancunes des miséreux ans Le· femmes se montrèrcnL les pins tolle. et
Turpin E-ongea; c'est le moment.... Il
les
plus
enragées;
tout
ce.la
sans
u_n.
mot,
lrève; dans lenr éalise nue, ils glariûaienl un
Lou·
a, as ur:i sa parolr, et, d'un air détaDieu, an le comprendre, par terreur, par rien que de cri , des grognement 1mstre
ché,
pr_oposa :
operstition, comme le nègres d'Afrique et trioruphant .
- Ecoute... le paysans l'ont pri lon
Et
le
,ieillard,
éperdu,
\·oyait
ain.
i
s'en
vénèrent le olcil. u, le craignaient, ce Dieu,
argent'!
ne l'aimaient pa . Peut-être concc\·aieut-ils aller à jamai on or, .on argent, on seul
- Oui.
l'enfer, mai~. à coup sùr, ils ignoraient le amour, on unique joie; il upplia, pleura;
-- Tu !car en veux?
ciel. La charité, surtout, restait, pour eux, on ne l'écoulait guère.
-Ohl
Quand
tout
fut
partagé,
comme,
dan
lettre clo e.
- 1 n Youdrai bien retrouver lon argenL
Chez ces sauvage , le vol s'appelait l'occa- sa colère démente. il menaçait ses voleurs et te "enger d'eux'?
sion; le meurtre, la loi de fort : ils ne res- de la colère de Dieu, du diable, du loupAvec plus de force encore, le vieil homme
pectaient que la violence, sans notion de garou, des fée un pay-an po'a hrntalemcnl cria:
droit, ni de justice. li étaient le de ccndants la main sur a maigre épaule :
- Ouil
- Va-t'en, ou gare! Tu as volé, on le
tationnaires de ces Celtes complu-, p1mdant
- Bon I répondit Turpin; 11 y a peut-êtro
vole.
Tu
n'as
rien
à
dire
...
file
à
présent!
de . iècles, aux humains sacrifices; ln vie, à
un
moyen. La somme i1ue tu as perdue, ·urLe chemineau hé'ita .... n ne pou1ait se
le~1r !eux, était Lrop douloureu:.e pour avoir
toul
en ce temps d'assignats où i'argl'nl el
décider à lai .er derrière lui sa fortune extorquelque pri ·.
. .
l'or
ont
centuplé de valeur. est trop cou idéD'ordinaire, cependant, il· accue1lln1cnt quée .... Mais il était seul ~nlrc cenl bri- rable pour que je pui~se la rénnir; mais j'ai
sans méchancdé les chemineaux, tous réputés gands, doublés de cent harpios. ur. une d~r- cinq beaux louis, tout neuf:;, qui seront à to!
un peu orcier , par pear d'un mauvai- sor~. nière malédiction, il rama1 a on ln~sac ..,,ide si tu veu. m'obéir el faire quelqne chose qm
S'ils ne leur donnaient rien, ils leur souhai- el s'éloigna, lremLlanL .ur ses béquille , des te v~gera Jes Chouan'.
.
.
LaienL bonne chance plus loin, ne les moles- pl •ur coulés des Jeu·,:. .
Le i·eux bais,és à terre, le mendiant re·Dao son do courLé, 11 reçut une volée de
taient pas.
taiL sans réplique. Enfin, htkitant, il dit:
~lai ce jour-là, Koz A kourn jou:i. de mal- pierres, on le recondui ait. A l'orée du vil- Quoi, le quelque chose?
heur; comme. deboulconlre un mur d'égli e, la~e, il cracha sur la terre et reover_ a le
Turpin prit .on parti :
se deux L~quilles sou les bras, sou chapc:lll pouce, en prononçant des mot my-ttk1eux.
- Porter une lettre au comité de Vanne
L, vieille , inquiètes, ec,mèrent la tète. Le
i1 la main, il récitàit tm11 haut ·es prières. un
:1
Blad,
retiens ce nom, 'il csl prü!le.nt; au
namin de Ji-: an , plus irrévérencieu , plus ,agabond sorcier, évidemment, aiait voué ~e commissaire du pouvoir exécutif si 81.ad n'est
villa"C au malheur, c11 appelant les mauvais
hardi que les aulres, s'approdia du vieil
pa là.. ..
homme, f'l, d'un "C te brusque, pour le irénie~ ....
Koz A kourn rél.léd1il:
° Ce qui reste certain, c·e L que, quelt1ues
plai ir de mal faire. lni al'rac~a son_ chapeau.
- Je ,·eux bien .... Mais ne me dites pa
moi
plus
lard,
il
fut
incendié
par
les
Dlcus
Le mendia ni, un moment mterd1l, pou sa
ce
qu'il y a dans la lettre... J'aime mieux ne
tout à coup un cri tcrriLIP. Cc chapeau. c'était et ltrùla d'un bout à l'autre; pas uo chaume pa. avoir.
.
aas'&gt;i sn hourse, ln cachette de ses louis. son ne fut é1&gt;argné.
Le comte fit une grimace; c'était dlljà le
"nr le chemin, Koi; Askourn, dé~ormai
trr or. li se précipita. roulant sur s · ~éh\àme
... et de j Las l
sans iimc, :;'en alla, re .as ant ·a douleur.
quille., à la pournile de cel œfant m:iud1~li
reprit
:
Cet or, cet argent, qu'il avait gagnf pièce à
Iais cclui-ti êtail déjà loin; à ceut pa • il
- ,Je n'ai pas: besoin de te dire que celle
pirce, au ri.que, pour chac,u11e, d ~ ~p
agitait triomphalement le trophée conqui~.
d ru il; qu'il a\'atl couserrn_ sur lu1-meme, \ellre ne doit pas être interccipl~e; que je
Sur le seuil d~s portes basses, de hommes'.
au mépris du dan;:1er, car St quelque gen- m'en remet en pleine confiance à ton inLeldes femmes, regardaient saos a~prouver m
comme à,-ton dé\'Ouemenl.
darme .'était a,·i é de vi ·îter . a besace, c'élail Jirrence
0
.
blâmer indilTérenls. oudain, du v1euxcouvreKoz Askourn I tnlerrocnp1l :
le brancha"e assuré; cet or, cet argent qui,
chef ('abossé, roussi, miséraLle, ecoué vio- Votre lettre sera portée; j'en répon&amp;.
de on e.i..;~Lence Mjà i longue et toujm1rs
lemment dans l'espace, une pièce d'or '1khapJe
\'ous doi cela; vous m'a,ez accueilli loutlls
mi!,éreuse, a,·ail con tilué le scnl bonheur,
pait, tombait à terre. Alor , d'autres ~~ins,
cau~é la seule inessc, t.-et -0r, cet argent, les [oi que je suis venn. Je me rappelle.
qui avaient rejoint leu: ~,maradc ~c Jetereot
parti, envolé, Ji. paru, ra,i par le crime des \'oilà toutl
snr le chapeau, le îouil\ercnl en ha_l~fec étonnement, Le Glohanic constata que
.
A pré.sent. Koz Askourn ne cr1a1t pl~s, hommes ; il ajoutait : des Chouan 1
la
charité,
mème !aile avec de arrière-penOn revirement se lit alors dan~ se.,; opin'avançail plu ; cloué au sol par le d~espo1r,
sée
,
n'était
pas pt'ine perdue.
nion obscures; ü détesta les Blancs cl penil regardait, hagard, pré-voyant le desaslre.
- C'est IJicn, diL-il, en posanl, malgré
Un enfant, le plus rapide d~ns sa bcso.~e, t·ba ver les Bleus.
C'ét..iit dans ce· di po·itions qu'il arrh·ail à sou dégoùt, la main ~ur l'épaulci du vieux
ubitlllllenl hurla de joie; tr~1s autr~s p1èc~
vermineux; je vais écrire la lellre, te 1a donLocoal: c·é1.ait ce &lt;JU 11 racontait en phr:u.~s
d'or Lrillaient daw ~a ruam. li n en ava1l
diffuses, c:onîuses, répétée ·. au ~ml~ Turp1~ ner .... T'a-t-on rn Yenir icïl
jamais ..,71 , mais c'ét3;Î_t joli. à cont_em~lrr;
- Nou .... Personne ne fait attention à
qui l'écoulait palieminenl, pwsqu 11 avait
presque à la fois, les s1 dermerll Joui s évamoi .... Un a l'hnbitude.
besoin de lui.
- Parfait .... Resle à boire, à manger endaient Je leur catlieHe.
Quand fo mendiant lcrmioa le récit de ~a
Aussitdl, ur le seuil des porl!!s, lt&gt; h~~core,
si tu veux. Dix minule:s, et je reviens.
man vaise aventure, Turpin le consola par de
mes, les îemmes grouillèrent! ,c préc1~1Eo
haut, Rose lui di.ait :
bonnes paroles, pui:; lit quérir à 1)0ire et à
Lèrent : de\·ant l'or, il. devenamnt fous; tls
- Vous vous liez à œl homme')
manger, l'abreuva, le ga\'a, sachant Lien que
l'arrachaient au.t enfanl:i, avec de menaces,
- Pourquoi pas?
par son è tomac passait la route de son cœur.
des coup1&gt;, des vociférations. Des mains cro.,. '239 ..

�ms T O'l{lA
Avec ua écu on le fera parler.
- ,le lui donne cinq louis.
Rosl· fit la moue.

C'e L cher.
C'e L pour ;ou
Alors, vous rroyez? ...
ui, je croi à la luyâuté d'un mendiant ... , je ne ferais pa cet honneur à tout
Je monde?
ur ce, Turpin s'a .it de\·aol une table,
écrivit sa lellrc. li avait d1i la méditer à
l'avance, car il traça le -vingt ligne d'un eul
trait, sans hé italion, sans po·er la plume,
an· raturer.
H plia le papier, mil l'adre se, cl alors il
chanta :
- Le temps sont changé· : vive la Répn~
bliq1,1e !
kose le con ·idérait, inlcressée. Il sentit
peser sur lui ces deUI yeux oh liués.
- Qu'est-ce que tu as?
- Rien.
- Ou'c t-œ qu tu regardes?
Alor , eUe repartit, songeuse:
- Je regarde commente t fait un monstre.
lerci, cria Tlll'pin, en éclatant &lt;le rire.
lllusl,11/ions

Librairie Illustrée Jules
A présent, il était r 'solu à la lutte, el

comm il avait quelque accoutumance au

TA.LLANDIER, Éditeur, 75, rue Dareau, PARIS (XIV")

entant du peuple dt! armées du Morhihan;
il fut d'aborcl repoussé, éconduit; mais, à
force de pcrsi tance, il obtinL son renseigne-

danger, cet ancien oldat &lt;lu roi, sorli de es
transes na-ruère chiméri11ues, se redres ait ment.
devant lt!s menaces insta11le., ouple d'esprit
Blad était en conseil. à l'hôtel de ville, avec
e~ de corp di po , prêt alll ré islancc opi- les membre du di trict, les commi,sa.ircs
Dlâlres, à toutes les ru ~, à toutes les infamunicipaux et le commi . aire du pouvoir
mies,
comme à toutes les bravoure ·1 traitre exécutif, Jérdme Divot. On ne troublait pa
•
a son passé, sanf à Ro e.
ces assemblées olenncllc .
Un ÎJ1Stanl plus tard, Koz Askourn recevait
li ne s'en rendit pas moins à l'hôtel de
d'une main la lettre criminelle, de l'autre, ville, in ista prè du portier, 1e convainquit
Je, ci?rr louis, Puis, gaillardt-menl, après de, de l'importance de a mi. sion; tant et ·i
merci, dt!S bénédictions t!t des aluts sans bien que Blad, in•erti, donna l'ordre d'intronom_bre, il s'en fut, béquillant ur la route, duire ce chemineau plein d'enlèlcment.
clopmanl, sautelant, avec des vivacité de
La solennité du lieu, Je bariolage des cosreptile; passa le pont, aos que nul ne fît
tu mes dans l'augastu assemblée, la pose Lhéàallention à lui, s'engagea dans la camp:igue .... lrale de chacun de s membres, n'eurent
Derrière un cahairc, il s'arrêta 'assura
pa le pnuvoir de troubler l'antitrue philoqu'il était bien eol, s'agenouilla, ~lissa son
sophe des roule ; quand Blad l'eut inf Prrogé :
or sous une dalle, rabattit la terre alentour•
Que veux-tu, citoJen mendiant?
puis! fa poitrine débarras ée d'un poids,
n répliqua implemenl
repr~t sa route. La leurede Turpin? Le vieux
- C'est vous Illad?
avait seul dans quelle partie de on individu
- Oni.
il l'avait dis imu lée.
- Jurez-le.
Ver cinq heure du oir, il arrivait à
- Je le jure,
Vannes, 'enquérait dtt ciloyen Blad, repréBon ; voici pour vous!

il

iÜ CONRAl).J

(A suivre./

L'INVASION. -

Tableat, de GuumoN.

ÉDITION DÉF"INITIVE

lAURICE

MONTÉGUT.

1, 200 REPRODUCTIONS
DE Tr.BLEAUX CÊLÈBAES

OUVFIA3E COURONNÉ PAR

HlSTOIRE GÉNÉRALE

L'ACADÉMIE FRr.NÇAlSE
PRIX NÉE)

(GRANO

DE LA

OUERRE FRANCO=ALLEMANDE
(l870-7l)
Par Je V-Colonel ROUSSET, ancien Professeur à l'Ecole supérieure de Guerre
Nouucksart!.teadont lu
œuvres aon t reproduite'•

dan.o J1ouvr&amp;gc

.• : : ANKER::
• • RAOUL ARUS
; : LOVlS BAADl:R
: :
; BA.ROERl:i:

, •
••
: :
: :

• •

.•

BA.RTIIOL0I

: :W. UJ&lt;AUQUES)."E . :
{l, DE nEAUIŒPAIRT-:
LOUl'l Bli;:'i'()IT·L/.1' \'
: : JEAN HENX]lR : :
: BERNE-JIELLECOUR !
: ; : BERTlllF.R ;
; ;
: : GEO Bltl!TRASD; :
ALBltRT
BHTTAN!LR
Cl'ST.AVE BE"rTIJ,;GER
Bf-KIBTRfT
: : : A. Rl.OCII : : :

l
: : r..toi. soxsÀr : · • '
: : BOUTIBON1'E : :
; IUJll.R BOUTlr.NV :
. .
: : BRAlL: :
. •
: :

: BREYDi;;L :

: : Cll10T: :

:
.
:
:
:
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•
:

: :

. • : CLARI
•• GEO. CONRAD : :
: LÉON COUTURŒR :

LA VlE ET LI;:

lfCEUR&amp;_ AU XYU" )IÈCL.E. _

L~.s
~

VIS1TES

n L',\ccoucah;. -

Cliche Giruud.on.

GrJVUrtd"ABRAJIUI

Boss8. (CaNurl lks:Esim1/'U, )

AllA~E ans one passé el le souvemr de 1870 est plus
présent que jamais à l'esprit de Lou,. L'Alleruagne donne
à la commémoration de es vîcLOires un éclat plu-; granc1
que de coumtne: la question de l' A1· ce-Lorraine est
poU:r clle à !"ordre du jour et, cet amornnc, elle rc,·iendra plus
actuelle tl plus brulante au Parlement allemand. Le Couvemeruent français livre au public les riè-ce, officielle,; et doclUllemaire~ des sept années qui ont préoêdé l'année terrible, pièces qui
expli1uent et éclairent la ntarcbe des èvènemeuts qui ont causé
cette malheureuse guerre,
Le moment e,,-t donc particulièrement opportun de publier une
n uvetie écl ilion du rêcii dramatique et ,aisissant êcrit par le
L1-Colonel RoussXT et de donner à son HI TOIR E GENERALE
DE LA GUERRE FRA- 'CO-ALLE'~JA,&gt;,;DE (1870-71) sa forme
définitive. La clarté de ~on style, l'impartiaHté Ile son juge.
ment, l'exactitude et l'eachainement des faits font de ce livrç

• :

: CIi. CRÈS :

: :

: :

: DAUBEJL :

: :

: : A. DF.liODENC~ : :

d'histoire un livre de lecture unique, plus attachant qu'aucune
œuvre romanesque. C'est de l'histoire vécue écrite par un soldat,
témoin et acteur doublé tl' ua littêrateur qui ~ait évoquer et
raconter.
L~ Lt.Colonel Ro(,-SSl'T a tevu entièrem.ent son œuvre, il l'a
compulsée à nouveau en. tenant compte de~ révélations que tel,
années om apportées, des écrits publiés par le bistorieus spêciauz
qui ont pu j\'ter une lumière nouvelle sur certains poi.uts, en
réformant des appréciation~ que l'éloignement des év6ne111ents
permn de juger avec plus d'impanialité et plus de sùreti.
L'édition définitive de !'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA
GUERRE f'RANCO,ALLEMAN"DE ( 18jo-71) du V· Colonel
Roussin est donc le résultat d'un labew: d'environ vingt
ann(•es auquel s'ajouteo.t la compétence éleYée, l'érudition militaire ~olitle, qui firent de l'auteur un des plus éminents profes:,eurs il l'Ecole Supérieure de Guerre.

L'Iiiustration est un véritable musée

: :

: : LO U IS BRAUN :
• .
E,. BRlSS!CT
,
• A!IDRÉ BROUfl.l ET
; ; : B1!1A~D : 1
: : CAM PIIA vs,;N :
: E:U~r.'l! t:ltAfE,kON
: : : : CltAl'U : : :
: IIENRr e 1tARTIER
CHATRON IŒ
,
: A. CRlCOT : ,:
• .

q

Le texte a demandé 20 ans de travail

S

I le talent d'écrivain du 1.1.Colonel RousSE.T a rendu son
test~ all,;!;:i palpitant qu'un livre d'ima!(lnation, l'illu tra't ioa ,le sou ou,-rage, â laquelle ont coop~ré tontes le-;
célébrités arlistic111r;; contemporaines, a complété l'œuvre
et c'c,1t un véritable mus&amp;- que nous offro11s au public.
E11 effet, ont pris place dans J'Hl~'TOIRE GÉNÉRALE 11E
LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE, reproduite, par les proc(,dé, le!- plus modernes et les plus ])&lt;!ffoctionné,., toutes les
toile célèbres. les pei1u11res signées des plus granos noms de
l'art. C' est la confirmation vivante de la narration
A côté des u-•Nres admirées et admu:.i.bles de nos gr~nds
artistes, des coUectionnrnrs pa · ionm' nous ont autorb.:-s à
pui;;Pr dans leurs précieuses richesses: pui eo Allemagne, en

Voir pages suivantes: Mode de Publlca.tion -

Alsace-Lorro.ine même, llll voyage de recherches nous a procuré
tout un en:&gt;tmble dt pièces inconnues jusqu'ici et d'un intrn:êt
primordial.
Les grands pànoramas de Neuville et Oeta.me, les peintures des bataille;;, les portraits de tous les per onuages
m8ês aux évé11emeuts, les monuments commémoratifs, les
&lt;:arte.~ el les plans, les types militaires français et allemands de
l'époque, tout cela, tiré en noir dans l'ouvrage ou formant des

Planches hors texte en couleurs
con~titue un ensemble complet., mêlant dans une évocation
commune l'image des faits eux-mêmes avec celles des hommes
qui y ont joué un rôle particulier.

Prix de Sousr;;riptlon -Médaille cornmémor_atlve
et Brevet "Aux Défenseurs du Territoire (1870-1871) ••, offerts gracieusement au.x sousr;;rlpteurs.

�No,mc!N utl"'-■ dont 1-■

Ce qu'est l'Ouvrage

Son Mode de Publication

La reproduction des peintures et des tableau, des toùes
célèbres gui illustrent !'HISTOIRE GENERALE DE LA
GUERRE FRANCO-ALLEMANDE (r870-71) ne pouvait souffrir
aucune médiocrité. li fallait aus i adopter un format qui par
l'ampleur de ses dimensions laisse aux œuvres Teproduites
toute leur valeur. L'impr~n en caractères neufs est faite

L'ouvrage comprl!lldra au minimum 60 fascicules enriohis d'au
moins 1.200 gravures, tablea11x et batailles, panoramas, partraits,
cartes, plan&amp;. monuments commémoratifs, etc., etc., dont au

sur très bcan papier couché, format in-40,
L'ouvrage paraitra sous
la forme d'élégants
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comprenanL chacun .r6 -pages illustrées d'environ 20 gravures dans
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OUJARDD,•DL\UMETZ
: : A, DlJMARESQ : :
: : : D tJPRA Y : : ;
: : C. 1'11.Ell'SJlRC : :
: : NILS F'OllSBti:RC : :
: LOUIS GAIi.DETTE :
: :JULESGIR.ARJ)BT!:
: : CR.ATEVROLLE : :
: : P. CROLLERON : :
• • M. GUINDON
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DAOAMARD
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• . EIIIIL llÜNTE:,1 , .
.• : : HYON:: : :
. . : JSANN"IOT : •.
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. . m:1 SOl-rIER ••
••
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Ml'l&lt;J.E'ITE

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-~Prix du fascicule...

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075
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Il parait régulièrement un fascicule tous les samedis.
En vente chez tous les libraires, marchands de journaux,
dans les kiosques et les gares.

SOlXANTB PLANCHES EN COULEURS

22,50
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Le i., volume complet sera mis en vente en novembre 1.910.
Le :i• volume paralU-a en i 9H ,

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: MORE.AU DE TOURS :
: CHAI&lt; LES MOREL :
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LUCIE.'," AIOUll.LARll
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: : TH, SltYMÔVR : :
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MAUFUCE TOUS AINT
: : B, UHUIA . N : :
: : JAMES WALK'FR : :
: A. VON WERNER: :
: :

h bd

f · ]

moins

: :

: : ADOLPlnt YVON: :
: : : .tl!,nt:E~ : : :

etc., etc

CHARGE DE CUIRASSTERS A REZONVILLE. - Tableau d' m'é MoROT
Réductinn a'une double p!aacbc en coule11rs tirée hors l&lt;"h:·

Souscription à prix de faveur
Toutes les personnes qui souscriront à l'ouvrage complet avant

le 3r décembre prochain bénéficieront d'un prix de laveur.

On

VOLUMES RELIÉS de~i-chagrin,. reU-ure
élégante de bibliothèque, avec fe
spémaux dessmés _et
poussés sur les plat et le dos, tranches _rouges .. (Le premier
volume sera liVTé dans le courant du quatnème tnmestre 1910,
le secon&lt;l au courant du deuxième semestre 191:i:.)

30 E N DEUX

peut souscrire sou trois formes d.i:fférentb :
xo EN FASCICULES HEBDOMADAIRES à prendrn chaque
samedi che-z le libraire auquel la souscription aura été remise,
au fur et à mesure de la mise en vente. (L'ouvrage comprendra
Prix. de la souscription à forfait. ... •.•
au moins 60 fascicules.)
Le paiement de ce mode de souscription a lieu à raison d.e
Prix de la souscription à Iodait... ... ...
fi CS SIX
FRANCS TOUS LES DEUX MOIS (le premier
,zo E N D EUX V OLUMES BROCHÉS. Le premier sera
paiement de QUATRE FRAN CS seulement ayant lieu le
livre daru le courant du quatrième trimestr-e r9ro, le second
mois qui suil l'envol de la souscription).
au courant du deuxième semestre 19n.
Ces prix de 40 francs et. de 52 francs sont des prb:
Prix de la souscription à forfait... ... ...
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de faveur pour les souscriptions faites avant le
Le paiement de ces deux modes de ow;criptioo a lieu à
3i décembre i9tO.
raison de C [NQ FRANCS TOUS LES DEUX MOIS
Le prix de l'ouvrage sera augmenté le i•r jan(le premier paiement ayant lieu le mois qui suit l'envoi de
vier 19H.
la souscription).
L'achat du fa.sciwUs
fur et à me.sure de lt11Y mise e,~ v~t1te, sa»s engagemet1~ _ü,it.. de pretidre
l'ouv,,age. comp/el. ,u fmll tcre .omidéré ~111111e sousc,ipnon. Seuls ~ont co,isidnès co111111t SOIIS:•
cripteurs le$ açheteurs qui s •e,1gagct1t par éCf'tl à prmdrt l'ouvrage cotnpltt.

52 francs

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1,

Avis important

BlSTOffiE GÉNÉRALE DE LA
GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

No,n et Prénoms
Ecrire très
lisiblement

Partie spéciale à remtilir exclusivement nar le

1

Qualüi ou PY.ofessüm
Rue

JULES TALLANDŒR, ÈDITEUR
75. RUE DAIU:AU, P.ARlS-XIV-

BULLETIN DE SO USCR,IPTION
N°

A

Département
Gare la plus proche
Je, soussigné, déclare m'inscrire à Wl exemplaire de !'Histoire générale de la Guerre franooAllemande, du L•-Colonel RoussE.T, au prix de - 40 fr. - 52 fr. - (Raye, le '(wix inu.ti~) qui

souscnpteur qui est anc1e11 comnattant dei.lrt0-71.
Je déclare avoir pris part à la Gut"rre FrancoAllemande de 1 870-71, et certifie sincères et exactes
Je· déclaration ci-dessou ;pour la remise imprimée
à mon nom du brevet intitulé : "Aux D8'8n1sur1 du

Territoire 1870-187/ ".

m.e sera livré sous la forme suivante :

Nom

En fascicules hebdomadaires (40 fr.) - En deux volumes brochés (40 fr.)- En deux
volumes l'eliés (52 fr.). (Rayer les ,,,ots inuûles et laisser s.,bsi.ntr le 1110/U P,,t/ér~.)
Je m'engage à payer le premier v~ement rle Cinq francs - Quatre francs (Raye, le prix
i,mtile) du 1•• au 5 du mois prochain et le complément à raison de Cinq francs - Si1 francs

Prénoms
Litt&lt; et date

(Rayer Ill prix inutile) tous les deux mois.
La médaille grand module en bronze argenté me sera envoyée aussitôt prête.
A
..... _ • le
19;
SlGNATURB
Remplir, signer, détacher el adresser le bulletii ci-dessus à la L1brairia lllustri&amp;,
Juin TALUIID!Ell, Editeur, 75, Bue Dateau, PARIS-XIV•.

IÙ

le général Coffinières responsable de cette
effervescence, Jui en :fit des obser,·alion;:;
« assez sèches ~. et celui-ci répondit par
l'offre de sa dém.ission 1 , qui ne fut pas
acceptée d'ailleurs. Alors Bazaine, qui
ne se montrait jamais nulle part. même
dans les ambulances, finit par mander
à son quartier général, le 1 5, les commandants de la garde nationale, auxquels il
donna l'a.surance qu'il n'y avait rien de
vrai dans les bruits répandus, et que ses
relations avec l'ennemi se bornaient à des
échanges de prisonniers. C'était le jour
même où le génfaal Boyer quittait crsailles ponr revenir à l\letz !
Inquiétudes de l'armle. D'ailleur:;
l'inquiétude à laquelle Ja population était
en proie avait maintenant gagné l'année
elle-même. Jusqu'alor on s'y était. malgré tout, bercé d'illusions consolantes et
on avait espéré que la situation se dénouerait, un jour ou l'autre, par un acte de
vigueur. Mais les bmits fâcheux auxquels
donnaient lieu les départs successifs du
généra] Bourba.ki et du général Boyer
commençaient à semer partout l'anxiété
et le découragement. « Les journaux, si
surveillés qu'il fussent, traduisaient le
mécontentement généra]. Le maréchal
Bazaine n'y était pas ménagé ; sa conduite
militaire, ses manœuvres politiques étaient
vertement blâmées. Ces journaux, répandus dans les camps, servaient à
éclairer les plus aveugles sur la véritable
situation de l'année et sur les causes qui
l'avaient am.enéee. " Il devenait évident
que cette sortie, possible et presque facile
au début, exécutable encore, quoique
dans des conditions infiniment moins favorables. jusque vers lc milieu d'octobre, on
ne la tenterait plu maintenant. La perspective d'une capitulation, à laquelle nul
n'avait song{: d'abord, était indiquée par
plusieurs officiers comme l'i sue la plus
probable de la situation actuelle, et une
violente irritation était la conséquence
de cette nouvelle et cruelle -perspective.
ussitôt, des concilîabu)es se formèrent.
où il fut décidé qu'il fallait à tout prix
essayer de se soustraire à l'opprobre d'une
reddition. Deux jeunes officiers du génie,
les capitaines RosseP et Boyenval, le capitaine Crémer, aide de camp du général Clincbant, des géné raux et des colonels se
réunirent, pour examiner les moyens de
faire une trouée. Mais le maréchal avait
été prévenu ; il fit arrêter le capitaine
BoyenvaJ et ]'interna au fort Saint-Quen-

en chef. pour lui exprimer, au nom de
tous. et par une démarche respcctueu e, le
désir universel d'échapper par un coup
de force à la menace d'une capitulation.
Le maréchal les reçut avec affabilité et
letfr donna même l'assurance qtlil était
dér.idé à ne pus cC1pit11le,, 4. ~ Le généra.!
Boyer, dit-il, essayait en ce momenl à
Versailles d'obtenir, non une capitula·
tion, mais une convention ,nilitafre qui
permît à l'armée de quitter honorablement
la place. Dan· quarante-huit heures on
serait fixé à cet égard, et on connaîtrait
la solution, qu'il espérait favorable. Si
toutefois le gouvernement pn1ssien se
montrait inflexible, on reprendrait la

lutte et on marcherait par les deux rives
clc la Mo elle. dans la direct.ion du. sud. ,
A l'observation faite qu'il serait peutètrc bon de prendre d'ores et déjà des
mesures pour être pr 1 t à agir, le cas
échéani., aussitôt aprês le retour du général
Boyer, il répondit qu'il s'était déjà préoccupé de cette éventualité et que ses dispositions étaic11t prises. 11 termina en disant
~ que sa situation à Ja lête de l'armée était
peu agréable, et que si un autre, quel qu'il
fût, voulait s'en charger, il était prêt à la
lui abandonner, en lui remettant SC- pouvoirs$ ».
Cette réponse, malgré son ariparente
franchise , ne réussit pas à calmer l'anxiété

tin.
Les officiers supérieurs gui faisaient
complot, si complot il y a. se
résolurent alors à aller chez le commandant

partie du

naissance

Arme (régiment, bataillon, batterie ou administration
quclconque1 dontie faisais partill tfl 1810·'11.

Gradé .

Récompense
A ....

NÈGOCIATIONS ET CAPITULATION

--- 191

, le ·-·-

StGNATUU

1. La rapitttlatioti d~ MftJ:, par
1nbEs DF !\'OR1'1':Cli, pag . 6r.

le général

CoFPI-

2. Â1'f1Wt dt Melz, 1870, par le général flELîfiNY,
page 57.
3. Cc!tû,Ià même qui devait finir si tristement
cl.uns la Commune de1Paris.
4, ,1Tt/z, ,amf:,avie et nlfoe1'ations, page 312.
5. l bid., page 3.13.

C•f&gt;J•nght r896 b_;, .IJo.,sscd, 1 aMdo11 S.

UN1&gt;

SURPRJSJ': ,\l.'X EX\"ll{ONS PE

1\IEu. -

Tableau de A

DE

o,.

EUVl1.Ll!.

Voir page 4 la Médaille commémorative et le Brevet" Aux Défenseurs du Territoire (1870-71) "
offerts gracieusement auJC souscripteurs.

Spécimen d 'une pa.ge extrai te de l'ouvrage

�GRACIEUSEMENT il est offert
tous Les Souscripteurs à l'ouvrag du L1-Colonel ~OUSSeT
l.J

PROFILS DE SOUVERAINES

E

~

Médaille en Bronze argenté

Catherine de Russie

(CRA D MODULE O,OS c/m)
(Composée sp(·c-J:lleroent par Georges LEM AIR&amp; ~- uM1r d 1n • 1U
offic1 lies d la bine, du laroc et J. 1 . t m~ Col i3l : Gran,1 l'ru:,
Exp itioo nrv
l.lc t• uo W·daillc d llouneur du
on 190
Hors Concour.·, ~1ernllre d u ' ury du alon d Artist l•ranç:11 .)
~ tproduction do la faco de la mfdullo
(Crand•ur iuturc),

P

Par Paul de
&lt;;3
Rrproducrio11 J u rnen dt lo m6d •ill•
(Grandeur 01turc) .

. L, lhniu
OUR Pf'rpélllCr le

UV nir de !'Edition déli.-

du superbo ouvrage du L' Colonel
ROUSSET, il n 1re frap
r· r
ins
de l'éditaw- une m,ldaill d 1,rand ln Iule
(o.o, c/m) q ui era otlerte à tou~ )Ps ~ou, cri pt un;.
' l un \·t'rit hie chef-d'œuvre d'art, tJ:Pcull'· pllr
un fl te d'I l:J" nd tal,n , Georges Lema.ire, l'au.
teur d mida!ll"5 officwll
de a Cbme, du lai:oc
Jlltive

et ,1 la l\IM

m...

Colonial~.

l ,n face r prf nte,
et noble 6gur d

,•rnholi '" par une grand

femm&lt;', la Fr

11œ

lJN BREVET,

1

1910,

qua-

r h 10JGSA.l,t

r nn t nus apr • 1 douloureux ivf nemcnl de la
guerre, oère 1:t ton!'CÎfflte de sa fore • ~ revers
n'ont p - arr t sa m
tt1 av nt
1 I' 111,e
t rnM 1 70-71 ,j 1l,cond• •·n et
hfrotqu el
en sacrinc · Jnuule,. ,·mbl rlonuer plus de lu tre
;\ u présen t loneux.
!me
\ure r,n,,·ocattkl', la
·
•
cep ndan
·un laive, tandis '1
n-t1cnt les t
leur~ national , Pli
pos(·e, ,i elll' 1-l;iit :ittaqul-e, , dNen,lrt'
,., . ,c toute l'Md ur et le courag dont

u'IION S HK r'r m

DËVOI! )IF.NT,

preuve daru; 1 mo ment diffici1 .
\ u r ·ers d, la
, Ille, en uergue
mots
Ç ""• P,og,t,, ho1Ul.'fll li, cbamr d bat ail le où
l'ucL1,i1 • de on gèni~ lw a touymr., as, ur la
v k tc,ire el où Il-. no1nbrtux lnurl r remp&lt;&gt;rt6;
ju u'1c1 lui ar nfr nt une gloire •tf'melle. J::n
tour (! trOp
et urmont • du dra~.au tncolore,
emb me de la palrie t'l de l'hon1, ur oô\llonal ,
u n I', nouehe pM'ruetlra ile l(l'ave r li nom ~t pré num di, l'beml'II X pos
1:ur de ce charman t o uvenir cccnmemorat , .

EST DÉL[VR.B GRACIEUSEMENT

Aux Défenseurs du Territoire (1870=71)
L

so criplt&gt;un à l'ou.vmge du L 1•Colone1 ROUSSET, qw appartiennrnt à la gfo ra tion M 1870 .71
et q ui ont 1, mêl d'une ~nïrc qtieltu1H ue à la
gul'!Te contre 1' ..\llerna •n,, recevront
titre gr CJ.eux
un b,ev t spécial ment déd
E

AUX DEFENSEURS DU TERRITOIRE (1870-71)

Les thll e. d ce br \. t r ummt le fair &lt;'ne drer
cl le con rve,- p1clbemen1, nu,
la pl ce d'hnrm&lt;'ur de
leur mai on. E n le regardan t , ils auront le souv«- uh ·-111 11
des action- auxq11 Il ils nt pris part, d
et ,l'htr i,me
qu'il. ont pu aecomplir dm la ~pbère d lellr m 110n ou
dent 11 ont ét tdnoin ·.
eu e piêce con ti1Uera pour e1tx un tr 111oig11al(l' 11 bon •
neur t clr dévou~ment p~tuant au &lt;,ein de I ur famillt,
aux veui; d lc
mi • le uv rur du d ,·oir 'fl.ltrlot1qlk::
qu'ili ont accompli aus. heure - difficil, de la tourmen te.

Ce bn,-•ct , dcs,in par Maurice Tous alnt. a c&lt;t6 corn•
gr,wé pour Hre t':itclu,.i,..erumt r, .ervé aux ,ou,-

~ ri

cripteur. qui ont pri part à I gn!ff .

l mpnmé en grand format, ur beau papier gcnr Japon,
~ 50¼ et
l lh,ré

avec gran,les marg , il rues ur~ 65~
t out prl-t à être en clrê.

jpt .ur; 1'01.TVnl&amp; du L'--COlonel ROUSSET
qui, par leur s.it notion d'aoci a. participants à ln guerre
de 1870-71 out droi t à ce brevet , devTont prfoi r d·un
maniere Ires li,ible I ind1catiow&lt; uivante« ,
L

• om, prénom:: , d te el h u de

T- ICTOR

Les nom, prénom,, et qualite milita.ire seront imprimé;; par les som

rlll', OUT ri. li.

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rJpudialion ét il immi1ll'11lc
r ' u · ment du czar t
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accomplie, a,
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1.'in. urreclion rom, n •:r1 ue du · juilll'l 1762 et nn d • plu men illeu
roman. de !'hi. loir . Gelle jeun
fomine, ihadée, la nuit, du Pa.Lai.
d'Ë1é, uù dort l'épou
'clle v J,:_
trôn r, 11ui e j ·Ile d
une H1it11re,
ent son coin ur
fomme de
cbambr , o prt1senle Jcvnn
n·ern , tml ve
soldat ,
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I' rrnt,, entraine le prup
fait
ncrer, entre d ux revue. , marche en
bataill conlr le czar i1ui
r 1v ·
pri onnier et monte au tron , co
à l'a. aul
11 coup d , feu,
une "
ng, rappelle le, enc
ri~ re de J' A.rio 1 •
C
nt 111lit d'eté Lran -

de l 'Ed1t.elll'.

ur le bre,·et de chaque titulaire.

la poitrine . ou es d,•u • nou . "i Catlll'rine
11 'ordonna pas e~pressément celle alroce lu •ri,,,
Il ' l'in pira p r .on . ilrnœ el I' pprou,-a par
1 faveur dont •Il• cornlJla l · . icairC':-. l.tl
lcutkmain, à . uo dinl't, on ,·it 1•11lrer ( rlolf,
l'étuulli-ur, écb \elt\ cou, rt J pou Ï•r ,
],, h.11.ii dcchir •. ' UIIDl le an • li\-iJe dt!
);011 crime. ,
eux é •ar{-s él'h u ,'-r,.:nl :nl'I!
ceu de l'impératrice un éclair ini,tr . 'Elle
~ 1 \a en ~ih1 , pa 3 dan un
bind où
il ln . ui1it : 1JU •lque · in. tan1 apr\ , 1•11
r ' ntràit calme, :ourinntc, d
r"mellnit
!.'llit-m •11L à tahl . Pol brel'e :ile11ti1mt,,. Jlf•
tilfl ,·om•ii:ii I litia, dit Tacil,·, ramntnnl la
mort d • llrilaunicu ·.
0

·
a

III, - Hisro1u1,. - Faee. :a.

1·mp1•rh.'I.Ît
. C:11lwrinc de ré •ner lra11,1uille. 1'11
11 1-apen.
J'rn del,. rra, •a. D• conjur · ,
pou ,:, d3n l'omhr p.ir la main d , la polictJ, A)nnt lcnlé de I • défür r, •s dl'u ~crllit•r l1• poinn:mlcrent, Ion 13 cm1~i;.:11c 11u'il
a1ai1·nl l'l..'Çlll'. Plu~ tard, ,'llbt•rirll' rai. it li '\t'r 11 Rnm , par ,\le i. Orlull, re é,·utl'llr
ordinnir• d,• .e. haut œuvre~. nue fi.li• Je
la narine Eli :ihetb, n; J'un maria e cland tin, ou. prétexte 1111'clle a,pirait à l't&gt;n11•irc. L:i jeum: princ •::e, allinic ur un v is• au ru -e, élaÎI liée dt! cbam •s, jet: à 10111!
de I cl cnrl•rm~ dan la fortcr ,. de l' 'ter. hnurn-. Qud11uc moi :ipr· ·, la 'é,a débordait par ordr • el la noyait d, n on cachol.
Cc out J I oul,licll J c ri- u ,
m,hqu · par une farad, Joni le d~
cor oriental ll,louit de I in lïrna ·~· Lion. Guerre l11•ureu. l·~. conque!,
1mmrn~l' ·, :mn ion infinit ; la llu. ·ie doit, Ca1h rioe~onénormih: inou
granJnur. Rc•r rd!· tl pr~ ,
uca• r ndio~ pr nnent souwnl un•
Je crime . La di olution ,aJ, la Polu •11 •, opé · • comme
par un ctnpoi,.,01111cwent p(1liti11u le
mas !'éd V r mi , le l'"Or cm 111.
eu ma., de :ou ·3roff, •o 'fur1111it•,
r~volt ni ln con, ·icrKe el . oull'nml 1,
ur J l'h' loir, lu&gt;nnêt
Le 1am ux JI! r •dig: de a 01ai11,
11ui eulhou. iasrnait Vollaire •t attendri .ait Diderol, u ~ . ou1i 111 p l'ci .
tu n. C
tal,l..: tl • la loi &lt;111 'cfü~
pu. ait à l'.1dmir11tion cr 1dul dt· l'Europe r ·,l''-reot ! ·lire morte. I.,a peine
dc mort ~ il abolie , mai le knouL
r •mpla\:ait la bacl1c el l'appli11uait en
JéLitil. En l î6 t, une cou pi ration militaire ay. nl été décou ·erle, on élud
1 uppli · en labsant I
njurt
mourir J1 raim l'll pri·on . 'Fout l'ut
illu.ion ou m •n n11rre, dan reli e légi lation philo_ µl1i,J11e, promu! ~é,
ju ·qu ou~ le. tente de Kalmouk •
t.'aflicht promellnit la ju ti r, l'butnnnit :, 1 toi :rnnrt·, le pro,.r.imm
Ju ir le; lllitÎ . le \-ÎCU drame IUO.CO \Î((•,
thar t1 d'cxactiou et d • bastonnadr s, alli'li t
loujour · on tui11, dan l'intérieur dti l', 111pite. Qu'on . ligure un1i pa01e J fonte 1piicu collée au mur .san:•lanb Ju Kremlin.
Les député · de· Samoièd , corn·oqu · · ·•
l'a .emLlée que la czarine réunit à aint-rl:_
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Gu1•ùrt

Ju1~11 ,

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' la houcb1•rien parai. enl ·la. ~i'I'
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u mrur lre &lt;l • Pierre 111.
L
e Lu.cr, c fit ri,.audièrc. u
l'empoi onn., d' rd, d n un v ·rr&gt; d'caude-vie. Puis, C()mme il t.1rd,1it lrop à mourir,
deu. de conjur t l'étr nglèrent , cc un
n;ell , tandi qu'Aleli Orlo11' lui écrasait
ri

R"production r!duite du bren• "Aux fU/•nJ•ur~ da T,rritolr• 1810•11 '

I:irJ :e Je chi li_ nlion à la
nthcriu Il
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•, prc c1ue m
rueu , par

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Emploi militaire penrlan t la guerr (anne, régiment ,
ction d'ndmm ·· tratioo ou autr , rmidc, récomf&gt;&lt;'JJ"")·

'

/1 Gm11,/1 a Jit J,. prim:e dl•
lui Jfo•rn ra pe
; la po tér1lé unÏ\c
nfirmcr. Sou ou

Ce n' • l pru l • eu) forf it Jom tique dont
al.berine pui: c i}trc accu é •. L&lt;! lraJiliou.
de I· f miUe d Atridc cmLlai •nt p é
Ju pnlai- d'.Argo, dan c lui de CL:tr'. Le
jeun , han YI, Jétrôné, dè on litlr •au. par
l=:lisaLl'lb, \'égétail, depuis vin l nn , dao
une forteresse. Celle omLre de pr :1tmdanl

16

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\:,- d"un • tharohrc 1• •0111 •r11cm1•nl d'un im- :,e, tlépen . . Cette l!lran •e fon ·lion avait se
oorlai •nt, portanl d • · or
•n- nw11 ,, 1:mpir '· t n l,011 St'U. 11.,1if &lt;·t nli,lc la
ont! s el s , crvilud : cr chambellan Jc
i,:nil'lll a oa vi:,iti II ol11m1
de pré cn:iil d1· · {i{'l:ré céréLra.les parlicufüir,·.
1"111nour ne pom-ail, dè. lors. quiller d'un
au d ,pole . ~1&gt;.- plao• elaienl dém ·,uri:.•
c.,nots et de chulmlpl's 1·0
ni.,i. t&gt;11r ,·ait I •. rc Lreindr • à ln portée du p:i~ . a mnilrc,-C; il lui était dt!fcnùu d • .ortir
L , di 11 u1 i
lhmrie el
du pliai. n~
permis-i n. Lor qu"il éuit
Po· ,..j bit•. L• cornpa igank,qt11· qui, dan
lanJ. 1 del'
'or décor,
cnn
•édié,
il
rece\·oil
une indemnité ma ni,on ,-prit, :lt!ndail la (\us ·i ùn f\o. ph11r
lirN: ·r d"
-c.omique
litp1c = sa f ,·eur 11rolon~é • lui nlail u11 dé-~ux
m1·!'!- du ,fapon, e r ·1ré&lt;:i,_, il 'l se ferl •ur · lroup
fri_ •
· :1
Lor&lt;lcmenl Ù' larg •.. ·. C'était la fable rt~
lr,wcr un t•ulilàde d'id)
r
. lll3Îl mrm · u lw,oin 'on caraclèr •, tnill t lnurnée : Danné mi. selaiL . ur · ,, amant eu
lie lernp, en l••mp-., un roi ou uo cinpcr ·ur. toul J"u1ll' pit•c1•, :1:iil inllc ibl •; auc:ml ca- plui, d'or. Un a le budget de l'alcô~e d' C Jo!ll•ph ll ou 'la ·
orlail J'un&gt; ,·illt&gt;, la. troplw nl' 1'1•1il ébranM: il était 11 l\:pr •urn 1lwrine: en tr•nl ~nnlre an. J règne, ce
comm • d'une cou!
l \ nail _e joindr · au Ùt! plis, Ion r,I, rc1,•r .. l\icn ne la llatln il J - noutrrc de lu ure en loulil un &lt;l,•tui-milliard.
,·orl'-JTl'. L1~ rmnt
égur el 1• prinr;' Jt• rn11tn:?;l' ,,u·u11 mol du prin(· dll l...i~nc •111i
l"n grand \'lJile d, dignil I el de hiensé,wœ
1
Li Ill'. d •u dti;va
an ai. 11,or,•1•1.!s par 1'11\i1ÎI dL•dart;t, a imp rlurl,ahlc ». •Il• rt pé- Jrap. it up(~heml'nt lle \Ïe déhortlée. La
lail ,ouv~nl t:1• 1not-ll1 , a He 1w • h•11lcur
l'.\rwiJ • du · 1 ·orJ, l\•nhrai ·nt d • llallcric
011ore, t!a prollln anl maJl'.-IUt·u~enPnl l ·.- f1•m111e galant nlendaiL r1:. ter !'-ou,·erairw .
r.111uise.. Ce fut le voyage d'une fé , pl..manl,
:était l'otl~n~er que de ri. rruer dernnl Ile
llalit·,. 1 i\io i, - lui disait-die, - j'ai
à tlo d'bippogrilfc, ur un miras• n perle
un
mot 113._ardé. C lle o
e d'homm ~ faiJune de J"im-per-tur-ba-Li-li-lé ! •
de , ne.
sait
la
pl'Lil·
bouche
au
moindre
propo' lil,erC• spl,irn b:tb) lonit-n, à \·i g de , ·111iraLe pt-clade avait . on rc,· r ·. Cinquante
tin. P •ndant le voya"e de Crimé ,, 1 • comte
mi,,
~·
Lermin
it
par
une
crou1
de
1,
·1e.
Le
mille hommt.' · uaicnl péri tlau, 1, marai
de . 'œur, prié par- t"lle de lui dire tl' ver,.
tithrcu ,le l\ht!r on pour improvi r une ri- mol &lt;l Tal:inl •rie i:,,t trop faibl • :ippli,1ué rm
a.11111ur Je Calherin li. 'el, re. t)J)J.lile plutcil rntarna un conte un P,Cll lihr , daru le •111ll
m 'el ·lice. I.e comte ile t!"
monlr
du lcwp'. li \'Ïl . · p1t_-~io11omie pa"~ r .ouà la polpndri thibé1aine. Elle eut de am nl
Je· "fOUpe! de p · · ·
Il• , aux
dainemt•nl d'une gaieté ouriaotc à un air
à
n"t•n
1,tu'
linir,
de'
a
j
·une
e
jn.:;c1u·au
lon&lt;Tuc. barbes h1r1
tionuanl
J •rnie.r jour. Elit• ti\ cul, pnr del~ toute limite _:vrre. Elle l"iotcrrorupit par une 11uc lion
autour de l.io. lllt'
•
:in ,
bru ·que el ch a"ea de coml'r' tioa.
leur. "ill gt:' mi:é
e
·ou, bounèle, à l'à"e • n . •xc ois te_ line, clfoPour Lre ju ·te, il faut dire au· i que .e
~ortie Ju cerclt! m,
1e
uva ruèm , e rait ngée. L., lLLe d • · Farnri
capri~ n'intluèr nt jamai ur sa politique.
en
lilr
remplirait
la
colonne
d'un
calcndriel'.
en {ace d'une dil1d te all
ravnrreail la

CA17Œ1f.1NE DE 'J{USS1E --..-.

EU~ domina l&lt;mjour I p:i · ion~ J'en li~L
dr la h:iutcur de sa tète. B:icdianle i1 rroitl
elle n l11i sa jamai le \În de l'or•ie monte;
tl • se. veine. ju qu'à on cene.1u. EH• élllil
d la raoo de c amuon~s du 'Thermodou
11ui, pour mieu
tir ·r ùe l'arc,
r,011pai nt

1,. Jn .Jroil, la pla ' où ~•11;11 te la 11èc•ha.
tn.1, clwz ell1, le ~ir I de la volonlé «Il'
l.. o ririe, dt• Jn rai,un d'Ctal re. la in.c~ud
el iurhranlahlP.. n fa,·ori n'était, à . ·eu •
11u"u11 in. trumcnl cle plai-ir, 1p1el11ucfui
,J,
rè!!Tlt', Ior,11n , comm. Potemkin, il ét..1it or-

gani rour le t·ommandement; mai, 1011jour ·
un in trument ,,u·ellc rnulait t nir nii- . a
mnin. L:\ \ie prh :e J, Cntlwrine 11 nur;1it tu~
trente cour Li. anPs; ,•lie n• ni!',. pa u11 parcelle de Force à l'âme impi,riPu. IJUÎ la maitrisait!

0

.\wc_ le r:rul d"un l'i1·dt• el plu,, la fi_ur
C,1 •1l1&gt;'tJllt!l, 1h•lqu de Limonr;., l'abl I Jp • l_i'él'.1•e él:iil clc oorp~ rohu le; son creur
X\ 1 1! d~ _a~tJ de a.11alhi'·1ncs l'L dr.
l~adt111, illi11r. , btmntil1l grammairien . Il qui ~l:111 e C&lt;'fünt, on inlelli!(rncc or&lt;l111airc, MIii
pat1r."Hi 1p1r., ·t • pr:,t•nll&gt;. Jét,. rra s :ll dr•
1 honnL'ur d apprendr• la rc;lc de;. participé, J~li?Pment ,ain t'l droit. Gr ce au . oin d
rl,•l,!Ïl', , con11111.; l"un • d pin, intére~~anle
à un fils de Frnnc,~ \alul uu fautl·11il à l'Aca- 1n.l,hé d • lhd,u11 illi,•r,, il devint bon bumat1 l"hi loir,·
ù 1rni r_rançai. "· D ux père j :,uil ,, le 1~i,1e, possudant liicn le latin. parln11t l'i li~~l
~-e m~lit•r d~ rtii 111• pn., • pniul p~ur èlr,: r. fkrtlucr ri l,i I'. t:rou,t, pr lrê. ~min •nt-. l oil mand l'l J'an,glai_-, i1i-trui1 en lai toire, ~l.
fa .. 1lc en 11otrc t·mp. ; mai oug1'-l•un
cornm_c on ·a1L. pa. ,ionné pour ln g,:oà r 1 t(Uè dut circ la lârl1 · pour c,·lui
rapb1 . Par tnalllt'ur, ,
facull ls
1p1i 1· premier du l 11 • ulc~{, dnn
'anranli.. nient dan. une orle de
d idé , peu di,,t•mbl· hl J, c, Jl,.
parai sie moral1', une ap111lti1', une fad'un Philipp '-Auguste ou iJ'un Luui. 1. •
~••nlahl • alnni • 1l!'rn•u • Joni J , nc ,it, à lïruprovi te. a. ailli par le
l• mr11I portail au comhlc ~a 1imidi1é et
plu_,. épou~nlaLle tourbillon d'utopi ,
a gaucberfo noturdlc . Il a,·ail un
polsUqne · t tr:ntr •usemenl séduisante.
doulourcu. p •nt·banl • se lais l'r conet . i auda ieu ~ que le plu a, anvaincre de~., propr n11lli1r, qui n'rtnit
'." s de no conlrmporain n'onl rit'n
pa réelle. Il se croyait un homrn d
m ente.' de mi u d • lm ·tif! Q11clplu m 1Jio r • et 11 "avait l'll ~oi
1y11c rho. P comm la lulll! J'unr
aucun,· cMliance Il .1! jn,.tail Juide. c.,ra,·ellt' Je hri. tophc Colomh
mèrne tri• inférieur à ~on frèr puiné.
b •urlant, en plein O, 1:an, dan la
ldu_tnr Louis XVIII. compagnon d.
temp •te, un de no· lormidolil,· ·
se: ehldl',, •1ui m~nirc~Lai_l de 3plicuiras,: moJ rn ...... apol,:on, a lud . :iu bel e:pr1t. 1n JOur c:iu'un
sistè de fochia,•el, . ' n serait p •uth:ir:m. ueor orticiel complimeutail le
ùtre Lir t; mai un au lr !
li uphm ur se. qualitt pr occs :
L.i cala lrophe éwil ratale. I.e
. « V~u. vou, trompez mon ·i,·111·,
pamre prince, tk tin~ à c débattre
rcponJ1L-1I ,nl·e unepointed'arncrlum •
ntre,. l'in o_luhle prolilèn11•, 1 rdit,
œ n·e~L pa moi, ·'c: l mon frèr• qui a
lor ·11u il avait omc an , ·ou pèr ••
de l'~pril. ,
homme a ~i ur droit, à l'intl'lligence
L'i_nllu~n • de :Y. de la \"a11g1J\'on.
mncrt,·.
l .'lme 1·1•rtu u,c, m:ii · qui
au h u d"elre e cit;1th·e, r ,,1:i ~nn't!t.inl rien Jan l"État, a,·ail ,ofontai:
_ta?1.~e11t Mprim. nte, el Cl' fut pour
rcrnent réduit on ui. li•nc•· à celle d'un
I J11ml1cr de la couronne 1111 irrrparahl,
h~am g1mtil homme pai. ililc rt ~ie11•
m !heur.
f~'\I. nt. !"3 r,.m,m:, tari Jo~~rb ' d
. ~es. indications, ,i prél'ieu. • po11r
Saie, ~ourut. u ,1 dcu nns plu: tard,
1b1~toir ·, oou. onl lou rnic.- par l •
el la lâche J él ,cr le futur roi d
\'Olnm que • J. lariu, :"pel a couFranc•, orpb lin à tdi ans. inœmlg
ané à l'étude dr la \"Î,•, &lt;lu caraclèn!
to~I cnticre au grand-pi&gt;re, Louis XV'
et du r gn de Louis :XVI. • J. Mariu
qm, OCl.'u ailli•urSc, oonscicnt du re .. t
~ pet, l'un de ron n·a11mr. au d ;_
de 50Tl indignilJ moral•• "en d,l~iulépartmwnl d ma110,-t"riL di• la Uibliore. ~ ~mpll•te".1enl.
J .11. r; ,1icr, rcinire
tb~qu •national·, :1, pour Ira er I por~ •put · sa
lite enfonce, l1! dauphin
lrml du re laur;1lPor d,· ln liht•rté fraua,·a!l pour_gou~t'rncur lt• due Je 1B Vaugu}on, co?p,.lrèrcnt ou, i à l"éJu1· lion du jeune çai c, utili~é. avc aulnutd • savoir 1p1e d"in·'?c11:11 am, de on p1•re; ·"H il un ,a.illml ofli- ~rlrl •; mais il: dur ni l1it•nttil quiller la déf ml~11e1•, n mhre &lt;l do 'Umcnl · ju. qu "à
c!er, Lrè • pi:-ux, mais d "esprit :1roit, ambi- 1' rance, pa.r uite de b disper ion de leur pr '•nt tm-onnu • el IJOi ont in ulièrement
beu ,_par. u1Le aimant l'intrigue el la coterie. ordrt; J'lllibé oldtni les remplaça, brn\'C r(h~lnteur. (LotlÏ$ JtYJ tt1ule ltislOrique
Le pn•œplcur ét.'\il, ou la ùir •ction de ~f. tlu homme, qurl,p1e plu ri.,ori•le.
un 101. in-12.)
'
111.: l.0111.

1

�....-- 1t1S T0~1A
Qo'apprcnoit,-011 ~ ce jeune prince, qui,
quelques annt'.~s plu,; tard allait · trouver
att. prise avec les plu- téméraire· novateur~'?
On lui en~ei •nait que lor~qu'ü crail roi, il
de,aiL décid • eu maitre, on opinion rùl-elle
coalraire à celle de tous; on l'instrui:aiL des
rapports des cho ·e · d'État a,·ec la religion el
le droit naturel, de Lraditiow Je b mon.1r.
chiu françai ·e el Je e loi fondamentale ,
. uiranl les 1héorie de Bo- uel et de Fénelon.
G' loi ne comportaient poiol Je Te:,Lrictions à
I' •xercice du pou,·oir suprême ei:clusivemenl
ré.ervé à l'autorité ro ale. C'était la tradition
du pou\'oir aùsolu, telle que l'· ,·aie11I C(lnçuc
Charles Vil, Loui Xl. l\ic-holieu et Louis ll .
L'élè, notait, dan· · • lle/le..rion arec M. le
duc de la ·augu1on, celle règle t!S entiellu :
d TouLC espèce de pouvoir ri-side ur la t~le
du roi ·eul : il 0'1 a ni corp · ni purticulier
cp1i pui ·se »e maintenir ùan · l'indépendance
de son auLorilé. » 1 'éta le l,agage que ùe
r Iles mas.im pour le prinœ qui I premier
en France devra lutter contre une A emblée
révolu1ioonair , a\·ide à le dcpouillér de toules
es pr lronalh·e .
Par fatalité, le dauphin était. ·tudieu~ cl
appliqué : il recueillait cei le~on comme
parole d'év:maile, et 'en pénétrait conscienricu cmeul. Lui fil-on lire eulemenl l'Esprit
dt$ loŒ ou le Co111,·ul social'! Prit-on la peine
de l'avb.er que de nou,,..ellci. idée' nai aieul
el ~e propageaient par le monde1 Je ne le
p •n e pas. 'l'andis que lt.lus les esprits, en
frauœ, 'engageaient ·ur une route, celui du
futur roi ·uhail obstinément le chemin op•
po é. el ·es coudueleur · ne l'nverlircnt même
pas qu'il y en avail d'aulre .
D'ailleur ·, rien l~-.dcdaas que Je théorique.
Loui X\' n'iniLinil pas oo pelil-fils au1

affaires. Que lu.i eùL•Îl apprL, d'ailleurs? Les
UJini Lre tennient é alemenl le dauphin à
l'écart; el c'lui-d .c ré-ignnil à cetle nullité
politil(Ue dont s'nrrangeail oo apatl,ie; dans
ce Versaille. omplu1:us el uébraillé, il vivait,
à dix- ·ept ans, d'une vie automaûque, macbinalemenL ennu}·eu e, twant ses comptes,
cba·.anl beaucoup, lisant le plus po·sible,
•'occupnnl de 001111 s reuvre5, suimnt dévotement les orfiœs. El puis, le grand-père entre
tenait publiquement une mailres.e indigne .
une tille dès rues don.t il 3\':til foit quasi la
reine: de France. On ne pou,·nit J'Pn blàmer,
pui qu'il t!lait le roi, el que tout ce que le roi
décide e I re ·pectable. Afai. celle cohabitation
cou~lru1Lc avec la courtisane choquail le pieux
1.nti1I1ents du dauphin; il ·eurc.rmail dan· ·a
forge, préférant à la compagnie des belle·
dames de l'eulourage ro1al, celle du cr•
rurier Gam.lin ou de valets de chiens, ùevaol I qu •l ·, au moin , il n'était pus timide.
Qulllld on eut décidé qu'il pnmdrail fommc,
quand on eul décou,•ert pour l11i la plus jolie,
la plus ,·ive, la plu coquette, la mieux douée,
la plu· inappliquée aussi, el la pk élOurdic
ùcs prinœss ·, il ne ·e entit aucune joie de
celle union immioeole; il la regardait comme
une Lcrrible corvée, el sa sauvagerie pré\•oyaiL
el redoutait à cette occasion Loule une longue
érie de contraintes cérêmonieuse . n goùt
pour la cba e n'nUaiL-il pns s'en trouver
••êné?
Ou ail comment et pourquoi, dè:. :.es premières enlrevuru; avec sa femme, il se conlent.a d'une courte et bru que causerie, promeuaut de remettre à. une époque ullériture
des marques plu ,•ives de son al!Achemcnt.
Pourlanl le déaoûl commun que causait aUI

"""

Larmes de reine
l lili~. - Pcnd.·mL que fo Roi [Louis ' V]
se lais ail aller où 1)5 ù6sir le m naienL, la
l\cine ouOrait Leaucoup. Ell ne arnil rien
de c qui se passait; ou lui cachnil, par ordre
de la Tieint&gt; mère, Ioules les galanteries du
!loi. ·a do.me d'honnenr. qui était fidHe au
lloi et à elle, se contentait de faire sou de,·oir
de tou coté , el ne lui disait rien qui la pùt
aflliger; mais I • cœur, qui ne se trompe
point el que la vériLé in lruit, lui faisait telle-ment connaitre, ans le avoir précisément.
11ue mademoiselle do La \'allï·re, que le f\oi
aimait alor~ uniquement, était l cause de ·a
~ouffrance, 11u'il ét.1it impossible de lui cacher
son malheur. ,\, mon retour d'un petit vo}agc
que je fi en cc temps-là en ormandie, je
lrou\aÎ la Reine en couche de madame Annel~li aLcLh de France. Un soir, comme j'nvai
l'honneur d'èLrè auprè d'elle à la ruelle de
:;on lit, elle me fil igne Je l'œil; et m'a1ant
montré" mademoiselle de La Vallière qui passait par ,a th.ambre pour aJler souper chei: la

comte.se de 1l' on , avec 11_ui elle nvait
repris qu •lque liai on, feinte ou eritable,
elle me dit en e:-.pagnol : Esta do,uella •.·oii
lo. Cll'l'a1·arlus tle tliama11le, es e~ta que el
Jlei quiere. (Cette tille qui a des pendant
d'oreilles d • diaruanl3 esl celle que l · l\oi
airut•.) Je fu.- forl urpri.e de ce d1:.cours 1 car
ce secret était nlor · la ~aude affaire de la
cour. Je répoudi à la Rdne quelque cho ·ri
qui confu.émenL ne voulait dire ni oui ni
non; el alin de lui donner de la force pour
l'avenir, JC làchai du lui per uader que Lou
les maris, aos cm; er d'aimer leurs femmes,
sont pour l'ordinaire tous infidèle~ de celle
manière, ou font ·embl:mt de l'êlre pour
saû faire à la mode qui le ·eul ainsi. La Reine,
11ui comprit ans dou1e que uous ne devion
pa lui rien avouer, ne répondit pas à ce qm:
je lui dis, mais elle u'en ful pa moin Lri le.
Je Ius dire aussilôt ~ la Reine mère ce peût
'Ccrct, cl l'assurni que la 1\eine était plus discrète el moio ignorante que l'on ne pen ait.
Ilful aisé de juger par là que loules les larmes
qu'elle répandail alors, et à ce qui scmLla.il
i;ur des 1,agalelles qui ne le méritaient pa ,
v!illaient ans doute de ce qu'elle sentait un
mul dont elle n'osait se plaindre. La Lendresse
qu'elle aYaiL pour fo I\oi faisait naître sa ja.... 2-44 ""

deui: jeunes époux la présence Je la ra,·orîlc,
- ile l4 crétllure - ftl onitre entre eui:, à
défaut d'amour, 11uelque confiance; il parlaienL d'elle lor 11ue, par aventure, ils se LrouYaient seuls- et f. de la VauguJon ~oulait
aux portes. Ce que ·•o)•ant, le dauphin relournail à sa forge et à ses chiens, el retombait
dan a sauvagerie mélancolic1uc.
Il l' a, dan notre hi ·taire, peu de cène~
ègalnnt en tragique celle qui ·e pas a à Ver•
aîlle · le {O mai 1774. Louis XV a •oni. ·
dan la cb,1u1br' royale du premier étage du
chàteau; comme la maladie esl conl;igieu, e,
le dauphin el la dauphine n'ont pu approcllr·r
le moriliond; ils attendent dans l'autre nile
du cbàlc.iu; de minute en minute on leur
lrancmeL de nouvelles : c'est la fin ; Jru, courli '30 allendent lo dernier. oupir comme um:
délinance. Le dauphin &amp;I:' promène à grand
pa,, uetl.1nL les rumeur avec une tébrilë
impatienc~. priant à haute ,·oix le ciel d'éloigner l'heure de on avèncruenl : le trône lui
foil peur. Cl Il me cml,le, dit-il. quo l'uni"er va lo1nbcr sur moi. n Tout à coup, lu
llamme d'u oe hou ie, allumée ur l'une de~
fenêtres de la vharuLrt: du mourant, 'êLeint ....
'est le i nal convenu. Aussitôt un granJ
cri de II Yivr le r·oi ! D retentit dans k gaforie eL Je corridors; par les escalü!r·, c•c~l
une ruée -vers les nouveau mallrèS; &lt;:t'!UX
qui les premiers, i:n ·e bousculant, arri\eol,
trouvent Louis _'Yl el Marie-Antoinette à
genoux. o Mon l)ieu l répèlenL-il en sanglotant, gardez-non , protégez-nous; nous régnons trop jeunes I u
11 ,amble qu'à cc momenL-là, le nouveau
roi de vingt ans eut l'anguis ·ante ,i!iion de
toulcequ'il lui fallait ~Yoir, de tout ooqu'ou
ne lui aîait pas appris.
T.G.
lomiic., el de celte dernière oai snit son chagrin.
La premièrcannécdu mariage Je la R•in•,
le lloi aroil été tendre pour elle, el fort ~msible à la légitime pa .ion qu'elle nvait pour
lui. Aussitôt que l'amilié du lloi ,•iuL à dirninucr, celle qui en élail l'objet 'rn aper\·ut
bien vite; cl.le n•eut poin I besoin de confident pour l'a,·ertir de ce ecrel : avant fJIIC
d'en connaitre la cause elle en scnlil le elfots,
el di ait ouvenl à 13· Reine a mère, en pleurant ex.ce sivemenl, que le fioi ue l'airnail
plu . Qunud enmile elle fut quasi certaine de
ce changement, par la cannai ance qu'elle
eut de l'amour qu'il avail pour mademoi·clle de La Vallière, clle ftil longtemps dan
un étal pitoyaLle; il emblail qu l1Jucfois 11uc
on cœur \'Oultlt sortir de ~a place, tanL il
était agité, montrant par celle émotion qu'il
ne pouvait èlre content sans êLre réuni
celui même dont elle e plaignait. Le !loi
voyait à peu prè · toutes ses peine ; lllBÏS ne
pouvant e cbao,,.cr lui-mème el ne le voulanl
pa, noo plus, il ·en consola il par son indépe.ndanee qu'il meUail à touL u age, eL dont
il savait e faire ua remède Cacile à tous ce
p(llils maux.
MADAME DE

MOTIEVILLE.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXV (ruile).

_Dans la nuit du 9 nu iO, le maréchal
m envoya Yers l'cmperellr, pour lïnrormer
du romhal d'Hollabrïmn. Apres une lomrt1c
m?~rhe _par J_ cbwnins d travcr c, of je
~.eg-~raJ ~lu.1~11rs foi~ dan~ l'ob curilé, je
,101nn1 enhn Napolôon au cl,àtenu de Vol~
ker dorf, qu'il ocmpait ùcpui. Je lt•nd main
de la balaill~ de Wagram . . _ a \foj té venail
d'appr~ndre qu'une grande partie de l'armée
autr1cb1enn0, quittant la roule de :'\ikolsbourn
•l ùe \lor:n-ic, e P?r_lait ver· Laa, pour ;
pMser la îaya el reJoindra le prince Charles
ti. Znaim, cl elle a\ait pre crit au maréchal
llarmout de la suî,re dans celle nouvelle

direr,tion. L'F:mpereur la prit lui-mèm" le 10
an matin tandis f!UP Davout continu:iit dP.
~ousscr vers . !k?) bourg, dont il s'empara.
J en !u~ réexpédie vers .\fass,lna, auquel Je
por~• 1o~dr~ de ~arche~ r~pidement ver~
Znmm, ou 1ecnem1 para,~. tUl Youloir conrentrer ~es principales force. et e prépartr
à une uou\·ell bataille.
Pendant celte journée du 10, l'arrï•regar.de rmemie battit con. tnmment en rrLraite devant le co.rps de ,1:ména, . ans osrr
nous alle°:'1re, car die iwRÎl éprou,·é ,k
pertes con 1dér3ble la \'eillc, :i llollabriinn.
compter de ce ruoment, le désordre .e mit
dan, . e. ranw: i au si fimes-n u un tri•s
grand. nombre de prisonniers. Ce même

.... 'l45 ...

jour, le prince de Liechtenstein s.e présenta
comme parlementaire à no$ avant-postes.
char épar le généralissime nolrichien d'alln
propa l!r u.n armistice à Nnpoléon. . l:uëna
le l!t :u.~ompagner pnr un do •ps officier.-:;
mai · peoJant qu'il. g:J1?nai~11l Wolkersdorl'
dan~ 1:esPoi~ &lt;l'i Lrou\'er encore Napoléon:
ce~m-c, s éta,t porté à Lan, et le parlcmenla~r • ne pal le joind rc &lt;Jue le leodemaio au
?'r Jerant Z11a1m. Co re1::rrd coùta ln 'l'Ïe ;1
bien dtls homme de, deux partis! L'arrirrega~d autri~bicnne, npr"" , 'être retirée deµms le u1.1-t1a .ans combattre, oou di 18
1 soi~
. I' eo t r~e
' du bourg de Gunsterdorf.
-ru
Une ,·ive e:m nnnde s 'élant en,.agêe, un boulet
traver a la calèche de \fo ilna, et un second

i

�1l1STO'l{1.Jl
tua un de chevaux qui la Lrainaient. lleurl!U 1•rne11t le mar~clial venait de metrre pi d
à Lcrr' cinq minuit:~ avaul cet accidl•rtt! Les
t&gt;nnemi,, repous~és, nous cédèrenl enliu
Gunter dorf, où MU pli . à.nie la nuit.
11 esl indi. pensahlo à la ~uerre d'avoir de
e pion~; Ma ' ~11a se .errai! pour cela de dl!llx
fri•rc juifs, homm s Lrt&gt;s inLelli 0 -enls, qui,
pour donner de · noul'Clle~ exacll!S el recc,uir
plus d argml, ;waicnl l'aud.i.œ de , c •li 'st'r
parmi lts colonnes autri_chicnncs, s_nu · p~éte:1.lti de vendre Je. frutl · el du ,,n; p111 ,
re:,l:rnl en arr1èrt', il attendaient l'arrin!C
des Françai · cl vm1ail't1l faire leur rapport au
maré1·h:1!. Cl"lu i., i, pendant bou ,·otirt ~éjuur
1t llollaLrünn, avait 11ro111is uue f11rle ~ommt•
à l'un de ces ,lnif~ ~ ïl lui remPlluit, lt:1 ltrndè111ain au oir, l'étal :ippro i11rntil' dt: · furn•s
ennemi~ · en•!lll-:'tll'S ur la roule que nou.·
~ui,·ion .. Alléché par l'applil du gain, l'l,raélilt: prt•nd Jes cberuim; dlitourmi~. marche
tonie la nuit, rraauo la tèll! de l'arm •e t'Onernic, pé11è1re dans uu Lui , el, gri111pa11l utt
omrot&gt;l J' un arbrt; touffu, il se lilollil ùan
le feuillage, d'où, l-fül ètro ap rçu, il dominaiL la ~ranJe roult', et, à me~ure tJue le:
colonne· Mliluienl devan l lui, l'e. piou iuscri,1tit .ur un calepm à 11udlë armll eus LruUjll!S
appart.t:uail'nl, la rorœ J.:., c,,cad ron ~t dt!
bataillons, aiu ·i c1ue le numbrt: dt!S pièces.
Mai:-, au moment uù il 61:iil ainsi oecopé, un
ergrnl de chas t&gt;Ur" e11_l1u J,rns fo bo!s pour
,•y rl'post&gt;r c1udques UJ~ta111., cl \h; 11t se
cul11.:hor préci~émcu ~ au-de ~~us ~~ l'~rb~~
surlt•quel e trou,·a1t Je Ju:J, ~u1l navatl
(l(&gt;iul aperçu.
cette ,11e, le pion, ah ·olom •nl saU, nt probahlt&gt;meut qudque mou,e-ment pour se cacber; le ca.lepiu lui échappa d1;5
mains el ~int LoruLcr à coté du ergeul 1Ctilu1ci lève la L~lc, el vopnl un homme au milit!-u
des bau les l,ranthe -, il le coucLe en joue, en
lui ordonnant de de cendre. Le malbi:ureux
Juif forcé d'obéir esl cooduil dcvaul uu
' autrichien, ' qui, ~ la vue duc·all'pm
.
général
accu aleur fait tuer ce m1. érable à coup de
baïonnette. li gi ait sur la grande roule
lorsque, quel&lt;[ue· b~u~es après, l'armée françahl a.rri,·a ur ce pomt. llès rprn le second
Jui.t qui marchait al'ec nou · en ce momunl,
ape;çul le curp de on f_rère ~ pou~sa des
cris atîrem,: puis, .e ra\l ·ant, il fouilla les
poches du mort. M:1 is n'y_ ayan~ ri':11 Lro_m é,
il pt! ta conltt: les enuenns qw lm av31ent,
dbail-il volé L'argent dont son frère était
Pourvu;' finalement, p_o?r av?ir ~u moin ·
,1uelque part d soo her1Lage, 11 pr1l tous l_e~
,ètemen\s pour les vendre phr tard. Voila.
,1ui peint bien le caractèr • juil!

CHAPITRE XXVI
Cr,mhul ,le Znnim. - t.~9 cuirs ,icrs ,te GuLl.o11. Je ,uis hl~ - 1 en Jparanl 1... eou1batllmls. :ii. ,t' Aspre. - ~oUl'ollu hrouill a,·P1· ,\fas•éna. l\t:lour ~ PPrÎ:!.

Le i I juitlët, jour néfaste pour moi, le
corp de Ma éna parut dernnt Znaï_rn ver!)
diJ.. beur~ du m::ttm. eL nous apl;rçume~, à
une dcwi-lieue our uuLre droite, le· &lt;lt\'Ïsious

MiJK011(ES DU GÉNÉJ(_Al.. BAJ(ON D'E
d11 manll'hal ~Jnrmonl réunirs ur le plnlt--au
de, 1'e,-wit1.. Cm, Lroupe· venaient de Laa p;1r
la roule de 13rünu. A ruid1, !'Empereur et sa
~ar,lt' arrivèrent à Zukerhandcl, et l'armre
Jltalfo n't•11 !1ait plu. qu 'à queh1ues lieue .
La vilk• dt• ZMiw, entourée J'uu mur fort
solide, , t i1mfo :..ur un i:ot♦·nu c"u\·erl d1i
virraullles, nn ha. duqu.-1 coulrnl la rivi\rc
Je Taya et le fort rui~ eau dt: Li.cbcn, qui
"jrll~ dans la 'l'n~a nu•d, •;..011 de 1' . wit'l.
Ces il~n: cours d' •1n1 environnent donc une
partit~ du cot,&gt;1111 Je Zr1aïm Pl en font uu · po:ition l'clraucbée par la nalurc, car, prt'.qu••
~11r lou Je~ poi11t~. le~ rivei- sont bérissres
Ùt• rncbt&gt;rs escarpils, d'un aet'l'S fort diflicile.
te ~ul ·'ijbaii-sc au vilhtge ù'Olilas , q111• Iraver e la roule de Vienne par la11uclle .irrirnil
le 1·orp, tic Ma,sllna.
Le prin1·e Ch;irlc. , ne n:ccvaut pas d •
répon:-.c à a propo:iitioo d'armi~ticc, et ue
voyant mdme pas re,•euir son parlemt'nlairi_.,
pr11 la r;~cilnt1un de profiter J,. lionne ' po,itioits ljDÏl occupait, pour ri 11uer encore les
chance· d'une bataille. Ea con~équence, il
forma son .irmée ur deux. ligne~. don la
prt-1uière appuyait Hl droite à la Ta1a, pr\ ·
d,· 1-:lo~lt·r-flrut·k, avait son ccnlre Pa face de
Te,wiLz et d~ Z11kerl11mdel, l prolon••eait ~a
ganclie jusr1u'à Kukrowitz. La econde ligne
occupait Znaïm, le GalgeuLerg cl Brenditz;
le ré er,•es étaient en arrï re. Une nuée de
tirailleur défendait 11 vignolile situé entre
Znaïm, le Li cht'n et. la 'l'aya.
Dè on arrivée devant OLlass, Mas. éna fil
occuper ce village, ain i que le double pont
CflJÏ pas e sur la rivière et l'ile dite des Faisans. La division Learand, qni venait des\ n
emparer, e porta sur AIL- challersdorI l!l
Klo.ster-Bruck, vaste et ancien couveut tran ·lormê en fabrique de tal.iac. .Nos lroupe.
éprouvèrent sur ce poml une ri; islaocc d'autant plus \'i\te que notre arliUcrie ne secondaiL pa lcnr· cUorl ; ue pOU\'anl. en èlfot'
pa er dan~ le ,,ignes, elle élaiL obligée de
tirer dn liard de la ri,·ière, c'e t-à-Jire de
bas n haut, ce qui rend le feu inœrtain el
presque nul. Le maréchal, retenu à Obla
dans a caloche, regrellait vivement de ne
pouvoir monter ~ cheval, pour aller voir par
lui•mème ce qu'il -y avait a foire pour remédier à cet io,·onvl1oient, lorsque je me pcrrni · de lui dire que, ayanl eJ ploré le_ environs avant l'attaque, je c1·oyais qu'une ball rie part.'iOt d'Ol,las , longeant la. rive droiltJ
de la riYière et allant e po Ler au-de sus du
village d'Edelspilz, pourrait rendre les plu
grands service . llas éna trom·a J'avi util.i;
il m'en remercia et me chargea de conduire
ix canon au lieu indiqué, d'où, dominant
et prenant à rever le troupe qui défendaient K.lo ler-Bruck et Ah- challersdorf, ils
firent un tel ravage paruli les ennemis, que
cenx-ci .. 1iandonnèren1 promplemenl ces deux
poste~, donl rto truupes ùmparèrcnt. Le
maréchal .e félicitait du bon effet produit par
cett balleri c, lor 'que j' accomu lui pro·
poser d' en cond11ire une autre à Küeberg,
point culminant de Ja rive gauche, mais ctJ-pendantacccssiblo t'TI rcuforça11t le altda~..- .

LP. maréchal y con cnlil, cl, aprè ,1uelq11e ·
e.Obrt , je r~u . is à foire monter huil pièce.
à Küeberl{, d'oi, letir- boulets, fouettant en
pie.in ur le ligue:. autrichiennes ma , ées en
avant de Z11:111t1, le eureul liit:ulôl forcée ;1
. e réfugi;,r dcrriù•e les mur de celle villl';
anssi je ne doute pas que si la Lalaille eùl
cunlinml. la hallerie tJUt! nous a\'iOu. placée
, ur le Küel,rr" u'eût élé rurt utile à l'armée
fnin&lt;;ai.e; c'~l 1•0 occupant cc point anm de
l'artiUorie qu'on p~ul r~Juirc proruplem 11l
la forlc po,ilion de Zuaïm.
Pond.111l la ,ive cano11nad8 dont je viens
clc pai-ler, u11 orag&lt;• épo11v.i111ahlc fomlil .11r
la conlréc. l!:11 u11 in ·ta11l, Lout ci-t iuun,i,,.
La Taya dJlwrJc, lrs armrs ne pe111·e11I plus
fain~ feu. Pl l'on u't•1lle11d plu uu ,eu! •·out,
dl! rusil. Le. tro11,M; ùu ~énéral Le"rand ~e
réfug-icnl dan, 1'.lo,kr-llrud,, à 'clrnllcr,-dorf, cl pri11cipule11wnt da11, lc.s numhren~e~
ca,•t'. creu~ée~ uu miliru u~' vign1•.s Juul lè
coteau P'l couvert. }Li· pendant 11ue nos
soldat \Îdcal le~ Loimt' • an - e pré11~cnper
de · ennemi· 1p1'il · i:upp0:,cul ahri1é · dan· !Cl;
mai:011 de Z,1afo1, le prince Charlel', prévenu
. an. doute dt: 1·..ite négli,.éncc. et ,·oul:.ml
eouper tonie relrai(e à la &lt;livi io11 Lc•rraml,
fail ·ortir Je la villti une colo1in..: du ruille
grenadier 11ui, 'élanyml au pa &lt;le course
ur la grandt: ruuteahando1111éep:ir nos gcru-,
traver cnl Alt-.', h~ll,•r~ lorf cl arri\'rnl au
premier pool d'OlilJ!-~ ! .11· 1lc~cc11Jais en c&lt;i
moment du Küeberl,( el tl'Eùclspiti; j'J étai
monté en passant par Neu- dullen ·durf, à
côté d'OIJla 'S, où j'avais pri les canon que
je devais cœ1duir-e; nn.1i~, "" revenant ~cul,
il me parut inutile de fa1re ce détour, pu.i quu
je .avais que tout le Lerrain compris entre la
Taya el Znaim éLait oc ·upé par une de nos
divi ion d'in(anteric. Au i, dè que je rus
nu p~Lil pool qui ~pare Edel pil1, de nie de
~'ai!;an , j'y pa sai La 'raya pour gagner 1•
11ranJ · ponts placé· sur la grande roule t'II
foce d'Obla s, où j'avais laissé le maréchal.
Je -venais &lt;le monter sur la cbau, sée qui unit
cc deux pont· lor IJUC, malgrd l'orn°e, j'enLend:1 derrière moi le bruit de tiomhreux
11a~ cadencés; je tourne la 1ère, et qu'aperçois--je?... Une rolonue cle •!l'eoadier" :mLrichicn qui n'était plus qu'ù ,•ingt-ciuq pa de
moi!. .. ~loo prernier mouvement fut de
courir ventre à terre, aûn de pr,h•enir le maréchal el les nombreuse troupes qu'il a,·ail
auprès de lui; mais, à mon très grand éton•
nemeol, je trou\·ai le pont le plus voi.:.in
ù'Oblass occupé par une brigade de cnirassil!rs français. Le 0 éuéral Guiton, qui la commandait, sachant la divi ion Legrand de
l'aulre c.ôté du JfoU1·e, el ayant rPçu un ordre
ineiact 1 s'ava.nÇilit traaquillemenL au pa !
A peine avais-je eu le Lemps de dire :
11 Voilà IP.s ennemis!. .. .11 que le général les
aperçoit, mf't l'épée à la maia, eL criant :
« Au galop! » 'élance SUJ' les •'renadiers
autrichien . Ceur-ci, mou pour uou atlaqu r à l'improvi ·te, furent Lcllement ètouu~.
de l'êlreeux-mème:là l'in tanloù ils ··y alleudaient si peu, que le. premier rangs eurent
à peine le Lemps c1~ crvi cr la baïounelle

rt •Tn'en un clin d'œil les !rois Latail1011 de
"rt'tlildier. fur,.nl lill,irafement roule.~ par
terre, . ous le" pied · de chevaux de nns cui-rassit'rs !.. . l'a un des homme , ne re l:i.
debout!. .. Un seul fut Lué: Jous les autres
furent pr1~, ain.i que les !roi~ canons qu'ils
avaient amërhL pour l'Onlrilruer à la défonse
de l'ile des Fai. an cl de- pont .
Ce rt'lo11r nfff'n ,ir aurait eu des ,é~ullal
Lrès fâcheux pour Jlou , i le prince Charle,
l'eùt exécuté a"ec: une troupe l1eauc011p plu
nombreu~P. t•o fai~ant en même temps alla!Juer la divi ion Le/!fand di. pcr~ée d,111 h·s
"igne·, el qui. n'apnl plu~ de retraite par
le · ponls, eùl éprouvé un très grand écht&gt;c,
car la Taya n'1\1ait pas guéaLlc. Moi h.• gécnéral outricl1ic11 fü un faux calcul, n se llatlanl
qu'un millier d'homme enrniés pour s'emparer de l'île de' Fai.an. pourraient . 'y
maintenir cuolrc le 011arrues de troi d • nos
divi-ions, el contre les efiorls 11ue la divi ion
L,•graud, :ittaq-uée f'lle-même. n'eùl pas manqué de faire polir s'oll\'rir un pa age . .\in i
pri. entre deux feux, les mille !!rCnadicrs
auLrich.ien , enfermé dans l'ile de~ Faisam,
eussent étt: réduits :1 ruellre bas les armes. LL
est nai que dan œ combat nou · aurions
perJu Leaucoup d'homme , dont la ,·ie fuL
épargnée par l'attaque inattendue du généra l
Guiton. Les cuira sier , enhardis par le . uccè et ne connaissant pa le terrain pou•..
1\renl leur charges jus'}U'nux. portes de
Znaîm, pt·ndant que les fanta sins du rrénéral
Legrand, attiré par le lnmulle, accouraient
pour k•s "eco11Jer. La vi11e Fut ur lei point
tl' ètre enl •rée .... ,\lais dPs force ·upéricure ,
secondée.&lt;: par unu nomlircu:-.e artillerie, eonlraiW1ire11 t les Françai. à redescendre Jt1s4u'à
Alt-..'cballersdorf et l\lo lcr-Drocl., où Ma séna les fil ,-outenir par la divi ion d'infar1L·rie du gém\ral Carra- ainL-Cyr.
L'Empercur, placé ur I •' hauteur' de
Zukr-rhandd, ordonna à ce moment au marrchal Marmont de d1;boucher de Teswitz pour
se lier 11 ln. droite de lJa. éna. La bataille
'engageait io'en iLlemenl. Pour 'en rapprochPr, Napol 1on vinL 11 Teswilz. ?ilasséua
rn'ayanl envoyé vers 'a Majccle pour lui rendre complc de sa posilion je revins a,·ec
l'ordre d'enle,•er à tout prix la ville que noire
hallerie de Küehcrg foudroyait el que lé
marécha1 Marmont nllail a .aillir au· i par le
mlion de Lcchen. Ue toutes pari on 1.iauait
la charge, el le liruiL des t.ambunrs, assourdi
par l'effel dll b pluie, se mêlait à celui du
tonnerre .... 'o lroupcs très anim~e· ~·avançaienL bra\'emenl conlre le~ nornhrimx bataillon qui, po Lés en av.int de Znaïm, les alleadaienl résolument; quelques rares coups de
fu il partaient seulement des mnLons. Toul
faisait présager un sanglant comLat à 1a
baïonnette, lorsqu'un orücier tle !'Empereur,
art'il'anl à toute bride, apporta à .\la séna
l'ordre d'anèler le comuat, parce qu'un armistice vc.nait d'èlrc conclu entre 'apoléon
el 1e prince de Liechtenstein. Au sitôt, le
maréchal, qui 'était beaucoup rappr01:hé des
troupes, prescrit à tous le ofllcicr · de courir
anuont.:tlr celle oom·elle sur les dirnrs poinLs

de la liglle, et me ùési!!l1e nominativrmen~
pour alll!r ver~ celle de 1111 • hrigad,• · 'llli ~e
lr01n·e le plu prè · d11 la Yille Pl a lé moins
ù'e •pace à p.1rconrir pour en l'enir aux main
arnc l'ennemi .
Arrivé derrière cc•s ré:;ômenL, en rain je
,·1•11x parler~ ma voix c L dominé p.ir les
Cl'Îs de : c1 Vin! l'Ernpereur ! 1&gt; toujours préeuneu.r, du combat, el déjà les troup • croisaient la l1aïonnell !. .. Le moi.udre rctar,I
:ill:lit donner lien ù l'unr de rcs lf'rrihlr:
m~lées d'infanterie qn'il est impodblc
d'arrèler dès 11u'clle sont t.nga.,re . Ju n·hésile donc pas, &lt;:t p1t: ant par un inlervallP je
m',1l111we entre le~ deux lignes prèles ;, se
joindre, cl, !put rn criant : &lt;c La paix l la
pni ! •.. » je fais avru• ma main !!':rnche signe
d'arrêler, lorsque. toul à coup. une lmlle
partie du faubourg me frappe au poignet!. ..
Quelque·-uas de no ol"ti1·h•r,, comprenant
cn(in que je port.ais l'ordre de uspl'ndre les
l10slililés, arrêtent la marche de leur cumpagniei;; d'aulr , hé itaicnt, parce &lt;JU'ils voyaient
venir à eux le hat,ùllon.· autrichiens qui
n'étaient plu &lt;1uï1 r~nl pa ! ... Are mome11l,
un aide de camp du prl11co Ch;1r), arrive
é alement enlre les dl·ux li"ncs, ch1•rchant 11
pré,•enir l'nllaque, et reçoit au si du faubour,,.
une b:1lle 1p1i hti traverse l'épaule. Je cour·
YCr cel oWcicr, el, pour Lien faire cumprendre aux d ,ux parti l'oLjet de notr n,i -~iou,
nous nous c1ubra, ons en ltimoignage Je paix.
A celle vue, lc:s ofliciPrs des deux nation,,
n 'hésila11t plu,:, comrnamlent /laite! .'C nrou•
penl aulour &lt;le nrm~, l'i appreanrnl qu'un
armistice ,rient d'èlrè conclu. On
rnèle. on
se rélicile mtrl11&lt;•llerne111; pni. les,iuLTichiens
retournent à Znnirn cl nos lroupe · rers l"'s
positions r1u'eJlcS Oècupa.il Dl a,•anl 11u'un
battit la cliarrre.
l,a commotion J 11 1·ou1) qne j'avais ri&gt;tn
a rait été si forte, que je croyais a,·oir le poi•
gnet cassé. lleurcn emenl, iJ n'en était rien;
m:ii ln balle aYait fortement !thé le, ncr( qui
rattache le pou e au poignet.
Aucune de mes nombreuses hie~ ur • ne
m'a fail ~ulmtl soullrir : je f u oLligé de
porter le bras eu écharpe. pcudanl plus Je ·i.x
moi . Cepe11dan1, ma Llc·sure, quoiqut!
gram, l'étail J,j Il muins
celle de l'aide
&lt;le camp autridüen. C'était un loul jeuue
homme, plein de courage, cl qui, malgré cc
qu'il av,i.il éprouvé. ,,oulul ab:.olumcnt "enir
u1ec moi auprès de )las éna, tnnL pour ,·oir
œ vieux guerrier si célèbre, 11ue pour accomplir ll1I mes:-age dont le prince Charles 1'111•ait
chilrgé pour lui. Pendant le trajet 11uc 1wus
îimes CD$emblc pour gagm•r Klo~Lttr-llruck,
où \fasséna s'ctaitéta.bli, l'officier aulrichien,
qui perdait beaucoup dé aog, ayanL été sur
L~ point Jo ;nw111ouir, je lui proposai de le
rccouduire à Znaïm; ruai:, il per isla à me
uh•re pour être pan é par le' chirurgienIrançais, qu'il disait être bien plus baliileque ceux. de on armée. Ce jeune homme
'appelait le eorule d'A pre et était ne,1eu du
g~néral de ce nom. tué à '. agram. Le maré-chal Uass 1na le reçul Lrès bien el lui ÛL prodiguer Lonles sorLes de oin ·, Quant à moi, le
0

1

•roe

.MJl~:BOT

~

maréchal, me vo ·anl hles.é de nouvrau, crut
dl'voir joindre e ·ulfrogcs il · uî de Lnus
lt&gt;s officier~ el mèmè dt• olJats de la lirigade. CJIIÎ fai,aieril l'~loge dn dévou1·mPOI
arec le&lt;JUcl je m'étai~ ,:iaucê •,ure li!:. deux
armiif' · pour 1hilt1 r l'effusion du san~.
Napoléo11, étant venu l'er. le ~nir vi~iLcr 11•
bivouacs. m';1Jrl! ·a de "il'· téruoi~in;w. de
.ati ·faction, en aj,ml:mt : ci \oa~ ~lPs lilr.~sé
bien souvenl, mais je rhompt·n~t·rai \'1,lrP
zèle. 1&gt; (,'Empereur a,•ait furrn1: lt• projd de
t'l'l:er l'ordr,· militaire d1• · î'mi~ Tnisn11~,
dont h•s c-lwv:1li&lt;•r dl!,·aÎl•nL a1oir au 1011i11s
i-i~ hle~~nrr~. Ill j'appris plu· lard que .'a
~lajeslé m·11\·ait iu. rril au noml1rl' ,le~ officiers rp1'il jnge:1il cli nes de rcc·ernir celle clécoraliuu, donl,je r pnrlt'rai plus loin. L'EmpPreur rnulul voir ll. d'.\ pre. qui a,,1il monlr 1
le mèmc d~vouemcnL que moi, cl le charrrèa
de compliment, pom· le prince CharlP .
Comme, loul en se l'é.licila11l t\Ue les cuirassiers fu ,enL arrivé . ur l~ pon~ à l'in. ta.nt mèmc où Il' grenad ier auLricLil'rl
allaient _'ea emparer, ':ipoléon 'étonnai!
qu'on eùl cmoyé de la gros -e cavalL·ric au
delà du lleuve, sur un coteat1 où il n'y a1·ait
d'autre passa~e qu'une grande roule encai sêe
entre d"-' • , i"nohle., prrsonne nl' ,·,,1dul aYoir
dunné Ct'l l&gt;rdrt•, qui ne prowu:ût ni du
maréchal 11i il11 cli ·J' J'~1a1-111aj(lr. el lt!
gtiuéra l Je cuiras i,•r:: ne pou,,1111 dt!.i.,aer
l'of!i cier 1p1i le lni :Hail transmis, r.mtcur di&gt;
tdlt: beureu~c f:1u1.C l't! ·ta ini:onnu.
J\:nd~ut l,• pe11 ile 111ir111Ll' · q11t• le i;-rrnaJirr· oœt1pùrt•11L l'ile Ji:~ Vni ·a11~. ils y prim1I
1.roi de no· générau , : F1·ir11111, t'nèf cJ',:1aLmajor de ~l.1.ss1:11a, b,ou,ki l'l S1alw11ralh,
au1quel ib cnlev~rt·nl Pll un lo11r do m:1i11
leur hourgc.-. cl leur, 1:p,,ro1L-&gt; 1l'argent. Ct·s
généraux, JilliHé. à 1'111•la11l mèmti p:1r ,w
cuira: iPr , rirent iil':iuc.oup de leur rourLc
·a pti,itil.
,fo vous ai dil qu'avant d'avoir reçu ma
hic.. ur~. el im111édia1eme11t aprè la Lt'lle
charge &lt;ll• ' cuiras icrs, le maréchal m'avait
ordonné d'aller rendre compte de ce l1e:iu fait
,t'armes à !'Empereur, t0l1jour~ placé à
Zwkerhandcl. Comme l'orage avait l'Pndu la
Ta a iniranch.i ·al.ile à gué. je Ju · la pa ~er,
eu face d'Ullla ·, sur les ponts dt! lïlll dt'
Fai ans, pour gagntr Zukerhandel par
Teswiu, d'où les lrOU(l1&gt; Ju ruar~chal ~larmuat dJbouchnienlen ce murne11l. L'arlillcrie
enaomie faisait un feu terrible ur die-:,, de
orle qua le terrain qui arnkiotl la riYiè.re
élait labouré par 1 boulet , el cependant il
n'J avait pa · mo}en de prendre un aulre
chemin, à moÎl1s de faire un détour con,,idérahle : je pris donc celte dir •clion. J'étais
parti d'OLla av c U. le cbd tl'cscadrou de
T.illeyranù-Nrigord, qui, après avoir porté
1111 ordre au maréchal Ma · éna, retournait à
l'~t~t-major impérial dont il faisait partie.
Cet.. ofhcier a.va.il déjà parcouru ce trajet, et
il s'offrit pour me guider. Il mard1aiL derant
moi sur lè petit enlit:r qui longe la rive
droite de la Taya, lor &lt;1ue, La tauonnnde ennemie redoul,l,1t1l d'inten ilé, nrm accéléron
la rapidité de noire course. Toul à coup, un
0

�_,_ 'H1STO'J{1.ll

M"BMOT'lf.ES DU G'Éf'Nt'R,,.AZ. JJ~O.N DE

n1audiL oldaL du train, dont le cheval était
,-!Jar •é de poulets el de cana rd$, prod11it de
sa maraude, sort d'entre les saules qui bordent la rivière, et, .e plnçanl ur le sentier
à 1Juelques pa · de . de folleyrand, .e lancl'
à h,ute l.irid ; mai un honleL a ant tué. on
ch1m1l, c~lui du 1. d • Tallt'1rand, i1ui le !)uivait de près, heurte le cada\re de 1:et animal
el 'almt complètemenl !... En voynnL tomL&lt;'r
rnon compagnon. jt• mr.fs pieJ à terre pour
l'aidr•r à • rcl1•wr.

sa reconnais~ance dan. le termes les plus
chaleureux, el lorsque, arrivés à Zukerhandel,
j'eus rempli ma mission auprès de !'Empereur, je fus en louré et îélicilé par tou le·
officier. du ~nnd étnt-major. \1. de TallCJrilnÙ leur avait appri ce c1ue je wuab de
Fair1 et rép 1ta il ans (•e.• e : « Voi111 ce qu'i:m
« appelle un r:1ccllenl r.a marade ! 11 Quelquei
an111k~ plu~ lard, lor~11uc je n•Iin. de l'e il
a111111el m'awlÎI r·ondomné la RP. tau ra.lion,
1 et.• Tnlleyrand, alors l,!éotlral dt' la g:ml
1,

M. d' Aspre, étanl Lrop souffrant pour suivre

son armée, resta à Znaîm. le le vi. auvent;
c'était un homme dl' br,'lnroup d'esprit, quoique lin peo exalte.
~l.t l,l ~i-ute me rai.ait he,aucoup .oullrir:
jé ne pou1nis foire (IUCllll ~ervice 11 t_bernJ.
1.u éna me chargea donc de Mpêchc- pour
l'Empcrenr, en m'ordonmml d'aller en posh•
à Vionnc, oi1 il ne tarda pa · li n•nir s'élahlir
:ive son étal-maJor. l\os gens et nos cbeva11~
r' 11'irent à 7.naïm, à tout évt'-nemrnl. l.:i

oificiers, j'eu du moins la ati faction de
lrouver chez la comt . e de tihar, chez laquelle j'étais log~, tous les oin que réclamait ma po ition : je lui en ai comerré un,•
bien \'ire reconnaîssaoce.
J'a\·ai5 retrouvé à \'ienne mon bon ami le
général de Sainv,..Croi~, que sa hie 'sure ri.'tint plu. ieur mois au lit. Il lo~eait dans le
palai Lobkowit;i qu'occnpait ,1as:én:i. 1•
passais ehaqu" jour plui;ieur hrur ~ avrt lni,
et l'in·trui~b du m1't'onlrnlement que le•
111ar1;.frnl parai S11il urnir con~u contre moi
Ùt&gt;pui · l'inrident dr Wa11ram. Comme il av:iiL
une très granJe inlluencr ur Masfiéoa, il lui
fit hiPutî1t sentir combien son attitude à mon
é;:;ard avait étd prnible el ble ante. , ei; bon
office , a.in i qul' ma conduite Il Znaïm, me
wmirenL n{in ns ez bien dans l'esprit cln
marécl11tl, lor •1ue, par un excès de franchL ,
je Mrrui .. is le ré. ullat obtenu, cL ra,'Îvai le
mau\·ais vouloir du maréc·hal à mon érrard.
Voici à '}llel ujet.
Vou. savez que, hies ·é attt jamlies. à la
suite d'une chute de cheval l'(u'il avait faite
1la11 l'ile dP 1,ohau, M:is.~tlna fut ouliué de
monter en cal~che ponr diriger ses troup,.•
pcmlant la halaillr de "agram, ainsi qu'a ni:
t·oml1at.,; q11i la . ui1irt·nt. On nllnil don1: alleler ùe cbP.vaux d'arlillerie à ct'lte voilur ,
lor qne, s'él:lnt aperçu 11u'il étaienl trop
lnng~ pour le linion, el n'avaient pas assez de
li:wl tian leurs mouvements, on leur substi1 1 • •jn:1tre chi vnux des écuries d11 maréchal.
p, i- p~rmi I pin. Ù\lciles, el parfaitement
l1;1bilut' au bruit du canon. l,es dctl\ soldnt
du train désignés pour conduir&lt;' lia .éna
albient . c mettre en selJe, le 4 j oillel au soir,
rp1and le cocher et le postillon du maréchal
dédarèr •nt que, puisque li:ur maitre se. er,·ait d, s propre ~heYaux, c'était à en1: à
les diri cr. Malgré tonies les oh ervation
qu'on put leur Faire snr le~ dangers auxquels
il · •:.po.aienl, ce deuxbomme· per istèrl!nl
?1 ,·ouloir conduire leur maitre. Cela dil, et
comme s'il' fût agi J'une jmple promen;1de
au boi. de .Boulogne, lu cocher monta :-or le
sil•gc, el le postillon sauta 11 ohcml !. .. Ce.
deux intrépide enileurs furent pcndanl
huit jours ci:110 é ~ de très grand danger ,
~ ::rtout à \ a~ram, où plusieur. centaines
uï1Jmmes furent tués auprès de leur cal&amp;:hr..
A Gunter~dorf, If' b1mlel qui lra,ersa ttllr&gt;
YOilurc perça la redingote dn rot'her, el nn
a11lrl:l lioulct 1ml le cheval •rnc montait ft, po~tillon !.. . Rien n'intimida cc.s Jrux fidôh•s
dom~stic1ues. dont toul le corp. d'armée admirait le dé1·01wmen.L. L'Emper•~ur mème les
fêlidt11, et dan. une de ses fréque11tes apparitions auprès de ,tasséna, il lui dit : 11 11 v a
11 ,mr le champ dé bntnille 300000 comlml,, ta ots : eh liicn [ avez-vous queL soul les
11 dein plus braves? C'est votre •.ocher cl
&lt;&lt; votre
postillon, c;ir nous sommes lou ·
11 ici pour faire notre rlez•ofr, l.:indi
que
« ce deux hommes, n'étant tenu à au1, rune obligation militaire, )JOUl'nienl 'e 1!m,, pter de wnir s'expo. er à la mort· il
&lt;i 011L donc mérité plu· L[U'aucun au tre l o
l•ui , 'adn· ,-:ml au.x conducteurs de la voi0

!\LI.RlAGE OF. c'IAPOLÉON F.'I' OF.

.\lARŒ-LonsE:.

Là cho·e était difficile, car l'un de e pietls
élatl en"(llTé dans l'étrier sou le venir,· du
d1c1·al. Le . oldat du train. au lieu dP nou
prêter as.istance, tourul e 1,lotlir parmi le
arhrPs, el je re·tai seul polll' accomplir une
làche d'autant plu pénible qu'une grêle de
houlel lombnit autour de nou ·, et que le
tirailleurs ennl!IIli , poussanl le.-, nôtres, pou,·aient veuir nou~ ·urprendre ! . . . 'importe! ...
je n'abandonnerai pas un camarade dans celle
Îàchcuse position!... Je me mi- donc à
l'œune, et, apr'•s des effort inoui , j'eus 1.,
!Jonheur de relever le cheval el de reploccr
M 11..: Talleyrnnd en. f'lle; pui · nou · reprirne.
noire cour~e.
,l'eus d'autnnl ph1. de mérite en celle circOn~lance, que je voyais mon compagnon
pour l pr-mière foi~: au. cj m'cxprima-l-i 1

I.E: l A \'lllL lttlO. DANS 1.A C HAPELLE 011

LOUVRE. -

royalt&gt;, me reçut n. sez froidement. Tout,·~
fois, lorsque ,•inut an, upr~- je le rctrou 1•:ii
ù lilan, 011 j'accompagnais Mcrr le duc d'Orléan , je n lui en tin~ pa · rancune. el 0011
nous . erràmes la main. C'est dans ce voya!!ll
que je rer1co11trai à Crémone L d' k,pre,
de,·enu général-major au ervice de L'Autriche,
aprè nvoir .cni l'Espagne juS&lt;10 'en l ;ill.
Depui , il a commandé en econd l'armcle
tl'ltalie, sou. 1 célèbre !Il.'lrét·bol Hadclzki.
~hi. r enons à Znaim.
Les Autrichiens érncuèrent celte ville, et
on établil le quartier général dr. Massénn,
donL le oorp d'armée forma un camp Jan
IL's f'O\ irons. L•anni.sli.cc :n,ait livr I pro,·isoirc,mn L i1 1 aroléon le tiers de fa monar bie
autrichienne, Labile par 000000 d'âme~:
c'était llJ1 immense !!llge de pai~.

D'ilfrès le laNtiltl Je Rocr.n, (.Musü dt Versaf/1('$,)

conclu ion d • la pni.t train:1il t•ll lougucur·.
• 'apoléon voulaiL écra er I' ulriche, qui rc~
îs.l:\Îl d'autant plu qu'ellr espérait le secour des Anglai. Jescendu en Oollan&lt;lc I,•
:iO juillet el déjà ma1lrPs de Flcminguc.
En apprenant cet évéuemcnl, le ~rand
·hancelier Cambacérè~, qui gouvernail fa
Frauce en l'absence de !'Empereur, fit marcher l Lroupe. disponible ver le Lord.
de l'E caut el en eonün le commandemenl au
maréchal Bernadotte. Ce choix déplut bcnncoup à _"apoléon. Du re te, les n lai·
retirèrent pr qu~ au itôl. Le conférence
r prirent avec la m1'me lenteur; nous occupions toujour' le pa •·, el le qu, rli r g 1nêr;1)
de Mn éna resta à Viennedepui. le iâ juillPI
jnsqu·au 10 novembre. Privé, par ma blcs!'ure. de agréments que :elle villu offrait aux

Lure, il s'écria : &lt;t Oui, vous êtes de111
« bra,es !... »
Napoléon nurait œrt.ainemrnt ré ompen é
te gen ·-là, mais il ne pouvait leur donner
que Je l'nl'gn,1, et il crnignit prnbal1lemen1
de. bic er 1•• u. C'liptihilité de , I stnn. pour
le ~ef\'Îœ duquel ils hravaienl tant de périls.! ...
C'était en effcL au marécli11l à le faire. d'autant plus 'Tu'iJ joui sait d'une forlutll' colo~ale : ~00 noo fran ·:,; en ,1ualill: dP. chef d'arm,:e; 100 OOfl Crane_ comme duc de l\ivnli.
rl 50U 000 frnnr 1·0111111e prinet• d'K~~li11{; :
au total, "''li{ rent miffr /'mncs Jlar ,111.
Cepcndaul. Ma t!11a lai sa d'ahord s"cfrouler
ùcux moi. ·an· annoncer à 1:e~ homm ,- s .
intPntion à leur égard; 1►11is. un jour que
plusieurs de se aides de camp, au nombre
desrp1eJ j'étais, e trouvaient rrhtni auprè·
du lit de ainte-Croh, )Ja. séna, qui le Tisi lait
(rétJUrmment, entra dan l'appartt"meot, cl
toul en causnnl avec nous ~ur les événemPnts
de la rompa1me, il se lëlicit.a d'avoir suivi le
r,on!&lt;Cil 11ue ,ie lui avai~ rlonné d'aller ~ur le
champ de bataille en ralèche, plutôt que dl!
'l Faire porter par dc grenadier. ; il fut
alor tnnt n:iLurellem nt cooduiL à parler de
son cocher el. de son pnstillon, rt lo11a leur
. nn •-Froitl et le courage dont ils n'avaient
e. s • de faire preu,·e au milieu des plu!': gr:inJs
péril . Enfio, le maréchal termina en di anl
que, voulant accorder à ces braves gens une
bonne récompense, il 3llait donn"r à cbacW1
d'e11
francs. Pui:, s'adr~sanl à moi, il
eut le courage de me demander i ees dN1
bomm ne ~eraient pa~ . a [i!,fails !...
J'aurai dù me tair •, ou me borner à propo. r une .ommc u.n peu plus forte; mai~
j'eus le tort d'èLre Lrop franc, el rurtont de
l'.!tr avec malice; car, hien que j'eusse parfaitement compris que llnssénn n'entendait
donner à chacun de ce · gen que 400 Irancs
1,ne fois payés, je répondi. qu'aYcc.400 francs
de rente iria.gère. 11u 'ils ajouteraient à leurs
petites économies, le cocher et le postillon
seraient sur leurs vieux jour à l'ahri de la
mis~re. Une ti•rressc dont un l'ha eur imprudent allaqur les petits n'a pas des y ux
plus terribles •rue le devinrent ceU.I. do Ma slina en m'entendant parl!il" a.in ·i; il bondit
ile son fauteuil en s'écriant: (1 \laihcureux! ...
11 vou voulez donc me ruiner 1. .• Commenl !
~ 40 (ranri. ,l~ rer,le z•iagère I Mais non,
a non, non!... C'e. t ,iOO franc, une foi. don~
" ·né ! ,1
Lo plupart de mes camarades gardèrent un
pruJcnl $ilence, mais le général Sainte-Croix
ct•lc commandant Lianh·ille dédarèrenl ba.utcmènl C[lle la ré{,'Olilpcn~e fi ée par Je maréchal ne.serait pas dignede lui, et qu'il fallait
la chan 111•r en une rmle 11iagère. Alor.5 fa.:sém ne e cootint plus : il courait furieux
d ns la chambre, en r •n versant Lou l ce ~u i
c trouvait . ous s11 main, même le gro.
meulil , el ·'écriait : ~ \'ous ,·ouJez me
11 ruiner! ... 11 Puis. ~ .ortanl, il nou dit
pour adieux : • Je pré(érerai. vous roir fuillcr tou , et recevoir moi-mèrnc une LaUe
r1 au tra,·er · du bras, plutôt que de signer la
&lt;c dotation d'une pension viagère de itOO franc

rno

.., !149 "'

.M.A1(130T

o pour qui qne ce rn.1.. •.\liez tous au
di:iblc !. .. »
I.e lendemain, il revint parmi nou , tr1\s
1•almr. en a11pnrenc1!, rar per.onne ne savai1
di... imuler comme luii mais. :1 l'ompter de ce
jour, le gént&lt;r:il, ninte-Crui .• son nmi. prrdil
brnnconp de son offcction; il pril Lignh·ille
en guignon, ri lai en donna des preuws
l'a.on le 'UÎ\"aul en Porl¾,11'3.1. Qu:int 11 moi.
il m'en rnulut encore plus qu', m ,,. r.:im;,.
rades, parce qne j':m1i Ir• prcmirr parlé tl,·
MIO fr:mc,, de rcnlt'. [)e hum·lit• en lio11eh1•.
la noul'clle de r.:1&gt;l incid'!nl arrh·a am oreill1•.
&lt;l1! n::rnpc&gt;reur; an .i, un jour que Ma sfoa
din3it a\-ce :apoléon, :':i 'laj té ne CC$~a d,•
le plai anter ur ~on amour pour !"argent !'I
lui dit qu'il pensait néanmoins ri.u'il nvait fait
une honne pe1uirm au · deur braves sen-il.l'or. qui conduisaient ,a cnll-cbe à Wagram ... ,
Le maréchal r 1pondit alor qu'il leur donnl'rait Il charun 400 franc.~ de rente viagèrP,
ce qu'il fit 'an r1u'il 1'1)1 besoin de )ni pemer
le hr:i d'une balle. a colère rontro oons
s'en accrut eor.:ore, el il nous di~aiL souvent.
a ,•fi• w1 rire ardoniquc : « Ah l me. raillards,
11 i je uimi· vo. bo,r avis. ,ou· in'auriPz
« liienlol ruiné! ... »
T. 'Empereur, voyanl que les plénipolcntiaire autrichiens reculaient con~lamment la
conclusion du traité de paix. se préparait :1 la
guerre, en fai ant venir de France d'importan~ renforts, dont il arrivait tou: le.-, jour
de nomhrem détachemco , que Napoléon
inspecta.il lui-même à fa parnd,, c1uolidilm11l',
pas ée dam la rour do pal:iis de '-lurnhrün11.
Ces revues alliraient beaucoup de curi1:u1,
qu'on laissait trop facilement a11procber;
aussi, un étudiant, nommé Frédéric Slabs,
fils d'un libraire de Nauulbourg et membn:
de la sociét • secrète du Tugen,.Lund (ligue de
la vertu), profita de ce défaut de surveillance
pour e glis cr dans le roupe qui environnait
l'Empereur. Uéj~ deu rois le général llapp
l'avait imité à ne pas s'approcher aussi prb,
lorsqu'en l'éloionant nne troisit•me Iois, il
.senlit 11ue cc jeune homme avait des armes
cacb :e · ous es habit . tab, rut arrêté l'i
a.voua 11u'il était renu dan l'intention de turr
l'Empcm~ur, nftn de délivrer l'.\llemaonc i.11•
on .iou.,., 1 'apol&amp;m voulait lui foi ,/'1:i ·it!
el le faire Lrait r comme atteint de démence·
mai les wédccins apnl affirmé qu'il n'étoi~
pa. fou, et cet homme per~H.anl à dire IJllt' •
• 'iJ . 'éubappail, il chercherait de nnm·eau à
accomplir l'atleulal qu'il :wail depui lon••lt!1np fonçu, on l'emoya nu con.;ril tic guerr~;
il rut condam11é, et !'Empereur l'aLandonnn
à ~on malheureux sorl : , labs ful fo illé.
LI' traiLé de paix 3)':lnl ,:té • ignt! le J ~ octolir •, l'Empcrcnr tp1it1,, l'Aulricht le 2~.
lai sanl au major général et aux m:irécltall\
le oin de présider au départ des lroupes, qui
ne ru, enLîèrerncnt C!O'• tué que qrnnzejours
apri\ . Afas ·ém au tori ·a alors c · officiers ii
rentrer en Franœ.
Je qnittai Vienne le IO novemhre. J'arai,
?chct~. une C.'lli!che, dan - laquelle jt• ,·oyage:ii
JUSqu a tra bourg avec mon camarade Ligni,illc, donL ln ramille habitait le.s environs.
11

�r-

1flSTO'J{1A

.l'a1·~i JaL sé en arrière mon dome tique,
chargé de conduire l'un de mes ·hevnu. à
Pari . Je me trouvais donc ~cul à , tra bourg
1•L craiorn:1i· de me mf'llre .,ml en roule, car
mon bra cltail très enllé; l'onnl1i du pouce
Vtlnail de tomber, et je souffrais au &lt;lelà de
Loule expre'sioo. .l'nperçu
beureu ·emcnt,
dao l"hôtel où je log i·, 1~ chirur ,ico-mnjor
du 10° de cba .. cur. , qui -voultll bien me
pan.er, et 1111i, d •vant .e r•ndrc à Paris, prit
plac1i dan. ma Yoit11n•, en m'a. ·uranl · •s
oiu. p •nd;rnt le traj l. Ce dorleur quitlaiL le
sen-ice militaire, pour 'étaLlir 1t ChantillJ.
où je l'ai rrn1. vingt nnnéc. aprè~, à la tnlile
d, ~I l • lluc .rnrl t•1n , c•ocnme cornm~ndant de la gardl' natio11ale. J'arrivni néanmoin~ à Paris en a :.ez mamais étal; mai
les lions . oin de ma mere, eL le repo dont
je joui-~ai enfin aupr\· d'elle, h:\t~rcnL rua
gut;ri. on.
.\insi . e l rmina pour moi l'annc!e 1 09.
r, -i vous von rappelez quu je L'avais commencée 1t A.storna, en Esp:igne, pendant la
campagne conlre 1 ,\nglais, apr~ laquelle
je pri part au siège de arag11~ e, où je ret:u
une Lalle au tr_.,ers dn corp ; si ,·ou • con idércz qu'il me fallut ensuite lravcr·cr une
partie de l'E. pagne, toute la France el l",\llemarrne, assister à 111 !Jal.aille d'Eckmiihl,
monter à l'assaut de [btisbonne, exécuter à
li:ilk le périlltJ1L pa saae du Danube, combatlre p ndant deux jours à E slin», où je
Iu } les é la cui, e, me tro1n r en.,agé pendant .oixante beur' à la bataille de Wagram,
nlin être ble ti au bra au combaL de
Znaim, YOUS couviendre.1 que ccUe année av ail
été pour moi bien rcrlile en é,•t!Jtcmenl et
m'arniL ,u courir bien des d,mger !

CHAPITR.E XX VII
1&amp;10. - le avroturc dan uo l,al ms~quil. - Crtlll•
timl ,1 l'or,lre ,lès Troi~ foi,1111 .. - M~riago. tic
l'E1111oen•11r UN' liri,~J.uui!&lt;? ,l'A.ulr1,h...

Il est un écueil qu'évitent rarement les
personnes qui écrivent leur propr hi toirc,
c·e l la minutie Jcs d ~lails : je cMe d'autaal
plus à cel en!raincmenl, que vous m'l' avei;
encoura"é aprè avoir lu ce qui prérède.
L'aimée 1810 'ourritpour moi ·ou d'heureux auspice ; je me trouvais à Pari · auprè
dema mi-re, et ks hie.sures que j'a'l'ai r çues
pendant le &lt;lcux derni re campagaes êlai :nt
par[aitement guérie • ce •tni me permettait
d'aUer dnn le monde. Je me liai plu intimement avec 1. et ~[me De brière dool
j'épousai la lille l'année suinntc. Mais, avant
d'o.rrirnr à œ 10oment heureux. je dus Imre
la péniLle campa"ne de Portugal, où je courus
de bien grands danger·.
L'Empereur 1·c1)ait d • nommer le maréchal
Ma .éna géuéralî sime d"une armée formidable, qu'il se propo ait du diriger au prinLemp · ur Li Lonne, occupé en ce moml!Ill
par les Anglais.
ous fai ion donc no pr 'paralif d • départ: mlli comme, elon leur habitude, les
Françai prtHudaicnl aux combats par les

pliii·irs, jam.ai· Paris ne fut plus hrillauL ']llB
cet hi,er-1 . Ce n'étaienl, Lanl à la cour qu'/1
la ,·ille, que rêtes el bal· ompl11eu1. au:x.quel:
mon grade et mon litre d.àide de camp du
prince ù'E·:lîn•• me faisaient toujour inliter.
L'Empcrcur, 1lonaanl d'immllnse. traitements
riu grand:; dignitaires, exigea.il IJlL'il' fi sent
pro pérer le commerce en eJcitant le luxe par
cle granJe· réunions. Pr~.que ton con idéraieul donc tomme und voir 1·vl1P m:rnih1• de
fairè ln IX!Ur au maitre : c'élail à qui surpa-set·ai l les :lll lrc.. Mni. celui 11ui . c d i~tingua ÎL 1
plu dans Celle lnlle dt&gt; ra te étail l. le comte
Mari' ..:.alchi, aml,a,sn&lt;lcur de ~apoléon mi
,l'Italie a11prè de :\apoléon cmpcre11,- ,le.~
F,·a11çais. Cc di11lomnl&lt;', qni occnpnit le Ld
hôtel sîlué au. Cliamps-ÉI St'é , a.u coin de
l'a\'e1111e ~lontairrne, :wait imaginé uu amu~emeot, sinon no11vca11, au moin lrÎ!. perfectionné par lui : c'élàicnl des bals co ·tumés et
ma.~11ués: et comme l'étiquelle se ·erait oppo ée à cc qu'on e tra,estit à la cour et chez
les grand· digoilaire , 1. \!are. r,1lcbi n1•aü
le monopole de cc genre do plai ·ir , el e
bal • lr-, con ru~, réuni saienl Lou te la haute
société de Paris.
L'Ernp r ur Jui-m •me. dont le divorce avec
Joséphine nmail d"ètre prononcé, t donl le
mariane a1·cc ~farie-Loui e d'Autriche n'était
point encore conclu, l'Ernprr ur ne mani1uait
pas une de ces [~te; on di-ail même cru'il en
donna.il le programme. Caché sous un imple
domino noir. porlant un ma que ordinaire et
donnant l bras au maréchal Duroc, dég-ui tl
&lt;le la même façon, 1 apoléonse mêlait à la
foule el, 'amusait à in1rit,'1let l dame , qu·,
pres11ue loales, avnienL la ligure Mcouverle.
Il c·t vrai que celle Foule se compo it de
personne slÎr cl connu, , d'abord 'f)nrce
•1uc, a,·aut de faire e invitalion_, lf. Mar sml ·hi en liOUm ·ltaiL 1:i liste ou mi11islrc de la
police, el 11ue !"adjudant de place Laborde, i
c 1èlmi à c ttc é1wq11 par l • talt!lll a1èC
lequel il flaimil un con pir:1tcur, c tenait à
l'entrée des appal'lement , daus fosquel peronnc ne pénétrait san se démasquer dcrnnl
lui, déclarer on noru et montrer . on billet.
He nombrcu a~cnts dégui é pat·couraienL le
bal, et un bataillon de la garde 'm'Ïrounait
l'bôtel, dool il gardait toute· le· i ue ·. )fais
ce précautions indispen,ahl étaient ùiri,,ée·
avec tant de ménagement· par le gén~ral
Duroc, qu"une foi dan les salons, les imités
ne 'aperœvaieot nullement de ceLte Slltl illance, qui ne gênait n rien I' 11pan ·ion de
leur gaieté.
Ju oe manquai jamai aucune de ce réunion , où je m'amusais beaucoup. C pendant,
j"y :prou,•ai une nuil un désa rémenl qai
troubla forL le plai ir que je goùlai . L'aventure mérite, je crois, de vous être racontée.
Mo. mère étai l, à je ne ai tt ad d 'gr\
alliée au général de diüsion • abuguel d'f'.spagoac, cou in do l'ancien gou vcroeur de ln valide · sous Loui
V : il e trait.aient de
parents. Xommé, ons le Consulat, gouverneu_r de l'ile 'l'abago qui appar! 11ai1 nlClr à
la rance, le général ahu,,uet l mo11tut,
lai anl une v u1·e 4ui vioL habiter Paris.
.. 250 ....

C'élait une trè l&gt;onne femm , mai d'un
c:1ractcr, un peu airrre · au· i ma mère et
moi ne lui taisions-non. ,pie de très rares
1·i. ile . Or il , ùvinL cp1e pendant l'bil'er
de 1 JO j • trouvai dw;i die une d e nmie
que je ne connai,.ai:; pa· encore, mai dont
j'a,·ais bi&gt;aucou1l entendu parli&gt;1•. \lme \'. ...
était une femme de fa plus haule taille, n ant
pas &lt;.! la cinquantai11L•. 1ln di ·ait 1p1'ellt• a\aÎI
ét 1 îorl lielle. mni il ne lui r •sin il de• on
ancie11nelieanléqu•dei cb.el'eui mag11ili,1uc,:
e!I, avait ln Y1li el le· ge. t · d'un l1ommc,
rair haut.,io, la parole hardie; c'titail un \rai
dragon. \'euw~ d'un bommo qui , l':tit ,,ccupé
un emploi éhivl, mais qui al'ait alm.é tic la
confiance que le ~011vt.&gt;r01Jrueut avait placée
en lu,. elhi arniL vu lirp1ider sa pension dans
des condition' ~u'i&gt;lle truuvaiL beaucoup lrop
raiLles. Y•nue à l'ari · pour réclamer contre
ce lp1"dlP appdait une inju Lice criante, et
,·oyant ses prétention repou~, 11es par le mini Lère, elle 'adressa "ainemeol à lou · les
princes et prince. t' de fo r.imillc im(*ériale,
et ~e décida, en dé e. poir de ca11se, à parler
à l'Empereur lui.même! foi. l'audience lui
aytlfll été refu.li , celt lemme oh,ûnéc :--ui,,ait sans œ'se Napoll~on, en chcrcha11t à pénétr r dan low les li ux où il ·e rendait.
Ayanl appri qu'il e rendait au bal de M. llarc calchi, elle pen a •jllB ~ di1llomate 11,~
refu. erait pas de recevoir la \'cu\'e ù·un b1 B1111
aulrt'fois haut placé. FJI nvail donc '.c111
bravement a ~!. Mare. calchi pour lo prier de
l'inviter, el J'amba: adeur ayant porlé sur sa
liste le nom de celle d:3,me, qui :wnit éclmppé
aux im tigation de la police, \!me X...
venait de recevoir un 1,illel pour li! 1ml, qui
devait a mir lieu le .oir même du jour oi1 je
ln ,·is chez Mme ahum1et. La conwr nlion
lui ayn11L LicnlôL oppri que j'irai, à celte
fèle, elle me dit qu'elle •efllil d', utant plu.
beur'u.rn dt! m'l' rencontrer r1ue, n'lial~itanl
pa· ordi11aircmcul Pari·, elle n'_y connais ail
LJne très peu de per.ormc , d nL aucun• n'allait chez al. Yarc.calchi. Je répondi · par des
polit s·c hnoales, d'u·agc en pareil ca , el
j'étais bien Join de pen ·er 1p1'il en ré'ultcrait
pour moi un ùc plu grand désa'?Témcols
11uefaiejamai: ,:pron,·d !. ..
La uuit \'eJlUl', je me rends .à l'ambas ·ade.
Le u:il .e donnait au rei-d~bau ·ée, t.: ndi'
que dans les appartements du premier éta"e
se lroumi •nt les tables de jeu el le :;alons
de conver ation, Il y a\ait foulo, lur que j'arrivai, autour des nombreux quadrille de
dan eur ·, paré de. co tn m~ les plu magnifique.,; . .Au milieu de ,:elle prof11Sion Ùè oierie , de ,·elours, de plumes et de broderies,
apparut tonL à coup un colo -e fémfoin, une
cariatide, vèlue d'une simple rob~ de calicot
blanc, rebau ée d'un corset rouae et t'bam:i.rréc de nomùr •u ruban de 1:oulcur du
plu mauvais goù.LI. .. C'éLail lme '\ ... , qui,
pour montrer a belle ch velure, n'a1aiL
trou1·é rien de mieux que de e co lum •r en
bergère, a1anl un. petit chapeao de paille .ur
l'ort&gt;iUe et deux "normes Lre .es qui lui ball.aient I talons! . .. La tournure IJizarrc de
celle dame et l'étrange sirnplicilé de la t.ui-

�111ST0'1(1.JI, - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
eue av o laquelle elle paraissait dan une (( avec nou , afin d't:1oigner le oupçon. de.
aussi brillante réunion avant attiré tous les • personnes qui pourraient sunenir. »
re!!llrd~, la curio-ité me fÙ porter les yeux de
L'Empereur •a~sit alor sur un fautenil
ce côlé. Je vermis walbeureu. ement d'ôter tourml wrs l'an"le dei mnrs du salon , Le
mon m11s11u . ~fmc :X ••. , fort emharr.1·. ée !!énéral el moi, noos en prîmes denx. nul rc.,
dans eelte foule inc~mnue. '"int il moi, et, rrue nnu. plaçàm do~ à do afec le siea, ùe
sans plus de raç.on , 'accroche à mon bra
Façon à le couvrir. Nnn faisions face à la
en di. :rnt à haute rni : « J'aurai enfin un porte d'entrée. Le général conser,•a on mu. qn
chevalier!... » J'aurais voulu pa rr c.elte el m'eng:vrea à cnu ..er comme si j'étai avec
rltrarl«e hergèrP. nu grand diahfo d'enfer, d'au- 1111elipies-uns de mes amarade . L·Emperrur.
tant plus 11uP . e · confidence, imli~rl'I 'li me ,'t1Lant d11ma~rp1é, Jeuum,Ja au ~érn:ral ,lent
foi~airnl craiudre WlC s ~ne aHic l'Emp reur, mou ·hoir • avec. 11• quel il essuya la ueur
f'.l\ qui m'c,,H fortemP.nl rompromi-:. Je cherqui inondait sa figure l'I son cllll, pui ·, mr'.
chai doncl'occa. ion dr me débarras crù'ell , frappant léœmnent nr l'épaul , il me priu
lorsque le préte-xte se présent.a de lui-mème. (ce fui son e1prcs_ion ) dn lui a\'Oir un raml
J'ai dit qu'à leur entrée dam le bal, prcslJlle ,·1me d'eau !ra1che et de le lui apporh'r rnoitoutes l •. œmmc c démasquaienl, Cé qui mème. Je conrns promptement au buffet ,ù'un
rendait la réunion bien pins agréable. Quelque
ùe salons voisins, pris un rerre et le remplis
homm Faisnient de même pour éviter la d'e.'\U à la ghce, lais au momenl où je le
chaleur, t l'on tolérait cela lant que leur porlai. vers la pièce où e tronrnit .. apolêon,
nombre n'était pas trop considérable, parce je fus o.cco té par Jrux hommes de h:mte
t(Ue ïL ea. ·sent eu Lou le \isage décou,·ert, taille, dé,..uisé~ en Éco ais, dont l'un me dit
il aurait été érident qu'en ne voyant plus qur tout ba · à l'oreille:« ~fonsil'ur le chef d'e l'.:\den'C hommes masqués, ç'aurait été l'F.mpe- ft dron farbot répood~il de ln salubrité de
renr avec le "éoéral Duroc. D , lors, l:1 réu- « l'eau qu'U p!îrle en ce mnmrnl? 11 Jr rru
nion auroit perdu toute c pèce de «:barme ponmir rarfirmer, car je l'av11i: prise daru
ponr Napot,;oo, qui, dans son incognito, se une des nombreu es carafe urvanl indi ·Linccompbi ail à intri!!1ler certaines persona •c; et Lrment à toute le personne qui . 'oppro11 écouter ce qui e di sait autour de lui. Or, chiiienl du buffet. Ces deux individu faisaient
au moment où je dé irais le plus vivement certainement partie des agents de la sîireté
m'éloismcr de Mme ... , et où beaucoup di. éminél; dans l"hôtel ous cliver tr:n·esti d'hommes avaient, ainsi que moi, la ligure semenl , et dont ph1bieurs surveillaient condécouv rte, les jeune secrétair attachés à stammenl la per·onnc de !'Empereur, san Je
l'amha :ide de M. Marescalchi parcouraient gèner pnr une a. siduité oli équieu•e : iL
le. alles, en nous invitant à remettre nos marchnicnl à di tance respectueu e de lni,
maa,quc~. Le mien était dan~ ma poche, mais pr~t à voler à ·on secours en cas de hcsoi.p.
je frignis de l'a,;oir lai .. é sur une ban◄JU elte
apoléon reçut avec un si vif plaisir l'eau
d1• la sall • roi im., el, ous pr ;texte d'aller le que JC lui apportais, cru , je hi cru., en proie
chcrrher, je m'(,loign:ii de lïmportune ber- à un oif arden · ruab, à mon •rand étongère, en lui promettant de rernnir atl plus nement, il n'en LuL qu'une trèl petite gorgée;
puis, trempant tour à tour les deux mouchoir
lôL!. ..
le ,•01anL enfin Mharrassé de ce terrible dan l'eau à la dace, il me dil de lui en
cimchemar,je me hâtai de monter au premier glisser un sur Ja nuque, tandi qu'il en plaça.il un sur sa ligure, en répétant plusieurs
étage, où. apr1' a,·oir Ira ver é les pai. il.lie
alon. de jeu, j'allai m'établir à l'extrémîté lois: a Ab!quec'e tboo! ... que c'e tbon! ... »
des apparlemenu;, dans 1me pièce isolée, fai- Le génl1r:tl Duroc reprit alor la comer ·1tion
l1lem ut éclairé par le demi-jour d'un • lampe avec moi. Elle roula princip~lement 11r la
J'àlb.1tr . Il ne . 'y trouvail personne. Je me rampagne q11c nou l'caions de faire en udémasquai donc. el, tout en prenant un triche. (,'Empereur me dit : r&lt; Vous voo y
r.x.cellent sorhct, je me reposais. en me félici- &lt;c ête. bien conduiL, urlout à l':is ·aut de
tant d'avoir échappé à Mme • ... , lorsque « Rati bonne t au pa aae du Danuhe : je
den:t hommes ma qué.,;, à taille courte et et ne l'oublierai jamoi et. ou peu, je v u.
•rro. se, enveloppés Jans de dominos noir:;, « donnerai um~marqu êclataulc de ma sali ~ faction . &gt;&gt;
entrèrent dnns le petit salon oi1 je me trouvai
seul. n Nous serons ici loin du tumulte, »dit
Bien que je ne pusse comprendre en quoi
l'un d'eu ; pui· il m'appela d'un ton d'auto- consistait la nouvelle récompense qui m"ét.ail
rité, par ruon nom tout court, en me faisant ù Linée, mon cœur nageait dans la joie! .. .
liai ,ôdouleur! laterriblehergt\re, Mme · .. . ,
ignc de venir 11 lui. Bien que je ne vi e pa
b figure de c•l individu. comme je me trou- paraît à. l'extrémité du petil i-alon! o Ab!
vais dans un hôtel qui réunissait en r, mo- ic vous voilà, mon. ieur ! .Je me plaindrai h
ment tou les princes et dimi1airr.s de l'Em- « votre co'.l~inc de volr(' peu de galanterie!
pire, je compris à l'in tnnl c1ue l'homme qui, 11 s'ér:ria-1-elle. Depuis que ,·ou m'atez ahanpar un geste ausj impératif, appelait à lui « donnée, j'ni été dix foi ' ur le point d' tre
un officier de mon "tlld1.1 , devait être lln rand « t!loulféc ! J'ai quiLté la aile de Lal : on y
per onna e. Je m'a1·:mçai donc, et lï~connu 11 ' t ufToqué par la t·halenr. Je wi!o. ,1u'on
me dit à demi-Yoix : « Je suis Uumc, l'Em- « est Lien ici, et je vai m ·y reposer. 11 Cela
a pereur est a\'CC moi ; a
lajestê est lr&amp;
dit, elle 'as.oil aupr"s de moi.
cc fatiguée· accablée par la chaleur, elle désire
Le général JJuroc .c lul, et apoléon, ayant
« se repo cr dans ceue pi/lce. écartée i re tez toujours le do tourné el la ligure dans h•
11

.... 252 ....

mouchoir mouillè, gardait la plu rarfaite
immobililé. Elle s'accrut encore lorsque la
hergèrr, &lt;lonoant un libre conrs à on inlempérance de langue, ~an e . oucier dl' no·
"oisins, qu'elle pen ait m'être lotolemenl
étrangers, me raconta f]ll'ell a,,ait cm reconnailr plu icurs fois rl.ios la fouit&gt; le /ie1·trmnage. 11u' •lie chr•rchnit, mais rp1'il lui avaiL
lité icnpo 'ible ile l'nhord1•r. , Il fanl ponr1« tant 1roe je fui parlll, di nit-die; il faut
" ahsolum&lt;'nl c111'il double ma pen inn ..l~
1c :ai.· hien 1111'011 n rbt'rché ~ ml" nuirt'. ~ou~
&lt;I prélexte qui!, Jnn. 111:i jeune. s1~, j'ai eu ùes
a amanl: ! Eh! 11arblru I il. uflil d'écoutrr un
11 in 1ant c r1ui r Jit !~-bas, dan. l"enlre-&lt;r deu: d,•s croisé.es, ponr comprendre que
a clucun y e t avec c:a &lt;:bacunr. ! D'nilleur-,
« ses œn;s n'ont-elles pa· des amant. L.
u N·a-l-il pa de. maîtresse , lui? Que vient« il faire ici, si ce n'e t eau er plu. lihremenL
t&lt; nvec de jolies l'emme 'I ... On prét1.md qne
u mon mari a volé; mai~ le pam're di.i!Jle
u ')' e t pri. bien Lare! et Lien mahldroiœu menL l D'ailleurs, ceu qui accusent mon
a mari n·ont-il·
1•ofé au-:si '! Est-l'e par
à héritage qu'il out u leur hôtel el leurs
11 helles terres? Et lui, n'a-t-il pas volé en
u ltalie, en Égypte, partout? - ~fais, ma« dame, permettez-moi de vou faire ohser\'er
« que ce que vou ditc!S là est forl inconve11 rnml, et que je sui d"autant rlu. surrrLc:
~ que ,·ous teniez d tels di cour que je
11 ~ous ai vue ce malin pour ln pr mièrc Cois!
o - Bab! ~ah! je di la rérité devant tout
« 1 monde, moi! Et 'il ne me donne pa,·
« une bonno pension, je lui dirai ou lui
11 ~cril'ai son foil trè · r•erteme11t.. .. \hl ab 1
« je n'ai peur de rien, moi! D J'ét:ii · ur le
gril. t:it j"aurai. volonlier changé ma ilu~tion actuelle contre une nttaque de ca~nler1e
ou l'a, aul d'une br~cbe I Cependant, cc qui
auénuail un peu ma douleur, c'est que lt•
l.,a,-ardarre de ~lme X... devait me di ·culper
:mprè de mes dem: voisin , en leur apprenant que ce n•,tail pa moi qui l'avais amenée au bal, crue je l'avais \'Ue œ jour-)~ pour
la pr mivre fois, et m'étais éloigné d'elle
au ilôt que je l'açais pu.
J'étais cependant îorl inquiet ur la manière dont ünir3it cette pénibl cène, lor$que
le général Duroc, se p~n hant \'ers moi, ~e
dit: 1 Empèebe~ celte lemme de nou su1,re ! » Il sel va; !'Empereur avait rrmis son
ma!que, peodnnl qtlC [me X.•• riéhlatérait
conLr lui, et en passant dmanl elle, il me
dit : ~ farhoL, les personne qui le portent
, inlérèl apprennent a,•ec plaisir que ce n'est
« que d'aujourù'bui que lu e-0nnais c~lle
« r/u1rmm1lP be,.gère. quu lu ferai b1~P
« d'envOl'er pa1tre Sel moutons! ... » Ct•la dit,
apoléon prend le !,ra~ de fü1roc et sort rti·ec
llli. ~[Ille X..• , . lupéfaile, et cropnt le. reco~naitre veut ·élancer ver eu1. , . .. Je compr1.
que, ~ialare ma force. je oe pourrais re11•oir
ce co!o~se par le bra ' , maL je la saisi~ p3r ·a
jupe. dont la taille se déchira avec u11 _grand
crnr1uemenl' A ce hruit, la bergère, crrubrnant
de se trouver en chemi e, i elle lir:iil dans
le sens contraire, s'arrêta Lout court en di-

ra

MUOJJt.ES Dll GEJYEJl(At ll.AJl(OJV DE
snnt : « (.;'ust Lui I c'e Lfui! ... 1&gt; et m'adres~a
do ri[s rpproche,; pour l'aroir em~cbée de le
. 11hrt: ! Je les supportai patiemment, ju qu'à
cc que j'tm e aperçu a11 loin l'Empereur el
lluroc, accompa,::né. à di lance par les deux
Éc.:ossais, so,Lir de la longue! enfilade Jes salons et ga&lt;&gt;ner l'csralieriiuieonduisaiL au bal.
.lugeant alors que fmc X... ne pourrait les
rctrou,·er dans la foule. je fis à la bergère
unu Lrès profonde alutatiou, san mol dire,
el m'éloignai d'elle au plus vite! ... Elle étaiL
furiuusc et prête à t.itouO'er de rage!... Cependant, en seul.auL que I bas de son vêtem ·ot allait l'abandonner, elle me rlit : « Tàc1 cbez nu moins de me foire avoir qnelqnc ·
(1 11pi.uglcs, car,ma robe va tomb r !. .. 11 Mai
j'1!1o,i si courroucé de c, exœn tricité.s que
je la plan Lai là, «JI j'avouerai même que j'eus
la mécban1·el~ de me réjouir de l'embarras
dan let111el je la Lùssais ! Pour me rernellr •
de· émotions eau ée~ par celle ~!range el
p11nil,le aventure, je me hàtai de quiller
rl11Hel ~larc~calcl1i el de rentrer rhe.z moi.
J • passai unu nuit des plus agitées, 1ourmi:nl~ p:ir de· rè\CS il::IJl lé.quel· je me
,·oyais poursuivi par l' ffr-0nléu bergère qui.
malgré mes remontrance • insultait horriLlc-mcnl ('Empereur 1. .. Je .courus le lendemain
chct sa coo.ine ' huguet, pour lui raconler
le extravagances de sa compromettante amie.
Elle en fuL indi,.née, et fil défend.ru a porte à
~lme X... , qui recul peu dejonr· aprè l'ordre
de r1uiLLer Paris. J'ignore ce qu'elle est devenue.
On sait que l'Empercur a sistail tous le
Jimancbe à une messe d'apparat, après la11uelle il y avait 1?1"3nde réception dans les
appartements de Tuilerie . Pollf y être admis, il rallait avoir aueint t:erlain degré d:ins
la bi~rarchie civile ou judiciaire, oo bien èlrc
officier de l'armée. A ce ûtre, j'a,•ais me.
entrées 1 dont je ne faisais usage &lt;(U 'une cule
foi par mois . Le dimanche qui suivit le jour
où la 1.,ène dont je .;.en.s de parler avait eu
lieu, je ru dan une grandt: perplexité ....
Ile,· is-je me pr :~enter au. ·i promp!cm.:nt
devant !'Empereur, ou fallait il lais cr écouler quelques semaines1 Ma ruèr •, 11ue je con,ult.a.i, fut d'a,i que, puisque je n·a,,ai ri n
11 me reprocher dan celle aO:ùre, je de::1·ai
aller aux Tuileries sans avoir à témoigner
d'aucun embarras. Je uhi ce conseil.
!.es personne qui venaient faire leur cour
formaient sur le chemin de la chapelle une
double baie, au milieu de laquelle l'Emp&lt;'reur pas ail en silence, co reodru1t les alo ts
qu'on lui adres ait. Il répondil au mien par
llll 'ourire bienv illant qui me parut de hon
8t1NUrc cl me ra· ura complètement. Après
la messe, 1 'apoléon, tra,·er~nl de nouveau
les salons, où, d'après l'us.1ge, il adr "ait
r1uclques parole· aux pcr oone qui s')· trou"aienl, 'arrêta dev3nt moi, el, ne pouYnnl
'e:s:primc.r lihrement en pré·ence de nomLrcux auditeurs, il me ùit, certain d'8tre

compris à demi-mol : « On assure que ,·ous
11 étirz au dernier hal faresealchi ; vo11 y
« êœs-vou beaucoup amus(,L. - Pri. le
◄1 moins du monde, ire! .. , - Ali! ah! re1&lt; prit !'Empereur, c'esl que si les bal mas" qués offrent quelque aventures agréable ,
« ils en présentent aus.&lt;.i de fàcheuses; l'e 11 enliel est de bien s'en tirer, el c'est pro◄1 hablemeul ce que ,·ou· nurei fuit. »
lJès que !'Empereur se fut éloigné, le Qénéral Duroc, qui le suivait, me dit à l'oreille:
a Avouez que ,·ou avez été un moment forl
c1 embarras é! ... Je ne l'étais pas moins 11ue
« 1ou , car je ·ui. responsable de toute~ les
11 invitations; mai
cela ne se renouvellera
« plus; notre impudente bergère est déjà
a loin de Paris, où elle ne r ,~endra jafl mais!. .. u Le nuage qui avait un moment
troublé ma tranquillité '•tant dis. ipé, je repris
m" haLit11de · el ma gaieté. J'éprouvai bienlot une ~· vive atisfo.ction, car, à la r&amp;eµtion suhanle, !'Empereur ,·oulut uien m'annoncer publiquemeol r1u'il m'amit compri ·
au nomine des offici1:rs qui de-Ya.ienL recevoir
l'ordre des Troi.~ 2'oüons.
Vou· serêz :.an - «Joute bien ai s d':içoir
11uel11ues renseignements sur cet ordre nou\·c.1u, dont la cr~lion, annoncée par le 1Yo11iteur, ne ful jamais mise à. exécution.
Vous avez qu'nu quinzième siècle Plùlippe
le Bon, duc de Bourgogne, établit l'ordre de
la Toi on d'or, qui , donué séulemcmt à un
ptitit nombre de grands personnages, devint
célèhre dan la chrétienté el fut très recherché.
A la mort de Chari~ lo Téméraire, dernier
&lt;lue de Uourgo«ne, sa fille, aiant épousé l'hérilit!r prb:omptif de la mai ·on d'Autriche, lui
apporla eu J,,t ce beau duché. el, par con é11uent, le droit de conf~rer la Toi on d'or.
llès la etondti gén•1raLion, l'emper ur Chnrlfs-l!uinL, après arnir réuni à la couronne
d'A.utriche la couronne d'Espagne qu'il tenait
de ~a mère, jouit enc..-ore du même pri,ilè••e.
liai apr'• lui, nonobstant la éparalion de
se États d'E pagne et d'Allemai,rne, de·
prince de la m~on d'Autriche ayant continué lt rég11er sur cc dernier par, ils con~enèrenL an conte talion la grande maitrise
de la Toi on d'or, quoiqu'ils ne complasse11l
11lus 1~ duché de Bourgogne au nombre de
l~ur, pos c ion..
li n'en [ut pas de même lorsque, sou·
Louis X[Y, la branche autrichienne qui régnait en Epagne . 'étant éteinte, un prince
françai monta ur le trône de ce beau Jill}'•
L maison d' ulrii;he prétendit conserver le
JroiL de conférer la Toison d'or, tandis que
les rois espagnol éle,,aicnl la même prélenlion. Quelque bons e:;prit sont d'a"is qu'ils
n'en :1va1ent le droit ni les uns ni les aulres,
puisque la Bourgogne rai ait désormai partie
de la France, el qu'il;paraissait natUJ"el qu'un
ordre d'origine bour ui nonne f1H donné p.1r
nos rois. 'éanmoins, il n'en ÎUl pa ainsi ; la

JKJUt.BOT

-

.,.

France 'al, tint, tandL que les souvera.im
d'Autriche cl d'E pagne, ne pouvant se mct.lre d'acrord, continuèrent, chacun de on
côté, à distribuer dei; décoration. de l'ordre
en litige. n y al'ait donc la Toi ou d'or d'Espa •118 et celle d'Autriche.
L'empereur apoléon, a1a.ut à son avènement trouvé les cho es eu cet étot, résolut,
comme po~sesseur réel de l'ancienne Dourgome, l!'obscu.rcir l't.lclal ùc ce: drui ordrn.
rivaux en créant l'ordre des Trois 1'oiso11.·
,l'or, auquel il donnerait u.oe lrès grande
illnslralion, en rei;treignan~ /1 un pe tit nombre les membres de ce nouvel ordre, 1;t en
oumeltaot leur admi.sion à Jes condiliuns
ua ée sur de glorieux crvices, car la première eiigeait qu le rt\cipieudaire eiit au
moins quatre hll!.'lsor s (j'en avais ulori; i ).
Ue grand · privilèges et une dotation ccmsidérahle étaient attachés à c llc dt.koration.
Par un sentiment facile à ·omprendre, apoléon \'ouluL que le d~rct par 1 4uel il Fondoit l'ordre des Troi · Toiwm fùt datt\ de
·cbœnbriinn, palais de l'empereur d'Autriche. au moment où le armée française\-,
" nant de •agnt:r la. hataille Je \ ·a gram el
de com1uérir la moitié de e;; Ët.ab, occupaient l'Espagne dont le roi était it Valença~.
Ge dernier priucc [ut probahlcmcnl i11,-c11ible à ce nouvel outrage, qui Jtail peu Je
cbo e aupr\ de la perte de .a couronne;
mais ü n'tm fut pas de même de l'empereur
d' ,\ utriche, qui fot, dit-on , tre" peiuê en
apprenant que 'apoléou allait ternir l'éclat
d'un ordre fondé par un de se· aïeux, et nu11ucl les princes de :;a maison anacbaienl uu
lrès grand prix.
Malgré les oombreu. félicitation •111e je
recevais de toutes parts, la joie que j'~prou
mis ne m'empêcha pas de bUmcr intéritmremrnt la création de l'ordre de Trois Toi oru ;
il me semblait que l'éclat dont l'Emporcur
roula.il entourer la nournllo décoration u1::
pouvait qu'amoindrir celui de la Légion d·honneur, doul l'institution uvait produit d'aussi
immenses résultais! ... ~éanmoin·. je me fêlicilais J'aioir été trouvt! digne de !aire partie
do nouvcl ordre. Mais soit que ·apoléon ait
rainl de diminuer le prestige de la l.é&lt;•ion
d'honneur, soil qu'il ail loulu être agréaLle
à son futur ~au-père, l'empereurd·Autriche,
il rcnon~:.,, à fooder l'ordrll de Trois Toi~on:,
Jonl on ne parla plus, après l'union de l'cmJ)ereur des Franc;ais arnc l'archiduch · c
, larie-Louise.
Le mari:icre civil fut célébré à Sainl..Cloud
le I"' açril, et la cérémonie rcligicu e cul lieu
le lendemain à Paris, daru la chap •Ile ùu
L&lt;,uvre. J'y assistai, ain ·i qu'aux nombr.iu.·c
îêtes donnees en réjouh11nCI.' de ce w~morable événement, qui demit, disait-on. assurllf la couronne sur la tête de Napoléon, et
qui, au contra.tre, conlribua si puiss:unmcnt
à , achute! ...

(A suivre.)

GËNÉ!W. DE

MAR BOT.

�"-----------------------------

LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

Combat de Bagneux.-Châtillon
Par le Lieutenant-Colonel ROUSSET

Au Ueu1CA&amp;nt-Colond Rll11nn u àla tplcndid&lt; rdi!lon illUJtricdc ,on H.,toiN tùir11lcJ,laG.,rr•frn&lt;0•
•llniuJ,

(1870-1871)

qw

K

publi&lt; actu&lt;ll&lt;m&lt;n!,

nous cmprun!on, le ,icit 1ou1 à la foi• vlbran! &lt;I lmpar1i1l du &lt;0mb11&gt; qui se livr,tcn1 IOU• lu murJ de
Par,,, au c:oun de la journ« du 13 octob,c 1870.

c llans la m11l du 1::1 au l:i oclohn·, t:rr1l
le gt&lt;néral \-inoi, iJ. mi111til tm quart, le
t:ï• corps reçut Ju quartier général l'ordre
d'entreprendre uM ~raode rt!COnnai~nce ~ur
Je plateau de Châtillon. A11c1111 autre detail
s11r la durée el le but de l'opéralion "" noui
ela11l ilo,wé, nons dùmes supposer 11u'il s'agbsait sans doute de s'a,surer seulcrnl'nl ~i
le~ troupe.~ ennemies occupaient toujour) îorlrmeot le plateau. Cet ordrt&gt; fut expédié au,-sitol au général Blanchard; mais comme la
nuit était Lrès obscure, il ne put, à cau~e de
la difficulté des chemins, lui être remis au
lycée de \'ann:), où était ~on 1r11arlier général,

q1t'n11rè1deu.r liturn du 11rnlin. et il e11 était
quatre 11uaod il pm•inl aux gén~raux de la
~lariousc el Su~hicllc.... li ful décidé quo
l'attaque commrncerait à neut heures. 011
n'a,ail poi!ll lrop ae temps pour relever tous
les petit~ postes et les ~rand'brnrdes, prt:parcr
l'artillC'rie et réunir les troupes nJce!'Saires,
qui occupaient un front si t1lcuJu '. »
Celle citation surtit à montrer la façon dont
l'opération était prtparêe. li est donc inuule
d'insister sur ce sujet ; mais il est nécessaire
de connaitre Je.~ motifs qui avaient dicté ou
3ouH"roemeot une 1l,'.cision auN inopinée.
Les mouremtnLs exécutés du 1" au lO octobre par les Allemands, et qui pro,•euaient
de l'arrivée de noU1·eaux corps ou du remplacement de ceux &lt;JUÎ partaient vers Orléans,
avaient fait suppo~er au général Trochu r1ue
1. Gcnrral \'1~01, Sr ·ge de l'aria, page l?Ol

l'ennemi préparait une atta,1ue conll'i! 112
fronts i-ud de Paris. Cc~ rronts furent, en
consé11urnce, renforcés on :irtillerie. Puis
bientôt de nouveaux O\'ÎS arriièrc•nl, dono:u1I
les motif· réel~ de cc., allées el wnm·,. mais
ne pré,·iMnt pas sul'Jisammcnl l~s nouwllcs
disposilion5 des force~ ennemies. En outre, le
bruit conrul qu&lt;' les Prussiens se di~posaient
à liner le 11 octohrc, jour anni1·er~airc de la
bataille d'léru. uo as,aul général. I.e gom·erncur ,oulut èlrc miens éclairé, el donna
l'ordn~ que l'oo sa1l.
Positions ocCUJlées pal' fen11emi. - Lrs
po~itions 11n'on allait aborder dans œtlc jour·
née du l:i étaient gardées par le lie corps
barnrois, 11ui avait ses deux divisions nccolécs,
entre la vallée de la Uièvre et Meudon. A l'aile
droite, les avanl-po ·tes de la ,t.n divi,1on, partaol du cours de la JlièHe, pass:i.icnt en a,·anl
de Bourg-la-Rein~ et suivaicnl la li,ière norJ

dp, ,·ilta~b de Ha!!11et1\ et de CM1illoo. (Un
hataillon O(·tup:iil charun Je ces villag1•,, nn
lroisi1•me lennit t'ontena1•a11"t-noses.} .\ gau1·be,
la :Ï" Jivision 11tcndail ses arnot-poste~ 1lepuis
Clià1illon jusqu'à ~Jeudon t•n pas,ant par &lt;:lamart el 1~ li~11\re nord de$ bois. {Elle arnit
dPus compagnies dan!! l'ouvrage de Chiltillon
rl'lourné contre nous.} !Jeu" lignes de J,:ft•nse
succcs,in~s av:iienl été orzani,-ées ~ur le front :
d'al,ord l:t ligne des avanl-po~te~. renforcée
par des tram·héc~. de, lrnricn&lt;les, des aliati~, etc,: ensuite une po,ition principalt'. con~lituée ~ur la crète Ju platJ&gt;au cl dunt lt·
rentre de rési,tancc était la redoute de Châtillon. Eu outrt', mmme t,,, point~ d'appui de
la ligoc d'avnnl-poslP, o\11aii·nt pas distants
de~ forts d'lss,·,
de ,amus et de \lonlrou"c
•
0
dt: plus de 1,:100 mè1re~ au m.,,imuru. les
Bn:iroi~ y a,nicnt con,truil pour leurs ~rand'gar,les de, .1l1ris blindé:,; l'llfin, ils &lt;étaient
;ipplitJutls à errer des rhc1111ncmcnls J{,fi16s,
ponr leurs rnlnnne~, !'Oire les po~lt•s a~aud)',
et lé:. points de ra,q?rul,lt&gt;ment Jé,ii:mé~. C'c,t
niu,i 1Ju't111 dll'min relianl 11.-lgncux fi la Croixd,·-llerny a"ait rté ou,crl ~ lravers le parc de
~l'tlUX el d,m~ le vallon au sud d1• Ua;tn&lt;'nt.
.\ t ••s a1anlage~ ré.,ultanl pour J'ad1crsaire
d'aménagcrumb jmlicicui, il faut :iu~,i ajouter ceux que lui assurait la situation doruinnnlc, par rapport à l'attaque, des dcu't village~ de Bai:rn•u, el de Ch.Uillon, cl l'étendue•
de, champ de tir qu'il~ n"ait·nt Jnant cu1.
L'c11lè1emcnl Je ces lignes n'était donc pas
rhos!' aisée, l'i l'oo pt.•u t YOir, par ce~ cousid1iralions, combien il élail regrettable qu'on
n·e,1t pa~ pu consencr la po,,ession du plateau de Châtillon.
/Jispoi;iti,m~ d'at1&lt;11111e. - Dans le peu de
temps dont il disposait pour prendre ses
1li,posi1ion, et donner d~~ ordre~. le général
\'ino~ décida 1p1c l'atta11ue se ferait sur quatre
colonnes: les deux extrême~ étaut d1ar~
•lu faire des di\'ersioru pour maintenir l'i:nnem i sur ses posi lions.

COMB.AT D'E 'BAGNEUX-CHÀT11.t01Y - - ~

Ter le., lmupe~ 1•111,emfos d,1 llourg-la-ltein".
l.r1 ré~er,,e !Jt!nùale él ,il cor1slilu~e par la l1ril(,1d1• llumoulin. p11,t1:e derrii•rn le fort d11 \10111rnus:e, t·I a!anl N11·nrt1 ,lerri..n• elle le régiment
d..s rw,ltiles 1l0 la \'l'ndile.

l,,•lout îormaitunefîedif de 2:i,000 hommes
environ, disposant de 80 pii•ce~ de canon.
Colonnes e.r:trêmex. Prise dt• Clamart. Yo1011s tout &lt;l'abord le rôle joué par le, rolonnc., extr,~mr.,, qui, dans celle journrr.,
1ùurenl que fort peu à s't•ngnr;cr. Au ~ignal
de tien"&lt; coups de c~non tirés 1i neuf heures
Ju malin par 11• fort de V,1mc,, tout le mon1le
s'~t.,il mis i:n m11u,·eme11t à la fois. Le colond
l101ticr s'empara de Clamart sans coup f{,rir,
cl fil mellre Ir. Yillage en t•lat de défen~c par
~es ,apcurs, tandis qu'un bataillon ,:tnil co\'O)é à Fleury pour counir la droite de la
C!&gt;lonne. Pui~ ,._.,, liraillt·ur,, ;,;'a\'ança11t vers
l1• sud, di,·rrh?•n•nt à gra1 ir h·s penlt•, du
plaknu dtl Chàtillon et n:us!Sirenl même it
donm·r la main à la droite Je la col111111e
,w,hil'llc. Mai,, malwt! la protection de leur
:trlilleril', ils furent bil'Ulùt arr~tés par Je.,
troupes b:11·ar11iscs postées sur la po,ition
prim·ipale de déli-usc établil• à la lisière nord
du bois, et p,·ndaut toute la journée tirail1;•rc11l conlro clb. La situation se prolong,•a
ll'lle quelle, ~an rJsultals appn¼:ialilc,, ju..&lt;tu'an monw1l (trois heure~) où, comme un
Ill wrra plu, loin, fut donné l'ordre du la
retraite: la rnlonoe Polli•:r sc relira alors
en lion ordre et rentra dans ~es cantonne
nwnts.
Ln colonne de la Charrière, à l'extrême
i:;audu.•, ne fut rnème pa~ engagée; elle couHil, en avançant un peu, le flanc gauche de.,
troupes du général de la llariousc, qui avaient
pri~ llagneu,, cl cc rut Loul.
Colonne ,Je gauche. Atll11111e el p,-i.~e tic
Ll11g11cu.r. - A ~aucbc, l'alfairt! avait élé
plu:- chaude.•\pr,·s· cJuc le fort de Montrou~e
eut, en délrui)aul les oh~lacles a,,mcés do
Ragm•ux, prép,tré l'aclion &lt;le la coloanii de la
~lariouse, celle-ci s'était portée vhement 1m
1• , 1 dl'oilc, 2 bal:lillunl- ,iu l:i• ,le m:1rchc, a,·anl. Les mobile., de la Cùte-d'Or d~boucht'un6. cowpai:ni" d,• chasseur.., a compa~oie, de
rrnt d(\ la maison )lillaud, alant à leur gauche
garrlu.•ns ile la paix, une batterie cl une S&lt;'clion lu bataillon de l'Aube, el suivirent d'abord lu
de génie, sous IPs ordre~ du lieu1011anl •Colonel chemin de Cachnn à Bagnl'ux; profitant aYcc
Pollier, ,lu l~• ,le marclu~, amie ni pour olijf'dif• a~sez d'adrc..,se de Lou!- les ahris de terrain,
Fleur~ tt Clamnl.
hait::,, fossés el carrières, ils pan,inrent ain,i
~• ,lu cc11ll·t", le gênérnl d, Su•bitlh:, à la tète
,lu 14•de m:ul'llt' cldu ~• (i;1l~illun du l:i•, ,l,,\ail ,ans subir trop de perles jusqu'aux premihcs
11lla,1ucr Chillillon, ayant eu ré.•t&gt;n~, ,IU l'etil- maisnns du "illagc, s'en empari•rcnl el prirent
\unws, le 4:!' tif! ligne el le t- halaillun dc, pieu dalb la harricade qui barrait le du•min
mnl,il1:, ,le l'lube.
•
de Cachan. ll.ti, là ils commencèrent à éprou;-,• ,1 y11uch~. le régiment des mobile~ ,Je la 1cr une viîe ré.,isiaoce: malgré l'appui de
1:t,1e-d'llrct lo, I"' hat1i1Jun des mqhilcs de l'Auhe, notre arlillerir, placée éll aYnnt Je la Grangt.'sous le :ommanilcmenl tlu !!•:nttral de la )l.trious(', Or), les mobile~ n'am1çaicnt que très lente111,ird,a1cnt oonlrt• llagnl'tll, soutenu, en arriere ml'rtl, cl il fallut les faire appuyer par un
p;ir Ir, S5• tle ligue, qui, nn·t· un dëlarhemenl de
l,ataillon du 5&amp;• de ligne, qui s'était rapproU) !;IJr&lt;:urs, étai! po,;té à l:i t;r:rn~e-Or) •.
ché.
Ce bat.aillon se porta r~olument sur la
1 l:.ul'.u• à /'trirème !ln11chr, fa ùri1,,a1le ile
la Charrière (1ltri~ion ilt• Caus.,a{le) ~u tenait parlic droito &lt;le Bagneux, fit al.taure par lcij
&lt;'ntre Bagucu~ l'l la ma,-,,u \!illau&lt;l, puur nlN'r- ~apt:urs du génie les clùlures ou portes ùarri..1•. Oo. ,oil r&lt;?mloi.. n pëu, i1_i comme i Chc1ÏIIJ, on
• •·lait pre&lt;&gt;cr1111t, ,k rc.spt:d••r I u111lé1les lu·11• 1ai.:•••11w,.
:!, " Lo ..,i.l.i I.e Gouil, ,ln :;;,•. e11fo111;a11 avl'c

,l,•u1 110 ~èb e.,1mrmlt•$ l~J 1••rlt's ,l'une mai,on où il
f~ttul t!ix prisonnÎt'I'!. Le s,,ldal Gleny, du ru~me
rrguueul, enlra,1 seul dans une autre. el for~••l i
remlro les armt·~ lruis Baurois, dont le&lt; compagnom

~·enrui aient au plus I ile.-. {Géllh-11 lltcaoy, l.a. ~(rme
d, /'aria, r•11c :129.)
;;, /.1, f;uer1'r {rtmeo-ailrma11dr, 2• partie, JI. 17â.
1, 1;1h1éral l11t:11UT, l&lt;JC, cil., J'3gc 3i0: c Je donne
id 1, re uillanl onkil'r, di._q1l fP. gouv.•menr Jan; lf)n
ordre Ju jour du leud~main, Jt:t reg,-,:15 que l'ar[llée
parugera tout c uhère. •

.... ~ss ...

cadéc~ qui entravnicnt ~a marche, el, entrainant a,cc lui les mobiles, SI! lança daru: l'intérieur de Ragneux, oi1 il fit prisonniers une
qnarantaine de solilats bavaroi!. 1 • li arriva
sur la place de l'é~li e en même temps tJlle
les mobiles de la Cote-&lt;.l'Or et que les mohiles
de l'.\uhe, qui, de leur coté, vmaient ile
con11u~rir la portion sud-esl du ,·ill:ii.re,
ee~ dernier;;, co effet, a1·aie11tgag11é Ba;;m·ux
à travcr~ champs, et rnle,é 1, s mai,oo~ placées sur le wrsanl ~ud-csl du rnteau, 11 en
dépit du feu &lt;lirigé tians leur Oanc: par dl's
cont1n;;,·n1~ l,a,aroi, embusqué. derrière la
levée &lt;lu chemiu Je fer de Sceaux 1• JJ Malheur,!U~emeut, à l'insL1nt même oi1 ib enlevaiPnl
la dernit·rt? barrie.1tlc, non loin de l'église, le
brave commandaol de Dampit•rr,•, qui les
conduisait, tomhail morlellenwot frappé' . Il
était onte heures em·iron. B1g11eut se trou"ait
tout enlier en notre pouvoir, et ses d~fcnscur,
avaient dû se r1•plier sur um1 position d1·
rclrailt• à cbti,al ,ur la route d1• 1-'onlenal el
occnpt.le par un bataillon Je ré,enii 1 • ~o,.
troupe.,; s'é1alilir1:nl alor,. solidl'mcnt dan, lii
village, barricadant le~ rues cl crénelant lt•.s
murs ~ur les lisières 111li faisaient face à l'e11nemi. En même temps, d1:ut liatteries arri"ai~nl ,.ur la plaœ Je l'égli,.c t·t des pièct!S
étaient éJablie,i puur en61er b rue~ par J,;squellc, l'ennemi puurait accédt•r. Mais les
Allemands, occupml encore les maisons el
les jardins eotro Jlagncut et Chàtillon, continuaient de là ,à e,éculer sur nos ~oldats cp11
cssaynicol de dél,ouclwr du premier de C('s
"illa,;es une fusillad .. meurlri~ro. On dirigea
con Ire eu-.. le tir d,: l'artillerie; puis lei; dcu"
aulre,; bataillons du ;jf&gt;e, qui s'uançaient dé
la Gran~e-Ory, reçurent l 'ordro de les déloger;
mais nrrêtés par les diflicultPs Je terrain,
pris en O:inc par le feu des tirailleurs emhusqm'.-s dans les première, maisons de Cbàtillon.
ils ne purent y pancnir et furent bit•nt,il
contraiol.li de se refugier dam; Bagneux.
Des tentathes réitérées, faites alors pour
déboucher &lt;lu village, échouèrent successivcmenl. Les lrois bataillons baYarob qui occupaient Fontenay-aux-Roses, Châtillon el toutes
les maison., isolées situées au nord et à l'est
de ces villages, faisaient convcr~cr leu.rs feux
sur les tirailleurs français el les rejetaient
dans 11:igncux, landb qu'en arri1·rc ]a 4e dhision hnvaroisc, mise sur pied di-s oos premiers mou,·emenls O, accourait avec son artillerie pour les soult'nir.
La ~itualion snr œ point re~l.a donc da11,
le 1tlatu quo. J.11 brigade Dumoulin était,
cuire temps, Yenue se masst•r Jcrrière 11.ign,.ux, où un de sr.;; bat;lillons (&lt;lu Hl" du
marche} aYait m11me pénétré. Quant à labrigade de la Charrière, elle était depuis quelques instant.:; dt1plolèc au sut! du pont du
che111in de fer de Sccaut, sn gauche à la
gran,lt• route, mais s'abstenait de touteattn1prn

:1.

/,a Guerrt franc&lt;HJllem1wdt, 2• ranie, p. 17:'i
6. Jltos lluil lll'ur,·1 1lu mallll, le. avaul• JI\J5les rl Ir~
p~lroui111•s d&lt;l 1'1•n11cmi anienl 6iguol{· lff prèsenr~ ,Je
JJW;tJI ,-on,iMraLlcs au nord de la m,i,on Plid11&gt;n,
et J-,, lrouj&gt;e~ en 111uu,ernenl J~ cc poiul dan, la
direction de Bagneur, (/,a Guerre franœ-,,lkmandr,
2• parlie, page 11:;.)
•

�111ST0'1{1Jl

----------------------------------------~

contré Bourg-la-Reine et ses occupants1 •

Col.Qnne clu cenlte. Attaque de CM.tillon.
- Cet arrêt dans w1c offem;ivc qui avait si
bien débuté, était dù uniquement à la conservation de Châtillon par l'ennemi . Là, en efl'et,
nous avions subi un échec, el, par suite, nos
Lroupes de Bagneux se trouvaient soumises 11
tles feux de Oanc qui leur interdisaient tout
mouvement en avant. Voyons donc ce qui s'y
était passé.
Le général de Susbielle, chargé d'opérer
de ce coté, avait di"isé ses troupes en deux
oolollnes. L'une, destinée à l'attaque de front
et placée sous son commandement direcl,
4;0ruprenaH une compagnie de chasseurs, deux
bataillons de march11 (un du 15e, un du U •) ,
une batterie d'artillerie et une section du
génie. L'autre, chargée de procéder ~ une
alla4ue de flanc contre la lisière est du village, était constituée par les deux bataillons
rcstadts du 14°, sous les ordres du lieutenantcolonel Yanche. Le village de Chàtilloo était à
cc moment occupé par cinc.1 compagnies ha,·aroises •1ui en garo.illsaienL les lisières el tenaient le réduit, formé par l'église, une grande
maison ,·oisine et les barricades adjacentes.
A neuf heures précises, le géuéral de Sushielle fait ouvrir le fou conlre les premières
maisous de Chàtillon par deux pièces d'artillerie postées au sud du fort de Vanves. Les
chasseurs à pied, s()ulcnus par le bataillon
du 13°, s'emparent de ces maisons et pénèlrcnt dans ln grande rue; mais ils trouvent
toul à coup devant eux une barricade élevée à
eo\'iroll 200 mètres de l'entrée nord du village et sont obligés de s'arrèter. Aussitôt le
général Je Sushiclle, donnant l'ordre à ~es
deux pièces d'a"ancer, f.1it ouvrir contre celle
barricade un violent feu à mitraille; les llavarois, décimés, l'évacuent, et nos soldats en
prennent possession, tandis que l'adversaire
se replie dans la partie sud où débouchent ses
renforts. Une autre ùarrioadè, située dans une
rue perpendiculaire, tomlie également enLrc
nos mains•.
t:ependanl nos progrès étaient lents; de
toutes les maisons, des barricades encore
au pouroir Je l'eIUJPrni, partaienl des feux
croisés qui arrêtaicnl les assaillants et les
empêchaient d'accéder à la rue de la Fontaine,
tnenanL à l'église et barricadée elle-mèmè à
son extrémité. D'autre part, la préparation de
l'allaquc par l'artillerie avait été à peu prè.s
nulle, puisque seulement deux pièces -y avaient
coopére et que les gros canons des fort~
n'avaient pu tirer que quelques coups avant
quu notre infanterie ahordàt le village. Dans
ces conditions, le genéral de Susbielle songea
à faire appel al.il'. sapew·s du génie, et demauda
à leur chef, le capitaine de la 'faille, de lui
ouvrir un passage à travers les maisons.
Aussitôt les sapeurs se metlenl à l'œm·re.
A._ coups de hache el de pioche, ils pratiquent
1. La Guerre fra11w-allema1ule, page 17:t.

des brèches dans les murs de clôture, daus
les haies des jardins, cl arri\·ent ainsi, venant
tlu nord-est, jusqu'à la rue de la Fontaine;
mais ils s'aperçoh·enl qu'il n'y a pas possibilité de la tra,·erser.

2. En dirigeant celte. attaque, legéoérlil de Susbielle
1•eçul un coup de feu à la jrunlJc giiuçhe. c Celle blcsstll'e, heurPusemenL sws gravité, dit le général Ducrol,
ne l'empêche p3s de diriger nos jeunes soldats qui, a
la vue Je Leur ~néral ble!Sé, redoubleitl d'ardeur. &gt;
Loc. cit., page 333.\

Les défoui;e:, do l'église l'tlnfileol ,tans Loule
son ét11ndue, une grêle de balles la ~illonne de
Lou les parts.... Alors le capitaine de 1~ Taille el
los sapeurs poursuivent leur mnrcllo d'habilalion
en habitation, Lrouenl les murs, brisent les cloisons el se prolongent sur Je côté gauche de la rue
dtl la Fontaine en se taifünl à coups de pioche
une sorl.e do galel'ic. Trois compagnies du 42• de
ligae, sous les ordre~ du commandant Charpentier.
marcheal pas ù pas derrière les sapew·s; trois
comvagnies de 14• ile mi,rchc, senanl do réserve,
les ri!mplacent 11 mesure qu'ils avancent. Toul en
gugna11l du Lerrain, on rail le ÇOup de feu par lrs
portes, les fenêtre~, avec les Allerrurnds, qui. de
l'aulre côlé de la rue, nous suivent 1mrallèlen1enl
de mai~on en maison. ()ans celle lul le pied (1 pied,
l'ennemi, qui occupail au~si les habitations à traver~ letiqueUes nous cheminion,, perd &lt;l.u monde;
nombr1t de ses tués el de se, blessés encombrent
les drnmhres, •1ue nous enl~voru; une à une; plusieurs Bavarois, cachés dans les caves, se rendent
uu lomheul sons nos i:oupss.

Tandis que, grilce à cet heureux expédient,
nous progressions un peu dans Chàlilloo, la

colonne du lieutenant-colonel Vanche a,·ail
p,is comme axe &lt;l!! sa marche le chemin qui,
parlant de Montrouge, passe elltre ce village
et Bagneux el pénèlre dans Châtillon par le
nord-est. Mais elle avait, dans cette attaque,
subi des pertes :-ensibles el perdu son chE'f,
grièvement blessé. En outre, en arrivant dans
le 1-illage, elle était arrêtée nel par les foux
du réduit et la grêle de ~alles qui partaicnl
des maisons siLuécs dans la pal'lie haute du
pays. « A gauche, comme au ceulrc, nous
étions arrèlés au milieu du village, par des
obstacles qui se multipliaient à mesure que
nous a\'ancions'. »

Fin &lt;le l'action et ord1·e de retrr,ite. Cependanl la lutte continuait à tra,·ers les
maisons. Des fractions importantes du it2•,
qui formait la réserve, étaient venues appuyer les assaillants; deux pièces installées
presque dans le village tiraient contre le réduit. Mais, de leur côté, les Bavarois recevaient des renforts sérieux; cinq compagnies
nouvelles, accourues de Sceaux, prenaient
position dans la partie sud et dans le réduit,
s'y établissaient solidement et tentaient même
quelques retours oJfenills, grâce auxquels
elles nous reprenaient plusieurs maisonq.
L'artillerie ennemie couronnail le plateau et
entamait une lutte fort vive avec les rorts,
qui ne prenaient le dessus qu'avec peine~Une dernière lentati,·e, faite par le ue de
marche pour s'emparer du réduit de Chàûlloll, sans la possession duquel il fallait renoncer à pousser plus loin , venait d'échouer,
et nos pièces de campagne, dont un caisson
3. Gt\néral Docn01·, foc. etl., pagii 5:U.
4. Ibid., page 336.
5. Cependant, ii gauche de C:hâtillon, une batterie
bavaroise qui chercbail à étaulir ses piéces de ral'Oll il
lil'er sur Bagneux Cul hew·eusemenl couleuue par une
seule pièce de~, placèe au 1aillant sud-ouest au fort
de Montrouge, el chaque fois qu'elle se mellah en

avait sauté, blcssanl et 1t,1anl autnur de lui
des hommes et des chevaux, étaient oùligécs
d'abandonner la position avancée qu'elles occupaienL aux ahortls du village.
Ce:, allllques réitérée~, én~l'giques, mai~ :;;lns
sucet\s, l':iccrois.~emcnl perp11luel des ma,,,c,, énnemie~, l'épuisement des lrou1i.:s, tout ,lit qu'il
faut l'eooncer à enlever d'a~aul celle po.ition
inexpugnable.... Le général de Susbielle veut cependant encore lenler de l'arl':lcher à l'enm'rn.i
par Je feu; il s'enlrelenait de:; moyens incendiaires ;) prendre avec le capitaine du génie, dan~
noe maison siluèo à 1p1el4ues mètres ~eulrment
de la place ùc l'êglise, riuand l'ordre ,le ces,:er le
combal hii fut apporté, à !roi~ b.eures Ju soir, pa1·
le capitaine Del Cambre 6 •

Ce n'est pas c1ue le général Vinoy n'ei1t été
Lrès Msireux de conserver Basrneux, que nous
tenions solidement avec IJUalrc bataillons de
mobiles 7 et trois d'infanterie. li jugeait Lrès
utile la pos~ession Je ce village, fort pt-u distant du îort dtl Montrouge, el comptait eu
faire le point d'appui d'une reprise ultérieure
de l'olfensive, soit le limdemain, soit plus
tard. ll l'a,•ait même, dans celle pensée, fait
organiser duîcnsi\'ement, aussilôL tomhé enlre
nos mains. Mais il ignorait les iulenlions dn
gouverneur à cel égard, car l'ordre de mouvement n'en soufllait mol, et, à uue dépêche
emoyée au général Trochu un peu après onzu
heures et ainsi conçue :

« l\ous sommes 111al1r~ de Bagneux, je pruntb
ries mesures pour nous y maintenir; voulci-vous
lti conserver'!

J&gt;

Il n'avaiL reçu, à une heure cinquanle-liuit
minutes, que celte réponse assez confuse :
« Blanchard tiendra Jans le has Chàtillon, aaiM
dép1U1,er la l'Oule de Clamart; je lui annoncu
que vous le soutiendrez de Bagneux par volru
cauou, qui devra tirer euLre lo 1tilcgr:1pbe et 1~
hanl Chàlillou. Sous cette rroteclion, Ulanchu,I
féra sa retraite 11ua111l il le juyern ù 71ropos ou
quand vous le direz. Il

Ce n'était point là répoudre à la question:
c'était tout au plus laisser entendre que l'on
&lt;&lt; ne tenait pas à conlirmer la lulle 1usquï1
l'enlèvement de la bau Leur de Cbâtillon ~. »
L'embarras du commandant du rn~ corps
était donc le même, quand, vers deux heures
et demie, le général Blanchard, usant de la
lal.ilttde à lui laissée, rendit compte qu'cu
présence de l'accroissemenl et des progrès de
l'artillP.rie ennemie, il prenait ses premières
dispositions p8ur se retirer. Il n'y avait plus
qu'une chose à Jaire, le suivre, el c'est l,
quoi se décida, une demi-heure plus lard, le
général en chef.
La retraite s'opère en Lon orJre. Dans CLàtillon, nos troupes se retirenl lentement en
suivant le cheminement pratiqué par les sapeurs; pour ralentir le mouvement de l'ennemi, elles établissenl des barricades avec
des tonneaux, du_ bois de chauOage, el reculent progressivement de l'une à l'autre, teba.tterie, la précision du tir du fort la forçoil ~ussiltil
(Général VIMY, /oc. cit, page 215.)
6. Gênéral Dijc1101 Jtx;. cit., ~e 339.
7. Trois de la Côte-d Or, un de I Aulie.
S. Général v1~11Y, !oc. cil. , p11,ge 21 i .

à rétrograder.

.... 256 ...

CATHERINE II, IMPÉRATRICE DE RUSSIE
Tableau de ROSLTX.

�</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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